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1
p. 128-153
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Début :
Je vous envoye une suite des Dialogues, qui ont / Je souhaiterois aussi-bien que je souhaite Mr Pascal [...]
Mots clefs :
Moscovites, Souverain, Matière, Justice, Peuples, Beauté, Criminels, Prince, Juge, Inde, Asie, Religion, Philosophie, Russie, Coutumes
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Je vous envoye une fuite
des Dialogues , qui ont fait
un article dans chacune de
mes trois dernieres Lettres .
La matiere en eft toûjours
également curieufe.
525252 ·52525-25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE QUATRIE' ME.
BELOROND , LAMBRET.
J
BELORO ND.
E fouhaiterois auffi- bien
que le fouhaite M Paſcal
dans fes Penfées que je viens
GALANT. 129 *
de quitter , avoir un Livre
Italien intitulé , Della-opinione
regima del mondo. Que j'aurois
de plaifir à eftudier ce Livre
fi fon deffein eft bien remply?
Je me contente de fuppléer à
fon défaut par mes reflexions
fur les differentes Coûtumes
des Hommes , qui ne m'ap- "
prennent autre chofe finon
que l'opinion difpofe de tout,
puis qu'elle difpofe de la Juftice,
de la Beauté, & du Bonheur,
qui eft le tour du monverité
que j'aurois eu de
de's
.
la peine à croire fi je n'en a--
vois les exemples que je vais
vous rapporter.
130 MERCURE
LAMBRET.
Puis
que
M' Paſcal vous a
donné matiere pour commencer
voftre entretien, vous
voulez bien que je me ferve
encore de fes judicieuſes meditatiós
pour cófirmer ce que
Vous venez de me dire. On
ne voit prefque rien de juſte
ou d'injuste , dit ce grand
Homme , qui ne change de
qualité en changeant de climat.
Trois degrez d'élevation
du Pole renverfent toute
la Jurifprudence. Plaifante
Juftice , qui eft bornée par
une Riviere ou une Monta
t
t
GALANT. 134
gne ! Verité au deça des Pyrenées
, Erreur au delà : Avoüez
que le Public a bien
perdu en perdant ce grand
Genie , qui avoit fait une fi
ferieufe eftude de l'Homme,
& qui auroit affurement bien
fuppleé au Livre dont il regrettoit
d'eftre privé . Confolons
- nous donc dans la
perte de l'un & de l'autre par
les reflexions que nous fourniront
les exemples que nous
trouverons dans les autres Li
vres. Je fuis preft à écouter
les voſtres , peut - eſtre y en
pourray -je ajoûter quelques-
}
132 MERCURE
unes qui ne vous déplairont
pas.
BELORO ND .
Il s'en prefente tant , & em
mefme temps de fi bizarres
& de fi difficiles à croire, que
je ne fçay par où commencer,
ou mefme fi je dois exe
cuter mon deffein. Cepen
dant puis que je vous l'ai promis
, & que je me fuis toujours
fait un honneur de tenir
ma parole , je vais vous
fatisfaire. Voicy ce que j'ay
à vous apprendre touchant la
Juftice. Tertullien dans le
Livre , De habit. Mul. C. 71
GALANT. 133
に
parlant de quelques Peuples
Barbares , dit que chez eux
plus on eftoit criminel , plus
on recevoit de richeffes. Auro
vinctos in ergaftulis habent , &
I divitijs malos onerant , tantò lecupletiores
, quanto nocentiores.
LAMBRET.
Apropos de criminel, vous
voulez bien que je vous interrompe,
pour vous dire que
t Marc Polo nous apprend que
le long de la cofte de Malabares
, le témoignage d'un
Homme qui navige , fur mer
neft jamais receu , à cauſe
qu'il paffe pour un defefperé.
134 MERCURE
On lit chez Diodore Sicilien,
qu'il n'eftoit permis en toute
la Germanie qu'aux feuls Prêtres
de lier & punir les criminels
; & Philippe Camerarius
affure en fes Meditations
hiftoriques , qu'en certaines
Villes de ce mefme Pays le
dernier receu au Confeil dé
capitoit autrefois les criminels.
Il ajoûte qu'en un Village
de la Franconie quand
on furprend un Larron fur le
fait , le dernier marié du lieu
luy met la corde au col, & le
pend à un vieil arbre deſtiné
de temps immemorial à cét
GALANT. 135
ufage. Mais pourfuivez je
vous prie.
BELORON D..
Vous avez oublié apparemment
de me dire en parlant
d'Executeur de la Jufti
ce , que chez les Mofcovites
la qualité de Boureau n'eft
pas odieufe.
LAMBRET.
Je ne l'ay pas oublié , puis
que je ne le fçavois pas. Vous
m'obligeriez fort fi vous me
vouliez entretenir de ces Peuples
. Quelque chofe `d'extraordinaire
que j'ay remar
qué dans les Mofcovites qui
-136 MERCURE
font venus rendre leurs devoirs
au Roy, m'a donné l'envie
de fçavoir au moins en
abregé ce qui regarde leur
Pays & leurs Couftumes.
BELOROND.
Je le feray volontiers en
peu de mots , aprés qué je
vous auray rapporté une partie
de ce que je vous ay promis
; le refte fera pour une
autre fois. Au Tunquin le
Roy donne des appointemens
à tous les Juges , fans
qu'ils prennent jamais rien
des Parties. Un parent ne
peut avoir procés contre fon
?
GALANT. 137
parent, & aucun Seigneur ne
peut eftre Gouverneur dans
la Province où il eft né. Less
Avocats de la Guinée nom- .
mez Troens au rapport
'der
Jarric, L. 5. C. 44. plaident let
vilage couvert devant le Prince
qui rend luy mefme la ju
4ftice à fes Sujets . Les Perfest
1 foüettoient la robe de leurs
enfans pour les punir , fans
toucher les perfonnes . Les
#Chinois puniffent le Precep
uteur des fautes de fon Difci-
།
;
- ple en fa prefence.
D
C'eft
tinius qui le dit , Dec. 1. L.
& 5. Prefque par tout les
4
.
Juin 1685.
Mi
138 MERCURE
Levant les Roys donnent:
leurs plus ordinaires Audiences
quand ils fe font faire la.
barbe . Le Socrate de la Chine,
le grand Confutius , foûtenoit
qu'il eft impoffible qu'un
Eftat foit bien gouverné fans
la muſique , c'eſt encore au
rapport de Martinius , Dec..
1. L. i. On punit de mort aux
Malabares celuy qui a rompu
un pot de terre fur la porte
de quelqu'un , Ram . Tomer.
Plaifante Juftice ! Pour ce quir
regarde la Beauté , à la Chine
les plus petits yeux font
les plus beaux. Chez les CaGALANT.
129
ribes & les Sigimiens le plus
grand , le plus haut & le plus
large front eft eftimé le mieuxfait.
Chez les Macrocephales
la plus longue tefte , la plus
chauve & la plus pelée, paffe :
pour la plus belle . Chez les
Miconiens & Japonois on'
prefere le vifage le plus fardé
& le plus plaftré , le mentor,
le nez & les jouës les plus
troüez & les plus cicatrifez.
Les grands ongles ne fe por
tent que par les Nobles aut
Royaume de Mangis, & chezlés
Negres de la cofte Malabare,
les Femmes Tartares &
.
Mij
140 MERCURE
Mofcovites les peignent de
noir. Beato Odorico affure
avoir veu des ongles du gros
doigt fi grands , qu'ils couvroient
toute la main. Diodore
Sicilien dit qu'Alexandre.
le Grand trouva, dans, l'Inde
des Peuples qui ne rognoient
jamais leurs ongles . En beau
coup de lieux de l'Inde Orientale
, & particulierement
en Sumatra les grandes panfes
& les bedaines extréme .
ment rebondies , font trouvées
fort agreables , au rapport
de Pietro Della Valle
Part. 4 Une Relation dit
GALANT. 141
C
qu'au pays du Mogol la blan.
cheur paffe pour une ladrerie .
Quant à ce qui regarde le
Bonheur ou le fouverain Bien,
iles fentimens fur cette matie
re ont efté fi extravagans
,,
qu'on ne peut affez s'éton
ner de la bizarrerie de l'ef
prit humain . Anacharfis mettoit
le fouverain Bien dans la
vangeance d'une injure faito
à tort ; Crates dans une heu,
reuſe navigation ; Simonide
dans l'amitié d'un chacun ;
Architas dans le gain d'une
Bataille , Gorgias à ouir des
chofes qui plaifent , Chryfip- .
142 MERCURE
pus à faire bâtir de ſuperbes
Edifices ; Epicure dans la volupté
; Antifthene dans une
celebre renommée aprés fas
mort ; Sophocle à avoir des
enfans pour heritiers ; Euripide
à avoir une belle fem--
me ; Palemon dans l'éloquence
; Themiftoclé
à def.
cendre de parens illuftres ;
Ariftide dans les biens temporels
; Heraclite dans les
un Auteur
grands trefors
.4
moderne dans la fatisfaction '
de l'efprit. Ce dernier fenti
ment me plairoit le plus fi la
Religion ne me donnoit pas
GALANT. 143
7
V
1
un autre fouverain Bien. Enfin
faint Auguſtin dit , que
Marc Varron à compté juf
ques à 288. opinions toutes
differentes fur ce qui concernoit
le fouverain Bien .
LAMBRET.
De Il y a affurément fujet de
s'étonner de ce que de fr
grands Homines fe font fr
lourdement trompez dans la
décifion d'une chofe fi effen .
tielle à l'Homme , & qui de
voit faire le fondement de
route leur Philofophie ; car
comme Ciceron l'a fort bien
remarqué, L. s. De Fin, lors
144 MERCURE
qu'on eft une fois tombé d'ac
cord dans la Philoſophie de
ce qui conftituë le fouverain
Bien , toutes
toutes chofes y font
faciles & ajustées . Summo bo→
no conftituto in Philofophia, con
ftituta funt omnia. Les Ana
charfis, les Crifippes , les Crates
, & tous les autres dont
vous venez de me rapporter
les opinions fur le fouverain
Bien , ont eu des fentimens
fi juftes fur d'autres matieres,
& paffent dans l'Hiftoire angienne
pour de fi grands
Hommes , queje regarderois
ces opinions comme des cho
fes
GALANT. 145
fes tres difficiles à croire , fi
elles n'eftoient rapportées par
des Hiſtoriens , pour lesquels
jay toûjours eu de la veneration.
C'eft dequoy je yous
ferois un détail en peu de paroles
, fi je n'attendois de
vous ce que vous m'avez
promis des Mofcovites. Ce
fera la matiere de noftre premier
entretien Je vous prie
de fatisfaire preſentement
ma
curiofité.
BELOROND.
La Mofcovie qu'on appelle
encore Ruffie Blanche à
caufe de fes neiges , eft un
Juin 1685
N
146 MERCURE
เค
des plus grands Etats de l'Eu
rope. On luy donne environ,
fix cens lieues de longueur,
& autant de largeur. Elle a
la Mer glaciale au Septen.
trion , la Pologne & la petite
Tartarie au Midy , le Volga
& la grande Tartarie à l'O
rient , la Suede , la Livonie,
la Finlandie & la Lappie à
Occident. Entre plufieurs
Rivieres qui l'arroſent, on en
remarque quatre confidera
bles , fçavoir le Nieper ou
Borifthene
, qui fe décharge
dans le Pont- Euxin ; la Dui
ne , qui ſe décharge dans la
GALANT. 147
1
€
Mer Baltique , le Volga , qui
Ava tomber dans la Mer Cafpienne
, & le Tanaïs , qui fe
perd dans les Palus Meotides .
La Capitale eft Moſcou . C'eſt
où réfide fon Prince , qui
prend le titre de grand Duc,
où Czar , pretendant defcendre
d'Augufte Cefar. Ses Armes
font une Aigle à deux
teftes , portant trois Couronnes.
Dans la partie la plus
Septentrionale , il fe paffe un
jour de trois mois , qui dure
pendant les mois de May,
Juin & Juillet , & une nuit
auffi de trois mois , qui dure
Nij
148 MERCURE
pendant ceux de Novembre,
Decembre & Janvier.
C'eft dans la Moſcovie que
fe trouve l'admirable Plante
de Boranets , ou Plante- Agneau,
qui fe nourrit de celles
qui font autour d'elle , & qui
fe feiche quand elle n'en trouve
plus . Elle eft devorée
par
le Loup , à cauſe qu'elle a la
figure d'un Agneau.
Les Mofcovites font Schif
matiques Grecs. Saint Nicolas
eft le Protecteur de leur
Nation . De toutes les Feftes
de l'année , ils ne celebrent
proprement que celle de
GALANT. 149
pal'Annonciation
de la Vierge,
Ils commencent
l'année par
le premier jour du mois de
Septembre , parce qu'ils ne
reçoivent
point d'autre Epoque
que celle de la creation
du monde , qu'ils croyent avoir
efté fait en Automne.
Ils font robuftes, aiment à
roiftre avec de gros ventres
& de longues barbes . Ils por
tent de grandes Robes , &
des manches fort étroites ,
des bonnets au lieu de chapeaux
, des bottines de cuir
rouge ou jaune . Les Femmes
font prefque habillées
com-
Niij
150 MERCURE
me les Hommes , exceptéh
que leurs Robes font plus
larges , & leurs manches de
chemifes de trois ou quatreaunes
de long , & fort plif
fées. Les Mofcovites font naturellement
méfians , traîtrés
, fainéans , inhoſpitaliers,
arrogans , fins , trompeurs,
ignorans , le contentant
de
fçavoir lire & écrire , & fi
cruels , que l'office de Bourreau
n'eſt pas infame chez
eux. Ils font auffi fi ſuperbes,
qu'un de leurs Princes fit attacher
avec un cloud le cha
peau à la tefte d'un Ambaſſa
GALANT. 151
deur Italien , qui s'eftoir cou
vert en fa preſence . Ils écri
vent fur des rouleaux de papier
coupez en bandés , &
collez enfemble de la lon
gueur de 25. ou 3d aulnes
Les Femmes Mofcovites
veulent eftre battues de leurs
maris , pour eftre perfuadées
qu'elles en font aimées. Ils
dorment tous aprés diſner ,
de forte que pendant ce
temps- là toutes les boutiques
font fermées , comme icy
pendant la nuit. Le Prince
prend tous les biens de ceux
qui meurent fans enfans. Ill
N iiij
152 MERCURE
eft défendu aux Mofcovites
de voyager dans la permiffion
du Prince , fur peine de la
vie. La Juftice s'adminiftre
en ce pays- là en fort peu de
temps. Les Parties plaident
chacune pour foy. Quand un
Debiteur ne peut pas payer
fes debtes ou trouver caution,
il devient efclave du Czar ou
de quelqu'autre , fi c'eſt la
volonté du Prince. Les pe
tits Tartares ont tellement
maltraité les Mofcovites
qu'autrefois outre un tribut
confiderable qu'ils en exi
geoient , le Duc de Mofcovie
GALANT. 153
1
t
J
;
eftoit obligé de mettre pied
à terre devant l'Ambaffadeur
Tartare , de luy offrir réte
nue un plat de Lait , & de lecher
ce qui fe répandoit par
hazard fur le crin du Che,
val.
des Dialogues , qui ont fait
un article dans chacune de
mes trois dernieres Lettres .
La matiere en eft toûjours
également curieufe.
525252 ·52525-25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE QUATRIE' ME.
BELOROND , LAMBRET.
J
BELORO ND.
E fouhaiterois auffi- bien
que le fouhaite M Paſcal
dans fes Penfées que je viens
GALANT. 129 *
de quitter , avoir un Livre
Italien intitulé , Della-opinione
regima del mondo. Que j'aurois
de plaifir à eftudier ce Livre
fi fon deffein eft bien remply?
Je me contente de fuppléer à
fon défaut par mes reflexions
fur les differentes Coûtumes
des Hommes , qui ne m'ap- "
prennent autre chofe finon
que l'opinion difpofe de tout,
puis qu'elle difpofe de la Juftice,
de la Beauté, & du Bonheur,
qui eft le tour du monverité
que j'aurois eu de
de's
.
la peine à croire fi je n'en a--
vois les exemples que je vais
vous rapporter.
130 MERCURE
LAMBRET.
Puis
que
M' Paſcal vous a
donné matiere pour commencer
voftre entretien, vous
voulez bien que je me ferve
encore de fes judicieuſes meditatiós
pour cófirmer ce que
Vous venez de me dire. On
ne voit prefque rien de juſte
ou d'injuste , dit ce grand
Homme , qui ne change de
qualité en changeant de climat.
Trois degrez d'élevation
du Pole renverfent toute
la Jurifprudence. Plaifante
Juftice , qui eft bornée par
une Riviere ou une Monta
t
t
GALANT. 134
gne ! Verité au deça des Pyrenées
, Erreur au delà : Avoüez
que le Public a bien
perdu en perdant ce grand
Genie , qui avoit fait une fi
ferieufe eftude de l'Homme,
& qui auroit affurement bien
fuppleé au Livre dont il regrettoit
d'eftre privé . Confolons
- nous donc dans la
perte de l'un & de l'autre par
les reflexions que nous fourniront
les exemples que nous
trouverons dans les autres Li
vres. Je fuis preft à écouter
les voſtres , peut - eſtre y en
pourray -je ajoûter quelques-
}
132 MERCURE
unes qui ne vous déplairont
pas.
BELORO ND .
Il s'en prefente tant , & em
mefme temps de fi bizarres
& de fi difficiles à croire, que
je ne fçay par où commencer,
ou mefme fi je dois exe
cuter mon deffein. Cepen
dant puis que je vous l'ai promis
, & que je me fuis toujours
fait un honneur de tenir
ma parole , je vais vous
fatisfaire. Voicy ce que j'ay
à vous apprendre touchant la
Juftice. Tertullien dans le
Livre , De habit. Mul. C. 71
GALANT. 133
に
parlant de quelques Peuples
Barbares , dit que chez eux
plus on eftoit criminel , plus
on recevoit de richeffes. Auro
vinctos in ergaftulis habent , &
I divitijs malos onerant , tantò lecupletiores
, quanto nocentiores.
LAMBRET.
Apropos de criminel, vous
voulez bien que je vous interrompe,
pour vous dire que
t Marc Polo nous apprend que
le long de la cofte de Malabares
, le témoignage d'un
Homme qui navige , fur mer
neft jamais receu , à cauſe
qu'il paffe pour un defefperé.
134 MERCURE
On lit chez Diodore Sicilien,
qu'il n'eftoit permis en toute
la Germanie qu'aux feuls Prêtres
de lier & punir les criminels
; & Philippe Camerarius
affure en fes Meditations
hiftoriques , qu'en certaines
Villes de ce mefme Pays le
dernier receu au Confeil dé
capitoit autrefois les criminels.
Il ajoûte qu'en un Village
de la Franconie quand
on furprend un Larron fur le
fait , le dernier marié du lieu
luy met la corde au col, & le
pend à un vieil arbre deſtiné
de temps immemorial à cét
GALANT. 135
ufage. Mais pourfuivez je
vous prie.
BELORON D..
Vous avez oublié apparemment
de me dire en parlant
d'Executeur de la Jufti
ce , que chez les Mofcovites
la qualité de Boureau n'eft
pas odieufe.
LAMBRET.
Je ne l'ay pas oublié , puis
que je ne le fçavois pas. Vous
m'obligeriez fort fi vous me
vouliez entretenir de ces Peuples
. Quelque chofe `d'extraordinaire
que j'ay remar
qué dans les Mofcovites qui
-136 MERCURE
font venus rendre leurs devoirs
au Roy, m'a donné l'envie
de fçavoir au moins en
abregé ce qui regarde leur
Pays & leurs Couftumes.
BELOROND.
Je le feray volontiers en
peu de mots , aprés qué je
vous auray rapporté une partie
de ce que je vous ay promis
; le refte fera pour une
autre fois. Au Tunquin le
Roy donne des appointemens
à tous les Juges , fans
qu'ils prennent jamais rien
des Parties. Un parent ne
peut avoir procés contre fon
?
GALANT. 137
parent, & aucun Seigneur ne
peut eftre Gouverneur dans
la Province où il eft né. Less
Avocats de la Guinée nom- .
mez Troens au rapport
'der
Jarric, L. 5. C. 44. plaident let
vilage couvert devant le Prince
qui rend luy mefme la ju
4ftice à fes Sujets . Les Perfest
1 foüettoient la robe de leurs
enfans pour les punir , fans
toucher les perfonnes . Les
#Chinois puniffent le Precep
uteur des fautes de fon Difci-
།
;
- ple en fa prefence.
D
C'eft
tinius qui le dit , Dec. 1. L.
& 5. Prefque par tout les
4
.
Juin 1685.
Mi
138 MERCURE
Levant les Roys donnent:
leurs plus ordinaires Audiences
quand ils fe font faire la.
barbe . Le Socrate de la Chine,
le grand Confutius , foûtenoit
qu'il eft impoffible qu'un
Eftat foit bien gouverné fans
la muſique , c'eſt encore au
rapport de Martinius , Dec..
1. L. i. On punit de mort aux
Malabares celuy qui a rompu
un pot de terre fur la porte
de quelqu'un , Ram . Tomer.
Plaifante Juftice ! Pour ce quir
regarde la Beauté , à la Chine
les plus petits yeux font
les plus beaux. Chez les CaGALANT.
129
ribes & les Sigimiens le plus
grand , le plus haut & le plus
large front eft eftimé le mieuxfait.
Chez les Macrocephales
la plus longue tefte , la plus
chauve & la plus pelée, paffe :
pour la plus belle . Chez les
Miconiens & Japonois on'
prefere le vifage le plus fardé
& le plus plaftré , le mentor,
le nez & les jouës les plus
troüez & les plus cicatrifez.
Les grands ongles ne fe por
tent que par les Nobles aut
Royaume de Mangis, & chezlés
Negres de la cofte Malabare,
les Femmes Tartares &
.
Mij
140 MERCURE
Mofcovites les peignent de
noir. Beato Odorico affure
avoir veu des ongles du gros
doigt fi grands , qu'ils couvroient
toute la main. Diodore
Sicilien dit qu'Alexandre.
le Grand trouva, dans, l'Inde
des Peuples qui ne rognoient
jamais leurs ongles . En beau
coup de lieux de l'Inde Orientale
, & particulierement
en Sumatra les grandes panfes
& les bedaines extréme .
ment rebondies , font trouvées
fort agreables , au rapport
de Pietro Della Valle
Part. 4 Une Relation dit
GALANT. 141
C
qu'au pays du Mogol la blan.
cheur paffe pour une ladrerie .
Quant à ce qui regarde le
Bonheur ou le fouverain Bien,
iles fentimens fur cette matie
re ont efté fi extravagans
,,
qu'on ne peut affez s'éton
ner de la bizarrerie de l'ef
prit humain . Anacharfis mettoit
le fouverain Bien dans la
vangeance d'une injure faito
à tort ; Crates dans une heu,
reuſe navigation ; Simonide
dans l'amitié d'un chacun ;
Architas dans le gain d'une
Bataille , Gorgias à ouir des
chofes qui plaifent , Chryfip- .
142 MERCURE
pus à faire bâtir de ſuperbes
Edifices ; Epicure dans la volupté
; Antifthene dans une
celebre renommée aprés fas
mort ; Sophocle à avoir des
enfans pour heritiers ; Euripide
à avoir une belle fem--
me ; Palemon dans l'éloquence
; Themiftoclé
à def.
cendre de parens illuftres ;
Ariftide dans les biens temporels
; Heraclite dans les
un Auteur
grands trefors
.4
moderne dans la fatisfaction '
de l'efprit. Ce dernier fenti
ment me plairoit le plus fi la
Religion ne me donnoit pas
GALANT. 143
7
V
1
un autre fouverain Bien. Enfin
faint Auguſtin dit , que
Marc Varron à compté juf
ques à 288. opinions toutes
differentes fur ce qui concernoit
le fouverain Bien .
LAMBRET.
De Il y a affurément fujet de
s'étonner de ce que de fr
grands Homines fe font fr
lourdement trompez dans la
décifion d'une chofe fi effen .
tielle à l'Homme , & qui de
voit faire le fondement de
route leur Philofophie ; car
comme Ciceron l'a fort bien
remarqué, L. s. De Fin, lors
144 MERCURE
qu'on eft une fois tombé d'ac
cord dans la Philoſophie de
ce qui conftituë le fouverain
Bien , toutes
toutes chofes y font
faciles & ajustées . Summo bo→
no conftituto in Philofophia, con
ftituta funt omnia. Les Ana
charfis, les Crifippes , les Crates
, & tous les autres dont
vous venez de me rapporter
les opinions fur le fouverain
Bien , ont eu des fentimens
fi juftes fur d'autres matieres,
& paffent dans l'Hiftoire angienne
pour de fi grands
Hommes , queje regarderois
ces opinions comme des cho
fes
GALANT. 145
fes tres difficiles à croire , fi
elles n'eftoient rapportées par
des Hiſtoriens , pour lesquels
jay toûjours eu de la veneration.
C'eft dequoy je yous
ferois un détail en peu de paroles
, fi je n'attendois de
vous ce que vous m'avez
promis des Mofcovites. Ce
fera la matiere de noftre premier
entretien Je vous prie
de fatisfaire preſentement
ma
curiofité.
BELOROND.
La Mofcovie qu'on appelle
encore Ruffie Blanche à
caufe de fes neiges , eft un
Juin 1685
N
146 MERCURE
เค
des plus grands Etats de l'Eu
rope. On luy donne environ,
fix cens lieues de longueur,
& autant de largeur. Elle a
la Mer glaciale au Septen.
trion , la Pologne & la petite
Tartarie au Midy , le Volga
& la grande Tartarie à l'O
rient , la Suede , la Livonie,
la Finlandie & la Lappie à
Occident. Entre plufieurs
Rivieres qui l'arroſent, on en
remarque quatre confidera
bles , fçavoir le Nieper ou
Borifthene
, qui fe décharge
dans le Pont- Euxin ; la Dui
ne , qui ſe décharge dans la
GALANT. 147
1
€
Mer Baltique , le Volga , qui
Ava tomber dans la Mer Cafpienne
, & le Tanaïs , qui fe
perd dans les Palus Meotides .
