Résultats : 21797 texte(s)
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4701
p. 101
Bouts-rimez, [titre d'après la table]
Début :
flute blute flanc blanc. flame blame blon flon. flete belette [...]
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texteReconnaissance textuelle : Bouts-rimez, [titre d'après la table]
flurl
Vt/PI
flanc
blanc.
flame
blame
blon
flon.
stete
belette
flots
blocs.
Vt/PI
flanc
blanc.
flame
blame
blon
flon.
stete
belette
flots
blocs.
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4702
p. 156
LOGOGRYPHE.
Début :
Tantôt long, tantôt court, je te rends, cher Lecteur, [...]
Mots clefs :
Logogriphe
4703
p. 988
« Le 22 Avril, le R. P. du Vivien, Carme, prononça dans l'Eglise du Convent, dit Billetes, [...] »
Début :
Le 22 Avril, le R. P. du Vivien, Carme, prononça dans l'Eglise du Convent, dit Billetes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 22 Avril, le R. P. du Vivien, Carme, prononça dans l'Eglise du Convent, dit Billetes, [...] »
Le 22 Avril , le R. P. du Vivien , Carme 8
prononça dans l'Eglise du Convent , dit Billetes ,
un Discours Latin en présence de M. le Nonce
et d'un grand nombre de personnes de distinction
. Le Discours fut fort goûté , le Sujet en
avoit été annoncé dans un Programme en ces
termes : Erroribus , Hominum in Philosophando ,
qua Principia , qua Remedia , dicet Orator Philosophus
in Regio Billetarum Carmelo , pro auspi→
candis Philosophia studiis.
prononça dans l'Eglise du Convent , dit Billetes ,
un Discours Latin en présence de M. le Nonce
et d'un grand nombre de personnes de distinction
. Le Discours fut fort goûté , le Sujet en
avoit été annoncé dans un Programme en ces
termes : Erroribus , Hominum in Philosophando ,
qua Principia , qua Remedia , dicet Orator Philosophus
in Regio Billetarum Carmelo , pro auspi→
candis Philosophia studiis.
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4704
p. 161-162
SONNET. Bouts-rimez sur l'Etablissement de l'Académie des Heliconides.
Début :
Se vante qui voudra d'une illustre . . origine, [...]
Mots clefs :
Académie
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texteReconnaissance textuelle : SONNET. Bouts-rimez sur l'Etablissement de l'Académie des Heliconides.
SONNET.
Bouts-rimez sur rEcablifTemenc
de l'Académie des Heliconides.
Se vante qui voudra d'une illujlre
origine,
Pour moy je ne. voudrois que les
donsde Phoebus, Jeméprise Bacchus & je crains
les abus
Des dejirs que fait naître une beauté
3
divine.
-- -
-
Vous qui toujours ajjis sur la
double Coline,
Enfans de TeleJJlle, évitez, les
rebus
ELt ne faites jamais ouvrages de bibus
De mon ejjrit leflntrcmonttz lltmachine.
Vous formez dans ces lieuxun
nouvel Helicon.,
Ou vous ne recevet ni l'ami du
Flacon
Ni celui que retient l'indolente
parcflfc*
Inflmitsfarlesneuffoeursdans -
leurdoÛe mérier
Du Pinde vous sçavez, jusquau
moindre sentier
Et vous faitesrevivre icy l'an- cienne, Grece.
Bouts-rimez sur rEcablifTemenc
de l'Académie des Heliconides.
Se vante qui voudra d'une illujlre
origine,
Pour moy je ne. voudrois que les
donsde Phoebus, Jeméprise Bacchus & je crains
les abus
Des dejirs que fait naître une beauté
3
divine.
-- -
-
Vous qui toujours ajjis sur la
double Coline,
Enfans de TeleJJlle, évitez, les
rebus
ELt ne faites jamais ouvrages de bibus
De mon ejjrit leflntrcmonttz lltmachine.
Vous formez dans ces lieuxun
nouvel Helicon.,
Ou vous ne recevet ni l'ami du
Flacon
Ni celui que retient l'indolente
parcflfc*
Inflmitsfarlesneuffoeursdans -
leurdoÛe mérier
Du Pinde vous sçavez, jusquau
moindre sentier
Et vous faitesrevivre icy l'an- cienne, Grece.
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4705
p. 988-989
Question expliquée, &c. [titre d'après la table]
Début :
On nous a envoyé la Réponse qui suit à la Question proposée dans le Mercure de Mars dernier, [...]
Mots clefs :
Pardonner, Personnes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Question expliquée, &c. [titre d'après la table]
On nous a envoyé la Réponse qui suit à la
Question proposée dans le Mercure de Mars derpage
$ 49. Pourquoi a-t - on plus de peine à
pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les
personnes calomnices , qu'à ceux qui sont les auteurs
des calomnies
C'est qu'ordinairement les calomniateurs sont
excitez par une pastion d'envie , ou de jalousie
et que tôt ou tard ils sont punis par la honte
qui
MA Y. 1733. 989
qui leur reste , de sçavoir que les personnes ca+
fomniées , aussi bien que les autres , connoissent
la source d'où viennent de tels discours et
la difficulté que l'on a de pardonner à ceux
qui les approuvent ou qui s'en réjouissent , vient .
de ce qu'on croit que ceux ci sont des ennemis
cachez que la timidité seule retient , et qu'on
s'imagine qu'ils feroient encore plus de mal
s'ils l'osoient : C'est la pensée de Mlle Archam
bault , de la Ville de Laval.
Question proposée dans le Mercure de Mars derpage
$ 49. Pourquoi a-t - on plus de peine à
pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les
personnes calomnices , qu'à ceux qui sont les auteurs
des calomnies
C'est qu'ordinairement les calomniateurs sont
excitez par une pastion d'envie , ou de jalousie
et que tôt ou tard ils sont punis par la honte
qui
MA Y. 1733. 989
qui leur reste , de sçavoir que les personnes ca+
fomniées , aussi bien que les autres , connoissent
la source d'où viennent de tels discours et
la difficulté que l'on a de pardonner à ceux
qui les approuvent ou qui s'en réjouissent , vient .
de ce qu'on croit que ceux ci sont des ennemis
cachez que la timidité seule retient , et qu'on
s'imagine qu'ils feroient encore plus de mal
s'ils l'osoient : C'est la pensée de Mlle Archam
bault , de la Ville de Laval.
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Résumé : Question expliquée, &c. [titre d'après la table]
Mlle Archambault de Laval souligne la difficulté à pardonner ceux qui se réjouissent des calomnies plus que les calomniateurs eux-mêmes. Les calomniateurs sont souvent motivés par l'envie et punis par la honte. Ceux qui approuvent les calomnies sont perçus comme des ennemis cachés et redoutés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4706
p. 1624-1626
LETTRE de M. Duhan de Mezieres, Chanoine de la Cathédrale de Chartres, contenant la Description de cette Eglise, &c.
Début :
Dans le Voyage que la Reine a fait l'année passée à Chartres., S. M. fut si frappée de [...]
Mots clefs :
Cathédrale Notre-Dame de Chartres, Chartres, Église, Chapelle, Choeur, Chanoines, Voûtes, Croisée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Duhan de Mezieres, Chanoine de la Cathédrale de Chartres, contenant la Description de cette Eglise, &c.
LETTRE de M. Duhan de Mezieres ,
Chanoine de la Cathédrale de Chartres ,
contenant la Description de cette Eglise
& c.
?
D passée chaperequ,J. M. fut si frappéede
Ans le Voyage que la Reine a fait l'année
la beauté et de la grandeur de cet ancien Temple
, dédié suivant la Tradition par les Druïdes
La Vierge qui devoit enfanter , qu'elle ne pouvoit
se lasser de s'en faire raconter l'Histoire ansienne
et moderne ; mais comme ceux d'entre
nous qui eurent l'honneur d'entretenir cette
pieuse Princesse , n'étoient pas alors entierement
instruits de certaines choses qui concernent cette.
Eglise , nous avons d'abord jugé à propos d'en
faire prendre les dimensions avec la derniere
exactitude , et c'est au nom de la Compagnie
que je vous prie aujourd'hui de les inserer dans
votre Journal , en attendant l'Histoire generale
de cette Eglise à laquelle on travaille , laquelle
nous nous ferons un plaisir de vous communiquer.
Ce Temple superbe , que nous osons comparer
aux plus celébres Eglises de l'Europe ,
dans oeuvre depuis les Portes Royales de la Nef
jusqu'à la grande Chapelle de * Ś. .Piat exclusi-
* La Chapelle de S. Piat est tout - à -fait hors de
l'Edifice , située au chevet de l'Eglise , sans alterer
la beauté du Rond-point , qui s'éleve beaucoup
au- dessus. On monte par un escalier de 20 degrez
à cette Chapelle , qui est à peu près de la granvement
,
JUILLET. 173. 1525
ainsi que
vement , soixante et dix toises de longueur , et
huit de largeur sans parler des Aîles et des
Chapelles. La longueur de la Nef est de trentesix
toises , et sa hauteur de dix - neuf toises ,
celle du Choeur et de la Croisée .
Le Choeur , loin de 20 toises , et large de
huit , comme la Nef , passe pour un . Chefd'oeuvre
d'Architecture. Le Pourtour de ce
majestueux Edifice , et les sept grandes fenêtres
ceintrées , qui en forment le Rond- point , font
l'étonnement des Architectes et des Sculpteurs
les plus entendus.
>
Les Voûtes des doubles Aîles du Choeur , et
celles des bas côtez de la Croisée , et de la Nef
sont hautes de dix toises , depuis le pavé jusqu'à
l'extrémité de leurs clefs. La Croisée a trentedeux
toises et demie de long sur sept toises de
large sans y comprendre les Aîles ou bas
côtez .
>
Les Clochers de cette Eglise que l'on découvre
du Bourg de Palaiseau à quatre lieuës de
Paris , ont soixante et trois toises d'élevation
jusqu'aux Globes , qui portent des Croix , surmontées
, l'une d'un grand Soleil de Bronze doré
, et l'autre d'une Lune de Bronze argenté.
Les six grosses Tours dont l'Eglise est environnée
, et qu'on regarde avec raison comme
l'un des plus beaux Ouvrages Gothiques qu'il y
ait en France , sont hautes de trente toises : elles
sont bâties dans le goût de celles de Notre-
Dame de Paris , et attendent des Aiguilles ou des
deur de la Sainte-Chapelle de Paris. Enfin , la
Chapelle de S. Piat , élevée sur des voutes , fournit
au-dessous une vaste Sale où le Chapitre
tient ses Assemblées.
Рука-
1626 MERCURE DE FRANCE
Pyramides pareilles à celles des Clochers.
L'Eglise souterraine de Chartres , respectable
par cette haute antiquité , que personne n'igno-
. re a cent quarante - cinq toises de circuit , sous
de très- fortes voûtes. Elle est ornée , comme
les Catacombes de Rome et de Naples , d'un
grand nombre de Chapelles obscures , qui
sont enrichies des dons de nos Rois ; Reines
& c.
•
L'Eglise de Chartres est desservie par soixante)
et dix- huit Chanoines , y compris l'Abbé de
Cluny , et celui de S. Jean de Chartres , qui en
qualité de Chanoines , sont obligez de commertre
quelqu'un du Chapitre pour officier en leur
place et ce nombre de Chanoines est sans
compter les dix -sept Dignitez , les Chapelains ,
les Marguilliers - Prêtres , les Musiciens et les Enfans
de Choeur , ce qui fait un Clergé des plus
nombreux du Royaume.
:
Aux jours solemnels , les Chanoines portent
une Robbe de couleur de Pourpre , et on peut
dire qu'il n'est guères d'Eglises , où l'Office divin
se fasse avec tant de majesté. Entre les cerémonies
singulieres qui y sont en usage , celle - ci
est la plus marquée. A toutes les grandes Messes
du jour , le Celébrant , dans la plus humble
posture , et le Clergé entier à genoux , interrompent
le saint Sacrifice , pour demander à
Dieu , en chantant l'Exaudiat en Musique , la
conservation de la Personne sacrée du Roi , et
de toute la Famille Royale , ce qui ne se pratique
en aucune autre Eglise du Royaume que
nous sçachions.
A Chartres , le 10 Juin 1733.
Chanoine de la Cathédrale de Chartres ,
contenant la Description de cette Eglise
& c.
?
D passée chaperequ,J. M. fut si frappéede
Ans le Voyage que la Reine a fait l'année
la beauté et de la grandeur de cet ancien Temple
, dédié suivant la Tradition par les Druïdes
La Vierge qui devoit enfanter , qu'elle ne pouvoit
se lasser de s'en faire raconter l'Histoire ansienne
et moderne ; mais comme ceux d'entre
nous qui eurent l'honneur d'entretenir cette
pieuse Princesse , n'étoient pas alors entierement
instruits de certaines choses qui concernent cette.
Eglise , nous avons d'abord jugé à propos d'en
faire prendre les dimensions avec la derniere
exactitude , et c'est au nom de la Compagnie
que je vous prie aujourd'hui de les inserer dans
votre Journal , en attendant l'Histoire generale
de cette Eglise à laquelle on travaille , laquelle
nous nous ferons un plaisir de vous communiquer.
Ce Temple superbe , que nous osons comparer
aux plus celébres Eglises de l'Europe ,
dans oeuvre depuis les Portes Royales de la Nef
jusqu'à la grande Chapelle de * Ś. .Piat exclusi-
* La Chapelle de S. Piat est tout - à -fait hors de
l'Edifice , située au chevet de l'Eglise , sans alterer
la beauté du Rond-point , qui s'éleve beaucoup
au- dessus. On monte par un escalier de 20 degrez
à cette Chapelle , qui est à peu près de la granvement
,
JUILLET. 173. 1525
ainsi que
vement , soixante et dix toises de longueur , et
huit de largeur sans parler des Aîles et des
Chapelles. La longueur de la Nef est de trentesix
toises , et sa hauteur de dix - neuf toises ,
celle du Choeur et de la Croisée .
Le Choeur , loin de 20 toises , et large de
huit , comme la Nef , passe pour un . Chefd'oeuvre
d'Architecture. Le Pourtour de ce
majestueux Edifice , et les sept grandes fenêtres
ceintrées , qui en forment le Rond- point , font
l'étonnement des Architectes et des Sculpteurs
les plus entendus.
>
Les Voûtes des doubles Aîles du Choeur , et
celles des bas côtez de la Croisée , et de la Nef
sont hautes de dix toises , depuis le pavé jusqu'à
l'extrémité de leurs clefs. La Croisée a trentedeux
toises et demie de long sur sept toises de
large sans y comprendre les Aîles ou bas
côtez .
>
Les Clochers de cette Eglise que l'on découvre
du Bourg de Palaiseau à quatre lieuës de
Paris , ont soixante et trois toises d'élevation
jusqu'aux Globes , qui portent des Croix , surmontées
, l'une d'un grand Soleil de Bronze doré
, et l'autre d'une Lune de Bronze argenté.
Les six grosses Tours dont l'Eglise est environnée
, et qu'on regarde avec raison comme
l'un des plus beaux Ouvrages Gothiques qu'il y
ait en France , sont hautes de trente toises : elles
sont bâties dans le goût de celles de Notre-
Dame de Paris , et attendent des Aiguilles ou des
deur de la Sainte-Chapelle de Paris. Enfin , la
Chapelle de S. Piat , élevée sur des voutes , fournit
au-dessous une vaste Sale où le Chapitre
tient ses Assemblées.
Рука-
1626 MERCURE DE FRANCE
Pyramides pareilles à celles des Clochers.
L'Eglise souterraine de Chartres , respectable
par cette haute antiquité , que personne n'igno-
. re a cent quarante - cinq toises de circuit , sous
de très- fortes voûtes. Elle est ornée , comme
les Catacombes de Rome et de Naples , d'un
grand nombre de Chapelles obscures , qui
sont enrichies des dons de nos Rois ; Reines
& c.
•
L'Eglise de Chartres est desservie par soixante)
et dix- huit Chanoines , y compris l'Abbé de
Cluny , et celui de S. Jean de Chartres , qui en
qualité de Chanoines , sont obligez de commertre
quelqu'un du Chapitre pour officier en leur
place et ce nombre de Chanoines est sans
compter les dix -sept Dignitez , les Chapelains ,
les Marguilliers - Prêtres , les Musiciens et les Enfans
de Choeur , ce qui fait un Clergé des plus
nombreux du Royaume.
:
Aux jours solemnels , les Chanoines portent
une Robbe de couleur de Pourpre , et on peut
dire qu'il n'est guères d'Eglises , où l'Office divin
se fasse avec tant de majesté. Entre les cerémonies
singulieres qui y sont en usage , celle - ci
est la plus marquée. A toutes les grandes Messes
du jour , le Celébrant , dans la plus humble
posture , et le Clergé entier à genoux , interrompent
le saint Sacrifice , pour demander à
Dieu , en chantant l'Exaudiat en Musique , la
conservation de la Personne sacrée du Roi , et
de toute la Famille Royale , ce qui ne se pratique
en aucune autre Eglise du Royaume que
nous sçachions.
A Chartres , le 10 Juin 1733.
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Résumé : LETTRE de M. Duhan de Mezieres, Chanoine de la Cathédrale de Chartres, contenant la Description de cette Eglise, &c.
La lettre de M. Duhan de Mezieres, chanoine de la Cathédrale de Chartres, met en lumière la beauté et la grandeur de cette église, traditionnellement dédiée par les Druïdes à la Vierge qui devait enfanter. Lors de son voyage, la Reine fut impressionnée par ce temple et demanda des récits sur son histoire. Pour répondre à cette demande, les dimensions de l'église furent mesurées avec précision. La cathédrale de Chartres est comparée aux plus célèbres églises d'Europe. Elle mesure 1525 toises de longueur. La nef mesure 36 toises de longueur et 19 toises de hauteur. Le chœur, long de 20 toises et large de 8, est considéré comme un chef-d'œuvre d'architecture. Les voûtes des doubles ailes du chœur et celles des bas-côtés de la croisée et de la nef atteignent 10 toises de hauteur. La croisée mesure 32 toises et demie de long sur 7 toises de large. Les clochers, visibles depuis le bourg de Palaiseau, atteignent 63 toises d'élévation. L'église est entourée de six tours gothiques hautes de 30 toises. La chapelle de Saint-Piat, située au chevet de l'église, mesure 70 toises de longueur et 8 de largeur. L'église souterraine, ornée de nombreuses chapelles, a un circuit de 145 toises. La cathédrale est desservie par 68 chanoines, en plus des dignités, chapelains, marguilliers-prêtres, musiciens et enfants de chœur. Lors des jours solennels, les chanoines portent des robes pourpres et interrompent le saint sacrifice pour prier pour la conservation du Roi et de la famille royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4707
p. 564-566
L'Opera de Jephté, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 26. Février, second Jeudi de Carême, l'Académie Royale de Musique [...]
Mots clefs :
Jephté, Duo, Maure, Vastes cieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera de Jephté, &c. [titre d'après la table]
Le 26. Février , second Jeudi de Carême
, l'A adémie Royale de Musique
remit au Théatre Jephté , Tragédie , dont
le sujet est tiré de l'Ecriture Sainte ; cette
Piece a fait autant de plaisir qu'elle en
avoit fait dans sa nouveauté , et fair présumer
qu'on la reverra avec satisfaction
tous les Carêmes. On y a fait quelques
changemens que les Connoisseurs ont
approuvez ; les voici.
Dans la quatriéme Scene du second
Acte , Iphise avouoit à Almasie , sa Mere,
l'amour qu'elle avoit pour Ammon ; comme
elle faisoit un pareil aveu à Jephté
son Pere , au dernier Acte , on a jugé
à propos de supprimer celui du second
Acte ; on se contente de lui faire avoüer
qu'elle est coupable , sans lui faire specifier
MARS. 17331
56 F
cifier son crime ; c'est ce qu'elle fait par
ce Vers.
Quand le Ciel est armé , peut - on être sans
crime ?
On finit cette Scene par ce Duo :
Maître des vastes Cieux , Dieu vivant , Dieu jaloux
,
Sur de foibles roseaux , pourquoi déployezvous
,
Tout l'éclat de votre puissance ?
Cet amas de sable mouvant ,
Que dissipe un souffle de vent ,
Est digne de pitié plutôt que de
Maître des vastes Cieux , &c.
vengeance..
Ce Duo , chanté par les Diles Antier
et le Maure , a été generalement applaudi.
On a supprimé la Fête par où la Piece
finissoit , et qu'on n'avoit ajoûtée que
par condescendance au désir des Amateurs
outrez de la danse ; on a subtitué à
cette Fête des Actions de gracès comprises
dans ces quatre Vers :
Du plus beau de nos jours , consacrons la me
moire ;
Tendres voeux , doux transpors
, sans cesse renaissants
,
De
366 MERCURE DE FRANCE
De nos coeurs enflammez , volez comme Pen
cens ,
Jusqu'au Trône du Roy de gloire.
On a mis ces Vers en Trio , et ce Trio
est chanté par les trois plus belles voix
de l'Opera ; le Trio repeté par le Choeur
finit la Piece. Il n'y a point de changement
dans les principaux Acteurs de
la Tragédie ; il n'en est pas de même
dans le Prologue , et l'absence de la
Dlle Eremans en auroit diminué le prix ,
si toute autre que la Dlle Antier eût
été substituée à sa place. Le sieur Chassé ,
après une indisposition de quelques jours,
n'a parû qu'avec plus d'éclat , et tout
le monde convient que la Dlle le Maure
n'a jamais si bien chanté , ni si bien joüé
que dans cette reprise de Jephté .
, l'A adémie Royale de Musique
remit au Théatre Jephté , Tragédie , dont
le sujet est tiré de l'Ecriture Sainte ; cette
Piece a fait autant de plaisir qu'elle en
avoit fait dans sa nouveauté , et fair présumer
qu'on la reverra avec satisfaction
tous les Carêmes. On y a fait quelques
changemens que les Connoisseurs ont
approuvez ; les voici.
Dans la quatriéme Scene du second
Acte , Iphise avouoit à Almasie , sa Mere,
l'amour qu'elle avoit pour Ammon ; comme
elle faisoit un pareil aveu à Jephté
son Pere , au dernier Acte , on a jugé
à propos de supprimer celui du second
Acte ; on se contente de lui faire avoüer
qu'elle est coupable , sans lui faire specifier
MARS. 17331
56 F
cifier son crime ; c'est ce qu'elle fait par
ce Vers.
Quand le Ciel est armé , peut - on être sans
crime ?
On finit cette Scene par ce Duo :
Maître des vastes Cieux , Dieu vivant , Dieu jaloux
,
Sur de foibles roseaux , pourquoi déployezvous
,
Tout l'éclat de votre puissance ?
Cet amas de sable mouvant ,
Que dissipe un souffle de vent ,
Est digne de pitié plutôt que de
Maître des vastes Cieux , &c.
vengeance..
Ce Duo , chanté par les Diles Antier
et le Maure , a été generalement applaudi.
On a supprimé la Fête par où la Piece
finissoit , et qu'on n'avoit ajoûtée que
par condescendance au désir des Amateurs
outrez de la danse ; on a subtitué à
cette Fête des Actions de gracès comprises
dans ces quatre Vers :
Du plus beau de nos jours , consacrons la me
moire ;
Tendres voeux , doux transpors
, sans cesse renaissants
,
De
366 MERCURE DE FRANCE
De nos coeurs enflammez , volez comme Pen
cens ,
Jusqu'au Trône du Roy de gloire.
On a mis ces Vers en Trio , et ce Trio
est chanté par les trois plus belles voix
de l'Opera ; le Trio repeté par le Choeur
finit la Piece. Il n'y a point de changement
dans les principaux Acteurs de
la Tragédie ; il n'en est pas de même
dans le Prologue , et l'absence de la
Dlle Eremans en auroit diminué le prix ,
si toute autre que la Dlle Antier eût
été substituée à sa place. Le sieur Chassé ,
après une indisposition de quelques jours,
n'a parû qu'avec plus d'éclat , et tout
le monde convient que la Dlle le Maure
n'a jamais si bien chanté , ni si bien joüé
que dans cette reprise de Jephté .
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Résumé : L'Opera de Jephté, &c. [titre d'après la table]
Le 26 février 1733, l'Académie Royale de Musique a présenté la tragédie 'Jephté' au Théâtre, inspirée de l'Écriture Sainte. La pièce a connu un grand succès, comparable à celui de sa première représentation, et est prévue pour revenir chaque Carême. Plusieurs modifications ont été apportées et validées par les experts. Dans la quatrième scène du second acte, Iphise ne révèle plus son amour pour Ammon à sa mère Almasie, mais avoue seulement sa culpabilité sans préciser son crime. Cette scène se conclut par un duo chanté par les Demoiselles Antier et Maure, très applaudi. La fête finale a été supprimée et remplacée par un trio chanté par les trois meilleures voix de l'opéra, suivi par le chœur. Les principaux acteurs sont restés les mêmes, mais le prologue a été modifié, notamment par le remplacement de la Demoiselle Eremans par la Demoiselle Antier. Le sieur Chassé, après une indisposition, a repris brillamment, et la Demoiselle Maure a particulièrement bien chanté et joué lors de cette reprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4708
p. 2634-2636
MADRIGAL.
Début :
Enfin je l'ai vu sur la Scene, [...]
Mots clefs :
Cupidon, Comédiens-Français, Amours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL
Nfin je l'ai vu sur la Scène,
Ce petit Dieu tant renommê ,
Cupidon...Ah ! qu'il m'a charmé §
Pourroit-on refuser sa chaîne ǝ
Non ; et qui ne me croira pas ,
Qu'il aille éprouver ses appas.
Mais pour vous ,quel sujet d'allarmes ;
Beautez , dont il vantoit les charmes !
Il ne vous sert plus aujourd'hui ,
Et le fripon garde pour lui
Tous les coeurs que blessent ses armacy.
NOVEMBRE 1731. 2635.
3
AUTRE
•
Jeune Dangeville , à quoi bon ;
Prendre l'habit de Cupidon ?
Déja vous regnez dans Cythere ,
Ses Autels vous sont reservez ;
-Nous le sçavons , vous le sçavez ;
Les amours ont trahi leur Mere ,
Pour vous seule qui les bravez
De leur parure ils ont affaire
Sans besoin vous vous en servez.
N'empruntez jamais rien pour plaire ;
Car en fait d'appas vous avez ,
Bien au delà du necessaire.
AUTRE.
Sous l'habit et le nom de son charmant Epour,
Psiché vit Dangeville et sentit dans son ame ,
Les transports. les plus vifs , les désirs les plus
doux ,
Qu'éut jamais fait naître sa flame ;
Aussi tôt son coeur attendri ,
xpliqua librement sa surprise amoureuse ;
Heureusement pour le mari ,
L'erreur n'étoit pas dangereuse.
AUTRE.
Sous les atours de Cupidon ,
enus rencontrant Dangeville ,
La prit pour ce malin Garçon ,
Gvj La
26 36 MERCURE DE FRANCE
La méprise est assez facile.
Ah ! dit la Reine des Amours ,
Mon fils embellit tous les jours.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre la Tragédie d'Ariane , de T. Corneille
, que le public voit avec grand plaisir.
La De Duclos est en possession depuis
long- temps d'y jouer le principal Rôle
dans la plus grande perfection.
Le 23. de ce mois , les mêmes Comédiens
donnerent la premiere Représentation
du Chevalier Bayard , Comédie Heroïque
de M. Autreau ; elle est bien écrite
et bien versifiée . On y trouve plusieurs
beaux caracteres , bien soutenus et beaucoup
d'interêt. Nous en parlerons plus
au long,
Nfin je l'ai vu sur la Scène,
Ce petit Dieu tant renommê ,
Cupidon...Ah ! qu'il m'a charmé §
Pourroit-on refuser sa chaîne ǝ
Non ; et qui ne me croira pas ,
Qu'il aille éprouver ses appas.
Mais pour vous ,quel sujet d'allarmes ;
Beautez , dont il vantoit les charmes !
Il ne vous sert plus aujourd'hui ,
Et le fripon garde pour lui
Tous les coeurs que blessent ses armacy.
NOVEMBRE 1731. 2635.
3
AUTRE
•
Jeune Dangeville , à quoi bon ;
Prendre l'habit de Cupidon ?
Déja vous regnez dans Cythere ,
Ses Autels vous sont reservez ;
-Nous le sçavons , vous le sçavez ;
Les amours ont trahi leur Mere ,
Pour vous seule qui les bravez
De leur parure ils ont affaire
Sans besoin vous vous en servez.
N'empruntez jamais rien pour plaire ;
Car en fait d'appas vous avez ,
Bien au delà du necessaire.
AUTRE.
Sous l'habit et le nom de son charmant Epour,
Psiché vit Dangeville et sentit dans son ame ,
Les transports. les plus vifs , les désirs les plus
doux ,
Qu'éut jamais fait naître sa flame ;
Aussi tôt son coeur attendri ,
xpliqua librement sa surprise amoureuse ;
Heureusement pour le mari ,
L'erreur n'étoit pas dangereuse.
AUTRE.
Sous les atours de Cupidon ,
enus rencontrant Dangeville ,
La prit pour ce malin Garçon ,
Gvj La
26 36 MERCURE DE FRANCE
La méprise est assez facile.
Ah ! dit la Reine des Amours ,
Mon fils embellit tous les jours.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre la Tragédie d'Ariane , de T. Corneille
, que le public voit avec grand plaisir.
La De Duclos est en possession depuis
long- temps d'y jouer le principal Rôle
dans la plus grande perfection.
Le 23. de ce mois , les mêmes Comédiens
donnerent la premiere Représentation
du Chevalier Bayard , Comédie Heroïque
de M. Autreau ; elle est bien écrite
et bien versifiée . On y trouve plusieurs
beaux caracteres , bien soutenus et beaucoup
d'interêt. Nous en parlerons plus
au long,
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Résumé : MADRIGAL.
Le Mercure de France de novembre 1731 présente divers extraits de madrigaux et de nouvelles théâtrales. Un madrigal décrit le pouvoir envoûtant de Cupidon, capable de charmer et captiver les cœurs. Un autre madrigal célèbre la beauté et le charme naturel de la jeune Dangeville, qui n'a pas besoin d'artifices pour plaire. Un extrait relate une méprise où Psiché, déguisée en Cupidon, rencontre Dangeville et ressent des émotions intenses. Le texte mentionne également des représentations théâtrales, notamment la tragédie 'Ariane' de Pierre Corneille, interprétée par la Duclos, et la comédie héroïque 'Le Chevalier Bayard' de M. Autreau, appréciée pour son écriture et ses personnages bien définis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4709
p. 158-161
SONNET.
Début :
Vous voyez par là, Madame, que le Roy s'attache toûjours avec / Le Ciel souscrit aux Loix du plus grand des Monarques, [...]
Mots clefs :
Roi, Religion, Béarn, Calvinistes, Abjurations, Gloire, Hérésie, Lois, Empire, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Vous voyez par là , Madame
, que le Roy s'attache
toûjours avec un extréme
foin , à ce qui regarde la Religion.
Elle caufe quelques
diférens dans le Bearn , &
auffi- toft ce zelé Monarque
"
GALANT. 159
donne fes ordres pour les terminer.
Si les Calviniftes ne
trouvent pas que fes Or
donnances leur foient favorables,
il ne fait rien contre la
foy des Traitez. Il veut feulement
les voir rentrer en
eux- mefmes , & les obliger,
s'il peut, à connoiftre leurs erreurs
. Le grand nombre
d'Abjurations dont on entend
tous les jours parler ,
fait affez voir que Dieu benit
fes deffeins. Il luy refervoit
la gloire de détruire
l'Herefie ; & c'est là- deffus
qu'a efté fait le Sonnet qui
160 MERCURE
fuit. Le Tonnerre tombé à
Chauny fur la Maiſon d'un
Miniftre, en a fourny la penfée.
L
SONNET.
E Cielfoufcritaux Loix duplus
grand des Monarques,
Et s'accorde avec luy pour détruire
Calvin;
Le confeil en eftpris , c'est un Arreft
divin,
Dont le Foudre à nos yeux vient de
donner des marques .
Sa
Tout meurt, tout eftfujet à l'Empire
des Parques;
Herétique, il est temps, tu vas trouver
tafin;
Mais n'en murmure pas, cette fatale
Main
GALANT. 161
Renverfe également les Trônes &
les Barques
.
Sa
LOVIS a commencé de te jetter à
bas ;
Le Ciel, pour t'achever, favoriſeſon
Bras,
Ce Bras victorieuxfur la terre &
fur l'onde.
Se
Dy-moy, qu'attendois tu que des coups
inoüis,
Quand mon Prince entreprend ce que
le Cielfeconde,
le Cicl combat fecondé de
Ou
que
LOVIS
?
L'Hermite de Sinceny
fur Chauny.
, que le Roy s'attache
toûjours avec un extréme
foin , à ce qui regarde la Religion.
Elle caufe quelques
diférens dans le Bearn , &
auffi- toft ce zelé Monarque
"
GALANT. 159
donne fes ordres pour les terminer.
Si les Calviniftes ne
trouvent pas que fes Or
donnances leur foient favorables,
il ne fait rien contre la
foy des Traitez. Il veut feulement
les voir rentrer en
eux- mefmes , & les obliger,
s'il peut, à connoiftre leurs erreurs
. Le grand nombre
d'Abjurations dont on entend
tous les jours parler ,
fait affez voir que Dieu benit
fes deffeins. Il luy refervoit
la gloire de détruire
l'Herefie ; & c'est là- deffus
qu'a efté fait le Sonnet qui
160 MERCURE
fuit. Le Tonnerre tombé à
Chauny fur la Maiſon d'un
Miniftre, en a fourny la penfée.
L
SONNET.
E Cielfoufcritaux Loix duplus
grand des Monarques,
Et s'accorde avec luy pour détruire
Calvin;
Le confeil en eftpris , c'est un Arreft
divin,
Dont le Foudre à nos yeux vient de
donner des marques .
Sa
Tout meurt, tout eftfujet à l'Empire
des Parques;
Herétique, il est temps, tu vas trouver
tafin;
Mais n'en murmure pas, cette fatale
Main
GALANT. 161
Renverfe également les Trônes &
les Barques
.
Sa
LOVIS a commencé de te jetter à
bas ;
Le Ciel, pour t'achever, favoriſeſon
Bras,
Ce Bras victorieuxfur la terre &
fur l'onde.
Se
Dy-moy, qu'attendois tu que des coups
inoüis,
Quand mon Prince entreprend ce que
le Cielfeconde,
le Cicl combat fecondé de
Ou
que
LOVIS
?
L'Hermite de Sinceny
fur Chauny.
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Résumé : SONNET.
Le texte décrit l'engagement du roi pour la religion et ses efforts pour résoudre les différends religieux dans le Béarn. Le roi, qualifié de zélé mais galant, promulgue des ordonnances pour régler ces conflits tout en respectant les traités en vigueur. Il espère que les calvinistes reconnaîtront leurs erreurs, et les nombreuses abjurations sont perçues comme un signe du soutien divin à ses actions. Un sonnet célèbre, inspiré par la chute de la foudre sur la maison d'un ministre à Chauny, célèbre la destruction de l'hérésie et la victoire du roi Louis. Ce sonnet compare la puissance divine et royale, soulignant que le roi agit avec le soutien du ciel pour vaincre l'hérésie.
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4710
p. 156-159
Autres Morts, [titre d'après la table]
Début :
Mr Bordel, Seigneur de Viantais, Meherry, le Heaume, la Brereche, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Avocat au parlement, Décès, Capitaine aux gardes françaises, Noblesse, Prévôt des marchands, Dame, Conseiller, Commissaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Morts, [titre d'après la table]
M' Bordel , Seigneur de
Viantais , Meherry , le HeauGALANT.
157
me, la Breteche , eft mort fur
la fin du dernier mois. C'étoit
un des plus anciens Avocats
du Parlement , mais plus attaché
à la Cour des Aydes
qu'ailleurs. Il travailloit pour
la plufpart des Gens d'affaires
, & avoit une parfaite intelligence
dans tout ce qui
les regardoit.
Ces morts ont efté fuivies
de celle de plufieurs autres
Perfonnes dont voicy les
noms. Meffire Jean de Séve,
Seigneur de Gomerville , cydevant
Capitaine aux Gardes
Françoiſes , mort le dixiéme
158 MERCURE
de ce mois. Il étoit d'une
bonne Nobleffe deLyonnois,
Fils de M' de Séve , quia efté
Prevoft des Marchands , &
eft mort Conſeiller d'Etat , &
Frere de M' l'Evefque d'Ar
ras .
Meffire Charles Petit, Com .
te de la Selle , Bailly & Gouverneur
des Ville & Château
de Montargis , mort le
ziéme de ce mois .
quin-
Meffire Hilaire Marcez,
Maistre des Comptes , mort
le feiziéme de ce mois.
Dame Anne Hinfelin , morte
le dix. huit . Elle étoit veuve
GALANT. 159.
de Meffire Charles Hoüel ,
Gouverneur & Lieutenant
General pour le Roy , des
Ifles de la Gardeloupe en
l'Ameriqué , Marquis & Seigneur
proprietaire des mel
mes Ifles , de Varenne , Petit-
Pré , & autres lieux .
On m'apprend auffi la
mort de Meffire Hierôme
Palluau , Confeiller au Parle
ment , & Commiffaire aux
Requeſtes du Palais .
Viantais , Meherry , le HeauGALANT.
157
me, la Breteche , eft mort fur
la fin du dernier mois. C'étoit
un des plus anciens Avocats
du Parlement , mais plus attaché
à la Cour des Aydes
qu'ailleurs. Il travailloit pour
la plufpart des Gens d'affaires
, & avoit une parfaite intelligence
dans tout ce qui
les regardoit.
Ces morts ont efté fuivies
de celle de plufieurs autres
Perfonnes dont voicy les
noms. Meffire Jean de Séve,
Seigneur de Gomerville , cydevant
Capitaine aux Gardes
Françoiſes , mort le dixiéme
158 MERCURE
de ce mois. Il étoit d'une
bonne Nobleffe deLyonnois,
Fils de M' de Séve , quia efté
Prevoft des Marchands , &
eft mort Conſeiller d'Etat , &
Frere de M' l'Evefque d'Ar
ras .
Meffire Charles Petit, Com .
te de la Selle , Bailly & Gouverneur
des Ville & Château
de Montargis , mort le
ziéme de ce mois .
quin-
Meffire Hilaire Marcez,
Maistre des Comptes , mort
le feiziéme de ce mois.
Dame Anne Hinfelin , morte
le dix. huit . Elle étoit veuve
GALANT. 159.
de Meffire Charles Hoüel ,
Gouverneur & Lieutenant
General pour le Roy , des
Ifles de la Gardeloupe en
l'Ameriqué , Marquis & Seigneur
proprietaire des mel
mes Ifles , de Varenne , Petit-
Pré , & autres lieux .
On m'apprend auffi la
mort de Meffire Hierôme
Palluau , Confeiller au Parle
ment , & Commiffaire aux
Requeſtes du Palais .
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Résumé : Autres Morts, [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décès récents. Maître Bordel, Seigneur de Viantais, avocat du Parlement spécialisé dans les affaires des gens d'affaires, est décédé à la fin du mois précédent. Me Jean de Sève, Seigneur de Gomerville et ancien capitaine des Gardes Françaises, est mort le dixième du mois. Il appartenait à une noble famille du Lyonnais et était fils de Monsieur de Sève, ancien prévôt des Marchands et conseiller d'État, ainsi que frère de l'évêque d'Arras. Monsieur Charles Petit, Comte de la Selle, Bailly et Gouverneur de Montargis, est également décédé le même jour. Monsieur Hilaire Marcez, Maître des Comptes, est mort le seizième du mois. Dame Anne Hinfelin, veuve de Monsieur Charles Houël, Gouverneur des îles de la Guadeloupe, Marquis et Seigneur de Varenne et Petit-Pré, est décédée le dix-huit. Enfin, Monsieur Jérôme Palluau, Conseiller au Parlement et Commissaire aux Requestes du Palais, est également mentionné comme étant décédé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4711
p. 119-123
« Marc-Antoine Front de Beaupoil de Saint Aulaire, Comte de [...] »
Début :
Marc-Antoine Front de Beaupoil de Saint Aulaire, Comte de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Marc-Antoine Front de Beaupoil de Saint Aulaire, Comte de [...] »
Marc-Antoine Front de
Beaupoil de Saint Aulaire,
Comte de Lanmarie,
Grand-Echanson de France
,
fils defeu Louis de
Beaupoil de Saint Aulaire,
Grand-Echanson de France,
& Lieutenant des Gendarmes
de La Reine, mort
à Cazal-majorle22. Juillet
1701. servant fous Mr
de Vendosme en Italie,
epousale 12. Mars 1711.
Neret, fille de seuJean-
Pierre Neret de la Ravoire,
Seigneur de Beaurepaire
,
&c. Grand-Audiancier de
France, & Tresorierneral
de la Marine. Louis
de Beaupoilavoitépousé
Jeanne-Marie Perrault,
Dame de Milly en Gastinois
, &c. Feu Monsieur
de la Ravoire avoit épouser
se Anne de Valieres.
» François Foucault, Marquis
de S. Germain Beaupré
, Gouverneur de la
Hauce & Basse Marche,
épousale 11. Mars 1711.
Anne-Bonne Doublet de
Persan,fille de Nicolas
Poublet,Seigneur de Persan,
Conseiller au Parlement,
& de Bonne-Ursüle
Garnier de Salins. Mrle
Marquis de Saint Germain
Beaupré
, pere de l'Epoux,
avoit le Gouvernement de
la Marche.Le Roy l'a donné
au fils, & a donné la
survivance au pere. ':
Gilles-Marie Maupeou
d'Abiege,Maigre des Rcqueues,
fils de Gilles Mauprou,
Seigneur d'Abtege,
Maistredes Requestes Honoraire
,&. de
Guillemainde Courchamps,
aépousé
fille d'André Jubert,
Seigneur de Bouviles,Conseillier
d'Eltat ordinaire,&
de la foeur de Mr Desmarets,
Controlleur General
des Fin-ances.
GillesHuet,d'une ancienne
Famille de la Ville
de Bric, a épousé se-j. de
Février,Anne-Magdelaine
Richelet
9
fille unique de
feu Pierre CesarRichclet,
Avocat en Parlement, si
connu parmy les Sçavants
par un grand nombre
d'Ouvrages qu'il a donnez
au Public.
REM
Beaupoil de Saint Aulaire,
Comte de Lanmarie,
Grand-Echanson de France
,
fils defeu Louis de
Beaupoil de Saint Aulaire,
Grand-Echanson de France,
& Lieutenant des Gendarmes
de La Reine, mort
à Cazal-majorle22. Juillet
1701. servant fous Mr
de Vendosme en Italie,
epousale 12. Mars 1711.
Neret, fille de seuJean-
Pierre Neret de la Ravoire,
Seigneur de Beaurepaire
,
&c. Grand-Audiancier de
France, & Tresorierneral
de la Marine. Louis
de Beaupoilavoitépousé
Jeanne-Marie Perrault,
Dame de Milly en Gastinois
, &c. Feu Monsieur
de la Ravoire avoit épouser
se Anne de Valieres.
» François Foucault, Marquis
de S. Germain Beaupré
, Gouverneur de la
Hauce & Basse Marche,
épousale 11. Mars 1711.
Anne-Bonne Doublet de
Persan,fille de Nicolas
Poublet,Seigneur de Persan,
Conseiller au Parlement,
& de Bonne-Ursüle
Garnier de Salins. Mrle
Marquis de Saint Germain
Beaupré
, pere de l'Epoux,
avoit le Gouvernement de
la Marche.Le Roy l'a donné
au fils, & a donné la
survivance au pere. ':
Gilles-Marie Maupeou
d'Abiege,Maigre des Rcqueues,
fils de Gilles Mauprou,
Seigneur d'Abtege,
Maistredes Requestes Honoraire
,&. de
Guillemainde Courchamps,
aépousé
fille d'André Jubert,
Seigneur de Bouviles,Conseillier
d'Eltat ordinaire,&
de la foeur de Mr Desmarets,
Controlleur General
des Fin-ances.
GillesHuet,d'une ancienne
Famille de la Ville
de Bric, a épousé se-j. de
Février,Anne-Magdelaine
Richelet
9
fille unique de
feu Pierre CesarRichclet,
Avocat en Parlement, si
connu parmy les Sçavants
par un grand nombre
d'Ouvrages qu'il a donnez
au Public.
REM
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Résumé : « Marc-Antoine Front de Beaupoil de Saint Aulaire, Comte de [...] »
Marc-Antoine Front de Beaupoil de Saint Aulaire, Comte de Lanmarie et Grand-Échanson de France, fils de Louis de Beaupoil de Saint Aulaire, décéda à Cazal-major le 22 juillet 1701. Il servit sous Monsieur de Vendôme en Italie et épousa Neret, fille de Jean-Pierre Neret de la Ravoire, Seigneur de Beaurepaire, Grand-Auditeur de France et Trésorier général de la Marine, le 12 mars 1711. Louis de Beaupoil épousa Jeanne-Marie Perrault, Dame de Milly en Gâtinois. Monsieur de la Ravoire avait épousé Anne de Valières. François Foucault, Marquis de Saint-Germain Beaupré, Gouverneur de la Haute et Basse Marche, épousa Anne-Bonne Doublet de Persan, fille de Nicolas Poublet, Seigneur de Persan, Conseiller au Parlement, et de Bonne-Ursule Garnier de Salins, le 11 mars 1711. Le père du marié, le Marquis de Saint-Germain Beaupré, détenait le Gouvernement de la Marche, titre que le Roi transmit au fils et accorda la survivance au père. Gilles-Marie Maupeou d'Abège, Maître des Requêtes, fils de Gilles Maupeou, Seigneur d'Abège, Maître des Requêtes Honoraire, et de Guillemette de Courchamps, épousa la fille d'André Jubert, Seigneur de Bouviles, Conseiller d'État ordinaire, et de la sœur de Monsieur Desmarets, Contrôleur Général des Finances. Gilles Huet, issu d'une ancienne famille de la ville de Bric, épousa Anne-Magdelaine Richelet, fille unique de Pierre César Richelet, Avocat au Parlement, connu pour ses nombreuses œuvres publiées.
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4712
p. 586-591
DANNEMARC.
Début :
Le Roi a envoyé ordre à son Ministre à la Haye de suspendre toutes négociations avec [...]
Mots clefs :
Dauphin, Ambassadeur, Illuminations, Devises, Soleil, Fête, Comte de Plélo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANNEMARC.
DANNEM AR C.
LERoia envoyé ordre à fon Miniftre à fà
Haye de fufpendre toutes négociations avec
les Députés des Etats Generaux , au fujet du commerce
que fes Sujets font de fon aveu dans les Indes
Orientales , & de déclarer à L. H. P. qu'elles
n'avoient droit par aucun Traité de reclamer
contre ce commerce , que tous les Sujets des
Puiffances de l'Europe peuvent faire felon le droit
des gens , s'il n'y a des ftipulations particulieres
qui les en excluent .
Les Fêtes publiques que le Comte de Plelo ,
Ambaffadeur Extraordinaire de France , a donné
à Copenhague pour la Naiffance du DAUPHIN ,
ont duré quatre jours. L'ouverture s'en fit le 12 .
Février , par un Difcours de l'Abbé Goffet , fon
Aumônier, fur cet heureux Evenement, lequel fut
fort
MARS. 1730. 587.
>
fort applaudi; on chanta enfuite une Meffe Solemnelle
& le Te Deum , au bruit des Trompettes
des Timballes & d'une nombreuſe Simphonie ;
$. Exc. donna ce premier jour un magnifique·
Repas à toutes les perfonnes de diftinction , qui
avoient affifté à cette Ceremonie,
+
:
Le 13. plus de 200. perfonnes invitées à fouper
, fe rendirent à fon Hôtel fur les 7. heures
du foir. Il y eut Jeu jufqu'à 9. heures , enfuite
on fe mit à table après avoir tiré les places au
fort , pour éviter toute diftinction fur les rangs
& fur la difference des Tables. Il y en avoit une
de 90. Couverts , deux de 40. & trois autres
moindres , toutes fervies avec la même abondance
, la même délicateffe & la même attention.
Les principales Familles Françoifes , tant Catholiques
que Réformez , furent invitées à une Table
que tenoit l'Abbé Goffet , qui étoit de so.
Couverts , laquelle fut fervie en même-temps
que celle des Seigneurs qui étoient de cette magnifique
Fête les Santez des Souverains , cellede
Monfeigneur le Dauphin & des Familles Roya
les de France & de Dannemarc , furent celebrées
de bout , au bruit des Trompettes , des Timbales
& d'une Simphonie qui ne ceffa point pendant
tout le fouper, Le Fruit de toutes les Tables étoit
de la façon de M. Siegel , Officier de S. M. Dan.
Il fit par fa beautê le fujet & l'admiration de
toute l'Affemblée. On y voyoit differentes figures
ayant rapport au fujet de la Fête. Dans quelques
unes , le Portrait du Roi & de la Reine de France
au naturel ; en d'autres , Monfeigneur le Dauphin
dans le berceau , avec pufieurs Deviſes affortiffantes
à fon heureuſe Naiffance ; une des
principales Pieces repréſentoit les douze anciens
Gouvernemens de France , avec les Armes de
chaque Province. Après le Soupé , dont tout le
monne
88 MERCURE DE FRANCE.
monde parut fort content , M. l'Ambaffadeur
Quvrit le Bal avec Madame la Grande-Chanceliere
, & on continua à danſer juſqu'à 5. heures
& demie du matin , que tout le monde ſe retira.
Le 14. S. Ex. fit diftribuer des aumônes confiderables
, tant en vivres qu'en argent , à près de
200. Pauvres . On donna à chacun trois livres de
pain , deux livres de viande & 30. fols en argent.
Cette diftribution ſe fit fans avoir égard à la difference
de Religion.
Le 15. fur les fept heures du foir , l'Hôtel de
S. Ex. fut illuminé , tant en dehors qu'en dedans,
cette Illumination qui étoit d'un goût parfait &
admirable , dura toute la nuit. Elle repréfentoit à
l'entrée un fuperbe Palais , dont l'Architecture ,
les Ornemens & les Devifes toutes fpirituelles &
fort ingenieufes , faifoient allufion à la Naiffance.
de M. le Dauphin. A 7. heures & demie, M.l'Ambaffadeur
& Madame l'Ambaffadrice , fortirent
en Caroffe avec plufieurs perfonnes de qualité ,
pour voir l'Illumination. Lorfque L. Ex . furent
rentrées , M. l'Ambaffadeur ouvrit le Bal , qui
dura jufqu'à 9. heures.. On fervit alors le fouper
fur quatre Tables , où toutes les Dames fe placerent.
& où elles furent fervies par les Cavaliers.
Le même foir , M. de la Porte , Medecin François
, à la fuite de M. l'Ambaffadeur , avoit une
Table dans fon Appartement , où plufieurs per
fonnes de fa Profeſſion furent invitées avec quelques
Familles Françoifes qui n'avoient pû profiter
le premier jour des politeffes & des bontez de¹
M. l'Ambaffadeur à leur égard. Après le Repas
on ouvrit la porte aux Mafques : il en entra près
de 700. qui remplirent trois grandes Pieces , où ils
danferent. Il y eut toute la nuit un Buffet plein
de Rafraîchiffemens pour eux , & dans une autre
Chambre une Table toujours fervie avec toutes
Lortes
MARS. 1730. 589
fortes de Liqueurs froides & chaudes pour les
perfonnes invitées.
Au refte l'Illumination qui a réuſſi à merveille,
& qui fut encore favorifée de la plus belle nuit
qu'on pût fouhaiter , n'étoit point dans le gout
de celles de France ; les grands vents qui regnent
ici prefque continuellement , fur tout dans cette
faifon , ne permettoient pas qu'on mît les Lampions
à découvert ; c'étoit donc un grand Edifice
de Charpente , formée en Avant- Corps devant
l'Hôtel de l'Ambaffadeur , & couvrant la largeur
des cinq Croifees du milieu depuis le haut juſqu'en
bas; les intervalles des Pieces de Charpente, lefquelles
étoient très-vaftes,étoient recouverts , auffi-bien
que tout l'Edifice en general , de grands Tableaux .
de papier huilé , fur lefquels il y avoit differentes
Peintures. Les trois autres Croifées de chaque côté
étoient auffi pareillement ornées de Peinture
& l'Illumination étoit derriere , c'eſt - à- dire à
l'Avant-Corps , entre la Maifon & la Charpente
& aux Croifées , dans les embrafures interieures
des fenêtres ; le tout repréſentoit un Palais enchanté
avec beaucoup d'ornemens d'Architecture
& autres embelliffemens , parmi lefquels le Soleil
& les Dauphins dominoient fur tout. Le tour
étoit couronné en haut par un Soliel levant extrémement
brillant , avec cette Infcription ; Tote
furgit Lux aurea mundo.
Avant l'execution2, on craignoit pour le fuccès
de ce Spectacle , mais on fut agréablement furpris
de voir que rien n'étoit plus joli , ni plus
gracieux. L'Avant-Corps tout en feu & les oppoitions
fombres & de clartez ménagées dans le
refte du Bâtiment , faifoient une varieté char
mante. Outre cela ill yyavoit encore aux deux coins
de la Maifon , deux Pavillons , ou plutôt deux
Grottes illuminées , & dans chacune un Dau-
"
phin
590 MERCURE DE FRANCE:
phin , des nafeaux duquel jailliffoient des Fontaines
de vin de la hauteur de 14. pieds , ce qui fe
marioit fort agréablement avec le refte du Spectacle
; l'Illumination & les Fontaines continuerent
ainfi jufqu'au jour.
Les couches de la Comteffe de Plelo , la maladie
du Roi de Dannemarck , celle du Comte de Plelo,
la mort du jeune Prince Charles , fils de S. M. D.
ont été caufe que cette Fête a été donnée fi tard.
Devifes placées en differens endroits
de l'Illumination.
Le Soleil éclairant le Globe François : Ques
afpicit fovet.
Le Soleil en haut de l'Illumination : Toto furgit
Lux aurea mundo.
Le Soleil Levant. Acceſſu ſingula gaudenti
Le même. Non occultè crefcet .
Le même. Spes, largus , donare novas.
Le même. Spes totius orbis.
L'Etoile du matin . Diem prafignat ab ortu.
