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1
p. 187-191
Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Début :
Si tout écrivain est obligé de prendre la vérité pour guide, nul ne contracte [...]
Mots clefs :
Vérité, Médecin, Observation, Observateur, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Réflexions fur la fixiéme obfervation que le
fieur Darluc , Médecin de Callian , a
fait inférer dans le premier volume du
Mercure de Juin.
Sla
vérité
I tout écrivain eft obligé de prendre
la vérité pour guide , nul ne contracte
plus étroitement cette obligation que celui
qui écrit pour l'inftruction du public , &
pour le bien de la fociété . Plus on eft louable
par le motif que l'on fe propofe , plus
on eft blamable quand on s'écarte des bornes
de la vérité .
J'avoue qu'en lifant les obfervations
que M. Darluc , Médcin de Callian , a fait
inférer dans le Mercure du mois de Juin $
je fus fort édifié du zéle qui l'animoit , &
des fentimens qu'il y étaloit fous l'enveloppe
de la modeftie ; mais en jettant les
yeux fur la fixiéme obfervation , j'eus
beaucoup à rabattre de cette premiere idée.
Elle roule fur un fait dont j'ai été témoin ,
que M. Darluc a accommodé à fa guife
pour en faire une obfervation qui augmentât
le nombre des autres , & leur donnât
du poids.
&
L'Obfervateur devoit plus de juftice
1
188 MERCURE DE FRANCE.
à ·la vérité qu'il a fardée avec art , & à moi
qu'il a déprimé avec une habileté maligne.
L'honneur m'engage à rendre compte aú
public de ma conduite pour me juftifier à
fes yeux , & l'amour de la vérité veut que
j'expoſe ingénuement le fait , afin que ce
même public réduife l'obſervation à fa
jufte valeur.
Ce fut au mois de Septembre 1754 ,
que je fus appellé pour traiter la fille du Sr
Ferran , Aubergifte de la ville de Graffe ,
mordue par un chien au métacarpe gauche.
Cette morfure étoit fort légere , quoiqu'en
dife l'obfervateur , elle n'intéreffoit
que la peau.
Cependant , comme en pareil cas rien
n'eſt à négliger , & que tout peut tirer à
conféquence , je traitai cette maladie avec
toute la précaution poffible. Mon premier
foin fut de faire des fcarifications , & une
ligature au-deffus du poignet , & je laiſſai
faigner la partie plus de tems même que ne
demandoit l'état de la maladie. Je lavai la
main avec une eau thériacale , j'appliquai
enfuite fur la plaie , partie égale de thériaque
& d'huile de fcorpion. Quelque
tems après j'employai pendant huit à dix
jours un doux fuppuratif , qui n'empêcha
pourtant pas la playe de fe confolider. En
me fervant de ces topiques , je ne manquai
SEPTEMBRE. 1755 189
point de donner à la malade les antidotes
convénables. Les remédes ainfi adminif
trés , étoient , comme l'on voit , plus que
fuffifans pour remédier à tout inconvé
nient , fuppofé même que la maladie n'eût
pas été équivoque.
On peut fe perfuader aifément que M.
Darluc , appellé fur cette entrefaite , ne
pouvoit manquer d'avoir beau jeu . Il fut
préfenté au fieur Ferran par fon maître de
Mufique , comme un renommé guériffeur
de la rage. Le Chirurgien ne fut point
appellé , ce qui affurement n'eft pas une
preuve de la prudence du Médecin ;
auffi n'agit- il que par maniere d'acquit.
Je ne fçais comment il ofe avancer que la
cicatrice de la plaie étoit fort douloureuſe ;
puifque de l'aveu de tous les parens , la
malade n'y a jamais reffenti la moindre
douleur : convenons auffi que fes remédes
euſſent éte bien infuffifans , fi la perfonne
eût été réellement hydrophobique.
1°. La pommade mercurielle étoit en
trop petite quantité pour produire l'effet
qu'on s'en promettoit . Il eft certain que
dans quinze jours le virus devoit avoir
fait bien des progrès , & avoir impreigné
toute la maffe des humeurs , par conféquent
fuffiroit- il de faire quelques légeres
frictions fur la partie offenſée ?
190 MERCURE DE FRANCE.
2º . Les frictions furent faites par la
mere de la fille ; rare prudence de la part
du Médecin , de confier à une femme cette
opération délicate , & d'où il fait dépendre
la guérifon de la maladie !
