Résultats : 13 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 3-40
PARALELLE BURLESQUE Ou Disseratation, ou Discours qu'on nommera comme on voudra, sur Homere & Rabelais.
Début :
Croyez-vous en vostre foy, qu'onques Homere écrivant l' [...]
Mots clefs :
Rabelais, Homère, Vin, Anciens et Modernes, Auteur, Réputation, Lecteur, Digression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARALELLE BURLESQUE Ou Disseratation, ou Discours qu'on nommera comme on voudra, sur Homere & Rabelais.
fARALELLEKVRLESgVE
OuVijfertation, ouDiscours qu'-
on nommera, comme on voudra surHomère&Rabelais. ,
Crrrycz.
- vous en Toflre
foy
9
anonques Homère
écrivant C1Iliade&1'0..
dyj[ee>penja(l és allegories
lesquelles de luyont calefreté
Plutarque, Heraclides,&
c. Si lecroyez,
pourquoynecroirez-vous
lluJJi merveilles occultes
dans ces miennesjoyeuses
&nouvelles chroniques,
combienqu'en les dictant
ny pensasse non plus que
vous, qui par avantu
re beuvezcomme moy;
carà la composition de ce
Livrejeneperdis,n'employay
onquesplus ny autre
temps que celuy de ma
refection
,
sçavoir ep lnbeuvant
& mangeant;
aussi est-ce la jufle heure
décrire ces hautes matieres
&sciencesprofondes,
tomme bien jçarvoitfaire
Homeredont le /abeur
sentoit plus le vin
que l'huile. Autant en dira
quelque Turlupin de
mes livres, ce que prendray
àgloire: car, ocombien
l'odeur du vin est
Pli,içflriand,ri.,înt, priant,
plusceleste & delicieux
quel'huile.
C'cft à peu près dans ces
termes que Rabelais vers
l'an *55o. commença luimême
pour moy, sans le
sçavoirle paralelle que
je devais faire en iy(f.
d'Homere & de luy.
Ces deux Autheurs
ont premièrement cela
de commun j
qu'ils êtoient
nez pour la Poëlie
;ilne manque à Ra-
AI
belais pour estre grand
Poëre que d'avoir écrit
en Vers: son Livre efb
un Poëme en Prose,
quoy qu'il n'ait point dit
d'abord 3
Deesse chantez
Gargantua,&c.Ilprend
sa Lyre d'un air (Impte
comme Hbnlcre, ils
promettent peu l'un &:
l'autre, maisils donnent
beaucoup dans la suite ;
en commençant ce paralelle
,
je promets peu
ainsi qu'Homere^c^onne
beaucoup, ôc je ne
donneray presque rien;
il faut bien qu'il y ait
quelque difference entre
Homere & moy.
Avant que de comparer
les ouvrages de nos
deux Autheurs, comparons
la réputation de l'un
à celle de l'autre
, comparons-
les pourtant sans
comparaison, de peur
d'offenser quelqu'un;
respectons - les comme
-
comme s'ils estoient en:
J core en vie. Encomparant
deux Poëtes, deux
Avocats, deux Medercins,
même deux Magistrats
diray-je aussi
deuxHéros,Ton offen-
[e au moins l'un des
deux; toutparalelle ofsense
l'homme
, parce
que chaque homme se
« croit unique en son espece
: appellons donc cecy
braadinlagee pllultoest q.u-e pa- - Le ton sèrieuX' gâterait
tout: Homere Ô£
consors ic fâcheroient (I
j'empruntois la Lyre divine
pour chanrer Rabelais
; maisRabelais eil
bon Compagnon. Il me
prêtera bien son fiile,.
même pour mettre Homere
au-dessus de luy.
yy- Revenons à nos mou*
y, tons, diroiticy Maistre
y, François,paralellifons
yy
la haute & llliritlque;'
„ renommée Homerien-
»ne, à la renomméeRabc!
aiuenne., de son
temps &dunôtre
nonmoins grande en cf
dimention domina- c€
tion & tyranie, quoi- ee
que Picholine au gré
d'aucuns
, eu égard
aux pays&sujets qu'-
elle domine &tyranni- cc
se : car réputationHomerienne
regne & regna
és cerveaux heroï- e€
ques, scientifiques
, C,"
Philosophiques, Meta-,,,c
physiques
, Alchimi.
„ miques & Cabalis-
„tiques, & Rabelai-
„
sienne,manienerégné
s,
qu'és cerveaux joyeux
des Paht-igruel/fies>
)'
lequel mot de Pantagrueliste
seroit pour-
„ tant par - avanture
>,
mieux & plus sensé-
,', ment fignJÍlcatifJ que
„ nlll autre des grands
„ mots ci-dessussi l'on
5,
l'interpretoir à force
„ d'erudidonjSe de
„ han, han, comme on
faitaucuns jïiot grecs c<
Hoiperiens,inintcll ,,"
giblesaux
-
bonnesc<
gensnon-érudits.<c
Mais je m'amuseu
,,
trop à lanterner & cf
baguenauder endigrç(
fionsjdigressîons'f
Aulfm sont au Le<5teur
ce que font au Voya- «5
geur ,landes arides, u
sabloneuses
)
Se alte- ct
rantes, partant,vite, «
alerte de hait, de <f Jhait,doublons le pas,,
-,
s le pas-,
- - -' jk
-
yy courons aubut,allons
„ au fait,idest, buvons
,, fra is.
Aristote n'a peut-estre
pas dit avant moy que la
beauté de l'ouvrage fait
d'abord la réputation de
l'Auteur,& qu'ensuite la
réputation de l'Auteur
fait souvent la beauté de
l'ouvrage; les beautez réelles
qui sont dans Rabelais
lui ont sans doute d'abord
acquis sa réputation,
mais ensuite sa réputation
a fait trouver dans ses ouvrages
bien des beautez
qui n'y sont pas; je ivay
-garde de croirequ'il en
10it ainsi duPoëteGrec,
chut. laissons parler un
homme plus hardi que
moy ,
c'est Montagne. un Autheur, dit-il,
suissegagner cela d'attirer
,.& embesoignerapréssoy
la Posterité, ce que nonseulementl'habileté.
&
Jiijfifance>mais autantou
ylus lafaveurfortuite du
sijet & autres hasards
peuventgagner, qu'au demeurantun
Autheurse
presente ou par bètise ou
parfinese,unpeu obscurement,
&diversement>
ne luy chaille, nombre
d'esprits le belutant~tese-
(COUtint, en exprimeront
quantite de formes
9 ou
Jelcna ou à cosé , ou au
contraire de la sienne &
qui toutes luyferont honlicur;
c'tj.ce quiafait va"
loir plufteursebofes de
neant, qui a mis ericredirplusieurs
anciens eCrits) t'T,
les Ilchargez.,detoute/orle
de bautez, qu'on avoulu,
une même chose recevant
mille &mille
, &autant
qu'il nous plaist d'images
~& considerationsdiverses ; Est-ilpossiblequ'Homere
ait dit tout ce qu'on luy
fait dire, ~&c.
Est-il possible aussi que
Rabelais ait pensé tout ce
qu'on luy fait penser ?
Non sans doute
, on a
voulujustifier par des applications
fines & détournées,
plusieurs tirades inG..
pides où tombentnecessairement
ceux qui veulent
roûjours parler & toûjours
plaisanter ; quelque fond
de gayeté qu'on puisse
avoir,onn'est pas plaisant
toutes les fois qu'on plaifante
: il faut pardonner
au plus agreable convive
deux turlupinadespourun
bon mot, &C au plus
grand Poëte deux pensées
simplement communes ,
pour unesublimementsimple.
Je ne parle pas d'Homere
deà, diroit Rabe- tcf
lais, il est en les moindres
lanternages fubli- <€
mirifiquemententoufiafmé
; je le vois tout cc"
embrasé .& tout embrasant
d'un feu A- tcf
pollonien; mais après
tout il n'y a point de
feu sans fumée, comme
aussi n'y a-t-il point de
fumée sans feu: fumée
„ je nomme en ce dernier
„cas, réputationodoran-
„ te , comme fumée de
cassolette, ou comme
„ vapeur de musc&d'am-
„ bre- gris delectant les
„ bonnes & fortes testes,
„ mais entestans parfois
j, aucuns à teste-foible,si
„ aucunes y a.
„ Je voulois donc dire
J) par ce didon de fu-
~J
111ée làns feu , que ré-- putatioii ne va point
fê sans merite,laquelle
maxime les fabula- cc
teurs anciens eussent
ainsi allegorisée.
Réputation mariée à
Merite, a engendré Prévention
1 , & par aprés
Prévention,Fille née de,
Réputation,a engendré
sa Merebienplusgrande
& plus belle que n'estoit
naturellement, lors que
fut mariée à Merite. ; -
Homere a environ
: deux millesix cens ans
de réputation acquise ;'),
Rabelais n'en a qu'environ
cent soixante ;
Corneille n'en a qu'environ
cinquante:lequel
des trois doit l'emporter.
A juger seulement par
l'âge des réputations
, ,.
c'est peut-estre la plus
jeune; car plus une réputation
vieillit, plus elle
estabsorbée dans le vaste
fein de la Prévention.
.-j.Vingt ou trente ans
aprés la mort d'un Aut1
heur y c''e1s1t .à' peu pré1s -
là vraye distance ; c'est
le vray point de vûë
d'où , je voudrois juger
de sa réputation.
-
En voyant Homere
àtravers vingt-six siecles
- imaginez - vous
voir de loin une femme
à travers un brouillard
épais; quelqu'un qui en
feroit devenu amoureux
par ouirdire auroit beau
vous crier: voyez-vous
la délicatesse de ces
traits,la douce vivacité
de ces yeux, la nuance
imperceptible des lys &c
des roses de ce tein délicat
; mais sur tout remarquez
bien ce je ne
sçay quoy , ces graces.
Hé morbleu, répondriez-
vous à cet Amant
enthousiasmé,comment
voulez-vous que j'en juge
, à travers d'un tel
broüillard ; il faudroit
quejeusse les yeux d'un
Linx,ou ceux de l'Amour.
;
Voyez
Voyez au contraire un
Autheur de trop prés
,
c'est encore pis ; la réputation
d'un Autheur
vivant est offusquée par
la jalousie de ses contemporains
, par la cabale;
,
on estime mêmesesouvrages
selon le crédit qu'.
il a, selon sa qualité, ses
richesses , ses moeurs ;
que sçai - je moy, mille
autres sujets de prévention
: par exemple, nous
ne sçaurions nous imaginerqu'un
hommeque
nous voyons de si prés
soit si grand homme :
comment seroit-il divin,
nousle voyons boire &
manger avec nous, &c
nous luyentendons sou.
vent dire à tableplus
de sottises qu'à ce gros
yvrognesimple & pesant,
quiparlant& beu.
vant avec une égalité
merveilleuse ,soutient
beaucoup mieux ridée
q^Uon nousavoicdonnée
de luy, que cet Auteur ne
soutient celle que ses livres
nous avoient donnée
de l'élevarion de son genie.
Revenons à nostre
point deVue que je placerois
environ vingt ou
trente ans après la mort
d'un Autheur, afin que
dégagé des préventions
dont je viens de parler,
on puisse juger de toutes
les beautez del'ouvra,
par rapport au goust,aux
moeurs , aux usages, aux
proprietez de la langue,
& à cent autres circont
tances qu'il est essentiel
de bien sçavoir, pour
porter un jugement équitable
& de l'ouvrage
& de l'Auteur, maissur
tout de l'Auteur, car on
peut quelquefois juger
d'un ouvrage par l'ouvrage
seul, mais on ne
sçauroit juger du mérité
d'un Autheur que par
rapport au siecleoù il
a vécu.
, Mais lesujet que je
traiteme mène plus loin
que je n'avois crû ; je
voulois parler feulement
dans ce mois-cy de la ré.
putation, de nos deux
Autheurs,8cdelà préventionqu'on
a pour
eux Réputation ,Prévention;
c'estoù je m'étois
borné. Quelles borlies.,
grand Dieu! le chapitre
de la Prévention
feule rempliroit mille
volumes àne faire qu'un
petitarticle sur chacun
des préjugez qui entrent
dans la composition des
jugemens des hommes : il pourra donc encore
dans la suite m'échaper
quelques traits non-envenimez,
contre la prévention
qu'on a pour les
Anciens; & comme cette
prévention pourroit
allerjusqu'àm'accufer
d'estre prévenu pour
les Modernes, il faut
se dèclarer. Je croy
donc que tout confideré
tout compensé
Homme , pour Homme,
Auteur pour Auteur.
Teste pour Teste ,Ancien,
Moderne, tout est
à peu près égal; parce
que les coeurs & les cerveaux
sont à peu prés fabriquez
comme ils étoient
jadis. A l'égard
d'Homere & de Rabelais,
je les crois chacun
dans leur genre grands
& excellens Autheurs' ';
c'est assez dire pour Rabelais
, mais je crains
d'avoir trop peu dit
en l'honneur d'Homere.
Ceux qui le divinisent,
& qui sont dévoilez à
son culte voudroient-ils
me forcer à l'adorer comme
ils sont.
A ce propos ilme souvient
de ce que dit Rabelais,
non en ses livres
connus, mais en quelque
sien manuscrit. Croyezdonc
si voulez que c'est
baliverne posthume du
grand Balivernier Maître
François.
- Un jour Panurge dans
un Caveau du Temple
6 renommé de 14 dive
-
Bouteille buvoit debout,
-& buvant avaloit, &;,
avalant se déledoit, &. se
-
délectant chantoit : Hé
bon bon bon,que le Vin
- el bon, par mafoy j'en
-rueux boire: Or comme il
chantoit & beuvoit sur
ce ton, un Sacrificateur-
-zélé de l'antique & dive
Bouteille,s'avança tout
courroucé
, vers Panurge
3Ci qu'en son courroux
il l'appella buveur profane
; qu'est-ce à dire,
répliqua le Buveur moderne
: n'est point profane
qui bon Vin boit-, •
qui bon Vin aime, &
qui bon Vin chante.
Non certes,dit le Sacrificateur,
mais tu bois debout,
& c'est mal - fait
car il faut boire à genoux,
tu chante fimpiement
que le Vin est bon ;
il faut chanter qu'il est
divin,car c'est vin grec.
Hé, que m'importe,dit
Panurge, vin Grec ou
Bourguignon, ny celuy-
ci, ny celuy-là, ny
aucun Vin n'estchose
divine: non ce n'est: que
boisson humaine,& pour
ce j'en boiray tout ce
qu'humainen peut boire
humainement & ne la
boiray que debout, ou
assis à table,ouà che*
val
, car on boit aussi le
vin de cheval,mais à
genoux on ne but oncques,
& n'y boiray mie.
Alors le Sacrificateur
homme gravement colerique
n'enrendit point
railleriey & à grands,
coups de Tirfe voulut
faire agenouiller le bon
Panurge; mais luy s'obstinoit
à boire debout,
criant seulement, Bon,
bon,bon, vin pour moy
bon , bon me suffit,bon
veut tout dire. 0 tu diras
divin
3
crioit le Sacrificateur
, tu en viendras
à mon mot; divin,
divin, crioit l'un en battant
: bon bon,bon,
crioit l'autre en buvant
en forte qu'entre ces
deux obstinez ne pou.
voitavenir, non plus
qu'aux Ecoles Aristoteliciennes
aucune folotion
raisonnable. Devinez
qu'elle fut celle-cy,
A force de boire&;
d'avoir bû, le vin manqua
à Panurge, qui pour
lors cria commec'estoit
sa coûtume, des que [a
bouteilleestoit vuide, il
cria, dis-je, du vin, du
vin:enforce quele Sacrificateur
crut oiiir divin?
divin,cette équivoque
Panurgienne finit
ainsi le debat au Temple
de la dive Bouteille, sans
quoy ces deux obstinez y
croient encore, l'un à
battre &c l'autre à boire.
i,:
Autant en pend à
Foeit à quiconque voudra
crier en lisant Homere,
beau, beau beau,
admirable
,
sublime ce
n'est rien dire si l'on ne
crie divin, divin
Or apres ce conte bon
ou mauvais , selon le
Lecteur, adieu vous di-,
fent Homere & Rabelais
jusqu'aux Calendes
Mercuriales du prochain
mois. Si pour lors devriez
revoir Mercure paralelliisant
vous, après
avoir tousse un coup en
boirez trois ou quatre ;
ensuitebesicles pren- drez, si debesicles usez,
& alors lirez peut-estre
merveilles & peut-estre
billevezées
OuVijfertation, ouDiscours qu'-
on nommera, comme on voudra surHomère&Rabelais. ,
Crrrycz.
- vous en Toflre
foy
9
anonques Homère
écrivant C1Iliade&1'0..
dyj[ee>penja(l és allegories
lesquelles de luyont calefreté
Plutarque, Heraclides,&
c. Si lecroyez,
pourquoynecroirez-vous
lluJJi merveilles occultes
dans ces miennesjoyeuses
&nouvelles chroniques,
combienqu'en les dictant
ny pensasse non plus que
vous, qui par avantu
re beuvezcomme moy;
carà la composition de ce
Livrejeneperdis,n'employay
onquesplus ny autre
temps que celuy de ma
refection
,
sçavoir ep lnbeuvant
& mangeant;
aussi est-ce la jufle heure
décrire ces hautes matieres
&sciencesprofondes,
tomme bien jçarvoitfaire
Homeredont le /abeur
sentoit plus le vin
que l'huile. Autant en dira
quelque Turlupin de
mes livres, ce que prendray
àgloire: car, ocombien
l'odeur du vin est
Pli,içflriand,ri.,înt, priant,
plusceleste & delicieux
quel'huile.
C'cft à peu près dans ces
termes que Rabelais vers
l'an *55o. commença luimême
pour moy, sans le
sçavoirle paralelle que
je devais faire en iy(f.
d'Homere & de luy.
Ces deux Autheurs
ont premièrement cela
de commun j
qu'ils êtoient
nez pour la Poëlie
;ilne manque à Ra-
AI
belais pour estre grand
Poëre que d'avoir écrit
en Vers: son Livre efb
un Poëme en Prose,
quoy qu'il n'ait point dit
d'abord 3
Deesse chantez
Gargantua,&c.Ilprend
sa Lyre d'un air (Impte
comme Hbnlcre, ils
promettent peu l'un &:
l'autre, maisils donnent
beaucoup dans la suite ;
en commençant ce paralelle
,
je promets peu
ainsi qu'Homere^c^onne
beaucoup, ôc je ne
donneray presque rien;
il faut bien qu'il y ait
quelque difference entre
Homere & moy.
Avant que de comparer
les ouvrages de nos
deux Autheurs, comparons
la réputation de l'un
à celle de l'autre
, comparons-
les pourtant sans
comparaison, de peur
d'offenser quelqu'un;
respectons - les comme
-
comme s'ils estoient en:
J core en vie. Encomparant
deux Poëtes, deux
Avocats, deux Medercins,
même deux Magistrats
diray-je aussi
deuxHéros,Ton offen-
[e au moins l'un des
deux; toutparalelle ofsense
l'homme
, parce
que chaque homme se
« croit unique en son espece
: appellons donc cecy
braadinlagee pllultoest q.u-e pa- - Le ton sèrieuX' gâterait
tout: Homere Ô£
consors ic fâcheroient (I
j'empruntois la Lyre divine
pour chanrer Rabelais
; maisRabelais eil
bon Compagnon. Il me
prêtera bien son fiile,.
même pour mettre Homere
au-dessus de luy.
yy- Revenons à nos mou*
y, tons, diroiticy Maistre
y, François,paralellifons
yy
la haute & llliritlque;'
„ renommée Homerien-
»ne, à la renomméeRabc!
aiuenne., de son
temps &dunôtre
nonmoins grande en cf
dimention domina- c€
tion & tyranie, quoi- ee
que Picholine au gré
d'aucuns
, eu égard
aux pays&sujets qu'-
elle domine &tyranni- cc
se : car réputationHomerienne
regne & regna
és cerveaux heroï- e€
ques, scientifiques
, C,"
Philosophiques, Meta-,,,c
physiques
, Alchimi.
„ miques & Cabalis-
„tiques, & Rabelai-
„
sienne,manienerégné
s,
qu'és cerveaux joyeux
des Paht-igruel/fies>
)'
lequel mot de Pantagrueliste
seroit pour-
„ tant par - avanture
>,
mieux & plus sensé-
,', ment fignJÍlcatifJ que
„ nlll autre des grands
„ mots ci-dessussi l'on
5,
l'interpretoir à force
„ d'erudidonjSe de
„ han, han, comme on
faitaucuns jïiot grecs c<
Hoiperiens,inintcll ,,"
giblesaux
-
bonnesc<
gensnon-érudits.<c
Mais je m'amuseu
,,
trop à lanterner & cf
baguenauder endigrç(
fionsjdigressîons'f
Aulfm sont au Le<5teur
ce que font au Voya- «5
geur ,landes arides, u
sabloneuses
)
Se alte- ct
rantes, partant,vite, «
alerte de hait, de <f Jhait,doublons le pas,,
-,
s le pas-,
- - -' jk
-
yy courons aubut,allons
„ au fait,idest, buvons
,, fra is.
Aristote n'a peut-estre
pas dit avant moy que la
beauté de l'ouvrage fait
d'abord la réputation de
l'Auteur,& qu'ensuite la
réputation de l'Auteur
fait souvent la beauté de
l'ouvrage; les beautez réelles
qui sont dans Rabelais
lui ont sans doute d'abord
acquis sa réputation,
mais ensuite sa réputation
a fait trouver dans ses ouvrages
bien des beautez
qui n'y sont pas; je ivay
-garde de croirequ'il en
10it ainsi duPoëteGrec,
chut. laissons parler un
homme plus hardi que
moy ,
c'est Montagne. un Autheur, dit-il,
suissegagner cela d'attirer
,.& embesoignerapréssoy
la Posterité, ce que nonseulementl'habileté.
&
Jiijfifance>mais autantou
ylus lafaveurfortuite du
sijet & autres hasards
peuventgagner, qu'au demeurantun
Autheurse
presente ou par bètise ou
parfinese,unpeu obscurement,
&diversement>
ne luy chaille, nombre
d'esprits le belutant~tese-
(COUtint, en exprimeront
quantite de formes
9 ou
Jelcna ou à cosé , ou au
contraire de la sienne &
qui toutes luyferont honlicur;
c'tj.ce quiafait va"
loir plufteursebofes de
neant, qui a mis ericredirplusieurs
anciens eCrits) t'T,
les Ilchargez.,detoute/orle
de bautez, qu'on avoulu,
une même chose recevant
mille &mille
, &autant
qu'il nous plaist d'images
~& considerationsdiverses ; Est-ilpossiblequ'Homere
ait dit tout ce qu'on luy
fait dire, ~&c.
Est-il possible aussi que
Rabelais ait pensé tout ce
qu'on luy fait penser ?
Non sans doute
, on a
voulujustifier par des applications
fines & détournées,
plusieurs tirades inG..
pides où tombentnecessairement
ceux qui veulent
roûjours parler & toûjours
plaisanter ; quelque fond
de gayeté qu'on puisse
avoir,onn'est pas plaisant
toutes les fois qu'on plaifante
: il faut pardonner
au plus agreable convive
deux turlupinadespourun
bon mot, &C au plus
grand Poëte deux pensées
simplement communes ,
pour unesublimementsimple.
Je ne parle pas d'Homere
deà, diroit Rabe- tcf
lais, il est en les moindres
lanternages fubli- <€
mirifiquemententoufiafmé
; je le vois tout cc"
embrasé .& tout embrasant
d'un feu A- tcf
pollonien; mais après
tout il n'y a point de
feu sans fumée, comme
aussi n'y a-t-il point de
fumée sans feu: fumée
„ je nomme en ce dernier
„cas, réputationodoran-
„ te , comme fumée de
cassolette, ou comme
„ vapeur de musc&d'am-
„ bre- gris delectant les
„ bonnes & fortes testes,
„ mais entestans parfois
j, aucuns à teste-foible,si
„ aucunes y a.
„ Je voulois donc dire
J) par ce didon de fu-
~J
111ée làns feu , que ré-- putatioii ne va point
fê sans merite,laquelle
maxime les fabula- cc
teurs anciens eussent
ainsi allegorisée.
Réputation mariée à
Merite, a engendré Prévention
1 , & par aprés
Prévention,Fille née de,
Réputation,a engendré
sa Merebienplusgrande
& plus belle que n'estoit
naturellement, lors que
fut mariée à Merite. ; -
Homere a environ
: deux millesix cens ans
de réputation acquise ;'),
Rabelais n'en a qu'environ
cent soixante ;
Corneille n'en a qu'environ
cinquante:lequel
des trois doit l'emporter.
A juger seulement par
l'âge des réputations
, ,.
c'est peut-estre la plus
jeune; car plus une réputation
vieillit, plus elle
estabsorbée dans le vaste
fein de la Prévention.
.-j.Vingt ou trente ans
aprés la mort d'un Aut1
heur y c''e1s1t .à' peu pré1s -
là vraye distance ; c'est
le vray point de vûë
d'où , je voudrois juger
de sa réputation.
-
En voyant Homere
àtravers vingt-six siecles
- imaginez - vous
voir de loin une femme
à travers un brouillard
épais; quelqu'un qui en
feroit devenu amoureux
par ouirdire auroit beau
vous crier: voyez-vous
la délicatesse de ces
traits,la douce vivacité
de ces yeux, la nuance
imperceptible des lys &c
des roses de ce tein délicat
; mais sur tout remarquez
bien ce je ne
sçay quoy , ces graces.
Hé morbleu, répondriez-
vous à cet Amant
enthousiasmé,comment
voulez-vous que j'en juge
, à travers d'un tel
broüillard ; il faudroit
quejeusse les yeux d'un
Linx,ou ceux de l'Amour.
;
Voyez
Voyez au contraire un
Autheur de trop prés
,
c'est encore pis ; la réputation
d'un Autheur
vivant est offusquée par
la jalousie de ses contemporains
, par la cabale;
,
on estime mêmesesouvrages
selon le crédit qu'.
il a, selon sa qualité, ses
richesses , ses moeurs ;
que sçai - je moy, mille
autres sujets de prévention
: par exemple, nous
ne sçaurions nous imaginerqu'un
hommeque
nous voyons de si prés
soit si grand homme :
comment seroit-il divin,
nousle voyons boire &
manger avec nous, &c
nous luyentendons sou.
vent dire à tableplus
de sottises qu'à ce gros
yvrognesimple & pesant,
quiparlant& beu.
vant avec une égalité
merveilleuse ,soutient
beaucoup mieux ridée
q^Uon nousavoicdonnée
de luy, que cet Auteur ne
soutient celle que ses livres
nous avoient donnée
de l'élevarion de son genie.
Revenons à nostre
point deVue que je placerois
environ vingt ou
trente ans après la mort
d'un Autheur, afin que
dégagé des préventions
dont je viens de parler,
on puisse juger de toutes
les beautez del'ouvra,
par rapport au goust,aux
moeurs , aux usages, aux
proprietez de la langue,
& à cent autres circont
tances qu'il est essentiel
de bien sçavoir, pour
porter un jugement équitable
& de l'ouvrage
& de l'Auteur, maissur
tout de l'Auteur, car on
peut quelquefois juger
d'un ouvrage par l'ouvrage
seul, mais on ne
sçauroit juger du mérité
d'un Autheur que par
rapport au siecleoù il
a vécu.
, Mais lesujet que je
traiteme mène plus loin
que je n'avois crû ; je
voulois parler feulement
dans ce mois-cy de la ré.
putation, de nos deux
Autheurs,8cdelà préventionqu'on
a pour
eux Réputation ,Prévention;
c'estoù je m'étois
borné. Quelles borlies.,
grand Dieu! le chapitre
de la Prévention
feule rempliroit mille
volumes àne faire qu'un
petitarticle sur chacun
des préjugez qui entrent
dans la composition des
jugemens des hommes : il pourra donc encore
dans la suite m'échaper
quelques traits non-envenimez,
contre la prévention
qu'on a pour les
Anciens; & comme cette
prévention pourroit
allerjusqu'àm'accufer
d'estre prévenu pour
les Modernes, il faut
se dèclarer. Je croy
donc que tout confideré
tout compensé
Homme , pour Homme,
Auteur pour Auteur.
Teste pour Teste ,Ancien,
Moderne, tout est
à peu près égal; parce
que les coeurs & les cerveaux
sont à peu prés fabriquez
comme ils étoient
jadis. A l'égard
d'Homere & de Rabelais,
je les crois chacun
dans leur genre grands
& excellens Autheurs' ';
c'est assez dire pour Rabelais
, mais je crains
d'avoir trop peu dit
en l'honneur d'Homere.
Ceux qui le divinisent,
& qui sont dévoilez à
son culte voudroient-ils
me forcer à l'adorer comme
ils sont.
