Résultats : 21772 texte(s)
Détail
Liste
4751
p. 1784-1786
SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
Début :
A l'ombre de ce Hêtre, [...]
Mots clefs :
Berger, Printemps, Cœurs, Amant, Candeur, Froideur
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texteReconnaissance textuelle : SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
SUR LE RETOUR
A
DU PRINTEMPS ,
COUPLETS ,
A Mademoiselle D.. L..
L'ombre de ce Hêtre ,
Un Berger d'alentour ,
Sur sa Flute champêtre ,
Fredonnoit l'autre jour ;
Doux Printemps , ta naissance ,
fait naître mille ardeurs ,
» Et ta seule présence ,
Ranime tous les coeurs..
La
Juille
Vivement.
* 2
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
ARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
JUILLET. 1731. 1785
La Chanson se répete ,
Belise enfin l'entend :
Elle accourt , et seulette ,
Vient trouver son Amant :
La Candeur , l'Innocence "
Accompagnent ses pas ;
Mais un air d'indolence ,
Relevé ses appas.
D'une subite flâme
Le Berger transporté ,
2.
Rappelle dans son ame ,
En vain la liberté :
Il se trouble , il chancelle
Il pousse des soupirs ;
Et les yeux de la Belle ,
Irritent ses desirs .
Bergere , qui t'amene ,
Lui dit-il , dans ces lieux ?
Viens- tu finir la peine ,
Que causent tes beaux yeux ?
Voi , dessous ton Empire ,
Ce que souffre mon coeur ;
Songe que mon Martire ,
Condamne ta froideur.
Depuis
1786 MERCURE DE FRANCE
Depuis maintes années ,
Je languis près de toi ,
Bornant mes destinées ,
A vivre sous ta loi ;
Mais toujours inhumaine ,
Et rebelle à mes feux.
Tu te ris de ma peine ,
Tu méprises mes voeux .
諾
A ce tendre reproche ,
Bélise se rendit ;
Son coeur toûjours de roche ,
En vain se deffendit ;
Ah ! c'en est trop , dit-elle ,
Amour est mon vainqueur ,
Reçoi , Berger fidele ,
Le prix de ton ardeur
Ε Ν Τ Ο Υ.
Imitons , Eulalie ,
Leur conduite en ce jour ;
Aimons , mais sans folie ;
Suivons le Dieu d'Amour.
L'amitié qui nous presse ,
A des charmes plus doux ;
C'est Vertu , c'est Sagesse ,
De ceder à ses coups .
Par M. N. C.
A
DU PRINTEMPS ,
COUPLETS ,
A Mademoiselle D.. L..
L'ombre de ce Hêtre ,
Un Berger d'alentour ,
Sur sa Flute champêtre ,
Fredonnoit l'autre jour ;
Doux Printemps , ta naissance ,
fait naître mille ardeurs ,
» Et ta seule présence ,
Ranime tous les coeurs..
La
Juille
Vivement.
* 2
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
ARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
JUILLET. 1731. 1785
La Chanson se répete ,
Belise enfin l'entend :
Elle accourt , et seulette ,
Vient trouver son Amant :
La Candeur , l'Innocence "
Accompagnent ses pas ;
Mais un air d'indolence ,
Relevé ses appas.
D'une subite flâme
Le Berger transporté ,
2.
Rappelle dans son ame ,
En vain la liberté :
Il se trouble , il chancelle
Il pousse des soupirs ;
Et les yeux de la Belle ,
Irritent ses desirs .
Bergere , qui t'amene ,
Lui dit-il , dans ces lieux ?
Viens- tu finir la peine ,
Que causent tes beaux yeux ?
Voi , dessous ton Empire ,
Ce que souffre mon coeur ;
Songe que mon Martire ,
Condamne ta froideur.
Depuis
1786 MERCURE DE FRANCE
Depuis maintes années ,
Je languis près de toi ,
Bornant mes destinées ,
A vivre sous ta loi ;
Mais toujours inhumaine ,
Et rebelle à mes feux.
Tu te ris de ma peine ,
Tu méprises mes voeux .
諾
A ce tendre reproche ,
Bélise se rendit ;
Son coeur toûjours de roche ,
En vain se deffendit ;
Ah ! c'en est trop , dit-elle ,
Amour est mon vainqueur ,
Reçoi , Berger fidele ,
Le prix de ton ardeur
Ε Ν Τ Ο Υ.
Imitons , Eulalie ,
Leur conduite en ce jour ;
Aimons , mais sans folie ;
Suivons le Dieu d'Amour.
L'amitié qui nous presse ,
A des charmes plus doux ;
C'est Vertu , c'est Sagesse ,
De ceder à ses coups .
Par M. N. C.
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Résumé : SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS, COUPLETS, A Mademoiselle D.. L..
Le poème 'Sur le retour du printemps' est adressé à Mademoiselle D.. L.. Il décrit un berger jouant de la flûte sous un hêtre, célébrant le printemps et ses effets sur les cœurs. La jeune femme Belise, attirée par la musique, rejoint son amant. La présence de Belise trouble le berger, qui exprime sa passion et son martyre. Belise, d'abord résistante, finit par céder aux avances du berger. Le poème se conclut par une exhortation à imiter cet amour modéré et à privilégier l'amitié, présentée comme plus sage et vertueuse. Le texte est daté de juillet 1731 et mentionne des fondations de la New York Public Library ainsi que le Mercure de France en 1786.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4752
p. 163-167
ENIGME.
Début :
De deux differentes matieres [...]
Mots clefs :
Râpe à tabac
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
DE deux différentes
matkres•
Mon corps est souvent
composé,
De. cruelles dents heriss黕
L'un briseroit jusqu'aux pierres,
L'autresuivant f5 le
goust& le choix
Jtfaiji dans la terre ou
dans les bois:
Jesuis tout r*empli d'yeux pourtant jen'en vois
goutte,
Mais pour suivre ma
: route
J'en aypeude besoin,
lisfontfaitspour un autre
foin:
Jay pour conduire mon
ménage
Un second, un associé
Pour les sens d'un utile
usage,
Avec qui jefais de mot*-
tic
De mes travaux i£ de
mespeines,
Mais helas lorsque je
myen fers
Il est environné de cloaifi
nés>
Deses liens f5 défissess
Il ne se devait qu'a mesure
\Que l'on voit par mes
soinsdépérirsa figure:
oS)il ne peut rienfans moy
jenepuis tiensans luy
[J\donpnvilegeejigroend9y
(5de plus d'un mary Je coupe & je finis. la
,
trame
Quand luy ria pas plus
d'unefemme.
Je nesuis pas veuve long
temps,
Etquoyque tres-peu bienfaifante,
Quemespremiers époux
demoysoientpeucontens,
Unautre bientostlJepresente
foursi briser contre mes
dents; -
Mes autresfoeursfontoccupees
A desemploisplusfriants
(ff plus doux,
Cesontdepetitessucrées
Quisontfaites pour da*
-: très gousts y
Aioy contente de mes é-":.
'-' poux -: Sans
-
les trop envier jé
vois leurs défîmes,
DE deux différentes
matkres•
Mon corps est souvent
composé,
De. cruelles dents heriss黕
L'un briseroit jusqu'aux pierres,
L'autresuivant f5 le
goust& le choix
Jtfaiji dans la terre ou
dans les bois:
Jesuis tout r*empli d'yeux pourtant jen'en vois
goutte,
Mais pour suivre ma
: route
J'en aypeude besoin,
lisfontfaitspour un autre
foin:
Jay pour conduire mon
ménage
Un second, un associé
Pour les sens d'un utile
usage,
Avec qui jefais de mot*-
tic
De mes travaux i£ de
mespeines,
Mais helas lorsque je
myen fers
Il est environné de cloaifi
nés>
Deses liens f5 défissess
Il ne se devait qu'a mesure
\Que l'on voit par mes
soinsdépérirsa figure:
oS)il ne peut rienfans moy
jenepuis tiensans luy
[J\donpnvilegeejigroend9y
(5de plus d'un mary Je coupe & je finis. la
,
trame
Quand luy ria pas plus
d'unefemme.
Je nesuis pas veuve long
temps,
Etquoyque tres-peu bienfaifante,
Quemespremiers époux
demoysoientpeucontens,
Unautre bientostlJepresente
foursi briser contre mes
dents; -
Mes autresfoeursfontoccupees
A desemploisplusfriants
(ff plus doux,
Cesontdepetitessucrées
Quisontfaites pour da*
-: très gousts y
Aioy contente de mes é-":.
'-' poux -: Sans
-
les trop envier jé
vois leurs défîmes,
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4753
p. 2636-2640
Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 5. Novembre, une petite Piece en Vers libres [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Pièce en vers libres, Versification, Jardinier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
Les Comédiens Italiens donnerent le
Novembre , une petite Piece en Vers libres
, qui a pour titre , le Phenix , on la
Fidelite mise à l'épreuve. Cet Ouvrage ,
qui est le coup d'esssay de son Auteur ,
a été assez bien reçû pour l'engager à
continuer. La Versification n'en fait pas
le moindre prix , au jugement des connoisseurs
désinterressez ; en voici le Sujet.
Isabelle , femme de Cynthia , ayant appris
que son mari a fait nauffrage , et
NOVEMBRE. 1731. 2637
le croyant mort , se retire dans un Château
et s'y confine pour le reste de ses
jours . Ce Château est le lieu de la Scene.
Cynthio y arrive , Blaise , son Jardinier,
le prend pour un Revenant , mais enfin
rassuré et convaincu que c'est son
Maître lui- même , il lui apprend que sa
: femme a fait divorce avec le monde pour
se livrer toute entiere à la douleur que
sa mort prétenduë lui cause. Cynthio
n'est pas tout à fait content de cette marque
d'amour et de fidelité ; il veut mettre
: le coeur d'Isabelle à de nouvelles épreuves
; il ordonne au Jardinier de tenir son
: retour secret , et prie Mario , son ami ,
et son compagnon de voyage , de se travestir
en Prince et de mettre tout en
usage pour tenter la fidelité de son Epouse.
Mario blâme sa défiance et ne consent
qu'à regret à jouer le personnage qu'il
lui propose ; il s'y resout enfin , il se
presente à Isabelle avec toute la magnificence
qui doit accompagner le rang qu'il
se donne. Il fait étaler à ses yeux tout ce
- que la fortune peut avoir de plus séduisant
; il parle d'hymen , et sur tout d'amour
de la maniere la plus persuasive ,
d'autant mieux que la feinte chez lui est
devenue une verité ; tout cela n'ébranle
point la fidelité d'Isabelle ; il en rend un
boo
2838 MERCURE DE FRANCE
bon compte à son ami , et après lui avoir
avoué qu'il est veritablement devenu
amoureux de sa femme , il lui conseille
de s'en tenir à une épreuve si forte et
le prie de trouver bon qu'il le quitte pour
toujours , pour se guerir par l'absence des
impressions que les charmes d'Isabelle
Iont faites sur son coeur ; Cynthio n'est
pas encore satisfait , il veut faire une
derniere tentative ; il se travestir en Corsaire
, et prétend obtenir par la force ce
qu'on a refusé à l'Amour et au rang prétendu
de Mario. Cette derniere épreuve
a le sort de la précedente ; on l'a trouvée
la plus foible des deux ; l'Auteur doit
l'avoir senti lui- même ; mais il en avoit
besoin pour ménager une reconnoissance
qui a fait beaucoup de plaisir. La Piece
finit par une Fête de Matelots , dont
Cynthio régale sa fidelle Epouse. Arlequin
joue à peu près le même Rôle avec
sa femme Rosette 3 mais le succès en est
bien different ; Rosette lui fait tout au
moins une demie infidelité , et le force à
convenir qu'il a été justement payé de sa
curiosité impertinente.
Le 10. les mêmes Comédiens représen
terent à la Cour la Comédie de l'Amank
difficile de M. de la Mothe , qui fut suivie
de la petite Piece du Je ne sçai quoi , de
M.
NOVEMBRE. 1731. 2639
M. de Boissy. Ces deux Pieces furent trèsbien
représentées et firent beaucoup de
plaisir.
L'Académie Royale de Musique , continuë
toûjours avec un grand succès , les
Représentations de l'Opera d'Amadis
dans lequel la De Le Maure s'attire tous
les jours de nouveaux applaudissemens
par sa belle voix et par son jeu simple ,
noble et naturel . Il semble que le Rôle
d'Oriane , qui n'a jamais été si bien chanré
, à beaucoup près , soit fait pour cette
Acttice.
La Dile Camargo , qui n'avoit point
paru dans les premieres Représentations
de cetOpera , y dansa au commencement
de ce mois , deux Airs au quatrième Acte
, au grand contentement des Spectageurs.
Cette excellente Danseuse a voulu ,
sans doute , avoir quelque part au grand
succès de cet Opera.
Le 15. on remit au Théatre le Ballet
des Fêtes Venitiennes , pour être joué les
Jeudis , comme cela se pratique après
la S. Martin. On y a ajoûte une quatriéme
Entrée qui avoit été jouče en
Septembre 1721. intitulée l'Opera. Les
Vers sont toûjours de M. Danchet , et
la Musique de M. Campra , dont les Ouvrages
2640 MERCURE DE FRANCE
•
〃
vrages sont en possession d'être reçûs favorablement
du Public. La Dle Sallé ,
danse dans le Divertissement de cette Entrée
avec les graces que tout le monde
lui connoît ; et la De Camargo y brille
à son ordinaire , d'une maniere très- éclatante.
Le 11. Fête de S. Martin , la même
Académie donna le premier Bal public
qu'on donne tous les ans à pareil jour , et
qu'on continue pendant differens jours
jusqu'à l'Avent. On les reprend ordinairement
Novembre , une petite Piece en Vers libres
, qui a pour titre , le Phenix , on la
Fidelite mise à l'épreuve. Cet Ouvrage ,
qui est le coup d'esssay de son Auteur ,
a été assez bien reçû pour l'engager à
continuer. La Versification n'en fait pas
le moindre prix , au jugement des connoisseurs
désinterressez ; en voici le Sujet.
Isabelle , femme de Cynthia , ayant appris
que son mari a fait nauffrage , et
NOVEMBRE. 1731. 2637
le croyant mort , se retire dans un Château
et s'y confine pour le reste de ses
jours . Ce Château est le lieu de la Scene.
Cynthio y arrive , Blaise , son Jardinier,
le prend pour un Revenant , mais enfin
rassuré et convaincu que c'est son
Maître lui- même , il lui apprend que sa
: femme a fait divorce avec le monde pour
se livrer toute entiere à la douleur que
sa mort prétenduë lui cause. Cynthio
n'est pas tout à fait content de cette marque
d'amour et de fidelité ; il veut mettre
: le coeur d'Isabelle à de nouvelles épreuves
; il ordonne au Jardinier de tenir son
: retour secret , et prie Mario , son ami ,
et son compagnon de voyage , de se travestir
en Prince et de mettre tout en
usage pour tenter la fidelité de son Epouse.
Mario blâme sa défiance et ne consent
qu'à regret à jouer le personnage qu'il
lui propose ; il s'y resout enfin , il se
presente à Isabelle avec toute la magnificence
qui doit accompagner le rang qu'il
se donne. Il fait étaler à ses yeux tout ce
- que la fortune peut avoir de plus séduisant
; il parle d'hymen , et sur tout d'amour
de la maniere la plus persuasive ,
d'autant mieux que la feinte chez lui est
devenue une verité ; tout cela n'ébranle
point la fidelité d'Isabelle ; il en rend un
boo
2838 MERCURE DE FRANCE
bon compte à son ami , et après lui avoir
avoué qu'il est veritablement devenu
amoureux de sa femme , il lui conseille
de s'en tenir à une épreuve si forte et
le prie de trouver bon qu'il le quitte pour
toujours , pour se guerir par l'absence des
impressions que les charmes d'Isabelle
Iont faites sur son coeur ; Cynthio n'est
pas encore satisfait , il veut faire une
derniere tentative ; il se travestir en Corsaire
, et prétend obtenir par la force ce
qu'on a refusé à l'Amour et au rang prétendu
de Mario. Cette derniere épreuve
a le sort de la précedente ; on l'a trouvée
la plus foible des deux ; l'Auteur doit
l'avoir senti lui- même ; mais il en avoit
besoin pour ménager une reconnoissance
qui a fait beaucoup de plaisir. La Piece
finit par une Fête de Matelots , dont
Cynthio régale sa fidelle Epouse. Arlequin
joue à peu près le même Rôle avec
sa femme Rosette 3 mais le succès en est
bien different ; Rosette lui fait tout au
moins une demie infidelité , et le force à
convenir qu'il a été justement payé de sa
curiosité impertinente.
Le 10. les mêmes Comédiens représen
terent à la Cour la Comédie de l'Amank
difficile de M. de la Mothe , qui fut suivie
de la petite Piece du Je ne sçai quoi , de
M.
NOVEMBRE. 1731. 2639
M. de Boissy. Ces deux Pieces furent trèsbien
représentées et firent beaucoup de
plaisir.
L'Académie Royale de Musique , continuë
toûjours avec un grand succès , les
Représentations de l'Opera d'Amadis
dans lequel la De Le Maure s'attire tous
les jours de nouveaux applaudissemens
par sa belle voix et par son jeu simple ,
noble et naturel . Il semble que le Rôle
d'Oriane , qui n'a jamais été si bien chanré
, à beaucoup près , soit fait pour cette
Acttice.
La Dile Camargo , qui n'avoit point
paru dans les premieres Représentations
de cetOpera , y dansa au commencement
de ce mois , deux Airs au quatrième Acte
, au grand contentement des Spectageurs.
Cette excellente Danseuse a voulu ,
sans doute , avoir quelque part au grand
succès de cet Opera.
Le 15. on remit au Théatre le Ballet
des Fêtes Venitiennes , pour être joué les
Jeudis , comme cela se pratique après
la S. Martin. On y a ajoûte une quatriéme
Entrée qui avoit été jouče en
Septembre 1721. intitulée l'Opera. Les
Vers sont toûjours de M. Danchet , et
la Musique de M. Campra , dont les Ouvrages
2640 MERCURE DE FRANCE
•
〃
vrages sont en possession d'être reçûs favorablement
du Public. La Dle Sallé ,
danse dans le Divertissement de cette Entrée
avec les graces que tout le monde
lui connoît ; et la De Camargo y brille
à son ordinaire , d'une maniere très- éclatante.
Le 11. Fête de S. Martin , la même
Académie donna le premier Bal public
qu'on donne tous les ans à pareil jour , et
qu'on continue pendant differens jours
jusqu'à l'Avent. On les reprend ordinairement
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Résumé : Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
En novembre 1731, les Comédiens Italiens présentèrent la pièce en vers libres 'Le Phénix, ou la Fidélité mise à l'épreuve', premier essai de son auteur. Cette œuvre raconte l'histoire d'Isabelle, épouse de Cynthia, qui se retire dans un château après avoir appris la mort présumée de son mari. Cynthia, revenu, découvre qu'Isabelle s'est retirée du monde par fidélité. Pour tester sa fidélité, Cynthia ordonne à son jardinier de garder son retour secret et demande à son ami Mario de se déguiser en prince pour séduire Isabelle. Malgré les tentatives de Mario, Isabelle reste fidèle. Cynthia, insatisfait, se déguise ensuite en corsaire pour tenter de forcer Isabelle, mais échoue à nouveau. La pièce se termine par une fête de matelots. Parallèlement, Arlequin tente de tester la fidélité de Rosette, mais celle-ci lui fait une demi-infidélité. Le 10 novembre, les mêmes comédiens représentèrent à la cour 'L'Amant difficile' de M. de La Mothe et 'Le Je ne sçai quoi' de M. de Boissy, toutes deux très bien reçues. L'Académie Royale de Musique continua les représentations de l'opéra 'Amadis', où la De Le Maure reçut des applaudissements pour son rôle d'Oriane. La Dile Camargo dansa deux airs au quatrième acte. Le 15 novembre, le ballet 'Les Fêtes Vénitiennes' fut remis au théâtre avec une nouvelle entrée. Le 11 novembre, à la fête de Saint-Martin, l'Académie donna le premier bal public de l'année.
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4754
p. 163-170
Extrait de plusieurs lettres de Flandres.
Début :
L'armée du Prince Eugene coucha à la Cambron le 5. [...]
Mots clefs :
Douai, Prince Eugène, Villars, Flandre, Tournay
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de plusieurs lettres de Flandres.
Extrait deplusieurs lettres de
Flandres.
L'armée du Prince Eugene coucha à la Cambron
le 5. Août, le lendemain à
Leuse. Celle du Maréchal
de Villars étoit à Mortagne, côtoyant celle des alliez. Larmée de Monsieur
de Villars est plus forte que
celle des ennemis de cinquante bataillons. M. d'Albergotty
,
qui fait le siege
de Doüay, travaille à ses lignes de circonvallation, ôc
à faire faire des fascines.
Le Prince Eugene dîna
& soupa le onze à l'Isle. Ila
fait un detachement de son,
armée de quarante bataillons & trente escadrons
,
pouraller du côté de PCJnt.
a Rache. Ilsontavec eux,
quarante pieces de canon,
ilsenont tirédix-sept de.
l'Isle, & les autres de Tournay. Ils publient qu'ils vont,
tâcher: de forcer. quelques
postesde ce côté-là, & faire en forte de jetter du secours dans Doüay. Le restes
de leur arméeestsousles
1
1
armes- prêt à marcher.
Les Deputez des Etats
Généraux ont donné carte
blanche au PrinceEugene:
mais à mêmetemps ils ont
prié ce Prince de ne points
avoir d'affaire de Malplacue
-
que.
Messieursles Deputezdes
EtatsGeneraux sont partis
le 12. pour aller prendre
leur quartieràBerslé:l'on,
croit que l'armée s'avancera de ce côté là.
Le Prince Eugeneétoit le
i$. Août avec toute son infaAtçrie
,
son artillerie,&
trente escadrons, aux environs de l'Isle, sa droite
vers le Pont à Vendin, &\.
sa gauche àRibencourt, où
est son quartier. Il a
laissé;
pour couvrir son camp de'
cavalerie qui est à Seclin,
deux brigades d'infanterie.
Le bruit a couruqu'il devoit attaquer le mêmejour
le château du Forêt, & le
lendemain les retranchemens qui sont triples de ce
côté-là. On doute fort qu'il
le fasse, attendu que M. le
Maréchal de Villars est plus
retranché là qu'ailleurs
en second lieu qu'iln'y a
qu'un front fort étroit par où l'on puisse venir atta- quer
nos retranchemens.
Leslettres de l'Isle du 14,
portent que le Prince Eugene n'avoit point encore
attaqué le château du Forêt, non plus que nos re-
-
tranchernens
; que ce Prince se disposoit à aller attaquer ce château avec cinquante piecesde canon, &
que toute son attention est
de jetter du secours dans
Doüay :
on' croit qu'il ne
négligera rien pour y parvenir.
La cavalerie ennemiea
fait un fourrage le 14. dans
la Châtellenie de l'Isle. Oit
mande de Flandres qu'on a
arrêté un Ingénieur qui
vouloit se jetter dans Doüai,
qui dit que le Prince Eugene avoit dessein d'yfaire
entrer dix bataillons par le
côté d'Auby, ou six autres
par celuide Bouchain, où
ils font entrez. On afïiire
qu'ils manquentdevivres,
aussibien que la garnison,
qui n'a que du pain d'avoine. Le dessein des ennemis
ayantmanqué par les précamions
cautions que le Maréchal
de Villars avoitprise, il
s'avança hier verslesre»
tranchemensdePont à Rache, ayant sa droite à Carvin & Epinoy, le centre à
Autricourt,& la gauche
vers Coutiche. Il employa
le reste du jour, comme il
a fait aujourd'hui avec plusieursOfficiers,àreconnoîtrelesretranchemens. Lartillerie, les munitions, &
une grande quantité de fascines ont été amenées, &
ainsi on ouvrira demain au
soir la tranchéedevant
Doüay. Le General Hompesch yentra le 30.Juillet
evec trois bataillons tirez.
derille^cdeTournayjainsiil y a
huit bataillons: mais
pomme ils sont foibles, la
gar,ni[on.n'eH: que de 3500
fantaŒnsf & de 2.ou 300
fihevaux. "
Flandres.
L'armée du Prince Eugene coucha à la Cambron
le 5. Août, le lendemain à
Leuse. Celle du Maréchal
de Villars étoit à Mortagne, côtoyant celle des alliez. Larmée de Monsieur
de Villars est plus forte que
celle des ennemis de cinquante bataillons. M. d'Albergotty
,
qui fait le siege
de Doüay, travaille à ses lignes de circonvallation, ôc
à faire faire des fascines.
Le Prince Eugene dîna
& soupa le onze à l'Isle. Ila
fait un detachement de son,
armée de quarante bataillons & trente escadrons
,
pouraller du côté de PCJnt.
a Rache. Ilsontavec eux,
quarante pieces de canon,
ilsenont tirédix-sept de.
l'Isle, & les autres de Tournay. Ils publient qu'ils vont,
tâcher: de forcer. quelques
postesde ce côté-là, & faire en forte de jetter du secours dans Doüay. Le restes
de leur arméeestsousles
1
1
armes- prêt à marcher.
Les Deputez des Etats
Généraux ont donné carte
blanche au PrinceEugene:
mais à mêmetemps ils ont
prié ce Prince de ne points
avoir d'affaire de Malplacue
-
que.
Messieursles Deputezdes
EtatsGeneraux sont partis
le 12. pour aller prendre
leur quartieràBerslé:l'on,
croit que l'armée s'avancera de ce côté là.
Le Prince Eugeneétoit le
i$. Août avec toute son infaAtçrie
,
son artillerie,&
trente escadrons, aux environs de l'Isle, sa droite
vers le Pont à Vendin, &\.
sa gauche àRibencourt, où
est son quartier. Il a
laissé;
pour couvrir son camp de'
cavalerie qui est à Seclin,
deux brigades d'infanterie.
Le bruit a couruqu'il devoit attaquer le mêmejour
le château du Forêt, & le
lendemain les retranchemens qui sont triples de ce
côté-là. On doute fort qu'il
le fasse, attendu que M. le
Maréchal de Villars est plus
retranché là qu'ailleurs
en second lieu qu'iln'y a
qu'un front fort étroit par où l'on puisse venir atta- quer
nos retranchemens.
Leslettres de l'Isle du 14,
portent que le Prince Eugene n'avoit point encore
attaqué le château du Forêt, non plus que nos re-
-
tranchernens
; que ce Prince se disposoit à aller attaquer ce château avec cinquante piecesde canon, &
que toute son attention est
de jetter du secours dans
Doüay :
on' croit qu'il ne
négligera rien pour y parvenir.
La cavalerie ennemiea
fait un fourrage le 14. dans
la Châtellenie de l'Isle. Oit
mande de Flandres qu'on a
arrêté un Ingénieur qui
vouloit se jetter dans Doüai,
qui dit que le Prince Eugene avoit dessein d'yfaire
entrer dix bataillons par le
côté d'Auby, ou six autres
par celuide Bouchain, où
ils font entrez. On afïiire
qu'ils manquentdevivres,
aussibien que la garnison,
qui n'a que du pain d'avoine. Le dessein des ennemis
ayantmanqué par les précamions
cautions que le Maréchal
de Villars avoitprise, il
s'avança hier verslesre»
tranchemensdePont à Rache, ayant sa droite à Carvin & Epinoy, le centre à
Autricourt,& la gauche
vers Coutiche. Il employa
le reste du jour, comme il
a fait aujourd'hui avec plusieursOfficiers,àreconnoîtrelesretranchemens. Lartillerie, les munitions, &
une grande quantité de fascines ont été amenées, &
ainsi on ouvrira demain au
soir la tranchéedevant
Doüay. Le General Hompesch yentra le 30.Juillet
evec trois bataillons tirez.
derille^cdeTournayjainsiil y a
huit bataillons: mais
pomme ils sont foibles, la
gar,ni[on.n'eH: que de 3500
fantaŒnsf & de 2.ou 300
fihevaux. "
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Résumé : Extrait de plusieurs lettres de Flandres.
Au début août, les armées du Prince Eugène et du Maréchal de Villars se préparent en Flandres. L'armée du Prince Eugène, plus nombreuse, se déplace et renforce des positions stratégiques. Les députés des États Généraux ont donné carte blanche au Prince Eugène, mais lui ont demandé d'éviter une bataille à Malplaquet. Les troupes du Prince Eugène se préparent à attaquer des positions françaises, notamment le château du Forêt et les retranchements près de Doüay, mais ces attaques n'ont pas encore eu lieu. La cavalerie ennemie effectue des raids pour se ravitailler, et des ingénieurs ennemis sont arrêtés en tentant de rejoindre Doüay. Le Maréchal de Villars, bien retranché, avance vers les retranchements de Pont-à-Rache et prépare des travaux de siège. La garnison de Doüay, bien que renforcée, manque de vivres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4755
p. 2482-2490
Le Prince de Noisi, Comedie nouvelle, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedi, 4 de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Prince, Druide, Chasseur, Amour, Sang, Ennemi, Mort, Bonheur, Comédie, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Prince de Noisi, Comedie nouvelle, [titre d'après la table]
Le Samedi , 4 de ce mois , les Comé
diens François donnerent la premiere repréfentation
du Prince de Noyfi, Comédie
en Profe , en trois Actes , avec un Prologue
& trois Intermedes . Le Sr Dufrene &
les Dues Labat & Dangeville la jeune , y
jouent avec beaucoup d'aplaudiffemens
les principaux Rôles. Cette derniere eft
NOVEMBRE . 1730. 2483
en garçon, fous le nom de Poinçon , & la
fineffe de fon jeu , jointe aux agrémens &
à l'air charmant de fa perfonne , font admirer
fes heureux talens , dans un âge
fi peu avancé. Elle danfe un pas de
deux avec autant de jufteffe que de vivacité
avec la Dile Labat , dont on connoît
les graces & la nobleffe.
Voici l'Extrait de cette Piéce que nous
abregeons. Elle eft de M. d'Aiguebere ,
Auteur des Trois Spectacles.
Le Prologue n'a point d'autre objet
que le ridicule de certaines gens qui fut
le feul titre d'une Piéce prétendent en
juger fouverainement , ou qui fur la fimple
lecture de la Fable ou de l'Hiſtoire ou
le fujet a été pris , s'imaginent qu'on
n'en doit rien retrancher , non pas même
les abfurdités. Telle eft la Comteffe de
ce Prologue ; elle croit trouver dans la
Piéce du Prince de Noifi un coûteau
qui écrit de lui même des chiens d'argent
qui jappent & des ftatues qui gémiffent.
On y agite quelques autres
queftions ; un des Acteurs foûtient que
les Piéces d'agrément font préferables à
toutes les autres , & que le Milantrope
l'ennuye par la feule raifon qu'il n'y a
point de divertiffement. Le plus fenfé des
interlocuteurs eft un Commandeur qui
G vj la
2484 MERCURE DE FRANCE
fe mocquant de ceux qui jugent d'une
Piéce avant que de l'avoir vûë , prononce
ainfi fur le Prince de Noifi : Puiſque
vous le voulez , je vais vous fatisfaire , &
voici mon avis. Les Acteurs entrent fur le
Théatre : la Piéce va commencer ; allons tous
prendre nos places , & joindre notre jugement
à celui du Public.
Le Théatre repréſente au premier Acte
les Jardins du Chef des Druides ; on voit
au milieu la ſtatuë de Cleopain. Ce Chef
des Druides fait entendre à fa fille Alie
qu'il a enlevé à Merlin le glaive enchantéqu'il
déroba autrefois à la belle Philoclée;
que ce fer merveilleux , entr'autres vertus,
poffede celle d'écrire de lui- même tout
ce qu'on veut fçavoir par fon fecours , &
que l'ayant interrogé fur fon fort , il lui
a tracé fur le champ cette réponſe :
Si tu veux à ta fille affurer d'heureux jours ,
De Philoclée implore le fecours..
Le Druide ajoûte qu'il a envoyé confulter
Philoclée ; un Druide lui en vient
apporter cette réponſe :
Avant que pour la belle Alie-
Un Epoux foit choifi ,
Il faut pour affurer le bonheur de fa vie
Qu'on ait yerfé le fang du Prince de Noifi.
Cef
NOVEMBRE. 1730. 248 §
Çet Oracle allarme le Druide plus que
jamais. Le Prince de Noifi eft fils de Merlin
, fon plus redoutable Ennemi ; il jure
de ne rien oublier pour le faire périr . En
attendant cette mort qui doit préceder
l'hymen de fa fille , il l'exhorte à défendre
fon coeur de tout engagement ; il luf
parle d'un Géant qui eft capable de tout
entreprendre pour l'obtenir de gré ou de
force ; & comme le petit Poinçon , fils de
la Fée Melizande eft le plus vigilant des
tous les Génies , il le fait fortir du fein
de la ftatue où il étoit renfermé , & luf
commet la garde de la belle Alie.
Poinçon remercie le Chef des Druides.
de l'avoir tiré d'une prifon où il s'ennuyoit
; mais il trouve le nouvel emplor
qu'il lui donne beaucoup plus difficile
que le premier ; voici comme il s'explique
: Ce nouvel emploi eft bien different de
celui que vous m'ôtez : là je n'avois qu'une
Statue à garder , ici c'est une jeune Beaute
qui malgré fon petit air froid , me paroît
trés vivante & c.
Le Chef des Druides ſe retire. Poinçon
raille Alie fur l'indifference dont elle fait
profeffion , & qu'elle croit toujours gar
der. Une Sylphide vient prendre Alie
pour la conduire auprès de fes compagnes
qui l'attendent pour l'habiller . Poincon
demeure feul pour découvrir fi la
Pr
2486 MERCURE DE FRANCE
prétendue indifferente dont la garde lui
eft commife n'auroit point quelque Amant
fecret. Le Géant Moulineau fe préſente
le premier ; Poinçon le reçoit bien mal
& lui dit enfin Monfieur Moulineau ,
vous êtes trop hideux , trop brutal & trop
Géant pour ma charmante petite Maîtreffe :
pour moi ,je me mocque de tous les Moulineaux
du monde , & malgré votre air rebarbatif
& votre longue face ... Le Géant
veut écraser Poinçon ; mais ce petit gardien
fe rend invifible.
Le fecond Amant qui fe préfente eft
mieux reçû : c'eft le Prince de Noifi en
chaffeur ; il demande à Poinçon pour toute
grace , de lui permettre de voir un
moment la belle Alie qu'il a idolatrée au
moment qu'il l'a vûë pour la premiere
fois pourfuivant une biche. Poinçon fe
laiffe attendrir ; il dit au Prince de Noifi
qu'il ne tiendra qu'à lui de voir fa belle
Maitreffe à la Fête duGuy où elle doit danfer.
On vient celebrer cette Fête.
Alie & Poinçon commencent le fecond
Acte. Alie paroît fort rêveufe , ce qui fait
dire à Poinçon : vous verrez que le Chaffeur
n'a pointperdu fon tems . Alie laiffe échaper
un foupir : Fort bien , dit Poinçon , voilà
le mot qui dénoia la langue de l'Amour encore
au berceau. Alie lui difant qu'il a bien
vû comme elle a pris la fuite à l'approche
NOVEMBRE. 1730. 2487
che du Chaffeur , il lui répond ingénieu
fement : ma foi , ma chere Maîtreffe , voulez
vous que je vous parle franchement ?
femme qui fuit trop vite , ou qui s'arrête
trop long tems fait penfer la même chofe . Alie
avoue à Poinçon qu'elle n'eft pas infenfi- (
ble pour cet aimable Chaſſeur ; mais elle
ajoûte que fidelle à fa gloire , elle ne le
verra de fa vie. Elle fuit , le voyant approcher
; mais il l'arrête malgré toute fa
réfolution .
Alie après s'être long- tems 'deffendue
contre l'amour que le Chaffeur lui témoigne
, lui dit pour achever de lui ôter
toute efperance : Seigneur , car enfin puifque
vous ofez me déclarer votre amour , je
dois vous nommer ainsi , & vous êtes fans
doute d'une naiſſance illuftre , ceffez de'm'adreffer
un difcours que je ne puis entendre
& triomphez d'un amour qui ne peut que
vous être funefte & c. Un Oracle fatal m'a
défendu de prendre aucun engagement , que le
fang d'un ennemi de mon pere n'ait été versé,
& celui qui doit périr voit encore la lumière.
Le Chaffeur s'offre à immoler ce fatal
ennemi ; Alie lui nomme le Prince de
Noifi ; le Prince de Noifi , qui eft ce Chaf
feur même , veut s'immoler au bonheur
prétendu d'Alie : elle lui retient le bras
& lui fait connoître fon amour par ces
mots
2488 MERCURE DE FRANCE
mots qui lui échapent : mon amour vous
deffend de mourir & c. Cette fituation a
paru belle ; mais on auroit fouhaité qu'elle
eût été un peu plus filée &c ..
Le Chef des Druides vient annoncer
le Divertiffement de cet Acte qui ne
vient qu'à la fuite d'un Tournois qui fe
fait derriere le Théatre à la gloire d'Alie.
Nous paffons ici une feconde Scene de
Moulineau , qui ne rabat rien de fa pre..
miere férocité .
Au troifiéme Acte , le Druide feul réfléchit
fur la profonde mélancolie où la
fille lui paroît plongée depuis quelques
heures. Poinçon parle en termes équivoques
au Druide qui s'en va plus tranquille
qu'il n'eft venu.
Poinçon
dit à part foi qu'il n'a rien à
fe reprocher
dans tout ce qu'il vient de dire au Pere d'Alie
, & que s'il a pris les chofes
dans un fens contraire
, il ne doit
s'en prendre
qu'à fon peu de pénétration
.
Alie vient témoigner la peine que lui
cauſe l'absence du Prince de Noil ; elle
n'attribuë fon éloignement qu'à fon inconftance
ou à fa mort ; Poinçon la raffure
; mais fon Pere vient la frapper d'un
coup mortel en lui apprenant que le
Prince de Noifi , leur implacable ennemi
vient d'être bleffé mortellement au Tour
,
nois
NOVEMBRE. 1730. 2489
:
mois : Alie à cette funefte nouvelle ne peut
plus retenir fes regrets , ni renfermer fon
amour. Le Druide frappé de la douleur
de fa Fille , & de la funefte réfolution
qu'elle prend de ne point furvivre à la
perte d'un fi parfait Amant , accuſe l'Oracle
de l'avoir trompé, quand il lui a fait
entendre que le bonheur de fa fille dépendoit
de répandre le fang du Prince de
Noifi ; mais fa douleur eft bientôt changée
en joye par l'arrivée de Philoclée „ qui
fui parle ainfi Souverain Chef des Druides
, vos redoutables cris font parvenus jufqu'à
moi : mon Oracle ne vous a point trompé
; il demandoit le fang du Prince de Noifi,
ce genéreux Amant vient d'y fatisfaire dans
le Tournois , & fi vous le voulez le refte va
s'accomplir ; uniffez Alie à ce Prince que
le Ciel lui deftine , & que je viens d'arracher
des bras de la mort . Elle ajoûte qu'à
peine ce Prince a - t'il été gueri de fes bleffures,
qu'il eft allé combatre le Géant Moulineau
qui venoit affieger ce Palais. Le
Prince de Noifi revient victorieux du
Géant , & fon hymen avec la belle Alic
fe conclud. On vient célébrer ce grand
jour , & la Piéce finit par cette troifiéme
Fête. Voici un Couplet de chacun des
trois Divertiffemens..
2490 MERCURE DE FRANCE
Une
Bergere.
Epris d'une flamme nouvelle
Mon Berger évite mes yeux ;
J'éprouve une peine mortelle ,
Don précieux ,
Ramene l'infidelle ,
Et tu combleras tous mes veux.
Un Chevalier.
"
Que fert d'obtenir l'honneur
Du prix qu'on donne au courage ,
Si l'objet qui nous engage ,
Loin d'approuver notre ardeur ,
Nomme un autre Vainqueur.
Poinçon au Parterre.
Un Auteur qui cherche à vous plaire ,
De mille foins eſt tourmenté ;
Le goût éclairé du Partère
Sans ceffe le tient agité ;
Mais il ne faut qu'un doux moment
Pour finir fon tourment .
diens François donnerent la premiere repréfentation
du Prince de Noyfi, Comédie
en Profe , en trois Actes , avec un Prologue
& trois Intermedes . Le Sr Dufrene &
les Dues Labat & Dangeville la jeune , y
jouent avec beaucoup d'aplaudiffemens
les principaux Rôles. Cette derniere eft
NOVEMBRE . 1730. 2483
en garçon, fous le nom de Poinçon , & la
fineffe de fon jeu , jointe aux agrémens &
à l'air charmant de fa perfonne , font admirer
fes heureux talens , dans un âge
fi peu avancé. Elle danfe un pas de
deux avec autant de jufteffe que de vivacité
avec la Dile Labat , dont on connoît
les graces & la nobleffe.
Voici l'Extrait de cette Piéce que nous
abregeons. Elle eft de M. d'Aiguebere ,
Auteur des Trois Spectacles.
Le Prologue n'a point d'autre objet
que le ridicule de certaines gens qui fut
le feul titre d'une Piéce prétendent en
juger fouverainement , ou qui fur la fimple
lecture de la Fable ou de l'Hiſtoire ou
le fujet a été pris , s'imaginent qu'on
n'en doit rien retrancher , non pas même
les abfurdités. Telle eft la Comteffe de
ce Prologue ; elle croit trouver dans la
Piéce du Prince de Noifi un coûteau
qui écrit de lui même des chiens d'argent
qui jappent & des ftatues qui gémiffent.
On y agite quelques autres
queftions ; un des Acteurs foûtient que
les Piéces d'agrément font préferables à
toutes les autres , & que le Milantrope
l'ennuye par la feule raifon qu'il n'y a
point de divertiffement. Le plus fenfé des
interlocuteurs eft un Commandeur qui
G vj la
2484 MERCURE DE FRANCE
fe mocquant de ceux qui jugent d'une
Piéce avant que de l'avoir vûë , prononce
ainfi fur le Prince de Noifi : Puiſque
vous le voulez , je vais vous fatisfaire , &
voici mon avis. Les Acteurs entrent fur le
Théatre : la Piéce va commencer ; allons tous
prendre nos places , & joindre notre jugement
à celui du Public.
Le Théatre repréſente au premier Acte
les Jardins du Chef des Druides ; on voit
au milieu la ſtatuë de Cleopain. Ce Chef
des Druides fait entendre à fa fille Alie
qu'il a enlevé à Merlin le glaive enchantéqu'il
déroba autrefois à la belle Philoclée;
que ce fer merveilleux , entr'autres vertus,
poffede celle d'écrire de lui- même tout
ce qu'on veut fçavoir par fon fecours , &
que l'ayant interrogé fur fon fort , il lui
a tracé fur le champ cette réponſe :
Si tu veux à ta fille affurer d'heureux jours ,
De Philoclée implore le fecours..
Le Druide ajoûte qu'il a envoyé confulter
Philoclée ; un Druide lui en vient
apporter cette réponſe :
Avant que pour la belle Alie-
Un Epoux foit choifi ,
Il faut pour affurer le bonheur de fa vie
Qu'on ait yerfé le fang du Prince de Noifi.
Cef
NOVEMBRE. 1730. 248 §
Çet Oracle allarme le Druide plus que
jamais. Le Prince de Noifi eft fils de Merlin
, fon plus redoutable Ennemi ; il jure
de ne rien oublier pour le faire périr . En
attendant cette mort qui doit préceder
l'hymen de fa fille , il l'exhorte à défendre
fon coeur de tout engagement ; il luf
parle d'un Géant qui eft capable de tout
entreprendre pour l'obtenir de gré ou de
force ; & comme le petit Poinçon , fils de
la Fée Melizande eft le plus vigilant des
tous les Génies , il le fait fortir du fein
de la ftatue où il étoit renfermé , & luf
commet la garde de la belle Alie.
Poinçon remercie le Chef des Druides.
de l'avoir tiré d'une prifon où il s'ennuyoit
; mais il trouve le nouvel emplor
qu'il lui donne beaucoup plus difficile
que le premier ; voici comme il s'explique
: Ce nouvel emploi eft bien different de
celui que vous m'ôtez : là je n'avois qu'une
Statue à garder , ici c'est une jeune Beaute
qui malgré fon petit air froid , me paroît
trés vivante & c.
Le Chef des Druides ſe retire. Poinçon
raille Alie fur l'indifference dont elle fait
profeffion , & qu'elle croit toujours gar
der. Une Sylphide vient prendre Alie
pour la conduire auprès de fes compagnes
qui l'attendent pour l'habiller . Poincon
demeure feul pour découvrir fi la
Pr
2486 MERCURE DE FRANCE
prétendue indifferente dont la garde lui
eft commife n'auroit point quelque Amant
fecret. Le Géant Moulineau fe préſente
le premier ; Poinçon le reçoit bien mal
& lui dit enfin Monfieur Moulineau ,
vous êtes trop hideux , trop brutal & trop
Géant pour ma charmante petite Maîtreffe :
pour moi ,je me mocque de tous les Moulineaux
du monde , & malgré votre air rebarbatif
& votre longue face ... Le Géant
veut écraser Poinçon ; mais ce petit gardien
fe rend invifible.
Le fecond Amant qui fe préfente eft
mieux reçû : c'eft le Prince de Noifi en
chaffeur ; il demande à Poinçon pour toute
grace , de lui permettre de voir un
moment la belle Alie qu'il a idolatrée au
moment qu'il l'a vûë pour la premiere
fois pourfuivant une biche. Poinçon fe
laiffe attendrir ; il dit au Prince de Noifi
qu'il ne tiendra qu'à lui de voir fa belle
Maitreffe à la Fête duGuy où elle doit danfer.
On vient celebrer cette Fête.
Alie & Poinçon commencent le fecond
Acte. Alie paroît fort rêveufe , ce qui fait
dire à Poinçon : vous verrez que le Chaffeur
n'a pointperdu fon tems . Alie laiffe échaper
un foupir : Fort bien , dit Poinçon , voilà
le mot qui dénoia la langue de l'Amour encore
au berceau. Alie lui difant qu'il a bien
vû comme elle a pris la fuite à l'approche
NOVEMBRE. 1730. 2487
che du Chaffeur , il lui répond ingénieu
fement : ma foi , ma chere Maîtreffe , voulez
vous que je vous parle franchement ?
femme qui fuit trop vite , ou qui s'arrête
trop long tems fait penfer la même chofe . Alie
avoue à Poinçon qu'elle n'eft pas infenfi- (
ble pour cet aimable Chaſſeur ; mais elle
ajoûte que fidelle à fa gloire , elle ne le
verra de fa vie. Elle fuit , le voyant approcher
; mais il l'arrête malgré toute fa
réfolution .
Alie après s'être long- tems 'deffendue
contre l'amour que le Chaffeur lui témoigne
, lui dit pour achever de lui ôter
toute efperance : Seigneur , car enfin puifque
vous ofez me déclarer votre amour , je
dois vous nommer ainsi , & vous êtes fans
doute d'une naiſſance illuftre , ceffez de'm'adreffer
un difcours que je ne puis entendre
& triomphez d'un amour qui ne peut que
vous être funefte & c. Un Oracle fatal m'a
défendu de prendre aucun engagement , que le
fang d'un ennemi de mon pere n'ait été versé,
& celui qui doit périr voit encore la lumière.
Le Chaffeur s'offre à immoler ce fatal
ennemi ; Alie lui nomme le Prince de
Noifi ; le Prince de Noifi , qui eft ce Chaf
feur même , veut s'immoler au bonheur
prétendu d'Alie : elle lui retient le bras
& lui fait connoître fon amour par ces
mots
2488 MERCURE DE FRANCE
mots qui lui échapent : mon amour vous
deffend de mourir & c. Cette fituation a
paru belle ; mais on auroit fouhaité qu'elle
eût été un peu plus filée &c ..
Le Chef des Druides vient annoncer
le Divertiffement de cet Acte qui ne
vient qu'à la fuite d'un Tournois qui fe
fait derriere le Théatre à la gloire d'Alie.
Nous paffons ici une feconde Scene de
Moulineau , qui ne rabat rien de fa pre..
miere férocité .
Au troifiéme Acte , le Druide feul réfléchit
fur la profonde mélancolie où la
fille lui paroît plongée depuis quelques
heures. Poinçon parle en termes équivoques
au Druide qui s'en va plus tranquille
qu'il n'eft venu.
Poinçon
dit à part foi qu'il n'a rien à
fe reprocher
dans tout ce qu'il vient de dire au Pere d'Alie
, & que s'il a pris les chofes
dans un fens contraire
, il ne doit
s'en prendre
qu'à fon peu de pénétration
.
Alie vient témoigner la peine que lui
cauſe l'absence du Prince de Noil ; elle
n'attribuë fon éloignement qu'à fon inconftance
ou à fa mort ; Poinçon la raffure
; mais fon Pere vient la frapper d'un
coup mortel en lui apprenant que le
Prince de Noifi , leur implacable ennemi
vient d'être bleffé mortellement au Tour
,
nois
NOVEMBRE. 1730. 2489
:
mois : Alie à cette funefte nouvelle ne peut
plus retenir fes regrets , ni renfermer fon
amour. Le Druide frappé de la douleur
de fa Fille , & de la funefte réfolution
qu'elle prend de ne point furvivre à la
perte d'un fi parfait Amant , accuſe l'Oracle
de l'avoir trompé, quand il lui a fait
entendre que le bonheur de fa fille dépendoit
de répandre le fang du Prince de
Noifi ; mais fa douleur eft bientôt changée
en joye par l'arrivée de Philoclée „ qui
fui parle ainfi Souverain Chef des Druides
, vos redoutables cris font parvenus jufqu'à
moi : mon Oracle ne vous a point trompé
; il demandoit le fang du Prince de Noifi,
ce genéreux Amant vient d'y fatisfaire dans
le Tournois , & fi vous le voulez le refte va
s'accomplir ; uniffez Alie à ce Prince que
le Ciel lui deftine , & que je viens d'arracher
des bras de la mort . Elle ajoûte qu'à
peine ce Prince a - t'il été gueri de fes bleffures,
qu'il eft allé combatre le Géant Moulineau
qui venoit affieger ce Palais. Le
Prince de Noifi revient victorieux du
Géant , & fon hymen avec la belle Alic
fe conclud. On vient célébrer ce grand
jour , & la Piéce finit par cette troifiéme
Fête. Voici un Couplet de chacun des
trois Divertiffemens..
2490 MERCURE DE FRANCE
Une
Bergere.
Epris d'une flamme nouvelle
Mon Berger évite mes yeux ;
J'éprouve une peine mortelle ,
Don précieux ,
Ramene l'infidelle ,
Et tu combleras tous mes veux.
Un Chevalier.
"
Que fert d'obtenir l'honneur
Du prix qu'on donne au courage ,
Si l'objet qui nous engage ,
Loin d'approuver notre ardeur ,
Nomme un autre Vainqueur.
Poinçon au Parterre.
Un Auteur qui cherche à vous plaire ,
De mille foins eſt tourmenté ;
Le goût éclairé du Partère
Sans ceffe le tient agité ;
Mais il ne faut qu'un doux moment
Pour finir fon tourment .