3 °. La malade ne fut affujettie à aucune
eſpèce de régime.
Le turbith minéral , dont l'obfervateur
faifoit un fecret de l'air , n'a du tout point
été pris par la fille , fes parens ayant affez
de lumiere pour comprendre l'inutilité &
le danger de ce remède donné à un âge
fi tendre ( environ quatre ans. )
Au furplus M. Darluc auroit dû , avant
que d'employer fon prétendu fpécifique ,
prendre les informations néceffaires , il
auroit appris que le même chien , qu'il dit
vraisemblablement enragé , ne l'étoit vraifemblablement
pas ; puifqu'il en avoit
mordu bien d'autres qui ne le furent jamais
: D'ailleurs , m'étant enquis avec ſoin
de tout ce qu'avoit fait ce chien , je n'ai
pas pû tirer la moindre induction qu'il
fut attaqué de la rage.
Voilà en abrégé l'hiftoire véritable de
tout ce qui s'eft paffé au fujet de cette prétendue
maladie . J'ai crû que la justice &
la vérité exigeoient de moi cet élairciffement.
Je n'ai pas prétendu par - là nuire à
la réputation de M. Darluc , qui peut être
SEPTEMBRE. 1755. 191
d'ailleurs un homme très- eftimable . Je ne
voudrois pas même que l'on mît fes autres
obfervations en parallele avec celle - ci ,
je voudrois feulement , je ne m'en cache
point , le rendre plus exact obfervateur &
plus équitable juge.
Crefp , Doyen des Maîtres
en Chirurgie.
A Graffe , ce 5 Juillet 1755 .
fieur Darluc , Médecin de Callian , a
fait inférer dans le premier volume du
Mercure de Juin.
Sla
vérité
I tout écrivain eft obligé de prendre
la vérité pour guide , nul ne contracte
plus étroitement cette obligation que celui
qui écrit pour l'inftruction du public , &
pour le bien de la fociété . Plus on eft louable
par le motif que l'on fe propofe , plus
on eft blamable quand on s'écarte des bornes
de la vérité .
J'avoue qu'en lifant les obfervations
que M. Darluc , Médcin de Callian , a fait
inférer dans le Mercure du mois de Juin $
je fus fort édifié du zéle qui l'animoit , &
des fentimens qu'il y étaloit fous l'enveloppe
de la modeftie ; mais en jettant les
yeux fur la fixiéme obfervation , j'eus
beaucoup à rabattre de cette premiere idée.
Elle roule fur un fait dont j'ai été témoin ,
que M. Darluc a accommodé à fa guife
pour en faire une obfervation qui augmentât
le nombre des autres , & leur donnât
du poids.
&
L'Obfervateur devoit plus de juftice
1
188 MERCURE DE FRANCE.
à ·la vérité qu'il a fardée avec art , & à moi
qu'il a déprimé avec une habileté maligne.
L'honneur m'engage à rendre compte aú
public de ma conduite pour me juftifier à
fes yeux , & l'amour de la vérité veut que
j'expoſe ingénuement le fait , afin que ce
même public réduife l'obſervation à fa
jufte valeur.
Ce fut au mois de Septembre 1754 ,
que je fus appellé pour traiter la fille du Sr
Ferran , Aubergifte de la ville de Graffe ,
mordue par un chien au métacarpe gauche.
Cette morfure étoit fort légere , quoiqu'en
dife l'obfervateur , elle n'intéreffoit
que la peau.
Cependant , comme en pareil cas rien
n'eſt à négliger , & que tout peut tirer à
conféquence , je traitai cette maladie avec
toute la précaution poffible. Mon premier
foin fut de faire des fcarifications , & une
ligature au-deffus du poignet , & je laiſſai
faigner la partie plus de tems même que ne
demandoit l'état de la maladie. Je lavai la
main avec une eau thériacale , j'appliquai
enfuite fur la plaie , partie égale de thériaque
& d'huile de fcorpion. Quelque
tems après j'employai pendant huit à dix
jours un doux fuppuratif , qui n'empêcha
pourtant pas la playe de fe confolider. En
me fervant de ces topiques , je ne manquai
SEPTEMBRE. 1755 189
point de donner à la malade les antidotes
convénables. Les remédes ainfi adminif
trés , étoient , comme l'on voit , plus que
fuffifans pour remédier à tout inconvé
nient , fuppofé même que la maladie n'eût
pas été équivoque.
On peut fe perfuader aifément que M.