A ce propos ilme souvient
de ce que dit Rabelais,
non en ses livres
connus, mais en quelque
sien manuscrit. Croyezdonc
si voulez que c'est
baliverne posthume du
grand Balivernier Maître
François.
- Un jour Panurge dans
un Caveau du Temple
6 renommé de 14 dive
-
Bouteille buvoit debout,
-& buvant avaloit, &;,
avalant se déledoit, &. se
-
délectant chantoit : Hé
bon bon bon,que le Vin
- el bon, par mafoy j'en
-rueux boire: Or comme il
chantoit & beuvoit sur
ce ton, un Sacrificateur-
-zélé de l'antique & dive
Bouteille,s'avança tout
courroucé
, vers Panurge
3Ci qu'en son courroux
il l'appella buveur profane
; qu'est-ce à dire,
répliqua le Buveur moderne
: n'est point profane
qui bon Vin boit-, •
qui bon Vin aime, &
qui bon Vin chante.
Non certes,dit le Sacrificateur,
mais tu bois debout,
& c'est mal - fait
car il faut boire à genoux,
tu chante fimpiement
que le Vin est bon ;
il faut chanter qu'il est
divin,car c'est vin grec.
Hé, que m'importe,dit
Panurge, vin Grec ou
Bourguignon, ny celuy-
ci, ny celuy-là, ny
aucun Vin n'estchose
divine: non ce n'est: que
boisson humaine,& pour
ce j'en boiray tout ce
qu'humainen peut boire
humainement & ne la
boiray que debout, ou
assis à table,ouà che*
val
, car on boit aussi le
vin de cheval,mais à
genoux on ne but oncques,
& n'y boiray mie.
Alors le Sacrificateur
homme gravement colerique
n'enrendit point
railleriey & à grands,
coups de Tirfe voulut
faire agenouiller le bon
Panurge; mais luy s'obstinoit
à boire debout,
criant seulement, Bon,
bon,bon, vin pour moy
bon , bon me suffit,bon
veut tout dire. 0 tu diras
divin
3
crioit le Sacrificateur
, tu en viendras
à mon mot; divin,
divin, crioit l'un en battant
: bon bon,bon,
crioit l'autre en buvant
en forte qu'entre ces
deux obstinez ne pou.
voitavenir, non plus
qu'aux Ecoles Aristoteliciennes
aucune folotion
raisonnable. Devinez
qu'elle fut celle-cy,
A force de boire&;
d'avoir bû, le vin manqua
à Panurge, qui pour
lors cria commec'estoit
sa coûtume, des que [a
bouteilleestoit vuide, il
cria, dis-je, du vin, du
vin:enforce quele Sacrificateur
crut oiiir divin?
divin,cette équivoque
Panurgienne finit
ainsi le debat au Temple
de la dive Bouteille, sans
quoy ces deux obstinez y
croient encore, l'un à
battre &c l'autre à boire.
i,:
Autant en pend à
Foeit à quiconque voudra
crier en lisant Homere,
beau, beau beau,
admirable
,
sublime ce
n'est rien dire si l'on ne
crie divin, divin
Or apres ce conte bon
ou mauvais , selon le
Lecteur, adieu vous di-,
fent Homere & Rabelais
jusqu'aux Calendes
Mercuriales du prochain
mois. Si pour lors devriez
revoir Mercure paralelliisant
vous, après
avoir tousse un coup en
boirez trois ou quatre ;
ensuitebesicles pren- drez, si debesicles usez,
& alors lirez peut-estre
merveilles & peut-estre
billevezées
Fermer
Résumé : PARALELLE BURLESQUE Ou Disseratation, ou Discours qu'on nommera comme on voudra, sur Homere & Rabelais.
Le texte compare deux auteurs majeurs de la littérature, Homère et Rabelais. Homère, auteur de l'Iliade et de l'Odyssée, utilisait des allégories que des écrivains comme Plutarque et Héraclide ont commentées. Rabelais, vers 1550, a établi un parallèle entre lui-même et Homère, soulignant que les deux étaient nés pour la poésie, bien que Rabelais ait écrit en prose. L'auteur invite le lecteur à croire en des merveilles occultes dans ses propres œuvres, écrites dans un état d'ivresse, tout comme Homère. La réputation des deux auteurs est également comparée. Homère est respecté dans les cercles héroïques, scientifiques et philosophiques, tandis que Rabelais est apprécié dans les cercles joyeux et pantagruéliques. La réputation d'Homère est estimée à environ deux mille six cents ans, celle de Rabelais à environ cent soixante, et celle de Corneille à environ cinquante. L'auteur note que juger de la réputation d'un auteur est difficile, soit à cause de la distance temporelle, soit à cause des préjugés contemporains. L'auteur conclut en affirmant que, toutes choses considérées, les auteurs anciens et modernes sont à peu près égaux. Il croit qu'Homère et Rabelais sont tous deux grands et excellents auteurs dans leurs genres respectifs. Le texte se termine par une anecdote impliquant Panurge et un sacrificateur, illustrant la dispute sur la divinité du vin, et par une comparaison entre les admirateurs d'Homère et ceux de Rabelais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 169-238
Critique modeste du Livre de Madame Dacier, qui a pour Titre, des Causes de la Corruption du goust. [titre d'après la table]
Début :
Au reste, Messieurs, quoique j'aye donné mon consentement à [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Auteur, Éloquence, Anciens, Modernes, Anciens et Modernes, Ouvrages, Antiquité, Homère, Poètes, Héros, Grecs, Belles-lettres, Esprit, Goût, Corruption du goût, Quintilien, Éducation, Opéra, Éducation, Public, Dialogue, Perfection, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Critique modeste du Livre de Madame Dacier, qui a pour Titre, des Causes de la Corruption du goust. [titre d'après la table]
Aureste,Meilleursquoique
j'aye donné mon consentementàl'Ouvrage
que vous
allez lire, quoi-que je l'aye
signé & paraphé, ne varietur,
& quoi-qu'en un mot il ne
tienne qu'à moi de me donner
des airs de sçavant à tort
6e à travers,& quand bon me
semble, gardez-vous bien de
faire à l'Auteur anonyme de
cette dissertation, lechagrin
de mecroirecapabled'unaut
si bon raisonnement. Je l'approuve,
& je pense comme
lui sur la matiere qu'il a traité.
Voila mon sentiment, lifez
donc cette piece, sans prévention,
si VOJS pouvez, Se
jeferai bien étonné, si vous
he pensez comme nous. Sinon
,àvous permis d'en penser
ôc d'en dire ce qui vous
plaira.
Memoires Littéraires, & CrU
qtiesP&c.
Sur la fin du dernier siecle
il s'alluma une querelle vive
dansla republique des Lettres.
Il estoitquestion de regler
un Cérémonial entre les
grandshommes de l'anna:ité,&
nosmaîtresmodernes
DeuxAcademiciens françois
dont l'un estoitencausepour
Jes Anciens,d'autre pour les
Modernes, aprés avoirconstesté
long-tems, avec grandevivacité,
pournerien dire
de plusn,se separerent enfin
au grand scandale du pufb1icy
£ànsr.avoirreg1éaucun
article. -->//
Cettequerelle serenouvelle
aujourdhuy entreMadame
Dacier & Monsieur dela
Motte.Il nes'agitneanmoins
encore,quedefixer les honmeursdûs
à Homere : Mais
ce qui fera décidé enfaveur
du plus grand desPoëte&
du plus reculé de nous, fcivira
de regle pour nossucres
ayeuls..<i
t i' l'..,.
1
Faits quieftabhfjent l'eflat de
- ', laqueflion.
: Il ya quelquesannées que
M. de la Motte conçut le desfein
de sauver la Nation du
reproche de n'avoir pu enfanter
un poëme digne d'estime.
Dans cette vûë il examina
la celebre Illiade d'Homere
:aprés un exact examen,
ilcrut sentir que le pere des
Pôëtesn'avoit donné qu'une
ébauche grossiere de son art. il reconnut àlavérité dans
cePoëme tant célébré
,
loue
ce qu'on peut exiger d'ungenie
rare& d'une imaginationriche,
à qui le secours
desregles &desbxémplîes^
manqué;mais il y sentit bien
des défauts qu'une plus grande
connoissance de l'art a sale
éviter àVirgile; &depuis à
quelques autres, que je ne
nommepasde peurdescan.
,dle.:tJ.r.,'rlc: Le sujetdel'Illiade, je veux
dire, le; fonds historique jdii
Poëmelui parut grand &.d«-
gne d'interesser.Paris.filsds
P,riamen*lew Helene èpoufc de
Menelas: Tous lesRoysdela
Grece seliguenten faveur ds
toffenfe,g/paffentJes Mers±
pour détruire un flçrifavt
t
ErfJt. pire!Voila.ungrandobjet
pour la curiosité. Cette guer
re est abondanteen grands
évenemens:lesDieuxsemeitent
de lapartie ttes unsse
declarent en faveur desGrecs.
les autresfavorisent lesTroyens
:
Quelle source demer,. veilleux!
- ïl est vray queles Dieux
n'agissentpas avec - dignité
Jns l'Iliade,& que leur puissance
y est exactementlimitée:
Mais si Homereavoit eq
une idée plusraisonnablede
sesDieux,il n'auroit pu en fii"Çyfff amusantôc
si varié dans son Ouvrage :
Supposé, par exemple, que
Jupiter eut esié le souverain
arbitre des destinées, Sarpedon
son fils n'auroit pu torn*-
ber fous les coups de Patron
cle, si les Dieux inférieurs
avoient esté parfaitementsubordonnez
à Jupiter: On ne
les eût pas vû divisez entre
les deux armées. La feule saveur
de Jupiter auroit acquis
tout le Ciel à un seul parti:
alors qu'auroit on pû esperer
pour l'autre? Les Dieux
de l'Iliade,tout méprisables
qu'ils sont EU WJI'I'IWCI'IWÔ ,
ne laissent pas d'estre
, par
leur petitessemême,plus propres
à jetter dans le Poëme
le genre de merveilleux que
nous amenons quelquefois
dans les nostres par le ministere
des enchanteurs,&.des
Fées.
Mais sila petitesse desDieux:
amene le merveilleux dans
l'Iliade, la grossiere rusticité
des Heros acteurs n'y amene
rien qui demande gracepour
elle. On ne doit pas
néanmoins faire un crimeà
Homere de n'avoir pas imaginé
des caracteres plus dignes
d'admiration, Il a peint
piftoriquement les Moeurs
baffes & grossieres de son
tems, & n'ayant aucune idée
decette politesse & de cette
veritable grandeur reservées
aux sieclessuivants, il seroit
injuste de ne lui pas faire grace
sur cela.
2
Il sembla donc à M. de la.
Motte qu'on pouvoit faire
de l'Iliaded'Homereun poë
me agreable dans nôtre lani.
gue,non pas en traduifanc
servilement, comme tant de
gens l'ont tenté, à la honte
deleurgoût, mais en corrigeantle
tissu de l'Hiiloire,
en supprimant certains traits
qui revoltent nos moeurs ou
quiblessent la vrai-semblance,
en avilissant un peu moins
les Dieux auteurs, qui neanmoins
ne peuvent,pour le
IQle qu'ils doivent jouer,estreélevez
jusqu'à leur verieqçn
pçqla^udefjTe&'larailicité,
peularedesse&
foppfiw^tipîpfiG^^repcisz,8oç^ peula,
o
des j en. un mot M. de la Mot-j
te seproposa, non de tradui- rHa,fgtu,lemen> c'sfti&w4$pren-î
dred sonouvragecequilui
sembloit bon,de cotri@erpli
supprimer e qu'il, j^geoif
dsfecueux&é féprehenfiQle
f .Dans,.cetespritilconippt
sa l'Jliade franoife.P9#.m
.hftribuéen :dqU¡é, Livresi
Ame&rje que cet Ouvrage
croissoit l'auteurle reckoitf
aux Assembléèspublicjùés-daf
l'Accademie, & l'onnêdciitt
pas craindre d'être démanti i
endisantqu'ilfuttoûjôurs
reçû du public avec accuei
avec acclamation enfinl'ouvrageachevé
5
M. de la Mot
técrût devoircompterau pu*
blicdes raisons pour lesquelles
il s'étoit tant écarté du
poëme original.Ilfit une
dHfertatÎotfk{url'lliadedHo
mere, il y rend hommage à
ce vieuxPoëte commeau plus
haut genie que lanature ait
peut-être enfanté,il declare
qu'àjuger de lui par le poër
mequ'ilahasardéavantque
JArG,suc( né,il seepersuade
que , dans quelque siecle oi*
Ú {teft«i&ei!oacplaçé rilHaur
roit_touj;oursét£le premier
Poëte dé ce siecle, & que
naissant dans un tems où les
reglesdel'Art auroient été
dévelopées,oules moeurs atiroientéteciviliséesou
l'on
auroic mieux connu la vertu
&. levericable heroisme,il auroit
fait un poëmeaccompli.
Ilfait l'enumeration des talents
naturels dont il voit les
fruits dans l'Ouvrage ; Mais
commetout Oev^agpihp.
main pàïcesoft ëâri&4reic
^ecéîefoûaiiÉeufpatqirôi^ûë
tléfaUtr)&qedÜUeuèil est
iïtïpôSi~lc~onm~nte~&
qu'onperfectionneuncoup
UnArtquidemandetant de
vûes i tant de lumieres ,tant
ifneditarions,!Nfcde;la
Mottenes'est pas crû enpe- rildepasserpouruninsensé
en dénonçant au public les
fautes grossieres qu'il a senîies
dans l'Iliade,fautes qu'il
n'allegue point en reproche
contre Homere
,
qui ne
nous devoit pas un prodige,
mais qu'il convientdéreprocher
à ces sçavans sans lu*.
rmeierce,qouni nne loes gîatvreent.pas
,.. D'abordquel'Ouvrage fut
public,le peupleConifaetitateur
interesse à mainrenir
le culte d'Homere dans torte
sa pureté
, s'émûtà la vue
des profanations sacrileges
de M. de la Motte, ils crurentqu'il
étoitimportant de
s'elever avec vigueur contre
cecriminel attentat,afin que
la crainte servît defrain dans
la fuite aux infideles.
Ils commencèrent donc
par qualifier le coupable
comme leurs Statuts le prescrivent,
c'est un homme sans
lumiere & sans goût, il nous
a bien trompé, nous lui trouvions
du talent&du genie,
il faut que la tête lu ait tourné,
c'efl: dommage? On endoctrinoit
le public, on combattait
vigoureusement l'adversaire
abfen t; la differtation
sur Homere, Messieurs,
est un poradoxe perpetuelle
poëme François, un Ouvrage
miserable & pire que leClo-
Vis,*&comment grandDieu 1
-
pouroit
*Puéme de Saint Sorlin.
pouroit-il naîtrequelquechose
depassablede lapaitd'uii
homme qui a assezpeu dç
goût pour trouver des dessauts
dans le divin Horoere.
Avec ces graves décisions ,
nos: confederez se faisoient
des échos de tous les cotez,
la plupartdes gens du,monde
ne sont pas fâchez d'entendre
condamner un Ouvrage
nouveau qu'ils se
croyent obligez de lire; c'est
une espece de dette dont on
acquitte leur parene.
Mais comment les confederez
pouront ils corrompre
le jugement des poëtes j
peupleindocileaujoug de
l'autorité V Ce que ne peut
furieuxl'autorité ;31a bassejalousieleva
faire. Ils souscrirontàr\
la,. condamnation du
poëme, en donnant des Eloges
hypocritesà la dissertatiort,
M.- de laMotte s'est
ouvert tant de chemins à la
réputation, il a excellé dans
tant de genres au grand préjudicéde
ces Messieurs,qu'il
doit leur pardonner cette legere
vengeance. L'affaire neanmoins devientserieuse
les poëtes,les
Juges de l'Art liguez avec
Je peuple Commentateur
entraînentla multitude, qui
oseras'opposer à ce torrent > lui Gfera-,* tout homme
d'honneur, qui, libre deprévention
& de vil interêt,aurà
senti que notre siecle n'a donné
aucun Ouvrage,où il
éclate plus de génie ,
plus de
conduite, plus de magnificence
poëtique,que dans Jeic
scandaleux poëme. Il en est,
chez les gens de lettres, de
ces hommes que je viens de
définir, j'en connoismême
entre les poëtes, quiont la
generosité de rendre justice
à M. de la Motte, au peril de
l'Epigramme & de la Satyre.
Les Journalistes de Paris,
ceux de Trevoux, & ceux
d'Hollande,enfin tous les
Tribunaux érigez, si j'ose le
dire, pour juger les Ouvrages
, ont donné de grands
éloges à celuy-ci. Les extraits
faits dans ces Journaux ont
fait lire l'Ouvrage, à tel qui lecondamnoit sur la foi d'autruy.
L'heresie faisoittous les
jours de nouveaux progrés :
Les confederez sentirentenfinla
necessité de tenter une
:ritique , ou l'onessaya de
demontrer la fausseté des
nouveaux dogmes.
Madame Dacier qui tient
ans contredit le premier
ang entre les Commentaleurs,
entreprit cette glorieux
efutation : Et elle s'est monrée
cette refutation, à la
grande joye de tout le parti,
e premier de ce mois.
En voicy le titre:
Des Cdufs de la corruption du
gouss ,par Madame Dacier.
E'ay(oic'yeledçffein; ÇfefïAuteur qui parle,
^efperefaireVoir d'une majniere
trcs-fible& tres-intel.
ligtble, que tout le difeours de M.
if la Motte) rouleJur de faux
principes: Que la critique des
passages dHomere quil a raeporteZ,
cftfrivole,& qu'il régnépar
tout un certaineyfrittrès
capable de nuire aux belles lettres
& à la Poësie.Apres a-
Voir examine le difeours>feutrcra;/
dans l'examen du Poeme.
fcwflamfor(kwwftç*qm
M.wMf)t.l 4$Mfg4metH
malheureux dans\cequ'il4. ref
tranché,dam et qtiii.a ajoutér
st) dans ce qu'ila changé9(§fc
ép4?Ja^çeJtê?Jtfieffatoz% si
frojaique3 qu'endemontaptJif
Vers yon riy trouvera pas la
tnoindreexpressiondtPoete, ttJ.
qu'on nefournoity fybflmer dg
prose plus familiere st)plus com~
muneMaispournepasfuir
re de cet Ouvrage un deces Outyrages
purement polémiquesyf$
que le hais, parce qu'ils me pafoijpnt
pluspropres à réjouir
quàwflmre tâcherai devif
tirer de cette- Vojye commune de
diffut;'&de fair&unetfpece
detraité quifera une recherche
descauses de la corruption du giujî j "ln.. '- \: "C'I.
>
MadameDaciernouspromet
beaucoup. Voyons commentelle
acquittera ses engagement.
Commençons par
son traité descauses de la
corruption du goût quin'occupe
que trois feuilletsd'un
livre de plus de six cent page
Nous examinerons ensuite
l'Ouvrage même, & nous jugéronsdes
coups qu'il porte
à M. de la MQtte.-- <
Mad1a- j
-
Madame Dacier nous a
donné autrefois une magnifiquedefiniton
du Goust
dans une Préface sur Ariftophane.
Elle n'estoit pas là
trop en place; mais elle auroit
eû , ce me semble, fort
bonne grace à la tête de son
petit Traité de la décadence
dugoût. On en va juger: la
voicy :
Tout le mondeparle dégoût,
&je n'ay encoretrouvéperjonne
qui l'ait bien défini les traite
quefen ay njûyneJont que des
idées confuses où il n'y a nijuflefjè
ni raiJon,Qjparconfèquentpoint.
de verité; fejpere que j'auray
este plus heureuse dans la recberch
e que *'en a 1
cherche j'enajfaite (t) que
la definition quefenVais donner,
contentera tous ceuxqui Voudront
Je donner lapeined'approfondir
ma pensee.
Le goût est une harmonie, un
accord de l'esprit&de la raison:
en en aplus ou moins ,Je/on que
cette harmonie efiplus ou moins
juste
y
cela étant, tous les objets
exterieurs quisepresentent à IL
maginationyjfontynonfeulement
une image,maisyrendent aussi
une efyece de soni Cartoutparle
à tefprit,sil'harmonie exterieure
Je trouve d'accordavec cette har:
monie intérieure : l'imagination
reçoit & approuve d'abord cet
objet, qu'elle ne manque jamais
de rejetter quand le contraire arrive.
Car comme l'harmonieM
l'accord eflla cause de l'amour
que ton a pour certains objets,
par la raijon des contraires; la
dissonance est certainement la
cause de la haineicettedissonance
Vient apurement ou de l'objet ou
de feJPrit qui juge, ou bienjou-
Vent de tous les deux; quand elle
Vient de l'objet, & que notre
esPrit a cette harmonieparfaite,
-dont je viens de parler; il estimpossible
que nous approuvions
l'objetqu'on nous presente
)
il
nous parditra toujoursdefectueux
quand la difonance vient
de nôtre esprit qui juge, alors les
meilleures cbojes nous paroiffint
mau-vasses, mais au lieu de nous
dccujernousmêmes, nous accusons
toujoursfobjet, parce que
comme nôtre esprit efl accoutume
à cette difJànance, il nesçauroit
de lui-même la remarquer ;
enfin quand elle efl dans l'un {$)
dans l'autre,&dans l'esprit&
dans l'objet, de là vient que les
plusmauvaises chosèspassentfort
fouVentpourbonnesy parce quellesfont
en proportion de di/Janance
avec le[prit.par ce moyen
on trouvera facilement la raifony
fourquoy un Ouvrage mediocre
trouve fort peu de censeurs, &
qiïun Ouvrage excellent ne pt«reout-ivtneombre.Sil'onvouqlouierpnofurft- petêtnombre.Sil'on
fer cette matiere à bout, ftj
tournermadéfinition entousfens,
jefinsperjuadéeqiïon auroit
l'explication des cbojes quiparoif
Jent les plus difficiles & lesplus
biZdres.
Il sieroit bien
, ce me semble,
au grand Aristote,d'être
l'Auteur de cette définition
tant elle est claire & inge**
nieufe, elle ne cede en rien
assurement à celle que ce
Prince des Philosophes a
donnée du rire immodérée
Madame Dacier la cite avec
élogedans saPréfacesur Terence
:Voicy ses termes.
Ce rirequHomereappelle mextinguible,
c"eft-a-dire,iull, nefinit
point,nest pas le lut de l&
-Comedie,(tJje [fay bon gré à
Aristote de l'avoir defini, une
difformitésans douleur qui corrompt
unepartiede lyhommefans
luyfaire aucun mal. C*esi pourfjuoy,
continuëc-elle~f/
condamne cerire immodéré,&
blâme fort Homere d'avoir t1t:'!.
tribué aux Dieux une passion
qui ricfi pas mêmepardonnable,
aux hommes. Cela est assurementadmirable,
mais revenons
augout, & voyons d'abord
commenton prouve
qu'il eu aujourd'huy corrompu.
Le bon gOllt, dit-on, qu'on*
ûnjm eu tant de peine à ftr
mer, est retombé danssa première
barbarie. Cette proposition
n'a pasbesoin de preuve
selon Madame Dacier,
c'est une véritéévidente,
c'est un fait denotoriété-,le
mal estconstant,il n'est plus
question que d'en demesler
les causes & de procéder à la
guerison. Passons lui sa proposition
,
puis qu'elle est si
évidemment vraye, mais
si le goût est retombé dans sa.
premiere barbarie; comment
s'est-il pu faire, comme Madame
Dacier le suppose,que
l'éloquence du barreau, &
celle de la chaire, quenôtre
poësie même, se soient garentiesdelacontagion;
changeons
l'ordre des propositions&
disons, si l'éloquent
ce &la poësie françoises sont
arrivées de nos jours au point
de pouvoir lutter contre les
travaux de l'antiquité, comment
peut - on dire que le
goût François soit tombé
dans la barbarie?Mais afin
qu'on ne m'accuse pas d'en
imposer
,
il est bon qu'on
voye comment Madame Daciers'explique.
j Véloquence de la chaire &
celle du barreau;) se font fau-
'Vez decette fejleJicontagieux
se. A quelle haut degré de perfèÛion
celle de U chaireti4
Uelle pas esiéportée de nos jours?
Où trouVe-t'on dans les anciens,
plus de Vehemence, plus
de passion
,
plus de force, plus
d'élévation d'efyrit3 des Images
plus Vives &plus magnifiques des , Figuresplusnobles}gr une
compositionplusmajeflueufe ?
ttJ quant à celle du barreau
pour ne pasparler de ces grands
personnages que nous avons perdus)&
qui ont acquis unegloire
immortelle par leur éloquence,
n'en Voyons -nous pas aujourd'huy
fr le .t dans le Parquet,
quAthènes (7 Rome auroient
conipte'Z autrefois parmi leurs
dusgrand Orateurs?Que dis-je
xotre éloquence,notrepoejîe mène
nes'elf- elle pas garantie
tussi de cette contagion
> &
less-elle pas devenue la rivale
le la poëjie des Grecs, entre,
es mains des grands poetes qui
Int bonnorè ledernier siecles
Dequoy donc se plaint
MadameDacier :l'éloquent
ce est actuellement au plus
iauc degré de perfection,où
elle se foit jamais élevée en
France ; lapoësie du dernier
Siecleestarrivée à son plus
haut point, Quand il seroit
vray ,
commeelle lesuppose
ensuite, que les poëtes qui
travaillentactuellement deshonoreroient
leurart, on ne
pourroit en rien conclure
contre le goût du public, à
qui l'on ne peut pas reprocher
de leur faire trop d'ae"
cueil. Ces grands Poëtes du
sïecle dernier,les Corneilles,
les Racines, les Molieres
vivent encore pour luy sur
nos Theatres?
Mais un peu de bonne foi.
Pourquoy Madame Dacier
ne dit - elle pas bonnemenc
son veritable grief: Relevons-
la du tort quesa mode-
[tie fait à sa cause.La preu-
Je, que le goût du Public eO:
âté, se tire des jugements
qu'il a porté destraductions
admirables qui lui ont esté
données des meilleurs Ouvrages
de l'antiquité. On lui
1 mis recemment fous les
eux le Poëme miraculeux
du divin Homere,avec des
notes qu'ilavertissentauxenendroits
qu'il doit le plus admira:
On luiavoitdonné cidevant
une Traduction des
Comedies admirables d'Ariftophanes,
avec des remarques
sur les endroits oùil est
du devoir de rire.
Qu'est-il arrivé? le public
indocile & brouillon a ri souvent
sur les endroits admirables
d'Homere, & arefusé
le devoir au grand Comique
d'Aristophanes : En
voilà assez pour devoir convenir
que noussommes tombez
dans la plus grossiere barbarie-
Ne chicannons donc
plus sur cette question de
fait. Examinons seulement
avec Madame Dacier lescauses
de nôtre infortune,
t» Lairc cause que Madame
Dacier allégué de la corruption
du goût, c'est le peu de
cas que l'on fait des anciens
auteurs. C'est, dit-elle
,
l'éltude
des Grecs&des Latins qui
nous a tirez de la grossiereté où
nous estions, st) nous allons Voir
que c'est l'ignorance&lemépris
decette même étude qui nous J.
replongent. : ?
: Jeconviens d'abord avec
Madame Dacier que sans les
Grecs & les Latins qui nous
ont autrefois mis sur les traces
des sciences&des Arts:
il nous eue salu une longue
fuite de siecles, pour acquérir
par nous - mêmes & inventer
ce qu'ils avoient inventez
par degrez durant une
longue suite de siecles :
Ils nous auroient donc fort
abregé le chemin du beau &
du parfait dans tous les genres
,
n'eussent
- ils fait que
nous en ouvrir les premieres
voyes : mais de ce que nous
sommes autrefois sortis de
la grossieretéparl'étudeassidu
des Grecs & des Latins,
il ne s'enfuit pas qu'un étude
deaussiassidudeces Auteurs
nous foit aujourd'huy nececfairepour
nous empêcher d'y
retomber. Pourquoi cela? le
voici.Tenez-vous-lepourdic
une bonne fois,Messieurs les
Commentateurs, & ne faites
plus reparoître vôtrevieux,
sophisme.On pretend donc
Meilleurs, que quand tous , les anciens Philosophes, les
Aristotes, lesPlatons , les
Socrates nousmanqueroient,
nous ne laisserions pas de faire
de grandsPhilosophes a-
,vec les Descartes, les Malbranches&
autres hommes
qui ne font pas distants de
nous d'un demi siecle:quand
les Cicerons & les Demosthenes
seroient perdus pour
nous, nostre siecle a ses Cicerons
& ses Demosthenes ; ilasesEuripides, ses Sophocles,
ses Aristophanes :ila
plus d'un Anacreon & plus
d'unHorace,il a mieux qu'un
Theocrite. Il est étonnant
que nos Scoliastessoient devenus
si passionnezcitoyens
deRome& d'Athenes, qu'ils
ne puissent les perdre un moment
de vûë, pours'attacher
à la consideration des merveilles
de tout genre nouvellement
écloses dans leur ve
litable Patrie.