La Capitale eft Moſcou . C'eſt
où réfide fon Prince , qui
prend le titre de grand Duc,
où Czar , pretendant defcendre
d'Augufte Cefar. Ses Armes
font une Aigle à deux
teftes , portant trois Couronnes.
Dans la partie la plus
Septentrionale , il fe paffe un
jour de trois mois , qui dure
pendant les mois de May,
Juin & Juillet , & une nuit
auffi de trois mois , qui dure
Nij
148 MERCURE
pendant ceux de Novembre,
Decembre & Janvier.
C'eft dans la Moſcovie que
fe trouve l'admirable Plante
de Boranets , ou Plante- Agneau,
qui fe nourrit de celles
qui font autour d'elle , & qui
fe feiche quand elle n'en trouve
plus . Elle eft devorée
par
le Loup , à cauſe qu'elle a la
figure d'un Agneau.
Les Mofcovites font Schif
matiques Grecs. Saint Nicolas
eft le Protecteur de leur
Nation . De toutes les Feftes
de l'année , ils ne celebrent
proprement que celle de
GALANT. 149
pal'Annonciation
de la Vierge,
Ils commencent
l'année par
le premier jour du mois de
Septembre , parce qu'ils ne
reçoivent
point d'autre Epoque
que celle de la creation
du monde , qu'ils croyent avoir
efté fait en Automne.
Ils font robuftes, aiment à
roiftre avec de gros ventres
& de longues barbes . Ils por
tent de grandes Robes , &
des manches fort étroites ,
des bonnets au lieu de chapeaux
, des bottines de cuir
rouge ou jaune . Les Femmes
font prefque habillées
com-
Niij
150 MERCURE
me les Hommes , exceptéh
que leurs Robes font plus
larges , & leurs manches de
chemifes de trois ou quatreaunes
de long , & fort plif
fées. Les Mofcovites font naturellement
méfians , traîtrés
, fainéans , inhoſpitaliers,
arrogans , fins , trompeurs,
ignorans , le contentant
de
fçavoir lire & écrire , & fi
cruels , que l'office de Bourreau
n'eſt pas infame chez
eux. Ils font auffi fi ſuperbes,
qu'un de leurs Princes fit attacher
avec un cloud le cha
peau à la tefte d'un Ambaſſa
GALANT. 151
deur Italien , qui s'eftoir cou
vert en fa preſence . Ils écri
vent fur des rouleaux de papier
coupez en bandés , &
collez enfemble de la lon
gueur de 25. ou 3d aulnes
Les Femmes Mofcovites
veulent eftre battues de leurs
maris , pour eftre perfuadées
qu'elles en font aimées. Ils
dorment tous aprés diſner ,
de forte que pendant ce
temps- là toutes les boutiques
font fermées , comme icy
pendant la nuit. Le Prince
prend tous les biens de ceux
qui meurent fans enfans. Ill
N iiij
152 MERCURE
eft défendu aux Mofcovites
de voyager dans la permiffion
du Prince , fur peine de la
vie. La Juftice s'adminiftre
en ce pays- là en fort peu de
temps. Les Parties plaident
chacune pour foy. Quand un
Debiteur ne peut pas payer
fes debtes ou trouver caution,
il devient efclave du Czar ou
de quelqu'autre , fi c'eſt la
volonté du Prince. Les pe
tits Tartares ont tellement
maltraité les Mofcovites
qu'autrefois outre un tribut
confiderable qu'ils en exi
geoient , le Duc de Mofcovie
GALANT. 153
1
t
J
;
eftoit obligé de mettre pied
à terre devant l'Ambaffadeur
Tartare , de luy offrir réte
nue un plat de Lait , & de lecher
ce qui fe répandoit par
hazard fur le crin du Che,
val.
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Le dialogue entre Belorond et Lambret examine les variations culturelles et les coutumes à travers le monde, en mettant l'accent sur les différences dans les systèmes judiciaires et les pratiques sociales. Belorond observe que les opinions influencent la justice, la beauté et le bonheur, et cite diverses pratiques judiciaires. Par exemple, chez certains peuples barbares, les criminels reçoivent des richesses. En Malabar, le témoignage d'un marin n'est pas recevable, tandis qu'en Germanie, seuls les prêtres peuvent punir les criminels. En Franconie, le dernier marié exécute les condamnés. Lambret ajoute que la notion de justice varie selon les climats et les cultures, illustrant cela par des exemples comme la jurisprudence changeante avec l'élévation du pôle. Belorond mentionne d'autres pratiques judiciaires inhabituelles : au Tonquin, les juges sont payés par l'État et les parents ne peuvent se poursuivre en justice. En Guinée, les avocats plaident devant le prince, et les Perses punissent les enfants sans toucher leurs personnes. En Chine, les précepteurs sont responsables des fautes de leurs élèves. Le texte explore également des pratiques corporelles et esthétiques variées, comme les ongles longs en Inde et les femmes aux grandes panses en Sumatra. Il aborde aussi les conceptions du souverain bien selon divers philosophes anciens, soulignant la diversité des opinions. La Moscovie est décrite comme un grand État européen avec des coutumes spécifiques. Les Moscovites sont présentés comme des schismatiques grecs, robustes, avec des coutumes vestimentaires particulières. Ils sont caractérisés comme méfiants, traîtres, fainéants, inhospitaliers, arrogants, fins, trompeurs, ignorants et cruels. Leur écriture se fait sur des rouleaux de papier collés ensemble. Les femmes moscovites croient être aimées si elles sont battues par leurs maris, et tout le monde dort après dîner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 277-321
Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
Début :
L'abondance des matieres qui remplissoient ma Lettre le dernier mois, [...]
Mots clefs :
Tsar, Ambassadeurs, Roi, Prince, Seigneur, Amitiés, Ducs, Audiences, Russie, Puissance, Carosse, Paris, Qualités, Mérite, Officiers, Moscovie, Voyage, Royaume
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texteReconnaissance textuelle : Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
L'abondance des matieres
qui remplifſoient ma Lettre
le dernier mois , fut caufe que
je ne vous parlay point des
Ambaffadeurs de Mofcovie.
J'ay accoutumé de traiter ces
fortes d'articles fi à fonds
que vous jugez bien que la
place me manquoit , pour
278 MERCURE
mettre dans une mefme Let :
tre tant de choſes confiderables
par elles - mefmes , & par
le grand nombre de circon-
Atances qui les accompagnent.
Avant que de vous
rien dire de l'Entrée de ces
Ambaffadeurs
à Paris , vous
voulez bien que je vous falfe
obferver , que les Mofcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverfes
Cours en la mefme qualité;
parce qu'eftant deffrayez ,
& leur équipage voituré dans
tous les lieux où ils vont en
Ambaſſade, tout leur voyage
GALANT 279.
ne leur coute rien , ny pour
aller , ny pour revenir . Les
chofes fe font paffées autrement
, pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs,
Comme il s'agiffoit de les envoyer
à un Monarque , qu'
admirent ceux mefme qui
font jaloux de fa gloire , les
Czars ont voulu qu'ils vinffent
tout droit en France,
fans faire la fonction d'Ambaffadeurs
dans aucune autre
Cour , & qu'ils retournaſſent
à Mofcou de la mefme maniere
, pour faire connoiftre
qu'ils en eftoient partis ex-
་
"
280 MERCURE
prés pour venir en France , &
qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On
les a mefme preffez de partir,
avec des ordres de ne ſe point
arrefter dans leur voyage. La
jeuneffe des deux Czars , l'infirmité
de l'aifné , & les feditions
de cet Empire à peine
appaifées , ont fait dire à quel
ques-uns , que cette Ambaf
fade eftoit moins glorieuſe
pour le Prince à qui elle s'adreffoit
, que fi la Moſcovie
eftoit gouvernée par un feul
Maiftre , qui fuft grand Politique
& grand Conquerant,
GALANT. 281
Ceux qui parlent de la forte,
ne connoiffent pas les Czars ;
& ce que je vais vous en dire
, vous perfuadera aiſément
que la penetration de leur ef
prit, leur ayant fait concevoir
la grandeur & les admirables
qualitez du Roy , ils ont cru
ne pouvoir mieux faire que
de rechercher fon amitié
prefque auffi-toft qu'ils font:
montez fur le Trône. Quand
dans ma Lettre de Juillet 1682..
je vous parlay de la mort de
Theodore Alexouvits dernier .
Grand Duc , arrivée le 27.
Avril de la mefme année , je
A.a
282 MERCURE
L
vous dis qu'on avoit choifi
le Prince Pierre Alexouvits ,
fon frere puilné du fecond lit ,
qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui eftoit l'aifné , mais
que fes infirmitez rendoient
incapable du Gouvernement .
J'eftois alors mal informé de
fon âge , puifqu'il a prefente
ment feize ans , & le Prince
Jean dix - huit. Cependant
dans cette grande jeuneffe ,
ils ont déja fait voir par des
traits de politique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont &
beaucoup de cet efprit necef
GALANT 283
faire pour regner , & beaucoup
de ces manieres qui font
Thonnefte homme, & qui engagent
les cours. Le dernier
Czar effant mort , & Pierre
fon frere puilné ayant eſté
choifi pour fon Succeffeur
des Sedicieux , qui n'ont nul
merite pour afpirer à une hau
te fortune , qui ne peuvent
s'établir felon l'ambition qui
les devore , que dans le de
fordre & dans le tumulte , &
qui fe mettent peu en peine
s'ils renverfent un Etat, pourveu
qu'ils s'élevent , engagerent
l'Armée à fe revolter,,
A a ij
284 MERCURE
fous pretexte qu'elle n'estoit
pas payée. Un de ces Seditieux
voyant les Troupes fatisfaites
, plûtoft qu'il n'avoit
crû qu'elles deuffent l'eftre ,
ce qui l'empefchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez
, remua ſi bien , que par
le moyen de fa cabale , il vint
à bout de faire nommer à
l'Empire le Prince Jean , aifné
des deux Czars qui regnent
prefentement. C'est un Prince
fort incommodé , & quia
la veuë tres baffe. Les brigues.
qui furent grandes pour luy,
ayant éclaté tout d'un coup ,
GALANT 285
fon party fut le plus fort, par,
ce qu'on n'avoit pris aucune
précaution pour s'y oppoſer.
Les ambitieux crurent alors
qu'ils alloient devenir les
Maistres de l'Etat , & qu'il ne
leur manqueroit pour regner
que le nom de Souverains .
Cependantle cader desCzars ,
déja politique, quoy que dans
un âge fort peu avancé , &
prévenu d'eftime & d'amitié
pour fon Frere , les trompa
tous. Il s'unit avec le Prince
Jean fon aiſné, & luy dit qu'il
fouhaitoit regner avec luy,
Ce Prince charmé du merite
+
286 MERCURE
& de l'amitié de fon Cader,
luy répondit qu'il vouloir que
fa pofterité regnaft , & le pria
d'accepter une Femme de fa
main , & le Commandement
de fes Armées , quand les occafions
fe prefenteroient de
les faire agir pour fon ſervice.
Ce font ces deux Freres fil
unis , qui pénetrez de , la
Grandeur de Sa Majefté, ont
envoyé en France les Ambaffadeurs
, dont je vay vous
entretenir. Le Roy fçachant
qu'ils eftoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient ve
nir débarquer à Calais,choiſit
GALANT 287
1
M'Torf, l'un des Gentilhommes
de fa Maiſon , pour les y
recevoir, parce qu'il s'eft toû
jours tres bien acquitté des
Commiffions
de cette nature,
& qu'il s'eft mefme diftingué
en beaucoup d'autres occafions.
On avoit envoyé avec
luy des Officiers pour les traiter
, & tout ce qui eftoit neceffaire
pour les conduire.
On apprit que le premier Ambaffadeur
fe nommoit Simeon
Jerafieuvits Almazovv,
qu'il commande l'une des
quatre Compagnies de Nobleffe
qui font à Mofcou , &
288 MERCURE
quine marchent que lors que
le Czar va en campagne , &
qu'il eft un de ceux qui por
tent les plats fur la table de
cet Empereur ; non pas en
qualité de Maiftre d'Hoftel,
mais parce que les plus
grands Seigneurs de Mofcovie
les portent fur la table de
leur Prince. Il a un Fils qui a
épousé la Soeur de la Femme
de celuy des Czars qui eft ma
rié. Le fecond Ambaffadeur
n'est pasVicechancelier.com
me on l'a crû , mais fon Em
ploy eft fort confiderable , &
c'eſt comme qui diroit icy
Chef
GALANT. 289
"
Chef d'un Bureau, dont d'au
tres Bureaux dépendroient .
Ces Ambaffadeurs avoient
avec eux un homme de beaucoup
de merite , & fort eſti
mé en ce Pays- là . Les Czars
luy donnerent un Gouverne
ment des plus importans, peu
de jours avant qu'ils euffent
nommé ces Ambaffadeurs
pour venir en France. Ce
nouveau Gouverneur l'ayant
appris , pria les Czars , ou de
lay permettre de demeurer quel.
que temps fans aller à ce Gouver
nement , ou de le reprendre ,
de fouffrin qu'il accompagnaft les
Juin 1685.
Bb ..
290 MERCURE
avoient
Ambaffadeurs qu'ils envoyoient
à l'Empereur des François afin
qu'il púſt voir ce grand Homme
dont on publioit tant de merveil
les. Les Czars furent bien ai
fes de voir que leurs Sujets
pour le
Roy
la mel
me estime qu'ils avoient euxmefmes
pour ce Monarque ;
& ils luy permirent avec plai
fir d'accompagner leurs Ambaffadeurs.
Le Gouverneur
de Smolenfco , l'une des plus
fortes Places qui appartien
nent aux Czars , entendant
continuellement parler de ce
que Sa Majesté fait de grand,
GALANT. 291
envoya auffi fon Fils avec ces
mefmes Amballadeurs , afin
qu'il luy rapportaft fi tout ce
qu'on en difoit étoit veritable ,
& il le chargea meſme de luy
aporter beaucoup de Portraits
reffemblans de ce Monarque
,
qu'il luy ordonna de faire fai
re. Ces Ambaffadeurs Extraordinaires
avoiet encore avec
eux quatre Secretaires , un Interprete
Latin, fort confideré
des Czars , & nommé par ces
Princes , & une Suite fort
nombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denys . Le
-16. M' de Bonneuil Introdų
Bb ij
292 MERCURE
cteur des Ambaffadeurs , alla
les vifiter de la part du Roy ;
& lery M le Maréchal de
Humieres , & le mefme M
de Bonneuil,allerent les prendre
dans les Caroffes de Sa
Majefté , & de Madame la.
Dauphine , & les amenerent
à Paris. Ces Caroffes eftoient.
fuivis de trois Caroffes de Mr
le Maréchal de Humieres , de
celuy de M de Bonneuil , &
de plufieurs autres pour la fui-.
te de ces Ambaffadeurs , qui
montoit environ à quatrevingt
perfonnes. Il y en avoit
plufieurs à cheval , parmy lef
GALANT. 293
quels fix Trompettes & un
Timbalier fe firent entendre.
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors ›
à Paris , & qu'il y avoit mef
me tres- peu de jours qu'il
avoit eu Audience du Roy ,
cesAmbaffadeurs qui avoient
oiy parler de ce qui s'eftoic
paffé entre la France & cette
Republique , demanderent à
en eftre plus particulierement
inftruits , & loin de marquer
de l'étonnement de voir icy
un Doge de Genes , ils dirent
qu'ils n'en eftoient point furpris.
& qu'il faloit que le Roy fuft
Bb iij
294 MERCURE
le plus grand Prince du monde ,
puifque les Czar's leurs Maistres
qui eftoient de fi puiffans Empe
reurs qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Sou
verain , demandoient la fienne :
& que file Roy & leurs Maitres
eftoient unis , ils pourroient
conquerir toute la Terre, L'envie
qu'ils avoient de paroistre devant
Sa Majefté, & de mander
aux Czars qu'ils avoient vû ce
Monarque , les obligea de
preffer leur Audience . Ils l'eu
rent le 22. de May. M' le Ma
réchal de Humieres , accom
pagné de M de Bonneuil ,
GALANT. 295
avec les Caroffes du Roy &
de Madame la Dauphine ,
les alla prendre à l'Hoftel
des Ambaffadeurs extraordinaires
, où ils eſtoient logez,
& nourris, & toujours accom
pagnez de M' Torf. Ils parti
rent dés le matin ; & aprés s'étre
repofez pendant quelque
temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaffadeurs qui vont
à Verfailles pour avoir Au
dience du Roy , ils allerent à
celle de Sa Majefté . Comme
ils furent receus avec les honneurs
qu'on rend aux Ambaffadeurs
des Teftes couron
Bb iiij
296 MERCURE
nées, les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoi
les & Suiffes eftoient fous les
armes. Les Gardes de la Porte
& les Archers du Grand
Prevolt, cftoient en haye dans
la Court ; les Cent Suiffes fur
l'Escalier , & les Gardes du
Corps auffi en haye & fous les
armés dans leur Sale. M' le
Maréchal Duc de Duras , Capitaine
des Gardes en quarfier
, les receut à la porte , &
les conduifit jufques au pied
du Trône de Sa Majefté, où
aprés trois profondes reverences,
le premier de ces AniGALANT:
297
baffadeurs fit le difcours fuivant
en langue Mofcovite. Je
vous l'envoye traduit litteralement.
P
Ar la grace de Dieu en la
Trinité glorieufe , les tres-
Sereniffimes & tres - puiffans
Grands Seigneurs , Czars &
Grands Ducs , Joane Alexouvits
Peter Alexonvits de la gran
de , petite & blanche Ruffie,
Autocrateurs de Mofcovie , Kiovie
, VVolodimer & Nougorod,
Czars de Cafan, Czars d' Aftra
can , Czars de Siberie, Seigneurs:
de Plefcou , & Grands Ducs de
298 MERCURE
de
Smolenfco, de Tuerski, d'Ingorie,
de Permie ,de Beatra ,de Bulgarie,
d'autres; Seigneurs & Grands
Ducs de Norogrod , du Pays- bas
Quernigou , de Befan , de Ro
ftof , de Feresbaf, de Beloferie,
d'Obdorie, Condines , de toutes
les parties du Nord, Domina
teurs , Seigneurs du Pays d' Irerie,
de Carthalinie Gronfine,
Czars ; & de Cabardin , Terres
des Duchez de Circaffie , & de
Georgie , & de plufieurs autres
Seigneuries & Terres Orientales,
Occidentales & Septentrionales,
dont ils font heritiers de Pere en
Fils,poffeffeurs & Seigneurs ab
folus.
GALANT. 299
Tres Sereniffime & tres- Puif
fant , grand Prince , Seigneur
LOUIS XIV de Bourbon ,
par la grace de Dieu Empereur
de France & de Navarre , &
de plufieurs autres. Nos Mai
tres nous ont envoyez vers voftre
Royale Majefté , pour la falier
de leur part , & pour apprendre
l'état de fa fanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la fanté des
Czars , les Ambaffadeurs répondirent,
Quand nousfommes
partis d'auprés de vos Freres, les
tres- Sereniffimes & tres puif-
கு
fans Seigneurs Czars & Grands
300 MERCURE
Ducs , Ils répeterent icy les
meſme titres , Nous les avons
laiffez en tres- parfaite fanté dans
leur grandeVille Royale de Mofcovie
>
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance,
& repetant de nouveau les
titres des Czars .
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars ,
grands Ducs Joane & Peter Alex
uvits nous ont envoyés vers
Vous , Sire , leur Frere , pour
prefenter ces Lettres d'amitié à
voftre Royale Majefte.
Les tres- Sereniffimes¿ª trèsGALANT.
301
les
trespuiſſans
grands Seigneurs Czars
& grands Ducs nous ont commandé
de dire à leur Frere , par
la grace de Dieu Empereur de
France & de Navarre , que.
Ancestres des tres -grands
puiffans Czars , nos Seigneurs
nos Maiftres , ont toujours eu
pour votre Royale Majefté une
amitié fraternelle , un amour de
charité ,& une aimable corref
pondance , comme il aparu mefme
en la perfonne de Michaëlovuits
, d'heureuſe d'eternelle
memoire , Czar & grand Duc
de la grande , petite & blanche
Ruffie & Pere des tres puiffans
302 MERCURE
Seigneurs Czars de Mofcovie
, lequel a toujours confervé
pour veftre Royale Majesté une
amitié fraternelle un amour
de charité , par les amiables correſpondances
qu'il a enës avet
Elle pendant tout le
t tout le temps qu'il a
(t)
vécu aprés qu'Alexis Michaëlovvits
Souverain de la
&
grande , petite blanche Ruffie,
Pere des grands & puiffans Czars
de Mofcovie,futpaffé du Royaume
de la Terre en celuy du Ciel,
Theodore Alexovvits , frere des
tres-puffans Czars de Mofcovie,
eftant pour lors affis glorieufement
fur le Trône du Royaume des
1
GALANT. 303
Roxolans, & ayant fuccedé à la
Souveraineté de la grande , petite
& blanche Ruffie , aprés que
cent quatre- vingts- neuf ans fe
furent écoulez fans que les Czars
Les Prédeceffeurs euffent envoyé
en France , falua Voftre Royale
Majefté par Opifer, Pierre Pe
techin fes Ambaffadeurs
Eftienne Polchorum fon Vice
Chancelier, luy fit connoiftre
&
fon élevation fur le Trône de fes
Peres , la gloire de fon Régne ,
le defire l'inclination qu'il avoit
de vivre avec Elle en tres parfaite
intelligence. Mais Dieu tourpuiffant
, Modérateur de toutes
304 MERCURE
chofes , qui fait régner les Rois,
& qui par le repos eternel de fa
volonté fouveraine conferve les
Monarchies , ayant enlevé du
Trône de la Terre pour celuy du
Ciel le tres-puiffant Czar Theodore
Alexouvits , fit parfa grace
Toute puiffante & finguliere , que
Jean Alexouvits & Pierre Ale
xouvits fes freres , furent élevez
enfa place fur le Trône du
-glorieux Royaume des Roxolans ,
prenant enfemble le Sceptre de la
grande , petite blanche Ruffie,
& poffedant d'un commun accord
les grandes Dominations qu'ils
ont heritées de leur Pere & de
GALANT 305
ع و ن ل ا
leurs Ayeux dans l'Orient , l'Oc--
cident le Septentrion. Et de
pas aprés la mort du tres - puiffant
Prince Theodore Alexouvits
d'heureufe erernelle memoire, -
*
frere des Czars , ils ont envoyé
derechef leurs Ambaffadeurs vers -
voftre Royale Majefte , pour luy
prefenter des Lettres de lear part,,
par lesquelles extrautres chofes
zis la follicitoient à une plus ferme
&
plus inviolable focieté tou
chant les a
les affaires de l'une &
L'autre Couronne; & voftre Roya
le Majefté prit dès - lors refolution
de leur envoyer des Ambaſſa--
deurs.
Juin 16855
acc
de
306 MERCURE
標
les
Les tres puiffans Seigneurs &
grands Ducs Jean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes
fouverains de la grande , petite
blanche Ruffie , voulant con
tinuer avec voftre Royale Ma
jefté l'amitié fraternelle
correfpondances que les Czars
leurs Prédeceffeurs avoient folli
cité & fouhaité d'obtenirparleurs
Ambaſſadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voftre Roya
le Majefte Frere, pour l'affeurer
de leur parfaite fanté , de
la gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat de la
Tienne , la force de fes Armes ,
60
GALANT 307
*
tes fuccez furprenans de fes glorieufes
entrepriſes , & pour luy
faire connoiftre l'inclination extrême
que les Czars ont de vivre
avec Elle en bonne parfaite
intelligence enfin pour luy
propofer des affaires qui faffent
croistre de plus en plus l'amitié
fraternelle labonne intelligen
ce entre les Czars nos Maiftres
voftre Royale Majefté. Elle
aura donc la bonté , s'il luyplaift,
d'entrer avec nous en conference,
r de nous donner des Commif
faires , pour traiter avec eux des
affaires pour lefquelles nous fommes
envoyez, & pour en porter
308 MERCURE
la réponſe aux Czars nos Maî
tres & nos Seigneurstaan 49 65 6
Aprés ce difcours , cét
Ambaffadeur fit apporter des
Prefens par plus de cinquan
te perfonnes de fa fuite. Ils
confiftoient en plufieurs pies
ces de riches Ecofes & de ra
res Fourrures , un Sabre garny
de pierreries , uné Marte
Zibeline vivante , & un Oyfeau
de proye qui vole fur
l'Aigle. L'Audience eſtant
-finie , ces Ambaffadeurs furent
traitez magnifiquement
avec toute leur fuite par les
Officiers de Sa Majesté , & re
GALANT 309
conduits à Paris avec les mêmes
ceremonies .