Darluc , appellé fur cette entrefaite , ne
pouvoit manquer d'avoir beau jeu . Il fut
préfenté au fieur Ferran par fon maître de
Mufique , comme un renommé guériffeur
de la rage. Le Chirurgien ne fut point
appellé , ce qui affurement n'eft pas une
preuve de la prudence du Médecin ;
auffi n'agit- il que par maniere d'acquit.
Je ne fçais comment il ofe avancer que la
cicatrice de la plaie étoit fort douloureuſe ;
puifque de l'aveu de tous les parens , la
malade n'y a jamais reffenti la moindre
douleur : convenons auffi que fes remédes
euſſent éte bien infuffifans , fi la perfonne
eût été réellement hydrophobique.
1°. La pommade mercurielle étoit en
trop petite quantité pour produire l'effet
qu'on s'en promettoit . Il eft certain que
dans quinze jours le virus devoit avoir
fait bien des progrès , & avoir impreigné
toute la maffe des humeurs , par conféquent
fuffiroit- il de faire quelques légeres
frictions fur la partie offenſée ?
190 MERCURE DE FRANCE.
2º . Les frictions furent faites par la
mere de la fille ; rare prudence de la part
du Médecin , de confier à une femme cette
opération délicate , & d'où il fait dépendre
la guérifon de la maladie !
3 °. La malade ne fut affujettie à aucune
eſpèce de régime.
Le turbith minéral , dont l'obfervateur
faifoit un fecret de l'air , n'a du tout point
été pris par la fille , fes parens ayant affez
de lumiere pour comprendre l'inutilité &
le danger de ce remède donné à un âge
fi tendre ( environ quatre ans. )
Au furplus M. Darluc auroit dû , avant
que d'employer fon prétendu fpécifique ,
prendre les informations néceffaires , il
auroit appris que le même chien , qu'il dit
vraisemblablement enragé , ne l'étoit vraifemblablement
pas ; puifqu'il en avoit
mordu bien d'autres qui ne le furent jamais
: D'ailleurs , m'étant enquis avec ſoin
de tout ce qu'avoit fait ce chien , je n'ai
pas pû tirer la moindre induction qu'il
fut attaqué de la rage.
Voilà en abrégé l'hiftoire véritable de
tout ce qui s'eft paffé au fujet de cette prétendue
maladie . J'ai crû que la justice &
la vérité exigeoient de moi cet élairciffement.
Je n'ai pas prétendu par - là nuire à
la réputation de M. Darluc , qui peut être
SEPTEMBRE. 1755. 191
d'ailleurs un homme très- eftimable . Je ne
voudrois pas même que l'on mît fes autres
obfervations en parallele avec celle - ci ,
je voudrois feulement , je ne m'en cache
point , le rendre plus exact obfervateur &
plus équitable juge.
Crefp , Doyen des Maîtres
en Chirurgie.
A Graffe , ce 5 Juillet 1755 .
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Résumé : Réflexions sur la sixiéme observation que le sieur Darluc, Médecin de Callian, a fait insérer dans le premier volume du Mercure de Juin.
Le texte est une réfutation d'une observation médicale publiée par le médecin Darluc dans le Mercure de Juin. L'auteur, un chirurgien de Graffe, critique la cinquième observation de Darluc, qui concerne le traitement d'une fille mordue par un chien. L'auteur affirme avoir été témoin des faits et conteste la version de Darluc, qu'il juge inexacte et malveillante. Il décrit son propre traitement de la morsure, qui était légère et n'affectait que la peau. Il a utilisé des scarifications, une ligature, des lavages avec une eau thériacale, et des applications de thériaque et d'huile de scorpion, ainsi que des antidotes appropriés. Darluc, appelé plus tard, a utilisé des remèdes insuffisants et n'a pas suivi les précautions nécessaires. L'auteur souligne que le chien n'était probablement pas enragé, car il avait mordu d'autres personnes sans les rendre malades. Il conclut en affirmant que la justice et la vérité l'ont poussé à clarifier les faits, sans intention de nuire à la réputation de Darluc, mais pour encourager une observation plus exacte et équitable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 191-198
SÉANCE. de l'Académie Royale de Chirurgie.
Début :
L'Académie Royale de Chirurgie tint sa séance publique le 10 Avril, à laquelle [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Chirurgie, Hernies, Maladies, Remède, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE. de l'Académie Royale de Chirurgie.