Les Etoiles , comme Lucifer , Venus , &c. qui
précedent le Lever du Soleil , & qui cedent aux
premiers Rayons de cet Aftre , par allufion à
Mefdames de France & à Monfeigneur le Dauphin.
Pracedunt at cadant.
Des Lys éclairez par le Soleil. Hinc vita , Colorque.
Le même Emblême. Hoc afpirante perennants
Le même Foventur ab alto.
Le même. Sole novo recreata nitent .
Des Lys fous le Soleil avec leurs rejettons. Alit
& auget.
Un Lys fous le Soleil avec un rejetton. Nec
Phabo gratior ullus.
Le même. Nullo fe tantum tellus jactavit
alumno.
Le
MARS.
173.00
Le même. Crefcit nova gloria terra..
590
Un Dauphin fur les Ondes. Non nifi gratus
adeft .
Cupidon fur le dos d'un Dauphin , tenant d'une
main fes Nageoires , & de l'autre un Lys en
forme de Sceptre. Sie Mare , fic Terras,
Un Dauphin avec l'Amour fur fon dos. Amor
eminet undis.
Le Dauphin , Conftellation celefte , au milieu
d'un Ciel ferain . Perpetuos nec parturit imbresa
Le même. Data lumina reddo.
Une Perle dans fa Coquille. Ex mora splen
didior.
Une mere Perle avec plufieurs Perles au dedans
Quantum è prole decus.
L'Alcyon faifant fon nid fur la Mer calme
Miratur natura filens.
Un Aigle portant fon Aiglon vers le Soleil
pour l'éprouver. Latatur genuiffe parem.
L'Arc-en- Ciel , figne de réconciliation. Diff
giant metus.
Une branche d'Olivier , dont il fort un rejet
ton. Nec fallit termes Oliva.
La Fortune fur le Globe François, Hic amica
fedes.
Le Dauphin ,
Conftellation celefte, & un Dau
phin fur les Ondes. Orbi dant figna quietis.
Il faut remarquer qu'il y a plusieurs de ces
Devifes , dont le corps eft le même ou approchant
, mais les Païfages & les autres accompa
gnemens étoient tous variez.
LERoia envoyé ordre à fon Miniftre à fà
Haye de fufpendre toutes négociations avec
les Députés des Etats Generaux , au fujet du commerce
que fes Sujets font de fon aveu dans les Indes
Orientales , & de déclarer à L. H. P. qu'elles
n'avoient droit par aucun Traité de reclamer
contre ce commerce , que tous les Sujets des
Puiffances de l'Europe peuvent faire felon le droit
des gens , s'il n'y a des ftipulations particulieres
qui les en excluent .
Les Fêtes publiques que le Comte de Plelo ,
Ambaffadeur Extraordinaire de France , a donné
à Copenhague pour la Naiffance du DAUPHIN ,
ont duré quatre jours. L'ouverture s'en fit le 12 .
Février , par un Difcours de l'Abbé Goffet , fon
Aumônier, fur cet heureux Evenement, lequel fut
fort
MARS. 1730. 587.
>
fort applaudi; on chanta enfuite une Meffe Solemnelle
& le Te Deum , au bruit des Trompettes
des Timballes & d'une nombreuſe Simphonie ;
$. Exc. donna ce premier jour un magnifique·
Repas à toutes les perfonnes de diftinction , qui
avoient affifté à cette Ceremonie,
+
:
Le 13. plus de 200. perfonnes invitées à fouper
, fe rendirent à fon Hôtel fur les 7. heures
du foir. Il y eut Jeu jufqu'à 9. heures , enfuite
on fe mit à table après avoir tiré les places au
fort , pour éviter toute diftinction fur les rangs
& fur la difference des Tables. Il y en avoit une
de 90. Couverts , deux de 40. & trois autres
moindres , toutes fervies avec la même abondance
, la même délicateffe & la même attention.
Les principales Familles Françoifes , tant Catholiques
que Réformez , furent invitées à une Table
que tenoit l'Abbé Goffet , qui étoit de so.
Couverts , laquelle fut fervie en même-temps
que celle des Seigneurs qui étoient de cette magnifique
Fête les Santez des Souverains , cellede
Monfeigneur le Dauphin & des Familles Roya
les de France & de Dannemarc , furent celebrées
de bout , au bruit des Trompettes , des Timbales
& d'une Simphonie qui ne ceffa point pendant
tout le fouper, Le Fruit de toutes les Tables étoit
de la façon de M. Siegel , Officier de S. M. Dan.
Il fit par fa beautê le fujet & l'admiration de
toute l'Affemblée. On y voyoit differentes figures
ayant rapport au fujet de la Fête. Dans quelques
unes , le Portrait du Roi & de la Reine de France
au naturel ; en d'autres , Monfeigneur le Dauphin
dans le berceau , avec pufieurs Deviſes affortiffantes
à fon heureuſe Naiffance ; une des
principales Pieces repréſentoit les douze anciens
Gouvernemens de France , avec les Armes de
chaque Province. Après le Soupé , dont tout le
monne
88 MERCURE DE FRANCE.
monde parut fort content , M. l'Ambaffadeur
Quvrit le Bal avec Madame la Grande-Chanceliere
, & on continua à danſer juſqu'à 5. heures
& demie du matin , que tout le monde ſe retira.
Le 14. S. Ex. fit diftribuer des aumônes confiderables
, tant en vivres qu'en argent , à près de
200. Pauvres . On donna à chacun trois livres de
pain , deux livres de viande & 30. fols en argent.
Cette diftribution ſe fit fans avoir égard à la difference
de Religion.
Le 15. fur les fept heures du foir , l'Hôtel de
S. Ex. fut illuminé , tant en dehors qu'en dedans,
cette Illumination qui étoit d'un goût parfait &
admirable , dura toute la nuit. Elle repréfentoit à
l'entrée un fuperbe Palais , dont l'Architecture ,
les Ornemens & les Devifes toutes fpirituelles &
fort ingenieufes , faifoient allufion à la Naiffance.
de M. le Dauphin. A 7. heures & demie, M.l'Ambaffadeur
& Madame l'Ambaffadrice , fortirent
en Caroffe avec plufieurs perfonnes de qualité ,
pour voir l'Illumination. Lorfque L. Ex . furent
rentrées , M. l'Ambaffadeur ouvrit le Bal , qui
dura jufqu'à 9. heures.. On fervit alors le fouper
fur quatre Tables , où toutes les Dames fe placerent.
& où elles furent fervies par les Cavaliers.
Le même foir , M. de la Porte , Medecin François
, à la fuite de M. l'Ambaffadeur , avoit une
Table dans fon Appartement , où plufieurs per
fonnes de fa Profeſſion furent invitées avec quelques
Familles Françoifes qui n'avoient pû profiter
le premier jour des politeffes & des bontez de¹
M. l'Ambaffadeur à leur égard. Après le Repas
on ouvrit la porte aux Mafques : il en entra près
de 700. qui remplirent trois grandes Pieces , où ils
danferent. Il y eut toute la nuit un Buffet plein
de Rafraîchiffemens pour eux , & dans une autre
Chambre une Table toujours fervie avec toutes
Lortes
MARS. 1730. 589
fortes de Liqueurs froides & chaudes pour les
perfonnes invitées.
Au refte l'Illumination qui a réuſſi à merveille,
& qui fut encore favorifée de la plus belle nuit
qu'on pût fouhaiter , n'étoit point dans le gout
de celles de France ; les grands vents qui regnent
ici prefque continuellement , fur tout dans cette
faifon , ne permettoient pas qu'on mît les Lampions
à découvert ; c'étoit donc un grand Edifice
de Charpente , formée en Avant- Corps devant
l'Hôtel de l'Ambaffadeur , & couvrant la largeur
des cinq Croifees du milieu depuis le haut juſqu'en
bas; les intervalles des Pieces de Charpente, lefquelles
étoient très-vaftes,étoient recouverts , auffi-bien
que tout l'Edifice en general , de grands Tableaux .
de papier huilé , fur lefquels il y avoit differentes
Peintures. Les trois autres Croifées de chaque côté
étoient auffi pareillement ornées de Peinture
& l'Illumination étoit derriere , c'eſt - à- dire à
l'Avant-Corps , entre la Maifon & la Charpente
& aux Croifées , dans les embrafures interieures
des fenêtres ; le tout repréſentoit un Palais enchanté
avec beaucoup d'ornemens d'Architecture
& autres embelliffemens , parmi lefquels le Soleil
& les Dauphins dominoient fur tout. Le tour
étoit couronné en haut par un Soliel levant extrémement
brillant , avec cette Infcription ; Tote
furgit Lux aurea mundo.
Avant l'execution2, on craignoit pour le fuccès
de ce Spectacle , mais on fut agréablement furpris
de voir que rien n'étoit plus joli , ni plus
gracieux. L'Avant-Corps tout en feu & les oppoitions
fombres & de clartez ménagées dans le
refte du Bâtiment , faifoient une varieté char
mante. Outre cela ill yyavoit encore aux deux coins
de la Maifon , deux Pavillons , ou plutôt deux
Grottes illuminées , & dans chacune un Dau-
"
phin
590 MERCURE DE FRANCE:
phin , des nafeaux duquel jailliffoient des Fontaines
de vin de la hauteur de 14. pieds , ce qui fe
marioit fort agréablement avec le refte du Spectacle
; l'Illumination & les Fontaines continuerent
ainfi jufqu'au jour.
Les couches de la Comteffe de Plelo , la maladie
du Roi de Dannemarck , celle du Comte de Plelo,
la mort du jeune Prince Charles , fils de S. M. D.
ont été caufe que cette Fête a été donnée fi tard.
Devifes placées en differens endroits
de l'Illumination.
Le Soleil éclairant le Globe François : Ques
afpicit fovet.
Le Soleil en haut de l'Illumination : Toto furgit
Lux aurea mundo.
Le Soleil Levant. Acceſſu ſingula gaudenti
Le même. Non occultè crefcet .
Le même. Spes, largus , donare novas.
Le même. Spes totius orbis.
L'Etoile du matin . Diem prafignat ab ortu.
Les Etoiles , comme Lucifer , Venus , &c. qui
précedent le Lever du Soleil , & qui cedent aux
premiers Rayons de cet Aftre , par allufion à
Mefdames de France & à Monfeigneur le Dauphin.
Pracedunt at cadant.
Des Lys éclairez par le Soleil. Hinc vita , Colorque.
Le même Emblême. Hoc afpirante perennants
Le même Foventur ab alto.
Le même. Sole novo recreata nitent .
Des Lys fous le Soleil avec leurs rejettons. Alit
& auget.
Un Lys fous le Soleil avec un rejetton. Nec
Phabo gratior ullus.
Le même. Nullo fe tantum tellus jactavit
alumno.
Le
MARS.
173.00
Le même. Crefcit nova gloria terra..
590
Un Dauphin fur les Ondes. Non nifi gratus
adeft .
Cupidon fur le dos d'un Dauphin , tenant d'une
main fes Nageoires , & de l'autre un Lys en
forme de Sceptre. Sie Mare , fic Terras,
Un Dauphin avec l'Amour fur fon dos. Amor
eminet undis.
Le Dauphin , Conftellation celefte , au milieu
d'un Ciel ferain . Perpetuos nec parturit imbresa
Le même. Data lumina reddo.
Une Perle dans fa Coquille. Ex mora splen
didior.
Une mere Perle avec plufieurs Perles au dedans
Quantum è prole decus.
L'Alcyon faifant fon nid fur la Mer calme
Miratur natura filens.
Un Aigle portant fon Aiglon vers le Soleil
pour l'éprouver. Latatur genuiffe parem.
L'Arc-en- Ciel , figne de réconciliation. Diff
giant metus.
Une branche d'Olivier , dont il fort un rejet
ton. Nec fallit termes Oliva.
La Fortune fur le Globe François, Hic amica
fedes.
Le Dauphin ,
Conftellation celefte, & un Dau
phin fur les Ondes. Orbi dant figna quietis.
Il faut remarquer qu'il y a plusieurs de ces
Devifes , dont le corps eft le même ou approchant
, mais les Païfages & les autres accompa
gnemens étoient tous variez.
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Résumé : DANNEMARC.
Le texte décrit deux événements distincts. Premièrement, le roi de Dannemarc a ordonné à son ministre de suspendre toutes négociations avec les députés des États Généraux concernant le commerce des sujets du roi dans les Indes Orientales. Il a également stipulé que les puissances européennes peuvent commercer selon le droit des gens, sauf en cas de stipulations particulières. Deuxièmement, le comte de Ploërmel, ambassadeur extraordinaire de France à Copenhague, a organisé des fêtes publiques pour célébrer la naissance du dauphin de France. Ces festivités ont duré quatre jours, débutant le 12 février. Le premier jour, un discours de l'abbé Goffet a été suivi d'une messe solennelle et du Te Deum, accompagné de musique. Un repas somptueux a été offert à des personnes de distinction. Le 13 février, plus de 200 invités ont participé à un souper où les places étaient tirées au sort pour éviter toute distinction de rang. Les familles françaises, tant catholiques que réformées, étaient présentes. Les santés des souverains et du dauphin ont été célébrées. Après le souper, un bal a été ouvert par l'ambassadeur et a duré jusqu'à cinq heures et demie du matin. Le 14 février, l'ambassadeur a distribué des aumônes à près de 200 pauvres, sans distinction de religion. Le 15 février, l'hôtel de l'ambassadeur a été illuminé toute la nuit, représentant un palais enchanté avec des devises spirituelles. Un bal a été ouvert par l'ambassadeur et son épouse, suivi d'un souper servi par des cavaliers. Un médecin français a également organisé un repas pour des personnes de sa profession et des familles françaises. Des masques ont dansé toute la nuit, et des rafraîchissements étaient disponibles. L'illumination, bien que différente des fêtes françaises en raison des vents, a été un succès et a duré jusqu'au matin. Les couches de la comtesse de Ploërmel, la maladie du roi de Danemark, celle du comte de Ploërmel, et la mort du jeune prince Charles ont retardé la célébration. Diverses devises étaient placées dans l'illumination, faisant référence au soleil, aux lys, aux dauphins, et à des symboles de réconciliation et de prospérité.
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4713
p. 148-153
ETAT de la Maison de Monsieur le Duc d'Orleans, premier Prince du Sang, reglé par la Declaration du Roy, en datte du 6. Janvier 1724.
Début :
Loüis, &c. à tous ceux, &c. l'affection singuliere que nous avons pour [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT de la Maison de Monsieur le Duc d'Orleans, premier Prince du Sang, reglé par la Declaration du Roy, en datte du 6. Janvier 1724.
ETAT de. la Maifin de Monsieur le Duc
d'Orleans , premier Prince du Sang ,
reglé par la Declaration du Roy , m
datte du 6 -Janvier 1724.
LOiïis,&c. à tous ceux , &c. l'affec
tion singuliere que nous avons pournôtre
très.cher , & très.amé Oncle y
Louis d'Orleans , Duc d'Orleans , . nous.
avoit fait desirer de pouvoir lui conti
nuer la même Maiíôn qu'a voit feu nôtre.
très-cher , & très-amé Oncle le lDuc
d'Orleans son pere ; mais l'ordre de.
tout temps établi pour le premier Prin
ce de nôtre Sang , nous obligeant de fui.*
vre les Etats < de ceux: qui ont précedem
ment tenu ce haut rang , en fixant fa
Maison au même nombre d'Officiers ;
Nous y avons seulement ajouté quelques
titres que nous avons jugé plus convesables
, & voulant qu*ils jouissent des
Privileges de nos Officiers commensaux :
à ces cauíes , &c. 8c de nôtre grace fpe.-
ciale, pleine puissance , Se autorité Roya
le, Nous avons dit & declaré, Se par. ces
Pre
J A N< V Ï^E R 17I4. re
presentes signées de nôtre main , disons ,
declarons , voulons , nous plaît , que les
Officiers dont fera com potée la Maison
de nôtredit Onde le Duc d'Orleans ,
comprise dans l'Etat cy.attaché sous le
contre-seel de nôtre Chancellerie, jouis
sent dorénavant de tous tels & semblables
Privileges dent nos Officiers DomestiÍ^
ues & Coqrmeníâux ont droit de jeiiir
uivantnos Edits, Declarations, Ordon
nances & Reglemens faits fur ce íujet. .
.Voulons qu'à cet effet l'état qui íèra arrê
té par nôtredit Oncle des Officiers qui
composoront à l'avenir fa Maison , soit
mis au Greffe de nôtre Cour des Aydes,
pourvu qu'il soit conforme à celui atta
ché à ces Presentes. Si donnons , &c-
Etat du nombre des Officiers , Gentilhom
mes , Gens du Conseil , Domestiques
& Commensaux , dont le Roy veut <^iie
leanr, Dite d'Orleans , de Valois , de
Chartres , de Nemours , & Monts en-
Jier , fin Oncle, soit composée en l'an
née 1724; pour jouir des Privilège!
des Commensaux.
Un Premier Gentilhomme de la
Chambre.
8. Gentilhommes de la Ghambre.
EZ. Gentilhommes ordinaires.
la Maison de Monsieur
:l!5<> MERCURE DE FRANCE,
. 2. Confesseur & Predicateur.
. . 4. Aumôniers.
z. Secretaires des CommandemènS.
j. Secretaires , & Intendans de« Fi
nances.,
8. Gens du Conseil:
S. Secretaires ordinaires.
1 . Secretaire des Langues.
2. Secretaires du Conseil.
I . Agçnt d'affaires.
i . Garde Archives.
i . Premier Maître.d'Hotel»-
é. Maîtres-d'Hôtel.
I. Tresorier General.
12. Gentilhommes íêrvans*'
8. Contrôleurs.
4. Medecins, -
4. Chirurgiens.
4. Apoticaires.
1. Chirurgien Operateur'.
4 Barbiers.
r". Premier Valet de Chambres7
l!2. Valets de Chambre.
4. Valets de Garderobe.
4. Garçons d« Garderobe.
4 Porte- Manteaux.
r. Tailleur.
4. Huissiers de la Chambrè.
4. Huissiers du Cabinet.
4. Huissiers de l'Antichambre.
j!* Trompette.
J A NVIER 1714.:
t. Brodeur. .
r. Gantier Parfumeur. ^
2. Tapissiers.
r. Horlogeur.
2. Orfèvres.
r. Peintre.
2. Merciers,
ï . Marchand Lingeri.
1 . Lavandier.
4. Chefs de Panneterie.
' i. Aydes de Panneterie.
2. Sommiers de Panneterié.'
4. Chefs d'Echansonnerie.
a . Aydes d'Echaníònnerie.
as. Sommiers d'Echaníônneríe,
4. Chefs de Fruiterie.
2. Aydes de Fruiterie.
2. Sommiers de Fruiterie;
4. Ecuyers de Cuisine.
4. Aydes de Cuisine.
4. En fans de Cuisine.
4. Porteurs en Cuisine-.
1. Pâtissier.
V Boulanger.
2. Pourvoyeur.
I . Garde Vaisíelle.
f. Sommier de Vaisselle..
J. Premier Ecuyer.
4. Ecuyersi
4;. Maréchaux des Logis.
4. Fourier.s des Logis. .
tfç» MERCURE DE FRANCE.
** Fouriers de l'Ecurie.
I. Argentier de l'Ecurie.
I'. Tailleur de l'Ecurie,
r. Armurier.
2 . Maréchaux des Forges.-
i . Setlier.Caroffier.
i. Bourlier.
ì. CeinturierV-
1 . Fourbisseur.
1 . Eperonniers.
4. Maîtres Palefreniers.
2 . Cochers.
2. Postillons.'
1 . Concierge Garde Meubles de l'E
curie-.
1. Gouverneur des Pages.
1. Chapelain des Pages & del'Ecurie;
1. Maître de Mathematiques. .
1. Maître d'Armes.
1. Maître d'Exercices.
2. Maître Valets des Pages. .
1. Libraire-Imprimeur.
Gentilhommes de la- Venerie. .
6. Veneurs.
3 . Gentilhommes de la Fauconnerie. .
2 . Fauconniers,
i, Cordonnier.
1. Architecte..
1. Maître Maçon,
il Menuisier.
.1. VÌWÌCT<. .
JÁNVVER vf*4 1J5
l. Serrurier.
4. Suiíïès.
Total 166.' Officiers;
'Augmentation pour la Maison de Mada
me la Duchejfe d'Orleans , par Decla
ration du Roy du ^.Decembre 171$',.
Gcns du Conseil.
i:. Conseillers..
I. Secretaire ordinaire..
x. Agens d' Afíàires.
1. Tresorier General J M* Nicolas
Grandjean.
Gardes françaises..
t. Exempt, Commandant auffi les Gar^'
des Suiíïes.
t. Maréchal des Eogis.'
I. Brigadier.
. 12. Gardes Françoiíès.
t. Clerc du Guet.
Gardes Suisset.
6. Gardes Suiíïès.
r. Clerc du Guet.
d'Orleans , premier Prince du Sang ,
reglé par la Declaration du Roy , m
datte du 6 -Janvier 1724.
LOiïis,&c. à tous ceux , &c. l'affec
tion singuliere que nous avons pournôtre
très.cher , & très.amé Oncle y
Louis d'Orleans , Duc d'Orleans , . nous.
avoit fait desirer de pouvoir lui conti
nuer la même Maiíôn qu'a voit feu nôtre.
très-cher , & très-amé Oncle le lDuc
d'Orleans son pere ; mais l'ordre de.
tout temps établi pour le premier Prin
ce de nôtre Sang , nous obligeant de fui.*
vre les Etats < de ceux: qui ont précedem
ment tenu ce haut rang , en fixant fa
Maison au même nombre d'Officiers ;
Nous y avons seulement ajouté quelques
titres que nous avons jugé plus convesables
, & voulant qu*ils jouissent des
Privileges de nos Officiers commensaux :
à ces cauíes , &c. 8c de nôtre grace fpe.-
ciale, pleine puissance , Se autorité Roya
le, Nous avons dit & declaré, Se par. ces
Pre
J A N< V Ï^E R 17I4. re
presentes signées de nôtre main , disons ,
declarons , voulons , nous plaît , que les
Officiers dont fera com potée la Maison
de nôtredit Onde le Duc d'Orleans ,
comprise dans l'Etat cy.attaché sous le
contre-seel de nôtre Chancellerie, jouis
sent dorénavant de tous tels & semblables
Privileges dent nos Officiers DomestiÍ^
ues & Coqrmeníâux ont droit de jeiiir
uivantnos Edits, Declarations, Ordon
nances & Reglemens faits fur ce íujet. .
.Voulons qu'à cet effet l'état qui íèra arrê
té par nôtredit Oncle des Officiers qui
composoront à l'avenir fa Maison , soit
mis au Greffe de nôtre Cour des Aydes,
pourvu qu'il soit conforme à celui atta
ché à ces Presentes. Si donnons , &c-
Etat du nombre des Officiers , Gentilhom
mes , Gens du Conseil , Domestiques
& Commensaux , dont le Roy veut <^iie
leanr, Dite d'Orleans , de Valois , de
Chartres , de Nemours , & Monts en-
Jier , fin Oncle, soit composée en l'an
née 1724; pour jouir des Privilège!
des Commensaux.
Un Premier Gentilhomme de la
Chambre.
8. Gentilhommes de la Ghambre.
EZ. Gentilhommes ordinaires.
la Maison de Monsieur
:l!5<> MERCURE DE FRANCE,
. 2. Confesseur & Predicateur.
. . 4. Aumôniers.
z. Secretaires des CommandemènS.
j. Secretaires , & Intendans de« Fi
nances.,
8. Gens du Conseil:
S. Secretaires ordinaires.
1 . Secretaire des Langues.
2. Secretaires du Conseil.
I . Agçnt d'affaires.
i . Garde Archives.
i . Premier Maître.d'Hotel»-
é. Maîtres-d'Hôtel.
I. Tresorier General.
12. Gentilhommes íêrvans*'
8. Contrôleurs.
4. Medecins, -
4. Chirurgiens.
4. Apoticaires.
1. Chirurgien Operateur'.
4 Barbiers.
r". Premier Valet de Chambres7
l!2. Valets de Chambre.
4. Valets de Garderobe.
4. Garçons d« Garderobe.
4 Porte- Manteaux.
r. Tailleur.
4. Huissiers de la Chambrè.
4. Huissiers du Cabinet.
4. Huissiers de l'Antichambre.
j!* Trompette.
J A NVIER 1714.:
t. Brodeur. .
r. Gantier Parfumeur. ^
2. Tapissiers.
r. Horlogeur.
2. Orfèvres.
r. Peintre.
2. Merciers,
ï . Marchand Lingeri.
1 . Lavandier.
4. Chefs de Panneterie.
' i. Aydes de Panneterie.
2. Sommiers de Panneterié.'
4. Chefs d'Echansonnerie.
a . Aydes d'Echaníònnerie.
as. Sommiers d'Echaníônneríe,
4. Chefs de Fruiterie.
2. Aydes de Fruiterie.
2. Sommiers de Fruiterie;
4. Ecuyers de Cuisine.
4. Aydes de Cuisine.
4. En fans de Cuisine.
4. Porteurs en Cuisine-.
1. Pâtissier.
V Boulanger.
2. Pourvoyeur.
I . Garde Vaisíelle.
f. Sommier de Vaisselle..
J. Premier Ecuyer.
4. Ecuyersi
4;. Maréchaux des Logis.
4. Fourier.s des Logis. .
tfç» MERCURE DE FRANCE.
** Fouriers de l'Ecurie.
I. Argentier de l'Ecurie.
I'. Tailleur de l'Ecurie,
r. Armurier.
2 . Maréchaux des Forges.-
i . Setlier.Caroffier.
i. Bourlier.
ì. CeinturierV-
1 . Fourbisseur.
1 . Eperonniers.
4. Maîtres Palefreniers.
2 . Cochers.
2. Postillons.'
1 . Concierge Garde Meubles de l'E
curie-.
1. Gouverneur des Pages.
1. Chapelain des Pages & del'Ecurie;
1. Maître de Mathematiques. .
1. Maître d'Armes.
1. Maître d'Exercices.
2. Maître Valets des Pages. .
1. Libraire-Imprimeur.
Gentilhommes de la- Venerie. .
6. Veneurs.
3 . Gentilhommes de la Fauconnerie. .
2 . Fauconniers,
i, Cordonnier.
1. Architecte..
1. Maître Maçon,
il Menuisier.
.1. VÌWÌCT<. .
JÁNVVER vf*4 1J5
l. Serrurier.
4. Suiíïès.
Total 166.' Officiers;
'Augmentation pour la Maison de Mada
me la Duchejfe d'Orleans , par Decla
ration du Roy du ^.Decembre 171$',.
Gcns du Conseil.
i:. Conseillers..
I. Secretaire ordinaire..
x. Agens d' Afíàires.
1. Tresorier General J M* Nicolas
Grandjean.
Gardes françaises..
t. Exempt, Commandant auffi les Gar^'
des Suiíïes.
t. Maréchal des Eogis.'
I. Brigadier.
. 12. Gardes Françoiíès.
t. Clerc du Guet.
Gardes Suisset.
6. Gardes Suiíïès.
r. Clerc du Guet.
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Résumé : ETAT de la Maison de Monsieur le Duc d'Orleans, premier Prince du Sang, reglé par la Declaration du Roy, en datte du 6. Janvier 1724.
Le document expose l'organisation de la Maison du Duc d'Orléans, premier Prince du Sang, régularisée par une déclaration royale du 6 janvier 1724. Le roi manifeste son affection pour son oncle, Louis d'Orléans, Duc d'Orléans, et souhaite lui accorder une Maison similaire à celle de son père. Cependant, les traditions royales imposent de maintenir le nombre d'officiers conforme à ceux des prédécesseurs. Le roi ajoute quelques titres jugés plus appropriés et accorde aux nouveaux officiers les privilèges des officiers commensaux. Le texte décrit la composition de la Maison du Duc d'Orléans pour l'année 1724, incluant divers officiers, gentilshommes, domestiques et commensaux. Parmi eux, on trouve des gentilshommes de la Chambre, des secrétaires, des gens du conseil, des maîtres d'hôtel, des médecins, des chirurgiens, des valets de chambre, des huissiers, des écuyers, des maréchaux des logis, des fourriers, des palefreniers, et d'autres fonctions spécifiques. Le total des officiers est de 166. Une augmentation pour la Maison de Madame la Duchesse d'Orléans est également mentionnée par une déclaration royale du 2 décembre 1718. Cette augmentation inclut des gens du conseil, des conseillers, un secrétaire ordinaire, un agent d'affaires, un trésorier général, des gardes françaises et suisses.
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4714
p. 162-168
ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
Début :
A Dieu, mes chers moutons, errez à l'avanture; [...]
Mots clefs :
Berger, Moutons, Iris, Mort, Pleurs, Adieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
ADIEU D'IRIS
àfes moutons , fur la
mort de fon Berger,
EGLOGUE.
ADieu , mes chers moutons , errez àl'a
at vanture ; NO
Fai perdu mon Berger
j'abandonne mon
chien:
S'il plaît aux Dieux je
n'aimerai plus rien
GALANT.. 161
Quifoitfujet auxloix de
la nature.
23 424
Mon cœur,pourſe nourourirde fes cruels
ennuiss
Ne chercheplus que larestraites his
En vous congediant je
brife ma boulette ,
Je ne puis vous garder en
Létat oùjefuis. LL
Votre voix , chers moutons , n'est pas affez
O ij
164 MERCURE
Larisaplaintive ,
Pourflaserla langueur où
m'ont reduit mes
maux
Je vais mêler mes plours:
à cette onde attentive.
Partez LaiffeZ- moyfeule,
indolens animaux.
Mais non, vos bélemens
fonttriſtes , dites-vous,
Il n'importe partez ; je
vousplains , je vous
aime: **
Mais quand je ne puis
GALANT rất
men dans mes maux
O
apoursmoy- même,
Helas , que pourrois –je
·pourvous 2
Ne vous repofez plusfür
L'amitié fincere
Qu'ont toujours eu pour
moy les bergers d'awalentour;
Le mien étoit conftant , il
a perdu le jour,
Helas!il n'en estplus d'un
pareil caractere..
?
166 MERCURE
Puiffiez- vous, attentifs à
côtre sûreté, wolvi
Kous garantir des loups
&des orages ;
Puiffiez - vous en repos
dans degraspâturages
Trouverfans moy. vôtre
felicités
Mais puiffiez - vous plûStốt, 6 vous plaines
fertilesy
Trouverl'hiver dans tou
tes lesfaifons;
Je vois avec douleur vos
GALANT. 167
»fleurs &vos moiffons
Mon berger ne vit plus
que n'êtes -vous ſte
riles ?
Pardonnez , chers moutons , fi defon verd
charmant
Ma douleur voudroit
voir dépouiller la nature st
Qu'elleproduifefeulement
Ce qu'il faut pour votre
Pature..
168 MERCURE
Ainfi l'aimable Iris fur
lesbordsdunruiffeau
Livrée àfa douleur mortelle
Eloignoit à regrespourjamais d'auprés d'elle
Son trifle &fidele trou
peau..
àfes moutons , fur la
mort de fon Berger,
EGLOGUE.
ADieu , mes chers moutons , errez àl'a
at vanture ; NO
Fai perdu mon Berger
j'abandonne mon
chien:
S'il plaît aux Dieux je
n'aimerai plus rien
GALANT.. 161
Quifoitfujet auxloix de
la nature.
23 424
Mon cœur,pourſe nourourirde fes cruels
ennuiss
Ne chercheplus que larestraites his
En vous congediant je
brife ma boulette ,
Je ne puis vous garder en
Létat oùjefuis. LL
Votre voix , chers moutons , n'est pas affez
O ij
164 MERCURE
Larisaplaintive ,
Pourflaserla langueur où
m'ont reduit mes
maux
Je vais mêler mes plours:
à cette onde attentive.
Partez LaiffeZ- moyfeule,
indolens animaux.
Mais non, vos bélemens
fonttriſtes , dites-vous,
Il n'importe partez ; je
vousplains , je vous
aime: **
Mais quand je ne puis
GALANT rất
men dans mes maux
O
apoursmoy- même,
Helas , que pourrois –je
·pourvous 2
Ne vous repofez plusfür
L'amitié fincere
Qu'ont toujours eu pour
moy les bergers d'awalentour;
Le mien étoit conftant , il
a perdu le jour,
Helas!il n'en estplus d'un
pareil caractere..
?
166 MERCURE
Puiffiez- vous, attentifs à
côtre sûreté, wolvi
Kous garantir des loups
&des orages ;
Puiffiez - vous en repos
dans degraspâturages
Trouverfans moy. vôtre
felicités
Mais puiffiez - vous plûStốt, 6 vous plaines
fertilesy
Trouverl'hiver dans tou
tes lesfaifons;
Je vois avec douleur vos
GALANT. 167
»fleurs &vos moiffons
Mon berger ne vit plus
que n'êtes -vous ſte
riles ?
Pardonnez , chers moutons , fi defon verd
charmant
Ma douleur voudroit
voir dépouiller la nature st
Qu'elleproduifefeulement
Ce qu'il faut pour votre
Pature..
168 MERCURE
Ainfi l'aimable Iris fur
lesbordsdunruiffeau
Livrée àfa douleur mortelle
Eloignoit à regrespourjamais d'auprés d'elle
Son trifle &fidele trou
peau..
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Résumé : ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
Le texte 'Adieu d'Iris' est une églogue qui relate la douleur d'Iris après la perte de son berger. Iris annonce à ses moutons qu'elle les quitte, incapable de supporter les cruels ennuis qui l'accablent. Elle souhaite se retirer dans la solitude et les congédie, bien qu'elle les aime et les plaigne. Iris regrette de ne plus pouvoir leur offrir l'amitié sincère qu'elle avait reçue des bergers voisins. Elle espère que ses moutons trouveront sécurité et bonheur malgré son absence. Iris observe avec tristesse les fleurs et les moissons, se demandant pourquoi les moutons ne sont pas stériles, souhaitant que la nature ne produise que ce qui est nécessaire à leur pâture. Enfin, Iris, submergée par sa douleur, s'éloigne à jamais de son trépied et de son troupeau.
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4715
p. 128-138
Tout ce qui s'est passé touchant la reception de Mr de Nismes à l'Academie des Ricovrati de Padoue. [titre d'après la table]
Début :
Ce n'est pas sans raison qu'on donne à Padouë le surnom [...]
Mots clefs :
Padoue, Académie française, Académie des Ricovrati de Padoue, Académie royale d'Arles, Compliment, Evêque de Nîmes, Mr Guyonnet de Vertron, Mr Fléchier, Distique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé touchant la reception de Mr de Nismes à l'Academie des Ricovrati de Padoue. [titre d'après la table]
Ce n'eft pas fans raifon
qu'on donne à Padouë le furnom de docte , puifqu'elle eft
fameufe, non feulement par
fon Univerfité , mais encore
par fon Academie , qui eft
aujourd'hui l'une des plus
Auriffantes de toute l'Italie ,
tant par le merite des perfon
nes diftinguées de l'un & de
l'autre fexe qui la compoſent,
que par les grands hommes
qui en font fortis. La Sapho
GALANT. 129
dufiecle, connuë fous le nom
de Mademoiſelle de Scudery,
l'admirableMadame des Houlieres , la fçavante Madame
Dacier , fille de M' le Fevre ,
& la fpirituelle Madame de
Saliez, Viguiere d'Alby, font
de cette fameufe Academic
Italienne , qui dans fa dernie
re affemblée publique a reçû
l'illuftre Me Flechier , Evê
que de Nifmes , l'un des ornemens de l'Academic Françoife , & le digne Protecteur
de celle deNifmes.M Guyonnet de Vertron , qui écrit
' Hiftoire du Roy en profe
130 MERCURE
Latine , & qui eft Academi
cien de l'Academic Royale
d'Arles, & de celle des Ricovrati de Padouë, a accompagné les Lettres Patentes d'un
compliment àM' de Nifmes,
qui luy a fait réponſe en luy
envoyant ce qu'il a écrit à
Meffieurs fes Confreres. Voicy de fidelles copies de ces
honneftetez reciproques que
je vous envoye.
GALANT. 131
A Mr L'EVESQUE
DE NISMES.
MONSEIGNEUR.
Paris Nifmes n'auront
plus feuls l'avantage de vous
avoir dans leurs illuftres Academies. Padouë jalouse d'un fi
grand bonheur, a voulu vous
donner une place dans la fienne;
ainfi vous voyez que la France
l'Italie , qui font les Etats de
l'Europe les plus florians
beaux Efprits , rendent égale
ment justice à vostre rare merite.
?
122 MERCURE
C'euft efté pour moy , Monfeigneur , un plaifir tres -fenfible de
vous prefenter moy- mefme au
nom de Mis mes Confreres les
Ricovrati, ces premieres marques
d'eftime & de diftinction : mais
la diftance des lieux me prive de
cette fatisfaction. Fe prie le fçavant MrGraverol de vous mettre en mains ce nouveau Steau
d'immortalité, que vous meritez
par vos éclatantes vertus , par
voftre éloquence admirable , &
par vos excellens Ecrits. C'est un
dépoft qui ne m'a esté confié que
depuis peu de jours. Pour me
confoler de ne pouvoir accompa-
GALANT.
133
gner ce digne Academicien¸ agréez que je vous affure de ma
joye de lacontinuation de
mes refpects , nonfeulement comme Deputé, & en cette qualité
ayant l'honneur d'eftre vostre
Confrere, mais encore comme une
perfonne qui vous honore infiniment, & quifait fa principale
gloire d'eftre ,
Monseigneur,
Voftre tres-humble &
tres-obeiffanr Serviteur,
GUYƆNNET DE VERTRON,
134 MERCURE
Voicy la réponfe que M
l'Evefque de Nifmes a faite à
M' Guyonnet de Vertron.
Je ne m'eftois pas attendu, Monfieur, à l'honneur que m'ont fait
Meffieurs de l'Academie de Par
douë, en m'affociant à leurCompagnie.Fe connois a Bezleur merite,
pour voir avec plaifir mon nom
meflé avec le leur, je vous prie
de leurfaire tenir la Lettre de remerciement queje leur écris. Je
n'ayreceu que depuis peu dejours
celles qu'ils ont fait expedier
pour ma reception , quoy qu'elles
foient datées du mois de Mars.
GALANT. 135
Vous aurez la bonté de leurfaire
connoiftre que je n'ay manquény
d'exactitude , ny de reconnoiſſance, & de croire qu'à voſtre égard
je fuis avec une eftime , & une
confideration particuliece,
Monfieur,
Voftre tres-humble & tresobeiflantServiteur, ESPRIT,
Evefque de Nifmes.
A Narbonne ce 12.
Decembre 1693.
Avant que de vous parler
du Remerciement de Mr Ficchier, il faut vous faire part
d'un Diftique de M' de Ver-
?
136 MERCURE
tron , pour mettre au bas d'un
Portrait de cet Illuftre Prelat.
Ce Diftique a du raport àfes
noms & à fon merite.
Hic vir hic eft , pietate fuâ qui
pectora flectit,
Atque animos mirâ Spiritus
arte movet.
Le remerciment de M'l'Ers vêque de Nifmes à M's de
l'Academie des Ricovrati de
Padouë , a cfté fait en ces termes.
MESSIEURS ,
Fay efté agreablement furpris
de me trouver affocié à voftre
illuftre Compagnie par les ſuf-
GALANT. 137
frages de tant de grands Hommes qui la compofent. Mr Patin donne volontiers aux Perfonnes qu'il eftime, les louanges
qu'il merite luy- mefme; & vous
croyez aifement le bien qu'on
vous dit des autres , parce que
l'on n'en ſçauroit aſſez dire de
vous . Vous avez écoutefavorablement le témoignage qu'il vous
arendu de moy , & je reçois avec beaucoup de reconnoiffance
La grace que vous m'avezfaite..
L'inclination que j'ay euë dés
monenfance pour les belles Lettres , m'a toujours fait honorer
ceux qui les cultivent , comme
Fevrier 1694.
M
138 MERCURE
vous avec tant defuccés , &
tant de gloire. La reputation que
vous avez acquife par voftre
érudition & par voftre éloquence a paßé jusqu'à nous, & la
connoiffance que nous avons du
merite de voftre Academie nous
fait voir avec joye nos noms
mêlez avec les vofires. Agreez
donc , Meffieurs , que je vous en
faffe mes remercimens , que
je vous affure de l'eftime & de
lareconnoiffance fincere avec la
quelle jefuis,
Meffieurs ,
Voftre tres- humble & tresobeiffant ferviteur, ESPRIT,
Evêqne de Nifmes.
qu'on donne à Padouë le furnom de docte , puifqu'elle eft
fameufe, non feulement par
fon Univerfité , mais encore
par fon Academie , qui eft
aujourd'hui l'une des plus
Auriffantes de toute l'Italie ,
tant par le merite des perfon
nes diftinguées de l'un & de
l'autre fexe qui la compoſent,
que par les grands hommes
qui en font fortis. La Sapho
GALANT. 129
dufiecle, connuë fous le nom
de Mademoiſelle de Scudery,
l'admirableMadame des Houlieres , la fçavante Madame
Dacier , fille de M' le Fevre ,
& la fpirituelle Madame de
Saliez, Viguiere d'Alby, font
de cette fameufe Academic
Italienne , qui dans fa dernie
re affemblée publique a reçû
l'illuftre Me Flechier , Evê
que de Nifmes , l'un des ornemens de l'Academic Françoife , & le digne Protecteur
de celle deNifmes.M Guyonnet de Vertron , qui écrit
' Hiftoire du Roy en profe
130 MERCURE
Latine , & qui eft Academi
cien de l'Academic Royale
d'Arles, & de celle des Ricovrati de Padouë, a accompagné les Lettres Patentes d'un
compliment àM' de Nifmes,
qui luy a fait réponſe en luy
envoyant ce qu'il a écrit à
Meffieurs fes Confreres. Voicy de fidelles copies de ces
honneftetez reciproques que
je vous envoye.
GALANT. 131
A Mr L'EVESQUE
DE NISMES.
MONSEIGNEUR.
Paris Nifmes n'auront
plus feuls l'avantage de vous
avoir dans leurs illuftres Academies. Padouë jalouse d'un fi
grand bonheur, a voulu vous
donner une place dans la fienne;
ainfi vous voyez que la France
l'Italie , qui font les Etats de
l'Europe les plus florians
beaux Efprits , rendent égale
ment justice à vostre rare merite.
?
122 MERCURE
C'euft efté pour moy , Monfeigneur , un plaifir tres -fenfible de
vous prefenter moy- mefme au
nom de Mis mes Confreres les
Ricovrati, ces premieres marques
d'eftime & de diftinction : mais
la diftance des lieux me prive de
cette fatisfaction. Fe prie le fçavant MrGraverol de vous mettre en mains ce nouveau Steau
d'immortalité, que vous meritez
par vos éclatantes vertus , par
voftre éloquence admirable , &
par vos excellens Ecrits. C'est un
dépoft qui ne m'a esté confié que
depuis peu de jours. Pour me
confoler de ne pouvoir accompa-
GALANT.
133
gner ce digne Academicien¸ agréez que je vous affure de ma
joye de lacontinuation de
mes refpects , nonfeulement comme Deputé, & en cette qualité
ayant l'honneur d'eftre vostre
Confrere, mais encore comme une
perfonne qui vous honore infiniment, & quifait fa principale
gloire d'eftre ,
Monseigneur,
Voftre tres-humble &
tres-obeiffanr Serviteur,
GUYƆNNET DE VERTRON,
134 MERCURE
Voicy la réponfe que M
l'Evefque de Nifmes a faite à
M' Guyonnet de Vertron.
Je ne m'eftois pas attendu, Monfieur, à l'honneur que m'ont fait
Meffieurs de l'Academie de Par
douë, en m'affociant à leurCompagnie.Fe connois a Bezleur merite,
pour voir avec plaifir mon nom
meflé avec le leur, je vous prie
de leurfaire tenir la Lettre de remerciement queje leur écris. Je
n'ayreceu que depuis peu dejours
celles qu'ils ont fait expedier
pour ma reception , quoy qu'elles
foient datées du mois de Mars.
GALANT. 135
Vous aurez la bonté de leurfaire
connoiftre que je n'ay manquény
d'exactitude , ny de reconnoiſſance, & de croire qu'à voſtre égard
je fuis avec une eftime , & une
confideration particuliece,
Monfieur,
Voftre tres-humble & tresobeiflantServiteur, ESPRIT,
Evefque de Nifmes.
A Narbonne ce 12.
Decembre 1693.
Avant que de vous parler
du Remerciement de Mr Ficchier, il faut vous faire part
d'un Diftique de M' de Ver-
?
136 MERCURE
tron , pour mettre au bas d'un
Portrait de cet Illuftre Prelat.
Ce Diftique a du raport àfes
noms & à fon merite.
Hic vir hic eft , pietate fuâ qui
pectora flectit,
Atque animos mirâ Spiritus
arte movet.
Le remerciment de M'l'Ers vêque de Nifmes à M's de
l'Academie des Ricovrati de
Padouë , a cfté fait en ces termes.
MESSIEURS ,
Fay efté agreablement furpris
de me trouver affocié à voftre
illuftre Compagnie par les ſuf-
GALANT. 137
frages de tant de grands Hommes qui la compofent. Mr Patin donne volontiers aux Perfonnes qu'il eftime, les louanges
qu'il merite luy- mefme; & vous
croyez aifement le bien qu'on
vous dit des autres , parce que
l'on n'en ſçauroit aſſez dire de
vous . Vous avez écoutefavorablement le témoignage qu'il vous
arendu de moy , & je reçois avec beaucoup de reconnoiffance
La grace que vous m'avezfaite..
L'inclination que j'ay euë dés
monenfance pour les belles Lettres , m'a toujours fait honorer
ceux qui les cultivent , comme
Fevrier 1694.
M
138 MERCURE
vous avec tant defuccés , &
tant de gloire. La reputation que
vous avez acquife par voftre
érudition & par voftre éloquence a paßé jusqu'à nous, & la
connoiffance que nous avons du
merite de voftre Academie nous
fait voir avec joye nos noms
mêlez avec les vofires. Agreez
donc , Meffieurs , que je vous en
faffe mes remercimens , que
je vous affure de l'eftime & de
lareconnoiffance fincere avec la
quelle jefuis,
Meffieurs ,
Voftre tres- humble & tresobeiffant ferviteur, ESPRIT,
Evêqne de Nifmes.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé touchant la reception de Mr de Nismes à l'Academie des Ricovrati de Padoue. [titre d'après la table]
Le texte relate l'honneur accordé à l'évêque de Nîmes, Me Flechier, par l'Académie des Ricovrati de Padoue. Padoue est renommée pour son université et son académie, qui compte parmi ses membres distingués des figures telles que Mademoiselle de Scudéry, Madame Deshoulières, Madame Dacier et Madame de Saliez. Lors de sa dernière assemblée publique, l'Académie de Padoue a accueilli Me Flechier, également membre de l'Académie française. Guyonnet de Vertron, académicien à Arles et Padoue, a transmis les lettres patentes à Me Flechier, accompagnées de compliments. Me Flechier a exprimé sa gratitude pour cette distinction, soulignant que la France et l'Italie reconnaissent son mérite. Il a également remercié les membres de l'Académie des Ricovrati pour cet honneur. Le texte inclut des échanges épistolaires entre Guyonnet de Vertron et Me Flechier, ainsi qu'un distique composé par Guyonnet de Vertron en l'honneur de Me Flechier.
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4716
p. 163-173
Portrait de Madame de ***
Début :
Vous me demandez, Monsieur, le Portrait de Madame de .... [...]
Mots clefs :
Madame, Femmes, Beauté, Portrait, Taille, Amis, Beau, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de Madame de ***
Portrait de Madame de * * *
Vous me demandez, Monsieur,
le Portrait de Madame de. songez vous bien à
quoy vous m'engagez? il est
bien plus aisé de sentir ses
perfections que de les peindre.
J'aurois bien envie de vous
dire seulement qu'il n'y a rien
de si beau dans la nature que
Madame de. mais vous
nemetiendriez pas quitte pour
cela, vous voudriez que j'entrasse
dans le détail de ses qualitez
& ce détail est infini.
J'imagine bien encore un
moyen pour me tirer d'affaire,
ce seroit de vous con seiller de
venir voir Madame de Il
s'en formeroit dans vôtre coeur
un portrait plus parfait que
celuy que je pourrois vous tracer
,
mais à vous dire vray ,
ce parti est un peu dangereux
& je suis trop de vos amis pour
vous engager à le prendre,
jecroy qu'il vaut mieux pour
vous que je vous envoye
1 le portrait que vous me demandez
, puisque vous avez
étéassez prudent pour me
) charger de cette commission
) en vérité je vous plaindrois
fort si vous vous estiezadressé
àun meilleur peintre, vous
payeriez cher vôtre curiosité;
mais vous avez bien pris vos
mesures
,
cependant tenez
vous bien sur vos gardes. Il
n'a jamais paru dans l'Univers
) deux plus beaux yeux que
5 ceux de Madame de on y
voit un feu brillant adouci
par une longueur proportionnée
qui touche &qui surprend.
Sa bouche façonnée d'une maniere
merveilleuse
,
donne le
plus agreable spectacle du
monde,&on ne luy pardonneroir
jamais de l'ouvrir, si
pour dédommager de ce qu'
onperd..clIe ne montroitdes
dents blanches comme de
l'yvoire qui semblent rangées
par l'artmême. Tous ses traits
figurent admirablement bien
les uns avec lesautres, & contribuent
à faire de son visage
un modele de beautéréguliere;
mais je ne craindrois pas Madame
de. si elle n'étoit que
belle, sa beauté ne luy fers
presque derien pour plaire;
un je ne sçayquoy charmant
quine doit rien aux traits,luy
gagiie seurement les coeurs.
Que seroit ce si je vous peignois
sa gorge? c'ell: une
espece de glacis du plus beau
blanc quivient descendreimperceptiblement
pour f rmer
sa taille ; & quelle taille ! une
taille pleinede majesté qui n'a
riencependant quieffarouche :
les grâces corrigent ce qu'il y
auroit de trop fier. Sa démarche
est pleinede dignité, & a
quelque chose de grand qui
la distingue des autrcs femmes.
Necroyez pas pourtant que
tant de beauté en orguëllisse
Madame de. elle a dans
les manieres cette simplicité
qu'on doit avoir quand on se
sent au dt ssus des autres; aussi tout le monde luy rend
justice, & releve avec plaisir
sesavantages ; son sexe même
est charmé de la trouver si
belle. Qui croiroit que la vanité
fit de si grands sacrifices?
il esttemps que je vous parle
de l'esprit de Madame de
- jamais vous n'en avez connu
de plus délicat
,
il est fleury
autant qu'il faut pour n'être
point
pointisec,& cependant pour
estrejuste; lajufteflcd&r.efpriD
est VQiuob delafcchfiioflfc.
Ah ! que n'avez vousvû Madame
de dans unedeses
converfationsir©ù;jdcpotiiliée
desa dignité,elle parle sans
connainte,& n'obéir qu'à
son imagination
,
elle le peur:
cette sageimagination ne ié^,
gare jamais.* Quelle facilité !
quellegrace dans ses discours!
bien différente d'Elvire qu'on
voitcontinuellement faire des
efforts pour avoir de l'esprit,
&quimalheureusement pour
ceux quiFecourcoc
, en fait
toûjoursdevains ;. Madame
Idcz^b.1ni:nltw£incr.qúo parce .Cab"it!ecpêchdr
d'en montrer .Je vous diray
encore qu'elle a beaucoup lû
mais hcuèeuftmenrclle n'apas
demeiwirc,Lquel bien pour
nous qu'elle nepuisse rien emprunter
? car sans doute elle
auroit; quelquefois lamodestièdele^
faire &certainement
onyperdroit;on n'estjamais
exposé avec elleàcet ennuy
presque seur quivients'emparer
des conservations un
peu longues:Et le moyen que
l'esprit ne foie- pas taâjours
animé avec Madame de sa
maniéré de penfer est tantôt
serieuse,tantôt gaye ,quelquefoisnégligée
; dans tous
ces états elle est toujours inimitable
& nouvelle. Ce qui
-, me surprend c'est comment
toutle monde a yant tant de
lieu d'estre content de Madame
de. peut être aussi content
de soy : voyez un peu son
;
adresse, elle prend à fcs amis
des pensées informes, elle les
met dansun beau jour,elle
jy en ajoûte quelquefois de
beaucoup plus belles qu'elle
regarde comme dépendantes
des autres;enfinelleveutestre
redevable à ses amis de tout
cequ'elle dit de bon. N'eston
pas d'ordinaire plus jaloux de
ses tresors ? quel fonds ne stut.
il pas avoir pour enrichir ainsî
les autres de son propre bien;
avec des manieres si aimables
pour le monde Madame de
aime pourtant la retraite; les
plaisirs de la Campagne la touchent,
elleypasse une partie
considerable de l'annéesans
aucre compagnie que celle de
ses femmes
:
là elle s'amuse à
cueillir des fleurs, à voir le progrés
de ses fruits, d'autres fois
elle fait retentir les échos du
son de sa voix qu'elle a fort
agreable ,souvent elle passe
sontempsàfiler:enfinellea
toutes les occupations des Bergeres
; que dis je, la plus douce
luy manque; elle n'aime pas;
quel dommage & quel crime n'est-cepas que de posseder
tant de charmes
avec un coeur
oisif? voila le seul dcffaut que
je connoisse à Madame de
il y auroit bien de l'honneur
à l'en corriger.
Vous me demandez, Monsieur,
le Portrait de Madame de. songez vous bien à
quoy vous m'engagez? il est
bien plus aisé de sentir ses
perfections que de les peindre.
J'aurois bien envie de vous
dire seulement qu'il n'y a rien
de si beau dans la nature que
Madame de. mais vous
nemetiendriez pas quitte pour
cela, vous voudriez que j'entrasse
dans le détail de ses qualitez
& ce détail est infini.
J'imagine bien encore un
moyen pour me tirer d'affaire,
ce seroit de vous con seiller de
venir voir Madame de Il
s'en formeroit dans vôtre coeur
un portrait plus parfait que
celuy que je pourrois vous tracer
,
mais à vous dire vray ,
ce parti est un peu dangereux
& je suis trop de vos amis pour
vous engager à le prendre,
jecroy qu'il vaut mieux pour
vous que je vous envoye
1 le portrait que vous me demandez
, puisque vous avez
étéassez prudent pour me
) charger de cette commission
) en vérité je vous plaindrois
fort si vous vous estiezadressé
àun meilleur peintre, vous
payeriez cher vôtre curiosité;
mais vous avez bien pris vos
mesures
,
cependant tenez
vous bien sur vos gardes. Il
n'a jamais paru dans l'Univers
) deux plus beaux yeux que
5 ceux de Madame de on y
voit un feu brillant adouci
par une longueur proportionnée
qui touche &qui surprend.
