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1
p. 554-561
EXTRAIT de la Tragi-Comedie de Danaüs, de M. de Lisle, représentée sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le 21. Janvier 1732.
Début :
L'Auteur a conservé dans cette Piece toute l'Histoire [...]
Mots clefs :
Danaüs, Danaïdes, Tragicomédie, Hôtel de Bourgogone, Monologue
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Tragi-Comedie de Danaüs, de M. de Lisle, représentée sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le 21. Janvier 1732.
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Tragi-Comedie de
Danaüs , de M. de Lisle , représentée
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
le 21. Janvier 1732.
L'AU
'Auteur a conservé dans cette Piece toute
l'Histoire des Danaïdes , elles y égorgent
leurs Epoux par l'ordre de Danaüs; la seule Hyper
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
1
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J'
M
J'ZA A4Ba
TAD
SW
YORK PUBLIC
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ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
*
E
L
lew
MARS. 1732. 555
permnestre sauve Lincée ; et pour traiter d'ane
maniere nouvelle ce Sujet, qui est connu sur notre Théatre, l'Auteur n'y fait point paroître Lin
ée , qui cependant est le mobile de tout ce qui
se passe sur la Scene ; l'Episode d'Argée y pro- duit des interêts nouveaux et des situations toutes differentes de celles où jusqu'ici l'on a fait
voir Hypermnestre ; ce même Argée est supposé
fils de Gelanor, Roy d'Argos , et qui fut déposé
dans le temps que ses Sujets rebelles choisirent Danaus pour lui succeder. Ce jeune Prince ignore sa naissance ; et Créon , son Gouverneur, qui passe pour être son pere , en a seul te secret. I
est amoureux d'Hypermnestre , et il est aimé ;
Danaus qui lui doit une partie de ses victoires ,
l'avoit destiné à l'Hymen d'Hypermnestre , qu'il
n'a suspendu que pour envelopper dans la mort
de tous ses Neveux , celui dont l'Oracle l'avoit
inenacé le caractere d'Argée est grand et même
nouveau, sa generosité superieure à l'Amour et à
l'Ambition , se réunit naturellement avec les sentimens de devoir , ausquels Hypermnestre se livre absolument. On voit par tout dans cette Piece
une vertu épurée , opposée au crime et à l'injustice ; les innocens sont couronnez par la Catastrophe et les Criminels punis.
Cette Tragédie n'est qu'en trois Actes ; on n'y
a ajoûté des Intermedes que par rapport au Théatre Italien. Ils sont ingénieux et l'idée en est
nouvelle , ils composent une petite Comédie qui
naît du plus grand tragique ; elle présente une
ébauche des maux que les crimes des Grands font tomber sur le Public.
Quidquid delirant Reges , plectuntur Achivi.
L'Auteur fait jouer sur le même Sujet la Tra- G gédic
L
h
$56 MERCURE DE FRANCE
gédie à la Cour , et la Comédie à la Ville , et
chaque Acte tragique en produit un comique.
Au premier Acte , la Scene se passe dans la
nuit, et commence au moment que Danaus compte que ses Neveux sont morts. Créon et Idas ouvrent la Scene; le premier est un ancien Capitaine
du Roy Gelanor , et crû pere d'Argée , et l'autre
est aussi un vieux Officier attaché au même Roy.
Il revient de l'exil que sa fidelité pour son Prince
lui avoit attiré. Ces deux amis se retrouvent
dans Argos après une longue absence ; et dans le
détail de leurs avantures , ils exposent le Sujet
par l'Histoire de Gelanor et de Danaüs , celle
d'Argée , son amour pour Hypermnestre , et le
Mariage de cette Princesse avec Lincée , qui dé--
truit sans ressource toutes les esperances d'Argée.
Cete Scene finit par le récit que fait Créon d'un
prodige arrivé dans le Temple au moment de la solemnité du Mariage des Princes avec les Princesses , &c.
Danaus , accompagné d'Antenor , son Confi.
dent et Sacrificateur , apprend que ses Neveux
ont été égorgez ; il se livre à tous les remords
dont il est agité, rappelle à Antenor que c'est lui
qui par ses conseils l'a déterminé à ces forfaits .
Il appréhende que le Soleil ne découvre bientôt
aux Mortels les horreurs que les tenebres de la nuit
lui ont cachez. Il prévoit que son Frere ya bientot arriver avec toutes les forces de l'Egypte pour
venger la mort de ses fils , et il ajoûte qu'il veut
( en couronnant la tendresse d'Argée ) opposer
sa valeur aux efforts d'Egyptus , et qu'il a mandé cet Amant malheureux , &c.
Argée arrive , Danaus lui fait entrevoir qu'il
est sur le point d'être heureux. Argée en est fort
surpris, scachant que la Princesse est entre les
bras
MARS. 17320 557
bras de son Epoux.Danaüs lui rappelle l'histoire
de sa vie , et celle d'Egyptus , les raisons qui le
firent sortir de l'Egypte , et celles de la haine
qui étoit entre son Frere et lui ; et enfin comme il
est parvenu au Thrône d'Argos, où il se voit encore menacé par des nouveaux périls, &c. Argée
étonné de ce qu'il vient d'entendre , dit à Danaüs, que l'alliance qu'il vient de contracter avec
Egyptus , le met au dessus de tout ce que ses
ennemis pourroient entreprendre. Danaus lui
apprend enfin que l'Oracle l'a averti qu'il devoit
périr par la main d'un de ses Neveux , que c'est
pour le prévenir que sous les noms de Paix et
d'Hymenée , il les a attiré dans Argos , et que
ses filles viennent de les égorger.
Argée épouvanté , demande à Danaus si Hypermnestre a été capable d'un si noir attentat.Danaus lui fait entendre qu'elle lui rend par là son
cœur.
Argée déteste encore dans un Monologue le
crime de Danaus , il frémit de ce qu'il veut lui
rendre une Amante, teinte du sang de son Epoux,
il préfere la mort à cet hymen , et n'est sensible
qu'à la haine des forfaits , qui révoltent son ame contre la Princesse. Elle arrive ; il ne la voit
qu'avec horreur. La Princesse lui apprend qu'elle
a sauvé son Epoux, contre les Ordres du Roy;
quoiqu'il l'eut flaté de l'espoir d'épouser Argée.
Hypermnestre dit à Argée qu'elle n'a recours
qu'à sa générosité , pour sauver son rival. Argée
charmé de voir que la Princesse n'est point criminelle , se livre au plaisir de la voir toujours
digne de lui ; il veut seconder sa vertu , aux dépens de son amour et de sa vie , et part pour
exécuter ce gencreux dessein.
Dans le premier Intermede , Arlequin et EuGij phro
558 MERCURE DE FRANCE
phrosine sa future épouse , viennent au lever. de
l'Aurore , dans un Bois consacré à l'Hymen ; le
pere d'Euphrosine saisit la naissance d'un si
beau jour , pour achever leur hymen , trouvant
que l'aspect du Ciel est favorable à l'Amour. Il
en juge par l'Hymen des Princes d'Egypte ,
avec les Filles de Danaüs ; et appuye son jugement sur la réfléxion qu'il fait , que nous sommes necessairement entraînez par la destinée
nos Rois , et que nous partageons leurs malheurs comme leurs félicités. On chante, on danse ; mais dans le plus fort de la fête , la mere
d'Euphrosine vient apprendre que les Fils d'E
gyptus ont été tuez par leurs Epouses , &c. Arlequin fait divers Lazzis de frayeur , et prend la
fuite.
Au second Acte , Argée arrive , accompagné
de Créon. Ce Prince lit l'Acte public , par lequel
Géanor le reconnoît pour son fils. Créon lui apprend les raisons qu'il a eues de lui cacher sa nais- sance , et l'exhorte à profiter du crime de Danaus , pour remonter sur le Thrône ; il lui dit que
tous ses amis assiégent les Portes du Palais , et
qu'ils n'attendent que lui pour punir le Tyran.
Argée surmontant l'amour et l'ambition , lui répond que Danaus n'a point eu de part à l'exil de
son Pere , &c. qu'il doit toujours reconnoître
en lui le Pere d'Hypermnestre , qu'il veut même
le servir , puisque ce Prince lui offre encore ia
Princesse et l'Empire , et qu'il se déshonorerojt
s'il lui ravissoit avec la vie,des biens qu'il veut lui rendre , &c.
Créon admire la grandeur d'ame de ce Prince
et voulant le conserver pour le bien de sa Patrie
il sort pour donner le signal de l'attaque et faire
agir Lyncée contre Danaus , &c.
Danaus
MARS. 1732 559
き
Danaus entre avec un Officier qui lui apprend
que Lyncée est échapé , et qu'il l'a vû escorté
du seul Argée , et que le bruit se répand que ce
dernier est le fils de Gélanor. Danaus frappé de
ces circonstances, ordonne qu'on arrête Argée et
Créon , et fait chercher Hypermnestre. Danaus se livre ensuite à ses craintes et à ses temords.
Hypermnestre vient joindre Danaus. Ce Prin
ce lui demande si son Epoux est mort ou vivant. La Princesse répond fierement qu'elle l'a
sauvé. Danaus furieux , lui demande quelle ré- compense elle en attend ? La mort , dit- elle. Danaus la lui promet d'abord, mais combattu par la
crainte , il tâche finement de séduire la Princesse,
en lui faisant envisager que l'action de générosité qu'elle vient de faire , entraîne nécessairement
la mort de son pere , sans compter les malheurs
de sa patrie , par les efforts qu'Egyptus va faire'
pour vanger la mort de ses fils . Danaus toujours
irrité , lui dit encore qu'il est informé de tous ses crimes, et que c'est Argée qui a sauvé son Epoux.
Hypermnestre épouvantée , lui répond de ne pas
mettre le comble aux horreurs de son injustice ,
et que son crime seul suffit pour son supplice.
Antenor vient apprendre à Danaus que son Palais est attaqué. Ses Gardes forcés , et que son
Neveu est à la tête des conjurez , assemblez par
les soins de Créon. La Princesse étonnée des périls qui menacent son pere , le conjure d'avoir recours à la valeur d'Argée. Danaus furieux , lui
dit que pour épouvanter les Rebelles , il le va faire immoler à leurs yeux , et forme le dessein de la faire immoler elle - même sur l'Autel des Euménides ; il commande à ses Gardes de l'y conduire , il se retire pour aller s'opposer aux Rebelles , &c.
G iij Dans
560 MERCURE DE FRANCE.
Dans l'Intermede du second Acte, Arlequin armé
de toutes Pieces , paroît tremblant de peur, muni d'une Bouteille de vin ; comme il se croit en lieu
de sureté , il fait des réfléxions comiques et satiriques sur tout ce qui se passe actuellement dans
Argos. Dans le temps qu'il boit pour prendre
courage , un bruit de guerre , et les clameurs des
combatans l'interrompent ; il veut prendre la fuite , mais il est empêché par l'entrée de ces mêmes combattans , qui font un combat en forme
de Balet, dans lequel le parti de Danaüs est battu,
et celui d'Argée celebre la victoire par de nouvelles Danses. On apperçoit Arlequin , caché à
un coin du Théatre , qui contrefait le mort. Un des combattans lui enterre sa Bouteille et l'oblige de le suivre au combat. Arlequin dit en
s'en allant , que s'il y rencontre la Victoire , la.
peur ne manquera pas de la conduire sur ses pas.
Cette Scene est tres- comique et dans le vrai ca.
ractere d'Arlequin..
Le troisiéme Acte commence par un Monolo gue d'Hypermnestre ; elle a été conduite à l'Au
tel des Eumenides , pour y être sacrifiée ; elle
s'abandonne à sa douleur. Argée , dit- elle, va être
immolé pour elle , son Epoux est armé , et son
Pere va périr ; elle ne sçait pour qui faire des
vœux;quand Idas arrive , il lui apprend qu'Argée est sauvé , et que tout a changé de face. La
Princesse demande d'abord ce que son Pere et son
Epoux sont devenus ; Idas lui dit qu'il les a vûs.
engagez dans le combat , et lui en fait le détail
qu'Argée s'est armé avec précipitation et que
suivi de l'Elite de ses libérateurs , îl s'est mêlé
tout furieux , parmi les combattans. Hypermnestre craint d'abord que ce Prince n'ait dessein de se vanger de son Pere ; mais sa générosité la ras--
sure
MARS. 1732 561
sure. Elle ordonne à Idas de l'aller joindre dans
un si grand péril. Antenor arrive, suivi d'une Troupe supérieure , et se rend maître du Temple ; il dit à la Princesse qu'il faut qu'elle en ré- tire son Pere elle - même par son sang , puisque
c'est son infidelité qui cause tous ses malheurs et
que le Roy prêt à périr , veut que tous ses enne- mis l'emmenent aux enfers. La Princesse se détermine généreusement à la mort , et se jette au
pieds de l'Autel pour être immolée. Antenor fait son invocation , et dans le temps qu'il leve les
bras pour la sacrifier , Danaus arrive , blessé à
mort et soutenu par Argée et par Créon. Il dit
qu'un sang plus criminel doit appaiser les Dieux,
et ordonne aux Prêtres de sacrifier Antenor.
Danaus dit que c'est pour la premiere fois qu'il
entend ce que les Dieux commandent , et qu'en
périssant , il doit finir par un trait de justice. Il
apprend à Hypermnestrè que son Epoux ( qui l'a blessé à mort est mort de sa main , qu'Argée
Pa retiré ( lui Danaüs ) des mains de ceux qui
alloient lui ravir ce reste de vie. Il dit enfin à la
Princesse qu'elle est libre , par la mort de son
Epoux , et l'exhorte à épouser Argée. Danaus
expire avec tous les remors que la grandeur de ses crimes doivent lui causer.
