Résultats : 21797 texte(s)
Détail
Liste
5001
p. 149-151
POLOGNE.
Début :
On a publié à Dantzik un Mandement du Roy, adressé aux Palatinats et Territoires [...]
Mots clefs :
Royaume, Liberté de la nation, Roi, Palatinats et territoires, Élection, République, Puissances, Couronne
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE .
Na publié à Dantzik un Mandement du
Roy , adressé aux Palatinats et Territoires
du Royaume , pour les exhorter de ne point assister
aux Diettes convoquées par M. Poninski ,
Instigateur du Royaume , dont voici l'Extrait.
Après avoir représenté aux Palatinats et Territoires
respectifs , les calamitez ausquelles la
République se trouve exposée par la malice de
eux qui, mettant leur confiance dans les forces
des Puissances Etrangeres , ne cherchent qu'à
renverser entierement la liberté des Polonois . Le
Roy y fait une récapitulation de tout ce qui s'est
passé pendant et après son Election , et S. M dit
à ce sujet , que quelque droit qu'elle eût à la
Couronne , incontestablement mieux fondé que
celui de ceux qui la disputent à présent par la
force des Armes , elle ne s'est point renduë dans
le Royaume pour disputer ce droit , mais uniquement
pour maintenir la liberté de la Nation ,
en se soumettant aux Loix et Constitutions du
Royaume :J'ai abandonné le Sceptre , ajoûte le
Roy dans son Mandement, je me suis dépouillé de
La dignité Royale, et je me suis mis entre vos mains
comme unsimple Particulier , afin que vous puissiez
proceder avec une entiere liberté à l'Election d'un
Roy : Vous m'avez élû , et Dieu a visiblement prategé
cette Election , en inspirant dans le coeur de
tant de milliers de personnes une unanimité si génerale.
Je ne suis pas venu à main arméo dans le
Royaume
150 MERCURE DE FRANCE
Royaume pour attaquer la République , détruire
ses droits et regner malgré vous et quoiqu'au
moyen de l'amitié étroite qui m'unit avec le très-“.
illustre Roy de France , j'eusse pú me servir d'une
partie de ses Troupes pour me frayer le chemin au
Trône , je n'ai jamais eu la moindre pensée d'acquérir
avec violence la Couronne , comma font actuellement
les Partisans des Factions Etrangeres ;
conduite si contraire aux Constitutions du Royaume,
et qui tend si ouvertement à la ruine totale de la
liberté de la Nation , acheptée par nos Ancêtres au
prix de tant de sang.
Le Roy passe ensuite à l'Election qui s'est faite
à Praage , d'un Prince Etranger , sous la protection
d'une Armée ennemie , et après avoir fait
voir l'irrégularité et l'invalidité de cette Election ,
il insinue que les Cours de Vienne et de Russie
étoient convenues depuis long- temps que ce
Prince ni nul autre , ne seroit élevé au Trône de
Pologne ; il y insinue encore que la Cour de
Vienne , jalouse de la liberté dont jouit la Nation
Polonoise , n'a jamais perdu de vûë le dessein de
la détruire et de lui imposer le même joug sous
lequel gémissent les Bohémiens et les Hongrois;
il ajoûte que cette Cour se couvrant du Manteau
des Moscovites , avec lesquels elle est d'accord ,
fait semblant de n'avoir aucune part aux maux
de la République , commis par d'autres , pendant
qu'en effet elle fait jouer tous les ressorts
imaginables pour renverser la liberté de la Nation
, et emporter la Couronne par la force des
Armes : Sijamais elle parvient à son but , poursuit
le Roy , c'en est fait de notre chere Patrie,
c'en est fait de notre liberté et nous ne serons jamais
affranchis du joug de la Nation Allemande.
Après avoir exhorté les Palatinats et Distries
respectifs
JANVIER . 1734.
ISI
respectifs du Royaume , à n'avoir aucun
égard aux Universaux publiez par le Parti contraire
, se confiant à la genereuse émulation de la
Noblesse Po onoise, qui ne permettra jamais que
qui que ce soit empiete sur ses droits , il finit en
disant : Quelque grande que soit la puissance de nos
Ennemis , elle ne doit en aucune maniere nous intimider
, nos forces augmentent tous les jours et
nous recevrons sans doute , un puissant secours
d'ailleurs ; diverses Puissances s'interposent en notre
faveur ; elles combattent pour notre konneur et
pour la liberté de la République ; nous en voyons
des preuves dans les opérations qui se font sur le
Rhin et en Italie , par les Armes des François ,
Espagne et de Sardaigne ; quoique nous ne soyons
pas alliez avec ces deux dernieres Puissances , elles
ne peuvent neantmoins souffrir qu'on employe
la force pour mettre sur le Trône de Pologne un
Prince que toute la Nation a abjuré ; ces Rois s'allieront
avec d'autres Puissances pour la conservation
de l'honneur de notre Royaume ; nous ne manquerons
pas d'autres moyens favorables . Une puissante
diversion se manifestera en notrefaveur plutôt
qu'on ne pense ; elle nous mettra à l'abri des
machinations de nos Ennemis, et ceux qui nous ont
dressé des embuches y seront pris eux mêmes , &c,
Na publié à Dantzik un Mandement du
Roy , adressé aux Palatinats et Territoires
du Royaume , pour les exhorter de ne point assister
aux Diettes convoquées par M. Poninski ,
Instigateur du Royaume , dont voici l'Extrait.
Après avoir représenté aux Palatinats et Territoires
respectifs , les calamitez ausquelles la
République se trouve exposée par la malice de
eux qui, mettant leur confiance dans les forces
des Puissances Etrangeres , ne cherchent qu'à
renverser entierement la liberté des Polonois . Le
Roy y fait une récapitulation de tout ce qui s'est
passé pendant et après son Election , et S. M dit
à ce sujet , que quelque droit qu'elle eût à la
Couronne , incontestablement mieux fondé que
celui de ceux qui la disputent à présent par la
force des Armes , elle ne s'est point renduë dans
le Royaume pour disputer ce droit , mais uniquement
pour maintenir la liberté de la Nation ,
en se soumettant aux Loix et Constitutions du
Royaume :J'ai abandonné le Sceptre , ajoûte le
Roy dans son Mandement, je me suis dépouillé de
La dignité Royale, et je me suis mis entre vos mains
comme unsimple Particulier , afin que vous puissiez
proceder avec une entiere liberté à l'Election d'un
Roy : Vous m'avez élû , et Dieu a visiblement prategé
cette Election , en inspirant dans le coeur de
tant de milliers de personnes une unanimité si génerale.
Je ne suis pas venu à main arméo dans le
Royaume
150 MERCURE DE FRANCE
Royaume pour attaquer la République , détruire
ses droits et regner malgré vous et quoiqu'au
moyen de l'amitié étroite qui m'unit avec le très-“.
illustre Roy de France , j'eusse pú me servir d'une
partie de ses Troupes pour me frayer le chemin au
Trône , je n'ai jamais eu la moindre pensée d'acquérir
avec violence la Couronne , comma font actuellement
les Partisans des Factions Etrangeres ;
conduite si contraire aux Constitutions du Royaume,
et qui tend si ouvertement à la ruine totale de la
liberté de la Nation , acheptée par nos Ancêtres au
prix de tant de sang.
Le Roy passe ensuite à l'Election qui s'est faite
à Praage , d'un Prince Etranger , sous la protection
d'une Armée ennemie , et après avoir fait
voir l'irrégularité et l'invalidité de cette Election ,
il insinue que les Cours de Vienne et de Russie
étoient convenues depuis long- temps que ce
Prince ni nul autre , ne seroit élevé au Trône de
Pologne ; il y insinue encore que la Cour de
Vienne , jalouse de la liberté dont jouit la Nation
Polonoise , n'a jamais perdu de vûë le dessein de
la détruire et de lui imposer le même joug sous
lequel gémissent les Bohémiens et les Hongrois;
il ajoûte que cette Cour se couvrant du Manteau
des Moscovites , avec lesquels elle est d'accord ,
fait semblant de n'avoir aucune part aux maux
de la République , commis par d'autres , pendant
qu'en effet elle fait jouer tous les ressorts
imaginables pour renverser la liberté de la Nation
, et emporter la Couronne par la force des
Armes : Sijamais elle parvient à son but , poursuit
le Roy , c'en est fait de notre chere Patrie,
c'en est fait de notre liberté et nous ne serons jamais
affranchis du joug de la Nation Allemande.
Après avoir exhorté les Palatinats et Distries
respectifs
JANVIER . 1734.
ISI
respectifs du Royaume , à n'avoir aucun
égard aux Universaux publiez par le Parti contraire
, se confiant à la genereuse émulation de la
Noblesse Po onoise, qui ne permettra jamais que
qui que ce soit empiete sur ses droits , il finit en
disant : Quelque grande que soit la puissance de nos
Ennemis , elle ne doit en aucune maniere nous intimider
, nos forces augmentent tous les jours et
nous recevrons sans doute , un puissant secours
d'ailleurs ; diverses Puissances s'interposent en notre
faveur ; elles combattent pour notre konneur et
pour la liberté de la République ; nous en voyons
des preuves dans les opérations qui se font sur le
Rhin et en Italie , par les Armes des François ,
Espagne et de Sardaigne ; quoique nous ne soyons
pas alliez avec ces deux dernieres Puissances , elles
ne peuvent neantmoins souffrir qu'on employe
la force pour mettre sur le Trône de Pologne un
Prince que toute la Nation a abjuré ; ces Rois s'allieront
avec d'autres Puissances pour la conservation
de l'honneur de notre Royaume ; nous ne manquerons
pas d'autres moyens favorables . Une puissante
diversion se manifestera en notrefaveur plutôt
qu'on ne pense ; elle nous mettra à l'abri des
machinations de nos Ennemis, et ceux qui nous ont
dressé des embuches y seront pris eux mêmes , &c,
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Résumé : POLOGNE.
En janvier 1734, un mandement royal est publié à Dantzig, exhortant les palatinats et territoires de Pologne à ne pas participer aux diètes convoquées par Stanislas Leszczynski, soutenu par M. Poninski. Le roi dénonce les dangers que la République polonaise encourt de la part de ceux qui cherchent à renverser la liberté des Polonais avec l'appui de puissances étrangères. Il rappelle son élection et son engagement à préserver la liberté de la nation en respectant les lois et constitutions du royaume. Le roi affirme avoir renoncé au pouvoir pour permettre une élection libre et souligne que son élection a été divinement protégée. Le roi critique l'élection d'un prince étranger à Prague, sous la protection d'une armée ennemie, et suggère que les cours de Vienne et de Russie avaient convenu de ne pas soutenir ce prince pour le trône de Pologne. Il accuse la cour de Vienne de vouloir détruire la liberté polonaise et de se servir des Moscovites pour atteindre ses objectifs. Le roi appelle les palatinats et districts à ignorer les proclamations du parti adverse, se fiant à la noblesse polonaise. Il mentionne que des puissances comme la France, l'Espagne et la Sardaigne soutiennent la Pologne et la liberté de la République, et que d'autres aides favorables ne manqueront pas de se manifester.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5002
p. 174-177
PEUR DE L'AMOUR, Fable Anacreontique sur une jeune & aimable personne qui quelquefois parle Allemand.
Début :
La jeune Iris qui par son enjouëment [...]
Mots clefs :
Amour, Cupidon, Vénus
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texteReconnaissance textuelle : PEUR DE L'AMOUR, Fable Anacreontique sur une jeune & aimable personne qui quelquefois parle Allemand.
PEUR DE L'AMOUR,
Fable Anacreontique sur
une jeune & aimable personne
qui quelquefois parle
Allemand
'f-"¡-
Lajeune Iris qui par son enjouëment
Etfis traits brouille mainte cervelltr,
Parfois s'amuft a parler Allemand.
RJnjoufijc 1Jt jjfyou&ïbcfnti*
*
i - nrllt,V <y- •, Tachant d\<mt ceque disoit la ::;'" Mllei,e,V
Tous ces motsJars /'ejpaïoient
grfoidcmeqt't
Sique,'peureux rtefont approcher
.ci,eu;)
ivefetiiDieuJecachoit doucement
Comme un Moineau Jecouvrant
de Jon aijle.
Lors je luy criea Amour
y
je le
iroy bien,
Tel idiome eflpour toy tropfeu*
'Vat:e,;, 1
JamaitsiVeennus r;ien fit Jon entreImàuJJimmfait
pas grandusage »Jâthcr Jon tpetitChien.
A,ce d.ijcmourlseCupidon moins tiSerajpiraflti
voie brnon ccôottée'..
Ecoute encor diç-je à l'enfant
perfide
j
CrUe de craindre unejeune
beauté.
J'écoute en vain
, & c'efi Langue
etrangere,
Me répond-il, quel efi doncce
myflere?
Sans mon bandeau féclaircirois
cecjy,
Je n'entens rienà ce langagecy,
LeJfotdeuouxejtpourtant de
.: !k'' - Cythere
Fable Anacreontique sur
une jeune & aimable personne
qui quelquefois parle
Allemand
'f-"¡-
Lajeune Iris qui par son enjouëment
Etfis traits brouille mainte cervelltr,
Parfois s'amuft a parler Allemand.
RJnjoufijc 1Jt jjfyou&ïbcfnti*
*
i - nrllt,V <y- •, Tachant d\<mt ceque disoit la ::;'" Mllei,e,V
Tous ces motsJars /'ejpaïoient
grfoidcmeqt't
Sique,'peureux rtefont approcher
.ci,eu;)
ivefetiiDieuJecachoit doucement
Comme un Moineau Jecouvrant
de Jon aijle.
Lors je luy criea Amour
y
je le
iroy bien,
Tel idiome eflpour toy tropfeu*
'Vat:e,;, 1
JamaitsiVeennus r;ien fit Jon entreImàuJJimmfait
pas grandusage »Jâthcr Jon tpetitChien.
A,ce d.ijcmourlseCupidon moins tiSerajpiraflti
voie brnon ccôottée'..
Ecoute encor diç-je à l'enfant
perfide
j
CrUe de craindre unejeune
beauté.
J'écoute en vain
, & c'efi Langue
etrangere,
Me répond-il, quel efi doncce
myflere?
Sans mon bandeau féclaircirois
cecjy,
Je n'entens rienà ce langagecy,
LeJfotdeuouxejtpourtant de
.: !k'' - Cythere
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5003
p. 169-173
ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
Début :
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens Italiens représenterent les Amours [...]
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texteReconnaissance textuelle : ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
ORDONNÉS par M. le Duc de
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
Fermer
5003
5004
p. 2495-2499
SUITE de la Relation du Siege et de la Prise du Fort de Kell, &c.
Début :
La nuit du 22. au 23. Octobre, la Tranchée fut relevée par le Marquis de Dreux, Lieutenant [...]
Mots clefs :
Garnison, Siège de Kehl, Fort de Kehl, Duc de Berwick, Régiment de Navarre, Roi, Lieutenant général, Maréchal de camp, Grenadiers, Ouvrage, Brigadier d'infanterie, Gendarmerie, Capitulation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Relation du Siege et de la Prise du Fort de Kell, &c.
SUITE de la Relation du Siege et da
la Prise du Fort de Kell , &c.
A nuit du 22. au 23 Octobre , la Tranchée
Lfut relevée par le Marquis de Dreux , Lieutenant
General , par le Marquis de la Fare ,
Maréchal de Camp , et par M. de Buckele , Brigadier
d'Infanterie ; les 250. Travailleurs ,
commandez pour les Ouvrages , furent soutenue
par les trois Bataillons du Régiment de la Marine,
par six Compagnies de Grenadiers du Régiment
de Navarre , d'Alsace et de Rouergue ,
et par des Détachemens de la Gendarmerie et
de la Cavalerie, et des Dragons, pareil à ceux des
jours précedens. Pendant cette nuit la Tranchée
fut poussée à so. toises du chemin couvert de
l'Ouvrage à corne , et on se logea dans une Lunette
de terre, que les Aseiegez n'avoient pas cu
le temps d'achever.
La nuit du 23. au 24. le Marquis de Nangis ,
Lieutenant General , le Comte de Saxe , Maréobal
de Camp , et le Comte de Bayiere , Briga
dier
2496 MERCURE DE FRANCE
dier , monterent la Tranchée avec les deux Ba-)
taillons du Régiment de Richelieu , et celui de
Gensac , six Compagnies de Grenadiers , un Dé.
tachement de la Gendarmerie , de la Cavalerie
et des Dragons , de 550 hommes et 1200 Travailleurs.
On poussa pendant cette nuit une sappe
entre le Rhin et la branche droite de l'Ouvrage à
corne. M. de la Serre , Capitaine des Grenadiers
dans le Régiment de Richelieu, fut tué avec deux
Grenadiers , et il y en eut deux autres de blessez.?
Le 25. M. de Quadt , Lieutenant General , le
Marquis de Clermont , Maréchal de Camp , et
M. de Chenelette , Brigadier d'Infanterie , étant
de Tranchée avec 400. Travailleurs et le même
nombre de Troupes que les jours précedens , les
Assiegez firent une sortie sur la sappe poussée
entre le Rhin et l'Ouvrage à corne , mais les
Grenadiers les obligerent de se retirer et la sapper
fut continuée.
Le Chevalier de Lamberval , Capitaine de Gre- :
nadiers , dans le Régiment de Bourbonnois , fut ?
blessé dans cette occasion , et M. de.Noyelles
Lieutenant des Grenadiers dans le même Régi
ment , fut tué.
Cette nuit la Tranchée fut relevée par le Duc t
de Duras , Lieutenant Géneral , M. de Sioujcat ,
Maréchal de Camp et M. Hosanussy , Brigadier
d'Infanterie , avec trois Bataillons , six Compagaies
de Grenadiers , le Détachement ordinaire
de la Gendarmerie , de la Cavalerie et des Dragons
, et roo, Travailleurs. On a fait pendang
cette nuit un logement dans la Contresparpe du
demi-Bastion de la droite de l'Ouvrage à corne,
et on se dispose à attacher le Mincur à la branche
droite de cet Ouvrage.
Le Marquis de Renel , Colonel du Régiment
de
NOVEMBRE . 1733. 2497 -
Sancerre , et gendre du Maréchal Duc de
Berwick , arriva à Fontainebleau le 31. Octobre
vers les 6. heures du soir, et il apporta au Roy la
nouvelle de la prise du Fort de Kell. Il étoit
parti le 28. a 9. heures du soir , dans le moment
que le General de Phall avoit fait battre la chamade
, et ce n'est que le 2. de ce mois que le Roy
a reçu les articles de la Capitulation accordée à
la Garnison, par le Maréchal Duc de Berwick,
Il a été convenu par cette Capitulation , que
le Fort de Kell et tous les Ouvrages qui en dépendent
, seroient rendus aux Troupes du Roy
le 29. au matin ; que le lendemain 30 la Garnison
sortireit avec armes et bagages , Tambour
battant , Enseignes déployées , deux Pieces de
Canon de bronze , et 12. coups de munition
pour chaque Soldat.
Qu'on donneroit la permission à tous les Offciers
Ecclesiastiques et Séculiers de toute Religion
et Profession , de la Garnison du Fort de
Kell , de se retirer où bon leur sembleroit.
Que les Vivandiers et les Commerçans de la
Garnison , pourroient sortir librement après
avoir vendu leurs meubles et effets , et que ceux
qui voudroient demeurer au Fort de Kell , seroient
traitez comme les Sujets du Roy .
Qu'il seroit permis à la Garnison de laisser
dans la Place les blessez et les malades , avec des
Officiers e tdes Chirurgiens pour en avoir soin.
Que tous les Baillifs et Sujets du Margrave de
Bade , domiciliez dans l'Ouvrage à corne du
Fort de Kell , seroient , ainsi que leurs effets
sous la protection de S. M. que la Garnison
mettroit le temps qu'elle jugeroit à propos pour
se rendre à Erlingheim , pourvû que ce terme
'excedât pas celui de 5. jours ; qu'elle seroit
*
H escortéct
2498 MERCURE DE FRANCE
escortée par les Troupes du Roy jusqu'à Etlingheim
, et qu'on lui donneroit pour aller jusqu'à
Ulm , un Passeport et un Trompette.
Que personne de la Garnison ne seroit inquié
té pour des dettes contractées au Fort de Kell ,
ou à Strasbourg , le General Phull s'en étant
rendu caution personnellement ; que ce General
donneroit les ordres qu'il jugeroit convenables ,
si pendant la marche de la Garnison pour se
rendre à Ulm , il arrivoit quelques desordres sur
la route , qu'il seroit donné des ôtages jusqu'au'
retour des Troupes du Roy qui auront escorté
la Garnison.
Que les Etats des munitions de guerre et de
bouche , seroient remis avec les clefs des Maga
Zins , aux Officiers préposez par le Maréchal Duc
de Berwick.
Qu'on fourniroit les vivres nécessaires pour
la subsistance de la Garnison pendant 3. ou 4.
jours de marche , et qu'il seroit donné un Passeport
à trois Officiers , Ingenieurs Prussiens ,
envoyez depuis 5. mois par l'Empire pour faire
réparer les Fortifications du Fort de Kell , ep
qui n'avoient pas eu
eu le temps de se retirer,
On a appris du Camp de Stolhoffen , que les
Troupes qui composoient la Garnison du Fort
de Kell , en sortirent le 13. du mois dernier , au
nombre de 1200. hommes; elles défilerent le long
de la ligne , l'Armée du Roy étant en bataille .
et conformément à un des articles de la Capitulation
, elles furent escortées jusqu'à Etlinghen
par un Détachement de Cavalerie.
Le même jour le Maréchal Duc de Berwick
fit entrer dans le Fort de Kell , le Régiment de
Gensac et celui de Rouergue , qui y doivent res
ser en garnison , et il nonma pour commander
dans
•
2499%
NOVEMBRE
. 1733
dans la Place M. de la Fitte , Commandant le
troisiéme Bataillon du Régiment de Navarre.
Le 2. de ce mois , le Chevalier de Givry , Ma
réchal de Camp , fut détaché de l'Armée avec
six Bataillons et un Régiment de Dragons ,
pour se rendre à Huningue , et pour y faire rétablir
le Pont de cette Ville. Le lendemain le
Maréchal Duc de Berwick partit avec une partie
de l'Armée du Roy , du Camp de Sundheem,
et il campa à Bichem ; il alla le 4. à Liectenaw
et il arriva le 5. vis-à- vis du Fort- Louis.
Le reste de l'Armée marcha le 4. sous les or¬
dres du Duc de Noailles ; et après avoir campé
le même jour à Bichem , il se rendit le s. à
Stolhoffen , où toute l'Armée est actuellement.
Le centre est à Selingue , la droite au Village de
Stolhoffen , et la gauche à celui d'Hugelsheim.
On travaille à rétablir le Pont de communication
du Fort - Louis à l'Ile du Marquisat et à
l'Ouvrage à corne qui doit le deffendre.
On apprend de Strasbourg , que le Maréchal
Duc de Berwick , fit le 9. de ce mois la Revûë
generale de l'Armée. Le Comte de Charolois , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Prince de Dombes et le Comte d'Eu , s'y trou
verent. Le 12. une partie de l'Armée repassa
le Rhin , le reste suivit le lendemain , et le 13 .
les Troupes commencerent à défiler pour se
rendre dans leurs quartiers . Les Régimens de la
Marine , d'Alsace , de Pont, de Sancerre , Royal
Baviere , et celui de Mortemart , qui composent
ro, Bataillons , sont campez dans l'Isle du Marquisat
, pour y achever les ouvrages qui y ont
été commencez , et les Régimens de Piémont ,
de Lionnois et celui d'Angoumois , sont à Humingue
, pour en faire rétablir le Pont.
la Prise du Fort de Kell , &c.
A nuit du 22. au 23 Octobre , la Tranchée
Lfut relevée par le Marquis de Dreux , Lieutenant
General , par le Marquis de la Fare ,
Maréchal de Camp , et par M. de Buckele , Brigadier
d'Infanterie ; les 250. Travailleurs ,
commandez pour les Ouvrages , furent soutenue
par les trois Bataillons du Régiment de la Marine,
par six Compagnies de Grenadiers du Régiment
de Navarre , d'Alsace et de Rouergue ,
et par des Détachemens de la Gendarmerie et
de la Cavalerie, et des Dragons, pareil à ceux des
jours précedens. Pendant cette nuit la Tranchée
fut poussée à so. toises du chemin couvert de
l'Ouvrage à corne , et on se logea dans une Lunette
de terre, que les Aseiegez n'avoient pas cu
le temps d'achever.
La nuit du 23. au 24. le Marquis de Nangis ,
Lieutenant General , le Comte de Saxe , Maréobal
de Camp , et le Comte de Bayiere , Briga
dier
2496 MERCURE DE FRANCE
dier , monterent la Tranchée avec les deux Ba-)
taillons du Régiment de Richelieu , et celui de
Gensac , six Compagnies de Grenadiers , un Dé.
tachement de la Gendarmerie , de la Cavalerie
et des Dragons , de 550 hommes et 1200 Travailleurs.
On poussa pendant cette nuit une sappe
entre le Rhin et la branche droite de l'Ouvrage à
corne. M. de la Serre , Capitaine des Grenadiers
dans le Régiment de Richelieu, fut tué avec deux
Grenadiers , et il y en eut deux autres de blessez.?
Le 25. M. de Quadt , Lieutenant General , le
Marquis de Clermont , Maréchal de Camp , et
M. de Chenelette , Brigadier d'Infanterie , étant
de Tranchée avec 400. Travailleurs et le même
nombre de Troupes que les jours précedens , les
Assiegez firent une sortie sur la sappe poussée
entre le Rhin et l'Ouvrage à corne , mais les
Grenadiers les obligerent de se retirer et la sapper
fut continuée.
Le Chevalier de Lamberval , Capitaine de Gre- :
nadiers , dans le Régiment de Bourbonnois , fut ?
blessé dans cette occasion , et M. de.Noyelles
Lieutenant des Grenadiers dans le même Régi
ment , fut tué.
Cette nuit la Tranchée fut relevée par le Duc t
de Duras , Lieutenant Géneral , M. de Sioujcat ,
Maréchal de Camp et M. Hosanussy , Brigadier
d'Infanterie , avec trois Bataillons , six Compagaies
de Grenadiers , le Détachement ordinaire
de la Gendarmerie , de la Cavalerie et des Dragons
, et roo, Travailleurs. On a fait pendang
cette nuit un logement dans la Contresparpe du
demi-Bastion de la droite de l'Ouvrage à corne,
et on se dispose à attacher le Mincur à la branche
droite de cet Ouvrage.
Le Marquis de Renel , Colonel du Régiment
de
NOVEMBRE . 1733. 2497 -
Sancerre , et gendre du Maréchal Duc de
Berwick , arriva à Fontainebleau le 31. Octobre
vers les 6. heures du soir, et il apporta au Roy la
nouvelle de la prise du Fort de Kell. Il étoit
parti le 28. a 9. heures du soir , dans le moment
que le General de Phall avoit fait battre la chamade
, et ce n'est que le 2. de ce mois que le Roy
a reçu les articles de la Capitulation accordée à
la Garnison, par le Maréchal Duc de Berwick,
Il a été convenu par cette Capitulation , que
le Fort de Kell et tous les Ouvrages qui en dépendent
, seroient rendus aux Troupes du Roy
le 29. au matin ; que le lendemain 30 la Garnison
sortireit avec armes et bagages , Tambour
battant , Enseignes déployées , deux Pieces de
Canon de bronze , et 12. coups de munition
pour chaque Soldat.
Qu'on donneroit la permission à tous les Offciers
Ecclesiastiques et Séculiers de toute Religion
et Profession , de la Garnison du Fort de
Kell , de se retirer où bon leur sembleroit.
Que les Vivandiers et les Commerçans de la
Garnison , pourroient sortir librement après
avoir vendu leurs meubles et effets , et que ceux
qui voudroient demeurer au Fort de Kell , seroient
traitez comme les Sujets du Roy .
Qu'il seroit permis à la Garnison de laisser
dans la Place les blessez et les malades , avec des
Officiers e tdes Chirurgiens pour en avoir soin.
Que tous les Baillifs et Sujets du Margrave de
Bade , domiciliez dans l'Ouvrage à corne du
Fort de Kell , seroient , ainsi que leurs effets
sous la protection de S. M. que la Garnison
mettroit le temps qu'elle jugeroit à propos pour
se rendre à Erlingheim , pourvû que ce terme
'excedât pas celui de 5. jours ; qu'elle seroit
*
H escortéct
2498 MERCURE DE FRANCE
escortée par les Troupes du Roy jusqu'à Etlingheim
, et qu'on lui donneroit pour aller jusqu'à
Ulm , un Passeport et un Trompette.
Que personne de la Garnison ne seroit inquié
té pour des dettes contractées au Fort de Kell ,
ou à Strasbourg , le General Phull s'en étant
rendu caution personnellement ; que ce General
donneroit les ordres qu'il jugeroit convenables ,
si pendant la marche de la Garnison pour se
rendre à Ulm , il arrivoit quelques desordres sur
la route , qu'il seroit donné des ôtages jusqu'au'
retour des Troupes du Roy qui auront escorté
la Garnison.
Que les Etats des munitions de guerre et de
bouche , seroient remis avec les clefs des Maga
Zins , aux Officiers préposez par le Maréchal Duc
de Berwick.
Qu'on fourniroit les vivres nécessaires pour
la subsistance de la Garnison pendant 3. ou 4.
jours de marche , et qu'il seroit donné un Passeport
à trois Officiers , Ingenieurs Prussiens ,
envoyez depuis 5. mois par l'Empire pour faire
réparer les Fortifications du Fort de Kell , ep
qui n'avoient pas eu
eu le temps de se retirer,
On a appris du Camp de Stolhoffen , que les
Troupes qui composoient la Garnison du Fort
de Kell , en sortirent le 13. du mois dernier , au
nombre de 1200. hommes; elles défilerent le long
de la ligne , l'Armée du Roy étant en bataille .
et conformément à un des articles de la Capitulation
, elles furent escortées jusqu'à Etlinghen
par un Détachement de Cavalerie.
Le même jour le Maréchal Duc de Berwick
fit entrer dans le Fort de Kell , le Régiment de
Gensac et celui de Rouergue , qui y doivent res
ser en garnison , et il nonma pour commander
dans
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NOVEMBRE
. 1733
dans la Place M. de la Fitte , Commandant le
troisiéme Bataillon du Régiment de Navarre.
Le 2. de ce mois , le Chevalier de Givry , Ma
réchal de Camp , fut détaché de l'Armée avec
six Bataillons et un Régiment de Dragons ,
pour se rendre à Huningue , et pour y faire rétablir
le Pont de cette Ville. Le lendemain le
Maréchal Duc de Berwick partit avec une partie
de l'Armée du Roy , du Camp de Sundheem,
et il campa à Bichem ; il alla le 4. à Liectenaw
et il arriva le 5. vis-à- vis du Fort- Louis.
Le reste de l'Armée marcha le 4. sous les or¬
dres du Duc de Noailles ; et après avoir campé
le même jour à Bichem , il se rendit le s. à
Stolhoffen , où toute l'Armée est actuellement.
Le centre est à Selingue , la droite au Village de
Stolhoffen , et la gauche à celui d'Hugelsheim.
On travaille à rétablir le Pont de communication
du Fort - Louis à l'Ile du Marquisat et à
l'Ouvrage à corne qui doit le deffendre.
On apprend de Strasbourg , que le Maréchal
Duc de Berwick , fit le 9. de ce mois la Revûë
generale de l'Armée. Le Comte de Charolois , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Prince de Dombes et le Comte d'Eu , s'y trou
verent. Le 12. une partie de l'Armée repassa
le Rhin , le reste suivit le lendemain , et le 13 .
les Troupes commencerent à défiler pour se
rendre dans leurs quartiers . Les Régimens de la
Marine , d'Alsace , de Pont, de Sancerre , Royal
Baviere , et celui de Mortemart , qui composent
ro, Bataillons , sont campez dans l'Isle du Marquisat
, pour y achever les ouvrages qui y ont
été commencez , et les Régimens de Piémont ,
de Lionnois et celui d'Angoumois , sont à Humingue
, pour en faire rétablir le Pont.
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Résumé : SUITE de la Relation du Siege et de la Prise du Fort de Kell, &c.
En octobre 1733, le siège et la prise du Fort de Kell furent marqués par des travaux de tranchée dirigés par plusieurs officiers de haut rang, dont le Marquis de Dreux, le Marquis de la Fare et M. de Buckele, avec le soutien de divers régiments et détachements. Les travaux avancèrent rapidement, avec la construction d'une lunette de terre et une sappe entre le Rhin et l'ouvrage à corne. Plusieurs incidents notables se produisirent, notamment la mort du Capitaine M. de la Serre et du Lieutenant M. de Noyelles, ainsi que des blessures subies par le Chevalier de Lamberval. Le 31 octobre, le Marquis de Renel informa le roi de la prise du Fort de Kell. La capitulation stipulait que la garnison sortirait avec armes et bagages, tambour battant, et que les blessés et malades resteraient sous la protection du roi. La garnison fut escortée jusqu'à Etlingheim, et des passeports furent fournis pour leur voyage jusqu'à Ulm. Les troupes du roi prirent possession du fort, et les régiments de Gensac et de Rouergue y furent stationnés sous le commandement de M. de la Fitte. Par la suite, le Maréchal Duc de Berwick déplaça une partie de l'armée vers Huningue et le Fort-Louis, où des travaux de réparation furent entrepris. Le 9 novembre, le Maréchal Duc de Berwick effectua une revue générale de l'armée à Strasbourg. Le 12 et 13 novembre, les troupes commencèrent à se rendre dans leurs quartiers d'hiver. Les régiments de la Marine, d'Alsace, de Pont, de Sancerre, Royal Bavière et de Mortemart furent stationnés dans l'île du Marquisat pour achever les ouvrages, tandis que les régiments de Piémont, de Lionnois et d'Angoumois furent envoyés à Huningue pour rétablir le pont.
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5005
p. 169-173
ARTS AGRÉABLES. GRAVURE. PLAN de souscription pour une suite d'Estampes d'après les plus beaux Tableaux qui se trouvent en Angleterre, & pour la quelle on n'employera que les plus habiles Graveurs.
Début :
LA distribution de cet Ouvrage se fera par cayers numérotés ; & il sera imprimé [...]
Mots clefs :
Gravure, Tableau, Estampes, Graveur, Souscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTS AGRÉABLES. GRAVURE. PLAN de souscription pour une suite d'Estampes d'après les plus beaux Tableaux qui se trouvent en Angleterre, & pour la quelle on n'employera que les plus habiles Graveurs.
ARTS AGRÉABLES .
GRAVURE.
PLAN de ſouſcription pour une fuite
d'Estampes d'après les plus beaux
Tableaux qui se trouvent en Angleterre
, & pour la quelle on n'employera
que les plus habiles Graveurs.
Γ
LA diſtribution de cet Ouvrage ſe
fera par cayers numérotés ; & il ſera imprimé
ſur une demi-feuille de grand
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Aigle fin , ou fur une feuille entiere , fi
quelque Sujet l'exige ; chaque cayer
fera compofé de plus ou moins de pièces,
ſuivant l'exigence des ſujets ; mais
il n'y en aura jamais moins de quatre.
Le plus grand nombre de ces eftampes
ſera gravé d'après de ſuperbes tableaux
des plus grands maîtres , des écoles italienne
& flamande .
Le prix de la ſouſcription eſt de 36
livres pour le premier cayer ; pour les
ſuivans on ne payera que 24 livres,
Le premier eſt fait & ſe délivre actuellement
, à Paris chez les fieurs Joullain ,
Marchand d'Efſtampes , fur le Quai de
la Feraille, & Bafan , Graveur, rue du
Foin S. Jacques. Si quelque Soufcripteur
ne jugeoit pas à propos de continuer
, au delà du ſeptiéme cayer , on
lui rendroit les 12 livres avancées ſur le
premier cayer.
Les Souſcripteurs feront fürs d'avoir
des premières épreuves , & le prix ſera
beaucoup augmenté pour les Amat eurs
qui n'auront pas foufcrit.
T
SOUSCRIPTION proposée pour huit
Estampes gravées d'après des Tableaux
de M. Machy , Peintre du Roi , Eléve
de M. Servandoni,
NOVEMBRE. 1763. 171
1
Quatre de ces Estampes porteront
2 pieds de large fur environ 18 pouces
de haut ; les 4 autres porteront environ
quinze pouces de large ſur 10 à 12 de
haut. Les 4 grandes feront imprimées
fur la feuille entière de papier d'Aigle, &
les 4 autres fur la demi- feuille dudit papier;
elles feront gravées par d'habiles
mains, ſous la conduite de M. Aliamet ,
Graveur du RO1. Six de ces Tableaux repréſentent
la grande Gallerie ou le Périftile
du Louvre vu de différens côtés en
perſpective , ornés pittoreſquement des
-veſtiges des anciens Palais de François
I. d'Henry IV. & de Catherine de Médicis
au moment de la démolition defdits
Palais faite depuis quelques années
ſous les ordres de M. le Marquis de
Marigny , auquel on doit la vue du plus
beau morceau d'Achitecture qui ſoit
peut-être au monde , & dont on étoit
privé parles maiſons qui le maſquoient .
Les deux autres repréſentent l'incendie
de la Foire S. Germain, arrivée en Mars
1762; dans l'un on voit la Foire toute
en feu au milieu de la nuit avec beaucoup
de figures relatives à l'objet .
L'autre repréſente l'intérieur de la
Foire après l'incendie, où les Marchands
tâchent de raſſembler leurs effets échap-
1
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
pés aux flâmes : le talentde M. Machy
pour l'Architecture & les ruines, eſt trop
connu pour qu'il ait ici beſoin d'éloges ;
on a vu au dernier Sallon & à celui de
cette année , les morceaux que l'on ſe
propoſe de faire graver; on n'y employera
que d'habiles Artiſtes. Le prix de la
ſouſcription ſera de 36 livres pour les
huit Eſtampes; en ſouſcrivant on payera
12 livres ; dans le courant de l'année
1764 on en délivrera deux grandes &
deux petites. En les recevant on payera
12 livres , & 12 livres en recevant les
quatre autres dans le courant de l'année
1765. Leſdites Estampes ſe délivreront
chez le Sr Bafan, Graveur , rue
du Foin quartier S. Jacques , chez lequel
on pourra ſouſcrire , ainſi que chez
M. Aliamet , Graveur du ROI , rue des
Mathurins , & chez M. Machy, Peintre
du Roi , rue Froidmenteau , proche la
Place du Louvre , chez lequel on pourra
voir les Tableaux & Deſſeins que l'on
ſe propoſe de graver. La Souſcription
ſera ouverte juſqu'au premier Février
1764 , paffé ce temps on ne ſera plus
reçu pour foufcrire : on payera 48 livres
pour les huit Eſtampes , & on n'en aura
des épreuves qu'après que tous les Soufcripteurs
feront fournis. Les Amateurs
NOVEMBRE. 1763. 173
zélés du talent ſont priés de favorifer..
cette entrepriſe qui mérite d'être encouragée.
CONTINUATION du Journal de
Clavecin , compoſé ſur les Ariettes des
Comédies , Intermédes & Opéra-Comiques
, qui ont eu le plus de ſuccès ;
par M. Clément. A Paris , chez l'Auteur,
rue & Cloître S. Thomas du Louvre ,
& aux Adreſſes ordinaires. Avec Privilége
du Roi. Prix de l'Abonnement ,
12 liv. franc de port ; année 1764. MM.
les Souſcripteurs ſont priés de renouveller
leurs foufcriptions en Décembre
ou Janvier prochain .
CetOuvrage toujours favorablement
accueilli du Public, doit auffi être encouragé
; l'Auteur n'oubliant aucun ſoin
dans la compoſition , le choix & les
nouveautés qu'il fait entendre le plutôt
qu'il lui eſt poſſible.
Les deux Effais ſur l'accompagnement
du Clavecin , & fur la Baſſe fondamentale
, du même Auteur & aux
mêmes Adreſſes , ne ſe vendent plus
féparément , à cauſe de leur Analogie
néceſſaire ; le prix enſemble aſt fixé
pour toujours , à 1 liv. 16 f.
GRAVURE.
PLAN de ſouſcription pour une fuite
d'Estampes d'après les plus beaux
Tableaux qui se trouvent en Angleterre
, & pour la quelle on n'employera
que les plus habiles Graveurs.
Γ
LA diſtribution de cet Ouvrage ſe
fera par cayers numérotés ; & il ſera imprimé
ſur une demi-feuille de grand
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Aigle fin , ou fur une feuille entiere , fi
quelque Sujet l'exige ; chaque cayer
fera compofé de plus ou moins de pièces,
ſuivant l'exigence des ſujets ; mais
il n'y en aura jamais moins de quatre.
Le plus grand nombre de ces eftampes
ſera gravé d'après de ſuperbes tableaux
des plus grands maîtres , des écoles italienne
& flamande .
Le prix de la ſouſcription eſt de 36
livres pour le premier cayer ; pour les
ſuivans on ne payera que 24 livres,
Le premier eſt fait & ſe délivre actuellement
, à Paris chez les fieurs Joullain ,
Marchand d'Efſtampes , fur le Quai de
la Feraille, & Bafan , Graveur, rue du
Foin S. Jacques. Si quelque Soufcripteur
ne jugeoit pas à propos de continuer
, au delà du ſeptiéme cayer , on
lui rendroit les 12 livres avancées ſur le
premier cayer.
Les Souſcripteurs feront fürs d'avoir
des premières épreuves , & le prix ſera
beaucoup augmenté pour les Amat eurs
qui n'auront pas foufcrit.
T
SOUSCRIPTION proposée pour huit
Estampes gravées d'après des Tableaux
de M. Machy , Peintre du Roi , Eléve
de M. Servandoni,
NOVEMBRE. 1763. 171
1
Quatre de ces Estampes porteront
2 pieds de large fur environ 18 pouces
de haut ; les 4 autres porteront environ
quinze pouces de large ſur 10 à 12 de
haut. Les 4 grandes feront imprimées
fur la feuille entière de papier d'Aigle, &
les 4 autres fur la demi- feuille dudit papier;
elles feront gravées par d'habiles
mains, ſous la conduite de M. Aliamet ,
Graveur du RO1. Six de ces Tableaux repréſentent
la grande Gallerie ou le Périftile
du Louvre vu de différens côtés en
perſpective , ornés pittoreſquement des
-veſtiges des anciens Palais de François
I. d'Henry IV. & de Catherine de Médicis
au moment de la démolition defdits
Palais faite depuis quelques années
ſous les ordres de M. le Marquis de
Marigny , auquel on doit la vue du plus
beau morceau d'Achitecture qui ſoit
peut-être au monde , & dont on étoit
privé parles maiſons qui le maſquoient .
Les deux autres repréſentent l'incendie
de la Foire S. Germain, arrivée en Mars
1762; dans l'un on voit la Foire toute
en feu au milieu de la nuit avec beaucoup
de figures relatives à l'objet .
