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4453
p. 557-558
« M. Chicoineau, premier Medecin du Roy, desirant connoître le Remede particulier dont [...] »
Début :
M. Chicoineau, premier Medecin du Roy, desirant connoître le Remede particulier dont [...]
Mots clefs :
Remède, Médecin, Chirurgien-major, Malades
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texteReconnaissance textuelle : « M. Chicoineau, premier Medecin du Roy, desirant connoître le Remede particulier dont [...] »
M. Chicoineau , premier Medecin du Roy ,
desirant connoître le Remede particulier dont
M. Petit , ancien Chirurgien Major des Gardes
du Corps du Roy , se sert pour la guérison de la
Maladie Venerienne , a obtenu un ordre de
M. Dangervilliers , Ministre de la Guerre , pour
mettre le sieur Petit en état de traiter des Malades
à l'Hôtel Royal des Invalides ; cer ordre ,
qui a été envoyé à M. Duchy , Intendant dudit
Hôtel , porte que le traitement sera fait sous les
yeux du Medecin et du Chirurgien Major des
İnvalides. En conféquence , le Medecin et le Chirurgien
Major , ont dressé Procès verbal des
simptômes veroliques qu'ils ont trouvez aux Malades
qu'on a donnez à guérir au sieur Petit ,
lequel a commencé à leur donner son Remede
le 7. Janvier et a fini le 14. Février. Après ce
temps on a visité de nouveau les Malades , on a
reconnu que tous les accidens et simptômes qu'ils
avoient , étoient disparus , qu'ils se portoient
bien , même en embonpoint. Ce qui a été certifié
par le Medecin et le Chirurgien Major , au
dos du Procès verbal qu'il avoit dressé de l'état
des Malades. Ce Remede agit par de grandes
sucurs, sans que le Malade en soit affoibli , ni qu'il
perde l'appétit ; au contraire il mange beaucoup
mieux qu'auparavant ; le Remede ne gêne en
rien , et on peut sortir dans la journée , pourvû
qu'on ait sué trois ou quatre heures le matin , ce
qui se fait en dormant. Ceux qui sont en Province
n'ont que faire de venir à Paris , ce Remede
s'envoye dans une Lettre avec le Memoire
G iij instruc558
MERCURE DE ANCE
inssructif pour le prendre. La deme Schult-
Petit est toujours rue des Saints Peres ,"
de Brissac .
Le sieur Giraudein , Apoticaire ordinaire de
Roy, donne avis qu'il a deux Remedes specifiques,
l'un pour guérir les Cancers accidentels o
autres , sans appliquer aucune chose dessus , c.
l'autre pour guérir toute sorte de Coliques. Lal
dose est depuis quatre goutes jusqu'à huit . La
sieur Giraudein demeure rue S. Louis au Marais
à Paris.
Le veritable Suc de Reglisse et Guimauve blanc,
si estimé pour les maladies du Poulmon , inflammations
, enrouemens , toux , rhumes , pituite
asthme , poulmonie , continue à se debiter depuis
plus de trente ans , de l'aveu et approbation
de M. le Premier Medecin du Roy , chez la
Dile Desmoulins , qui est la seule qui en a le secret
de feu Mlle Guy.
On peut s'en servir en tout temps , le tranpor .
ter par tout , et le garder si long temps que l'on
veut , sans jamais se gâter , ni rien perdre de sa
qualité.
La Dlle Desmoulins demeure ruë Guenegaud ,
Fauxbourg S. Germain , du côté de la ruë Maza .
rine , chez M. Toulin , au premier Appartement.
desirant connoître le Remede particulier dont
M. Petit , ancien Chirurgien Major des Gardes
du Corps du Roy , se sert pour la guérison de la
Maladie Venerienne , a obtenu un ordre de
M. Dangervilliers , Ministre de la Guerre , pour
mettre le sieur Petit en état de traiter des Malades
à l'Hôtel Royal des Invalides ; cer ordre ,
qui a été envoyé à M. Duchy , Intendant dudit
Hôtel , porte que le traitement sera fait sous les
yeux du Medecin et du Chirurgien Major des
İnvalides. En conféquence , le Medecin et le Chirurgien
Major , ont dressé Procès verbal des
simptômes veroliques qu'ils ont trouvez aux Malades
qu'on a donnez à guérir au sieur Petit ,
lequel a commencé à leur donner son Remede
le 7. Janvier et a fini le 14. Février. Après ce
temps on a visité de nouveau les Malades , on a
reconnu que tous les accidens et simptômes qu'ils
avoient , étoient disparus , qu'ils se portoient
bien , même en embonpoint. Ce qui a été certifié
par le Medecin et le Chirurgien Major , au
dos du Procès verbal qu'il avoit dressé de l'état
des Malades. Ce Remede agit par de grandes
sucurs, sans que le Malade en soit affoibli , ni qu'il
perde l'appétit ; au contraire il mange beaucoup
mieux qu'auparavant ; le Remede ne gêne en
rien , et on peut sortir dans la journée , pourvû
qu'on ait sué trois ou quatre heures le matin , ce
qui se fait en dormant. Ceux qui sont en Province
n'ont que faire de venir à Paris , ce Remede
s'envoye dans une Lettre avec le Memoire
G iij instruc558
MERCURE DE ANCE
inssructif pour le prendre. La deme Schult-
Petit est toujours rue des Saints Peres ,"
de Brissac .
Le sieur Giraudein , Apoticaire ordinaire de
Roy, donne avis qu'il a deux Remedes specifiques,
l'un pour guérir les Cancers accidentels o
autres , sans appliquer aucune chose dessus , c.
l'autre pour guérir toute sorte de Coliques. Lal
dose est depuis quatre goutes jusqu'à huit . La
sieur Giraudein demeure rue S. Louis au Marais
à Paris.
Le veritable Suc de Reglisse et Guimauve blanc,
si estimé pour les maladies du Poulmon , inflammations
, enrouemens , toux , rhumes , pituite
asthme , poulmonie , continue à se debiter depuis
plus de trente ans , de l'aveu et approbation
de M. le Premier Medecin du Roy , chez la
Dile Desmoulins , qui est la seule qui en a le secret
de feu Mlle Guy.
On peut s'en servir en tout temps , le tranpor .
ter par tout , et le garder si long temps que l'on
veut , sans jamais se gâter , ni rien perdre de sa
qualité.
La Dlle Desmoulins demeure ruë Guenegaud ,
Fauxbourg S. Germain , du côté de la ruë Maza .
rine , chez M. Toulin , au premier Appartement.
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Résumé : « M. Chicoineau, premier Medecin du Roy, desirant connoître le Remede particulier dont [...] »
M. Chicoineau, premier médecin du roi, a sollicité le remède de M. Petit, ancien chirurgien major des Gardes du Corps du roi, pour traiter la maladie vénérienne. Un ordre de M. Dangervilliers, ministre de la Guerre, a permis à M. Petit de traiter des malades aux Invalides sous supervision médicale. Le traitement, débuté le 7 janvier et achevé le 14 février, a montré une disparition des symptômes et un bon état de santé des malades. Le remède de M. Petit provoque de grandes sueurs sans affaiblir le malade, qui conserve son appétit et peut sortir après avoir sué. Ce remède peut être envoyé par lettre avec des instructions. M. Petit réside rue des Saints Pères, à Brissac. Par ailleurs, le sieur Giraudein, apothicaire du roi, propose des remèdes pour les cancers et les coliques, et réside rue Saint-Louis au Marais. Enfin, la demoiselle Desmoulins vend le véritable suc de réglisse et de guimauve blanc, recommandé pour les maladies pulmonaires, et réside rue Guenegaud, Faubourg Saint-Germain.
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4454
p. 149-150
ENIGMES.
Début :
Le Sexe dont je suis, qui doit me revêtir, [...]
Mots clefs :
Quenouille
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texteReconnaissance textuelle : ENIGMES.
ENIGME S.
E Sexe dontje fuis , qui doit me revêtir
, TUA
Ne m'habille avec foin que pour me dévêtiri
Et celle à qui je fais le mieux gagnerfa
vie >
Semble me dépouiller avec le plus d'envie
,
Cependant , ce qui fert , oupour le vètetement
,
Niij
150 LE MERCURE
La parure on l'ameublement
Par moi dans l'origine a pris un nouvel
Etre ,
Et neferoitfans moi , ce qu'on le voitparoitre
Sous le pluspompeux ornement.
Dés que l'apas du gain m'a mife toute nuë
Mon corps aride , fec , long, tout d'une
venue
Abandonnépour lors , fans fupoft ni foltiens
›
N'eft propre qu'à brûler , où qu'à chaffer
les chiens.
Si d'un Herosjadis , je fus l'amusement
Dans un tendre déguisement
Il avoit fes raifons Fraiment c'eftoit pour
caufes ,
Quifirent faire aux Dieux pires métamorphofes
E Sexe dontje fuis , qui doit me revêtir
, TUA
Ne m'habille avec foin que pour me dévêtiri
Et celle à qui je fais le mieux gagnerfa
vie >
Semble me dépouiller avec le plus d'envie
,
Cependant , ce qui fert , oupour le vètetement
,
Niij
150 LE MERCURE
La parure on l'ameublement
Par moi dans l'origine a pris un nouvel
Etre ,
Et neferoitfans moi , ce qu'on le voitparoitre
Sous le pluspompeux ornement.
Dés que l'apas du gain m'a mife toute nuë
Mon corps aride , fec , long, tout d'une
venue
Abandonnépour lors , fans fupoft ni foltiens
›
N'eft propre qu'à brûler , où qu'à chaffer
les chiens.
Si d'un Herosjadis , je fus l'amusement
Dans un tendre déguisement
Il avoit fes raifons Fraiment c'eftoit pour
caufes ,
Quifirent faire aux Dieux pires métamorphofes
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4455
p. 149-150
PARODIE DE M. ROY SUR LE MÊME AIR. A Mlle. ***
Début :
L'Amour croyoit n'avoir ni soeur, ni frere, [...]
Mots clefs :
Amour, Frères et soeurs, Jeux
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texteReconnaissance textuelle : PARODIE DE M. ROY SUR LE MÊME AIR. A Mlle. ***
PARODIE DE M. ROY
A
SUR LE MEME AIR
A Mile. ***
L'Amour croyoit n'avoir ni ſoeur,
ni
Sans vous de R1s , il eut pû s'en
Aater :
Niij
so LEMERCURE
Soeur de l'Amour , vous lui devintes
chere ,
Les Ris , les Jeux vouloient vous
adopter :
Un d'eux vous tint fur les fonds de
Cythere ,
Et c'eft fon nom qu'il vous a fait
porter.
A
SUR LE MEME AIR
A Mile. ***
L'Amour croyoit n'avoir ni ſoeur,
ni
Sans vous de R1s , il eut pû s'en
Aater :
Niij
so LEMERCURE
Soeur de l'Amour , vous lui devintes
chere ,
Les Ris , les Jeux vouloient vous
adopter :
Un d'eux vous tint fur les fonds de
Cythere ,
Et c'eft fon nom qu'il vous a fait
porter.
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4456
p. 133-134
PRIX proposé par l'Academie de Chirurgie, pour l'année 1732.
Début :
L'Académie de Chirurgie, établie à Paris sous la protection du Roi, désirant contribuer aux [...]
Mots clefs :
Prix, Académie de chirurgie, Progrès, Médaille d'or, Mémoires
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Academie de Chirurgie, pour l'année 1732.
PRIX proposé par l'Academie de Chirurgie , pour l'année 1732.
L'Académie de Chirurgie , établie à Paris sous la protection du Roi , désirant contribuer aux
progrès de cet Art , et à l'utilité publique , propose pour sujet du Prix de l'Année 1731. la ques- tion suivante.-
Gij Pour-
334 MERCURE DE FRANCE
Pourquoy certaines Tumeurs doivent être extirpées , et d'autres simplement ouvertes , dans l'une
l'autre de ces opérations. Quels sont les cas où lo
Cautere est préférable à l'Instrument tranchant,
at les raisons de préférence.
Ce Prix est une Médaille d'or de la valeur do
deux cent livres , qui sera donnée à celui qui ,
au jugement de l'Académie , aura fait le meil
leur Memoire sur la question proposée.
Les Chirurgiens de tous Pays seront admis à
Concourir pour le Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
Ceux qui composeront , sont invitez à écrire
en François ou en Latin , autant qu'il se pourra.
On les prie d'avoir attention que leurs Ecrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leur Memoire une marque distinctive , comme Sentence , Devise , Paraphe ou
Signature et cette marque sera couverte d'un
papier blanc collé ou cacheté , qui ne sera levé
qu'en cas que la Piece ait remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront leurs Ouvrages francs de Port , à M. Mo
rand , Secretaire de l'Académie de Chirurgie à
Paris , ou les lui feront remettre entre les mains.
Les Memoires ne seront reçus que jusqu'au
dernier jour de Septembre 1732. inclusivement.
L'Académie, à son Assemblée publique de 1733,
qui se tiendra le Mardy d'après la Trinité , proclamera la Piece qui aura merité le Prix.
La Medaille sera délivrée à l'Auteur même, qui
se fera connoître ou au porteur d'une Procura
tion de sa part ; l'un ou l'autre représentant la
marque distinctive , avec une copie nette du Me- moire
L'Académie de Chirurgie , établie à Paris sous la protection du Roi , désirant contribuer aux
progrès de cet Art , et à l'utilité publique , propose pour sujet du Prix de l'Année 1731. la ques- tion suivante.-
Gij Pour-
334 MERCURE DE FRANCE
Pourquoy certaines Tumeurs doivent être extirpées , et d'autres simplement ouvertes , dans l'une
l'autre de ces opérations. Quels sont les cas où lo
Cautere est préférable à l'Instrument tranchant,
at les raisons de préférence.
Ce Prix est une Médaille d'or de la valeur do
deux cent livres , qui sera donnée à celui qui ,
au jugement de l'Académie , aura fait le meil
leur Memoire sur la question proposée.
Les Chirurgiens de tous Pays seront admis à
Concourir pour le Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
Ceux qui composeront , sont invitez à écrire
en François ou en Latin , autant qu'il se pourra.
On les prie d'avoir attention que leurs Ecrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leur Memoire une marque distinctive , comme Sentence , Devise , Paraphe ou
Signature et cette marque sera couverte d'un
papier blanc collé ou cacheté , qui ne sera levé
qu'en cas que la Piece ait remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront leurs Ouvrages francs de Port , à M. Mo
rand , Secretaire de l'Académie de Chirurgie à
Paris , ou les lui feront remettre entre les mains.
Les Memoires ne seront reçus que jusqu'au
dernier jour de Septembre 1732. inclusivement.
L'Académie, à son Assemblée publique de 1733,
qui se tiendra le Mardy d'après la Trinité , proclamera la Piece qui aura merité le Prix.
La Medaille sera délivrée à l'Auteur même, qui
se fera connoître ou au porteur d'une Procura
tion de sa part ; l'un ou l'autre représentant la
marque distinctive , avec une copie nette du Me- moire
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Résumé : PRIX proposé par l'Academie de Chirurgie, pour l'année 1732.
En 1732, l'Académie de Chirurgie de Paris, sous la protection du Roi, a lancé un concours pour promouvoir les avancées en chirurgie et l'utilité publique. Le sujet pour l'année 1731 portait sur les méthodes de traitement des tumeurs, notamment quand il faut les extirper ou simplement les ouvrir, et l'usage du cautère par rapport aux instruments tranchants. Le prix était une médaille d'or valant deux cent livres, attribuée au meilleur mémoire. Les chirurgiens du monde entier étaient invités à participer, sauf les membres de l'Académie. Les mémoires pouvaient être rédigés en français ou en latin et devaient être lisibles. Chaque mémoire devait inclure une marque distinctive, cachée sous un papier blanc, à révéler uniquement en cas de victoire. Les travaux devaient être envoyés au secrétaire de l'Académie, M. Morand, avant le 30 septembre 1732. Le lauréat serait annoncé lors de l'assemblée publique de l'Académie en 1733, le mardi suivant la Trinité. La médaille serait remise à l'auteur ou à son représentant, munis de la marque distinctive et d'une copie du mémoire.
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4457
p. 149-150
ENIGME.
Début :
Digne ouvrage de l'Art, je dois mon existence [...]
Mots clefs :
Similor
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Digne ouvrage de l'Art , je dois mon exif- tence
'Au defir d'imiter. Mon mérite eſt l'erreur.
Je ne plais aux mortels que par la reffemblance.
Plus je fçais impofer , & plus je fais honneur.
Celui que je prends pour modéle ,
Principe de mainte querelle ,
Fait fouvent affronter la mort.
Par fon moyen tour eft poffible , la
Le foible devient invincible , anta
Il dicte des loix au plus fort.
Mais tel eft mon malheur. Trop facile à connoître
,
Bar lefecours d'un tiers , mon mérite emprunté
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Difparoît , & faifant place à la vérité ,
Plonge dans le néant l'erreur qui l'a fait naître.
Par M. le M. de C.
Digne ouvrage de l'Art , je dois mon exif- tence
'Au defir d'imiter. Mon mérite eſt l'erreur.
Je ne plais aux mortels que par la reffemblance.
Plus je fçais impofer , & plus je fais honneur.
Celui que je prends pour modéle ,
Principe de mainte querelle ,
Fait fouvent affronter la mort.
Par fon moyen tour eft poffible , la
Le foible devient invincible , anta
Il dicte des loix au plus fort.
Mais tel eft mon malheur. Trop facile à connoître
,
Bar lefecours d'un tiers , mon mérite emprunté
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Difparoît , & faifant place à la vérité ,
Plonge dans le néant l'erreur qui l'a fait naître.
Par M. le M. de C.
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4458
p. 110-111
REMARQUES.
Début :
La Curlande ou Courlande, est une Province de Pologne dans [...]
Mots clefs :
Courlande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQUES.
La Curlande ou Courlande,
est une Province de
Pologne dans la Livonie.
Elle appartenoit autrefois
aux Chevaliers de Livonie,
qui l'avoient conquise sur
les Idolatres:mais Gottar
de Keder, dernier Grand-
Maistre de cet Ordre, ayant
embrasse l'heresie de
Luther,s'empara de ce Pays
dont il fit hommage à Sigismond-
Auguste, Roy de
Pologne, auquel il ceda
tous les droits qu'avoit eu
son Ordre, à condition
qu'il porteroit le titre de
Duc de Curlande
,
& que
ses descendants luy succederoient
,
après en avoir
reçu l'investiture des Rois
de Pologne, ce qui a duré
jusqu'à present. Les Villes
principales de ce Duché
sontGoldingen
,
& Windau,
qui est le lieu ordinaire
de la residence des Ducs.
Le P. N. Frassen
,
Cor
La Curlande ou Courlande,
est une Province de
Pologne dans la Livonie.
Elle appartenoit autrefois
aux Chevaliers de Livonie,
qui l'avoient conquise sur
les Idolatres:mais Gottar
de Keder, dernier Grand-
Maistre de cet Ordre, ayant
embrasse l'heresie de
Luther,s'empara de ce Pays
dont il fit hommage à Sigismond-
Auguste, Roy de
Pologne, auquel il ceda
tous les droits qu'avoit eu
son Ordre, à condition
qu'il porteroit le titre de
Duc de Curlande
,
& que
ses descendants luy succederoient
,
après en avoir
reçu l'investiture des Rois
de Pologne, ce qui a duré
jusqu'à present. Les Villes
principales de ce Duché
sontGoldingen
,
& Windau,
qui est le lieu ordinaire
de la residence des Ducs.
Le P. N. Frassen
,
Cor
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Résumé : REMARQUES.
La Curlande, province polonaise en Livonie, appartenait aux Chevaliers de Livonie. Gottard Kettler, dernier Grand-Maître, adopta la doctrine de Luther et céda ses droits à Sigismond Auguste, roi de Pologne, en échange du titre de Duc de Curlande. Les principales villes sont Goldingen et Windau.
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4459
p. 1621-1622
Tempêtes d'Alcionne, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique, après avoir donné quelques Représentations [...]
Mots clefs :
Alcione, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tempêtes d'Alcionne, [titre d'après la table]
Académie Royale de Mufique , après
avoir donné quelques Repréſentations
de l'Opera de Thefee , en donna
plufieurs d'Alcione , dont la tempête fait
toûjours un effet admirable , & le fieur
Servandoni a trouvé l'art de peindre aux
yeux les effets de ce beau morceau de Mufique
, par le moyen de quantité de rouës
échancrées heteroclitement avec leurs
poulies , lorfqu'elles tournent par des cor-
G des
1622 MERCURE DE FRANCE
des fans fin , avec beaucoup de facilité ,
malgré l'inconvenient du Théatre , &
produifent par leurs mouvemens des ondes
qui imitent très - bien le naturel , par
le moyen des Gazes d'argent dont elles
font couvertes. Les principaux objets de
ce Tableau mouvant , font deux Vaiffeaux
battus de la tourmente , & prêts à être
,fubmergez, qui par leurs bafcules & leuts
cordages , font vivement agitez , fuivant le
courant des ondes , l'un difparoît enſuite
& l'autre fait naufrage après avoir foutenu
quelque temps la fureur des flots.
On voit brifer fes Mats ; enfin il coule à
fond , avec l'Acteur qui fe trouve dedans .
avoir donné quelques Repréſentations
de l'Opera de Thefee , en donna
plufieurs d'Alcione , dont la tempête fait
toûjours un effet admirable , & le fieur
Servandoni a trouvé l'art de peindre aux
yeux les effets de ce beau morceau de Mufique
, par le moyen de quantité de rouës
échancrées heteroclitement avec leurs
poulies , lorfqu'elles tournent par des cor-
G des
1622 MERCURE DE FRANCE
des fans fin , avec beaucoup de facilité ,
malgré l'inconvenient du Théatre , &
produifent par leurs mouvemens des ondes
qui imitent très - bien le naturel , par
le moyen des Gazes d'argent dont elles
font couvertes. Les principaux objets de
ce Tableau mouvant , font deux Vaiffeaux
battus de la tourmente , & prêts à être
,fubmergez, qui par leurs bafcules & leuts
cordages , font vivement agitez , fuivant le
courant des ondes , l'un difparoît enſuite
& l'autre fait naufrage après avoir foutenu
quelque temps la fureur des flots.
On voit brifer fes Mats ; enfin il coule à
fond , avec l'Acteur qui fe trouve dedans .
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Résumé : Tempêtes d'Alcionne, [titre d'après la table]
Le texte relate des représentations de l'opéra 'Alcione' par l'Académie Royale de Musique, succédant à celles de 'Thefee'. La tempête dans 'Alcione' est particulièrement saluée pour son effet spectaculaire. Le décorateur Servandoni a innové en utilisant des roues échancrées et des poulies pour générer des effets visuels impressionnants. Malgré les limitations du théâtre, ces mécanismes permettent de créer des ondes réalistes grâce à des gazes d'argent. Le tableau principal montre deux vaisseaux affrontant la tempête : l'un disparaît, tandis que l'autre fait naufrage après une résistance momentanée. L'acteur à bord du vaisseau coule avec lui.
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4460
p. 151-153
MARIAGE.
Début :
Mr le Marquis de Bissy Brigadier, Mestre de Camp de [...]
Mots clefs :
Marquis de Bissy, Auxonne
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Mr le Marquis de Biffy
Brigadier, Meftre de Camp
Niiij.
52 MERGURE
de Cavalerie , fils de Mr le
Marquis de Biffy , Lieute
nant General des Armées du
Roy, Gouverneur d'Auxonne , a épousé Mademoifelle Chauvelin , fille de Mr
Chauvelin Confeiller d'Etat
Ordinaire.
Le Roy a accordé à Mr
le Marquis de Biffy Brigadier le Gouvernement des
Villes & Chafteau d'Auxonne que poffede Mr fon pere
& que Mr de Biffy fon
grand pere Lieutenant general des Armées de Sa
Majefté , Commandeur des
GALANT. 153
Ordres du Roy, & Commandeur pour Sa Majesté
dans le Païs de Mets , Toul
& Verdun, avoit auſſi
poffedé.
Mr le Marquis de Biffy
Brigadier, Meftre de Camp
Niiij.
52 MERGURE
de Cavalerie , fils de Mr le
Marquis de Biffy , Lieute
nant General des Armées du
Roy, Gouverneur d'Auxonne , a épousé Mademoifelle Chauvelin , fille de Mr
Chauvelin Confeiller d'Etat
Ordinaire.
Le Roy a accordé à Mr
le Marquis de Biffy Brigadier le Gouvernement des
Villes & Chafteau d'Auxonne que poffede Mr fon pere
& que Mr de Biffy fon
grand pere Lieutenant general des Armées de Sa
Majefté , Commandeur des
GALANT. 153
Ordres du Roy, & Commandeur pour Sa Majesté
dans le Païs de Mets , Toul
& Verdun, avoit auſſi
poffedé.
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Résumé : MARIAGE.
Le mariage entre Monsieur le Marquis de Biffy, Brigadier et Maître de Camp, et Mademoiselle Chauvelin est annoncé. Monsieur le Marquis de Biffy est le fils du Lieutenant Général des Armées du Roi et Gouverneur d'Auxonne. Mademoiselle Chauvelin est la fille de Monsieur Chauvelin, Conseiller d'État Ordinaire. Le Roi a accordé à Monsieur le Marquis de Biffy le Gouvernement des Villes et Château d'Auxonne.
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4461
p. 145-147
Mort de M. le Duc Sforce, [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Rome nous ont appris la mort de Mr le Duc [...]
Mots clefs :
Rome, Duc, Veuve, Décès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. le Duc Sforce, [titre d'après la table]
Les Lettres de Rome nous
ont appris la mort de M' le
Duc Sforce , arrivée à Santa
Fiore le ſeptiéme de Mars. Il
avoit efté créé Chevalier des
Ordres du Roy en 1675. &
en avoit receu le Collier par
les mains de Me le Ducde
Avril 1685. N
146 MERCURE
Nevers , qui le donna en
mefme temps au Duc de
Bracciano , & au Prince de
Sonnino. Il avoit époufé depuis
peu d'années Mademoi
felle de Tiange , Fille de M'
le Marquis de Tiange , &
Soeur de Madame la Duchefſe
de Nevers, à laquelle
il a laiſſé tous les biens dont
il pouvoit difpoſer. Cette jeune
Veuve a merité tout ce
qu'il a fait pour elle par une
fageffe, reconnue pour la plus
reguliere dans un Païs , où
la conduite des femmes eft
obſervée avec de grands
GALANT. 147
ſoins . M le Duc Sforze
r
eſt mort âgé de foixanteſept
ans. Je ne vous dis rien
de fa Maiſon , qui est une
des plus illuftres d'Italie, vous
en ayant déja entretenuë.
quand je vous parlay de fon
Mariage.
ont appris la mort de M' le
Duc Sforce , arrivée à Santa
Fiore le ſeptiéme de Mars. Il
avoit efté créé Chevalier des
Ordres du Roy en 1675. &
en avoit receu le Collier par
les mains de Me le Ducde
Avril 1685. N
146 MERCURE
Nevers , qui le donna en
mefme temps au Duc de
Bracciano , & au Prince de
Sonnino. Il avoit époufé depuis
peu d'années Mademoi
felle de Tiange , Fille de M'
le Marquis de Tiange , &
Soeur de Madame la Duchefſe
de Nevers, à laquelle
il a laiſſé tous les biens dont
il pouvoit difpoſer. Cette jeune
Veuve a merité tout ce
qu'il a fait pour elle par une
fageffe, reconnue pour la plus
reguliere dans un Païs , où
la conduite des femmes eft
obſervée avec de grands
GALANT. 147
ſoins . M le Duc Sforze
r
eſt mort âgé de foixanteſept
ans. Je ne vous dis rien
de fa Maiſon , qui est une
des plus illuftres d'Italie, vous
en ayant déja entretenuë.
quand je vous parlay de fon
Mariage.
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Résumé : Mort de M. le Duc Sforce, [titre d'après la table]
Le Duc Sforce est décédé à Santa Fiore le 7 mars à l'âge de soixante-sept ans. Créé Chevalier des Ordres du Roi en 1675, il avait reçu le Collier en 1685. Il avait épousé Mademoiselle de Tiange, sœur de la Duchesse de Nevers, à qui il a légué ses biens. Sa veuve est reconnue pour sa sagesse. La maison du Duc est l'une des plus illustres d'Italie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4462
p. 2625-2627
COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
Début :
Viens à mon secours, [...]
Mots clefs :
Menuet, Ballet, Opéra-Comique, Amours, Grâces, Jeux
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
COUPLETS ,
Sur le Menuet des Berceaux , du Ballet des
Anglois , de l'Opera Comique.
Viens àmon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute la Victoire ;
Viens à mon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute mes beaux jours.
Soutiens un Buveur
Ma langueur ,
Affoiblit ta gloire ;
Orné d'un Pampre fleuri ,
Verse ton jus chéri ;
A boire ,
A boire ,
Je serai guéri.
Amans malheuroux ,
Chérissez vos noeuds ,
pour Climene : S'ils sont faits
Amans malheureux ,
Chérissez vos noeuds
Quoiqu'ils soient rigoureux.
G US
2626 MERCURE DE FRANCE
Un coeur vainement .
Fait serment ,
De fuir l'Inhumaine a
Loin même de ses attraits ,
On en ressent les traits.
Climene ,
Ta chaîne ,
Ne se rompt jamais,
Philis , tes accens ,
Toûjours ravissans >
Triomphent des Canentes ;
Philis , tes accens
Toujours ravissans ,
Ne nous laissent qu'un sens.
Ah ! qu'ils sont puissants !
Que je sens ,
Leurs douceurs touchantes !
Philis quel coeur indompté ,
T'a jamais résisté ?
Tu chantes
Νε
Tu chantes ,
Tout est enchanté.
CHANSON.
E vous étonnez pas , Julie ,
Si prés de vous l'esprit s'oublie ;
Tous les écarts sont de saison ,
NOVEMBRE. 1731. 2627,
Où regnent les Jeux et les Graces ;
Trop d'Amours volent sur vos traces
Pour y rencontrer la Raison .
Sur le Menuet des Berceaux , du Ballet des
Anglois , de l'Opera Comique.
Viens àmon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute la Victoire ;
Viens à mon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute mes beaux jours.
Soutiens un Buveur
Ma langueur ,
Affoiblit ta gloire ;
Orné d'un Pampre fleuri ,
Verse ton jus chéri ;
A boire ,
A boire ,
Je serai guéri.
Amans malheuroux ,
Chérissez vos noeuds ,
pour Climene : S'ils sont faits
Amans malheureux ,
Chérissez vos noeuds
Quoiqu'ils soient rigoureux.
G US
2626 MERCURE DE FRANCE
Un coeur vainement .
Fait serment ,
De fuir l'Inhumaine a
Loin même de ses attraits ,
On en ressent les traits.
Climene ,
Ta chaîne ,
Ne se rompt jamais,
Philis , tes accens ,
Toûjours ravissans >
Triomphent des Canentes ;
Philis , tes accens
Toujours ravissans ,
Ne nous laissent qu'un sens.
Ah ! qu'ils sont puissants !
Que je sens ,
Leurs douceurs touchantes !
Philis quel coeur indompté ,
T'a jamais résisté ?
Tu chantes
Νε
Tu chantes ,
Tout est enchanté.
CHANSON.
E vous étonnez pas , Julie ,
Si prés de vous l'esprit s'oublie ;
Tous les écarts sont de saison ,
NOVEMBRE. 1731. 2627,
Où regnent les Jeux et les Graces ;
Trop d'Amours volent sur vos traces
Pour y rencontrer la Raison .
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Résumé : COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
Le texte extrait du 'Mercure de France' de novembre 1731 présente des couplets et des chansons. Les couplets, inspirés du menuet des Berceaux du Ballet des Anglois de l'Opéra Comique, implorent Bacchus de secourir un buveur affaibli. Ce dernier demande au dieu de soutenir sa langueur et de verser son vin pour le guérir. Les amants malheureux sont encouragés à chérir leurs liens, malgré leur rigueur. Une chanson exprime l'incapacité d'un cœur à fuir une personne inhumaine, malgré les serments. Climène est décrite avec une chaîne inbrisable, tandis que Philis, par ses accents ravissants, triomphe des Canentes et charme irrésistiblement. La dernière chanson s'adresse à Julie, soulignant que près d'elle, l'esprit s'oublie et que les amours et les grâces y règnent, laissant peu de place à la raison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4463
p. 577-580
Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Début :
Le Théatre François vient de faire encore une des plus grandes pertes qu'il pût faire en la personne [...]
Mots clefs :
Adrienne Lecouvreur, Théâtre, Comédienne, Actrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Le Théatre François vient de faire encore une
des plus grandes pertes qu'il pût faire en la perfonne
de Adrienne le Couvreur , morte d'un flux
de fang en peu de jours , le lundi 20. de ce mois,
âgée d'environ 40. ans. Elle avoit joué le Rôle de
Jocafte dans la Tragédie d'Oedipe , & celui
d'Hortenfe dans la petite Comédie du Florentin
Je Mercredi d'auparavant. G vj Qu
378 MERCURE DE FRANCE .
On ne fçauroit exprimer les regrets du Public
à la Cour & à la Ville,fur la perte de cette inimitable
Actrice qui avoit l'art admirable de ſe penetrer
au degré qu'il falloit pour exprimer les grandes
paffions & les faire fentir dans toute leur force.
Elle alloit d'abord au coeur , & le frappoit vivement
avec une intelligence , une jufteffe & un
art qu'il eft impoffible de décrire ; elle animoit ,
même les Vers foibles par la fineffe & le feu de
fon jeu , & les plus beaux recevoient de nouveaux
agrémens dans fa bouche. Le pathetique de la déclamation
dans prefque tous les grands caracteres
Tragiques n'a jamais été pouffé plus loin , & on
ofe affurer,fans crainte d'être démenti par le Public
, que peu des meilleures Actrices du Théatre
François ont été auffi generalement cheries du
Partere & des Loges , & ont fait répandre autant
de larmes. Cependant Mile Le Couvreur n'avoit
ni une grande voix , ni une preftance avantageufe,
ni beaucoup de ces graces dont le beau fexe eft en
poffeffion pour charmer les yeux & le coeur ;
mais elle étoit parfaitement bien faite dans fa taille
mediocre , avec un maintien noble & affuré ,
tête & les épaules bien placées , les yeux pleins de
feu , la bouche belle , le nez un peu aquilin , &;
beaucoup d'agrémens dans l'air & les manieres ;
fans embonpoint , mais les joues affez pleines
avec des traits bien marqués , pour exprimer la
triſteſſe , la joye , la tendreffe , la terreur & la pi
tié : le goût recherché & la richeffe de fa parure
donnoient un nouvel éclat à ſon air impofant,à fa
démarche & à fes geftes précis , & preſque toû→
jours énergiques.
la:
Elle n'avoit pas beaucoup de tons dans la voix,
mais elle fçavoit les varier à l'infini , & y joindre.
des inflexions , quelques éclats , & je ne fçai quoi
d'expreffif dans l'air du vifage & dans toute fa
perMARS.
1730. 579
perfonne , qui ne laiffoient rien à defirer ; avec la
parole libre , elle avoit la prononciation nette, &
une maniere de déclamer tout à fait originale , &
qui lui étoit particuliere.
ชุ
La Dile Le Couvreur étoit de Paris , fille d'un
Chapelier du Fauxbourg S. Germain , le feu Sr
Le Grand lui avoit montré à declamer ; après
avoir joué la Comédie dans les Provinces , à la
Cour de Lorraine , & avoir beaucoup brillé fur
le Théatre de Strasbourg , elle fut reçûë dans la
Troupe du Roi , au mois d'Avril 1717. ayant
debuté par les Rôles d'Electre & de Monime
qu'elle joua avec tant d'applaudiffemens , qu'on
difoit tout haut qu'elle commençoit par où les.
grandes Comédiennes finiffent d'ordinaire ; nous
avons oui dire à quelques Spectateurs que dans
ces grands perfonnages tragiques ( car dans le
Comique elle ne jouoit & ne brilloit que dans un
petit nombre de Rôles ) ils croyoient voir
veritablement une Princeffe qui jouoit la Comé→
die pour fon plaifir.
On lui donne la gloire d'avoir introduit la déclamation
fimple , noble & natutelle , & d'en
avoir banni le chant ; c'eft elle auffi qui la premiere
amis en ufage les Robes de Cour , en jouant
le Rôle de la Reine Elifabeth , dans la Tragédie
du Comte d'Effex.
Ceux qui lui ont vû jouer le Rôle de Berenice,
ont fans doute remarqué avec quel art elle paffoit
fubitement de l'état le plus trifte & le plus
affreux à la fituation la plus gaye ; allarmée de
l'infidèlité de Titus , elle fe raffuroit dans la penfée
qu'il n'étoit que jaloux. Lorfque dans le Rôle
d'Elifabeth , elle apprenoit l'amour du Comte
d'Effex pour la Ducheffe d'Irton ; en effet , livrée
au plus grand mépris qu'une femme , & furtout:
qu'une Reine puiffe effuyer , avec quelle fenfi
bilité
$80 MERCURE DE FRANCE.
bilité ne defcendoit-elle pas de la fierté la plus
haute à l'excès de la plus grande tendreſſe , juſqu'à
fe joindre à la Ducheffe pour fauver le Comte?
Dans Electre , lorfque gemiffante & chargée de
fers , elle fe livroit par gradation , & faifoit écla
ter la plus grande fatisfaction , en prononçant ces
mots: Ah ! mon frere eft ici ;les avides regards fur
ce frere qu'elle ne connoiffoit encore que par les
mouvemens de la nature étoient fi expreflifs qu'on
ne fçauroit fe rappeller cette Scene fans en être
attendri. On peut ajoûter qu'on n'a peut -être jamais
fi bien entendu l'art des Scenes muettes ;
c'est -à-dire , fi bien écouté & fi bien exprimé le
fens des paroles que l'Acteur qui étoit en fcene
avec elle difoit.
Au refte , elle aimoit extraordinairement fon
métier , & avoit au fuprême degré ce quon appelle
des entrailles & du fentiment ; elle entendoir
très-bien le fens des paroles qu'elle déclamoit.
Elle joignoit à ces talens de la politeffe, du fçavoir
vivre & de l'efprit, on a même vû de fes lettres que
Voiture n'auroit pas défavouées ; elle fréquentoit
les meilleures Maiſons de Paris , & y étoit fouhaitée
..
des plus grandes pertes qu'il pût faire en la perfonne
de Adrienne le Couvreur , morte d'un flux
de fang en peu de jours , le lundi 20. de ce mois,
âgée d'environ 40. ans. Elle avoit joué le Rôle de
Jocafte dans la Tragédie d'Oedipe , & celui
d'Hortenfe dans la petite Comédie du Florentin
Je Mercredi d'auparavant. G vj Qu
378 MERCURE DE FRANCE .
On ne fçauroit exprimer les regrets du Public
à la Cour & à la Ville,fur la perte de cette inimitable
Actrice qui avoit l'art admirable de ſe penetrer
au degré qu'il falloit pour exprimer les grandes
paffions & les faire fentir dans toute leur force.
Elle alloit d'abord au coeur , & le frappoit vivement
avec une intelligence , une jufteffe & un
art qu'il eft impoffible de décrire ; elle animoit ,
même les Vers foibles par la fineffe & le feu de
fon jeu , & les plus beaux recevoient de nouveaux
agrémens dans fa bouche. Le pathetique de la déclamation
dans prefque tous les grands caracteres
Tragiques n'a jamais été pouffé plus loin , & on
ofe affurer,fans crainte d'être démenti par le Public
, que peu des meilleures Actrices du Théatre
François ont été auffi generalement cheries du
Partere & des Loges , & ont fait répandre autant
de larmes. Cependant Mile Le Couvreur n'avoit
ni une grande voix , ni une preftance avantageufe,
ni beaucoup de ces graces dont le beau fexe eft en
poffeffion pour charmer les yeux & le coeur ;
mais elle étoit parfaitement bien faite dans fa taille
mediocre , avec un maintien noble & affuré ,
tête & les épaules bien placées , les yeux pleins de
feu , la bouche belle , le nez un peu aquilin , &;
beaucoup d'agrémens dans l'air & les manieres ;
fans embonpoint , mais les joues affez pleines
avec des traits bien marqués , pour exprimer la
triſteſſe , la joye , la tendreffe , la terreur & la pi
tié : le goût recherché & la richeffe de fa parure
donnoient un nouvel éclat à ſon air impofant,à fa
démarche & à fes geftes précis , & preſque toû→
jours énergiques.
la:
Elle n'avoit pas beaucoup de tons dans la voix,
mais elle fçavoit les varier à l'infini , & y joindre.
des inflexions , quelques éclats , & je ne fçai quoi
d'expreffif dans l'air du vifage & dans toute fa
perMARS.
1730. 579
perfonne , qui ne laiffoient rien à defirer ; avec la
parole libre , elle avoit la prononciation nette, &
une maniere de déclamer tout à fait originale , &
qui lui étoit particuliere.
ชุ
La Dile Le Couvreur étoit de Paris , fille d'un
Chapelier du Fauxbourg S. Germain , le feu Sr
Le Grand lui avoit montré à declamer ; après
avoir joué la Comédie dans les Provinces , à la
Cour de Lorraine , & avoir beaucoup brillé fur
le Théatre de Strasbourg , elle fut reçûë dans la
Troupe du Roi , au mois d'Avril 1717. ayant
debuté par les Rôles d'Electre & de Monime
qu'elle joua avec tant d'applaudiffemens , qu'on
difoit tout haut qu'elle commençoit par où les.
grandes Comédiennes finiffent d'ordinaire ; nous
avons oui dire à quelques Spectateurs que dans
ces grands perfonnages tragiques ( car dans le
Comique elle ne jouoit & ne brilloit que dans un
petit nombre de Rôles ) ils croyoient voir
veritablement une Princeffe qui jouoit la Comé→
die pour fon plaifir.
On lui donne la gloire d'avoir introduit la déclamation
fimple , noble & natutelle , & d'en
avoir banni le chant ; c'eft elle auffi qui la premiere
amis en ufage les Robes de Cour , en jouant
le Rôle de la Reine Elifabeth , dans la Tragédie
du Comte d'Effex.
Ceux qui lui ont vû jouer le Rôle de Berenice,
ont fans doute remarqué avec quel art elle paffoit
fubitement de l'état le plus trifte & le plus
affreux à la fituation la plus gaye ; allarmée de
l'infidèlité de Titus , elle fe raffuroit dans la penfée
qu'il n'étoit que jaloux. Lorfque dans le Rôle
d'Elifabeth , elle apprenoit l'amour du Comte
d'Effex pour la Ducheffe d'Irton ; en effet , livrée
au plus grand mépris qu'une femme , & furtout:
qu'une Reine puiffe effuyer , avec quelle fenfi
bilité
$80 MERCURE DE FRANCE.
bilité ne defcendoit-elle pas de la fierté la plus
haute à l'excès de la plus grande tendreſſe , juſqu'à
fe joindre à la Ducheffe pour fauver le Comte?
Dans Electre , lorfque gemiffante & chargée de
fers , elle fe livroit par gradation , & faifoit écla
ter la plus grande fatisfaction , en prononçant ces
mots: Ah ! mon frere eft ici ;les avides regards fur
ce frere qu'elle ne connoiffoit encore que par les
mouvemens de la nature étoient fi expreflifs qu'on
ne fçauroit fe rappeller cette Scene fans en être
attendri. On peut ajoûter qu'on n'a peut -être jamais
fi bien entendu l'art des Scenes muettes ;
c'est -à-dire , fi bien écouté & fi bien exprimé le
fens des paroles que l'Acteur qui étoit en fcene
avec elle difoit.
Au refte , elle aimoit extraordinairement fon
métier , & avoit au fuprême degré ce quon appelle
des entrailles & du fentiment ; elle entendoir
très-bien le fens des paroles qu'elle déclamoit.
Elle joignoit à ces talens de la politeffe, du fçavoir
vivre & de l'efprit, on a même vû de fes lettres que
Voiture n'auroit pas défavouées ; elle fréquentoit
les meilleures Maiſons de Paris , & y étoit fouhaitée
..
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Résumé : Mort de Mlle le Couvreur, [titre d'après la table]
Adrienne Lecouvreur, célèbre actrice du Théâtre Français, est décédée le lundi 20 du mois à l'âge d'environ 40 ans des suites d'un flux de sang. Elle avait récemment interprété les rôles de Jocaste dans Œdipe et d'Hortense dans la comédie du Florentin. Son décès a suscité une profonde tristesse tant à la cour qu'à la ville, où elle était admirée pour sa capacité à incarner les grandes passions avec force et authenticité. Adrienne Lecouvreur ne possédait ni une grande voix ni une présence physique avantageuse, mais elle était bien proportionnée, avec un maintien noble et assuré. Ses traits marqués lui permettaient d'exprimer diverses émotions. Sa diction était nette et originale, et elle savait varier sa voix avec des inflexions et des éclats expressifs. Elle a introduit la déclamation simple et naturelle au théâtre, bannissant le chant, et a popularisé les robes de cour en jouant le rôle de la reine Élisabeth dans la tragédie du Comte d'Essex. Ses interprétations, notamment dans les rôles de Bérénice, Élisabeth et Électre, étaient marquées par une grande sensibilité et une maîtrise des scènes muettes. Adrienne Lecouvreur aimait profondément son métier et possédait un sens aigu des paroles qu'elle déclamait. Elle était également connue pour sa politesse, son savoir-vivre et son esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4464
p. 145-148
Huitiéme suite des Réflexions sur les Ballets.
Début :
Si l'Allegorie régne heureusement dans plusieurs de nos anciens Ballets, nous [...]
Mots clefs :
Ballet, Amour, Auteur, Entrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Huitiéme suite des Réflexions sur les Ballets.
Huitièmeſuitedes Réflexions ſur les Ballets.
,
Si l'Allegorie régne heureuſement dans
pluſieurs de nos anciens Ballets nous
en avons un moderne où la Métaphyfique
tient dignement ſaplace. Il porte le titre
desAmours deguises, titre que fûrement l'Aureur
ne ſçavoit pas avoir été déja employé
dans la jeuneſle de Louis XIV. quand il crut
l'avoir inventé , cependant malgré la reſſemblance
du titre , voici une difference bien
effentielleentre ces deux ouvrages; dans l'ancien
Ballet , ce ſont lesAmours Personifi's ,
le.s Amours Dieux qui occupent le Théatre ,
dans le nouveau il eſt rempli par les ſentimens
déguiſés de l'Amour Paſſion; maſcarade
affés familiere dans le coeur feminin. Voici
comme l'Auteur des paroles s'en explique
dans ſon avertiſſement. Les déguisemens de
IAmour ſontſi ordinaires qu'il ne se montre
plus tel qu'il est ; bien des coeurs qui le reçoi
vent lorſqu'il s'introduit ſous le nom d'une
autre passion , le rejetteroient d'abord s'il se
présentoit ſous leſien : c'est ce qui l'engagefouvent
à ſe ſervir d'un artifice qui lui réuffit
toujours.
Dans la premiere entrée de ce Ballet
Phaetuſe fille du Soleil croit avoit de la haine
pour Diomede Prince Grec que les vents
G
145 MERCURE DE FRANCE.
:
ont arrêté dans ſon Iſle à ſon retour du
long & fameux ſfiége de Troye , & cette
haine quiparoît violente & implacable eſt
un véritable Amour déguiſé que le peril de
fon objet démaſque ſubitement.
Dans la ſeconde entrée none Nymphe
duMont Ida ſe figure n'avoir que de l'amitié
pour Paris Berger , fils du Roi Priam ,
ignorant ſa naiſſance. On trouve dans l'Eglogue
ingénieuſe du célébre M. de Fontenelle
le germe de cette entrée, & l'Iſmene
de l'Auteur enjoué & ſçavant de la Pluralité
des Mondes a toute la phiſionomie de
l'Enone du Ballet des Amours déguiſés .