SEAN CE.
de l'Académie Royale de Chirurgie.
L'Académie Royale de Chirurgie tint fa
feance publique le 10 Avril , à laquelle
M. dela Faye préfida comme Directeur.
M. Morand, Secrétaire perpétuel , ouvrit
lafeance par le Difcours fuivant.
L
E feu eft un moyen que les Grecs , les
Romains , les Arabes , employoient
avec une égale confiance pour guérir les
maladies chirurgicales ; & la lecture des
Anciens nous apprend qu'ils n'ont fait que
fe copier fur cela . Les grandes découvertes
font en général dues au hazard ; le raifonnement
n'eft venu qu'après. A remonter
à l'origine des chofes , il eft vraifemblable
que l'ufage du feu appliqué aux opé
192 MERCURE DE FRANCE.
rations de Chirurgie , a été imaginé d'après
l'effet de la brûlure faite par accident.
L'inftant en eft fort vif pour la douleur ;
les Anciens ont pû conclure que le feu devoit
être un remede dans les cas de ftupeur
où il eft néceffaire d'exciter de la fenfibilité.
Le moment douloureux de la brûlure
étant paffé , il en résulte une eſcarre au
moyen de quoi une partie plus ou moins
profondément affectée , doit être féparée
de celles avec lesquelles il y avoit commerce
de fucs nourriciers ; les Anciens en
ont pu conclure que le feu étoit un moyen
de féqueftrer le mort d'avec le vif. L'ef
carre d'une brûlure étant formée , il ſe fait
une fuppuration plus ou moins abondante,
à l'aide de laquelle les parties qui étoient
gonflées , fe détendent & fe débarraffent
d'une quantité d'humeurs proportionnée
a la grandeur de l'efcarre ; les Anciens en
ont pu conclure que le feu étoit un remede
capable d'exciter des fontes falutaires. Enfin
l'efcarre étant tombée , l'on découvre
une déperdition de fubftance , fuite de la
piece emportée , qui laiffe une breche plus
ou moins large à la partie faine ; les Anciens
en ont pu conclure que le feu étoit
un moyen de faire ouverture , en fuppléant
à l'incifion . Cette fpéculation toute nue
des effets de la brûlure , pourroit être regardée
SEPTEMBRE . 1755. 193
gardée comme la bafe de la doctrine des
Anciens fur cette matiere , & dès-lors ils
ont du employer le feu dans beaucoup de
maladies ; mais ils en ont abufé , & l'on
ne peut s'empêcher d'être furpris , quand
on voit cet abus porté au point de convertir
la Chirurgie opérante en pyrotechnie.
L'acquifition des connoiffances qu'introduit
naturellement la fucceffion des
tems , donneroit lieu de croire qu'à mefure
qu'on s'éloigne du fiecle d'Hippocrate , on
a fubftitué des moyens de guérir moins
cruels. Cependant le fameux traité de
Marc-Aurele Severin , Profeffeur à Naples,
eft de 1646. Cet Auteur met tout en feu
pour guérir les maladies du corps humain ,
il annonce fon traité dans les termes les
plus pompeux , il l'intitule la Chirurgie efficace.
Nouvel Hercule , c'eft avec le feu
qu'il combat l'hydre morbifique . Il ne tarit
point fur les éloges qu'il donne à ce remede.
Il eft vrai que l'anatomie & la chymie
ont fait depuis ce tems- là des progrès bien
plus rapides , & de-là font venues les opérations
méthodiques qui font tant d'honneur
à la Chirurgie moderne.
Les notions anatomiques ont infpiré le
courage d'ouvrir avec le fer , la poitrine
inondée de liqueurs devenues étrangeres
le foye rempli de pus , les dépôts foup-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
çonnés dans les parties les plus effentielles
å la vie , de fendre l'anneau inguinal ou
l'ombilical , pour lever l'étranglement de
celles qui font engagées dans les hernies ,
de lier les arteres pour arrêter les grandes
hémorragies.