L'arrivée d'Arlequin fait le troisième Intermede ; il revient du combat , fier et rempli de
lui même; son Monologue est fort comique. Euphrosine , sa Maîtresse , vient le joindre ; on ceTebre leur mariage par des Chants et des Danses
qui finissent la Picce. La Musique de ces trois
Intermedes , qui très - bien caractérisée , est de
la composition de M. Mouret.
EXTRAIT de la Tragi-Comedie de
Danaüs , de M. de Lisle , représentée
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
le 21. Janvier 1732.
L'AU
'Auteur a conservé dans cette Piece toute
l'Histoire des Danaïdes , elles y égorgent
leurs Epoux par l'ordre de Danaüs; la seule Hyper
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PUBLIC
LIBRARY
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AND TILDEN
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permnestre sauve Lincée ; et pour traiter d'ane
maniere nouvelle ce Sujet, qui est connu sur notre Théatre, l'Auteur n'y fait point paroître Lin
ée , qui cependant est le mobile de tout ce qui
se passe sur la Scene ; l'Episode d'Argée y pro- duit des interêts nouveaux et des situations toutes differentes de celles où jusqu'ici l'on a fait
voir Hypermnestre ; ce même Argée est supposé
fils de Gelanor, Roy d'Argos , et qui fut déposé
dans le temps que ses Sujets rebelles choisirent Danaus pour lui succeder. Ce jeune Prince ignore sa naissance ; et Créon , son Gouverneur, qui passe pour être son pere , en a seul te secret. I
est amoureux d'Hypermnestre , et il est aimé ;
Danaus qui lui doit une partie de ses victoires ,
l'avoit destiné à l'Hymen d'Hypermnestre , qu'il
n'a suspendu que pour envelopper dans la mort
de tous ses Neveux , celui dont l'Oracle l'avoit
inenacé le caractere d'Argée est grand et même
nouveau, sa generosité superieure à l'Amour et à
l'Ambition , se réunit naturellement avec les sentimens de devoir , ausquels Hypermnestre se livre absolument. On voit par tout dans cette Piece
une vertu épurée , opposée au crime et à l'injustice ; les innocens sont couronnez par la Catastrophe et les Criminels punis.
Cette Tragédie n'est qu'en trois Actes ; on n'y
a ajoûté des Intermedes que par rapport au Théatre Italien. Ils sont ingénieux et l'idée en est
nouvelle , ils composent une petite Comédie qui
naît du plus grand tragique ; elle présente une
ébauche des maux que les crimes des Grands font tomber sur le Public.
Quidquid delirant Reges , plectuntur Achivi.
L'Auteur fait jouer sur le même Sujet la Tra- G gédic
L
h
$56 MERCURE DE FRANCE
gédie à la Cour , et la Comédie à la Ville , et
chaque Acte tragique en produit un comique.
Au premier Acte , la Scene se passe dans la
nuit, et commence au moment que Danaus compte que ses Neveux sont morts. Créon et Idas ouvrent la Scene; le premier est un ancien Capitaine
du Roy Gelanor , et crû pere d'Argée , et l'autre
est aussi un vieux Officier attaché au même Roy.
Il revient de l'exil que sa fidelité pour son Prince
lui avoit attiré. Ces deux amis se retrouvent
dans Argos après une longue absence ; et dans le
détail de leurs avantures , ils exposent le Sujet
par l'Histoire de Gelanor et de Danaüs , celle
d'Argée , son amour pour Hypermnestre , et le
Mariage de cette Princesse avec Lincée , qui dé--
truit sans ressource toutes les esperances d'Argée.
Cete Scene finit par le récit que fait Créon d'un
prodige arrivé dans le Temple au moment de la solemnité du Mariage des Princes avec les Princesses , &c.
Danaus , accompagné d'Antenor , son Confi.
dent et Sacrificateur , apprend que ses Neveux
ont été égorgez ; il se livre à tous les remords
dont il est agité, rappelle à Antenor que c'est lui
qui par ses conseils l'a déterminé à ces forfaits .
Il appréhende que le Soleil ne découvre bientôt
aux Mortels les horreurs que les tenebres de la nuit
lui ont cachez. Il prévoit que son Frere ya bientot arriver avec toutes les forces de l'Egypte pour
venger la mort de ses fils , et il ajoûte qu'il veut
( en couronnant la tendresse d'Argée ) opposer
sa valeur aux efforts d'Egyptus , et qu'il a mandé cet Amant malheureux , &c.
Argée arrive , Danaus lui fait entrevoir qu'il
est sur le point d'être heureux. Argée en est fort
surpris, scachant que la Princesse est entre les
bras
MARS. 17320 557
bras de son Epoux.Danaüs lui rappelle l'histoire
de sa vie , et celle d'Egyptus , les raisons qui le
firent sortir de l'Egypte , et celles de la haine
qui étoit entre son Frere et lui ; et enfin comme il
est parvenu au Thrône d'Argos, où il se voit encore menacé par des nouveaux périls, &c. Argée
étonné de ce qu'il vient d'entendre , dit à Danaüs, que l'alliance qu'il vient de contracter avec
Egyptus , le met au dessus de tout ce que ses
ennemis pourroient entreprendre. Danaus lui
apprend enfin que l'Oracle l'a averti qu'il devoit
périr par la main d'un de ses Neveux , que c'est
pour le prévenir que sous les noms de Paix et
d'Hymenée , il les a attiré dans Argos , et que
ses filles viennent de les égorger.
Argée épouvanté , demande à Danaus si Hypermnestre a été capable d'un si noir attentat.Danaus lui fait entendre qu'elle lui rend par là son
cœur.
Argée déteste encore dans un Monologue le
crime de Danaus , il frémit de ce qu'il veut lui
rendre une Amante, teinte du sang de son Epoux,
il préfere la mort à cet hymen , et n'est sensible
qu'à la haine des forfaits , qui révoltent son ame contre la Princesse. Elle arrive ; il ne la voit
qu'avec horreur. La Princesse lui apprend qu'elle
a sauvé son Epoux, contre les Ordres du Roy;
quoiqu'il l'eut flaté de l'espoir d'épouser Argée.
Hypermnestre dit à Argée qu'elle n'a recours
qu'à sa générosité , pour sauver son rival. Argée
charmé de voir que la Princesse n'est point criminelle , se livre au plaisir de la voir toujours
digne de lui ; il veut seconder sa vertu , aux dépens de son amour et de sa vie , et part pour
exécuter ce gencreux dessein.
Dans le premier Intermede , Arlequin et EuGij phro
558 MERCURE DE FRANCE
phrosine sa future épouse , viennent au lever. de
l'Aurore , dans un Bois consacré à l'Hymen ; le
pere d'Euphrosine saisit la naissance d'un si
beau jour , pour achever leur hymen , trouvant
que l'aspect du Ciel est favorable à l'Amour. Il
en juge par l'Hymen des Princes d'Egypte ,
avec les Filles de Danaüs ; et appuye son jugement sur la réfléxion qu'il fait , que nous sommes necessairement entraînez par la destinée
nos Rois , et que nous partageons leurs malheurs comme leurs félicités. On chante, on danse ; mais dans le plus fort de la fête , la mere
d'Euphrosine vient apprendre que les Fils d'E
gyptus ont été tuez par leurs Epouses , &c. Arlequin fait divers Lazzis de frayeur , et prend la
fuite.
Au second Acte , Argée arrive , accompagné
de Créon. Ce Prince lit l'Acte public , par lequel
Géanor le reconnoît pour son fils. Créon lui apprend les raisons qu'il a eues de lui cacher sa nais- sance , et l'exhorte à profiter du crime de Danaus , pour remonter sur le Thrône ; il lui dit que
tous ses amis assiégent les Portes du Palais , et
qu'ils n'attendent que lui pour punir le Tyran.
Argée surmontant l'amour et l'ambition , lui répond que Danaus n'a point eu de part à l'exil de
son Pere , &c. qu'il doit toujours reconnoître
en lui le Pere d'Hypermnestre , qu'il veut même
le servir , puisque ce Prince lui offre encore ia
Princesse et l'Empire , et qu'il se déshonorerojt
s'il lui ravissoit avec la vie,des biens qu'il veut lui rendre , &c.
Créon admire la grandeur d'ame de ce Prince
et voulant le conserver pour le bien de sa Patrie
il sort pour donner le signal de l'attaque et faire
agir Lyncée contre Danaus , &c.
Danaus
MARS. 1732 559
き
Danaus entre avec un Officier qui lui apprend
que Lyncée est échapé , et qu'il l'a vû escorté
du seul Argée , et que le bruit se répand que ce
dernier est le fils de Gélanor. Danaus frappé de
ces circonstances, ordonne qu'on arrête Argée et
Créon , et fait chercher Hypermnestre. Danaus se livre ensuite à ses craintes et à ses temords.
Hypermnestre vient joindre Danaus. Ce Prin
ce lui demande si son Epoux est mort ou vivant. La Princesse répond fierement qu'elle l'a
sauvé. Danaus furieux , lui demande quelle ré- compense elle en attend ? La mort , dit- elle. Danaus la lui promet d'abord, mais combattu par la
crainte , il tâche finement de séduire la Princesse,
en lui faisant envisager que l'action de générosité qu'elle vient de faire , entraîne nécessairement
la mort de son pere , sans compter les malheurs
de sa patrie , par les efforts qu'Egyptus va faire'
pour vanger la mort de ses fils . Danaus toujours
irrité , lui dit encore qu'il est informé de tous ses crimes, et que c'est Argée qui a sauvé son Epoux.
Hypermnestre épouvantée , lui répond de ne pas
mettre le comble aux horreurs de son injustice ,
et que son crime seul suffit pour son supplice.
Antenor vient apprendre à Danaus que son Palais est attaqué. Ses Gardes forcés , et que son
Neveu est à la tête des conjurez , assemblez par
les soins de Créon. La Princesse étonnée des périls qui menacent son pere , le conjure d'avoir recours à la valeur d'Argée. Danaus furieux , lui
dit que pour épouvanter les Rebelles , il le va faire immoler à leurs yeux , et forme le dessein de la faire immoler elle - même sur l'Autel des Euménides ; il commande à ses Gardes de l'y conduire , il se retire pour aller s'opposer aux Rebelles , &c.
G iij Dans
560 MERCURE DE FRANCE.
Dans l'Intermede du second Acte, Arlequin armé
de toutes Pieces , paroît tremblant de peur, muni d'une Bouteille de vin ; comme il se croit en lieu
de sureté , il fait des réfléxions comiques et satiriques sur tout ce qui se passe actuellement dans
Argos. Dans le temps qu'il boit pour prendre
courage , un bruit de guerre , et les clameurs des
combatans l'interrompent ; il veut prendre la fuite , mais il est empêché par l'entrée de ces mêmes combattans , qui font un combat en forme
de Balet, dans lequel le parti de Danaüs est battu,
et celui d'Argée celebre la victoire par de nouvelles Danses. On apperçoit Arlequin , caché à
un coin du Théatre , qui contrefait le mort. Un des combattans lui enterre sa Bouteille et l'oblige de le suivre au combat. Arlequin dit en
s'en allant , que s'il y rencontre la Victoire , la.
peur ne manquera pas de la conduire sur ses pas.
Cette Scene est tres- comique et dans le vrai ca.
ractere d'Arlequin..
Le troisiéme Acte commence par un Monolo gue d'Hypermnestre ; elle a été conduite à l'Au
tel des Eumenides , pour y être sacrifiée ; elle
s'abandonne à sa douleur. Argée , dit- elle, va être
immolé pour elle , son Epoux est armé , et son
Pere va périr ; elle ne sçait pour qui faire des
vœux;quand Idas arrive , il lui apprend qu'Argée est sauvé , et que tout a changé de face. La
Princesse demande d'abord ce que son Pere et son
Epoux sont devenus ; Idas lui dit qu'il les a vûs.
engagez dans le combat , et lui en fait le détail
qu'Argée s'est armé avec précipitation et que
suivi de l'Elite de ses libérateurs , îl s'est mêlé
tout furieux , parmi les combattans. Hypermnestre craint d'abord que ce Prince n'ait dessein de se vanger de son Pere ; mais sa générosité la ras--
sure
MARS. 1732 561
sure. Elle ordonne à Idas de l'aller joindre dans
un si grand péril. Antenor arrive, suivi d'une Troupe supérieure , et se rend maître du Temple ; il dit à la Princesse qu'il faut qu'elle en ré- tire son Pere elle - même par son sang , puisque
c'est son infidelité qui cause tous ses malheurs et
que le Roy prêt à périr , veut que tous ses enne- mis l'emmenent aux enfers. La Princesse se détermine généreusement à la mort , et se jette au
pieds de l'Autel pour être immolée. Antenor fait son invocation , et dans le temps qu'il leve les
bras pour la sacrifier , Danaus arrive , blessé à
mort et soutenu par Argée et par Créon. Il dit
qu'un sang plus criminel doit appaiser les Dieux,
et ordonne aux Prêtres de sacrifier Antenor.
Danaus dit que c'est pour la premiere fois qu'il
entend ce que les Dieux commandent , et qu'en
périssant , il doit finir par un trait de justice. Il
apprend à Hypermnestrè que son Epoux ( qui l'a blessé à mort est mort de sa main , qu'Argée
Pa retiré ( lui Danaüs ) des mains de ceux qui
alloient lui ravir ce reste de vie. Il dit enfin à la
Princesse qu'elle est libre , par la mort de son
Epoux , et l'exhorte à épouser Argée. Danaus
expire avec tous les remors que la grandeur de ses crimes doivent lui causer.