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Résumé : Le Prince de Noisi, Comedie nouvelle, [titre d'après la table]
Le 4 novembre 1730, les Comédiens Français ont présenté pour la première fois 'Le Prince de Noifi', une comédie en prose en trois actes avec un prologue et trois intermèdes. Les rôles principaux étaient interprétés par le Sieur Dufrene, les Dames Labat et Dangeville la jeune, cette dernière jouant un rôle masculin sous le nom de Poinçon. Sa performance, alliée à son charme et à sa vivacité, a été acclamée. La pièce, écrite par M. d'Aiguebere, critique les jugements hâtifs sur les œuvres théâtrales. Le prologue se moque de ceux qui prétendent juger une pièce sans l'avoir vue ou qui s'imaginent qu'il ne faut rien retrancher, même les absurdités. L'intrigue se déroule dans les jardins du chef des Druides, où une statue de Cléopâtre est présente. Le Druide révèle à sa fille Alie qu'il a volé un glaive enchanté à Merlin, capable d'écrire des réponses. Un oracle prédit que le bonheur d'Alie dépend de la mort du Prince de Noifi, fils de Merlin. Le Druide décide de protéger Alie en la confiant à Poinçon, un génie vigilant. Plusieurs personnages tentent de séduire Alie, notamment le Géant Moulineau et le Prince de Noifi déguisé en chasseur. Alie, malgré ses résistances, finit par avouer son amour pour le Prince. Après un tournoi, le Prince est blessé mais survit, tue le Géant et épouse Alie. La pièce se conclut par une fête célébrant leur union.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4756
p. 163-176
De Paris. COPIE DE LA FEUILLE des Benefices & Pensions, signée par Monseigneur le Duc d'Orleans, le 20. Janvier 1716.
Début :
Cambray à M. l'Abbé d'Estrées, à 20000. livres [...]
Mots clefs :
Abbé, Chevalier, Roi, Pension, Abbaye, Aumônier, Duc d'Orléans, Bénéfices, Pensions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris. COPIE DE LA FEUILLE des Benefices & Pensions, signée par Monseigneur le Duc d'Orleans, le 20. Janvier 1716.
De Paris.
COPIE DE LA FEUILLE
desBénéfices & Pcnfions,
signée par Monseigneur le
Duc d'Orleans
,
le zo.
Janvier 1716.
Cambray à M. rAbbé
d'Eftrécs, à 2.0000. livres
de Pension.Sçavoir, à
M. leComte de LainaIk
,
GOGO*liv.
M. l'Abbé TartJifict,
4000 liv.
M. l'Abbé de Magnas,
Premier Aumônier de -Madame,
3000. liv.
M. l'Abbé de Fenelon,
1000. liv,
M. l'Abbé Doifi.,Comte
de Tournay, 2.000, liv.
M. l'Abbé de Rouvroy,
1000. liv.
M l'Abbé de Boifgibaulr,
Aumônier de Madame la Da.
chessede Lorraine,1000.liv.
Sens à M. l'Evcfque de
Troycs, àchargede8000.liv.
- dePension Sçavoir, à
M.l'Abbé Genest, Aumônier
de Madame la Duchcflc
d'Orléans, 3000.liv.
M.l'AbbéDavaife, 1000.1.
M. le Chevalier de Gercy,
1000. liv.
M.labbéDubos, 2.000.1.
Bayeux à M le Cardinalde
la Trimoille.) à charge de
loooo 1. de Pension. Sçavoir,à
Mde Montmorency,Che",
valier de S Lazare, 2.000. liv.
M. le Chevalier de Lhôpital,
1500.liv.
M. le Chevalier de S. Valier,
1500.liv.
M. de Manieu,Capitaine
au Régiment de la Couronne,
1000. liv.
M. le Chevalier de Rcths,
1500. liv.
M. le Comte- de Polignac
1joo.liv.
M. l'Abbé de Fenelon le
cadet, 1000. liv.
LTvcfche de Xaintcs a M.
l'Abbé de Beaumonc.
L'Evesché de Clermont, à
M.l'Abbé d'Entragues, Aumônier
duRoy.
-L'Abbaye-deS.ViétacJ:au
Cardinal Gualtieri,àcharge de
2000.l. dePenflon. Sçavoir,à
- -
M. l'Abbé Tamifi^
,
2000. liv.
L'Abbaye de S. Paul de
Verdun, au Cardiruî Ottoboni,
àcharge de 3000. liv.
de Pension. Savoir, à
M Biece, Diacre, 800.liv.
M Beaume, Prestre,700. L
M Mihony, Prêtre,700.1.
M. Deftival
,
ClercTonforé,
500. liv.
M. Gaflin, Clerc Tonsuré,
400. liv.
L'Abbaye de S. Ouin, a M.
l'Abbé de S.AlbinJà charge de
6000. L de Pension.Sçavoir, à
Mde Marcillac, 1000.îiv.
M. Timolcon de Choisy,
zooo. liv.
**M.l'AbbeduBella,1500.1.
M. Scuguenois,300. 1.
*
L'Abbaye de Moiflfac, à M.
de Biron, à charge de 4000. 1.
de Peufion. Savoir, à
Madame de Rochec houarr,
Abbesse de Fontcvraud,
4000. liv.
L'Abbaye de Jumicgcs, à
M. l'Abbé de S. Simon, à
charge de 3000. liv. dePenfion.
Sçavoir,à
M. l'Abbé Vertoi, rJoo. L
M. l'AbbéBitaud,icoo.l.
L'Abbaye
L'Abbaye du Mont S,
Eloy, au Pere la Couifferc,
Prieur de ladite Mailon
,
à
charge de 11000.1.de Pcnfion.
Sçavoir, à
M. le Chevalier de Clermonr,
1000. liv.
* M. le Chevalicr de Trefle- manes,2000.1.
«
M. le Chevalier de Pezeux,
1000. liv.
M. le Chevalier de Mondain
, 1000. liv.
LUnivçrficé de Douay ,
3000. liv.
L'Abbaye de Vigogne, au
Pere Bertin, a charge de 7000.
livres de Pension.Sçavoir, à
M. le Chevalier de Velleron,
2000. liv.
M. le Chevalier de S. André,
1000. Ilv.
M. le Chevalier de Confions,
2000. liv.
Le Séminaire d' Arras ,
1000. liv.
L'AbbayedeS,Basle,àM.
l'Abbé deS.Poin.
L'Abbaye de S Mclainc, à
M. l'Abbé de la Roche, Chanoine
de Nostre Dame.
LAbbaye de S. Marrin de
Pontoi[c>àM.l'Abbé dcTczu.
L'Abbaye de Cellcroin à M. rAbbé de Cbavigni de Blo.
-
L'Abbaye de S. Vincent du
Bourg,àM.l'AbbédeLiflagafay.
L'Abbaye de la Chastre, à
M. l'Abbé Bcrthcr, Aumônier
de Madame. ? ;
L'Abbaye de Lure, à M.
FAbbe Monteils.
v r
Le Prieuré le Mont aux Maladcs,
à M. l'Abbé Perot, Insticutcur
du Roy.**
M. deChivac, Ancicn Professeur
en Médecine de l'Univerficé
de Montpellier, & Premier
Medecm de S. A. R.
Monseigneur le Duc d'Orleans,
Regenc du Royaume,
sur reçu à l' Academie Royale
des Sciences le ig. Janvier.
Le 10. de ce mois ,
le Roy
allaauPalaisRoyal,& vifha
Madame, M. le Duc dOrleans
,
& Madame laDuchefTe*
d'Orléans.
Le iS. du mois pasle on
celebra dans l'Eglise Merropoliraine
d'Alby
, un Service
pour le feu Roy, M. l'Abbé
Angeard Chanoine^Théologal
de la même Êglise prononça
l'Oraison Funèbre.
ACifteron lEYêqueofïcia
pomificarlementpour le même
fujtt.
Le18. du mois dernier
l'Academie Royale de Bor.
deaux fit celebrer un Service
solemnel pour le fcu Royt,
dansla Chapelle du College
de Guienne de cette Ville ; la
Messe y fut chantée par la mu-
6que de l'Academie, & Ioraison
Funèbre prononcé par
leoPercnMaria Jcruite. fit la même ceremoiiie
dans TEglife dcTouJ
,
ou M. de l'Anuz Théologal
prononça lOraifon Funcbre.
DeraêroeàVienneen Dauphiné
ou l'Archevêque officia
,& ou 1Oraison funèbre
sur prononcée par le Perc Félon
Jvfuitc.
A Melun le Chapitre Royal
deNoHre Dame,le Pere Monier
Carme fie l'Eloge du Roy.
A IlToudun en Bcrry, dans
l'Eglise Collégiale deS.Cyr,
le PercPintarc prononça 1Oraison
Funèbre
, comme il
avoic fjit à Bourges.
Dins l'Eglise de Noftrc-
Dane Montpellier,1'Archevelque
de N'f bonne, Prefidcnt
des Ecjrs
,
officia pour le
mesme sujet, & les Evcfqucs
d'Agde
J
de Bczicrs, de Montauban
,
& d'Alais, firent les
abCoutcs) le Pcre Scnault Jefuice
prononça rOraifon funcbre.
A Toulouse l'Académie
des Jeux Floraux fit faire un
Service folcmnel pour le feu
Roy,dans lEglise desCarmes,
le foir IJCompJgnies'acrembla
extraordinaircmenc à l'Hôtel
de Ville dans la Salle de l'Académic
,
où le sieur Mariottc
l'un des Académiciens, prononça)
Etogc du Roy.
Le ij. de ce mois, le Roy
tint sur les Fonds dans la Chapelle
des Thuillcries
, avec
Madamela Duchcfle de Vantadour
,
sa Gouvernante,le
fils de M. le Duc de Talard ,
& petit fils du Maréchal,qui
fut baptisé par leCardinal de
RohanJGrand Aumofnicr de
France & nommé Louis Charles.
COPIE DE LA FEUILLE
desBénéfices & Pcnfions,
signée par Monseigneur le
Duc d'Orleans
,
le zo.
Janvier 1716.
Cambray à M. rAbbé
d'Eftrécs, à 2.0000. livres
de Pension.Sçavoir, à
M. leComte de LainaIk
,
GOGO*liv.
M. l'Abbé TartJifict,
4000 liv.
M. l'Abbé de Magnas,
Premier Aumônier de -Madame,
3000. liv.
M. l'Abbé de Fenelon,
1000. liv,
M. l'Abbé Doifi.,Comte
de Tournay, 2.000, liv.
M. l'Abbé de Rouvroy,
1000. liv.
M l'Abbé de Boifgibaulr,
Aumônier de Madame la Da.
chessede Lorraine,1000.liv.
Sens à M. l'Evcfque de
Troycs, àchargede8000.liv.
- dePension Sçavoir, à
M.l'Abbé Genest, Aumônier
de Madame la Duchcflc
d'Orléans, 3000.liv.
M.l'AbbéDavaife, 1000.1.
M. le Chevalier de Gercy,
1000. liv.
M.labbéDubos, 2.000.1.
Bayeux à M le Cardinalde
la Trimoille.) à charge de
loooo 1. de Pension. Sçavoir,à
Mde Montmorency,Che",
valier de S Lazare, 2.000. liv.
M. le Chevalier de Lhôpital,
1500.liv.
M. le Chevalier de S. Valier,
1500.liv.
M. de Manieu,Capitaine
au Régiment de la Couronne,
1000. liv.
M. le Chevalier de Rcths,
1500. liv.
M. le Comte- de Polignac
1joo.liv.
M. l'Abbé de Fenelon le
cadet, 1000. liv.
LTvcfche de Xaintcs a M.
l'Abbé de Beaumonc.
L'Evesché de Clermont, à
M.l'Abbé d'Entragues, Aumônier
duRoy.
-L'Abbaye-deS.ViétacJ:au
Cardinal Gualtieri,àcharge de
2000.l. dePenflon. Sçavoir,à
- -
M. l'Abbé Tamifi^
,
2000. liv.
L'Abbaye de S. Paul de
Verdun, au Cardiruî Ottoboni,
àcharge de 3000. liv.
de Pension. Savoir, à
M Biece, Diacre, 800.liv.
M Beaume, Prestre,700. L
M Mihony, Prêtre,700.1.
M. Deftival
,
ClercTonforé,
500. liv.
M. Gaflin, Clerc Tonsuré,
400. liv.
L'Abbaye de S. Ouin, a M.
l'Abbé de S.AlbinJà charge de
6000. L de Pension.Sçavoir, à
Mde Marcillac, 1000.îiv.
M. Timolcon de Choisy,
zooo. liv.
**M.l'AbbeduBella,1500.1.
M. Scuguenois,300. 1.
*
L'Abbaye de Moiflfac, à M.
de Biron, à charge de 4000. 1.
de Peufion. Savoir, à
Madame de Rochec houarr,
Abbesse de Fontcvraud,
4000. liv.
L'Abbaye de Jumicgcs, à
M. l'Abbé de S. Simon, à
charge de 3000. liv. dePenfion.
Sçavoir,à
M. l'Abbé Vertoi, rJoo. L
M. l'AbbéBitaud,icoo.l.
L'Abbaye
L'Abbaye du Mont S,
Eloy, au Pere la Couifferc,
Prieur de ladite Mailon
,
à
charge de 11000.1.de Pcnfion.
Sçavoir, à
M. le Chevalier de Clermonr,
1000. liv.
* M. le Chevalicr de Trefle- manes,2000.1.
«
M. le Chevalier de Pezeux,
1000. liv.
M. le Chevalier de Mondain
, 1000. liv.
LUnivçrficé de Douay ,
3000. liv.
L'Abbaye de Vigogne, au
Pere Bertin, a charge de 7000.
livres de Pension.Sçavoir, à
M. le Chevalier de Velleron,
2000. liv.
M. le Chevalier de S. André,
1000. Ilv.
M. le Chevalier de Confions,
2000. liv.
Le Séminaire d' Arras ,
1000. liv.
L'AbbayedeS,Basle,àM.
l'Abbé deS.Poin.
L'Abbaye de S Mclainc, à
M. l'Abbé de la Roche, Chanoine
de Nostre Dame.
LAbbaye de S. Marrin de
Pontoi[c>àM.l'Abbé dcTczu.
L'Abbaye de Cellcroin à M. rAbbé de Cbavigni de Blo.
-
L'Abbaye de S. Vincent du
Bourg,àM.l'AbbédeLiflagafay.
L'Abbaye de la Chastre, à
M. l'Abbé Bcrthcr, Aumônier
de Madame. ? ;
L'Abbaye de Lure, à M.
FAbbe Monteils.
v r
Le Prieuré le Mont aux Maladcs,
à M. l'Abbé Perot, Insticutcur
du Roy.**
M. deChivac, Ancicn Professeur
en Médecine de l'Univerficé
de Montpellier, & Premier
Medecm de S. A. R.
Monseigneur le Duc d'Orleans,
Regenc du Royaume,
sur reçu à l' Academie Royale
des Sciences le ig. Janvier.
Le 10. de ce mois ,
le Roy
allaauPalaisRoyal,& vifha
Madame, M. le Duc dOrleans
,
& Madame laDuchefTe*
d'Orléans.
Le iS. du mois pasle on
celebra dans l'Eglise Merropoliraine
d'Alby
, un Service
pour le feu Roy, M. l'Abbé
Angeard Chanoine^Théologal
de la même Êglise prononça
l'Oraison Funèbre.
ACifteron lEYêqueofïcia
pomificarlementpour le même
fujtt.
Le18. du mois dernier
l'Academie Royale de Bor.
deaux fit celebrer un Service
solemnel pour le fcu Royt,
dansla Chapelle du College
de Guienne de cette Ville ; la
Messe y fut chantée par la mu-
6que de l'Academie, & Ioraison
Funèbre prononcé par
leoPercnMaria Jcruite. fit la même ceremoiiie
dans TEglife dcTouJ
,
ou M. de l'Anuz Théologal
prononça lOraifon Funcbre.
DeraêroeàVienneen Dauphiné
ou l'Archevêque officia
,& ou 1Oraison funèbre
sur prononcée par le Perc Félon
Jvfuitc.
A Melun le Chapitre Royal
deNoHre Dame,le Pere Monier
Carme fie l'Eloge du Roy.
A IlToudun en Bcrry, dans
l'Eglise Collégiale deS.Cyr,
le PercPintarc prononça 1Oraison
Funèbre
, comme il
avoic fjit à Bourges.
Dins l'Eglise de Noftrc-
Dane Montpellier,1'Archevelque
de N'f bonne, Prefidcnt
des Ecjrs
,
officia pour le
mesme sujet, & les Evcfqucs
d'Agde
J
de Bczicrs, de Montauban
,
& d'Alais, firent les
abCoutcs) le Pcre Scnault Jefuice
prononça rOraifon funcbre.
A Toulouse l'Académie
des Jeux Floraux fit faire un
Service folcmnel pour le feu
Roy,dans lEglise desCarmes,
le foir IJCompJgnies'acrembla
extraordinaircmenc à l'Hôtel
de Ville dans la Salle de l'Académic
,
où le sieur Mariottc
l'un des Académiciens, prononça)
Etogc du Roy.
Le ij. de ce mois, le Roy
tint sur les Fonds dans la Chapelle
des Thuillcries
, avec
Madamela Duchcfle de Vantadour
,
sa Gouvernante,le
fils de M. le Duc de Talard ,
& petit fils du Maréchal,qui
fut baptisé par leCardinal de
RohanJGrand Aumofnicr de
France & nommé Louis Charles.
Fermer
4757
p. 161-177
EXTRAIT DE NARCISSE.
Début :
ACTEURS. LISIMON, VALERE, LUCINDE, { Enfans de Lisimon. ANGELIQUE, LEANDRE, { Frere [...]
Mots clefs :
Angélique, Valère, Lucinde, Narcisse, Portrait, Léandre, Frontin, Coeur, Frère, Marton, Femmes, Maître, Honte, Grâces, Femme, Homme, Aimer, Belle, Original, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE NARCISSE.
EXTRAIT DE NARCISSE.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
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Résumé : EXTRAIT DE NARCISSE.
Dans la pièce 'Narcisse', Lucinde, sœur de Valère, cherche à corriger les manières affectées de son frère en le faisant peindre déguisé en femme. Elle place le portrait sur sa toilette et discute avec Martin, son valet, de ses intentions. Lucinde trouve Valère trop délicat et affecté, espérant que cette ruse le guérira de ses travers pour plaire à Angélique, sa pupille et future épouse. Lucinde est également attachée à Cléonte, un jeune homme rencontré à Poissy, et compte sur Angélique pour convaincre Valère de renoncer à elle. Lorsqu'Angélique arrive, elle exprime des réserves sur le projet de Lucinde, craignant de déplaire à Valère. Lucinde décide de prendre le risque seule. Valère entre avec Frontin, son valet, et admire le portrait sans reconnaître qu'il s'agit de lui-même. Frontin reconnaît le portrait et le décrit comme une femme coquette. Intrigué, Valère décide de découvrir l'identité de cette femme et sort, malgré ses sentiments pour Angélique et l'opposition de son père au mariage. Valère découvre que la personne du portrait est Cléonte déguisé en Léandre. Angélique accepte de faciliter leur union, désespérant Valère. Lucinde apprend de Frontin que Valère est amoureux de quelqu'un qui lui ressemble. Inquiète, elle tente de faire taire Frontin. Lucinde demande ensuite à Angélique de l'aider à se débarrasser de Léandre. Angélique révèle à Valère qu'elle connaît l'objet de son amour et qu'elle l'aime également. Valère choisit Angélique et rejette le portrait de la femme qu'il aimait auparavant, révélant que c'était Léandre déguisé. Simon, le père, annonce qu'il laisse ses enfants choisir leurs mariages. Il propose qu'Angélique épouse Valère, que Lucinde entre dans un couvent, et que Léandre parte. Les enfants acceptent les arrangements initiaux, prouvant l'autorité de Simon. Valère exprime sa gratitude envers Angélique pour l'avoir aidé à surmonter un ridicule de sa jeunesse et affirme qu'il sera désormais heureux avec elle.
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4758
p. 162
ENIGME.
Début :
Je parois en tous lieux ; sous la même figure, [...]
Mots clefs :
Mouchettes
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
E parois en tous lieux ; fous la même figure ,
Sous differens metaux : je n'ay qu'unſeul employ ;
Je fers égallement le Sujet le Roy,
C Et voici quelle eſt ma nature .
Je fuis en apparence un bizarre animal';
Fay le nez long , & fait d'une telle maniere ,
(
Qu'il ne ressemble pas trop mal
A l'Eperon d'une Gallere.
Au milieu de mon corps s'éleve une éminence
Par où je prens mon aliment ;
Je me nourris de feu , & le fier élement
Dans mon fein perd fa violence .
Par un deftin capricieux ,
Au bout de mes deux pieds je porté mes deux yeux :
Etfaite exprés pour la lumiere ,
Ce n'est que pour la nuit que je fuis neceffaire.
E parois en tous lieux ; fous la même figure ,
Sous differens metaux : je n'ay qu'unſeul employ ;
Je fers égallement le Sujet le Roy,
C Et voici quelle eſt ma nature .
Je fuis en apparence un bizarre animal';
Fay le nez long , & fait d'une telle maniere ,
(
Qu'il ne ressemble pas trop mal
A l'Eperon d'une Gallere.
Au milieu de mon corps s'éleve une éminence
Par où je prens mon aliment ;
Je me nourris de feu , & le fier élement
Dans mon fein perd fa violence .
Par un deftin capricieux ,
Au bout de mes deux pieds je porté mes deux yeux :
Etfaite exprés pour la lumiere ,
Ce n'est que pour la nuit que je fuis neceffaire.
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4759
p. 781
RUSSIE.
Début :
On mande des Frontieres de Perse , que les Turcs qui [...]
Mots clefs :
Russie, Perse, Moscovites, Constantinople
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
On mande des Frontieres de Perse , que les
Turcs qui étoient dans Ardebil , l'avoient abandonné
aux Persans , et qu'ils s'étoient mis sous
la protection des Moscovites , lesquels , du consentement
du Roi de Perse , devoient les conduire
à Tiflis , Capitale de la Georgie.
Par les lettres reçûës de Constantinople , on
paroît être certain que le Grand Seigneur prem
dra toutes les mesures necessaires pour éviter d'entrer
en guerre avec les Moscovites , et pour prévenir
celle qu'ils pourroient avoir avec les Persans.
On mande des Frontieres de Perse , que les
Turcs qui étoient dans Ardebil , l'avoient abandonné
aux Persans , et qu'ils s'étoient mis sous
la protection des Moscovites , lesquels , du consentement
du Roi de Perse , devoient les conduire
à Tiflis , Capitale de la Georgie.
Par les lettres reçûës de Constantinople , on
paroît être certain que le Grand Seigneur prem
dra toutes les mesures necessaires pour éviter d'entrer
en guerre avec les Moscovites , et pour prévenir
celle qu'ils pourroient avoir avec les Persans.
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Résumé : RUSSIE.
En Russie, les Turcs d'Ardebil ont cherché la protection des Moscovites. Avec l'accord du roi de Perse, ces derniers doivent les conduire à Tiflis. À Constantinople, le souverain ottoman prévoit des mesures pour éviter une guerre avec les Moscovites et un conflit avec les Persans.
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4760
p. 1011
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On écrit de Constantinople qu'on y avoit reçû avis que le Prince Thamas, après la [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Thamas Kouli-Kan
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
N écrit de Conftantinople qu'on y avoit
reçû avis que le Prince Thamas , après la
prife d'Ifpaham , étoit en pleine marche avec fon
Armée pour aller reconquerir les Places & Provinces
cedées à la Porte par le Sultan Acheraf
dont on confirme la mort.
N écrit de Conftantinople qu'on y avoit
reçû avis que le Prince Thamas , après la
prife d'Ifpaham , étoit en pleine marche avec fon
Armée pour aller reconquerir les Places & Provinces
cedées à la Porte par le Sultan Acheraf
dont on confirme la mort.
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4761
p. 1627
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Moyreau, vient de graver une nouvelle Estampe, sous ce titre, le Passage de l'Eau, [...]
Mots clefs :
Passage de l'eau, Moyreau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le sieur Moyreau , vient de graver une nou
velle Estampe, sous ce titre , le Passage de l'Eau,
d'après un excellent Tableau de Wauremens ,
de 16 pouces de large , sur 13 de haut , du Cabinet
de M. Hallée , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel . C'est peut- être l'unique Tableau de
ce Maître où il n'y ait point de Chevaux ; c'est
cependant un de ses plus beaux. L'Estampe qui
est de la même grandeur que l'Original , a trèsbien
réussi. Elle se vend chez l'Auteur , ruë Galande
, vis - à- vis S. Blaise.
On trouve chez lui une autre Estampe qu'il a
gravée depuis peu d'après un beau Tableau de
le Sueur , du Cabinet de M. Fortier , Notaire ,
le Sujet est le Triomphe de l'Amour sur les qua-
´tre Elémens , l'Original a 41 pouces de haut
sur 33 .
velle Estampe, sous ce titre , le Passage de l'Eau,
d'après un excellent Tableau de Wauremens ,
de 16 pouces de large , sur 13 de haut , du Cabinet
de M. Hallée , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel . C'est peut- être l'unique Tableau de
ce Maître où il n'y ait point de Chevaux ; c'est
cependant un de ses plus beaux. L'Estampe qui
est de la même grandeur que l'Original , a trèsbien
réussi. Elle se vend chez l'Auteur , ruë Galande
, vis - à- vis S. Blaise.
On trouve chez lui une autre Estampe qu'il a
gravée depuis peu d'après un beau Tableau de
le Sueur , du Cabinet de M. Fortier , Notaire ,
le Sujet est le Triomphe de l'Amour sur les qua-
´tre Elémens , l'Original a 41 pouces de haut
sur 33 .
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Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Moyreau a gravé deux estampes. La première, 'Le Passage de l'Eau', d'après Wauremens, mesure 16 pouces sur 13 et provient du cabinet de M. Hallée. La seconde, 'Le Triomphe de l'Amour sur les quatre Éléments', d'après le Sueur, mesure 41 pouces sur 33 et appartient à M. Fortier. Les estampes sont disponibles chez l'auteur, rue Galande.
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4762
p. 2281-2282
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tours. Fête donnée par M. l'Intendant, &c.
Début :
M. de Lucé, notre Intendant, donna ici le 13 de ce mois une Fête magnifique. [...]
Mots clefs :
Intendant, Fête, Roi, Peuple, Vin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tours. Fête donnée par M. l'Intendant, &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite deTours
Fête donnée par M. l'Intendant , &c.
Mie
de Lucé, notre Intendant, donna ici
le 13 de ce mois une Fête magnifique.
Samaiſon étoit illuminée en Portiques
avec des Colonades & des Pyramides , qui
formoient une très-belle Décoration ; les
Armes du Roi & les Emblêmes achevoient
de conſacrer cette Fête à l'allegreſſe publique.
Pour la rendre plus complette , M.
l'In
2282 MERCURE DE FRANCE.
l'Intendant ſe fit un plaiſir de donner un
feftin au peuple de Tours & des environs.
Dès cinq heures du foir , on fit couler fix
Fontaines de Vin , & on établit autant de
tables , où l'on diſtribua à tous ceux qui ſe
preſenterent le reſte du jour & pendant la
nuit , des viandes differemment apprêtées ,
du pain& du vin avec une abondance &
une profufion , vraiment dignes de l'événement
que l'on célébroit ; tous les habitans
étoientdans les ruës , foit pour prendre part
nu repas public , foit pour joüir de la joie
univerſelle.
On rentra enſuite chés M. l'Intendant ,
qui donnoit un grand ſouper dans ſa maiſon
; il avoit invité plus de cent perſonnes ,
M. l'Archevêque , la Nobleſſe & les Compagnies
; les Conviés ſe partagerent en cinq
tables , qui furent en même-tems ſervies
avec autant de magnificence que de délicateffe.
Onbut à la ſanté du Roi au fon des
Inſtrumens , & aux acclamations du peuple
&des cris redoublés de Vive le Roi. Après
le ſouper , Mad. l'Intendante ouvrit unBal,
qui dura juſqu'à ſept heures du matin.
Fête donnée par M. l'Intendant , &c.
Mie
de Lucé, notre Intendant, donna ici
le 13 de ce mois une Fête magnifique.
Samaiſon étoit illuminée en Portiques
avec des Colonades & des Pyramides , qui
formoient une très-belle Décoration ; les
Armes du Roi & les Emblêmes achevoient
de conſacrer cette Fête à l'allegreſſe publique.
Pour la rendre plus complette , M.
l'In
2282 MERCURE DE FRANCE.
l'Intendant ſe fit un plaiſir de donner un
feftin au peuple de Tours & des environs.
Dès cinq heures du foir , on fit couler fix
Fontaines de Vin , & on établit autant de
tables , où l'on diſtribua à tous ceux qui ſe
preſenterent le reſte du jour & pendant la
nuit , des viandes differemment apprêtées ,
du pain& du vin avec une abondance &
une profufion , vraiment dignes de l'événement
que l'on célébroit ; tous les habitans
étoientdans les ruës , foit pour prendre part
nu repas public , foit pour joüir de la joie
univerſelle.
On rentra enſuite chés M. l'Intendant ,
qui donnoit un grand ſouper dans ſa maiſon
; il avoit invité plus de cent perſonnes ,
M. l'Archevêque , la Nobleſſe & les Compagnies
; les Conviés ſe partagerent en cinq
tables , qui furent en même-tems ſervies
avec autant de magnificence que de délicateffe.
Onbut à la ſanté du Roi au fon des
Inſtrumens , & aux acclamations du peuple
&des cris redoublés de Vive le Roi. Après
le ſouper , Mad. l'Intendante ouvrit unBal,
qui dura juſqu'à ſept heures du matin.
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4763
p. 1627-1628
« On écrit de Lisbonne que l'Académie Royale de l'Histoire s'étant assemblée sur la fin du [...] »
Début :
On écrit de Lisbonne que l'Académie Royale de l'Histoire s'étant assemblée sur la fin du [...]
Mots clefs :
Général, Lisbonne, Comte, Directeur, Académie royale d'histoire portugaise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Lisbonne que l'Académie Royale de l'Histoire s'étant assemblée sur la fin du [...] »
On écrit de Lisbonne que l'Académie Royale
de l'Histoire s'étant assemblée sur la fin du
mois de Mai dernier , Don François - Xavier de
Menezés , Comte d'Ericeira , lût l'Eloge de
deffunt Marquis d'Abrantes , Directeur de cette
Académie ; son Discours fut trouvé fort éloquent
; il n'y eut rien d'oublié sur les grandes
qualitez et sur la vaste érudition de cet illus
tre Directeur. Don Pierre d'Almeïda , Comté
d'Assumar , General de Bataille , Gouverneur
et Capitaine General de la Province das Minas ,
fut élu dans la même Assemblée pour lui succeder
dans cette qualité.
On mande de Lisbonne qu'on y avoit aussi
appris d'Aurique , que la femme de Blaise Figueira
, habitant du Village de Junqueiros dans
les environs de certe Ville , est accouchée le 10.
du mois dernier d'une fille , le lendemain d'une
seconde ,
1628 MERCURE DE FRANCE
seconde , le 13 d'une troisiéme , et le 14 d'une
quatrième , qui ont toutes reçû le Baptême ,
mais qui sont mortes peu après leur nais
sance.
de l'Histoire s'étant assemblée sur la fin du
mois de Mai dernier , Don François - Xavier de
Menezés , Comte d'Ericeira , lût l'Eloge de
deffunt Marquis d'Abrantes , Directeur de cette
Académie ; son Discours fut trouvé fort éloquent
; il n'y eut rien d'oublié sur les grandes
qualitez et sur la vaste érudition de cet illus
tre Directeur. Don Pierre d'Almeïda , Comté
d'Assumar , General de Bataille , Gouverneur
et Capitaine General de la Province das Minas ,
fut élu dans la même Assemblée pour lui succeder
dans cette qualité.
On mande de Lisbonne qu'on y avoit aussi
appris d'Aurique , que la femme de Blaise Figueira
, habitant du Village de Junqueiros dans
les environs de certe Ville , est accouchée le 10.
du mois dernier d'une fille , le lendemain d'une
seconde ,
1628 MERCURE DE FRANCE
seconde , le 13 d'une troisiéme , et le 14 d'une
quatrième , qui ont toutes reçû le Baptême ,
mais qui sont mortes peu après leur nais
sance.
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Résumé : « On écrit de Lisbonne que l'Académie Royale de l'Histoire s'étant assemblée sur la fin du [...] »
À Lisbonne, l'Académie Royale de l'Histoire a honoré le Marquis d'Abrantes par un discours de Don François-Xavier de Menezés. Don Pierre d'Almeïda a été élu pour lui succéder. Par ailleurs, la femme de Blaise Figueira a donné naissance à quatre filles en quatre jours, toutes décédées après leur baptême.
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4764
p. 165-166
Vers presentez au Roy. [titre d'après la table]
Début :
Quel cortege brillant ! quelle foule nombreuse ! [...]
Mots clefs :
Louis XIV, Roi, Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers presentez au Roy. [titre d'après la table]
Quel cortege brillant ! quelle
foule nombreuſe !!
Grand Roy , jamais la Cour ne
parut plus pompeuſe ,
Et jamais nul concert flotant
au gré de l'eau
N'offrit à nos regards de ſpectacle
fi beau.
L'ardeur qu'on a de voir tant
de magnificence ,
De Princes étrangers attire
une affluence;
Et ces Heros ſuivant leur inclination
,
1
166 MERCURE
Joignent à nos reſpects leur
admiration.
Charmez que ta douceur aft
terminé la guerre ,
Ils ont volé vers toy pour foüir
:
de la paix.
GrandRoy , qu'elle dure àjamais,
Et que le reſte de la terre
Ne parle plusque des bienfaits
Dont tu vas combler tes ſujets.
PRIERE.
Ciel ! maître des deſtinées ,
Prête à Lours ton ſecours ,
Et pour prolonger ſes jours ,
Retranche de nos années.
Je fuis,Mademoiselle
vôtre, &c.
Rendons maintenant , s'il
vous plaît , Meſſieurs , la converſation
generale.
foule nombreuſe !!
Grand Roy , jamais la Cour ne
parut plus pompeuſe ,
Et jamais nul concert flotant
au gré de l'eau
N'offrit à nos regards de ſpectacle
fi beau.
L'ardeur qu'on a de voir tant
de magnificence ,
De Princes étrangers attire
une affluence;
Et ces Heros ſuivant leur inclination
,
1
166 MERCURE
Joignent à nos reſpects leur
admiration.
Charmez que ta douceur aft
terminé la guerre ,
Ils ont volé vers toy pour foüir
:
de la paix.
GrandRoy , qu'elle dure àjamais,
Et que le reſte de la terre
Ne parle plusque des bienfaits
Dont tu vas combler tes ſujets.
PRIERE.
Ciel ! maître des deſtinées ,
Prête à Lours ton ſecours ,
Et pour prolonger ſes jours ,
Retranche de nos années.
Je fuis,Mademoiselle
vôtre, &c.
Rendons maintenant , s'il
vous plaît , Meſſieurs , la converſation
generale.
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Résumé : Vers presentez au Roy. [titre d'après la table]
À la cour d'un grand roi, une scène grandiose et festive attire des princes étrangers. La foule admire la pompe et loue le roi pour avoir mis fin à la guerre et apporté la paix. Les sujets espèrent des bienfaits durables et prient pour la longue vie du roi. La conversation générale reprend ensuite.
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4765
p. 1633-1634
« Le premier Juin, le Roi, par Arrêt de son Conseil du même jour, a accordé à [...] »
Début :
Le premier Juin, le Roi, par Arrêt de son Conseil du même jour, a accordé à [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédiens-Français, Opéra-Comique, Roi, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Juin, le Roi, par Arrêt de son Conseil du même jour, a accordé à [...] »
Le premier Juin , le Roi , par Arrêt de
fon Confeil du même jour , a accordé à
M. Gruer , le Privilege de l'Académie
Royale de Mufique , pour en jouir pendant
le cours de trente deux années..
M..
•
1834 MERCURE DE FRANCE
M. Deftouches , Sur-Intendant de la Muque
du Roi , que S M. avoit nommé Directeur
General de la même Académie au
mois de Février 1728. s'eft retiré avec
4000. livres de penfion .
Le 20. l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation d'une Piece nouvelle
en trois Actes , ornée de Chants &
de Danfes , qui a pour titre , les deux Suivantes.
On en parlera plus au long . Elle
été reçûë favorablement du Public.
Les Comédiens François ont remis aut
Théatre la Tragedie d'Abfalon , de feu
M. Duché , qui a un fort grand fuccès .
Elle eft très-bien repréfentée . Ils repetent
le Prince de Noify , Comédie nouvelle.
ཏྭཱ་
Les Comédiens Italiens doivent donner
le premier Août, une petite Piece nouvelle
d'un Acte , avec un Divertiffement qui
pour titre ,
titre , la Reunion Forcée , dont on
pourra parler plus au long.
fon Confeil du même jour , a accordé à
M. Gruer , le Privilege de l'Académie
Royale de Mufique , pour en jouir pendant
le cours de trente deux années..
M..
•
1834 MERCURE DE FRANCE
M. Deftouches , Sur-Intendant de la Muque
du Roi , que S M. avoit nommé Directeur
General de la même Académie au
mois de Février 1728. s'eft retiré avec
4000. livres de penfion .
Le 20. l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation d'une Piece nouvelle
en trois Actes , ornée de Chants &
de Danfes , qui a pour titre , les deux Suivantes.
On en parlera plus au long . Elle
été reçûë favorablement du Public.
Les Comédiens François ont remis aut
Théatre la Tragedie d'Abfalon , de feu
M. Duché , qui a un fort grand fuccès .
Elle eft très-bien repréfentée . Ils repetent
le Prince de Noify , Comédie nouvelle.
ཏྭཱ་
Les Comédiens Italiens doivent donner
le premier Août, une petite Piece nouvelle
d'un Acte , avec un Divertiffement qui
pour titre ,
titre , la Reunion Forcée , dont on
pourra parler plus au long.
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Résumé : « Le premier Juin, le Roi, par Arrêt de son Conseil du même jour, a accordé à [...] »
Le 1er juin, le Roi a octroyé à M. Gruer un privilège pour l'Académie Royale de Musique, valable pour trente-deux ans. En 1834, M. Deftouches, nommé Directeur Général de l'Académie en février 1728, a pris sa retraite avec une pension de 4000 livres. Le 20 juin, l'Opéra Comique a présenté la première de 'Les deux Suivantes', une pièce en trois actes bien accueillie par le public. Les Comédiens Français ont repris la tragédie 'Absalon' de M. Duché, qui a connu un grand succès, et répètent une nouvelle comédie intitulée 'Le Prince de Noisy'. Les Comédiens Italiens prévoient de jouer 'La Réunion Forcée', une pièce en un acte, le 1er août.
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4766
p. 993-994
« Au commencement de ce mois, les Comédiens François ont remis [...] »
Début :
Au commencement de ce mois, les Comédiens François ont remis [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Opéra, Jepthé, Ballet des sens
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texteReconnaissance textuelle : « Au commencement de ce mois, les Comédiens François ont remis [...] »
Au commencement de ce mois , les Co---
médiens François ont remis au Théatre la
Comédie en Vers et en 5 Actes , du Cu--
rieux Impertinent , de MrDestouches , que
le Public revoit avec beaucoup de plaisir."
Cette Piece, quoique la premiere de l'Au--
teur, n'est pas , à beaucoup près, la moin- ·
dre. Elle est parfaitement bien représen
tée par le S Quinaut , qui y jouë le principal Rôle , par les Diles Gossin et Quinaut, et par les S" la Thorilliere , Gran--
val, Poisson et Armand.
Le 14 les mêmes
Comédiens
remirent
au Théatre
la Tragédie
d'Habits
de Ma--
dame
Gomez
, qui
eut un fort
grand
suc
cès dans
sa nouveauté
en 1713.
Elle
n'avoit
jamais
été reprise
. Elle
est fort
ap
plaudie
994 MERCURE DE FRANCE
plaudie , sur tout aux situations interessantes du se Acte. Le S Granval yjouë
le principal Rôle ; le S Sarrazin y remplit celui du Roy , et les Des Duclos et Gossin ceux de la Reine et de la Princesse.
On continue à l'Opera les Representations deJephté, que le Public ne se lasse
pas de voir. Celle du Mardy , 13 Avril ,
fut honorée de la présence du Roy Stanislas , dont S. M. parut extrêmement satisfaite.
On répete actuellement le Balet des
Sens , Piece nouvelle , dont la Musique
est de M. Mouret , et le Poëme de M ....
On a appris de Londres , que le 8 de
ce mois au soir , plusieurs jeunes Gentils- Hommes du premier rang , dont le plus
âgé n'a pas 14 ans , représenterent dans
la Sale du Bal , au Palais de S. James , la
Tragédie de l'Empereur des Indes , ou la
Conquête du Méxique , par les Espagnols ,
en présence de L. M. et des Princes et
Princesses de la Famille Royale.
médiens François ont remis au Théatre la
Comédie en Vers et en 5 Actes , du Cu--
rieux Impertinent , de MrDestouches , que
le Public revoit avec beaucoup de plaisir."
Cette Piece, quoique la premiere de l'Au--
teur, n'est pas , à beaucoup près, la moin- ·
dre. Elle est parfaitement bien représen
tée par le S Quinaut , qui y jouë le principal Rôle , par les Diles Gossin et Quinaut, et par les S" la Thorilliere , Gran--
val, Poisson et Armand.
Le 14 les mêmes
Comédiens
remirent
au Théatre
la Tragédie
d'Habits
de Ma--
dame
Gomez
, qui
eut un fort
grand
suc
cès dans
sa nouveauté
en 1713.
Elle
n'avoit
jamais
été reprise
. Elle
est fort
ap
plaudie
994 MERCURE DE FRANCE
plaudie , sur tout aux situations interessantes du se Acte. Le S Granval yjouë
le principal Rôle ; le S Sarrazin y remplit celui du Roy , et les Des Duclos et Gossin ceux de la Reine et de la Princesse.
On continue à l'Opera les Representations deJephté, que le Public ne se lasse
pas de voir. Celle du Mardy , 13 Avril ,
fut honorée de la présence du Roy Stanislas , dont S. M. parut extrêmement satisfaite.
On répete actuellement le Balet des
Sens , Piece nouvelle , dont la Musique
est de M. Mouret , et le Poëme de M ....
On a appris de Londres , que le 8 de
ce mois au soir , plusieurs jeunes Gentils- Hommes du premier rang , dont le plus
âgé n'a pas 14 ans , représenterent dans
la Sale du Bal , au Palais de S. James , la
Tragédie de l'Empereur des Indes , ou la
Conquête du Méxique , par les Espagnols ,
en présence de L. M. et des Princes et
Princesses de la Famille Royale.
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Résumé : « Au commencement de ce mois, les Comédiens François ont remis [...] »
Au début du mois, les comédiens François ont présenté la comédie 'Le Curieux Impertinent' de Monsieur Destouches, bien accueillie par le public. Cette pièce en vers et en cinq actes, interprétée par des acteurs tels que Quinaut, Gossin, la Thorilliere, Granval, Poisson et Armand, est la première œuvre de l'auteur. Le 14 du même mois, ils ont joué la tragédie 'd'Habits' de Madame Gomez, qui avait connu un grand succès en 1713 et n'avait jamais été reprise depuis. Cette représentation a été particulièrement applaudie pour les situations intéressantes du cinquième acte, avec Granval, Sarrazin, Duclos et Gossin dans les rôles principaux. À l'Opéra, les représentations de 'Jephté' continuent de rencontrer un grand succès, avec la présence du roi Stanislas le 13 avril. Les répétitions du ballet 'Les Sens', avec une musique de Monsieur Mouret et un poème de Monsieur M., sont en cours. À Londres, le 8 du mois, plusieurs jeunes gentilshommes ont représenté la tragédie 'L'Empereur des Indes' au Palais de Saint James, en présence du roi et des membres de la famille royale.
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4767
p. 162-163
AUTRE.
Début :
Je nais dans une ingratte terre, [...]
Mots clefs :
Grès
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E nais dans une ingratte terre,
Où d'impitoiables marteaux ,
Qui me font une injufte guerre ,
Mettent mon corps en cent morceaux.
Bien plus , cette race inhumaine →
DE JANVIER. 163
Aſſemble mes membres épars ,
Les envoye de toutes parts ,
Afin de prolonger ma peine.
On les livre à des gens encor plus inhumains
Qui frapentfur mes os avec plus de furie s
Et pour comble de barbarie ,
Profanent de leurs pieds l'ouvrage de leurs mains.
E nais dans une ingratte terre,
Où d'impitoiables marteaux ,
Qui me font une injufte guerre ,
Mettent mon corps en cent morceaux.
Bien plus , cette race inhumaine →
DE JANVIER. 163
Aſſemble mes membres épars ,
Les envoye de toutes parts ,
Afin de prolonger ma peine.
On les livre à des gens encor plus inhumains
Qui frapentfur mes os avec plus de furie s
Et pour comble de barbarie ,
Profanent de leurs pieds l'ouvrage de leurs mains.
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4768
p. 991-992
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Le Portrait de CHARLOTTE DESMARES, fameuse Comédienne du Théatre François, que [...]
Mots clefs :
Charlotte Desmares, Portrait, Comédie-Française, Charles Coypel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le Portrait de CHARLOTTE DESMARES,
fameuse Comédienne du Théatre François , que
le Public ne cesse de regretter , vient de paroître
en Estampe , très- bien gravée par M. Lepicier ,
d'après
992 MERCURE DE FRANCE
d'après le Tableau original de M. Charles Coypel,
C'est une demi figure dans un Ovale en hauteur,
tenant d'une main les Attributs de Melpomene
et de Thalic. On lit ces Vers au bas.
Touchante dans les pleurs , picquante dans les
ris ;
De l'une et l'autre Scene également Maitresse ,
Au Théatre tu réunis ,
Les dons partagez au Permesse ,
Cette Estampe se vend chez Surrugue , Graveur
du Roy , rue des Noyers,
fameuse Comédienne du Théatre François , que
le Public ne cesse de regretter , vient de paroître
en Estampe , très- bien gravée par M. Lepicier ,
d'après
992 MERCURE DE FRANCE
d'après le Tableau original de M. Charles Coypel,
C'est une demi figure dans un Ovale en hauteur,
tenant d'une main les Attributs de Melpomene
et de Thalic. On lit ces Vers au bas.
Touchante dans les pleurs , picquante dans les
ris ;
De l'une et l'autre Scene également Maitresse ,
Au Théatre tu réunis ,
Les dons partagez au Permesse ,
Cette Estampe se vend chez Surrugue , Graveur
du Roy , rue des Noyers,
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Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le portrait de Charlotte Desmares, comédienne du Théâtre Français, a été publié sous forme de gravure par M. Lepicier d'après un tableau de M. Charles Coypel. Elle y tient les attributs de Melpomène et Thalie, muses de la tragédie et de la comédie. L'estampe la décrit comme 'touchante dans les pleurs, piquante dans les ris'. Elle est en vente chez Surrugue, graveur du Roi.
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4769
p. 781-782
POLOGNE.
Début :
Le 27. Fevrier, l'Envoyé Extraordinaire du Grand Seigneur, eut [...]
Mots clefs :
Envoyé extraordinaire, Audience publique, Carrosse, Cheval arabe, Hongrie, Traité d'Oliva
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
E 27. Fevrier , l'Envoyé Extraordinaire du
Grand Seigneur , eut son Audience de congé
avec les ceremonies observées le jour de sa premiere
Audience publique. Ce Ministre alla dîner
ensuite chez le Grand - Maréchal de la Couronne.
Le Roi et la République lui ont fait present d'un
très - beau Carosse attelé de six Mules . Il a fait
au Roi , de la part du G. S. et du Gr. Viz. de six
Chevaux de Selle , pami lesquels il y a un Cheval
Arabe , qu'on estime 2000. Ducats . Leurs Harnois
sont à la Turque et d'une grande magnificence.
Le Roi a envoyé en Hongrie un Capitaine dus
Regiment de Saxe Weimar , pour lever oo. Hus-
Sats
82 MERCURE DE FRANCE
sars que l'Empereur lui a permis de prendre à son
service.
Le Ministre de la Czarine a donné au Primat
du Royaume un Memoire contenant les prétentions
de S. M. Cz . Les principales sont la repetition
des sommes avancées à la République par le
feu Czar Pierre I. et qu'on fait monter à prés de
huit millions , la demande qu'elle fait de l'entiere
execution du Traité d'Oliva , tant au sujet des
Privileges accordez aux Protestans de ce Royaume
, que par rapport à la liberté du Duché de
Curlande , qu'elle ne veut pas permettre qu'on
divise en Palatinats.
E 27. Fevrier , l'Envoyé Extraordinaire du
Grand Seigneur , eut son Audience de congé
avec les ceremonies observées le jour de sa premiere
Audience publique. Ce Ministre alla dîner
ensuite chez le Grand - Maréchal de la Couronne.
Le Roi et la République lui ont fait present d'un
très - beau Carosse attelé de six Mules . Il a fait
au Roi , de la part du G. S. et du Gr. Viz. de six
Chevaux de Selle , pami lesquels il y a un Cheval
Arabe , qu'on estime 2000. Ducats . Leurs Harnois
sont à la Turque et d'une grande magnificence.
Le Roi a envoyé en Hongrie un Capitaine dus
Regiment de Saxe Weimar , pour lever oo. Hus-
Sats
82 MERCURE DE FRANCE
sars que l'Empereur lui a permis de prendre à son
service.
Le Ministre de la Czarine a donné au Primat
du Royaume un Memoire contenant les prétentions
de S. M. Cz . Les principales sont la repetition
des sommes avancées à la République par le
feu Czar Pierre I. et qu'on fait monter à prés de
huit millions , la demande qu'elle fait de l'entiere
execution du Traité d'Oliva , tant au sujet des
Privileges accordez aux Protestans de ce Royaume
, que par rapport à la liberté du Duché de
Curlande , qu'elle ne veut pas permettre qu'on
divise en Palatinats.
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Résumé : POLOGNE.
Le 27 février, l'Envoyé Extraordinaire du Grand Seigneur a eu son audience de congé avec les cérémonies observées lors de sa première audience publique. Il a ensuite dîné chez le Grand-Maréchal de la Couronne. Le Roi et la République lui ont offert un carrosse attelé de six mules. En retour, le Ministre a offert au Roi, de la part du Grand Seigneur et du Grand Vizir, six chevaux de selle, dont un cheval arabe estimé à 2000 ducats, avec des harnais turcs magnifiques. Le Roi a envoyé un capitaine du régiment de Saxe-Weimar en Hongrie pour lever 800 hussards, avec la permission de l'Empereur de les prendre à son service. Le Ministre de la Czarine a remis au Primat du Royaume un mémoire détaillant les prétentions de Sa Majesté Czarine. Les principales revendications incluent la répétition des sommes avancées à la République par le feu Czar Pierre Ier, estimées à près de huit millions, et la demande de l'exécution complète du Traité d'Oliva. Cela concerne les privilèges accordés aux protestants du Royaume et la liberté du Duché de Curlande, que la Czarine ne souhaite pas voir divisé en palatinats.
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4770
p. 159-161
M. le Comte de Tessé preste Serment de fidelité pour la Charge de Mestre de Camp Général des Dragons, [titre d'après la table]
Début :
Le dixiéme de ce mois Mr le Comte de Tessé presta le [...]
Mots clefs :
Serment, Comte de Tessé, Fidélité, Marquis, Colonel des dragons, Chevalier, Officiers, Charge, Maitre de camp
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texteReconnaissance textuelle : M. le Comte de Tessé preste Serment de fidelité pour la Charge de Mestre de Camp Général des Dragons, [titre d'après la table]
Le dixiéme de ce mois M'
le Comte de Teffé prefta le
Serment de fidelité entre les
mains de M' le Marquis de
160 MERCURE
で
Bouflers , Colonel General
des Dragons de France , de
la Charge de Meftre deCamp
General des Dragons , dont
il a efté pourveu par Sa Majefté.