Sa bouche façonnée d'une maniere
merveilleuse
,
donne le
plus agreable spectacle du
monde,&on ne luy pardonneroir
jamais de l'ouvrir, si
pour dédommager de ce qu'
onperd..clIe ne montroitdes
dents blanches comme de
l'yvoire qui semblent rangées
par l'artmême. Tous ses traits
figurent admirablement bien
les uns avec lesautres, & contribuent
à faire de son visage
un modele de beautéréguliere;
mais je ne craindrois pas Madame
de. si elle n'étoit que
belle, sa beauté ne luy fers
presque derien pour plaire;
un je ne sçayquoy charmant
quine doit rien aux traits,luy
gagiie seurement les coeurs.
Que seroit ce si je vous peignois
sa gorge? c'ell: une
espece de glacis du plus beau
blanc quivient descendreimperceptiblement
pour f rmer
sa taille ; & quelle taille ! une
taille pleinede majesté qui n'a
riencependant quieffarouche :
les grâces corrigent ce qu'il y
auroit de trop fier. Sa démarche
est pleinede dignité, & a
quelque chose de grand qui
la distingue des autrcs femmes.
Necroyez pas pourtant que
tant de beauté en orguëllisse
Madame de. elle a dans
les manieres cette simplicité
qu'on doit avoir quand on se
sent au dt ssus des autres; aussi tout le monde luy rend
justice, & releve avec plaisir
sesavantages ; son sexe même
est charmé de la trouver si
belle. Qui croiroit que la vanité
fit de si grands sacrifices?
il esttemps que je vous parle
de l'esprit de Madame de
- jamais vous n'en avez connu
de plus délicat
,
il est fleury
autant qu'il faut pour n'être
point
pointisec,& cependant pour
estrejuste; lajufteflcd&r.efpriD
est VQiuob delafcchfiioflfc.
Ah ! que n'avez vousvû Madame
de dans unedeses
converfationsir©ù;jdcpotiiliée
desa dignité,elle parle sans
connainte,& n'obéir qu'à
son imagination
,
elle le peur:
cette sageimagination ne ié^,
gare jamais.* Quelle facilité !
quellegrace dans ses discours!
bien différente d'Elvire qu'on
voitcontinuellement faire des
efforts pour avoir de l'esprit,
&quimalheureusement pour
ceux quiFecourcoc
, en fait
toûjoursdevains ;. Madame
Idcz^b.1ni:nltw£incr.qúo parce .Cab"it!ecpêchdr
d'en montrer .Je vous diray
encore qu'elle a beaucoup lû
mais hcuèeuftmenrclle n'apas
demeiwirc,Lquel bien pour
nous qu'elle nepuisse rien emprunter
? car sans doute elle
auroit; quelquefois lamodestièdele^
faire &certainement
onyperdroit;on n'estjamais
exposé avec elleàcet ennuy
presque seur quivients'emparer
des conservations un
peu longues:Et le moyen que
l'esprit ne foie- pas taâjours
animé avec Madame de sa
maniéré de penfer est tantôt
serieuse,tantôt gaye ,quelquefoisnégligée
; dans tous
ces états elle est toujours inimitable
& nouvelle. Ce qui
-, me surprend c'est comment
toutle monde a yant tant de
lieu d'estre content de Madame
de. peut être aussi content
de soy : voyez un peu son
;
adresse, elle prend à fcs amis
des pensées informes, elle les
met dansun beau jour,elle
jy en ajoûte quelquefois de
beaucoup plus belles qu'elle
regarde comme dépendantes
des autres;enfinelleveutestre
redevable à ses amis de tout
cequ'elle dit de bon. N'eston
pas d'ordinaire plus jaloux de
ses tresors ? quel fonds ne stut.
il pas avoir pour enrichir ainsî
les autres de son propre bien;
avec des manieres si aimables
pour le monde Madame de
aime pourtant la retraite; les
plaisirs de la Campagne la touchent,
elleypasse une partie
considerable de l'annéesans
aucre compagnie que celle de
ses femmes
:
là elle s'amuse à
cueillir des fleurs, à voir le progrés
de ses fruits, d'autres fois
elle fait retentir les échos du
son de sa voix qu'elle a fort
agreable ,souvent elle passe
sontempsàfiler:enfinellea
toutes les occupations des Bergeres
; que dis je, la plus douce
luy manque; elle n'aime pas;
quel dommage & quel crime n'est-cepas que de posseder
tant de charmes
avec un coeur
oisif? voila le seul dcffaut que
je connoisse à Madame de
il y auroit bien de l'honneur
à l'en corriger.
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4717
p. 162-173
DES ECUMES Printanieres par P***
Début :
On voit naistre au Printems certaines écumes blanches qui s'attachent [...]
Mots clefs :
Écumes, Plantes, Sauterelles, Printemps, Naturalistes, Membrane, Écumes printanières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES ECUMES Printanieres par P***
DES ECUMES
Printanieres par P ***
On voit naiſtreau Printems
certaines écumes blanches qui
s'attachent indifferemment à
toutes fortes de plantes. On
peut les appeller Printanieres ,
parce qu'elles paroiffent au
Printems , pluſtoſt ou plus
tard , felon que la ſaiſon eſt
plus ou moins avancée.
Pluſieurs Naturaliſtes ont
parlé de ces écumes ſans en
avoir connu la cauſe. Ceux
qui ont recours à la Phyſique
GALANT. 163
generale croyent que ce ſont
des vapeurs qui s'élevent de
quelques terres par la chaleur
du Printems , & vont s'attacher
aux plantes qu'elles rencontrent.
Ils apportent pour
raiſon qu'on voit quelquefois
un petit eſpacede terre dont
les plantes font parſemées de
ces écumes , &qu'enfuite on
feroit dix licues ſans en trouvec
d'autres ; ce qui fait voir
qu'il n'y a que certaines terres
propres à former ces écumes.
Ifidore de Seraille croit que ces
* écumes font des crachats, de
Coucou. Cette penſée peut
O ij
164 MERCURE
lui eſtre venuë de ce qu'elles
reſſemblent à de petits cra
chats , ou de ce qu'elles naifſent
lorſque le Coucou commence
à paroiſtre , & de ce
qu'elles diſparoiſſent environ
letems qu'il ſe retire,ou enfin
de ce qu'en volant d'un lieu
dans un autre , il fait quelque
fois un ralement avec la gorgecomme
s'il vouloit cracher.
Quelques-uns penſent que
c'eſt le ſuc des plantes qui s'extravaſe
; & Moufet dit que
c'eſt une rofée écumeule.
Swarmerdam eſt de tous les
Naturaliſtes celui qui a le
GALANT. 165
mieux connu ces écumes. H
prétend que ce font des ſauterelles
qui les font avec la
bouche. Il a cu raiſon de
dire que ce font ces petits animaux
qui les font , mais ce
n'eſt pas la bouche : ainſi il
n'en a parlé que par conjecture-
Je pourrois rapporter plufieurs
aurres penſées que l'on
a cuës fur ces écumes : mais
comme elles ſont toutes fauffes
, je ne m'y arrêteray pas
davantage. Voici comme la
choſe fepaffc.
On voit pendant l'Eté cer166
MERCURE
taines fauterelles que les Naturaliſtes
ont appellées ſauterelles
puces , à cauſe qu'elles
font fort petites , & qu'elles
fautent comme des puces.
Leurs pieds de derriere n'excedent
pas la hauteur de leur
dos, comme font ceux des aurres
ſauterelles : Ils font toûjours
pliez ſous le ventre com.
me ceux des puces , ce qui
fait qu'elles ſautent fort vite
ſans perdre de tems , parce
qu'il n'y en a point entre leurs
fauts.
J'ay déja fait remarquer
dans Ic Journal des Sçavans ,
GALANT. 167
que ces petites fauterelles ont
un aiguillon roide & fort pointu
, avec lequel elles tirent le
fuc des plantes.
Cette petite remarque eft
curicuſe , parce qu'il n'y a que
ces eſpeces de ſauterelles qui
ayent un aiguillon. Toutes
les autres qui nous ſont connuës
ont une bouche , des
levres & des dents , avec lefquelles
elles mangent les her.
bes , & même la vigne.
Vos locusta.
nemeas ledatis vites :funt enim
Lenere.
168 MERCURE
1
Nos fauterelles puces font
des oeufs d'où il fort au Printems
d'autres petites ſauterelles
, qui font envelopées pendant
quelque tems d'une fine
membrane. Cette membrane
eſt un fourreau qui a des yeux,
des pieds , des aîles & d'autres
organes , qui font les étuits
de ſemblables parties du petit
animal qu'elles renferment.
• Quand il fort de ſon oeuf,
il paroiſt comme un petit ver
blanchaſtre , qui n'eſt pas plus
-gros que la pointe d'une aiguille
, quelques jours aprés
il devient couleur de verd de
1
pré
GALANT. 169
pré , que le fuc des plantes
dont il ſe nourrit , pourroit
bien lui communiquer. Alors
il reſſemble preſque à un
petit crapaut , ou à unegrenoüille
verte qui monte ſur
les arbres , & qu'on appelle
pour cette raifon Rana arborea
; c'eſt à- dire grenoüille
d'arbre. Quoique cet infecte
ſoit envelopé d'une membrane
, il ne laiſſe pas de marcher
fort vîte & hardiment ; mais
il ne faute & ne võle point
qu'il n'ait quitté ſa pellicule.
Auſſi tott qu'il eſt ſorti de
ſon oeuf, il monte ſur une
May 1714. P
170 MERCURE
plante qu'il touche avec ſon
anus pour yattacher unegou.
telette de liqueur blanche &
toute pleine d'air . Il en met
une ſeconde auprés de la premiere,
puis une troiſieme ; &
il continuë de la forte juſqu'à
ce qu'il foit tout envelopé
d'une groſſe écume , dont il
ne fort point qu'il ne ſoit devenu
un animal parfait , c'eſtà-
dire , qu'il ne ſoit delivré de
la membrane qui l'environne.
21 Pour jetter cette écume, il
fait une eſpece diare de la
moitié de fon corps , dont le
ventre devient la convexité;
GALANT. 171
il recommence à l'inſtant un
autre arc oppofé au premier ,
c'eſt à dire que ſon ventre devient
concave de convexe qu'il
étoit. A chaque fois qu'il
fait cette doublecompreffion,
il fort une petite écume de
fon anus , à laquelle il donne
de l'étenduë en la pouſſant de
coſté & d'autre avec ſes
pieds.
J'ay mis ſur une jeune
Mente pluſieurs de ces petites
fauterelles , les feüilles ſur lef.
quelles elles firent leurs écumes
ne grandirent point , &
celles qui leur eſtoient oppo-
Pij
172 MERCURE
ſées devinrent de leur grandeur
naturelle. Cela fait voir
que ces inſectes vivent du ſuc
des plantes tandis qu'ils font
dans leurs écumes.
Quand la jeune ſauterelle
eſt parvenue à une certaine
grandeur , elle quitte ſon envelope
qu'elle laiſſe dans l'écume,
& elle ſaute dans la
Campagne.
Cette écume la garanti des
ardeurs du Soleil qui la pourroient
défecher. Elle la preſerve
encoredes araignées qui
la ſuçeroient , comme je l'ay
vû arriver quelquefois.
:
1
GALANT. 173
On dit à la Campagne que
ces écumes font un preſage
debeau tems : mais c'eſt qu'elles
n'y paroiffent que quand
le tems eſt beau, le mauvais
tems les détruit.
Printanieres par P ***
On voit naiſtreau Printems
certaines écumes blanches qui
s'attachent indifferemment à
toutes fortes de plantes. On
peut les appeller Printanieres ,
parce qu'elles paroiffent au
Printems , pluſtoſt ou plus
tard , felon que la ſaiſon eſt
plus ou moins avancée.
Pluſieurs Naturaliſtes ont
parlé de ces écumes ſans en
avoir connu la cauſe. Ceux
qui ont recours à la Phyſique
GALANT. 163
generale croyent que ce ſont
des vapeurs qui s'élevent de
quelques terres par la chaleur
du Printems , & vont s'attacher
aux plantes qu'elles rencontrent.
Ils apportent pour
raiſon qu'on voit quelquefois
un petit eſpacede terre dont
les plantes font parſemées de
ces écumes , &qu'enfuite on
feroit dix licues ſans en trouvec
d'autres ; ce qui fait voir
qu'il n'y a que certaines terres
propres à former ces écumes.
Ifidore de Seraille croit que ces
* écumes font des crachats, de
Coucou. Cette penſée peut
O ij
164 MERCURE
lui eſtre venuë de ce qu'elles
reſſemblent à de petits cra
chats , ou de ce qu'elles naifſent
lorſque le Coucou commence
à paroiſtre , & de ce
qu'elles diſparoiſſent environ
letems qu'il ſe retire,ou enfin
de ce qu'en volant d'un lieu
dans un autre , il fait quelque
fois un ralement avec la gorgecomme
s'il vouloit cracher.
Quelques-uns penſent que
c'eſt le ſuc des plantes qui s'extravaſe
; & Moufet dit que
c'eſt une rofée écumeule.
Swarmerdam eſt de tous les
Naturaliſtes celui qui a le
GALANT. 165
mieux connu ces écumes. H
prétend que ce font des ſauterelles
qui les font avec la
bouche. Il a cu raiſon de
dire que ce font ces petits animaux
qui les font , mais ce
n'eſt pas la bouche : ainſi il
n'en a parlé que par conjecture-
Je pourrois rapporter plufieurs
aurres penſées que l'on
a cuës fur ces écumes : mais
comme elles ſont toutes fauffes
, je ne m'y arrêteray pas
davantage. Voici comme la
choſe fepaffc.
On voit pendant l'Eté cer166
MERCURE
taines fauterelles que les Naturaliſtes
ont appellées ſauterelles
puces , à cauſe qu'elles
font fort petites , & qu'elles
fautent comme des puces.
Leurs pieds de derriere n'excedent
pas la hauteur de leur
dos, comme font ceux des aurres
ſauterelles : Ils font toûjours
pliez ſous le ventre com.
me ceux des puces , ce qui
fait qu'elles ſautent fort vite
ſans perdre de tems , parce
qu'il n'y en a point entre leurs
fauts.
J'ay déja fait remarquer
dans Ic Journal des Sçavans ,
GALANT. 167
que ces petites fauterelles ont
un aiguillon roide & fort pointu
, avec lequel elles tirent le
fuc des plantes.
Cette petite remarque eft
curicuſe , parce qu'il n'y a que
ces eſpeces de ſauterelles qui
ayent un aiguillon. Toutes
les autres qui nous ſont connuës
ont une bouche , des
levres & des dents , avec lefquelles
elles mangent les her.
bes , & même la vigne.
Vos locusta.
nemeas ledatis vites :funt enim
Lenere.
168 MERCURE
1
Nos fauterelles puces font
des oeufs d'où il fort au Printems
d'autres petites ſauterelles
, qui font envelopées pendant
quelque tems d'une fine
membrane. Cette membrane
eſt un fourreau qui a des yeux,
des pieds , des aîles & d'autres
organes , qui font les étuits
de ſemblables parties du petit
animal qu'elles renferment.
• Quand il fort de ſon oeuf,
il paroiſt comme un petit ver
blanchaſtre , qui n'eſt pas plus
-gros que la pointe d'une aiguille
, quelques jours aprés
il devient couleur de verd de
1
pré
GALANT. 169
pré , que le fuc des plantes
dont il ſe nourrit , pourroit
bien lui communiquer. Alors
il reſſemble preſque à un
petit crapaut , ou à unegrenoüille
verte qui monte ſur
les arbres , & qu'on appelle
pour cette raifon Rana arborea
; c'eſt à- dire grenoüille
d'arbre. Quoique cet infecte
ſoit envelopé d'une membrane
, il ne laiſſe pas de marcher
fort vîte & hardiment ; mais
il ne faute & ne võle point
qu'il n'ait quitté ſa pellicule.
Auſſi tott qu'il eſt ſorti de
ſon oeuf, il monte ſur une
May 1714. P
170 MERCURE
plante qu'il touche avec ſon
anus pour yattacher unegou.
telette de liqueur blanche &
toute pleine d'air . Il en met
une ſeconde auprés de la premiere,
puis une troiſieme ; &
il continuë de la forte juſqu'à
ce qu'il foit tout envelopé
d'une groſſe écume , dont il
ne fort point qu'il ne ſoit devenu
un animal parfait , c'eſtà-
dire , qu'il ne ſoit delivré de
la membrane qui l'environne.
21 Pour jetter cette écume, il
fait une eſpece diare de la
moitié de fon corps , dont le
ventre devient la convexité;
GALANT. 171
il recommence à l'inſtant un
autre arc oppofé au premier ,
c'eſt à dire que ſon ventre devient
concave de convexe qu'il
étoit. A chaque fois qu'il
fait cette doublecompreffion,
il fort une petite écume de
fon anus , à laquelle il donne
de l'étenduë en la pouſſant de
coſté & d'autre avec ſes
pieds.
J'ay mis ſur une jeune
Mente pluſieurs de ces petites
fauterelles , les feüilles ſur lef.
quelles elles firent leurs écumes
ne grandirent point , &
celles qui leur eſtoient oppo-
Pij
172 MERCURE
ſées devinrent de leur grandeur
naturelle. Cela fait voir
que ces inſectes vivent du ſuc
des plantes tandis qu'ils font
dans leurs écumes.
Quand la jeune ſauterelle
eſt parvenue à une certaine
grandeur , elle quitte ſon envelope
qu'elle laiſſe dans l'écume,
& elle ſaute dans la
Campagne.
Cette écume la garanti des
ardeurs du Soleil qui la pourroient
défecher. Elle la preſerve
encoredes araignées qui
la ſuçeroient , comme je l'ay
vû arriver quelquefois.
:
1
GALANT. 173
On dit à la Campagne que
ces écumes font un preſage
debeau tems : mais c'eſt qu'elles
n'y paroiffent que quand
le tems eſt beau, le mauvais
tems les détruit.
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Résumé : DES ECUMES Printanieres par P***
Les écumes printanières sont des substances blanches observées sur les plantes au printemps. Diverses théories ont été avancées pour expliquer leur origine. Certains naturalistes attribuaient ces écumes à des vapeurs terrestres ou aux crachats de coucous. D'autres les associaient au suc des plantes ou à une rosée particulière. Jan Swammerdam a correctement identifié que ces écumes sont produites par de petites sauterelles, nommées 'sauterelles puces'. Ces insectes fabriquent cette écume pour se protéger et se nourrir du suc des plantes. Leur cycle de vie commence par la ponte d'œufs qui éclosent en petits vers blancs. En se nourrissant des plantes, ces vers deviennent verts et sécrètent une écume protectrice autour d'eux. Cette écume est formée par des compressions de leur corps et les protège contre le soleil et les prédateurs tels que les araignées. Les paysans interprètent la présence de ces écumes comme un signe de beau temps, car elles disparaissent en cas de mauvais temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4718
p. 165-177
« Dame Jeanne de Monchy veuve de Louis de Mailly premier [...] »
Début :
Dame Jeanne de Monchy veuve de Louis de Mailly premier [...]
Mots clefs :
Marquis, Aignan, Beauvilliers, Monchy, Polignac
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dame Jeanne de Monchy veuve de Louis de Mailly premier [...] »
Dame Jeanne de Monchy
veuve de Louis de Mailly
premier du nom est morte
le 13. Avril 1705.âgée
de 80 ans, elle étoit
fille de Bertrand Andié de
Monchy, Marquis leNisle
& de Magdelaine de Laval
-
aux Epaules. Elle fut mariée
par Contrat du 19. Avril
1630.
La Maison deMonchy
cft tres-ancienne & îiluftre
de Picardie, connue depuis
Henry Seigneur de Monchy
qui vivoit dans le douzième
siecle, divisée en pluficurs
branches. La premiere est
celle de Montcavrel, dont
cette Dame étoit sortie; la
seconde celle d'Hoquincour
de laquelle étoit le Maréchal
d'Hoquincour &grand Prevost
de l'Hostel qui fut tué
le13 Juin1658;latroisiéme
celle des Seigneurs d'Incucfsen
sortie de Jean de MJ onchy
Seigneur de Montcavrel,
& d'Anne Picard; la quatrième
celle de Caveron, &
d'Hennereux; la cinquième
celle de Senarpont; la
sixiéme celle de Moimont, dans toutes lesquelles branches
il y a eu des Seigneurs
de tres grande distinction,
& des alliances tres-illustres,
comme sont celles de Montcavrel,
de Lannoy, Picard,
Ailly; Devaux-d'Hoquincourt,
de Bal sac, d'Entragues
, de Bourbon-Rubempré,
Laval aux Epaules,
trois fois dans la Maison de
« Mailly, parce que Jean-
Baptistede Monchy Marquis
de Montcavrel frere de
Jeanne de Monchy Marquise
de Mailly, qui donne lieu à
cet article avoir épousé
Claude de Mailly fille de
René troisiéme Marquis de
Maillly, & de Marguerite de
Monchy, fille de Jean Marquis
de Montcavrel & de
Marguerite de Bour bon Rubempré,
lequel Jean- Baptiste
Marquis de Montcavrel,
frere de la Dame qui vient
de mourir étoit fils de Magdelaine
de laVal aux Epaules,
qui épousa en secondes noces
René troisiéme Marquis de
Mailly, qui donna sa fille du
premier lit, au fils de sa seconde
femme, ainsi on voie
par cette triple allianceque
la Maifpn de Monchy &
celle
celles deMadiy étoient alliez
tresétroitement, outre ces
alliances ilsen ont encore eu
avec Gouffier,Bonnivet, du
Chastelet, Rouxel de Medavy
, Estampes, Valancéy
Molé de Jussanvigny , , &
quantité d'autres tres considerables.
Madame la Matquise
de Mailly a veu de son
vivant sa posterité tresreplendissante,
voyant deux
de ses fils Chefs de deux
branches de
-
la maison de
Mailly. Monficur l'Evêquc
Lavaur qui vient de mourir,
Monsieur l'Archevêqued'Ar:
les, àpresenqt Archevesque
de Reims, & plusieurs filles
donc une Marié Louise
Magdclaine de Maillyfemme
de René,quatrième Marquis
de Mailly son cousin Au
deuxième au troisiémedeg-ré, ses deux fils qui ont fait
branche font; Louis de
Mailly Marquis deNeslequi aépouséen1687.Marie dq
Coligny,fille de Jean Comte
de h Mothe Saint jean de
la maison de Coligny-
chastlillon, dont nous avons
eu des Maréchaux & Amiraux
de France. De luy ett
f
forci Monsieur le Marquis
de Nesle, & Dame Charlotte
de Mailly qui épousa en
1671. le Prince Emanuel de
Nassau Siegen;le second fils
de Madame de Mailly est
Louis de Comte de Mailly
qui épousa Dame Marie-
Anne de Sainte Hermine qui
a nombre d'enfans, & entreautres
Madame Françoise de
Mailly épouse de Monsieur
le Marquis de la Vrilliere
Secretaire d'Etat, & Madame
la Marquise de Polignac.
Le Roy a nommé pour
Successeur de Monsieur le
CardinaldeJanson à l' Eve-;
ché de Beauvais Monficur
l'Abhé de Saint Aignan,
frere de Monsieur le Duc
de Beauvilliers, & fils du sécond
lit de - feu Monsieur le
Duc de Saint Aignan, Pair
deFrance,& de Dame Marie
Françoise de Heré de
Rancé. Beauvilliers est une
maiso ancienne de Berry,
dont étoit JeandeBeauvilliers
qui épousa en 1428. Alix
d'Estouteville par cette alliance
;on p ut voir en que le
çftime étoit dans ce temps
la maison de Beauvilliers.
Merry de Beauvilliers Baron
de la Ferté, s'allia avec
Jacquette dTHampes, &
sa soeur Marguerite épousa
Robert d'Etampes Marquis
de Salabris. Merry épousa
en seconde noces Louise de
Husson Dame de Saint
Aignan de laquelle il eut
beaucoup d'enfans, René
Comte de Saint Aignan
continua la posterité, trois
de ses filles furent alliées,
l'une à Jean du Bec Marquis
de Vardes; une à
François de Beauvau, de la
branche du Vivant ; & une
à René Taveau Baron-de
Mortemer. De René il ne
sortit qu'unfils, Claude de
Beauvilliers Comte de Saint
Aignan qui épousaRenée
Rabon fille de J:.an Seigneur
de la Bourdaisiere; il tut plusieurs
ensans , entr'autres
Honnorat de Beauvilliers
Comte de Saint Aignan, qui
épousa Jacqueline de la Grait.
ge fille de François Seigneur
de Montigny Maréchal de
France; il aesté Pere de François
de Beauvilliers premier
Duc de Saint Aignan
,
perc
de Monsieur le Duc de Beauvilliers,
de Monsieur le Duc
de Saint Aignan, de Mon- *
sieur l'Evesque de Beauvais
& de quantité d'autres ensans.
Une soeur deFrançois
Duc du SaintAignan epousa
en 16ig. Hippolice de Bethune
Comte de Selles, Chevalier
des Ordres; de laquelle
est sorti la branche1 des
Comtes de Bethune & de
Charost.
Sa Majesté a aussi donné
l'Abbaye de Marchiennes au
Cardinal Ottoboni.
L'Abbaye de S. Pierre de
Corbie, vaccante par ledecés
de Monsieur le Cardinal de
Janson au Cardinal de Polignac.
Ce Prélat s'est fait distinguer
par les grandes negociatious
dont il a esté
employé par sa Majesté, &
dms toutes lesquelsils sest
toujours acquité avec gloire
la maison de cet illustrePrélat
est des plus anciennes &
desplus illustres, étant de la
maison deChalençon qui
a pris le nom de Polignac depuis
que cette maisonest
fonduë par un Mariage dans
celle de Chalençon. Il est fils
de Louis Armand Vicomte
de Polignac Marquis de Chalençon
Chevalier des Ordres
du Roy, &d'Isabelle Esprit
de la Baume soeur du Maréchal
de Montrevel, & frere
de Monsieur le Marquis de
Polignac qui a épousé en
premiere noces Marie- Anne
de Rambures, & en seconde
nôces Françoise de Mailly
On parlera plus au long le
mois prochain de la maison
de Polignac.
veuve de Louis de Mailly
premier du nom est morte
le 13. Avril 1705.âgée
de 80 ans, elle étoit
fille de Bertrand Andié de
Monchy, Marquis leNisle
& de Magdelaine de Laval
-
aux Epaules. Elle fut mariée
par Contrat du 19. Avril
1630.
La Maison deMonchy
cft tres-ancienne & îiluftre
de Picardie, connue depuis
Henry Seigneur de Monchy
qui vivoit dans le douzième
siecle, divisée en pluficurs
branches. La premiere est
celle de Montcavrel, dont
cette Dame étoit sortie; la
seconde celle d'Hoquincour
de laquelle étoit le Maréchal
d'Hoquincour &grand Prevost
de l'Hostel qui fut tué
le13 Juin1658;latroisiéme
celle des Seigneurs d'Incucfsen
sortie de Jean de MJ onchy
Seigneur de Montcavrel,
& d'Anne Picard; la quatrième
celle de Caveron, &
d'Hennereux; la cinquième
celle de Senarpont; la
sixiéme celle de Moimont, dans toutes lesquelles branches
il y a eu des Seigneurs
de tres grande distinction,
& des alliances tres-illustres,
comme sont celles de Montcavrel,
de Lannoy, Picard,
Ailly; Devaux-d'Hoquincourt,
de Bal sac, d'Entragues
, de Bourbon-Rubempré,
Laval aux Epaules,
trois fois dans la Maison de
« Mailly, parce que Jean-
Baptistede Monchy Marquis
de Montcavrel frere de
Jeanne de Monchy Marquise
de Mailly, qui donne lieu à
cet article avoir épousé
Claude de Mailly fille de
René troisiéme Marquis de
Maillly, & de Marguerite de
Monchy, fille de Jean Marquis
de Montcavrel & de
Marguerite de Bour bon Rubempré,
lequel Jean- Baptiste
Marquis de Montcavrel,
frere de la Dame qui vient
de mourir étoit fils de Magdelaine
de laVal aux Epaules,
qui épousa en secondes noces
René troisiéme Marquis de
Mailly, qui donna sa fille du
premier lit, au fils de sa seconde
femme, ainsi on voie
par cette triple allianceque
la Maifpn de Monchy &
celle
celles deMadiy étoient alliez
tresétroitement, outre ces
alliances ilsen ont encore eu
avec Gouffier,Bonnivet, du
Chastelet, Rouxel de Medavy
, Estampes, Valancéy
Molé de Jussanvigny , , &
quantité d'autres tres considerables.
Madame la Matquise
de Mailly a veu de son
vivant sa posterité tresreplendissante,
voyant deux
de ses fils Chefs de deux
branches de
-
la maison de
Mailly. Monficur l'Evêquc
Lavaur qui vient de mourir,
Monsieur l'Archevêqued'Ar:
les, àpresenqt Archevesque
de Reims, & plusieurs filles
donc une Marié Louise
Magdclaine de Maillyfemme
de René,quatrième Marquis
de Mailly son cousin Au
deuxième au troisiémedeg-ré, ses deux fils qui ont fait
branche font; Louis de
Mailly Marquis deNeslequi aépouséen1687.Marie dq
Coligny,fille de Jean Comte
de h Mothe Saint jean de
la maison de Coligny-
chastlillon, dont nous avons
eu des Maréchaux & Amiraux
de France. De luy ett
f
forci Monsieur le Marquis
de Nesle, & Dame Charlotte
de Mailly qui épousa en
1671. le Prince Emanuel de
Nassau Siegen;le second fils
de Madame de Mailly est
Louis de Comte de Mailly
qui épousa Dame Marie-
Anne de Sainte Hermine qui
a nombre d'enfans, & entreautres
Madame Françoise de
Mailly épouse de Monsieur
le Marquis de la Vrilliere
Secretaire d'Etat, & Madame
la Marquise de Polignac.
Le Roy a nommé pour
Successeur de Monsieur le
CardinaldeJanson à l' Eve-;
ché de Beauvais Monficur
l'Abhé de Saint Aignan,
frere de Monsieur le Duc
de Beauvilliers, & fils du sécond
lit de - feu Monsieur le
Duc de Saint Aignan, Pair
deFrance,& de Dame Marie
Françoise de Heré de
Rancé. Beauvilliers est une
maiso ancienne de Berry,
dont étoit JeandeBeauvilliers
qui épousa en 1428. Alix
d'Estouteville par cette alliance
;on p ut voir en que le
çftime étoit dans ce temps
la maison de Beauvilliers.
Merry de Beauvilliers Baron
de la Ferté, s'allia avec
Jacquette dTHampes, &
sa soeur Marguerite épousa
Robert d'Etampes Marquis
de Salabris. Merry épousa
en seconde noces Louise de
Husson Dame de Saint
Aignan de laquelle il eut
beaucoup d'enfans, René
Comte de Saint Aignan
continua la posterité, trois
de ses filles furent alliées,
l'une à Jean du Bec Marquis
de Vardes; une à
François de Beauvau, de la
branche du Vivant ; & une
à René Taveau Baron-de
Mortemer. De René il ne
sortit qu'unfils, Claude de
Beauvilliers Comte de Saint
Aignan qui épousaRenée
Rabon fille de J:.an Seigneur
de la Bourdaisiere; il tut plusieurs
ensans , entr'autres
Honnorat de Beauvilliers
Comte de Saint Aignan, qui
épousa Jacqueline de la Grait.
ge fille de François Seigneur
de Montigny Maréchal de
France; il aesté Pere de François
de Beauvilliers premier
Duc de Saint Aignan
,
perc
de Monsieur le Duc de Beauvilliers,
de Monsieur le Duc
de Saint Aignan, de Mon- *
sieur l'Evesque de Beauvais
& de quantité d'autres ensans.
Une soeur deFrançois
Duc du SaintAignan epousa
en 16ig. Hippolice de Bethune
Comte de Selles, Chevalier
des Ordres; de laquelle
est sorti la branche1 des
Comtes de Bethune & de
Charost.
Sa Majesté a aussi donné
l'Abbaye de Marchiennes au
Cardinal Ottoboni.
L'Abbaye de S. Pierre de
Corbie, vaccante par ledecés
de Monsieur le Cardinal de
Janson au Cardinal de Polignac.
Ce Prélat s'est fait distinguer
par les grandes negociatious
dont il a esté
employé par sa Majesté, &
dms toutes lesquelsils sest
toujours acquité avec gloire
la maison de cet illustrePrélat
est des plus anciennes &
desplus illustres, étant de la
maison deChalençon qui
a pris le nom de Polignac depuis
que cette maisonest
fonduë par un Mariage dans
celle de Chalençon. Il est fils
de Louis Armand Vicomte
de Polignac Marquis de Chalençon
Chevalier des Ordres
du Roy, &d'Isabelle Esprit
de la Baume soeur du Maréchal
de Montrevel, & frere
de Monsieur le Marquis de
Polignac qui a épousé en
premiere noces Marie- Anne
de Rambures, & en seconde
nôces Françoise de Mailly
On parlera plus au long le
mois prochain de la maison
de Polignac.
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Résumé : « Dame Jeanne de Monchy veuve de Louis de Mailly premier [...] »
Dame Jeanne de Monchy, veuve de Louis de Mailly, est décédée le 13 avril 1705 à l'âge de 80 ans. Elle était la fille de Bertrand Andié de Monchy, Marquis du Nisle, et de Magdelaine de Laval aux Épaules. Elle s'est mariée par contrat le 19 avril 1630. La Maison de Monchy est une ancienne et illustre famille de Picardie, connue depuis Henry Seigneur de Monchy au douzième siècle. Elle est divisée en plusieurs branches, dont la première est celle de Montcavrel, à laquelle appartenait Dame Jeanne de Monchy. D'autres branches notables incluent celles d'Hoquincourt, d'Incucfsen, de Caveron, d'Hennereux, de Senarpont et de Moimont. Ces branches ont compté de nombreux seigneurs distingués et des alliances illustres, telles que celles avec les familles de Montcavrel, Lannoy, Picard, Ailly, Devaux-d'Hoquincourt, Balzac, Entragues, Bourbon-Rubempré, Laval aux Épaules et Mailly. Madame la Marquise de Mailly a vu sa postérité se développer de manière éclatante, avec deux de ses fils à la tête de deux branches de la maison de Mailly. Parmi ses descendants notables figurent Monseigneur l'Évêque de Lavaur, Monseigneur l'Archevêque d'Arles, et plusieurs filles, dont Louise Magdelaine de Mailly, épouse de René, quatrième Marquis de Mailly. Ses petits-fils incluent Louis de Mailly, Marquis de Nesle, et Louis de Comte de Mailly. La famille a également des alliances avec des maisons telles que Gouffier, Bonnivet, du Chastelet, Rouxel de Medavy, Estampes, Valancéy et Molé de Jussanvigny.
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4719
p. 41-54
QUESTION.
Début :
Quelle difference y a-t-il entre la tendresse & [...]
Mots clefs :
Amour, Tendresse, Coeur, Volupté, Plaisirs, Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION.
QUESTION.
Quelle différencey at-
il entre la tendresse (;J' Famour?
REPONSE. ;
f
Le coeur faitlatendresse,
& l'imagination
fait l'amour. Il y a des
occasîons où les mouvejniens
du coeur, &: les
effets de l'imagination
font confondus. De
rout temps on a difpù-,!
té sur les mouvemens
du coeur & de l'esprit,.
ce font vrais sujets.
Les deux partis peu-,
vent avoir raison,
RElP0NSE;
Les Poëtes font en
possession de les confon- J
, dre,mais sans leur diC.
puter le droit d'expri- j
mer l'amour par le mot
de tendresse, & la ten-j
dresse par le mot d'amour,
je crois qu'il n'y
a personne qui n'en fasse
la difference, & tous
ceux qui d'abord sensibles
au mérite d'une jolie
femme, en deviennent
amoureux par degrez,
sçavent du moins
qu'ils étoient tendres
avant qued'être amoureux,
&que cet objet
avoit réveillé latendresse
dans leur coeur avant
que d'y former la pah
sion de amour.
La tendresse est pour
ainsï dire la trempe du
coeur, les uns aiment
plus, les autres moins
tendrement, & chacun,
aimeselon la convenance
de soncoeur.
L'amour est la tendresse
d'un coeur attaché
à un objet, la tendresse
est la qualité d'un«
coeur quin'atrend quunj
objet pour s'attacher.
Je ne sçai si ces définitions
paroîtront bien
justes dans un temps où
1 amour tient moins de
la tendresse que de la
volupté; aussi n'ai - je
pretendu parler que de
celui que la tendresse
produit. L'amour est la
plus naturelle & la plus
belle de toutes les passions,
parce que latendresseestla
plus naturelle
& la plus belle de
Doutes les qualitez du
soeur humain; parce
que la volupté l'a dégradée,
l'amour est une
passion qu'on cache,&
dont on rougit.
Si la tendresse feule
agissoit dans l'amour,
cette passion seroit la juste
mesure de la bonté,
de la noblesse, & de la
delicatesse des coeurs ;
& la decadence de cet
amour vient sans doute
des esprits les plus bornez
, qui incapables des
grandes idées
, &C dC$',¡
beauxsentimens , ne
trouvent de ressources
ni de plaisirs que dans
la volupté. Comme le
nombre des espritsmédiocres
estleplus grand
& le plus sort, la plûpart
des Dames se sont
tellement rangées de
leur party quelles se
passent maintenant fort
bien de tendresse, &C
1
quelles la regardent
comme imbécillitédans
ceux qui font en âge de
raison, & dans les jeunes
gens comme le &..
faut d'un usage qu'elles
esperent que l'âge & le
monde leur donnera. Ce
ne font point elles qui
confondront l'amour
avec la tendresse; j'en
foupçonnerois bien plûtôt
celles, qui malgré
le torrentde l'usage
soûtiennent encore
l'honneur d'une passions
que tant d'autres exemples
avilissent.
t i
1. Je suisbienéloigné de
penser que la race ensoit
efteinte
,
& quand j'ay
dit - que la pluspart des
femmes se rangeoient du
1 mauvais party, c'est que
leur nombre,fust-il mille
fois plus petit, me paroiftroit
tousjours trop
grand.Qiioyquilen soit,
rien ne fait plus d'honneuraux
femmes que la
tendressedeshommes, Se
pour moy j'yconçois de
grar dsplaisirs, & je suis
persuadéqueleplaisir lccret
que fait la lecture
des belles Tragedies k
des beaux Romans vient
de la tendresse qui y est
peinte. On est charmé de
retrouver en foy les mefmes
sentiments qu'on y
donne aux Héros.
L'âge d'or n'avoitrien
de si doux que l'union des
deux sexes
, par l'amour
que produit feulement la
[cndreffe; & le present le
plus funeste qu'on puft
leur faire estoit la volupté
que Pandore apporta,
& qui finit pour jamais
cet heureux temps. Pour
lors -
Les deux sexesefcoient
unis des plus beaux .,
noeuds ;
Ce qui pouvoit les rendre
1.
*heureux N'estoit jamais illégitime,
hmeuarpxenichmanteestoit leur
sPar la Jîmple nature ils
estoientvertueux;
Le re(pe£l, lam.ur
,
f5 l'estime
Estoientlesseuls lliieennss de
leursociété,
Et chacun possedoit sans
crime
Son plaisirsaliberté.-
Mais, ôfuneste barbarie!
Bientof tinfarne volupté
Vint troublerparsa tirannie
Lacommunefelicité.
La mutuellesympathie
Qui s'expliquoit dans tous
lescoeprs.,
Effrayée ai'ajpeéï de tant
defrenesie
NyfitplusJentirfies douceurs.
Sous les loix de cette trai- tresse
Le coeur ne connutplus les
innocents desirs,
Et tous les sens troublez,
d'une honteujeyvreffe
LLuuychroaivsiirresnetsplleaidsriorist. de
Depuiscetempsfatal3l'amant
(jf la maistresse
Que ce monstre unit en UT*
jour
Goustent lesplaisirs de l'amour
Sansgouster ceux de la
tendresse.
ENIGMES
Quelle différencey at-
il entre la tendresse (;J' Famour?
REPONSE. ;
f
Le coeur faitlatendresse,
& l'imagination
fait l'amour. Il y a des
occasîons où les mouvejniens
du coeur, &: les
effets de l'imagination
font confondus. De
rout temps on a difpù-,!
té sur les mouvemens
du coeur & de l'esprit,.
ce font vrais sujets.
Les deux partis peu-,
vent avoir raison,
RElP0NSE;
Les Poëtes font en
possession de les confon- J
, dre,mais sans leur diC.
puter le droit d'expri- j
mer l'amour par le mot
de tendresse, & la ten-j
dresse par le mot d'amour,
je crois qu'il n'y
a personne qui n'en fasse
la difference, & tous
ceux qui d'abord sensibles
au mérite d'une jolie
femme, en deviennent
amoureux par degrez,
sçavent du moins
qu'ils étoient tendres
avant qued'être amoureux,
&que cet objet
avoit réveillé latendresse
dans leur coeur avant
que d'y former la pah
sion de amour.
La tendresse est pour
ainsï dire la trempe du
coeur, les uns aiment
plus, les autres moins
tendrement, & chacun,
aimeselon la convenance
de soncoeur.
L'amour est la tendresse
d'un coeur attaché
à un objet, la tendresse
est la qualité d'un«
coeur quin'atrend quunj
objet pour s'attacher.
Je ne sçai si ces définitions
paroîtront bien
justes dans un temps où
1 amour tient moins de
la tendresse que de la
volupté; aussi n'ai - je
pretendu parler que de
celui que la tendresse
produit. L'amour est la
plus naturelle & la plus
belle de toutes les passions,
parce que latendresseestla
plus naturelle
& la plus belle de
Doutes les qualitez du
soeur humain; parce
que la volupté l'a dégradée,
l'amour est une
passion qu'on cache,&
dont on rougit.
Si la tendresse feule
agissoit dans l'amour,
cette passion seroit la juste
mesure de la bonté,
de la noblesse, & de la
delicatesse des coeurs ;
& la decadence de cet
amour vient sans doute
des esprits les plus bornez
, qui incapables des
grandes idées
, &C dC$',¡
beauxsentimens , ne
trouvent de ressources
ni de plaisirs que dans
la volupté. Comme le
nombre des espritsmédiocres
estleplus grand
& le plus sort, la plûpart
des Dames se sont
tellement rangées de
leur party quelles se
passent maintenant fort
bien de tendresse, &C
1
quelles la regardent
comme imbécillitédans
ceux qui font en âge de
raison, & dans les jeunes
gens comme le &..
faut d'un usage qu'elles
esperent que l'âge & le
monde leur donnera. Ce
ne font point elles qui
confondront l'amour
avec la tendresse; j'en
foupçonnerois bien plûtôt
celles, qui malgré
le torrentde l'usage
soûtiennent encore
l'honneur d'une passions
que tant d'autres exemples
avilissent.
t i
1. Je suisbienéloigné de
penser que la race ensoit
efteinte
,
& quand j'ay
dit - que la pluspart des
femmes se rangeoient du
1 mauvais party, c'est que
leur nombre,fust-il mille
fois plus petit, me paroiftroit
tousjours trop
grand.Qiioyquilen soit,
rien ne fait plus d'honneuraux
femmes que la
tendressedeshommes, Se
pour moy j'yconçois de
grar dsplaisirs, & je suis
persuadéqueleplaisir lccret
que fait la lecture
des belles Tragedies k
des beaux Romans vient
de la tendresse qui y est
peinte. On est charmé de
retrouver en foy les mefmes
sentiments qu'on y
donne aux Héros.
L'âge d'or n'avoitrien
de si doux que l'union des
deux sexes
, par l'amour
que produit feulement la
[cndreffe; & le present le
plus funeste qu'on puft
leur faire estoit la volupté
que Pandore apporta,
& qui finit pour jamais
cet heureux temps. Pour
lors -
Les deux sexesefcoient
unis des plus beaux .,
noeuds ;
Ce qui pouvoit les rendre
1.
*heureux N'estoit jamais illégitime,
hmeuarpxenichmanteestoit leur
sPar la Jîmple nature ils
estoientvertueux;
Le re(pe£l, lam.ur
,
f5 l'estime
Estoientlesseuls lliieennss de
leursociété,
Et chacun possedoit sans
crime
Son plaisirsaliberté.-
Mais, ôfuneste barbarie!
Bientof tinfarne volupté
Vint troublerparsa tirannie
Lacommunefelicité.
La mutuellesympathie
Qui s'expliquoit dans tous
lescoeprs.,
Effrayée ai'ajpeéï de tant
defrenesie
NyfitplusJentirfies douceurs.
Sous les loix de cette trai- tresse
Le coeur ne connutplus les
innocents desirs,
Et tous les sens troublez,
d'une honteujeyvreffe
LLuuychroaivsiirresnetsplleaidsriorist. de
Depuiscetempsfatal3l'amant
(jf la maistresse
Que ce monstre unit en UT*
jour
Goustent lesplaisirs de l'amour
Sansgouster ceux de la
tendresse.
ENIGMES
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Résumé : QUESTION.
Le texte distingue la tendresse et l'amour. La tendresse est décrite comme un mouvement du cœur, tandis que l'amour est le fruit de l'imagination. Les poètes confondent souvent ces deux sentiments, mais toute personne sensible reconnaît leur différence. La tendresse précède l'amour et est la qualité d'un cœur qui s'attache à un objet. L'amour est la tendresse d'un cœur attaché à un objet spécifique. L'auteur considère que l'amour véritable, produit par la tendresse, est la plus naturelle et la plus belle des passions. Cependant, la volupté a dégradé l'amour, le transformant en une passion cachée et source de honte. Cette décadence est attribuée aux esprits médiocres qui ne trouvent de plaisir que dans la volupté. La plupart des femmes, influencées par cet usage, se passent de tendresse et la considèrent comme une faiblesse. L'auteur espère que la tendresse des hommes fasse honneur aux femmes et que la lecture de belles tragédies et romans, où la tendresse est mise en avant, procure un plaisir secret. Dans l'âge d'or, l'union des sexes était basée sur l'amour produit par la tendresse. La volupté, apportée par Pandore, a mis fin à cet heureux temps en troublant la communion des cœurs et en rendant l'amour dépourvu de tendresse.
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4720
p. 65-123
ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
Début :
Sans interrompre le paralelle d'Homere & de Rabelais, je [...]
Mots clefs :
Homère, Rabelais, Plaisir, Médecin, Parallèle, Hommes, Mari, Oeil, Fous, Dames, Compagnons, Moutons, Caverne, Cyclope, Patience, Marchand, Femme, Dieux, Troupeaux, Paris, Jupiter, Argent, Sourd, Muette, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
ARTICLE
burlesque.
Suite du Paralelle d'Homere&
deRabelais.
SAns interrompre le
paralelle d'Homere&
de Rabelais,je puis interrompre
les reflexions
comiques & serieuses
que j'ai commencéesfutcesdeux
Auteurs. Trop de réflexions
de fuite feroient
une dissertation
ennuyeuse
,
sur tout
pour les Dames, dont
j'ambitionne les suffrages;
elles ont legoût
plus delicat& plus vrai
que les hommes, dont
la pluspart se piquant
,de
<
critique profonde,
sont toûjours en garde
contre ce qui plaÎrjqui
ont, pour ainsidire,
emouue leur goût naturel
à force de science
dC de préjugez; en un
f- mot, qui jugent moins
par ce qu'ils sentent,
que par ce qu'ilssçavent.
Plusieurs Dames af.
fez contentes de quelques
endroits de mes
dissertations, se sont
plaint que les autres
netoient pas assez intelligibles
pour elles,
qui ne sont pasobligées
d'avoir lû Homere ni
Rabelais: il est vrai que
le Poete Grec est à presenttraduitenbonfrançois:
mais Rabelais est
encore du grec pour elles
; je vais donc tâcher
declaircir& de purifier
quelques morceaux de
Rabelais, pour les rendre
moins ennuyeux
aux Dames.
Ces extraits épurez
feront plaisir à celles
qui, curieuses de lire
Rabelais, n'ont jamais
voulu contenter leur
curiosité aux dépens de
leur modestie.
En donnantce qu'il
y a de meilleur dans
Rabelais, je fixerai la
curiosité de celles qui
en faveur du bon, auroient
risqué de lirele
mauvais.
Et s'il y en a quelqu'une
qui n'aiepû resister
à la tentation de
tout lire,elle pourra
citer Maître François à
l'abryde mes extraits,
sans être soupçonnée
d'auoir lu l'original.
Dans la derniere dissertation
j'ai opposé à
une harangue du sage
Nestor, une lettre écrite
à Gargantua par
Grandgousier son pere.
Vous avez vû que Rabelais
s'est mélé du fcrieux.;
Homere lemele
aussi quelquefois du
burlesque, autre sujet
de paralelle.Vousaurez
ici un conte heroïcomique
de l'Odissée, mais
commençons par un
conte de Rabelais;je ne
prétens qu'opposer le
premier coupd'oeil de
ces deuxcontes,&non.
pas les comparer exaétcment:
j'entrouverai
dans la fuite quelquestuinnss
ppluuss pprroopprreess aà eêttrree.
comparez ensemble.
Voici celui de Rabelais,
'f
donc j'ai feulement conservé
le fond, en a joûtant
& retranchant
tout ce que j'aicrû pouvoir
le rendre plus
agréable,& plusintelligible
aux Dames.
LES
LES MOUTONS
de Dindenaut.
<*. En une Naufou Navire
estoitletaciturnien.,
songe-creux,&malignement
intentionnéPanurge
: encemêmè Navire
estoit un Marchand de
moutonsnomméDindenaut,
hommegaillard,
raillard
,
grand rib leur
5
nurgetoutdébifié de mi-
Lie, 6c mal en point d'acouftrement
,
déhousillé
de chevelure
,
vesce
délabrée, éguillettes
rompues, boutons intermitans
chauffes pensantes,&:
lunettes pendues
au bonnet. Le Marchant
donc s'émancipa
en gausseriessur chaque
piece d'iceluy accoustrement,
mais specialement
sur ses lunettes : luy difarteavoir<
fçupar traciitioli
vulgaire que tout
homme arborant lunett
tes sur toûjours onc mal
voulu des femmes étranges
& vilipendé de la
siennedomestique ,sur
lesquels pronostics apostrophant
Panurge en son
honneur, l'appella je ne
sçay comment, id est,
d'un nom qui réveilla i«rPanurgedesaléthargie
^.rêveusej carrêvoitjuste
• en ce momentauxinconveniens
à venir de son
futur mariage. Holà,
holà
, mon bon Marchand
*,
dit d'abord Panurge
d'un air niais 8c
bonnasse, holà, vous disje,
car onc ne fus, ny ne
puis maintenant estre ce
-
que nul n'est que par mariage
: A quoy repart
Dindenaut, que marié
ou non mariée c'esttout
un ; car fruits de Cor-,
nuaille sont fruits précoces
j & m'est avisque
pour porter tels fruits ,
êtes fait &C moulé comme
de cire: ouy , cette
plante mordra sur~vôrre
chef comme chiendenc
sur terre graffe.
Ho ,
ho
,
ho
,
reprit
bonnement Panurge,
quartier, quartier, car
par la vertu- boeuf ou
asne que je suis, ne puis
avoir espritd'Aigle: perçant
les nuës,par quoy
gaudissez-vous de moy,
si c'est vostre plaisir ,
mais rien nerepliqueray
faute de répliqué : prenons
patience.
Patience vous duira
dit le Marchand, , comme
à tant d'autres. Patienceestvertu
maritale.
Patience soit imterrompit
Panurge, mais changeons
de propos : Vous
avez-là force beaux moutons,
m'envendriez-vous
bien un paravanture.
O le vaillant acheteur
de moutons, dit le Marchand.
Feriez volontiers
plus Convenablement
vous acheter un bon ha-,
bit pour quand vous E~
rez marié,habit de lné.)
nage ,
habit avenant ,
manteau profitable
chapeau commode, &,
panache de cerf.
Va-rience, dit Panurge,
& vendez-moy feulc,
ment un de vos Inou,
ton.
Tubleu
,
dit le Mat>
chand, ce seroit fortune
pour vous qu'un de ces
beliers. Vendriez sa fine
laine pour faire draps, sa
Mue peau pour faire cuir s
sa chair friande pour
nourrir Princes, & (i
petite-oye pieds :& teste
vous resteroient, & cornes
encore sur le marché-
Patience,dit Panurge,
tout ce que dites de cornerie
a esté corné aux
oreilles tant & tant de
fois,laissons ces vieilleties
; sottises nouvelles.
sont plus de InÍfea,
-- Ah qu'il dit bien! reprit
le Marchand, il merite
que mouton je luy
vende, ilestbon homme
: ç'a parlons daffaire.
Bon, dit Panurge eit
joye, vous venez au but,
6c n'auray plus besoinde
patience.
T C'a, dit le Marchand,
écoutez - mcy.j'écoute
dit Panurge.
LE M. Approchez cette
oreilledroite.P.
ce. LE M. Et la gauche. l P. Hé bien. LE M. En
l'autre encore. P. N'enay
quecesdeux. LE M.Ouvrez
- les donc toutes
grandes. P. A vôtre commandement.
LE MARC.
Vous allez au pays des
Lanternois? P.Ouy. LE
M. Voir le monde? P,
Certes. LE M. Joyeusement
? P. Voire. Le M,
Sans vous fâcher P. N'en
ayd'envie. LEM. Vous
avez nom Robin. P. Si
VOUS voulez. LE MARC.
Voyez-vous ce Moutons
P. Vous me l'allez vendre,
LEM.Ilanom Robin
comme vous. Ha
9 ha
, ha.Vons allez au
pays des Lanternois voir
le motide,i.oyeuCement,'
sans vous fâcher, ne vous
fâchez - donc guere si
Robin mouton n'est pas
pour vous. Bez, bez
bez; & continua ainsi
bez, bez, aux oreillesdu
pauvre Panurge
) en le
mocquant de la lourderie.