Le premier de Juin , ils fe
rendirent à Versailles à l'ap
partement de M' Colbert de
Croify. Ce Miniftre les receut
dans fon Cabinet , & il
eut avec eux une longue Conference
fur le fujet de leur
Ambaffade . Vous fçavez que
de fecret eft impenetrable
en
France ; mais quand mais quand il y au
roit quelque facilité à le dé
-couvrir , ce n'eft point à moy
d'entrer dans les mysteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. Je ne fçaurois pour
310 MERCURE
tant m'empefcher de vous di
re pour la gloire du Roy, qu'il
paroift en cette occafion, que
ce Prince ayant donné la Paix
à l'Europe , ne veut rien faire
qui puiffe en alterer le repos
& que tous les avantages
qu '
on luy pourroit propofer , feroient
incapables de l'ébran
ler là deffus. Ces Ambaffa
deurs
,
demanderentm
grande inftance , que Sa Majefté
nommaſt un Ambaffadeur
, ou du moins un En
voyé, afin que leurs Maiftres
eaffent le plaifir d'avoir à leur
Cour un Miniftres d'un efi
d
GALANT 34
grand Monarque. Cette demande
fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le
temps que les jaloux de fa
gloire avoient leurs raifons
pour le publier. Le mefme
jour que ces Ambaſſadeurs
eurent audience de M' de
Croiffy , on leur fit voir les
Eaux , les Jardins , & les Ap
partemens du Château de
Verfailles. Rien ne fe peur
ajoûter aux termes dont ils
fe fervirent pour témoigner
leur étonnement
, il y en cut
on
ne mefme de fi forts ,
les peut rapporter icy. Ils di
312 MERCURE
rent entre autres choſes, que
ceux qui avoient l'avantage
d'y entrer , eftoient bien henreux
. M'Torfles voyant embaraffez
à retenir tant de chofes
, dont ils vouloient faire le
recit lorsqu'ils feroient retournez
en Moſcovie, leur fit prefent
des Estampes de toutes
lesMailons Royales . Ils ont vu
icy la plus grande partie de
tout ce qu'il y a de curieux.
Je ferois trop long fi je vous
rapportois tout ce qu'ils ont
dit fur chaque chofe. Je fuis
fort fouvent entré dâns des
détails de tette nature , tou-
4
T
chant
GALANT. 313
"
chant les Ambaffadeurs de
plufieurs Nations éloignées ;
& tout ce que chacun d'eux
a dit , a tant de rapport , qu'il
n'eft pas néceffaire de le re .
peter. Ceux - cy ont fur tout
admiré l'Exercice qu'ils ont
veu faire aux Moufquetaires ,
& ont dit , qu'ilfembloit qu'un
meſme reffort les faifoit agir
tous dans le mefme inftant , tant
leurs mouvemens avoient de juz
fteffe.L'Opera leur a auffi cau
fe beaucoup de furpriſe ; &
à peine a-t- on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3 de ce mois,
Juin 1685.
Dd
314 MERCURE
ils eurent leur Audience de
བ ༤ ས་
Congé du Roy, avec les mef
mes ceremonies qui avoient
efté obfervées à leur premiere
Audience. Le io . M ' de Bonneuil
porta à chacun
de la part de ce Monarque ,
les prefens qui fuivent.
à chacun d'eux ,
Une Boete à Portrait du
Roy , enrichie de diamans.
Une Tenture de Tapifle
rie des Gobelins , rehauffée
dor.
Une Pendule à repetition,
Une Horloge à Boëte d'or,
Une Montre à Boete d'or,
Un Fufil à double.canon,
1 .
GALANT. 315
orné de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Pistolets
de mefme , le tout fort beau
3 & fort riche. Les Gens de
leurfuite eurent des Médail
les d'or & d'argent du Roy .
27 Le fecond Ambaffadeur
ayant receu le Portrait de
Sa Majefté , l'attacha à fon
Bonnet , & dit qu'il le porteroit
toutefavie , & ordonneroit àfa
Femme ,à fes Enfans mefme
à toute fa pofterite, dele porter
apréslugs
ນ
isLe &Gouverneur de Place
donr je vous aya pardėj zifut
Ddij
316 MERCURE
auffi honoré d'un Portrait du
Roy enrichy de Diamans , ce
qui luy fit demander, fi ce n'étoit
pas affez qu'il euft eu le plai
fir de voir ce Monarque,fans qu'il
L'accablaft encore de fes bien faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépens
du Roy , & accompagnez
par M Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , &
paffer en Hollande , le Commerce
qui eft entre les Hol
landois , & les Sujets de leurs
Maiftres leur donnant lieu de
trouver facilement des Vail
feaux pour les conduire chez
La
"
GALANT. 317
=
eux. Ils ont efté receus par
tout où ils ont paffé avec les
honneurs deus à leur caraetere
, & on leur a fait dans
toutes les Villes les Prefens
accoûtumez. Le fecond Am
baffadeur dit , qu'il avoitfait
voeu en partant deſon Pays , de
donner cinq cens écus aux Pauores,
& que puis qu'il avoit cet
te fomme à diftribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prin.
ce qui luy avoit fait du bien.
C'eft ce qu'il executa , ayant
fait des largeffes de cette
fomme depuis Paris jufques.
aDunquerque. Quelques
Dd iij
318 MERCURE
uns ont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euffent
trafiqué icy de Pelleterie ,
mais ils ont accoûtumé de
le faire dans tous les lieux
où ils fe rencontrent , &
cela m'engage à vous faire
connoiftre par des remarques
affez curieuſes , que
c'est moins dans l'efprit de
trafiquer & de gagner qu'ils
font ce Commerce , que parce
que cette Pelleterie eft
pour ainfi dire leur argent,
La Siberie eftant un Pays
remply de Martes , & fous la
domination des Czars , on
GALANT. 219
+
condamne les Mofcovites qui
ont commis quelque faute,
à aller tuer des Martes dans
cette Province , comme l'on
condamne en France certains
Criminels à aller fervir fur les
Galeres. Ceux que l'on obli
ge à cette Chaffe, ſont diſtri
છે
buez
>
par cantons . Des Offic
ciers viennent
de temps en
temps pour enlever les Mari
tes & ceux qui en ont le
moins tué font feverement
punis . On aporte toutes ces
Martes au Trefor des Czars,
le Grand Treforier
y met le
prix , & l'on paye les Troupes
.
Dd iiij
320 MERCURE
རྒྱུན་ པ
& les Officiers des Grands
Ducs de Mofcovie, moitié de
ces peaux , & moitié d'une
petite monnoye de peu de
valeur , qui n'a cours qu'en
Mofcovie , & qui eft la feule
monnoye de cét Etat. On
peut connoiftre par là qu'il eſt
affez mal- aisé qu'ils portent
dans les Païs Etrangers ,
ils veulent faire des achats ,
autre chofe que ce qui leur
tient lieu d'argent . Ils vendent
ces Martes,& de l'argét qu'ils
en reçoivent , ils achetent les
chofes qui leur conviennent,
ou qui leur agréent le plus
Οι
GALANT: 321
Quelque grand debit qu'ils
en puiffent faire , il eſt rare
qu'ils emportent de l'argent,
puis qu'il n'auroit pas de
cours dans leur Païs.
qui remplifſoient ma Lettre
le dernier mois , fut caufe que
je ne vous parlay point des
Ambaffadeurs de Mofcovie.
J'ay accoutumé de traiter ces
fortes d'articles fi à fonds
que vous jugez bien que la
place me manquoit , pour
278 MERCURE
mettre dans une mefme Let :
tre tant de choſes confiderables
par elles - mefmes , & par
le grand nombre de circon-
Atances qui les accompagnent.
Avant que de vous
rien dire de l'Entrée de ces
Ambaffadeurs
à Paris , vous
voulez bien que je vous falfe
obferver , que les Mofcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverfes
Cours en la mefme qualité;
parce qu'eftant deffrayez ,
& leur équipage voituré dans
tous les lieux où ils vont en
Ambaſſade, tout leur voyage
GALANT 279.
ne leur coute rien , ny pour
aller , ny pour revenir . Les
chofes fe font paffées autrement
, pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs,
Comme il s'agiffoit de les envoyer
à un Monarque , qu'
admirent ceux mefme qui
font jaloux de fa gloire , les
Czars ont voulu qu'ils vinffent
tout droit en France,
fans faire la fonction d'Ambaffadeurs
dans aucune autre
Cour , & qu'ils retournaſſent
à Mofcou de la mefme maniere
, pour faire connoiftre
qu'ils en eftoient partis ex-
་
"
280 MERCURE
prés pour venir en France , &
qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On
les a mefme preffez de partir,
avec des ordres de ne ſe point
arrefter dans leur voyage. La
jeuneffe des deux Czars , l'infirmité
de l'aifné , & les feditions
de cet Empire à peine
appaifées , ont fait dire à quel
ques-uns , que cette Ambaf
fade eftoit moins glorieuſe
pour le Prince à qui elle s'adreffoit
, que fi la Moſcovie
eftoit gouvernée par un feul
Maiftre , qui fuft grand Politique
& grand Conquerant,
GALANT. 281
Ceux qui parlent de la forte,
ne connoiffent pas les Czars ;
& ce que je vais vous en dire
, vous perfuadera aiſément
que la penetration de leur ef
prit, leur ayant fait concevoir
la grandeur & les admirables
qualitez du Roy , ils ont cru
ne pouvoir mieux faire que
de rechercher fon amitié
prefque auffi-toft qu'ils font:
montez fur le Trône. Quand
dans ma Lettre de Juillet 1682..
je vous parlay de la mort de
Theodore Alexouvits dernier .
Grand Duc , arrivée le 27.
Avril de la mefme année , je
A.a
282 MERCURE
L
vous dis qu'on avoit choifi
le Prince Pierre Alexouvits ,
fon frere puilné du fecond lit ,
qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui eftoit l'aifné , mais
que fes infirmitez rendoient
incapable du Gouvernement .
J'eftois alors mal informé de
fon âge , puifqu'il a prefente
ment feize ans , & le Prince
Jean dix - huit. Cependant
dans cette grande jeuneffe ,
ils ont déja fait voir par des
traits de politique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont &
beaucoup de cet efprit necef
GALANT 283
faire pour regner , & beaucoup
de ces manieres qui font
Thonnefte homme, & qui engagent
les cours. Le dernier
Czar effant mort , & Pierre
fon frere puilné ayant eſté
choifi pour fon Succeffeur
des Sedicieux , qui n'ont nul
merite pour afpirer à une hau
te fortune , qui ne peuvent
s'établir felon l'ambition qui
les devore , que dans le de
fordre & dans le tumulte , &
qui fe mettent peu en peine
s'ils renverfent un Etat, pourveu
qu'ils s'élevent , engagerent
l'Armée à fe revolter,,
A a ij
284 MERCURE
fous pretexte qu'elle n'estoit
pas payée. Un de ces Seditieux
voyant les Troupes fatisfaites
, plûtoft qu'il n'avoit
crû qu'elles deuffent l'eftre ,
ce qui l'empefchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez
, remua ſi bien , que par
le moyen de fa cabale , il vint
à bout de faire nommer à
l'Empire le Prince Jean , aifné
des deux Czars qui regnent
prefentement. C'est un Prince
fort incommodé , & quia
la veuë tres baffe. Les brigues.
qui furent grandes pour luy,
ayant éclaté tout d'un coup ,
GALANT 285
fon party fut le plus fort, par,
ce qu'on n'avoit pris aucune
précaution pour s'y oppoſer.
Les ambitieux crurent alors
qu'ils alloient devenir les
Maistres de l'Etat , & qu'il ne
leur manqueroit pour regner
que le nom de Souverains .
Cependantle cader desCzars ,
déja politique, quoy que dans
un âge fort peu avancé , &
prévenu d'eftime & d'amitié
pour fon Frere , les trompa
tous. Il s'unit avec le Prince
Jean fon aiſné, & luy dit qu'il
fouhaitoit regner avec luy,
Ce Prince charmé du merite
+
286 MERCURE
& de l'amitié de fon Cader,
luy répondit qu'il vouloir que
fa pofterité regnaft , & le pria
d'accepter une Femme de fa
main , & le Commandement
de fes Armées , quand les occafions
fe prefenteroient de
les faire agir pour fon ſervice.
Ce font ces deux Freres fil
unis , qui pénetrez de , la
Grandeur de Sa Majefté, ont
envoyé en France les Ambaffadeurs
, dont je vay vous
entretenir. Le Roy fçachant
qu'ils eftoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient ve
nir débarquer à Calais,choiſit
GALANT 287
1
M'Torf, l'un des Gentilhommes
de fa Maiſon , pour les y
recevoir, parce qu'il s'eft toû
jours tres bien acquitté des
Commiffions
de cette nature,
& qu'il s'eft mefme diftingué
en beaucoup d'autres occafions.
On avoit envoyé avec
luy des Officiers pour les traiter
, & tout ce qui eftoit neceffaire
pour les conduire.
On apprit que le premier Ambaffadeur
fe nommoit Simeon
Jerafieuvits Almazovv,
qu'il commande l'une des
quatre Compagnies de Nobleffe
qui font à Mofcou , &
288 MERCURE
quine marchent que lors que
le Czar va en campagne , &
qu'il eft un de ceux qui por
tent les plats fur la table de
cet Empereur ; non pas en
qualité de Maiftre d'Hoftel,
mais parce que les plus
grands Seigneurs de Mofcovie
les portent fur la table de
leur Prince. Il a un Fils qui a
épousé la Soeur de la Femme
de celuy des Czars qui eft ma
rié. Le fecond Ambaffadeur
n'est pasVicechancelier.com
me on l'a crû , mais fon Em
ploy eft fort confiderable , &
c'eſt comme qui diroit icy
Chef
GALANT. 289
"
Chef d'un Bureau, dont d'au
tres Bureaux dépendroient .
Ces Ambaffadeurs avoient
avec eux un homme de beaucoup
de merite , & fort eſti
mé en ce Pays- là . Les Czars
luy donnerent un Gouverne
ment des plus importans, peu
de jours avant qu'ils euffent
nommé ces Ambaffadeurs
pour venir en France. Ce
nouveau Gouverneur l'ayant
appris , pria les Czars , ou de
lay permettre de demeurer quel.
que temps fans aller à ce Gouver
nement , ou de le reprendre ,
de fouffrin qu'il accompagnaft les
Juin 1685.
Bb ..
290 MERCURE
avoient
Ambaffadeurs qu'ils envoyoient
à l'Empereur des François afin
qu'il púſt voir ce grand Homme
dont on publioit tant de merveil
les. Les Czars furent bien ai
fes de voir que leurs Sujets
pour le
Roy
la mel
me estime qu'ils avoient euxmefmes
pour ce Monarque ;
& ils luy permirent avec plai
fir d'accompagner leurs Ambaffadeurs.
Le Gouverneur
de Smolenfco , l'une des plus
fortes Places qui appartien
nent aux Czars , entendant
continuellement parler de ce
que Sa Majesté fait de grand,
GALANT. 291
envoya auffi fon Fils avec ces
mefmes Amballadeurs , afin
qu'il luy rapportaft fi tout ce
qu'on en difoit étoit veritable ,
& il le chargea meſme de luy
aporter beaucoup de Portraits
reffemblans de ce Monarque
,
qu'il luy ordonna de faire fai
re. Ces Ambaffadeurs Extraordinaires
avoiet encore avec
eux quatre Secretaires , un Interprete
Latin, fort confideré
des Czars , & nommé par ces
Princes , & une Suite fort
nombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denys . Le
-16. M' de Bonneuil Introdų
Bb ij
292 MERCURE
cteur des Ambaffadeurs , alla
les vifiter de la part du Roy ;
& lery M le Maréchal de
Humieres , & le mefme M
de Bonneuil,allerent les prendre
dans les Caroffes de Sa
Majefté , & de Madame la.
Dauphine , & les amenerent
à Paris. Ces Caroffes eftoient.
fuivis de trois Caroffes de Mr
le Maréchal de Humieres , de
celuy de M de Bonneuil , &
de plufieurs autres pour la fui-.
te de ces Ambaffadeurs , qui
montoit environ à quatrevingt
perfonnes. Il y en avoit
plufieurs à cheval , parmy lef
GALANT. 293
quels fix Trompettes & un
Timbalier fe firent entendre.
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors ›
à Paris , & qu'il y avoit mef
me tres- peu de jours qu'il
avoit eu Audience du Roy ,
cesAmbaffadeurs qui avoient
oiy parler de ce qui s'eftoic
paffé entre la France & cette
Republique , demanderent à
en eftre plus particulierement
inftruits , & loin de marquer
de l'étonnement de voir icy
un Doge de Genes , ils dirent
qu'ils n'en eftoient point furpris.
& qu'il faloit que le Roy fuft
Bb iij
294 MERCURE
le plus grand Prince du monde ,
puifque les Czar's leurs Maistres
qui eftoient de fi puiffans Empe
reurs qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Sou
verain , demandoient la fienne :
& que file Roy & leurs Maitres
eftoient unis , ils pourroient
conquerir toute la Terre, L'envie
qu'ils avoient de paroistre devant
Sa Majefté, & de mander
aux Czars qu'ils avoient vû ce
Monarque , les obligea de
preffer leur Audience . Ils l'eu
rent le 22. de May. M' le Ma
réchal de Humieres , accom
pagné de M de Bonneuil ,
GALANT. 295
avec les Caroffes du Roy &
de Madame la Dauphine ,
les alla prendre à l'Hoftel
des Ambaffadeurs extraordinaires
, où ils eſtoient logez,
& nourris, & toujours accom
pagnez de M' Torf. Ils parti
rent dés le matin ; & aprés s'étre
repofez pendant quelque
temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaffadeurs qui vont
à Verfailles pour avoir Au
dience du Roy , ils allerent à
celle de Sa Majefté . Comme
ils furent receus avec les honneurs
qu'on rend aux Ambaffadeurs
des Teftes couron
Bb iiij
296 MERCURE
nées, les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoi
les & Suiffes eftoient fous les
armes. Les Gardes de la Porte
& les Archers du Grand
Prevolt, cftoient en haye dans
la Court ; les Cent Suiffes fur
l'Escalier , & les Gardes du
Corps auffi en haye & fous les
armés dans leur Sale. M' le
Maréchal Duc de Duras , Capitaine
des Gardes en quarfier
, les receut à la porte , &
les conduifit jufques au pied
du Trône de Sa Majefté, où
aprés trois profondes reverences,
le premier de ces AniGALANT:
297
baffadeurs fit le difcours fuivant
en langue Mofcovite. Je
vous l'envoye traduit litteralement.
P
Ar la grace de Dieu en la
Trinité glorieufe , les tres-
Sereniffimes & tres - puiffans
Grands Seigneurs , Czars &
Grands Ducs , Joane Alexouvits
Peter Alexonvits de la gran
de , petite & blanche Ruffie,
Autocrateurs de Mofcovie , Kiovie
, VVolodimer & Nougorod,
Czars de Cafan, Czars d' Aftra
can , Czars de Siberie, Seigneurs:
de Plefcou , & Grands Ducs de
298 MERCURE
de
Smolenfco, de Tuerski, d'Ingorie,
de Permie ,de Beatra ,de Bulgarie,
d'autres; Seigneurs & Grands
Ducs de Norogrod , du Pays- bas
Quernigou , de Befan , de Ro
ftof , de Feresbaf, de Beloferie,
d'Obdorie, Condines , de toutes
les parties du Nord, Domina
teurs , Seigneurs du Pays d' Irerie,
de Carthalinie Gronfine,
Czars ; & de Cabardin , Terres
des Duchez de Circaffie , & de
Georgie , & de plufieurs autres
Seigneuries & Terres Orientales,
Occidentales & Septentrionales,
dont ils font heritiers de Pere en
Fils,poffeffeurs & Seigneurs ab
folus.
GALANT. 299
Tres Sereniffime & tres- Puif
fant , grand Prince , Seigneur
LOUIS XIV de Bourbon ,
par la grace de Dieu Empereur
de France & de Navarre , &
de plufieurs autres. Nos Mai
tres nous ont envoyez vers voftre
Royale Majefté , pour la falier
de leur part , & pour apprendre
l'état de fa fanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la fanté des
Czars , les Ambaffadeurs répondirent,
Quand nousfommes
partis d'auprés de vos Freres, les
tres- Sereniffimes & tres puif-
கு
fans Seigneurs Czars & Grands
300 MERCURE
Ducs , Ils répeterent icy les
meſme titres , Nous les avons
laiffez en tres- parfaite fanté dans
leur grandeVille Royale de Mofcovie
>
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance,
& repetant de nouveau les
titres des Czars .
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars ,
grands Ducs Joane & Peter Alex
uvits nous ont envoyés vers
Vous , Sire , leur Frere , pour
prefenter ces Lettres d'amitié à
voftre Royale Majefte.
Les tres- Sereniffimes¿ª trèsGALANT.
301
les
trespuiſſans
grands Seigneurs Czars
& grands Ducs nous ont commandé
de dire à leur Frere , par
la grace de Dieu Empereur de
France & de Navarre , que.
Ancestres des tres -grands
puiffans Czars , nos Seigneurs
nos Maiftres , ont toujours eu
pour votre Royale Majefté une
amitié fraternelle , un amour de
charité ,& une aimable corref
pondance , comme il aparu mefme
en la perfonne de Michaëlovuits
, d'heureuſe d'eternelle
memoire , Czar & grand Duc
de la grande , petite & blanche
Ruffie & Pere des tres puiffans
302 MERCURE
Seigneurs Czars de Mofcovie
, lequel a toujours confervé
pour veftre Royale Majesté une
amitié fraternelle un amour
de charité , par les amiables correſpondances
qu'il a enës avet
Elle pendant tout le
t tout le temps qu'il a
(t)
vécu aprés qu'Alexis Michaëlovvits
Souverain de la
&
grande , petite blanche Ruffie,
Pere des grands & puiffans Czars
de Mofcovie,futpaffé du Royaume
de la Terre en celuy du Ciel,
Theodore Alexovvits , frere des
tres-puffans Czars de Mofcovie,
eftant pour lors affis glorieufement
fur le Trône du Royaume des
1
GALANT. 303
Roxolans, & ayant fuccedé à la
Souveraineté de la grande , petite
& blanche Ruffie , aprés que
cent quatre- vingts- neuf ans fe
furent écoulez fans que les Czars
Les Prédeceffeurs euffent envoyé
en France , falua Voftre Royale
Majefté par Opifer, Pierre Pe
techin fes Ambaffadeurs
Eftienne Polchorum fon Vice
Chancelier, luy fit connoiftre
&
fon élevation fur le Trône de fes
Peres , la gloire de fon Régne ,
le defire l'inclination qu'il avoit
de vivre avec Elle en tres parfaite
intelligence. Mais Dieu tourpuiffant
, Modérateur de toutes
304 MERCURE
chofes , qui fait régner les Rois,
& qui par le repos eternel de fa
volonté fouveraine conferve les
Monarchies , ayant enlevé du
Trône de la Terre pour celuy du
Ciel le tres-puiffant Czar Theodore
Alexouvits , fit parfa grace
Toute puiffante & finguliere , que
Jean Alexouvits & Pierre Ale
xouvits fes freres , furent élevez
enfa place fur le Trône du
-glorieux Royaume des Roxolans ,
prenant enfemble le Sceptre de la
grande , petite blanche Ruffie,
& poffedant d'un commun accord
les grandes Dominations qu'ils
ont heritées de leur Pere & de
GALANT 305
ع و ن ل ا
leurs Ayeux dans l'Orient , l'Oc--
cident le Septentrion. Et de
pas aprés la mort du tres - puiffant
Prince Theodore Alexouvits
d'heureufe erernelle memoire, -
*
frere des Czars , ils ont envoyé
derechef leurs Ambaffadeurs vers -
voftre Royale Majefte , pour luy
prefenter des Lettres de lear part,,
par lesquelles extrautres chofes
zis la follicitoient à une plus ferme
&
plus inviolable focieté tou
chant les a
les affaires de l'une &
L'autre Couronne; & voftre Roya
le Majefté prit dès - lors refolution
de leur envoyer des Ambaſſa--
deurs.
Juin 16855
acc
de
306 MERCURE
標
les
Les tres puiffans Seigneurs &
grands Ducs Jean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes
fouverains de la grande , petite
blanche Ruffie , voulant con
tinuer avec voftre Royale Ma
jefté l'amitié fraternelle
correfpondances que les Czars
leurs Prédeceffeurs avoient folli
cité & fouhaité d'obtenirparleurs
Ambaſſadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voftre Roya
le Majefte Frere, pour l'affeurer
de leur parfaite fanté , de
la gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat de la
Tienne , la force de fes Armes ,
60
GALANT 307
*
tes fuccez furprenans de fes glorieufes
entrepriſes , & pour luy
faire connoiftre l'inclination extrême
que les Czars ont de vivre
avec Elle en bonne parfaite
intelligence enfin pour luy
propofer des affaires qui faffent
croistre de plus en plus l'amitié
fraternelle labonne intelligen
ce entre les Czars nos Maiftres
voftre Royale Majefté. Elle
aura donc la bonté , s'il luyplaift,
d'entrer avec nous en conference,
r de nous donner des Commif
faires , pour traiter avec eux des
affaires pour lefquelles nous fommes
envoyez, & pour en porter
308 MERCURE
la réponſe aux Czars nos Maî
tres & nos Seigneurstaan 49 65 6
Aprés ce difcours , cét
Ambaffadeur fit apporter des
Prefens par plus de cinquan
te perfonnes de fa fuite. Ils
confiftoient en plufieurs pies
ces de riches Ecofes & de ra
res Fourrures , un Sabre garny
de pierreries , uné Marte
Zibeline vivante , & un Oyfeau
de proye qui vole fur
l'Aigle. L'Audience eſtant
-finie , ces Ambaffadeurs furent
traitez magnifiquement
avec toute leur fuite par les
Officiers de Sa Majesté , & re
GALANT 309
conduits à Paris avec les mêmes
ceremonies .