Dans la troiſiéme entrée qui peint l'Amour
ſous le nom de l'Eſtime , la Princeſſe
Julie fille d'Auguſte dit à ſa confidente ;
L'Amour charmé de me ſurprendre,
Sous le nom de l'Eſtime a ſéduit ma fierté ;
En le reconnoiſſant j'ai voulu m'en défendre,
Mon coeur étoit déja dompté :
Si on nevoit pas dans ce ſujet - là un
Amour qui ſe déguiſe , on y voit du moins
unAmour qui ſe démaſque ; quand ce Ballet
parut , on accuſa cet Acte d'être trop
ſimple , ſans fituation &nullement confor-.
me au plan adapté , & ce reproche fut fait
par des Critiques impoſans , par des com-
G
4
JANVIER 1746. 147
noiffeurs écoutés & ſuivis: le ſuccès éclatant
les démentit hautement. L'Auteur leur
avoit déja répondu en ſe justifiant , avant la
premiere repréſentation, qu'un ſimple Che
valier Romain faiſant une déclaration galante
à la plus grande Princeſſe de l'Univers,
connu dans des termes délicats & dignes
de fixer l'attention des Auditeurs & d'intérefſer
leur curiofité , lui ſembloit une ſituation
affés piquante. Dans cette ſcéne
Ovide & Julie s'avouent réciproquement
leur tendreſſe , ſans ſe ſervir de toutes les
phrafes ufées ſur le Théatre en pareille occafion.
,
Onnefera peut-être pas fachéde trouver
ici un fait fingulier qui concene cet
Opéra , c'eſt que ſa premiere repréſentation
futhonorée de la préſence de la jeune Cour
de ce temps-là , compoſée du Roi d'Angleterre,
de S. A. R M. le Duc d'Orléans
de S. A. S. M. le Duc de Berry , de S. A.S.
Madame Ducheſſe de Berry , & de leur
brillante ſuite , qui ſouperent dans les loges
même du Spectacle : c'étoit nn ambigu qui
leur fut ſervi entre la ſeconde & la troiſiéme
entrée; l'Orcheſtrejouades ſymphonies pendant
ce repas , qui fut couronné par l'exécution
de l'acte d'Ovide & de Julie , qui
reçut des applaudiſſemens prodigieux. De
L'Opera cette Illuſtre compagnie ſe rene
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
dit à la Foire S. Laurent où après avoir
Parcouru ce qui pouvoit s'y voir , elle entra
à minuit dans la ſale de l'Opéra Comique
où elle fut amuſée par une piécede la
compofition de l'Auteur des paroles du Ballet
que venoit de repréſenter l'Académie
Royale de Muſique ; ainſi cet Auteur eut
l'avantage de divertir deux fois dans le méme
jour ſur deux Théatres tout à fait differens
la Cour la plus éclairée de l'Europe,
Anecdote rare , & ce qu'il y a de plus rarę
encore , c'eſt que la protection ne conduifit
point ce reſpectable auditoire aux Spec
tacles qu'il vilita.
,
Si l'Allegorie régne heureuſement dans
pluſieurs de nos anciens Ballets nous
en avons un moderne où la Métaphyfique
tient dignement ſaplace. Il porte le titre
desAmours deguises, titre que fûrement l'Aureur
ne ſçavoit pas avoir été déja employé
dans la jeuneſle de Louis XIV. quand il crut
l'avoir inventé , cependant malgré la reſſemblance
du titre , voici une difference bien
effentielleentre ces deux ouvrages; dans l'ancien
Ballet , ce ſont lesAmours Personifi's ,
le.s Amours Dieux qui occupent le Théatre ,
dans le nouveau il eſt rempli par les ſentimens
déguiſés de l'Amour Paſſion; maſcarade
affés familiere dans le coeur feminin. Voici
comme l'Auteur des paroles s'en explique
dans ſon avertiſſement. Les déguisemens de
IAmour ſontſi ordinaires qu'il ne se montre
plus tel qu'il est ; bien des coeurs qui le reçoi
vent lorſqu'il s'introduit ſous le nom d'une
autre passion , le rejetteroient d'abord s'il se
présentoit ſous leſien : c'est ce qui l'engagefouvent
à ſe ſervir d'un artifice qui lui réuffit
toujours.
Dans la premiere entrée de ce Ballet
Phaetuſe fille du Soleil croit avoit de la haine
pour Diomede Prince Grec que les vents
G
145 MERCURE DE FRANCE.
:
ont arrêté dans ſon Iſle à ſon retour du
long & fameux ſfiége de Troye , & cette
haine quiparoît violente & implacable eſt
un véritable Amour déguiſé que le peril de
fon objet démaſque ſubitement.
Dans la ſeconde entrée none Nymphe
duMont Ida ſe figure n'avoir que de l'amitié
pour Paris Berger , fils du Roi Priam ,
ignorant ſa naiſſance. On trouve dans l'Eglogue
ingénieuſe du célébre M. de Fontenelle
le germe de cette entrée, & l'Iſmene
de l'Auteur enjoué & ſçavant de la Pluralité
des Mondes a toute la phiſionomie de
l'Enone du Ballet des Amours déguiſés .
Dans la troiſiéme entrée qui peint l'Amour
ſous le nom de l'Eſtime , la Princeſſe
Julie fille d'Auguſte dit à ſa confidente ;
L'Amour charmé de me ſurprendre,
Sous le nom de l'Eſtime a ſéduit ma fierté ;
En le reconnoiſſant j'ai voulu m'en défendre,
Mon coeur étoit déja dompté :
Si on nevoit pas dans ce ſujet - là un
Amour qui ſe déguiſe , on y voit du moins
unAmour qui ſe démaſque ; quand ce Ballet
parut , on accuſa cet Acte d'être trop
ſimple , ſans fituation &nullement confor-.
me au plan adapté , & ce reproche fut fait
par des Critiques impoſans , par des com-
G
4
JANVIER 1746. 147
noiffeurs écoutés & ſuivis: le ſuccès éclatant
les démentit hautement. L'Auteur leur
avoit déja répondu en ſe justifiant , avant la
premiere repréſentation, qu'un ſimple Che
valier Romain faiſant une déclaration galante
à la plus grande Princeſſe de l'Univers,
connu dans des termes délicats & dignes
de fixer l'attention des Auditeurs & d'intérefſer
leur curiofité , lui ſembloit une ſituation
affés piquante. Dans cette ſcéne
Ovide & Julie s'avouent réciproquement
leur tendreſſe , ſans ſe ſervir de toutes les
phrafes ufées ſur le Théatre en pareille occafion.
,
Onnefera peut-être pas fachéde trouver
ici un fait fingulier qui concene cet
Opéra , c'eſt que ſa premiere repréſentation
futhonorée de la préſence de la jeune Cour
de ce temps-là , compoſée du Roi d'Angleterre,
de S. A. R M. le Duc d'Orléans
de S. A. S. M. le Duc de Berry , de S. A.S.
Madame Ducheſſe de Berry , & de leur
brillante ſuite , qui ſouperent dans les loges
même du Spectacle : c'étoit nn ambigu qui
leur fut ſervi entre la ſeconde & la troiſiéme
entrée; l'Orcheſtrejouades ſymphonies pendant
ce repas , qui fut couronné par l'exécution
de l'acte d'Ovide & de Julie , qui
reçut des applaudiſſemens prodigieux. De
L'Opera cette Illuſtre compagnie ſe rene
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
dit à la Foire S. Laurent où après avoir
Parcouru ce qui pouvoit s'y voir , elle entra
à minuit dans la ſale de l'Opéra Comique
où elle fut amuſée par une piécede la
compofition de l'Auteur des paroles du Ballet
que venoit de repréſenter l'Académie
Royale de Muſique ; ainſi cet Auteur eut
l'avantage de divertir deux fois dans le méme
jour ſur deux Théatres tout à fait differens
la Cour la plus éclairée de l'Europe,
Anecdote rare , & ce qu'il y a de plus rarę
encore , c'eſt que la protection ne conduifit
point ce reſpectable auditoire aux Spec
tacles qu'il vilita.
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4465
p. 147-151
Nouveaux Conseillers d'Etat, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Caumartin, & Mr D'Argouges, tous deux Conseillers d'État [...]
Mots clefs :
Conseiller d'État, Mr de Caumartin, Mr d'Argouges, Abbé le Pelletier, Intendant des finances, Conseiller au Parlement, Chambre, Juge, Charges
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texteReconnaissance textuelle : Nouveaux Conseillers d'Etat, [titre d'après la table]
M' de Caumartin , & M
d'Argouges , tous deux Confeillers
d'Etat de Semestre,
ont efté faits Confeillers d'E
tat Ordinaires , en la place de
M ' de Bezons , & de M ' de
Breteuil. M' de Caumartin
a rendu des fervices confiderables
dans la recherche
des Nobles , où il a travaillé
avec beaucoup d'application .
M' d'Argouges , cy- devant
premier Préfident au Parlement
de Bretagne , a efté
long-temps à la feuë Reyne
Mere , qui l'honoroit de fa
bienveillance & de ſon eſtime .
Nij
148 MERCURE
M' l'Abbé le Pelletier ,
Prevoft de Pignans en Provence
, a efté fait Confeiller
d'Etat de Semestre , auffi bien
que M ' de Baville , Maiſtre
des Requeſtes , & M ' de
Breteuil , auffi Maistre des
Requeftes , & Intendant des
Finances. Il eft Frere de M
le Pelletier , Controlleur Ge.
neral des Finances , & a eſté
d'abord Confeiller au Châtelet,
où il a commencé à faire
connoiftre la force de fon
Génie pour les Affaires . Il fut
enfuite Confeiller au Parle
ment , en la premiere des EnGALANT.
149
aux Grands
queftes , & il y fervit avec
tant de réputation & de diftinction
, qu'il fut envoyé
Commiffaire
Jours d'Auvergne , où il in-
Aruifit la plupart des grandes
Affaires. Sa Majesté l'y
renvoya l'année fuivante ,
avec M le Pelletier fon
Frere , Intendant des Finances
, pour faire executer ce
qui avoit cfté ordonné aux
Grands Jours. H monta quel
que temps apres à la Grand
Chambre , où il fert depuis
dix ou douze années , avec
toute la gloire que peut ac-
Nij
150 MERCURE
·
querir un Juge penetrant, judicieux,
parfaitement éclairé,
& de l'integrité la plus exacte.
Il est chaud Amy, & tres effectif.
M Robert eft monté
à la Grand' Chambre en fa
place.
: M de Baville eft Fils de
feu M' le Premier Preſident
de Lamoignon , & Frere de
M ' de Lamoignon , aujourd'huy
Avocat Genéral . Il eft
eftimé par la probité , & par
fon fçavoir , & a fouvent rapporté
des Affaires devant le
Roy,dont il a receu degrands.
applaudiffemens. Il a tres.
GALANT. 151
bien fervy la Religion & l'Etat
dans fes Intendances.
Je ne vous dis rien de M
de Breteuil , vous en ayant
parlé plufieurs fois , & fur
tout lors qu'il fut nommé
pour eftre Intendant des Finances.
Ses fervices doivent
eftre grands , puis qu'ils le
firent choifir par Sa Majesté
pour remplir ce Poſte , fans
qu'il employaft aucune folli,
citation pour l'obtenir.
d'Argouges , tous deux Confeillers
d'Etat de Semestre,
ont efté faits Confeillers d'E
tat Ordinaires , en la place de
M ' de Bezons , & de M ' de
Breteuil. M' de Caumartin
a rendu des fervices confiderables
dans la recherche
des Nobles , où il a travaillé
avec beaucoup d'application .
M' d'Argouges , cy- devant
premier Préfident au Parlement
de Bretagne , a efté
long-temps à la feuë Reyne
Mere , qui l'honoroit de fa
bienveillance & de ſon eſtime .
Nij
148 MERCURE
M' l'Abbé le Pelletier ,
Prevoft de Pignans en Provence
, a efté fait Confeiller
d'Etat de Semestre , auffi bien
que M ' de Baville , Maiſtre
des Requeſtes , & M ' de
Breteuil , auffi Maistre des
Requeftes , & Intendant des
Finances. Il eft Frere de M
le Pelletier , Controlleur Ge.
neral des Finances , & a eſté
d'abord Confeiller au Châtelet,
où il a commencé à faire
connoiftre la force de fon
Génie pour les Affaires . Il fut
enfuite Confeiller au Parle
ment , en la premiere des EnGALANT.
149
aux Grands
queftes , & il y fervit avec
tant de réputation & de diftinction
, qu'il fut envoyé
Commiffaire
Jours d'Auvergne , où il in-
Aruifit la plupart des grandes
Affaires. Sa Majesté l'y
renvoya l'année fuivante ,
avec M le Pelletier fon
Frere , Intendant des Finances
, pour faire executer ce
qui avoit cfté ordonné aux
Grands Jours. H monta quel
que temps apres à la Grand
Chambre , où il fert depuis
dix ou douze années , avec
toute la gloire que peut ac-
Nij
150 MERCURE
·
querir un Juge penetrant, judicieux,
parfaitement éclairé,
& de l'integrité la plus exacte.
Il est chaud Amy, & tres effectif.
M Robert eft monté
à la Grand' Chambre en fa
place.
: M de Baville eft Fils de
feu M' le Premier Preſident
de Lamoignon , & Frere de
M ' de Lamoignon , aujourd'huy
Avocat Genéral . Il eft
eftimé par la probité , & par
fon fçavoir , & a fouvent rapporté
des Affaires devant le
Roy,dont il a receu degrands.
applaudiffemens. Il a tres.
GALANT. 151
bien fervy la Religion & l'Etat
dans fes Intendances.
Je ne vous dis rien de M
de Breteuil , vous en ayant
parlé plufieurs fois , & fur
tout lors qu'il fut nommé
pour eftre Intendant des Finances.
Ses fervices doivent
eftre grands , puis qu'ils le
firent choifir par Sa Majesté
pour remplir ce Poſte , fans
qu'il employaft aucune folli,
citation pour l'obtenir.
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Résumé : Nouveaux Conseillers d'Etat, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs nominations et promotions au sein du gouvernement français. M. de Caumartin et M. d'Argouges ont été nommés conseillers d'État ordinaires, succédant à M. de Bezons et M. de Breteuil. M. de Caumartin a été distingué pour ses services dans la recherche des nobles, tandis que M. d'Argouges, ancien premier président au Parlement de Bretagne, était apprécié par la reine mère. Par ailleurs, l'abbé Le Pelletier, prévôt de Pignans en Provence, ainsi que M. de Baville et M. de Breteuil, maîtres des requêtes, ont été nommés conseillers d'État de semestre. L'abbé Le Pelletier, frère du contrôleur général des finances, a débuté comme conseiller au Châtelet avant de servir au Parlement avec distinction. Il a été envoyé comme commissaire aux Grands Jours d'Auvergne et a ensuite rejoint la Grand' Chambre, où il a servi avec honneur. M. Robert a pris sa place à la Grand' Chambre. M. de Baville, fils du premier président de Lamoignon et frère de l'avocat général, est reconnu pour sa probité et son savoir. M. de Breteuil, nommé intendant des finances, a été choisi pour ses services sans nécessiter de sollicitation.
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4466
p. 153-157
Vers Latins à la loüange de son Ayeul & à la sienne. [titre d'après la table]
Début :
Le même jour de M. Mallet luy presenta les vers Latins qui [...]
Mots clefs :
Nicolas Le Camus
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texteReconnaissance textuelle : Vers Latins à la loüange de son Ayeul & à la sienne. [titre d'après la table]
Le même jour M. Maller
luypreſenta les vers Latins qui
ſuivent.
154 MERCURE
Piis Manibus
NICOLAI LE CAMUS
Equitis ,.
Regi ab omnibus Confiliis ,
Nec non
Supremæ Subfidiorum Curiæ
Principis ,
Qua die meritiffimus Nepos , ut
nominis atque Dignitatis ,fic
virtutumheres , in locum
avifato functi,jubenteRege,
ac plaudente Curia,fuffectus ,
primâ vice pro Tribunali fedit
,&avito more facra Themidis
oracula Legum interpres
fudit:
GALANT.
SYMBOLUM .
Phænix è buſti cineribus renovatus
evolans.
Sicpoftfata refurgit.
In idem argumentum.
Ad fupremam Subſidiorum
Curiam,
TETRASTICHUM .
Raptum recenti funere Prafidem
Lugere mittat Curia ; namfibi
Postfata ( ceuPhænix )ſuperſtes,
Splendidior micat in nepote.
J. J. Maler , Confultiffimæ
Facultatis Licentiatus.
MERCURE
NICOLAO LE CAMUS
Equiti' ,
Regi ab omnibus Confiliis,
Supremæ Subfidiorum Curiæ
Principi ,
Nec non
Regiorum Ordinum noviſſimè
Præfecto .
DISTICHUM.
Quot tibi Rex addit decora immortalia
, Prafes ,
Virtutis radiant tot monimenta
GALANT 157
८
RUMAALIUD.
Fauftum omen ! Themidis cùm
facra oraculafundes ,
Extra qui radiat , Spiritus intus
aget.
Offerebat humillimus ac
obſequentiffimusCliens
MALET.
luypreſenta les vers Latins qui
ſuivent.
154 MERCURE
Piis Manibus
NICOLAI LE CAMUS
Equitis ,.
Regi ab omnibus Confiliis ,
Nec non
Supremæ Subfidiorum Curiæ
Principis ,
Qua die meritiffimus Nepos , ut
nominis atque Dignitatis ,fic
virtutumheres , in locum
avifato functi,jubenteRege,
ac plaudente Curia,fuffectus ,
primâ vice pro Tribunali fedit
,&avito more facra Themidis
oracula Legum interpres
fudit:
GALANT.
SYMBOLUM .
Phænix è buſti cineribus renovatus
evolans.
Sicpoftfata refurgit.
In idem argumentum.
Ad fupremam Subſidiorum
Curiam,
TETRASTICHUM .
Raptum recenti funere Prafidem
Lugere mittat Curia ; namfibi
Postfata ( ceuPhænix )ſuperſtes,
Splendidior micat in nepote.
J. J. Maler , Confultiffimæ
Facultatis Licentiatus.
MERCURE
NICOLAO LE CAMUS
Equiti' ,
Regi ab omnibus Confiliis,
Supremæ Subfidiorum Curiæ
Principi ,
Nec non
Regiorum Ordinum noviſſimè
Præfecto .
DISTICHUM.
Quot tibi Rex addit decora immortalia
, Prafes ,
Virtutis radiant tot monimenta
GALANT 157
८
RUMAALIUD.
Fauftum omen ! Themidis cùm
facra oraculafundes ,
Extra qui radiat , Spiritus intus
aget.
Offerebat humillimus ac
obſequentiffimusCliens
MALET.
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4467
p. 153-158
GRAVURE.
Début :
TEMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE VENUS, décoration en relief, qui a [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes, Vénus, Rembrandt, Graveur
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
EMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE
VENUS , décoration en relief , qui a
été exécutéé à Rome , dans la place Farnefe
, en 1747 , à l'occafion de la cérémo-
* On n'a pas cru pouvoir mieux commencer cet
article que par des vers confacrés à la gloire d'unfi
grand Peintre.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
nie de l'hommage que le royaume de Naples
rend au Saint Siége ; dédié à M. le
Baron de Hutten , Miniftre de S. A. Mgr.
le Prince Evêque de Spire , à la Cour de
France ; gravé par P. Patte , & ſe vend
chez lui , rue des Noyers , la fixiéme porte
cochere à droite en entrant par la rue Saint
Jacques. Prix livre 10 fols , grandeur
de la feuille du Nom de Jefus.
On fçait que depuis long tems le royaume
de Naples paye un tribut au Saint Siége.
Cette cérémonie fe célébre tous les ans à
Rome la veille de la fête de S. Pierre , avecla
plus grande magnificence. Le Prince
Colonne , Grand Connétable de ce royaume
, accompagné de la plupart des Princes
Romains , va en grand frofque préfenter
au Pape , au nom du Roi fon maître , dans
l'Eglife de S. Pierre , une haquenée blanchequi
eft chargée d'une petite caffette , contenant
en cédules * la redevance que le
royaume de Naples paye chaque année au
Saint Siége . A l'occafion de cette cérémonie
on éleve en relief , au milieu de la place
Farneſe , une magnifique décoration d'architecture
, faifant allufion à quelqu'une
des antiquités qui fe voyent à Naples , ou
* Les cédules font des efpéces de billets d'Etat
ou de lettres de change qui ont cours dans l'Etat
Eccléfiaftique.
AVRIL. 1755 I'S'S
dans fes environs , à Pouzzol , à Bayes ,
& autres lieux . Meffieurs les Penfionnaires
du Roi de France à Rome , font fucceffivement
chargés de compofer cette décoration
, & à l'envi cherchent à fe fignaler
tous les ans par quelques penfées d'architecture
grande & fublime. C'eſt une
de ces compofitions qui a fait l'admiration
unanime des connoiffeurs , que l'on vient
de graver fur les deffeins qu'en fit , en
1747 , M. le Lorrain , aujourd'hui Peintre
du Roi , & pour lors Penfionnaire de S. M.
à fon Accadémie de Rome. On ne craint
point d'affurer que cette eftampe eft de
toute beauté pour l'architecture & les effets
piquans de fa perfpective : elle eft
gravée à l'aide d'une feule ligne,, fuivant
la nouvelle maniere de l'auteur , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Février dernier , & elle mérite d'occuper
un rang diſtingué dans les cabinets des
curieux.; be but
LA PLACE DE LOUIS XV , que l'on
éxécute fur l'efplanade du Pont tournant ,
en face des Tuileries , d'après les deffeins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roi ,
dont la premiere pierre a été pofée par la
Ville le 22 Avril 1754 , fe vend gravée
chez le même P. Patte.
i
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT DE M. GRANDVAL , peint
par Lancret , Peintre du Roi , en 1742 , &
gravé par J. Le Bas , Graveur du cabinet
du Roi ; de même grandeur que celui de
Mlle Camargo. Prix 3 livres. On lit ces
quatre vers au bas du portrait.
D'attendrir , d'égayer , également capable ;
Tantôt héros , tantôt petit- maître galant :
Il repréſente l'un en copifte excellent ,
L'autre en original aimable.
COLLECTION DE SCULPTURES ANTIQUES
Grecques & Romaines , trouvées à Rome
dans les ruines du palais de Neron & de
Marius .
Cette collection eft rare & finguliere ,
tant par la beauté que par la variété des
morceaux qui la compofent. Les originaux
en marbre de Paros & de Salin , font chez
le fieur Adam l'aîné , Sculpteur ordinaire
du Roi , rue Baffe du chemin du Rempart 3
No. 13. derriere la place de Vendôme ,
entre la rue Saint Louis & la rue Neuve
des Capucines . La collection fe vend à Paris
, chez Joullain , Marchand d'eftampes ,
quai de la Megifferie , à l'enſeigne de la
ville de Rome. 1755.
La façon de graver du fameux Rem
AVRIL 17556
137
1
brandt , qui , fous un heureux defordre ,
peint fi fpirituellement les objets avec att
tant de force que de vérité , paroît avoir
été enfévelie avec fon inventeur ; les difficultés
dont elle eft remplie , ont fans doute
été un obftacle pour ceux qui ont
tenté de marcher fur les traces de cet habile
Peintre & Graveur ; heureufement
elles n'ont point effrayé M. de Marcenay ;
il vient de mettre au jour le portrait de
Rembrandt , peint par lui -même , dont
l'original haut de trois pieds & demi fur
trois de large , fe voit dans le cabinet de
M. le Comte de Vence. Ce Peintre y eft
repréſenté dans fa vieilleffe ; le tableau
ne fe reffent en aucune maniere du froid ,
trop ordinaire à cet âge , bien au contraire
touché à plein pinceau , il eft d'un relief
à étonner ; la lumiere qui vient d'en haut
eft habilement dégradée , ce qui répand.
beaucoup de repos & d'harmonie. Ce Peintre
ayant tout facrifié à la tête , s'eft fervi
d'un fond leger , mais éteint , fur lequel
elle fe détache merveilleufement ; & a af
fecté de négliger les mains , la palette , &
tous les acceffoires qui ne femblent qu'indiqués.
L'accueil favorable que les connoiffeurs
ont fait à ce portrait d'une exécution
très-difficile , & qu'on ofe dire qui
118 MERCURE DE FRANCE.
imite le Rembrandt à s'y tromper , a en
gagé cet artifte à graver le pendant , qui
eft le portrait du Teintoret , également
peint par lui-même ; mais celui- ci eft auffi
correct que l'autre eft négligé. L'un &
l'autre fe vendent chez l'auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'égout . Il donnera
dans peu une fuite de divers morceaux
du Rembrandt , & il grave actuellement
une piece capitale tirée du cabinet de M.
le Marquis de Voyer.
EMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE
VENUS , décoration en relief , qui a
été exécutéé à Rome , dans la place Farnefe
, en 1747 , à l'occafion de la cérémo-
* On n'a pas cru pouvoir mieux commencer cet
article que par des vers confacrés à la gloire d'unfi
grand Peintre.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
nie de l'hommage que le royaume de Naples
rend au Saint Siége ; dédié à M. le
Baron de Hutten , Miniftre de S. A. Mgr.
le Prince Evêque de Spire , à la Cour de
France ; gravé par P. Patte , & ſe vend
chez lui , rue des Noyers , la fixiéme porte
cochere à droite en entrant par la rue Saint
Jacques. Prix livre 10 fols , grandeur
de la feuille du Nom de Jefus.
On fçait que depuis long tems le royaume
de Naples paye un tribut au Saint Siége.
Cette cérémonie fe célébre tous les ans à
Rome la veille de la fête de S. Pierre , avecla
plus grande magnificence. Le Prince
Colonne , Grand Connétable de ce royaume
, accompagné de la plupart des Princes
Romains , va en grand frofque préfenter
au Pape , au nom du Roi fon maître , dans
l'Eglife de S. Pierre , une haquenée blanchequi
eft chargée d'une petite caffette , contenant
en cédules * la redevance que le
royaume de Naples paye chaque année au
Saint Siége . A l'occafion de cette cérémonie
on éleve en relief , au milieu de la place
Farneſe , une magnifique décoration d'architecture
, faifant allufion à quelqu'une
des antiquités qui fe voyent à Naples , ou
* Les cédules font des efpéces de billets d'Etat
ou de lettres de change qui ont cours dans l'Etat
Eccléfiaftique.
AVRIL. 1755 I'S'S
dans fes environs , à Pouzzol , à Bayes ,
& autres lieux . Meffieurs les Penfionnaires
du Roi de France à Rome , font fucceffivement
chargés de compofer cette décoration
, & à l'envi cherchent à fe fignaler
tous les ans par quelques penfées d'architecture
grande & fublime. C'eſt une
de ces compofitions qui a fait l'admiration
unanime des connoiffeurs , que l'on vient
de graver fur les deffeins qu'en fit , en
1747 , M. le Lorrain , aujourd'hui Peintre
du Roi , & pour lors Penfionnaire de S. M.
à fon Accadémie de Rome. On ne craint
point d'affurer que cette eftampe eft de
toute beauté pour l'architecture & les effets
piquans de fa perfpective : elle eft
gravée à l'aide d'une feule ligne,, fuivant
la nouvelle maniere de l'auteur , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Février dernier , & elle mérite d'occuper
un rang diſtingué dans les cabinets des
curieux.; be but
LA PLACE DE LOUIS XV , que l'on
éxécute fur l'efplanade du Pont tournant ,
en face des Tuileries , d'après les deffeins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roi ,
dont la premiere pierre a été pofée par la
Ville le 22 Avril 1754 , fe vend gravée
chez le même P. Patte.
i
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT DE M. GRANDVAL , peint
par Lancret , Peintre du Roi , en 1742 , &
gravé par J. Le Bas , Graveur du cabinet
du Roi ; de même grandeur que celui de
Mlle Camargo. Prix 3 livres. On lit ces
quatre vers au bas du portrait.
D'attendrir , d'égayer , également capable ;
Tantôt héros , tantôt petit- maître galant :
Il repréſente l'un en copifte excellent ,
L'autre en original aimable.
COLLECTION DE SCULPTURES ANTIQUES
Grecques & Romaines , trouvées à Rome
dans les ruines du palais de Neron & de
Marius .
Cette collection eft rare & finguliere ,
tant par la beauté que par la variété des
morceaux qui la compofent. Les originaux
en marbre de Paros & de Salin , font chez
le fieur Adam l'aîné , Sculpteur ordinaire
du Roi , rue Baffe du chemin du Rempart 3
No. 13. derriere la place de Vendôme ,
entre la rue Saint Louis & la rue Neuve
des Capucines . La collection fe vend à Paris
, chez Joullain , Marchand d'eftampes ,
quai de la Megifferie , à l'enſeigne de la
ville de Rome. 1755.
La façon de graver du fameux Rem
AVRIL 17556
137
1
brandt , qui , fous un heureux defordre ,
peint fi fpirituellement les objets avec att
tant de force que de vérité , paroît avoir
été enfévelie avec fon inventeur ; les difficultés
dont elle eft remplie , ont fans doute
été un obftacle pour ceux qui ont
tenté de marcher fur les traces de cet habile
Peintre & Graveur ; heureufement
elles n'ont point effrayé M. de Marcenay ;
il vient de mettre au jour le portrait de
Rembrandt , peint par lui -même , dont
l'original haut de trois pieds & demi fur
trois de large , fe voit dans le cabinet de
M. le Comte de Vence. Ce Peintre y eft
repréſenté dans fa vieilleffe ; le tableau
ne fe reffent en aucune maniere du froid ,
trop ordinaire à cet âge , bien au contraire
touché à plein pinceau , il eft d'un relief
à étonner ; la lumiere qui vient d'en haut
eft habilement dégradée , ce qui répand.
beaucoup de repos & d'harmonie. Ce Peintre
ayant tout facrifié à la tête , s'eft fervi
d'un fond leger , mais éteint , fur lequel
elle fe détache merveilleufement ; & a af
fecté de négliger les mains , la palette , &
tous les acceffoires qui ne femblent qu'indiqués.
L'accueil favorable que les connoiffeurs
ont fait à ce portrait d'une exécution
très-difficile , & qu'on ofe dire qui
118 MERCURE DE FRANCE.
imite le Rembrandt à s'y tromper , a en
gagé cet artifte à graver le pendant , qui
eft le portrait du Teintoret , également
peint par lui-même ; mais celui- ci eft auffi
correct que l'autre eft négligé. L'un &
l'autre fe vendent chez l'auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'égout . Il donnera
dans peu une fuite de divers morceaux
du Rembrandt , & il grave actuellement
une piece capitale tirée du cabinet de M.
le Marquis de Voyer.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte présente plusieurs œuvres artistiques et événements historiques. En 1747, une décoration en relief honorant la déesse Vénus a été réalisée à Rome, sur la place Farnèse, à l'occasion d'une cérémonie annuelle où le royaume de Naples rend hommage au Saint-Siège. Cette cérémonie, dirigée par le Prince Colonne, se déroule la veille de la fête de Saint-Pierre et inclut la présentation d'une haquenée blanche portant une cassette contenant des cédules représentant la redevance annuelle. La décoration a été composée par un pensionnaire du Roi de France à Rome et gravée par P. Patte. Elle est disponible à la vente. Le texte mentionne également la place Louis XV, en construction à Paris. Il évoque aussi un portrait de M. Grandval peint par Lancret et gravé par J. Le Bas. Une collection de sculptures antiques grecques et romaines, découvertes dans les ruines du palais de Néron et de Marius, est présentée. Cette collection, composée de morceaux en marbre de Paros et de Salin, est disponible chez le sculpteur Adam l'aîné et chez Joullain, marchand d'estampes. Enfin, le texte évoque le travail de gravure de M. de Marcenay, qui a reproduit des portraits de Rembrandt et du Tintoret, peints par eux-mêmes. Ces gravures sont disponibles chez l'auteur, rue des Vieux Augustins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4468
p. 1615-1622
RÉPONSE à M. D. L. R. sur un Mémoire venu d'Amiens, au sujet de quelques cérémonies de la premiere Entrée des Evêques de cette Ville.
Début :
L'Ecrit dont vous m'avez prié de faire la lecture, renferme plusieurs choses curieuses, [...]
Mots clefs :
Évêque, Entrée, Amiens, Seigneur, Rivery, Cahors, Cessac, Seigneurs, Sentence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à M. D. L. R. sur un Mémoire venu d'Amiens, au sujet de quelques cérémonies de la premiere Entrée des Evêques de cette Ville.
REPONSE à M. D. L. R. sur un
Mémoire venu d'Amiens , au sujet de
quelques cérémonies de la premiere Entrée
des Evêques de cette Ville.
L'E
' Ecrit dont vous m'avez prié de faire la lecture
, renferme plusieurs choses curieuses ,
mais qui ne m'ont paru devoir agréer au Lecteur
qu'autant qu'il y aura un ordre plus méthodique
dans les matieres qui le composent.
M. Boullanger de Rivery est bien- aise que le
Public soit informé dans le temps de la vacance
du Siége Episcopal d'Amiens , de ce qui doit
Giiij être
1616 MERCURE DE FRANCE
être pratiqué à l'Entrée du futur Evêque , et sur
tout de la part qu'il doit prendre lui- même à
cette cérémonie. Ce qu'il marque dans cet Ecrit,
auquel il donne le nom de Manifeste , se voit
représenté à Amiens, dans une Tapisserie de l'Eglise
de S.Firmin le Confès . L'on y voit l'Entrée
d'un Evêque d'Amiens, dans sa ville Episcopale;
à son Joyeux Avenement. Le Prélat est monté
sur une Mule ; le Seigneur de Rivery portant
l'Ecu de ses Armes ( qui sont de Gueules à trois
pals de vair , au franc quartier d'or ) tient la
bride de la Mule , et conduit ainsi l'Evêque,suivi
de la Noblesse et du Peuple.On nous laisse ignorer
dans cet Ecrit les autres circonstances de
cette cérémonie ; mais on n'oublie point de remarquer
que le Seigneur de Rivery ayant servi
le Prélat à la descente de sa monture , est en
droit de revendiquer la Mule , comme à lui appartenante
, et même la Vaisselle servie aux Festins
de ce jour solemuel.
Cet usage ancien , attesté par M de la Morliere
, Chanoine de la Cathédrale d'Amiens et
Historiographe du Païs a été pratiqué dans
les Entrées de Messire Antoine de Créqui , le
1 Janvier 1564. dans celle de M. Geoffroy de la
Marthonie , le 25 Mars 1577. de M. François
le Febvre de Caumartin , le 1 Juillet 1618 et
trois Evêques depuis ce temps - là , qui sont
M. Favre , M. Feydeau de Brou et M Pierre
Sabatier, le dernier décédé , ont reconnu ce droit
du Seigneur de Rivery
Pour ce qui est de son origine , M Boullanger
de Rivery en fait la date bien ancienne dans
son Imprimé , puisqu'il ne craint point de remonter
jusqu'à S. Firmin , premier Evêque d'Amiens.
Sans le suivre dans les preuves qu'il a
apporté
JUILLET. 1733. 1617
apporté , que ce S. Apôtre du Païs a été le premier
Auteur des Institutions de Fiefs, dans la Ville
et Diocèse d'Amiens ; il me permettra de commencer
par douter de tout ce qu'il dit , qu'on
peut tirer tant des Chartes de l'Hôtel de Ville
de l'Evêché , et du Chapitre , que de celles des Seigneurs
de Picquigny et du Vidame d'Amiens .
En effet , si on y trouve ce qu'il dit y être ;
sçavoir , que de Puissans Seigneurs temporels
qui ne reconnoissoient aacun Souverain ni Seigneur
au dessus d'eux , voulurent bien avoüer tenir
leurs Terres et Seigneuries de S. Firmin ; et que
ce Saint Evêque , en reconnoissance , chargea
ses successeurs , lorsqu'ils recevroient le même
hommage à leur premiere Entrée, de gratifier le
principal de ces Seigneurs , de l'Anneau d'or
qu'ils porteroient au doigt ; et l'un des autres ,
de la monture sur laquelle ils feroient cette Entrée
, ce sont des faits sujets à revision , et sur
lesquels la Critique peut avoir de quoi s'exercer.
Il peut d'abord paroître extraordinaire
qu'un Evêque mort martyr , sous l'Empire de
Dioclétien , eut eu la derniere volonté qu'on lui
prête.
Au reste , je ne doute pas plus du droit qu'ont
le Vidame d'Amiens , et le Seigneur de Rivery
sur l'Anneau et sur la Mule de l'Evêque, qui fait
sa premiere Entrée â Amiens , que de celui qu'a
l'Evêque d'exiger d'eux l'hommage et la soumission
qui sont d'ancienne tradition ; je regarde
ces droits comme imprescriptibles de part
et d'autre , ainsi que le dit M. de Rivery ; mais
je suis persuadé qu'il ne convient aucunement
d'en faire remonter l'Epoque au troisiéme ou
quatrième siècle.
Ce qu'il dit dès le commencement de son Ma-
G v nifeste
16 : 3 MERCURE DE FRANCE
>
nifeste , touchant l'Eglise de Rome , qui étane.
opprimée par les Lombards se choisit des
Avouez ou Deffenseurs , même parmi les Têtes
Couronnées , et ce qu'il ajoute plus bas , touchant
les Evêques et les Monasteres , qui se
choisirent pareillement des Deffenseurs pour les
proteger contre les incursions des Tyrans ou
des Barbares , peut suffire pour fixer à quelques.
siecles près , l'origine de ces devoirs respectifs
et mutuels , entre les Seigneurs Ecclesiastiques,
et les seigneurs Laïques. Vous touchez , M.quel
que choses de ces Avouez, qu'on appelloit Porte-
Oriflammes ou Porte- Etendards , dans votre Jour
nal de Mars dernier , à la page 480 .
" Les exemples que M. Boullanger de Rivery.
apporte pour appuyer l'usage qui s'observe as
Amiens , sont excellens pour insinuer qu'il ne
conviendroit point de l'abolir. Il extrait de la
Gazette de France , du 9 May 1701. que le Pape
Cement XI . monta à Cheval dans le Jardin de
son Palais , le & Avril 1701. et qu'il s'exerça
pour la Cavalcade qu'il devoit faire le lende
main , jour de son 'Entrée publique , que le Prince
de Parme tint la bride du Cheval , et le Connêtable
l'Etrier il ajoute qu'il y est aussi marqué
, que le Duc de Parme est le Grand Gonfalonier
de l'Eglise , pourquoi il écartele par un
Pal de Gueules au Gonfalon Papal , c. M. de
Rivery trouve du rapport , entre les Armoiries
de la Tapisserie de S. Firmin , citée cy- dessus ,
et celles de ce Grand Gonfalonier ; mais on n'a
pas besoin de cela pour prouver les honneurs
que des Seigneurs séculiers se sont toujours plu
a rendre aux Evêques dans le temps de leur
reception.
•
Ce qu'il rapporte du Baron de Cessac au
Comté
JUILLET. 1733. 1619
Somté de Cahors est plus pressant. Quand un
Evêque de Cahors fait son Entrée solemnelle à
P'Evêché , ce Baron va.au devant de lui , hors
la Ville ; l'ayant rencontré àun certain Endroit.
marqué , il met pied à terre; après l'avoir salué ,
nuë tête et sans manteau , il prend la Mule de
P'Evêque par la bride , le conduit à l'Eglise Cathedrale
, de là au Palais Episcopal , où il s'arrête
pour le servir à table durant son diner, après
lequel il se retire avec la Mnle et le Buffet qui lui
appartiennent et lui sont acquis.
Cette soumission fut faite en 1604. par le
Baron de Cessac , et Messire Antoine Popinian
lors Evêque de Cahors ; mais elle fut suivie d'un
Procès entr'eux aux Requêtes du Palais de Toulouze
, sur ce que le sieur de Cessac prétendoit
que le Buffet dont l'Evêque s'étoit servi , n'étoit
point conforme et sortable à la célébrité de l'Acte
ni à la magnificence du Festin .
Surquoi intervint Sentence , le 15 May 1604.
qui ordonne qu'il sera procédé à l'estimation
des Droits par Experts ; eu égard à la qualité
des Parties , la célébrité de l'Acte , et la magnificence
du Festin. Estimation faite en conséquence
par Experts , à la somme de 3123 liv.sur quoi
autre Sentence , qui condamne l'Evêque à payer
pareille somme. Sentence qui fut confirmée par
Arrêt du même Parlement du Toulouse.
En 1627 23 ans après , M. Pierre de Habert ,
nouvellement pourvû de cet Evêché , ayant fait
son Entrée en la Ville de Cahors , sans avoit appellé
M. Pierre de Casilhac , Baron de Cessaç.
Autre Instance , aux Requêtes dn Palais , de la
part du Baron , qui demande , contre l'Evêque ,
condamnation de la somme de 3123 liv. pour ex
au lieu de la valeur de ses droits.
Gvj L'E1520
MERCURE DE FRANCE
;
L'Evêque soutient que c'est chose purement
du Seigneur , d'appeller son Vassal à pareille
cérémonie ; que d'ailleurs l'Entrée qu'il a faite
dans la Ville de Cahors n'étoit pas solemnelle
que le Clergé ne s'y étoit pas trouvé en Procession
, nonobstant quoi , par Sentence du 20 Fevrier
1530. il est condamné à payer au sieur de
Cessac la somme demandée , à la charge par lui
de se trouver à une Entrée plus solemnelle , si le
sieur Evêque en vouloit faire ; sans pouvoir prétendre
autres droits.
L'Evêque ayant appellé de cette Sentence , et
conclu sur Procês par écrit , aux Enquêtes , suz
la question de sçavoir , si le Baron de Cessac
qui devoit rendre ce service au sieur Evêque à sa
premiere Entrée , étoit en droit de contraindre
le sieur Evêque de l'accepter.
Par Arrêt du Parlement de Toulouze , rendu
le S Juillet 1630 au rapport de M. Olive Dumesnil
, Conseiller ; il fut jugé que l'obligation
du Seigneur et du Vassal est réciproque , qu'un
même lien mutuel les lie tous deux, quoique par
des devoirs différens ; notamment , dit l'Autheur
en cette rencontre , où tout l'honneur se réfere à
l'Evêque.
Il est dit par l'Arrêt qu'il a été bien jugé par
la Sentence dont étoit appel , et ledit sieur Evêque
condamné à payer ladite somme de 3123 liv .
si mieux il n'aime faire une Entrée plus solemnelle.
Ces Arrêts sont rapportez au long par M Olive
Dumesnil , en ses Questions Notables , Liv.
2. Chap. 8.
Les Institutions et formalitez prescrites entre
l'Evêque de Cahors , et le Baron de Cessac , pour
la cérémonie de l'Entrée de l'Evêque , en la Ville .
Capitale de Cahors. se trouvent pareilles, communes
JUILLET . 1733. 16: 1
nes et relatives à ce qui s'observe , et a été observé
en pareil cas , pour la cérémonie de l'Entrée de
l'Evêque d'Amiens, dans sa Ville Capitale, pareilles
feodalitez , pareils motifs , parité de raisons
, et par conséquent pareil jugement, mêmes
droits , même décision : Übi eadem ratio, ibi idem
jus. C'est ainsi que s'exprime M. de Rivery dans
son Manifeste.
Il y touche incidemment l'usage qui est observé
communément par les Evêques , qui est de
donner des repas aux Chanoines à certains jours
de l'année. Il dit que la Jurisprudence des Arrêts
a jugé ces Festins obligatoires à la nouvelle Entrée:
Ad comparandum favorem populi et militum.
De plus , que par Arrêt du Parlement de
Paris , du 16 May 1346. l'Evêque d'Angers a été
condamné à faire cinq ou six Festins par an à
son Chapitre ; et qu'un particulier même , qui
est l'Archiprêtre, fit condamner l'un de ses Successeurs
dans le même Evêchê , l'an 1385 , à lui
payer le jour de S Yves , l'évaluation d'un semblable
Festin .
very
"
Comme il m'a paru que le Seigneur de Ris'attachoit
à faire connoître au Public les
prérogatives attachées à sa Terre , j'ai été surpris
qu'il n'ait rien dit de la Chasse aux Cygnes,
qui est Seigneuriale en ce Pais- là, selon la Morliere
, Historien d'Amiens ; et qui n'appartient
selon lui , qu'à l'Evêque d'Amiens , au Chapitre,
à l'Abbé de Corbie , au Vidame , à cause de
Dours , Village situé sur la Riviere de Seine , au
Seigneur de Rivery , et à celui de Blangy sur
Somme.Vous en lirez , avec plaisir , un récit abregé
, dans l'Ouvrage de ce Chanoine , page 139 .
édition de 1622. in 8. Informez-vous , s'il vous
plaît , si cet usage subsiste encore ; et supposé
que
1622 MERCURE DE FRANCE
que cela soit , je vous invite à assigner à Mercure
une Séance sur la Riviere de Somme , entre
Ambons et Corbie , le premier Mardy d'Aoust ,
qui sera le quatrième jour du mois en la présente
année 1733. pour y voir les Baillifs des six
Seigneurs , cy-dessus nommez , s'acquitter de
leur devoir..
↓
Vous y verrez ( si l'usage n'est pas aboli ) six
graves Magistrats , se faire apporter toutes les
couvées de Cygnes , avec les peres et meres, dans
le Village de la Motte; et là suivant qu'on trou
ve les Peres de famille marquez , on marque de
même les Enfans . La couvée dont le pere se trouve
marqué d'une Crosse , au côté droit du bec
est censée appartenir à M. l'Evêquè , et son Baillif
fait matquer de même toute la filiation . La
marque du Chapitre est une Croix ; celle de
l'Abbé de Corbie , une Clef , celle du Vidame est
un Ecusson appliqué des deux côtez du bec du
Cygne , au lieu que le Seigneur de Blangy ne
l'applique que du côté gauche . Pour ce qui est da
Seigneur de Rivery , la marque qu'il fait apposer
par son Baillif , est une simple barre de travers
, sur le bec de l'Oyseau . C'est toujours un
Privilege singulier pour ce Seigneur de pouvoir
réunir son Baillif avec ceux de l'Evêque , đu Chapitre
de l'Abbé de Corbie, et du Vidame, pour
juger une cause aussi importante que l'est celle
du nombre des couvées des Cygnes qui se baignent
dans la Riviere de Somme , et le public ne
sera pas fàché d'en être informé. Je suis ,
&c.
Mémoire venu d'Amiens , au sujet de
quelques cérémonies de la premiere Entrée
des Evêques de cette Ville.
L'E
' Ecrit dont vous m'avez prié de faire la lecture
, renferme plusieurs choses curieuses ,
mais qui ne m'ont paru devoir agréer au Lecteur
qu'autant qu'il y aura un ordre plus méthodique
dans les matieres qui le composent.
M. Boullanger de Rivery est bien- aise que le
Public soit informé dans le temps de la vacance
du Siége Episcopal d'Amiens , de ce qui doit
Giiij être
1616 MERCURE DE FRANCE
être pratiqué à l'Entrée du futur Evêque , et sur
tout de la part qu'il doit prendre lui- même à
cette cérémonie. Ce qu'il marque dans cet Ecrit,
auquel il donne le nom de Manifeste , se voit
représenté à Amiens, dans une Tapisserie de l'Eglise
de S.Firmin le Confès . L'on y voit l'Entrée
d'un Evêque d'Amiens, dans sa ville Episcopale;
à son Joyeux Avenement. Le Prélat est monté
sur une Mule ; le Seigneur de Rivery portant
l'Ecu de ses Armes ( qui sont de Gueules à trois
pals de vair , au franc quartier d'or ) tient la
bride de la Mule , et conduit ainsi l'Evêque,suivi
de la Noblesse et du Peuple.On nous laisse ignorer
dans cet Ecrit les autres circonstances de
cette cérémonie ; mais on n'oublie point de remarquer
que le Seigneur de Rivery ayant servi
le Prélat à la descente de sa monture , est en
droit de revendiquer la Mule , comme à lui appartenante
, et même la Vaisselle servie aux Festins
de ce jour solemuel.
Cet usage ancien , attesté par M de la Morliere
, Chanoine de la Cathédrale d'Amiens et
Historiographe du Païs a été pratiqué dans
les Entrées de Messire Antoine de Créqui , le
1 Janvier 1564. dans celle de M. Geoffroy de la
Marthonie , le 25 Mars 1577. de M. François
le Febvre de Caumartin , le 1 Juillet 1618 et
trois Evêques depuis ce temps - là , qui sont
M. Favre , M. Feydeau de Brou et M Pierre
Sabatier, le dernier décédé , ont reconnu ce droit
du Seigneur de Rivery
Pour ce qui est de son origine , M Boullanger
de Rivery en fait la date bien ancienne dans
son Imprimé , puisqu'il ne craint point de remonter
jusqu'à S. Firmin , premier Evêque d'Amiens.