Oh,patience,patience
, reprit Panurge, bai£
sant épaules & teste en
toute humilité
,
à bon
besoin de
-
patience qui
moutons vcut avoir de
Dindenaut; maisje vois
que vous me lanternifibolisez
airtfi pource que
me croyez pauvre here,
voulant acheter sans
payer, ou payer sans argent,
ôc-en ce vous irom- -
pez à la mine, car voicy
dequoyfaire emplette :
disantcela Panurge tire
ample & longue bourse,
que par cas fortuit, contre
son naturel avoit pleine
de Ducacons, de laquelle
opulence le Marchand
fut ébahi, & incontinent
gausserie ccfTa
à l'aspectd'objet tant respectable
comme est argent.
,
Par iceluy alleché
le Marchand demanda
quatre, cinq, six fois
plus que ne valloit le
mouton;à quoy Panurge
fit comme riche enfant
de Paris, le prit au
mot, de peur que mouton
ne luy échapa
,
&
tirant desa bourse le prix
exorbitant, sans autre
mot dire que patience
,
patience, lnie les deniers
, és mains du Marchand
, & choisit à même le
troupeau un grand &
* beau maistre mouton
qu'il emporta brandi
fous son bras
- ,car de
forceautant que demalin
vouloir avoit,cependant
le mouton cryoit,
bêloit Sccn consequance
naturelle, oyant celuy-
cy bêler,bêloient
ensemblement les autres
moutons, commedisant
en leur langage moutonnois,
ou menez-vous
nostre compagnon,
de
mêmedisoient maisen
langageplus articulé les
assistants à Panurge ou
,diantre menez-vous ce
- mouton,& qu'en allezvous
faire, à quoy répond
Panurge le mouton
n'est-il pas à moyy
l'ay bien payé& chacun
de son bienfait selon
qu'il s'avise,ce mouton
s'appelle Robin comme
moy3 Dindenaut l'a dit.
Robin mouton sçait bien * nager je le voisà sa
mine
,
& ce disant subitementjetta
son mouton
en pleine mer, criantnage
Robin, nâge mon mignon
: or Robin mouton
allant à l'eau
,
criant
bêlant; tous les autres
moutons criansbêlans
en pareilleintonation,
commencerent soy jetter
après Se fauter en merà
la file, figue le debat entr'eux
estoit à qui suivroit
le premier son compagnon
dans l'eau, car
nature afait de tousanimaux
mouton le plu»*
sot, & a suivre mauvais
exemple le plus enclin,
fors l'homme.
Le Marchand tout cecy
voyant demeura ftupesait
& tout cHrayey
s'efforçant à retenir fèsmoutons
de tout foi*
pouvoir, pendant quoy
Panurge en son fang
froid rancunier, luy disoit
, patienceDindeinatit.,
patience, & ne
vous bougez, ny tourmentez.,
Robin mouton
reviendra à nâge & ses
compagnons - le refuivront;
venez Robin, venez
mon fils, & ensuite
crioit aux oreilles de
Dindenaut ,., comme avoit
par Dindenaut esté
crié aux siennes en signe
de moquerie, bez, bez,
FinablementDindenaut
voyant perir tous ses
moutons en prit un grãd
& fort par la toison, cuidant
aintl luy retenant
retenir le reste
)
mais d.
mouton puissantentraîna
Dindenaut luy -mê'
me , en l'eau
,
& ce sut
lors que Panurge redoubla
de crier, nâge Robin
, nâge Dindenaut,
bez, bez, bez,tant que
par noyement, des moutons
Sedu Marchand sut
cette avanture finie,donc
donc Panurge ne rioit
que sous barbe, parce
que jamais on ne le vit
rire en plein,queje sçache.
Jecroirois bien que le
caractere de Panurge a
servi de modele pour celuy
de la Rancune. Moliere
a pris de ce seul Con-
-
te-cy deuxou trois Jeux
de Theatre, & la Fontaine
plusieurs bons mots.
Enfin nos meilleursAutheurs
ont puisé dans Rabelais
leur excellent comique,
&les Poëtes dit
Pont -neuf en ont tiré
leursplates boufoiincries.
Les Euripides & les Se-
-
neques ont pris dans Homere
le sublime de leur
Poësie, & les Nourrices
luy doivent leurs Contes
depeau-d'asne,leurs Ogres
qui mangent la
chair fraîche, sont descendus
en ligne droite du
Cyclope dontvousallez
voir Je Conte.
Voiladonc Homere 8t
Rabelais grands modeles
pour l'excellent & dangereux
exemples pour le
mauvais du plus bas
ordre. Homere & Rabelais
occupent les beaux
esprits; mais ils amusent
les petits enfants;humiliez-
vous grands Auteurs
vousestes hommes ;
l'homme a du petit 6C
du grand du haut & du
1 bas; c'est son partage r
& si quelqu'unde nos
Sçavants S'obfbiie à
trouver tout granddans
un Ancien, petitesse
dans -ce Moderne quelque
grand qu'ilsoitd'ailleurs
il prouve ce que ja*
Vance, qu'il ya du petit
c'k., du grand dans tous
les hommes.
Revenons à nos moutons,
diroit Rabelais,
m'avez parlé des moutons
de Dindenaut, si
faut-il trouver aussi moutons
en oeuvres d'Hojnere3
puisque és miens
moutons y a , ou ne se
point mester ny ingerer
de le mettre en paralelle
àl'encontre de moy.
Ouy
Ouy dea, repliquerai
je, on trouvera prou
de moutons dans I'oeuvre
grec, & hardiment
les paralelliserai avec
les vôtres, Maître François;
car avez dit,
ou vous, ou quelqu'un
de votre école, que
chou pourchou Aubervilliers
vaut bien Paris;
& dirai de même, que
moutons pour moutons
Rabelais vaut bienHomere
: or a-t-on déja vû
comme par malignité
Panurgienne moutons
de Dindenaut sauterent
en Iller; voyons donc
commeparastuce l'iyfsienne
moutons de Ciclope
lui fauteront fous
jambe, en sortant de sa
caverne.
LES MOUTONS
DU CYCLOPE. DAns l'isle des Cyclopes
où j'avois PrIsterre,
je descendisavec les plus
vaillans hommes de mon Vaisseau
,
je trouvai une caverne
d'une largeur étonnante. Le
Çyclope qui l'habitoit étoit
aux champs,où il avoit mené
paître ses troupeaux.Toute
sa caverne étoit dans un ordreque
nousadmirions. Les
agneaux separez d'un côté,
les chevreaux d'un autre, &c.On yoyoit là de grands
pots à conserver le lait , ici
des paniers de jonc, dans lesquels
il faiioic des fromages,
&c. Nous avions aporté du vin,
pris chez les Ciconiens, &c..
Nous buvions de ce vin, &
mangions les fromages du Cy.
clope, lors qu'il arriva.
Je fus effrayé en le voyant.
C'étoit un vaste corps comme
celui d'une montagne; il n'y
eut jamais un monstre plus
épouvantable: il portoit sur
ses épaules une charge efrrbois
sec; le bruit qu'il fit en le jettant
à terre à l'entrée de la
caverne, retentit si fort, que
tous mes compagnons saisis de
crainte,secacherent en differens
endroits de cette terrible
demeure.
Il fait entrertoutes ses brebis;
il ferme sa caverne, pousfant
une roche si haute & si
forte, qu'il auroit été impossible
de la mouvoir, à
force de boeufs ou de chevaux.
Je le voyois faire tout fou
ménage,tantôt tirer le lait
de ses brebis, & Enfin il
allume ion feu, & comme
l'obscurité qui nous avoit cachez
fut dissipée par cette
clarté, il nous apperçut : Qui
êtes-vous donc, nous dit-il
d'un ton menaçant 2 des Pirates,
qui pour piller & faire
perir les autres hommes,ne
craignez pas vous-même de
vous exposer sur la mer ?
Quoy ? des Marchands que
l'avarice fait passer d'un bout
de l'U nivers à l'autre pour
s'enrichir,entretenant le luxe
de leur Patrie ? êtes-vous des
vagabons qui courez les mers
par la vaine curiosité d'apprendre
ce qui se passe chez
autruy.
Je pris la parole, & luy dis
que nous étions de l'armée
d'Agamemnon
, que je le
priois de nous traiter avec
l'hospitalité que Jupiter a
commandée,& de se souvenir
que les Etrangers font
fous la protection des Dieux
> & que l'on doit craindre de
les offenser.
Tu es bien temeraire
, me dit-ilfïerement, de venir de
si loin me discourir sur la
crainte & sur l'obeïssance
que tu dis que je dois aux
Dieux:apprens que les Cyclopes
ne craignent ni vôtre
Jupiter ni vos Dieux: pour
n'avoir été nouris d'une chevre,
ils ne s'estiment pas moins
heureux, je verray ce que je
-
dois faire de toy ,
je n'iray
point consulter l'Oracle làdessus,
c'est mon affaire de
sçavoir ce que je veux, &c.
Je lui parlai encor pour tâcher
de l'adoucir: mais dédaignant
de me répondre, il
nous regardoit avec (on oeil
terrible; (car les Cyclopcs
n'en ont qu'un.) Enfin il se
saisit tout d'un coup de deux
de mes compagnons,& a près
les avoir élevez bien haut, il
les abbatit avec violence, &
leur écrasa la tête: il les met
bientôt en pieces,la terreest
couverte de leur sang, il est
ensanglanté lui-même:ce montre
, ce cruel monstre les
mange, les devore: Jugez en
quel état nous étions 2
Aprés s'être rassasié de cette
abominable maniere
,
il
but plusieurs cruches de lait,
& s'étendit pour dormir au
milieu de ses troupeaux. Combien
de fois eus-je dessein de
plonger mon épée dans son
corps ?&c.mais il auroit salu
périr dans cette cavernes
car il étoit impossible d'ôter
la pierrequi la fermoit : il falloit
donc attendre ce que sa
cruauté decideroit de nôtre
vie.
A peine ce cruel fut-il éveillé
qu'il se prépara un déjeuner
aussi funeste que le repas du
foir précèdent, deux de mes
camarades furent dévorez de
même
, a prèsquoy il fit sortir
aupâturage ses troupeaux, &
nous laissa enfermez dans la
caverne,enrepoussant la pesante
roche qui lui servoit de
porte.
Je cherchons dans monesprit
quelque moyen de punir
ce barbare, & de nous délivrer.
Il y avoit à l'entrée
de sa caverne unemassuë aussi
longueque le mats d'un navire
, nous en coupâmes de quoi
faire une autre massuë
, que
nous aiguisâmes pour executer
mon projetquandl'occa,-
sion seroit venuë.
Le Cyclope rentra, &recommenca
un autre repas aus-
- sifuneste à deux autres de mes
compagnons, que ceux que
je vous ay racontez;je m'approchai
de lui portant en main
un vase de ce vin admirable
quenous avions. Buvez.; lui
dis-je,peut-êtremesçaurez-voui
gré du present que je vous offre,
¿y.,c.Il prit la coupe, la but,
& y ayant pris un extrême
plaisir, il voulut sçavoir mon
nom, & promit de metraiter
avec hospitalité.
Je remplis sa coupe une autre
fais, ill'avale avec plaisir,
il ne paroissoit plus avoir cet-
-
te cruauté qui nous effrayoit,
je caressois ce monstre, Cije
tâchois de le gagner par la
douceur de mes paroles, il
revenoit toûjours à me demander
mon nom.
Dans l'embarras où j'étois
je luy fis accroire que je me
nommoisPersonnes alors pour
récompense de mes caressés
& demon vin,il me dit:
Eh bien, Personne, tous tes
camarades passeront devant
toy >
je te reserve pour être
le dernier que je mangeray.
Il s'étendit à terre en me
prononçant ces terribles paroles
>
le vin & le sommeil
l'accablcrent 6c c'étoit
ce que j'attendois;j'allay
prendre ma Massuë, j'allumay
la pointe dans le feu
que le Cyclope avoit couvert
de cendres,nous a pprochons
du Cyclope, pendant que
quatre de mes compagnons
enfoncent ce bois& ce feu
dans son oeil, j'aidois à le
déraciner, &c.
Apres l'avoir aveuglé de
-
cette maniéré nous nous étions
retirez loin de luy, & nous
attendions quel seroit l'effet
de sa rage & de ses cris. Un
grand nombre deCyclopes,
qui avoient entendu les heurlemens
accoururent à sa porte,
& luy demandoient : qui
est-ce qui peut vous avoir attaquédans
vôtre Maison ?
Comme celui-cy s'étoit persuadé
que je me nommois
Personne, il ne pouvoir leur
faire comprendre qu'il yavoit
un ennemi en dedans qui l'avoit
maltraittè,ilsentendoiét
qu'iln'avoitété blessé de per- sonne.ainsi par cet équivoque
les Cyclopes se retirèrent
, en disant: c'est donc
une affiction que Jupitert'envoye
, il faut plier sous les
coups de sa colere.
Je fus ravi d'entendre que
ces Cyclopes le retiroient:
cependant celui-cy,outré de
rage,alloit de côté & d'autre
dans sa Caverne, étendant
les bras pour nous prendre
, mais rien n'étoit plus
aisé que de luy échapper,
l'espace étoit grand, & il ne
voyoit goutte, &c..-
Il prit enfin le party d'ouvrir
à demy sa Caverne, de
sortequ'il n'y avoit de place
que pour sortir trois ou quatre
ensemble, il crut qu'il nous
arrêteroit au passage: il se met
au milieu, qu'il occupoit, étendant les bras & les jambes,
& faisoit sortir ses Moutons
,qu'il tâtoit les uns aprés
les autres; nous ne donnâmes
pas dans un piége si grossier
, cependant il falloit sortir
ou périr; je repassois en
mon esprit une infinité de
stracagêmes ; Enfin ayant
choisi neuf desplus forts Beliers,
je les attachay trois à
trois, je liay fou-s leur ventre
mes neuf compagnons restez,
qui passerent de- cette sorte
ians être reconnus, je tentay
le même hasard pour moy^
il y avoitun Belier plusgrand
que tous les autres, je me cache
aussi fous son ventre, le
- Cyçlope le reconnoît à l'é- passeur de sa laine, le careslè
& le retient, comment,
disoit-il, tu n'es pas aujourd'huylepremier
au pâturage
? tu es touché de l'aÍfliél-ioa
de ton Maître, tu ne vois plus
cet oeil qui te conduisoit &:
que tu connoissois,un traître
me l'a arraché,tu me montrerois
ce traître si tu pouvois
m'exprimer ta fidélité, si jele
tenoiscesceelerat,&c.Enfin
ce monstre occupé de sa
rage & de savengeance,laisse
passerleBelier que je tenois
embrasse par la laine de son
col, & c'est ainsi. que nous
voyant tous en liberté, nous
respirâmesavec plaisir.
J'ai choisi de bonne foi
pour opposer aux contes
de Rabelais, un desmeilleurs
de l'Odiffée
; car
mon but principal est
d'orner mon paralelle, &:
non de dégrader Homere.
Convenons qu'il y a
une poësie excellente dans
les endroits même où il
manque de justesse & de
bon sens.. quel mot m'est
échappé? mais je me dédiray
quand on voudra,
ôcà force deraisonnemens
& d'interprétations
,
je
trouveray par tout du
bon sens n'en fut-il point.
On n'aura pas de peine
àen trouver beaucoup
dans
dans les discours que le
Cyclope tient à Ulysse;
le premier contient une
morale admirable. Qui
êtes-vous? luy-dit-il ,
des
Pirates, Cc. Il joint dans
le second à une noble fierté
contre Jupiter, une
raillerie fine & delicate.
se riirai point consulter
l'aracle, &c. Ce Cyclope,
ce monstre ell un
Aigle pour l'esprit
: mais,
tout a coup, avant même
que d'avoir bû, il devint
stupide comme un boeuf,
il se couche & s'endort
tranquillement au milieu:
de ses ennemis armez,aprés
avoir dévoré deux de
leurs compagnons.
Ce Cyclope establir
d'abord que les Cyclopes
ne reconnoissent
,
ni ne
craignent point Jupiter,
ni les autres Dieux: & ces
mêmes Cyclopes un moment
apres, trompezpar
l'équivoque & mauvaise
turlupinade du mot de
Personne, croyent pieusement
que les heurlemens
du monstre sont une juste
punition des Dieux, ôc
semblent même par une
crédulité respedueusen'o
fer entrer dans la caverne
du Cyclope, pour s'éclaircir
du fait. Mais j'ay
promis d'éviter la dissertation
dans ce paralelle-cy ;
nous trouverons assez
d'autres occasions de critique
dans Homere, &
beaucoup plus dans Rabelais.
Finissons par un petit
conte de ce dernier.
ES
LA FEMME
MUETE.
DAns
un certain Pays
barbare & non policé en
moeurs, y avoit aucuns
maris bourus, & à chef
mal tymbré
, ce que ne
voyons mie parmy nos
maris Parisiens, dont
grande partie, ou tous
pour le moins, sont merveilleusement
raisonnans,
& raisonnables;aussi onc
ne vit-on arriver à Paris
grabuge ni maleficeentre
maris & femmes.
Or en ce Pays-là, tant
different de celui-cinôtre,
y avoit un mary si pervers
d'entendement, qu'ayant
acquis par mariage une
femme muete,s'en ennuya
& voulant soy guerir de
cet ennuy & elle de sa
mueterie, le bon & inconsideré
mary voulut qu'-
elle parlât, & pour ce
eut recours à l'art des Medecins
& Chirurgiens, qui
pour la démuetirluiinciserent
& bistouriserent un.
enciligloteadherâtaufilet.
bref, elle recouvra santé
de langue, & icelle langue
voulant recuperer l'oysiveté
passée, elle parla tant,
tant & tant,quec'estoit
benediction
;
si
ne laissa
pourtant le mary bouru
de se lasserde si plantheureuse
parlerie : il recourut
au Medecin, le priant &
conjurant, qu'autant il
avoit mis de science en oeuvre,
pour faire caq ueter sa
femme muete, autant il en
employât pour la faire taire.
Alors le Medecin confessantque
limitéest le sçavoir
médicinal,lui dit qu'il
avoit bi^n pouvoi r de
faire
parler femme
; mais que
faudroit arc bien pluspuisfant
pour la faire taire. Ce
monobstant le mari suplia,
pressa, insista, persista, si
que le sçavantissime docteur
découvrit en un coin
des registres de son cerveau
remede unique, &
specifique contre iceluy
interminable parlement
de femme,& ce remede
c'est surdité du mary. Ouidà,
fort bien, dit le mari :
mais de ces deux maux
voyons quel fera le pire,ou
entendre sa femme parler,
ou ne rien entendre du
tout; Le cas est suspensif,
&: pendant que ce mari
là-dessus en suspens estoit,
Medecin d'operer, Medecin
de medicamenter,par
provision, sauf à consulter
par apré1s.
Bref par certain charme
de sortilege medicinal
le pauvre mari se trouva
sourd avant qu'il eût acheve
de déliberer s'il confentiroit
à surdité
:
Lyvoila
donc, & il s'y tient faute
de
de mieux, & c'est comme
il faudroit agir en opérations
de medecine, Qu'arriva-
t-il? e'cousez.ôcvous
lesçaurez. :A'J:\ -J Le Medecinàhalde besogne
demandoitforce
argent:mais c'est à quoy
ce maryne peut entendre;
car il est sourd comme
voyez, le Medecin pourtant
par beaux signes &c
gestes significatifs argent
demandait& redemadoit
jusqu'às'irriter & colerier:
mais en pareil cas gestes
ne font entendus, à peine
entent-on paroles bien articulées
,ou écritures attestées
& réiterées par Sergens
intelligibles. Le Medecin
donc se vit contraint
de rendre l'oüie au sourd,
afin qu'il entendît à payement,
& le mary de rire,
entendant qu'ilentendoit,
puis de pleurer par prévovoyance
de ce qu'il n'entendroit
pas Dieu tonner,
désqu'il entendroit parler
sa femme.Or, de tout ceci
resulte, conclusion
moralement morale, qui
dit,qu'en cas de maladie
& de femmes épousées,
le mieux est de le tenir
comme on eit de peur de
pis.
burlesque.
Suite du Paralelle d'Homere&
deRabelais.
SAns interrompre le
paralelle d'Homere&
de Rabelais,je puis interrompre
les reflexions
comiques & serieuses
que j'ai commencéesfutcesdeux
Auteurs. Trop de réflexions
de fuite feroient
une dissertation
ennuyeuse
,
sur tout
pour les Dames, dont
j'ambitionne les suffrages;
elles ont legoût
plus delicat& plus vrai
que les hommes, dont
la pluspart se piquant
,de
<
critique profonde,
sont toûjours en garde
contre ce qui plaÎrjqui
ont, pour ainsidire,
emouue leur goût naturel
à force de science
dC de préjugez; en un
f- mot, qui jugent moins
par ce qu'ils sentent,
que par ce qu'ilssçavent.
Plusieurs Dames af.
fez contentes de quelques
endroits de mes
dissertations, se sont
plaint que les autres
netoient pas assez intelligibles
pour elles,
qui ne sont pasobligées
d'avoir lû Homere ni
Rabelais: il est vrai que
le Poete Grec est à presenttraduitenbonfrançois:
mais Rabelais est
encore du grec pour elles
; je vais donc tâcher
declaircir& de purifier
quelques morceaux de
Rabelais, pour les rendre
moins ennuyeux
aux Dames.
Ces extraits épurez
feront plaisir à celles
qui, curieuses de lire
Rabelais, n'ont jamais
voulu contenter leur
curiosité aux dépens de
leur modestie.
En donnantce qu'il
y a de meilleur dans
Rabelais, je fixerai la
curiosité de celles qui
en faveur du bon, auroient
risqué de lirele
mauvais.
Et s'il y en a quelqu'une
qui n'aiepû resister
à la tentation de
tout lire,elle pourra
citer Maître François à
l'abryde mes extraits,
sans être soupçonnée
d'auoir lu l'original.
Dans la derniere dissertation
j'ai opposé à
une harangue du sage
Nestor, une lettre écrite
à Gargantua par
Grandgousier son pere.
Vous avez vû que Rabelais
s'est mélé du fcrieux.;
Homere lemele
aussi quelquefois du
burlesque, autre sujet
de paralelle.Vousaurez
ici un conte heroïcomique
de l'Odissée, mais
commençons par un
conte de Rabelais;je ne
prétens qu'opposer le
premier coupd'oeil de
ces deuxcontes,&non.
pas les comparer exaétcment:
j'entrouverai
dans la fuite quelquestuinnss
ppluuss pprroopprreess aà eêttrree.
comparez ensemble.
Voici celui de Rabelais,
'f
donc j'ai feulement conservé
le fond, en a joûtant
& retranchant
tout ce que j'aicrû pouvoir
le rendre plus
agréable,& plusintelligible
aux Dames.
LES
LES MOUTONS
de Dindenaut.
<*. En une Naufou Navire
estoitletaciturnien.,
songe-creux,&malignement
intentionnéPanurge
: encemêmè Navire
estoit un Marchand de
moutonsnomméDindenaut,
hommegaillard,
raillard
,
grand rib leur
5
nurgetoutdébifié de mi-
Lie, 6c mal en point d'acouftrement
,
déhousillé
de chevelure
,
vesce
délabrée, éguillettes
rompues, boutons intermitans
chauffes pensantes,&:
lunettes pendues
au bonnet. Le Marchant
donc s'émancipa
en gausseriessur chaque
piece d'iceluy accoustrement,
mais specialement
sur ses lunettes : luy difarteavoir<
fçupar traciitioli
vulgaire que tout
homme arborant lunett
tes sur toûjours onc mal
voulu des femmes étranges
& vilipendé de la
siennedomestique ,sur
lesquels pronostics apostrophant
Panurge en son
honneur, l'appella je ne
sçay comment, id est,
d'un nom qui réveilla i«rPanurgedesaléthargie
^.rêveusej carrêvoitjuste
• en ce momentauxinconveniens
à venir de son
futur mariage. Holà,
holà
, mon bon Marchand
*,
dit d'abord Panurge
d'un air niais 8c
bonnasse, holà, vous disje,
car onc ne fus, ny ne
puis maintenant estre ce
-
que nul n'est que par mariage
: A quoy repart
Dindenaut, que marié
ou non mariée c'esttout
un ; car fruits de Cor-,
nuaille sont fruits précoces
j & m'est avisque
pour porter tels fruits ,
êtes fait &C moulé comme
de cire: ouy , cette
plante mordra sur~vôrre
chef comme chiendenc
sur terre graffe.
Ho ,
ho
,
ho
,
reprit
bonnement Panurge,
quartier, quartier, car
par la vertu- boeuf ou
asne que je suis, ne puis
avoir espritd'Aigle: perçant
les nuës,par quoy
gaudissez-vous de moy,
si c'est vostre plaisir ,
mais rien nerepliqueray
faute de répliqué : prenons
patience.
Patience vous duira
dit le Marchand, , comme
à tant d'autres. Patienceestvertu
maritale.
Patience soit imterrompit
Panurge, mais changeons
de propos : Vous
avez-là force beaux moutons,
m'envendriez-vous
bien un paravanture.
O le vaillant acheteur
de moutons, dit le Marchand.
Feriez volontiers
plus Convenablement
vous acheter un bon ha-,
bit pour quand vous E~
rez marié,habit de lné.)
nage ,
habit avenant ,
manteau profitable
chapeau commode, &,
panache de cerf.
Va-rience, dit Panurge,
& vendez-moy feulc,
ment un de vos Inou,
ton.
Tubleu
,
dit le Mat>
chand, ce seroit fortune
pour vous qu'un de ces
beliers. Vendriez sa fine
laine pour faire draps, sa
Mue peau pour faire cuir s
sa chair friande pour
nourrir Princes, & (i
petite-oye pieds :& teste
vous resteroient, & cornes
encore sur le marché-
Patience,dit Panurge,
tout ce que dites de cornerie
a esté corné aux
oreilles tant & tant de
fois,laissons ces vieilleties
; sottises nouvelles.
sont plus de InÍfea,
-- Ah qu'il dit bien! reprit
le Marchand, il merite
que mouton je luy
vende, ilestbon homme
: ç'a parlons daffaire.
Bon, dit Panurge eit
joye, vous venez au but,
6c n'auray plus besoinde
patience.
T C'a, dit le Marchand,
écoutez - mcy.j'écoute
dit Panurge.
LE M. Approchez cette
oreilledroite.P.
ce. LE M. Et la gauche. l P. Hé bien. LE M. En
l'autre encore. P. N'enay
quecesdeux. LE M.Ouvrez
- les donc toutes
grandes. P. A vôtre commandement.
LE MARC.
Vous allez au pays des
Lanternois? P.Ouy. LE
M. Voir le monde? P,
Certes. LE M. Joyeusement
? P. Voire. Le M,
Sans vous fâcher P. N'en
ayd'envie. LEM. Vous
avez nom Robin. P. Si
VOUS voulez. LE MARC.
Voyez-vous ce Moutons
P. Vous me l'allez vendre,
LEM.Ilanom Robin
comme vous. Ha
9 ha
, ha.Vons allez au
pays des Lanternois voir
le motide,i.oyeuCement,'
sans vous fâcher, ne vous
fâchez - donc guere si
Robin mouton n'est pas
pour vous. Bez, bez
bez; & continua ainsi
bez, bez, aux oreillesdu
pauvre Panurge
) en le
mocquant de la lourderie.
Oh,patience,patience
, reprit Panurge, bai£
sant épaules & teste en
toute humilité
,
à bon
besoin de
-
patience qui
moutons vcut avoir de
Dindenaut; maisje vois
que vous me lanternifibolisez
airtfi pource que
me croyez pauvre here,
voulant acheter sans
payer, ou payer sans argent,
ôc-en ce vous irom- -
pez à la mine, car voicy
dequoyfaire emplette :
disantcela Panurge tire
ample & longue bourse,
que par cas fortuit, contre
son naturel avoit pleine
de Ducacons, de laquelle
opulence le Marchand
fut ébahi, & incontinent
gausserie ccfTa
à l'aspectd'objet tant respectable
comme est argent.
,
Par iceluy alleché
le Marchand demanda
quatre, cinq, six fois
plus que ne valloit le
mouton;à quoy Panurge
fit comme riche enfant
de Paris, le prit au
mot, de peur que mouton
ne luy échapa
,
&
tirant desa bourse le prix
exorbitant, sans autre
mot dire que patience
,
patience, lnie les deniers
, és mains du Marchand
, & choisit à même le
troupeau un grand &
* beau maistre mouton
qu'il emporta brandi
fous son bras
- ,car de
forceautant que demalin
vouloir avoit,cependant
le mouton cryoit,
bêloit Sccn consequance
naturelle, oyant celuy-
cy bêler,bêloient
ensemblement les autres
moutons, commedisant
en leur langage moutonnois,
ou menez-vous
nostre compagnon,
de
mêmedisoient maisen
langageplus articulé les
assistants à Panurge ou
,diantre menez-vous ce
- mouton,& qu'en allezvous
faire, à quoy répond
Panurge le mouton
n'est-il pas à moyy
l'ay bien payé& chacun
de son bienfait selon
qu'il s'avise,ce mouton
s'appelle Robin comme
moy3 Dindenaut l'a dit.
Robin mouton sçait bien * nager je le voisà sa
mine
,
& ce disant subitementjetta
son mouton
en pleine mer, criantnage
Robin, nâge mon mignon
: or Robin mouton
allant à l'eau
,
criant
bêlant; tous les autres
moutons criansbêlans
en pareilleintonation,
commencerent soy jetter
après Se fauter en merà
la file, figue le debat entr'eux
estoit à qui suivroit
le premier son compagnon
dans l'eau, car
nature afait de tousanimaux
mouton le plu»*
sot, & a suivre mauvais
exemple le plus enclin,
fors l'homme.
Le Marchand tout cecy
voyant demeura ftupesait
& tout cHrayey
s'efforçant à retenir fèsmoutons
de tout foi*
pouvoir, pendant quoy
Panurge en son fang
froid rancunier, luy disoit
, patienceDindeinatit.,
patience, & ne
vous bougez, ny tourmentez.,
Robin mouton
reviendra à nâge & ses
compagnons - le refuivront;
venez Robin, venez
mon fils, & ensuite
crioit aux oreilles de
Dindenaut ,., comme avoit
par Dindenaut esté
crié aux siennes en signe
de moquerie, bez, bez,
FinablementDindenaut
voyant perir tous ses
moutons en prit un grãd
& fort par la toison, cuidant
aintl luy retenant
retenir le reste
)
mais d.
mouton puissantentraîna
Dindenaut luy -mê'
me , en l'eau
,
& ce sut
lors que Panurge redoubla
de crier, nâge Robin
, nâge Dindenaut,
bez, bez, bez,tant que
par noyement, des moutons
Sedu Marchand sut
cette avanture finie,donc
donc Panurge ne rioit
que sous barbe, parce
que jamais on ne le vit
rire en plein,queje sçache.
Jecroirois bien que le
caractere de Panurge a
servi de modele pour celuy
de la Rancune. Moliere
a pris de ce seul Con-
-
te-cy deuxou trois Jeux
de Theatre, & la Fontaine
plusieurs bons mots.
Enfin nos meilleursAutheurs
ont puisé dans Rabelais
leur excellent comique,
&les Poëtes dit
Pont -neuf en ont tiré
leursplates boufoiincries.
Les Euripides & les Se-
-
neques ont pris dans Homere
le sublime de leur
Poësie, & les Nourrices
luy doivent leurs Contes
depeau-d'asne,leurs Ogres
qui mangent la
chair fraîche, sont descendus
en ligne droite du
Cyclope dontvousallez
voir Je Conte.
Voiladonc Homere 8t
Rabelais grands modeles
pour l'excellent & dangereux
exemples pour le
mauvais du plus bas
ordre. Homere & Rabelais
occupent les beaux
esprits; mais ils amusent
les petits enfants;humiliez-
vous grands Auteurs
vousestes hommes ;
l'homme a du petit 6C
du grand du haut & du
1 bas; c'est son partage r
& si quelqu'unde nos
Sçavants S'obfbiie à
trouver tout granddans
un Ancien, petitesse
dans -ce Moderne quelque
grand qu'ilsoitd'ailleurs
il prouve ce que ja*
Vance, qu'il ya du petit
c'k., du grand dans tous
les hommes.
Revenons à nos moutons,
diroit Rabelais,
m'avez parlé des moutons
de Dindenaut, si
faut-il trouver aussi moutons
en oeuvres d'Hojnere3
puisque és miens
moutons y a , ou ne se
point mester ny ingerer
de le mettre en paralelle
àl'encontre de moy.
Ouy
Ouy dea, repliquerai
je, on trouvera prou
de moutons dans I'oeuvre
grec, & hardiment
les paralelliserai avec
les vôtres, Maître François;
car avez dit,
ou vous, ou quelqu'un
de votre école, que
chou pourchou Aubervilliers
vaut bien Paris;
& dirai de même, que
moutons pour moutons
Rabelais vaut bienHomere
: or a-t-on déja vû
comme par malignité
Panurgienne moutons
de Dindenaut sauterent
en Iller; voyons donc
commeparastuce l'iyfsienne
moutons de Ciclope
lui fauteront fous
jambe, en sortant de sa
caverne.
LES MOUTONS
DU CYCLOPE. DAns l'isle des Cyclopes
où j'avois PrIsterre,
je descendisavec les plus
vaillans hommes de mon Vaisseau
,
je trouvai une caverne
d'une largeur étonnante. Le
Çyclope qui l'habitoit étoit
aux champs,où il avoit mené
paître ses troupeaux.Toute
sa caverne étoit dans un ordreque
nousadmirions. Les
agneaux separez d'un côté,
les chevreaux d'un autre, &c.On yoyoit là de grands
pots à conserver le lait , ici
des paniers de jonc, dans lesquels
il faiioic des fromages,
&c. Nous avions aporté du vin,
pris chez les Ciconiens, &c..
Nous buvions de ce vin, &
mangions les fromages du Cy.
clope, lors qu'il arriva.
Je fus effrayé en le voyant.
C'étoit un vaste corps comme
celui d'une montagne; il n'y
eut jamais un monstre plus
épouvantable: il portoit sur
ses épaules une charge efrrbois
sec; le bruit qu'il fit en le jettant
à terre à l'entrée de la
caverne, retentit si fort, que
tous mes compagnons saisis de
crainte,secacherent en differens
endroits de cette terrible
demeure.
Il fait entrertoutes ses brebis;
il ferme sa caverne, pousfant
une roche si haute & si
forte, qu'il auroit été impossible
de la mouvoir, à
force de boeufs ou de chevaux.
Je le voyois faire tout fou
ménage,tantôt tirer le lait
de ses brebis, & Enfin il
allume ion feu, & comme
l'obscurité qui nous avoit cachez
fut dissipée par cette
clarté, il nous apperçut : Qui
êtes-vous donc, nous dit-il
d'un ton menaçant 2 des Pirates,
qui pour piller & faire
perir les autres hommes,ne
craignez pas vous-même de
vous exposer sur la mer ?
Quoy ? des Marchands que
l'avarice fait passer d'un bout
de l'U nivers à l'autre pour
s'enrichir,entretenant le luxe
de leur Patrie ? êtes-vous des
vagabons qui courez les mers
par la vaine curiosité d'apprendre
ce qui se passe chez
autruy.
Je pris la parole, & luy dis
que nous étions de l'armée
d'Agamemnon
, que je le
priois de nous traiter avec
l'hospitalité que Jupiter a
commandée,& de se souvenir
que les Etrangers font
fous la protection des Dieux
> & que l'on doit craindre de
les offenser.
Tu es bien temeraire
, me dit-ilfïerement, de venir de
si loin me discourir sur la
crainte & sur l'obeïssance
que tu dis que je dois aux
Dieux:apprens que les Cyclopes
ne craignent ni vôtre
Jupiter ni vos Dieux: pour
n'avoir été nouris d'une chevre,
ils ne s'estiment pas moins
heureux, je verray ce que je
-
dois faire de toy ,
je n'iray
point consulter l'Oracle làdessus,
c'est mon affaire de
sçavoir ce que je veux, &c.
Je lui parlai encor pour tâcher
de l'adoucir: mais dédaignant
de me répondre, il
nous regardoit avec (on oeil
terrible; (car les Cyclopcs
n'en ont qu'un.) Enfin il se
saisit tout d'un coup de deux
de mes compagnons,& a près
les avoir élevez bien haut, il
les abbatit avec violence, &
leur écrasa la tête: il les met
bientôt en pieces,la terreest
couverte de leur sang, il est
ensanglanté lui-même:ce montre
, ce cruel monstre les
mange, les devore: Jugez en
quel état nous étions 2
Aprés s'être rassasié de cette
abominable maniere
,
il
but plusieurs cruches de lait,
& s'étendit pour dormir au
milieu de ses troupeaux. Combien
de fois eus-je dessein de
plonger mon épée dans son
corps ?&c.mais il auroit salu
périr dans cette cavernes
car il étoit impossible d'ôter
la pierrequi la fermoit : il falloit
donc attendre ce que sa
cruauté decideroit de nôtre
vie.
A peine ce cruel fut-il éveillé
qu'il se prépara un déjeuner
aussi funeste que le repas du
foir précèdent, deux de mes
camarades furent dévorez de
même
, a prèsquoy il fit sortir
aupâturage ses troupeaux, &
nous laissa enfermez dans la
caverne,enrepoussant la pesante
roche qui lui servoit de
porte.
Je cherchons dans monesprit
quelque moyen de punir
ce barbare, & de nous délivrer.
Il y avoit à l'entrée
de sa caverne unemassuë aussi
longueque le mats d'un navire
, nous en coupâmes de quoi
faire une autre massuë
, que
nous aiguisâmes pour executer
mon projetquandl'occa,-
sion seroit venuë.
Le Cyclope rentra, &recommenca
un autre repas aus-
- sifuneste à deux autres de mes
compagnons, que ceux que
je vous ay racontez;je m'approchai
de lui portant en main
un vase de ce vin admirable
quenous avions. Buvez.; lui
dis-je,peut-êtremesçaurez-voui
gré du present que je vous offre,
¿y.,c.Il prit la coupe, la but,
& y ayant pris un extrême
plaisir, il voulut sçavoir mon
nom, & promit de metraiter
avec hospitalité.
Je remplis sa coupe une autre
fais, ill'avale avec plaisir,
il ne paroissoit plus avoir cet-
-
te cruauté qui nous effrayoit,
je caressois ce monstre, Cije
tâchois de le gagner par la
douceur de mes paroles, il
revenoit toûjours à me demander
mon nom.
Dans l'embarras où j'étois
je luy fis accroire que je me
nommoisPersonnes alors pour
récompense de mes caressés
& demon vin,il me dit:
Eh bien, Personne, tous tes
camarades passeront devant
toy >
je te reserve pour être
le dernier que je mangeray.
Il s'étendit à terre en me
prononçant ces terribles paroles
>
le vin & le sommeil
l'accablcrent 6c c'étoit
ce que j'attendois;j'allay
prendre ma Massuë, j'allumay
la pointe dans le feu
que le Cyclope avoit couvert
de cendres,nous a pprochons
du Cyclope, pendant que
quatre de mes compagnons
enfoncent ce bois& ce feu
dans son oeil, j'aidois à le
déraciner, &c.
Apres l'avoir aveuglé de
-
cette maniéré nous nous étions
retirez loin de luy, & nous
attendions quel seroit l'effet
de sa rage & de ses cris. Un
grand nombre deCyclopes,
qui avoient entendu les heurlemens
accoururent à sa porte,
& luy demandoient : qui
est-ce qui peut vous avoir attaquédans
vôtre Maison ?
Comme celui-cy s'étoit persuadé
que je me nommois
Personne, il ne pouvoir leur
faire comprendre qu'il yavoit
un ennemi en dedans qui l'avoit
maltraittè,ilsentendoiét
qu'iln'avoitété blessé de per- sonne.ainsi par cet équivoque
les Cyclopes se retirèrent
, en disant: c'est donc
une affiction que Jupitert'envoye
, il faut plier sous les
coups de sa colere.
Je fus ravi d'entendre que
ces Cyclopes le retiroient:
cependant celui-cy,outré de
rage,alloit de côté & d'autre
dans sa Caverne, étendant
les bras pour nous prendre
, mais rien n'étoit plus
aisé que de luy échapper,
l'espace étoit grand, & il ne
voyoit goutte, &c..-
Il prit enfin le party d'ouvrir
à demy sa Caverne, de
sortequ'il n'y avoit de place
que pour sortir trois ou quatre
ensemble, il crut qu'il nous
arrêteroit au passage: il se met
au milieu, qu'il occupoit, étendant les bras & les jambes,
& faisoit sortir ses Moutons
,qu'il tâtoit les uns aprés
les autres; nous ne donnâmes
pas dans un piége si grossier
, cependant il falloit sortir
ou périr; je repassois en
mon esprit une infinité de
stracagêmes ; Enfin ayant
choisi neuf desplus forts Beliers,
je les attachay trois à
trois, je liay fou-s leur ventre
mes neuf compagnons restez,
qui passerent de- cette sorte
ians être reconnus, je tentay
le même hasard pour moy^
il y avoitun Belier plusgrand
que tous les autres, je me cache
aussi fous son ventre, le
- Cyçlope le reconnoît à l'é- passeur de sa laine, le careslè
& le retient, comment,
disoit-il, tu n'es pas aujourd'huylepremier
au pâturage
? tu es touché de l'aÍfliél-ioa
de ton Maître, tu ne vois plus
cet oeil qui te conduisoit &:
que tu connoissois,un traître
me l'a arraché,tu me montrerois
ce traître si tu pouvois
m'exprimer ta fidélité, si jele
tenoiscesceelerat,&c.Enfin
ce monstre occupé de sa
rage & de savengeance,laisse
passerleBelier que je tenois
embrasse par la laine de son
col, & c'est ainsi. que nous
voyant tous en liberté, nous
respirâmesavec plaisir.
J'ai choisi de bonne foi
pour opposer aux contes
de Rabelais, un desmeilleurs
de l'Odiffée
; car
mon but principal est
d'orner mon paralelle, &:
non de dégrader Homere.
Convenons qu'il y a
une poësie excellente dans
les endroits même où il
manque de justesse & de
bon sens.. quel mot m'est
échappé? mais je me dédiray
quand on voudra,
ôcà force deraisonnemens
& d'interprétations
,
je
trouveray par tout du
bon sens n'en fut-il point.
On n'aura pas de peine
àen trouver beaucoup
dans
dans les discours que le
Cyclope tient à Ulysse;
le premier contient une
morale admirable. Qui
êtes-vous? luy-dit-il ,
des
Pirates, Cc. Il joint dans
le second à une noble fierté
contre Jupiter, une
raillerie fine & delicate.
se riirai point consulter
l'aracle, &c. Ce Cyclope,
ce monstre ell un
Aigle pour l'esprit
: mais,
tout a coup, avant même
que d'avoir bû, il devint
stupide comme un boeuf,
il se couche & s'endort
tranquillement au milieu:
de ses ennemis armez,aprés
avoir dévoré deux de
leurs compagnons.
Ce Cyclope establir
d'abord que les Cyclopes
ne reconnoissent
,
ni ne
craignent point Jupiter,
ni les autres Dieux: & ces
mêmes Cyclopes un moment
apres, trompezpar
l'équivoque & mauvaise
turlupinade du mot de
Personne, croyent pieusement
que les heurlemens
du monstre sont une juste
punition des Dieux, ôc
semblent même par une
crédulité respedueusen'o
fer entrer dans la caverne
du Cyclope, pour s'éclaircir
du fait. Mais j'ay
promis d'éviter la dissertation
dans ce paralelle-cy ;
nous trouverons assez
d'autres occasions de critique
dans Homere, &
beaucoup plus dans Rabelais.
Finissons par un petit
conte de ce dernier.
ES
LA FEMME
MUETE.
DAns
un certain Pays
barbare & non policé en
moeurs, y avoit aucuns
maris bourus, & à chef
mal tymbré
, ce que ne
voyons mie parmy nos
maris Parisiens, dont
grande partie, ou tous
pour le moins, sont merveilleusement
raisonnans,
& raisonnables;aussi onc
ne vit-on arriver à Paris
grabuge ni maleficeentre
maris & femmes.
Or en ce Pays-là, tant
different de celui-cinôtre,
y avoit un mary si pervers
d'entendement, qu'ayant
acquis par mariage une
femme muete,s'en ennuya
& voulant soy guerir de
cet ennuy & elle de sa
mueterie, le bon & inconsideré
mary voulut qu'-
elle parlât, & pour ce
eut recours à l'art des Medecins
& Chirurgiens, qui
pour la démuetirluiinciserent
& bistouriserent un.
enciligloteadherâtaufilet.
bref, elle recouvra santé
de langue, & icelle langue
voulant recuperer l'oysiveté
passée, elle parla tant,
tant & tant,quec'estoit
benediction
;
si
ne laissa
pourtant le mary bouru
de se lasserde si plantheureuse
parlerie : il recourut
au Medecin, le priant &
conjurant, qu'autant il
avoit mis de science en oeuvre,
pour faire caq ueter sa
femme muete, autant il en
employât pour la faire taire.
Alors le Medecin confessantque
limitéest le sçavoir
médicinal,lui dit qu'il
avoit bi^n pouvoi r de
faire
parler femme
; mais que
faudroit arc bien pluspuisfant
pour la faire taire. Ce
monobstant le mari suplia,
pressa, insista, persista, si
que le sçavantissime docteur
découvrit en un coin
des registres de son cerveau
remede unique, &
specifique contre iceluy
interminable parlement
de femme,& ce remede
c'est surdité du mary. Ouidà,
fort bien, dit le mari :
mais de ces deux maux
voyons quel fera le pire,ou
entendre sa femme parler,
ou ne rien entendre du
tout; Le cas est suspensif,
&: pendant que ce mari
là-dessus en suspens estoit,
Medecin d'operer, Medecin
de medicamenter,par
provision, sauf à consulter
par apré1s.
Bref par certain charme
de sortilege medicinal
le pauvre mari se trouva
sourd avant qu'il eût acheve
de déliberer s'il confentiroit
à surdité
:
Lyvoila
donc, & il s'y tient faute
de
de mieux, & c'est comme
il faudroit agir en opérations
de medecine, Qu'arriva-
t-il? e'cousez.ôcvous
lesçaurez. :A'J:\ -J Le Medecinàhalde besogne
demandoitforce
argent:mais c'est à quoy
ce maryne peut entendre;
car il est sourd comme
voyez, le Medecin pourtant
par beaux signes &c
gestes significatifs argent
demandait& redemadoit
jusqu'às'irriter & colerier:
mais en pareil cas gestes
ne font entendus, à peine
entent-on paroles bien articulées
,ou écritures attestées
& réiterées par Sergens
intelligibles. Le Medecin
donc se vit contraint
de rendre l'oüie au sourd,
afin qu'il entendît à payement,
& le mary de rire,
entendant qu'ilentendoit,
puis de pleurer par prévovoyance
de ce qu'il n'entendroit
pas Dieu tonner,
désqu'il entendroit parler
sa femme.Or, de tout ceci
resulte, conclusion
moralement morale, qui
dit,qu'en cas de maladie
& de femmes épousées,
le mieux est de le tenir
comme on eit de peur de
pis.
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Résumé : ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
Le texte compare les œuvres d'Homère et de Rabelais, deux auteurs classiques, en mettant en lumière leurs aspects comiques et sérieux. L'auteur souhaite rendre les œuvres de Rabelais plus accessibles aux dames, qui trouvent Homère plus intelligible grâce à une récente traduction en français. Pour ce faire, il entreprend de clarifier et de purifier certains passages de Rabelais afin de les rendre moins ennuyeux pour un public féminin. L'auteur présente ensuite un conte de Rabelais, 'Les Moutons de Dindenaut', qu'il a adapté pour le rendre plus agréable et intelligible. Ce conte met en scène Panurge, un personnage de Rabelais, et un marchand de moutons nommé Dindenaut. Panurge achète un mouton nommé Robin et le jette à la mer, provoquant une réaction en chaîne où tous les moutons suivent Robin et se noient. Le marchand, tentant de retenir ses moutons, se noie également. Le texte compare ce conte à un épisode de l'Odyssée d'Homère, où les moutons du Cyclope jouent un rôle similaire. L'auteur souligne que les meilleurs auteurs ont puisé dans Rabelais et Homère pour leur comique et leur sublime, respectivement. Il conclut en affirmant que ces auteurs sont des modèles pour le meilleur et le pire, et que tous les hommes ont en eux du petit et du grand. Par ailleurs, le texte relate un épisode de l'Odyssée où Ulysse et ses compagnons sont capturés par un Cyclope. Ulysse tente de convaincre le Cyclope de les traiter avec hospitalité, invoquant la protection des dieux, mais le Cyclope refuse, affirmant qu'il ne craint ni Jupiter ni les dieux. Il dévore plusieurs compagnons d'Ulysse et les laisse enfermés dans sa caverne. Ulysse, cherchant un moyen de se venger, prépare une massue avec ses compagnons. Lors du retour du Cyclope, Ulysse lui offre du vin pour l'endormir. Profitant de son sommeil, Ulysse et ses hommes lui crevent l'œil avec la massue chauffée à blanc. Aveuglé, le Cyclope appelle à l'aide, mais ses semblables, trompés par l'équivoque du nom 'Personne', ne lui portent pas secours. Ulysse et ses hommes s'échappent en s'accrochant sous les moutons du Cyclope. Le texte se termine par une réflexion sur la poésie d'Homère, soulignant la moralité et la finesse des discours du Cyclope.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4721
p. 1619
« Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Début :
Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Opéra-Comique, Ecole des Mères, Fille Sauvage, Sophie et Sigismond
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Le 26 Juillet , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piéce nouvelle , eà
un Acte en Prose , qui a pour titre l'E;
cole des Meres , avec un Divertissement.
Elle est de M.de Marivaux. Le Public l'a
reçuë tres favorablement. On en parlera
plus au long.
Le 7 Juillet, l'Opera Comique fit l'ou
verture de son Théatre de la Foire S.Lau
rent , par deux Pieces nouvelles , d'un
Acte chacune, avec des Divertissements
intitulées : Sophie et Sigismond, et la Fille
Sauvage , précédées d'un Prologue. C'est
le S' Hamoche , connu depuis tres- longtemps du public , sous le nom de Pierrot
qui est presentement l'Entrepreneur de
ce Theatre , et le St Gilliers compose la
Musique des Divertissemens, qui est toujours goûtée du public.
donnerent une petite Piéce nouvelle , eà
un Acte en Prose , qui a pour titre l'E;
cole des Meres , avec un Divertissement.
Elle est de M.de Marivaux. Le Public l'a
reçuë tres favorablement. On en parlera
plus au long.
Le 7 Juillet, l'Opera Comique fit l'ou
verture de son Théatre de la Foire S.Lau
rent , par deux Pieces nouvelles , d'un
Acte chacune, avec des Divertissements
intitulées : Sophie et Sigismond, et la Fille
Sauvage , précédées d'un Prologue. C'est
le S' Hamoche , connu depuis tres- longtemps du public , sous le nom de Pierrot
qui est presentement l'Entrepreneur de
ce Theatre , et le St Gilliers compose la
Musique des Divertissemens, qui est toujours goûtée du public.
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Résumé : « Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Le 26 juillet, les Comédiens Italiens ont joué 'L'École des Mères' de Marivaux. Le 7 juillet, l'Opéra Comique a inauguré son théâtre de la Foire Saint-Laurent avec 'Sophie et Sigismond' et 'La Fille Sauvage'. L'entrepreneur était S' Hamoche, et la musique était de St Gilliers. Les représentations ont été bien accueillies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4722
p. 162
« Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...] »
Début :
Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...] »
Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris.
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4723
p. 143
« Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...] »
Début :
Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...] »
Le î o de ce mois , les Comédien s Fran
çois ont remis au Théâtre une petite Co»
medie en un acte de M. Nericault Destouches,
qui a pour titre le Triple Mariage it
ôc que le Public revoir avec plaisir.
çois ont remis au Théâtre une petite Co»
medie en un acte de M. Nericault Destouches,
qui a pour titre le Triple Mariage it
ôc que le Public revoir avec plaisir.
Fermer
4724
p. 141
CHANSON,
Début :
Dans nos paisibles retraites, [...]
Mots clefs :
Chanson, Paisible , Tendresse, Jeunesse, Musettes, Chansonnettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON,
CHANSON,
DAns nos paisibles retraites ,
Occupés du soin de charmer ,
Nous goûtons des douceurs parfaites ,
Et sçavons nous faire aimer.
Aux doux sons de nos Musettes
La plus fiere s'attendrit ,
Et nos vives chansonnetes
De nos desirs nous obtiennent le fruit.
Sans soupirer et sans nous plaindre ,
Sans avoir de jaloux à craindre ,
Nous profitons des beaux jours...
La tendresse
Est pour la jeunesse ;
Livrons-nous sans cesse.
Aux Ris , aux Amours..
La tendresse & c.
DAns nos paisibles retraites ,
Occupés du soin de charmer ,
Nous goûtons des douceurs parfaites ,
Et sçavons nous faire aimer.
Aux doux sons de nos Musettes
La plus fiere s'attendrit ,
Et nos vives chansonnetes
De nos desirs nous obtiennent le fruit.
Sans soupirer et sans nous plaindre ,
Sans avoir de jaloux à craindre ,
Nous profitons des beaux jours...
La tendresse
Est pour la jeunesse ;
Livrons-nous sans cesse.
Aux Ris , aux Amours..
La tendresse & c.
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4725
p. 2279
Les Juges & Consuls font chanter le Te Deum, [titre d'après la table]
Début :
Les Juges & Consuls de cette Ville se sont acquittés du même devoir le 16 dans la Chapelle [...]
Mots clefs :
Juges, Consuls, Te Deum
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texteReconnaissance textuelle : Les Juges & Consuls font chanter le Te Deum, [titre d'après la table]
Les Juges& Confuls de cette Ville ſe ſont
acquittés du même devoir le 16 dans laChapelle
de leur Jurisdiction , où ils ont entendu
la grande Meſſe ,& enſuite le Te Deum.
acquittés du même devoir le 16 dans laChapelle
de leur Jurisdiction , où ils ont entendu
la grande Meſſe ,& enſuite le Te Deum.
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4726
p. 2279
Les differentes Communautés & les Marchands de Vin font la même chose, [titre d'après la table]
Début :
Toutes les differentes Communautés ont fait paroître le même zèle, en rendant graces [...]