Le premier de Juin , ils fe
rendirent à Versailles à l'ap
partement de M' Colbert de
Croify. Ce Miniftre les receut
dans fon Cabinet , & il
eut avec eux une longue Conference
fur le fujet de leur
Ambaffade . Vous fçavez que
de fecret eft impenetrable
en
France ; mais quand mais quand il y au
roit quelque facilité à le dé
-couvrir , ce n'eft point à moy
d'entrer dans les mysteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. Je ne fçaurois pour
310 MERCURE
tant m'empefcher de vous di
re pour la gloire du Roy, qu'il
paroift en cette occafion, que
ce Prince ayant donné la Paix
à l'Europe , ne veut rien faire
qui puiffe en alterer le repos
& que tous les avantages
qu '
on luy pourroit propofer , feroient
incapables de l'ébran
ler là deffus. Ces Ambaffa
deurs
,
demanderentm
grande inftance , que Sa Majefté
nommaſt un Ambaffadeur
, ou du moins un En
voyé, afin que leurs Maiftres
eaffent le plaifir d'avoir à leur
Cour un Miniftres d'un efi
d
GALANT 34
grand Monarque. Cette demande
fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le
temps que les jaloux de fa
gloire avoient leurs raifons
pour le publier. Le mefme
jour que ces Ambaſſadeurs
eurent audience de M' de
Croiffy , on leur fit voir les
Eaux , les Jardins , & les Ap
partemens du Château de
Verfailles. Rien ne fe peur
ajoûter aux termes dont ils
fe fervirent pour témoigner
leur étonnement
, il y en cut
on
ne mefme de fi forts ,
les peut rapporter icy. Ils di
312 MERCURE
rent entre autres choſes, que
ceux qui avoient l'avantage
d'y entrer , eftoient bien henreux
. M'Torfles voyant embaraffez
à retenir tant de chofes
, dont ils vouloient faire le
recit lorsqu'ils feroient retournez
en Moſcovie, leur fit prefent
des Estampes de toutes
lesMailons Royales . Ils ont vu
icy la plus grande partie de
tout ce qu'il y a de curieux.
Je ferois trop long fi je vous
rapportois tout ce qu'ils ont
dit fur chaque chofe. Je fuis
fort fouvent entré dâns des
détails de tette nature , tou-
4
T
chant
GALANT. 313
"
chant les Ambaffadeurs de
plufieurs Nations éloignées ;
& tout ce que chacun d'eux
a dit , a tant de rapport , qu'il
n'eft pas néceffaire de le re .
peter. Ceux - cy ont fur tout
admiré l'Exercice qu'ils ont
veu faire aux Moufquetaires ,
& ont dit , qu'ilfembloit qu'un
meſme reffort les faifoit agir
tous dans le mefme inftant , tant
leurs mouvemens avoient de juz
fteffe.L'Opera leur a auffi cau
fe beaucoup de furpriſe ; &
à peine a-t- on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3 de ce mois,
Juin 1685.
Dd
314 MERCURE
ils eurent leur Audience de
བ ༤ ས་
Congé du Roy, avec les mef
mes ceremonies qui avoient
efté obfervées à leur premiere
Audience. Le io . M ' de Bonneuil
porta à chacun
de la part de ce Monarque ,
les prefens qui fuivent.
à chacun d'eux ,
Une Boete à Portrait du
Roy , enrichie de diamans.
Une Tenture de Tapifle
rie des Gobelins , rehauffée
dor.
Une Pendule à repetition,
Une Horloge à Boëte d'or,
Une Montre à Boete d'or,
Un Fufil à double.canon,
1 .
GALANT. 315
orné de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Pistolets
de mefme , le tout fort beau
3 & fort riche. Les Gens de
leurfuite eurent des Médail
les d'or & d'argent du Roy .
27 Le fecond Ambaffadeur
ayant receu le Portrait de
Sa Majefté , l'attacha à fon
Bonnet , & dit qu'il le porteroit
toutefavie , & ordonneroit àfa
Femme ,à fes Enfans mefme
à toute fa pofterite, dele porter
apréslugs
ນ
isLe &Gouverneur de Place
donr je vous aya pardėj zifut
Ddij
316 MERCURE
auffi honoré d'un Portrait du
Roy enrichy de Diamans , ce
qui luy fit demander, fi ce n'étoit
pas affez qu'il euft eu le plai
fir de voir ce Monarque,fans qu'il
L'accablaft encore de fes bien faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépens
du Roy , & accompagnez
par M Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , &
paffer en Hollande , le Commerce
qui eft entre les Hol
landois , & les Sujets de leurs
Maiftres leur donnant lieu de
trouver facilement des Vail
feaux pour les conduire chez
La
"
GALANT. 317
=
eux. Ils ont efté receus par
tout où ils ont paffé avec les
honneurs deus à leur caraetere
, & on leur a fait dans
toutes les Villes les Prefens
accoûtumez. Le fecond Am
baffadeur dit , qu'il avoitfait
voeu en partant deſon Pays , de
donner cinq cens écus aux Pauores,
& que puis qu'il avoit cet
te fomme à diftribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prin.
ce qui luy avoit fait du bien.
C'eft ce qu'il executa , ayant
fait des largeffes de cette
fomme depuis Paris jufques.
aDunquerque. Quelques
Dd iij
318 MERCURE
uns ont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euffent
trafiqué icy de Pelleterie ,
mais ils ont accoûtumé de
le faire dans tous les lieux
où ils fe rencontrent , &
cela m'engage à vous faire
connoiftre par des remarques
affez curieuſes , que
c'est moins dans l'efprit de
trafiquer & de gagner qu'ils
font ce Commerce , que parce
que cette Pelleterie eft
pour ainfi dire leur argent,
La Siberie eftant un Pays
remply de Martes , & fous la
domination des Czars , on
GALANT. 219
+
condamne les Mofcovites qui
ont commis quelque faute,
à aller tuer des Martes dans
cette Province , comme l'on
condamne en France certains
Criminels à aller fervir fur les
Galeres. Ceux que l'on obli
ge à cette Chaffe, ſont diſtri
છે
buez
>
par cantons . Des Offic
ciers viennent
de temps en
temps pour enlever les Mari
tes & ceux qui en ont le
moins tué font feverement
punis . On aporte toutes ces
Martes au Trefor des Czars,
le Grand Treforier
y met le
prix , & l'on paye les Troupes
.
Dd iiij
320 MERCURE
རྒྱུན་ པ
& les Officiers des Grands
Ducs de Mofcovie, moitié de
ces peaux , & moitié d'une
petite monnoye de peu de
valeur , qui n'a cours qu'en
Mofcovie , & qui eft la feule
monnoye de cét Etat. On
peut connoiftre par là qu'il eſt
affez mal- aisé qu'ils portent
dans les Païs Etrangers ,
ils veulent faire des achats ,
autre chofe que ce qui leur
tient lieu d'argent . Ils vendent
ces Martes,& de l'argét qu'ils
en reçoivent , ils achetent les
chofes qui leur conviennent,
ou qui leur agréent le plus
Οι
GALANT: 321
Quelque grand debit qu'ils
en puiffent faire , il eſt rare
qu'ils emportent de l'argent,
puis qu'il n'auroit pas de
cours dans leur Païs.
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Résumé : Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
En juin 1685, des ambassadeurs des Czars Pierre et Jean de Moscovie arrivèrent en France. Cette mission diplomatique avait été décidée par les jeunes Czars, influencés par les récentes séditions en Moscovie. Les ambassadeurs, Simeon Jerafieuvits Almazov et un haut fonctionnaire moscovite, furent accueillis à Calais par le gentilhomme Torf et arrivèrent à Saint-Denis le 12 mai. Ils furent reçus avec honneurs et eurent une audience avec le roi Louis XIV le 22 mai. Lors de cette audience, ils prononcèrent un discours en langue moscovite traduisant les salutations des Czars. Les ambassadeurs soulignèrent l'amitié historique entre leurs ancêtres et la monarchie française, exprimant le désir de la renforcer. Ils offrirent des présents somptueux, incluant des étoffes précieuses, des fourrures rares, un sabre orné et un oiseau de proie. Les ambassadeurs visitèrent également le château de Versailles, assistèrent à des démonstrations des Mousquetaires et à une représentation d'opéra. Lors de leur audience de congé, ils reçurent divers présents du roi, dont des boîtes à portraits enrichies de diamants et des armes ornées. Ils partirent ensuite pour la Hollande, distribuant des aumônes aux pauvres en chemin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 65-70
Nouvelles de Pologne.
Début :
Les lettres de Pologne portent que les Moscovites traitent plus [...]
Mots clefs :
Tartares, Tsar, Moscovites, Dantzig, Russie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Pologne.
Nouvelles de Pologne.
Les lettres de Pologne
portent que les Mofcovites
traitent plus moderément.
les peuples de la Pruffe
Royale ; que le General
Bruz qui les commande ,
menace d'attaquer la ville
de Dantzik , ou au moins
de la bombarder , fi elle
n'accorde les fommes que
le Czar lui a fait demander.
Les dernieres lettres de
Dantzikportent que les differends de cette ville - là
Juin 1712.
h
66 MERCURE
avec le Czarfont terminez,
à condition qu'au lieu de la
fomme confiderable qu'il
lui demandoit , elle fournira une certaine quantité
de grains pour la fubfiftancalde fes troupes, quinq
Les lettres de Saxe & de!
Vienne affurent qu'on avoit
appris par differentes letu
tres de Conftantinople, que
fur les inftances des ambafh
fadeurs d'Angleterre & de
Hollande , la paix avoit été
conclue entre les Turcsead
les Mofcovites , avec de
nouvelles conditions ; en-
GALANT 67
tr'autres , que le Czar aban
donneraentierement la Po
logne & l'Ukraine.q obsiz
Qu'il payera un tributou
penfion annuelle au Kan
des Tartares , cinq cent
mille ducats au Grand Sei
gneur, pour le dédomma
ger en partie des frais de
la guerre, & quele Royde
Suede fera efcorté jufqu'en
Pomeranie par une armée
dans laquelle il
mille Tartares. On ajoûte
quece traité n'a pas encore
été fignéni publié Des nou?
velles méritent confirmag
y aura dix
Fij
68 MERCURE
tion , d'autant plus qu'on
en a pluſieurs fois fait courir de pareilles qui n'ont eu
aucune fuite.
Les lettres de Bender
plus recentes afſurent que
tous les Bachas, marchent
avec leurs troupes vers le
Danube; que le Grand Seigneur devoit partir le 20.
d'Avril de Conftantinople
pour aller joindre fon armée. L'incertitude où l'on
eft depuis long -temps fur
ce fujet , nepeut plus durer
que quelques femaines
parce que les herbes étant
"
6
GALANT 69
grandes , les armées ſe mettront en campagne , fi la
paix n'eft pas conclue &
publiée..
Onmande de Ruffie, que
le detachement de quatre
mille hommes des troupes,
du Palatin de Kiovie , com,
mandé par le Sieur Rudzinski , s'étoit avancé , qu'il,
devoit être joint par vingt
compagnies de l'armée de
Lituanie , que le Palatimde
Kiovie étoit en marche
pour le joindre avec le refte
de les troupes , & qu'il étoit
fuivi par le Roy de Suede
70 MERCURE
avec une grande armée
A *
pendant que les Turcs &
"
les Tartares fe preparoient
à agir d'un autre côté. Toutes ces nouvelles deman
dent confirmation.
› L'inondation cauféé par
le debordement de l'Elbe a
fait des dommages confiderables dans l'Electorat
de Saxe.
Les lettres de Pologne
portent que les Mofcovites
traitent plus moderément.
les peuples de la Pruffe
Royale ; que le General
Bruz qui les commande ,
menace d'attaquer la ville
de Dantzik , ou au moins
de la bombarder , fi elle
n'accorde les fommes que
le Czar lui a fait demander.
Les dernieres lettres de
Dantzikportent que les differends de cette ville - là
Juin 1712.
h
66 MERCURE
avec le Czarfont terminez,
à condition qu'au lieu de la
fomme confiderable qu'il
lui demandoit , elle fournira une certaine quantité
de grains pour la fubfiftancalde fes troupes, quinq
Les lettres de Saxe & de!
Vienne affurent qu'on avoit
appris par differentes letu
tres de Conftantinople, que
fur les inftances des ambafh
fadeurs d'Angleterre & de
Hollande , la paix avoit été
conclue entre les Turcsead
les Mofcovites , avec de
nouvelles conditions ; en-
GALANT 67
tr'autres , que le Czar aban
donneraentierement la Po
logne & l'Ukraine.q obsiz
Qu'il payera un tributou
penfion annuelle au Kan
des Tartares , cinq cent
mille ducats au Grand Sei
gneur, pour le dédomma
ger en partie des frais de
la guerre, & quele Royde
Suede fera efcorté jufqu'en
Pomeranie par une armée
dans laquelle il
mille Tartares. On ajoûte
quece traité n'a pas encore
été fignéni publié Des nou?
velles méritent confirmag
y aura dix
Fij
68 MERCURE
tion , d'autant plus qu'on
en a pluſieurs fois fait courir de pareilles qui n'ont eu
aucune fuite.
Les lettres de Bender
plus recentes afſurent que
tous les Bachas, marchent
avec leurs troupes vers le
Danube; que le Grand Seigneur devoit partir le 20.
d'Avril de Conftantinople
pour aller joindre fon armée. L'incertitude où l'on
eft depuis long -temps fur
ce fujet , nepeut plus durer
que quelques femaines
parce que les herbes étant
"
6
GALANT 69
grandes , les armées ſe mettront en campagne , fi la
paix n'eft pas conclue &
publiée..
Onmande de Ruffie, que
le detachement de quatre
mille hommes des troupes,
du Palatin de Kiovie , com,
mandé par le Sieur Rudzinski , s'étoit avancé , qu'il,
devoit être joint par vingt
compagnies de l'armée de
Lituanie , que le Palatimde
Kiovie étoit en marche
pour le joindre avec le refte
de les troupes , & qu'il étoit
fuivi par le Roy de Suede
70 MERCURE
avec une grande armée
A *
pendant que les Turcs &
"
les Tartares fe preparoient
à agir d'un autre côté. Toutes ces nouvelles deman
dent confirmation.
› L'inondation cauféé par
le debordement de l'Elbe a
fait des dommages confiderables dans l'Electorat
de Saxe.
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Résumé : Nouvelles de Pologne.
Les nouvelles de Pologne rapportent que les Moscovites traitent plus modérément les peuples de la Prusse Royale. Le général Bruz menace Dantzig de bombardement si elle ne fournit pas les sommes demandées par le tsar. Les différends entre Dantzig et le tsar se sont résolus en juin 1712, la ville fournissant des grains pour les troupes du tsar. Les lettres de Saxe et de Vienne indiquent une paix conclue entre les Turcs et les Moscovites, facilitée par les ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande. Les nouvelles conditions incluent l'abandon par le tsar de la Pologne et de l'Ukraine, un tribut annuel au Khan des Tartares, et une pension au Grand Seigneur. Le roi de Suède serait escorté jusqu'en Poméranie par une armée incluant des Tartares, mais ce traité n'est pas encore signé ni publié. Les lettres de Bender signalent que les Bachas avancent vers le Danube avec leurs troupes, et que le Grand Seigneur doit rejoindre son armée. Les armées se préparent à entrer en campagne si la paix n'est pas conclue. En Russie, un détachement de quatre mille hommes, commandé par Rudzinski, s'est avancé et doit être rejoint par des troupes de Lituanie. Le palatin de Kiovie, suivi par le roi de Suède et une grande armée, est en marche. Les Turcs et les Tartares se préparent également à agir. Toutes ces nouvelles nécessitent confirmation. Par ailleurs, une inondation de l'Elbe a causé des dommages considérables dans l'Électorat de Saxe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 73-142
« Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Début :
Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Prince, Mer, Armée, Moscou, Amiral, Marine, Général, Ville, Fils, Mort, Saint-Petersbourg, Duc, Tête, Eau, Patriarche, Pays, États, Troupes, Main, Flotte, Princesse, Armes, Suédois, Russie, Cour, Étrangers, Seigneurs, Rang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Cette Victoire fut suivie
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
Fermer
5
s. p.
AVIS.
Début :
On vend chez Pierre Ribou, Quay des Augustins, à l'Image [...]
Mots clefs :
Abrégé, Vie, Tsar, Russie, Sa Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
N vend chez PIERRE
RIBOU , Quay des Auguftins
, à l'Image S. Louis ,
& chez GREGOIRE DUPUIS ,
à la Fontaine d'Or, rue S. Jacques,
l'Abbregé de la Vie du
Czar PETER ALEXEWITZ
avec une Rélation de l'Etat
préfent de Moſcovie ; & de
ce qui s'eft paffé de plus confidérable
depuis fon arrivée
en France , jufqu'à ce jour ,
dédié à SA MAJESTE
CZARIENNE .
N vend chez PIERRE
RIBOU , Quay des Auguftins
, à l'Image S. Louis ,
& chez GREGOIRE DUPUIS ,
à la Fontaine d'Or, rue S. Jacques,
l'Abbregé de la Vie du
Czar PETER ALEXEWITZ
avec une Rélation de l'Etat
préfent de Moſcovie ; & de
ce qui s'eft paffé de plus confidérable
depuis fon arrivée
en France , jufqu'à ce jour ,
dédié à SA MAJESTE
CZARIENNE .
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6
p. 1025-1026
RUSSIE.
Début :
L'Edit par lequel la Czarine a réuni le Haut-Conseil & le Sénat pour en former un seul [...]
Mots clefs :
Russie, Tsarine
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
L'Content & Le Sénat pour en former un feul
par lequel la Czarine a réuni le Haut→
Confeil d'Etat , fous le nom de Sénat de Regence,
porte qu'il aura la direction des affaires de la
Monarchie , de la même maniere & avec la même
autorité que pendant le regne du feu Czar
Pierre I. que tous les Sujets de S. M. Czarienne
feront obligez de lui obéir fous des peines trèsrigoureuſes
, & à peine de mort dans de certains
cas.
Il arriva le 26. Mars à Mofcou un Interprete
dépêché de Conftantinople par le Brigadier General
Romanzoff, Envoyé extraordinaire du feu
Czar auprès du Grand - Seigneur , pour donner'
avis à la Czarine des Conquêtes du Prince Thamas
, fils du dernier Roi de Ferfe , qui eft re- '
monté fur le Thrône de fes Ancêtres .
Le Grand- Vifir à fait fçavoir à la Czarine que
le fecours de 30000. hommes promis à l'Empereur,
caufoit quelque ombrage à la Porte , & que le
G. S. regarderoit leur marche vers la Tranfylvanie
comme une atteinte aux Traitez faits entre
Sa Hauteffe & le feu Czar Pierre I
On a
publié
une Déclaration
par laquelle
on
accorde
à tous les Etrangers
qui viendront
s'établir
en Ruffie
, principalement
dans les Provinces
conquifes
fur la Perfe , le libre exercice
de leur ?
Religion
, & la permiflion
d'y faire bâtir
des
Eglifs
1026 MERCURE DE FRANCE
Eglifes & des Ecoles pour l'inftruction de leurs
enfans :les Juifs feuls font exceptez. La Czarine a
promis d'accorder la liberté à tous les Criminels
d'Etat qui ont été arrêtez ou releguez en Siberie, à
condition qu'ils iront s'établir avec leurs familles
à Aftracan ou à Derbent , où S. M. Cz . leur donnera
des Emplois , tant dans les Troupes que
dans les Tribunaux. ·
On équipe à Pétersbourg quatre nouvelles
Frégates , fur lefquelles on doit charger 2000.
pieces de Canon de fer & une grande quantité de
Boulets , qu'on croit deftinez pour l'Espagne.
L'Content & Le Sénat pour en former un feul
par lequel la Czarine a réuni le Haut→
Confeil d'Etat , fous le nom de Sénat de Regence,
porte qu'il aura la direction des affaires de la
Monarchie , de la même maniere & avec la même
autorité que pendant le regne du feu Czar
Pierre I. que tous les Sujets de S. M. Czarienne
feront obligez de lui obéir fous des peines trèsrigoureuſes
, & à peine de mort dans de certains
cas.
Il arriva le 26. Mars à Mofcou un Interprete
dépêché de Conftantinople par le Brigadier General
Romanzoff, Envoyé extraordinaire du feu
Czar auprès du Grand - Seigneur , pour donner'
avis à la Czarine des Conquêtes du Prince Thamas
, fils du dernier Roi de Ferfe , qui eft re- '
monté fur le Thrône de fes Ancêtres .
Le Grand- Vifir à fait fçavoir à la Czarine que
le fecours de 30000. hommes promis à l'Empereur,
caufoit quelque ombrage à la Porte , & que le
G. S. regarderoit leur marche vers la Tranfylvanie
comme une atteinte aux Traitez faits entre
Sa Hauteffe & le feu Czar Pierre I
On a
publié
une Déclaration
par laquelle
on
accorde
à tous les Etrangers
qui viendront
s'établir
en Ruffie
, principalement
dans les Provinces
conquifes
fur la Perfe , le libre exercice
de leur ?
Religion
, & la permiflion
d'y faire bâtir
des
Eglifs
1026 MERCURE DE FRANCE
Eglifes & des Ecoles pour l'inftruction de leurs
enfans :les Juifs feuls font exceptez. La Czarine a
promis d'accorder la liberté à tous les Criminels
d'Etat qui ont été arrêtez ou releguez en Siberie, à
condition qu'ils iront s'établir avec leurs familles
à Aftracan ou à Derbent , où S. M. Cz . leur donnera
des Emplois , tant dans les Troupes que
dans les Tribunaux. ·
On équipe à Pétersbourg quatre nouvelles
Frégates , fur lefquelles on doit charger 2000.
pieces de Canon de fer & une grande quantité de
Boulets , qu'on croit deftinez pour l'Espagne.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte relate plusieurs décisions politiques en Russie. La czarine a institué le Sénat de Régence, doté de l'autorité du Haut Conseil d'État, pour diriger les affaires de la monarchie. Les sujets doivent se conformer aux décisions du Sénat, sous peine de sanctions sévères, y compris la peine de mort. Le 26 mars, un interprète de Constantinople a informé la czarine des conquêtes du prince Thamas, fils du dernier roi de Perse. Le Grand Vizir a exprimé des inquiétudes concernant l'envoi de 30 000 hommes promis à l'empereur, craignant une violation des traités avec la Porte. Une déclaration a accordé aux étrangers, sauf les Juifs, la liberté de pratiquer leur religion et de construire des églises et des écoles dans les provinces conquises sur la Perse. La czarine a également promis la liberté aux criminels d'État exilés en Sibérie, à condition qu'ils s'installent à Astrakhan ou à Derbent pour y travailler dans les troupes ou les tribunaux. Enfin, quatre nouvelles frégates ont été équipées à Pétersbourg, armées de canons et de boulets, probablement destinés à l'Espagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1870
RUSSIE.
Début :
L'Infant Don Emanuel de Portugal, qui étoit arrivé de Padoüe à Warsovie le 19. du mois [...]
Mots clefs :
Russie, Chine, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
'Infant Don Emanuel de Portugal , qui étoit
arrivé de Padoie à Warſovie le 19. du mois
dernier , accompagné d'un Chevalier de Malte &
de quelques Domeftiques , & qui en étoit parti lé
méme jour pour Mofcou , y étoit attendu à la
fin du même mois.
Mirfai-Ibrahim , Envoyê Extraordinaire du
Roi de Perfe , eut le 10. Juillet fa derniere Audience
du Roi , du Grand- Chancelier , qui lui
remit fes Lettres de récreance & fes Paffeports ,
ainſi qu'à Aintz - Baki , Miniftre du Kan de Bukars
& à Zoiromtzoff ; Miniftre du Camp des
Tartares Kalmoucs , qui doivent partir pour retourner
dans leur Pays .
Par une Ordonnance de la Czarine , qu'on a
publiée , tous les Archevêques & autres Prélats ,
font obligez de fe rendre à Mofcou dans le cou
rant du mois de Novembre prochain , pour tra
vailler à la réformation des abus qui fe font introduits
dans les Ceremonies Ecclefiftaftiques .
Par une autre Ordonnance de S.M.Cz.les Officiers
des Régimens feront tenus à l'avenir de réparer
ou payer les dommages que les Soldats feront, tant
dans leurs routes que dans leurs Quartiers.
Il eft arrivé à Mofcou trois Envoyez de l'Empereur
de la Chine , avec des inftructions pour
l'établiffement du Commerce entre les Sujets des
deux Etats ; & comme on a confideré qu'on pou- ,
voit faire venir avec facilité par la Perfe , toutes
fortes de Marchandifes de la Chine , avec autant
de fureté que par les Caravanes . on ne croit pas
que celle qui devoit s'affembler cette année en
Siberie , obtienne la permiffion de pártir.
'Infant Don Emanuel de Portugal , qui étoit
arrivé de Padoie à Warſovie le 19. du mois
dernier , accompagné d'un Chevalier de Malte &
de quelques Domeftiques , & qui en étoit parti lé
méme jour pour Mofcou , y étoit attendu à la
fin du même mois.
Mirfai-Ibrahim , Envoyê Extraordinaire du
Roi de Perfe , eut le 10. Juillet fa derniere Audience
du Roi , du Grand- Chancelier , qui lui
remit fes Lettres de récreance & fes Paffeports ,
ainſi qu'à Aintz - Baki , Miniftre du Kan de Bukars
& à Zoiromtzoff ; Miniftre du Camp des
Tartares Kalmoucs , qui doivent partir pour retourner
dans leur Pays .
Par une Ordonnance de la Czarine , qu'on a
publiée , tous les Archevêques & autres Prélats ,
font obligez de fe rendre à Mofcou dans le cou
rant du mois de Novembre prochain , pour tra
vailler à la réformation des abus qui fe font introduits
dans les Ceremonies Ecclefiftaftiques .
Par une autre Ordonnance de S.M.Cz.les Officiers
des Régimens feront tenus à l'avenir de réparer
ou payer les dommages que les Soldats feront, tant
dans leurs routes que dans leurs Quartiers.