Sans le suivre dans les preuves qu'il a
apporté
JUILLET. 1733. 1617
apporté , que ce S. Apôtre du Païs a été le premier
Auteur des Institutions de Fiefs, dans la Ville
et Diocèse d'Amiens ; il me permettra de commencer
par douter de tout ce qu'il dit , qu'on
peut tirer tant des Chartes de l'Hôtel de Ville
de l'Evêché , et du Chapitre , que de celles des Seigneurs
de Picquigny et du Vidame d'Amiens .
En effet , si on y trouve ce qu'il dit y être ;
sçavoir , que de Puissans Seigneurs temporels
qui ne reconnoissoient aacun Souverain ni Seigneur
au dessus d'eux , voulurent bien avoüer tenir
leurs Terres et Seigneuries de S. Firmin ; et que
ce Saint Evêque , en reconnoissance , chargea
ses successeurs , lorsqu'ils recevroient le même
hommage à leur premiere Entrée, de gratifier le
principal de ces Seigneurs , de l'Anneau d'or
qu'ils porteroient au doigt ; et l'un des autres ,
de la monture sur laquelle ils feroient cette Entrée
, ce sont des faits sujets à revision , et sur
lesquels la Critique peut avoir de quoi s'exercer.
Il peut d'abord paroître extraordinaire
qu'un Evêque mort martyr , sous l'Empire de
Dioclétien , eut eu la derniere volonté qu'on lui
prête.
Au reste , je ne doute pas plus du droit qu'ont
le Vidame d'Amiens , et le Seigneur de Rivery
sur l'Anneau et sur la Mule de l'Evêque, qui fait
sa premiere Entrée â Amiens , que de celui qu'a
l'Evêque d'exiger d'eux l'hommage et la soumission
qui sont d'ancienne tradition ; je regarde
ces droits comme imprescriptibles de part
et d'autre , ainsi que le dit M. de Rivery ; mais
je suis persuadé qu'il ne convient aucunement
d'en faire remonter l'Epoque au troisiéme ou
quatrième siècle.
Ce qu'il dit dès le commencement de son Ma-
G v nifeste
16 : 3 MERCURE DE FRANCE
>
nifeste , touchant l'Eglise de Rome , qui étane.
opprimée par les Lombards se choisit des
Avouez ou Deffenseurs , même parmi les Têtes
Couronnées , et ce qu'il ajoute plus bas , touchant
les Evêques et les Monasteres , qui se
choisirent pareillement des Deffenseurs pour les
proteger contre les incursions des Tyrans ou
des Barbares , peut suffire pour fixer à quelques.
siecles près , l'origine de ces devoirs respectifs
et mutuels , entre les Seigneurs Ecclesiastiques,
et les seigneurs Laïques. Vous touchez , M.quel
que choses de ces Avouez, qu'on appelloit Porte-
Oriflammes ou Porte- Etendards , dans votre Jour
nal de Mars dernier , à la page 480 .
" Les exemples que M. Boullanger de Rivery.
apporte pour appuyer l'usage qui s'observe as
Amiens , sont excellens pour insinuer qu'il ne
conviendroit point de l'abolir. Il extrait de la
Gazette de France , du 9 May 1701. que le Pape
Cement XI . monta à Cheval dans le Jardin de
son Palais , le & Avril 1701. et qu'il s'exerça
pour la Cavalcade qu'il devoit faire le lende
main , jour de son 'Entrée publique , que le Prince
de Parme tint la bride du Cheval , et le Connêtable
l'Etrier il ajoute qu'il y est aussi marqué
, que le Duc de Parme est le Grand Gonfalonier
de l'Eglise , pourquoi il écartele par un
Pal de Gueules au Gonfalon Papal , c. M. de
Rivery trouve du rapport , entre les Armoiries
de la Tapisserie de S. Firmin , citée cy- dessus ,
et celles de ce Grand Gonfalonier ; mais on n'a
pas besoin de cela pour prouver les honneurs
que des Seigneurs séculiers se sont toujours plu
a rendre aux Evêques dans le temps de leur
reception.
•
Ce qu'il rapporte du Baron de Cessac au
Comté
JUILLET. 1733. 1619
Somté de Cahors est plus pressant. Quand un
Evêque de Cahors fait son Entrée solemnelle à
P'Evêché , ce Baron va.au devant de lui , hors
la Ville ; l'ayant rencontré àun certain Endroit.
marqué , il met pied à terre; après l'avoir salué ,
nuë tête et sans manteau , il prend la Mule de
P'Evêque par la bride , le conduit à l'Eglise Cathedrale
, de là au Palais Episcopal , où il s'arrête
pour le servir à table durant son diner, après
lequel il se retire avec la Mnle et le Buffet qui lui
appartiennent et lui sont acquis.
Cette soumission fut faite en 1604. par le
Baron de Cessac , et Messire Antoine Popinian
lors Evêque de Cahors ; mais elle fut suivie d'un
Procès entr'eux aux Requêtes du Palais de Toulouze
, sur ce que le sieur de Cessac prétendoit
que le Buffet dont l'Evêque s'étoit servi , n'étoit
point conforme et sortable à la célébrité de l'Acte
ni à la magnificence du Festin .
Surquoi intervint Sentence , le 15 May 1604.
qui ordonne qu'il sera procédé à l'estimation
des Droits par Experts ; eu égard à la qualité
des Parties , la célébrité de l'Acte , et la magnificence
du Festin. Estimation faite en conséquence
par Experts , à la somme de 3123 liv.sur quoi
autre Sentence , qui condamne l'Evêque à payer
pareille somme. Sentence qui fut confirmée par
Arrêt du même Parlement du Toulouse.
En 1627 23 ans après , M. Pierre de Habert ,
nouvellement pourvû de cet Evêché , ayant fait
son Entrée en la Ville de Cahors , sans avoit appellé
M. Pierre de Casilhac , Baron de Cessaç.
Autre Instance , aux Requêtes dn Palais , de la
part du Baron , qui demande , contre l'Evêque ,
condamnation de la somme de 3123 liv. pour ex
au lieu de la valeur de ses droits.
Gvj L'E1520
MERCURE DE FRANCE
;
L'Evêque soutient que c'est chose purement
du Seigneur , d'appeller son Vassal à pareille
cérémonie ; que d'ailleurs l'Entrée qu'il a faite
dans la Ville de Cahors n'étoit pas solemnelle
que le Clergé ne s'y étoit pas trouvé en Procession
, nonobstant quoi , par Sentence du 20 Fevrier
1530. il est condamné à payer au sieur de
Cessac la somme demandée , à la charge par lui
de se trouver à une Entrée plus solemnelle , si le
sieur Evêque en vouloit faire ; sans pouvoir prétendre
autres droits.
L'Evêque ayant appellé de cette Sentence , et
conclu sur Procês par écrit , aux Enquêtes , suz
la question de sçavoir , si le Baron de Cessac
qui devoit rendre ce service au sieur Evêque à sa
premiere Entrée , étoit en droit de contraindre
le sieur Evêque de l'accepter.
Par Arrêt du Parlement de Toulouze , rendu
le S Juillet 1630 au rapport de M. Olive Dumesnil
, Conseiller ; il fut jugé que l'obligation
du Seigneur et du Vassal est réciproque , qu'un
même lien mutuel les lie tous deux, quoique par
des devoirs différens ; notamment , dit l'Autheur
en cette rencontre , où tout l'honneur se réfere à
l'Evêque.
Il est dit par l'Arrêt qu'il a été bien jugé par
la Sentence dont étoit appel , et ledit sieur Evêque
condamné à payer ladite somme de 3123 liv .
si mieux il n'aime faire une Entrée plus solemnelle.
Ces Arrêts sont rapportez au long par M Olive
Dumesnil , en ses Questions Notables , Liv.
2. Chap. 8.
Les Institutions et formalitez prescrites entre
l'Evêque de Cahors , et le Baron de Cessac , pour
la cérémonie de l'Entrée de l'Evêque , en la Ville .
Capitale de Cahors. se trouvent pareilles, communes
JUILLET . 1733. 16: 1
nes et relatives à ce qui s'observe , et a été observé
en pareil cas , pour la cérémonie de l'Entrée de
l'Evêque d'Amiens, dans sa Ville Capitale, pareilles
feodalitez , pareils motifs , parité de raisons
, et par conséquent pareil jugement, mêmes
droits , même décision : Übi eadem ratio, ibi idem
jus. C'est ainsi que s'exprime M. de Rivery dans
son Manifeste.
Il y touche incidemment l'usage qui est observé
communément par les Evêques , qui est de
donner des repas aux Chanoines à certains jours
de l'année. Il dit que la Jurisprudence des Arrêts
a jugé ces Festins obligatoires à la nouvelle Entrée:
Ad comparandum favorem populi et militum.
De plus , que par Arrêt du Parlement de
Paris , du 16 May 1346. l'Evêque d'Angers a été
condamné à faire cinq ou six Festins par an à
son Chapitre ; et qu'un particulier même , qui
est l'Archiprêtre, fit condamner l'un de ses Successeurs
dans le même Evêchê , l'an 1385 , à lui
payer le jour de S Yves , l'évaluation d'un semblable
Festin .
very
"
Comme il m'a paru que le Seigneur de Ris'attachoit
à faire connoître au Public les
prérogatives attachées à sa Terre , j'ai été surpris
qu'il n'ait rien dit de la Chasse aux Cygnes,
qui est Seigneuriale en ce Pais- là, selon la Morliere
, Historien d'Amiens ; et qui n'appartient
selon lui , qu'à l'Evêque d'Amiens , au Chapitre,
à l'Abbé de Corbie , au Vidame , à cause de
Dours , Village situé sur la Riviere de Seine , au
Seigneur de Rivery , et à celui de Blangy sur
Somme.Vous en lirez , avec plaisir , un récit abregé
, dans l'Ouvrage de ce Chanoine , page 139 .
édition de 1622. in 8. Informez-vous , s'il vous
plaît , si cet usage subsiste encore ; et supposé
que
1622 MERCURE DE FRANCE
que cela soit , je vous invite à assigner à Mercure
une Séance sur la Riviere de Somme , entre
Ambons et Corbie , le premier Mardy d'Aoust ,
qui sera le quatrième jour du mois en la présente
année 1733. pour y voir les Baillifs des six
Seigneurs , cy-dessus nommez , s'acquitter de
leur devoir..
↓
Vous y verrez ( si l'usage n'est pas aboli ) six
graves Magistrats , se faire apporter toutes les
couvées de Cygnes , avec les peres et meres, dans
le Village de la Motte; et là suivant qu'on trou
ve les Peres de famille marquez , on marque de
même les Enfans . La couvée dont le pere se trouve
marqué d'une Crosse , au côté droit du bec
est censée appartenir à M. l'Evêquè , et son Baillif
fait matquer de même toute la filiation . La
marque du Chapitre est une Croix ; celle de
l'Abbé de Corbie , une Clef , celle du Vidame est
un Ecusson appliqué des deux côtez du bec du
Cygne , au lieu que le Seigneur de Blangy ne
l'applique que du côté gauche . Pour ce qui est da
Seigneur de Rivery , la marque qu'il fait apposer
par son Baillif , est une simple barre de travers
, sur le bec de l'Oyseau . C'est toujours un
Privilege singulier pour ce Seigneur de pouvoir
réunir son Baillif avec ceux de l'Evêque , đu Chapitre
de l'Abbé de Corbie, et du Vidame, pour
juger une cause aussi importante que l'est celle
du nombre des couvées des Cygnes qui se baignent
dans la Riviere de Somme , et le public ne
sera pas fàché d'en être informé. Je suis ,
&c.
Fermer
Résumé : RÉPONSE à M. D. L. R. sur un Mémoire venu d'Amiens, au sujet de quelques cérémonies de la premiere Entrée des Evêques de cette Ville.
Le texte est une réponse à M. D. L. R. concernant un mémoire sur les cérémonies de l'entrée des évêques à Amiens. L'auteur, M. Boullanger de Rivery, souligne que le document, bien que riche en informations, manque d'ordre méthodique. Il souhaite informer le public des pratiques lors de l'entrée d'un nouvel évêque, en mettant en avant son propre rôle dans cette cérémonie. Cette tradition est illustrée par une tapisserie de l'église Saint-Firmin, montrant l'évêque monté sur une mule, conduit par le Seigneur de Rivery tenant la bride. Après la descente de l'évêque, le Seigneur de Rivery revendique la mule et la vaisselle des festins. Cet usage est attesté par plusieurs entrées épiscopales, notamment celles de Messire Antoine de Créqui en 1564, Geoffroy de la Marthonie en 1577, et François le Febvre de Caumartin en 1618. M. Boullanger de Rivery fait remonter cette tradition à Saint Firmin, premier évêque d'Amiens. Cependant, l'auteur exprime des doutes sur l'authenticité de cette origine ancienne et les preuves apportées. Le texte mentionne également des exemples similaires à Cahors, où le Baron de Cessac conduit l'évêque et revendique des droits sur la mule et la vaisselle. Des litiges judiciaires ont confirmé ces droits réciproques entre les seigneurs laïques et ecclésiastiques. L'auteur note aussi l'usage de la chasse aux cygnes, un privilège partagé par plusieurs seigneurs, dont le Seigneur de Rivery. Il invite à une séance pour observer cette tradition et en informer le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4469
p. 153-160
PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.
Début :
L'Académie, fondée par M. Hector-Bernard Pouffier, Doyen du Parlement [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Prix de morale, Corps électriques, Électricité, Communication, Émanations, M. Pinot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.
PROGRAMME
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L
८
'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L
८
'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
Fermer
4470
p. 133-145
TRAGEDIE DE ZAYRE, Extrait.
Début :
Nous n'aurions pas tardé si long temps à donner l'Extrait d'une Tragédie qui [...]
Mots clefs :
Voltaire, Zaïre, Orosmane, Nérestan, Religion, Coeur, Lusignan, Lettre, Soudan, Amour, Mort, Chrétiens, Tragédie, Serment, Soeur, Spectateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAGEDIE DE ZAYRE, Extrait.
TRAGEDIE DE zArRE;
ï Extrait. '
NOus n'aurions pas tardési long temps
à donner l’Extait d'une Tragédie qui
a charmé la Cour et la Ville , si son inge
nieux Auteur n’eût prévenu »l’ardeuri
que nous avons de remplir nos engage
mens; on a vû dès la naissance de cette
Piece, ce que M. de Voltaire en a bien
voulu‘ communiquer au Public , inseré ‘ " '
dans le Mercure d’Août. Uimpressjon
de ce charment Poëmenous impose däauq
tres loix et nous engage à faire part au.
Public des divers jugemens qu'on en a
portez. ‘ .
zLe Sujet de cette Tragédie est si sim-Ê
pie,‘ que quelques lignes sufliront pour
tracer le plan de ce qui fait l’action prin
ci ale. Lustgnam, dernier Roy de Jeru
- sa cm, fut détrôné par Saladin , Pere
d'Oro:mane. De cin de ses Enfms qui
furent envelopperd
n’y en eut que deux qui échapperentà
la mort,- sgavoir , un garçon et une filles
‘ G iij le
ans sa disgrace, 1l
«m, MERCURE un FRANCE
le premier âgé de quatre ans et Pautre
encore q; berccauDrosmanc devint amooe
rcux de la fille, élevée dans la Religion
Musulmane et appellêe Zaîrg. IJAmour
du Soudàn alla jusquî la vouloir épouser;
Zaïre ne put refuser - son coeur à un
Amant si rendre et si genereux. Le frere
de cette aimable Princesse ravoir été éle
vé auprès d'elle dans le Serrail, sans la
connortre pour sa soeur et sans se con
noître lui-même pour fils de Lusignan.
I.e genereux Orosmane avoir consenti
qu’il allât chercher la rançon de dix Che
valiers Chrétiens. Neremm , c’est le nom
de ce frere de Zaïre, tint sa parole et.
ä-evint avec la rançon. Orosmane lui pro
mit-cenr Chevaliers Chrétiens,’ au lieu
d; dix qu’il en demandoit seulement;
mais il en exceptn Zaïre et Lusignani
Zaïre obtint la liberté de cc derniers on
le tira de son obscure prison , et à la far
veut d'une Croix que Zaïte portoir en
fotnxe de Bracelet depuis le jour de sa
naissance, et d’une blessure que Nerestan
avoir reçûë dans le sein, il les reconnut‘
pour. ses Enfans- Le combat qui se fait
entre la Religion cr Pamout, fournit
tous les beaux senrimeps dont cette Pic»
ce est rempiie. ‘Le serment que Zayrc a
fait entre les mains de Ncxesçan, de nul
point
a q l
‘ JANVIER; 173;: '13;
Ëeînt épouser Orosmanc qu'elle ne fût
aptisée, fait le noeud de la Piece , une
Lettre équivoque produit dans le coeur
du jaloux Orosmanc cette fureur qui en
fait la sanglante catastrophe : la Piece fi.
_nit par la mort que le Soudan se donne
après Pavolr donnée à. Pinnoccnt objet
de son amour. Voici la distribution des
Actes et des Scenes.
Fmime, Esclave Chrétienne et amie de
Z4Ïre,.ouvre la Scene et lui témoigna
lrsutprise où elle est de la voir si con
tente, mal ré l'esclavage ‘où elle est en
core et dbä Neresran lui a promis de la
retirer à son retour de Paris; Zaïre lui
ouvre son coeur et lui dit que le Soudan
Paime et doit Pépouset; Fatime lui rap.
elle qu’elle est ljui fait entendre nqéuee CFhérdéutciaerninoen;quZ'aeïlrlee
a reçûë dans la Cour d’Orosmane a prese
que cificé de son souvenir toutes les aug
tres idées. . -
Omsmana vient annoncer à Zaïrc son
prochain Couronnement; mais c’esr d'une
maniere à lui faire connoîrre que si elle
ne se donnoit à lui que par reconnoisi
sauce, il ne se croiroit pas heureux. Zaïre
‘ne lui marque pas moins de délicatesse
dans les sentimens de son coeur. On vient
annoncer Parrivéesde Ncrestan ; Gros..
- G iiij marre
n36‘ MERCURE DE FRANCE
mane ordonne qu’en le fasse entrer.- -
Nerestan fait entendre au Soudan qu’il
apporte la rançon dont il êtoit convenu
avec lui pour dix Chevaliers François,
et que n'ayant pas de quoi payer la sien
ne, il consent à reprendre ses premiers
fers. Orosmane pour ne se pas montrer
moins genereux qu’un Chrétien , lui olïre
cent Chevaliers et n’accepte point la ran
çon qu’il a apportée; mais il refuse la
liberté de Lusignan par raison d’Erar, et
celle de Zaïre par raison d’amour 5 Ne
restan l’accuse de manquer de parole;
Orosmane lui ordonne de se retirer; il
dit à Zaîre qu’il-va tout ordonner pour
leur hymen, après avoir donné au soin
du Trône quelques momens qu’il est fora
té de dérober à son amour.
Il fait entrevoir aux yeux de Caraimin,‘
son Confident , quelques marques d'une
jalousie naissante au sujet de Neresran 3
il ne veut pas pourtant descendre jus
qu’à convenir qu’il est jaloux d’un Chré
tien, mais il ne laisse pas de faire enten
dre ue s’il l’étoit jamais , il seroit capa
ble de" se porter à des extrémirez dont
il rejette sur le champ la funeste image,‘
et qui cependant commencent à préparer
les Spectateurs au crudeli: amer que l'Au-.
teur a mis à la tête de [impression de sa
"
‘
JA NVIER. 1733. 137
I
‘Châtillon, Chevalier François, et Na
mmn , commencent le second Acte .
Châtillon apprend avec douleur que Lu
sîgnan ne peut obtenir sa liberté; il ex
pose en Vers pompeux tout ce qui s’est
pasvé lors du détrônement de ce dernier
Roy de Jerusalcm.
‘Zaïre vient annoncer à Nerestan quelle
a obtenu la liberté de Lusignan . ce qui
est-le comble de la joye pour Châtillon
et pour lui. _ p ,
Lusignañ arrive , soutenu par deux Che
valiers François; ce venerable Vieillard"
attirê route l’attention des Spectateurs
par le récit de ses malheuÎ-s; ildéplorc
sur tout la perte de trois- de ses Eufans
massacrés a ses yeux , et de deux aurres=
réduits â Pesclavage ; il ignore leur sort,’
il en demande des nouvelles à 'Nc.'estan
et à Zaïrc , qui peuvent en avoir oiii par-Ï
let dans le Serrail, où ils ont été élevez‘
o h À
depuis leur enfance; il les reconnoit pour
ces mêmes Enfms dont il leur demande
des nouvelles. Cette reconnoissance est
une des plus touchantes qu’on ait vûës
sur la Scene, Lusignan demande en trem
blant à Zaïre, si elle est encore Chrétien
u - ' ’ 3
ne; Zaire lui déclare in enument qu elle
est Musulmane, mais el e lui promet un
heureux retour à la Religion de ses Ayeux.
t ‘ G y, C0:
1
_ 13s MERCURE Bananes
Çorasmin vient jette: de nouvelles allait-j
mes dans les coeurs de ces Chrétiens rasq
semblez; il leur ordonne de le suivre pour
rentrer dans leurs chaînes; Lusiguan les
exhorte à raffermir leur constance e; im
pose silence à Zaïre sur un secret qui
pourroit leur devenir funeste.
. Au troisième Acte, Orosnqane parlant
5. Corasmin , instruit les Spectateurs de q
la raispn pour laquelle i_l avoir révoqué
l'ordre qui avoir mis les Chrétiens en li-;
‘botté; ._ce' qui l’)? avoir porté , c’est qu’il
‘craignoît que l’Armée Navale des Franq
gais , qu’on avoir découverte , ne fût des.
tinée à reconquerir Jerusalem , erreur
donç il venoit.d’être tiré par de {idoles
avis, Corasmin veut en vain lui donnes
de nouvelles craintes, pour Fobliger à
ne point; ‘relâcher les Chrétiens; Oros.
mane lui répond que cîest à Zgïre qu’il
a a accordé leur liberté; il ajoûte qu’il n71
pû lui refuser la consolation de voir Ne
restan pour la dernier: fois. Orosmane
sort en ordonnant à Corasmin d’obéi'r à
‘Zaïre. Corasmin dit à Nerestan qu’il va,
lui envoyer Zaïre. '.
a Après un court Monologue de Nerestan;
Zaïre arrive. Cette Scene est une des plus
belles; Neresran reproche â sa soeur le_
son qu'elle fait àla glose de se famille‘? en
. a an
= JANVIER-ï 1733-‘ r39
abandonnant la Religion de ses Peres. Zaï
re lui promet de renoncer à la Religion
des Musulmans; mais elle ne se promet;
pas à elle-même de renoncer à son amour
pour Orosmane; elle demande à Nerestan
quelle peine la Religion des Chrétiens im
poseroit à une Amante qui épouseroit
un Musulman qu’elle aimeroit; cette de.
mande fait frémir Nctestan ; Zaïre lui
confesse qu’elle aime Orosmane et qu’elle
va Pépouser; elle lui dqmande la mort
pour prixtd’un aveu dont il est irrité; ne
pouvant rien de plus , il exige d"elle avec
serment qu’elle n épousera point Orosmaä
ne avant qu'elle air été inondée de Peau sa
luraire du Baptême, et c’est ce serment qui
- pÿoduit tout Pinterêt du reste de la Piece.
un délai qu’elle
_ erestan sort pour allier fermer les yeux
à Lusignan, dont les derniers transports
ont achevé d’épuiser le peu de forces qui‘
lui restaient. Zaïre fait un Monologue
très-touchant dans lequel l’Amour et la.
Religion se combattent.
p Orosmane vient presser-Zaïre de le
rendre heureux par son Hymen‘, elle est
interdite -, il ne sçait que penser des sen
timens confus u’de lui fait paraître;
(lui demande excite sa co
1ere ; elle ne peut soutenir S011 Courroux.
et le quitte de peut de Paugmenter. ar sa,
présence. ' i G Vj ros
‘r40 MERCURE DE FR ANGE:
Orosmane ne sçait à quoi attribuer Pé-Ï
tontiantaccueil que Zaïre vient de luî
faire ', la jalousie sïntroduit dans son’
aeurs il soupçonne Zaïre et Nerestan
d'une tendre ‘intelligence; il ordonne que
le Scrrail soit fermé aux Chrétiens. '
Fatime félicite Ze1ïre,au troisième Acte,‘
du bonheur qu’elle» est prête â goûter et
qui doit être le prix des combats dont
elle est déchirée. Zaïre lui fait connaître
par tout ce qu’elle dit , combien lui coû
tera le sacrifice qu'on exige d'elle. Elle l
voudroit se jetter aux pieds d’Otosmane,
et lui faire un aveu sincere des vrais sen
timens de son coeur et des obstacles que
sa Religion oppose à. Phymen qu’il lui
offre; Fatime lui fait connoître qu’elle
cxposeroit tous les Chrétiens à la fureur
du’ Soudan par un‘ aveu si funeste.
Orosmane vient livrer u_n nouvel assaut"
"au coeur de Zaïres il lui déclare qu’une
autre va monter au Trône qu’il lui avoir
destiné, Zaïre ne peut entendre cette mek
nace sans verser des larmes; Orosmane
en est attendri, il lui dit que la‘ menacé
qu’il vient de lui fait n’étoit qu’une fein-ä
te, et qu’elle n'a ét dictée que par le
desespoir où ses injustes rcfus l’on: plon
gé; il la prie de ne plus difllerer son bon-i
heurs elle se jette à ses pieds, et le prie
9
3.
J A N V IF. R‘. 1733Z titi
I n
à son tour de lui accorder le reste de ce‘
jour pour achever de se déterminer. Otos
mane y consent malgré lui; elle le quitte;
il est frappé d'une si prompte fuite; il
s’en console pourtant par Passurance qu'il
a (‘Hêtre aimé. -
Un de ses OH-iciers vient changer cette
sécurité en désespoir; il lui présente une
Lettre qu’on vient d'intercepter ', cette
t Lettre est de Nerestan,er s’adressc à Zaïse s‘
voici ce qu’elle contient :
Clxere Zaïre , il est temps de nous voir;
Il est vers la Mosquée une secrette issuë ,
_0t‘1 vous pouvez sans bruit et sans être apperçuë,
Tromper vogsurveillans , et remplir notre espoir;
Il faut vous hazarder, vous cohnoissez mon zeley
je vous attends ; je meurs si vous nîêtes fidele.
‘La lecture de cette Lettre équivoque rea
plonge le Soudan dans la plus horrible fir
reurgil veut faire expirer Ncrestan dans les
supplices, et poignarder Zaïre; il otdon-i
ne qu’on la fasse venirî troublé, irréwolu,
il-ne sçait plusâ uoi même que Zaïreclui esst'artroêûtjeor;urisl sefidflaaltet,e
et que Net: stan n’est qu’un témetaire qui
se croit aimé, parce quîl croit mériter
de l'être ; il ordonne à Corasmin de frite
rendre ce Billet à Zaïre 5 il se ‘repent de
Pavoiq
‘rai MERCURE DE FRANCE"
Pavoir mandée; il" la veut éviter, mais’
_ inutilement. j
Dans cette Scene Zaïre sort de sa moä
deration ordinaire ; les reproches et les
menaces du Sultan , qui ne s’étoit jamais
oublié jusques-là, lui donnent‘ une no-g
ble fiertéquî n'empêche pas qu’elle ne lui
avoüë qu’elle Paime; ce dernier aveu ache
ve d’irrirer le Sultan qui la croit perfidesil
_ la congédiget se prépare à la‘ plus horrible
vengeance, quoiqu'il. avoüe qu’il Faim:
encor plus que jamais.
Au cinquième Acte Otosmane commano‘
de à un Esclave de remettre entre les mains‘
de Zaïre la fatale Lettre qui est tombée
dansles siennes ,et lui ordonne de lui ren
dre un compte fidele de tout ce quiil
aura appris.
Zaïre vient avec Fatime ', PEsclave lui"
présente la Lettre ,_ comme un garant de
sa fidelité , elle la lit et lui dit:
Allez dire au Chrétien qui marche sur vos pas i
Q3: mon coeur aujonrrÿhui ne 1c trahira pas,
Q1: Farime-en ces lieux va bien-tôt Pinrroduirt.
Zaïre sort,- l‘Esclave rend compte de
sa commission a Orosmane, ce qm de
termine ce Sultan furieux à la plus bote
rible vengeance. Zaïre revient .- ellectar:
apercevoq
J A NV I E R.‘ 1713.‘ ‘r41
appercevoir Neresran dans Pobscurité;
quelques paroles trop tendres qui lui
échappent et qui conviennent aux sen-g,
timens qu'elle a pour ce cher frere, por
tent le jaloux Orosmane à la dernierÊ
fureur; il lui plonge un poignard dans
le sein , Neresran qu’sn ‘lui amene char.
gé de fers, fait un grand cri en voyant
sa soeur qui vient d’expirer; à ce cri dou
loureux et au nom de soeur, Orosmane
recormoit son crime; Nerestan lui de.
mande la mort; Orosmane ordonne qu’on
le remette en liberté et qu'on le ren
Ÿoye chez ses patens avec tous les
Chrétiens; il plonge dans son coeur le
fatal poignard encore fumant du sang
de sa chere Zaïre. ‘ '
Il ne reste lus qu’à faire. part à no;
Lecteurs des divers jugcmens que le Pu.
blic a portez sur cette Tragédie. Tous
les suffrages sont réünis en faveur de l’in—
rerêt qui y rcgne dans tous les Actes 5 ce
lui qu’on asenti dans la reconnoissance
est le plus generalement avoüé son a sçû
bon gré à M. de Voltaire d'avoir bien
voulu descendre de I’Epiquc au Dtamaæj
tique; on trouve même qu’il a porté la
cpmplaisancc un peu loin; sa Vcrsifica
tion n'a pas paru égale par tout, et le de-î
sordrc les passion; jettent ses princi
' ' - ' paux
o‘.,.
arrajMÈkélïfls DE FRANCE
ries
. b‘
.
r,’ «ipaux Acteurs semble , dit-on , avoir pas-Α
se jusquîr ses expressions; on auroit sou
haité que le caractere qu’il a d'abord don
né à‘ son Héros ne se tût as clé-menti
jusqrÿà plonger un poignar dans le sein
de sa Maîtresse; on a beau dire que la
jalousie ‘nïst pas une passion que la rai
son puisse dompter , c’étoit à PAureur,
disent les Critiques, à ne pas donner de"
pareilles assions aux personnages dont:
1l avoir onné une idée si avantageuse;
le serment qui fait le noeud de la Piece,
ajoûtent-ils , a un caractcre dîndiscretion
qu’en ne sgauroit excuser.» Ils trouvent
aussi que les divers voyages de Neresrarr
n'ont pas encore été assez bien débrouil
lez. Les Caracteres de Lusignan , de Chê
tilion et dé Neresran , ont été-fvora
blement reçûs; pour ce.ui de Zaïre, on.
l’a trouvé fort indécis; on ne sçait pas
si elle meurt Chrétienne ou Musulmane‘;
l’amour a tousours parû sa passion do
minante , et l'on a lit-u de douter que le
mon Dim qu’elle prononce en mou_rant ,
ait pû lui tenir lieu de Baptême ou de _
Contrition zNerestan fortifie ce doute par:
ces deux Vers qu’il adresse à. Orosmane.
p
Hélas ! elle oiîerisoit notre Dieu , notre Loy,
E: ce Dieu la punit «Pavois brûlé pour roi.
« Cette
u
J ANVI Ê R‘. 1733Z '14’.
. Cette Piece a été imprimée à Roüen et
se vend à Pari: , Q4) de: Azgnsiin: ,
chez. Bauche.
ï Extrait. '
NOus n'aurions pas tardési long temps
à donner l’Extait d'une Tragédie qui
a charmé la Cour et la Ville , si son inge
nieux Auteur n’eût prévenu »l’ardeuri
que nous avons de remplir nos engage
mens; on a vû dès la naissance de cette
Piece, ce que M. de Voltaire en a bien
voulu‘ communiquer au Public , inseré ‘ " '
dans le Mercure d’Août. Uimpressjon
de ce charment Poëmenous impose däauq
tres loix et nous engage à faire part au.
Public des divers jugemens qu'on en a
portez. ‘ .
zLe Sujet de cette Tragédie est si sim-Ê
pie,‘ que quelques lignes sufliront pour
tracer le plan de ce qui fait l’action prin
ci ale. Lustgnam, dernier Roy de Jeru
- sa cm, fut détrôné par Saladin , Pere
d'Oro:mane. De cin de ses Enfms qui
furent envelopperd
n’y en eut que deux qui échapperentà
la mort,- sgavoir , un garçon et une filles
‘ G iij le
ans sa disgrace, 1l
«m, MERCURE un FRANCE
le premier âgé de quatre ans et Pautre
encore q; berccauDrosmanc devint amooe
rcux de la fille, élevée dans la Religion
Musulmane et appellêe Zaîrg. IJAmour
du Soudàn alla jusquî la vouloir épouser;
Zaïre ne put refuser - son coeur à un
Amant si rendre et si genereux. Le frere
de cette aimable Princesse ravoir été éle
vé auprès d'elle dans le Serrail, sans la
connortre pour sa soeur et sans se con
noître lui-même pour fils de Lusignan.
I.e genereux Orosmane avoir consenti
qu’il allât chercher la rançon de dix Che
valiers Chrétiens. Neremm , c’est le nom
de ce frere de Zaïre, tint sa parole et.
ä-evint avec la rançon. Orosmane lui pro
mit-cenr Chevaliers Chrétiens,’ au lieu
d; dix qu’il en demandoit seulement;
mais il en exceptn Zaïre et Lusignani
Zaïre obtint la liberté de cc derniers on
le tira de son obscure prison , et à la far
veut d'une Croix que Zaïte portoir en
fotnxe de Bracelet depuis le jour de sa
naissance, et d’une blessure que Nerestan
avoir reçûë dans le sein, il les reconnut‘
pour. ses Enfans- Le combat qui se fait
entre la Religion cr Pamout, fournit
tous les beaux senrimeps dont cette Pic»
ce est rempiie. ‘Le serment que Zayrc a
fait entre les mains de Ncxesçan, de nul
point
a q l
‘ JANVIER; 173;: '13;
Ëeînt épouser Orosmanc qu'elle ne fût
aptisée, fait le noeud de la Piece , une
Lettre équivoque produit dans le coeur
du jaloux Orosmanc cette fureur qui en
fait la sanglante catastrophe : la Piece fi.
_nit par la mort que le Soudan se donne
après Pavolr donnée à. Pinnoccnt objet
de son amour. Voici la distribution des
Actes et des Scenes.
Fmime, Esclave Chrétienne et amie de
Z4Ïre,.ouvre la Scene et lui témoigna
lrsutprise où elle est de la voir si con
tente, mal ré l'esclavage ‘où elle est en
core et dbä Neresran lui a promis de la
retirer à son retour de Paris; Zaïre lui
ouvre son coeur et lui dit que le Soudan
Paime et doit Pépouset; Fatime lui rap.
elle qu’elle est ljui fait entendre nqéuee CFhérdéutciaerninoen;quZ'aeïlrlee
a reçûë dans la Cour d’Orosmane a prese
que cificé de son souvenir toutes les aug
tres idées. . -
Omsmana vient annoncer à Zaïrc son
prochain Couronnement; mais c’esr d'une
maniere à lui faire connoîrre que si elle
ne se donnoit à lui que par reconnoisi
sauce, il ne se croiroit pas heureux. Zaïre
‘ne lui marque pas moins de délicatesse
dans les sentimens de son coeur. On vient
annoncer Parrivéesde Ncrestan ; Gros..
- G iiij marre
n36‘ MERCURE DE FRANCE
mane ordonne qu’en le fasse entrer.- -
Nerestan fait entendre au Soudan qu’il
apporte la rançon dont il êtoit convenu
avec lui pour dix Chevaliers François,
et que n'ayant pas de quoi payer la sien
ne, il consent à reprendre ses premiers
fers. Orosmane pour ne se pas montrer
moins genereux qu’un Chrétien , lui olïre
cent Chevaliers et n’accepte point la ran
çon qu’il a apportée; mais il refuse la
liberté de Lusignan par raison d’Erar, et
celle de Zaïre par raison d’amour 5 Ne
restan l’accuse de manquer de parole;
Orosmane lui ordonne de se retirer; il
dit à Zaîre qu’il-va tout ordonner pour
leur hymen, après avoir donné au soin
du Trône quelques momens qu’il est fora
té de dérober à son amour.
Il fait entrevoir aux yeux de Caraimin,‘
son Confident , quelques marques d'une
jalousie naissante au sujet de Neresran 3
il ne veut pas pourtant descendre jus
qu’à convenir qu’il est jaloux d’un Chré
tien, mais il ne laisse pas de faire enten
dre ue s’il l’étoit jamais , il seroit capa
ble de" se porter à des extrémirez dont
il rejette sur le champ la funeste image,‘
et qui cependant commencent à préparer
les Spectateurs au crudeli: amer que l'Au-.
teur a mis à la tête de [impression de sa
"
‘
JA NVIER. 1733. 137
I
‘Châtillon, Chevalier François, et Na
mmn , commencent le second Acte .
Châtillon apprend avec douleur que Lu
sîgnan ne peut obtenir sa liberté; il ex
pose en Vers pompeux tout ce qui s’est
pasvé lors du détrônement de ce dernier
Roy de Jerusalcm.
‘Zaïre vient annoncer à Nerestan quelle
a obtenu la liberté de Lusignan . ce qui
est-le comble de la joye pour Châtillon
et pour lui. _ p ,
Lusignañ arrive , soutenu par deux Che
valiers François; ce venerable Vieillard"
attirê route l’attention des Spectateurs
par le récit de ses malheuÎ-s; ildéplorc
sur tout la perte de trois- de ses Eufans
massacrés a ses yeux , et de deux aurres=
réduits â Pesclavage ; il ignore leur sort,’
il en demande des nouvelles à 'Nc.'estan
et à Zaïrc , qui peuvent en avoir oiii par-Ï
let dans le Serrail, où ils ont été élevez‘
o h À
depuis leur enfance; il les reconnoit pour
ces mêmes Enfms dont il leur demande
des nouvelles. Cette reconnoissance est
une des plus touchantes qu’on ait vûës
sur la Scene, Lusignan demande en trem
blant à Zaïre, si elle est encore Chrétien
u - ' ’ 3
ne; Zaire lui déclare in enument qu elle
est Musulmane, mais el e lui promet un
heureux retour à la Religion de ses Ayeux.
t ‘ G y, C0:
1
_ 13s MERCURE Bananes
Çorasmin vient jette: de nouvelles allait-j
mes dans les coeurs de ces Chrétiens rasq
semblez; il leur ordonne de le suivre pour
rentrer dans leurs chaînes; Lusiguan les
exhorte à raffermir leur constance e; im
pose silence à Zaïre sur un secret qui
pourroit leur devenir funeste.
. Au troisième Acte, Orosnqane parlant
5. Corasmin , instruit les Spectateurs de q
la raispn pour laquelle i_l avoir révoqué
l'ordre qui avoir mis les Chrétiens en li-;
‘botté; ._ce' qui l’)? avoir porté , c’est qu’il
‘craignoît que l’Armée Navale des Franq
gais , qu’on avoir découverte , ne fût des.
tinée à reconquerir Jerusalem , erreur
donç il venoit.d’être tiré par de {idoles
avis, Corasmin veut en vain lui donnes
de nouvelles craintes, pour Fobliger à
ne point; ‘relâcher les Chrétiens; Oros.
mane lui répond que cîest à Zgïre qu’il
a a accordé leur liberté; il ajoûte qu’il n71
pû lui refuser la consolation de voir Ne
restan pour la dernier: fois. Orosmane
sort en ordonnant à Corasmin d’obéi'r à
‘Zaïre. Corasmin dit à Nerestan qu’il va,
lui envoyer Zaïre. '.
a Après un court Monologue de Nerestan;
Zaïre arrive. Cette Scene est une des plus
belles; Neresran reproche â sa soeur le_
son qu'elle fait àla glose de se famille‘? en
. a an
= JANVIER-ï 1733-‘ r39
abandonnant la Religion de ses Peres. Zaï
re lui promet de renoncer à la Religion
des Musulmans; mais elle ne se promet;
pas à elle-même de renoncer à son amour
pour Orosmane; elle demande à Nerestan
quelle peine la Religion des Chrétiens im
poseroit à une Amante qui épouseroit
un Musulman qu’elle aimeroit; cette de.
mande fait frémir Nctestan ; Zaïre lui
confesse qu’elle aime Orosmane et qu’elle
va Pépouser; elle lui dqmande la mort
pour prixtd’un aveu dont il est irrité; ne
pouvant rien de plus , il exige d"elle avec
serment qu’elle n épousera point Orosmaä
ne avant qu'elle air été inondée de Peau sa
luraire du Baptême, et c’est ce serment qui
- pÿoduit tout Pinterêt du reste de la Piece.
un délai qu’elle
_ erestan sort pour allier fermer les yeux
à Lusignan, dont les derniers transports
ont achevé d’épuiser le peu de forces qui‘
lui restaient. Zaïre fait un Monologue
très-touchant dans lequel l’Amour et la.
Religion se combattent.
p Orosmane vient presser-Zaïre de le
rendre heureux par son Hymen‘, elle est
interdite -, il ne sçait que penser des sen
timens confus u’de lui fait paraître;
(lui demande excite sa co
1ere ; elle ne peut soutenir S011 Courroux.
et le quitte de peut de Paugmenter. ar sa,
présence. ' i G Vj ros
‘r40 MERCURE DE FR ANGE:
Orosmane ne sçait à quoi attribuer Pé-Ï
tontiantaccueil que Zaïre vient de luî
faire ', la jalousie sïntroduit dans son’
aeurs il soupçonne Zaïre et Nerestan
d'une tendre ‘intelligence; il ordonne que
le Scrrail soit fermé aux Chrétiens. '
Fatime félicite Ze1ïre,au troisième Acte,‘
du bonheur qu’elle» est prête â goûter et
qui doit être le prix des combats dont
elle est déchirée. Zaïre lui fait connaître
par tout ce qu’elle dit , combien lui coû
tera le sacrifice qu'on exige d'elle. Elle l
voudroit se jetter aux pieds d’Otosmane,
et lui faire un aveu sincere des vrais sen
timens de son coeur et des obstacles que
sa Religion oppose à. Phymen qu’il lui
offre; Fatime lui fait connoître qu’elle
cxposeroit tous les Chrétiens à la fureur
du’ Soudan par un‘ aveu si funeste.
Orosmane vient livrer u_n nouvel assaut"
"au coeur de Zaïres il lui déclare qu’une
autre va monter au Trône qu’il lui avoir
destiné, Zaïre ne peut entendre cette mek
nace sans verser des larmes; Orosmane
en est attendri, il lui dit que la‘ menacé
qu’il vient de lui fait n’étoit qu’une fein-ä
te, et qu’elle n'a ét dictée que par le
desespoir où ses injustes rcfus l’on: plon
gé; il la prie de ne plus difllerer son bon-i
heurs elle se jette à ses pieds, et le prie
9
3.
J A N V IF. R‘. 1733Z titi
I n
à son tour de lui accorder le reste de ce‘
jour pour achever de se déterminer. Otos
mane y consent malgré lui; elle le quitte;
il est frappé d'une si prompte fuite; il
s’en console pourtant par Passurance qu'il
a (‘Hêtre aimé. -
Un de ses OH-iciers vient changer cette
sécurité en désespoir; il lui présente une
Lettre qu’on vient d'intercepter ', cette
t Lettre est de Nerestan,er s’adressc à Zaïse s‘
voici ce qu’elle contient :
Clxere Zaïre , il est temps de nous voir;
Il est vers la Mosquée une secrette issuë ,
_0t‘1 vous pouvez sans bruit et sans être apperçuë,
Tromper vogsurveillans , et remplir notre espoir;
Il faut vous hazarder, vous cohnoissez mon zeley
je vous attends ; je meurs si vous nîêtes fidele.
‘La lecture de cette Lettre équivoque rea
plonge le Soudan dans la plus horrible fir
reurgil veut faire expirer Ncrestan dans les
supplices, et poignarder Zaïre; il otdon-i
ne qu’on la fasse venirî troublé, irréwolu,
il-ne sçait plusâ uoi même que Zaïreclui esst'artroêûtjeor;urisl sefidflaaltet,e
et que Net: stan n’est qu’un témetaire qui
se croit aimé, parce quîl croit mériter
de l'être ; il ordonne à Corasmin de frite
rendre ce Billet à Zaïre 5 il se ‘repent de
Pavoiq
‘rai MERCURE DE FRANCE"
Pavoir mandée; il" la veut éviter, mais’
_ inutilement. j
Dans cette Scene Zaïre sort de sa moä
deration ordinaire ; les reproches et les
menaces du Sultan , qui ne s’étoit jamais
oublié jusques-là, lui donnent‘ une no-g
ble fiertéquî n'empêche pas qu’elle ne lui
avoüë qu’elle Paime; ce dernier aveu ache
ve d’irrirer le Sultan qui la croit perfidesil
_ la congédiget se prépare à la‘ plus horrible
vengeance, quoiqu'il. avoüe qu’il Faim:
encor plus que jamais.
Au cinquième Acte Otosmane commano‘
de à un Esclave de remettre entre les mains‘
de Zaïre la fatale Lettre qui est tombée
dansles siennes ,et lui ordonne de lui ren
dre un compte fidele de tout ce quiil
aura appris.
Zaïre vient avec Fatime ', PEsclave lui"
présente la Lettre ,_ comme un garant de
sa fidelité , elle la lit et lui dit:
Allez dire au Chrétien qui marche sur vos pas i
Q3: mon coeur aujonrrÿhui ne 1c trahira pas,
Q1: Farime-en ces lieux va bien-tôt Pinrroduirt.
Zaïre sort,- l‘Esclave rend compte de
sa commission a Orosmane, ce qm de
termine ce Sultan furieux à la plus bote
rible vengeance. Zaïre revient .- ellectar:
apercevoq
J A NV I E R.‘ 1713.‘ ‘r41
appercevoir Neresran dans Pobscurité;
quelques paroles trop tendres qui lui
échappent et qui conviennent aux sen-g,
timens qu'elle a pour ce cher frere, por
tent le jaloux Orosmane à la dernierÊ
fureur; il lui plonge un poignard dans
le sein , Neresran qu’sn ‘lui amene char.
gé de fers, fait un grand cri en voyant
sa soeur qui vient d’expirer; à ce cri dou
loureux et au nom de soeur, Orosmane
recormoit son crime; Nerestan lui de.
mande la mort; Orosmane ordonne qu’on
le remette en liberté et qu'on le ren
Ÿoye chez ses patens avec tous les
Chrétiens; il plonge dans son coeur le
fatal poignard encore fumant du sang
de sa chere Zaïre. ‘ '
Il ne reste lus qu’à faire. part à no;
Lecteurs des divers jugcmens que le Pu.
blic a portez sur cette Tragédie. Tous
les suffrages sont réünis en faveur de l’in—
rerêt qui y rcgne dans tous les Actes 5 ce
lui qu’on asenti dans la reconnoissance
est le plus generalement avoüé son a sçû
bon gré à M. de Voltaire d'avoir bien
voulu descendre de I’Epiquc au Dtamaæj
tique; on trouve même qu’il a porté la
cpmplaisancc un peu loin; sa Vcrsifica
tion n'a pas paru égale par tout, et le de-î
sordrc les passion; jettent ses princi
' ' - ' paux
o‘.,.
arrajMÈkélïfls DE FRANCE
ries
. b‘
.
r,’ «ipaux Acteurs semble , dit-on , avoir pas-Α
se jusquîr ses expressions; on auroit sou
haité que le caractere qu’il a d'abord don
né à‘ son Héros ne se tût as clé-menti
jusqrÿà plonger un poignar dans le sein
de sa Maîtresse; on a beau dire que la
jalousie ‘nïst pas une passion que la rai
son puisse dompter , c’étoit à PAureur,
disent les Critiques, à ne pas donner de"
pareilles assions aux personnages dont:
1l avoir onné une idée si avantageuse;
le serment qui fait le noeud de la Piece,
ajoûtent-ils , a un caractcre dîndiscretion
qu’en ne sgauroit excuser.» Ils trouvent
aussi que les divers voyages de Neresrarr
n'ont pas encore été assez bien débrouil
lez. Les Caracteres de Lusignan , de Chê
tilion et dé Neresran , ont été-fvora
blement reçûs; pour ce.ui de Zaïre, on.
l’a trouvé fort indécis; on ne sçait pas
si elle meurt Chrétienne ou Musulmane‘;
l’amour a tousours parû sa passion do
minante , et l'on a lit-u de douter que le
mon Dim qu’elle prononce en mou_rant ,
ait pû lui tenir lieu de Baptême ou de _
Contrition zNerestan fortifie ce doute par:
ces deux Vers qu’il adresse à. Orosmane.
p
Hélas ! elle oiîerisoit notre Dieu , notre Loy,
E: ce Dieu la punit «Pavois brûlé pour roi.