Cela fe fit en prefence
de M's les Marquis de Litfenoy
, Longueval , Barbefieres
, Chevalier de Teffé, Chevilly
, Chevalier de Marcé,
Colonels de Dragons, & plu
fieurs autres Officiers de ce
Corps. Je vous ay fi fouvent
entretenuë de M le Comte
de Teffé , & de ce qu'il a fait
dans les occafions importan
tes où il s'eft trouvé , que je
GALANT. 161
ne croy pas dévoir vous en
dire davantage
.
le Comte de Teffé prefta le
Serment de fidelité entre les
mains de M' le Marquis de
160 MERCURE
で
Bouflers , Colonel General
des Dragons de France , de
la Charge de Meftre deCamp
General des Dragons , dont
il a efté pourveu par Sa Majefté.
Cela fe fit en prefence
de M's les Marquis de Litfenoy
, Longueval , Barbefieres
, Chevalier de Teffé, Chevilly
, Chevalier de Marcé,
Colonels de Dragons, & plu
fieurs autres Officiers de ce
Corps. Je vous ay fi fouvent
entretenuë de M le Comte
de Teffé , & de ce qu'il a fait
dans les occafions importan
tes où il s'eft trouvé , que je
GALANT. 161
ne croy pas dévoir vous en
dire davantage
.
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Résumé : M. le Comte de Tessé preste Serment de fidelité pour la Charge de Mestre de Camp Général des Dragons, [titre d'après la table]
Le 10 du mois, le Comte de Teffé a prêté serment au Marquis. Bouflers a été nommé Maître de Camp Général des Dragons par le roi. La cérémonie a réuni plusieurs Marquis et Chevaliers, dont Litfenoy, Longueval et Chevilly. Le narrateur a déjà évoqué les actions du Comte de Teffé sans donner de détails supplémentaires.
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4771
p. 145-147
« Les Comédiens François, qui ont interrompu les Représentations de la Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François, qui ont interrompu les Représentations de la Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Vienne, Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François, qui ont interrompu les Représentations de la Comédie [...] »
Les Comédiens François, qui ont in?
terrompu les Représentations de la Co-j
médie du Camplaimnr, par la maladie de
quelqÿues Acteurs, donneront le mardï
3. Fevricr, la premier-e Représentation
i}: Gumzve V454, Tragédie nouvelle de
. Piron.
Le S. Février, les Comédiens Fran.‘
çois représenterent à la Cour l1 Comédie
de PEsprit Folez, et pour petite Piecg le
Mexicain malgré lui.
_. Le 13.. ‘la Piece nouvelle du Camplaisant,‘
qui fit beaucoup de plaisir , et laiScrcnade.
. Le xo. de ce mois , les Comédiens
Italiens y représentercnt le Faùcan ou lu
Oye: de 30mn: , et la Parodie des Enfant
Trauwz. , qui fit beaucoup de plaisir.
- Le 5. Janvier , le sieur Fabio , nouveau‘
Comédien Italien , qui u’avoit jamais a4,
m sur aucun Thêatre, débuta sur cefiul
de lT-Iôrel de Bourgogne, et y joüa le‘
Rôle de Pantalon avec applaudissement ,‘
dans une Comédie Italienne, intitulée ä
Arlequin Medecin 71014711. Ce nouvel Ac—‘
_ teur est d’une taille avantageuse, et il
enttî
f4! MERCURE DE FRANCE
entre très-bien dans le caractete de ce
Personnage qu’il a joüé depuis dans d'au-i
tres Picces Italiennes , et il a été applaudi
du Public. _ _
Le 19. les mêmes Comédiens donneo‘
rent une petite Piece nouvelle en Vers et
en un Acte, avec des Divertissemens, qui
a pour titre , les Etrgnmr‘ ou l4 Bagatelle.‘
Cette nouveauté qui est‘ de la composi-j
tlon de M. de Boissy , a été rcçûë très
favorablement du Public , et attire tous
les jours de ‘nombreuses Assemblées au
Théatre Italien. ’ La Dlle Roland , qui a
étéoreçûë depuis“ peu dans la Troupe,‘
danse un Pas de Deux avec le sieur Ric
coboni, qui est Fort applaudi son par
lera plus particulieremcnt de cette Piece.‘
Le 2.5. Janvier , l’Académic Royale
de Musique donna la derniere Représen
tation de l’Opera d’lsis , et le 27. elle
mit au Théatre Ompbnle , dont le Poëme
est de feu M. de la Matin, et la Musique
de M. des Tbucbes, Sur-Intendant de l:
Musique du Roy. Cette Picce, qui fait
très-grand plaisir au Public, n'avoir pas
été remise depuis le mois d’Avril x7214‘
on en parlera plus au long.
On apprend de Vienne , qu’en y a‘
Construîl
_ ‘LIA N VIE R} 1735. » ‘r47.
construit au commencement de ce mois
un Théarre privilegié , près de la Porte.
diltalie, où ‘on représente actuellement
un Opera qui a pour titre: Le Miroir 4
de la Fidclite’. i
terrompu les Représentations de la Co-j
médie du Camplaimnr, par la maladie de
quelqÿues Acteurs, donneront le mardï
3. Fevricr, la premier-e Représentation
i}: Gumzve V454, Tragédie nouvelle de
. Piron.
Le S. Février, les Comédiens Fran.‘
çois représenterent à la Cour l1 Comédie
de PEsprit Folez, et pour petite Piecg le
Mexicain malgré lui.
_. Le 13.. ‘la Piece nouvelle du Camplaisant,‘
qui fit beaucoup de plaisir , et laiScrcnade.
. Le xo. de ce mois , les Comédiens
Italiens y représentercnt le Faùcan ou lu
Oye: de 30mn: , et la Parodie des Enfant
Trauwz. , qui fit beaucoup de plaisir.
- Le 5. Janvier , le sieur Fabio , nouveau‘
Comédien Italien , qui u’avoit jamais a4,
m sur aucun Thêatre, débuta sur cefiul
de lT-Iôrel de Bourgogne, et y joüa le‘
Rôle de Pantalon avec applaudissement ,‘
dans une Comédie Italienne, intitulée ä
Arlequin Medecin 71014711. Ce nouvel Ac—‘
_ teur est d’une taille avantageuse, et il
enttî
f4! MERCURE DE FRANCE
entre très-bien dans le caractete de ce
Personnage qu’il a joüé depuis dans d'au-i
tres Picces Italiennes , et il a été applaudi
du Public. _ _
Le 19. les mêmes Comédiens donneo‘
rent une petite Piece nouvelle en Vers et
en un Acte, avec des Divertissemens, qui
a pour titre , les Etrgnmr‘ ou l4 Bagatelle.‘
Cette nouveauté qui est‘ de la composi-j
tlon de M. de Boissy , a été rcçûë très
favorablement du Public , et attire tous
les jours de ‘nombreuses Assemblées au
Théatre Italien. ’ La Dlle Roland , qui a
étéoreçûë depuis“ peu dans la Troupe,‘
danse un Pas de Deux avec le sieur Ric
coboni, qui est Fort applaudi son par
lera plus particulieremcnt de cette Piece.‘
Le 2.5. Janvier , l’Académic Royale
de Musique donna la derniere Représen
tation de l’Opera d’lsis , et le 27. elle
mit au Théatre Ompbnle , dont le Poëme
est de feu M. de la Matin, et la Musique
de M. des Tbucbes, Sur-Intendant de l:
Musique du Roy. Cette Picce, qui fait
très-grand plaisir au Public, n'avoir pas
été remise depuis le mois d’Avril x7214‘
on en parlera plus au long.
On apprend de Vienne , qu’en y a‘
Construîl
_ ‘LIA N VIE R} 1735. » ‘r47.
construit au commencement de ce mois
un Théarre privilegié , près de la Porte.
diltalie, où ‘on représente actuellement
un Opera qui a pour titre: Le Miroir 4
de la Fidclite’. i
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Résumé : « Les Comédiens François, qui ont interrompu les Représentations de la Comédie [...] »
En janvier 1735, les Comédiens Français ont interrompu les représentations de *Camplaimnr* en raison de la maladie d'acteurs. Ils ont repris avec *Genseric* de Piron le 3 février, puis joué *L'Esprit Follet* et *Le Mexicain malgré lui* à la Cour le 5 février. La pièce *Le Camplaisant* a été bien accueillie le 13 février. Les Comédiens Italiens ont représenté *Le Faucon ou l'Oye de 30 mm* et *La Parodie des Enfants Trouvés* le 20 février. Le 5 janvier, le comédien italien Fabio a débuté au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne dans *Arlequin Médecin*, jouant Pantalon avec succès. Le 19 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté *Les Étrangers ou la Bagatelle* de M. de Boissy, avec des applaudissements pour Mlle Roland et le sieur Riccoboni. L'Académie Royale de Musique a donné la dernière représentation de l'opéra *Isis* le 25 janvier et a mis en scène *Omphale* le 27 janvier, absente des scènes depuis avril 1724, avec un poème de feu M. de La Motte et la musique de M. des Tricheurs. À Vienne, un théâtre privilégié a été construit près de la Porte d'Italie, où l'on représente actuellement *Le Miroir de la Fidélité*.
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4772
p. 143-145
La Devineresse, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Le 19. ils remirent la Comédie de la Devineresse ou [...]
Mots clefs :
Comédie, Théâtre, Succès, Acteurs, Représentation, Donneau de Visé, Thomas Corneille, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Devineresse, Comédie, [titre d'après la table]
Le 19. ils remirent la Comédie de la
Devineresse ou Madame Jobin , dont les
Représentations attirerent beaucoup de
morde. Le principal Rôle est rempli par
Fa Dlle Dubreuil . Au mois de Février 1722 .
lors de la derniere reprise de cette Piece,
la Dlle Gautier , aujourd'hui Religieuse
Carmelite , à Lyon , joüoit ce Rôle . Les
autres de Dame Françoise , Mathurine , la
Comtesse d'Estragon , Mad Noblet , la
Marquise, Me du Buisson , Mad de Clerimont
, Mad de Troufignac , et la petite
Paysanne , sont jouez par le sieur d'Ange
ville, en femme; et par les Des Jouvenot ,
Labat , Balicour , du Fresne, du Baccage ,
G. vj
d'An144
MERCURE DE FRANCE.
·
d'Angeville , Lamotte et Dangeville la
jeune.Ceux de Duclos, Gosselin, Procureur
Fiscal , le Marquis, la Giraudiere, le Chevalier,
Gilet, M.deTroufignac,sont remplis par
les sieurs Armand , Berci , Quinaut, Montmenil
, du Breuil , Poisson , la Thorilliere fils.
Dans le Mercure Galant du mois de May
1710. on lit cet Article :
» Les Comédiens ayant fort pressé feu
» M. de Visé , Auteur du Mercure , de
>>mettre après la mort de la Dame Voisin,
>> tout ce qui s'étoit passé chez elle pen-
» dant sa vie , à l'occasion du métier dont
>> elle s'étoit mêlée ; il fit un grand nom-
» bre de Scenes qui auroient pû fournir
»de la matiere pour trois ou quatre Pie-
»ces , mais qui ne pouvoient former un
»sujet , parce qu'il étoit trop uniforme ,
» et qu'il ne s'agissoit que de gens qui al-
» loient demander leur bonne avanture, et
» faire des propositions qui la regardoients
>> máis toutes cesScenes ne pouvant former
>> le noeud d'une Comédie , parce que
» toutes ces personnes se fuyant et évitant
» de se parler , il étoit impossible de faire
» une liaison de Scenes , et que la Piece
» pût avoir un noud . M. de Visé donna
» les Scenes qu'il avoit faites à M. Cor-
»> neille,lequel en choisit un certain nom-
» bre avec lesquelles il composa un sujet
»dont le noeud parut des plus agréables ,
» et
JANVIER. 1731. T45
» et qui a été regardé comme un chef- ·
» doeuvre. Le succès de cette Piece a été
» un des plus grands.
>
La Devineresse , ou les faux Enchantemens
de Made Jobin , titre sous lequel
cette Piece étoit représentée sur le Théatre
de Guenegaud , dans sa nouveauté ,
le 19. Novembre 1679. fut joüće 48. fois
de suite sans intermission d'aucune autre
Piece. Les 18. premieres Représentations
furent jouées au double. En ce tems- là le
sieur Hubert remplissoit le Rôle de Mad.
Fobin. On sçait qu'il étoit inimitable dans
ces sortes de Personnages. Les Rôles de
Mad. Pernelle , Mad. Fourdain , Mad. de
Sottenville , Mad. d'Escarbagnas , &c. des
Pieces de Moliere , avoient été faits pour
lui.
Devineresse ou Madame Jobin , dont les
Représentations attirerent beaucoup de
morde. Le principal Rôle est rempli par
Fa Dlle Dubreuil . Au mois de Février 1722 .
lors de la derniere reprise de cette Piece,
la Dlle Gautier , aujourd'hui Religieuse
Carmelite , à Lyon , joüoit ce Rôle . Les
autres de Dame Françoise , Mathurine , la
Comtesse d'Estragon , Mad Noblet , la
Marquise, Me du Buisson , Mad de Clerimont
, Mad de Troufignac , et la petite
Paysanne , sont jouez par le sieur d'Ange
ville, en femme; et par les Des Jouvenot ,
Labat , Balicour , du Fresne, du Baccage ,
G. vj
d'An144
MERCURE DE FRANCE.
·
d'Angeville , Lamotte et Dangeville la
jeune.Ceux de Duclos, Gosselin, Procureur
Fiscal , le Marquis, la Giraudiere, le Chevalier,
Gilet, M.deTroufignac,sont remplis par
les sieurs Armand , Berci , Quinaut, Montmenil
, du Breuil , Poisson , la Thorilliere fils.
Dans le Mercure Galant du mois de May
1710. on lit cet Article :
» Les Comédiens ayant fort pressé feu
» M. de Visé , Auteur du Mercure , de
>>mettre après la mort de la Dame Voisin,
>> tout ce qui s'étoit passé chez elle pen-
» dant sa vie , à l'occasion du métier dont
>> elle s'étoit mêlée ; il fit un grand nom-
» bre de Scenes qui auroient pû fournir
»de la matiere pour trois ou quatre Pie-
»ces , mais qui ne pouvoient former un
»sujet , parce qu'il étoit trop uniforme ,
» et qu'il ne s'agissoit que de gens qui al-
» loient demander leur bonne avanture, et
» faire des propositions qui la regardoients
>> máis toutes cesScenes ne pouvant former
>> le noeud d'une Comédie , parce que
» toutes ces personnes se fuyant et évitant
» de se parler , il étoit impossible de faire
» une liaison de Scenes , et que la Piece
» pût avoir un noud . M. de Visé donna
» les Scenes qu'il avoit faites à M. Cor-
»> neille,lequel en choisit un certain nom-
» bre avec lesquelles il composa un sujet
»dont le noeud parut des plus agréables ,
» et
JANVIER. 1731. T45
» et qui a été regardé comme un chef- ·
» doeuvre. Le succès de cette Piece a été
» un des plus grands.
>
La Devineresse , ou les faux Enchantemens
de Made Jobin , titre sous lequel
cette Piece étoit représentée sur le Théatre
de Guenegaud , dans sa nouveauté ,
le 19. Novembre 1679. fut joüće 48. fois
de suite sans intermission d'aucune autre
Piece. Les 18. premieres Représentations
furent jouées au double. En ce tems- là le
sieur Hubert remplissoit le Rôle de Mad.
Fobin. On sçait qu'il étoit inimitable dans
ces sortes de Personnages. Les Rôles de
Mad. Pernelle , Mad. Fourdain , Mad. de
Sottenville , Mad. d'Escarbagnas , &c. des
Pieces de Moliere , avoient été faits pour
lui.
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Résumé : La Devineresse, Comédie, [titre d'après la table]
Le 19 novembre 1679, la pièce 'La Devineresse ou Madame Jobin' fut représentée pour la première fois au Théâtre de Guénégaud. Cette comédie attira beaucoup de monde grâce au rôle principal interprété par la demoiselle Dubreuil. En février 1722, lors de la dernière reprise, la demoiselle Gautier, devenue religieuse carmélite à Lyon, joua ce rôle. Les autres personnages furent interprétés par des acteurs tels que le sieur d'Angeville, Des Jouvenot, Labat, Balicour, du Fresne, du Baccage, Lamotte et Dangeville le jeune, ainsi que les sieurs Armand, Berci, Quinaut, Montmenil, du Breuil, Poisson et la Thorilliere fils. En 1710, le Mercure Galant mentionna que les comédiens avaient demandé à M. de Visé d'écrire des scènes basées sur la vie de la Dame Voisin. Ces scènes furent transmises à M. Corneille, qui en composa la pièce 'La Devineresse, ou les faux Enchantements de Madame Jobin', jouée 48 fois consécutivement. Le rôle de Madame Jobin était interprété par le sieur Hubert.
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4773
p. 159-161
I.
Début :
La Pêche à la ligne & le Retour de la Pêche, deux estampes en pendant d'environ [...]
Mots clefs :
Tableaux, Paysages, Pêche, Claude Joseph Vernet, Amateurs, Pêche à la ligne, Peter Paul Benazech
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
I.
La Pêche à la ligne & le Retour de la Pêche
, deux eſtampes en pendant d'environ
23 pouces de large ſur 19 de haut,
gravées d'après les tableaux originaux
de M. Vernet , peintre du Roi; par P.
Benazech. Prix , 6 liv. chaque eſtampe
. A Paris , chez Lacombe , libraire ,
rue Chriftine .
Dans le premier payſage , des pêcheurs
jetent leur filet au bord d'une rivière dont
les eaux font agitées par la chûte d'une
caſcade. Un château à moitié ruiné , placé
au haut d'un rocher couvert d'arbres&
arbuſtes , annoncent que celui qui paroît
folitaire a été habité ,& cette penfée jette
le ſpectateur dans une douce mélancolie
qui ſemble être l'expreſſion générale de
ceſite.
Le ſecond , d'une expreffion très gaie,
offre des eaux tranquilles , des points de
60 MERCURE DE FRANCE:
vues ornés des plus agréables fabriques
différentes ſcènes de voyageurs , de pêcheurs&
de villageois.
Ces payſages feront recherchés des
amateurs d'une nature riche & variée &
de tous ceux qui ont applaudi aux productions
vraies , pittoreſques & fublimes
de M. Vernet. L'artiſte M. Benazech s'eſt
efforcé fur tout à faire paſſer ſur le cuivre
labelle harmonie des tableaux qu'il copioit.
Il a varié habilement fon burin pour
rendre le caractère propre des objets. Son
feuillé a beaucoup de légereté , ſes ciels
&fes eaux ont le brillant &l'éclat qui les
diftingue. Lesfigures qui ornent ces come
poſitions plairont principalement par les
graces du deſſin & l'eſprit avec lequel
leurs différens mouvemens font exprimés.
Les talens de cet habile graveur de
payſages font déjà bien connus des amateurs
par les roches & la nappe d'eau deux
fuperbes payſages qu'il a gravés d'après
Dictrici & qui ſe trouvent à la même
Padreffe.
La ſuite des eſtampes qui nous rappellent
les principales actions de St Grégoire
le Grand &gravées par les meilleurs artistes
d'après les tableaux du célèbreCarle ,
Vanloo, continue de ſe diſtribuer chez le
NOVEMBRE. 1771. 161
même libraire , ainſi que le Roi de la Féve,
ſujet plaiſant gravé par M. Poletnich d'après
Jordans & d'une compoſition différente
de celle que Paul Pontius a gravée
d'après le même artiſte.
La Pêche à la ligne & le Retour de la Pêche
, deux eſtampes en pendant d'environ
23 pouces de large ſur 19 de haut,
gravées d'après les tableaux originaux
de M. Vernet , peintre du Roi; par P.
Benazech. Prix , 6 liv. chaque eſtampe
. A Paris , chez Lacombe , libraire ,
rue Chriftine .
Dans le premier payſage , des pêcheurs
jetent leur filet au bord d'une rivière dont
les eaux font agitées par la chûte d'une
caſcade. Un château à moitié ruiné , placé
au haut d'un rocher couvert d'arbres&
arbuſtes , annoncent que celui qui paroît
folitaire a été habité ,& cette penfée jette
le ſpectateur dans une douce mélancolie
qui ſemble être l'expreſſion générale de
ceſite.
Le ſecond , d'une expreffion très gaie,
offre des eaux tranquilles , des points de
60 MERCURE DE FRANCE:
vues ornés des plus agréables fabriques
différentes ſcènes de voyageurs , de pêcheurs&
de villageois.
Ces payſages feront recherchés des
amateurs d'une nature riche & variée &
de tous ceux qui ont applaudi aux productions
vraies , pittoreſques & fublimes
de M. Vernet. L'artiſte M. Benazech s'eſt
efforcé fur tout à faire paſſer ſur le cuivre
labelle harmonie des tableaux qu'il copioit.
Il a varié habilement fon burin pour
rendre le caractère propre des objets. Son
feuillé a beaucoup de légereté , ſes ciels
&fes eaux ont le brillant &l'éclat qui les
diftingue. Lesfigures qui ornent ces come
poſitions plairont principalement par les
graces du deſſin & l'eſprit avec lequel
leurs différens mouvemens font exprimés.
Les talens de cet habile graveur de
payſages font déjà bien connus des amateurs
par les roches & la nappe d'eau deux
fuperbes payſages qu'il a gravés d'après
Dictrici & qui ſe trouvent à la même
Padreffe.
La ſuite des eſtampes qui nous rappellent
les principales actions de St Grégoire
le Grand &gravées par les meilleurs artistes
d'après les tableaux du célèbreCarle ,
Vanloo, continue de ſe diſtribuer chez le
NOVEMBRE. 1771. 161
même libraire , ainſi que le Roi de la Féve,
ſujet plaiſant gravé par M. Poletnich d'après
Jordans & d'une compoſition différente
de celle que Paul Pontius a gravée
d'après le même artiſte.
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Résumé : I.
Le texte décrit deux estampes, 'La Pêche à la ligne' et 'Le Retour de la Pêche', gravées par P. Benazech d'après les tableaux de M. Vernet, peintre du Roi. Chaque estampe mesure environ 23 pouces de large sur 19 de haut et est vendue 6 livres pièce à Paris chez Lacombe, libraire rue Christine. La première estampe montre des pêcheurs lançant leur filet au bord d'une rivière agitée par une cascade, avec un château en ruine sur un rocher boisé, évoquant une solitude mélancolique. La seconde estampe, plus gaie, représente des eaux tranquilles et des scènes de voyageurs, pêcheurs et villageois. Ces paysages sont appréciés pour leur richesse et leur variété, reflétant les œuvres pittoresques et sublimes de M. Vernet. Benazech a su retranscrire l'harmonie des tableaux originaux en variant habilement son burin pour rendre les caractéristiques des objets. Ses feuilles montrent légèreté, et ses ciels et eaux brillent d'éclat. Les figures des compositions plaisent par leurs grâces et l'esprit de leurs mouvements. Le texte mentionne aussi les talents reconnus de Benazech à travers deux paysages gravés d'après Dictrici. Il indique également la distribution continue d'autres estampes, comme celles illustrant les actions de Saint Grégoire le Grand, gravées par les meilleurs artistes d'après Carle Vanloo, ainsi qu'une estampe intitulée 'Le Roi de la Fève' gravée par M. Poletnich d'après Jordans.
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4774
p. 165-168
LIVRE NOUVEAU.
Début :
On vend à Paris, chez A. Dezalliers, ruë Saint Jacques [...]
Mots clefs :
Livre nouveau, Traduction, Jacques Auguste de Thou, Histoire littéraire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRE NOUVEAU.
LIVRE NOUVEAU.
On vend à Paris , chez
166 MERCURE
A. Dezalliers , rue Saint
Jacques à la Couronne d'or ,
un Livre nouveau , fous de
Titre de Memoires de la
vie de Jacques Augufte de
Thou , Confeiller d'Etat
Prefident à Mortier au
Parlement de Paris , & c.
traduits du Latin en François
à Amfterdam chez Renier
Léers 1711. Le nom feul
de l'illuftre Prefident de
Thou , fait ſon éloge , ainfi
fa vie qu'il a lui- mefme
écrite en tierce perfonne ,
& qu'on trouve au com
mencement ou à la fin de
GALANT. 167
de cette grande Hiftoire de
fon temps qu'il nous a
donnée , eft tres digne de
la curiofité des Sçavans,
D'ailleurs elle eft fort variée
& remplie d'une infinité
de chofes tres particulieres ,
& tres precieufes pour ceux
quis'appliquent à l'Hiftoire
generale , ou à l'Hiftoire
litteraire ; outre cela elle
eft enrichie de plufieurs
Poëfies que le Traducteur
a renduës en vers François ,
entr'autres d'une Apologia
de les Hiftoires tres longue,
& tres-circonftanciée fous1
1
J
·
1
168 MERGURE
le titre de Poëme à la poſterité . On y trouve encore
la traduction de l'excellente
Preface que Mr de Thou a
mife à la tefte de fa grande
Hiftoire , & par laquelle il
dedie fon ouvrage à Henry
IV. avec la traduction de
l'Ode intitulée la Verité , qui
dans les bonnes éditions de
cette Hiftoire fuit immediatement la Preface On
peut dire que cette traduc
tion n'eft pas indigne de
l'Original , & que la Profe
& les Vers s'y font lire
avec plaifir
On vend à Paris , chez
166 MERCURE
A. Dezalliers , rue Saint
Jacques à la Couronne d'or ,
un Livre nouveau , fous de
Titre de Memoires de la
vie de Jacques Augufte de
Thou , Confeiller d'Etat
Prefident à Mortier au
Parlement de Paris , & c.
traduits du Latin en François
à Amfterdam chez Renier
Léers 1711. Le nom feul
de l'illuftre Prefident de
Thou , fait ſon éloge , ainfi
fa vie qu'il a lui- mefme
écrite en tierce perfonne ,
& qu'on trouve au com
mencement ou à la fin de
GALANT. 167
de cette grande Hiftoire de
fon temps qu'il nous a
donnée , eft tres digne de
la curiofité des Sçavans,
D'ailleurs elle eft fort variée
& remplie d'une infinité
de chofes tres particulieres ,
& tres precieufes pour ceux
quis'appliquent à l'Hiftoire
generale , ou à l'Hiftoire
litteraire ; outre cela elle
eft enrichie de plufieurs
Poëfies que le Traducteur
a renduës en vers François ,
entr'autres d'une Apologia
de les Hiftoires tres longue,
& tres-circonftanciée fous1
1
J
·
1
168 MERGURE
le titre de Poëme à la poſterité . On y trouve encore
la traduction de l'excellente
Preface que Mr de Thou a
mife à la tefte de fa grande
Hiftoire , & par laquelle il
dedie fon ouvrage à Henry
IV. avec la traduction de
l'Ode intitulée la Verité , qui
dans les bonnes éditions de
cette Hiftoire fuit immediatement la Preface On
peut dire que cette traduc
tion n'eft pas indigne de
l'Original , & que la Profe
& les Vers s'y font lire
avec plaifir
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Résumé : LIVRE NOUVEAU.
Le livre 'Mémoires de la vie de Jacques Auguste de Thou' est en vente à Paris et à Amsterdam en 1711. Traduit du latin au français, il est disponible chez A. Dezalliers à Paris et chez Renier Leers à Amsterdam. Jacques Auguste de Thou, Conseiller d'État et Président à Mortier au Parlement de Paris, y relate sa propre biographie en tierce personne. L'ouvrage est apprécié pour sa richesse en informations variées et précieuses, tant pour l'histoire générale que pour l'histoire littéraire. Il inclut plusieurs poèmes traduits en français, notamment une longue 'Apologia' intitulée 'Poème à la postérité'. Le livre contient également la traduction de la préface dédiée à Henri IV et d'une ode intitulée 'La Vérité'. La traduction est jugée digne de l'original et les textes s'y lisent avec plaisir.
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4775
p. 165-168
CELINE AUX CYNTHIENS,
Début :
Il est bon de vous faire remarquer en passant, que, dans / Rome à ses Dictateurs accordoit, tous les droits, [...]
Mots clefs :
Dictateurs, Cynthiens, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CELINE AUX CYNTHIENS,
supIl estbon de vous faire remarquer
en paſſant , que , dans
cet illuftre Corps , les noms ,
les emplois& les dignitez ſe
conferent , comme autrefois
on les confcroit à Rome ; on y
fait des Senateurs , des Senatrices
, des Confuls , des Confuleſſes
, des Dictateurs , des
Dictatrices , &c. Une Dame
de cette Académie ayant eſté
élûë Dictatrice il y a quelque
tems , & ayant appris la veille
d'une nouvelle élection qu'on
1
166 MERCURE
-
vouloit la continuer dans le
rang éclatant où on l'avoit élevée,
prononçale lendemain en
pleine aſſemblée les vers que
voicy
CELINE AUX CYNTHIENS,
Rome àfes Dictateurs accordoit
tous les droits,
Et les honneurs qu'on rend aux
Roix ;
Arbitres qu'ilsétoientde laPaix,
delaGuerre ,
Ils regnoientfouverainnement,
Etleur pouvoir indépendant ,
Les renditpar degrez les Maîtres
4
GALANT. 167
de la Terre.
En imitant cesſages Citoyens ,
Vous m'avez honorée, illuftres
20. Cynthiens ,
Du titreglorieux de vostre Dic-
Metatrice;led ilason
F'en ay fenti l'appas , mais l'édat
de ce rang
N'a riendontmon efpritfe charme
, & s'ébloüiffe ,
C'est pour luy , je l'avoie , un
fardeau trop pefant.
Cette Charge en mes mains est
trop malfoûtenuë,
FeSuccomberoisſous le poids ,
Et pour lebien public contente de
ma voix
re8 MERCURE
Ainsi que Lucius je reprens ma
charrue
en paſſant , que , dans
cet illuftre Corps , les noms ,
les emplois& les dignitez ſe
conferent , comme autrefois
on les confcroit à Rome ; on y
fait des Senateurs , des Senatrices
, des Confuls , des Confuleſſes
, des Dictateurs , des
Dictatrices , &c. Une Dame
de cette Académie ayant eſté
élûë Dictatrice il y a quelque
tems , & ayant appris la veille
d'une nouvelle élection qu'on
1
166 MERCURE
-
vouloit la continuer dans le
rang éclatant où on l'avoit élevée,
prononçale lendemain en
pleine aſſemblée les vers que
voicy
CELINE AUX CYNTHIENS,
Rome àfes Dictateurs accordoit
tous les droits,
Et les honneurs qu'on rend aux
Roix ;
Arbitres qu'ilsétoientde laPaix,
delaGuerre ,
Ils regnoientfouverainnement,
Etleur pouvoir indépendant ,
Les renditpar degrez les Maîtres
4
GALANT. 167
de la Terre.
En imitant cesſages Citoyens ,
Vous m'avez honorée, illuftres
20. Cynthiens ,
Du titreglorieux de vostre Dic-
Metatrice;led ilason
F'en ay fenti l'appas , mais l'édat
de ce rang
N'a riendontmon efpritfe charme
, & s'ébloüiffe ,
C'est pour luy , je l'avoie , un
fardeau trop pefant.
Cette Charge en mes mains est
trop malfoûtenuë,
FeSuccomberoisſous le poids ,
Et pour lebien public contente de
ma voix
re8 MERCURE
Ainsi que Lucius je reprens ma
charrue
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4776
p. 151-154
Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez envie de sçavoir quelle est l'origine du Roy de la / On tient que de Solo, Legislateur fort sage, [...]
Mots clefs :
Roi de la fève, Solon, Athéniens, Élection, Illégitime, Charge, Romains, Respect, Trépas, Gâteau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Si vous avez envie de fçavoir.
quelle eft l'origine du Roy de la
Féve, vous l'apprendrez dans ces
Vers d'Alcidor du Havre.
OV
N tient que de Solon , Legifla
teurfortfage,
Eft venu le premier ufage
D'employer une Féve , afin délire un
Roy5
Et que c'eftoit fuivant ſa Loy,
Que les Atheniens avoient cette
maxime,
G
4
2 MERCURE
>
Lors qu'ils créoient leurs Magistrats.
Toute autre élection étoit illegitime;
On les euft pris pour fcelerats,
S'ils avoient eu d'autre methode,
Tant celle- là pour eux estoit juste &
commode.
Pythagore ditfeul, qu'ilfaloit s'abftenir
Des Féves que chacun fouhaitoit
d'obtenir.
Il vaut mieux , difoit - il , n'avoir
aucune Charge,
Que d'en chercher ainsi , pour troubler
Son repos,
~Parce que bien fouvent c'est un chemin
fort large,
Qui nous conduit vers Atropos.
Il eft d'autres Autheurs d'un fentiment
contraire;
Soûtenant hautement que ce font
les Romains,
GALANT.
153
Qui font les premiers des Hu
mains
A qui cette methode ait commencé
de plaire ,
Car le jour qu'ilsfaifoient Festin
Pendant leurs Festes Saturnales,
Ils élifoient un Roy fans brigues ny
cabales,
Par le feul ordre du Deftin ;
La Féve eftoit la feule marque
Pour defigner celuy qu'ils devoient
Respecter
Pendant tout le Répas qu'on faifoit
apprefter,
Selon la volonté de ce petit Monarque.
Nous imitons encor fans aucun repentir
Les Romains plus que ceux d'Athenes
;
L'on en voit les preuves certaines,
Que l'on nesçauroit démentir.
G S
154
MERCURE
Lufage du Gafteau n'est - il pas tout
Semblable ?
Et n'est- ce pas le feul hazard
Qui fait un Roy d'un miferable,
Lors que la Féve eft dansfa part.
quelle eft l'origine du Roy de la
Féve, vous l'apprendrez dans ces
Vers d'Alcidor du Havre.
OV
N tient que de Solon , Legifla
teurfortfage,
Eft venu le premier ufage
D'employer une Féve , afin délire un
Roy5
Et que c'eftoit fuivant ſa Loy,
Que les Atheniens avoient cette
maxime,
G
4
2 MERCURE
>
Lors qu'ils créoient leurs Magistrats.
Toute autre élection étoit illegitime;
On les euft pris pour fcelerats,
S'ils avoient eu d'autre methode,
Tant celle- là pour eux estoit juste &
commode.
Pythagore ditfeul, qu'ilfaloit s'abftenir
Des Féves que chacun fouhaitoit
d'obtenir.
Il vaut mieux , difoit - il , n'avoir
aucune Charge,
Que d'en chercher ainsi , pour troubler
Son repos,
~Parce que bien fouvent c'est un chemin
fort large,
Qui nous conduit vers Atropos.
Il eft d'autres Autheurs d'un fentiment
contraire;
Soûtenant hautement que ce font
les Romains,
GALANT.
153
Qui font les premiers des Hu
mains
A qui cette methode ait commencé
de plaire ,
Car le jour qu'ilsfaifoient Festin
Pendant leurs Festes Saturnales,
Ils élifoient un Roy fans brigues ny
cabales,
Par le feul ordre du Deftin ;
La Féve eftoit la feule marque
Pour defigner celuy qu'ils devoient
Respecter
Pendant tout le Répas qu'on faifoit
apprefter,
Selon la volonté de ce petit Monarque.
Nous imitons encor fans aucun repentir
Les Romains plus que ceux d'Athenes
;
L'on en voit les preuves certaines,
Que l'on nesçauroit démentir.
G S
154
MERCURE
Lufage du Gafteau n'est - il pas tout
Semblable ?
Et n'est- ce pas le feul hazard
Qui fait un Roy d'un miferable,
Lors que la Féve eft dansfa part.
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Résumé : Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Le texte explique l'origine de la tradition du 'Roi de la Fève', où une fève cachée dans un gâteau désigne le roi du repas. Selon Alcidor du Havre, cette coutume remonte aux Athéniens, qui utilisaient une fève pour élire leurs magistrats sous la loi de Solon. Cette méthode était perçue comme juste et pratique, toute autre élection étant considérée illégitime. Pythagore, en revanche, déconseillait de rechercher des charges publiques, craignant que cela ne perturbe le repos et n'entraîne des conséquences néfastes. Les Romains, lors des Saturnales, élisaient un roi par le hasard de la fève, sans intrigues. Ce roi était respecté durant le repas. Les pratiques modernes, comme l'usage du gâteau à la fève, imitent davantage les Romains que les Athéniens, car elles désignent le roi du repas par le hasard.
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4777
p. 170-174
Reception de M. de Fleury ancien Evêque de Frejus, à l'Academie Françoise [titre d'après la table]
Début :
Le même jour, l'Academie Françoise fut assemblée au Louvre, pour [...]
Mots clefs :
Académie française, Louvre, Discours, Réception, Orateur, Éloge, Fables
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texteReconnaissance textuelle : Reception de M. de Fleury ancien Evêque de Frejus, à l'Academie Françoise [titre d'après la table]
Le même jour, l'Academie
Françoise fut assemblée auLouvre,
- pour
pour la Réception de Mrde Fleury,
ancien EvêquedeFrejus
,
Précepteur
de S. M. Le nouvel Académicien
ouvrit la Séance par
un Discours qui entraîna tous les
suffrages. Illoüa dignement, quoique
succinctement, feu Mr de
Callieressonsuccesseur:Il rendit au
Cardinal de Richelieu & au Chancelier
Seguier,l'hômage que le devoir
prescrit en pareil cas. Tout
cela n'occupoit qu'une très petite
partie du discours que l'Orateur
avoir principalement destiné à célébrer
les dernieres années du Regnede
LOUIS XIV. de glorieuse
Mémoire. Il peignit ce Grand
Rreouyf,elus ttant contre les plus rigouépreuves
du Ciel: Il renouvella
l'Histoire douloureuse de
tant de stéaux, dont son Courage
& sa Vertu sçurent triompher. Il
conduisit enfin, le Heros Chrétien
à l'épreuve, contre laquelle
les Verrus de pure ostentation s'évanoüissent.
Ille representa,tenant
ferme contre les horreurs de la
mort, surmontant les douleursles
plus vives, par la plus patiente
tranquilité.
L'Orateur passa de l'Eloge
Funébre de LOUIS XVI. loüanges aux consolantes de LOUIS
XV.Ildonna quelques Actions
-
- de ce Prince pour garands de la
douceur de son Regne. Ilfit voir
dans les sentimens de ce jeune
Monarque,le germe de toutes les
Vertus Royales, ausquelles - l'Education
doit donner l'accroissement.
S. A. S. Mgr le Duc du
Maine,Sur- Intendant à l'Education
de S. M. &. Mrle Maréchal
de Villeroy son Gouverneur, furent célébrés par l'Orateur, grand applaudissement au du Public qui voit avecconsolation ,
,
1'111f..
truction de S. M. confiée à de tels
jMinifties.
Mr de Valincourt Directeur
de la Compagnie,répondit à Mr
de Frejus par un Discours très-éloquent;
il exhortale nonvelAcadémicien
à faire sentir au Roy, com~
éien son amour pour les Sciences
•û les Arts, combien sa bienveillance
libérale pour ceux qui les
jculdvenc, contribuërontàlagloire
de son Règne, & au bonheur de
ses Sujets. Il fit honneur à nôtre.
Siècle des- Chefs-d'oeuyres qu'il
; a enfantés dans les différents genres,
foie d'Eloquence, soit de Poë-
: sie. Il fit généreusement passer en
revuele,tousles rravaux de ses Confreres
qu'il osa louer, comme ils le
méritent. Ilne prit aucun parti
marqué sur la dispute des Anciens
&.des Modernes, quoique l'exemple
lui en ût été donné dans les
Assembléesprécédentes. Il a rendit
justice aux uns & aux autres; sans
être sorti du caractère d'Homme
Public. Enfin, il a (acisfur à tout
ce qu'onavoit lieu d'attendre d'un --'
* aÙssi &£lbnLHomme
Après que Mr &: Valincourt ût
prononcé son Discours, il invita
- Mr de la Motte à réciter à l'Assemblée
quelques-unes des Fables
nouvelles dont il va faire hommage
à S.M, Pij
Il en récita huit ; le Public les
reçût toutes, avec un accueil
égal, & l'on attend impademment
que cet Ouvrage soit imprimé
Françoise fut assemblée auLouvre,
- pour
pour la Réception de Mrde Fleury,
ancien EvêquedeFrejus
,
Précepteur
de S. M. Le nouvel Académicien
ouvrit la Séance par
un Discours qui entraîna tous les
suffrages. Illoüa dignement, quoique
succinctement, feu Mr de
Callieressonsuccesseur:Il rendit au
Cardinal de Richelieu & au Chancelier
Seguier,l'hômage que le devoir
prescrit en pareil cas. Tout
cela n'occupoit qu'une très petite
partie du discours que l'Orateur
avoir principalement destiné à célébrer
les dernieres années du Regnede
LOUIS XIV. de glorieuse
Mémoire. Il peignit ce Grand
Rreouyf,elus ttant contre les plus rigouépreuves
du Ciel: Il renouvella
l'Histoire douloureuse de
tant de stéaux, dont son Courage
& sa Vertu sçurent triompher. Il
conduisit enfin, le Heros Chrétien
à l'épreuve, contre laquelle
les Verrus de pure ostentation s'évanoüissent.
Ille representa,tenant
ferme contre les horreurs de la
mort, surmontant les douleursles
plus vives, par la plus patiente
tranquilité.
L'Orateur passa de l'Eloge
Funébre de LOUIS XVI. loüanges aux consolantes de LOUIS
XV.Ildonna quelques Actions
-
- de ce Prince pour garands de la
douceur de son Regne. Ilfit voir
dans les sentimens de ce jeune
Monarque,le germe de toutes les
Vertus Royales, ausquelles - l'Education
doit donner l'accroissement.
S. A. S. Mgr le Duc du
Maine,Sur- Intendant à l'Education
de S. M. &. Mrle Maréchal
de Villeroy son Gouverneur, furent célébrés par l'Orateur, grand applaudissement au du Public qui voit avecconsolation ,
,
1'111f..
truction de S. M. confiée à de tels
jMinifties.
Mr de Valincourt Directeur
de la Compagnie,répondit à Mr
de Frejus par un Discours très-éloquent;
il exhortale nonvelAcadémicien
à faire sentir au Roy, com~
éien son amour pour les Sciences
•û les Arts, combien sa bienveillance
libérale pour ceux qui les
jculdvenc, contribuërontàlagloire
de son Règne, & au bonheur de
ses Sujets. Il fit honneur à nôtre.
Siècle des- Chefs-d'oeuyres qu'il
; a enfantés dans les différents genres,
foie d'Eloquence, soit de Poë-
: sie. Il fit généreusement passer en
revuele,tousles rravaux de ses Confreres
qu'il osa louer, comme ils le
méritent. Ilne prit aucun parti
marqué sur la dispute des Anciens
&.des Modernes, quoique l'exemple
lui en ût été donné dans les
Assembléesprécédentes. Il a rendit
justice aux uns & aux autres; sans
être sorti du caractère d'Homme
Public. Enfin, il a (acisfur à tout
ce qu'onavoit lieu d'attendre d'un --'
* aÙssi &£lbnLHomme
Après que Mr &: Valincourt ût
prononcé son Discours, il invita
- Mr de la Motte à réciter à l'Assemblée
quelques-unes des Fables
nouvelles dont il va faire hommage
à S.M, Pij
Il en récita huit ; le Public les
reçût toutes, avec un accueil
égal, & l'on attend impademment
que cet Ouvrage soit imprimé
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4778
p. 164-168
Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Le projet que j'avois formé, & que vous allez [...]
Mots clefs :
Gazette, Nouvelles, Aventures, Ambassadeur de Perse, Nouvellistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le projet que javois
formé, & que vousallez
lire, Meneurs, va sans
doute être condamné de
ces grands partisans des
nouvelles qui aiment à
relire dans les Journaux
Se dans les Gazettes tous
ces évenemens que les
raconteurs débitent les
uns aprés les autres, SC
qu'ils assaisonnent, pour
se donner* entr'eJ ux un
air de difference, ou de
circonstances suspectes,
ou de phcalesinutiles.
Pour moy qui ne pense
pas qu'il y ait aucune loy
qui m'engage à faire à la
fin de chaque mois une
récapitulation exatre de
ce que le Public a 1ft dans
les Gazettes dans le courant
du mois, je me fuis
crû dispensé de repeter
ses nouvelles, & je me
fuis mis en tête que je ne
devois dorénavant vous
coter quecelles que l'on
n'aura pas vûës chez elles.
Danscette vûëj'avois
rassemblé toutes les lettres
que j'aireçûësau sujet
de l'Ambassadeur de
Perse;j'avois fait une suite
des avantures de son
voyagequi sont venues
à ma connoissance) &C
j'alloisvousen faire part,
comme d'un article de
nouvelles rempli de particularitez
singuieres-,
s'ilavoit jugé à propos
d'arrivericiassez à tem ps
pour me donner le loisir
de m'informer de ses interprétés,
s'il n y a point
de dangerd'exposerà
vos yeux les choies que
l'on 1tes.CetAi-nbassadeurdonc,
qu'onattend
de jour en jour, &
dont le portraitestabsolumentnecessaire
à la tête
de son histoire, n'est
pas encore arrivé. Ainsi,
Messieurs ; ne vous en
prenez pas à moy, mais à
lui, sijenevousentretiés
de son voyage Se de ses
avantures, qu aprés avoir
vû sa personne. En
attendat,je vous promets
que ce que je vous en dirai
ne fera pas le plus indifferet
chapitredu mois--
prochain. Je sens neanmoins
quecetterai sonne
me dispense pas,à l'égard
des Nouvelists, du foin
de leurdônerdesnouvelles:
cela est vrai;& s'il y a
place pour elles dans la
suite de ce Journal
,
à la
bon ne heur; linon ils s'en
passeront.
formé, & que vousallez
lire, Meneurs, va sans
doute être condamné de
ces grands partisans des
nouvelles qui aiment à
relire dans les Journaux
Se dans les Gazettes tous
ces évenemens que les
raconteurs débitent les
uns aprés les autres, SC
qu'ils assaisonnent, pour
se donner* entr'eJ ux un
air de difference, ou de
circonstances suspectes,
ou de phcalesinutiles.
Pour moy qui ne pense
pas qu'il y ait aucune loy
qui m'engage à faire à la
fin de chaque mois une
récapitulation exatre de
ce que le Public a 1ft dans
les Gazettes dans le courant
du mois, je me fuis
crû dispensé de repeter
ses nouvelles, & je me
fuis mis en tête que je ne
devois dorénavant vous
coter quecelles que l'on
n'aura pas vûës chez elles.
Danscette vûëj'avois
rassemblé toutes les lettres
que j'aireçûësau sujet
de l'Ambassadeur de
Perse;j'avois fait une suite
des avantures de son
voyagequi sont venues
à ma connoissance) &C
j'alloisvousen faire part,
comme d'un article de
nouvelles rempli de particularitez
singuieres-,
s'ilavoit jugé à propos
d'arrivericiassez à tem ps
pour me donner le loisir
de m'informer de ses interprétés,
s'il n y a point
de dangerd'exposerà
vos yeux les choies que
l'on 1tes.CetAi-nbassadeurdonc,
qu'onattend
de jour en jour, &
dont le portraitestabsolumentnecessaire
à la tête
de son histoire, n'est
pas encore arrivé. Ainsi,
Messieurs ; ne vous en
prenez pas à moy, mais à
lui, sijenevousentretiés
de son voyage Se de ses
avantures, qu aprés avoir
vû sa personne. En
attendat,je vous promets
que ce que je vous en dirai
ne fera pas le plus indifferet
chapitredu mois--
prochain. Je sens neanmoins
quecetterai sonne
me dispense pas,à l'égard
des Nouvelists, du foin
de leurdônerdesnouvelles:
cela est vrai;& s'il y a
place pour elles dans la
suite de ce Journal
,
à la
bon ne heur; linon ils s'en
passeront.
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Résumé : Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le texte annonce un projet de publication de nouvelles destiné aux 'Meneurs'. L'auteur précise qu'il évitera de reproduire des informations déjà parues dans les journaux mensuels, préférant se concentrer sur des contenus inédits. Il mentionne notamment les aventures de voyage d'un ambassadeur perse, dont la publication est retardée par son arrivée tardive. L'auteur assure que des détails sur cet ambassadeur seront fournis dès que possible. Entre-temps, il garantit que les futures publications ne manqueront pas d'intérêt. Toutefois, il reconnaît la nécessité de fournir des nouvelles aux nouvellistes, même si elles ne sont pas toujours intégrées au journal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4779
p. 1621-1627
LETTRE écrite de Constantinople, le 8. Juin 1732.
Début :
Quoique vous soyez déjà, sans doute, informé, Monsieur, de la [...]
Mots clefs :
Grand vizir, Chef des Eunuques noirs, Kaïkman, Sultan, Canon, Constantinople, Topal Osman Pacha
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople, le 8. Juin 1732.
LETTRE écrite de Constantinople ,
le 8. Juin 1732.
Qué,Monsieur , de la déposition duGrandUoique vous soyez déja , sans doute , infor-
•
Vizir Topal Osman Pacha , arrivée le 12 Mars
lernier , je ne laisse pas de vous la rappeller ici ,
our vous mander quelques particularitez sur ce
ujet, que vous ignorez peut- être, et qui méritent
Votre curiosité.
Le Kislar- Aga ou Chef des Eunuques noirs, qui
ossede toûjours toute la confiance du G.S.lui dit,
nlui redemandant le SceauImperial de la part de
, H. qu'il ne devoit par regarder ce qui lui arivoit comme une disgrace ; que le Sultan l'ainoit toûjours et étoit très-satisfait de ses services,
t qu'en lui ôtant la Charge de Premier Ministre,
avoit eu moins en vûë de l'en dépouiller , que de
soulager du fardeau qui l'accompagnoit, et qui ar rapport à son âge , à ses infirmitez et aux connctures où se trouvoit l'Empire , étoit devenué
un poids à l'acabler. Qu'il n'avoit non-seulement
rien à craindre ni pour lui ni pour les siens , mais
que l'intention du G.S. étoit que le Bey , son cher
fils unique, qui est Capigi Bachi , restat à la Cour
pour lui faire du bien , et que lui-même KislarAga
1622 MERCURE DE FRANCE
Aga, l'assuroit qu'il en prendroit autant de soin que s'il étoit son propre enfant.
Topal-Osman , qui reçût cette nouvelle avec
ne fermeté admirable , répondit , après l'avoir
remercié de ses sentimens , que sa conscience
ne fui reprochant rien , et que connoissant l'équité du G. S. qu'il avoit servi avec zele , il étoit
en repos sur ses jours , et que d'ailleurs n'ayant
jamais craint de les perdre dans tant de périls
qu'il avoit courus à la guerre pendant toute sa
vie, il étoit trop vieux à present pour s'en- inquieter.
Il fut ensuite conduit à Calcedoine pour y attendre sa destination , et dans le même temps,
c'est-à- dire entre zo. et 11 heures du matin
Ali-Pacha Defterdar , nommé Kaïmakan , pour
exercer les fonctions du Viziriat pendant l'interim , alla tenir le Divan en sa place.