L'arrivée d'Arlequin fait le troisième Intermede ; il revient du combat , fier et rempli de
lui même; son Monologue est fort comique. Euphrosine , sa Maîtresse , vient le joindre ; on ceTebre leur mariage par des Chants et des Danses
qui finissent la Picce. La Musique de ces trois
Intermedes , qui très - bien caractérisée , est de
la composition de M. Mouret.
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Résumé : EXTRAIT de la Tragi-Comedie de Danaüs, de M. de Lisle, représentée sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le 21. Janvier 1732.
Le texte présente un extrait de la tragédie 'Danaüs' de M. de Lisle, représentée le 21 janvier 1732 à l'Hôtel de Bourgogne. L'auteur conserve l'histoire des Danaïdes, qui égorgent leurs époux sur ordre de Danaüs, à l'exception d'Hypermnestre qui sauve Lyncée. Pour renouveler le sujet, l'auteur ne fait pas apparaître Lyncée sur scène, bien qu'il soit le mobile de l'intrigue. L'épisode d'Argée, supposé fils de Gelanor, roi d'Argos, introduit de nouveaux intérêts et situations. Argée, ignorant sa véritable naissance, est amoureux d'Hypermnestre et réciproquement. Danaüs, qui lui doit des victoires, l'avait destiné à épouser Hypermnestre, mais a suspendu cette union pour inclure Argée dans la mort de ses neveux. La pièce met en avant la vertu opposée au crime et à l'injustice, avec une catastrophe où les innocents sont couronnés et les criminels punis. La tragédie est en trois actes, avec des intermèdes inspirés du théâtre italien. Chaque acte tragique produit un acte comique, illustrant les maux que les crimes des grands font subir au public. Dans le premier acte, la scène se déroule la nuit, au moment où Danaüs croit ses neveux morts. Créon et Idas, anciens officiers de Gelanor, discutent de l'histoire de Gelanor, de Danaüs, et de l'amour d'Argée pour Hypermnestre. Danaüs, accompagné d'Antenor, apprend la mort de ses neveux et exprime ses remords. Argée arrive, et Danaüs lui révèle l'oracle prédisant sa mort par un de ses neveux, et l'égorgement de ceux-ci par ses filles. Hypermnestre avoue à Argée avoir sauvé Lyncée, et Argée décide de la secourir. Les intermèdes comiques, avec des personnages comme Arlequin et Euphrosine, contrastent avec la tragédie principale. Dans le second acte, Argée, accompagné de Créon, lit un acte public reconnaissant sa filiation avec Gelanor. Créon l'exhorte à prendre le trône, mais Argée préfère servir Danaüs. Danaüs, apprenant l'échappée de Lyncée, ordonne l'arrestation d'Argée et de Créon. Hypermnestre est conduite à l'autel des Euménides pour être sacrifiée. Dans le troisième acte, Hypermnestre est sauvée par Argée, qui combat aux côtés de Danaüs. Danaüs, blessé à mort, ordonne le sacrifice d'Antenor et exhorte Hypermnestre à épouser Argée. La pièce se termine par le mariage d'Arlequin et Euphrosine, célébré par des chants et des danses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 561-571
La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le Vendredy, 7. de ce mois, on donna au Théatre [...]
Mots clefs :
Tragédie, Eryphile, Voltaire, Extrait
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texteReconnaissance textuelle : La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
LeVendredy, 7. de ce mois , on donna
G iiij 30
562 MERCURE DE FRANCE
し
au Théatre François.la premiere Représentation de la Tragédie d'Eryphile , de
M. de Voltaire , que le Public a trouvée
pleine d'harmonie et d'élégance dans les
Vers et de pensées nobles et élevées, la diction en est mâle, et les traits heureux , les
descriptions, les images, les réfléxions, les
maximes neuves et hardies. Nous entrerons point dans quelques détails sur tout
cela, ainsi que sur le fonds et l'economie
de la Tradédie , qui est extrémement applaudie par de nombreuses assemblées.
Nous comptions ne donner l'Extrait
de ce Poëme que dans le mois d'Avril ,
mais le Memoire qu'on va lire , dans les
mêmes termes qu'il nous a été envoyé ,
nous dispense de ce soin. Nous ajouterons seulement que cette Tragédie est
parfaitement bien représentée par la Dile
Balicour , qui y jouë le principal Rôle, et
par les Srs Dufréne , Sarrazin et le Grand
qui remplissent ceux d'Alcmeon ; d'Hermogide et duGrand Prêtre. Voici le Memoire.
ERYPHILE est de la composition de l'illustre M.de Voltaire,connu dans l'Europe
comme le seul Poëte Epique de nos jours
et comme l'Auteur Tragique , qui , sans
contredit, est le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction ,
MARS. 1732. 563
་,
tion ; on peut encore ajoûter , depuis son
Histoire de Charles XII. qu'il est l'Historien de son siecle , le plus ingénieux er
le plus élegant ; son stile est plus vif et
plus nourri que celui de l'Abbé de Vertot , et les Refléxions sont aussi profondes et aussi bien liées au Sujet que celles
de l'Abbé de S. Réal. Il faut avouer la
verité , il n'y a eu personne dans l'Antiquité ni dans le temps present, qui se soit
distingué àla fois par tant de côtez, et qui
ait fait de bons Ouvrages dans des genres
si differens. M.de la Motteavoit vouluêtre
universel , mais avec bien de l'esprit , il
n'avoit réussi qu'à être médiocre dans bien
des genres , et ne s'étoit élevé au sublime
dans aucun. Il y a bien parû quand il voulut , pour dégradér l'Oedipe de M. de Voltaire , en donner un de sa façon. On vit en
cette occasion la difference de ces deux gé
nies, et tout le mérite de M.de la Motte le
laissa bien au- dessous de son jeune Rival.
Il paroît que le Sujet d'Eriphile est presque tout de l'invention de M. de Voltaire ; il n'a pris de la Fable autre chose
si-non quEriphile fut la cause de la mort
d'Amphiarus son mari , et fut tué part
Alcmeon son fils. Voilà sur quel fondement M. de Voltaire a construit une Tragédie dans un gout entierement nouveau.
Gv Jamais
564 MERCURE DE FRANCE
Jamais Piece ne fut plus vive et n'eut
plus d'action , sans devoir sa vivacité à
une multitude d'évenemens qui n'est que:
la ressource des Auteurs sans génie. L'Auteur a osé suivre le gout Grec ; on voit
dans sa Piece un Peuple assemblé devant
lequel on demande la Couronne ; l'Om--
bre d'Amphiarus apparoît sur le Théa
tre , on entend les cris de la mere et
ceux de son fils qui l'égorge. Et toutes.
ces hardiesses si neuves n'ont réüssi que
parce qu'elles sont conduites avec une:
extreme sagesse..
Vous voyez d'abord dans cette Piece si
originale , une femme qui avoue qu'elle:
a eû autrefois de la foiblesse pour un
Prince qui l'a trompée ; cette foiblesse :
a été cause de la mort de son mari et des
malheurs d'Argos. Cet Amant nommé
Hermogide , encouragé par les esperances
que lui a données la foible et malheureuse
Eriphile , a assassiné Amphiarus. En quels
Vers moelleux et patetiques cette triste.:
avanture est contée !
C'est cet âge fatal et sans experience ,
Ouvert aux passions , foible , plein d'imprudence
C'est cet âge indiscret qui fit tout mon malheur ;
Un traître avoit surpris le chemin de mon cœur.
P
Une::
C
MARS. 1732. 565
Une main impie ,
Ou plutôt má foiblesse a terminé sa vie.
Hermogide en secret immola sous ses coups ,
Le cruel tout couvert du sang de mon Epoux ,
Vint armé de ce fer , instrument de sa rage ,
Qui des droits à l'Empire étoit l'auguste gagey
Et d'un assassinat pour moi seul entrepris ,
Au pied de nos Autels il demanda le prix.
Grands Dieux ! qui m'inspirez mes remords le
gitimes ;
Mon cœur , vous le sçavez , n'est point fait
les crimes ;
Il est né vertueux .. .. je vis avec horreur
Lecoupable ennemi qui fut mon séducteurs
Je détestai l'Amour et le Trône et la vie. ·
pour
Voilà quel est le caractere coupable
et interressant de cette Princesse malheureuse ; les Dieux la punirent de sa
faute et empêcherent Hermogide d'en
cueillir le fruit. Argos fut desolée par des
Guerres Civiles ; les Oracles furent con--
sultez , ils ordonnerent que la Reine ne
chosit un Roy que lorsque deux Roys
seroient vaincus auprès d'Argos ; ils ajoûterent que ce jour seroit la fin de tant
de malheurs , mais qu'il en couteroit la
vie à Eriphile , et qu'elle mourroit de la
main mêmedu fils qu'elle avoit eu d'AmGvj phiarus.
"
1
566 MERCURE DE FRANCE
phiarus. La Reine fir alors éloigner ce fils
qui étoit dans sa tendre enfance ; elle le
tint dans l'ignorance de son rang , de
peur que l'envie de regner ne le portât
un jour à accomplir ces malédictions ct
à commettre un parricide. Cependant
après beaucoup de malheurs et de guerres,
le jour prédit arrive où deux Rois sont
vaincus par un jeune Guerrier , Licutenantd'Hermogide nomméAlcmeon.Voici
le temps où il faut nommer un Roy ;
Argos le demande, les Dieux Fordonnent.
Hermogide , à qui il ne manquoit que le
nom de Souverain , compte sur son pouvoir , sur la foiblesse de la Reine , et
même sur ses crimes ; il lui parle et la
fait trembler ; Eriphile qui consulte le
Ciel sur sa destinée , apprend que son
fils vit encore ; elle assemble les Chefs
et le Peuple ; elle déclare devant eux que
ce fils est vivant ; elle indique les lieux
qu'elle croit qu'il habite , et le nomme
Royenpresence même d'Hermogide. Cet
audacieuxPrince privé dans ce moment de
la Couronne où il touchoit , déclare publiquement à la Reine et au peuple , qu'il
a tué lui-même cet Enfant que les Dieux
réservoient au parricide. Il s'écrie devant
cette grande Assemblée.
J'atteste
MARS. 1732. 567
J'atteste mes Ayeux et ce jour qui m'éclaire ,
Que j'immolai le fils pour conserver la mere ;
Que si ce sang coupable a coulé sous mes coups,
J'ai prodigué le mien pour la Grece et pour yous.
Vous m'en devez le prix ; vous voulez tous us Maître ;
1
L'Oracle en promet un , je vais périr ou l'être ;
Je vais vanger mes droits contre un fils supposé;
Je vais rompre un vain charme à moi seul opposé.
Soldat par mes travaux et Roy par ma naissance,
De vingt ans de Combats j'attends la récompense,
Je vous ai tous servis ; ce rang des demi Dieux ,
Deffendu par mon bras , fondé par mes Ayeux ,
Cent fois teint de mon sang , doit être mon partage ;
Je le tiendrai de vous , de moi , de mon courage;
De ces Dieux dont je sors et qui seront pour moi.
Amis , suivez mes pas , et servez votre Roy.
A cette découverte affreuse , la Reine
menacée d'être détrônée par son ancien
Amant , privée de son fils et obligée de
faire un choix , se tourne vers Alcmeon ,
ce jeune Guerrier qu'elle aime en secret
malgré elle , et lui ordonnant de venger
son fils , le chosit pour son Epoux. Cet
Hymen à qui tout le Peuple applaudit ,
se prépare ; ces deux Amans heureux
vont
588 MERCURE DE FRANCE
vont s'unir au Temple , mais dans l'ins
tant qu'ils se vont donner la main, l'Om
bre d'Amphiarus sort de son Tombeau au
milieu du Tonnerre et des Eclairs , et
ordonne à Alcmeon de le venger de
sa mere. Cet ordre obscur et épou--
ventable , est un coup de foudre pour
Eriphile , pour Alcmeon , et pour le
Peuple.
Alcmeon qui n'a plus de mere , et
qui s'est toujours crû fils d'un Esclave ,
avoüe enfin ce secret humiliant; mais cet
aveu ne fait qu'augmenter l'horreur et
l'attendrissement de la Reine ; elle se ressouvient qu'elle a autrefois donné son
propre fils à élever à une Esclave. Pendant que la Reine et Alcmeon se font
mutuellement des questions qui les jettent dans un trouble nouveau , arrive
le Grand- Prêtre , une épée à la main ; lại
Reine reconnoît l'épée Royale d'Amphiarus ; c'est cette même épée dont Her.
mogide s'étoit emparé , et dont il avoit
percé le jeune Alcmeon dans son Berceau.
Voici, dit le Grand-Prêtre ::
Voici ce même fer qui frappa votre enfance ,
Qu'un cruel, malgré lui, Ministre du Destin ,
Troublé par ses forfaits , laissa dans votre sein,
Le Dieu qui dans le crime effraya cet Impie,
Qui
MARS. 1732. 5699
Qui fit trembler son bras , qui sauva votre vie , ›
Qui commande à la mort , ouvre et ferme le flane,,
Vange un meurtre par l'autre , et le sang par le
sang,
M'ordonna de garder ce fer toûjours funeste."