« Cette
u
J ANVI Ê R‘. 1733Z '14’.
. Cette Piece a été imprimée à Roüen et
se vend à Pari: , Q4) de: Azgnsiin: ,
chez. Bauche.
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Résumé : TRAGEDIE DE ZAYRE, Extrait.
La tragédie 'Zaïre' de Voltaire a suscité un grand intérêt à la cour et dans la ville. L'intrigue se concentre sur Lustignam, dernier roi de Jérusalem, détrôné par Saladin, père d'Orosmane. Deux enfants de Lustignam survivent : un garçon et une fille, Zaïre. Élevée dans la religion musulmane, Zaïre devient l'objet de l'amour d'Orosmane. Son frère, Neresman, est également élevé dans le sérail sans connaître ses origines. Orosmane accepte de libérer Neresman en échange de la rançon de dix chevaliers chrétiens. Zaïre obtient la liberté de son père grâce à une croix et une blessure reconnaissables. Le conflit central de la pièce oppose la religion et l'amour. Zaïre promet à Neresman de ne pas épouser Orosmane avant d'être baptisée. Une lettre ambiguë déclenche la jalousie d'Orosmane, menant à une tragédie où il tue Zaïre et se donne la mort. Les critiques soulignent que Voltaire aborde des sujets philosophiques, bien que certains trouvent sa complaisance excessive. La vérification de ses principes est jugée inégale et suscite des passions. Les critiques reprochent à Voltaire d'avoir donné à son héros des expressions trop passionnées et d'avoir fait évoluer son caractère de manière excessive, notamment en le faisant passer de la jalousie à un acte violent. Ils estiment également que le serment central de la pièce est indécent et inexcusable. Les personnages de Lusignan, Chétillon et Nérestan sont bien accueillis, tandis que celui de Zaïre est perçu comme indécis. Les critiques se demandent si Zaïre meurt en tant que chrétienne ou musulmane, et doutent que son amour pour Dieu puisse remplacer un baptême ou une contrition. Nérestan renforce ce doute par des vers adressés à Orosmane. La pièce a été imprimée à Rouen et se vend à Paris chez Bauche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4471
p. 151-164
Réponse aux Questions. [titre d'après la table]
Début :
On m'a envoyé plusieurs réponses aux Questions que j'ay [...]
Mots clefs :
Homme, Question, Devoir, Amant, Désirs, Femme, Homère, Tendresse, Jaloux, Beau, Modernes, Fidèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse aux Questions. [titre d'après la table]
On m'a envoyé plufieurs
réponſes aux Queſtions que
j'ay propofées le mois paffé :
j'en remercie les Auteurs, mais
en même temps je fuis obligé
d'avouer du moins par recon
noiffance, qu'il y en a une bonne
demie douzaine de qui je
plains infiniment la peine qu'ils
ont pris à les faire : Er voicy
ce que j'ay reçû de meilleur
fur ce chapitre.
Premiere Question.
On a defiré fçavoir jufqu'à
quel point il eft permis à un
honnete homme d'eftre jaloux.
Niiij
152 MERCURE
On répond :
Jufqu'au Mariage.
Seconde Queftion.
On a demandé fi un Amant
a droit de foupçonner ſa Maîtreffe
de peu de tendreffe , lorf
qu'elle oppofe le devoir à fes
defirs , & fi ce beau nom n'eſt
point l'artifice d'un coeur peu
touché.
On répond :
Sur ma déciſion reglez tous vos
defirs
Curieux vous pouvez m'en
croire
,
Le coquet a plus de plaifirs ;
Mais le fidele a plus de gloire.
GALANT. 153
Traifiéme Queſtion.
Qui eft le plus heureux
d'un Amant fidele qui trouve
du retour , ou d'un coquet qui
en trouve auffi.
On répond :
Amants n'en doutez point , ce
•n'est qu'un artifice ,
Quandpour vous refuſer onparle
de devoir
,
Qui raifonne autrement n'eft encor
qu'un novice
Il eft facile de le voir.
Jamais àfes defirs femme nefut
rebelle ,
Nature a decidé le cas :
Et lorsqu'elle fait la cruelle ,
154 MERCURE
C'est que l'Amant ne luy plaift
pas.
Quatrieme Question .
On a été grandement curieux
d'apprendre fi Helene
étoit brune ou blonde , &c.
On répond :
Argument
incontestable
.
Helene fut jadis la plus belle dis
monde
,
Climene l'eft dans ce tems- cy ,
Chacun fçait que Climene eft
blonde ,
Donc Helene l'étoit auffi.
-Cinquiéme Question .
Qu'on nous dife enfin s'il y
a cu un Homere , & qu'on
GALANT . 155
réponde cette fois par un ouy ,
ou par un non définitif.
Onrépond :
Ony , Meffieurs , il fut un Ho-
1. mere
د
6
F'en croy la Motte & Terraffon
Des Poëtes ilfut le pere
Par le temps non par raiſon.
Ces autres Réponses font
d'un autre genre , & me paroiffent
parfaitement bonnes.
A la premiere Question .
Le terme de jaloufierenfer
me deux chofes , l'opinion où
l'on peut être d'avoir fujet
d'être jaloux & les marques
exterieures que l'on en donne.
156 MERCURE
La premiere nem reçoito de
loix fouvent que du caprice
nous ne fommes pas les maîtres
de nos foupçons , nous pou
vons feulement rallentir & négliger
des recherches que nous
prévoyons devoir troubler
noftre repos . Il femble dona
que la queſtion roule principalement
fur le plus ou le
moins qu'un honnête homme.
faire éclater fa jaloufic ;
peut
&
je voudrois auparavant que
de regler les actions , définir
ce que nous entendons par .
l'honnefte homme, of 5065
L'honnefte
homme dus
GALANT. 157
monde qui feroit encore
mieux rendu par le mot de
galant homme , fait ſon principal
merite d'une circonfpec
tion réguliere aux bienféances ,
& aux ufages établis dans le
monde , les vertus de la focieté
font fes premieres qualitez ,
il peut eftre veritablement vertueux
Xmais
il eft toûjours
certain qu'il met fa réputation
au deffus de fon devoir . Il y a
une autre forte d'honneftes
gens , proprietaires de ce beau
titre qui ne cherchent dans la
vertu que la vertu même , la
plus fcrupuleuſe probité , &
7
158 MERCURE
4
la plus parfaite indépendance
des jugements du monde forment
leur caractere , on les
appelle Philofophes ou quelquefois
Milantropes . Ceux - là
peuvent ceder aux mouvemens
de leur jaloufie fans fonger
à les réprimer & fans craindre
le ridicule des éclats & des
fcenes qu'un jaloux donne au
public , pourvû qu'ils évitent
les moyens indignes & crimi
nels de fe vanger de qui les
outrage , ils croyent pouvoir
fe donner librement carriere
fur tout le refte.
L'honnefte homme du mon
GALANT. 159
de , fenfible à l'infidelité d'une
femme , à proportion de la
tendreffe qu'il avoit pour elle ,
fçait quel eft le malheur d'avoir
une femme infidelle
mais en même temsil connoift
toute la petiteffe de ce mal.
Il doit mettre tout fon art à
éviter également le perfonnage
groffier d'homme facile à
tromper, & le titre odieux de
jaloux , il fçait fe faire loüer
dans le monde de fes bons
procedez & paffer pour bon
mari plutoft que pour mari
commode. On dira que ce
n'eft pas répondre à la queſtion
160 MERCURE
de que mettre des bornes fi
étroites à la jalouſic ; mais fi
l'on convient que c'est une
foiblefle ; pourquoy n'en pas
deffendre les moindres apparences,
Il m'a 'parû que les deux
autres queſtions qui fuivoient
celle-cy , ne donnoient guerre
matiere à difpute. La meilleure
raifon pour ne pas croire fort
touchée une maîtreffe qui oppoſe
un importun devoir aux
defirs de fon amant`, c'eſt le
grand nombre de celles qui
abandonnent leurs Amants
fans honte , fi l'amour veut
bien
GALANT. 161
bien encore les reconnoiftre ,
elles n'occupent dans fon empire
que le rang des fujets rebelles.
L'amant fidele dont la tendreffe
n'est pas fans récompenſe
, a toûjours efté regardé
comme le feul des mortels ,
qui pût fe dire parfaitement
heureux , on l'a dit vingt fois
& rien n'est plus vray que le
volage ne goûte l'amour que
comme un amufement , les
vrais plaiſirs lui font inconnus.
J'avoueray que la déciſion
des deux dernieres questions
telle qu'on la demande , paffe
Novembre
1715.
palle
;
162 MERCURE
la portee de mon érudition ,
ainfi réduit à juger par conjectures
, j'ay eftimé fur la réputation
generale , Helene pour
la plus belle femme qui ait jamais
efté ; & fuivant fur cela
mon goût qui me perfuade :
qu'il n'y a rien de plus beau
qu'une belle blonde , je maintiens
qu'Helene l'étoit . Quand
on rejettera ce qu'Homere :
peut en avoir temoigné , les
avis feront fur cela auffi partagez
que s'il ne s'agiffoit point
d'Helene.
Il me paroît enfin qu'il y a
de l'abfurde à propofer la
GALANT. 163
1
queftion , s'il y a eu un Homere
, les Partifans des Modernes
avec une bonne caufe , fe jetreroient
là dans un mauvais
incident , s'ils foûtenoient ferieufement
la negative . Le mê
me ftyle & les mêmes fautes
repandues dans tout le corps.
du Poëme de l'Iliade prouvent
affez que c'est l'Ouvrage d'un
feul homme ; fi rien n'aſſeure
que cet homme là ne s'appelle
pas Homere , qui oblige de le
débaptifer aujourd'huy. Qu'ils
refufent donc de l'encenfer
continuellement , à la bonne
heure ; mais qu'ils ne paffent
164 MERCURE
pas de l'indevotion à l'athéïfme.
réponſes aux Queſtions que
j'ay propofées le mois paffé :
j'en remercie les Auteurs, mais
en même temps je fuis obligé
d'avouer du moins par recon
noiffance, qu'il y en a une bonne
demie douzaine de qui je
plains infiniment la peine qu'ils
ont pris à les faire : Er voicy
ce que j'ay reçû de meilleur
fur ce chapitre.
Premiere Question.
On a defiré fçavoir jufqu'à
quel point il eft permis à un
honnete homme d'eftre jaloux.
Niiij
152 MERCURE
On répond :
Jufqu'au Mariage.
Seconde Queftion.
On a demandé fi un Amant
a droit de foupçonner ſa Maîtreffe
de peu de tendreffe , lorf
qu'elle oppofe le devoir à fes
defirs , & fi ce beau nom n'eſt
point l'artifice d'un coeur peu
touché.
On répond :
Sur ma déciſion reglez tous vos
defirs
Curieux vous pouvez m'en
croire
,
Le coquet a plus de plaifirs ;
Mais le fidele a plus de gloire.
GALANT. 153
Traifiéme Queſtion.
Qui eft le plus heureux
d'un Amant fidele qui trouve
du retour , ou d'un coquet qui
en trouve auffi.
On répond :
Amants n'en doutez point , ce
•n'est qu'un artifice ,
Quandpour vous refuſer onparle
de devoir
,
Qui raifonne autrement n'eft encor
qu'un novice
Il eft facile de le voir.
Jamais àfes defirs femme nefut
rebelle ,
Nature a decidé le cas :
Et lorsqu'elle fait la cruelle ,
154 MERCURE
C'est que l'Amant ne luy plaift
pas.
Quatrieme Question .
On a été grandement curieux
d'apprendre fi Helene
étoit brune ou blonde , &c.
On répond :
Argument
incontestable
.
Helene fut jadis la plus belle dis
monde
,
Climene l'eft dans ce tems- cy ,
Chacun fçait que Climene eft
blonde ,
Donc Helene l'étoit auffi.
-Cinquiéme Question .
Qu'on nous dife enfin s'il y
a cu un Homere , & qu'on
GALANT . 155
réponde cette fois par un ouy ,
ou par un non définitif.
Onrépond :
Ony , Meffieurs , il fut un Ho-
1. mere
د
6
F'en croy la Motte & Terraffon
Des Poëtes ilfut le pere
Par le temps non par raiſon.
Ces autres Réponses font
d'un autre genre , & me paroiffent
parfaitement bonnes.
A la premiere Question .
Le terme de jaloufierenfer
me deux chofes , l'opinion où
l'on peut être d'avoir fujet
d'être jaloux & les marques
exterieures que l'on en donne.
156 MERCURE
La premiere nem reçoito de
loix fouvent que du caprice
nous ne fommes pas les maîtres
de nos foupçons , nous pou
vons feulement rallentir & négliger
des recherches que nous
prévoyons devoir troubler
noftre repos . Il femble dona
que la queſtion roule principalement
fur le plus ou le
moins qu'un honnête homme.
faire éclater fa jaloufic ;
peut
&
je voudrois auparavant que
de regler les actions , définir
ce que nous entendons par .
l'honnefte homme, of 5065
L'honnefte
homme dus
GALANT. 157
monde qui feroit encore
mieux rendu par le mot de
galant homme , fait ſon principal
merite d'une circonfpec
tion réguliere aux bienféances ,
& aux ufages établis dans le
monde , les vertus de la focieté
font fes premieres qualitez ,
il peut eftre veritablement vertueux
Xmais
il eft toûjours
certain qu'il met fa réputation
au deffus de fon devoir . Il y a
une autre forte d'honneftes
gens , proprietaires de ce beau
titre qui ne cherchent dans la
vertu que la vertu même , la
plus fcrupuleuſe probité , &
7
158 MERCURE
4
la plus parfaite indépendance
des jugements du monde forment
leur caractere , on les
appelle Philofophes ou quelquefois
Milantropes . Ceux - là
peuvent ceder aux mouvemens
de leur jaloufie fans fonger
à les réprimer & fans craindre
le ridicule des éclats & des
fcenes qu'un jaloux donne au
public , pourvû qu'ils évitent
les moyens indignes & crimi
nels de fe vanger de qui les
outrage , ils croyent pouvoir
fe donner librement carriere
fur tout le refte.
L'honnefte homme du mon
GALANT. 159
de , fenfible à l'infidelité d'une
femme , à proportion de la
tendreffe qu'il avoit pour elle ,
fçait quel eft le malheur d'avoir
une femme infidelle
mais en même temsil connoift
toute la petiteffe de ce mal.
Il doit mettre tout fon art à
éviter également le perfonnage
groffier d'homme facile à
tromper, & le titre odieux de
jaloux , il fçait fe faire loüer
dans le monde de fes bons
procedez & paffer pour bon
mari plutoft que pour mari
commode. On dira que ce
n'eft pas répondre à la queſtion
160 MERCURE
de que mettre des bornes fi
étroites à la jalouſic ; mais fi
l'on convient que c'est une
foiblefle ; pourquoy n'en pas
deffendre les moindres apparences,
Il m'a 'parû que les deux
autres queſtions qui fuivoient
celle-cy , ne donnoient guerre
matiere à difpute. La meilleure
raifon pour ne pas croire fort
touchée une maîtreffe qui oppoſe
un importun devoir aux
defirs de fon amant`, c'eſt le
grand nombre de celles qui
abandonnent leurs Amants
fans honte , fi l'amour veut
bien
GALANT. 161
bien encore les reconnoiftre ,
elles n'occupent dans fon empire
que le rang des fujets rebelles.
L'amant fidele dont la tendreffe
n'est pas fans récompenſe
, a toûjours efté regardé
comme le feul des mortels ,
qui pût fe dire parfaitement
heureux , on l'a dit vingt fois
& rien n'est plus vray que le
volage ne goûte l'amour que
comme un amufement , les
vrais plaiſirs lui font inconnus.
J'avoueray que la déciſion
des deux dernieres questions
telle qu'on la demande , paffe
Novembre
1715.
palle
;
162 MERCURE
la portee de mon érudition ,
ainfi réduit à juger par conjectures
, j'ay eftimé fur la réputation
generale , Helene pour
la plus belle femme qui ait jamais
efté ; & fuivant fur cela
mon goût qui me perfuade :
qu'il n'y a rien de plus beau
qu'une belle blonde , je maintiens
qu'Helene l'étoit . Quand
on rejettera ce qu'Homere :
peut en avoir temoigné , les
avis feront fur cela auffi partagez
que s'il ne s'agiffoit point
d'Helene.
Il me paroît enfin qu'il y a
de l'abfurde à propofer la
GALANT. 163
1
queftion , s'il y a eu un Homere
, les Partifans des Modernes
avec une bonne caufe , fe jetreroient
là dans un mauvais
incident , s'ils foûtenoient ferieufement
la negative . Le mê
me ftyle & les mêmes fautes
repandues dans tout le corps.
du Poëme de l'Iliade prouvent
affez que c'est l'Ouvrage d'un
feul homme ; fi rien n'aſſeure
que cet homme là ne s'appelle
pas Homere , qui oblige de le
débaptifer aujourd'huy. Qu'ils
refufent donc de l'encenfer
continuellement , à la bonne
heure ; mais qu'ils ne paffent
164 MERCURE
pas de l'indevotion à l'athéïfme.
Fermer
4472
p. 153-167
EXTRAIT d'un Discours lû par Monsieur de Reaumur dans la derniere Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences sur les diverses reproductions qui se font dans les Ecrevisses, les Crabes, les Omares, &c. & entre autres, sur celles de leurs jambes, & de leurs écailles.
Début :
Nous ne donnasmes qu'une idée fort superficielle de ce Discours [...]
Mots clefs :
Jambe, Réaumur, Écrevisses, Écailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Discours lû par Monsieur de Reaumur dans la derniere Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences sur les diverses reproductions qui se font dans les Ecrevisses, les Crabes, les Omares, &c. & entre autres, sur celles de leurs jambes, & de leurs écailles.
EXTRAIT
d'un
Difcours lu par
Monfieur
de Reaumur
dans la derniere
Affemblée publique de
Academie Royale
des Sciences fur les diverfesreproductions
qui
fe font dans lesEcrevif
fes,lesCrabes, les Omares,
c.5 entre autres,
bes,
furcelles de leurs jamde
leurs écailles.
Nous ne donnaſmes
qu'une idée fort fuperfi
154 MERCURE
,
cielle de ce Difcours dans
le Mercure du mois de
Novembre , mais nous en
promifmes un extrait plus
détaillé. Nous tenons tard
noftre promeffe , n'ayant
pas été en eftat de la tênir
pluftoft , les obfervations
fingulieres que contient
ce Diſcours , & les
applaudiffemens avec lefquels
elles furent reçues
nous affurent qu'on nous
fçaura gré de ce que nous
la tenons.
Monfieur de Reaumur
commença par faire reGALANT.
155
marquer que les Scavants
font autant en garde contre le
merveilleux que le vulgaire
lui donne volontiers croiance' ;
& que de là il arrive quelquefois
qu'ils nient les
faits furprenans
, comme
le Peuple les admet
fans les avoir examiné
d'affez prés. Les faits dont
il s'agit dans la fuite du
memoire
en font une
preuve , le peuple qui frequente
les bords des rivieres
, ou de la mer affure
que lorfque les Ecre-
-viffes , les Crabes , les O-
3
156 MERCURE
mars ont perdu une de
leurs groffes jambes ; qu'en
la place de la jambe perdue
il en renaiſt un autre ,
parce qu'ils ont vû divers
deces animaux qui avoient
une jambe plus petite que
l'autre. Les Sçavans au
contraire ont mis ce fait
au nombre des fables . La
reproduction d'un bras
& d'une jambe , ne leur a
pas paru plus facile , que
la formation de l'animal
entiere , & la nature
n'ayant rien difposé à l'origine
des jambes desEcreGALANT.
157
viffes qui reffemble au
grand appareil qu'elle employe
pour la formation de
l'animal , ils ont conclu de
leur là reproduction
que
>
eftoit impoffible .
Malgré la vraisemblance
de ce raifonnement
Monfieur de Reaumur ,
ayant eu occafion d'en
peſcher d'autres coſtez où
l'on rencontre beaucoup
de Crabes il ne puft
s'empefcher de foupçonner
que les Scavants
avoient tort fur cet article,
& que le peuple avoit rai158
MERCURE
fon. Mais avant de prendre
parti , il eut recours à
une efperance decifives ,
aprés avoir coupé des jambes
, ou des parties de jambes
à diverfes Ecreviffes ,
il renferma les Ecreviffes
dans un de ces batteaux
couverts où les peſcheurs
gardent le poiffon , & alla
enfuite de tems en tems obferver
les Ecreviffes pour
voir les changemens qui
leur arrivoient
au bout
d'un mois , ou 3. femaines
il vit de nouvelles
jambes
qui occupoient
la placeGALANT.
159
des anciennes , & lorsqu'il
n'avoit ofté à une Ecreviffe
qu'une partie de
jambe il vit de meſme une
nouvelle partie de jambe
qui s'étoit reproduite à la
grandeur prés la partie reproduite
eftoit femblable
à celle qui avoit eſté enlevé
à l'animal .
Cette partie ne paroift
aujour , ou ne n'aift comme
le foetus ,› pour ainfi
parler , que lorfqu'elle eſt
entierement formée . Au
bout de quelques jours
Monfieur de Reaumur
160 MERCURE
obferva qu'une membrane
recouvroit la playe qu'il
avoit faite à l'animal , cette
membrane platte alors
prit aprés une figure un
peu convexe , enfuite elle
s'allongea , & devint une
efpece de core , long de
quelques lignes ; on auroit
pris ce petit core pour une
fimple carnofité , il eftoit
pourtant la jambe naiffante
mais envelloppée comme
le foetus par d'épaiffes
membranes qui la deroboient
à la vue. Cette carnoſite
devenant plus grande
GALANT . 116
2.
de , les membranes dont
elle eft recouverte deviennent
plus minces , & deviennent
enfin minces à tel
point qu'elles fe briſent
& la jambe fortie de fon
fourreau paroift au jour :
elle eft molle alors , mais
au bout de quelques tems
elle eft recouverte d'une
écaille auffi dure que le
refte de l'écreviffe.
Au reste , c'eſt une circonftance
tres digne d'ef
tre remarqué , que ces
jambes naiffent plus ou
moins vite , dans certaines
O
Fanvier 1713 .
162 MERCURE
a
faifons que dans d'autres ,
une jambe qui ayant été
coupée en efté fe repare
au bout de trois ſemaines,
feroit à fe reparer plus de
cinq à fix mois fi on la
coupoit dans l'hyver. C'eſt
dequoy Monfieur de Reaumur
rendit une fort bonne
raiſon . Il fit obferver
que les Ecreviffes ne
mangent ny pendant l'hyver
, ny pendant quelques
autres mois de Fannée
alors elles ne doivent pas
avoir aflez de fucs nouri.
ciers pour fournir à de
.
GALANT . 163
nouvelles reproductions.
Mais fi il eft aisé de
rendre raison de cette circonſtance
du fait , rien ne
l'eft moins que d'expliquer
le fait lui-mefme. Mon.
fieur de Reaumur avoue
qu'on ne pouvoit qu'hazarder
des conjectures , &
qu'on ne devoit faire aucun
fond fur des conjectųres
lorfqu'il s'agiffoit de
rendre raifon d'une chofe
que des raifonnemens
clairs fembloient prouver
impoffible. Nous eufmes
tort de luy attribuer dans
O ij
164 MERCURE
le dernier Mercure , une
de ces conjectures , comme
fi elle eut efté fon veritable
ſentiment , car quoi
'qu'il eut dit qu'elle fourniffoit
en apparence une
explication affez commode
, il eut grand foin de
rapporter toutes les difficultez
qu'elle engageroit
à digerer.
Non feulement ces jambes
fe reproduifent plus
vifte lorfqu'elles ont efté
caffées en certaines faifons
, que lorfqu'elles ont
efté caffées dans d'autres :
GALANT. 165
mais auffi elles fe reproduifent
plus vifte felon l'endroit
où elles ont efté caffées.
Si on caffe une jambe
à la quatriéme jointure,
on prend pour la premiere
la plus proche des ferres
de l'écreviffe , elle revient
beaucoup
plus vifte que fi
elle avoit efté. rompue à
la cinquième
ou à la fixiéme
jointure. Mais fi on la
caffe à la troifiéme , on la
repete , & qu'on retourne
quelques jours aprés obferver
cette écreviffe , an
trouve cette jambe rom-
2
166 MERCURE
puëà la quatriéme jointure
, ce qui eft une chofe
fort finguliere , il ſemble
que les écreviffes inftrui- ,
tes que leurs jambes reviennent
plus vifte lorfqu'elles
font rompuës là
qu'ailleurs , prennent ſoin
de les y caffer.
Enfin , Monfieur de
Reaumur raconta un
grand nombre d'autres
faits tres curieux : il ex-
& plique en quel tems
comment les écreviffes
changent d'écaille. Il rapporta
que la nouvelle
GALANT. 167
écaille qui n'eft qu'une
efpece de membrane tres
molle , acquiert en deux
ou trois jours la confiftance
de la plus vieille écaille.
Mais tous ces faits feront
détaillés plus au long dans
les Memoires l'Académic
.
d'un
Difcours lu par
Monfieur
de Reaumur
dans la derniere
Affemblée publique de
Academie Royale
des Sciences fur les diverfesreproductions
qui
fe font dans lesEcrevif
fes,lesCrabes, les Omares,
c.5 entre autres,
bes,
furcelles de leurs jamde
leurs écailles.
Nous ne donnaſmes
qu'une idée fort fuperfi
154 MERCURE
,
cielle de ce Difcours dans
le Mercure du mois de
Novembre , mais nous en
promifmes un extrait plus
détaillé. Nous tenons tard
noftre promeffe , n'ayant
pas été en eftat de la tênir
pluftoft , les obfervations
fingulieres que contient
ce Diſcours , & les
applaudiffemens avec lefquels
elles furent reçues
nous affurent qu'on nous
fçaura gré de ce que nous
la tenons.
Monfieur de Reaumur
commença par faire reGALANT.
155
marquer que les Scavants
font autant en garde contre le
merveilleux que le vulgaire
lui donne volontiers croiance' ;
& que de là il arrive quelquefois
qu'ils nient les
faits furprenans
, comme
le Peuple les admet
fans les avoir examiné
d'affez prés. Les faits dont
il s'agit dans la fuite du
memoire
en font une
preuve , le peuple qui frequente
les bords des rivieres
, ou de la mer affure
que lorfque les Ecre-
-viffes , les Crabes , les O-
3
156 MERCURE
mars ont perdu une de
leurs groffes jambes ; qu'en
la place de la jambe perdue
il en renaiſt un autre ,
parce qu'ils ont vû divers
deces animaux qui avoient
une jambe plus petite que
l'autre. Les Sçavans au
contraire ont mis ce fait
au nombre des fables . La
reproduction d'un bras
& d'une jambe , ne leur a
pas paru plus facile , que
la formation de l'animal
entiere , & la nature
n'ayant rien difposé à l'origine
des jambes desEcreGALANT.
157
viffes qui reffemble au
grand appareil qu'elle employe
pour la formation de
l'animal , ils ont conclu de
leur là reproduction
que
>
eftoit impoffible .
Malgré la vraisemblance
de ce raifonnement
Monfieur de Reaumur ,
ayant eu occafion d'en
peſcher d'autres coſtez où
l'on rencontre beaucoup
de Crabes il ne puft
s'empefcher de foupçonner
que les Scavants
avoient tort fur cet article,
& que le peuple avoit rai158
MERCURE
fon. Mais avant de prendre
parti , il eut recours à
une efperance decifives ,
aprés avoir coupé des jambes
, ou des parties de jambes
à diverfes Ecreviffes ,
il renferma les Ecreviffes
dans un de ces batteaux
couverts où les peſcheurs
gardent le poiffon , & alla
enfuite de tems en tems obferver
les Ecreviffes pour
voir les changemens qui
leur arrivoient
au bout
d'un mois , ou 3. femaines
il vit de nouvelles
jambes
qui occupoient
la placeGALANT.
159
des anciennes , & lorsqu'il
n'avoit ofté à une Ecreviffe
qu'une partie de
jambe il vit de meſme une
nouvelle partie de jambe
qui s'étoit reproduite à la
grandeur prés la partie reproduite
eftoit femblable
à celle qui avoit eſté enlevé
à l'animal .
Cette partie ne paroift
aujour , ou ne n'aift comme
le foetus ,› pour ainfi
parler , que lorfqu'elle eſt
entierement formée . Au
bout de quelques jours
Monfieur de Reaumur
160 MERCURE
obferva qu'une membrane
recouvroit la playe qu'il
avoit faite à l'animal , cette
membrane platte alors
prit aprés une figure un
peu convexe , enfuite elle
s'allongea , & devint une
efpece de core , long de
quelques lignes ; on auroit
pris ce petit core pour une
fimple carnofité , il eftoit
pourtant la jambe naiffante
mais envelloppée comme
le foetus par d'épaiffes
membranes qui la deroboient
à la vue. Cette carnoſite
devenant plus grande
GALANT . 116
2.
de , les membranes dont
elle eft recouverte deviennent
plus minces , & deviennent
enfin minces à tel
point qu'elles fe briſent
& la jambe fortie de fon
fourreau paroift au jour :
elle eft molle alors , mais
au bout de quelques tems
elle eft recouverte d'une
écaille auffi dure que le
refte de l'écreviffe.
Au reste , c'eſt une circonftance
tres digne d'ef
tre remarqué , que ces
jambes naiffent plus ou
moins vite , dans certaines
O
Fanvier 1713 .
162 MERCURE
a
faifons que dans d'autres ,
une jambe qui ayant été
coupée en efté fe repare
au bout de trois ſemaines,
feroit à fe reparer plus de
cinq à fix mois fi on la
coupoit dans l'hyver. C'eſt
dequoy Monfieur de Reaumur
rendit une fort bonne
raiſon . Il fit obferver
que les Ecreviffes ne
mangent ny pendant l'hyver
, ny pendant quelques
autres mois de Fannée
alors elles ne doivent pas
avoir aflez de fucs nouri.
ciers pour fournir à de
.
GALANT . 163
nouvelles reproductions.
Mais fi il eft aisé de
rendre raison de cette circonſtance
du fait , rien ne
l'eft moins que d'expliquer
le fait lui-mefme. Mon.
fieur de Reaumur avoue
qu'on ne pouvoit qu'hazarder
des conjectures , &
qu'on ne devoit faire aucun
fond fur des conjectųres
lorfqu'il s'agiffoit de
rendre raifon d'une chofe
que des raifonnemens
clairs fembloient prouver
impoffible. Nous eufmes
tort de luy attribuer dans
O ij
164 MERCURE
le dernier Mercure , une
de ces conjectures , comme
fi elle eut efté fon veritable
ſentiment , car quoi
'qu'il eut dit qu'elle fourniffoit
en apparence une
explication affez commode
, il eut grand foin de
rapporter toutes les difficultez
qu'elle engageroit
à digerer.
Non feulement ces jambes
fe reproduifent plus
vifte lorfqu'elles ont efté
caffées en certaines faifons
, que lorfqu'elles ont
efté caffées dans d'autres :
GALANT. 165
mais auffi elles fe reproduifent
plus vifte felon l'endroit
où elles ont efté caffées.
Si on caffe une jambe
à la quatriéme jointure,
on prend pour la premiere
la plus proche des ferres
de l'écreviffe , elle revient
beaucoup
plus vifte que fi
elle avoit efté. rompue à
la cinquième
ou à la fixiéme
jointure. Mais fi on la
caffe à la troifiéme , on la
repete , & qu'on retourne
quelques jours aprés obferver
cette écreviffe , an
trouve cette jambe rom-
2
166 MERCURE
puëà la quatriéme jointure
, ce qui eft une chofe
fort finguliere , il ſemble
que les écreviffes inftrui- ,
tes que leurs jambes reviennent
plus vifte lorfqu'elles
font rompuës là
qu'ailleurs , prennent ſoin
de les y caffer.
Enfin , Monfieur de
Reaumur raconta un
grand nombre d'autres
faits tres curieux : il ex-
& plique en quel tems
comment les écreviffes
changent d'écaille. Il rapporta
que la nouvelle
GALANT. 167
écaille qui n'eft qu'une
efpece de membrane tres
molle , acquiert en deux
ou trois jours la confiftance
de la plus vieille écaille.
Mais tous ces faits feront
détaillés plus au long dans
les Memoires l'Académic
.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'un Discours lû par Monsieur de Reaumur dans la derniere Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences sur les diverses reproductions qui se font dans les Ecrevisses, les Crabes, les Omares, &c. & entre autres, sur celles de leurs jambes, & de leurs écailles.
Monsieur de Reaumur a présenté un discours à l'Académie Royale des Sciences sur les capacités de régénération des écrevisses, des crabes et des homards. Il commence par noter que les savants et le peuple peuvent se tromper sur des faits surprenants, comme la régénération des pattes chez les crustacés. Le peuple observe souvent ce phénomène, tandis que les savants le considèrent comme une fable en raison de sa complexité apparente. Pour vérifier cette observation, Reaumur a mené des expériences en coupant des pattes d'écrevisses et en observant leur régénération. Après un mois ou trois semaines, il a constaté que de nouvelles pattes avaient repoussé, similaires aux anciennes. La régénération se fait par étapes : une membrane recouvre d'abord la plaie, puis une petite excroissance apparaît, qui grandit et se transforme en une nouvelle patte recouverte d'une écaille dure. Reaumur observe que la vitesse de régénération varie selon la saison et l'endroit où la patte a été coupée. Par exemple, une patte coupée en hiver met plus de temps à repousser en raison du manque de nourriture. Il explique aussi que les écrevisses semblent préférer couper leurs pattes à certaines jointures pour favoriser une régénération plus rapide. Enfin, Reaumur mentionne d'autres faits curieux, comme le changement d'écaille des écrevisses, qui acquiert rapidement la consistance de l'ancienne écaille. Tous ces détails seront développés plus en profondeur dans les Mémoires de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4473
p. 147-166
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Il y a de la destinée dans les Mariages, & il s'en fait tous [...]
Mots clefs :
Cavalier, Mariage, Mère, Coeur, Beauté, Sentiments, Abbé, Cérémonie, Réputation, Amitié, Travestissement, Amour secret
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texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Il
Il y a de la deftinée dans
les Mariages , & il s'en fait
tous les jours par des voyes
fi peu communes , qu'il y a
lieu de penfer qu'ils font arreftez
dans un Confeil Souverain
, dont les Arreſts font
Nij
148 MERCURE
4
irrevocables. Un Cavalier
en qui beaucoup de merite
foutenoit les avantages du
bien & de la naiffance , paffoit
un jour par un Bourg ,
où il apprit qu'une jeune Demoiſelle
prenoit l'habit de
Religieufe. La neceſſité où il
fe trouvoit d'y refter un jour
entier , luy fit naiſtre le defir
de voir la Ceremonie. Il fe
rendit dans l'Eglife en habit
de Voyageur , & fe cachant
dans la foule , il examina toutes
les Femmes que cette
prife d'Habit avoit attirées
en fort grand nombre . En les
GALANT 149
parcourant des yeux , il apperceut
une jeune brune ,
qu'une aimable modeftie
rendoit auffi remarquable
que l'éclat de fa beauté . Il la
regarda long- temps , & eut
le plaifir d'en entendre dire
tous les biens imaginables à
plufieurs perfonnes qui la regardoient
ainfi que luy . Ces
louanges qui ne pouvoient
luy eſtre ſuſpectes , ayant
commencé à luy doner pour
elle plus que de l'eftime , il
voulut fçavoir fon nom. On
luy apprit qu'elle eftoit d'une
petite Ville éloignée du
M iij
150 MERCURE
fa
Bourg de quatre lieuës ; que
fa Mere,Femme des plus ver
tueufes , la faifoit vivre dans
une grande retraite que
Maifon ne s'ouvroit qu'à des
gens devots , & que meſme
c'eftoit l'ufage dans toute la
Ville de ne recevoir que des.
perfonnes d'Eglife par tout
où il y avoit des Filles à marier.
Le Cavalier attacha fes
yeux fur la belle brune tant .
qu'il put la voir , & quand
on eut achevé la Ceremonie,
il en emporta l'image fi profondement
gravée dans fon
coeur , qu'il tafcha inutile
GALANT. 151
ment de l'en bannir. Quoy
qu'il fuft perfuadé de fon elprit
& de fa vertu , par ce
qu'il venoit d'en entendre
dire , il voulut la connoiftre
par luy-mefme , & un mouvement
preffant , auquel il
fut contraint de s'abandonner
, le fit refoudre à n'épargner
rien pour venir à bout
de fon entrepriſe . Il eftoit
luy-mefme d'une Famille devote
, & les exemples de pieté
qu'il avoit receus , luy faifoient
mener une vie fort ,
reguliere . Ainfi il avoit fait
diverfes lectures qui luy a-
Niiij
152 MERCURE
voient éclairé l'efprit fur la
Morale , & fe refolvant à
prendre un habit d'Abbé ,
il avoit dequoy foûtenir ce
Perſonnage. Il donna ordre
à toutes les chofes qui luy
eftoient neceffaires pour cette
metamorphofe , & ayant
pris le petit Collet & une
courte Perruque , il fe rendit
dans la Ville où demeuroit
la belle Perfonne , qui l'attiroit
avec tant de force .
Son efprit infinuant , & fes
manieres douces & honnêtes
, luy eurent bien- toft acquis
l'eftime de tout le mon
GALANT. 153
de. Joignez à cela une conduite
toute édifiante , & une
telle affiduité pour tout ce
qui ſe peut appeller Pratiques
Spirituelles , qu'il fut
regardé parmy les Devots
comme tres-digne de participer
à leurs privileges , &
d'eftre receu dans leurs Conferences.
Ils le menerent en
plufieurs Maiſons , & en peu
de temps il connut toute la
Ville. Il avoit l'air bon , &
fon entretien marquant fa
naiſſance , les Dames les plus
aufteres eurent de l'empreffement
pour fes vifites . I
154 MERCURE
ne leur parloit que de leur
falut , & la reputation où le
mit fa probité , leur fit prendre
en luy tant de confiance ,
qu'elles ne pouvoient rien
faire que par fon avis . Enfin
il fut introduit où il fouhaitoit
avec tant d'ardeur d'être
receu favorablement . Il
s'attacha d'abord à la Mere ,
fans que l'on puft foupçonner
qu'aucun interest d'amour
entraft dans les foins
qu'il luy rendoit. Il n'adreſ
foit le Difcours qu'à elle , &
il s'obfervoit fi bien que jamais
fes yeux ne le trahif
GALANT. 155
foient. Il s'acquit par là fon
entiere confiance , & quand
il luy furvenoit la moindre
affaire , elle ne faifoit aucune
difficulté de le laiffer feul
avec fa Fille. Ce fut alors
qu'il s'enflama tout de
bon. Quelle égalité d'humeur
& quelle douceur
d'efprit ne trouva- il pas dans
cette aimable perfonne ! Il
connut que fa beauté eftoit
le moindre de fes avantages..
La droiture de fon ame & la
bonté de fon coeur , l'empor
toient fur tous les charmes
dont la Nature luy avoit
-
156 MERCURE
efté prodigue. Il la mettoit
fouvent fur le Mariage , &
fur la neceffité où il la
voyoit de faire un choix
pour fon établiſſement . Elle
répondoit toûjours qu'ayant
du bien pour vivre fans dépendance
, & voulant remplir
exactement fes devoirs
en toutes fortes d'eftats , el
le ne femarieroitjamais
qu'a
vec un homme , qui par une
reputationfolide & bien confirmée
, fe feroit acquis toute
fon eftime . Comme fon
merite eftoit extraordinaire
,
il luy attira divers PretenGALANT.
157
dans , fur lefquels la Mere
ne manqua pas de le confulter.
Il leur trouva à tous des
défauts qui empefcherent
qu'elle ne les écoutaſt , & eut
la joye de connoiftte que la
Fille entroit avec plaifir dans
les raifons qui les faifoient
rejetter. L'amour fecret qu'il
avoit pour elle s'augmentant
de jour en jour par l'indifference
qu'elle luy marquoit
pour tous les hommes, il tâcha
de l'engager à prendre
pour luy des fentimens , qui
n'eftant fondez que fur l'amitié
, puffent paffer aifé.
158 MERCURE
ment à quelque
chofe de
plus , quand on connoiftroit
fon déguisement
. La Belle
prevenue
pour luy d'une veritable
eſtime , s'y montra
fort difpofée
, & lors qu'il
fe creut affeuré de fon ef
prit , il employa
un de fes
Amis pour la demander
en
mariage
. La Mere à qui l'on
vanta fon bien & les autres
avantages
qui fe rencontroient
dans ce party , prit
confeil de luy fur cette affai
re , & il vous eft aifé de juger
qu'il ne parla pas contre
luy-mefme . Il dit qu'il conGALANT.
159
noiffoit la Maifon du Cavalier
qu'on luy propofoit pour
Gendre, & que voulant donner
à fa Fille un homme de
probité , & qui euft ce qu'on
pouvoit fouhaiter dans un
Mary capable de rendre une
Femme
heureuſe , il croyoit
qu'elle auroit peine à faire .
un choix plus
avantageux.
Ce fut affez pour faire accepter
le Cavalier. Elle confentit
à fa
recherche , & le
faux Abbé cut une joye incroyable
de voir fes defleins
en eftat de reüffir ; mais cette
joye fut bien-toſt trou160
MERCURE
blée . La Fille marqua de l'averfion
pour ce mariage , &
il fut furpris de trouver en
elle une repugnance qu'il
n'attendoit pas. Il eut beau
luy dire que la reputation du
Cavalier luy eftoit connuë ;
elle le pria de rompre l'affaire
, & de trouver des raiſons
pour le faire exclure, comme
il en avoit trouvé en d'autres
occafions . Il combattit cette
averfion pendant quelques
jours , & l'ayant priée de luy
en dire la caufe , elle répondit
qu'un panchant ſecret avoit
entraifné fon coeur , fans
GALANT. 161
qu'elle euſt pû s'en deffendre
, & que mille belles
qualitez qu'elle connoifſoit
dans un homme qui eftoit
fort éloigné de penſer à elle ,
luy avoient donné pour luy
une eftime fi particuliere
que cette eftime luy fem
bloit incompatible avec ce
que fon devoir luy demande
roit pour un Mary. Le faux
Abbé fut fort affligé de cette
réponſe , & d'autant plus que
la Belle luy parut entieremet
refolue à demeurer dans
Peftat où elle eftoit . Elle ajoûta
qu'il avoit fujet de four
Decembre 1685.
162 MERCURE
haiter qu'elle perfiſtaſt dans
ces fentimens, puis qu'eftant
de fes Amis , elle auroit toûjours
la joye de le voir , au
lieu que le Mariage l'affujettiffant
à d'autres devoirs , elle
ne pourroit entretenir l'amitié
parfaite qu'il luy avoir
demandée. Une déclaration
fi obligeante fit ouvrir les
yeux au faux Abbé. Il com
mença de comprendre qu'il
eftoit luy-mefme l'obftacle
de fon bon- heur , & que la
Belle ne le refufoit que par
l'attachement qu'elle avoit
pour luy. Il l'obferva avec
GALANT. 163
plus d'artention , & fes regards
, & quelques paroles
qui luy échaperent , l'ayant
confirmé dans une penſée fi
agreable , il la pria de fouffrir
que le Cavalier luy rendift
une vifite , l'affurant que fi
fa perfonne ne luy plaifoit
pas, il viendroit à bout de dégager
la parole de fa Mere.
Le peu qu'elle hazardoit par
là , la fit confentir à ce qu'il
voulut . Le jour fut pris pour
dette Vifite , & on le pria d'y
eftre preſent. Il s'en excufa
fur ce que l'intereft feul de
la Mere & de la Fille , l'ayant
O ij
164 MERCURE
porté à eftre d'avis que l'on
fift ce Mariage , il fe croyoit
obligé de les laiffer dans une
entiere liberté d'agir , fans
qu'il fe trouvaft à une Entreveuë
qui regleroit ce qu'elles.
devoient refoudre. Le jourarreſté
eſtant venu , il fe rendit
en équipage fort propre
où il eftoit attendu de la Mere
& de la Fille . Sa longue-
Perruque , & l'habit de Cavalier
, les empefcherent d'abord
de le reconnoître ; mais
à peine eut- il parlé , qu'elles.
s'écrierent toutes deux en
meſme temps , & luy marGALANT.
165.
querent l'étonnement où elles
eftoient du changement
qu'il faifort paroiftre . Il leur
expliqua fon avanture, & les
ayant affeurées que Cavalier
ou Abbé, il eftoit tel qu'elles
l'avoient veu , inébranlable
dans les fentimens qu'elles .
avoient approuvez , & tresfincere
dans la conduite qu'il
avoit tenuë , il leur demanda
quelle efperance elles vouloient
luy permettre . La ré
ponſe de la Mere luy fut favorable
, & la Fille dont il
avoit fceu toucher le coeur ,
ne put fe défendre de luy
166 MERCURE
avouer qu'elle n'avoit refifté
à la propofition
qu'on luy
avoit faite, que par la fecrete
inclination qu'elle avoit fentie
pour luy. Le Mariage fe fit
peu de jours aprés, & fut fuivy
de réjouiſſances
où toute la
Ville témoigna de prendre '
part,
Il y a de la deftinée dans
les Mariages , & il s'en fait
tous les jours par des voyes
fi peu communes , qu'il y a
lieu de penfer qu'ils font arreftez
dans un Confeil Souverain
, dont les Arreſts font
Nij
148 MERCURE
4
irrevocables. Un Cavalier
en qui beaucoup de merite
foutenoit les avantages du
bien & de la naiffance , paffoit
un jour par un Bourg ,
où il apprit qu'une jeune Demoiſelle
prenoit l'habit de
Religieufe. La neceſſité où il
fe trouvoit d'y refter un jour
entier , luy fit naiſtre le defir
de voir la Ceremonie. Il fe
rendit dans l'Eglife en habit
de Voyageur , & fe cachant
dans la foule , il examina toutes
les Femmes que cette
prife d'Habit avoit attirées
en fort grand nombre . En les
GALANT 149
parcourant des yeux , il apperceut
une jeune brune ,
qu'une aimable modeftie
rendoit auffi remarquable
que l'éclat de fa beauté . Il la
regarda long- temps , & eut
le plaifir d'en entendre dire
tous les biens imaginables à
plufieurs perfonnes qui la regardoient
ainfi que luy . Ces
louanges qui ne pouvoient
luy eſtre ſuſpectes , ayant
commencé à luy doner pour
elle plus que de l'eftime , il
voulut fçavoir fon nom. On
luy apprit qu'elle eftoit d'une
petite Ville éloignée du
M iij
150 MERCURE
fa
Bourg de quatre lieuës ; que
fa Mere,Femme des plus ver
tueufes , la faifoit vivre dans
une grande retraite que
Maifon ne s'ouvroit qu'à des
gens devots , & que meſme
c'eftoit l'ufage dans toute la
Ville de ne recevoir que des.
perfonnes d'Eglife par tout
où il y avoit des Filles à marier.
Le Cavalier attacha fes
yeux fur la belle brune tant .
qu'il put la voir , & quand
on eut achevé la Ceremonie,
il en emporta l'image fi profondement
gravée dans fon
coeur , qu'il tafcha inutile
GALANT. 151
ment de l'en bannir. Quoy
qu'il fuft perfuadé de fon elprit
& de fa vertu , par ce
qu'il venoit d'en entendre
dire , il voulut la connoiftre
par luy-mefme , & un mouvement
preffant , auquel il
fut contraint de s'abandonner
, le fit refoudre à n'épargner
rien pour venir à bout
de fon entrepriſe . Il eftoit
luy-mefme d'une Famille devote
, & les exemples de pieté
qu'il avoit receus , luy faifoient
mener une vie fort ,
reguliere . Ainfi il avoit fait
diverfes lectures qui luy a-
Niiij
152 MERCURE
voient éclairé l'efprit fur la
Morale , & fe refolvant à
prendre un habit d'Abbé ,
il avoit dequoy foûtenir ce
Perſonnage. Il donna ordre
à toutes les chofes qui luy
eftoient neceffaires pour cette
metamorphofe , & ayant
pris le petit Collet & une
courte Perruque , il fe rendit
dans la Ville où demeuroit
la belle Perfonne , qui l'attiroit
avec tant de force .