D
Apeine Topal-Osman fut- il arrivé à Calcedoi.
ne , que ses Amis et ses Domestiques s'y rendirent et se présenterent devant lui , la plupart les
yeux baignez de larmes. Pourquoi pleurez- vous
leur dit- il avec un air de satisfaction peint sur le
visage , de me voir délivré d'un Emploi , que
comme vous le sçavez bien , je n'étois venu remplir qu'avec répugnance ? Il s'entretint ensuite
avec eux le plus tranquillement du monde , entrant même dans de grands détails sur des affaires particulieres , et pour mieux marquer la sincerité de la joye que lui causoit son changement
de fortune ; il fit égorger une douzaine de Moutons en action de grace , comme c'est la coûtume chez les Mahométans , de faire de ces sortes de
Sacrifices , pour remercier Dieu des bons évenemens qui leur arrivent , ou pour lui demander un heureux succès dans leurs entreprises.
JUILLET
. 173.2. 1523
H fut nommé le même jour Pacha de Trébizonde , et partit le lendemain de Calcédoine pour
Smit
, autrefois Nicomédie
, où il demeura jusqu'après le Beiram ou la Pâque des Turcs. Le Tchaoux- Bachi , qui étoit son neveu , fut aussi
déposé et devint son Kiaya ou Lieutenant
, par
ordre de la Porte
, qui en cette derniere qualité le
chargea d'assembler les Equipages et toute la
Maison de son Oncle
à Calcedoine
, et de l'aller
joindre ensuite
à Nicomédie
.
L'amour que Topal Osman conservoit toujours pour le bien public , ne lui permettant pas
de le négliger et de rester oisif pendant environ
15. jours qu'il demeura dans cette Ville
, il s'appliqua à remedier aux desordres qui s'y commertoient dans la Police , et ayant appris qu'entr'autres abus nouvellement introdus , il y avoit des
gens qui achetoient tous les œufs du Pays
, dont ils faisoient des réserves et qu'ils n'en envoyoient
qu'en petite quantité
à la fois
à Constantinople
,
où par ce moyen ils étoient devenus fort chers . Il
fit pendre ces Monopoleurs
, et saisir tous leurs
œufs
, qui furent portez par son ordre
à cette
Capitale où ils devinrent
à très
- grand marché
.
Il partit de Smit les premiers jours d'Avril
,
avec une Maison magnifique
, composée de plus
de 600. Domestiques
, car le G. S. lui ayant laissé
generalement tous ses biens
, il est
, malgré ses
liberalitez continuelles
, un dés plus riches Particuliers de l'Empire ; et plus de 6000. personnes
le conduisirent bien loin hors de la Ville
.
Je ne puis
, Monsieur
, me dispenser de vous
rapporter ici un trait de Topal
- Osman
, qui suffiroit seul pour vous donner une juste idée de la
grandeur de son ame
. Quelques jours avant celui auquel on le déposa , qui fut le 15. de la Lu-ne
L
1624 MERCURE DE FRANCE
de Ramasan ou du Jeûne , il avoit déja fait préparer tous les Présens que les Grands Visirs sont en
usage de faire au Serrail à la fin de ce Carême des
Mahometans , et il se trouvoit parmi ceux qu'il
vouloit donner au G. S. un Harnois de Cheval ,
garni de Pierreries , qui lui coûtoit seul près de
170. mille livres. Quoique ces, Présens n'eussent
point été consignez et qu'il les eût encore entre
ses mains au moment de sa déposition , il ne
laissa pas moins ses ordres en partant de Calcedoine , pour qu'ils fussent distribuez à la tête du
Beiram , à ceux à qui il les avoit destinez , comme s'il eût encore été en place. Il est vrai que le
Sultan , de son côté , pour lui marquer qu'il n'avoit point perdu les bonnes graces de S. H. lui envoya aussi à Nicomédie les mêmes Présens
qu'elle fait toujours dans ces Fêtes au G. Visir.
A l'égard du nouveau G. V. Ali- Pacha , outre
ce nom , on lui donne encore par un usage fort ordinaire chez les Turcs , celui de Ekim-Oglou,
c'est- à- dire , fils de Medecin. Son pere , à ce
qu'on assure , étoit Venitien et s'appelloit Cornero ; il fut fait Esclave en Candie , étant encore
jeune, mais professant déja la Medecine, et desesperant de pouvoir jamais recouvrer sa liberté , il
embrassa le Mahometisme , et se maria avec une
Turque. La réputation qu'il acquit dans son Art
ayant été portée jusqu'au Serrail , il y fut appellé et devint Ekim- Bachi , ou Premier Medecin du
dernier Sultan déposé , au service duquel il est
mort dans un âge fort avancé. Entre plusieurs
enfans qu'il avoit eus de sa femme , il introduisit
deux de ses fils auprès de ce Sultan , par la faveur
du Kislar Aga , qui avoit été autrefois son Esclave ; l'aîné en qualité de Gerrah-Bachi , ou
Premier Chirurgien , qui remplit encore le même
Poste
JUILLET. 1732. 1625
poste auprès du G. S. regnant ; le second qui fut
d'abord fait Capigi- Bachi ; et qui après avoir essuyé bien des revers sous le Regne precedent ,
parvint il y a quelques années au Generalat de Arme Othomane .sur les Frontieres , et vient
d'être élevé à l'éminente Charge de Grand Visir.
C'est un homme d'environ 45. ans, d'assez bonne
mine, qui passe pour aimer la magnificence, et qui
est liberal jusqu'à la prodigalité. Il arriva à Scu- tary de Perse , le 10. May au matin , où tous les
Grands de l'Empire l'attendoient sous des Tentes
dans la campagne. 11 s'y trouva un concours de plus de 6000. femmes ou filles , attirées par la
Curiosité que leur donna le renom qu'a ce Visir
d'être aussi galant que feu Ibrahim Pacha , et en
nême-temps pour se dédommager un peu de la
retraite rigoureuse que son Prédecesseur Topal- Osman faisoit observer au beau Sexe. Après avoir fîné là , il remonta à cheval et traversa Scutary
avec un magnifique et nombreux cortege , jusqu'à la Marine , jettant de temps en temps des
poignées de Sequins au Peuple.
Il se mit ensuite dans le Caïc ou la Gondole à
Tendelet des G. Visirs ; le Vaisseau Contre- Amiral bien pavoisé , et qu'on avoit fait avancer à
son occasion près de la Tour de Leandre , le salua de 15. coups de Canon à son passage , et cette
Tour de cinq ; il vint débarquer au Kiosc ou Pavillon du Serrail qui est au bord de la Mer , ou
la Maison du G. S. étoir rangée en haye pour le
recevoir ; il eut sur le champ audience de S. H.
avec laquelle il demeura plus de deux heures ; le
G. S. après lui avoir confié le Sceau Imperial et
= l'avoir fait revêtir des autres marques de dignité
attachées à sa Charge , le fit conduire par ses prog
pres Officiers au Palais des G. V. où il se rendit,
marchans
1626 MERCURE DE FRANCE
où
marchant à la droite du Mufti , et répandant
toujours à pleines mains les Sequins sur sa route.
Le même jour Ismaël- Pacha , Janissaire- Aga ,
fut fait Pacha à trois Queues en plein Divan ,
le G. V. lui fit donner une Pelisse de Samour ,
couverte d'un drap d'or du Pays. Le Kiaya ou
Lieutenant de Topal Osman , qui étoit resté en
fonction jusqu'alors , fut déposé , et celui d'AliPacha prit sa place.
Ce Premier Ministre fit rouvrir tous les Caffez publics , qui depuis la grande Révolution de 1730. avoient presque toûjours été fermez , et sur
les plaintes qu'on lui porta des fraudes qui s'étoient renouvellées dans le débit des Vivres et des
Denrées depuis la déposition de Topal- Osman ,
quoique dans l'interim le Kaimakan eût fait pendre plusieurs prévaricateurs en ce genre , il alla
faire une tournée dans Constantinople chez les
Bouchers et les Boulangers ; il fixa le prix de la
viande, qui se vendoit fort cher , et dont on manquoit même souvent , fit augmenter le poids du
pain , envoya aux Galeres ceux des Boulangers
qu'il trouva en contravention , et donna dix Sequins à chacun de ceux qui étoient en regle , ce
qui lui attira de grandes louanges.
Le 22. du même mois de May , ayant mandé
le Defterdar ou Trésorier Ali- Pacha , cy-devant
Kaimakan, il le fit revêtir d'une Pelisse de Samour, en lui disant que le G. S. l'avoit nommé
Pacha de Cutaya , (' en Asie , près de Brousse ,
qui est une espece d'exil ) et qu'il se préparât à
partir dans deux jours. L'ancien Reis Effendi du
temps d'Achmet III. qui étoit devenu TefterEmini, ou Garde des Rôles de la Milice , sous le
G. S d'apresent , et que ce Ministre avoit aussi
mandé, reçut le Caftan ou Robe d'honneur ,-
avec
JUILLET. 1732. 1627
avec la Charge de Defterdar , et ceda la sienne de
Tefter- Emini à SerdensiEffendi , qui avoit été Se- cretaire de la Porte aux Conferences de Passarowitz. Le Tchaoux- Bachi et le Bostandgi- Bachi ,
furent pareillement déposez : le poste du premier fut donné à l'ancien General de la Cavalerie, resté
depuis quelque temps sans emploi, et celui du second , a l'Asseki- Aga, qui fut relevé dans le sien
par l'Oda-Bachi. Voilà, Monsieur , en quoi consistent jusqu'à present les principaux changemens survenus à la Porte , depuis l'arrivée du nouveau
G. Visir. Je suis , &c.
L
E -25
P. V. D.
le 8. Juin 1732.
Qué,Monsieur , de la déposition duGrandUoique vous soyez déja , sans doute , infor-
•
Vizir Topal Osman Pacha , arrivée le 12 Mars
lernier , je ne laisse pas de vous la rappeller ici ,
our vous mander quelques particularitez sur ce
ujet, que vous ignorez peut- être, et qui méritent
Votre curiosité.
Le Kislar- Aga ou Chef des Eunuques noirs, qui
ossede toûjours toute la confiance du G.S.lui dit,
nlui redemandant le SceauImperial de la part de
, H. qu'il ne devoit par regarder ce qui lui arivoit comme une disgrace ; que le Sultan l'ainoit toûjours et étoit très-satisfait de ses services,
t qu'en lui ôtant la Charge de Premier Ministre,
avoit eu moins en vûë de l'en dépouiller , que de
soulager du fardeau qui l'accompagnoit, et qui ar rapport à son âge , à ses infirmitez et aux connctures où se trouvoit l'Empire , étoit devenué
un poids à l'acabler. Qu'il n'avoit non-seulement
rien à craindre ni pour lui ni pour les siens , mais
que l'intention du G.S. étoit que le Bey , son cher
fils unique, qui est Capigi Bachi , restat à la Cour
pour lui faire du bien , et que lui-même KislarAga
1622 MERCURE DE FRANCE
Aga, l'assuroit qu'il en prendroit autant de soin que s'il étoit son propre enfant.
Topal-Osman , qui reçût cette nouvelle avec
ne fermeté admirable , répondit , après l'avoir
remercié de ses sentimens , que sa conscience
ne fui reprochant rien , et que connoissant l'équité du G. S. qu'il avoit servi avec zele , il étoit
en repos sur ses jours , et que d'ailleurs n'ayant
jamais craint de les perdre dans tant de périls
qu'il avoit courus à la guerre pendant toute sa
vie, il étoit trop vieux à present pour s'en- inquieter.
Il fut ensuite conduit à Calcedoine pour y attendre sa destination , et dans le même temps,
c'est-à- dire entre zo. et 11 heures du matin
Ali-Pacha Defterdar , nommé Kaïmakan , pour
exercer les fonctions du Viziriat pendant l'interim , alla tenir le Divan en sa place.
D
Apeine Topal-Osman fut- il arrivé à Calcedoi.
ne , que ses Amis et ses Domestiques s'y rendirent et se présenterent devant lui , la plupart les
yeux baignez de larmes. Pourquoi pleurez- vous
leur dit- il avec un air de satisfaction peint sur le
visage , de me voir délivré d'un Emploi , que
comme vous le sçavez bien , je n'étois venu remplir qu'avec répugnance ? Il s'entretint ensuite
avec eux le plus tranquillement du monde , entrant même dans de grands détails sur des affaires particulieres , et pour mieux marquer la sincerité de la joye que lui causoit son changement
de fortune ; il fit égorger une douzaine de Moutons en action de grace , comme c'est la coûtume chez les Mahométans , de faire de ces sortes de
Sacrifices , pour remercier Dieu des bons évenemens qui leur arrivent , ou pour lui demander un heureux succès dans leurs entreprises.
JUILLET
. 173.2. 1523
H fut nommé le même jour Pacha de Trébizonde , et partit le lendemain de Calcédoine pour
Smit
, autrefois Nicomédie
, où il demeura jusqu'après le Beiram ou la Pâque des Turcs. Le Tchaoux- Bachi , qui étoit son neveu , fut aussi
déposé et devint son Kiaya ou Lieutenant
, par
ordre de la Porte
, qui en cette derniere qualité le
chargea d'assembler les Equipages et toute la
Maison de son Oncle
à Calcedoine
, et de l'aller
joindre ensuite
à Nicomédie
.
L'amour que Topal Osman conservoit toujours pour le bien public , ne lui permettant pas
de le négliger et de rester oisif pendant environ
15. jours qu'il demeura dans cette Ville
, il s'appliqua à remedier aux desordres qui s'y commertoient dans la Police , et ayant appris qu'entr'autres abus nouvellement introdus , il y avoit des
gens qui achetoient tous les œufs du Pays
, dont ils faisoient des réserves et qu'ils n'en envoyoient
qu'en petite quantité
à la fois
à Constantinople
,
où par ce moyen ils étoient devenus fort chers . Il
fit pendre ces Monopoleurs
, et saisir tous leurs
œufs
, qui furent portez par son ordre
à cette
Capitale où ils devinrent
à très
- grand marché
.
Il partit de Smit les premiers jours d'Avril
,
avec une Maison magnifique
, composée de plus
de 600. Domestiques
, car le G. S. lui ayant laissé
generalement tous ses biens
, il est
, malgré ses
liberalitez continuelles
, un dés plus riches Particuliers de l'Empire ; et plus de 6000. personnes
le conduisirent bien loin hors de la Ville
.
Je ne puis
, Monsieur
, me dispenser de vous
rapporter ici un trait de Topal
- Osman
, qui suffiroit seul pour vous donner une juste idée de la
grandeur de son ame
. Quelques jours avant celui auquel on le déposa , qui fut le 15. de la Lu-ne
L
1624 MERCURE DE FRANCE
de Ramasan ou du Jeûne , il avoit déja fait préparer tous les Présens que les Grands Visirs sont en
usage de faire au Serrail à la fin de ce Carême des
Mahometans , et il se trouvoit parmi ceux qu'il
vouloit donner au G. S. un Harnois de Cheval ,
garni de Pierreries , qui lui coûtoit seul près de
170. mille livres. Quoique ces, Présens n'eussent
point été consignez et qu'il les eût encore entre
ses mains au moment de sa déposition , il ne
laissa pas moins ses ordres en partant de Calcedoine , pour qu'ils fussent distribuez à la tête du
Beiram , à ceux à qui il les avoit destinez , comme s'il eût encore été en place. Il est vrai que le
Sultan , de son côté , pour lui marquer qu'il n'avoit point perdu les bonnes graces de S. H. lui envoya aussi à Nicomédie les mêmes Présens
qu'elle fait toujours dans ces Fêtes au G. Visir.
A l'égard du nouveau G. V. Ali- Pacha , outre
ce nom , on lui donne encore par un usage fort ordinaire chez les Turcs , celui de Ekim-Oglou,
c'est- à- dire , fils de Medecin. Son pere , à ce
qu'on assure , étoit Venitien et s'appelloit Cornero ; il fut fait Esclave en Candie , étant encore
jeune, mais professant déja la Medecine, et desesperant de pouvoir jamais recouvrer sa liberté , il
embrassa le Mahometisme , et se maria avec une
Turque. La réputation qu'il acquit dans son Art
ayant été portée jusqu'au Serrail , il y fut appellé et devint Ekim- Bachi , ou Premier Medecin du
dernier Sultan déposé , au service duquel il est
mort dans un âge fort avancé. Entre plusieurs
enfans qu'il avoit eus de sa femme , il introduisit
deux de ses fils auprès de ce Sultan , par la faveur
du Kislar Aga , qui avoit été autrefois son Esclave ; l'aîné en qualité de Gerrah-Bachi , ou
Premier Chirurgien , qui remplit encore le même
Poste
JUILLET. 1732. 1625
poste auprès du G. S. regnant ; le second qui fut
d'abord fait Capigi- Bachi ; et qui après avoir essuyé bien des revers sous le Regne precedent ,
parvint il y a quelques années au Generalat de Arme Othomane .sur les Frontieres , et vient
d'être élevé à l'éminente Charge de Grand Visir.
C'est un homme d'environ 45. ans, d'assez bonne
mine, qui passe pour aimer la magnificence, et qui
est liberal jusqu'à la prodigalité. Il arriva à Scu- tary de Perse , le 10. May au matin , où tous les
Grands de l'Empire l'attendoient sous des Tentes
dans la campagne. 11 s'y trouva un concours de plus de 6000. femmes ou filles , attirées par la
Curiosité que leur donna le renom qu'a ce Visir
d'être aussi galant que feu Ibrahim Pacha , et en
nême-temps pour se dédommager un peu de la
retraite rigoureuse que son Prédecesseur Topal- Osman faisoit observer au beau Sexe. Après avoir fîné là , il remonta à cheval et traversa Scutary
avec un magnifique et nombreux cortege , jusqu'à la Marine , jettant de temps en temps des
poignées de Sequins au Peuple.
Il se mit ensuite dans le Caïc ou la Gondole à
Tendelet des G. Visirs ; le Vaisseau Contre- Amiral bien pavoisé , et qu'on avoit fait avancer à
son occasion près de la Tour de Leandre , le salua de 15. coups de Canon à son passage , et cette
Tour de cinq ; il vint débarquer au Kiosc ou Pavillon du Serrail qui est au bord de la Mer , ou
la Maison du G. S. étoir rangée en haye pour le
recevoir ; il eut sur le champ audience de S. H.
avec laquelle il demeura plus de deux heures ; le
G. S. après lui avoir confié le Sceau Imperial et
= l'avoir fait revêtir des autres marques de dignité
attachées à sa Charge , le fit conduire par ses prog
pres Officiers au Palais des G. V. où il se rendit,
marchans
1626 MERCURE DE FRANCE
où
marchant à la droite du Mufti , et répandant
toujours à pleines mains les Sequins sur sa route.
Le même jour Ismaël- Pacha , Janissaire- Aga ,
fut fait Pacha à trois Queues en plein Divan ,
le G. V. lui fit donner une Pelisse de Samour ,
couverte d'un drap d'or du Pays. Le Kiaya ou
Lieutenant de Topal Osman , qui étoit resté en
fonction jusqu'alors , fut déposé , et celui d'AliPacha prit sa place.
Ce Premier Ministre fit rouvrir tous les Caffez publics , qui depuis la grande Révolution de 1730. avoient presque toûjours été fermez , et sur
les plaintes qu'on lui porta des fraudes qui s'étoient renouvellées dans le débit des Vivres et des
Denrées depuis la déposition de Topal- Osman ,
quoique dans l'interim le Kaimakan eût fait pendre plusieurs prévaricateurs en ce genre , il alla
faire une tournée dans Constantinople chez les
Bouchers et les Boulangers ; il fixa le prix de la
viande, qui se vendoit fort cher , et dont on manquoit même souvent , fit augmenter le poids du
pain , envoya aux Galeres ceux des Boulangers
qu'il trouva en contravention , et donna dix Sequins à chacun de ceux qui étoient en regle , ce
qui lui attira de grandes louanges.
Le 22. du même mois de May , ayant mandé
le Defterdar ou Trésorier Ali- Pacha , cy-devant
Kaimakan, il le fit revêtir d'une Pelisse de Samour, en lui disant que le G. S. l'avoit nommé
Pacha de Cutaya , (' en Asie , près de Brousse ,
qui est une espece d'exil ) et qu'il se préparât à
partir dans deux jours. L'ancien Reis Effendi du
temps d'Achmet III. qui étoit devenu TefterEmini, ou Garde des Rôles de la Milice , sous le
G. S d'apresent , et que ce Ministre avoit aussi
mandé, reçut le Caftan ou Robe d'honneur ,-
avec
JUILLET. 1732. 1627
avec la Charge de Defterdar , et ceda la sienne de
Tefter- Emini à SerdensiEffendi , qui avoit été Se- cretaire de la Porte aux Conferences de Passarowitz. Le Tchaoux- Bachi et le Bostandgi- Bachi ,
furent pareillement déposez : le poste du premier fut donné à l'ancien General de la Cavalerie, resté
depuis quelque temps sans emploi, et celui du second , a l'Asseki- Aga, qui fut relevé dans le sien
par l'Oda-Bachi. Voilà, Monsieur , en quoi consistent jusqu'à present les principaux changemens survenus à la Porte , depuis l'arrivée du nouveau
G. Visir. Je suis , &c.
L
E -25
P. V. D.
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Résumé : LETTRE écrite de Constantinople, le 8. Juin 1732.
Le 8 juin 1732, une lettre rapporta la déposition de Topal Osman Pacha, Grand Vizir de l'Empire ottoman, survenue le 12 mars 1732. Le Kislar Aga, chef des eunuques noirs, rassura Topal Osman en expliquant que cette déposition visait à soulager le vizir de ses responsabilités en raison de son âge et de ses infirmités. Topal Osman accepta cette décision avec sérénité, affirmant n'avoir rien à se reprocher et avoir toujours servi avec zèle. Après sa déposition, Topal Osman fut conduit à Calcédoine, où il reçut la visite de ses amis et domestiques. Il exprima sa satisfaction de se voir délivré d'un emploi qu'il remplissait avec répugnance. Il organisa un sacrifice pour remercier Dieu et partit ensuite pour Trébizonde, où il fut nommé pacha. Pendant son séjour à Nicomédie, il s'occupa de remédier aux désordres dans la police locale, notamment en faisant pendre des monopoleurs d'œufs. Ali Pacha, également connu sous le nom d'Ekim-Oglou, fut nommé Kaïmakan pour exercer les fonctions du vizirat pendant l'interim. Il rouvrit les cafés publics et s'occupa des fraudes dans le débit des vivres et des denrées. Ali Pacha arriva à Scutari de Perse le 10 mai, accueilli par les grands de l'Empire et une foule curieuse. Il fut reçu par le sultan, qui lui confia le sceau impérial et les marques de sa dignité. Ismaël Pacha fut nommé pacha à trois queues en plein Divan, et plusieurs autres nominations et démissions eurent lieu parmi les hauts fonctionnaires. Ali Pacha fit également une tournée à Constantinople pour réguler les prix des vivres et punir les contrevenants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4780
p. 150-159
Des Enterremens.
Début :
Les Enterremens se font avec beaucoup de cérémonie, [...]
Mots clefs :
Enterrements, Archevêque, Métropolitain, Ecclésiastique, Défunt, Moscovites, Justice, Nativité
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texteReconnaissance textuelle : Des Enterremens.
Des Enterremens.
Les Enterremens se font
avec beaucoup de cérémonie,
comme toutes les
autres actions publiques.
Aussi tost que le Malade
eſt décédé, on envoye
Historique.
151
chercher les Parens & les
Amis du deffunt, qui se
rangent autour du Corps,
s'excitans à pleurer, afin
d'en donner l'exemple aux
femmes; ils demandent
au Mort, pourquoi il s'est
laiſſé mourir: Si ses affai-
res n'étoient pas en bon é-
tat, s'il manquoit de man-
ger & de boire, si sa fem-
me n'étoit pas assez belle
& assez jeune, si elle lui
a manqué de fidelité, &c.
On l'enterre enfin, aprés
bien des Cérémonies; on
retourne ensuite au logis
du deffunt ou on noye
l'affliction dans l'hydro-
152
Relation
mel & dans l'eau-de-vie.
Quoique les Moscovites
ne paroissent pas croire au
Pur gatoire, ils reconnois-
sent cependant deux lieux
où les ames se retirent;
les unes, dans un séjour
plaisant, & les autres, dans
un ténébreux; les premie-
res ont la conversation
des Anges, les autres, cel-
le des Diables.
Il n'y a point de Peuples
qui aiet plus de veneratio
pour leur Souverain, que
les Moſcovites; ils appre-
nent même à leurs Enfans
a parler du Czar, comme
de Dieu même, non -seu-
Historique.
153
lement dans leurs festins,
mais encore dans leurs
discours ordinaires.
Ils lui obéissent avec une
si grande déference, que
bien loin de s'opposer
à ſa volonté, ils disent au
contraire, que la Justice
& la parole de leur Prin-
ce est sacrée & inviolable.
Si le tems me l'avoit per-
mis, j'aurois pù donner la
Genealogie des Czars avec
un Abbrege de leur vie; j'au-
rois parlé des familles les plus
illustres de Moscovie, des
differens ordres, tant de la
Noblesse, de l'Eglise, de la
Iustice, que des Officiers de
Relation
154
la Cour, jajouterai seulement
aux Remarques historiques
précédentes, les Observations
suivantes.
La Religion Grecque est
la dominante dans toure la
Moscovie, & on peut dire,
qu'il n'y en a presque poim
d'autres.
Etat de l'Ordre du Gou-
venement Ecclesiastique.
Le Patriarche de Mos-
cou.
Le Métropolitain de
Novogrod.
Le Métropolitain de
Rostoff.
Le Métropolitain
de
Casan & Svviat.
Historique.
155
de
Le Métropolitain
Sarſek & Podons.
Ces Metropolitains soni,
comme les Primats en Fran-
ce. Aprés les Primars, sui-
vent les Archevêques, ensui-
te les Eveques & les Archi-
mandrites.
L'Archevêque, de Wo-
logda & Welike.
L'Archevêque de Resau
& Marou.
L'Archeveque de Suf-
dal & Taraſk.
L'Archevêque de Tuer
& Casan.
L'Archevêque de Sibe-
rie & Tobolsk.
L'Archevêque d'Af-
156
Relation
trackan & Terki.
L'Archevêque de Psousk
& Sbotbh.
L'Archevêque d'Ar-
changel.
L'Archevêque de Kiovy
L'Archevêque de Smo-
lensko.
Il y a de plus, outre les
Métropolitains & Arche-
vêques.
L'Evêque de Columna.
L'Eveque de Wiatka.
Il y a encore plus de 50
Archimandrites, qui sont
comme on voit en France,
les Abbez & Prieurs. Plu.
sieurs Prevosts, qu'on appel-
le Proto-Papas, & un trés-
grand
Historique.
157
grand nombre de Papas
Dans la seule Ville de Mos-
cou, on en compte plus de
4000.
Le Patriarche de Moscou,
pour le Reglement des affai-
res Ecclesiastiques, avoit
autrefois trois Pricas ou
Chancelleries; la premiere
est Roserad, qui est, comme
l'Archive Ecclesiastique; la
seconde, nommee Sudny, qui
est la Iustice Ecclesiastique;
la troisième, Kazennoy,
ou on régle les affaires. Les
Moscovites sont fort Reli-
gieux, sur tout à l'égard
des Images pour lesquelles ils
ont une grande vénération
158
Relation
Ils en ontdans leurs maisons,
& dans les coins de leurs
Chambres, ou de leurs Salles,
ornées d'or, d'argent, ou
de perles; selon les moyens
que chacun peur avoir. Ils
celebrent quantité de Fetes,
dont voici les principales.
La Nativite de la Vier-
ge le 8. de Septembre.
L'Exaltation de la Croix
le 14 de Septembre.
L'Oblation de la Sainte
Vierge, le 21 de Novem-
bre.
La Nativité du Sauveur,
le 15 de Decembre.
L'Epiphanie, ou laF ête
des Rois, le 6 de Janvier.
159
Historique.
La Chandeleur, le 21
Février.
L'Annonciation de la
Vierge, le 25 de Mars.
Pâques Fleurie, ou le
Dimanche des Rameaux.
Lejour de Pâques, ou
la Resurrection de J. C.
La Pentecôte ou l'Envoi
du Saint Esprit sur les A-
pôtres.
La manifestation de J.
C. sur la Montagne, le 6.
Aoust.
L'Ascension de la Mere
du Sauveur le 13 Aoust.
Les Enterremens se font
avec beaucoup de cérémonie,
comme toutes les
autres actions publiques.
Aussi tost que le Malade
eſt décédé, on envoye
Historique.
151
chercher les Parens & les
Amis du deffunt, qui se
rangent autour du Corps,
s'excitans à pleurer, afin
d'en donner l'exemple aux
femmes; ils demandent
au Mort, pourquoi il s'est
laiſſé mourir: Si ses affai-
res n'étoient pas en bon é-
tat, s'il manquoit de man-
ger & de boire, si sa fem-
me n'étoit pas assez belle
& assez jeune, si elle lui
a manqué de fidelité, &c.
On l'enterre enfin, aprés
bien des Cérémonies; on
retourne ensuite au logis
du deffunt ou on noye
l'affliction dans l'hydro-
152
Relation
mel & dans l'eau-de-vie.
Quoique les Moscovites
ne paroissent pas croire au
Pur gatoire, ils reconnois-
sent cependant deux lieux
où les ames se retirent;
les unes, dans un séjour
plaisant, & les autres, dans
un ténébreux; les premie-
res ont la conversation
des Anges, les autres, cel-
le des Diables.
Il n'y a point de Peuples
qui aiet plus de veneratio
pour leur Souverain, que
les Moſcovites; ils appre-
nent même à leurs Enfans
a parler du Czar, comme
de Dieu même, non -seu-
Historique.
153
lement dans leurs festins,
mais encore dans leurs
discours ordinaires.
Ils lui obéissent avec une
si grande déference, que
bien loin de s'opposer
à ſa volonté, ils disent au
contraire, que la Justice
& la parole de leur Prin-
ce est sacrée & inviolable.
Si le tems me l'avoit per-
mis, j'aurois pù donner la
Genealogie des Czars avec
un Abbrege de leur vie; j'au-
rois parlé des familles les plus
illustres de Moscovie, des
differens ordres, tant de la
Noblesse, de l'Eglise, de la
Iustice, que des Officiers de
Relation
154
la Cour, jajouterai seulement
aux Remarques historiques
précédentes, les Observations
suivantes.
La Religion Grecque est
la dominante dans toure la
Moscovie, & on peut dire,
qu'il n'y en a presque poim
d'autres.
Etat de l'Ordre du Gou-
venement Ecclesiastique.
Le Patriarche de Mos-
cou.
Le Métropolitain de
Novogrod.
Le Métropolitain de
Rostoff.
Le Métropolitain
de
Casan & Svviat.
Historique.
155
de
Le Métropolitain
Sarſek & Podons.
Ces Metropolitains soni,
comme les Primats en Fran-
ce. Aprés les Primars, sui-
vent les Archevêques, ensui-
te les Eveques & les Archi-
mandrites.
L'Archevêque, de Wo-
logda & Welike.
L'Archevêque de Resau
& Marou.
L'Archeveque de Suf-
dal & Taraſk.
L'Archevêque de Tuer
& Casan.
L'Archevêque de Sibe-
rie & Tobolsk.
L'Archevêque d'Af-
156
Relation
trackan & Terki.
L'Archevêque de Psousk
& Sbotbh.
L'Archevêque d'Ar-
changel.
L'Archevêque de Kiovy
L'Archevêque de Smo-
lensko.
Il y a de plus, outre les
Métropolitains & Arche-
vêques.
L'Evêque de Columna.
L'Eveque de Wiatka.
Il y a encore plus de 50
Archimandrites, qui sont
comme on voit en France,
les Abbez & Prieurs. Plu.
sieurs Prevosts, qu'on appel-
le Proto-Papas, & un trés-
grand
Historique.
157
grand nombre de Papas
Dans la seule Ville de Mos-
cou, on en compte plus de
4000.
Le Patriarche de Moscou,
pour le Reglement des affai-
res Ecclesiastiques, avoit
autrefois trois Pricas ou
Chancelleries; la premiere
est Roserad, qui est, comme
l'Archive Ecclesiastique; la
seconde, nommee Sudny, qui
est la Iustice Ecclesiastique;
la troisième, Kazennoy,
ou on régle les affaires. Les
Moscovites sont fort Reli-
gieux, sur tout à l'égard
des Images pour lesquelles ils
ont une grande vénération
158
Relation
Ils en ontdans leurs maisons,
& dans les coins de leurs
Chambres, ou de leurs Salles,
ornées d'or, d'argent, ou
de perles; selon les moyens
que chacun peur avoir. Ils
celebrent quantité de Fetes,
dont voici les principales.
La Nativite de la Vier-
ge le 8. de Septembre.
L'Exaltation de la Croix
le 14 de Septembre.
L'Oblation de la Sainte
Vierge, le 21 de Novem-
bre.
La Nativité du Sauveur,
le 15 de Decembre.
L'Epiphanie, ou laF ête
des Rois, le 6 de Janvier.
159
Historique.
La Chandeleur, le 21
Février.
L'Annonciation de la
Vierge, le 25 de Mars.
Pâques Fleurie, ou le
Dimanche des Rameaux.
Lejour de Pâques, ou
la Resurrection de J. C.
La Pentecôte ou l'Envoi
du Saint Esprit sur les A-
pôtres.
La manifestation de J.
C. sur la Montagne, le 6.
Aoust.
L'Ascension de la Mere
du Sauveur le 13 Aoust.
Fermer
4781
p. 567-578
Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Début :
Le 5. Mars, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Quatre Semblables, [...]
Mots clefs :
Coups de bâton, Arlequin, Lélio, Fabrice, Léonore, Hortense, Étranger, Demande, Chrisante, Scapin, Maison, Prison, Naples, Citadin, Épouser, Maître, Valet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Le 5. Mars , les Comédiens Italiens donnerent™
la premiere Représentation des Quatre Semblables
, ou les deux Lelio et les deux Arlequins ; ancienne
Piece jouée ici en Prose en 1716. et composée
à l'imitation des Menechmes de Plaute ; Lelio
y joue les deux Lelio comme Arlequins.Arlequin
y joue les deux Arlequins , avec quelque sorte de
difference dans les habits. Le sicur Dominique
vient de mettre cette Piece en Vers François
laquelle a été reçûë très -favorablement du Public
; il y a fait plusieurs changemens , pour s'accommoder
aux regles de ce Théatre , et pour
conserver et mettre dans tout leur jour les situations
picquantes de cette ingénieuse Comédie.
On en jugera par l'Extrait que voicy.
Chrisante .
ACTEURS.
Hortenfe, Fille de Chrisante.
Lisette , Suivante d'Hortense.
Fabrice.
Les deux Lelio , Fils Jumeaux de Fabrice.
Leonore .
Leandre , Frere de Leonore.
Les deux Arlequins , Valets Jumeaux.
Scapin , Aubergiste.
La Scene est à Naples
Chrisante , dont le caractere est simple et in
genu , ouvre la Scene avec Hortense , sa fille , à
qui il demande le sujet de sa mélancolie , et lui
propose
568 MERCURE DE FRANCE
propose , pour la réjouir , des Livres nouveaux
des ajustemens , des bijoux , &c. Lisette , qui
s'impatiente de tous ces raisonnemens qui ne
vont point au fait , lui dit brusquement .
Comment vous n'êtes pas encor assez habile
Pour sçavoir ce que veut une fille nubile ? ...
"
Chrisante dit qu'il n'entend point ce que signifie
ce terme , Lisette le lui explique en disant
que c'est un mary qu'il faut à sa fille . Chrisante
demande quel est l'objet de sa tendresse , et on
lui apprend que c'est Lélio qu'elle aime. Chrisante
dit que son Pere est son ancien ami ; on
l'oblige d'en aller faire la demande , & c.
Hortense remercie Lisette , en ces termes :
Je ne puis trop payer tes soins officieux ;
Tu m'as fort bien instruite
mieux ;
et je m'en trouve
Avant qu'à tes leçons je me fusse prêtée ,
D'une extrême langueur sans cesse tourmentée ,
Je ne connoissois point ce trouble interieur
Qui souvent , malgré moi , s'élevoit dans mon coeur;
De mes fréquens soupirs la douce violence ,
Ces pleurs qui m'échappoient , ces desirs, ce silence,
Cette mélancolie et ces chagrins secrets ,
Ces jours longs écoulez , ces ennuis , ces regrets ,
Enfin de tous les maux ausquels l'Amour expose ,
Sans toi , sans ton secours j'ignorerois la cause
Hortense rentre ; Lisette apperçoit Arlequin ,
son Amant , et lui témoigne le plaisir que sa
présence
MARS. 1733.
569
présence lui cause ; Arlequin lui demande avec
empressement , quand arrivera le jour tant souhaité
de leur mariage , et l'assure qu'elle sera fort
heureuse avec lui , qu'il sera un mari fort commode
, & c.
Et pourvû qu'au logis je fasse bonne chere .
Que je ne manque pas sur tout du nécessaire ,
Qu'il me soit quelquefois permis de m'enyvrer ,
Sans crainte à ton penchant tu pourras te livrer.
Lisette satisfaite , se retire . Lélio arrive et dit à
Arlequin qu'il devient bien rare ; il répond que
c'est son amour pour Lisette qui en est cause ,
&c. Leonore paroît ; Lelio lui fait les protestations
les plus vives , Arlequin P'interrompt et dit
bas à Leonore que son Maître ne pense pas sérieusement
à tout ce qu'il lui dit , de quoi Leonore
est fort allarmée ; Lelio la rassure et lui
témoigne son impatience d'être unie avec elle .
& c.
Fabrice qui survient , arrête Arlequin qui veut
l'éviter , et lui demande la raison pourquoi il ne
voit presque plus son fils Lélio , Arlequin répond
que l'amour qu'il a pour Léonore en est cause ;
Fabrice lui dit qu'il est fort content de cette alliance
, & c.
Il parle ensuite de son autre fils Lelio , dont il
ignore le sort depuis plus de vingt ans qu'il a
quitté la Maison paternelle ; ce souvenir lui arrache
des larmes ; il ajoûte que cette perte fut
cause qu'il quitta Venise sa Patrie , pour venir
s'établir à Naples. Arlequin se rappelle en même
temps le départ de son frere qui avoit suivi Lelio;
Fabrice ne doute point qu'ils ne soient morts
tous deux. Il expose le sujet de la Piece en ces
termes :
570 MERCURE DE FRANCÉ
Tous deux le même jour reçurent là naissance ;
Ils avoient mêmes traits et même ressemblance ,
Ta mere , qui chez moi servoit fidellement ,
Mit au monde deux fils dans le même moment
Tonpere en ressentit une allegresse extrême ,
Et suivant mon exemple il les nomma de même ;
Tonfrere s'appelloit Arlequin comme toi ...
Fabrice ajoûte qu'il veut aussi reprendre un
femme, puisque son fils Lelio épouse Leonore ; i
nomme Hortense , fille de son ami Chrysante
qu'il trouve fort à son gré.
Lelio étranger arrive à Naples avec son Vale
Arlequin aussi étranger , chargé d'une valise
il témoigne la joye qu'il ressent d'être heureuse
ment débarqué , après vingt ans d'absense , i
se livre tout entier à l'espoir de revoir bien
tôt à Venise , sa Patrie , et son pere et son frer
qu'il y a laissez , et ne veut , dit - il , rester qu
deux jours à Naples.
Scapin , qui les reçoit dans son Hôtellerie , le
appelle d'abord par leurs noms , croyant pat
ler à Lelio et à Arlequin qui sont à Naples e
qu'il connoît depuis long - temps , leur fait de
offres de service , & c. Lelio est fort étonné de s
voir déja connu à Naples ; Arlequin ne l'est pa
moins de voir que son Hôte l'appelle mon che
ami , &c. ils arrêtent un Appartement , Arlequi
y porte la valise et ils y commandent à dîner.
Lelio étranger reste snr la Scene , Leonore 1
prenant pour son Amant , vient lui demande
avec empressement s'il a vû son Pere , et l'assur
que son frere Leandre souhaite avec ardeur leu
union. Lelio étonné prend Leonore pour un
Avanturiere et lui répond dans des termes pe
graciou
MARS. 1733:
571
剿
acieux. Leonore irritée , se repent d'avoir été
op crédule , et de n'avoir pas profité des avis
Arlequin et se retire. Leandre , frere de Leopre
, paroît ensuite et court embrasser Lelio en
ippellant son beaufrere futur ; Lelio le désabuse
r le champ en l'assurant qu'il ne sera jamais
n parent , ne le connoissant pas , non plus que
soeur , et se retire avec Arlequin .
Scapin vient avertir Lelio et Arlequin que le
né est prêt , mais il ne trouve personne ; un
oment après Arlequin Citadin arrive et court
abrasser son ami Scapin , qui lui annonce un
ès- bon dîné et qu'il n'a pas oblié les Macarrons.
lequin est charmé de cette agreable nouvelle ,
autant mieux qu'il ne s'y attendoit nullement.
apin lui apporte le dîné dans uu panier court
, qu'Arlequin emporte .
Lelio et Arlequin Etrangers , arrivent ; Lelio
parle que de l'aimable personne qu'il a vûë
promenade et dont les appas ont touché son
eur ; Scapin vient un moment après et demanà
Arlequin si les Macarrons étoient bons ;
lio dit à Scapin de ne pas plaisanter et de le
vir à dîner , celui- cy soutient qu'Arlequin a
porté le dîner , &c. Cette dispute devient trèsve
et finit le premier Acte par des coups de
ton dont Arlequin régale Scapin.
Au second Acte , Fabrice confie à son ami
hrisante , la passion qu'il a pour Hortense sa
le , et le dessein qu'il a de l'épouser ; Chrisante
t fort surpris de cette proposition , d'autant plus
ie sa fille , dit-il , aime Lelio son fils, je venois,
oute-t'il , vous proposer cette alliance ; Fabrice
rejette , d'autant plus que Lélio est sur le point
épouser Leonore, et enfin Chrisante lui dit qu'il
donnera son consentement , pourvû que
le Hortense y donne le sien
572 MERCURE DE FRANCE
Fabrice écrit à Hortense pour lui déclarer son
amour ; il ne sçait comment faire pour lui faire
rendre sa Lettre ; il apperçoit Arlequin Citadin
qui s'en charge, et promet de la rendre ,
nant quatre ducats que Fabrice lui donne.
moyen-
Arlequin va pour rendre la Lettre à Hortense
qui est dabord charmée de voir Arlequin , ne dou
tant nullement qu'il ne vienne de la part de Lelio,
mais elle est bien surprise après avoir lû la Lettre
de voir qu'elle vient de la part de l'Amoureux
Fabrice. La maniere dont cette Lettre est renduë
et lûë et la finesse avec laquelle cette Scene est
jouée par la Dile Silvia et par le sieur Thomassin
, fait un extrême plaisir . Hortense régale le
Porteur de coups de bâton , et lui ordonne de porter
cette réponse à Fabrice , lequel arrivant dans
le moment , demande avec empressement des
nouvelles de sa Lettre ; Arlequin l'assure qu'Hortense
l'a reçûë avec de grands transports de joye
et ajoûte :
Que mon sort est heureux !
J'aipú , m'a-t'elle dit , faire naître ses feux!
A mafélicité, non , rien n'est comparable ....
Fabrice , persuadé que c'est de lui qu'Hortense
a parlé , est au comble de sa joye , il récompense
largement Arlequin , mais il est bien surpris en
apprenant qu'Hortense a changé de visage en
lisant la fin de la Lettre et qu'elle a reconnu
qu'elle étoit de lui ; mais enfin a-t'elle fait réponse
, dit Fabrice ? oui , très - exactement ,
pond Arlequin , et en même- temps il rend à ce
Vieillard les coups de bâton dont il a été luimême
régalé. Fabrice transporté de colere contre
ce Valet , jure de s'en yenger ; il trouve un
rémoment
MARS. 1733. 573
rnoment après Arlequin étranger , qu'il charge
de mille coups , abusé par la ressemblance , et
dit en s'en allant ;
Faquin , apprend à me connoître ,
On ne maltraite pas impunément son Maître.
મે
soeur ,
Arlequin étranger est fort étonné de se vois
maltraité sans rime ni raison , son Maître ,
à qui il s'en plaint , n'y peut rien comprendre ,
& c. Lelio dit ensuite qu'il ne veut plus rester
dans l'Auberge de Scapin , à qui il ordonne de
remettre sa valise à son Valet Arlequin , &c .
Léandre , outré du procedé de Lelio avec sa
vient dans le dessein de s'en venger ; il
voit Arlequin étranger , qu'il prend pour le Citadin
, instruit des mauvais discours qu'il a tenus;
le maltraite. Arlequin étranger prend la fuite ;
Lelio Citadin surpris de voir courir Arlequin
avec tant de vitesse , veut l'arrêter , et un instant
après Arlequin Citadin arrive ; Lelio lui demande
par quelle raison il couroit si vîte il n'y a
qu'un moment ; Arlequin ne sçait ce qu'il veut
dire , & c.
Leonore vient faire des reproches à Lelio-
Citadin , sur la maniere dont il l'a reçû ; Lelio
veut en vain se justifier , et ne sçai à quoi
attribuer un si prompt changement ; Leonore le
quitte avec indignation , &c.
Scapin sort de son Auberge et rend à Lelio et
à Arlequin Citadins la Valise qui lui a été remise
par l'autre Lelio , &c. ils ne comprennent
pas pourquoi Scapin leur remet cette Valise ,
qu'Arlequin emporte , en disant qu'il en sera
quitte pour la rendre. Lelio Citadin reste ; plus
s'examine et moins il peut comprendre co
qui
$74 MERCURE DE FRANCE
qui peut lui avoir attiré les reproches de Leonore.
Chrisante appercevant Lelio veut lui parler
et lui proposer sa fille , il ne fait nulle attention
aux discours de Chrisante , tant il est accablé
de chagrin d'avoir pû déplaire à sa Maîtresse;
il se plaint ensuite à Leandre du retardement
de son bonheur , lui témoigne l'impatience qu'il
a d'être uni avec sa soeur , et le prie de le presenter
à elle pour la désabuser de ses soupçons injustes
. Leandre entre avec Lelio chez Leonore
et Arlequin - Citadin reste. Lelio étranger paroît;
Arlequin lui demande pourquoi il quitte si -tôt
Leonore , Lelio croit qu'il veut parler de l'Inconnue
qu'il a rencontrée à la promenade , et
dont il est si éperduement amoureux ; Arlequin
lui dit qu'il parle de Leonore , ce qui irrite fort
Lelio ; il lui ordonne de ne lui en parler jamais ,
et s'en va ; Arlequin reste .
Lelio Citadin sort de la maison de Leonore et
vient apprendre à Arlequin qu'elle est appaisée ,
et qu'elle ne doute plus de sa fidelité ; Arlequin
demande ensuite à son Maître des nouvelles de
P'Inconnue , Lelio ne comprend rien à cette demande
, et lui dit qu'il n'est occupé que de Leonore
, et il rentre dans sa maison , et Arlequin
reste. Lelio Etranger survient et trouve Arlequin
qui lui parle encore de Leonore , de Scapin
, &c. A tous ces discours extravagans Lelio
croit que son Valet est devenu fou, et celuici
croit la même chose de son Maître , &c . Le
Lecteur comprend aisément que toutes ces situations
sont tres- comiques et fort propres à
faire rire le Spectateur de l'erreur dans laquelle
sont tous les Acteurs.
Fabrice , pour se vanger des coups de bâtons
qu'Arlequin Cîtadin lui a donné au commencemeat
MARS. 1733.
ment de l'Acte , fait arrêter Arlequin Etranger
575
par des Archers qui le menent en prison.
Au troisiéme Acte , Hortense , à qui son Pere,
vient d'apprendre que Lelio épouse Leonore, témoigne
la douleur qu'elle en ressent , et voyant
paroître Lelio Etranger, veut se retirer, mais elle
ne sçauroit s'y résoudre à la vûë de son Amant ;
celui -ci la reconnoît pour la personne qu'il a
rencontrée à la promenade ; il l'aborde poliment
et lui fait un compliment des plus gracieux . Hortense
surprise de cette politesse, lui déclare qu'el
le a appris qu'il va bien- tôt épouser Leonore.Lelio
la désabuse et lui declare en même temps la
passion qu'elle lui a inspirée , cet aveu charme,
Hortense. Lelio lui demande son nom et sa demeure
, et ajoûte :
Belle Hortense , l'Amour me soumet à ses Loix ,
Je n'avois pas encor éprouvé sa puissance ,
Et mes premiers soupirs vous doivent leur naissance
•
Hortense étonnée , lui dit que ce n'est que par
l'Hymen qu'il peut obtenir et son coeur et sa
main. Lelio promet de la demander à son Pere
&c.
2
Lelio est fort surpris en rentrant , de voir Arlequin
en prison ; il croit que Scapin l'y a fait
mettre,par rapport à toutes les discussions qu'ils
ont eu ensemble , et promet de l'en retirer,
Chrisante et Fabrice arrivent , ce dernier s'applaudit
d'avoir fait mettre Arlequin en prison
pour les coups de bâton qu'il en a reçus , Arlequin
l'accable d'injures à travers sa grille. Un
moment après Arlequin Citadin arrive , et demande
ses gages à Fabrice ; ils sont fort surpris
de le voir en liberté , Payant vû un instant aupara
376 MERCURE DE FRANCE
paravant dans la prison; il se retire , et l'Etranger
reparoît en prison ; ce qui étonne si fort ces
deux vieillards , qu'ils croyent que c'est un enchantement,
et ils sont bien plus étonnez lorsqu'ils
le revoyent un moment après dans la prison.
Lelio Citadin vient prier son pere de hâter son
bonheur en l'unissant à Leonore ; Fabrice lui
donne avec plaisir son consentement. Lelio apprend
en même- temps à Leonore , qui survient ,
cette agreable nouvelle , et rentre avec elle dans
sa maison. Lelio Etranger arrive presque aussitôt
, et Fabrice lui reproche son impolitesse d'avoir
quitté si-tôt Leonore ; le même Lelio ne
comprend encore rien à ce raisonnement. Il frappe
en même temps chez Hortense et lui dit :
Pour vous prouver l'excès de l'ardeur qui me presse,
Hortense , je suis prêt à remplir ma promesse ,
Acceptez- vous ma main ?
Hortense répond qu'elle en fait tout son bonheun
, Lelio la quitte pour dire aux deux Vieillards
:
Allez dire à present à votre Leonore ,
Que la charmante Hortense est celle que j'adore ,
Et que de notre Hymen vous êtes les témoins ,
Croyez moi , desormais , employez mieux vos
soins.
Chrisante et Fabrice restent interdits , tandis
que Lelio Citadin, sortant de la maison de Leonore,
prie son pere avec instance d'envoyer chercher
le Notaire pour dresser le Contrat ; Fabrice
y consent , mais il demande en même- temps à
SON
MARS. 1733.
577
son fils , si c'est pour Hortense qu'il parle , on
pour Leonare ; Lelio assure que c'est pour Leonore
, et que son pere même ne doit pas l'ignorer,
Fabrice dit qu'il ne comprend plus rien à tant
de contrariétez , et que la tête commence à lui
tourner.
Lelio Etranger sortant de la maison d'Hortense
pour procurer la liberté à son Valet , a dit aux
vieillards qu'il va revenir dans l'instant auprès
de sa chere Hortense ; il revient en effet aussi
tot avec Arlequin qu'il a fait sortir de prison ;
Arlequin voyant Scapin et les deux Vieillards ,
s'emporte encore contre enx , et dit à son Maî→
tre ( en montrant Fabrice ) que c'est lui qui l'a
fait emprisonner. Lelio lui demande quel droit i
asur son Valet , et Fabrice lui demande à son
tour quel est le motif qui l'engage à épouser
deux femmes dans un mêmë jour , et lui dit :
Je suis las à la fin d'éprouver ton caprice :
Pour un homme d'honneur on reconnoît Fabrice.