La Reine →
alors reconnoît son fils , mais
dans quel moment , dans quelle situation
nouvelle , lorsque ce fils est prêt de
l'épouser , et qu'il se trouve armé pour
l'immoler. Eriphile veut appaiser l'Ombre d'Amphiarus , elle va sur son Tombeau pour offrir un Sacrifice ; mais c'est
là que les Dieux l'attendent pour punir
une foiblesse criminelle par la vengeance
la plus terrible. Alcmeon possedé des Furies , tuë Hermogide sur cette Tombe ;;
et prenant sa mere pour Hermogide même , qui blessé à mort , lui demande :
la vie , il croit achever Hermogide et il
massacre sa mere qui expire dans ses bras,
en lui pardonnant sa mort , et en l'accablant des marques les plus touchantes de
sa tendresse maternelle.
Ce sujet a quelque chose d'Electre
ou plutôt de Clitermnestre tuée par Ores te; les anciens traitoient l'un et l'autre
indifféremment. Mais combien la manie.
re interessante dont M. de Voltaire a
ménagé cette: Tragédie est elle au-dessus
de l'attrocité de l'Electre, -
$70 MERCURE DE FRANCE
Il a sur tout donné à Eriphile , une
vie immortelle par les beaux Vers dont
elle est remplie. Voici ceux qui sont sur la
Naissance,qui ont reçû tant d'applaudissemens et qui ne sont pas cependant les
plus travaillez et les plus parfaits de la
Piece.
Eh! c'est ce qui m'accable et qui me désespere :
Il faut rougir de moi , trembler au nom d'un Pere ,
Me cacher par foiblesse aux moindres Citoyens,
Et reprocher ma vie à ceux dont je la tiens.
Préjugé malheureux , éclatante chimere ,
Que l'orgueil inventa , que, la fable révere ,
Dar qui j'ai vu languir le mérite abatu ,
Aux pieds d'un Prince indigne ou d'un Grand
sans vertu.
Les Mortels sont égaux ; ce n'est point la nais- sance,
C'est la seule vertu qui fait leur difference ,
C'est elle qui met l'homme au rang des demi Dieux ,
Et qui sert son Pays n'a pas besoin d'Ayeux.
Princes , Rois , la fortune a fait votre partage ;
Mes grandeurs sont à moi , mon sort est mon
ouvrage,
Et ces fers si honteux , ces fers où je nâquis ,
Je les ai fait porter aux mains des Ennemis ;
Je n'ai plus rien du Sang qui m'a donué la vie;
MARS.
571 1732.
Il a dans les Combats coulé pour la Patrie.
Je vois ce que je suis et non ce que je fus ,
Et croisvaloir au moins des Rois que j'ai vaincus
L. D. M.
G iiij 30
562 MERCURE DE FRANCE
し
au Théatre François.la premiere Représentation de la Tragédie d'Eryphile , de
M. de Voltaire , que le Public a trouvée
pleine d'harmonie et d'élégance dans les
Vers et de pensées nobles et élevées, la diction en est mâle, et les traits heureux , les
descriptions, les images, les réfléxions, les
maximes neuves et hardies. Nous entrerons point dans quelques détails sur tout
cela, ainsi que sur le fonds et l'economie
de la Tradédie , qui est extrémement applaudie par de nombreuses assemblées.
Nous comptions ne donner l'Extrait
de ce Poëme que dans le mois d'Avril ,
mais le Memoire qu'on va lire , dans les
mêmes termes qu'il nous a été envoyé ,
nous dispense de ce soin. Nous ajouterons seulement que cette Tragédie est
parfaitement bien représentée par la Dile
Balicour , qui y jouë le principal Rôle, et
par les Srs Dufréne , Sarrazin et le Grand
qui remplissent ceux d'Alcmeon ; d'Hermogide et duGrand Prêtre. Voici le Memoire.
ERYPHILE est de la composition de l'illustre M.de Voltaire,connu dans l'Europe
comme le seul Poëte Epique de nos jours
et comme l'Auteur Tragique , qui , sans
contredit, est le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction ,
MARS. 1732. 563
་,
tion ; on peut encore ajoûter , depuis son
Histoire de Charles XII. qu'il est l'Historien de son siecle , le plus ingénieux er
le plus élegant ; son stile est plus vif et
plus nourri que celui de l'Abbé de Vertot , et les Refléxions sont aussi profondes et aussi bien liées au Sujet que celles
de l'Abbé de S. Réal. Il faut avouer la
verité , il n'y a eu personne dans l'Antiquité ni dans le temps present, qui se soit
distingué àla fois par tant de côtez, et qui
ait fait de bons Ouvrages dans des genres
si differens. M.de la Motteavoit vouluêtre
universel , mais avec bien de l'esprit , il
n'avoit réussi qu'à être médiocre dans bien
des genres , et ne s'étoit élevé au sublime
dans aucun. Il y a bien parû quand il voulut , pour dégradér l'Oedipe de M. de Voltaire , en donner un de sa façon. On vit en
cette occasion la difference de ces deux gé
nies, et tout le mérite de M.de la Motte le
laissa bien au- dessous de son jeune Rival.
Il paroît que le Sujet d'Eriphile est presque tout de l'invention de M. de Voltaire ; il n'a pris de la Fable autre chose
si-non quEriphile fut la cause de la mort
d'Amphiarus son mari , et fut tué part
Alcmeon son fils. Voilà sur quel fondement M. de Voltaire a construit une Tragédie dans un gout entierement nouveau.
Gv Jamais
564 MERCURE DE FRANCE
Jamais Piece ne fut plus vive et n'eut
plus d'action , sans devoir sa vivacité à
une multitude d'évenemens qui n'est que:
la ressource des Auteurs sans génie. L'Auteur a osé suivre le gout Grec ; on voit
dans sa Piece un Peuple assemblé devant
lequel on demande la Couronne ; l'Om--
bre d'Amphiarus apparoît sur le Théa
tre , on entend les cris de la mere et
ceux de son fils qui l'égorge. Et toutes.
ces hardiesses si neuves n'ont réüssi que
parce qu'elles sont conduites avec une:
extreme sagesse..
Vous voyez d'abord dans cette Piece si
originale , une femme qui avoue qu'elle:
a eû autrefois de la foiblesse pour un
Prince qui l'a trompée ; cette foiblesse :
a été cause de la mort de son mari et des
malheurs d'Argos. Cet Amant nommé
Hermogide , encouragé par les esperances
que lui a données la foible et malheureuse
Eriphile , a assassiné Amphiarus. En quels
Vers moelleux et patetiques cette triste.:
avanture est contée !
C'est cet âge fatal et sans experience ,
Ouvert aux passions , foible , plein d'imprudence
C'est cet âge indiscret qui fit tout mon malheur ;
Un traître avoit surpris le chemin de mon cœur.
P
Une::
C
MARS. 1732. 565
Une main impie ,
Ou plutôt má foiblesse a terminé sa vie.
Hermogide en secret immola sous ses coups ,
Le cruel tout couvert du sang de mon Epoux ,
Vint armé de ce fer , instrument de sa rage ,
Qui des droits à l'Empire étoit l'auguste gagey
Et d'un assassinat pour moi seul entrepris ,
Au pied de nos Autels il demanda le prix.
Grands Dieux ! qui m'inspirez mes remords le
gitimes ;
Mon cœur , vous le sçavez , n'est point fait
les crimes ;
Il est né vertueux .. .. je vis avec horreur
Lecoupable ennemi qui fut mon séducteurs
Je détestai l'Amour et le Trône et la vie. ·
pour
Voilà quel est le caractere coupable
et interressant de cette Princesse malheureuse ; les Dieux la punirent de sa
faute et empêcherent Hermogide d'en
cueillir le fruit. Argos fut desolée par des
Guerres Civiles ; les Oracles furent con--
sultez , ils ordonnerent que la Reine ne
chosit un Roy que lorsque deux Roys
seroient vaincus auprès d'Argos ; ils ajoûterent que ce jour seroit la fin de tant
de malheurs , mais qu'il en couteroit la
vie à Eriphile , et qu'elle mourroit de la
main mêmedu fils qu'elle avoit eu d'AmGvj phiarus.
"
1
566 MERCURE DE FRANCE
phiarus. La Reine fir alors éloigner ce fils
qui étoit dans sa tendre enfance ; elle le
tint dans l'ignorance de son rang , de
peur que l'envie de regner ne le portât
un jour à accomplir ces malédictions ct
à commettre un parricide. Cependant
après beaucoup de malheurs et de guerres,
le jour prédit arrive où deux Rois sont
vaincus par un jeune Guerrier , Licutenantd'Hermogide nomméAlcmeon.Voici
le temps où il faut nommer un Roy ;
Argos le demande, les Dieux Fordonnent.
Hermogide , à qui il ne manquoit que le
nom de Souverain , compte sur son pouvoir , sur la foiblesse de la Reine , et
même sur ses crimes ; il lui parle et la
fait trembler ; Eriphile qui consulte le
Ciel sur sa destinée , apprend que son
fils vit encore ; elle assemble les Chefs
et le Peuple ; elle déclare devant eux que
ce fils est vivant ; elle indique les lieux
qu'elle croit qu'il habite , et le nomme
Royenpresence même d'Hermogide. Cet
audacieuxPrince privé dans ce moment de
la Couronne où il touchoit , déclare publiquement à la Reine et au peuple , qu'il
a tué lui-même cet Enfant que les Dieux
réservoient au parricide. Il s'écrie devant
cette grande Assemblée.
J'atteste
MARS. 1732. 567
J'atteste mes Ayeux et ce jour qui m'éclaire ,
Que j'immolai le fils pour conserver la mere ;
Que si ce sang coupable a coulé sous mes coups,
J'ai prodigué le mien pour la Grece et pour yous.
Vous m'en devez le prix ; vous voulez tous us Maître ;
1
L'Oracle en promet un , je vais périr ou l'être ;
Je vais vanger mes droits contre un fils supposé;
Je vais rompre un vain charme à moi seul opposé.
Soldat par mes travaux et Roy par ma naissance,
De vingt ans de Combats j'attends la récompense,
Je vous ai tous servis ; ce rang des demi Dieux ,
Deffendu par mon bras , fondé par mes Ayeux ,
Cent fois teint de mon sang , doit être mon partage ;
Je le tiendrai de vous , de moi , de mon courage;
De ces Dieux dont je sors et qui seront pour moi.
Amis , suivez mes pas , et servez votre Roy.
A cette découverte affreuse , la Reine
menacée d'être détrônée par son ancien
Amant , privée de son fils et obligée de
faire un choix , se tourne vers Alcmeon ,
ce jeune Guerrier qu'elle aime en secret
malgré elle , et lui ordonnant de venger
son fils , le chosit pour son Epoux. Cet
Hymen à qui tout le Peuple applaudit ,
se prépare ; ces deux Amans heureux
vont
588 MERCURE DE FRANCE
vont s'unir au Temple , mais dans l'ins
tant qu'ils se vont donner la main, l'Om
bre d'Amphiarus sort de son Tombeau au
milieu du Tonnerre et des Eclairs , et
ordonne à Alcmeon de le venger de
sa mere. Cet ordre obscur et épou--
ventable , est un coup de foudre pour
Eriphile , pour Alcmeon , et pour le
Peuple.
Alcmeon qui n'a plus de mere , et
qui s'est toujours crû fils d'un Esclave ,
avoüe enfin ce secret humiliant; mais cet
aveu ne fait qu'augmenter l'horreur et
l'attendrissement de la Reine ; elle se ressouvient qu'elle a autrefois donné son
propre fils à élever à une Esclave. Pendant que la Reine et Alcmeon se font
mutuellement des questions qui les jettent dans un trouble nouveau , arrive
le Grand- Prêtre , une épée à la main ; lại
Reine reconnoît l'épée Royale d'Amphiarus ; c'est cette même épée dont Her.
mogide s'étoit emparé , et dont il avoit
percé le jeune Alcmeon dans son Berceau.
Voici, dit le Grand-Prêtre ::
Voici ce même fer qui frappa votre enfance ,
Qu'un cruel, malgré lui, Ministre du Destin ,
Troublé par ses forfaits , laissa dans votre sein,
Le Dieu qui dans le crime effraya cet Impie,
Qui
MARS. 1732. 5699
Qui fit trembler son bras , qui sauva votre vie , ›
Qui commande à la mort , ouvre et ferme le flane,,
Vange un meurtre par l'autre , et le sang par le
sang,
M'ordonna de garder ce fer toûjours funeste."
La Reine →
alors reconnoît son fils , mais
dans quel moment , dans quelle situation
nouvelle , lorsque ce fils est prêt de
l'épouser , et qu'il se trouve armé pour
l'immoler. Eriphile veut appaiser l'Ombre d'Amphiarus , elle va sur son Tombeau pour offrir un Sacrifice ; mais c'est
là que les Dieux l'attendent pour punir
une foiblesse criminelle par la vengeance
la plus terrible. Alcmeon possedé des Furies , tuë Hermogide sur cette Tombe ;;
et prenant sa mere pour Hermogide même , qui blessé à mort , lui demande :
la vie , il croit achever Hermogide et il
massacre sa mere qui expire dans ses bras,
en lui pardonnant sa mort , et en l'accablant des marques les plus touchantes de
sa tendresse maternelle.
Ce sujet a quelque chose d'Electre
ou plutôt de Clitermnestre tuée par Ores te; les anciens traitoient l'un et l'autre
indifféremment. Mais combien la manie.
re interessante dont M. de Voltaire a
ménagé cette: Tragédie est elle au-dessus
de l'attrocité de l'Electre, -
$70 MERCURE DE FRANCE
Il a sur tout donné à Eriphile , une
vie immortelle par les beaux Vers dont
elle est remplie. Voici ceux qui sont sur la
Naissance,qui ont reçû tant d'applaudissemens et qui ne sont pas cependant les
plus travaillez et les plus parfaits de la
Piece.