Il eft arrivé à Mofcou trois Envoyez de l'Empereur
de la Chine , avec des inftructions pour
l'établiffement du Commerce entre les Sujets des
deux Etats ; & comme on a confideré qu'on pou- ,
voit faire venir avec facilité par la Perfe , toutes
fortes de Marchandifes de la Chine , avec autant
de fureté que par les Caravanes . on ne croit pas
que celle qui devoit s'affembler cette année en
Siberie , obtienne la permiffion de pártir.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte relate divers événements en Russie. L'Infant Don Emanuel de Portugal est arrivé à Varsovie le 19 du mois précédent, accompagné d'un Chevalier de Malte et de quelques domestiques, avant de partir pour Moscou le même jour. Mirfai-Ibrahim, Envoyé Extraordinaire du Roi de Perse, a eu sa dernière audience avec le Roi et le Grand-Chancelier le 10 juillet, recevant ses lettres de récréance et ses passeports. Aintz-Baki, Ministre du Khan de Bukhar, et Zoïromtzoff, Ministre du Camp des Tartares Kalmouks, doivent également retourner dans leurs pays respectifs. Une ordonnance de la Czarine exige que tous les Archevêques et autres Prélats se rendent à Moscou en novembre pour réformer les abus dans les cérémonies ecclésiastiques. Une autre ordonnance impose aux officiers des régiments de réparer ou payer les dommages causés par les soldats. Trois envoyés de l'Empereur de la Chine sont arrivés à Moscou avec des instructions pour établir le commerce entre les sujets des deux États. La facilité d'importer des marchandises de la Chine par la Perse pourrait empêcher la caravane prévue en Sibérie d'obtenir la permission de partir.
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8
p. 2054-2055
RUSSIE.
Début :
On a envoyé un Détachement de Cavalerie audevant des Ambassadeurs de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Tsarine, Russie, Roi de Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
Na envoyé un Détachement de Cavalerie
devant des Ambaffadeurs de l'Empereur
de la Chine qui font arrivés fur les Frontieres
& on a donné les ordres neceffaires pour les faire
défrayer pendant leur route.
La Czarine a confirmé par un Decret l'établiffement
de l'Académie des Sciences & .des Arts
de Petersbourg , qui continuera de s'y aſſembler
dans le Palais que le Czar Pierre I. lui a fait bâ
tir
SEPTEMBRE. 1730. 2055
tir ; mais S. M. a ordonné qu'il y eut toujours
un certain nombre d'Académiciens à la fuite de
la Cour.
La Czarine a fait dire aux Négocians Etrangers
établis à Petersbourg & à Archangel qu'elle
feur accorderoit les mêmes privileges qu'aux
Négocians, Mofcovites ,s'ils vouloient prendre interêt
dans le nouveau Commerce de la Perfe &
de la Chine , que S. M. Cz. a réfolu d'établir.
Par les Lettres qu'on a reçûes d'Ifpaham , on
apprend que le Roi de Perfe a refolu de vivre en
bonne intelligence avec la Czarine , & que
Ambaffadeurs qui doivent venir de fa part à Mofcou
font chargés de l'en affurer & de renouveller
les Traités conclus avec la feuë Czarine Catherine.
les
L'Infant Don Emanuel , frere du Roi de Por
tugal , arriva à Mofcou le 14. du mois dernier ,
accompagné de Don Alexandre Deyera & Uzera,
Commandeur de Malte , & fuivi de quelques
Domestiques. Le furlendemain ce Prince alla à
Ifmalow où il fut reçû de la Czarine avec de
grandes marques de diftinction. Le 17.il alla à la
Chaffe avec S. M. Cz. avec laquelle il foupa le
foir. Cette Princeffe a donné ordre à un de fes
Chambellans & à deux de fes Gentilshommes
d'accompagner ce Prince , & de le défrayer pendant
le féjour qu'il fera à la Cour. Il eft logé dans
le Palais du Prince Menzikof , devant lequel il y
a une Garde de 50. hommes.
Na envoyé un Détachement de Cavalerie
devant des Ambaffadeurs de l'Empereur
de la Chine qui font arrivés fur les Frontieres
& on a donné les ordres neceffaires pour les faire
défrayer pendant leur route.
La Czarine a confirmé par un Decret l'établiffement
de l'Académie des Sciences & .des Arts
de Petersbourg , qui continuera de s'y aſſembler
dans le Palais que le Czar Pierre I. lui a fait bâ
tir
SEPTEMBRE. 1730. 2055
tir ; mais S. M. a ordonné qu'il y eut toujours
un certain nombre d'Académiciens à la fuite de
la Cour.
La Czarine a fait dire aux Négocians Etrangers
établis à Petersbourg & à Archangel qu'elle
feur accorderoit les mêmes privileges qu'aux
Négocians, Mofcovites ,s'ils vouloient prendre interêt
dans le nouveau Commerce de la Perfe &
de la Chine , que S. M. Cz. a réfolu d'établir.
Par les Lettres qu'on a reçûes d'Ifpaham , on
apprend que le Roi de Perfe a refolu de vivre en
bonne intelligence avec la Czarine , & que
Ambaffadeurs qui doivent venir de fa part à Mofcou
font chargés de l'en affurer & de renouveller
les Traités conclus avec la feuë Czarine Catherine.
les
L'Infant Don Emanuel , frere du Roi de Por
tugal , arriva à Mofcou le 14. du mois dernier ,
accompagné de Don Alexandre Deyera & Uzera,
Commandeur de Malte , & fuivi de quelques
Domestiques. Le furlendemain ce Prince alla à
Ifmalow où il fut reçû de la Czarine avec de
grandes marques de diftinction. Le 17.il alla à la
Chaffe avec S. M. Cz. avec laquelle il foupa le
foir. Cette Princeffe a donné ordre à un de fes
Chambellans & à deux de fes Gentilshommes
d'accompagner ce Prince , & de le défrayer pendant
le féjour qu'il fera à la Cour. Il eft logé dans
le Palais du Prince Menzikof , devant lequel il y
a une Garde de 50. hommes.
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Résumé : RUSSIE.
En septembre 1730, la Russie a envoyé un détachement de cavalerie pour escorter des ambassadeurs chinois arrivés aux frontières et a pris en charge leurs frais de trajet. La czarine a confirmé par décret la création de l'Académie des Sciences et des Arts de Petersbourg, qui se réunira dans le palais de Pierre I, tout en ordonnant que certains académiciens résident à la cour. Elle a également annoncé aux négociants étrangers de Petersbourg et d'Archangel qu'ils bénéficieraient des mêmes privilèges que les négociants moscovites s'ils s'intéressaient au commerce avec la Perse et la Chine. Des lettres d'Ispahan indiquent que le roi de Perse souhaite vivre en bonne intelligence avec la czarine, et des ambassadeurs perses sont envoyés à Moscou pour renouveler les traités conclus avec la défunte czarine Catherine. L'infant Don Emanuel, frère du roi de Portugal, est arrivé à Moscou le 14 du mois précédent, accompagné de Don Alexandre Deyera et Uzera, commandeur de Malte. Il a été reçu par la czarine à Ismalow avec distinction et a chassé avec elle le 17. La czarine a ordonné à un chambellan et deux gentilshommes d'accompagner et de défrayer l'infant, logé dans le palais du prince Menzikof sous la garde de 50 hommes.
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9
p. 597-598
RUSSIE.
Début :
Les Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine arrivés à Moscou [...]
Mots clefs :
Russie, Moscou, Traité de Commerce, Chine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
>
Es Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine
Larrives à Moscou , sont chargés de pleins
pouvoirs pour conciure un Traité de Commerce
entre les deux Etats. Les présens qu'ils ont apportés
consistent en Etoffes de soye et en Porce
laines des plus belles . Les difficultez que ces Ambassadeurs
avoient fait naître au sujet de leurs
prétentions , par rapport au Ceremonial , aïantété
reglées , ils firent leur entrée publique le 25 .
de Janvier dans l'ordre suivant.
Sept chevaux de main richement caparaçonnés
et conduits par autant de Palefreniers à cheval ,
commençoient la Marche , ils étoient suivis d'um
Timbalier et de quatre Trompettes marchant à la
tête
598 MERCURE DE FRANCE.
tête d'une Compagnie de Grenadiers du Régi
ment des Gardes de Preobazinski à cheval , de
huit Gentilshommes de Mongale , montés sur des
chevaux Tartares et armés d'arcs et de fleches ,
de huit Carosses à six chevaux des principaux
Seigneurs de la Cour , et d'un Carosse magnifique
de la Czarine, dans lesquels étoient les cinq
Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine et les
trois Envoyés du Prince de Mongale qui composent
cette Ambassade.
3
2
Le Chef de l'Ambassade étoit dans le dernier-
Carosse , accompagné de M. Sibin , Président du
College des Mines ; des Officiers Chinois étoient
à cheval aux portieres de ces Garosses, qui étoient
suivis de douze chevaux de main , d'un pareil
nombre de Palefreniers , d'une Compagnie des-
Grenadiers de la Garde des Semenowski , et de
80. Traîneaux chargés des bagages des Ambassadeurs.
Ils furent salués d'onze coups de canon
à l'entrée de la Ville , et conduits dans les Hôtelsqu'on
leur avoit préparés , et dont tous les ap--
partemens étoient tendus de drap rouge. Le premier
de ces Ambassadeurs est Président du Conseil
des Affaires Etrangeres de la Chine ; Iss autres
sont des Mandarins de differentes classes.
>
Es Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine
Larrives à Moscou , sont chargés de pleins
pouvoirs pour conciure un Traité de Commerce
entre les deux Etats. Les présens qu'ils ont apportés
consistent en Etoffes de soye et en Porce
laines des plus belles . Les difficultez que ces Ambassadeurs
avoient fait naître au sujet de leurs
prétentions , par rapport au Ceremonial , aïantété
reglées , ils firent leur entrée publique le 25 .
de Janvier dans l'ordre suivant.
Sept chevaux de main richement caparaçonnés
et conduits par autant de Palefreniers à cheval ,
commençoient la Marche , ils étoient suivis d'um
Timbalier et de quatre Trompettes marchant à la
tête
598 MERCURE DE FRANCE.
tête d'une Compagnie de Grenadiers du Régi
ment des Gardes de Preobazinski à cheval , de
huit Gentilshommes de Mongale , montés sur des
chevaux Tartares et armés d'arcs et de fleches ,
de huit Carosses à six chevaux des principaux
Seigneurs de la Cour , et d'un Carosse magnifique
de la Czarine, dans lesquels étoient les cinq
Ambassadeurs de l'Empereur de la Chine et les
trois Envoyés du Prince de Mongale qui composent
cette Ambassade.
3
2
Le Chef de l'Ambassade étoit dans le dernier-
Carosse , accompagné de M. Sibin , Président du
College des Mines ; des Officiers Chinois étoient
à cheval aux portieres de ces Garosses, qui étoient
suivis de douze chevaux de main , d'un pareil
nombre de Palefreniers , d'une Compagnie des-
Grenadiers de la Garde des Semenowski , et de
80. Traîneaux chargés des bagages des Ambassadeurs.
Ils furent salués d'onze coups de canon
à l'entrée de la Ville , et conduits dans les Hôtelsqu'on
leur avoit préparés , et dont tous les ap--
partemens étoient tendus de drap rouge. Le premier
de ces Ambassadeurs est Président du Conseil
des Affaires Etrangeres de la Chine ; Iss autres
sont des Mandarins de differentes classes.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte relate l'arrivée à Moscou d'ambassadeurs chinois missionnés pour négocier un traité de commerce entre la Russie et la Chine. Ces ambassadeurs ont apporté des présents, incluant des étoffes de soie et des porcelaines. Après avoir surmonté des difficultés cérémonielles, ils ont fait leur entrée publique le 25 janvier. La procession comprenait sept chevaux de main richement ornés, des musiciens, des grenadiers du régiment des Gardes de Preobrazinski, des gentilshommes mongols armés, des carrosses transportant les ambassadeurs chinois et les envoyés du Prince de Mongolie, ainsi que des traîneaux chargés de bagages. À leur entrée dans la ville, ils ont été accueillis par onze coups de canon et conduits dans des hôtels préparés à leur intention, dont les appartements étaient tendus de drap rouge. Le chef de l'ambassade est le Président du Conseil des Affaires Étrangères de la Chine, accompagné de plusieurs mandarins de différentes classes.
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10
p. 781
RUSSIE.
Début :
On mande des Frontieres de Perse , que les Turcs qui [...]
Mots clefs :
Russie, Perse, Moscovites, Constantinople
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
On mande des Frontieres de Perse , que les
Turcs qui étoient dans Ardebil , l'avoient abandonné
aux Persans , et qu'ils s'étoient mis sous
la protection des Moscovites , lesquels , du consentement
du Roi de Perse , devoient les conduire
à Tiflis , Capitale de la Georgie.
Par les lettres reçûës de Constantinople , on
paroît être certain que le Grand Seigneur prem
dra toutes les mesures necessaires pour éviter d'entrer
en guerre avec les Moscovites , et pour prévenir
celle qu'ils pourroient avoir avec les Persans.
On mande des Frontieres de Perse , que les
Turcs qui étoient dans Ardebil , l'avoient abandonné
aux Persans , et qu'ils s'étoient mis sous
la protection des Moscovites , lesquels , du consentement
du Roi de Perse , devoient les conduire
à Tiflis , Capitale de la Georgie.
Par les lettres reçûës de Constantinople , on
paroît être certain que le Grand Seigneur prem
dra toutes les mesures necessaires pour éviter d'entrer
en guerre avec les Moscovites , et pour prévenir
celle qu'ils pourroient avoir avec les Persans.
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Résumé : RUSSIE.
En Russie, les Turcs d'Ardebil ont cherché la protection des Moscovites. Avec l'accord du roi de Perse, ces derniers doivent les conduire à Tiflis. À Constantinople, le souverain ottoman prévoit des mesures pour éviter une guerre avec les Moscovites et un conflit avec les Persans.
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11
p. 150-153
RUSSIE.
Début :
On écrit de Moscou, que les Lettres du Gouverneur de [...]
Mots clefs :
Russie, Tsar Pierre I, Conquêtes, Tsarine Anne, Succession au Trône, Prisonniers d'État, Empire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
N écrit de Moscou , que les Lettres du Gouverneur de Derbent , portent que l'un
des articles préliminaires du Traité qui se négocient entre le G. S. et le Roy de Perse , est de
réünir leurs forces pour attaquer telle Puissance
Chrétienne qu'il leur conviendra , et qu'il a été
résolu dans le Conseil de la Czarine de prendre
toutes les précautions necessaires pour conserver les Conquêtes que le Czar Pierre I. a faites du côté de la Mer Caspienne , et d'y envoyer pour
cela un nouveau renfort des Troupes.
La République de Pologne a fait prier la Czarine de retirer ses Troupes de la Curlande et de ne
plus se mêler des affaires de ce Duché , si elle
vouloit continuer de vivre en bonne intelligence
avec la Couronne de Pologne.
Le Feld Maréchal Dolhorucki , qui fut arrêté
au mois de Movembre dernier , a éte condamné
JANVIER 1732. IST
avoir la tête tranchée ; mais la Czarine , cedant
aux instances des principaux Seigneurs de la
Cour, a converti sa peine en une prison perpetuelle dans la Citadelle de Schlusselbourg , on
l'on met ordinairement les Prisonniers d'Etat.
Sur la fin du mois de Janvier , la Czarine fit
appeller au Palais tous les Generaux , les Ministres et les principaux Membres du Clergé , après
avoir donné ordre au General Soltikoff , d'assem
bler au Château du Cremelin , les trois Régimens.
des Gardes; S. M. Cz. leur fit un Discours qui
dura un quart d'heure , et ordonna à l'Archevêque de Novogrood de lire le Formulaire d'un
Serment , portant qu'ils reconnoîtront pour leur
Souverain ceux que S. M. Cz. nommeroit pour
ses successeurs ce qui fut executé , Nemine contradicente ; et la Duchesse de Mekelbourg , la
Princesse sa fille et la Princesse Elizabeth , le sigaerent les premieres. Voici la Traduction de
cette Déclaration de la Czarine , touchant la Suc
cession au Trône.
NOUS , ANNE, par la grace de Dieu , Impera
trice et Souveraine de tous les Russes , ¿c. sçavoir
faisons par la Presente, à tous nos fideles Sujets. Il
paroit par tant de Manifestes , nouvelles Loix , Re-.
glemens et Ordonnances , que nous avons fait pu-.
blier depuis le commencement de notre Regne , avec
sombien de zele et de soins , conformément audevoir
qui nous a été imposé de Dieu , nous avons employé
tous nos efforts pour maintenir et étendre la Religion Chrétienne et Örthodoxe selon le Rit Grec , pour soutenir la Justice , pour deffendre nos Sujets opprimez.
pourintroduire unmeilleur ordre et discipline dans nos Armées, destinées à la deffense de cet Empire contre
toute attaque de l'Ennemi , pour eriger des Ecoles
Suffi
152 MERCURE DE FRANCE
suffisantes et de belles Académies , dans lesquelles la
Jeunesse est non-seulement élevée gratis , dans la
crainte de Dieu et dans notre Religion Orthodoxe ,
mais aussi dans toutes les Sciences , tant Civiles que
Militaires , utiles à l'Empire , et qui peuvent tendre
a procurer tout ce qui peut avancer le bien , la tranquillité et le salut de tous nos fideles Sujets , et àfai
re fleurir de plus en plus notre chere Patrie. Nous
employons aussi actuellement nos soins gracieux à
chercher les moyens necessaires pour mettre les Subsides sur un meilleur pied , et les diminuer le plus
qu'il sera possible , dès que les necessitez generales
et les interêts de l'Empire pourront le permettre.
En consequence de tous ces efforts salutaires et
continuels pour le bien de notre Empire , nous avons
jugé qu'il étoit principalement de notre devoir
tant envers Dieu qui nous a confié le souverain gouvernement de nos Royaumes , qu'envers nos Sujets ,
davoir soin de confirmer par de bonnes et suffisantes Loix et Ordonnances , cette heureuse situation de nos
Royaumes , non-seulement pendant notre Régence ,
mais aussi pour les temps à venir , afin que dans tous
les incidens qui peuvent survenir et qui dépendent
du Ciel , nos fidèles Sujets puissent , pour la conservation de l'Empire , être maintenus en toute tranquillité et mis en sureté contre les desordres et trou- bles contraires aux Loix divines et auxConstitutions
et Loix fondamentales de notre Empire , comme il
en est arrivé à notre avenement au Trône , qui au- roient certainement ruiné notre chere Patrie , si Dieu
par sa grace particuliere et par sa bonté ne les est
éloignés.
>
Quoique nosfideles Sujets nous ayent déja prêté,
comme à leur Souveraine et Dame , le Serment de
fidelité et de soumission parfaite , et que , conformé- ment à l'ordre de succession , établi le J. Février
17220
JANVIER. 1732. 153
1722. et confirmé par un Serment solemnel de tous
les Etats et fideles Sujets de l'Empire Russien , il a
oûjours dépendu du choix et du bon plaisir des Souverains , de nommer leur Successeur ; néanmoins
afin de confirmer le bonheur et la conservation de
l'Empire , maintenir tous nos fideles Sujets dans une
parfaite tranquillité , et prévenir tout ce qui pourroit troubler ces vues salutaires , nous avons jugé à propos d'ordonner par la Presente , à tous et un cha
cun de nos fideles Sujets , tant Ecclesiastiques que
Temporels , Militaires et Civils , de quelque nom
qu'on puisse les nommer , de nous prêter de nouveau
serment et hommage , selon le Formulaire cy-joint ,
entierement conforme auSerment qui a été prêté auk
Empereurs nos Prédecesseurs. C'est pourquoi nous
avons ordonné defaire imprimer notre present Com
mandement avec le Formulaire, et de le faire publier
par tout notre Empire , afin que personne n'on puisse
prétendre cause d'ignorance : et de notre part , nous avons résolu , et notre volonté est , après avoir invoqué l'assistance divine par des Prieres ardentes ,
de prendre de telles mesures qui ne peuvent tendre qu'au veritable avantage et au bonheur de tout
l'Empire et de tous nos fideles Sujets et à la conservation de notre Religion Orthodoxe. En foi de quoi
nous avons signé la Presente de notre propre main Fait à Moscou le 28. Decembre 1731.
N écrit de Moscou , que les Lettres du Gouverneur de Derbent , portent que l'un
des articles préliminaires du Traité qui se négocient entre le G. S. et le Roy de Perse , est de
réünir leurs forces pour attaquer telle Puissance
Chrétienne qu'il leur conviendra , et qu'il a été
résolu dans le Conseil de la Czarine de prendre
toutes les précautions necessaires pour conserver les Conquêtes que le Czar Pierre I. a faites du côté de la Mer Caspienne , et d'y envoyer pour
cela un nouveau renfort des Troupes.
La République de Pologne a fait prier la Czarine de retirer ses Troupes de la Curlande et de ne
plus se mêler des affaires de ce Duché , si elle
vouloit continuer de vivre en bonne intelligence
avec la Couronne de Pologne.
Le Feld Maréchal Dolhorucki , qui fut arrêté
au mois de Movembre dernier , a éte condamné
JANVIER 1732. IST
avoir la tête tranchée ; mais la Czarine , cedant
aux instances des principaux Seigneurs de la
Cour, a converti sa peine en une prison perpetuelle dans la Citadelle de Schlusselbourg , on
l'on met ordinairement les Prisonniers d'Etat.
Sur la fin du mois de Janvier , la Czarine fit
appeller au Palais tous les Generaux , les Ministres et les principaux Membres du Clergé , après
avoir donné ordre au General Soltikoff , d'assem
bler au Château du Cremelin , les trois Régimens.
des Gardes; S. M. Cz. leur fit un Discours qui
dura un quart d'heure , et ordonna à l'Archevêque de Novogrood de lire le Formulaire d'un
Serment , portant qu'ils reconnoîtront pour leur
Souverain ceux que S. M. Cz. nommeroit pour
ses successeurs ce qui fut executé , Nemine contradicente ; et la Duchesse de Mekelbourg , la
Princesse sa fille et la Princesse Elizabeth , le sigaerent les premieres. Voici la Traduction de
cette Déclaration de la Czarine , touchant la Suc
cession au Trône.
NOUS , ANNE, par la grace de Dieu , Impera
trice et Souveraine de tous les Russes , ¿c. sçavoir
faisons par la Presente, à tous nos fideles Sujets. Il
paroit par tant de Manifestes , nouvelles Loix , Re-.
glemens et Ordonnances , que nous avons fait pu-.
blier depuis le commencement de notre Regne , avec
sombien de zele et de soins , conformément audevoir
qui nous a été imposé de Dieu , nous avons employé
tous nos efforts pour maintenir et étendre la Religion Chrétienne et Örthodoxe selon le Rit Grec , pour soutenir la Justice , pour deffendre nos Sujets opprimez.
pourintroduire unmeilleur ordre et discipline dans nos Armées, destinées à la deffense de cet Empire contre
toute attaque de l'Ennemi , pour eriger des Ecoles
Suffi
152 MERCURE DE FRANCE
suffisantes et de belles Académies , dans lesquelles la
Jeunesse est non-seulement élevée gratis , dans la
crainte de Dieu et dans notre Religion Orthodoxe ,
mais aussi dans toutes les Sciences , tant Civiles que
Militaires , utiles à l'Empire , et qui peuvent tendre
a procurer tout ce qui peut avancer le bien , la tranquillité et le salut de tous nos fideles Sujets , et àfai
re fleurir de plus en plus notre chere Patrie. Nous
employons aussi actuellement nos soins gracieux à
chercher les moyens necessaires pour mettre les Subsides sur un meilleur pied , et les diminuer le plus
qu'il sera possible , dès que les necessitez generales
et les interêts de l'Empire pourront le permettre.
En consequence de tous ces efforts salutaires et
continuels pour le bien de notre Empire , nous avons
jugé qu'il étoit principalement de notre devoir
tant envers Dieu qui nous a confié le souverain gouvernement de nos Royaumes , qu'envers nos Sujets ,
davoir soin de confirmer par de bonnes et suffisantes Loix et Ordonnances , cette heureuse situation de nos
Royaumes , non-seulement pendant notre Régence ,
mais aussi pour les temps à venir , afin que dans tous
les incidens qui peuvent survenir et qui dépendent
du Ciel , nos fidèles Sujets puissent , pour la conservation de l'Empire , être maintenus en toute tranquillité et mis en sureté contre les desordres et trou- bles contraires aux Loix divines et auxConstitutions
et Loix fondamentales de notre Empire , comme il
en est arrivé à notre avenement au Trône , qui au- roient certainement ruiné notre chere Patrie , si Dieu
par sa grace particuliere et par sa bonté ne les est
éloignés.
>
Quoique nosfideles Sujets nous ayent déja prêté,
comme à leur Souveraine et Dame , le Serment de
fidelité et de soumission parfaite , et que , conformé- ment à l'ordre de succession , établi le J. Février
17220
JANVIER. 1732. 153
1722. et confirmé par un Serment solemnel de tous
les Etats et fideles Sujets de l'Empire Russien , il a
oûjours dépendu du choix et du bon plaisir des Souverains , de nommer leur Successeur ; néanmoins
afin de confirmer le bonheur et la conservation de
l'Empire , maintenir tous nos fideles Sujets dans une
parfaite tranquillité , et prévenir tout ce qui pourroit troubler ces vues salutaires , nous avons jugé à propos d'ordonner par la Presente , à tous et un cha
cun de nos fideles Sujets , tant Ecclesiastiques que
Temporels , Militaires et Civils , de quelque nom
qu'on puisse les nommer , de nous prêter de nouveau
serment et hommage , selon le Formulaire cy-joint ,
entierement conforme auSerment qui a été prêté auk
Empereurs nos Prédecesseurs. C'est pourquoi nous
avons ordonné defaire imprimer notre present Com
mandement avec le Formulaire, et de le faire publier
par tout notre Empire , afin que personne n'on puisse
prétendre cause d'ignorance : et de notre part , nous avons résolu , et notre volonté est , après avoir invoqué l'assistance divine par des Prieres ardentes ,
de prendre de telles mesures qui ne peuvent tendre qu'au veritable avantage et au bonheur de tout
l'Empire et de tous nos fideles Sujets et à la conservation de notre Religion Orthodoxe. En foi de quoi
nous avons signé la Presente de notre propre main Fait à Moscou le 28. Decembre 1731.