,
Je n'applique point cette
reflexion à Madame Dacier.
je l'excepte feule pour l'aveu
qu'elle vient de faire en faveur
de nôtre éloquence, 8c
de nôtre Poësie. Mais cet aveu
est- il bien sincere? N'ac
corde-t-elle rien à la dureté
de nos coeurs? Défions-nous
encore de sa loüange, car si
elle estoit sincere, Madame
Dacier qui a l'esprit si juste failliroit dans ses consequen-,
ces.
Un excellent Auteur ne
jouirajamais parfaitementde
la reputation meritée par ses
Ouvrages. Pour estre bien
loué, il faut qu'il ui en coûte
la vie: Ses Rivaux que sa
su periorité irritoit, setrouventalorsà
leuraise,& maîtres
du champs de bataille:
ils ne plaindront pas à l'ennemi
des éloges qui ne vont
pas jusqu'à lui.
Tel pardonne à M.Dacier
d'avoir prêché queMalherbe
tient encore le sceptre de la
.p()ëe lirique,quine me pardonnera
jamais d'avoirdonné
cet éloge, quoique mieux
[uerité)à son rival vivant:
Les maîtres dans tous les arts
liberaux,ne promenentpoint
leur ambition jalouse hors
des limites de leur genre: Un peintre,parexemple,qui
excelle pour le Portrait, ne
fera point mortifié des honneurs
qu'un autre Peintre acquiert
dans le genre Historique
ou dans le Paysage:
Leur ambition n'a pour objet
que le prix de la carriereoù
ilscourrent. Il n'en est pas de
même des gens de lettres, te
sur tout des Poëtes , genre
d'hommes, sur qui les pa6t
sions ont fait de tout telUi!
leurs plus grands miracles:
Le Dramatique enviera les
succés de l'Epique: LeLirique
fera jaloux du Pastoral.
Anisi dés qu'un excellentOuvrage
dePoësie se montre,les
plus competens d'en juger,
les Poëtes rivaux s'en saisissent
& l'examinent, dans le
dessein,non d'en proteger les
beautez, mais d'en dénoncer
lesdéfauts.Ils recueillentprécieuféméc
les traits les moins
heureux: Ils chargent malignement
leur memoire des
versfoibles,qu'ilsdistribuent
ensuite liberalement dans le
nonde. Les voila soulagez:
ls ont esquivé la honte de:)
eur défaite.
Ne soy ons point les duppes
despassions des Auteurs.
Dés que le beau se montre à
10US &, se fait sentir, il faut
e reconnoître,&le proteger.
Jouïssons les premiers de*,
heureux genies de ce siecle:
Ze les decourageons pas par
d'injustesoutrages. Excitons
au contraire leur émulation
en leur accordant nous-mêmes
des loüanges utiles, que,
la posteritéjudicieuse leur
prodiguera en vain. ,-
Madame Dacier est bien
opposéeàcette maxime:elle
croit ne devoir aucunségards
à un Auteur tel que
M de la Motte. Le tems de
sa gloiren'est pasarrivé.Elle
le méprise de toutes ses forces
pendant qu'il est vivant,
& lui laisse pour toute consolation
l'esperance des honneurs
qu'on lui fera après Ca
mort. Voicy comment elle
s'explique dans saPreface sur
Aristophanes Pendant que
tonrccenjoupour bon cequiestok
toit Vieux, un Auteurpouwit au
moins efpererque le tems leferoit
jouïr du priviïege que Ion accordoit
à tout ce qui efloit ancien,
& pour se consoler du mépris
quon avoit pour luy pendantsa
*uie3 il n'aVoit qu'à fionger a
l'honneur quon luy feroit après
sa mort: eAu lieu qne la préruention
où l'on est aujourd'huy
osse toute efterance à ïeffrit :
Elle l'abatjse, & si sose me
jfruir icy de cette figure de
Platon: Elle cou pe ses aiiles,
(f) l'empêche d'arriruer à cette
élévation> qui est la source des
belles chçfes.
C'est a dire, selonMadame
Dacier,que si l'on rendoitjustice
aux bons auteurs vivans,
cette justicemême toute flateuse
qu'elle paroist, les jecteroit
dans le découragemet,
parce qu'elle leur feroit un
sûr augure du mépris qui les
attendroic dans des tems re-<
cu lez.
M. de la Motte ne se seroit
pas avisé de soupçonner qu'il
dût à la pure bien-veillance
de son adversaire, les mauvais
traitemens qu'il en reçoit,
elle se gardera bien de
le louer,de peur que ses éloges
ne lui fassent tort & ne
l'avissent dans les tems futurs.
L'extrême modestie deMadameDacier
promene sa charité
par des chemins bien singuliers.
Il me semble que
plus un Auteur a elleaccueilli
de ses contemporains,plus
il a lieu de se flatter que ses
Ouvrages feront bien reçus
de la posterité. Il est vrai que
comme on neconnoistpoint
de bornes fixesà l'éloquence
& à la poësie, il peut arriver
que l'un & l'autre arc atteignant
dans la suite une plus
haute perfection, tel Ouvrage
autrefois le modele de (on
genre,cesseroit de l'estre, &:
cederoit la place au nouveau
venu. Mais ce peril, tout réel
qu'il est, ne cause pas grand
effroi aux Auteurs de ce siecle,
& je ne crains pas de
couper les aislesàleurgenie en
le mettant sous leurs yeux: il faut servir nos contemporains
au gré de leurs desirs ; ilsnous demandent Justice,
il faut la leur accorder. Ne
nous defions point de la pofterité
,
elle fera son devoir à
leur égard: Elle fera plus,
elle leur feragrace: elle hefitera
long-tems à les avoüer
vaincusapres leur defaite :
à moins que leslumieres de
la nouvelle Philosophie ne
delivre la republique des lettres
de l'idolatre amour de
l'antique.
Envoila,je pense,assez,
sur la premiere cause de la
,
décadence du goût. Parcourons
les autres: elles n'auront
pas besoin d'une longue
discution. C'est Madame
Dacier qui parle.
Mais nous avons deux choses
qui nous font particulières
9 & qui contribuent autant que
tout le reste à la corruption du
gouss: L'une, cefont ces fpeflacleslicentieux
qui combattent
direélément la Religion g- les
moeurs, st) dont la poejie &la
musique
y
également molles&effeminées)
communiquenttout leur
poison à l'ame,st) relâchent tous
les nerfs de te/prit,
Uautre3 cefont ces Ouvrages
f-desftjfrivoles, dont ai parlé
dans la 'Preface sur l'Iliade :
cesfaux Poëmes épique^ces Romans
inftnseZ que l'ignorance
st) l'amour ont produits, & qui
métamorphosant lesplus grands
Héros de l'antiquité en Bourgeois
Damoiseaux,accoutument
tellement les jenfs pens à ces faux caraEtcres qu'iols ne peu-
'ventplus fouflrir les vrais Héros
y
s'ils ne ressemblent à cesperflnndgcsbizarres
& extravaxants.
- Il efl vrai que la Morale
des Operas n'est gueres cTaccord
avec la morale de l'évangile.
Ce reproche pourraits'étendre
à tous les
Ouvrages de Theatre, dont
la fin generale est de dérober
l'homme à luy-même
> d'agacer ses passions, & de
l'amuser de leur revolte.
Je suis d'accord en cela
avec Madame Dacier : OüyJ
la morale de nos Opéras est
un poison dangereux pour les
ameschrestiennes: mais qu'il
me soit permis de le dire,
la morale du Galant Anacreon
dont elle fait ses déli
ces, & qu'elle nousatraduit
en françois
,
n'est-elle pas
beaucoup plus licentieufe,
que celle de nos Operas? e.
le a jugé que cette Traduction
pouvoit aider auprogrés
du genre lyrique,& à
la perfection du gouss:)nlais
l'utilité des lettres,selon fou
principe, devoit ceder au péril
des moeurs. Auresteles
Operas que Madame Dacier
condamne avec un zele si
loüable pour leur morale licentreuse,
sont ,à les considerer
du côté de l'esprit, des
poëmes ingenieux qui exi*
gent de la part des Auteurs,
beaucoup d'art de goût & de
genie. Il est vray quecegenre
de spectacle porte le vice
de n'avoir pas elle inventé
en Grece, & voila assuremet
un grand vice. Je m'en rapporte
à Madame Dacier.
Passons aux Romans, que
Madame Dacier appelle en
cause,assez mal-à- propos,ce
me semble, je pourrois d'abord
opposer la prescri ption
en leur faveur. Il y a longtems
qu'ils ne font plus de
mode en France. Il y a environ
un siecle que les Cyrus,
les Cassandres, les Cleopatres&
les Amadis, ( car ce
font là les poëmes que Madame
Dacier designe par le
reproche d'avoir travesti les
plus grands Heros de l'antiquité
en Bourgeois Damoiseaux)
il y a, dis- je, prés d'un
siecle que ces longsRomans
faisoient les delices de laNation,
maiscette passion ne
dura pas -,
le goût se tourna
à d'autres genres, & l'on se
fit unprincipe d'éducation ,
d'interdire ces lectures à la
jeunesse) parce qu'elles lùy
donnoientdudégoût pourdes
travaux plus serieux, & des
ledtures plus utiles.
Je souscris à la Critique
que Madame Dacier fait de
ces Romans, pourvu qu'on
ne prenne pas taut-a, -crl.lt à,
la lettre l'expression de Bourgeois
Damoiseaux. En effet
ces vieux Romanciers se proposant
de peindre les Grands
hommes de l'antiquité
,
ils
devoient laisser a ces Grands
hommes la rudesse de leurs
siecles. Cette politesse des
derniers tems, cette galanterie
respectueuse, bienséante
à nos Héros,s'ajuste mal a
l'idée quel'histoire nous don
jie des Heros Grecs ôc Romains.
Au reste ces Ouvrages que
Madame Dacier traite il injurieusement,
meritent plus
d'égards,àc j'avoue que j'ay
une grande idée du genie de
leurs Auteurs.
Nous n'avons pas fait. Il
nous revient encore trois eauses
de nôtre mauvais Goût
qu'un ancien Rhereur fournie
à Madame Dacier.
Quintilien Auteur presque
contemporain de Ciceron,
a faitm-ilheureucement pour
nous , un traité en forme de
Dialogue, où il recherche
les causes de la corru ption
de l'éloquence de son tems.
Madame Dacier nous invite àmediter ce Traité, parce
qu'il agite laquestionqui regne
entre nous sur les Anciens
& les Modernes, & que
l'Auteur y fait triompher les
premiers:Nous le mediterons
& nous tirerons party
de ses leçons. Mais voyons
ce que Madame Dacier en
a tiré : trois eauses denostre
mauvais goust: Sçavoir :
La mdu\diÇe éducation.
L'ignorance des Maifires..
Laparesse st) la négligence
des jeunes gens.
Du tems de Quintilien les
enfans estoient paresseux &
negligens: ils ne le sont pas
moins aujourd'huy,maisen
quel siecle les a-t-onvû vigilans,
actifs, se porter d'euxmêmes
au travail des Lettres.
Du temps de Quintilien,
il a esté vray de dire
en général
, que les peres &
meres ne sont pas assez attentifsa
l'éducation de leurs
enfans, & que les précepteurs
auxquels on commet
leur éducation
,
se trouvent
rarement ca pables de leur
-
employ.
Voila desveritez detous
les âges, des inconvénients
de tous les siecles. Madame
Dacier ne sent-elle pas la petitesse
titesse deces reproches vagues.
Ellese donne bien de
la peine pour lés para phraser
avec un ton patetique.
CVS une pitié dit- elle,de
;.z.'oir cruels Preceptrurs on
donne pour l'ordinaire à ces
pauvres enfans Celaestvrai
Madame, il seroit à souhaitter
que tous les précepteurs
eullentvotre érudition ôc
vos lumières : mais en quel
sieclea-t-on vu ce prodige?
Revenons à Quintihen..
MadameDucierest elle bien
entréedansles vûës de son
dialogue? j'ai grand penchant
àcroire qu'elle
n'a pu prendre le change
: Mais je fuis un peu
scandalisé de voir dans
l'Auteur des Paralelles-
un Extrait de ce
Dialogue mcfmc, qui
supposenecessairement
dans Quintilien le dessein
de saryrifer les an- ciensOrateurs.Voilà
comme il s'explique en-
J
fuite de l'Extraite quil
en'd onne.
Ou je nay pas le sens corn.,
muny ou ce Dialogu de 0!!."
iilien
y
ntest autre chosè qu'une
Satyre contre les anciens Ora.
teurs
y quoy -
qu'il conclue rn
leur faveur. Les raisons dont
illes attaquefont sifortes st)
celles dont illes dejfendfon•tJî
foibles jque je ne doutepoint
qu'il n'ait voulu se ranger parla
de rinjufiiee quon rendoit
à son siecle. L'Eloquence
>
<lit-ilJst. tombée en décadcnce1parce
que les femmes, au
lieude donner à taitter ellesmêmes
2 leurs enfans> les ont
mis en nourrice , parce qu'au
l1e. u d 1. de mener les jeunes gens
entendre ceux qui plaidoient
bien, on leur a donné des Maistres
de l'Eloquence, * st) enfin
, parce que les manches de
leurs Robbcs font devenues
heaucou, plusétroites quelles
n'efloitnt du temps desgrands
,. z." * Qr-itilienejoitAI,v('rîrcdeJ -î'JI:-f¡a- î
&pr(miers ordteurs.
N'fft.ce pas là une raillerie
mamfefîe?^aimerois bien un
homme qui ne Voudroitpasdonfierfit
cause à un de nos meilleurs
Avocats,parce qu'il au-
,roitappris que cet Avocat auroit
esiemisen Alourice aVaugirard
: 0'aulzeu de le mener
Joigneujèment aux uiudiances.9
on lluuyyaauurrooiittddoonnnnéé un MMaaieflre re
de Phetoriliie: Et enfin parce
que les manches defit RcMc
ne jèroientpas assiz larges. Ilestfutprenant que
ce Dialogue ait frappé
si différemment l'Atiteur
des Parallèles,&
Madame Dacier. Lestile
neanmoins en est simple
& la dictionnaire:
Il faut sans douteque
l'Auteur des Paralleles
ne l'ait pas assez médité:
car Madame Dacier
convient qu'il faut le
méditer pour y trouver
que lesanciens y triomphent.
Nousvoilà
j'aye donné mon consentementàl'Ouvrage
que vous
allez lire, quoi-que je l'aye
signé & paraphé, ne varietur,
& quoi-qu'en un mot il ne
tienne qu'à moi de me donner
des airs de sçavant à tort
6e à travers,& quand bon me
semble, gardez-vous bien de
faire à l'Auteur anonyme de
cette dissertation, lechagrin
de mecroirecapabled'unaut
si bon raisonnement. Je l'approuve,
& je pense comme
lui sur la matiere qu'il a traité.
Voila mon sentiment, lifez
donc cette piece, sans prévention,
si VOJS pouvez, Se
jeferai bien étonné, si vous
he pensez comme nous. Sinon
,àvous permis d'en penser
ôc d'en dire ce qui vous
plaira.
Memoires Littéraires, & CrU
qtiesP&c.
Sur la fin du dernier siecle
il s'alluma une querelle vive
dansla republique des Lettres.
Il estoitquestion de regler
un Cérémonial entre les
grandshommes de l'anna:ité,&
nosmaîtresmodernes
DeuxAcademiciens françois
dont l'un estoitencausepour
Jes Anciens,d'autre pour les
Modernes, aprés avoirconstesté
long-tems, avec grandevivacité,
pournerien dire
de plusn,se separerent enfin
au grand scandale du pufb1icy
£ànsr.avoirreg1éaucun
article. -->//
Cettequerelle serenouvelle
aujourdhuy entreMadame
Dacier & Monsieur dela
Motte.Il nes'agitneanmoins
encore,quedefixer les honmeursdûs
à Homere : Mais
ce qui fera décidé enfaveur
du plus grand desPoëte&
du plus reculé de nous, fcivira
de regle pour nossucres
ayeuls..<i
t i' l'..,.
1
Faits quieftabhfjent l'eflat de
- ', laqueflion.
: Il ya quelquesannées que
M. de la Motte conçut le desfein
de sauver la Nation du
reproche de n'avoir pu enfanter
un poëme digne d'estime.
Dans cette vûë il examina
la celebre Illiade d'Homere
:aprés un exact examen,
ilcrut sentir que le pere des
Pôëtesn'avoit donné qu'une
ébauche grossiere de son art. il reconnut àlavérité dans
cePoëme tant célébré
,
loue
ce qu'on peut exiger d'ungenie
rare& d'une imaginationriche,
à qui le secours
desregles &desbxémplîes^
manqué;mais il y sentit bien
des défauts qu'une plus grande
connoissance de l'art a sale
éviter àVirgile; &depuis à
quelques autres, que je ne
nommepasde peurdescan.
,dle.:tJ.r.,'rlc: Le sujetdel'Illiade, je veux
dire, le; fonds historique jdii
Poëmelui parut grand &.d«-
gne d'interesser.Paris.filsds
P,riamen*lew Helene èpoufc de
Menelas: Tous lesRoysdela
Grece seliguenten faveur ds
toffenfe,g/paffentJes Mers±
pour détruire un flçrifavt
t
ErfJt. pire!Voila.ungrandobjet
pour la curiosité. Cette guer
re est abondanteen grands
évenemens:lesDieuxsemeitent
de lapartie ttes unsse
declarent en faveur desGrecs.
les autresfavorisent lesTroyens
:
Quelle source demer,. veilleux!
- ïl est vray queles Dieux
n'agissentpas avec - dignité
Jns l'Iliade,& que leur puissance
y est exactementlimitée:
Mais si Homereavoit eq
une idée plusraisonnablede
sesDieux,il n'auroit pu en fii"Çyfff amusantôc
si varié dans son Ouvrage :
Supposé, par exemple, que
Jupiter eut esié le souverain
arbitre des destinées, Sarpedon
son fils n'auroit pu torn*-
ber fous les coups de Patron
cle, si les Dieux inférieurs
avoient esté parfaitementsubordonnez
à Jupiter: On ne
les eût pas vû divisez entre
les deux armées. La feule saveur
de Jupiter auroit acquis
tout le Ciel à un seul parti:
alors qu'auroit on pû esperer
pour l'autre? Les Dieux
de l'Iliade,tout méprisables
qu'ils sont EU WJI'I'IWCI'IWÔ ,
ne laissent pas d'estre
, par
leur petitessemême,plus propres
à jetter dans le Poëme
le genre de merveilleux que
nous amenons quelquefois
dans les nostres par le ministere
des enchanteurs,&.des
Fées.
Mais sila petitesse desDieux:
amene le merveilleux dans
l'Iliade, la grossiere rusticité
des Heros acteurs n'y amene
rien qui demande gracepour
elle. On ne doit pas
néanmoins faire un crimeà
Homere de n'avoir pas imaginé
des caracteres plus dignes
d'admiration, Il a peint
piftoriquement les Moeurs
baffes & grossieres de son
tems, & n'ayant aucune idée
decette politesse & de cette
veritable grandeur reservées
aux sieclessuivants, il seroit
injuste de ne lui pas faire grace
sur cela.
2
Il sembla donc à M. de la.
Motte qu'on pouvoit faire
de l'Iliaded'Homereun poë
me agreable dans nôtre lani.
gue,non pas en traduifanc
servilement, comme tant de
gens l'ont tenté, à la honte
deleurgoût, mais en corrigeantle
tissu de l'Hiiloire,
en supprimant certains traits
qui revoltent nos moeurs ou
quiblessent la vrai-semblance,
en avilissant un peu moins
les Dieux auteurs, qui neanmoins
ne peuvent,pour le
IQle qu'ils doivent jouer,estreélevez
jusqu'à leur verieqçn
pçqla^udefjTe&'larailicité,
peularedesse&
foppfiw^tipîpfiG^^repcisz,8oç^ peula,
o
des j en. un mot M. de la Mot-j
te seproposa, non de tradui- rHa,fgtu,lemen> c'sfti&w4$pren-î
dred sonouvragecequilui
sembloit bon,de cotri@erpli
supprimer e qu'il, j^geoif
dsfecueux&é féprehenfiQle
f .Dans,.cetespritilconippt
sa l'Jliade franoife.P9#.m
.hftribuéen :dqU¡é, Livresi
Ame&rje que cet Ouvrage
croissoit l'auteurle reckoitf
aux Assembléèspublicjùés-daf
l'Accademie, & l'onnêdciitt
pas craindre d'être démanti i
endisantqu'ilfuttoûjôurs
reçû du public avec accuei
avec acclamation enfinl'ouvrageachevé
5
M. de la Mot
técrût devoircompterau pu*
blicdes raisons pour lesquelles
il s'étoit tant écarté du
poëme original.Ilfit une
dHfertatÎotfk{url'lliadedHo
mere, il y rend hommage à
ce vieuxPoëte commeau plus
haut genie que lanature ait
peut-être enfanté,il declare
qu'àjuger de lui par le poër
mequ'ilahasardéavantque
JArG,suc( né,il seepersuade
que , dans quelque siecle oi*
Ú {teft«i&ei!oacplaçé rilHaur
roit_touj;oursét£le premier
Poëte dé ce siecle, & que
naissant dans un tems où les
reglesdel'Art auroient été
dévelopées,oules moeurs atiroientéteciviliséesou
l'on
auroic mieux connu la vertu
&. levericable heroisme,il auroit
fait un poëmeaccompli.
Ilfait l'enumeration des talents
naturels dont il voit les
fruits dans l'Ouvrage ; Mais
commetout Oev^agpihp.
main pàïcesoft ëâri&4reic
^ecéîefoûaiiÉeufpatqirôi^ûë
tléfaUtr)&qedÜUeuèil est
iïtïpôSi~lc~onm~nte~&
qu'onperfectionneuncoup
UnArtquidemandetant de
vûes i tant de lumieres ,tant
ifneditarions,!Nfcde;la
Mottenes'est pas crû enpe- rildepasserpouruninsensé
en dénonçant au public les
fautes grossieres qu'il a senîies
dans l'Iliade,fautes qu'il
n'allegue point en reproche
contre Homere
,
qui ne
nous devoit pas un prodige,
mais qu'il convientdéreprocher
à ces sçavans sans lu*.
rmeierce,qouni nne loes gîatvreent.pas
,.. D'abordquel'Ouvrage fut
public,le peupleConifaetitateur
interesse à mainrenir
le culte d'Homere dans torte
sa pureté
, s'émûtà la vue
des profanations sacrileges
de M. de la Motte, ils crurentqu'il
étoitimportant de
s'elever avec vigueur contre
cecriminel attentat,afin que
la crainte servît defrain dans
la fuite aux infideles.
Ils commencèrent donc
par qualifier le coupable
comme leurs Statuts le prescrivent,
c'est un homme sans
lumiere & sans goût, il nous
a bien trompé, nous lui trouvions
du talent&du genie,
il faut que la tête lu ait tourné,
c'efl: dommage? On endoctrinoit
le public, on combattait
vigoureusement l'adversaire
abfen t; la differtation
sur Homere, Messieurs,
est un poradoxe perpetuelle
poëme François, un Ouvrage
miserable & pire que leClo-
Vis,*&comment grandDieu 1
-
pouroit
*Puéme de Saint Sorlin.
pouroit-il naîtrequelquechose
depassablede lapaitd'uii
homme qui a assezpeu dç
goût pour trouver des dessauts
dans le divin Horoere.
Avec ces graves décisions ,
nos: confederez se faisoient
des échos de tous les cotez,
la plupartdes gens du,monde
ne sont pas fâchez d'entendre
condamner un Ouvrage
nouveau qu'ils se
croyent obligez de lire; c'est
une espece de dette dont on
acquitte leur parene.
Mais comment les confederez
pouront ils corrompre
le jugement des poëtes j
peupleindocileaujoug de
l'autorité V Ce que ne peut
furieuxl'autorité ;31a bassejalousieleva
faire. Ils souscrirontàr\
la,. condamnation du
poëme, en donnant des Eloges
hypocritesà la dissertatiort,
M.- de laMotte s'est
ouvert tant de chemins à la
réputation, il a excellé dans
tant de genres au grand préjudicéde
ces Messieurs,qu'il
doit leur pardonner cette legere
vengeance. L'affaire neanmoins devientserieuse
les poëtes,les
Juges de l'Art liguez avec
Je peuple Commentateur
entraînentla multitude, qui
oseras'opposer à ce torrent > lui Gfera-,* tout homme
d'honneur, qui, libre deprévention
& de vil interêt,aurà
senti que notre siecle n'a donné
aucun Ouvrage,où il
éclate plus de génie ,
plus de
conduite, plus de magnificence
poëtique,que dans Jeic
scandaleux poëme. Il en est,
chez les gens de lettres, de
ces hommes que je viens de
définir, j'en connoismême
entre les poëtes, quiont la
generosité de rendre justice
à M. de la Motte, au peril de
l'Epigramme & de la Satyre.
Les Journalistes de Paris,
ceux de Trevoux, & ceux
d'Hollande,enfin tous les
Tribunaux érigez, si j'ose le
dire, pour juger les Ouvrages
, ont donné de grands
éloges à celuy-ci. Les extraits
faits dans ces Journaux ont
fait lire l'Ouvrage, à tel qui lecondamnoit sur la foi d'autruy.
L'heresie faisoittous les
jours de nouveaux progrés :
Les confederez sentirentenfinla
necessité de tenter une
:ritique , ou l'onessaya de
demontrer la fausseté des
nouveaux dogmes.
Madame Dacier qui tient
ans contredit le premier
ang entre les Commentaleurs,
entreprit cette glorieux
efutation : Et elle s'est monrée
cette refutation, à la
grande joye de tout le parti,
e premier de ce mois.
En voicy le titre:
Des Cdufs de la corruption du
gouss ,par Madame Dacier.
E'ay(oic'yeledçffein; ÇfefïAuteur qui parle,
^efperefaireVoir d'une majniere
trcs-fible& tres-intel.
ligtble, que tout le difeours de M.
if la Motte) rouleJur de faux
principes: Que la critique des
passages dHomere quil a raeporteZ,
cftfrivole,& qu'il régnépar
tout un certaineyfrittrès
capable de nuire aux belles lettres
& à la Poësie.Apres a-
Voir examine le difeours>feutrcra;/
dans l'examen du Poeme.
fcwflamfor(kwwftç*qm
M.wMf)t.l 4$Mfg4metH
malheureux dans\cequ'il4. ref
tranché,dam et qtiii.a ajoutér
st) dans ce qu'ila changé9(§fc
ép4?Ja^çeJtê?Jtfieffatoz% si
frojaique3 qu'endemontaptJif
Vers yon riy trouvera pas la
tnoindreexpressiondtPoete, ttJ.
qu'on nefournoity fybflmer dg
prose plus familiere st)plus com~
muneMaispournepasfuir
re de cet Ouvrage un deces Outyrages
purement polémiquesyf$
que le hais, parce qu'ils me pafoijpnt
pluspropres à réjouir
quàwflmre tâcherai devif
tirer de cette- Vojye commune de
diffut;'&de fair&unetfpece
detraité quifera une recherche
descauses de la corruption du giujî j "ln.. '- \: "C'I.
>
MadameDaciernouspromet
beaucoup. Voyons commentelle
acquittera ses engagement.
Commençons par
son traité descauses de la
corruption du goût quin'occupe
que trois feuilletsd'un
livre de plus de six cent page
Nous examinerons ensuite
l'Ouvrage même, & nous jugéronsdes
coups qu'il porte
à M. de la MQtte.-- <
Mad1a- j
-
Madame Dacier nous a
donné autrefois une magnifiquedefiniton
du Goust
dans une Préface sur Ariftophane.
Elle n'estoit pas là
trop en place; mais elle auroit
eû , ce me semble, fort
bonne grace à la tête de son
petit Traité de la décadence
dugoût. On en va juger: la
voicy :
Tout le mondeparle dégoût,
&je n'ay encoretrouvéperjonne
qui l'ait bien défini les traite
quefen ay njûyneJont que des
idées confuses où il n'y a nijuflefjè
ni raiJon,Qjparconfèquentpoint.
de verité; fejpere que j'auray
este plus heureuse dans la recberch
e que *'en a 1
cherche j'enajfaite (t) que
la definition quefenVais donner,
contentera tous ceuxqui Voudront
Je donner lapeined'approfondir
ma pensee.
Le goût est une harmonie, un
accord de l'esprit&de la raison:
en en aplus ou moins ,Je/on que
cette harmonie efiplus ou moins
juste
y
cela étant, tous les objets
exterieurs quisepresentent à IL
maginationyjfontynonfeulement
une image,maisyrendent aussi
une efyece de soni Cartoutparle
à tefprit,sil'harmonie exterieure
Je trouve d'accordavec cette har:
monie intérieure : l'imagination
reçoit & approuve d'abord cet
objet, qu'elle ne manque jamais
de rejetter quand le contraire arrive.
