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1
p. 151-160
Mariages, [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous aprendre dans ma Lettre de Janvier, [...]
Mots clefs :
Comte de Vienne, Duc, Fils, Chevalier, Intendant des finances, Mariage, Mademoiselle , Comte de Saint-Chaumont, Fille, Héritière, Conseillers d'État, Marquis, Abbé, Mademoiselle le Prestre, Épouser
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texteReconnaissance textuelle : Mariages, [titre d'après la table]
Jay oublié de vous aprendre
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
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Résumé : Mariages, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs mariages et alliances au sein de l'aristocratie française. M. le Comte de Vienne, frère du Duc de la Vieuville, a épousé Mademoiselle de Saint-Chaumont. Cette dernière est la fille de Henry Mitte de Chevrières et de Charlotte Suzanne de Gramont, sœur du Duc et Maréchal de Gramont. Mademoiselle de Saint-Chaumont est une riche héritière reconnue pour son mérite et sa naissance. La Maison de Mitte Chevrières et Saint-Chaumont, située dans le Lyonnois, a produit des figures notables. Jean Mitte, seigneur de Miolans et de Chevrières, fut le père de Jacques Mitte, lieutenant général au gouvernement du Lyonnois, anobli par le roi Henri IV en 1598. Jacques Mitte épousa Gabrielle de Saint-Chaumont, puis Gabrielle de Guadagne. De son premier mariage, il eut Melchior Mitte de Miolans, marquis de Saint-Chaumont, ambassadeur extraordinaire à Rome et chevalier des Ordres du roi en 1619. Melchior Mitte de Miolans eut plusieurs enfants, dont Henry, marquis de Saint-Chaumont et père de Mademoiselle de Saint-Chaumont, récemment mariée. Le texte mentionne également d'autres mariages, comme celui de M. de Saint-Vrain, conseiller à la Cour des Aides, avec Mademoiselle Bourgoin, fille de M. Bourgoin, maître des Comptes. De plus, Mademoiselle le Prestre, fille aînée du Président le Prestre, s'est mariée avec M. Gaignon, comte de Villaines, allié à plusieurs familles illustres du Maine. La famille le Prestre est décrite comme l'une des plus considérables de Paris, avec de nombreuses alliances prestigieuses.
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2
p. 1831-1834
MORTS, NAISSANCES,
Début :
Dame Louise-Therese de Barbançon, mourut à Blois, le 26. May dernier, [...]
Mots clefs :
Héritière, Commandeur de l'Ordre de Saint Louis, Commandement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES,
MORTS , NAISSANCES ,
Ame Louise -Therese de Barbançon,
mourut à Blois , le 26. May dernier,
âgée de 28. ans. Elle étoit seule heritiere
de la Branche des Barbançon du Moulin
Maison qui tire son origine des anciens
Comtes de Flandres. Elle étoit Epouse de
Jacques Savare , Ecuyer , Seigneur de
Charloy , cy- devant Mousquetaire du
Roi , et Ecuyer de feüe Madame la Duchesse
de Berry ..
Le 4. de ce mois , Dame Marie- Geneviéve
Routtier , Epouse de M. Jean- Jacques
Dubergier, Chevalier , Seigneur des
Salles et de Montaumere , mourut à Paris
, âgée de 74. ans.
François - Cesar de Roucy , Chevalier ,
Comte de Sissonne, mourut les Juillet,
âgé de 74. ans.
Dame Catherine Cheveret , veuve da
M. Florant de Cossart , Chevalier , Marquis
Despieds , et Epouse de M. Nicolas-
Louis Grosteste , Chevalier , Seigneur de
Jouy , &c. Commandeur de l'Ordre de
S. Louis , Maréchal des Camps et Armées
du Roi , mourut le 11. Juillet , âgée d'environ
78. ans.
1832 MERCURE DE FRANCE
Charles-François d'Albert Dailly, Duc
de Picquigny , Pair de France , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevaux
Legers de la Garde ordinaire du Roi ,
et Colonel d'un Régiment d'Infanterie
mourut à Paris le 14. Juillet , âgé de
près de 24. ans.
Il laisse une fille de son Mariage avec
N.de Courcillon , Le Roi a donné au Duc
de Chaulnes , son pere, la Charge de Capitaine-
Lieutenant des Chevaux- Legers de
la Garde , à qui au mois d'Avril 1729.
S. M. en avoit conservé le commandement
pour six ans , Il reste encore un fils
au Duc de Chaulnes , qui avoit embrassé
l'Etat Ecclesiastique.
Au Duc de Chaulnes , sur la Mort du Duc
de Pequigny.
STANCES.
Pequigny n'est donc plus qu'un amas de poussiere
,
Et ce Heros naissant disparoît à nos yeux ;
Les larmes de l'Epouse et les vertus du Pere ,
N'ont pu fléchir les Cieux.
La Nature et l'amour observent le silence ,
Leurs regards mutuels expriment la douleur,
La raison rougiroit d'avoir de l'Eloquence ,
Dans un si grand malheur.
De
JUILLET. 1833 1731 .