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Résumé : RUSSIE.
En 1732, plusieurs événements politiques et militaires marquent la Russie. Les négociations entre le Gouvernement russe et le roi de Perse incluent un article préliminaire visant à attaquer une puissance chrétienne. La Russie prévoit de renforcer ses troupes dans la région de la mer Caspienne pour conserver les conquêtes de Pierre Ier. La République de Pologne demande à la czarine de retirer ses troupes de la Courlande afin de maintenir de bonnes relations. Le feld-maréchal Dolhorucki, arrêté en novembre précédent, est condamné à mort, mais sa peine est commuée en prison perpétuelle à Schlusselbourg. En janvier 1732, la czarine Anne convoque les généraux, ministres et membres du clergé pour un discours. Elle leur fait prêter serment de fidélité à ses successeurs. La déclaration de la czarine met en avant ses efforts pour maintenir et étendre la religion orthodoxe, soutenir la justice, défendre les sujets opprimés, et améliorer l'ordre et la discipline dans les armées. Elle souligne également ses initiatives pour éduquer la jeunesse et chercher des moyens de réduire les subsides. La czarine ordonne à ses sujets de prêter serment de fidélité et de soumission, conformément aux lois de succession établies en 1722.
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12
p. 382-385
RUSSIE.
Début :
Le 13. Janvier la Czarine partit de Moscou pour se [...]
Mots clefs :
Russie, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
E 13. Janvier la Czarine partit de Moscou
pour se rendre à Petersbourg par Olonitz et
Novogrod. S. M. Cz. est accompagnée dans ce
voyage de la jeune Princesse de Meckelbourg ,
de la Princesse Elizabeth et de leurs Cours , du
Grand Chancelier, du Comte d'Osterman , ViceChancelier, et de six Senateurs; le reste de sa suite
peut monter à 600. personnes. Les Ministres
Etrangers partent successivement avec toute leur
suite , et tous leurs bagages , parce qu'on ne croit
pas que S. M. Czarienne revienne de deux ans à
Moscou.
Le General Comte de Munich , Gouverneur
de Petersbourg , y a fait des préparatifs extraor- dinaires pourla reception de la Czarine qui est
attendue à chaque instant : toute la Ville est ornée d'Arcs de Triomphe, de Trophées , &c.
Les Lettres venues en dernier lieu de Derbeut
sont du General Lewaschaw : Elles marquent
que la Paix est conclue entre les Turcs et les Persans ; que ces derniers avoient déja fait quelques
mouvemens pour s'approcher des Provinces conquises par les Moscovites ; et qu'il étoit certain
que par undes articles du Traité, le G. S s'étoit
obligé de fournir des secours au Roy de Perse
pour l'aider à reprendre ces conquêtes.
Les Lettres de Constantinople confirment ces
nouvelles, et ajoutent que le Resident de S. M. Cz.
n'avoit
FEVRIER. 1732. 383
+
7
n'avoit pû obtenir du Gr. Viz. l'Audience qu'il
avoit fait demander pour sçavoir si S. H. s'étoit
déterminée a executer l'article de ce Traité qui
interesse les Moscovites.
Sur ces avis , la Czarine a tenu un Conseil ex
traordinaire, dans lequel il a été resolu d'envoyer
au General Lewaschaw un secours de 20000.
hommes avec un train d'Artillerie.
Ona appris de S.Petersbourg que les Membres
des Colleges de cette Ville , les Generaux , les Amiraux , &c. s'étant rendus le 5. Janvier dans
la Grande Eglise , le General Comte de Munick leur presenta par ordre de la Czarine , le dernier
Manifeste de S. M. Cz. avec le Formulaire du
·Serment qu'ils prêterent tous , et dont voici la teneur.
>
que
Quoiquej'aye déja prêté le Serment de fidelitéet de soumission à laTrès- Illustre et Très- Puissante Dame
·Anne Joannovva, Imperatrice et Souveraine de tous
les Russes , ma legitime Souveraine Imperatrice et
·Dame , Je soussigné promets néanmoins de nouveau
par la Presente , pour plus grande confirmation de
ma très-soumise fidelité , et jure par le Dieu Tout- Puissant , et devant son Saint Evangile , tant pour
moi que pour mes Heritiers presens et à venir ,
je veux et queje serai , comme y'étant obligé , fidele , ebéissant et soumis , non-seulement à S. M₁ ma
legitime Dame et Imperatrice Anne Joannovuna
mais aussi dans la suite aux Successeurs de S. M.
qu'en vertu de la Souveraine et Imperiale Puissance , qui lui a été donnée de Dieu , elle a établi , ou
qu'elle établira , et jugera digne du Souverain Trône de Russie,que je défendrai de toutes mes forces,de
tout mon pouvoir et sur ma conscience tous les
droits et prérogatives de l'Autorité et de la Puissance
deS.M. Imperiale et de ses Successeurs qu'elle nom-
"
mer
384 MERCURE DE FRANCE
mera, en la maniere que lesdits drois et prérogatives
sont à present établis , ou qu'ils pourront l'être à l'avenir, et quepour cet effet , au cas que le besoin vint à l'exiger , jen'épargnerai pas ma vie , mais que je
ferai tous mes efforts pour avanter constamment et
avec žele , tout ce qui peut être utile au service de
S. M. I. et des Successeurs qu'elle nommera , et au
bien de l'Empire , de telle maniere que je puisse en
répondre devant Dieu et son Tribunal : Ainsi Dieu
Tout - Puissant me soit en aide : Pour conclusion de
mon present Serment , je baise le Saint Evangile et la Croix de mon Sauveur. Amen.
D'autres Lettres de Moscou portent que le
Prince Basile Dolhorucki , Feld - Maréchal , le
Pr. Jurja Dolhorucki, Capitaine dans le Regiment
des Gardes , le Pr. Alexis Boratinskoy , Enseigne
dans le même Regiment , et M. Jegorstoletow ,
ayant été convaincus de crimes d'Etat , commis
contre S. M. Czarienne , avoient été condamnez
à mort , mais que cette Princesse leur avoit accordé la vie et avoit ordonné avant son départ
de Moscou qu'ils fussent privés de toutes leurs
Charges et Titres d'honneur; que tous leurs biens,
meubles et immeubles , fussent confisquez , et
qu'ils fussent envoyez sous une escorte ; sçavoir,
le Pr. Basile Dołhorucki à Schulsselbourg , le Pr.
Jurja Dolhorucki à Kuspetzk , le Pr. Boratinskoy à Ochotskoy. Ostrog, M. Stoletow aux mi
nes de Nertschinskoy.
Ces Lettres ajoutent qu'on ne doutoit plus que
la Czarine ne désignât pour heritiere du Trône
de Moscovie , la jeune Princesse de Meckelbourg sa niece.
Le Roy de Pologne partit le 26 Decembre de
Varsovie et arriva heureusement à Dresde , d'où
l'on assure qu'il reviendra en Pologne avant la
fin de l'hyver, On
FEVRIER 17320 385 .
On a reçu avis de Rome que l'Evêque de Posnanie y étoit arrivé ; qu'il avoit eu du Pape une
Audience favorable , et qu'il avoit obtenu de S. S.
qu'elle n'exigeroit plus l'execution des Bulles que le Nonce du Pape vouloit faire accepter dans ce .
Royaume , quoique contraires aux privileges des Prélats et des Monasteres de Roy a envoyé au
Primat et aux principaux Senateurs la coppie des
dépêches de cet Evêque.
E 13. Janvier la Czarine partit de Moscou
pour se rendre à Petersbourg par Olonitz et
Novogrod. S. M. Cz. est accompagnée dans ce
voyage de la jeune Princesse de Meckelbourg ,
de la Princesse Elizabeth et de leurs Cours , du
Grand Chancelier, du Comte d'Osterman , ViceChancelier, et de six Senateurs; le reste de sa suite
peut monter à 600. personnes. Les Ministres
Etrangers partent successivement avec toute leur
suite , et tous leurs bagages , parce qu'on ne croit
pas que S. M. Czarienne revienne de deux ans à
Moscou.
Le General Comte de Munich , Gouverneur
de Petersbourg , y a fait des préparatifs extraor- dinaires pourla reception de la Czarine qui est
attendue à chaque instant : toute la Ville est ornée d'Arcs de Triomphe, de Trophées , &c.
Les Lettres venues en dernier lieu de Derbeut
sont du General Lewaschaw : Elles marquent
que la Paix est conclue entre les Turcs et les Persans ; que ces derniers avoient déja fait quelques
mouvemens pour s'approcher des Provinces conquises par les Moscovites ; et qu'il étoit certain
que par undes articles du Traité, le G. S s'étoit
obligé de fournir des secours au Roy de Perse
pour l'aider à reprendre ces conquêtes.
Les Lettres de Constantinople confirment ces
nouvelles, et ajoutent que le Resident de S. M. Cz.
n'avoit
FEVRIER. 1732. 383
+
7
n'avoit pû obtenir du Gr. Viz. l'Audience qu'il
avoit fait demander pour sçavoir si S. H. s'étoit
déterminée a executer l'article de ce Traité qui
interesse les Moscovites.
Sur ces avis , la Czarine a tenu un Conseil ex
traordinaire, dans lequel il a été resolu d'envoyer
au General Lewaschaw un secours de 20000.
hommes avec un train d'Artillerie.
Ona appris de S.Petersbourg que les Membres
des Colleges de cette Ville , les Generaux , les Amiraux , &c. s'étant rendus le 5. Janvier dans
la Grande Eglise , le General Comte de Munick leur presenta par ordre de la Czarine , le dernier
Manifeste de S. M. Cz. avec le Formulaire du
·Serment qu'ils prêterent tous , et dont voici la teneur.
>
que
Quoiquej'aye déja prêté le Serment de fidelitéet de soumission à laTrès- Illustre et Très- Puissante Dame
·Anne Joannovva, Imperatrice et Souveraine de tous
les Russes , ma legitime Souveraine Imperatrice et
·Dame , Je soussigné promets néanmoins de nouveau
par la Presente , pour plus grande confirmation de
ma très-soumise fidelité , et jure par le Dieu Tout- Puissant , et devant son Saint Evangile , tant pour
moi que pour mes Heritiers presens et à venir ,
je veux et queje serai , comme y'étant obligé , fidele , ebéissant et soumis , non-seulement à S. M₁ ma
legitime Dame et Imperatrice Anne Joannovuna
mais aussi dans la suite aux Successeurs de S. M.
qu'en vertu de la Souveraine et Imperiale Puissance , qui lui a été donnée de Dieu , elle a établi , ou
qu'elle établira , et jugera digne du Souverain Trône de Russie,que je défendrai de toutes mes forces,de
tout mon pouvoir et sur ma conscience tous les
droits et prérogatives de l'Autorité et de la Puissance
deS.M. Imperiale et de ses Successeurs qu'elle nom-
"
mer
384 MERCURE DE FRANCE
mera, en la maniere que lesdits drois et prérogatives
sont à present établis , ou qu'ils pourront l'être à l'avenir, et quepour cet effet , au cas que le besoin vint à l'exiger , jen'épargnerai pas ma vie , mais que je
ferai tous mes efforts pour avanter constamment et
avec žele , tout ce qui peut être utile au service de
S. M. I. et des Successeurs qu'elle nommera , et au
bien de l'Empire , de telle maniere que je puisse en
répondre devant Dieu et son Tribunal : Ainsi Dieu
Tout - Puissant me soit en aide : Pour conclusion de
mon present Serment , je baise le Saint Evangile et la Croix de mon Sauveur. Amen.
D'autres Lettres de Moscou portent que le
Prince Basile Dolhorucki , Feld - Maréchal , le
Pr. Jurja Dolhorucki, Capitaine dans le Regiment
des Gardes , le Pr. Alexis Boratinskoy , Enseigne
dans le même Regiment , et M. Jegorstoletow ,
ayant été convaincus de crimes d'Etat , commis
contre S. M. Czarienne , avoient été condamnez
à mort , mais que cette Princesse leur avoit accordé la vie et avoit ordonné avant son départ
de Moscou qu'ils fussent privés de toutes leurs
Charges et Titres d'honneur; que tous leurs biens,
meubles et immeubles , fussent confisquez , et
qu'ils fussent envoyez sous une escorte ; sçavoir,
le Pr. Basile Dołhorucki à Schulsselbourg , le Pr.
Jurja Dolhorucki à Kuspetzk , le Pr. Boratinskoy à Ochotskoy. Ostrog, M. Stoletow aux mi
nes de Nertschinskoy.
Ces Lettres ajoutent qu'on ne doutoit plus que
la Czarine ne désignât pour heritiere du Trône
de Moscovie , la jeune Princesse de Meckelbourg sa niece.
Le Roy de Pologne partit le 26 Decembre de
Varsovie et arriva heureusement à Dresde , d'où
l'on assure qu'il reviendra en Pologne avant la
fin de l'hyver, On
FEVRIER 17320 385 .
On a reçu avis de Rome que l'Evêque de Posnanie y étoit arrivé ; qu'il avoit eu du Pape une
Audience favorable , et qu'il avoit obtenu de S. S.
qu'elle n'exigeroit plus l'execution des Bulles que le Nonce du Pape vouloit faire accepter dans ce .
Royaume , quoique contraires aux privileges des Prélats et des Monasteres de Roy a envoyé au
Primat et aux principaux Senateurs la coppie des
dépêches de cet Evêque.
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Résumé : RUSSIE.
En janvier 1732, la czarine de Russie quitta Moscou pour Saint-Pétersbourg, accompagnée de la princesse de Mecklembourg, de la princesse Élisabeth et de leurs cours, ainsi que de hauts dignitaires comme le grand chancelier et six sénateurs. La suite totale comptait environ 600 personnes. Les ministres étrangers suivirent également, indiquant que la czarine ne prévoyait pas de revenir à Moscou avant deux ans. À Saint-Pétersbourg, le général comte de Munich, gouverneur de la ville, avait préparé des réceptions extraordinaires avec des arcs de triomphe et des trophées. Des nouvelles de Derbeut rapportaient que la paix avait été conclue entre les Turcs et les Perses, et que ces derniers préparaient des mouvements pour récupérer des provinces conquises par les Moscovites. Un article du traité obligeait la Russie à fournir des secours au roi de Perse. Les lettres de Constantinople confirmaient ces informations et mentionnaient que le résident de la czarine n'avait pas obtenu d'audience auprès du grand vizir pour discuter de l'exécution de cet article. En réponse, la czarine tint un conseil extraordinaire et décida d'envoyer 20 000 hommes avec un train d'artillerie au général Lewaschaw. À Saint-Pétersbourg, les membres des collèges, les généraux et les amiraux prêtèrent serment de fidélité à la czarine Anne Ioannovna et à ses successeurs le 5 janvier. Plusieurs princes, dont le feld-maréchal Prince Basile Dolhorucki, furent condamnés pour crimes d'État et privés de leurs charges et biens, avant d'être exilés. Des rumeurs indiquaient que la czarine pourrait désigner la jeune princesse de Mecklembourg, sa nièce, comme héritière du trône de Moscovie. Par ailleurs, le roi de Pologne quitta Varsovie pour Dresde et devait revenir en Pologne avant la fin de l'hiver. À Rome, l'évêque de Posnanie obtint une audience favorable du pape, qui accepta de ne plus exiger l'exécution de bulles contraires aux privilèges des prélats et monastères du royaume de Pologne.
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13
p. 595
RUSSIE.
Début :
La Czarine arriva fort tard le 28. Janvier de Petersbourg. [...]
Mots clefs :
Russie, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
A Czarine arriva fort tard le 28. Janvier
LePetersbourg. Elle passa la nuit dans un des
Fauxbourgs , et le lendemain vers les onze heures du matin , elle fit son Entrée publique au bruit des salves réïterées de l'Artillerie et aux accla
mations du Peuple. Le soir il y eut des Feux des Illuminations et d'autres marques de réjouis,
sance dans toutes les rues de la Ville , ce qui a
duré pendant huit nuits consécutives.
A Czarine arriva fort tard le 28. Janvier
LePetersbourg. Elle passa la nuit dans un des
Fauxbourgs , et le lendemain vers les onze heures du matin , elle fit son Entrée publique au bruit des salves réïterées de l'Artillerie et aux accla
mations du Peuple. Le soir il y eut des Feux des Illuminations et d'autres marques de réjouis,
sance dans toutes les rues de la Ville , ce qui a
duré pendant huit nuits consécutives.
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14
p. 775-778
« Jamais le goût, pour la déclamation et les réprésentations Théâtrales [...] »
Début :
Jamais le goût, pour la déclamation et les réprésentations Théâtrales [...]
Mots clefs :
Allemagne, Amour des spectacles et de la musique, Russie, Opéra-Comique, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Jamais le goût, pour la déclamation et les réprésentations Théâtrales [...] »
SPECT À CLE S.
' Amais le goût, pour la déclamation et
les, réprésentions Théatrales n'a été .
si fort ni si général , non seulement en
France , mais dans les Païs Etrangers. A
Paris et dans quelques belles Maisons de
Campagne des environs , on compte plus
de cinquante Théatres , fort bien ajustez
et ornez proprement , où des Sociétez
particulieres se font un plaisir de joüer´
des Piéces Tragiques et Comiques , avec
beaucoup d'intelligence et de finesse ; et
les gens de la premiere qualité s'en mêlent comme les Bourgeois. Quelqués sujets de l'un et de l'autre sexe , brillent part
de tres-heureux talens , et s'attirent des
applaudissemens bien meriteż ; une jeune
personne sur tout , du quartier du Lu--
xembourg, joue plusieurs Rôles avec
4
2
Gy tout
776 MERCURE DE FRANCE
tout le naturel , les graces et la noblesse
possible.
En Allemagne on se fait un grand
plaisir de ce même amusement ; et on apprend de Vienne , que le 13 du mois dernier quelquesCavaliers et Pages de la Cour
de l'Empereur, représenterent devantL.M.
Imp. uneComédie Italienne , qui fut fort
applaudie.
On écrit de Dresde qu'on y avoit joué
chez la Duchesse d'Holstein, en présence
du Roy de Pologne , une Comédie Françoise , intitulée : L'Ami de tout le monde ;
dont les principaux Rôles étoient remplis par les Comtesses de Bilinsken et de
Beuckling , par le Duc de Holstein , le
Pr. Lubomiski et le Comte Rutouski.
L'amour des Spectacles et de la Musique a enfin percé jusques dans le Nord.
On se pique à present en Russie de cultiver les beaux Arts , et la Czarine a donné
des ordres , pour faire construire incessemment à Petersbourg , une Salle et un
Théatre , pour y représenter l'Opéra.
Ce Bâtiment sera achevé vers les Fêtes.
de la Pentecôte , et on ouvrira ce Spectacle aussi-tôt que les Musiciens qu'on
fait
AVRIL. 1732. 777
fait venir d'Italie seront arrivez.
3
Le 3 Mars , l'Opera Comique joua une
Piéce nouvelle en un Acte , qui a pour
titre , les deux Eleves ; elle fut précédée
de l'Ecole des Amans , Piéce remise au
Théatre , et du Pot Pourry Pantomime
dont il a été parlé dans le dernier Mercure. Ces deux Pieces furent suivies du
Ballet Anglois Pantomime , exécuté par
les petits Comédiens , qui ont été trèsapplaudis , et singulierement le petit Sabotier , qui danse un pas de deux , avec
la petite Delle Cheret , avec autant de graces et de précision qu'on peut en attendre de deux enfans de leur âge.
Le 20 , on donna encore une petite Pie-
-ce nouvelle d'un Acte, avec un Divertis-
-sement , intitulée : Le Triomphe de l'ignorance, qui a été continué jusqu'au 29, jour
de la clôture du Théatre.
Le 24et le 29 Mars , l'Académie Koyale de Musique donna deux Réprésentations de l'Opéra d' Amadis , pour les Acteurs , comme cela se pratique toutes les
années avant la cloture du Théatre , le
brillant Pas de trois fut dansé à la fin J
par la De Camargo , et par les Sr. Dumoulin et Laval , avec un applaudissement general,
Gvj Or
778 MERCURE DE FRANCE
On a donné sur ce Théatre , le Mardi
21 de ce mois, la Tragedie deJephté, qu'on
avoit interrompuë pendant la Quinzaine
de Pâques. Cette Piéce est toujours hono
rée des mêmes applaudissemens..
Le Publica aussi applaudi aux nouveaux
ornemens , dont on a embelli la Salle de
l'Opera , dont nous pourrons parler plus.
au long,
Le S' Benozi , Vénitien, nouvel Acteur ,
frere de la Dlle Silvia , debuta , le 3 Mars,
sur le Theatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
et y joüa le Rôle de Scaramouche , dans :
la Comédie de Colombine , Avocat pour &
contre ; il a joué encore le même Rôle ,
dans d'autres Piéces , dans lesquelles il a
été applaudi. Outre les talens que ce nouvel Acteur a pour le Theatres il est tresbon Musicien et tres- habile Symphoniste,,
pour le dessus de Violon.
' Amais le goût, pour la déclamation et
les, réprésentions Théatrales n'a été .
si fort ni si général , non seulement en
France , mais dans les Païs Etrangers. A
Paris et dans quelques belles Maisons de
Campagne des environs , on compte plus
de cinquante Théatres , fort bien ajustez
et ornez proprement , où des Sociétez
particulieres se font un plaisir de joüer´
des Piéces Tragiques et Comiques , avec
beaucoup d'intelligence et de finesse ; et
les gens de la premiere qualité s'en mêlent comme les Bourgeois. Quelqués sujets de l'un et de l'autre sexe , brillent part
de tres-heureux talens , et s'attirent des
applaudissemens bien meriteż ; une jeune
personne sur tout , du quartier du Lu--
xembourg, joue plusieurs Rôles avec
4
2
Gy tout
776 MERCURE DE FRANCE
tout le naturel , les graces et la noblesse
possible.
En Allemagne on se fait un grand
plaisir de ce même amusement ; et on apprend de Vienne , que le 13 du mois dernier quelquesCavaliers et Pages de la Cour
de l'Empereur, représenterent devantL.M.
Imp. uneComédie Italienne , qui fut fort
applaudie.
On écrit de Dresde qu'on y avoit joué
chez la Duchesse d'Holstein, en présence
du Roy de Pologne , une Comédie Françoise , intitulée : L'Ami de tout le monde ;
dont les principaux Rôles étoient remplis par les Comtesses de Bilinsken et de
Beuckling , par le Duc de Holstein , le
Pr. Lubomiski et le Comte Rutouski.
L'amour des Spectacles et de la Musique a enfin percé jusques dans le Nord.
On se pique à present en Russie de cultiver les beaux Arts , et la Czarine a donné
des ordres , pour faire construire incessemment à Petersbourg , une Salle et un
Théatre , pour y représenter l'Opéra.
Ce Bâtiment sera achevé vers les Fêtes.
de la Pentecôte , et on ouvrira ce Spectacle aussi-tôt que les Musiciens qu'on
fait
AVRIL. 1732. 777
fait venir d'Italie seront arrivez.
3
Le 3 Mars , l'Opera Comique joua une
Piéce nouvelle en un Acte , qui a pour
titre , les deux Eleves ; elle fut précédée
de l'Ecole des Amans , Piéce remise au
Théatre , et du Pot Pourry Pantomime
dont il a été parlé dans le dernier Mercure. Ces deux Pieces furent suivies du
Ballet Anglois Pantomime , exécuté par
les petits Comédiens , qui ont été trèsapplaudis , et singulierement le petit Sabotier , qui danse un pas de deux , avec
la petite Delle Cheret , avec autant de graces et de précision qu'on peut en attendre de deux enfans de leur âge.
Le 20 , on donna encore une petite Pie-
-ce nouvelle d'un Acte, avec un Divertis-
-sement , intitulée : Le Triomphe de l'ignorance, qui a été continué jusqu'au 29, jour
de la clôture du Théatre.
Le 24et le 29 Mars , l'Académie Koyale de Musique donna deux Réprésentations de l'Opéra d' Amadis , pour les Acteurs , comme cela se pratique toutes les
années avant la cloture du Théatre , le
brillant Pas de trois fut dansé à la fin J
par la De Camargo , et par les Sr. Dumoulin et Laval , avec un applaudissement general,
Gvj Or
778 MERCURE DE FRANCE
On a donné sur ce Théatre , le Mardi
21 de ce mois, la Tragedie deJephté, qu'on
avoit interrompuë pendant la Quinzaine
de Pâques. Cette Piéce est toujours hono
rée des mêmes applaudissemens..
Le Publica aussi applaudi aux nouveaux
ornemens , dont on a embelli la Salle de
l'Opera , dont nous pourrons parler plus.
au long,
Le S' Benozi , Vénitien, nouvel Acteur ,
frere de la Dlle Silvia , debuta , le 3 Mars,
sur le Theatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
et y joüa le Rôle de Scaramouche , dans :
la Comédie de Colombine , Avocat pour &
contre ; il a joué encore le même Rôle ,
dans d'autres Piéces , dans lesquelles il a
été applaudi. Outre les talens que ce nouvel Acteur a pour le Theatres il est tresbon Musicien et tres- habile Symphoniste,,
pour le dessus de Violon.
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Résumé : « Jamais le goût, pour la déclamation et les réprésentations Théâtrales [...] »
En France et à l'étranger, le goût pour la déclamation et les représentations théâtrales était très prononcé. À Paris et dans les maisons de campagne environnantes, plus de cinquante théâtres accueillaient des sociétés particulières jouant des pièces tragiques et comiques. Des personnes de haut rang et des bourgeois y participaient, certains acteurs se distinguant par leur talent. En Allemagne, cet engouement était également présent. À Vienne, des cavaliers et des pages de la cour de l'empereur avaient représenté une comédie italienne applaudie par l'impératrice. À Dresde, une comédie française avait été jouée en présence du roi de Pologne, avec des rôles principaux interprétés par des comtesses et des ducs. En Russie, l'amour des spectacles et de la musique se développait, la czarine ayant ordonné la construction d'une salle et d'un théâtre à Petersbourg pour représenter l'opéra. À Paris, l'Opéra Comique avait joué plusieurs pièces, dont 'Les deux Élèves' et 'Le Triomphe de l'ignorance'. L'Académie Royale de Musique avait donné des représentations de l'opéra 'Amadis' et de la tragédie 'Jephté'. Le Vénitien S' Benozi avait débuté sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne en jouant Scaramouche, recevant des applaudissements pour ses talents de musicien et symphoniste.
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15
p. 997
RUSSIE.
Début :
Le Comte de Watislau, Ambassadeur Extraordinaire de l'Empereur, a [...]
Mots clefs :
Russie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
E Comté de Watislau , Ambassadeur Extraor
dinaire de l'Empereur , a conclú un 'Traité
d'alliance entre S. M. Imp. et la Czarine , mais
il n'a pû déterminer cette Princesse àacceder sansrestriction au Traité de Vienne du 16. Mars
dernier..
Le 15. Avril on reçut à Petersbourg un Courier de Perse avec la nouvelle que M. de Schaffi
roff avoit conclu le 6. Janvier dernier , un Tráité de Paix perpetuelle entre la Czarine et le Roy
de Perse , par lequel ce Prince doit rentrer en
possession de Retsch et de la Province de Ghilan,
et la Russie doit conserver les Places et Provinces situées en-deçà de la Riviere de Chur.
ON
E Comté de Watislau , Ambassadeur Extraor
dinaire de l'Empereur , a conclú un 'Traité
d'alliance entre S. M. Imp. et la Czarine , mais
il n'a pû déterminer cette Princesse àacceder sansrestriction au Traité de Vienne du 16. Mars
dernier..
Le 15. Avril on reçut à Petersbourg un Courier de Perse avec la nouvelle que M. de Schaffi
roff avoit conclu le 6. Janvier dernier , un Tráité de Paix perpetuelle entre la Czarine et le Roy
de Perse , par lequel ce Prince doit rentrer en
possession de Retsch et de la Province de Ghilan,
et la Russie doit conserver les Places et Provinces situées en-deçà de la Riviere de Chur.
ON
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Résumé : RUSSIE.
Le comte de Watislau a conclu un traité d'alliance entre l'Empereur et la Czarine de Russie, mais n'a pas obtenu l'acceptation sans réserve du Traité de Vienne. Le 15 avril, un courrier de Perse a annoncé un traité de paix perpétuelle entre la Czarine et le roi de Perse, signant la restitution de Retsch et de Ghilan au roi de Perse, tandis que la Russie conserve les territoires au-delà de la rivière de Chur.
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16
p. 1223-1224
RUSSIE.
Début :
La Czarine a abandonné à la Duchesse de Meckelbourg sa [...]
Mots clefs :
Russie, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
A Czarine a abandonné à la Duchesse de
Meckelbourg sa sœur, la pension qui lui a été constituée sur le Duché de Curlande pour son
douaire et les autres droits qu'elle peut avoir sur
ce Duché.
S. M. Cz. a fait choisir dans ses Régimens.
d'Infanterie 30. Soldats des plus grands et des
mieux faits , pour envoyer au Roy de Prusse ,
qui les lui avoit demandés pour ses grands Gre nadiers.
Il a été résolu dans le dernier Conseil de
guerre , d'entretenir 4000. hommes dans les Provinces cedées par la Couronne de Suede , y
compris les Troupes qui sont en quartier dans la
Curlande , et qui resteront malgré les représen
rations du Roy et de la République de Pologne..
Le nouveau Serment qu'on fait prêter dans les
Provinces , par rapport aux dispositions secrettes.
de la Czarine , pour la succession au Trône , cause
bien des mécontentemens , et on a envoyé ordie aux Commandans et aux Gouverneurs de faire
arrêter tous ceux qui refuseront d'obéir, de quelque
rang et de quelque condition qu'ils puissent être..
On ne parle plus du Traité particulier de Com
merce qu'on disoit avoir été signé avec le Roy de Perse , mais on a sçû que ce Prince avoit faite
assurer tous les Marchands Moscovites qui sont
dans ses Etats , qu'il confirmeroit les Privileges.
que Roy son pere leur avoit accordez ; qu'om ne leveroit dorénavant sur leurs Marchandises
que les anciens droits d'Entrée et de sortie , et
qu'il avoit fait choix d'un des principaux Offi ciers de sa Cour, pour l'envoyer en Ambassade:
le.
I.. Vol Hy Come
1224 MERCURE DE FRANCE
complimenter la Czarine sur son avenement au Trône.
Les Ambassadeurs de la Chine qu'on attendoit
depuis long-temps , arriverent à Petersbourg le
5. de May. Le 7 ils y firent leur Entrée publique
et le 8. ils eurent leur premiere Audience publique de S. M. Cz.
A Czarine a abandonné à la Duchesse de
Meckelbourg sa sœur, la pension qui lui a été constituée sur le Duché de Curlande pour son
douaire et les autres droits qu'elle peut avoir sur
ce Duché.
S. M. Cz. a fait choisir dans ses Régimens.
d'Infanterie 30. Soldats des plus grands et des
mieux faits , pour envoyer au Roy de Prusse ,
qui les lui avoit demandés pour ses grands Gre nadiers.
Il a été résolu dans le dernier Conseil de
guerre , d'entretenir 4000. hommes dans les Provinces cedées par la Couronne de Suede , y
compris les Troupes qui sont en quartier dans la
Curlande , et qui resteront malgré les représen
rations du Roy et de la République de Pologne..
Le nouveau Serment qu'on fait prêter dans les
Provinces , par rapport aux dispositions secrettes.
de la Czarine , pour la succession au Trône , cause
bien des mécontentemens , et on a envoyé ordie aux Commandans et aux Gouverneurs de faire
arrêter tous ceux qui refuseront d'obéir, de quelque
rang et de quelque condition qu'ils puissent être..
On ne parle plus du Traité particulier de Com
merce qu'on disoit avoir été signé avec le Roy de Perse , mais on a sçû que ce Prince avoit faite
assurer tous les Marchands Moscovites qui sont
dans ses Etats , qu'il confirmeroit les Privileges.
que Roy son pere leur avoit accordez ; qu'om ne leveroit dorénavant sur leurs Marchandises
que les anciens droits d'Entrée et de sortie , et
qu'il avoit fait choix d'un des principaux Offi ciers de sa Cour, pour l'envoyer en Ambassade:
le.
I.. Vol Hy Come
1224 MERCURE DE FRANCE
complimenter la Czarine sur son avenement au Trône.
Les Ambassadeurs de la Chine qu'on attendoit
depuis long-temps , arriverent à Petersbourg le
5. de May. Le 7 ils y firent leur Entrée publique
et le 8. ils eurent leur premiere Audience publique de S. M. Cz.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte relate plusieurs événements politiques en Russie. La Czarine a cédé à la Duchesse de Meckelbourg, sa sœur, la pension et les droits sur le Duché de Curlande. Le roi de Prusse a reçu 30 soldats russes pour ses grenadiers. Un conseil de guerre a décidé de maintenir 4 000 hommes dans les provinces cédées par la Couronne de Suède, malgré les objections du roi de Pologne. Un nouveau serment, lié aux dispositions secrètes de la Czarine pour la succession au trône, a provoqué des mécontentements et des arrestations. Un traité de commerce avec le roi de Perse n'est plus mentionné, mais ce dernier a assuré la protection des marchands russes et confirmé leurs privilèges. Un officier persan a été choisi pour une ambassade en Russie. Le roi de Volhy Come a envoyé des compliments à la Czarine pour son avènement. Les ambassadeurs de la Chine, attendus depuis longtemps, sont arrivés à Petersbourg le 5 mai et ont eu leur première audience publique avec la Czarine le 8 mai.
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17
p. 1849-1850
RUSSIE.
Début :
Le 27 Juin, le feu prit à Cronsloot, dans un des quartiers qui joint le Port; et en moins [...]
Mots clefs :
Russie, Tsarine, Incendie
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
E 27 Juin , le feu prit à Cronsloot , dans un
des quartiers qui joint le Port ; et en moins
de deux heures il y eut près de 200 Maisons consommées par les flammes , qui endommagerent aussi quelques Vaisseaux , qu'on n'avoit pas eu le temps d'éloigner de l'incendie..
La Czarine a rendu une Ordonnance , suivant
laquelle tous ceux qui se proposent de bâtir des
Maisons , dans les principales rues de Petersbourg , sont obligez de prendre l'alignement et
de faire exécuter le plan que leur donnera l'Architecte , chargé de la décoration extérieure des
Maisons de cette Ville. Cependant pour engager
les habitans à y faire bâtir, S. M. Cz. a accordé તે
des Exemptions et des Privileges , dont jouiront.
pendant dix ans tous les Proprietaires des nou- velles Maisons.
On apprend par les Lettres du Gouverneur de
Derbent , qui depuis la Paix conclue avec le
Roy de Perse , les Doüanes de Derbent et de Hy Terki
1850 MERCURE DE FRANCE
Terki , étoient si considérablement augmentées
par l'arrivée continuelle des Marchandises de
Perse , que le produit suffiroit pour payer dans la suite les Garnisons de toutes les Places fortes de
la Mer Caspienne. On est cependant dans quel- que inquiétude sur l'exécution de ce Traité , de
la part du Roy de Perse , depuis qu'on a appris
qu'il n'avoit pas observé celui qu'il avoit fait
avec le G. S. car les Lettres d'Ispahan portent
que ce Prince s'étoit mis en marche avec une
Armée de 70000 hommes , et qu'il avoit déja
repris deux Places, cédées à Sa Hautesse par ce Traité.
Les Ambassadeurs de la Chine partirent de
Petersbourg le 26. Juillet , escortez par un Détachement de Cavalerie jusqu'aux Frontieres. La
Czarine a envoyé des ordres à tous les Gouver◄
neurs de Province de les faire défrayer sur leur
route.Plusieurs Négocians Moscovites ont profité
de cette occasion pour aller à Nanokin , où ils
esperent établir une correspondance de Commer
ce qui sera avantageux à ce Païs.
E 27 Juin , le feu prit à Cronsloot , dans un
des quartiers qui joint le Port ; et en moins
de deux heures il y eut près de 200 Maisons consommées par les flammes , qui endommagerent aussi quelques Vaisseaux , qu'on n'avoit pas eu le temps d'éloigner de l'incendie..
La Czarine a rendu une Ordonnance , suivant
laquelle tous ceux qui se proposent de bâtir des
Maisons , dans les principales rues de Petersbourg , sont obligez de prendre l'alignement et
de faire exécuter le plan que leur donnera l'Architecte , chargé de la décoration extérieure des
Maisons de cette Ville. Cependant pour engager
les habitans à y faire bâtir, S. M. Cz. a accordé તે
des Exemptions et des Privileges , dont jouiront.
pendant dix ans tous les Proprietaires des nou- velles Maisons.
On apprend par les Lettres du Gouverneur de
Derbent , qui depuis la Paix conclue avec le
Roy de Perse , les Doüanes de Derbent et de Hy Terki
1850 MERCURE DE FRANCE
Terki , étoient si considérablement augmentées
par l'arrivée continuelle des Marchandises de
Perse , que le produit suffiroit pour payer dans la suite les Garnisons de toutes les Places fortes de
la Mer Caspienne. On est cependant dans quel- que inquiétude sur l'exécution de ce Traité , de
la part du Roy de Perse , depuis qu'on a appris
qu'il n'avoit pas observé celui qu'il avoit fait
avec le G. S. car les Lettres d'Ispahan portent
que ce Prince s'étoit mis en marche avec une
Armée de 70000 hommes , et qu'il avoit déja
repris deux Places, cédées à Sa Hautesse par ce Traité.
Les Ambassadeurs de la Chine partirent de
Petersbourg le 26. Juillet , escortez par un Détachement de Cavalerie jusqu'aux Frontieres. La
Czarine a envoyé des ordres à tous les Gouver◄
neurs de Province de les faire défrayer sur leur
route.Plusieurs Négocians Moscovites ont profité
de cette occasion pour aller à Nanokin , où ils
esperent établir une correspondance de Commer
ce qui sera avantageux à ce Païs.
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Résumé : RUSSIE.
Le 27 juin, un incendie à Cronsloot, près du port de Saint-Pétersbourg, a détruit environ 200 maisons et endommagé plusieurs vaisseaux en moins de deux heures. La czarine a alors émis une ordonnance imposant un plan d'alignement pour les constructions dans les principales rues de la ville, tout en accordant des exemptions et des privilèges aux propriétaires de nouvelles maisons pour une durée de dix ans. Par ailleurs, le gouverneur de Derbent a signalé une augmentation des marchandises persanes dans les douanes de Derbent et de Bakou depuis la paix avec le roi de Perse, permettant de financer les garnisons des places fortes de la mer Caspienne. Cependant, des préoccupations subsistent concernant le respect du traité, car le roi de Perse a repris deux places avec une armée de 70 000 hommes. Les ambassadeurs chinois ont quitté Saint-Pétersbourg le 26 juillet, escortés par un détachement de cavalerie jusqu'aux frontières, et les gouverneurs de province ont reçu l'ordre de les défrayer durant leur trajet. Plusieurs négociants moscovites ont profité de cette occasion pour se rendre à Nanokin afin d'établir des relations commerciales.
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18
p. 2258-2259
RUSSIE.
Début :
Le Canal de Ladoga, auquel on a fait cette année des réparations considérables, est présentement [...]
Mots clefs :
Russie, Canal de Ladoga, Réparations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
E Canal de Ladoga , auquel on a fait cette
année des réparations considérables , est présentement dans sa perfection ; ila 104, verstes
de long , 70. pieds de large , et ro. à 12. pieds
de profondeur. La Czarine qui l'a visité deux
fois cette année , a donné des ordres pour yfaire
placer deux piramides ; l'une dans l'endroit où ceCanal entre dans le Lac qui lui donne son nom
et l'autre près de Schlusselbourg , où il se décharge dans la Riviere de Neva.
E Canal de Ladoga , auquel on a fait cette
année des réparations considérables , est présentement dans sa perfection ; ila 104, verstes
de long , 70. pieds de large , et ro. à 12. pieds
de profondeur. La Czarine qui l'a visité deux
fois cette année , a donné des ordres pour yfaire
placer deux piramides ; l'une dans l'endroit où ceCanal entre dans le Lac qui lui donne son nom
et l'autre près de Schlusselbourg , où il se décharge dans la Riviere de Neva.
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19
p. 2477
RUSSIE.
Début :
Le 18 Septembre, M. de Westphalen, Envoyé Extraordinaire du Roy de Dannemarck, [...]
Mots clefs :
Russie, Impératrice, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
E 18 Septembre, M. de Westphalen , Envoyé Extraordinaire duRoy de Dannemarck,
eat Audience publique de la Czarine , dans laquelle il lui déclara au nom du Roy son Maître ,
que S M. Dan. la reconnoissoit en qualité d'Imperatrice. S. M. Cz. étoit assise sur son Trône ,
sous un Dais magnifique , ayant à ses côtez les
principaux Ministres de sa Cour , les Generaux et autres Personnes de distinction des deux sexes.
E 18 Septembre, M. de Westphalen , Envoyé Extraordinaire duRoy de Dannemarck,
eat Audience publique de la Czarine , dans laquelle il lui déclara au nom du Roy son Maître ,
que S M. Dan. la reconnoissoit en qualité d'Imperatrice. S. M. Cz. étoit assise sur son Trône ,
sous un Dais magnifique , ayant à ses côtez les
principaux Ministres de sa Cour , les Generaux et autres Personnes de distinction des deux sexes.
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20
p. 454-458
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, au mois de Décembre 1732. sur l'état de la Religion en Moscovie.
Début :
On a imprimé dans la Gazette d'Amsterdam, du 25. Novembre dernier, [...]
Mots clefs :
Russie, Religion, Ribera, Clergé, Église, Luthériens, Libelle, Moscovie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, au mois de Décembre 1732. sur l'état de la Religion en Moscovie.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux
Auteurs du Mercure , au mois de Décembre
1732. sur l'état de la Religion
en Moscovie.
O
Na imprimé dans la Gazette
d'Amsterdam , du 25. Novembre
dernier , une nouvelle qui fait le principal
sujet de cette Lettre. Cette Nouvelle
est ainsi énoncée. On écrit de Pesersbourg,
qu'on y avoit arrêté plusieurs personnes
à l'occasion d'un Libelle rempli d'in-
Vectives
MARS. 1733. 455
vectives contre les Protestans , et adressé an
Clergé de Russie.
La Moscovie fait aujourd'hui une figure
trop considerable dans l'Europe , et
la Religion Catholique est trop interessée
dans ce qui se passe au sujet du prétendu
Libelle , pour qu'on ne soit pas bien aise
de trouver dans votre Journal un petit
Commentaire , sur les paroles qui viennent
d'être rapportées .
Tout ce qu'il y a de veritables et de
zelez Moscovites , est aussi éloigné des
erreurs des Luthériens , qu'attaché au
Schisme qui les divise de l'Eglise Romaine
; mais la multitude des Luthériens
et des Calvinistes , qui depuis le Regne
de Pierre I. a commencé d'inonder la
Russie , a fait craindre au Clergé de cet
Empire , que leurs erreurs ne s'y introduisent
avec eux ; et 1Evenement n'a
que trop justifié cette crainte . Pour prévenir
ce malheur , le dernier Archevêque
de Resan , qui sous le titre d'Exarque
, étoit l'Administrateur du Patriar
chat , que le Czar a enfin aboli , et qui
étoit un Prélat également cher et rèspectable
à tous les Russes , composa un
Ouvrage en sa Langue , qu'il intitula :
Petra Fidei , et qui devoit être un préservatif
contre l'entrée et le progrès du
Lu
456 MERCURE DE FRANCE
Lutheranisme dans l'Eglise Grecque .
Cet Ouvrage allarma les Luthériens ,
qui y firent faire une Réponse par François
Buddée , l'un de leurs plus habiles
Professeurs ; c'est du moins sous son nom.
que l'Ouvrage a parû. Cette prétenduë
Apologie étant tombée entre les mains
du R. P. Ribera , Dominiquain , Docteur
en Théologie , qui avoit accompàgné
M. le Duc de Liria , Ambassadeur
de S. M. C. à la Cour de Russie , en
qualité d'Aumônier , avec le titre de
Missionnaire Apostolique ; le zele de ce
Pere s'enflamma à la vûe d'un Ouvrage
où la Religion Catholique , n'est , à la
verité , que foiblement attaquée , mais
où la passion prodiguoit les plus grossieres
calomnies , et n'épargnoit aucune
de ces expressions odieuses , dont les honnêtes
gens dans le Parti Luthérien ont
toûjours rougi.
L. P. Ribera répondit donc à cette
'Apologie ; il communiqua sa Réponse ,
avant que de la publier à des Personnes
du premier Rang dans le Clergé de
Russie , et l'Approbation unanime qu'ils
y donnerent le détermina à la dédier à
l'Imperatrice de Russie même.
La Cour de Moscovie n'auroit jamais
fait des affaires aux Partisans de cet Ouvrage
MARS. 17336
457
vrage , et n'en auroit pas même porté
ses plaintes dans des Cours Etrangeres
,
si le Ministere n'étoit composé que de
Membres
de l'Eglise Grecque ; voilà ce
que c'est que le prétendu Libelle dont
il est parlé dans la Gazette citée cy -dessus ."
Si vous voulez , avant que d'imprimer
ma Lettre , avoir une plus ample connoissance
de l'Ouvrage du P. Ribera ,.
vous en trouverez un Exemplaire chez
le R. P. le Quien , sçavant et celebre Do
miniquain du Convent de la Ruë S. Ho-'
noré , il se fera , sans doute , un plaisir
de vous le communiquer
. Je crois que
Pinterêt de la Religion doit engager les
Auteurs de differens Journaux Litteraires
d'en donner un Extrait.
Quoique ce ne soit pas le P. Ribera
qui vous écrit cette Lettre , si vous avez
besoin de quelques éclaircissemens sur
son contenu , vous pouvez vous adresser
à lui en droiture dans son Convent
à Vienne en Autriche , d'où je vous écris
ce 20 , Décembre 1732.
Je vous envoye en même-temps une
Traduction ou Imitation des fameux Vers
de Seneque. Stet quicumque volet , &c.
Elle a été faite pour le fameux Maréchal
Guy' de Staremberg , qui répetoit continuellement
et s'étoit appliqué ces Vers ;
Ç c'est
458 MERCURE DE FRANCE
que
c'est lui
le Traducteur
fait parler.
Avant que de publier la Lettre dont
on vient de lire l'Extrait , nous avons
cr devoir la communiquer
au R. P le
Quien, qui a bien voulu nous envoyer les
Observations
suivantes ,
Auteurs du Mercure , au mois de Décembre
1732. sur l'état de la Religion
en Moscovie.
O
Na imprimé dans la Gazette
d'Amsterdam , du 25. Novembre
dernier , une nouvelle qui fait le principal
sujet de cette Lettre. Cette Nouvelle
est ainsi énoncée. On écrit de Pesersbourg,
qu'on y avoit arrêté plusieurs personnes
à l'occasion d'un Libelle rempli d'in-
Vectives
MARS. 1733. 455
vectives contre les Protestans , et adressé an
Clergé de Russie.
La Moscovie fait aujourd'hui une figure
trop considerable dans l'Europe , et
la Religion Catholique est trop interessée
dans ce qui se passe au sujet du prétendu
Libelle , pour qu'on ne soit pas bien aise
de trouver dans votre Journal un petit
Commentaire , sur les paroles qui viennent
d'être rapportées .
Tout ce qu'il y a de veritables et de
zelez Moscovites , est aussi éloigné des
erreurs des Luthériens , qu'attaché au
Schisme qui les divise de l'Eglise Romaine
; mais la multitude des Luthériens
et des Calvinistes , qui depuis le Regne
de Pierre I. a commencé d'inonder la
Russie , a fait craindre au Clergé de cet
Empire , que leurs erreurs ne s'y introduisent
avec eux ; et 1Evenement n'a
que trop justifié cette crainte . Pour prévenir
ce malheur , le dernier Archevêque
de Resan , qui sous le titre d'Exarque
, étoit l'Administrateur du Patriar
chat , que le Czar a enfin aboli , et qui
étoit un Prélat également cher et rèspectable
à tous les Russes , composa un
Ouvrage en sa Langue , qu'il intitula :
Petra Fidei , et qui devoit être un préservatif
contre l'entrée et le progrès du
Lu
456 MERCURE DE FRANCE
Lutheranisme dans l'Eglise Grecque .
Cet Ouvrage allarma les Luthériens ,
qui y firent faire une Réponse par François
Buddée , l'un de leurs plus habiles
Professeurs ; c'est du moins sous son nom.
que l'Ouvrage a parû. Cette prétenduë
Apologie étant tombée entre les mains
du R. P. Ribera , Dominiquain , Docteur
en Théologie , qui avoit accompàgné
M. le Duc de Liria , Ambassadeur
de S. M. C. à la Cour de Russie , en
qualité d'Aumônier , avec le titre de
Missionnaire Apostolique ; le zele de ce
Pere s'enflamma à la vûe d'un Ouvrage
où la Religion Catholique , n'est , à la
verité , que foiblement attaquée , mais
où la passion prodiguoit les plus grossieres
calomnies , et n'épargnoit aucune
de ces expressions odieuses , dont les honnêtes
gens dans le Parti Luthérien ont
toûjours rougi.
L. P. Ribera répondit donc à cette
'Apologie ; il communiqua sa Réponse ,
avant que de la publier à des Personnes
du premier Rang dans le Clergé de
Russie , et l'Approbation unanime qu'ils
y donnerent le détermina à la dédier à
l'Imperatrice de Russie même.
La Cour de Moscovie n'auroit jamais
fait des affaires aux Partisans de cet Ouvrage
MARS. 17336
457
vrage , et n'en auroit pas même porté
ses plaintes dans des Cours Etrangeres
,
si le Ministere n'étoit composé que de
Membres
de l'Eglise Grecque ; voilà ce
que c'est que le prétendu Libelle dont
il est parlé dans la Gazette citée cy -dessus ."
Si vous voulez , avant que d'imprimer
ma Lettre , avoir une plus ample connoissance
de l'Ouvrage du P. Ribera ,.
vous en trouverez un Exemplaire chez
le R. P. le Quien , sçavant et celebre Do
miniquain du Convent de la Ruë S. Ho-'
noré , il se fera , sans doute , un plaisir
de vous le communiquer
. Je crois que
Pinterêt de la Religion doit engager les
Auteurs de differens Journaux Litteraires
d'en donner un Extrait.
Quoique ce ne soit pas le P. Ribera
qui vous écrit cette Lettre , si vous avez
besoin de quelques éclaircissemens sur
son contenu , vous pouvez vous adresser
à lui en droiture dans son Convent
à Vienne en Autriche , d'où je vous écris
ce 20 , Décembre 1732.
Je vous envoye en même-temps une
Traduction ou Imitation des fameux Vers
de Seneque. Stet quicumque volet , &c.
Elle a été faite pour le fameux Maréchal
Guy' de Staremberg , qui répetoit continuellement
et s'étoit appliqué ces Vers ;
Ç c'est
458 MERCURE DE FRANCE
que
c'est lui
le Traducteur
fait parler.
Avant que de publier la Lettre dont
on vient de lire l'Extrait , nous avons
cr devoir la communiquer
au R. P le
Quien, qui a bien voulu nous envoyer les
Observations
suivantes ,
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, au mois de Décembre 1732. sur l'état de la Religion en Moscovie.
En décembre 1732, une lettre adressée aux auteurs du Mercure traite de la situation religieuse en Moscovie. Elle fait référence à une nouvelle de la Gazette d'Amsterdam, rapportant l'arrestation de plusieurs personnes à Pesersbourg pour un libelle contenant des attaques contre les protestants, destiné au clergé russe. La Moscovie, en raison de son importance en Europe et des intérêts de la religion catholique, attire une attention particulière concernant ce libelle. Les Moscovites sont décrits comme éloignés des erreurs luthériennes et attachés au schisme qui les sépare de l'Église romaine. Cependant, l'afflux de luthériens et de calvinistes en Russie depuis le règne de Pierre I a inquiété le clergé local, craignant l'introduction de leurs doctrines. Pour contrer cette menace, le dernier archevêque de Resan a composé un ouvrage intitulé 'Petra Fidei' pour protéger l'Église grecque contre le luthéranisme. Cet ouvrage a suscité une réponse de François Budde, un professeur luthérien. La réponse est tombée entre les mains du père Ribera, un dominicain et docteur en théologie, qui a rédigé une réfutation. Cette réfutation a été approuvée par des membres éminents du clergé russe et dédiée à l'impératrice de Russie. La lettre suggère que la cour de Moscovie n'aurait pas réagi si le ministère était composé uniquement de membres de l'Église grecque. L'auteur de la lettre propose aux auteurs du Mercure de consulter le père le Quien pour obtenir un exemplaire de l'ouvrage du père Ribera et en donner un extrait. La lettre se conclut par une traduction des vers de Sénèque, faite pour le maréchal Guy de Starhemberg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 595-596
RUSSIE.
Début :
La Czarine ayant été informée des mouvemens que quelques Troupes de Turcs et de [...]
Mots clefs :
Tsarine, Troupes, Russie, Armée, Cour, Thamas Kouli-Kan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
A Czarine ayant été informée des mouvemens
que quelques Troupes de Turcs et de
Tartares faisoient sur les Frontieres de l'Ukraine
; cette Princesse a donné ordre au Comte de
Munich - Feldt , Maréchal , de se rendre incessamment
dans cette Province , et l'on assure
qu'il doit commander l'Armée qu'on y assemblera
, s'il arrive une rupture entre cette Cour et
celle de Constantinople. On est fort inquiet dans
cette Ville, du parti que le Grand Seigneur prendra
596 MERCURE DE FRANCE
dra par rapport aux propositions de Paix qui lui
ont été faites par Thamas - Kouli - Kam , à qui la ·
Guerre Civile , allumée depuis peu en Perse
cause beaucoup d'embarras."
.
Le Gouvernement a fait partir un Convoi considérable
de munitions de Guerre pour les Troupes
Moscovites qui sont en Pologne , et il a or--
donné qu'on equipàt à Revel quelques Frégates
pour aller croiser à la hauteur de Dantzick. Le
General Lesci a mandé à la Czarine que le Corps
de Troupes avec lequel il étoit entré dans la
Prusse Polonoise , n'étoit composé que de douze
mille hommes , et qu'il n'étoit point en état de
tenter aucune entreprise considerable , si on ne
lui envoyoit de nouveaux secours .
On aprend par des Lettres d'Allemagne , que .
lé 7 du mois dernier, un Ambassadeur de Schah-
Abbas III. Roy de Perse , envoyé à la Cour de
Russie , par Thamas- Kouli Kan , Regent de ce
Royaume , et General de l'Armée Persanne , arriva
à Petersbourg , et y fit son Entrée avec une .
nombreuse suite , et qu'il eut le lendemain sa
premiere audience publique de la Czarine , à la
quelle il fut conduit avec les cérémonies accoutumées
, et reçû avec toute la magnificence possible.
A Czarine ayant été informée des mouvemens
que quelques Troupes de Turcs et de
Tartares faisoient sur les Frontieres de l'Ukraine
; cette Princesse a donné ordre au Comte de
Munich - Feldt , Maréchal , de se rendre incessamment
dans cette Province , et l'on assure
qu'il doit commander l'Armée qu'on y assemblera
, s'il arrive une rupture entre cette Cour et
celle de Constantinople. On est fort inquiet dans
cette Ville, du parti que le Grand Seigneur prendra
596 MERCURE DE FRANCE
dra par rapport aux propositions de Paix qui lui
ont été faites par Thamas - Kouli - Kam , à qui la ·
Guerre Civile , allumée depuis peu en Perse
cause beaucoup d'embarras."
.
Le Gouvernement a fait partir un Convoi considérable
de munitions de Guerre pour les Troupes
Moscovites qui sont en Pologne , et il a or--
donné qu'on equipàt à Revel quelques Frégates
pour aller croiser à la hauteur de Dantzick. Le
General Lesci a mandé à la Czarine que le Corps
de Troupes avec lequel il étoit entré dans la
Prusse Polonoise , n'étoit composé que de douze
mille hommes , et qu'il n'étoit point en état de
tenter aucune entreprise considerable , si on ne
lui envoyoit de nouveaux secours .
On aprend par des Lettres d'Allemagne , que .
lé 7 du mois dernier, un Ambassadeur de Schah-
Abbas III. Roy de Perse , envoyé à la Cour de
Russie , par Thamas- Kouli Kan , Regent de ce
Royaume , et General de l'Armée Persanne , arriva
à Petersbourg , et y fit son Entrée avec une .
nombreuse suite , et qu'il eut le lendemain sa
premiere audience publique de la Czarine , à la
quelle il fut conduit avec les cérémonies accoutumées
, et reçû avec toute la magnificence possible.
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Résumé : RUSSIE.
La czarine de Russie a été alertée des mouvements de troupes turques et tartares à la frontière ukrainienne. Elle a chargé le comte de Munich-Feldt de se rendre en Ukraine pour commander l'armée en cas de conflit avec la cour de Constantinople. L'incertitude persiste quant à la décision du Grand Seigneur concernant les propositions de paix de Thamas-Kouli-Kam, perturbé par la guerre civile en Perse. Le gouvernement russe a envoyé des munitions en Pologne et ordonné l'équipement de frégates à Revel pour patrouiller près de Dantzick. Le général Lesci a signalé que ses douze mille hommes en Prusse polonaise ne pouvaient agir sans renforts. Par ailleurs, un ambassadeur du roi de Perse, Shah-Abbas III, envoyé par Thamas-Kouli-Kam, est arrivé à Saint-Pétersbourg le 7 du mois précédent. Il a été reçu avec une suite nombreuse et a eu une première audience publique avec la czarine, marquée par des cérémonies et une magnificence appropriées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 201
DE CONSTANTINOPLE, le 14 Décembre 1759.
Début :
Sa Hautesse a donné, il y a peu de jours, audience à l'Envoyé extraordinaire de Russie. [...]
Mots clefs :
Audience, Envoyé extraordinaire, Ministre, Russie, Félicitation, Impératrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE CONSTANTINOPLE, le 14 Décembre 1759.
De CONSTANTINOPLE ,
SA
le
14 Décembre 1759
A Hauteffe a donné , il y a peu de jours , audience
à l'Envoyé extraordinaire de Ruffie. Ce
Miniftre étoit accompagné du fieur d'Obereskoff ,
réfident à Conftantinople de la part de la même
Cour. Il préfenta dans cette audience les Lettres
de félicitation , adreffées au Grand- Seigneur par
l'Impératrice de Ruffie , fur fon avènement au
Trône. Les deux Miniftres furent reçus de fa
Hautefle avec beaucoup de témoignages d'affection
& d'intelligence,
SA
le
14 Décembre 1759
A Hauteffe a donné , il y a peu de jours , audience
à l'Envoyé extraordinaire de Ruffie. Ce
Miniftre étoit accompagné du fieur d'Obereskoff ,
réfident à Conftantinople de la part de la même
Cour. Il préfenta dans cette audience les Lettres
de félicitation , adreffées au Grand- Seigneur par
l'Impératrice de Ruffie , fur fon avènement au
Trône. Les deux Miniftres furent reçus de fa
Hautefle avec beaucoup de témoignages d'affection
& d'intelligence,
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23
p. *204-204
DE LONDRES, le 1 Mars.
Début :
On est ici dans un grand embarras, au sujet de la flotte qu'on se [...]
Mots clefs :
Flotte, Mer baltique, Roi de Prusse, Russie, Négociations, Embarras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 1 Mars.
DE LONDRES , le Mars.
On eft ici dans un grand embarras , au fujet de
la flotte qu'on le propofoit d'envoyer dans la mer
Baltique . D'un côté , le Roi de Pruffe infifte far
cet envoi ; & il annonce que fans cela , il fongera
à faire la paix . De l'autre côté , l'on fent qu'on ne
fauroit l'effectuer fans fe brouiller avec la Ruffie.
On attend fur cela le fuccès des négociations du
fieur Keith , notre Minittre en cette Cour.
On eft ici dans un grand embarras , au fujet de
la flotte qu'on le propofoit d'envoyer dans la mer
Baltique . D'un côté , le Roi de Pruffe infifte far
cet envoi ; & il annonce que fans cela , il fongera
à faire la paix . De l'autre côté , l'on fent qu'on ne
fauroit l'effectuer fans fe brouiller avec la Ruffie.
On attend fur cela le fuccès des négociations du
fieur Keith , notre Minittre en cette Cour.
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24
p. 190-191
DÉCLARATION faite par l'ordre exprès de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies.
Début :
Le titre d'Impérial que Pierre le Grand, de glorieuse mémoire, a pris, ou plutôt [...]
Mots clefs :
Titre, Majesté impériale, Successeur, Souverains, Russie, Monarchie, Couronne, Déclaration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCLARATION faite par l'ordre exprès de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies.
DECLARATION faite par l'ordre exprès de Sa
Majefté Impériale de toutes les Ruffies.
»Le titre d'Impérial que Pierre le Grand , de
glorieuſe mémoire , a pris , ou plutôt renou
» vellé pour lui & pour fes fuccefleurs , appar¬
פ כ
tient depuis longtemps tant aux Souverains
» qu'à la Couronne & à la Monarchie de toutes
» les Ruffies. Sa Majefté Impériale regarde com-
« me contraire à la folidité de ce principe tout re-
» nouvellement des reverfales qu'on avoit don
» nées fucceffivement à chaque Puiffance lorf
» qu'elle reconnut ce titre. En conséquence ,
Sa
» Majefté vient d'ordonner à ſon Miniſtre de faire
» une déclaration générale que le titre d'Impérial,
» étant par fa nature même une fois attaché à la
» Couronne & à la Monarchie de Ruffie , & per
pétué depuis longues années & fucceffions , ni
Elle ni fes fuccefleurs à perpétuité ne pour
«<< ront plus renouveller lefdites reverfales , & en
>> core moins entretenir quelque correſpondan-
>> ce avec les Puiffances qui refuferont de reconnoî
>>tre le titre Impérial dans les perſonnes des
AVRIL. 1763. 191
"
Souverains de toutes les Ruffies , ainfi que dans
>> leur Couronne & leur Monarchie : & pour que
>>cette déclaration termine à jamais toutes les dif-
» ficultés dans une matiére qui ne doit en com-
» porter aucune , S. M. en fe conformant à la dé
> claration de l'Empéreur Pierre le Grand , dé-
» clare que le titre d'Impérial n'apportera au-
» cun changement au cérémonial ufité entre les
Cours , lequel reftera toujours fur le même
» pied.
Fait à Mofcou , ce 21 Novembre 1762.
Signé , WORONZow.
B. A. GALLITZIN.
Le Baron de Breteuil ayant envoyé ici cette dé
claration , Sa Majefté a ordonné qu'on y fît une
réponſe propre à conftater irrévocablement le cérémonial
entre les deux Cours , & à prévenir en
même temps les difficultés qui pourroit s'élever
dans la fuite , au préjudice de la bonne intelligen
-ce qu'Elle défire de perpétuer entre elles .
Majefté Impériale de toutes les Ruffies.
»Le titre d'Impérial que Pierre le Grand , de
glorieuſe mémoire , a pris , ou plutôt renou
» vellé pour lui & pour fes fuccefleurs , appar¬
פ כ
tient depuis longtemps tant aux Souverains
» qu'à la Couronne & à la Monarchie de toutes
» les Ruffies. Sa Majefté Impériale regarde com-
« me contraire à la folidité de ce principe tout re-
» nouvellement des reverfales qu'on avoit don
» nées fucceffivement à chaque Puiffance lorf
» qu'elle reconnut ce titre. En conséquence ,
Sa
» Majefté vient d'ordonner à ſon Miniſtre de faire
» une déclaration générale que le titre d'Impérial,
» étant par fa nature même une fois attaché à la
» Couronne & à la Monarchie de Ruffie , & per
pétué depuis longues années & fucceffions , ni
Elle ni fes fuccefleurs à perpétuité ne pour
«<< ront plus renouveller lefdites reverfales , & en
>> core moins entretenir quelque correſpondan-
>> ce avec les Puiffances qui refuferont de reconnoî
>>tre le titre Impérial dans les perſonnes des
AVRIL. 1763. 191
"
Souverains de toutes les Ruffies , ainfi que dans
>> leur Couronne & leur Monarchie : & pour que
>>cette déclaration termine à jamais toutes les dif-
» ficultés dans une matiére qui ne doit en com-
» porter aucune , S. M. en fe conformant à la dé
> claration de l'Empéreur Pierre le Grand , dé-
» clare que le titre d'Impérial n'apportera au-
» cun changement au cérémonial ufité entre les
Cours , lequel reftera toujours fur le même
» pied.
Fait à Mofcou , ce 21 Novembre 1762.
Signé , WORONZow.
B. A. GALLITZIN.
Le Baron de Breteuil ayant envoyé ici cette dé
claration , Sa Majefté a ordonné qu'on y fît une
réponſe propre à conftater irrévocablement le cérémonial
entre les deux Cours , & à prévenir en
même temps les difficultés qui pourroit s'élever
dans la fuite , au préjudice de la bonne intelligen
-ce qu'Elle défire de perpétuer entre elles .
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Résumé : DÉCLARATION faite par l'ordre exprès de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies.
La déclaration, ordonnée par Sa Majesté Impériale de toutes les Russies, affirme que le titre d'Impérial, adopté par Pierre le Grand, est intrinsèquement lié à la Couronne et à la Monarchie russe. Ce titre a été reconnu par les souverains successifs et est considéré comme essentiel à la solidité du principe monarchique. Sa Majesté Impériale a ordonné à son ministre de déclarer que ce titre, une fois attaché à la Couronne, ne nécessitera plus de renouvellement de reconnaissance par les autres puissances. La déclaration précise que le titre d'Impérial n'apportera aucun changement au cérémonial entre les cours, qui restera inchangé. Cette déclaration vise à éviter toute difficulté future et à confirmer le cérémonial entre les cours russes et françaises. Elle a été signée à Moscou le 21 novembre 1762 par Woronzow et B. A. Gallitzin. Le Baron de Breteuil a transmis cette déclaration, et Sa Majesté a ordonné une réponse pour confirmer irrévocablement le cérémonial et prévenir les difficultés futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 191-193
DECLARATION faite par l'ordre exprès du Roi, pour servir de réponse à celle qui a été remise aux Baron de Breteuil par les Ministres de Sa Majesté Impériale de toutes les Russie.
Début :
Les titres ne sont rien par eux-mêmes ; ils n'ont de réalité qu'autant qu'ils sont reconnus ; [...]
Mots clefs :
Titres, Valeur, Souverains, Puissance, Couronne, Successeur, Princesse, Impératrice Élisabeth, Comtesse, Russie, Reconnaissance, Engagement, Déclaration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION faite par l'ordre exprès du Roi, pour servir de réponse à celle qui a été remise aux Baron de Breteuil par les Ministres de Sa Majesté Impériale de toutes les Russie.
DECLARATION faite par l'ordre exprès du Roi ,
pourfervir de réponſe à celle qui a été remiſe au
Baron de Breteuil par les Miniftres de Sa Majefté
Impéria e de toutes les Ruffies.
20
» Les titres ne font rien par eux- mêmes ; ils
n'ont de réalité qu'autant qu'ils font reconnus ;
& leur valeur dépend de l'idée qu'on y attache
& de l'étendue leur donnent ceux qui ont le
que
droit de les admettre , de les rejetter ou de les
limitter. Les Souverains eux - mêmes ne peuvent
pas s'attribuer des titres à leur choix ; l'aven
de leurs Sujets ne fuffit pas ; celui des autres
» Puiſſances eſt néceffaire , & chaque Couronne,
כ
192 MERCURE DE FRANCE .
libre de reconnoître ou de récufer un titre nou-
» veau , peut auſſi l'adopter avec les modifications
» & les conditions qui lui conviennent.
» En fuivant ce principe , Pierre I & ſes fucceffeurs
, jufqu'à l'impératrice Elifabeth , n'ont ja-
» mais été connus en France que fous la dénomi-
» nation de Czar. Cette Princeffe eft la premiere
de tous les Souverains de Ruffie à qui le Roi
ait accordé le titre Impérial , mais ce fut fous
» la condition expreffe que ce titre ne porteroit
aucun préjudice au cérémonial ufité entre
» les deux Cours.
39
L'Impératrice Elifabeth foufcrivit fans peine
» à cette condition , & s'en eft expliquée de la
se manière la plus précife dans la réverfale , dreffée
par fon ordre & fignée au mois de Mars 1745
par les Comtes de Beftucheff & de Woronzow.
La fille de Pierre I y témoigne toute fa fatisfaction
. Elle y reconnoît que c'eft par amitié & par
» une attention toute particuliere du Roi pour Elle,
que Sa Majeflé a condefcendu à la reconnoif
fance du titre Impérial que d'autres Puissances
lui ont déja concédé , & Elle avoue que cette com-
» plaifance du Roi lui eft tres - agréable.
و د
» Le Roi , animé des mêmes fentimens pour
» l'Impératrice Cathérine , ne fait point difficulté
s de lui accorder aujourd'hui le titre Impérial , & 33
de le reconnoître en Elle comme attaché au
30 Trône de Ruffie : mais Sa Majesté entend que
ɔ cette reconnoiſſance ſoit faite aux mêmes conditions
que fous les deux regnes précédens , &
» Elle déclare que, fi par la fuite quelqu'un des
fucceffeurs de l'Impératrice Catherine , oubliant
» cet engagement folemnel & réciproque , venoit
à former quelque prétention contraire à l'ufage
conftamment fuivi entre les deux Cours fur le
» rang
AVRIL. 1763. 193
८
» rang & la préféance , de ce moment la Couronne
de France , par une jufte réciprocité , reprendroit
fon ancien flyle , & cefferoit de don-
»ner le titre Impérial à celle de Ruffie.
כ כ
Cette déclaration tendante à prévenir tout
fujet de difficulté pour l'avenir , eft une preuve
de l'amitié du Roi pour l'Impératrice , & du defir
fincere qu'il a d'établir entre les deux Cours
une union folide & inaltérable .
Fait à Versailles le 18 Janvier 1763 .
Signé LE DUC DE PRASLIN.
pourfervir de réponſe à celle qui a été remiſe au
Baron de Breteuil par les Miniftres de Sa Majefté
Impéria e de toutes les Ruffies.
20
» Les titres ne font rien par eux- mêmes ; ils
n'ont de réalité qu'autant qu'ils font reconnus ;
& leur valeur dépend de l'idée qu'on y attache
& de l'étendue leur donnent ceux qui ont le
que
droit de les admettre , de les rejetter ou de les
limitter. Les Souverains eux - mêmes ne peuvent
pas s'attribuer des titres à leur choix ; l'aven
de leurs Sujets ne fuffit pas ; celui des autres
» Puiſſances eſt néceffaire , & chaque Couronne,
כ
192 MERCURE DE FRANCE .
libre de reconnoître ou de récufer un titre nou-
» veau , peut auſſi l'adopter avec les modifications
» & les conditions qui lui conviennent.
» En fuivant ce principe , Pierre I & ſes fucceffeurs
, jufqu'à l'impératrice Elifabeth , n'ont ja-
» mais été connus en France que fous la dénomi-
» nation de Czar. Cette Princeffe eft la premiere
de tous les Souverains de Ruffie à qui le Roi
ait accordé le titre Impérial , mais ce fut fous
» la condition expreffe que ce titre ne porteroit
aucun préjudice au cérémonial ufité entre
» les deux Cours.
39
L'Impératrice Elifabeth foufcrivit fans peine
» à cette condition , & s'en eft expliquée de la
se manière la plus précife dans la réverfale , dreffée
par fon ordre & fignée au mois de Mars 1745
par les Comtes de Beftucheff & de Woronzow.
La fille de Pierre I y témoigne toute fa fatisfaction
. Elle y reconnoît que c'eft par amitié & par
» une attention toute particuliere du Roi pour Elle,
que Sa Majeflé a condefcendu à la reconnoif
fance du titre Impérial que d'autres Puissances
lui ont déja concédé , & Elle avoue que cette com-
» plaifance du Roi lui eft tres - agréable.
و د
» Le Roi , animé des mêmes fentimens pour
» l'Impératrice Cathérine , ne fait point difficulté
s de lui accorder aujourd'hui le titre Impérial , & 33
de le reconnoître en Elle comme attaché au
30 Trône de Ruffie : mais Sa Majesté entend que
ɔ cette reconnoiſſance ſoit faite aux mêmes conditions
que fous les deux regnes précédens , &
» Elle déclare que, fi par la fuite quelqu'un des
fucceffeurs de l'Impératrice Catherine , oubliant
» cet engagement folemnel & réciproque , venoit
à former quelque prétention contraire à l'ufage
conftamment fuivi entre les deux Cours fur le
» rang
AVRIL. 1763. 193
८
» rang & la préféance , de ce moment la Couronne
de France , par une jufte réciprocité , reprendroit
fon ancien flyle , & cefferoit de don-
»ner le titre Impérial à celle de Ruffie.
כ כ
Cette déclaration tendante à prévenir tout
fujet de difficulté pour l'avenir , eft une preuve
de l'amitié du Roi pour l'Impératrice , & du defir
fincere qu'il a d'établir entre les deux Cours
une union folide & inaltérable .
Fait à Versailles le 18 Janvier 1763 .
Signé LE DUC DE PRASLIN.
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Résumé : DECLARATION faite par l'ordre exprès du Roi, pour servir de réponse à celle qui a été remise aux Baron de Breteuil par les Ministres de Sa Majesté Impériale de toutes les Russie.
Le document est une déclaration royale française datée du 18 janvier 1763, adressée à l'impératrice Élisabeth de Russie. Elle stipule que les titres souverains n'ont de valeur que s'ils sont reconnus par d'autres puissances. Les souverains ne peuvent s'attribuer des titres sans l'aval des autres cours. En France, les souverains russes étaient connus sous le titre de Czar jusqu'à Élisabeth, qui a reçu le titre impérial sous condition de ne pas modifier le cérémonial entre les deux cours. Élisabeth a accepté cette condition en mars 1745. Le roi de France accorde également le titre impérial à l'impératrice Catherine II, mais sous les mêmes conditions. La déclaration précise que si un successeur de Catherine II conteste ces conditions, la France cessera de reconnaître le titre impérial. Cette déclaration vise à prévenir tout conflit futur et témoigne de l'amitié et du désir d'une union solide entre les deux cours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 206-209
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Début :
Monsieur, N'ayant nullement l'avantage de vous être connu, je n'aurois pas pris [...]
Mots clefs :
Russie, Impératrice, Maison d'enfants, Joie, Établissement, Souverain, Honneur, Humanité, Patrie, Louanges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
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Résumé : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Un auteur anonyme écrit au Général Betski à Pétersbourg pour exprimer son admiration et son soutien à la création d'une Maison des Enfants trouvés et des Orphelins à Moscou, initiée par l'Impératrice Catherine II. L'auteur a appris cette initiative par un ami ayant des correspondances en Russie. L'Impératrice a financé le projet avec une somme initiale de cinq cent mille livres et une allocation annuelle de vingt-cinq mille livres, tandis que le Grand Duc a contribué cent mille livres. Les compatriotes de Betski ont également apporté des donations annuelles, rendant cet établissement l'un des mieux fondés en Europe. L'auteur souligne que Betski a adapté les meilleures pratiques des établissements publics au gouvernement, aux mœurs et au climat de la Russie. Il exprime sa joie et son admiration pour cette initiative humanitaire et offre une contribution financière via M. Clifford. L'auteur encourage Betski à persévérer malgré les obstacles et les difficultés inévitables dans les débuts de telles entreprises. La lettre se conclut par des vœux de succès et de reconnaissance pour l'œuvre entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 101-105
De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Début :
La plupart de nos papiers ne présentent aujourd'hui que des observations & des faits [...]
Mots clefs :
Hambourg, Femmes, Religion, Porte, Russie, Crimée, Forteresse, Esprit, Filles, Messie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
De HAMBOURG , le 30 Novembre.
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
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Résumé : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Le document du 30 novembre à Hambourg rapporte plusieurs événements politiques et sociaux. À Constantinople, un incendie survenu le 21 octobre a été contrôlé par le Capitan Bacha. La population locale exprime son désir de déclarer la guerre à la Russie, mais cette demande est contrecarrée par le Divan. Des mesures de défense sont mises en place aux frontières de la Hongrie et des États autrichiens. En Autriche, un navire impérial a été attaqué par un corsaire algérien, ce qui a conduit à la rupture de la paix avec les régences barbaresques. L'empereur exige l'application du traité de Belgrade de 1735. À Ratisbonne, le Prince-Évêque de Spire a pris possession de la forteresse de Philipsbourg après le retrait des troupes impériales. À Berlin, Jean-Paul-Philippe Rosenfeld, ancien garde-bois, a été arrêté pour avoir fondé une secte et perpétré divers crimes, notamment des abus sexuels et des discours séditieux. Rosenfeld a abusé de plusieurs jeunes filles, même en détention, et les a soumises à des conditions de vie extrêmement dures, entraînant probablement leur décès. Il vivait aux dépens de ses disciples et a été condamné à être fouetté publiquement et emprisonné à perpétuité pour ses crimes, incluant des actes contre la religion, le blasphème et le lèse-majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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