Car comme l'harmonieM
l'accord eflla cause de l'amour
que ton a pour certains objets,
par la raijon des contraires; la
dissonance est certainement la
cause de la haineicettedissonance
Vient apurement ou de l'objet ou
de feJPrit qui juge, ou bienjou-
Vent de tous les deux; quand elle
Vient de l'objet, & que notre
esPrit a cette harmonieparfaite,
-dont je viens de parler; il estimpossible
que nous approuvions
l'objetqu'on nous presente
)
il
nous parditra toujoursdefectueux
quand la difonance vient
de nôtre esprit qui juge, alors les
meilleures cbojes nous paroiffint
mau-vasses, mais au lieu de nous
dccujernousmêmes, nous accusons
toujoursfobjet, parce que
comme nôtre esprit efl accoutume
à cette difJànance, il nesçauroit
de lui-même la remarquer ;
enfin quand elle efl dans l'un {$)
dans l'autre,&dans l'esprit&
dans l'objet, de là vient que les
plusmauvaises chosèspassentfort
fouVentpourbonnesy parce quellesfont
en proportion de di/Janance
avec le[prit.par ce moyen
on trouvera facilement la raifony
fourquoy un Ouvrage mediocre
trouve fort peu de censeurs, &
qiïun Ouvrage excellent ne pt«reout-ivtneombre.Sil'onvouqlouierpnofurft- petêtnombre.Sil'on
fer cette matiere à bout, ftj
tournermadéfinition entousfens,
jefinsperjuadéeqiïon auroit
l'explication des cbojes quiparoif
Jent les plus difficiles & lesplus
biZdres.
Il sieroit bien
, ce me semble,
au grand Aristote,d'être
l'Auteur de cette définition
tant elle est claire & inge**
nieufe, elle ne cede en rien
assurement à celle que ce
Prince des Philosophes a
donnée du rire immodérée
Madame Dacier la cite avec
élogedans saPréfacesur Terence
:Voicy ses termes.
Ce rirequHomereappelle mextinguible,
c"eft-a-dire,iull, nefinit
point,nest pas le lut de l&
-Comedie,(tJje [fay bon gré à
Aristote de l'avoir defini, une
difformitésans douleur qui corrompt
unepartiede lyhommefans
luyfaire aucun mal. C*esi pourfjuoy,
continuëc-elle~f/
condamne cerire immodéré,&
blâme fort Homere d'avoir t1t:'!.
tribué aux Dieux une passion
qui ricfi pas mêmepardonnable,
aux hommes. Cela est assurementadmirable,
mais revenons
augout, & voyons d'abord
commenton prouve
qu'il eu aujourd'huy corrompu.
Le bon gOllt, dit-on, qu'on*
ûnjm eu tant de peine à ftr
mer, est retombé danssa première
barbarie. Cette proposition
n'a pasbesoin de preuve
selon Madame Dacier,
c'est une véritéévidente,
c'est un fait denotoriété-,le
mal estconstant,il n'est plus
question que d'en demesler
les causes & de procéder à la
guerison. Passons lui sa proposition
,
puis qu'elle est si
évidemment vraye, mais
si le goût est retombé dans sa.
premiere barbarie; comment
s'est-il pu faire, comme Madame
Dacier le suppose,que
l'éloquence du barreau, &
celle de la chaire, quenôtre
poësie même, se soient garentiesdelacontagion;
changeons
l'ordre des propositions&
disons, si l'éloquent
ce &la poësie françoises sont
arrivées de nos jours au point
de pouvoir lutter contre les
travaux de l'antiquité, comment
peut - on dire que le
goût François soit tombé
dans la barbarie?Mais afin
qu'on ne m'accuse pas d'en
imposer
,
il est bon qu'on
voye comment Madame Daciers'explique.
j Véloquence de la chaire &
celle du barreau;) se font fau-
'Vez decette fejleJicontagieux
se. A quelle haut degré de perfèÛion
celle de U chaireti4
Uelle pas esiéportée de nos jours?
Où trouVe-t'on dans les anciens,
plus de Vehemence, plus
de passion
,
plus de force, plus
d'élévation d'efyrit3 des Images
plus Vives &plus magnifiques des , Figuresplusnobles}gr une
compositionplusmajeflueufe ?
ttJ quant à celle du barreau
pour ne pasparler de ces grands
personnages que nous avons perdus)&
qui ont acquis unegloire
immortelle par leur éloquence,
n'en Voyons -nous pas aujourd'huy
fr le .t dans le Parquet,
quAthènes (7 Rome auroient
conipte'Z autrefois parmi leurs
dusgrand Orateurs?Que dis-je
xotre éloquence,notrepoejîe mène
nes'elf- elle pas garantie
tussi de cette contagion
> &
less-elle pas devenue la rivale
le la poëjie des Grecs, entre,
es mains des grands poetes qui
Int bonnorè ledernier siecles
Dequoy donc se plaint
MadameDacier :l'éloquent
ce est actuellement au plus
iauc degré de perfection,où
elle se foit jamais élevée en
France ; lapoësie du dernier
Siecleestarrivée à son plus
haut point, Quand il seroit
vray ,
commeelle lesuppose
ensuite, que les poëtes qui
travaillentactuellement deshonoreroient
leurart, on ne
pourroit en rien conclure
contre le goût du public, à
qui l'on ne peut pas reprocher
de leur faire trop d'ae"
cueil. Ces grands Poëtes du
sïecle dernier,les Corneilles,
les Racines, les Molieres
vivent encore pour luy sur
nos Theatres?
Mais un peu de bonne foi.
Pourquoy Madame Dacier
ne dit - elle pas bonnemenc
son veritable grief: Relevons-
la du tort quesa mode-
[tie fait à sa cause.La preu-
Je, que le goût du Public eO:
âté, se tire des jugements
qu'il a porté destraductions
admirables qui lui ont esté
données des meilleurs Ouvrages
de l'antiquité. On lui
1 mis recemment fous les
eux le Poëme miraculeux
du divin Homere,avec des
notes qu'ilavertissentauxenendroits
qu'il doit le plus admira:
On luiavoitdonné cidevant
une Traduction des
Comedies admirables d'Ariftophanes,
avec des remarques
sur les endroits oùil est
du devoir de rire.
Qu'est-il arrivé? le public
indocile & brouillon a ri souvent
sur les endroits admirables
d'Homere, & arefusé
le devoir au grand Comique
d'Aristophanes : En
voilà assez pour devoir convenir
que noussommes tombez
dans la plus grossiere barbarie-
Ne chicannons donc
plus sur cette question de
fait. Examinons seulement
avec Madame Dacier lescauses
de nôtre infortune,
t» Lairc cause que Madame
Dacier allégué de la corruption
du goût, c'est le peu de
cas que l'on fait des anciens
auteurs. C'est, dit-elle
,
l'éltude
des Grecs&des Latins qui
nous a tirez de la grossiereté où
nous estions, st) nous allons Voir
que c'est l'ignorance&lemépris
decette même étude qui nous J.
replongent. : ?
: Jeconviens d'abord avec
Madame Dacier que sans les
Grecs & les Latins qui nous
ont autrefois mis sur les traces
des sciences&des Arts:
il nous eue salu une longue
fuite de siecles, pour acquérir
par nous - mêmes & inventer
ce qu'ils avoient inventez
par degrez durant une
longue suite de siecles :
Ils nous auroient donc fort
abregé le chemin du beau &
du parfait dans tous les genres
,
n'eussent
- ils fait que
nous en ouvrir les premieres
voyes : mais de ce que nous
sommes autrefois sortis de
la grossieretéparl'étudeassidu
des Grecs & des Latins,
il ne s'enfuit pas qu'un étude
deaussiassidudeces Auteurs
nous foit aujourd'huy nececfairepour
nous empêcher d'y
retomber. Pourquoi cela? le
voici.Tenez-vous-lepourdic
une bonne fois,Messieurs les
Commentateurs, & ne faites
plus reparoître vôtrevieux,
sophisme.On pretend donc
Meilleurs, que quand tous , les anciens Philosophes, les
Aristotes, lesPlatons , les
Socrates nousmanqueroient,
nous ne laisserions pas de faire
de grandsPhilosophes a-
,vec les Descartes, les Malbranches&
autres hommes
qui ne font pas distants de
nous d'un demi siecle:quand
les Cicerons & les Demosthenes
seroient perdus pour
nous, nostre siecle a ses Cicerons
& ses Demosthenes ; ilasesEuripides, ses Sophocles,
ses Aristophanes :ila
plus d'un Anacreon & plus
d'unHorace,il a mieux qu'un
Theocrite. Il est étonnant
que nos Scoliastessoient devenus
si passionnezcitoyens
deRome& d'Athenes, qu'ils
ne puissent les perdre un moment
de vûë, pours'attacher
à la consideration des merveilles
de tout genre nouvellement
écloses dans leur ve
litable Patrie.
,
Je n'applique point cette
reflexion à Madame Dacier.
je l'excepte feule pour l'aveu
qu'elle vient de faire en faveur
de nôtre éloquence, 8c
de nôtre Poësie. Mais cet aveu
est- il bien sincere? N'ac
corde-t-elle rien à la dureté
de nos coeurs? Défions-nous
encore de sa loüange, car si
elle estoit sincere, Madame
Dacier qui a l'esprit si juste failliroit dans ses consequen-,
ces.
Un excellent Auteur ne
jouirajamais parfaitementde
la reputation meritée par ses
Ouvrages. Pour estre bien
loué, il faut qu'il ui en coûte
la vie: Ses Rivaux que sa
su periorité irritoit, setrouventalorsà
leuraise,& maîtres
du champs de bataille:
ils ne plaindront pas à l'ennemi
des éloges qui ne vont
pas jusqu'à lui.
Tel pardonne à M.Dacier
d'avoir prêché queMalherbe
tient encore le sceptre de la
.p()ëe lirique,quine me pardonnera
jamais d'avoirdonné
cet éloge, quoique mieux
[uerité)à son rival vivant:
Les maîtres dans tous les arts
liberaux,ne promenentpoint
leur ambition jalouse hors
des limites de leur genre: Un peintre,parexemple,qui
excelle pour le Portrait, ne
fera point mortifié des honneurs
qu'un autre Peintre acquiert
dans le genre Historique
ou dans le Paysage:
Leur ambition n'a pour objet
que le prix de la carriereoù
ilscourrent. Il n'en est pas de
même des gens de lettres, te
sur tout des Poëtes , genre
d'hommes, sur qui les pa6t
sions ont fait de tout telUi!
leurs plus grands miracles:
Le Dramatique enviera les
succés de l'Epique: LeLirique
fera jaloux du Pastoral.
Anisi dés qu'un excellentOuvrage
dePoësie se montre,les
plus competens d'en juger,
les Poëtes rivaux s'en saisissent
& l'examinent, dans le
dessein,non d'en proteger les
beautez, mais d'en dénoncer
lesdéfauts.Ils recueillentprécieuféméc
les traits les moins
heureux: Ils chargent malignement
leur memoire des
versfoibles,qu'ilsdistribuent
ensuite liberalement dans le
nonde. Les voila soulagez:
ls ont esquivé la honte de:)
eur défaite.
Ne soy ons point les duppes
despassions des Auteurs.
Dés que le beau se montre à
10US &, se fait sentir, il faut
e reconnoître,&le proteger.
Jouïssons les premiers de*,
heureux genies de ce siecle:
Ze les decourageons pas par
d'injustesoutrages. Excitons
au contraire leur émulation
en leur accordant nous-mêmes
des loüanges utiles, que,
la posteritéjudicieuse leur
prodiguera en vain. ,-
Madame Dacier est bien
opposéeàcette maxime:elle
croit ne devoir aucunségards
à un Auteur tel que
M de la Motte. Le tems de
sa gloiren'est pasarrivé.Elle
le méprise de toutes ses forces
pendant qu'il est vivant,
& lui laisse pour toute consolation
l'esperance des honneurs
qu'on lui fera après Ca
mort. Voicy comment elle
s'explique dans saPreface sur
Aristophanes Pendant que
tonrccenjoupour bon cequiestok
toit Vieux, un Auteurpouwit au
moins efpererque le tems leferoit
jouïr du priviïege que Ion accordoit
à tout ce qui efloit ancien,
& pour se consoler du mépris
quon avoit pour luy pendantsa
*uie3 il n'aVoit qu'à fionger a
l'honneur quon luy feroit après
sa mort: eAu lieu qne la préruention
où l'on est aujourd'huy
osse toute efterance à ïeffrit :
Elle l'abatjse, & si sose me
jfruir icy de cette figure de
Platon: Elle cou pe ses aiiles,
(f) l'empêche d'arriruer à cette
élévation> qui est la source des
belles chçfes.
C'est a dire, selonMadame
Dacier,que si l'on rendoitjustice
aux bons auteurs vivans,
cette justicemême toute flateuse
qu'elle paroist, les jecteroit
dans le découragemet,
parce qu'elle leur feroit un
sûr augure du mépris qui les
attendroic dans des tems re-<
cu lez.
M. de la Motte ne se seroit
pas avisé de soupçonner qu'il
dût à la pure bien-veillance
de son adversaire, les mauvais
traitemens qu'il en reçoit,
elle se gardera bien de
le louer,de peur que ses éloges
ne lui fassent tort & ne
l'avissent dans les tems futurs.
L'extrême modestie deMadameDacier
promene sa charité
par des chemins bien singuliers.
Il me semble que
plus un Auteur a elleaccueilli
de ses contemporains,plus
il a lieu de se flatter que ses
Ouvrages feront bien reçus
de la posterité. Il est vrai que
comme on neconnoistpoint
de bornes fixesà l'éloquence
& à la poësie, il peut arriver
que l'un & l'autre arc atteignant
dans la suite une plus
haute perfection, tel Ouvrage
autrefois le modele de (on
genre,cesseroit de l'estre, &:
cederoit la place au nouveau
venu. Mais ce peril, tout réel
qu'il est, ne cause pas grand
effroi aux Auteurs de ce siecle,
& je ne crains pas de
couper les aislesàleurgenie en
le mettant sous leurs yeux: il faut servir nos contemporains
au gré de leurs desirs ; ilsnous demandent Justice,
il faut la leur accorder. Ne
nous defions point de la pofterité
,
elle fera son devoir à
leur égard: Elle fera plus,
elle leur feragrace: elle hefitera
long-tems à les avoüer
vaincusapres leur defaite :
à moins que leslumieres de
la nouvelle Philosophie ne
delivre la republique des lettres
de l'idolatre amour de
l'antique.
Envoila,je pense,assez,
sur la premiere cause de la
,
décadence du goût. Parcourons
les autres: elles n'auront
pas besoin d'une longue
discution. C'est Madame
Dacier qui parle.
Mais nous avons deux choses
qui nous font particulières
9 & qui contribuent autant que
tout le reste à la corruption du
gouss: L'une, cefont ces fpeflacleslicentieux
qui combattent
direélément la Religion g- les
moeurs, st) dont la poejie &la
musique
y
également molles&effeminées)
communiquenttout leur
poison à l'ame,st) relâchent tous
les nerfs de te/prit,
Uautre3 cefont ces Ouvrages
f-desftjfrivoles, dont ai parlé
dans la 'Preface sur l'Iliade :
cesfaux Poëmes épique^ces Romans
inftnseZ que l'ignorance
st) l'amour ont produits, & qui
métamorphosant lesplus grands
Héros de l'antiquité en Bourgeois
Damoiseaux,accoutument
tellement les jenfs pens à ces faux caraEtcres qu'iols ne peu-
'ventplus fouflrir les vrais Héros
y
s'ils ne ressemblent à cesperflnndgcsbizarres
& extravaxants.
- Il efl vrai que la Morale
des Operas n'est gueres cTaccord
avec la morale de l'évangile.
Ce reproche pourraits'étendre
à tous les
Ouvrages de Theatre, dont
la fin generale est de dérober
l'homme à luy-même
> d'agacer ses passions, & de
l'amuser de leur revolte.
Je suis d'accord en cela
avec Madame Dacier : OüyJ
la morale de nos Opéras est
un poison dangereux pour les
ameschrestiennes: mais qu'il
me soit permis de le dire,
la morale du Galant Anacreon
dont elle fait ses déli
ces, & qu'elle nousatraduit
en françois
,
n'est-elle pas
beaucoup plus licentieufe,
que celle de nos Operas? e.
le a jugé que cette Traduction
pouvoit aider auprogrés
du genre lyrique,& à
la perfection du gouss:)nlais
l'utilité des lettres,selon fou
principe, devoit ceder au péril
des moeurs. Auresteles
Operas que Madame Dacier
condamne avec un zele si
loüable pour leur morale licentreuse,
sont ,à les considerer
du côté de l'esprit, des
poëmes ingenieux qui exi*
gent de la part des Auteurs,
beaucoup d'art de goût & de
genie. Il est vray quecegenre
de spectacle porte le vice
de n'avoir pas elle inventé
en Grece, & voila assuremet
un grand vice. Je m'en rapporte
à Madame Dacier.
Passons aux Romans, que
Madame Dacier appelle en
cause,assez mal-à- propos,ce
me semble, je pourrois d'abord
opposer la prescri ption
en leur faveur. Il y a longtems
qu'ils ne font plus de
mode en France. Il y a environ
un siecle que les Cyrus,
les Cassandres, les Cleopatres&
les Amadis, ( car ce
font là les poëmes que Madame
Dacier designe par le
reproche d'avoir travesti les
plus grands Heros de l'antiquité
en Bourgeois Damoiseaux)
il y a, dis- je, prés d'un
siecle que ces longsRomans
faisoient les delices de laNation,
maiscette passion ne
dura pas -,
le goût se tourna
à d'autres genres, & l'on se
fit unprincipe d'éducation ,
d'interdire ces lectures à la
jeunesse) parce qu'elles lùy
donnoientdudégoût pourdes
travaux plus serieux, & des
ledtures plus utiles.
Je souscris à la Critique
que Madame Dacier fait de
ces Romans, pourvu qu'on
ne prenne pas taut-a, -crl.lt à,
la lettre l'expression de Bourgeois
Damoiseaux. En effet
ces vieux Romanciers se proposant
de peindre les Grands
hommes de l'antiquité
,
ils
devoient laisser a ces Grands
hommes la rudesse de leurs
siecles. Cette politesse des
derniers tems, cette galanterie
respectueuse, bienséante
à nos Héros,s'ajuste mal a
l'idée quel'histoire nous don
jie des Heros Grecs ôc Romains.
Au reste ces Ouvrages que
Madame Dacier traite il injurieusement,
meritent plus
d'égards,àc j'avoue que j'ay
une grande idée du genie de
leurs Auteurs.
Nous n'avons pas fait. Il
nous revient encore trois eauses
de nôtre mauvais Goût
qu'un ancien Rhereur fournie
à Madame Dacier.
Quintilien Auteur presque
contemporain de Ciceron,
a faitm-ilheureucement pour
nous , un traité en forme de
Dialogue, où il recherche
les causes de la corru ption
de l'éloquence de son tems.
Madame Dacier nous invite àmediter ce Traité, parce
qu'il agite laquestionqui regne
entre nous sur les Anciens
& les Modernes, & que
l'Auteur y fait triompher les
premiers:Nous le mediterons
& nous tirerons party
de ses leçons. Mais voyons
ce que Madame Dacier en
a tiré : trois eauses denostre
mauvais goust: Sçavoir :
La mdu\diÇe éducation.
L'ignorance des Maifires..
Laparesse st) la négligence
des jeunes gens.
Du tems de Quintilien les
enfans estoient paresseux &
negligens: ils ne le sont pas
moins aujourd'huy,maisen
quel siecle les a-t-onvû vigilans,
actifs, se porter d'euxmêmes
au travail des Lettres.
Du temps de Quintilien,
il a esté vray de dire
en général
, que les peres &
meres ne sont pas assez attentifsa
l'éducation de leurs
enfans, & que les précepteurs
auxquels on commet
leur éducation
,
se trouvent
rarement ca pables de leur
-
employ.
Voila desveritez detous
les âges, des inconvénients
de tous les siecles. Madame
Dacier ne sent-elle pas la petitesse
titesse deces reproches vagues.
Ellese donne bien de
la peine pour lés para phraser
avec un ton patetique.
CVS une pitié dit- elle,de
;.z.'oir cruels Preceptrurs on
donne pour l'ordinaire à ces
pauvres enfans Celaestvrai
Madame, il seroit à souhaitter
que tous les précepteurs
eullentvotre érudition ôc
vos lumières : mais en quel
sieclea-t-on vu ce prodige?
Revenons à Quintihen..
MadameDucierest elle bien
entréedansles vûës de son
dialogue? j'ai grand penchant
àcroire qu'elle
n'a pu prendre le change
: Mais je fuis un peu
scandalisé de voir dans
l'Auteur des Paralelles-
un Extrait de ce
Dialogue mcfmc, qui
supposenecessairement
dans Quintilien le dessein
de saryrifer les an- ciensOrateurs.Voilà
comme il s'explique en-
J
fuite de l'Extraite quil
en'd onne.
Ou je nay pas le sens corn.,
muny ou ce Dialogu de 0!!."
iilien
y
ntest autre chosè qu'une
Satyre contre les anciens Ora.
teurs
y quoy -
qu'il conclue rn
leur faveur. Les raisons dont
illes attaquefont sifortes st)
celles dont illes dejfendfon•tJî
foibles jque je ne doutepoint
qu'il n'ait voulu se ranger parla
de rinjufiiee quon rendoit
à son siecle. L'Eloquence
>
<lit-ilJst. tombée en décadcnce1parce
que les femmes, au
lieude donner à taitter ellesmêmes
2 leurs enfans> les ont
mis en nourrice , parce qu'au
l1e. u d 1. de mener les jeunes gens
entendre ceux qui plaidoient
bien, on leur a donné des Maistres
de l'Eloquence, * st) enfin
, parce que les manches de
leurs Robbcs font devenues
heaucou, plusétroites quelles
n'efloitnt du temps desgrands
,. z." * Qr-itilienejoitAI,v('rîrcdeJ -î'JI:-f¡a- î
&pr(miers ordteurs.
N'fft.ce pas là une raillerie
mamfefîe?^aimerois bien un
homme qui ne Voudroitpasdonfierfit
cause à un de nos meilleurs
Avocats,parce qu'il au-
,roitappris que cet Avocat auroit
esiemisen Alourice aVaugirard
: 0'aulzeu de le mener
Joigneujèment aux uiudiances.9
on lluuyyaauurrooiittddoonnnnéé un MMaaieflre re
de Phetoriliie: Et enfin parce
que les manches defit RcMc
ne jèroientpas assiz larges. Ilestfutprenant que
ce Dialogue ait frappé
si différemment l'Atiteur
des Parallèles,&
Madame Dacier. Lestile
neanmoins en est simple
& la dictionnaire:
Il faut sans douteque
l'Auteur des Paralleles
ne l'ait pas assez médité:
car Madame Dacier
convient qu'il faut le
méditer pour y trouver
que lesanciens y triomphent.
Nousvoilà
Fermer
3
p. 311-323
Discours où s'étalent à l'envy le bonheur & la reconnoissance de l'Auteur, qui présente aux premieres Testés du monde un grand exemple à suivre. [titre d'après la table]
Début :
Le 30. de ce mois M. de Bose y fut receu, son Discours [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Modernes, Hommes, Anciens, Anciens et Modernes, Électeur de Bavière, Mercure, Désordre, Messager des dieux, Maison de Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où s'étalent à l'envy le bonheur & la reconnoissance de l'Auteur, qui présente aux premieres Testés du monde un grand exemple à suivre. [titre d'après la table]
Le 30. de ce mois M. da
Boſe y fut receu , fon Difcours
fut tres éloquent, celuy
312 MERCURE
de M. Dacier qui luy répondie
le fut aufh ; mais il avoit l'air
ſi antique , que M. de laMotte
qui eſt fans contredit un-des
plus beaux & des meilleurs ef.
prits de l'Europe , ne pût s'empêcher
de luy adreſſer l'Apologue
de l'Ecreviſſe. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon diſcours ſur la querelle
entre les Partiſans desAnciens&
des Modernes , la Lettre
qu'écrit à un de ſes amis
un des meilleurs ſeconds de
M. de la Motte , le Paralelle
excellent des deux Catons , &
vingt
GALANT 313
vingt autres pieces detachées qui
ont heureuſement trouvé place
dans le Mercure de ce mois , tout
cela vous aura peut- être paru affez
intereſſant , Meſſieurs , pour
vous obliger à me ſçavoir quelque
gré de l'honneur que j'ayde
vousen faire part. Mais il me refte
un fait admirable , tres extraordinaire
à mon égard, & dont
le détail m'embarraſſe infiniment.
C'eſt cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
: &malgré la foibleſſe de mes
expreſſions , j'en ſuis fi touché
que pour avoir la fatisfaction de
vous en parler à coeur ouvert, je
ne reſpecteray nullement la delicareſſe
du pas où m'engage ma
reconnoiſſance , quandl'excés de
ma gratitude devroit vous paroî
Dd Mars 1715.
314 MERCURE
tre affoiblie par la ſechereffe
de mes termes. Il est bien queſ
tion maintenant de cette frivole
confideration, &les grandshommes&
les bonnes actions n'ont
pasbeſoin pour être loüez ,de ce
faſte éloquent ,&ſouventinutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du luſtre aux
moindres choses.C'eſt en un mot
de l'Electeur de Baviere dont je
veux vous parler. CePrince tendrement
aimé de nôtre Roy ,
(cette verité ſeule vaut un million
d'éloges ) cheri de tous les
François , adoré de ſes peuples ,
& l'objet des voeux de tout lev
monde , vient de quitter la France.
Son deſtin le dérobe enfin à
nosyeux. Un malheur fouverain
nous l'arrache , faffe le Ciel que
de longues années &cun bonheur
GALANT. 315
infini foient le ſceau de toutes ſes
vertus.
Mais aprés cet aveune m'embarraffez
plus ,
Et ne demandez pas quels biens
jepeux vous dire
D'unHerosque le monde admire
Dont vous neſoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits , ni de
combats ;
Mais d'un trait à mes yeux plus
beaw qu'une Victoire ,
DuMercure en defordre itenrichic
l'Histoire ,
De l'éclat d'un prefent qu'il ne
meritoit pas .
Que puis-jedire de moins ,&
que ne penſay- je pas davantage
desbienfaits que ce Prince , le
premier qui aitcoupé le noeudde
mon infortune , vient de répan
Ddijuch
316 MFRCURE
dre ſur moy. Je vous demande
engrace à ce ſujet,de ſouffrir que
je mette en cetendroit Mercure
àmaplace, &je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ſes fantaifies
,ce qu'il vous dira , contribuëra
fur ma parole , à vous
amener plus agréablement la
petite Hiſtoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Ilya , dit- il , (& il eſt à propos
que vous le ſçachiez ) une
grande difference entre le fils de
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Meſſager des Dieux
queceluyde ſon matheur , lorfque
ſon pere , (avec connoiſſance
de cauſe apparamment ) s'aviſa
de le chaſſer du Ciel. Du
refte nous n'avons rien de communl'un
avec l'autre. Encore ne
GALANT. 317
fçay - je guerre , fi nous nous
reffemblons paſſablement dans
le ſeul articleque jeviens dedire,
car je ſuppoſe qu'iſſu de race
Divine , comme nous l'affure Ho
mere , & Denis d'Halicarnaffe ,
demandezle plutoft aux Anciens ,
il ne devoit ignorer aucun des
fecrets de la nature ,& par confequent
ſon induſtrie devoit fuppléer
parfaitement à fon infor
tune. Au lieu que moy qui ne
pourroit fans vanité prouver peut
eſtre guerre plus de nobleffe
qu'Elope , je me fuis trouvé
pluſieurs foisà la veille detomber
dans le même inconvenient
que luy , & réduit à la neceffité
d'employer tous les ſecours de
mon ignorance. Cette affreuſe
inégalité fait donc foy du peu de
D.diij
318 MERCURE
1
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne & moy ,& dé
montre que je ferois un impof
teur , ſi j'avois à la face du monde
, l'audace d'uſurper ſes titres
&de me fubroger en ſes droits ,
&que je ne fuis enun mot qu'un
Mercure adopté ſur la terre ;
mais toute qualité à part ,voyons,
vaille que vaille ,par quel degré
je ſuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroit entreprendre de vous conterdes
choſes ſurprenantes , &
le détailde mes avantures effectives
, vous étonneroit aſſeurement
plus que les fictions de
l'Infortuné Napolitain. Paſſons
plutoſt à l'examen des moyens
de conſerver ce titre , puiſqu'à
tout hazard , je m'en voy revêtu.