De Chaulnes , pour ton coeur le moment est critique
,
Contre de pareils coups la valeur n'offre rien ,
Mais ce qui troubleroit l'ame la plus stoïque ,
Releve le Chrétien .
Souviens- toi d'Abraham et de son Sacrifice ,
Prêt d'immoler son fils , il étendit le bras.
La Nature en frémit , et sans l'Ange propice ,
Il ne balançoit pas.
Le Dieu qui t'a frappé , veut de l'obéïssance ;
La Foi doit soutenir ton courage abbatu :
Raison, Nature, amour, que peut votre puissance,
Contre tant de vertu.
Dame Therese de Lambert , veuve de
Louis de Beaupoil , Comte de S. Aulaire,
Seigneur de la Porcherie et de la Grenellerie
, Maréchal des Camps et Armées du
Roi , Colonel du Régiment d'Anguien ,
mourut le 14. Juillet, âgée de 52. ans environ
.
Louis de Montesquiou d'Artagnan, Abbé
Commandataire des Abbayes de Sortes
et de Marzan , mourut le 17. Juillet , âgé
de 82. ans.
Le 24. D. Aimée - Therese - Catherine de
Dreux de Nancré , Epouse de Joachim-
Ignace
1834 MERCURE DE FRANCE
L
Ignace de Berrenechea , Ambassadeur
Plénipotentiaire du Roi d'Espagne auprès
du Roi , pour le Congrès de Soissons
mourut , âgée d'environ 28. ans.
Le même jour , Louis l'Heritier , Ecuyer,
Secretaire du Roi , mourut , âgé de 69 .
ans ou environ .
D.Charlotte-Sophie de Sonning, Epouse
de M.Guy Etienne- Alexandre de Faoucq,
Chevalier , Marquis de Grenetot , Mestre
de Camp de Cavalerie , Sous Lieutenant
des Chevaux - Legers de Bretagne , accoucha
le 14 Juin d'une fille qui fut tenuë
sur les Fonts , et nommée Marie- Louise-
Sophie , par Louis - Auguste de Sonning ,
Chevalier , Conseiller du Roi , et Receveur
General des Finances de la Generalité
de Paris , et par D. Marie-Louise du
Moulley , Epouse de M. Guy de Faoucq,
Chevalier , Marquis de Grenetot.
Ame Louise -Therese de Barbançon,
mourut à Blois , le 26. May dernier,
âgée de 28. ans. Elle étoit seule heritiere
de la Branche des Barbançon du Moulin
Maison qui tire son origine des anciens
Comtes de Flandres. Elle étoit Epouse de
Jacques Savare , Ecuyer , Seigneur de
Charloy , cy- devant Mousquetaire du
Roi , et Ecuyer de feüe Madame la Duchesse
de Berry ..
Le 4. de ce mois , Dame Marie- Geneviéve
Routtier , Epouse de M. Jean- Jacques
Dubergier, Chevalier , Seigneur des
Salles et de Montaumere , mourut à Paris
, âgée de 74. ans.
François - Cesar de Roucy , Chevalier ,
Comte de Sissonne, mourut les Juillet,
âgé de 74. ans.
Dame Catherine Cheveret , veuve da
M. Florant de Cossart , Chevalier , Marquis
Despieds , et Epouse de M. Nicolas-
Louis Grosteste , Chevalier , Seigneur de
Jouy , &c. Commandeur de l'Ordre de
S. Louis , Maréchal des Camps et Armées
du Roi , mourut le 11. Juillet , âgée d'environ
78. ans.
1832 MERCURE DE FRANCE
Charles-François d'Albert Dailly, Duc
de Picquigny , Pair de France , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevaux
Legers de la Garde ordinaire du Roi ,
et Colonel d'un Régiment d'Infanterie
mourut à Paris le 14. Juillet , âgé de
près de 24. ans.
Il laisse une fille de son Mariage avec
N.de Courcillon , Le Roi a donné au Duc
de Chaulnes , son pere, la Charge de Capitaine-
Lieutenant des Chevaux- Legers de
la Garde , à qui au mois d'Avril 1729.
S. M. en avoit conservé le commandement
pour six ans , Il reste encore un fils
au Duc de Chaulnes , qui avoit embrassé
l'Etat Ecclesiastique.
Au Duc de Chaulnes , sur la Mort du Duc
de Pequigny.
STANCES.
Pequigny n'est donc plus qu'un amas de poussiere
,
Et ce Heros naissant disparoît à nos yeux ;
Les larmes de l'Epouse et les vertus du Pere ,
N'ont pu fléchir les Cieux.
La Nature et l'amour observent le silence ,
Leurs regards mutuels expriment la douleur,
La raison rougiroit d'avoir de l'Eloquence ,
Dans un si grand malheur.
De
JUILLET. 1833 1731 .
De Chaulnes , pour ton coeur le moment est critique
,
Contre de pareils coups la valeur n'offre rien ,
Mais ce qui troubleroit l'ame la plus stoïque ,
Releve le Chrétien .
Souviens- toi d'Abraham et de son Sacrifice ,
Prêt d'immoler son fils , il étendit le bras.
La Nature en frémit , et sans l'Ange propice ,
Il ne balançoit pas.