A ce nom de Fabrice , Lelio étonné , lui dit
Fabrice est votre nom , ah ! vous êtes mon pere.
Fabrice.
Vraiment oui , je le suis , à ce que dit ta mere.
Veus voyez Lelio.
Lelio .
Fabrice .
La grande nouveauté!
Lelio.
Qüi , je suis Lelio , cefils si regretté,
H Qu'
Qu'a toujours poursuivi la Fortune cruelle
Depuis qu'il a quitté la Maison Paternelle.
Cette reconnoissance arrache des larmes à fa¬
brice , qui embrasse tendrement son fils en disant
à son ami Chrisante.
Du plus parfait bonheur le Ciel m'a donc comblé
Le voilà ce cher fils , dont je vous ai parlé ,
Dont la trop longue absence a causé mes allarmes ,
Et qui tarit enfin la source de mes larme:.
Lelio demande à son pere des nouvelles de son
frere ; Arlequin fait la même chose ; ils apprennent
qu'ils sont encore vivans et courent l'un et
l'autre pour les embrasser . Ils reviennent et témoignent
à Fabrice combien ils ont été sensibles
à cette entrevûë. Enfin Lelio supplie son pere de
consentir à son bonheur , en lui permettant d'épouser
sa chere Hortense , puisque son frere doit
épouser Leonore ; le plaisir qu'à Fabrice d'avoir
retrouvé son fils , le fait consentir à tout ; Arlequin
veut aussi , dit - il , celebrer ce grand jous
en épousant son aimable Lisette , ils entrent to
chez Hortense , par où la Piece finit.
la premiere Représentation des Quatre Semblables
, ou les deux Lelio et les deux Arlequins ; ancienne
Piece jouée ici en Prose en 1716. et composée
à l'imitation des Menechmes de Plaute ; Lelio
y joue les deux Lelio comme Arlequins.Arlequin
y joue les deux Arlequins , avec quelque sorte de
difference dans les habits. Le sicur Dominique
vient de mettre cette Piece en Vers François
laquelle a été reçûë très -favorablement du Public
; il y a fait plusieurs changemens , pour s'accommoder
aux regles de ce Théatre , et pour
conserver et mettre dans tout leur jour les situations
picquantes de cette ingénieuse Comédie.
On en jugera par l'Extrait que voicy.
Chrisante .
ACTEURS.
Hortenfe, Fille de Chrisante.
Lisette , Suivante d'Hortense.
Fabrice.
Les deux Lelio , Fils Jumeaux de Fabrice.
Leonore .
Leandre , Frere de Leonore.
Les deux Arlequins , Valets Jumeaux.
Scapin , Aubergiste.
La Scene est à Naples
Chrisante , dont le caractere est simple et in
genu , ouvre la Scene avec Hortense , sa fille , à
qui il demande le sujet de sa mélancolie , et lui
propose
568 MERCURE DE FRANCE
propose , pour la réjouir , des Livres nouveaux
des ajustemens , des bijoux , &c. Lisette , qui
s'impatiente de tous ces raisonnemens qui ne
vont point au fait , lui dit brusquement .
Comment vous n'êtes pas encor assez habile
Pour sçavoir ce que veut une fille nubile ? ...
"
Chrisante dit qu'il n'entend point ce que signifie
ce terme , Lisette le lui explique en disant
que c'est un mary qu'il faut à sa fille . Chrisante
demande quel est l'objet de sa tendresse , et on
lui apprend que c'est Lélio qu'elle aime. Chrisante
dit que son Pere est son ancien ami ; on
l'oblige d'en aller faire la demande , & c.
Hortense remercie Lisette , en ces termes :
Je ne puis trop payer tes soins officieux ;
Tu m'as fort bien instruite
mieux ;
et je m'en trouve
Avant qu'à tes leçons je me fusse prêtée ,
D'une extrême langueur sans cesse tourmentée ,
Je ne connoissois point ce trouble interieur
Qui souvent , malgré moi , s'élevoit dans mon coeur;
De mes fréquens soupirs la douce violence ,
Ces pleurs qui m'échappoient , ces desirs, ce silence,
Cette mélancolie et ces chagrins secrets ,
Ces jours longs écoulez , ces ennuis , ces regrets ,
Enfin de tous les maux ausquels l'Amour expose ,
Sans toi , sans ton secours j'ignorerois la cause
Hortense rentre ; Lisette apperçoit Arlequin ,
son Amant , et lui témoigne le plaisir que sa
présence
MARS. 1733.
569
présence lui cause ; Arlequin lui demande avec
empressement , quand arrivera le jour tant souhaité
de leur mariage , et l'assure qu'elle sera fort
heureuse avec lui , qu'il sera un mari fort commode
, & c.
Et pourvû qu'au logis je fasse bonne chere .
Que je ne manque pas sur tout du nécessaire ,
Qu'il me soit quelquefois permis de m'enyvrer ,
Sans crainte à ton penchant tu pourras te livrer.
Lisette satisfaite , se retire . Lélio arrive et dit à
Arlequin qu'il devient bien rare ; il répond que
c'est son amour pour Lisette qui en est cause ,
&c. Leonore paroît ; Lelio lui fait les protestations
les plus vives , Arlequin P'interrompt et dit
bas à Leonore que son Maître ne pense pas sérieusement
à tout ce qu'il lui dit , de quoi Leonore
est fort allarmée ; Lelio la rassure et lui
témoigne son impatience d'être unie avec elle .
& c.
Fabrice qui survient , arrête Arlequin qui veut
l'éviter , et lui demande la raison pourquoi il ne
voit presque plus son fils Lélio , Arlequin répond
que l'amour qu'il a pour Léonore en est cause ;
Fabrice lui dit qu'il est fort content de cette alliance
, & c.
Il parle ensuite de son autre fils Lelio , dont il
ignore le sort depuis plus de vingt ans qu'il a
quitté la Maison paternelle ; ce souvenir lui arrache
des larmes ; il ajoûte que cette perte fut
cause qu'il quitta Venise sa Patrie , pour venir
s'établir à Naples. Arlequin se rappelle en même
temps le départ de son frere qui avoit suivi Lelio;
Fabrice ne doute point qu'ils ne soient morts
tous deux. Il expose le sujet de la Piece en ces
termes :
570 MERCURE DE FRANCÉ
Tous deux le même jour reçurent là naissance ;
Ils avoient mêmes traits et même ressemblance ,
Ta mere , qui chez moi servoit fidellement ,
Mit au monde deux fils dans le même moment
Tonpere en ressentit une allegresse extrême ,
Et suivant mon exemple il les nomma de même ;
Tonfrere s'appelloit Arlequin comme toi ...
Fabrice ajoûte qu'il veut aussi reprendre un
femme, puisque son fils Lelio épouse Leonore ; i
nomme Hortense , fille de son ami Chrysante
qu'il trouve fort à son gré.
Lelio étranger arrive à Naples avec son Vale
Arlequin aussi étranger , chargé d'une valise
il témoigne la joye qu'il ressent d'être heureuse
ment débarqué , après vingt ans d'absense , i
se livre tout entier à l'espoir de revoir bien
tôt à Venise , sa Patrie , et son pere et son frer
qu'il y a laissez , et ne veut , dit - il , rester qu
deux jours à Naples.
Scapin , qui les reçoit dans son Hôtellerie , le
appelle d'abord par leurs noms , croyant pat
ler à Lelio et à Arlequin qui sont à Naples e
qu'il connoît depuis long - temps , leur fait de
offres de service , & c. Lelio est fort étonné de s
voir déja connu à Naples ; Arlequin ne l'est pa
moins de voir que son Hôte l'appelle mon che
ami , &c. ils arrêtent un Appartement , Arlequi
y porte la valise et ils y commandent à dîner.
Lelio étranger reste snr la Scene , Leonore 1
prenant pour son Amant , vient lui demande
avec empressement s'il a vû son Pere , et l'assur
que son frere Leandre souhaite avec ardeur leu
union. Lelio étonné prend Leonore pour un
Avanturiere et lui répond dans des termes pe
graciou
MARS. 1733:
571
剿
acieux. Leonore irritée , se repent d'avoir été
op crédule , et de n'avoir pas profité des avis
Arlequin et se retire. Leandre , frere de Leopre
, paroît ensuite et court embrasser Lelio en
ippellant son beaufrere futur ; Lelio le désabuse
r le champ en l'assurant qu'il ne sera jamais
n parent , ne le connoissant pas , non plus que
soeur , et se retire avec Arlequin .
Scapin vient avertir Lelio et Arlequin que le
né est prêt , mais il ne trouve personne ; un
oment après Arlequin Citadin arrive et court
abrasser son ami Scapin , qui lui annonce un
ès- bon dîné et qu'il n'a pas oblié les Macarrons.
lequin est charmé de cette agreable nouvelle ,
autant mieux qu'il ne s'y attendoit nullement.
apin lui apporte le dîné dans uu panier court
, qu'Arlequin emporte .
Lelio et Arlequin Etrangers , arrivent ; Lelio
parle que de l'aimable personne qu'il a vûë
promenade et dont les appas ont touché son
eur ; Scapin vient un moment après et demanà
Arlequin si les Macarrons étoient bons ;
lio dit à Scapin de ne pas plaisanter et de le
vir à dîner , celui- cy soutient qu'Arlequin a
porté le dîner , &c. Cette dispute devient trèsve
et finit le premier Acte par des coups de
ton dont Arlequin régale Scapin.
Au second Acte , Fabrice confie à son ami
hrisante , la passion qu'il a pour Hortense sa
le , et le dessein qu'il a de l'épouser ; Chrisante
t fort surpris de cette proposition , d'autant plus
ie sa fille , dit-il , aime Lelio son fils, je venois,
oute-t'il , vous proposer cette alliance ; Fabrice
rejette , d'autant plus que Lélio est sur le point
épouser Leonore, et enfin Chrisante lui dit qu'il
donnera son consentement , pourvû que
le Hortense y donne le sien
572 MERCURE DE FRANCE
Fabrice écrit à Hortense pour lui déclarer son
amour ; il ne sçait comment faire pour lui faire
rendre sa Lettre ; il apperçoit Arlequin Citadin
qui s'en charge, et promet de la rendre ,
nant quatre ducats que Fabrice lui donne.
moyen-
Arlequin va pour rendre la Lettre à Hortense
qui est dabord charmée de voir Arlequin , ne dou
tant nullement qu'il ne vienne de la part de Lelio,
mais elle est bien surprise après avoir lû la Lettre
de voir qu'elle vient de la part de l'Amoureux
Fabrice. La maniere dont cette Lettre est renduë
et lûë et la finesse avec laquelle cette Scene est
jouée par la Dile Silvia et par le sieur Thomassin
, fait un extrême plaisir . Hortense régale le
Porteur de coups de bâton , et lui ordonne de porter
cette réponse à Fabrice , lequel arrivant dans
le moment , demande avec empressement des
nouvelles de sa Lettre ; Arlequin l'assure qu'Hortense
l'a reçûë avec de grands transports de joye
et ajoûte :
Que mon sort est heureux !
J'aipú , m'a-t'elle dit , faire naître ses feux!
A mafélicité, non , rien n'est comparable ....
Fabrice , persuadé que c'est de lui qu'Hortense
a parlé , est au comble de sa joye , il récompense
largement Arlequin , mais il est bien surpris en
apprenant qu'Hortense a changé de visage en
lisant la fin de la Lettre et qu'elle a reconnu
qu'elle étoit de lui ; mais enfin a-t'elle fait réponse
, dit Fabrice ? oui , très - exactement ,
pond Arlequin , et en même- temps il rend à ce
Vieillard les coups de bâton dont il a été luimême
régalé. Fabrice transporté de colere contre
ce Valet , jure de s'en yenger ; il trouve un
rémoment
MARS. 1733. 573
rnoment après Arlequin étranger , qu'il charge
de mille coups , abusé par la ressemblance , et
dit en s'en allant ;
Faquin , apprend à me connoître ,
On ne maltraite pas impunément son Maître.
મે
soeur ,
Arlequin étranger est fort étonné de se vois
maltraité sans rime ni raison , son Maître ,
à qui il s'en plaint , n'y peut rien comprendre ,
& c. Lelio dit ensuite qu'il ne veut plus rester
dans l'Auberge de Scapin , à qui il ordonne de
remettre sa valise à son Valet Arlequin , &c .
Léandre , outré du procedé de Lelio avec sa
vient dans le dessein de s'en venger ; il
voit Arlequin étranger , qu'il prend pour le Citadin
, instruit des mauvais discours qu'il a tenus;
le maltraite. Arlequin étranger prend la fuite ;
Lelio Citadin surpris de voir courir Arlequin
avec tant de vitesse , veut l'arrêter , et un instant
après Arlequin Citadin arrive ; Lelio lui demande
par quelle raison il couroit si vîte il n'y a
qu'un moment ; Arlequin ne sçait ce qu'il veut
dire , & c.
Leonore vient faire des reproches à Lelio-
Citadin , sur la maniere dont il l'a reçû ; Lelio
veut en vain se justifier , et ne sçai à quoi
attribuer un si prompt changement ; Leonore le
quitte avec indignation , &c.
Scapin sort de son Auberge et rend à Lelio et
à Arlequin Citadins la Valise qui lui a été remise
par l'autre Lelio , &c. ils ne comprennent
pas pourquoi Scapin leur remet cette Valise ,
qu'Arlequin emporte , en disant qu'il en sera
quitte pour la rendre. Lelio Citadin reste ; plus
s'examine et moins il peut comprendre co
qui
$74 MERCURE DE FRANCE
qui peut lui avoir attiré les reproches de Leonore.
Chrisante appercevant Lelio veut lui parler
et lui proposer sa fille , il ne fait nulle attention
aux discours de Chrisante , tant il est accablé
de chagrin d'avoir pû déplaire à sa Maîtresse;
il se plaint ensuite à Leandre du retardement
de son bonheur , lui témoigne l'impatience qu'il
a d'être uni avec sa soeur , et le prie de le presenter
à elle pour la désabuser de ses soupçons injustes
. Leandre entre avec Lelio chez Leonore
et Arlequin - Citadin reste. Lelio étranger paroît;
Arlequin lui demande pourquoi il quitte si -tôt
Leonore , Lelio croit qu'il veut parler de l'Inconnue
qu'il a rencontrée à la promenade , et
dont il est si éperduement amoureux ; Arlequin
lui dit qu'il parle de Leonore , ce qui irrite fort
Lelio ; il lui ordonne de ne lui en parler jamais ,
et s'en va ; Arlequin reste .
Lelio Citadin sort de la maison de Leonore et
vient apprendre à Arlequin qu'elle est appaisée ,
et qu'elle ne doute plus de sa fidelité ; Arlequin
demande ensuite à son Maître des nouvelles de
P'Inconnue , Lelio ne comprend rien à cette demande
, et lui dit qu'il n'est occupé que de Leonore
, et il rentre dans sa maison , et Arlequin
reste. Lelio Etranger survient et trouve Arlequin
qui lui parle encore de Leonore , de Scapin
, &c. A tous ces discours extravagans Lelio
croit que son Valet est devenu fou, et celuici
croit la même chose de son Maître , &c . Le
Lecteur comprend aisément que toutes ces situations
sont tres- comiques et fort propres à
faire rire le Spectateur de l'erreur dans laquelle
sont tous les Acteurs.
Fabrice , pour se vanger des coups de bâtons
qu'Arlequin Cîtadin lui a donné au commencemeat
MARS. 1733.
ment de l'Acte , fait arrêter Arlequin Etranger
575
par des Archers qui le menent en prison.
Au troisiéme Acte , Hortense , à qui son Pere,
vient d'apprendre que Lelio épouse Leonore, témoigne
la douleur qu'elle en ressent , et voyant
paroître Lelio Etranger, veut se retirer, mais elle
ne sçauroit s'y résoudre à la vûë de son Amant ;
celui -ci la reconnoît pour la personne qu'il a
rencontrée à la promenade ; il l'aborde poliment
et lui fait un compliment des plus gracieux . Hortense
surprise de cette politesse, lui déclare qu'el
le a appris qu'il va bien- tôt épouser Leonore.Lelio
la désabuse et lui declare en même temps la
passion qu'elle lui a inspirée , cet aveu charme,
Hortense. Lelio lui demande son nom et sa demeure
, et ajoûte :
Belle Hortense , l'Amour me soumet à ses Loix ,
Je n'avois pas encor éprouvé sa puissance ,
Et mes premiers soupirs vous doivent leur naissance
•
Hortense étonnée , lui dit que ce n'est que par
l'Hymen qu'il peut obtenir et son coeur et sa
main. Lelio promet de la demander à son Pere
&c.
2
Lelio est fort surpris en rentrant , de voir Arlequin
en prison ; il croit que Scapin l'y a fait
mettre,par rapport à toutes les discussions qu'ils
ont eu ensemble , et promet de l'en retirer,
Chrisante et Fabrice arrivent , ce dernier s'applaudit
d'avoir fait mettre Arlequin en prison
pour les coups de bâton qu'il en a reçus , Arlequin
l'accable d'injures à travers sa grille. Un
moment après Arlequin Citadin arrive , et demande
ses gages à Fabrice ; ils sont fort surpris
de le voir en liberté , Payant vû un instant aupara
376 MERCURE DE FRANCE
paravant dans la prison; il se retire , et l'Etranger
reparoît en prison ; ce qui étonne si fort ces
deux vieillards , qu'ils croyent que c'est un enchantement,
et ils sont bien plus étonnez lorsqu'ils
le revoyent un moment après dans la prison.
Lelio Citadin vient prier son pere de hâter son
bonheur en l'unissant à Leonore ; Fabrice lui
donne avec plaisir son consentement. Lelio apprend
en même- temps à Leonore , qui survient ,
cette agreable nouvelle , et rentre avec elle dans
sa maison. Lelio Etranger arrive presque aussitôt
, et Fabrice lui reproche son impolitesse d'avoir
quitté si-tôt Leonore ; le même Lelio ne
comprend encore rien à ce raisonnement. Il frappe
en même temps chez Hortense et lui dit :
Pour vous prouver l'excès de l'ardeur qui me presse,
Hortense , je suis prêt à remplir ma promesse ,
Acceptez- vous ma main ?
Hortense répond qu'elle en fait tout son bonheun
, Lelio la quitte pour dire aux deux Vieillards
:
Allez dire à present à votre Leonore ,
Que la charmante Hortense est celle que j'adore ,
Et que de notre Hymen vous êtes les témoins ,
Croyez moi , desormais , employez mieux vos
soins.
Chrisante et Fabrice restent interdits , tandis
que Lelio Citadin, sortant de la maison de Leonore,
prie son pere avec instance d'envoyer chercher
le Notaire pour dresser le Contrat ; Fabrice
y consent , mais il demande en même- temps à
SON
MARS. 1733.
577
son fils , si c'est pour Hortense qu'il parle , on
pour Leonare ; Lelio assure que c'est pour Leonore
, et que son pere même ne doit pas l'ignorer,
Fabrice dit qu'il ne comprend plus rien à tant
de contrariétez , et que la tête commence à lui
tourner.
Lelio Etranger sortant de la maison d'Hortense
pour procurer la liberté à son Valet , a dit aux
vieillards qu'il va revenir dans l'instant auprès
de sa chere Hortense ; il revient en effet aussi
tot avec Arlequin qu'il a fait sortir de prison ;
Arlequin voyant Scapin et les deux Vieillards ,
s'emporte encore contre enx , et dit à son Maî→
tre ( en montrant Fabrice ) que c'est lui qui l'a
fait emprisonner. Lelio lui demande quel droit i
asur son Valet , et Fabrice lui demande à son
tour quel est le motif qui l'engage à épouser
deux femmes dans un mêmë jour , et lui dit :
Je suis las à la fin d'éprouver ton caprice :
Pour un homme d'honneur on reconnoît Fabrice.
A ce nom de Fabrice , Lelio étonné , lui dit
Fabrice est votre nom , ah ! vous êtes mon pere.
Fabrice.
Vraiment oui , je le suis , à ce que dit ta mere.
Veus voyez Lelio.
Lelio .
Fabrice .
La grande nouveauté!
Lelio.
Qüi , je suis Lelio , cefils si regretté,
H Qu'
Qu'a toujours poursuivi la Fortune cruelle
Depuis qu'il a quitté la Maison Paternelle.
Cette reconnoissance arrache des larmes à fa¬
brice , qui embrasse tendrement son fils en disant
à son ami Chrisante.
Du plus parfait bonheur le Ciel m'a donc comblé
Le voilà ce cher fils , dont je vous ai parlé ,
Dont la trop longue absence a causé mes allarmes ,
Et qui tarit enfin la source de mes larme:.
Lelio demande à son pere des nouvelles de son
frere ; Arlequin fait la même chose ; ils apprennent
qu'ils sont encore vivans et courent l'un et
l'autre pour les embrasser . Ils reviennent et témoignent
à Fabrice combien ils ont été sensibles
à cette entrevûë. Enfin Lelio supplie son pere de
consentir à son bonheur , en lui permettant d'épouser
sa chere Hortense , puisque son frere doit
épouser Leonore ; le plaisir qu'à Fabrice d'avoir
retrouvé son fils , le fait consentir à tout ; Arlequin
veut aussi , dit - il , celebrer ce grand jous
en épousant son aimable Lisette , ils entrent to
chez Hortense , par où la Piece finit.
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Résumé : Les Quatre Semblables, Comédie [titre d'après la table]
Le 5 mars 1716, les Comédiens Italiens ont présenté 'Les Quatre Semblables', une pièce inspirée des 'Ménéchmes' de Plaute et jouée en prose. Dominique a adapté cette pièce en vers français, introduisant des changements pour respecter les règles du théâtre et accentuer les situations comiques. L'intrigue se déroule à Naples et implique plusieurs personnages principaux, notamment Lelio, Hortense, Fabrice, Chrisante, Arlequin et Leonore. La pièce commence avec Chrisante et sa fille Hortense. Hortense est mélancolique et Lisette, sa suivante, révèle qu'Hortense est amoureuse de Lelio. Chrisante décide alors de demander la main de Lelio pour Hortense. Hortense remercie Lisette pour ses conseils, et Lisette exprime son plaisir de voir son amant Arlequin. Arlequin parle de leur mariage imminent. Lelio arrive et discute avec Arlequin, qui explique que son amour pour Lisette le rend rare. Leonore apparaît et Lelio lui fait des déclarations d'amour. Arlequin interrompt pour dire à Leonore que Lelio ne pense pas sérieusement à ses paroles, ce qui alarme Leonore. Lelio la rassure et exprime son impatience de l'épouser. Fabrice, le père de Lelio, interroge Arlequin sur l'absence de son fils. Arlequin répond que Lelio est amoureux de Leonore, ce qui satisfait Fabrice. Fabrice parle ensuite de son autre fils Lelio, disparu depuis vingt ans, et de son départ de Venise pour Naples. Arlequin se rappelle le départ de son frère, qui avait suivi Lelio. Un Lelio étranger arrive à Naples avec son valet Arlequin, chargé d'une valise. Ils sont accueillis par Scapin, l'aubergiste, qui les confond avec les Lelio et Arlequin locaux. Lelio étranger est surpris d'être reconnu à Naples et Arlequin l'est également. Ils commandent à dîner et restent sur scène. Leonore, prenant Lelio étranger pour son amant, lui demande des nouvelles de son père et exprime le désir de son frère Leandre de les voir unis. Lelio étranger, étonné, la prend pour une aventurière et lui répond de manière peu gracieuse. Leonore, irritée, se retire. Leandre apparaît et embrasse Lelio étranger, qu'il croit être son futur beau-frère. Lelio étranger le détrompe et se retire avec Arlequin. Scapin annonce que le dîner est prêt, mais ne trouve personne. Arlequin Citadin arrive et embrasse Scapin, qui lui annonce un bon dîner avec des macaronis. Arlequin est ravi et emporte le dîner. Lelio et Arlequin étrangers reviennent et discutent avec Scapin, qui les confond avec les autres. Une dispute éclate et se termine par des coups de bâton. Au second acte, Fabrice confie à Chrisante son amour pour Hortense et son désir de l'épouser. Chrisante est surpris, car Hortense aime Lelio. Fabrice rejette cette alliance, car Lelio va épouser Leonore. Chrisante accepte finalement si Hortense est d'accord. Fabrice écrit une lettre à Hortense pour lui déclarer son amour et la confie à Arlequin Citadin. Hortense, surprise, apprend que la lettre vient de Fabrice. Elle régale Arlequin de coups de bâton et lui ordonne de porter une réponse à Fabrice. Fabrice, ravi, récompense Arlequin, mais est surpris d'apprendre qu'Hortense a changé d'expression en lisant la lettre. Arlequin rend à Fabrice les coups de bâton. Fabrice, furieux, maltraite Arlequin étranger par erreur. Lelio étranger décide de quitter l'auberge de Scapin. Leandre, furieux contre Lelio Citadin, maltraite Arlequin étranger. Scapin rend la valise à Lelio et Arlequin Citadins, qui ne comprennent pas. Chrisante propose à Lelio Citadin de l'épouser, mais celui-ci est accablé de chagrin. Lelio Citadin demande à Leandre de le présenter à Leonore pour la désabuser de ses soupçons. Leonore, apaisée, ne doute plus de la fidélité de Lelio Citadin. Lelio étranger et Arlequin Citadin se croisent et se prennent pour fous. Fabrice fait arrêter Arlequin étranger par des archers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4782
p. 165-184
De Madrid ce 26 Février 1715.
Début :
Sa Majesté a nommé M. le Cardinal del Judice pour Ministre [...]
Mots clefs :
Madrid, Marquis, Roi, Gouvernement, Brigadier, Gouverneur, Province, Barcelone, Maréchaux, Lieutenant, Castille, Grenade, Andalousie, Valence, Murcie, Aragon, Catalogne, Galice
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texteReconnaissance textuelle : De Madrid ce 26 Février 1715.
DeMadridce 26 Février 1715.
Sa Majesté a nommé M. le
Cardinal del Judice pourMiniſtre
d'Etat avec ordre des af
fairesEtrangeres: pour laGuer
re,le Marquis de Bedmar: pour
les Indes , le Comte de Frigiliana
: pour la Marine , & le
Commerce , le Duc de Veraguas
: & pour fon Ambaffadeur
à la Cour de France , le
Prince de Chelamar , Grand
Ecuyer de la Reine noſtre
Maîtreffe .
Sa Majesté tres -Chrétien166
MERCURE
1
ne a auſſi nommé pour fon
Ambaffadeur en cette Cour
le Duc de S. Aignan .
LeRoynôtre Sire a accordé
aux Lieutenans Generaux ,
Marêchaux de Camp , & autres
Chefs , les emplois fuivans.
1
EnCatalogne.
LeGouvernement de Tarragone
au Lieutenant GeneralDom
Joſeph Armendarix:
la Lieutenance de Roy de la
même Province , au Brigadier
& Colonci Dom Martin
Bonco: la Lieutenance deRoy
de Barcelone au Brigadier
GALANT. 167
Dom Pedro Rubio , leGouvernement
de Montjoü , au
Colonel Dom Juan de Leon ,
leGouvernement de Gironne
au Lieutenant General le Baron
de Capres : la Lieutenance
de Roy de Gironne au Brigadier
Dom Antonio Manſo :
le Gouvernement de Laleu de
Urgel&CaſtelCiudad auLieutenant
General Dom Profper
Borboom : celuy de Puycerda
au Maréchal de Camp Dom
Melchior Mendieta : celuy de
Cardonne au Brigadier Dom
Fernando Pinacho : celuy de
Oſtalric au Brigadier Dom
168 MERCURE
Manuel Maldonado .
C En Arragon .
Le Gouvernement de Jaca
au Maréchal de Camp Marquis
de Villa Fuerte : la Licutenance
de Roy de Xaca au
Colonel Dom Francifco Ruix
de la Torre : celuy de Venafque
au Sergent Major Dom
Juan Prieto : celuy de Muella
au Lieutenant Colonel Dom
Sebastien Ninpho de Nuix
deUribé : 1 Employ de Sergent
Major de Sarragoſſe au
LieutenantColonel Dom Guilen
Clou de Gufman,
En
GALANT. 169
1
En Valence.
Le Gouvernement d'Ali.
cante au Maréchal de Camp
Dom Joſeph de Chaves : la
Lieutenance de Roy de Denia
au Meſtre de Camp Dom
Francifco Antonio Morales.
Dans le Royaume de Murcie.
La Lieutenance de Roy de
Cartagene au Colonel Martin
Prompt de Madrid.
CoftedeGrenade.
Le Gouvernement de Malaga
au Lieutenant General
Dom Horaclo Copola.
Cofte d'Andaloufie.
LeGouvernement de Cadis
Mars 1715 . P
170 MERCURE
au Lieutenant General Marquis
deCeva Grimaldi.
Eftramadure Caſtille.
LeGouvernement de BadajozauLieutenantGeneralDom
Diego Iſturiz : le Gouvernement
d'Alcantara auMaréchal
de Camp Dom Thomas Vicentelo:
celuy de Ciudad Rodrigo
au Maréchal de Camp
Dom Blas Dragonet : celuy de
la Moralija au Capitaine de
Cavalerie Dom Ignacio Capacho.
Galice.
Le Gouvernement de la
Corogne au Meſtre de Camp
GALANT. 171.
Dom Joſeph Azuara : celuy
de Vigo au ColonelDom Joſeph
de los Herreros, & ils ont
ordre de commander en la
maniere ſuivante.
Catalogne.
Pour le commandementdes
Vigueries de Barcelone & de
Vich , le Lieutenant General
&Gouverneur de Barcelone
- Marquis de Lede :pour celuy
des Vigueries de Tarragone ,
Monblanc& Panades, le Lieutenant
General Dom Joſeph
de Armendariz , Gouverneur
de Tarragone : pour celuy de
la Viguerie de Tortoſe , le
Pij
172 MERCURE
Gouverneur de la Place , &
Lieutenant General Chevalier
de Croye , & en fon abfence
le Lieutenant General Dom
Tiberio Caraffa : pour celuy
des Vigueries de Gironne , &
Campredon , le Lieutenant
General Baron de Capres , &
en ſon abſence Dom Feliciano
Bracamonte : pour celuy
des Vigueries de Puicerda,Cervera&
Mantela, le Lieutenant
General & Gouverneur d'Urgel,
DomGeorge Profpera de
Borbofna : pour le comman-
•dement des Vigueries deBalaguer
, Lerida , Agramont , &
GALANT. 173
Tarraga,avec refidence enBa
laguer , au Lieutenant General
Dom DiegoAlarçon : pour
commander dans la Ville &
Viguerie de Vich , le Marechal
de Camp Dom Feliciano
Bracamonte : pour le commandement
de Balaguer , le
Maréchal de Camp Dom Pablo
Magno: pour commander
en Villa Franca , le Maréchal
de Camp Comte de Mongeorge
: pour commander
dans Igualada , le Maréchal de
Camp Dom Henrique Graffeton
: pour commander dans
Mataro, le Maréchal deCamp
1
Piij
174 MERCURE
Chevalier de Lede: pour commander
dans Campredon , le
Marechal deCamp Dom An
toniodel Caftillo : pour commander
dans Manresa , leMa
rechalde Camp Comtede Le
cheren:pour commander dans
laConcade Tremp , leBrigadier
Dom Loüis deAponte.
Arragon.
Pour commander dans le
territoire de Catalayud , Tarragone
Tervel , Alcanis , &
autres lieux , à la droite de l'Ebre
, avec reſidence dans Catalayud
, le Lieutenant Gene.
ral Dom Nicolas de Angulo :
GALANT. 175
pour commander dansTatra.
gone , le Maréchal de Camp
Dom Dominge du Luques :
pour commander dans Tervel,
le Maréchal deCampDom
Fernando Hipolito de laFaille:
pour commander dans Benavarre
y Ribargoça , le Marêchal
de Camp Dom Francifco
Fernandez de Ribadeo.
Valence.
Pour commander depuis el
Jucar , juſques à la Raya de
Murcie , le Lieutenant General
Dom Lucas Spinola.
: Murcie. 5
Pour commander dans le
Piiij
176 MERCURE
Royaume de Murcie , le Lieus
tenant General Marquis de
Mirabel.
Cofte de Grenade.
Pour commander ſur la côte
aux ordres duCapitaine Ge.
neral de Coſte , le Lieutenant
General Dom Gonçalo
Cegny , &le Maréchal de
CampComte de Louvigny..
Coſte d' Andaloufie.
Pour commander fur la côte
aux ordres du Capitaine General
Garde Côtes , le Licutenant
General Dom Domingo
Reco , & les Maréchaux de
Camp Dom Rafael Diars de
1
GALANT . 177
Mendivil , & Dom Gabriël
Cano.
Eftramadure.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capitaine
General de la Province ,
le Marquis de Kailus , Lieutenant
General,& Dom Miguel
Pontde Mendoza ,& les Marêchaux
de Camp Dom Loüis
de Cordoüa,&DomAntonio
Pignatelly.
Frontiere de Caſtille.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capiz
taine General de la Province
d'Eſtramadure , le Lieutenant
178 MERCURE
General Dom Alonzo de Ef
cobar,& le Maréchal deCamp
Marquis de San Vicente.
Galice.
Pour commander aux ordres
du Capitaine General du
Royaume , les LieutenansGeneraux
Dom Thomas de los
Cobos , & Dom Antoine de
Zuniga.
:
7.
De Madrid ce 12. Mars.
2. Le Duc de S. Aignan a
receu des Lettres de creance
du Roy tres - Chrétien pour
refider en cette Cour , en quaGALANT
179
lité de fon Ambaſſadeur ; l'on
a auſſi nommé il y a environ
huitjours le Prince de Chelamar
pour aller en celle de
France , avec le même caracte
re , fans cependant quitter fa
Charge de Grand Ecuyer de
• la Reine : il a ordre de partir
promptement , & les politi
ques affurent que l'on a fait
choix de ce Seigneur , comme
mieux informé qu'un autre
des cauſes de la diſgrace de la
Princeſſe des Urfins & de M.
Orry,& plus en érat par confequent
d'en rendre taiſon à
la Courde France.
180 MERCURE
Le Roy a declaré que le
pouvoir qu'il adonné au Duc
de Veraguas , regarde le
Commercedes Indes, comme
celuy d'Eſpagne , ce qui n'a
pas peu mortifié le Comte de
Frigiliana à qui cette declaration
ôte une bonnepartie de
l'autorité qu'il avoit comme
Preſident , bien loin de l'augmenter
, comme il avoit tou
jours penſé que cela dût
arriver.
Il ya trois jours que M.
Martinet Commandant de
trois Navires François , arriva
de Cadis : il avoit refuſé de
1
GALANT. 181
paſſer avec eux à l'expedition
de Mayorque , il s'y eſt enfin
reſolu , moyennant quelque
argent qu'on luy a donné ,
conformement à ce dont on
eſtoit convenu.
Le Comte de Las Torres
Commiſſaire general de l'Infanterie&
de laCavalerie d'Efpagne
, ayant vû que lanominationdu
Marquis de Bedmar
au miniſtere de la guerre , luy
ôtoit l'autorité que ſon employ
de Commiſſaire general
luy donnoir ; s'eſt reſolu à le
quitter , auſſi bien quele Confeil
de guerre , touché d'ail
182 MERCURE
leurs du peu de compte que
l'on a fait de ſes longs ſervices
, & de ce que dans le nombredes
Gouvernemens qui ſe
font donnez la ſemaineprecedente
, on ne s'eſt pas ſouvenu
du Marquis de Navalbalcuencas
fon fils , qui eſt Lieutenant
General.
L'on a donné l'Evêché de
Cadis à l'Evêque de Gironde ,
qui a actuellement le départe
ment desFinances ;& pour celuy
d'Ofma , on l'a donné à
Dom PhelippeTabuadaCommiſſaire
general de la Croiſade
; mais on n'a pas appris jufGALANT.
183
ques icy qu'il l'ast accepté.
Cet Eccleſiaſtique ayant repreſenté
au Roy qu'il étoit de
la derniere conſequence de défendre
les maſcarades & les
bals qui ſe font introduits depuis
quelques années , à cauſe
des defordres qui en refultoient
frequemment;l'on donna
ordre au Préſident de Caftille
d'expedier des proviſions,
ce qui ayant été rapporté au
Duc de S. Aignan qui avoit
donné un feſtin magnifique le
Jeudy precedent , il reprefenta
à Sa Majesté ,qu'ayant refolu
d'en donner un la nuit & le
184 MERCURE
lendemain, ceque l'on nepouvoit
l'empêcher de faire comme
Ambaſladeur , il demandoit
que l'on permit aux conviez
d'y aſſiſter comme cela
s'étoit juſques alors pratiqué ,
ce qui luy fût accordé , & que
quiconque voudroit donner
de pareilles Feſtes endemanderoft
auparavant permiffion .
Par le Courrier d'Utrecht
on a receu le Traité de Paix
ſigné par les Plenipotentiaires
des Couronnes d'Eſpagne &
de Portugal , & l'on travaille
actuellement à la ratification.
Sa Majesté a nommé M. le
Cardinal del Judice pourMiniſtre
d'Etat avec ordre des af
fairesEtrangeres: pour laGuer
re,le Marquis de Bedmar: pour
les Indes , le Comte de Frigiliana
: pour la Marine , & le
Commerce , le Duc de Veraguas
: & pour fon Ambaffadeur
à la Cour de France , le
Prince de Chelamar , Grand
Ecuyer de la Reine noſtre
Maîtreffe .
Sa Majesté tres -Chrétien166
MERCURE
1
ne a auſſi nommé pour fon
Ambaffadeur en cette Cour
le Duc de S. Aignan .
LeRoynôtre Sire a accordé
aux Lieutenans Generaux ,
Marêchaux de Camp , & autres
Chefs , les emplois fuivans.
1
EnCatalogne.
LeGouvernement de Tarragone
au Lieutenant GeneralDom
Joſeph Armendarix:
la Lieutenance de Roy de la
même Province , au Brigadier
& Colonci Dom Martin
Bonco: la Lieutenance deRoy
de Barcelone au Brigadier
GALANT. 167
Dom Pedro Rubio , leGouvernement
de Montjoü , au
Colonel Dom Juan de Leon ,
leGouvernement de Gironne
au Lieutenant General le Baron
de Capres : la Lieutenance
de Roy de Gironne au Brigadier
Dom Antonio Manſo :
le Gouvernement de Laleu de
Urgel&CaſtelCiudad auLieutenant
General Dom Profper
Borboom : celuy de Puycerda
au Maréchal de Camp Dom
Melchior Mendieta : celuy de
Cardonne au Brigadier Dom
Fernando Pinacho : celuy de
Oſtalric au Brigadier Dom
168 MERCURE
Manuel Maldonado .
C En Arragon .
Le Gouvernement de Jaca
au Maréchal de Camp Marquis
de Villa Fuerte : la Licutenance
de Roy de Xaca au
Colonel Dom Francifco Ruix
de la Torre : celuy de Venafque
au Sergent Major Dom
Juan Prieto : celuy de Muella
au Lieutenant Colonel Dom
Sebastien Ninpho de Nuix
deUribé : 1 Employ de Sergent
Major de Sarragoſſe au
LieutenantColonel Dom Guilen
Clou de Gufman,
En
GALANT. 169
1
En Valence.
Le Gouvernement d'Ali.
cante au Maréchal de Camp
Dom Joſeph de Chaves : la
Lieutenance de Roy de Denia
au Meſtre de Camp Dom
Francifco Antonio Morales.
Dans le Royaume de Murcie.
La Lieutenance de Roy de
Cartagene au Colonel Martin
Prompt de Madrid.
CoftedeGrenade.
Le Gouvernement de Malaga
au Lieutenant General
Dom Horaclo Copola.
Cofte d'Andaloufie.
LeGouvernement de Cadis
Mars 1715 . P
170 MERCURE
au Lieutenant General Marquis
deCeva Grimaldi.
Eftramadure Caſtille.
LeGouvernement de BadajozauLieutenantGeneralDom
Diego Iſturiz : le Gouvernement
d'Alcantara auMaréchal
de Camp Dom Thomas Vicentelo:
celuy de Ciudad Rodrigo
au Maréchal de Camp
Dom Blas Dragonet : celuy de
la Moralija au Capitaine de
Cavalerie Dom Ignacio Capacho.
Galice.
Le Gouvernement de la
Corogne au Meſtre de Camp
GALANT. 171.
Dom Joſeph Azuara : celuy
de Vigo au ColonelDom Joſeph
de los Herreros, & ils ont
ordre de commander en la
maniere ſuivante.
Catalogne.
Pour le commandementdes
Vigueries de Barcelone & de
Vich , le Lieutenant General
&Gouverneur de Barcelone
- Marquis de Lede :pour celuy
des Vigueries de Tarragone ,
Monblanc& Panades, le Lieutenant
General Dom Joſeph
de Armendariz , Gouverneur
de Tarragone : pour celuy de
la Viguerie de Tortoſe , le
Pij
172 MERCURE
Gouverneur de la Place , &
Lieutenant General Chevalier
de Croye , & en fon abfence
le Lieutenant General Dom
Tiberio Caraffa : pour celuy
des Vigueries de Gironne , &
Campredon , le Lieutenant
General Baron de Capres , &
en ſon abſence Dom Feliciano
Bracamonte : pour celuy
des Vigueries de Puicerda,Cervera&
Mantela, le Lieutenant
General & Gouverneur d'Urgel,
DomGeorge Profpera de
Borbofna : pour le comman-
•dement des Vigueries deBalaguer
, Lerida , Agramont , &
GALANT. 173
Tarraga,avec refidence enBa
laguer , au Lieutenant General
Dom DiegoAlarçon : pour
commander dans la Ville &
Viguerie de Vich , le Marechal
de Camp Dom Feliciano
Bracamonte : pour le commandement
de Balaguer , le
Maréchal de Camp Dom Pablo
Magno: pour commander
en Villa Franca , le Maréchal
de Camp Comte de Mongeorge
: pour commander
dans Igualada , le Maréchal de
Camp Dom Henrique Graffeton
: pour commander dans
Mataro, le Maréchal deCamp
1
Piij
174 MERCURE
Chevalier de Lede: pour commander
dans Campredon , le
Marechal deCamp Dom An
toniodel Caftillo : pour commander
dans Manresa , leMa
rechalde Camp Comtede Le
cheren:pour commander dans
laConcade Tremp , leBrigadier
Dom Loüis deAponte.
Arragon.
Pour commander dans le
territoire de Catalayud , Tarragone
Tervel , Alcanis , &
autres lieux , à la droite de l'Ebre
, avec reſidence dans Catalayud
, le Lieutenant Gene.
ral Dom Nicolas de Angulo :
GALANT. 175
pour commander dansTatra.
gone , le Maréchal de Camp
Dom Dominge du Luques :
pour commander dans Tervel,
le Maréchal deCampDom
Fernando Hipolito de laFaille:
pour commander dans Benavarre
y Ribargoça , le Marêchal
de Camp Dom Francifco
Fernandez de Ribadeo.
Valence.
Pour commander depuis el
Jucar , juſques à la Raya de
Murcie , le Lieutenant General
Dom Lucas Spinola.
: Murcie. 5
Pour commander dans le
Piiij
176 MERCURE
Royaume de Murcie , le Lieus
tenant General Marquis de
Mirabel.
Cofte de Grenade.
Pour commander ſur la côte
aux ordres duCapitaine Ge.
neral de Coſte , le Lieutenant
General Dom Gonçalo
Cegny , &le Maréchal de
CampComte de Louvigny..
Coſte d' Andaloufie.
Pour commander fur la côte
aux ordres du Capitaine General
Garde Côtes , le Licutenant
General Dom Domingo
Reco , & les Maréchaux de
Camp Dom Rafael Diars de
1
GALANT . 177
Mendivil , & Dom Gabriël
Cano.
Eftramadure.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capitaine
General de la Province ,
le Marquis de Kailus , Lieutenant
General,& Dom Miguel
Pontde Mendoza ,& les Marêchaux
de Camp Dom Loüis
de Cordoüa,&DomAntonio
Pignatelly.
Frontiere de Caſtille.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capiz
taine General de la Province
d'Eſtramadure , le Lieutenant
178 MERCURE
General Dom Alonzo de Ef
cobar,& le Maréchal deCamp
Marquis de San Vicente.
Galice.
Pour commander aux ordres
du Capitaine General du
Royaume , les LieutenansGeneraux
Dom Thomas de los
Cobos , & Dom Antoine de
Zuniga.
:
7.
De Madrid ce 12. Mars.
2. Le Duc de S. Aignan a
receu des Lettres de creance
du Roy tres - Chrétien pour
refider en cette Cour , en quaGALANT
179
lité de fon Ambaſſadeur ; l'on
a auſſi nommé il y a environ
huitjours le Prince de Chelamar
pour aller en celle de
France , avec le même caracte
re , fans cependant quitter fa
Charge de Grand Ecuyer de
• la Reine : il a ordre de partir
promptement , & les politi
ques affurent que l'on a fait
choix de ce Seigneur , comme
mieux informé qu'un autre
des cauſes de la diſgrace de la
Princeſſe des Urfins & de M.
Orry,& plus en érat par confequent
d'en rendre taiſon à
la Courde France.
180 MERCURE
Le Roy a declaré que le
pouvoir qu'il adonné au Duc
de Veraguas , regarde le
Commercedes Indes, comme
celuy d'Eſpagne , ce qui n'a
pas peu mortifié le Comte de
Frigiliana à qui cette declaration
ôte une bonnepartie de
l'autorité qu'il avoit comme
Preſident , bien loin de l'augmenter
, comme il avoit tou
jours penſé que cela dût
arriver.
Il ya trois jours que M.
Martinet Commandant de
trois Navires François , arriva
de Cadis : il avoit refuſé de
1
GALANT. 181
paſſer avec eux à l'expedition
de Mayorque , il s'y eſt enfin
reſolu , moyennant quelque
argent qu'on luy a donné ,
conformement à ce dont on
eſtoit convenu.
Le Comte de Las Torres
Commiſſaire general de l'Infanterie&
de laCavalerie d'Efpagne
, ayant vû que lanominationdu
Marquis de Bedmar
au miniſtere de la guerre , luy
ôtoit l'autorité que ſon employ
de Commiſſaire general
luy donnoir ; s'eſt reſolu à le
quitter , auſſi bien quele Confeil
de guerre , touché d'ail
182 MERCURE
leurs du peu de compte que
l'on a fait de ſes longs ſervices
, & de ce que dans le nombredes
Gouvernemens qui ſe
font donnez la ſemaineprecedente
, on ne s'eſt pas ſouvenu
du Marquis de Navalbalcuencas
fon fils , qui eſt Lieutenant
General.
L'on a donné l'Evêché de
Cadis à l'Evêque de Gironde ,
qui a actuellement le départe
ment desFinances ;& pour celuy
d'Ofma , on l'a donné à
Dom PhelippeTabuadaCommiſſaire
general de la Croiſade
; mais on n'a pas appris jufGALANT.
183
ques icy qu'il l'ast accepté.
Cet Eccleſiaſtique ayant repreſenté
au Roy qu'il étoit de
la derniere conſequence de défendre
les maſcarades & les
bals qui ſe font introduits depuis
quelques années , à cauſe
des defordres qui en refultoient
frequemment;l'on donna
ordre au Préſident de Caftille
d'expedier des proviſions,
ce qui ayant été rapporté au
Duc de S. Aignan qui avoit
donné un feſtin magnifique le
Jeudy precedent , il reprefenta
à Sa Majesté ,qu'ayant refolu
d'en donner un la nuit & le
184 MERCURE
lendemain, ceque l'on nepouvoit
l'empêcher de faire comme
Ambaſladeur , il demandoit
que l'on permit aux conviez
d'y aſſiſter comme cela
s'étoit juſques alors pratiqué ,
ce qui luy fût accordé , & que
quiconque voudroit donner
de pareilles Feſtes endemanderoft
auparavant permiffion .
Par le Courrier d'Utrecht
on a receu le Traité de Paix
ſigné par les Plenipotentiaires
des Couronnes d'Eſpagne &
de Portugal , & l'on travaille
actuellement à la ratification.
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4783
p. 163-186
LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
Début :
JE vous avois annoncé, Monsieur les effets du Caractere comme une piéce [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
LETTRE
A M. de R***. Conseiller au Parlement de
*** sur la Piéce des effets du Caractère.
JE vous avois annoncé, Monsieur les
effets du Caractere comme une piéce
dont on parloit assez bien, & dont on con-
cevoit assez d'espérance. Cependant le
jour du Théatre n'a pas été favorable à
cet ouvrage, que l'Auteur a retiré après la
troisième représentation.
La sévérité du jugement public, si oppo-
sé à celui de tant de particuliers éclairés,
qui avoient assisté à différentes lectures de-
cette Comedie m'a fait faire quelques ré-
flexions sur la malheureuse condition d'un-
Auteur qui se livre à l'art difficile du
Théatre.
Que peut avoir à se reprocher un Ecri-
vain, lorsqu'ayant long.tems examiné lui-
même son ouvrage, il a cherché à s'éclai-
rer encore par les lumieres d'un nombre
164 MERCUREDEFRANCE.
de personnes, qui se réunissent toutes à
ny trouver que de légers défauts, faits pour
sevanouir devant les beautés réelles de sa
Piéce.
Un Auteur Dramatique doit. il donc re-
noncer à trouver quelqu'un dans la socié-
té qui s'intéresse à lui assez vivement pour
lui parler avec cette vérité qu'il cherche,
qu il demande, & dont il a besoin? Ou
plutôt n est ce point dans notre siècle la
chose la moins aisée à juger en petites
assemblées particulieres, qu'un ouvrage
destiné au Théâtre ? Tout n est-il pas de-
venu trop arbitraire en matiere d'esprit?
Le Public qui se trompe plus rarement ne
semble-t-il. pas quelquefois oublier ses
grands principes en se livrant. d'abord à,
une séduction passagere, que bien- tôt il
désavoue lui-meme? Ne l'avons-nous pas
vu de nos jours rejetter des ouvages aus-
quels il a accordé depuis son estime? mais
c est assez causer avec vous, Monsieur
sur ce chapitre, qui n'est pas ibfolument
personnel aux effets du caractere, dont je
suis en état de vous faire un détail assez
suivi, graces à un manuscrit que je me
fuis fait prêter par un des Acteurs: atten-
dez vous, Monsieur, à tout le désintéres-
sement imaginable de ma part.
Quelque honnête que soit le motif qui
AVRIL. 1752.
165
fait agir un mauvais caractere, les moyens
qu'il employe pour parvenit à son but,
sont toujours empoisonnés par la source
d'où ils partent: voilà ce qu il paroît que
l'Auteur a voulu démontrer.
Dans la premiere Scene la Marquise avec
sa suivante Marton, se montre telle quel-
le est. C'est-à-dire méchante, hardie, co-
quette, quoique fidelle à son époux. Elle
parle des inquiétudes que lui cause une
amie de son mari, à laquelle elle croit ce
dernier attaché. L'amour de certe même
femme pour Saint-Val ne la rassure point
assez. Elle forme le projet de se venger du
trouble qu'elle lui cause, & de la désespe-
rer lorsqu'elle le pourra, en lui faisant la
fausse confidence de l'amour qu'elle fein-
dra elle même pour Saint Val : c est ainsi
qu'elle parle de ce projet.