Vous croyez peut-eſtre que c'eſt
GALANT . 319
pour moy la Pierre Philofophale
, point du tout ; & je parie
foixante piſtoles par an , de le
porterd'une façon cent fois plus
utile & plus amuſante juſqu'à
mondernier jour , ſi cinq ou fix
grands hommes que je ſçay ,
veulent imiter la generofité de
l'Electeur de Baviere , & me
donner 200. écus de penſion
comme luy , mais je n'y penſe
pas;&voilàde fort vilaines faillies
! il eſt bon que chacun ſçache
ſes petitesaffaires,à labonne
heure ; mais il ne fautpas ſe faire
tympaniſer dans le monde par
l'image d'un honteuſe avarice...
Voilàencoreune plaiſante réfle
xion, & de quoy ſerois-je avaricieux
? moyqui ne le fus jamais
de quelque choſe , m'aviſerois
jeà preſent dele devenirde rient
1
3202
J
MERCURE
foitdit? fi de tout ce diſcours
peu vous importe , tant mieux ,
ſi vous le prennez en bonne part ...
tant mieux encore , voilà comme
je le prendrois auſſi. D'ailleurs
je raiſonne ; c'eſt un droit qui
m'eſt acquis auſſi-bien qu'à tous
les hommes & quand tous mes
diſcours ( malgré les cenſeurs
ridicules ) ſeront auſſi ſimples &
aufſiinnocents que ceux- cy , je
fuis fur qu'on me permettra de
babiller juſqu'au Jugement. Enfin
je le répete ( comme je le
croy ) Meffieurs .
Nouspouvons raisonnersur tous
les Elemens,
Parlerdu Ciel , de la Terre , & de
l'onde ,
Mais n'amusons jamais le monde ,
Aux dépens des loix du bonſens .
C'est aprés cent reflexions profondes
GALANT. 321
Qu'à tout hazard le Philosophe
admet
La matiere premiere , ou les caufes
Secondes ,
Souventfanssçavoir ce qu'il fait.
Le Sage doune dans lepiege ,
Ourit desa décision ;
Mais leSophifme qui l'affiege
Ebloüit toûjours sa raison .
Pournous ne suivons point
gles trop austeres ,
dere
Où l'esprit tôt ou tard consent à
s'enchaîner ,
Sur des principes moinsfeveres
Cherchons à nous déterminer.
e
Que nos moeursfaſſent nôtre étude
Quela vertuſoit noftre but ,
Nous aurons moins d'inquietude ,
Qu'aucun Philofophe n'en eût.
Voilàle portraitque je me fais
des idées & des obligations des
hommes ; fi je peux un jour me
322 MERCURE
L
1
former fur cette peinture ,je de.
viendray alors aſſez deſintereſſé ,
pour ne regretter jamais de ne
pas reſſembler à l'Hommeheureux
malgréluy , Conte Perſan , que je
lûs il y a quelques jours dans les
Memoires de mon Subſtitut , qui
vousle racontera comme il vous
l'a promis , à l'entrée de fonpremier
Journal .
Je tiendray en effet ma parole;
mais en attendant il eſt à propos
que je vous faſſe part de la joye
donteſt remplie maintenant tou
te la Maiſon de Bourbon. Le 27.
de cemois Madame la Princeffe
deConty mit au mondeun Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez ,
&j'emploiray tous mes talents ,
mels qu'ils foient , pour annon
GALANT. 323
cer à tout le monde le preſent
qu'elle vient de faire à la France.
Boſe y fut receu , fon Difcours
fut tres éloquent, celuy
312 MERCURE
de M. Dacier qui luy répondie
le fut aufh ; mais il avoit l'air
ſi antique , que M. de laMotte
qui eſt fans contredit un-des
plus beaux & des meilleurs ef.
prits de l'Europe , ne pût s'empêcher
de luy adreſſer l'Apologue
de l'Ecreviſſe. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon diſcours ſur la querelle
entre les Partiſans desAnciens&
des Modernes , la Lettre
qu'écrit à un de ſes amis
un des meilleurs ſeconds de
M. de la Motte , le Paralelle
excellent des deux Catons , &
vingt
GALANT 313
vingt autres pieces detachées qui
ont heureuſement trouvé place
dans le Mercure de ce mois , tout
cela vous aura peut- être paru affez
intereſſant , Meſſieurs , pour
vous obliger à me ſçavoir quelque
gré de l'honneur que j'ayde
vousen faire part. Mais il me refte
un fait admirable , tres extraordinaire
à mon égard, & dont
le détail m'embarraſſe infiniment.
C'eſt cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
: &malgré la foibleſſe de mes
expreſſions , j'en ſuis fi touché
que pour avoir la fatisfaction de
vous en parler à coeur ouvert, je
ne reſpecteray nullement la delicareſſe
du pas où m'engage ma
reconnoiſſance , quandl'excés de
ma gratitude devroit vous paroî
Dd Mars 1715.
314 MERCURE
tre affoiblie par la ſechereffe
de mes termes. Il est bien queſ
tion maintenant de cette frivole
confideration, &les grandshommes&
les bonnes actions n'ont
pasbeſoin pour être loüez ,de ce
faſte éloquent ,&ſouventinutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du luſtre aux
moindres choses.C'eſt en un mot
de l'Electeur de Baviere dont je
veux vous parler. CePrince tendrement
aimé de nôtre Roy ,
(cette verité ſeule vaut un million
d'éloges ) cheri de tous les
François , adoré de ſes peuples ,
& l'objet des voeux de tout lev
monde , vient de quitter la France.
Son deſtin le dérobe enfin à
nosyeux. Un malheur fouverain
nous l'arrache , faffe le Ciel que
de longues années &cun bonheur
GALANT. 315
infini foient le ſceau de toutes ſes
vertus.
Mais aprés cet aveune m'embarraffez
plus ,
Et ne demandez pas quels biens
jepeux vous dire
D'unHerosque le monde admire
Dont vous neſoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits , ni de
combats ;
Mais d'un trait à mes yeux plus
beaw qu'une Victoire ,
DuMercure en defordre itenrichic
l'Histoire ,
De l'éclat d'un prefent qu'il ne
meritoit pas .
Que puis-jedire de moins ,&
que ne penſay- je pas davantage
desbienfaits que ce Prince , le
premier qui aitcoupé le noeudde
mon infortune , vient de répan
Ddijuch
316 MFRCURE
dre ſur moy. Je vous demande
engrace à ce ſujet,de ſouffrir que
je mette en cetendroit Mercure
àmaplace, &je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ſes fantaifies
,ce qu'il vous dira , contribuëra
fur ma parole , à vous
amener plus agréablement la
petite Hiſtoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Ilya , dit- il , (& il eſt à propos
que vous le ſçachiez ) une
grande difference entre le fils de
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Meſſager des Dieux
queceluyde ſon matheur , lorfque
ſon pere , (avec connoiſſance
de cauſe apparamment ) s'aviſa
de le chaſſer du Ciel. Du
refte nous n'avons rien de communl'un
avec l'autre. Encore ne
GALANT. 317
fçay - je guerre , fi nous nous
reffemblons paſſablement dans
le ſeul articleque jeviens dedire,
car je ſuppoſe qu'iſſu de race
Divine , comme nous l'affure Ho
mere , & Denis d'Halicarnaffe ,
demandezle plutoft aux Anciens ,
il ne devoit ignorer aucun des
fecrets de la nature ,& par confequent
ſon induſtrie devoit fuppléer
parfaitement à fon infor
tune. Au lieu que moy qui ne
pourroit fans vanité prouver peut
eſtre guerre plus de nobleffe
qu'Elope , je me fuis trouvé
pluſieurs foisà la veille detomber
dans le même inconvenient
que luy , & réduit à la neceffité
d'employer tous les ſecours de
mon ignorance. Cette affreuſe
inégalité fait donc foy du peu de
D.diij
318 MERCURE
1
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne & moy ,& dé
montre que je ferois un impof
teur , ſi j'avois à la face du monde
, l'audace d'uſurper ſes titres
&de me fubroger en ſes droits ,
&que je ne fuis enun mot qu'un
Mercure adopté ſur la terre ;
mais toute qualité à part ,voyons,
vaille que vaille ,par quel degré
je ſuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroit entreprendre de vous conterdes
choſes ſurprenantes , &
le détailde mes avantures effectives
, vous étonneroit aſſeurement
plus que les fictions de
l'Infortuné Napolitain. Paſſons
plutoſt à l'examen des moyens
de conſerver ce titre , puiſqu'à
tout hazard , je m'en voy revêtu.
Vous croyez peut-eſtre que c'eſt
GALANT . 319
pour moy la Pierre Philofophale
, point du tout ; & je parie
foixante piſtoles par an , de le
porterd'une façon cent fois plus
utile & plus amuſante juſqu'à
mondernier jour , ſi cinq ou fix
grands hommes que je ſçay ,
veulent imiter la generofité de
l'Electeur de Baviere , & me
donner 200. écus de penſion
comme luy , mais je n'y penſe
pas;&voilàde fort vilaines faillies
! il eſt bon que chacun ſçache
ſes petitesaffaires,à labonne
heure ; mais il ne fautpas ſe faire
tympaniſer dans le monde par
l'image d'un honteuſe avarice...
Voilàencoreune plaiſante réfle
xion, & de quoy ſerois-je avaricieux
? moyqui ne le fus jamais
de quelque choſe , m'aviſerois
jeà preſent dele devenirde rient
1
3202
J
MERCURE
foitdit? fi de tout ce diſcours
peu vous importe , tant mieux ,
ſi vous le prennez en bonne part ...
tant mieux encore , voilà comme
je le prendrois auſſi. D'ailleurs
je raiſonne ; c'eſt un droit qui
m'eſt acquis auſſi-bien qu'à tous
les hommes & quand tous mes
diſcours ( malgré les cenſeurs
ridicules ) ſeront auſſi ſimples &
aufſiinnocents que ceux- cy , je
fuis fur qu'on me permettra de
babiller juſqu'au Jugement. Enfin
je le répete ( comme je le
croy ) Meffieurs .
Nouspouvons raisonnersur tous
les Elemens,
Parlerdu Ciel , de la Terre , & de
l'onde ,
Mais n'amusons jamais le monde ,
Aux dépens des loix du bonſens .
C'est aprés cent reflexions profondes
GALANT. 321
Qu'à tout hazard le Philosophe
admet
La matiere premiere , ou les caufes
Secondes ,
Souventfanssçavoir ce qu'il fait.
Le Sage doune dans lepiege ,
Ourit desa décision ;
Mais leSophifme qui l'affiege
Ebloüit toûjours sa raison .
Pournous ne suivons point
gles trop austeres ,
dere
Où l'esprit tôt ou tard consent à
s'enchaîner ,
Sur des principes moinsfeveres
Cherchons à nous déterminer.
e
Que nos moeursfaſſent nôtre étude
Quela vertuſoit noftre but ,
Nous aurons moins d'inquietude ,
Qu'aucun Philofophe n'en eût.
Voilàle portraitque je me fais
des idées & des obligations des
hommes ; fi je peux un jour me
322 MERCURE
L
1
former fur cette peinture ,je de.
viendray alors aſſez deſintereſſé ,
pour ne regretter jamais de ne
pas reſſembler à l'Hommeheureux
malgréluy , Conte Perſan , que je
lûs il y a quelques jours dans les
Memoires de mon Subſtitut , qui
vousle racontera comme il vous
l'a promis , à l'entrée de fonpremier
Journal .
Je tiendray en effet ma parole;
mais en attendant il eſt à propos
que je vous faſſe part de la joye
donteſt remplie maintenant tou
te la Maiſon de Bourbon. Le 27.
de cemois Madame la Princeffe
deConty mit au mondeun Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez ,
&j'emploiray tous mes talents ,
mels qu'ils foient , pour annon
GALANT. 323
cer à tout le monde le preſent
qu'elle vient de faire à la France.
Fermer
4
p. 323-328
Lettre de Chrysost. Mathanasins à M le Febvre de Fontenay, Aut. du Merc. Gal.
Début :
Il me reste encore une Lettre à vous communiquer, Messieurs, / La liaison où vous estes à Paris avec beaucoup de gens de [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Anciens et Modernes, Antoine Houdard de la Motte, Mémoires, Femmes savantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Chrysost. Mathanasins à M le Febvre de Fontenay, Aut. du Merc. Gal.
Il me reſte encore une Lettre à
vous communiquer , Meſſieurs ,
&je vous tiendray quitte de la
peine que vous aurez priſe à lire
le plus joli Livre que je vous aye
donné. C'eſt une Epitre du fameux
Mathanasius.
Lettre de Chryfoft. MathanasiusàMle
Febure deFontenay, Aut. du Merc.Gal.
La liaifon où vous eſtes à
Paris avec beaucoup de gens de
Lettres , M. m'engage à vous
entretenir du bruit que fait ici
le procés de Madame Dacier
contre M. de la Mottes toute
l'Europe ſçavante s'y intereſſe ,
&nous avons desja receu des
Memoires d'Ecoffe & dIrlande
qui ne promettent rien de bon à
M. de la Motte ; nos Sçavans ne
324 MERCURE
ſont pas ici du même avis , &paroiffent
mal prevenus contre
Madame Dacier , laquelle en
imitant les Chinois, n'ad'encens
que pour les deffunts. Ils conviennent
tous que l'inventiondu
Poëme Epique eſt dûë aux Anciens
,mais non fa perfection ,&
la comparaiſon qu'ils font des
Anciens & des Modernes , les
premiers comparez à des tournebroches
& les derniers à des
horloges , paroiſt juſte & trescenfée
; mais avant que d'en faire
l'application il eſt neceffaire de
fuppofer que les tournebroches
font inventez par un Ancien ,
dont les ſucceſſeurs imitant ,
mais perfectionnant la Mecanique,
font enfin parvenus à nous
faire de bonnes horloges & de
tres bonnes montres , qui fontà
GALANT. 325
1
peu prés de la même eſpece&
figure que les tournebroches :
Madame Dacier tousjours com.
plaiſante pour le bon Homere ,
& accoutumée à des comparaifons
extraordinairement naïves
dont il uſe quelquefois , ne man
quera pas de trouver dans celleci
des beautez qui ne cedent en
rien à ce qu'a dit ſon Poëte , en
vantant le courage d'un Heros
qu'il a comparé àun âne devorant
desépis&des chardons;on avoüe
qu'un âne affamé ſe contente
quandil en trouve l'occaſion;mais
leparalelle d'un ſi ſale animal eûtc
ce me ſemble , beaucoup mieux
convenuà Aiax avec la belle Cafſandre,
dans le Templede Miner..
ve , qu'à un Heros combattant
&donnant l'exemple & de l'émulation
à ſon parti : nos avis ,
326 MERCURE
mon cher de Fontenay, en con
fequence de la plauſible comparaiſon
des tournebroches avec
des montres , ſeroient que le
Seigneur Mercure , & Meffieurs
les Journaux invitaſſent les Doctes&
les Femmes Sçavantes , à
adreſſer des Memoires avec
leurs opinions , à M. de la Motte
,& à Madame Dacier , & que
leſdits Memoires fuſſent enfuite
envoïez fans alteration à deux
Académies choiſies par les parties
.Toulouſe & Bordeaux en ont
d'illuftres , & l'honneur d'avoir
decidé un faitde cette importan
ce intereſſeroit Mrs les Gafcons
qui ne manquent jamais à ſoûte-
⚫nir vivement leurs cauſes : & en
cas que les deux Académies ne
convinſſent pas , on en nommeoit
de concert une troifiéme
GALANT. 327
pour fur-arbitre: l'Italie en fournit pluſieurs
dont les ſujets furpaſſent en vivacité
, & promptes déciſions Mrs les
Gaſcons En ſuivant ce conſeil on met.
troit fin à une querelle qui va ſuſciter
des jaloufies & des rancunes entre les
Pariſans de Mr de la Motte , & ceux de
Madame Dacier ,laquelle néanmoins ,
& il faut le dire à ſa loüange , a eu la
prudence , avant que de rendre ſon
Factum publicd'yfaire mettre deux cartons
; les rieurs prétendent y avoir perdu,
& ils affurent que la bonne Dame a
voulu épargner des invectives à ſon adverſaire
: nous n'avons point eſté ſurpris
ici , comme les Partiſans de Mr de la
Motte le font à Paris, de plus de quatre
cent noms ou épichetes que Madame
Dacier luydonne dans ſon Factum , intitulé,
des Cauſes de la Corruption du
Goût ,Mr de la Motte eſt bon pour luy
répondre , en la traitant néanmoins ref.
pectueusement , & avec tous les égards
qu'un galant- homme doit à fon beau
fexe,& on conſeille à Mr de la Motte
328 MERCURE
de faire pluſtoſt mettre pluſieurs car
tons dans ſa replique , que d'y ſouffrir
rien qui puiſſe eſtre caracteriſé des
noms de jalousie , de haine , & de
vangeance que le bons ſens déteſte.
Certaines louanges ſeront mieux reçûës
&plus convenables à la délicateſſe du
public attentif & jaloux du reſpect
qu'on luy doit. Les connoiffeurs commenteront
& interpreteront toûjours
de pareilles loüanges , fuivant l'intention
de l'Auteur ; ne manquez pas je
vous prie,avant que de proceder contre
Madame Dacier,de luy faire une civili
tedema part, &de ſçavoir ſa derniere
reſolution ;j'attends avec impatience la
réponſe qu'elle vous fera ; & je ſuis,
Monfieur , parfaitement voſtre treshumble
& tres - obéïſſant Serviteur ,
Mathanafius. A Amſterdam , ce.23.
Mars 1715.
vous communiquer , Meſſieurs ,
&je vous tiendray quitte de la
peine que vous aurez priſe à lire
le plus joli Livre que je vous aye
donné. C'eſt une Epitre du fameux
Mathanasius.
Lettre de Chryfoft. MathanasiusàMle
Febure deFontenay, Aut. du Merc.Gal.
La liaifon où vous eſtes à
Paris avec beaucoup de gens de
Lettres , M. m'engage à vous
entretenir du bruit que fait ici
le procés de Madame Dacier
contre M. de la Mottes toute
l'Europe ſçavante s'y intereſſe ,
&nous avons desja receu des
Memoires d'Ecoffe & dIrlande
qui ne promettent rien de bon à
M. de la Motte ; nos Sçavans ne
324 MERCURE
ſont pas ici du même avis , &paroiffent
mal prevenus contre
Madame Dacier , laquelle en
imitant les Chinois, n'ad'encens
que pour les deffunts. Ils conviennent
tous que l'inventiondu
Poëme Epique eſt dûë aux Anciens
,mais non fa perfection ,&
la comparaiſon qu'ils font des
Anciens & des Modernes , les
premiers comparez à des tournebroches
& les derniers à des
horloges , paroiſt juſte & trescenfée
; mais avant que d'en faire
l'application il eſt neceffaire de
fuppofer que les tournebroches
font inventez par un Ancien ,
dont les ſucceſſeurs imitant ,
mais perfectionnant la Mecanique,
font enfin parvenus à nous
faire de bonnes horloges & de
tres bonnes montres , qui fontà
GALANT. 325
1
peu prés de la même eſpece&
figure que les tournebroches :
Madame Dacier tousjours com.
plaiſante pour le bon Homere ,
& accoutumée à des comparaifons
extraordinairement naïves
dont il uſe quelquefois , ne man
quera pas de trouver dans celleci
des beautez qui ne cedent en
rien à ce qu'a dit ſon Poëte , en
vantant le courage d'un Heros
qu'il a comparé àun âne devorant
desépis&des chardons;on avoüe
qu'un âne affamé ſe contente
quandil en trouve l'occaſion;mais
leparalelle d'un ſi ſale animal eûtc
ce me ſemble , beaucoup mieux
convenuà Aiax avec la belle Cafſandre,
dans le Templede Miner..
ve , qu'à un Heros combattant
&donnant l'exemple & de l'émulation
à ſon parti : nos avis ,
326 MERCURE
mon cher de Fontenay, en con
fequence de la plauſible comparaiſon
des tournebroches avec
des montres , ſeroient que le
Seigneur Mercure , & Meffieurs
les Journaux invitaſſent les Doctes&
les Femmes Sçavantes , à
adreſſer des Memoires avec
leurs opinions , à M. de la Motte
,& à Madame Dacier , & que
leſdits Memoires fuſſent enfuite
envoïez fans alteration à deux
Académies choiſies par les parties
.Toulouſe & Bordeaux en ont
d'illuftres , & l'honneur d'avoir
decidé un faitde cette importan
ce intereſſeroit Mrs les Gafcons
qui ne manquent jamais à ſoûte-
⚫nir vivement leurs cauſes : & en
cas que les deux Académies ne
convinſſent pas , on en nommeoit
de concert une troifiéme
GALANT. 327
pour fur-arbitre: l'Italie en fournit pluſieurs
dont les ſujets furpaſſent en vivacité
, & promptes déciſions Mrs les
Gaſcons En ſuivant ce conſeil on met.
troit fin à une querelle qui va ſuſciter
des jaloufies & des rancunes entre les
Pariſans de Mr de la Motte , & ceux de
Madame Dacier ,laquelle néanmoins ,
& il faut le dire à ſa loüange , a eu la
prudence , avant que de rendre ſon
Factum publicd'yfaire mettre deux cartons
; les rieurs prétendent y avoir perdu,
& ils affurent que la bonne Dame a
voulu épargner des invectives à ſon adverſaire
: nous n'avons point eſté ſurpris
ici , comme les Partiſans de Mr de la
Motte le font à Paris, de plus de quatre
cent noms ou épichetes que Madame
Dacier luydonne dans ſon Factum , intitulé,
des Cauſes de la Corruption du
Goût ,Mr de la Motte eſt bon pour luy
répondre , en la traitant néanmoins ref.
pectueusement , & avec tous les égards
qu'un galant- homme doit à fon beau
fexe,& on conſeille à Mr de la Motte
328 MERCURE
de faire pluſtoſt mettre pluſieurs car
tons dans ſa replique , que d'y ſouffrir
rien qui puiſſe eſtre caracteriſé des
noms de jalousie , de haine , & de
vangeance que le bons ſens déteſte.
Certaines louanges ſeront mieux reçûës
&plus convenables à la délicateſſe du
public attentif & jaloux du reſpect
qu'on luy doit. Les connoiffeurs commenteront
& interpreteront toûjours
de pareilles loüanges , fuivant l'intention
de l'Auteur ; ne manquez pas je
vous prie,avant que de proceder contre
Madame Dacier,de luy faire une civili
tedema part, &de ſçavoir ſa derniere
reſolution ;j'attends avec impatience la
réponſe qu'elle vous fera ; & je ſuis,
Monfieur , parfaitement voſtre treshumble
& tres - obéïſſant Serviteur ,
Mathanafius. A Amſterdam , ce.23.
Mars 1715.
Fermer
5
p. 178-179
« Aprés avoir raisonnablement parlé de Critique, d'Anciens [...] »
Début :
Aprés avoir raisonnablement parlé de Critique, d'Anciens [...]
Mots clefs :
Anciens et Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés avoir raisonnablement parlé de Critique, d'Anciens [...] »
Aprés avoir raisonnablement
parlé de Critique, d'Anciens
& de Modernes, &
avoir mêmeapprehendé que
cette querelle ne s'emparât de
tout mon Livre, je fuis enfin
parvenu à obtenir une trêve
des combatans. Je vais profiter
de cette suspension d'armes
pour vous entretenir des
nouvelles generales
parlé de Critique, d'Anciens
& de Modernes, &
avoir mêmeapprehendé que
cette querelle ne s'emparât de
tout mon Livre, je fuis enfin
parvenu à obtenir une trêve
des combatans. Je vais profiter
de cette suspension d'armes
pour vous entretenir des
nouvelles generales
Fermer
6
p. 193-196
Errata au milieu du Livre, ou plustost Etourderie de l'Auteur reparée si bien que mal, par un Renvoy. [titre d'après la table]
Début :
En voicy la preuve. De fort honnestes gens me reprocherent [...]
Mots clefs :
Comédie, Anciens et Modernes, Fautes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata au milieu du Livre, ou plustost Etourderie de l'Auteur reparée si bien que mal, par un Renvoy. [titre d'après la table]
En voicy la preuve.
De fort honneſtes gens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
diſcours leger ſur toutes les
pieces de Theâtre qu'on repre
ſente à Paris ,& den'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médiſant. Je convins de cette
faute avec eux ; mais en même
tems je leur avoüai franchement
, que je n'avois negligé
d'en parler , que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
Juin 1715 . R
1944 MERCURE
Apropos deComedie , j'ay
fait , & je ne ſçais comment ,
une omiffion dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrit à
M. Dufresny , & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner .
àla page 105. &de lire aprés le
mot qui vous obſede ... je
fuis fort trompé , ſi vous n'avez
ungarant de ce triomphe ,
jerappelle l'impreſſion queme
fit il y a quelques mois la lecturede
vostre Procés de Famille.
C'eſt une piece de cinq Actes
fur laquelle je fonde de grandes
esperances.prot
GALANT. 195.
t
Je ne faiscomme vous voyez,
• Madame , nulle difficulté d'avoüer
mes fautes , & je vous
afleure que je n'en remarquer
ray pas uunnee ,, qquu''aauufſſfii - tolt je
n'eſſaye de m'en corriger , de
quelque date , & de quelque
confequence qu'elle puiſſe être.
En voicy par exemple encore
une nouvelle.
L'article du mois paſſé ſur
la mort ,& prétenduë Genealogie
de feu M. le Préſident
Larcher n'eſt point juſte , & il
y a quantité de fautes qui ſe
peuvent corriger fur la connoiſſance
que l'on a de la vraye
Rij
196 MERCURE
qui a eſté affez certifiée en
plufieurs endroits .
De fort honneſtes gens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
diſcours leger ſur toutes les
pieces de Theâtre qu'on repre
ſente à Paris ,& den'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médiſant. Je convins de cette
faute avec eux ; mais en même
tems je leur avoüai franchement
, que je n'avois negligé
d'en parler , que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
Juin 1715 . R
1944 MERCURE
Apropos deComedie , j'ay
fait , & je ne ſçais comment ,
une omiffion dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrit à
M. Dufresny , & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner .
àla page 105. &de lire aprés le
mot qui vous obſede ... je
fuis fort trompé , ſi vous n'avez
ungarant de ce triomphe ,
jerappelle l'impreſſion queme
fit il y a quelques mois la lecturede
vostre Procés de Famille.
C'eſt une piece de cinq Actes
fur laquelle je fonde de grandes
esperances.prot
GALANT. 195.
t
Je ne faiscomme vous voyez,
• Madame , nulle difficulté d'avoüer
mes fautes , & je vous
afleure que je n'en remarquer
ray pas uunnee ,, qquu''aauufſſfii - tolt je
n'eſſaye de m'en corriger , de
quelque date , & de quelque
confequence qu'elle puiſſe être.
En voicy par exemple encore
une nouvelle.
L'article du mois paſſé ſur
la mort ,& prétenduë Genealogie
de feu M. le Préſident
Larcher n'eſt point juſte , & il
y a quantité de fautes qui ſe
peuvent corriger fur la connoiſſance
que l'on a de la vraye
Rij
196 MERCURE
qui a eſté affez certifiée en
plufieurs endroits .
Fermer
7
p. 107-127
COPIE DE LA LETTRE d'une Dame, à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je croy, Monsieur, que je n'auray pas de peine à vous [...]
Mots clefs :
Coquette, Anciens, Modernes, Ouvrages, Erreur, Auteur, M. de la Motte, Anciens et Modernes, Poète, M. Dufresny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE DE LA LETTRE d'une Dame, à l'Auteur du Mercure.
COPIE DE LA LETTRE
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
Ne
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
Ne
Fermer
8
p. 130-133
RONDEAU redoublé, & decisif, sur le sujet des Anciens & des Modernes.
Début :
Qu'un tournebroche ait sceu nous étonner [...]
Mots clefs :
Lumière, Anciens et Modernes, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU redoublé, & decisif, sur le sujet des Anciens & des Modernes.
RONDE AU
redoublé, & decisif, sur le
su jet des Anciens& des Modernes. ;
Q£tun tournebroche aitfît#
nous étonner
QuandsonAuteur luy donna la
lumiere;
lele crois btsn sans trop l'exd^-
miner,
Sur toutjadis qu'on n'exominoit
guere.
Mais dés qu'on vitl'horloge
menagere
Regler le temps é l'heure du
disner
,
Onfut surpris defus nostre bemisphere
Qu'untournebroche aitsceu nous
étonner.
De même AUiF
, si propre à
suborner,
Vartd*Anflote autrefois fccut
nous plaire,
, Sans rien comprendre on l'admiroitproôner.
Quandfin Auteur luj donna la
lumiere.
Lloinegtenmst,"pprréosDsepfelarrtees,
Etparraisonsfçacbanrse cramponner
, Fait voir que n'est l'autre qu'un
pauvre here,
Je le crois bien sans trop l'examiner.
'," Si les derniers sçavent tout
aetrorJer.