Le Dieu qui t'a frappé , veut de l'obéïssance ;
La Foi doit soutenir ton courage abbatu :
Raison, Nature, amour, que peut votre puissance,
Contre tant de vertu.
Dame Therese de Lambert , veuve de
Louis de Beaupoil , Comte de S. Aulaire,
Seigneur de la Porcherie et de la Grenellerie
, Maréchal des Camps et Armées du
Roi , Colonel du Régiment d'Anguien ,
mourut le 14. Juillet, âgée de 52. ans environ
.
Louis de Montesquiou d'Artagnan, Abbé
Commandataire des Abbayes de Sortes
et de Marzan , mourut le 17. Juillet , âgé
de 82. ans.
Le 24. D. Aimée - Therese - Catherine de
Dreux de Nancré , Epouse de Joachim-
Ignace
1834 MERCURE DE FRANCE
L
Ignace de Berrenechea , Ambassadeur
Plénipotentiaire du Roi d'Espagne auprès
du Roi , pour le Congrès de Soissons
mourut , âgée d'environ 28. ans.
Le même jour , Louis l'Heritier , Ecuyer,
Secretaire du Roi , mourut , âgé de 69 .
ans ou environ .
D.Charlotte-Sophie de Sonning, Epouse
de M.Guy Etienne- Alexandre de Faoucq,
Chevalier , Marquis de Grenetot , Mestre
de Camp de Cavalerie , Sous Lieutenant
des Chevaux - Legers de Bretagne , accoucha
le 14 Juin d'une fille qui fut tenuë
sur les Fonts , et nommée Marie- Louise-
Sophie , par Louis - Auguste de Sonning ,
Chevalier , Conseiller du Roi , et Receveur
General des Finances de la Generalité
de Paris , et par D. Marie-Louise du
Moulley , Epouse de M. Guy de Faoucq,
Chevalier , Marquis de Grenetot.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES,
Le texte relate divers décès et naissances survenus entre 1731 et 1734. En 1731, plusieurs personnalités notables sont décédées, dont Ame Louise-Thérèse de Barbançon, âgée de 28 ans, héritière des Barbançon du Moulin et épouse de Jacques Savare. Dame Marie-Geneviève Routtier, épouse de Jean-Jacques Dubergier, est morte à Paris à 74 ans. François-César de Roucy, chevalier et comte de Sissonne, est décédé à 74 ans. Dame Catherine Cheveret, veuve de Florant de Cossart et épouse de Nicolas-Louis Grosteste, est morte à environ 78 ans. Charles-François d'Albert Dailly, duc de Picquigny et pair de France, est mort à près de 24 ans, laissant une fille et un fils. Dame Thérèse de Lambert, veuve de Louis de Beaupoil, est décédée à environ 52 ans. Louis de Montesquiou d'Artagnan, abbé commandataire, est mort à 82 ans. Dame Aimée-Thérèse-Catherine de Dreux de Nancré, épouse de Joachim-Ignace de Berrenechea, est décédée à environ 28 ans. Louis l'Héritier, écuyer et secrétaire du roi, est mort à environ 69 ans. En 1734, Dame Charlotte-Sophie de Sonning, épouse de Guy Étienne-Alexandre de Faoucq, a accouché d'une fille nommée Marie-Louise-Sophie.
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3
p. 162-167
De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Début :
Les circonstances de l'événement qui s'est passé dans la Forteresse [...]
Mots clefs :
Forteresse, Décès, Prince, Impératrice, Manifeste, Catherine II, Sujets, Couronne, Décrets, Héritière, Légitime, Actions justes, Compassion, Caractère, Officiers, Trouble, Récompense, Scélérat, Serment de fidélité, Patrie, Attaque, Providence, Ennemis, Révolte, Commandant, Crime, Lieutenant, Synode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
De PETERSBOURG , le 28 Août 1764.
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Le 28 août 1764, Catherine II publie un manifeste concernant la mort du Prince Iwan, également connu sous le nom de Prince Jean. À son avènement, Catherine apprend que le Prince Jean, fils du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel et de la Princesse Anne de Mecklenbourg, avait été illégitimement désigné pour porter la Couronne Impériale de Russie, mais avait été exclu par la Providence. Le sceptre revint alors à Élisabeth, fille de Pierre le Grand. Catherine décide d'adoucir le sort du Prince Jean, qu'elle trouve dépourvu d'esprit et de raison. Elle lui assure une vie tranquille et lui attribue une garde sûre composée du Capitaine Wlassieff et du Lieutenant Tischekin. Malgré ces précautions, un sous-lieutenant du régiment de Smolensko, Basile Miranowitz, tente de s'emparer du Prince pour faire fortune. Lors de cette tentative, les officiers préfèrent tuer le Prince pour éviter un bain de sang. Miranowitz, face au corps sans vie du Prince, reconnaît son erreur et se repent. Les officiers rétablissent l'ordre et informent le Sénateur Panin. Catherine ordonne une enquête dirigée par le Lieutenant-Général Weymarn, qui remet les preuves et les aveux du scélérat. L'affaire est ensuite confiée au Sénat et au Synode pour jugement selon les lois de l'Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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