Résultats : 21797 texte(s)
Détail
Liste
4801
p. 164-165
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Le Mercredi 12 Août, Lundi 17, Mercredi 19 & Samedi 22, on exécuta chez [...]
Mots clefs :
Roi, Cour, Madame la Dauphine, François Colin de Blamont, Musique
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
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Résumé : CONCERTS A LA COUR.
Du 12 au 22 août, plusieurs représentations du ballet 'Les Fêtes Grecques & Romaines' de Monsieur de Blâmont eurent lieu chez Madame la Dauphine. Les rôles furent interprétés par les demoiselles Chevalier, de Selle, Romainville, Mathieu, Canavas et Bezin, ainsi que par les messieurs Jeliotte, Poirier, Besche, Benoît et Joguet. Le 27 août, Monsieur de Blâmont dirigea l'exécution du Te Deum pour célébrer l'accouchement heureux de Madame la Dauphine. Ce Te Deum avait été composé pour le sacre du Roi et avait été utilisé lors de divers événements importants, tels que la naissance du Dauphin et des autres enfants de France, la convalescence du Roi, ainsi que ses victoires et conquêtes. La partition du Te Deum, accompagnée de plusieurs motets, était disponible à l'achat chez la veuve Bovin à la Régle d'or, rue Saint-Honoré, et chez le Clerc à la Croix d'or, rue du Roule, au prix de neuf livres.
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4802
p. 2470-2471
« Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Début :
Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...]
Mots clefs :
Barnabites de Montargis, Absalon, Tragédie, Danses, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : « Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Le 27 du mois d'Août , les Barnabites de Mon
targis firent représenter par leurs Pensionnaires
et les Ecoliers de leur College, la Tragédie d'Ab
salon. L´s Entr'Actes étoient remplis par unBallet
de l'Ambition , dans lequel on faisoit voir par
des Danses ingénieusement figurées et parfaite- ment conformes aux différens traits de l'Histoi
re et de la Fable , propres aux Sujets , et exposez
par ordre dans les Programmes , les sources de
cette passion , les moyens qu'elle employe , les
excès ausquels elle se porte , et les suites fâcheu
ses qu'elle produit. Le grand concours de monde , tant de la Ville que des environs , rendoit:
ce spectacle des plus magnifiques : mais la distribution des Prix accordez par S. A. R. Monsei
gneur le Duc d'Orleans , Protecteur et bienfaiteur du College , et dont le Portrait étoit en fa
ce du Théatre , en releva beaucoup la pompe.
Elle fut faite par M. Bouseonnier , Premier Président au Présidial de Montargis , ' et fut suivie
de la récitation d'une OdeFrançoise, en actions de
graces de la liberalité de Son Altesse Serenissime.
La magnificence et la varieté des habits , la décoration du Spectacle , et les mouvemens du Théa~
tre ont rendu cette Représentation beaucoup.
plus
NOVEMBRE. 1732. 247
plus belle , que ne l'avoient été les précédentes.
Les Acteurs de la Tragédie et du Ballet , dont la
plûpart ont remporté des prix , se sont attiré des
applaudissemens universels , et ont parfaitement rempli l'attente du Public.
targis firent représenter par leurs Pensionnaires
et les Ecoliers de leur College, la Tragédie d'Ab
salon. L´s Entr'Actes étoient remplis par unBallet
de l'Ambition , dans lequel on faisoit voir par
des Danses ingénieusement figurées et parfaite- ment conformes aux différens traits de l'Histoi
re et de la Fable , propres aux Sujets , et exposez
par ordre dans les Programmes , les sources de
cette passion , les moyens qu'elle employe , les
excès ausquels elle se porte , et les suites fâcheu
ses qu'elle produit. Le grand concours de monde , tant de la Ville que des environs , rendoit:
ce spectacle des plus magnifiques : mais la distribution des Prix accordez par S. A. R. Monsei
gneur le Duc d'Orleans , Protecteur et bienfaiteur du College , et dont le Portrait étoit en fa
ce du Théatre , en releva beaucoup la pompe.
Elle fut faite par M. Bouseonnier , Premier Président au Présidial de Montargis , ' et fut suivie
de la récitation d'une OdeFrançoise, en actions de
graces de la liberalité de Son Altesse Serenissime.
La magnificence et la varieté des habits , la décoration du Spectacle , et les mouvemens du Théa~
tre ont rendu cette Représentation beaucoup.
plus
NOVEMBRE. 1732. 247
plus belle , que ne l'avoient été les précédentes.
Les Acteurs de la Tragédie et du Ballet , dont la
plûpart ont remporté des prix , se sont attiré des
applaudissemens universels , et ont parfaitement rempli l'attente du Public.
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Résumé : « Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Le 27 août, les Barnabites de Montargis organisèrent une représentation de la tragédie d'Absalon par leurs pensionnaires et écoliers. Les entractes furent occupés par un ballet intitulé 'L'Ambition', illustrant les sources, les moyens, les excès et les conséquences funestes de cette passion. Le ballet était accompagné de programmes détaillant ces aspects. La représentation attira une grande foule de la ville et des environs, rendant le spectacle magnifique. La distribution des prix, accordés par le Duc d'Orléans, protecteur et bienfaiteur du collège, fut faite par M. Bouseonnier, Premier Président au Présidial de Montargis. Cette cérémonie fut suivie de la récitation d'une ode française en action de grâce pour la générosité du Duc. La magnificence des habits, la décoration du spectacle et les mouvements du théâtre rendirent cette représentation plus belle que les précédentes. Les acteurs de la tragédie et du ballet, dont la plupart reçurent des prix, furent acclamés par le public et répondirent pleinement aux attentes.
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4803
p. 164-165
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Le Mercredi 12 Août, Lundi 17, Mercredi 19 & Samedi 22, on exécuta chez [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Te Deum
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
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4805
p. 782-783
ALLEMAGNE.
Début :
Le bruit s'est répandu depuis peu à Vienne, que l'Empereur [...]
Mots clefs :
Vienne, Ratisbonne, Empereur, Coutume, Église aulique, Mystères de la Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
E bruit s'est répandu depuis peu à Vienne ,
que l'Empereur avoit pris la résolution d'aller
àu mois de Juin prochain à Ratisbonne , pour
regler la succession future de ses Etats , de l'avis
et du consentement des Electeurs , Princes et Etats
de l'Empire.
Le 17. du mois dernier , l'Empereur et l'Im-1
peratrice fe rendirent , selon la coûtume , dans
I'Eglise Aulique des Augustins Déchaussez , où
L. M. I. entendirent les cinq Sermons sur les
Misteres de la Passion , dont trois furent prêchez
en Allema et deux en Italien.
Le
C
AVRIL 1731. 783
Le 22. Jeudí Saint , P'Empereur lava les pieds
à douze pauvres Vieillards , qui faisoient tous ensemble
971. ans , et l'Imperatrice à douze pauvres
vieilles femmes , âgées aussi toutes ensemble
dé 1028. ans.
La Ville de Gratz en Stirie , fut réduite en
cendre la nuit du 19. au 30. du mois dernier.
E bruit s'est répandu depuis peu à Vienne ,
que l'Empereur avoit pris la résolution d'aller
àu mois de Juin prochain à Ratisbonne , pour
regler la succession future de ses Etats , de l'avis
et du consentement des Electeurs , Princes et Etats
de l'Empire.
Le 17. du mois dernier , l'Empereur et l'Im-1
peratrice fe rendirent , selon la coûtume , dans
I'Eglise Aulique des Augustins Déchaussez , où
L. M. I. entendirent les cinq Sermons sur les
Misteres de la Passion , dont trois furent prêchez
en Allema et deux en Italien.
Le
C
AVRIL 1731. 783
Le 22. Jeudí Saint , P'Empereur lava les pieds
à douze pauvres Vieillards , qui faisoient tous ensemble
971. ans , et l'Imperatrice à douze pauvres
vieilles femmes , âgées aussi toutes ensemble
dé 1028. ans.
La Ville de Gratz en Stirie , fut réduite en
cendre la nuit du 19. au 30. du mois dernier.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En avril 1731, une rumeur annonça la visite de l'Empereur à Ratisbonne pour régler la succession de ses États. L'Empereur et l'Impératrice assistèrent à des sermons et lavèrent les pieds de pauvres personnes âgées. La ville de Graz fut détruite par un incendie en mars.
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4806
p. 162-164
MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
Début :
LA VILLE de Grenoble vient de voir sortir des mains d'un de ses Artistes [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
MUSIQUE.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
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4807
p. 161-163
« L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...] »
Début :
L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...]
Mots clefs :
Danse, Antiquité, Lucien, Licinus, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...] »
L'Opéra continue les repréfentations de
Théfée , & les jeudis celles du Ballet des
Graces , qui eft fuivi d'une nouvelle PantoJANVIER
1745 . 161
mime , exécutée par Mlle. D'allemand &
Mrs. Guerardi & Soli.
tes ;
Cette Pantomime & toutes celles qui
l'ont précédée , danfées tant par l'incomparable
& charmante Barbarine que par le fignor
Foffant , nous infpirent le deffein de rifquer
nos idées fur les Ballets que nous examinons
depuis très-long-tems avec attention.
Il nous paroît qu'on y a renfermé le
mérite de la Danfe dans des bornes trop étroi →
nous avons reflechi fouvent & avec
étude fur cet Art aimable, nous avons étéfurpris
qu'un fiécle auffi éclairé que le nôtre
ignore fur ce chapitre ce qui n'a pas échappé
à l'Antiquité la plus reculée , ce qui a été
connu par nos ancêtres , fi inférieurs à nous
dans tant d'autres fciences plus profondes.
Nous oferons attaquer fur cette matiere les
préjugés régnans , & nous expofer à la cenfure
des admirateurs aveugles des Danſes modernes
. Nous espérons que les efprits judicieux
peferont fcrupuleufement nos raifons
avant que de les rejetter. Elles font appuyées
par des autorités fi refpectables que nous.
ne doutons pas qu'elles ne frappent les Lecteurs
les plus opiniâtres , & qu'elles ne s'infinuent
dans les efprits les plus rebelles
aux opinions démontrées. On peut avancer
fans témérité que le Public ne regarde la
Danfe que comme un Exercice inventé feuement
pour arranger gracieufement les mou162
MERCURE DE FRANCE.
vemens du corps & pour briller dans une
Nôce ou dans un Bal ; c'étoit peut-être là le
premier but de l'enfance de cet Art. La Comédie
a commencé de-même par de fimples
Récits. En fe perfectionnant elle a
imaginé des Dialogues , des Intrigues , des
Situations , des Dénoûmens. La Danfe at
fans doute fait le même chemin d'abord chés
les Grecs , enfuite chés les Romains.
Les plus habiles Danfeurs ignorent les illuftrations
de la Danfe , ils ignorent l'étendue
de cet Art pittorefque , ils en ignorent
l'antiquité. Nous ne la prouverons pas comme
Lucien qui dans le Dialogue intitulé l'Apologie
de la Danfe , fait dire par Licinus
fon deffenfeur à fon antagoniſte Craton.
La Danfe eft auffi ancienne que le monde , témoin
le Bal mefuré des Aftres & les diverfes
conjonctions des Etoiles fixes & errantes . Cette
propofition avancée férieuſement par Lucien
, quoiqu'il fût un des plus déterminés
railleurs de la Grece , ne fait pas grand honneur
à fa Philofophie , mais elle démontre
clairement l'estime que les Anciens avoient
pour la Danſe , puifqu'ils lui donnoient une
origine célefte. Voici bien une autre preuve
de l'eftime que l'Antiquité faifoit de la
Danfe , & qui ne fera crue que par les Lecteurs
qui ont de l'érudition. C'eſt encore le
Philofophe Licinus qui parle dans le DialoJANVIER
1745. 163
n'a gue cité. Socrate le plus fage de tous les hommes
, au jugement des Dieux même , pas
feulement loué la Danfe comme une chose qui fert
beaucoup à donner de la grace, mais il l'a voulu
apprendre en fa vieilleſſe , tant il admiroit cet
Exercice, Le Grondeur quoique Médecin , n'a
pas fans doute vu ce paffage là , il ne rebuteroit
pas les entrechâts de M. Rigaudon
, & l'exemple de Socrate le détermineroit
à apprendre la Bourée . On fe mocqueroit
bien à préfent d'un fexagénaire qui
feroit fa premiere révérence. On voit parlà ,
que ce qui eft un mérite dans un fiécle , devient
fouvent un ridicule dans un autre , &
que tout eſt arbitraire chés les foibles mortels.
Nous ne rapporterons pas ici la foule
de citations en faveur de la Danfe que Licinus
débite au morofif Craton. Les curieux
peuvent les aller chercher dans le Lucien ,
de la Traduction de Perrot d'Ablancourt ,
Tome II. Page 171. Nous ne pretendons
pas faire unTraité dogmatique divifé géométriquement
par Chapitres & par Sections ,
mais feulement hazarder fans méthode ce que
nous penfons des Ballets modernes , & ramaffer
fans ordre ce que les Anciens ont dit fur
cette matiere ; nos réflexions fuivront tous
les mois l'article de l'Opéra qui les a fait naî
tre,
Théfée , & les jeudis celles du Ballet des
Graces , qui eft fuivi d'une nouvelle PantoJANVIER
1745 . 161
mime , exécutée par Mlle. D'allemand &
Mrs. Guerardi & Soli.
tes ;
Cette Pantomime & toutes celles qui
l'ont précédée , danfées tant par l'incomparable
& charmante Barbarine que par le fignor
Foffant , nous infpirent le deffein de rifquer
nos idées fur les Ballets que nous examinons
depuis très-long-tems avec attention.
Il nous paroît qu'on y a renfermé le
mérite de la Danfe dans des bornes trop étroi →
nous avons reflechi fouvent & avec
étude fur cet Art aimable, nous avons étéfurpris
qu'un fiécle auffi éclairé que le nôtre
ignore fur ce chapitre ce qui n'a pas échappé
à l'Antiquité la plus reculée , ce qui a été
connu par nos ancêtres , fi inférieurs à nous
dans tant d'autres fciences plus profondes.
Nous oferons attaquer fur cette matiere les
préjugés régnans , & nous expofer à la cenfure
des admirateurs aveugles des Danſes modernes
. Nous espérons que les efprits judicieux
peferont fcrupuleufement nos raifons
avant que de les rejetter. Elles font appuyées
par des autorités fi refpectables que nous.
ne doutons pas qu'elles ne frappent les Lecteurs
les plus opiniâtres , & qu'elles ne s'infinuent
dans les efprits les plus rebelles
aux opinions démontrées. On peut avancer
fans témérité que le Public ne regarde la
Danfe que comme un Exercice inventé feuement
pour arranger gracieufement les mou162
MERCURE DE FRANCE.
vemens du corps & pour briller dans une
Nôce ou dans un Bal ; c'étoit peut-être là le
premier but de l'enfance de cet Art. La Comédie
a commencé de-même par de fimples
Récits. En fe perfectionnant elle a
imaginé des Dialogues , des Intrigues , des
Situations , des Dénoûmens. La Danfe at
fans doute fait le même chemin d'abord chés
les Grecs , enfuite chés les Romains.
Les plus habiles Danfeurs ignorent les illuftrations
de la Danfe , ils ignorent l'étendue
de cet Art pittorefque , ils en ignorent
l'antiquité. Nous ne la prouverons pas comme
Lucien qui dans le Dialogue intitulé l'Apologie
de la Danfe , fait dire par Licinus
fon deffenfeur à fon antagoniſte Craton.
La Danfe eft auffi ancienne que le monde , témoin
le Bal mefuré des Aftres & les diverfes
conjonctions des Etoiles fixes & errantes . Cette
propofition avancée férieuſement par Lucien
, quoiqu'il fût un des plus déterminés
railleurs de la Grece , ne fait pas grand honneur
à fa Philofophie , mais elle démontre
clairement l'estime que les Anciens avoient
pour la Danſe , puifqu'ils lui donnoient une
origine célefte. Voici bien une autre preuve
de l'eftime que l'Antiquité faifoit de la
Danfe , & qui ne fera crue que par les Lecteurs
qui ont de l'érudition. C'eſt encore le
Philofophe Licinus qui parle dans le DialoJANVIER
1745. 163
n'a gue cité. Socrate le plus fage de tous les hommes
, au jugement des Dieux même , pas
feulement loué la Danfe comme une chose qui fert
beaucoup à donner de la grace, mais il l'a voulu
apprendre en fa vieilleſſe , tant il admiroit cet
Exercice, Le Grondeur quoique Médecin , n'a
pas fans doute vu ce paffage là , il ne rebuteroit
pas les entrechâts de M. Rigaudon
, & l'exemple de Socrate le détermineroit
à apprendre la Bourée . On fe mocqueroit
bien à préfent d'un fexagénaire qui
feroit fa premiere révérence. On voit parlà ,
que ce qui eft un mérite dans un fiécle , devient
fouvent un ridicule dans un autre , &
que tout eſt arbitraire chés les foibles mortels.
Nous ne rapporterons pas ici la foule
de citations en faveur de la Danfe que Licinus
débite au morofif Craton. Les curieux
peuvent les aller chercher dans le Lucien ,
de la Traduction de Perrot d'Ablancourt ,
Tome II. Page 171. Nous ne pretendons
pas faire unTraité dogmatique divifé géométriquement
par Chapitres & par Sections ,
mais feulement hazarder fans méthode ce que
nous penfons des Ballets modernes , & ramaffer
fans ordre ce que les Anciens ont dit fur
cette matiere ; nos réflexions fuivront tous
les mois l'article de l'Opéra qui les a fait naî
tre,
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4808
p. 123-126
REMARQUES.
Début :
Il est Auteur de la vie des Poëtes François, Ouvrage [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQUES.
Ilest Auteur de la vie
des Poëtes François
, OuvragequeMr
L. adonné
au Public depuis quelques
années, d'une manie..
, re plus complere que celuy
deMr Richeler. Nous a
vons du meme Au:heur
un nouveau Dictionnaire
de Rimes * ;un Livre intituléla
Florinc; un Recueil
de Letres de différents
Aureurs, qu'il fit imprimer
en 1689. pour servir de
modèles dans les différents
genres E piftolaires. C'est
dans les remarques sur ces
Lettres qu'il porta son jugement
sur celles de Bussy,
de feu Mr Arnauld d'Andilly,
du Chevalier d'Herbelot,
de Conrart, &c.
Celui de sesOuvrages qui
luy a attiré plus de repu ration
c'est sonDictionnaire
dela Langue Françoise ou
il a meslé beaucoup delitterature
& plusieursétymologies.
Il a si,it d'autres.
Ouvrages qui ne sont pas
imprimez, comme un Dictionnaire
burlesque & latyrique)
& une Grammaire
Françoisè & Poétique
que Mr Huet son gendre
se prepare de donner au
Public.
Feu MrRicheletestoit
fils de JeanRichelet, Seigneur
de Signi, & petit-fils
-
de Nicolas Richelet,célébre
parmi les Autheurs d&
son temps, par quantitéde
bons Ouvrages: c'estluy-i
qui a commenté les Oeuvres
de Ronsard
Ilest Auteur de la vie
des Poëtes François
, OuvragequeMr
L. adonné
au Public depuis quelques
années, d'une manie..
, re plus complere que celuy
deMr Richeler. Nous a
vons du meme Au:heur
un nouveau Dictionnaire
de Rimes * ;un Livre intituléla
Florinc; un Recueil
de Letres de différents
Aureurs, qu'il fit imprimer
en 1689. pour servir de
modèles dans les différents
genres E piftolaires. C'est
dans les remarques sur ces
Lettres qu'il porta son jugement
sur celles de Bussy,
de feu Mr Arnauld d'Andilly,
du Chevalier d'Herbelot,
de Conrart, &c.
Celui de sesOuvrages qui
luy a attiré plus de repu ration
c'est sonDictionnaire
dela Langue Françoise ou
il a meslé beaucoup delitterature
& plusieursétymologies.
Il a si,it d'autres.
Ouvrages qui ne sont pas
imprimez, comme un Dictionnaire
burlesque & latyrique)
& une Grammaire
Françoisè & Poétique
que Mr Huet son gendre
se prepare de donner au
Public.
Feu MrRicheletestoit
fils de JeanRichelet, Seigneur
de Signi, & petit-fils
-
de Nicolas Richelet,célébre
parmi les Autheurs d&
son temps, par quantitéde
bons Ouvrages: c'estluy-i
qui a commenté les Oeuvres
de Ronsard
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Résumé : REMARQUES.
Le texte présente un auteur renommé pour plusieurs ouvrages littéraires. Il est notamment connu pour 'La vie des Poëtes François', une œuvre plus complète que celle de Monsieur Richelet. Parmi ses autres publications figurent un 'Dictionnaire de Rimes', un livre intitulé 'La Florinc', et un recueil de lettres de divers auteurs imprimé en 1689, servant de modèles épistolaires. Dans les remarques sur ces lettres, il a porté des jugements sur celles de Bussy, de feu Monsieur Arnauld d'Andilly, du Chevalier d'Herbelot, de Conrart, et d'autres. Son ouvrage le plus réputé est le 'Dictionnaire de la Langue Françoise', qui inclut beaucoup de littérature et plusieurs étymologies. Il a également écrit des œuvres non imprimées, comme un 'Dictionnaire burlesque et lyrique' et une 'Grammaire Françoisè et Poétique', que Monsieur Huet, son gendre, se prépare à publier. Le texte mentionne également que feu Monsieur Richelet était le fils de Jean Richelet, Seigneur de Signi, et le petit-fils de Nicolas Richelet, célèbre pour ses nombreux bons ouvrages, notamment ses commentaires sur les œuvres de Ronsard.
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4809
p. 160-163
Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 17. de ce mois, on déchargea au Havre de Grace [...]
Mots clefs :
Statue, Cavalier, Statue du roi, Transport, Louis le Grand, Officiers, Cérémonie, Honneurs, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
LeSamedy 17. de ce mois,
on déchargea au Havre de
Grace la Statue Equeftre du
Roy , faite par le Cavalier
Bernin , dont je vous ay parlé
plufieurs fois . Elle y a efté
conduite de Civita Vecchia ,
GALANT 161
par M Barbaut , Capitaine
de Marine , für la Flute du
Roy , nommée le Tardif. Ort
Fa mife dans un Smak Hollandois
, qui doit la porter
à Rouen , & peut- eftre jufqu'à
Paris fans la décharger,
ce qui ne s'eftoit point encore
vû , mais rien n'eft im
poffible aux François fous le
Regne , & pour le fervice de
Louis LE GRAND . M' de
Montmor, Intendant de Ma
rine au Havre , a celébré
l'heureuſe arrivée de cette
Statue , par la décharge ' du
Canon & de la Moufquete-
Février 1685.
162 MERCURE
>
rie , & par le bruit des Bombes
& des Carcaffes . Cela
s'eft paffé en préſence de
tous les Officiers & des
Dames mefme , dont beaucoup
eftoient venues des
Environs , fur ce qu'elles
avoient fçû que l'on préparoit
pour cette Cerémonie.
Chacun à l'envy a marqué
fa joye par des cris reïtérez
de Vive le Roy , & par quantité
de Muids de Vin qui
ont efté défoncez au bruit
des Tambours & des Trompetes
. On peut connoiftre
là combien noftre aupar
GALANT. 163
guſte Monarque eft aimé de
fes Sujets , puis qu'ils ren-,
dent à la Statue les honneurs
qu'on n'avoit accoûtumé de
rendre qu'aux feules Perfonnes
des Roys .
on déchargea au Havre de
Grace la Statue Equeftre du
Roy , faite par le Cavalier
Bernin , dont je vous ay parlé
plufieurs fois . Elle y a efté
conduite de Civita Vecchia ,
GALANT 161
par M Barbaut , Capitaine
de Marine , für la Flute du
Roy , nommée le Tardif. Ort
Fa mife dans un Smak Hollandois
, qui doit la porter
à Rouen , & peut- eftre jufqu'à
Paris fans la décharger,
ce qui ne s'eftoit point encore
vû , mais rien n'eft im
poffible aux François fous le
Regne , & pour le fervice de
Louis LE GRAND . M' de
Montmor, Intendant de Ma
rine au Havre , a celébré
l'heureuſe arrivée de cette
Statue , par la décharge ' du
Canon & de la Moufquete-
Février 1685.
162 MERCURE
>
rie , & par le bruit des Bombes
& des Carcaffes . Cela
s'eft paffé en préſence de
tous les Officiers & des
Dames mefme , dont beaucoup
eftoient venues des
Environs , fur ce qu'elles
avoient fçû que l'on préparoit
pour cette Cerémonie.
Chacun à l'envy a marqué
fa joye par des cris reïtérez
de Vive le Roy , & par quantité
de Muids de Vin qui
ont efté défoncez au bruit
des Tambours & des Trompetes
. On peut connoiftre
là combien noftre aupar
GALANT. 163
guſte Monarque eft aimé de
fes Sujets , puis qu'ils ren-,
dent à la Statue les honneurs
qu'on n'avoit accoûtumé de
rendre qu'aux feules Perfonnes
des Roys .
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Résumé : Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
Le 17 février 1685, la statue équestre du roi, sculptée par le Cavalier Bernin, a été débarquée au Havre de Grâce après un transport depuis Civita Vecchia à bord de la flûte royale 'Le Tardif', sous la direction de M. Barbaut. Elle a ensuite été transférée dans un smack hollandais pour être acheminée jusqu'à Rouen et potentiellement Paris sans être déchargée, une première en France. Cet exploit a eu lieu sous le règne de Louis XIV. M. de Montmor, intendant de marine, a marqué l'événement par des salves de canon et de mousqueterie, ainsi que par des explosions de bombes et de carcasses. La cérémonie, en présence des officiers et de nombreuses dames, a été célébrée par la population avec des cris de 'Vive le Roy' et en défonçant des muids de vin au son des tambours et des trompettes, exprimant ainsi leur loyauté envers le monarque.
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4810
p. 166-169
« Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Début :
Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...]
Mots clefs :
Auteurs du Mercure, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Quelques utiles que foient
les avis que je viens de donner,
les Memoires Litteraires ne
font pas du gouſt de tout le
monde , le nombre de ceux
GALANT 167
qui les paflent , eſt auſſi grand
que celuy de ceux qui les lifent
, & il me ſemble que
j'entends tous mes Lecteurs
dire, que chacun doit trouver
dans mon Livre au moins
un article pour ſoy. J'en
tombe d'accord , mais je leur
repeteray encore que c'eſt à
cux à faire en forte que leur
curiofité ſoit fatisfaite. Ils
veulent des pieces courtes &
diverſifiées , qu'ils m'en donnent
; qu'ils foient eux-mêmes
les Auteurs du Mercure Galant
, il doit eſtre leur ouvra
ge plutoſt que le mien. Ils
168 MERCURE
trouveront alors dequoy s'amufer
avecplaisir de la varieté
continuelle qui doit faire tour
le merite de ce Livre.
Quelque bonne que foit la
Piecede Poësie que je leurdon
ne, fi un Madrigal, uneChan
fon, une Epigrame, un Son
net leur plaiſent davantage ,
qu'ils prennent la peine d'en
faire & de m'en envoyer , je
feray tout ce qu'ils voudront
pour leur plaire. Cependant
je prie ceux qui ſe meflent de
faire des Vers de lire avec
beaucoup d'attention la Picce
de Poësie que jeleur preſente,
&
GALANT. 169
&de ſe ſouvenir dans leurs
compoſitions , avec quel art ,
& à quel prix il eſt permis d'être
Poëte.
les avis que je viens de donner,
les Memoires Litteraires ne
font pas du gouſt de tout le
monde , le nombre de ceux
GALANT 167
qui les paflent , eſt auſſi grand
que celuy de ceux qui les lifent
, & il me ſemble que
j'entends tous mes Lecteurs
dire, que chacun doit trouver
dans mon Livre au moins
un article pour ſoy. J'en
tombe d'accord , mais je leur
repeteray encore que c'eſt à
cux à faire en forte que leur
curiofité ſoit fatisfaite. Ils
veulent des pieces courtes &
diverſifiées , qu'ils m'en donnent
; qu'ils foient eux-mêmes
les Auteurs du Mercure Galant
, il doit eſtre leur ouvra
ge plutoſt que le mien. Ils
168 MERCURE
trouveront alors dequoy s'amufer
avecplaisir de la varieté
continuelle qui doit faire tour
le merite de ce Livre.
Quelque bonne que foit la
Piecede Poësie que je leurdon
ne, fi un Madrigal, uneChan
fon, une Epigrame, un Son
net leur plaiſent davantage ,
qu'ils prennent la peine d'en
faire & de m'en envoyer , je
feray tout ce qu'ils voudront
pour leur plaire. Cependant
je prie ceux qui ſe meflent de
faire des Vers de lire avec
beaucoup d'attention la Picce
de Poësie que jeleur preſente,
&
GALANT. 169
&de ſe ſouvenir dans leurs
compoſitions , avec quel art ,
& à quel prix il eſt permis d'être
Poëte.
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Résumé : « Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Le texte traite de la réception des 'Mémoires Littéraires' et du 'Mercure Galant', notant des avis partagés : certains les apprécient, d'autres les critiquent. L'auteur reconnaît que chaque lecteur peut trouver un article à son goût dans son livre, mais souligne que la satisfaction des lecteurs dépend de leur propre engagement. Les lecteurs préfèrent des pièces courtes et variées. L'auteur encourage les lecteurs à contribuer eux-mêmes au 'Mercure Galant' pour enrichir son contenu. Il invite également les lecteurs à envoyer leurs créations poétiques, telles que des madrigaux, des chansons, des épigrammes ou des sonnets, promettant de les inclure pour leur plaisir. L'auteur recommande aux amateurs de poésie de lire attentivement la pièce présentée et de se rappeler les techniques et les efforts nécessaires pour bien composer des vers.
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4811
p. 1628-1630
VAUDEVILLE.
Début :
Ne nous préferons point aux Belles ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE.
E nous préferons point aux Belles ;
Bien loin de l'emporter sur elles
De tous côtez nous leur cedons ;
Et si nous avons en partage
Quelque agrément , quelque avantage,
C'est d'elles que nous les tenons .
粥
Nous feur devons la politesse ,
Le bon goût , la délicatesse
Les façons et les sentimens ;
De leurs beaux yeux le doux langage
En un jour instruit davantage
Que tous les Livres en dix ans.
Tous les efforts de notre adresse
Ne sont rien contre leur finesse ,
Jamais on ne les prend sans verd ;
Et la femme la moins habile
Se
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1628
secol
quat
mais
sanct
急急
N
Bien
De
*
W YORK
MIC
LIBRARY
.
Et !
Qu
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
C
Le
Le
D
ว
JUILLET. 1733 . 1629
Se tire d'un pas difficile ,
Mieux que l'homme le plus expert.
Les soins déconcertent nos ames ,
Nous nous rebutons , mais les Dames
Suivent jusqu'au bout leur dessein ;
Nul obstacle ne les arrête :
Et ce qu'elles ont dans la tête
Devient un arrêt du destin.
潞
Une longue et pénible étude
Ne peut nous donner l'habitude
De leur agréable jargon :
Ce Sexe en esprit nous surpasse
Et l'on compte sur le Parnasse
Neuf Muses contre un Apollon .
Moins vaines que nos plus discretes
Sur le fait de leurs amourettes
On ne les voit point éclater ;
Celle dont la raison s'oublie ,
N'ajoûte point à sa folie
Le sot plaisir de s'en vanter.
Dans les grands sujets de tristesse
Quoiqu'on disc sur leur foiblesse ,
Elles
1630 MERCURE DE FRANCE
Elles sont plus fortes que nous ;
Et tandis qu'un rien nous désole ,
Souvent un Moineau les console
De la perte de leurs Epoux.
E nous préferons point aux Belles ;
Bien loin de l'emporter sur elles
De tous côtez nous leur cedons ;
Et si nous avons en partage
Quelque agrément , quelque avantage,
C'est d'elles que nous les tenons .
粥
Nous feur devons la politesse ,
Le bon goût , la délicatesse
Les façons et les sentimens ;
De leurs beaux yeux le doux langage
En un jour instruit davantage
Que tous les Livres en dix ans.
Tous les efforts de notre adresse
Ne sont rien contre leur finesse ,
Jamais on ne les prend sans verd ;
Et la femme la moins habile
Se
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1628
secol
quat
mais
sanct
急急
N
Bien
De
*
W YORK
MIC
LIBRARY
.
Et !
Qu
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
C
Le
Le
D
ว
JUILLET. 1733 . 1629
Se tire d'un pas difficile ,
Mieux que l'homme le plus expert.
Les soins déconcertent nos ames ,
Nous nous rebutons , mais les Dames
Suivent jusqu'au bout leur dessein ;
Nul obstacle ne les arrête :
Et ce qu'elles ont dans la tête
Devient un arrêt du destin.
潞
Une longue et pénible étude
Ne peut nous donner l'habitude
De leur agréable jargon :
Ce Sexe en esprit nous surpasse
Et l'on compte sur le Parnasse
Neuf Muses contre un Apollon .
Moins vaines que nos plus discretes
Sur le fait de leurs amourettes
On ne les voit point éclater ;
Celle dont la raison s'oublie ,
N'ajoûte point à sa folie
Le sot plaisir de s'en vanter.
Dans les grands sujets de tristesse
Quoiqu'on disc sur leur foiblesse ,
Elles
1630 MERCURE DE FRANCE
Elles sont plus fortes que nous ;
Et tandis qu'un rien nous désole ,
Souvent un Moineau les console
De la perte de leurs Epoux.
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Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte est un extrait de vaudeville qui compare les hommes et les femmes, soulignant la supériorité de ces dernières dans divers domaines. Les femmes sont décrites comme possédant des qualités telles que la politesse, le bon goût, la délicatesse et une finesse que les hommes ne peuvent égaler. Elles apprennent plus rapidement et efficacement, notamment à travers le langage des yeux. Les efforts des hommes sont vains face à la finesse féminine, et même la femme la moins habile surpasse l'homme le plus expert. Les femmes montrent une détermination inébranlable et une habileté à naviguer les difficultés, tandis que les hommes se découragent facilement. Elles maîtrisent également un langage agréable et spirituel que les hommes ne peuvent acquérir par l'étude. Les femmes sont moins vaines et plus discrètes concernant leurs amours. Dans les moments de tristesse, elles sont plus résilientes et trouvent du réconfort dans des détails insignifiants, contrairement aux hommes.
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4812
p. 146-151
Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
Début :
On continue les représentations de l'Opera de Thesée, auquel celui de Telemaque, [...]
Mots clefs :
Décorations, Marbre, Temples, Pilastres, Architecture, Arcades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
On continue lesreprésentátfons de l'Ô«
pera de Thésée , auquel .elui de Telemacftte
, qu'on repete , succédera le mois
prochain ; mais à propos de Thésée , quel
ques personnes d'un go' t exquis, nous
^ntreproçhçde n'avoir rien dit de la helle
Décoration
JANVIER. T7îo; 147'
ra , représentant le Temple de Minerve.
Nous reconnotssons notre tort , & pour le
réparer , voici une Description que nous
allons tâcher de rendre digne de la curio
sité du Lecteur , & s'il se peut , de ré
pondre au mérite de l'Ouvrage. ,
Ce Temple est d'Ordre Ionique, trèsrichement
orné. Les Colonnes , Pilastres
& Contre- Pilastres font en Marbre canelés
; les ornemens en Bronze doré,
& les Hgures & bas Reliefs , en Marbre -
blanc.
Un grand Vestibule est formé par 4. -
Arcades fort exaucées , deux à droite , .
& deux à gauche , soutenues par 16. Co
lonnes <ouplées , qui forment un passage
considérable pour í'entrée & la sortie des
Acteurs;
Dans les espaces entre lés Areades.il y &
deux Colonnes isolées & Contre pilastres»
avec leurs Piédestaux & leurs Enublemens.
De grandes Consoles posent dtssus
& soutiennent des Travées foimant un
Plafond à compartiments , dans le goût
"Antique-, lequel par l'att de \x Perspec
tive trompe les yeux , car il parcît vrai
& de niveau aux Spectateurs , quoiqu'il
seit par la position des toiles , mis per
pendiculairement.:
íiMedtóflflOT"4* Vlctlbule, font
Décoration du premier Acte de cet Ope?
4í* MERCURE DE FRANCE,
v m
des Piédestaux rotods , porcant des Fi*-"
gures qui paroiflent re'ellemenc isolées , ôi
détachées du fond où elles sont peintes.
Au fond de ce Vestibule, est une grande
Arcade de 13. piés d'ouverture , fur ï6-,
de haut , portée par huit Colonnes, L es
Entrecolonnements font de 4. piés d'ou
verture, par où l'on découvre tout le Tem
ple, qui par l'opposition de ces Colonnes,
par la manière dont elles font traitées , &c
par le jour dont il est éclairé, qui est beau
coup plus; vague & brillant que celui du
Vestibule , devient entièrement majeí3-
tueux & éclatant j- eûtre les C olonnes il
y a deux Figures isolées.
Cette grande Arcade sert de principale
entrée au Temple , íequel parou réelle
ment aux yeux de figure ronde.
Tout autour de ['intérieur- du Temple,,
sont f. Arcades voûtées qui forment desbascôtez,
dont les Voûtes sont portées
par des Colonnes de la même proportioa
que celles du Vestibule , avec lesquelles
elles s'alignent & nc font qu'un Corps
à.' Architecture-^ ■ .,
Au-dessus de ces Arcades est une Ga
lerie ou PromcBoir , formé par 5. autres-
Arcad; s , dans les Pil.istres desquels il y .a
■des Colonne* adossées au mur, de même
qu'au premier Ordre. Au-defius de leux
EnrablciDiCat ,s'éiev* ,un,Dorne , orné, de
( Mosaïques,
JAN VI E R. i fi ô. f45
Mosaïques , formé par des formes Octbgones
avec des Rozettes au milieu , dan*
le gouc Antique. Ce second Ordre est
Corinthien.
Pendant la Scène , ce Promenoir se voit
réellement rempli d'un grand nombre de
personnes, qui font Spectateurs des Cé
rémonies qui se fonr dans le Temple. Or»
voit au milieu de ce Temple la Statue de
Minerve en ronde Bosse, aíîìse sur uh
Piédestaik *
Les connoiffeurs ont mis cette Décora^
eion au>deflus de celle du Palais de Ninus
du même Auteur , dans l'Opera de Pi4-
rame & Thisbé , dont nous avons donné
la Description en Octobre 171$'. La
Perspective semble avoir donné réelle*
ment à cette derniere une élévation ex
traordinaire , puisque malgré la petitesse
du lieu , & sans avoir dérangé aucune
machine, les Décorations font beaucoup
plus hsjjrcs- dans- k fond da Tkestr-e quefur
le devant , chose qu'on n'avoit pas en
core vû à l'Opera , & qui fait un effet
admirable ; car outre le Dome , on f
voit dans le fond , deux Ordres d'Archi
tecture , le tout ayant 52 . pics de haut
réels , qui paroisseno à la vue en avoir
plus de 60. au lieu que jusqu'à présent
aucune Décoration n'a eu que 1 8. piés d«
kaur au plus dans le fond.
fc'Ordmt
ï jô MÉRCÛRE DÉ FRAI^CÉ.
E' Ordre du Vestibule, qui est Ionique 'p
Maligne tout au pourtour à l'aplomb dvr
second Ordre du Temple , qui est Co
rinthien. On y voit réellement 78. Co
lonnes ou Pilastres ; les plus grandes
portent l'Entablement qui règne au pour
tour ; lès moindres , qui ne montent
qu'aux deux tiers des grandes , portent
les Voûtes &c les Arcades ; elles font paroître
le Temple d'une grandeur d'autant
plus étonnante ,. que tout le monde fçait-
. que le lieu est très-resserré.
Le-iìeur Servandoni , Auteur de cette
Décoration $í de toutes celles dont nour
avons parle' dans nos précédents Mercures,
à travaillé jusqu'ici avec succès à faire'
pàrokre vrayes toutes' les Décorations
qu'il a données ; mais comme l'Architec-'
ture est sen principal talent , & qu'il y'
donne toute son attention, il a composé
routes ses Décorations avec tant d'étude
& d'art ..qu'elle s Re_tíYenr. ia&touícs miíc&-
réellement à exécution , selon les diíposiv
rions les plus exaótes , & les règles les plusjustes
de l'Architecture.
Il a donné par ordre de la Cour', uti
Dessein pour l'Edifice qu'ort propose de1
bâtir aux Grands Augustins de Paris. Il
est Auteur des Dispositions , Décorations,-
Illuminations de la Fête & du Feu d'arti
fice fur la Rivière de- Seine, tiré le *4-. de*
o©-'
Janvier. i7?0.
ce mois , dont nous nemancjuerons pas de
parler.
pera de Thésée , auquel .elui de Telemacftte
, qu'on repete , succédera le mois
prochain ; mais à propos de Thésée , quel
ques personnes d'un go' t exquis, nous
^ntreproçhçde n'avoir rien dit de la helle
Décoration
JANVIER. T7îo; 147'
ra , représentant le Temple de Minerve.
Nous reconnotssons notre tort , & pour le
réparer , voici une Description que nous
allons tâcher de rendre digne de la curio
sité du Lecteur , & s'il se peut , de ré
pondre au mérite de l'Ouvrage. ,
Ce Temple est d'Ordre Ionique, trèsrichement
orné. Les Colonnes , Pilastres
& Contre- Pilastres font en Marbre canelés
; les ornemens en Bronze doré,
& les Hgures & bas Reliefs , en Marbre -
blanc.
Un grand Vestibule est formé par 4. -
Arcades fort exaucées , deux à droite , .
& deux à gauche , soutenues par 16. Co
lonnes <ouplées , qui forment un passage
considérable pour í'entrée & la sortie des
Acteurs;
Dans les espaces entre lés Areades.il y &
deux Colonnes isolées & Contre pilastres»
avec leurs Piédestaux & leurs Enublemens.
De grandes Consoles posent dtssus
& soutiennent des Travées foimant un
Plafond à compartiments , dans le goût
"Antique-, lequel par l'att de \x Perspec
tive trompe les yeux , car il parcît vrai
& de niveau aux Spectateurs , quoiqu'il
seit par la position des toiles , mis per
pendiculairement.:
íiMedtóflflOT"4* Vlctlbule, font
Décoration du premier Acte de cet Ope?
4í* MERCURE DE FRANCE,
v m
des Piédestaux rotods , porcant des Fi*-"
gures qui paroiflent re'ellemenc isolées , ôi
détachées du fond où elles sont peintes.
Au fond de ce Vestibule, est une grande
Arcade de 13. piés d'ouverture , fur ï6-,
de haut , portée par huit Colonnes, L es
Entrecolonnements font de 4. piés d'ou
verture, par où l'on découvre tout le Tem
ple, qui par l'opposition de ces Colonnes,
par la manière dont elles font traitées , &c
par le jour dont il est éclairé, qui est beau
coup plus; vague & brillant que celui du
Vestibule , devient entièrement majeí3-
tueux & éclatant j- eûtre les C olonnes il
y a deux Figures isolées.
Cette grande Arcade sert de principale
entrée au Temple , íequel parou réelle
ment aux yeux de figure ronde.
Tout autour de ['intérieur- du Temple,,
sont f. Arcades voûtées qui forment desbascôtez,
dont les Voûtes sont portées
par des Colonnes de la même proportioa
que celles du Vestibule , avec lesquelles
elles s'alignent & nc font qu'un Corps
à.' Architecture-^ ■ .,
Au-dessus de ces Arcades est une Ga
lerie ou PromcBoir , formé par 5. autres-
Arcad; s , dans les Pil.istres desquels il y .a
■des Colonne* adossées au mur, de même
qu'au premier Ordre. Au-defius de leux
EnrablciDiCat ,s'éiev* ,un,Dorne , orné, de
( Mosaïques,
JAN VI E R. i fi ô. f45
Mosaïques , formé par des formes Octbgones
avec des Rozettes au milieu , dan*
le gouc Antique. Ce second Ordre est
Corinthien.
Pendant la Scène , ce Promenoir se voit
réellement rempli d'un grand nombre de
personnes, qui font Spectateurs des Cé
rémonies qui se fonr dans le Temple. Or»
voit au milieu de ce Temple la Statue de
Minerve en ronde Bosse, aíîìse sur uh
Piédestaik *
Les connoiffeurs ont mis cette Décora^
eion au>deflus de celle du Palais de Ninus
du même Auteur , dans l'Opera de Pi4-
rame & Thisbé , dont nous avons donné
la Description en Octobre 171$'. La
Perspective semble avoir donné réelle*
ment à cette derniere une élévation ex
traordinaire , puisque malgré la petitesse
du lieu , & sans avoir dérangé aucune
machine, les Décorations font beaucoup
plus hsjjrcs- dans- k fond da Tkestr-e quefur
le devant , chose qu'on n'avoit pas en
core vû à l'Opera , & qui fait un effet
admirable ; car outre le Dome , on f
voit dans le fond , deux Ordres d'Archi
tecture , le tout ayant 52 . pics de haut
réels , qui paroisseno à la vue en avoir
plus de 60. au lieu que jusqu'à présent
aucune Décoration n'a eu que 1 8. piés d«
kaur au plus dans le fond.
fc'Ordmt
ï jô MÉRCÛRE DÉ FRAI^CÉ.
E' Ordre du Vestibule, qui est Ionique 'p
Maligne tout au pourtour à l'aplomb dvr
second Ordre du Temple , qui est Co
rinthien. On y voit réellement 78. Co
lonnes ou Pilastres ; les plus grandes
portent l'Entablement qui règne au pour
tour ; lès moindres , qui ne montent
qu'aux deux tiers des grandes , portent
les Voûtes &c les Arcades ; elles font paroître
le Temple d'une grandeur d'autant
plus étonnante ,. que tout le monde fçait-
. que le lieu est très-resserré.
Le-iìeur Servandoni , Auteur de cette
Décoration $í de toutes celles dont nour
avons parle' dans nos précédents Mercures,
à travaillé jusqu'ici avec succès à faire'
pàrokre vrayes toutes' les Décorations
qu'il a données ; mais comme l'Architec-'
ture est sen principal talent , & qu'il y'
donne toute son attention, il a composé
routes ses Décorations avec tant d'étude
& d'art ..qu'elle s Re_tíYenr. ia&touícs miíc&-
réellement à exécution , selon les diíposiv
rions les plus exaótes , & les règles les plusjustes
de l'Architecture.
Il a donné par ordre de la Cour', uti
Dessein pour l'Edifice qu'ort propose de1
bâtir aux Grands Augustins de Paris. Il
est Auteur des Dispositions , Décorations,-
Illuminations de la Fête & du Feu d'arti
fice fur la Rivière de- Seine, tiré le *4-. de*
o©-'
Janvier. i7?0.
ce mois , dont nous nemancjuerons pas de
parler.
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Résumé : Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
Le texte traite des représentations de l'opéra 'Thésée', suivi par 'Telemach' le mois prochain. Il critique l'absence de description du Temple de Minerve dans l'opéra. Pour pallier cette lacune, une description détaillée du Temple est fournie. Le Temple, de style ionique, est richement orné avec des colonnes, pilastres et contre-pilastres en marbre cannelé, des ornements en bronze doré, et des figures et bas-reliefs en marbre blanc. Le vestibule est formé par quatre arcades soutenues par seize colonnes. La perspective offre une élévation extraordinaire, avec deux ordres d'architecture visibles dans le fond, totalisant 52 pieds de haut. L'ordre du vestibule est ionique, tandis que le second ordre du Temple est corinthien, comptant 78 colonnes ou pilastres. L'architecte Servandoni est félicité pour son talent en architecture et ses décorations précises. Il a également conçu les dispositions et décorations pour la fête et le feu d'artifice sur la Seine le 24 janvier 1770.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4813
p. 164-169
Le Medecin par occasion Piéce nouvelle. / Le Tresor caché autre Piéce nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le vendredi 12 Mars les Acteurs François ont donné la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Comédie-Italienne, Pièce, Mercure, Arlequin, Vers, Public, Auteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Medecin par occasion Piéce nouvelle. / Le Tresor caché autre Piéce nouvelle. [titre d'après la table]
Le vendredi 12 Mars les Acteurs François
ont donné la premiere repréſentation
d'une piece en vers , en cinq actes , intitu
lée le Médecin par occafion . Elle eft de la
compofition de M. de Boiffi : les penſées
brillantes que cet ingenieux Auteur y a répanduës
le déceleroient s'il avoit voulu garder
l'incognito. On craindroit d'en alterer les
agrémens fi on rifquoit d'en donner un extrait
avant l'impreffion.
C'eft fur ce ton que nous avions refolu de
publier les louanges de M. de Boiffi &
cela fur la foi de fes admirateurs , avant que
d'avoir entendu nous-mêmes fa Comédie ,
mais nous avons été retenus par un trait lâché
peut être avec juftice contre nous. Le
voici ; le noble campagnard de fa piece at
taqué violemment de la métromanie & reprefenté
fi agréablement par M. Poiffon ,
dit dans une fcene que pour augmenter fa
réputation il fera mettre fes vers dans le
Mercure ; le Medecinpar occafion lui répond
d'un air d'Hypocrate petit Maître
MARS 1745 . 165
Pour s'immortalifer cette voie eft peu fûre.
Ce vers démontre clairement ce que penfe
du Mercure l'Auteur de la Comédie nouvelle.