Ces faits pofe%
, que conclure
d'Homere,
Qu'à l'admirer on a pû j'obftintr
Sur toutjadis qu'on nexammoit
guere.
cMlaaisdierpoeser comme vérité
Que sur ces Vers on n'ait fce» rafiner.,
Que rien de mieux ne se peut i"
I"{.',' maisfaire
A dire vray cejl plus mal raisonner
Qu'untournebroche.
Par l'Auteur desînteresse
des bords de la Marne.
redoublé, & decisif, sur le
su jet des Anciens& des Modernes. ;
Q£tun tournebroche aitfît#
nous étonner
QuandsonAuteur luy donna la
lumiere;
lele crois btsn sans trop l'exd^-
miner,
Sur toutjadis qu'on n'exominoit
guere.
Mais dés qu'on vitl'horloge
menagere
Regler le temps é l'heure du
disner
,
Onfut surpris defus nostre bemisphere
Qu'untournebroche aitsceu nous
étonner.
De même AUiF
, si propre à
suborner,
Vartd*Anflote autrefois fccut
nous plaire,
, Sans rien comprendre on l'admiroitproôner.
Quandfin Auteur luj donna la
lumiere.
Lloinegtenmst,"pprréosDsepfelarrtees,
Etparraisonsfçacbanrse cramponner
, Fait voir que n'est l'autre qu'un
pauvre here,
Je le crois bien sans trop l'examiner.
'," Si les derniers sçavent tout
aetrorJer.
Ces faits pofe%
, que conclure
d'Homere,
Qu'à l'admirer on a pû j'obftintr
Sur toutjadis qu'on nexammoit
guere.
cMlaaisdierpoeser comme vérité
Que sur ces Vers on n'ait fce» rafiner.,
Que rien de mieux ne se peut i"
I"{.',' maisfaire
A dire vray cejl plus mal raisonner
Qu'untournebroche.
Par l'Auteur desînteresse
des bords de la Marne.
Fermer
9
p. 253-260
Lettre Apologetique de l'Aut. [titre d'après la table]
Début :
Souffrez, Monsieur, avant d'entrer en matiere avec vous, que [...]
Mots clefs :
Anciens et Modernes, Madame Dacier, Mémoires, Mercure, Homère, Public, Lettre, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Apologetique de l'Aut. [titre d'après la table]
Souffrez , Monsieur, avant
d'entrer en matiere avec vous,
que je vous demanded'abord si,
nous êtes l'Auteur du Vert Galant
,
de l'Homere ruané) ou un
mauvais Comedien;si cela est
cefi au Public qui decide; ~&
dont je ne rapporte que les témoignages
, à répondre aux injures
que vous me dites:si cela n'efl
pas,c'est mon affaire, c, ilyv*
demon honneur à vous dimontrer
que les reprochesque vousmefaites,
ne font que dis ijft* devostre
mauvaise humeur.
Ma légereté
, mes vivacité%
~& ma critique vout fatiguent,
'Jjo-ur n'êtes peut être pas le seul
qui s'en dégoûte , mais le plus
grand nombre rPd: mon cossé se
fais
,
dites-vous
, le mauvais
plaisant
, ~gr le diseur de bons
mots ,je nesçayou celam'arrive,
mais jtfiai bien queje n'al jamaispenséalefaire.
J'attaque, ajoutez-nous,tout
le monde
, je réponds à tout le
monde, & de- à vous conCtUC
que je suis méchant
,
cAan'rjl
pas juste, avec vostre permission ,
e:;;- les gelu de qui je ne parte pas
bien, n'ont à me reprocher de dire
dleux, que ce que le Public en
dit. C*efl en un mot sur lui que
je me réglé pour cet article. D'Ad..
leurs où ejt l'homme à qui le droit
d'écrire a été accordé, qui riait la
liberté de dire ce qu'il pense a'e
ceux qui écrivent comme lut?Mc
-vous ofeenfe-t on pas bien davantage
que ne le peut faire un Lioure
lorsqu'onvousapostrophe en
plein Théâtre, qu'onvous reproche
en face, que vous êtesun
menteur9 un fourbe,unfâcheux,
mgrondeurtunTartufe,un Mysantrope
, un mauvais Auteur,
L'Acteur qui vous peint ces portraits
où vousvous reconnoissez,
presente à vosyeux par laforce de
l'expression, qu'un Livre n'apas,
tous les traits qui vous ressêmblent.
Jen'ai eugtrde,Monfitisr,
deprendre de pareilles licences,&
ce n'est que sans consequence que
j'ay attaquédes gens que personne
n'oseroitàefendyc.
Prenez, me dites-vous , dans
unautre endroit devostreLettre,
conseil d'unamy sage, sur le
choix des Pieces dont vous
remplissez
remplissez vos Mercures, car
je parie qu'un autre enferoit
de meilleurs que les vostres,
des Ouvrages que vous supprimez
& dont vous dérobez
la connoissance au Public.
Vous m'en avez sans doute envoyé
quelques-uns, Monsieur;
que je riay apparammentpasosé
mettre au jour. Vous êtes vif,
violent même , & je suisfort
trompé, si ce n'estpas de vous que
j'ayreceuunMemoire fort étendu
sur la querelle des Anciens&des
Modernes,danslequel vous maltraitezfort
Madame Dacier qui
est une Dame tres respectable
vous ne l'avez tU liu imprimé,
& c'estlàjustement ce quivous
tient au coeur.
V<écrive% fort bien, Mon
fiettr
, vousavez beaucoup ri'esprit
d'érudition
,
mais pour
me vanger de l'injustice de vos
siproches
, je nevous souhaite
d'autre mal que celui de vous
voiren maplacependant quelques
mois
,
je nesçai malgré les
avantages quevous cfoye£ avoir
sturimrot,ecomrmeint veouszvous.erç
Vous -n'avez sans doute pas
bien su le Mercure du mois de
May dont vous ave,-,y faitàtout
hazard une dissection crue liefpuiif
que vous milalrrjJè la critique
de certains termes qui vousy ont
choqué. Ils ne sont pas à moy ,
Àdonjiur, C9, l'homme (f'Jjtrit
que vousy blâmez est un des
meilleurs & des plus braves
Athleles que nous ayons dans It
Littérature,
Au reste, je presume que vous
ne-m41JfZ jamais vû ,vous me
traite% d'hommecontrefaitquelque
commune que soit mafigure,
personne n'avouëraqu'elle merite
les injures quevous
lui
faites.
Je riay plus qu'un mot à vous
diteïily a quinze mois queje
fis le Mercure, &jevouspretcjie
avec ferment que vous êtes
lepremier cjuim*ait écritune Lettre
desobligeante. Si on se met
dans le goût de m'en écrire desemblables
,je vous promets de les
hrâler toutes , & de ne songer
qu'à être dorénavant
, comme
vous me le conseillez
,
humain,
posé, &rassis autant que je pourray
le devenir. Je fuis sincerement,
Monsieur, Vostre
, &c.
d'entrer en matiere avec vous,
que je vous demanded'abord si,
nous êtes l'Auteur du Vert Galant
,
de l'Homere ruané) ou un
mauvais Comedien;si cela est
cefi au Public qui decide; ~&
dont je ne rapporte que les témoignages
, à répondre aux injures
que vous me dites:si cela n'efl
pas,c'est mon affaire, c, ilyv*
demon honneur à vous dimontrer
que les reprochesque vousmefaites,
ne font que dis ijft* devostre
mauvaise humeur.
Ma légereté
, mes vivacité%
~& ma critique vout fatiguent,
'Jjo-ur n'êtes peut être pas le seul
qui s'en dégoûte , mais le plus
grand nombre rPd: mon cossé se
fais
,
dites-vous
, le mauvais
plaisant
, ~gr le diseur de bons
mots ,je nesçayou celam'arrive,
mais jtfiai bien queje n'al jamaispenséalefaire.
J'attaque, ajoutez-nous,tout
le monde
, je réponds à tout le
monde, & de- à vous conCtUC
que je suis méchant
,
cAan'rjl
pas juste, avec vostre permission ,
e:;;- les gelu de qui je ne parte pas
bien, n'ont à me reprocher de dire
dleux, que ce que le Public en
dit. C*efl en un mot sur lui que
je me réglé pour cet article. D'Ad..
leurs où ejt l'homme à qui le droit
d'écrire a été accordé, qui riait la
liberté de dire ce qu'il pense a'e
ceux qui écrivent comme lut?Mc
-vous ofeenfe-t on pas bien davantage
que ne le peut faire un Lioure
lorsqu'onvousapostrophe en
plein Théâtre, qu'onvous reproche
en face, que vous êtesun
menteur9 un fourbe,unfâcheux,
mgrondeurtunTartufe,un Mysantrope
, un mauvais Auteur,
L'Acteur qui vous peint ces portraits
où vousvous reconnoissez,
presente à vosyeux par laforce de
l'expression, qu'un Livre n'apas,
tous les traits qui vous ressêmblent.
Jen'ai eugtrde,Monfitisr,
deprendre de pareilles licences,&
ce n'est que sans consequence que
j'ay attaquédes gens que personne
n'oseroitàefendyc.
Prenez, me dites-vous , dans
unautre endroit devostreLettre,
conseil d'unamy sage, sur le
choix des Pieces dont vous
remplissez
remplissez vos Mercures, car
je parie qu'un autre enferoit
de meilleurs que les vostres,
des Ouvrages que vous supprimez
& dont vous dérobez
la connoissance au Public.
Vous m'en avez sans doute envoyé
quelques-uns, Monsieur;
que je riay apparammentpasosé
mettre au jour. Vous êtes vif,
violent même , & je suisfort
trompé, si ce n'estpas de vous que
j'ayreceuunMemoire fort étendu
sur la querelle des Anciens&des
Modernes,danslequel vous maltraitezfort
Madame Dacier qui
est une Dame tres respectable
vous ne l'avez tU liu imprimé,
& c'estlàjustement ce quivous
tient au coeur.
V<écrive% fort bien, Mon
fiettr
, vousavez beaucoup ri'esprit
d'érudition
,
mais pour
me vanger de l'injustice de vos
siproches
, je nevous souhaite
d'autre mal que celui de vous
voiren maplacependant quelques
mois
,
je nesçai malgré les
avantages quevous cfoye£ avoir
sturimrot,ecomrmeint veouszvous.erç
Vous -n'avez sans doute pas
bien su le Mercure du mois de
May dont vous ave,-,y faitàtout
hazard une dissection crue liefpuiif
que vous milalrrjJè la critique
de certains termes qui vousy ont
choqué. Ils ne sont pas à moy ,
Àdonjiur, C9, l'homme (f'Jjtrit
que vousy blâmez est un des
meilleurs & des plus braves
Athleles que nous ayons dans It
Littérature,
Au reste, je presume que vous
ne-m41JfZ jamais vû ,vous me
traite% d'hommecontrefaitquelque
commune que soit mafigure,
personne n'avouëraqu'elle merite
les injures quevous
lui
faites.
Je riay plus qu'un mot à vous
diteïily a quinze mois queje
fis le Mercure, &jevouspretcjie
avec ferment que vous êtes
lepremier cjuim*ait écritune Lettre
desobligeante. Si on se met
dans le goût de m'en écrire desemblables
,je vous promets de les
hrâler toutes , & de ne songer
qu'à être dorénavant
, comme
vous me le conseillez
,
humain,
posé, &rassis autant que je pourray
le devenir. Je fuis sincerement,
Monsieur, Vostre
, &c.
Fermer
10
p. 74-79
Discours où l'Auteur dit de belles choses. [titre d'après la table]
Début :
Mais ayez la bonté de me dire, s'il vous plaist, Monsieur, [...]
Mots clefs :
Mercure, Anciens et Modernes, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur dit de belles choses. [titre d'après la table]
Mais ayez la bonté de me
dire, s'il vous plaiſt , Monfieur,
pourquoy vous ne me faites
jamais part ny vous ny perfonne
d'aucune de ces avantures
galantes dont le monde eſt
rempli ; Et que vous conteriez
vous & les autres , cent fois
plus agréablement que moy.
GALANT. 75
د
Penſez vous que l'infinie diverſité
de tous les événemens
imaginables ſe preſente aifément
chaque mois à la tête
d'un ſeul homme. Il y a prés
d'un an & demi qu'on me
laiffe conter tout ſeul , eſt il
juſte que je fois pour ainfidire
de la forte , & malgré
moy , l'ame de mon petit
volume; fi cela eſt à la bonne
heure , je ne reculeray jamais,
au contraire je babilleray jufqu'à
extinction de voix , mais
entre nous cela nedoit pas être,
& je foutiens que le Mercure
Galant doit eſtre incompara-
:
さ。
Gij
76 MERCURE
blement plus rempli de vos
ouvrages que des miens. Animez
vous donc , s'il vous plaît ,
d'une ardeur nouvelle , & tra
vaillez quelquefois pour moy
puiſque je travaille tous les
jours pour vous. Je ne vous
marquerois pas comme je fais
la diſette où je ſuis de ces aimables
hiſtoriettes qui font le
plaifir &l'amusement des Dames
, fi l'hiſtoire des galanteries
del'Ambaſladeur dePerſe
& de celles de ſes principaux
Officiers que je vais vous donner
inceſſamment , comme je
vous l'ay déja promis , n'avoir,
GALANT . 77
pas derobé au Mercure de ce
mois , la plus grande & la
meilleure partie desévenemens
galants dont il vous regaleroit,
s'il n'y alloit pas de ſon insereſt
de vous renvoyer à cette
hiſtoirequifera le ſecond tome
duJournal de cetAmbaſſadeur.
Vous trouverez au plus tard
enmême tems que le Mercure
de Septembre , ce ſecond
Jume chez les ſieurs Jollet &
Lamele mes Imprimeurs , au
LivreRoyal , au bout du Pont
faint Micheldu côté du Marché
neuf. Le premier vous attend
chez eux , vous pouvez le
VOGiij
78 MERCURE
lire à bon compte , je vous
invite même à l'acheter ; ce
ſera autant de gagné pour
vous & pour moy Je vais en
attendant faire le bel eſprit aux
dépens de qui il appartiendra,
& le tout par honneur. En voicy
la raiſon ,on m'avoit promis
le mois paffé de me donner
un extrait d'un livre nouveau
ſur la querelle des Anciens
& des Modernes dont le
procés vient d'être jugé par
le grand Dominique deffenſeur
d'Homere ſur le Theatre
de la Foire faint Laurent , on
m'avoit, dis -je , promis un exGALANT.
79
1
trait de ce livre ; mais on ne
me l'a pas envoyé , & delà je
conclus que je ſuis obligé de
le faire. D'ailleurs Dominique
ce celebre oracleArlequinique
ne m'aura pas en vain ouvert
un champ que je n'oferois
courir. Vous l'avez ſans doute
entendu,Monfieur,prononcer
melodieuſement ces magnifiques
vers.
Oüy tu me fais un defi
C'a tentons- en l'avanture ,
Et bien dans un mois d'icy
turelure
Je t'attends dans le Mercure
Robin turelure.
dire, s'il vous plaiſt , Monfieur,
pourquoy vous ne me faites
jamais part ny vous ny perfonne
d'aucune de ces avantures
galantes dont le monde eſt
rempli ; Et que vous conteriez
vous & les autres , cent fois
plus agréablement que moy.
GALANT. 75
د
Penſez vous que l'infinie diverſité
de tous les événemens
imaginables ſe preſente aifément
chaque mois à la tête
d'un ſeul homme. Il y a prés
d'un an & demi qu'on me
laiffe conter tout ſeul , eſt il
juſte que je fois pour ainfidire
de la forte , & malgré
moy , l'ame de mon petit
volume; fi cela eſt à la bonne
heure , je ne reculeray jamais,
au contraire je babilleray jufqu'à
extinction de voix , mais
entre nous cela nedoit pas être,
& je foutiens que le Mercure
Galant doit eſtre incompara-
:
さ。
Gij
76 MERCURE
blement plus rempli de vos
ouvrages que des miens. Animez
vous donc , s'il vous plaît ,
d'une ardeur nouvelle , & tra
vaillez quelquefois pour moy
puiſque je travaille tous les
jours pour vous. Je ne vous
marquerois pas comme je fais
la diſette où je ſuis de ces aimables
hiſtoriettes qui font le
plaifir &l'amusement des Dames
, fi l'hiſtoire des galanteries
del'Ambaſladeur dePerſe
& de celles de ſes principaux
Officiers que je vais vous donner
inceſſamment , comme je
vous l'ay déja promis , n'avoir,
GALANT . 77
pas derobé au Mercure de ce
mois , la plus grande & la
meilleure partie desévenemens
galants dont il vous regaleroit,
s'il n'y alloit pas de ſon insereſt
de vous renvoyer à cette
hiſtoirequifera le ſecond tome
duJournal de cetAmbaſſadeur.
Vous trouverez au plus tard
enmême tems que le Mercure
de Septembre , ce ſecond
Jume chez les ſieurs Jollet &
Lamele mes Imprimeurs , au
LivreRoyal , au bout du Pont
faint Micheldu côté du Marché
neuf. Le premier vous attend
chez eux , vous pouvez le
VOGiij
78 MERCURE
lire à bon compte , je vous
invite même à l'acheter ; ce
ſera autant de gagné pour
vous & pour moy Je vais en
attendant faire le bel eſprit aux
dépens de qui il appartiendra,
& le tout par honneur. En voicy
la raiſon ,on m'avoit promis
le mois paffé de me donner
un extrait d'un livre nouveau
ſur la querelle des Anciens
& des Modernes dont le
procés vient d'être jugé par
le grand Dominique deffenſeur
d'Homere ſur le Theatre
de la Foire faint Laurent , on
m'avoit, dis -je , promis un exGALANT.
79
1
trait de ce livre ; mais on ne
me l'a pas envoyé , & delà je
conclus que je ſuis obligé de
le faire. D'ailleurs Dominique
ce celebre oracleArlequinique
ne m'aura pas en vain ouvert
un champ que je n'oferois
courir. Vous l'avez ſans doute
entendu,Monfieur,prononcer
melodieuſement ces magnifiques
vers.
Oüy tu me fais un defi
C'a tentons- en l'avanture ,
Et bien dans un mois d'icy
turelure
Je t'attends dans le Mercure
Robin turelure.
Fermer
11
p. 194-201
« La querelle des Anciens & des Modernes fait un vacarme [...] »
Début :
La querelle des Anciens & des Modernes fait un vacarme [...]
Mots clefs :
Anciens et Modernes, Querelle des Anciens et Modernes, Plutarque, Anciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La querelle des Anciens & des Modernes fait un vacarme [...] »
La querelle des Anciens &
des Modernes fait un vacarme
enragé dans la Republique des
Lettres. Je ne ſçay pas encore
bien pourquoy , quoique tous
les incidents de ces procés
m'ayent paffé par les mains ;
cesipro
τιλιού
GALANT. 195
mais je vous réponds , Monſieur,
que l'Auteur du Portrait
que vous venez de lire, eſt un
francModerne , homme d'ef.
prit ,plein debon ſens,& qu'il
a toutes les qualitez requiſes
pour la ſocieté,cependanton
peut luy reprocher qu'il doit
aux Anciens qu'il n'a jamais
lûs (& j'en jure ) la penſée qui
fait l'ornement de ſon Portrait
; en effet cette penſée en
vers de Moiſant de Brieux , eft
tres-belle , & digne des Anciens
.
Luſuſque falesque
Sed lectos pelago, quoVenu
fales. Rij
:
196 MERCURE
Cette penſée qui eft affeurement
tres- belle, eſt auſſi tresancienne
; puiſqu'elle eſt de
ſeize cent & tant d'années ,
érant de Plutarque qui pourroit
bien l'avoir tirée de plus
loin. C'eſt dans ſa comparaifond'Aristophane
& de Menandre
en ces termes ..... Je
laiſſe le Grec , quoique j'en
ſçache affez pour le lire , &
quelquefois pour l'entendre...
Les Comedies de Menandre, ditil
, tiennent d'un fel naturel&
divin , comme venu de cette Mer
qunaquirVenus. Le premier que
je'ayeche qui depuis Plutarque
GALANT. 197
l'ait employée ſans luy en fairehonneur
, c'eſt Politien, Lettre
6. du 1. 3. écrite ſuivant
toutes les apparences au mois
de Juillet 1485.Acer illifermo,
&gravis , dit il , en parlantde
Laurent de Medicis , & cum
res poftulat , falibusfcatens ,fed
ex illo mari collectis exquo Venus
eft orta. Daniel Heinfius , qui
comme Politien, ne manquoic
pas de l'avoir lûë dans Plutarque,
a dit dans ſa Differtation
touchant Plaute & Terence.
Qui quidem joci in hoc Afro (nifi
Lælio eapotiùs , ac Scipioni tribuendos
putes ) &Menandro ,ſi
Riij
198 MERCURE
judicium Horatii , & Antiquorum
ſequimur , ex codemſale , è
quo nata Venus eft , depromti videntur.
Jacques Moiſant , ſieur
de Brieux , ( c'eſt ainſi qu'il ſe
nommoit ) eſt venu enfuite ,
&enfinM. Menage en cet endroitde
ſonEpigrammeGrecque
à M. Colbert , touchant
le pere de l'illuſtre Madame
Dacier... Autre citationGrec.
que queje fupprime , & qu'on
pourroit ainſi traduire :
Omnia quæ fcribit fale tingere
doctus : at illo
Ex undis lecto, queis Venus orta,
fale.
THEQUE LE
GALANT9
Victorius dédiant
*
dinalCharles Borroméc leTerence
de Faernus , avoit dit en
1565 citant Plutarque tout
au long : Affirmat Plutarchus
Aristophanis fales, cùm amari &
asperi fint , vim quendam exulcerandi
, mordendique habere:contra
autem Menandri fales , ita
lepidos ac venustos effe , ut exillo
ipfo Mari , unde Venus orta eft ,
nati eße videantur. Quelque belle
&fine au reſteque ſoit cette
penfee,ufée aujourd'huy comme
elle eft , on n'oferoit plus
la répéter. Jay pillé ces ſçavantes
remarques quelque part
Riiij
200 MERCURE
fans doute , mais vous ne m'êtes
pas moins obligé de la peit
ne que j'ay priſe de les piller
pour vous en faire part ; au
reſte j'ay cu mes raiſons pour
le faire , & celle- cy me difpenſe
des autres. J'ay voulu
vous prouver que les Modernes
ſe rencontroient ſouvent ,
&fans peine avec les Anciens ,
ſans lesavoir lûs : Il eſtcependantbonà
tout le monde , &
neceſſaire à quelques- uns deles
lire. Changeons maintenant ,
s'il vous plaît , de matiere &
d'objets. Il y a fix mois que le
procés d'Homere nous occu-
Л
A
GALANT 201
pe , je n'en ay pas été faché ,
mais je vous proteſte queje ne
vous en parleray plus , fitoft
que j'auray fait paffer le nouveau
Bouclier d'Achille en re
veuë. En attendant' , fuivez-l
moy , fi le coeur vous en dir.
Je croy Monfieur , qu'il n'y
aura rien de plustouchant pour
vous dans toutce volume que
jevous adreſſe , que la funeſte
nouvelle que je vas vous con-
Il
des Modernes fait un vacarme
enragé dans la Republique des
Lettres. Je ne ſçay pas encore
bien pourquoy , quoique tous
les incidents de ces procés
m'ayent paffé par les mains ;
cesipro
τιλιού
GALANT. 195
mais je vous réponds , Monſieur,
que l'Auteur du Portrait
que vous venez de lire, eſt un
francModerne , homme d'ef.
prit ,plein debon ſens,& qu'il
a toutes les qualitez requiſes
pour la ſocieté,cependanton
peut luy reprocher qu'il doit
aux Anciens qu'il n'a jamais
lûs (& j'en jure ) la penſée qui
fait l'ornement de ſon Portrait
; en effet cette penſée en
vers de Moiſant de Brieux , eft
tres-belle , & digne des Anciens
.
Luſuſque falesque
Sed lectos pelago, quoVenu
fales. Rij
:
196 MERCURE
Cette penſée qui eft affeurement
tres- belle, eſt auſſi tresancienne
; puiſqu'elle eſt de
ſeize cent & tant d'années ,
érant de Plutarque qui pourroit
bien l'avoir tirée de plus
loin. C'eſt dans ſa comparaifond'Aristophane
& de Menandre
en ces termes ..... Je
laiſſe le Grec , quoique j'en
ſçache affez pour le lire , &
quelquefois pour l'entendre...
Les Comedies de Menandre, ditil
, tiennent d'un fel naturel&
divin , comme venu de cette Mer
qunaquirVenus. Le premier que
je'ayeche qui depuis Plutarque
GALANT. 197
l'ait employée ſans luy en fairehonneur
, c'eſt Politien, Lettre
6. du 1. 3. écrite ſuivant
toutes les apparences au mois
de Juillet 1485.Acer illifermo,
&gravis , dit il , en parlantde
Laurent de Medicis , & cum
res poftulat , falibusfcatens ,fed
ex illo mari collectis exquo Venus
eft orta. Daniel Heinfius , qui
comme Politien, ne manquoic
pas de l'avoir lûë dans Plutarque,
a dit dans ſa Differtation
touchant Plaute & Terence.
Qui quidem joci in hoc Afro (nifi
Lælio eapotiùs , ac Scipioni tribuendos
putes ) &Menandro ,ſi
Riij
198 MERCURE
judicium Horatii , & Antiquorum
ſequimur , ex codemſale , è
quo nata Venus eft , depromti videntur.
Jacques Moiſant , ſieur
de Brieux , ( c'eſt ainſi qu'il ſe
nommoit ) eſt venu enfuite ,
&enfinM. Menage en cet endroitde
ſonEpigrammeGrecque
à M. Colbert , touchant
le pere de l'illuſtre Madame
Dacier... Autre citationGrec.
que queje fupprime , & qu'on
pourroit ainſi traduire :
Omnia quæ fcribit fale tingere
doctus : at illo
Ex undis lecto, queis Venus orta,
fale.
THEQUE LE
GALANT9
Victorius dédiant
*
dinalCharles Borroméc leTerence
de Faernus , avoit dit en
1565 citant Plutarque tout
au long : Affirmat Plutarchus
Aristophanis fales, cùm amari &
asperi fint , vim quendam exulcerandi
, mordendique habere:contra
autem Menandri fales , ita
lepidos ac venustos effe , ut exillo
ipfo Mari , unde Venus orta eft ,
nati eße videantur. Quelque belle
&fine au reſteque ſoit cette
penfee,ufée aujourd'huy comme
elle eft , on n'oferoit plus
la répéter. Jay pillé ces ſçavantes
remarques quelque part
Riiij
200 MERCURE
fans doute , mais vous ne m'êtes
pas moins obligé de la peit
ne que j'ay priſe de les piller
pour vous en faire part ; au
reſte j'ay cu mes raiſons pour
le faire , & celle- cy me difpenſe
des autres. J'ay voulu
vous prouver que les Modernes
ſe rencontroient ſouvent ,
&fans peine avec les Anciens ,
ſans lesavoir lûs : Il eſtcependantbonà
tout le monde , &
neceſſaire à quelques- uns deles
lire. Changeons maintenant ,
s'il vous plaît , de matiere &
d'objets. Il y a fix mois que le
procés d'Homere nous occu-
Л
A
GALANT 201
pe , je n'en ay pas été faché ,
mais je vous proteſte queje ne
vous en parleray plus , fitoft
que j'auray fait paffer le nouveau
Bouclier d'Achille en re
veuë. En attendant' , fuivez-l
moy , fi le coeur vous en dir.
Je croy Monfieur , qu'il n'y
aura rien de plustouchant pour
vous dans toutce volume que
jevous adreſſe , que la funeſte
nouvelle que je vas vous con-
Il
Fermer
12
p. 119-137
Copie d'une Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
J'ay des griefs contre vous, Monsieur, qu'il faut vous expliquer [...]
Mots clefs :
Anciens, Modernes, Anciens et Modernes, Ouvrages, Auteurs, Hommes, Poète, Littérature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
J'ay des griefs contre vous,
,'Monfie",J ql/tlfautvous expliwer
; car je ne vous croy pas la
mjcierjce asi' délicatesurlefu-
! dont il ell queflton, pour sentir
¡rjtre tortde vous-mêmeyoy vous
Il' devinerie^ peut-cflrejamais
we cefont devos éloges quej'ay
$mc plaindre,si jene vous le dit
ïspas;vo* vis pas; voicy pourcjuoy j'ay
•oululesjufltfier je crains d'a.
mrfait lecontraire; jugez de
oora embarras. Mais, mafoy,
vifqUt vousave% faitlafautey
chose vous regardeplus que
oy , çy celles que jestray dans
mes amusemens,ferontys'il vouj
plaît, sur d-vôtrecompte Jtire
vous en comme vous pourrez ;
jè
vous embarque la dans une assi
mauvaise affaire
J C vous ne
vous attendiez peut-eflrepas à
un remerciement si mal tourne 4
tant mieux,celavous ApprendrA:
une autre fois à ne pas facrifitfj
voflresincerité à vostrepolitejpîjc
vous envoye une Ode moitiépa-\
rodiée& moitié imitée de Roufseau
; des reponses aux quefiions
quej"ay proposées le mon dernier,
& je vaisfaire dans cette Lettre
quelques rejlextons à ma manière
sur la fameuse querfl/ç desAn?
cleni.