La Chymie perfectionnée a fourni des
topiques dont l'application moins effrayante
que celle d'un fer rougi au feu , détruit
des parties dénaturées , & certaines tumeurs
qui , en termes de Botanique , feroient
bien appellées parafites. enfin la Chirurgie
plus éclairée a reconnu l'erreur des
Anciens à l'égard du feu tombé depuis le
dix-huitieme fiecle dans le plus grand difcrédit
; & en effet , il paroît déraisonnable
de l'employer pour la phthifie , l'empyeme,
l'abcès du foye , le gonflement de la rate ,
l'hydropifie , l'extirpation des amygdales ,
les luxations , les hernies ; auffi l'ufage en
eft-il profcrit dans les cas dont il eft queftion
, quoiqu'on le voye encore foutenu
pour les luxations & les hernies par les auteurs
de quelques differtations , même trèsrécentes
, puifqu'il y en aune de 1752. A la
vérité ces Auteurs ne font pas Chirurgiens ,
& c'eft la feule réfutation qu'ils méritent .
Les arts font fujets à certaines révolutions
dont les époques femblent conftater
dans les mêmes tems les progrès de l'efprit
fur certains points , & fa décadence en
SEPTEMBRE. 1755 . 195
d'autres , l'ufage du feu comme remede de
Chirurgie , n'avoit qu'à perdre à mefure
que l'on augmentoit en connoiffances , &
la délicateffe des hommes augmentée auffi
à mesure qu'ils s'éloignoient de la fimplicité
des premiers tems , y trouvoit fon
compte. Infenfiblement l'on a oublié ce
point de l'aphorifme d'Hippocrate , qui eft
cependant très- vrai dans beaucoup de cas :
ce que le fer ne guérit point , le feu peut le
guérir. Les modernes ne l'ont confervé que
pour l'appliquer fur les os qui dénués de
leur périofte font infenfibles , & pour tout
le refte l'ayant abandonné à la Médecine
vétérinaire , iillss oonntt ffeerrmméé lleess yeux fur les
merveilles que celle - ci opere.
En même tems que les Méthodiques ont
rejetté le feu , les Empyriques ont mis les
médicamens cauftiques à tout , & c'eſt
avec peine que l'on voit cette contagion
gagner quelques Chirurgiens d'ailleurs
très - habiles. Ils n'ignorent cependant pas
le danger de l'arfenic , des différentes préparations
de fublimé , du précipité rouge ,
quoique fimplement appliqués fur des
chairs ; ou bien il faudroit ( ce que l'on ne
peut fuppofer ) qu'ils ignoraffent que les
veines , mêmes les
réforbans , peuvent
fuccer les parties corrofives de ces
remedes , les porter dans la maffe des
4
pores
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
liqueurs , & les empoifonner.
L'ACADÉMIE avoit déja propofé les cauftiques
pour fujet du prix de 1748. confidérant
en particulier le feu ou caufere actuel
, & fans ceffe occupée de la perfection
de l'art , elle a trouvé la doctrine des anciens
& celle des modernes également répréhenfibles
; les uns ayant abufé du feu ,
les autres l'ayant abfolument négligé . Elle
en a fait le fujet d'une queſtion intéreffante
qui conduifoit naturellement à cette
feconde queftion très- utile : en quels cas le
feu doit- il être préféré aux autres moyens pour
la cure des maladies chirurgicales , & quelles
font les raifons de préférence. Cette matiere
déja préfentée pour le prix de 1753 ,
n'ayant pas été affez approfondie , a été
propofée de nouveau pour cette année
1755 , avec promeffe d'un prix double ;
c'eft à- dire , que celui qui au jugement de
l'Académie , auroit fait le meilleur mémoire
auroit deux médailles d'or de la valeur
de 500 livres , ou une médaille d'or ,
& la valeur de l'autre au choix de l'Auteur.
Les efpérances de l'Académie n'ont pas
éré vaines ; elle a reçu vingt-un mémoires ,
dont trois font restés au concours . Elle adjuge
le prix double au numéro 20 , qui
porte à la premiere page une emblême de la
Salamandre avec la devife : Nimium extinguit
, defideratum renovat ; & à la derniere
SEPTEMBRE . 1755. 197
page l'emblême d'un phoenix , avec la devife
Crematus ipfe refurgit. M. de la Boffiere
, Chirurgien Major des dragons de la
Reine a fait les preuves néceffaires pour
retirer le prix . L'Académie a jugé dignes
de l'impreffion , le mémoire numéro 14
ayant pour devife : Labor eft non levis effe
brevem , & le mémoire latin , numéro 5 ;
avec cette devife : aut Davus aut Edipus.
Après ce difcours , M. Morand lut l'avis
fuivant.