Nousdonnerons tous nos foins pour empêcher
cette opinion là de s'étendre & de devenir
opinion épidémique. Ce n'eft pas nous qu'elle
infulte le plus ; elle offenfe tous les habiles
gens qui veulent bien nous confier l'édition
de leurs ouvrages . S'ils nous permettoient
d'y ajoûter leurs noms , M. de
Poiffiverroit bien que leur compagnie l'honoreroit
& qu'on peut s'immortalifer en fuivant
leur exemple.
" Nous renouvellons ici à tous les Auteurs
nos fincérés proteftations de neutralité ;
nous les prions encore d'excufer les fautes
involontaires que nous fait commettre la précipitation
néceffitée du travail des Imprimeurs
; nous nous efforcerons de contenter
l'exactitude littéraire , & fur-tout d'obferver
fcrupuleufement les juftes loix de l'impartialité
& de la circonfpection , mais nous
attendons des autres les égards que nous leur
promettons.
Nous convenons que le Mercure eſt un
Livre qui depuis la Bruyere eft en poffeffion
fêtre dénigré même par les plus vils habitans
du Parnaffe , mais nous voulons tra
vailler à la réhabilitation & nous ne comptons
166 MERCURE DE FRANCE.
que fur le fecours des génies fupour
cela
perieurs qui nous remettent le fruit de leurs
veilles. L'efprit de paix nous empêchera de
repondre à M. de Boiffi en Auteurs picqués ;
& quoiqu'à travers les éclairs petillans dont
fa Comédie eft parfemée ,on apperçoive bien
des nuages tenébreux , nous ne les indiquerons
pas au Public avide de critique ;
nous ne dirons rien des vers pour le Roi que
M. de Boiffi a inférés dans fa piece & qu'il
fait débiter après avoir fatyrifé tous les Poëtes
qui ont couru depuis fix mois cette illuftre
carriere , quoique M. de Boiffi paroiffe
avoir eu la politelle de vouloir confoler les
Mufes qu'il raille, en chantant à leur uniffon
le vainqueur de la mort & des ennemis.
de la France . Nous ne dirons pas même
que fi M. de Boifli trouve la voie du Mercure
peu fûre pour aller à l'immortalité
bien des connoiffeurs nous ont certifié que
jufqu'à préfent il n'avoit pas pris le plus
court chemin pour arriver promptement
au
Temple de Mémoire. Nous nous garderons
bien d'être l'Echo du Public , cela fentiroit
la colère & la vengeance , & nous
avons fait voeu de ne jamais les écouter,
S'il en faut croire la pluralité des voix ce
n'eft pas là faire un petit facrifice à la modération
.
La Comédie a été precédée par quelques
MARS.... 1745. 167
réprefentations de la plus belle des Tragé
dies de M. Racine ; c'eft athalie de l'aveu
general . Ce rôle eft parfaitement bien rempli
par Mile. Dumenil qui a débuté au
Théâtre avec des talens qui ordinairement
ne font perfectionnés que par une longue
experience.
Le rôle de Joas a été très- bien joué par
un aimable enfant qui n'a que l'âge qu'avoit
ce royal rejetton de David quand il eft
monté au Trône de Juda .
Le mercredi 30 Mars Me . Dubois a débuté
à la Cour dans le rôle de Cleantis de
Democrite après l'avoir joué à Paris avec feu
& grace.
On a reprefenté le lundi fuivant Arlequin
Peintre , petite Comédie Italiene très-amufante
par les lazis bouffons d'Arlequin qui
varie toujours fon jeu , fans jamais l'affoiblir
; elle eft de la compofition de M. Riccoboni
le pere.
Le 9 Mars , à la fuite de l'Avare l'heureux
dénoûment , Comédie Italienne en un
A&te .
Le Mercredi 17 Mars , la Comedie Italienne
a donné la premiere Repreſentation
du Trefor caché en profe & en cinq actes ;
ce trefor là ne l'a pas enrichie ; le Parterre
fut affés orageux pour le foupçoner
d'étre cabaliſte , cependant le gôut & la
168 MERCURE DE FRANCE.
raiſon ont confirmé fon arrêt quoique rendu
tumultuairement ; il fut dit gravement
ce jour-là que le Public avoit grand tort
de condamner une Piéce avant que de l'avoir
entenduë jufqu'à la fin, Le partiſan de
cette maxime quelquefois judicieuſe nous
permettra d'être l'Orateur du Parterre &
de repondre pour lui qu'il y a des expofitions
dramatiques fi vicieufes qu'on peut
décider fans témerité de l'intrigue & du
dénoûment qu'elles dévancent. Il n'eft pas
néceffaire pour juger de la fabrique d'une
étoffe d'en examiner la piéce entiere ; un
échantillon fuffit aux connoiffeurs . Quand
un Architecte a parcouru les fondemens
d'un édifice , il en prédit fûrement la chute
ou la durée. Plaute a fourni le fujet du
Trefor caché c'eft fon trinummus . L'ancien
n'a pas été embelli par le moderne , on
n'a pas trouvé dans le comique des Italiens
le fel & l'élegance loués par Varron
dans le Traité qu'il a fait fur le comique
Romain . Plautus homo lingue atque elegantia
in verbis latine Princeps .
Nous avons des Auteurs François à qui
Plaute a plus d'obligations qu'à celui du
Trefor caché ou plutôt les Menechmes de
Renard, l'Avare & l'Amphitrion de Moliere
font un autre tort à leur modele , en immortalifant
les copies ils ont effacé les originaux.
De
MARS. 1745 . 169
De juftes eſtimateurs des talens ont demandé
plufieurs repréſentations de Coraline
Magicienne & de Coralin Efpritfollet qui
ont toujours attiré à cette aimable & jeune
Actrice les mêmes applaudiffemens.
Le 18 on repréfenta Arlequin Medecin
volant , Comédie Italienne en cinq actes , &
pour petite Piéce, Arlequin toujours Arlequin,
Comédie Françoife.
Le Vendredi 26 Mars on repréſenta le
Debauché, Piéce Italienne en cinq actes qui
eft del fignor luigi Riccoboni qui a quitté le
Théatre trop - tôt au gré du Public , & le lendemain
le Combat magique, Comédie en cinq
actes & Italienne qui a diverti les Spectateurs
par des lazis plaifans & foutenus. La préfence
de Coraline a orné ces deux Comédies.
ont donné la premiere repréſentation
d'une piece en vers , en cinq actes , intitu
lée le Médecin par occafion . Elle eft de la
compofition de M. de Boiffi : les penſées
brillantes que cet ingenieux Auteur y a répanduës
le déceleroient s'il avoit voulu garder
l'incognito. On craindroit d'en alterer les
agrémens fi on rifquoit d'en donner un extrait
avant l'impreffion.
C'eft fur ce ton que nous avions refolu de
publier les louanges de M. de Boiffi &
cela fur la foi de fes admirateurs , avant que
d'avoir entendu nous-mêmes fa Comédie ,
mais nous avons été retenus par un trait lâché
peut être avec juftice contre nous. Le
voici ; le noble campagnard de fa piece at
taqué violemment de la métromanie & reprefenté
fi agréablement par M. Poiffon ,
dit dans une fcene que pour augmenter fa
réputation il fera mettre fes vers dans le
Mercure ; le Medecinpar occafion lui répond
d'un air d'Hypocrate petit Maître
MARS 1745 . 165
Pour s'immortalifer cette voie eft peu fûre.
Ce vers démontre clairement ce que penfe
du Mercure l'Auteur de la Comédie nouvelle.
Nousdonnerons tous nos foins pour empêcher
cette opinion là de s'étendre & de devenir
opinion épidémique. Ce n'eft pas nous qu'elle
infulte le plus ; elle offenfe tous les habiles
gens qui veulent bien nous confier l'édition
de leurs ouvrages . S'ils nous permettoient
d'y ajoûter leurs noms , M. de
Poiffiverroit bien que leur compagnie l'honoreroit
& qu'on peut s'immortalifer en fuivant
leur exemple.
" Nous renouvellons ici à tous les Auteurs
nos fincérés proteftations de neutralité ;
nous les prions encore d'excufer les fautes
involontaires que nous fait commettre la précipitation
néceffitée du travail des Imprimeurs
; nous nous efforcerons de contenter
l'exactitude littéraire , & fur-tout d'obferver
fcrupuleufement les juftes loix de l'impartialité
& de la circonfpection , mais nous
attendons des autres les égards que nous leur
promettons.
Nous convenons que le Mercure eſt un
Livre qui depuis la Bruyere eft en poffeffion
fêtre dénigré même par les plus vils habitans
du Parnaffe , mais nous voulons tra
vailler à la réhabilitation & nous ne comptons
166 MERCURE DE FRANCE.
que fur le fecours des génies fupour
cela
perieurs qui nous remettent le fruit de leurs
veilles. L'efprit de paix nous empêchera de
repondre à M. de Boiffi en Auteurs picqués ;
& quoiqu'à travers les éclairs petillans dont
fa Comédie eft parfemée ,on apperçoive bien
des nuages tenébreux , nous ne les indiquerons
pas au Public avide de critique ;
nous ne dirons rien des vers pour le Roi que
M. de Boiffi a inférés dans fa piece & qu'il
fait débiter après avoir fatyrifé tous les Poëtes
qui ont couru depuis fix mois cette illuftre
carriere , quoique M. de Boiffi paroiffe
avoir eu la politelle de vouloir confoler les
Mufes qu'il raille, en chantant à leur uniffon
le vainqueur de la mort & des ennemis.
de la France . Nous ne dirons pas même
que fi M. de Boifli trouve la voie du Mercure
peu fûre pour aller à l'immortalité
bien des connoiffeurs nous ont certifié que
jufqu'à préfent il n'avoit pas pris le plus
court chemin pour arriver promptement
au
Temple de Mémoire. Nous nous garderons
bien d'être l'Echo du Public , cela fentiroit
la colère & la vengeance , & nous
avons fait voeu de ne jamais les écouter,
S'il en faut croire la pluralité des voix ce
n'eft pas là faire un petit facrifice à la modération
.
La Comédie a été precédée par quelques
MARS.... 1745. 167
réprefentations de la plus belle des Tragé
dies de M. Racine ; c'eft athalie de l'aveu
general . Ce rôle eft parfaitement bien rempli
par Mile. Dumenil qui a débuté au
Théâtre avec des talens qui ordinairement
ne font perfectionnés que par une longue
experience.
Le rôle de Joas a été très- bien joué par
un aimable enfant qui n'a que l'âge qu'avoit
ce royal rejetton de David quand il eft
monté au Trône de Juda .
Le mercredi 30 Mars Me . Dubois a débuté
à la Cour dans le rôle de Cleantis de
Democrite après l'avoir joué à Paris avec feu
& grace.
On a reprefenté le lundi fuivant Arlequin
Peintre , petite Comédie Italiene très-amufante
par les lazis bouffons d'Arlequin qui
varie toujours fon jeu , fans jamais l'affoiblir
; elle eft de la compofition de M. Riccoboni
le pere.
Le 9 Mars , à la fuite de l'Avare l'heureux
dénoûment , Comédie Italienne en un
A&te .
Le Mercredi 17 Mars , la Comedie Italienne
a donné la premiere Repreſentation
du Trefor caché en profe & en cinq actes ;
ce trefor là ne l'a pas enrichie ; le Parterre
fut affés orageux pour le foupçoner
d'étre cabaliſte , cependant le gôut & la
168 MERCURE DE FRANCE.
raiſon ont confirmé fon arrêt quoique rendu
tumultuairement ; il fut dit gravement
ce jour-là que le Public avoit grand tort
de condamner une Piéce avant que de l'avoir
entenduë jufqu'à la fin, Le partiſan de
cette maxime quelquefois judicieuſe nous
permettra d'être l'Orateur du Parterre &
de repondre pour lui qu'il y a des expofitions
dramatiques fi vicieufes qu'on peut
décider fans témerité de l'intrigue & du
dénoûment qu'elles dévancent. Il n'eft pas
néceffaire pour juger de la fabrique d'une
étoffe d'en examiner la piéce entiere ; un
échantillon fuffit aux connoiffeurs . Quand
un Architecte a parcouru les fondemens
d'un édifice , il en prédit fûrement la chute
ou la durée. Plaute a fourni le fujet du
Trefor caché c'eft fon trinummus . L'ancien
n'a pas été embelli par le moderne , on
n'a pas trouvé dans le comique des Italiens
le fel & l'élegance loués par Varron
dans le Traité qu'il a fait fur le comique
Romain . Plautus homo lingue atque elegantia
in verbis latine Princeps .
Nous avons des Auteurs François à qui
Plaute a plus d'obligations qu'à celui du
Trefor caché ou plutôt les Menechmes de
Renard, l'Avare & l'Amphitrion de Moliere
font un autre tort à leur modele , en immortalifant
les copies ils ont effacé les originaux.
De
MARS. 1745 . 169
De juftes eſtimateurs des talens ont demandé
plufieurs repréſentations de Coraline
Magicienne & de Coralin Efpritfollet qui
ont toujours attiré à cette aimable & jeune
Actrice les mêmes applaudiffemens.
Le 18 on repréfenta Arlequin Medecin
volant , Comédie Italienne en cinq actes , &
pour petite Piéce, Arlequin toujours Arlequin,
Comédie Françoife.
Le Vendredi 26 Mars on repréſenta le
Debauché, Piéce Italienne en cinq actes qui
eft del fignor luigi Riccoboni qui a quitté le
Théatre trop - tôt au gré du Public , & le lendemain
le Combat magique, Comédie en cinq
actes & Italienne qui a diverti les Spectateurs
par des lazis plaifans & foutenus. La préfence
de Coraline a orné ces deux Comédies.
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4814
p. 142-147
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Début :
La Scene de cette Piece est dans le Château d'un Comte ; Lucas, Jardinier [...]
Mots clefs :
Isabelle, Lisette, Comte, Éraste, Château, Père, Frontin, Comédie, Jardinier, Valet, Mariage, Campagne, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne,
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
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Résumé : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
L'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé, est une pièce de théâtre dont l'action se déroule dans le château d'un comte. Lucas, le jardinier, et Lisette, la suivante d'Isabelle, la fille unique du comte, discutent d'un jeune cavalier rôdant autour du château. Lucas révèle que le valet de ce cavalier a montré une grande générosité. Lisette traite ce valet d'animal. Ils se retirent en entendant du bruit. Eraste, le cavalier en question, et son valet Frontin apparaissent ensuite. Eraste est un fils de famille qui s'est enfui de chez lui après avoir volé trois cents louis à son père pour éviter un mariage arrangé. Frontin conseille à Eraste de retourner à Paris, où son père est prêt à le pardonner. Eraste refuse, car il est amoureux d'une personne qu'il croit habiter le château. Il souhaite se faire passer pour un comédien de campagne pour s'introduire dans le château. Frontin accepte finalement de jouer le rôle de comédien, malgré ses réserves. Ils discutent de la comédie, que Frontin défend comme une forme d'art éducative et moralisatrice. Isabelle et Lisette discutent ensuite du cavalier. Lisette devine qu'Isabelle est amoureuse de lui et utilise une ruse pour le découvrir. Isabelle finit par avouer son attirance pour le cavalier. Elles sont interrompues par l'arrivée du comte et de la comtesse. Eraste et Frontin jouent une scène de comédie devant le comte et sa famille, intitulée 'l'Amant déguisé'. Le comte est satisfait et les invite à rester quelques jours. Eraste profite de l'occasion pour déclarer son amour à Isabelle, qui accepte après qu'il lui révèle sa condition sociale. Leur joie est interrompue par le jardinier, qui annonce l'arrivée d'un homme parlant de mariage. Isabelle craint d'être séparée de son amant, mais Eraste la rassure. Le dénouement révèle que l'homme en question est le père d'Eraste. Père et fils sont surpris de se retrouver. Le père consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle, un projet qu'il avait déjà envisagé avec le comte.
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4815
p. 105-110
PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
Début :
Quoique cette avanture paroisse fort ordinaire, & qu'on pût [...]
Mots clefs :
Fille, Eau, Bateau
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texteReconnaissance textuelle : PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
PRESENCE D'ESPRIT
D'UNE JEUNE FILLE.
Quoique
cette avanture
paroisse fort ordinaire
& qu'on pût dire en deux
mots que c'est une fille qui
a pensé le noyer ;
il y a
pourtant quelque chose de
si singulier, qu'elle mérite
un petit détail.
On peut rire du peril
quand il eH: passé
; jamais
Nayade, habitante naturelle
des eaux n'y futmoins
embarassée, que la jeune
& jolie Marchande dont
je vais vous parler:Un
petit bateau où elle étoit
ayant été renverse, elle se
trouva dansle milieu de
la plaine liquide qui separe.
le vieux Louvre, du College
des quatre-Nations,
elle portoit dans une de
ses jupes un gros paquet
d'étofes & de coton. Comme
elle vit que. ce gros
ballot lasoûtenoitunpeu,
elle eut la presence d'el:
prit de le grossir encore
avec ses autres jupes, qui
flottoient sur l'eau, & de
le distribuer également
autour d'elle pour en former
un grosbourlet ; au
milieu duquel cette jeune.
fille se tint droite comme
une InfanteEspagnole au
milieu de son vertugadin:
Un sang-froid plus qu'Efpagnol
lui fit conserver son
equilibré, pendant. une
grande demi-heure, avec
une mainquelle tenoit en
l'air, pendant qu'avec l'autre
main elle entretenoit
la forme duvertugadin salutaire.
On a remarqué que
dans un peril si prochain,
elle ne cria que pour faire
des voeux au Ciel, &
pour appellerquelques bâ.
teliers qui accouroient
pourla sauver. Ils la fauverent
en effet, & c'eût
été une vraye perte pour
la gloire du beau sexe;car
les marques qu'elle a données
de son courage font
des préjugez probables
qu'elle se tirera toûjours
glorieusement des occasions
perilleuses,où les
filles perdent quelquefois
la tramontane.
Cette courageuse per-
;sonne se nomme Marie
Aquaire,& elle courut ce
dangerleVendredy 13. Novembre3ssirles
deux heures
après midy.Ce fut la
corde d'un grand batteau
qui l'enleva ôc lajetta dans
l'eau, qui l'emporta plus
de deux cent pas, la Riviere
étoit fort grosse, &
trèsagitée ce jour- là, &
elle fut portée,sans exagerer,
pendant une grosse
demi-heure, & après qu'on
l'eut sauvée, on luy trouva
encore dans la main une
piecede monoye, qu'elle
tenoit dans lebatteau,
aparemment pourpayer le
Battelier,car elle ne sçavoitpasassezlaFable
pour
avoir en vûë le passage de
la Barque à Caron.
D'UNE JEUNE FILLE.
Quoique
cette avanture
paroisse fort ordinaire
& qu'on pût dire en deux
mots que c'est une fille qui
a pensé le noyer ;
il y a
pourtant quelque chose de
si singulier, qu'elle mérite
un petit détail.
On peut rire du peril
quand il eH: passé
; jamais
Nayade, habitante naturelle
des eaux n'y futmoins
embarassée, que la jeune
& jolie Marchande dont
je vais vous parler:Un
petit bateau où elle étoit
ayant été renverse, elle se
trouva dansle milieu de
la plaine liquide qui separe.
le vieux Louvre, du College
des quatre-Nations,
elle portoit dans une de
ses jupes un gros paquet
d'étofes & de coton. Comme
elle vit que. ce gros
ballot lasoûtenoitunpeu,
elle eut la presence d'el:
prit de le grossir encore
avec ses autres jupes, qui
flottoient sur l'eau, & de
le distribuer également
autour d'elle pour en former
un grosbourlet ; au
milieu duquel cette jeune.
fille se tint droite comme
une InfanteEspagnole au
milieu de son vertugadin:
Un sang-froid plus qu'Efpagnol
lui fit conserver son
equilibré, pendant. une
grande demi-heure, avec
une mainquelle tenoit en
l'air, pendant qu'avec l'autre
main elle entretenoit
la forme duvertugadin salutaire.
On a remarqué que
dans un peril si prochain,
elle ne cria que pour faire
des voeux au Ciel, &
pour appellerquelques bâ.
teliers qui accouroient
pourla sauver. Ils la fauverent
en effet, & c'eût
été une vraye perte pour
la gloire du beau sexe;car
les marques qu'elle a données
de son courage font
des préjugez probables
qu'elle se tirera toûjours
glorieusement des occasions
perilleuses,où les
filles perdent quelquefois
la tramontane.
Cette courageuse per-
;sonne se nomme Marie
Aquaire,& elle courut ce
dangerleVendredy 13. Novembre3ssirles
deux heures
après midy.Ce fut la
corde d'un grand batteau
qui l'enleva ôc lajetta dans
l'eau, qui l'emporta plus
de deux cent pas, la Riviere
étoit fort grosse, &
trèsagitée ce jour- là, &
elle fut portée,sans exagerer,
pendant une grosse
demi-heure, & après qu'on
l'eut sauvée, on luy trouva
encore dans la main une
piecede monoye, qu'elle
tenoit dans lebatteau,
aparemment pourpayer le
Battelier,car elle ne sçavoitpasassezlaFable
pour
avoir en vûë le passage de
la Barque à Caron.
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Résumé : PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
Le texte narre l'aventure de Marie Aquaire, une jeune fille dont le petit bateau s'est renversé dans la Seine, entre le vieux Louvre et le Collège des Quatre-Nations. Portant un paquet d'étoffes et de coton, elle a gonflé ses jupes pour créer un bouchon flottant, lui permettant de maintenir son équilibre pendant environ une demi-heure. Marie a conservé son sang-froid, utilisant une main pour faire des vœux et appeler des bateliers à son secours. Ces derniers l'ont sauvée, évitant ainsi une tragédie. L'incident s'est produit le vendredi 13 novembre, vers deux heures de l'après-midi, alors que la rivière était très agitée. Après son sauvetage, une pièce de monnaie destinée à payer le batelier a été retrouvée dans sa main.
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4816
p. 165-173
LETTRE. de Catalogne.
Début :
Il y a long-temps, Monsieur, que je n'ay eu l'honneur [...]
Mots clefs :
Catalogne, Rebelles, Troupes, Comte de Montemart, Duc de Popoli, Plaine de Vic
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE. de Catalogne.
LETTRE.
de Catalogne.
| Ilya long-tem ps, Moru.
sieur, que je n'a y eu l'honneur
de vous escrire, parce
qu'il n'y a rien eu quifust
digne de vous e stre mandé,
mais ce qui se passe icy
presentement merite bien
que vousen soyezinformé;
tous les peuples de la Catalogne
se sont soulevés&
ont pris les armes. Mr. le
Duc de Popoly a fait de
gros détachements,l'un
pour envoyer sur laViguerre
deVillaFranca,& l'autre
dans leValles.
J'a pprends par unCourier
qu'il m'envoye qu'ils
ontfort bien fait l'un ôc
l'autre,queceluy de Valles
commandé par le Comte
de Montemart aprés
avoir chassé les rebelles de
plu sieurs postes qu'ils oc-
CUPOIent ,
bruslé entieremenc
Caldas de Montbouy
& une partie de S.
Manat
,
le calme paroifsoit
restably de ce costé Ii.
Il est depuis entre dans la
plaine de Vich, & comme
l'arrivée des troupes dans
celuy-cy avoit attiré tous
les rebelles de ce costé
pour nous disputer un paC.
fage que l'on appelle le
Col Secabra, il trouva celuy
du Congostlibre &
sans resistance, il chassa les
Miquelets & rebelles qui
en formoient le blocus &
qui tenoient Mr de Bracamonte
très resserré dans
cette Ville. :., Il les suivit avec toute la
Ji'
diligence possible & lesattaqua
cLns un poste
avantageux que l'on appelleN.
Senorade laGleva,
il les y força. aprés en
avoir tué 200. & 104. faits
prisonniers
,
& a prèsayoir
chasséun corps de revoltés.
qui croient dans la montagne
de S. Hypolite,il fie"
piller ce Village& le fit
ddbréuéspleper en&ndtoôdutioccei.-qtu.i»en
J'avois envoyé un déftachemenr
assez considerableàl'Equerol
pour dissiper
les rebellesqui le pourroient
roient trouver de ce costé,
mais ils n'attendirent pas
l'arrivée des troupes & tout
se retira dans le moment,
cela paroist encore finie
pour un temps dans la
plaine de Vich à la reserve
des Villages du Mont
Senis qui ont encore les
armes à la main, le Comte
de Montemart doit aller
- dans le Lluzanes y
joindre le Brigadier Dom
JosephVallejo. Tous les
rebelles se sont retirés de
ce costé - là & de celuy
de Manresa& de Solsonne
J
il me paroist que le
costé de Solfonne est celuyqui
donne le plus d'inquiétude
; Dom Joseph
Vallejoavoit beaucoup, de
troupes à ses ordres & les
avoit fort divisées dans des
quartiersdifferens pour,
resserrer autant qu'il pourroit
la garnison de Cardonne,
mais tout d'un
coup elles se trouverent
inverties sans se pouvoir
donner la main l'un à l'autre
,
mesme Vallejo ayant
assembleun Corps de troupes
assez considerable, ne
pusty aller luy mesme leur
porter du secours, le grand
nombre des rebelles qu'il
y a de ce coftc-sa
,
luy en
ayant fermé le partage.
Dom Diego Gonzales
qui estoit party du Camp
avec un autre destachement
arriva tres à propos
pour secourir le Regiment
de Brabant Cavalerie Walone,
qui estoit assiegé
dans Yqualada où il se
deffendoit, & ayant bruslé
le Village de S. Quintinil
marcha à laPuëbla
oùles rebelles s'étoient
retirés & fortifiez, & les
y ayantforcé &passé au
fil de l'espée toutce qui se
rencontroit, il y avoit mis
le feu, il estoitrevenudepuis
à Mattorell oùil attendoit
du Canon & des
mineurs pour attaquer
trois Chasteaux qui sont
prés de-là, occupés par les rebelles, tres- bons
pour leurs situations ôc
qui incommodent fort la
communication du Camp.
La nouvelle la plus inw
portante, est celle de l'arrivée
de la Flotte de Cadix
à Tarragone avec
toutes les munitions de
guerre & de bouche que
l'on attendoit dont M. le
Duc de Popoly me fait
part par son dernier Courrier
, il compte quelle fera
incessamment devant Barcelonne.
J'ayl'honneur d'estre
avec un respectueux attachement,
Monsieur, vostre
trés- humble & tresobéïssant
Serviteur
FiEN NIis.
de Catalogne.
| Ilya long-tem ps, Moru.
sieur, que je n'a y eu l'honneur
de vous escrire, parce
qu'il n'y a rien eu quifust
digne de vous e stre mandé,
mais ce qui se passe icy
presentement merite bien
que vousen soyezinformé;
tous les peuples de la Catalogne
se sont soulevés&
ont pris les armes. Mr. le
Duc de Popoly a fait de
gros détachements,l'un
pour envoyer sur laViguerre
deVillaFranca,& l'autre
dans leValles.
J'a pprends par unCourier
qu'il m'envoye qu'ils
ontfort bien fait l'un ôc
l'autre,queceluy de Valles
commandé par le Comte
de Montemart aprés
avoir chassé les rebelles de
plu sieurs postes qu'ils oc-
CUPOIent ,
bruslé entieremenc
Caldas de Montbouy
& une partie de S.
Manat
,
le calme paroifsoit
restably de ce costé Ii.
Il est depuis entre dans la
plaine de Vich, & comme
l'arrivée des troupes dans
celuy-cy avoit attiré tous
les rebelles de ce costé
pour nous disputer un paC.
fage que l'on appelle le
Col Secabra, il trouva celuy
du Congostlibre &
sans resistance, il chassa les
Miquelets & rebelles qui
en formoient le blocus &
qui tenoient Mr de Bracamonte
très resserré dans
cette Ville. :., Il les suivit avec toute la
Ji'
diligence possible & lesattaqua
cLns un poste
avantageux que l'on appelleN.
Senorade laGleva,
il les y força. aprés en
avoir tué 200. & 104. faits
prisonniers
,
& a prèsayoir
chasséun corps de revoltés.
qui croient dans la montagne
de S. Hypolite,il fie"
piller ce Village& le fit
ddbréuéspleper en&ndtoôdutioccei.-qtu.i»en
J'avois envoyé un déftachemenr
assez considerableàl'Equerol
pour dissiper
les rebellesqui le pourroient
roient trouver de ce costé,
mais ils n'attendirent pas
l'arrivée des troupes & tout
se retira dans le moment,
cela paroist encore finie
pour un temps dans la
plaine de Vich à la reserve
des Villages du Mont
Senis qui ont encore les
armes à la main, le Comte
de Montemart doit aller
- dans le Lluzanes y
joindre le Brigadier Dom
JosephVallejo. Tous les
rebelles se sont retirés de
ce costé - là & de celuy
de Manresa& de Solsonne
J
il me paroist que le
costé de Solfonne est celuyqui
donne le plus d'inquiétude
; Dom Joseph
Vallejoavoit beaucoup, de
troupes à ses ordres & les
avoit fort divisées dans des
quartiersdifferens pour,
resserrer autant qu'il pourroit
la garnison de Cardonne,
mais tout d'un
coup elles se trouverent
inverties sans se pouvoir
donner la main l'un à l'autre
,
mesme Vallejo ayant
assembleun Corps de troupes
assez considerable, ne
pusty aller luy mesme leur
porter du secours, le grand
nombre des rebelles qu'il
y a de ce coftc-sa
,
luy en
ayant fermé le partage.
Dom Diego Gonzales
qui estoit party du Camp
avec un autre destachement
arriva tres à propos
pour secourir le Regiment
de Brabant Cavalerie Walone,
qui estoit assiegé
dans Yqualada où il se
deffendoit, & ayant bruslé
le Village de S. Quintinil
marcha à laPuëbla
oùles rebelles s'étoient
retirés & fortifiez, & les
y ayantforcé &passé au
fil de l'espée toutce qui se
rencontroit, il y avoit mis
le feu, il estoitrevenudepuis
à Mattorell oùil attendoit
du Canon & des
mineurs pour attaquer
trois Chasteaux qui sont
prés de-là, occupés par les rebelles, tres- bons
pour leurs situations ôc
qui incommodent fort la
communication du Camp.
La nouvelle la plus inw
portante, est celle de l'arrivée
de la Flotte de Cadix
à Tarragone avec
toutes les munitions de
guerre & de bouche que
l'on attendoit dont M. le
Duc de Popoly me fait
part par son dernier Courrier
, il compte quelle fera
incessamment devant Barcelonne.
J'ayl'honneur d'estre
avec un respectueux attachement,
Monsieur, vostre
trés- humble & tresobéïssant
Serviteur
FiEN NIis.
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Résumé : LETTRE. de Catalogne.
La lettre, rédigée en Catalogne, relate les récents soulèvements dans la région. Les habitants se sont armés et ont été confrontés par des détachements militaires envoyés par le Duc de Popoly. Le Comte de Montemart a dirigé une opération dans le Valles, chassant les rebelles de plusieurs postes et rétablissant l'ordre après avoir brûlé Caldas de Montbouy et une partie de Saint-Manat. Il a également libéré le Col Secabra et débloqué la ville de Bracamonte. Dans la plaine de Vich, les rebelles se sont retirés, mais les villages du Mont Senis restent armés. Le Comte de Montemart doit rejoindre le Brigadier Dom Joseph Vallejo dans le Lluzanes. La situation à Solsonne est critique, car les troupes de Vallejo sont divisées. Dom Diego Gonzales a secouru le régiment de Brabant Cavalerie Walone assiégé à Yqualada et repoussé les rebelles à la Puëbla. Une flotte de Cadix, chargée de munitions, est arrivée à Tarragone et se dirigera prochainement vers Barcelone.
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4817
p. 156-167
Extrait du Ballet de la Félicité [titre d'après la table]
Début :
Nous avons promis le mois passé de parler du Ballet de la Félicité ; en voici un [...]
Mots clefs :
Amour, Félicité, Hébé, Ballet, Cour, Dieu, Aristée, Jeunesse, Art, Fête, Divertissement, Philonide, Mercure, Nymphes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Ballet de la Félicité [titre d'après la table]
Nous avons promis le mois paſſé deparler
du Ballet de la Félicit'é; en voici
extrait qui nous a été envoyé par un des
amis de l'Auteur , nous n'y avons rien ajouté
ni retranché , nous réiterons ici les af
ſurances pluſieurs fois données que nous ſerons
toujours exacts à rendre juſtice à
ceux qui nous ſeconderont.
On a donné ſur le Théârre de Verſailles
le 16 & le 24 Mars dernier le Ballet de la
Felicité , les paroles ſont de M. Roy Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel, la Mufique
de Meſſieurs Rebel & Francoeur Sur-
Intendans de la Muſique de ſa Majefté.
La Cour atttendoit que l'Auteur des Elemens
faits pour elle en 1722 , reparut dans
une carrierre où il a des droits acquis par
les ſuccès. Ce dernier ouvrage eſt marqué
au même coin de génie que Philomele, Cal-
Thiroë , les Sens , les Graces ,le Ballet de la
Paix &c. Le ſujet eſt auſſi bien rempli
qu'heureuſement choiſi.
La Felicité paroît le plus digne objet à
préſenter au Monarque occupé de celle
des peuples. L'Auteur ſans propofer audacieuſement
ſes idées comme les ſeules pro
AVRIL 1746. 157
pres aux fêtes de la Cour , en tire l'avantage
d'un éloge pour S. M. également neuf
&naturel : éloge qui ſignale le Citoyen &
le Poëte.
Voici le projet du Ballet.
L'Abondance , fource du bonheur , la
jeuneſſe , tems d'en jouir , le lieu où l'on
voit ce qu'on aime,hors duquel il eſt ſi peude
beaux jours. Voilà les trois parties qui achevent
le tableau de la Felicité; l'Auteur a
trouvé le ſecret d'y aſſortir trois ſujets de
Fable , inconnus au Théâtre Lyrique qui
ſemble avoir épuisé la Mythologie. Ces
fictions variées , foutenues de ſentimens, developent
des caracteres neufs & intereſſans.
Chacune améne deux divertiſſemens . C'eſt
une adreſſe ſinguliere pour épargner au
ſpectateur l'ennui , d'entendre trop de
ſcénes de ſuite , ou de voir danſer trop
long-tems . C'eſt une adreſſe que M. Roy
amarquée dans tous fes Ballets& gliparroit
ſervir de reſſource & de regle.
PREMIERE ENTRE'E.
Une Princeſſe éloignée de la Cour de
Mycene , impatiente d'y retourner , irritée
d'en perdre l'e perance , eſt guerie de l'ambition
par la tendreſſe. Les délices duTem158MERCURE
DE FRANCE
pé ne la conſoloient pas. Le ſeul retour
d'un amant la dédommage de ce qu'elle regrettoit
; cet amant eſt le Dieu qui ſous le
nom d'Idamante avoit conduit Paris chés
Helene. Le courtiſan a toute la délicateſſe &
l'infinuation du Dieu de l'éloquence. Voici
ſon portrait.
Par un art peu connu des vulgaires amans ,
Il ne faiſoit parler que ſes empreſſemens .
S'il peignoit les feux d'un coeur tendre ,
il en ſçavoit cacher les craintes , les tourmens ,
Et ſembloit moins forcer mon aveu , que l'attendre.
Il pratique à la lettre le precepte d'Ovide :
Lanius inſtando tadia tolle tui *
Ovide eſt un tréſor inépuiſable pour le
Poëte qui ſçait mettre en oeuvre. En voici
un ſecond exemple.
** Pectora dum gaudent noe funt adstrita doloro
Ipfa patent , blanda tunc fubit arte Venus.
t
Penſée que Philonide rend ainſi dans la
ſcéne troifiéme.
* Art , amat . 1 .
** ibid,
AVRIL 1746 . 159
C'eſt au ſein des plaiſirs que regne la tendreffe;
L'Amour veut en riant allumer nos ardeurs ,
Ses momens ne ſont pas les momens de triſteſſe ;
Les fêtes & l'éclat lui préparent les coeurs .
Mercure ne dément pas le caractére ſous
lequel il eſt annoncé.
Si vous vous plaiſiez à m'entendre
Mes entretiens vous peindroient mon amour ;
Dès qu'ils vous ennuiront , je ſçaurai les ſuſpen
dre;
Mon feu plus renfermé n'en ſera que plus tendre ;
Mes ſoins plus aſſidus , plus vifs de jour en jour....
Tout ce que je vous tais , ils pourront vous l'af
prendre.
Le premier divertiſſement de cette en
trée eſt une fête à la Fortune , fête qui n'eſt
pas deplacée à la Cour.
On chante le pouvoir de la Déeſſe , fon
inconſtance, l'avidité inquiéte des afpirans ;
elle ne repond pas à l'invocation avec la
docilité des autres oracles. Son filence eft
un effet de fon caprice ou de l'influence
d'un Dieu ſuperieur & intereſſé à mettre
Philonide dans l'embarras. Voici le Choeur
des Prêtreſſes pour juſtifier la bizarrerie de
leur divinité & pour laiſſer l'auditeur en
fufpens.
160 MERCURE DE FRANCE.
Elle fonde ſa puiſſance
Sur ſes caprices divers ;
• Aujourd'hui nos voeux offerts ,
Irritene ſa réſiſtance ;
Demain elle les devance
Ses bienfaits en ſont plus chers ;
Et l'ordre de l'Univers ,
Dépend de fon inconstance.
Imitation de Virgile *
Multos alterna reviſens
Lufit , & in folido rurfus Fortuna locavit.
La ſcéne de dénoûment , où Idamante
amene par degrés Philonide à renoncer aux
plaiſirs , aux grandeurs ;&à convenir
Qu'où l'on voit ce qu'on aime ,
C'eſt le ſéjour de la Felicité.
<
Eſt maniée avec toute la dexterité que
donne la connoiſſance du coeur humain.
Mercure content de la victoire qu'il ne doit
qu'à ſes ſentimens , & nullement à la divinité,
ſe découvre. Philonide ſent tout le prix
de ſa conquête. Le Dieu appelle les Faunes
& les Driades , ſes premiers éleves en
* Aneid II°,
AVRIL. 1746. 161
muſique. Leur hommage forme le ſecond
divertiſſement.
SECONDE ENTRE' E.
Cette entrée eſt une fiction de converance
, & appuyée ſur des noms & des traits
conſacrés par la Fable. Amaltée fille du
Roy d'Etolie , & dépoſitaire de la corne
d'abondance , c'est-à-dire , inſtrument de la
Felicité publique , Ariſtée fils du Soleil &
reconnu pour tel après le ſecours donné à
ſaPatrie, ſont des partis dignes l'un de l'autre.
Ce ſujet n'eſt pas choiſi au hazard,
L'alluſion eſt ſenſible.
L'action eſt tiſſue avec vraiſemblance &
fimpliciré;Ariſtée ignore ſa naiſſance. Elevé
par les Nymphes de Cerés dans l'état paſto
ral , état qui n'étoit pas indigne de premiers
Souverains , amoureux d'Amaltée il la prefere
à la Sirene fille d'Achelous , à l'Empire
des pays quil a fertiliſés , & que ce fleuve
arroſe.
On éleve Amaltée au trône par le choix
de Cerès qui lui impoſe de s'unir au fils
du Soleil . L'attente de ce nouveau maître
, flateuſe pour les peuples , accable les
⚫deux amans ſans les dégager. Leur conſtance
augmente le péril. Achelous venge l'outrage
fait à ſa fille. Il ſouleve les flots& in
162 MERCURE DE FRANCE.
onde les campagnes. Spectacle qui a été
tendu d'une maniere ſurprenante. Ariſtée
ſe devoue en victime à la fureur du Fleuve ,
& court ſe précipiter.
Cette ſituation pathétique eſt ſuivie d'une
Peripétie agréable , de l'apparition de Zéphirs
, qui fur des globes de nuées chantent
ces paroles.
Digne fils du Soleil , exercez ſa puiſſance
Ariſtée il ſoumet les Zéphirs à vos loix.
Ariſtée uſe des droits de ſa naiſſance ; il
repare le ravage , releve les arbres , chaffe
les flots , toutes les richeſſes reparoiffent.
Amaltée le couronne ; les moiſſonneurs revenus
de leur crainte viennent rondre grace
àleur bienfaiteur. Leur reconnoiſſance qui
forme le ſecond divertiſſement s'exprime
ainfi.
Regnez; c'eſt ſur vous ſeuls que notre eſpoir ſe
fonde;
Que vos exemples foient nos Loix
Le deſtin aux vertus des Rois
Enchaine le bonheur du monde.
TROISIEME ENTREE.
Voici une Fable nouvelle , mais tracée
AVRIL
1746. 163
d'après les métamorphoſes. L'invention eft
heureuſe & fondée , auſſi a-t- elle paru ſuperieure
encore à celles des deux premiers
Actes.
L'amour chargé par les Dieuxde choiſir une
mortellepour leur fervir de nectar ſe détermine
en faveur d'Hebé fille de Prothée. Rien de
plus raiſonnable que l'inclination de l'amour
pour la jeuneſſe. Illa doit conduire au Ciel.
Suivant le langage des Poëtes , la Cour des
Rois eſt le Ciel. L'allegorie et délicate.
La jeuneſſe eſt ici peinte d'après Horace
*
Mutatur in horas
Amata relinguere pernix.
Occupée de ſa béauté , de la craintede
vieillir.
*Speciosa quero
Pafcere tigres,
Voici comme M. Roy a imité le lyrique
Romain.
:
Hebé plus jeune que ſon âge
S'amuſe à tout & ne s'occupe à rien ;
La jeuneſſe pour elle eſt le ſuprême bien ;
Les troupeaux de Neptune errans ſur ce rivage ,
Une flear , un beau jour , l'aſpect d'un verd feuil
lage ,
Art- Poё,
Ode 27 1. 3º.
164 MERCURE DE FRANCE.
Desdanſes , des chanſons font tout ſon entretiens
Tout est égal à ſon ame legere ;
Tout devant ſes regards paſſe rapidement ;
Pour l'ennuier , pour lui plaire ,
Chaque objet n'a qu'un moment.
Ce ſont les paroles de Prothée dans la
Scéne avec l'Amour , Scéne très - riante qui
met vis-à- vis l'un de l'autre les deux Auteurs
de tout preſtige.
Hebé parle & agit conféquemment àl'idée
qu'on a donnée d'elle. La vivacité , l'impatiencedans
les plaiſirs , la diſtraction font
unjeu charmant aux yeux du Spectateur ;
elle dit àſes Nymphes
Que le Plaiſir s'offre à nous
Sans le chercher ni l'attendre :
Il n'eſt jamais auſſi doux
Que quand il vient nous ſurprendre;
Le préparer eſt un ennui ;
leſtdéja paſſé quand on court après lui.
L'Amour , perſonnage inconnu à Hebé
& aux Nymphes ſe mêle àleurs Danſes ,
excite la curiofité d'Hebé , danſe à pluſieurs
repriſes en augmentant toujours devivacité.
Il la fixe , & la réduit àpenser; changement
dont elle eſt étonnée : la Fête ſe retire ; à la
déclaration muette , l'Amour fait ſuccéder
AVRIL 1746. 165
le détail des ſentimens qu'Hébé ignore ellemême;
il lui rend raiſon de l'ennui qu'elle
éprouve partout , du vuide de tous les plaifirs
, qui ne peut être rempli que par celui
qui lui manque, Hébé qui a entendu chés
fon pere des amantes ſe plaindre de leur
fort , craint des chagrins nuiſibles àſes charmes.
Que leurperte aujourd'hui me ſembleroit cruelle;
Nonjen'ai jamais tant ſouhaité d'être belle.
Aimez vous leferez toujours, lui répond le
Dieu; ainſi du fond même du caractére
d'Hebépart ſon conſentement d'aimer. L'art
imperceptible avec lequel cette Scéne eft filée,
la Métaphyfique galante , & naïvement
exprimée ont eu l'applaudiffement univerſel.
Enfin l'aigle de Jupiter apporte le vaſede
pectar ; l'Amour le donne àla tendreHébé ;
Prothee qui ſurvient , ſurpris devoir ſa fille
devenue ſenſible ; dit
Ma fille , ô Ciel ! quel changement !
Toi qui fuyois l'Amour avec un ſoinextrême.)
Il reçoit d'elle cette réponſe ſans replique,
Iln'avoit pasparlé lui même,
Le divertiſſement eſt la fête du Mariage,
1
166 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qui eſt ſoumis à l'Amour célébre
fon triomphe & les maximes d'Opéra fi
ufées , prennent ici une nouvelle couleur.
► Quoique cet extrait ſoit déja long , nous
ne le finirons pas ſans rendre compte du
Prologue.
La victoire de Fontenoy tant de fois chantée
a fou Incore de nouveaux tons à M.
Koy ; il adapte à ce grand événement les
jeux conſacrés à l'Empereur Auguſte , Vain
queur d'une Reine puiſſante dans la journée
d'Actium .
* Quo Actiaca victoria memoria celebratior
in posterum effet quinquennales ludos inftituit.
On ſçait que la Felicitéavoit un Temple
àRome , que les Saliens&les Veſtales préfidoient
aux jeux ; voici l'Hymne de la Veſ
tale à la Félicité.
Felicité charmante , acceptez notre encens ,
Tribut des coeurs reconnoiſſans.
LesCélestes bienfaits , la Paix & la Victoire
Par la main des Céſars ſe répandent ſur nous ;
Auguſte a de l'Empire éterniſé la gloire ;
Nos hommages pour lui font un culte pour vous.
On ſçait auſſi que les Piéces de Théatre
ſe repréſentoient dans les jeuxRomains ; té-
*Sueton.vita. Aug. c. 7.
AVRIL 1746. 167
moin les Comédies de Térence : M. Roy
employe ce trait Hiftorique pour annoncer
fonBallet.
Ainſi tout Poëte imbu de l'antiquité
ſçait enrichir ſa Muſe ; le notre avoit trouvé
powconvalefcence du Roiles Auguftales
dans Suétone. Le public fent le prix de
ces bonnes rencontres qui font aujourd'hui
affés peu communes .
L'exécution de ce Ballet a fait honneur au
goût de M. le Duc d'Aumont Premier
Gentilhomme de la Chambre. La protection
des vrais talens eſt héréditaire à ſon
illuftre nom.
La magnificence des habits & des décorations
eſt le fruit des ſoins de M. de Cindré
Intendant des menus , qui préfere à
tout les occupations de ſa charge & qui
la remplit fi dignement.
du Ballet de la Félicit'é; en voici
extrait qui nous a été envoyé par un des
amis de l'Auteur , nous n'y avons rien ajouté
ni retranché , nous réiterons ici les af
ſurances pluſieurs fois données que nous ſerons
toujours exacts à rendre juſtice à
ceux qui nous ſeconderont.
On a donné ſur le Théârre de Verſailles
le 16 & le 24 Mars dernier le Ballet de la
Felicité , les paroles ſont de M. Roy Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel, la Mufique
de Meſſieurs Rebel & Francoeur Sur-
Intendans de la Muſique de ſa Majefté.
La Cour atttendoit que l'Auteur des Elemens
faits pour elle en 1722 , reparut dans
une carrierre où il a des droits acquis par
les ſuccès. Ce dernier ouvrage eſt marqué
au même coin de génie que Philomele, Cal-
Thiroë , les Sens , les Graces ,le Ballet de la
Paix &c. Le ſujet eſt auſſi bien rempli
qu'heureuſement choiſi.
La Felicité paroît le plus digne objet à
préſenter au Monarque occupé de celle
des peuples. L'Auteur ſans propofer audacieuſement
ſes idées comme les ſeules pro
AVRIL 1746. 157
pres aux fêtes de la Cour , en tire l'avantage
d'un éloge pour S. M. également neuf
&naturel : éloge qui ſignale le Citoyen &
le Poëte.
Voici le projet du Ballet.
L'Abondance , fource du bonheur , la
jeuneſſe , tems d'en jouir , le lieu où l'on
voit ce qu'on aime,hors duquel il eſt ſi peude
beaux jours. Voilà les trois parties qui achevent
le tableau de la Felicité; l'Auteur a
trouvé le ſecret d'y aſſortir trois ſujets de
Fable , inconnus au Théâtre Lyrique qui
ſemble avoir épuisé la Mythologie. Ces
fictions variées , foutenues de ſentimens, developent
des caracteres neufs & intereſſans.
Chacune améne deux divertiſſemens . C'eſt
une adreſſe ſinguliere pour épargner au
ſpectateur l'ennui , d'entendre trop de
ſcénes de ſuite , ou de voir danſer trop
long-tems . C'eſt une adreſſe que M. Roy
amarquée dans tous fes Ballets& gliparroit
ſervir de reſſource & de regle.
PREMIERE ENTRE'E.
Une Princeſſe éloignée de la Cour de
Mycene , impatiente d'y retourner , irritée
d'en perdre l'e perance , eſt guerie de l'ambition
par la tendreſſe. Les délices duTem158MERCURE
DE FRANCE
pé ne la conſoloient pas. Le ſeul retour
d'un amant la dédommage de ce qu'elle regrettoit
; cet amant eſt le Dieu qui ſous le
nom d'Idamante avoit conduit Paris chés
Helene. Le courtiſan a toute la délicateſſe &
l'infinuation du Dieu de l'éloquence. Voici
ſon portrait.
Par un art peu connu des vulgaires amans ,
Il ne faiſoit parler que ſes empreſſemens .
S'il peignoit les feux d'un coeur tendre ,
il en ſçavoit cacher les craintes , les tourmens ,
Et ſembloit moins forcer mon aveu , que l'attendre.
Il pratique à la lettre le precepte d'Ovide :
Lanius inſtando tadia tolle tui *
Ovide eſt un tréſor inépuiſable pour le
Poëte qui ſçait mettre en oeuvre. En voici
un ſecond exemple.
** Pectora dum gaudent noe funt adstrita doloro
Ipfa patent , blanda tunc fubit arte Venus.
t
Penſée que Philonide rend ainſi dans la
ſcéne troifiéme.
* Art , amat . 1 .
** ibid,
AVRIL 1746 . 159
C'eſt au ſein des plaiſirs que regne la tendreffe;
L'Amour veut en riant allumer nos ardeurs ,
Ses momens ne ſont pas les momens de triſteſſe ;
Les fêtes & l'éclat lui préparent les coeurs .
Mercure ne dément pas le caractére ſous
lequel il eſt annoncé.
Si vous vous plaiſiez à m'entendre
Mes entretiens vous peindroient mon amour ;
Dès qu'ils vous ennuiront , je ſçaurai les ſuſpen
dre;
Mon feu plus renfermé n'en ſera que plus tendre ;
Mes ſoins plus aſſidus , plus vifs de jour en jour....
Tout ce que je vous tais , ils pourront vous l'af
prendre.
Le premier divertiſſement de cette en
trée eſt une fête à la Fortune , fête qui n'eſt
pas deplacée à la Cour.
On chante le pouvoir de la Déeſſe , fon
inconſtance, l'avidité inquiéte des afpirans ;
elle ne repond pas à l'invocation avec la
docilité des autres oracles. Son filence eft
un effet de fon caprice ou de l'influence
d'un Dieu ſuperieur & intereſſé à mettre
Philonide dans l'embarras. Voici le Choeur
des Prêtreſſes pour juſtifier la bizarrerie de
leur divinité & pour laiſſer l'auditeur en
fufpens.
160 MERCURE DE FRANCE.
Elle fonde ſa puiſſance
Sur ſes caprices divers ;
• Aujourd'hui nos voeux offerts ,
Irritene ſa réſiſtance ;
Demain elle les devance
Ses bienfaits en ſont plus chers ;
Et l'ordre de l'Univers ,
Dépend de fon inconstance.
Imitation de Virgile *
Multos alterna reviſens
Lufit , & in folido rurfus Fortuna locavit.
La ſcéne de dénoûment , où Idamante
amene par degrés Philonide à renoncer aux
plaiſirs , aux grandeurs ;&à convenir
Qu'où l'on voit ce qu'on aime ,
C'eſt le ſéjour de la Felicité.
<
Eſt maniée avec toute la dexterité que
donne la connoiſſance du coeur humain.
Mercure content de la victoire qu'il ne doit
qu'à ſes ſentimens , & nullement à la divinité,
ſe découvre. Philonide ſent tout le prix
de ſa conquête. Le Dieu appelle les Faunes
& les Driades , ſes premiers éleves en
* Aneid II°,
AVRIL. 1746. 161
muſique. Leur hommage forme le ſecond
divertiſſement.
SECONDE ENTRE' E.
Cette entrée eſt une fiction de converance
, & appuyée ſur des noms & des traits
conſacrés par la Fable. Amaltée fille du
Roy d'Etolie , & dépoſitaire de la corne
d'abondance , c'est-à-dire , inſtrument de la
Felicité publique , Ariſtée fils du Soleil &
reconnu pour tel après le ſecours donné à
ſaPatrie, ſont des partis dignes l'un de l'autre.
Ce ſujet n'eſt pas choiſi au hazard,
L'alluſion eſt ſenſible.
L'action eſt tiſſue avec vraiſemblance &
fimpliciré;Ariſtée ignore ſa naiſſance. Elevé
par les Nymphes de Cerés dans l'état paſto
ral , état qui n'étoit pas indigne de premiers
Souverains , amoureux d'Amaltée il la prefere
à la Sirene fille d'Achelous , à l'Empire
des pays quil a fertiliſés , & que ce fleuve
arroſe.
On éleve Amaltée au trône par le choix
de Cerès qui lui impoſe de s'unir au fils
du Soleil . L'attente de ce nouveau maître
, flateuſe pour les peuples , accable les
⚫deux amans ſans les dégager. Leur conſtance
augmente le péril. Achelous venge l'outrage
fait à ſa fille. Il ſouleve les flots& in
162 MERCURE DE FRANCE.
onde les campagnes. Spectacle qui a été
tendu d'une maniere ſurprenante. Ariſtée
ſe devoue en victime à la fureur du Fleuve ,
& court ſe précipiter.
Cette ſituation pathétique eſt ſuivie d'une
Peripétie agréable , de l'apparition de Zéphirs
, qui fur des globes de nuées chantent
ces paroles.
Digne fils du Soleil , exercez ſa puiſſance
Ariſtée il ſoumet les Zéphirs à vos loix.
Ariſtée uſe des droits de ſa naiſſance ; il
repare le ravage , releve les arbres , chaffe
les flots , toutes les richeſſes reparoiffent.
Amaltée le couronne ; les moiſſonneurs revenus
de leur crainte viennent rondre grace
àleur bienfaiteur. Leur reconnoiſſance qui
forme le ſecond divertiſſement s'exprime
ainfi.
Regnez; c'eſt ſur vous ſeuls que notre eſpoir ſe
fonde;
Que vos exemples foient nos Loix
Le deſtin aux vertus des Rois
Enchaine le bonheur du monde.
TROISIEME ENTREE.
Voici une Fable nouvelle , mais tracée
AVRIL
1746. 163
d'après les métamorphoſes. L'invention eft
heureuſe & fondée , auſſi a-t- elle paru ſuperieure
encore à celles des deux premiers
Actes.
L'amour chargé par les Dieuxde choiſir une
mortellepour leur fervir de nectar ſe détermine
en faveur d'Hebé fille de Prothée. Rien de
plus raiſonnable que l'inclination de l'amour
pour la jeuneſſe. Illa doit conduire au Ciel.
Suivant le langage des Poëtes , la Cour des
Rois eſt le Ciel. L'allegorie et délicate.
La jeuneſſe eſt ici peinte d'après Horace
*
Mutatur in horas
Amata relinguere pernix.
Occupée de ſa béauté , de la craintede
vieillir.
*Speciosa quero
Pafcere tigres,
Voici comme M. Roy a imité le lyrique
Romain.
:
Hebé plus jeune que ſon âge
S'amuſe à tout & ne s'occupe à rien ;
La jeuneſſe pour elle eſt le ſuprême bien ;
Les troupeaux de Neptune errans ſur ce rivage ,
Une flear , un beau jour , l'aſpect d'un verd feuil
lage ,
Art- Poё,
Ode 27 1. 3º.
164 MERCURE DE FRANCE.
Desdanſes , des chanſons font tout ſon entretiens
Tout est égal à ſon ame legere ;
Tout devant ſes regards paſſe rapidement ;
Pour l'ennuier , pour lui plaire ,
Chaque objet n'a qu'un moment.
Ce ſont les paroles de Prothée dans la
Scéne avec l'Amour , Scéne très - riante qui
met vis-à- vis l'un de l'autre les deux Auteurs
de tout preſtige.
Hebé parle & agit conféquemment àl'idée
qu'on a donnée d'elle. La vivacité , l'impatiencedans
les plaiſirs , la diſtraction font
unjeu charmant aux yeux du Spectateur ;
elle dit àſes Nymphes
Que le Plaiſir s'offre à nous
Sans le chercher ni l'attendre :
Il n'eſt jamais auſſi doux
Que quand il vient nous ſurprendre;
Le préparer eſt un ennui ;
leſtdéja paſſé quand on court après lui.
L'Amour , perſonnage inconnu à Hebé
& aux Nymphes ſe mêle àleurs Danſes ,
excite la curiofité d'Hebé , danſe à pluſieurs
repriſes en augmentant toujours devivacité.
Il la fixe , & la réduit àpenser; changement
dont elle eſt étonnée : la Fête ſe retire ; à la
déclaration muette , l'Amour fait ſuccéder
AVRIL 1746. 165
le détail des ſentimens qu'Hébé ignore ellemême;
il lui rend raiſon de l'ennui qu'elle
éprouve partout , du vuide de tous les plaifirs
, qui ne peut être rempli que par celui
qui lui manque, Hébé qui a entendu chés
fon pere des amantes ſe plaindre de leur
fort , craint des chagrins nuiſibles àſes charmes.
Que leurperte aujourd'hui me ſembleroit cruelle;
Nonjen'ai jamais tant ſouhaité d'être belle.
Aimez vous leferez toujours, lui répond le
Dieu; ainſi du fond même du caractére
d'Hebépart ſon conſentement d'aimer. L'art
imperceptible avec lequel cette Scéne eft filée,
la Métaphyfique galante , & naïvement
exprimée ont eu l'applaudiffement univerſel.
Enfin l'aigle de Jupiter apporte le vaſede
pectar ; l'Amour le donne àla tendreHébé ;
Prothee qui ſurvient , ſurpris devoir ſa fille
devenue ſenſible ; dit
Ma fille , ô Ciel ! quel changement !
Toi qui fuyois l'Amour avec un ſoinextrême.)
Il reçoit d'elle cette réponſe ſans replique,
Iln'avoit pasparlé lui même,
Le divertiſſement eſt la fête du Mariage,
1
166 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qui eſt ſoumis à l'Amour célébre
fon triomphe & les maximes d'Opéra fi
ufées , prennent ici une nouvelle couleur.
► Quoique cet extrait ſoit déja long , nous
ne le finirons pas ſans rendre compte du
Prologue.
La victoire de Fontenoy tant de fois chantée
a fou Incore de nouveaux tons à M.
Koy ; il adapte à ce grand événement les
jeux conſacrés à l'Empereur Auguſte , Vain
queur d'une Reine puiſſante dans la journée
d'Actium .
* Quo Actiaca victoria memoria celebratior
in posterum effet quinquennales ludos inftituit.
On ſçait que la Felicitéavoit un Temple
àRome , que les Saliens&les Veſtales préfidoient
aux jeux ; voici l'Hymne de la Veſ
tale à la Félicité.
Felicité charmante , acceptez notre encens ,
Tribut des coeurs reconnoiſſans.
LesCélestes bienfaits , la Paix & la Victoire
Par la main des Céſars ſe répandent ſur nous ;
Auguſte a de l'Empire éterniſé la gloire ;
Nos hommages pour lui font un culte pour vous.
On ſçait auſſi que les Piéces de Théatre
ſe repréſentoient dans les jeuxRomains ; té-
*Sueton.vita. Aug. c. 7.
AVRIL 1746. 167
moin les Comédies de Térence : M. Roy
employe ce trait Hiftorique pour annoncer
fonBallet.
Ainſi tout Poëte imbu de l'antiquité
ſçait enrichir ſa Muſe ; le notre avoit trouvé
powconvalefcence du Roiles Auguftales
dans Suétone. Le public fent le prix de
ces bonnes rencontres qui font aujourd'hui
affés peu communes .
L'exécution de ce Ballet a fait honneur au
goût de M. le Duc d'Aumont Premier
Gentilhomme de la Chambre. La protection
des vrais talens eſt héréditaire à ſon
illuftre nom.
La magnificence des habits & des décorations
eſt le fruit des ſoins de M. de Cindré
Intendant des menus , qui préfere à
tout les occupations de ſa charge & qui
la remplit fi dignement.
Fermer
4818
p. 165-177
LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Début :
La Sône, si tranquille autrefois dans sa course, [...]
Mots clefs :
Eaux , Âme, Temps, Amour, Saône, Berger, Fleuve, Cours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
LES GRANDES EAUX.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
Fermer
Résumé : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Le texte relate les conséquences désastreuses de la crue de la rivière Sône, autrefois tranquille. Les eaux en furie sèment la terreur et la colère parmi les populations voisines, rappelant le Déluge. La nature est sévèrement touchée : les herbes sont recouvertes de limon, la végétation est en détresse, et les arbres sont réduits à l'état de débris. Les bergers, effrayés, voient dans cette catastrophe une vengeance divine. Achante, un berger, déplore le retard du retour de Climène en raison des inondations. Il reproche à la rivière son comportement furieux et son orgueil. La Sône est comparée à d'autres fleuves dévastateurs tels que le Drac, la Drome et la Durance. Le texte critique les légendes antiques sur les dieux des eaux, affirmant que ces divinités n'existent pas et ne peuvent pas secourir les amants. Achante supplie la rivière de se calmer pour permettre le retour de Climène et espère que l'amour interviendra pour améliorer la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4819
p. 970-982
Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE écrite par M. *** à M. *** au sujet du Passage du Roy et de la Reine de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
LETTRE écrite par M. *** à M. ***
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
.
de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
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de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
Fermer
4820
p. 1012-1025
RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
Début :
Sur les premiers avis qu'on eut à Constantinople que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Constantinople, Dauphin, Cérémonie, Fête, Ministres, Danse, Vizir, Palais, Ornements
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texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
REJOUISSANCES faites au Pa-
:
C
lais de France , & au Quartier de l'Ambaffadeur
du Roi à Conftantinople. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
19. Mars 1730.
Ur les premiers avis qu'on eut à Conftantinople
que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux
voeux ardens de toute la France , M. le Marquis
de Villeneuve , Ambaffadeur du Roi à la Porte ,
fe prépara à faire éclater fa joye par une
Fête qui devoit durer trois jours. Il fit d'abord
mettre en mouvement ce qu'on pût trouver
d'Ouvriers pour l'execution du Plan qu'il avoit
formé pour celebrer cette augufte Naiffance. Il
ne reçût les ordres de la Cour que le 15. Novembre.
Le 17. au matin , M. l'Ambaffadeur envoya
fon premier Secretaire au Sérrail,pour donner part
de cette nouvelle au Grand- Vizir , & le prévenir
en même - tems fur les Réjouiflances & les lluminations
qu'il fe propofoit de faire , ce premier
Miniftre parut s'inter fler véritablement au bonheur
de la France. Delà , on alla chez le Kiaya
ou Lieutenant du Vizir & chez le Reis - Efendi , ou
Chancelier , qui reçûrent cette nouvelle avec de
grandes démonftrations de joye ; ce dernier répondit
que la Porte prenoit autant de part
évenement que s'il étoit né un fucceffeur à l'Empire
Ottoman.
à cer
L'après-diné , on alla chez les Ambaffadeurs
d'Angleterre & de Hollande pour leur annoncer
cette Naiffance , auffi -bien que chez les Réfidens
de l'Empereur & de Mofcovie , & chez M. Bartolini
, Secretaire chargé des affaires de la République
MAY. 1730. 1013
publique de Venife , depuis la mort du Bayle
Delphino. Dès le même jour tous ces Miniftre
envoyerent complimenter le Marquis de Villeneuve.
>
Le lendemain , le Grand- Seigneur lui fit faire
des complimens de félicitation par le neveu du
Prince de Valachie , accompagné d'un des principaux
Drogmans du Sérail. Quelques jours après
l'Ambaffadeur d'Angleterre alla , en cerémonie
avec toute fa Maiſon,féliciter S. E; l'Ambaffadeur
d'Hollande y alla le lendemain ; les jours fuivans
furent employés à recevoir de femblables
vifites des Réfidens d'Allemagne & de Mofcovie,
ou à les rendre à ces Miniftres. M. Bartolini fir
auffi la fienne , que le Marquis de Villeneuve lui
rendit , mais fans cerémonie.
Tout ce Cerémonial rempli ; c'eut été le veritable
tems de donner la fête projettée ; mais malgré
tous les foins du S. Vaumour , Peintre du
Roi , qui en avoit la conduite , & qui étoit chargé
d'executer lui-même le plus effentiel en matiere
de décorations & de peinture , M. l'Ambaffadeur
fut obligé de renvoyer au 9. de Janvier le
commencement des réjouiffances ; on craignoit
même qu'elles ne fuffent encore retardées par la
grande quantité de neige qui tomba le 7 & le
8. cependant par un bonheur inefperé , le 9. au
matin , le Ciel s'éclaircit , le tems devint calme
& ce qui eft encore plus remarquable , il n'y eut
précisément de beaux jours que les trois dont on
avoit befoin , la pluye & la neige ayant recom→
mencé à tomber avec abondance dès le lendemain.
On avoit conſtruit un Edifice de charpente dans
la rue de Pera , appuyé d'un côté contre les montans
de la Porte du Palais de France , & de l'autre
contre la muraille de la Maiſon oppofée , ce
H qui
>
1014 MERCURE DE FRANCE
qui formoit une espece de Pavillon quarré, élevé
fur quatre Arcades , dont deux laiffoient le paffage
de la rue libre , & une autre conduifoit au
Palais . Toute cette charpente étoit couverte de
branches de Laurier , & ornée à la Turque , c'eſt-
-à- dire , éclairée de quantité de lampes de verre ,
peint de diverfes couleurs , & enjolivée de cent
fortes de colifichets dans le goût du Païs , faits de
bois fort mince , couvert de coton , de bandes
de papier de toutes couleurs & de clinquant d'or
en lame & découpé , la plupart de ces ornemens
repréfentoient des Fleurs de Lys & des Dauphins.
Il pendoit du milieu du fommet de ce Pavillon
un Dôme à jour , appuyé fur deux grands Triangles
, qui fe coupant à Angles droits , formoient
une Etoile à fix pointes , dont le milieu étoit occupé
par une Lanterne mouvante , fort éclairée ,
d'environ trois piés de hauteur.
Pour relever par quelque morceau de goût ,
ces petits ornemens , fi agréables aux yeux des
Turcs , on avoit placé fur la frife de chacune des
deux Arcades un tableau ceintré , dans lequel étoit
peinte une Renommée de grandeur naturelle ,
fendant les airs , fonnant de la Trompette , garnie
de fa banderole fleurdelifée , & tenant l'Ecu
des Armes du Dauphin, avec ces mots autour
du ceintre :
Nunc ortus , mox gefta.
L'Allée qui conduit de cette Porte exterieure à
l'interieure du Palais , longue de plus de cent
piés , fur douze de largeur , étoit divifée de part
& d'autre en 32. Arcades de fept piés de haut
ornées comme le Pavillón ; & outre les Lampes
mêlées par compartimens, qui pendoient du haut
de chaque Arcade , il y avoit des Pots à feu fur
chacun de leur montant , & de chaque côté deux
filets de Gobelets , peints de Fleurs de Lys , de
Dauphins
MAY 1730. IOI'S
و ا
Dauphins couronnés, & des Armes de France le
premier de ces filets étoit fur la Balustrade d'apui
de l'Allée , & le fecond regnoit fur les Arcades.
Un Frontifpice d'Ordre Dorique de 26. piés de
haut cachoit entierement la Porte interieure du
Palais , & celle de la Décoration faite en ceintre
avoit les montans feints de lapis jufqu'à l'impofte;
les panneaux de chaque côté étoient de differens
marbres , ornés de Feftons & dans les angles
-du ceintre il y avoit des Dauphins auffi de lapis
fur un fond d'or. La Frife chargée de Trigliffes,
à l'ordinaire, portoit dans fes Métopes des Fleurs
de Lys & des Dauphins , & au- deffus de la Corniche
, ornée de denticules , étoit un Socle qui
portoit un tableau allegorique de fept piés de
-hauteur,& chantourné dans une proportion convenable
au tout ; on y voyoit la France qui préfentoit
à l'Europe le Dauphin en maillot , avec le
-Cordon Bleu & la Paix à côté avec divers attributs
; on lifoit au deffous Eterna pignora
pacis. Au-deffus on voyoit les Armes de France,
dans le tympan d'un Fronton circulaire.
Au delà de cette premiere Porte , tout étoit en
décorations , fur tout une infinité d'Arcades plus
ou moins élevées felon la fituation du Terrain .
La Terraffe appellée le Boulingrin de 180. piés
d'étendue , fur 55. de largeur , fe préſentoit d'abord
à la vûë ; le fond de cet efpace étoit occupé
par un autre Portail , feint de differens marbres
& du même Ordre que le premier ; il avoit 24.
piés de hauteur & 20 de largeur , fon ouverture
ceintrée étoit fermée par une toile fort claire ,
fur laquelle brilloit un Soleil , dardant fes rayons
de toutes parts ; au deffus , & à quelque diſtance
du corps du Soleil , s'élevoit un Dauphin couronné
, & au moyen de certains Fanaux du Pays
qu'on avoit mis derriere la toile , elle paroiffoit.
Hij toute
1016 MERCURE DE FRANCE
>
toute penetrée de lumière. Aux deux côtés de la
Porte du Frontifpice étoient des Pilaftres , & dans
l'Arriere-corps une niche ceintrée avec une
grande figure , peinte en camayeu. Celle de la
gauche repréfentoit Cerès , tenant une Corne
d'abondance , avec cette infcription : Redeunt
Saturnia R‹gna. Et celle de la droite , repréfentant
la Paix , tenoit d'une main un Flambeau
renverfé , & de l'autre une branche d'Olivier ;
on voyoit à côté un Olivier , du pied duquel fortoit
un rejetton , avec ces paroles : Factura nepotibus
umbram.
Au-deffus de la Corniche de ce Portail , regnoit
un Attique , furmonté d'un Fronton triangulaire,
avec les Armes de France , environné de Trophées
&c. Sur la pointe du Fronton , & aux extremités
du Bâtiment étoient de grands Vafes qui
fervoient de Pots à feu , & à chaque côté de cette
repréſentation , il y avoit une Piramide triangulaire
un peu plus élevée , peinte en rouge , qui
formoit comme un Grouppe d'échelles de Jardin
dont les échelons étoient illuminés du haut en
bas , & ayant un grand Pot à feu à ſon ſommet.
Les deux côtés de la longueur de ce Boulingrin
étoient bordés d'une continuité d'Arcades de
charpente , couvertes & ornées de la même maniere
que celles dont on a déja parlé. Vers le
milieu de ces Arcades ,à droite , il y a un Berceau,
vers le milieu duquel on avoit élevé un mât d'environ
40. piés de hauteur , terminé par une Fleur
de Lys dorée , de la pointe de ce mat tomboient
tout autour des cordes chargées de lampes , lefquelles
s'écartant circulairement les unes des
autres jufques fur le berceau où elles étoient tendues
& attachées , repréfentoient un cône lumineux.
Au deffous il y avoit en faillie fur le Jardin
june rouë à jour , de fix piés de diamettre , autour
MAY. 1730 . 1017
tour de laquelle étoient neuf boetes fufpendues ,
& percées par le fond , d'où fortoient plufieurs
lampes , & par une manivelle on faifoit tourner
cette roue , qui dans fon mouvement paroiffoit
tout en feu.
De ce Berceau , la fuite des Arcades étoit prolongée
à droite & à gauche jufqu'au Veftibule
du Palais . Mais avant que de parler de fon interieur
, il eft à propos de décrire fuccinctement
les embelliffemens qui avoient été faits dans le
Jardin.
En face de l'Escalier eft une petite Allée d'Arbres
, taillés en charmille ; on en avoit décoré
l'entrée par une Porte d'environ 20. piés de haut,
du fommet de laquelle pendoient des ornemens
dans le goût du Païs & fur l'entablement de
cette porte étoient pofées trois petites Piramides;
celles des extrémités portant une Fleur de Lys ,
& celle du milieu un Soleil , le tout doré & très
bien illuminé.
'
Dé cette Allée dont le refte étoit auffi en Arcades
, on entroit dans la grande , celle-ci bordée
comme la précedente, à droite & à gauche,par
des buis taillés à hauteur d'apui , à près de so.
roifes de longueur , fur plus de 4. de largeur , les
ornemens à la Turque qu'on y avoit mis dans
42. Arcades de chaque côté étoient à peu près
dans le même goût que les précedens. On ne
parlera que de la décoration principale , placée à
fon haut bout.
´¨ C'étoit un mur revêtu d'une espece de placage
compofé de panneaux de differens marbres , or
nés de Feftons &c. Ce mur avoit 20. piés de hauteur
,fur 24. de largeur , & à chaque extremité
s'élevoit une Piramide femblable à celles du Boufingrin.
Au milieu s'élevoit un Pavillon , formé
d'une Coupole & d'un Manteau Royal , dont les
Hiij extre
fo18 MERCURE DE FRANCE
extremités relevées & nouées en Feftons de chaque
côté , laiffoient voir un Perée qui offroit dans le
lointain le fameux Bofphore de Thrace , à l'alignement
de la pointe du Sérail.
On voyoit fortir du fein de la Mer , fur la furface
de laquelle fe jouoient plufieurs Dauphins
un Soleil levant , & dans les rayons de cet Aftre
paroiffoit une Etoile. Sur le devant du Tableau,
une Renommmée en l'air embraffoit d'une main'
l'Ecuffon de France , & de l'autre tenoit la trompette
dont la banderole étoit ornée d'un Dauphin
couronné. Au-deffus du Pavillon étoit un Fronton
triangulaire , rempli de Trophées , & audeffous
du lointain on lifoit ces paroles : Novo
colluftrat lumine Terras , faifant allufion à la
découverte des Aftronomes de l'Obfervatoire du
Roi , qui quelques jours avant la Naiffance du
Dauphin remarquerent une Etoile près du Dif→
que du Soleil qu'ils n'avoient point encore apperçûë.
En revenant ſur ſes pas , après être forti des
deux Allées , on voyoit devant l'Orangerie qui
eft au fond du Jardin une Illumination à la Turque
tout à fait finguliere ; auffi les Mufulmans
qui l'entreprirent voulurent - ils fe rendre le Ciel
propice par le facrifice d'un mouton qu'ils égorǝ
gerent fur le lieu même. Ils avoient planté en
terre deux gros Mâts de plus de cent piés de
haut , à 20. pas de diſtance l'un de l'autre , & par
moyen d'une poulie , vers la pointe de chacun
de ces Mâts , ils en élevoient un troifiéme horizontalement
, d'où pendoit une infinité de cordes
fur lefquelles ils avoient deffiné les Armes de
France avec des Lampes attachées à des noeuds
qui marquoient le trait des figures , comme on
feroit avecdes points fur du papier ; bien entendu
qu'ils attachoient & allumoient ces Lampes avant
le
>
que
MA Y. 1019 1730 .
que de guinder le Mât de traverſe.
Le dernier jour de la Fête , pour varier le fpec
tacle , ils repréfenterent un Vaiffeau avec fes
agrets, qui réuffit à merveille ; de forte que dans
Pobfcurité de la nuit , les Mâts & les cordes difparoiffant
totalement à la vûe , c'étoit un objet
auffi agréable que furprenant, de voir en l'air des
figures qui fembloient ne tenir à rien , & n'être
formées que par des Etoiles.
En fe retournant , les yeux n'étoient pas moins
éblouis par l'Illumination du Palais. Le corps
de ce Bâtiment eft un grand quarré , iſolé de
trois côtés ; à chaque angle de la Gallerie qui les
entoure , il. y avoit une roue pareille à celle du
Boulingrin , & de cette Galerie jufqu'au toit , a
la hauteur de ro. piés , tout étoit fi orné de Fleurs
de Lys,de Lozanges & d'autres figures entremêlées
de Gobelets & de Lampes diverfement colorées que
dans de certains points de vue , comme du Sérail
& de Top-hana ou de l'Arcenal , cela produifoit
un effet admirable.
Etant remonté du Jardin , ce qui s'appercevoit
d'abord étoit le Veftibule ; fur fa principale face,
longue de 32. piés étoit un Tableau de plus de
6. piés de hauteur , repréfentant un Pavillon d'ou
fortoit un Manteau Royal , relevé de part &
d'autre , & formant plufieurs Feftons ; au milieu,
fous la Coupole du Pavillon , les Armes de Fran
ce étoient en grand , avec deux Anges affis pour
Supports , & à chaque côté celles du Dauphin.
Dans la grande Salle à plain pied , qui n'eft
confiderée que comme une Anti - chambre , il n'y
avoit rien de plus qu'à l'ordinaire , finon beau
coup de bougies qui l'éclairoient tout autour
vers la moitié de cette Salle , on moste par un
petit Perron dans celle où devoit fe donner le Repas
& le Bal. Cette derniere a plus de 46. piés de
Hij lon1020
MERCURE DE FRANCE
longueur , & plus de 20. de largeur ; elle étois
ornée d'un grand nombre de Glaces , de Luftres,
de Girandoles & de Bras qui formoient un coup
d'oeil très-brillant , & les fix ou fept chambres
qui l'environnent étoient pareillement décorées
la plupart de fophas à la Turque , pour recevoir
les Dames du Pays , qui ne font pas accoutumées
à fe fervir de chaifes .
:
Toutes chofes ainfi préparées , & M. l'Ambaffadeur
ayant fait inviter les Miniftres Etrangers
, leurs Maifons & leurs Nations , S. E. pour
raffembler à fa Fête tous les plaifirs qui pouvoient
contribuer à la rendre plus agréable , fir
venir au Palais la troupe des Comédiens du Grand-
Seigneur , au nombre de 45. mais en même tems,
voulant prévenir la confufion & le défordre, qu'elle
avoit lieu de craindre , du concours de gens de
tant de Nations , elle fit demander à la Porte un
Vifir- Aga , & un Chorbagi , avec 100. Janiffaires
le Grand - Vifir les accorda de bonne
grace : il pria en même tems , qu'on ne fit point
couler de Fontaines de vin pour le Peuple , comme
cela fe pratique ailleurs : le Marquis de Villeneuve
entrant dans les vûës de ce Miniftre , fubftitua
à la place d'une liqueur fi dangereuſe dans
ce païs , & d'ailleurs interdite aux Mahometans
du Sorbet , du Café , des Pipes & du Tabac
qu'on fit largement diftribuer à la porte de la
rue , dans l'interieur du Palais * à la Chambre
où l'on avoit logé le Chorbagi & fes gens ,
fur le Boulingrin , à tous les allans & venans ,
faveur defquels on ne put même s'empêcher de
vuider quelques tonneaux de vin , mais avec de fi
grandes précautions , que cela ne produifit que
plus de gayeté , fans aucune mauvaiſe fuite.
&
*
en
"
Le 8. Janvier,le Chorbagi & fes Janiffaires , marchant
dansles rues de Conftantinople, en bon ordre,
vinrent
MAY. 173.0. 1021
vinrent s'établir au Palais : ils avoient fur la tête
leur grand bonnet de cérémonie , & portoient
leur Turban à la main : trois chevaux chargez de
leur baterie de cuifine , les précédoient , ainfi que
leur Saka ou porteur d'eau , en culotte & en
pourpoint de cuir noir , garni de boutons d'ar
gent , gros comme des bales de jeu de paume ,
de leur Cuifinier , qui avoit auffi un ample Tablier
de cuir pareil , fi couvert de chaînes , de
plaques , & d'autres ornemens d'argent maſſif ,
qu'à peine pouvoit- il marcher.
&
Le 9. dès la pointe du jour M. l'Ambaffadeur
ne crut pas pouvoir commencer plus dignement
une Fête , qui avoit pour objet principal un acte
de reconnoiffance envers Dieu , qu'en exerçant fa
charité fur environ deux mille Efclaves Chrétiens
de toutes Nations , qui gémiffent dans les fers au
Bagne ou Darce , & fur les Galeres du Grand--
Seigneur , S. E. leur fit diftribuer par ſon Au→
mônier , de la viande , du ris , & du pain ,
quoi ces pauvres infortunez furent fi fenfibles
qu'oubliant la dureté de l'Efclavage , ils adrefferent
leurs voeux au Ciel , pour la profperité du
Roi,de la Famille Royalle , & de toute la France.
Vers les huit heures du matin , cinq Bâtimens
François pavoifez & mouillez dans le Port , annoncerent
cette Fête par une décharge de tous
leurs Canons ; ils repéterent la même falve à
midi , lorfqu'on chanta le Te Deum , & un peu
avant le coucher du Soleil : & les deux jours fui
vans
ils tirerent feulement , le matin , à midiy
& avant la nuit.
L'après - dîné , la Nation Françoife , étant montée
à Pera , par ordre , M. l'Ambaffadeur , &
Madame l'Ambaffadrice allerent en grand cor-
* Pera eft le quartier de l'Ambaßadeur de
France .
1022 MERCURE DE FRANCE
tege à l'Eglife des Capucins , où l'on chanta le
Te Deum , en action de graces. Le pere Cuftode
ou Superieur General , y prononça un Diſcours.
Ces Peres fignalerent leur zele & leur pieté , en
décorant leurs Eglifes d'une infinité de devifes ,
& d'emblêmes , qui retraçoient les principaux
évenemens de l'heureux Regne de Sa Majesté.
λ
Après cette pieuſe cérémonie , Leurs Excellences
avec tous ceux qui y avoient aſſiſté ,
rentrerent au Palais , où les Miniftres fe rendirent
fucceffivement , accompagnez de leurs Maifons
& de leurs Nations. On s'amuſa juſqu'à
l'heure du fouper , les uns à jouer , & le plus
grand nombre à voir les danfes , & les farces
Turques , qui plurent infiniment aux gens du
païs..
A neuf heures , on fervit le fouper , il y avoit
cing tables principales : La premiere étoit en fera-
cheval , & de 130. Couverts ; M. l'Ambaſſadeur
& Madame l'Ambaffadrice ,, les Miniftres
Etrangers , l'Archevêque de Cartage & quel--
ques autres perfonnes de confideration , en occuperent
le haut bout : les côtés , tant en dedans
qu'en dehors , furent remplis par les Dames , &
par une partie des hommes des Nations invitées..
L'étendue & la décoration de la Sale , la magnificence
du repas , la varieté des habits , furtout
d'environ 60. femmes ; leur coëfure finguliere
chargée d'or & de pierreries , tout cela formoit
un coup d'oeil auffi fingulier qu'admirable , &
dont quelques Turcs diftinguez qui étoient venus :
incognito , furent fi frappez , qu'ils ne pouvoient
fe laffer d'en marquer leur étonnement.
L'Ambaffadeur d'Angleterre porta la fanté du
Dauphin , l'Ambaffadeur de Hollande , celle du
Roi , de la Reine , & de la Famille Royale
qui furent bues avec les cérémonies ordinaires.
M..
M A Y. 1730 . 1023
M. l'Ambaffadeur , après les en avoir remerciez ,
but, fuivant l'uſage, à la fanté de la Patronance,
enfuite l'Ambaffadeur d'Angleterre
fanté de M. le Cardinal de Fleury.
› porta la
Le premier Drogman de la Porte, & le neveu
du Prince de Valachie , que le Marquis de Ville
neuve avoit auffi conviez , ayant fouhaité de fouper
en particulier avec quelques Grecs , qu'ils
avoient amenez , on leur fervit une table , dans
une des Chambres à côté de la Sale.
à
Les trois autres tables , dreffées dans la premiere
Sale , de 30. 40. Couverts chacune , furent
remplies par des perfonnes de toutes les Nations
qui n'avoient pú trouver place à la grande ,
& par les Marchands François qui répondant aux
intentions de S. E. furent chargez d'avoir atten
tion que rien ne manquât.
On fortit de table à onze heures ; le bal commença
peu après , & dura jufqu'à cinq heures du
matin. Les Turcs ne furent pas moins étonnez de
nos danfes , mêlées d'hommes & de femmes , fi
contraires à leurs ufages . Madame l'Ambaffadrice
ouvrit le Bal avec M. l'Ambaffadeur d'Angleterre,
& danfa tour de fuite avec les autres Miniftres ,
après quoi chacun fe prit indifferemment fans cé--
rémonie de cette maniere , & par le fecours des
contre-danfes , & des danfes grecques , tout
le monde eut part à ce plaifir , fans compter
qu'on danfoit auffi , & qu'on jouoit alternativement
la Comédie dans d'autres appar--
témens.
Le lendemain , les chofes fe pafferent de la
même maniere , fi ce n'eft que n'y ayant eu que
les Miniftres , quelques perfonnes étrangeres ,
& la Nation Françoife d'invitées , on ne fervit
que la Table de 130. Couverts , avec quelques
autres moindres dans les Chambres voifines. La
H vj foirée
1024 MERCURE DE FRANCE
foirée fut encore plus calme que la précédente ,
& très-favorable àl'illumination.
Le onze , troifiéme jour des réjoüiffances , fut
fi beau , que les Comédiens donnerent fur le Boulingrin
plufieurs de leurs Scenes comiques , accompagnées
de danfes devant une grande multitude
de Turcs , de Grecs , d'Armeniens & de
Juifs.
Outre les perfonnes invitées la veille, M. l'Ambaffadeur
fit auffi convier la Nation Genevoife ,
qui eft ici fous la protection de France on lui
dreffa dans la premierė Sale , une Table de 60,
Couverts , dont quelques Secretaires de S. E. firent
les honneurs .
Cette derniere nuit feconda fi bien les nouveaux
foins , qu'on avoit pris de perfectionner l'illumination
, que non- feulement il ne s'en eft jamais
vû de fi magnifique à Conftantinople , mais
qu'elle auroit été admirée par tout ailleurs . On
le concevra fans peine , fi on fe reprefente l'effet
que devoient produire plus de vingt mille lumieres
, qui fortoient des Pots -à-feu , des Lampes
, & des Gobelets de diverfes couleurs , diftribuez
avec art fur des Tetraffes fpacieuſes , difpofées
en amphitheatre , & ornées de differentes
décorations.
Ce narré deviendroit trop long , fi on vouloir
entrer dans le détail de tous les divertiffemens qui
furent donnez à cinq ou fix mille perfonnes de
tous Etats , & de toutes Nations , qui fe trouverent
dans le Palais de France pendant trois jours ,
fans qu'il foit arrivé le moindre défordre , ce que
l'on doit attribuer à la fage conduite de l'Aga
du Grand- Vifir , auquel ce premier Miniftre pour
le recompenfer de fa vigilance , & pour donner
en même tems à M. l'Ambaffadeur une marque
particuliere de confideration, envoya le lendemain
dans
2
MAY. 1730 1025
dans le Palais même , un Brevet , par lequel , lè
Grand - Seigneur accordoit à cet Aga un Taun
-confiderable , avec ordre à cet Aga d'en remercier
M. l'Ambaffadeur.
* Territoire Fief dont le G. S. gratifie
qui il lui plait.
:
C
lais de France , & au Quartier de l'Ambaffadeur
du Roi à Conftantinople. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
19. Mars 1730.
Ur les premiers avis qu'on eut à Conftantinople
que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux
voeux ardens de toute la France , M. le Marquis
de Villeneuve , Ambaffadeur du Roi à la Porte ,
fe prépara à faire éclater fa joye par une
Fête qui devoit durer trois jours. Il fit d'abord
mettre en mouvement ce qu'on pût trouver
d'Ouvriers pour l'execution du Plan qu'il avoit
formé pour celebrer cette augufte Naiffance. Il
ne reçût les ordres de la Cour que le 15. Novembre.
Le 17. au matin , M. l'Ambaffadeur envoya
fon premier Secretaire au Sérrail,pour donner part
de cette nouvelle au Grand- Vizir , & le prévenir
en même - tems fur les Réjouiflances & les lluminations
qu'il fe propofoit de faire , ce premier
Miniftre parut s'inter fler véritablement au bonheur
de la France. Delà , on alla chez le Kiaya
ou Lieutenant du Vizir & chez le Reis - Efendi , ou
Chancelier , qui reçûrent cette nouvelle avec de
grandes démonftrations de joye ; ce dernier répondit
que la Porte prenoit autant de part
évenement que s'il étoit né un fucceffeur à l'Empire
Ottoman.
à cer
L'après-diné , on alla chez les Ambaffadeurs
d'Angleterre & de Hollande pour leur annoncer
cette Naiffance , auffi -bien que chez les Réfidens
de l'Empereur & de Mofcovie , & chez M. Bartolini
, Secretaire chargé des affaires de la République
MAY. 1730. 1013
publique de Venife , depuis la mort du Bayle
Delphino. Dès le même jour tous ces Miniftre
envoyerent complimenter le Marquis de Villeneuve.
>
Le lendemain , le Grand- Seigneur lui fit faire
des complimens de félicitation par le neveu du
Prince de Valachie , accompagné d'un des principaux
Drogmans du Sérail. Quelques jours après
l'Ambaffadeur d'Angleterre alla , en cerémonie
avec toute fa Maiſon,féliciter S. E; l'Ambaffadeur
d'Hollande y alla le lendemain ; les jours fuivans
furent employés à recevoir de femblables
vifites des Réfidens d'Allemagne & de Mofcovie,
ou à les rendre à ces Miniftres. M. Bartolini fir
auffi la fienne , que le Marquis de Villeneuve lui
rendit , mais fans cerémonie.
Tout ce Cerémonial rempli ; c'eut été le veritable
tems de donner la fête projettée ; mais malgré
tous les foins du S. Vaumour , Peintre du
Roi , qui en avoit la conduite , & qui étoit chargé
d'executer lui-même le plus effentiel en matiere
de décorations & de peinture , M. l'Ambaffadeur
fut obligé de renvoyer au 9. de Janvier le
commencement des réjouiffances ; on craignoit
même qu'elles ne fuffent encore retardées par la
grande quantité de neige qui tomba le 7 & le
8. cependant par un bonheur inefperé , le 9. au
matin , le Ciel s'éclaircit , le tems devint calme
& ce qui eft encore plus remarquable , il n'y eut
précisément de beaux jours que les trois dont on
avoit befoin , la pluye & la neige ayant recom→
mencé à tomber avec abondance dès le lendemain.
On avoit conſtruit un Edifice de charpente dans
la rue de Pera , appuyé d'un côté contre les montans
de la Porte du Palais de France , & de l'autre
contre la muraille de la Maiſon oppofée , ce
H qui
>
1014 MERCURE DE FRANCE
qui formoit une espece de Pavillon quarré, élevé
fur quatre Arcades , dont deux laiffoient le paffage
de la rue libre , & une autre conduifoit au
Palais . Toute cette charpente étoit couverte de
branches de Laurier , & ornée à la Turque , c'eſt-
-à- dire , éclairée de quantité de lampes de verre ,
peint de diverfes couleurs , & enjolivée de cent
fortes de colifichets dans le goût du Païs , faits de
bois fort mince , couvert de coton , de bandes
de papier de toutes couleurs & de clinquant d'or
en lame & découpé , la plupart de ces ornemens
repréfentoient des Fleurs de Lys & des Dauphins.
Il pendoit du milieu du fommet de ce Pavillon
un Dôme à jour , appuyé fur deux grands Triangles
, qui fe coupant à Angles droits , formoient
une Etoile à fix pointes , dont le milieu étoit occupé
par une Lanterne mouvante , fort éclairée ,
d'environ trois piés de hauteur.
Pour relever par quelque morceau de goût ,
ces petits ornemens , fi agréables aux yeux des
Turcs , on avoit placé fur la frife de chacune des
deux Arcades un tableau ceintré , dans lequel étoit
peinte une Renommée de grandeur naturelle ,
fendant les airs , fonnant de la Trompette , garnie
de fa banderole fleurdelifée , & tenant l'Ecu
des Armes du Dauphin, avec ces mots autour
du ceintre :
Nunc ortus , mox gefta.
L'Allée qui conduit de cette Porte exterieure à
l'interieure du Palais , longue de plus de cent
piés , fur douze de largeur , étoit divifée de part
& d'autre en 32. Arcades de fept piés de haut
ornées comme le Pavillón ; & outre les Lampes
mêlées par compartimens, qui pendoient du haut
de chaque Arcade , il y avoit des Pots à feu fur
chacun de leur montant , & de chaque côté deux
filets de Gobelets , peints de Fleurs de Lys , de
Dauphins
MAY 1730. IOI'S
و ا
Dauphins couronnés, & des Armes de France le
premier de ces filets étoit fur la Balustrade d'apui
de l'Allée , & le fecond regnoit fur les Arcades.
Un Frontifpice d'Ordre Dorique de 26. piés de
haut cachoit entierement la Porte interieure du
Palais , & celle de la Décoration faite en ceintre
avoit les montans feints de lapis jufqu'à l'impofte;
les panneaux de chaque côté étoient de differens
marbres , ornés de Feftons & dans les angles
-du ceintre il y avoit des Dauphins auffi de lapis
fur un fond d'or. La Frife chargée de Trigliffes,
à l'ordinaire, portoit dans fes Métopes des Fleurs
de Lys & des Dauphins , & au- deffus de la Corniche
, ornée de denticules , étoit un Socle qui
portoit un tableau allegorique de fept piés de
-hauteur,& chantourné dans une proportion convenable
au tout ; on y voyoit la France qui préfentoit
à l'Europe le Dauphin en maillot , avec le
-Cordon Bleu & la Paix à côté avec divers attributs
; on lifoit au deffous Eterna pignora
pacis. Au-deffus on voyoit les Armes de France,
dans le tympan d'un Fronton circulaire.
Au delà de cette premiere Porte , tout étoit en
décorations , fur tout une infinité d'Arcades plus
ou moins élevées felon la fituation du Terrain .
La Terraffe appellée le Boulingrin de 180. piés
d'étendue , fur 55. de largeur , fe préſentoit d'abord
à la vûë ; le fond de cet efpace étoit occupé
par un autre Portail , feint de differens marbres
& du même Ordre que le premier ; il avoit 24.
piés de hauteur & 20 de largeur , fon ouverture
ceintrée étoit fermée par une toile fort claire ,
fur laquelle brilloit un Soleil , dardant fes rayons
de toutes parts ; au deffus , & à quelque diſtance
du corps du Soleil , s'élevoit un Dauphin couronné
, & au moyen de certains Fanaux du Pays
qu'on avoit mis derriere la toile , elle paroiffoit.
Hij toute
1016 MERCURE DE FRANCE
>
toute penetrée de lumière. Aux deux côtés de la
Porte du Frontifpice étoient des Pilaftres , & dans
l'Arriere-corps une niche ceintrée avec une
grande figure , peinte en camayeu. Celle de la
gauche repréfentoit Cerès , tenant une Corne
d'abondance , avec cette infcription : Redeunt
Saturnia R‹gna. Et celle de la droite , repréfentant
la Paix , tenoit d'une main un Flambeau
renverfé , & de l'autre une branche d'Olivier ;
on voyoit à côté un Olivier , du pied duquel fortoit
un rejetton , avec ces paroles : Factura nepotibus
umbram.
Au-deffus de la Corniche de ce Portail , regnoit
un Attique , furmonté d'un Fronton triangulaire,
avec les Armes de France , environné de Trophées
&c. Sur la pointe du Fronton , & aux extremités
du Bâtiment étoient de grands Vafes qui
fervoient de Pots à feu , & à chaque côté de cette
repréſentation , il y avoit une Piramide triangulaire
un peu plus élevée , peinte en rouge , qui
formoit comme un Grouppe d'échelles de Jardin
dont les échelons étoient illuminés du haut en
bas , & ayant un grand Pot à feu à ſon ſommet.
Les deux côtés de la longueur de ce Boulingrin
étoient bordés d'une continuité d'Arcades de
charpente , couvertes & ornées de la même maniere
que celles dont on a déja parlé. Vers le
milieu de ces Arcades ,à droite , il y a un Berceau,
vers le milieu duquel on avoit élevé un mât d'environ
40. piés de hauteur , terminé par une Fleur
de Lys dorée , de la pointe de ce mat tomboient
tout autour des cordes chargées de lampes , lefquelles
s'écartant circulairement les unes des
autres jufques fur le berceau où elles étoient tendues
& attachées , repréfentoient un cône lumineux.
Au deffous il y avoit en faillie fur le Jardin
june rouë à jour , de fix piés de diamettre , autour
MAY. 1730 . 1017
tour de laquelle étoient neuf boetes fufpendues ,
& percées par le fond , d'où fortoient plufieurs
lampes , & par une manivelle on faifoit tourner
cette roue , qui dans fon mouvement paroiffoit
tout en feu.
De ce Berceau , la fuite des Arcades étoit prolongée
à droite & à gauche jufqu'au Veftibule
du Palais . Mais avant que de parler de fon interieur
, il eft à propos de décrire fuccinctement
les embelliffemens qui avoient été faits dans le
Jardin.
En face de l'Escalier eft une petite Allée d'Arbres
, taillés en charmille ; on en avoit décoré
l'entrée par une Porte d'environ 20. piés de haut,
du fommet de laquelle pendoient des ornemens
dans le goût du Païs & fur l'entablement de
cette porte étoient pofées trois petites Piramides;
celles des extrémités portant une Fleur de Lys ,
& celle du milieu un Soleil , le tout doré & très
bien illuminé.
'
Dé cette Allée dont le refte étoit auffi en Arcades
, on entroit dans la grande , celle-ci bordée
comme la précedente, à droite & à gauche,par
des buis taillés à hauteur d'apui , à près de so.
roifes de longueur , fur plus de 4. de largeur , les
ornemens à la Turque qu'on y avoit mis dans
42. Arcades de chaque côté étoient à peu près
dans le même goût que les précedens. On ne
parlera que de la décoration principale , placée à
fon haut bout.
´¨ C'étoit un mur revêtu d'une espece de placage
compofé de panneaux de differens marbres , or
nés de Feftons &c. Ce mur avoit 20. piés de hauteur
,fur 24. de largeur , & à chaque extremité
s'élevoit une Piramide femblable à celles du Boufingrin.
Au milieu s'élevoit un Pavillon , formé
d'une Coupole & d'un Manteau Royal , dont les
Hiij extre
fo18 MERCURE DE FRANCE
extremités relevées & nouées en Feftons de chaque
côté , laiffoient voir un Perée qui offroit dans le
lointain le fameux Bofphore de Thrace , à l'alignement
de la pointe du Sérail.
On voyoit fortir du fein de la Mer , fur la furface
de laquelle fe jouoient plufieurs Dauphins
un Soleil levant , & dans les rayons de cet Aftre
paroiffoit une Etoile. Sur le devant du Tableau,
une Renommmée en l'air embraffoit d'une main'
l'Ecuffon de France , & de l'autre tenoit la trompette
dont la banderole étoit ornée d'un Dauphin
couronné. Au-deffus du Pavillon étoit un Fronton
triangulaire , rempli de Trophées , & audeffous
du lointain on lifoit ces paroles : Novo
colluftrat lumine Terras , faifant allufion à la
découverte des Aftronomes de l'Obfervatoire du
Roi , qui quelques jours avant la Naiffance du
Dauphin remarquerent une Etoile près du Dif→
que du Soleil qu'ils n'avoient point encore apperçûë.
En revenant ſur ſes pas , après être forti des
deux Allées , on voyoit devant l'Orangerie qui
eft au fond du Jardin une Illumination à la Turque
tout à fait finguliere ; auffi les Mufulmans
qui l'entreprirent voulurent - ils fe rendre le Ciel
propice par le facrifice d'un mouton qu'ils égorǝ
gerent fur le lieu même. Ils avoient planté en
terre deux gros Mâts de plus de cent piés de
haut , à 20. pas de diſtance l'un de l'autre , & par
moyen d'une poulie , vers la pointe de chacun
de ces Mâts , ils en élevoient un troifiéme horizontalement
, d'où pendoit une infinité de cordes
fur lefquelles ils avoient deffiné les Armes de
France avec des Lampes attachées à des noeuds
qui marquoient le trait des figures , comme on
feroit avecdes points fur du papier ; bien entendu
qu'ils attachoient & allumoient ces Lampes avant
le
>
que
MA Y. 1019 1730 .
que de guinder le Mât de traverſe.
Le dernier jour de la Fête , pour varier le fpec
tacle , ils repréfenterent un Vaiffeau avec fes
agrets, qui réuffit à merveille ; de forte que dans
Pobfcurité de la nuit , les Mâts & les cordes difparoiffant
totalement à la vûe , c'étoit un objet
auffi agréable que furprenant, de voir en l'air des
figures qui fembloient ne tenir à rien , & n'être
formées que par des Etoiles.
En fe retournant , les yeux n'étoient pas moins
éblouis par l'Illumination du Palais. Le corps
de ce Bâtiment eft un grand quarré , iſolé de
trois côtés ; à chaque angle de la Gallerie qui les
entoure , il. y avoit une roue pareille à celle du
Boulingrin , & de cette Galerie jufqu'au toit , a
la hauteur de ro. piés , tout étoit fi orné de Fleurs
de Lys,de Lozanges & d'autres figures entremêlées
de Gobelets & de Lampes diverfement colorées que
dans de certains points de vue , comme du Sérail
& de Top-hana ou de l'Arcenal , cela produifoit
un effet admirable.
Etant remonté du Jardin , ce qui s'appercevoit
d'abord étoit le Veftibule ; fur fa principale face,
longue de 32. piés étoit un Tableau de plus de
6. piés de hauteur , repréfentant un Pavillon d'ou
fortoit un Manteau Royal , relevé de part &
d'autre , & formant plufieurs Feftons ; au milieu,
fous la Coupole du Pavillon , les Armes de Fran
ce étoient en grand , avec deux Anges affis pour
Supports , & à chaque côté celles du Dauphin.
Dans la grande Salle à plain pied , qui n'eft
confiderée que comme une Anti - chambre , il n'y
avoit rien de plus qu'à l'ordinaire , finon beau
coup de bougies qui l'éclairoient tout autour
vers la moitié de cette Salle , on moste par un
petit Perron dans celle où devoit fe donner le Repas
& le Bal. Cette derniere a plus de 46. piés de
Hij lon1020
MERCURE DE FRANCE
longueur , & plus de 20. de largeur ; elle étois
ornée d'un grand nombre de Glaces , de Luftres,
de Girandoles & de Bras qui formoient un coup
d'oeil très-brillant , & les fix ou fept chambres
qui l'environnent étoient pareillement décorées
la plupart de fophas à la Turque , pour recevoir
les Dames du Pays , qui ne font pas accoutumées
à fe fervir de chaifes .
:
Toutes chofes ainfi préparées , & M. l'Ambaffadeur
ayant fait inviter les Miniftres Etrangers
, leurs Maifons & leurs Nations , S. E. pour
raffembler à fa Fête tous les plaifirs qui pouvoient
contribuer à la rendre plus agréable , fir
venir au Palais la troupe des Comédiens du Grand-
Seigneur , au nombre de 45. mais en même tems,
voulant prévenir la confufion & le défordre, qu'elle
avoit lieu de craindre , du concours de gens de
tant de Nations , elle fit demander à la Porte un
Vifir- Aga , & un Chorbagi , avec 100. Janiffaires
le Grand - Vifir les accorda de bonne
grace : il pria en même tems , qu'on ne fit point
couler de Fontaines de vin pour le Peuple , comme
cela fe pratique ailleurs : le Marquis de Villeneuve
entrant dans les vûës de ce Miniftre , fubftitua
à la place d'une liqueur fi dangereuſe dans
ce païs , & d'ailleurs interdite aux Mahometans
du Sorbet , du Café , des Pipes & du Tabac
qu'on fit largement diftribuer à la porte de la
rue , dans l'interieur du Palais * à la Chambre
où l'on avoit logé le Chorbagi & fes gens ,
fur le Boulingrin , à tous les allans & venans ,
faveur defquels on ne put même s'empêcher de
vuider quelques tonneaux de vin , mais avec de fi
grandes précautions , que cela ne produifit que
plus de gayeté , fans aucune mauvaiſe fuite.
&
*
en
"
Le 8. Janvier,le Chorbagi & fes Janiffaires , marchant
dansles rues de Conftantinople, en bon ordre,
vinrent
MAY. 173.0. 1021
vinrent s'établir au Palais : ils avoient fur la tête
leur grand bonnet de cérémonie , & portoient
leur Turban à la main : trois chevaux chargez de
leur baterie de cuifine , les précédoient , ainfi que
leur Saka ou porteur d'eau , en culotte & en
pourpoint de cuir noir , garni de boutons d'ar
gent , gros comme des bales de jeu de paume ,
de leur Cuifinier , qui avoit auffi un ample Tablier
de cuir pareil , fi couvert de chaînes , de
plaques , & d'autres ornemens d'argent maſſif ,
qu'à peine pouvoit- il marcher.
&
Le 9. dès la pointe du jour M. l'Ambaffadeur
ne crut pas pouvoir commencer plus dignement
une Fête , qui avoit pour objet principal un acte
de reconnoiffance envers Dieu , qu'en exerçant fa
charité fur environ deux mille Efclaves Chrétiens
de toutes Nations , qui gémiffent dans les fers au
Bagne ou Darce , & fur les Galeres du Grand--
Seigneur , S. E. leur fit diftribuer par ſon Au→
mônier , de la viande , du ris , & du pain ,
quoi ces pauvres infortunez furent fi fenfibles
qu'oubliant la dureté de l'Efclavage , ils adrefferent
leurs voeux au Ciel , pour la profperité du
Roi,de la Famille Royalle , & de toute la France.
Vers les huit heures du matin , cinq Bâtimens
François pavoifez & mouillez dans le Port , annoncerent
cette Fête par une décharge de tous
leurs Canons ; ils repéterent la même falve à
midi , lorfqu'on chanta le Te Deum , & un peu
avant le coucher du Soleil : & les deux jours fui
vans
ils tirerent feulement , le matin , à midiy
& avant la nuit.
L'après - dîné , la Nation Françoife , étant montée
à Pera , par ordre , M. l'Ambaffadeur , &
Madame l'Ambaffadrice allerent en grand cor-
* Pera eft le quartier de l'Ambaßadeur de
France .
1022 MERCURE DE FRANCE
tege à l'Eglife des Capucins , où l'on chanta le
Te Deum , en action de graces. Le pere Cuftode
ou Superieur General , y prononça un Diſcours.
Ces Peres fignalerent leur zele & leur pieté , en
décorant leurs Eglifes d'une infinité de devifes ,
& d'emblêmes , qui retraçoient les principaux
évenemens de l'heureux Regne de Sa Majesté.
λ
Après cette pieuſe cérémonie , Leurs Excellences
avec tous ceux qui y avoient aſſiſté ,
rentrerent au Palais , où les Miniftres fe rendirent
fucceffivement , accompagnez de leurs Maifons
& de leurs Nations. On s'amuſa juſqu'à
l'heure du fouper , les uns à jouer , & le plus
grand nombre à voir les danfes , & les farces
Turques , qui plurent infiniment aux gens du
païs..
A neuf heures , on fervit le fouper , il y avoit
cing tables principales : La premiere étoit en fera-
cheval , & de 130. Couverts ; M. l'Ambaſſadeur
& Madame l'Ambaffadrice ,, les Miniftres
Etrangers , l'Archevêque de Cartage & quel--
ques autres perfonnes de confideration , en occuperent
le haut bout : les côtés , tant en dedans
qu'en dehors , furent remplis par les Dames , &
par une partie des hommes des Nations invitées..
L'étendue & la décoration de la Sale , la magnificence
du repas , la varieté des habits , furtout
d'environ 60. femmes ; leur coëfure finguliere
chargée d'or & de pierreries , tout cela formoit
un coup d'oeil auffi fingulier qu'admirable , &
dont quelques Turcs diftinguez qui étoient venus :
incognito , furent fi frappez , qu'ils ne pouvoient
fe laffer d'en marquer leur étonnement.
L'Ambaffadeur d'Angleterre porta la fanté du
Dauphin , l'Ambaffadeur de Hollande , celle du
Roi , de la Reine , & de la Famille Royale
qui furent bues avec les cérémonies ordinaires.
M..
M A Y. 1730 . 1023
M. l'Ambaffadeur , après les en avoir remerciez ,
but, fuivant l'uſage, à la fanté de la Patronance,
enfuite l'Ambaffadeur d'Angleterre
fanté de M. le Cardinal de Fleury.
› porta la
Le premier Drogman de la Porte, & le neveu
du Prince de Valachie , que le Marquis de Ville
neuve avoit auffi conviez , ayant fouhaité de fouper
en particulier avec quelques Grecs , qu'ils
avoient amenez , on leur fervit une table , dans
une des Chambres à côté de la Sale.
à
Les trois autres tables , dreffées dans la premiere
Sale , de 30. 40. Couverts chacune , furent
remplies par des perfonnes de toutes les Nations
qui n'avoient pú trouver place à la grande ,
& par les Marchands François qui répondant aux
intentions de S. E. furent chargez d'avoir atten
tion que rien ne manquât.
On fortit de table à onze heures ; le bal commença
peu après , & dura jufqu'à cinq heures du
matin. Les Turcs ne furent pas moins étonnez de
nos danfes , mêlées d'hommes & de femmes , fi
contraires à leurs ufages . Madame l'Ambaffadrice
ouvrit le Bal avec M. l'Ambaffadeur d'Angleterre,
& danfa tour de fuite avec les autres Miniftres ,
après quoi chacun fe prit indifferemment fans cé--
rémonie de cette maniere , & par le fecours des
contre-danfes , & des danfes grecques , tout
le monde eut part à ce plaifir , fans compter
qu'on danfoit auffi , & qu'on jouoit alternativement
la Comédie dans d'autres appar--
témens.
Le lendemain , les chofes fe pafferent de la
même maniere , fi ce n'eft que n'y ayant eu que
les Miniftres , quelques perfonnes étrangeres ,
& la Nation Françoife d'invitées , on ne fervit
que la Table de 130. Couverts , avec quelques
autres moindres dans les Chambres voifines. La
H vj foirée
1024 MERCURE DE FRANCE
foirée fut encore plus calme que la précédente ,
& très-favorable àl'illumination.
Le onze , troifiéme jour des réjoüiffances , fut
fi beau , que les Comédiens donnerent fur le Boulingrin
plufieurs de leurs Scenes comiques , accompagnées
de danfes devant une grande multitude
de Turcs , de Grecs , d'Armeniens & de
Juifs.
Outre les perfonnes invitées la veille, M. l'Ambaffadeur
fit auffi convier la Nation Genevoife ,
qui eft ici fous la protection de France on lui
dreffa dans la premierė Sale , une Table de 60,
Couverts , dont quelques Secretaires de S. E. firent
les honneurs .
Cette derniere nuit feconda fi bien les nouveaux
foins , qu'on avoit pris de perfectionner l'illumination
, que non- feulement il ne s'en eft jamais
vû de fi magnifique à Conftantinople , mais
qu'elle auroit été admirée par tout ailleurs . On
le concevra fans peine , fi on fe reprefente l'effet
que devoient produire plus de vingt mille lumieres
, qui fortoient des Pots -à-feu , des Lampes
, & des Gobelets de diverfes couleurs , diftribuez
avec art fur des Tetraffes fpacieuſes , difpofées
en amphitheatre , & ornées de differentes
décorations.
Ce narré deviendroit trop long , fi on vouloir
entrer dans le détail de tous les divertiffemens qui
furent donnez à cinq ou fix mille perfonnes de
tous Etats , & de toutes Nations , qui fe trouverent
dans le Palais de France pendant trois jours ,
fans qu'il foit arrivé le moindre défordre , ce que
l'on doit attribuer à la fage conduite de l'Aga
du Grand- Vifir , auquel ce premier Miniftre pour
le recompenfer de fa vigilance , & pour donner
en même tems à M. l'Ambaffadeur une marque
particuliere de confideration, envoya le lendemain
dans
2
MAY. 1730 1025
dans le Palais même , un Brevet , par lequel , lè
Grand - Seigneur accordoit à cet Aga un Taun
-confiderable , avec ordre à cet Aga d'en remercier
M. l'Ambaffadeur.
* Territoire Fief dont le G. S. gratifie
qui il lui plait.
Fermer
Résumé : RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
Le 19 mars 1730, à Constantinople, M. le Marquis de Villeneuve, ambassadeur de France, reçut la nouvelle de la naissance d'un Dauphin en France. Il organisa une fête de trois jours, initialement prévue pour le 17 novembre, mais reportée au 9 janvier en raison des conditions météorologiques. La nouvelle fut annoncée aux dignitaires turcs et aux ambassadeurs étrangers. Pour la fête, un édifice temporaire fut construit dans la rue de Pera, décoré de lauriers, de Fleurs de Lys et de Dauphins. L'allée menant au palais était ornée de lampes et de pots à feu, et un frontispice d'ordre dorique cachait la porte intérieure, avec des tableaux allégoriques et des inscriptions latines. La terrasse et le jardin étaient également décorés de manière somptueuse. La fête débuta le 8 janvier avec l'invitation de Janissaires et d'officiers turcs pour maintenir l'ordre. Le 9 janvier, l'ambassadeur fit distribuer de la nourriture aux esclaves chrétiens et des salves de canons furent tirées depuis des bâtiments français. L'après-midi, l'ambassadeur et son épouse assistèrent à un Te Deum à l'église des Capucins, suivi d'un souper avec cinq tables principales, dont une de 130 couverts pour les dignitaires. Les invités admirèrent les décorations et les danses turques, et un bal débuta à onze heures, se prolongeant jusqu'au matin. Les jours suivants, les festivités se poursuivirent avec des danses, des comédies et une illumination spectaculaire. La fête se conclut sans incident, grâce à la gestion ordonnée par l'Aga du Grand Vizir, qui reçut une récompense pour sa vigilance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4821
p. 138-153
Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
Début :
J'ai crû qu'il ne seroit point hors de propos de / I. Dans la situation où se trouvoient les affaires au commencement de [...]
Mots clefs :
Paix, Désordres, Pologne, Porte ottomane, Guerre, Hongrie, Campagne militaire, Victoire, Angleterre, France, Alliance, Revenus de l'État, Prince régent, Louis XV, Tsar, Traité, Naissance, Cour impériale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
J'ai crû qu'il ne feroit point
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
Fermer
4822
p. 164-185
Premier article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Si toutes les Genealogies ressembloient à celle cy, le Lecteur [...]
Mots clefs :
Roi, Mort, Gouverneur, Maréchal, Seigneur, Régiment, Général, Capitaine, Gouverneur, Lieutenant, Chevalier, Armée du roi, Mousquetaire, Parlement, Vie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Premier article des Morts. [titre d'après la table]
Si toutes les Genealogies reffembloient
à celle cy , le Lecteur
ne craindroit jamais de´
s'ennuyer de la lecture de cet
article , & la vie d'un homme
illuftre fa
naiffance & par
par
fes actions , foit pour hono .
rer fes manes , foit pour faire
fon éloge pendant la vie , eſt
toûjours une hiftoire agréable
à lire.
Meffire Daniel de Montef
quiou , Chevalier Seigneur de
Prechac , Galiax , Mauhic &
GALANT. 165
du Bedat , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur
de Scheleſtat , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis ,
Senechal d'Armagnac, & Capitaine
Châtelain de Lectoure,
decedé d'une maniere auffi
chrêtienne qu'il avoit toû¦ours
vêcu , le 25. Juillet 175A à
Scheleftat , où il a toûjours
refidé depuis qu'il avoit eſté
nommé Gouverneur de cette
Place ; étoit de l'illuftre Maifon
de Montefquiou , qui a
donné à l'Etat des Maréchaux
de France , & à l'Eglife des
Cardinaux , des Evêques , &c.
166
MERCURE
Eile a tité fon nom de la Terre
de Montefquiou , ſeconde
Baronnie d'Armagnac , dont
le Seigneur eft Chanoine né à
l'Eglife Cathedrale d'Auch
& y a rang au Choeur aprés les
dignitez , & avant les Chanoines.
Auriane de Lamothe fut mariée
dans l'onziéme ficcle avec
Raymond Aymoric , fecond
fils d'Aymeric , Comte de Fezenfac
, d'où font iffuës plufieurs
familles du nom de
Montefquiou qui fubfiftent
encore aujourd'huy avec éclat,
y ayant un Maréchal de FranGALANT.
167
ce & des Lieutenans Generaux.
Decembre 1634 ..
Le
137
M. de Prechac nâquit au
Château de Galiax en Armagnac
fon pere s'appelloit
Meffire Jean Paul de Montef
quiou , Chevalier Seigneur de
Prechac & de Galiax , fa mere
Catherine de Laas de Lurbe ,
d'une ancienne Maifon de
Bearn .
Feu Monfieur de Baas , Capitaine
- Lieutenant de la
premiere
Compagnie des Moufquetaires
, coufin germain de
fon pere , l'ayant attiré à Paris,
voulut qu'à l'exemple de plu168
MERCURE
fieurs autres Gentilshommes , il
fervit d'abord en qualité de
volontaire au Regiment, des
Gardes Françoifes pendant les
années 1654. 1655 & 16 56.
d'où il paffa en 1657. dans la
premiere Compagnie des
Moufquetaires , où it fur Sous-
Brigadier. Le Roy , dont il
avoit l'honneur d'eftre connu
particulierement , l'envoya
pout affaires fecretes en Eſpagne
, & à fon retour fa Majefté
luy donna le 16. Octobre
1665. une Compagnie au Regiment
de Champagne , où il
cut le brevet de Major le premier
GALANT. 169
mier Septembre 1675. & fervit
depuis en cette qualité , &
comme Major de Brigade, jufqu'au
16. Janvier 1678. qu'il
fut nommé Inspecteur General
de l'Infanterie.
Le 28. Novembre 1681.
il fut faitColonel du Regiment
de Champagne , le 24. Aouſt
1688. Brigadier des Armées
du Roy , le 30. Mars 1693 .
Maréchal de Camp , le 13 .
Juin de la même année Gouverneur
de Rofes , le 20. Octobre
1699. Gouverneur de
Scheleftat , le premier Mars
1704 Senéchal d'Armagnac ,
Novembre 1715 . 1715. P
170 MERCURE
& Capitaine Châtelain deLectoure
, le 26. d'O&obre de la
même année , Lieutenant General
des Armées du Roy .
Il avoit eu fucceffivement
les Commanderies de S Omer
& d Ypres , lesquelles ayant
efté réunies à l'Ordre de S.
Lazare , il fut nommé Commandeur
de l'Ordre des Louis,
lorfque cet Ordre fut inftitué.
Pendant qu'il étoit dans les
Moufquetaires, il ſe troùva en
l'année 1657. aux Sieges de
Montmedy, Herbemont, Vifton
, & Neufchatel , & en
1658. au fiege de Dunkerque.
GALANT. 171
En 1672. étant Capitaine
au Regiment de Champagne ,
il fe trouva au fameux paffage
de Tholus fur le Rhin , où le
Roy commandoit en perſonno,
& en dix fieges , entr'autres
celuy de Nimegue & celuy
du Fort de Schenk.
En 1674. il fe trouva au
combat de Turqueim en Alface
, & au fiege d'Antoin , où
il fut bleffé dangereufement
au pied gauche.
En 1675. il fe diftingua au
combat d'Altheneim en Brifchaw
, où il eut un cheval tué
fous luy & le talon droit percé
Pij
172 •
MERCURE
d'un coup de moufquer
.
En 1677. il fe trouva au
fiege de Fribourg C 1678 .
aux fieges de Hombourg & de
Botſche.
basta nou v
En 1689. au fiegede Campredon
en Catalogne , où il
commandoit l'Infanterie en
qualité de Brigadier.
En 1691 aux fleges de la
Seu d'Urgel , & des Châteaux
deValence & de Sor, où il commandoit
en Chefing daiq an
En 1693. au fiege de Rofes ,
où il fe fignala en qualité de
Maréchal de Camp , & le
Gouvernement de cette Place
GALANT 173
luy fut donné aprés qu'elle eût
été prife.Main
En 1694. au Combat du
paffage du Ter où l'Armée
d'Espagne retranchée de l'autre
côté de lariviere , & fupe .
rieure en nombre à celle de
France , fut défaite par M. le
Maréchal de Noailles , & enfuite
aux fieges de Palamos , de
Girone , d'Oltalric , & de Caf
telfoüillet . En voulant faire entrer
un convoy en 1695 ilfut
bleffe d'un coup de mouſquer
à la cuiffe , ce qui n'empêcha
pas qu'il n'y fic entrer le Convoye
a kupeƆ vyplat
Piij
174 MERCURE
En 1697, au fameux fiegel
de Barcelone fous M. le Duc
de Vendofme.
7
* 0 :
• Quoyqu'il fut Gouverneur
de Rofes depuis 1695 ) il he
laiffoit pas de fervir Hyver &
Efté ,en qualité de Maréchal de
Camp ; ila même commandé
divers Camps volants . Ce n'eſt
que depuis qu'il a efté Gouver
neur de Scheleftat qu'il a pref .
que toûjours efté obligé de
demeurer dans cetre Place. 113
Jamais Officier n'a efté plus
attaché à fon devoir & à l'ob
fervation de la difcipline militaire
, que luy. Ce qu'il a por
GALANT . 175
té fi loin que pendant . 61. ans
de fervice,il n'eft allé que trois
fois fur les terres en fon pays
& trois fois à la Cour. Lors
qu'il y vint en 1699. craignant
que le Roy , dont il avoit autrefois
efté particulierement
connu , pendant qu'il fervoit
dans les Moufquetaires , ne
l'eut oublié , il pria M. le Maréchal
de Noailles de le prefenter
, de quoy Sa Majeſté
s'étant apperceuë , elle dit
en fouriant : Prechac croit
que
je ne le connois plus ,parce qu'il ne -
vient point à la Cour; & en luy
mettant la main fur l'épaule
P iiij
176 MERGURE
que
gauche luy dit. Ily a longtemps
Tous nous connoiffons.
Dans tous les emplois qu'il
a cu , il s'eft toûjours contenté
de les appointemens, ſans mê→
me vouloir ufer de certains
droits établis par la Coûtume,
ni recevoir les prefens qu'on
luy offroit.
Il n'a jamais rien demandé
à la Cour , & s'il a eu des
cimplois , ce n'eſt que fur le
rapport des Generaux fous
lefquels il a fervi . Feu M. le
Prince de Condé , M. de Tu-
Meffieurs les Maré- renne
chaux de Luxembourg & de
GALANT. 177
*
Noailles , & M. le Duc de
Vendofme. Il eût feulement
l'honneur d'écrire en 1692. à
Sa Majefté, pour la fupplier de
ſe ſouvenir des bontez qu'elle
luy avoit autrefois temoignée,
&des fervices qu'il rendoit de
puis prés de 40 ans , & c'eft
Meffire Clement de Montef
quiou de Prechac fon frere ,
Abbé de Berdoüe , & de Valbone,
& Prieur de Saint Feliou,
qui fe trouvant à Paris en 1704 .
fit demander de luy même la
Charge de Senéchal d'Armagnac
qui venoit de vacquer
par la mort de M. le Marquis
d'Hautmont .
178 MERCURE
En l'année 1681. il refufa
d'accepter la Lieutenance Colonelle
du Regiment deChampagne,
que M. de Louvois luy
écrivit que
le Roy luy donnoit
, difant qu'il y avoit trois
Capitaines plus anciens que
luy , & qu'il ne leur donneroit
jamais la mortification d'être
commandez par leur cadet. Le
Miniftre approuva cette delicateffe
, fit placer ces trois Ca
pitaines , & ainfi M. de Prechac
étant demeuré plus ancien
Capitaine , fut fait Lieutenant
Colonel .
Ce fut auffi en ce temps - là
GALANT. 179
qu'étant Inspecteur General
d'Infanterie
à Pignerol & en
Dauphiné , il eut ordre d'envoyer
à la Cour un état de tous
les Officiers de fon Départe
ment , de leurs Pays , de leurs
fervices , des occafions où ils
s'étoient trouvez & den leurs
bleffures: De quoy il s'acquita
avec exactitude à l'égard de
tous les autres ; il n'oublia que
luy- même. Ce qui obligea M.
de Louvois à luy écrire en ces
termes :Fay fait voir au Roy
l'état que vous m'avez envoyé.
Sa Majesté en aété fort contente,
a admiré voftre modeftie de ne
180 MERGURE
pas vous
vous
mettre
mettre
au nnombre
des
bleſſez
, n'ignorant
pas que vous l'avez
été à Antoin
& à Altheneim
;
c'est pour
cela qu'elle
vous
donne
la Commanderie
de
S.Omero
quel
ab . mm
Enfin
M. de Prechac
chargé
d'honneurs
& d'années
ayant
eu une
attaque
d'apoplexie
peu aprés
Pâques
, regarda
cela
comme
un avis
que la mort
étoit
prochaine
, & redoubla
les difpofitions
qu'il
y avoit
apportées
toute
la vie , ayant
vecu
d'une
maniere
auffiregu
liere
que s'il eût été dans
un
Cloître
. Il regla
tout
ce qui
GALANT. 181
pouvoit concerner ſon Gouvernement
, en ayant fait un
état qu'il remit au Lieutenant
de Roy , & continua neanmoins
de faire les fonctions de
Gouverneur jufqu'au dernier
moment de fa vie , ayant n
core donné les ordres en cette
qualité la veille de fa mort.
Il eftoit marié avec Madame
Claire Marguerite de Lau ,
Dame de Mauhic & du Bedat,
fille & heritiere du Comte de
Lau , Chef d'une ancienne
Maiſon en Armagnac , dont
il n'a point eu d'enfans .
3 Meffire Eftienne Bouchu
182 MERCURE
Sieur de Leffart , Confeiller
d'Etat , cy - devant Intendant
de Grenoble & des Armées
d'Italie & de Dauphiné , pere
de Madame la Comteffe de
Teffé qu'il laiffe pour la feule
& unique heritiere , & neveu
de Mcffice Pierre Bouchu,
premier Préfident du Parle
ment de Dijon , dont je vous
appris la mort dans le Mercure
du mois paffé mourut à
Tournus le Octobre
1715. Il eftoit fils de M. Bouchu,
Intendant de Bourgogne,
mort en 1683 & petit fils de
Meffire Jean Bouchu , & de
P
GALANT . 183
Dame Marie de Montholon ,
Préfident à Mortier du Parle
ment de Dijon , & reçû en
1644. premier Préfident du
même Parlement : cette famille
qui eft originaire de la Viile
de Monbard en Bourgogne, &
qui depuis prés de cent années,
rempliffoit les premieres dignitez
de la Robe dans le Parlement
de fa Province , ne fubfifte
plus & fon nom & fa famille
fe trouvera éteinte aprés
la mort de Dom Pierre Bouchu
, Abbé & Chef General
de Clairvaux , & de N. Bouchu
, Abbé d'Ambournay.
184 MERCURE
Mcffire Jean de Berbify ,
Chevalier Seigneur & Baron
de Vantoux , Préfident à
Mortier au Parlement de Dijon,
dont la famille depuis plus
de 200. ans a fourni dans le
même Parlement plufieurs
Confeillers & des Prefidens ,
fuccede à la dignité de premier
Préfident , vacante par la mort
de Mr Bouchu .
Meffire Henry Jules Duguay
, Chevalier Confeiller du
Roy , cy- devant Intendant de
la Marine à Dunkerque, mourut
le 10 Novembre 1715. âgé
d'environ 60 , ans Il eftoit fils
de
GALANT 185
de Meffire Nicolas Benigne
Duguay , Seigneur de Beffey,
Baron de Chizans , premier
Prefident de la Chambre des
Comptes de Dijon , & Inten
dane de Marine enBourgogne,
& de Dame Marie Chapelain.
Il fervoir dans la Marine depuis
plus de trente années avec
beaucoup de merite & de diftinction.
Il laiffe trois fils qui y
fervent , dont l'aifné a efté
fait au Siege de Douay Enfei
ghe de Vaiffeaux . Cefar Duguay
, Baron de Chazans , l'un
de fes freres,mourut en 1708. à
Breft , Lieutenant de Vaiffeaux .
à celle cy , le Lecteur
ne craindroit jamais de´
s'ennuyer de la lecture de cet
article , & la vie d'un homme
illuftre fa
naiffance & par
par
fes actions , foit pour hono .
rer fes manes , foit pour faire
fon éloge pendant la vie , eſt
toûjours une hiftoire agréable
à lire.
Meffire Daniel de Montef
quiou , Chevalier Seigneur de
Prechac , Galiax , Mauhic &
GALANT. 165
du Bedat , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur
de Scheleſtat , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis ,
Senechal d'Armagnac, & Capitaine
Châtelain de Lectoure,
decedé d'une maniere auffi
chrêtienne qu'il avoit toû¦ours
vêcu , le 25. Juillet 175A à
Scheleftat , où il a toûjours
refidé depuis qu'il avoit eſté
nommé Gouverneur de cette
Place ; étoit de l'illuftre Maifon
de Montefquiou , qui a
donné à l'Etat des Maréchaux
de France , & à l'Eglife des
Cardinaux , des Evêques , &c.
166
MERCURE
Eile a tité fon nom de la Terre
de Montefquiou , ſeconde
Baronnie d'Armagnac , dont
le Seigneur eft Chanoine né à
l'Eglife Cathedrale d'Auch
& y a rang au Choeur aprés les
dignitez , & avant les Chanoines.
Auriane de Lamothe fut mariée
dans l'onziéme ficcle avec
Raymond Aymoric , fecond
fils d'Aymeric , Comte de Fezenfac
, d'où font iffuës plufieurs
familles du nom de
Montefquiou qui fubfiftent
encore aujourd'huy avec éclat,
y ayant un Maréchal de FranGALANT.
167
ce & des Lieutenans Generaux.
Decembre 1634 ..
Le
137
M. de Prechac nâquit au
Château de Galiax en Armagnac
fon pere s'appelloit
Meffire Jean Paul de Montef
quiou , Chevalier Seigneur de
Prechac & de Galiax , fa mere
Catherine de Laas de Lurbe ,
d'une ancienne Maifon de
Bearn .
Feu Monfieur de Baas , Capitaine
- Lieutenant de la
premiere
Compagnie des Moufquetaires
, coufin germain de
fon pere , l'ayant attiré à Paris,
voulut qu'à l'exemple de plu168
MERCURE
fieurs autres Gentilshommes , il
fervit d'abord en qualité de
volontaire au Regiment, des
Gardes Françoifes pendant les
années 1654. 1655 & 16 56.
d'où il paffa en 1657. dans la
premiere Compagnie des
Moufquetaires , où it fur Sous-
Brigadier. Le Roy , dont il
avoit l'honneur d'eftre connu
particulierement , l'envoya
pout affaires fecretes en Eſpagne
, & à fon retour fa Majefté
luy donna le 16. Octobre
1665. une Compagnie au Regiment
de Champagne , où il
cut le brevet de Major le premier
GALANT. 169
mier Septembre 1675. & fervit
depuis en cette qualité , &
comme Major de Brigade, jufqu'au
16. Janvier 1678. qu'il
fut nommé Inspecteur General
de l'Infanterie.
Le 28. Novembre 1681.
il fut faitColonel du Regiment
de Champagne , le 24. Aouſt
1688. Brigadier des Armées
du Roy , le 30. Mars 1693 .
Maréchal de Camp , le 13 .
Juin de la même année Gouverneur
de Rofes , le 20. Octobre
1699. Gouverneur de
Scheleftat , le premier Mars
1704 Senéchal d'Armagnac ,
Novembre 1715 . 1715. P
170 MERCURE
& Capitaine Châtelain deLectoure
, le 26. d'O&obre de la
même année , Lieutenant General
des Armées du Roy .
Il avoit eu fucceffivement
les Commanderies de S Omer
& d Ypres , lesquelles ayant
efté réunies à l'Ordre de S.
Lazare , il fut nommé Commandeur
de l'Ordre des Louis,
lorfque cet Ordre fut inftitué.
Pendant qu'il étoit dans les
Moufquetaires, il ſe troùva en
l'année 1657. aux Sieges de
Montmedy, Herbemont, Vifton
, & Neufchatel , & en
1658. au fiege de Dunkerque.
GALANT. 171
En 1672. étant Capitaine
au Regiment de Champagne ,
il fe trouva au fameux paffage
de Tholus fur le Rhin , où le
Roy commandoit en perſonno,
& en dix fieges , entr'autres
celuy de Nimegue & celuy
du Fort de Schenk.
En 1674. il fe trouva au
combat de Turqueim en Alface
, & au fiege d'Antoin , où
il fut bleffé dangereufement
au pied gauche.
En 1675. il fe diftingua au
combat d'Altheneim en Brifchaw
, où il eut un cheval tué
fous luy & le talon droit percé
Pij
172 •
MERCURE
d'un coup de moufquer
.
En 1677. il fe trouva au
fiege de Fribourg C 1678 .
aux fieges de Hombourg & de
Botſche.
basta nou v
En 1689. au fiegede Campredon
en Catalogne , où il
commandoit l'Infanterie en
qualité de Brigadier.
En 1691 aux fleges de la
Seu d'Urgel , & des Châteaux
deValence & de Sor, où il commandoit
en Chefing daiq an
En 1693. au fiege de Rofes ,
où il fe fignala en qualité de
Maréchal de Camp , & le
Gouvernement de cette Place
GALANT 173
luy fut donné aprés qu'elle eût
été prife.Main
En 1694. au Combat du
paffage du Ter où l'Armée
d'Espagne retranchée de l'autre
côté de lariviere , & fupe .
rieure en nombre à celle de
France , fut défaite par M. le
Maréchal de Noailles , & enfuite
aux fieges de Palamos , de
Girone , d'Oltalric , & de Caf
telfoüillet . En voulant faire entrer
un convoy en 1695 ilfut
bleffe d'un coup de mouſquer
à la cuiffe , ce qui n'empêcha
pas qu'il n'y fic entrer le Convoye
a kupeƆ vyplat
Piij
174 MERCURE
En 1697, au fameux fiegel
de Barcelone fous M. le Duc
de Vendofme.
7
* 0 :
• Quoyqu'il fut Gouverneur
de Rofes depuis 1695 ) il he
laiffoit pas de fervir Hyver &
Efté ,en qualité de Maréchal de
Camp ; ila même commandé
divers Camps volants . Ce n'eſt
que depuis qu'il a efté Gouver
neur de Scheleftat qu'il a pref .
que toûjours efté obligé de
demeurer dans cetre Place. 113
Jamais Officier n'a efté plus
attaché à fon devoir & à l'ob
fervation de la difcipline militaire
, que luy. Ce qu'il a por
GALANT . 175
té fi loin que pendant . 61. ans
de fervice,il n'eft allé que trois
fois fur les terres en fon pays
& trois fois à la Cour. Lors
qu'il y vint en 1699. craignant
que le Roy , dont il avoit autrefois
efté particulierement
connu , pendant qu'il fervoit
dans les Moufquetaires , ne
l'eut oublié , il pria M. le Maréchal
de Noailles de le prefenter
, de quoy Sa Majeſté
s'étant apperceuë , elle dit
en fouriant : Prechac croit
que
je ne le connois plus ,parce qu'il ne -
vient point à la Cour; & en luy
mettant la main fur l'épaule
P iiij
176 MERGURE
que
gauche luy dit. Ily a longtemps
Tous nous connoiffons.
Dans tous les emplois qu'il
a cu , il s'eft toûjours contenté
de les appointemens, ſans mê→
me vouloir ufer de certains
droits établis par la Coûtume,
ni recevoir les prefens qu'on
luy offroit.
Il n'a jamais rien demandé
à la Cour , & s'il a eu des
cimplois , ce n'eſt que fur le
rapport des Generaux fous
lefquels il a fervi . Feu M. le
Prince de Condé , M. de Tu-
Meffieurs les Maré- renne
chaux de Luxembourg & de
GALANT. 177
*
Noailles , & M. le Duc de
Vendofme. Il eût feulement
l'honneur d'écrire en 1692. à
Sa Majefté, pour la fupplier de
ſe ſouvenir des bontez qu'elle
luy avoit autrefois temoignée,
&des fervices qu'il rendoit de
puis prés de 40 ans , & c'eft
Meffire Clement de Montef
quiou de Prechac fon frere ,
Abbé de Berdoüe , & de Valbone,
& Prieur de Saint Feliou,
qui fe trouvant à Paris en 1704 .
fit demander de luy même la
Charge de Senéchal d'Armagnac
qui venoit de vacquer
par la mort de M. le Marquis
d'Hautmont .
178 MERCURE
En l'année 1681. il refufa
d'accepter la Lieutenance Colonelle
du Regiment deChampagne,
que M. de Louvois luy
écrivit que
le Roy luy donnoit
, difant qu'il y avoit trois
Capitaines plus anciens que
luy , & qu'il ne leur donneroit
jamais la mortification d'être
commandez par leur cadet. Le
Miniftre approuva cette delicateffe
, fit placer ces trois Ca
pitaines , & ainfi M. de Prechac
étant demeuré plus ancien
Capitaine , fut fait Lieutenant
Colonel .
Ce fut auffi en ce temps - là
GALANT. 179
qu'étant Inspecteur General
d'Infanterie
à Pignerol & en
Dauphiné , il eut ordre d'envoyer
à la Cour un état de tous
les Officiers de fon Départe
ment , de leurs Pays , de leurs
fervices , des occafions où ils
s'étoient trouvez & den leurs
bleffures: De quoy il s'acquita
avec exactitude à l'égard de
tous les autres ; il n'oublia que
luy- même. Ce qui obligea M.
de Louvois à luy écrire en ces
termes :Fay fait voir au Roy
l'état que vous m'avez envoyé.
Sa Majesté en aété fort contente,
a admiré voftre modeftie de ne
180 MERGURE
pas vous
vous
mettre
mettre
au nnombre
des
bleſſez
, n'ignorant
pas que vous l'avez
été à Antoin
& à Altheneim
;
c'est pour
cela qu'elle
vous
donne
la Commanderie
de
S.Omero
quel
ab . mm
Enfin
M. de Prechac
chargé
d'honneurs
& d'années
ayant
eu une
attaque
d'apoplexie
peu aprés
Pâques
, regarda
cela
comme
un avis
que la mort
étoit
prochaine
, & redoubla
les difpofitions
qu'il
y avoit
apportées
toute
la vie , ayant
vecu
d'une
maniere
auffiregu
liere
que s'il eût été dans
un
Cloître
. Il regla
tout
ce qui
GALANT. 181
pouvoit concerner ſon Gouvernement
, en ayant fait un
état qu'il remit au Lieutenant
de Roy , & continua neanmoins
de faire les fonctions de
Gouverneur jufqu'au dernier
moment de fa vie , ayant n
core donné les ordres en cette
qualité la veille de fa mort.
Il eftoit marié avec Madame
Claire Marguerite de Lau ,
Dame de Mauhic & du Bedat,
fille & heritiere du Comte de
Lau , Chef d'une ancienne
Maiſon en Armagnac , dont
il n'a point eu d'enfans .
3 Meffire Eftienne Bouchu
182 MERCURE
Sieur de Leffart , Confeiller
d'Etat , cy - devant Intendant
de Grenoble & des Armées
d'Italie & de Dauphiné , pere
de Madame la Comteffe de
Teffé qu'il laiffe pour la feule
& unique heritiere , & neveu
de Mcffice Pierre Bouchu,
premier Préfident du Parle
ment de Dijon , dont je vous
appris la mort dans le Mercure
du mois paffé mourut à
Tournus le Octobre
1715. Il eftoit fils de M. Bouchu,
Intendant de Bourgogne,
mort en 1683 & petit fils de
Meffire Jean Bouchu , & de
P
GALANT . 183
Dame Marie de Montholon ,
Préfident à Mortier du Parle
ment de Dijon , & reçû en
1644. premier Préfident du
même Parlement : cette famille
qui eft originaire de la Viile
de Monbard en Bourgogne, &
qui depuis prés de cent années,
rempliffoit les premieres dignitez
de la Robe dans le Parlement
de fa Province , ne fubfifte
plus & fon nom & fa famille
fe trouvera éteinte aprés
la mort de Dom Pierre Bouchu
, Abbé & Chef General
de Clairvaux , & de N. Bouchu
, Abbé d'Ambournay.
184 MERCURE
Mcffire Jean de Berbify ,
Chevalier Seigneur & Baron
de Vantoux , Préfident à
Mortier au Parlement de Dijon,
dont la famille depuis plus
de 200. ans a fourni dans le
même Parlement plufieurs
Confeillers & des Prefidens ,
fuccede à la dignité de premier
Préfident , vacante par la mort
de Mr Bouchu .
Meffire Henry Jules Duguay
, Chevalier Confeiller du
Roy , cy- devant Intendant de
la Marine à Dunkerque, mourut
le 10 Novembre 1715. âgé
d'environ 60 , ans Il eftoit fils
de
GALANT 185
de Meffire Nicolas Benigne
Duguay , Seigneur de Beffey,
Baron de Chizans , premier
Prefident de la Chambre des
Comptes de Dijon , & Inten
dane de Marine enBourgogne,
& de Dame Marie Chapelain.
Il fervoir dans la Marine depuis
plus de trente années avec
beaucoup de merite & de diftinction.
Il laiffe trois fils qui y
fervent , dont l'aifné a efté
fait au Siege de Douay Enfei
ghe de Vaiffeaux . Cefar Duguay
, Baron de Chazans , l'un
de fes freres,mourut en 1708. à
Breft , Lieutenant de Vaiffeaux .
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4823
p. 161
II.
Début :
Portrait de François de Salignac de la Motte-Fénelon, gravé par P. Savart [...]
Mots clefs :
Portrait, Fénelon, Pierre Savart, Joseph Vivien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
I I.
Portrait de François de Salignac de la
Motte - Fénelon , gravé par P. Savart
d'après le tableau de J. Vivien. Prix ,
3 liv. A Paris , chez l'auteur , barrière.
de Fontarabie & aux adreſſes ordinaires
degravure.
Ce portrait intéreſſant,&que l'on peut
regardercomme une miniature, fera ſuite
àceuxdes hommes illuftres que MM. Ficquet
& Savart ont publiés dans le même
format. La tête du Prélat , gravée en demi
teinte avec une préciſion &une légereté
ſurprenante d'outil , plaira & par la
douceur du caractère &par la netteté &
le fini précieux de la gravure. Des attributs
rélatifs accompagnent ce portrait &
déſignent particulièrement l'illuſtre auteurduTélémaque.
Portrait de François de Salignac de la
Motte - Fénelon , gravé par P. Savart
d'après le tableau de J. Vivien. Prix ,
3 liv. A Paris , chez l'auteur , barrière.
de Fontarabie & aux adreſſes ordinaires
degravure.
Ce portrait intéreſſant,&que l'on peut
regardercomme une miniature, fera ſuite
àceuxdes hommes illuftres que MM. Ficquet
& Savart ont publiés dans le même
format. La tête du Prélat , gravée en demi
teinte avec une préciſion &une légereté
ſurprenante d'outil , plaira & par la
douceur du caractère &par la netteté &
le fini précieux de la gravure. Des attributs
rélatifs accompagnent ce portrait &
déſignent particulièrement l'illuſtre auteurduTélémaque.
Fermer
Résumé : II.
Le document présente un portrait gravé de François de Salignac de La Mothe-Fénelon, réalisé par P. Savart d'après un tableau de J. Vivien. Disponible à Paris, ce portrait est une miniature précise et délicate, destinée à une série de portraits d'hommes illustres. Il met en avant la finesse de l'exécution et représente Fénelon comme auteur du 'Télémaque'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4824
p. 2471
DE TURQUIE ET DE PERSE.
Début :
On a appris que le General de l'Armée de Scah-Thamas, qui alloit au-devant du secours [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Bagdad, Siège d'Erivan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE TURQUIE ET DE PERSE.
DE TURQUIE ET DE PERSE.
Na appris que le General de l'Armée de
Scah Thamas , qui alloit au- devant du secours que le Grand- Seigneur devoit envoyer à
Bagdad , pour l'attaquer , avoit rencontréà trois
journées de cette Ville Achmet Pacha , campé avantageusement sur une hauteur avec un corps
de Troupes de IS à 16000. hommes ; qu'il n'avoit pas osé le forcer dans ses retranchemens
ni avancer plus loin , parce que les défilez qu'il
étoit obligé de passer , étoient occupez par les
Turcs , et qu'il avoit pris le parti de retourner
sur ses pas , et de se retirer en Géorgie , d'où
l'on croit qu'il s'étoit déterminé depuis à aller
rejoindre le reste de l'Armée du Roi de Perse qui
fait le Siége d'Erivan.
On mande de Constantinople qu'il y est mort
de la peste près de 60000. Turcs , et plus de
4000. Esclaves Chrétiens qu'on a obligez de né
toyer les maisons infectées
Na appris que le General de l'Armée de
Scah Thamas , qui alloit au- devant du secours que le Grand- Seigneur devoit envoyer à
Bagdad , pour l'attaquer , avoit rencontréà trois
journées de cette Ville Achmet Pacha , campé avantageusement sur une hauteur avec un corps
de Troupes de IS à 16000. hommes ; qu'il n'avoit pas osé le forcer dans ses retranchemens
ni avancer plus loin , parce que les défilez qu'il
étoit obligé de passer , étoient occupez par les
Turcs , et qu'il avoit pris le parti de retourner
sur ses pas , et de se retirer en Géorgie , d'où
l'on croit qu'il s'étoit déterminé depuis à aller
rejoindre le reste de l'Armée du Roi de Perse qui
fait le Siége d'Erivan.
On mande de Constantinople qu'il y est mort
de la peste près de 60000. Turcs , et plus de
4000. Esclaves Chrétiens qu'on a obligez de né
toyer les maisons infectées
Fermer
Résumé : DE TURQUIE ET DE PERSE.
Le général Scah Thamas, envoyé par le roi de Perse, n'a pas attaqué Bagdad en raison des défenses turques. Il s'est retiré en Géorgie puis a rejoint l'armée perse à Erivan. À Constantinople, une épidémie de peste a tué près de 60 000 Turcs et plus de 4 000 esclaves chrétiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4825
p. 166
« Le Comte de Montalet qui vient d'estre fait Enseigne [...] »
Début :
Le Comte de Montalet qui vient d'estre fait Enseigne [...]
Mots clefs :
Comte de Montalet, Enseigne de Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Comte de Montalet qui vient d'estre fait Enseigne [...] »
Le Comte de Montalet
qui vient d'etre fait ln.-
feigne de Vaisseaux, estfils
de Monsieur le M irqlils de
Villebreuil ancien Officier,
que le Roy a
attaché à Son
Aitrfle Serenissime Monseigneur le Comte de Thouloufe. Il est de l'ancienne
Maison du Marquis de
Monralet
,
Baron d'Alais
en Languedoc, qui est une
de* plus illustres de cette
Province
qui vient d'etre fait ln.-
feigne de Vaisseaux, estfils
de Monsieur le M irqlils de
Villebreuil ancien Officier,
que le Roy a
attaché à Son
Aitrfle Serenissime Monseigneur le Comte de Thouloufe. Il est de l'ancienne
Maison du Marquis de
Monralet
,
Baron d'Alais
en Languedoc, qui est une
de* plus illustres de cette
Province
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4826
p. 161
Abjurations receües par le Pere Alexis du Buc, [titre d'après la table]
Début :
Le P. Alexis du Buc, Théatin, a reçû depuis le commencement [...]
Mots clefs :
Abjurations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjurations receües par le Pere Alexis du Buc, [titre d'après la table]
Le P. Alexis du Buc , Théa
tin, a reçû depuis le commencement
de cette année 28 Ab.-
jurations ; entr'autres celle de :
Meflire Daniel de Cajalou ,,
Fils de feuM ' de Cajalou , Avocat
General du Parlement de :
Pau, & celle de Meffire Char--
les Buek , des plus Illuftress
Familles d'Angleterre.
tin, a reçû depuis le commencement
de cette année 28 Ab.-
jurations ; entr'autres celle de :
Meflire Daniel de Cajalou ,,
Fils de feuM ' de Cajalou , Avocat
General du Parlement de :
Pau, & celle de Meffire Char--
les Buek , des plus Illuftress
Familles d'Angleterre.
Fermer
4827
p. 571
« Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...] »
Début :
Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...]
Mots clefs :
Tragédie, Gustave Vasa
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...] »
Le Samedi is. de ce mois , les Comédiens
François lûrent et reçurent dans leur Assemblée
unanimement, une Tragédie nouvelle de M.Piron,
qui a pour titre , Gustave Vasa
François lûrent et reçurent dans leur Assemblée
unanimement, une Tragédie nouvelle de M.Piron,
qui a pour titre , Gustave Vasa
Fermer
4828
p. 783-784
ITALIE.
Début :
LE 5. Mars, le Pape tint un Consistoire, dans lequel [...]
Mots clefs :
Consistoire, Cardinal, Archevêché, Évêque de Soissons, Dominicains, Pape, Naples, Cour de Turin, Coadjutorerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E s. Mars , le Pape tint un Consistoire , dans
Llequel le Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché
de Sens pour l'Evêque de Soissons ; l'Abbaye
de S. Jacques de Provins , pour l'Evêque de
Nîmes , et celle de S. Pierre en Valée , Diocèse
de Chartres , pour l'Abbé de la Farre -Lopis.
Le 12. on fit partir de Rome pour Civitavechia,
une Chaîne de 64. Criminels condamnez aux
Galeres , parmi lesquels il y a un Ecclesiastique
qui y retourne pour la troisième fois.
Les Dominicains du Convent de sainte Marie
sur la Minerve de Rome , ont obtenu du Pape la
permission de faire inhumer dans leur Eglise
lé Corps du feu Pape Benoît XIII . pour lequel
ils font faire un superbe Mausolée.
Le Pape a fait prier les Cardinaux de n'avoir
aucun commerce avec les Cardinaux Coscia et
Fini , jusqu'à ce que leur affaire soit jugée par la
Congrégation de Non Nullis , qui est occupée
presentement à examiner leurs Memoires justificatifs
, et ceux des Abbez Prati et Ramoni.
Les Habitans de Nettimo ont refusé de se soumettre
aux Ordonnances qui ont été publiées
contre le luxe , prétendant avoir d'anciens Privileges
qui permettent de s'habiller aussi magnifi-´
quement qu'ils le jugeront à propos.
On a appris de Naples sur la fin du mois der-´
nier,
784 MERCURE DE FRANCE
nier , qu'il y avoit eu un Tremblement de Terre
considerable à Toggia , dans la Pouille , que cette
petite Ville étoit totalement renversée , et qu'il y
avoit eu 25oo. Habitans écrasez sous les ruines.
La Cour de Turin s'est opposée avec beaucoup
de vigueur à l'execution de quelques Bulles accordées
par le Pape pour la Coadjutorerie de
certains Benefices consistoriaux , situez dans le
Piémont.
E s. Mars , le Pape tint un Consistoire , dans
Llequel le Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché
de Sens pour l'Evêque de Soissons ; l'Abbaye
de S. Jacques de Provins , pour l'Evêque de
Nîmes , et celle de S. Pierre en Valée , Diocèse
de Chartres , pour l'Abbé de la Farre -Lopis.
Le 12. on fit partir de Rome pour Civitavechia,
une Chaîne de 64. Criminels condamnez aux
Galeres , parmi lesquels il y a un Ecclesiastique
qui y retourne pour la troisième fois.
Les Dominicains du Convent de sainte Marie
sur la Minerve de Rome , ont obtenu du Pape la
permission de faire inhumer dans leur Eglise
lé Corps du feu Pape Benoît XIII . pour lequel
ils font faire un superbe Mausolée.
Le Pape a fait prier les Cardinaux de n'avoir
aucun commerce avec les Cardinaux Coscia et
Fini , jusqu'à ce que leur affaire soit jugée par la
Congrégation de Non Nullis , qui est occupée
presentement à examiner leurs Memoires justificatifs
, et ceux des Abbez Prati et Ramoni.
Les Habitans de Nettimo ont refusé de se soumettre
aux Ordonnances qui ont été publiées
contre le luxe , prétendant avoir d'anciens Privileges
qui permettent de s'habiller aussi magnifi-´
quement qu'ils le jugeront à propos.
On a appris de Naples sur la fin du mois der-´
nier,
784 MERCURE DE FRANCE
nier , qu'il y avoit eu un Tremblement de Terre
considerable à Toggia , dans la Pouille , que cette
petite Ville étoit totalement renversée , et qu'il y
avoit eu 25oo. Habitans écrasez sous les ruines.
La Cour de Turin s'est opposée avec beaucoup
de vigueur à l'execution de quelques Bulles accordées
par le Pape pour la Coadjutorerie de
certains Benefices consistoriaux , situez dans le
Piémont.
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Résumé : ITALIE.
En mars, le Pape organisa un Consistoire où le Cardinal Ottoboni proposa diverses nominations ecclésiastiques, incluant l'Archevêché de Sens pour l'Évêque de Soissons, l'Abbaye de Saint-Jacques de Provins pour l'Évêque de Nîmes, et celle de Saint-Pierre en Vallée, Diocèse de Chartres, pour l'Abbé de la Farre-Lopis. Le 12 mars, 64 criminels, dont un ecclésiastique récidiviste, furent transférés de Rome à Civitavecchia. Les Dominicains de Sainte-Marie-sur-la-Minerve reçurent l'autorisation papale d'inhumer le corps du Pape Benoît XIII et de construire un mausolée en son honneur. Le Pape demanda aux cardinaux d'éviter tout contact avec les cardinaux Coscia et Fini, ainsi qu'avec les abbés Prati et Ramoni, jusqu'à l'examen de leurs mémoires justificatifs par la Congrégation de Non Nullis. Les habitants de Nettuno refusèrent de se conformer aux ordonnances contre le luxe, invoquant des privilèges anciens. À la fin du mois précédent, un tremblement de terre à Toggia, en Pouille, causa la destruction totale de la ville et la mort de 2500 habitants. La Cour de Turin s'opposa à l'exécution de certaines bulles papales concernant des bénéfices ecclésiastiques en Piémont.
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4829
p. 995-996
TURQUIE, PERSE ET BARBARIE.
Début :
On mande de Constantinople, du 8. Mars, que le Grand [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Barbarie
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE, PERSE ET BARBARIE.
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE , PERSE ET BARBARIE.
O
N mande de Constantinople , du 8. Mars ,
que le Grand-Vizir avoit fait fournir gratis
aux Religieux François qui sont établis dans
cette Ville , tous les materiaux necessaires pour
faire rebâtir les trois Eglises qu'ils ont dans le
Fauxbourg de Pera , et qui furent consumées par le dernier incendie.
On mande aussi qu'on avoit fait depuis peu
l'épreuve de plusieurs Pieces de Canon d'une
nouvelle invention , en présence du G. Visir et
des principaux Officiers de l'Artillerie , et que
cette épreuve avoit parfaitement réussi , qu'on continuoit de travailler dans les Arcenaux à de
grands préparatifs de guerre , et qu'on faisoit des provisions considerables de grains et de mu
nitions de guerre du côté de la Mer Noire , &c.
D'autres Lettres de Constantinople portent
que par les Préliminaires du Traité de Paix qui
se négocient entre le G. S. et le Roi de Perse , et
qui ont été signez à Tauris , le Roi de Perse cede
au G. S. les Villes de Tauris , d'Ardebil et de
Amadan , avec les Provinces de Kirmansah
d'Houveza et d'Abirbeitzan , et que le G. S. rendoit aux Persans toute la Géorgie , avec les Villes d'Erivan , de Schamachi et de Geinga.
Ces Lettres ajoûtent que le nouveau G. Visir a
été déposé, et qu'on a fait mourir plusieurs O£-
ficiers du Serrail.
Les Lettres du 10. Mars , portent que le Grand
Seigneur
996 MERCURE DE FRANCE
C
Seigneur ayant reçû la copie du Traité de Paix
conclu par le Pacha de Babilone , avec le Roy de
Perse, S. H. avoit fait assembler le Divan , et
que de son avis elle avoit ratifié ce Traité , par
lequel le G. S. demeure en possession de la Ville d'Erivan et des autres Places conquises sur les
Persans, à la réserve de Tauris, qu'il est obligé de
rendre au Roy de Perse.
Ces Lettres ajoûtent que le G. S. avoit envoyé
des présens magnifiques au Pacha de Babylone , et
qu'on croyoit qu'il seroit rappellé pour être revêtu d'une des principales Charges de l'Etat.
Qu'on devoit armer cette année toutes les Milices de l'Empire pour l'execution d'un Projet
qui étoit tenu encore fort secret , qu'on avoit
proposé au G. S. de donner des Carabines aux
Spahis , et de leur ôter l'usage de l'Arc et des
Fieches , et que S. H. ayant approuvé cette proposition , on avoit commencé à leur faire faire
leurs exercices avec ces nouvelles Armes.
On apprend par celles de la Côte de Barbarie
que l'Armée du Roy Muley Abdalla , avoit remporté une victoire complette sur les Rebelles , à
deux journées de Maroc , er que par cette victoire on croyoit que la guerre civile seroit finie
parce que les Rebelles étoient entierement dissi
pez et sans aucune ressource,
Les Lettres de Tetouan du 6 Mars , portent
que le même Muley- Abdalla , s'étoit rendu maf
tre de toutes les Montagnes de l'Atlas ,
ce que lc
Roy de Maroc , son pere , n'avoit pu faire pendant un long Regne , et que les Peuples de ces
Montagnes lui avoient prêté serment de fidelité.
Les mêmes Lettres ajoûtent que le Duc de
Riperda étoit encore à Miquenez , mais qu'il y
étoit peu considere.
TURQUIE , PERSE ET BARBARIE.
O
N mande de Constantinople , du 8. Mars ,
que le Grand-Vizir avoit fait fournir gratis
aux Religieux François qui sont établis dans
cette Ville , tous les materiaux necessaires pour
faire rebâtir les trois Eglises qu'ils ont dans le
Fauxbourg de Pera , et qui furent consumées par le dernier incendie.
On mande aussi qu'on avoit fait depuis peu
l'épreuve de plusieurs Pieces de Canon d'une
nouvelle invention , en présence du G. Visir et
des principaux Officiers de l'Artillerie , et que
cette épreuve avoit parfaitement réussi , qu'on continuoit de travailler dans les Arcenaux à de
grands préparatifs de guerre , et qu'on faisoit des provisions considerables de grains et de mu
nitions de guerre du côté de la Mer Noire , &c.
D'autres Lettres de Constantinople portent
que par les Préliminaires du Traité de Paix qui
se négocient entre le G. S. et le Roi de Perse , et
qui ont été signez à Tauris , le Roi de Perse cede
au G. S. les Villes de Tauris , d'Ardebil et de
Amadan , avec les Provinces de Kirmansah
d'Houveza et d'Abirbeitzan , et que le G. S. rendoit aux Persans toute la Géorgie , avec les Villes d'Erivan , de Schamachi et de Geinga.
Ces Lettres ajoûtent que le nouveau G. Visir a
été déposé, et qu'on a fait mourir plusieurs O£-
ficiers du Serrail.
Les Lettres du 10. Mars , portent que le Grand
Seigneur
996 MERCURE DE FRANCE
C
Seigneur ayant reçû la copie du Traité de Paix
conclu par le Pacha de Babilone , avec le Roy de
Perse, S. H. avoit fait assembler le Divan , et
que de son avis elle avoit ratifié ce Traité , par
lequel le G. S. demeure en possession de la Ville d'Erivan et des autres Places conquises sur les
Persans, à la réserve de Tauris, qu'il est obligé de
rendre au Roy de Perse.
Ces Lettres ajoûtent que le G. S. avoit envoyé
des présens magnifiques au Pacha de Babylone , et
qu'on croyoit qu'il seroit rappellé pour être revêtu d'une des principales Charges de l'Etat.
Qu'on devoit armer cette année toutes les Milices de l'Empire pour l'execution d'un Projet
qui étoit tenu encore fort secret , qu'on avoit
proposé au G. S. de donner des Carabines aux
Spahis , et de leur ôter l'usage de l'Arc et des
Fieches , et que S. H. ayant approuvé cette proposition , on avoit commencé à leur faire faire
leurs exercices avec ces nouvelles Armes.
On apprend par celles de la Côte de Barbarie
que l'Armée du Roy Muley Abdalla , avoit remporté une victoire complette sur les Rebelles , à
deux journées de Maroc , er que par cette victoire on croyoit que la guerre civile seroit finie
parce que les Rebelles étoient entierement dissi
pez et sans aucune ressource,
Les Lettres de Tetouan du 6 Mars , portent
que le même Muley- Abdalla , s'étoit rendu maf
tre de toutes les Montagnes de l'Atlas ,
ce que lc
Roy de Maroc , son pere , n'avoit pu faire pendant un long Regne , et que les Peuples de ces
Montagnes lui avoient prêté serment de fidelité.
Les mêmes Lettres ajoûtent que le Duc de
Riperda étoit encore à Miquenez , mais qu'il y
étoit peu considere.
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Résumé : TURQUIE, PERSE ET BARBARIE.
Le texte décrit plusieurs événements politiques et militaires en Turquie, en Perse et en Barbarie. À Constantinople, le Grand-Vizir a fourni des matériaux pour reconstruire les églises françaises détruites par un incendie et a supervisé des essais réussis de nouvelles pièces d'artillerie. Des préparatifs militaires sont en cours en mer Noire. Les préliminaires du traité de paix entre le Grand Seigneur et le roi de Perse prévoient la cession de plusieurs villes et provinces, tandis que la Géorgie et certaines villes sont rendues aux Persans. Un nouveau Grand-Vizir a été nommé et plusieurs officiers exécutés. Le Grand Seigneur a ratifié un traité confirmant la possession de la ville d'Erivan et d'autres places conquises, à l'exception de Tauris. Des présents ont été envoyés au Pacha de Babylone, qui pourrait être promu. Les milices de l'Empire doivent être armées pour un projet secret, et les Spahis recevront des carabines. En Barbarie, l'armée de Muley Abdalla a vaincu les rebelles près de Maroc et pris le contrôle des montagnes de l'Atlas. Le Duc de Riperda est à Miquenez mais y est peu considéré.
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4830
p. 163-164
« L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
L'Académie Royale de Musique a donné
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
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4831
p. 591-592
ALLEMAGNE.
Début :
On a appris de Dresde que le 18. du mois dernier, le Roi de Prusse y arriva à 11. heures [...]
Mots clefs :
Régiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Odernier , le Roi de Pruffe y arriva à 11. heu- Na appris de Drefde , que le 18. du mois
rés du foir, S. M. en partit le 25 , après avoir pris
part à tous les
Divertiffemens du Carnaval.
H Oa
592 MERCURE DE FRANCE .
On a envoyé ordre à deux Bataillons du Régiment
d'Alcaudete , & à deux autres du Regiment
de Ketler , de fe tenir prêts à partir pour
l'Italie , où on envoye encore quatre Efcadrons
du Regiment de Cavalerie de Palfi , quatre du
Régiment dit le Jeune Eugene , fix de celui d'Hohenzollern
, quatre du vieux Wirtemberg , fix du
Regiment du Comte Vinceflas de Lichtenſtein ,
fix de celui du Prince Ferdinand de Baviere , & le
Regiment entier de Huffars de Zumgemberg. On
dit que le Comte Maximilien de Staremberg ,
commandera les Troupes de l'Empereur en Italie.
Odernier , le Roi de Pruffe y arriva à 11. heu- Na appris de Drefde , que le 18. du mois
rés du foir, S. M. en partit le 25 , après avoir pris
part à tous les
Divertiffemens du Carnaval.
H Oa
592 MERCURE DE FRANCE .
On a envoyé ordre à deux Bataillons du Régiment
d'Alcaudete , & à deux autres du Regiment
de Ketler , de fe tenir prêts à partir pour
l'Italie , où on envoye encore quatre Efcadrons
du Regiment de Cavalerie de Palfi , quatre du
Régiment dit le Jeune Eugene , fix de celui d'Hohenzollern
, quatre du vieux Wirtemberg , fix du
Regiment du Comte Vinceflas de Lichtenſtein ,
fix de celui du Prince Ferdinand de Baviere , & le
Regiment entier de Huffars de Zumgemberg. On
dit que le Comte Maximilien de Staremberg ,
commandera les Troupes de l'Empereur en Italie.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le roi de Prusse arrive à Oder après avoir quitté Dresde le 25. En Italie, des ordres sont envoyés à plusieurs bataillons et escadrons pour se tenir prêts. Le Comte Maximilien de Starhemberg est nommé commandant des troupes impériales en Italie.
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4832
p. 1635-1636
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On apprend de Constantinople que le Grand-Seigneur qui étoit malade depuis près d'un [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
N apprend de Conftantinople que le Grand-
Seigneur qui étoit malade depuis près d'un
ań , fe porte bien mieux.
Les préparatifs de guerre continuent toujours ,
& on affure qu'en cas qu'on ne puiffe pas convenir
d'un Traité de pacification avec le nouveau
Roi de Perfe , Mehemet , Prince hereditaire du
Trône Ottoman , ira en Perfe pour y faire fa
premiere Campagne , fous la conduite de deux-
Seraskiers qui commanderont l'Armée de S. H. ¹
Le Prince Selim , qui n'a encore que quinze ans
doit faire cette année le voyage de la Mecque.
"
On ne confirme point que le Sultan Acheraf
fe foit fauvé à Conftantinople , comme on l'avoit
dit; mais on affure que le parti de cet Ufurpateur
n'eft plus du tout à craindre , car les Lettres que
plufieurs Négocians Turcs ont reçues d'Iſpaham
portent qu'après la défaite d'Acheraf & la prife
de cette Capitale de la Perfe , le Sultan Schah
Thamas étoit allé affieger la Ville de Schiras , fi
renommée par fes vins exquis , qu'il en avoit
formé le fiege avec une Armée de près de 50000 .
hommes ; que la Garnifon s'opiniâtrant à faire
une vigoureufe refiftance , il avoit fait élever un
échafaut qui pouvoit être vu des habitans , qu'y
ayant fait monter le Sultan Acheraf , qu'un des
Lieutenans Generaux du Prince Thamas avoit
arrêté à l'entrée de la Georgie , il l'avoit fait
écorcher vif avec des étrilles de chevaux , qu'enfuite
16.36 MERCURE DE FRANCE
fuite il avoit fait mettre la tête au bout d'une
pique à la vue des Remparts ; que la Garnifon
ayant refufé de fe rendre malgré la mort de fon
Protecteur , le Prince Thamas avoit fait donner
un affaut general fi furieux & fi bien conduit .
que fes Troupes s'étoient emparées de la Place
& avoient paffé la Garnifon au fil de l'épée ;
qu'un frere de ce Prince qui dans les dernieres.
revolutions s'étoit attaché au parti d'Acheraf
ayant eu le bonheur d'échaper au maffacre general
, s'étoit fauvé , & qu'on croyoit qu'il avoit
pris la route de Conftantinople ; que depuis la
conquête de Schiras , les autres Villes occupées .
par les Rebelles s'étoient foumifes au Vainqueur,
de forte que le parti des Agahans, peuples les plus
belliqueux de la Perfe , qui s'étoient attachés à
Miryweitz , & enfuite à Acheraf , étoit entierement
détruit & diffipé.
c'eft que
Par une autre Lettre de Conftantinople du 13 .
Mai dernier , on mande que depuis que le Grand-
Vizir a conferé avec l'Ambaffadeur de Thamas ›
Schah , on a fufpendu les préparatifs qui avoient
été commencés , en attendant l'arrivée d'un Ambaffadeur
Extraordinaire , qui eft , dit-on , en
chemin, chargé de pleins pouvoirs pour conclure
un Traité. folide entre les deux Puiffances. Ce
qu'il y a de bien certain ,
le nouveau
Roi de Perfe eft paifible poffeffeur d'Ifpaham , &
qu'il a entierement triomphe de fon Ennemi . Les
Povinces voifines de cette Capitale ſe font fou--
s prefqu'en même-tems , & les plus éloignées
fon difpofées à les imiter , ce Prince ayant pour
lui le coeur de tous les Perfans. Ces difpofitions
pourroient bien fortifier l'opinion generale des
Turcs , que de tout tems les entreprifes qu'ils ont
faites en Perfe leur ont été fatales , & les determiner
à faire un Accomodement avec le legitime
heritier de cette Coulonne,
N apprend de Conftantinople que le Grand-
Seigneur qui étoit malade depuis près d'un
ań , fe porte bien mieux.
Les préparatifs de guerre continuent toujours ,
& on affure qu'en cas qu'on ne puiffe pas convenir
d'un Traité de pacification avec le nouveau
Roi de Perfe , Mehemet , Prince hereditaire du
Trône Ottoman , ira en Perfe pour y faire fa
premiere Campagne , fous la conduite de deux-
Seraskiers qui commanderont l'Armée de S. H. ¹
Le Prince Selim , qui n'a encore que quinze ans
doit faire cette année le voyage de la Mecque.
"
On ne confirme point que le Sultan Acheraf
fe foit fauvé à Conftantinople , comme on l'avoit
dit; mais on affure que le parti de cet Ufurpateur
n'eft plus du tout à craindre , car les Lettres que
plufieurs Négocians Turcs ont reçues d'Iſpaham
portent qu'après la défaite d'Acheraf & la prife
de cette Capitale de la Perfe , le Sultan Schah
Thamas étoit allé affieger la Ville de Schiras , fi
renommée par fes vins exquis , qu'il en avoit
formé le fiege avec une Armée de près de 50000 .
hommes ; que la Garnifon s'opiniâtrant à faire
une vigoureufe refiftance , il avoit fait élever un
échafaut qui pouvoit être vu des habitans , qu'y
ayant fait monter le Sultan Acheraf , qu'un des
Lieutenans Generaux du Prince Thamas avoit
arrêté à l'entrée de la Georgie , il l'avoit fait
écorcher vif avec des étrilles de chevaux , qu'enfuite
16.36 MERCURE DE FRANCE
fuite il avoit fait mettre la tête au bout d'une
pique à la vue des Remparts ; que la Garnifon
ayant refufé de fe rendre malgré la mort de fon
Protecteur , le Prince Thamas avoit fait donner
un affaut general fi furieux & fi bien conduit .
que fes Troupes s'étoient emparées de la Place
& avoient paffé la Garnifon au fil de l'épée ;
qu'un frere de ce Prince qui dans les dernieres.
revolutions s'étoit attaché au parti d'Acheraf
ayant eu le bonheur d'échaper au maffacre general
, s'étoit fauvé , & qu'on croyoit qu'il avoit
pris la route de Conftantinople ; que depuis la
conquête de Schiras , les autres Villes occupées .
par les Rebelles s'étoient foumifes au Vainqueur,
de forte que le parti des Agahans, peuples les plus
belliqueux de la Perfe , qui s'étoient attachés à
Miryweitz , & enfuite à Acheraf , étoit entierement
détruit & diffipé.
c'eft que
Par une autre Lettre de Conftantinople du 13 .
Mai dernier , on mande que depuis que le Grand-
Vizir a conferé avec l'Ambaffadeur de Thamas ›
Schah , on a fufpendu les préparatifs qui avoient
été commencés , en attendant l'arrivée d'un Ambaffadeur
Extraordinaire , qui eft , dit-on , en
chemin, chargé de pleins pouvoirs pour conclure
un Traité. folide entre les deux Puiffances. Ce
qu'il y a de bien certain ,
le nouveau
Roi de Perfe eft paifible poffeffeur d'Ifpaham , &
qu'il a entierement triomphe de fon Ennemi . Les
Povinces voifines de cette Capitale ſe font fou--
s prefqu'en même-tems , & les plus éloignées
fon difpofées à les imiter , ce Prince ayant pour
lui le coeur de tous les Perfans. Ces difpofitions
pourroient bien fortifier l'opinion generale des
Turcs , que de tout tems les entreprifes qu'ils ont
faites en Perfe leur ont été fatales , & les determiner
à faire un Accomodement avec le legitime
heritier de cette Coulonne,
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Le texte aborde les relations politiques et militaires entre la Turquie et la Perse. À Constantinople, le Grand-Seigneur, malade depuis un an, montre des signes de rétablissement. Les préparatifs de guerre se poursuivent, et une campagne en Perse pourrait être menée par le prince héritier ottoman Mehemet, sous la direction de deux Seraskiers, si un traité de paix avec le nouveau roi de Perse, Mehemet, n'est pas conclu. Le prince Selim, âgé de quinze ans, doit effectuer le pèlerinage à La Mecque. Le sultan Acheraf, après sa défaite et la prise d'Ispahan par le sultan Schah Thamas, a été écorché vif. La garnison de Schiras a résisté avant d'être vaincue. Un frère du prince Thamas s'est réfugié à Constantinople. Depuis la conquête de Schiras, les villes rebelles se sont soumises, affaiblissant le parti des Agahans. Une lettre du 13 mai indique que les préparatifs de guerre ont été suspendus après une conférence entre le Grand-Vizir et l'ambassadeur de Thamas Schah. Un ambassadeur extraordinaire est en route pour négocier un traité entre les deux puissances. Le nouveau roi de Perse contrôle désormais Ispahan et reçoit le soutien du peuple perse, ce qui pourrait influencer les Turcs à chercher un accommodement avec l'héritier légitime du trône perse.
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4833
p. 166-167
ENIGME.
Début :
Je suis fils de celuy de qui je fus le pere ; [...]
Mots clefs :
Oeuf
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Jesuis fils de celuy de qui je
fus lepere;
J'aydonné la njiea ma mere;
Sans dessin, sans sçavoir si
jefais bien ou mal,
Inaniméjeforme un parfait
animal:
Mafraîcheur peu durable
est pour le goût qui l'aime
D'une délicatesse extrême,
Puisque celuy qui la ressent
le mieux
lue rebute si-tôt que je luy
parois vieux.
Je fuis bon pour le maigri
& peupropre au Carême,
Aujji rieft.ce pas luy qui
rend ma face blême:
Moncorps doux ~& poli riefl
pasfort dégagé,
Cependant je figure afieZbjen
à la table
Oùsouvent un ragoûtqu'on
trouve délectable
Sans moy ne feroit pas mange.
Jesuis fils de celuy de qui je
fus lepere;
J'aydonné la njiea ma mere;
Sans dessin, sans sçavoir si
jefais bien ou mal,
Inaniméjeforme un parfait
animal:
Mafraîcheur peu durable
est pour le goût qui l'aime
D'une délicatesse extrême,
Puisque celuy qui la ressent
le mieux
lue rebute si-tôt que je luy
parois vieux.
Je fuis bon pour le maigri
& peupropre au Carême,
Aujji rieft.ce pas luy qui
rend ma face blême:
Moncorps doux ~& poli riefl
pasfort dégagé,
Cependant je figure afieZbjen
à la table
Oùsouvent un ragoûtqu'on
trouve délectable
Sans moy ne feroit pas mange.
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4834
p. 161-162
Prise de possession de la Charge de Professeur aux Langues Grecques de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
Début :
Je croy vous avoir déja mandé que la Chaire de Professeur [...]
Mots clefs :
Professeur, Langues grecques, Université de Caen, Charge, Nomination
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texteReconnaissance textuelle : Prise de possession de la Charge de Professeur aux Langues Grecques de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
Je croy vous avoir déja
mandé que la Chaire de Pro
feffeur aux Langues Grec..
de l'Univerfité de
quest ,
Caen , a efté remplie par M
Mars 1685, Q
162 MERCURE
de Laire , Profeffeur dans les
Humanitez au College du
Bois , choify par Sa Majeſté ,
apres les Difputes publiques
faites entre plufieurs Concurrens
. Depuis ce temps - là il a
pris poffeffion , & fait ſon entrée
par une Harangue Latine
à la louange du Roy , & de la
Langue Grecque , en preſence
de M ' Malloüin , Recteur
de l'Univerſité , & Principal
du College du Bois , des Docteurs
de la meſme Univerfité
, & des Perfonnes les plus
confiderables de la Ville.
mandé que la Chaire de Pro
feffeur aux Langues Grec..
de l'Univerfité de
quest ,
Caen , a efté remplie par M
Mars 1685, Q
162 MERCURE
de Laire , Profeffeur dans les
Humanitez au College du
Bois , choify par Sa Majeſté ,
apres les Difputes publiques
faites entre plufieurs Concurrens
. Depuis ce temps - là il a
pris poffeffion , & fait ſon entrée
par une Harangue Latine
à la louange du Roy , & de la
Langue Grecque , en preſence
de M ' Malloüin , Recteur
de l'Univerſité , & Principal
du College du Bois , des Docteurs
de la meſme Univerfité
, & des Perfonnes les plus
confiderables de la Ville.
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Résumé : Prise de possession de la Charge de Professeur aux Langues Grecques de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
En mars 1685, M. Mercure de Laire a été nommé professeur de Langues Grecques à l'Université de Caen. Après des disputes publiques, il a été choisi par Sa Majesté. Il a pris possession de sa chaire lors d'une harangue en latin, en présence de M. Mallouin, recteur de l'Université, et des notables de la ville.
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4835
p. 2489-2490
ALLEMAGNE.
Début :
On a reçu avis du Camp de Pilsen, que le Duc Ferdinand Albert de Brunswick Lunebourg [...]
Mots clefs :
Ferdinand-Albert II de Brunswick-Wolfenbüttel, Commander, Régiments, Troupes, Silésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGN E.
Na reçu avis du Camp de Pilsen , que
Duc Ferdinand Albert de Brunswick Lunebourg
Bevern en étoit décampé avec les Trou
pes qu'il commande , et qu'elles marchoient sur
cinq Colomnes vers le Haut Palatinat , où elles
doivent être jointes par quelques Regimens du
Camp de Silesie .
L'Empereur a envoyé à la Diette de Ratis
bonne son Décret de Commission au sujet de la
Guerre. Les Troupes que commande le Duc Ferdinand
Albert de Brunswich-Lunebourg -Bevern,
continuent de marcher vers la Suabe , et elles
doivent arriver dans peu de jours à Nordlinge
hem.
On a donné ordre à quatre Regimens d'Infan
terie et à deux de Cavalerie de hâter leur marche
vers l'Italie , et le Comte de Merci , Felde
Maréchal , qui doit commander les Troupes ,
que S. M. I. envoïe dans ce Païs , partira bientôt
pour s'y rendre.
Les
2490 MERCURE DE FRANCE
"
Les Etats des Païs héréditaires doivent faire à
S. M. I. une avance de sept millions cinq cens
mille livres , outre les subsides ordinaires : Le
Royaume de Bohéme , la Silesie , et la Moravie ,
en fourniront cinq , et le reste sera reparti sur
l'Autriche , la Stirie , le Tirol et la Carinthie.
le
On assure que le Prince de Dietrichstein ,
Comte de Staremberg et quelques autres Seigneurs
, ont promis de prêter des sommes considerables
au Gouvernement.
Le bruit court qu'on songe aussi à faire un emprunt
dans les Pais étrangers sur les Mines de
vif-argent qui sont en Hongrie.
Na reçu avis du Camp de Pilsen , que
Duc Ferdinand Albert de Brunswick Lunebourg
Bevern en étoit décampé avec les Trou
pes qu'il commande , et qu'elles marchoient sur
cinq Colomnes vers le Haut Palatinat , où elles
doivent être jointes par quelques Regimens du
Camp de Silesie .
L'Empereur a envoyé à la Diette de Ratis
bonne son Décret de Commission au sujet de la
Guerre. Les Troupes que commande le Duc Ferdinand
Albert de Brunswich-Lunebourg -Bevern,
continuent de marcher vers la Suabe , et elles
doivent arriver dans peu de jours à Nordlinge
hem.
On a donné ordre à quatre Regimens d'Infan
terie et à deux de Cavalerie de hâter leur marche
vers l'Italie , et le Comte de Merci , Felde
Maréchal , qui doit commander les Troupes ,
que S. M. I. envoïe dans ce Païs , partira bientôt
pour s'y rendre.
Les
2490 MERCURE DE FRANCE
"
Les Etats des Païs héréditaires doivent faire à
S. M. I. une avance de sept millions cinq cens
mille livres , outre les subsides ordinaires : Le
Royaume de Bohéme , la Silesie , et la Moravie ,
en fourniront cinq , et le reste sera reparti sur
l'Autriche , la Stirie , le Tirol et la Carinthie.
le
On assure que le Prince de Dietrichstein ,
Comte de Staremberg et quelques autres Seigneurs
, ont promis de prêter des sommes considerables
au Gouvernement.
Le bruit court qu'on songe aussi à faire un emprunt
dans les Pais étrangers sur les Mines de
vif-argent qui sont en Hongrie.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le duc Ferdinand Albert de Brunswick-Lunebourg, dit Bevern, a quitté le camp de Pilsen avec ses troupes, se dirigeant vers le Haut Palatinat en cinq colonnes. Elles doivent y être rejointes par des régiments du camp de Silésie. L'empereur a émis un décret de commission à la Diète de Ratisbonne concernant la guerre. Les troupes de Bevern continuent vers la Souabe et doivent arriver prochainement à Nordlingen. Quatre régiments d'infanterie et deux de cavalerie ont reçu l'ordre de se hâter vers l'Italie, sous le commandement du feld-maréchal comte de Mercy. Les États des pays héréditaires doivent fournir à l'empereur une avance de sept millions cinq cent mille livres, en plus des subsides ordinaires. Le Royaume de Bohême, la Silésie et la Moravie contribueront à hauteur de cinq millions, le reste étant réparti entre l'Autriche, la Styrie, le Tyrol et la Carinthie. Le prince de Dietrichstein, le comte de Starhemberg et d'autres seigneurs ont promis de prêter des sommes considérables au gouvernement. Un emprunt dans les pays étrangers sur les mines de vif-argent en Hongrie est également envisagé.
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4836
p. 167-168
Extrait d'un Discours prononcé par le R. P. Feüilletau, Superieur des Barnabites, à la Profession de Dom Marc-René Dubuisson de la Bruneliere, parent de M. d'Argenson.
Début :
Imitez dans l'état saint que vous allez embrasser le [...]
Mots clefs :
Discours, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Discours prononcé par le R. P. Feüilletau, Superieur des Barnabites, à la Profession de Dom Marc-René Dubuisson de la Bruneliere, parent de M. d'Argenson.
Extrait d'un Discours prononcé
par le R. P. Feüilletau ,
Superieur des Barnabites ,
à la Profeffion de Dom
Marc-René Dubuiſſon de
la Bruneliere , parent de
M. d'Argenson.
Imitez dans l'état faint
que vous allez embraſſer le
grand Magiſtrat à qui vous
avez l'honneur d'apparte
nir, & qui vous tient icilieu
pere ; ſi zelé pour le fervicedu
Roydans la Police ,
fi reſpecté dans le monde
de
1
168 MERCURE
par ſon autorité ,ſa fermeté
& ſon zele ; temperé par ſa
ſageſſe , & fon attention
pour lebienpublic,&lebon
ordre qu'il fait regner par
tout; fi fidele à Dieupar une
pieté ſage& éclairée , par
des ſoins infatigables pour
les pauvres, qu'ilfoulage en
rantdemanieres;par tantde
vertus qui édifient l'Eglife ,
pour l'avantage des Egliſes
même , qu'il reparepar tout
dés qu'il en connoît les befoins
& qui s'étendront
peut- être juſques ſur la nô
tre par ſa charité.
par le R. P. Feüilletau ,
Superieur des Barnabites ,
à la Profeffion de Dom
Marc-René Dubuiſſon de
la Bruneliere , parent de
M. d'Argenson.
Imitez dans l'état faint
que vous allez embraſſer le
grand Magiſtrat à qui vous
avez l'honneur d'apparte
nir, & qui vous tient icilieu
pere ; ſi zelé pour le fervicedu
Roydans la Police ,
fi reſpecté dans le monde
de
1
168 MERCURE
par ſon autorité ,ſa fermeté
& ſon zele ; temperé par ſa
ſageſſe , & fon attention
pour lebienpublic,&lebon
ordre qu'il fait regner par
tout; fi fidele à Dieupar une
pieté ſage& éclairée , par
des ſoins infatigables pour
les pauvres, qu'ilfoulage en
rantdemanieres;par tantde
vertus qui édifient l'Eglife ,
pour l'avantage des Egliſes
même , qu'il reparepar tout
dés qu'il en connoît les befoins
& qui s'étendront
peut- être juſques ſur la nô
tre par ſa charité.
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Résumé : Extrait d'un Discours prononcé par le R. P. Feüilletau, Superieur des Barnabites, à la Profession de Dom Marc-René Dubuisson de la Bruneliere, parent de M. d'Argenson.
Le Père Feüilletau, supérieur des Barnabites, encourage Dom Dubuisson à suivre l'exemple de Monsieur d'Argenson, connu pour son dévouement au roi et son autorité dans la police. D'Argenson est admiré pour sa fermeté, sa sagesse et sa charité envers les pauvres. Sa piété et ses réparations d'églises édifient l'Église. Sa charité pourrait aussi bénéficier à leur communauté.
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4837
p. 153-154
« Nous avons été mal informez, quand nous avons dit, dans le second volume [...] »
Début :
Nous avons été mal informez, quand nous avons dit, dans le second volume [...]
Mots clefs :
Premier aumonier, Duc d'Orléans
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texteReconnaissance textuelle : « Nous avons été mal informez, quand nous avons dit, dans le second volume [...] »
Nous ayons été mal informez , quandi
ïf4 MERCURE DE FRANCE
nous avons dit , dans ie second volume'
du mois dernier, que lors du traníport
du coeur de Monsieur le Duc d' Orleans,
M. l'Archevêque de Roiien y Premier
Aumônier de St. A. R. étoit dans un Cafolle
diíferent de celui dans lequel étoit
le Prince du Sang , chargé par le Roy de
cette ceremonie. Dans le Carosle du:
Corps de Monsieur le Duc d' Orleans
étoient S. A. S. M. le Comte de Clerrnont
, & M. l'Archevêque die Roiïeir
dans le fond , ce dernier ayant la droite
& portant le coeur fur un Carreau de Ve
lours noir.'Le Duc de Montmorency , le
Marquis de Sìmiane , Premier Gentil
homme de la Chambre , & le Duc de
Biron , Premier Ecuyer étoient fur le de-?
vant. Au traníport du corps , le Premier
Aumônier , le Maître de la Chapïlle , le'
Confeíleur & le Curé de Saint Cloud
étoient dans le Carroíse du corps , qui
marchoit immediatement aptes le Cha
riot. Dans la ceremonie du coeur, le Car
roíse du Premier Aumônier fuivoit im*
riiediatement celui du Duc de Mbntrr»*-
fenci.
ïf4 MERCURE DE FRANCE
nous avons dit , dans ie second volume'
du mois dernier, que lors du traníport
du coeur de Monsieur le Duc d' Orleans,
M. l'Archevêque de Roiien y Premier
Aumônier de St. A. R. étoit dans un Cafolle
diíferent de celui dans lequel étoit
le Prince du Sang , chargé par le Roy de
cette ceremonie. Dans le Carosle du:
Corps de Monsieur le Duc d' Orleans
étoient S. A. S. M. le Comte de Clerrnont
, & M. l'Archevêque die Roiïeir
dans le fond , ce dernier ayant la droite
& portant le coeur fur un Carreau de Ve
lours noir.'Le Duc de Montmorency , le
Marquis de Sìmiane , Premier Gentil
homme de la Chambre , & le Duc de
Biron , Premier Ecuyer étoient fur le de-?
vant. Au traníport du corps , le Premier
Aumônier , le Maître de la Chapïlle , le'
Confeíleur & le Curé de Saint Cloud
étoient dans le Carroíse du corps , qui
marchoit immediatement aptes le Cha
riot. Dans la ceremonie du coeur, le Car
roíse du Premier Aumônier fuivoit im*
riiediatement celui du Duc de Mbntrr»*-
fenci.
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Résumé : « Nous avons été mal informez, quand nous avons dit, dans le second volume [...] »
Le texte corrige une information erronée concernant le transport du cœur du Duc d'Orléans. Lors de la cérémonie, l'Archevêque de Reims et Premier Aumônier de Saint A. R. partageait le même carrosse que le Prince du Sang chargé par le Roi de cette tâche. Dans le carrosse transportant le corps du Duc d'Orléans, se trouvaient le Comte de Clermont et l'Archevêque de Reims, ce dernier ayant la droite et portant le cœur sur un carreau de velours noir. À l'avant de ce carrosse, se trouvaient le Duc de Montmorency, le Marquis de Simiane, Premier Gentilhomme de la Chambre, et le Duc de Biron, Premier Écuyer. Lors du transport du corps, le Premier Aumônier, le Maître de la Chapelle, le Confesseur et le Curé de Saint-Cloud étaient présents dans le carrosse du corps, qui suivait immédiatement le chariot. Lors de la cérémonie du cœur, le carrosse du Premier Aumônier suivait immédiatement celui du Duc de Montmorency.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4838
p. 145-147
Ariane, Tragédie, [titre d'après la table]
Début :
Le 23. ils remirent la Tragédie d'Arianne, que le Public [...]
Mots clefs :
Tragédie, Arianne, Théâtre, Comédiens-Français, Mémoire, Succès, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ariane, Tragédie, [titre d'après la table]
Le 23. ils remirent la Tragédie d'Arianne
, que le Public revoit avec gránd
plaisir , d'autant plus que la De Duclos
y joue le principal Rôle. Cette Piéce fut
donnée dans sa nouveauté au mois de
Mars 1672. sur le Théatre du Marets
avec un très grand succès , quoique jouée
en concurrence de la Tragédie de Bajazet
de Racine qui en avoit un prodigieux
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne.
>>
Parmi les Tragédies de Th. Corneille,
» dit M. de Visé dans le Mercure déja
acité , Arianne a passé pour un Chefd'oeu
146 MERCURE DE FRANCE.
» d'oeuvre ; jamais Piéce n'a été plus touchante
et plus suivie ; et ce qui doit
>> surprendre tout le monde est que M..
>> Corneille étant retiré à la Campagne
avoit fait cette Piéce en 40. jours. Il
» n'avoit pas moins de facilité à travailler
»à ses Ouvrages de Théatre , que de mémoire
pour les retenir ; tous ceux qui
» l'ont connu particulierement ont été
» témoins, que lorsqu'il étoit prié de lire
» ses Piéces dans quelques compagnies
» ce qui étoit autrefois fort en usage , il
» les récitoit mieux qu'aucun Comédien
» n'auroit pû faire , sans rien lire ; il
» étoit si sûr de sa mémoire , que très
» souvent il ne portoit point ses Piéces
" avec lui.
Les Comédiens François ont reçû une
petite Piece nouvelle en un Acte , intitulée
l'Effet de la Prévention .
Ils ont aussi reçû une autre Comédie
nouvelle , en trois Actes , sous le titre des
Amours d'Alcibiade..
Par les nouveautez qu'ils donnent et
les Pieces anciennes qu'ils remettent , on
voit qu'ils n'oublient rien depuis quelque
tems pour plaire au Public , et pour mériter
ses applaudissemens. Leurs esperances
n'ont pas été trompées ; la derniere
Piece qu'ils ont remise au Théatre le
Lundi 29. de ce mois , fait un extrême
plaisir
JANVIER. 1735. 147
plaisir ; elle est universellement applaudie
par de très nombreuses Assemblées , et
l'interêt qu'on y prend , fait répandre
beaucoup de larmes ; c'est la Tragédied'Amasis
, de M. de la Grange , Piece trèspathetique,
conduite avec un art infini.On.
y trouve des situations heureuses , des
tours ingénieux et des coups de Théatre
aussi touchans qu'admirables , qui surprennent
agréablement . La Picce est d'ail
leurs trés -bien représentée par les Diles Duclos
et du Fresne , etpar les sieurs Sarrazin ,
du Fresne , le Grand et du Breuil , qui y
remplissent les principaux Rôles de Nitocris,
d'Artenice , d'Amasis , de Sesostris , de
Phanés et de Menez . Dans la nouveauté
de cette Tragédie qui fut donnée pour
la
premiere fois le 13.Décembre 1701.Ces six
Rôles étoient remplis par les Diles Beauval
et Desmares , et par les sieurs Salley ,,
Baron , Guerin et Pontcüil , fils..
C'est le second Poëme Dramatique de
M. de la Grange ; il le donna deux ans
après son Orefte et Pilade ; il n'eut point.
alors le succès qu'il meritoit , n'ayant été
joué qu'onze fois , à cause d'un froid:
excessif qui
, que le Public revoit avec gránd
plaisir , d'autant plus que la De Duclos
y joue le principal Rôle. Cette Piéce fut
donnée dans sa nouveauté au mois de
Mars 1672. sur le Théatre du Marets
avec un très grand succès , quoique jouée
en concurrence de la Tragédie de Bajazet
de Racine qui en avoit un prodigieux
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne.
>>
Parmi les Tragédies de Th. Corneille,
» dit M. de Visé dans le Mercure déja
acité , Arianne a passé pour un Chefd'oeu
146 MERCURE DE FRANCE.
» d'oeuvre ; jamais Piéce n'a été plus touchante
et plus suivie ; et ce qui doit
>> surprendre tout le monde est que M..
>> Corneille étant retiré à la Campagne
avoit fait cette Piéce en 40. jours. Il
» n'avoit pas moins de facilité à travailler
»à ses Ouvrages de Théatre , que de mémoire
pour les retenir ; tous ceux qui
» l'ont connu particulierement ont été
» témoins, que lorsqu'il étoit prié de lire
» ses Piéces dans quelques compagnies
» ce qui étoit autrefois fort en usage , il
» les récitoit mieux qu'aucun Comédien
» n'auroit pû faire , sans rien lire ; il
» étoit si sûr de sa mémoire , que très
» souvent il ne portoit point ses Piéces
" avec lui.
Les Comédiens François ont reçû une
petite Piece nouvelle en un Acte , intitulée
l'Effet de la Prévention .
Ils ont aussi reçû une autre Comédie
nouvelle , en trois Actes , sous le titre des
Amours d'Alcibiade..
Par les nouveautez qu'ils donnent et
les Pieces anciennes qu'ils remettent , on
voit qu'ils n'oublient rien depuis quelque
tems pour plaire au Public , et pour mériter
ses applaudissemens. Leurs esperances
n'ont pas été trompées ; la derniere
Piece qu'ils ont remise au Théatre le
Lundi 29. de ce mois , fait un extrême
plaisir
JANVIER. 1735. 147
plaisir ; elle est universellement applaudie
par de très nombreuses Assemblées , et
l'interêt qu'on y prend , fait répandre
beaucoup de larmes ; c'est la Tragédied'Amasis
, de M. de la Grange , Piece trèspathetique,
conduite avec un art infini.On.
y trouve des situations heureuses , des
tours ingénieux et des coups de Théatre
aussi touchans qu'admirables , qui surprennent
agréablement . La Picce est d'ail
leurs trés -bien représentée par les Diles Duclos
et du Fresne , etpar les sieurs Sarrazin ,
du Fresne , le Grand et du Breuil , qui y
remplissent les principaux Rôles de Nitocris,
d'Artenice , d'Amasis , de Sesostris , de
Phanés et de Menez . Dans la nouveauté
de cette Tragédie qui fut donnée pour
la
premiere fois le 13.Décembre 1701.Ces six
Rôles étoient remplis par les Diles Beauval
et Desmares , et par les sieurs Salley ,,
Baron , Guerin et Pontcüil , fils..
C'est le second Poëme Dramatique de
M. de la Grange ; il le donna deux ans
après son Orefte et Pilade ; il n'eut point.
alors le succès qu'il meritoit , n'ayant été
joué qu'onze fois , à cause d'un froid:
excessif qui
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Résumé : Ariane, Tragédie, [titre d'après la table]
Le 23 janvier 1735, les comédiens français jouèrent la tragédie 'Arianne' de Thomas Corneille, acclamée par le public. Créée en mars 1672 au théâtre du Marais, cette pièce connut un grand succès malgré la concurrence de 'Bajazet' de Racine. Thomas Corneille, réputé pour sa rapidité de travail et sa mémoire exceptionnelle, avait écrit 'Arianne' en seulement 40 jours. Les comédiens reçurent également deux nouvelles pièces : 'L'Effet de la Prévention', une pièce en un acte, et 'Les Amours d'Alcibiade', une comédie en trois actes. Le 29 janvier, ils représentèrent 'Amasis' de M. de la Grange, une tragédie donnée pour la première fois le 13 décembre 1701. Cette pièce fut universellement applaudie pour son caractère pathétique et son art scénique. Les rôles principaux étaient interprétés par les sieurs Duclos, du Fresne, Sarrazin, du Fresne le Grand et du Breuil. Initialement, ces rôles étaient joués par les sieurs Beauval, Desmares, Salley, Baron, Guerin et Pontcül. 'Amasis' est le second poème dramatique de M. de la Grange, écrit deux ans après 'Orefte et Pilade', mais il n'avait pas rencontré le succès escompté lors de sa première représentation en raison du froid excessif.
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4839
p. 166-168
LE GAZETIER à la jeune Mariée.
Début :
J'aurois jadis mieux badiné peut-estre, [...]
Mots clefs :
Mariée , Jeunesse, Noces, Attachement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE GAZETIER à la jeune Mariée.
LE GAZETIER
à la jeune Mariée. * J'aurois jadis mieux
badinépeut-estre
Quand on tif jeune,il
sied bien d'estre fou,
Mais, par malheur, Iris
monfort est d'estre
VieuxCazetier comme l'abbéBernou;
Hebe la jeune immortelle
Etvostreinférieure erijeu..
ness-e,en appas
Ases Noces fç*4P bien rajeunir
Iolas , Daignez,fairesur moi ce
miracle comme elle3
Je voudroisprolonger mon
cours
Pour redoubler tous les
jours
Le tendre attachement que
j'aipour vostre race,
Pourquoy, ne puis-je rajeunir.
Pour ne voirpas fi-tost la
fin qui le menace
Puisqu'il rieft que ma
mort, quipuisse lefinir.
à la jeune Mariée. * J'aurois jadis mieux
badinépeut-estre
Quand on tif jeune,il
sied bien d'estre fou,
Mais, par malheur, Iris
monfort est d'estre
VieuxCazetier comme l'abbéBernou;
Hebe la jeune immortelle
Etvostreinférieure erijeu..
ness-e,en appas
Ases Noces fç*4P bien rajeunir
Iolas , Daignez,fairesur moi ce
miracle comme elle3
Je voudroisprolonger mon
cours
Pour redoubler tous les
jours
Le tendre attachement que
j'aipour vostre race,
Pourquoy, ne puis-je rajeunir.
Pour ne voirpas fi-tost la
fin qui le menace
Puisqu'il rieft que ma
mort, quipuisse lefinir.
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Résumé : LE GAZETIER à la jeune Mariée.
Le texte 'Le Gazetier' est une adresse à une jeune mariée. L'auteur regrette de ne plus pouvoir badiner comme autrefois, soulignant que la jeunesse sied bien à la folie. Il se compare à un vieillard et à Iris, une divinité jeune et immortelle, en contraste avec la mariée. Il souhaite rajeunir pour prolonger son attachement envers la famille de la mariée et éviter la mort.
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4840
p. 993-995
« [L]e sieur De Nielles, Chirurgien à Paris, a fait la découverte depuis quelques années d'un Remede [...] »
Début :
[L]e sieur De Nielles, Chirurgien à Paris, a fait la découverte depuis quelques années d'un Remede [...]
Mots clefs :
Glandes, Remède, Sang, Maladie, Guérison, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « [L]e sieur De Nielles, Chirurgien à Paris, a fait la découverte depuis quelques années d'un Remede [...] »
Se sieur De Nielles , Chirurgien à Paris , a fait
la découverte depuis quelques années d'un Remede
qu'il croit infaillible pour la guérison des
Ecrouelles qui attaquent la gorge , sans qu'il soit
besoin de faire d'ouverture ni de mettre des Emplâtres
; son Remede , qu'on prend interieurement
, est aisé à prendre. Il purifie la masse
du sang , fond les glandes gonflées et ulcérées ,
aussi bien que les glandes du Mésantere , où réside
la source de cette malheureuse maladie , et
cela quand même les glandes auroient été ouvertes
par des instrumens ou autrement ; la premiere
cause de cette maladie est dans le sang qui
a été chargé d'un mauvais levain en passant par
les glandes du Mésantere , et comme la sérosité
de ce sang est âcre et corrosive , qui passe et repasse
continuellement dans toutes les parties du
corps, toutes les parties glanduleuses , comme les
glandes Maxillaires et Salivaires reçoivent la sé
rosité du sang , qu'elles dégorgent continuellement
par la bouche , ce qui fait faire un mauvais
chile, et par celles qui ne peuvent se dégorger
, il s'y fait une obstruction qui enflamme les
glandes, qui faute de remede, viennent à supuration
sans les ouvrir ; aussi-bien que dans toutes
les autres parties du corps qui sont disposés à
recevoir
994 MERCURE DE FRANCE
recevoir la même impression de cette Limphe
impure dont elle attaque le plus souvent les par
ties spongieuses des os , ce que les Allemans appellent
Epine venteuse , et en France , Humeur
froide , ... Si dans le moment qu'on s'apperçoit
de cette maladie , on avoir recours au Remede du
sieur De Nielles, le Malade guériroit et ne deviendroit
pas à un degré desesperé, comme l'on voit
arriver tous les jours par le peu d'attention et de
soin qu'on se donne , generalement parlant , en
traitant la maladie dans son commencement de
bagarelles , d'engelures , de croissances , &c . . . .
Ce Remede se peut envoyer par tout sans risque
d'être alteré ; il est un peu purgatif et n'affoiblit
point le tempéramment , on le peut donner aux
enfans dans le berceau , on en prend tous les jours
à jeun jusqu'à parfaite guérison .
Le sieur De Nielles a guéri plusieurs personnes,
même de distinction , avec tout le succès possible
la bienséance ne lui permet pas de les nommer
, M. Maréchal , Premier Chirurgien du Roy,
en rendra témoignage , et outre cela le sieur De
Nielles est en état d'en faire voir à Paris des Particuliers
qui en ont été guéris.
Le sieur De Nielles demeure ruë de la Tixeranderie
, près la Gréve.
Le sieur Neilson , Ecossois , reçû depuis peu à
S. Côme , Expert pour la guérison des Hernies
ou Descentes , dans l'un et dans l'autre sexe , à
tout âge , demeurant à Paris , ruë Dauphine au
Cocq d'or , donne avis qu'il traite ces sortes de
maladies d'une façon particuliere , par la simple
application des Remedes specifiques , et sans que
le Malade cesse de vacquer ses affaires .
Il donne aussi ses Avis et ses Remedes à ceux
à
qui Ijuî sont dans les Proyinces, soulage les Hernies
les plus invéterées
,
reni cette incommodité .sup.
portable, et en empêche les mauvaises suites.
la découverte depuis quelques années d'un Remede
qu'il croit infaillible pour la guérison des
Ecrouelles qui attaquent la gorge , sans qu'il soit
besoin de faire d'ouverture ni de mettre des Emplâtres
; son Remede , qu'on prend interieurement
, est aisé à prendre. Il purifie la masse
du sang , fond les glandes gonflées et ulcérées ,
aussi bien que les glandes du Mésantere , où réside
la source de cette malheureuse maladie , et
cela quand même les glandes auroient été ouvertes
par des instrumens ou autrement ; la premiere
cause de cette maladie est dans le sang qui
a été chargé d'un mauvais levain en passant par
les glandes du Mésantere , et comme la sérosité
de ce sang est âcre et corrosive , qui passe et repasse
continuellement dans toutes les parties du
corps, toutes les parties glanduleuses , comme les
glandes Maxillaires et Salivaires reçoivent la sé
rosité du sang , qu'elles dégorgent continuellement
par la bouche , ce qui fait faire un mauvais
chile, et par celles qui ne peuvent se dégorger
, il s'y fait une obstruction qui enflamme les
glandes, qui faute de remede, viennent à supuration
sans les ouvrir ; aussi-bien que dans toutes
les autres parties du corps qui sont disposés à
recevoir
994 MERCURE DE FRANCE
recevoir la même impression de cette Limphe
impure dont elle attaque le plus souvent les par
ties spongieuses des os , ce que les Allemans appellent
Epine venteuse , et en France , Humeur
froide , ... Si dans le moment qu'on s'apperçoit
de cette maladie , on avoir recours au Remede du
sieur De Nielles, le Malade guériroit et ne deviendroit
pas à un degré desesperé, comme l'on voit
arriver tous les jours par le peu d'attention et de
soin qu'on se donne , generalement parlant , en
traitant la maladie dans son commencement de
bagarelles , d'engelures , de croissances , &c . . . .
Ce Remede se peut envoyer par tout sans risque
d'être alteré ; il est un peu purgatif et n'affoiblit
point le tempéramment , on le peut donner aux
enfans dans le berceau , on en prend tous les jours
à jeun jusqu'à parfaite guérison .
Le sieur De Nielles a guéri plusieurs personnes,
même de distinction , avec tout le succès possible
la bienséance ne lui permet pas de les nommer
, M. Maréchal , Premier Chirurgien du Roy,
en rendra témoignage , et outre cela le sieur De
Nielles est en état d'en faire voir à Paris des Particuliers
qui en ont été guéris.
Le sieur De Nielles demeure ruë de la Tixeranderie
, près la Gréve.
Le sieur Neilson , Ecossois , reçû depuis peu à
S. Côme , Expert pour la guérison des Hernies
ou Descentes , dans l'un et dans l'autre sexe , à
tout âge , demeurant à Paris , ruë Dauphine au
Cocq d'or , donne avis qu'il traite ces sortes de
maladies d'une façon particuliere , par la simple
application des Remedes specifiques , et sans que
le Malade cesse de vacquer ses affaires .
Il donne aussi ses Avis et ses Remedes à ceux
à
qui Ijuî sont dans les Proyinces, soulage les Hernies
les plus invéterées
,
reni cette incommodité .sup.
portable, et en empêche les mauvaises suites.
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Résumé : « [L]e sieur De Nielles, Chirurgien à Paris, a fait la découverte depuis quelques années d'un Remede [...] »
Le texte présente deux chirurgiens, sieur De Nielles et sieur Neilson, et leurs traitements respectifs. Sieur De Nielles, chirurgien à Paris, a découvert un remède interne pour guérir les écrouelles de la gorge sans nécessiter d'ouverture ou d'emplâtres. Ce remède purifie le sang, dissout les glandes gonflées et ulcérées, et traite la source de la maladie dans les glandes du mésentère. La maladie est causée par un mauvais levain dans le sang, qui affecte les glandes et les parties spongieuses des os. Le remède de De Nielles peut être envoyé sans risque et est adapté aux enfants. Il a guéri plusieurs personnes, dont certaines de distinction, et peut fournir des témoignages à Paris. Sieur Neilson, Écossais, est expert dans le traitement des hernies chez les hommes et les femmes de tous âges. Il utilise des remèdes spécifiques sans interrompre les activités du patient et offre ses services aux personnes des provinces. Il traite également les hernies invétérées et empêche les complications.
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4841
p. 147-149
LA FESTE D'IRIS, CANTATILLE, Mise en Musique, par M. RAILLARD.
Début :
Tendres amours, quittez Cythere, [...]
Mots clefs :
Yeux, Amours, Iris, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FESTE D'IRIS, CANTATILLE, Mise en Musique, par M. RAILLARD.
CANTATIL LE.»
Mise en Musique, par M. Rununnä
TEndres amours , quittez Cythete,
Suivez les graces et les Ris;
Ils abandonnent votre Mere ,
Pour briller chez la belle Iris.
M ,
On celebre aujounÿhui sa Fête,
Vole? . allez cueillir des fleurs 5
Hâtcz-vous , couronnez sa tête,
Bac: "lui présenter des coeurs,
Tendres amours . quittez Cytherc ,‘
suivez les graces et lesllis,
118 abandonnent votre tnetc ,
Pour brille: chez la belle Iris
1
145” MERCURAË DË ËR ÀNCÈ
' Les Enfans de Venus exaucent ma priere ,
Mes yeux sont éblouis quel éclat de lumiere!
Je voi voler ces Dieux chatmans ,
Dans leur rapide Cours , ils devancent les Vents.)
Its amours vous. rendent hommage;
Iris , votre beauté mérite des Autêls :
Le don de plaire est votre doux partage g
Triomphez de tous les mortels.
Les amours vous rendent hommage ,
. a I _
Iris , votre beauté mente des Auteis.
âië
Les habitans Je ces Boeages ; '
Font entendre de doux Concerts;
lt les petits Oyseaux unissent leurs ramages,‘
A ces Chants qui {tapent les Airs.
i?! . ‘ _
Belle Iris gregnez‘ sans cesse,
Sur les Bergers de ces lieux;
Le tendre amour qui les blesse,‘
Fait son séjour dans vos yeux.
N « a M
Les doux‘ traits que ce Dieu lance ,
Attcndrissent tous les coeurs ;
Rien ne leur fait résistance; *
yos yeux les rendent vainqueurs.‘
Belle
JAN V I E R. 1733.‘ r45
pelle Iris , regnez sans‘ cesse,’ '
Sur les Bergers de ces lieux ;
Le tendre amour qui les blesse,
Fait son séjour dans vos yeux, _[_
Par M. Pfljficbafll.
Mise en Musique, par M. Rununnä
TEndres amours , quittez Cythete,
Suivez les graces et les Ris;
Ils abandonnent votre Mere ,
Pour briller chez la belle Iris.
M ,
On celebre aujounÿhui sa Fête,
Vole? . allez cueillir des fleurs 5
Hâtcz-vous , couronnez sa tête,
Bac: "lui présenter des coeurs,
Tendres amours . quittez Cytherc ,‘
suivez les graces et lesllis,
118 abandonnent votre tnetc ,
Pour brille: chez la belle Iris
1
145” MERCURAË DË ËR ÀNCÈ
' Les Enfans de Venus exaucent ma priere ,
Mes yeux sont éblouis quel éclat de lumiere!
Je voi voler ces Dieux chatmans ,
Dans leur rapide Cours , ils devancent les Vents.)
Its amours vous. rendent hommage;
Iris , votre beauté mérite des Autêls :
Le don de plaire est votre doux partage g
Triomphez de tous les mortels.
Les amours vous rendent hommage ,
. a I _
Iris , votre beauté mente des Auteis.
âië
Les habitans Je ces Boeages ; '
Font entendre de doux Concerts;
lt les petits Oyseaux unissent leurs ramages,‘
A ces Chants qui {tapent les Airs.
i?! . ‘ _
Belle Iris gregnez‘ sans cesse,
Sur les Bergers de ces lieux;
Le tendre amour qui les blesse,‘
Fait son séjour dans vos yeux.
N « a M
Les doux‘ traits que ce Dieu lance ,
Attcndrissent tous les coeurs ;
Rien ne leur fait résistance; *
yos yeux les rendent vainqueurs.‘
Belle
JAN V I E R. 1733.‘ r45
pelle Iris , regnez sans‘ cesse,’ '
Sur les Bergers de ces lieux ;
Le tendre amour qui les blesse,
Fait son séjour dans vos yeux, _[_
Par M. Pfljficbafll.
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Résumé : LA FESTE D'IRIS, CANTATILLE, Mise en Musique, par M. RAILLARD.
Le poème « CANTATIL LE. » est mis en musique par M. Rununnä. Il commence par une invocation aux « tendres amours » de quitter Cythère pour suivre les grâces et les ris, abandonnant leur mère pour briller chez la belle Iris. Le texte célèbre la fête d'Iris, invitant à cueillir des fleurs pour la couronner et lui présenter des cœurs. Les enfants de Vénus exaucent une prière, et Mercure décrit une scène où les dieux charmants volent rapidement, devançant les vents. Iris est louée pour sa beauté, qui mérite des autels, et son don de plaire. Les habitants des bois et les oiseaux unissent leurs chants pour célébrer Iris. Le poème se termine par une répétition de l'invitation à Iris de régner sans cesse sur les bergers, soulignant que le tendre amour réside dans ses yeux. La date mentionnée est janvier 1733, et le poème est signé par M. Pfljficbafll.
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4842
p. 167-170
Du 22. du même mois.
Début :
Je ne veux point laisser partir la Barque, sans vous dire [...]
Mots clefs :
Hommes, Maures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 22. du même mois.
Du 22. du même mois .
Je ne veux point laiſſer par
tir la Barque , fans vous dire
quenous avons icy deux Maures
ouAfriquains,qui de temps
en temps fortent de cette Place
ſecretement , & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui ſe paſſe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaifir , parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,& il n'ya que 3 .
168 MERCURE
moutons dans la Place pour
l'Hoſpital , & rien pour nous
que du poiſſon , jugez en quel
état nous ſommes réduits ; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez a
promis à l'Alcaïde de fon Armée
qui eſt comme leGeneral,
ayant quatre freres ſous luy,
qui luy ſervent de Lieutenans
Generaux , qu'il luy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel ,que
l'Alcaïde a pris cela à coeur , &
qu'il eſt de ſon honneur de la
prendre au pluſtoſt ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
GALANT. 169
tant par deſſus que par deſſous
terre, pour réüffir à fon deffein
,de maniereque fil'onne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ina mal. On compte en
cette Place 1000. hommes , il
eſtvray que ce ſont des hommes,
mais ce ne ſont pas des
foldats , ceux qui le croyent
autrement ſe trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous , fi on ne nous envoye
inceſſamment les ſecours
dont nous avons beſoin , le
plus honneſte homme y perdroit
ſon latin& fonhonneur;
i
Octobre 1715 . P
170 MERCURE
il eſt certainque leGouverneur
eſt bien plus à plaindre qu'on
ne penſe , c'eſt un tres brave
homme & fort entendu , on
ne peut rienajoûter à ſon zele,
mais il n'a pas de quoy ſe pous
voir deffendre; & fo Sa Ma
jeſté n'y remedie , il s'enfuivra
de fâcheuſes fuites,
Je ne veux point laiſſer par
tir la Barque , fans vous dire
quenous avons icy deux Maures
ouAfriquains,qui de temps
en temps fortent de cette Place
ſecretement , & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui ſe paſſe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaifir , parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,& il n'ya que 3 .
168 MERCURE
moutons dans la Place pour
l'Hoſpital , & rien pour nous
que du poiſſon , jugez en quel
état nous ſommes réduits ; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez a
promis à l'Alcaïde de fon Armée
qui eſt comme leGeneral,
ayant quatre freres ſous luy,
qui luy ſervent de Lieutenans
Generaux , qu'il luy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel ,que
l'Alcaïde a pris cela à coeur , &
qu'il eſt de ſon honneur de la
prendre au pluſtoſt ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
GALANT. 169
tant par deſſus que par deſſous
terre, pour réüffir à fon deffein
,de maniereque fil'onne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ina mal. On compte en
cette Place 1000. hommes , il
eſtvray que ce ſont des hommes,
mais ce ne ſont pas des
foldats , ceux qui le croyent
autrement ſe trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous , fi on ne nous envoye
inceſſamment les ſecours
dont nous avons beſoin , le
plus honneſte homme y perdroit
ſon latin& fonhonneur;
i
Octobre 1715 . P
170 MERCURE
il eſt certainque leGouverneur
eſt bien plus à plaindre qu'on
ne penſe , c'eſt un tres brave
homme & fort entendu , on
ne peut rienajoûter à ſon zele,
mais il n'a pas de quoy ſe pous
voir deffendre; & fo Sa Ma
jeſté n'y remedie , il s'enfuivra
de fâcheuſes fuites,
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4843
p. 2283-2287
DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
Début :
Toute la face de la Maison du côté de la ruë étoit illuminée. Les Lampions [...]
Mots clefs :
Roi, Lampions, Jardin, Lumière, Fanfares, Convalescence, Girandoles, Terrines, Gabriel-Bernard de Rieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION de la Fête , donnéepar
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
Fermer
4844
p. 167-169
AIR NOUVEAU.
Début :
Je crois que je ne fermeray pas ma Lettre sans y ajoûter [...]
Mots clefs :
Printemps, Ans, Venger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
e crois que je ne fermeray
168 MERCURE
pas ma Lettre fans y ajoûter
de nouvelles Prifes , & de nouvelles Expeditions de Mer , la
Marine de France ne laiffant
prefque pas paffer un jour fans
fe fignaler. Cependant , pour
obferver la diverfité que vous
me demandez , & qui vous fait
tant de plaifir , je paffe à un
Printemps nouveau , les Printemps eftant tous les ans auffi
ordinaires que fouhaitez en ce
temps- cy.
AIR NOUVEAU.
Quoy? dans nos champs tout renouvelle
Et le Berger qui venoit tous les
ans
M'annoncer le Printemps ,
Nerevient pointparler d'une SaiSonfibelle:
Peut- eftre que l'Ingrat eft devenu
leger
Ah! pourquoyfaut-il queje l'ai
*
me
Fe le devrois changer
Dans ma douleur extrême
Etje mourrayfans me vanger
168 MERCURE
pas ma Lettre fans y ajoûter
de nouvelles Prifes , & de nouvelles Expeditions de Mer , la
Marine de France ne laiffant
prefque pas paffer un jour fans
fe fignaler. Cependant , pour
obferver la diverfité que vous
me demandez , & qui vous fait
tant de plaifir , je paffe à un
Printemps nouveau , les Printemps eftant tous les ans auffi
ordinaires que fouhaitez en ce
temps- cy.
AIR NOUVEAU.
Quoy? dans nos champs tout renouvelle
Et le Berger qui venoit tous les
ans
M'annoncer le Printemps ,
Nerevient pointparler d'une SaiSonfibelle:
Peut- eftre que l'Ingrat eft devenu
leger
Ah! pourquoyfaut-il queje l'ai
*
me
Fe le devrois changer
Dans ma douleur extrême
Etje mourrayfans me vanger
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Résumé : AIR NOUVEAU.
La lettre décrit l'activité continue de la marine française, signalant de nouvelles prises et expéditions. L'auteur souhaite décrire un nouveau printemps, soulignant leur caractère ordinaire. Elle inclut un poème, 'AIR NOUVEAU', où le narrateur s'étonne de l'absence du berger annonçant le printemps, exprimant douleur et désir de vengeance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4845
p. 58-63
Nouvelles d'Espagne.
Début :
Mr Graston, Maréchal de Camp, a défait un Corps de [...]
Mots clefs :
Troupes, Madrid, Marquis de Valdecañas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne.
Nouvelles £Efha?ne*
Jl CI Mr Grassois-Matci..
chal de Camp,adéfait u*
Corps de Troupes com«-
mandé par le GeneralSIK*.
srely ce qui a obligé les Ea«
nemisà abandonner Solfo*
ne, & plusieursautresportes,
dans lesquels Mr le
Marquis de Valdecanas a
mis-des Troupes pour teCferrer
de plus en plus les
Ennemis.
Les Lettres de Sarragosse
du 13. Mars portent
que les Miquelets rebelles
avoient surpris prés de Benavarri,
trois Compagnies
des GardesEspagnoles&
Walonnes
,
dont environ
quarante hommes avoient
esté tuez ou blessez : mais
que ces Miquelets avoient
estéensuite dispersez
,
&
qu'on avoit brusleplusieurs
de leurs Village
-,
que Mr le Comte d'Aguilar
avoir envoyé à l'Armée
huitmilleFusils, autant de
Bayonnettes
, Ôc qu'il envoyoit
les habits des Soldats
à mesure qu'il y en
avoit un certain nombre de
faits, que le President des
Finances avoit amassé un
fond suffisant pour lacampagne;
qu'il arrivoit d'Andalousie
& de plusieurs endroits
de la Castille un
grand nombre de Mulets
&de Boeufs pour voiturer
les vivres & les munitions;
qu'il estoit party de Madrid
un train d'artillerie
pour joindre à ceux qui
estoient déjaprests sur la
frontiere,& que l'on conduisoit
à Tortose les convois
de vivres & de munitionsqui
estoient arrivez à,
Peniscola
,
& qui y arrivoient
tous les jours.
Le 3,3. Mars on publia à
Madrid une Ordonnance
portant interdiction de
commerce vec les Hollandois,
& deffense de laisser
entrer en Espagne leurs
draps & leurs autres marchandises,
& de leur laisser
enlever des laines.
LesLettres deSarragosse
du 19. Mars portent
qu'on y devoit tenir un
conseil de guerre sur les
projets de la campagne, 3c
que Mr le Duc de Noailles
s'estoit mis en chemin pour
s'y trouver avec Mr de
Vendosme & les autres
principaux Officiers Generaux.
Mr le Marquis de Valdecañas
aprés avoir mis des
Troupes dans Solfone
,
marcha àCalafdans ledessein
de l'attaquer. Les Ennemis
ne se trouvant pas
en état d'en soustenir le
siége, prirent le party de
l'abandonner;maisn'ayant
puse retirer avec assezde
diligence, environ cent
cinquante furent faits Prisonniers
,
& on prit une
partie de leurs bagages. Ce
Posteconserve la communication
de laPlaineavec
les Montagnes, & donne
lieu aux TroupesEspagnoles
de s'étendre plus avant
dans la Catalogne de ce
costé là.
.ioitvelles
Jl CI Mr Grassois-Matci..
chal de Camp,adéfait u*
Corps de Troupes com«-
mandé par le GeneralSIK*.
srely ce qui a obligé les Ea«
nemisà abandonner Solfo*
ne, & plusieursautresportes,
dans lesquels Mr le
Marquis de Valdecanas a
mis-des Troupes pour teCferrer
de plus en plus les
Ennemis.
Les Lettres de Sarragosse
du 13. Mars portent
que les Miquelets rebelles
avoient surpris prés de Benavarri,
trois Compagnies
des GardesEspagnoles&
Walonnes
,
dont environ
quarante hommes avoient
esté tuez ou blessez : mais
que ces Miquelets avoient
estéensuite dispersez
,
&
qu'on avoit brusleplusieurs
de leurs Village
-,
que Mr le Comte d'Aguilar
avoir envoyé à l'Armée
huitmilleFusils, autant de
Bayonnettes
, Ôc qu'il envoyoit
les habits des Soldats
à mesure qu'il y en
avoit un certain nombre de
faits, que le President des
Finances avoit amassé un
fond suffisant pour lacampagne;
qu'il arrivoit d'Andalousie
& de plusieurs endroits
de la Castille un
grand nombre de Mulets
&de Boeufs pour voiturer
les vivres & les munitions;
qu'il estoit party de Madrid
un train d'artillerie
pour joindre à ceux qui
estoient déjaprests sur la
frontiere,& que l'on conduisoit
à Tortose les convois
de vivres & de munitionsqui
estoient arrivez à,
Peniscola
,
& qui y arrivoient
tous les jours.
Le 3,3. Mars on publia à
Madrid une Ordonnance
portant interdiction de
commerce vec les Hollandois,
& deffense de laisser
entrer en Espagne leurs
draps & leurs autres marchandises,
& de leur laisser
enlever des laines.
LesLettres deSarragosse
du 19. Mars portent
qu'on y devoit tenir un
conseil de guerre sur les
projets de la campagne, 3c
que Mr le Duc de Noailles
s'estoit mis en chemin pour
s'y trouver avec Mr de
Vendosme & les autres
principaux Officiers Generaux.
Mr le Marquis de Valdecañas
aprés avoir mis des
Troupes dans Solfone
,
marcha àCalafdans ledessein
de l'attaquer. Les Ennemis
ne se trouvant pas
en état d'en soustenir le
siége, prirent le party de
l'abandonner;maisn'ayant
puse retirer avec assezde
diligence, environ cent
cinquante furent faits Prisonniers
,
& on prit une
partie de leurs bagages. Ce
Posteconserve la communication
de laPlaineavec
les Montagnes, & donne
lieu aux TroupesEspagnoles
de s'étendre plus avant
dans la Catalogne de ce
costé là.
.ioitvelles
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Résumé : Nouvelles d'Espagne.
Le texte décrit des opérations militaires et logistiques en Espagne. Le général Sik, soutenu par le marquis de Valdecanas, a mené une campagne forçant les ennemis à abandonner Solfone et d'autres ports. Le 13 mars, des Miquelets rebelles ont attaqué près de Benavarri, causant des pertes à trois compagnies de gardes espagnoles et wallonnes. Les Miquelets ont été dispersés et plusieurs de leurs villages incendiés. Le comte d'Aguilar a fourni des fusils, des baïonnettes et des habits aux troupes. Des vivres et des munitions ont été envoyés à Tortose et Peniscola. À Madrid, une ordonnance du 3 mars a interdit le commerce avec les Hollandais. Le 19 mars, un conseil de guerre a été annoncé à Sarragosse pour planifier la campagne, avec la présence du duc de Noailles et d'autres officiers généraux. Le marquis de Valdecanas a pris Calaf après son abandon par les ennemis, capturant environ cent cinquante prisonniers et une partie de leurs bagages, améliorant ainsi le contrôle des communications en Catalogne.
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4846
p. 166-171
Vers sur l'inconstance par feu Mr P...
Début :
La constance & la foy ne sont que de vains noms, [...]
Mots clefs :
Inconstance, Confiance, Amour, Commerce amoureux, Soupirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers sur l'inconstance par feu Mr P...
Vers sur £inconstance
par feu Mr P
La confiance f5 lafoj ne
font que de vains noms,
Dont les laides es les
barbons
Taschent d'en;bara[ferla
jew/ejjecvcduie,
Pour retenir toujours
dans leurs herisahveux
Parle char?r:e d'un faux
ferapule
,
Ceux qu'un juste de^ouft
a
cLajJt de chez, etix,
Cupidonsous les lolx de la
si'mple nature,
Réduit tout ce fait
soupirer icy bas,
Ilnepunit jamaisrebelle
ny parjure;
C'estun empire
*
qm nedure
Qu'autant queses Sujets Jtrouvent des appas.
Des qu'un
-
objetcesse de
plaire,
Le commerce amoureux
aujjîtofl doitifnir,
Et l'effetdesifrmi-ns?/eji
plus qu'une ilhnere
,
La perte du pLiifir qui
nous les afait faire,
Nous dispensé de les tenir.
&Amourdeson {!::f';;n est
tousjoursseul le '?y
Et
Etsansque noussçachions
nypourquoy nycommenty
Comme dansnostre cœur
a toute heure il peut
naistre,
Il en peut malgré nous
sortir a tout moment.
ZJliffe qui parfafagtjJeJ
Futsivantédedans la
Grece,
Quoyqu'amoureux f5
bien traité,
Refusal'immortalité,
ji la charge d'aimertous,
joursuneDeesse,
Aimez.., tant que l'amour
•.
unira ruas esprits,
Mais ne vous piquez,
point d'une follecon-
,
stance,
Et n'attendez, pas que i'altfence,
Ou le degoust
,
ou les
mépris
Vousfajfentfairepenitece
i
Desplasirs que vous
4nurçzjpris.
Quandonfent mourirsa
tendresse,
Qu'onbâille auprès d'une
maiflrefje,
Et que le cœur riejtplus
content,
Queservent les efforts
qu'onfaitpourle Pdro
ifire,
L'honneur depasserpeur
constiant,
Ne vautpas la peine de
l'estre.
par feu Mr P
La confiance f5 lafoj ne
font que de vains noms,
Dont les laides es les
barbons
Taschent d'en;bara[ferla
jew/ejjecvcduie,
Pour retenir toujours
dans leurs herisahveux
Parle char?r:e d'un faux
ferapule
,
Ceux qu'un juste de^ouft
a
cLajJt de chez, etix,
Cupidonsous les lolx de la
si'mple nature,
Réduit tout ce fait
soupirer icy bas,
Ilnepunit jamaisrebelle
ny parjure;
C'estun empire
*
qm nedure
Qu'autant queses Sujets Jtrouvent des appas.
Des qu'un
-
objetcesse de
plaire,
Le commerce amoureux
aujjîtofl doitifnir,
Et l'effetdesifrmi-ns?/eji
plus qu'une ilhnere
,
La perte du pLiifir qui
nous les afait faire,
Nous dispensé de les tenir.
&Amourdeson {!::f';;n est
tousjoursseul le '?y
Et
Etsansque noussçachions
nypourquoy nycommenty
Comme dansnostre cœur
a toute heure il peut
naistre,
Il en peut malgré nous
sortir a tout moment.
ZJliffe qui parfafagtjJeJ
Futsivantédedans la
Grece,
Quoyqu'amoureux f5
bien traité,
Refusal'immortalité,
ji la charge d'aimertous,
joursuneDeesse,
Aimez.., tant que l'amour
•.
unira ruas esprits,
Mais ne vous piquez,
point d'une follecon-
,
stance,
Et n'attendez, pas que i'altfence,
Ou le degoust
,
ou les
mépris
Vousfajfentfairepenitece
i
Desplasirs que vous
4nurçzjpris.
Quandonfent mourirsa
tendresse,
Qu'onbâille auprès d'une
maiflrefje,
Et que le cœur riejtplus
content,
Queservent les efforts
qu'onfaitpourle Pdro
ifire,
L'honneur depasserpeur
constiant,
Ne vautpas la peine de
l'estre.
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Résumé : Vers sur l'inconstance par feu Mr P...
Le poème 'Vers sur l'inconstance' de feu Mr P examine la nature éphémère et trompeuse de la confiance et de l'amour. Les auteurs, souvent des vieillards, utilisent des artifices pour maintenir l'attachement des autres, mais ces efforts sont vains. L'amour, gouverné par Cupidon, ne punit jamais les rebelles ou les parjures et dure seulement tant que les sujets trouvent des attraits dans l'objet de leur affection. Dès qu'un objet cesse de plaire, le commerce amoureux doit prendre fin. L'amour est souvent inconstant et imprévisible, naissant et disparaissant sans raison apparente. Le poète cite l'exemple de Hyacinthe, qui refusa l'immortalité pour éviter la charge d'aimer toujours une déesse. Il conseille d'aimer tant que l'amour unit les esprits, mais de ne pas s'engager dans une folle inconstance. Attendre que l'infidélité, le dégoût ou les mépris fassent regretter les plaisirs passés est vain. Lorsque la tendresse meurt, les efforts pour la raviver sont inutiles. L'honneur de passer pour constant ne vaut pas la peine d'être maintenu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4847
p. 995-1001
ATTAQUE des Lignes d'Ettlingen, forcées par l'Armée du Roy, le 4 May.
Début :
Le Maréchal Duc de Berwick ayant quitté son Camp de Spire, où il laissa une grande partie [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Ettlingen, Troupes, Ennemis, Lignes, Comte de Saxe, Montagnes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ATTAQUE des Lignes d'Ettlingen, forcées par l'Armée du Roy, le 4 May.
ATTAQUE des Lignes d'Ettlingen ,
forcées par l'Armée du Roy , le 4 May.
L
>
E Maréchal Duc de Berwick ayant quitté
son Camp de Spire, où il laissa une grande partie
de ses Troupes , aux ordres du Marquis d'Asfeld
, arriva au Fort - Louis le premier May
toutes celles qui le suivoient ou qui étoient répandues
en differents endroits de l'Alsace , y vinrent
canfper le même jour , et le Duc de Noailles s'y
rendit aussi avec le Corps qu'il commandoit du
côté de Hombourg , et de Keserlouter pour couvrir
le Siége de Traerback.
Le lendemain toute l'Armée passa le Rhin sur
un Pont qu'on avoit achevé pendant la nuit. Le
Maréchal de Berwick détacha le Duc de Noailles
avec 15 Compagnies de Grenadiers , 100 Carabiniers
des Gardes du Corps , et 2 Regiments de
Dragons d'Orleans , et de Vitry . Le Comte de
Saxe , Maréchal de Camp fut commandé avec
lui , l'Armée alla camper la droite à Iretzheim,
et la gauche à Santwir.
Le 3 , le Duc de Noailles se mit en marche par
Te grand Chemin qui va de Rastat à Dourlach ,
et qui passe au milleu des Lignes . Il plaça sa
gauche à la hauteur du Village de Mursch , et sa
droite à une grosse Cense , où il posta ses Grenadiers
; cette Cense située dans une Plaine , à
une petite demie lieue d'un bois , nous séparoit
des Lignes et en déroboit une bonne partie à
notre vûë .
Avant que d'arriver en cet endroit on fit plu
sieurs fois alte en Bataille , pour donner à la tête
de l'Armée le temps d'y déboucher et de le soutenir
; en cas qu'on fut attaqué par des Troupes
que
995 MERCURE DE FRANCE
que les Ennemis auroient dû naturellement faire
sortir pour reconnoître les nôtres.
Comme ils nous laissoient avancer tranquillement
jusqu'à une demie licüe de leurs Lignes ,
on auroit pû croire ou qu'elles étoient abandonnées
, ou qu'elles le seroient bien - tôt , mais le
Duc de Noailles ayant envoyé battre les bois par
une trentaine de Hussarts , soutenus de quelques
petits détachements de Dragons , on découvrit
que les Ennemis ne songeoient à rien moins qu'à
les quitter , et qu'au contraire ils se préparoient
à les deffendre , car on las vit travailler en chemise
à faire des embrazures , et mettre leurs Pa-
Tapets en état.
Ce fut dans cette occasion que nos Hussards
prirent environ 900 moutons qui passoient auprès
d'une redoute ; les Ennemis tirerent quel
ques coups de fusil et 3 coups de Canon qui ne
blessérent personne , et qui n'empêcherent pas les
Hussarts d'emmener leur proye.
Il suffisoit d'envisager la force et la bonté des
Lignes , pour juger que les Ennemis ne les abandonneroient
pas sans coup ferir , jamais ouvra
ge de cette nature ne fut construit avec plus de
soin , ni disposé avec plus d'art ; on sçait qu'ils
y ont employé près de 6 mois , tant d'appareil
annonçoit leur confiance , et montroit qu'ils se
flattoient de nous fermer l'entrée de l'Allemagne,
par une Barriere qu'ils regardoient comme insurmontable.
Ces Lignes qui prennent leur nom d'Ettlingen,
petite Ville dépendante du Prince de Bade Baden,
étoient appuyées par un bout à la montagne de
Keppelensberg , d'où après avoir serpenté tantôt
sur la crête , tantôt sur la croupe de plusieurs autres
Montagnes noires , elles descendoient dans
la
MAY 1734. 997
la Plaine qui s'étend au pied du Sommerberg , et
finissoient au bord du Rhin , dans le voisinage
de Taxelande , ainsi en comptant leurs sinuosités
, elles avoient au moins 10 lieues de longueur.
La partie qui regnoit depuis la Montagne de
Keppelensberg jusqu'au conmencement de la
Plaine étoit un retranchement à la Turque , les
Ennemis donnent à cette espece d'Ouvrage le nom
de Palanques ; ce sont de gros arbres posez en
Echiquier et entrelassez les uns dans les autres
avec leurs branches ; tout cela formoit un rempart
d'environs toises d'épaisseur , qui paroissoit
presqu'impénétrable.
L'autre partie qui couvroit la Plaine , étoit un
Prrapet avec sa Banquete et son fossé , on y avoit
pratiqué en differents endroits plusieurs inondations
qui venoient de la Riviere d'Albe , et d'un
ruisseau qui baigne le village de Malsche. Enfin
le long de ce vaste retranchement on trouvoit des
places d'Armes , des Redoutes , des demi- Lunes,
une queue d'Aronde et un ouvrage à corne.
Le Duc de Noailles après avoir attentivement
observé le fort et le foible des Lignes , en alla
rendre compte vers les 4 heures après midy au
Maréchal de Berwick, Il fut résolu de les attaquer
par les hauteurs , et le Duc de Noailles char
gé de l'exécution , se rendit dans le Village de
Malsche , situé au pied des Montagnes noires , et
pendant qu'il faisoit ses premieres dispositions ,
il envoya reconnoître les chemins par où il pourroit
prendre sa route ; le Comte de Saxe qui
connoit beaucoup le Pays, alla d'un côté et M. Galeau
, Partisan alla d'un autre ,
Le lendemain dès la pointe du jour le Duc de
Noailles partit avec 100 Carabiniers des Gardes
du Corps , et les deux Regiments de Dragons
d'or998
MERCURE DE FRANCE
d'Orleans et de Vitry ; pendant qu'il prenoit sa
route sur la droite par un chemin bordé de bois
et de précipices , le Comte de Saxe conduisoit sur
la gauche par un autre sentier la Colonne de
l'Infanterie , à la tête de laquelle marchoient tous
les Grenadiers , commandez par le Chevalier de
Marcieux , et les Piquets soutenus de la Brigade
de Piémont ; ensuite venoit celle des Vaisseaux ,
commandée par M. d'Herouville , Maréchal de
Camp , toutes ces Troupes composoient 11 Bataillons
et 6 Escadrons , non compris les 100 Carabiniers
des Gardes du Corps.
Les 2 Colonnes arriverent en même tems sur.
le sommet de la Montagne , où l'on trouva une
petite Plaine pour se mettre en Bataille , nous y
essuyâmes un orage ' qni dura plus de deux heures
, et qui fut suivi d'un brouillard si épais ,
qu'à peine pouvoit - on se voir à quatre pas ; dès
qu'il fut dissipé on alla encore reconnoître les
Ennemis et voir si leurs retranchements avoient
des fossez pour donner ordre à dies fascines ; lorsqu'on
fut assuré qu'il n'en falloit pas , le Duc de
Noailles fit sa disposition pour l'attaquer.
Il mit 6 Compagnies de Grenadiers de front ,
soutenues par s autres , après lesquelles marchoient
les Piquets dans le même ordre ,suivis des
11 Bataillons qui soutenoient cette tête , et marchoient
en Colonnes à une distance raisonnable
pour éviter la confusion.
Sur la droite et sur la gauche de l'Infanterie
marchoieut les 100 Carabiniers des Gardes du
Corps et les Dragons ; cette disposition fut generalement
approuvée. Comme nous passions au
travers d'un Bois de haute fataye , les Ennemis
ne nous apperçûrent qu'au débouché qui n'étoit
qu'environ à fco pas des retranchements. Le Duc
MAY. 1734 999
de Noailles qui marchoit à la tête du premier
Bataillon de Piémont , fit battre la charge , les
Soldats se mirent à crier vive le Roy , et l'action
commença.
:
Les Imperiaux avoient à leur tête un Officier
qui témoigna beaucoup de sang froid ; on entendit
distinctement ces paroles : Mes Enfans ne
vous étonnez point , Dieu sera pour nous . Ils nous
laissérent approcher , et firent sur nous presque
à bout touchant trois décharges ; le feu fut fort
vif de part et d'autre enfin nos Grenadiers montérent
sur le retranchement ; alors les Ennemis
prirent la fuite , et se jetterent dans un Bois situé
auprès ; leur retraite nous laissa entierement les
maîtres des Lignes ; on travailla aussi - tôt à y
faire les ouvertures nécessaires pour donner un
passage libre à la Cavalerie et au reste des Troupes
; nous n'avons eû dans cette occasion que 75
hommes cant tuez que blessez ; les Allemans en
ont moins perdu, parce que leurs retranchements
les mettoient à couvert.
Pour deffendre cette partie des Lignes , les En
nemis qui ne s'attendoient pas qu'on put les y
attaquer , n'avoient qu'environ 5 à 600 hommes,
soutenus d'une centaine de Cavaliers ; le reste de
leurs Troupes dont le nombre approchoit de
10000 hommes , se trouvoit répandû et dispersé
sur tout dans les principaux Ouvrages ; aussi - tôt
qu'ils apprirent que nous avions forcé leurs retranchements
, ils ne penserent plus qu'à la re
traite et dès les 4 heures après midy ils prirent
le parti d'abandonner entieremenr leurs Lignes,
quoiqu'ils eussent des Ouvrages très forts et dont
on ne pouvoit se rendre maître qu'avec du Canon.
Le Prince Eugene dînoit ce jour - là dans les
Lignes
tooo MERCURE DE FRANCE
Lignes à Carlesrouch . Maison de Plaisance du
Prince de Dourlach , où il attendoit la plus grande
partie de ses Troupes ; il y avoit déja en marche
pour s'y rendre 14. Baraillons et 7. Regimens
de Cavalerie qui font plus de 42. Escadrons;
on vint lui annoncer que nous avions forcé les
retranchemens les hauteurs des Montagnes
par
Noires.
A l'instant même il envoya l'ordre de se reti
rer , et contremanda les Troupes qui venoient
le joindre , ainsi nous demeurâmes les Maîtres
absolus de toutes ces Lignes que les Imperiaux
avoient construits avec tant de soin , et sur les
quelles ils fondoient tant d'esperance.
On doit cet avantage à la prudence du Maréchal
de Berwich , jamais projet ne fut concerté
avec plus d'art , ni executé avec plus de conduiie ;
car pendant qu'il faisoit attaquer les Lignes par
les hauteurs , et qu'il étendoit son Armée dans
la Plaine pour les attaquer de front , le Marquis
d'Asfeldt passoit le Rhin dans le même instant
par son ordre à l'Isle de Nekerlau , auprès de,
Manheim , avec 32. Bataillons et 40. Escadrons;
ainsi les Imperiaux se voyoient pressés de toutes
parts , et les mesures que le General avoit
prises pour les deposter , ne pouvoient manquer
d'avoir leur effet. A l'égard de l'attaque
particuliere dont le Duc de Noailles été charde
sang
gé , on peut dire qu'il a montré autant
froid dans le péril , que de prévoyance et d'activité
dans les dispositions ; son fils le Comte de
Noailles s'est fort distingué , ainsi que plusieurs
autres jeunes Seigneurs , qui sont aydes de Camp
du Duc de Noailles , comme le Duc de Caumont
, le Comte de Lauzun , le Maiquis de Montmirel
&c.*
>
Le
MAY. 1734. Icof
Le Comte de Saxe ne doit pas être oublié dans
ce Memoire , ayant eu beaucoup de part au succès
de cette expedition , de même que le Chevalier
de Marcieux , M.d'Herouville et plusieurs
autres Officiers, qu'il seroit trop long de nommer
ici , et en general toutes les Troupes , ont mar
qué autant de zele que de valeur.
forcées par l'Armée du Roy , le 4 May.
L
>
E Maréchal Duc de Berwick ayant quitté
son Camp de Spire, où il laissa une grande partie
de ses Troupes , aux ordres du Marquis d'Asfeld
, arriva au Fort - Louis le premier May
toutes celles qui le suivoient ou qui étoient répandues
en differents endroits de l'Alsace , y vinrent
canfper le même jour , et le Duc de Noailles s'y
rendit aussi avec le Corps qu'il commandoit du
côté de Hombourg , et de Keserlouter pour couvrir
le Siége de Traerback.
Le lendemain toute l'Armée passa le Rhin sur
un Pont qu'on avoit achevé pendant la nuit. Le
Maréchal de Berwick détacha le Duc de Noailles
avec 15 Compagnies de Grenadiers , 100 Carabiniers
des Gardes du Corps , et 2 Regiments de
Dragons d'Orleans , et de Vitry . Le Comte de
Saxe , Maréchal de Camp fut commandé avec
lui , l'Armée alla camper la droite à Iretzheim,
et la gauche à Santwir.
Le 3 , le Duc de Noailles se mit en marche par
Te grand Chemin qui va de Rastat à Dourlach ,
et qui passe au milleu des Lignes . Il plaça sa
gauche à la hauteur du Village de Mursch , et sa
droite à une grosse Cense , où il posta ses Grenadiers
; cette Cense située dans une Plaine , à
une petite demie lieue d'un bois , nous séparoit
des Lignes et en déroboit une bonne partie à
notre vûë .
Avant que d'arriver en cet endroit on fit plu
sieurs fois alte en Bataille , pour donner à la tête
de l'Armée le temps d'y déboucher et de le soutenir
; en cas qu'on fut attaqué par des Troupes
que
995 MERCURE DE FRANCE
que les Ennemis auroient dû naturellement faire
sortir pour reconnoître les nôtres.
Comme ils nous laissoient avancer tranquillement
jusqu'à une demie licüe de leurs Lignes ,
on auroit pû croire ou qu'elles étoient abandonnées
, ou qu'elles le seroient bien - tôt , mais le
Duc de Noailles ayant envoyé battre les bois par
une trentaine de Hussarts , soutenus de quelques
petits détachements de Dragons , on découvrit
que les Ennemis ne songeoient à rien moins qu'à
les quitter , et qu'au contraire ils se préparoient
à les deffendre , car on las vit travailler en chemise
à faire des embrazures , et mettre leurs Pa-
Tapets en état.
Ce fut dans cette occasion que nos Hussards
prirent environ 900 moutons qui passoient auprès
d'une redoute ; les Ennemis tirerent quel
ques coups de fusil et 3 coups de Canon qui ne
blessérent personne , et qui n'empêcherent pas les
Hussarts d'emmener leur proye.
Il suffisoit d'envisager la force et la bonté des
Lignes , pour juger que les Ennemis ne les abandonneroient
pas sans coup ferir , jamais ouvra
ge de cette nature ne fut construit avec plus de
soin , ni disposé avec plus d'art ; on sçait qu'ils
y ont employé près de 6 mois , tant d'appareil
annonçoit leur confiance , et montroit qu'ils se
flattoient de nous fermer l'entrée de l'Allemagne,
par une Barriere qu'ils regardoient comme insurmontable.
Ces Lignes qui prennent leur nom d'Ettlingen,
petite Ville dépendante du Prince de Bade Baden,
étoient appuyées par un bout à la montagne de
Keppelensberg , d'où après avoir serpenté tantôt
sur la crête , tantôt sur la croupe de plusieurs autres
Montagnes noires , elles descendoient dans
la
MAY 1734. 997
la Plaine qui s'étend au pied du Sommerberg , et
finissoient au bord du Rhin , dans le voisinage
de Taxelande , ainsi en comptant leurs sinuosités
, elles avoient au moins 10 lieues de longueur.
La partie qui regnoit depuis la Montagne de
Keppelensberg jusqu'au conmencement de la
Plaine étoit un retranchement à la Turque , les
Ennemis donnent à cette espece d'Ouvrage le nom
de Palanques ; ce sont de gros arbres posez en
Echiquier et entrelassez les uns dans les autres
avec leurs branches ; tout cela formoit un rempart
d'environs toises d'épaisseur , qui paroissoit
presqu'impénétrable.
L'autre partie qui couvroit la Plaine , étoit un
Prrapet avec sa Banquete et son fossé , on y avoit
pratiqué en differents endroits plusieurs inondations
qui venoient de la Riviere d'Albe , et d'un
ruisseau qui baigne le village de Malsche. Enfin
le long de ce vaste retranchement on trouvoit des
places d'Armes , des Redoutes , des demi- Lunes,
une queue d'Aronde et un ouvrage à corne.
Le Duc de Noailles après avoir attentivement
observé le fort et le foible des Lignes , en alla
rendre compte vers les 4 heures après midy au
Maréchal de Berwick, Il fut résolu de les attaquer
par les hauteurs , et le Duc de Noailles char
gé de l'exécution , se rendit dans le Village de
Malsche , situé au pied des Montagnes noires , et
pendant qu'il faisoit ses premieres dispositions ,
il envoya reconnoître les chemins par où il pourroit
prendre sa route ; le Comte de Saxe qui
connoit beaucoup le Pays, alla d'un côté et M. Galeau
, Partisan alla d'un autre ,
Le lendemain dès la pointe du jour le Duc de
Noailles partit avec 100 Carabiniers des Gardes
du Corps , et les deux Regiments de Dragons
d'or998
MERCURE DE FRANCE
d'Orleans et de Vitry ; pendant qu'il prenoit sa
route sur la droite par un chemin bordé de bois
et de précipices , le Comte de Saxe conduisoit sur
la gauche par un autre sentier la Colonne de
l'Infanterie , à la tête de laquelle marchoient tous
les Grenadiers , commandez par le Chevalier de
Marcieux , et les Piquets soutenus de la Brigade
de Piémont ; ensuite venoit celle des Vaisseaux ,
commandée par M. d'Herouville , Maréchal de
Camp , toutes ces Troupes composoient 11 Bataillons
et 6 Escadrons , non compris les 100 Carabiniers
des Gardes du Corps.
Les 2 Colonnes arriverent en même tems sur.
le sommet de la Montagne , où l'on trouva une
petite Plaine pour se mettre en Bataille , nous y
essuyâmes un orage ' qni dura plus de deux heures
, et qui fut suivi d'un brouillard si épais ,
qu'à peine pouvoit - on se voir à quatre pas ; dès
qu'il fut dissipé on alla encore reconnoître les
Ennemis et voir si leurs retranchements avoient
des fossez pour donner ordre à dies fascines ; lorsqu'on
fut assuré qu'il n'en falloit pas , le Duc de
Noailles fit sa disposition pour l'attaquer.
Il mit 6 Compagnies de Grenadiers de front ,
soutenues par s autres , après lesquelles marchoient
les Piquets dans le même ordre ,suivis des
11 Bataillons qui soutenoient cette tête , et marchoient
en Colonnes à une distance raisonnable
pour éviter la confusion.
Sur la droite et sur la gauche de l'Infanterie
marchoieut les 100 Carabiniers des Gardes du
Corps et les Dragons ; cette disposition fut generalement
approuvée. Comme nous passions au
travers d'un Bois de haute fataye , les Ennemis
ne nous apperçûrent qu'au débouché qui n'étoit
qu'environ à fco pas des retranchements. Le Duc
MAY. 1734 999
de Noailles qui marchoit à la tête du premier
Bataillon de Piémont , fit battre la charge , les
Soldats se mirent à crier vive le Roy , et l'action
commença.
:
Les Imperiaux avoient à leur tête un Officier
qui témoigna beaucoup de sang froid ; on entendit
distinctement ces paroles : Mes Enfans ne
vous étonnez point , Dieu sera pour nous . Ils nous
laissérent approcher , et firent sur nous presque
à bout touchant trois décharges ; le feu fut fort
vif de part et d'autre enfin nos Grenadiers montérent
sur le retranchement ; alors les Ennemis
prirent la fuite , et se jetterent dans un Bois situé
auprès ; leur retraite nous laissa entierement les
maîtres des Lignes ; on travailla aussi - tôt à y
faire les ouvertures nécessaires pour donner un
passage libre à la Cavalerie et au reste des Troupes
; nous n'avons eû dans cette occasion que 75
hommes cant tuez que blessez ; les Allemans en
ont moins perdu, parce que leurs retranchements
les mettoient à couvert.
Pour deffendre cette partie des Lignes , les En
nemis qui ne s'attendoient pas qu'on put les y
attaquer , n'avoient qu'environ 5 à 600 hommes,
soutenus d'une centaine de Cavaliers ; le reste de
leurs Troupes dont le nombre approchoit de
10000 hommes , se trouvoit répandû et dispersé
sur tout dans les principaux Ouvrages ; aussi - tôt
qu'ils apprirent que nous avions forcé leurs retranchements
, ils ne penserent plus qu'à la re
traite et dès les 4 heures après midy ils prirent
le parti d'abandonner entieremenr leurs Lignes,
quoiqu'ils eussent des Ouvrages très forts et dont
on ne pouvoit se rendre maître qu'avec du Canon.
Le Prince Eugene dînoit ce jour - là dans les
Lignes
tooo MERCURE DE FRANCE
Lignes à Carlesrouch . Maison de Plaisance du
Prince de Dourlach , où il attendoit la plus grande
partie de ses Troupes ; il y avoit déja en marche
pour s'y rendre 14. Baraillons et 7. Regimens
de Cavalerie qui font plus de 42. Escadrons;
on vint lui annoncer que nous avions forcé les
retranchemens les hauteurs des Montagnes
par
Noires.
A l'instant même il envoya l'ordre de se reti
rer , et contremanda les Troupes qui venoient
le joindre , ainsi nous demeurâmes les Maîtres
absolus de toutes ces Lignes que les Imperiaux
avoient construits avec tant de soin , et sur les
quelles ils fondoient tant d'esperance.
On doit cet avantage à la prudence du Maréchal
de Berwich , jamais projet ne fut concerté
avec plus d'art , ni executé avec plus de conduiie ;
car pendant qu'il faisoit attaquer les Lignes par
les hauteurs , et qu'il étendoit son Armée dans
la Plaine pour les attaquer de front , le Marquis
d'Asfeldt passoit le Rhin dans le même instant
par son ordre à l'Isle de Nekerlau , auprès de,
Manheim , avec 32. Bataillons et 40. Escadrons;
ainsi les Imperiaux se voyoient pressés de toutes
parts , et les mesures que le General avoit
prises pour les deposter , ne pouvoient manquer
d'avoir leur effet. A l'égard de l'attaque
particuliere dont le Duc de Noailles été charde
sang
gé , on peut dire qu'il a montré autant
froid dans le péril , que de prévoyance et d'activité
dans les dispositions ; son fils le Comte de
Noailles s'est fort distingué , ainsi que plusieurs
autres jeunes Seigneurs , qui sont aydes de Camp
du Duc de Noailles , comme le Duc de Caumont
, le Comte de Lauzun , le Maiquis de Montmirel
&c.*
>
Le
MAY. 1734. Icof
Le Comte de Saxe ne doit pas être oublié dans
ce Memoire , ayant eu beaucoup de part au succès
de cette expedition , de même que le Chevalier
de Marcieux , M.d'Herouville et plusieurs
autres Officiers, qu'il seroit trop long de nommer
ici , et en general toutes les Troupes , ont mar
qué autant de zele que de valeur.
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Résumé : ATTAQUE des Lignes d'Ettlingen, forcées par l'Armée du Roy, le 4 May.
Le 4 mai 1734, l'Armée du Roi força les Lignes d'Ettlingen. Le Maréchal Duc de Berwick, ayant quitté son camp de Spire, rassembla ses troupes au Fort-Louis. Le 2 mai, l'armée traversa le Rhin et campa à Iretzheim et Santwir. Le Duc de Noailles, à la tête de 15 compagnies de grenadiers, 100 carabiniers et deux régiments de dragons, avança vers les Lignes d'Ettlingen. Le 3 mai, il découvrit que les ennemis préparaient la défense des lignes. Le 4 mai, malgré des conditions météorologiques défavorables, le Duc de Noailles attaqua les lignes par les hauteurs. Les troupes françaises forcèrent les retranchements ennemis, causant peu de pertes. Les ennemis, commandés par le Prince Eugène, abandonnèrent les lignes, permettant aux Français de prendre le contrôle des fortifications. Cette victoire fut attribuée à la prudence du Maréchal de Berwick et à la stratégie coordonnée avec le Marquis d'Asfeld. Plusieurs officiers, dont le Comte de Noailles et le Comte de Saxe, se distinguèrent par leur bravoure et leur compétence.
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4848
p. 166-172
Nouvelles d'Allemagne.
Début :
L'Armée de l'Empire s'est entierement separée ; partie [...]
Mots clefs :
Infanterie, Cavalerie, Escadron, Bataillon, Dragons
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Allemagne.
Nouvellesd'Allemagne.
L'Armée de l'Empiré
s'etf entièrement separée
;
partie des Troupes du Cercle
du Haut Rhin fontentrées
dans Landau & Philifbourg
; celles de l'Empereur
vont en Franconie
& en Bavière. On avoit
parlé dun détachement
pour leMilanez & delà en
Catalogne; mais il n'y a
- cncore rien de réfoin.
Mr leMarefchal de Bezons
a aussi separélarniéc
de France qu'il commandoit
; voicy la Lifte des
Lieux où ses Troupes vonc
en Quartier d'hyver. AWEYSSEMBOURG,
-
& le long des Lignes.
Les Regiments de Louville,
Condé, Perry, Roufset
, Plzençon, Peysac
Lachaud, S.Leger, un Bataillon
de Boucher, un de
Labour, Chevron, Maifonriers,
un de Berry.
A STRASBOURG.
Dauphin, Toulouse ;
Royal Artillerie4.Bataillons,
Royal Baviere, deux
Bataillons d'Enghien
, un
deBoucher, les Bombardiers
Duflyy la Fare tout
Infanterie ; la Cavalerie
consiste en Vaudemont , Dupuy, du Fief, un Escadron
de Forfat
, & partie
de Bretagne, Dragons.
A HAGUENAU.
Infanterie. Sourches;un
Bataillon) Daunay
,
Rohan.
Cavalerie. Rennepont
& les Houssàrds.
AU FORT LOUIS.
Infanterie. Blaisois; un
Bataillon d'Angoumois , Maumont,
MaumontCastelet, Murat,
Chalmazel
, Auxerrois,
Turbilly.
A SAVERNE.
Orleans, Infanterie, &
un Escadron dtHarcourt.
ABOUSSONVILLIERS
Rouvroy
>
Dragons.
A PHALSBOURG.
Un Escadron de Forfat.
A SAARLOUIS.
Froulay, Infanterie
S.Blimont, Cavalerie,,iz
partie de Bretagne.
A MOLSHEIM.
Un Escadron d'Harcourt.
A SCHLESTADT.
Monroques, Tavanes;
Infanterie, & Royal Cavalerie.
A COLMAR.
Rouergue Infanterie.
AUVIEUXBRISACK.
Tallart, Quercy
, un de
Toulouse, Boisset.
AU NEUF BRISACK.
Onze Compagnies détachées.
ABEFFORT.
Hocquart, Infanterie.
A ROUFFACK.
La Compagnie Connestable.
AHUNINGUE.
Brie) Orleanois
,
les
Cuirassiers
,
Mesire de
Camp General Dragons.
AREMBERVILLIERS.
Clermont, Cavalerie.
A DOLE.
S. Germain Beaupré.
A GRAI.
Chasteau Morant, Cavalerie.
A COLIGNI. 1
Montrevel, Cavalerie.
EN COMTES
Six Regiments de Cavalerie
qui font du Luc
d'Aubusson, Chepy, Paon,,
Bouzel
,
Marfillice.
EN SAVOYE.
Du Troncq
,
Bissy &
Languedoc, Dragons.
L'Armée de l'Empiré
s'etf entièrement separée
;
partie des Troupes du Cercle
du Haut Rhin fontentrées
dans Landau & Philifbourg
; celles de l'Empereur
vont en Franconie
& en Bavière. On avoit
parlé dun détachement
pour leMilanez & delà en
Catalogne; mais il n'y a
- cncore rien de réfoin.
Mr leMarefchal de Bezons
a aussi separélarniéc
de France qu'il commandoit
; voicy la Lifte des
Lieux où ses Troupes vonc
en Quartier d'hyver. AWEYSSEMBOURG,
-
& le long des Lignes.
Les Regiments de Louville,
Condé, Perry, Roufset
, Plzençon, Peysac
Lachaud, S.Leger, un Bataillon
de Boucher, un de
Labour, Chevron, Maifonriers,
un de Berry.
A STRASBOURG.
Dauphin, Toulouse ;
Royal Artillerie4.Bataillons,
Royal Baviere, deux
Bataillons d'Enghien
, un
deBoucher, les Bombardiers
Duflyy la Fare tout
Infanterie ; la Cavalerie
consiste en Vaudemont , Dupuy, du Fief, un Escadron
de Forfat
, & partie
de Bretagne, Dragons.
A HAGUENAU.
Infanterie. Sourches;un
Bataillon) Daunay
,
Rohan.
Cavalerie. Rennepont
& les Houssàrds.
AU FORT LOUIS.
Infanterie. Blaisois; un
Bataillon d'Angoumois , Maumont,
MaumontCastelet, Murat,
Chalmazel
, Auxerrois,
Turbilly.
A SAVERNE.
Orleans, Infanterie, &
un Escadron dtHarcourt.
ABOUSSONVILLIERS
Rouvroy
>
Dragons.
A PHALSBOURG.
Un Escadron de Forfat.
A SAARLOUIS.
Froulay, Infanterie
S.Blimont, Cavalerie,,iz
partie de Bretagne.
A MOLSHEIM.
Un Escadron d'Harcourt.
A SCHLESTADT.
Monroques, Tavanes;
Infanterie, & Royal Cavalerie.
A COLMAR.
Rouergue Infanterie.
AUVIEUXBRISACK.
Tallart, Quercy
, un de
Toulouse, Boisset.
AU NEUF BRISACK.
Onze Compagnies détachées.
ABEFFORT.
Hocquart, Infanterie.
A ROUFFACK.
La Compagnie Connestable.
AHUNINGUE.
Brie) Orleanois
,
les
Cuirassiers
,
Mesire de
Camp General Dragons.
AREMBERVILLIERS.
Clermont, Cavalerie.
A DOLE.
S. Germain Beaupré.
A GRAI.
Chasteau Morant, Cavalerie.
A COLIGNI. 1
Montrevel, Cavalerie.
EN COMTES
Six Regiments de Cavalerie
qui font du Luc
d'Aubusson, Chepy, Paon,,
Bouzel
,
Marfillice.
EN SAVOYE.
Du Troncq
,
Bissy &
Languedoc, Dragons.
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Résumé : Nouvelles d'Allemagne.
Le texte décrit des mouvements militaires en Allemagne et en France. L'armée de l'Empire s'est scindée : les troupes du Cercle du Haut Rhin ont pris Landau et Philisbourg, tandis que celles de l'Empereur se dirigent vers la Franconie et la Bavière. Un détachement vers Milan et la Catalogne a été envisagé, mais sans confirmation. Le maréchal de Bezons a également séparé les troupes françaises qu'il commandait. Les régiments français sont répartis pour l'hiver dans divers lieux. À Aweyssembourg et le long des lignes se trouvent les régiments de Louville, Condé, Perry, Rouffet, Plaisançon, Peysac, Lachaud, Saint-Leger, ainsi que des bataillons de Boucher, Labour, Chevron, Maîsonniers et Berry. À Strasbourg, les régiments incluent Dauphin, Toulouse, Royal Artillerie, Royal Bavière, Enghien, Boucher, les Bombardiers, Dufly et La Fare pour l'infanterie, et Vaudemont, Dupuy, du Fief, un escadron de Forzat et une partie de Bretagne pour la cavalerie. D'autres régiments sont stationnés à Haguenau, Fort Louis, Saverne, Bouxwiller, Phalsbourg, Saarlouis, Molsheim, Schlettstadt, Colmar, Vieux-Brisach, Neuf-Brisach, Abbefort, Rouffach, Huningue, Arembourg, Dole, Gray, Coligny, et dans divers comtés ainsi qu'en Savoie.
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4849
p. 159-172
ARCHITECTURE. Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Début :
Une société de Gens de Lettres, vient de publier un nouveau volume de ses [...]
Mots clefs :
Architecture, Architecte, Mémoires, Gloire, Architecture antique, Église, Édifices, Goût, Portail, Marchés, Louvre, Bâtiment, Société de gens de lettres
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texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
ARCHITECTURE.
Mercure du mois de Juin de l'année 2355-
Ne fociété de Gens de Lettres , vient
de publier un nouveau volume de fes
Mémoires *.
C'eft une chofe admirable que la vertueuſe
ténacité avec laquelle cet illuftre
corps s'attache à multiplier fes découvertes
fur nos antiquités françoiſes .
J'en rendrai compte , non fuivant l'ordre
felon lequel les Mémoires font arrangés
dans le volume , mais en mettant de
* Ces mémoires fontd'autant plus rares , qu'ils
font l'ouvrage des fçavans qui font à naître , &
qu'ils ont été faits plufieurs fiecles après le nôtre.
Jufqu'ici l'érudition avoit employé fa fagacité à
débrouiller le cahos des tems paffés , mais elle
étend aujourd'hui fes lumieres jufqu'à percer les
ténébres d'un âge à venir. C'eſt donner un être à
la poffibilité , c'eft réaliſer les conjectures , & ( ce
que j'eftime le plus dans ce morceau , ) c'est trouver
une maniere auffi nouvelle qu'ingénieufe , de
louer le fiecle préfent , fans bleffer la modeftie de
perfonne. Je crois faire un vrai préſent au public
de l'inférer dans mon journal.
160 MERCURE DE FRANCE.
fuite ceux qui traittent des matieres qui ont
du rapport les unes aux autres. Ainfi , je
rapporterai d'abord ceux qui concernent
l'Architecture antique.
Le premier eft celui du célébre M. Scarcher
, déja connu par tant d'ouvrages remplis
de la plus profonde érudition , il Y
traite des reftes d'Architecture de l'ancienne
ville de Paris. Il prouve d'abord d'une
maniere irréfiftible que le quartier de la
Cour , que nous diftinguons fous le nom
de quartier de Verfailles , étoit autrefois
hors de la ville de Paris , & qu'il y avoit
même une étendue confidérable de terrein
inhabité entre l'une & l'autre , il prétend
qu'alors la ville n'avoit qu'environ une
lieue d'étendue. On eft furpris , fans doute ,
de voir que cette ville magnifique ait eû
de fifoibles commencemens. Cependant il
eft difficile de fe refufer à la force des
ves qu'il a recueillies avec un courage infatigable
dans une quantité prodigieufe
d'anciens livres qu'il lui a fallu parcourir.
Il entreprend de prouver que la ville finiffoit
où l'on voit à préfent cette admirable
ftatue du grand Roi Louis XV. qui fut
furnommé par fes fujets le Bien -aimé
comme on le voit par les infcriptions de
la ftatue qui nous refte auffi bien confervée
que fi elle fortoit de la fonte , & qui
preuJUILLET.
1755 161
durera moins encore que la mémoire d'un
fi beau titre & la gloire de ce grand Monarque.
Enfuite il fait voir par un raifonnement
très étendu & plein d'érudition , que le
pont qu'on nomme Royal a pris fon nom
de cette ſtatue, contre le fentiment de quelques-
uns qui croyent qu'il fe nommoit
ainfi avant qu'elle fut érigée, Ce qu'il dit
fur ce fujer eft fi evident qu'il ne femble
pas qu'on puiffe le contefter d'avantage.
Il paffe enfuite à des recherches trèscurieufes
fur le merveilleux bâtiment du
Louvre , il réfute furabondamment le mémoire
donné dans la même Société l'année
précédente où l'on avoit avancé que ce fuperbe
édifice avoit été achevé & porté à fon
entiere perfection fous le regne de Louis
XIV. fondé fur l'autorité des Hiftoires ,
confervées dans les anciennes bibliothetheques
; il fait voir qu'il a été long- temps
abandonné à caufe des guerres qui ont troublé
la fin du XVIIe fiécle & le commencement
du XVIII , & qui ont affuré à la
France la fupériorité fur fes voifins , la
fplendeur & le repos dont elle jouit depuis
ces deux fiécles également célébres . Il rapporte
à ce fujet un trait d'hiftoire curieux
où l'on voit que celui qui étoit alors à la
tête des Arts , fecondant avec zele & avec
162 MERCURE DE FRANCE.
un goût peu commun , les intentions & l'inclination
du Roy régnant , pour les grandes
chofes , entreprit de reftaurer & d'achever
cet édifice , dont une partie tomboit
en ruine. Il fixe la datte de cet important
événement vers le milieu du XVIIIe fiécle .
"
Il détruit enfuite entiérement l'objection
la plus impofante que fon antagoniſte
avoit alléguée contre la vérité de ce fait
qui étoit le peu de vraisemblance qu'il
trouvoit à croire qu'une perfonne en place
pût avoir abandonné la gloire de conftruire
de nouveaux édifices , & s'être contentée
de celle d'amener à leur fin les ouvrages
commencés par fes prédéceffeurs , qui
méritoient d'être confervés à la postérité.
M. Scarcher fait voir combien cette idée
eft fauffe , & qu'elle n'eft fondée que fur
la reffemblance que nous fuppofons entre
les hommes d'alors , & ceux du temps où
nous vivons. Il eſt bien vrai que de nos
jours nous voyons rarement achever les
grandes entrepriſes , parce qu'il eft du bon
air de ne point fuivre les maximes ni les
idées de fes prédéceffeurs , mais il n'en
étoit pas ainfi dans ces temps héroïques ;
chacun mettoit fa gloire à contribuer autant
qu'il étoit en lui à celle du Roy
régnant , & lorfque le moyen le plus digne
avoit été trouvé par fon devancier , on le
JUILLET. 1755. 163
fuivoit fans difficulté. D'ailleurs , on ne
peut pas dire que le Supérieur de ces tempslà
fe foit uniquement borné à fuivre ou à
finir ce que les autres avoient tracé . Il nous
refte plufieurs édifices très confidérables
& d'une grande beauté qui ont été commencés
& achevés fous ce regne.
On ne peut trop admirer la facilité & la
juftefle avec laquelle notre Sçavant éclaircit
ces temps que leur éloignement nous
rend fi obfcurs . Si d'une part il nous fait
voir avec certitude que ce fuperbe bâtiment
a été négligé pendant quelques années
, en même temps il s'éleve avec la plus
grande force contre ceux qui ont avancé
que pendant long-temps cet édifice a été
environné d'écuries , de petites maiſons ,
même d'échoppes. Il fait voir quelle abfurdité
il y a à penfer que dans un fiècle auffi
éclairé , on ait fouffert une pareille profanation
, ce qu'il dit là- deffus eft rempli
d'éloquence.
J'abrege quantité de réflexions non moins
curieufes qu'il fait fur les beautés du Lou
vre & qu'il faut lire dans l'original , pour
paffer à ce qu'il dit fur l'Eglife antique de
fainte Génevieve de la montagne. Il croit
que cet admirable édifice a été bâti par le
même architecte que le fuperbe périftile du
Louvre. La tradition reçue jufqu'à préfent
164 MERCURE DE FRANCE.
étoit que cette églife avoit été commencée
vers le milieu du dix -huitiéme fiécle : en
admettant fes preuves , il faudroit en établir
la datte environ un fiécle plûtôt , ce
qui répugne un peu à la beauté de fa confervation
, cependant les raifons qu'il apporte
ne font point à rejetter. Il s'appuie
fur le fentiment de nos plus habiles architectes
, qui en conſidérant la noble ſimplicité
du goût de cette architecture , y reconnoiffent
le même ſtile qu'au Louvre , quoique
dans une compofition différente. Ils
prétendent que le goût du dix- huitiéme
fiécle a été inférieur , à en juger par quelques
reftes de bâtimens dont la datte eft
certaine & par quelques écrits de ces
temps- là qui font remplis de plaintes contre
le mauvais goût qui régnoit alors , &
où l'on en explique les défauts de maniere
à nous en donner une idée affez diftincte.
Or , on ne voit aucun de ces défauts ni
dans cette églife , ni au Louvre ; au contraire
ces édifices font encore les regles du
vrai beau .
La feconde preuve qu'il tire du nom
de l'architecte , fait voir avec quelle fagacité
il éclaircit les antiquités les plus épineuſes.
L'hiſtoire nous a confervé le nom
de l'architecte de ce beau periftile du Louvre
qui regarde le Levant , il fe nommoit
JUILLE T. 1755. 165
Perrault. M. Scarcher prouve à travers
mille difficultés que c'eft ce même nom qui
eft tracé à fainte Genevieve , & qui eft tellement
effacé , qu'il n'y a qu'un homme
auffi verfé dans les antiquités que M. Scarcher
, qui puiffe nous en donner l'intelligence.
La premiere difficulté qui fe rencontre
eft que le nom de Perrault eft compofé
de huit lettres & qu'on n'en apperçoit
que fept dans les foibles traces qui restent
fur ce marbre ; mais nous verrons bien-tôt
comment on doit expliquer cela. Les deux
dernieres lettres de ce nom , qui fe voyent
encore affez diftin&tement , font OT, & il
ya tout lieu de croire que celle qui les
précede eft une L. M. Scarcher prouve premierement
par un grand nombre d'autorités
refpectables que les anciens François
prononçoient la diphtongue an , de même
que la lettre o , & qu'ainfi ils mettoient indifféremment
l'une pour l'autre. Cette découverte
répond en même temps d'une ma
niere évidente à la premiere difficulté des
fept premieres lettres qui fe trouvent à
fainte Génevieve au lieu de huit , que demande
fa fuppofition , car il eft clair qu'ici
la lettre o tient lieu de deux . Il reste la difficulté
de L qui fe trouve avant l'O , au
lieu que dans le nom de Perrault , elle ſe
trouve après an. 11 y fatisfait du moins
曩
166 MERCURE DE FRANCE .
d'une maniere probable , en difant qu'il eft
poffible que la modeſtie de l'architecte
l'ayant empêché d'y mettre lui-même fon
nom , il n'a été mis qu'après la mort , &
que ceux qui l'ont gravé , l'ont ainfi défiguré
, ou par corruption , ou plûtôt parce
que c'étoit en effet la véritable prononciation
de ce temps- là , comme nous voyons
encore dans le nôtre que les Allemands
prononcent Makre quoiqu'ils écrivent Maker
, ainfi on peut avoir prononcé OLT,
quoiqu'il foit écrit LOT. Nous nous fommes
un peu étendus fur cet article , quoique
nous l'ayons beaucoup abrégé , parce
que c'eft un des plus importans de ce fçavant
mémoire & celui où l'on découvre la
plus rare érudition ; s'il y a quelque choſe
qui paroiffe inadmiffible , c'eft cet excès
de modeſtie qu'il ſuppoſe dans un architecte
; mais encore une fois , nous ne deyons
pas juger des hommes de ces fiécles
vertueux par ceux du nôtre. Il reſte encore
une objection. Plufieurs fçavans ont prétendu
que la premiere lettre de ce nom eft
une S , & qu'il eft difficile avec les traces
qui en reftent d'en faire un P * . C'eſt là
* Il y en a qui vont plus loin . Ayant de meilleurs
yeux , ils ont cru entrevoir uneƒavant l , &
fuppléant à la diphtongue qui manque , ils ont
conjecturé que le véritable nom de l'architecte
JUILLET. 1755- 167
qu'il faut voir M. Scarcher employer toutes
les forces de fon éloquence pour y trouver
un P , il faut le lire dans l'original ,
mais il eft vrai qu'il eft bien difficile quand
on l'a lû de ne l'y pas trouver avec lui ,
malgré les difficultés que préfente l'infpection
du marbre.
M. Scarcher traite enfuite des reftes antiques
de l'Eglife de faint Pierre & faint
Paul , qu'une tradition fans fondement
nomme faint Sulpice. Il démontre que nous
n'avons pas cet édifice ( dont il ne refte
prefque que le portail ) tel qu'il a été bâti .
Que les arcades qui font au fecond ordre ,
y ont été conftruites depuis par quelque
raifon de folidité occafionnée par les ravages
du temps , & qu'il n'y a nulle apparènce
qu'un architecte de ce mérite eut mis ces
maffifs au fecond ordre n'en ayant pas mis
au premier , c'eft- à-dire , le fort fur le
foible. Il prouve encore que les coloffes
monftrueux qui font fur les tours , ont été
pareillement ajoûtés par quelque raifon de
dévotion populaire , qui a voulu que l'on
vit les patrons de cette églife les plus
grands qu'il étoit poffible ; que les tours
ont été terminées en ligne droite par l'architecte
premier auteur de cet édifice , &
étoit Sauflot ou Souflot. J'avoue que je ferois affez
de ce dernier ſentiment,
168 MERCURE DE FRANCE:
que le couronnement que nous y voyons
maintenant eft une augmentation faite
dans un fiecle où le goût avoit dégénéré.
Il ne paroît pas auffi bien fondé , lorfqu'il
foutient que le fronton eft dans le même
cas d'être venu après coup. Il prétend
décider le problême qui embarraffe tous
nos architectes , c'est - à - dire , l'impoffibilité
qu'il y a que l'églife dont nous jugeons
par quelques arcades demi ruinées
qui fubfiftent encore , puiffe avoir été liée
avec ce portail . En effet , on ne voit aucune
hauteur ni aucune ligne qui y ait du rapport.
Il dit qu'alors l'intérieur de l'égliſe
étoit à deux ordres l'un fur l'autre femblables
à ceux du portail avec un rang de galleries
regnant tout au tour, que cette églife
ayant été détruite ou par quelque accident
ou par la barbarie des fiecles fuivans , on a
édifié à fa place ce bâtiment irrégulier qui
s'y accorde fi peu ; ce qui donne quelque
vraisemblance à fa fuppofition , c'eft qu'indépendamment
de leur peu de rapport avec
le portail ces fragmens qui nous reftent
n'en ont pas même entr'eux . Ce fentiment
n'eft cependant pas fans difficulté , on a
peine à concevoir que dans l'efpace de
temps qui s'est écoulé depuis fa premiere
conftruction , une égliſe auffi bien bâtie
que celle qui devoit tenir à ce portail , ait
été
JUILLET. 1755. 169
été détruite , relevée une feconde fois aufli
folidement que nous le voyons par ces
reftes , & encore ruinée . On ne peut que
difficilement fuppofer qu'elle ait été abbattue
exprès , d'ailleurs nous ne connoiffons
point de fiecle de barbarie depuis ces temps
mémorables. Les arts ont toujours été floriffans
, & n'ont fait que fe perfectionner
jufqu'au point d'élévation où nous les
voyons maintenant. M. Scarcher permettra
que nous ne nous rendions pas encore
fur cet article , & que nous attendions des
preuves plus fortes que le temps & fon
profond fçavoir lui feront découvrir.
Notre favant auteur paffe enfuite à un
refte de bâtiment ancien qu'on croit avoir
été une églife fous l'invocation de faint
Roch. Ce qu'on trouve de plus fatisfaiſant
dans les réflexions de M. Scarcher fur cette
églife , ce font les raifons dont il s'appuye
pour détruire le fentiment de ceux qui foutiennent
que le double focle qui porte les
arcades de la nef a été apparent dans fa
premiere conftruction . Il fait voir que le
focle d'enbas étoit la fondation qui fe trouvoit
enfevelie dans l'intérieur du terrein
qu'il n'eft vifible que parce qu'on a baiffé
le terrein intérieur de l'églife , & combien
il eft ridicule de penfer que jamais aucun
architecte fe foit avifé de mettre deux fo-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
cles l'un fur l'autre , & fi élévés que les
bazes des colonnes font de beaucoup audeffus
de la vue. Il établit une feconde
preuve fur ce qu'on trouve par d'anciennes
eftampes qu'on croit gravées dans ces mêmes
tems , qu'il y a eu 15 ou 16 marches
pour monter à cette églife , au lieu qu'à
préfent il ne s'en trouve que cinq. Selon
fon idée , on a détruit les marches qui
montoient jufqu'au niveau du premier
focle. Ce fentiment n'eft probable que dans
la fuppofition que les marches que l'on y
voit maintenant ne font point du tout les
anciennes , car il auroit fallu pour monter
jufqu'à la hauteur des bazes du portail
qu'elles n'euffent laiffé aucun pallier ; ce
qui , quoique poffible , laiffe quelque doute
, d'autant plus qu'en calculant la hauteur
& l'enfoncement que produifent un
nombre de marches femblables à celles qui
reftent , on n'y trouve pas un rapport jufte
avec le nombre des marches indiquées dans
l'eftampe , il eft vrai qu'il ajoute une raifon
plaufible pour remédier au défaut de
juftelle du calcul de ces marches , il fait
remarquer que naturellement le terrein
des villes fe hauffe par un abus auquel on
ne fonge point à tenir la main , parce que
l'on apporte toujours & qu'on ne remporte
jamais. Tout ceci porta un caractere de
JUILLET. 1755. 171
vraisemblance auquel on a peine à ſe
refufer.
·
Il entreprend de prouver que cette églife
précede au moins d'un fiecle le bâtiment
du Louvre , c'est- à- dire , avant que la bonne
architecture fut bien connue . Premierement
par le défaut infupportable des bazes
& des chapiteaux des colomnes qui ſe pénetrent
avec les pilaftres , défaut ridicule
qu'on n'eut jamais fouffert dans un fiecle
plus éclairé. Secondement , par les fauffes
courbes qui font l'enfoncement des efpeces
de niches où font les petites portes de
l'églife . Il prétend que ces courbes font
les effais par où l'on a commencé avant
que de trouver les formes régulieres . Cette
feconde preuve n'eſt pas de la force de la
premiere , car on trouve plufieurs édifices
dont la datte eft certaine , & qui font conftruits
plus d'un fiecle & demi après , où
l'on voit ces mêmes courbes employées &
de plus mauvaiſes encore , d'ailleurs plufieurs
fçavans prétendent quele propre de
l'efprit humain , eft de trouver d'abord
tour naturellement le fimple qui eft le vrai
beau ; & que le goût ne fe corrompt qu'à
force de vouloir aller au-delà.
Au refte , il eft fi difficile de pénétrer
dans ces tems anciens , que les conjectures
vraisemblables doivent être regardées
Hij
172 MERCURE DE FRANCE:
comme des démonftrations . Ce mémoire
renferme quantité de recherches intéreſfantes
aufquelles je renvoye le lecteur
pour ne pas être trop long.
Mercure du mois de Juin de l'année 2355-
Ne fociété de Gens de Lettres , vient
de publier un nouveau volume de fes
Mémoires *.
C'eft une chofe admirable que la vertueuſe
ténacité avec laquelle cet illuftre
corps s'attache à multiplier fes découvertes
fur nos antiquités françoiſes .
J'en rendrai compte , non fuivant l'ordre
felon lequel les Mémoires font arrangés
dans le volume , mais en mettant de
* Ces mémoires fontd'autant plus rares , qu'ils
font l'ouvrage des fçavans qui font à naître , &
qu'ils ont été faits plufieurs fiecles après le nôtre.
Jufqu'ici l'érudition avoit employé fa fagacité à
débrouiller le cahos des tems paffés , mais elle
étend aujourd'hui fes lumieres jufqu'à percer les
ténébres d'un âge à venir. C'eſt donner un être à
la poffibilité , c'eft réaliſer les conjectures , & ( ce
que j'eftime le plus dans ce morceau , ) c'est trouver
une maniere auffi nouvelle qu'ingénieufe , de
louer le fiecle préfent , fans bleffer la modeftie de
perfonne. Je crois faire un vrai préſent au public
de l'inférer dans mon journal.
160 MERCURE DE FRANCE.
fuite ceux qui traittent des matieres qui ont
du rapport les unes aux autres. Ainfi , je
rapporterai d'abord ceux qui concernent
l'Architecture antique.
Le premier eft celui du célébre M. Scarcher
, déja connu par tant d'ouvrages remplis
de la plus profonde érudition , il Y
traite des reftes d'Architecture de l'ancienne
ville de Paris. Il prouve d'abord d'une
maniere irréfiftible que le quartier de la
Cour , que nous diftinguons fous le nom
de quartier de Verfailles , étoit autrefois
hors de la ville de Paris , & qu'il y avoit
même une étendue confidérable de terrein
inhabité entre l'une & l'autre , il prétend
qu'alors la ville n'avoit qu'environ une
lieue d'étendue. On eft furpris , fans doute ,
de voir que cette ville magnifique ait eû
de fifoibles commencemens. Cependant il
eft difficile de fe refufer à la force des
ves qu'il a recueillies avec un courage infatigable
dans une quantité prodigieufe
d'anciens livres qu'il lui a fallu parcourir.
Il entreprend de prouver que la ville finiffoit
où l'on voit à préfent cette admirable
ftatue du grand Roi Louis XV. qui fut
furnommé par fes fujets le Bien -aimé
comme on le voit par les infcriptions de
la ftatue qui nous refte auffi bien confervée
que fi elle fortoit de la fonte , & qui
preuJUILLET.
1755 161
durera moins encore que la mémoire d'un
fi beau titre & la gloire de ce grand Monarque.
Enfuite il fait voir par un raifonnement
très étendu & plein d'érudition , que le
pont qu'on nomme Royal a pris fon nom
de cette ſtatue, contre le fentiment de quelques-
uns qui croyent qu'il fe nommoit
ainfi avant qu'elle fut érigée, Ce qu'il dit
fur ce fujer eft fi evident qu'il ne femble
pas qu'on puiffe le contefter d'avantage.
Il paffe enfuite à des recherches trèscurieufes
fur le merveilleux bâtiment du
Louvre , il réfute furabondamment le mémoire
donné dans la même Société l'année
précédente où l'on avoit avancé que ce fuperbe
édifice avoit été achevé & porté à fon
entiere perfection fous le regne de Louis
XIV. fondé fur l'autorité des Hiftoires ,
confervées dans les anciennes bibliothetheques
; il fait voir qu'il a été long- temps
abandonné à caufe des guerres qui ont troublé
la fin du XVIIe fiécle & le commencement
du XVIII , & qui ont affuré à la
France la fupériorité fur fes voifins , la
fplendeur & le repos dont elle jouit depuis
ces deux fiécles également célébres . Il rapporte
à ce fujet un trait d'hiftoire curieux
où l'on voit que celui qui étoit alors à la
tête des Arts , fecondant avec zele & avec
162 MERCURE DE FRANCE.
un goût peu commun , les intentions & l'inclination
du Roy régnant , pour les grandes
chofes , entreprit de reftaurer & d'achever
cet édifice , dont une partie tomboit
en ruine. Il fixe la datte de cet important
événement vers le milieu du XVIIIe fiécle .
"
Il détruit enfuite entiérement l'objection
la plus impofante que fon antagoniſte
avoit alléguée contre la vérité de ce fait
qui étoit le peu de vraisemblance qu'il
trouvoit à croire qu'une perfonne en place
pût avoir abandonné la gloire de conftruire
de nouveaux édifices , & s'être contentée
de celle d'amener à leur fin les ouvrages
commencés par fes prédéceffeurs , qui
méritoient d'être confervés à la postérité.
M. Scarcher fait voir combien cette idée
eft fauffe , & qu'elle n'eft fondée que fur
la reffemblance que nous fuppofons entre
les hommes d'alors , & ceux du temps où
nous vivons. Il eſt bien vrai que de nos
jours nous voyons rarement achever les
grandes entrepriſes , parce qu'il eft du bon
air de ne point fuivre les maximes ni les
idées de fes prédéceffeurs , mais il n'en
étoit pas ainfi dans ces temps héroïques ;
chacun mettoit fa gloire à contribuer autant
qu'il étoit en lui à celle du Roy
régnant , & lorfque le moyen le plus digne
avoit été trouvé par fon devancier , on le
JUILLET. 1755. 163
fuivoit fans difficulté. D'ailleurs , on ne
peut pas dire que le Supérieur de ces tempslà
fe foit uniquement borné à fuivre ou à
finir ce que les autres avoient tracé . Il nous
refte plufieurs édifices très confidérables
& d'une grande beauté qui ont été commencés
& achevés fous ce regne.
On ne peut trop admirer la facilité & la
juftefle avec laquelle notre Sçavant éclaircit
ces temps que leur éloignement nous
rend fi obfcurs . Si d'une part il nous fait
voir avec certitude que ce fuperbe bâtiment
a été négligé pendant quelques années
, en même temps il s'éleve avec la plus
grande force contre ceux qui ont avancé
que pendant long-temps cet édifice a été
environné d'écuries , de petites maiſons ,
même d'échoppes. Il fait voir quelle abfurdité
il y a à penfer que dans un fiècle auffi
éclairé , on ait fouffert une pareille profanation
, ce qu'il dit là- deffus eft rempli
d'éloquence.
J'abrege quantité de réflexions non moins
curieufes qu'il fait fur les beautés du Lou
vre & qu'il faut lire dans l'original , pour
paffer à ce qu'il dit fur l'Eglife antique de
fainte Génevieve de la montagne. Il croit
que cet admirable édifice a été bâti par le
même architecte que le fuperbe périftile du
Louvre. La tradition reçue jufqu'à préfent
164 MERCURE DE FRANCE.
étoit que cette églife avoit été commencée
vers le milieu du dix -huitiéme fiécle : en
admettant fes preuves , il faudroit en établir
la datte environ un fiécle plûtôt , ce
qui répugne un peu à la beauté de fa confervation
, cependant les raifons qu'il apporte
ne font point à rejetter. Il s'appuie
fur le fentiment de nos plus habiles architectes
, qui en conſidérant la noble ſimplicité
du goût de cette architecture , y reconnoiffent
le même ſtile qu'au Louvre , quoique
dans une compofition différente. Ils
prétendent que le goût du dix- huitiéme
fiécle a été inférieur , à en juger par quelques
reftes de bâtimens dont la datte eft
certaine & par quelques écrits de ces
temps- là qui font remplis de plaintes contre
le mauvais goût qui régnoit alors , &
où l'on en explique les défauts de maniere
à nous en donner une idée affez diftincte.
Or , on ne voit aucun de ces défauts ni
dans cette églife , ni au Louvre ; au contraire
ces édifices font encore les regles du
vrai beau .
La feconde preuve qu'il tire du nom
de l'architecte , fait voir avec quelle fagacité
il éclaircit les antiquités les plus épineuſes.
L'hiſtoire nous a confervé le nom
de l'architecte de ce beau periftile du Louvre
qui regarde le Levant , il fe nommoit
JUILLE T. 1755. 165
Perrault. M. Scarcher prouve à travers
mille difficultés que c'eft ce même nom qui
eft tracé à fainte Genevieve , & qui eft tellement
effacé , qu'il n'y a qu'un homme
auffi verfé dans les antiquités que M. Scarcher
, qui puiffe nous en donner l'intelligence.
La premiere difficulté qui fe rencontre
eft que le nom de Perrault eft compofé
de huit lettres & qu'on n'en apperçoit
que fept dans les foibles traces qui restent
fur ce marbre ; mais nous verrons bien-tôt
comment on doit expliquer cela. Les deux
dernieres lettres de ce nom , qui fe voyent
encore affez diftin&tement , font OT, & il
ya tout lieu de croire que celle qui les
précede eft une L. M. Scarcher prouve premierement
par un grand nombre d'autorités
refpectables que les anciens François
prononçoient la diphtongue an , de même
que la lettre o , & qu'ainfi ils mettoient indifféremment
l'une pour l'autre. Cette découverte
répond en même temps d'une ma
niere évidente à la premiere difficulté des
fept premieres lettres qui fe trouvent à
fainte Génevieve au lieu de huit , que demande
fa fuppofition , car il eft clair qu'ici
la lettre o tient lieu de deux . Il reste la difficulté
de L qui fe trouve avant l'O , au
lieu que dans le nom de Perrault , elle ſe
trouve après an. 11 y fatisfait du moins
曩
166 MERCURE DE FRANCE .
d'une maniere probable , en difant qu'il eft
poffible que la modeſtie de l'architecte
l'ayant empêché d'y mettre lui-même fon
nom , il n'a été mis qu'après la mort , &
que ceux qui l'ont gravé , l'ont ainfi défiguré
, ou par corruption , ou plûtôt parce
que c'étoit en effet la véritable prononciation
de ce temps- là , comme nous voyons
encore dans le nôtre que les Allemands
prononcent Makre quoiqu'ils écrivent Maker
, ainfi on peut avoir prononcé OLT,
quoiqu'il foit écrit LOT. Nous nous fommes
un peu étendus fur cet article , quoique
nous l'ayons beaucoup abrégé , parce
que c'eft un des plus importans de ce fçavant
mémoire & celui où l'on découvre la
plus rare érudition ; s'il y a quelque choſe
qui paroiffe inadmiffible , c'eft cet excès
de modeſtie qu'il ſuppoſe dans un architecte
; mais encore une fois , nous ne deyons
pas juger des hommes de ces fiécles
vertueux par ceux du nôtre. Il reſte encore
une objection. Plufieurs fçavans ont prétendu
que la premiere lettre de ce nom eft
une S , & qu'il eft difficile avec les traces
qui en reftent d'en faire un P * . C'eſt là
* Il y en a qui vont plus loin . Ayant de meilleurs
yeux , ils ont cru entrevoir uneƒavant l , &
fuppléant à la diphtongue qui manque , ils ont
conjecturé que le véritable nom de l'architecte
JUILLET. 1755- 167
qu'il faut voir M. Scarcher employer toutes
les forces de fon éloquence pour y trouver
un P , il faut le lire dans l'original ,
mais il eft vrai qu'il eft bien difficile quand
on l'a lû de ne l'y pas trouver avec lui ,
malgré les difficultés que préfente l'infpection
du marbre.
M. Scarcher traite enfuite des reftes antiques
de l'Eglife de faint Pierre & faint
Paul , qu'une tradition fans fondement
nomme faint Sulpice. Il démontre que nous
n'avons pas cet édifice ( dont il ne refte
prefque que le portail ) tel qu'il a été bâti .
Que les arcades qui font au fecond ordre ,
y ont été conftruites depuis par quelque
raifon de folidité occafionnée par les ravages
du temps , & qu'il n'y a nulle apparènce
qu'un architecte de ce mérite eut mis ces
maffifs au fecond ordre n'en ayant pas mis
au premier , c'eft- à-dire , le fort fur le
foible. Il prouve encore que les coloffes
monftrueux qui font fur les tours , ont été
pareillement ajoûtés par quelque raifon de
dévotion populaire , qui a voulu que l'on
vit les patrons de cette églife les plus
grands qu'il étoit poffible ; que les tours
ont été terminées en ligne droite par l'architecte
premier auteur de cet édifice , &
étoit Sauflot ou Souflot. J'avoue que je ferois affez
de ce dernier ſentiment,
168 MERCURE DE FRANCE:
que le couronnement que nous y voyons
maintenant eft une augmentation faite
dans un fiecle où le goût avoit dégénéré.
Il ne paroît pas auffi bien fondé , lorfqu'il
foutient que le fronton eft dans le même
cas d'être venu après coup. Il prétend
décider le problême qui embarraffe tous
nos architectes , c'est - à - dire , l'impoffibilité
qu'il y a que l'églife dont nous jugeons
par quelques arcades demi ruinées
qui fubfiftent encore , puiffe avoir été liée
avec ce portail . En effet , on ne voit aucune
hauteur ni aucune ligne qui y ait du rapport.
Il dit qu'alors l'intérieur de l'égliſe
étoit à deux ordres l'un fur l'autre femblables
à ceux du portail avec un rang de galleries
regnant tout au tour, que cette églife
ayant été détruite ou par quelque accident
ou par la barbarie des fiecles fuivans , on a
édifié à fa place ce bâtiment irrégulier qui
s'y accorde fi peu ; ce qui donne quelque
vraisemblance à fa fuppofition , c'eft qu'indépendamment
de leur peu de rapport avec
le portail ces fragmens qui nous reftent
n'en ont pas même entr'eux . Ce fentiment
n'eft cependant pas fans difficulté , on a
peine à concevoir que dans l'efpace de
temps qui s'est écoulé depuis fa premiere
conftruction , une égliſe auffi bien bâtie
que celle qui devoit tenir à ce portail , ait
été
JUILLET. 1755. 169
été détruite , relevée une feconde fois aufli
folidement que nous le voyons par ces
reftes , & encore ruinée . On ne peut que
difficilement fuppofer qu'elle ait été abbattue
exprès , d'ailleurs nous ne connoiffons
point de fiecle de barbarie depuis ces temps
mémorables. Les arts ont toujours été floriffans
, & n'ont fait que fe perfectionner
jufqu'au point d'élévation où nous les
voyons maintenant. M. Scarcher permettra
que nous ne nous rendions pas encore
fur cet article , & que nous attendions des
preuves plus fortes que le temps & fon
profond fçavoir lui feront découvrir.
Notre favant auteur paffe enfuite à un
refte de bâtiment ancien qu'on croit avoir
été une églife fous l'invocation de faint
Roch. Ce qu'on trouve de plus fatisfaiſant
dans les réflexions de M. Scarcher fur cette
églife , ce font les raifons dont il s'appuye
pour détruire le fentiment de ceux qui foutiennent
que le double focle qui porte les
arcades de la nef a été apparent dans fa
premiere conftruction . Il fait voir que le
focle d'enbas étoit la fondation qui fe trouvoit
enfevelie dans l'intérieur du terrein
qu'il n'eft vifible que parce qu'on a baiffé
le terrein intérieur de l'églife , & combien
il eft ridicule de penfer que jamais aucun
architecte fe foit avifé de mettre deux fo-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
cles l'un fur l'autre , & fi élévés que les
bazes des colonnes font de beaucoup audeffus
de la vue. Il établit une feconde
preuve fur ce qu'on trouve par d'anciennes
eftampes qu'on croit gravées dans ces mêmes
tems , qu'il y a eu 15 ou 16 marches
pour monter à cette églife , au lieu qu'à
préfent il ne s'en trouve que cinq. Selon
fon idée , on a détruit les marches qui
montoient jufqu'au niveau du premier
focle. Ce fentiment n'eft probable que dans
la fuppofition que les marches que l'on y
voit maintenant ne font point du tout les
anciennes , car il auroit fallu pour monter
jufqu'à la hauteur des bazes du portail
qu'elles n'euffent laiffé aucun pallier ; ce
qui , quoique poffible , laiffe quelque doute
, d'autant plus qu'en calculant la hauteur
& l'enfoncement que produifent un
nombre de marches femblables à celles qui
reftent , on n'y trouve pas un rapport jufte
avec le nombre des marches indiquées dans
l'eftampe , il eft vrai qu'il ajoute une raifon
plaufible pour remédier au défaut de
juftelle du calcul de ces marches , il fait
remarquer que naturellement le terrein
des villes fe hauffe par un abus auquel on
ne fonge point à tenir la main , parce que
l'on apporte toujours & qu'on ne remporte
jamais. Tout ceci porta un caractere de
JUILLET. 1755. 171
vraisemblance auquel on a peine à ſe
refufer.
·
Il entreprend de prouver que cette églife
précede au moins d'un fiecle le bâtiment
du Louvre , c'est- à- dire , avant que la bonne
architecture fut bien connue . Premierement
par le défaut infupportable des bazes
& des chapiteaux des colomnes qui ſe pénetrent
avec les pilaftres , défaut ridicule
qu'on n'eut jamais fouffert dans un fiecle
plus éclairé. Secondement , par les fauffes
courbes qui font l'enfoncement des efpeces
de niches où font les petites portes de
l'églife . Il prétend que ces courbes font
les effais par où l'on a commencé avant
que de trouver les formes régulieres . Cette
feconde preuve n'eſt pas de la force de la
premiere , car on trouve plufieurs édifices
dont la datte eft certaine , & qui font conftruits
plus d'un fiecle & demi après , où
l'on voit ces mêmes courbes employées &
de plus mauvaiſes encore , d'ailleurs plufieurs
fçavans prétendent quele propre de
l'efprit humain , eft de trouver d'abord
tour naturellement le fimple qui eft le vrai
beau ; & que le goût ne fe corrompt qu'à
force de vouloir aller au-delà.
Au refte , il eft fi difficile de pénétrer
dans ces tems anciens , que les conjectures
vraisemblables doivent être regardées
Hij
172 MERCURE DE FRANCE:
comme des démonftrations . Ce mémoire
renferme quantité de recherches intéreſfantes
aufquelles je renvoye le lecteur
pour ne pas être trop long.
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Résumé : ARCHITECTURE. Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Le Mercure de juin 1755 présente un nouveau volume des Mémoires de la Société de Gens de Lettres, qui se distingue par son exploration des antiquités françaises, y compris celles des siècles futurs. Le journal souligne la ténacité et l'érudition de cette société, qui étend ses recherches au-delà des temps passés pour éclairer les époques à venir. L'article se concentre sur les mémoires relatifs à l'architecture antique, notamment ceux de M. Scarcher. Ce dernier traite des vestiges architecturaux de l'ancienne ville de Paris, prouvant que le quartier de la Cour, aujourd'hui connu sous le nom de quartier de Versailles, était autrefois en dehors de la ville. Il démontre également que Paris avait une étendue limitée à l'époque, environ une lieue. Scarcher examine ensuite la statue de Louis XV et le pont Royal, affirmant que ce dernier tire son nom de la statue. Il réfute une affirmation précédente selon laquelle le Louvre aurait été achevé sous le règne de Louis XIV, expliquant que l'édifice a été négligé en raison des guerres et restauré au milieu du XVIIIe siècle. Le texte aborde également l'église Sainte-Geneviève, que Scarcher attribue au même architecte que le péristyle du Louvre, Perrault. Il discute des difficultés de lecture des inscriptions et des preuves historiques pour soutenir ses assertions. Scarcher traite également des vestiges de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, aujourd'hui connue sous le nom de Saint-Sulpice, démontrant que l'édifice a subi des modifications au fil du temps. Il conclut que l'église actuelle ne correspond pas à l'original et que certaines parties ont été ajoutées pour des raisons de solidité ou de dévotion populaire. Scarcher conteste l'idée que le double socle des arcades de la nef de l'église dédiée à saint Roch ait été visible lors de la première construction. Il argue que le socle inférieur était enfoui et n'est visible que parce que le terrain intérieur a été abaissé. Il trouve ridicule l'hypothèse que deux socles aient été construits l'un sur l'autre à une telle hauteur. Scarcher présente des preuves basées sur des anciennes estampes montrant 15 ou 16 marches pour accéder à l'église, contre cinq actuellement. Il suggère que les marches originales ont été détruites et que le terrain des villes tend à s'élever naturellement. Enfin, Scarcher tente de démontrer que cette église précède de plus d'un siècle le bâtiment du Louvre, avant que l'architecture ne soit bien maîtrisée. Il cite des défauts dans les bases et chapiteaux des colonnes, ainsi que des courbes incorrectes dans les niches des portes. Cependant, cette seconde preuve est contestée par des savants qui affirment que l'esprit humain trouve d'abord le beau simple et que le goût se corrompt en cherchant à aller au-delà.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4850
p. 571-588
Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna la premiere Representation de [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Jepthé, Tragédie, Théâtre, Prologue, Spectacle, Théâtre de l'Académie, Extrait, Musique, Ballet, Acteurs, Danse, Chant, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique donna
la premiere Representation de Jephie,
Tragédie , tirée de l'Ecriture sainte , le
premier Jeudy de Carême ; la nouveauté
du genre en avoit rendu le succès si
douteux, qu'on ne croioit pas qu'elle pût
être jouée deux fois ; cette prévention
presque générale n'a pas tenu contre les
beautez du Poëme et de la Musique , et
M. l'Abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les Auteurs , peuvent
se vanter qu'il y a tres- peu d'Opéra que
le Public ait honoré de plus d'applaudissemens. Nos Lecteurs pourront juger du
Poëme par cet Extrait. Pour la Musique ,
les plus grands connoisseurs la trouvent
tres-digne de Lully , et on ne les contredit point.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu orné pour des Spectacles , c'està dire,
*
72 MERCURE DE FRANCE
à- dire , le Théatre même de l'Académie,
dont tous les Dieux fabuleux se sont em
parez , comme du seul Temple qui leur
reste depuis l'extinction du Paganisme :
Apollon invite Polhymnie et Terpsicore à
le seconder dans le dessein qu'il a de
maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce Théatre. Il s'exprime ainsi :
>
Vous , qu'avec Apollon , en ces lieux on adore,
Sçavante Polhymnie , aimable Terpsicore
Par vos chants , par vos jeux , secondez mes´ désirs ;
Ce Temple seul , nous reste encore ;
Faisons-y regner les plaisirs.
Les deux Muses exécutent ces ordres ;*
elles étalent , à l'envi , ce qu'elles ont de
plus flateur , pour séduire les mortels ;
mais leur regne n'est pas de longue durée; la Verité descend des Cieux , suivie
des vertus qui forment sa brillante Cour.
Elle leur parle ainsi :
Phantômes séduisans , Enfans de l'imposture
Osez-vous soûtenir ma clarté vivé et pure ›
Cachez, vous dans l'obscurité ,
Où mon brillant aspect vous plonge ;
Il est temps que la verité ,
Fasseévanouir le mensonge.
C'est
MARS. 1732. $73 .
C'est trop abuser l'Univers ;
Rentrez dans les Enfers.
Les faux Dieux , dont l'Ecriture dit :-
Dii autem Gentium dæmonia , sont forcez
de s'abîmer.
La verité expose le Sujet de la Tragédie qu'on va representer , par ces Vers
qu'elle addresse aux Vertus qui l'accompagnent.
Troupe , immortelle comme moy;
Vertus , ornez ces lieux pour un nouveau Spec tacle ;
Annoncez aux Mortels la redoutable loy,
Du Dieu seul , dont je suis l'Oracle 9.3
Retirez du Tombeau le malheureux Jephté ;,
Rappellez son vœu téméraire ;
Au soin d'instruire , ajoutez l'art de plaire
Vous pouvez adoucir votre sévérité ;
Mais qu'aucun faux brillant n'altere
La splendeur de la vérité.
Le Chœur des Vertus, Suivantes de la
Verité , l'invite à faire briller sur la Terre
sa celeste lumiere. Le Prologue finit par
cet éloge, d'autant plus beau qu'il est dans
la bouche de la Vérité même,
Un Roy qui me chérit dès l'âge le plus ten- dre ,
Bait
son
unique
soin
de marcher
sur
mes
pas.
M
$74 MERCURE DE FRANCE
Il veut qu'en ces heureux climats ,
Ma seule voix se fasse entendre.
Qu'il triomphe par moi , quand je regne par lui,
Que la terre , le ciel , qu'à l'envi tout conspires
Afaire fleurir un Empire ,
Dontje suis le plus ferme appuy.
La DileHerremens, qui remplit le Rôle
dè la Vérité , y réussit parfaitement; mais
passons à la Tragédie.
Le Théatre représente d'abord le Fleuve du Jourdain , dont les Flots séparent
l'Armée des Israëlites de celle des Ammonites.
Jephté ouvre la Scene ; il témoigne d'abort le plaisir qu'il a de revoir Maspha
sa chere Patrie , après un long exil ; la
tristesse succede à la joye quand il voit
les Etendards des Ammonites plantez sur
les bords du Jourd in.
Abdon , l'un des Officiers Généraux
de l'Armée Israëlite , lui vient ` annoncer que l'Arche sainte va paroître à la
tête des Troupes , dont on lui a donné le commandement. A cette heureuse nouvelle Jephté est transporté de joie et
rempli de confiance. C'est icy la Scene
d'exposition ; l'Auteur y apprend aux
Spectateurs des choses essentielles à sa
Piece, et qui servent de base à la situation
MARS. 1732. 57.5
tion la plus frappante ; sçavoir , qu'il n'a
point vû sa fille depuis son enfance ; et
qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura
rempli son premier devoir. Il s'exprime
ainsi :
La gloire du Seigneur, fait mon premier devoir;
Nos Tribus , mes Soldats , sont toute ma Fa- mille.
Quoi ? lui dit Abdon , l'amour ni le
sang , ne peut vous émouvoir ?
Jephte lui répond !
Dis plutôt que je me défie ,
D'un cœur trop prompt à s'attendrir ;
Non ; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,
Quand pour sauver mon Peuple , il faut vaincre ou mourir.
Le Grand Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur confirme le choix que les Hebreux ont fait
de lui , pour regner sur eux ; il lui apprend qu'Ammon , Fils du Roy des Ammonites et Prisonnier dans Maspha, a corrompu la Tribu d'Ephraim , ce qui donné lieu à un très- beau duo:
Les Guerriers Israëlites , assemblez par
l'ordre de Jephté , viennent attendre
l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté
leur annoncent les prodiges que Dieu a
faits
$76 MERCURE DE FRANCE
faits en faveur de son Peuple. Les Guerriers se mêlent à ce récit. Voicy les Vers
qui forment ce beau Chœur , qui fait
Fadmiration de tout Paris.
Phinée.
Ennemis du Maître suprême ,
Redoutez son couroux vangeur
La Terre , l'Enfer , le Ciel même
Tout tremble devant le Seigneur.
Le Chœur répete : La terre , &c.
Phinée et Fephté.
Le Jourdain retourne en arriere
Le Soleil suspend sa carriere ;
La Mer désarme sa fureur ,
En faveur d'un Peuple qu'il aime.
Le Chœur reprend : La terre , &c.
Phinée et Jephté.
La bruyante Trompette , à l'égal du Tonnerre
Brise les Murs d'airain , jette les Tours par terre ,
Et déclare Israël vainqueur ;
Elle va porter la terreur
Chez l'Idolatre qui blasphême.
Le Chœur.
La Terre , l'Enfer , le Ciel même ,
Tout tremble devant le Seigneur.
L'Arche
MARS. 1732. 577
L'Arche paroît de loin aux yeux dụ
Grand- Prêtre ; il ordonne aux Guerriers
de détourner la vûë; un nuage lumineux
la couvre , comme il arriva la premiere
fois Moïse la voulut offrir aux yeux
duPeuple.
que
Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le Camp
des Israëlites. Jephté ordonne qu'on assemble ses Guerriers sous ses Etendards
au son de la Trompette sacrée ; et c'est
dans ce pressant péril qu'il fait ce serment.
Grand Dieu , sois attentif au serment que je fais
Contre tes Ennemis , si je soûtiens ta gloire ,
Le premier qu'à mes yeux offrira mon Palais
Sera sur tes Autels le prix de ma victoire.
Je jure de te l'immoler ;
C'est à toy de choisir le sang qui doit couler
A peine le serment est - il prononcé
que le Jourdain se sépare en deux , et
forme deux remparts , au travers desquels l'armée Israëlite passe au son des
Trompettes.
Au II. Acte , le Théatre représente le
Palais de Jephté ; Ammon ouvre la Scene. Abner, son confident , l'exhorte à
mettre à profit la liberté que la Tribu
d'Ephraim vient de lui rendre , et à se
sauver
3-8 MERCURE DE FRANCE
sauver d'un lieu où il périra, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne
sçauroit quitter Iphise , fille de Jephté ,
dont il est amoureux. Iphise vient ; Am-
'mon lui déclare son amour. Eile le veut
fuïr ; il la retient ; et comme il blaspheme
contre le Dieu des Hébreux , elle lui dit :
Arrête. A l'Univers craint de servir d'exemple ;
Outrage à ton gré tes faux Dieux
Mais au Dieu d'Israël ne livre point la guerre ,
Il régit la terte et les cieux.
;
+
Et sur le Sacrilege , il lance le tonnerrè ;
Tremble , son bras vangeur , est prêt à t'im.
moler.
Elle lui ordonne de se retirer ; il lui
obéit. Iphise fait connoître dans un Monologue l'amour qu'elle sent, malgré elle,
pour Ammon; elle s'exprime ainsi :
Mes yeux , éteignez dans vos larmes
Des feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.
Tu vois mes mortelles allarmes ,
Dieu puissant , j'ai recours à toy.
Pourquoi faut-il , hélas ! que je trouve des char- : mes
Dans un fatal panchant , condamné par ta loy ?
Mes yeux , &c.
Almasie , mere d'Iphise , vient s'affliger
avec
MARS. 1732. 579
avec sa fille , d'un songe terrible qu'elle
a fait , et dans lequel elle a vû tomber
la foudre sur elle : Iphise ne doute point.
que ce ne soit un châtiment que Dieu lui
destine pour la punir de son amour pour
un Idolâtre ; elle en fait un aveu à sa
mere à la fin de la Scene. Abdon leur annonce la victoire de Jephté ; les Peuples
viennent s'en réjouir dans leur Palais. Almasie ordonne à sa Fille de présider aux
jeux , tandis qu'elle va dans le Temple
rendre graces à Dieu d'une si heureuse
victoire. Iphise lui dit qu'elle ira bientôt l'y trouver dans un même esprit de
reconnoissance envers Dieu. Un bruit de
Trompettes annonce l'arrivée de Jephté;
les Peuples se mettent en état d'aller au
devant de lui ; Iphise ne peut s'empêcher
d'y aller à son tour ; elle le fait connoître
par ces Vers qu'elle addresse à Dieu :
Je ne puis résister à mon impatience ;
Seigneur , un seul moment , je ne veux que le voir ,
Et je vole où m'appelle un plus sacré devoir.
C'est-à- dire , au Temple, où elle a promis à sa mere de l'aller joindre.
Le Théatre représente au troisiéme Ac
te une avant- court du Palais de Jephté ,
ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé
H au
$80 MERCURE DE FRANCE
un Trône.Jephté troublé de son serment,
fait retirer tous ceux qui le suivent. 11
fait entendre qu'il a vû sa Victime et
qu'il n'a osé lui prononcer l'Arrêt de sa
mort. Il ne sçait pas que cette Victime
est sa propre fille. Il se représente, en frémissant , quelle eût été la rigueur de son
sort si son Epouse ou sa fille eussent paru
les premieres à ses yeux ; on lui à dit
qu'elles sont dans le Temple , ce qui le
met dans une entiere securité ; cependant
il plaint les parens de celle qu'il a vüe
la premiere par ces Vers :
O toi que mon ame attendrie ,
A laissé sans obstacle éloigner de ces lieux ,
Quel pleurs tu vas coûter aux Auteurs de ta vie,
S'il faut que je remplisse un serment odieux !
Almasie vient; Jephté la prie d'excuser
le trouble dont elle le trouve agité ; elle
lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrives Jephté frémit en la
voyant , parce qu'il la reconnoît pour
celle qu'il a vûë la premiere ; mais de
quel coup n'est-il pas frappé quand il
entend ces mots d'Almasie!
Approchez- vous , ma fille,
. Cette situation à tiré des larmes ; voici
la fin de cette interessante Scene.
Iphise
MARS. 1732. 581
Iphise.
Votre présence m'est si chere ,
Pourquoi détournez-vous les yeux ?
Fephré.
Je devrois les fermer à la clarté des Cieux.
Iphise.
O mon pere , envers vous de quoi suis - je coupable?
Ai-je à vos yeux montré trop peu d'amour
Au bruit de votre heureux retour
J'ai volé la premiere.
Jephté.
Eh! c'est ce qui m'accable ;
Et mon malheur est confirmé.
Iphise.
Votre malheur ! Parlez ; quelle douleur vous
presse ?
Me reprochez vous ma tendresse a
Jephie.
Vous ne m'avez que trop aimé ?
Hela's !
Iphise.
Jephte.
Votre présence augmente mon supplices
Eloignez-vous.
Almasie.
Quelle est votre injustice !
Hij Jephti
•
82 MERCURE DE FRANCE
Jephte.
Otez-moi çet objet ; il me perce le cœur. &c.
La Scene entre Jephté et Almasie n'est
gueres moins interressante. Jephté lui
apprend son serment ; elle lui répond
avec transport :
Non , Dieu n'accepte pas un vœu si témeraire.
Mais pensez- vous, cruel, que nos saintes Tribus ,
Malgré vos ordres absolus ,
Ne conserveront pas une fille à sa mere?
Tout Israël lui servira de pere ,
·Puisqu'enfin vous ne l'êtes plus. &c.
Ce troisiéme Acte finit par cette leçon , que Phinée fait à Jephté , après la Fête du Couronnement.
Phinée.
“Jephté , si tu veux qu'on te craigne ,
La crainte du Seigneur doit regler tes projets.
Ce n'est pas toi , c'est Dieu qui regne ;
Sois le premier de ses Sujets.
Grave au fond de ton coeur sa parole éternelle ;
Tiens sans cesse tes yeux attachez sur sa Loy;
Dans ses sermens il est fidelle ;
Ne lui manque jamais de foy.
Ces dernieres paroles prononcées au
hazard
MA'R S. 1732. 58.3
hasard , rappellent à Jephté le fatal serment, et font finir l'Acte d'une maniere
plus interressante et plus propre à augmenter le péril.
Au quatriéme Acte , le Théatre représenteun Jardin, où Almasie a dit à sa fille
dans l'Acte précedent de l'aller attendre.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue
qui convient à sa situation.
Ruisseaux, qui serpentez sur ces fertiles bords ,
Allez loin de mes yeux répandre les trésors ,
Qu'on voit couler avec votre Onde.
Dans le cours de vos flots, l'un par l'autre chassez,
Ruisseaux , hélas ! vous me tracez ,
L'image des grandeurs du monde.
Ruisseaux , &c.
Les Bergers et les Bergeres des Rives
du Jourdain , viennent rendre hommage.
à la fille de leur nouveau Souverain , et lui
présentent les prémices de leurs Champs,
qu'elle rapporte à Dieu par ces Vers :
J'aime à voir vos soins empressez ;
Mais à l'Auteur de la Nature ,
Vos chants doivent être adressez.
Ces fruits , ces fleurs , cette verdure ,
Tout appartient à ce supréme Roy ;
Il en demande les prémices.
H iij Pour
$ 84 MERCURE DE FRANCE
J
Pour attirer sur vous des regards plus propices ,
Immolez-lui vos cœurs , c'est sa premiere Loys
Puissiez-vous dans vos Sacrifices *
Estre plus fidelle que moi !
Cetre Fête , qui est , sans contredit , l'a
plus gracieuse de la Piece , et qu'on compare , à bon droit , à celle du quatriéme
Acte de l'Opera de Roland, est interrompue par Almasie , qui après avoir fait
éloigner les Bergers , annonce à 1phise
qu'elle doit être sacrifiée. Voici comme
elle lui parle :
Par le Grand- Prêtre et par Jephté,
L'Eternel à mes yeux vient d'être consulté.
Que d'horreurs à la fois ! je tremble à te le dire.
Le Ciel gronde , l'Autel que je vois s'ébranler ,
Semble se refuser au sang qui doit couler.
Le Voile sacré se déchire ;
Le Grand-Prêtre saisi d'effroi ,
Jene un sombre regard sur ton pere et sur moi.
Vers l'Arche redoutable en tremblant il s'avanee;
Il l'interroge sur ton sort.
L'Arche garde un triste silence ,
Et ce silence est l'Arrêt de ta mort.
Iphise apprenant que són sang est le
prix de la victoire qui a sauvé le Peuple,
se
MARS. 173-2 585
se dévotie à la mort avec joye ; Almasie
sort pour aller du moins retarder le fatal
Sacrifice. Iphise refléchit sur sa triste situation par ce Monologue.
C'en est donc fait ! bientôt cette Terre, ces Cieux,
Ce Soleil , pourjamais tout se voile à mes yeux !
Malheureux un cœur qui se livre ,
Au vain bonheur qui vient s'offrir !
A peine je commence à vivre ,
Qu'il faut me résoudre à mourir.
Du comble des grandeurs dont l'éclat m'envi
ronne ,
Je cours d'un pas rapide à mes derniers instans;
Je ressemble à ces fleurs que l'Aquilon moissonne ?
Dès les premiers jours du Printemps.
Malheureux un cœur , &c.
L'Acte finit que une Scene les Con- par noisseurs trouvent la plus belle de la Piece. Ammon veut sauver Iphise ; elle refuse le secours qu'il vient lui offrir , soutenu de toute la Tribu d'Ephraïm ; le
désespoir d'Ammon qui veut perir , lui
arrache des sentimens qui Aattent l'amour dont il brule pour elle , mais elle
lui ôte toute esperance par ces Vers :
Apprens que pour sentir une fatale flamme ,
Un grand cœur n'est pas abbattu.
Hiiij L'A-
586 MERCURE DE FRANCE
L'Amour peut entrer dans une ame ,
Sans triompher de la vertu.
Ammon désesperé , lui dit qu'il entrera
dans le Temple , la vengeance à la main
elle se résout à aller se livrer à l'Autel
pour prévenir la fureur de son Amant.
Comme cet Extrait n'est déja que trop
long , nous ne dirons plus que ce qui concerne l'Action théatrale du V. Acte.
Jephté déplore sa situation , et la comparant à celle d'Abraham , il demande à
Dieu la même clémence qu'il fit autrefois éclater en faveur de ce Patriarche.
Iphise vient se livrer à l'Autel malgré le
Peuple qui veut la retenir ; la Scene envers son Pere est des plus touchantes.
Unbruit de guerre oblige Jephté à aller deffendre le Temple qu'Ammon assiege avec la Tribu d'Ephraïm. Ammon
entre dans la partie exterieure du Temple pour enlever Iphise ; elle se sauve
dans l'interieure. Ammon la suit jusques
dans le Sanctuaire , en blasphemant.
Jephté revient , l'épée à la main , et
voyant le Temple forcé , y veut entrer.
Phinée l'arrête, en lui disant, que le Dieu
des Armées n'a pas besoin du secours
d'un foible Mortel ; l'Ange Exterminateur descend dans un Globe de feu. Ammon
MARS. 1732.
587
mon par et les Rebelles font entendre
des voix mourantes qu'ils périssent tous.
•
On amene Iphise pour la sacrifier ; la
résignation de la fille , l'étonnement du
Grand-Prêtre , et la douleur du Pere et
de la Mere , font un tableau qui inspire
tout- à-la fois la pieté et la terreur. Iphise
est sauvée par une inspiration du GrandPrêtre , qui lui annonce que Dieu luj
fait grace en faveur de son repentir.
On a ajoûté une Fête en action de
grace , dont on convient que le Poëme n'avoit pas besoin pour s'assurer un succès des plus complets.
Au surplus cet Opera est executé d'une maniere à satisfaire les Spectateurs les
plus difficiles et les plus délicats. Le sieur
Chassé fait voir dans le premier Rôle ,
par l'expression de son jeu et par la fléxibilité de sa voix , qu'il est capable de
remplir avantageusement tous les Rôles
dont il voudra se charger. La Dile Antier
ne dément point la grande réputation
qu'elle s'est si justement acquise jusqu'aujourd'hui , et la Dile le Maure , dans le
Rôle d'Iphise , joint à la plus belle voix
du monde , toutes les graces , toute la
sensibilité et toute la noblesse qu'on peut
souhaiter. Tous les autres Acteurs , tant
chantans que dansans , se sont distinH v guez
588 MERCURE DE FRANCE
guez;et le sieurBlondi s'est fait un honneur
infini dans la composition d'un Balet, dont
le genre etoit inconnu à ses Prédeceseurs ;
les Diles Camargo et Salé , l'y ont secondé
avec leur legereté et leurs graces ordinaires. Nous apprenons que le succès de cet
Opera augmente de jour en jour , et le
Public se promet avec plaisir de le revoir
le Carême prochain.
la premiere Representation de Jephie,
Tragédie , tirée de l'Ecriture sainte , le
premier Jeudy de Carême ; la nouveauté
du genre en avoit rendu le succès si
douteux, qu'on ne croioit pas qu'elle pût
être jouée deux fois ; cette prévention
presque générale n'a pas tenu contre les
beautez du Poëme et de la Musique , et
M. l'Abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les Auteurs , peuvent
se vanter qu'il y a tres- peu d'Opéra que
le Public ait honoré de plus d'applaudissemens. Nos Lecteurs pourront juger du
Poëme par cet Extrait. Pour la Musique ,
les plus grands connoisseurs la trouvent
tres-digne de Lully , et on ne les contredit point.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu orné pour des Spectacles , c'està dire,
*
72 MERCURE DE FRANCE
à- dire , le Théatre même de l'Académie,
dont tous les Dieux fabuleux se sont em
parez , comme du seul Temple qui leur
reste depuis l'extinction du Paganisme :
Apollon invite Polhymnie et Terpsicore à
le seconder dans le dessein qu'il a de
maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce Théatre. Il s'exprime ainsi :
>
Vous , qu'avec Apollon , en ces lieux on adore,
Sçavante Polhymnie , aimable Terpsicore
Par vos chants , par vos jeux , secondez mes´ désirs ;
Ce Temple seul , nous reste encore ;
Faisons-y regner les plaisirs.
Les deux Muses exécutent ces ordres ;*
elles étalent , à l'envi , ce qu'elles ont de
plus flateur , pour séduire les mortels ;
mais leur regne n'est pas de longue durée; la Verité descend des Cieux , suivie
des vertus qui forment sa brillante Cour.
Elle leur parle ainsi :
Phantômes séduisans , Enfans de l'imposture
Osez-vous soûtenir ma clarté vivé et pure ›
Cachez, vous dans l'obscurité ,
Où mon brillant aspect vous plonge ;
Il est temps que la verité ,
Fasseévanouir le mensonge.
C'est
MARS. 1732. $73 .
C'est trop abuser l'Univers ;
Rentrez dans les Enfers.
Les faux Dieux , dont l'Ecriture dit :-
Dii autem Gentium dæmonia , sont forcez
de s'abîmer.
La verité expose le Sujet de la Tragédie qu'on va representer , par ces Vers
qu'elle addresse aux Vertus qui l'accompagnent.
Troupe , immortelle comme moy;
Vertus , ornez ces lieux pour un nouveau Spec tacle ;
Annoncez aux Mortels la redoutable loy,
Du Dieu seul , dont je suis l'Oracle 9.3
Retirez du Tombeau le malheureux Jephté ;,
Rappellez son vœu téméraire ;
Au soin d'instruire , ajoutez l'art de plaire
Vous pouvez adoucir votre sévérité ;
Mais qu'aucun faux brillant n'altere
La splendeur de la vérité.
Le Chœur des Vertus, Suivantes de la
Verité , l'invite à faire briller sur la Terre
sa celeste lumiere. Le Prologue finit par
cet éloge, d'autant plus beau qu'il est dans
la bouche de la Vérité même,
Un Roy qui me chérit dès l'âge le plus ten- dre ,
Bait
son
unique
soin
de marcher
sur
mes
pas.
M
$74 MERCURE DE FRANCE
Il veut qu'en ces heureux climats ,
Ma seule voix se fasse entendre.
Qu'il triomphe par moi , quand je regne par lui,
Que la terre , le ciel , qu'à l'envi tout conspires
Afaire fleurir un Empire ,
Dontje suis le plus ferme appuy.
La DileHerremens, qui remplit le Rôle
dè la Vérité , y réussit parfaitement; mais
passons à la Tragédie.
Le Théatre représente d'abord le Fleuve du Jourdain , dont les Flots séparent
l'Armée des Israëlites de celle des Ammonites.
Jephté ouvre la Scene ; il témoigne d'abort le plaisir qu'il a de revoir Maspha
sa chere Patrie , après un long exil ; la
tristesse succede à la joye quand il voit
les Etendards des Ammonites plantez sur
les bords du Jourd in.
Abdon , l'un des Officiers Généraux
de l'Armée Israëlite , lui vient ` annoncer que l'Arche sainte va paroître à la
tête des Troupes , dont on lui a donné le commandement. A cette heureuse nouvelle Jephté est transporté de joie et
rempli de confiance. C'est icy la Scene
d'exposition ; l'Auteur y apprend aux
Spectateurs des choses essentielles à sa
Piece, et qui servent de base à la situation
MARS. 1732. 57.5
tion la plus frappante ; sçavoir , qu'il n'a
point vû sa fille depuis son enfance ; et
qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura
rempli son premier devoir. Il s'exprime
ainsi :
La gloire du Seigneur, fait mon premier devoir;
Nos Tribus , mes Soldats , sont toute ma Fa- mille.
Quoi ? lui dit Abdon , l'amour ni le
sang , ne peut vous émouvoir ?
Jephte lui répond !
Dis plutôt que je me défie ,
D'un cœur trop prompt à s'attendrir ;
Non ; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,
Quand pour sauver mon Peuple , il faut vaincre ou mourir.
Le Grand Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur confirme le choix que les Hebreux ont fait
de lui , pour regner sur eux ; il lui apprend qu'Ammon , Fils du Roy des Ammonites et Prisonnier dans Maspha, a corrompu la Tribu d'Ephraim , ce qui donné lieu à un très- beau duo:
Les Guerriers Israëlites , assemblez par
l'ordre de Jephté , viennent attendre
l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté
leur annoncent les prodiges que Dieu a
faits
$76 MERCURE DE FRANCE
faits en faveur de son Peuple. Les Guerriers se mêlent à ce récit. Voicy les Vers
qui forment ce beau Chœur , qui fait
Fadmiration de tout Paris.
Phinée.
Ennemis du Maître suprême ,
Redoutez son couroux vangeur
La Terre , l'Enfer , le Ciel même
Tout tremble devant le Seigneur.
Le Chœur répete : La terre , &c.
Phinée et Fephté.
Le Jourdain retourne en arriere
Le Soleil suspend sa carriere ;
La Mer désarme sa fureur ,
En faveur d'un Peuple qu'il aime.
Le Chœur reprend : La terre , &c.
Phinée et Jephté.
La bruyante Trompette , à l'égal du Tonnerre
Brise les Murs d'airain , jette les Tours par terre ,
Et déclare Israël vainqueur ;
Elle va porter la terreur
Chez l'Idolatre qui blasphême.
Le Chœur.
La Terre , l'Enfer , le Ciel même ,
Tout tremble devant le Seigneur.
L'Arche
MARS. 1732. 577
L'Arche paroît de loin aux yeux dụ
Grand- Prêtre ; il ordonne aux Guerriers
de détourner la vûë; un nuage lumineux
la couvre , comme il arriva la premiere
fois Moïse la voulut offrir aux yeux
duPeuple.
que
Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le Camp
des Israëlites. Jephté ordonne qu'on assemble ses Guerriers sous ses Etendards
au son de la Trompette sacrée ; et c'est
dans ce pressant péril qu'il fait ce serment.
Grand Dieu , sois attentif au serment que je fais
Contre tes Ennemis , si je soûtiens ta gloire ,
Le premier qu'à mes yeux offrira mon Palais
Sera sur tes Autels le prix de ma victoire.
Je jure de te l'immoler ;
C'est à toy de choisir le sang qui doit couler
A peine le serment est - il prononcé
que le Jourdain se sépare en deux , et
forme deux remparts , au travers desquels l'armée Israëlite passe au son des
Trompettes.
Au II. Acte , le Théatre représente le
Palais de Jephté ; Ammon ouvre la Scene. Abner, son confident , l'exhorte à
mettre à profit la liberté que la Tribu
d'Ephraim vient de lui rendre , et à se
sauver
3-8 MERCURE DE FRANCE
sauver d'un lieu où il périra, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne
sçauroit quitter Iphise , fille de Jephté ,
dont il est amoureux. Iphise vient ; Am-
'mon lui déclare son amour. Eile le veut
fuïr ; il la retient ; et comme il blaspheme
contre le Dieu des Hébreux , elle lui dit :
Arrête. A l'Univers craint de servir d'exemple ;
Outrage à ton gré tes faux Dieux
Mais au Dieu d'Israël ne livre point la guerre ,
Il régit la terte et les cieux.
;
+
Et sur le Sacrilege , il lance le tonnerrè ;
Tremble , son bras vangeur , est prêt à t'im.
moler.
Elle lui ordonne de se retirer ; il lui
obéit. Iphise fait connoître dans un Monologue l'amour qu'elle sent, malgré elle,
pour Ammon; elle s'exprime ainsi :
Mes yeux , éteignez dans vos larmes
Des feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.
Tu vois mes mortelles allarmes ,
Dieu puissant , j'ai recours à toy.
Pourquoi faut-il , hélas ! que je trouve des char- : mes
Dans un fatal panchant , condamné par ta loy ?
Mes yeux , &c.
Almasie , mere d'Iphise , vient s'affliger
avec
MARS. 1732. 579
avec sa fille , d'un songe terrible qu'elle
a fait , et dans lequel elle a vû tomber
la foudre sur elle : Iphise ne doute point.
que ce ne soit un châtiment que Dieu lui
destine pour la punir de son amour pour
un Idolâtre ; elle en fait un aveu à sa
mere à la fin de la Scene. Abdon leur annonce la victoire de Jephté ; les Peuples
viennent s'en réjouir dans leur Palais. Almasie ordonne à sa Fille de présider aux
jeux , tandis qu'elle va dans le Temple
rendre graces à Dieu d'une si heureuse
victoire. Iphise lui dit qu'elle ira bientôt l'y trouver dans un même esprit de
reconnoissance envers Dieu. Un bruit de
Trompettes annonce l'arrivée de Jephté;
les Peuples se mettent en état d'aller au
devant de lui ; Iphise ne peut s'empêcher
d'y aller à son tour ; elle le fait connoître
par ces Vers qu'elle addresse à Dieu :
Je ne puis résister à mon impatience ;
Seigneur , un seul moment , je ne veux que le voir ,
Et je vole où m'appelle un plus sacré devoir.
C'est-à- dire , au Temple, où elle a promis à sa mere de l'aller joindre.
Le Théatre représente au troisiéme Ac
te une avant- court du Palais de Jephté ,
ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé
H au
$80 MERCURE DE FRANCE
un Trône.Jephté troublé de son serment,
fait retirer tous ceux qui le suivent. 11
fait entendre qu'il a vû sa Victime et
qu'il n'a osé lui prononcer l'Arrêt de sa
mort. Il ne sçait pas que cette Victime
est sa propre fille. Il se représente, en frémissant , quelle eût été la rigueur de son
sort si son Epouse ou sa fille eussent paru
les premieres à ses yeux ; on lui à dit
qu'elles sont dans le Temple , ce qui le
met dans une entiere securité ; cependant
il plaint les parens de celle qu'il a vüe
la premiere par ces Vers :
O toi que mon ame attendrie ,
A laissé sans obstacle éloigner de ces lieux ,
Quel pleurs tu vas coûter aux Auteurs de ta vie,
S'il faut que je remplisse un serment odieux !
Almasie vient; Jephté la prie d'excuser
le trouble dont elle le trouve agité ; elle
lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrives Jephté frémit en la
voyant , parce qu'il la reconnoît pour
celle qu'il a vûë la premiere ; mais de
quel coup n'est-il pas frappé quand il
entend ces mots d'Almasie!
Approchez- vous , ma fille,
. Cette situation à tiré des larmes ; voici
la fin de cette interessante Scene.
Iphise
MARS. 1732. 581
Iphise.
Votre présence m'est si chere ,
Pourquoi détournez-vous les yeux ?
Fephré.
Je devrois les fermer à la clarté des Cieux.
Iphise.
O mon pere , envers vous de quoi suis - je coupable?
Ai-je à vos yeux montré trop peu d'amour
Au bruit de votre heureux retour
J'ai volé la premiere.
Jephté.
Eh! c'est ce qui m'accable ;
Et mon malheur est confirmé.
Iphise.
Votre malheur ! Parlez ; quelle douleur vous
presse ?
Me reprochez vous ma tendresse a
Jephie.
Vous ne m'avez que trop aimé ?
Hela's !
Iphise.
Jephte.
Votre présence augmente mon supplices
Eloignez-vous.
Almasie.
Quelle est votre injustice !
Hij Jephti
•
82 MERCURE DE FRANCE
Jephte.
Otez-moi çet objet ; il me perce le cœur. &c.
La Scene entre Jephté et Almasie n'est
gueres moins interressante. Jephté lui
apprend son serment ; elle lui répond
avec transport :
Non , Dieu n'accepte pas un vœu si témeraire.
Mais pensez- vous, cruel, que nos saintes Tribus ,
Malgré vos ordres absolus ,
Ne conserveront pas une fille à sa mere?
Tout Israël lui servira de pere ,
·Puisqu'enfin vous ne l'êtes plus. &c.
Ce troisiéme Acte finit par cette leçon , que Phinée fait à Jephté , après la Fête du Couronnement.
Phinée.
“Jephté , si tu veux qu'on te craigne ,
La crainte du Seigneur doit regler tes projets.
Ce n'est pas toi , c'est Dieu qui regne ;
Sois le premier de ses Sujets.
Grave au fond de ton coeur sa parole éternelle ;
Tiens sans cesse tes yeux attachez sur sa Loy;
Dans ses sermens il est fidelle ;
Ne lui manque jamais de foy.
Ces dernieres paroles prononcées au
hazard
MA'R S. 1732. 58.3
hasard , rappellent à Jephté le fatal serment, et font finir l'Acte d'une maniere
plus interressante et plus propre à augmenter le péril.
Au quatriéme Acte , le Théatre représenteun Jardin, où Almasie a dit à sa fille
dans l'Acte précedent de l'aller attendre.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue
qui convient à sa situation.
Ruisseaux, qui serpentez sur ces fertiles bords ,
Allez loin de mes yeux répandre les trésors ,
Qu'on voit couler avec votre Onde.
Dans le cours de vos flots, l'un par l'autre chassez,
Ruisseaux , hélas ! vous me tracez ,
L'image des grandeurs du monde.
Ruisseaux , &c.
Les Bergers et les Bergeres des Rives
du Jourdain , viennent rendre hommage.
à la fille de leur nouveau Souverain , et lui
présentent les prémices de leurs Champs,
qu'elle rapporte à Dieu par ces Vers :
J'aime à voir vos soins empressez ;
Mais à l'Auteur de la Nature ,
Vos chants doivent être adressez.
Ces fruits , ces fleurs , cette verdure ,
Tout appartient à ce supréme Roy ;
Il en demande les prémices.
H iij Pour
$ 84 MERCURE DE FRANCE
J
Pour attirer sur vous des regards plus propices ,
Immolez-lui vos cœurs , c'est sa premiere Loys
Puissiez-vous dans vos Sacrifices *
Estre plus fidelle que moi !
Cetre Fête , qui est , sans contredit , l'a
plus gracieuse de la Piece , et qu'on compare , à bon droit , à celle du quatriéme
Acte de l'Opera de Roland, est interrompue par Almasie , qui après avoir fait
éloigner les Bergers , annonce à 1phise
qu'elle doit être sacrifiée. Voici comme
elle lui parle :
Par le Grand- Prêtre et par Jephté,
L'Eternel à mes yeux vient d'être consulté.
Que d'horreurs à la fois ! je tremble à te le dire.
Le Ciel gronde , l'Autel que je vois s'ébranler ,
Semble se refuser au sang qui doit couler.
Le Voile sacré se déchire ;
Le Grand-Prêtre saisi d'effroi ,
Jene un sombre regard sur ton pere et sur moi.
Vers l'Arche redoutable en tremblant il s'avanee;
Il l'interroge sur ton sort.
L'Arche garde un triste silence ,
Et ce silence est l'Arrêt de ta mort.
Iphise apprenant que són sang est le
prix de la victoire qui a sauvé le Peuple,
se
MARS. 173-2 585
se dévotie à la mort avec joye ; Almasie
sort pour aller du moins retarder le fatal
Sacrifice. Iphise refléchit sur sa triste situation par ce Monologue.
C'en est donc fait ! bientôt cette Terre, ces Cieux,
Ce Soleil , pourjamais tout se voile à mes yeux !
Malheureux un cœur qui se livre ,
Au vain bonheur qui vient s'offrir !
A peine je commence à vivre ,
Qu'il faut me résoudre à mourir.
Du comble des grandeurs dont l'éclat m'envi
ronne ,
Je cours d'un pas rapide à mes derniers instans;
Je ressemble à ces fleurs que l'Aquilon moissonne ?
Dès les premiers jours du Printemps.
Malheureux un cœur , &c.
L'Acte finit que une Scene les Con- par noisseurs trouvent la plus belle de la Piece. Ammon veut sauver Iphise ; elle refuse le secours qu'il vient lui offrir , soutenu de toute la Tribu d'Ephraïm ; le
désespoir d'Ammon qui veut perir , lui
arrache des sentimens qui Aattent l'amour dont il brule pour elle , mais elle
lui ôte toute esperance par ces Vers :
Apprens que pour sentir une fatale flamme ,
Un grand cœur n'est pas abbattu.
Hiiij L'A-
586 MERCURE DE FRANCE
L'Amour peut entrer dans une ame ,
Sans triompher de la vertu.
Ammon désesperé , lui dit qu'il entrera
dans le Temple , la vengeance à la main
elle se résout à aller se livrer à l'Autel
pour prévenir la fureur de son Amant.
Comme cet Extrait n'est déja que trop
long , nous ne dirons plus que ce qui concerne l'Action théatrale du V. Acte.
Jephté déplore sa situation , et la comparant à celle d'Abraham , il demande à
Dieu la même clémence qu'il fit autrefois éclater en faveur de ce Patriarche.
Iphise vient se livrer à l'Autel malgré le
Peuple qui veut la retenir ; la Scene envers son Pere est des plus touchantes.
Unbruit de guerre oblige Jephté à aller deffendre le Temple qu'Ammon assiege avec la Tribu d'Ephraïm. Ammon
entre dans la partie exterieure du Temple pour enlever Iphise ; elle se sauve
dans l'interieure. Ammon la suit jusques
dans le Sanctuaire , en blasphemant.
Jephté revient , l'épée à la main , et
voyant le Temple forcé , y veut entrer.
Phinée l'arrête, en lui disant, que le Dieu
des Armées n'a pas besoin du secours
d'un foible Mortel ; l'Ange Exterminateur descend dans un Globe de feu. Ammon
MARS. 1732.
587
mon par et les Rebelles font entendre
des voix mourantes qu'ils périssent tous.
•
On amene Iphise pour la sacrifier ; la
résignation de la fille , l'étonnement du
Grand-Prêtre , et la douleur du Pere et
de la Mere , font un tableau qui inspire
tout- à-la fois la pieté et la terreur. Iphise
est sauvée par une inspiration du GrandPrêtre , qui lui annonce que Dieu luj
fait grace en faveur de son repentir.
On a ajoûté une Fête en action de
grace , dont on convient que le Poëme n'avoit pas besoin pour s'assurer un succès des plus complets.
Au surplus cet Opera est executé d'une maniere à satisfaire les Spectateurs les
plus difficiles et les plus délicats. Le sieur
Chassé fait voir dans le premier Rôle ,
par l'expression de son jeu et par la fléxibilité de sa voix , qu'il est capable de
remplir avantageusement tous les Rôles
dont il voudra se charger. La Dile Antier
ne dément point la grande réputation
qu'elle s'est si justement acquise jusqu'aujourd'hui , et la Dile le Maure , dans le
Rôle d'Iphise , joint à la plus belle voix
du monde , toutes les graces , toute la
sensibilité et toute la noblesse qu'on peut
souhaiter. Tous les autres Acteurs , tant
chantans que dansans , se sont distinH v guez
588 MERCURE DE FRANCE
guez;et le sieurBlondi s'est fait un honneur
infini dans la composition d'un Balet, dont
le genre etoit inconnu à ses Prédeceseurs ;
les Diles Camargo et Salé , l'y ont secondé
avec leur legereté et leurs graces ordinaires. Nous apprenons que le succès de cet
Opera augmente de jour en jour , et le
Public se promet avec plaisir de le revoir
le Carême prochain.
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Résumé : Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique présenta 'Jephte', une tragédie biblique, le premier jeudi de Carême. Malgré des doutes initiaux, l'œuvre fut acclamée pour la qualité de son poème et de sa musique, respectivement écrits par l'abbé Pellegrin et M. de Montéclair. Le prologue met en scène Apollon, Polhymnie et Terpsichore, interrompus par la Vérité et ses vertus, qui condamnent les faux dieux et annoncent le sujet de la tragédie. La pièce commence avec Jephté, qui exprime sa joie de revoir sa patrie, Maspha, mais sa tristesse en voyant les étendards des Ammonites. Abdon, un officier, lui annonce l'arrivée de l'Arche sainte. Jephté, déterminé à sauver son peuple, refuse de voir sa fille avant la bataille. Le Grand Prêtre Phinée confirme son choix et révèle la corruption de la tribu d'Éphraïm par Ammon. Les guerriers israéliens, inspirés par les prodiges de Dieu, se préparent au combat. Jephté fait un serment solennel, promettant d'immoler le premier être vivant qu'il verra à son retour. Dans le deuxième acte, Ammon, prisonnier, exprime son amour pour Iphise, la fille de Jephté. Iphise, déchirée entre son amour et sa loyauté envers Dieu, prie pour être délivrée de ses sentiments. Almasie, la mère d'Iphise, partage son inquiétude après un rêve prémonitoire. La victoire de Jephté est annoncée, et Iphise se rend au temple pour remercier Dieu. Le troisième acte montre Jephté troublé par son serment. Il voit Iphise, qu'il reconnaît comme la première personne qu'il a vue à son retour, et est accablé par la nécessité de l'immoler. Almasie et Iphise tentent de le réconforter, mais Jephté est déchiré entre son devoir et son amour paternel. Phinée rappelle à Jephté que ses actions doivent être guidées par la crainte de Dieu. Dans le quatrième acte, Iphise attend dans un jardin, exprimant sa détresse. Des bergers et bergères lui rendent hommage, et elle leur rappelle de louer Dieu pour leurs récoltes. La pièce se conclut sur cette note de dévotion et de sacrifice. Dans la scène suivante, Almasie annonce à Iphise qu'elle doit être sacrifiée. Le Grand-Prêtre, après avoir consulté l'Éternel, décide que le sang d'Iphise est le prix de la victoire. Iphise accepte son destin avec joie, tandis qu'Almasie tente de retarder le sacrifice. Iphise exprime sa tristesse et son acceptation de la mort dans un monologue. Ammon, amoureux d'Iphise, tente de la sauver, mais elle refuse son aide, affirmant que l'amour ne peut triompher de la vertu. Ammon, désespéré, menace de se venger. Dans le cinquième acte, Jephté déplore sa situation et demande clémence à Dieu. Iphise se livre à l'autel malgré les tentatives du peuple de la retenir. Une bataille éclate entre Ammon et Jephté, et Ammon est finalement vaincu par l'Ange Exterminateur. Iphise est amenée pour le sacrifice, mais elle est sauvée grâce à une inspiration du Grand-Prêtre, qui annonce que Dieu lui fait grâce en faveur de son repentir. L'opéra fut exécuté avec succès, avec des performances remarquables des acteurs, notamment Chassé, Dile Antier, et Dile le Maure dans le rôle d'Iphise. Le ballet, composé par le sieur Blondi, fut également salué pour son originalité et l'exécution des danseurs comme Camargo et Salé. Le public apprécia l'opéra et se promit de le revoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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