Eh! c'est ce qui m'accable et qui me désespere :
Il faut rougir de moi , trembler au nom d'un Pere ,
Me cacher par foiblesse aux moindres Citoyens,
Et reprocher ma vie à ceux dont je la tiens.
Préjugé malheureux , éclatante chimere ,
Que l'orgueil inventa , que, la fable révere ,
Dar qui j'ai vu languir le mérite abatu ,
Aux pieds d'un Prince indigne ou d'un Grand
sans vertu.
Les Mortels sont égaux ; ce n'est point la nais- sance,
C'est la seule vertu qui fait leur difference ,
C'est elle qui met l'homme au rang des demi Dieux ,
Et qui sert son Pays n'a pas besoin d'Ayeux.
Princes , Rois , la fortune a fait votre partage ;
Mes grandeurs sont à moi , mon sort est mon
ouvrage,
Et ces fers si honteux , ces fers où je nâquis ,
Je les ai fait porter aux mains des Ennemis ;
Je n'ai plus rien du Sang qui m'a donué la vie;
MARS.
571 1732.
Il a dans les Combats coulé pour la Patrie.
Je vois ce que je suis et non ce que je fus ,
Et croisvaloir au moins des Rois que j'ai vaincus
L. D. M.
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Résumé : La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
Le 7 mars 1732, la tragédie 'Éryphile' de Voltaire fut représentée pour la première fois au Théâtre Français. Le public a salué l'harmonie et l'élégance des vers, ainsi que les pensées nobles et élevées. La diction fut décrite comme mâle, avec des traits heureux, des descriptions, des images, des réflexions, des maximes neuves et hardies. La pièce fut extrêmement applaudie par de nombreuses assemblées. Les acteurs principaux incluaient la Dile Balicour dans le rôle principal, ainsi que Dufréne, Sarrazin et le Grand, interprétant respectivement les rôles d'Alcméon, d'Hermogide et du Grand Prêtre. 'Éryphile' est une œuvre de Voltaire, reconnu comme le seul poète épique de son temps et l'auteur tragique le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction. Le sujet de la tragédie est presque entièrement de l'invention de Voltaire, qui a construit une tragédie dans un goût entièrement nouveau. La pièce est vive et pleine d'action sans recourir à une multitude d'événements. Elle suit le goût grec, avec des scènes comme l'apparition de l'ombre d'Amphiaraus et les cris de la mère et de son fils. L'intrigue raconte l'histoire d'Éryphile, une femme qui avoue avoir eu une faiblesse pour un prince qui l'a trompée, causant la mort de son mari et les malheurs d'Argos. Hermogide, l'amant d'Éryphile, a assassiné Amphiaraus. La pièce explore les conséquences de cette faiblesse et les malheurs qui en découlent, y compris les guerres civiles et les oracles qui prédisent la mort d'Éryphile de la main de son fils. La tragédie se conclut par un dénouement tragique où Alcmeon, le fils d'Éryphile, tue sa mère par erreur, croyant qu'elle est Hermogide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 571
« Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...] »
Début :
Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...]
Mots clefs :
Tragédie, Gustave Vasa
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texteReconnaissance textuelle : « Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...] »
Le Samedi is. de ce mois , les Comédiens
François lûrent et reçurent dans leur Assemblée
unanimement, une Tragédie nouvelle de M.Piron,
qui a pour titre , Gustave Vasa
François lûrent et reçurent dans leur Assemblée
unanimement, une Tragédie nouvelle de M.Piron,
qui a pour titre , Gustave Vasa
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4
p. 571-588
Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna la premiere Representation de [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Jepthé, Tragédie, Théâtre, Prologue, Spectacle, Théâtre de l'Académie, Extrait, Musique, Ballet, Acteurs, Danse, Chant, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique donna
la premiere Representation de Jephie,
Tragédie , tirée de l'Ecriture sainte , le
premier Jeudy de Carême ; la nouveauté
du genre en avoit rendu le succès si
douteux, qu'on ne croioit pas qu'elle pût
être jouée deux fois ; cette prévention
presque générale n'a pas tenu contre les
beautez du Poëme et de la Musique , et
M. l'Abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les Auteurs , peuvent
se vanter qu'il y a tres- peu d'Opéra que
le Public ait honoré de plus d'applaudissemens. Nos Lecteurs pourront juger du
Poëme par cet Extrait. Pour la Musique ,
les plus grands connoisseurs la trouvent
tres-digne de Lully , et on ne les contredit point.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu orné pour des Spectacles , c'està dire,
*
72 MERCURE DE FRANCE
à- dire , le Théatre même de l'Académie,
dont tous les Dieux fabuleux se sont em
parez , comme du seul Temple qui leur
reste depuis l'extinction du Paganisme :
Apollon invite Polhymnie et Terpsicore à
le seconder dans le dessein qu'il a de
maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce Théatre. Il s'exprime ainsi :
>
Vous , qu'avec Apollon , en ces lieux on adore,
Sçavante Polhymnie , aimable Terpsicore
Par vos chants , par vos jeux , secondez mes´ désirs ;
Ce Temple seul , nous reste encore ;
Faisons-y regner les plaisirs.
Les deux Muses exécutent ces ordres ;*
elles étalent , à l'envi , ce qu'elles ont de
plus flateur , pour séduire les mortels ;
mais leur regne n'est pas de longue durée; la Verité descend des Cieux , suivie
des vertus qui forment sa brillante Cour.
Elle leur parle ainsi :
Phantômes séduisans , Enfans de l'imposture
Osez-vous soûtenir ma clarté vivé et pure ›
Cachez, vous dans l'obscurité ,
Où mon brillant aspect vous plonge ;
Il est temps que la verité ,
Fasseévanouir le mensonge.
C'est
MARS. 1732. $73 .
C'est trop abuser l'Univers ;
Rentrez dans les Enfers.
Les faux Dieux , dont l'Ecriture dit :-
Dii autem Gentium dæmonia , sont forcez
de s'abîmer.
La verité expose le Sujet de la Tragédie qu'on va representer , par ces Vers
qu'elle addresse aux Vertus qui l'accompagnent.
Troupe , immortelle comme moy;
Vertus , ornez ces lieux pour un nouveau Spec tacle ;
Annoncez aux Mortels la redoutable loy,
Du Dieu seul , dont je suis l'Oracle 9.3
Retirez du Tombeau le malheureux Jephté ;,
Rappellez son vœu téméraire ;
Au soin d'instruire , ajoutez l'art de plaire
Vous pouvez adoucir votre sévérité ;
Mais qu'aucun faux brillant n'altere
La splendeur de la vérité.
Le Chœur des Vertus, Suivantes de la
Verité , l'invite à faire briller sur la Terre
sa celeste lumiere. Le Prologue finit par
cet éloge, d'autant plus beau qu'il est dans
la bouche de la Vérité même,
Un Roy qui me chérit dès l'âge le plus ten- dre ,
Bait
son
unique
soin
de marcher
sur
mes
pas.
M
$74 MERCURE DE FRANCE
Il veut qu'en ces heureux climats ,
Ma seule voix se fasse entendre.
Qu'il triomphe par moi , quand je regne par lui,
Que la terre , le ciel , qu'à l'envi tout conspires
Afaire fleurir un Empire ,
Dontje suis le plus ferme appuy.
La DileHerremens, qui remplit le Rôle
dè la Vérité , y réussit parfaitement; mais
passons à la Tragédie.
Le Théatre représente d'abord le Fleuve du Jourdain , dont les Flots séparent
l'Armée des Israëlites de celle des Ammonites.
Jephté ouvre la Scene ; il témoigne d'abort le plaisir qu'il a de revoir Maspha
sa chere Patrie , après un long exil ; la
tristesse succede à la joye quand il voit
les Etendards des Ammonites plantez sur
les bords du Jourd in.
Abdon , l'un des Officiers Généraux
de l'Armée Israëlite , lui vient ` annoncer que l'Arche sainte va paroître à la
tête des Troupes , dont on lui a donné le commandement. A cette heureuse nouvelle Jephté est transporté de joie et
rempli de confiance. C'est icy la Scene
d'exposition ; l'Auteur y apprend aux
Spectateurs des choses essentielles à sa
Piece, et qui servent de base à la situation
MARS. 1732. 57.5
tion la plus frappante ; sçavoir , qu'il n'a
point vû sa fille depuis son enfance ; et
qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura
rempli son premier devoir. Il s'exprime
ainsi :
La gloire du Seigneur, fait mon premier devoir;
Nos Tribus , mes Soldats , sont toute ma Fa- mille.
Quoi ? lui dit Abdon , l'amour ni le
sang , ne peut vous émouvoir ?
Jephte lui répond !
Dis plutôt que je me défie ,
D'un cœur trop prompt à s'attendrir ;
Non ; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,
Quand pour sauver mon Peuple , il faut vaincre ou mourir.
Le Grand Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur confirme le choix que les Hebreux ont fait
de lui , pour regner sur eux ; il lui apprend qu'Ammon , Fils du Roy des Ammonites et Prisonnier dans Maspha, a corrompu la Tribu d'Ephraim , ce qui donné lieu à un très- beau duo:
Les Guerriers Israëlites , assemblez par
l'ordre de Jephté , viennent attendre
l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté
leur annoncent les prodiges que Dieu a
faits
$76 MERCURE DE FRANCE
faits en faveur de son Peuple. Les Guerriers se mêlent à ce récit. Voicy les Vers
qui forment ce beau Chœur , qui fait
Fadmiration de tout Paris.
Phinée.
Ennemis du Maître suprême ,
Redoutez son couroux vangeur
La Terre , l'Enfer , le Ciel même
Tout tremble devant le Seigneur.
Le Chœur répete : La terre , &c.
Phinée et Fephté.
Le Jourdain retourne en arriere
Le Soleil suspend sa carriere ;
La Mer désarme sa fureur ,
En faveur d'un Peuple qu'il aime.
Le Chœur reprend : La terre , &c.
Phinée et Jephté.
La bruyante Trompette , à l'égal du Tonnerre
Brise les Murs d'airain , jette les Tours par terre ,
Et déclare Israël vainqueur ;
Elle va porter la terreur
Chez l'Idolatre qui blasphême.
Le Chœur.
La Terre , l'Enfer , le Ciel même ,
Tout tremble devant le Seigneur.
L'Arche
MARS. 1732. 577
L'Arche paroît de loin aux yeux dụ
Grand- Prêtre ; il ordonne aux Guerriers
de détourner la vûë; un nuage lumineux
la couvre , comme il arriva la premiere
fois Moïse la voulut offrir aux yeux
duPeuple.
que
Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le Camp
des Israëlites. Jephté ordonne qu'on assemble ses Guerriers sous ses Etendards
au son de la Trompette sacrée ; et c'est
dans ce pressant péril qu'il fait ce serment.
Grand Dieu , sois attentif au serment que je fais
Contre tes Ennemis , si je soûtiens ta gloire ,
Le premier qu'à mes yeux offrira mon Palais
Sera sur tes Autels le prix de ma victoire.
Je jure de te l'immoler ;
C'est à toy de choisir le sang qui doit couler
A peine le serment est - il prononcé
que le Jourdain se sépare en deux , et
forme deux remparts , au travers desquels l'armée Israëlite passe au son des
Trompettes.
Au II. Acte , le Théatre représente le
Palais de Jephté ; Ammon ouvre la Scene. Abner, son confident , l'exhorte à
mettre à profit la liberté que la Tribu
d'Ephraim vient de lui rendre , et à se
sauver
3-8 MERCURE DE FRANCE
sauver d'un lieu où il périra, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne
sçauroit quitter Iphise , fille de Jephté ,
dont il est amoureux. Iphise vient ; Am-
'mon lui déclare son amour. Eile le veut
fuïr ; il la retient ; et comme il blaspheme
contre le Dieu des Hébreux , elle lui dit :
Arrête. A l'Univers craint de servir d'exemple ;
Outrage à ton gré tes faux Dieux
Mais au Dieu d'Israël ne livre point la guerre ,
Il régit la terte et les cieux.
;
+
Et sur le Sacrilege , il lance le tonnerrè ;
Tremble , son bras vangeur , est prêt à t'im.
moler.
Elle lui ordonne de se retirer ; il lui
obéit. Iphise fait connoître dans un Monologue l'amour qu'elle sent, malgré elle,
pour Ammon; elle s'exprime ainsi :
Mes yeux , éteignez dans vos larmes
Des feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.
Tu vois mes mortelles allarmes ,
Dieu puissant , j'ai recours à toy.
Pourquoi faut-il , hélas ! que je trouve des char- : mes
Dans un fatal panchant , condamné par ta loy ?
Mes yeux , &c.
Almasie , mere d'Iphise , vient s'affliger
avec
MARS. 1732. 579
avec sa fille , d'un songe terrible qu'elle
a fait , et dans lequel elle a vû tomber
la foudre sur elle : Iphise ne doute point.
que ce ne soit un châtiment que Dieu lui
destine pour la punir de son amour pour
un Idolâtre ; elle en fait un aveu à sa
mere à la fin de la Scene. Abdon leur annonce la victoire de Jephté ; les Peuples
viennent s'en réjouir dans leur Palais. Almasie ordonne à sa Fille de présider aux
jeux , tandis qu'elle va dans le Temple
rendre graces à Dieu d'une si heureuse
victoire. Iphise lui dit qu'elle ira bientôt l'y trouver dans un même esprit de
reconnoissance envers Dieu. Un bruit de
Trompettes annonce l'arrivée de Jephté;
les Peuples se mettent en état d'aller au
devant de lui ; Iphise ne peut s'empêcher
d'y aller à son tour ; elle le fait connoître
par ces Vers qu'elle addresse à Dieu :
Je ne puis résister à mon impatience ;
Seigneur , un seul moment , je ne veux que le voir ,
Et je vole où m'appelle un plus sacré devoir.
C'est-à- dire , au Temple, où elle a promis à sa mere de l'aller joindre.
Le Théatre représente au troisiéme Ac
te une avant- court du Palais de Jephté ,
ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé
H au
$80 MERCURE DE FRANCE
un Trône.Jephté troublé de son serment,
fait retirer tous ceux qui le suivent. 11
fait entendre qu'il a vû sa Victime et
qu'il n'a osé lui prononcer l'Arrêt de sa
mort. Il ne sçait pas que cette Victime
est sa propre fille. Il se représente, en frémissant , quelle eût été la rigueur de son
sort si son Epouse ou sa fille eussent paru
les premieres à ses yeux ; on lui à dit
qu'elles sont dans le Temple , ce qui le
met dans une entiere securité ; cependant
il plaint les parens de celle qu'il a vüe
la premiere par ces Vers :
O toi que mon ame attendrie ,
A laissé sans obstacle éloigner de ces lieux ,
Quel pleurs tu vas coûter aux Auteurs de ta vie,
S'il faut que je remplisse un serment odieux !
Almasie vient; Jephté la prie d'excuser
le trouble dont elle le trouve agité ; elle
lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrives Jephté frémit en la
voyant , parce qu'il la reconnoît pour
celle qu'il a vûë la premiere ; mais de
quel coup n'est-il pas frappé quand il
entend ces mots d'Almasie!
Approchez- vous , ma fille,
. Cette situation à tiré des larmes ; voici
la fin de cette interessante Scene.
Iphise
MARS. 1732. 581
Iphise.
Votre présence m'est si chere ,
Pourquoi détournez-vous les yeux ?
Fephré.
Je devrois les fermer à la clarté des Cieux.
Iphise.
O mon pere , envers vous de quoi suis - je coupable?
Ai-je à vos yeux montré trop peu d'amour
Au bruit de votre heureux retour
J'ai volé la premiere.
Jephté.
Eh! c'est ce qui m'accable ;
Et mon malheur est confirmé.
Iphise.
Votre malheur ! Parlez ; quelle douleur vous
presse ?
Me reprochez vous ma tendresse a
Jephie.
Vous ne m'avez que trop aimé ?
Hela's !
Iphise.
Jephte.
Votre présence augmente mon supplices
Eloignez-vous.
Almasie.
Quelle est votre injustice !
Hij Jephti
•
82 MERCURE DE FRANCE
Jephte.
Otez-moi çet objet ; il me perce le cœur. &c.
La Scene entre Jephté et Almasie n'est
gueres moins interressante. Jephté lui
apprend son serment ; elle lui répond
avec transport :
Non , Dieu n'accepte pas un vœu si témeraire.
Mais pensez- vous, cruel, que nos saintes Tribus ,
Malgré vos ordres absolus ,
Ne conserveront pas une fille à sa mere?
Tout Israël lui servira de pere ,
·Puisqu'enfin vous ne l'êtes plus. &c.
Ce troisiéme Acte finit par cette leçon , que Phinée fait à Jephté , après la Fête du Couronnement.
Phinée.
“Jephté , si tu veux qu'on te craigne ,
La crainte du Seigneur doit regler tes projets.
Ce n'est pas toi , c'est Dieu qui regne ;
Sois le premier de ses Sujets.
Grave au fond de ton coeur sa parole éternelle ;
Tiens sans cesse tes yeux attachez sur sa Loy;
Dans ses sermens il est fidelle ;
Ne lui manque jamais de foy.
Ces dernieres paroles prononcées au
hazard
MA'R S. 1732. 58.3
hasard , rappellent à Jephté le fatal serment, et font finir l'Acte d'une maniere
plus interressante et plus propre à augmenter le péril.
Au quatriéme Acte , le Théatre représenteun Jardin, où Almasie a dit à sa fille
dans l'Acte précedent de l'aller attendre.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue
qui convient à sa situation.
Ruisseaux, qui serpentez sur ces fertiles bords ,
Allez loin de mes yeux répandre les trésors ,
Qu'on voit couler avec votre Onde.
Dans le cours de vos flots, l'un par l'autre chassez,
Ruisseaux , hélas ! vous me tracez ,
L'image des grandeurs du monde.
Ruisseaux , &c.
Les Bergers et les Bergeres des Rives
du Jourdain , viennent rendre hommage.
à la fille de leur nouveau Souverain , et lui
présentent les prémices de leurs Champs,
qu'elle rapporte à Dieu par ces Vers :
J'aime à voir vos soins empressez ;
Mais à l'Auteur de la Nature ,
Vos chants doivent être adressez.
Ces fruits , ces fleurs , cette verdure ,
Tout appartient à ce supréme Roy ;
Il en demande les prémices.
H iij Pour
$ 84 MERCURE DE FRANCE
J
Pour attirer sur vous des regards plus propices ,
Immolez-lui vos cœurs , c'est sa premiere Loys
Puissiez-vous dans vos Sacrifices *
Estre plus fidelle que moi !
Cetre Fête , qui est , sans contredit , l'a
plus gracieuse de la Piece , et qu'on compare , à bon droit , à celle du quatriéme
Acte de l'Opera de Roland, est interrompue par Almasie , qui après avoir fait
éloigner les Bergers , annonce à 1phise
qu'elle doit être sacrifiée. Voici comme
elle lui parle :
Par le Grand- Prêtre et par Jephté,
L'Eternel à mes yeux vient d'être consulté.
Que d'horreurs à la fois ! je tremble à te le dire.
Le Ciel gronde , l'Autel que je vois s'ébranler ,
Semble se refuser au sang qui doit couler.
Le Voile sacré se déchire ;
Le Grand-Prêtre saisi d'effroi ,
Jene un sombre regard sur ton pere et sur moi.
Vers l'Arche redoutable en tremblant il s'avanee;
Il l'interroge sur ton sort.
L'Arche garde un triste silence ,
Et ce silence est l'Arrêt de ta mort.
Iphise apprenant que són sang est le
prix de la victoire qui a sauvé le Peuple,
se
MARS. 173-2 585
se dévotie à la mort avec joye ; Almasie
sort pour aller du moins retarder le fatal
Sacrifice. Iphise refléchit sur sa triste situation par ce Monologue.
C'en est donc fait ! bientôt cette Terre, ces Cieux,
Ce Soleil , pourjamais tout se voile à mes yeux !
Malheureux un cœur qui se livre ,
Au vain bonheur qui vient s'offrir !
A peine je commence à vivre ,
Qu'il faut me résoudre à mourir.
Du comble des grandeurs dont l'éclat m'envi
ronne ,
Je cours d'un pas rapide à mes derniers instans;
Je ressemble à ces fleurs que l'Aquilon moissonne ?
Dès les premiers jours du Printemps.
Malheureux un cœur , &c.
L'Acte finit que une Scene les Con- par noisseurs trouvent la plus belle de la Piece. Ammon veut sauver Iphise ; elle refuse le secours qu'il vient lui offrir , soutenu de toute la Tribu d'Ephraïm ; le
désespoir d'Ammon qui veut perir , lui
arrache des sentimens qui Aattent l'amour dont il brule pour elle , mais elle
lui ôte toute esperance par ces Vers :
Apprens que pour sentir une fatale flamme ,
Un grand cœur n'est pas abbattu.
Hiiij L'A-
586 MERCURE DE FRANCE
L'Amour peut entrer dans une ame ,
Sans triompher de la vertu.
Ammon désesperé , lui dit qu'il entrera
dans le Temple , la vengeance à la main
elle se résout à aller se livrer à l'Autel
pour prévenir la fureur de son Amant.
Comme cet Extrait n'est déja que trop
long , nous ne dirons plus que ce qui concerne l'Action théatrale du V. Acte.
Jephté déplore sa situation , et la comparant à celle d'Abraham , il demande à
Dieu la même clémence qu'il fit autrefois éclater en faveur de ce Patriarche.
Iphise vient se livrer à l'Autel malgré le
Peuple qui veut la retenir ; la Scene envers son Pere est des plus touchantes.
Unbruit de guerre oblige Jephté à aller deffendre le Temple qu'Ammon assiege avec la Tribu d'Ephraïm. Ammon
entre dans la partie exterieure du Temple pour enlever Iphise ; elle se sauve
dans l'interieure. Ammon la suit jusques
dans le Sanctuaire , en blasphemant.
Jephté revient , l'épée à la main , et
voyant le Temple forcé , y veut entrer.
Phinée l'arrête, en lui disant, que le Dieu
des Armées n'a pas besoin du secours
d'un foible Mortel ; l'Ange Exterminateur descend dans un Globe de feu. Ammon
MARS. 1732.
587
mon par et les Rebelles font entendre
des voix mourantes qu'ils périssent tous.
•
On amene Iphise pour la sacrifier ; la
résignation de la fille , l'étonnement du
Grand-Prêtre , et la douleur du Pere et
de la Mere , font un tableau qui inspire
tout- à-la fois la pieté et la terreur. Iphise
est sauvée par une inspiration du GrandPrêtre , qui lui annonce que Dieu luj
fait grace en faveur de son repentir.
On a ajoûté une Fête en action de
grace , dont on convient que le Poëme n'avoit pas besoin pour s'assurer un succès des plus complets.
Au surplus cet Opera est executé d'une maniere à satisfaire les Spectateurs les
plus difficiles et les plus délicats. Le sieur
Chassé fait voir dans le premier Rôle ,
par l'expression de son jeu et par la fléxibilité de sa voix , qu'il est capable de
remplir avantageusement tous les Rôles
dont il voudra se charger. La Dile Antier
ne dément point la grande réputation
qu'elle s'est si justement acquise jusqu'aujourd'hui , et la Dile le Maure , dans le
Rôle d'Iphise , joint à la plus belle voix
du monde , toutes les graces , toute la
sensibilité et toute la noblesse qu'on peut
souhaiter. Tous les autres Acteurs , tant
chantans que dansans , se sont distinH v guez
588 MERCURE DE FRANCE
guez;et le sieurBlondi s'est fait un honneur
infini dans la composition d'un Balet, dont
le genre etoit inconnu à ses Prédeceseurs ;
les Diles Camargo et Salé , l'y ont secondé
avec leur legereté et leurs graces ordinaires. Nous apprenons que le succès de cet
Opera augmente de jour en jour , et le
Public se promet avec plaisir de le revoir
le Carême prochain.
la premiere Representation de Jephie,
Tragédie , tirée de l'Ecriture sainte , le
premier Jeudy de Carême ; la nouveauté
du genre en avoit rendu le succès si
douteux, qu'on ne croioit pas qu'elle pût
être jouée deux fois ; cette prévention
presque générale n'a pas tenu contre les
beautez du Poëme et de la Musique , et
M. l'Abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les Auteurs , peuvent
se vanter qu'il y a tres- peu d'Opéra que
le Public ait honoré de plus d'applaudissemens. Nos Lecteurs pourront juger du
Poëme par cet Extrait. Pour la Musique ,
les plus grands connoisseurs la trouvent
tres-digne de Lully , et on ne les contredit point.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu orné pour des Spectacles , c'està dire,
*
72 MERCURE DE FRANCE
à- dire , le Théatre même de l'Académie,
dont tous les Dieux fabuleux se sont em
parez , comme du seul Temple qui leur
reste depuis l'extinction du Paganisme :
Apollon invite Polhymnie et Terpsicore à
le seconder dans le dessein qu'il a de
maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce Théatre. Il s'exprime ainsi :
>
Vous , qu'avec Apollon , en ces lieux on adore,
Sçavante Polhymnie , aimable Terpsicore
Par vos chants , par vos jeux , secondez mes´ désirs ;
Ce Temple seul , nous reste encore ;
Faisons-y regner les plaisirs.
Les deux Muses exécutent ces ordres ;*
elles étalent , à l'envi , ce qu'elles ont de
plus flateur , pour séduire les mortels ;
mais leur regne n'est pas de longue durée; la Verité descend des Cieux , suivie
des vertus qui forment sa brillante Cour.
Elle leur parle ainsi :
Phantômes séduisans , Enfans de l'imposture
Osez-vous soûtenir ma clarté vivé et pure ›
Cachez, vous dans l'obscurité ,
Où mon brillant aspect vous plonge ;
Il est temps que la verité ,
Fasseévanouir le mensonge.
C'est
MARS. 1732. $73 .
C'est trop abuser l'Univers ;
Rentrez dans les Enfers.
Les faux Dieux , dont l'Ecriture dit :-
Dii autem Gentium dæmonia , sont forcez
de s'abîmer.
La verité expose le Sujet de la Tragédie qu'on va representer , par ces Vers
qu'elle addresse aux Vertus qui l'accompagnent.
Troupe , immortelle comme moy;
Vertus , ornez ces lieux pour un nouveau Spec tacle ;
Annoncez aux Mortels la redoutable loy,
Du Dieu seul , dont je suis l'Oracle 9.3
Retirez du Tombeau le malheureux Jephté ;,
Rappellez son vœu téméraire ;
Au soin d'instruire , ajoutez l'art de plaire
Vous pouvez adoucir votre sévérité ;
Mais qu'aucun faux brillant n'altere
La splendeur de la vérité.
Le Chœur des Vertus, Suivantes de la
Verité , l'invite à faire briller sur la Terre
sa celeste lumiere. Le Prologue finit par
cet éloge, d'autant plus beau qu'il est dans
la bouche de la Vérité même,
Un Roy qui me chérit dès l'âge le plus ten- dre ,
Bait
son
unique
soin
de marcher
sur
mes
pas.
M
$74 MERCURE DE FRANCE
Il veut qu'en ces heureux climats ,
Ma seule voix se fasse entendre.
Qu'il triomphe par moi , quand je regne par lui,
Que la terre , le ciel , qu'à l'envi tout conspires
Afaire fleurir un Empire ,
Dontje suis le plus ferme appuy.
La DileHerremens, qui remplit le Rôle
dè la Vérité , y réussit parfaitement; mais
passons à la Tragédie.
Le Théatre représente d'abord le Fleuve du Jourdain , dont les Flots séparent
l'Armée des Israëlites de celle des Ammonites.
Jephté ouvre la Scene ; il témoigne d'abort le plaisir qu'il a de revoir Maspha
sa chere Patrie , après un long exil ; la
tristesse succede à la joye quand il voit
les Etendards des Ammonites plantez sur
les bords du Jourd in.
Abdon , l'un des Officiers Généraux
de l'Armée Israëlite , lui vient ` annoncer que l'Arche sainte va paroître à la
tête des Troupes , dont on lui a donné le commandement. A cette heureuse nouvelle Jephté est transporté de joie et
rempli de confiance. C'est icy la Scene
d'exposition ; l'Auteur y apprend aux
Spectateurs des choses essentielles à sa
Piece, et qui servent de base à la situation
MARS. 1732. 57.5
tion la plus frappante ; sçavoir , qu'il n'a
point vû sa fille depuis son enfance ; et
qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura
rempli son premier devoir. Il s'exprime
ainsi :
La gloire du Seigneur, fait mon premier devoir;
Nos Tribus , mes Soldats , sont toute ma Fa- mille.
Quoi ? lui dit Abdon , l'amour ni le
sang , ne peut vous émouvoir ?
Jephte lui répond !
Dis plutôt que je me défie ,
D'un cœur trop prompt à s'attendrir ;
Non ; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,
Quand pour sauver mon Peuple , il faut vaincre ou mourir.
Le Grand Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur confirme le choix que les Hebreux ont fait
de lui , pour regner sur eux ; il lui apprend qu'Ammon , Fils du Roy des Ammonites et Prisonnier dans Maspha, a corrompu la Tribu d'Ephraim , ce qui donné lieu à un très- beau duo:
Les Guerriers Israëlites , assemblez par
l'ordre de Jephté , viennent attendre
l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté
leur annoncent les prodiges que Dieu a
faits
$76 MERCURE DE FRANCE
faits en faveur de son Peuple. Les Guerriers se mêlent à ce récit. Voicy les Vers
qui forment ce beau Chœur , qui fait
Fadmiration de tout Paris.
Phinée.
Ennemis du Maître suprême ,
Redoutez son couroux vangeur
La Terre , l'Enfer , le Ciel même
Tout tremble devant le Seigneur.
Le Chœur répete : La terre , &c.
Phinée et Fephté.
Le Jourdain retourne en arriere
Le Soleil suspend sa carriere ;
La Mer désarme sa fureur ,
En faveur d'un Peuple qu'il aime.
Le Chœur reprend : La terre , &c.
Phinée et Jephté.
La bruyante Trompette , à l'égal du Tonnerre
Brise les Murs d'airain , jette les Tours par terre ,
Et déclare Israël vainqueur ;
Elle va porter la terreur
Chez l'Idolatre qui blasphême.
Le Chœur.
La Terre , l'Enfer , le Ciel même ,
Tout tremble devant le Seigneur.
L'Arche
MARS. 1732. 577
L'Arche paroît de loin aux yeux dụ
Grand- Prêtre ; il ordonne aux Guerriers
de détourner la vûë; un nuage lumineux
la couvre , comme il arriva la premiere
fois Moïse la voulut offrir aux yeux
duPeuple.
que
Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le Camp
des Israëlites. Jephté ordonne qu'on assemble ses Guerriers sous ses Etendards
au son de la Trompette sacrée ; et c'est
dans ce pressant péril qu'il fait ce serment.
Grand Dieu , sois attentif au serment que je fais
Contre tes Ennemis , si je soûtiens ta gloire ,
Le premier qu'à mes yeux offrira mon Palais
Sera sur tes Autels le prix de ma victoire.
Je jure de te l'immoler ;
C'est à toy de choisir le sang qui doit couler
A peine le serment est - il prononcé
que le Jourdain se sépare en deux , et
forme deux remparts , au travers desquels l'armée Israëlite passe au son des
Trompettes.
Au II. Acte , le Théatre représente le
Palais de Jephté ; Ammon ouvre la Scene. Abner, son confident , l'exhorte à
mettre à profit la liberté que la Tribu
d'Ephraim vient de lui rendre , et à se
sauver
3-8 MERCURE DE FRANCE
sauver d'un lieu où il périra, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne
sçauroit quitter Iphise , fille de Jephté ,
dont il est amoureux. Iphise vient ; Am-
'mon lui déclare son amour. Eile le veut
fuïr ; il la retient ; et comme il blaspheme
contre le Dieu des Hébreux , elle lui dit :
Arrête. A l'Univers craint de servir d'exemple ;
Outrage à ton gré tes faux Dieux
Mais au Dieu d'Israël ne livre point la guerre ,
Il régit la terte et les cieux.
;
+
Et sur le Sacrilege , il lance le tonnerrè ;
Tremble , son bras vangeur , est prêt à t'im.
moler.
Elle lui ordonne de se retirer ; il lui
obéit. Iphise fait connoître dans un Monologue l'amour qu'elle sent, malgré elle,
pour Ammon; elle s'exprime ainsi :
Mes yeux , éteignez dans vos larmes
Des feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.
Tu vois mes mortelles allarmes ,
Dieu puissant , j'ai recours à toy.
Pourquoi faut-il , hélas ! que je trouve des char- : mes
Dans un fatal panchant , condamné par ta loy ?
Mes yeux , &c.
Almasie , mere d'Iphise , vient s'affliger
avec
MARS. 1732. 579
avec sa fille , d'un songe terrible qu'elle
a fait , et dans lequel elle a vû tomber
la foudre sur elle : Iphise ne doute point.
que ce ne soit un châtiment que Dieu lui
destine pour la punir de son amour pour
un Idolâtre ; elle en fait un aveu à sa
mere à la fin de la Scene. Abdon leur annonce la victoire de Jephté ; les Peuples
viennent s'en réjouir dans leur Palais. Almasie ordonne à sa Fille de présider aux
jeux , tandis qu'elle va dans le Temple
rendre graces à Dieu d'une si heureuse
victoire. Iphise lui dit qu'elle ira bientôt l'y trouver dans un même esprit de
reconnoissance envers Dieu. Un bruit de
Trompettes annonce l'arrivée de Jephté;
les Peuples se mettent en état d'aller au
devant de lui ; Iphise ne peut s'empêcher
d'y aller à son tour ; elle le fait connoître
par ces Vers qu'elle addresse à Dieu :
Je ne puis résister à mon impatience ;
Seigneur , un seul moment , je ne veux que le voir ,
Et je vole où m'appelle un plus sacré devoir.
C'est-à- dire , au Temple, où elle a promis à sa mere de l'aller joindre.
Le Théatre représente au troisiéme Ac
te une avant- court du Palais de Jephté ,
ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé
H au
$80 MERCURE DE FRANCE
un Trône.Jephté troublé de son serment,
fait retirer tous ceux qui le suivent. 11
fait entendre qu'il a vû sa Victime et
qu'il n'a osé lui prononcer l'Arrêt de sa
mort. Il ne sçait pas que cette Victime
est sa propre fille. Il se représente, en frémissant , quelle eût été la rigueur de son
sort si son Epouse ou sa fille eussent paru
les premieres à ses yeux ; on lui à dit
qu'elles sont dans le Temple , ce qui le
met dans une entiere securité ; cependant
il plaint les parens de celle qu'il a vüe
la premiere par ces Vers :
O toi que mon ame attendrie ,
A laissé sans obstacle éloigner de ces lieux ,
Quel pleurs tu vas coûter aux Auteurs de ta vie,
S'il faut que je remplisse un serment odieux !
Almasie vient; Jephté la prie d'excuser
le trouble dont elle le trouve agité ; elle
lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrives Jephté frémit en la
voyant , parce qu'il la reconnoît pour
celle qu'il a vûë la premiere ; mais de
quel coup n'est-il pas frappé quand il
entend ces mots d'Almasie!
Approchez- vous , ma fille,
. Cette situation à tiré des larmes ; voici
la fin de cette interessante Scene.
Iphise
MARS. 1732. 581
Iphise.
Votre présence m'est si chere ,
Pourquoi détournez-vous les yeux ?
Fephré.
Je devrois les fermer à la clarté des Cieux.
Iphise.
O mon pere , envers vous de quoi suis - je coupable?
Ai-je à vos yeux montré trop peu d'amour
Au bruit de votre heureux retour
J'ai volé la premiere.
Jephté.
Eh! c'est ce qui m'accable ;
Et mon malheur est confirmé.
Iphise.
Votre malheur ! Parlez ; quelle douleur vous
presse ?
Me reprochez vous ma tendresse a
Jephie.
Vous ne m'avez que trop aimé ?
Hela's !
Iphise.
Jephte.
Votre présence augmente mon supplices
Eloignez-vous.
Almasie.
Quelle est votre injustice !
Hij Jephti
•
82 MERCURE DE FRANCE
Jephte.
Otez-moi çet objet ; il me perce le cœur. &c.
La Scene entre Jephté et Almasie n'est
gueres moins interressante. Jephté lui
apprend son serment ; elle lui répond
avec transport :
Non , Dieu n'accepte pas un vœu si témeraire.
Mais pensez- vous, cruel, que nos saintes Tribus ,
Malgré vos ordres absolus ,
Ne conserveront pas une fille à sa mere?
Tout Israël lui servira de pere ,
·Puisqu'enfin vous ne l'êtes plus. &c.
Ce troisiéme Acte finit par cette leçon , que Phinée fait à Jephté , après la Fête du Couronnement.
Phinée.
“Jephté , si tu veux qu'on te craigne ,
La crainte du Seigneur doit regler tes projets.
Ce n'est pas toi , c'est Dieu qui regne ;
Sois le premier de ses Sujets.
Grave au fond de ton coeur sa parole éternelle ;
Tiens sans cesse tes yeux attachez sur sa Loy;
Dans ses sermens il est fidelle ;
Ne lui manque jamais de foy.
Ces dernieres paroles prononcées au
hazard
MA'R S. 1732. 58.3
hasard , rappellent à Jephté le fatal serment, et font finir l'Acte d'une maniere
plus interressante et plus propre à augmenter le péril.
Au quatriéme Acte , le Théatre représenteun Jardin, où Almasie a dit à sa fille
dans l'Acte précedent de l'aller attendre.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue
qui convient à sa situation.
Ruisseaux, qui serpentez sur ces fertiles bords ,
Allez loin de mes yeux répandre les trésors ,
Qu'on voit couler avec votre Onde.
Dans le cours de vos flots, l'un par l'autre chassez,
Ruisseaux , hélas ! vous me tracez ,
L'image des grandeurs du monde.
Ruisseaux , &c.
Les Bergers et les Bergeres des Rives
du Jourdain , viennent rendre hommage.
à la fille de leur nouveau Souverain , et lui
présentent les prémices de leurs Champs,
qu'elle rapporte à Dieu par ces Vers :
J'aime à voir vos soins empressez ;
Mais à l'Auteur de la Nature ,
Vos chants doivent être adressez.
Ces fruits , ces fleurs , cette verdure ,
Tout appartient à ce supréme Roy ;
Il en demande les prémices.
H iij Pour
$ 84 MERCURE DE FRANCE
J
Pour attirer sur vous des regards plus propices ,
Immolez-lui vos cœurs , c'est sa premiere Loys
Puissiez-vous dans vos Sacrifices *
Estre plus fidelle que moi !
Cetre Fête , qui est , sans contredit , l'a
plus gracieuse de la Piece , et qu'on compare , à bon droit , à celle du quatriéme
Acte de l'Opera de Roland, est interrompue par Almasie , qui après avoir fait
éloigner les Bergers , annonce à 1phise
qu'elle doit être sacrifiée. Voici comme
elle lui parle :
Par le Grand- Prêtre et par Jephté,
L'Eternel à mes yeux vient d'être consulté.
Que d'horreurs à la fois ! je tremble à te le dire.
Le Ciel gronde , l'Autel que je vois s'ébranler ,
Semble se refuser au sang qui doit couler.
Le Voile sacré se déchire ;
Le Grand-Prêtre saisi d'effroi ,
Jene un sombre regard sur ton pere et sur moi.
Vers l'Arche redoutable en tremblant il s'avanee;
Il l'interroge sur ton sort.
L'Arche garde un triste silence ,
Et ce silence est l'Arrêt de ta mort.