Miens. Comme les préjuge ne
montpoint gagnE) & qu'il importe
fort peu à un ignorant corntWC
moy que les Anciens ayent la
flirejerence sur les Afodernes, ou
Itut ceux (y l'emportent sur les
Anciens je cherche feulement de
gifles idées qui me fassentdijhnwucr
le vray d'avec le faux
, &
£tflimer les Ouvrages que par
b'ur propre valeur
J
sans égard à
Ancienneté des Auteurs;si mes
xifonnemens ne fontpasjustes3je
jftray ravi d'eflredeÇabufé par
eux qui penseront mieux que
woy.J'entre en matiere.
i Nousnepouvons,dit-onyfans
injuflice refujer notreejhme aux
Anciens
,
ils la meTZ/enrd'autant
mieux
, que n'ayant point eu de
modeles, ils nt doivent qu'a euxmêmes
la gloire qu'ils ont acquit,
si; en effet, il paroît que les
pre4
miers Auteurs ayantl'avantage
de l'invention
,
le mérité de ceux
qui les ontsuivi a diminuefticeef^, si fivemtnt a mesure que le nfJmbr;
des Ecrivainss'eflaccru
,
defOrte1
que par cette gradationIlsMo
dernes ne pouvant plus inventei
ni rien dire de nouveau ,se trotfi
veront dans la plus bassi clajpdt
la Littérature;voila l'abrégédel
raisonnemensJpeçieux de la pinpart
des hommes (!J"' le point de
veuë où ils se font place pour
juger duprix des Ouvrages, l'envie
de quelques Auteurs pour
leurs contemporains s'efl jointe
aux préventionsJ& enfin. la coutume
d'estimer mieux les chojes
que nous avons perdues que celles
dont nous joüiffins
, a achevé de
jîttrr les hommes dans terreur qui
sess ainsi établie à la honte de lA
raison.
Mais comme toutes chofcs ont
dijferens points de veuë
3 ne s'en
trouveroit-il point un meilleur
) cr la difficultéde produire s'étant
augmentée avec les Ouvrages,
dans la neccfJÙéde rejetternospropres
pensées
,
quand nous nous
fommtSrencontrez avecceux qui
nous ont precedez;nesipourroitil
point faire que les Modernes
ayant eu plus de dijfcultt^ àfurmonteryeujfentaujjt
plus de mérité,
C'cftce qu'ilfautexaminer.
Je croy que l'onconviendra que
les hummes ayant été de tout tems
forme de U même matiere
J &
compost J::s mêmes parties que
ceux d'aujokrd'huy, les efpnts
d'à present font aujji de la même
nature que ceux d'autrefoisy £7*
qu'il n'y a jamais eu dans les uns
pi dans les autres d'autres diffirences
que ulLs que lavariétéde
la natureyproduit. Cette é9g4alité 1 te
supposée voyonsla dffrençequ'il
peuty avoir eu dans les pre;duc.
tions de l'esprit. Les premiers fir-
C.less'ëtant paffrz dans les occupations
que donnoient AUX hommes
la neaJJiié de pourvoir à leurs be. foins de chercher dans la nature
les secours qu'ils en pou-
voi,ent tirer , ce na, été qu,apres
que cees adeéccoouu'Vvecrrtteess ont eérteéfaaiitt.e,ss,
c, que les Sciences e les Arts
utiles ont étéconnus, que les hommes
ayant plui de loijir, donnerent
une partie de leurs occupations
aux ouvrages d'ejpriti les
premiers qui ont paru nont pas
duejlreexceUens
3
cespîecesaniiques
Jeroient pourtant dignes de
curiojité,ji le bavard en avonfait
parvenir quelquesunes jusques à
nous; mais on a refermé iattention
pour les bons Ouvrages) &
noussommesheureuxaprès
tant de jÙcles qu'une partie de ce
qui a été produit de meilleurdans
tous les temps ait été confirmé.
Est-ilpojjible que l'on puiffi
se persuader que les chefs d'ceurures
ayent été produits du pre.
mier coup; rieft-il pas pluÍraisonnable
depenjer, supposantcapacitéégale
à que plus une picce
ttft ancienne , & moins elle doit
Mire parfaite3quoyquen difèMakdame
D. qui veut excepter Hommcre
de la Loy genera/e. Songe-
Uniey quelque grand qu'ilfuty na lu imaginer&perfeélionnerïArt
1 tn même temps; on r/y efl parve-
! nu que par dfgrez
, ce n'a été
i quaprès les rrflexions faites sur
i les premier Ouvrages que les correftionsy
ont donnéunmeilleure
* forme, la critiquey a sans doute
beaucoup contribué
9
filon que les
Lraèur ont étébien ou mal affel}'
Z
,
ils ont approuvé ou condamné
j on a cherché les causes du
p/àifîr ou du dégoûtil'opinion du
plus grand nombrea preva'u JtfJ4
a étabyl peu a peu les réglésde, lj4rtqueles dateurs riauraient pas J.l,tottrouvéessfans r;, cesecours ;
que l'on ne dise point quHvm"e
avoit plus de genie que ceux qui
pauvoient juger de ses Ouvrages,
cela ne conclut rien
J
l'amourpropre
nous fait toujours illuftonfut
nos Ouvrages
> & nous empêche
de faire de jtijlesdlfinéîions, entre
lemediocre,le bon, (7 l'excellent;
un autre lesfait quelquefois
du premier coup d'oet!
, CiT fan
sçait jJeZ par experience quun
tuteur profite souvent des avis
que luy.donnent de moinshabiles
) gens que luy; ilafallu necefj>nres
ment un certain temps pourayri-
? verpar a/-gre'{ à l<*perfefltonMes
spiresont invenré, les enfantsont
,pfrfic1¿oné ; ceux qui appellent
Momerele Pere de la Poësie me
1 permettront bien de future cette
Ilidée;je conviens doncque les Antrientfont
les Peres de la Littera-
Mure3mais comme les enfans ne
\fontptà toujourssemblablesaleurs
qperes,&que lesuns ontplusJeftiprit3.&
les autres moins, la na-
Wure prudenteproduisant les différentsgenies
pour les dffrens ufayges
ausquelselle les difiine3 ceux
Ifl.ui n'ont pas étéavantlogez, d'un
efPrir superieur
,
incapables de
produire eux-mêmes
9 & ne comprenais
pas que leurs peres pussent
eflrefurpa/Jt^
,
les ont pris
pour mode/es, se font arp[ique
à réduire leurs pratiques en preceptesy
les ont donné de la meilleure
foy du monde
J
pour les réglés de
i'An
3
qu'ils ontsuivy tres-fcrupuleufment,
ne pouvans mieux
faire
s & quelques-uns s'élans
munis de lascience des mots
3
se
fontjudicieusement borne à rendre
dans leurs Langues les Auteurs
anciensJGpar d'amples explications
ont prétendu faire connaître
aux autres les beautez
i*ilsf,ecroyoieni fruls capdblss
sentir. Voilà l'origine du PeuyCommentateur
ey Traduit*ury
m opiniâtres & entetr, qui
demordent jamais de leurs opinons
, Ër avec qui il est inutile
mettre la vente en évidence ;
i nen font pas reste là,perfuaqueles
Anciens éioient infiYli-
'Tnt audessus des Modernes
,
ils
- ont traité de Divins, ont éle-
? des Autelsà Idoles de leur
pagination
y
gr leur ont éIaby
8 culte; les ignorons & lesfly-
Wes ont cru ces Doélu*s surleur
\;ro'e
, çy comme ils font malmreujemmt
le plus grand nomb
!' ", re, l'erreur a gagvé
, CC s
rpnreoftcijoHn? gcneralement établie; vc dA la
lesvéritables
causes de la Co i1.()< M::HS ceux qui se font tro
,vez plus favorablement traite
de la nature) s'étantpreservez 6
la contagio-n, sefontmis au-d>fft
des prljuz, Z )
ont mis àprofit II
le&tred:-> pnmurs Ouvrages^
comme un bon Piloteprofite des
routes déja tracées,évite les tcueili
0* fait de nouvellesdécouvertest
ils ont ainft porté firruention e
la perfciion plus loin, sans se
[ouftrairea la teconnoijfance deuë
a leurs predcceffiurs
>
-qui leur
tnt épargné i3inconvénient des
mutes fautes inséparables des
tS Jlepay
,
leur avoientainsî
wf le moyen de parvenir plus
Mementau butpropcfc; lesOit-
%ess''ejlant enfuite multiplieZ
Montes fortes de sur ts ,
le ge-
Teroit enfin devenu mutile dans
tfcejfite de ne pouvoir plus rien idé nouveau ,
si d\-xc:liens
mles de nôjlre temps ne nous
k.nt fait voir que les matières
mvent vavief à l'infini; enefl
ijOflafrplreitssdfo'urnmûsJïrtguItérésqae
pritsd'un''ccat'raficre original r.;u ëlere origin4l,
Slonné a leurs Ouvrages,ils
prouvé moyen à forte dlrf}rit
d; rendre
, pour ainsi dire, rioi
évveeaauu ce qquuiinnee lI''éé'roltplus) defl
que la portion âtDrit qui A
trouvéeinutile à l'invention
, «
tournée au profit de la préafiom
du choix, du tour& de la di
catefje des pensées cm des exp
fions. C'ejlainfique de Modenà
en Modernes l'art Ë7 le
go,,",
fontperfectionne%,que«jjj /Mf ~M
joiijjons par la leBure- des dernjk
Ouvrages, nonfeulement de m
ce qu'ily a de bon dans les &
ciens, mais encore de celui
produit de meilleur dans tous
temps, perfectionne par les rejm
xions, les critiquesjudtcieufesm
legoût descentessuperieurs.
Je crainsbien que tout ce raisonnement
nefortinutile
, tant de
l,rns ont écritsurce fujt} que je
t ne doutepointque l'on ait déjàeu
les mêmes peufers%&qu'on ht les
* ait exprimé plus heureusement ;
maisje vouépuis protcfkrqueje
riay pas fJJeu la centième partie de
tout cequ'onafait sur cela. Vous
) devezme regarderàpeupréscomime
te premierqui en aufoitditson
{ fintiment;jefuis. enxela dans le
)
casdesjincieniy ainft il neferpit lpat surprenant que j'eusse mal
t»fMéüofdfei.r,n,'e;nssaiisjjfef,umisefduanissrleenccaosndteres
avec quelquautre; rjoila dejacheufesJttuations
,quoyquil en
fait, à la bonne heuresirpenfl
)uP>jeme contente du bonJem
qui faitdistinguerfimplemcnt le
i/ray aueclefaux, &je me
détache par raijonde la pénétration
d'esprit qui faisant trouver
toutes lesdifférentesmaniérés d'api
perevoirl'un &' l'autre,produit
les diftinElionsjubtiles &lesptnfées
d'licdtes ; à propos de cela je
1outdiray^encore ep pajfantquil
m4Jernhlè queAnciensontplus
de bonfçns que d'écrit,grqueles
Modernes"joignentplusJouvent
l'un a-.I'Rtr(JÂ'iI tous Usage*.
mens
vnens qui les peuventjaire goütter.
Adieu,Monjïcur
) vous dej~
c~ être du moins au/fi las de lire,
Hr j,e leJuis d'avoir écrit defui-
Ye unesilongue Lettre, Voiry mon
30defuremèmefujet.
,'Monfie",J ql/tlfautvous expliwer
; car je ne vous croy pas la
mjcierjce asi' délicatesurlefu-
! dont il ell queflton, pour sentir
¡rjtre tortde vous-mêmeyoy vous
Il' devinerie^ peut-cflrejamais
we cefont devos éloges quej'ay
$mc plaindre,si jene vous le dit
ïspas;vo* vis pas; voicy pourcjuoy j'ay
•oululesjufltfier je crains d'a.
mrfait lecontraire; jugez de
oora embarras. Mais, mafoy,
vifqUt vousave% faitlafautey
chose vous regardeplus que
oy , çy celles que jestray dans
mes amusemens,ferontys'il vouj
plaît, sur d-vôtrecompte Jtire
vous en comme vous pourrez ;
jè
vous embarque la dans une assi
mauvaise affaire
J C vous ne
vous attendiez peut-eflrepas à
un remerciement si mal tourne 4
tant mieux,celavous ApprendrA:
une autre fois à ne pas facrifitfj
voflresincerité à vostrepolitejpîjc
vous envoye une Ode moitiépa-\
rodiée& moitié imitée de Roufseau
; des reponses aux quefiions
quej"ay proposées le mon dernier,
& je vaisfaire dans cette Lettre
quelques rejlextons à ma manière
sur la fameuse querfl/ç desAn?
cleni.
Miens. Comme les préjuge ne
montpoint gagnE) & qu'il importe
fort peu à un ignorant corntWC
moy que les Anciens ayent la
flirejerence sur les Afodernes, ou
Itut ceux (y l'emportent sur les
Anciens je cherche feulement de
gifles idées qui me fassentdijhnwucr
le vray d'avec le faux
, &
£tflimer les Ouvrages que par
b'ur propre valeur
J
sans égard à
Ancienneté des Auteurs;si mes
xifonnemens ne fontpasjustes3je
jftray ravi d'eflredeÇabufé par
eux qui penseront mieux que
woy.J'entre en matiere.
i Nousnepouvons,dit-onyfans
injuflice refujer notreejhme aux
Anciens
,
ils la meTZ/enrd'autant
mieux
, que n'ayant point eu de
modeles, ils nt doivent qu'a euxmêmes
la gloire qu'ils ont acquit,
si; en effet, il paroît que les
pre4
miers Auteurs ayantl'avantage
de l'invention
,
le mérité de ceux
qui les ontsuivi a diminuefticeef^, si fivemtnt a mesure que le nfJmbr;
des Ecrivainss'eflaccru
,
defOrte1
que par cette gradationIlsMo
dernes ne pouvant plus inventei
ni rien dire de nouveau ,se trotfi
veront dans la plus bassi clajpdt
la Littérature;voila l'abrégédel
raisonnemensJpeçieux de la pinpart
des hommes (!J"' le point de
veuë où ils se font place pour
juger duprix des Ouvrages, l'envie
de quelques Auteurs pour
leurs contemporains s'efl jointe
aux préventionsJ& enfin. la coutume
d'estimer mieux les chojes
que nous avons perdues que celles
dont nous joüiffins
, a achevé de
jîttrr les hommes dans terreur qui
sess ainsi établie à la honte de lA
raison.
Mais comme toutes chofcs ont
dijferens points de veuë
3 ne s'en
trouveroit-il point un meilleur
) cr la difficultéde produire s'étant
augmentée avec les Ouvrages,
dans la neccfJÙéde rejetternospropres
pensées
,
quand nous nous
fommtSrencontrez avecceux qui
nous ont precedez;nesipourroitil
point faire que les Modernes
ayant eu plus de dijfcultt^ àfurmonteryeujfentaujjt
plus de mérité,
C'cftce qu'ilfautexaminer.
Je croy que l'onconviendra que
les hummes ayant été de tout tems
forme de U même matiere
J &
compost J::s mêmes parties que
ceux d'aujokrd'huy, les efpnts
d'à present font aujji de la même
nature que ceux d'autrefoisy £7*
qu'il n'y a jamais eu dans les uns
pi dans les autres d'autres diffirences
que ulLs que lavariétéde
la natureyproduit. Cette é9g4alité 1 te
supposée voyonsla dffrençequ'il
peuty avoir eu dans les pre;duc.
tions de l'esprit. Les premiers fir-
C.less'ëtant paffrz dans les occupations
que donnoient AUX hommes
la neaJJiié de pourvoir à leurs be. foins de chercher dans la nature
les secours qu'ils en pou-
voi,ent tirer , ce na, été qu,apres
que cees adeéccoouu'Vvecrrtteess ont eérteéfaaiitt.e,ss,
c, que les Sciences e les Arts
utiles ont étéconnus, que les hommes
ayant plui de loijir, donnerent
une partie de leurs occupations
aux ouvrages d'ejpriti les
premiers qui ont paru nont pas
duejlreexceUens
3
cespîecesaniiques
Jeroient pourtant dignes de
curiojité,ji le bavard en avonfait
parvenir quelquesunes jusques à
nous; mais on a refermé iattention
pour les bons Ouvrages) &
noussommesheureuxaprès
tant de jÙcles qu'une partie de ce
qui a été produit de meilleurdans
tous les temps ait été confirmé.
Est-ilpojjible que l'on puiffi
se persuader que les chefs d'ceurures
ayent été produits du pre.
mier coup; rieft-il pas pluÍraisonnable
depenjer, supposantcapacitéégale
à que plus une picce
ttft ancienne , & moins elle doit
Mire parfaite3quoyquen difèMakdame
D. qui veut excepter Hommcre
de la Loy genera/e. Songe-
Uniey quelque grand qu'ilfuty na lu imaginer&perfeélionnerïArt
1 tn même temps; on r/y efl parve-
! nu que par dfgrez
, ce n'a été
i quaprès les rrflexions faites sur
i les premier Ouvrages que les correftionsy
ont donnéunmeilleure
* forme, la critiquey a sans doute
beaucoup contribué
9
filon que les
Lraèur ont étébien ou mal affel}'
Z
,
ils ont approuvé ou condamné
j on a cherché les causes du
p/àifîr ou du dégoûtil'opinion du
plus grand nombrea preva'u JtfJ4
a étabyl peu a peu les réglésde, lj4rtqueles dateurs riauraient pas J.l,tottrouvéessfans r;, cesecours ;
que l'on ne dise point quHvm"e
avoit plus de genie que ceux qui
pauvoient juger de ses Ouvrages,
cela ne conclut rien
J
l'amourpropre
nous fait toujours illuftonfut
nos Ouvrages
> & nous empêche
de faire de jtijlesdlfinéîions, entre
lemediocre,le bon, (7 l'excellent;
un autre lesfait quelquefois
du premier coup d'oet!
, CiT fan
sçait jJeZ par experience quun
tuteur profite souvent des avis
que luy.donnent de moinshabiles
) gens que luy; ilafallu necefj>nres
ment un certain temps pourayri-
? verpar a/-gre'{ à l<*perfefltonMes
spiresont invenré, les enfantsont
,pfrfic1¿oné ; ceux qui appellent
Momerele Pere de la Poësie me
1 permettront bien de future cette
Ilidée;je conviens doncque les Antrientfont
les Peres de la Littera-
Mure3mais comme les enfans ne
\fontptà toujourssemblablesaleurs
qperes,&que lesuns ontplusJeftiprit3.&
les autres moins, la na-
Wure prudenteproduisant les différentsgenies
pour les dffrens ufayges
ausquelselle les difiine3 ceux
Ifl.ui n'ont pas étéavantlogez, d'un
efPrir superieur
,
incapables de
produire eux-mêmes
9 & ne comprenais
pas que leurs peres pussent
eflrefurpa/Jt^
,
les ont pris
pour mode/es, se font arp[ique
à réduire leurs pratiques en preceptesy
les ont donné de la meilleure
foy du monde
J
pour les réglés de
i'An
3
qu'ils ontsuivy tres-fcrupuleufment,
ne pouvans mieux
faire
s & quelques-uns s'élans
munis de lascience des mots
3
se
fontjudicieusement borne à rendre
dans leurs Langues les Auteurs
anciensJGpar d'amples explications
ont prétendu faire connaître
aux autres les beautez
i*ilsf,ecroyoieni fruls capdblss
sentir. Voilà l'origine du PeuyCommentateur
ey Traduit*ury
m opiniâtres & entetr, qui
demordent jamais de leurs opinons
, Ër avec qui il est inutile
mettre la vente en évidence ;
i nen font pas reste là,perfuaqueles
Anciens éioient infiYli-
'Tnt audessus des Modernes
,
ils
- ont traité de Divins, ont éle-
? des Autelsà Idoles de leur
pagination
y
gr leur ont éIaby
8 culte; les ignorons & lesfly-
Wes ont cru ces Doélu*s surleur
\;ro'e
, çy comme ils font malmreujemmt
le plus grand nomb
!' ", re, l'erreur a gagvé
, CC s
rpnreoftcijoHn? gcneralement établie; vc dA la
lesvéritables
causes de la Co i1.()< M::HS ceux qui se font tro
,vez plus favorablement traite
de la nature) s'étantpreservez 6
la contagio-n, sefontmis au-d>fft
des prljuz, Z )
ont mis àprofit II
le&tred:-> pnmurs Ouvrages^
comme un bon Piloteprofite des
routes déja tracées,évite les tcueili
0* fait de nouvellesdécouvertest
ils ont ainft porté firruention e
la perfciion plus loin, sans se
[ouftrairea la teconnoijfance deuë
a leurs predcceffiurs
>
-qui leur
tnt épargné i3inconvénient des
mutes fautes inséparables des
tS Jlepay
,
leur avoientainsî
wf le moyen de parvenir plus
Mementau butpropcfc; lesOit-
%ess''ejlant enfuite multiplieZ
Montes fortes de sur ts ,
le ge-
Teroit enfin devenu mutile dans
tfcejfite de ne pouvoir plus rien idé nouveau ,
si d\-xc:liens
mles de nôjlre temps ne nous
k.nt fait voir que les matières
mvent vavief à l'infini; enefl
ijOflafrplreitssdfo'urnmûsJïrtguItérésqae
pritsd'un''ccat'raficre original r.;u ëlere origin4l,
Slonné a leurs Ouvrages,ils
prouvé moyen à forte dlrf}rit
d; rendre
, pour ainsi dire, rioi
évveeaauu ce qquuiinnee lI''éé'roltplus) defl
que la portion âtDrit qui A
trouvéeinutile à l'invention
, «
tournée au profit de la préafiom
du choix, du tour& de la di
catefje des pensées cm des exp
fions. C'ejlainfique de Modenà
en Modernes l'art Ë7 le
go,,",
fontperfectionne%,que«jjj /Mf ~M
joiijjons par la leBure- des dernjk
Ouvrages, nonfeulement de m
ce qu'ily a de bon dans les &
ciens, mais encore de celui
produit de meilleur dans tous
temps, perfectionne par les rejm
xions, les critiquesjudtcieufesm
legoût descentessuperieurs.
Je crainsbien que tout ce raisonnement
nefortinutile
, tant de
l,rns ont écritsurce fujt} que je
t ne doutepointque l'on ait déjàeu
les mêmes peufers%&qu'on ht les
* ait exprimé plus heureusement ;
maisje vouépuis protcfkrqueje
riay pas fJJeu la centième partie de
tout cequ'onafait sur cela. Vous
) devezme regarderàpeupréscomime
te premierqui en aufoitditson
{ fintiment;jefuis. enxela dans le
)
casdesjincieniy ainft il neferpit lpat surprenant que j'eusse mal
t»fMéüofdfei.r,n,'e;nssaiisjjfef,umisefduanissrleenccaosndteres
avec quelquautre; rjoila dejacheufesJttuations
,quoyquil en
fait, à la bonne heuresirpenfl
)uP>jeme contente du bonJem
qui faitdistinguerfimplemcnt le
i/ray aueclefaux, &je me
détache par raijonde la pénétration
d'esprit qui faisant trouver
toutes lesdifférentesmaniérés d'api
perevoirl'un &' l'autre,produit
les diftinElionsjubtiles &lesptnfées
d'licdtes ; à propos de cela je
1outdiray^encore ep pajfantquil
m4Jernhlè queAnciensontplus
de bonfçns que d'écrit,grqueles
Modernes"joignentplusJouvent
l'un a-.I'Rtr(JÂ'iI tous Usage*.
mens
vnens qui les peuventjaire goütter.
Adieu,Monjïcur
) vous dej~
c~ être du moins au/fi las de lire,
Hr j,e leJuis d'avoir écrit defui-
Ye unesilongue Lettre, Voiry mon
30defuremèmefujet.
Fermer
13
p. 22-33
Les Modernes sont-ils en effet plus éclairés ou plus avancés que les Anciens dans le chemin de la vérité ?*
Début :
Il y a long-tems qu'on a dit que la premiere fois que l'erreur étoit le partage [...]
Mots clefs :
Anciens et Modernes, Vérité, Nature, Arts, Progrès, Découvertes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Modernes sont-ils en effet plus éclairés ou plus avancés que les Anciens dans le chemin de la vérité ?*
Les Modernes font - ils en effet plus éclairés on
plus avancés que les Anciens dans le chemin
de la vérité ? *
la Ly a long- tems qu'on a dit
I premiere fois quel'erreur étoit le partage
de l'homme ; mais il eft étonnant que
dans les fiécles les plus éclairés on n'ait
pas moins occafion de le dire que dans
ceuxque nous appellons faftueufement fiécles
d'ignorance. On a l'obligation au hazard
de quantité de découvertes avec lefquelles
on eft parvenu à détruire de vielles
erreurs ; mais les a- t- on remplacées par
des vérités neuves ? les hommes ont - ils
fait effectivement quelques pas depuis
qu'ils fe vantent de n'être plus dans les ténébres
? fçavent - ils être plus heureux ,
meilleurs , ou font - ils du moins plus
exempts de préjugés , ce qui feroit en effet
une fuite des progrès qu'ils auroient faits
dans la recherche de la vérité ? A la honte
de l'efpece on n'apperçoit aucun de ces
* Quoique ce morceau ait l'air d'être traité férieufement
, j'ai cru devoir plutôt le ranger dans
cet article que dans celui des fciences , par la raifon
qu'il en fait moins l'éloge que la critique , &
qu'il paroît être le réfultat des doutes d'un homme
d'efprit plutôt que des difcuffions d'un fçavant.
FEVRIER . 1755. 23
fruits ; l'humanité paye toujours le même
tribut à l'erreur , aux vices , aux miferes
de fa condition : c'est donc à tort qu'elle
fe vanteroit d'être plus éclairée , & que
notre âge prétendroit la moindre préférence
fur ceux qui l'ont devancé.
On ne croit plus , avec S. Auguftin , que
les antipodes ayent la tête en bas ; avec
Prolomée , que le ſoleil tourne , ni qu'il y
ait des cieux de cryſtal ; avec Ariftote , que
la nature ait horreur du vuide , ni que de
petits atomes crochus ayent formé par hazard
le monde que nous admirons , comme
le penfoit Epicure. On a découvert
malgré la Bulle d'un Pape qui prefcrivoit
de n'en rien croire , qu'à l'extrêmité de no
tre globe il fe trouvoit des êtres penfans à
peu- près comme nous , chez qui , fur l'opinion
que nous pouvions exifter auffi
bien qu'eux , on n'avoit jamais inquiété
perfonne , c'est-à- dire qu'à l'afpect d'un bâtiment
fort élevé , nous avons entrevû
long- tems que les derniers appartemens
pouvoient être occupés comme les
miers , & qu'après avoir parcouru pendant
bien des fiécles notre petite planete , fans
nous douter qu'elle en fut une , nous avons
fait enfin l'importante découverte que
nous ne l'habitions pas feuls. Les Efpagnols
orgueilleux de cet effort de leur ima
pre24
MERCURE DE FRANCE .
gination , exterminerent fans pitié des nations
entieres , parce qu'elles avoient beaucoup
d'or & point d'artillerie , & qu'elles
s'avifoient de vouloir fe gouverner par les
loix de leur pays. Ainfi la moitié du monde
eut à gémir de la curiofité de l'autre .
A l'aide d'une longue lunette , dont la
premiere idée appartient à des enfans , qui
n'eurent d'autre maître que le hazard ou
l'envie de jouer , on a fait quelque pas
dans l'Aftronomie ; le mouvement de ro-.
tation du foleil a paru démontré , on a
cru voir les Satellites de quelques planetes
; on a déterminé le nombre des étoiles 3:
on a fort ingénieufement remarqué que:
les aftres feroient néceffairement immo->
biles dans des cieux de cryftal ou de toute
autre matiere folide , & peu s'en fautqu'on
ne trouve Ptolomée ridicule , parce
que de fon tems des enfans ne s'étoient.
pas encore imaginés de faire un télescope.
Cependant on n'a pas mieux défini que lui
de quelle matiere étoit le ciel. Les mouvemens
des aftres mieux obfervés depuis l'invention
des lunettes , ont feulement perfuadé
qu'elle devoit être fluide ; mais que
dans cet efpace où les aftres font leurs
révolutions , il n'y ait que du vuide , comme
il paroît que Newton l'a penfé , ou
qu'il n'y foit femé que par intervalles , fe-
-
(*
lon
FEVRIER. 1755. 25
lon le fentiment de Gaffendi , ou qu'il foit
impoffible , comme l'imaginoit Descartes ,
c'est un problême que l'imagination peut
s'égayer à réfoudre , qui fera produire encore
une infinité de fyftêmes qu'on ne
prouvera point , car l'ufage eft de fuppofer
, mais qui rendront exactement raifon
de tous les phénomenes de la nature ; ce
feront de nouvelles rêveries fubftituées
aux anciennes . Heureufement que ce problême
n'eft pas infiniment utile au bonheur
de l'Etat ou de la fociété.