Mots clefs :
Corps des marchands de vin, Te Deum, Illumination
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texteReconnaissance textuelle : Les differentes Communautés & les Marchands de Vin font la même chose, [titre d'après la table]
Toutes les differentes Communautés ont
fait paroître le même zéle , en rendant graces
àDieu du rétabliſſement de la ſanté du
Roi , & le Corps des Marchands de Vin
s'eſt diſtingué par une Fête particuliere
qu'il a donnée. Le 16 , les Marchands de
ceCorps firent chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Egliſe de S. Jacques de l'Hôpiral
, qui étoit magnifiquement ornée , &
éclairée d'un grand nombre de lumieres. Il
y eut le foir à leur Bureau une Illumination
,que tout le monde vit avec beaucoup
de plaiſir , & au haut de laquelle étoit cette
Inſcription : Deus nobis hac Gaudia fecit.
Pluſieurs Fontaines de Vin coulerent devant
la porte pendant la nuit ,& il y avoit
dans toute la ruë des Luſtres de Criſtal à la
place des Lanternes.
fait paroître le même zéle , en rendant graces
àDieu du rétabliſſement de la ſanté du
Roi , & le Corps des Marchands de Vin
s'eſt diſtingué par une Fête particuliere
qu'il a donnée. Le 16 , les Marchands de
ceCorps firent chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Egliſe de S. Jacques de l'Hôpiral
, qui étoit magnifiquement ornée , &
éclairée d'un grand nombre de lumieres. Il
y eut le foir à leur Bureau une Illumination
,que tout le monde vit avec beaucoup
de plaiſir , & au haut de laquelle étoit cette
Inſcription : Deus nobis hac Gaudia fecit.
Pluſieurs Fontaines de Vin coulerent devant
la porte pendant la nuit ,& il y avoit
dans toute la ruë des Luſtres de Criſtal à la
place des Lanternes.
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4727
p. 164-165
Sur les sept merveilles du Louvre, de Versailles, & de Marly. EPIGRAMME énigmatique.
Début :
Ces admirables Forts, cette immense Machine, [...]
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texteReconnaissance textuelle : Sur les sept merveilles du Louvre, de Versailles, & de Marly. EPIGRAMME énigmatique.
Sur les Jept merveilles du
Lourvre, de VeifàíUes)
OfdeMarly.
BPIGKAMME
enzgmatzque.
Ces admirables Forts, cette
immense Machine,
Ces Globes somptueux, ces
Tableaux animés,
Ces Jardins jalliffans, ces Palais
d'or semés,
Tant de productions d'une
adresse divine,
Qui s'offrent en ces lieux à
nos yeux ébloüis,
Nous retracent par tout la
Grandeur de LOUIS.
Lourvre, de VeifàíUes)
OfdeMarly.
BPIGKAMME
enzgmatzque.
Ces admirables Forts, cette
immense Machine,
Ces Globes somptueux, ces
Tableaux animés,
Ces Jardins jalliffans, ces Palais
d'or semés,
Tant de productions d'une
adresse divine,
Qui s'offrent en ces lieux à
nos yeux ébloüis,
Nous retracent par tout la
Grandeur de LOUIS.
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4728
p. 102-103
ENVOY Sur l'Enigme d'Octobre, Par Monsieur Flipe.
Début :
L'Enigme gripe [...]
Mots clefs :
Pipe
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texteReconnaissance textuelle : ENVOY Sur l'Enigme d'Octobre, Par Monsieur Flipe.
ENVOY
Sur l'Enigme d'Octobre,
Par Monsieur Flipe.
L'Enigme gripe
Terriblement,
Dit Aristipe;
C'est le polipe
Du jugement.
Je m'émancipe
Comme un Edipe,
Mais vainement;
Par Aganipe
Musedissipe
L'aveuglement
Qui me constipe
L'entendement.
Lamalepipe
J'y fuis vraiment,
C'est unepipe.
Sur l'Enigme d'Octobre,
Par Monsieur Flipe.
L'Enigme gripe
Terriblement,
Dit Aristipe;
C'est le polipe
Du jugement.
Je m'émancipe
Comme un Edipe,
Mais vainement;
Par Aganipe
Musedissipe
L'aveuglement
Qui me constipe
L'entendement.
Lamalepipe
J'y fuis vraiment,
C'est unepipe.
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4729
p. 143-144
La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Début :
Le 28, ils jouerent du même Auteur la Comedie en vers & en cinq actes du [...]
Mots clefs :
Comédie, Mlle Dangeville
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texteReconnaissance textuelle : La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Le î 8 , ils jouèrent du même Auteur'
la Comédie en vers & en cinq actes du-
Miiisant, iáfrS laquelle la D"e Mariane "
Dangeville, Nièce & Elevé de MUe Des
mares, à présent âgée d'environ 14 ans ,
joua le rôle de la Suivante, avec beaucoup 1
d'intelligence , de vivacité , de gtaces Sc
de finesse. C'est la même qui a déja beauçoup
brillé sur le même Théâtre dès fa*
G vj pl«Sj
i44 MERCURE DE FRANCE.
λlus tendre jeunesse , par ses calcns pour
a Comédie & pour la Danse. On espère
qu'elle dédommagera le Public , qui 1*9*
extrêmement applaudie de son incompa
rable Tante , qu'on ne cesse de regreter.
Elle joua le même rôle le sur-lendemain
& elle fut infiniment plus applaudie. Et
dans la petite Piece elle parut fous le nom .
de S -zette dans le Coche fùposé , avec
une satisfaction generale des Spectateurs ,
qui la trouvent façonnée au Théâtre com*
me si elle étoit âgée de trente ans , & qu'el
le l'eut toujours alîì.lument cultivé*
Deux jours après , elle remplit le rôle
de Clemtis dans la Comédie de Démocritg
amo ureux , & le Public qui l'applaudic:
extrêmement , en parut encore plus con
tent.
la Comédie en vers & en cinq actes du-
Miiisant, iáfrS laquelle la D"e Mariane "
Dangeville, Nièce & Elevé de MUe Des
mares, à présent âgée d'environ 14 ans ,
joua le rôle de la Suivante, avec beaucoup 1
d'intelligence , de vivacité , de gtaces Sc
de finesse. C'est la même qui a déja beauçoup
brillé sur le même Théâtre dès fa*
G vj pl«Sj
i44 MERCURE DE FRANCE.
λlus tendre jeunesse , par ses calcns pour
a Comédie & pour la Danse. On espère
qu'elle dédommagera le Public , qui 1*9*
extrêmement applaudie de son incompa
rable Tante , qu'on ne cesse de regreter.
Elle joua le même rôle le sur-lendemain
& elle fut infiniment plus applaudie. Et
dans la petite Piece elle parut fous le nom .
de S -zette dans le Coche fùposé , avec
une satisfaction generale des Spectateurs ,
qui la trouvent façonnée au Théâtre com*
me si elle étoit âgée de trente ans , & qu'el
le l'eut toujours alîì.lument cultivé*
Deux jours après , elle remplit le rôle
de Clemtis dans la Comédie de Démocritg
amo ureux , & le Public qui l'applaudic:
extrêmement , en parut encore plus con
tent.
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Résumé : La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Le 8 juillet, la comédie en vers et en cinq actes 'Le Misanthrope' fut jouée. Mademoiselle Marianne Dangeville, nièce et élève de Madame Desmares, âgée d'environ 14 ans, interpréta le rôle de la Suivante avec intelligence, vivacité, grâce et finesse. Elle avait déjà démontré ses talents en comédie et en danse sur la même scène. Le public espérait qu'elle compenserait l'absence de sa tante célèbre. Elle joua le même rôle deux jours plus tard et reçut de nombreux applaudissements. Dans une autre pièce, elle incarna Suzanne dans 'Le Coche complaisant', suscitant une satisfaction générale des spectateurs, qui la trouvèrent remarquablement mature pour son âge. Deux jours après, elle interpréta le rôle de Clitandre dans 'Démocrite amoureux', suscitant à nouveau l'admiration du public.
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4730
p. 2467-2468
« Les Comédiens François ont repris à leur retour de Fontainebleau la Tragédie de Zäire de [...] »
Début :
Les Comédiens François ont repris à leur retour de Fontainebleau la Tragédie de Zäire de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Zaïre, Fontainebleau, Académie royale de musique, Scylla, Opéra, Isis
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont repris à leur retour de Fontainebleau la Tragédie de Zäire de [...] »
Les Comédiens François ont repris à leur retour de Fontainebleau la Tragédie de Zaire de.
M.
2468 MERCURE DE FRANCE
M. de Voltaire , qui a toujours un très-grand
succès. Elle est parfaitement représentée par la
Die Gaussin qui y joue le principal Rôle , er par les Srs Dufresne , Sarrazin , Granval , Legrand , &c. qui remplissent les personnages
d'Orosmanes , de Lusignan , de Nerestan , de Chatillon , &c. nous donnerons quelques Frag mens de ce Poëme.
Le4 Nov.l'Académie Royale de Musique donna
la derniere Représentation de l'Opéra de Scylla
dans lequel la Dile Monville , nouvelle Actrice ,
sœur de la Dlle Julie , doubla le Rôle de Capis
que chantoit la Dlle Antiers Elle a assez de ,
voix , de l'action et de l'intelligence.
.
Le 4. on donna la premiere Représentation de
Biblis , dont le Poëme est de M. Fleury , et la
Musique de M. de la Coste. Nous en parlerons plus au long. On en donna la cinquiéme
Représentation le 13. et on remit au Théatre
Amadis de Gaule. Le 18. la Dile le Maure y
chanta son Rôle Doriane , avec des applaudisse
mens tres-bien mérités.
On va remettre incessamment l'Opéra d'Isis ;
que le Public attend avec impatience,
Le 11. Fête de S. Martin , BAcadémie Roya¬
le de Musique donna le premier Bal public qu'on
donne tous les ans à pareil jour , et qu'on continue pendant différens jours jusqu'à l'Avent. Qn
les reprend ordinairement à la Fête des Rois jus,
qu'au Carême.
M.
2468 MERCURE DE FRANCE
M. de Voltaire , qui a toujours un très-grand
succès. Elle est parfaitement représentée par la
Die Gaussin qui y joue le principal Rôle , er par les Srs Dufresne , Sarrazin , Granval , Legrand , &c. qui remplissent les personnages
d'Orosmanes , de Lusignan , de Nerestan , de Chatillon , &c. nous donnerons quelques Frag mens de ce Poëme.
Le4 Nov.l'Académie Royale de Musique donna
la derniere Représentation de l'Opéra de Scylla
dans lequel la Dile Monville , nouvelle Actrice ,
sœur de la Dlle Julie , doubla le Rôle de Capis
que chantoit la Dlle Antiers Elle a assez de ,
voix , de l'action et de l'intelligence.
.
Le 4. on donna la premiere Représentation de
Biblis , dont le Poëme est de M. Fleury , et la
Musique de M. de la Coste. Nous en parlerons plus au long. On en donna la cinquiéme
Représentation le 13. et on remit au Théatre
Amadis de Gaule. Le 18. la Dile le Maure y
chanta son Rôle Doriane , avec des applaudisse
mens tres-bien mérités.
On va remettre incessamment l'Opéra d'Isis ;
que le Public attend avec impatience,
Le 11. Fête de S. Martin , BAcadémie Roya¬
le de Musique donna le premier Bal public qu'on
donne tous les ans à pareil jour , et qu'on continue pendant différens jours jusqu'à l'Avent. Qn
les reprend ordinairement à la Fête des Rois jus,
qu'au Carême.
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Résumé : « Les Comédiens François ont repris à leur retour de Fontainebleau la Tragédie de Zäire de [...] »
Le texte décrit des événements liés au théâtre et à la musique en France. Les Comédiens Français ont repris la tragédie 'Zaire' de Voltaire à leur retour de Fontainebleau, avec un grand succès. La pièce met en vedette la Die Gaussin dans le rôle principal, ainsi que les acteurs Dufresne, Sarrazin, Granval et Legrand, interprétant respectivement Orosmanes, Lusignan, Nerestan et Chatillon. Le 4 novembre, l'Académie Royale de Musique a présenté la dernière représentation de l'opéra 'Scylla', où la Dile Monville, sœur de la Dlle Julie, a doublé le rôle de Capis. Le même jour, la première de 'Biblis', avec un poème de M. Fleury et une musique de M. de la Coste, a été donnée. La cinquième représentation de 'Biblis' a eu lieu le 13 novembre, suivie de la reprise de 'Amadis de Gaule'. Le 18 novembre, la Dile le Maure a chanté le rôle de Doriane dans 'Amadis de Gaule', recevant des applaudissements. L'opéra 'Isis' est annoncé pour une prochaine reprise, attendu avec impatience par le public. Le 11 novembre, à la fête de Saint-Martin, l'Académie Royale de Musique a organisé le premier bal public de l'année, qui se poursuit jusqu'à l'Avent et reprend à la fête des Rois jusqu'au Carême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4732
p. 2279-2281
« Les habitans des Maisons, qui forment tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte [...] »
Début :
Les habitans des Maisons, qui forment tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte [...]
Mots clefs :
Habitants, Place Dauphine, Plinthe, Lampions, Girandoles, Boutiques, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les habitans des Maisons, qui forment tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte [...] »
Les habitans des Maiſons , qui forment
tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte
de la Place Dauphine , ne fe font pas
contentés d'avoirdonné conjointement avec
tous les habitans de cette Ville , le jour des
réjouiſſances publiques pour la guériſon du
Roi , des marques de la part qu'ils prennent
à la joye générale ; ils ont voulu faire
écla280
MERCURE DE FRANCE.
éclater plus particulierement leur attachement
pour S. M. par une Illumination
qu'ils ont faite le 14 , & qui a excité avec
juſtice la curioſité de tout Paris .
Le Pourtour de la Place , compoſé de 71
Arcades , étoit orné de feſtons , qui communiquoient
d'une Arcade à l'autre , étant
tenus par une grande Roſe au milieu de
chaque Ceintre. La premiere Plinte au-defſus
des Arcades portoit alternativement des
Vaſes &des Ifs en forme de Pyramides en-,
tre les croiſées du premier Etage. Les Lampions
poſés fur la faillie de la ſeconde Plinte
, formoient un ſecond fil de lumiere. Au
fond de la Place , du côté du Palais , on
avoit élevé un Portique de 14 toiſes de haut
fur 7 de large , lequel étoit avec Pilaftres
groupés , & au-deſſus duquel s'élevoit un
Socle , où étoit un Chiffre de deux L. Ce
Socle portoit une Pyramide , couronnée par
un Soleil , & aux deux côtés de laquelle
étoient deux Girandoles. Deux grands Piédeſtaux
, portant deux autres Girandoles
d'une grandeur proportionnée , accompagnoient
le Portique. Le Quai des Orfèvres ,
celui de l'Horloge , & la ruë de Harlay ,
étoient éclairés par des Pots-à-feu le long
de la premiere Plinte ,& par des Luftres de:
Lampions au lieu de Lanternes ,& le tout
formoit unſpectacle des plus brillans.
Les
OCTOBRE. 1744. - 2281
Les Apprentifs & les Compagnons , qui
demeurentdans les Boutiques de cette partie
de Paris , ont montré le même empreſſement
que les autres habitans , à ſignaler leur zéle ;
les premiers , en faiſant chanter un TeDeum
dans l'Egliſe de S. Barthelemi , les autres
en faiſant conſtruire , au milieu de la Place ,
une enceinte ornée de dix grands Candelabres
, & deſtinée à former une Sale de Bal.
Ony entroit par trois Portiques , & dans le
centre étoit un Arbre fort élevé , dont le
tronc étoit entouré d'une guirlande de
fleurs &de Lampions dans les intervalles.
Il y avoit dans cette Sale une Orcheſtre ,
remplie d'un grand nombre de Muficiens ,
qui avant le Bal exécuterent avec beaucoup
d'applaudiffement plufieurs Morceaux de
Symphonie.
tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte
de la Place Dauphine , ne fe font pas
contentés d'avoirdonné conjointement avec
tous les habitans de cette Ville , le jour des
réjouiſſances publiques pour la guériſon du
Roi , des marques de la part qu'ils prennent
à la joye générale ; ils ont voulu faire
écla280
MERCURE DE FRANCE.
éclater plus particulierement leur attachement
pour S. M. par une Illumination
qu'ils ont faite le 14 , & qui a excité avec
juſtice la curioſité de tout Paris .
Le Pourtour de la Place , compoſé de 71
Arcades , étoit orné de feſtons , qui communiquoient
d'une Arcade à l'autre , étant
tenus par une grande Roſe au milieu de
chaque Ceintre. La premiere Plinte au-defſus
des Arcades portoit alternativement des
Vaſes &des Ifs en forme de Pyramides en-,
tre les croiſées du premier Etage. Les Lampions
poſés fur la faillie de la ſeconde Plinte
, formoient un ſecond fil de lumiere. Au
fond de la Place , du côté du Palais , on
avoit élevé un Portique de 14 toiſes de haut
fur 7 de large , lequel étoit avec Pilaftres
groupés , & au-deſſus duquel s'élevoit un
Socle , où étoit un Chiffre de deux L. Ce
Socle portoit une Pyramide , couronnée par
un Soleil , & aux deux côtés de laquelle
étoient deux Girandoles. Deux grands Piédeſtaux
, portant deux autres Girandoles
d'une grandeur proportionnée , accompagnoient
le Portique. Le Quai des Orfèvres ,
celui de l'Horloge , & la ruë de Harlay ,
étoient éclairés par des Pots-à-feu le long
de la premiere Plinte ,& par des Luftres de:
Lampions au lieu de Lanternes ,& le tout
formoit unſpectacle des plus brillans.
Les
OCTOBRE. 1744. - 2281
Les Apprentifs & les Compagnons , qui
demeurentdans les Boutiques de cette partie
de Paris , ont montré le même empreſſement
que les autres habitans , à ſignaler leur zéle ;
les premiers , en faiſant chanter un TeDeum
dans l'Egliſe de S. Barthelemi , les autres
en faiſant conſtruire , au milieu de la Place ,
une enceinte ornée de dix grands Candelabres
, & deſtinée à former une Sale de Bal.
Ony entroit par trois Portiques , & dans le
centre étoit un Arbre fort élevé , dont le
tronc étoit entouré d'une guirlande de
fleurs &de Lampions dans les intervalles.
Il y avoit dans cette Sale une Orcheſtre ,
remplie d'un grand nombre de Muficiens ,
qui avant le Bal exécuterent avec beaucoup
d'applaudiffement plufieurs Morceaux de
Symphonie.
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4733
p. 161-163
Le Nouvel Abailard, [titre d'après la table]
Début :
Le Nouvel Abailard, ou Lettres de deux Amans qui ne se sont jamais vus ; quatre [...]
Mots clefs :
Abélard, Héloïse, Mot, Latin, Roman, Éloquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Nouvel Abailard, [titre d'après la table]
Le Nouvel Abailard , ou Lettres de deux
Amans qui ne fe font jamais vus ; quatre
volumes in- 12 , à Neufchâtel , & fe trouve
à Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint -Jacques.
L'idée première de ce Roman , eft lẹ
projet d'infpiter une inclination réciproque
à deux jeunes gens deftinés l'un pour l'au
tre dès l'enfance par leurs parens , qui ne
leur permettent point de fe voir , mais qui
les engagent à s'écrire avec liberté , & excitent
en eux , par degrés , l'intérêt le plus vif,
jufqu'au moment qu'ils ont marqué pour
leur union . Cette idée , bien exécutée.
pourroit être piquante ; mais il ne paroît
pas que l'Auteur en ait fu faire un Ouvrage.
Sa morale eft fort bonne , fes intentions
font très - louables ; mais il a le défaut
de croire que tout ce qu'il a vu , tout ce
qu'il a penfé , tout ce qu'il a appris , mérite
162 MERCURE
que
d'être imprimé , & il faut du choix & de
la réflexion pour faire un Livre. Le fien eft
un amas indigefte d'hiftoires amoureuſes
& morales , dont le fond eft auffi commun
que les détails font négligés ; de contes
bleus qui n'ont point de fin , & dont il
feroit difficile de deviner le fens ; de differtations
métaphyfiques & phyfiques qui
n'apprennent rien. C'eft ainfi l'on parvient
fans peine à faire quatre gros volumes
qui coûtent d'autant plus à lire , qu'ils ont
coûté moins à faire . L'Auteur ne devroit-il
pas fe défier un peu de cette difpofition à
imprimer tout ce qui lui vient à la tête ?
Suffit- il d'annoncer à toutes les pages le
defir de réformer les moeurs ? Ne faudroitil
pas que la leçon fût un peu moins longue
& plus intéreffante ? Eft -ce affez de parler
au Public du ton dont lui parloit Rouffeau
de Genève? Ne faudroit- il pas fe rapprocher
un peu plus de l'éloquence de la nouvelle
Héloïfe , lorfqu'on fait le nouvel Abailard ?
Ce qu'on vient de dire , doit faire fentir
qu'il feroit impoffible de donner un extrait
quelconque de ce Roman. Il eft compofé de
parties détachées , auxquelles il paroît que
l'Auteur a voulu trouver un cadre quel qu'il ·
fût. Tout ce qu'on peut dire , c'eft que la correfpondance
de fes deux Amans eft quelquefois
d'un genre fort extraordinaire . Par
exemple , voici un échantillon de la qua
DE FRANCE. 163
trième lettre du nouvel Abailard . Il parle
de fes études à une jeune Demoiſelle qu'il
fait devoir être un jour fa femme : il veut
lui prouver l'utilité de la langue Latine ,
qu'apparemment elle n'avoit pas envie de
contefter ; & voici comme il s'y prend .
;
Le mot préférer eft très-commun , & vous
» en favez la fignification , mais feulement
» par routine ; car il vous feroit impoffible,
» à moins que vous ne fachiez le Latin , de
» m'expliquer pourquoi il a la fignification
» dont vous avez le fentiment intérieur
» mais avec la compofition de la langue La-
» tine , on voit tout d'un coup la compofi
» tion du mot , &c. ». Là-deffus , il s'étend
fur la prépofition pre & fur le mot ferre ,
&c. Premièrement une Héloïfe qui ne
vouloit point apprendre le Latin , n'avoit
nul befoin de cette explication . Enſuite c'eſt
s'y prendre mal pour prouver l'utilité du
Latin. Du moment où l'on fait le fens du
mot François , préférer, iln'eft point du tout
néceffaire de favoir fon étymologie latine.
Amans qui ne fe font jamais vus ; quatre
volumes in- 12 , à Neufchâtel , & fe trouve
à Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint -Jacques.
L'idée première de ce Roman , eft lẹ
projet d'infpiter une inclination réciproque
à deux jeunes gens deftinés l'un pour l'au
tre dès l'enfance par leurs parens , qui ne
leur permettent point de fe voir , mais qui
les engagent à s'écrire avec liberté , & excitent
en eux , par degrés , l'intérêt le plus vif,
jufqu'au moment qu'ils ont marqué pour
leur union . Cette idée , bien exécutée.
pourroit être piquante ; mais il ne paroît
pas que l'Auteur en ait fu faire un Ouvrage.
Sa morale eft fort bonne , fes intentions
font très - louables ; mais il a le défaut
de croire que tout ce qu'il a vu , tout ce
qu'il a penfé , tout ce qu'il a appris , mérite
162 MERCURE
que
d'être imprimé , & il faut du choix & de
la réflexion pour faire un Livre. Le fien eft
un amas indigefte d'hiftoires amoureuſes
& morales , dont le fond eft auffi commun
que les détails font négligés ; de contes
bleus qui n'ont point de fin , & dont il
feroit difficile de deviner le fens ; de differtations
métaphyfiques & phyfiques qui
n'apprennent rien. C'eft ainfi l'on parvient
fans peine à faire quatre gros volumes
qui coûtent d'autant plus à lire , qu'ils ont
coûté moins à faire . L'Auteur ne devroit-il
pas fe défier un peu de cette difpofition à
imprimer tout ce qui lui vient à la tête ?
Suffit- il d'annoncer à toutes les pages le
defir de réformer les moeurs ? Ne faudroitil
pas que la leçon fût un peu moins longue
& plus intéreffante ? Eft -ce affez de parler
au Public du ton dont lui parloit Rouffeau
de Genève? Ne faudroit- il pas fe rapprocher
un peu plus de l'éloquence de la nouvelle
Héloïfe , lorfqu'on fait le nouvel Abailard ?
Ce qu'on vient de dire , doit faire fentir
qu'il feroit impoffible de donner un extrait
quelconque de ce Roman. Il eft compofé de
parties détachées , auxquelles il paroît que
l'Auteur a voulu trouver un cadre quel qu'il ·
fût. Tout ce qu'on peut dire , c'eft que la correfpondance
de fes deux Amans eft quelquefois
d'un genre fort extraordinaire . Par
exemple , voici un échantillon de la qua
DE FRANCE. 163
trième lettre du nouvel Abailard . Il parle
de fes études à une jeune Demoiſelle qu'il
fait devoir être un jour fa femme : il veut
lui prouver l'utilité de la langue Latine ,
qu'apparemment elle n'avoit pas envie de
contefter ; & voici comme il s'y prend .
;
Le mot préférer eft très-commun , & vous
» en favez la fignification , mais feulement
» par routine ; car il vous feroit impoffible,
» à moins que vous ne fachiez le Latin , de
» m'expliquer pourquoi il a la fignification
» dont vous avez le fentiment intérieur
» mais avec la compofition de la langue La-
» tine , on voit tout d'un coup la compofi
» tion du mot , &c. ». Là-deffus , il s'étend
fur la prépofition pre & fur le mot ferre ,
&c. Premièrement une Héloïfe qui ne
vouloit point apprendre le Latin , n'avoit
nul befoin de cette explication . Enſuite c'eſt
s'y prendre mal pour prouver l'utilité du
Latin. Du moment où l'on fait le fens du
mot François , préférer, iln'eft point du tout
néceffaire de favoir fon étymologie latine.
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Résumé : Le Nouvel Abailard, [titre d'après la table]
Le texte présente 'Le Nouvel Abailard, ou Lettres de deux Amans qui ne se font jamais vus', un roman en quatre volumes publié à Neufchâtel et disponible à Paris chez la veuve Duchefne. L'histoire suit deux jeunes gens destinés l'un à l'autre depuis l'enfance, mais empêchés de se voir par leurs parents, qui les encouragent à correspondre. Malgré une idée prometteuse, le roman est critiqué pour son manque de sélection et de réflexion. Il est décrit comme un amas désordonné d'histoires amoureuses et morales banales, de contes interminables et de dissertations métaphysiques inutiles. L'auteur est reproché pour sa tendance à imprimer ses pensées sans discernement. Le style, comparé à celui de Rousseau, est jugé trop long et peu intéressant. La correspondance des deux amants est parfois qualifiée d'extraordinaire, mais un exemple montre une tentative maladroite de prouver l'utilité du latin à une jeune fille qui n'en voit pas l'intérêt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4734
p. 989-991
EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
Début :
Pierre Denis, nâquit à Mons en Hainault, en l'année 1658. il eut dès sa jeunesse une grande [...]
Mots clefs :
Pierre Denis, Choeur, Balustrade, Saint-Denis, Église, Ouvrages, Escalier
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
écrite de S. Denis en France sur la
Mort d'un fameux Artiste .
Pierre Denis,nâquit à Mons en Hainault , en
Pannée 168. il eut dès sa jeunesse une grande
inclination pour les Arts et un goût particulier
pour le travail du fer. Cette inclination luk
fit entreprendre le voyage d'Italie ; il s'arrêta à
Rome deux ans entiers , travaillant sous les meilleurs
Maitres . Il vint ensuite à Paris , où il acheva
de se perfectionner par un travail assidu de
six années auprès des plus habiles Artistes en ce
genre.
En l'année 1690. il quitta le Monde pour s'at
tacher à l'Ordre de S. Benoît , en qualité de
Commis , c'est ainsi qu'on nomme les Laïques.
qui se donnent à la Religion , et s'engagent par
un Contrat civil à garder certaines Regles et à
s'occuper , selon l'ordre des Superieurs , dans
les Arts et Métiers dont ils sont capables . Il entra
pour cela dans l'Abbaye Royale de S. Denis ,
et après ses deux années de probation , il y fit son
Contrat de stabilité en 1692.
Pendant quarante- trois ans qu'il a vécu à
S
990 MERCURE DE FRANCE
S. Denis d'une maniere toujours édifiante , il
s'est continuellement occupé à de grands Ouvrages
de son Art , qu'il a executez dans la derniere
pertection. Il a enfin laissé dans cette celebre
Abbaye dequoi immortaliser sa memoire.
Son premier Ouvrage est la Balustrade de l'Orgue.
Il fit ensuite une Porte pour le Choeur , laquelle
a servi dans le temps que le Jubé de pierre
subsistoit. On la depuis transportée à l'entrée
du Chevet de l'Eglise , proche le Tombeau de
M. de Turenne . Il a fait aussi la Rampe du Degré
qui descend du Chevet * au Choeur.
En l'année 1751. il posa les Grilles collaterales
du Choeur du côté du Midy et du Septentrion.
Environ sept ans après la grande Grille qui fait
face à la Net , fut achevée et posée . Elle comprend
la grande Porte du Choeur , les deux Portes
des Collateraux , les Degrez et les Tours du
Jubé. Les Desseins sont du fameux M. Anguierre,
Sculpteur de notre Académie.
Depuis ces grands Ouvrages il a encore fait la
Balustrade du Balcon qui est au bout du Dortoir
du côté de Paris , la Balustrade et les Rampes du
grand Escalier , lesquelles ont été finies en 1723 .
Il avoit fait auparavant la Grille qui est au bas
du même grand Escalier , et dont le travail est
incomparable.
En 1724. la Balustrade de l'Escalier qui descend
du Dortoir à l'Eglise .
En 1725. la Suspension des Lampes du Choeur.
Ensuite la Chaire du Lecteur au Réfectoire ,
Ouvrage fait en Découpures et des plus accom -
* Le Chevet est le Rond point ou le grand espace
qui est derriere le grand Autel, et qui comprend le
Tour des Chapelles.
plis
MAY. 1733. 991
plis ; la Chaire a été posée au mois de Mars 1726.
et le Couronnement fini en 1727 .
Enfin notre excellent Artiste a fait à S. Denis
la Rampe de l'Escalier de la nouvelle Infirmerie ,
et c'est son dernier Ouvrage à l'égard de cette
Abbaye.
Il a fait aussi , par ordre de Madame d'Orleans
, Abbesse de Chelles , la belle Grille du
Choeur des Religieuses . Ce Morceau est des plus
riches , des plus magnifiques et des mieux entendus.
Il a encore travaillé aux Grilles de l'Eglise Cathédrale
de Meaux , et a donné les Desseins de la
Porte du Choeur de l'Eglise de Notre - Dame de
Paris, et de plusieurs Ouvrages pour differens endroits
. La Balustrade de l'Autel de la Chapelle de
l'Hôtel- Dieu de S. Denis , est aussi de lui .
Pierre Denis mourut d'une fluxion de poitrine
le 20. Mars 1733. dans la 75. année de son âge.
Il a été inhumé dans le vieux Cloître , du côté
de l'ancien Réfectoire , vis - à - vis le Puits . On a
marqué l'endroit d'une Pierre quarrée , sur laquelle
on a gravé le jour , le mois et l'année de
sa mort. On y a ajouté les deux premieres lettres
de son nom , P. D.
On peut dire qu'il a été le plus rare et le plus
habile Ouvrier en fer qu'il y ait eû en Europe.
Les Experts avoüent que personne n'a encore approché
de la délicatesse , de la beauté et de la
perfection de ses Ouvrages , que tous les Etran
gers s'empressent d'aller voir et d'admirer.
écrite de S. Denis en France sur la
Mort d'un fameux Artiste .
Pierre Denis,nâquit à Mons en Hainault , en
Pannée 168. il eut dès sa jeunesse une grande
inclination pour les Arts et un goût particulier
pour le travail du fer. Cette inclination luk
fit entreprendre le voyage d'Italie ; il s'arrêta à
Rome deux ans entiers , travaillant sous les meilleurs
Maitres . Il vint ensuite à Paris , où il acheva
de se perfectionner par un travail assidu de
six années auprès des plus habiles Artistes en ce
genre.
En l'année 1690. il quitta le Monde pour s'at
tacher à l'Ordre de S. Benoît , en qualité de
Commis , c'est ainsi qu'on nomme les Laïques.
qui se donnent à la Religion , et s'engagent par
un Contrat civil à garder certaines Regles et à
s'occuper , selon l'ordre des Superieurs , dans
les Arts et Métiers dont ils sont capables . Il entra
pour cela dans l'Abbaye Royale de S. Denis ,
et après ses deux années de probation , il y fit son
Contrat de stabilité en 1692.
Pendant quarante- trois ans qu'il a vécu à
S
990 MERCURE DE FRANCE
S. Denis d'une maniere toujours édifiante , il
s'est continuellement occupé à de grands Ouvrages
de son Art , qu'il a executez dans la derniere
pertection. Il a enfin laissé dans cette celebre
Abbaye dequoi immortaliser sa memoire.
Son premier Ouvrage est la Balustrade de l'Orgue.
Il fit ensuite une Porte pour le Choeur , laquelle
a servi dans le temps que le Jubé de pierre
subsistoit. On la depuis transportée à l'entrée
du Chevet de l'Eglise , proche le Tombeau de
M. de Turenne . Il a fait aussi la Rampe du Degré
qui descend du Chevet * au Choeur.
En l'année 1751. il posa les Grilles collaterales
du Choeur du côté du Midy et du Septentrion.
Environ sept ans après la grande Grille qui fait
face à la Net , fut achevée et posée . Elle comprend
la grande Porte du Choeur , les deux Portes
des Collateraux , les Degrez et les Tours du
Jubé. Les Desseins sont du fameux M. Anguierre,
Sculpteur de notre Académie.
Depuis ces grands Ouvrages il a encore fait la
Balustrade du Balcon qui est au bout du Dortoir
du côté de Paris , la Balustrade et les Rampes du
grand Escalier , lesquelles ont été finies en 1723 .
Il avoit fait auparavant la Grille qui est au bas
du même grand Escalier , et dont le travail est
incomparable.
En 1724. la Balustrade de l'Escalier qui descend
du Dortoir à l'Eglise .
En 1725. la Suspension des Lampes du Choeur.
Ensuite la Chaire du Lecteur au Réfectoire ,
Ouvrage fait en Découpures et des plus accom -
* Le Chevet est le Rond point ou le grand espace
qui est derriere le grand Autel, et qui comprend le
Tour des Chapelles.
plis
MAY. 1733. 991
plis ; la Chaire a été posée au mois de Mars 1726.
et le Couronnement fini en 1727 .
Enfin notre excellent Artiste a fait à S. Denis
la Rampe de l'Escalier de la nouvelle Infirmerie ,
et c'est son dernier Ouvrage à l'égard de cette
Abbaye.
Il a fait aussi , par ordre de Madame d'Orleans
, Abbesse de Chelles , la belle Grille du
Choeur des Religieuses . Ce Morceau est des plus
riches , des plus magnifiques et des mieux entendus.
Il a encore travaillé aux Grilles de l'Eglise Cathédrale
de Meaux , et a donné les Desseins de la
Porte du Choeur de l'Eglise de Notre - Dame de
Paris, et de plusieurs Ouvrages pour differens endroits
. La Balustrade de l'Autel de la Chapelle de
l'Hôtel- Dieu de S. Denis , est aussi de lui .
Pierre Denis mourut d'une fluxion de poitrine
le 20. Mars 1733. dans la 75. année de son âge.
Il a été inhumé dans le vieux Cloître , du côté
de l'ancien Réfectoire , vis - à - vis le Puits . On a
marqué l'endroit d'une Pierre quarrée , sur laquelle
on a gravé le jour , le mois et l'année de
sa mort. On y a ajouté les deux premieres lettres
de son nom , P. D.
On peut dire qu'il a été le plus rare et le plus
habile Ouvrier en fer qu'il y ait eû en Europe.
Les Experts avoüent que personne n'a encore approché
de la délicatesse , de la beauté et de la
perfection de ses Ouvrages , que tous les Etran
gers s'empressent d'aller voir et d'admirer.
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Résumé : EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
Pierre Denis, né à Mons en Hainault en 1688, manifesta très tôt un intérêt pour les arts et une passion particulière pour le travail du fer. Il se rendit en Italie pour se former à Rome pendant deux ans, puis s'installa à Paris où il se perfectionna durant six années auprès des meilleurs artistes. En 1690, il quitta le monde séculier pour rejoindre l'Ordre de Saint-Benoît en tant que commis, un laïc engagé par contrat civil à suivre certaines règles et à travailler dans les arts et métiers dont il était capable. Il entra à l'Abbaye Royale de Saint-Denis et y fit son contrat de stabilité en 1692. Durant les quarante-trois années suivantes, Denis réalisa de nombreux ouvrages de ferronnerie d'une grande perfection. Parmi ses œuvres les plus notables à Saint-Denis figurent la balustrade de l'orgue, la porte du chœur, la rampe du degré descendant du chœur, les grilles collatérales du chœur, la grande grille du chœur, la balustrade du balcon du dortoir, les rampes du grand escalier, et la suspension des lampes du chœur. Il travailla également pour d'autres lieux, comme l'église cathédrale de Meaux et la porte du chœur de Notre-Dame de Paris. Pierre Denis décéda d'une fluxion de poitrine le 20 mars 1733, à l'âge de 75 ans. Il fut inhumé dans le vieux cloître de l'abbaye, et sa tombe fut marquée d'une pierre gravée de ses initiales et de la date de son décès. Reconnu comme l'un des plus habiles ouvriers en fer d'Europe, ses œuvres étaient admirées pour leur délicatesse, beauté et perfection.
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4735
p. 139-141
« Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
Début :
Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens, Représentation, Comédiens-Français, Théâtre-Français, Comédiens-Italiens, Théâtre de l'Opéra, Bajazet, Adélaïde du Guesclin, Voltaire, Arlequin Grand Mogol, Misanthrope, Fêtes grecques et romaines, Fabrice, Théâtre du marché au foin, Carnaval
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texteReconnaissance textuelle : « Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
E 14 de ce mois les Comédiens
François remirent au Theatre la
Tragédie de Bajazet , dans laquelle la
Dlle Grandval, épouse du Sr Grandval
Comédien du Roy , joia pour la
premiere
fois le rôle d'Atalide et le joua
fort naturellement et avec intelligence .
Elle fut fort applaudie ; ce n'est cependant
que son coup d'essai. Les rôles Comiques
qu'elle a joués depuis, ont encore,
confirmé la bonne opinion qu'on a de ses,
talens , sur tout dans le rôle d'Hortense
dans la petite Comédie du Florentin.
. Le Lundi 18 , on donna sur le Theatre
François la premiere représentation d'Adelaide
Tragédie de M. de Voltaire :
elle fut aussi extraordinairement applaudie
و
que sevérement critiquée par une très
nombreuse assemblée , et peut- être à
l'excès ; car le Public, ne se contient
gueres dans de justes bornes sur les premieres
impressions qu'il reçoit d'un Ouvrage
d'esprit. Celui - ci fut beaucoup
mieux entendu , plus goûté et plus applaudi
à la seconde représentation qu'on
en donna le Mercredy 27. après quelques
Gvj chan
140 MERCURE DE FRANCE
changemens
faits par l'Auteur sur les
observations
du Public. Nous parlerons.
plus au long de cette Tragédie , dont
tous les Personnages
portent des noms
illustres
connus dans l'Histoire de
France .
>
On doit donner sur le même Theatre
au commencement de Février, une petite
Comédie nouvelle en un Acte , en Prose
de M. Fagan , sous le titre de la Grondense.
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere représentation d'une Comédie
nouvelle en Prose , en trois Actes , ornée
de trois Divertissements de Chant et de
Danses , ayant pour titre , Arlequin
Grand Mogo'. Elle est de la composition
de M. Delisle , Auteur de Timon le Misantrope,
et d'autres Piéces qu'il a données
au Theatre Italien .
Le 5. de ce mois les Comédiens François
représenterent à Versailles la Comédie
du Misantrope et la petite Piéce du
Tuteur. Le Sr Fiet ville joua avec applaudissement
le principal rôle dans la premiere
, et celui de Lucas dans l'autre.
Le 28. Andronic , et l'Impromptu de
Campagne.
Le 30. Janvier les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
JANVIER . 1734. 141
Arlequin Sauvage , et celle d'Arlequin
Poli par l'Amour.
On continue sur le Theatre de l'Opera
les représentations d'Issé , et de Hypolite
et Aricie. On remettra au commencement
du mois prochain, le Ballet des Fêtes Grecques
etRomaines , avec une nouvelleEntrée,
Les paroles sont de M. Fuzelier , et la
Musique de M. de Blamont.
le 9
L'Opera de Fabrice en Italien,a été représenté
depuis peu à Londres , en présence
du Roy , de la Reine et de la Famille
Royale , avec beaucoup de succès.
On a appris de la même Ville que
de ce mois , on représenta en présence
du Roy et de la Reine sur le Theatre de
Lincols Innfiglds , le nouvel Opera
d'Ariadne. C'est le premier qu'on ait representé
sur ce Theâtre.
-
Le 16. on représenta à Londres , sur le
Theatre du Marché au Foin l'Opera
d'Arbaces. Et le même jour on joüa sur
le Theatre de Lincolns Innfields , celui
d'Ariadne.
On représenta le même jour pour l'ouverturedu
Carnaval à Rome , on donna sur le Theatre
de Florence , la premiere représentation d'une
Piéce intitulée Neron , ou le Mariage par interests:
François remirent au Theatre la
Tragédie de Bajazet , dans laquelle la
Dlle Grandval, épouse du Sr Grandval
Comédien du Roy , joia pour la
premiere
fois le rôle d'Atalide et le joua
fort naturellement et avec intelligence .
Elle fut fort applaudie ; ce n'est cependant
que son coup d'essai. Les rôles Comiques
qu'elle a joués depuis, ont encore,
confirmé la bonne opinion qu'on a de ses,
talens , sur tout dans le rôle d'Hortense
dans la petite Comédie du Florentin.
. Le Lundi 18 , on donna sur le Theatre
François la premiere représentation d'Adelaide
Tragédie de M. de Voltaire :
elle fut aussi extraordinairement applaudie
و
que sevérement critiquée par une très
nombreuse assemblée , et peut- être à
l'excès ; car le Public, ne se contient
gueres dans de justes bornes sur les premieres
impressions qu'il reçoit d'un Ouvrage
d'esprit. Celui - ci fut beaucoup
mieux entendu , plus goûté et plus applaudi
à la seconde représentation qu'on
en donna le Mercredy 27. après quelques
Gvj chan
140 MERCURE DE FRANCE
changemens
faits par l'Auteur sur les
observations
du Public. Nous parlerons.
plus au long de cette Tragédie , dont
tous les Personnages
portent des noms
illustres
connus dans l'Histoire de
France .
>
On doit donner sur le même Theatre
au commencement de Février, une petite
Comédie nouvelle en un Acte , en Prose
de M. Fagan , sous le titre de la Grondense.
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere représentation d'une Comédie
nouvelle en Prose , en trois Actes , ornée
de trois Divertissements de Chant et de
Danses , ayant pour titre , Arlequin
Grand Mogo'. Elle est de la composition
de M. Delisle , Auteur de Timon le Misantrope,
et d'autres Piéces qu'il a données
au Theatre Italien .
Le 5. de ce mois les Comédiens François
représenterent à Versailles la Comédie
du Misantrope et la petite Piéce du
Tuteur. Le Sr Fiet ville joua avec applaudissement
le principal rôle dans la premiere
, et celui de Lucas dans l'autre.
Le 28. Andronic , et l'Impromptu de
Campagne.
Le 30. Janvier les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
JANVIER . 1734. 141
Arlequin Sauvage , et celle d'Arlequin
Poli par l'Amour.
On continue sur le Theatre de l'Opera
les représentations d'Issé , et de Hypolite
et Aricie. On remettra au commencement
du mois prochain, le Ballet des Fêtes Grecques
etRomaines , avec une nouvelleEntrée,
Les paroles sont de M. Fuzelier , et la
Musique de M. de Blamont.
le 9
L'Opera de Fabrice en Italien,a été représenté
depuis peu à Londres , en présence
du Roy , de la Reine et de la Famille
Royale , avec beaucoup de succès.
On a appris de la même Ville que
de ce mois , on représenta en présence
du Roy et de la Reine sur le Theatre de
Lincols Innfiglds , le nouvel Opera
d'Ariadne. C'est le premier qu'on ait representé
sur ce Theâtre.
-
Le 16. on représenta à Londres , sur le
Theatre du Marché au Foin l'Opera
d'Arbaces. Et le même jour on joüa sur
le Theatre de Lincolns Innfields , celui
d'Ariadne.
On représenta le même jour pour l'ouverturedu
Carnaval à Rome , on donna sur le Theatre
de Florence , la premiere représentation d'une
Piéce intitulée Neron , ou le Mariage par interests:
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Résumé : « Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
En janvier 1734, plusieurs événements marquants eurent lieu dans le monde du théâtre. Le 14 janvier, les Comédiens Français reprirent 'Bajazet', avec la demoiselle Grandval interprétant Atalide pour la première fois, recevant des applaudissements. Le 18 janvier, la tragédie 'Adélaïde' de Voltaire fut jouée au Théâtre Français, mieux appréciée lors de la seconde représentation le 27 janvier après modifications. Les Comédiens Italiens présentèrent 'Arlequin Grand Mogo', une comédie en prose en trois actes avec des divertissements. Les Comédiens Français jouèrent 'Le Misanthrope' et 'Le Tuteur' à Versailles le 5 janvier, et 'Andronic' et 'L'Impromptu de Versailles' le 28 janvier. Le 30 janvier, les Comédiens Italiens interprétèrent 'Arlequin Sauvage' et 'Arlequin Poli par l'Amour' à la Cour. À l'Opéra, les représentations d''Issé' et d''Hypolite et Aricie' continuaient, avec le ballet 'Les Fêtes Grecques et Romaines' prévu pour le mois suivant. À Londres, l'opéra 'Fabrice' fut représenté en présence de la famille royale, ainsi que 'Ariadne'. Le 16 janvier, 'Arbaces' et 'Ariadne' furent joués sur différents théâtres. À Rome, la pièce 'Néron, ou le Mariage par intérêts' ouvrit le carnaval.
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4736
p. 161-163
« L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
Début :
L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
L'ACADEMIE Royale de Musique a
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
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4737
p. 967-970
Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES concernant le Droit de Tiers et Danger, sur les Bois de la Province de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES concernant le Droit de Tiers
et Danger, sur les Bois de la Province de
Normandie. Par M. Louis GREARD ,
Ecuyer , ancien Avocat au Parlement de
Rouen. Avec les Preuves et Observations
de
968 MERCURE DE FRANCE
de M. Louis FROLAND , Ancien Bâtonnier
de MM.les Avocats du Parlement de Pa-
ris. 1. Vol. in-4° . A ROUEN , chés Abra-
bam Viret , Imprimeur- Libraire , ruë Séné-
caux , près Saint Martin fur Renelle , et
Pierre le Boucher le jeune , Libraire , sous
la Galerie du Palais. Et à Paris , chès de
Nully , le Gras et Girard , Libraires an
Palais.
Cet Ouvrage est également curieux et
intéressant , écrit avec une délicatesse et
une solidité qui le feroient seules recher-
cher. Il servit en 1673. à la défense de
toute une Province, qui le regarde encore
aujourd'hui avec une extrême vénération .
Celle qu'elle conserve pour la mémoire
du Sçavant Défenseur , à qui elle doit
son repos , lui faisoit désirer depuis long-
temps de voir renouveller un monument
qui lui est si précieux . M. Loüis FROLAND,
Neveu Maternel de M. GREARD , vient
de remplir de si just es desirs. Non - seu-
lement il a fait imprimer ces Mémoires ;
mais il y a joint un Extrait raisonné de
toutes les Pieces qui ont servi pour les au-
toriser. On admire surtout la précision et
la justesse avec laquelle l'Auteur s'expri-
me au milieu d'une foule de citations qu'il
s'est contenté de désigner. Dans les notes
placées entre chaque Chapitre , on voit
les
MAY.
1737.
969
les recherches immenses qu'il lui a fallu
faire pour choisir ses
autorités. Tout
ce que les Histoires ont dit de cette
Province et de ses prérogatives se trou-
ve adroitement employé par notre Au-
teur , et judicieusement mesuré aux cir-
constances dans lesquelles se trouvoit le
Pays qu'il avoit à défendre.
On a placé à la fin de ce Volume un Re-
cueil de différens Arrêts du Parlement
de Normandie , qui jugent les plus sin-
gulieres Questions de Fait et de Coûtu-
me. Ils ont été judicieusement recueillis
par feu M. Bertheaume , ancien Avocat
de ce Parlement. L'espece y est établie
avec précision , après le prononcé de
P'Arrêt , pour déterminer plus sûrement
la circonstance dans laquelle il a été ren.
du.
Après ce compte rendu au Public des
Mémoires sur le TIERS et DANGER , il n'est
pas hors de propos de dire un mot des
propres Ouvrages de M. Froland . On se
contentera d'en donner les Titres ; le cre-
dit qu'ils ont eu depuis qu'ils sont entre
les mains du Public , a prévenu l'Eloge
qu'on en pouroit faire .
MEMOIRES Concernant le Comté Pairie
d'Eu , et ses Usages prétendus Locaux ,
avec les Arrêts du Parlement de Paris
qui
970 MERCURE DE FRANCE
qui les ont condamnés , par M. Louis
FROLAND , Ancien Avocat au Parlement
de Paris. M. DCC . XXII . 1. Vol . in -4°.
MEMOIRES Concernant la prohibition
d'évoquer les Décrets d'Immeubles situés en
Normandie , avec les Chartes , Ordon-
nances , Edits , Déclarations , Lettres
Patentes , Réponses de nos Rois , Arrêts
du Conseil et du Parlement de Paris , qui
ont établi et confirmé le Privilege de la
Province ; diverses Questions mixtes qui
en dépendent , et les Arrêts qui les ont
décidées. M. DCC. XXII . 1. Vol. in 4.
MEMOIRES Concernant l'Observation du
Senatus-consulte Velleien dans le Duché
de Normandie, et diverses Questions mix-
tes qui en dépendent , avec les Arrêts
qui les ont décidées. M. DCC . XXIX . 1 .
Vol. in- 4.
MEMOIRES Concernant la nature et la
qualité des Statuts. Diverses Questions
mixtes de Droit et de Coutume , et la
plûpart des Arrêts qui les ont décidées.
M. DCC . XXIX. 2. Vol . in-4.
Tous ces Ouvrages se vendent à Paris
chés de Nully , au Palais .
et Danger, sur les Bois de la Province de
Normandie. Par M. Louis GREARD ,
Ecuyer , ancien Avocat au Parlement de
Rouen. Avec les Preuves et Observations
de
968 MERCURE DE FRANCE
de M. Louis FROLAND , Ancien Bâtonnier
de MM.les Avocats du Parlement de Pa-
ris. 1. Vol. in-4° . A ROUEN , chés Abra-
bam Viret , Imprimeur- Libraire , ruë Séné-
caux , près Saint Martin fur Renelle , et
Pierre le Boucher le jeune , Libraire , sous
la Galerie du Palais. Et à Paris , chès de
Nully , le Gras et Girard , Libraires an
Palais.
Cet Ouvrage est également curieux et
intéressant , écrit avec une délicatesse et
une solidité qui le feroient seules recher-
cher. Il servit en 1673. à la défense de
toute une Province, qui le regarde encore
aujourd'hui avec une extrême vénération .
Celle qu'elle conserve pour la mémoire
du Sçavant Défenseur , à qui elle doit
son repos , lui faisoit désirer depuis long-
temps de voir renouveller un monument
qui lui est si précieux . M. Loüis FROLAND,
Neveu Maternel de M. GREARD , vient
de remplir de si just es desirs. Non - seu-
lement il a fait imprimer ces Mémoires ;
mais il y a joint un Extrait raisonné de
toutes les Pieces qui ont servi pour les au-
toriser. On admire surtout la précision et
la justesse avec laquelle l'Auteur s'expri-
me au milieu d'une foule de citations qu'il
s'est contenté de désigner. Dans les notes
placées entre chaque Chapitre , on voit
les
MAY.
1737.
969
les recherches immenses qu'il lui a fallu
faire pour choisir ses
autorités. Tout
ce que les Histoires ont dit de cette
Province et de ses prérogatives se trou-
ve adroitement employé par notre Au-
teur , et judicieusement mesuré aux cir-
constances dans lesquelles se trouvoit le
Pays qu'il avoit à défendre.
On a placé à la fin de ce Volume un Re-
cueil de différens Arrêts du Parlement
de Normandie , qui jugent les plus sin-
gulieres Questions de Fait et de Coûtu-
me. Ils ont été judicieusement recueillis
par feu M. Bertheaume , ancien Avocat
de ce Parlement. L'espece y est établie
avec précision , après le prononcé de
P'Arrêt , pour déterminer plus sûrement
la circonstance dans laquelle il a été ren.
du.
Après ce compte rendu au Public des
Mémoires sur le TIERS et DANGER , il n'est
pas hors de propos de dire un mot des
propres Ouvrages de M. Froland . On se
contentera d'en donner les Titres ; le cre-
dit qu'ils ont eu depuis qu'ils sont entre
les mains du Public , a prévenu l'Eloge
qu'on en pouroit faire .
MEMOIRES Concernant le Comté Pairie
d'Eu , et ses Usages prétendus Locaux ,
avec les Arrêts du Parlement de Paris
qui
970 MERCURE DE FRANCE
qui les ont condamnés , par M. Louis
FROLAND , Ancien Avocat au Parlement
de Paris. M. DCC . XXII . 1. Vol . in -4°.
MEMOIRES Concernant la prohibition
d'évoquer les Décrets d'Immeubles situés en
Normandie , avec les Chartes , Ordon-
nances , Edits , Déclarations , Lettres
Patentes , Réponses de nos Rois , Arrêts
du Conseil et du Parlement de Paris , qui
ont établi et confirmé le Privilege de la
Province ; diverses Questions mixtes qui
en dépendent , et les Arrêts qui les ont
décidées. M. DCC. XXII . 1. Vol. in 4.
MEMOIRES Concernant l'Observation du
Senatus-consulte Velleien dans le Duché
de Normandie, et diverses Questions mix-
tes qui en dépendent , avec les Arrêts
qui les ont décidées. M. DCC . XXIX . 1 .