Iphise apprenant que són sang est le
prix de la victoire qui a sauvé le Peuple,
se
MARS. 173-2 585
se dévotie à la mort avec joye ; Almasie
sort pour aller du moins retarder le fatal
Sacrifice. Iphise refléchit sur sa triste situation par ce Monologue.
C'en est donc fait ! bientôt cette Terre, ces Cieux,
Ce Soleil , pourjamais tout se voile à mes yeux !
Malheureux un cœur qui se livre ,
Au vain bonheur qui vient s'offrir !
A peine je commence à vivre ,
Qu'il faut me résoudre à mourir.
Du comble des grandeurs dont l'éclat m'envi
ronne ,
Je cours d'un pas rapide à mes derniers instans;
Je ressemble à ces fleurs que l'Aquilon moissonne ?
Dès les premiers jours du Printemps.
Malheureux un cœur , &c.
L'Acte finit que une Scene les Con- par noisseurs trouvent la plus belle de la Piece. Ammon veut sauver Iphise ; elle refuse le secours qu'il vient lui offrir , soutenu de toute la Tribu d'Ephraïm ; le
désespoir d'Ammon qui veut perir , lui
arrache des sentimens qui Aattent l'amour dont il brule pour elle , mais elle
lui ôte toute esperance par ces Vers :
Apprens que pour sentir une fatale flamme ,
Un grand cœur n'est pas abbattu.
Hiiij L'A-
586 MERCURE DE FRANCE
L'Amour peut entrer dans une ame ,
Sans triompher de la vertu.
Ammon désesperé , lui dit qu'il entrera
dans le Temple , la vengeance à la main
elle se résout à aller se livrer à l'Autel
pour prévenir la fureur de son Amant.
Comme cet Extrait n'est déja que trop
long , nous ne dirons plus que ce qui concerne l'Action théatrale du V. Acte.
Jephté déplore sa situation , et la comparant à celle d'Abraham , il demande à
Dieu la même clémence qu'il fit autrefois éclater en faveur de ce Patriarche.
Iphise vient se livrer à l'Autel malgré le
Peuple qui veut la retenir ; la Scene envers son Pere est des plus touchantes.
Unbruit de guerre oblige Jephté à aller deffendre le Temple qu'Ammon assiege avec la Tribu d'Ephraïm. Ammon
entre dans la partie exterieure du Temple pour enlever Iphise ; elle se sauve
dans l'interieure. Ammon la suit jusques
dans le Sanctuaire , en blasphemant.
Jephté revient , l'épée à la main , et
voyant le Temple forcé , y veut entrer.
Phinée l'arrête, en lui disant, que le Dieu
des Armées n'a pas besoin du secours
d'un foible Mortel ; l'Ange Exterminateur descend dans un Globe de feu. Ammon
MARS. 1732.
587
mon par et les Rebelles font entendre
des voix mourantes qu'ils périssent tous.
•
On amene Iphise pour la sacrifier ; la
résignation de la fille , l'étonnement du
Grand-Prêtre , et la douleur du Pere et
de la Mere , font un tableau qui inspire
tout- à-la fois la pieté et la terreur. Iphise
est sauvée par une inspiration du GrandPrêtre , qui lui annonce que Dieu luj
fait grace en faveur de son repentir.
On a ajoûté une Fête en action de
grace , dont on convient que le Poëme n'avoit pas besoin pour s'assurer un succès des plus complets.
Au surplus cet Opera est executé d'une maniere à satisfaire les Spectateurs les
plus difficiles et les plus délicats. Le sieur
Chassé fait voir dans le premier Rôle ,
par l'expression de son jeu et par la fléxibilité de sa voix , qu'il est capable de
remplir avantageusement tous les Rôles
dont il voudra se charger. La Dile Antier
ne dément point la grande réputation
qu'elle s'est si justement acquise jusqu'aujourd'hui , et la Dile le Maure , dans le
Rôle d'Iphise , joint à la plus belle voix
du monde , toutes les graces , toute la
sensibilité et toute la noblesse qu'on peut
souhaiter. Tous les autres Acteurs , tant
chantans que dansans , se sont distinH v guez
588 MERCURE DE FRANCE
guez;et le sieurBlondi s'est fait un honneur
infini dans la composition d'un Balet, dont
le genre etoit inconnu à ses Prédeceseurs ;
les Diles Camargo et Salé , l'y ont secondé
avec leur legereté et leurs graces ordinaires. Nous apprenons que le succès de cet
Opera augmente de jour en jour , et le
Public se promet avec plaisir de le revoir
le Carême prochain.
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Résumé : Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique présenta 'Jephte', une tragédie biblique, le premier jeudi de Carême. Malgré des doutes initiaux, l'œuvre fut acclamée pour la qualité de son poème et de sa musique, respectivement écrits par l'abbé Pellegrin et M. de Montéclair. Le prologue met en scène Apollon, Polhymnie et Terpsichore, interrompus par la Vérité et ses vertus, qui condamnent les faux dieux et annoncent le sujet de la tragédie. La pièce commence avec Jephté, qui exprime sa joie de revoir sa patrie, Maspha, mais sa tristesse en voyant les étendards des Ammonites. Abdon, un officier, lui annonce l'arrivée de l'Arche sainte. Jephté, déterminé à sauver son peuple, refuse de voir sa fille avant la bataille. Le Grand Prêtre Phinée confirme son choix et révèle la corruption de la tribu d'Éphraïm par Ammon. Les guerriers israéliens, inspirés par les prodiges de Dieu, se préparent au combat. Jephté fait un serment solennel, promettant d'immoler le premier être vivant qu'il verra à son retour. Dans le deuxième acte, Ammon, prisonnier, exprime son amour pour Iphise, la fille de Jephté. Iphise, déchirée entre son amour et sa loyauté envers Dieu, prie pour être délivrée de ses sentiments. Almasie, la mère d'Iphise, partage son inquiétude après un rêve prémonitoire. La victoire de Jephté est annoncée, et Iphise se rend au temple pour remercier Dieu. Le troisième acte montre Jephté troublé par son serment. Il voit Iphise, qu'il reconnaît comme la première personne qu'il a vue à son retour, et est accablé par la nécessité de l'immoler. Almasie et Iphise tentent de le réconforter, mais Jephté est déchiré entre son devoir et son amour paternel. Phinée rappelle à Jephté que ses actions doivent être guidées par la crainte de Dieu. Dans le quatrième acte, Iphise attend dans un jardin, exprimant sa détresse. Des bergers et bergères lui rendent hommage, et elle leur rappelle de louer Dieu pour leurs récoltes. La pièce se conclut sur cette note de dévotion et de sacrifice. Dans la scène suivante, Almasie annonce à Iphise qu'elle doit être sacrifiée. Le Grand-Prêtre, après avoir consulté l'Éternel, décide que le sang d'Iphise est le prix de la victoire. Iphise accepte son destin avec joie, tandis qu'Almasie tente de retarder le sacrifice. Iphise exprime sa tristesse et son acceptation de la mort dans un monologue. Ammon, amoureux d'Iphise, tente de la sauver, mais elle refuse son aide, affirmant que l'amour ne peut triompher de la vertu. Ammon, désespéré, menace de se venger. Dans le cinquième acte, Jephté déplore sa situation et demande clémence à Dieu. Iphise se livre à l'autel malgré les tentatives du peuple de la retenir. Une bataille éclate entre Ammon et Jephté, et Ammon est finalement vaincu par l'Ange Exterminateur. Iphise est amenée pour le sacrifice, mais elle est sauvée grâce à une inspiration du Grand-Prêtre, qui annonce que Dieu lui fait grâce en faveur de son repentir. L'opéra fut exécuté avec succès, avec des performances remarquables des acteurs, notamment Chassé, Dile Antier, et Dile le Maure dans le rôle d'Iphise. Le ballet, composé par le sieur Blondi, fut également salué pour son originalité et l'exécution des danseurs comme Camargo et Salé. Le public apprécia l'opéra et se promit de le revoir.
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5
p. 588-589
Offre des Comédiens François à l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Début :
Le Lundi troisiéme Mars, sept Députez des Comédiens François ayant [...]
Mots clefs :
Académie française, Comédiens-Français, Offre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Offre des Comédiens François à l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Le Lundi troisiéme Mars , sept Députez des
Comédiens François ayant fait avertir l'Académie , qu'ils étoient dans son Anti- Chambre et
qu'ils souhaitoient lui parler , elle les reçut de
la maniere qu'elle a coûtume de recevoir les Etrangers qui ont quelque chose à lui proposer. Les
Députez étant assis , M. Quinault l'aîné dit :
MESSIEURS
Il y a long-temps que nous desirions faire la dé- marche que nous faisons. La crainte d'un refus
nous à retenus jusqu'à present , mais aujourd'hui
que nous apprenons que vous ne dédaignerez pas
d'accepter l'entrée de notre Spectacle , nous venons
vous l'offrir. En l'acceptant vous nous honorerez
infinimen . Il ne nous reste plus , Messieurs , qu'a
vous supplier de nous venir entendre le plus souvent
qu'il vous sera possible et de nous faire part de vos lumieres dans les occasions où nous aurons besoin.
des secours d'une Compagnie aussi illustre et aussi
respectable que la vôtre.
L'Académicien qui ce jour-là présidoit à la
Compagnie , leur répondit, qu'elle entendoit avec
plaisir leur Compliment , qui passeroit dans be 1 monde
MARS, 1732. 589
monde pourune marque de leur reconnoissance;
que le progrès des Arts qu'elle cultive , a beaucoup contribué à la perfection où ils ont porté
leur Profession ; que les bons Acteurs font valoir les bonnes Pieces , mais que ce sont les bonnes Pieces qui forment les bons Acteurs , et que
la plus ancienne des Tragédies qui sont demeurées
au Théatre , est le Cid , qui parut peu de temps
après l'établissement de l'Académie Françoise."
Que ce sont les Ouvrages du grand Corneille
de Racine et de plusieurs autres Académiciens
qui ont fait changer de face au Théatre François,
assez grossier auparavant ; que depuis ce tempslà notre Scene s'est rendue digne de l'attention
des Etrangers mêmes , et qu'on voit en Allemagne et en d'autres Pays encore plus éloignez , des
Théatres François plus fréquentez , que ceux où
l'on représente des Pieces composées dans la Lan- gue vulgaire du lieu.
Celui qui présidoit à l'Académie finit son Discours, en disant , qu'au reste elle rendroit compte
aa Roy, son Protecteur , de l'offre obligeante qui lui étoit faite.
La réponse du Roy à l'Académie , a été que
S. M. trouvoit bon qu'elle acceptât l'offre des Comédiens François..
Comédiens François ayant fait avertir l'Académie , qu'ils étoient dans son Anti- Chambre et
qu'ils souhaitoient lui parler , elle les reçut de
la maniere qu'elle a coûtume de recevoir les Etrangers qui ont quelque chose à lui proposer. Les
Députez étant assis , M. Quinault l'aîné dit :
MESSIEURS
Il y a long-temps que nous desirions faire la dé- marche que nous faisons. La crainte d'un refus
nous à retenus jusqu'à present , mais aujourd'hui
que nous apprenons que vous ne dédaignerez pas
d'accepter l'entrée de notre Spectacle , nous venons
vous l'offrir. En l'acceptant vous nous honorerez
infinimen . Il ne nous reste plus , Messieurs , qu'a
vous supplier de nous venir entendre le plus souvent
qu'il vous sera possible et de nous faire part de vos lumieres dans les occasions où nous aurons besoin.
des secours d'une Compagnie aussi illustre et aussi
respectable que la vôtre.
L'Académicien qui ce jour-là présidoit à la
Compagnie , leur répondit, qu'elle entendoit avec
plaisir leur Compliment , qui passeroit dans be 1 monde
MARS, 1732. 589
monde pourune marque de leur reconnoissance;
que le progrès des Arts qu'elle cultive , a beaucoup contribué à la perfection où ils ont porté
leur Profession ; que les bons Acteurs font valoir les bonnes Pieces , mais que ce sont les bonnes Pieces qui forment les bons Acteurs , et que
la plus ancienne des Tragédies qui sont demeurées
au Théatre , est le Cid , qui parut peu de temps
après l'établissement de l'Académie Françoise."
Que ce sont les Ouvrages du grand Corneille
de Racine et de plusieurs autres Académiciens
qui ont fait changer de face au Théatre François,
assez grossier auparavant ; que depuis ce tempslà notre Scene s'est rendue digne de l'attention
des Etrangers mêmes , et qu'on voit en Allemagne et en d'autres Pays encore plus éloignez , des
Théatres François plus fréquentez , que ceux où
l'on représente des Pieces composées dans la Lan- gue vulgaire du lieu.
Celui qui présidoit à l'Académie finit son Discours, en disant , qu'au reste elle rendroit compte
aa Roy, son Protecteur , de l'offre obligeante qui lui étoit faite.
La réponse du Roy à l'Académie , a été que
S. M. trouvoit bon qu'elle acceptât l'offre des Comédiens François..
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Résumé : Offre des Comédiens François à l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Le 3 mars, sept députés des Comédiens Français rencontrèrent l'Académie Française pour proposer une collaboration. M. Quinault l'aîné exprima le désir des comédiens de travailler avec l'Académie et sollicita son soutien. L'académicien président accueillit favorablement cette initiative, soulignant que le progrès des arts avait perfectionné la profession des comédiens. Il cita 'Le Cid' de Corneille comme exemple de pièce encore jouée et mentionna l'impact des œuvres de Corneille, Racine et d'autres académiciens sur le théâtre français. Le président conclut en annonçant que l'Académie informerait le roi de cette offre, qui reçut une réponse favorable.
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