Apprends un projet qui m'enchante:
Je prétends aujourd'hui jouir de son tourment.
je veux feindre avec elle un tendre épanchement.
Lui dire que Saint-Val rend hommage à mes
charmes.
En vain elle voudra me dérober ses larmes
Jusqu'au fond de son cœur je sçaurai les chercher-
Et je sçais le moyen de les en arracher,
La prude éclattera, nommera Saint-Val traître,
Insidelle, parjure, elle en mourra peut-être,
166 MERCURE DEFRANCE.
Cela seroit plaisant qu'en dis-tu...
Voici comme elle expose elle-même ses
principes & sa coquetterie.
Il faut apparemment, si l'on veut vous en croire,
Qu'une femme oubliant tout le soin de sa gloire
Renonce aux voux flatteurs, qu'elle peut inspire
Et du monde qu'elle orne aille se retirer:
Un tel travers d'esprit en vérité m'irrite,
Sachés que la beauté fait tout notre mérite,
Que nous n'avons de prix que par nos agrémens:
Que le Public nous juge en comptant nos amans,
Et qu'en notre faveur leur nombre le décide.
Un homme a cent chemins, où la gloire le guide,
Qui le conduisent tous à se faire estimer.
La gloire d'une semme est de se faire aimer.
Le portrait qu'elle fait de Saint Val dans
la même scéne vous fera connoître ce se-
cond Heros de la piéce.
Sous le masque imposant d'un sage Atrabilaire,
Ce Saint-Val est un fou fort extraordinaire
Qui croit malgré l'usage & les mœurs d'aujout.
d'hui
Qu'on ne peut point sans crime à la femme d'au-
trui
Adresser de l'amour les voux illégitimes,
Et qui toujours rempli de ses grandes maximes
Esclave furieux, mais soumis dans ses fers
Est forcé d'adorer mes caprices divers.
AVRIL. 1752.
167
Marton lui représente en vain qu'elle
peut se tromper. A quoi bon tant de des-
seins dangereux (dit elle) si votre mari
n'aime point la Comtesse, si dans ses fers
il n'est point arrênté.
La Marquise.
En cecas j'aurai fait une méchanceté,
Le grand mal!
Saint-Val paroît à la seconde scéne:
Rempli d'amour & de remords, il re-
procne à la Marquise l'art qu'elle a dû
employer pour le rendre si coupable en
l'arrachant à la Comtesse à laquelle il étoit
lié par la reconnoissance & la tendresse,
& en le rendant infidéle à l'amitié qui l'u-
nit à son mari.
Sain val.
Je n'aurois pas sujet, Madame de me plaindre,
Si consumé de feux que je devois éteindre
Libre dans mes désirs, j'eusse été vous offrir
Un cœur que vos atraits pouvoient vous acquetir
Mais c'est vous qui de l'art dangéreux de séduire
Exercâtes sur moi l'innévitable empire:
Ces yeux que sans trausports je ne peux admirer,
Prestiges de l'amour, & faits pour l'inspirer
Porterent dans mon coeur étonné, sans defense
168 MERCUREDEFRANCE.
Par leurs regards vainqueurs la coupable espé-
rance;
Et bientôt malgré moi l'amour s'en empara.
Sur mes devoirs trahis la raison m'éclaira.
J'évitai des regards que je craignois d'entendre.
Et d'un poison flatteur ne pouvant me défendre,
J'en dérobois du moins le progrès à vos yeux,
Et forçois au silence un feu séditieux.
Mais pénétrant bientôt jusqu'au fond de mon
ame,
Vous scûtes y chercher le secret de ma flamme,
L'aveu le plus flatteur prévenant mes césirs
M'arracha malgré moi de criminels soupirs.
la Marquise.
Mais voila des sujets de plaintes raisonnables,
Et. je sens qu'en effet je suis des plus coupables.
Notre coeur doit attendre à se laisser charmer
Que vous ayez, Messieurs le tems de nous aimer.
Quelque honnête homme que soit Saint-Val, il
est amant & foible. Il ne peut dissimuler à la Mar-
quise la jalousie que lui donnent les soins de quel-
ques agréables qui composent sa cour: le Mar-
quis d'Orbeson surtout est celui qui l'inquiete le
plus.
L'arrivée de ce Marquis & de Perdrignant fait
fuir Saint Val. La Marquise se met devant son mi-
roir. Certe scéne est le tableau d'une femme à sa
toilette, & de la conversatiou légere & frivole de
deux hommes qui y assistent.
Le mari survient, la Marquise acheve de se
coëffer
AVRIL. 1752.
169
coëffer précipitimment; & lorsqu'il veut ilui par-
ler d'une affaire importante, elle se leve sans le,
regarder & saus l'entendre, emmene les deux
jeunes gens, & laisse Clewville (c'est le nom du
mari) dans l'étonnement d'une pareille conduite.
Il termine l'acte par ces vers.
Qu'un mari raisonnable en ce siécle peu sage,
Fait un bien difficile & cruel personnage!
Et que l'on doit avoir d'indulgence pour lui,
Quand on connoit un peu les femmes d'aujour-
d'hui.
ACTEII.
Clerville fait la confidence à Saint-Val son ami
de la jalousie que lui inspire sa femme, quoiqu'il
avoue qu'il n'en est point amouteux, & que son
caractere l'a depuis quelque tems éloigné d'elle.
L'esprit & la beauté sont tout son appanage,
(dit il)
Un amant est heureux avec ce seul partage,
Il peut avec raison y borner ses souhaits;
Pour sixer un époux il faut d'autres attraits,
Il faut un caractere aimable, doux sensible,
Un esprit juste, égal, amusant & flexible,
Un coeur dans son devoir sans effort affermi,
Les graces d'une femme, & l'ame d'un ami.
D'Orbeson est l'objet de sa jalousie, il en fait
l'aveu à Saint Val, & met par là son coupable
ami en situation. Je ne me trompe point (lui dit- ilj
Jc le vois dans tes yeux, tu t'en es apperçu.
d by Goo
(170 MERCURE DEFRANCE.
Cette scene est vraiment tiéatrale par la confiance
aveugle de Clerville, & l'embarras de Saint-Val.
La Marquise, d'Orbeson, Perdrignant, & la
Comtesse interrompent la conversation des deux
amis, & la rendent générale. Cette scene ne pa-
roît faite que pour accabler les maris de mauvai-
ses plaisanteries. D'Orbeson s'y livre peut-être
avec trop peu de décence, & le mari les entend
trop patiemment. Il n'y a que la vertueuse Com-
tesse qui ose prendre un moment leur défense. Je
crois) dit elle) que la présence d'un époux,
Bien-loin d'intimider une femme qui pense,
A son esprit encore donne un nouveau ressort,
Et de son enjouement autorise l'essort.
Nons ne devons jamais enfreindre les limites
Que fixe la décence, & qui nous sont prescrites.
A ses sévéres lo ix si l'on peut déroger
C'est aux yeux d'un mari tout prêt a nous juger.
L'Auteur doit convenir d'ailleurs que cette sce-
ne ne sert guere à la Piéce, qu'autant que d'Or-
beson en entrant, témoigne à la Marquise l'inquié-
tude que lui donnent les poursuites de Saint-Val
qu'il feint de craindre, & le retour dont il suppose
que la Marquise paye sa tendresse.
Seul avec Perdrignant, ce même d'Orbeson
montre assez qu'il n'est guere plus attaché à la
Marquise, qu'effrayé de la rivalité de Saint-Val.
D'un homme tel que moi consacré par la mode
Sa vanité flattée à mon plan s'accommode,
Et pour me retenir facilementpourroit
La mener bien plus loin qu'elle ne le voudroit,
AVRIL 1752.
171
** * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * * *
* * * .* * * * * * * *
J'ai voulu la livrer à la plaisanterie
De mille amans trompés par sa coquetterie,
Et lui faire à son tour éptouver tous les maux
Que souffrent dans ces fers mes timides rivaux.
Il veut engager Perdrignant, personnage subal-
terne, à le servir dans son projet. Le reste de l'ac-
te est saus action, & ne tient point au plan géné-
ral.
ACTEIII.
Clerville a fait demander à sa femme un instant
pour l'entretenir en secret. Elle arrive fort in.
quiette du sujet de cette conversation particuliere.
Lorsqu'elle apprend que c'est de sa conduite dont
il s'agit, elle lui répond:
Ce n'est que de cela ? bon ! expliquez-vous vîte;
Sçavez-vous qu'il seroit d'un ridicule affreux
Que quelqu'un nous surprit enfermé tous les
deux?
Elle tâche dans cette scene de redoubler la jalousie
de son mari, toujours par le même motif dont on
a parlé dans le premier acte. Songez (lui répond
Clerville
Songez qu'à son mari toute femme est comptable,
Si le public l'estime on la croit méprisable;
Que c'est sur ce taux seul qu'il doit l'aprécier,
Hij
178 MERCUREDEFRANCG.E
Ou lui même à l'opprobre on peut l'associet.
Sçahés que je suis las de tant d'extravagance,
Qu'il est un terme à tout, même à la patience;
Et qu'il est dangereux de vouloir me braver,
Je vous en avertis, & vous laisse y têver.
Il est jaloux, s'écrie la Marquise à Marton qui en-
tre en ce moment. Marton, il est jaloua.
Du Marquis d'O beson la présence le blesse:
Je veux que sur mes pas il le trouve sans oesse.
Le Marquis de Saint- Val à son tour est jaloux
ils sont tous par mes soins presque devenus fous.
Du Ma rquis qui me fuit ranimons l'espérance.
La Marquise refléchit cependant que ce que lui a
dit son mari de d'Orbeson, peut être le fiuit des
conseils de Saint-Val, & elle se promet bien de
l'en punir. Une lettre qu'elle écrit à d'Orbeson lui
en fournit le moyen en voyant entrer Saint-Val,
c'est lui (dit- elle)
. Sur ce billet je veux le consultet;
Voyons si je pourois le lui faire dicter.
Elle imagine pour cela de lui dire qu'elle écrit à
son mari pour se réconcilier avec lui. Saint-Val.
que cette fausse paix de la Macquise avec son ami
rapelle à son devoir, approuve son dessein, quoi-
que son cœur en murmure. La Marquise après
avoir efsayé vainement de faire dicter sa lettre au
crédule Saint Val, se contente de le consulter sut
ro is ou quatre lignes equivoques qu'elle avoit dé-
à écrites. Saint-Val les apptouve, & croit qu'el-
Go0
AVRIL. 1752.
171
les sussisent. Alors pout se venger cruellement du
tour qu'il lui a fait, la Marquise onvoye haute-
mont la lettre au Marquis d'Oibeson. Saint-Val
furieux d'avoir été joué si inhumainement va jus-
qu'a la menace, & la Marquise toujours de sang.
froid, lui répond ironiquement:
Je ne crains point, Monsieur, votre amour irrité;
Vous avez trop d'honneur & trop de probité,
Mais je crains les fureurs où vorre ame s'emporte;
Qui vous eut soupçonné d'une ardeur aussi forte?
L'amour dans votre coeur sut toujours combatta,
Allez, consolez-vous axec votre vertu:
C'est le meilleur parti que vous ayoa à. prendret
Adieu.
Saint-Val seul.
Ca que j'ai vu, ce que je vions deentendre
Me confond à, tel point j'en suis si constamd,
Que mon juste couroun on demeuse enchainé.
Comment tant de noirceur peut elle entrer dans
l'ame!
Non rien n'est si méchann qu'une méchant e fem-
me.
AcTEIV.
La Marquise craint d'avoin poussé mal à propes
Saint-Val à bout, & d'avoir trop écouté l'envie do
se venger de lui. Ce léger remord ne lui fait ce-
pendant pas perdre de vse le projet de désespérer
la Comtesse. Matton vent l'en détouiner, en lui
Hiij
174 MERCURE DEFRANCE.
demandant ce qu'elle peut lui reprocher, la Mari
quise lui répond.
Marton, elle est trop bellel
Et joint ce motif là à ceux qu'elle a déja établis
pout sa vengeance. Prenez-y garde, ajoute Mar-
ton, vous pouriez conduire vous même la Com-
tesse à aimer votre mari.
1
Vous croyez ce matin qu'il aimoit la Comtesse;
Tous les deux par vos soins plongés dans la dou-
leur;
Ile s'iront confier leur mutuel malheur.
Et très- souvent deux cœeurs que leur chagrin rasa
semble,
Après avoir gémi se consolent ensemble.
la Marquise.
Je crains peu ce danger; la Comtesse croira
Qu'elle est inconsolable, & s'en respectera.
Pour Monsieur mon mari, qui dédaigna mes
charmes,
Je prétends lui donner de si vives allarmes,
Que je redoute peu que son cœur agité
Marton, songe à me faire une infidélité.
Marton lui représente encore que Saint-Val offenfe
peut la perdre dans l'esprit de son mari. Je veun
les désunir répond-elle.
Marton.
Le moyen!
.
AVRIL. 1752.
175
la Marquise
Le moyen n'en est pas fort louable.
Marton.
Cest. à dire qu'il est tout- à-fait condamnable.
la Marquise.
Veux-tu dans ce péril que j'aille examiner
L'espéce des moyens pour me déterminer?
Le Marquis qui a reçu le billet sur lequel Sains-
Val avoit été consulté, arrive avec toute la con-
fiance d'un homme qui plait. Il reproche à la
Marquise d'avoir pû s'attacher à Saint-Val. Elle a
beau s'en défendre, on ne veut pas l'en croire,
& suivant le projet qu'il a formé dans le second
acte avec Perdrignant de jouer la Marquise, il la
persisse cruellement dans cette scene, en affectant
un air de raison qui la désespere. Elle veut sortir:
elle défend à d'Orbeson de la revoir jamais Alors
ramené à un ton plus doux, la Marquise en prosito
pour exiger de lui qu'il écrive une lettre anonyme
à son mari pour l'instruire des vdes de Saint Val
auprès d'elle.
Le Marquis.
Il ne le croita point sur la foi d'une lettre,
Dont l'auteur clandestin craint de se compro.
mettre.
Jadis avec succès ce moyen employé
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Est depuis quelque tems tout- à fait décrié.
De leur danger commun les femmes esfrayées
Contre unpareil abus se sont tant re criées,
Ont tant dit qu'il n'étoit digne que de mépris,
Qu'elles ont convaincu leurs maris par leurs cris,
Et les ont mis au point de n'en faire que rire.
Il lui propose ensuite de faire donner cet avis à
Clerville par Perdrignant, & on Paccepte.
La Marquise restée seule s'applaudit de toutes
ses manœeuvres, en se plaignant cependant de la
nécessité où elle s'est trouvée de souffrir toutes les
impertinences du Marquis. On annonce la Com-
tesse. Il ne lui restoit plus que cette derniere vic-
time à sacrifier à ses caprices, & elle s'en fait un
plaisir en la voyant. Cette scene met sa méchan-
ceté dens tout son jour par la joye cruelle qu'on la
voit goûter. à enfoncer le poignard dans le cœeur
tendre de la Comresse. Il faudroit avoir vu
cette situation théatrale, qui est une des meil-
leures de la Piéce, pour en sentit tout l'effet. La
Marquise sort en disant à part
Il faut bien avoir l'humanité
De la lalsser enfin pleurer en liberté.
Clerville arrive, & trouve la Comtesse toute en
larmes. Cette vertueuse femme lui en cache la
source autant qu'elle peut. Tout ce qu'elle se per-
met de dire, c'est que Saint- Val est infidéle. Cler-
vilse veut combattre cette idéo: il conncît trop
bien son ami pour le croire parjure. Enfin il la
presse de lui apprendre pour qui elle imagine que
Saint- Val a pu la trahir. Elle lui répond:
AVRIL. 1752.
177
Ab! Monsieus saus former d'inutiles soupçom
Aux soins de son amant eli ! qui peut se mépren-
dre?
Qn ne sçaurois long.dems tromper une ame ten-
dre
Jamais le sentiment ne peut être imité,
Il est sans botne, & l'ort de foindre est limité.
Clerville lui propose de se confier à sa semme
Il lui parle de l'empire de la Marquisel sur Saina
Val. Autre sit uation par laquelle finit le quatriemo
acto.
ACTE. V.
Saint-Val triomphant ensin de sa foiblesse, &
ramené pat ses propres remords àtoua. ses doroiis
vient en faire l'aveu à la Marquise même, qui lui
dit en riant qu'elle ne l'a point aimé. Madame,
répond Saint- Val,
Mon malheur ne setoit pas extrême,
Si vous m'aviez toujours apprécié de même.
Elle s'offense de certe réponso, & lui demande ee
qui peut le rendre aussi hardi pour se présenter en-
eore devant elle? Saint-Val lui dit qu'il a cru de-
voir l'instruire des risques qu'elle court en laissant
à son mari tous les soupçons dont il est rempli;
elle lui répond qu'elle en est instruite. Je crois me,
me connoître, dit-elle,
Celai qui dans son ame a sçu les faise nastre.
Je ne suis point ingrato, & dans l'occasiou
J'acquieterai, Monsieur, cette obligation.
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
Saint-Val accablé de certe imputation injurieuse,
dont il sent que sa conduite n'a pas du le faire pa-
roître indigne, se livre tout entier à ses remords.
Il parle de la Comtesse, & se trouve si coupable
envers elle, qu'il n'ose espérer d'en obtenir sa
grace.
Clerville paroît tenant une lettre à la maini
Saint Val aussi- tôt prend la résoluion d'aller dé-
couvrir toute sa honte à cet ami même. Mais il
est prévenu par Clerville qui lui présente la letire
anonyme qu'il vient de recevoir, & qu'a du'écrire
Perdrignant par les ordres de d'Orbeson. Tenez,
Ini dit ili, lisez, êtes-vous encore digne de mon
amitié? non je ne le suis plus, répond Saint-Val
Clerville.
Je ne m'atiendois pas à cet aveu sincere.
.
.
Saint-Val.
..
Il est affreux pour moi, mais j'ai du vous le faire?
Clerville.
Ah! je vous en aurois volontiers dispense.
.Y,
Saint-Val.
Par un perside ami vous êtes offensé.
Clerville,
1.
De grace finissez, Monsieur, c'est un suplice:
Il lui fait des reproches sensibles d'avoir pu tra-
hir leur ancienne union. Ah ! Saint- Val, lui dit-il
AVRIL. 1752.
179
Vous voilà donc rangé parmi ces gens sans
mœurs,
Qui sous le nom d'amis se font mille noirceurs,
Qui suivant leurs penchans, sans honte sans scru-
pule
Jadis par vos vertus vous trouvoient ridicule.
Ces gens reçus par tout, mais par tout détestés.
Objet de vos mépris, quoi! vous les imitez?
Le désespoir où paroît Saint-Val, attendrit eci
pehdant son ami qui lui fait grace.
Saint-Val.
Quoi ! vous me pardonnez?
Clerville
En serois-tu surpris?
Les fautes d'un ami légérement tracées
Du cour de son ami sont bientôt effacées.
Clerville ne met de condition à la grace qu'il aca
corde que le retour sincére de Saint- Val auprès de
la Comtesse. Elle paroît, Saint-Val se jette à ses
pieds, & cette amante lui pardonne.
Tous les Acteurs entrent. La marquise qui voit
Saint-Val aux pieds de la Comtesse en présence de
son mari, découvre par-là l'inutilité de toutes sen
manœeuvres. Elle ne doute point que Saint-Val ne
se soit justifié à ses dépens auprès de son mari, elle
preud le parti de l'accuser hautement d'avoir vou
lu lui plaire. en ajoutant que l'avis qu'a du en rece-
Hvj
OO
180 MERCUREDEFRANCE.
voir son mari vient d'elle; mais qu'apparemmen
les fausses vertus de Saint Val l'avoient encore sé-
duit. Quoi! dit Clerville vous seriez l'Auteur de
la lettre anonyme ? Sans doute, reprend la Mar-
quise: sçachez, Monsieur, tout ce que j'ai fais
pour vous.
Jalouse de vos soins rendus à la Comresse,
J'ai sçu de son amant m'acquérir la tendresse.
de ma haine pour elle écoutant la fureur
Par un trompeur aveu j'ai déchiré son cœur,
Sur vos soupçons jaloux fondant mon espérance,
Du Marquis offensé de mon indifférence,
Connoissant l'amour propre & la fatuité,
J'ai ranimé l'espoir & l'assiduité.
*. * *
. .
Mais vous ne valez pas tous les soins que j'ai pris.
Quelle femme! (s'écrie Clerville, que ce tableau
effraye aussi-bien que tous les spectateurs.) Le
Marquis d'Orbeson & Perdrignant se retirent en
marquant tout le mépris qu'ils lont de la Marqui-
se, à qui le malheureux Clerville adresse encore
ainsi la parole.
Vous me faites horreur, je pourois pardonner.
Un tendre égarement, où se laisse entraîner
Souvent sans réfléchir la fragile jeunesse
Et d'un cœeur né sensible excuser la foiblesse.
Mais vorre caractere est par trop odieux:
Une semme méchante est un monstre à mes yeux.
AVRIL. 1752.
181
Sussit- il d'être sage ? Il faut être estimablo
Et le premier devoir c'est d'êtte sociable,
Si vous m'aimez, Madame, allez le devenix,
Vers vous à ce seul. prix je pourrai revenir,
On n'aura point mon cœur qu'en ayant mon es-
time.
La Marquise.
L'estime d'un maty ! ... C'est un honneur su-
blime
Que je ne puis jamais esperer avec vous.
Car peut- on aequerir Pestime d'un jaloux?
Quoiqu'à la mériter je fusse très-sensible
Je ne tenterai point une chose impossible.
La Marquise sort, & Clerville dans son ab-
battement, ne trouve de consolation que dans le
bonheur de son ami, qui va s'unir pour jamais
à la vertueuse Comtesse.
Je crois devoir vous dire, Monsieur, pour
l'honueur de no. re Théâtre François, que cette
Piéce a été parfaitement bien jouée, sur tout le
Personnage de la Marquise a été rendu pas l'ini-
mitable Mlle. Grandval, avec une perfection dont
elle seule est capable dans les rôles de ee genre.
Vous connoissez assez, Monsicur, tous les
caracteres de la Piéce, pat l'extrait que je viens
de vous en faire. Il n'y a qu'un Personnage trop
hardy, trop étranger à l'intrigne, & qui peut-
etre en a fait le malheur, dont je crois devoir
vous parler encore. Je ne doute point que quel-
ques letires de ce Pays-ci ne vous ayent piére-
ed by Goo
182 MERCURE DE FRANCE.
nu qu'on avoit voulu ridiculiser un état aussi
respectable que le vôtre. C'est le bruit qu'ont
fait courir ici les ennemis de l'Auteur. Je ne
puis m'empêcher de l'en justifier, & de me li-
vrer à cet égard à la haine que vous me con-
noissez pour toutes les injustices.
Il me paroît démontré que l'Auteur n'a en
dessein de mettre sur le Théatre qu'un de ces
gens sans état & sans aveu, qui s'introduisent
dans le monde à la faveur d'un extérieur équi-
voque; & qui pourroient contribuer par: leurs
vices & leur ridicule à diminuer la considération
qui est duc aux véritables dépositaires des Loix
si les vices mêmes de ces gens méprisables ne les
démasquoient bientôt.
Voici ce que dit Marton de ce Personnage,
à la premiere Scene du premier Acte, dans l'é-
numération qu'elle fait des Amans de la Mar-
quise.
Un Marquis d'Orbeson avec son Perdrignant,
Un homme sans aven, sans état, sans talent,
Qui sous un habit noir s'est glissé dans le monde;
Et sur qui le mépris à juste titre abonde;
Au deuxiéme Acte, d'Orbeson dit à ce Perdri-
gnant lui-même:
Prends y garde, souffert quand tu m'es néces-
saire
Dans un monde brillant au-dessus de ta sphére,
Ne vas pas t'éblouir de l'acceuil qu'on t'y fait,
Les égards qu'on me doit produisent cet effet.
Malgré le grave habit qui cache ta bassesse,
jitzed by Goo
AVRIL.
1752. 18.
On penêtre aisement que tu n'es qu'une espéce,
Un faquin déguisé, qui se dit Magistrat
Quand il est sans aveu, saus titre, sans état
Clerville au troisiême Acte le peint ainsi à la
Marquise.
Un hommie sans aveu prétendu Magistrat,
Qui tieut de d'Orbeson son équivoque état,
Aux yeux des gens sensés d'autant plus mépri-
fable,
Qu'il pourroit avilir un titre respectable.
Vous m'avouerez, Monsieur, qu'il est, on ne
peut pas plus étonnant, qu'on veuille faire d'un
Personnage Dramatique, autre chose que ce que
l'Auteur en a fait, & en a voulu faire. Les trois
morceaux que je viens de vous copier vous con-
vaincront suffisamment que, loin de s'écarter du
respect que chacun doit avoir à votre état, il
semble qu'il ait voulu par une attention sage,
le garantir même des atteintes que peuvent lui
porter le déguisement & la fausseté. Il seroit à
souhaiter qu'on n'eût pas cherché dans ce Per-
sonnage à étendre les libertés du Théâtre, que
la prudence du Gouvernement s'occupe sans cesse
à retenir dans de justes bornes. Le rôle de Per-
drignant étoit absolument contre les moeurs de
la Scene, & voilà tout ce qu'on peut dire.
Les murmures que ce Personnage a excité
avec justice au deuxième Acte, n'ont que trop
éloigné l'indulgence que pouvoit mériter le reste
de la Piéce. Je n'ai garde de vouloir combattre
ici le jugement toujours respectable du Public.
Un Ouvrage qui lui deplaît manque sans doule
194 MERCUREDEFRANCE.
de quelques qualités essentielles qu'il falloit pour
lui plaire. Les effets du caractere, par exemple,
indépendemment de co premior défaut que jo
viens de remarquer, n'avoient pas assez de fond
pour cinq Actes. La Fable avoit trop peu d'ac-
rion, de mouvement, & de véritable comique.
Le contraste de la vertueuse Comtesse avec la
Marquise, n'étoit pas dessiné assez fortement.
On avoit un peu trop sacrifié à cette Marquise
à ce Personnage vicieux de la Pièce. Les tableaux
du vice décidé n'amusent point; l'indignatios
prend la place du plaisit. L'Ingrat. & la Flattear
deux Piéces bien faites, n'ont eu qu'un leger
succès sur notre Théâtre par cette raison: & le
Tartuffe (me dira-t on) qu'on y prenne garde;
combien d'excelllent comique repandu dans l'ac-
tion! Combien de ridicule dans la bonne Dame
Barnelle, & dans la sotise de son fils Orgon. Et
d'ailleurs cet art avec lequel Tartusfe cherche
sans cesse à en imposer devient presque, dans les
mains de l'Immortel Moliere, un ridicule théa-
tral qui suspend au moins les effets de l'indi-
gnation.
Voilà, je cro is ce qu'on auroit du dire à l'Au-
teur des effets du caractere, & voilà sans doute es
qu'on ne lui a point dit.
Peut on cependant refuser son estime à des
caracteres bien pris, & toujours soutenus, à des
situations ingénieuses & fines, à des détails amu-
sans, & à une façon d'écrire noble, naturelle &
forte ? Tout cela se trouve, Monsicur, dans l'ou-
vrage dont je viens de vous entretenir. Il n'y a
que l'envie, la haine, & la critique amere qui puis-
sent voir autrement a cet égard.
Je n'ai poini choisi les vers que je vous ai
Bauscrits, ceux que vous trouverez dans mon
AVRIL.
1752. 185
Extrait, y sont entrés naturellement, & ils y
étoient nécessaires pour que je ne parusse pas
en imposer sur une Piéce que nous ne verrons
peut être pas imprimée. Ma Lettre auroit fait
un volume trop considérable, si j'avois voulu
rendre à l'Auteur le service de vous faire con-
noître tous les détails agréables de sou Ou-
vrage.
Je finis, Monsieur, par deux observations. L'u-
ne sur le dénouement de la Pièce que quelques
gens ont critiqué fortement; & l'autre sur le rô-
le de la Marquisc, que bien des femmes sur-
tout n'ont pas trouvé dans la nature.
Le vice n'est point puni dans cet Ouvrage,
a ton dit: cependant la Marquise ne l'est-elle
point par le desespoit où elle est de voir toutes
ses manoeuvres sans effet ? Ne l'est- elle point par
le mépris marqué que lui témoignent en sortant
d'Orbeson & Perdrignant : Ne l'est-elle point
encore par ce que lui ditson mari, qu'elle doit
renoncer a son cour si elle ne se rend pas digna de son
estime (Quelle autre sorte de punition pouvoit-on
infliger à cette femme : Une séparation (qui
d'ailleurs n'eût été pratiquable qu'avec le Code
Prussien (étoit-elle théâtrale? Et puis une sépa-
tion, est- elle une peine aujourd'hui? Vouloit-on
que cette semme fut frappée subitement de re-
mords? Des conversions aussi promptes sont elles
dans la nature? Le caractete flechit- il avec tant
de docilité ? Qu'arriveroit- il de plus enfin dans la
Société à une femme qui se trouveroit dans les
circonstances où l'on a placé la Marquise ? Le
mari de cette semme auroit-il, en pareil cas,
d'autre secours que sa raison & sa patience? Le
dénouement étoit donc nécessaire.
L'excès de coquetterie & de méchanceté de la
gines vdO.
186 MERCURE DEFRANCE.
Marquise a fait dire que l'Auteur s'etoit fait des
monstres pour les combattre. Assurement la So-
ciété gagneroit beaucoup à la vérité de cette Cri-
tique : cependant, pourquoi nos Romans Mo-
dernes sont ils pleins de portraits de femmes, plus
dangereuses que la Marquise ? Pourquoi les Au-
teurs de ces Romans passent-ils pour les vrais
Peintres de nos mœeurs ? Pourquoi ne s'attirent-
ils pas la haine du Public par ces mêmes portraits?
Les raisons de tout cela ne sont pas, je crois, fort
aisées à trouver. Ce qu'il y a de vrai, c'est que
la galanterie est une de nos qualités naturelles.
Cela devroit être dit, une fois pour toutes, à nos
Auteurs Dramatiques. Je me rapelle une ancien-
ne Loi de Thebes, qui ordonnoit aux Poëtes de
faire toujours les hommes meilleurs qu'ils n'é-
toient à leurs yeux. N'étois-ce pas faire comme
Alexandre, qui fit laisser dans la partie des Indes
qu'il avoit conquise, des armes d'une grandeur &
d'une force supérieures à celles dont ses Troupes
pouvoient faire usage, afin que la postérité In-
dienne crut. un jour que les anciens Vainqueurs
de leurs Pays étoient des hommes extraordinai-
res: quoiqu'il en soit, les François me parois-
sent avoir secretement adopté pour leurs Specta-
cles, la Loi de Thébes en faveur d'un Sexe qu'ils
idolâtrent
J'ai l'honneur d'être, &c.
A M. de R***. Conseiller au Parlement de
*** sur la Piéce des effets du Caractère.
JE vous avois annoncé, Monsieur les
effets du Caractere comme une piéce
dont on parloit assez bien, & dont on con-
cevoit assez d'espérance. Cependant le
jour du Théatre n'a pas été favorable à
cet ouvrage, que l'Auteur a retiré après la
troisième représentation.
La sévérité du jugement public, si oppo-
sé à celui de tant de particuliers éclairés,
qui avoient assisté à différentes lectures de-
cette Comedie m'a fait faire quelques ré-
flexions sur la malheureuse condition d'un-
Auteur qui se livre à l'art difficile du
Théatre.
Que peut avoir à se reprocher un Ecri-
vain, lorsqu'ayant long.tems examiné lui-
même son ouvrage, il a cherché à s'éclai-
rer encore par les lumieres d'un nombre
164 MERCUREDEFRANCE.
de personnes, qui se réunissent toutes à
ny trouver que de légers défauts, faits pour
sevanouir devant les beautés réelles de sa
Piéce.
Un Auteur Dramatique doit. il donc re-
noncer à trouver quelqu'un dans la socié-
té qui s'intéresse à lui assez vivement pour
lui parler avec cette vérité qu'il cherche,
qu il demande, & dont il a besoin? Ou
plutôt n est ce point dans notre siècle la
chose la moins aisée à juger en petites
assemblées particulieres, qu'un ouvrage
destiné au Théâtre ? Tout n est-il pas de-
venu trop arbitraire en matiere d'esprit?
Le Public qui se trompe plus rarement ne
semble-t-il. pas quelquefois oublier ses
grands principes en se livrant. d'abord à,
une séduction passagere, que bien- tôt il
désavoue lui-meme? Ne l'avons-nous pas
vu de nos jours rejetter des ouvages aus-
quels il a accordé depuis son estime? mais
c est assez causer avec vous, Monsieur
sur ce chapitre, qui n'est pas ibfolument
personnel aux effets du caractere, dont je
suis en état de vous faire un détail assez
suivi, graces à un manuscrit que je me
fuis fait prêter par un des Acteurs: atten-
dez vous, Monsieur, à tout le désintéres-
sement imaginable de ma part.
Quelque honnête que soit le motif qui
AVRIL. 1752.
165
fait agir un mauvais caractere, les moyens
qu'il employe pour parvenit à son but,
sont toujours empoisonnés par la source
d'où ils partent: voilà ce qu il paroît que
l'Auteur a voulu démontrer.
Dans la premiere Scene la Marquise avec
sa suivante Marton, se montre telle quel-
le est. C'est-à-dire méchante, hardie, co-
quette, quoique fidelle à son époux. Elle
parle des inquiétudes que lui cause une
amie de son mari, à laquelle elle croit ce
dernier attaché. L'amour de certe même
femme pour Saint-Val ne la rassure point
assez. Elle forme le projet de se venger du
trouble qu'elle lui cause, & de la désespe-
rer lorsqu'elle le pourra, en lui faisant la
fausse confidence de l'amour qu'elle fein-
dra elle même pour Saint Val : c est ainsi
qu'elle parle de ce projet.
Apprends un projet qui m'enchante:
Je prétends aujourd'hui jouir de son tourment.
je veux feindre avec elle un tendre épanchement.
Lui dire que Saint-Val rend hommage à mes
charmes.
En vain elle voudra me dérober ses larmes
Jusqu'au fond de son cœur je sçaurai les chercher-
Et je sçais le moyen de les en arracher,
La prude éclattera, nommera Saint-Val traître,
Insidelle, parjure, elle en mourra peut-être,
166 MERCURE DEFRANCE.
Cela seroit plaisant qu'en dis-tu...
Voici comme elle expose elle-même ses
principes & sa coquetterie.
Il faut apparemment, si l'on veut vous en croire,
Qu'une femme oubliant tout le soin de sa gloire
Renonce aux voux flatteurs, qu'elle peut inspire
Et du monde qu'elle orne aille se retirer:
Un tel travers d'esprit en vérité m'irrite,
Sachés que la beauté fait tout notre mérite,
Que nous n'avons de prix que par nos agrémens:
Que le Public nous juge en comptant nos amans,
Et qu'en notre faveur leur nombre le décide.
Un homme a cent chemins, où la gloire le guide,
Qui le conduisent tous à se faire estimer.
La gloire d'une semme est de se faire aimer.
Le portrait qu'elle fait de Saint Val dans
la même scéne vous fera connoître ce se-
cond Heros de la piéce.
Sous le masque imposant d'un sage Atrabilaire,
Ce Saint-Val est un fou fort extraordinaire
Qui croit malgré l'usage & les mœurs d'aujout.
d'hui
Qu'on ne peut point sans crime à la femme d'au-
trui
Adresser de l'amour les voux illégitimes,
Et qui toujours rempli de ses grandes maximes
Esclave furieux, mais soumis dans ses fers
Est forcé d'adorer mes caprices divers.
AVRIL. 1752.
167
Marton lui représente en vain qu'elle
peut se tromper. A quoi bon tant de des-
seins dangereux (dit elle) si votre mari
n'aime point la Comtesse, si dans ses fers
il n'est point arrênté.
La Marquise.
En cecas j'aurai fait une méchanceté,
Le grand mal!
Saint-Val paroît à la seconde scéne:
Rempli d'amour & de remords, il re-
procne à la Marquise l'art qu'elle a dû
employer pour le rendre si coupable en
l'arrachant à la Comtesse à laquelle il étoit
lié par la reconnoissance & la tendresse,
& en le rendant infidéle à l'amitié qui l'u-
nit à son mari.
Sain val.
Je n'aurois pas sujet, Madame de me plaindre,
Si consumé de feux que je devois éteindre
Libre dans mes désirs, j'eusse été vous offrir
Un cœur que vos atraits pouvoient vous acquetir
Mais c'est vous qui de l'art dangéreux de séduire
Exercâtes sur moi l'innévitable empire:
Ces yeux que sans trausports je ne peux admirer,
Prestiges de l'amour, & faits pour l'inspirer
Porterent dans mon coeur étonné, sans defense
168 MERCUREDEFRANCE.
Par leurs regards vainqueurs la coupable espé-
rance;
Et bientôt malgré moi l'amour s'en empara.
Sur mes devoirs trahis la raison m'éclaira.
J'évitai des regards que je craignois d'entendre.
Et d'un poison flatteur ne pouvant me défendre,
J'en dérobois du moins le progrès à vos yeux,
Et forçois au silence un feu séditieux.
Mais pénétrant bientôt jusqu'au fond de mon
ame,
Vous scûtes y chercher le secret de ma flamme,
L'aveu le plus flatteur prévenant mes césirs
M'arracha malgré moi de criminels soupirs.
la Marquise.
Mais voila des sujets de plaintes raisonnables,
Et. je sens qu'en effet je suis des plus coupables.
Notre coeur doit attendre à se laisser charmer
Que vous ayez, Messieurs le tems de nous aimer.
Quelque honnête homme que soit Saint-Val, il
est amant & foible. Il ne peut dissimuler à la Mar-
quise la jalousie que lui donnent les soins de quel-
ques agréables qui composent sa cour: le Mar-
quis d'Orbeson surtout est celui qui l'inquiete le
plus.
L'arrivée de ce Marquis & de Perdrignant fait
fuir Saint Val. La Marquise se met devant son mi-
roir. Certe scéne est le tableau d'une femme à sa
toilette, & de la conversatiou légere & frivole de
deux hommes qui y assistent.
Le mari survient, la Marquise acheve de se
coëffer
AVRIL. 1752.
169
coëffer précipitimment; & lorsqu'il veut ilui par-
ler d'une affaire importante, elle se leve sans le,
regarder & saus l'entendre, emmene les deux
jeunes gens, & laisse Clewville (c'est le nom du
mari) dans l'étonnement d'une pareille conduite.
Il termine l'acte par ces vers.
Qu'un mari raisonnable en ce siécle peu sage,
Fait un bien difficile & cruel personnage!
Et que l'on doit avoir d'indulgence pour lui,
Quand on connoit un peu les femmes d'aujour-
d'hui.
ACTEII.
Clerville fait la confidence à Saint-Val son ami
de la jalousie que lui inspire sa femme, quoiqu'il
avoue qu'il n'en est point amouteux, & que son
caractere l'a depuis quelque tems éloigné d'elle.
L'esprit & la beauté sont tout son appanage,
(dit il)
Un amant est heureux avec ce seul partage,
Il peut avec raison y borner ses souhaits;
Pour sixer un époux il faut d'autres attraits,
Il faut un caractere aimable, doux sensible,
Un esprit juste, égal, amusant & flexible,
Un coeur dans son devoir sans effort affermi,
Les graces d'une femme, & l'ame d'un ami.
D'Orbeson est l'objet de sa jalousie, il en fait
l'aveu à Saint Val, & met par là son coupable
ami en situation. Je ne me trompe point (lui dit- ilj
Jc le vois dans tes yeux, tu t'en es apperçu.
d by Goo
(170 MERCURE DEFRANCE.
Cette scene est vraiment tiéatrale par la confiance
aveugle de Clerville, & l'embarras de Saint-Val.
La Marquise, d'Orbeson, Perdrignant, & la
Comtesse interrompent la conversation des deux
amis, & la rendent générale. Cette scene ne pa-
roît faite que pour accabler les maris de mauvai-
ses plaisanteries. D'Orbeson s'y livre peut-être
avec trop peu de décence, & le mari les entend
trop patiemment. Il n'y a que la vertueuse Com-
tesse qui ose prendre un moment leur défense. Je
crois) dit elle) que la présence d'un époux,
Bien-loin d'intimider une femme qui pense,
A son esprit encore donne un nouveau ressort,
Et de son enjouement autorise l'essort.
Nons ne devons jamais enfreindre les limites
Que fixe la décence, & qui nous sont prescrites.
A ses sévéres lo ix si l'on peut déroger
C'est aux yeux d'un mari tout prêt a nous juger.
L'Auteur doit convenir d'ailleurs que cette sce-
ne ne sert guere à la Piéce, qu'autant que d'Or-
beson en entrant, témoigne à la Marquise l'inquié-
tude que lui donnent les poursuites de Saint-Val
qu'il feint de craindre, & le retour dont il suppose
que la Marquise paye sa tendresse.
Seul avec Perdrignant, ce même d'Orbeson
montre assez qu'il n'est guere plus attaché à la
Marquise, qu'effrayé de la rivalité de Saint-Val.
D'un homme tel que moi consacré par la mode
Sa vanité flattée à mon plan s'accommode,
Et pour me retenir facilementpourroit
La mener bien plus loin qu'elle ne le voudroit,
AVRIL 1752.
171
** * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * * *
* * * .* * * * * * * *
J'ai voulu la livrer à la plaisanterie
De mille amans trompés par sa coquetterie,
Et lui faire à son tour éptouver tous les maux
Que souffrent dans ces fers mes timides rivaux.
Il veut engager Perdrignant, personnage subal-
terne, à le servir dans son projet. Le reste de l'ac-
te est saus action, & ne tient point au plan géné-
ral.
ACTEIII.
Clerville a fait demander à sa femme un instant
pour l'entretenir en secret. Elle arrive fort in.
quiette du sujet de cette conversation particuliere.
Lorsqu'elle apprend que c'est de sa conduite dont
il s'agit, elle lui répond:
Ce n'est que de cela ? bon ! expliquez-vous vîte;
Sçavez-vous qu'il seroit d'un ridicule affreux
Que quelqu'un nous surprit enfermé tous les
deux?
Elle tâche dans cette scene de redoubler la jalousie
de son mari, toujours par le même motif dont on
a parlé dans le premier acte. Songez (lui répond
Clerville
Songez qu'à son mari toute femme est comptable,
Si le public l'estime on la croit méprisable;
Que c'est sur ce taux seul qu'il doit l'aprécier,
Hij
178 MERCUREDEFRANCG.E
Ou lui même à l'opprobre on peut l'associet.
Sçahés que je suis las de tant d'extravagance,
Qu'il est un terme à tout, même à la patience;
Et qu'il est dangereux de vouloir me braver,
Je vous en avertis, & vous laisse y têver.
Il est jaloux, s'écrie la Marquise à Marton qui en-
tre en ce moment. Marton, il est jaloua.
Du Marquis d'O beson la présence le blesse:
Je veux que sur mes pas il le trouve sans oesse.
Le Marquis de Saint- Val à son tour est jaloux
ils sont tous par mes soins presque devenus fous.
Du Ma rquis qui me fuit ranimons l'espérance.
La Marquise refléchit cependant que ce que lui a
dit son mari de d'Orbeson, peut être le fiuit des
conseils de Saint-Val, & elle se promet bien de
l'en punir. Une lettre qu'elle écrit à d'Orbeson lui
en fournit le moyen en voyant entrer Saint-Val,
c'est lui (dit- elle)
. Sur ce billet je veux le consultet;
Voyons si je pourois le lui faire dicter.
Elle imagine pour cela de lui dire qu'elle écrit à
son mari pour se réconcilier avec lui. Saint-Val.
que cette fausse paix de la Macquise avec son ami
rapelle à son devoir, approuve son dessein, quoi-
que son cœur en murmure. La Marquise après
avoir efsayé vainement de faire dicter sa lettre au
crédule Saint Val, se contente de le consulter sut
ro is ou quatre lignes equivoques qu'elle avoit dé-
à écrites. Saint-Val les apptouve, & croit qu'el-
Go0
AVRIL. 1752.
171
les sussisent. Alors pout se venger cruellement du
tour qu'il lui a fait, la Marquise onvoye haute-
mont la lettre au Marquis d'Oibeson. Saint-Val
furieux d'avoir été joué si inhumainement va jus-
qu'a la menace, & la Marquise toujours de sang.
froid, lui répond ironiquement:
Je ne crains point, Monsieur, votre amour irrité;
Vous avez trop d'honneur & trop de probité,
Mais je crains les fureurs où vorre ame s'emporte;
Qui vous eut soupçonné d'une ardeur aussi forte?
L'amour dans votre coeur sut toujours combatta,
Allez, consolez-vous axec votre vertu:
C'est le meilleur parti que vous ayoa à. prendret
Adieu.
Saint-Val seul.
Ca que j'ai vu, ce que je vions deentendre
Me confond à, tel point j'en suis si constamd,
Que mon juste couroun on demeuse enchainé.
Comment tant de noirceur peut elle entrer dans
l'ame!
Non rien n'est si méchann qu'une méchant e fem-
me.
AcTEIV.
La Marquise craint d'avoin poussé mal à propes
Saint-Val à bout, & d'avoir trop écouté l'envie do
se venger de lui. Ce léger remord ne lui fait ce-
pendant pas perdre de vse le projet de désespérer
la Comtesse. Matton vent l'en détouiner, en lui
Hiij
174 MERCURE DEFRANCE.
demandant ce qu'elle peut lui reprocher, la Mari
quise lui répond.
Marton, elle est trop bellel
Et joint ce motif là à ceux qu'elle a déja établis
pout sa vengeance. Prenez-y garde, ajoute Mar-
ton, vous pouriez conduire vous même la Com-
tesse à aimer votre mari.
1
Vous croyez ce matin qu'il aimoit la Comtesse;
Tous les deux par vos soins plongés dans la dou-
leur;
Ile s'iront confier leur mutuel malheur.
Et très- souvent deux cœeurs que leur chagrin rasa
semble,
Après avoir gémi se consolent ensemble.
la Marquise.
Je crains peu ce danger; la Comtesse croira
Qu'elle est inconsolable, & s'en respectera.
Pour Monsieur mon mari, qui dédaigna mes
charmes,
Je prétends lui donner de si vives allarmes,
Que je redoute peu que son cœur agité
Marton, songe à me faire une infidélité.
Marton lui représente encore que Saint-Val offenfe
peut la perdre dans l'esprit de son mari. Je veun
les désunir répond-elle.
Marton.
Le moyen!
.
AVRIL. 1752.
175
la Marquise
Le moyen n'en est pas fort louable.
Marton.
Cest. à dire qu'il est tout- à-fait condamnable.
la Marquise.
Veux-tu dans ce péril que j'aille examiner
L'espéce des moyens pour me déterminer?
Le Marquis qui a reçu le billet sur lequel Sains-
Val avoit été consulté, arrive avec toute la con-
fiance d'un homme qui plait. Il reproche à la
Marquise d'avoir pû s'attacher à Saint-Val. Elle a
beau s'en défendre, on ne veut pas l'en croire,
& suivant le projet qu'il a formé dans le second
acte avec Perdrignant de jouer la Marquise, il la
persisse cruellement dans cette scene, en affectant
un air de raison qui la désespere. Elle veut sortir:
elle défend à d'Orbeson de la revoir jamais Alors
ramené à un ton plus doux, la Marquise en prosito
pour exiger de lui qu'il écrive une lettre anonyme
à son mari pour l'instruire des vdes de Saint Val
auprès d'elle.
Le Marquis.
Il ne le croita point sur la foi d'une lettre,
Dont l'auteur clandestin craint de se compro.
mettre.
Jadis avec succès ce moyen employé
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Est depuis quelque tems tout- à fait décrié.
De leur danger commun les femmes esfrayées
Contre unpareil abus se sont tant re criées,
Ont tant dit qu'il n'étoit digne que de mépris,
Qu'elles ont convaincu leurs maris par leurs cris,
Et les ont mis au point de n'en faire que rire.
Il lui propose ensuite de faire donner cet avis à
Clerville par Perdrignant, & on Paccepte.
La Marquise restée seule s'applaudit de toutes
ses manœeuvres, en se plaignant cependant de la
nécessité où elle s'est trouvée de souffrir toutes les
impertinences du Marquis. On annonce la Com-
tesse. Il ne lui restoit plus que cette derniere vic-
time à sacrifier à ses caprices, & elle s'en fait un
plaisir en la voyant. Cette scene met sa méchan-
ceté dens tout son jour par la joye cruelle qu'on la
voit goûter. à enfoncer le poignard dans le cœeur
tendre de la Comresse. Il faudroit avoir vu
cette situation théatrale, qui est une des meil-
leures de la Piéce, pour en sentit tout l'effet. La
Marquise sort en disant à part
Il faut bien avoir l'humanité
De la lalsser enfin pleurer en liberté.
Clerville arrive, & trouve la Comtesse toute en
larmes. Cette vertueuse femme lui en cache la
source autant qu'elle peut. Tout ce qu'elle se per-
met de dire, c'est que Saint- Val est infidéle. Cler-
vilse veut combattre cette idéo: il conncît trop
bien son ami pour le croire parjure. Enfin il la
presse de lui apprendre pour qui elle imagine que
Saint- Val a pu la trahir. Elle lui répond:
AVRIL. 1752.
177
Ab! Monsieus saus former d'inutiles soupçom
Aux soins de son amant eli ! qui peut se mépren-
dre?
Qn ne sçaurois long.dems tromper une ame ten-
dre
Jamais le sentiment ne peut être imité,
Il est sans botne, & l'ort de foindre est limité.
Clerville lui propose de se confier à sa semme
Il lui parle de l'empire de la Marquisel sur Saina
Val. Autre sit uation par laquelle finit le quatriemo
acto.
ACTE. V.
Saint-Val triomphant ensin de sa foiblesse, &
ramené pat ses propres remords àtoua. ses doroiis
vient en faire l'aveu à la Marquise même, qui lui
dit en riant qu'elle ne l'a point aimé. Madame,
répond Saint- Val,
Mon malheur ne setoit pas extrême,
Si vous m'aviez toujours apprécié de même.
Elle s'offense de certe réponso, & lui demande ee
qui peut le rendre aussi hardi pour se présenter en-
eore devant elle? Saint-Val lui dit qu'il a cru de-
voir l'instruire des risques qu'elle court en laissant
à son mari tous les soupçons dont il est rempli;
elle lui répond qu'elle en est instruite. Je crois me,
me connoître, dit-elle,
Celai qui dans son ame a sçu les faise nastre.
Je ne suis point ingrato, & dans l'occasiou
J'acquieterai, Monsieur, cette obligation.
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
Saint-Val accablé de certe imputation injurieuse,
dont il sent que sa conduite n'a pas du le faire pa-
roître indigne, se livre tout entier à ses remords.
Il parle de la Comtesse, & se trouve si coupable
envers elle, qu'il n'ose espérer d'en obtenir sa
grace.
Clerville paroît tenant une lettre à la maini
Saint Val aussi- tôt prend la résoluion d'aller dé-
couvrir toute sa honte à cet ami même. Mais il
est prévenu par Clerville qui lui présente la letire
anonyme qu'il vient de recevoir, & qu'a du'écrire
Perdrignant par les ordres de d'Orbeson. Tenez,
Ini dit ili, lisez, êtes-vous encore digne de mon
amitié? non je ne le suis plus, répond Saint-Val
Clerville.
Je ne m'atiendois pas à cet aveu sincere.
.
.
Saint-Val.
..
Il est affreux pour moi, mais j'ai du vous le faire?
Clerville.
Ah! je vous en aurois volontiers dispense.
.Y,
Saint-Val.
Par un perside ami vous êtes offensé.
Clerville,
1.
De grace finissez, Monsieur, c'est un suplice:
Il lui fait des reproches sensibles d'avoir pu tra-
hir leur ancienne union. Ah ! Saint- Val, lui dit-il
AVRIL. 1752.
179
Vous voilà donc rangé parmi ces gens sans
mœurs,
Qui sous le nom d'amis se font mille noirceurs,
Qui suivant leurs penchans, sans honte sans scru-
pule
Jadis par vos vertus vous trouvoient ridicule.
Ces gens reçus par tout, mais par tout détestés.
Objet de vos mépris, quoi! vous les imitez?
Le désespoir où paroît Saint-Val, attendrit eci
pehdant son ami qui lui fait grace.
Saint-Val.
Quoi ! vous me pardonnez?
Clerville
En serois-tu surpris?
Les fautes d'un ami légérement tracées
Du cour de son ami sont bientôt effacées.
Clerville ne met de condition à la grace qu'il aca
corde que le retour sincére de Saint- Val auprès de
la Comtesse. Elle paroît, Saint-Val se jette à ses
pieds, & cette amante lui pardonne.
Tous les Acteurs entrent. La marquise qui voit
Saint-Val aux pieds de la Comtesse en présence de
son mari, découvre par-là l'inutilité de toutes sen
manœeuvres. Elle ne doute point que Saint-Val ne
se soit justifié à ses dépens auprès de son mari, elle
preud le parti de l'accuser hautement d'avoir vou
lu lui plaire. en ajoutant que l'avis qu'a du en rece-
Hvj
OO
180 MERCUREDEFRANCE.
voir son mari vient d'elle; mais qu'apparemmen
les fausses vertus de Saint Val l'avoient encore sé-
duit. Quoi! dit Clerville vous seriez l'Auteur de
la lettre anonyme ? Sans doute, reprend la Mar-
quise: sçachez, Monsieur, tout ce que j'ai fais
pour vous.
Jalouse de vos soins rendus à la Comresse,
J'ai sçu de son amant m'acquérir la tendresse.
de ma haine pour elle écoutant la fureur
Par un trompeur aveu j'ai déchiré son cœur,
Sur vos soupçons jaloux fondant mon espérance,
Du Marquis offensé de mon indifférence,
Connoissant l'amour propre & la fatuité,
J'ai ranimé l'espoir & l'assiduité.
*. * *
. .
Mais vous ne valez pas tous les soins que j'ai pris.
Quelle femme! (s'écrie Clerville, que ce tableau
effraye aussi-bien que tous les spectateurs.) Le
Marquis d'Orbeson & Perdrignant se retirent en
marquant tout le mépris qu'ils lont de la Marqui-
se, à qui le malheureux Clerville adresse encore
ainsi la parole.
Vous me faites horreur, je pourois pardonner.
Un tendre égarement, où se laisse entraîner
Souvent sans réfléchir la fragile jeunesse
Et d'un cœeur né sensible excuser la foiblesse.
Mais vorre caractere est par trop odieux:
Une semme méchante est un monstre à mes yeux.
AVRIL. 1752.
181
Sussit- il d'être sage ? Il faut être estimablo
Et le premier devoir c'est d'êtte sociable,
Si vous m'aimez, Madame, allez le devenix,
Vers vous à ce seul. prix je pourrai revenir,
On n'aura point mon cœur qu'en ayant mon es-
time.
La Marquise.
L'estime d'un maty ! ... C'est un honneur su-
blime
Que je ne puis jamais esperer avec vous.
Car peut- on aequerir Pestime d'un jaloux?
Quoiqu'à la mériter je fusse très-sensible
Je ne tenterai point une chose impossible.
La Marquise sort, & Clerville dans son ab-
battement, ne trouve de consolation que dans le
bonheur de son ami, qui va s'unir pour jamais
à la vertueuse Comtesse.
Je crois devoir vous dire, Monsieur, pour
l'honueur de no. re Théâtre François, que cette
Piéce a été parfaitement bien jouée, sur tout le
Personnage de la Marquise a été rendu pas l'ini-
mitable Mlle. Grandval, avec une perfection dont
elle seule est capable dans les rôles de ee genre.
Vous connoissez assez, Monsicur, tous les
caracteres de la Piéce, pat l'extrait que je viens
de vous en faire. Il n'y a qu'un Personnage trop
hardy, trop étranger à l'intrigne, & qui peut-
etre en a fait le malheur, dont je crois devoir
vous parler encore. Je ne doute point que quel-
ques letires de ce Pays-ci ne vous ayent piére-
ed by Goo
182 MERCURE DE FRANCE.
nu qu'on avoit voulu ridiculiser un état aussi
respectable que le vôtre. C'est le bruit qu'ont
fait courir ici les ennemis de l'Auteur. Je ne
puis m'empêcher de l'en justifier, & de me li-
vrer à cet égard à la haine que vous me con-
noissez pour toutes les injustices.
Il me paroît démontré que l'Auteur n'a en
dessein de mettre sur le Théatre qu'un de ces
gens sans état & sans aveu, qui s'introduisent
dans le monde à la faveur d'un extérieur équi-
voque; & qui pourroient contribuer par: leurs
vices & leur ridicule à diminuer la considération
qui est duc aux véritables dépositaires des Loix
si les vices mêmes de ces gens méprisables ne les
démasquoient bientôt.
Voici ce que dit Marton de ce Personnage,
à la premiere Scene du premier Acte, dans l'é-
numération qu'elle fait des Amans de la Mar-
quise.
Un Marquis d'Orbeson avec son Perdrignant,
Un homme sans aven, sans état, sans talent,
Qui sous un habit noir s'est glissé dans le monde;
Et sur qui le mépris à juste titre abonde;
Au deuxiéme Acte, d'Orbeson dit à ce Perdri-
gnant lui-même:
Prends y garde, souffert quand tu m'es néces-
saire
Dans un monde brillant au-dessus de ta sphére,
Ne vas pas t'éblouir de l'acceuil qu'on t'y fait,
Les égards qu'on me doit produisent cet effet.
Malgré le grave habit qui cache ta bassesse,
jitzed by Goo
AVRIL.
1752. 18.
On penêtre aisement que tu n'es qu'une espéce,
Un faquin déguisé, qui se dit Magistrat
Quand il est sans aveu, saus titre, sans état
Clerville au troisiême Acte le peint ainsi à la
Marquise.
Un hommie sans aveu prétendu Magistrat,
Qui tieut de d'Orbeson son équivoque état,
Aux yeux des gens sensés d'autant plus mépri-
fable,
Qu'il pourroit avilir un titre respectable.
Vous m'avouerez, Monsieur, qu'il est, on ne
peut pas plus étonnant, qu'on veuille faire d'un
Personnage Dramatique, autre chose que ce que
l'Auteur en a fait, & en a voulu faire. Les trois
morceaux que je viens de vous copier vous con-
vaincront suffisamment que, loin de s'écarter du
respect que chacun doit avoir à votre état, il
semble qu'il ait voulu par une attention sage,
le garantir même des atteintes que peuvent lui
porter le déguisement & la fausseté. Il seroit à
souhaiter qu'on n'eût pas cherché dans ce Per-
sonnage à étendre les libertés du Théâtre, que
la prudence du Gouvernement s'occupe sans cesse
à retenir dans de justes bornes. Le rôle de Per-
drignant étoit absolument contre les moeurs de
la Scene, & voilà tout ce qu'on peut dire.
Les murmures que ce Personnage a excité
avec justice au deuxième Acte, n'ont que trop
éloigné l'indulgence que pouvoit mériter le reste
de la Piéce. Je n'ai garde de vouloir combattre
ici le jugement toujours respectable du Public.
Un Ouvrage qui lui deplaît manque sans doule
194 MERCUREDEFRANCE.
de quelques qualités essentielles qu'il falloit pour
lui plaire. Les effets du caractere, par exemple,
indépendemment de co premior défaut que jo
viens de remarquer, n'avoient pas assez de fond
pour cinq Actes. La Fable avoit trop peu d'ac-
rion, de mouvement, & de véritable comique.
Le contraste de la vertueuse Comtesse avec la
Marquise, n'étoit pas dessiné assez fortement.
On avoit un peu trop sacrifié à cette Marquise
à ce Personnage vicieux de la Pièce. Les tableaux
du vice décidé n'amusent point; l'indignatios
prend la place du plaisit. L'Ingrat. & la Flattear
deux Piéces bien faites, n'ont eu qu'un leger
succès sur notre Théâtre par cette raison: & le
Tartuffe (me dira-t on) qu'on y prenne garde;
combien d'excelllent comique repandu dans l'ac-
tion! Combien de ridicule dans la bonne Dame
Barnelle, & dans la sotise de son fils Orgon. Et
d'ailleurs cet art avec lequel Tartusfe cherche
sans cesse à en imposer devient presque, dans les
mains de l'Immortel Moliere, un ridicule théa-
tral qui suspend au moins les effets de l'indi-
gnation.
Voilà, je cro is ce qu'on auroit du dire à l'Au-
teur des effets du caractere, & voilà sans doute es
qu'on ne lui a point dit.
Peut on cependant refuser son estime à des
caracteres bien pris, & toujours soutenus, à des
situations ingénieuses & fines, à des détails amu-
sans, & à une façon d'écrire noble, naturelle &
forte ? Tout cela se trouve, Monsicur, dans l'ou-
vrage dont je viens de vous entretenir. Il n'y a
que l'envie, la haine, & la critique amere qui puis-
sent voir autrement a cet égard.
Je n'ai poini choisi les vers que je vous ai
Bauscrits, ceux que vous trouverez dans mon
AVRIL.
1752. 185
Extrait, y sont entrés naturellement, & ils y
étoient nécessaires pour que je ne parusse pas
en imposer sur une Piéce que nous ne verrons
peut être pas imprimée. Ma Lettre auroit fait
un volume trop considérable, si j'avois voulu
rendre à l'Auteur le service de vous faire con-
noître tous les détails agréables de sou Ou-
vrage.
Je finis, Monsieur, par deux observations. L'u-
ne sur le dénouement de la Pièce que quelques
gens ont critiqué fortement; & l'autre sur le rô-
le de la Marquisc, que bien des femmes sur-
tout n'ont pas trouvé dans la nature.
Le vice n'est point puni dans cet Ouvrage,
a ton dit: cependant la Marquise ne l'est-elle
point par le desespoit où elle est de voir toutes
ses manoeuvres sans effet ? Ne l'est- elle point par
le mépris marqué que lui témoignent en sortant
d'Orbeson & Perdrignant : Ne l'est-elle point
encore par ce que lui ditson mari, qu'elle doit
renoncer a son cour si elle ne se rend pas digna de son
estime (Quelle autre sorte de punition pouvoit-on
infliger à cette femme : Une séparation (qui
d'ailleurs n'eût été pratiquable qu'avec le Code
Prussien (étoit-elle théâtrale? Et puis une sépa-
tion, est- elle une peine aujourd'hui? Vouloit-on
que cette semme fut frappée subitement de re-
mords? Des conversions aussi promptes sont elles
dans la nature? Le caractete flechit- il avec tant
de docilité ? Qu'arriveroit- il de plus enfin dans la
Société à une femme qui se trouveroit dans les
circonstances où l'on a placé la Marquise ? Le
mari de cette semme auroit-il, en pareil cas,
d'autre secours que sa raison & sa patience? Le
dénouement étoit donc nécessaire.
L'excès de coquetterie & de méchanceté de la
gines vdO.
186 MERCURE DEFRANCE.
Marquise a fait dire que l'Auteur s'etoit fait des
monstres pour les combattre. Assurement la So-
ciété gagneroit beaucoup à la vérité de cette Cri-
tique : cependant, pourquoi nos Romans Mo-
dernes sont ils pleins de portraits de femmes, plus
dangereuses que la Marquise ? Pourquoi les Au-
teurs de ces Romans passent-ils pour les vrais
Peintres de nos mœeurs ? Pourquoi ne s'attirent-
ils pas la haine du Public par ces mêmes portraits?
Les raisons de tout cela ne sont pas, je crois, fort
aisées à trouver. Ce qu'il y a de vrai, c'est que
la galanterie est une de nos qualités naturelles.
Cela devroit être dit, une fois pour toutes, à nos
Auteurs Dramatiques. Je me rapelle une ancien-
ne Loi de Thebes, qui ordonnoit aux Poëtes de
faire toujours les hommes meilleurs qu'ils n'é-
toient à leurs yeux. N'étois-ce pas faire comme
Alexandre, qui fit laisser dans la partie des Indes
qu'il avoit conquise, des armes d'une grandeur &
d'une force supérieures à celles dont ses Troupes
pouvoient faire usage, afin que la postérité In-
dienne crut. un jour que les anciens Vainqueurs
de leurs Pays étoient des hommes extraordinai-
res: quoiqu'il en soit, les François me parois-
sent avoir secretement adopté pour leurs Specta-
cles, la Loi de Thébes en faveur d'un Sexe qu'ils
idolâtrent
J'ai l'honneur d'être, &c.
Fermer
4784
p. 161-194
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
Début :
Voicy un troisiéme Entretien de Mr B. Vous y trouverez tant / Depuis nostre dernier entretien, j'ay pris un plaisir singulier [...]
Mots clefs :
Lambert, Belorond, Dialogue, Relations, Morale, Philosophie, Philosophes, Sciences, Réflexions, Pythagore, Peuples, Esprit, Indes, Curiosité, Médecine, Géométrie, Silence, Arithmétique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
Voicy un troifiéme Entre
tien de M B. Vous y trou
verez tant de chofes curieufes
, que je fuis feur qu'il ne
vous plaira pas moins que
les deux premiers que vouss
avez veus.
Mday 1685.
162 MERCURE
525252 ·52525: 25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE TROISIE'ME.
BELOROND , LAMBRET .
BELOROND .
Depuis
noftre
dernier
entretien,
j'ay pris un plai-
~
fir fingulier à lire quelques
Relations , de la verité def
quelles je ne doute point,
parce que ceux qui ont bien
voulu les donner au Public,
GALANT. 163
& qui nous affeurent avoir
efté témoins de ce qu'ils y
rapportent , font trop obligez
à ne la point trahir , tant
par leur eſprit que par leur
état , puis qu'ils font une profeffion
particuliere
de la foûtenir
jufques aux extrémitez:
du monde .
LAMBRET.
C'est un auffi grand dé
faut d'ajoûter foy avec trop ,
de facilité à toutes fortes de :
Relations , que de ne riem
croire de ce qu'elles contien
nent.
O ij
164 MERCURE
BELORO ND ,
Je l'avouë ; mais avoiiez
auffi qu'il faut concevoir
comme un Axiôme certain ,
que ceux qui tiennent pour
Fables tout ce qui fe dit des
coûtumes differentes des nôdes
effets extraordinai
tres ,
res , & des merveilles de la
Nature, fe rendent enfin euxmefmes
la Fable des Gens
d'efprit , qui connoiſſent
mieux qu'eux les changemens
& les varietez dont l'ef
prit humain eft capable , & le
pouvoir de cette Nature dont
il nous eft impoffible
de pene
5
GALANT. 165
trer ny de meſurer toute l'étendue.
Quand on lit , par
exemple , dans de certains.
Autheurs , qu'il y a eu des
Hommes qui ont vécu des
mois & mefme des années
> fans
manger un
ignorant
qui
veut
paffer
pour
efprit
fort
, traitera
de Fables
ces
fortes
d'Histoires
, pendant
qu'un
Pomponace
, ce grand
Sectateur
d'Ariftote
, & d'autres
Philofophes
ne s'en
étonneront
pas , à caufe
de cette
réflexion
, que
tout ce qui le
voit
au refte
des Animaux
la
Nature
fe plaift
à le réaliſer
166 MERCURE
1
en quelque Homme . C'eft
pourquoy ils ne font pas fur- f
pris quand ils apprennent
qu'il y a eu des Hommes qui
ont vécu long- temps fans
manger , puis que l'étude
qu'ils ont fait de la Nature,
leur a appris que non feule
ment les Serpens , les Mouches
, les Marmottes & les
Hirondelles , mais encore les
Ours mefmes , & les Crocodiles
, tous grands qu'ils font,
paffent une partie de l'année
fans manger
.
LAMBRET :
Vous voulez bien qu'à ce
GALANT. 167
propos j'interrompe
le recit.
de ce que vous avez leu dans
les Relations
dont vous venez
de parler , en vous diſant
ce que j'ay appris ils n'y a pas
long- temps , de quelques
Perfonnes
qui ont vécu plufieurs
jours , & mefme plufieurs
années fans manger
.
BELOROND .
Parlez , me voila preft à,
yous écouter.
LAMBRE T.
Alexandre Beneicus Me.
decin , écrit qu'un Vénitien
demeura quarante jours fans
boire ny manger. On ap
168 MERCURE
prend dans noftre Mercure
François , que la Fille d'un
Maréchal de Confolent en
Angoumois appellée Jeanne
Belon , a vécu plus de dixhuit
mois de fuite , fans prendre
aucune nourrirure. Tout
ce qu'elle faifoit c'eftoit
d'ouvrir au matin les Fenêtres
de fa Chambre , & de fe
tenir à l'air. Hermolaus Barbarus
dit que du temps de
Leon X. un Preftre a vécu
quarante ans à Rome de la
refpiration de l'air , ce que ce
Pape verifia en préfence de
plufieurs Princes. Albert le
Grand
GALANT. 169
"
Grand affeure avoir veu dans
laVille de Cologne un Fol qui
paffa fept femaines fans rien
manger , beuvant feulement
quelquefois de l'eau . Du
temps de Gregoire XI. un
jeune Ecolier qui étudioit à
Lubech , fe retira en un lieu
fecret pour dormir , & là il
dormit pendant fept ans, tout
le monde croyant qu'il s'étoit
retiré hors de la Ville.
Krentz. Vandal . 1. 8. c . 36 .
Pontanus nous affeure auffi
avoir veu un Homme qui ne
bût jamais en ſa vie ny Eau
ny Vin. Je puis mettre dans
May 1685.
P
170 MERCURE
le mefme rang ce que nous
apprend lamblique c. 3. De
Vita Pyth. quand il dit que
Pythagore demeura trois
jours & deux nuits dans une
mefme poſture fans boire,
fans manger & fans dormir,
ce que je crois facilement
quand je fais reflexion aux
fréquentes abftractions
&
aux élevations d'efprit de ce
Philofophe .
BELOROND .
Tous ces Gens - là n'avoient
pas apparemment
.
mangé d'un certain Animal
qui fe trouve en Suede appelGALANT
171
lé Filfros ou Rofomach , c'eſt à
dire le Goulu , au rapport de
Cardan , & du Medecin
Lombard Megabenus. Ils difent
que cet animal a toûjours
faim fans fe jamais raf
fafier , avec cette proprieté,
fi l'on fe couvre de fa que
peau, l'on a auffi toûjours envie
de boire & de manger
,
fans qu'on puiffe eftre raffafié.
LAMBRET.
Il faut plûtoft croire qu'ils
fe feroient fervis , s'ils l'avoient
fceu , du fruit nommé
Coca ou Cocos , femblable
Pij
172 MERCURE
à un Melon , qui ſe trouve au
Perou en l'Ifle Zebut , parce
qu'il a toutes fortes de goufts
fans en avoir aucun , & que
ceux qui le portent dans leur
bouche ne font fujets à avoir
ny faim ny foif ; ce qui me
fait reffouvenir d'un autre
Fruit nomé Peci , qui fe cueille
à la Chine , & dont parle le
Pere Martini. Il dit avoir fait
plufieurs fois l'experience
qu'en le mettant dans la bouche
avec une Monnoye de
cuivre , les dents la rompent
avec la mefme facilité que ce
Fruit , réduisant le tout en une
1
GALANT. 173
fubftance bonne à manger.
Les Malabares , Peuples des
Indes Orientales, paffent bien
tout le jour fans manger , en
prenant deux grains d'une
Pafte qu'ils appellent Anfian,
& qu'ils font venir de Cambaye
; mais ils font obligez
de continuer cette nourriture
car fi une fois ils l'avoient
quitée , ils ne pourroient
pas vivre quatre jours,
quand mefme ils uferoient
d'autres viandes . Mais cela
fuffit fur cette matiere . Venons
, je vous prie , à ce que
Vous avez remarqué dans
Piij
174 MERCURE
les Relations que vous avez
leuës.
BELOROND.
Ces Relations font celle
d'un Pere Jéfuîte touchant ce
qui s'eft paffé en Canada aux
années 1657. & 1658. & celle
de Mandello. Voicy ce que
j'ay trouvé de plus curieux
dans la premiere . Chez les
Peuples qui habitent ce Païs,
on fe cicatrife & on fe bar
bouille le vifage, pour le rendre
plus agreable. Les cheveux
noirs , roides , & luifans
de graiffe , font estimez les
plus beaux. Au lieu de pouGALANT.
175
dre de Chipre , on fe fert
pour les poudrer , de duvet
ou de petites plumes
d'Oyfeaux . Le Mufc put à
Le petit Oyfeau kur
nez .
qui fe trouve dans les oeufs
que nous appellons couvis ,
leur eft de tres- bon gouft.
Ils hument l'écume du pot ,
& boivent la graiſſe avec volupté
Le potage s'y fert le
dernier
. Le pain fe mange
feparément fans le mefler avec
les autres viandes , & on n'y
boit qu'apres le repas. La
chemile fe met pardeffus
I habit.
C'eft une galanterie chez
Piiij
176 MERCURE
eux , que d'avoir les ongles
tres -grands. Lors qu'ils dancent,
ils fe tiennent fort cour
bez afin d'avoir bonne grace.
Ils enterrent leurs Morts avec
plufieurs hardes , s'imaginant
qu'ils s'en ferviront en l'autre
Monde , & en les enterrant
ils leur font garder dans
la foffe où ils les mettent , la
mefme poſture & affiette
qu'ils tenoient dans le ventre
de leur Mere. Ces coûtumes
font à préſent la plûpart
détruites , comme le raportent
ceux qui reviennent -
de ces Pais- là , parce qu'el
GALANT. 177
les font trop oppofées à celles
des François qui y habi.
tent, & qui n'ont pas cu moins
de foin de policer ces Peuples,
que de les inftruire dans
la veritable Religion . Jay
remarqué dans la feconde
Relation , que la main gau
che eft reputée la plus hono
rable chez les Japonnois ;
que les Filles Banianes des
Indes Orientales fe marient
dés l'âge de fept ou huit
parce que celles qui en ont
douze , font reputées furannées
; qu'elles font gloire d'a
voir les dents noires , & que
ans,
178 MERCURE
tout le Clergé de l'Ifle Formoſe
eft féminin , n'y ayant
que ce Sexe qui fe mefle de
la Religion . Ne m'obligez
pas , je vous prie , à vous
faire un plus long recit de
toutes ces bizarreries , parce
que je ne puis refifter plus
long- temps à la curiofité d'aprendre
quelque chofe de la
vie & des opinions de Pytagore
, que je me fuis toujours
repréſenté comme un
Homme extraordinaire . Ce
que vous m'avez déja dit de
ce Philofophe , me donne
fujet de croire qu'il vous fera
GALANT. 179
aifé de m'inftruire de ce que
j'ay envie de fçavoir .
LAMBRET.
Je le feray volontiers , autant
que je pourray rappeller
dans ma mémoire ce que
j'en ay leu chez Diogénes
Laërce, Iamblique , Diodore
de Sicile , Ciceron , T. Live,
Jofephe, Plutarque, Clement
Alexandrin , S. Ambroife ,
Eufebe , Philoftrate , S. Tho
mas , & Voffius.
Pytagore eftoit de Samos,
& vivoit du temps de Tuldius
Hoftilius , felon T Live,
& de Tarquin le Superbe,
180 MERCURE
felon Ciceron & Aulugelle.
S. Ambroise prétend qu'il
eftoit Juif d'extraction , &
Clement Alexandrin dit qu'il
s'eftoit laiffé circoncire par
les Preftres d'Egypte , pour
eftre inftruit en leur Philofophie,
qu'ils tenoient des Juifs ;
& c'est à propos de cette Circoncifion
, qu'il rapporte
pinion de ceux qui l'ont mef
me pris pour le Prophete Ezéchiel.
Jofephe luy donne le
premier rang entre tous les
Philofophes , & veut qu'il ait
tiré les plus beaux traits de
La Philofophie , de la Synago
l'oGALANT.
181
E
gue
des Hébreux . Il fit plufieurs
Voyages , pour s'infruire
de tout ce qu'il y avoit
de plus curieux de fon temps
dans toutes les Sciences , & il
reüffit fi heureuſement dans
cette avidité de fçavoir, qu'il
fe rendit extrémement habile
dans la Morale , la Politique,
la Phyſique , la Medecine,
les Méchaniques , l'Aftrolo
gie , la Geographie , la Mufique
, l'Arithmétique , la
Geométrie, & en tout ce qu'il
ya de plus rare dans les Mathematiques.
Voicy les preuves
que nous donne fon Hif
.
182 MERCURE
toire de fon habileté dans
toutes ces Sciences .
Pour la Morale,il ne faut que
faire reflexion fur les beaux ·
Préceptes & fur les Symboles
énigmatiques qu'il en a
donnez , & entre autres fur
ceux- cy.
Ou taiſez- vous , ou dites
quelque chofe qui foit meilleur
que le filence , pour
faire connoiftre
qu'on doit prendre
garde à ne parler que bien
à propos.
Ne foyez pas moins fidelle à
garder le dépost d'un Secret , que
celuy d'un Tréfor. Cet avis n'eft
GALANT. 183
pas de moindre importance
que le premier pour
civile .
la vie
Touchez la Terre , quand il
tonne , pour faire entendre
le befoin que nous avons de
nous humilier devant le Ciel,
autant de fois qu'il nous marque
fa colere par les adverſitez
dont ils nous afflige.
B
Ne combatez jamais pour
obtenir la victoire , parce qu'on
ne fçauroit éviter avec trop
de foin l'envie qui la fuit.
Ne cheminez pas dans les
grands Chemins. C'eſt à dire,
ne fuivez pas les fottes opinions
du Vulgaire.
184 MERCURE
table ,
Ne vous affejez jamais à
que
le Sel n'y ait efté
mis auparavant. C'est à dire,
faites provifion de juſtice &
de fageffe avant que de vous
mettre à manger , parce que
c'eft dans ce temps qu'on en
a le plus de befoin.
Toutes chefes doivent estre communes
entre les Amis , parce
qu'un Amy doit regarder fon
Amy comme un autre foymefme.
Regardez les Loix comme les
des Villes , aufquel.
Couronnes des Villes ,
les on ne peut toucher fans
crime.
GALANT. 185
Ne frapez pas dans la main
de toutes Perfonnes indiférem
ment , c'eſt à dire , ne proſtituez
pas voſtre amitié.
Ne foufrez point d'Hyrondelles
fur le toit , pour montrer
que nous devons nous
défier de ceux qui ne nous
font des careffes que dans .
la profpérité
.
A
GoisAbftenez- vous des Ferves . 11
vouloit enſeigner par ce Pré--
cepte , qu'il ne faut pas rechercher
les Magiftratures,
parce qu'elles fe donnoient
par des fufrages dont les Fé
ves eftoient les marques.
May 1685.
Q
186 MERCURE
Ne mangez point de Poiffons
, pour faire voir combien
ceux qui aimoient le filence
luy eftoient chers .
Ne mangez jamais de la
main gauche. Ses Difciples
ont entendu par ce Précepte
prohibitif, qu'il ne faloit jamais
tirer fa fubſiſtance d'un
gain illegitime , ny d'actions
qui fuffent contre la juſtice
& l'équité.
Gratez le dedans de vostre
tefte en fortant du Logis , & le
derriere quand vous y entrez-
L'une & l'autre action fignifioit
felon ma penſée , qu'il
GALANT. 187
faut le matin , lors qu'on va
dehors ,longer attentivement
à ce qu'on doit faire , & le
foir en fe retirant , faire ré
flection fur les actions de la
journée , pour remédier à
celles qui auroient efté obmifes.
Ne fortez jamais d'un Carroffe
les pieds joints. C'eſt à
caufe que cette pofture oblige
à une defcente précipitée, &
qui s'exécute tout d'un coup.
Il vouloit apprendre par là
à ceux qui changent de réfolution
, & qui quitent un
deffein , ou un employ pour
Q "
188 MERCURE
en prendre un autre , qu'ils
doivent exécuter ce changement
petit à petit , & pref.
que infenfiblement , afin d'éviter
par cette prudence &
cette circonfpection tout ce
qu'on y peut trouver de furprenant,
Si l'on a veu Pytagore exceller
dans la Morale , les au
tres Sciences n'ont pas moins
contribué à rendre fon nom
fameux.
Diogenes raporte
que la Médecine luy doit
beaucoup. On ne peut douter
de fon habileté dans la
Politique , puis qu'il eut part
GALANT. 189
au Gouvernement des Villes
de Crotone , de Metapont,
& de Tarente où il demeuroit
ordinairement . Dans la
Phyfique , il prédit un tremblement
de terre par la faveur
de l'eau d'un Puits dont
il avoit beu. Dans les Mecaniques
; Ariftoxénus a écrit
que les Grecs tenoient de
luy leurs Poids & leurs Mefures.
Dans l'Aftrologie ; il
s'aperceut le premier , que
Vefper, & Phoſphore ou Lucifer
n'eftoient qu'une même
Etoile. Dans la Geographie
;
il affura qu'il y avoit des An190
MERCURE
tipodes. Dans la Muſique ;
il la faifoit fervir pour la Morale
, adouciffant les plus violentes
paffions de l'ame par
la mélodie ; témoin ce jeune
Homme defefperé d'amour,
qu'il remit dans fon bon fens
avec un Air Spondaïque ou
Sacrifical. Dans l'Arithmétique
, il en inventa de nouvelles
Régles. Dans la Geométrie
; il la mit en fa perfection
, lors qu'elle n'avoit
que les premiers élémens
qu'un certain Mæris avoit
donnez . C'eft luy qui a trouvé
cebeau Theoréme qui le voir
GALANT. 191
C
dans la 47 Proportion du premier
Livre des Elémens d'Eu
clide.
Ce grand Homme , tout
profond & univerfel qu'il étoit
dans les Sciences , eut pourtant
affez d'humilité pour
eftre le premier qui refufa le
nom de Sage , difant que ce
Titre n'appartenoit qu'à Dieu
feul. Il fe contenta de celuy
de Philofophe , c'eft à dire
d'Amy de la Sageffe ,
fe faifant pour ainfi dire , le
Parrain de la Philofophie.
Quoy qu'il ait affez bien penſé
de Dieu , que ce foit le pre192
MERCURE
*
mier des Philofophes qui ait
foûtenu l'Immortalité
de l'Ame
, & que Saint Thomas le
reconnoifle avecSocrate pour
les deux plus vertueux Hommes
qu'ait eu le Paganiſme,
il ne laiffe pas d'eftre tres-
• digne de cenfure , à caufe de
Métempficofe
, ou Tranf
migration des Ames. On l'a
accufé de Magie , mais les
contes dont on s'eft fervy
pour authoriſer cette accufa
tion , font fi ridicules , qu'ils
ne méritent pas la peine d'étre
refutez ; fi on veut pourtant
avoir cette fatisfaction,
fa
on
GALANT. 193
on n'a qu'à lire la fçavanté
Apologie de M Naudé. Les
Gnoftiques & une certaine
Marcelline adoroient fon
Image au rapport de Saint
Irenée & de Saint Auguftin.
Juftin dit que ceux de Metapont
l'adorerent comme un
Dieu. On ne fçait point
certainement de quelle maniere
il eft mort. Quelquesuns
difent qu'ilfut affafliné
fur le bord d'un Champ fené
de Féves , parce quil n'ofoit
y mettre le pied ; mais cette
Hiftoire eft fi indigne de ce
grand Homme , que je ne la
May 1685.
R
194 MERCURE
regarde que comme un Conte
fair à plaifir par fes Ennemis.
D'autres difent qu'il perit
de faim & de miferes
aprés quarante jours de prifon.
Il y en a enfin qui affeurent
qu'un Homme à qui il
n'avoit pas voulu enfeigner
fa Philofophie , le brûla avec
fes Diſciples dans la maiſon
où ils eftoient. La fin de la
vie de ce Philofophe , fera
s'il vous plaiſt , celle de noſtre
converſation .
tien de M B. Vous y trou
verez tant de chofes curieufes
, que je fuis feur qu'il ne
vous plaira pas moins que
les deux premiers que vouss
avez veus.
Mday 1685.
162 MERCURE
525252 ·52525: 25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE TROISIE'ME.
BELOROND , LAMBRET .
BELOROND .
Depuis
noftre
dernier
entretien,
j'ay pris un plai-
~
fir fingulier à lire quelques
Relations , de la verité def
quelles je ne doute point,
parce que ceux qui ont bien
voulu les donner au Public,
GALANT. 163
& qui nous affeurent avoir
efté témoins de ce qu'ils y
rapportent , font trop obligez
à ne la point trahir , tant
par leur eſprit que par leur
état , puis qu'ils font une profeffion
particuliere
de la foûtenir
jufques aux extrémitez:
du monde .
LAMBRET.
C'est un auffi grand dé
faut d'ajoûter foy avec trop ,
de facilité à toutes fortes de :
Relations , que de ne riem
croire de ce qu'elles contien
nent.
O ij
164 MERCURE
BELORO ND ,
Je l'avouë ; mais avoiiez
auffi qu'il faut concevoir
comme un Axiôme certain ,
que ceux qui tiennent pour
Fables tout ce qui fe dit des
coûtumes differentes des nôdes
effets extraordinai
tres ,
res , & des merveilles de la
Nature, fe rendent enfin euxmefmes
la Fable des Gens
d'efprit , qui connoiſſent
mieux qu'eux les changemens
& les varietez dont l'ef
prit humain eft capable , & le
pouvoir de cette Nature dont
il nous eft impoffible
de pene
5
GALANT. 165
trer ny de meſurer toute l'étendue.
Quand on lit , par
exemple , dans de certains.
Autheurs , qu'il y a eu des
Hommes qui ont vécu des
mois & mefme des années
> fans
manger un
ignorant
qui
veut
paffer
pour
efprit
fort
, traitera
de Fables
ces
fortes
d'Histoires
, pendant
qu'un
Pomponace
, ce grand
Sectateur
d'Ariftote
, & d'autres
Philofophes
ne s'en
étonneront
pas , à caufe
de cette
réflexion
, que
tout ce qui le
voit
au refte
des Animaux
la
Nature
fe plaift
à le réaliſer
166 MERCURE
1
en quelque Homme . C'eft
pourquoy ils ne font pas fur- f
pris quand ils apprennent
qu'il y a eu des Hommes qui
ont vécu long- temps fans
manger , puis que l'étude
qu'ils ont fait de la Nature,
leur a appris que non feule
ment les Serpens , les Mouches
, les Marmottes & les
Hirondelles , mais encore les
Ours mefmes , & les Crocodiles
, tous grands qu'ils font,
paffent une partie de l'année
fans manger
.
LAMBRET :
Vous voulez bien qu'à ce
GALANT. 167
propos j'interrompe
le recit.
de ce que vous avez leu dans
les Relations
dont vous venez
de parler , en vous diſant
ce que j'ay appris ils n'y a pas
long- temps , de quelques
Perfonnes
qui ont vécu plufieurs
jours , & mefme plufieurs
années fans manger
.
BELOROND .
Parlez , me voila preft à,
yous écouter.
LAMBRE T.
Alexandre Beneicus Me.
decin , écrit qu'un Vénitien
demeura quarante jours fans
boire ny manger. On ap
168 MERCURE
prend dans noftre Mercure
François , que la Fille d'un
Maréchal de Confolent en
Angoumois appellée Jeanne
Belon , a vécu plus de dixhuit
mois de fuite , fans prendre
aucune nourrirure. Tout
ce qu'elle faifoit c'eftoit
d'ouvrir au matin les Fenêtres
de fa Chambre , & de fe
tenir à l'air. Hermolaus Barbarus
dit que du temps de
Leon X. un Preftre a vécu
quarante ans à Rome de la
refpiration de l'air , ce que ce
Pape verifia en préfence de
plufieurs Princes. Albert le
Grand
GALANT. 169
"
Grand affeure avoir veu dans
laVille de Cologne un Fol qui
paffa fept femaines fans rien
manger , beuvant feulement
quelquefois de l'eau . Du
temps de Gregoire XI. un
jeune Ecolier qui étudioit à
Lubech , fe retira en un lieu
fecret pour dormir , & là il
dormit pendant fept ans, tout
le monde croyant qu'il s'étoit
retiré hors de la Ville.
Krentz. Vandal . 1. 8. c . 36 .
Pontanus nous affeure auffi
avoir veu un Homme qui ne
bût jamais en ſa vie ny Eau
ny Vin. Je puis mettre dans
May 1685.
P
170 MERCURE
le mefme rang ce que nous
apprend lamblique c. 3. De
Vita Pyth. quand il dit que
Pythagore demeura trois
jours & deux nuits dans une
mefme poſture fans boire,
fans manger & fans dormir,
ce que je crois facilement
quand je fais reflexion aux
fréquentes abftractions
&
aux élevations d'efprit de ce
Philofophe .
BELOROND .
Tous ces Gens - là n'avoient
pas apparemment
.
mangé d'un certain Animal
qui fe trouve en Suede appelGALANT
171
lé Filfros ou Rofomach , c'eſt à
dire le Goulu , au rapport de
Cardan , & du Medecin
Lombard Megabenus. Ils difent
que cet animal a toûjours
faim fans fe jamais raf
fafier , avec cette proprieté,
fi l'on fe couvre de fa que
peau, l'on a auffi toûjours envie
de boire & de manger
,
fans qu'on puiffe eftre raffafié.
LAMBRET.
Il faut plûtoft croire qu'ils
fe feroient fervis , s'ils l'avoient
fceu , du fruit nommé
Coca ou Cocos , femblable
Pij
172 MERCURE
à un Melon , qui ſe trouve au
Perou en l'Ifle Zebut , parce
qu'il a toutes fortes de goufts
fans en avoir aucun , & que
ceux qui le portent dans leur
bouche ne font fujets à avoir
ny faim ny foif ; ce qui me
fait reffouvenir d'un autre
Fruit nomé Peci , qui fe cueille
à la Chine , & dont parle le
Pere Martini. Il dit avoir fait
plufieurs fois l'experience
qu'en le mettant dans la bouche
avec une Monnoye de
cuivre , les dents la rompent
avec la mefme facilité que ce
Fruit , réduisant le tout en une
1
GALANT. 173
fubftance bonne à manger.
Les Malabares , Peuples des
Indes Orientales, paffent bien
tout le jour fans manger , en
prenant deux grains d'une
Pafte qu'ils appellent Anfian,
& qu'ils font venir de Cambaye
; mais ils font obligez
de continuer cette nourriture
car fi une fois ils l'avoient
quitée , ils ne pourroient
pas vivre quatre jours,
quand mefme ils uferoient
d'autres viandes . Mais cela
fuffit fur cette matiere . Venons
, je vous prie , à ce que
Vous avez remarqué dans
Piij
174 MERCURE
les Relations que vous avez
leuës.
BELOROND.
Ces Relations font celle
d'un Pere Jéfuîte touchant ce
qui s'eft paffé en Canada aux
années 1657. & 1658. & celle
de Mandello. Voicy ce que
j'ay trouvé de plus curieux
dans la premiere . Chez les
Peuples qui habitent ce Païs,
on fe cicatrife & on fe bar
bouille le vifage, pour le rendre
plus agreable. Les cheveux
noirs , roides , & luifans
de graiffe , font estimez les
plus beaux. Au lieu de pouGALANT.
175
dre de Chipre , on fe fert
pour les poudrer , de duvet
ou de petites plumes
d'Oyfeaux . Le Mufc put à
Le petit Oyfeau kur
nez .
qui fe trouve dans les oeufs
que nous appellons couvis ,
leur eft de tres- bon gouft.
Ils hument l'écume du pot ,
& boivent la graiſſe avec volupté
Le potage s'y fert le
dernier
. Le pain fe mange
feparément fans le mefler avec
les autres viandes , & on n'y
boit qu'apres le repas. La
chemile fe met pardeffus
I habit.
C'eft une galanterie chez
Piiij
176 MERCURE
eux , que d'avoir les ongles
tres -grands. Lors qu'ils dancent,
ils fe tiennent fort cour
bez afin d'avoir bonne grace.
Ils enterrent leurs Morts avec
plufieurs hardes , s'imaginant
qu'ils s'en ferviront en l'autre
Monde , & en les enterrant
ils leur font garder dans
la foffe où ils les mettent , la
mefme poſture & affiette
qu'ils tenoient dans le ventre
de leur Mere. Ces coûtumes
font à préſent la plûpart
détruites , comme le raportent
ceux qui reviennent -
de ces Pais- là , parce qu'el
GALANT. 177
les font trop oppofées à celles
des François qui y habi.
tent, & qui n'ont pas cu moins
de foin de policer ces Peuples,
que de les inftruire dans
la veritable Religion . Jay
remarqué dans la feconde
Relation , que la main gau
che eft reputée la plus hono
rable chez les Japonnois ;
que les Filles Banianes des
Indes Orientales fe marient
dés l'âge de fept ou huit
parce que celles qui en ont
douze , font reputées furannées
; qu'elles font gloire d'a
voir les dents noires , & que
ans,
178 MERCURE
tout le Clergé de l'Ifle Formoſe
eft féminin , n'y ayant
que ce Sexe qui fe mefle de
la Religion . Ne m'obligez
pas , je vous prie , à vous
faire un plus long recit de
toutes ces bizarreries , parce
que je ne puis refifter plus
long- temps à la curiofité d'aprendre
quelque chofe de la
vie & des opinions de Pytagore
, que je me fuis toujours
repréſenté comme un
Homme extraordinaire . Ce
que vous m'avez déja dit de
ce Philofophe , me donne
fujet de croire qu'il vous fera
GALANT. 179
aifé de m'inftruire de ce que
j'ay envie de fçavoir .
LAMBRET.
Je le feray volontiers , autant
que je pourray rappeller
dans ma mémoire ce que
j'en ay leu chez Diogénes
Laërce, Iamblique , Diodore
de Sicile , Ciceron , T. Live,
Jofephe, Plutarque, Clement
Alexandrin , S. Ambroife ,
Eufebe , Philoftrate , S. Tho
mas , & Voffius.
Pytagore eftoit de Samos,
& vivoit du temps de Tuldius
Hoftilius , felon T Live,
& de Tarquin le Superbe,
180 MERCURE
felon Ciceron & Aulugelle.
S. Ambroise prétend qu'il
eftoit Juif d'extraction , &
Clement Alexandrin dit qu'il
s'eftoit laiffé circoncire par
les Preftres d'Egypte , pour
eftre inftruit en leur Philofophie,
qu'ils tenoient des Juifs ;
& c'est à propos de cette Circoncifion
, qu'il rapporte
pinion de ceux qui l'ont mef
me pris pour le Prophete Ezéchiel.
Jofephe luy donne le
premier rang entre tous les
Philofophes , & veut qu'il ait
tiré les plus beaux traits de
La Philofophie , de la Synago
l'oGALANT.
181
E
gue
des Hébreux . Il fit plufieurs
Voyages , pour s'infruire
de tout ce qu'il y avoit
de plus curieux de fon temps
dans toutes les Sciences , & il
reüffit fi heureuſement dans
cette avidité de fçavoir, qu'il
fe rendit extrémement habile
dans la Morale , la Politique,
la Phyſique , la Medecine,
les Méchaniques , l'Aftrolo
gie , la Geographie , la Mufique
, l'Arithmétique , la
Geométrie, & en tout ce qu'il
ya de plus rare dans les Mathematiques.
Voicy les preuves
que nous donne fon Hif
.
182 MERCURE
toire de fon habileté dans
toutes ces Sciences .
Pour la Morale,il ne faut que
faire reflexion fur les beaux ·
Préceptes & fur les Symboles
énigmatiques qu'il en a
donnez , & entre autres fur
ceux- cy.
Ou taiſez- vous , ou dites
quelque chofe qui foit meilleur
que le filence , pour
faire connoiftre
qu'on doit prendre
garde à ne parler que bien
à propos.
Ne foyez pas moins fidelle à
garder le dépost d'un Secret , que
celuy d'un Tréfor. Cet avis n'eft
GALANT. 183
pas de moindre importance
que le premier pour
civile .
la vie
Touchez la Terre , quand il
tonne , pour faire entendre
le befoin que nous avons de
nous humilier devant le Ciel,
autant de fois qu'il nous marque
fa colere par les adverſitez
dont ils nous afflige.
B
Ne combatez jamais pour
obtenir la victoire , parce qu'on
ne fçauroit éviter avec trop
de foin l'envie qui la fuit.
Ne cheminez pas dans les
grands Chemins. C'eſt à dire,
ne fuivez pas les fottes opinions
du Vulgaire.
184 MERCURE
table ,
Ne vous affejez jamais à
que
le Sel n'y ait efté
mis auparavant. C'est à dire,
faites provifion de juſtice &
de fageffe avant que de vous
mettre à manger , parce que
c'eft dans ce temps qu'on en
a le plus de befoin.
Toutes chefes doivent estre communes
entre les Amis , parce
qu'un Amy doit regarder fon
Amy comme un autre foymefme.
Regardez les Loix comme les
des Villes , aufquel.
Couronnes des Villes ,
les on ne peut toucher fans
crime.
GALANT. 185
Ne frapez pas dans la main
de toutes Perfonnes indiférem
ment , c'eſt à dire , ne proſtituez
pas voſtre amitié.
Ne foufrez point d'Hyrondelles
fur le toit , pour montrer
que nous devons nous
défier de ceux qui ne nous
font des careffes que dans .
la profpérité
.
A
GoisAbftenez- vous des Ferves . 11
vouloit enſeigner par ce Pré--
cepte , qu'il ne faut pas rechercher
les Magiftratures,
parce qu'elles fe donnoient
par des fufrages dont les Fé
ves eftoient les marques.
May 1685.
Q
186 MERCURE
Ne mangez point de Poiffons
, pour faire voir combien
ceux qui aimoient le filence
luy eftoient chers .
Ne mangez jamais de la
main gauche. Ses Difciples
ont entendu par ce Précepte
prohibitif, qu'il ne faloit jamais
tirer fa fubſiſtance d'un
gain illegitime , ny d'actions
qui fuffent contre la juſtice
& l'équité.
Gratez le dedans de vostre
tefte en fortant du Logis , & le
derriere quand vous y entrez-
L'une & l'autre action fignifioit
felon ma penſée , qu'il
GALANT. 187
faut le matin , lors qu'on va
dehors ,longer attentivement
à ce qu'on doit faire , & le
foir en fe retirant , faire ré
flection fur les actions de la
journée , pour remédier à
celles qui auroient efté obmifes.
Ne fortez jamais d'un Carroffe
les pieds joints. C'eſt à
caufe que cette pofture oblige
à une defcente précipitée, &
qui s'exécute tout d'un coup.
Il vouloit apprendre par là
à ceux qui changent de réfolution
, & qui quitent un
deffein , ou un employ pour
Q "
188 MERCURE
en prendre un autre , qu'ils
doivent exécuter ce changement
petit à petit , & pref.
que infenfiblement , afin d'éviter
par cette prudence &
cette circonfpection tout ce
qu'on y peut trouver de furprenant,
Si l'on a veu Pytagore exceller
dans la Morale , les au
tres Sciences n'ont pas moins
contribué à rendre fon nom
fameux.
Diogenes raporte
que la Médecine luy doit
beaucoup. On ne peut douter
de fon habileté dans la
Politique , puis qu'il eut part
GALANT. 189
au Gouvernement des Villes
de Crotone , de Metapont,
& de Tarente où il demeuroit
ordinairement . Dans la
Phyfique , il prédit un tremblement
de terre par la faveur
de l'eau d'un Puits dont
il avoit beu. Dans les Mecaniques
; Ariftoxénus a écrit
que les Grecs tenoient de
luy leurs Poids & leurs Mefures.
Dans l'Aftrologie ; il
s'aperceut le premier , que
Vefper, & Phoſphore ou Lucifer
n'eftoient qu'une même
Etoile. Dans la Geographie
;
il affura qu'il y avoit des An190
MERCURE
tipodes. Dans la Muſique ;
il la faifoit fervir pour la Morale
, adouciffant les plus violentes
paffions de l'ame par
la mélodie ; témoin ce jeune
Homme defefperé d'amour,
qu'il remit dans fon bon fens
avec un Air Spondaïque ou
Sacrifical. Dans l'Arithmétique
, il en inventa de nouvelles
Régles. Dans la Geométrie
; il la mit en fa perfection
, lors qu'elle n'avoit
que les premiers élémens
qu'un certain Mæris avoit
donnez . C'eft luy qui a trouvé
cebeau Theoréme qui le voir
GALANT. 191
C
dans la 47 Proportion du premier
Livre des Elémens d'Eu
clide.
Ce grand Homme , tout
profond & univerfel qu'il étoit
dans les Sciences , eut pourtant
affez d'humilité pour
eftre le premier qui refufa le
nom de Sage , difant que ce
Titre n'appartenoit qu'à Dieu
feul. Il fe contenta de celuy
de Philofophe , c'eft à dire
d'Amy de la Sageffe ,
fe faifant pour ainfi dire , le
Parrain de la Philofophie.
Quoy qu'il ait affez bien penſé
de Dieu , que ce foit le pre192
MERCURE
*
mier des Philofophes qui ait
foûtenu l'Immortalité
de l'Ame
, & que Saint Thomas le
reconnoifle avecSocrate pour
les deux plus vertueux Hommes
qu'ait eu le Paganiſme,
il ne laiffe pas d'eftre tres-
• digne de cenfure , à caufe de
Métempficofe
, ou Tranf
migration des Ames. On l'a
accufé de Magie , mais les
contes dont on s'eft fervy
pour authoriſer cette accufa
tion , font fi ridicules , qu'ils
ne méritent pas la peine d'étre
refutez ; fi on veut pourtant
avoir cette fatisfaction,
fa
on
GALANT. 193
on n'a qu'à lire la fçavanté
Apologie de M Naudé. Les
Gnoftiques & une certaine
Marcelline adoroient fon
Image au rapport de Saint
Irenée & de Saint Auguftin.
Juftin dit que ceux de Metapont
l'adorerent comme un
Dieu. On ne fçait point
certainement de quelle maniere
il eft mort. Quelquesuns
difent qu'ilfut affafliné
fur le bord d'un Champ fené
de Féves , parce quil n'ofoit
y mettre le pied ; mais cette
Hiftoire eft fi indigne de ce
grand Homme , que je ne la
May 1685.
R
194 MERCURE
regarde que comme un Conte
fair à plaifir par fes Ennemis.
D'autres difent qu'il perit
de faim & de miferes
aprés quarante jours de prifon.
Il y en a enfin qui affeurent
qu'un Homme à qui il
n'avoit pas voulu enfeigner
fa Philofophie , le brûla avec
fes Diſciples dans la maiſon
où ils eftoient. La fin de la
vie de ce Philofophe , fera
s'il vous plaiſt , celle de noſtre
converſation .
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
En mai 1685, Belorond et Lambret débattent de récits extraordinaires rapportés dans diverses relations. Belorond affirme leur véracité, citant des exemples de personnes ayant survécu sans manger, comme Alexandre Beneicus et un prêtre à Rome. Lambret, bien qu'il mette en garde contre la crédulité excessive, reconnaît la nécessité de ne pas rejeter systématiquement ces récits. Ils évoquent des explications possibles, telles que l'évitement d'un animal suédois ou la consommation de fruits spécifiques. Un autre texte décrit des coutumes observées chez les peuples du Canada en 1657 et 1658, incluant la cicatrisation et la peinture du visage, l'esthétique des cheveux, et les habitudes alimentaires. Ces pratiques sont en déclin en raison de l'influence française. Le texte mentionne également des pratiques culturelles variées, comme l'importance de la main gauche chez les Japonais, les mariages précoces des filles en Inde, et la prédominance féminine dans le clergé à Formose. Le texte se concentre également sur Pythagore, philosophe de Samos, connu pour ses vastes connaissances en morale, politique, physique, médecine, mécanique, astrologie, géographie, musique, arithmétique et géométrie. Pythagore est décrit comme un homme érudit, ayant voyagé pour acquérir des connaissances. Il a contribué à divers domaines scientifiques et philosophiques, notamment en médecine, physique, mécanique, astrologie, géographie, musique, arithmétique et géométrie. Malgré ses contributions, il refusa le titre de sage, se contentant de celui de philosophe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4785
p. 994
PRISE DE TRAERBACK.
Début :
L[']Artillerie nécessaire pour faire le Siége du Château de Traerback étant arrivée de Sarre-Loüis [...]
Mots clefs :
Prise de Trarbach, Comte d'Aubigné, Tranchée, Brigadier, Chevalier de Belle-Isle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRISE DE TRAERBACK.
PRISE DE TRAERBACK.
Artillerie nécessaire pour faire le Siége du
Chateau de Tracerback tant arrivée de Sarre-
Louis le 24 du mois dernier , le Comte de Belleisle
la fit placer sur le champ dans les Batteries
qu'il avoit fait préparer et le lendemain au soir
il fit ouvrir la tranchée par le Comte d'Aubigné,
Maréchal de Camp , par M. de Mainville Brigadier
, et par le Marquis de Croissy , Colonel du
Regiment Royal , avec quatre Compagnies de
Grenadiers, trois Piquets de so hommes chacun,
et un détachement de 100 Dragons , lequel sous
les ordres du Chevalier de Belleisle , Brigadier ,
fut placé à la droite de l'attaque vers les hauteurs
du Château .
Le 27 et les jours suivants la Tranchée fut re-
Jevée avec un pareil nombre de Troupes.
Le premier de ce inois , le Comte d'Aubigné ,
et le Duc de Luxembourg , Brigadier , étant de
tranchée , on attaqua un Ouvrage avancé que les
Grenadiers du Regiment de la Couronne empor
terent et au moyen du feu continuel qu'on fit sur
P'enceinte crenclée qui soutenoit cet ouvrage , on
s'y logea .
Le 2 , les Ennemis s'étant apperçu qu'on avoit
attaché le Mineur à un Ouvrage qui couvroit le
corps du Donjon , demanderent à capituler , et ils
obtintent les honneurs de la Guerre.
La Garnison qui sortit le 4 pour se retirer à
Coblentz n'étoit plus composée que de 14 Officiers
, d'environ 300 Soldats , y en ayant eû so
de tuez ou de blessez . Les assiegeants ont eû s
Officiers blessez , 24 hommes de tuez et 80 de
blessez.
Artillerie nécessaire pour faire le Siége du
Chateau de Tracerback tant arrivée de Sarre-
Louis le 24 du mois dernier , le Comte de Belleisle
la fit placer sur le champ dans les Batteries
qu'il avoit fait préparer et le lendemain au soir
il fit ouvrir la tranchée par le Comte d'Aubigné,
Maréchal de Camp , par M. de Mainville Brigadier
, et par le Marquis de Croissy , Colonel du
Regiment Royal , avec quatre Compagnies de
Grenadiers, trois Piquets de so hommes chacun,
et un détachement de 100 Dragons , lequel sous
les ordres du Chevalier de Belleisle , Brigadier ,
fut placé à la droite de l'attaque vers les hauteurs
du Château .
Le 27 et les jours suivants la Tranchée fut re-
Jevée avec un pareil nombre de Troupes.
Le premier de ce inois , le Comte d'Aubigné ,
et le Duc de Luxembourg , Brigadier , étant de
tranchée , on attaqua un Ouvrage avancé que les
Grenadiers du Regiment de la Couronne empor
terent et au moyen du feu continuel qu'on fit sur
P'enceinte crenclée qui soutenoit cet ouvrage , on
s'y logea .
Le 2 , les Ennemis s'étant apperçu qu'on avoit
attaché le Mineur à un Ouvrage qui couvroit le
corps du Donjon , demanderent à capituler , et ils
obtintent les honneurs de la Guerre.
La Garnison qui sortit le 4 pour se retirer à
Coblentz n'étoit plus composée que de 14 Officiers
, d'environ 300 Soldats , y en ayant eû so
de tuez ou de blessez . Les assiegeants ont eû s
Officiers blessez , 24 hommes de tuez et 80 de
blessez.
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Résumé : PRISE DE TRAERBACK.
Le siège du château de Traerback a commencé le 24 du mois précédent avec l'arrivée de l'artillerie depuis Sarre-Louis. Le Comte de Belleisle a positionné les canons dans les batteries préparées. Le 25, la tranchée a été ouverte par le Comte d'Aubigné, Maréchal de Camp, M. de Mainville, Brigadier, et le Marquis de Croissy, Colonel du Régiment Royal, soutenus par des grenadiers, des piquets et des dragons sous le commandement du Chevalier de Belleisle. Les travaux ont continué avec le même effectif. Le 1er du mois, le Comte d'Aubigné et le Duc de Luxembourg ont dirigé une attaque sur un ouvrage avancé, pris par les grenadiers du Régiment de la Couronne. Le 2, les défenseurs, ayant remarqué les préparatifs de mine sous le donjon, ont demandé à capituler et ont obtenu les honneurs de la guerre. La garnison, réduite à 14 officiers et environ 300 soldats, s'est retirée à Coblentz le 4, après avoir subi des pertes. Les assiégeants ont également subi des pertes, avec 5 officiers blessés, 24 hommes tués et 80 blessés.
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4787
p. 782
DANNEMARCK.
Début :
La Colomne qui avoit été élevé prés de Frederickstadt, à [...]
Mots clefs :
Charles XII, Inscriptions, Couronne de Suède
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texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK.
DANNEM A R˚C K.
derickstadt , à l'occasion de la mort du Roi de
Suede Charles XII. doit être incessamment abbatuë
et les Inscriptions ôtées par ordre du Roi ,
qui a résolu de vivre en bonne intelligence avec
la Couronne de Suede.
derickstadt , à l'occasion de la mort du Roi de
Suede Charles XII. doit être incessamment abbatuë
et les Inscriptions ôtées par ordre du Roi ,
qui a résolu de vivre en bonne intelligence avec
la Couronne de Suede.
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4788
p. 164-165
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Le Mercredi 12 Août, Lundi 17, Mercredi 19 & Samedi 22, on exécuta chez [...]
Mots clefs :
Roi, Cour, Madame la Dauphine, François Colin de Blamont, Musique
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
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Résumé : CONCERTS A LA COUR.
Du 12 au 22 août, plusieurs représentations du ballet 'Les Fêtes Grecques & Romaines' de Monsieur de Blâmont eurent lieu chez Madame la Dauphine. Les rôles furent interprétés par les demoiselles Chevalier, de Selle, Romainville, Mathieu, Canavas et Bezin, ainsi que par les messieurs Jeliotte, Poirier, Besche, Benoît et Joguet. Le 27 août, Monsieur de Blâmont dirigea l'exécution du Te Deum pour célébrer l'accouchement heureux de Madame la Dauphine. Ce Te Deum avait été composé pour le sacre du Roi et avait été utilisé lors de divers événements importants, tels que la naissance du Dauphin et des autres enfants de France, la convalescence du Roi, ainsi que ses victoires et conquêtes. La partition du Te Deum, accompagnée de plusieurs motets, était disponible à l'achat chez la veuve Bovin à la Régle d'or, rue Saint-Honoré, et chez le Clerc à la Croix d'or, rue du Roule, au prix de neuf livres.
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4790
p. 164-165
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Le Mercredi 12 Août, Lundi 17, Mercredi 19 & Samedi 22, on exécuta chez [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Te Deum
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
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4791
p. 2470-2471
« Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Début :
Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...]
Mots clefs :
Barnabites de Montargis, Absalon, Tragédie, Danses, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : « Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Le 27 du mois d'Août , les Barnabites de Mon
targis firent représenter par leurs Pensionnaires
et les Ecoliers de leur College, la Tragédie d'Ab
salon. L´s Entr'Actes étoient remplis par unBallet
de l'Ambition , dans lequel on faisoit voir par
des Danses ingénieusement figurées et parfaite- ment conformes aux différens traits de l'Histoi
re et de la Fable , propres aux Sujets , et exposez
par ordre dans les Programmes , les sources de
cette passion , les moyens qu'elle employe , les
excès ausquels elle se porte , et les suites fâcheu
ses qu'elle produit. Le grand concours de monde , tant de la Ville que des environs , rendoit:
ce spectacle des plus magnifiques : mais la distribution des Prix accordez par S. A. R. Monsei
gneur le Duc d'Orleans , Protecteur et bienfaiteur du College , et dont le Portrait étoit en fa
ce du Théatre , en releva beaucoup la pompe.
Elle fut faite par M. Bouseonnier , Premier Président au Présidial de Montargis , ' et fut suivie
de la récitation d'une OdeFrançoise, en actions de
graces de la liberalité de Son Altesse Serenissime.
La magnificence et la varieté des habits , la décoration du Spectacle , et les mouvemens du Théa~
tre ont rendu cette Représentation beaucoup.
plus
NOVEMBRE. 1732. 247
plus belle , que ne l'avoient été les précédentes.
Les Acteurs de la Tragédie et du Ballet , dont la
plûpart ont remporté des prix , se sont attiré des
applaudissemens universels , et ont parfaitement rempli l'attente du Public.
targis firent représenter par leurs Pensionnaires
et les Ecoliers de leur College, la Tragédie d'Ab
salon. L´s Entr'Actes étoient remplis par unBallet
de l'Ambition , dans lequel on faisoit voir par
des Danses ingénieusement figurées et parfaite- ment conformes aux différens traits de l'Histoi
re et de la Fable , propres aux Sujets , et exposez
par ordre dans les Programmes , les sources de
cette passion , les moyens qu'elle employe , les
excès ausquels elle se porte , et les suites fâcheu
ses qu'elle produit. Le grand concours de monde , tant de la Ville que des environs , rendoit:
ce spectacle des plus magnifiques : mais la distribution des Prix accordez par S. A. R. Monsei
gneur le Duc d'Orleans , Protecteur et bienfaiteur du College , et dont le Portrait étoit en fa
ce du Théatre , en releva beaucoup la pompe.
Elle fut faite par M. Bouseonnier , Premier Président au Présidial de Montargis , ' et fut suivie
de la récitation d'une OdeFrançoise, en actions de
graces de la liberalité de Son Altesse Serenissime.
La magnificence et la varieté des habits , la décoration du Spectacle , et les mouvemens du Théa~
tre ont rendu cette Représentation beaucoup.
plus
NOVEMBRE. 1732. 247
plus belle , que ne l'avoient été les précédentes.
Les Acteurs de la Tragédie et du Ballet , dont la
plûpart ont remporté des prix , se sont attiré des
applaudissemens universels , et ont parfaitement rempli l'attente du Public.
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Résumé : « Le 27 du mois d'Août, les Barnabites de Montargis firent représenter par leurs Pensionnaires [...] »
Le 27 août, les Barnabites de Montargis organisèrent une représentation de la tragédie d'Absalon par leurs pensionnaires et écoliers. Les entractes furent occupés par un ballet intitulé 'L'Ambition', illustrant les sources, les moyens, les excès et les conséquences funestes de cette passion. Le ballet était accompagné de programmes détaillant ces aspects. La représentation attira une grande foule de la ville et des environs, rendant le spectacle magnifique. La distribution des prix, accordés par le Duc d'Orléans, protecteur et bienfaiteur du collège, fut faite par M. Bouseonnier, Premier Président au Présidial de Montargis. Cette cérémonie fut suivie de la récitation d'une ode française en action de grâce pour la générosité du Duc. La magnificence des habits, la décoration du spectacle et les mouvements du théâtre rendirent cette représentation plus belle que les précédentes. Les acteurs de la tragédie et du ballet, dont la plupart reçurent des prix, furent acclamés par le public et répondirent pleinement aux attentes.
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4792
p. 992-993
Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
Début :
PHILIPPE WAUVERMANS, Peintre Hollandois, en petites Figures, grand Paysagiste, qui a excellé [...]
Mots clefs :
Philips Wouwerman, Cabinet, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
PHILIPPE WAUVERMANS , Peintre Hollandois ,
en petites Figures , grand Paysagiste , qui a excellé
pour les Batailles , les Chasses , les Animaux
et sur tout pour les Chevaux , sembloit avoir été
negligé par les Graveurs de notre siecle , de quoi il
y a lieu de s'étonner ; car peu de Tableaux de
Chevalet des meilleurs Maîtres sont si bien
composez , si agréables , si estimez et si chéris
parr les Curieux .
>
Il paroît depuis peu six belles Estampes d'après
Wauvermans , gravées par le sieur Moyreau, et
qui ont un fort grand débit chez lui où elles se
vendent , rue Galande , vis - à - vis la Chapelle de
saint Blaise.
Le principal Morceau et une GRANDI
CHASSE A L'OISEAU , riche et abondante Composition
d'après le Tableau original du fameux
Cabinet de la Comtesse de Verrue , de 42. pouces
de large sur 28. pouces de haut.
D'EPART POUR LA CHASSE , d'après l'Original
du Cabinet de M. Crosat , 30 pouces de
large sur 14. et demi de haut.
R
" M A Y.
993 1733.
RETOUR DE CHASSE ET CURE'E , du Cabinet
de Monseigneur le Duc d'Orleans , 24.
pouces de large , sur 18 .
ABREVOIR , du Cabinet de la Comtesse de
Verrue , mêmes dimentions.
CHASSE AUX CANARDS , du Cabinet de
M. Crosat , 15. pouces de haut , sur 12 .
LA MARCHANDE DE MARE'E ; du même
Cabinet et mêmes dimentions.
en petites Figures , grand Paysagiste , qui a excellé
pour les Batailles , les Chasses , les Animaux
et sur tout pour les Chevaux , sembloit avoir été
negligé par les Graveurs de notre siecle , de quoi il
y a lieu de s'étonner ; car peu de Tableaux de
Chevalet des meilleurs Maîtres sont si bien
composez , si agréables , si estimez et si chéris
parr les Curieux .
>
Il paroît depuis peu six belles Estampes d'après
Wauvermans , gravées par le sieur Moyreau, et
qui ont un fort grand débit chez lui où elles se
vendent , rue Galande , vis - à - vis la Chapelle de
saint Blaise.
Le principal Morceau et une GRANDI
CHASSE A L'OISEAU , riche et abondante Composition
d'après le Tableau original du fameux
Cabinet de la Comtesse de Verrue , de 42. pouces
de large sur 28. pouces de haut.
D'EPART POUR LA CHASSE , d'après l'Original
du Cabinet de M. Crosat , 30 pouces de
large sur 14. et demi de haut.
R
" M A Y.
993 1733.
RETOUR DE CHASSE ET CURE'E , du Cabinet
de Monseigneur le Duc d'Orleans , 24.
pouces de large , sur 18 .
ABREVOIR , du Cabinet de la Comtesse de
Verrue , mêmes dimentions.
CHASSE AUX CANARDS , du Cabinet de
M. Crosat , 15. pouces de haut , sur 12 .
LA MARCHANDE DE MARE'E ; du même
Cabinet et mêmes dimentions.
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Résumé : Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
Philippe Wauvermans est un peintre hollandais célèbre pour ses petites figures, ses paysages et ses scènes de batailles, de chasses et d'animaux, notamment les chevaux. Ses œuvres sont bien composées, agréables et appréciées des amateurs d'art. Cependant, il a été peu représenté par les graveurs de son époque. Récemment, six estampes d'après Wauvermans ont été gravées par le sieur Moyreau. Ces estampes sont très populaires et se vendent bien chez Moyreau, rue Galande, en face de la Chapelle de saint Blaise. Parmi les œuvres gravées, on trouve 'Grand Chasse à l'oiseau' d'après un tableau du cabinet de la Comtesse de Verrue, mesurant 42 pouces de large sur 28 pouces de haut. D'autres œuvres notables incluent 'Départ pour la chasse' du cabinet de M. Crosat, 'Retour de chasse et cure' du cabinet du Duc d'Orléans, 'Abrevoir' du cabinet de la Comtesse de Verrue, 'Chasse aux canards' et 'La marchande de marée' du cabinet de M. Crosat.
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4793
p. 782-783
ALLEMAGNE.
Début :
Le bruit s'est répandu depuis peu à Vienne, que l'Empereur [...]
Mots clefs :
Vienne, Ratisbonne, Empereur, Coutume, Église aulique, Mystères de la Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
E bruit s'est répandu depuis peu à Vienne ,
que l'Empereur avoit pris la résolution d'aller
àu mois de Juin prochain à Ratisbonne , pour
regler la succession future de ses Etats , de l'avis
et du consentement des Electeurs , Princes et Etats
de l'Empire.
Le 17. du mois dernier , l'Empereur et l'Im-1
peratrice fe rendirent , selon la coûtume , dans
I'Eglise Aulique des Augustins Déchaussez , où
L. M. I. entendirent les cinq Sermons sur les
Misteres de la Passion , dont trois furent prêchez
en Allema et deux en Italien.
Le
C
AVRIL 1731. 783
Le 22. Jeudí Saint , P'Empereur lava les pieds
à douze pauvres Vieillards , qui faisoient tous ensemble
971. ans , et l'Imperatrice à douze pauvres
vieilles femmes , âgées aussi toutes ensemble
dé 1028. ans.
La Ville de Gratz en Stirie , fut réduite en
cendre la nuit du 19. au 30. du mois dernier.
E bruit s'est répandu depuis peu à Vienne ,
que l'Empereur avoit pris la résolution d'aller
àu mois de Juin prochain à Ratisbonne , pour
regler la succession future de ses Etats , de l'avis
et du consentement des Electeurs , Princes et Etats
de l'Empire.
Le 17. du mois dernier , l'Empereur et l'Im-1
peratrice fe rendirent , selon la coûtume , dans
I'Eglise Aulique des Augustins Déchaussez , où
L. M. I. entendirent les cinq Sermons sur les
Misteres de la Passion , dont trois furent prêchez
en Allema et deux en Italien.
Le
C
AVRIL 1731. 783
Le 22. Jeudí Saint , P'Empereur lava les pieds
à douze pauvres Vieillards , qui faisoient tous ensemble
971. ans , et l'Imperatrice à douze pauvres
vieilles femmes , âgées aussi toutes ensemble
dé 1028. ans.
La Ville de Gratz en Stirie , fut réduite en
cendre la nuit du 19. au 30. du mois dernier.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En avril 1731, une rumeur annonça la visite de l'Empereur à Ratisbonne pour régler la succession de ses États. L'Empereur et l'Impératrice assistèrent à des sermons et lavèrent les pieds de pauvres personnes âgées. La ville de Graz fut détruite par un incendie en mars.
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4794
p. 162-164
MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
Début :
LA VILLE de Grenoble vient de voir sortir des mains d'un de ses Artistes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
MUSIQUE.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
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4795
p. 123-126
REMARQUES.
Début :
Il est Auteur de la vie des Poëtes François, Ouvrage [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQUES.
Ilest Auteur de la vie
des Poëtes François
, OuvragequeMr
L. adonné
au Public depuis quelques
années, d'une manie..
, re plus complere que celuy
deMr Richeler. Nous a
vons du meme Au:heur
un nouveau Dictionnaire
de Rimes * ;un Livre intituléla
Florinc; un Recueil
de Letres de différents
Aureurs, qu'il fit imprimer
en 1689. pour servir de
modèles dans les différents
genres E piftolaires. C'est
dans les remarques sur ces
Lettres qu'il porta son jugement
sur celles de Bussy,
de feu Mr Arnauld d'Andilly,
du Chevalier d'Herbelot,
de Conrart, &c.
Celui de sesOuvrages qui
luy a attiré plus de repu ration
c'est sonDictionnaire
dela Langue Françoise ou
il a meslé beaucoup delitterature
& plusieursétymologies.
Il a si,it d'autres.
Ouvrages qui ne sont pas
imprimez, comme un Dictionnaire
burlesque & latyrique)
& une Grammaire
Françoisè & Poétique
que Mr Huet son gendre
se prepare de donner au
Public.
Feu MrRicheletestoit
fils de JeanRichelet, Seigneur
de Signi, & petit-fils
-
de Nicolas Richelet,célébre
parmi les Autheurs d&
son temps, par quantitéde
bons Ouvrages: c'estluy-i
qui a commenté les Oeuvres
de Ronsard
Ilest Auteur de la vie
des Poëtes François
, OuvragequeMr
L. adonné
au Public depuis quelques
années, d'une manie..
, re plus complere que celuy
deMr Richeler. Nous a
vons du meme Au:heur
un nouveau Dictionnaire
de Rimes * ;un Livre intituléla
Florinc; un Recueil
de Letres de différents
Aureurs, qu'il fit imprimer
en 1689. pour servir de
modèles dans les différents
genres E piftolaires. C'est
dans les remarques sur ces
Lettres qu'il porta son jugement
sur celles de Bussy,
de feu Mr Arnauld d'Andilly,
du Chevalier d'Herbelot,
de Conrart, &c.
Celui de sesOuvrages qui
luy a attiré plus de repu ration
c'est sonDictionnaire
dela Langue Françoise ou
il a meslé beaucoup delitterature
& plusieursétymologies.
Il a si,it d'autres.
Ouvrages qui ne sont pas
imprimez, comme un Dictionnaire
burlesque & latyrique)
& une Grammaire
Françoisè & Poétique
que Mr Huet son gendre
se prepare de donner au
Public.
Feu MrRicheletestoit
fils de JeanRichelet, Seigneur
de Signi, & petit-fils
-
de Nicolas Richelet,célébre
parmi les Autheurs d&
son temps, par quantitéde
bons Ouvrages: c'estluy-i
qui a commenté les Oeuvres
de Ronsard
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Résumé : REMARQUES.
Le texte présente un auteur renommé pour plusieurs ouvrages littéraires. Il est notamment connu pour 'La vie des Poëtes François', une œuvre plus complète que celle de Monsieur Richelet. Parmi ses autres publications figurent un 'Dictionnaire de Rimes', un livre intitulé 'La Florinc', et un recueil de lettres de divers auteurs imprimé en 1689, servant de modèles épistolaires. Dans les remarques sur ces lettres, il a porté des jugements sur celles de Bussy, de feu Monsieur Arnauld d'Andilly, du Chevalier d'Herbelot, de Conrart, et d'autres. Son ouvrage le plus réputé est le 'Dictionnaire de la Langue Françoise', qui inclut beaucoup de littérature et plusieurs étymologies. Il a également écrit des œuvres non imprimées, comme un 'Dictionnaire burlesque et lyrique' et une 'Grammaire Françoisè et Poétique', que Monsieur Huet, son gendre, se prépare à publier. Le texte mentionne également que feu Monsieur Richelet était le fils de Jean Richelet, Seigneur de Signi, et le petit-fils de Nicolas Richelet, célèbre pour ses nombreux bons ouvrages, notamment ses commentaires sur les œuvres de Ronsard.
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4796
p. 160-163
Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 17. de ce mois, on déchargea au Havre de Grace [...]
Mots clefs :
Statue, Cavalier, Statue du roi, Transport, Louis le Grand, Officiers, Cérémonie, Honneurs, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
LeSamedy 17. de ce mois,
on déchargea au Havre de
Grace la Statue Equeftre du
Roy , faite par le Cavalier
Bernin , dont je vous ay parlé
plufieurs fois . Elle y a efté
conduite de Civita Vecchia ,
GALANT 161
par M Barbaut , Capitaine
de Marine , für la Flute du
Roy , nommée le Tardif. Ort
Fa mife dans un Smak Hollandois
, qui doit la porter
à Rouen , & peut- eftre jufqu'à
Paris fans la décharger,
ce qui ne s'eftoit point encore
vû , mais rien n'eft im
poffible aux François fous le
Regne , & pour le fervice de
Louis LE GRAND . M' de
Montmor, Intendant de Ma
rine au Havre , a celébré
l'heureuſe arrivée de cette
Statue , par la décharge ' du
Canon & de la Moufquete-
Février 1685.
162 MERCURE
>
rie , & par le bruit des Bombes
& des Carcaffes . Cela
s'eft paffé en préſence de
tous les Officiers & des
Dames mefme , dont beaucoup
eftoient venues des
Environs , fur ce qu'elles
avoient fçû que l'on préparoit
pour cette Cerémonie.
Chacun à l'envy a marqué
fa joye par des cris reïtérez
de Vive le Roy , & par quantité
de Muids de Vin qui
ont efté défoncez au bruit
des Tambours & des Trompetes
. On peut connoiftre
là combien noftre aupar
GALANT. 163
guſte Monarque eft aimé de
fes Sujets , puis qu'ils ren-,
dent à la Statue les honneurs
qu'on n'avoit accoûtumé de
rendre qu'aux feules Perfonnes
des Roys .
on déchargea au Havre de
Grace la Statue Equeftre du
Roy , faite par le Cavalier
Bernin , dont je vous ay parlé
plufieurs fois . Elle y a efté
conduite de Civita Vecchia ,
GALANT 161
par M Barbaut , Capitaine
de Marine , für la Flute du
Roy , nommée le Tardif. Ort
Fa mife dans un Smak Hollandois
, qui doit la porter
à Rouen , & peut- eftre jufqu'à
Paris fans la décharger,
ce qui ne s'eftoit point encore
vû , mais rien n'eft im
poffible aux François fous le
Regne , & pour le fervice de
Louis LE GRAND . M' de
Montmor, Intendant de Ma
rine au Havre , a celébré
l'heureuſe arrivée de cette
Statue , par la décharge ' du
Canon & de la Moufquete-
Février 1685.
162 MERCURE
>
rie , & par le bruit des Bombes
& des Carcaffes . Cela
s'eft paffé en préſence de
tous les Officiers & des
Dames mefme , dont beaucoup
eftoient venues des
Environs , fur ce qu'elles
avoient fçû que l'on préparoit
pour cette Cerémonie.
Chacun à l'envy a marqué
fa joye par des cris reïtérez
de Vive le Roy , & par quantité
de Muids de Vin qui
ont efté défoncez au bruit
des Tambours & des Trompetes
. On peut connoiftre
là combien noftre aupar
GALANT. 163
guſte Monarque eft aimé de
fes Sujets , puis qu'ils ren-,
dent à la Statue les honneurs
qu'on n'avoit accoûtumé de
rendre qu'aux feules Perfonnes
des Roys .
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Résumé : Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
Le 17 février 1685, la statue équestre du roi, sculptée par le Cavalier Bernin, a été débarquée au Havre de Grâce après un transport depuis Civita Vecchia à bord de la flûte royale 'Le Tardif', sous la direction de M. Barbaut. Elle a ensuite été transférée dans un smack hollandais pour être acheminée jusqu'à Rouen et potentiellement Paris sans être déchargée, une première en France. Cet exploit a eu lieu sous le règne de Louis XIV. M. de Montmor, intendant de marine, a marqué l'événement par des salves de canon et de mousqueterie, ainsi que par des explosions de bombes et de carcasses. La cérémonie, en présence des officiers et de nombreuses dames, a été célébrée par la population avec des cris de 'Vive le Roy' et en défonçant des muids de vin au son des tambours et des trompettes, exprimant ainsi leur loyauté envers le monarque.
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4797
p. 161-163
« L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...] »
Début :
L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...]
Mots clefs :
Danse, Antiquité, Lucien, Licinus, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...] »
L'Opéra continue les repréfentations de
Théfée , & les jeudis celles du Ballet des
Graces , qui eft fuivi d'une nouvelle PantoJANVIER
1745 . 161
mime , exécutée par Mlle. D'allemand &
Mrs. Guerardi & Soli.
tes ;
Cette Pantomime & toutes celles qui
l'ont précédée , danfées tant par l'incomparable
& charmante Barbarine que par le fignor
Foffant , nous infpirent le deffein de rifquer
nos idées fur les Ballets que nous examinons
depuis très-long-tems avec attention.
Il nous paroît qu'on y a renfermé le
mérite de la Danfe dans des bornes trop étroi →
nous avons reflechi fouvent & avec
étude fur cet Art aimable, nous avons étéfurpris
qu'un fiécle auffi éclairé que le nôtre
ignore fur ce chapitre ce qui n'a pas échappé
à l'Antiquité la plus reculée , ce qui a été
connu par nos ancêtres , fi inférieurs à nous
dans tant d'autres fciences plus profondes.
Nous oferons attaquer fur cette matiere les
préjugés régnans , & nous expofer à la cenfure
des admirateurs aveugles des Danſes modernes
. Nous espérons que les efprits judicieux
peferont fcrupuleufement nos raifons
avant que de les rejetter. Elles font appuyées
par des autorités fi refpectables que nous.
ne doutons pas qu'elles ne frappent les Lecteurs
les plus opiniâtres , & qu'elles ne s'infinuent
dans les efprits les plus rebelles
aux opinions démontrées. On peut avancer
fans témérité que le Public ne regarde la
Danfe que comme un Exercice inventé feuement
pour arranger gracieufement les mou162
MERCURE DE FRANCE.
vemens du corps & pour briller dans une
Nôce ou dans un Bal ; c'étoit peut-être là le
premier but de l'enfance de cet Art. La Comédie
a commencé de-même par de fimples
Récits. En fe perfectionnant elle a
imaginé des Dialogues , des Intrigues , des
Situations , des Dénoûmens. La Danfe at
fans doute fait le même chemin d'abord chés
les Grecs , enfuite chés les Romains.
Les plus habiles Danfeurs ignorent les illuftrations
de la Danfe , ils ignorent l'étendue
de cet Art pittorefque , ils en ignorent
l'antiquité. Nous ne la prouverons pas comme
Lucien qui dans le Dialogue intitulé l'Apologie
de la Danfe , fait dire par Licinus
fon deffenfeur à fon antagoniſte Craton.
La Danfe eft auffi ancienne que le monde , témoin
le Bal mefuré des Aftres & les diverfes
conjonctions des Etoiles fixes & errantes . Cette
propofition avancée férieuſement par Lucien
, quoiqu'il fût un des plus déterminés
railleurs de la Grece , ne fait pas grand honneur
à fa Philofophie , mais elle démontre
clairement l'estime que les Anciens avoient
pour la Danſe , puifqu'ils lui donnoient une
origine célefte. Voici bien une autre preuve
de l'eftime que l'Antiquité faifoit de la
Danfe , & qui ne fera crue que par les Lecteurs
qui ont de l'érudition. C'eſt encore le
Philofophe Licinus qui parle dans le DialoJANVIER
1745. 163
n'a gue cité. Socrate le plus fage de tous les hommes
, au jugement des Dieux même , pas
feulement loué la Danfe comme une chose qui fert
beaucoup à donner de la grace, mais il l'a voulu
apprendre en fa vieilleſſe , tant il admiroit cet
Exercice, Le Grondeur quoique Médecin , n'a
pas fans doute vu ce paffage là , il ne rebuteroit
pas les entrechâts de M. Rigaudon
, & l'exemple de Socrate le détermineroit
à apprendre la Bourée . On fe mocqueroit
bien à préfent d'un fexagénaire qui
feroit fa premiere révérence. On voit parlà ,
que ce qui eft un mérite dans un fiécle , devient
fouvent un ridicule dans un autre , &
que tout eſt arbitraire chés les foibles mortels.
Nous ne rapporterons pas ici la foule
de citations en faveur de la Danfe que Licinus
débite au morofif Craton. Les curieux
peuvent les aller chercher dans le Lucien ,
de la Traduction de Perrot d'Ablancourt ,
Tome II. Page 171. Nous ne pretendons
pas faire unTraité dogmatique divifé géométriquement
par Chapitres & par Sections ,
mais feulement hazarder fans méthode ce que
nous penfons des Ballets modernes , & ramaffer
fans ordre ce que les Anciens ont dit fur
cette matiere ; nos réflexions fuivront tous
les mois l'article de l'Opéra qui les a fait naî
tre,
Théfée , & les jeudis celles du Ballet des
Graces , qui eft fuivi d'une nouvelle PantoJANVIER
1745 . 161
mime , exécutée par Mlle. D'allemand &
Mrs. Guerardi & Soli.
tes ;
Cette Pantomime & toutes celles qui
l'ont précédée , danfées tant par l'incomparable
& charmante Barbarine que par le fignor
Foffant , nous infpirent le deffein de rifquer
nos idées fur les Ballets que nous examinons
depuis très-long-tems avec attention.
Il nous paroît qu'on y a renfermé le
mérite de la Danfe dans des bornes trop étroi →
nous avons reflechi fouvent & avec
étude fur cet Art aimable, nous avons étéfurpris
qu'un fiécle auffi éclairé que le nôtre
ignore fur ce chapitre ce qui n'a pas échappé
à l'Antiquité la plus reculée , ce qui a été
connu par nos ancêtres , fi inférieurs à nous
dans tant d'autres fciences plus profondes.
Nous oferons attaquer fur cette matiere les
préjugés régnans , & nous expofer à la cenfure
des admirateurs aveugles des Danſes modernes
. Nous espérons que les efprits judicieux
peferont fcrupuleufement nos raifons
avant que de les rejetter. Elles font appuyées
par des autorités fi refpectables que nous.
ne doutons pas qu'elles ne frappent les Lecteurs
les plus opiniâtres , & qu'elles ne s'infinuent
dans les efprits les plus rebelles
aux opinions démontrées. On peut avancer
fans témérité que le Public ne regarde la
Danfe que comme un Exercice inventé feuement
pour arranger gracieufement les mou162
MERCURE DE FRANCE.
vemens du corps & pour briller dans une
Nôce ou dans un Bal ; c'étoit peut-être là le
premier but de l'enfance de cet Art. La Comédie
a commencé de-même par de fimples
Récits. En fe perfectionnant elle a
imaginé des Dialogues , des Intrigues , des
Situations , des Dénoûmens. La Danfe at
fans doute fait le même chemin d'abord chés
les Grecs , enfuite chés les Romains.
Les plus habiles Danfeurs ignorent les illuftrations
de la Danfe , ils ignorent l'étendue
de cet Art pittorefque , ils en ignorent
l'antiquité. Nous ne la prouverons pas comme
Lucien qui dans le Dialogue intitulé l'Apologie
de la Danfe , fait dire par Licinus
fon deffenfeur à fon antagoniſte Craton.
La Danfe eft auffi ancienne que le monde , témoin
le Bal mefuré des Aftres & les diverfes
conjonctions des Etoiles fixes & errantes . Cette
propofition avancée férieuſement par Lucien
, quoiqu'il fût un des plus déterminés
railleurs de la Grece , ne fait pas grand honneur
à fa Philofophie , mais elle démontre
clairement l'estime que les Anciens avoient
pour la Danſe , puifqu'ils lui donnoient une
origine célefte. Voici bien une autre preuve
de l'eftime que l'Antiquité faifoit de la
Danfe , & qui ne fera crue que par les Lecteurs
qui ont de l'érudition. C'eſt encore le
Philofophe Licinus qui parle dans le DialoJANVIER
1745. 163
n'a gue cité. Socrate le plus fage de tous les hommes
, au jugement des Dieux même , pas
feulement loué la Danfe comme une chose qui fert
beaucoup à donner de la grace, mais il l'a voulu
apprendre en fa vieilleſſe , tant il admiroit cet
Exercice, Le Grondeur quoique Médecin , n'a
pas fans doute vu ce paffage là , il ne rebuteroit
pas les entrechâts de M. Rigaudon
, & l'exemple de Socrate le détermineroit
à apprendre la Bourée . On fe mocqueroit
bien à préfent d'un fexagénaire qui
feroit fa premiere révérence. On voit parlà ,
que ce qui eft un mérite dans un fiécle , devient
fouvent un ridicule dans un autre , &
que tout eſt arbitraire chés les foibles mortels.
Nous ne rapporterons pas ici la foule
de citations en faveur de la Danfe que Licinus
débite au morofif Craton. Les curieux
peuvent les aller chercher dans le Lucien ,
de la Traduction de Perrot d'Ablancourt ,
Tome II. Page 171. Nous ne pretendons
pas faire unTraité dogmatique divifé géométriquement
par Chapitres & par Sections ,
mais feulement hazarder fans méthode ce que
nous penfons des Ballets modernes , & ramaffer
fans ordre ce que les Anciens ont dit fur
cette matiere ; nos réflexions fuivront tous
les mois l'article de l'Opéra qui les a fait naî
tre,
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4798
p. 166-169
« Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Début :
Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...]
Mots clefs :
Auteurs du Mercure, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Quelques utiles que foient
les avis que je viens de donner,
les Memoires Litteraires ne
font pas du gouſt de tout le
monde , le nombre de ceux
GALANT 167
qui les paflent , eſt auſſi grand
que celuy de ceux qui les lifent
, & il me ſemble que
j'entends tous mes Lecteurs
dire, que chacun doit trouver
dans mon Livre au moins
un article pour ſoy. J'en
tombe d'accord , mais je leur
repeteray encore que c'eſt à
cux à faire en forte que leur
curiofité ſoit fatisfaite. Ils
veulent des pieces courtes &
diverſifiées , qu'ils m'en donnent
; qu'ils foient eux-mêmes
les Auteurs du Mercure Galant
, il doit eſtre leur ouvra
ge plutoſt que le mien. Ils
168 MERCURE
trouveront alors dequoy s'amufer
avecplaisir de la varieté
continuelle qui doit faire tour
le merite de ce Livre.
Quelque bonne que foit la
Piecede Poësie que je leurdon
ne, fi un Madrigal, uneChan
fon, une Epigrame, un Son
net leur plaiſent davantage ,
qu'ils prennent la peine d'en
faire & de m'en envoyer , je
feray tout ce qu'ils voudront
pour leur plaire. Cependant
je prie ceux qui ſe meflent de
faire des Vers de lire avec
beaucoup d'attention la Picce
de Poësie que jeleur preſente,
&
GALANT. 169
&de ſe ſouvenir dans leurs
compoſitions , avec quel art ,
& à quel prix il eſt permis d'être
Poëte.
les avis que je viens de donner,
les Memoires Litteraires ne
font pas du gouſt de tout le
monde , le nombre de ceux
GALANT 167
qui les paflent , eſt auſſi grand
que celuy de ceux qui les lifent
, & il me ſemble que
j'entends tous mes Lecteurs
dire, que chacun doit trouver
dans mon Livre au moins
un article pour ſoy. J'en
tombe d'accord , mais je leur
repeteray encore que c'eſt à
cux à faire en forte que leur
curiofité ſoit fatisfaite. Ils
veulent des pieces courtes &
diverſifiées , qu'ils m'en donnent
; qu'ils foient eux-mêmes
les Auteurs du Mercure Galant
, il doit eſtre leur ouvra
ge plutoſt que le mien. Ils
168 MERCURE
trouveront alors dequoy s'amufer
avecplaisir de la varieté
continuelle qui doit faire tour
le merite de ce Livre.
Quelque bonne que foit la
Piecede Poësie que je leurdon
ne, fi un Madrigal, uneChan
fon, une Epigrame, un Son
net leur plaiſent davantage ,
qu'ils prennent la peine d'en
faire & de m'en envoyer , je
feray tout ce qu'ils voudront
pour leur plaire. Cependant
je prie ceux qui ſe meflent de
faire des Vers de lire avec
beaucoup d'attention la Picce
de Poësie que jeleur preſente,
&
GALANT. 169
&de ſe ſouvenir dans leurs
compoſitions , avec quel art ,
& à quel prix il eſt permis d'être
Poëte.
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Résumé : « Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Le texte traite de la réception des 'Mémoires Littéraires' et du 'Mercure Galant', notant des avis partagés : certains les apprécient, d'autres les critiquent. L'auteur reconnaît que chaque lecteur peut trouver un article à son goût dans son livre, mais souligne que la satisfaction des lecteurs dépend de leur propre engagement. Les lecteurs préfèrent des pièces courtes et variées. L'auteur encourage les lecteurs à contribuer eux-mêmes au 'Mercure Galant' pour enrichir son contenu. Il invite également les lecteurs à envoyer leurs créations poétiques, telles que des madrigaux, des chansons, des épigrammes ou des sonnets, promettant de les inclure pour leur plaisir. L'auteur recommande aux amateurs de poésie de lire attentivement la pièce présentée et de se rappeler les techniques et les efforts nécessaires pour bien composer des vers.
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4799
p. 1628-1630
VAUDEVILLE.
Début :
Ne nous préferons point aux Belles ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE.
E nous préferons point aux Belles ;
Bien loin de l'emporter sur elles
De tous côtez nous leur cedons ;
Et si nous avons en partage
Quelque agrément , quelque avantage,
C'est d'elles que nous les tenons .
粥
Nous feur devons la politesse ,
Le bon goût , la délicatesse
Les façons et les sentimens ;
De leurs beaux yeux le doux langage
En un jour instruit davantage
Que tous les Livres en dix ans.
Tous les efforts de notre adresse
Ne sont rien contre leur finesse ,
Jamais on ne les prend sans verd ;
Et la femme la moins habile
Se
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1628
secol
quat
mais
sanct
急急
N
Bien
De
*
W YORK
MIC
LIBRARY
.
Et !
Qu
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
C
Le
Le
D
ว
JUILLET. 1733 . 1629
Se tire d'un pas difficile ,
Mieux que l'homme le plus expert.
Les soins déconcertent nos ames ,
Nous nous rebutons , mais les Dames
Suivent jusqu'au bout leur dessein ;
Nul obstacle ne les arrête :
Et ce qu'elles ont dans la tête
Devient un arrêt du destin.
潞
Une longue et pénible étude
Ne peut nous donner l'habitude
De leur agréable jargon :
Ce Sexe en esprit nous surpasse
Et l'on compte sur le Parnasse
Neuf Muses contre un Apollon .
Moins vaines que nos plus discretes
Sur le fait de leurs amourettes
On ne les voit point éclater ;
Celle dont la raison s'oublie ,
N'ajoûte point à sa folie
Le sot plaisir de s'en vanter.
Dans les grands sujets de tristesse
Quoiqu'on disc sur leur foiblesse ,
Elles
1630 MERCURE DE FRANCE
Elles sont plus fortes que nous ;
Et tandis qu'un rien nous désole ,
Souvent un Moineau les console
De la perte de leurs Epoux.
E nous préferons point aux Belles ;
Bien loin de l'emporter sur elles
De tous côtez nous leur cedons ;
Et si nous avons en partage
Quelque agrément , quelque avantage,
C'est d'elles que nous les tenons .
粥
Nous feur devons la politesse ,
Le bon goût , la délicatesse
Les façons et les sentimens ;
De leurs beaux yeux le doux langage
En un jour instruit davantage
Que tous les Livres en dix ans.
Tous les efforts de notre adresse
Ne sont rien contre leur finesse ,
Jamais on ne les prend sans verd ;
Et la femme la moins habile
Se
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1628
secol
quat
mais
sanct
急急
N
Bien
De
*
W YORK
MIC
LIBRARY
.
Et !
Qu
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
C
Le
Le
D
ว
JUILLET. 1733 . 1629
Se tire d'un pas difficile ,
Mieux que l'homme le plus expert.
Les soins déconcertent nos ames ,
Nous nous rebutons , mais les Dames
Suivent jusqu'au bout leur dessein ;
Nul obstacle ne les arrête :
Et ce qu'elles ont dans la tête
Devient un arrêt du destin.
潞
Une longue et pénible étude
Ne peut nous donner l'habitude
De leur agréable jargon :
Ce Sexe en esprit nous surpasse
Et l'on compte sur le Parnasse
Neuf Muses contre un Apollon .
Moins vaines que nos plus discretes
Sur le fait de leurs amourettes
On ne les voit point éclater ;
Celle dont la raison s'oublie ,
N'ajoûte point à sa folie
Le sot plaisir de s'en vanter.
Dans les grands sujets de tristesse
Quoiqu'on disc sur leur foiblesse ,
Elles
1630 MERCURE DE FRANCE
Elles sont plus fortes que nous ;
Et tandis qu'un rien nous désole ,
Souvent un Moineau les console
De la perte de leurs Epoux.
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Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte est un extrait de vaudeville qui compare les hommes et les femmes, soulignant la supériorité de ces dernières dans divers domaines. Les femmes sont décrites comme possédant des qualités telles que la politesse, le bon goût, la délicatesse et une finesse que les hommes ne peuvent égaler. Elles apprennent plus rapidement et efficacement, notamment à travers le langage des yeux. Les efforts des hommes sont vains face à la finesse féminine, et même la femme la moins habile surpasse l'homme le plus expert. Les femmes montrent une détermination inébranlable et une habileté à naviguer les difficultés, tandis que les hommes se découragent facilement. Elles maîtrisent également un langage agréable et spirituel que les hommes ne peuvent acquérir par l'étude. Les femmes sont moins vaines et plus discrètes concernant leurs amours. Dans les moments de tristesse, elles sont plus résilientes et trouvent du réconfort dans des détails insignifiants, contrairement aux hommes.
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4800
p. 105-110
PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
Début :
Quoique cette avanture paroisse fort ordinaire, & qu'on pût [...]
Mots clefs :
Fille, Eau, Bateau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
PRESENCE D'ESPRIT
D'UNE JEUNE FILLE.
Quoique
cette avanture
paroisse fort ordinaire
& qu'on pût dire en deux
mots que c'est une fille qui
a pensé le noyer ;
il y a
pourtant quelque chose de
si singulier, qu'elle mérite
un petit détail.
On peut rire du peril
quand il eH: passé
; jamais
Nayade, habitante naturelle
des eaux n'y futmoins
embarassée, que la jeune
& jolie Marchande dont
je vais vous parler:Un
petit bateau où elle étoit
ayant été renverse, elle se
trouva dansle milieu de
la plaine liquide qui separe.
le vieux Louvre, du College
des quatre-Nations,
elle portoit dans une de
ses jupes un gros paquet
d'étofes & de coton. Comme
elle vit que. ce gros
ballot lasoûtenoitunpeu,
elle eut la presence d'el:
prit de le grossir encore
avec ses autres jupes, qui
flottoient sur l'eau, & de
le distribuer également
autour d'elle pour en former
un grosbourlet ; au
milieu duquel cette jeune.
fille se tint droite comme
une InfanteEspagnole au
milieu de son vertugadin:
Un sang-froid plus qu'Efpagnol
lui fit conserver son
equilibré, pendant. une
grande demi-heure, avec
une mainquelle tenoit en
l'air, pendant qu'avec l'autre
main elle entretenoit
la forme duvertugadin salutaire.
On a remarqué que
dans un peril si prochain,
elle ne cria que pour faire
des voeux au Ciel, &
pour appellerquelques bâ.
teliers qui accouroient
pourla sauver. Ils la fauverent
en effet, & c'eût
été une vraye perte pour
la gloire du beau sexe;car
les marques qu'elle a données
de son courage font
des préjugez probables
qu'elle se tirera toûjours
glorieusement des occasions
perilleuses,où les
filles perdent quelquefois
la tramontane.
Cette courageuse per-
;sonne se nomme Marie
Aquaire,& elle courut ce
dangerleVendredy 13. Novembre3ssirles
deux heures
après midy.Ce fut la
corde d'un grand batteau
qui l'enleva ôc lajetta dans
l'eau, qui l'emporta plus
de deux cent pas, la Riviere
étoit fort grosse, &
trèsagitée ce jour- là, &
elle fut portée,sans exagerer,
pendant une grosse
demi-heure, & après qu'on
l'eut sauvée, on luy trouva
encore dans la main une
piecede monoye, qu'elle
tenoit dans lebatteau,
aparemment pourpayer le
Battelier,car elle ne sçavoitpasassezlaFable
pour
avoir en vûë le passage de
la Barque à Caron.
D'UNE JEUNE FILLE.
Quoique
cette avanture
paroisse fort ordinaire
& qu'on pût dire en deux
mots que c'est une fille qui
a pensé le noyer ;
il y a
pourtant quelque chose de
si singulier, qu'elle mérite
un petit détail.
On peut rire du peril
quand il eH: passé
; jamais
Nayade, habitante naturelle
des eaux n'y futmoins
embarassée, que la jeune
& jolie Marchande dont
je vais vous parler:Un
petit bateau où elle étoit
ayant été renverse, elle se
trouva dansle milieu de
la plaine liquide qui separe.
le vieux Louvre, du College
des quatre-Nations,
elle portoit dans une de
ses jupes un gros paquet
d'étofes & de coton. Comme
elle vit que. ce gros
ballot lasoûtenoitunpeu,
elle eut la presence d'el:
prit de le grossir encore
avec ses autres jupes, qui
flottoient sur l'eau, & de
le distribuer également
autour d'elle pour en former
un grosbourlet ; au
milieu duquel cette jeune.
fille se tint droite comme
une InfanteEspagnole au
milieu de son vertugadin:
Un sang-froid plus qu'Efpagnol
lui fit conserver son
equilibré, pendant. une
grande demi-heure, avec
une mainquelle tenoit en
l'air, pendant qu'avec l'autre
main elle entretenoit
la forme duvertugadin salutaire.
On a remarqué que
dans un peril si prochain,
elle ne cria que pour faire
des voeux au Ciel, &
pour appellerquelques bâ.
teliers qui accouroient
pourla sauver. Ils la fauverent
en effet, & c'eût
été une vraye perte pour
la gloire du beau sexe;car
les marques qu'elle a données
de son courage font
des préjugez probables
qu'elle se tirera toûjours
glorieusement des occasions
perilleuses,où les
filles perdent quelquefois
la tramontane.
Cette courageuse per-
;sonne se nomme Marie
Aquaire,& elle courut ce
dangerleVendredy 13. Novembre3ssirles
deux heures
après midy.Ce fut la
corde d'un grand batteau
qui l'enleva ôc lajetta dans
l'eau, qui l'emporta plus
de deux cent pas, la Riviere
étoit fort grosse, &
trèsagitée ce jour- là, &
elle fut portée,sans exagerer,
pendant une grosse
demi-heure, & après qu'on
l'eut sauvée, on luy trouva
encore dans la main une
piecede monoye, qu'elle
tenoit dans lebatteau,
aparemment pourpayer le
Battelier,car elle ne sçavoitpasassezlaFable
pour
avoir en vûë le passage de
la Barque à Caron.
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Résumé : PRESENCE D'ESPRIT D'UNE JEUNE FILLE.
Le texte narre l'aventure de Marie Aquaire, une jeune fille dont le petit bateau s'est renversé dans la Seine, entre le vieux Louvre et le Collège des Quatre-Nations. Portant un paquet d'étoffes et de coton, elle a gonflé ses jupes pour créer un bouchon flottant, lui permettant de maintenir son équilibre pendant environ une demi-heure. Marie a conservé son sang-froid, utilisant une main pour faire des vœux et appeler des bateliers à son secours. Ces derniers l'ont sauvée, évitant ainsi une tragédie. L'incident s'est produit le vendredi 13 novembre, vers deux heures de l'après-midi, alors que la rivière était très agitée. Après son sauvetage, une pièce de monnaie destinée à payer le batelier a été retrouvée dans sa main.
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