Vol. in- 4.
MEMOIRES Concernant la nature et la
qualité des Statuts. Diverses Questions
mixtes de Droit et de Coutume , et la
plûpart des Arrêts qui les ont décidées.
M. DCC . XXIX. 2. Vol . in-4.
Tous ces Ouvrages se vendent à Paris
chés de Nully , au Palais .
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4738
p. 163-170
I. Extrait de la séance publique de l'Académie des sciences, arts & belles-lettres de Dijon, tenue le 5 Août dans le salon d'un hôtel dont S. M. vient de permettre à l'Académie de faire l'acquisition.
Début :
M. Maret, secrétaire perpétuel pour la partie des sciences, a ouvert la séance. [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, Georges-Louis Leclerc de Buffon, Hugues Maret, Académicien, Extrait, Sciences, Hôtel de Grandmont, Auteur, Jean-Jacques Hoin, Pygmalion, Philippe Guéneau de Montbeillard, Pierre Baillot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I. Extrait de la séance publique de l'Académie des sciences, arts & belles-lettres de Dijon, tenue le 5 Août dans le salon d'un hôtel dont S. M. vient de permettre à l'Académie de faire l'acquisition.
I.
Extrait de la féance publique de l'Académie
des fciences , arts & belles - lettres de
Dijon , tenue le 5 Août dans le falon
d'un hôtel dont S. M. vient de permettre
à l'Académie de faire l'acquifition.
M. MARET , fecrétaire perpétuel pour
la partie des fciences , a ouvert la féance .
Il a dit que l'Académie avoit proposé
pour le fujer du prix qu'elle devoit diftribuer
ce jour- là
» De déterminer quelles font les ma164
MERCURE DE FRANCE:
ladies dans lesquelles la médecine expectante
eft préférable à l'agilfante , &
à quels fignes le Médecin reconnoît
» qu'il doit agir ou refter dans l'inaction.
» en attendant le moment favorable pour
placer les remèdes ;
39
Que cette compagnie voyoit avec chagrin
qu'aucune des pièces envoyées au
concours n'avoit rempli fes vues , & qu'elle
propofoit le même fujet pour le prix
de 1776 , qui fera doublé & formé de
deux médailles d'or chacune de 300 liv.
Il a ajouté que l'auteur d'une pièce qui
a pour épigraphe :
Cum ergò fint occafiones quædam faciendi
, quædam ceffandi , difcendum quæ
fint occafiones curandi & quá abftinendi
à curationibus ,
étoit celui qui avoit le mieux vu la
matière ; mais que le manufcrit avoit été
envoyé fi incomplet qu'il n'avoit pas été
poffible d'en apprécier au jufte le mérite .
Je n'aurai donc pas la fatisfaction de
:
célébrer un triomphe , a dit enfuite M.
Maret il ne me refte que le trifte emploi
de répandre quelques fleurs fur le
tombeau de M. Hoin que l'Académie a
perdu dans le cours de cette année . Mais,
avant de rendre à cet académicien le jufte
tribut de louanges qu'il mérita par la
FEVRIER. 1774. 165
vie la plus laborieufe & par des talens
diftingués , qu'il me foit permis de m'arrêter
à confidérer le fpectacle qui frappe
en ce moment nos yeux , & qui fera dans
nos annales une époque bien mémorable ,
C'étoit la première fois que l'Académie
tenoit fa léance dans l'hôtel qu'elle a
acquis. M. le Comte de Buffon , le plus
ancien de fes membres , y alloit lire un
mémoire. M. Maret faififfant cette circonftance
, a dit :
Un fénat augufte , des directeurs éclairés
, pénétrés des vues philofophiques de
notre illuftre fondateur , nous ont ouvert
ce nouveau lycée ; une Dame philofophe,
auffi bienfaifante que refpectable **
fe fait un plaifir de le décorer , & la voix
du plus grand , du plus célèbre de nos
compatriotes vient en faire réfonner les
yoûtes.
Objets heureux de tant de bienfaits !
nous qu'un voeu folennel oblige plus particulièrement
à travailler pour la gloire
* C'eft par un arrangement fait avec MM. les
Directeurs , & approuvé par le Parlement , que
l'Académie s'eft vú dans le cas d'acquérir l'hôtel
de Grandmont.
** Mde la Comteſſe de Loriol , douairière de
M. de Chintrey.
166 MERCURE DE FRANCE.
de notre patrie , pour l'utilité de nos concitoyens
, faififfons cet inftant pour renouveler
nos fermens : que fi quelque
jour nous laiffions éteindre ou même ralentir
le beau feu qui nous anime , ces
voûtes puiffent nous faire rougir de notre
langueur ; ces voûtes puiffent nous dire:
c'eft ici que Buffon , plus fçavant & plus
éloquent que Pline , vint vous honorer
en s'afféyant parmi vous ; c'eft ici
c'est ici que ,
dans l'enthoufiafme excité par fa préſence ,
vous jurâtes de tout entreprendre pour
vous rendre dignes de lui , & vous reftez
dans l'inaction ! Tous vos illuftres compatriotes
refpirent ici dans leurs buftes ; &
leurs regards ne tombent que fur une
poftérité peu digne de leur gloire ! Enfin
tout annonce ici les efpérances de la patrie
& les honneurs que vous étiez affurés
d'obtenir;&vous renoncez à ces honneurs,
& vous enlevez à une mère tendre la fatisfaction
de s'applaudir de votre exiftence
!
Non , Meffieurs , jamais nous ne nous
attirerons de tels reproches ; nous entrons
dans ce lycée fous de trop heureux aufpices.
Au feul fouvenir de ce beau jour ,
nos coeurs enflammés du plus ardent patriotifme
s'efforcerent de nous mériter les
FEVRIER. 1774. 167 .
"
noms de bons citoyens , de véritables académiciens.
M. Maret a lu enfuite l'Eloge de M.
Hoin , académicien penfionnaire , Lieutenant
de M. le premier Chirurgiens du
Roi , correspondant de l'Académie roya
le de Chirurgie & de la Société littéraire
de Clermont- Ferrand .
Une expofition des événemens de la
vie de cet académicien enlevé par une
mort prématurée , & une notice de fes
ouvrages ont prouvé que M. Hoin , né
avec un goût décidé pour les fciences &
les lettres , une ardeur peu connue pour
le travail , le defir de fe rendre utile ,
une ame fenfible , tendre & active , étoit
un citoyen précieux , digne de l'attachement
de fa famille & de la parrie , & qui
méritoit l'eftime de tous ceux qui favent
apprécier les hommes,
M. le Comte de Buffon a fait lecture
d'un chapitre d'un ouvrage quia pour objet
l'expofition des époques de la Nature.
Les avantages que l'on retire dans l'hiftoire
des époques formées par les événemens
mémorables , fervent à M. de Buf
fon pour faire fentir l'importance de fon
entrepriſe.Il fait voir dans l'exordre de fon
ouvrage que c'eft par la recherche des dif
férentes époques de la Nature qu'on peut
168 MERCURE DE FRANCE .
parvenir à la connoiffance de fon antitiquité.
»Pofons , dit - il , un certain nombre de
pierres numéraires fut la route éternelle
du temps. « Cette belle expreffion doit
faire concevoir tout le projet de M. de
Buffon .
On connoît le talent de ce célèbre naturalifte
pour l'exécution ; & dans l'impoffibilité
de donner ici un extrait fatisfaifant
du chapitre qu'il a lu , on ſe contentera
de dire que le Public y a retrouvé la
touche favante & fublime de l'auteur de
l'hiftoire naturelle .
Cette lecture a été fuivie de celle d'une
fcène lyrique de Pigmalion par M. Gueneau
de Mont- beillard . On ne pourroit la
faire connoître qu'en la donnant en entier
, & , comme les bornes d'un extrait ne
le permettent
pas , on fe contentera
de
copier
l'avant
- propos
qu'il
a fait en annonçant
cette
fcène
.
39
«
Elle a déjà été exécutée par M. Rouf-
» feau de Genève , eft - il dit , & exécutée
» avec beaucoup d'art & de génie . Si donc
j'ai ofé traiter le même fujet , ce n'eft
» point dans la vaine idée de faire mieux ,
» ni même auffi bien ; mais c'eſt parce que
» le fujet m'a entraîné , & qu'il m'a pré-
» fenté des points de vue qui ont échappé
» à "
FEVRIER. 1774 169
» à M. Rouffeau , ou qu'il a négligés
» parce qu'ils n'étoient pas de fon plan . »
Les perfonnes qui connoiffent le faire
énergique de M. Gueneau de Mont -beillard
, préfumeront facilement que cette
fçène a été rendue avec autant de fenfibilité
que de force & d'élégance ; celles qui
n'ont aucune idée du ftyle & de la maniè
re de l'auteur , pourront s'en faire une en
apprenant que M. le Comte de Buffon a
confié à cet académicien une partie de l'hif
toire des oiſeaux.
M. de Broffe a lu un effai de géographie
éthymologique fur les noms donnés
aux peuples Scytes anciens & modernes.
Cet ouvrage va être connu par l'impreffion
, puifqu'il fera inféré dans le fecond
volume des mémoires de l'Académie , actuellement
fous preſſe.
Le préjugé qui paroît condamner les
femmes à renonçer aux honneurs académiques
, a été attaqué par M. Saifi . Il
en a prouvé l'injuftice par des raiſonnemens
concluants & par des faits décififs .
Le Sr Baillot, jeune homme de vingtun
ans , fuppléant au collège de cette ville ,
avoit envoyé à l'Académie , des Stances
que lui avoit dictées la préſence de M. de
Buffon.
H
:
3
170 MERCURE DE FRANCE.
M. de Morveau en a fair la lecture ;
elles ont été inférées dans ce Mercure.
Extrait de la féance publique de l'Académie
des fciences , arts & belles - lettres de
Dijon , tenue le 5 Août dans le falon
d'un hôtel dont S. M. vient de permettre
à l'Académie de faire l'acquifition.
M. MARET , fecrétaire perpétuel pour
la partie des fciences , a ouvert la féance .
Il a dit que l'Académie avoit proposé
pour le fujer du prix qu'elle devoit diftribuer
ce jour- là
» De déterminer quelles font les ma164
MERCURE DE FRANCE:
ladies dans lesquelles la médecine expectante
eft préférable à l'agilfante , &
à quels fignes le Médecin reconnoît
» qu'il doit agir ou refter dans l'inaction.
» en attendant le moment favorable pour
placer les remèdes ;
39
Que cette compagnie voyoit avec chagrin
qu'aucune des pièces envoyées au
concours n'avoit rempli fes vues , & qu'elle
propofoit le même fujet pour le prix
de 1776 , qui fera doublé & formé de
deux médailles d'or chacune de 300 liv.
Il a ajouté que l'auteur d'une pièce qui
a pour épigraphe :
Cum ergò fint occafiones quædam faciendi
, quædam ceffandi , difcendum quæ
fint occafiones curandi & quá abftinendi
à curationibus ,
étoit celui qui avoit le mieux vu la
matière ; mais que le manufcrit avoit été
envoyé fi incomplet qu'il n'avoit pas été
poffible d'en apprécier au jufte le mérite .
Je n'aurai donc pas la fatisfaction de
:
célébrer un triomphe , a dit enfuite M.
Maret il ne me refte que le trifte emploi
de répandre quelques fleurs fur le
tombeau de M. Hoin que l'Académie a
perdu dans le cours de cette année . Mais,
avant de rendre à cet académicien le jufte
tribut de louanges qu'il mérita par la
FEVRIER. 1774. 165
vie la plus laborieufe & par des talens
diftingués , qu'il me foit permis de m'arrêter
à confidérer le fpectacle qui frappe
en ce moment nos yeux , & qui fera dans
nos annales une époque bien mémorable ,
C'étoit la première fois que l'Académie
tenoit fa léance dans l'hôtel qu'elle a
acquis. M. le Comte de Buffon , le plus
ancien de fes membres , y alloit lire un
mémoire. M. Maret faififfant cette circonftance
, a dit :
Un fénat augufte , des directeurs éclairés
, pénétrés des vues philofophiques de
notre illuftre fondateur , nous ont ouvert
ce nouveau lycée ; une Dame philofophe,
auffi bienfaifante que refpectable **
fe fait un plaifir de le décorer , & la voix
du plus grand , du plus célèbre de nos
compatriotes vient en faire réfonner les
yoûtes.
Objets heureux de tant de bienfaits !
nous qu'un voeu folennel oblige plus particulièrement
à travailler pour la gloire
* C'eft par un arrangement fait avec MM. les
Directeurs , & approuvé par le Parlement , que
l'Académie s'eft vú dans le cas d'acquérir l'hôtel
de Grandmont.
** Mde la Comteſſe de Loriol , douairière de
M. de Chintrey.
166 MERCURE DE FRANCE.
de notre patrie , pour l'utilité de nos concitoyens
, faififfons cet inftant pour renouveler
nos fermens : que fi quelque
jour nous laiffions éteindre ou même ralentir
le beau feu qui nous anime , ces
voûtes puiffent nous faire rougir de notre
langueur ; ces voûtes puiffent nous dire:
c'eft ici que Buffon , plus fçavant & plus
éloquent que Pline , vint vous honorer
en s'afféyant parmi vous ; c'eft ici
c'est ici que ,
dans l'enthoufiafme excité par fa préſence ,
vous jurâtes de tout entreprendre pour
vous rendre dignes de lui , & vous reftez
dans l'inaction ! Tous vos illuftres compatriotes
refpirent ici dans leurs buftes ; &
leurs regards ne tombent que fur une
poftérité peu digne de leur gloire ! Enfin
tout annonce ici les efpérances de la patrie
& les honneurs que vous étiez affurés
d'obtenir;&vous renoncez à ces honneurs,
& vous enlevez à une mère tendre la fatisfaction
de s'applaudir de votre exiftence
!
Non , Meffieurs , jamais nous ne nous
attirerons de tels reproches ; nous entrons
dans ce lycée fous de trop heureux aufpices.
Au feul fouvenir de ce beau jour ,
nos coeurs enflammés du plus ardent patriotifme
s'efforcerent de nous mériter les
FEVRIER. 1774. 167 .
"
noms de bons citoyens , de véritables académiciens.
M. Maret a lu enfuite l'Eloge de M.
Hoin , académicien penfionnaire , Lieutenant
de M. le premier Chirurgiens du
Roi , correspondant de l'Académie roya
le de Chirurgie & de la Société littéraire
de Clermont- Ferrand .
Une expofition des événemens de la
vie de cet académicien enlevé par une
mort prématurée , & une notice de fes
ouvrages ont prouvé que M. Hoin , né
avec un goût décidé pour les fciences &
les lettres , une ardeur peu connue pour
le travail , le defir de fe rendre utile ,
une ame fenfible , tendre & active , étoit
un citoyen précieux , digne de l'attachement
de fa famille & de la parrie , & qui
méritoit l'eftime de tous ceux qui favent
apprécier les hommes,
M. le Comte de Buffon a fait lecture
d'un chapitre d'un ouvrage quia pour objet
l'expofition des époques de la Nature.
Les avantages que l'on retire dans l'hiftoire
des époques formées par les événemens
mémorables , fervent à M. de Buf
fon pour faire fentir l'importance de fon
entrepriſe.Il fait voir dans l'exordre de fon
ouvrage que c'eft par la recherche des dif
férentes époques de la Nature qu'on peut
168 MERCURE DE FRANCE .
parvenir à la connoiffance de fon antitiquité.
»Pofons , dit - il , un certain nombre de
pierres numéraires fut la route éternelle
du temps. « Cette belle expreffion doit
faire concevoir tout le projet de M. de
Buffon .
On connoît le talent de ce célèbre naturalifte
pour l'exécution ; & dans l'impoffibilité
de donner ici un extrait fatisfaifant
du chapitre qu'il a lu , on ſe contentera
de dire que le Public y a retrouvé la
touche favante & fublime de l'auteur de
l'hiftoire naturelle .
Cette lecture a été fuivie de celle d'une
fcène lyrique de Pigmalion par M. Gueneau
de Mont- beillard . On ne pourroit la
faire connoître qu'en la donnant en entier
, & , comme les bornes d'un extrait ne
le permettent
pas , on fe contentera
de
copier
l'avant
- propos
qu'il
a fait en annonçant
cette
fcène
.
39
«
Elle a déjà été exécutée par M. Rouf-
» feau de Genève , eft - il dit , & exécutée
» avec beaucoup d'art & de génie . Si donc
j'ai ofé traiter le même fujet , ce n'eft
» point dans la vaine idée de faire mieux ,
» ni même auffi bien ; mais c'eſt parce que
» le fujet m'a entraîné , & qu'il m'a pré-
» fenté des points de vue qui ont échappé
» à "
FEVRIER. 1774 169
» à M. Rouffeau , ou qu'il a négligés
» parce qu'ils n'étoient pas de fon plan . »
Les perfonnes qui connoiffent le faire
énergique de M. Gueneau de Mont -beillard
, préfumeront facilement que cette
fçène a été rendue avec autant de fenfibilité
que de force & d'élégance ; celles qui
n'ont aucune idée du ftyle & de la maniè
re de l'auteur , pourront s'en faire une en
apprenant que M. le Comte de Buffon a
confié à cet académicien une partie de l'hif
toire des oiſeaux.
M. de Broffe a lu un effai de géographie
éthymologique fur les noms donnés
aux peuples Scytes anciens & modernes.
Cet ouvrage va être connu par l'impreffion
, puifqu'il fera inféré dans le fecond
volume des mémoires de l'Académie , actuellement
fous preſſe.
Le préjugé qui paroît condamner les
femmes à renonçer aux honneurs académiques
, a été attaqué par M. Saifi . Il
en a prouvé l'injuftice par des raiſonnemens
concluants & par des faits décififs .
Le Sr Baillot, jeune homme de vingtun
ans , fuppléant au collège de cette ville ,
avoit envoyé à l'Académie , des Stances
que lui avoit dictées la préſence de M. de
Buffon.
H
:
3
170 MERCURE DE FRANCE.
M. de Morveau en a fair la lecture ;
elles ont été inférées dans ce Mercure.
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Résumé : I. Extrait de la séance publique de l'Académie des sciences, arts & belles-lettres de Dijon, tenue le 5 Août dans le salon d'un hôtel dont S. M. vient de permettre à l'Académie de faire l'acquisition.
Le 5 août, l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon a tenu une séance dans son nouvel hôtel, dont l'acquisition a été facilitée par le soutien du sénat, des directeurs et de la comtesse de Loriol. M. Maret, secrétaire perpétuel pour les sciences, a annoncé que le sujet du prix concernant les limites de la médecine expectante par rapport à la médecine agissante n'avait pas été traité de manière satisfaisante et serait proposé à nouveau en 1776 avec une récompense doublée. Il a également rendu hommage à l'académicien récemment décédé M. Hoin. Lors de cette séance, un mémoire de Buffon sur les époques de la nature a été lu, ainsi qu'une scène lyrique de 'Pygmalion' interprétée par M. Gueneau de Montbeillard, connu pour son style énergique et sa collaboration avec Buffon sur l'histoire des oiseaux. M. de Brosse a présenté un essai sur les noms des peuples Scythes, destiné à être publié dans le second volume des mémoires de l'Académie. M. Saifi a contesté l'exclusion des femmes des honneurs académiques avec des arguments convaincants. Enfin, un jeune suppléant de collège, M. Baillot, a envoyé des stances inspirées par la présence de Buffon, qui ont été lues par M. de Morveau et publiées dans le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4739
p. 163-166
MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
Début :
TRESOR ROYAL. Un grand fleuve qui se divise en plusieurs [...]
Mots clefs :
Jetons, Médailles, Trésor royal, Parties casuelles, Maison de la reine, Madame la Dauphine, Chambre aux deniers, Marine, Guerres, Artillerie, Colonies françaises en Amérique, Bâtiments du roi, Extraordinaire des guerres, Ordinaire des guerres, Affaires de la chambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
MÉDAILLES.
Devifes pour les Jettons du premier Janvier
1755.
TRESOR ROYAL.
UNgrand fleuve qui fe diviſe en plufieurs
canaux.
Légende . Divifus prodeft.
Exergue.
Tréfor royal.
1755.
164 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES .
Des greffes qu'on ente fur un arbre
effepé .
Legende. Carpent tua poma nepotes.
Exergue.
Parties cafuelles .
1755 .
MAISON DE LA REIN E.
Des lys plantés dans un parterre avec
fymmétrie.
Légende.
Exergue.
Novum ex ferie decus.
Maifon de la Reine.
1755 .
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un foleil , dont la lumiere peinte dans
des nuées voisines , forme trois autres foleils
ou parhélies , qui font les emblêmes
de Mgr le Dauphin , & de Mgrs les Ducs
de Bourgogne & de Berri.
Légende.
Exergue.
Cali Decus.
Maifon de Madame la Dauphine.
1755.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Une chambre au milieu de laquelle il y
a une table avec plufieurs facs d'argent deffus
, & quelques - uns de ces facs d'argent
monnoyé répandus fur la table .
Légende. Regali fuppetit ufui.
Exergue.
Chambre aux Deniers.
1755.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Deux Chevaliers armés joûtant dans une
lice .
Légende. Et ludus in armis .
Exergue.
Extraordinaire des guerres.
1755 .
ORDINAIRE DES GUERRES.
Un cheval couché , levant fierement la
tête,
Légende. Dum ad pralia furgat.
Exergue.
Ordinaire des Guerres.
1755 .
MARINE.
Jafon rapportant la toifon d'or .
Légende. Juvat nunc parta tueri.
Exergue.
Marine .
1755.
COLONIES FRANÇOISES EN AMÉRIQUE.
Le navire Argo , avec des peaux de caftor
fufpendues à la place de la toifon d'or.
Legende. Non vilius aures.
166 MERCURE DE FRANCE.
Exergue . Colonies françoiſes en.
Amérique.
1755.
BATIMENS DU ROY.
Minerve , avec l'égide & la cuiraffe , tenant
d'une main des inftrumens d'architecture
; dans le lointain un bâtiment commence
à s'élever .
་
Légende.
Exergue.
Condit quas incolet ades.
Bâtimens du Roi.
1755.
ARTILLERIE .
Des canons fur leurs affuts , liés enſemble
& enchaînés par des branches d'olivier
qui ferpentent à l'entour.
Légende. Va quibus has rupiffe catenas
contigerit.
1755.
MENUS PLAISIRS ET AFFAIRES
DE LA CHAMBRE.
Therpficore , Melpomene & Thalie.
Légende. Latitia lacrymaque decora .
Exergue. Argenterie & menus plaifirs.
1755
Devifes pour les Jettons du premier Janvier
1755.
TRESOR ROYAL.
UNgrand fleuve qui fe diviſe en plufieurs
canaux.
Légende . Divifus prodeft.
Exergue.
Tréfor royal.
1755.
164 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES .
Des greffes qu'on ente fur un arbre
effepé .
Legende. Carpent tua poma nepotes.
Exergue.
Parties cafuelles .
1755 .
MAISON DE LA REIN E.
Des lys plantés dans un parterre avec
fymmétrie.
Légende.
Exergue.
Novum ex ferie decus.
Maifon de la Reine.
1755 .
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un foleil , dont la lumiere peinte dans
des nuées voisines , forme trois autres foleils
ou parhélies , qui font les emblêmes
de Mgr le Dauphin , & de Mgrs les Ducs
de Bourgogne & de Berri.
Légende.
Exergue.
Cali Decus.
Maifon de Madame la Dauphine.
1755.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Une chambre au milieu de laquelle il y
a une table avec plufieurs facs d'argent deffus
, & quelques - uns de ces facs d'argent
monnoyé répandus fur la table .
Légende. Regali fuppetit ufui.
Exergue.
Chambre aux Deniers.
1755.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Deux Chevaliers armés joûtant dans une
lice .
Légende. Et ludus in armis .
Exergue.
Extraordinaire des guerres.
1755 .
ORDINAIRE DES GUERRES.
Un cheval couché , levant fierement la
tête,
Légende. Dum ad pralia furgat.
Exergue.
Ordinaire des Guerres.
1755 .
MARINE.
Jafon rapportant la toifon d'or .
Légende. Juvat nunc parta tueri.
Exergue.
Marine .
1755.
COLONIES FRANÇOISES EN AMÉRIQUE.
Le navire Argo , avec des peaux de caftor
fufpendues à la place de la toifon d'or.
Legende. Non vilius aures.
166 MERCURE DE FRANCE.
Exergue . Colonies françoiſes en.
Amérique.
1755.
BATIMENS DU ROY.
Minerve , avec l'égide & la cuiraffe , tenant
d'une main des inftrumens d'architecture
; dans le lointain un bâtiment commence
à s'élever .
་
Légende.
Exergue.
Condit quas incolet ades.
Bâtimens du Roi.
1755.
ARTILLERIE .
Des canons fur leurs affuts , liés enſemble
& enchaînés par des branches d'olivier
qui ferpentent à l'entour.
Légende. Va quibus has rupiffe catenas
contigerit.
1755.
MENUS PLAISIRS ET AFFAIRES
DE LA CHAMBRE.
Therpficore , Melpomene & Thalie.
Légende. Latitia lacrymaque decora .
Exergue. Argenterie & menus plaifirs.
1755
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Résumé : MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
En 1755, des médailles et jetons ont été émis pour diverses institutions et maisons royales françaises. Chaque médaille possède une légende et un exergue spécifiques. Pour le Trésor Royal, la médaille montre un fleuve se divisant en canaux, avec la légende 'Divifus prodeft' et l'exergue 'Trésor royal'. La médaille des Parties Casuelles représente des greffes sur un arbre effepé, avec la légende 'Carpent tua poma nepotes' et l'exergue 'Parties casuelles'. La Maison de la Reine est illustrée par des lys plantés symétriquement, avec la légende 'Novum ex ferie decus' et l'exergue 'Maison de la Reine'. La Maison de Madame la Dauphine présente un soleil formant trois autres soleils, symbolisant le Dauphin et les Ducs de Bourgogne et de Berry, avec la légende 'Cali Decus' et l'exergue 'Maison de Madame la Dauphine'. La Chambre aux Deniers montre une table avec des sacs d'argent défaits et des pièces monnoyées, avec la légende 'Regali fuppetit ufui' et l'exergue 'Chambre aux Deniers'. L'Extraordinaire des Guerres illustre deux chevaliers armés joutant dans une lice, avec la légende 'Et ludus in armis' et l'exergue 'Extraordinaire des guerres'. L'Ordinare des Guerres montre un cheval couché levant fièrement la tête, avec la légende 'Dum ad pralia furgat' et l'exergue 'Ordinare des Guerres'. La Marine représente Jason rapportant la toison d'or, avec la légende 'Juvat nunc parta tueri' et l'exergue 'Marine'. Les Colonies Françaises en Amérique montrent le navire Argo avec des peaux de castor suspendues, avec la légende 'Non vilius aures' et l'exergue 'Colonies françoises en Amérique'. Les Bâtimens du Roi présentent Minerve tenant des instruments d'architecture, avec la légende 'Condit quas incolet ades' et l'exergue 'Bâtimens du Roi'. L'Artillerie illustre des canons liés par des branches d'olivier, avec la légende 'Va quibus has rupiffe catenas contigerit' et l'exergue 'Artillerie'. Enfin, les Menus Plaisirs et Affaires de la Chambre montrent les muses Thespiscore, Melpomène et Thalie, avec la légende 'Latitia lacrymaque decora' et l'exergue 'Argenterie & menus plaifirs'.
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4740
p. 159-168
Extraits de Livres nouveaux. [titre d'après la table]
Début :
Il paroist depuis quelques jours un certain Livre intitulé Sphere [...]
Mots clefs :
Histoire, Prononciation, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extraits de Livres nouveaux. [titre d'après la table]
Il paroiſt depuis quelques
jours un certainLivre intitulé
SphereHistorique : ce titre m'a
furpris d'abord,&en ſurprendra
biend'autres ,qui auront
peine à croire , qu'on puiffe
tirer aucunes Hiſtoires veritables
des Signes &desConſtellations
,ce qui m'a obligé de
le lire avec attention , l'Auteur
, quel qu'il ſoit , m'a paru
fort ſçavant dans l'Histoire
ancienne , profond dans les
réflexions , exact dans l'ordre,
&dans la méthode qu'il ob160
MERCURE
ſerve avec ſoin.
Peu d'Ecrivains ont expliqué
juſqu'à preſent les plus
beaux endroits de la Mytholo .
gie à la lettre , & dévclopé
les Enigmes des Poëtes fi à
fond : iléclaircitmême les plus
grandes difficultez de laChronologie
, en diftinguant les
perſonnes de même nom ; &
les divers noms de chaque perſonne
pour accorder les perſonnes
avec les temps & les
lieux.
Il donne auſſi un abregé
de l'Histoire des Dieux qui ont
donné commencement à l'Idolatrie
,
1
GALANT. 161
dolatrie,plus clairement & plus
ouvertement que Voffius; car
il nomme ces faux Dicux par
les noms propres , & par les
qualitez qu'ils avoient fur la
terre : &c'eſt là proprement la
clef de l'Histoire ancienne , &
l'origine de la Chronologic.
Son ſtile eſt ſimple & naturel
, & par conſequent ne ſeroit
pas ennuyeux , s'il ne
tomboit affez frequemment
dans des redites qu'il a peuteſtre
crû ne pouvoir éviter en
faveur de ceux qui ne font pas
verſez dans cette matiere , fon
Orthographe eſt à la moderne
Janvier 1716 .
162 MERCURE
il eſt fort fcrupuleux dans la
diſtinction des é par le moyen
des accens , pour rectifier la
prononciation des Etrangers ;
mais ily a quelques noms pro.
pres qu'il écrit d'une maniere
extraordinaire ,tels que font
Ené,Orphé, Perfé , Theſé, Eol,
Achil , Mercur , Hercul , &c.
diſant , que les noms d'hommes
ne doivent pas avoir d'é femimin
à la fin du mot :felon laRegle
de la Grammaire reçue de toutes
les Nations. Omne viro foli ,
c. Il écrit auffi Circée , Dircée
, Caffiopée , Hebée , par
deux é , comme étant des
GALANT. 163
noms
noms de femmes qu'on ne
peut diftinguer des
d'hommes , que par un é feminin
final; ſuivant la Regle
univerſellement requë. Eflo
femineum recipit quod femina ,
tantum.
Mais ildonne un avertiflementau
Lecteur de cette diverſité
d'écrire ; où il invite
les Sçavans à établir ce principe
important à toutes les Langues
vivantes ou mortes , par
lequel on puiſſe faire la differencedu
Maſculin & du Feminin;
puiſque nous avons un é
particulier , qui ne fert qu'à
O ij
164 MERCURE
cela , & que l'on appelle pour
ce ſujet éfeminin,éfinal : il eſt
de la derniere importance de
ne point confondre les ſexes
grammaticalement , non plus
que les nombres .
Dans cet avertiſſement , il
prie les Sçavans de faire attention,
ſur la difference qu'ily a
entre l'uſage de la parole , &
l'uſage de l'écriture : le premier
, dit-il , eſt libre , ſans
regles ,&ſujetà changement ;
le ſecond , au contraire , eſt
fixe , immuable , & fondé fur
les principes inviolables de la
Grammaire univerſelle , qu'il
GALANT. 165
4
dit eſtre des propofitions d'éternelle
verité. Propofitiones
aterna veritatis.
Ce qu'il tâche de prouver
parune comparaiſon fort fimple
& qui ne laiſſe pas d'eſtre
ingenieuſe&perfuafive :
Il dit qu'uunnee LLaanngguueevivante
eſt ſemblable à un cadran
d'Horloge , où il y a deux
choſes à remarquer , ſçavoir
l'éguille qui eſt toûjours en
mouvement & tourne ſans
ceffe ,comme une Langue vivante
, qui change de mots ,
change de prononciation ,
changede conſtruction , & de
166 MERCURE
modes. Les chiffres du cadran
quireprefentent par des lettres
capitales les heures , font fixes ,
& immuables , comme étant
fondez ſur les principes invio.
lables & non corrompus de la
Grammaire univerſelle ,& ils
reprefentent l'uſage de l'écriture
, ou orthographe.
Que l'on parle , & que l'on
prononce comme on voudra ,
l'écriture s'accommodera à
tout , ſuivant les principes des
lettres bien affermis & bien
reftituez chacune a leur effet
propre&naturel.
Ainſi l'uſage de parler
étant bien diftingué d'avec
GALANT. 167
au
l'uſage de l'écriture ; il foutient
que l'Orthographe conforme
à la prononciation , ne
changera jamais , non plus que
les chiffres du cadran. Vous
pourrez voir le reſte expliqué
bien au long dans l'Onginal ,
commencement de la Sphe.
reHiſtorique ,&dans les principes
de la noſtre en 1669. &
1670. Le corps du Livre eſt
agreable par ſes Hiſtoires curieuſes
; par les maximes de
morale , & par les anciens
principes d'Aftronomie ,prefqueperdus
& inufitez dans les
derniers fiecles .
CeLivre eſt dedié à S. A. R.
168 MERCURE
Monſeigneur leDuc d'Orleans
Regent du Royaume ,
jours un certainLivre intitulé
SphereHistorique : ce titre m'a
furpris d'abord,&en ſurprendra
biend'autres ,qui auront
peine à croire , qu'on puiffe
tirer aucunes Hiſtoires veritables
des Signes &desConſtellations
,ce qui m'a obligé de
le lire avec attention , l'Auteur
, quel qu'il ſoit , m'a paru
fort ſçavant dans l'Histoire
ancienne , profond dans les
réflexions , exact dans l'ordre,
&dans la méthode qu'il ob160
MERCURE
ſerve avec ſoin.
Peu d'Ecrivains ont expliqué
juſqu'à preſent les plus
beaux endroits de la Mytholo .
gie à la lettre , & dévclopé
les Enigmes des Poëtes fi à
fond : iléclaircitmême les plus
grandes difficultez de laChronologie
, en diftinguant les
perſonnes de même nom ; &
les divers noms de chaque perſonne
pour accorder les perſonnes
avec les temps & les
lieux.
Il donne auſſi un abregé
de l'Histoire des Dieux qui ont
donné commencement à l'Idolatrie
,
1
GALANT. 161
dolatrie,plus clairement & plus
ouvertement que Voffius; car
il nomme ces faux Dicux par
les noms propres , & par les
qualitez qu'ils avoient fur la
terre : &c'eſt là proprement la
clef de l'Histoire ancienne , &
l'origine de la Chronologic.
Son ſtile eſt ſimple & naturel
, & par conſequent ne ſeroit
pas ennuyeux , s'il ne
tomboit affez frequemment
dans des redites qu'il a peuteſtre
crû ne pouvoir éviter en
faveur de ceux qui ne font pas
verſez dans cette matiere , fon
Orthographe eſt à la moderne
Janvier 1716 .
162 MERCURE
il eſt fort fcrupuleux dans la
diſtinction des é par le moyen
des accens , pour rectifier la
prononciation des Etrangers ;
mais ily a quelques noms pro.
pres qu'il écrit d'une maniere
extraordinaire ,tels que font
Ené,Orphé, Perfé , Theſé, Eol,
Achil , Mercur , Hercul , &c.
diſant , que les noms d'hommes
ne doivent pas avoir d'é femimin
à la fin du mot :felon laRegle
de la Grammaire reçue de toutes
les Nations. Omne viro foli ,
c. Il écrit auffi Circée , Dircée
, Caffiopée , Hebée , par
deux é , comme étant des
GALANT. 163
noms
noms de femmes qu'on ne
peut diftinguer des
d'hommes , que par un é feminin
final; ſuivant la Regle
univerſellement requë. Eflo
femineum recipit quod femina ,
tantum.
Mais ildonne un avertiflementau
Lecteur de cette diverſité
d'écrire ; où il invite
les Sçavans à établir ce principe
important à toutes les Langues
vivantes ou mortes , par
lequel on puiſſe faire la differencedu
Maſculin & du Feminin;
puiſque nous avons un é
particulier , qui ne fert qu'à
O ij
164 MERCURE
cela , & que l'on appelle pour
ce ſujet éfeminin,éfinal : il eſt
de la derniere importance de
ne point confondre les ſexes
grammaticalement , non plus
que les nombres .
Dans cet avertiſſement , il
prie les Sçavans de faire attention,
ſur la difference qu'ily a
entre l'uſage de la parole , &
l'uſage de l'écriture : le premier
, dit-il , eſt libre , ſans
regles ,&ſujetà changement ;
le ſecond , au contraire , eſt
fixe , immuable , & fondé fur
les principes inviolables de la
Grammaire univerſelle , qu'il
GALANT. 165
4
dit eſtre des propofitions d'éternelle
verité. Propofitiones
aterna veritatis.
Ce qu'il tâche de prouver
parune comparaiſon fort fimple
& qui ne laiſſe pas d'eſtre
ingenieuſe&perfuafive :
Il dit qu'uunnee LLaanngguueevivante
eſt ſemblable à un cadran
d'Horloge , où il y a deux
choſes à remarquer , ſçavoir
l'éguille qui eſt toûjours en
mouvement & tourne ſans
ceffe ,comme une Langue vivante
, qui change de mots ,
change de prononciation ,
changede conſtruction , & de
166 MERCURE
modes. Les chiffres du cadran
quireprefentent par des lettres
capitales les heures , font fixes ,
& immuables , comme étant
fondez ſur les principes invio.
lables & non corrompus de la
Grammaire univerſelle ,& ils
reprefentent l'uſage de l'écriture
, ou orthographe.
Que l'on parle , & que l'on
prononce comme on voudra ,
l'écriture s'accommodera à
tout , ſuivant les principes des
lettres bien affermis & bien
reftituez chacune a leur effet
propre&naturel.
Ainſi l'uſage de parler
étant bien diftingué d'avec
GALANT. 167
au
l'uſage de l'écriture ; il foutient
que l'Orthographe conforme
à la prononciation , ne
changera jamais , non plus que
les chiffres du cadran. Vous
pourrez voir le reſte expliqué
bien au long dans l'Onginal ,
commencement de la Sphe.
reHiſtorique ,&dans les principes
de la noſtre en 1669. &
1670. Le corps du Livre eſt
agreable par ſes Hiſtoires curieuſes
; par les maximes de
morale , & par les anciens
principes d'Aftronomie ,prefqueperdus
& inufitez dans les
derniers fiecles .
CeLivre eſt dedié à S. A. R.
168 MERCURE
Monſeigneur leDuc d'Orleans
Regent du Royaume ,
Fermer
4741
p. 159-169
SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Début :
Les événemens de différentes opérations ayant été malheureux, la réputation [...]
Mots clefs :
Méthode, Opération, Succès, Médecin, Anonymat, Instrument, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
SUITE des Recherches fur la Taille
du Frère JACQUES , par M. BORDENAVE
, Profeſſeur Royal de Chirurgie
, &c .
Les événemens de différentes opéra
و
tions ayant été malheureux , la réputation
de l'Opérateur en fouffrit néceſſairement.
Les papiers publics , reffources
ordinaires des Empyriques , des Apologiftes
gagés foutinrent pendant
trois ou quatre années la confiance
aveugle , dont le Public prévenu ſe
départ fi difficilement: Enfin le Frère
Jacques voyant le diſcrédit abſolu dont
il étoit menacé , publia au commencement
de 1702 , un écrit , intitulé ,
Nouvelle méthode de tailler & tirer la
Pierre de la veſſie , à la fin duquel il eut
foin de donner ſa demeure , que probablement
on commençoit alors à ignorer.
Dans cet écrit ( pag. 2 ) Frère Jacques
convient d'abord qu'il a perfectionnée
en 1701 , l'inciſion qu'il fait , pourdécouvrir
avec le ſcalpel la rainure de la
*CetEcrit in-4°. ſe trouve à la Bibliothèque
du Roi .
:
160 MERCURE DE FRANCE.
fonde ; mais ce qui prouve invinci
blement qu'il ne ſe ſervoitpas de fonde
cremelée , dans le temps que M Méry a
écrit , c'eſt qu'il ajoûte enfuite , & ce
font ſes termes : ( pag. 4. ) , Il eſt venu
>>ſe préfenter à Meffieurs Fagon & Felix,
>>premiers Médecin & Chirurgien du
>> Roi , & a fait pluſieurs incifions en
>> leur préſence , tant fur des cadavres
»& Sujets vivans ; ils ont rrès - bien
>> connu que l'Opération étoit bonne en
>> elle-même & préférable à l'ancienne
>> mais qu'ilfalloit rectifier les Instrumens
» pourfureté de l'incifion , & la rappro-
>>>cher un peu du Sphincter à côté de
» l'anus& du rectum , & quitter le petit
>> appareil ; c'eſt ce que Frère Jacques a
>> fait & a
6
travaillé pendant quatre
» années , tant fur des cadavres que
>>> Sujets vivans , & a remarqué d'autres
>>> circonstances à rectifier , tant dans les
inftrumens que pour l'incifion , & même
>> l'année dernière 1701 , qui rendent
>> l'Opération très-parfaite.
Peu après , il s'éléve contre Mrs Méry
& Saviard , dont il ſe plaint en diſant,
>>>ils devoient du moins avouer
>>l'Opération étoit bonne en elle-même,
>> mais qu'il falloit ſeulement rectifier la
-
D
cet
F
M.
ME
prem
datés
tifca
Frère
partic
avis c
les in
& fai
lle
Jacqu
inftru
fa fo
pérati
le co
C'eft
fon
que
que
un ca
que
T
Opér
conf
pas c
fonde , comme il a été convenu ave
NOVEMBRE. 1763. 161
,
>> les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
Dieu. Enfin , les certificats qui terminent
cet écrit & qui ont été donnés par M.
Fagon , premier Médecin du Roi , par
M. Felix ; premier Chirurgien , par
MM. Duchêne , Bourdelot & Boudin
Médecins de la Cour,& par M. Gervais ,
premier Chirurgien de la Reine , tous
datés de la fin de l'année 1701 ; ces certificats
, dis-je , portent que les tailles de
Frère Jacques ont été plus heureuſes ,
particulièrement depuis que fuivant les
avis qui lui ont été donnés , il a rectifié
les inftrumens dont il ſe ſert pour fonder
&faire l'incifion.
Il eſt donc certain d'après le Frère
Jacques lui-même , qu'il a rectifié les
inftrumens pour ſureté de l'incifion ; que
ſa fonde , ainſi que le manuel de l'Opération
ont fubi des changemens dans
le courant de l'année 1701 ſeulement.
C'eſt donc manquer à la vérité ſansaucun
fondement , & uniquement par paffion ,
que d'avancer avec autant de confiance ,
que le Frère Jacques n'a jamais taillé avec
un cathèter ou fonde non cannelée.
Telles ont été les variations de cer
Opérateur dans fes manoeuvres. Les
conſeils qui lui ont été donnés ne l'ont
pas conduit à la perfection , parce qu'il
162 MERCURE DE FRANCE.
rie ſçavoit pas en profiter , faute de
connoiſſances ſuffifantes ; & en le fuivant
dans ſes Opérations , on voit que
la hardieſſe étoit ſon mérite principal.
On ſçait à quoi s'en tenir ſur ſes fuccès
pendant le ſéjour qu'il a fait à Paris.
N'admettant pas ſeulement à fes Opérations
des Témoins affidés , opérant en
public , examiné avec attention par des
Gens éclairés , qui fuivoient la cure de
ſes malades , fans qu'on pút par aucun
artifice les ſouſtraire à leurs yeux ; on
connut enfin avec le temps , que fa méthode
n'avoit pas les avantages qu'on
lui avoit d'abord attribués avec tant de
crédulité. Il falloit un événement remar
quable pour fixer les jugemens.
La mort prompte de M. le Maréchal de
Lorge , qui arriva le lendemain de l'Opération
que lui fit Frère Jacques , a été
l'époque de ſon difcrédit ; elle a déſabufé
tout le monde. Dans le même
temps M. Fagon , premier Médecin du
Roi , qui étoit affligé de la pierre , &
que l'on preſſoit de ſe mettre entre les
mains du Frère , qu'il avoit quelque fois
vu opérer , auquel il avoit accordé un
certificat d'approbation ; dans le même
temps , dis-je , M. Fagon ſe fit opérer
de préférence par M. Maréchal , quile
NOVEMBRE. 1763. 163
guérit fort heureuſement. En cette circonſtance
M. Fagon éclairé de ſes propres
lumières , intereſſé pour ſa vie , a
prouvé par ſa conduite que le jugement
précipité de la multitude ne doit pas en
impoſer aux Gens de l'Art inſtruits ; &
le fuccès de M. Maréchal alors déja confirmé
, & foutenu depuis par un grand
nombre d'Opérations , fait voir aux Gens
impartiaux la différence qu'il y aura
toujours entre un Chirurgien méthodique
& un Opérateur guidé par une routine.
Le Frère Jacques parcourut différentes
Provinces du Royaume ſans y avoir plus
de ſuccès ; & ayant quitté Paris en 1702,
il ſe retira en Hollande. L'Anonyme
Provincial , (a) fécond en Anecdotes ,
qu'ildonne comme indubitables, avance
» que Rau attira le Frère Jacques à
» Amſterdam , où ils lierent une étroite
>> amitié ; & il eſt faux que Rau ſe ſoit
>> jamais élevé contre le Frère , comme
>> l'envie l'a publié pour déprimer ce
>> Frère par tous les côtés poffibles.
Cette allégation ſimple de l'Anonyme
n'eſt appuyée d'aucune preuve. Partiſan
zélé du Frère Jacques , il éléve fa méthode
, croyant la voir revivre aujour-
( a ) Mercurede France, Août 1762. p. 118.
en note.
164 MERCURE DE FRANCE.
1
d'hui; il ſe perfuade appercevoir des fimílitudes
, qu'il veut établir , & dans forn
Alufion il croit trouver ſa méthode où
elle n'eſt pas .
Il eſt certain que le Frère Jacques s'eſt
retiré à Amſterdam ; mais il n'eſt pas
également certain que Rau l'y ait attiré ,
qu'ils y aient été amis & que Rau ne ſe
ſoit jamais élevé contre lui . L'Auteur da
Difcours fur diverſes façons de tailler
qui fert de Préface à l'Ouvrage pofthume
de Colot , ( b ) nous apprend que
Frère Jacques aiant taillé à Amſterdam ;
» M. Rau , Spectateur éclairé s'éleva
>> contre lui ; mais le zéle qui l'animoit
>> fut foupçonné de jaloufie ; les Magif-
>> trats accorderent leur protection au
► Frère ; il fallut attendre que les mal-
>> heurs de ceux qui fe mettoient dans
>> ſes mains déſabuſaſſent le Public ;
>> dans peu de temps les plaintes fuc-
>> cédérent aux éloges. Les Protecteurs
» du Frère Jacques , chargés de ſes fau-
>> tes , priérent M. Rau d'en être le ré
>> parateur. M. Albinus , dans l'éloge
qu'il a fait de Rau ( c ) , dit qu'il défapprouvoit
abfolument & condamnoit
entierement l'opération du Frère ,
( b ) Traité de la Taille , Paris 1727. p. 48 .
( c)Garengeot , oper, tom . 2. p . 100.
NOVEMBRE. 1763: 165
furtout à cauſe des défauts de ſes inftrumens
, & que cette obſtination à blâmer
fut mal interprétée des Magiftrats.
Ces deux témoignages fournis , l'un par
un Médecin François , l'autre par un
Profeffeur en Anatomie & en Chirurgie
à Leyde , Contemporain de Rau ,
fuffifent pour prouver que Rau s'eſt élevé
contre le Frère. Cela ſemble d'autant
plus probable , que Rau paroît
avoir eu fa méthode de tailler avant
que le Frère arrivât à Amſterdam.
L'Auteur de la Préface dont j'ai par lé,
avance ( d ) que Rau avoit ſuivi à Paris
les opérations du Frère , & qu'inf
truit par ſes fautes , il établit enfuite ſa
méthode particulière . M. Heïfter ( e ) nie
que Rau ait vû opérer le Frère à Paris ;
mais cette négative paroîtra au moins
problématique , finon faufſe , lorſque
l'on ſçaura d'après la differtation deM.
Falconet , ( f) que M. Winslow , dont
le témoignage ne peut être ſuſpect , a
vû tailler Rau en Hollande par fa méthode
dès l'année 1698. On voit par là
combien il eſt douteux que Rau ait
attiré le Frère en Hollande en 1702 ,
(d) Ibid. p. 53 .
( e ) Inſt . chir. tom. 2. p. 913. in nota.
(f) V. Thèſe citée , p. 17.
166 MERCURE DE FRANCE .
furtout dans un temps où ſupérieur en
connoiſſances , il s'étoit déja frayé une
route nouvelle pour fon opération .
L'Anonyme provincial toujours prévenu
pour la méthode de Frère Jacques
, ne veut pas même que Rau y ait
ajouté quelques perfections (g) » Il n'a ,
>> dit-il , véritablement jamais éxiſté ,
>> ni à titre d'invention , ni à titre de
» perfection de méthode de tailler
>>propre & particulière à Rau ; & l'on
ne sçauroit abſolument en produire
>>> aucune preuve quelconque , quoi-
>> qu'on en parle avec éloge comme
>> d'unfait positifdans tous les Traités,
» & dans toutes les leçons de lithoto-
>> mie, & que le Frère Jacques, celui qui
» a rendu la taille méthodique , n'y
>> ſoit que pour les injures & les mépris .
L'Ecrivain anonyme en niant ce qui
a été écrit comme un fait poſitifdans
tous les Traités , veut ſeul être crû fur
fon allégation & détruit aujourd'hui
fans aucune restriction ce qu'ont vu ,
ce qu'ont écrit les Contemporains , &
les Sçavans de Pays différens. Mais
quand aveuglément on auroit la complaiſance
d'admettre ce qu'il avance
(g) Mercure cité , p. 121 .
NOVEMBRE. 1763. 167
avec autant de ſécurité , il reſte à demander
, pourquoi Raua eu des ſuccès
que le Frère Jacques n'avoit pas , &
pourquoi cette méthode a été plus heureuſe
dans les mains du prétendu Difciple
que dans celles du Maître. Le
Frère Jacques a taillé en Hollande avec
l'autorité& la protection des Magiftrats;
la prévention étoit en ſa faveur ; cependant
il a fallu céder aux accidens
dont ont été victimes les malheureux
qui lui étoient confiés ,& l'autorité publique
s'apperçut toujours trop tard du
danger qu'il y a d'abandonner la vie
des hommes à un Opérateur routinier.
On rendit enfin à Rau la juſtice qu'on
lui avoit d'abord refuſée : il tailla à
Amſterdam avec un ſuccès étonnant ;
la République de Leyde lui déféra bien
tôt le titre de ſon Lithotomiſte ; & des
cures heureuſes en grand nombre lui
ont afſuré une réputation qui a paffé
juſqu'à nous.
On convient que la lithotomie peut
n'être pas toujours également heureuſe ;
mais quand une pratique est bonne en
foi , au moins doit- elle avoir des ſuccès
à-peu-près conſtans. Frère Jacques en
quittant la Hollande parcourut diverſes
Provinces de l'Allemagne , & s'arrêta
168 MERCURE DE FRANCE.
particulièrement à Aix - la - Chapelle , à
Cologne, à Vienne en Autriche, à Strafbourg
, à Francfort fur le Mein & à
Heidelberg ; il n'y fut pas plus heureux
dans l'exercice de fon opération. M.
Heifter , nous apprend ( h) que Frère
Jacques inſtruit enfin par ſes malheurs ,
revint à Strasbourg , où ayant changé
fa méthode , il tailla avec ſuccès en
1712 , & au commencement de 1713 ;
& il ajoute que , M. Salzmann , Médecin
& Anatomiſte célébre de Strafbourg
ayant fait des reproches au Frère,
ſur ſa méthode , celui-ci lui avoit avoué
qu'il l'avoit abondonnée depuis environ
unan , & qu'il traitoit alors ſes ma-
Jades avec plus de précaution.
M. Rau tailloit en Hollande, avec ſuccès
, au moins depuis 1702 ; le Frère
n'a eu des ſuccès qu'après avoir abſolument
changé ſa méthode en 1712 .
D'après ce parallèle peut-on croire que
Rau n'ait été ſimplement qu'imitateur ,
& ne doit - on pas regarder comme
certain , que , pourvu de profondes connoiffances
en Anatomie, il s'étoit fait une
méthode fure & particuliere par la cou
pe déterminée des parties.
(h ) Inſt. Chir. tom. 2. p. 909.
U
Je
NOVEMBRE. 1763. 169
Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonyme
Provincial dans ſes afſertions . Cer
écrit obfcur produit dans les ténébres ,
dicté par la paffion , paroît uniquement
fait pour décrier des Chirurgiens recommandables
&déſignerun ſucceſſeur au
Frère Jacques. J'abandonne au temps
la cauſe actuelle ; la poſtérité ſeule peut
la juger. Mais j'ai cru devoir à la mémoire
de M. Méry , les recherches qui
ont été propoſées & qui prouvent incontestablement
la vérité & l'utilité de
fon Ouvrage contre toutes les déclamations
que l'on pourroit lui oppofer.
du Frère JACQUES , par M. BORDENAVE
, Profeſſeur Royal de Chirurgie
, &c .
Les événemens de différentes opéra
و
tions ayant été malheureux , la réputation
de l'Opérateur en fouffrit néceſſairement.
Les papiers publics , reffources
ordinaires des Empyriques , des Apologiftes
gagés foutinrent pendant
trois ou quatre années la confiance
aveugle , dont le Public prévenu ſe
départ fi difficilement: Enfin le Frère
Jacques voyant le diſcrédit abſolu dont
il étoit menacé , publia au commencement
de 1702 , un écrit , intitulé ,
Nouvelle méthode de tailler & tirer la
Pierre de la veſſie , à la fin duquel il eut
foin de donner ſa demeure , que probablement
on commençoit alors à ignorer.
Dans cet écrit ( pag. 2 ) Frère Jacques
convient d'abord qu'il a perfectionnée
en 1701 , l'inciſion qu'il fait , pourdécouvrir
avec le ſcalpel la rainure de la
*CetEcrit in-4°. ſe trouve à la Bibliothèque
du Roi .
:
160 MERCURE DE FRANCE.
fonde ; mais ce qui prouve invinci
blement qu'il ne ſe ſervoitpas de fonde
cremelée , dans le temps que M Méry a
écrit , c'eſt qu'il ajoûte enfuite , & ce
font ſes termes : ( pag. 4. ) , Il eſt venu
>>ſe préfenter à Meffieurs Fagon & Felix,
>>premiers Médecin & Chirurgien du
>> Roi , & a fait pluſieurs incifions en
>> leur préſence , tant fur des cadavres
»& Sujets vivans ; ils ont rrès - bien
>> connu que l'Opération étoit bonne en
>> elle-même & préférable à l'ancienne
>> mais qu'ilfalloit rectifier les Instrumens
» pourfureté de l'incifion , & la rappro-
>>>cher un peu du Sphincter à côté de
» l'anus& du rectum , & quitter le petit
>> appareil ; c'eſt ce que Frère Jacques a
>> fait & a
6
travaillé pendant quatre
» années , tant fur des cadavres que
>>> Sujets vivans , & a remarqué d'autres
>>> circonstances à rectifier , tant dans les
inftrumens que pour l'incifion , & même
>> l'année dernière 1701 , qui rendent
>> l'Opération très-parfaite.
Peu après , il s'éléve contre Mrs Méry
& Saviard , dont il ſe plaint en diſant,
>>>ils devoient du moins avouer
>>l'Opération étoit bonne en elle-même,
>> mais qu'il falloit ſeulement rectifier la
-
D
cet
F
M.
ME
prem
datés
tifca
Frère
partic
avis c
les in
& fai
lle
Jacqu
inftru
fa fo
pérati
le co
C'eft
fon
que
que
un ca
que
T
Opér
conf
pas c
fonde , comme il a été convenu ave
NOVEMBRE. 1763. 161
,
>> les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
Dieu. Enfin , les certificats qui terminent
cet écrit & qui ont été donnés par M.
Fagon , premier Médecin du Roi , par
M. Felix ; premier Chirurgien , par
MM. Duchêne , Bourdelot & Boudin
Médecins de la Cour,& par M. Gervais ,
premier Chirurgien de la Reine , tous
datés de la fin de l'année 1701 ; ces certificats
, dis-je , portent que les tailles de
Frère Jacques ont été plus heureuſes ,
particulièrement depuis que fuivant les
avis qui lui ont été donnés , il a rectifié
les inftrumens dont il ſe ſert pour fonder
&faire l'incifion.
Il eſt donc certain d'après le Frère
Jacques lui-même , qu'il a rectifié les
inftrumens pour ſureté de l'incifion ; que
ſa fonde , ainſi que le manuel de l'Opération
ont fubi des changemens dans
le courant de l'année 1701 ſeulement.
C'eſt donc manquer à la vérité ſansaucun
fondement , & uniquement par paffion ,
que d'avancer avec autant de confiance ,
que le Frère Jacques n'a jamais taillé avec
un cathèter ou fonde non cannelée.
Telles ont été les variations de cer
Opérateur dans fes manoeuvres. Les
conſeils qui lui ont été donnés ne l'ont
pas conduit à la perfection , parce qu'il
162 MERCURE DE FRANCE.
rie ſçavoit pas en profiter , faute de
connoiſſances ſuffifantes ; & en le fuivant
dans ſes Opérations , on voit que
la hardieſſe étoit ſon mérite principal.
On ſçait à quoi s'en tenir ſur ſes fuccès
pendant le ſéjour qu'il a fait à Paris.
N'admettant pas ſeulement à fes Opérations
des Témoins affidés , opérant en
public , examiné avec attention par des
Gens éclairés , qui fuivoient la cure de
ſes malades , fans qu'on pút par aucun
artifice les ſouſtraire à leurs yeux ; on
connut enfin avec le temps , que fa méthode
n'avoit pas les avantages qu'on
lui avoit d'abord attribués avec tant de
crédulité. Il falloit un événement remar
quable pour fixer les jugemens.
La mort prompte de M. le Maréchal de
Lorge , qui arriva le lendemain de l'Opération
que lui fit Frère Jacques , a été
l'époque de ſon difcrédit ; elle a déſabufé
tout le monde. Dans le même
temps M. Fagon , premier Médecin du
Roi , qui étoit affligé de la pierre , &
que l'on preſſoit de ſe mettre entre les
mains du Frère , qu'il avoit quelque fois
vu opérer , auquel il avoit accordé un
certificat d'approbation ; dans le même
temps , dis-je , M. Fagon ſe fit opérer
de préférence par M. Maréchal , quile
NOVEMBRE. 1763. 163
guérit fort heureuſement. En cette circonſtance
M. Fagon éclairé de ſes propres
lumières , intereſſé pour ſa vie , a
prouvé par ſa conduite que le jugement
précipité de la multitude ne doit pas en
impoſer aux Gens de l'Art inſtruits ; &
le fuccès de M. Maréchal alors déja confirmé
, & foutenu depuis par un grand
nombre d'Opérations , fait voir aux Gens
impartiaux la différence qu'il y aura
toujours entre un Chirurgien méthodique
& un Opérateur guidé par une routine.
Le Frère Jacques parcourut différentes
Provinces du Royaume ſans y avoir plus
de ſuccès ; & ayant quitté Paris en 1702,
il ſe retira en Hollande. L'Anonyme
Provincial , (a) fécond en Anecdotes ,
qu'ildonne comme indubitables, avance
» que Rau attira le Frère Jacques à
» Amſterdam , où ils lierent une étroite
>> amitié ; & il eſt faux que Rau ſe ſoit
>> jamais élevé contre le Frère , comme
>> l'envie l'a publié pour déprimer ce
>> Frère par tous les côtés poffibles.
Cette allégation ſimple de l'Anonyme
n'eſt appuyée d'aucune preuve. Partiſan
zélé du Frère Jacques , il éléve fa méthode
, croyant la voir revivre aujour-
( a ) Mercurede France, Août 1762. p. 118.
en note.
164 MERCURE DE FRANCE.
1
d'hui; il ſe perfuade appercevoir des fimílitudes
, qu'il veut établir , & dans forn
Alufion il croit trouver ſa méthode où
elle n'eſt pas .
Il eſt certain que le Frère Jacques s'eſt
retiré à Amſterdam ; mais il n'eſt pas
également certain que Rau l'y ait attiré ,
qu'ils y aient été amis & que Rau ne ſe
ſoit jamais élevé contre lui . L'Auteur da
Difcours fur diverſes façons de tailler
qui fert de Préface à l'Ouvrage pofthume
de Colot , ( b ) nous apprend que
Frère Jacques aiant taillé à Amſterdam ;
» M. Rau , Spectateur éclairé s'éleva
>> contre lui ; mais le zéle qui l'animoit
>> fut foupçonné de jaloufie ; les Magif-
>> trats accorderent leur protection au
► Frère ; il fallut attendre que les mal-
>> heurs de ceux qui fe mettoient dans
>> ſes mains déſabuſaſſent le Public ;
>> dans peu de temps les plaintes fuc-
>> cédérent aux éloges. Les Protecteurs
» du Frère Jacques , chargés de ſes fau-
>> tes , priérent M. Rau d'en être le ré
>> parateur. M. Albinus , dans l'éloge
qu'il a fait de Rau ( c ) , dit qu'il défapprouvoit
abfolument & condamnoit
entierement l'opération du Frère ,
( b ) Traité de la Taille , Paris 1727. p. 48 .
( c)Garengeot , oper, tom . 2. p . 100.
NOVEMBRE. 1763: 165
furtout à cauſe des défauts de ſes inftrumens
, & que cette obſtination à blâmer
fut mal interprétée des Magiftrats.
Ces deux témoignages fournis , l'un par
un Médecin François , l'autre par un
Profeffeur en Anatomie & en Chirurgie
à Leyde , Contemporain de Rau ,
fuffifent pour prouver que Rau s'eſt élevé
contre le Frère. Cela ſemble d'autant
plus probable , que Rau paroît
avoir eu fa méthode de tailler avant
que le Frère arrivât à Amſterdam.
L'Auteur de la Préface dont j'ai par lé,
avance ( d ) que Rau avoit ſuivi à Paris
les opérations du Frère , & qu'inf
truit par ſes fautes , il établit enfuite ſa
méthode particulière . M. Heïfter ( e ) nie
que Rau ait vû opérer le Frère à Paris ;
mais cette négative paroîtra au moins
problématique , finon faufſe , lorſque
l'on ſçaura d'après la differtation deM.
Falconet , ( f) que M. Winslow , dont
le témoignage ne peut être ſuſpect , a
vû tailler Rau en Hollande par fa méthode
dès l'année 1698. On voit par là
combien il eſt douteux que Rau ait
attiré le Frère en Hollande en 1702 ,
(d) Ibid. p. 53 .
( e ) Inſt . chir. tom. 2. p. 913. in nota.
(f) V. Thèſe citée , p. 17.
166 MERCURE DE FRANCE .
furtout dans un temps où ſupérieur en
connoiſſances , il s'étoit déja frayé une
route nouvelle pour fon opération .
L'Anonyme provincial toujours prévenu
pour la méthode de Frère Jacques
, ne veut pas même que Rau y ait
ajouté quelques perfections (g) » Il n'a ,
>> dit-il , véritablement jamais éxiſté ,
>> ni à titre d'invention , ni à titre de
» perfection de méthode de tailler
>>propre & particulière à Rau ; & l'on
ne sçauroit abſolument en produire
>>> aucune preuve quelconque , quoi-
>> qu'on en parle avec éloge comme
>> d'unfait positifdans tous les Traités,
» & dans toutes les leçons de lithoto-
>> mie, & que le Frère Jacques, celui qui
» a rendu la taille méthodique , n'y
>> ſoit que pour les injures & les mépris .
L'Ecrivain anonyme en niant ce qui
a été écrit comme un fait poſitifdans
tous les Traités , veut ſeul être crû fur
fon allégation & détruit aujourd'hui
fans aucune restriction ce qu'ont vu ,
ce qu'ont écrit les Contemporains , &
les Sçavans de Pays différens. Mais
quand aveuglément on auroit la complaiſance
d'admettre ce qu'il avance
(g) Mercure cité , p. 121 .
NOVEMBRE. 1763. 167
avec autant de ſécurité , il reſte à demander
, pourquoi Raua eu des ſuccès
que le Frère Jacques n'avoit pas , &
pourquoi cette méthode a été plus heureuſe
dans les mains du prétendu Difciple
que dans celles du Maître. Le
Frère Jacques a taillé en Hollande avec
l'autorité& la protection des Magiftrats;
la prévention étoit en ſa faveur ; cependant
il a fallu céder aux accidens
dont ont été victimes les malheureux
qui lui étoient confiés ,& l'autorité publique
s'apperçut toujours trop tard du
danger qu'il y a d'abandonner la vie
des hommes à un Opérateur routinier.
On rendit enfin à Rau la juſtice qu'on
lui avoit d'abord refuſée : il tailla à
Amſterdam avec un ſuccès étonnant ;
la République de Leyde lui déféra bien
tôt le titre de ſon Lithotomiſte ; & des
cures heureuſes en grand nombre lui
ont afſuré une réputation qui a paffé
juſqu'à nous.
On convient que la lithotomie peut
n'être pas toujours également heureuſe ;
mais quand une pratique est bonne en
foi , au moins doit- elle avoir des ſuccès
à-peu-près conſtans. Frère Jacques en
quittant la Hollande parcourut diverſes
Provinces de l'Allemagne , & s'arrêta
168 MERCURE DE FRANCE.
particulièrement à Aix - la - Chapelle , à
Cologne, à Vienne en Autriche, à Strafbourg
, à Francfort fur le Mein & à
Heidelberg ; il n'y fut pas plus heureux
dans l'exercice de fon opération. M.
Heifter , nous apprend ( h) que Frère
Jacques inſtruit enfin par ſes malheurs ,
revint à Strasbourg , où ayant changé
fa méthode , il tailla avec ſuccès en
1712 , & au commencement de 1713 ;
& il ajoute que , M. Salzmann , Médecin
& Anatomiſte célébre de Strafbourg
ayant fait des reproches au Frère,
ſur ſa méthode , celui-ci lui avoit avoué
qu'il l'avoit abondonnée depuis environ
unan , & qu'il traitoit alors ſes ma-
Jades avec plus de précaution.
M. Rau tailloit en Hollande, avec ſuccès
, au moins depuis 1702 ; le Frère
n'a eu des ſuccès qu'après avoir abſolument
changé ſa méthode en 1712 .
D'après ce parallèle peut-on croire que
Rau n'ait été ſimplement qu'imitateur ,
& ne doit - on pas regarder comme
certain , que , pourvu de profondes connoiffances
en Anatomie, il s'étoit fait une
méthode fure & particuliere par la cou
pe déterminée des parties.
(h ) Inſt. Chir. tom. 2. p. 909.
U
Je
NOVEMBRE. 1763. 169
Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonyme
Provincial dans ſes afſertions . Cer
écrit obfcur produit dans les ténébres ,
dicté par la paffion , paroît uniquement
fait pour décrier des Chirurgiens recommandables
&déſignerun ſucceſſeur au
Frère Jacques. J'abandonne au temps
la cauſe actuelle ; la poſtérité ſeule peut
la juger. Mais j'ai cru devoir à la mémoire
de M. Méry , les recherches qui
ont été propoſées & qui prouvent incontestablement
la vérité & l'utilité de
fon Ouvrage contre toutes les déclamations
que l'on pourroit lui oppofer.
Fermer
4742
p. 1-11
LETTRE A DEUX Dames paresseuses, par feu Monsieur P....
Début :
Je sçai, Madame, avec quelle austerité vous pratiquez la Regle [...]
Mots clefs :
Fainéantise, Amour, Paresseuse, Paresse, Dames
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A DEUX Dames paresseuses, par feu Monsieur P....
LETTRE A DEXIAT
Dames pareBeuses,parfeu
I - Monsieur P. E sçai, Madame, avec
quelle austerité vous
pratiquez la Regle de vôtre
Bienheureute Paresse;
-& que pour tous les biens
du mondevous ne voudriez
pas violer le voeu de
faineantise que vous avez
fait entre mes mains, aussi
n'est-ce pas pour vous le
faire rompre que je vous
donne la fatigue de lire
celle-ci, mais feulement
pour vous délivrer de
quelques scrupules, dans
lesquels une paresse supersticieuse
comme la vôtre,
pourroit nous faire tomber.
Quoiqu'une bonne paresseuse
Ne connoisse point d'autre bitn
Capable de la rendre heureuse,
éluUee cceelluuiiddeenneefaire rriieenn,
Ellepeuttoutefois étant bien
à sonaise,
Gisant dans une bonne chaise,
Ou la tête sur son Chevet,
Permettre qu'un Galand la
cajoll e & la batJe,
Pourvû que le baiser soit
modejîe & discret,
Etquelecajoleur lui plaisi.
Quoique l'indolence&
la faineantise soient les
principales vertus de vôtre
tranquille profession,
néanmoins en toutesûreté
de paresse vous pouvez
recevoir des Billets doux
avec plaisir,les lire.
attention, les serrer avec
foin, pourvu que vous n'y
répondiez querarement,
Si cen'estlors, quelestile
vous plaît.
Jjhtqyque l'employ soit dfez
doux
Oelffans doutetrop entre.
prendre
Quede donner un ywde'Z;
vous,
Et si chargerencordufonçy
de s'y rendre:
Maissil'occasion vous vient
{ taster le poux
Innocemment s'entend,c'est
sotise entre nous
DeneJepasdonner lapeine
de la prendre.
Car je crois, Mesdames,
que vous sçavez que de
toutes les occasions qui
sont au monde,il n'y a
que celles de l'amour qui
ne sont point chauves, &
que cela futainsi ordonne
par l'amourmêmeenfaveurde
la paresse Ton1
ayeule maternelle, de peur
qu'elle & les siens ne filasent
privez du plaisir de
ces fortes d'occasions, s'il
y avoit tant de peineà les
prendre.
Aller au devant d'un Amant
Contrefaire la langoureuse,
Et minauder à tout moment
Pourparoître plusgratieuse,
C'est un métier assurement
Indigne d'une paresseuse:
Mais resister objljYJérnfnt
Aux douceurs d'une ame
amoureuse,
Et nevouloir passeulement
Consentir qu'on vous rende
heureuse;
Aimer mieux éternellement
Estreseule triste & réveuse,
Que suivre Id, pente joyeu- DDefonproperetempee~rarammeenntt,
Cette njie à mon jugement
E(ltôtoutardbiencnnuyevfe
Et trop penibleajjnrément
Pourunejeune paresseuse.
J'avouë que dans les
statuts de la pure nonchalance
il est expressement
défenduàtoutes celles
qui comme vous veulent
vivre ôc mourir sous
les douces loix d'une rigoureuseparesse,
de quelque
taille,beauté & condition
qu'elles puissent être,
d'avoir jamais dans tout le
cours de leur vie aucun
foin de leur ménage
, artache
pour leurs maris ou
inquiétude pour leurs ensans,
semblablement de
faire en quelque temps
que ce soit des visites de
devoir, de cérémonie ou
de parenté, brefde se mêler
d'autre chose dans le
mode que de ce qui se fera
entre les murailles de leur
chambre;cela n'empêche
pas toutefois qu'une veritable
faineante
,
sans enfreindre
son observance,
ne puisse se servir du privilege
accordé de tout
temps à lamolesse de ion
sexe..
S/. quelqu'un à son gré
vient luyfaire la cour Riennel'oblige alors d'être
fort rigoureuse.
Quand on ne fait rienque
l'amour
On n'jenet'siufofi moins pares-
Voila, Mesdames, les
scrupules qui auroient pû
assurément vous faire de
la peine, étant aussiparesseuses,
aussi jeunes & aussi
saines que vous l'êtes, si
la charité que l'on doit
avoir pour ceux de sa fcde
ne m'avoit fait sortir
de la profonde oysiveté
où je fuis pour accommoder
, suivant laveritable
explication des maximes
,- les plaisirs de vôtre âge
& les devoirs de vôtre
profession.Adieu,je m'endors,
ainsi soit de vous.
Dames pareBeuses,parfeu
I - Monsieur P. E sçai, Madame, avec
quelle austerité vous
pratiquez la Regle de vôtre
Bienheureute Paresse;
-& que pour tous les biens
du mondevous ne voudriez
pas violer le voeu de
faineantise que vous avez
fait entre mes mains, aussi
n'est-ce pas pour vous le
faire rompre que je vous
donne la fatigue de lire
celle-ci, mais feulement
pour vous délivrer de
quelques scrupules, dans
lesquels une paresse supersticieuse
comme la vôtre,
pourroit nous faire tomber.
Quoiqu'une bonne paresseuse
Ne connoisse point d'autre bitn
Capable de la rendre heureuse,
éluUee cceelluuiiddeenneefaire rriieenn,
Ellepeuttoutefois étant bien
à sonaise,
Gisant dans une bonne chaise,
Ou la tête sur son Chevet,
Permettre qu'un Galand la
cajoll e & la batJe,
Pourvû que le baiser soit
modejîe & discret,
Etquelecajoleur lui plaisi.
Quoique l'indolence&
la faineantise soient les
principales vertus de vôtre
tranquille profession,
néanmoins en toutesûreté
de paresse vous pouvez
recevoir des Billets doux
avec plaisir,les lire.
attention, les serrer avec
foin, pourvu que vous n'y
répondiez querarement,
Si cen'estlors, quelestile
vous plaît.
Jjhtqyque l'employ soit dfez
doux
Oelffans doutetrop entre.
prendre
Quede donner un ywde'Z;
vous,
Et si chargerencordufonçy
de s'y rendre:
Maissil'occasion vous vient
{ taster le poux
Innocemment s'entend,c'est
sotise entre nous
DeneJepasdonner lapeine
de la prendre.
Car je crois, Mesdames,
que vous sçavez que de
toutes les occasions qui
sont au monde,il n'y a
que celles de l'amour qui
ne sont point chauves, &
que cela futainsi ordonne
par l'amourmêmeenfaveurde
la paresse Ton1
ayeule maternelle, de peur
qu'elle & les siens ne filasent
privez du plaisir de
ces fortes d'occasions, s'il
y avoit tant de peineà les
prendre.
Aller au devant d'un Amant
Contrefaire la langoureuse,
Et minauder à tout moment
Pourparoître plusgratieuse,
C'est un métier assurement
Indigne d'une paresseuse:
Mais resister objljYJérnfnt
Aux douceurs d'une ame
amoureuse,
Et nevouloir passeulement
Consentir qu'on vous rende
heureuse;
Aimer mieux éternellement
Estreseule triste & réveuse,
Que suivre Id, pente joyeu- DDefonproperetempee~rarammeenntt,
Cette njie à mon jugement
E(ltôtoutardbiencnnuyevfe
Et trop penibleajjnrément
Pourunejeune paresseuse.
J'avouë que dans les
statuts de la pure nonchalance
il est expressement
défenduàtoutes celles
qui comme vous veulent
vivre ôc mourir sous
les douces loix d'une rigoureuseparesse,
de quelque
taille,beauté & condition
qu'elles puissent être,
d'avoir jamais dans tout le
cours de leur vie aucun
foin de leur ménage
, artache
pour leurs maris ou
inquiétude pour leurs ensans,
semblablement de
faire en quelque temps
que ce soit des visites de
devoir, de cérémonie ou
de parenté, brefde se mêler
d'autre chose dans le
mode que de ce qui se fera
entre les murailles de leur
chambre;cela n'empêche
pas toutefois qu'une veritable
faineante
,
sans enfreindre
son observance,
ne puisse se servir du privilege
accordé de tout
temps à lamolesse de ion
sexe..
S/. quelqu'un à son gré
vient luyfaire la cour Riennel'oblige alors d'être
fort rigoureuse.
Quand on ne fait rienque
l'amour
On n'jenet'siufofi moins pares-
Voila, Mesdames, les
scrupules qui auroient pû
assurément vous faire de
la peine, étant aussiparesseuses,
aussi jeunes & aussi
saines que vous l'êtes, si
la charité que l'on doit
avoir pour ceux de sa fcde
ne m'avoit fait sortir
de la profonde oysiveté
où je fuis pour accommoder
, suivant laveritable
explication des maximes
,- les plaisirs de vôtre âge
& les devoirs de vôtre
profession.Adieu,je m'endors,
ainsi soit de vous.
Fermer
Résumé : LETTRE A DEUX Dames paresseuses, par feu Monsieur P....
La lettre s'adresse à des dames paresseuses, les rassurant que la lecture de cette missive ne troublera pas leur fainéantise. L'auteur autorise certaines libertés, comme recevoir et lire des billets doux, sans y répondre immédiatement. Il encourage à ne pas éviter les occasions d'amour, car elles sont destinées aux paresseuses. Résister aux avances amoureuses est déconseillé, car cela serait trop pénible. Les véritables fainéantes doivent éviter les préoccupations ménagères ou familiales, mais peuvent se permettre des courtoisies amoureuses sans trahir leur paresse. La lettre se conclut en assurant que les scrupules des destinataires sont levés, leur permettant de jouir des plaisirs de leur âge tout en restant fidèles à leur paresse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4743
p. 159-175
EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Début :
Des marques de pieté aussi éclatantes que celles dont je / Sous le debris de vos attraits [...]
Mots clefs :
Coeur, Dévots, Imposteurs, Intérêt, Hypocrite, Louis, Péché, Cabale, Débauche, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Des marques de picté auffi
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
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Résumé : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Le texte explore la distinction entre la véritable piété et l'hypocrisie religieuse, mettant en garde contre les faux dévots qui exploitent la religion pour des intérêts personnels. Ces hypocrites sont décrits comme dangereux, utilisant des apparences trompeuses pour convaincre les autres de leur dévotion sincère. L'auteur mentionne un ouvrage de Madame des Houlières, appréciant la beauté de ses vers et la délicatesse de ses pensées. Ensuite, une épître adressée au R. P. de la Chaise est présentée. Une voix anonyme suggère à l'auteur de se faire un nouveau mérite pour acquérir une nouvelle estime, en devenant dévote par intérêt. L'auteur refuse, trouvant le terme 'dévote' offensant et associé à l'hypocrisie. La voix anonyme insiste sur les avantages matériels et sociaux de la dévotion, mais l'auteur reste sceptique, craignant que sa feinte dévotion ne soit démasquée par le roi Louis, connu pour sa piété et son discernement. L'auteur exprime son désir de sanctifier ses maux et de vivre dans un état parfait, tout en reconnaissant ses imperfections. Le texte critique sévèrement les faux dévots, les décrivant comme des personnes qui utilisent la religion pour masquer leurs vices et leurs intérêts égoïstes. Il exprime le souhait de démasquer ces hypocrites et de révéler leur véritable nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4744
p. 161-186
LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
Début :
Je l'avois bien prévu, Monsieur, que l'Essai du Prince Beloselski, sur la musique [...]
Mots clefs :
Alexandr Mikhailovitch Bieloselskii-Bieloserskii, Musique, Christoph Willibald Gluck, Musique italienne, Critique, Opéra, Compositeurs, Italie, Genre, Opéras, Goût, Monde, Monologue, Heureux, Âme, Voix, Père Martini, Théâtre, Critique, Morceaux, Italiens, Paris, Théâtres, Caractère, Amant, Quinault, Expression, Jean-Philippe Rameau, Impatience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
JeE l'avois bien prévu , Monfieur , que
l'Effai du Prince Belofelski , fur la mufique
Italienne , ne feroit pas du goût de tout le
monde . Vous voyez comme le plus poli & le
162 MERCURE
plus modéré des partifans de M.Gluck mutile
ce petit Ouvrage , & avec quelle adreffe il
le réduit à rien. Paffons cette page d'extrait
où il l'a fi bien découpé , & jetons un coupd'oeil
fur quelques endroits de fa critique.
n
" Vinci a plus d'un trait de reffemblance
avec Corneille , a dit le Prince : l'un &
» l'autre ont été créateurs dans leur genre.
» Le Muficien fit le premier Opéra- Comique
, qui eft le Joueur , comine le Poëte
compofa la première bonne Comédie.
» Tous deux ont à peu-près la même élé-
» vation dans les idées tragiques , la même
» chaleur , la même rapidité dans le ſtyle :
» les deux Opéras d'Artaxerce & de Didon
» en font des exemples fublimes , comme
le Cid & Cinna » .
Voici comment ce paffage eft rendu :
M. le Prince Belofelski , dit que Vinci eft
créateur comme Corneille , parce qu'il a fait
Le premier Opéra- Comique . On fentira dif
ficilement la jufteffe de cette comparaifon.
A qui la faute , fi on ne la fent pas ?
Cette façon de critiquer eft fort aifée , auffi
eft- elle fort commune ; mais le Cenfeur
n'a plus auffi beau jeu lorfqu'il cite fidèlement.
Le Prince à dit de Pergolèfe , qu'il fut
le plus éloquent des Compofiteurs ; & il
ajoute : Rien de plus fimple que fa mélodie
, fes moyens ; fes motifs ; rien de
6
DE FRANCE: 163
plus harmonieux que fes accompagne-
» mens ».
>
Le Critique demande dans quel Ouvrage
Pergolèfe a été éloquent ? Le premier Couplet
du Stabat eft dit-il , un morceau des
plus pathétiques & des plus fublimes qu'il y
ait en mufique ; mais le pathétique n'eft pas
de l'éloquence ; & il n'y a rien defi rare que
l'éloquence en mufique.
D'abord n'y a-t-il dans le Stabat , que
le
premier Couplet de pathétique & de fublime
? Et , par exemple , le Verfet Viditfuum
dulcem natum , ne l'eft-il pas ? Ne fait-il
pas couler des larmes ? N'y a-t-il pas auffi
dans l'Olimpiade de Pergolèfe des morceaux
déchirants , comme l'air , Se cerca , fe dice ?
Qu'on nous dife donc où fera l'éloquence ,
fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Je fuppofe que le Prince eût dit : Pergolefe
eft de tous les Compofiteurs celui qui
a le mieux poffédé l'art de faire paffer rapidement
& d'imprimer avec force dans l'âme
des autres le fentiment profond dont il eft
pénétré. N'eût-il pas dit une vérité que l'Europe
entière a reconnue , au moins dans le
Stabat ? Or , cette définition du pathétique
, dans l'expreffion muficale , eft précifément
celle que M. d'Alembert nous a
donnée de l'éloquence : je n'y change pas
un feul mot. ›
Mais le Prince Belofelski a donné la
164 MERCURE
palme de l'éloquence , à Pergolefe & on
la réſerve à M. Gluck. Il a donné à Vinci
le titre de créateur dans la mufique drainatique
, il l'a comparé à Corneille ; & cette
reffemblance & ce titre n'appartiennent
qu'à M. Gluck. Le Critique n'en fait pas
myſtère ; il le décide formellement.
M. Gluck , dit- il , aura la gloire d'avoir
fait en mufique ce que Corneille a fait en
poéfie: il a conçu,il acréé la véritable Tragédie
lyrique. Son rang eft déformais fixé
parmi le petit nombre des génies créateurs
dans les Arts.
....
Et qui l'a fixé ce haut rang ? Qui la dif
penfe cette gloire ? Deux ou trois Ecrivains
anonymes , qui , dans les Journaux , dans
les Gazettes , dans les Feuilles volantes , fe
répétent l'un l'autre , & le répondent par
échos ? Voilà les voix de la renommée.
Les Poëmes d'Alcefte , d'Iphigénie &
d'Orphée , font tragiques fans doute , &
d'un intérêt plus preffant que ceux d'Hippolyte
, de Dardanus & de Caftor ; mais
eft- ce là un nouveau genre ? La mufique
de M. Gluck, foit par la véhémence de la déclamation
, foit par la force de l'harmonie ,
foit par quelques morceaux de chant . Itam
lien , eft préférable à celle de Rameau ,
quoiqu'on y trouve dans l'accent plus de
rudeffe & d'âpreté ; mais cette mufique
Françoife renforcée , eft- elle une création ?
DE FRANCE. 165
Et entre le monologue de Dardanus dans
fa prifon , fa fcène avec Iphife , celles de
Teucer , au fecond & au cinquième Acte , la
prière de Théfée à Pluton , dans l'Opera
d'Hippolyte , le monologue de Télaire , le
choeur des Funérailles , celui des Démons
le Tableau des champs élifées , les belies Scè
nes du quatrième & du cinquième Acte de
l'Opéra de Caftor ; entre ces morceaux ,
disje
, & les morceaux les plus vantés de l'Orphée
, de l'Iphigénie , & de l'Alcefte de M.
Gluck , y a-t-il le même intervalle qu'entre
les Tragédies de Hardi , & le Cid , Horace
& Cinna? Y a- t-il même affez de diſtance ,
pour que Rameau ne foit compté pour rien
dans la mufique théâtrale , & que Gluck en
foit l'inventeur ? Ceci regarde les François ;
& ils font juges dans cette partie.
Mais qu'on demande aux Italiens , aux Ef
pagnols , aux Anglois , aux Allemands euxmêmes
, fi dans les Opéras de Métaftafe tous
les morceaux tragiques n'ont pas été rendus
vingt fois , par les Compofiteurs, maîtres de
M. Gluck , avec une expreffion plus vraie ,
plus déchirante la fenne ? Il n'y a pas
que
une de ces Nations qui ne déclare avoir
entendu cent morceaux pathétiques dont il
n'approchera jamais.
Pour les ignorans tout eft nouveau ; &
nous le fommes en mufique. Ce qui nous
paroît un prodige de l'art , n'eft donc peut166
MERCURE
être qu'une choſe commune . Rappelonsnous
le Rat voyageur , à qui nous reflemblons
affez :
Si -tôt qu'il fut hors de fa cafe ,
Que le monde , dit-il , eft grand & fpacieux !
Voilà les Appennins , & voici le Caucaſe .
La moindre taupinée étoit mont à fes yeux.
C'eft aux Sçavans , c'eft aux Artiſtes , c'eft
à la voix publique chez un peuple éclairé , à
dire: un tel eft créateur. Les Géomètres
l'ont dit de Newton , les Gens de Lettres
l'ont dit de Corneille , & la Nation l'a répété.
Mais qui l'a dit de M. Gluck ? Deux
ou trois hommes , fort habiles dans toute
autre chofe fans doute , mais fort neufs
encoré en mufique , & qui , comme moi ,
n'en ont jamais entendu que fur les Théâ
tres François & dans les Concerts de Paris.
Voilà pourquoi il feroit à fouhaiter que
chacun fe nommât dans les difputes fur les
Arts , afin que le nom déterminât le poids
de l'opinion perfonnelle. A celui qui
comme moi , n'auroit que de l'inſtinct , il
feroit permis d'avoir un fentiment ; mais
pour lui- même & pour lui feul . A celui
qui , par habitude & par comparaiſon ,
auroit un peu plus exercé fon oreille &
formé fon goût , il feroit permis de dire
fon avis avec un peu plus d'affurance , mais
toujours avec modeftie . A celui qui auroit
DE FRANCE. 167
fait quelque progrès dans l'art , & qui , par
exemple, en mufique, auroit quelques mois
de leçons, on tiendroit compte de fes études;
& s'il exécutoit , tant bien que mal , un
accompagnement de baffe , on lui accorderoir
le droit de parler , en raifon de fon
favoir faire. A celui qui fe croiroit doué
par la nature du don de juger de tout fans
avoir rien appris , il feroit permis de fe féliciter
de ce rare préfent du Ciel ; mais fi , dans
fon enthouſiafine , il refufoit de l'âme &
de l'intelligence à quiconque auroit le malheur
de ne pas admirer ce qu'il admire ,
ou d'aimer ce qu'il n'aime pas ; fi d'une
main il vouloit renverfer les ftatues des
Artiftes les plus célèbres , & de l'autre élever
un coloffe à la gloire de celui qu'il auroit
pris pour fon idole ; fon nom diroit fi
ce fanatifme feroit fincère ou fimulé. Enfin ,
à celui qui , verfé dans l'art & dans l'étude
des modèles , auroit fait fon cours de théâtres
& recueilli , pour s'éclairer , les fuffrages
des Nations , on accorderoit plus de confiance
, mais jamais le droit de prononcer
du ton abfolu & tranchant de nos prétendus
connoiffeurs. Ainfi chacun feroit mis à
fa place ; & je faurois dans ce moment
quel eft le degré d'autorité du Critique à qui
je réponds. Affurément je n'invite perfonne
à imiter Guillot le Sycophante ; mais pourquoi
ne pas écrire fon vrai nom , lorsqu'on
n'eft pas le Loup berger ?
168 MERCURE
Le Prince Belofelski trouve Piccini admirable
, fur-tout à exprimer le fens des
paroles ; & jufqu'à préfent toute l'Europe
a été de ce fentiment .
L'anonyme François fe diftingue , &
veut faire voir que toute l'Europe n'y entend
rien.
On peut juger , dit - il , par Roland , fi
M. Piccini a recherché avec tant de foin le
mérite qu'on lui attribue. Je ne parle pas de
fon récitatif; ( quel excès d'indulgence ! )
Je ne parle pas du caractère trop paftoral de
plufieurs Airs qui étoient fufceptibles de
l'expreffion la plus héroïque . ( Il auroit bien
dû les citer ! ) Si l'on fe rappelle , ajoutet-
il , l'Air de Médor , Je la verrai : c'eft
affez pour ma flamme ; on s'appercevra que
dans ce vers , ponctué ainſi par le Poëte ,
Efclave , heureux de fervir tant d'appas .
Le Compofiteur, pour conferver la fymmétrie
de fa phrafe muficale , a été obligéde mettre
& de un repos après le mot heureux , ponctuer
ainfi :
Efclave heureux ; de fervir tant d'appas .
Ce qui ne fait plus aucun fens.
Le Compofiteur n'a point fait de faute :
il a écrit en homme intelligent & plein de
goût. C'eft le Critique qui fe trompe , & l en va juger lui-même. Le Compofiteur
n'a point détaché ces mots , de fervir tant
d'appas
DE FRANCE. 169
d'appas. Il a écrit , Heureux de fervir tant
d'appas , de fuite & fans aucun repos . Les
deux mots qu'il s'eft permis de détacher
une fois , parce qu'ils forment une idée
complette , font , efclave heureux ; & j'aurois
pu les détacher. moi - même , en faisant
ainfi le vers :
Efclave heureux , heureux de fervir tant d'appas.
Or , ce n'eft point là une fauté ; c'eft , en
mufique , une grâce de ftyle & un nouveau
degré de force ajouté à l'expreffion . Voilà
donc une critique évidemment fauffe ; &
cependant les partifans de M. Gluck n'ont
cellé de la répéter depuis que cet Air de
Roland a été entendu au Clavecin , & plus
de trois mois avant qu'on l'eût chanté fur
le théâtre.
Dans l'air d'Angélique , ajoute l'Anonyme
:
Oui , je le dois : je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne ,
Oui , je dois me garantir.
on voit auffi que le fecond vers ,
Du doux penchant qui m'entraîne,
eft terminé, comme le premier , par un repos
final , ce qui le fépare du versfuivant, & rend
les paroles inintelligibles .
La réponſe eft facile : il n'y a point de
15 Septembre 1778 .
H
170
MERCURE
repos final après le fecond vers ; il fuffit
d'avoir de l'oreille pour s'appercevoir que
l'accent de la voix y eft fufpendu à la virgule
; & M. Piccini , qui fait ce que c'eft
qu'un repos final en muſique , affure qu'il
n'y en a point.
Tout le monde a remarqué ( c'eft le Critique
qui pourfuit ) que dans le monologue
de Roland , Ah ! j'attendrai long - temps ,
le Muficien a peint le calme de la nuit & la
férénité de l'espérance , tandis que le Poëte !
a voulu exprimer l'impatience d'un Amant
forcené , & l'absence de la nuit.
Tout le monde , dirai- je à mon tour ,
a trouvé ce monologue raviffant & du caractère
le plus vrai , le plus fenfible , le plus
analogue à la fituation : témoins les applaudiffemens
redoublés qui l'interrompent toutes
les fois qu'il eft chanté . Mais laiffons- là ces
formules d'affertion & de difpute , &
voyons le monologue en lui-même.
Le Muficien a voulu peindre , non pas
le calme de la nuit , mais le calme de l'efpérance
; non pas l'impatience d'un Amant
forcené , car Roland ne l'eft pas encore ;
mais l'impatience d'un Amant heureux déjà
par le preffentiment du bonheur qui lui eft
promis .
a
Voyons à préfent fi l'intention du Poëte
été que ce monologue fût doux & tendre ,
ou qu'il exprimât , comme dit le Critique ,
l'impatience d'un Amant forcèné.
DE FRANCE. 1712
Le caractère de la Poéfie décide celui de
la Mufique ; & je demande quel eft le caractère
du monologue de Quinault ? L'on
me répondra peut - être que cela dépend de
la façon de le déclamer ; & l'on foutiendra
que Roland doit dire en amant forcené :
O nuit ! favorifez mes defirs amoureux .
Preffez l'aftre du jour de defcendre dans l'onde.
Je ne troublerai plus , par mes cris douloureux ,
Votre tranquillité profonde.
Le charmant objet de mes voeux
N'attend que vous pour rendre heureux
Le plus fidèle amant du monde.
J'avoue que fi Quinault lui- même m'a
voit dit que dans ces vers fi doux , il a
voulu peindre l'impatience d'un amant forcené
, je ne l'aurois pas cru . Mais il a dit
tout le contraire ; & à qui l'a- t-il dit ? à
Lully , au confident de fes penfées , qui travailloit
avec lui , fous fes yeux. Ouvrez, Monfeur
, la partition de l'ancien Roland ; &
à la tête du monologue , qui n'eft que tendre,
& voluptueux , vous trouverez un prélude
qui exprime auffi la férénité de l'efpérance
; & à la tête du prélude , Lully a écrit
ce mot , Doux , afin que l'on n'en doutât
pas.
A préfent , que MM . tels & tels aillent
crier dans tout Paris que ce monologue eft
Hij
172
MERCURE
un contre-fens d'un bout à l'autre , & que
c'est la preuve évidente que M. Piccini eft
dénué de goût , de talent & d'intelligence.
On examine à la rigueur le ſtyle d'un Muficien
qui a fait un Opéra François avant
de favoir le François ; on croit y découvrir
trois fautes ; & il fe trouve que les trois
fautes font trois méprifes du Critique. Affurément
c'eft louer un Artifte d'une manière
peu commune , que de montrer fi clairement
l'impuiffance de le reprendre un
flatteur n'auroit pas mieux fait.
Comment fe fait-il que tant de chefd'oeuvres
, pourfuit le Critique , en parlant
avec ironie des Opéras Italiens , faffent fur
les Italiens mêmes des impreffions tellement
fuperficielles & fugitives , qu'après un petit
nombre de repréfentations du plus bel Opera ,
ce peuple , fi fenfible aux charmes de la mufique
, n'éprouve plus que la fatiété & l'ennui
? Et ce fait fuppofé , voici la raiſon
qu'il en donne, Dans tous les Arts , ce qui
n'a pour objet que d'affecter agréablement
les fens , & de n'exciter dans l'âme que des
fentimens vagues & fuperficiels , ne peut
produire que des impreffions également vagies
& fuperficielles , dont l'effet eft bien
près de la fatiété. Au lieu que les ouvrages
d'un effet durable & toujours croiffant , font
ceux qui attachent l'efprit par de grandes
combinaifons , qui élevent & agrandiffent les
DE FRANCE
. 173
idées, qui , en reproduifant avec vérité tous les
mouvemens des paffions , excitent dans l'âme
des émotions touchantes & profondes , &c .
( comme la mufique de M. Gluck ) .
Voilà certainement une favante & belle
théorie ; & fi l'application en étoit`juſte`,
rien ne feroit plus concluant.
Mais qu'en Italie on change d'Opéra
tous les ans , & qu'en France on remette
au Théâtre les Opéras qui ont réuffi , on
doit voir clairement que la différence eft
locale. En Italie c'eft le luxe de l'abondance ,
& à Paris c'eft l'économie de la pauvreté.
On change d'Opéra comme on change de
parure , quand la richeffe en donne les
moyens ; on ufe fes fpectacles comme on
ufe fes vêtemens , lorfqu'on n'en a pas à
choifir.
L'Italie a des Compofiteurs en foule : il
s'en forme fans ceffe de nouveaux dans fes
Écoles ; il faut ou les décourager , ou les
entendre fucceffivement ; & fi on laiffoit
languir ceux qui s'élèvent , on tariroit bientôt
la fource & des talens & des plaifits.
La curiofité ſe joint à cette raifon politique ,
des & ce doit être un attrait puiffant pour
oreilles fenfibles , qu'une mufique toujours
nouvelle , fur des paroles déjà connues &
modifiées de mille manières par le génie des
Compofiteurs. Cet affaut des talens dans
une même lice anime & réveille fans cele
H iij
174
MERCURE
l'émulation des athlètes & l'intérêt des fpee-
- tateurs. Ce n'eſt
pas tout.
Il faut pour des oreilles délicates que
la mufique ait une analogie parfaite avec la
voix qui l'exécute : dès qu'on la tranfpofe ,
on l'altère. Les Muficiens , en compofant ,
adaptent le chant à l'organe auquel le chant
-eft deftinė : ils en confultent les moyens ,
ils en mefurent l'étendue , ils en choififfent
les beaux fons. Toutes les voix du même
genre n'ont pas le même caractère de flexibilité
, de fenfibilité ; toutes n'ont pas les
mênies tons , ou ne les ont pas auffi pleins ,
> auffi & auffi faciles. Or , la concurpurs
rence de vingt théâtres qui fe difputent les
belles voix , fait que dans aucun lieu elles
ne font deux ans les mêmes. Voilà pourquoi
en changeant d'inftrumens , on aime
a changer de mufique ; & on en change à
& peu
de frais : nouvelle caufe d'inconftance.
Ce n'eft pas tout encore .
Toutes les Villes d'Italie ont des théâtres
; mais excepté Naples & Venife , où ils
font ouverts toute l'année , on n'a l'Opéra
que trois mois ; & c'eft le feul amuſement
public. On l'a fix jours de la ſemaine ; la
Ville entière y affifte tous les jours ; & lorf
que le Spectacle ceffe , les beaux morceaux
qu'on en arecueillis , fe chantent dans tous les
Concerts ; tout le monde les fait par coeur.
-Seroit- il étonnant que l'on en fût rallafié è
DE FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatique de
M. Gluck : c'cft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore. Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t- on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe .
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par- tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares .
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'esclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs. Heureufement nous n'a-
HY
7176 MERCURE
effets durables de la mufique de Lully , de
Campra , de Deftouche , de Mondonville ,
& fur- tout de Rameau. On ne fe laffoit
point , il y a quarante ans , de revoir les
Talens Lyriques , les Indes Galantes , Pigmalion
& Caftor . Ces deux derniers Opéras
fur-tout revenoient fans ceffe au théâtre.
Il n'y a perfonne de mon âge qui ne les ait
entendus cent fois , & on ne s'en dégoûtoit
jamais.
Les admirateurs de M. Gluck , qui
étoient alors les admirateurs de Mondonville
& de Rameau , & qui écrivoient des
feuilles pour exalter l'excellence de leur
mufique , auroient donc pu dire en faveur de
Rameau & de Mondonville, précisément la
même chofe qu'ils difent en faveur de
Gluck: Les Italiens changent tous les ans
de mufique ; les François aiment à revoir
P'Opéra qu'ils ont applaudi ; la mufique
Italienne eft donc une production fuperficielle
du talent , & la mufique Françoife porte
•fente le caractère du génie. Les enthoufiaftes
de Mondonville feroient- ils devenus infaillibles
depuis qu'ils fe font déclarés les enthoufiaftes
de M. Gluck? Mais , pour les
mettre plus à leur aife , oublions le paſké ,
& raifonnons fur le préfent.
}
La mufique de la Colonie , celle de la
Bonne-Fille, celle de l'Ami de la Maifon ,
de Zémire & Azor , de Sylvain , ne refDE
FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatiqué de
M. Gluck : c'eft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore . Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t-on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe.
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par-tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares.
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'efclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs . Heureufement nous n'a-
Hv
178 MERCURE
vons pas l'oreille auffi févère que les Italiens
fur l'analogie de la mufique avec la voix
qui l'exécute ; & jufqu'à préfent le chant
François n'a pas eu de ces difficultés , de ces
nuances délicates , qui demandent précifément
telle étendue , ou telle qualité de voix .
Heureufement encore le plaifir du Spectacle
ne doit pas s'ufer à Paris , comme dans les
Villes d'Italie: la continuité des diflipations,
la diverfité des théâtres , la multitude des
fpectateurs , font que chacun , dans la nouveauté
d'un Opéra , ne le voit ni de fuite ,
ni affez fouvent pour en être raffafié. On
ne le donne guère que deux fois la femaine ;
ce qu'on appelle le public , s'y fuccéde &
s'y renouvelle ; & , lorfqu'on y revient , le
fouvenir en eft prefque effacé. Si au contraire
on le voit trop fouvent , on s'en dégoûte
comme par tout ailleurs. Ainfi l'Orphée
, l'un de ces ouvrages qu'on ne doit
jamais fe laffer de voir , ne laiffe pas d'erre
réduit à des recettes de quatre ou cinq cens
livres ; & on ne l'en eftime pas moins.
Qu'il vienne un temps où notre goût
perfectionné , foit difficile en fait de mufique
, comme il l'eft en fait de parure , où
le génie des Poëtes & des Muficiens foit
auffi fertile que l'induftrie des fabriquans ,
nous aurons tous les ans des Opéras nou-
*veaux comme de nouvelles étoffes ; & ceux
DE FRANCE. 179
4
de M. Gluck , comme ceux de Lully , de
Campra , de Rameau , de Mondonville ,
&c. , feront oubliés à leur tour.
Prenons l'inverfe , & fuppofons que la
fource de la bonne mufique tariffe un jour
>en Italie. N'arrivera- t-il pas tout naturellement
que les entrepreneurs puiferont dans
leur magafin , & feront revivre fucceffivement
les anciens Opéras , ou en formeront
des paftiches ? L'inconftance des Italiens &
Ja conftance des François ne tiennent donc
pas aux deux genres de leur mufique . Et de
bonne foi peut-on dire , efpére-t- on perfuader
que par amour pour la mufique de
M. Gluck , les François la préfèrent à des
nouveautés qu'ils n'ont pas ? Ne fembleeroit-
il pas qu'on ne ceffe d'y aller en foule ,
& qu'on ne veut rien de nouveau qui ne
foit de la même main? Voilà pourtant ce
qui réfulte de la diftinction imaginée par
l'anonyme , entre les beautés durables des
Opéras de M. Gluck & les beautés fragiles
de la mufique Italienne & de l'Opéra de
Roland.
Roland , l'un des plus foibles Opéras de
Quinault , a eu le plus grand fuccès ; il l'a
eu malgré les efforts de la plus indécente
cabale ; illa eu malgré les foins qu'on a
pris de le déprifer fix mois d'avance , dans les
Cafés , dans les Journaux , dans les Gazettes.
H vj
180 MERCURE
Roland a attiré pendant deux mois la plus
grande affluence , à travers les diffipations &
les fatigues du Carnaval , qui font tant de
tort au Spectacle , & en concurrence avec la
capitation des Acteurs , plus nuifible encore
à l'ouvrage dont elle croife le fuccès.
Roland eſt déjà fu par coeur de tout ce qui
chante à Paris ; il eft fur tous les Clavecins
l'étude de notre jeuneffe , & au Théâtre il
n'a ceffé d'être applaudi d'un bout à l'autre
toutes les fois qu'on l'a donné. Qu'importe ,
après cela , fi à la rentrée du Spectacle , l'impatience
de jouir des premiers beaux jours
du printemps , l'attrait de la campagne &
de la promenade , & d'autres circonstances
accidentelles ( que je pafferai fous filence
pour ne défobliger perfonne ) ont fait baiſfer
la recette de la reprife de Roland ?
Quel eft l'ouvrage qui depuis Pâques s'eft
foutenu à ce Théâtre ? Armide , Alcefte ,
Orphée s'y font traînés languiffamment l'un
après l'autre. Iphigénie , l'un de nos plus
beaux Opéras , parce qu'il eft formé des débris
de la plus belle de nos Tragédies , Iphigénie
dont la pantomime feroit feule un
fpectacle intéreffant & magnifique , a été
délaiffée ; il a fallu la retirer. Roland qui ,
après feize repréfentations pleines , n'avoit
plus l'attrait de la nouveauté , a produit des
recettes bonnes pour la faifon , mais peu
DE FRANCE. 181
"
confidérables on l'a réfervé pour l'hiver ;
& il fera long - temps , quoiqu'on en
dife , une des reffources du Théâtre lyrique.
Au furplus , eft-ce par l'état momentané
de la recette d'une faifon , qu'on doit juger
idu fuccès plus ou moins durable d'un genre
qui vient de s'établir ? Et quand même un
peuple , accoutumé à une mufique dont la
force confiftoit dans le bruit , & l'expreffion
dans les cris , auroit été moins fenfible à
l'harmonie lucide & pure , à la mélodie
naturelle & touchante de la mufique Italienne
, en feroit-elle moins la mufique par
excellence , de l'aveu de toute l'Europe ?
- L'habitude , le préjugé , le mauvais goût ,
dès long-temps établis , cèdent- ils donc fi
aifément la place ? Un parti nombreux &
puiffant que s'étoit fait la mufique Allemande
, & qui tenoit au moins par vanité à
l'objet de fon enthouſiaſme , dévoit - il être
tout- à- coup diffuadé ou diffipé ? Ne devoitpas
même redoubler de chaleur & d'obftination
dans ce moment de crife ? Et au
milieu de tant d'obftacles , n'eft-il pas étonnant
que cette mufique nouvelle , qu'on
déclaroit fi hautement indigne d'occuper le
Théâtre héroïque , s'y foit établie en un
jour ? Le public fage & impartial , qui ne
demande que du plaifir , l'a accueillie avec
transport & comme naturalifée. C'en eft
*
il
182 MERCURE
affez : le temps fera le refte. Ce fera lorſque
plufieurs ouvrages du même genre auront
habitué nos oreilles aux charmes de cette
mufique , c'eft alors qu'on verra fi elle a fur
nous les mêmes droits que fur le reste de
l'Europe , qu'elle enchante depuis un fiècle ,
& qui ne paroît pas encore difpofée à lui
préférer la Mufique de M. Gluck.
J
1
On a voulu nous faire croire que les Italiens
eux-mêmes étoient raffafiés , excédés ,
ennuyés de leur mufique ;. & parmi ceux
qui l'avoient profcrite, on a cité le Père Martini.
J'ai cru devoir le citer à mon tour ;
& l'on a vu s'il avoit jamais entendu exclure
du Théâtre la mufique Italienne , & yſubftituer
la mufique Allemande. Mais comment
le concilier avec lui -même ? Comme
l'on concilie la colère & la tendreffe d'un
père qui veut bien châtier fon enfant lorfqu'il
donne dans des écarts , mais qui ne
veut pas le bannir.
"
*
Le chant Italien , trop brillanté , trop
maniéré , déplaît au Père Martini : il nous
déplaît de même. Il blâme les Compofiteurs
modernes d'avoir trop adhéré aux fantaiſies
des chanteurs , & félicite M. Gluck
de n'avoir pas eu cette complaifance , & il
a bien raifon. Mais comme tout n'eft pas
maniéré, brillanté dans la mufique Italienne ,
& qu'elle a des beautés fans nombre du
genrele plus fimple & le plus fublime, il ne
DE FRANCE. 183
les confond pas avec les faux brillans ; & il
demande en même- temps qu'on la corrige
& qu'on la préfère à toutes les mufiques
du monde. On va le voir dans cette même
lettre qu'il a écrite à un zélateur paffionné de
M. Gluck , & qu'on nous a tant - annoncée
comme un arrêt foudroyant pour la muſique
Italienne.
•
" Dans le temps paffé , dit le Père Martini
, on n'avoit pas la même complaifance
pour les chanteurs. Vinci , Bononcini ,
» Scarlati , Marcello , Porpora , étoient
» parvenus , fur- tout dans leur récitatif d'une
expreffion vive & forte , par la feule éner-
» gie de la modulation , à exciter des émo-
» tions extraordinaires , juſques à faire pâ-
» lir les auditeurs , & à leur arracher des
» larmes ..
"
Voilà d'abord , felon le Père Martini ,
la mufique tragique inventée & floriffante
en Italie , fort long- temps avant M. Gluck.
« Si de nos jours , ajoute - t-il , on réu-
» niffoit ce mérite de la mufique vocale ,
» avec la vivacité de la mufique inftrumen-
» tale moderne , ô le bel enfemble que cela
» feroit ! & quel plaifir il en résulteroit
pour les auditeurs !
Ce fouhait du bon Père n'étoit donc pas
encore rempli le 17 Février 1777 , quoique
M. Gluck eût déjà compofé fes chefd'oeuvres
: Phomme que demandoit le Père
•
184
MERCURE
Martini , pour procurer à la mufique Italienne
tous les avantages qu'avoit celle des
Grecs , n'étoit donc pas encore trouvé
quoique l'un de nos oracles eût annoncé
fon avènement.
>
Ecoutons à préfent 1 Père Martini parlant
du caractère effent ; & diftinctif de la
mufique Italienne , de cette mufique qu'il
avoit procrite , s'il eût fallu en croire les partifans
de M. Gluck ,
و د
و د
« Parmi les avantages de notre mufique
» Italienne , il y a trois qualités qui la dif
tinguent particulièrement ; favoir , la mé-
» lodie , l'harmonie & les modulations. La
» mélodie Italienne de nos jours eft plus
» infinuante & plus propre que la Françoiſe
» à émouvoir les paffions , parce que celle-
» ci conferve en grande partie le ftyle & le
goût de la mélodie qui étoit en ufage , il
» y a plus de cent ans , en Italie. Et en
» effet , comment fe font rendus fi fameux
» les deux grands Compofiteurs & Maîtres
» Saxons , je veux dire George- Frederick
» Handel & Jean- Adolphe Haffe , fi ce n'eft
après avoir tous les deux épuré leur ftyle
» en Italie , & l'avoir accommodé au génie
» Italien ? ( Avis à M. Gluck ) . On fait la
و د
"
réputation que le premier s'eft acquife
» dans les Opéras qu'il a compofés à Rome ,
» àFlorence & à Naples , après s'être formé
» le goût en Italie . On connoît auffi le fucDE
FRANCE. 185
:.
"
» cès qu'ont eu le grand nombre d'ouvrages
compofés par le fecond , pour les diffé-
» rens Théâtres d'Italie , depuis qu'il fut allé
à Naples & qu'il fe fut perfectionné à
» l'école du célèbre Alexandre Scarlati ».
Voilà deux Compofiteurs Allemands ,
fort différents de M. Gluck, loués par le Père
Martini , pour avoir pris en Italie le ftyle & le
goût Italien , & cela dans la lettre écrite au
grand Ami de M. Gluck.:
ود
30
"
11
Perimettez- moi , Monfieur , lui dit- il
» encore , de vous expofer une difficulté
qui me roule depuis long - temps dans
l'efprit , & qui , relativement à ce qui fe
fait de nos jours , mérite une très-férieufe
» réflexion . Je veux parler de l'ufage im-
» modéré des diffonnances.... Je penfe
» que les diffonnances font & ont du toujours
être tudes & déplaifantes à l'oreille ,
» parce que de leur nature elles font difcordantes
; & que de notre temps elles
» aient changé de nature & feient devenues
agréables , je ne puis me le perfuader.
» Les diffonnances ne font bonnes qu'à exprimet
les fentimens les plus amers , &
les mouvemens de l'âme les plus violens
» & les plus douloureux. Comment donc fe
» fait il , que pour exprimer les affections
» de l'âme les plus délicates & les plus
» tendres , on emploie diffonnances fur dif-
» fonnances ? Ce fcrupule n'a jamais ceffé
"
186
MERCURE
» de m'affliger , & je le foumets à la fageſſe
» de votre jugement profond
"".
C'eft ainfi que le Père Martini prend
congé de l'admirateur de M. Gluck ; & le
bon Père a dit lui -même à M. le Comte
Marcelli , que cet article fur les diffonnances
n'étoit rien moins que favorable au Compofiteur
Allemand. Le compliment qu'il
lui a fait dans une vifite qu'il en a reçue ,
ni les éloges qu'il lui donne , en répondant
à l'un de fes Amis , ne devoient donc pas
être pris à la lettre , & en les citant , il
n'auroit pas fallu diffimuler ce qui les réduifoit
à leur jufte valeur.
Voilà , Monfieur , une lettre bien longue
; mais il faut plus de temps pour démêler
un fophifme que pour le faire ; &
lorfqu'on n'a pas le droit d'être tranchant ,
on ne peut guère être laconique. Si l'on
m'en croit , nous laifferons déformais les
deux genres de mufique fe difputer la faveur
du public , qui feul en doit être l'arbitre
& le jufte appréciateur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
JeE l'avois bien prévu , Monfieur , que
l'Effai du Prince Belofelski , fur la mufique
Italienne , ne feroit pas du goût de tout le
monde . Vous voyez comme le plus poli & le
162 MERCURE
plus modéré des partifans de M.Gluck mutile
ce petit Ouvrage , & avec quelle adreffe il
le réduit à rien. Paffons cette page d'extrait
où il l'a fi bien découpé , & jetons un coupd'oeil
fur quelques endroits de fa critique.
n
" Vinci a plus d'un trait de reffemblance
avec Corneille , a dit le Prince : l'un &
» l'autre ont été créateurs dans leur genre.
» Le Muficien fit le premier Opéra- Comique
, qui eft le Joueur , comine le Poëte
compofa la première bonne Comédie.
» Tous deux ont à peu-près la même élé-
» vation dans les idées tragiques , la même
» chaleur , la même rapidité dans le ſtyle :
» les deux Opéras d'Artaxerce & de Didon
» en font des exemples fublimes , comme
le Cid & Cinna » .
Voici comment ce paffage eft rendu :
M. le Prince Belofelski , dit que Vinci eft
créateur comme Corneille , parce qu'il a fait
Le premier Opéra- Comique . On fentira dif
ficilement la jufteffe de cette comparaifon.
A qui la faute , fi on ne la fent pas ?
Cette façon de critiquer eft fort aifée , auffi
eft- elle fort commune ; mais le Cenfeur
n'a plus auffi beau jeu lorfqu'il cite fidèlement.
Le Prince à dit de Pergolèfe , qu'il fut
le plus éloquent des Compofiteurs ; & il
ajoute : Rien de plus fimple que fa mélodie
, fes moyens ; fes motifs ; rien de
6
DE FRANCE: 163
plus harmonieux que fes accompagne-
» mens ».
>
Le Critique demande dans quel Ouvrage
Pergolèfe a été éloquent ? Le premier Couplet
du Stabat eft dit-il , un morceau des
plus pathétiques & des plus fublimes qu'il y
ait en mufique ; mais le pathétique n'eft pas
de l'éloquence ; & il n'y a rien defi rare que
l'éloquence en mufique.
D'abord n'y a-t-il dans le Stabat , que
le
premier Couplet de pathétique & de fublime
? Et , par exemple , le Verfet Viditfuum
dulcem natum , ne l'eft-il pas ? Ne fait-il
pas couler des larmes ? N'y a-t-il pas auffi
dans l'Olimpiade de Pergolèfe des morceaux
déchirants , comme l'air , Se cerca , fe dice ?
Qu'on nous dife donc où fera l'éloquence ,
fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Je fuppofe que le Prince eût dit : Pergolefe
eft de tous les Compofiteurs celui qui
a le mieux poffédé l'art de faire paffer rapidement
& d'imprimer avec force dans l'âme
des autres le fentiment profond dont il eft
pénétré. N'eût-il pas dit une vérité que l'Europe
entière a reconnue , au moins dans le
Stabat ? Or , cette définition du pathétique
, dans l'expreffion muficale , eft précifément
celle que M. d'Alembert nous a
donnée de l'éloquence : je n'y change pas
un feul mot. ›
Mais le Prince Belofelski a donné la
164 MERCURE
palme de l'éloquence , à Pergolefe & on
la réſerve à M. Gluck. Il a donné à Vinci
le titre de créateur dans la mufique drainatique
, il l'a comparé à Corneille ; & cette
reffemblance & ce titre n'appartiennent
qu'à M. Gluck. Le Critique n'en fait pas
myſtère ; il le décide formellement.
M. Gluck , dit- il , aura la gloire d'avoir
fait en mufique ce que Corneille a fait en
poéfie: il a conçu,il acréé la véritable Tragédie
lyrique. Son rang eft déformais fixé
parmi le petit nombre des génies créateurs
dans les Arts.
....
Et qui l'a fixé ce haut rang ? Qui la dif
penfe cette gloire ? Deux ou trois Ecrivains
anonymes , qui , dans les Journaux , dans
les Gazettes , dans les Feuilles volantes , fe
répétent l'un l'autre , & le répondent par
échos ? Voilà les voix de la renommée.
Les Poëmes d'Alcefte , d'Iphigénie &
d'Orphée , font tragiques fans doute , &
d'un intérêt plus preffant que ceux d'Hippolyte
, de Dardanus & de Caftor ; mais
eft- ce là un nouveau genre ? La mufique
de M. Gluck, foit par la véhémence de la déclamation
, foit par la force de l'harmonie ,
foit par quelques morceaux de chant . Itam
lien , eft préférable à celle de Rameau ,
quoiqu'on y trouve dans l'accent plus de
rudeffe & d'âpreté ; mais cette mufique
Françoife renforcée , eft- elle une création ?
DE FRANCE. 165
Et entre le monologue de Dardanus dans
fa prifon , fa fcène avec Iphife , celles de
Teucer , au fecond & au cinquième Acte , la
prière de Théfée à Pluton , dans l'Opera
d'Hippolyte , le monologue de Télaire , le
choeur des Funérailles , celui des Démons
le Tableau des champs élifées , les belies Scè
nes du quatrième & du cinquième Acte de
l'Opéra de Caftor ; entre ces morceaux ,
disje
, & les morceaux les plus vantés de l'Orphée
, de l'Iphigénie , & de l'Alcefte de M.
Gluck , y a-t-il le même intervalle qu'entre
les Tragédies de Hardi , & le Cid , Horace
& Cinna? Y a- t-il même affez de diſtance ,
pour que Rameau ne foit compté pour rien
dans la mufique théâtrale , & que Gluck en
foit l'inventeur ? Ceci regarde les François ;
& ils font juges dans cette partie.
Mais qu'on demande aux Italiens , aux Ef
pagnols , aux Anglois , aux Allemands euxmêmes
, fi dans les Opéras de Métaftafe tous
les morceaux tragiques n'ont pas été rendus
vingt fois , par les Compofiteurs, maîtres de
M. Gluck , avec une expreffion plus vraie ,
plus déchirante la fenne ? Il n'y a pas
que
une de ces Nations qui ne déclare avoir
entendu cent morceaux pathétiques dont il
n'approchera jamais.
Pour les ignorans tout eft nouveau ; &
nous le fommes en mufique. Ce qui nous
paroît un prodige de l'art , n'eft donc peut166
MERCURE
être qu'une choſe commune . Rappelonsnous
le Rat voyageur , à qui nous reflemblons
affez :
Si -tôt qu'il fut hors de fa cafe ,
Que le monde , dit-il , eft grand & fpacieux !
Voilà les Appennins , & voici le Caucaſe .
La moindre taupinée étoit mont à fes yeux.
C'eft aux Sçavans , c'eft aux Artiſtes , c'eft
à la voix publique chez un peuple éclairé , à
dire: un tel eft créateur. Les Géomètres
l'ont dit de Newton , les Gens de Lettres
l'ont dit de Corneille , & la Nation l'a répété.
Mais qui l'a dit de M. Gluck ? Deux
ou trois hommes , fort habiles dans toute
autre chofe fans doute , mais fort neufs
encoré en mufique , & qui , comme moi ,
n'en ont jamais entendu que fur les Théâ
tres François & dans les Concerts de Paris.
Voilà pourquoi il feroit à fouhaiter que
chacun fe nommât dans les difputes fur les
Arts , afin que le nom déterminât le poids
de l'opinion perfonnelle. A celui qui
comme moi , n'auroit que de l'inſtinct , il
feroit permis d'avoir un fentiment ; mais
pour lui- même & pour lui feul . A celui
qui , par habitude & par comparaiſon ,
auroit un peu plus exercé fon oreille &
formé fon goût , il feroit permis de dire
fon avis avec un peu plus d'affurance , mais
toujours avec modeftie . A celui qui auroit
DE FRANCE. 167
fait quelque progrès dans l'art , & qui , par
exemple, en mufique, auroit quelques mois
de leçons, on tiendroit compte de fes études;
& s'il exécutoit , tant bien que mal , un
accompagnement de baffe , on lui accorderoir
le droit de parler , en raifon de fon
favoir faire. A celui qui fe croiroit doué
par la nature du don de juger de tout fans
avoir rien appris , il feroit permis de fe féliciter
de ce rare préfent du Ciel ; mais fi , dans
fon enthouſiafine , il refufoit de l'âme &
de l'intelligence à quiconque auroit le malheur
de ne pas admirer ce qu'il admire ,
ou d'aimer ce qu'il n'aime pas ; fi d'une
main il vouloit renverfer les ftatues des
Artiftes les plus célèbres , & de l'autre élever
un coloffe à la gloire de celui qu'il auroit
pris pour fon idole ; fon nom diroit fi
ce fanatifme feroit fincère ou fimulé. Enfin ,
à celui qui , verfé dans l'art & dans l'étude
des modèles , auroit fait fon cours de théâtres
& recueilli , pour s'éclairer , les fuffrages
des Nations , on accorderoit plus de confiance
, mais jamais le droit de prononcer
du ton abfolu & tranchant de nos prétendus
connoiffeurs. Ainfi chacun feroit mis à
fa place ; & je faurois dans ce moment
quel eft le degré d'autorité du Critique à qui
je réponds. Affurément je n'invite perfonne
à imiter Guillot le Sycophante ; mais pourquoi
ne pas écrire fon vrai nom , lorsqu'on
n'eft pas le Loup berger ?
168 MERCURE
Le Prince Belofelski trouve Piccini admirable
, fur-tout à exprimer le fens des
paroles ; & jufqu'à préfent toute l'Europe
a été de ce fentiment .
L'anonyme François fe diftingue , &
veut faire voir que toute l'Europe n'y entend
rien.
On peut juger , dit - il , par Roland , fi
M. Piccini a recherché avec tant de foin le
mérite qu'on lui attribue. Je ne parle pas de
fon récitatif; ( quel excès d'indulgence ! )
Je ne parle pas du caractère trop paftoral de
plufieurs Airs qui étoient fufceptibles de
l'expreffion la plus héroïque . ( Il auroit bien
dû les citer ! ) Si l'on fe rappelle , ajoutet-
il , l'Air de Médor , Je la verrai : c'eft
affez pour ma flamme ; on s'appercevra que
dans ce vers , ponctué ainſi par le Poëte ,
Efclave , heureux de fervir tant d'appas .
Le Compofiteur, pour conferver la fymmétrie
de fa phrafe muficale , a été obligéde mettre
& de un repos après le mot heureux , ponctuer
ainfi :
Efclave heureux ; de fervir tant d'appas .
Ce qui ne fait plus aucun fens.
Le Compofiteur n'a point fait de faute :
il a écrit en homme intelligent & plein de
goût. C'eft le Critique qui fe trompe , & l en va juger lui-même. Le Compofiteur
n'a point détaché ces mots , de fervir tant
d'appas
DE FRANCE. 169
d'appas. Il a écrit , Heureux de fervir tant
d'appas , de fuite & fans aucun repos . Les
deux mots qu'il s'eft permis de détacher
une fois , parce qu'ils forment une idée
complette , font , efclave heureux ; & j'aurois
pu les détacher. moi - même , en faisant
ainfi le vers :
Efclave heureux , heureux de fervir tant d'appas.
Or , ce n'eft point là une fauté ; c'eft , en
mufique , une grâce de ftyle & un nouveau
degré de force ajouté à l'expreffion . Voilà
donc une critique évidemment fauffe ; &
cependant les partifans de M. Gluck n'ont
cellé de la répéter depuis que cet Air de
Roland a été entendu au Clavecin , & plus
de trois mois avant qu'on l'eût chanté fur
le théâtre.
Dans l'air d'Angélique , ajoute l'Anonyme
:
Oui , je le dois : je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne ,
Oui , je dois me garantir.
on voit auffi que le fecond vers ,
Du doux penchant qui m'entraîne,
eft terminé, comme le premier , par un repos
final , ce qui le fépare du versfuivant, & rend
les paroles inintelligibles .
La réponſe eft facile : il n'y a point de
15 Septembre 1778 .
H
170
MERCURE
repos final après le fecond vers ; il fuffit
d'avoir de l'oreille pour s'appercevoir que
l'accent de la voix y eft fufpendu à la virgule
; & M. Piccini , qui fait ce que c'eft
qu'un repos final en muſique , affure qu'il
n'y en a point.
Tout le monde a remarqué ( c'eft le Critique
qui pourfuit ) que dans le monologue
de Roland , Ah ! j'attendrai long - temps ,
le Muficien a peint le calme de la nuit & la
férénité de l'espérance , tandis que le Poëte !
a voulu exprimer l'impatience d'un Amant
forcené , & l'absence de la nuit.
Tout le monde , dirai- je à mon tour ,
a trouvé ce monologue raviffant & du caractère
le plus vrai , le plus fenfible , le plus
analogue à la fituation : témoins les applaudiffemens
redoublés qui l'interrompent toutes
les fois qu'il eft chanté . Mais laiffons- là ces
formules d'affertion & de difpute , &
voyons le monologue en lui-même.
Le Muficien a voulu peindre , non pas
le calme de la nuit , mais le calme de l'efpérance
; non pas l'impatience d'un Amant
forcené , car Roland ne l'eft pas encore ;
mais l'impatience d'un Amant heureux déjà
par le preffentiment du bonheur qui lui eft
promis .
a
Voyons à préfent fi l'intention du Poëte
été que ce monologue fût doux & tendre ,
ou qu'il exprimât , comme dit le Critique ,
l'impatience d'un Amant forcèné.
DE FRANCE. 1712
Le caractère de la Poéfie décide celui de
la Mufique ; & je demande quel eft le caractère
du monologue de Quinault ? L'on
me répondra peut - être que cela dépend de
la façon de le déclamer ; & l'on foutiendra
que Roland doit dire en amant forcené :
O nuit ! favorifez mes defirs amoureux .
Preffez l'aftre du jour de defcendre dans l'onde.
Je ne troublerai plus , par mes cris douloureux ,
Votre tranquillité profonde.
Le charmant objet de mes voeux
N'attend que vous pour rendre heureux
Le plus fidèle amant du monde.
J'avoue que fi Quinault lui- même m'a
voit dit que dans ces vers fi doux , il a
voulu peindre l'impatience d'un amant forcené
, je ne l'aurois pas cru . Mais il a dit
tout le contraire ; & à qui l'a- t-il dit ? à
Lully , au confident de fes penfées , qui travailloit
avec lui , fous fes yeux. Ouvrez, Monfeur
, la partition de l'ancien Roland ; &
à la tête du monologue , qui n'eft que tendre,
& voluptueux , vous trouverez un prélude
qui exprime auffi la férénité de l'efpérance
; & à la tête du prélude , Lully a écrit
ce mot , Doux , afin que l'on n'en doutât
pas.
A préfent , que MM . tels & tels aillent
crier dans tout Paris que ce monologue eft
Hij
172
MERCURE
un contre-fens d'un bout à l'autre , & que
c'est la preuve évidente que M. Piccini eft
dénué de goût , de talent & d'intelligence.
On examine à la rigueur le ſtyle d'un Muficien
qui a fait un Opéra François avant
de favoir le François ; on croit y découvrir
trois fautes ; & il fe trouve que les trois
fautes font trois méprifes du Critique. Affurément
c'eft louer un Artifte d'une manière
peu commune , que de montrer fi clairement
l'impuiffance de le reprendre un
flatteur n'auroit pas mieux fait.
Comment fe fait-il que tant de chefd'oeuvres
, pourfuit le Critique , en parlant
avec ironie des Opéras Italiens , faffent fur
les Italiens mêmes des impreffions tellement
fuperficielles & fugitives , qu'après un petit
nombre de repréfentations du plus bel Opera ,
ce peuple , fi fenfible aux charmes de la mufique
, n'éprouve plus que la fatiété & l'ennui
? Et ce fait fuppofé , voici la raiſon
qu'il en donne, Dans tous les Arts , ce qui
n'a pour objet que d'affecter agréablement
les fens , & de n'exciter dans l'âme que des
fentimens vagues & fuperficiels , ne peut
produire que des impreffions également vagies
& fuperficielles , dont l'effet eft bien
près de la fatiété. Au lieu que les ouvrages
d'un effet durable & toujours croiffant , font
ceux qui attachent l'efprit par de grandes
combinaifons , qui élevent & agrandiffent les
DE FRANCE
. 173
idées, qui , en reproduifant avec vérité tous les
mouvemens des paffions , excitent dans l'âme
des émotions touchantes & profondes , &c .
( comme la mufique de M. Gluck ) .
Voilà certainement une favante & belle
théorie ; & fi l'application en étoit`juſte`,
rien ne feroit plus concluant.
Mais qu'en Italie on change d'Opéra
tous les ans , & qu'en France on remette
au Théâtre les Opéras qui ont réuffi , on
doit voir clairement que la différence eft
locale. En Italie c'eft le luxe de l'abondance ,
& à Paris c'eft l'économie de la pauvreté.
On change d'Opéra comme on change de
parure , quand la richeffe en donne les
moyens ; on ufe fes fpectacles comme on
ufe fes vêtemens , lorfqu'on n'en a pas à
choifir.
L'Italie a des Compofiteurs en foule : il
s'en forme fans ceffe de nouveaux dans fes
Écoles ; il faut ou les décourager , ou les
entendre fucceffivement ; & fi on laiffoit
languir ceux qui s'élèvent , on tariroit bientôt
la fource & des talens & des plaifits.
La curiofité ſe joint à cette raifon politique ,
des & ce doit être un attrait puiffant pour
oreilles fenfibles , qu'une mufique toujours
nouvelle , fur des paroles déjà connues &
modifiées de mille manières par le génie des
Compofiteurs. Cet affaut des talens dans
une même lice anime & réveille fans cele
H iij
174
MERCURE
l'émulation des athlètes & l'intérêt des fpee-
- tateurs. Ce n'eſt
pas tout.
Il faut pour des oreilles délicates que
la mufique ait une analogie parfaite avec la
voix qui l'exécute : dès qu'on la tranfpofe ,
on l'altère. Les Muficiens , en compofant ,
adaptent le chant à l'organe auquel le chant
-eft deftinė : ils en confultent les moyens ,
ils en mefurent l'étendue , ils en choififfent
les beaux fons. Toutes les voix du même
genre n'ont pas le même caractère de flexibilité
, de fenfibilité ; toutes n'ont pas les
mênies tons , ou ne les ont pas auffi pleins ,
> auffi & auffi faciles. Or , la concurpurs
rence de vingt théâtres qui fe difputent les
belles voix , fait que dans aucun lieu elles
ne font deux ans les mêmes. Voilà pourquoi
en changeant d'inftrumens , on aime
a changer de mufique ; & on en change à
& peu
de frais : nouvelle caufe d'inconftance.
Ce n'eft pas tout encore .
Toutes les Villes d'Italie ont des théâtres
; mais excepté Naples & Venife , où ils
font ouverts toute l'année , on n'a l'Opéra
que trois mois ; & c'eft le feul amuſement
public. On l'a fix jours de la ſemaine ; la
Ville entière y affifte tous les jours ; & lorf
que le Spectacle ceffe , les beaux morceaux
qu'on en arecueillis , fe chantent dans tous les
Concerts ; tout le monde les fait par coeur.
-Seroit- il étonnant que l'on en fût rallafié è
DE FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatique de
M. Gluck : c'cft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore. Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t- on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe .
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par- tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares .
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'esclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs. Heureufement nous n'a-
HY
7176 MERCURE
effets durables de la mufique de Lully , de
Campra , de Deftouche , de Mondonville ,
& fur- tout de Rameau. On ne fe laffoit
point , il y a quarante ans , de revoir les
Talens Lyriques , les Indes Galantes , Pigmalion
& Caftor . Ces deux derniers Opéras
fur-tout revenoient fans ceffe au théâtre.
Il n'y a perfonne de mon âge qui ne les ait
entendus cent fois , & on ne s'en dégoûtoit
jamais.
Les admirateurs de M. Gluck , qui
étoient alors les admirateurs de Mondonville
& de Rameau , & qui écrivoient des
feuilles pour exalter l'excellence de leur
mufique , auroient donc pu dire en faveur de
Rameau & de Mondonville, précisément la
même chofe qu'ils difent en faveur de
Gluck: Les Italiens changent tous les ans
de mufique ; les François aiment à revoir
P'Opéra qu'ils ont applaudi ; la mufique
Italienne eft donc une production fuperficielle
du talent , & la mufique Françoife porte
•fente le caractère du génie. Les enthoufiaftes
de Mondonville feroient- ils devenus infaillibles
depuis qu'ils fe font déclarés les enthoufiaftes
de M. Gluck? Mais , pour les
mettre plus à leur aife , oublions le paſké ,
& raifonnons fur le préfent.
}
La mufique de la Colonie , celle de la
Bonne-Fille, celle de l'Ami de la Maifon ,
de Zémire & Azor , de Sylvain , ne refDE
FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatiqué de
M. Gluck : c'eft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore . Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t-on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe.
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par-tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares.
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'efclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs . Heureufement nous n'a-
Hv
178 MERCURE
vons pas l'oreille auffi févère que les Italiens
fur l'analogie de la mufique avec la voix
qui l'exécute ; & jufqu'à préfent le chant
François n'a pas eu de ces difficultés , de ces
nuances délicates , qui demandent précifément
telle étendue , ou telle qualité de voix .
Heureufement encore le plaifir du Spectacle
ne doit pas s'ufer à Paris , comme dans les
Villes d'Italie: la continuité des diflipations,
la diverfité des théâtres , la multitude des
fpectateurs , font que chacun , dans la nouveauté
d'un Opéra , ne le voit ni de fuite ,
ni affez fouvent pour en être raffafié. On
ne le donne guère que deux fois la femaine ;
ce qu'on appelle le public , s'y fuccéde &
s'y renouvelle ; & , lorfqu'on y revient , le
fouvenir en eft prefque effacé. Si au contraire
on le voit trop fouvent , on s'en dégoûte
comme par tout ailleurs. Ainfi l'Orphée
, l'un de ces ouvrages qu'on ne doit
jamais fe laffer de voir , ne laiffe pas d'erre
réduit à des recettes de quatre ou cinq cens
livres ; & on ne l'en eftime pas moins.
Qu'il vienne un temps où notre goût
perfectionné , foit difficile en fait de mufique
, comme il l'eft en fait de parure , où
le génie des Poëtes & des Muficiens foit
auffi fertile que l'induftrie des fabriquans ,
nous aurons tous les ans des Opéras nou-
*veaux comme de nouvelles étoffes ; & ceux
DE FRANCE. 179
4
de M. Gluck , comme ceux de Lully , de
Campra , de Rameau , de Mondonville ,
&c. , feront oubliés à leur tour.
Prenons l'inverfe , & fuppofons que la
fource de la bonne mufique tariffe un jour
>en Italie. N'arrivera- t-il pas tout naturellement
que les entrepreneurs puiferont dans
leur magafin , & feront revivre fucceffivement
les anciens Opéras , ou en formeront
des paftiches ? L'inconftance des Italiens &
Ja conftance des François ne tiennent donc
pas aux deux genres de leur mufique . Et de
bonne foi peut-on dire , efpére-t- on perfuader
que par amour pour la mufique de
M. Gluck , les François la préfèrent à des
nouveautés qu'ils n'ont pas ? Ne fembleeroit-
il pas qu'on ne ceffe d'y aller en foule ,
& qu'on ne veut rien de nouveau qui ne
foit de la même main? Voilà pourtant ce
qui réfulte de la diftinction imaginée par
l'anonyme , entre les beautés durables des
Opéras de M. Gluck & les beautés fragiles
de la mufique Italienne & de l'Opéra de
Roland.
Roland , l'un des plus foibles Opéras de
Quinault , a eu le plus grand fuccès ; il l'a
eu malgré les efforts de la plus indécente
cabale ; illa eu malgré les foins qu'on a
pris de le déprifer fix mois d'avance , dans les
Cafés , dans les Journaux , dans les Gazettes.
H vj
180 MERCURE
Roland a attiré pendant deux mois la plus
grande affluence , à travers les diffipations &
les fatigues du Carnaval , qui font tant de
tort au Spectacle , & en concurrence avec la
capitation des Acteurs , plus nuifible encore
à l'ouvrage dont elle croife le fuccès.
Roland eſt déjà fu par coeur de tout ce qui
chante à Paris ; il eft fur tous les Clavecins
l'étude de notre jeuneffe , & au Théâtre il
n'a ceffé d'être applaudi d'un bout à l'autre
toutes les fois qu'on l'a donné. Qu'importe ,
après cela , fi à la rentrée du Spectacle , l'impatience
de jouir des premiers beaux jours
du printemps , l'attrait de la campagne &
de la promenade , & d'autres circonstances
accidentelles ( que je pafferai fous filence
pour ne défobliger perfonne ) ont fait baiſfer
la recette de la reprife de Roland ?
Quel eft l'ouvrage qui depuis Pâques s'eft
foutenu à ce Théâtre ? Armide , Alcefte ,
Orphée s'y font traînés languiffamment l'un
après l'autre. Iphigénie , l'un de nos plus
beaux Opéras , parce qu'il eft formé des débris
de la plus belle de nos Tragédies , Iphigénie
dont la pantomime feroit feule un
fpectacle intéreffant & magnifique , a été
délaiffée ; il a fallu la retirer. Roland qui ,
après feize repréfentations pleines , n'avoit
plus l'attrait de la nouveauté , a produit des
recettes bonnes pour la faifon , mais peu
DE FRANCE. 181
"
confidérables on l'a réfervé pour l'hiver ;
& il fera long - temps , quoiqu'on en
dife , une des reffources du Théâtre lyrique.
Au furplus , eft-ce par l'état momentané
de la recette d'une faifon , qu'on doit juger
idu fuccès plus ou moins durable d'un genre
qui vient de s'établir ? Et quand même un
peuple , accoutumé à une mufique dont la
force confiftoit dans le bruit , & l'expreffion
dans les cris , auroit été moins fenfible à
l'harmonie lucide & pure , à la mélodie
naturelle & touchante de la mufique Italienne
, en feroit-elle moins la mufique par
excellence , de l'aveu de toute l'Europe ?
- L'habitude , le préjugé , le mauvais goût ,
dès long-temps établis , cèdent- ils donc fi
aifément la place ? Un parti nombreux &
puiffant que s'étoit fait la mufique Allemande
, & qui tenoit au moins par vanité à
l'objet de fon enthouſiaſme , dévoit - il être
tout- à- coup diffuadé ou diffipé ? Ne devoitpas
même redoubler de chaleur & d'obftination
dans ce moment de crife ? Et au
milieu de tant d'obftacles , n'eft-il pas étonnant
que cette mufique nouvelle , qu'on
déclaroit fi hautement indigne d'occuper le
Théâtre héroïque , s'y foit établie en un
jour ? Le public fage & impartial , qui ne
demande que du plaifir , l'a accueillie avec
transport & comme naturalifée. C'en eft
*
il
182 MERCURE
affez : le temps fera le refte. Ce fera lorſque
plufieurs ouvrages du même genre auront
habitué nos oreilles aux charmes de cette
mufique , c'eft alors qu'on verra fi elle a fur
nous les mêmes droits que fur le reste de
l'Europe , qu'elle enchante depuis un fiècle ,
& qui ne paroît pas encore difpofée à lui
préférer la Mufique de M. Gluck.
J
1
On a voulu nous faire croire que les Italiens
eux-mêmes étoient raffafiés , excédés ,
ennuyés de leur mufique ;. & parmi ceux
qui l'avoient profcrite, on a cité le Père Martini.
J'ai cru devoir le citer à mon tour ;
& l'on a vu s'il avoit jamais entendu exclure
du Théâtre la mufique Italienne , & yſubftituer
la mufique Allemande. Mais comment
le concilier avec lui -même ? Comme
l'on concilie la colère & la tendreffe d'un
père qui veut bien châtier fon enfant lorfqu'il
donne dans des écarts , mais qui ne
veut pas le bannir.
"
*
Le chant Italien , trop brillanté , trop
maniéré , déplaît au Père Martini : il nous
déplaît de même. Il blâme les Compofiteurs
modernes d'avoir trop adhéré aux fantaiſies
des chanteurs , & félicite M. Gluck
de n'avoir pas eu cette complaifance , & il
a bien raifon. Mais comme tout n'eft pas
maniéré, brillanté dans la mufique Italienne ,
& qu'elle a des beautés fans nombre du
genrele plus fimple & le plus fublime, il ne
DE FRANCE. 183
les confond pas avec les faux brillans ; & il
demande en même- temps qu'on la corrige
& qu'on la préfère à toutes les mufiques
du monde. On va le voir dans cette même
lettre qu'il a écrite à un zélateur paffionné de
M. Gluck , & qu'on nous a tant - annoncée
comme un arrêt foudroyant pour la muſique
Italienne.
•
" Dans le temps paffé , dit le Père Martini
, on n'avoit pas la même complaifance
pour les chanteurs. Vinci , Bononcini ,
» Scarlati , Marcello , Porpora , étoient
» parvenus , fur- tout dans leur récitatif d'une
expreffion vive & forte , par la feule éner-
» gie de la modulation , à exciter des émo-
» tions extraordinaires , juſques à faire pâ-
» lir les auditeurs , & à leur arracher des
» larmes ..
"
Voilà d'abord , felon le Père Martini ,
la mufique tragique inventée & floriffante
en Italie , fort long- temps avant M. Gluck.
« Si de nos jours , ajoute - t-il , on réu-
» niffoit ce mérite de la mufique vocale ,
» avec la vivacité de la mufique inftrumen-
» tale moderne , ô le bel enfemble que cela
» feroit ! & quel plaifir il en résulteroit
pour les auditeurs !
Ce fouhait du bon Père n'étoit donc pas
encore rempli le 17 Février 1777 , quoique
M. Gluck eût déjà compofé fes chefd'oeuvres
: Phomme que demandoit le Père
•
184
MERCURE
Martini , pour procurer à la mufique Italienne
tous les avantages qu'avoit celle des
Grecs , n'étoit donc pas encore trouvé
quoique l'un de nos oracles eût annoncé
fon avènement.
>
Ecoutons à préfent 1 Père Martini parlant
du caractère effent ; & diftinctif de la
mufique Italienne , de cette mufique qu'il
avoit procrite , s'il eût fallu en croire les partifans
de M. Gluck ,
و د
و د
« Parmi les avantages de notre mufique
» Italienne , il y a trois qualités qui la dif
tinguent particulièrement ; favoir , la mé-
» lodie , l'harmonie & les modulations. La
» mélodie Italienne de nos jours eft plus
» infinuante & plus propre que la Françoiſe
» à émouvoir les paffions , parce que celle-
» ci conferve en grande partie le ftyle & le
goût de la mélodie qui étoit en ufage , il
» y a plus de cent ans , en Italie. Et en
» effet , comment fe font rendus fi fameux
» les deux grands Compofiteurs & Maîtres
» Saxons , je veux dire George- Frederick
» Handel & Jean- Adolphe Haffe , fi ce n'eft
après avoir tous les deux épuré leur ftyle
» en Italie , & l'avoir accommodé au génie
» Italien ? ( Avis à M. Gluck ) . On fait la
و د
"
réputation que le premier s'eft acquife
» dans les Opéras qu'il a compofés à Rome ,
» àFlorence & à Naples , après s'être formé
» le goût en Italie . On connoît auffi le fucDE
FRANCE. 185
:.
"
» cès qu'ont eu le grand nombre d'ouvrages
compofés par le fecond , pour les diffé-
» rens Théâtres d'Italie , depuis qu'il fut allé
à Naples & qu'il fe fut perfectionné à
» l'école du célèbre Alexandre Scarlati ».
Voilà deux Compofiteurs Allemands ,
fort différents de M. Gluck, loués par le Père
Martini , pour avoir pris en Italie le ftyle & le
goût Italien , & cela dans la lettre écrite au
grand Ami de M. Gluck.:
ود
30
"
11
Perimettez- moi , Monfieur , lui dit- il
» encore , de vous expofer une difficulté
qui me roule depuis long - temps dans
l'efprit , & qui , relativement à ce qui fe
fait de nos jours , mérite une très-férieufe
» réflexion . Je veux parler de l'ufage im-
» modéré des diffonnances.... Je penfe
» que les diffonnances font & ont du toujours
être tudes & déplaifantes à l'oreille ,
» parce que de leur nature elles font difcordantes
; & que de notre temps elles
» aient changé de nature & feient devenues
agréables , je ne puis me le perfuader.
» Les diffonnances ne font bonnes qu'à exprimet
les fentimens les plus amers , &
les mouvemens de l'âme les plus violens
» & les plus douloureux. Comment donc fe
» fait il , que pour exprimer les affections
» de l'âme les plus délicates & les plus
» tendres , on emploie diffonnances fur dif-
» fonnances ? Ce fcrupule n'a jamais ceffé
"
186
MERCURE
» de m'affliger , & je le foumets à la fageſſe
» de votre jugement profond
"".
C'eft ainfi que le Père Martini prend
congé de l'admirateur de M. Gluck ; & le
bon Père a dit lui -même à M. le Comte
Marcelli , que cet article fur les diffonnances
n'étoit rien moins que favorable au Compofiteur
Allemand. Le compliment qu'il
lui a fait dans une vifite qu'il en a reçue ,
ni les éloges qu'il lui donne , en répondant
à l'un de fes Amis , ne devoient donc pas
être pris à la lettre , & en les citant , il
n'auroit pas fallu diffimuler ce qui les réduifoit
à leur jufte valeur.
Voilà , Monfieur , une lettre bien longue
; mais il faut plus de temps pour démêler
un fophifme que pour le faire ; &
lorfqu'on n'a pas le droit d'être tranchant ,
on ne peut guère être laconique. Si l'on
m'en croit , nous laifferons déformais les
deux genres de mufique fe difputer la faveur
du public , qui feul en doit être l'arbitre
& le jufte appréciateur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
Dans sa lettre à M. de la Harpe, M. Marmontel traite de la réception critique de l'essai du Prince Belofelski sur la musique italienne, qui a provoqué des débats, notamment parmi les partisans de Christoph Willibald Gluck. Un critique anonyme remet en question les comparaisons entre compositeurs italiens et dramaturges français, ainsi que la qualification de Pergolèse comme le plus éloquent des compositeurs. Marmontel définit l'éloquence musicale comme la capacité de transmettre rapidement et fortement des sentiments profonds. Il conteste également l'attribution à Gluck de la création de la véritable tragédie lyrique, affirmant que ce titre revient à Jean-Baptiste Lully et Jean-Philippe Rameau. Marmontel compare les œuvres de Gluck et Rameau, notant que la musique de Gluck est appréciée pour sa véhémence et sa force harmonique, mais pas nécessairement pour son innovation. Le texte souligne l'importance de connaître le niveau d'expertise des critiques pour évaluer la valeur de leurs avis. Le critique réfute diverses critiques sur des œuvres de Piccini, expliquant les intentions musicales et poétiques derrière ces compositions. Il discute également de la relation entre la poésie et la musique, en prenant pour exemple un monologue de Quinault mis en musique par Lully. Le texte compare les pratiques théâtrales en Italie et en France, soulignant que la musique italienne, même adaptée à des paroles françaises, peut être appréciée durablement. Il note que les Français apprécient les œuvres anciennes et que la rareté des nouveautés les pousse à rester fidèles à celles-ci. Le succès de l'opéra 'Roland' de Quinault à Paris est mentionné, ainsi que la comparaison des goûts musicaux en France et en Italie. Le Père Martini critique le chant italien trop maniéré mais reconnaît ses beautés et souhaite une fusion avec la vivacité de la musique instrumentale moderne. Il admire les compositeurs italiens comme Vinci et Scarlatti pour leur expression vive et forte. Le texte met en avant les caractéristiques distinctives de la musique italienne, telles que la mélodie, l'harmonie et les modulations, qui la rendent plus apte à émouvoir les passions comparée à la musique française. Deux compositeurs allemands, George-Frederick Haendel et Jean-Adolphe Hasse, ont perfectionné leur style en Italie sous l'influence de maîtres italiens comme Alessandro Scarlatti. Le Père Martini exprime des réserves sur l'usage des dissonances dans la musique moderne, les jugeant inappropriées pour exprimer des sentiments délicats et tendres.
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4746
p. 2060
RUSSIE.
Début :
On apprend de Petersbourg, que le 28. Août, la Czarine fit dépêcher un Courier au General [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Tsarine
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
N apprend de Petersbourg , que le 28. Aoûr,
la Czarine fit dépêcher un Courier au General
Lucci , qui étoit campé sur les bords de la
Duna , aux environs de Riga , avec le Corps de
Troupes qu'il commande , et l'on a sçû depuis
que ce Courier lui a porté l'ordre de s'avancer
avec ses Troupes jusqu'à Shlohensko , Village
de Lithuanie.
N apprend de Petersbourg , que le 28. Aoûr,
la Czarine fit dépêcher un Courier au General
Lucci , qui étoit campé sur les bords de la
Duna , aux environs de Riga , avec le Corps de
Troupes qu'il commande , et l'on a sçû depuis
que ce Courier lui a porté l'ordre de s'avancer
avec ses Troupes jusqu'à Shlohensko , Village
de Lithuanie.
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4747
p. 103-104
ENIGME.
Début :
Quand je n'ay ni poudre ni plomb, [...]
Mots clefs :
Toilette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Quand je riay ni poudre ni
plomby
Prés de moymamaitresse est
un peu desoeuvrée;
De ma boutique bien parée
Prudemment on cache lefond,
Il est peu de belle grimace ;
On en peut voir pourtant en
mevoyant en face.
Ma maitresse dansson prin- temps Ne me trouve guere importante;
Avec le nombre de ses ans
Près d'elle mon crédit s'augmente
:
Mais ellen'oseplussans rougir
, moy prtfWey
Recevoir sesderniers amants.
Quand je riay ni poudre ni
plomby
Prés de moymamaitresse est
un peu desoeuvrée;
De ma boutique bien parée
Prudemment on cache lefond,
Il est peu de belle grimace ;
On en peut voir pourtant en
mevoyant en face.
Ma maitresse dansson prin- temps Ne me trouve guere importante;
Avec le nombre de ses ans
Près d'elle mon crédit s'augmente
:
Mais ellen'oseplussans rougir
, moy prtfWey
Recevoir sesderniers amants.
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4748
p. 164-165
« Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...] »
Début :
Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...]
Mots clefs :
Vers, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...] »
Vous me demandez en
core des vers ; je n'en ai
point de tendres à vous envoyer:
mais j'en découvre
heureuſement ſur ma table
une piece qui ira à merveille
dans une lettre galante.
Vous aimez les con
certs , contentez-vous,vous
en allez voir unflotant au gré
de l'eau. Ces vers ont été
preſentez au Roy par le
GALANT. 165
Sieur du Perrier le 7. de ce
mois , au ſujet de la muſique
que Sa Majeſté donna
ce même jour ſur le Canal
de Fontainebleau.
core des vers ; je n'en ai
point de tendres à vous envoyer:
mais j'en découvre
heureuſement ſur ma table
une piece qui ira à merveille
dans une lettre galante.
Vous aimez les con
certs , contentez-vous,vous
en allez voir unflotant au gré
de l'eau. Ces vers ont été
preſentez au Roy par le
GALANT. 165
Sieur du Perrier le 7. de ce
mois , au ſujet de la muſique
que Sa Majeſté donna
ce même jour ſur le Canal
de Fontainebleau.
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4749
p. 566-567
« Le 16. et 21. l'Académie Royale de Musique donna, par extraordinaire, pour [...] »
Début :
Le 16. et 21. l'Académie Royale de Musique donna, par extraordinaire, pour [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Isis, Empire de l'amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 16. et 21. l'Académie Royale de Musique donna, par extraordinaire, pour [...] »
Le 16. et 21. l'Académie Royale de
Musique donna , par extraordinaire, pour
la Capitation des Acteurs , comme cela
se pratique toutes les années , l'Opera
d'Isis , qui fut suivi du Pas de Trois ,
dansé par la Dile Camargo et par les sieurs
Dumoulin et Dupré , dans la plus grande
perfection .
On prépare un Balet nouveau , qui a
pour titre l'Empire de l' Amour , pour être
joué à l'ouverture du Théatre.
Le
MARS . 1733. 567
Le 8. du mois dernier , on représenta à Ve
nise , sur le Théatre de S. Ange , le nouvel Opera
de Tigrane , qui eut un très- grand succès.
Musique donna , par extraordinaire, pour
la Capitation des Acteurs , comme cela
se pratique toutes les années , l'Opera
d'Isis , qui fut suivi du Pas de Trois ,
dansé par la Dile Camargo et par les sieurs
Dumoulin et Dupré , dans la plus grande
perfection .
On prépare un Balet nouveau , qui a
pour titre l'Empire de l' Amour , pour être
joué à l'ouverture du Théatre.
Le
MARS . 1733. 567
Le 8. du mois dernier , on représenta à Ve
nise , sur le Théatre de S. Ange , le nouvel Opera
de Tigrane , qui eut un très- grand succès.
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Résumé : « Le 16. et 21. l'Académie Royale de Musique donna, par extraordinaire, pour [...] »
En février 1733, l'Académie Royale de Musique présenta l'opéra 'Isis' les 16 et 21 février pour la Capitation des Acteurs. La danseuse La Camargo et les danseurs Dumoulin et Dupré exécutèrent un 'Pas de Trois' remarquable. À Venise, l'opéra 'Tigrane' fut joué le 8 février et obtint un grand succès. Un nouveau ballet, 'l'Empire de l'Amour', était en préparation pour l'ouverture du théâtre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4750
p. 992-993
ARMÉE D'ALLEMAGNE.
Début :
Le Maréchal Duc de Berwick, qui avoit quitté avec une partie de l'Armée le Camp [...]
Mots clefs :
Maréchal de Berwick, Armée d'Allemagne, Bataillons, Troupes, Lieutenant, Lignes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ALLEMAGNE.
AR ME'E D'ALLEMAGNE.
E Maréchal Duc de Berwick , qui avoit
Lquitté avec une partie de l'armée le Carne
de Spire pour se raprocher du Fort - Louis , y
ayant été joint par le corps de troupes qui étoit
sous les ordres du Duc de Noailles , il fit passer
le Rhin à son Armée au Fort-Louis et au Fort
de Kehl.
Le 4 de ce mois vers les 6 heures du matin ,
le Duc de Noailles qui avoit été détaché avec ri
Bataillons , deux Regiments de Dragons , et 100
Carabiniers de la Maison du Roy , attaqua les
Lignes d'Ettlingen , par la Montagne , et il força
les Ennemis dans leurs retranchements .
L'après midy le Prince de Tingry , que lè
Maréchal de Berwick avoit fait avancer à une
portée de mousquet des Lignes vis - à- vis d'Ettlingen
, s'empara d'un Fort qui les couvroit dans
cette partie, et il y entra avec 10Bataillons composez
de la Brigade des Gardes et de celle de la
Marine , et il fut suivi des cinq Bataillons de l'a
Brigade de Gondrin et des sept Escadrons qui
avoient marché sous les ordres de M. de la Billarderie
, Lieutenant General .
Le même jour , le Marquis d'Asfeldt avec-les
30 Bataillons qu'il commande passa le Rhin à
l'Isle de Neckerau ..
Les le Maréchal de Berwick marcha avec 6
Bataillons ,.et 42 Escadrons à Mulberg , où toute
son Armée s'est rassemblée .
Le Prince Eugene , qui étoit arrivé au Camp
près de Philisbourg le 27 du mois dernier, s'étoit
avancé à Mulberg , et il y étoit encore le 4 de
ce mois , mais aussi- tôt qu'il eut été informé
que les Lignes d'Ettl ingen avoiene été forcées et
que
MAY.
1734 993
que le Marquis d'Asfeldt qui étoit dans l'Isle de
Neckerau se dispósoit à passer le petit bras qui
sépare cette Isle de la Plaine de Manheim , il
prit le parti de faire marcher une partie de son
Armée vers Phortsheim , et l'autre à Hailbron,
Le 7 , le Maréchal de Berwick fut camper
Graben.
Il y a eû à l'attaque des Lignes d'Ettlingen ;
environ 60 Soldats tuez ou blessez ; M. de
Chenelette Brigadier et Lieutenant Colonel du
Regiment de Piémont y a été blessé ; et M. Du
bois , Lieutenant Colonel du Regiment de Boulonois
, très dangereusement.
1
Le Maréchal de Berwick , après avoir laissé
un Corps de Troupes à Graben et à Roussen ,
pour la sureté du Pont et pour conserver la communication
avec l'Alsace , alla camper le 10 , la
droite à Obstatt , et la gauche à Bruchsall.
Le Marquis d'Asfeldt , y arriva le lendemain
avec les Troupes qu'il commandoit. Il est venu
joindre l'Armée du Maréchal de Berwick par le
Spirback et par le Pont de Roussen et il a
brulé en passant un magazin de fourages que les
Ennemis avoient auprès de Philisbourg .
>
Le 12 , M. de Quadt , Lieutenant General a
été détaché avec 6 Bataillons et 12 Escadrons
pour aller soumettre le Wirtemberg à la contribution.
Le Prince Eugene , qui avoit décampé d'Obsratt
le 7. pour prendre la route de Sintzen, étoit
le II à Hailbron ; mais il en est parti le lendemain
, et il a marché vers Rottembourg.
Le Comte de Belleisle ; qui étoit resté près de
Traërbach depuis la prise du Château , a dû marcher
le 16 avec les Troupes qui sont sous ses
ordres , pour se rendre à Landau , d'où il ira
joindre le Maréchal de Berwick.
E Maréchal Duc de Berwick , qui avoit
Lquitté avec une partie de l'armée le Carne
de Spire pour se raprocher du Fort - Louis , y
ayant été joint par le corps de troupes qui étoit
sous les ordres du Duc de Noailles , il fit passer
le Rhin à son Armée au Fort-Louis et au Fort
de Kehl.
Le 4 de ce mois vers les 6 heures du matin ,
le Duc de Noailles qui avoit été détaché avec ri
Bataillons , deux Regiments de Dragons , et 100
Carabiniers de la Maison du Roy , attaqua les
Lignes d'Ettlingen , par la Montagne , et il força
les Ennemis dans leurs retranchements .
L'après midy le Prince de Tingry , que lè
Maréchal de Berwick avoit fait avancer à une
portée de mousquet des Lignes vis - à- vis d'Ettlingen
, s'empara d'un Fort qui les couvroit dans
cette partie, et il y entra avec 10Bataillons composez
de la Brigade des Gardes et de celle de la
Marine , et il fut suivi des cinq Bataillons de l'a
Brigade de Gondrin et des sept Escadrons qui
avoient marché sous les ordres de M. de la Billarderie
, Lieutenant General .
Le même jour , le Marquis d'Asfeldt avec-les
30 Bataillons qu'il commande passa le Rhin à
l'Isle de Neckerau ..
Les le Maréchal de Berwick marcha avec 6
Bataillons ,.et 42 Escadrons à Mulberg , où toute
son Armée s'est rassemblée .
Le Prince Eugene , qui étoit arrivé au Camp
près de Philisbourg le 27 du mois dernier, s'étoit
avancé à Mulberg , et il y étoit encore le 4 de
ce mois , mais aussi- tôt qu'il eut été informé
que les Lignes d'Ettl ingen avoiene été forcées et
que
MAY.
1734 993
que le Marquis d'Asfeldt qui étoit dans l'Isle de
Neckerau se dispósoit à passer le petit bras qui
sépare cette Isle de la Plaine de Manheim , il
prit le parti de faire marcher une partie de son
Armée vers Phortsheim , et l'autre à Hailbron,
Le 7 , le Maréchal de Berwick fut camper
Graben.
Il y a eû à l'attaque des Lignes d'Ettlingen ;
environ 60 Soldats tuez ou blessez ; M. de
Chenelette Brigadier et Lieutenant Colonel du
Regiment de Piémont y a été blessé ; et M. Du
bois , Lieutenant Colonel du Regiment de Boulonois
, très dangereusement.
1
Le Maréchal de Berwick , après avoir laissé
un Corps de Troupes à Graben et à Roussen ,
pour la sureté du Pont et pour conserver la communication
avec l'Alsace , alla camper le 10 , la
droite à Obstatt , et la gauche à Bruchsall.
Le Marquis d'Asfeldt , y arriva le lendemain
avec les Troupes qu'il commandoit. Il est venu
joindre l'Armée du Maréchal de Berwick par le
Spirback et par le Pont de Roussen et il a
brulé en passant un magazin de fourages que les
Ennemis avoient auprès de Philisbourg .
>
Le 12 , M. de Quadt , Lieutenant General a
été détaché avec 6 Bataillons et 12 Escadrons
pour aller soumettre le Wirtemberg à la contribution.
Le Prince Eugene , qui avoit décampé d'Obsratt
le 7. pour prendre la route de Sintzen, étoit
le II à Hailbron ; mais il en est parti le lendemain
, et il a marché vers Rottembourg.
Le Comte de Belleisle ; qui étoit resté près de
Traërbach depuis la prise du Château , a dû marcher
le 16 avec les Troupes qui sont sous ses
ordres , pour se rendre à Landau , d'où il ira
joindre le Maréchal de Berwick.
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Résumé : ARMÉE D'ALLEMAGNE.
En mai 1734, le Maréchal Duc de Berwick rejoignit le Duc de Noailles près des forts de Louis et de Kehl. Le 4 mai, le Duc de Noailles attaqua et força les lignes d'Ettlingen. Le Prince de Tingry captura un fort couvrant ces lignes. Le Marquis d'Asfeldt traversa le Rhin avec 30 bataillons. Le Maréchal de Berwick rassembla son armée à Mulberg, où le Prince Eugène était présent. Informé des mouvements ennemis, le Prince Eugène déplaça une partie de son armée vers Phortsheim et l'autre vers Hailbron. Le 7 mai, le Maréchal de Berwick campa à Graben, subissant des pertes. Le 10 mai, il campa à Obstatt et Bruchsall après avoir sécurisé le pont vers l'Alsace. Le Marquis d'Asfeldt rejoignit l'armée de Berwick après avoir détruit un magasin de fourrages ennemi. Le 12 mai, M. de Quadt fut envoyé soumettre le Wurtemberg à la contribution. Le Prince Eugène se déplaça vers Rottembourg, tandis que le Comte de Belleisle marcha vers Landau pour rejoindre le Maréchal de Berwick.
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