Son efprit infinuant , & fes
manieres douces & honnêtes
, luy eurent bien- toft acquis
l'eftime de tout le mon
GALANT. 153
de. Joignez à cela une conduite
toute édifiante , & une
telle affiduité pour tout ce
qui ſe peut appeller Pratiques
Spirituelles , qu'il fut
regardé parmy les Devots
comme tres-digne de participer
à leurs privileges , &
d'eftre receu dans leurs Conferences.
Ils le menerent en
plufieurs Maiſons , & en peu
de temps il connut toute la
Ville. Il avoit l'air bon , &
fon entretien marquant fa
naiſſance , les Dames les plus
aufteres eurent de l'empreffement
pour fes vifites . I
154 MERCURE
ne leur parloit que de leur
falut , & la reputation où le
mit fa probité , leur fit prendre
en luy tant de confiance ,
qu'elles ne pouvoient rien
faire que par fon avis . Enfin
il fut introduit où il fouhaitoit
avec tant d'ardeur d'être
receu favorablement . Il
s'attacha d'abord à la Mere ,
fans que l'on puft foupçonner
qu'aucun interest d'amour
entraft dans les foins
qu'il luy rendoit. Il n'adreſ
foit le Difcours qu'à elle , &
il s'obfervoit fi bien que jamais
fes yeux ne le trahif
GALANT. 155
foient. Il s'acquit par là fon
entiere confiance , & quand
il luy furvenoit la moindre
affaire , elle ne faifoit aucune
difficulté de le laiffer feul
avec fa Fille. Ce fut alors
qu'il s'enflama tout de
bon. Quelle égalité d'humeur
& quelle douceur
d'efprit ne trouva- il pas dans
cette aimable perfonne ! Il
connut que fa beauté eftoit
le moindre de fes avantages..
La droiture de fon ame & la
bonté de fon coeur , l'empor
toient fur tous les charmes
dont la Nature luy avoit
-
156 MERCURE
efté prodigue. Il la mettoit
fouvent fur le Mariage , &
fur la neceffité où il la
voyoit de faire un choix
pour fon établiſſement . Elle
répondoit toûjours qu'ayant
du bien pour vivre fans dépendance
, & voulant remplir
exactement fes devoirs
en toutes fortes d'eftats , el
le ne femarieroitjamais
qu'a
vec un homme , qui par une
reputationfolide & bien confirmée
, fe feroit acquis toute
fon eftime . Comme fon
merite eftoit extraordinaire
,
il luy attira divers PretenGALANT.
157
dans , fur lefquels la Mere
ne manqua pas de le confulter.
Il leur trouva à tous des
défauts qui empefcherent
qu'elle ne les écoutaſt , & eut
la joye de connoiftte que la
Fille entroit avec plaifir dans
les raifons qui les faifoient
rejetter. L'amour fecret qu'il
avoit pour elle s'augmentant
de jour en jour par l'indifference
qu'elle luy marquoit
pour tous les hommes, il tâcha
de l'engager à prendre
pour luy des fentimens , qui
n'eftant fondez que fur l'amitié
, puffent paffer aifé.
158 MERCURE
ment à quelque
chofe de
plus , quand on connoiftroit
fon déguisement
. La Belle
prevenue
pour luy d'une veritable
eſtime , s'y montra
fort difpofée
, & lors qu'il
fe creut affeuré de fon ef
prit , il employa
un de fes
Amis pour la demander
en
mariage
. La Mere à qui l'on
vanta fon bien & les autres
avantages
qui fe rencontroient
dans ce party , prit
confeil de luy fur cette affai
re , & il vous eft aifé de juger
qu'il ne parla pas contre
luy-mefme . Il dit qu'il conGALANT.
159
noiffoit la Maifon du Cavalier
qu'on luy propofoit pour
Gendre, & que voulant donner
à fa Fille un homme de
probité , & qui euft ce qu'on
pouvoit fouhaiter dans un
Mary capable de rendre une
Femme
heureuſe , il croyoit
qu'elle auroit peine à faire .
un choix plus
avantageux.
Ce fut affez pour faire accepter
le Cavalier. Elle confentit
à fa
recherche , & le
faux Abbé cut une joye incroyable
de voir fes defleins
en eftat de reüffir ; mais cette
joye fut bien-toſt trou160
MERCURE
blée . La Fille marqua de l'averfion
pour ce mariage , &
il fut furpris de trouver en
elle une repugnance qu'il
n'attendoit pas. Il eut beau
luy dire que la reputation du
Cavalier luy eftoit connuë ;
elle le pria de rompre l'affaire
, & de trouver des raiſons
pour le faire exclure, comme
il en avoit trouvé en d'autres
occafions . Il combattit cette
averfion pendant quelques
jours , & l'ayant priée de luy
en dire la caufe , elle répondit
qu'un panchant ſecret avoit
entraifné fon coeur , fans
GALANT. 161
qu'elle euſt pû s'en deffendre
, & que mille belles
qualitez qu'elle connoifſoit
dans un homme qui eftoit
fort éloigné de penſer à elle ,
luy avoient donné pour luy
une eftime fi particuliere
que cette eftime luy fem
bloit incompatible avec ce
que fon devoir luy demande
roit pour un Mary. Le faux
Abbé fut fort affligé de cette
réponſe , & d'autant plus que
la Belle luy parut entieremet
refolue à demeurer dans
Peftat où elle eftoit . Elle ajoûta
qu'il avoit fujet de four
Decembre 1685.
162 MERCURE
haiter qu'elle perfiſtaſt dans
ces fentimens, puis qu'eftant
de fes Amis , elle auroit toûjours
la joye de le voir , au
lieu que le Mariage l'affujettiffant
à d'autres devoirs , elle
ne pourroit entretenir l'amitié
parfaite qu'il luy avoir
demandée. Une déclaration
fi obligeante fit ouvrir les
yeux au faux Abbé. Il com
mença de comprendre qu'il
eftoit luy-mefme l'obftacle
de fon bon- heur , & que la
Belle ne le refufoit que par
l'attachement qu'elle avoit
pour luy. Il l'obferva avec
GALANT. 163
plus d'artention , & fes regards
, & quelques paroles
qui luy échaperent , l'ayant
confirmé dans une penſée fi
agreable , il la pria de fouffrir
que le Cavalier luy rendift
une vifite , l'affurant que fi
fa perfonne ne luy plaifoit
pas, il viendroit à bout de dégager
la parole de fa Mere.
Le peu qu'elle hazardoit par
là , la fit confentir à ce qu'il
voulut . Le jour fut pris pour
dette Vifite , & on le pria d'y
eftre preſent. Il s'en excufa
fur ce que l'intereft feul de
la Mere & de la Fille , l'ayant
O ij
164 MERCURE
porté à eftre d'avis que l'on
fift ce Mariage , il fe croyoit
obligé de les laiffer dans une
entiere liberté d'agir , fans
qu'il fe trouvaft à une Entreveuë
qui regleroit ce qu'elles.
devoient refoudre. Le jourarreſté
eſtant venu , il fe rendit
en équipage fort propre
où il eftoit attendu de la Mere
& de la Fille . Sa longue-
Perruque , & l'habit de Cavalier
, les empefcherent d'abord
de le reconnoître ; mais
à peine eut- il parlé , qu'elles.
s'écrierent toutes deux en
meſme temps , & luy marGALANT.
165.
querent l'étonnement où elles
eftoient du changement
qu'il faifort paroiftre . Il leur
expliqua fon avanture, & les
ayant affeurées que Cavalier
ou Abbé, il eftoit tel qu'elles
l'avoient veu , inébranlable
dans les fentimens qu'elles .
avoient approuvez , & tresfincere
dans la conduite qu'il
avoit tenuë , il leur demanda
quelle efperance elles vouloient
luy permettre . La ré
ponſe de la Mere luy fut favorable
, & la Fille dont il
avoit fceu toucher le coeur ,
ne put fe défendre de luy
166 MERCURE
avouer qu'elle n'avoit refifté
à la propofition
qu'on luy
avoit faite, que par la fecrete
inclination qu'elle avoit fentie
pour luy. Le Mariage fe fit
peu de jours aprés, & fut fuivy
de réjouiſſances
où toute la
Ville témoigna de prendre '
part,
Fermer
Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Un cavalier, lors d'une cérémonie religieuse, remarque une jeune femme brune et décide de la connaître. Apprenant qu'elle vit dans une petite ville éloignée et que sa mère la protège des visiteurs non dévots, il se déguise en abbé pour gagner leur confiance. Grâce à son comportement exemplaire, il est bien accueilli et parvient à fréquenter la maison de la jeune femme. Il découvre ses qualités exceptionnelles et tombe amoureux d'elle. Pour la convaincre de l'épouser, il utilise un ami pour demander sa main, obtenant des recommandations favorables de l'abbé. La mère de la jeune femme souhaite la marier à un cavalier de probité, mais la fille avoue à cet abbé qu'elle est secrètement attachée à un autre homme. L'abbé, comprenant la situation, organise une visite du cavalier, qui se révèle être l'objet de l'affection de la fille. Après avoir expliqué ses aventures et assuré de sa sincérité, il obtient l'approbation de la mère et de la fille. Le mariage a lieu peu après, suivi de réjouissances auxquelles toute la ville participe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4474
p. 153-175
DISSERTATION SUR la Goutte & le Rhumatisme, faite par Mr Dumont, Chirurgien Juré d'Auch.
Début :
Les hommes sont attaquez de tant de differentes maladiesqui leur font quitter ce monde [...]
Mots clefs :
Goutte, Dissertation, Rhumatisme, Sang, Jointures, Corps, Esprit, Chaleur, Douleurs, Tendons
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR la Goutte & le Rhumatisme, faite par Mr Dumont, Chirurgien Juré d'Auch.
Les hommes font attaquez
de tant de differentes maladies
qui leur font quitter ce monde
avant que d'atteindre à l'âge
où ils pourroient parvenir fans
leurs infirmitez , il ne faut. pas
s'eftonner s'il fe trouve tant
de perfonnes qui travaillent à
chercher des remedes pour la
guerifon des differentes maladies dont les hommes font attaquez. L'Auteur de la Piece
que vous allez lire eft de ce
nombre.
15 4 MERCURE
DISSERTATION SUR
la Goutte &le Rhumatiſme,
faite par Mr Dumont, Chi
rurgien Juré d'Auch.
>
*
Il y a des Auteurs fameux,
qui pretendent que la pituite e
les ferofitez acres , qui fe feparent
des humeurs par le tiffu des
parties membraneufes & glandu
leufes , font la caufe de la Gouite
& du Rhumatifme , lesquelles
s'épanchant fur l'habitude di
corps , deviennent la fource feconde des douleurs arthritiques &
rhumatiques , procedant du vice
CALANT 155
des filtrations , ordinairement
de celles qui fe font dans la tefte,
appellée pour ce fujet , la ſource
des maladies.
Cependant lefentiment le plus
fuivi eft , que le fang chargédes
fels acides , & des fels acres , épanchez hors des routes de la circulation , par les extrémitez , ou
par les pores de plus petites arteres dans les jointures ; auquel lieu,
ils ne peuventplus eftre repris par
les veines, ou diffipez , il forme
la matiere de la goutre par le dérangement es le mélange difproportionné de fes principes , & par
te relâchement des parties. C'eft
156 MERCURE
donc uniquement dans le vice, &
dans la conftitution dépravée du
fang, qu'ilfaut chercher lafource le levain de la goutte &
du rhumatisme de forte qu'on
n'en peut attendre la guerifon
`vant qu'on n'ait reftablyſa tiffure , & redonné de l'élasticité aux
parties , en renouvellant tout le
fiftême dufang, & en lefaiſant
changer de nature.
*
aSur ce principe , il eft aifé de
s'imaginer que ces fels acides
acres , extravafez par voye d'épanchement , fe gliffent entre les
membranes , qui enveloppent les
mufcles , jufques à ce qu'ilsfoient
GALANT 157
onduits par la circulation dans
les parties membraneufes , vers
les tendons ligamens des jointures , où ils trouvent des cavitez
qui les arreftent , dont il refte
tres-fouvent au fonds une espece
de marc ou de vafe , en forme de
plâtre, ou defel , qui forme des
concretions des nœuds prefque
indiffolubles , par la coagulation
de leur fynovie , jusques ày con- tracter avec le temps la fermeté
de la pierre ; c'eſt- là le levain
qui occafionne la rechûte & le
retour periodique de la goutte
nouée , dans le temps que ces fels.
viennent à fe fermenter.
158 MERCURE
estes Il eft vray de dire , que
felsacides & acres s'arreſtent fuivant leur determination dans les
jointures , &dans les parties qui
les touchent , & qu'ils y caufent
des irritations des divulfions
douloureufes ; ils piquent &
ébranlent les filers membraneux
nerveuxqui en derivent ; ils
compriment & preffent les tendons , les ligamens , les aiffeaux
fanguins , les vaiffeaux lympha
tiques, & les tuyaux excreteurs ;
parce moyen troublent &empêchent la circulation dufang, &
confequemment le cours des efprits
animaux; &par là ils entretien
GALANT 159
de
ment une fenfation douloureuse
pendant tout le cours de la maladienab sonnets
Le rhumatiſme eſt une espece
goutte vague , par diftinction
de la gouttefixe , qui a fon fiege
precifement dans les jointures &
articulations des parties , au lieu
que la vague afflige tout le corps;
c'est à-dire les espaces entre les articles , les mufcles , leurs membranes , toute l'habitude , avec
une douleur cruelle , faifant fentir des élancemens indifferemment
le long des parties , tantoft dans
l'un des bras , tantoft dans l'autre,
commefi ces douleurs eftoienc er
160 MERCURE
rantes , la caufe de cette goutte
vague eftant uneferofité empreinte d'un nîtrefulfureux, qui abonde dans la maffe du fang, qui eft
d'une grande acrimonie , fouvent
accompagnée de vents ; il faut que
cette ferofitéfoit telle , puiſqu'elle
fe faitfentir par des chaleurs
par des piqueures douloureufes
"dans les parties , les chaleurs venant du fouffre , & les piqueures
procedant dufel.
la
Le rhumatifme nediffere d'avec
goutte que par fon eſtenduë ;
car la goutte s'infinue dans les
parties des articles , où les os emboitezlaiffentquelque eſpace vui-
GALANT 161
de , au lieu que le rhumatisme eft
comme un débordement qui fe répandfurtoute l'habitude du corps,
oufur quelque partie en particulier ; de maniere que cette ferofité
demeure quelquefois engagée entre
lesparties membranenfes & mufculeufes , vers le milieu des membres; mais lorsqu'elle coule le long
des tendons des ligamens, elle
fe jette dans les jointures, & par
fon explosion caufe , ou le rhumatifme qui fe termine fouvent
par la goutte , ou la goutte qui fe
change fouvent en rhumatifme..
Il n'y a point de doute que
l'acide ne foit l'ennemy juré du
Janvier 1710.
162 MERCURE
de toutes les genre nerveux , &
parties du corps , excepté l'eſtomac,
felon Vanhelmont, en digriffant
trop la male du fang, & luy
donnant trop de confiftance & de
groffiereté ; de forte que la circulation devenant plus difficile &
plus lente , le fang imprime aux
parties folides un caractere qui
affoiblit toutes leurs actions ; de
maniere que les efprits animaux
ทุกขอ
font comme engourdis noyez
dans les humeurs , dont les couloirs fontfarcis ; de forte que les
recremens du fang nagent & cir
culent avec luy dans les parties,
&deviennent les femences fecon-
GALANT 153
des de la goutte & du rhumatifme, par la feparation des parties
fereufes du fang, d'avec les fibrenfes & par la vapidité er
appan vriffement des liqueurs, e
des parties balfamiques &Spiri
tueuses du fang
Cela eftant fuppose & fondé,
je fuisfürdes experiences conftantesaverées ; &jofe dire, que
le plus für moyende combattre la
matiere de la goutte , eſt la voye
des urines de la tranfpiration,
procuréepar l'Or Diaphoretique
horizontal ( que j'ay composé:)
car enfin , fi dans la tranſpiration
naturelle , les épanchemens des
&
Ŏ ij
164 MERCUDE
eſt
il
fels acides & acres dans les jointures, fe confument d'eux memes
par leur ardeur propre , &parle
nouveau degré de chaleur qu'ils
reçoivent de l'obſtruction , en s'évaporant à travers les pores ,
eft à prefumer raifonnablement,
que la tranfpiration artificielle ferad'un tres-puiffantfecours ; &
comme la chaleur naturelle de ceux
quifont avancez en âge, qui va
toûjours en s'affaibliſſant, ne peut
pas faire entierement tranfpirer
la matiere qui s'amaffe dans les
jointures , les nerfs, les tendons
les ligamens continuellement
imbiber fe relâchent , & con-
GALANT 165
tractant une foibleffe qui augmen
res
fure
que la
douleur
diminues Enfin , lorsque les atteinres de la gouttefefont multipliées,
les vaiffeaux tant de fois décolez , obeiffent à la moindre effufion ; deforte que ces ferofitezfe
forment un paffage libre, jufques
aux articles , qui s'élargit toûjours , nefe bouchejamais ; ce
quifait que lagoutte devient plus
cruelle , à mesure qu'elle vieillit,
prend toutefaforce de la va
l'appauvriffement du مریم pidité de
fang, & de la foibleffe des levains digeftifs, & durelâchement
des partiesfibreufes ; ce qui donne
166 MERCURE
occasion à une espece de crudité
dans les humeurs. Les perfonnes
neanmoins avancées en age , ne
doivent pas defefperer de voirfou
vent foulager , quelquefois
guerir à fonds lears maux, comme je l'ay experimenté fur un
homme feptuagenaire , travaillé
de la goutte, & furplufieurs autres de tous ages , dont les uns
eftoient attaquezde lagoutte , &
les autres d'un rhumatisme chronique e inveteré.
L'experience en effet , prouve
sous les jours , qu'il eft des perfonnesfexagenaires, qui ont leurs
fermens vigoureux , le tonus des
GALANT 167
parties ferme la riffure du
9.
fangrobufte. Cependantj'avouë,
que la goutte nouée ne cedera pas
toujours à ce remede , mais elle
deviendra moins frequente
moins cruelle c'est toujours un
grand bien d'eftre foulagé d'un
mal, dont on ne peut entierement
guerir , qu'en tacbant de corriger
de rectifier la crudité outrée
des humeurs, & deprimerl'exal
tation de l'acide , de lalymphe, du
fuc pancreatique & de la bile,
qui prend toutefa force de l'aigre
avec lequel elle fermente ; car
l'exaltation de ces liqueurs ne
vient quepar un trop long fe-
168 MERCURE
jour qu'elles ont fait dans les filtres , fou par le relâchement des
fibres deſtinées à en faire l'expreffion , foit enfin par le vice des
fermens qui fixent le fang ; c'eft
de cette crudité que naiffent dans
les premieres voyes , &dans le
fang mefme, tous les fels étrangers , qui occafionnent des attaques fi frequentes de la goutte &
du rhumatisme.
Nous voyons au contraire, que
les jeunes gens , &fur tout les
enfans , trouvent une heureuſe
exemption dans lajufteffe de leur
temperament, qui n'a fouffert encore aucune attaque , parce que
leurs
GALANT 169
leurs vaiffeaux toujours également remplis , eftant étroitement
inferez les uns dans les autres , la
ferofité ne trouve aucune iffuë.
pour s'extravafer, ou s'il s'en
échape quelques gouttes , les muf
cles joints & ferrez entr'eux
leur refuſent le paſſage ; ellesfont
plutoft diffipées par la tranſpiration , qu'elles ne font arrivées aux
jointures ; car dans le bel âge , le
fang eft riche en efprits , les fermens font vigoureux , & dans
lequel les Parties ont tout leur
tonus ; enfin s'il arrive alors quelque defordre dans le Systême du
Jang, & qu'il faffe quelque im
Janvier 1710.
P
170 MERCURE
la
preffion mauvaife fur les Parties,
la nature fe fert heureufement de
fes efprits qui rayonnent dans les
liqueurs , pour en chaffer ce qu'il
y a de fucsfalins étrangers dans
la maffe , qui en troublent l'aco
nomie , &déconcertent pour ainfi
dire la machine; c'est pourquoy
fuppreffion de l'infenfible tranfpiration , produit une infinité de maladies , tant aigues que chroniques ; car ce quife diffipe ordinairement de nos corps , foit par le
paffage de la matierefubtile , qui
en détache continuellement quelques parties , ou par les filtrations
des glandes cutanées , & tuyaux
GALANT 171
excreteurs , eft bienfenfible, puifque Sanctorius prétend qu'ilfurpaffe quinze fois le volume des
autres excretions.
Il faut donc fuivant mon ſyſftême de pratique , pour guerir la
goutte & le rhumatisme , fefervir de la voye d'attenuer les humeurs afin qu'en leur donnant
plus defluidité, elles puiffent ai
fementfe débaraffer, ou pour entrer dans la maffe dufang& fuivrefon cours ; ou enfin pour fe
perdre par l'infenfible tranfpiration ; ce qui s'obtiendra par des remedes fondans , diuretiques , dépurans abforbans , diaphorePij
172 MERCURE
tiques , pour combattre la goutte
&lerbumatisme ; enfin l'or dia
phoretique horisontal renferme
enfoy ces cinq qualitez , &par
confequent c'est un remede fpecifi
que a ces maux.
la
Onpeut dont conclurrefuivant
les Anciens &les Modernes , que
a goutte vient par le vice de l'eftomac , d'où s'enfuit une digeftion
aigrie & alterée , le chile devient
groffier , & acide en forte que
d'un chile aigri , il ne peut eftre
produit qu'un fang empreint de
particules acides , lesquelles eftant
portées aux articles , &ne pou
vant eftre digerées & évacuées
ر
GALANT 173
par les efprits fixes de ces parties ,
deviennent plus acides par le fejour qu'elles y font , & caufent
les douleurs de la goutte : ainfi la
veritable indication , pourla guerifonde cette maladie , eft de fortifier l'eftomach , d'en abforber l'acide , & diffiper l'humeur qui eft
dans lapartie; l'or diaphoretique,
horifontal, corrige repare ce défaut, ranime e rectifie leferment
digeftif de l'eftomach , affaifonne
le chile , proportionne les coctions
donne de lafluidité auxfucs , rend
·les couloirs libres , refout les craf
fes du fyftême des nerfs & des
Piij
174 MERCURE
glandes , fournit aufang des
parties huileufes , balfamiques &
Spirituenfes , afin qu'il reprenne
fa premierepureté, &fapremiere
-force.
Il est certain que j'aydonné de
ce remede à un grand nombre de
perfonnes de tous âges dans laplus
grande rigueur de l'Hiver, &
dans la plus grande chaleur
l'Efté , fans que l'ufage de ce remede ait caufeplus d'émotion , ny
de chaleur , quefi l'on n'avoit rien
pris. L'or diaphoretique horizontal n'eftpasfeulement un fpecifique pour la goutte , mais encorepour les maladies chroniques
GALANT 175
rebelles , dont la miffe du fang
eft tout à fait dérangée fuivant
les experiences que j'en ay faites
tant à Paris qu'en Province.
M³ Dumont , donnera à ceux
qui l'iront voir , des preuves
convaincantes , des heureufes
experiences qu'il a faites . Je
vous ay déja envoyé plufieurs
de fes Ouvrages dont les Journaux des Sçavans ont avantageufement parlé. Il loge au
Grand Turc , rue de la Huchette.
de tant de differentes maladies
qui leur font quitter ce monde
avant que d'atteindre à l'âge
où ils pourroient parvenir fans
leurs infirmitez , il ne faut. pas
s'eftonner s'il fe trouve tant
de perfonnes qui travaillent à
chercher des remedes pour la
guerifon des differentes maladies dont les hommes font attaquez. L'Auteur de la Piece
que vous allez lire eft de ce
nombre.
15 4 MERCURE
DISSERTATION SUR
la Goutte &le Rhumatiſme,
faite par Mr Dumont, Chi
rurgien Juré d'Auch.
>
*
Il y a des Auteurs fameux,
qui pretendent que la pituite e
les ferofitez acres , qui fe feparent
des humeurs par le tiffu des
parties membraneufes & glandu
leufes , font la caufe de la Gouite
& du Rhumatifme , lesquelles
s'épanchant fur l'habitude di
corps , deviennent la fource feconde des douleurs arthritiques &
rhumatiques , procedant du vice
CALANT 155
des filtrations , ordinairement
de celles qui fe font dans la tefte,
appellée pour ce fujet , la ſource
des maladies.
Cependant lefentiment le plus
fuivi eft , que le fang chargédes
fels acides , & des fels acres , épanchez hors des routes de la circulation , par les extrémitez , ou
par les pores de plus petites arteres dans les jointures ; auquel lieu,
ils ne peuventplus eftre repris par
les veines, ou diffipez , il forme
la matiere de la goutre par le dérangement es le mélange difproportionné de fes principes , & par
te relâchement des parties. C'eft
156 MERCURE
donc uniquement dans le vice, &
dans la conftitution dépravée du
fang, qu'ilfaut chercher lafource le levain de la goutte &
du rhumatisme de forte qu'on
n'en peut attendre la guerifon
`vant qu'on n'ait reftablyſa tiffure , & redonné de l'élasticité aux
parties , en renouvellant tout le
fiftême dufang, & en lefaiſant
changer de nature.
*
aSur ce principe , il eft aifé de
s'imaginer que ces fels acides
acres , extravafez par voye d'épanchement , fe gliffent entre les
membranes , qui enveloppent les
mufcles , jufques à ce qu'ilsfoient
GALANT 157
onduits par la circulation dans
les parties membraneufes , vers
les tendons ligamens des jointures , où ils trouvent des cavitez
qui les arreftent , dont il refte
tres-fouvent au fonds une espece
de marc ou de vafe , en forme de
plâtre, ou defel , qui forme des
concretions des nœuds prefque
indiffolubles , par la coagulation
de leur fynovie , jusques ày con- tracter avec le temps la fermeté
de la pierre ; c'eſt- là le levain
qui occafionne la rechûte & le
retour periodique de la goutte
nouée , dans le temps que ces fels.
viennent à fe fermenter.
158 MERCURE
estes Il eft vray de dire , que
felsacides & acres s'arreſtent fuivant leur determination dans les
jointures , &dans les parties qui
les touchent , & qu'ils y caufent
des irritations des divulfions
douloureufes ; ils piquent &
ébranlent les filers membraneux
nerveuxqui en derivent ; ils
compriment & preffent les tendons , les ligamens , les aiffeaux
fanguins , les vaiffeaux lympha
tiques, & les tuyaux excreteurs ;
parce moyen troublent &empêchent la circulation dufang, &
confequemment le cours des efprits
animaux; &par là ils entretien
GALANT 159
de
ment une fenfation douloureuse
pendant tout le cours de la maladienab sonnets
Le rhumatiſme eſt une espece
goutte vague , par diftinction
de la gouttefixe , qui a fon fiege
precifement dans les jointures &
articulations des parties , au lieu
que la vague afflige tout le corps;
c'est à-dire les espaces entre les articles , les mufcles , leurs membranes , toute l'habitude , avec
une douleur cruelle , faifant fentir des élancemens indifferemment
le long des parties , tantoft dans
l'un des bras , tantoft dans l'autre,
commefi ces douleurs eftoienc er
160 MERCURE
rantes , la caufe de cette goutte
vague eftant uneferofité empreinte d'un nîtrefulfureux, qui abonde dans la maffe du fang, qui eft
d'une grande acrimonie , fouvent
accompagnée de vents ; il faut que
cette ferofitéfoit telle , puiſqu'elle
fe faitfentir par des chaleurs
par des piqueures douloureufes
"dans les parties , les chaleurs venant du fouffre , & les piqueures
procedant dufel.
la
Le rhumatifme nediffere d'avec
goutte que par fon eſtenduë ;
car la goutte s'infinue dans les
parties des articles , où les os emboitezlaiffentquelque eſpace vui-
GALANT 161
de , au lieu que le rhumatisme eft
comme un débordement qui fe répandfurtoute l'habitude du corps,
oufur quelque partie en particulier ; de maniere que cette ferofité
demeure quelquefois engagée entre
lesparties membranenfes & mufculeufes , vers le milieu des membres; mais lorsqu'elle coule le long
des tendons des ligamens, elle
fe jette dans les jointures, & par
fon explosion caufe , ou le rhumatifme qui fe termine fouvent
par la goutte , ou la goutte qui fe
change fouvent en rhumatifme..
Il n'y a point de doute que
l'acide ne foit l'ennemy juré du
Janvier 1710.
162 MERCURE
de toutes les genre nerveux , &
parties du corps , excepté l'eſtomac,
felon Vanhelmont, en digriffant
trop la male du fang, & luy
donnant trop de confiftance & de
groffiereté ; de forte que la circulation devenant plus difficile &
plus lente , le fang imprime aux
parties folides un caractere qui
affoiblit toutes leurs actions ; de
maniere que les efprits animaux
ทุกขอ
font comme engourdis noyez
dans les humeurs , dont les couloirs fontfarcis ; de forte que les
recremens du fang nagent & cir
culent avec luy dans les parties,
&deviennent les femences fecon-
GALANT 153
des de la goutte & du rhumatifme, par la feparation des parties
fereufes du fang, d'avec les fibrenfes & par la vapidité er
appan vriffement des liqueurs, e
des parties balfamiques &Spiri
tueuses du fang
Cela eftant fuppose & fondé,
je fuisfürdes experiences conftantesaverées ; &jofe dire, que
le plus für moyende combattre la
matiere de la goutte , eſt la voye
des urines de la tranfpiration,
procuréepar l'Or Diaphoretique
horizontal ( que j'ay composé:)
car enfin , fi dans la tranſpiration
naturelle , les épanchemens des
&
Ŏ ij
164 MERCUDE
eſt
il
fels acides & acres dans les jointures, fe confument d'eux memes
par leur ardeur propre , &parle
nouveau degré de chaleur qu'ils
reçoivent de l'obſtruction , en s'évaporant à travers les pores ,
eft à prefumer raifonnablement,
que la tranfpiration artificielle ferad'un tres-puiffantfecours ; &
comme la chaleur naturelle de ceux
quifont avancez en âge, qui va
toûjours en s'affaibliſſant, ne peut
pas faire entierement tranfpirer
la matiere qui s'amaffe dans les
jointures , les nerfs, les tendons
les ligamens continuellement
imbiber fe relâchent , & con-
GALANT 165
tractant une foibleffe qui augmen
res
fure
que la
douleur
diminues Enfin , lorsque les atteinres de la gouttefefont multipliées,
les vaiffeaux tant de fois décolez , obeiffent à la moindre effufion ; deforte que ces ferofitezfe
forment un paffage libre, jufques
aux articles , qui s'élargit toûjours , nefe bouchejamais ; ce
quifait que lagoutte devient plus
cruelle , à mesure qu'elle vieillit,
prend toutefaforce de la va
l'appauvriffement du مریم pidité de
fang, & de la foibleffe des levains digeftifs, & durelâchement
des partiesfibreufes ; ce qui donne
166 MERCURE
occasion à une espece de crudité
dans les humeurs. Les perfonnes
neanmoins avancées en age , ne
doivent pas defefperer de voirfou
vent foulager , quelquefois
guerir à fonds lears maux, comme je l'ay experimenté fur un
homme feptuagenaire , travaillé
de la goutte, & furplufieurs autres de tous ages , dont les uns
eftoient attaquezde lagoutte , &
les autres d'un rhumatisme chronique e inveteré.
L'experience en effet , prouve
sous les jours , qu'il eft des perfonnesfexagenaires, qui ont leurs
fermens vigoureux , le tonus des
GALANT 167
parties ferme la riffure du
9.
fangrobufte. Cependantj'avouë,
que la goutte nouée ne cedera pas
toujours à ce remede , mais elle
deviendra moins frequente
moins cruelle c'est toujours un
grand bien d'eftre foulagé d'un
mal, dont on ne peut entierement
guerir , qu'en tacbant de corriger
de rectifier la crudité outrée
des humeurs, & deprimerl'exal
tation de l'acide , de lalymphe, du
fuc pancreatique & de la bile,
qui prend toutefa force de l'aigre
avec lequel elle fermente ; car
l'exaltation de ces liqueurs ne
vient quepar un trop long fe-
168 MERCURE
jour qu'elles ont fait dans les filtres , fou par le relâchement des
fibres deſtinées à en faire l'expreffion , foit enfin par le vice des
fermens qui fixent le fang ; c'eft
de cette crudité que naiffent dans
les premieres voyes , &dans le
fang mefme, tous les fels étrangers , qui occafionnent des attaques fi frequentes de la goutte &
du rhumatisme.
Nous voyons au contraire, que
les jeunes gens , &fur tout les
enfans , trouvent une heureuſe
exemption dans lajufteffe de leur
temperament, qui n'a fouffert encore aucune attaque , parce que
leurs
GALANT 169
leurs vaiffeaux toujours également remplis , eftant étroitement
inferez les uns dans les autres , la
ferofité ne trouve aucune iffuë.
pour s'extravafer, ou s'il s'en
échape quelques gouttes , les muf
cles joints & ferrez entr'eux
leur refuſent le paſſage ; ellesfont
plutoft diffipées par la tranſpiration , qu'elles ne font arrivées aux
jointures ; car dans le bel âge , le
fang eft riche en efprits , les fermens font vigoureux , & dans
lequel les Parties ont tout leur
tonus ; enfin s'il arrive alors quelque defordre dans le Systême du
Jang, & qu'il faffe quelque im
Janvier 1710.
P
170 MERCURE
la
preffion mauvaife fur les Parties,
la nature fe fert heureufement de
fes efprits qui rayonnent dans les
liqueurs , pour en chaffer ce qu'il
y a de fucsfalins étrangers dans
la maffe , qui en troublent l'aco
nomie , &déconcertent pour ainfi
dire la machine; c'est pourquoy
fuppreffion de l'infenfible tranfpiration , produit une infinité de maladies , tant aigues que chroniques ; car ce quife diffipe ordinairement de nos corps , foit par le
paffage de la matierefubtile , qui
en détache continuellement quelques parties , ou par les filtrations
des glandes cutanées , & tuyaux
GALANT 171
excreteurs , eft bienfenfible, puifque Sanctorius prétend qu'ilfurpaffe quinze fois le volume des
autres excretions.
Il faut donc fuivant mon ſyſftême de pratique , pour guerir la
goutte & le rhumatisme , fefervir de la voye d'attenuer les humeurs afin qu'en leur donnant
plus defluidité, elles puiffent ai
fementfe débaraffer, ou pour entrer dans la maffe dufang& fuivrefon cours ; ou enfin pour fe
perdre par l'infenfible tranfpiration ; ce qui s'obtiendra par des remedes fondans , diuretiques , dépurans abforbans , diaphorePij
172 MERCURE
tiques , pour combattre la goutte
&lerbumatisme ; enfin l'or dia
phoretique horisontal renferme
enfoy ces cinq qualitez , &par
confequent c'est un remede fpecifi
que a ces maux.
la
Onpeut dont conclurrefuivant
les Anciens &les Modernes , que
a goutte vient par le vice de l'eftomac , d'où s'enfuit une digeftion
aigrie & alterée , le chile devient
groffier , & acide en forte que
d'un chile aigri , il ne peut eftre
produit qu'un fang empreint de
particules acides , lesquelles eftant
portées aux articles , &ne pou
vant eftre digerées & évacuées
ر
GALANT 173
par les efprits fixes de ces parties ,
deviennent plus acides par le fejour qu'elles y font , & caufent
les douleurs de la goutte : ainfi la
veritable indication , pourla guerifonde cette maladie , eft de fortifier l'eftomach , d'en abforber l'acide , & diffiper l'humeur qui eft
dans lapartie; l'or diaphoretique,
horifontal, corrige repare ce défaut, ranime e rectifie leferment
digeftif de l'eftomach , affaifonne
le chile , proportionne les coctions
donne de lafluidité auxfucs , rend
·les couloirs libres , refout les craf
fes du fyftême des nerfs & des
Piij
174 MERCURE
glandes , fournit aufang des
parties huileufes , balfamiques &
Spirituenfes , afin qu'il reprenne
fa premierepureté, &fapremiere
-force.
Il est certain que j'aydonné de
ce remede à un grand nombre de
perfonnes de tous âges dans laplus
grande rigueur de l'Hiver, &
dans la plus grande chaleur
l'Efté , fans que l'ufage de ce remede ait caufeplus d'émotion , ny
de chaleur , quefi l'on n'avoit rien
pris. L'or diaphoretique horizontal n'eftpasfeulement un fpecifique pour la goutte , mais encorepour les maladies chroniques
GALANT 175
rebelles , dont la miffe du fang
eft tout à fait dérangée fuivant
les experiences que j'en ay faites
tant à Paris qu'en Province.
M³ Dumont , donnera à ceux
qui l'iront voir , des preuves
convaincantes , des heureufes
experiences qu'il a faites . Je
vous ay déja envoyé plufieurs
de fes Ouvrages dont les Journaux des Sçavans ont avantageufement parlé. Il loge au
Grand Turc , rue de la Huchette.
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Résumé : DISSERTATION SUR la Goutte & le Rhumatisme, faite par Mr Dumont, Chirurgien Juré d'Auch.
Le texte aborde les maladies de la goutte et du rhumatisme, fréquentes chez les personnes de tous âges. Ces affections sont causées par des humeurs acides et des substances irritantes qui se déposent dans les articulations, provoquant des douleurs arthritiques et rhumatismales. Une fois déposées, ces substances forment des concretions difficiles à dissoudre, entraînant des rechutes périodiques. Le rhumatisme est décrit comme une forme plus diffuse de goutte, affectant l'ensemble du corps plutôt que des articulations spécifiques. Les acides et les substances irritantes irritent les nerfs et compriment les tendons, perturbant la circulation sanguine et lymphatique, ce qui entraîne des douleurs persistantes. Le traitement proposé par M. Dumont, chirurgien juré d'Auch, consiste en un remède appelé 'Or Diaphorétique Horizontal'. Ce remède favorise la transpiration et l'élimination des substances acides par les urines, permettant ainsi de purifier le sang et de soulager les symptômes. L'auteur affirme avoir guéri plusieurs personnes, y compris des septuagénaires, grâce à ce remède. Il insiste sur l'importance de corriger la crudité des humeurs et de renforcer l'estomac pour prévenir les attaques de goutte et de rhumatisme. Le texte conclut en soulignant l'efficacité de ce remède pour traiter non seulement la goutte, mais aussi d'autres maladies chroniques.
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4475
p. 1612
« On mande de Londres, que la Czarine y a fait [...] »
Début :
On mande de Londres, que la Czarine y a fait [...]
Mots clefs :
Londres, Fauteuil de parade, Rome, Galerie du Palais du Quirinal
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texteReconnaissance textuelle : « On mande de Londres, que la Czarine y a fait [...] »
On mande de Londres , que la Czarine Y
fait faire , par M. Cowse , Ouvrier Allemand ,
un Fauteuil de parade , pour son Trône ; le dos
de ce Fauteuil est une Aigle déployée , couronnée d'une Couronne Impériale , et tenant dans ses
Serres un Sceptre et d'autres pieces d'honneur :
L'Ouvrier y à employé 247 maics d'argent.
On écrit de Rome , que les Juillet , des Ouvriers creusant la terre , dans un champ qui appartient au Chapitre de S. Jean de Latran, y trouverent quatre Statuës , une Colonne de Jaspe antique , des Urnes sépulcrales , quelques Lampes
de terre cuite , et plusieurs Médailles d'Empe- reurs Romains.
On ajoute que le Pape a fait placer dans la
Gallerie du Palais du Quirinal , les différens desseins qu'il a fait faire par les plus habiles Architectes d'Italie, pour la façade du nouveau Portail de l'Eglise de S. Jean de Latran , afin qu'ils soient exposez à la critique des connoisseurs , et
que S. S. puisse choisir celui qui sera le plus geeralement approuvé.
fait faire , par M. Cowse , Ouvrier Allemand ,
un Fauteuil de parade , pour son Trône ; le dos
de ce Fauteuil est une Aigle déployée , couronnée d'une Couronne Impériale , et tenant dans ses
Serres un Sceptre et d'autres pieces d'honneur :
L'Ouvrier y à employé 247 maics d'argent.
On écrit de Rome , que les Juillet , des Ouvriers creusant la terre , dans un champ qui appartient au Chapitre de S. Jean de Latran, y trouverent quatre Statuës , une Colonne de Jaspe antique , des Urnes sépulcrales , quelques Lampes
de terre cuite , et plusieurs Médailles d'Empe- reurs Romains.
On ajoute que le Pape a fait placer dans la
Gallerie du Palais du Quirinal , les différens desseins qu'il a fait faire par les plus habiles Architectes d'Italie, pour la façade du nouveau Portail de l'Eglise de S. Jean de Latran , afin qu'ils soient exposez à la critique des connoisseurs , et
que S. S. puisse choisir celui qui sera le plus geeralement approuvé.
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Résumé : « On mande de Londres, que la Czarine y a fait [...] »
À Londres, la tsarine Y a commandé un fauteuil de parade à M. Cowse, orné d'un aigle impérial, pour 247 marks d'argent. À Rome, des ouvriers ont découvert des artefacts antiques, dont des statues et des médailles d'empereurs romains. Le pape expose des dessins pour la façade de l'église Saint-Jean-de-Latran afin de choisir le meilleur projet.
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4476
p. 150
AUTRE.
Début :
Mon nom est un mot ruineux [...]
Mots clefs :
Taupe
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
On nom est un mot ruineux
Au malheureux ;
A propos prononcé , mon nom fait des
Conquêtes.
Je porte un Etui de poil ras ;
J'ai plus de têtes que de bras :
Mais, j'ai plus de mains que de têtes .
On nom est un mot ruineux
Au malheureux ;
A propos prononcé , mon nom fait des
Conquêtes.
Je porte un Etui de poil ras ;
J'ai plus de têtes que de bras :
Mais, j'ai plus de mains que de têtes .
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4477
p. 154
« De grace, encore une petite nouvelle, & peut être encore [...] »
Début :
De grace, encore une petite nouvelle, & peut être encore [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De grace, encore une petite nouvelle, & peut être encore [...] »
De grace , encoreune petite
nouvelle , &peut êtreencoreune
autre : que ſçay- je
Trente Louis d'or à gagner
c'eſtà peu prés l'hiſtoire de la
Comediedu Galant Jardinier,
qu'on remet ſur le tapis. Le
public eſt priépar cette affiche
chercher&trouver,s'il peur,
une Demoiselle de dix-neuf
à vingtans , égarée ou perduë
Voicy comme la choſe eft
arrivée.
nouvelle , &peut êtreencoreune
autre : que ſçay- je
Trente Louis d'or à gagner
c'eſtà peu prés l'hiſtoire de la
Comediedu Galant Jardinier,
qu'on remet ſur le tapis. Le
public eſt priépar cette affiche
chercher&trouver,s'il peur,
une Demoiselle de dix-neuf
à vingtans , égarée ou perduë
Voicy comme la choſe eft
arrivée.
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4478
p. 150
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon pere ne m'a jamais vu ; [...]
Mots clefs :
Cordelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Mon pere ne m'a jamais vớ ;
Cependant , fans miféricorde ,
L'amour qu'il eut pour moi me condamne à la
Si trop
corde ,
Pour fortifier ma vertu .
d'obscurité regne dans cet exorde ,
Au détail de mes traits , je ferai mieux connu.
Qu'on m'ôte le chapeau qui me couvre la tête !
Je brille , & des mortels j'ercite les defirs.
La moitié de mon tout étouffe les foupirs
Des criminels que l'on arrête ;
L'autre de celle là prenant le dernier trait ,
Et retranchant fa queue , auffi vite qu'un trait ,
Vola jadis jufqu'au féjour célefte ;
Mais coupez-lui la tête , & vous verrez le reſte
Dans le fond d'un tonneau qui le tient en arrêt.
Dans mon fein le Jurifconfulte
Vient étudier fa leçon :"
Le Poëte Lyrique y trouve une chanſon ;
Et je fais regner l'ordre où regne le tumulte.
C. Chanoine de Paris.
Mon pere ne m'a jamais vớ ;
Cependant , fans miféricorde ,
L'amour qu'il eut pour moi me condamne à la
Si trop
corde ,
Pour fortifier ma vertu .
d'obscurité regne dans cet exorde ,
Au détail de mes traits , je ferai mieux connu.
Qu'on m'ôte le chapeau qui me couvre la tête !
Je brille , & des mortels j'ercite les defirs.
La moitié de mon tout étouffe les foupirs
Des criminels que l'on arrête ;
L'autre de celle là prenant le dernier trait ,
Et retranchant fa queue , auffi vite qu'un trait ,
Vola jadis jufqu'au féjour célefte ;
Mais coupez-lui la tête , & vous verrez le reſte
Dans le fond d'un tonneau qui le tient en arrêt.
Dans mon fein le Jurifconfulte
Vient étudier fa leçon :"
Le Poëte Lyrique y trouve une chanſon ;
Et je fais regner l'ordre où regne le tumulte.
C. Chanoine de Paris.
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4479
p. 159
LE SECRETAIRE D'AMOUR.
Début :
J'allois chanter l'horreur & le fracas des Armes ; [...]
Mots clefs :
Armes, Amour, Secrétaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SECRETAIRE D'AMOUR.
SECRETAIRE D'AMOUR.
V'allois chanter l'horreur lefracas
des Armes
l'Amour m'a commandé de celebrer
vos Charmes:
Jris.st ce Dieu quelquejour
D'untelsoin demandesalaire
Dumoins,quandnous payerez,
l'Amour,
N'oubliez, passon Secretaire.
Par l'Ordre souverain du tendre
Roy des Ames,
Je vais chanternosyeux oit brillent
tant de changes,
Si je fça;s donner un beau tour
Aux dons que 'tovs avez de
flaire-,
Ins
,
r,;uquanduvours pa,yerez, l'A- Svrt^cr.ïz^-VGUS du Secretaire.
V'allois chanter l'horreur lefracas
des Armes
l'Amour m'a commandé de celebrer
vos Charmes:
Jris.st ce Dieu quelquejour
D'untelsoin demandesalaire
Dumoins,quandnous payerez,
l'Amour,
N'oubliez, passon Secretaire.
Par l'Ordre souverain du tendre
Roy des Ames,
Je vais chanternosyeux oit brillent
tant de changes,
Si je fça;s donner un beau tour
Aux dons que 'tovs avez de
flaire-,
Ins
,
r,;uquanduvours pa,yerez, l'A- Svrt^cr.ïz^-VGUS du Secretaire.
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4482
p. 97-98
NOUVELLES.
Début :
Aprés vous avoir donné des Nouvelles à l'ordinaire, j' [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES.
NOVVELLES. r.», - -:,..¿"A '< -•- - ji prés vous avoir
donnédes Nouvelles à
l'ordinaire, j'ai cru qu'un
Journal traduit de plusieurs
Lettres Espagnoles,
feroit plaisir à ceux
qui rassemblent les morceaux
les plus curieux 6C
les plus exacts, pour
composerune fuitehifterique
des Nouvelles de
chaque espece
, ce qui
est le but principal que,,
je me suis proposé en divisant
mon Mercure en
quatre Parties; ensorte
qu'y joignant ensemble
les Nouvelles de differents
mois,on peut avoir
un Journal suivi de ce
qui s'est passé pendant
toutel'Année.
donnédes Nouvelles à
l'ordinaire, j'ai cru qu'un
Journal traduit de plusieurs
Lettres Espagnoles,
feroit plaisir à ceux
qui rassemblent les morceaux
les plus curieux 6C
les plus exacts, pour
composerune fuitehifterique
des Nouvelles de
chaque espece
, ce qui
est le but principal que,,
je me suis proposé en divisant
mon Mercure en
quatre Parties; ensorte
qu'y joignant ensemble
les Nouvelles de differents
mois,on peut avoir
un Journal suivi de ce
qui s'est passé pendant
toutel'Année.