L'autre repréſente l'intérieur de la
Foire après l'incendie, où les Marchands
tâchent de raſſembler leurs effets échap-
1
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
pés aux flâmes : le talentde M. Machy
pour l'Architecture & les ruines, eſt trop
connu pour qu'il ait ici beſoin d'éloges ;
on a vu au dernier Sallon & à celui de
cette année , les morceaux que l'on ſe
propoſe de faire graver; on n'y employera
que d'habiles Artiſtes. Le prix de la
ſouſcription ſera de 36 livres pour les
huit Eſtampes; en ſouſcrivant on payera
12 livres ; dans le courant de l'année
1764 on en délivrera deux grandes &
deux petites. En les recevant on payera
12 livres , & 12 livres en recevant les
quatre autres dans le courant de l'année
1765. Leſdites Estampes ſe délivreront
chez le Sr Bafan, Graveur , rue
du Foin quartier S. Jacques , chez lequel
on pourra ſouſcrire , ainſi que chez
M. Aliamet , Graveur du ROI , rue des
Mathurins , & chez M. Machy, Peintre
du Roi , rue Froidmenteau , proche la
Place du Louvre , chez lequel on pourra
voir les Tableaux & Deſſeins que l'on
ſe propoſe de graver. La Souſcription
ſera ouverte juſqu'au premier Février
1764 , paffé ce temps on ne ſera plus
reçu pour foufcrire : on payera 48 livres
pour les huit Eſtampes , & on n'en aura
des épreuves qu'après que tous les Soufcripteurs
feront fournis. Les Amateurs
NOVEMBRE. 1763. 173
zélés du talent ſont priés de favorifer..
cette entrepriſe qui mérite d'être encouragée.
CONTINUATION du Journal de
Clavecin , compoſé ſur les Ariettes des
Comédies , Intermédes & Opéra-Comiques
, qui ont eu le plus de ſuccès ;
par M. Clément. A Paris , chez l'Auteur,
rue & Cloître S. Thomas du Louvre ,
& aux Adreſſes ordinaires. Avec Privilége
du Roi. Prix de l'Abonnement ,
12 liv. franc de port ; année 1764. MM.
les Souſcripteurs ſont priés de renouveller
leurs foufcriptions en Décembre
ou Janvier prochain .
CetOuvrage toujours favorablement
accueilli du Public, doit auffi être encouragé
; l'Auteur n'oubliant aucun ſoin
dans la compoſition , le choix & les
nouveautés qu'il fait entendre le plutôt
qu'il lui eſt poſſible.
Les deux Effais ſur l'accompagnement
du Clavecin , & fur la Baſſe fondamentale
, du même Auteur & aux
mêmes Adreſſes , ne ſe vendent plus
féparément , à cauſe de leur Analogie
néceſſaire ; le prix enſemble aſt fixé
pour toujours , à 1 liv. 16 f.
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5006
p. 173-178
DONS DU ROY.
Début :
Le Roy a nommé à l'Evêché de Senlis, vacant par la [...]
Mots clefs :
Dons, Roi, Abbaye, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DU ROY.
Le Roy a nommé à l'Evêché
de Senlis , vacant par la
mort de Mr de Chamillart ,
l'Abbé Trudaine , grand Vicaire
d'Amiens.
Senlis Ville de France dans
le Duché de Valois. Elle eſt
ſituée ſur la Nonnette , à dix
Piij
174 MERCURE
lieuës de Paris; elle a tiré ſon
nom de ces anciens peuples ,
oude ſa ſituation au milieu de
la grande Foreſt de Rer. Elle
fut convertie par les Prédications
de S. Denis , Apoſtre de
la France , & S. Regule , qui
en fut le premier Eveſque , y
fonda l'Egliſe Cathedrale en
l'honneur de Noſtre - Dame.
Ilya ſept Paroiſſes , deux Collegiales
&un Bailly. Le Chapitre
de laCathedrale eft compoſé
d'un Doyen, d'un Archidiacre,
d'un Chantre & de 24 .
Chanoines ; le Diocéle n'a
que ſept lieuësde longueur &
GALANT 175
comprend 72. Parouffes , par
tagées entre quelques Doyen.
nez Ruraux. La Ville de Senlis
fouffrit un Siege contre la
ligue,& vit le ſanglant combat
qui s'y donna en 1589.
entre les Ducs de Longueville
&d'Aumale, celuy cy Ligueur
& l'autre du partidu Roy.
Sa Majefté a donné l'Abbaye
de Baume , Ordre de S.
Benoift, Diocéſe deBezançon,
vacante par la mort de Mr de
Chamillart , Eveſque de Senlis,
àl'Abbé de Broglio,Agent
du Clergé de France.
Baume eſt une petite Ville
Pij
176 MERCURE
/ de la Franche Comté. Elle eft
ſituée ſur la riviere de Doux,
fix licuës au-deſſus de la Ville
deBeſançon.
L'Abbaye de Longway ,
Ordre de Cifteaux , Diocéſe
de Langres, à l'AbbéCaqueré.
Longway, Bourg de France
dans la Champagne , eſt fitué
à fix licuës de Langres du
coſté de l'Occident.
Il y a une autre Abbaye
de Longway de l'Ordre de
Premontré , dans le Diocéſe
de Reims.
L'Abbaye deCorés , Ordre
de S. Benoift , Diocéſe d'AuGALANT.
177
tun , à l'Abbé deChamperon.
L',AbbayedeFoncombaud,
Ordre de S. Benoift , Diocéſe
de Bourges , à l'Abbé Tiraquau.
Foncombaud , Bourg de
France dans le Berry , eſt ſitué
ſur la rivieredeCreuſe , 2.
lieuës au-deſſous de Blanc en
Berry.
L'Abbaye de Foncombaud
fut fondée l'an 1090.
L'Abbaye de Boras , Ordre
de Ciftcaux , Diocéſe d'Auxerre,
àl'Abbél'Anglois.
La Coadjutorerie de l'Abbaye
des Religieuſes de S.
178 MERCURE
Juſt de Romans , Ordre de
Cifteaux , Diocélſe de Vierine
àMadameArmand, Religieuſe
du même Oidre.
Le Roy a nommé à l'Evêché
de Senlis , vacant par la
mort de Mr de Chamillart ,
l'Abbé Trudaine , grand Vicaire
d'Amiens.
Senlis Ville de France dans
le Duché de Valois. Elle eſt
ſituée ſur la Nonnette , à dix
Piij
174 MERCURE
lieuës de Paris; elle a tiré ſon
nom de ces anciens peuples ,
oude ſa ſituation au milieu de
la grande Foreſt de Rer. Elle
fut convertie par les Prédications
de S. Denis , Apoſtre de
la France , & S. Regule , qui
en fut le premier Eveſque , y
fonda l'Egliſe Cathedrale en
l'honneur de Noſtre - Dame.
Ilya ſept Paroiſſes , deux Collegiales
&un Bailly. Le Chapitre
de laCathedrale eft compoſé
d'un Doyen, d'un Archidiacre,
d'un Chantre & de 24 .
Chanoines ; le Diocéle n'a
que ſept lieuësde longueur &
GALANT 175
comprend 72. Parouffes , par
tagées entre quelques Doyen.
nez Ruraux. La Ville de Senlis
fouffrit un Siege contre la
ligue,& vit le ſanglant combat
qui s'y donna en 1589.
entre les Ducs de Longueville
&d'Aumale, celuy cy Ligueur
& l'autre du partidu Roy.
Sa Majefté a donné l'Abbaye
de Baume , Ordre de S.
Benoift, Diocéſe deBezançon,
vacante par la mort de Mr de
Chamillart , Eveſque de Senlis,
àl'Abbé de Broglio,Agent
du Clergé de France.
Baume eſt une petite Ville
Pij
176 MERCURE
/ de la Franche Comté. Elle eft
ſituée ſur la riviere de Doux,
fix licuës au-deſſus de la Ville
deBeſançon.
L'Abbaye de Longway ,
Ordre de Cifteaux , Diocéſe
de Langres, à l'AbbéCaqueré.
Longway, Bourg de France
dans la Champagne , eſt fitué
à fix licuës de Langres du
coſté de l'Occident.
Il y a une autre Abbaye
de Longway de l'Ordre de
Premontré , dans le Diocéſe
de Reims.
L'Abbaye deCorés , Ordre
de S. Benoift , Diocéſe d'AuGALANT.
177
tun , à l'Abbé deChamperon.
L',AbbayedeFoncombaud,
Ordre de S. Benoift , Diocéſe
de Bourges , à l'Abbé Tiraquau.
Foncombaud , Bourg de
France dans le Berry , eſt ſitué
ſur la rivieredeCreuſe , 2.
lieuës au-deſſous de Blanc en
Berry.
L'Abbaye de Foncombaud
fut fondée l'an 1090.
L'Abbaye de Boras , Ordre
de Ciftcaux , Diocéſe d'Auxerre,
àl'Abbél'Anglois.
La Coadjutorerie de l'Abbaye
des Religieuſes de S.
178 MERCURE
Juſt de Romans , Ordre de
Cifteaux , Diocélſe de Vierine
àMadameArmand, Religieuſe
du même Oidre.
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Résumé : DONS DU ROY.
Le texte décrit plusieurs nominations et lieux en France. Le roi a nommé l'Abbé Trudaine à l'évêché de Senlis, ville située sur la Nonnette à dix lieues de Paris. Senlis, évangélisée par Saint Denis et Saint Regule, compte sept paroisses, deux collégiales et un bailli. Son diocèse s'étend sur sept lieues et comprend soixante-douze paroisses. La ville a subi un siège en 1589 lors de la Ligue. L'Abbé de Broglio a reçu l'abbaye de Baume, en Franche-Comté, sur la rivière Doux, six lieues au-dessus de Besançon. L'Abbé Caqueré a obtenu l'abbaye de Longway en Champagne, à six lieues de Langres. Une autre abbaye de Longway, de l'ordre de Prémontré, se trouve dans le diocèse de Reims. L'Abbé de Champeron a été nommé à l'abbaye de Corès dans le diocèse d'Autun. L'Abbé Tiraquau a reçu l'abbaye de Foncombaud, fondée en 1090, en Berry, sur la rivière Creuse. L'Abbé l'Anglois a été attribué à l'abbaye de Boras dans le diocèse d'Auxerre. Enfin, Madame Armand a obtenu la coadjutorerie de l'abbaye des Religieuses de Saint-Just de Romans dans le diocèse de Vienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5007
p. 1641-1646
SUITE du Journal du Camp de Mulberg & Radewitz.
Début :
Le 15. Juin, jour destiné pour les Marches, Contre-Marches, Mouvemens & autres Manoeuvres [...]
Mots clefs :
Armée, Cavalerie, Roi de Prusse, Roi de Pologne, Infanterie, Pavillon, Mülhberg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du Journal du Camp de Mulberg & Radewitz.
-SUITE du Journal du Campde Mulberg
& Radewit
L
E 15 de Juin , jour deftiné pour les Marches,
Contre-Marches , Mouvemens & autres Manoeuvres
, par Colonnes ; toute l'Armée alla fur
trois Colonnes , vers le Pavillon Royal, ou ayant
réformé par un quart de converfion fes Bataillons
& Efcadrons, des Divifions & Brigades dont
les Colonnes étoient compofées , elle fe mit en
ordre de Bataille fur trois lignes , en faiſant un
quart de converfion par Regimens entiers ; & le
Corps de referve de la 3e Ligue vint couvrir les
Flancs de l'Infanterie & de la Cavalerie . De ces
Flancs on forma quatre Colonnes ,lefquelles ayant
fait leurs décharges en avançant , tout le refte de
l'armée les fuivit , & paffa ainfi à côté du Pavillon
Royal, Elle fe forma enfuite fur huit Colon
ACS
1642 MERCURE DE FRANCE
1 res , lefquelies chargerent en retraite , en défilant
par
demi Bataillons & Efcadrons , qui fe remettant
toujours dans le même ordre où ils avoient
été , rentrerent enfin dans le Camp.
Le 16. jour de repos , le Roy de Pruffe dîna
avec le Prince Royal fon Fils , chez le Velt -Maréchal
Comte de Wackerbarth , & le Roy de Po-
-logne dîna en particulier.
Le 17. l'Armée fit fes exercices & divers mouyemens
par Phalanges ; après s'être formée fur
fept lignes , elle fe mit en marche en trois Phalanges,
vers le Pavillon Royal , où ayant fait trois
Triangles de chaque Phalange , elle fit le feu ferpentant
& fe remit après cela fur les fept lignes.
Après cette manoeuvre & quelques autres , l'Armée
fit fa retraite par les intervales vers le Camp,
en chargeant par divifion , l'Infanterie ayant la
Bayonnette au bout du Fufil.
Le 18. le Roy de Pruffe & le Prince Royal fon
-fils ,
entendirent le Sermon au Quartier du Velt-
Maréchal , chez qui ils dînerent ce jour - là , & le
Roy de Pologne dîna à fon petit Couvert.
Le 19. l'Armée fit fes mouvemens par quarrez.
Elle vint d'abord fur deux Colonnes fe mettre aux
deux côtez du Pavillon Royal , où s'étant rangée
en Bataille , elle fit le feu de Chaine , après lequel
l'Infanterie forma cinq petits quarrez , &
deux demi quarrez & fit le feu de Haye . L'Armée
s'étant enfuite remife , elle forma un grand
quarré autour du Pavillon Royal , & fit le feu
toute la Cavacoulant.
Après cette manoeuvre
lerie fortit du quarré , & marcha vers un Bois ,
d'où elle alla attaquer l'Infanterie , qui , en attendant
, avoit formé feule un quarré long. La Cavalerie
ayant été repouffée , fe retira vers le Bois ;
mais elle revint peu après des deux côtez attaquer
l'Infanterie , quiavoit formé un autre quarré en
>
chanJUILLET
. 1730. 1643
changeant le front . L'Infanterie fe deffendit par
un feu continuel , & fe retira enfin vers un Village
qu'on avoit fait couvrir par un Bataillon de
Grenadiers , pour affurer la retraite , qui s'exécutoit
, de maniere qu'on faifoit toujours traverfer
deux Bataillons d'un Flanc à l'autre , qui s'ouvrirent
à droit & à gauche , pour ceder le nouveau
Terrain aux Bataillons à mefure qu'ils avançoient
, afin qu'ils en puffent former dans le
grand quarré trois autres plus petits, & que ceuxcy
fuffent en état de fe foutenir , en cas que la
Cavalerie vint à enfoncer le quarré. Après cette
manoeuvre l'Armée rentra dans le Camp. Le Prince
Royal de Pruffe dîna ce jour -là chez le Prince
Royal de Pologne, à Tiefenau. Le foir il y cut Bal
chez la Comteffe d'Orzelfka, où l'on fervit un magnifique
Souper , à trois Tables , de 30 couverts
chacune.
Le 20. les deux Rois allerent voir avant dîner,
le Regiment du Corps des Grenadiers faire les
exercices , dont L. M. parurent tres - fatisfaites . Le
Roy de Pruffe dîna avec le Prince Royal fon fils ,
chez le Comte Rutowfki , & le Roy de Pologne
fe rendit à Promitz & à Leffa , pour voir le Terrain
où l'on devoit faire le lendemain l'attaque du
Retranchement.
Le 21.le Roy de Pruffe dîna avec le PrinceRoyal
fon fils , chez le Major General de Diemar. Le
Roy de Pologne dîna en particulier , après que $ .
M. eut fait elle - même toutes les difpofitions neceffaires
pour l'attaque du Retranchement & pour
le paffage de la Riviere.
Pour reprefenter cette manoeuvre ? une partie
de l'Armée , commandée par le General de Baudis,
paffa l'Elbe à la pointe du jour, fur des Ponts
qu'on y avoit conftruits ; & s'étant placée de l'autre
côté de la Riviere, dans des Valons qui la mettoient
1644 MERCURE DE FRANCE
toient à couvert , elle envoya plufieurs petits détachemens
pour donner de fauffes allarmes, afin d'attirer
l'autre moitié de l'Armée qui étoit reſtée au
Camp fous les Ordres du Velt- Maréchal , Comte
de Wackerbarth. Une petite Flote , compofée de
Frégates , de Brigantins & d'autres Bâtimens, fur
lefquels on avoit embarqué des Troupes, avec 13
Piéces de Canon , fit la même chofe le long de
la Riviere , & après avoir fait fauter en l'air une
partie du Pont qu'elle trouva dans fon paffage
elle fe rangea vers un endroit nommé Groebe, ou
elle débarqua fon monde pour occuper un Village
fitué fur le bord de l'Elbe , afin de favorifer le
paffage de l'Armée du General de Baudis . Pendant
ce temps-là on avoit jetté un Pont de Batteaux
au-deffous de Groebe , fur lequel le General
de Baudis repafla la Riviere avec fes Troupes
l'après midi , fe fervant en même-temps des Bâtimens
de tranfport qu'on y avoit affemblez pour
cet effet , & il fit faire un Retranchement vis-àvis
de Groebe pour couvrir fes Troupes à meſure
qu'elles fe pofterent. Ces Troupes furent auffi
foutenues par la petite Flote , & par une Batterie
de 36 Pieces de Canon , placées de l'autre côté de
la Riviere , fur une hauteur qui domine toute
cette Contrée, & que les deux Rois avoient choi-
Le pour voir ce magnifique fpectacle.
L'Armée du Velt-Maréchal qui étoit accouruë
aux fauffes allarmes , ayant appris le veritable
endroit du paffage de celle du General de Baudis
, fe mit en marche de ce côté là , fur deux
Colonnes ; la Cavalerie étoit à la tête , & elle
fut fuivie des Dragons & de l'Infanterie. S'étant
approchée vers le foir du Retranchement du Ge
meral de Baudis , qu'on avoit fait garnir de quantité
de Canons , elle forma fes attaques , & les
sammença par fes Dragons , auſquels on fit met-
LIC
JUILLET. 1730. 1645
·
tre pied à terre ; ils avancerent & chargerent fur
quatre Colonnes , & après un grand feu de part
& d'autre , tant des Canons que de la Moufqueterie
; la nuit fépara les deux Partis, & toute l'Armée
rentra dans le Camp .
Le 22. fut jour de repos. Le Roy de Pruffe dina
avec le Pr. Royal fon fils , chez le Pr. Royal de
Pologne , à Fieffenau , & le Roy de Pologne encore
en particulier .
Le 23. le Margrave Regnant de Brandebourg
Anfpach , Gendre du Roy de Prufſe , arriva au
Camp, L'Armée qui devoit ce jour - là repreſenter
un Combat , fe partagea en deux Corps , afin de
former deux Armées différentes . Le Velt- Maréchal
eut le Commandement de l'une , fous les
Ordres du Pr. Royal de Pologne , & le Duc Jean
Adolphe de Weiffenfels , celui de l'autre. Les
deux Armées s'étant mifes en marche , chacune
fur deux Colonnes , elles allerent fe ranger fur
deux lignes , aux deux côtez du Pavillon Royal ,
où les deux Rois étoient avec les Cours & quantité
de Perfonnes de diftinction . Elles avancerent
enfuite l'une contre l'autre , après avoir détaché
leur Cavalerie Légere, avec les Volontaires , pour
efcarmoucher & fe reconnoître. Lorsque les deux
Armées fe trouverent en prefence , à une diſtance
d'environ mille pas , on fit jouer le Canon ; &
après s'être approchées à 300 pas , l'Infanterie
des deux Armées commença fon feu par la Mouf
queterie , en avançant toujours l'une contre l'autre
jufqu'à 60 pas, où après plufieurs chocs & at
taques de la Cavalerie , l'Armée du Velt - Maréchal
fembloit vouloir plier ; mais ayant d'abord'
été foutenue par fa feconde ligne , elle repoufla
l'Armée du Duc de Weiffenfels & la pourſuivit
jufqu'à une certaine diftance , vers un Bois qui
'étoit derriere elle. Les deux Armées y firent alte ,
Η
pour
1646 MERCURE DE FRANCE
pour fe remettre & recommencer le combat,
La Cavalerie fe pouffa & repouffa fucceffivement
; mais enfin celle de l'aile gauche de l'Ar
mée du Duc de Weiffenfels fut entierement mife
en déroute & pouffée dans le Bois ; & comme
Paîle droite de la Cavalerie de cette Armée avoit
pris quelque avantage fur l'aile gauche du Velt-
Maréchal, la feconde ligne de fon aîle droite fe
détacha pour foutenir la gauche ; l'aîle droite du
Duc de Weiffenfels , après avoir chargé quelquetemps
, fut auffi mife en déroute ; & lorfqu'elle fe
retira dans le Bois , l'Armée du Comte de Wackerbarth
en coupa deux Eſcadrons ,L'Infanterie dų
Duc de Weiffenfels fe trouvant alors abandonnée
de fa Cavalerie ; & celle du Comte de Wacskerbarth
faifant des mouvemens pour entrer dans
fes Flancs, elle forma un Crochet fur chaque aîle,
& fe battit en retraite jufques dans le Bois ; après
quoi les deux Armées rentrerent dans le Camp.
Le Roy de Pruffe avant fon départ du Camp ,
a fait diftribuer quantité de Médailles d'Or à divers
Seigneurs , parmi lesquelles il y en a de la
yaleur de 150 Ducats. S. M. Pr. a auffi fait donner
70000 Florins aux Troupes , & 30000 , aux
Officiers de la Maifon du Roy de Pologne.
& Radewit
L
E 15 de Juin , jour deftiné pour les Marches,
Contre-Marches , Mouvemens & autres Manoeuvres
, par Colonnes ; toute l'Armée alla fur
trois Colonnes , vers le Pavillon Royal, ou ayant
réformé par un quart de converfion fes Bataillons
& Efcadrons, des Divifions & Brigades dont
les Colonnes étoient compofées , elle fe mit en
ordre de Bataille fur trois lignes , en faiſant un
quart de converfion par Regimens entiers ; & le
Corps de referve de la 3e Ligue vint couvrir les
Flancs de l'Infanterie & de la Cavalerie . De ces
Flancs on forma quatre Colonnes ,lefquelles ayant
fait leurs décharges en avançant , tout le refte de
l'armée les fuivit , & paffa ainfi à côté du Pavillon
Royal, Elle fe forma enfuite fur huit Colon
ACS
1642 MERCURE DE FRANCE
1 res , lefquelies chargerent en retraite , en défilant
par
demi Bataillons & Efcadrons , qui fe remettant
toujours dans le même ordre où ils avoient
été , rentrerent enfin dans le Camp.
Le 16. jour de repos , le Roy de Pruffe dîna
avec le Prince Royal fon Fils , chez le Velt -Maréchal
Comte de Wackerbarth , & le Roy de Po-
-logne dîna en particulier.
Le 17. l'Armée fit fes exercices & divers mouyemens
par Phalanges ; après s'être formée fur
fept lignes , elle fe mit en marche en trois Phalanges,
vers le Pavillon Royal , où ayant fait trois
Triangles de chaque Phalange , elle fit le feu ferpentant
& fe remit après cela fur les fept lignes.
Après cette manoeuvre & quelques autres , l'Armée
fit fa retraite par les intervales vers le Camp,
en chargeant par divifion , l'Infanterie ayant la
Bayonnette au bout du Fufil.
Le 18. le Roy de Pruffe & le Prince Royal fon
-fils ,
entendirent le Sermon au Quartier du Velt-
Maréchal , chez qui ils dînerent ce jour - là , & le
Roy de Pologne dîna à fon petit Couvert.
Le 19. l'Armée fit fes mouvemens par quarrez.
Elle vint d'abord fur deux Colonnes fe mettre aux
deux côtez du Pavillon Royal , où s'étant rangée
en Bataille , elle fit le feu de Chaine , après lequel
l'Infanterie forma cinq petits quarrez , &
deux demi quarrez & fit le feu de Haye . L'Armée
s'étant enfuite remife , elle forma un grand
quarré autour du Pavillon Royal , & fit le feu
toute la Cavacoulant.
Après cette manoeuvre
lerie fortit du quarré , & marcha vers un Bois ,
d'où elle alla attaquer l'Infanterie , qui , en attendant
, avoit formé feule un quarré long. La Cavalerie
ayant été repouffée , fe retira vers le Bois ;
mais elle revint peu après des deux côtez attaquer
l'Infanterie , quiavoit formé un autre quarré en
>
chanJUILLET
. 1730. 1643
changeant le front . L'Infanterie fe deffendit par
un feu continuel , & fe retira enfin vers un Village
qu'on avoit fait couvrir par un Bataillon de
Grenadiers , pour affurer la retraite , qui s'exécutoit
, de maniere qu'on faifoit toujours traverfer
deux Bataillons d'un Flanc à l'autre , qui s'ouvrirent
à droit & à gauche , pour ceder le nouveau
Terrain aux Bataillons à mefure qu'ils avançoient
, afin qu'ils en puffent former dans le
grand quarré trois autres plus petits, & que ceuxcy
fuffent en état de fe foutenir , en cas que la
Cavalerie vint à enfoncer le quarré. Après cette
manoeuvre l'Armée rentra dans le Camp. Le Prince
Royal de Pruffe dîna ce jour -là chez le Prince
Royal de Pologne, à Tiefenau. Le foir il y cut Bal
chez la Comteffe d'Orzelfka, où l'on fervit un magnifique
Souper , à trois Tables , de 30 couverts
chacune.
Le 20. les deux Rois allerent voir avant dîner,
le Regiment du Corps des Grenadiers faire les
exercices , dont L. M. parurent tres - fatisfaites . Le
Roy de Pruffe dîna avec le Prince Royal fon fils ,
chez le Comte Rutowfki , & le Roy de Pologne
fe rendit à Promitz & à Leffa , pour voir le Terrain
où l'on devoit faire le lendemain l'attaque du
Retranchement.
Le 21.le Roy de Pruffe dîna avec le PrinceRoyal
fon fils , chez le Major General de Diemar. Le
Roy de Pologne dîna en particulier , après que $ .
M. eut fait elle - même toutes les difpofitions neceffaires
pour l'attaque du Retranchement & pour
le paffage de la Riviere.
Pour reprefenter cette manoeuvre ? une partie
de l'Armée , commandée par le General de Baudis,
paffa l'Elbe à la pointe du jour, fur des Ponts
qu'on y avoit conftruits ; & s'étant placée de l'autre
côté de la Riviere, dans des Valons qui la mettoient
1644 MERCURE DE FRANCE
toient à couvert , elle envoya plufieurs petits détachemens
pour donner de fauffes allarmes, afin d'attirer
l'autre moitié de l'Armée qui étoit reſtée au
Camp fous les Ordres du Velt- Maréchal , Comte
de Wackerbarth. Une petite Flote , compofée de
Frégates , de Brigantins & d'autres Bâtimens, fur
lefquels on avoit embarqué des Troupes, avec 13
Piéces de Canon , fit la même chofe le long de
la Riviere , & après avoir fait fauter en l'air une
partie du Pont qu'elle trouva dans fon paffage
elle fe rangea vers un endroit nommé Groebe, ou
elle débarqua fon monde pour occuper un Village
fitué fur le bord de l'Elbe , afin de favorifer le
paffage de l'Armée du General de Baudis . Pendant
ce temps-là on avoit jetté un Pont de Batteaux
au-deffous de Groebe , fur lequel le General
de Baudis repafla la Riviere avec fes Troupes
l'après midi , fe fervant en même-temps des Bâtimens
de tranfport qu'on y avoit affemblez pour
cet effet , & il fit faire un Retranchement vis-àvis
de Groebe pour couvrir fes Troupes à meſure
qu'elles fe pofterent. Ces Troupes furent auffi
foutenues par la petite Flote , & par une Batterie
de 36 Pieces de Canon , placées de l'autre côté de
la Riviere , fur une hauteur qui domine toute
cette Contrée, & que les deux Rois avoient choi-
Le pour voir ce magnifique fpectacle.
L'Armée du Velt-Maréchal qui étoit accouruë
aux fauffes allarmes , ayant appris le veritable
endroit du paffage de celle du General de Baudis
, fe mit en marche de ce côté là , fur deux
Colonnes ; la Cavalerie étoit à la tête , & elle
fut fuivie des Dragons & de l'Infanterie. S'étant
approchée vers le foir du Retranchement du Ge
meral de Baudis , qu'on avoit fait garnir de quantité
de Canons , elle forma fes attaques , & les
sammença par fes Dragons , auſquels on fit met-
LIC
JUILLET. 1730. 1645
·
tre pied à terre ; ils avancerent & chargerent fur
quatre Colonnes , & après un grand feu de part
& d'autre , tant des Canons que de la Moufqueterie
; la nuit fépara les deux Partis, & toute l'Armée
rentra dans le Camp .
Le 22. fut jour de repos. Le Roy de Pruffe dina
avec le Pr. Royal fon fils , chez le Pr. Royal de
Pologne , à Fieffenau , & le Roy de Pologne encore
en particulier .
Le 23. le Margrave Regnant de Brandebourg
Anfpach , Gendre du Roy de Prufſe , arriva au
Camp, L'Armée qui devoit ce jour - là repreſenter
un Combat , fe partagea en deux Corps , afin de
former deux Armées différentes . Le Velt- Maréchal
eut le Commandement de l'une , fous les
Ordres du Pr. Royal de Pologne , & le Duc Jean
Adolphe de Weiffenfels , celui de l'autre. Les
deux Armées s'étant mifes en marche , chacune
fur deux Colonnes , elles allerent fe ranger fur
deux lignes , aux deux côtez du Pavillon Royal ,
où les deux Rois étoient avec les Cours & quantité
de Perfonnes de diftinction . Elles avancerent
enfuite l'une contre l'autre , après avoir détaché
leur Cavalerie Légere, avec les Volontaires , pour
efcarmoucher & fe reconnoître. Lorsque les deux
Armées fe trouverent en prefence , à une diſtance
d'environ mille pas , on fit jouer le Canon ; &
après s'être approchées à 300 pas , l'Infanterie
des deux Armées commença fon feu par la Mouf
queterie , en avançant toujours l'une contre l'autre
jufqu'à 60 pas, où après plufieurs chocs & at
taques de la Cavalerie , l'Armée du Velt - Maréchal
fembloit vouloir plier ; mais ayant d'abord'
été foutenue par fa feconde ligne , elle repoufla
l'Armée du Duc de Weiffenfels & la pourſuivit
jufqu'à une certaine diftance , vers un Bois qui
'étoit derriere elle. Les deux Armées y firent alte ,
Η
pour
1646 MERCURE DE FRANCE
pour fe remettre & recommencer le combat,
La Cavalerie fe pouffa & repouffa fucceffivement
; mais enfin celle de l'aile gauche de l'Ar
mée du Duc de Weiffenfels fut entierement mife
en déroute & pouffée dans le Bois ; & comme
Paîle droite de la Cavalerie de cette Armée avoit
pris quelque avantage fur l'aile gauche du Velt-
Maréchal, la feconde ligne de fon aîle droite fe
détacha pour foutenir la gauche ; l'aîle droite du
Duc de Weiffenfels , après avoir chargé quelquetemps
, fut auffi mife en déroute ; & lorfqu'elle fe
retira dans le Bois , l'Armée du Comte de Wackerbarth
en coupa deux Eſcadrons ,L'Infanterie dų
Duc de Weiffenfels fe trouvant alors abandonnée
de fa Cavalerie ; & celle du Comte de Wacskerbarth
faifant des mouvemens pour entrer dans
fes Flancs, elle forma un Crochet fur chaque aîle,
& fe battit en retraite jufques dans le Bois ; après
quoi les deux Armées rentrerent dans le Camp.
Le Roy de Pruffe avant fon départ du Camp ,
a fait diftribuer quantité de Médailles d'Or à divers
Seigneurs , parmi lesquelles il y en a de la
yaleur de 150 Ducats. S. M. Pr. a auffi fait donner
70000 Florins aux Troupes , & 30000 , aux
Officiers de la Maifon du Roy de Pologne.
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Résumé : SUITE du Journal du Camp de Mulberg & Radewitz.
Du 15 au 23 juin, une armée effectua diverses activités militaires et manœuvres. Le 15 juin, elle se mit en ordre de bataille en trois lignes et réalisa des manœuvres autour du Pavillon Royal. Le 16 juin fut un jour de repos, marqué par des dîners officiels. Le 17 juin, l'armée pratiqua des exercices en phalanges et effectua des tirs en serpentant. Le 18 juin, le roi de Prusse et le prince royal assistèrent à un sermon et dînèrent chez le feld-maréchal. Le 19 juin, l'armée exécuta des manœuvres en carrés et simula des attaques et des retraites. Le 20 juin, les rois inspectèrent un régiment de grenadiers et firent des reconnaissances du terrain. Le 21 juin, une partie de l'armée traversa la rivière Elbe pour simuler une attaque, soutenue par une petite flotte. La nuit sépara les deux parties après un échange de tirs. Le 22 juin fut un jour de repos. Le 23 juin, l'armée se divisa en deux corps pour représenter un combat, avec des échanges de tirs et des charges de cavalerie, se concluant par la retraite des deux armées dans le camp. Le roi de Prusse distribua des médailles et des récompenses avant son départ.
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5008
p. 171-177
Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
Début :
Je suis fort redevable à M. D. L. S. des Lettres pleines [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Donneau de Visé, De la Bruyère, Manière, Auteur, Monde, Portrait du roi
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texteReconnaissance textuelle : Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
Je ſuis fort redevable à M.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,
८
GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,
८
GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
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Résumé : Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
L'auteur exprime sa reconnaissance à M. D. L. s. pour ses lettres savantes et ses conseils. Il loue M. Devizé pour avoir défendu la mémoire de feu Pij contre les critiques de M. de La Bruyère concernant le *Mercure Galant*. M. Devizé reproche à La Bruyère une hyperbole excessive et valorise le contenu du *Mercure*, riche en informations sur les familles, les événements mondains et les nouvelles littéraires, essentiels pour comprendre la société de l'époque. En revanche, il décrit le style de La Bruyère comme rude et négligé, comparable à celui de Juvenal plutôt qu'à Horace. M. D. L. s. aborde également une gravure du portrait du roi Louis accompagnée d'un discours latin de Santolinus, discutant de l'usage approprié des termes latins, soutenant l'observateur qui critique le barbarisme dans le poème.
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5009
p. 172-178
EPITAPHE d'un Levron qu'on avoit empesché de croistre en luy faisant boire de l'eau de vie.
Début :
Passant Reflechisseur qui vois ce monument, [...]
Mots clefs :
Lévrier, Petite taille, Mort, Nourriture
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texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE d'un Levron qu'on avoit empesché de croistre en luy faisant boire de l'eau de vie.
P I T A P H E
d'un Levron qu'on
avoirerapefché de
croistre enluy faisant
boire de l'eaude vie.
PajjrntReflechiff?urqui
vois cemonument,
Dis-moy?puisquel'amour
fut éternellement,
Pourquoy faut- ilquela
xJ nature eaù pointfait d'éternel
amant?
Un petit Chien dontfé~
crisl'aventure,
J'adis d'amourfut un brasier ardent:
Maintenant,chose estrange,
il estfroid comme
glace,
Car il est mort: grand
bien luy faffe
,
Puisse-t'ilestreconfiellé,
C'est-à-dire bien installé
Au dessus du Signe d'Hercule
y Dans le Ciel de la Canicule
:
Helas! combien de pleurs
Amarilhsversa.
Lejourfatalquiltrépassa
Elle auroitmoinspleuré
maint Amant Romanesque,
Qui de bruslantdevient
glacé
Avantque d'estretrépassé.
Feu Levron, quoy quijju
deracegigantesque,
Fit vœu devivre nain 9fn
raison la voicy :
Levriers allonoez, sont
proprespour la chasse,
Maispres des Dames non,
* 1
Levrons en raccourcj,
Nichez au coin du feu
tiennent bien moins de
place,
Cecy confideré, Leruron
voulut refer
Danssapetite taille, en
pria Jupiter,
Jupiterl'exauça
,
biscuit
eS confiture
fiu lieu deJe tourner en
vdine nourriture,
Se convertissoient en amour.
Le Levron temeraire en-
finpourfairecourt,
Sous le jupon desa mais
tresse,
Pour avoir plus chaudse
glissa
,
Sans serupule elle Ij
laissa.
JI estoitsipetit
;
heureuse
petitesse !
S'écria le Levron transporté d'allegresse
0
Si ]efiois Levrier grand
comme mes ayeux,
Pourrois
-
je impunement
promener ma tendresse
Sous ce dosmedelicieux ?
Que je my trouve bien.
Dieux! quelle architecture.
Pour la mieux contempler
Levron leve lesyeux
,
De ce palais jupon la
voute estoit obscure,
Cependant il la prit pour
la voute des deux:
Mais la trouvant voûtée
Trophautpoursaportée,
Alors ilfut fasche d'estre
nési petit-
Je l'ay voulu, dit-il, je
rioseplus m'enplaindre;
Ainsi voyant
les
Cieux
& , n) pouvant atteindre,
Petit Levron mourut d'a-
- mour & de depit.
Si quelquepassants'interesse
jiu sort d'un amant raccourcy
y Passant refiechijJeur, conclus de tout cecyy
Que grandeur en amour
vaut mieux quepetitesse
d'un Levron qu'on
avoirerapefché de
croistre enluy faisant
boire de l'eaude vie.
PajjrntReflechiff?urqui
vois cemonument,
Dis-moy?puisquel'amour
fut éternellement,
Pourquoy faut- ilquela
xJ nature eaù pointfait d'éternel
amant?
Un petit Chien dontfé~
crisl'aventure,
J'adis d'amourfut un brasier ardent:
Maintenant,chose estrange,
il estfroid comme
glace,
Car il est mort: grand
bien luy faffe
,
Puisse-t'ilestreconfiellé,
C'est-à-dire bien installé
Au dessus du Signe d'Hercule
y Dans le Ciel de la Canicule
:
Helas! combien de pleurs
Amarilhsversa.
Lejourfatalquiltrépassa
Elle auroitmoinspleuré
maint Amant Romanesque,
Qui de bruslantdevient
glacé
Avantque d'estretrépassé.
Feu Levron, quoy quijju
deracegigantesque,
Fit vœu devivre nain 9fn
raison la voicy :
Levriers allonoez, sont
proprespour la chasse,
Maispres des Dames non,
* 1
Levrons en raccourcj,
Nichez au coin du feu
tiennent bien moins de
place,
Cecy confideré, Leruron
voulut refer
Danssapetite taille, en
pria Jupiter,
Jupiterl'exauça
,
biscuit
eS confiture
fiu lieu deJe tourner en
vdine nourriture,
Se convertissoient en amour.
Le Levron temeraire en-
finpourfairecourt,
Sous le jupon desa mais
tresse,
Pour avoir plus chaudse
glissa
,
Sans serupule elle Ij
laissa.
JI estoitsipetit
;
heureuse
petitesse !
S'écria le Levron transporté d'allegresse
0
Si ]efiois Levrier grand
comme mes ayeux,
Pourrois
-
je impunement
promener ma tendresse
Sous ce dosmedelicieux ?
Que je my trouve bien.
Dieux! quelle architecture.
Pour la mieux contempler
Levron leve lesyeux
,
De ce palais jupon la
voute estoit obscure,
Cependant il la prit pour
la voute des deux:
Mais la trouvant voûtée
Trophautpoursaportée,
Alors ilfut fasche d'estre
nési petit-
Je l'ay voulu, dit-il, je
rioseplus m'enplaindre;
Ainsi voyant
les
Cieux
& , n) pouvant atteindre,
Petit Levron mourut d'a-
- mour & de depit.
Si quelquepassants'interesse
jiu sort d'un amant raccourcy
y Passant refiechijJeur, conclus de tout cecyy
Que grandeur en amour
vaut mieux quepetitesse
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Résumé : EPITAPHE d'un Levron qu'on avoit empesché de croistre en luy faisant boire de l'eau de vie.
Le texte relate l'histoire de Levron, un petit chien qui, après avoir bu de l'eau-de-vie, exprime le souhait de devenir éternel en amour. Levron, malgré sa race imposante, choisit de vivre en nain. Les levriers sont adaptés à la chasse mais pas aux dames. Les petits levrons, nichés au coin du feu, occupent moins d'espace. Levron prie Jupiter pour se réduire en taille, ce qui lui est accordé. Sa nourriture se transforme alors en amour. Devenu petit, Levron se glisse sous le jupon de sa maîtresse pour avoir plus chaud et se réjouit de sa petite taille. Cependant, en levant les yeux, il prend la voûte du jupon pour celle des cieux et se trouve frustré de ne pouvoir l'atteindre. Il meurt d'amour et de dépit. Le texte conclut que, en amour, la grandeur vaut mieux que la petitesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5010
p. 1629-1635
ESPAGNE. TRADUCTION d'un Decret de S. M. Catholique.
Début :
Mon intention étant de ne laisser séparé du sein de [...]
Mots clefs :
Espagne, Traduction d'un décret, Toute-Puissance, Roi d'Espagne, Tribunaux, Alicante, Flotte, Armée, Oran
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE. TRADUCTION d'un Decret de S. M. Catholique.
ESPAGNE.
TRADUCTION d'un Decret
de S. M. Catholique.
Mo
2
On intention étant de ne laisser séparé dis
sein de l'Eglise et de notre Religion Catho
lique , aucun des Domaines que la Divine Provi
dence remit à mes soins , quand elle me plaça sur le Trône de cette Monarchie , et qui par la superiorité
et la multitude de mes ennemis , m'ont été vioLemment et frauduleusement enlevez. J'ai médité
de tout temps la maniere dont je pourrois les réunirs .
mais comme la diversité des Evenemens m'a
empêchéjusqu'à present de parvenir à ce but tant
souhaité, je n'ai pu employer, selon ma volonté , les forces que la-Toute-Puissance m'a confiées; et quoique je ne sois pas aujourd'hui entierement libre d'autres soins , j'ai résolu de ne point differer à recouvrer l'importante Place d'Oran, qui a été autrefois l'objet de la pieté et de la valeur de la Nation
Espagnole ; et ayant principalement consideré
cette Place étant au pouvoir des Barbares Affri- que
cains, la porte est fermée à la Propagation de notre sacrée Religion , et qu'elle leur sert de moyen pour
mettre en esclavage les Habitans des Côtes immé--
·diates del'Espagne et d'ailleurs ayant dejustes raisons de craindre que les Barbares unefois instruits a
faire la guerre par Mer et par Terre , ne se préva- lent de cette Place et de son Port , pour causer des
fatalitez et des dommages aux Provinces voisines
de ce Royaume , si unefois elles étoient moins pourvûës de Troupes qu'elles ne le sont aujourd'hui.
Pour parveniravec l'assistance du Tout-Puissant ,
àun but si important , j'ai ordonné de faire assem-
:
H blox
1630 MERCURE DE FRANCE
>
dans
bler auprès d'Alicante un Corps de 30. mille hommes, s'il en est besoin , tant d'Infanterie que de
Cavalerie , pourvûs de tous les Vivres , Artillerie ,
Munitions et Outils convenables pour quelque entreprise considerable , sous les ordres du Capitaine General le Comte de Montemar et d'autres Officiers Generaux et particuliers que j'ai nommez
dont l'experience et la valeur me font esperer un
succès glorieux ; embarquez par mes ordres ,
un nombre suffisant de Navires ,
par les Escadres des Vaisseaux , des Galeres et
des Galiotes que j'ai fait armer, ils partent pour
le recouvrement d'Oran ; et comme toutes les pré- cautions humaines ne peuvent rien sans le secours de la Toute-Puissance , j'ordonne que ce Decret de
mon Conseil soit communiqué aux Archevêques ,
Evêques , Chapitres Ecclesiastiques , Villes et Bourgs
de mes Royaumes , comme on l'a pratiqué dans
d'autres occasions , afin d'obtenir , par des Prieres ,
et escortez
que le Tout-Puissant benisse et protege mes Armes
et mes vives ardeurs pour une Expedition si importante . Donné à Seville , le 6. Juin 1732. Signé,
MOY LE ROY. Et au bas est écrit , A
'Archevêque , Gouverneur du Conseil de Castille.
Le 25. Juin , les Tribunaux , le Corps de Ville
de Madrid , le Clergé Séculier et les Religieux
des Ordres Mandians , se rendirent à l'Eglise de
la Paroisse de sainte Marie de Almuneda , où en
vertu du Decret du Roy , adressé au Président
du Conseil de Castille , on commença des Prieres publiques pour demander à Dieu ses graces
et ses benedictions pour le succès de l'entreprise
de S. M. Cath. sur la Ville d'Oran en Afrique. L'ouverture de la Neuvaine se par une Procession generale qui sortit de cette Eglise, et se renfit
dit
JUILLET. 1732 : 1631
dit à celle de Sainte Croix. Le lendemain la mê
me Procession alla de la Paroisse de S. Jacques
à la Chapelle de N. Dame d'Atocha , et le 27. à
l'Eglise des Capucins de S. Antoine.
Le même jour , le Cardinal d'Astorga , Archevêque de Tolede , fit aussi l'ouverture des
Prieres publiques dans son Eglise Métropolitaine , dont relevoit autrefois la Ville d'Oran depuis la conquête qui en fut faite en 1509. par le
Cardinal Ximenes de Cisneros.
On a appris d'Alicante , que la Fotte du Roy
avoit mis à la voile le 15. du mois dernier , et
qu'on l'avoit perduë de vûë le 16.
Les Officiers Generaux qui commandent
dans l'Armée du Roy , embarquez sur cette
Flote , sont , le Comte de Montemar , qui en est
Capitaine General ; le Comte de Bureta ; Don
Philippe Dupuy ; le Comte de Zueveghen ; le
Marquis de Rerves ; le Vicomte del Puerto ,
Don Jerôme de Solis , le Marquis de Grassia
Real , le Comte de Roy- de - Ville , le Baron de
Sandrasqui, le Marquis de Montreal , Don Louis
d'Acosta , Don Gonçales de Carvagal´, le Marquis de Pozoblanco , Don François de Valanza ,
Don Jean Gonçales , Don Antoine Alvarés de
Bonorques , le Marquis de Santa- Cruz , et Don
Louis Dormay , Lieutenans Generaux ; Don Jo- seph Ybanez , Don André de Benincasa , Don
Barthelemy Ladron , Don Jean- Bapt. de Gages,
Don Renaud Mac- Donel , Don Jean Ely , le
Comte de Cecil , Don Nicolas Sangro , Don
Michel Cavanillas , Don Gregoire Gualoy Pueyo,
Don Dominique Sangro , Don Lelio Caraffe ,
Don François Ocampo , Don Joseph de Vicaria,
Don Isidore Germa , le Marquis de la Mina , le
Comte de Mariani , Don Luc Ferdinand PatinHij ho
1632 MERCURE DE FRANCE
Don
ho et Don André d'Afffito , Maréchaux de
Camp ; Don Sebastien d'Eselava , Don Manuel
de Sada-y- Antillon , Don Philippe Ramirez ,
Don Jean -François d'Horcasitas , Don Greg
Filtz Gerald , le Duc de S. Blas , Don Diegue
Fonce , Don Sauveur Joseph de Roldan , Jacques de Sylva , le Marquis de Baldacannas.et
Don Charles Vander Cruzen , Brigadiers.
Par la Liste publiée à Séville , des Régimens
employez à cette expedition , ces Troupes consistent en 32. Bataillons , faisant.21.23000 . hommes , 12. Escadrons , faisant 1676. hommes , er
12. Escadros de . Dragons , montant à 1709. hommes , ensemble 26377. hommes. L'Artillerie
consiste en 110. Pieces de Canon , dont. 60. porlivres de balle , 20. 16. livres , 16. 12.
livres , et 14. 4. livres , et 60 Mortiers , sçavoir , 20. de 18 et 40. de 12. pouces de circonference ;
Il y a cent Bombardiers , 25. Mineurs et 40. Ingenieurs. Outre les Escadrons marquez cy- dessus,
4. Régimens de. Cavalerie de 3 Escadrons chacun , ainsi que quelques Bataillons , ont ordre de
se tenir prêts à être transportez en Afrique , en
cas de besoin.
tent 240
" On a appris depuis de, Séville , que la Flote
partie d'Alicante , étoit composée de 12. Vaisseaux de ligne , 2 Frégates , 2. Galiotes à Bom
bes , sept Galeres , dix -huit Galiotes à Rames , 12. Barques longues armées , et plus de :
joo. Bâtimens de transport ; que cette Flate
avoit été retenue pendant 7. jours au Cap de Palos , par les vents contraires , qu'elle n'en étoit
partie que
le 24. et que le 25. elle étoit devant
Oran que les vents, contraires avoient fait retar
der le débarquement jusqu'au 28 au soir ; que
le 29. à la pointe du jour , les Troupes débarquées
JUILLET. 17325 1633
quées avoient commencé à s'étendre du côté de
la Plage des Aiguades , qui est à une lieuë au
Couchant du Château d'Almarza , ou Mazarquibir ; qu'elles s'y étoient mises en Bataille sur
einq lignes ; que pendant que ces lignes se for
moient , les Maures avoient paru au nombre de
10. à 12000 hommes divisez en plusieurs troupes , pour être moins exposez au grand feu de
PArtillerie des Vaisseaux et des Galeres ; qu'on
avoit remarqué que le premier coup de Canon
tiré par la Galere le S. Joseph , avoit emporté l'Etendart de la plus nombreuse Troupe des Mau
res , ce qui les avoit fait reculer ; que toutes les
Troupes du Roy , tant Infanterie que Cavalerie ;
avoient débarqué malgré les escarmouches continuelles des Ennemis , et qu'il n'y avoit eu qu'un
petit nombre de Soldats blessez ; que les Maureg
ayant reconnu que tout le débarquement étoit
fait , leur Commandant avoit envoyé un Déta
chement de Cavalerie pour enlever beaucoup de
Soldats qui étoient restez à une Fontaine un peur
éloignée du Camp des Espagnols ; que le Comte de Montemar averti de cette marche avoit envoyé contre eux un détachement de 16. Compa gnies de Grenadiers , commandé par Don Luc
Ferdinand Patinho , et de 400. Cavaliers, sous les
ordres du Marquis de la Mina , pour favoriser la
retraite de ces Soldats écartez, mais qu'une partie
du Régiment du Prince , qui par hazard avois
débarqué du même côté de la Fontaine , avoit eté
suffisant pour repousser les Maures , et pour
obliger à se retirer sur le haut de la Montagne.
Les Lettres reçûës en dernier lieu de Seville portent , que le 5. le 6. et le 7. de ce mois , Don
Diegue Yopuli , le Comte de Valhermoso , et le
Marquis de la Mina , y avoient été dépêchez par
H iij
les
le
1624 MERCURE DE FRANCE
le Comte de Montemar , pour apporter au Roy
la nouvelle et le détail du Combat qui s'étoit
donné le 30. du mois dernier aux environs de
Mazarquibir , entre l'Armée de S M. Cat. et celle des Maures. Ces Lettres ajoûtent que les Maures avoient été défaits et mis en fuite , et que le
premier de ce mois l'Armée du Roy avoit prisle Château de Mazarquibir , la Ville et les Forts
d'Oran ; qu'on y avoit trouvé 138. pieces de
Canon, parmi lesquelles il y en avoit 87. de
bronze , 7. Mortiers , une grande quantité de Fusils. , de Sabres et d'autres Armes , et beaucoup
de Munitions de guerre et de Provisions , que la
fuite précipitée des Maures ne leur a pas permis d'emporter.
Pour rendre graces à Dieu d'un succès si heureux , le Roy a écrit dans les principales Villes
de son Royaume , pour y faire chanter le Te
Deum , et en consequence des ordres de S. M.
on a fait à Sevi le une Procession generale du
Clergé Séculier et Régulier , à laquelle l'Archevêque et le Corps de Ville ont assisté, et on a exposé à la veneration publique le Corps du Roy S. Ferdinand.
Les. on chanta le Te Deum, et on fit une se
conde Procession , qui alla faire sa Station à la
Chapelle où l'on conserve le Corps de ce S. Roy.
Le 6. on recommença une Neuvaine dans l'Église de N. Dame de l'Antiga , où il y a une
Image miraculeuse de la sainte Vierge , devant
Jaque le S. Ferdinand alloit souvent faire ses
prieres.
Le 9. il y eut à Madrid des Réjouissances publiques , des Feux d'Artifices et des Illuminations
qui ont duré trois nuits consécutives , à l'occasion de la nouvelle du débarquement , et on les
:
JUILLET. 1732. 1635
a recommencées depuis pour la Prise d'Oran
et de Mazarquibir.
On apprend d'Alger , que la Regence avoit fait
de grands préparatifs pour sa deffense , en cas
que la Ville fût attaquée ; que le vieux et le nouveau Mole , étoient garnis de Troupes et d'Artillerie , que le Dey avoit renforcé de 9000.
hommes la Garnison d'Oran , où il avoit fait
entrer quelques Ingenieurs étrangers , pour la
deffense des Ouvrages ; qu'il y avoit actuellement à Alger 14000. hommes de Troupes re- glées , sans compter les Milices de la Ville , et
que la Régence pouvoit mettre en campagne un
Corps de 15000. hommes de Cavalerie,
TRADUCTION d'un Decret
de S. M. Catholique.
Mo
2
On intention étant de ne laisser séparé dis
sein de l'Eglise et de notre Religion Catho
lique , aucun des Domaines que la Divine Provi
dence remit à mes soins , quand elle me plaça sur le Trône de cette Monarchie , et qui par la superiorité
et la multitude de mes ennemis , m'ont été vioLemment et frauduleusement enlevez. J'ai médité
de tout temps la maniere dont je pourrois les réunirs .
mais comme la diversité des Evenemens m'a
empêchéjusqu'à present de parvenir à ce but tant
souhaité, je n'ai pu employer, selon ma volonté , les forces que la-Toute-Puissance m'a confiées; et quoique je ne sois pas aujourd'hui entierement libre d'autres soins , j'ai résolu de ne point differer à recouvrer l'importante Place d'Oran, qui a été autrefois l'objet de la pieté et de la valeur de la Nation
Espagnole ; et ayant principalement consideré
cette Place étant au pouvoir des Barbares Affri- que
cains, la porte est fermée à la Propagation de notre sacrée Religion , et qu'elle leur sert de moyen pour
mettre en esclavage les Habitans des Côtes immé--
·diates del'Espagne et d'ailleurs ayant dejustes raisons de craindre que les Barbares unefois instruits a
faire la guerre par Mer et par Terre , ne se préva- lent de cette Place et de son Port , pour causer des
fatalitez et des dommages aux Provinces voisines
de ce Royaume , si unefois elles étoient moins pourvûës de Troupes qu'elles ne le sont aujourd'hui.
Pour parveniravec l'assistance du Tout-Puissant ,
àun but si important , j'ai ordonné de faire assem-
:
H blox
1630 MERCURE DE FRANCE
>
dans
bler auprès d'Alicante un Corps de 30. mille hommes, s'il en est besoin , tant d'Infanterie que de
Cavalerie , pourvûs de tous les Vivres , Artillerie ,
Munitions et Outils convenables pour quelque entreprise considerable , sous les ordres du Capitaine General le Comte de Montemar et d'autres Officiers Generaux et particuliers que j'ai nommez
dont l'experience et la valeur me font esperer un
succès glorieux ; embarquez par mes ordres ,
un nombre suffisant de Navires ,
par les Escadres des Vaisseaux , des Galeres et
des Galiotes que j'ai fait armer, ils partent pour
le recouvrement d'Oran ; et comme toutes les pré- cautions humaines ne peuvent rien sans le secours de la Toute-Puissance , j'ordonne que ce Decret de
mon Conseil soit communiqué aux Archevêques ,
Evêques , Chapitres Ecclesiastiques , Villes et Bourgs
de mes Royaumes , comme on l'a pratiqué dans
d'autres occasions , afin d'obtenir , par des Prieres ,
et escortez
que le Tout-Puissant benisse et protege mes Armes
et mes vives ardeurs pour une Expedition si importante . Donné à Seville , le 6. Juin 1732. Signé,
MOY LE ROY. Et au bas est écrit , A
'Archevêque , Gouverneur du Conseil de Castille.
Le 25. Juin , les Tribunaux , le Corps de Ville
de Madrid , le Clergé Séculier et les Religieux
des Ordres Mandians , se rendirent à l'Eglise de
la Paroisse de sainte Marie de Almuneda , où en
vertu du Decret du Roy , adressé au Président
du Conseil de Castille , on commença des Prieres publiques pour demander à Dieu ses graces
et ses benedictions pour le succès de l'entreprise
de S. M. Cath. sur la Ville d'Oran en Afrique. L'ouverture de la Neuvaine se par une Procession generale qui sortit de cette Eglise, et se renfit
dit
JUILLET. 1732 : 1631
dit à celle de Sainte Croix. Le lendemain la mê
me Procession alla de la Paroisse de S. Jacques
à la Chapelle de N. Dame d'Atocha , et le 27. à
l'Eglise des Capucins de S. Antoine.
Le même jour , le Cardinal d'Astorga , Archevêque de Tolede , fit aussi l'ouverture des
Prieres publiques dans son Eglise Métropolitaine , dont relevoit autrefois la Ville d'Oran depuis la conquête qui en fut faite en 1509. par le
Cardinal Ximenes de Cisneros.
On a appris d'Alicante , que la Fotte du Roy
avoit mis à la voile le 15. du mois dernier , et
qu'on l'avoit perduë de vûë le 16.
Les Officiers Generaux qui commandent
dans l'Armée du Roy , embarquez sur cette
Flote , sont , le Comte de Montemar , qui en est
Capitaine General ; le Comte de Bureta ; Don
Philippe Dupuy ; le Comte de Zueveghen ; le
Marquis de Rerves ; le Vicomte del Puerto ,
Don Jerôme de Solis , le Marquis de Grassia
Real , le Comte de Roy- de - Ville , le Baron de
Sandrasqui, le Marquis de Montreal , Don Louis
d'Acosta , Don Gonçales de Carvagal´, le Marquis de Pozoblanco , Don François de Valanza ,
Don Jean Gonçales , Don Antoine Alvarés de
Bonorques , le Marquis de Santa- Cruz , et Don
Louis Dormay , Lieutenans Generaux ; Don Jo- seph Ybanez , Don André de Benincasa , Don
Barthelemy Ladron , Don Jean- Bapt. de Gages,
Don Renaud Mac- Donel , Don Jean Ely , le
Comte de Cecil , Don Nicolas Sangro , Don
Michel Cavanillas , Don Gregoire Gualoy Pueyo,
Don Dominique Sangro , Don Lelio Caraffe ,
Don François Ocampo , Don Joseph de Vicaria,
Don Isidore Germa , le Marquis de la Mina , le
Comte de Mariani , Don Luc Ferdinand PatinHij ho
1632 MERCURE DE FRANCE
Don
ho et Don André d'Afffito , Maréchaux de
Camp ; Don Sebastien d'Eselava , Don Manuel
de Sada-y- Antillon , Don Philippe Ramirez ,
Don Jean -François d'Horcasitas , Don Greg
Filtz Gerald , le Duc de S. Blas , Don Diegue
Fonce , Don Sauveur Joseph de Roldan , Jacques de Sylva , le Marquis de Baldacannas.et
Don Charles Vander Cruzen , Brigadiers.
Par la Liste publiée à Séville , des Régimens
employez à cette expedition , ces Troupes consistent en 32. Bataillons , faisant.21.23000 . hommes , 12. Escadrons , faisant 1676. hommes , er
12. Escadros de . Dragons , montant à 1709. hommes , ensemble 26377. hommes. L'Artillerie
consiste en 110. Pieces de Canon , dont. 60. porlivres de balle , 20. 16. livres , 16. 12.
livres , et 14. 4. livres , et 60 Mortiers , sçavoir , 20. de 18 et 40. de 12. pouces de circonference ;
Il y a cent Bombardiers , 25. Mineurs et 40. Ingenieurs. Outre les Escadrons marquez cy- dessus,
4. Régimens de. Cavalerie de 3 Escadrons chacun , ainsi que quelques Bataillons , ont ordre de
se tenir prêts à être transportez en Afrique , en
cas de besoin.
tent 240
" On a appris depuis de, Séville , que la Flote
partie d'Alicante , étoit composée de 12. Vaisseaux de ligne , 2 Frégates , 2. Galiotes à Bom
bes , sept Galeres , dix -huit Galiotes à Rames , 12. Barques longues armées , et plus de :
joo. Bâtimens de transport ; que cette Flate
avoit été retenue pendant 7. jours au Cap de Palos , par les vents contraires , qu'elle n'en étoit
partie que
le 24. et que le 25. elle étoit devant
Oran que les vents, contraires avoient fait retar
der le débarquement jusqu'au 28 au soir ; que
le 29. à la pointe du jour , les Troupes débarquées
JUILLET. 17325 1633
quées avoient commencé à s'étendre du côté de
la Plage des Aiguades , qui est à une lieuë au
Couchant du Château d'Almarza , ou Mazarquibir ; qu'elles s'y étoient mises en Bataille sur
einq lignes ; que pendant que ces lignes se for
moient , les Maures avoient paru au nombre de
10. à 12000 hommes divisez en plusieurs troupes , pour être moins exposez au grand feu de
PArtillerie des Vaisseaux et des Galeres ; qu'on
avoit remarqué que le premier coup de Canon
tiré par la Galere le S. Joseph , avoit emporté l'Etendart de la plus nombreuse Troupe des Mau
res , ce qui les avoit fait reculer ; que toutes les
Troupes du Roy , tant Infanterie que Cavalerie ;
avoient débarqué malgré les escarmouches continuelles des Ennemis , et qu'il n'y avoit eu qu'un
petit nombre de Soldats blessez ; que les Maureg
ayant reconnu que tout le débarquement étoit
fait , leur Commandant avoit envoyé un Déta
chement de Cavalerie pour enlever beaucoup de
Soldats qui étoient restez à une Fontaine un peur
éloignée du Camp des Espagnols ; que le Comte de Montemar averti de cette marche avoit envoyé contre eux un détachement de 16. Compa gnies de Grenadiers , commandé par Don Luc
Ferdinand Patinho , et de 400. Cavaliers, sous les
ordres du Marquis de la Mina , pour favoriser la
retraite de ces Soldats écartez, mais qu'une partie
du Régiment du Prince , qui par hazard avois
débarqué du même côté de la Fontaine , avoit eté
suffisant pour repousser les Maures , et pour
obliger à se retirer sur le haut de la Montagne.
Les Lettres reçûës en dernier lieu de Seville portent , que le 5. le 6. et le 7. de ce mois , Don
Diegue Yopuli , le Comte de Valhermoso , et le
Marquis de la Mina , y avoient été dépêchez par
H iij
les
le
1624 MERCURE DE FRANCE
le Comte de Montemar , pour apporter au Roy
la nouvelle et le détail du Combat qui s'étoit
donné le 30. du mois dernier aux environs de
Mazarquibir , entre l'Armée de S M. Cat. et celle des Maures. Ces Lettres ajoûtent que les Maures avoient été défaits et mis en fuite , et que le
premier de ce mois l'Armée du Roy avoit prisle Château de Mazarquibir , la Ville et les Forts
d'Oran ; qu'on y avoit trouvé 138. pieces de
Canon, parmi lesquelles il y en avoit 87. de
bronze , 7. Mortiers , une grande quantité de Fusils. , de Sabres et d'autres Armes , et beaucoup
de Munitions de guerre et de Provisions , que la
fuite précipitée des Maures ne leur a pas permis d'emporter.
Pour rendre graces à Dieu d'un succès si heureux , le Roy a écrit dans les principales Villes
de son Royaume , pour y faire chanter le Te
Deum , et en consequence des ordres de S. M.
on a fait à Sevi le une Procession generale du
Clergé Séculier et Régulier , à laquelle l'Archevêque et le Corps de Ville ont assisté, et on a exposé à la veneration publique le Corps du Roy S. Ferdinand.
Les. on chanta le Te Deum, et on fit une se
conde Procession , qui alla faire sa Station à la
Chapelle où l'on conserve le Corps de ce S. Roy.
Le 6. on recommença une Neuvaine dans l'Église de N. Dame de l'Antiga , où il y a une
Image miraculeuse de la sainte Vierge , devant
Jaque le S. Ferdinand alloit souvent faire ses
prieres.
Le 9. il y eut à Madrid des Réjouissances publiques , des Feux d'Artifices et des Illuminations
qui ont duré trois nuits consécutives , à l'occasion de la nouvelle du débarquement , et on les
:
JUILLET. 1732. 1635
a recommencées depuis pour la Prise d'Oran
et de Mazarquibir.
On apprend d'Alger , que la Regence avoit fait
de grands préparatifs pour sa deffense , en cas
que la Ville fût attaquée ; que le vieux et le nouveau Mole , étoient garnis de Troupes et d'Artillerie , que le Dey avoit renforcé de 9000.
hommes la Garnison d'Oran , où il avoit fait
entrer quelques Ingenieurs étrangers , pour la
deffense des Ouvrages ; qu'il y avoit actuellement à Alger 14000. hommes de Troupes re- glées , sans compter les Milices de la Ville , et
que la Régence pouvoit mettre en campagne un
Corps de 15000. hommes de Cavalerie,
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Résumé : ESPAGNE. TRADUCTION d'un Decret de S. M. Catholique.
Le 6 juin 1732, le roi d'Espagne promulgue un décret visant à récupérer la ville d'Oran, alors sous contrôle des Barbaresques. Le roi exprime son intention de réunir les domaines séparés de l'Église et de la religion catholique, enlevés par la force et la fraude. La possession d'Oran par les Barbaresques empêche la propagation de la religion catholique et menace les côtes espagnoles. Pour cette raison, il ordonne l'assemblage d'une armée de 30 000 hommes près d'Alicante, sous le commandement du Comte de Montemar, et la préparation d'une flotte composée de vaisseaux, galères et galiotes. Le décret appelle également à des prières publiques pour obtenir la bénédiction divine. Le 25 juin 1732, des prières publiques sont organisées à Madrid et dans d'autres villes pour le succès de l'expédition. La flotte, partie le 15 juin, atteint Oran le 25 juin. Malgré des vents contraires et des escarmouches avec les Maures, les troupes espagnoles débarquent et commencent à s'étendre. Le 30 juin, un combat a lieu près de Mazarquivir, où les Maures sont défaits. Le 1er juillet, l'armée espagnole prend le château de Mazarquivir, la ville et les forts d'Oran, y trouvant une grande quantité d'armes et de munitions. Pour célébrer cette victoire, le roi ordonne des actions de grâce, notamment des processions et des Te Deum dans les principales villes du royaume. Des réjouissances publiques sont organisées à Madrid. Alger, de son côté, avait préparé des défenses, mais celles-ci n'ont pas suffi à empêcher la prise d'Oran.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5011
p. 11-20
LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
Début :
De l'Or & de l'Argent le charme insurmontable [...]
Mots clefs :
Liberté, Charme, Ardeur, Plaisirs, Désir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
LALIBERTE.
Cantate nouvelle.
DEl'Or & de l'Argent le
charme insurmontable
Fait que tout retentit de
leur prix trop vanté:
Mais je pretens chanterun
bien plus estimable,
C'est l'innocente Liberté.
A ce projet tout m'écoute,
Tout s'accorde àmes desirs,
Et pour m'ouvrir une
route
Je vois voler les plaisirs.
0 douce liberté, qui peut
goûter tes charmes,
Ne voir point d'autre objet
digne de son ardeur,
Son coeur n'est point touché
du foin de la grandeur
Il sçait , en l'évitant s'épargner
mille allarmes.
Rien ne peut troubler son
bonheur, Jamaisen disputant un
chimérique honneur
;Un rival préferé ne fit
couler seslarmes.
0 douce liberté, qui peut
goûtertes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de son ardeur.
Dansunétattoûjours
tranquile
Il voit, sans se livrer à leurs
indignes fers,
La basse flatterie; & la
crainte servile
Prendresoin d'avilir les
coeurs de l'univers.
Sur la plus terrible des
Mers
Il voit à tout nôtre art la
fortune indocile
Nous presenter ses bords
de naufrages couverts,
Et son indépendance est
comme un sûr azile
Quile met à l'abri des plus
<fam»eux rev-ers. C'estcequ'ennos bois
l'oyseau chante
En fuyant la captivité,
Liberté, liberté.
Sans la liberté qui m'enchante
Un coeurest toûjoursagité.
Est-ce le bien qui nous
contente,
Et vaut-il tous les soins
dont ilest acheté?
Liberté, liberté.
C'est ce qu'en nos bois
l'oyseau chante.
Jusqu'où la liberté portet-
elle ses droits ?
A table qui suit d'autres
loix
Languira dans le plaisir
même,
Quoiqu'on trouve à s'y
trvoêirmune deou,ceur «x-
Un repas n'a rien de charmanc
Quand on s'y contraint
un moment.
Fuyez
,
fuyez tendre eI:J
clavage;
Pour mieux ressentir l'avantage
De se trouver en liberté,
Il fautêtre échapé du funeste
naufrage
Que l'on fait en suivant
une ingrate beauté.
Mais ô present du Ciel,
que même l'innocence
Ne peut nous assûrer dans
la jeune saison!
Toutt'attaque à la fois,
le sçavoir,l'ignorance,
Les moeurs, les préjugez,
les sens &la raison
Tout s'empresse à l'en,vy
de nous donner un
Maître;
Sile faux honneur ne peut
l'être,
Le plaisirsnoussoûmet
morce, -
L'interest avec plus de
force
Asservit nos coeurs pour
jamais.
La liberté qui nous appelle
Ne s'offrepoint sans les
plaisirs:
Mais on n'y peut courir
sans elle
Qu'ilsn'échappent à nos
desirs.
Sous le nom du devoir que
d'égards sur la terre
Nous rendent l'un de l'autre
esclaves malheureux!
L'opinion nous livre une.
éternelle guerre,
Et de tous nos liens c'est
le plus rigoureux.
Que d'écüeils,que de naufrages
Menacent la liberté!
Mais regagnons les rivages
Laissonsgronder les orages,
Dont je me vis agité :
Que les autres rendus sages"
Par ce bien que j'ai chanté
Connoissent les avantages
D'en jouir en fiîreré.
Cantate nouvelle.
DEl'Or & de l'Argent le
charme insurmontable
Fait que tout retentit de
leur prix trop vanté:
Mais je pretens chanterun
bien plus estimable,
C'est l'innocente Liberté.
A ce projet tout m'écoute,
Tout s'accorde àmes desirs,
Et pour m'ouvrir une
route
Je vois voler les plaisirs.
0 douce liberté, qui peut
goûter tes charmes,
Ne voir point d'autre objet
digne de son ardeur,
Son coeur n'est point touché
du foin de la grandeur
Il sçait , en l'évitant s'épargner
mille allarmes.
Rien ne peut troubler son
bonheur, Jamaisen disputant un
chimérique honneur
;Un rival préferé ne fit
couler seslarmes.
0 douce liberté, qui peut
goûtertes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de son ardeur.
Dansunétattoûjours
tranquile
Il voit, sans se livrer à leurs
indignes fers,
La basse flatterie; & la
crainte servile
Prendresoin d'avilir les
coeurs de l'univers.
Sur la plus terrible des
Mers
Il voit à tout nôtre art la
fortune indocile
Nous presenter ses bords
de naufrages couverts,
Et son indépendance est
comme un sûr azile
Quile met à l'abri des plus
<fam»eux rev-ers. C'estcequ'ennos bois
l'oyseau chante
En fuyant la captivité,
Liberté, liberté.
Sans la liberté qui m'enchante
Un coeurest toûjoursagité.
Est-ce le bien qui nous
contente,
Et vaut-il tous les soins
dont ilest acheté?
Liberté, liberté.
C'est ce qu'en nos bois
l'oyseau chante.
Jusqu'où la liberté portet-
elle ses droits ?
A table qui suit d'autres
loix
Languira dans le plaisir
même,
Quoiqu'on trouve à s'y
trvoêirmune deou,ceur «x-
Un repas n'a rien de charmanc
Quand on s'y contraint
un moment.
Fuyez
,
fuyez tendre eI:J
clavage;
Pour mieux ressentir l'avantage
De se trouver en liberté,
Il fautêtre échapé du funeste
naufrage
Que l'on fait en suivant
une ingrate beauté.
Mais ô present du Ciel,
que même l'innocence
Ne peut nous assûrer dans
la jeune saison!
Toutt'attaque à la fois,
le sçavoir,l'ignorance,
Les moeurs, les préjugez,
les sens &la raison
Tout s'empresse à l'en,vy
de nous donner un
Maître;
Sile faux honneur ne peut
l'être,
Le plaisirsnoussoûmet
morce, -
L'interest avec plus de
force
Asservit nos coeurs pour
jamais.
La liberté qui nous appelle
Ne s'offrepoint sans les
plaisirs:
Mais on n'y peut courir
sans elle
Qu'ilsn'échappent à nos
desirs.
Sous le nom du devoir que
d'égards sur la terre
Nous rendent l'un de l'autre
esclaves malheureux!
L'opinion nous livre une.
éternelle guerre,
Et de tous nos liens c'est
le plus rigoureux.
Que d'écüeils,que de naufrages
Menacent la liberté!
Mais regagnons les rivages
Laissonsgronder les orages,
Dont je me vis agité :
Que les autres rendus sages"
Par ce bien que j'ai chanté
Connoissent les avantages
D'en jouir en fiîreré.
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Résumé : LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
La cantate 'LALIBERTE' célèbre la liberté comme un bien supérieur à l'or et à l'argent. L'auteur exalte la liberté, la décrivant comme un état où le cœur est apaisé, loin des soucis de grandeur et des disputes pour des honneurs chimériques. La liberté permet d'éviter la flatterie, la crainte servile et les dangers des mers, offrant un refuge sûr contre les revers. Elle est comparée à un oiseau chantant dans les bois, symbolisant la fuite de la captivité. Sans liberté, le cœur reste agité. La liberté est associée au plaisir et à la tranquillité, contrastant avec les contraintes et les souffrances de l'esclavage. Le texte met en garde contre diverses menaces à la liberté, telles que le savoir, l'ignorance, les mœurs, les préjugés, les sens et la raison, qui peuvent asservir les cœurs. Il critique également les faux honneurs, les plaisirs, l'intérêt et l'opinion, qui rendent les hommes esclaves les uns des autres. Malgré les dangers, l'auteur encourage à regagner les rivages de la liberté et à profiter de ses avantages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5012
p. 172-187
ENVOY. / EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris à Mr MODEY Conseiller en la Cour souveraine de la Province d'Utrecht, par Mr *** le 28. Décembre 1711.
Début :
On vous envoye, Monsieur, cet Extrait de Lettre tres-curieux [...]
Mots clefs :
Rois Mérovingiens, Charlemagne, Éloge des derniers rois mérovingiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY. / EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris à Mr MODEY Conseiller en la Cour souveraine de la Province d'Utrecht, par Mr *** le 28. Décembre 1711.
E NV O Y.
On vous envoyeMonsieur,
cet Extrait de Lettre très-curieux
,
C'F si vousjuge^ apropos de l'inserer dansleMercure on continuera devousfaire
part de pluficurs autres Disserrationshistoriques
,
que lePublic ne regardera pas comme
indifférentes, EXTRAIT
d'une Lettre écrite de arts àMr MO DEY Conseilseiller en la Coursouverainede la Province d'Utrecht, par AIr * ** le
28. Décembre 1711.
Le public est redevable
à Mr Herman Sehminkè
vostre compatriote
,
de la
nouvelle Edition delaVie
de Charlemagne par Eginhard
,avec des Notes qu'il
viene de faire imprimer;
&quoyque je n'aye paillé
d'autreconnoissance de
cette Edition que celle que
j'ay tirée de la lecture de
nostre Journal des Sçavans
du sept de ce mois qui en parle, je ne laisse pas de
comprendre que les matières historiques luy sont familieres, & qu'ilen fait une
estude particulière. Je suis
persuadé que j'en aurai encore une meilleure opinion
lorsque j'aurai pu voir le
Livre entier & les Notes
qu'il y a
faites.
t~
Cependant,Monsieur,
vous croirez peut
-
estre
aussi bien que moy
y
qu'une histoire entiere deCharlemagne, & traitée par une
fçavante main, auroit encore esté plus agreable.
ment receuë du Public,
que l'Edition d'Eginhard
qui n'en contient qu'un
petit abrégé.
La vie de ce grand Empereur cft trop racourcie
dans Eginhard & l'est
mesme tellement qu'elle
ne satisfait pas le lecteur
pour peu qu'il soit instruit
de nostre Histoire : & ce n'est, pour ainsi dire,qu'un
petit éloge. De. plus la vérité des faits de ce Monarque, ne se trouve point
dans tout ce qu'Eginhard
en rapporte. Eginhardne
parle point des premieres
années de la vie de CharLemagne, parce que, dit- il,iln'yavoitplus person-
ne lorsqu'il écrivoit qui
pust l'en instruire
: ce qui
fait connoistre qu'il n'a
composé cet Abregé ou
plustost cet Eloge que 1
quelques années après le
deceds de ce Monarque,
d'où il est facile de conclure qu'il ne la composé
que de memoire, & non
pasamesurequelesactions
se sont parsées; & à moins
que par les Notes que Mr
Schminke y a
faites, il n'aie
rempli tous les faits qui
manquent dans Eginhard,
& corrigé ceux qu'il rap-
porte contre la verité
,
je
suispersuadé que ce ne
peut estre un ouvrage où
il ne reste encore beaucoup
dechoses à desirer.
,..
Ce queMr SchminKe
dit dans la seconde Dissertation, que le nom de Chapelain estoit pour lors ce
que nous
appellons aujourd'huy Secretaire d'Estatsouffre
,
ce me semble, quelques difficultez
,
puisque
l'on ne voit pas qu'avant
Mr de Laubespine, sous le
regne du Roy Henry II. il
y en ait eu aucun qui se soit
qualifié du titre de Secretaire d'Estat; mais ce qu'il
dit que lodrchlcbapelaiii estoit le premier Secretaire
d'Estat de nos Rois, est en..
core bien plus esloigné de
la verité de l'histoire
: car
quoyqu'on voye que l'ona
quelquefois désigné les
simples Secrétaires fous le
titre de Chapelains
; ce qui
estoit cependant rare fous
le regne de Charlemagne;
on ne voit pas qu'on ait
donné le nom d'Archichapelains à d'autrespersonnes qu'a ceux que nous ap-
pellons aujourd'hui grands
Aumofniers.
Il estvray que souvent
J & mesme d'ordinaireces -
1
grands Aumofniers ouArjehiehapelains devenoient
ensuite,& estoientenmesrne temps grands Chan-
^.cclicrs ou Apocrisaires:
mais, non premiers Secretaires d'Estat
: & je ne sçay
quelle bonne raison Mr
SchminKe pourroit en
donner, puifqu'on trouve
plusieurs preuves dans l'eftat de la maison de nos
Rois par Adalard, & dans
d'autres anciens Autheurs,
& en particulier dans le
Glossaire de du Gange, &
dans les autres Glossaires
Latins fous les mots Anhïcapellanus ÔC Apocrysarius
,
que l'un & l'autre ne signifioient autre chose que
Grand Aumosnier de nos
Rois de la premiere& de
la seconderace.
-
Il paroist par le mesme
Journal des Sçavants que
Mr SchminKe deffend fortement la reputation d'Eginhard contre l'Autheur
de l'Esprit de Gerson
,
qui
s'est efforcé de rendresuspecte la bonne foy de cet
ancien Autheur
,
sur tout
par rapport aux Rois Merovingiens, accusant Eginhard d'avoir prisà tasche
derabbaisser ceux-cy
,
ôc
de les noter de faineantise
pour donner plus de relief
à la valeur des Carlovingiens qu'il avoit tentrepris
de Hacrer..
Monsieur le Noble qui
est l'Autheur del'Esprit de
Gerson
,
ne parle pas coumeil faut de la basseflatterie d'Eginhardàce sujet
;
Pl
iD
& quand il auroit eu des
raisonssolides,Mr Schminkeavoitunplusgrand adverfaire à combattre; c'est
le sçavant & celebre Pere
le Cointe, qui a
clairement
prouvé en plusieurs endroits de ses Annales Ecclesiastiques des François,
l'injustice de cette basse
flatterie d'Eginhard, fondée sur un mensonge manifeste. Ceux qui ne cherchent uniquement que la
verité dans l'histoire, auroient veu avec plaisir les
coups que Mr Schminke
au*oic porté au Pere le
Cointe c'est à dire les
preuves >
s'il s'en rrouvp
aucune qui ioit assez forrepour resucer le sentiment
de ce sçavant Autheur de
nos Annales Ecclesiastiques
,
qui a
demonstrativement prouvé que lesderniers Rois de la premiere
race depuis Clovis II. fils
du grand Dagobert
,
estoient de grands Princes,
<5< que ce qu'ils n'ont pû
faire dans le cours de leur
Regne, ne doit estre attribue qu'aleur bas âgeic'est
.Ce que l'on voit dans les
Annales du Pere le Cointe
sous l'an 6.,1.. depuis le
nombre 6. pag.265.jusqu'au nombre 30. pag. 275.
Tome 4. fous l'an 694. pag.
298. Sous l'an 711. nombre 3. pag. soi. Sous l'année715. nombres 19. & 42,.
pag.360. &551. Sous 1année 73 7. nombre 37.pag.
886. Sous l'an 640. nombre 8. Tome 5. pag. 34. ôc
35. nombre 13. pag. 325.&
suivantes.
C'est dans les endroits
citez ci-dessus que ce sça-
.,. vant
vant fait voir que ceux des
Rois de la premiere race
qui ont tilé d'âge à
faire
la Guerre, l'ont fait avec
courage ôc vigueur, foie
contre les Ennemies de
l'Etat, foit contre Pepin &
ses fils
,
pour secouer le
joug qu'ils vouloient imposer, ou qu'ils avoient déja imposé à leurs Majestez.
Qu'ils ont rendu la justice
par eux-mesmes avec tant
d'équité,que quelques uns
d'entre eux, comme Childebert, ont merité le furnom de Justes, & qu'enfin
loin qu'ils residassent toute l'année dans leur prétendu Palais de Mamacas,
comme le dit faussement
Eginhard
,
on a
des Jugemens rendus par ces Monarques, & un grand nombre de Chartes qu'ils ont
données dans divers Palais
ou differens lieux situez
dans les diverses Provinces qui composoient laMonarchie Françoise, quijustifient le contraire. Le Pere le Cointe y
fait voirenfin que ces Princes ont eu
de la valeur & de la pru-
dencc, & qu'il ne leur a
manque pour devenir des
Rois excellents
,
qu'uq.
plus grand nombre dannées.&unplus long regne.
On vous envoyeMonsieur,
cet Extrait de Lettre très-curieux
,
C'F si vousjuge^ apropos de l'inserer dansleMercure on continuera devousfaire
part de pluficurs autres Disserrationshistoriques
,
que lePublic ne regardera pas comme
indifférentes, EXTRAIT
d'une Lettre écrite de arts àMr MO DEY Conseilseiller en la Coursouverainede la Province d'Utrecht, par AIr * ** le
28. Décembre 1711.
Le public est redevable
à Mr Herman Sehminkè
vostre compatriote
,
de la
nouvelle Edition delaVie
de Charlemagne par Eginhard
,avec des Notes qu'il
viene de faire imprimer;
&quoyque je n'aye paillé
d'autreconnoissance de
cette Edition que celle que
j'ay tirée de la lecture de
nostre Journal des Sçavans
du sept de ce mois qui en parle, je ne laisse pas de
comprendre que les matières historiques luy sont familieres, & qu'ilen fait une
estude particulière. Je suis
persuadé que j'en aurai encore une meilleure opinion
lorsque j'aurai pu voir le
Livre entier & les Notes
qu'il y a
faites.
t~
Cependant,Monsieur,
vous croirez peut
-
estre
aussi bien que moy
y
qu'une histoire entiere deCharlemagne, & traitée par une
fçavante main, auroit encore esté plus agreable.
ment receuë du Public,
que l'Edition d'Eginhard
qui n'en contient qu'un
petit abrégé.
La vie de ce grand Empereur cft trop racourcie
dans Eginhard & l'est
mesme tellement qu'elle
ne satisfait pas le lecteur
pour peu qu'il soit instruit
de nostre Histoire : & ce n'est, pour ainsi dire,qu'un
petit éloge. De. plus la vérité des faits de ce Monarque, ne se trouve point
dans tout ce qu'Eginhard
en rapporte. Eginhardne
parle point des premieres
années de la vie de CharLemagne, parce que, dit- il,iln'yavoitplus person-
ne lorsqu'il écrivoit qui
pust l'en instruire
: ce qui
fait connoistre qu'il n'a
composé cet Abregé ou
plustost cet Eloge que 1
quelques années après le
deceds de ce Monarque,
d'où il est facile de conclure qu'il ne la composé
que de memoire, & non
pasamesurequelesactions
se sont parsées; & à moins
que par les Notes que Mr
Schminke y a
faites, il n'aie
rempli tous les faits qui
manquent dans Eginhard,
& corrigé ceux qu'il rap-
porte contre la verité
,
je
suispersuadé que ce ne
peut estre un ouvrage où
il ne reste encore beaucoup
dechoses à desirer.
,..
Ce queMr SchminKe
dit dans la seconde Dissertation, que le nom de Chapelain estoit pour lors ce
que nous
appellons aujourd'huy Secretaire d'Estatsouffre
,
ce me semble, quelques difficultez
,
puisque
l'on ne voit pas qu'avant
Mr de Laubespine, sous le
regne du Roy Henry II. il
y en ait eu aucun qui se soit
qualifié du titre de Secretaire d'Estat; mais ce qu'il
dit que lodrchlcbapelaiii estoit le premier Secretaire
d'Estat de nos Rois, est en..
core bien plus esloigné de
la verité de l'histoire
: car
quoyqu'on voye que l'ona
quelquefois désigné les
simples Secrétaires fous le
titre de Chapelains
; ce qui
estoit cependant rare fous
le regne de Charlemagne;
on ne voit pas qu'on ait
donné le nom d'Archichapelains à d'autrespersonnes qu'a ceux que nous ap-
pellons aujourd'hui grands
Aumofniers.
Il estvray que souvent
J & mesme d'ordinaireces -
1
grands Aumofniers ouArjehiehapelains devenoient
ensuite,& estoientenmesrne temps grands Chan-
^.cclicrs ou Apocrisaires:
mais, non premiers Secretaires d'Estat
: & je ne sçay
quelle bonne raison Mr
SchminKe pourroit en
donner, puifqu'on trouve
plusieurs preuves dans l'eftat de la maison de nos
Rois par Adalard, & dans
d'autres anciens Autheurs,
& en particulier dans le
Glossaire de du Gange, &
dans les autres Glossaires
Latins fous les mots Anhïcapellanus ÔC Apocrysarius
,
que l'un & l'autre ne signifioient autre chose que
Grand Aumosnier de nos
Rois de la premiere& de
la seconderace.
-
Il paroist par le mesme
Journal des Sçavants que
Mr SchminKe deffend fortement la reputation d'Eginhard contre l'Autheur
de l'Esprit de Gerson
,
qui
s'est efforcé de rendresuspecte la bonne foy de cet
ancien Autheur
,
sur tout
par rapport aux Rois Merovingiens, accusant Eginhard d'avoir prisà tasche
derabbaisser ceux-cy
,
ôc
de les noter de faineantise
pour donner plus de relief
à la valeur des Carlovingiens qu'il avoit tentrepris
de Hacrer..
Monsieur le Noble qui
est l'Autheur del'Esprit de
Gerson
,
ne parle pas coumeil faut de la basseflatterie d'Eginhardàce sujet
;
Pl
iD
& quand il auroit eu des
raisonssolides,Mr Schminkeavoitunplusgrand adverfaire à combattre; c'est
le sçavant & celebre Pere
le Cointe, qui a
clairement
prouvé en plusieurs endroits de ses Annales Ecclesiastiques des François,
l'injustice de cette basse
flatterie d'Eginhard, fondée sur un mensonge manifeste. Ceux qui ne cherchent uniquement que la
verité dans l'histoire, auroient veu avec plaisir les
coups que Mr Schminke
au*oic porté au Pere le
Cointe c'est à dire les
preuves >
s'il s'en rrouvp
aucune qui ioit assez forrepour resucer le sentiment
de ce sçavant Autheur de
nos Annales Ecclesiastiques
,
qui a
demonstrativement prouvé que lesderniers Rois de la premiere
race depuis Clovis II. fils
du grand Dagobert
,
estoient de grands Princes,
<5< que ce qu'ils n'ont pû
faire dans le cours de leur
Regne, ne doit estre attribue qu'aleur bas âgeic'est
.Ce que l'on voit dans les
Annales du Pere le Cointe
sous l'an 6.,1.. depuis le
nombre 6. pag.265.jusqu'au nombre 30. pag. 275.
Tome 4. fous l'an 694. pag.
298. Sous l'an 711. nombre 3. pag. soi. Sous l'année715. nombres 19. & 42,.
pag.360. &551. Sous 1année 73 7. nombre 37.pag.
886. Sous l'an 640. nombre 8. Tome 5. pag. 34. ôc
35. nombre 13. pag. 325.&
suivantes.
C'est dans les endroits
citez ci-dessus que ce sça-
.,. vant
vant fait voir que ceux des
Rois de la premiere race
qui ont tilé d'âge à
faire
la Guerre, l'ont fait avec
courage ôc vigueur, foie
contre les Ennemies de
l'Etat, foit contre Pepin &
ses fils
,
pour secouer le
joug qu'ils vouloient imposer, ou qu'ils avoient déja imposé à leurs Majestez.
Qu'ils ont rendu la justice
par eux-mesmes avec tant
d'équité,que quelques uns
d'entre eux, comme Childebert, ont merité le furnom de Justes, & qu'enfin
loin qu'ils residassent toute l'année dans leur prétendu Palais de Mamacas,
comme le dit faussement
Eginhard
,
on a
des Jugemens rendus par ces Monarques, & un grand nombre de Chartes qu'ils ont
données dans divers Palais
ou differens lieux situez
dans les diverses Provinces qui composoient laMonarchie Françoise, quijustifient le contraire. Le Pere le Cointe y
fait voirenfin que ces Princes ont eu
de la valeur & de la pru-
dencc, & qu'il ne leur a
manque pour devenir des
Rois excellents
,
qu'uq.
plus grand nombre dannées.&unplus long regne.
Fermer
Résumé : ENVOY. / EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris à Mr MODEY Conseiller en la Cour souveraine de la Province d'Utrecht, par Mr *** le 28. Décembre 1711.
Dans une lettre datée du 28 décembre 1711, adressée à Monsieur Mo Dey, conseiller à la cour souveraine de la province d'Utrecht, l'auteur discute de la nouvelle édition de la 'Vie de Charlemagne' par Eginhard, éditée par Herman Schminke. Bien que l'auteur reconnaisse la compétence de Schminke en matière historique, il estime qu'une histoire complète de Charlemagne, rédigée par une main savante, aurait été plus appréciée du public. La version d'Eginhard est jugée trop abrégée et ne satisfait pas les lecteurs instruits en histoire. Eginhard ne traite pas des premières années de Charlemagne et a composé son ouvrage de mémoire, plusieurs années après la mort de l'empereur. L'auteur exprime des doutes sur les notes de Schminke, qui pourraient ne pas corriger toutes les inexactitudes d'Eginhard. La lettre aborde également des divergences historiques, notamment sur le rôle des chapelains et des secrétaires d'État sous Charlemagne. L'auteur conteste les affirmations de Schminke concernant ces titres, en se basant sur des sources anciennes comme Adalard et le Glossaire de Du Cange. De plus, Schminke défend la réputation d'Eginhard contre les accusations de l'auteur de 'L'Esprit de Gerson', qui critique la partialité d'Eginhard envers les rois mérovingiens. L'auteur regrette que Schminke n'ait pas engagé un débat plus approfondi avec le Père le Cointe, qui a démontré l'injustice des critiques d'Eginhard envers les rois mérovingiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5013
p. 171-189
EXTRAIT DE VARON.
Début :
Varon, après avoir exterminé toute la Famille Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran. [...]
Mots clefs :
Varon, Zoraïde, Père, Sostrate, Pharès, Sort, Bras, Instant, Acte, Cruel, Fureur, Prince, Amant, Dieux, Secret, Sang, Coeur, Syracuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE VARON.
EXTRAIT DE VARON.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
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5014
p. 161
Nouvelles de Pologne. [titre d'après la table]
Début :
Par des nouvelles de Pologne on apprend que la Noblesse [...]
Mots clefs :
Roi Stanislas, Roi de Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Pologne. [titre d'après la table]
gne
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
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5015
p. 163
« L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...] »
L'A
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
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5016
p. *174-174
A Mad... L. D... De......
Début :
J'AI promis à mon Roi d'être son Chevalier, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Serment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mad... L. D... De......
A Mad... L. D ... De......
'AI promis à mon Roi d'être fon Chevalier ,
Et dès long- temps je fuis le vôtre ;
Par ce double ferment je viens de me lier.
Je fuis fûr & jamais je ne veux l'oublier ,
En fervant l'un , de plaire à l'autre.
Par unjeune Chevalier de l'Ordre de S. Louis.
'AI promis à mon Roi d'être fon Chevalier ,
Et dès long- temps je fuis le vôtre ;
Par ce double ferment je viens de me lier.
Je fuis fûr & jamais je ne veux l'oublier ,
En fervant l'un , de plaire à l'autre.
Par unjeune Chevalier de l'Ordre de S. Louis.
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5017
p. 152
POLOGNE.
Début :
Le Roi a promis à l'Envoyé du Duc de Curlande [...]
Mots clefs :
Duc de Curlande, Tsarine, Troupes moscovites, Cosaques
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE .
E Roi promis à l'Envoyé du Duc de Cur-
Llande ,qu'on n'executera rien de la part
de la République dans les Etats de ce Prince
pendant sa vie , pourvû qu'il veuille de sa part
engager la Czarine à retirer les Troupes Moscovites
qu'elle entretient dans le Duché de Curlande
depuis plusieurs années.
Les Troupes de la Couronne , qu'on avoit fait
partir pour dissiper les Cosaques qui pilloient les
Provinces frontieres , les ont battus en deux rencontres
, et ont même repris les Esclaves et les
Effets qu'ils emmenoient avec eux pour les vendre
aux Turcs , saivant leur coûtume.
E Roi promis à l'Envoyé du Duc de Cur-
Llande ,qu'on n'executera rien de la part
de la République dans les Etats de ce Prince
pendant sa vie , pourvû qu'il veuille de sa part
engager la Czarine à retirer les Troupes Moscovites
qu'elle entretient dans le Duché de Curlande
depuis plusieurs années.
Les Troupes de la Couronne , qu'on avoit fait
partir pour dissiper les Cosaques qui pilloient les
Provinces frontieres , les ont battus en deux rencontres
, et ont même repris les Esclaves et les
Effets qu'ils emmenoient avec eux pour les vendre
aux Turcs , saivant leur coûtume.
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Résumé : POLOGNE.
Le roi polonais a assuré à l'envoyé du duc de Curlande que la République n'interviendra pas dans ses États s'il obtient le retrait des troupes moscovites. Par ailleurs, les troupes polonaises ont vaincu des Cosaques pillards et récupéré des esclaves et des biens destinés aux Turcs.
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5018
p. 154
RUSSIE.
Début :
Deux Negocians qui se sont rendus d'Archangel à Moscow, ont proposé au [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
R V s s i E.
T^v Eux Negocians qui se sont rendus d* At>
\_J changel à Moscow , ont proposé au
Czar de faire aux frais de leur Compagnie un
■Canal de communication depuis la Mer CasÍiienne
jusqu'à Archangel > à condition qu'on
eur accordera un Privilège exclusif, pour faire
le Commerce de 'outes sortes de Marchandises
dans la Moscovie : S. M. Cz. a donné ordre
à quelques Conseillers de son Conseil , d'exa
miner leur projet & d'en faire leur rapport,
T^v Eux Negocians qui se sont rendus d* At>
\_J changel à Moscow , ont proposé au
Czar de faire aux frais de leur Compagnie un
■Canal de communication depuis la Mer CasÍiienne
jusqu'à Archangel > à condition qu'on
eur accordera un Privilège exclusif, pour faire
le Commerce de 'outes sortes de Marchandises
dans la Moscovie : S. M. Cz. a donné ordre
à quelques Conseillers de son Conseil , d'exa
miner leur projet & d'en faire leur rapport,
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5019
p. 154
SUEDE.
Début :
On apprend de Stokolm, que le Ministre du Czar a reçeu une remise considerable, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
S u e D .t.
ON aprend de Stokolm , que le Ministre
du Czar a reçeu une remise considérable^
.pour donner une Fête à l' occasion des Fian
çailles de S. M. Cz.
ON aprend de Stokolm , que le Ministre
du Czar a reçeu une remise considérable^
.pour donner une Fête à l' occasion des Fian
çailles de S. M. Cz.
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5020
p. 580-581
« Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Début :
Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...]
Mots clefs :
Musique, Théâtre, Opéra, Pièce, Académie royale de musique, Pompeo Aldrovandi, Théâtre de la paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Le 11. Mars , l'Académie Royale de
Musique remit au Théatre l'Opera' de
Pirithens , dont le Poëme est de M. de
la Serre , et la Musique de M. Mouret.
Cette Piece , qui a été reçûë favorablement
du Public , avoit été donnée dans
sa nouveauté en Janvier 1723. Les principaux
Kôles sont très- bien tendus par
les Dlles Antier et le Maure , et par les
sieurs Tribou , Chassé et Dun ; les Ballets
toujours de la composition du sieur Blondi,
sont très bien caracterisez ; la Dlle Camargo
, et les sieurs Dupré , Dumoulin
Javilliers , y soutiennent très - bien leur
réputation . Nous n'entrerons dans aucun
détail au sujet de cette Piece , en
ayant donné un Extrait fort au long
dans le Mercure de Fevrier 1723. pa
ge 321.
Il paroît une seconde Edition de la
Musique de cet Opera , imprimée chez
Balard , avec des changemens et des augmentations
considerables .
On apprend d'Italie , que M. Aldovrandi
, Gouverneur de Rome , y a fait
publier une nouvelle Ordonnance pour
faire observer une exacte Police dans les
Spectacles ; que le 7. du mois dernier ,
ony fit l'ouverture du Théatre de la Paix
par
"
MARS. 1734 5.81
le
par la Représentation d'une Piece nouvelle
, intitulée L'ERODISHE , et que
16. il y eut un Opera pour la premiere
fois de cette année sur le Théatre de .
Tordinone.
Musique remit au Théatre l'Opera' de
Pirithens , dont le Poëme est de M. de
la Serre , et la Musique de M. Mouret.
Cette Piece , qui a été reçûë favorablement
du Public , avoit été donnée dans
sa nouveauté en Janvier 1723. Les principaux
Kôles sont très- bien tendus par
les Dlles Antier et le Maure , et par les
sieurs Tribou , Chassé et Dun ; les Ballets
toujours de la composition du sieur Blondi,
sont très bien caracterisez ; la Dlle Camargo
, et les sieurs Dupré , Dumoulin
Javilliers , y soutiennent très - bien leur
réputation . Nous n'entrerons dans aucun
détail au sujet de cette Piece , en
ayant donné un Extrait fort au long
dans le Mercure de Fevrier 1723. pa
ge 321.
Il paroît une seconde Edition de la
Musique de cet Opera , imprimée chez
Balard , avec des changemens et des augmentations
considerables .
On apprend d'Italie , que M. Aldovrandi
, Gouverneur de Rome , y a fait
publier une nouvelle Ordonnance pour
faire observer une exacte Police dans les
Spectacles ; que le 7. du mois dernier ,
ony fit l'ouverture du Théatre de la Paix
par
"
MARS. 1734 5.81
le
par la Représentation d'une Piece nouvelle
, intitulée L'ERODISHE , et que
16. il y eut un Opera pour la premiere
fois de cette année sur le Théatre de .
Tordinone.
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Résumé : « Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Le 11 mars, l'Académie Royale de Musique a présenté l'opéra 'Pirithoüs' au Théâtre de l'Opéra, avec un poème de M. de la Serre et une musique de M. Mouret. Cet opéra, déjà acclamé lors de sa première représentation en janvier 1723, met en vedette les demoiselles Antier et le Maure, ainsi que les sieurs Tribou, Chassé et Dun. Les ballets, chorégraphiés par le sieur Blondi, sont bien exécutés par la demoiselle Camargo et les sieurs Dupré, Dumoulin et Javilliers. Une seconde édition de la musique, imprimée chez Balard, inclut des modifications et des ajouts significatifs. En Italie, M. Aldovrandi, Gouverneur de Rome, a publié une nouvelle ordonnance pour renforcer la sécurité dans les spectacles. Le Théâtre de la Paix a ouvert le 7 du mois précédent avec 'L'Erodishe', et le 16, un opéra a été présenté pour la première fois de l'année au Théâtre Tordinone.
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5021
p. 2478-2479
SUEDE.
Début :
Le Roy a donné ses Ordres au Prince Guillaume de Hesse-Cassel son Frere, pour [...]
Mots clefs :
Suède, Guillaume de Hesse-Cassel, Traité d'alliance, Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
SUE DE.
E Roy a donné ses Ordres au Prince Guil
laume de Hesse- Cassel son Frere , pour augmenter les Troupes du Landgraviat , confor
mement
NOVEMBRE. 1732. 2479
hement aux conditions particulieres du nouveau Traité d'Alliance que le Roy de Suede ,
comme Landgrave de Hesse , a conclu avec le
Roy de Pologne , pour la deffense mutuelle de
leurs Etats d'Allemagne
E Roy a donné ses Ordres au Prince Guil
laume de Hesse- Cassel son Frere , pour augmenter les Troupes du Landgraviat , confor
mement
NOVEMBRE. 1732. 2479
hement aux conditions particulieres du nouveau Traité d'Alliance que le Roy de Suede ,
comme Landgrave de Hesse , a conclu avec le
Roy de Pologne , pour la deffense mutuelle de
leurs Etats d'Allemagne
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5022
p. 808-809
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a eu avis de la résolution prise par le Grand-Seigneur de faire une ensreprise sur [...]
Mots clefs :
Prince, Sultan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
Na eu avis de la réfolution prife par le
Grand- Seigneur de faire une ensrepriſe fur
P'Ifle de Corfou , appartenant à la République de
Venife , & qu'on arme à ce fujet une Flotte à
Conftantinople.
On a eu auffi avis de Smirne , qu'on y avoit
reçû la nouvelle que le Prince Thamas , fils du
dernier Roi de Perfe , s'étoit rendu maître d'Ifpaham
, & qu'on ne parloit plus à Conſtantinople
du départ des Troupes que le G. S. devoit
envoyer en Perfe pour fecourir le Sultan Acheraf
& par les dernieres Lettres de Conftantinople on
a appris que le Prince Thamas ayant défait l'Armée
du Sultan Acheraf en trois rencontres, avoit
formé le fiége d'Ifpaham & s'en étoit rendu maître;
qu'enfuite il avoit pris plufieurs autres Villes
confiderables, & qu'on ne doutoit plus qu'il n'entreprît
de reprendre les autres Villes conquifes
par les Puiffances Etrangeres pendant les troubles
du Pays. Ces Lettres ajoûtent qu'on avoit reçû la
nouvelle de la mort du Sultan Acheraf , & qu'à
cette occafion le Grand-Vifir avoit fait affembler
le Divan.
D'autres Lettres qu'on reçoit dans le moment ,
portent que le 26. Fevrier dernier le Grand- Vifir
avoit reçu la nouvelle de la priſe d'Iſpaħam
par l'armée du Prince Thamas , que ce Prince y
avoit fait une entrée triomphante & avoit été
proclamé Souverain de cette partie de la Perfe
aux
AVRIL 1730. 809
#
aux acclamations réiterées des peuples extremement
fatisfaits de fe voir délivrés de l'oppreffion
& de la tyrannie du Sultan Acheraf , qui s'eft retiré
fecretement de la Ville trois jours avant la
prife , avec le refte de fon parti , pour ſe fauver
du côté de la Géorgie , où l'on croit qu'il a été
affaffiné. , & on ajoûte que le bruit de fa mort
avoit déterminé le Grand-Vizir à renvoyer l'Envoyé
qui étoit à Gonftantinoplc de la part de coc JifU1paceur.
Grand- Seigneur de faire une ensrepriſe fur
P'Ifle de Corfou , appartenant à la République de
Venife , & qu'on arme à ce fujet une Flotte à
Conftantinople.
On a eu auffi avis de Smirne , qu'on y avoit
reçû la nouvelle que le Prince Thamas , fils du
dernier Roi de Perfe , s'étoit rendu maître d'Ifpaham
, & qu'on ne parloit plus à Conſtantinople
du départ des Troupes que le G. S. devoit
envoyer en Perfe pour fecourir le Sultan Acheraf
& par les dernieres Lettres de Conftantinople on
a appris que le Prince Thamas ayant défait l'Armée
du Sultan Acheraf en trois rencontres, avoit
formé le fiége d'Ifpaham & s'en étoit rendu maître;
qu'enfuite il avoit pris plufieurs autres Villes
confiderables, & qu'on ne doutoit plus qu'il n'entreprît
de reprendre les autres Villes conquifes
par les Puiffances Etrangeres pendant les troubles
du Pays. Ces Lettres ajoûtent qu'on avoit reçû la
nouvelle de la mort du Sultan Acheraf , & qu'à
cette occafion le Grand-Vifir avoit fait affembler
le Divan.
D'autres Lettres qu'on reçoit dans le moment ,
portent que le 26. Fevrier dernier le Grand- Vifir
avoit reçu la nouvelle de la priſe d'Iſpaħam
par l'armée du Prince Thamas , que ce Prince y
avoit fait une entrée triomphante & avoit été
proclamé Souverain de cette partie de la Perfe
aux
AVRIL 1730. 809
#
aux acclamations réiterées des peuples extremement
fatisfaits de fe voir délivrés de l'oppreffion
& de la tyrannie du Sultan Acheraf , qui s'eft retiré
fecretement de la Ville trois jours avant la
prife , avec le refte de fon parti , pour ſe fauver
du côté de la Géorgie , où l'on croit qu'il a été
affaffiné. , & on ajoûte que le bruit de fa mort
avoit déterminé le Grand-Vizir à renvoyer l'Envoyé
qui étoit à Gonftantinoplc de la part de coc JifU1paceur.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En avril 1730, des informations ont été reçues sur des actions militaires et politiques en Méditerranée orientale. Le Grand Seigneur a décidé d'attaquer l'île de Corfou, appartenant à la République de Venise, et une flotte est en cours d'armement à Constantinople. Parallèlement, des nouvelles de Smirne rapportent que Thamas, fils du dernier roi de Perse, a pris le contrôle d'Ispahan après avoir vaincu l'armée du sultan Acheraf en trois batailles. Thamas a ensuite assiégé et conquis Ispahan ainsi que plusieurs autres villes importantes. La mort du sultan Acheraf a été annoncée, et le Grand-Vizir a convoqué le Divan. Des lettres ultérieures confirment la prise d'Ispahan par Thamas, qui y a été proclamé souverain et acclamé par la population. Le sultan Acheraf s'est enfui en Géorgie, où il aurait été assassiné, ce qui a conduit le Grand-Vizir à rappeler l'envoyé de l'empereur de Perse à Constantinople.
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5023
p. 154-156
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le 27 de ce mois, vers les deux heures après midi, le Roi se rendit à la Chambre des [...]
Mots clefs :
Roi, Chambre des communes, Bien public, Subsides, Bonheur, Affaires publiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
' -E a7 de ce mois ,' vers les deux heures après
midi, le Roi se rendit â. la Chambre des
Pairs avec les cerémonies aecoûtumées ; et S. M.
ayant mandé les Communes, fit le Discours sui
vant, , . .
Mylorals et Mëssieurs , je ressens une grande sa-J
s-Ïtisfaetion de ce ue la situation présente des
sa alÏairesJant au-de ans qu’au dehors du Royau.
., me , ne me donne diantre’ raison de vous as
assembler aujourrPhui quefexpédition des afä
n faires
JANVIER.‘ 1733. i”.
le faires publiques et l'envie de trouver une.ocä
a casion de recevoir vos avis sur les affaires qui
o: pourront se présenter , et qui demanderont
a Pattention et la considération du Parle
p ment.
Messieurs de I4 Chambre des Communesÿ Ie
adonnerai ordre de préparer et de remettre de
n vaut vous l’Etat de la dépense pour le service
n de Pannée courante: je ne doute point que
avons ne leviez eflîcacement les subsides que
h vous jugerez nécessaires pour Phonneur , l1
u sûreté et la défense du Royaume avec le même
a empressement que j’ai toujours éprouvé en
p vous , et: je ne puis m’empêcher de vous re
o» commander comme une considération digne
u de la Chambre des Communes de la Grande
» Bretagne , de prendre dans vos délibérations ,
æ soit en levant les subsides annuels, soit en dis
uttibuant les revenus publics , les mesures que
n vous croirez les plus capables de contribuer au.
s; soulagement présent et futur de ceux que voue
u représentez. '
‘Mylam’: et Messieurs. Vous devez être con-é
avaincus combien il est à souhaiter que vous
o; travailliez avec le plus de diligence qu’il sera
n possible aux affaires publiques , et que rien ne
a: donnera plus de poids et de crédit à vos déli
.21 bérations , que le soin avec lequel vous éviterez
se des animositez et des emportemens déraison
nnables , et l'attention que vous aurez de vous
a: occuper constamment du veritable interêt de
a: votre Patrie, sansvvous. laisser détourner de
uCCt objet par aucun prétexte , quelque spéeieu;
- s3 qu’il partit. Qre cela soit donc votre premier’
a) et_ prmcipalsoin , et le peuple sera sensible aux
wavanzages qu'il recevra de la sagesse et de læ‘
_ _ . H l} l) fCÎo
‘_
,
152M ERCURE m: FRANCE.‘
s, fermeté qui vous feront préfèrer son soulage:
a. ment et le bien public a toutes autres coustdég‘
v: rations. .
ce Discours fut prononcéau nom du Roi par
le Lord Raymond , chef de Justice de la Cou:
du Banc du Roi’, â cause de Pindisposition du
Grand-Chancelier. Après que le Roi se fut reti
xé , les Seigneurs résolurent de présenter une
Adresse à S. M, pour la remercier de sa Haran
gue , pour ICCODBOÎIÏC la bonté que le Roi avoir
cuë de témoigner tant d’envie de recevoir leurs
avis sur les matieres qui demanderoient Parten
tion du Parlement, et pour assûrar S. M. que la
Chambre expediera les affaires publiques le plus
promptement qu’il se pourra , ce travaillera avec
autant de sagesse quede zele sur tout ce qui in
teressera le bonheur du peuple et le bien public.
La Chambre des Communes résoluraussi de préc
semer une Adresse à S. M. pour la remercier de
sa Haranguc , pour témoigner leur satisfaction
de la situation présente des affaires , tant au-de...
dans qtÿau dehors du Royaume, et pour Passûv‘
ree du zele avec lequel elle entreroit dans toutes
les vuës de S. M. et se couformeroit à ce qu'elle
lui avoit recommandé. a
- Le les Seigneurs allerent présenterleurAdt-csè
se au Rol qui leur répondit ;
ytYLozeDs,
u je‘ vous remercie de cette respectueuse et 5-‘
en dele Adresse. Comme le bonheur de mon peu
vple et Febien public ont toujours été mon pring’
‘ucipal objet, le zcle que vous me témoignez d'y
’° contribuer , ne peut nfêrre que très-agréable ,
>°et il vous asslîre de plus en Plus ma faveur et
“m; ‘protection,
' -E a7 de ce mois ,' vers les deux heures après
midi, le Roi se rendit â. la Chambre des
Pairs avec les cerémonies aecoûtumées ; et S. M.
ayant mandé les Communes, fit le Discours sui
vant, , . .
Mylorals et Mëssieurs , je ressens une grande sa-J
s-Ïtisfaetion de ce ue la situation présente des
sa alÏairesJant au-de ans qu’au dehors du Royau.
., me , ne me donne diantre’ raison de vous as
assembler aujourrPhui quefexpédition des afä
n faires
JANVIER.‘ 1733. i”.
le faires publiques et l'envie de trouver une.ocä
a casion de recevoir vos avis sur les affaires qui
o: pourront se présenter , et qui demanderont
a Pattention et la considération du Parle
p ment.
Messieurs de I4 Chambre des Communesÿ Ie
adonnerai ordre de préparer et de remettre de
n vaut vous l’Etat de la dépense pour le service
n de Pannée courante: je ne doute point que
avons ne leviez eflîcacement les subsides que
h vous jugerez nécessaires pour Phonneur , l1
u sûreté et la défense du Royaume avec le même
a empressement que j’ai toujours éprouvé en
p vous , et: je ne puis m’empêcher de vous re
o» commander comme une considération digne
u de la Chambre des Communes de la Grande
» Bretagne , de prendre dans vos délibérations ,
æ soit en levant les subsides annuels, soit en dis
uttibuant les revenus publics , les mesures que
n vous croirez les plus capables de contribuer au.
s; soulagement présent et futur de ceux que voue
u représentez. '
‘Mylam’: et Messieurs. Vous devez être con-é
avaincus combien il est à souhaiter que vous
o; travailliez avec le plus de diligence qu’il sera
n possible aux affaires publiques , et que rien ne
a: donnera plus de poids et de crédit à vos déli
.21 bérations , que le soin avec lequel vous éviterez
se des animositez et des emportemens déraison
nnables , et l'attention que vous aurez de vous
a: occuper constamment du veritable interêt de
a: votre Patrie, sansvvous. laisser détourner de
uCCt objet par aucun prétexte , quelque spéeieu;
- s3 qu’il partit. Qre cela soit donc votre premier’
a) et_ prmcipalsoin , et le peuple sera sensible aux
wavanzages qu'il recevra de la sagesse et de læ‘
_ _ . H l} l) fCÎo
‘_
,
152M ERCURE m: FRANCE.‘
s, fermeté qui vous feront préfèrer son soulage:
a. ment et le bien public a toutes autres coustdég‘
v: rations. .
ce Discours fut prononcéau nom du Roi par
le Lord Raymond , chef de Justice de la Cou:
du Banc du Roi’, â cause de Pindisposition du
Grand-Chancelier. Après que le Roi se fut reti
xé , les Seigneurs résolurent de présenter une
Adresse à S. M, pour la remercier de sa Haran
gue , pour ICCODBOÎIÏC la bonté que le Roi avoir
cuë de témoigner tant d’envie de recevoir leurs
avis sur les matieres qui demanderoient Parten
tion du Parlement, et pour assûrar S. M. que la
Chambre expediera les affaires publiques le plus
promptement qu’il se pourra , ce travaillera avec
autant de sagesse quede zele sur tout ce qui in
teressera le bonheur du peuple et le bien public.
La Chambre des Communes résoluraussi de préc
semer une Adresse à S. M. pour la remercier de
sa Haranguc , pour témoigner leur satisfaction
de la situation présente des affaires , tant au-de...
dans qtÿau dehors du Royaume, et pour Passûv‘
ree du zele avec lequel elle entreroit dans toutes
les vuës de S. M. et se couformeroit à ce qu'elle
lui avoit recommandé. a
- Le les Seigneurs allerent présenterleurAdt-csè
se au Rol qui leur répondit ;
ytYLozeDs,
u je‘ vous remercie de cette respectueuse et 5-‘
en dele Adresse. Comme le bonheur de mon peu
vple et Febien public ont toujours été mon pring’
‘ucipal objet, le zcle que vous me témoignez d'y
’° contribuer , ne peut nfêrre que très-agréable ,
>°et il vous asslîre de plus en Plus ma faveur et
“m; ‘protection,
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 7 janvier 1733, le roi de Grande-Bretagne s'adressa à la Chambre des Pairs et convoqua les Communes. Il exprima sa satisfaction quant à la situation intérieure et extérieure du royaume et sollicita les avis du Parlement sur les affaires futures. Le roi demanda à la Chambre des Communes de préparer un état des dépenses pour l'année en cours et d'obtenir les subsides nécessaires pour l'honneur, la sûreté et la défense du royaume, tout en soulageant le peuple. Il encouragea les députés à travailler avec diligence et à éviter les animosités, en se concentrant sur l'intérêt de la patrie. Le discours fut prononcé par le Lord Raymond en raison de l'indisposition du Grand-Chancelier. Après le discours, les Seigneurs et la Chambre des Communes résolurent de présenter des adresses au roi pour le remercier et assurer de leur zèle à expédier les affaires publiques promptement et avec sagesse. Le roi répondit en remerciant les Seigneurs et en exprimant son agrément face à leur zèle pour le bonheur du peuple et le bien public.
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5024
p. 790-792
MORTS, BAPTEMES, MARIAGES des Pays Etrangers.
Début :
Neophite Narry, Archevêque de Sedijana en Sorie, né à Alep [...]
Mots clefs :
Baptême, Alep, Le Levant, Missionnaire, Pape, Princesse, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, BAPTEMES, MARIAGES des Pays Etrangers.
MORTS, BAPTEMES, MARIAGES
des Pays Etrangers.
Nophite Narry ,Archevêque de Sedijana en
Sorie , né Alep ,, et ancien Missionnaire
dans le Levant , mourut
le 24. de Fevrier , âgé de
62. ans ; il fut inhumé
le lendemain
avec beaucoup
de céremonie
dans l'Eglise du College de
Propaganda
fide , ou la Messe fut celebrée
, et
l'Abfoute
fut faite par M. Fouquet , Evêque Ti
tulaire d'Eleutheropolis
, et on celebra pendant
la
matinée
dans la même Eglise , des Messes
, suivant
les Rits Latin , Grec , Arménien
, Syriaque
,
Copthe
, Chaldéen
et Maronite
.
M. Nastri , Prelat Grec , Archevêque de Samarie
, qui a été pendant long- tems Missionnaire
dans le Levant , ayant été renversé par un des
Carosses du cortege le jour de l'Entrée publique
de l'Ambassadeur de Malte à Rome , mourut je
lendemain de ses blessures son corps qui a été
Exposé pendant quatre jours dans l'Eglise du
College
A V RIL. 1731. 791
College de Propaganda fide , rendant une sueur
qu'on disoit être d'une odeur douce et agréable ,
le Pape y envoya ses Medecins et ses Chirurgiens
pour l'examiner , et après qu'ils en ont eu fait
leur rapport à Sa Sainteté , ce corps a été inhumé
dans la même Eglise auprès de celui du feu
Cardinal de Tournon.
Le 23. Mars , le Duc Auguste Guillaume de
Brunswick Wolfembutel , mourut à Wolfembutel
, âgé de 69. ans et quinze jours , étant né le 8.
Mars 1662. ce Prince n'ayant point laissé d'enfans
des trois Princesses qu'il a épousées , le Duc
Louis Rodolphe de Brunswix Blankemberg , pere
de l'Imperatrice et de la Princesse , Epouse du
Duc Ferdinand Albert de Brunsvick Bevern , suçcede
à ses Etats.
La Princesse d'Anhalt , et Epouse du Comte
d'Hanau , soeur de la Reine d'Angleterre , est
morte sur la fin du mois dernier.
Le Cardinal Jacques Boncompagno , mourut
subitement à Rome le 24 , Mars dans sa soixantedix-
neuvième année,étant né les.Mai1652 . Il étoit
fils de Hugues Boncompagno troisiéme Duc de
Sora , mort au mois d'Octobre 1676. et de Dona
Marie Ruffo , fille de François Marie , second
Duc de Bagnara. Il étoit frere du Duc de Sora ,
set beaufrere de la Princesse Piombino. Le Pape
Innocent XII. le fit Cardinal dans le Consistoire
du 12. Decembre 1695. et dans un des Consistoires
suivans , Sa Sainteté lui donna le titrs
de Sainte Marie in via lata. Ce Cardinal étoit
Archevêque de Bologne et Evêque d'Albano ; il
avoit séance dans les Congrégations des Evêques
et Reguliers , du Concile et de la visite Apostolique.
Son corps fut porté le lendemain dans l'Eglise
de Sainte Brigite , où il fut mit en dépôt,
Il a fait un Testament par lequel il laisse 300c,
Ecus
792 MERCURE DE FRANCE
Ecus à ses Domestiques , et un Tableau de grand
prix à Sa Sainteté. Il fait quelques legs de vaisselle
d'argent au Duc de Friano et à la Princesse
de Piombino , et il institue le Duc de Sora heritier
de tous ses biens. 11 vaque par cette mort un
septiéme lieu dáus le Sacré College.
Le 28. le Corps du Cardinal Boncompagno fur
transporté dans l'Eglise de S. André della Valle ,
où il fut inhumé avec beaucoup de cérémonie.
des Pays Etrangers.
Nophite Narry ,Archevêque de Sedijana en
Sorie , né Alep ,, et ancien Missionnaire
dans le Levant , mourut
le 24. de Fevrier , âgé de
62. ans ; il fut inhumé
le lendemain
avec beaucoup
de céremonie
dans l'Eglise du College de
Propaganda
fide , ou la Messe fut celebrée
, et
l'Abfoute
fut faite par M. Fouquet , Evêque Ti
tulaire d'Eleutheropolis
, et on celebra pendant
la
matinée
dans la même Eglise , des Messes
, suivant
les Rits Latin , Grec , Arménien
, Syriaque
,
Copthe
, Chaldéen
et Maronite
.
M. Nastri , Prelat Grec , Archevêque de Samarie
, qui a été pendant long- tems Missionnaire
dans le Levant , ayant été renversé par un des
Carosses du cortege le jour de l'Entrée publique
de l'Ambassadeur de Malte à Rome , mourut je
lendemain de ses blessures son corps qui a été
Exposé pendant quatre jours dans l'Eglise du
College
A V RIL. 1731. 791
College de Propaganda fide , rendant une sueur
qu'on disoit être d'une odeur douce et agréable ,
le Pape y envoya ses Medecins et ses Chirurgiens
pour l'examiner , et après qu'ils en ont eu fait
leur rapport à Sa Sainteté , ce corps a été inhumé
dans la même Eglise auprès de celui du feu
Cardinal de Tournon.
Le 23. Mars , le Duc Auguste Guillaume de
Brunswick Wolfembutel , mourut à Wolfembutel
, âgé de 69. ans et quinze jours , étant né le 8.
Mars 1662. ce Prince n'ayant point laissé d'enfans
des trois Princesses qu'il a épousées , le Duc
Louis Rodolphe de Brunswix Blankemberg , pere
de l'Imperatrice et de la Princesse , Epouse du
Duc Ferdinand Albert de Brunsvick Bevern , suçcede
à ses Etats.
La Princesse d'Anhalt , et Epouse du Comte
d'Hanau , soeur de la Reine d'Angleterre , est
morte sur la fin du mois dernier.
Le Cardinal Jacques Boncompagno , mourut
subitement à Rome le 24 , Mars dans sa soixantedix-
neuvième année,étant né les.Mai1652 . Il étoit
fils de Hugues Boncompagno troisiéme Duc de
Sora , mort au mois d'Octobre 1676. et de Dona
Marie Ruffo , fille de François Marie , second
Duc de Bagnara. Il étoit frere du Duc de Sora ,
set beaufrere de la Princesse Piombino. Le Pape
Innocent XII. le fit Cardinal dans le Consistoire
du 12. Decembre 1695. et dans un des Consistoires
suivans , Sa Sainteté lui donna le titrs
de Sainte Marie in via lata. Ce Cardinal étoit
Archevêque de Bologne et Evêque d'Albano ; il
avoit séance dans les Congrégations des Evêques
et Reguliers , du Concile et de la visite Apostolique.
Son corps fut porté le lendemain dans l'Eglise
de Sainte Brigite , où il fut mit en dépôt,
Il a fait un Testament par lequel il laisse 300c,
Ecus
792 MERCURE DE FRANCE
Ecus à ses Domestiques , et un Tableau de grand
prix à Sa Sainteté. Il fait quelques legs de vaisselle
d'argent au Duc de Friano et à la Princesse
de Piombino , et il institue le Duc de Sora heritier
de tous ses biens. 11 vaque par cette mort un
septiéme lieu dáus le Sacré College.
Le 28. le Corps du Cardinal Boncompagno fur
transporté dans l'Eglise de S. André della Valle ,
où il fut inhumé avec beaucoup de cérémonie.
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Résumé : MORTS, BAPTEMES, MARIAGES des Pays Etrangers.
Le texte relate divers événements concernant des décès, des baptêmes et des mariages dans plusieurs pays étrangers. L'archevêque de Sedijana en Syrie, Nophite Narry, né à Alep et ancien missionnaire dans le Levant, est décédé le 24 février à l'âge de 62 ans. Il a été inhumé le lendemain avec cérémonie dans l'église du Collège de Propaganda fide. M. Nastri, prélat grec et archevêque de Samarie, ancien missionnaire dans le Levant, est mort des suites de blessures causées par un carrosse lors de l'entrée publique de l'ambassadeur de Malte à Rome. Son corps a été exposé pendant quatre jours dans l'église du Collège de Propaganda fide avant d'être inhumé auprès du cardinal de Tournon. Le duc Auguste Guillaume de Brunswick-Wolfenbüttel est décédé à Wolfenbüttel le 23 mars à l'âge de 69 ans. Le duc Louis Rodolphe de Brunswick-Blankenberg lui a succédé. La princesse d'Anhalt, épouse du comte d'Hanau et sœur de la reine d'Angleterre, est morte à la fin du mois précédent. Le cardinal Jacques Boncompagno, archevêque de Bologne et évêque d'Albano, est décédé subitement à Rome le 24 mars à l'âge de 69 ans. Son corps a été inhumé avec cérémonie à l'église de Saint-André della Valle. Sa mort a laissé vacant un septième siège au Sacré Collège.
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5025
p. 65-67
Lettre d'Arras.
Début :
Le onze Avril Mr le Compte de Lille Commandant dans [...]
Mots clefs :
Arras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'Arras.
Lettre d'Arras,
Le
onze Avril Mr le
Comte de Lille Commandant
dans Arras,détacha
Mr du Clos avec cinquante
Grenadiers
, & Mr Sersosi
avec 50. Hussarts pour
aller en parti. En revenant
ils trouverent à trois lieues
d'Arras au Village de Vimy
un Party des Ennemis
de cinq cents Chevaux,
qu'ils désirententierement
avec leurs cent Maistres
feulement. Ils ont ramené
quarante prisonniers
, un
Capitaine& deux Lieutenants,
avec trente chevaux,
outre environ deux cent
chevaux qui se sont ccha-"
pez dans la campagne 6e
dont les Paysans ontprofité.
C'est là le premier coup
demain de l'ouverture de
cette campagne Mr Duclos
est le mesme quia
arrestéle nommé la Ha,e
à la teste des traistres qu'il
vouloir introduire dans
Peronne, dont je vous écrivis
l'aventure le mois pasle.
Le
onze Avril Mr le
Comte de Lille Commandant
dans Arras,détacha
Mr du Clos avec cinquante
Grenadiers
, & Mr Sersosi
avec 50. Hussarts pour
aller en parti. En revenant
ils trouverent à trois lieues
d'Arras au Village de Vimy
un Party des Ennemis
de cinq cents Chevaux,
qu'ils désirententierement
avec leurs cent Maistres
feulement. Ils ont ramené
quarante prisonniers
, un
Capitaine& deux Lieutenants,
avec trente chevaux,
outre environ deux cent
chevaux qui se sont ccha-"
pez dans la campagne 6e
dont les Paysans ontprofité.
C'est là le premier coup
demain de l'ouverture de
cette campagne Mr Duclos
est le mesme quia
arrestéle nommé la Ha,e
à la teste des traistres qu'il
vouloir introduire dans
Peronne, dont je vous écrivis
l'aventure le mois pasle.
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Résumé : Lettre d'Arras.
Le 11 avril, le comte de Lille, commandant à Arras, a envoyé M. du Clos et M. Sersosi avec des grenadiers et des hussards. Ils ont vaincu cinq cents cavaliers ennemis près de Vimy, capturant quarante prisonniers et trente chevaux. Deux cents chevaux ennemis ont été récupérés par les paysans. M. du Clos a aussi arrêté un individu nommé La Haie à Péronne.
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5026
p. 998-1000
L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna le 31 de ce mois la seconde Représentation [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Décoration, Opéra, Génie du feu, Colonnes, Empire de l'amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique donna
le 31 de ce mois la seconde Représentation
de l'Empire de l'Amour , Balet
Héroïque , dont nous avons rendu
compte dans le dernier Mercure ; mais
nous avons promis de parler de l'éclatante
et superbe Décoration du Génie du
Fen : C'est à quoi nous allons satis
faire.
Ce grand morceau d'Architecture re
présente un magnifique Palais , qui pa
roît aux yeux prodigieusement
vaste
formant une grande Galerie , au bout de
des laquelle on voit un Dôme , porté par
Colomnes et des Arcades , au travers desquels
se voyent obliquement , à droite
et à gauche , une continuation d'autres
Galeries en Arcades , portées par des colomnes
isolées , qui produisent à la vuë
un si grand éloignement, que l'oeil en est
étonné.
Toute la Décoration est très- richement
ornée , et d'un goût noble et grand, quoiqu'extrêmement
particulier et bizarre ;
Et cependant possible dans l'éxécution ,
par
MAY. 1733 .
par l'accouplement des colomnes et la
distribution du plan ; elle est , selon le
vrai caractere du génie du feu , si éclairée
par le ménagement du brillant des couleurs
et des lumieres , que l'imagination
ne peut rien concevoir qui caracterise si
bien ce Sujet.
•
Sur le rez - de -chaussée , à l'aplomb du
Dôme , on a placé une Urne avec son
piédestal , très- ornée
lumineuse et
transparente , d'où paroît partir la lumiere
qui éclaire toute la Décoration , laquelle
en devient si éclatante , qu'à pei
ne peut- on en soûtenir la vuë.
Cette Décoration , dans laquelle toutes
les finesses de l'Art sont employées, et que
le Public ne cesse d'honorer de ses applaudissemens
, est fort au - dessus de celle
du Palais du Soleil , et fort différente de
toutes celles qu'on a fait jusqu'ici , tang
par la Composition et l'Architecture, que
la matiere dont elle est composée
comme cuirs dorez faits exprès , fer blanc
poli et verni par dessus , couleurs les
plus éclatantes , toiles transparentes , et
dorures ; tout cela si bien disposé , qu'il
produit un effet qui paroît tenir de l'enpar
chantement .
>
Le sieur André , Peintre de l'Opera , a
peint cette Décoration sur les Desseins
H du
co MERCURE DE FRANCE
du Cavalier Servandoni , qui nous donne,
tous les jours de nouvelles preuves de
son génie , aisé varié et fécond.
On prépare le Ballet des Fêtes Grecques
et Romaines, pour le donner après celui
qu'on jouë à présent.
le 31 de ce mois la seconde Représentation
de l'Empire de l'Amour , Balet
Héroïque , dont nous avons rendu
compte dans le dernier Mercure ; mais
nous avons promis de parler de l'éclatante
et superbe Décoration du Génie du
Fen : C'est à quoi nous allons satis
faire.
Ce grand morceau d'Architecture re
présente un magnifique Palais , qui pa
roît aux yeux prodigieusement
vaste
formant une grande Galerie , au bout de
des laquelle on voit un Dôme , porté par
Colomnes et des Arcades , au travers desquels
se voyent obliquement , à droite
et à gauche , une continuation d'autres
Galeries en Arcades , portées par des colomnes
isolées , qui produisent à la vuë
un si grand éloignement, que l'oeil en est
étonné.
Toute la Décoration est très- richement
ornée , et d'un goût noble et grand, quoiqu'extrêmement
particulier et bizarre ;
Et cependant possible dans l'éxécution ,
par
MAY. 1733 .
par l'accouplement des colomnes et la
distribution du plan ; elle est , selon le
vrai caractere du génie du feu , si éclairée
par le ménagement du brillant des couleurs
et des lumieres , que l'imagination
ne peut rien concevoir qui caracterise si
bien ce Sujet.
•
Sur le rez - de -chaussée , à l'aplomb du
Dôme , on a placé une Urne avec son
piédestal , très- ornée
lumineuse et
transparente , d'où paroît partir la lumiere
qui éclaire toute la Décoration , laquelle
en devient si éclatante , qu'à pei
ne peut- on en soûtenir la vuë.
Cette Décoration , dans laquelle toutes
les finesses de l'Art sont employées, et que
le Public ne cesse d'honorer de ses applaudissemens
, est fort au - dessus de celle
du Palais du Soleil , et fort différente de
toutes celles qu'on a fait jusqu'ici , tang
par la Composition et l'Architecture, que
la matiere dont elle est composée
comme cuirs dorez faits exprès , fer blanc
poli et verni par dessus , couleurs les
plus éclatantes , toiles transparentes , et
dorures ; tout cela si bien disposé , qu'il
produit un effet qui paroît tenir de l'enpar
chantement .
>
Le sieur André , Peintre de l'Opera , a
peint cette Décoration sur les Desseins
H du
co MERCURE DE FRANCE
du Cavalier Servandoni , qui nous donne,
tous les jours de nouvelles preuves de
son génie , aisé varié et fécond.
On prépare le Ballet des Fêtes Grecques
et Romaines, pour le donner après celui
qu'on jouë à présent.
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Résumé : L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
Le 31 mai 1733, l'Académie Royale de Musique a présenté la seconde représentation de l'Empire de l'Amour, un ballet héroïque. La décoration du Génie du Feu, décrite comme un magnifique palais prodigieusement vaste, comprend une grande galerie menant à un dôme soutenu par des colonnes et des arcades. Cette architecture, richement ornée avec un goût noble et grand, bien que particulier et bizarre, est réalisable grâce à l'accouplement des colonnes et la distribution du plan. Elle est éclairée de manière à représenter le caractère du génie du feu, avec un usage judicieux des couleurs et des lumières. Au rez-de-chaussée, sous le dôme, se trouve une urne lumineuse et transparente, source de lumière éclairant toute la décoration. Cette dernière, utilisant des cuirs dorés, du fer blanc poli et verni, des couleurs éclatantes, des toiles transparentes et des dorures, a été acclamée par le public pour ses finesses artistiques. Elle surpasse celle du Palais du Soleil et diffère de toutes les précédentes par sa composition et ses matériaux. La décoration a été peinte par le sieur André, d'après les dessins du Cavalier Servandoni. Par ailleurs, on prépare le ballet des Fêtes Grecques et Romaines pour une prochaine représentation.
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5027
p. 2070-2072
« Les menaces de l'Empereur, ni même la marche des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le [...] »
Début :
Les menaces de l'Empereur, ni même la marche des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le [...]
Mots clefs :
Empereur, Troupes, Mois, Ville, Camp, Roi, Pologne, Électeur de Saxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les menaces de l'Empereur, ni même la marche des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le [...] »
Les menaces de l'Empereur , ni même la marche
des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le
Duc Charles Leopold de Meckelbourg à ceder
l'administration de ses Etats au Duc Louis- Chrétien
son frere , n'ont pû le déterminer à șe sou- i
mettre au Decret Imperial. Il a déclaré par plusieurs
Manifestes qu'il ne reconnoissoit aucune
Puissance qui eût droit de le dépouiller d'une
autorité qu'il ne tenoit que de ses Ancêtres , et
qu'il étoit résolu de la soutenir jusqu'à la derniere
extremité. Il a pourvû en même- temps la
Ville de Schwerin de toutes les munitions nécessaires
pour une longue résistance , et il s'y est
rsnfermé dans le dessein de ne se rendre que lorsqu'il
ne lui restera plus aucune ressource . Une
partie des Habitans du Duché , et presque tous
les Païsans des environs de cette Ville , lui sont
demeurez fideles ; ce Prince ayant fait publier
que ses Sujets prissent les Armes , tous ceux qui
sont en état de les porter , obéirent . Ils se rendirent
le 14 Septembre par troupes dans la Plaine
vis-à- vis la principale Porte de la Ville, Quelquesuns
même se détacherent le lendemain pour al
ler reconnoître un Corps de 600. hommes que ›
la Commisson Impériale a déja fait entrer dans
ce Duché pour y faire mettre le Decret de l'Empereur
à execution , et qui a pris ses quartiers
dans quelques Villages voisins , mais qui ne pa-.
Loft plus dans la Place depuis que la Garnison
lui
SEPTEMBRE. 1733. 2701
lui a enlevé plusieurs Soldats dans une sortie
qu'elle fit la nuit du 10 au 11. de ce mois.
On apprend de Vienne, que le Comte Maurice.
Antoine Solari de Broglio , et M. de Heunisch ,
Ministres Plénipotentiaires du Roy de Sardai
gne , reçurent le 1o. de ce mois des mains de
P'Empereur , au nom du Roy leur Maître , l'investiture
de toutes les parties de ses Etats qui
sont Fiefs de l'Empire. Tous les Ministres d'Etat
et la plus grande partie de la principale Noblesse
assisterent à cette Cérémonie.
Le 13. S. M. I. assista à la Procession solemnelle
que le Clergé Séculier et Régulier a coûtume
de faire tous les ans à pareil jour , elle assista
ensnite dans l'Eglise Métropolitaine à la Messe
qui fut celebrée pontificalement par le Cardinal
Archevêque de Vienne , et au Te Deum qu'on
chanta , suivant l'usage , pour remercier Dieu de
la victoire que Jean Sobieski , Roy de Pologne ,
remporta sur les Turcs en 1683. et qui les obligea
de lever le Siege de devant cette Capitale.
Les Lettres de Glogaw , portent que le 30. du
mois dernier , le Prince Louis Wittemberg , avoit
fait la Revûë des Troupes qui sont campées près
de cette Place , et que le même jour les Troupes
que l'Electeur de Saxe devoit envoyer à ce Camp,
y étoient arrivées. Selon les derniers avis reçûs
de Pilsen , les Régimens de Hesse - Cassel et de
Marulli , se rendirent le 10. au Camp que l'Empereur
a formé entre cette Place et celle d'Egra.
Ceux de Konigseg et de Philippi , y arriverent
le lendemain , ils furent joints le 13. par le
Régiment de Lobkowitz , Cuirassiers , et par
celui du Comte de Soissons . Il y a actuellement
dans ce Camp 22000. hommes et 18. Pieces de
Canon.
Hij Од
107 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Rome , que dans le Consistoite
secret que le Pape tint le 2. de ce mois , le Car
dinal Ottoboni proposa l'Evêché d'Acqs pour
PAbbé Dandigné , et préconisa le P. Charles
Martin pour l'Abbaye Réguliere de N. D. de
Cuicy, Ordre de Prémontré, Diocèse de Laon,
L'Electeur de Saxe a envoyé de magnifiques
présens au Cardinal Annibal Albani , chargé des
affaires de Pologne à la Cour de Rome.
des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le
Duc Charles Leopold de Meckelbourg à ceder
l'administration de ses Etats au Duc Louis- Chrétien
son frere , n'ont pû le déterminer à șe sou- i
mettre au Decret Imperial. Il a déclaré par plusieurs
Manifestes qu'il ne reconnoissoit aucune
Puissance qui eût droit de le dépouiller d'une
autorité qu'il ne tenoit que de ses Ancêtres , et
qu'il étoit résolu de la soutenir jusqu'à la derniere
extremité. Il a pourvû en même- temps la
Ville de Schwerin de toutes les munitions nécessaires
pour une longue résistance , et il s'y est
rsnfermé dans le dessein de ne se rendre que lorsqu'il
ne lui restera plus aucune ressource . Une
partie des Habitans du Duché , et presque tous
les Païsans des environs de cette Ville , lui sont
demeurez fideles ; ce Prince ayant fait publier
que ses Sujets prissent les Armes , tous ceux qui
sont en état de les porter , obéirent . Ils se rendirent
le 14 Septembre par troupes dans la Plaine
vis-à- vis la principale Porte de la Ville, Quelquesuns
même se détacherent le lendemain pour al
ler reconnoître un Corps de 600. hommes que ›
la Commisson Impériale a déja fait entrer dans
ce Duché pour y faire mettre le Decret de l'Empereur
à execution , et qui a pris ses quartiers
dans quelques Villages voisins , mais qui ne pa-.
Loft plus dans la Place depuis que la Garnison
lui
SEPTEMBRE. 1733. 2701
lui a enlevé plusieurs Soldats dans une sortie
qu'elle fit la nuit du 10 au 11. de ce mois.
On apprend de Vienne, que le Comte Maurice.
Antoine Solari de Broglio , et M. de Heunisch ,
Ministres Plénipotentiaires du Roy de Sardai
gne , reçurent le 1o. de ce mois des mains de
P'Empereur , au nom du Roy leur Maître , l'investiture
de toutes les parties de ses Etats qui
sont Fiefs de l'Empire. Tous les Ministres d'Etat
et la plus grande partie de la principale Noblesse
assisterent à cette Cérémonie.
Le 13. S. M. I. assista à la Procession solemnelle
que le Clergé Séculier et Régulier a coûtume
de faire tous les ans à pareil jour , elle assista
ensnite dans l'Eglise Métropolitaine à la Messe
qui fut celebrée pontificalement par le Cardinal
Archevêque de Vienne , et au Te Deum qu'on
chanta , suivant l'usage , pour remercier Dieu de
la victoire que Jean Sobieski , Roy de Pologne ,
remporta sur les Turcs en 1683. et qui les obligea
de lever le Siege de devant cette Capitale.
Les Lettres de Glogaw , portent que le 30. du
mois dernier , le Prince Louis Wittemberg , avoit
fait la Revûë des Troupes qui sont campées près
de cette Place , et que le même jour les Troupes
que l'Electeur de Saxe devoit envoyer à ce Camp,
y étoient arrivées. Selon les derniers avis reçûs
de Pilsen , les Régimens de Hesse - Cassel et de
Marulli , se rendirent le 10. au Camp que l'Empereur
a formé entre cette Place et celle d'Egra.
Ceux de Konigseg et de Philippi , y arriverent
le lendemain , ils furent joints le 13. par le
Régiment de Lobkowitz , Cuirassiers , et par
celui du Comte de Soissons . Il y a actuellement
dans ce Camp 22000. hommes et 18. Pieces de
Canon.
Hij Од
107 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Rome , que dans le Consistoite
secret que le Pape tint le 2. de ce mois , le Car
dinal Ottoboni proposa l'Evêché d'Acqs pour
PAbbé Dandigné , et préconisa le P. Charles
Martin pour l'Abbaye Réguliere de N. D. de
Cuicy, Ordre de Prémontré, Diocèse de Laon,
L'Electeur de Saxe a envoyé de magnifiques
présens au Cardinal Annibal Albani , chargé des
affaires de Pologne à la Cour de Rome.
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Résumé : « Les menaces de l'Empereur, ni même la marche des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le [...] »
Le Duc Charles Léopold de Mecklembourg refuse de céder l'administration de ses États au Duc Louis-Chrétien, son frère, malgré les menaces et les troupes impériales. Il affirme ne reconnaître aucune autorité pouvant le dépouiller de son pouvoir héréditaire et se prépare à résister. Il fortifie la ville de Schwerin et y rassemble des munitions. Une partie des habitants et des paysans lui restent fidèles et prennent les armes. Le 14 septembre, ils se rassemblent près de la ville pour le soutenir. La garnison de Schwerin attaque un corps de troupes impériales, capturant plusieurs soldats. À Vienne, les ministres plénipotentiaires du Roi de Sardaigne reçoivent l'investiture impériale pour les fiefs impériaux. L'Empereur célèbre la victoire de Jean Sobieski sur les Turcs en 1683. À Glogau, le Prince Louis Wittemberg passe en revue les troupes, et plusieurs régiments rejoignent le camp impérial entre Pilsen et Egra, totalisant 22 000 hommes et 18 pièces de canon. À Rome, le Cardinal Ottoboni propose des nominations ecclésiastiques lors d'un consistoire secret, et l'Électeur de Saxe envoie des présents au Cardinal Annibal Albani, chargé des affaires de Pologne.
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5028
p. 2492-2494
Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 8. de ce mois, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Le 8. de ce mois , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
nouvelle en Vers libres , en un Acte , avec quelques
Vaudevilles & un Divertiffement de M. Mouret
, intitulée , Le Triomphe de l'interêt. Le
fonds de la Piéce confifte en ceci : l'Interêt ,
qu'on perfonifie , s'applaudit en préſence de Mereure
du crédit & du pouvoir qu'il a en France.
Mercure lui apprend que l'Honneur ,ſon ennemi
irréconciliable , fe prépare à l'attaquer , & qu'il
a réfolu de lui faire une vive guerre. L'Interêt
frappé de cette nouvelle , fort à l'inftant pour raf
fembler toutes fes troupes & fe mettre en état.
de repouffer les efforts de fon ennemi. Maïs
auparavant il prie Mercure de vouloir bien donner
audiance en fa place à tous ceux qui viendront
dans fon Palais pour le confulter ou lui
demander quelque grace. La premiere perfonne
qui paroît eft Fanchon , Grifette qui n'a rien ,
petite brune qui veut faire fortune ; elle demande
à Mercure un protecteur qui lui aide à
débuter fur la Scene Françoife. M. Jacquin , riche
Caiffier , ſe préfente ; & comme il aime beau--
coup , le chant , il détermine Fanchon pour le
Théatre de l'Opera , & lui donne auffi tôt des
diamans pour la parer. Cette Scene eft mêlée de
Vaudevilles & d'Airs férieux .
Un vieux Soldat vient enfuite , & demande un
emploi de finance que Mercure lui accorde. Arlequin
, au contraire , qui vient après , ne demande
rien , & déclare qu'il eft neutre entre l'Interêt
& l'Honneur , c'est - à- dire , qu'il n'eft partifan
ni de l'un ni de l'autre , & que fa fantaific
eft ſon ſeul guide ; c'eft là qu'il dit ce Vers heureux
:
L'interet eft Normand & l'Honneur eft Gafcon.
C'eft
NOVEMBRE. 1730. 2493
C'eft en vain que Mercure veut l'attirer au
parti de l'Interêt ; Arlequin le regarde comme
un fuborneur qui pourroit le corrompre , &
s'enfuit.
M. Jacquin & Fanchon reviennent , mais auf
brouillés qu'ils étoient bien enſemble peu de tems
auparavant. Le fujet de la brouillerie eft que
Fanchon ne veut point rendre les diamans que
M. Jacquin foutient lui avoir prêtés & non donnés.
Mercure juge en faveur de Fanchon . Après
ces Scenes diverſes , l'Interêt revient fur le Théatre
, & dit qu'il a inventé un ftratagême pour
confondre fon Ennemi , & lui enlever tous fes
partifans ; il fait la revue de fes Troupes ; l'Honneur
paroît , & en fait autant ; mais fur le point
de combatre on tire le rideau , & l'Interêt fait
paroître aux yeux des Soldats de l'Honneur des
Fleuves d'or & d'argent , des Cafcades de perles
& de diamans , & enfin leur étale toutes les richeffes.
A cet afpect tous les Soldats de l'Honneur
défertent , & paffent du côté de l'Interé : qui
celebre fon Triomphe par un magnifique Diver 、
tiffement.
Cette Piéce a été genéralement applaudie . Il y
a long- tems qu'on n'a vu un concours fi prodigieux
de fpectateurs , & un fuccès fi plein , fi parfait
& fi foutenu. On y trouve beancoup d'efprit
& de fel , une verfification aiſée & élegante ,
& même des ménagemens , car Fanchon ne prétend
avoir gagné les diamans que par les Récitatifs
& les Arietes , & M. Jacquin en convient
de bonne foi. On doit imprimer cette Piéce
lorfqu'elle paroîtra , nous en pourrons donner
un Extrait plus étendu. L'Auteur eft M. Du
Caftre d'Aurigny , âgé de 18. ans , qui à l'age
de 16. a donné au Public un Abregé de l'Hifsoire
de France , imprimé à Paris , chez Le Gras,
&
,
2494 MERCURE DE FRANCE
& qui eft eftimée. Il a donné cet Eté au Théatre
François la Comédie intitulée : La Tragédie en
Profe , ou la Tragédie extravagante , petite
Piéce bien écrite , comme nous l'avons dit alors,
mais qui n'a eu qu'un fuccès médiocre. Enfin il
fera paroître le mois prochain une Hiſtoire Galante
& Héroïque , intitulée Les Avantures d'Ariftée
de Telafie en 2. vol . chez là Veuve
Guillaume. La même Libraire vendra fa Comédie
en même -tems.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
nouvelle en Vers libres , en un Acte , avec quelques
Vaudevilles & un Divertiffement de M. Mouret
, intitulée , Le Triomphe de l'interêt. Le
fonds de la Piéce confifte en ceci : l'Interêt ,
qu'on perfonifie , s'applaudit en préſence de Mereure
du crédit & du pouvoir qu'il a en France.
Mercure lui apprend que l'Honneur ,ſon ennemi
irréconciliable , fe prépare à l'attaquer , & qu'il
a réfolu de lui faire une vive guerre. L'Interêt
frappé de cette nouvelle , fort à l'inftant pour raf
fembler toutes fes troupes & fe mettre en état.
de repouffer les efforts de fon ennemi. Maïs
auparavant il prie Mercure de vouloir bien donner
audiance en fa place à tous ceux qui viendront
dans fon Palais pour le confulter ou lui
demander quelque grace. La premiere perfonne
qui paroît eft Fanchon , Grifette qui n'a rien ,
petite brune qui veut faire fortune ; elle demande
à Mercure un protecteur qui lui aide à
débuter fur la Scene Françoife. M. Jacquin , riche
Caiffier , ſe préfente ; & comme il aime beau--
coup , le chant , il détermine Fanchon pour le
Théatre de l'Opera , & lui donne auffi tôt des
diamans pour la parer. Cette Scene eft mêlée de
Vaudevilles & d'Airs férieux .
Un vieux Soldat vient enfuite , & demande un
emploi de finance que Mercure lui accorde. Arlequin
, au contraire , qui vient après , ne demande
rien , & déclare qu'il eft neutre entre l'Interêt
& l'Honneur , c'est - à- dire , qu'il n'eft partifan
ni de l'un ni de l'autre , & que fa fantaific
eft ſon ſeul guide ; c'eft là qu'il dit ce Vers heureux
:
L'interet eft Normand & l'Honneur eft Gafcon.
C'eft
NOVEMBRE. 1730. 2493
C'eft en vain que Mercure veut l'attirer au
parti de l'Interêt ; Arlequin le regarde comme
un fuborneur qui pourroit le corrompre , &
s'enfuit.
M. Jacquin & Fanchon reviennent , mais auf
brouillés qu'ils étoient bien enſemble peu de tems
auparavant. Le fujet de la brouillerie eft que
Fanchon ne veut point rendre les diamans que
M. Jacquin foutient lui avoir prêtés & non donnés.
Mercure juge en faveur de Fanchon . Après
ces Scenes diverſes , l'Interêt revient fur le Théatre
, & dit qu'il a inventé un ftratagême pour
confondre fon Ennemi , & lui enlever tous fes
partifans ; il fait la revue de fes Troupes ; l'Honneur
paroît , & en fait autant ; mais fur le point
de combatre on tire le rideau , & l'Interêt fait
paroître aux yeux des Soldats de l'Honneur des
Fleuves d'or & d'argent , des Cafcades de perles
& de diamans , & enfin leur étale toutes les richeffes.
A cet afpect tous les Soldats de l'Honneur
défertent , & paffent du côté de l'Interé : qui
celebre fon Triomphe par un magnifique Diver 、
tiffement.
Cette Piéce a été genéralement applaudie . Il y
a long- tems qu'on n'a vu un concours fi prodigieux
de fpectateurs , & un fuccès fi plein , fi parfait
& fi foutenu. On y trouve beancoup d'efprit
& de fel , une verfification aiſée & élegante ,
& même des ménagemens , car Fanchon ne prétend
avoir gagné les diamans que par les Récitatifs
& les Arietes , & M. Jacquin en convient
de bonne foi. On doit imprimer cette Piéce
lorfqu'elle paroîtra , nous en pourrons donner
un Extrait plus étendu. L'Auteur eft M. Du
Caftre d'Aurigny , âgé de 18. ans , qui à l'age
de 16. a donné au Public un Abregé de l'Hifsoire
de France , imprimé à Paris , chez Le Gras,
&
,
2494 MERCURE DE FRANCE
& qui eft eftimée. Il a donné cet Eté au Théatre
François la Comédie intitulée : La Tragédie en
Profe , ou la Tragédie extravagante , petite
Piéce bien écrite , comme nous l'avons dit alors,
mais qui n'a eu qu'un fuccès médiocre. Enfin il
fera paroître le mois prochain une Hiſtoire Galante
& Héroïque , intitulée Les Avantures d'Ariftée
de Telafie en 2. vol . chez là Veuve
Guillaume. La même Libraire vendra fa Comédie
en même -tems.
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Résumé : Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Le 8 novembre 1730, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Triomphe de l'intérêt', une comédie en vers libres écrite par M. Mouret. La pièce met en scène l'Interêt personnifié, qui se félicite de son influence en France. Mercure informe l'Interêt que l'Honneur, son ennemi, se prépare à l'attaquer. L'Interêt rassemble ses troupes et demande à Mercure d'accorder audience à ceux qui viennent le consulter. Plusieurs personnages apparaissent, dont Fanchon, une jeune femme désirant faire fortune au théâtre, aidée par M. Jacquin, un riche cafetier amoureux du chant. Un vieux soldat obtient un emploi de finance, tandis qu'Arlequin déclare sa neutralité entre l'Interêt et l'Honneur. Fanchon et M. Jacquin se disputent à propos de diamants prêtés, et Mercure tranche en faveur de Fanchon. L'Interêt révèle un stratagème pour séduire les partisans de l'Honneur en leur montrant des richesses, entraînant la défection des soldats de l'Honneur. La pièce a été acclamée par le public et a connu un succès durable. L'auteur, M. Du Castre d'Aurigny, est un jeune homme de 18 ans ayant déjà publié un abrégé de l'histoire de France et une comédie intitulée 'La Tragédie en Prose'. Il prépare également une 'Histoire Galante & Héroïque' intitulée 'Les Aventures d'Aristée de Télasie'.
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5029
p. 1634-1638
L'Opéra Comique, la Fausse Egyptienne, et Hali et Zemire, &c. en Vaudevilles, [titre d'après la table]
Début :
Le 30 Juin, l'Opéra Comique fit l'ouverture de son Théatre de la Foire Saint [...]
Mots clefs :
La Fausse Égyptienne, Opéra-Comique, Foire Saint-Laurent, Air, Rime, Prologue, Comique, Vaudevilles, Hali et Zémire, Charles-François Panard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opéra Comique, la Fausse Egyptienne, et Hali et Zemire, &c. en Vaudevilles, [titre d'après la table]
Le 30 Juin , l'Opéra Comique fit l'ouverture
de son Théatre de la Foire Saint
Laurent , par deux Piéces nouvelles d'un
Acte chacune , en Vaudevilles , avec des
Divertissemens , intitulée : la Fausse Egypsienne
, et Hali et Zemire , précedées d'un
Prologue qui a été applaudi du Public.
La soeur de la Dlle Rolland , qui est si
fort goûtée au Théatre Italien , y danse
une Entrée avec beaucoup d'applaudissement.
Le sujet de ce Prologue , de la composition
de M. Panard , aussi bien que les
paroles des Vaudevilles , est un Poëte qui
vient
JUILLET. 1733. 1635
vient offrir à l'Opera Comique personifié
, grand nombre de Vaudevilles qu'il
a composez avec soin sur toute sorte de
Sujets ; il en a , dit-il , pour exprimer la
la Fureur , le Desespoir , la Douleur , le
Tendre , l'Enjoüé , &c. il lui en chante
plusieurs que l'Opera Comique goûte
fort , et qu'il placera , dit - il , dans les
Pieces qu'il va donner. Le Poete vantè
entr'autres , ceux qu'il a composez pour
vanter les Talens et chapte les trois
Couplets suivans.
2
UNe Eleve de
Melpomene ,
Rentrée en la Troupe Romaine ,
Par son Art s'y fait remarquer.
Dès qu'elle paroît sur la Scene ,
Tous les suffrages elle entraîne ;
La Rime peut vous l'indiquer.
粥
Une Suivante fort habile ,
Dans un âge à peine nuble ,
Chez les François a du renom ;
Son air naturel et facile ,
Enchante la Cour et la Ville ,
La Rime vous dira son nom.
Une Actrice que l'on adore ,
Hij Telle
1636 MERCURE DE FRANCE
.
Telle qu'il n'en fût point encore ,
Fait le succès de l'Opera.
Des charmes de sa voix sonore
Nous voyons mille Amours éclore ;
Par la Rime on la connoîtra. ·
On trouvera l'Air noté avec la Chanson ;
page 1628.
Ce Prologue est suivi d'un Divertissement
très- bien composé par le sieur
Boudet , dans lequel son fils , âgé de cinq
ou six ans , danse avec un autre garçon
du même âge , une Entrée en Pierrots ,
qui fait beaucoup de plaisir , le tout est
terminé par ce Vaudeville.
Tant qu'un jeune Galant desire ;
A la Beauté qui le ravit ,
Il a mille choses à dire ,
Son discours jamais ne finit ;
Mais dès qu'il a signé certaine clause
De jolis mots la source se tarit
La bouche est close ,
Tout est dit.
M
Tant qu'un Client a des especes ,
Et qu'il fournit à tous les frais ;
On entasse pieces sur pieces ,
Pour
JUILLET. IL
1733. 1637
Pour éterniser le procès ;
Mais quand l'argent ne vient pas à mesure;
Adieu Factums , Requête et contredit;
Plus d'écriture ;
Tout est dit.
雜
Vous vous trompez dans votre attente ;
Vous , qui pour gouter le plaisir , f
D'avoir une femme ignorante ,
Au Village allez la choisir ;
Là , comme icy , maint ,objet est précoce ,
Et Cupidon si jeunes les instruit ,
Qu'avant la noce ,
Tout est dit.
Quand votre fille devient grande ;
Mere , ne la quittés jamais .
C'est un soin que je recommande ;
Contre mès propres interêts :
Craignez qu'Amour , près d'elle ne s'arrête ,
Jamais ce Dieu n'est long dans son récit ,
Tournez la tête ,
Tout est dit.
On dit que dá temps de nos Peres ,
Les jeunes Gens sçavoient parler ?
Ceux d'à-present n'en tiennent guéres ;
H iij
Leur
1638 MERCURE DE FRANCE
Leur langage nous fait bâiller.
Quand ils ont dit deux couplets sur l'allure ,
Qu'ils ont parlé de spectacles , d'habit ,
Et de frisure ,
Tout est dit.
粥
•
Quand les Spectateurs font silence
Et qu'ils écoutent jusqu'au bout
Auteurs ayez de l'esperance ,
Votre ouvrage flate leur gout ;
Mais quand on voit arriver la secousse ,
Qu'avant la fin , le Parterre à grand bruit ,
Se mouche , tousse
Tout est dit.
On trouvera l'Air noté avec la Chanson.
de son Théatre de la Foire Saint
Laurent , par deux Piéces nouvelles d'un
Acte chacune , en Vaudevilles , avec des
Divertissemens , intitulée : la Fausse Egypsienne
, et Hali et Zemire , précedées d'un
Prologue qui a été applaudi du Public.
La soeur de la Dlle Rolland , qui est si
fort goûtée au Théatre Italien , y danse
une Entrée avec beaucoup d'applaudissement.
Le sujet de ce Prologue , de la composition
de M. Panard , aussi bien que les
paroles des Vaudevilles , est un Poëte qui
vient
JUILLET. 1733. 1635
vient offrir à l'Opera Comique personifié
, grand nombre de Vaudevilles qu'il
a composez avec soin sur toute sorte de
Sujets ; il en a , dit-il , pour exprimer la
la Fureur , le Desespoir , la Douleur , le
Tendre , l'Enjoüé , &c. il lui en chante
plusieurs que l'Opera Comique goûte
fort , et qu'il placera , dit - il , dans les
Pieces qu'il va donner. Le Poete vantè
entr'autres , ceux qu'il a composez pour
vanter les Talens et chapte les trois
Couplets suivans.
2
UNe Eleve de
Melpomene ,
Rentrée en la Troupe Romaine ,
Par son Art s'y fait remarquer.
Dès qu'elle paroît sur la Scene ,
Tous les suffrages elle entraîne ;
La Rime peut vous l'indiquer.
粥
Une Suivante fort habile ,
Dans un âge à peine nuble ,
Chez les François a du renom ;
Son air naturel et facile ,
Enchante la Cour et la Ville ,
La Rime vous dira son nom.
Une Actrice que l'on adore ,
Hij Telle
1636 MERCURE DE FRANCE
.
Telle qu'il n'en fût point encore ,
Fait le succès de l'Opera.
Des charmes de sa voix sonore
Nous voyons mille Amours éclore ;
Par la Rime on la connoîtra. ·
On trouvera l'Air noté avec la Chanson ;
page 1628.
Ce Prologue est suivi d'un Divertissement
très- bien composé par le sieur
Boudet , dans lequel son fils , âgé de cinq
ou six ans , danse avec un autre garçon
du même âge , une Entrée en Pierrots ,
qui fait beaucoup de plaisir , le tout est
terminé par ce Vaudeville.
Tant qu'un jeune Galant desire ;
A la Beauté qui le ravit ,
Il a mille choses à dire ,
Son discours jamais ne finit ;
Mais dès qu'il a signé certaine clause
De jolis mots la source se tarit
La bouche est close ,
Tout est dit.
M
Tant qu'un Client a des especes ,
Et qu'il fournit à tous les frais ;
On entasse pieces sur pieces ,
Pour
JUILLET. IL
1733. 1637
Pour éterniser le procès ;
Mais quand l'argent ne vient pas à mesure;
Adieu Factums , Requête et contredit;
Plus d'écriture ;
Tout est dit.
雜
Vous vous trompez dans votre attente ;
Vous , qui pour gouter le plaisir , f
D'avoir une femme ignorante ,
Au Village allez la choisir ;
Là , comme icy , maint ,objet est précoce ,
Et Cupidon si jeunes les instruit ,
Qu'avant la noce ,
Tout est dit.
Quand votre fille devient grande ;
Mere , ne la quittés jamais .
C'est un soin que je recommande ;
Contre mès propres interêts :
Craignez qu'Amour , près d'elle ne s'arrête ,
Jamais ce Dieu n'est long dans son récit ,
Tournez la tête ,
Tout est dit.
On dit que dá temps de nos Peres ,
Les jeunes Gens sçavoient parler ?
Ceux d'à-present n'en tiennent guéres ;
H iij
Leur
1638 MERCURE DE FRANCE
Leur langage nous fait bâiller.
Quand ils ont dit deux couplets sur l'allure ,
Qu'ils ont parlé de spectacles , d'habit ,
Et de frisure ,
Tout est dit.
粥
•
Quand les Spectateurs font silence
Et qu'ils écoutent jusqu'au bout
Auteurs ayez de l'esperance ,
Votre ouvrage flate leur gout ;
Mais quand on voit arriver la secousse ,
Qu'avant la fin , le Parterre à grand bruit ,
Se mouche , tousse
Tout est dit.
On trouvera l'Air noté avec la Chanson.
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Résumé : L'Opéra Comique, la Fausse Egyptienne, et Hali et Zemire, &c. en Vaudevilles, [titre d'après la table]
Le 30 juin, l'Opéra Comique a inauguré son Théâtre de la Foire Saint-Laurent avec deux nouvelles pièces en vaudevilles intitulées 'La Fausse Égyptienne' et 'Hali et Zemire'. Ces pièces étaient précédées d'un prologue acclamé par le public. La sœur de Mlle Rolland, connue au Théâtre Italien, a dansé avec succès. Le prologue, écrit par M. Panard, présentait un poète offrant à l'Opéra Comique des vaudevilles sur divers sujets tels que la fureur, le désespoir, la douleur, le tendre et l'enjoué. Un divertissement composé par le sieur Boudet a suivi, dans lequel son fils, âgé de cinq ou six ans, a dansé avec un autre garçon. Le spectacle s'est terminé par un vaudeville. Les paroles des vaudevilles incluaient des couplets vantant les talents de certaines actrices et des réflexions sur divers aspects de la vie quotidienne et sociale.
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5030
p. 174-178
De Vienne le 28. Septembre.
Début :
L'Envoyé Turc Ibrahim Aga partit le 13. de ce mois [...]
Mots clefs :
Guerre, Empereur
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texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 28. Septembre.
DeVienne le 28. Septembre.
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
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5031
p. 174-179
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont donné le samedi 15 de Janvier, la première représentation [...]
Mots clefs :
Sophonisbe, Voltaire, Jean Mairet, Massinissa, Romains, Scipion, Reine, Tragédie, Comédie-Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont donné le
famedi 15 de Janvier , la première repréfentation
de Sophonisbe , tragédie de
Mairet , corrigée par M. de Voltaire.
Cette tragédie eft fameufe dans l'hif
toire du théâtre. Elle parut long - temps
avant le Cid . Elle eft la première qui apprit
aux François les règles de la tragédie
& qui mit le théâtre en honneur. M. de
Voltaire a rajeuni ce drame , tout ingrat
qu'en foit le fujet ; mais il étoit digne de
ce grand maître de faire connoître , au-
* tant qu'il étoit poffible , ce premier effor
du génie.
ACTE I. Syphax , Roi de Numidie , fe
plaint de l'infidélité de Sophoniſbe fon
épouſe , dont il a furpris une lettre qu'elle
écrit à Maffiniffe , Roi d'une partie de la
Numidie . Il fait venit la Reine & l'oblige
de fe juftifier. Il la quitte enfuite pour
aller défendre fa ville contre les RoFEVRIER.
1774. 175
mains. La Reine avoue à fa confidente
le crime de fon amour.
ACTE II . Sophoniſbe eft effrayée du
bruit du combat . Elle apprend la mort
de Syphax fon époux , & le triomphe &
la clémence du jeune Maffiniffe . Elle fort
à la vue du vainqueur. Maffiniffe s'indi
gne de l'orgueil des Romains & de leur
domination . On lui donne le billet que
Sophoniſbe a écrit . La Reine vient lui
rendre hommage , & demander fon appui
contre la haine des Romains. Maffi
niffe veut qu'elle conferve l'honneur du
rang fuprême . Cependant Lelie , lieutenant
de Scipion , annonce que Sophoniſbe
doit être l'efclave de Rome.
ACTE III . Lelie ne déguiſe pas à Mafs
finiffe que c'eft au Sénat à régler fon deftin
& celui de Sophonisbe . Maffiniffe ne
peut contenir fa fureur. It fe prépare à
venger fon injure. Il unit fon fort à celui
de Sophonisbe , qui ne peut refuſer pour
époux fon vengeur & fon appui.
ACTE IV . Lélie donne des ordres pour
prévenir le complot que Maffiniffe a
formé de détruire les Romains . Maffiniſſe
eſt lui- même arrêté dans fon palais .
Scipion lui confirme que l'ordre du Sénat
eft de donner des fers à Sophonisbe . Maffi-
1
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
niffe demande feulement la liberté de
voir la Reine pour la dernière fois . Ce
Roi déplore fon fort , & abhorre la funefte
amitié des Romains. Dans ces momens
cruels ,Sophonisbe ranime le courage
de Maffiniffe . Ces deux malheureux époux
projettent d'enlever par leut mort la proie
que pourfuivent les Romains .
ACTE V. Scipion croit pouvoir fubjuguer
l'inconftance de Maffiniffe par la
fermeté jointe avec la clémence ; mais
Lélie craint l'amour & le défelpoir de ce
Numide . Il confeille au Conful de s'affu
rer de Sophonisbe. Phédime , confidente
de la Reine , dit à Scipion que bientôt
Sophonisbe va reconnoître en lui fon maître
& fon vainqueur . Maffiniffe lui même
vient offrir aux Romains leur victime
; mais au moment de livrer la Reine
il dit au Conful , en lui montrant Sophonisbe
étendue fur un lit avec un poignard
dans le fein .
Tiens , la voilà , perfide ! elle eft devant tes yeux.
La connois-tu ?
SCIPION.
Cruel !
SOPHONISBE à Maffiniffe.
Viens , que ta main chérie
FEVRIER. 1774. 177
Achève de m'ôter ce fardeau de la vie.
Digne époux , je meurs libre , & je meurs dans tes
bras.
MASSINIS SE .
Je vous la rends , Romains. Elle eſt à vous.
SCIPION.
Malheureux ! qu'as- tu fait ?
MASSINISSE.
Hélas!
Ses volontés , les miennes
Sur ces bras tout fanglants viens eflayer tes chaînes.
Approche , où font tes fers ?
LÉ LIE.
O fpectacle d'horreur !
MASSINISSE à Scipion.
Tu recules d'effroi ! Que devient ton grand coeur ?
Ilfe met entre Sophonisbe & les Romains.
Monftres qui par mes mains avez commis mon
crime ,
Allez au Capitole offrir votre victime.
Montrez à votre peuple , autour d'elle empreflé ,
Ce coeur , ce noble coeur que vous avez percé.
Jouis de ce triomphe. Es tu content , barbare ?
Tu le dois à mes foins , c'est moi qui le prépare.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Ai-je affez fatisfait ta trifte vanité ,
Et de tes jeux romains l'infame atrocité ?
Triomphe , Scipion : fi les Dieux qui m'entendent
Accordent les faveurs que les mourans demandent.
Si , devançant les temps , le grand voile du fort *
Se tire à nos regards au moment de la mort ,
Je vois dans l'avenir Sophonisbe vengée ,
Rome à son tour fanglante , à fon tour faccagée ,
Expiant dans fon fang fes triomphes affreux ,
Et les fers & l'opprobre accablant tes neveux .
Je vois vingt Nations de toi -même ignorées ,
Que le Nord vomira des mets hyperborées ,
Dans votre indigne fang vos temples renversés ;
Ces temples qu'Annibal a du moins menacés ;
Tous les vils defcendans des Catons , des Emiles ,
Aux fers des Etrangers tendant des bras ferviles ;
Ton Capitole en cendre , & tes Dieux pleins d'ef.
froi,
Détruits par des tyrans moins funeftes que toi.
Avant
que Rome
tombe
au gré de ma furie
,
Va mourir
oublié
, chaffé
de ta patrie
.
Je meurs , mais dans la mienne & c'eft en te bravant.
Le poifon que j'ai pris agit trop lentement.
* C'étoit une opinion reçue.
FEVRIER. 1774- 179
Ce fer que j'enfonçai dans le fein de ma femme *
Joint mon fang à ſon ſang , mon ame à ſa grande
ame.
Va , je ne veux pas même un tombeau de tes
mains.
•
La tragédie de Mairet eft fondée fur
une intrigue trop peu intéreffante . La
querelle d'un mari jaloux & d'une femme
infidelle eft déplacée dans cette pièce. Les
Rois Syphax & Maffiniffe font trop avilis
par leur foibleffe . Cependant M. de Vol.
taire a mis dans cette tragédie plus de
convenance ; il y a répandu des détails
très heureux ; il y a donné de l'intérêt
, & il a fait un tableau grand & vraiment
tragique de la mort de Sophonisbe .
Mais tout l'art de ce grand écrivain n'a
pu couvrir les défauts de Mairet , & donner
à Sophonisbe l'éclat & la perfection
que nous cherchons & que nous admirons
dans les chef- d'oeuvres de fon génie . Le
tôle de Sophonisbe a été bien joué par
Mde Veftris . M. Lekain a repréfenté
Maffiniffe , M. d'Alinval Syphax , M.
Molé Scipion , M. Brifard Lelie .
* Il tire le poignard du ſein de Sophonisbe ,
tombe auprès d'elle.
LES Comédiens François ont donné le
famedi 15 de Janvier , la première repréfentation
de Sophonisbe , tragédie de
Mairet , corrigée par M. de Voltaire.
Cette tragédie eft fameufe dans l'hif
toire du théâtre. Elle parut long - temps
avant le Cid . Elle eft la première qui apprit
aux François les règles de la tragédie
& qui mit le théâtre en honneur. M. de
Voltaire a rajeuni ce drame , tout ingrat
qu'en foit le fujet ; mais il étoit digne de
ce grand maître de faire connoître , au-
* tant qu'il étoit poffible , ce premier effor
du génie.
ACTE I. Syphax , Roi de Numidie , fe
plaint de l'infidélité de Sophoniſbe fon
épouſe , dont il a furpris une lettre qu'elle
écrit à Maffiniffe , Roi d'une partie de la
Numidie . Il fait venit la Reine & l'oblige
de fe juftifier. Il la quitte enfuite pour
aller défendre fa ville contre les RoFEVRIER.
1774. 175
mains. La Reine avoue à fa confidente
le crime de fon amour.
ACTE II . Sophoniſbe eft effrayée du
bruit du combat . Elle apprend la mort
de Syphax fon époux , & le triomphe &
la clémence du jeune Maffiniffe . Elle fort
à la vue du vainqueur. Maffiniffe s'indi
gne de l'orgueil des Romains & de leur
domination . On lui donne le billet que
Sophoniſbe a écrit . La Reine vient lui
rendre hommage , & demander fon appui
contre la haine des Romains. Maffi
niffe veut qu'elle conferve l'honneur du
rang fuprême . Cependant Lelie , lieutenant
de Scipion , annonce que Sophoniſbe
doit être l'efclave de Rome.
ACTE III . Lelie ne déguiſe pas à Mafs
finiffe que c'eft au Sénat à régler fon deftin
& celui de Sophonisbe . Maffiniffe ne
peut contenir fa fureur. It fe prépare à
venger fon injure. Il unit fon fort à celui
de Sophonisbe , qui ne peut refuſer pour
époux fon vengeur & fon appui.
ACTE IV . Lélie donne des ordres pour
prévenir le complot que Maffiniffe a
formé de détruire les Romains . Maffiniſſe
eſt lui- même arrêté dans fon palais .
Scipion lui confirme que l'ordre du Sénat
eft de donner des fers à Sophonisbe . Maffi-
1
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
niffe demande feulement la liberté de
voir la Reine pour la dernière fois . Ce
Roi déplore fon fort , & abhorre la funefte
amitié des Romains. Dans ces momens
cruels ,Sophonisbe ranime le courage
de Maffiniffe . Ces deux malheureux époux
projettent d'enlever par leut mort la proie
que pourfuivent les Romains .
ACTE V. Scipion croit pouvoir fubjuguer
l'inconftance de Maffiniffe par la
fermeté jointe avec la clémence ; mais
Lélie craint l'amour & le défelpoir de ce
Numide . Il confeille au Conful de s'affu
rer de Sophonisbe. Phédime , confidente
de la Reine , dit à Scipion que bientôt
Sophonisbe va reconnoître en lui fon maître
& fon vainqueur . Maffiniffe lui même
vient offrir aux Romains leur victime
; mais au moment de livrer la Reine
il dit au Conful , en lui montrant Sophonisbe
étendue fur un lit avec un poignard
dans le fein .
Tiens , la voilà , perfide ! elle eft devant tes yeux.
La connois-tu ?
SCIPION.
Cruel !
SOPHONISBE à Maffiniffe.
Viens , que ta main chérie
FEVRIER. 1774. 177
Achève de m'ôter ce fardeau de la vie.
Digne époux , je meurs libre , & je meurs dans tes
bras.
MASSINIS SE .
Je vous la rends , Romains. Elle eſt à vous.
SCIPION.
Malheureux ! qu'as- tu fait ?
MASSINISSE.
Hélas!
Ses volontés , les miennes
Sur ces bras tout fanglants viens eflayer tes chaînes.
Approche , où font tes fers ?
LÉ LIE.
O fpectacle d'horreur !
MASSINISSE à Scipion.
Tu recules d'effroi ! Que devient ton grand coeur ?
Ilfe met entre Sophonisbe & les Romains.
Monftres qui par mes mains avez commis mon
crime ,
Allez au Capitole offrir votre victime.
Montrez à votre peuple , autour d'elle empreflé ,
Ce coeur , ce noble coeur que vous avez percé.
Jouis de ce triomphe. Es tu content , barbare ?
Tu le dois à mes foins , c'est moi qui le prépare.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Ai-je affez fatisfait ta trifte vanité ,
Et de tes jeux romains l'infame atrocité ?
Triomphe , Scipion : fi les Dieux qui m'entendent
Accordent les faveurs que les mourans demandent.
Si , devançant les temps , le grand voile du fort *
Se tire à nos regards au moment de la mort ,
Je vois dans l'avenir Sophonisbe vengée ,
Rome à son tour fanglante , à fon tour faccagée ,
Expiant dans fon fang fes triomphes affreux ,
Et les fers & l'opprobre accablant tes neveux .
Je vois vingt Nations de toi -même ignorées ,
Que le Nord vomira des mets hyperborées ,
Dans votre indigne fang vos temples renversés ;
Ces temples qu'Annibal a du moins menacés ;
Tous les vils defcendans des Catons , des Emiles ,
Aux fers des Etrangers tendant des bras ferviles ;
Ton Capitole en cendre , & tes Dieux pleins d'ef.
froi,
Détruits par des tyrans moins funeftes que toi.
Avant
que Rome
tombe
au gré de ma furie
,
Va mourir
oublié
, chaffé
de ta patrie
.
Je meurs , mais dans la mienne & c'eft en te bravant.
Le poifon que j'ai pris agit trop lentement.
* C'étoit une opinion reçue.
FEVRIER. 1774- 179
Ce fer que j'enfonçai dans le fein de ma femme *
Joint mon fang à ſon ſang , mon ame à ſa grande
ame.
Va , je ne veux pas même un tombeau de tes
mains.
•
La tragédie de Mairet eft fondée fur
une intrigue trop peu intéreffante . La
querelle d'un mari jaloux & d'une femme
infidelle eft déplacée dans cette pièce. Les
Rois Syphax & Maffiniffe font trop avilis
par leur foibleffe . Cependant M. de Vol.
taire a mis dans cette tragédie plus de
convenance ; il y a répandu des détails
très heureux ; il y a donné de l'intérêt
, & il a fait un tableau grand & vraiment
tragique de la mort de Sophonisbe .
Mais tout l'art de ce grand écrivain n'a
pu couvrir les défauts de Mairet , & donner
à Sophonisbe l'éclat & la perfection
que nous cherchons & que nous admirons
dans les chef- d'oeuvres de fon génie . Le
tôle de Sophonisbe a été bien joué par
Mde Veftris . M. Lekain a repréfenté
Maffiniffe , M. d'Alinval Syphax , M.
Molé Scipion , M. Brifard Lelie .
* Il tire le poignard du ſein de Sophonisbe ,
tombe auprès d'elle.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le texte relate la première représentation de la tragédie 'Sophonisbe' de Pierre Corneille, révisée par Voltaire, qui a eu lieu le 15 janvier. Cette œuvre est notable pour avoir établi les règles de la tragédie en France avant 'Le Cid'. Voltaire a modernisé la pièce, malgré un sujet complexe, afin de souligner les débuts du génie théâtral français. L'intrigue se déroule sur cinq actes. Syphax, roi de Numidie, découvre l'infidélité de son épouse Sophonisbe avec Massinissa. Après la mort de Syphax, Sophonisbe se trouve face à Massinissa, qui est victorieux mais captif des Romains. Les deux amants choisissent de se suicider pour éviter la captivité romaine. Dans le dernier acte, Massinissa tue Sophonisbe puis se suicide, défiant Scipion et prédisant la chute future de Rome. La tragédie a été critiquée pour son intrigue peu captivante et la faiblesse des personnages royaux. Cependant, Voltaire a apporté des améliorations significatives, enrichissant l'intérêt dramatique et offrant un tableau tragique de la mort de Sophonisbe. Les rôles principaux ont été interprétés par des acteurs célèbres tels que Madame Vestris, M. Lekain, M. d'Alinval, M. Molé et M. Brifard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5032
p. 174-177
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
Début :
LE Mardi 1 Février les Comédiens François représenterent le Glorieux [...]
Mots clefs :
Comédie, Spectacles, Ballet, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
SPECTACLES DE LA COUR A VER
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
En février et mars 1763, la cour de Versailles a organisé divers spectacles. Le 1er février, les comédiens français ont joué 'Le Glorieux' de Néricault Destouches, avec Belcour dans le rôle principal, et 'Les Orignaux' de Fagan. Le 3 mars, ils ont représenté 'Zulime' et 'L'Indiscret' de Voltaire, avec Clairon dans le rôle-titre de la première pièce. Le 8 mars, 'L'Esprit follet' de Hauteroche et 'Le Cocher supposé' ont été présentés. Le 9 mars, les comédiens italiens ont joué 'La Cantatrice', suivi du ballet 'Vertumne et Pomone' de l'Académie Royale de Musique. Le 10 mars, 'Mérope' de Voltaire et 'Le Galant Coureur' de Le Grand ont été présentés. Le 15 mars, les sujets de la comédie italienne ont exécuté les opéras-comiques 'Le Roi et le Fermier' de Sedaine et Moncigni. Le texte mentionne également des bals de la cour et des représentations théâtrales ordinaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5033
p. 172-178
I.
Début :
Vues de Suisse, par M. Aberli. [...]
Mots clefs :
Vue, Suisse, Partie, Ville, Berne, Paysage, Spectacle, Rivière, Aar, Découvrir, Jean-Jacques Rousseau, Nature, Glacières, Île de Saint-Pierre, Johann Ludwig Aberli
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
I.
Vues de Suiffe , par M. Aberli,
Si les tableaux d'hiſtoire & les portraits
intéreſſent plus que les ſujets d'imagination&
les têtes de fantaiſie , il ſemble
auſſi qu'un payſage deſſiné d'après quelque
endroit connu & remarquable par luimême
, dont le ſite eſt d'ailleurs bien
choiſi , doit attacher davantage qu'un
payſage de pure invention. Le StAberli ,
A
1
FEVRIER. 1773. 173
Peintre Suifle , établi à Berne depuis
vingt- cinq ou trente ans , né avec un talent
décidé pour le payſage , a étudié avec
ſoin la belle nature , & la variété dont la
Suiſſe offre le ſpectacle aux yeux d'un artiſte
éclairé . Il n'eſt peut être aucun pays
qui préfente un ſi grand nombre de contraſtes
& d'oppoſitions pittoreſques de
tout ce que la nature a d'effrayant & d'agréable
, de fombre & de riant. On ne
pouvoit imaginer un projet plus heureux
que celui de donner au public une ſuite de
vues & de ſites intéreſſans , deſſinés ,
d'après nature , dans un goût auſſi neuf.
Ily a long- tems que les Anglois &lesAllemands
connoiffent les ouvrages du ſieur
Aberli , & les enlèvent avec empreſſemens
. Nous les jugeons dignes d'être con
nus en France . Ces vues ont été deſſinées
fur les lieux par l'auteur , gravées ſous
ſes yeux , & enluminées par lui même ,
avec un ſoin qui réunit l'agrément du
coloris avec la préciſiondu burin.
Première vue . La Ville de Berne du
côté du nord. La riviere de l'Aar baigne
les pieds de la colline fur laquelle cette
Ville eſt ſituée , & en fait une preſqu'iſle .
Dans le lointain on découvre au midi
une partie de la chaîne de hautes mon
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
tagnes , connues fous le nomde Gletscher,
ouglacieres,& qui ſe préſentent ici en amphithéâtre.
Leur prodigieuſe hauteur
trompe ſur leur diſtance , qui eſt de 20
lieues environ depuis leur pied juſqu'à
la Ville de Berne. Ce payſage eſt long de
13 pouces , haut de huit.
Deuxième vue. La ville de Berne ſous
un autre aſpect , qui n'en préſente qu'ané
petite partie. On voit la rivière de l'Aar
qui baigne les pieds de la ville au midi .
Même grandeur.
Troifiéme vue. Le château de Nidau ,
à l'embouchure de la Ticle, petite rivière
par laquelle le lac de Bienne ſe dégorge ,
&qui va fe réunir à l'Aar à une lieu de là.
Ce payfage riant & varié préſente le ſingulier
ſpectacle de quatre ſouverainetés ,
réunies fous ce point de vue , celle de
Berne , de l'Evêque de Baſle , Seigneur
de Bienne , de la Comté de Neufchatel
&du Canton de Fribourg, dont on découvre
une partie. Du milieu des eaux
on voit fortir une petite iſle , ſituée dans
la partie ſupérieure du lac , & qu'on découvre
à peine dans ce payſage. La fituation
en eſt charmante , & la nature l'a
rendue digne d'être comparée aux ifles
boromées. Elle nous rappelle les chagrins
1
FEVRIER . 1773 . 175
du célèbre Rouſſeau , qui , chaſſe de ſon
aſyle dans les montagnes de Neufchâtel ,
ſe refugia en ce lieu , où il cherchoit en
vain le repos & la tolérance. Singulière
deſtinée , qui après lui avoir fait courir
des vallons & des iſles écartées , finit par
lui faire enfin trouver ce repos tant defiré ,
où ? à Paris!
Ce tableau n'a que 2 pouces de long
fur 7 de large .
Quatriéme vue. Une partie de la ville
&du lac de Thoun. On voit la rivière
de l'Aar , qui après avoir pris naiſſance
dans un gletſcher ou glacière , voiſine des
ſources du Rhône , traverſe les lacs de
Brienz & celui de Thoun , baigne les
murs de cette ville , & continuant ſa
courſe rapide , conduit les barques en
deux heures de tems à la ville de Berne ,
par un eſpace de 7 lieues . Le tableau des
montagnes commence ici à ſe rapprocher
conſidérablement. Même grandeur que
le précédent.
Cinquiéme vue. Le village & le lac
de Brienz. Nous approchons toujours
davantage des grandes montagnes , dont
les ſommers ſont couverts d'une glace perpétuelle.
Dans le lointain on découvre
l'entrée du vallon hafle , traverſé dans
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
toute fa longueur par la rivière de l'Aar.
Largeur 13 pouces , hauteur 8 .
Sixiéme vue. Une partie du pays de
Hafle. Le devant du tableau préſente une
-haute montagne , qui fait la ſéparation de
ce vallon d'avec celui du Grindelwald où
font les glacières que les voyageurs vont
voir ordinairement. Derrière cette montagne
on découvre les ſommets de quelques
gletschers , qui méritent d'être vus ,
& qui le font de peu de voyageurs . Ceux
qui ont la curiofité de paſſer cette montagne
, jouiſſent ordinairement dans les
beaux jours d'été , d'un ſpectacle dont il
eſt difficile d'exprimer la majeſté. Vers le
milieu du jour , quand le ſoleil donne
fes rayons fur les glaces , qui ſe préſentent
à une lieue de distance vis à-vis du
voyageur , la chaleur venant à fondre une
partie des glaçons mêlés de neige durcie ,
en détache des maſles énormes , qui ſe
précipitant de rocher en rocher , & faifant
des bonds prodigieux , forment enfin
une caſcade que la réflexion des rayons
du foleil fait paroître ſemblable à un
ruiſſeau de métal en fonte. Ce ſpectacle
eſt annoncé quelques inſtans à l'avance ,
& fuivi d'un roulement ſemblable à celui
d'un tonnerre , qui font que les échos
FEVRIER. 17730 177.
des environs répètent & augmentent de
tout côté. Le voyageur étonné s'arrête, admire&
penſe en lui-même que ce ſpectacle
eft bien au-deſſus du plus beau feu
d'artifice & de la plus brillante machine
d'opéra. Même grandeur.
Septiéme vue. Une partie des glacières
du Grindelwald. Ce pays eſt déjà connu
par ſes eſtampes qui accompagnent la
deſcription des glacières de M. Grounes ,
ouvrage ſavant , traduit par M. de Keralio,
& dont les deſſeins font en partie
de M. Aberli . Hauteur 10 pouces to lignes
, largeur 8
Huitiéme vue. Les glacières du Lauterbrunen
avec la caſcade appelée Staubbach
, ou ruiſſeau en pouſſere. C'eſt ici
que l'art du Peintre eſt en défaut. Comment
rendre l'eau réduite en pouſſiere à
peine viſible , qui va ſe réunir en écumant
fur la plaine , & former de nouveau un
torrent rapide ? Même grandeur .
Nous ne pouvons qu'applaudir à l'heureux
crayon de M. Aberli , qui par un
artifice agréable a ſu inultiplier des payſages
intéreſſans pour tous les amateurs ,
non ſeulement de la peinture
auſſi ceux de l'hiſtoire naturelle ?
د
mais
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Il continue cette ſuite ,& va nous donner
des vues des environs du lac de Genève.
Vues de Suiffe , par M. Aberli,
Si les tableaux d'hiſtoire & les portraits
intéreſſent plus que les ſujets d'imagination&
les têtes de fantaiſie , il ſemble
auſſi qu'un payſage deſſiné d'après quelque
endroit connu & remarquable par luimême
, dont le ſite eſt d'ailleurs bien
choiſi , doit attacher davantage qu'un
payſage de pure invention. Le StAberli ,
A
1
FEVRIER. 1773. 173
Peintre Suifle , établi à Berne depuis
vingt- cinq ou trente ans , né avec un talent
décidé pour le payſage , a étudié avec
ſoin la belle nature , & la variété dont la
Suiſſe offre le ſpectacle aux yeux d'un artiſte
éclairé . Il n'eſt peut être aucun pays
qui préfente un ſi grand nombre de contraſtes
& d'oppoſitions pittoreſques de
tout ce que la nature a d'effrayant & d'agréable
, de fombre & de riant. On ne
pouvoit imaginer un projet plus heureux
que celui de donner au public une ſuite de
vues & de ſites intéreſſans , deſſinés ,
d'après nature , dans un goût auſſi neuf.
Ily a long- tems que les Anglois &lesAllemands
connoiffent les ouvrages du ſieur
Aberli , & les enlèvent avec empreſſemens
. Nous les jugeons dignes d'être con
nus en France . Ces vues ont été deſſinées
fur les lieux par l'auteur , gravées ſous
ſes yeux , & enluminées par lui même ,
avec un ſoin qui réunit l'agrément du
coloris avec la préciſiondu burin.
Première vue . La Ville de Berne du
côté du nord. La riviere de l'Aar baigne
les pieds de la colline fur laquelle cette
Ville eſt ſituée , & en fait une preſqu'iſle .
Dans le lointain on découvre au midi
une partie de la chaîne de hautes mon
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
tagnes , connues fous le nomde Gletscher,
ouglacieres,& qui ſe préſentent ici en amphithéâtre.
Leur prodigieuſe hauteur
trompe ſur leur diſtance , qui eſt de 20
lieues environ depuis leur pied juſqu'à
la Ville de Berne. Ce payſage eſt long de
13 pouces , haut de huit.
Deuxième vue. La ville de Berne ſous
un autre aſpect , qui n'en préſente qu'ané
petite partie. On voit la rivière de l'Aar
qui baigne les pieds de la ville au midi .
Même grandeur.
Troifiéme vue. Le château de Nidau ,
à l'embouchure de la Ticle, petite rivière
par laquelle le lac de Bienne ſe dégorge ,
&qui va fe réunir à l'Aar à une lieu de là.
Ce payfage riant & varié préſente le ſingulier
ſpectacle de quatre ſouverainetés ,
réunies fous ce point de vue , celle de
Berne , de l'Evêque de Baſle , Seigneur
de Bienne , de la Comté de Neufchatel
&du Canton de Fribourg, dont on découvre
une partie. Du milieu des eaux
on voit fortir une petite iſle , ſituée dans
la partie ſupérieure du lac , & qu'on découvre
à peine dans ce payſage. La fituation
en eſt charmante , & la nature l'a
rendue digne d'être comparée aux ifles
boromées. Elle nous rappelle les chagrins
1
FEVRIER . 1773 . 175
du célèbre Rouſſeau , qui , chaſſe de ſon
aſyle dans les montagnes de Neufchâtel ,
ſe refugia en ce lieu , où il cherchoit en
vain le repos & la tolérance. Singulière
deſtinée , qui après lui avoir fait courir
des vallons & des iſles écartées , finit par
lui faire enfin trouver ce repos tant defiré ,
où ? à Paris!
Ce tableau n'a que 2 pouces de long
fur 7 de large .
Quatriéme vue. Une partie de la ville
&du lac de Thoun. On voit la rivière
de l'Aar , qui après avoir pris naiſſance
dans un gletſcher ou glacière , voiſine des
ſources du Rhône , traverſe les lacs de
Brienz & celui de Thoun , baigne les
murs de cette ville , & continuant ſa
courſe rapide , conduit les barques en
deux heures de tems à la ville de Berne ,
par un eſpace de 7 lieues . Le tableau des
montagnes commence ici à ſe rapprocher
conſidérablement. Même grandeur que
le précédent.
Cinquiéme vue. Le village & le lac
de Brienz. Nous approchons toujours
davantage des grandes montagnes , dont
les ſommers ſont couverts d'une glace perpétuelle.
Dans le lointain on découvre
l'entrée du vallon hafle , traverſé dans
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
toute fa longueur par la rivière de l'Aar.
Largeur 13 pouces , hauteur 8 .
Sixiéme vue. Une partie du pays de
Hafle. Le devant du tableau préſente une
-haute montagne , qui fait la ſéparation de
ce vallon d'avec celui du Grindelwald où
font les glacières que les voyageurs vont
voir ordinairement. Derrière cette montagne
on découvre les ſommets de quelques
gletschers , qui méritent d'être vus ,
& qui le font de peu de voyageurs . Ceux
qui ont la curiofité de paſſer cette montagne
, jouiſſent ordinairement dans les
beaux jours d'été , d'un ſpectacle dont il
eſt difficile d'exprimer la majeſté. Vers le
milieu du jour , quand le ſoleil donne
fes rayons fur les glaces , qui ſe préſentent
à une lieue de distance vis à-vis du
voyageur , la chaleur venant à fondre une
partie des glaçons mêlés de neige durcie ,
en détache des maſles énormes , qui ſe
précipitant de rocher en rocher , & faifant
des bonds prodigieux , forment enfin
une caſcade que la réflexion des rayons
du foleil fait paroître ſemblable à un
ruiſſeau de métal en fonte. Ce ſpectacle
eſt annoncé quelques inſtans à l'avance ,
& fuivi d'un roulement ſemblable à celui
d'un tonnerre , qui font que les échos
FEVRIER. 17730 177.
des environs répètent & augmentent de
tout côté. Le voyageur étonné s'arrête, admire&
penſe en lui-même que ce ſpectacle
eft bien au-deſſus du plus beau feu
d'artifice & de la plus brillante machine
d'opéra. Même grandeur.
Septiéme vue. Une partie des glacières
du Grindelwald. Ce pays eſt déjà connu
par ſes eſtampes qui accompagnent la
deſcription des glacières de M. Grounes ,
ouvrage ſavant , traduit par M. de Keralio,
& dont les deſſeins font en partie
de M. Aberli . Hauteur 10 pouces to lignes
, largeur 8
Huitiéme vue. Les glacières du Lauterbrunen
avec la caſcade appelée Staubbach
, ou ruiſſeau en pouſſere. C'eſt ici
que l'art du Peintre eſt en défaut. Comment
rendre l'eau réduite en pouſſiere à
peine viſible , qui va ſe réunir en écumant
fur la plaine , & former de nouveau un
torrent rapide ? Même grandeur .
Nous ne pouvons qu'applaudir à l'heureux
crayon de M. Aberli , qui par un
artifice agréable a ſu inultiplier des payſages
intéreſſans pour tous les amateurs ,
non ſeulement de la peinture
auſſi ceux de l'hiſtoire naturelle ?
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mais
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Il continue cette ſuite ,& va nous donner
des vues des environs du lac de Genève.
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Résumé : I.
Johann Ludwig Aberli, peintre suisse établi à Berne, est célèbre pour ses paysages dessinés d'après nature. La diversité des paysages suisses inspire abondamment son œuvre, déjà reconnue en Angleterre et en Allemagne. Aberli maîtrise toutes les étapes de création de ses œuvres, du dessin à la gravure en passant par l'enluminure, ce qui lui permet d'allier précision et harmonie des couleurs. Parmi ses vues notables, on trouve 'La Ville de Berne du côté du nord', qui montre la rivière Aar entourant la ville et les montagnes glacées des Gletschers au loin. 'La ville de Berne sous un autre aspect' présente une partie de la ville et la rivière Aar au sud. 'Le château de Nidau' illustre l'embouchure de la Ticle avec quatre souverainetés et une île évoquant les souvenirs de Jean-Jacques Rousseau. 'Une partie de la ville et du lac de Thoune' montre la rivière Aar traversant plusieurs lacs avant Berne. 'Le village et le lac de Brienz' est situé près de grandes montagnes couvertes de glace perpétuelle. 'Une partie du pays de Hasle' met en scène des montagnes, des glaciers et des cascades spectaculaires. Enfin, 'Les glacières du Grindelwald' et 'Les glacières du Lauterbrunnen', incluant la cascade Staubbach, sont également représentées. Aberli exécute ses œuvres avec un soin minutieux, offrant une représentation fidèle des paysages suisses. Il capture des scènes naturelles impressionnantes, comme l'eau se transformant en poussière presque invisible avant de former un torrent rapide. Ses dessins sont précieux pour les amateurs de peinture et d'histoire naturelle. Aberli prévoit de continuer à présenter des vues des environs du lac de Genève.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5034
p. 159-165
L'Ordre de la Noblesse des Officiers pour l'Etat.
Début :
Le Czar, qui est le souverain de tous les Etats, & [...]
Mots clefs :
Cour, Tsar, Boyard, Boïar, Chanceliers, Chambellans, Gentilshommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Ordre de la Noblesse des Officiers pour l'Etat.
L'Ordre de la Noblesse des
Officiers pour l'Etat.
Oij
160
Relation
Le Czar, qui est le souverain de tous les Etats, &
qui dispose de tout à sa vo-
lonté, est un Prince absolu
& Despotique; il est le Mai-
tre de la vie & de tout le
bien de ses Sujers.
Les Premiers en dignité, a-
prés le Czar, sont les Prin-
ces; des Sujets de ceux-ci
sont leurs Esclaves, mais ils
ne les peuvent condamner à
mort; a moins que le Cxar
ny consenre : Les autres sont
Seigneurs & Gentils-Hom-
mes; il ya ensuire les Sin-
bojares, ou les fils de Bojares,
& les Marchands qui com-
posent un Etat du Royaume.
On a beaucoup d'égard pour
Historique.
161
eux, mais il ne leur est pas
permis de negocier hors du
Royaume, sans la permission
du Czar.
Les Bojares sont, comme
les Conseillers du Royau-
me & de l'Etat; ils sont
ordinairement au nombre
de 30.
Les Okonits suivent ceux-
ci; ils ne possedent point
de titre d'honneur; mais
ils sont élus d'entre les
Bojares, & Envoyez dans
les Palatinats ou Gouver-
nemens pour commander.
Les Dumnyi Dubranie, ou
les Chambellans, suivent
ceux-cy.
Oiij
Relation
162
Les Dumnyi Diceki ou trois
Chanceliers, dont l'un
est le Grand, & les deux
autres, Vice-Chanceliers,
sont les troisièmes en or-
dre.
Ce sont la les trois Ordres
du Rang des principaux Sei-
gneurs de la Cour de S. M.
Cx.
Les Principaux Officiers de
sa Cour, sont
Le Grand Ecuyer, qui
a la même authorite que
le Connêtable en France;
mais cette Charge est su-
primée depuis peu.
Le Grand Maistre d'Hô-
tel qui gouverne la Cour.
Historique.
163
Le Maître d'Artillerie
qui a soin des Armes &
des Chevaux du Czar.
Les Bojeares.
Les Okolnitzen.
Les Chambellans.
Les 3 Chanceliers.
Celui qui fait le lit.
Le Valet de Chambre.
L'Ecuyer Tranchant.
L'Echanson.
Le Porte-Viand sur Ta-
ble.
Les Gentils-Hommes qui
suivent la Cour en voia-
ge.
Les Pages.
L'Ecrivain ou Poicassen,
ou Chancelier & divers
162
Relation
autres.
Les Gentils-Hommes de
Cour.
Les Charges cy-dessus &
quantité d'autres, commen-
cent peu à peu a être abolies,
le Czar en créant d'autres,
à l'imitarion des principales
Cours de l'Europe, ainsi qu'il
vient d'ériger une Cour
qu'on appelle le Senat de
l'Empire, qui juge toutes les
affaires d'Etat en dernier
ressort, pendant son absence.
Il en fait de même a l'égard
des Charges Militaires &
d'Etat: Pour la Iustice, autre-
fois ils ecrivoient leurs pro-
ces sur des longs rouleaux de
Historique.
165
papier; presentement cetre
maniere est abolie, & on se
sert de papier timbre, ainsi
qu'on le pratique dans la
plupart des autres Cours de
l'Europe.
Officiers pour l'Etat.
Oij
160
Relation
Le Czar, qui est le souverain de tous les Etats, &
qui dispose de tout à sa vo-
lonté, est un Prince absolu
& Despotique; il est le Mai-
tre de la vie & de tout le
bien de ses Sujers.
Les Premiers en dignité, a-
prés le Czar, sont les Prin-
ces; des Sujets de ceux-ci
sont leurs Esclaves, mais ils
ne les peuvent condamner à
mort; a moins que le Cxar
ny consenre : Les autres sont
Seigneurs & Gentils-Hom-
mes; il ya ensuire les Sin-
bojares, ou les fils de Bojares,
& les Marchands qui com-
posent un Etat du Royaume.
On a beaucoup d'égard pour
Historique.
161
eux, mais il ne leur est pas
permis de negocier hors du
Royaume, sans la permission
du Czar.
Les Bojares sont, comme
les Conseillers du Royau-
me & de l'Etat; ils sont
ordinairement au nombre
de 30.
Les Okonits suivent ceux-
ci; ils ne possedent point
de titre d'honneur; mais
ils sont élus d'entre les
Bojares, & Envoyez dans
les Palatinats ou Gouver-
nemens pour commander.
Les Dumnyi Dubranie, ou
les Chambellans, suivent
ceux-cy.
Oiij
Relation
162
Les Dumnyi Diceki ou trois
Chanceliers, dont l'un
est le Grand, & les deux
autres, Vice-Chanceliers,
sont les troisièmes en or-
dre.
Ce sont la les trois Ordres
du Rang des principaux Sei-
gneurs de la Cour de S. M.
Cx.
Les Principaux Officiers de
sa Cour, sont
Le Grand Ecuyer, qui
a la même authorite que
le Connêtable en France;
mais cette Charge est su-
primée depuis peu.
Le Grand Maistre d'Hô-
tel qui gouverne la Cour.
Historique.
163
Le Maître d'Artillerie
qui a soin des Armes &
des Chevaux du Czar.
Les Bojeares.
Les Okolnitzen.
Les Chambellans.
Les 3 Chanceliers.
Celui qui fait le lit.
Le Valet de Chambre.
L'Ecuyer Tranchant.
L'Echanson.
Le Porte-Viand sur Ta-
ble.
Les Gentils-Hommes qui
suivent la Cour en voia-
ge.
Les Pages.
L'Ecrivain ou Poicassen,
ou Chancelier & divers
162
Relation
autres.
Les Gentils-Hommes de
Cour.
Les Charges cy-dessus &
quantité d'autres, commen-
cent peu à peu a être abolies,
le Czar en créant d'autres,
à l'imitarion des principales
Cours de l'Europe, ainsi qu'il
vient d'ériger une Cour
qu'on appelle le Senat de
l'Empire, qui juge toutes les
affaires d'Etat en dernier
ressort, pendant son absence.
Il en fait de même a l'égard
des Charges Militaires &
d'Etat: Pour la Iustice, autre-
fois ils ecrivoient leurs pro-
ces sur des longs rouleaux de
Historique.
165
papier; presentement cetre
maniere est abolie, & on se
sert de papier timbre, ainsi
qu'on le pratique dans la
plupart des autres Cours de
l'Europe.
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5035
p. 177-183
MORTS.
Début :
Messire Charles Marquis de Sevigné, Seigneur des Rochers, etc. [...]
Mots clefs :
Arnaud, Conseiller d'État, Érudition, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MO RTSMessire
Charles Marquis
de Sevigné, Seigneur des
Rochers, &c. Lieutenant
General pour le Roy de la
Ville & Comté de Nantes,
mourutle 2. 7. Mars 171 3.
Dame Charlotte Rolland,
épouse de MessireNicolas de
Paris, Seigneur du Pasquier,
Conseiller au Parlement
mour le premier Avril
171 5.
DameEleonore de Tuf--
seau Baronne de Sautour,
veuve de Messire Achilles
Eleonor de Fresnoy
,
Chevalier,
Marquis de,Fresnoy
,
Seigneur de Neüilly en-Teil,
,&c. Maréchal des Camps &
Armées du Roy, mourut le
4. Avril âgé de 83. ans.
Messire Nicolas Bourré,
Prestre, Docteur & Doyen
de la Faculté de Theologie
de Paris.,mouruc le 10. Avril
âgé de
MessireJean Antoine
d'Hervart, Chevalier) Seigneur
deBois-le-Vicomte,
Mitry, &c. mourut le i14'1.
Avril.
Messir Robert Bruneau,
Conseiller de la Grande
Chambre, mourut le 16.
Avril.
Dame Marguerite Françoise
de la Porte, épouse de
Messire Jean Nicolas de
Pleure, Seigneur de Romilly
Conseiller au Parlement,
mourut le 15. Avril.
Dame Claude Magdelaine
Habert de Montmor,veuve
de MessireBernard de Rieu,
premier Maistred'Hostel ordinaire
du Roy, mourut le
ip. Avril en sa cinquanteneuviéme
année.
Messire Jean François
Felix Arnaud de Pomponne
est mort le vingt deuxiéme
Avril en sa dixième année;
il cft fils unique de Messire
Augustin Arnaud Marquis
dePomponne, & de Dame
Constance de Harville
Paloiseau,&neveu , de Monsieur
l'Abbé de Pomponne
Conseiller d'Etat,&de Madame
de Torcy.
La famille d'Arnaud de
Pomponne vient d'Auvergne,
alliée à celles de
Barjot du Bourg dont un
Chancelier de France, Forget
dont un Secretaire d'Etat,
Marion, si!!.c de l'A veeu
généralMarion, de laBroderie
& l'Avocat, qui font les
alliances de la ligne diredte
depuis Henry Arnaud Gouneur
de la Ville d'Herment
en basse Auvergne. Ilsonteu
deshommes de grande érudition
& entr'autres le fameux
Antoine Arnaud
Dodtcur de Sorbonne, illuiïre
par son érudition&
par ses oeuvres qui mourut
en 1694.lequel étoit le vingruniéme
enfant d'Anrolne Arnaud
deuxiémedu nom Avocar
en Parlement si fameux
que le Roy HenryIV. vint
exprés pour l'entendre plaider
& lefîtConseiller d'Etat,
& deCatherine Marion qui
eue encore un izç enfant.
De ce mariage vint aussi
Henry Arnaud Evesque
d'Angers qui mourut en
1692, six de ses filles furent
Religieuses à Port- Royal
desChamps,dont l'une nomméeAngélique
y sur Abbesse
& Catherine Marion sa mere
étante veuve se rerira auprés
de sa fille;s'y fit Religieuse
& y mourut; on peut dire
que tous les descendans de
cette famille se sont toûjour s
fait distinguer tant par leur
vertu, leur merice leurs emplois
& leur érudition.
Charles Marquis
de Sevigné, Seigneur des
Rochers, &c. Lieutenant
General pour le Roy de la
Ville & Comté de Nantes,
mourutle 2. 7. Mars 171 3.
Dame Charlotte Rolland,
épouse de MessireNicolas de
Paris, Seigneur du Pasquier,
Conseiller au Parlement
mour le premier Avril
171 5.
DameEleonore de Tuf--
seau Baronne de Sautour,
veuve de Messire Achilles
Eleonor de Fresnoy
,
Chevalier,
Marquis de,Fresnoy
,
Seigneur de Neüilly en-Teil,
,&c. Maréchal des Camps &
Armées du Roy, mourut le
4. Avril âgé de 83. ans.
Messire Nicolas Bourré,
Prestre, Docteur & Doyen
de la Faculté de Theologie
de Paris.,mouruc le 10. Avril
âgé de
MessireJean Antoine
d'Hervart, Chevalier) Seigneur
deBois-le-Vicomte,
Mitry, &c. mourut le i14'1.
Avril.
Messir Robert Bruneau,
Conseiller de la Grande
Chambre, mourut le 16.
Avril.
Dame Marguerite Françoise
de la Porte, épouse de
Messire Jean Nicolas de
Pleure, Seigneur de Romilly
Conseiller au Parlement,
mourut le 15. Avril.
Dame Claude Magdelaine
Habert de Montmor,veuve
de MessireBernard de Rieu,
premier Maistred'Hostel ordinaire
du Roy, mourut le
ip. Avril en sa cinquanteneuviéme
année.
Messire Jean François
Felix Arnaud de Pomponne
est mort le vingt deuxiéme
Avril en sa dixième année;
il cft fils unique de Messire
Augustin Arnaud Marquis
dePomponne, & de Dame
Constance de Harville
Paloiseau,&neveu , de Monsieur
l'Abbé de Pomponne
Conseiller d'Etat,&de Madame
de Torcy.
La famille d'Arnaud de
Pomponne vient d'Auvergne,
alliée à celles de
Barjot du Bourg dont un
Chancelier de France, Forget
dont un Secretaire d'Etat,
Marion, si!!.c de l'A veeu
généralMarion, de laBroderie
& l'Avocat, qui font les
alliances de la ligne diredte
depuis Henry Arnaud Gouneur
de la Ville d'Herment
en basse Auvergne. Ilsonteu
deshommes de grande érudition
& entr'autres le fameux
Antoine Arnaud
Dodtcur de Sorbonne, illuiïre
par son érudition&
par ses oeuvres qui mourut
en 1694.lequel étoit le vingruniéme
enfant d'Anrolne Arnaud
deuxiémedu nom Avocar
en Parlement si fameux
que le Roy HenryIV. vint
exprés pour l'entendre plaider
& lefîtConseiller d'Etat,
& deCatherine Marion qui
eue encore un izç enfant.
De ce mariage vint aussi
Henry Arnaud Evesque
d'Angers qui mourut en
1692, six de ses filles furent
Religieuses à Port- Royal
desChamps,dont l'une nomméeAngélique
y sur Abbesse
& Catherine Marion sa mere
étante veuve se rerira auprés
de sa fille;s'y fit Religieuse
& y mourut; on peut dire
que tous les descendans de
cette famille se sont toûjour s
fait distinguer tant par leur
vertu, leur merice leurs emplois
& leur érudition.
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Résumé : MORTS.
Le texte énumère les décès de personnalités notables entre 1713 et 1715. Charles Marquis de Sévigné, Lieutenant Général de Nantes, est décédé le 2 juillet 1713. Dame Charlotte Rolland, épouse de Messire Nicolas de Paris, est morte le 1er avril 1715. Dame Éléonore de Tuffeau, Baronne de Sautour et veuve de Messire Achille Éléonor de Fresnoy, est décédée le 4 avril 1715 à 83 ans. Messire Nicolas Bourré, Doyen de la Faculté de Théologie de Paris, est mort le 10 avril. Messire Jean Antoine d'Hervart, Chevalier et Seigneur de Bois-le-Vicomte, est décédé le 14 avril. Messire Robert Bruneau, Conseiller de la Grande Chambre, est mort le 16 avril. Dame Marguerite Françoise de la Porte, épouse de Messire Jean Nicolas de Pleure, est décédée le 15 avril. Dame Claude Magdelaine Habert de Montmor, veuve de Messire Bernard de Rieu, est morte le 19 avril à 59 ans. Messire Jean François Félix Arnaud de Pomponne, fils unique de Messire Augustin Arnaud et neveu de l'Abbé de Pomponne, est décédé le 22 avril à 10 ans. La famille Arnaud de Pomponne, originaire d'Auvergne, est alliée à plusieurs familles notables et se distingue par sa vertu, son mérite et son érudition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5036
p. 168-178
Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Début :
Nous n'avons fait qu'annoncer cette Piéce dans le dernier Mercure, parce que [...]
Mots clefs :
Amélie, Duc de Foix, Vamir, Prince, Frère, Acte, Amour, Ami, Ville, Sentiments, Officier, Prisonnier, Annoncer, Troupes, Passion
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Extrait du Duc de Foix , Tragédie
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
Fermer
5037
p. 163-174
EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
Début :
COLIN. M. Jeliotte. COLETTE. Mlle Fel. LE DEVIN. M. Cuvillier. [...]
Mots clefs :
Colin, Colette, Devin, Coeur, Amour, Bonheur, Divertissement, Berger, Musique, Intermède, Village, Aimer, Serviteur
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
EXTRAIT
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
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5038
p. 173-185
EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
Début :
L'Académie Royale des Sciences fit l'ouverture de ses [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Assemblée publique, Fontenelles, Cassini, Éloges, Mémoires, Machine, Réaumur, Abeilles, Crabes, Écrevisses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
AIT
de ce qui s'est pallé à
lowjcrture de l'Academie des Sciences, le
16. Novembre 1712.
L Académie Royale des
Sciences fie l'ouverture de
ses Exercices par une assem-
blée publique qui se tint le
Mercredy iG. de Novembre. Monsieur de Fonrenelles y
fit l'éloge de deux
Académiciens morts pendant le cours de l'année.
L'un estoit Monsieur Berger Medecin, & Eleve de
Monsieur Rombery, pour
la Chymie
;
l'autre estoit
Monsieur Cassini celebre
par ses découvertes astronomiques. Jamais Panegyjfiite n'avoit peuc-estre eu
un si beau cha-rr,p, & peutestre jamais aussi Panegyriste n'a-t'il mieux rempli
l'attente du public. On fou,
haitteroit pouvoir donner
au public l'extrait del'éloge queMonsieur de Foncenelles fit de cegrand homme ; mais ce font de ces
choses qui perdent trop de
leurs graces dans unExtrait.
D'ailleurs on espere que les
amis de Monsieur Cassini
engagerent Monsieur de
Fontenelles à prévenirl'empressement du public sur cela
,
& à laisser imprimer cet
Eloge avant les Memoires
de l'Académie qui ne pa4*
roistront pas de quelqaeé
a
nées d'icy.
Monsieurde la Hire l'aisné lut enfuire la description
d'une machine par le moyen de laquelle un homme
dans (on carrosse peut détacher les chevaux qui tirent le carrosse loriqu'ils
prennent le mors aux dents,
& cela très promptemenc
& sans embarras.
Apres luy Monsieur Maraldi lut un Memoire contenant des observationstrés
curieuses sur les Abeilles.
Il les divise en trois classes,
les masles, les femelles ôc
les fieslons. Il raconta la
maniere dontelles s'y prennent pour construire leurs
cellules avec la cire, comment les femelles escortées
chacune de cinq ou six autres abeilles vont pondre
un œuf dans chaque cellule, comment celles qui les
accompagnent fermentla
cellule avec de la cire dans
un certain temps & la r'ouvrent ensuite pour en laisser
sortir la nouvelle mouche
qui vient d'éclorre
; comment au bout de quelque
temps elles chassent ou
tuent tous lesfreslons; comment elles chargent leurs
cuisses de cire qu'elles recueillent sur lesfleurs,avec
quel artificecelles qui sont
dans la ruche déchargent
celles qui viennent chargées, comment ellesremplissent de miel leurs magasins pour l'hyver, & plusieurs autres pareilles obfervations.
La (canee finit par la lecture d'un Memoire deMonsieur de Reaumur
,
sur la
reproduction des pattes des
Ecrevisses & des Crables. Il
fit voir que les Sçavants,
tout sçavants qu'ils sont,
font sujets à de faux préjugez de mesme que le vulgaire ignorant. Les paysans
qui ont coustume de pescher desEcrevisses,remarquent qu'ils en trouvent
tres-souvent dont les pattes
ou l'une des serres de devant sont plus courtes &
plus petites l'une que l'aurre. La premiere idée qui
leur vientsurcela, est que
c'estune jeune patte qui repouffe à la place d'une autre qu'elles ont perduë, &
cela leur avoit paru d'autant plus vray semblable
que la crouste ou espece
d'écaille qui couvre cette
jeune patte, est beaucoup
plus tendre que la crouste
du reste du corps. Un Sçavant vient qui prétend convaincre mon paysan par un
argument ex absurdo.Cela
n'est pas,luy dit-il,carcela ne se peut pas; la patte
de l'Ecrevisse est composée
demuscles, d'arteres, de
veines, de nerfs, tous rangez & disposez d'une certaine maniere, pour pou-
voir accomplir les mouvements de cette partie. Or
toute cettestructure organique ne peut estre l'effet
que d'un developpement,&
non point l'effet d'une reproduction. Ce n'est point
l'effet d'une reproduction
,
car il faudroit il) pposerune
infinité de chacune des parties propres à former les
differents organes de l'Ecrevisse, & renferméestoutes dans l'Ecrevisse,
ce qui
est absurde.Ce ne peut donc
estre que l'effet d'un developpement. Mais ce deve-
loppement ne se peurfaire
qu'une fois à la sortie de
l'œuf qui renferme l'Ecrevisse en raccourci, & par
consequent lapatteunefois
coupée ne se reproduit
plus. Le paysan ne sceut
que respondre à cet argument dans lequel il se
perd ,& il est tout prest de
croire quil a tort. Monsieur
de Reaumur termine la diC.
pute par l'experiencequi eflr
le juste Juge dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres qui se trouvent vrayes sans estre vray-
semblables. Il enferme des
Ecrevisses après leur avoir
coupé les serres ou les pattes, & au bout de six sermaines on en voit reparoistre de nouvelles, qui dans
l'espace de quelques mois
acquierent la grosseur & la
perfeaion des premieres.
Voila le Sçavant confondu
avec tout son raisonnement. Monsieur de Reaumur cherche à le sauver par
quelque conjecture; mais
toutes ces conjectures font
fort foibles, & il faut convenir que sur la formation
j<
des corps organisez nous
sommes encore tres
-
ignorans. Il seroit feulement à
souhaitter que tant de braves gens qui ont perdu dans
ces dernieres guerres leurs
bras & leursjambes pussent
les voir renaistre de la mesme maniere.
A la fin de chaque le£tu-'
re Monsieur l'Abbé Bignon
Président de rAssemble'e,
donna des loüanges tresobligeantes à l'autheur de
chaque Memoire, & fit sentir au public avec beaucoup
de netteté & d'élegance
tout
tout ce qu'il y
avoir de beau
& d'utile dans ce qu'on venoit de lire.
On donnera separement dans
les kltrcures suivants les Extraits des Discours les plus curieux ~& les plus solides entre
ceux qu'on a prononcez dans
cette djemblée.
de ce qui s'est pallé à
lowjcrture de l'Academie des Sciences, le
16. Novembre 1712.
L Académie Royale des
Sciences fie l'ouverture de
ses Exercices par une assem-
blée publique qui se tint le
Mercredy iG. de Novembre. Monsieur de Fonrenelles y
fit l'éloge de deux
Académiciens morts pendant le cours de l'année.
L'un estoit Monsieur Berger Medecin, & Eleve de
Monsieur Rombery, pour
la Chymie
;
l'autre estoit
Monsieur Cassini celebre
par ses découvertes astronomiques. Jamais Panegyjfiite n'avoit peuc-estre eu
un si beau cha-rr,p, & peutestre jamais aussi Panegyriste n'a-t'il mieux rempli
l'attente du public. On fou,
haitteroit pouvoir donner
au public l'extrait del'éloge queMonsieur de Foncenelles fit de cegrand homme ; mais ce font de ces
choses qui perdent trop de
leurs graces dans unExtrait.
D'ailleurs on espere que les
amis de Monsieur Cassini
engagerent Monsieur de
Fontenelles à prévenirl'empressement du public sur cela
,
& à laisser imprimer cet
Eloge avant les Memoires
de l'Académie qui ne pa4*
roistront pas de quelqaeé
a
nées d'icy.
Monsieurde la Hire l'aisné lut enfuire la description
d'une machine par le moyen de laquelle un homme
dans (on carrosse peut détacher les chevaux qui tirent le carrosse loriqu'ils
prennent le mors aux dents,
& cela très promptemenc
& sans embarras.
Apres luy Monsieur Maraldi lut un Memoire contenant des observationstrés
curieuses sur les Abeilles.
Il les divise en trois classes,
les masles, les femelles ôc
les fieslons. Il raconta la
maniere dontelles s'y prennent pour construire leurs
cellules avec la cire, comment les femelles escortées
chacune de cinq ou six autres abeilles vont pondre
un œuf dans chaque cellule, comment celles qui les
accompagnent fermentla
cellule avec de la cire dans
un certain temps & la r'ouvrent ensuite pour en laisser
sortir la nouvelle mouche
qui vient d'éclorre
; comment au bout de quelque
temps elles chassent ou
tuent tous lesfreslons; comment elles chargent leurs
cuisses de cire qu'elles recueillent sur lesfleurs,avec
quel artificecelles qui sont
dans la ruche déchargent
celles qui viennent chargées, comment ellesremplissent de miel leurs magasins pour l'hyver, & plusieurs autres pareilles obfervations.
La (canee finit par la lecture d'un Memoire deMonsieur de Reaumur
,
sur la
reproduction des pattes des
Ecrevisses & des Crables. Il
fit voir que les Sçavants,
tout sçavants qu'ils sont,
font sujets à de faux préjugez de mesme que le vulgaire ignorant. Les paysans
qui ont coustume de pescher desEcrevisses,remarquent qu'ils en trouvent
tres-souvent dont les pattes
ou l'une des serres de devant sont plus courtes &
plus petites l'une que l'aurre. La premiere idée qui
leur vientsurcela, est que
c'estune jeune patte qui repouffe à la place d'une autre qu'elles ont perduë, &
cela leur avoit paru d'autant plus vray semblable
que la crouste ou espece
d'écaille qui couvre cette
jeune patte, est beaucoup
plus tendre que la crouste
du reste du corps. Un Sçavant vient qui prétend convaincre mon paysan par un
argument ex absurdo.Cela
n'est pas,luy dit-il,carcela ne se peut pas; la patte
de l'Ecrevisse est composée
demuscles, d'arteres, de
veines, de nerfs, tous rangez & disposez d'une certaine maniere, pour pou-
voir accomplir les mouvements de cette partie. Or
toute cettestructure organique ne peut estre l'effet
que d'un developpement,&
non point l'effet d'une reproduction. Ce n'est point
l'effet d'une reproduction
,
car il faudroit il) pposerune
infinité de chacune des parties propres à former les
differents organes de l'Ecrevisse, & renferméestoutes dans l'Ecrevisse,
ce qui
est absurde.Ce ne peut donc
estre que l'effet d'un developpement. Mais ce deve-
loppement ne se peurfaire
qu'une fois à la sortie de
l'œuf qui renferme l'Ecrevisse en raccourci, & par
consequent lapatteunefois
coupée ne se reproduit
plus. Le paysan ne sceut
que respondre à cet argument dans lequel il se
perd ,& il est tout prest de
croire quil a tort. Monsieur
de Reaumur termine la diC.
pute par l'experiencequi eflr
le juste Juge dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres qui se trouvent vrayes sans estre vray-
semblables. Il enferme des
Ecrevisses après leur avoir
coupé les serres ou les pattes, & au bout de six sermaines on en voit reparoistre de nouvelles, qui dans
l'espace de quelques mois
acquierent la grosseur & la
perfeaion des premieres.
Voila le Sçavant confondu
avec tout son raisonnement. Monsieur de Reaumur cherche à le sauver par
quelque conjecture; mais
toutes ces conjectures font
fort foibles, & il faut convenir que sur la formation
j<
des corps organisez nous
sommes encore tres
-
ignorans. Il seroit feulement à
souhaitter que tant de braves gens qui ont perdu dans
ces dernieres guerres leurs
bras & leursjambes pussent
les voir renaistre de la mesme maniere.
A la fin de chaque le£tu-'
re Monsieur l'Abbé Bignon
Président de rAssemble'e,
donna des loüanges tresobligeantes à l'autheur de
chaque Memoire, & fit sentir au public avec beaucoup
de netteté & d'élegance
tout
tout ce qu'il y
avoir de beau
& d'utile dans ce qu'on venoit de lire.
On donnera separement dans
les kltrcures suivants les Extraits des Discours les plus curieux ~& les plus solides entre
ceux qu'on a prononcez dans
cette djemblée.
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Résumé : EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
Le 16 novembre 1712, l'Académie Royale des Sciences inaugura ses exercices par une assemblée publique. Monsieur de Fontenelle prononça l'éloge de deux académiciens décédés : Monsieur Berger, médecin et chimiste, et Monsieur Cassini, renommé pour ses découvertes astronomiques. L'éloge de Cassini fut particulièrement apprécié mais ne fut pas publié pour en préserver l'intégralité. Monsieur de la Hire présenta une machine permettant à un homme dans son carrosse de détacher rapidement les chevaux qui prennent le mors aux dents. Monsieur Maraldi exposa un mémoire sur les abeilles, les classant en mâles, femelles et faussaires. Il décrivit leur mode de construction des cellules, la ponte des œufs, la fermeture et l'ouverture des cellules, l'élimination des faussaires, et le stockage de miel pour l'hiver. Monsieur de Reaumur lut un mémoire sur la reproduction des pattes des écrevisses et des crabes. Il démontra que les savants, comme le vulgaire, peuvent avoir des préjugés. Les paysans observaient souvent des écrevisses avec des pattes plus courtes, pensant qu'elles repoussaient. Un savant contesta cette idée, affirmant que la structure des pattes ne permettait pas leur reproduction. Reaumur prouva par expérience que les pattes coupées repoussaient effectivement, confondant ainsi le savant et son raisonnement. L'abbé Bignon, président de l'assemblée, conclut en louant les auteurs des mémoires et en soulignant la beauté et l'utilité des discours présentés. Les extraits des discours les plus curieux et solides seront publiés séparément dans les lettres suivantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5039
p. 173-185
RELATION de la prise de Landau.
Début :
Le 19. d'Aoust à dix heures du matin les Ennemis [...]
Mots clefs :
Prise, Landau, Capitulation, Troupes, Drapeau, Canon, Garnison
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de la prise de Landau.
RELATION
de la prise de Landau.
LEig. d'Aoustàdixheures
du matin les Ennemis
battirent la chamade, mirent
le drapeau sur la breche,
ayant demandé à capituler.
Les ostages furent
envoyez de part & d'autre,
& demandèrentune capitulation
honorable. Larefponse
de Mr le Mareschal
de Villars ne les rendit pas
contents , en leur disant
qu'il n'y avoit point d'autre
capitulation que celle d'estre
prisonniers de guerre.
Mr le Prince deWirttemberg
ne voulut point se
soumettre à moins de sui.
vre la capitulation deTournay,
qui estoit d'aller prisonnier
de guerre sur leur
parole dans leur pays, &:
de ne point du tout servir
jusqu'à ce qu'ils fussent échangez
quand l'occasion
en seroit venuë, ce que Mr
le Mareschal de Villars n'a
voulu leur accorder. Les
ostages refpondirent qu'ils
aimeroient mieux sacrifier
le tout pour le tout;Mr de
Villars leur dit que s'ils
l'obligeoient à faire tirer
encore un coup de caren ;
il ne les recevroit plus qu'à
dilcrction,& que les Grenadiers
ne demandoient
pas mieux que de monter
à l'aHaut, desorte que la
cessation d'armes ne dura
pas long temps. Le19.qui
estoit le mesmejour sur ks
neufheures du soir après
que chacun fut retirédans
leur pané, &c le drapeau
osté de dessus la brèche,
sur le cham p le carillon recommença
à grande volée
de coups de canon, &
une pluye continuelle de
bombes avec un feu terrible
de mousqueterie pendant
toute la nuit qui dura
jusqu'au lendemain matin
Dimanche zo.duditmois,
ils remirent leur drapeau
sur la breche
J
& demanderent
pour la dernière fois.
à capituler, qui fut le jour
) qu'elle se rendit à l'obëissance
du Roy.
Premièrement qu'ils feroient
prisonniers de guerrc
en France ce qui leur fut,
accordé.
2,°. Que tous les Officiers
garderoient leur épée, te
que le Prince deWirtembert
auroit liberté pour
trois mois, aprèslequel
temps il se rendroit prisonnier
à Peronne. C'est un
Prince de trente ans, de
bonne mine, bien fait, parlant
bon François.
Qu'aucun soldat ne fera
dépoüillé ny deshabillé.
Que l'on ne fcparera
point les Regiments tant
d'Infanrerie que de Cavalerie
, & que les équipages
des Officiers feroient envoyez
à Philisbourg. Le
mesmejour20. ducourant
on ne marcher tour le piquet
qu'on posta autour de
la Ville
, parce qu'ils ne
nous livrèrent la porte de
France que le lendemain
21. Tout estoit farcy de
troupes par les gardes ordinaires
des tranchées, afin
d'empescher que les HuG,
fards des Ennemis ne se
sauvassent la nuit, cequ'ils
avoient envie de faire sans
les justesprécautions qu'on
prit. Le 22. le Prince sortit
à dix heures du matin,
avec tout son équipage ôc
s'en alla à Philisbourg pour
y rester trois mois. On obligea
la garnison qui estoit
toute armée de porter leurs
armes dans un magasin
destiné pour cela, ce qui
fc fie avec ordre & sans
confusion. Sur les deux
heures aprés midiils commencerent
à defiler hors
de la Ville par la porte de
France, le chemin bordé
des deux costez de nos
troupes, & le detachement
commandé les conduisit à
Haguenau
,
ils font forcis
près de 6000. hommes. Jamais
Place de cette con»
sequence n'a moins cousté
d'hommes, nous n'avons
pas perdu 3500., ils en ont -
bien perdu 1500» le reste
tant en malades que blessez
des Ennemis 1500.
hommes, la garnison estoit
de 10000. hommes des
meilleures troupes, il sortit
d'abord
Le Regiment d'Anspach,
habillé de bleu.
Contaichetin bleu, parement
rouge.
Le Regiment de Nasfau
bleu parement rouge.
Le Regiment d'isseler
blanc,parement rouge.
Des Vins qui estoit un
détachement de Grenadiers
qui ont des bonnets
rouges mitrez.
Le Regiment d.lArme.
tat bleu.
Celuy de Gueborne bleu
est le plus beau de tous.
Mincherre blanc, douplé
de rouge, & les Officiers
habillez de verd.
Environ quatre-vingts
Hussards à pied, & trois ou
quatre cens Cavaliersaussi
à pied, qui ont laissé de
beaux chevaux,une compagnie
franche de deux
cens hommes.
On a trouvé dans cette
Place plusde soixante pieces
de canon, plusieurs
mortiers, quantité de bombes
-& de boulets, peu de
jnyflixions& d'armes ayant estéconsommées dansl'incendie
du magasin.
LandauVille d'Allemagne
dans la. basse Alsace
estune desplus fortes Pla„-
ces de cette Province;elle
est située sur la Riviere de
Queichaux confins duPa-
-latinat. C'estoit une des
VillesImperiales dela Préfecture
Provinciale ou de
Haguenau. Elle fut engagée
à Othon Evesque de
Spire par l'Empereur Loüis
de Baviere, & dégagée l'an
1511. par l'Empereur Maximilien
qui lui redonna
la liberté dont elle joüissoit
avant cetengagement.
Elle a esté ccdée à la France
par la Paix de Munster,
&estappelléeLandavia par
les Latins. 1
Cetre Ville a souffert
quatre sieges au commencement
de ce siecle. Les
Imperiaux la prirent en
1702. le Roy des Romains
depuis Empereur, mort en
1711. les commandant en
personne, &elle fut reprise:
se l'année suivante par les
François fous les ordres de
Monseigneur le Duc de
Bourgogne en 1704. Les
Allemands l'ayant assiegée
de nouveaus'en rendirent
les maistres.Assiegée par
les François dans le mois
de Juillet elle s'est renduë
le 20. Aoust à l'obëissance
du Roy.
de la prise de Landau.
LEig. d'Aoustàdixheures
du matin les Ennemis
battirent la chamade, mirent
le drapeau sur la breche,
ayant demandé à capituler.
Les ostages furent
envoyez de part & d'autre,
& demandèrentune capitulation
honorable. Larefponse
de Mr le Mareschal
de Villars ne les rendit pas
contents , en leur disant
qu'il n'y avoit point d'autre
capitulation que celle d'estre
prisonniers de guerre.
Mr le Prince deWirttemberg
ne voulut point se
soumettre à moins de sui.
vre la capitulation deTournay,
qui estoit d'aller prisonnier
de guerre sur leur
parole dans leur pays, &:
de ne point du tout servir
jusqu'à ce qu'ils fussent échangez
quand l'occasion
en seroit venuë, ce que Mr
le Mareschal de Villars n'a
voulu leur accorder. Les
ostages refpondirent qu'ils
aimeroient mieux sacrifier
le tout pour le tout;Mr de
Villars leur dit que s'ils
l'obligeoient à faire tirer
encore un coup de caren ;
il ne les recevroit plus qu'à
dilcrction,& que les Grenadiers
ne demandoient
pas mieux que de monter
à l'aHaut, desorte que la
cessation d'armes ne dura
pas long temps. Le19.qui
estoit le mesmejour sur ks
neufheures du soir après
que chacun fut retirédans
leur pané, &c le drapeau
osté de dessus la brèche,
sur le cham p le carillon recommença
à grande volée
de coups de canon, &
une pluye continuelle de
bombes avec un feu terrible
de mousqueterie pendant
toute la nuit qui dura
jusqu'au lendemain matin
Dimanche zo.duditmois,
ils remirent leur drapeau
sur la breche
J
& demanderent
pour la dernière fois.
à capituler, qui fut le jour
) qu'elle se rendit à l'obëissance
du Roy.
Premièrement qu'ils feroient
prisonniers de guerrc
en France ce qui leur fut,
accordé.
2,°. Que tous les Officiers
garderoient leur épée, te
que le Prince deWirtembert
auroit liberté pour
trois mois, aprèslequel
temps il se rendroit prisonnier
à Peronne. C'est un
Prince de trente ans, de
bonne mine, bien fait, parlant
bon François.
Qu'aucun soldat ne fera
dépoüillé ny deshabillé.
Que l'on ne fcparera
point les Regiments tant
d'Infanrerie que de Cavalerie
, & que les équipages
des Officiers feroient envoyez
à Philisbourg. Le
mesmejour20. ducourant
on ne marcher tour le piquet
qu'on posta autour de
la Ville
, parce qu'ils ne
nous livrèrent la porte de
France que le lendemain
21. Tout estoit farcy de
troupes par les gardes ordinaires
des tranchées, afin
d'empescher que les HuG,
fards des Ennemis ne se
sauvassent la nuit, cequ'ils
avoient envie de faire sans
les justesprécautions qu'on
prit. Le 22. le Prince sortit
à dix heures du matin,
avec tout son équipage ôc
s'en alla à Philisbourg pour
y rester trois mois. On obligea
la garnison qui estoit
toute armée de porter leurs
armes dans un magasin
destiné pour cela, ce qui
fc fie avec ordre & sans
confusion. Sur les deux
heures aprés midiils commencerent
à defiler hors
de la Ville par la porte de
France, le chemin bordé
des deux costez de nos
troupes, & le detachement
commandé les conduisit à
Haguenau
,
ils font forcis
près de 6000. hommes. Jamais
Place de cette con»
sequence n'a moins cousté
d'hommes, nous n'avons
pas perdu 3500., ils en ont -
bien perdu 1500» le reste
tant en malades que blessez
des Ennemis 1500.
hommes, la garnison estoit
de 10000. hommes des
meilleures troupes, il sortit
d'abord
Le Regiment d'Anspach,
habillé de bleu.
Contaichetin bleu, parement
rouge.
Le Regiment de Nasfau
bleu parement rouge.
Le Regiment d'isseler
blanc,parement rouge.
Des Vins qui estoit un
détachement de Grenadiers
qui ont des bonnets
rouges mitrez.
Le Regiment d.lArme.
tat bleu.
Celuy de Gueborne bleu
est le plus beau de tous.
Mincherre blanc, douplé
de rouge, & les Officiers
habillez de verd.
Environ quatre-vingts
Hussards à pied, & trois ou
quatre cens Cavaliersaussi
à pied, qui ont laissé de
beaux chevaux,une compagnie
franche de deux
cens hommes.
On a trouvé dans cette
Place plusde soixante pieces
de canon, plusieurs
mortiers, quantité de bombes
-& de boulets, peu de
jnyflixions& d'armes ayant estéconsommées dansl'incendie
du magasin.
LandauVille d'Allemagne
dans la. basse Alsace
estune desplus fortes Pla„-
ces de cette Province;elle
est située sur la Riviere de
Queichaux confins duPa-
-latinat. C'estoit une des
VillesImperiales dela Préfecture
Provinciale ou de
Haguenau. Elle fut engagée
à Othon Evesque de
Spire par l'Empereur Loüis
de Baviere, & dégagée l'an
1511. par l'Empereur Maximilien
qui lui redonna
la liberté dont elle joüissoit
avant cetengagement.
Elle a esté ccdée à la France
par la Paix de Munster,
&estappelléeLandavia par
les Latins. 1
Cetre Ville a souffert
quatre sieges au commencement
de ce siecle. Les
Imperiaux la prirent en
1702. le Roy des Romains
depuis Empereur, mort en
1711. les commandant en
personne, &elle fut reprise:
se l'année suivante par les
François fous les ordres de
Monseigneur le Duc de
Bourgogne en 1704. Les
Allemands l'ayant assiegée
de nouveaus'en rendirent
les maistres.Assiegée par
les François dans le mois
de Juillet elle s'est renduë
le 20. Aoust à l'obëissance
du Roy.
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Résumé : RELATION de la prise de Landau.
Le 10 août, les forces ennemies demandèrent à capituler après avoir signalé leur intention de négocier en battant la chamade et en hissant un drapeau sur la brèche. Les négociations pour une capitulation honorable échouèrent en raison du refus du maréchal de Villars d'accepter toute autre condition que la reddition en tant que prisonniers de guerre. Le prince de Wurtemberg exigea les termes de la capitulation de Tournay, mais Villars refusa. Les otages déclarèrent qu'ils préféraient continuer le combat jusqu'au bout. Les hostilités reprirent avec un bombardement intense jusqu'au 20 août, date à laquelle les ennemis demandèrent à nouveau à capituler. Les termes acceptés incluaient la reddition en tant que prisonniers de guerre en France, la conservation des épées pour les officiers, et une liberté temporaire pour le prince de Wurtemberg. La garnison, composée de 10 000 hommes, se rendit et fut conduite à Haguenau. Les pertes françaises s'élevèrent à 3 500 hommes, tandis que les ennemis perdirent environ 1 500 hommes. Par ailleurs, Landau, une ville fortifiée en Basse-Alsace, avait déjà subi quatre sièges au début du XVIIIe siècle. Elle fut prise par les Impériaux en 1702 et reprise par les Français en 1704.
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5040
p. 173-186
Lettre de Mr Roy, [titre d'après la table]
Début :
Vous preferez donc, Climeine, [...]
Mots clefs :
Île, Ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Mr Roy, [titre d'après la table]
Mr Roy de qui je
vous ay donné le Mois
passéune petite Galanterie
intitulé lajoje,a
écrit une Lettre à une
lD'aimgeitsuurrcee rqu'elle ve- dans Tlfc
le. Voicy la Lettre.
-, .,'i * >,;.
.* ; -i. i.>•
j:> <'
veus prefere7 donc,Cli..
metne A , tous les autresfijours,
beJejourquenotre Seine
Forme au milieu defin
cours?
Vous trowve7 un lieu
tranquile
, Dans Paris une autre
Ville.
Broüillards5Vents conjurez
Contre les voisins de
tonde
,
Frimats (jf Bi^e qui
gronde,
PourrvousJeront tempereZ,
Ce n'efl que pour la canaille
Quefont faits les maurvats
temps.
QuelquepartquuneBelle
aille
Elle y trouve le Printemps.
0!J cette Isle va nous
rire!
Amoursfontfortréjouis
De voir quelle vous attire.
De leurpartjevais vous
dire
Tous leurs droits sur ce
pays.
Dans cejourdheureux
presàge
Où Venussortit desflots,
Elleeutfourson appanage
Amatonte avec Vaphos.
Deux Islessc'estpeupour
elle,
Eifiere autant quelleetl
belle,
Dejasur tout IVnivers
Elle a des dejjeinscouruerts.
La voila dans fin domarne.
Tout change de bien en
mteuX.
L'Ennuyfuit devantses
yeux.
Les femmes Jàns foin , sans peine
Renouvellent d'agréments
i
Les maris malgré leur
claine
T redeviennentAmants*
La iendrefje ressuscite , Etsi bien, qu'en peu de
temps
Lifte devient trop petite
Pourtenirfès habitants..
Quefaire? agrandirune
Ille
N'estoitpas (loftfacile.
Proposer aux Dieux des
Eaux
Que leur lit ils refferraf
sent
Zue leurs flots ils reculaient,
Inconveniensnouveaux!
Venus avec un Genie
Avisa qu'il conviendrait
Defaire une Colonie
Lesse, &e,uis-effabliroit
Dans le lieuqui luyplairoit.
Les Caravanes s'uniffents
Les deuxjêxes nj fournijfent
Que des objetsaccomplis.
Amours marchent a la
tefie.
Lonvoyage. L'ons'arrefle
Enfin, aux murs qu'a
bafis
LefameuxAmantd'Helene:
Le heau, le tendreParis.
Là s'eleve dans la Seine
Vn lieu desjlotsrecette,.
Et recemment habité.
Quenojtre courje incertaine
Se home icy
,
dit l'Amoury
Voyezcette IJle3 je conte
En faire une autre Amatonte.
Tous admiroientcesejour.
Tous enfort bel ordre entrerent
;
LesConducteursarborerem
L'Etendart bleu de Venus.
Ilsfurent les bien venus;
Jamaisbonsairsn'essuyerent
Defroideur ny de refus.
Nos Etrangers, par methode
Vont deployer leurs talens.
L'un d'eux invente la
mode
Du deshabille commodes
L'autre, en Falbalasvolans
Change les Robestrop
graves, Et les Corps,dures entraves,
Où lesgorgessontesclames3
En Corcets bien entr'ouverts.
Ilschantoient,faisoient
desVers.
Les premiersils ordonnerent
Le culte du Carnarval,
Etmesme le premierBal
Cesont eux qui le donnerent.
Parfois ils regloient les
moeurs; Ils guerissoient les humeurs.
Le chagrin, lajalousie,
Les baillemens, les vapeursy
Dont la jeunesseejîjai~
sie.
Uufàge de lafierté,
Le beau ton, dontonsou-
-
pire,
L'air timide&concerté
Dont il faut qu'une
Beauté
Ecoute un tendre martyre
:
L'art de pleurer & de
rire L'art , de plaire sans rien
dire,
L'art de tromper un jaloux,
Art qui tout autre surpaffe
,
Tous les tours de pajJepasse
Les plussubtils
,
les plus
doux,
Ces maistres d'humeur
civile
Alloient les montrer en
Ville.
Leursleçons ontpar degre{
Passedes meres aux filles,
Et vous enretrouverez
La
La trace dans nosfamilles.
Climeine vous les lirez
Sur lefront de mille Belles,
Dans lesJeux dans les
Ruelles.
Amoursl'Hyver, (S
tEsté,
Dans ces lieux faisant
leurronde,
Font presterà tout le monde
Serment defidélité.
Quand quelquesbelles
arrivent,
Sur leur Registre ils l'inf'
crivent,
Et l'Amantquifuitses
loix.
N'ont-elles point fait de
choix?
Un tendre Amour leur
annonce
Qu'ilfaut choisir dans le
mois.
Climeine en cas que leur
qJOtX
Vousfassetellesemonce,
Prepare{qjoftre reponse.
vous ay donné le Mois
passéune petite Galanterie
intitulé lajoje,a
écrit une Lettre à une
lD'aimgeitsuurrcee rqu'elle ve- dans Tlfc
le. Voicy la Lettre.
-, .,'i * >,;.
.* ; -i. i.>•
j:> <'
veus prefere7 donc,Cli..
metne A , tous les autresfijours,
beJejourquenotre Seine
Forme au milieu defin
cours?
Vous trowve7 un lieu
tranquile
, Dans Paris une autre
Ville.
Broüillards5Vents conjurez
Contre les voisins de
tonde
,
Frimats (jf Bi^e qui
gronde,
PourrvousJeront tempereZ,
Ce n'efl que pour la canaille
Quefont faits les maurvats
temps.
QuelquepartquuneBelle
aille
Elle y trouve le Printemps.
0!J cette Isle va nous
rire!
Amoursfontfortréjouis
De voir quelle vous attire.
De leurpartjevais vous
dire
Tous leurs droits sur ce
pays.
Dans cejourdheureux
presàge
Où Venussortit desflots,
Elleeutfourson appanage
Amatonte avec Vaphos.
Deux Islessc'estpeupour
elle,
Eifiere autant quelleetl
belle,
Dejasur tout IVnivers
Elle a des dejjeinscouruerts.
La voila dans fin domarne.
Tout change de bien en
mteuX.
L'Ennuyfuit devantses
yeux.
Les femmes Jàns foin , sans peine
Renouvellent d'agréments
i
Les maris malgré leur
claine
T redeviennentAmants*
La iendrefje ressuscite , Etsi bien, qu'en peu de
temps
Lifte devient trop petite
Pourtenirfès habitants..
Quefaire? agrandirune
Ille
N'estoitpas (loftfacile.
Proposer aux Dieux des
Eaux
Que leur lit ils refferraf
sent
Zue leurs flots ils reculaient,
Inconveniensnouveaux!
Venus avec un Genie
Avisa qu'il conviendrait
Defaire une Colonie
Lesse, &e,uis-effabliroit
Dans le lieuqui luyplairoit.
Les Caravanes s'uniffents
Les deuxjêxes nj fournijfent
Que des objetsaccomplis.
Amours marchent a la
tefie.
Lonvoyage. L'ons'arrefle
Enfin, aux murs qu'a
bafis
LefameuxAmantd'Helene:
Le heau, le tendreParis.
Là s'eleve dans la Seine
Vn lieu desjlotsrecette,.
Et recemment habité.
Quenojtre courje incertaine
Se home icy
,
dit l'Amoury
Voyezcette IJle3 je conte
En faire une autre Amatonte.
Tous admiroientcesejour.
Tous enfort bel ordre entrerent
;
LesConducteursarborerem
L'Etendart bleu de Venus.
Ilsfurent les bien venus;
Jamaisbonsairsn'essuyerent
Defroideur ny de refus.
Nos Etrangers, par methode
Vont deployer leurs talens.
L'un d'eux invente la
mode
Du deshabille commodes
L'autre, en Falbalasvolans
Change les Robestrop
graves, Et les Corps,dures entraves,
Où lesgorgessontesclames3
En Corcets bien entr'ouverts.
Ilschantoient,faisoient
desVers.
Les premiersils ordonnerent
Le culte du Carnarval,
Etmesme le premierBal
Cesont eux qui le donnerent.
Parfois ils regloient les
moeurs; Ils guerissoient les humeurs.
Le chagrin, lajalousie,
Les baillemens, les vapeursy
Dont la jeunesseejîjai~
sie.
Uufàge de lafierté,
Le beau ton, dontonsou-
-
pire,
L'air timide&concerté
Dont il faut qu'une
Beauté
Ecoute un tendre martyre
:
L'art de pleurer & de
rire L'art , de plaire sans rien
dire,
L'art de tromper un jaloux,
Art qui tout autre surpaffe
,
Tous les tours de pajJepasse
Les plussubtils
,
les plus
doux,
Ces maistres d'humeur
civile
Alloient les montrer en
Ville.
Leursleçons ontpar degre{
Passedes meres aux filles,
Et vous enretrouverez
La
La trace dans nosfamilles.
Climeine vous les lirez
Sur lefront de mille Belles,
Dans lesJeux dans les
Ruelles.
Amoursl'Hyver, (S
tEsté,
Dans ces lieux faisant
leurronde,
Font presterà tout le monde
Serment defidélité.
Quand quelquesbelles
arrivent,
Sur leur Registre ils l'inf'
crivent,
Et l'Amantquifuitses
loix.
N'ont-elles point fait de
choix?
Un tendre Amour leur
annonce
Qu'ilfaut choisir dans le
mois.
Climeine en cas que leur
qJOtX
Vousfassetellesemonce,
Prepare{qjoftre reponse.
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Résumé : Lettre de Mr Roy, [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre poétique décrit une île imaginaire dans la Seine à Paris, célébrant sa beauté et sa tranquillité. Il compare cette île à un nouveau domaine pour Vénus, où l'ennui disparaît et les relations amoureuses se renouvellent. L'auteur imagine la fondation d'une colonie inspirée par les amours légendaires. Les habitants adoptent des modes et des comportements nouveaux, comme des vêtements plus confortables et des danses, ainsi que des traditions telles que le carnaval et les bals. Les étrangers apportent des leçons de civilité et de comportement, influençant les mœurs des habitants. Ces leçons se transmettent de génération en génération, laissant des traces visibles dans les familles et sur le visage des belles. Les amours, qu'ils soient hivernaux ou estivaux, y font prêter serment de fidélité, et chaque belle doit choisir un amant chaque mois.
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5041
p. 173-206
LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
Début :
On ne voit point de si pestite Beste, [...]
Mots clefs :
Fable, Verluisant, Abeille, Amour, Nature, Musique, Rejet , Morale, Mariage, Ver
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
LE VERLVISANT,
L'ABEILLE,
ET LE V E R-A-S O Y E.
FABLE.
On ne
voit point de si
-~ petite Beste, ;: ~S
Qui dans sa jeune,ou sa vieillefaison, I
Ne se mette l'amour, en
P' , ~i teste.i H
Et qui ne croye encor le
,' faire avecraison. A
Ce que je dis estveritable,
La preuve en est dans cette
table.
Sous le pied d'une Ruche
un certain Verluisant
Logeoit; & ce Logis estoit
assez plaisant.
Nostre bonne Mere NaLturc,
Soit à dessein, foit par hazard
* De ses faveurs au Vers ajvoit
fait bonne part.
Il
,
trouvoit. pour sa
*
nour- ~-xiture*i: ')
A quatre pas dequoy inan.
; geravec plaisïr '., - l*
Herbe seche
,
Herbe fraîche
, il n'avoit qu'à
choisir
S'il en vouloir faire pâture,
Tout alloit sélon son desir.
Mais helas ! du moment
--
f ..: :.
qu'on,aime ,'. -;:
A moins que ce ne soit par
un bonheur extrême,.r.
Il faut se réfoudreàiou ffrir.
L'Amour est unvray crou- :ble-£este,••
Des Hommes en ont pu
:., mourir; ; i Voyons comme ihtraita
une beste.
Dans la Ruche, lieu propre
& très- bien habité,
Entre plusieurs, logeoit
certaine jeune Abeille,
Dont lecoeur à l'amour estoit
assez porté.
Ce n'estoit pas grande merveille
A cette passion le Sexe fé.
,'r- minin
Est enclin,-
Autant & plus que ness le
masculin.
Ajoutez que le voisinage
Donnant les moyens de Ce
: voir
Matin <3e soit,
Insensiblement on s'engage.
Venons au Ver. Il avoic de
l'esprit
Il n'estoit rien de beau, ny
de bon, qu'il n'apprît>
Aussi jamais n'avoit on veu
Reprile
En belles qualitez aucanc
que iuy fertile.
il dançoit & chantoit fore
agréablement
;
Mais ce que l'on trouvoie
de rare,
Et dans un Ver qui l'est a£
surément,
C'estqu'iljoüoit dela Guitare
Panablemenr.
Enfin pour la galanterie
Il avoit un si beau talent,
Qu'en Prose cpmme en
,'. Poësie,,
Cestoit un Aucheur excellent.
Quvrage en Vers , Bitlejr*
& Lettre,
Le tout estant de sa façon,
On n'y trouvoit plus rien
-; n' • a mettre :
Et Voirureencomparaiso.ln,
<
Auroit auprès de luy passé
pour un Oyso1n.
Voila le Ver. Quant à
l'Abeille,
Et pour l'esprit, & pour le
corps,
De la Nature elle eut les
plus riches trésors.
Du Monde ellepassoit pour
huitième Merveille,
Ellejoüitdu Clavessin,
Elle avoir appris WMusi-j
v que, ;>
Parloit Italien, &-' mesme
un peuLatin.
Sa mémoire estoit angéli-
.que,-/
?
';!:-j
Aussi l'exerçoit-elle avec
juste raison.
Elle lisoit la Fable,elle lisoit
l'Histoire,
Elle lisoit, cela se peut-il
croire?
Jusques aux Livresde Blazon.
S'il faut parler de sa personne
,
Quoyqu'elle eust assez
- d'embonpoint,
Sa
-
mtaiillge nestooisngranndee &,
Et le bon air n'y manquoit
",. :',':' point. -.. ,-:
Au reste,c'écoituneBlonde,
Dont le teint blanc, frais,
,
& poly,
L'eust fait seul passer dans
le monde
Pour l'Objet le plus accomply.
Cependant malgré tous
ces charmes,
L'Histoire dit que nostre
Verluifant
Eust bravé son pouvoir, s'il
n'eust rendu les armes
Au regard tendre & languissant,
Dont ( quand il plaisoit à la
Dame) Le coeur le plus glacé se
sentoittouten flaâmmee..
C'est en vain qu'on voudroit
resister à l'Amour.
Tortoutard ,
quoyqu'on
fasse, ilest Maistre à son
- tour.
Ce petit Dieu
,
de toute :/i!:: chosè- En ce monde à son grédispcrfe.
L'Abeille est amoureuse,&
leVer amoureux,
Sans que cependant tous
les deux
De leur trou ble secret sçachent
d'abord la cause ;
Mais comme en eux ce
trouble est tous les jours
plus grand
,
L'un &l'autre bientostl'ap-
,
prend.
LeVerestenhumeur chagriné,
Quand il ne voit pas favoisine
;
Et del'Abeille lechagrin
C'est de ne point voirson Voisin.
Quesi quelque doux te steàteste
Se rencontre pour nos A- mans,
Ils ne font que trop voir
dans cesheureux momens
Que l'un de l'autre est la
conqueste.
En mille & mille occasions
Que leur donnoïclafoli-.
tude,
Sans soucy
,
sans inquiétude,
Satisfaisant leurs payions,,
Ils passerent deuxans dans
ce doux badinage.
Mais à la fin eslans surpris,
Il fallut que le Versortist
duvoisinage.
C'estoir le seul moyen- de
dissiperl'ombrage -
Que les Parens de l'Abeille
avoienc pris.
Tout d'un coup il plia bagage,
Et
Et crut àfranchement:par-
-
ler,
Qu'afin de fauter mieux,il alloitreculer.
C'estoitagir en Ver tressage;
Mais par malheur, le pau-
.< vreDiablealla
Pis que de CaribdeenSylla.
,
Comme il ne voyoit plus
qu'une fois la semaine,'.::
Encarincognito,toujours
mesmeavecpeiné,
L-'objetde ses tcadr£$rar mours. ; >
°,r-
Luy quipouvoit le voir autrefoistous
les jours 1
Par un revers en tel cas or-
A mesure qu'il futmoins Veu, -
,}
( Qui de l'Abeille l'auroit
A ) J. -
A mesure il cessa deplaire.
De plus, Dame Avarice
;-""Y" vint mettredusien,
Elle qui tous lesjours: de
etant de maux-c
Les Parens
-
del'Abeille .Lvoietbeaucoupde
Bien è]
Et ceux duGalant n'a-
-r-.r.l'Oi'yûticvnt•'ntn-jr,p ''L
Q(I tourau plus si peu de
chose
Que jen'ose
Là-dessus seulement sous-
Ecdevouloirlesaccoupler
Ec devouloir les accoupler,
Lecoup paroissoit impossible-
A l'Abeille on ditbien&
-
beau,:
(
Qu'ondoimeroit sur lemu-
-4 i
seau,
Si plusau Verluisanton la
:., :-Noÿoit fenCble;
Quenfin elle devoir avoir
Sur.sarichesse un autre esi,
poir,
Puisque leMielpouvoir làmettre
enl'alliance
Du plus riche Animal de
France. »'i I
Fy d'un Ver, disoit-on,qui
napour tout vaillant
Qu'une etincelle de brillant.
Or donc parheureuse.
rencontre,
A nostreVerluifantunjour
L'inconstante Abeille se
moncre. :,
Il luy parla d'abord de son
amour.
Elle recoure sans repondre.
Questce donc qui peut vous
confondre,
Luy dit ce Ver,luy-mesme
confondu
De ce qu'à ses propos elle
n'arépon d u?
Ay je quelque Rival à craindre
?
Non de cela, dit elle, il ne
fautpasvous plaindre; ',"
Si l'airfroid dont J'agis fait
vostre estonnement,
Je m'en vaisvous contersans feindre,
Ce qui causece changement.
Tous mes Parens
, ne vous
:
déplaiseT
SortiGensquisontfort à leur*
aise.
Et lesyoftrpjs3,mvm.vçuil
enseriezlefin,
N'ont pasun semblable destin.
Il est vrayquevous eKr
, (7
moychétive Abeille, >v--V
Nostrecondition si trouve ast
,
sezpareille.
Mais onnecomptepointsur
cettif-éXae. ; Dans laplupart des Maria.
ges ; Etce qui les fautchez les Sages,
Ce n'estquelaréalité --,
Ergo. Parmes
Biensseulsestantrecommandable,
Je dois fairechoixd' un Party
que vd.M Wtfâïfar
table*
Mes Parens à nos feux n'ont
jamaisconsenty.
Ainsicherchez une Maistresse
Quiveuille bien recevoiren
payement
V..ps douceurs& vopre ten- Ànjjf-:
Jy renonce, & dés ce moment
Jelésseavosdpftrfilibertétçttte
entiere
,
Dese donnerailleurscarriere.
L'Abetil^difp.arçi(t vkVer
au desespoir
A tout cela qu'eust-il pû
dire?
Si vous desurezJesçavoir,
Il est dans ceRondeau, vous
n'avez qu'à le lire.
Un tendre coeur fait tout
mon bien;
Et pour n'avoir que cesoustien;
Jeseraytoujoursmiserable;
Car dans ce temps abominable,
On regarde un Gueux comme
un Chien.
• Des amitiez le seul lien,
Argent
,
bel argent, cejl le
tien;
Etsanstoyl'onenvoyeau
-
,
Un.-:Dia£/e tendre coeur.
Tay mon sort, chacun à le
,::. ; :'
,
:-:, sien , Mais
Mais en est-ilcomme le mien?
En est-il d'aussu deplorable ?
Non,non,jesuisinconsolable,
Si l'Abeillecompte pour rien
Vn tendre coeur.
Pendant qu'ainsi nostre
Vermoralise,
L'Abeille sans s'en soucier,
Prend sonessorjusque sur
un Meurier,
Où si-tost qu'elle se suc
n1ise)
Ses yeux d'un ver-à foye
attaquent la franchise.
(Sur ces Arbres tousjours
,.
Ver-àsoye esterrant. )*
Ce Ver la voit, l'aborde,
& dit en son langage,
Aprés l'humble salut que
l'Abeille luy rend;
A veniren ces lieux quelsujet
vous engage?
Vous n'y trouverez point de Fleur,
? Mais en récompense mon cteu-Y
Vient s'offrir à vostre pillage.
Pour vous il est sans aucun
fiel,
Vous en pourriez faire du
Miel;
Belle Abeille,daignezleprendre.
Nostre Abeille sans plus attendre,
Aprés un regard des plus
doux,
Luy dit, Tout de bon, m'aimez-
vous ?
A peine encor m'avez - vous
veuë ;
Et cependant, sivous quittez
ces lieux;
Répond le Ver,vostreabsence
me tuë
, Je ne puis vivreesloigné de
vos jeux.
Je ne sçaurois aussi sans défiance
Croire , un amoursi prompt, si
plein de violence,
Repartl'Abeille au Ver.
; Mais en cas que demain
Vous yresserntieez pareille m.Lar-
Vousviendrez chez,moy me le
dire
y Et vous n'yvviaendirnez p.as en
jidtf'u, beau Ver,je me
retire.
..-"" r'
Quandl'Abeille esten sa
Maison
, .', Ellesonge à sonavanture,
Èt par leSiecle d'or en soymesme
elle jure
Qu'elle fera tres prompte
1
guérison
De la blessure
,
Qu'au coeur du Ver-à soye
ont fait ses doux appas,
Si l'Animal porte les pas
Le lendemain du costé de
la Ruc he.
Quoy,jiii-n-rûistt-igueuxde
Verluisant, Disoit elleenreste hiffanc>
Ilfl!tj¡OÚ rjM'r je fasseCrache.
Vivent mes nouvelles amours
Ah, quellejoye !
Jevais coulerle reste de mes
jours
Et dans le miel
, & dans la
soye.
Elle passa la nuit à raisonnerainsi;
Et des le grand marin elle
n'eut desoucy
Que de demeurer sur sa
Porte,
Croyant de moment en
moment
Qu'il faut que le bon vent
y porte
LebeauVer
,
son nouvel
-
Amant, Il en arriva d'autre sorte,
Pour elle c'estoit temps
perdu.
Son Ver-à soye étoit dodu,
Et marchoit lentement,suivy
de l'équipage
Qu'un Ver semblable à luy
méne à son Mariage.
Le Rendez-vous estoitun
Rendez-vous d'amour;
Mais pour faire un pareil
voyage, Au pesant Ver-à-soye ilfalloit
plus d'un jour.
Quoyqu'il en fust,voicyla
triste destinée
Qu'autour delaRuchetraînoit
Le pauvre Verluisant. Son
ame abandonnée
Au plus mortel chagrin
sans ccèe examinoit
Par où pouvoir adoucir
l'Inhumaine.
Sur Je feüil dela Ruche il
la surprit le soir.
Elle n'estoit pas là sans
doute pour le voir.
J\I*aure^-rusMpoint pitié, luy.
dit il, de ma peine?
Je vous aime tousjours, &..
vousnem'aimezplus
Ingrate, insensible , insidelle,
Que dites-vousune flâmesi
belle?
Messoûpirs si conjlansferont-
-
ilssuperstus?
Enfin, tout de bon, dois-je
croire
v
Que contre rno) vous soyezen
courroux,
Et que vous perdiez la mémoire
De tout ce que l'Amour m'a
faitfaire pour vous ?
Vil Animal
,
Infecte teméraire,
Qu'a'Vez vousfaitqu'envous
trompant
Répond l'Abeill3e, & que
pouviez vous faire ?
Ce que j'ayfait, dit le Ver
en rampant ? Je m'en vay vous l'apprendre,
Abeilie trop légere.
J'ay fait, nonsans de grands
travaux ,
Pour vous conter mes doleances
Messoins, mes soucis, mesfouf
frances, -
Tous les joursmille Vers nouveaux.
J'ayfait cent t7 cent Madrigaux
Sur la moindre de vos absences;
J'ay fait des Odes & des
Stances,
Chansons
,
Triolets, & Rondeaux.
J'ay fait pour vous des Epigrammes
)
Et mesme quelquesAnagrammes
y Le tout d'unstile pur & net.
Et s'il eust esté necessaire
, J'avoistelle ardeur de VOUA plaire,
Que jcujje esté jusqu'au Sonnet.
De tout cela je vous tiens
peu de compte,
Répond l'Abeille, & je
mourrois de honte,
Si javois de l'attachement
Pour un Amant
Dontleplussolide merite
Consiste en beaux discours; dés
mes plus jeunes ans
On m'offusquoit de cetEncens.
JaimeAujourd'huy celuy de la
Marmite.
Elle rentre en sa Ruche, en
disantce beau mot.
Aussi le Verluisantestoit-il
un grand sot,
D'oseraspireràla proye,
Que fuivanc les regles du
temps
Doit attraperle riche Verà
soye.
Qu'il soit donc sage à fcs
dépens,
Et secontente d'une Mouche
>
Qui n'aura comme luy,
que l'esprit & la bouc he,
Il passera par là pour un
Ver de bon sens.
,.J'ay prétendu qu'en cet- te Fable,
Pour que lque Amant peutéstre
Histoireverita ble,
Et les Filles, &les Garçons,
Trouveroient de bonnes
leçons.
Les unes sur l'obéïssance
Que rend l'Abeille aux
droits de la naissance,
Profiteront en la lisant;
Et les autres sujetsàl'aveugle
tendresse,
Quand ils voudront choisir
uneMaistresse,
Consulteront leVerluisant;
Il sçait dans l'amoureuse affaire
Comme est punile Temeraire.
L'ABEILLE,
ET LE V E R-A-S O Y E.
FABLE.
On ne
voit point de si
-~ petite Beste, ;: ~S
Qui dans sa jeune,ou sa vieillefaison, I
Ne se mette l'amour, en
P' , ~i teste.i H
Et qui ne croye encor le
,' faire avecraison. A
Ce que je dis estveritable,
La preuve en est dans cette
table.
Sous le pied d'une Ruche
un certain Verluisant
Logeoit; & ce Logis estoit
assez plaisant.
Nostre bonne Mere NaLturc,
Soit à dessein, foit par hazard
* De ses faveurs au Vers ajvoit
fait bonne part.
Il
,
trouvoit. pour sa
*
nour- ~-xiture*i: ')
A quatre pas dequoy inan.
; geravec plaisïr '., - l*
Herbe seche
,
Herbe fraîche
, il n'avoit qu'à
choisir
S'il en vouloir faire pâture,
Tout alloit sélon son desir.
Mais helas ! du moment
--
f ..: :.
qu'on,aime ,'. -;:
A moins que ce ne soit par
un bonheur extrême,.r.
Il faut se réfoudreàiou ffrir.
L'Amour est unvray crou- :ble-£este,••
Des Hommes en ont pu
:., mourir; ; i Voyons comme ihtraita
une beste.
Dans la Ruche, lieu propre
& très- bien habité,
Entre plusieurs, logeoit
certaine jeune Abeille,
Dont lecoeur à l'amour estoit
assez porté.
Ce n'estoit pas grande merveille
A cette passion le Sexe fé.
,'r- minin
Est enclin,-
Autant & plus que ness le
masculin.
Ajoutez que le voisinage
Donnant les moyens de Ce
: voir
Matin <3e soit,
Insensiblement on s'engage.
Venons au Ver. Il avoic de
l'esprit
Il n'estoit rien de beau, ny
de bon, qu'il n'apprît>
Aussi jamais n'avoit on veu
Reprile
En belles qualitez aucanc
que iuy fertile.
il dançoit & chantoit fore
agréablement
;
Mais ce que l'on trouvoie
de rare,
Et dans un Ver qui l'est a£
surément,
C'estqu'iljoüoit dela Guitare
Panablemenr.
Enfin pour la galanterie
Il avoit un si beau talent,
Qu'en Prose cpmme en
,'. Poësie,,
Cestoit un Aucheur excellent.
Quvrage en Vers , Bitlejr*
& Lettre,
Le tout estant de sa façon,
On n'y trouvoit plus rien
-; n' • a mettre :
Et Voirureencomparaiso.ln,
<
Auroit auprès de luy passé
pour un Oyso1n.
Voila le Ver. Quant à
l'Abeille,
Et pour l'esprit, & pour le
corps,
De la Nature elle eut les
plus riches trésors.
Du Monde ellepassoit pour
huitième Merveille,
Ellejoüitdu Clavessin,
Elle avoir appris WMusi-j
v que, ;>
Parloit Italien, &-' mesme
un peuLatin.
Sa mémoire estoit angéli-
.que,-/
?
';!:-j
Aussi l'exerçoit-elle avec
juste raison.
Elle lisoit la Fable,elle lisoit
l'Histoire,
Elle lisoit, cela se peut-il
croire?
Jusques aux Livresde Blazon.
S'il faut parler de sa personne
,
Quoyqu'elle eust assez
- d'embonpoint,
Sa
-
mtaiillge nestooisngranndee &,
Et le bon air n'y manquoit
",. :',':' point. -.. ,-:
Au reste,c'écoituneBlonde,
Dont le teint blanc, frais,
,
& poly,
L'eust fait seul passer dans
le monde
Pour l'Objet le plus accomply.
Cependant malgré tous
ces charmes,
L'Histoire dit que nostre
Verluifant
Eust bravé son pouvoir, s'il
n'eust rendu les armes
Au regard tendre & languissant,
Dont ( quand il plaisoit à la
Dame) Le coeur le plus glacé se
sentoittouten flaâmmee..
C'est en vain qu'on voudroit
resister à l'Amour.
Tortoutard ,
quoyqu'on
fasse, ilest Maistre à son
- tour.
Ce petit Dieu
,
de toute :/i!:: chosè- En ce monde à son grédispcrfe.
L'Abeille est amoureuse,&
leVer amoureux,
Sans que cependant tous
les deux
De leur trou ble secret sçachent
d'abord la cause ;
Mais comme en eux ce
trouble est tous les jours
plus grand
,
L'un &l'autre bientostl'ap-
,
prend.
LeVerestenhumeur chagriné,
Quand il ne voit pas favoisine
;
Et del'Abeille lechagrin
C'est de ne point voirson Voisin.
Quesi quelque doux te steàteste
Se rencontre pour nos A- mans,
Ils ne font que trop voir
dans cesheureux momens
Que l'un de l'autre est la
conqueste.
En mille & mille occasions
Que leur donnoïclafoli-.
tude,
Sans soucy
,
sans inquiétude,
Satisfaisant leurs payions,,
Ils passerent deuxans dans
ce doux badinage.
Mais à la fin eslans surpris,
Il fallut que le Versortist
duvoisinage.
C'estoir le seul moyen- de
dissiperl'ombrage -
Que les Parens de l'Abeille
avoienc pris.
Tout d'un coup il plia bagage,
Et
Et crut àfranchement:par-
-
ler,
Qu'afin de fauter mieux,il alloitreculer.
C'estoitagir en Ver tressage;
Mais par malheur, le pau-
.< vreDiablealla
Pis que de CaribdeenSylla.
,
Comme il ne voyoit plus
qu'une fois la semaine,'.::
Encarincognito,toujours
mesmeavecpeiné,
L-'objetde ses tcadr£$rar mours. ; >
°,r-
Luy quipouvoit le voir autrefoistous
les jours 1
Par un revers en tel cas or-
A mesure qu'il futmoins Veu, -
,}
( Qui de l'Abeille l'auroit
A ) J. -
A mesure il cessa deplaire.
De plus, Dame Avarice
;-""Y" vint mettredusien,
Elle qui tous lesjours: de
etant de maux-c
Les Parens
-
del'Abeille .Lvoietbeaucoupde
Bien è]
Et ceux duGalant n'a-
-r-.r.l'Oi'yûticvnt•'ntn-jr,p ''L
Q(I tourau plus si peu de
chose
Que jen'ose
Là-dessus seulement sous-
Ecdevouloirlesaccoupler
Ec devouloir les accoupler,
Lecoup paroissoit impossible-
A l'Abeille on ditbien&
-
beau,:
(
Qu'ondoimeroit sur lemu-
-4 i
seau,
Si plusau Verluisanton la
:., :-Noÿoit fenCble;
Quenfin elle devoir avoir
Sur.sarichesse un autre esi,
poir,
Puisque leMielpouvoir làmettre
enl'alliance
Du plus riche Animal de
France. »'i I
Fy d'un Ver, disoit-on,qui
napour tout vaillant
Qu'une etincelle de brillant.
Or donc parheureuse.
rencontre,
A nostreVerluifantunjour
L'inconstante Abeille se
moncre. :,
Il luy parla d'abord de son
amour.
Elle recoure sans repondre.
Questce donc qui peut vous
confondre,
Luy dit ce Ver,luy-mesme
confondu
De ce qu'à ses propos elle
n'arépon d u?
Ay je quelque Rival à craindre
?
Non de cela, dit elle, il ne
fautpasvous plaindre; ',"
Si l'airfroid dont J'agis fait
vostre estonnement,
Je m'en vaisvous contersans feindre,
Ce qui causece changement.
Tous mes Parens
, ne vous
:
déplaiseT
SortiGensquisontfort à leur*
aise.
Et lesyoftrpjs3,mvm.vçuil
enseriezlefin,
N'ont pasun semblable destin.
Il est vrayquevous eKr
, (7
moychétive Abeille, >v--V
Nostrecondition si trouve ast
,
sezpareille.
Mais onnecomptepointsur
cettif-éXae. ; Dans laplupart des Maria.
ges ; Etce qui les fautchez les Sages,
Ce n'estquelaréalité --,
Ergo. Parmes
Biensseulsestantrecommandable,
Je dois fairechoixd' un Party
que vd.M Wtfâïfar
table*
Mes Parens à nos feux n'ont
jamaisconsenty.
Ainsicherchez une Maistresse
Quiveuille bien recevoiren
payement
V..ps douceurs& vopre ten- Ànjjf-:
Jy renonce, & dés ce moment
Jelésseavosdpftrfilibertétçttte
entiere
,
Dese donnerailleurscarriere.
L'Abetil^difp.arçi(t vkVer
au desespoir
A tout cela qu'eust-il pû
dire?
Si vous desurezJesçavoir,
Il est dans ceRondeau, vous
n'avez qu'à le lire.
Un tendre coeur fait tout
mon bien;
Et pour n'avoir que cesoustien;
Jeseraytoujoursmiserable;
Car dans ce temps abominable,
On regarde un Gueux comme
un Chien.
• Des amitiez le seul lien,
Argent
,
bel argent, cejl le
tien;
Etsanstoyl'onenvoyeau
-
,
Un.-:Dia£/e tendre coeur.
Tay mon sort, chacun à le
,::. ; :'
,
:-:, sien , Mais
Mais en est-ilcomme le mien?
En est-il d'aussu deplorable ?
Non,non,jesuisinconsolable,
Si l'Abeillecompte pour rien
Vn tendre coeur.
Pendant qu'ainsi nostre
Vermoralise,
L'Abeille sans s'en soucier,
Prend sonessorjusque sur
un Meurier,
Où si-tost qu'elle se suc
n1ise)
Ses yeux d'un ver-à foye
attaquent la franchise.
(Sur ces Arbres tousjours
,.
Ver-àsoye esterrant. )*
Ce Ver la voit, l'aborde,
& dit en son langage,
Aprés l'humble salut que
l'Abeille luy rend;
A veniren ces lieux quelsujet
vous engage?
Vous n'y trouverez point de Fleur,
? Mais en récompense mon cteu-Y
Vient s'offrir à vostre pillage.
Pour vous il est sans aucun
fiel,
Vous en pourriez faire du
Miel;
Belle Abeille,daignezleprendre.
Nostre Abeille sans plus attendre,
Aprés un regard des plus
doux,
Luy dit, Tout de bon, m'aimez-
vous ?
A peine encor m'avez - vous
veuë ;
Et cependant, sivous quittez
ces lieux;
Répond le Ver,vostreabsence
me tuë
, Je ne puis vivreesloigné de
vos jeux.
Je ne sçaurois aussi sans défiance
Croire , un amoursi prompt, si
plein de violence,
Repartl'Abeille au Ver.
; Mais en cas que demain
Vous yresserntieez pareille m.Lar-
Vousviendrez chez,moy me le
dire
y Et vous n'yvviaendirnez p.as en
jidtf'u, beau Ver,je me
retire.
..-"" r'
Quandl'Abeille esten sa
Maison
, .', Ellesonge à sonavanture,
Èt par leSiecle d'or en soymesme
elle jure
Qu'elle fera tres prompte
1
guérison
De la blessure
,
Qu'au coeur du Ver-à soye
ont fait ses doux appas,
Si l'Animal porte les pas
Le lendemain du costé de
la Ruc he.
Quoy,jiii-n-rûistt-igueuxde
Verluisant, Disoit elleenreste hiffanc>
Ilfl!tj¡OÚ rjM'r je fasseCrache.
Vivent mes nouvelles amours
Ah, quellejoye !
Jevais coulerle reste de mes
jours
Et dans le miel
, & dans la
soye.
Elle passa la nuit à raisonnerainsi;
Et des le grand marin elle
n'eut desoucy
Que de demeurer sur sa
Porte,
Croyant de moment en
moment
Qu'il faut que le bon vent
y porte
LebeauVer
,
son nouvel
-
Amant, Il en arriva d'autre sorte,
Pour elle c'estoit temps
perdu.
Son Ver-à soye étoit dodu,
Et marchoit lentement,suivy
de l'équipage
Qu'un Ver semblable à luy
méne à son Mariage.
Le Rendez-vous estoitun
Rendez-vous d'amour;
Mais pour faire un pareil
voyage, Au pesant Ver-à-soye ilfalloit
plus d'un jour.
Quoyqu'il en fust,voicyla
triste destinée
Qu'autour delaRuchetraînoit
Le pauvre Verluisant. Son
ame abandonnée
Au plus mortel chagrin
sans ccèe examinoit
Par où pouvoir adoucir
l'Inhumaine.
Sur Je feüil dela Ruche il
la surprit le soir.
Elle n'estoit pas là sans
doute pour le voir.
J\I*aure^-rusMpoint pitié, luy.
dit il, de ma peine?
Je vous aime tousjours, &..
vousnem'aimezplus
Ingrate, insensible , insidelle,
Que dites-vousune flâmesi
belle?
Messoûpirs si conjlansferont-
-
ilssuperstus?
Enfin, tout de bon, dois-je
croire
v
Que contre rno) vous soyezen
courroux,
Et que vous perdiez la mémoire
De tout ce que l'Amour m'a
faitfaire pour vous ?
Vil Animal
,
Infecte teméraire,
Qu'a'Vez vousfaitqu'envous
trompant
Répond l'Abeill3e, & que
pouviez vous faire ?
Ce que j'ayfait, dit le Ver
en rampant ? Je m'en vay vous l'apprendre,
Abeilie trop légere.
J'ay fait, nonsans de grands
travaux ,
Pour vous conter mes doleances
Messoins, mes soucis, mesfouf
frances, -
Tous les joursmille Vers nouveaux.
J'ayfait cent t7 cent Madrigaux
Sur la moindre de vos absences;
J'ay fait des Odes & des
Stances,
Chansons
,
Triolets, & Rondeaux.
J'ay fait pour vous des Epigrammes
)
Et mesme quelquesAnagrammes
y Le tout d'unstile pur & net.
Et s'il eust esté necessaire
, J'avoistelle ardeur de VOUA plaire,
Que jcujje esté jusqu'au Sonnet.
De tout cela je vous tiens
peu de compte,
Répond l'Abeille, & je
mourrois de honte,
Si javois de l'attachement
Pour un Amant
Dontleplussolide merite
Consiste en beaux discours; dés
mes plus jeunes ans
On m'offusquoit de cetEncens.
JaimeAujourd'huy celuy de la
Marmite.
Elle rentre en sa Ruche, en
disantce beau mot.
Aussi le Verluisantestoit-il
un grand sot,
D'oseraspireràla proye,
Que fuivanc les regles du
temps
Doit attraperle riche Verà
soye.
Qu'il soit donc sage à fcs
dépens,
Et secontente d'une Mouche
>
Qui n'aura comme luy,
que l'esprit & la bouc he,
Il passera par là pour un
Ver de bon sens.
,.J'ay prétendu qu'en cet- te Fable,
Pour que lque Amant peutéstre
Histoireverita ble,
Et les Filles, &les Garçons,
Trouveroient de bonnes
leçons.
Les unes sur l'obéïssance
Que rend l'Abeille aux
droits de la naissance,
Profiteront en la lisant;
Et les autres sujetsàl'aveugle
tendresse,
Quand ils voudront choisir
uneMaistresse,
Consulteront leVerluisant;
Il sçait dans l'amoureuse affaire
Comme est punile Temeraire.
Fermer
Résumé : LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
La fable 'Le Verluisant, l'Abeille, et le Ver-à-soye' raconte l'histoire d'un ver nommé Verluisant, qui vit sous une ruche et bénéficie des faveurs de la nature pour sa nourriture. Cependant, Verluisant est tourmenté par l'amour et tombe amoureux d'une abeille habitant la ruche. Cette abeille est décrite comme ayant de nombreux talents et qualités, mais elle ne répond pas aux avances de Verluisant. L'abeille, bien que charmée par les talents de Verluisant, finit par le repousser en raison de sa condition sociale inférieure. Elle rencontre ensuite un ver-à-soye, qui lui déclare son amour. Après une nuit de réflexion, l'abeille décide de se rendre au rendez-vous avec le ver-à-soye, laissant Verluisant dans le désespoir. Verluisant, désespéré, tente de comprendre pourquoi l'abeille l'a rejeté. Il lui rappelle tous les efforts qu'il a faits pour elle, mais l'abeille reste insensible à ses discours. Elle lui avoue préférer un amant plus riche et plus solide, comme le ver-à-soye. Verluisant est alors qualifié de sot pour avoir osé aspirer à l'abeille, et on lui conseille de se contenter d'une mouche. La fable se conclut par une morale destinée aux jeunes amants, leur apprenant à respecter les droits de la naissance et à éviter la témérité en matière d'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5042
p. 2479
DANNEMARCK.
Début :
Le Comte de Seckendorff eut au commencement du mois dernier une Audiance particuliere [...]
Mots clefs :
Danemark, Traité, Hambourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK.
DANNEMARCK.
E Comte de Seckendorff eut au commence.
ment du mois dernier une Audience particuliere du Roy , dans laquelle il lui remit , de la
part de l'Empereur , la Ratification du Traité
conclu à Copenhague depuis quelques mois
entre les Ministres de S. M. Imp. ceux du Roy ,
et ceux de la Czarine.On assure que par ce Traité , l'Empereur s'est engagé à la garantie du Du-.
ché de Sleswick , à condition d'un équivalent
qui sera donné par le Roy au Duc de Holstein ;
qu'il a été stipulé que tous les Sujets de l'Empefeur jouiront d'une liberté entière de Commerce dans toutes les Villes Maritimes de la domination de S. M, Dan. et qu'on travaillera inces-`
samment à terminer les differends qui ont interrompu le Commerce de la Ville d'Hambourg avec le Dannemarck.
E Comte de Seckendorff eut au commence.
ment du mois dernier une Audience particuliere du Roy , dans laquelle il lui remit , de la
part de l'Empereur , la Ratification du Traité
conclu à Copenhague depuis quelques mois
entre les Ministres de S. M. Imp. ceux du Roy ,
et ceux de la Czarine.On assure que par ce Traité , l'Empereur s'est engagé à la garantie du Du-.
ché de Sleswick , à condition d'un équivalent
qui sera donné par le Roy au Duc de Holstein ;
qu'il a été stipulé que tous les Sujets de l'Empefeur jouiront d'une liberté entière de Commerce dans toutes les Villes Maritimes de la domination de S. M, Dan. et qu'on travaillera inces-`
samment à terminer les differends qui ont interrompu le Commerce de la Ville d'Hambourg avec le Dannemarck.
Fermer
Résumé : DANNEMARCK.
Le comte de Seckendorff a rencontré le roi pour lui remettre la ratification d'un traité de Copenhague. Ce traité implique les ministres de l'Empereur, du roi et de la Czarine. L'Empereur garantit le duché de Schleswig si le roi compense le duc de Holstein. Le traité accorde la liberté de commerce aux sujets de l'Empereur dans les villes maritimes danoises et prévoit de résoudre les différends commerciaux entre Hambourg et le Danemark.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5043
p. 2071
LETTRE du Marquis de Neri Corsini, neveu du Pape, écrite de Rome le 22. Juillet, au Grand Duc de Toscane.
Début :
La Providence qui a daigné jetter les yeux sur le Cardinal Corsini, mon Oncle, entr'autres [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinal Corsini, Grand-duc de Toscane, Jean-Gaston de Médicis
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Marquis de Neri Corsini, neveu du Pape, écrite de Rome le 22. Juillet, au Grand Duc de Toscane.
LETTRE du Marquis de Neri Corfini
, neveu du Pape , écrite de Rome
le 22. Juillet , au Grand Duc de Tol
cane .
A Providence qui a daigné jetter les yeux
fur le Cardinal Corfini , mon Oncle , entr'autres
moyens des caufes fecondes , s'eft fervi
efficacement de la haute protection de
Votre Alteffe Royale pour l'élever au Trône
Pontifical. J'en conferverai toute ma vie dans
le plus profond de mon coeur les fentimens de
la plus humble reconnoiſſance ; & joignant cette
obligation fignalée à toutes celles que je tiens
déja de la generofité de V. A. R. je m'appliquerai
fans relâche à lui donner des preuves
éclatantes d'un fingulier dévouëment & d'une·
obéissance parfaite , implorant toujours la proy
tection & les ordres de V. A. R.
, neveu du Pape , écrite de Rome
le 22. Juillet , au Grand Duc de Tol
cane .
A Providence qui a daigné jetter les yeux
fur le Cardinal Corfini , mon Oncle , entr'autres
moyens des caufes fecondes , s'eft fervi
efficacement de la haute protection de
Votre Alteffe Royale pour l'élever au Trône
Pontifical. J'en conferverai toute ma vie dans
le plus profond de mon coeur les fentimens de
la plus humble reconnoiſſance ; & joignant cette
obligation fignalée à toutes celles que je tiens
déja de la generofité de V. A. R. je m'appliquerai
fans relâche à lui donner des preuves
éclatantes d'un fingulier dévouëment & d'une·
obéissance parfaite , implorant toujours la proy
tection & les ordres de V. A. R.
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Résumé : LETTRE du Marquis de Neri Corsini, neveu du Pape, écrite de Rome le 22. Juillet, au Grand Duc de Toscane.
Le Marquis de Neri Corfini, neveu du Pape, écrit au Grand Duc de Toscane le 22 juillet pour exprimer sa gratitude pour l'élévation de son oncle au trône pontifical. Il assure sa reconnaissance et son dévouement, et sollicite la protection et les ordres du Grand Duc.
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5044
p. 581
« Les jeunes gens de l'un et l'autre Sexe, qui représentent des Comédies à l'Arsenal, [...] »
Début :
Les jeunes gens de l'un et l'autre Sexe, qui représentent des Comédies à l'Arsenal, [...]
Mots clefs :
Duchesse du Maine, Théâtre de l'Arsenal, Représentation
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texteReconnaissance textuelle : « Les jeunes gens de l'un et l'autre Sexe, qui représentent des Comédies à l'Arsenal, [...] »
Les jeunes gens de l'un et l'autre Sexe,
qui représentent des Comédies à l'Arsenal
, dont nous avons parlé dans le
dernier Mercure , donnerent le 28. Février
une Représentation de l'Ecole des
Femmes , suivie de la Parisienne , en présence
de S. A. S. Madame la Duchesse
du Maine ; ces deux Pieces furent extrémement
applaudies , et cette petite
Societé a encore augmenté dans le genre
Comique , la réputation qu'elle s'est acquise
dans le sérieux ; quelques- uns de
ces Sujets , dont les talents sont très- goû
tez , mériteroient bien en effet d'être.
nommez et plus connus .
M. de Morand , Auteur du Prologue
dont nous avons donné l'Extrait , et qui
avoit affecté de ne rien dire de Mademoiselle
du Maine , prononça avant la
Représentation de la Coniédie , les Vers
suivans , qui furent extrémement applaudis,
et qui lui attirerent de nouvelles
marques de bonté de Madame et de Mademoiselle
du Maine .
qui représentent des Comédies à l'Arsenal
, dont nous avons parlé dans le
dernier Mercure , donnerent le 28. Février
une Représentation de l'Ecole des
Femmes , suivie de la Parisienne , en présence
de S. A. S. Madame la Duchesse
du Maine ; ces deux Pieces furent extrémement
applaudies , et cette petite
Societé a encore augmenté dans le genre
Comique , la réputation qu'elle s'est acquise
dans le sérieux ; quelques- uns de
ces Sujets , dont les talents sont très- goû
tez , mériteroient bien en effet d'être.
nommez et plus connus .
M. de Morand , Auteur du Prologue
dont nous avons donné l'Extrait , et qui
avoit affecté de ne rien dire de Mademoiselle
du Maine , prononça avant la
Représentation de la Coniédie , les Vers
suivans , qui furent extrémement applaudis,
et qui lui attirerent de nouvelles
marques de bonté de Madame et de Mademoiselle
du Maine .
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Résumé : « Les jeunes gens de l'un et l'autre Sexe, qui représentent des Comédies à l'Arsenal, [...] »
Le 28 février, des jeunes ont joué 'L'École des Femmes' et 'La Parisienne' à l'Arsenal devant Madame la Duchesse du Maine. Les pièces ont été très applaudies, confirmant le talent de cette société. M. de Morand, auteur du prologue, a reçu des éloges de Madame et Mademoiselle du Maine pour ses vers.
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5045
p. 153
SUEDE.
Début :
LE Roi a donné ordre au Baron de Crassau, son [...]
Mots clefs :
Baron de Crassau, Couronne de Suède, Investiture
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texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
SUEDE.
E Roi a donné ordre au Baron de Crassau ,
Leon Ministre àVienne , de déclarerfau Comte
de Sinzendorf, Grand- Chancelier de la Cour
que la Couronne de Suede s'étant accomodée avec
les Maisons de Brandebourg et de Luxembourg ,
elle ne s'opposeroit plus à l'Investiture des Duchez
de Pomeranie , de Bremen et de Wherden ,
que ces Maisons demandent à l'Empereur depuis
plusieurs années.
E Roi a donné ordre au Baron de Crassau ,
Leon Ministre àVienne , de déclarerfau Comte
de Sinzendorf, Grand- Chancelier de la Cour
que la Couronne de Suede s'étant accomodée avec
les Maisons de Brandebourg et de Luxembourg ,
elle ne s'opposeroit plus à l'Investiture des Duchez
de Pomeranie , de Bremen et de Wherden ,
que ces Maisons demandent à l'Empereur depuis
plusieurs années.
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5046
p. 153
DANNEMARCK.
Début :
Le Roi a résolu de mettre ses Troupes sur le [...]
Mots clefs :
Copenhague
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texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK.
DANNEMAR CK.
E Roi a résolu de mettre ses Troupes sur le
Lpied de 40000. hommes , y compris les 4000 .
hommes qui sont en Norwegue.
On a publié à Coppenhague un Edit du Roy,
datté du 30. du mois dernier , par lequel il est
ordonné qu'à commencer du premier Juin prochain
, la Ferme des Doüannes sur le vin , les
Eaux de vies , le Sel & le Tabac , sera supprimée,
et qu'il sera permis , tant aux Danois qu'aux
Norwegiens , d'en faire le commerce.
E Roi a résolu de mettre ses Troupes sur le
Lpied de 40000. hommes , y compris les 4000 .
hommes qui sont en Norwegue.
On a publié à Coppenhague un Edit du Roy,
datté du 30. du mois dernier , par lequel il est
ordonné qu'à commencer du premier Juin prochain
, la Ferme des Doüannes sur le vin , les
Eaux de vies , le Sel & le Tabac , sera supprimée,
et qu'il sera permis , tant aux Danois qu'aux
Norwegiens , d'en faire le commerce.
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5047
p. 2479-2480
ALLEMAGNE,
Début :
On apprend de Vienne que le 17 Octobre on y mit au Carcan, dans la grande Place [...]
Mots clefs :
Allemagne, Carcan, Suisse, Traité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE,
ALLEM A G N E.
N apprend de Vienne que le
17 Octobre
on y mit au Carcan , dans la grande Place
du Marché aux Poissons , 45 Mandians et autres gens sans aveu , qui ont été bannis des Païs héréditaires dê la Maison d'Autriche.
Le Comte de Reichenstein , l'un des Ministres de l'Empereur auprés du Corps Helvétique ,
Hij ន
2480 MERCURE DE FRANCE
se prépare à retourner en Suisse , avec de nouelles Instructions. On croit qu'il aura ordre de
se joindre au Comte de Wolckenstein , autre
Ministre de S. M. Imp. en Suisse , pour presser
le renouvellement du Capitulat de Milan ; convention qui subsiste depuis près de 12 ans , entre
l'Empereur et les Grisons. Elle a pour objet , le
Commerce entre ces Ligues et les Peuples du Milanez; le passage des Troupes de S. M. Imp.sans
payer de contributions ; la Traite des Bestiaux et
fele passage des Marchandises étrangeres. Ce
Traité sera signé à Milan , où on a préparé des
appartemens, pour les Députez des Ligues Grise
N apprend de Vienne que le
17 Octobre
on y mit au Carcan , dans la grande Place
du Marché aux Poissons , 45 Mandians et autres gens sans aveu , qui ont été bannis des Païs héréditaires dê la Maison d'Autriche.
Le Comte de Reichenstein , l'un des Ministres de l'Empereur auprés du Corps Helvétique ,
Hij ន
2480 MERCURE DE FRANCE
se prépare à retourner en Suisse , avec de nouelles Instructions. On croit qu'il aura ordre de
se joindre au Comte de Wolckenstein , autre
Ministre de S. M. Imp. en Suisse , pour presser
le renouvellement du Capitulat de Milan ; convention qui subsiste depuis près de 12 ans , entre
l'Empereur et les Grisons. Elle a pour objet , le
Commerce entre ces Ligues et les Peuples du Milanez; le passage des Troupes de S. M. Imp.sans
payer de contributions ; la Traite des Bestiaux et
fele passage des Marchandises étrangeres. Ce
Traité sera signé à Milan , où on a préparé des
appartemens, pour les Députez des Ligues Grise
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Résumé : ALLEMAGNE,
Le 17 octobre à Vienne, 45 Mandians et individus sans aveu furent mis au carcan. Le Comte de Reichenstein se prépare à retourner en Suisse pour renouveler le Capitulat de Milan, traité régissant le commerce entre les Ligues grisonnes et les Milanais, le passage des troupes impériales et la traite des bestiaux. La signature doit avoir lieu à Milan.
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5048
p. 151-152
LETTRE du Roy de France, écrite au Magistrat de Dantzick.
Début :
TRES-CHERS ET BONS AMIS, Nous voyons avec plaisir par votre Lettre du 18 [...]
Mots clefs :
Roi de France, Lettre, Bons amis, Roi de Pologne, Gdańsk
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Roy de France, écrite au Magistrat de Dantzick.
LETTRE du Roy de France , écrite
au Magistrat de Dantzick
TRES -C RES- CHERS ET BONS AMIS ,
Nous voyons avec plaisir par votre Lettre du 18
du mois dernier , aussi - bien que par les Relations
de notre Ambassadeur le Marquis de Monti ,
toutes les marques que vous donnez de votre fidelité
152 MERCURE DE FRANCE
delité et de votre zele pour le Roy de Pologne,
Les menaces que vous font ses Ennemis et les
nôtres , n'ont pas été capables de diminuer les
sentimens qui feront passer votre gloire jusques
dans les siecles à venir , et qui vous endent si
chers à nos yeux. Plusieurs Puissances donnent
déja des marques de l'interêt qu'elles prennent à
votre conservation , mais aucune ne pourra porter
les témoignages si loin que nous desirons de le
faire , puisque nous regardons vos interêts comme
les nôtres propres , et que nous nous proposons
de ne rien négliger de ce qul peut dépendre
de notre Puissance et de notre Bienveillance ;
sur ce , nous prions Dieu qu'il vous tienne, Trèschers
et bons Amis , en sa sainte garde . A Versailles
, le 15. Décembre 1733. Signê LOUIS.
au Magistrat de Dantzick
TRES -C RES- CHERS ET BONS AMIS ,
Nous voyons avec plaisir par votre Lettre du 18
du mois dernier , aussi - bien que par les Relations
de notre Ambassadeur le Marquis de Monti ,
toutes les marques que vous donnez de votre fidelité
152 MERCURE DE FRANCE
delité et de votre zele pour le Roy de Pologne,
Les menaces que vous font ses Ennemis et les
nôtres , n'ont pas été capables de diminuer les
sentimens qui feront passer votre gloire jusques
dans les siecles à venir , et qui vous endent si
chers à nos yeux. Plusieurs Puissances donnent
déja des marques de l'interêt qu'elles prennent à
votre conservation , mais aucune ne pourra porter
les témoignages si loin que nous desirons de le
faire , puisque nous regardons vos interêts comme
les nôtres propres , et que nous nous proposons
de ne rien négliger de ce qul peut dépendre
de notre Puissance et de notre Bienveillance ;
sur ce , nous prions Dieu qu'il vous tienne, Trèschers
et bons Amis , en sa sainte garde . A Versailles
, le 15. Décembre 1733. Signê LOUIS.
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Résumé : LETTRE du Roy de France, écrite au Magistrat de Dantzick.
Dans une lettre datée du 15 décembre 1733, le roi de France exprime sa satisfaction envers le magistrat de Dantzick pour sa fidélité et son zèle envers le roi de Pologne. Malgré les menaces ennemies, le magistrat a maintenu son engagement, ce qui est perçu comme une marque de gloire durable. Plusieurs puissances manifestent un intérêt pour la conservation de Dantzick, mais le roi de France assure un soutien inégalé, considérant les intérêts de Dantzick comme les siens propres. Il promet de tout mettre en œuvre pour assurer la protection et le bien-être de Dantzick. La lettre se conclut par une prière pour la protection divine du magistrat.
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5049
p. 173-174
L'ELEVE de Comus. FABLE.
Début :
Du succulent Comus un éleve capable [...]
Mots clefs :
Comus, Cuisine, Abondance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ELEVE de Comus. FABLE.
L'ELEVE de Comus.
FABLE.
Du fucculent Comus un éleve capable
Dans la fcience de la Table
Raffembloit les talens de très bien fricaffer
Rotír & patiffer .
Chés les Apicius on citoit la fineffe
De fes ragouts ; jamais tant de délicateffe
N'avoit regné dans les feftins ;
Ses fauffes étoient dévorées ;
On fe bruloit les doigts pour tâter ſes entrées ;
Ses entremêts étoient divins ,
Enfin la nouvelle cuifine
Lui devoit fon éclat comme fon origine ;
Il avoit corrigé le Cuifinier François ,
Et pas un feul Traiteur ne faifoit à ſes Loix
D'argument ni de Commentaire.
Qu'il caufoit de réplétions !
H iij
ཝ 74
MERCURE
DE FRANCE
.
L'excès fuivoit toujours fa bonne chere ,
Et par des indigeftions
Il avoit fait crever plus de trente Gafcons.
On n'avoit dans fon Art qu'un reproche à lui faire ›
C'est qu'il prodiguoi trop les viandes dans les
mets ;
11 mettoit neufperdrix quand il en falloit quatre
Et fans jamais en rien rabattre
Il fervoit à trois fix Poulets .
Ce n'étoient pas les Clercs qui prenoient la licence
De critiquer cette abondance ,
C'étoit l'élite des Gourmets .
Ils avoient bien raifon; telle eft l'efpece humaine &
Elle ne peut goûter
De félicité pleine
Sans defirer ou regreter.
Son plaifir doit toujours être mêlé de peine ,
Et dès qu'il raffafie il ceffe de flater.
Cette Piéce fe vend chés la Veuve Piffotà
la croix d'or au bout du Pont neuf.
FABLE.
Du fucculent Comus un éleve capable
Dans la fcience de la Table
Raffembloit les talens de très bien fricaffer
Rotír & patiffer .
Chés les Apicius on citoit la fineffe
De fes ragouts ; jamais tant de délicateffe
N'avoit regné dans les feftins ;
Ses fauffes étoient dévorées ;
On fe bruloit les doigts pour tâter ſes entrées ;
Ses entremêts étoient divins ,
Enfin la nouvelle cuifine
Lui devoit fon éclat comme fon origine ;
Il avoit corrigé le Cuifinier François ,
Et pas un feul Traiteur ne faifoit à ſes Loix
D'argument ni de Commentaire.
Qu'il caufoit de réplétions !
H iij
ཝ 74
MERCURE
DE FRANCE
.
L'excès fuivoit toujours fa bonne chere ,
Et par des indigeftions
Il avoit fait crever plus de trente Gafcons.
On n'avoit dans fon Art qu'un reproche à lui faire ›
C'est qu'il prodiguoi trop les viandes dans les
mets ;
11 mettoit neufperdrix quand il en falloit quatre
Et fans jamais en rien rabattre
Il fervoit à trois fix Poulets .
Ce n'étoient pas les Clercs qui prenoient la licence
De critiquer cette abondance ,
C'étoit l'élite des Gourmets .
Ils avoient bien raifon; telle eft l'efpece humaine &
Elle ne peut goûter
De félicité pleine
Sans defirer ou regreter.
Son plaifir doit toujours être mêlé de peine ,
Et dès qu'il raffafie il ceffe de flater.
Cette Piéce fe vend chés la Veuve Piffotà
la croix d'or au bout du Pont neuf.
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5050
p. 175-176
« Je vous envoyay le mois passé des Vers de Mr de Betoulaud [...] »
Début :
Je vous envoyay le mois passé des Vers de Mr de Betoulaud [...]
Mots clefs :
Barcelone, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoyay le mois passé des Vers de Mr de Betoulaud [...] »
e vous envoyay
le
moispaffé des Vers de
M
de Betoulaud fur la prise
de Barce-
P
iiij
176
MERCURE
lone
.
En
voicy
d'autres
deluy
fur
la
Paix
,
&
il
les
adreffe
à
l'illuftre
Mademoiſelle
de
Scudery en luy envoyant
pour le Roy une Onyce an-
rique où la tefte d'un More
eft gravée en relief fur unfond
blanc. C'eſt le More qui luy
parle.
le
moispaffé des Vers de
M
de Betoulaud fur la prise
de Barce-
P
iiij
176
MERCURE
lone
.
En
voicy
d'autres
deluy
fur
la
Paix
,
&
il
les
adreffe
à
l'illuftre
Mademoiſelle
de
Scudery en luy envoyant
pour le Roy une Onyce an-
rique où la tefte d'un More
eft gravée en relief fur unfond
blanc. C'eſt le More qui luy
parle.
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