Il eft dit dans le teftamment de M. de la
Peyronnie que les revenus des fonds qu'il
a laiffé à la Communauté des Maîtres en
Chirurgie de Paris , étant appliqués à l'ufage
particulier qu'il ordonne lui-même en
être fait en trois articles , le furplus fera
employé en dépenfes pour l'utilité & les
progrès de la Chirurgie & de l'Académie
royale de Chirurgie.
Il vient d'être réglé qu'outre la médaille
de cinq cens livres pour le prix dont l'Académie
donne le fujet , il y aura dorénavant
une autre médaille d'or de deux cens
livres donnée chaque année à celui des
Chirurgiens étrangers ou regnicoles , qui
l'aura mérité par un ouvrage fur quelque
matiere de Chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur ; ce fecond prix fera nommé
prix d'émulation .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Plus , cinq médailles d'or de cent livres
chacune pour cinq des Académiciens de la
claffe des libres & des Chirurgiens regnicoles
qui auront fourni pendant le cours de
l'année un mémoire ou trois obfervations
intéreffantes.
Le prix d'émulation fera adjugé publiquement
l'année prochaine avec le prix
ordinaire. Par ce nouvel établiſſement ,
l'Europe partagera avec nous les bienfaits
de M. de la Peyronie , tandis que nous
rendrons fidelement à l'Europe les fruits
de ceux dont nous lui fommes redevables
en particulier.
de l'Académie Royale de Chirurgie.
L'Académie Royale de Chirurgie tint fa
feance publique le 10 Avril , à laquelle
M. dela Faye préfida comme Directeur.
M. Morand, Secrétaire perpétuel , ouvrit
lafeance par le Difcours fuivant.
L
E feu eft un moyen que les Grecs , les
Romains , les Arabes , employoient
avec une égale confiance pour guérir les
maladies chirurgicales ; & la lecture des
Anciens nous apprend qu'ils n'ont fait que
fe copier fur cela . Les grandes découvertes
font en général dues au hazard ; le raifonnement
n'eft venu qu'après. A remonter
à l'origine des chofes , il eft vraifemblable
que l'ufage du feu appliqué aux opé
192 MERCURE DE FRANCE.
rations de Chirurgie , a été imaginé d'après
l'effet de la brûlure faite par accident.
L'inftant en eft fort vif pour la douleur ;
les Anciens ont pû conclure que le feu devoit
être un remede dans les cas de ftupeur
où il eft néceffaire d'exciter de la fenfibilité.
Le moment douloureux de la brûlure
étant paffé , il en résulte une eſcarre au
moyen de quoi une partie plus ou moins
profondément affectée , doit être féparée
de celles avec lesquelles il y avoit commerce
de fucs nourriciers ; les Anciens en
ont pu conclure que le feu étoit un moyen
de féqueftrer le mort d'avec le vif. L'ef
carre d'une brûlure étant formée , il ſe fait
une fuppuration plus ou moins abondante,
à l'aide de laquelle les parties qui étoient
gonflées , fe détendent & fe débarraffent
d'une quantité d'humeurs proportionnée
a la grandeur de l'efcarre ; les Anciens en
ont pu conclure que le feu étoit un remede
capable d'exciter des fontes falutaires. Enfin
l'efcarre étant tombée , l'on découvre
une déperdition de fubftance , fuite de la
piece emportée , qui laiffe une breche plus
ou moins large à la partie faine ; les Anciens
en ont pu conclure que le feu étoit
un moyen de faire ouverture , en fuppléant
à l'incifion . Cette fpéculation toute nue
des effets de la brûlure , pourroit être regardée
SEPTEMBRE . 1755. 193
gardée comme la bafe de la doctrine des
Anciens fur cette matiere , & dès-lors ils
ont du employer le feu dans beaucoup de
maladies ; mais ils en ont abufé , & l'on
ne peut s'empêcher d'être furpris , quand
on voit cet abus porté au point de convertir
la Chirurgie opérante en pyrotechnie.
L'acquifition des connoiffances qu'introduit
naturellement la fucceffion des
tems , donneroit lieu de croire qu'à mefure
qu'on s'éloigne du fiecle d'Hippocrate , on
a fubftitué des moyens de guérir moins
cruels. Cependant le fameux traité de
Marc-Aurele Severin , Profeffeur à Naples,
eft de 1646. Cet Auteur met tout en feu
pour guérir les maladies du corps humain ,
il annonce fon traité dans les termes les
plus pompeux , il l'intitule la Chirurgie efficace.
Nouvel Hercule , c'eft avec le feu
qu'il combat l'hydre morbifique . Il ne tarit
point fur les éloges qu'il donne à ce remede.
Il eft vrai que l'anatomie & la chymie
ont fait depuis ce tems- là des progrès bien
plus rapides , & de-là font venues les opérations
méthodiques qui font tant d'honneur
à la Chirurgie moderne.
Les notions anatomiques ont infpiré le
courage d'ouvrir avec le fer , la poitrine
inondée de liqueurs devenues étrangeres
le foye rempli de pus , les dépôts foup-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
çonnés dans les parties les plus effentielles
å la vie , de fendre l'anneau inguinal ou
l'ombilical , pour lever l'étranglement de
celles qui font engagées dans les hernies ,
de lier les arteres pour arrêter les grandes
hémorragies.
La Chymie perfectionnée a fourni des
topiques dont l'application moins effrayante
que celle d'un fer rougi au feu , détruit
des parties dénaturées , & certaines tumeurs
qui , en termes de Botanique , feroient
bien appellées parafites. enfin la Chirurgie
plus éclairée a reconnu l'erreur des
Anciens à l'égard du feu tombé depuis le
dix-huitieme fiecle dans le plus grand difcrédit
; & en effet , il paroît déraisonnable
de l'employer pour la phthifie , l'empyeme,
l'abcès du foye , le gonflement de la rate ,
l'hydropifie , l'extirpation des amygdales ,
les luxations , les hernies ; auffi l'ufage en
eft-il profcrit dans les cas dont il eft queftion
, quoiqu'on le voye encore foutenu
pour les luxations & les hernies par les auteurs
de quelques differtations , même trèsrécentes
, puifqu'il y en aune de 1752. A la
vérité ces Auteurs ne font pas Chirurgiens ,
& c'eft la feule réfutation qu'ils méritent .
Les arts font fujets à certaines révolutions
dont les époques femblent conftater
dans les mêmes tems les progrès de l'efprit
fur certains points , & fa décadence en
SEPTEMBRE. 1755 . 195
d'autres , l'ufage du feu comme remede de
Chirurgie , n'avoit qu'à perdre à mefure
que l'on augmentoit en connoiffances , &
la délicateffe des hommes augmentée auffi
à mesure qu'ils s'éloignoient de la fimplicité
des premiers tems , y trouvoit fon
compte. Infenfiblement l'on a oublié ce
point de l'aphorifme d'Hippocrate , qui eft
cependant très- vrai dans beaucoup de cas :
ce que le fer ne guérit point , le feu peut le
guérir. Les modernes ne l'ont confervé que
pour l'appliquer fur les os qui dénués de
leur périofte font infenfibles , & pour tout
le refte l'ayant abandonné à la Médecine
vétérinaire , iillss oonntt ffeerrmméé lleess yeux fur les
merveilles que celle - ci opere.
En même tems que les Méthodiques ont
rejetté le feu , les Empyriques ont mis les
médicamens cauftiques à tout , & c'eſt
avec peine que l'on voit cette contagion
gagner quelques Chirurgiens d'ailleurs
très - habiles. Ils n'ignorent cependant pas
le danger de l'arfenic , des différentes préparations
de fublimé , du précipité rouge ,
quoique fimplement appliqués fur des
chairs ; ou bien il faudroit ( ce que l'on ne
peut fuppofer ) qu'ils ignoraffent que les
veines , mêmes les
réforbans , peuvent
fuccer les parties corrofives de ces
remedes , les porter dans la maffe des
4
pores
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
liqueurs , & les empoifonner.
L'ACADÉMIE avoit déja propofé les cauftiques
pour fujet du prix de 1748. confidérant
en particulier le feu ou caufere actuel
, & fans ceffe occupée de la perfection
de l'art , elle a trouvé la doctrine des anciens
& celle des modernes également répréhenfibles
; les uns ayant abufé du feu ,
les autres l'ayant abfolument négligé . Elle
en a fait le fujet d'une queſtion intéreffante
qui conduifoit naturellement à cette
feconde queftion très- utile : en quels cas le
feu doit- il être préféré aux autres moyens pour
la cure des maladies chirurgicales , & quelles
font les raifons de préférence. Cette matiere
déja préfentée pour le prix de 1753 ,
n'ayant pas été affez approfondie , a été
propofée de nouveau pour cette année
1755 , avec promeffe d'un prix double ;
c'eft à- dire , que celui qui au jugement de
l'Académie , auroit fait le meilleur mémoire
auroit deux médailles d'or de la valeur
de 500 livres , ou une médaille d'or ,
& la valeur de l'autre au choix de l'Auteur.
Les efpérances de l'Académie n'ont pas
éré vaines ; elle a reçu vingt-un mémoires ,
dont trois font restés au concours . Elle adjuge
le prix double au numéro 20 , qui
porte à la premiere page une emblême de la
Salamandre avec la devife : Nimium extinguit
, defideratum renovat ; & à la derniere
SEPTEMBRE . 1755. 197
page l'emblême d'un phoenix , avec la devife
Crematus ipfe refurgit. M. de la Boffiere
, Chirurgien Major des dragons de la
Reine a fait les preuves néceffaires pour
retirer le prix . L'Académie a jugé dignes
de l'impreffion , le mémoire numéro 14
ayant pour devife : Labor eft non levis effe
brevem , & le mémoire latin , numéro 5 ;
avec cette devife : aut Davus aut Edipus.
Après ce difcours , M. Morand lut l'avis
fuivant.
Il eft dit dans le teftamment de M. de la
Peyronnie que les revenus des fonds qu'il
a laiffé à la Communauté des Maîtres en
Chirurgie de Paris , étant appliqués à l'ufage
particulier qu'il ordonne lui-même en
être fait en trois articles , le furplus fera
employé en dépenfes pour l'utilité & les
progrès de la Chirurgie & de l'Académie
royale de Chirurgie.
Il vient d'être réglé qu'outre la médaille
de cinq cens livres pour le prix dont l'Académie
donne le fujet , il y aura dorénavant
une autre médaille d'or de deux cens
livres donnée chaque année à celui des
Chirurgiens étrangers ou regnicoles , qui
l'aura mérité par un ouvrage fur quelque
matiere de Chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur ; ce fecond prix fera nommé
prix d'émulation .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Plus , cinq médailles d'or de cent livres
chacune pour cinq des Académiciens de la
claffe des libres & des Chirurgiens regnicoles
qui auront fourni pendant le cours de
l'année un mémoire ou trois obfervations
intéreffantes.
Le prix d'émulation fera adjugé publiquement
l'année prochaine avec le prix
ordinaire. Par ce nouvel établiſſement ,
l'Europe partagera avec nous les bienfaits
de M. de la Peyronie , tandis que nous
rendrons fidelement à l'Europe les fruits
de ceux dont nous lui fommes redevables
en particulier.
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Résumé : SÉANCE. de l'Académie Royale de Chirurgie.
Le 10 avril, l'Académie Royale de Chirurgie a organisé une séance publique dirigée par M. dela Faye et ouverte par M. Morand, Secrétaire perpétuel. M. Morand a prononcé un discours sur l'usage du feu en chirurgie, une pratique utilisée par les Grecs, les Romains et les Arabes pour traiter les maladies chirurgicales. Les Anciens ont observé les effets des brûlures accidentelles et en ont déduit les propriétés thérapeutiques du feu, notamment pour exciter la sensibilité, séparer les tissus morts des vivants, provoquer des suppurations salutaires et créer des ouvertures chirurgicales. Cependant, les Anciens ont abusé de cette méthode, transformant la chirurgie en pyrotechnie. Avec les progrès de l'anatomie et de la chimie, la chirurgie moderne a développé des techniques plus méthodiques et moins cruelles. Les notions anatomiques ont permis des interventions précises, comme l'ouverture de la poitrine ou l'arrêt des hémorragies. La chimie a fourni des topiques moins effrayants que le feu pour traiter les tumeurs. L'Académie a rejeté l'usage du feu pour des maladies comme la phtisie, l'empyème ou les luxations, bien que certains auteurs récents le recommandent encore. Les arts évoluent, et l'usage du feu en chirurgie a perdu de son crédit au profit de méthodes plus éclairées. Les modernes ont conservé l'usage du feu uniquement pour les os dénudés de leur périoste, laissant cette pratique à la médecine vétérinaire. L'Académie a proposé une question sur l'usage du feu en chirurgie pour le prix de 1755, offrant deux médailles d'or. Vingt-et-un mémoires ont été soumis, et le prix a été attribué au numéro 20. L'Académie a également annoncé un prix d'émulation pour les chirurgiens étrangers ou nationaux, ainsi que des médailles pour les académiciens ayant fourni des mémoires ou des observations intéressantes.
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