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Résumé : NOUVELLES.
L'auteur décide de traduire un journal espagnol pour enrichir ses nouvelles. Il vise à satisfaire les lecteurs collectionnant des informations précises pour une chronique historique. Son journal, 'Mercure', est structuré en quatre parties pour offrir une vue d'ensemble des événements annuels.
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4483
p. 132-133
LETTRE de Clermont en Auvergne, sur le Systême du Bureau Typographique.
Début :
J'ay vû, Monsieur, avec plaisir par les derniers Mercures, que l'Auteur d[u] Bureau Typographique [...]
Mots clefs :
Enfants, Bureau typographique, Premiers éléments, Littérature, Sept ans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Clermont en Auvergne, sur le Systême du Bureau Typographique.
LETTRE de Clermont en Auvergne
sur le Systême du Bureau Typographique.
'Ay vá , Monsieur , avec plaisir par les derniers
Mercures, que l'Auteur de Bureau Typographique
n'étoit pas encore mort , puisqu'on
lui faisoit des objections contre cette nouvelle
invention ; et comme vous avez bien voulu les
faire paroître , souffrez aussi , Monsieur , que
j'expose en peu de mots les refléxions que j'ai
faites sur le même sujet .
Il m'a paru par tout ce que j'ai vû et entendu
de cette nouvelle façon d'instruire la premiere
enfance , que le but essentiel de l'Auteur étoit
de rendre sensible et de mettre à la portée des
enfans de deux à trois ans les premiers exercices
de la Litterature ; et même , comme il le dit en
quelque endroit , les premiers elémens des Arts
et des Sciences ; en un mot , de faire ensorte
qu'un enfant prêt de lui-même un certain goût
pour les Livres , et qu'il sçût presque à six et à
sept ans ce qu'il ne peut sçavoir d'ordinaire qu'à
neuf et dix ans.
Je ne m'amuserai point à disputer à l'Auteur
la possibilité du fait ; je ne trouve point cela impossible
dans son Sistême , d'autant plus que j'ai
vû quelques experiences qui lui sont très -favorables
, mais voici ma difficulté. A quoi bon
commencer de bonne heure l'institution des enfans
? A quoi bon tant de sollicitudes et de peines
pour les endoctriner presque en naissant , si
toute leur éducation se réduit ensuite à faire le
cours ordinaire des Classes et à sçavoir un peu
'e Latin ? Est-il nécessaire pour en venir là de
te tant de préparatifs et de dépenses ? Non , sans
douJANVIER.
1734. 133
doute,et peut-être que l'Auteur lui-même ne voudroit
pas contester cette verité. J'avoue que si l'on
faisoit entrer dans le cours des éducations publiques
des notions exactes et détaillées des Arts ou
des Sciences utiles et -pratiquées , on ne pourroit
commencer trop tôt , ni trop faciliter les premiers
élemens de la Litterature et de toutes les
Sciences ; mais puisque l'on ne vise proprement
qu'au Latin , et qu'on néglige quasi tout le reste
dans les meilleurs Colleges , il me paroît qu'il
est inutile de s'empresser si fort pour aboutir
à la simple connoissance d'une Langue morte ;
les enfans y sont bien venus jusqu'ici et ils y
viendront toujours d'une maniere ou d'autre
sans tant d'exercices prématurez et sans tout
l'attirail du Bureau Typographique. Mon raisonnement
semble être appuié par la pratique même
des Princes et des grands Seigneurs , qui ne donnent
ordinairement des Précepteurs à leurs enfans
qu'à sept ans , et qui se contentent de leur
faire un peu apprendre à lire tant qu'ils sont entre
les mains des femmes.
Quoiqu'il en soit voilà ce que j'avois à représenter
touchant la nouvelle maniere d'instruire
les enfans , maniere que je ne trouve pas mauvaise
en elle- même , mais qui paroit inutile dans
le Sistême vulgaire. Je suis , Monsieur , &c.
sur le Systême du Bureau Typographique.
'Ay vá , Monsieur , avec plaisir par les derniers
Mercures, que l'Auteur de Bureau Typographique
n'étoit pas encore mort , puisqu'on
lui faisoit des objections contre cette nouvelle
invention ; et comme vous avez bien voulu les
faire paroître , souffrez aussi , Monsieur , que
j'expose en peu de mots les refléxions que j'ai
faites sur le même sujet .
Il m'a paru par tout ce que j'ai vû et entendu
de cette nouvelle façon d'instruire la premiere
enfance , que le but essentiel de l'Auteur étoit
de rendre sensible et de mettre à la portée des
enfans de deux à trois ans les premiers exercices
de la Litterature ; et même , comme il le dit en
quelque endroit , les premiers elémens des Arts
et des Sciences ; en un mot , de faire ensorte
qu'un enfant prêt de lui-même un certain goût
pour les Livres , et qu'il sçût presque à six et à
sept ans ce qu'il ne peut sçavoir d'ordinaire qu'à
neuf et dix ans.
Je ne m'amuserai point à disputer à l'Auteur
la possibilité du fait ; je ne trouve point cela impossible
dans son Sistême , d'autant plus que j'ai
vû quelques experiences qui lui sont très -favorables
, mais voici ma difficulté. A quoi bon
commencer de bonne heure l'institution des enfans
? A quoi bon tant de sollicitudes et de peines
pour les endoctriner presque en naissant , si
toute leur éducation se réduit ensuite à faire le
cours ordinaire des Classes et à sçavoir un peu
'e Latin ? Est-il nécessaire pour en venir là de
te tant de préparatifs et de dépenses ? Non , sans
douJANVIER.
1734. 133
doute,et peut-être que l'Auteur lui-même ne voudroit
pas contester cette verité. J'avoue que si l'on
faisoit entrer dans le cours des éducations publiques
des notions exactes et détaillées des Arts ou
des Sciences utiles et -pratiquées , on ne pourroit
commencer trop tôt , ni trop faciliter les premiers
élemens de la Litterature et de toutes les
Sciences ; mais puisque l'on ne vise proprement
qu'au Latin , et qu'on néglige quasi tout le reste
dans les meilleurs Colleges , il me paroît qu'il
est inutile de s'empresser si fort pour aboutir
à la simple connoissance d'une Langue morte ;
les enfans y sont bien venus jusqu'ici et ils y
viendront toujours d'une maniere ou d'autre
sans tant d'exercices prématurez et sans tout
l'attirail du Bureau Typographique. Mon raisonnement
semble être appuié par la pratique même
des Princes et des grands Seigneurs , qui ne donnent
ordinairement des Précepteurs à leurs enfans
qu'à sept ans , et qui se contentent de leur
faire un peu apprendre à lire tant qu'ils sont entre
les mains des femmes.
Quoiqu'il en soit voilà ce que j'avois à représenter
touchant la nouvelle maniere d'instruire
les enfans , maniere que je ne trouve pas mauvaise
en elle- même , mais qui paroit inutile dans
le Sistême vulgaire. Je suis , Monsieur , &c.
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Résumé : LETTRE de Clermont en Auvergne, sur le Systême du Bureau Typographique.
La lettre de Clermont en Auvergne présente le Bureau Typographique, une méthode d'instruction pour les jeunes enfants visant à rendre les premiers exercices de littérature accessibles dès l'âge de deux ou trois ans. Cette méthode cherche à enseigner les bases des arts et des sciences, à développer un goût pour les livres et à accélérer l'apprentissage. L'objectif est que les enfants maîtrisent à six ou sept ans des connaissances habituellement acquises à neuf ou dix ans. Cependant, l'auteur remet en question l'utilité de commencer l'éducation si tôt, surtout si elle se limite à l'apprentissage du latin. Il estime que les efforts et les dépenses nécessaires sont disproportionnés par rapport aux résultats obtenus. Les princes et grands seigneurs donnent généralement des précepteurs à leurs enfants à partir de sept ans, se contentant de leur apprendre à lire avant cet âge. En conclusion, l'auteur trouve la méthode intéressante en elle-même, mais inutile dans le cadre éducatif actuel, qui se concentre principalement sur l'apprentissage du latin au détriment d'autres connaissances utiles.
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4484
p. 160-161
MADRIGAL.
Début :
Les Muses ne sont pas demeurées muettes après la Prise / Fier Luxembourg, maintenant pitoyable, [...]
Mots clefs :
Prise de Luxembourg, Louis, Luxembourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
Les,Muſes ne ſont pas
demeurées muettes apres la
PriſedeLuxembourg. Voicy
ce qu'elles ont fait dire à
GALANT. 161
P'illustre Mademoiselle de
Scudéry.
MADRIGAL.
AlerLuxcmsbourg,IerLuxembourg, maintenant
pitoyable,
Contre LOVIS vom n'avez på
tenir.
Consolez-vous d'unfort inévitable.
Vous vous trompiez devous croire
imprenable,
Maisenfes mains vous l'allez de.
(
venir.
demeurées muettes apres la
PriſedeLuxembourg. Voicy
ce qu'elles ont fait dire à
GALANT. 161
P'illustre Mademoiselle de
Scudéry.
MADRIGAL.
AlerLuxcmsbourg,IerLuxembourg, maintenant
pitoyable,
Contre LOVIS vom n'avez på
tenir.
Consolez-vous d'unfort inévitable.
Vous vous trompiez devous croire
imprenable,
Maisenfes mains vous l'allez de.
(
venir.
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4485
p. 154-155
De Londres le 7. May.
Début :
Dés que le Baron de Schutz, Envoyé de l'Electeur de Hanover [...]
Mots clefs :
Londres, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 7. May.
De Londres le 7. May.
Dés quele Baron de Schutz ,
Envoyé de l'Electeur de Hanover
, eut reçû l'ordre de
neplus paroiſtre à la Cour , &
qu'il fut parti , la Reine fit dire
à Mr Creyenberg , Reſident
de Hanover , qu'il luy eſtoit
fort agréable , & qu'il pour
roit venir à la Cour quand il
voudroit.c
Mro de Saint Jean , frere du
Vicomte de Bullingbrock ,
Secretaire d'Etat a été nommé
Envoyé extraordinaire auprés
GALANT ISS
du Roy de Sicile.
Le 3. les Communes réfolurent
de s'unir avec les Seigneurs
, & de preſenter conjointement
une adreſſe à la
Reine , pour la remercier de
la Paix qu'elle a conclu avec
l'Eſpagne.
Dés quele Baron de Schutz ,
Envoyé de l'Electeur de Hanover
, eut reçû l'ordre de
neplus paroiſtre à la Cour , &
qu'il fut parti , la Reine fit dire
à Mr Creyenberg , Reſident
de Hanover , qu'il luy eſtoit
fort agréable , & qu'il pour
roit venir à la Cour quand il
voudroit.c
Mro de Saint Jean , frere du
Vicomte de Bullingbrock ,
Secretaire d'Etat a été nommé
Envoyé extraordinaire auprés
GALANT ISS
du Roy de Sicile.
Le 3. les Communes réfolurent
de s'unir avec les Seigneurs
, & de preſenter conjointement
une adreſſe à la
Reine , pour la remercier de
la Paix qu'elle a conclu avec
l'Eſpagne.
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Résumé : De Londres le 7. May.
Le 7 mai, le Baron de Schutz, envoyé de l'Électeur de Hanovre, quitta Londres sur ordre. La Reine invita Monsieur Creyenberg, résident de Hanovre, à la cour. Monsieur de Saint Jean fut nommé Envoyé extraordinaire auprès du Roi de Sicile. Le 3 mai, les Communes et les Seigneurs remercièrent la Reine pour la paix avec l'Espagne.
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4486
p. 111-113
« Le P. N. Frassen, Cordelier, si connu par plusieurs Ouvrages [...] »
Début :
Le P. N. Frassen, Cordelier, si connu par plusieurs Ouvrages [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le P. N. Frassen, Cordelier, si connu par plusieurs Ouvrages [...] »
Le P. N. Frassen
,
Cordelier
,
siconnu par plusieurs
Ouvrages de pieté &
d'érudition, est mort dans
le Grand Couvent deParis,
gé de 91.ans, après avoir
paffé par toutes les dignitez
de son Ordre. Le Pere
Frassen avoit une grande
connoissance des affaires
Ecclesiastiques, sur tout
pour ce qui regarde les Ordres
Religieux;aussî Son
E. Monseigneur le Cardinal
de Noailles l'avoit souvent
employé à ces fortes
d'affaires
,
dont il s'estoit
toujours acquitte au contentement
tentement de tout le monde.
Il étotc d'une simplicite
ôc d'une modestie admirabIe,
affable, doux, honneste
, ce qui luy attiroit l'estime
& l'amitié de tous
ceux qui le connoissoient.
Eustache le Noble, Baron
de S. Georges, ancien
Procureur General au Parlement
de Metz, mourut
à Paris le 3. Février1711.
âgé de 68. ans. Le grand
nombre de ses Ouvrages,
fait voir l'estenduë de son
esprit& sa grande facilité
a écrire.
,
Cordelier
,
siconnu par plusieurs
Ouvrages de pieté &
d'érudition, est mort dans
le Grand Couvent deParis,
gé de 91.ans, après avoir
paffé par toutes les dignitez
de son Ordre. Le Pere
Frassen avoit une grande
connoissance des affaires
Ecclesiastiques, sur tout
pour ce qui regarde les Ordres
Religieux;aussî Son
E. Monseigneur le Cardinal
de Noailles l'avoit souvent
employé à ces fortes
d'affaires
,
dont il s'estoit
toujours acquitte au contentement
tentement de tout le monde.
Il étotc d'une simplicite
ôc d'une modestie admirabIe,
affable, doux, honneste
, ce qui luy attiroit l'estime
& l'amitié de tous
ceux qui le connoissoient.
Eustache le Noble, Baron
de S. Georges, ancien
Procureur General au Parlement
de Metz, mourut
à Paris le 3. Février1711.
âgé de 68. ans. Le grand
nombre de ses Ouvrages,
fait voir l'estenduë de son
esprit& sa grande facilité
a écrire.
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Résumé : « Le P. N. Frassen, Cordelier, si connu par plusieurs Ouvrages [...] »
Le Père Nicolas Frassen, Cordelier, est décédé à 91 ans au Grand Couvent de Paris. Connu pour ses écrits de piété et son expertise ecclésiastique, il était apprécié pour sa simplicité et son honnêteté. Eustache le Noble, Baron de Saint-Georges et ancien Procureur Général au Parlement de Metz, est mort à Paris le 3 février 1711 à 68 ans. Il était reconnu pour la quantité de ses ouvrages.
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4487
p. 154-157
Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Ricovrati de Padouë est si cel[ebr]e, qu'on [...]
Mots clefs :
Académie des Ricovrati de Padoue, Femmes illustres, Antoinette de Saliès, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
L'Academie des Ricovrati
GALANT. 155
de Padouë eft fi celelebre ,
qu'on peut dire à la gloire
des perfonnes qui la compofent qu'il fuffit d'en eftre
pour fe voir univerfellement
eftimé. Cette fçavante Compagnie n'a aucun égard an
Sexe. Elle eft perfuadée avec
I
beaucoup de juftice que le
merite & l'efprit font des
deux Sexes. C'eft auffi pour
cette raison qu'elle reçoit également les Hommes & les
Femmes Illuftres. Telles font
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Ma
dame Daffier , Madame de
156 MERCURE
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue fous le nom de Ma
dame de Ville- Dieu ,& cellelà fous celuy deMademoiſelle
le Fevre. Cet honneur eftoit
bien deu à Madamede Saliez,
Viguiere d'Alby. Elle a efté
proclamée depuis peu de
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie. Le docte M Patin ,
dont la Fille eft auffi Academicienne , fit publiquement
l'éloge de cette Heroine, &
parla de fa naiffance de fa
vertu , de fon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
GALANT. 157
fit admirer fon éloquence
GALANT. 155
de Padouë eft fi celelebre ,
qu'on peut dire à la gloire
des perfonnes qui la compofent qu'il fuffit d'en eftre
pour fe voir univerfellement
eftimé. Cette fçavante Compagnie n'a aucun égard an
Sexe. Elle eft perfuadée avec
I
beaucoup de juftice que le
merite & l'efprit font des
deux Sexes. C'eft auffi pour
cette raison qu'elle reçoit également les Hommes & les
Femmes Illuftres. Telles font
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Ma
dame Daffier , Madame de
156 MERCURE
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue fous le nom de Ma
dame de Ville- Dieu ,& cellelà fous celuy deMademoiſelle
le Fevre. Cet honneur eftoit
bien deu à Madamede Saliez,
Viguiere d'Alby. Elle a efté
proclamée depuis peu de
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie. Le docte M Patin ,
dont la Fille eft auffi Academicienne , fit publiquement
l'éloge de cette Heroine, &
parla de fa naiffance de fa
vertu , de fon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
GALANT. 157
fit admirer fon éloquence
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Résumé : Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
L'Académie des Ricovrati de Padoue est célèbre pour son respect des membres, indépendamment de leur sexe, valorisant ainsi le mérite et l'esprit. Cette institution accueille des hommes et des femmes illustres. Parmi les femmes membres figurent Mademoiselle de Scudery, Madame des Houlières, Madame Daffier, Madame de Châteauneuf, autrefois connue sous le nom de Madame de Ville-Dieu, et Mademoiselle le Fèvre. Madame de Saliez, Viguière d'Alby, a récemment été élue académicienne à l'unanimité. Le docteur Patin, dont la fille est également académicienne, a publiquement loué Madame de Saliez, mettant en avant sa naissance vertueuse, son génie et ses œuvres, ce qui a suscité l'admiration pour son éloquence.
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4488
p. 152-155
Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Début :
Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Théâtres, Auteurs, Portraits, Ouvrage, Ouvrages, Nations, Vie, Amateurs
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texteReconnaissance textuelle : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Hiftoire Univerfelle des Théâtres de toutes
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
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Résumé : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos jours' est une collection de 36 volumes dédiée au frère du roi. Elle comprend des gravures, plans et élévations des salles de spectacles européennes, ainsi que des portraits d'artistes contribuant au théâtre. Les principaux thèmes abordés incluent l'histoire des théâtres dans diverses capitales mondiales, les vies et œuvres des auteurs dramatiques, les vies des comédiens célèbres, et des anecdotes sur l'histoire des théâtres. L'ouvrage présente également des extraits d'ouvrages didactiques sur l'art de la comédie, des réflexions sur la profession de comédien et les préjugés associés, ainsi que des descriptions des fêtes à la cour de France et dans les principales cours européennes. Il explore aussi la musique, la danse et la pantomime, avec des biographies des artistes renommés. Le prix de la souscription est de 30 livres à Paris et 36 livres en province, frais de port inclus. Les souscriptions peuvent être faites chez les auteurs ou chez la veuve Duchefne, libraire. Un bureau général est ouvert pour consulter les gravures et portraits.
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4489
p. 140-143
MORTS, BAPTESMES & Mariages des Pays Etrangers.
Début :
Mr. Jagozinski a épousé à Petersbourg Made la Comtesse Gollofskin [...]
Mots clefs :
Mort, Princesse, Reine, Cologne, Épouse, Comtesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, BAPTESMES & Mariages des Pays Etrangers.
MORTS, B ALTES MES
& Mariages des Pays Etrangers.
Mk Jagozinski a épousé à PeterÇ.
bowrg Mad: la Comtesse Goiïofsk'in,
fille du Grand Chancelier de
Russie. Ces noces ont été celebrées avec
beaucoup de magnificence , en presence
du Czar, representant avec le Duc d'Holstein
, les peres des deux nouveaux époux,
de la Czarine , accompagnée de la Prin
cesse Menzikoss, repreíentant les meres ,
M. Toistoy , Conseiller d'Etat , & M.
îe General Butterling repreíentaient les
Freres, Mad^ la Comtesse de Mattueof
& Made épouse du Vice-
Amiral Sinets repreíêntoient les íoeurs.
Made Albertine , Michelle , Comtesle
d'Althan, est morte à Vienne le 24.
Novembre, âgée de 17. ans.
Le R. Pere Frederic Confbrug , Je
íuite , Confesseur de l'Imperatrice , est
mort à Vienne le 2 9. Novembre.
Made de Geminghen , Gouvernan
te du jeune Prince Guillaume - Augus
te, & de la jeune Princesse , Se Damed'Honneur
de la Princesse de Galles , est
morte à Londres le premier Decembre.
J A NVïE R' 1714'. ; "4?
La Comtesse de Marlborough , épouse
de M. le Comte de Gòdolphin , est ac
couchée d'une fìlie à Londres le 4. De
cembre. ;
On mande de Londres que le Roy i
d'Angleterre doit declarer la conclusion
du mariage du Prince Frederic , son petjt.
fils, avec la Princesse , fille aînée du'
Roy de Prusse , que Si M. a arrêté pen*.
dant son séjour en Allemagne.
«k. Le R. Pere Joseph Diaíde Mouray
Beneficier dans. l'Eglise Paroissiale de
5, Barthelemy , à Lisbone, y est mort le
6. Novembre , âgé de cent douze ans.
Dom Joseph Hogan, Irlandois', Che
valier de l'Ordre de Christ & Sergent
Major de bataille dans les armées du Roy
de Portugal , est mort à Liíbone le jo.
Octobre.
Dom Jerôme de Camera , quatrième
fils du feu Comte de Ribeïra. Grande ^
Ambassadeur à la Cour de France , est
rnort à Liíbone , & c'est le quatrième
heritier mâle que cette Masson a perdu
dans le courant de cette annee.
Le 6. Decembre le Patriarche de Lis-
.bone baptiíà le quatrième Infant dans
l'Eglise Patriarchale. Ce Prince fut por.
ré par Don Gaston Joseph de Camera
Goutinho , Contrôleur de la Maison de
U Reine, Se il sut tenu sur les Fonts par
G iij le
i4* MERCUTRÏ DE FRANCÉ.
. le Marquis de Capichelatro , au' nom du*
Roy d'Espagne , & pour la Reine Douai
riere d'Esp.gne par Don Numa Alvares.
Pereira , Duc de Cadanel , Conseiller
t d'Etat, Majordome. Major de la Reine,..
President du Desembargo du Palais, po
Mestre de Camp General de la Cour &
de la Province d'Estremadoure. il fut
nommé Franf ois-Joseph. Antoine.Nicolas*
Après la ceremonie le Patriarche enton
na le Te Deum , qui fut chanté par la*
Musique y eníuite ce Prélat donna la be
nediction au peuple. La nuit íuivante it
y eut des illuminations , & autres mar
ques d'une' fête publique dans les deux;
Villes. L'Ambaíïadeur d'Espagne pour jr
contribuer donna ust concert d'instru-^
.mens , avec des rafraîchislgmens à tous. ;
ceux qui le reconduisirent à son Hôtel.
: Le Comte François Malacerta est mort
k Florence fans enfans: Il ne reste plus
de cette ancienne famille que le Mar
quis Malaterra , qui est actuellement
Gouverneur de Volterra.
La Princesse Christine.Amelie , dont
la Reine de Dannemark accoucha il y a
deux mois , est morte le 8. de ce mois à
Coppenhague. ^ . \
.Le 5. de cé mots le corps dq feu
Electeur de Cologne y fut porté de Bonn
' dans un Caroslè à S. chevaux caparaçon-
' ; nea.
.. f A. N V I E R 1714. .ï+s
riéz de deuil Le Clergé Seculier & Re
gulier de Cologne , alla le recevoir hors
de là Porte de S. Se verin ', Se le conduisit
à l'Eglise Metropolitaine, où il fut mis
fous un Dais magnifique. Le 4. le Non-
. ce du Pape accompagné des Prélats Mi
tiez de Rrechsteden , de Steinfeld , d'Altemberg
, de Gladbach , de Deutz , de
Brauveiller , de S.' Martin & de S. Pan,.
taleon , des Ministres Etrangers quí sonc
. à Cologne , de la principale Nobleilè
de cet Electorat , & des Magistrats de
. cette Ville , se rendjt à l'Eglrse Metro
politaine , où il celebra pontificalement
la MeflTe , qui sot suivie de deux Orai.
íòns funèbres , l'une prononcée en Alle
mand par le P. Averhausen , Jesuite, Se
l'autre en' JLatiny pus fó: Curé de Sains
Albin , après quoi le corps de l'Electeur
de Cologne fut inhumé au bruit d'une tri-
J>ie salve de l'artillerie des remparts.
& Mariages des Pays Etrangers.
Mk Jagozinski a épousé à PeterÇ.
bowrg Mad: la Comtesse Goiïofsk'in,
fille du Grand Chancelier de
Russie. Ces noces ont été celebrées avec
beaucoup de magnificence , en presence
du Czar, representant avec le Duc d'Holstein
, les peres des deux nouveaux époux,
de la Czarine , accompagnée de la Prin
cesse Menzikoss, repreíentant les meres ,
M. Toistoy , Conseiller d'Etat , & M.
îe General Butterling repreíentaient les
Freres, Mad^ la Comtesse de Mattueof
& Made épouse du Vice-
Amiral Sinets repreíêntoient les íoeurs.
Made Albertine , Michelle , Comtesle
d'Althan, est morte à Vienne le 24.
Novembre, âgée de 17. ans.
Le R. Pere Frederic Confbrug , Je
íuite , Confesseur de l'Imperatrice , est
mort à Vienne le 2 9. Novembre.
Made de Geminghen , Gouvernan
te du jeune Prince Guillaume - Augus
te, & de la jeune Princesse , Se Damed'Honneur
de la Princesse de Galles , est
morte à Londres le premier Decembre.
J A NVïE R' 1714'. ; "4?
La Comtesse de Marlborough , épouse
de M. le Comte de Gòdolphin , est ac
couchée d'une fìlie à Londres le 4. De
cembre. ;
On mande de Londres que le Roy i
d'Angleterre doit declarer la conclusion
du mariage du Prince Frederic , son petjt.
fils, avec la Princesse , fille aînée du'
Roy de Prusse , que Si M. a arrêté pen*.
dant son séjour en Allemagne.
«k. Le R. Pere Joseph Diaíde Mouray
Beneficier dans. l'Eglise Paroissiale de
5, Barthelemy , à Lisbone, y est mort le
6. Novembre , âgé de cent douze ans.
Dom Joseph Hogan, Irlandois', Che
valier de l'Ordre de Christ & Sergent
Major de bataille dans les armées du Roy
de Portugal , est mort à Liíbone le jo.
Octobre.
Dom Jerôme de Camera , quatrième
fils du feu Comte de Ribeïra. Grande ^
Ambassadeur à la Cour de France , est
rnort à Liíbone , & c'est le quatrième
heritier mâle que cette Masson a perdu
dans le courant de cette annee.
Le 6. Decembre le Patriarche de Lis-
.bone baptiíà le quatrième Infant dans
l'Eglise Patriarchale. Ce Prince fut por.
ré par Don Gaston Joseph de Camera
Goutinho , Contrôleur de la Maison de
U Reine, Se il sut tenu sur les Fonts par
G iij le
i4* MERCUTRÏ DE FRANCÉ.
. le Marquis de Capichelatro , au' nom du*
Roy d'Espagne , & pour la Reine Douai
riere d'Esp.gne par Don Numa Alvares.
Pereira , Duc de Cadanel , Conseiller
t d'Etat, Majordome. Major de la Reine,..
President du Desembargo du Palais, po
Mestre de Camp General de la Cour &
de la Province d'Estremadoure. il fut
nommé Franf ois-Joseph. Antoine.Nicolas*
Après la ceremonie le Patriarche enton
na le Te Deum , qui fut chanté par la*
Musique y eníuite ce Prélat donna la be
nediction au peuple. La nuit íuivante it
y eut des illuminations , & autres mar
ques d'une' fête publique dans les deux;
Villes. L'Ambaíïadeur d'Espagne pour jr
contribuer donna ust concert d'instru-^
.mens , avec des rafraîchislgmens à tous. ;
ceux qui le reconduisirent à son Hôtel.
: Le Comte François Malacerta est mort
k Florence fans enfans: Il ne reste plus
de cette ancienne famille que le Mar
quis Malaterra , qui est actuellement
Gouverneur de Volterra.
La Princesse Christine.Amelie , dont
la Reine de Dannemark accoucha il y a
deux mois , est morte le 8. de ce mois à
Coppenhague. ^ . \
.Le 5. de cé mots le corps dq feu
Electeur de Cologne y fut porté de Bonn
' dans un Caroslè à S. chevaux caparaçon-
' ; nea.
.. f A. N V I E R 1714. .ï+s
riéz de deuil Le Clergé Seculier & Re
gulier de Cologne , alla le recevoir hors
de là Porte de S. Se verin ', Se le conduisit
à l'Eglise Metropolitaine, où il fut mis
fous un Dais magnifique. Le 4. le Non-
. ce du Pape accompagné des Prélats Mi
tiez de Rrechsteden , de Steinfeld , d'Altemberg
, de Gladbach , de Deutz , de
Brauveiller , de S.' Martin & de S. Pan,.
taleon , des Ministres Etrangers quí sonc
. à Cologne , de la principale Nobleilè
de cet Electorat , & des Magistrats de
. cette Ville , se rendjt à l'Eglrse Metro
politaine , où il celebra pontificalement
la MeflTe , qui sot suivie de deux Orai.
íòns funèbres , l'une prononcée en Alle
mand par le P. Averhausen , Jesuite, Se
l'autre en' JLatiny pus fó: Curé de Sains
Albin , après quoi le corps de l'Electeur
de Cologne fut inhumé au bruit d'une tri-
J>ie salve de l'artillerie des remparts.
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Résumé : MORTS, BAPTESMES & Mariages des Pays Etrangers.
En 1714, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans diverses cours européennes. Le marquis Jagozinski a épousé la comtesse Gojofsk'in, fille du Grand Chancelier de Russie, en présence du Czar et d'autres dignitaires. À Vienne, la comtesse Albertine Michelle d'Althan est décédée à l'âge de 17 ans, ainsi que le père Frédéric Confbrug, confesseur de l'impératrice. À Londres, madame de Geminghen, gouvernante du prince Guillaume-Auguste et dame d'honneur de la princesse de Galles, est décédée. La comtesse de Marlborough y a accouché d'une fille. Le roi d'Angleterre a annoncé le mariage du prince Frédéric, son petit-fils, avec la fille aînée du roi de Prusse. À Lisbonne, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Le père Joseph Diade Mouray, bénéficiant dans l'église paroissiale de Saint-Barthélemy, est mort à l'âge de 112 ans. Dom Joseph Hogan, chevalier de l'Ordre de Christ et sergent-major dans les armées du roi de Portugal, ainsi que Dom Jérôme de Camera, fils du comte de Ribeira, sont également décédés. Dom Jérôme était le quatrième héritier mâle perdu par cette maison cette année-là. Le patriarche de Lisbonne a baptisé le quatrième infant, nommé François-Joseph-Antoine-Nicolas, en présence de dignitaires espagnols et portugais. À Florence, le marquis Malacerta est mort sans enfants, ne laissant que le marquis Malaterra. À Copenhague, la princesse Christine-Amelie, fille de la reine de Danemark, est décédée. Enfin, le corps de l'électeur de Cologne a été transféré de Bonn à Cologne pour des funérailles solennelles.
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4490
p. 153-156
NOUVELLE RECENTE
Début :
Il vient d'arriver une nouvelle de Flandre dont le fond est [...]
Mots clefs :
Flandre, Ennemis, Détachement
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE RECENTE
NOUVELLE RECENTE
Il vient d'arriver une
nouvelle de Flandre dont
le fond est déjàcomfirmé,
mais comme l'Impression
presse, on ne vous donne
icy que le premier détail
qui en est venu, & dont
quelques circonitances
pouroient être sujetes à
re-
forme: voici ce qu'on en
dit aujourd'huy.
M. de Vivans avoit fait
un détachement pour faciliter l'arrivée d'un convoy pour Maubeuge, 4
pour achever d'en remplir
les magazins comme on a
fait dans toutes nos places,
nos gens conduisent se
convoylorsqu'ils eurentavis que cinq-cent chevaux
des ennemi venoient pour
l'enlever
,
les nostresjugerent que les ennemis
les voyant un nombre a
peu prés égal n'entrepren-
». droient pas de les attaquer.
Nôtre commandant mit
en embuscade la plus
grande partie de son efcorte, & marcha tres lentement avec le reste, qui
étant en tres petit nombre
attira les ennmis & c'est ce
qu'il souhaittoit; car après
une maneuvre dont on ne
sçait pas encore bien le détail, on fit donner insensiblement les ennemis dans
l'embuscade, & tous se rejoignirent sur eux,enforte
qu'ils -ont ététaillez en pièces, on dit que tous nos
gens ainsi réunis ne compofoient encore qu'environ quatre-cent hommes.
Il vient d'arriver une
nouvelle de Flandre dont
le fond est déjàcomfirmé,
mais comme l'Impression
presse, on ne vous donne
icy que le premier détail
qui en est venu, & dont
quelques circonitances
pouroient être sujetes à
re-
forme: voici ce qu'on en
dit aujourd'huy.
M. de Vivans avoit fait
un détachement pour faciliter l'arrivée d'un convoy pour Maubeuge, 4
pour achever d'en remplir
les magazins comme on a
fait dans toutes nos places,
nos gens conduisent se
convoylorsqu'ils eurentavis que cinq-cent chevaux
des ennemi venoient pour
l'enlever
,
les nostresjugerent que les ennemis
les voyant un nombre a
peu prés égal n'entrepren-
». droient pas de les attaquer.
Nôtre commandant mit
en embuscade la plus
grande partie de son efcorte, & marcha tres lentement avec le reste, qui
étant en tres petit nombre
attira les ennmis & c'est ce
qu'il souhaittoit; car après
une maneuvre dont on ne
sçait pas encore bien le détail, on fit donner insensiblement les ennemis dans
l'embuscade, & tous se rejoignirent sur eux,enforte
qu'ils -ont ététaillez en pièces, on dit que tous nos
gens ainsi réunis ne compofoient encore qu'environ quatre-cent hommes.
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Résumé : NOUVELLE RECENTE
Une récente nouvelle en provenance de Flandre rapporte qu'un détachement commandé par M. de Vivans avait été envoyé pour faciliter l'arrivée d'un convoi destiné à approvisionner Maubeuge. Alors que les troupes françaises conduisaient le convoi, elles rencontrèrent environ cinq cents cavaliers ennemis cherchant à l'intercepter. Les Français, bien que moins nombreux, jugèrent que les ennemis n'oseraient pas les attaquer en raison de la proximité des effectifs. Le commandant français mit alors en place une embuscade avec la majeure partie de ses forces, tandis qu'un petit groupe avançait lentement pour attirer les ennemis. Cette manœuvre permit de surprendre les assaillants, qui furent pris au piège et vaincus. Les forces françaises, réunies, ne comptaient qu'environ quatre cents hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4491
p. 138-139
Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Début :
Le Portrait historié et très bien caractérisé de la Dlle [...]
Mots clefs :
Portrait, Opéra, Estampe, Académie royale de peinture, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Le Portrait historie et très bien caracterisé
de la Dile Camargo , premiere danseuse
de l'Opera , va paroître en Estampe..
Il a été peint par le sieur Lancret , Peintre
de l'Académie Royale de Peinture..
Le talent que tout le monde lui connoît ,
sur tout pour les sujets de Bals et Fêtes
galantes et champêtres , a été ingenieusement
employé à faire un Tableau des plus.
agréables ; il a si bien sçû saisir ce qu'un
aussi excellent modele a d'inimitable,que
jamais Figure n'a paruë plus dansante.Les
accompagnemens sont traités avec goût
et discernement ; on voit des spectateurs
et des simphoniste placés naturellement,
et un très -beau fond de paysage. Le sieur
Cars , Graveur de la même Académie ,
très,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
R
W
YORK
MIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1731
JANVIER. 1731. 139
très-habile dans sa profession , a gravé
ce Portrait de la même grandeur du Tableau
, et avec tant d'art , que les Con- .
noisseurs ne sçavent à qui donner la préference
du pinceau ou du burin. L'Estampe
est en large , et de la même grandeur
du Tableau original ; dont nous pouvions
faire tout d'un coup l'éloge en
disant qu'il est dans le Cabinet de M. de
la Faye. Cette Estampe se vendra chez
l'Auteur , Quay de la Mégisserie , à la
Croix de Perles , et chez le sieur Cars , au
Nom de Jesus .
de la Dile Camargo , premiere danseuse
de l'Opera , va paroître en Estampe..
Il a été peint par le sieur Lancret , Peintre
de l'Académie Royale de Peinture..
Le talent que tout le monde lui connoît ,
sur tout pour les sujets de Bals et Fêtes
galantes et champêtres , a été ingenieusement
employé à faire un Tableau des plus.
agréables ; il a si bien sçû saisir ce qu'un
aussi excellent modele a d'inimitable,que
jamais Figure n'a paruë plus dansante.Les
accompagnemens sont traités avec goût
et discernement ; on voit des spectateurs
et des simphoniste placés naturellement,
et un très -beau fond de paysage. Le sieur
Cars , Graveur de la même Académie ,
très,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
R
W
YORK
MIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1731
JANVIER. 1731. 139
très-habile dans sa profession , a gravé
ce Portrait de la même grandeur du Tableau
, et avec tant d'art , que les Con- .
noisseurs ne sçavent à qui donner la préference
du pinceau ou du burin. L'Estampe
est en large , et de la même grandeur
du Tableau original ; dont nous pouvions
faire tout d'un coup l'éloge en
disant qu'il est dans le Cabinet de M. de
la Faye. Cette Estampe se vendra chez
l'Auteur , Quay de la Mégisserie , à la
Croix de Perles , et chez le sieur Cars , au
Nom de Jesus .
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Résumé : Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une estampe intitulée 'Le Portrait histoire et très bien caractérisé de la Dile Camargo, première danseuse de l'Opéra'. Cette œuvre a été peinte par Nicolas Lancret, connu pour ses représentations de bals et de fêtes galantes et champêtres. Lancret a su capturer l'essence de son modèle, rendant la figure particulièrement expressive et dynamique. Les spectateurs et les musiciens sont représentés avec goût et naturel, complétés par un beau fond de paysage. L'estampe a été gravée par le sieur Cars, membre de l'Académie Royale de Peinture, qui a reproduit le tableau avec une grande maîtrise. Les connaisseurs apprécient autant la qualité du pinceau de Lancret que celle du burin de Cars. L'estampe est de la même taille que le tableau original, appartenant à M. de la Faye. Elle sera disponible à la vente chez l'auteur, au Quai de la Mégisserie, à la Croix de Perles, et chez le sieur Cars, au Nom de Jesus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4492
p. 982-993
Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Début :
Le 21 Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Les Amusements à la mode, Romagnesi, Riccoboni, Comédie, Théâtre, Acteurs, Actes, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
SPECTACLES.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
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Résumé : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Le 21 avril, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce en trois actes intitulée 'Les Amusemens à la mode', écrite par les sieurs Romagnesy et Riccoboni. Cette comédie, précédée d'un prologue, a été bien accueillie par le public, qui a trouvé le titre approprié et a noté l'engouement général pour le théâtre. Dans le prologue, Sylvia exprime ses doutes sur la qualité de la pièce, mais Romagnesy la rassure en affirmant qu'il en est l'auteur et que Riccoboni y a également contribué. Sylvia décide alors de complimenter le public pour les prévenir en faveur de l'œuvre. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Oronte, père de Lucile, qui souhaite marier sa fille à Rigolet en raison de ses talents de déclamateur. Mme Oronte, qui préfère le chant, s'oppose à ce mariage. Lucile, amoureuse d'Eraste, refuse également Rigolet. Valentin, valet d'Eraste, imagine un stratagème pour résoudre la situation. Le premier acte est jugé un peu froid mais prometteur. Le second acte voit Valentin promettre un opéra à Mme Oronte, ce qui conduit à des quiproquos et des révélations. La pièce se termine par une parodie lyrique et tragique, intitulée 'Les Catastrophes Lyri-tragi-comiques', qui parodie des œuvres célèbres. Les Comédiens Italiens doivent également jouer prochainement une nouvelle pièce intitulée 'Le Tuteur Généreux, ou l'Amour trompé par l'apparence'. Le 1er mai, le sieur Roland et sa fille, tous deux danseurs, ont fait leurs débuts sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne, recevant des applaudissements pour leurs performances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4493
p. 1622-1633
Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 13. Juillet, la même Académie remit au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie [...]
Mots clefs :
Comédie ballet, Académie royale de musique, Théâtre, Musique, Le Carnaval et la Folie, Hymen, Plaisirs, Yeux, Chagrin, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 13. Juiller , la même Académie remit
au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie-
Balet , repréfenté pour la premiere
fois le 3. Janvier 1704. & reprife au mois
de May 1719. Les paroles font de M. de
la Motte , & la Mufique de M. Deftouches
, Sur-Intendant de la Mufique du
Roi .
Cet Opera vient d'être executé avec
beaucoup de fuccès , & le Public a également
applaudi au Poëme & à la Mufique.
Au Prologue le Théatre repréfente les
Cieux où les Dieux font en Feftin . Fupiter
& Venus invitent toute la Troupe
immortelle à la joye par ce Duo.
Qu'a
JUILLET . 1730 1623
Qu'à nos voeux ici tout réponde.
Verfez-nous , verfez- nous la celefte Liqueur :
Verfez , que le Nectar enchante notre coeur ;
Qu'il y porte une paix profonde.
Venus fe levant de table , invite aux
plaifirs de l'Amour par ces Vers :
Goutons des plaifirs plus parfaits ,
Et que le tendre Amour à ſon tour nous inſpire ;
Regnez , Amour, regnez, raffemblez vos attraits ;
Triomphez, fur nos coeurs étendez votre empire ;
Mais qu'à fon gré chacun foupire :
Laiffez -nous le choix de vos Traits .
Momus fait fon office de Cenfeur ; Jupiter
lui ordonné de fe taire. Mercure
vient convier les Dieux à aller chercher
de nouveaux plaifirs fur la terre , où il
leur a preparé de nouvelles conquêtes ;
Momus , malgré l'ordre que Jupiter lui a
donné , continue à lâcher la cenfure.
Suivez, fuivez Mercure ; abandonnez les Cieux .
Livrez- vous aux plaifirs ; qu'envain la Gloire
gronde ,
L'Amour eft un plus digne objet ,
Aimez, il eft un Roi qui prend le foin du monde;
Jouiffez du loiſir qu'un Mortel vous a fait.
Ce dernier trait oblige Jupiterà
Gij exiler
1624 MERCURE DE FRANCE
à exiler Momus . Le Prologue n'a point
d'autre liaifon à la Piece que cet exil &
la defcente des Dieux fur la terre , à la
perfuafion de Mercure ; en effet Jupiter
& Venus doivent honorer de leur pre-
Tence l'Hymen du Carnaval & de la Folie .
Le Théatre repréfente au premier Acte
un Bois fleuri confacré à la Jeuneffe . Le
Carnaval partage fon coeur entre Bacchus
& l'Amour, & les prie tous deux de le
rendre heureux.
Momus exilé des Cieux , vient chercher
un azile chez le Carnaval , avec qui on le
fuppofe uni depuis long- temps . Le Carnaval
lui apprend qu'il aime la Folie , fille
"de Plutus , & de la Jeuneffe ; Momus applaudit
à fon choix ironiquement.
Plutus & la Jeuneffe amenent la pre
miere Fête de cet Acte ; le Théatre change
à la voix du Dieu des Richeffes : on
"voit un Palais magnifique s'élever , & les
Suivans de Plutus offrir leurs dons les plus
riches à la Jeuneffe. La Folie vient interrompre
la Fête. Elle fait connoître fon
mécontentement par ces Vers : ་
Ceffez , Jeux indifcrets , od manquoit la Folie ,
Qu'ici tout fe taiſe à ma voix ;
Je ne veux point fouffrir de Fête où l'on m'oublis;
at l'on ne doit ici vivre que
fous mes Loix. Loix
.
JUILLET. 1730. 1625
Elle dit à Plutus & à la Jeuneffe , qui
s'offenfent de fon audace:
Je dois la vie à votre amour ; "
Mais ne me comptez pas fous votre obéïffance ;
L'honneur de m'avoir mife au jour ,
Vous paye affez de ma naiffance.
Plutus & la Jeuneffe , pour l'appailer ,
font prêts à fe retirer ; elle les arrête en
leur difant que leur obéïffance lui fuffit,
& elle ranime la Fête par ces Vers .
Que votre regne recommence ;
r
Revenez, doux plaifirs , plaifirs , revenez tous ;
Mais revenez encor plus doux :
Vous languiffiez fans moi,brillez par ma preſence.
Après cette Fête qui eft encore plus
brillante que la premiere. Le Carnaval
prie Plutus & la Juneffe de confentir à
fon Hymen avec leur fille; ils lui font une
réponſe favorable ; il fe tourne vers la Folie
pour s'en applaudir avec elle , mais il
ne la trouve plus le confentement des
Auteurs de fa naiffance la fait difparoître.
Le Carnaval attribue cette fuite à fa pudeur
, & la va chercher pour faire écla
ter la joye à les yeux.
:
Au fecond Acte , le Théatre repréfente
une Campagne fertile. On voit fur le devant
d'un des côtez le Fleuve Lethé en-
Giij dormi
1626 MERCURE DE FRANCE
dormi für fon Urne , la Mer , & c . Le Carnaval
, rempli d'efperance , commence
l'Acte par ces Vers :
Sous les loix de l'Hymen je me range fans peine
Mon coeur y trouve des appas
Dieu du vin , n'en murmure pas ;
Tu dois t'applaudir de ma chaîne.
Les doux plaifirs qu'il prépare pour moi ,
Mettront le comble à ta victoire ;
Les fruits de mon Hymen ne naîtront que pour
toi ;
Bacchus , je les vouë à ta gloire.
La feconde Scene fait voir que le Carnaval
n'a point vû la Folie depuis la bruf
que difparition ; elle lui déclare qu'il ne
doit plus compter fur fon Hymen depuis
que Plutus & la Jeuneffe y ont donné un
plein confentement ; elle s'explique ainfi :
•
Non , non ; apprenez une fois
A connoître mieux la Folie ;
Je ne fuis point foumise aux loix
De ceux qui m'ont donné la vie :
Le contraire de leur envie ›
Détermine toûjours mon choix .
Non , non ; & c.
Cette Scene a paru très-brillante de la
de la Folie ; on ne doute point que part
l'AuJUILLET
. 1730. 1627
l'Auteur n'eût donné les mêmes gracesau
Carnaval ; mais par malheur ce Dieu des
Ris eft Amant & Amant maltraité , ce,
qui ne s'accorde pas avec fon caractere
qui ne doit refpirer que la joye . Il veut,
guérir de fon amour , la Folie lui confeille
de boire de l'eau fecourable du Lethé ; let
Carnaval veut mettre tout l'efpace des
Mers entre elle & lui , pour la mieux oublier.
La Folie y met obftacle pour n'avoir
pas la honte de fe voir quitter . Voici
comme elle s'exprime.
Ah ! n'ayons pas l'affront que l'on me quitte
Neptune , tu me dois l'hommage des Mortels ;
C'estmoi qui par leurs mains ai dreffé tes Autels;
Refufe ton Onde à fa fuite.
La Mer fe fouleve ; une troupe de Matelots
defcend d'un Vaiffeau échoué , ils
font vou de ne jamais fe rembarquer ; le
Fleuve Lethe leur offre le fecours de.
fes eaux pour leur faire oublier leur malheur.
A peine en ont - ils bû , qu'ils difent:
Embarquons -nous ; tout rit à nos defirs ;
Le vent propice nous feconde :
La Fortune & tous les plaiſirs ,
Nous attendent au bout du monde.
Prêts à fe rembarquer , la Folie vient
G iiij
les
1628 MERCURE DE FRANCE
les arrêter ; elle les accufe
d'ingratitude
& exige leurs hommages , pour prix des
biens dont elle feule leur tracel'image
ce qui donne lieu à une très-brillante Fête,
Jaquelle finie , le Carnaval veut fe réconcilier
avec la Folie & lui dit :
11 eft tems qu'à mes feux votre caprice cede ;
Commencez mes plaiſirs & terminez mes maux
La Folie lui répond :
Je vous laiffe avec le remede ;
Yos yeux vous ont appris le pouvoir de ces eaux.
Le Carnaval veut fuivre le confeil qu'elle
lui donne ; mais il croit que le vin lui
fera d'un plus grand fecours que les eaux
de Lethé. Il finit l'Acte par cette Chanfon
à boire , qui a fait beaucoup de plaifir.
Eteins mes feux , brife mes chaînes ;
Dieu du vin , guéris ma langueur.
Verfe à longs traits ta charmante liqueur ;
Et pour me venger de ma peine ,
Vien noyer l'Amour dans mon coeur.
Le troifiéme Acte a toûjours été applau
di , fur tout dans la Fête du Profeffeur de
Folie , qui paroît toûjours nouvelle , quoiqu'on
l'ait fouvent détachée de ce Balet
pour fervir d'ornement à d'autres.
Momus
JUILLET. 1730 , 1629
Momus ouvre la Scene & fait entendre
que rien ne peut éteindre l'amour du Carnaval
pour la Folie ; fon ami l'ayant prić
de le réconcilier avec elle ; il veut fe divertir
de cet emploi.
La Folie arrive ; Momus fe plaint à elle
de fa rigueur envers fon ami ; il lui fait
entendre que fon chagrin le rend mécon--
noiffable : la Folie fe rit du chagrin du
Carnaval , & loin de le plaindre , elle dite
Ah ! s'il en perdoit la raifon ,,
Que je le trouverois aimable !
Momus change de batterie & dit à la
Folie , que s'il l'avoit trouvée plus fenfible
à l'amour du Carnaval , il fe feroit
bien gardé de lui déclarer qu'il ne l'aime
plus . Ce menfonge lui réüffit ; la Folic
ne peut fouffrir fans dépit que fon Amant
fe foit guéri de fa paffion ; elle jette fa
marotte , comme étant devenue un ornement
inutile entre fes mains ; Momus la
ramaffe pour s'en fervir dans une nouvelle
malice qu'il médite ; cependant tou--
ché du chagrin de la Folie , qui s'eft jettée
fur un lit de verdure , il appelle fa
joyeuſe Bande qui compofe l'aimable Fête
dont on vient de parler. Le Choeur chante
ces Vers adreffez à la Folie,
Craignez de vous faire ; ›
Gy Um
1630 MERCURE DE FRANCE
Un trifte deftin :
Si vous voulez plaire ,
Chaffez le chagrin ;
Dès que l'on s'y livre,
On perd fes appas ;
Eh ! qui voudroit ſuivre ,
Deformais vos pas ?
Eft -il doux de vivre ,
Quand on ne plaît pas ?
La crainte de perdre fes attraits , fi naturelle
à fon fexe , oblige la Folie à reprendre
fa belle humeur ; elle égaye la Fête
. Le Profeffeur de Folie enfeigne à chanter
, à danfer & à rimer. Ces trois Actes
de Folie font compris dans ces deux Vers :
Cantate , ballate , rimate :
E della pazzia la perfettione .
La Folie ordonne à fa Suite de tranf
porter ces Chants & ces Danfes en quelqu'autre
lieu ; elle marche à la tête de ſa
riante Troupe ; Momus fait accroire au
Carnaval qu'il l'a fupplanté dans le coeur
de la Folie , & le prouve par fa marotte
qu'elle a mife entre les mains. Le Carnaval
s'abandonne à fa fureur. Il conjure le
Dieu des Frimats de le venger ; voici fur
quoi il fonde fa demande :
Toi, fombre & trifte Hyver, Divinité paillante
Siv
JUILLET. 1730. 1631
Si jamais fur tes pas j'ai conduit les plaifirs ,
Si par mes foins ton Regne enchante ,
Plus que le Regne heureux de Flore & des Zéphirs,
Reconnois mes faveurs au gré de mes dèfirs ;
Rends aujourd'hui ma vengeance éclatante.
Volez , rapides Aquilons ' ;
Faites fur ce Palais les effets de la foudre ,
Qu'il fe brife , qu'il tombe en poudre , &c.
. Les vents brifent le Palais.
و
Au quatriéme & dernier Acte , la Folie's'applaudit
du ravage des Aquilons ,
qui lui prouve que le Carnaval l'aime encore
puifqu'il fe venge . Le Carnaval ,
après quelques tranfports de colere , fait
de tendres reproches à la Folie , elle s'affoupit
par degrez à ces douces plaintes, &
fe jette fur un lit de gafon , en difant au
Carnaval :
Plaignez toûjours ainfi la rigueur de vos maux ;
Non ; le fommeil n'a point de fi puiffans pavots ;
C'eſt vainement que mes yeux s'en deffendent ; 1
Les Aquilons m'ont ôté le repos ;
Vos tendres plaintes me le rendent.
Cette infultante plaifanterie redouble
la fureur du Carnaval ; la Folie lui ré
pond fur le même ton :
G vj
Pour1632
MERCURE DE FRANCE
Pourquoi m'éveillez -vous ? contraignez vos mur
mures ,
Refpectez le repos que vous m'avez donné..
Momus vient ; le Carnaval dit à la Folie
que c'eft- là le Rival qu'elle lui prefere.
La Folie arrache à Momus le Sceptre qu'il
lui a pris par furprife dans l'Acte préce
dent. Momus avoue fa petite tracafferic
par cès Vers :
Je vous ai trompez l'un & l'autre :
Mais c'eft affez jouir de fon trouble & du vôtre..
Nous n'avons plus de regrets à former ,.
Et chacun a fuivi le penchant qui l'inſpire ;
Le vôtre étoit de vous aimer ;
Le mien étoit d'en rire.
;
Plutus & la Jeuneffe viennent dénouer
la Piece : ils témoignent leur colere fun
le ravage des Aquilons par ce Duo :-
Dieu cruel , fuyez de ces lieux ;
N'êtes-vous pas content de cet affreux ravage.
Fuyez , n'offrez plus à nos yeux ,
Un ennemi qui nous outrage , &c.
La Folie voyant qu'ils ne veulent plus
fon Hymen avec le Carnaval , leur dit
qu'elle le veut , & explique ainsi le motif.
de fa nouvelle volonté : .
i
Pour
JUILLET. 1730. 1638.
Pour couronner ſa flâme ,
Et trouver nos liens charmans ,
Voilà les fentimens ,
Où j'attendois votre ame.
Jupiter & Venus viennent par l'ordre
du Deftin , celebrer l'Hymen du Carnaval
& de la Folie. En faveur de cet Hy--
men Momus obtient fon rappel dans les
Cieux , à condition qu'il contraindra fon
humeur fatyrique ; Momus le promet par
ce dernier trait de fatyre :
La Fête & leur Hymen font fi dignes de vous ;
Le moyen d'en médire .
1
Le fuccès de ce Balet s'accroît de jour en
jour & n'a jamais été fi éclatant , la maniere
dont il eft executé n'y contribue pas
peu ; cela n'empêche pas qu'on ne rende
juftice au Poëme & à la Mufique ; l'ef
prit brille dans le premier , un agréable
amuſement y tient lieu d'interêt. Pour la
Mufique on là trouve d'une legereté charmante
& d'un gout exquis .
au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie-
Balet , repréfenté pour la premiere
fois le 3. Janvier 1704. & reprife au mois
de May 1719. Les paroles font de M. de
la Motte , & la Mufique de M. Deftouches
, Sur-Intendant de la Mufique du
Roi .
Cet Opera vient d'être executé avec
beaucoup de fuccès , & le Public a également
applaudi au Poëme & à la Mufique.
Au Prologue le Théatre repréfente les
Cieux où les Dieux font en Feftin . Fupiter
& Venus invitent toute la Troupe
immortelle à la joye par ce Duo.
Qu'a
JUILLET . 1730 1623
Qu'à nos voeux ici tout réponde.
Verfez-nous , verfez- nous la celefte Liqueur :
Verfez , que le Nectar enchante notre coeur ;
Qu'il y porte une paix profonde.
Venus fe levant de table , invite aux
plaifirs de l'Amour par ces Vers :
Goutons des plaifirs plus parfaits ,
Et que le tendre Amour à ſon tour nous inſpire ;
Regnez , Amour, regnez, raffemblez vos attraits ;
Triomphez, fur nos coeurs étendez votre empire ;
Mais qu'à fon gré chacun foupire :
Laiffez -nous le choix de vos Traits .
Momus fait fon office de Cenfeur ; Jupiter
lui ordonné de fe taire. Mercure
vient convier les Dieux à aller chercher
de nouveaux plaifirs fur la terre , où il
leur a preparé de nouvelles conquêtes ;
Momus , malgré l'ordre que Jupiter lui a
donné , continue à lâcher la cenfure.
Suivez, fuivez Mercure ; abandonnez les Cieux .
Livrez- vous aux plaifirs ; qu'envain la Gloire
gronde ,
L'Amour eft un plus digne objet ,
Aimez, il eft un Roi qui prend le foin du monde;
Jouiffez du loiſir qu'un Mortel vous a fait.
Ce dernier trait oblige Jupiterà
Gij exiler
1624 MERCURE DE FRANCE
à exiler Momus . Le Prologue n'a point
d'autre liaifon à la Piece que cet exil &
la defcente des Dieux fur la terre , à la
perfuafion de Mercure ; en effet Jupiter
& Venus doivent honorer de leur pre-
Tence l'Hymen du Carnaval & de la Folie .
Le Théatre repréfente au premier Acte
un Bois fleuri confacré à la Jeuneffe . Le
Carnaval partage fon coeur entre Bacchus
& l'Amour, & les prie tous deux de le
rendre heureux.
Momus exilé des Cieux , vient chercher
un azile chez le Carnaval , avec qui on le
fuppofe uni depuis long- temps . Le Carnaval
lui apprend qu'il aime la Folie , fille
"de Plutus , & de la Jeuneffe ; Momus applaudit
à fon choix ironiquement.
Plutus & la Jeuneffe amenent la pre
miere Fête de cet Acte ; le Théatre change
à la voix du Dieu des Richeffes : on
"voit un Palais magnifique s'élever , & les
Suivans de Plutus offrir leurs dons les plus
riches à la Jeuneffe. La Folie vient interrompre
la Fête. Elle fait connoître fon
mécontentement par ces Vers : ་
Ceffez , Jeux indifcrets , od manquoit la Folie ,
Qu'ici tout fe taiſe à ma voix ;
Je ne veux point fouffrir de Fête où l'on m'oublis;
at l'on ne doit ici vivre que
fous mes Loix. Loix
.
JUILLET. 1730. 1625
Elle dit à Plutus & à la Jeuneffe , qui
s'offenfent de fon audace:
Je dois la vie à votre amour ; "
Mais ne me comptez pas fous votre obéïffance ;
L'honneur de m'avoir mife au jour ,
Vous paye affez de ma naiffance.
Plutus & la Jeuneffe , pour l'appailer ,
font prêts à fe retirer ; elle les arrête en
leur difant que leur obéïffance lui fuffit,
& elle ranime la Fête par ces Vers .
Que votre regne recommence ;
r
Revenez, doux plaifirs , plaifirs , revenez tous ;
Mais revenez encor plus doux :
Vous languiffiez fans moi,brillez par ma preſence.
Après cette Fête qui eft encore plus
brillante que la premiere. Le Carnaval
prie Plutus & la Juneffe de confentir à
fon Hymen avec leur fille; ils lui font une
réponſe favorable ; il fe tourne vers la Folie
pour s'en applaudir avec elle , mais il
ne la trouve plus le confentement des
Auteurs de fa naiffance la fait difparoître.
Le Carnaval attribue cette fuite à fa pudeur
, & la va chercher pour faire écla
ter la joye à les yeux.
:
Au fecond Acte , le Théatre repréfente
une Campagne fertile. On voit fur le devant
d'un des côtez le Fleuve Lethé en-
Giij dormi
1626 MERCURE DE FRANCE
dormi für fon Urne , la Mer , & c . Le Carnaval
, rempli d'efperance , commence
l'Acte par ces Vers :
Sous les loix de l'Hymen je me range fans peine
Mon coeur y trouve des appas
Dieu du vin , n'en murmure pas ;
Tu dois t'applaudir de ma chaîne.
Les doux plaifirs qu'il prépare pour moi ,
Mettront le comble à ta victoire ;
Les fruits de mon Hymen ne naîtront que pour
toi ;
Bacchus , je les vouë à ta gloire.
La feconde Scene fait voir que le Carnaval
n'a point vû la Folie depuis la bruf
que difparition ; elle lui déclare qu'il ne
doit plus compter fur fon Hymen depuis
que Plutus & la Jeuneffe y ont donné un
plein confentement ; elle s'explique ainfi :
•
Non , non ; apprenez une fois
A connoître mieux la Folie ;
Je ne fuis point foumise aux loix
De ceux qui m'ont donné la vie :
Le contraire de leur envie ›
Détermine toûjours mon choix .
Non , non ; & c.
Cette Scene a paru très-brillante de la
de la Folie ; on ne doute point que part
l'AuJUILLET
. 1730. 1627
l'Auteur n'eût donné les mêmes gracesau
Carnaval ; mais par malheur ce Dieu des
Ris eft Amant & Amant maltraité , ce,
qui ne s'accorde pas avec fon caractere
qui ne doit refpirer que la joye . Il veut,
guérir de fon amour , la Folie lui confeille
de boire de l'eau fecourable du Lethé ; let
Carnaval veut mettre tout l'efpace des
Mers entre elle & lui , pour la mieux oublier.
La Folie y met obftacle pour n'avoir
pas la honte de fe voir quitter . Voici
comme elle s'exprime.
Ah ! n'ayons pas l'affront que l'on me quitte
Neptune , tu me dois l'hommage des Mortels ;
C'estmoi qui par leurs mains ai dreffé tes Autels;
Refufe ton Onde à fa fuite.
La Mer fe fouleve ; une troupe de Matelots
defcend d'un Vaiffeau échoué , ils
font vou de ne jamais fe rembarquer ; le
Fleuve Lethe leur offre le fecours de.
fes eaux pour leur faire oublier leur malheur.
A peine en ont - ils bû , qu'ils difent:
Embarquons -nous ; tout rit à nos defirs ;
Le vent propice nous feconde :
La Fortune & tous les plaiſirs ,
Nous attendent au bout du monde.
Prêts à fe rembarquer , la Folie vient
G iiij
les
1628 MERCURE DE FRANCE
les arrêter ; elle les accufe
d'ingratitude
& exige leurs hommages , pour prix des
biens dont elle feule leur tracel'image
ce qui donne lieu à une très-brillante Fête,
Jaquelle finie , le Carnaval veut fe réconcilier
avec la Folie & lui dit :
11 eft tems qu'à mes feux votre caprice cede ;
Commencez mes plaiſirs & terminez mes maux
La Folie lui répond :
Je vous laiffe avec le remede ;
Yos yeux vous ont appris le pouvoir de ces eaux.
Le Carnaval veut fuivre le confeil qu'elle
lui donne ; mais il croit que le vin lui
fera d'un plus grand fecours que les eaux
de Lethé. Il finit l'Acte par cette Chanfon
à boire , qui a fait beaucoup de plaifir.
Eteins mes feux , brife mes chaînes ;
Dieu du vin , guéris ma langueur.
Verfe à longs traits ta charmante liqueur ;
Et pour me venger de ma peine ,
Vien noyer l'Amour dans mon coeur.
Le troifiéme Acte a toûjours été applau
di , fur tout dans la Fête du Profeffeur de
Folie , qui paroît toûjours nouvelle , quoiqu'on
l'ait fouvent détachée de ce Balet
pour fervir d'ornement à d'autres.
Momus
JUILLET. 1730 , 1629
Momus ouvre la Scene & fait entendre
que rien ne peut éteindre l'amour du Carnaval
pour la Folie ; fon ami l'ayant prić
de le réconcilier avec elle ; il veut fe divertir
de cet emploi.
La Folie arrive ; Momus fe plaint à elle
de fa rigueur envers fon ami ; il lui fait
entendre que fon chagrin le rend mécon--
noiffable : la Folie fe rit du chagrin du
Carnaval , & loin de le plaindre , elle dite
Ah ! s'il en perdoit la raifon ,,
Que je le trouverois aimable !
Momus change de batterie & dit à la
Folie , que s'il l'avoit trouvée plus fenfible
à l'amour du Carnaval , il fe feroit
bien gardé de lui déclarer qu'il ne l'aime
plus . Ce menfonge lui réüffit ; la Folic
ne peut fouffrir fans dépit que fon Amant
fe foit guéri de fa paffion ; elle jette fa
marotte , comme étant devenue un ornement
inutile entre fes mains ; Momus la
ramaffe pour s'en fervir dans une nouvelle
malice qu'il médite ; cependant tou--
ché du chagrin de la Folie , qui s'eft jettée
fur un lit de verdure , il appelle fa
joyeuſe Bande qui compofe l'aimable Fête
dont on vient de parler. Le Choeur chante
ces Vers adreffez à la Folie,
Craignez de vous faire ; ›
Gy Um
1630 MERCURE DE FRANCE
Un trifte deftin :
Si vous voulez plaire ,
Chaffez le chagrin ;
Dès que l'on s'y livre,
On perd fes appas ;
Eh ! qui voudroit ſuivre ,
Deformais vos pas ?
Eft -il doux de vivre ,
Quand on ne plaît pas ?
La crainte de perdre fes attraits , fi naturelle
à fon fexe , oblige la Folie à reprendre
fa belle humeur ; elle égaye la Fête
. Le Profeffeur de Folie enfeigne à chanter
, à danfer & à rimer. Ces trois Actes
de Folie font compris dans ces deux Vers :
Cantate , ballate , rimate :
E della pazzia la perfettione .
La Folie ordonne à fa Suite de tranf
porter ces Chants & ces Danfes en quelqu'autre
lieu ; elle marche à la tête de ſa
riante Troupe ; Momus fait accroire au
Carnaval qu'il l'a fupplanté dans le coeur
de la Folie , & le prouve par fa marotte
qu'elle a mife entre les mains. Le Carnaval
s'abandonne à fa fureur. Il conjure le
Dieu des Frimats de le venger ; voici fur
quoi il fonde fa demande :
Toi, fombre & trifte Hyver, Divinité paillante
Siv
JUILLET. 1730. 1631
Si jamais fur tes pas j'ai conduit les plaifirs ,
Si par mes foins ton Regne enchante ,
Plus que le Regne heureux de Flore & des Zéphirs,
Reconnois mes faveurs au gré de mes dèfirs ;
Rends aujourd'hui ma vengeance éclatante.
Volez , rapides Aquilons ' ;
Faites fur ce Palais les effets de la foudre ,
Qu'il fe brife , qu'il tombe en poudre , &c.
. Les vents brifent le Palais.
و
Au quatriéme & dernier Acte , la Folie's'applaudit
du ravage des Aquilons ,
qui lui prouve que le Carnaval l'aime encore
puifqu'il fe venge . Le Carnaval ,
après quelques tranfports de colere , fait
de tendres reproches à la Folie , elle s'affoupit
par degrez à ces douces plaintes, &
fe jette fur un lit de gafon , en difant au
Carnaval :
Plaignez toûjours ainfi la rigueur de vos maux ;
Non ; le fommeil n'a point de fi puiffans pavots ;
C'eſt vainement que mes yeux s'en deffendent ; 1
Les Aquilons m'ont ôté le repos ;
Vos tendres plaintes me le rendent.
Cette infultante plaifanterie redouble
la fureur du Carnaval ; la Folie lui ré
pond fur le même ton :
G vj
Pour1632
MERCURE DE FRANCE
Pourquoi m'éveillez -vous ? contraignez vos mur
mures ,
Refpectez le repos que vous m'avez donné..
Momus vient ; le Carnaval dit à la Folie
que c'eft- là le Rival qu'elle lui prefere.
La Folie arrache à Momus le Sceptre qu'il
lui a pris par furprife dans l'Acte préce
dent. Momus avoue fa petite tracafferic
par cès Vers :
Je vous ai trompez l'un & l'autre :
Mais c'eft affez jouir de fon trouble & du vôtre..
Nous n'avons plus de regrets à former ,.
Et chacun a fuivi le penchant qui l'inſpire ;
Le vôtre étoit de vous aimer ;
Le mien étoit d'en rire.
;
Plutus & la Jeuneffe viennent dénouer
la Piece : ils témoignent leur colere fun
le ravage des Aquilons par ce Duo :-
Dieu cruel , fuyez de ces lieux ;
N'êtes-vous pas content de cet affreux ravage.
Fuyez , n'offrez plus à nos yeux ,
Un ennemi qui nous outrage , &c.
La Folie voyant qu'ils ne veulent plus
fon Hymen avec le Carnaval , leur dit
qu'elle le veut , & explique ainsi le motif.
de fa nouvelle volonté : .
i
Pour
JUILLET. 1730. 1638.
Pour couronner ſa flâme ,
Et trouver nos liens charmans ,
Voilà les fentimens ,
Où j'attendois votre ame.
Jupiter & Venus viennent par l'ordre
du Deftin , celebrer l'Hymen du Carnaval
& de la Folie. En faveur de cet Hy--
men Momus obtient fon rappel dans les
Cieux , à condition qu'il contraindra fon
humeur fatyrique ; Momus le promet par
ce dernier trait de fatyre :
La Fête & leur Hymen font fi dignes de vous ;
Le moyen d'en médire .
1
Le fuccès de ce Balet s'accroît de jour en
jour & n'a jamais été fi éclatant , la maniere
dont il eft executé n'y contribue pas
peu ; cela n'empêche pas qu'on ne rende
juftice au Poëme & à la Mufique ; l'ef
prit brille dans le premier , un agréable
amuſement y tient lieu d'interêt. Pour la
Mufique on là trouve d'une legereté charmante
& d'un gout exquis .
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Résumé : Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la pièce de théâtre 'Le Carnaval et la Folie', une comédie-ballet créée par M. de la Motte pour les paroles et M. Destouches pour la musique. La pièce a été représentée pour la première fois le 3 janvier 1704 et reprise en mai 1719, rencontrant un grand succès auprès du public qui a apprécié autant le poème que la musique. Le prologue se déroule dans les cieux, où les dieux célèbrent une fête. Jupiter et Vénus invitent les dieux à la joie, tandis que Momus, chargé de la censure, est réduit au silence par Jupiter. Mercure propose aux dieux de chercher de nouveaux plaisirs sur terre, où il leur a préparé de nouvelles conquêtes. Momus, malgré l'ordre de Jupiter, continue de critiquer, ce qui conduit à son exil. La pièce commence avec le Carnaval partagé entre Bacchus et l'Amour. Momus, exilé des cieux, trouve refuge auprès du Carnaval. La Folie, fille de Plutus et de la Jeunesse, interrompt une fête organisée par ses parents pour affirmer son désir de régner seule. Après une seconde fête plus brillante, le Carnaval demande la main de la Folie, mais celle-ci disparaît. Dans le second acte, le Carnaval, espérant toujours son union avec la Folie, est déçu par sa disparition. La Folie lui explique qu'elle n'est soumise à aucune loi et lui conseille de boire de l'eau du Léthé pour oublier son amour. Elle empêche ensuite des matelots de se rembarquer après qu'ils ont bu de cette eau. Le Carnaval termine l'acte par une chanson à boire. Le troisième acte est marqué par une fête de la Folie, où Momus tente de réconcilier le Carnaval et la Folie. La Folie, après avoir été égayée par la crainte de perdre ses attraits, ordonne à sa suite de transporter les chants et danses ailleurs. Momus trompe le Carnaval en lui faisant croire que la Folie l'a supplanté. Furieux, le Carnaval conjure l'hiver de le venger, ce qui conduit à la destruction d'un palais par les vents. Dans le quatrième acte, la Folie se réjouit de la vengeance du Carnaval. Après des reproches tendres, elle feint de dormir. Momus avoue sa tromperie. Plutus et la Jeunesse expriment leur colère contre le ravage des aquilons. La Folie affirme vouloir l'hymen avec le Carnaval. Jupiter et Vénus célèbrent finalement cet hymen, et Momus obtient son rappel dans les cieux à condition de modérer son humour satirique. Le succès de la pièce continue de croître, avec des éloges pour le poème et la musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4494
p. 126-138
LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Début :
Il me semble qu'une nouvelle Piéce de Vers, de nouvelle / Heureux qui près du feu peut avoir des pincettes ! [...]
Mots clefs :
Pincettes, Honneur, Serrurier, Amis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Il me femble qu'une nouvelle
Piéce de Vers , de nouvelle création
, mais de bonne main , ne
déplaîroit pas à mon Lecteur ;
j'ai ce qui lui convient . Le pere
du Cerceau dontle nom feul fait
l'éloge , voudra bien me permettre
que j'infere ici le joli
morceau de Poëfie qu'on lui a
dérobé , & que j'en faffe part
au public.
MERCURE. 127
LES
PINCETTES
DEDIE'ES
AUX TISONNEURS.
H
Eureux qui près dufeu peut
avoir des pincettes !
On nepeut pas toûjours difcourir
, raisonner ,
Et même en raisonnant , on aime
݈ tifonner ,
Ne fut- ce que pour faire élever
des bluettes .
On peutfe paffer de manchétes,
Mais de pincettes , non ; je prétends
m'en donner ;
Et comme dans fa poche on porte
128 LE NOUVEAU
des lunettes ,
Auffipour l'avenir je me fais une
loy
De porter partout avec moi
Des pincettes dans mes bougettes.
Va chez mon Serrurier , Picard
va promptement ,
Commander de ma part des pincettes
de poches.
Turis de ce commandement ;
Il te furprend , mais viens , pauwore
ignorant , approche
Et pefe mon raisonnement.
Jaime à tifonner ,je l'avoue ,
C'est un plaifir innocent &
permis ,
Qu'on me le paffe , ainsi qu'aux
autres , fél'alloue
Maisje ne veuxpoint être àcharge.
à mes
MERCURE. 129
à mes amis.
Fen ai grand nombre , tous gens
d'honneur , de mérite ;
Ei qui tous , comme moi, tifonnent
volontiers.
Or quand à tel d'entr'cuxje vais
rendre vifite ,
Tous deux auprés du feu les pincettes
entieres ,
Il s'en faifit d'abord , & plus il
ne les quitte.
Irai-je à ton avis fur cela le plaider
?
Le prier de me les céder ,
La Requêteferoit incivile , illicite,
Jamais il n'y confentiroit ;
C'eft fa pallion favorite ,
Etjefuis entre nous , fûr qu'il me
livreroit
Plutoft jufques à fa marmite.
Fanvier 1717.
N
130
LE NOUVEAU
Il mefaut donc, Picard , dévorer
le chagrin ,
De lui voir tout le tems les pincettes
en main.
Il s'en prévaut , il s'en efcrime
,
Et par bravade quelquefois ,
Les fait claquer entre fes doigts ,
Fene dispas que cefoit un grand
crime.
Et même il en a droit, mais j'enrage
pourtant ,
De ne pouvoir en faire autant
.
Pour fauver mon honneur du
moins avec ma canne
Fe remue un chenet , on je pouſſe
un tifon
Mais tout cela,pauvre chicane,
La pincette triomphe & toûjours
MERCURE. 13
a raison:
Une canne , en effet , même des
A plus brillantes ,
Entre- t-elle en comparaison
Avet despincettes mordantes,
Qui de tout le foyer dominent l'ho
rifon.
Reduit a me chauffer , ilfaut que
je demeure
Les bras croifez , comme un
homme perclus i
Sibien qu'aprés moins d'un
quart d'heure ,
Fe fors , n'en pouvant pref
que plus.
Dj Toi- même , rend moijufice.
N'ai-je pas doublement àſouffrir
en cepoint ,
Je le vois tifonner& ne tifonne
Nij
132 LE NOUVEAU .
point.
Ah, Picard, le cruelfupplice !
Lui , cependant pour m'amufer
,
Me tient force difcours , me
conte desfornettes ;
Mais je n'écoute point , jele laiße
jafer ,
Etje nepenfe qu'aux pincettes ;
Je ne difconviens pas que le feu
ne foit bon,
Maisjefens qu'ily manque encore
quelque façon,
Je trepigne , & fur pied je féche
de colere
De voir à mes yeux un tifon ,
Quipeut-êtrefait bien, mais qui
pourroitmieuxfaire .
Tantoft un des chenets paroift trop
écarté
MERCURE. 133
Ou la bûche n'eft pas mife du bon
Sv14 - côté;
f-
Lefeu n'est pas dreffé dans les bonnes
methodes.
Il chauffe ici la plaque & là les
Antipodes3
Unpeu trop ou trop peu de
Jour
Egalement nuit tour à tour.
Ce font là des délicateffes,
D'accord & l'on fe peut chauffer
fans tant defoins
Fai tort d'y rechercher tant d'art
& de fineßes ,
Mais tel que je fuis fait , on n'en
fouffre pas moins.
Et dequoi s'agit- il, pour m'ôter
cette épine ?
D'avoir des pincettes à moi ,
Ob,j'en aurai,je t'en donne
Ń iij
134 LE NOUVEAU
ma foi.
Mais j'ai bien autre chofe encore
que j'imagine,
Et qui de tout le mal va couper la
racine,
De pincettes , Picard , dans mon
Appartement
Fen'ai, tu le/çais bien ,jamais eu
qu'unepaire ,
Et quandon vient me voir , fans
autre compliment
Je m'enfaifis pour l'ordinaire .
C'est mon droit , je ne puis même
faire autrement ,
ཀ
tel
LesPincettes font mon aymant:
Cependant je fens bien
tout bas en gronde ,
que
Et dit entre fes dents : pefle du
tifonneur !
Je dis aufli tout bas : peſte du
MERCURE. 135
raisonneur !
Mais il faut deformais contenter
tout le monde.,
Et pour cela voici mon plan,
Je veux qu'à mes amis , & ceſoin
doit leur plaire ,
Comme on donne à chacunfonfiége
&fon écran
De pincettes auffi l'on preſente
une paire ;
Que chacun indifferemment,
Et fans que l'on s'en formalife
,
A droite, à gauche librement ,
Puiffe tifonner àfa guiſe.
Nous pouvons tenir fix autour de
mon foyer ,
Figure-toi nous voir tous avec des
pincettes,
Comme aves autant de ra-
Niiij
136 LE NOUVEAU
}
quettes
Sur les tifons nous égayer.
Souvent l'un défera tout ce qu'au
ra fait l'autre ,
Et je ne pense pas que l'on s'en
porte mieux ;
Vouspouffez mon tifon , moi je
pousse le vôtre,
Ce que vous trouvez bien me blef-
Se à moy lesyeux.
Tien , Picard , te feront des
charmes,
De nous voir efcrimer tousfix autour
du feu
Car nous ferons là tous avec égales
armes,
Les tifons danceront & tu verras
beaujeu.
Et comme ce fyflême eft excellent ,
je gage
MERCURE.: 137
Quepar tout ilfera bientôt mis
enufage ,
Maisj'en aurai l'honneur ; avant
moy nul mortel -
N'a jamais , que je fache, in
vente rien de tel.
Je veux que dans les obeminées
,
Six pincettes du moins bien conditionnées,
Trois de chaque côté figurent en
regard,
Chacune enfon croisant àpart.
L'utile fe rencontre ici joint an
commode
Mais je t'arrête trop, va vîte de
ce
pas,
Cours chez mon Serrurier , carje
ne voudrois pas
Que devant moi quelqu'autre en
138 LE NOUVEAU
amenat la mode.
Depincettes dis lui qu'ilfaut,
Qu'il ait à me livrer fix paires
au plutoft ;
Je dis fix fans compter les pincettes
de Ville ,
Vois ce que c'eft , Picard,que
d'être habile.
Piéce de Vers , de nouvelle création
, mais de bonne main , ne
déplaîroit pas à mon Lecteur ;
j'ai ce qui lui convient . Le pere
du Cerceau dontle nom feul fait
l'éloge , voudra bien me permettre
que j'infere ici le joli
morceau de Poëfie qu'on lui a
dérobé , & que j'en faffe part
au public.
MERCURE. 127
LES
PINCETTES
DEDIE'ES
AUX TISONNEURS.
H
Eureux qui près dufeu peut
avoir des pincettes !
On nepeut pas toûjours difcourir
, raisonner ,
Et même en raisonnant , on aime
݈ tifonner ,
Ne fut- ce que pour faire élever
des bluettes .
On peutfe paffer de manchétes,
Mais de pincettes , non ; je prétends
m'en donner ;
Et comme dans fa poche on porte
128 LE NOUVEAU
des lunettes ,
Auffipour l'avenir je me fais une
loy
De porter partout avec moi
Des pincettes dans mes bougettes.
Va chez mon Serrurier , Picard
va promptement ,
Commander de ma part des pincettes
de poches.
Turis de ce commandement ;
Il te furprend , mais viens , pauwore
ignorant , approche
Et pefe mon raisonnement.
Jaime à tifonner ,je l'avoue ,
C'est un plaifir innocent &
permis ,
Qu'on me le paffe , ainsi qu'aux
autres , fél'alloue
Maisje ne veuxpoint être àcharge.
à mes
MERCURE. 129
à mes amis.
Fen ai grand nombre , tous gens
d'honneur , de mérite ;
Ei qui tous , comme moi, tifonnent
volontiers.
Or quand à tel d'entr'cuxje vais
rendre vifite ,
Tous deux auprés du feu les pincettes
entieres ,
Il s'en faifit d'abord , & plus il
ne les quitte.
Irai-je à ton avis fur cela le plaider
?
Le prier de me les céder ,
La Requêteferoit incivile , illicite,
Jamais il n'y confentiroit ;
C'eft fa pallion favorite ,
Etjefuis entre nous , fûr qu'il me
livreroit
Plutoft jufques à fa marmite.
Fanvier 1717.
N
130
LE NOUVEAU
Il mefaut donc, Picard , dévorer
le chagrin ,
De lui voir tout le tems les pincettes
en main.
Il s'en prévaut , il s'en efcrime
,
Et par bravade quelquefois ,
Les fait claquer entre fes doigts ,
Fene dispas que cefoit un grand
crime.
Et même il en a droit, mais j'enrage
pourtant ,
De ne pouvoir en faire autant
.
Pour fauver mon honneur du
moins avec ma canne
Fe remue un chenet , on je pouſſe
un tifon
Mais tout cela,pauvre chicane,
La pincette triomphe & toûjours
MERCURE. 13
a raison:
Une canne , en effet , même des
A plus brillantes ,
Entre- t-elle en comparaison
Avet despincettes mordantes,
Qui de tout le foyer dominent l'ho
rifon.
Reduit a me chauffer , ilfaut que
je demeure
Les bras croifez , comme un
homme perclus i
Sibien qu'aprés moins d'un
quart d'heure ,
Fe fors , n'en pouvant pref
que plus.
Dj Toi- même , rend moijufice.
N'ai-je pas doublement àſouffrir
en cepoint ,
Je le vois tifonner& ne tifonne
Nij
132 LE NOUVEAU .
point.
Ah, Picard, le cruelfupplice !
Lui , cependant pour m'amufer
,
Me tient force difcours , me
conte desfornettes ;
Mais je n'écoute point , jele laiße
jafer ,
Etje nepenfe qu'aux pincettes ;
Je ne difconviens pas que le feu
ne foit bon,
Maisjefens qu'ily manque encore
quelque façon,
Je trepigne , & fur pied je féche
de colere
De voir à mes yeux un tifon ,
Quipeut-êtrefait bien, mais qui
pourroitmieuxfaire .
Tantoft un des chenets paroift trop
écarté
MERCURE. 133
Ou la bûche n'eft pas mife du bon
Sv14 - côté;
f-
Lefeu n'est pas dreffé dans les bonnes
methodes.
Il chauffe ici la plaque & là les
Antipodes3
Unpeu trop ou trop peu de
Jour
Egalement nuit tour à tour.
Ce font là des délicateffes,
D'accord & l'on fe peut chauffer
fans tant defoins
Fai tort d'y rechercher tant d'art
& de fineßes ,
Mais tel que je fuis fait , on n'en
fouffre pas moins.
Et dequoi s'agit- il, pour m'ôter
cette épine ?
D'avoir des pincettes à moi ,
Ob,j'en aurai,je t'en donne
Ń iij
134 LE NOUVEAU
ma foi.
Mais j'ai bien autre chofe encore
que j'imagine,
Et qui de tout le mal va couper la
racine,
De pincettes , Picard , dans mon
Appartement
Fen'ai, tu le/çais bien ,jamais eu
qu'unepaire ,
Et quandon vient me voir , fans
autre compliment
Je m'enfaifis pour l'ordinaire .
C'est mon droit , je ne puis même
faire autrement ,
ཀ
tel
LesPincettes font mon aymant:
Cependant je fens bien
tout bas en gronde ,
que
Et dit entre fes dents : pefle du
tifonneur !
Je dis aufli tout bas : peſte du
MERCURE. 135
raisonneur !
Mais il faut deformais contenter
tout le monde.,
Et pour cela voici mon plan,
Je veux qu'à mes amis , & ceſoin
doit leur plaire ,
Comme on donne à chacunfonfiége
&fon écran
De pincettes auffi l'on preſente
une paire ;
Que chacun indifferemment,
Et fans que l'on s'en formalife
,
A droite, à gauche librement ,
Puiffe tifonner àfa guiſe.
Nous pouvons tenir fix autour de
mon foyer ,
Figure-toi nous voir tous avec des
pincettes,
Comme aves autant de ra-
Niiij
136 LE NOUVEAU
}
quettes
Sur les tifons nous égayer.
Souvent l'un défera tout ce qu'au
ra fait l'autre ,
Et je ne pense pas que l'on s'en
porte mieux ;
Vouspouffez mon tifon , moi je
pousse le vôtre,
Ce que vous trouvez bien me blef-
Se à moy lesyeux.
Tien , Picard , te feront des
charmes,
De nous voir efcrimer tousfix autour
du feu
Car nous ferons là tous avec égales
armes,
Les tifons danceront & tu verras
beaujeu.
Et comme ce fyflême eft excellent ,
je gage
MERCURE.: 137
Quepar tout ilfera bientôt mis
enufage ,
Maisj'en aurai l'honneur ; avant
moy nul mortel -
N'a jamais , que je fache, in
vente rien de tel.
Je veux que dans les obeminées
,
Six pincettes du moins bien conditionnées,
Trois de chaque côté figurent en
regard,
Chacune enfon croisant àpart.
L'utile fe rencontre ici joint an
commode
Mais je t'arrête trop, va vîte de
ce
pas,
Cours chez mon Serrurier , carje
ne voudrois pas
Que devant moi quelqu'autre en
138 LE NOUVEAU
amenat la mode.
Depincettes dis lui qu'ilfaut,
Qu'il ait à me livrer fix paires
au plutoft ;
Je dis fix fans compter les pincettes
de Ville ,
Vois ce que c'eft , Picard,que
d'être habile.
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4495
p. 150-174
LETTRE A M. DE .... PAR Mr L'ABBÉ LA FARGUE.
Début :
J'ai beau vouloir écarter les Morceaux de Litterature de mon / MONSIEUR, Vous me priés de vous apprendre ce que je pense [...]
Mots clefs :
Abbé Archimbaud, Auteurs, Recueil, Écrivains, Pièces fugitive, Littérature, Critique, Henry IV, Mémoires, Louis le Grand, Héros, Oraison funèbre, Journaliste, Parlement, Gloire, Discours, Trône d'Angleterre, Charles Quint, Philippe II, Monarques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. DE .... PAR Mr L'ABBÉ LA FARGUE.
J'ai beau vouloir écarter les Morceaux
de Litterature de mon Journal
, ils fe préfentent fous ma main
en dépit que j'en aye. Je n'ai pû
cependant me refufer à renvoyer
à l'autre mois , les Réfléxions Critiques
fur un nouveau Recueil de
Piéces fugitives d'Hiftoire & de
Litterature par Mr l'Abbé Archimbaud.
J'ai cru qu'elles interrefſſeroient
du moins autant le Lecteur,
que ſi je metrois fi à la place des nouvelles
incertaines.
D'AVRIL.
ISI
LETTRE
A M. DE .....
PAR ME L'ABBE' LA FARGUE.
MONSIEUR ,
Vous me priés de vous apprendre
ce que je penfe d'un nouveau
Recueil de Piéces fugitives d'Hiftoire
, de Litterature & c. , qui paroît
depuis quelque tems. Je vous dirai
d'abord que M. l'Abbé Archimbaud ,
qui en eft l'Auteur , eft un homme
qui a beaucoup d'efprit & d'érudition.
Il s'eft appliqué avec fuccés
pendant plufieures ann'es à l'étude
des belles Lettres, dans une des plus
Sçavantes Ecoles de l'Univers , où
il s'eft rempli des plus belles connoiffances
des meilleurs Auteurs
d'Athénes & de Rome. Le Public
qui commence à profiter du fruit
de fes veilles , efpére qu'il continuë
152
LE MERCURE
ra à s'employer auffi utilement , &
qu'il fe diftinguera dans un genre
d'écrire , qui demande tant d'application
& de foin. Il lui reviendra
d'autant plus de gloire de fon travail,
que la carriere qu'il entreprend ,
eft épineufe , furtout dans le commencemcent
; & que le plus diffi–
cile de tous les Ouvrages eft celui
d'écrire pour le Public. Il y a de fort
bonnes choſes dans fon Effai
quoique tout n'y foit pas également
travaillé. Vous en jugerez vousmême
par les endroits que je vais
vous rapporter , pour en montrer
le peu de jufteffe , ou pour en relever
le prix.
Le titre que Mr l'Abbé Archimbaud
a donné à fon Recueil , ne
fait pas affés d'honneur aux Auteurs
dont il extrait , ou dont il rapporte
les Ouvrages. Il y a peu d'Ecrivains
qui ne fe flattent de revivre dans
leurs Ecrits , jufqu'à la fin des fié.
cles ; & c'eft une chofe bien humiliante
pour eux , qu'on appelle fugitives,
des Piéces qu'ils regardoient ,
D'AVRIL
.
153
comme Horace , plus durables que
l'Airain. J'ajoûterai en faveur du
Journaliste,que quelques-uns jugent
que ce titre n'eft pas affés intereffant
pour lui ; prétendans que s'il
n'a à préfenter au Public que des
Piéces fugitives , ils ne doivent pas
fort s'empreffer de lire fon Recueil.
Je ne fuis pas plus content de
l'execution que du titre . Je n'y trouve
ni affés d'ordre , ni affés de jufteffe
: Et je noconçois pas comment
l'Abbé Archimbaud peut mettre au
nombre des Piéces fugitives , le
SPICILEGIUM ens volumes in folio
du R. Pere Marcéne , & l'Antiquité
expliquée & repréfentée en figures
parle R. Pere de Montfaucon, auffi
en s. volumes in folio , Ouvrages
qui n'ont point encore parû. A la
bonne-heure qu'il ait averti le Public
des Canons de la nouvelle invention
de Mr Thomas : ils lui ont
paru fi legers , qu'il a crû pouvoir
leur donner rang parmi des Piéces
fugitives.
Le Journaliſte me répondra ,
154 LE MERCURE
que pour ce qui regarde ces 10 Volumes
in-folio , je lui fais un reproche
fort injufte ; Que fon Ouvrage
comprend deux Parties , l'une in-
,, titulée ,Recueil de Piéces fugitives
""
و د
وو
d'Hiftoire , de Littérature &c.&
l'autre deux fois prefque auffi
longue que la premiere , & fous un
nouveau Titre Nouvelles Litteraires
; & qu'il ne parle des
Ouvrages de ces RR . PP . que
dans la feconde Partie , où il ne s'agit
point de Piéces Fugitives , mais
feulement de Nouvelles Litteraires.
J'avoue que fa Réporfe eft
bonne , mais que dira -t-il à ma replique
: Son Titre n'eſt donc pas jute
puifque de deux Parties que
contient fon Recueil , il ne renferme
que
la plus petite ; mais
voyons un peu comment il a exécuté
fon deffein .
Vous croiriez Mr , trouver, d'abord
au commencement de fon
Recueil , quelque chofe qui regarde
l'Hiftoire , comme le Titre femble
le demander ; point du tout. Le
•
D'AVRIL. 155
Nouveau Journaliſte a une méthode
toute nouvelle. La premiere Piéce
qu'il rapore , eft un petit Ouvrage
qu'il appelle Méthaphifique,
fait par un Solitaire : Pour le fujet
de cette Piéce Métaphilique &
Fugitive , le voici . ,, Raifonnemens
fur l'Eternité de bonheur ou de
malheur après la mort, & les Ca.
racteres de la vraie Religion.
Après quelques remarques fur les
Ecrits de Suetône , qui font la 2e
Piéce Fugitive, voici le fujet de la 3º.
,, Ordre qu'on doit garder dans l'étude
du Droit Canonique Fran-
..
""
31
"
39
çois. Vous la placerés parmi les
Piéces d'Hiftoire, de Litterature & c.
comme il vous plaira. Enfin la 4º
& derniere Piéce Fugitive , eft une
Lettre écrite de Rouen , dans laquelle
en onze pages on trouve 15 .
fujets différents , diftinguez feulement
par des pieds de mouche. Il
y eft traité de la naiffance de Socrate,
d'un Lae qui eft dans le Duché de
Vendôme, de la Comparaiſon faire
par un Prédicateur , d'un Chrêtien
156
LE MERCURE
lc
avec un Sculpteur, de la Généalogie
de Diogène , d'un Panier de Figues
donné à S. Macaire , &c. Enfin cette
derniere Piéce fugitive finit par
dernier Conte joyeux que Luther
dit avant fa mort. Le deffein du
Journaliſte ne vous paroît-il pas dignement
rempli : Pour moi j'en fuis
fi content , que je ne puis m'empêcher
de vous marquer combien je
fuis indigné contre Mr l'Abbé ***
D. D. S. qui a ofé dire en parlant
du nouveau Recueil , que c'étoit
un riche galimatias de riens. N'at'il
pas bonne grace , Mr le Docteur,
de traitter ainfi le précieux affemblage
de ces belles & curieufes Piéces
fugitives , que nous devons aux
veilles affidues de Mr l'Abbé Archimbaud
Pallons maintenant à
fes nouvelles Litteraires , & voyons
fi l'Auteur s'y foûtient avec dignité
: Un feul trait fuffira pour vous
donner une idée du prix de fon ouvrage
. En voici un auquel il s'eft
particulierement attaché. C'est au
fujet de la réponse que je fis il y a
huic
D'AVRIL
157
huit mois , à la Critique que Mc
Guerin Régent de Réthorique au
College de Beauvais avoit faite de
l'Eloge Funèbre de Louis le Grand ,
prononcé par le Rd Pere Porée :
Vous allezjuger de la profonde con
noiffance qu'a de l'Hiftoire nôtre,
Journaliſte , & de la délicateffe
de fon goût fur la Critique.
Il me reproche d'abord d'avoir extenué
les plus grands exploitsd'HenryIV.&
de n'avoir point jugé cePrince
digne de mes éloges. J'ai raconté
toutes les actions mémorables de ce
Monarque,depuis la mort d'Henry
III. jufqu'à fon Couronnement, fans
en cacher aucune , ni fans en diminuer
le prix ; marquant avec fidelité
fur les Mémoires de M.de Mezeray,
toutesles circonstances glorieufes qui
en peuvent relever le mérite,& faire
le plus d'honneur à ce Conquerant.
Je n'ai point parlé des victoires qu'il
remporta à Coutras & à Fontaine-
Françoife , comme femble me le reprocher
M. Archimbaud ; parce
qu'elles n'entroient pas dans mon
Avril, 1717.
158 LE MERCURE
و د
fujet , ayant entrepris de prouver
feulement que Louis XIV. avoit fait
des actions plus mémorables , pour.
étendre les Frontieres de fonRoyaume
, qu'Henry IV. pour parvenir au
Trône.Or la bataille de Coutras fut
gagnée fous Henry III . & la journée
de Fontaine - Françoife n'arriva que
plus d'un an après qu'Henry IV. eût
été couronné & reçû au Parlement.
Je vous prie de voir en quels termes
j'ay parlé de ce Prince. ,,Ce Fameux
Guerrier eft digne de nos éloges
,, & de nôtre admiration. Les fiécles
,, à venir entendront parler avec
,, furpriſe de fes grands Exploits..
Le Journaliſte peut-il dire avec fincerité,
que je n'ay pas jugé ce Grand
Roy , digne de mes éloges. Il eft
vrai que j'ay ajoûté après cela ,
,, Que la Pofterité l'auroit regardé ,
» comme un Heros incomparable ,
s'il n'eût laiffé un Petit- Fils qui l'a
,, furpaffé. Mais Louis le Grand
eft-il donc fi petit aux yeux de M
Archimbaud , que je ne puiffe pas
avoir placé Henry IV après ce He-
Tos , fans Panéantir.
و و
DAVRIL.
159
Il en eft de la valeur comme de la
fcience.L'une &l'autre ont differens
dégrez compatibles en differens fujets
; & comme l'on ne fletrit point
Quintilien , en difant que Ciceron
eft un plus grand Auteur que lui ; il
eft clair qu'on ne fait point de tort à.
Henry IV. quand on avance que
Louis XIV. eft un plus grand Heros.
Lorfque l'Ecriture Sainte a dit qu'il
n'y eût jamais de Roy femblable à
Salomon, elle n'a point fait de tache
au mérite de David, le même Texte
nous aprenant que Dieu combla de
fes faveurs Salomon , à caufe de la
pieté de fon Pere. Je puis donc avoir
dit fans indifcretion , que quelque
haute qu'ait été la valeur d'Henry
IV?Louis le Grand l'a furpaffé. Le
parallele que j'ay fait de ces deux
Princes qui ont fait la Gloire de
l'Empire François , fert de preuve 2
la préference que j'ay foûtenuë en
faveur de Louis le Grand , pour défendre
celle que lui donne le R.
Pere Porée , & qui avoit d'abord
furpris Mr Guerin .
O ij
160 LE MERCURE
J'ajoûterai que le langage que j'ay
tenu en parlant de la forte, n'est pas
nouveau. L'on trouve que long- tems
avant moi, M. Flechier, M. Boffuet
Evêque de Meaux,M . Huet Evêque
d'Avranches , & M. l'Abbé Talleman
ont élevé Louis XIV . au deffus
de tous les Monarques qui l'ont
précedé. Et M. de la Motte que
I'Abbé Archimbaud dit s'être expliqué
modeftement au ſujet de
la fuperiorité que ce
Monarque
a eûë fur les anciens Heros ,
l'appelle le plus Grand des Rois, Six
lignes après l'endroit que le Journalifte
a cité de fon Eloge Funebre, M.
l'Abbé Mongin qui le met au deffus
de Cefar dans fon Oraifon Funebre,
dit que , la verité ne donna jamais
,, de louanges plus finceres , que
l'Eloquence & la Poëfie n'en
fournirent jamais de plus inge-
,, nieufes , & que l'admiration n'en
produifit jamais de plus fublimes ,
que celles que Meffieurs de l'Aca-
» demie Françoife ont confacrées
pendantplus de cinquante ans , à
,, la gloire de ce Heros .
"
>>
و ر
, د
و د
"
D'AVRIL. 151
Je remarquerai en paffant que le
Journaliste ne fe fuit pas , lors qu'il
dit que le P. Porée n'a fait qu'indiquer
la fuperiorité de Louis XIV.
fur fon Ayeul, ayant dit ailleurs ,, que
» cet Orateur a donné tout l'avan-
" tage à Loüis fur Henry IV . com-
» me s'il etoit plus glorieux d'aug-
» menter un Royaume , que de le
conquerir .
وو
Il me reproche en fecond lieu d'a.
voir dit mal à propos , qu'Henri
IV. à la veue du peu de fuccés
de fes entrepriſes , fe feroit embarqué
pour fe retirer en Angleterre ,
file Maréchal de Biron ne l'en
avoit empêché. Il dit lu deßus ,
qu'il n'a jamais rien lû , ni même
rien d'approchant, d'Henry le Grand,
& qu'il croit que je fuis le prémier
Auteur qui ait attribué un pareil trait.
de Pufillanimité à ce Prince.
Je
demande d'abord avant que
de repondre à fon objection , fi on.
doit appeller
pufillaminité , la conduite
d'un Guerrier , qui fe croiant
dans l'impuiflance
de faire réuflir
O jii
162 LE MERCURE
fes entrepriſes , juge qu'il doit fe
dérober à l'orage de fon infortune.
Perfonne ne s'eft avifé jufqu'icy
d'appeller Pufillanime, ceRoy d'Ifrael
qui fortit de fa Capitale, pour
échaper à la fureur d'un fils , q'-
une folle ambition avoit armé contre
lui : Ny ce Pieux Roy d'Angleterre
à qui la France a fervi d'azile ,
fous le Regne de Louis le Grand.
Je prie maintenant Mr le Journalifte
, qui me croit le premier Auteur
de ce que j'ay avancé fur le
deffein qu'avoit Henry IV. de fe
fauver enAngletere , fi Mr de Biron
ne l'en eut empêché , je le prie
de lire le commencement du 7e Tôme
de Mezeray. Il y trouvera tout
du long ce que j'ay avancé. Je m'en
vais vous rapporter l'endroit ,, Le
و و
29
Parlement quife tenoit alors à
Tours,fut fi effrayé , ayant appris
la fâcheufe fituation des affaires
d'Henry IV. qu'il lui fit propofer
d'affocier à la Couronne le
,, vieux Cardinal de Bourbon ,
qui avoit pris le nom de Char-
و د
و د
و د
*
D'AVRIL. 163
»
les X. Le Roy lui même épouvanté
& appréhendant que les
Barques qui defcendoient de
» Rouen , & que les Vaiffeaux que
"
le Duc de Parme preparoit à
» Dunkerque , ne l'inveftiffent par
" Mer , auffi bien qu'il l'étoit par
.. Terre , mit en déliberation s'il
" devoit fe fauver en Angleterre,
» La pluralité des voix l'eut em-
» porté de ce côté là , files hardies
remontrances du Maréchal
» de Biron , n'euffent fait rejet-
» ter ce lâche Confeil. Dès- là
que j'avois avancé dans ma réponfe
, avoir pris dans Mezeray tout
ce que je difois d'Henry IV. M
Archimbaud n'auroit - il pas plûtôt
dû lire cet Hiftorien d'un bout à
l'autre , que de s'expofer à me faire
une Objection fans fondement .
Je ne m'arrête pas encore à ce
qu'il dit de la fuperiorité que j'ay
auffi accordée à Louis XIV . fur
David, dans la premiéreOraifon Funebre
que j'ay prononcée à la Gloire
de ce Monarque. La raifon que
164
LE MERCURE
j'ay eüe de lui donner en quelque
chofe une espece de préference fur
ce Roy d'Ifraël , eft clairement démontrée
dans mon difcours. Paflons
donc à fon troifiéme & dernier reproche
, & recevons de lui de nouveaux
éclairciffements fur l'Hiftoire.
Mr Archimbaud ayant lû dans
l'Apologie que j'ay faite duDifcours
du P. Porèe , qu'Edouard VIII
d'Angleterre difoit qu'il craignoit
plus Charles - Quint dans fon Cabinet
, que tous les plus grands
Capitaines de l'Europe, à la tête des
plus nombreuſes Légions , demande
avec gentilleffe ,, Qu'est - ce que·
,. cet Edouard VIII . il n'y a eû
» que fix Edouards fur le Thrône
>>
d'Angleterre Pendant tout le
,, Régne du dernier , ou peu s'en.
faut , Charles - Quint étoit dans
fa Retraite de S. Juft, où il n'é-.
» toit pas fort à craindre ; & quand
,, M' la Fargue a fait ôter VIII.
dans l'érrata , pour mettre à la
place , Edouard Roy d'Angleter-
22
Ja
D'AVRIL. 165
• re , il n'a pas eu plus de raiſon
il devoit avoir mis Henry VIII. &
c'est ici qu'il a lâché un trait de
politeffe , que je veux bien, pour
l'amour de lui , ne pas rapeller.
Il avance trois chofes , comme
vous voyez ; fçavoir, qu'il n'y a cu
que fix Edouards fur le Trône
d'Angleterre ; que Charles - Quint
étoit à S. Jult , pendant le Régne
du dernier Edouard ; & que je de
vois avoir appliqué à Henry VIII.
ce qu'il prétend que j'ay attribué
mal -à - propos , non pas à Edouard
VIII. ( car il avoue que dans l'Errata
j'ay corrigé VIII ) mais à un
des Edouards qui ont régné en Angleterre.
Je réponds en premier lieu , qu'il
faut qu'il n'ait jamais lû aucune
Hiftoire d'Angleterre , pour dire
qu'il n'y a cû que fix Edouards fur
le Trône de cette Monarchie . Je
le prie de lire Polidore Vergile ,
Duchefne & du Tillet. Il trouvera
qu'il y en a eu IX inconteftablement
. Tous les Hiftoriens con166
LE MERCURE
viennent que EGBERT , qui réünit
fous un même Gouvernement , differens
petits Royaumes qui partagoient
l'Angleterre , dans ce temslà
appellée Bretagne , eft le fondateur
de la Monarchie Angloife , &
qu'il donna le nom d'Angleterre aux
differens Etats qu'il réünit. On
compte trois Edouards jufqu'à
Guillaume Duc de Normandie`;
qui fit la Conquête du Royaume
d'Angleterre , & depuis Guillaume ·
Premier , on compte fix autres
Edouards jufqu'à MARIE , qui fucceda
à Edouard IX. Il eft vray que
plufieurs appellent Edouard I. celui
qui a été le IV. de ce nom
pour diftinguer les Succeffeurs de
Guillaume , des Rois qui l'avoient
précédé , & parce qu'il étoit
de la Maifon d'Anjou ; c'eft pour
cela qu'ils l'appellent communement
Edouard I. d'Anjou , & quatriéme
de ce nom. Il y a peu de
gens qui n'ayent Morery en main.
On n'a qu'à y chercher la fucceffion
Chronologique des Roys d'AngleD'AVRIL
167
terre , & on y trouvera la confirmation
de ce que j'avance. Je prie
donc Mr Archimbaud d'apprendre
ce que c'eft qu'Edouard VIII.
Je dis en fecond lieu , que Charles-
Quint ne fe retira à Saint- Juft , qu'-
enis55.2ans après la mortd'Edouard
IX qui arriva en 1553. felon le témoignage
de Herbert , de Burnet ,de
Thou , de du - Chefne , de Larrai
& de Mezeray. Tant s'en faut qu'il
fût dans fa retraite pendant le Regne
de ce Roy , comme le prétend
M. le Journaliste. Il paroît qu'il a
lû prefqu'auffi peu l'Histoire de
Charles- Quint , que celle d'Angleterre.
Il pourra lire à fon loifir la vie
de cet Empereur dans Guichardin ,
Sandoval ,Varillas , Langey, François
de Beaucaire, deThou , & dans Strada
. Il apprendra de ces Auteurs , ce
que j'avance fur le fait en queftion,
Je dis en troifiéme lieu , que l'Abbé
Archimbaud a eu grand tort de
prétendre que je devois avoir attribué
à Hens VIII , ce que je
faifois dire à un des Edouards ,
168 LE MERCURE
fçavoir,qu'il craignoit plus Charles-
Quint dans fon Cabinet , que les
plus grands Capitaines à la tête
des plus nombreuſes Légions. Toutes
les Hiftoires d'Efpagne & d'Angleterrenous
apprennent , qu'Henry
VIII n'eut prefque rien à faire
avec Charles Quint , & que fi cer
Empereur paffa deuxfois en Angleterre
, ce ne fut que pour aller
voir Henry VIII , & pour faire
Alliance avec lui. Je m'étonne que
Mr le Journaliſte ne fçachant pas
qui avoit dit cela , l'ait plûtôt attribué
à Henry , qu'à Soliman
qui ,fous l'Empire de Charles- Quint,
fut chaffé de devant Vienne , après
avoir perdu 60000 hommes , &
qui, avec une Armée de trois cens
mille Combattans , fut contraint
de lever le fiége de la petite Ville
de GUNTS.
Je vais maintenant vous expliquer
ce qui lui a donné occafion de faire
les trois Réflexions dont vous venez
d'admirer la folidité . Vous avez
remarqué avec lui , que dans ma
réponſe
' D'AVR IL. 169
réponse à Mr Guerin , j'ai fait mettre
Edouard Roi d'Angleterre , au
lieu d'Edouard VIII que j'avois
d'abord écrit. Cet Edouard que
l'Abbé Archimbaud n'a pû deviner ,
eft Edouard V Ie du nom , & III
de la Maiſon d'Anjou , & Charles-
Quint qu'Edouard craignoit tant ,
n'eft point Charles - Quint Empereur
, mais Charles - Quint Roy
de France qui , fans fortir de fon
Cabinet , chaffa les Anglois de fon
Royaume , & leur enleva les grandes
conquêtes qu'ils y avoient faites
fous le Roy JEAN fon prédéceffeur,
faifant ainfi voir que le gain des
Batailles eft plus fouvent l'effet
des fages difpofitions du Cabinet ,
que de la valeur de ceux qui les
donnent .
Mr
Archimbaud ne
manquera
peut-être pasde me dire , que je fuis
le premier qui ait appellé Charles
le Sage , Quint , au lieu de Cinquiéme
, & que le mot Quint eft
entierement
confacré à Charles Einpereur.
Un homme bien verfé dans
Avril 1717 . P
170 LE MERCURE
l'Hiftoire , ne me fera point cette
objection. Du Tillet Evêque de
Meaux , dans fa Chronique des
Rois de France , appelle Quint ,
CharlesleSage, & jamaisCinquiéme.
Froiffart l'a appellé de même
quelquefois , & l'Empereur Charles-
Quint a été appellé Charles
Cinquième par l'Auteur anonime
de l'Hiftoire d'Henry II imprimée
en 1581. j'ajouterai encore , que
Furetiere difant qu'on appelleQuint,
l'Empereur Charles qui eft le Cinquiéme
du nom , nous apprend
qu'on dit Sixte- Quint par la même
raifon. Ainfi le mot Quint peutêtre
attribué indifferemment aux
Papes , aux Empereurs & aux Rois
qui font cinquièmes d'un nom .
Quoiqu'il en foit néanmoins de
l'autorité de ces Auteurs & du fentiment
de Furetiere , je conviens
que j'aurois mieux dit , fi en parlant
de Charles le Sage , je l'avois
appellé Cinquième . C'eſt donc de
ce Grand Prince , qu'Edouard VI ,
aprés avoir été défait en tant
D'AVRIL. 171
d'occafions , & réduit enfin à fortir
de la France , a dit qu'il craignoit
plus ce Roy dans fon Cabinet , que
les plus grands Capitaines de l'Europe
à la tête des plus nombreufes
Légions. Le Journaliste trouvera
la même chofe en d'autres termes
dans Froiffart , Volume 1er.
,, Oncques Roi ne moins s'arma ,
& fi n'y eut oncques Roy qui
tant me donna à faire . Ce que
le R. P. Daniel a exprimé ainfi .
,, Jamais Roy ne tirà moins l'E.
pée , & jamais Roy ne me don-
>> nana plus d'embarras .
23
"
"
Au rette , je ne comprend pas
comme. M. Archimbaud a pû ſe
perfuader que cela ait été dit de
I'Empereur Charles qui n'a jamais
pafle pour un homme de Cabinet .
Perfonne n'ignore qu'il a commandé
lui-même fes armées , dans les differentes
guerres qu'il a foûtenuës en
Europe & en Affrique ; & les Hiftoriens
qui ont écrit la vie nous apren
nent , qu'il a fait cinquante voïages
en France , en Allemagne , en Italie,
Pij
172
LE MERCURE
en Angleterre , ou ailleurs . Il eft vrai
que M. Archimbaud remarque dans
fonErrata, que ce mot pourroit avoir
été dit de Philppe II. qui ne fortit
gueres de Madrid. Mais qui eft - ce
qui aura dit ce mot de Philippe II.
fera- ce , comme le prétend le Journaliſte
, Henry VIII. qui étoit mort
neuf ans avant que Philippe montat
fur le Trône .
و د
Incidit in Syllam cupiens vitare
Carybdim.
Il avance encore dans fon Errata
qu'Henry VIII . qu'il croit avoir dit
ces beaux mots qui renferment un fi
grand Eloge de Charles V. les profera
dans le 15e fiécle. Reflexion
tout à fait belle ! Mais comment
Henry VIII.pourroit - il avoir dit cela
de Philippe II . dans le 15 fiecle
puifque Philippe ne nâquit que la
27 année du 15. C'eſt encore une
autre erreur de dire qu'Henry VIII .
a parlé de la forte dans le 15 fiécle ,
puifqu'il ne parvint à la Couronne ,
>
D'AVRIL. 173
que l'an 1509. Digne Errata d'un fi
digne ouvrage ! Comme je ne doute
pas qu'il ne paroiffe bientôt une
nouvelle Editon de ce fçavant Recueil
, je fuis perfuadé que j'aurai le
plaifir d'y voir un Errata de l'Errata
même. Je paffe fur beaucop de fautes
que j'ai trouvées dans cet Auteur
contre la pureté du ftile : je veux
même croire que ce font des fautes
de fon Imprimeur. Les éloges qu'o
fait de ma réponſe trois differens
Journaliſtes , me dédomagent affés
des reproches qu'il ma fair fur des
marieres qu'il n'avoit pas pas affés
profondies .
'ont
ap-
Si en lifant ma Lettre, vous jugez
qu'il échapé quelque chofe à M
l'Abbé Archimbaud, qui ne foit pas
dans l'exactitude d'une jufte critique
, je vous prie de ne point croire
qu'il fe foit également négligé dans
le rette de fon ouvrage. Il y a de tresbelles
chofes , dignes de vôtre curiofité
& de celle du Public. Je fais
beaucoup de cas de fon recueil , & je
ferai charmé , qu'étant auffi capable
Piij
174 LE MERCURE
qu'il eft de travailler avec fuccès , il
faffe valoir des talens qui peuvent
lui attirer tant de gloire. Je fuis
faché que Mr l'Abbé de *** ne
juge pas de fon ouvrage auffi favorablement
que moi , & qu'il ait
dit que de toutes les pieces la plus
fugitive; c'eft fans contredit fon recučil.
Je fuis , Monfieur , & c .
On attend avec impatience l'Oraifon
Funébre que Ml'Abbé de la
Fargue a prononcée à l'Anniverſaire
de LouisXIV.àl'Abbaye deChelles;
elle eft actuellement fous la Preffe :
le Public qui a été fi content de
celle qu'il prononça à S. Cyr , après
la mort de ce Monarque , recevra
celle-cy avec d'autant plus de joye ,
qu'on n'a point d'exemples d'une
pareille entreprife & d'un pareil
fuccès.
de Litterature de mon Journal
, ils fe préfentent fous ma main
en dépit que j'en aye. Je n'ai pû
cependant me refufer à renvoyer
à l'autre mois , les Réfléxions Critiques
fur un nouveau Recueil de
Piéces fugitives d'Hiftoire & de
Litterature par Mr l'Abbé Archimbaud.
J'ai cru qu'elles interrefſſeroient
du moins autant le Lecteur,
que ſi je metrois fi à la place des nouvelles
incertaines.
D'AVRIL.
ISI
LETTRE
A M. DE .....
PAR ME L'ABBE' LA FARGUE.
MONSIEUR ,
Vous me priés de vous apprendre
ce que je penfe d'un nouveau
Recueil de Piéces fugitives d'Hiftoire
, de Litterature & c. , qui paroît
depuis quelque tems. Je vous dirai
d'abord que M. l'Abbé Archimbaud ,
qui en eft l'Auteur , eft un homme
qui a beaucoup d'efprit & d'érudition.
Il s'eft appliqué avec fuccés
pendant plufieures ann'es à l'étude
des belles Lettres, dans une des plus
Sçavantes Ecoles de l'Univers , où
il s'eft rempli des plus belles connoiffances
des meilleurs Auteurs
d'Athénes & de Rome. Le Public
qui commence à profiter du fruit
de fes veilles , efpére qu'il continuë
152
LE MERCURE
ra à s'employer auffi utilement , &
qu'il fe diftinguera dans un genre
d'écrire , qui demande tant d'application
& de foin. Il lui reviendra
d'autant plus de gloire de fon travail,
que la carriere qu'il entreprend ,
eft épineufe , furtout dans le commencemcent
; & que le plus diffi–
cile de tous les Ouvrages eft celui
d'écrire pour le Public. Il y a de fort
bonnes choſes dans fon Effai
quoique tout n'y foit pas également
travaillé. Vous en jugerez vousmême
par les endroits que je vais
vous rapporter , pour en montrer
le peu de jufteffe , ou pour en relever
le prix.
Le titre que Mr l'Abbé Archimbaud
a donné à fon Recueil , ne
fait pas affés d'honneur aux Auteurs
dont il extrait , ou dont il rapporte
les Ouvrages. Il y a peu d'Ecrivains
qui ne fe flattent de revivre dans
leurs Ecrits , jufqu'à la fin des fié.
cles ; & c'eft une chofe bien humiliante
pour eux , qu'on appelle fugitives,
des Piéces qu'ils regardoient ,
D'AVRIL
.
153
comme Horace , plus durables que
l'Airain. J'ajoûterai en faveur du
Journaliste,que quelques-uns jugent
que ce titre n'eft pas affés intereffant
pour lui ; prétendans que s'il
n'a à préfenter au Public que des
Piéces fugitives , ils ne doivent pas
fort s'empreffer de lire fon Recueil.
Je ne fuis pas plus content de
l'execution que du titre . Je n'y trouve
ni affés d'ordre , ni affés de jufteffe
: Et je noconçois pas comment
l'Abbé Archimbaud peut mettre au
nombre des Piéces fugitives , le
SPICILEGIUM ens volumes in folio
du R. Pere Marcéne , & l'Antiquité
expliquée & repréfentée en figures
parle R. Pere de Montfaucon, auffi
en s. volumes in folio , Ouvrages
qui n'ont point encore parû. A la
bonne-heure qu'il ait averti le Public
des Canons de la nouvelle invention
de Mr Thomas : ils lui ont
paru fi legers , qu'il a crû pouvoir
leur donner rang parmi des Piéces
fugitives.
Le Journaliſte me répondra ,
154 LE MERCURE
que pour ce qui regarde ces 10 Volumes
in-folio , je lui fais un reproche
fort injufte ; Que fon Ouvrage
comprend deux Parties , l'une in-
,, titulée ,Recueil de Piéces fugitives
""
و د
وو
d'Hiftoire , de Littérature &c.&
l'autre deux fois prefque auffi
longue que la premiere , & fous un
nouveau Titre Nouvelles Litteraires
; & qu'il ne parle des
Ouvrages de ces RR . PP . que
dans la feconde Partie , où il ne s'agit
point de Piéces Fugitives , mais
feulement de Nouvelles Litteraires.
J'avoue que fa Réporfe eft
bonne , mais que dira -t-il à ma replique
: Son Titre n'eſt donc pas jute
puifque de deux Parties que
contient fon Recueil , il ne renferme
que
la plus petite ; mais
voyons un peu comment il a exécuté
fon deffein .
Vous croiriez Mr , trouver, d'abord
au commencement de fon
Recueil , quelque chofe qui regarde
l'Hiftoire , comme le Titre femble
le demander ; point du tout. Le
•
D'AVRIL. 155
Nouveau Journaliſte a une méthode
toute nouvelle. La premiere Piéce
qu'il rapore , eft un petit Ouvrage
qu'il appelle Méthaphifique,
fait par un Solitaire : Pour le fujet
de cette Piéce Métaphilique &
Fugitive , le voici . ,, Raifonnemens
fur l'Eternité de bonheur ou de
malheur après la mort, & les Ca.
racteres de la vraie Religion.
Après quelques remarques fur les
Ecrits de Suetône , qui font la 2e
Piéce Fugitive, voici le fujet de la 3º.
,, Ordre qu'on doit garder dans l'étude
du Droit Canonique Fran-
..
""
31
"
39
çois. Vous la placerés parmi les
Piéces d'Hiftoire, de Litterature & c.
comme il vous plaira. Enfin la 4º
& derniere Piéce Fugitive , eft une
Lettre écrite de Rouen , dans laquelle
en onze pages on trouve 15 .
fujets différents , diftinguez feulement
par des pieds de mouche. Il
y eft traité de la naiffance de Socrate,
d'un Lae qui eft dans le Duché de
Vendôme, de la Comparaiſon faire
par un Prédicateur , d'un Chrêtien
156
LE MERCURE
lc
avec un Sculpteur, de la Généalogie
de Diogène , d'un Panier de Figues
donné à S. Macaire , &c. Enfin cette
derniere Piéce fugitive finit par
dernier Conte joyeux que Luther
dit avant fa mort. Le deffein du
Journaliſte ne vous paroît-il pas dignement
rempli : Pour moi j'en fuis
fi content , que je ne puis m'empêcher
de vous marquer combien je
fuis indigné contre Mr l'Abbé ***
D. D. S. qui a ofé dire en parlant
du nouveau Recueil , que c'étoit
un riche galimatias de riens. N'at'il
pas bonne grace , Mr le Docteur,
de traitter ainfi le précieux affemblage
de ces belles & curieufes Piéces
fugitives , que nous devons aux
veilles affidues de Mr l'Abbé Archimbaud
Pallons maintenant à
fes nouvelles Litteraires , & voyons
fi l'Auteur s'y foûtient avec dignité
: Un feul trait fuffira pour vous
donner une idée du prix de fon ouvrage
. En voici un auquel il s'eft
particulierement attaché. C'est au
fujet de la réponse que je fis il y a
huic
D'AVRIL
157
huit mois , à la Critique que Mc
Guerin Régent de Réthorique au
College de Beauvais avoit faite de
l'Eloge Funèbre de Louis le Grand ,
prononcé par le Rd Pere Porée :
Vous allezjuger de la profonde con
noiffance qu'a de l'Hiftoire nôtre,
Journaliſte , & de la délicateffe
de fon goût fur la Critique.
Il me reproche d'abord d'avoir extenué
les plus grands exploitsd'HenryIV.&
de n'avoir point jugé cePrince
digne de mes éloges. J'ai raconté
toutes les actions mémorables de ce
Monarque,depuis la mort d'Henry
III. jufqu'à fon Couronnement, fans
en cacher aucune , ni fans en diminuer
le prix ; marquant avec fidelité
fur les Mémoires de M.de Mezeray,
toutesles circonstances glorieufes qui
en peuvent relever le mérite,& faire
le plus d'honneur à ce Conquerant.
Je n'ai point parlé des victoires qu'il
remporta à Coutras & à Fontaine-
Françoife , comme femble me le reprocher
M. Archimbaud ; parce
qu'elles n'entroient pas dans mon
Avril, 1717.
158 LE MERCURE
و د
fujet , ayant entrepris de prouver
feulement que Louis XIV. avoit fait
des actions plus mémorables , pour.
étendre les Frontieres de fonRoyaume
, qu'Henry IV. pour parvenir au
Trône.Or la bataille de Coutras fut
gagnée fous Henry III . & la journée
de Fontaine - Françoife n'arriva que
plus d'un an après qu'Henry IV. eût
été couronné & reçû au Parlement.
Je vous prie de voir en quels termes
j'ay parlé de ce Prince. ,,Ce Fameux
Guerrier eft digne de nos éloges
,, & de nôtre admiration. Les fiécles
,, à venir entendront parler avec
,, furpriſe de fes grands Exploits..
Le Journaliſte peut-il dire avec fincerité,
que je n'ay pas jugé ce Grand
Roy , digne de mes éloges. Il eft
vrai que j'ay ajoûté après cela ,
,, Que la Pofterité l'auroit regardé ,
» comme un Heros incomparable ,
s'il n'eût laiffé un Petit- Fils qui l'a
,, furpaffé. Mais Louis le Grand
eft-il donc fi petit aux yeux de M
Archimbaud , que je ne puiffe pas
avoir placé Henry IV après ce He-
Tos , fans Panéantir.
و و
DAVRIL.
159
Il en eft de la valeur comme de la
fcience.L'une &l'autre ont differens
dégrez compatibles en differens fujets
; & comme l'on ne fletrit point
Quintilien , en difant que Ciceron
eft un plus grand Auteur que lui ; il
eft clair qu'on ne fait point de tort à.
Henry IV. quand on avance que
Louis XIV. eft un plus grand Heros.
Lorfque l'Ecriture Sainte a dit qu'il
n'y eût jamais de Roy femblable à
Salomon, elle n'a point fait de tache
au mérite de David, le même Texte
nous aprenant que Dieu combla de
fes faveurs Salomon , à caufe de la
pieté de fon Pere. Je puis donc avoir
dit fans indifcretion , que quelque
haute qu'ait été la valeur d'Henry
IV?Louis le Grand l'a furpaffé. Le
parallele que j'ay fait de ces deux
Princes qui ont fait la Gloire de
l'Empire François , fert de preuve 2
la préference que j'ay foûtenuë en
faveur de Louis le Grand , pour défendre
celle que lui donne le R.
Pere Porée , & qui avoit d'abord
furpris Mr Guerin .
O ij
160 LE MERCURE
J'ajoûterai que le langage que j'ay
tenu en parlant de la forte, n'est pas
nouveau. L'on trouve que long- tems
avant moi, M. Flechier, M. Boffuet
Evêque de Meaux,M . Huet Evêque
d'Avranches , & M. l'Abbé Talleman
ont élevé Louis XIV . au deffus
de tous les Monarques qui l'ont
précedé. Et M. de la Motte que
I'Abbé Archimbaud dit s'être expliqué
modeftement au ſujet de
la fuperiorité que ce
Monarque
a eûë fur les anciens Heros ,
l'appelle le plus Grand des Rois, Six
lignes après l'endroit que le Journalifte
a cité de fon Eloge Funebre, M.
l'Abbé Mongin qui le met au deffus
de Cefar dans fon Oraifon Funebre,
dit que , la verité ne donna jamais
,, de louanges plus finceres , que
l'Eloquence & la Poëfie n'en
fournirent jamais de plus inge-
,, nieufes , & que l'admiration n'en
produifit jamais de plus fublimes ,
que celles que Meffieurs de l'Aca-
» demie Françoife ont confacrées
pendantplus de cinquante ans , à
,, la gloire de ce Heros .
"
>>
و ر
, د
و د
"
D'AVRIL. 151
Je remarquerai en paffant que le
Journaliste ne fe fuit pas , lors qu'il
dit que le P. Porée n'a fait qu'indiquer
la fuperiorité de Louis XIV.
fur fon Ayeul, ayant dit ailleurs ,, que
» cet Orateur a donné tout l'avan-
" tage à Loüis fur Henry IV . com-
» me s'il etoit plus glorieux d'aug-
» menter un Royaume , que de le
conquerir .
وو
Il me reproche en fecond lieu d'a.
voir dit mal à propos , qu'Henri
IV. à la veue du peu de fuccés
de fes entrepriſes , fe feroit embarqué
pour fe retirer en Angleterre ,
file Maréchal de Biron ne l'en
avoit empêché. Il dit lu deßus ,
qu'il n'a jamais rien lû , ni même
rien d'approchant, d'Henry le Grand,
& qu'il croit que je fuis le prémier
Auteur qui ait attribué un pareil trait.
de Pufillanimité à ce Prince.
Je
demande d'abord avant que
de repondre à fon objection , fi on.
doit appeller
pufillaminité , la conduite
d'un Guerrier , qui fe croiant
dans l'impuiflance
de faire réuflir
O jii
162 LE MERCURE
fes entrepriſes , juge qu'il doit fe
dérober à l'orage de fon infortune.
Perfonne ne s'eft avifé jufqu'icy
d'appeller Pufillanime, ceRoy d'Ifrael
qui fortit de fa Capitale, pour
échaper à la fureur d'un fils , q'-
une folle ambition avoit armé contre
lui : Ny ce Pieux Roy d'Angleterre
à qui la France a fervi d'azile ,
fous le Regne de Louis le Grand.
Je prie maintenant Mr le Journalifte
, qui me croit le premier Auteur
de ce que j'ay avancé fur le
deffein qu'avoit Henry IV. de fe
fauver enAngletere , fi Mr de Biron
ne l'en eut empêché , je le prie
de lire le commencement du 7e Tôme
de Mezeray. Il y trouvera tout
du long ce que j'ay avancé. Je m'en
vais vous rapporter l'endroit ,, Le
و و
29
Parlement quife tenoit alors à
Tours,fut fi effrayé , ayant appris
la fâcheufe fituation des affaires
d'Henry IV. qu'il lui fit propofer
d'affocier à la Couronne le
,, vieux Cardinal de Bourbon ,
qui avoit pris le nom de Char-
و د
و د
و د
*
D'AVRIL. 163
»
les X. Le Roy lui même épouvanté
& appréhendant que les
Barques qui defcendoient de
» Rouen , & que les Vaiffeaux que
"
le Duc de Parme preparoit à
» Dunkerque , ne l'inveftiffent par
" Mer , auffi bien qu'il l'étoit par
.. Terre , mit en déliberation s'il
" devoit fe fauver en Angleterre,
» La pluralité des voix l'eut em-
» porté de ce côté là , files hardies
remontrances du Maréchal
» de Biron , n'euffent fait rejet-
» ter ce lâche Confeil. Dès- là
que j'avois avancé dans ma réponfe
, avoir pris dans Mezeray tout
ce que je difois d'Henry IV. M
Archimbaud n'auroit - il pas plûtôt
dû lire cet Hiftorien d'un bout à
l'autre , que de s'expofer à me faire
une Objection fans fondement .
Je ne m'arrête pas encore à ce
qu'il dit de la fuperiorité que j'ay
auffi accordée à Louis XIV . fur
David, dans la premiéreOraifon Funebre
que j'ay prononcée à la Gloire
de ce Monarque. La raifon que
164
LE MERCURE
j'ay eüe de lui donner en quelque
chofe une espece de préference fur
ce Roy d'Ifraël , eft clairement démontrée
dans mon difcours. Paflons
donc à fon troifiéme & dernier reproche
, & recevons de lui de nouveaux
éclairciffements fur l'Hiftoire.
Mr Archimbaud ayant lû dans
l'Apologie que j'ay faite duDifcours
du P. Porèe , qu'Edouard VIII
d'Angleterre difoit qu'il craignoit
plus Charles - Quint dans fon Cabinet
, que tous les plus grands
Capitaines de l'Europe, à la tête des
plus nombreuſes Légions , demande
avec gentilleffe ,, Qu'est - ce que·
,. cet Edouard VIII . il n'y a eû
» que fix Edouards fur le Thrône
>>
d'Angleterre Pendant tout le
,, Régne du dernier , ou peu s'en.
faut , Charles - Quint étoit dans
fa Retraite de S. Juft, où il n'é-.
» toit pas fort à craindre ; & quand
,, M' la Fargue a fait ôter VIII.
dans l'érrata , pour mettre à la
place , Edouard Roy d'Angleter-
22
Ja
D'AVRIL. 165
• re , il n'a pas eu plus de raiſon
il devoit avoir mis Henry VIII. &
c'est ici qu'il a lâché un trait de
politeffe , que je veux bien, pour
l'amour de lui , ne pas rapeller.
Il avance trois chofes , comme
vous voyez ; fçavoir, qu'il n'y a cu
que fix Edouards fur le Trône
d'Angleterre ; que Charles - Quint
étoit à S. Jult , pendant le Régne
du dernier Edouard ; & que je de
vois avoir appliqué à Henry VIII.
ce qu'il prétend que j'ay attribué
mal -à - propos , non pas à Edouard
VIII. ( car il avoue que dans l'Errata
j'ay corrigé VIII ) mais à un
des Edouards qui ont régné en Angleterre.
Je réponds en premier lieu , qu'il
faut qu'il n'ait jamais lû aucune
Hiftoire d'Angleterre , pour dire
qu'il n'y a cû que fix Edouards fur
le Trône de cette Monarchie . Je
le prie de lire Polidore Vergile ,
Duchefne & du Tillet. Il trouvera
qu'il y en a eu IX inconteftablement
. Tous les Hiftoriens con166
LE MERCURE
viennent que EGBERT , qui réünit
fous un même Gouvernement , differens
petits Royaumes qui partagoient
l'Angleterre , dans ce temslà
appellée Bretagne , eft le fondateur
de la Monarchie Angloife , &
qu'il donna le nom d'Angleterre aux
differens Etats qu'il réünit. On
compte trois Edouards jufqu'à
Guillaume Duc de Normandie`;
qui fit la Conquête du Royaume
d'Angleterre , & depuis Guillaume ·
Premier , on compte fix autres
Edouards jufqu'à MARIE , qui fucceda
à Edouard IX. Il eft vray que
plufieurs appellent Edouard I. celui
qui a été le IV. de ce nom
pour diftinguer les Succeffeurs de
Guillaume , des Rois qui l'avoient
précédé , & parce qu'il étoit
de la Maifon d'Anjou ; c'eft pour
cela qu'ils l'appellent communement
Edouard I. d'Anjou , & quatriéme
de ce nom. Il y a peu de
gens qui n'ayent Morery en main.
On n'a qu'à y chercher la fucceffion
Chronologique des Roys d'AngleD'AVRIL
167
terre , & on y trouvera la confirmation
de ce que j'avance. Je prie
donc Mr Archimbaud d'apprendre
ce que c'eft qu'Edouard VIII.
Je dis en fecond lieu , que Charles-
Quint ne fe retira à Saint- Juft , qu'-
enis55.2ans après la mortd'Edouard
IX qui arriva en 1553. felon le témoignage
de Herbert , de Burnet ,de
Thou , de du - Chefne , de Larrai
& de Mezeray. Tant s'en faut qu'il
fût dans fa retraite pendant le Regne
de ce Roy , comme le prétend
M. le Journaliste. Il paroît qu'il a
lû prefqu'auffi peu l'Histoire de
Charles- Quint , que celle d'Angleterre.
Il pourra lire à fon loifir la vie
de cet Empereur dans Guichardin ,
Sandoval ,Varillas , Langey, François
de Beaucaire, deThou , & dans Strada
. Il apprendra de ces Auteurs , ce
que j'avance fur le fait en queftion,
Je dis en troifiéme lieu , que l'Abbé
Archimbaud a eu grand tort de
prétendre que je devois avoir attribué
à Hens VIII , ce que je
faifois dire à un des Edouards ,
168 LE MERCURE
fçavoir,qu'il craignoit plus Charles-
Quint dans fon Cabinet , que les
plus grands Capitaines à la tête
des plus nombreuſes Légions. Toutes
les Hiftoires d'Efpagne & d'Angleterrenous
apprennent , qu'Henry
VIII n'eut prefque rien à faire
avec Charles Quint , & que fi cer
Empereur paffa deuxfois en Angleterre
, ce ne fut que pour aller
voir Henry VIII , & pour faire
Alliance avec lui. Je m'étonne que
Mr le Journaliſte ne fçachant pas
qui avoit dit cela , l'ait plûtôt attribué
à Henry , qu'à Soliman
qui ,fous l'Empire de Charles- Quint,
fut chaffé de devant Vienne , après
avoir perdu 60000 hommes , &
qui, avec une Armée de trois cens
mille Combattans , fut contraint
de lever le fiége de la petite Ville
de GUNTS.
Je vais maintenant vous expliquer
ce qui lui a donné occafion de faire
les trois Réflexions dont vous venez
d'admirer la folidité . Vous avez
remarqué avec lui , que dans ma
réponſe
' D'AVR IL. 169
réponse à Mr Guerin , j'ai fait mettre
Edouard Roi d'Angleterre , au
lieu d'Edouard VIII que j'avois
d'abord écrit. Cet Edouard que
l'Abbé Archimbaud n'a pû deviner ,
eft Edouard V Ie du nom , & III
de la Maiſon d'Anjou , & Charles-
Quint qu'Edouard craignoit tant ,
n'eft point Charles - Quint Empereur
, mais Charles - Quint Roy
de France qui , fans fortir de fon
Cabinet , chaffa les Anglois de fon
Royaume , & leur enleva les grandes
conquêtes qu'ils y avoient faites
fous le Roy JEAN fon prédéceffeur,
faifant ainfi voir que le gain des
Batailles eft plus fouvent l'effet
des fages difpofitions du Cabinet ,
que de la valeur de ceux qui les
donnent .
Mr
Archimbaud ne
manquera
peut-être pasde me dire , que je fuis
le premier qui ait appellé Charles
le Sage , Quint , au lieu de Cinquiéme
, & que le mot Quint eft
entierement
confacré à Charles Einpereur.
Un homme bien verfé dans
Avril 1717 . P
170 LE MERCURE
l'Hiftoire , ne me fera point cette
objection. Du Tillet Evêque de
Meaux , dans fa Chronique des
Rois de France , appelle Quint ,
CharlesleSage, & jamaisCinquiéme.
Froiffart l'a appellé de même
quelquefois , & l'Empereur Charles-
Quint a été appellé Charles
Cinquième par l'Auteur anonime
de l'Hiftoire d'Henry II imprimée
en 1581. j'ajouterai encore , que
Furetiere difant qu'on appelleQuint,
l'Empereur Charles qui eft le Cinquiéme
du nom , nous apprend
qu'on dit Sixte- Quint par la même
raifon. Ainfi le mot Quint peutêtre
attribué indifferemment aux
Papes , aux Empereurs & aux Rois
qui font cinquièmes d'un nom .
Quoiqu'il en foit néanmoins de
l'autorité de ces Auteurs & du fentiment
de Furetiere , je conviens
que j'aurois mieux dit , fi en parlant
de Charles le Sage , je l'avois
appellé Cinquième . C'eſt donc de
ce Grand Prince , qu'Edouard VI ,
aprés avoir été défait en tant
D'AVRIL. 171
d'occafions , & réduit enfin à fortir
de la France , a dit qu'il craignoit
plus ce Roy dans fon Cabinet , que
les plus grands Capitaines de l'Europe
à la tête des plus nombreufes
Légions. Le Journaliste trouvera
la même chofe en d'autres termes
dans Froiffart , Volume 1er.
,, Oncques Roi ne moins s'arma ,
& fi n'y eut oncques Roy qui
tant me donna à faire . Ce que
le R. P. Daniel a exprimé ainfi .
,, Jamais Roy ne tirà moins l'E.
pée , & jamais Roy ne me don-
>> nana plus d'embarras .
23
"
"
Au rette , je ne comprend pas
comme. M. Archimbaud a pû ſe
perfuader que cela ait été dit de
I'Empereur Charles qui n'a jamais
pafle pour un homme de Cabinet .
Perfonne n'ignore qu'il a commandé
lui-même fes armées , dans les differentes
guerres qu'il a foûtenuës en
Europe & en Affrique ; & les Hiftoriens
qui ont écrit la vie nous apren
nent , qu'il a fait cinquante voïages
en France , en Allemagne , en Italie,
Pij
172
LE MERCURE
en Angleterre , ou ailleurs . Il eft vrai
que M. Archimbaud remarque dans
fonErrata, que ce mot pourroit avoir
été dit de Philppe II. qui ne fortit
gueres de Madrid. Mais qui eft - ce
qui aura dit ce mot de Philippe II.
fera- ce , comme le prétend le Journaliſte
, Henry VIII. qui étoit mort
neuf ans avant que Philippe montat
fur le Trône .
و د
Incidit in Syllam cupiens vitare
Carybdim.
Il avance encore dans fon Errata
qu'Henry VIII . qu'il croit avoir dit
ces beaux mots qui renferment un fi
grand Eloge de Charles V. les profera
dans le 15e fiécle. Reflexion
tout à fait belle ! Mais comment
Henry VIII.pourroit - il avoir dit cela
de Philippe II . dans le 15 fiecle
puifque Philippe ne nâquit que la
27 année du 15. C'eſt encore une
autre erreur de dire qu'Henry VIII .
a parlé de la forte dans le 15 fiécle ,
puifqu'il ne parvint à la Couronne ,
>
D'AVRIL. 173
que l'an 1509. Digne Errata d'un fi
digne ouvrage ! Comme je ne doute
pas qu'il ne paroiffe bientôt une
nouvelle Editon de ce fçavant Recueil
, je fuis perfuadé que j'aurai le
plaifir d'y voir un Errata de l'Errata
même. Je paffe fur beaucop de fautes
que j'ai trouvées dans cet Auteur
contre la pureté du ftile : je veux
même croire que ce font des fautes
de fon Imprimeur. Les éloges qu'o
fait de ma réponſe trois differens
Journaliſtes , me dédomagent affés
des reproches qu'il ma fair fur des
marieres qu'il n'avoit pas pas affés
profondies .
'ont
ap-
Si en lifant ma Lettre, vous jugez
qu'il échapé quelque chofe à M
l'Abbé Archimbaud, qui ne foit pas
dans l'exactitude d'une jufte critique
, je vous prie de ne point croire
qu'il fe foit également négligé dans
le rette de fon ouvrage. Il y a de tresbelles
chofes , dignes de vôtre curiofité
& de celle du Public. Je fais
beaucoup de cas de fon recueil , & je
ferai charmé , qu'étant auffi capable
Piij
174 LE MERCURE
qu'il eft de travailler avec fuccès , il
faffe valoir des talens qui peuvent
lui attirer tant de gloire. Je fuis
faché que Mr l'Abbé de *** ne
juge pas de fon ouvrage auffi favorablement
que moi , & qu'il ait
dit que de toutes les pieces la plus
fugitive; c'eft fans contredit fon recučil.
Je fuis , Monfieur , & c .
On attend avec impatience l'Oraifon
Funébre que Ml'Abbé de la
Fargue a prononcée à l'Anniverſaire
de LouisXIV.àl'Abbaye deChelles;
elle eft actuellement fous la Preffe :
le Public qui a été fi content de
celle qu'il prononça à S. Cyr , après
la mort de ce Monarque , recevra
celle-cy avec d'autant plus de joye ,
qu'on n'a point d'exemples d'une
pareille entreprife & d'un pareil
fuccès.
Fermer
4497
p. 160
EPITAPHE D'UNE VIEILLE Raportée en Latin par Papyrius Masso, & tirée de l'Eglise Cathedrale de Bayeux. Ce sont les Chanoines qui parlent avec la simplicité & la bonne-foy du vieux tems.
Début :
La vieille femme à Maître Jacque, [...]
Mots clefs :
Vieille femme, Réjouissances, Repas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE D'UNE VIEILLE Raportée en Latin par Papyrius Masso, & tirée de l'Eglise Cathedrale de Bayeux. Ce sont les Chanoines qui parlent avec la simplicité & la bonne-foy du vieux tems.
EPITAPHE D'UNE VIEILLH
LavieillefemmeaMaîtrcJ*cqH£i\
Trêpassale beaujourdeParues:
Pour la fourer il) dedans,
En ce tems de réjoui(fance ; Il nos dens,
Tronquer ur repasa: *.
O.f ne le furnes achcvr,
Dont deuil plus cuifam nom oppilfs
Jjhtesiyeuswo-ksi;<crever
TMtesUsftcillesdelaVille
LavieillefemmeaMaîtrcJ*cqH£i\
Trêpassale beaujourdeParues:
Pour la fourer il) dedans,
En ce tems de réjoui(fance ; Il nos dens,
Tronquer ur repasa: *.
O.f ne le furnes achcvr,
Dont deuil plus cuifam nom oppilfs
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4498
p. 155
« Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...] »
Début :
Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...] »
Tout ce qu'on a lû juſqu'à
preſent me paroît affez moderne
, ce quon va lire ne l'eſt
pas moins , c'eſt un Decret du
Royd'Elpagne qui a été publié
dans les Conſeils & Tri
bunaux de Sa Majesté Catho
lique.
preſent me paroît affez moderne
, ce quon va lire ne l'eſt
pas moins , c'eſt un Decret du
Royd'Elpagne qui a été publié
dans les Conſeils & Tri
bunaux de Sa Majesté Catho
lique.
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4499
p. 153
AUTRE.
Début :
Pour venir me trouver il faut plus que ses pieds [...]
Mots clefs :
Angleterre
4500
p. 135
« Le 30 du mois dernier, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs de Rhétorique au [...] »
Début :
Le 30 du mois dernier, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs de Rhétorique au [...]
Mots clefs :
Collège Louis le Grand, Discours, Rhétorique
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texteReconnaissance textuelle : « Le 30 du mois dernier, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs de Rhétorique au [...] »
esuite , l'un des Professeurs de Rhétorique au
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus, nous engageront à en donner un Extrait.
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus, nous engageront à en donner un Extrait.
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Résumé : « Le 30 du mois dernier, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs de Rhétorique au [...] »
Un professeur de rhétorique au Collège de Louis le Grand a prononcé un discours latin sur la difficulté d'écrire et le plaisir de lire l'histoire de France. Le Cardinal de Bissy, l'Archevêque de Paris et d'autres personnalités étaient présents. Le discours a été acclamé, motivant sa publication.
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