Qu'on ait affujetti les éclipfes au calcul
invention qui peut - être ne fait pas tant
honneur à l'efprit humain qu'on pourroit
l'imaginer , puifqu'un peuple qui n'eft pas
autrement fçavant , quoiqu'on ait bien
voulu le faire paffer pour tel , en fait ufage
depuis un tems immémorial ; qu'à la
faveur de l'expérience de Pafcal , on ait
foupçonné la pefanteur & le reffort de l'air,
qu'on ait fait enfin de fi grands progrès
la Phyfique expérimentale ; c'eft qu'il
eft tout naturel que les derniers venus
foient mieux inftruits de ce qui fe paffe
dans une ville , que ceux qui en font partis
les premiers. Nous avons profité des
petits journaux que nos peres nous ont
laiffés , & nous en faifons de petits à notre
tour que nous laiffons à nos neveux , qui
B
26 MERCURE DE FRANCE.
en feront encore après nous ; mais ils feroient
auffi ridicules de s'enorgueillir
beaucoup de leurs nouvelles découvertes ,
& de nous traiter de barbares pour ne leur
avoir pas tout appris , que nous le fommes
fans doute en faifant de pareils reproches
à nos ancêtres. La nature n'a pu être examinée
qu'en détail ; la vie de l'homme
trop bornée ne permet d'acquerir qu'un
très- petit nombre de connoiffances mêlées
de beaucoup d'erreurs ; la curiofité , fource
des unes: & des autres , à peine encouragée
par quelques fuccès , s'anéantit avec
nous. La génération qui nous fuit , profite
de nos erreurs pour les éviter , de nos connoiffances
pour lleess découvrir découvrir , nous devance
un peu , tombe à fon tour , & laiffe
à celle qui la fuivra de nouvelles lumieres
& de nouvelles fautes. Je ne vois dans ces
prétendus progrès dont nous tirons tant de
vanité , qu'une chaîne immenſe , dont quelques-
uns ont indiqué le métal , d'autres ,
fans deffein peut-être , en ont formé les
anneaux ; les plus adroits ont imaginé de
les affembler , la gloire en eft pour eux ;
mais les premiers ont tout le mérite , ou
devroient l'avoir fi nous étions juftes .
Sont - elles bien à nous d'ailleurs ces
découvertes dont nous nous glorifions ?
Qui me répondra que depuis que les géFEVRIER.
1755. 27
nérations fe renouvellent fur la furface de
la terre , perfonne ne fes eut faites avant
nous ? Combien de nations enfeveliés fous
leurs ruines , dont il ne nous refte que des
idées imparfaites combien d'arts abfolument
perdus ? combien de monumens livrés
aux flammes ? It eft tel ouvrage qui lui
feul pourroit nous éclairer fur mille menfonges
, & nous découvrir autant de vérités
; n'en a- t- il point péri de cette efpece ,
ou par les ravages du tems , ou par les
incendies ? Quels peuples de l'antiquité le
retour des Lettres nous a- t- il fait connoître
? Les Grecs & les Romains , ignorans
fur leur origine, prévenus contre tout ce qui'
n'étoit pas de leur nation' , traitant de barbares
leurs voifins ou leurs ennemis , avec
autant d'injuftice peut-être que les Efpagnols
nommoient les Péruviens fauvages ,
dédaignant d'approfondir leurs moeurs ,
leurs caracteres , leurs traditions , leurs
ufages , ou les diffimulant par jalousie ,
& par conféquent incapables de nous en
inftruire. Comment les connoiffons- nous
encore ces Grecs & ces Romains ? à peuprès
comme par des relations imparfaites
nous connoiffons les peuples de l'Afrique
ou de l'Afie . Combien de peuples d'ailleurs
ces conquerans d'une partie du monde
n'ont- ils pas ignorés ? n'eft- il plus de cli-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
mats inconnus & penfons-nous qu'ils
n'auroient rien à nous apprendre ? N'a -ton
pas trouvé chez les Chinois , peuple
d'une vanité trop ridicule pour avoir un
mérite réel , l'ufage de l'Imprimerie & de
la poudre ? qui leur a donné l'idée de ces
arts fi nouveaux dans l'Europe , l'Imprimerie
fur-tout , qui mériteroit fi juftement
d'être admirée s'il étoit poffible qu'elle ne
perpétuât que des chofes dignes de l'être ?
Nous avons fait des progrès admirables
dans les méchaniques , nous avons fimplifié
des machines connues , nous en avons
créé d'autres ; mais qu'avons- nous exécuté
avec elles dont on ne trouve quelque
idée chez les anciens ? Ces hardis monumens
de l'antiquité la plus reculée , &
qui touche prefque aux premiers jours du
monde : les murs de Babylone , ces jardins
foutenus dans les airs , ces canaux vainqueurs
de l'Euphrate , ces pyramides de
l'Egypte , dont quelques - unes fubfiftent.
encore , ces fuperbes édifices élevés avec
la rapidité que l'hiftoire nous attefte ne
nous forcent- ils pas de convenir , ou que
les anciens avoient des reffources égales
aux nôtres , ou même qu'ils en avoient de
bien fupérieures ? On ne trouve pas feulement
chez eux les traces des arts utiles
on connoît le luxe des premiers Affyriens
་ ་
›
FEVRIER . 1755 29
& le luxe ne s'introduit dans un Empire
qu'à la fuite des arts d'agrémens.
Qu'il foit permis de faire une compa
raifon entre ces prétendus enfans de notre
induſtrie & ceux de notre imagination
les ſyſtêmes de la Phyfique , fur les principaux
phénomenes de la nature ; il n'en eft
aucun qui n'ait été renouvellé de quelques
anciennes écoles . Le mouvement de la terre
, la matiere fubtile , le plein , le vuide ,
la gravitation , le pur méchanifme des animaux
, opinion dangereufe , parce qu'elle
pourroit trop prouver l'existence des
tourbillons ; ces ingénieufes fictions attribuées
à nos Philofophes modernes , exiftoient
long- tems avant eux , nous en avons
les originaux dans cette foule de Philofophes
Grecs ; & qui fçait fi ces originaux
n'étoient pas encore des copies ? Il en eft
de même des hypothèfes métaphyfiques.
L'immortalité de l'ame , avant que la religion
nous en eût fait un dogme , l'unité
de Dieu , la diftinction des deux fubftances
, le ſyſtême du matérialiſme adopté
quant à la nature de l'ame , par quelques
Peres des premiers fiécles , qui ne la
croyoient pas moins immortelle , mais qui
confervoient encore des principes puifés
dans les écoles payennes je veux parler
de Tertullien , d'Arnobe , de Lactance . Le
B iij
MERCURE DE FRANCE.
libre arbitre , la fatalité , furent des queftions
qui trouverent autrefois , comme de
nos jours , des partifans ou des adverfaires.
L'Athéifme de Spinofa , fi bien attaqué
par Bayle , eft développé dans le fixieme
livre de l'Eneide . Les Dieux oififs d'Epicure
ont fervi de modele à celui des Déiftes.
Si donc l'efprit humain fe repéte luimême
depuis fi long tems dans les fciences
fpéculatives , rien ne me porte à le
croire plus varié , plus inventeur dans ce
qui tient aux arts.
Mais je veux que nos modernes ayent
réellement imaginé les opinions qu'on leur
attribue , nous n'aurions encore changé
que de fictions & d'abfurdités. Les idées
innées de Deſcartes , les Monades de Leibnitz
ne valent gueres mieux que les prétendues
rêveries des anciens . Nous nous
fommes comportés à leur égard , comme
'certains Anglois nous ont fait l'honneur
de nous traiter dans leurs ouvrages ; ils
copient nos auteurs , en nous difant des
injures. Sur quoi peut donc être fondé
l'orgueil des hommes ? Je veux bien fuppofer
que nous connoiffions un peu mieux
que nos ancêtres les contours du globe que
nous habitons ,enrichis de leurs remarques
& des nôtres , nous fommes un peu moins
étrangers dans notre patrie. Nous avons
FEVRIER. 1755. 31
multiplié nos plaifirs en nous affujettiffant
à de nouveaux befoins ; mais n'avons- nous
pas auffi doublé nos infortunes : Nous
voulons , à la faveur de l'expérience , avoir
jetté quelques lumieres fur le méchanifme
de la nature , mais les cauſes nous en fontelles
moins obfcures ? Nous lifons dans les
cieux , mais fommes nous plus éclairés fur
l'artifice de nos organes , fur l'union du
corps & de l'ame , ou fur leur mutuelle
dépendance ? Avons - nous quelque idée
plus diftincte des termes qui nous font les
plus familiers , de la matiere , de l'eſprit ,
du lieu , du tems , de l'infini , termes que
le peuple prononce tous les jours , fans
imaginer qu'il ne les entend pas ? étrange
foibleffe de l'efprit humain , qui ne femble
ignorer que ce qu'il auroit intérêt de
connoître ! Parfaitement inftruit de quelques
vérités indifférentes , mais les feules
qui lui foient démontrées , j'ofe le dire
même , qui femblent l'humilier par leur
petit nombre & par l'excès de leur éviden.
ce , elles ne fervent qu'à lui faire mieux
fentir qu'il eft né pour le doute.
Je ne fçais par quelle étonnante contradiction
quelques perfonnes plus zélées
qu'inftruites , ont affecté de confondre le
Pirrhoniſme & l'incrédulité. Cette réflexion
où m'a conduit mon fajet, mériteroit-
B iiij
MERCURE DE FRANCE.
*
elle - feule une differtation approfondie ?
Mais comme il est toujours précieux d'établir
une vérité , que
, que celle- ci d'ailleurs paroîtra
nouvelle , je l'appuyerai du moins
d'un fimple raifonnement auquel il eft , je
crois , difficile de fe refufer. Le Pirrhonifme
feul apprend à la raifon à s'humilier ,
en lui démontrant l'incertitude de fes connoiffances
; la religion exige de notre orgueil
la même foumiffion , les mêmes facrifices
: le Pirrhonifme eft donc de toutes
les fectes des Philofophes celle qui eft la
plus conforme à l'efprit de la religion , &
qui nous difpofe le plus naturellement à
l'embraffer. Mais on pourroit en abuſer ,
me dira- t- on : eh ! de quoi ne pourroit - on
pas abufer ? Tel étoit du moins le fentiment
de ce fameux Evêque d'Avranches ,
l'auteur de la Démonftration évangélique' ,
Prélat illuftre que l'Eglife regarde , ainfi
que M. Boffuet , comme une de fes lumieres
.
Quoi de plus capable de convaincre
l'homme de fa foibleffe que le tableau
malheureuſement trop fidele que je viens
de vous en préſenter ? Ses prétendus progrès
appréciés , dénués de la pompe dont
une vaine éloquence a coutume de les ennoblir
, nous paroiffent dans leur véritable
jour. Il n'eft ni plus vertueux , ni plus
FEVRIER. 1755. 33
tapproché du bonheur , ni moins efclave,
des illufions : il n'a donc rien fait pour
lui ; mais fon orgueil eft toujours le même
, c'eft qu'il eft homme .
plus avancés que les Anciens dans le chemin
de la vérité ? *
la Ly a long- tems qu'on a dit
I premiere fois quel'erreur étoit le partage
de l'homme ; mais il eft étonnant que
dans les fiécles les plus éclairés on n'ait
pas moins occafion de le dire que dans
ceuxque nous appellons faftueufement fiécles
d'ignorance. On a l'obligation au hazard
de quantité de découvertes avec lefquelles
on eft parvenu à détruire de vielles
erreurs ; mais les a- t- on remplacées par
des vérités neuves ? les hommes ont - ils
fait effectivement quelques pas depuis
qu'ils fe vantent de n'être plus dans les ténébres
? fçavent - ils être plus heureux ,
meilleurs , ou font - ils du moins plus
exempts de préjugés , ce qui feroit en effet
une fuite des progrès qu'ils auroient faits
dans la recherche de la vérité ? A la honte
de l'efpece on n'apperçoit aucun de ces
* Quoique ce morceau ait l'air d'être traité férieufement
, j'ai cru devoir plutôt le ranger dans
cet article que dans celui des fciences , par la raifon
qu'il en fait moins l'éloge que la critique , &
qu'il paroît être le réfultat des doutes d'un homme
d'efprit plutôt que des difcuffions d'un fçavant.
FEVRIER . 1755. 23
fruits ; l'humanité paye toujours le même
tribut à l'erreur , aux vices , aux miferes
de fa condition : c'est donc à tort qu'elle
fe vanteroit d'être plus éclairée , & que
notre âge prétendroit la moindre préférence
fur ceux qui l'ont devancé.
On ne croit plus , avec S. Auguftin , que
les antipodes ayent la tête en bas ; avec
Prolomée , que le ſoleil tourne , ni qu'il y
ait des cieux de cryſtal ; avec Ariftote , que
la nature ait horreur du vuide , ni que de
petits atomes crochus ayent formé par hazard
le monde que nous admirons , comme
le penfoit Epicure. On a découvert
malgré la Bulle d'un Pape qui prefcrivoit
de n'en rien croire , qu'à l'extrêmité de no
tre globe il fe trouvoit des êtres penfans à
peu- près comme nous , chez qui , fur l'opinion
que nous pouvions exifter auffi
bien qu'eux , on n'avoit jamais inquiété
perfonne , c'est-à- dire qu'à l'afpect d'un bâtiment
fort élevé , nous avons entrevû
long- tems que les derniers appartemens
pouvoient être occupés comme les
miers , & qu'après avoir parcouru pendant
bien des fiécles notre petite planete , fans
nous douter qu'elle en fut une , nous avons
fait enfin l'importante découverte que
nous ne l'habitions pas feuls. Les Efpagnols
orgueilleux de cet effort de leur ima
pre24
MERCURE DE FRANCE .
gination , exterminerent fans pitié des nations
entieres , parce qu'elles avoient beaucoup
d'or & point d'artillerie , & qu'elles
s'avifoient de vouloir fe gouverner par les
loix de leur pays. Ainfi la moitié du monde
eut à gémir de la curiofité de l'autre .
A l'aide d'une longue lunette , dont la
premiere idée appartient à des enfans , qui
n'eurent d'autre maître que le hazard ou
l'envie de jouer , on a fait quelque pas
dans l'Aftronomie ; le mouvement de ro-.
tation du foleil a paru démontré , on a
cru voir les Satellites de quelques planetes
; on a déterminé le nombre des étoiles 3:
on a fort ingénieufement remarqué que:
les aftres feroient néceffairement immo->
biles dans des cieux de cryftal ou de toute
autre matiere folide , & peu s'en fautqu'on
ne trouve Ptolomée ridicule , parce
que de fon tems des enfans ne s'étoient.
pas encore imaginés de faire un télescope.
Cependant on n'a pas mieux défini que lui
de quelle matiere étoit le ciel. Les mouvemens
des aftres mieux obfervés depuis l'invention
des lunettes , ont feulement perfuadé
qu'elle devoit être fluide ; mais que
dans cet efpace où les aftres font leurs
révolutions , il n'y ait que du vuide , comme
il paroît que Newton l'a penfé , ou
qu'il n'y foit femé que par intervalles , fe-
-
(*
lon
FEVRIER. 1755. 25
lon le fentiment de Gaffendi , ou qu'il foit
impoffible , comme l'imaginoit Descartes ,
c'est un problême que l'imagination peut
s'égayer à réfoudre , qui fera produire encore
une infinité de fyftêmes qu'on ne
prouvera point , car l'ufage eft de fuppofer
, mais qui rendront exactement raifon
de tous les phénomenes de la nature ; ce
feront de nouvelles rêveries fubftituées
aux anciennes . Heureufement que ce problême
n'eft pas infiniment utile au bonheur
de l'Etat ou de la fociété.
Qu'on ait affujetti les éclipfes au calcul
invention qui peut - être ne fait pas tant
honneur à l'efprit humain qu'on pourroit
l'imaginer , puifqu'un peuple qui n'eft pas
autrement fçavant , quoiqu'on ait bien
voulu le faire paffer pour tel , en fait ufage
depuis un tems immémorial ; qu'à la
faveur de l'expérience de Pafcal , on ait
foupçonné la pefanteur & le reffort de l'air,
qu'on ait fait enfin de fi grands progrès
la Phyfique expérimentale ; c'eft qu'il
eft tout naturel que les derniers venus
foient mieux inftruits de ce qui fe paffe
dans une ville , que ceux qui en font partis
les premiers. Nous avons profité des
petits journaux que nos peres nous ont
laiffés , & nous en faifons de petits à notre
tour que nous laiffons à nos neveux , qui
B
26 MERCURE DE FRANCE.
en feront encore après nous ; mais ils feroient
auffi ridicules de s'enorgueillir
beaucoup de leurs nouvelles découvertes ,
& de nous traiter de barbares pour ne leur
avoir pas tout appris , que nous le fommes
fans doute en faifant de pareils reproches
à nos ancêtres. La nature n'a pu être examinée
qu'en détail ; la vie de l'homme
trop bornée ne permet d'acquerir qu'un
très- petit nombre de connoiffances mêlées
de beaucoup d'erreurs ; la curiofité , fource
des unes: & des autres , à peine encouragée
par quelques fuccès , s'anéantit avec
nous. La génération qui nous fuit , profite
de nos erreurs pour les éviter , de nos connoiffances
pour lleess découvrir découvrir , nous devance
un peu , tombe à fon tour , & laiffe
à celle qui la fuivra de nouvelles lumieres
& de nouvelles fautes. Je ne vois dans ces
prétendus progrès dont nous tirons tant de
vanité , qu'une chaîne immenſe , dont quelques-
uns ont indiqué le métal , d'autres ,
fans deffein peut-être , en ont formé les
anneaux ; les plus adroits ont imaginé de
les affembler , la gloire en eft pour eux ;
mais les premiers ont tout le mérite , ou
devroient l'avoir fi nous étions juftes .
Sont - elles bien à nous d'ailleurs ces
découvertes dont nous nous glorifions ?
Qui me répondra que depuis que les géFEVRIER.
1755. 27
nérations fe renouvellent fur la furface de
la terre , perfonne ne fes eut faites avant
nous ? Combien de nations enfeveliés fous
leurs ruines , dont il ne nous refte que des
idées imparfaites combien d'arts abfolument
perdus ? combien de monumens livrés
aux flammes ? It eft tel ouvrage qui lui
feul pourroit nous éclairer fur mille menfonges
, & nous découvrir autant de vérités
; n'en a- t- il point péri de cette efpece ,
ou par les ravages du tems , ou par les
incendies ? Quels peuples de l'antiquité le
retour des Lettres nous a- t- il fait connoître
? Les Grecs & les Romains , ignorans
fur leur origine, prévenus contre tout ce qui'
n'étoit pas de leur nation' , traitant de barbares
leurs voifins ou leurs ennemis , avec
autant d'injuftice peut-être que les Efpagnols
nommoient les Péruviens fauvages ,
dédaignant d'approfondir leurs moeurs ,
leurs caracteres , leurs traditions , leurs
ufages , ou les diffimulant par jalousie ,
& par conféquent incapables de nous en
inftruire. Comment les connoiffons- nous
encore ces Grecs & ces Romains ? à peuprès
comme par des relations imparfaites
nous connoiffons les peuples de l'Afrique
ou de l'Afie . Combien de peuples d'ailleurs
ces conquerans d'une partie du monde
n'ont- ils pas ignorés ? n'eft- il plus de cli-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
mats inconnus & penfons-nous qu'ils
n'auroient rien à nous apprendre ? N'a -ton
pas trouvé chez les Chinois , peuple
d'une vanité trop ridicule pour avoir un
mérite réel , l'ufage de l'Imprimerie & de
la poudre ? qui leur a donné l'idée de ces
arts fi nouveaux dans l'Europe , l'Imprimerie
fur-tout , qui mériteroit fi juftement
d'être admirée s'il étoit poffible qu'elle ne
perpétuât que des chofes dignes de l'être ?
Nous avons fait des progrès admirables
dans les méchaniques , nous avons fimplifié
des machines connues , nous en avons
créé d'autres ; mais qu'avons- nous exécuté
avec elles dont on ne trouve quelque
idée chez les anciens ? Ces hardis monumens
de l'antiquité la plus reculée , &
qui touche prefque aux premiers jours du
monde : les murs de Babylone , ces jardins
foutenus dans les airs , ces canaux vainqueurs
de l'Euphrate , ces pyramides de
l'Egypte , dont quelques - unes fubfiftent.
encore , ces fuperbes édifices élevés avec
la rapidité que l'hiftoire nous attefte ne
nous forcent- ils pas de convenir , ou que
les anciens avoient des reffources égales
aux nôtres , ou même qu'ils en avoient de
bien fupérieures ? On ne trouve pas feulement
chez eux les traces des arts utiles
on connoît le luxe des premiers Affyriens
་ ་
›
FEVRIER . 1755 29
& le luxe ne s'introduit dans un Empire
qu'à la fuite des arts d'agrémens.
Qu'il foit permis de faire une compa
raifon entre ces prétendus enfans de notre
induſtrie & ceux de notre imagination
les ſyſtêmes de la Phyfique , fur les principaux
phénomenes de la nature ; il n'en eft
aucun qui n'ait été renouvellé de quelques
anciennes écoles . Le mouvement de la terre
, la matiere fubtile , le plein , le vuide ,
la gravitation , le pur méchanifme des animaux
, opinion dangereufe , parce qu'elle
pourroit trop prouver l'existence des
tourbillons ; ces ingénieufes fictions attribuées
à nos Philofophes modernes , exiftoient
long- tems avant eux , nous en avons
les originaux dans cette foule de Philofophes
Grecs ; & qui fçait fi ces originaux
n'étoient pas encore des copies ? Il en eft
de même des hypothèfes métaphyfiques.
L'immortalité de l'ame , avant que la religion
nous en eût fait un dogme , l'unité
de Dieu , la diftinction des deux fubftances
, le ſyſtême du matérialiſme adopté
quant à la nature de l'ame , par quelques
Peres des premiers fiécles , qui ne la
croyoient pas moins immortelle , mais qui
confervoient encore des principes puifés
dans les écoles payennes je veux parler
de Tertullien , d'Arnobe , de Lactance . Le
B iij
MERCURE DE FRANCE.
libre arbitre , la fatalité , furent des queftions
qui trouverent autrefois , comme de
nos jours , des partifans ou des adverfaires.
L'Athéifme de Spinofa , fi bien attaqué
par Bayle , eft développé dans le fixieme
livre de l'Eneide . Les Dieux oififs d'Epicure
ont fervi de modele à celui des Déiftes.
Si donc l'efprit humain fe repéte luimême
depuis fi long tems dans les fciences
fpéculatives , rien ne me porte à le
croire plus varié , plus inventeur dans ce
qui tient aux arts.
Mais je veux que nos modernes ayent
réellement imaginé les opinions qu'on leur
attribue , nous n'aurions encore changé
que de fictions & d'abfurdités. Les idées
innées de Deſcartes , les Monades de Leibnitz
ne valent gueres mieux que les prétendues
rêveries des anciens . Nous nous
fommes comportés à leur égard , comme
'certains Anglois nous ont fait l'honneur
de nous traiter dans leurs ouvrages ; ils
copient nos auteurs , en nous difant des
injures. Sur quoi peut donc être fondé
l'orgueil des hommes ? Je veux bien fuppofer
que nous connoiffions un peu mieux
que nos ancêtres les contours du globe que
nous habitons ,enrichis de leurs remarques
& des nôtres , nous fommes un peu moins
étrangers dans notre patrie. Nous avons
FEVRIER. 1755. 31
multiplié nos plaifirs en nous affujettiffant
à de nouveaux befoins ; mais n'avons- nous
pas auffi doublé nos infortunes : Nous
voulons , à la faveur de l'expérience , avoir
jetté quelques lumieres fur le méchanifme
de la nature , mais les cauſes nous en fontelles
moins obfcures ? Nous lifons dans les
cieux , mais fommes nous plus éclairés fur
l'artifice de nos organes , fur l'union du
corps & de l'ame , ou fur leur mutuelle
dépendance ? Avons - nous quelque idée
plus diftincte des termes qui nous font les
plus familiers , de la matiere , de l'eſprit ,
du lieu , du tems , de l'infini , termes que
le peuple prononce tous les jours , fans
imaginer qu'il ne les entend pas ? étrange
foibleffe de l'efprit humain , qui ne femble
ignorer que ce qu'il auroit intérêt de
connoître ! Parfaitement inftruit de quelques
vérités indifférentes , mais les feules
qui lui foient démontrées , j'ofe le dire
même , qui femblent l'humilier par leur
petit nombre & par l'excès de leur éviden.
ce , elles ne fervent qu'à lui faire mieux
fentir qu'il eft né pour le doute.
Je ne fçais par quelle étonnante contradiction
quelques perfonnes plus zélées
qu'inftruites , ont affecté de confondre le
Pirrhoniſme & l'incrédulité. Cette réflexion
où m'a conduit mon fajet, mériteroit-
B iiij
MERCURE DE FRANCE.
*
elle - feule une differtation approfondie ?
Mais comme il est toujours précieux d'établir
une vérité , que
, que celle- ci d'ailleurs paroîtra
nouvelle , je l'appuyerai du moins
d'un fimple raifonnement auquel il eft , je
crois , difficile de fe refufer. Le Pirrhonifme
feul apprend à la raifon à s'humilier ,
en lui démontrant l'incertitude de fes connoiffances
; la religion exige de notre orgueil
la même foumiffion , les mêmes facrifices
: le Pirrhonifme eft donc de toutes
les fectes des Philofophes celle qui eft la
plus conforme à l'efprit de la religion , &
qui nous difpofe le plus naturellement à
l'embraffer. Mais on pourroit en abuſer ,
me dira- t- on : eh ! de quoi ne pourroit - on
pas abufer ? Tel étoit du moins le fentiment
de ce fameux Evêque d'Avranches ,
l'auteur de la Démonftration évangélique' ,
Prélat illuftre que l'Eglife regarde , ainfi
que M. Boffuet , comme une de fes lumieres
.
Quoi de plus capable de convaincre
l'homme de fa foibleffe que le tableau
malheureuſement trop fidele que je viens
de vous en préſenter ? Ses prétendus progrès
appréciés , dénués de la pompe dont
une vaine éloquence a coutume de les ennoblir
, nous paroiffent dans leur véritable
jour. Il n'eft ni plus vertueux , ni plus
FEVRIER. 1755. 33
tapproché du bonheur , ni moins efclave,
des illufions : il n'a donc rien fait pour
lui ; mais fon orgueil eft toujours le même
, c'eft qu'il eft homme .
Fermer
Résumé : Les Modernes sont-ils en effet plus éclairés ou plus avancés que les Anciens dans le chemin de la vérité ?*
Le texte examine la prétendue supériorité des Modernes par rapport aux Anciens en matière de connaissance et de progrès. Il reconnaît les avancées scientifiques des Modernes, mais souligne que les erreurs et les préjugés persistent. Les Modernes ont abandonné certaines croyances anciennes, comme celles des antipodes ou des cieux de cristal, mais n'ont pas nécessairement remplacé ces erreurs par des vérités nouvelles. Les progrès en astronomie et en physique sont mentionnés, mais relativisés par la persistance de nombreuses incertitudes et de systèmes hypothétiques. Le texte critique l'orgueil des Modernes qui se vantent de leurs découvertes sans reconnaître la contribution des générations précédentes. Il met en avant l'idée que les connaissances humaines se transmettent et s'accumulent au fil des générations, sans que chaque époque puisse revendiquer une supériorité absolue. Les avancées dans les arts mécaniques et les sciences spéculatives sont comparées à celles des Anciens, montrant que les Modernes n'ont souvent fait que renouveler des idées existantes. Le texte souligne également la limitation des connaissances humaines, qui restent fragmentaires et mêlées d'erreurs. Il conclut en soulignant l'humilité nécessaire face aux limites de la raison humaine, critiquant ceux qui confondent le pyrrhonisme avec l'incrédulité. Le pyrrhonisme, en démontrant l'incertitude des connaissances humaines, exige une soumission de l'orgueil similaire à celle requise par la religion, et prépare ainsi naturellement à l'acceptation de la foi religieuse. Cependant, il est reconnu que le pyrrhonisme pourrait être abusé, mais cette possibilité n'est pas unique à cette philosophie. Le texte mentionne l'évêque d'Avranches, auteur de la 'Démonstration évangélique', comme une figure respectée par l'Église et comparée à Bossuet. En somme, l'homme reste orgueilleux et faible, simplement parce qu'il est humain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer