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1
p. 61-80
Mort de la Soeur Anne de sainte Cecile, Religieuse de l'Abbaye de Port Royal des Champs, decedée dans le Monastere de Saint Julien d'Amiens. Cet Article est des plus touchants, & doit faire un extreme plaisir à ceux qui aiment la pureté de la Foy, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article qui vous doit faire un extrême plaisir, [...]
Mots clefs :
Confesseur, Soeur Anne de sainte Cécile, Port Royal, Mort, Crucifix, Cardinal de Noailles
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texteReconnaissance textuelle : Mort de la Soeur Anne de sainte Cecile, Religieuse de l'Abbaye de Port Royal des Champs, decedée dans le Monastere de Saint Julien d'Amiens. Cet Article est des plus touchants, & doit faire un extreme plaisir à ceux qui aiment la pureté de la Foy, [titre d'après la table]
Je paffe à un Article quivous
doit faire un extrême plaifir ,
& quevous ne pourez lire fans
cftre attendrie , & fans verfer
de's larmes. Je vous l'envoye
de la maniere queje l'ay reçu.
Cet Article doit faire auffi
plaifir à tous ceux qui s'en font
de voir conferver la Foy dans
toute sa pureté.
La Sour Anne de Sainte Cecile Religieufe de l'Abbaye de
Port-Royal des Champs , eft morte
62 MERCURE
âgée de quatre- vingtfix ans dans
la Monaftere de S. Julien d'Amiens, duTiers-Ordre de S. François , où elle avoit efté releguéepar
ordre du Roy. Je crois que vous
ferez bien aife de fçavoir les circonftances de cette mort , qui a efté
édifiante confolante pour l'Eglife. Cette bonne Religieufe arriva à Amiens le 2. Novembre
dans un Caroffe, accompagnée d'unefemme qu'on avoit choisie pour
la fervir avec fa Compagne qui
a efté envoyée dans le Monaftere·
des Filles de la Vifitation de la
même Ville , où elle eftencore. Elle
defcendit à la grille dù Convent
CALANT 63
de Saint Julien , où elle reſta juf
qu'à ce que Mr l'Evêque d'Amiens eut envoyéfes ordres pour
lafaire entrer. LaReverende Mere ayant affemblé fes Diferetes
elle fut reçue , avec beaucoup de
cordialité ; elle fe jetta en entrant
auxpiedsde la Superieure , en luy
difant Voicy le lieu de mon
repos dans le fiecle des ficcles.
La Superieure l'ayant relevée
l'embraffa , ce que firent auffi les
autres Religieufes. Ayant demandé d'eftre conduite à l'Oratoire
elle s'y profterna la face contre terre, &adora le Saint Sacrement
dans cette pofture ; on la conduifit
64 MERCURE
enfuite dans la Cellule qui luy
avoit efté deftinée. Elle eftoit arrivée à midy & Mrl'Evêque qui
avoit efté voirfa Compagne l'aprefdinée , la vint voirfur lefoir,
Il la trouva occupée à rangerfa
petite Cellule & aprés l'avoirfait
affeoir auprés de luy , il luy parla
fort cordialement durant une de
mi-heure ,
manda, fi elle eftoit bien aife
de vivre privée des Sacremens
qu'elle ne recevoit plus depuis
deux années & de mourir dans
cer eftat , elle répondit que cette privation l'affligeoit beaucoup lorfqu'elle y penfoit. La
fur ce qu'il luy de-
"
GALANT 65
chofe ne fut pas plus loin alors.
Pendant les trois jours qu'elle a
efté en fanté dans cette Maifon les
Religieufes témoignent que tous
fes difcours eftoient tres- édifians
ne refpiroient que lapietés que
toutes fes actions eftoientfi regu-.
lieres accompagnées d'une fi
a
grande modeftie de tant dedouceur qu'elles infpiroient de la devotion ; fon exactitude àgarderfa
Regle animoit les autres Religieufes à garder la leur avec plus de
fidelite, fa religion dans l'Eglife , où ellepaffoit à fon age les
heures entieres à genoux devant
le faint Sacrement , l'auroit fait
•
Février 1710. F
66 MERCURE
regarder comme un Ange fi elley
avoit ajouté l'exemple d'une humble foumiffion aux Decifions de
l'Eglife . Trois jours aprésfon arrivée unefiévre violente avecune
flucion fur la poitrine l'attaqua
on en donna avis à Mrl'Evêque
parce qu'onjugea que cette maladieferoit mortelle. Illa vint voir
dans le moment & demeura un
quart d'heure auec elle. Le Confeffeur de la Maifon vint auffi
la vifiter le même jour par ordre
de ce Prelat, & pour la difpofer
à rendre à l'Eglife l'obeiffance
2 qu'elle luy devoir , il luy fit la
lecture d'un Livre que Mr l'EA
GALANT 67
vêque luy avoit remis fur ce fujet , dont elle parut fort ébranlée,fans pourtant vouloir encore
fe declarer , ce qui obligea le Confeffeurdefe retirer. Comme le mal
augmentoit que le temps preffoit , la Religienfe qui lagardoit,
dont la Lettre qu'elle a écrite
fur cela à Me l'Abbeffe de Port
Royal de Paris , nous a inftruit
de toutes ces circonftances. Cette
Religieufe , dis-je , infpirée d'enhaut l'a preffefurles deux heures
aprésmidydujourdevantfa mort,
de luy découvrir fes veritables
fentimens , en luy difant : Sera- til poffible, ma tres chere MeFij
68 MERCURE
re , que vous ne nous donniez
pas la confolation de vous voir
mourir fille obcillante de l'E
glife ; helas , répondit - elle , ma
chere Sœur, c'eft tout ce queje
defire, & fera- t-il dit qu'on me
laiffe fans Sacremens dans l'état où je fuis. La Religieufe luy
répondit que Mr l'Evêque n'avoit rien tant à cœur que de
luy accorder cette grace ,
qu'il ne le pouvoit faire que
lorfqu'elle auroit fatisfait à ce
que Mr le Cardinal de Noailles avoit demandé , qui eftoits
d'acquiefcer à la derniere Cons
ftitution du Papefur le fait de
mais
GALANT 69
Janfenius. Sur cela ellepria qu'on
avertit Mrl'Evêque de venir la
voirau plutoft . La Superieure informée de la difpofition de la Ma
lade envoyafur le champ en donner avis à ce Prelat , qui ne fe
trouvant pas alors chez luy
donna lieu à quelques reflections
douloureufes de la malade fur
fon retardement enfin Mr l'Evêque eftant arrivé , & l'ayant
trouvée dans une difpofitionfavo
rable , il appella la Communauté
&ayant écrit quelques lignes "
qui contenoient le temoignage de
fon obéiffance , il luyfit.figner cet
écrit ce qu'ellefit avecjoye avec
70 MERCURE
facilité , en ajoutant àfon nom
"de Religion celuy de fa famille
aprés quoy Mr l'Evêque luy
donna fa benediction & luypermit de recevoir les Sacremens , en
lui laiffant le choixdu Confeffeur:
elle choifit celuy de la Communauté qui l'ayant confeffée , luy
adminiftra le Saint Viatique qu'-
elle reçût avec de grands fentimens de pieté , aprés avoir demandé felon la coutume pardon
à toutes les Religieufes ; enfinfe
fentant affaiblir elle demanda
l'Extrême - Onction qu'elle reçût avec tant de pieté & unefi
grande prefence d'efprit qu'elle
GALANT 71
repondoit elle- même auxprieres ,
& qu'elle fe difpofa elle feule
pour recevoir les Onctions Saintes
avec la decence qu'exige ce Sacrement ; onla laiffa enfuite quelque
temps en repos pour s'entretenir
interieurement avecJ. C. qu'elle
venoit de recevoir, &comme on
la felicitoit enfuite de ce qu'elle
venoit de faire'; il eft vray , repondit-elle, que voilà bien des
chofes faites en peu de temps,
touchée d'un vif repentir d'avoir
tant differé à les faire. Sur les
buit heures , elle demanda le
Confeffeur & elle luy expofa
une petite tentation de respecthu-
72 MERCURE
main qui luy faifoit un peu de
peine ; c'eftoit fur ce que diroit fa
Compagne qui eftoit à la Vifi
tation de tout ce qui fe venoit de
paffer, le Confeffeur la calma en
luy difant que fi fa Compagne
eftoit bien fage ell en feroit
autant qu'il nene faut pas
s'arréter au jugement des
hommes quand il s'agit d'obéir à Dieu. Il refta une heure
auprés d'elle la quitta trescontent des difpofitions où il la
laiffoit : il eftoit environ dix heures dufoir lorfque les Infirmieres
remarquantqu'elle avoit les mains
froides voulurent les rechauffer:
elle
GALANT 73
una
elle leur répondit que cela n'eftoit
pas neceffaire parce que c'eftoit
lafueur & le froid de la mors ;
de-là elle prit occafion de leur
expliquer dans grand détail & avec une grande prefence
d'efprit , comment il la faloit l'accommoder dans fa biere quand elle
feroit morte ,de quelle maniere
il faloit la fituer & ranger fes
mains fes habits, qu'elle pria
de changeravecceux defa compagne s'ils eftoient plus ufez que les
fiens. Les Religieufes qui estoient
autour d'elle l'ayant priée de fe
reffouvenird'elles lorfqu'elleferoit
dans le Ciel , ah , leur réponditFévrier 1710.
74 MERCURE
elle ,je ne crois pas que ce foit
fitoft car j'ay bien des fautes
à expier ; & ayant demandéfon
Crucifix & le tenant entre fes
mains , elle fit de nouveau une
confeffion publique de tous fes
pechez depuis l'enfancejufqu'à ce
moment- là. Elie demanda pardon
àDieu avec de grands fentimens
de douleur , ànoftre faint Pere le
Pape , à Mr le Cardinal de
Noailles , à tous fes Superieurs
& à toute l'Eglife , déteftant le
Scandale qu'elle avoit cauſe par
fon obftination. Onrecita alors les
Prieres des Agonifans aufquelles
elle s'unit avec une vive dévotion.
JOIN
GALANT 75
Sur les trois heures elle demanda
quelle heure il eftoit , & commefi
elle avoitfeu quefon beure n'eftoit
pas encore arrivée , elle prit encore
fon Crucifix qu'elle embraſſa en
difant que puis qu'elle ne pouvoit plus entendre les paroles
d'exhortation , elle s'exhorteroit elle-même , & s'entretiendroit interieurement avec
Dieu , ce qu'elle fit juſqu'à trois
beures &
trois quarts. Enfin
cet heureux moment arriva ; elle
demanda une feconde fois quelle
heureil eftoit, & lors qu'on luyeut
dit qu'il étoit prés de quatre heures,
elle fit unfigne de tefte agreable 7
Gij
76 MERCURE
tenantfon Crucifix à la main
lesyeux élevez vers le Ciel
ele tira le rideau defons for litven
difant d'un air tranquile & d'une
voix diftincte que voftrefainte
volonté , ô mon Dieu , s'ac
:
compliffe en moy , ceftlà
ma derniere volonté ; alors
・ elle expira fans aucun effort fans
agonie & commefi elle eftoit entrée dans un doux fommeil ou
qu'elle eut efté ravic en extafe.
Peude temps aprés cette mort Mr
l'Evêque d'Amiens écrivit à un
defes amis que la converfion de
cette Religieufe avoit tantfait de
bruit , &tant de plaifir an Roy
•
GALANT 77
quinefoupire que pour la réunion
des brebis égarées d'Ifraël , qu'il
croyoit qu'on nepouvoit trop informerlepublic de cet évenement, &
cePrelat ajoutaqu'il appritpar une
Lettre de Mr le Comte de Pontchartrain qu'une de ces Religienfes
qui eftoit à Mante a auffi figné le
Formulaire qu'on luy en a envoyé le procés verbal. Ildit enfin
qu'a la place de la Religieufe
morte on luy a envoyé une Sœur
Converse de la même Maiſon, &
dont le Confeffeur luy a dit qu'il
eftoit fort content qu'il efpere
qu'elle donnnera bien- toft lafatisfaction qu'on peur defirer. Enfin
G iij
78 MERCURE
Me l'Abbeffe de Port-Royal de
Paris ayant apris la mort de cette
Religieufe , écrivit cette Lettre à
la Superieure defaint Julien d'As
miens. Madame , permettez
moy de vous faire mes remerciemens de la charité que vous
avez cüe pour ma foeur Anne
de fainte Cecile pendant le
peu de féjour qu'elle a fait dans
voftre fainte Maiſon ; je ne
doute pas que les vertus & les
regularitez que vous y pratiquez , n'ayent attiré les graces
que Dieu luy a faites de reconnoiftre fon égarement & ſa
défobéiffance & qu'elle ne
GALANT 79
vous doive & à Monseigneur
d'Amiens la mifericorde qu'elle à reçeuë du Seigneur , &c.
Jefais , Madame , voftre , &cL'Affaire du Port Royal des
Champs a fait tant de bruit
qu'il n'y a point à douter
le Public ne foit bien aife d'en
apprendre les fuites , & ce qui
vient d'arriver à cet égard , ne
kiyplaira fans doute pas moins
qu'à Sa Majefté , qui n'a rien
oublié depuis qu'Elle eft fur le
Trône ,de tout ce qui peut faire maintenir dans fon RoyauGiiij
80 MERCURE
me, la Religion dans toute fa
pureté.
doit faire un extrême plaifir ,
& quevous ne pourez lire fans
cftre attendrie , & fans verfer
de's larmes. Je vous l'envoye
de la maniere queje l'ay reçu.
Cet Article doit faire auffi
plaifir à tous ceux qui s'en font
de voir conferver la Foy dans
toute sa pureté.
La Sour Anne de Sainte Cecile Religieufe de l'Abbaye de
Port-Royal des Champs , eft morte
62 MERCURE
âgée de quatre- vingtfix ans dans
la Monaftere de S. Julien d'Amiens, duTiers-Ordre de S. François , où elle avoit efté releguéepar
ordre du Roy. Je crois que vous
ferez bien aife de fçavoir les circonftances de cette mort , qui a efté
édifiante confolante pour l'Eglife. Cette bonne Religieufe arriva à Amiens le 2. Novembre
dans un Caroffe, accompagnée d'unefemme qu'on avoit choisie pour
la fervir avec fa Compagne qui
a efté envoyée dans le Monaftere·
des Filles de la Vifitation de la
même Ville , où elle eftencore. Elle
defcendit à la grille dù Convent
CALANT 63
de Saint Julien , où elle reſta juf
qu'à ce que Mr l'Evêque d'Amiens eut envoyéfes ordres pour
lafaire entrer. LaReverende Mere ayant affemblé fes Diferetes
elle fut reçue , avec beaucoup de
cordialité ; elle fe jetta en entrant
auxpiedsde la Superieure , en luy
difant Voicy le lieu de mon
repos dans le fiecle des ficcles.
La Superieure l'ayant relevée
l'embraffa , ce que firent auffi les
autres Religieufes. Ayant demandé d'eftre conduite à l'Oratoire
elle s'y profterna la face contre terre, &adora le Saint Sacrement
dans cette pofture ; on la conduifit
64 MERCURE
enfuite dans la Cellule qui luy
avoit efté deftinée. Elle eftoit arrivée à midy & Mrl'Evêque qui
avoit efté voirfa Compagne l'aprefdinée , la vint voirfur lefoir,
Il la trouva occupée à rangerfa
petite Cellule & aprés l'avoirfait
affeoir auprés de luy , il luy parla
fort cordialement durant une de
mi-heure ,
manda, fi elle eftoit bien aife
de vivre privée des Sacremens
qu'elle ne recevoit plus depuis
deux années & de mourir dans
cer eftat , elle répondit que cette privation l'affligeoit beaucoup lorfqu'elle y penfoit. La
fur ce qu'il luy de-
"
GALANT 65
chofe ne fut pas plus loin alors.
Pendant les trois jours qu'elle a
efté en fanté dans cette Maifon les
Religieufes témoignent que tous
fes difcours eftoient tres- édifians
ne refpiroient que lapietés que
toutes fes actions eftoientfi regu-.
lieres accompagnées d'une fi
a
grande modeftie de tant dedouceur qu'elles infpiroient de la devotion ; fon exactitude àgarderfa
Regle animoit les autres Religieufes à garder la leur avec plus de
fidelite, fa religion dans l'Eglife , où ellepaffoit à fon age les
heures entieres à genoux devant
le faint Sacrement , l'auroit fait
•
Février 1710. F
66 MERCURE
regarder comme un Ange fi elley
avoit ajouté l'exemple d'une humble foumiffion aux Decifions de
l'Eglife . Trois jours aprésfon arrivée unefiévre violente avecune
flucion fur la poitrine l'attaqua
on en donna avis à Mrl'Evêque
parce qu'onjugea que cette maladieferoit mortelle. Illa vint voir
dans le moment & demeura un
quart d'heure auec elle. Le Confeffeur de la Maifon vint auffi
la vifiter le même jour par ordre
de ce Prelat, & pour la difpofer
à rendre à l'Eglife l'obeiffance
2 qu'elle luy devoir , il luy fit la
lecture d'un Livre que Mr l'EA
GALANT 67
vêque luy avoit remis fur ce fujet , dont elle parut fort ébranlée,fans pourtant vouloir encore
fe declarer , ce qui obligea le Confeffeurdefe retirer. Comme le mal
augmentoit que le temps preffoit , la Religienfe qui lagardoit,
dont la Lettre qu'elle a écrite
fur cela à Me l'Abbeffe de Port
Royal de Paris , nous a inftruit
de toutes ces circonftances. Cette
Religieufe , dis-je , infpirée d'enhaut l'a preffefurles deux heures
aprésmidydujourdevantfa mort,
de luy découvrir fes veritables
fentimens , en luy difant : Sera- til poffible, ma tres chere MeFij
68 MERCURE
re , que vous ne nous donniez
pas la confolation de vous voir
mourir fille obcillante de l'E
glife ; helas , répondit - elle , ma
chere Sœur, c'eft tout ce queje
defire, & fera- t-il dit qu'on me
laiffe fans Sacremens dans l'état où je fuis. La Religieufe luy
répondit que Mr l'Evêque n'avoit rien tant à cœur que de
luy accorder cette grace ,
qu'il ne le pouvoit faire que
lorfqu'elle auroit fatisfait à ce
que Mr le Cardinal de Noailles avoit demandé , qui eftoits
d'acquiefcer à la derniere Cons
ftitution du Papefur le fait de
mais
GALANT 69
Janfenius. Sur cela ellepria qu'on
avertit Mrl'Evêque de venir la
voirau plutoft . La Superieure informée de la difpofition de la Ma
lade envoyafur le champ en donner avis à ce Prelat , qui ne fe
trouvant pas alors chez luy
donna lieu à quelques reflections
douloureufes de la malade fur
fon retardement enfin Mr l'Evêque eftant arrivé , & l'ayant
trouvée dans une difpofitionfavo
rable , il appella la Communauté
&ayant écrit quelques lignes "
qui contenoient le temoignage de
fon obéiffance , il luyfit.figner cet
écrit ce qu'ellefit avecjoye avec
70 MERCURE
facilité , en ajoutant àfon nom
"de Religion celuy de fa famille
aprés quoy Mr l'Evêque luy
donna fa benediction & luypermit de recevoir les Sacremens , en
lui laiffant le choixdu Confeffeur:
elle choifit celuy de la Communauté qui l'ayant confeffée , luy
adminiftra le Saint Viatique qu'-
elle reçût avec de grands fentimens de pieté , aprés avoir demandé felon la coutume pardon
à toutes les Religieufes ; enfinfe
fentant affaiblir elle demanda
l'Extrême - Onction qu'elle reçût avec tant de pieté & unefi
grande prefence d'efprit qu'elle
GALANT 71
repondoit elle- même auxprieres ,
& qu'elle fe difpofa elle feule
pour recevoir les Onctions Saintes
avec la decence qu'exige ce Sacrement ; onla laiffa enfuite quelque
temps en repos pour s'entretenir
interieurement avecJ. C. qu'elle
venoit de recevoir, &comme on
la felicitoit enfuite de ce qu'elle
venoit de faire'; il eft vray , repondit-elle, que voilà bien des
chofes faites en peu de temps,
touchée d'un vif repentir d'avoir
tant differé à les faire. Sur les
buit heures , elle demanda le
Confeffeur & elle luy expofa
une petite tentation de respecthu-
72 MERCURE
main qui luy faifoit un peu de
peine ; c'eftoit fur ce que diroit fa
Compagne qui eftoit à la Vifi
tation de tout ce qui fe venoit de
paffer, le Confeffeur la calma en
luy difant que fi fa Compagne
eftoit bien fage ell en feroit
autant qu'il nene faut pas
s'arréter au jugement des
hommes quand il s'agit d'obéir à Dieu. Il refta une heure
auprés d'elle la quitta trescontent des difpofitions où il la
laiffoit : il eftoit environ dix heures dufoir lorfque les Infirmieres
remarquantqu'elle avoit les mains
froides voulurent les rechauffer:
elle
GALANT 73
una
elle leur répondit que cela n'eftoit
pas neceffaire parce que c'eftoit
lafueur & le froid de la mors ;
de-là elle prit occafion de leur
expliquer dans grand détail & avec une grande prefence
d'efprit , comment il la faloit l'accommoder dans fa biere quand elle
feroit morte ,de quelle maniere
il faloit la fituer & ranger fes
mains fes habits, qu'elle pria
de changeravecceux defa compagne s'ils eftoient plus ufez que les
fiens. Les Religieufes qui estoient
autour d'elle l'ayant priée de fe
reffouvenird'elles lorfqu'elleferoit
dans le Ciel , ah , leur réponditFévrier 1710.
74 MERCURE
elle ,je ne crois pas que ce foit
fitoft car j'ay bien des fautes
à expier ; & ayant demandéfon
Crucifix & le tenant entre fes
mains , elle fit de nouveau une
confeffion publique de tous fes
pechez depuis l'enfancejufqu'à ce
moment- là. Elie demanda pardon
àDieu avec de grands fentimens
de douleur , ànoftre faint Pere le
Pape , à Mr le Cardinal de
Noailles , à tous fes Superieurs
& à toute l'Eglife , déteftant le
Scandale qu'elle avoit cauſe par
fon obftination. Onrecita alors les
Prieres des Agonifans aufquelles
elle s'unit avec une vive dévotion.
JOIN
GALANT 75
Sur les trois heures elle demanda
quelle heure il eftoit , & commefi
elle avoitfeu quefon beure n'eftoit
pas encore arrivée , elle prit encore
fon Crucifix qu'elle embraſſa en
difant que puis qu'elle ne pouvoit plus entendre les paroles
d'exhortation , elle s'exhorteroit elle-même , & s'entretiendroit interieurement avec
Dieu , ce qu'elle fit juſqu'à trois
beures &
trois quarts. Enfin
cet heureux moment arriva ; elle
demanda une feconde fois quelle
heureil eftoit, & lors qu'on luyeut
dit qu'il étoit prés de quatre heures,
elle fit unfigne de tefte agreable 7
Gij
76 MERCURE
tenantfon Crucifix à la main
lesyeux élevez vers le Ciel
ele tira le rideau defons for litven
difant d'un air tranquile & d'une
voix diftincte que voftrefainte
volonté , ô mon Dieu , s'ac
:
compliffe en moy , ceftlà
ma derniere volonté ; alors
・ elle expira fans aucun effort fans
agonie & commefi elle eftoit entrée dans un doux fommeil ou
qu'elle eut efté ravic en extafe.
Peude temps aprés cette mort Mr
l'Evêque d'Amiens écrivit à un
defes amis que la converfion de
cette Religieufe avoit tantfait de
bruit , &tant de plaifir an Roy
•
GALANT 77
quinefoupire que pour la réunion
des brebis égarées d'Ifraël , qu'il
croyoit qu'on nepouvoit trop informerlepublic de cet évenement, &
cePrelat ajoutaqu'il appritpar une
Lettre de Mr le Comte de Pontchartrain qu'une de ces Religienfes
qui eftoit à Mante a auffi figné le
Formulaire qu'on luy en a envoyé le procés verbal. Ildit enfin
qu'a la place de la Religieufe
morte on luy a envoyé une Sœur
Converse de la même Maiſon, &
dont le Confeffeur luy a dit qu'il
eftoit fort content qu'il efpere
qu'elle donnnera bien- toft lafatisfaction qu'on peur defirer. Enfin
G iij
78 MERCURE
Me l'Abbeffe de Port-Royal de
Paris ayant apris la mort de cette
Religieufe , écrivit cette Lettre à
la Superieure defaint Julien d'As
miens. Madame , permettez
moy de vous faire mes remerciemens de la charité que vous
avez cüe pour ma foeur Anne
de fainte Cecile pendant le
peu de féjour qu'elle a fait dans
voftre fainte Maiſon ; je ne
doute pas que les vertus & les
regularitez que vous y pratiquez , n'ayent attiré les graces
que Dieu luy a faites de reconnoiftre fon égarement & ſa
défobéiffance & qu'elle ne
GALANT 79
vous doive & à Monseigneur
d'Amiens la mifericorde qu'elle à reçeuë du Seigneur , &c.
Jefais , Madame , voftre , &cL'Affaire du Port Royal des
Champs a fait tant de bruit
qu'il n'y a point à douter
le Public ne foit bien aife d'en
apprendre les fuites , & ce qui
vient d'arriver à cet égard , ne
kiyplaira fans doute pas moins
qu'à Sa Majefté , qui n'a rien
oublié depuis qu'Elle eft fur le
Trône ,de tout ce qui peut faire maintenir dans fon RoyauGiiij
80 MERCURE
me, la Religion dans toute fa
pureté.
Fermer
Résumé : Mort de la Soeur Anne de sainte Cecile, Religieuse de l'Abbaye de Port Royal des Champs, decedée dans le Monastere de Saint Julien d'Amiens. Cet Article est des plus touchants, & doit faire un extreme plaisir à ceux qui aiment la pureté de la Foy, [titre d'après la table]
Le texte relate la mort de la Sœur Anne de Sainte-Cécile, une religieuse de l'Abbaye de Port-Royal des Champs, âgée de quatre-vingt-six ans. Elle est décédée au monastère de Saint-Julien d'Amiens, où elle avait été envoyée par ordre du roi. Arrivée à Amiens le 2 novembre, elle a été accueillie chaleureusement par la communauté religieuse et a exprimé son désir de mourir en bonne fille de l'Église. L'évêque d'Amiens lui a rendu visite pour la réconforter. Durant les trois jours passés au monastère, la Sœur Anne a été admirée pour sa piété et son exemple de vie religieuse. Elle a contracté une fièvre violente et a demandé à recevoir les sacrements. Après une période de réflexion et de prières, elle a signé un écrit témoignant de son obéissance à l'Église. Elle a ensuite reçu le Saint Viatique et l'Extrême-Onction avec grande dévotion. Avant de mourir, elle a exprimé son repentir et demandé pardon pour ses fautes. Elle est décédée paisiblement, tenant son crucifix, vers quatre heures du matin. L'évêque d'Amiens a informé les amis de la Sœur Anne de sa conversion, soulignant l'importance de cet événement pour le roi et le public. La supérieure de Port-Royal de Paris a exprimé sa gratitude pour les soins apportés à la Sœur Anne. L'affaire de Port-Royal des Champs a suscité beaucoup d'intérêt, et le roi a manifesté son soutien pour maintenir la religion dans toute sa pureté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 299-325
Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay si souvent parlé de ces illustres familles, & [...]
Mots clefs :
Clergé, Église des grands Augustins, Messe de Saint Esprit, Versailles, Cardinal de Noailles, Discours, Roi, Gloire, Religion, Coeur, Naissance, Dieu, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Je vous ay fi fouvent parlé
de ces illuftres familles , &
en particulier du merite de
ceux qui les compofent , &
des actions par lesquelles ils
fe font diftinguez que je ne
crois pas vous en devoir dire
d'avantage aujourd'huy.
Je vous ay déja parlé de
tout ce qui fe paffa aux grands
Auguftins les de ce mois
с
300 MERCURE
y
lors queLle Clergé s'y affem .>
bla pour la premiere fois , de
la Meffe du Saint Efprit qui
fut celebrée , & je vous ay
donné un Extrait du Sermon
qui yfut prêché le mêmejour.
al Le 19.cet Auguſte Corps
fe rendit à Verfailles dans un
Appartement du Chateau
qui luy avoit efté preparé. Mr
le Comte de Pontchartrain ,
Secretaire d'Etat l'y vint prendre avec Mr le Marquis de
Dreux Grand Maiftre des
Ceremonies ,& Mr des Granges Maiftre des Ceremonies,
& il fut ainfi conduit à l'Au
GALANT gor ༢or
diance du Roy les Gardes du
Corps eftant en haye dans
leur Salle , & fous les Armes ,
&les deux battans des Portes
ayant cfté ouverts. Monfieur
le Cardinal de Noailles prit
la parole , & fit au Roy le
Difcours fuivant. bl
१
IMSIRE,
-
Nous venons avecjoye & eme
preſſement rendre àVoſtre Majefté
nos tres - humbles hommages , &
ceux de tout le Clergé de France
que cette Affembléereprefente , &
qui eft beaucoup moins le premier
302 MERCURE
Corps de voftre Royaume parfon
rang, que parfon zele pour vostre
fervice,
༢༠༡༥།
Nous venons en renouveller à
V. M.les proteftations lesplusfinceres , nousfouhaiterions qu'il
nous fuft poffible d'en donner des
preuves plus fortes coplus écla osdans le cours de cet Affemblée, que nous n'avons fait encore
dans les autres.ian bus
La mesure de noftre zele nefera
jamais celle de nos forces , telles
qu'elles puiffent eftre, grandes ou
perites , entieres ou épuifées , il ira
toûjours beaucoup au-delà , ilfera
au deffus de tous les évenemens
GALANT 303
rien ne le diminuëtajamais.
** Ce qui pourroit affaiblir celuy des autres , ne fervira , qu'
fortifier le nostre. Les malheurs
de cette vie , les revolutions qui
arrivent dans tous les Etats ,
peuvent ébranler la fidelité des
peuples conduits par des vûës bafJes e intereffées , mais elles ne
font qu'affermircelle des Miniftrès
de Dieu , qui doivent entrer dans
fes deffeins , & avoir des vûës
plus élevées.
1
Que David foit heureux ou
malheureux, le grand Preftre eft
également attaché à luy , ilfe déclare même plus hautement enfa
304 MERCURE
faveur, &faitplus d'effortspour
Le fecourir , quand il le voit dans
unplusgrand befoin.
Illuy donne les pains offerts à
Dieu , qui eftoient dans le Temple ,
dont il n'eftoit permis qu'aux
Preftres de manger. Il luy laiffe
prendre l'épée de Goliath , confacrée à la gloire du Seigneur ,parce
qu'il n'en avoitpoint d'autre à lug
donner, &il s'expofe genereufe
mentpar cet office de religion à la
mort que Sail luy fit fouffrir peu
aprés.
C'est une leçon pour nous , &
un exemple que nos cœurs ne nous
preffent pas moins que noftre de-
GALANT 305
voir de remplirà l'égard de Voftre
Majesté.
Sile cours defes victoires a été interrompu parar les ordres fecrets &
impenetrables de lafageffe deDieu,
qui fait ce qu'il luy plaift desplus
grands hommes , comme des plus petits pendap
pourfaire د que
grandeur & toute puiffance vient
de luy. Si
Vos armed
à qui rien
•
toune refiftoit autresfois n'ont pas
jours eu le mêmefort. Sicette gloire
humaine qu'elles vous ont attirée ,
qui a étonné le monde entier , au
point qu'on enen peut dire ce que
Ecriture dit de celle d'Alexandre
le Grand , que toute la terre en
Mars 1710.
Ca
306 MERCURE
eft tombée dans le filence. Sz
cette gloire , dis je , a reçu quelque
atteinte par les malheurs de la
guerre , noftre attachement pour
V. M. n'en eft que plusferme
plus ardent.
Nous adorons la main qui vous
frape , nous vous refpectonsda
vantage , s'il eftpoffible ,fous cette
main divine , dont les coupsfalu
taires vous rendent plus reſpectable auxyeux de la Foy.
Elle nous apprend qu'une trop
longue e trop grande profperité
annonce un malheurplus grand
plus long, puifqu'il fera éternel ,
&que le bonheur continuel de
GALANT: 307
cette vie eft le Paradis des repron
me ?• +
· L'experience ne l'enſeigne pas
moins que la Foy ; car ne voit on
pas dans toutes les biftoires , que
Les Princes qui n'ont jamais fenti
la main de Dieu , qu'il a laiſſe
joüirpaiſiblement des plaiſirs , des
grandeurs &'rde toute la gloire de
ce monde,fans y répandre aucunè
amertume, ont eſté enyvrez de leur
bonheur , ont vecu dans l'aveuglement , font morts dans l'impenitence nu
2.Se font done ,felon l'esprit de
la Religion, des graces & desfam
yeurs que ce que le monde appelle
Ccij
308 MERCURE
malheur & difgrace ; cefont des
moyens de meriter unbonheurplus
pur & plus folide que celuy de
cette vie , Dieu compte pour rien
ce qui n'eft pas éternel , & netrou
ve dans aucun bien periſſable une
digne récompenfe pour fes: Elús
ainfi il ne leur ofte lafauffegloire
de ce monde , que les hommes onta
beau appeller immortelle , &qui
paffe toujours , que pour les pre
parer à la gloire de l'éternitéfeule
folide & veritable immortelle.
C'eftce quenous envifageons ,
SIRE , dans vos peines nous
yvozons avecconfolation la bonté
de Dieu pour vous , & nous
GALANT 309
admirons avec veneration lecou
rage & la foy que vous yfaites
paroître sap sailo Tag
Ellemeritefans doute beaucoup
mieux , que les exploits militaires
d'Alexandre , ce filence d'admira."
tion où toute la terre tomba devant luy , & elle est encore plus
digne du refpect , de l'amour
du zele de vos Evêques , &de
tout le Clergé attaché à V. M.
par des liens plus purs & plus
facrez que vos autres Sujets.
Mais ce qui doit les remplir
tous , de quelque profeffion qu'ils
foient , de reconnoiffance , auffi
bienque d'admirationpourV. M.
30 MERCURE
eft le grand defir qu'elle a de
leur donner lapaix. I's fçavent
tous ce qu'elle veut bien facrifier
pour leur procurer un bien
precieux & fi neceffaire , es
qu'elle ne l'a retarde quepour le
rendre plus feur & plus folide
& ne pas prendre l'ombre
l'apparence d'une paix ; pour une
paix réelle veritable.
Perfonne n'ignore que V. M.
s'oublie elle même , pour ne fe
fouvenir que de l'extrême befoin
defespeuples qu'elle abandonne
genereufement fespropres interefts
pour leur repos ; que même la
tendreffe paternelle Jemimentfo
GALANT 311
t
jufte , fi vif, & fi puiffant
fur tout pour les bons cœurs , ne
peut l'emporter fur le defir que
vous avezdefoulagervospeuples.
Quelfacrifice & quel effort
de vostre bonté pour eux ; mais
il est vrai qu'ils l'ont bien
merité par tout ce qu'ils ont fait
&fouffert pour voftre fervice
dans des guerres fi frequentes
fi longues & fi dures :
jufte qu'eftant les meilleurs detous
les peuples , ils trouvent en "yous
le meilleur de tous les Rois.
Mais ce n'eft pas feulement
l'intereft de vos Sujets , c'est la
caufe de sans les peuples que vous
il eft
310 MERCURE
ils
foûtenez, en travaillant fifortement à la paix de l'Europe's car
ne fçait- on pas que par tout
fouffrent, & que vos Ennemis
avec toute la joye de leursfuccés,
n'en ont pas moins la douleur de
voir leur pays ruiné , leurs peuples gémir comme les autres ,
qu'ils n'ontque les évenemenspour
eux. Fantil eft vray que la guerre eft un mal univerfel que Dieu
fait fentir aux heureux ,
heureux , comme
aux malheureux , pour les punir
tous.
S'il vous en coûte donc, SIRE,
pourfaire lapaix , fi vous l'achetez cherement, que vous enferez
avanta-
GALANT 313
avantageufement & glorieufement dédommagé par la grandeur
d'ame que vousyferez paroiftre ,
par le bien infini que vous procurerez à tant de peuples accablez ,
&fur toutpar le trefor pretieux
que vous acquererez de nouveau ,
en vous attachantplus fortement
que jamais les cœurs de vos Sujets.
Quelle richeffe & quelle force
pour un Roy, que la tendreffe &
la confiance de fes Sujets ; que ne
trouve- t-il pas dans leurs cœurs
quand ils font veritablement à
luy?
Quel Empire , écrivoit ungrand
Mars 1710.
Dd .
314 MERCURE
Evefque aun Empereur , y a-t-il
mieux établi , & dont les fondemens foient plus folides &
plus feurs , que celuy qui eft
muni par l'affection & lattachement des peuples ? Qui eftce qui eft plus en affurance &
a moins à craindre , qu'un
Prince qu'on ne craint point,
&pour qui tous fes Sujets craignent ?
Que n'avez vous donc pas
attendre, SIRE , des voftres ,
leur donnant des preuvesfi effecti
ves de vostre bonté pour eux ?
Que ne devons-nous pas faire en
noftre particulier , pour vous en
à
GALANT 3'5
1
marquer noftre reconnoiffance ;
nous qui fommes les Pafteurs &
les peres fpirituels de vos peuples ,
plus intereffez & plus fenfibles
que d'autres à leurs miferes ; nous
quipar noftre caractere fommes
des Miniftres depaix obligez àla
defirer , à la demander , & à la
procurer par tous les moyens qui
peuvent dépendre de nous ?
Heureux fi nous pouvons y
1 contribuerparquelqu'endroit, nonfeulement par nos vœux & nos
prieres , mais auffi par nos biens.
Nous les tiendrons bien employez
à payer un don fi pretieux, &
nous ne craindrons point d'en chanう
Dd ij
316 MERCURE
ger la deftination, ce que nouspourrions fairefans crime , en les faifantfervirà foulager vos peuples,
à les faire jouir de la paix , ou à
les deffendre par une bonne guerre
de la fureur de vos Ennemis , &
en deffendre mefme l'Eglife , qui
n'eftpas moins attaquée que vostre
Royaume, dont les interefts ne
peuvent estre feparez de ceux de
Voſtre Majefté , parce qu'elle en
eft le plus ferme & le plus folide
appuy.
Faffe le Ciel que lesgrands
importans fervices que V. M. a
rendus , & rend encore tous les
jours à la Religion , foient prom-
GALANT 317
& les
ptement recompenfezpar unepaix
feure durable. Que Dieu de
quifeul elle dépend, & qui l'arefuféejufqu'à prefentdans fa juftice enpunition despechez du monde, appaife par les prieres
gemiffemens de tant de peuples
affligez l'accorde enfin dans fa
mifericorde. Que Voftre Majefté
aprés avoir efté long- temps un
David guerrier & genereux ,
foit le refte de fes jours un pacifique Salomon. Que fes jours fi
pretieux pour nous , &pour tous
fes Sujets , approchent autant qu'il
fera poffible de ceux des Patriarches avantle deluge. Qu'elle voye
Dd iii
318 MERCURE
,
naiſtre encore dans fa Famille
Royale plufieurs Princes , quiperpetuëntfaRace & lafaſſent durer jufqu' à la confommation du
ficcle ; qu'elle ait la joye de les former elle-même, & de leur infpirer
parſesgrands exemples & fesfages maximes des fentimens dignes
de leur augufte naiffance. Mais
qu'elle ait auffi la confolation de
voirfes peuples heureux ; qu'ils
puiffent fe repofer tranquilement,felon l'expreffion d'un Prophete , chacun fous fa vigne &
fous fon figuier , fans craindre
aucun Ennemi ; qu'ils faffent
de leurs épées des focs de char-
GALANT 319
rues , & deleurs lances des inftrumens à remuer la terre.
QueV. M regne deplus en plus
dans leur cœur , & qu'elle yfot
tienne toûjours plus fortement le
Royaume de Dieu par une Relis
gion pure & fans tache e' une
pieté fincere e folide , telle qui
convient à un Roy & à un
Royaume tres-Chreftien.
es
Le Clergé fe rendit enfuite
chez Monfeigneur le Dau
phin , & Monfieur le Cardinal
de Noailles luy parla en ces
termes :
Dd iiij
320 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Cleft toûjours avec la même
joyer le même empreffement
que nous venons vous rendre nos ›
tres - profonds refpects. C'est un
devoir où nous ne trouvons pas
moins de plaifir que dejuftice.
Nous reconnoiffons ce qui eft
dú aurangque vous donne vostre
augufte naiffance ; mais nous
ne fentons pas moins ce que
mande de nous voſtre bonté
naturelle , qualitéfi rare , quoyque
neceſſaire , dans une fi grande
élevation , parce que le cœur
s'éleve ordinairement àproportion
de-
GALANT 321
de ce qu'il fe voit au deffus des
autres.
Combien de Princes croyent
n'eftre fur le Trône que pour
eux-mêmes , que pour fatisfaire
leurs defirs ne regardent leurs
Sujets que comme leurs efclaves ,
&font infenfibles à leurs peines.
Voftre religion , MONSEIGNEUR , & voftre
bon cœur vous donnent d'autres
fentimens vous fçavez que
Dieun'a mis les Souverains fur
la tête des autres hommes, quepour
les proteger, les fecourir
foulagerdans leurs maux , qu'ils
doivent comme luy defcendre de
les
A
322 MERCURE
leur élevation pour voir ce que
les peuples fouffrent entrer
dans leurspeines , & travailler
à les en délivrer
&
DNA ?
l'attaEn rempliffant un fojufte devoir , non feulement ils rendent
à Dieu ce qu'ils luy doivent,
mais ils fe foutiennent & fe
fortifient eux - mêmes , parce
qu'ils gagnent le cœur
chement des peuples , qui fait la
plus grande force des Rois. La
mifericorde & la verité gar
dent le Roy , & la clemence
affermit fon Trône , difoit le
plus fage & le plus heureux de
tous les Rois tant qu'il s'eft
GALANT 323
laiffe conduire par lafageffe de
Dieu.
Confervez donc , MONSEIGNEUR , cette bonté
fi agreable à Dieu , fi aimable
• pour tous ceux qui dépendent de
vous fi utile pour vousmême. Augmentez - la pour le
Clergé attaché à vous par tant
de liens , par religion , par reconnoiffance , par zelepour le Roy ,
dont on ne peut vous feparer
puifque le cœur & la tendreffe
vous unit à Sa Majesté encore
plus que la naiffance & le devoir.
Vous fçavez à quel point
nous luyfommes dévoüez , quels
1
324 MERCURE
efforts nous avons fait & voulons faire encore pourfonfervice ,
&que nous ne confultons plus
que nos cœurs &point nosforces
d'abord qu'il a beſoin de nous.
Tout cela vous répond
MONSEIGNEUR , de
noftre attachement pour vous
&nousfait efperer vostre bonté
pour nous , la continuation de
l'honneur de votre protection
pour tout le Clergé , nous vous
la demandons avec inftance ;
nous ofons affeurer que nous la
meritonspar noftreprofond respect,
par une fidelité à toute épreuve ,
& par les vœux finceres &
GALANT 25
• ardens que nous faifons pour
voftre longue confervation , pour
voftre profperité ,
de toute la Maifon Royale."
pour cel
de ces illuftres familles , &
en particulier du merite de
ceux qui les compofent , &
des actions par lesquelles ils
fe font diftinguez que je ne
crois pas vous en devoir dire
d'avantage aujourd'huy.
Je vous ay déja parlé de
tout ce qui fe paffa aux grands
Auguftins les de ce mois
с
300 MERCURE
y
lors queLle Clergé s'y affem .>
bla pour la premiere fois , de
la Meffe du Saint Efprit qui
fut celebrée , & je vous ay
donné un Extrait du Sermon
qui yfut prêché le mêmejour.
al Le 19.cet Auguſte Corps
fe rendit à Verfailles dans un
Appartement du Chateau
qui luy avoit efté preparé. Mr
le Comte de Pontchartrain ,
Secretaire d'Etat l'y vint prendre avec Mr le Marquis de
Dreux Grand Maiftre des
Ceremonies ,& Mr des Granges Maiftre des Ceremonies,
& il fut ainfi conduit à l'Au
GALANT gor ༢or
diance du Roy les Gardes du
Corps eftant en haye dans
leur Salle , & fous les Armes ,
&les deux battans des Portes
ayant cfté ouverts. Monfieur
le Cardinal de Noailles prit
la parole , & fit au Roy le
Difcours fuivant. bl
१
IMSIRE,
-
Nous venons avecjoye & eme
preſſement rendre àVoſtre Majefté
nos tres - humbles hommages , &
ceux de tout le Clergé de France
que cette Affembléereprefente , &
qui eft beaucoup moins le premier
302 MERCURE
Corps de voftre Royaume parfon
rang, que parfon zele pour vostre
fervice,
༢༠༡༥།
Nous venons en renouveller à
V. M.les proteftations lesplusfinceres , nousfouhaiterions qu'il
nous fuft poffible d'en donner des
preuves plus fortes coplus écla osdans le cours de cet Affemblée, que nous n'avons fait encore
dans les autres.ian bus
La mesure de noftre zele nefera
jamais celle de nos forces , telles
qu'elles puiffent eftre, grandes ou
perites , entieres ou épuifées , il ira
toûjours beaucoup au-delà , ilfera
au deffus de tous les évenemens
GALANT 303
rien ne le diminuëtajamais.
** Ce qui pourroit affaiblir celuy des autres , ne fervira , qu'
fortifier le nostre. Les malheurs
de cette vie , les revolutions qui
arrivent dans tous les Etats ,
peuvent ébranler la fidelité des
peuples conduits par des vûës bafJes e intereffées , mais elles ne
font qu'affermircelle des Miniftrès
de Dieu , qui doivent entrer dans
fes deffeins , & avoir des vûës
plus élevées.
1
Que David foit heureux ou
malheureux, le grand Preftre eft
également attaché à luy , ilfe déclare même plus hautement enfa
304 MERCURE
faveur, &faitplus d'effortspour
Le fecourir , quand il le voit dans
unplusgrand befoin.
Illuy donne les pains offerts à
Dieu , qui eftoient dans le Temple ,
dont il n'eftoit permis qu'aux
Preftres de manger. Il luy laiffe
prendre l'épée de Goliath , confacrée à la gloire du Seigneur ,parce
qu'il n'en avoitpoint d'autre à lug
donner, &il s'expofe genereufe
mentpar cet office de religion à la
mort que Sail luy fit fouffrir peu
aprés.
C'est une leçon pour nous , &
un exemple que nos cœurs ne nous
preffent pas moins que noftre de-
GALANT 305
voir de remplirà l'égard de Voftre
Majesté.
Sile cours defes victoires a été interrompu parar les ordres fecrets &
impenetrables de lafageffe deDieu,
qui fait ce qu'il luy plaift desplus
grands hommes , comme des plus petits pendap
pourfaire د que
grandeur & toute puiffance vient
de luy. Si
Vos armed
à qui rien
•
toune refiftoit autresfois n'ont pas
jours eu le mêmefort. Sicette gloire
humaine qu'elles vous ont attirée ,
qui a étonné le monde entier , au
point qu'on enen peut dire ce que
Ecriture dit de celle d'Alexandre
le Grand , que toute la terre en
Mars 1710.
Ca
306 MERCURE
eft tombée dans le filence. Sz
cette gloire , dis je , a reçu quelque
atteinte par les malheurs de la
guerre , noftre attachement pour
V. M. n'en eft que plusferme
plus ardent.
Nous adorons la main qui vous
frape , nous vous refpectonsda
vantage , s'il eftpoffible ,fous cette
main divine , dont les coupsfalu
taires vous rendent plus reſpectable auxyeux de la Foy.
Elle nous apprend qu'une trop
longue e trop grande profperité
annonce un malheurplus grand
plus long, puifqu'il fera éternel ,
&que le bonheur continuel de
GALANT: 307
cette vie eft le Paradis des repron
me ?• +
· L'experience ne l'enſeigne pas
moins que la Foy ; car ne voit on
pas dans toutes les biftoires , que
Les Princes qui n'ont jamais fenti
la main de Dieu , qu'il a laiſſe
joüirpaiſiblement des plaiſirs , des
grandeurs &'rde toute la gloire de
ce monde,fans y répandre aucunè
amertume, ont eſté enyvrez de leur
bonheur , ont vecu dans l'aveuglement , font morts dans l'impenitence nu
2.Se font done ,felon l'esprit de
la Religion, des graces & desfam
yeurs que ce que le monde appelle
Ccij
308 MERCURE
malheur & difgrace ; cefont des
moyens de meriter unbonheurplus
pur & plus folide que celuy de
cette vie , Dieu compte pour rien
ce qui n'eft pas éternel , & netrou
ve dans aucun bien periſſable une
digne récompenfe pour fes: Elús
ainfi il ne leur ofte lafauffegloire
de ce monde , que les hommes onta
beau appeller immortelle , &qui
paffe toujours , que pour les pre
parer à la gloire de l'éternitéfeule
folide & veritable immortelle.
C'eftce quenous envifageons ,
SIRE , dans vos peines nous
yvozons avecconfolation la bonté
de Dieu pour vous , & nous
GALANT 309
admirons avec veneration lecou
rage & la foy que vous yfaites
paroître sap sailo Tag
Ellemeritefans doute beaucoup
mieux , que les exploits militaires
d'Alexandre , ce filence d'admira."
tion où toute la terre tomba devant luy , & elle est encore plus
digne du refpect , de l'amour
du zele de vos Evêques , &de
tout le Clergé attaché à V. M.
par des liens plus purs & plus
facrez que vos autres Sujets.
Mais ce qui doit les remplir
tous , de quelque profeffion qu'ils
foient , de reconnoiffance , auffi
bienque d'admirationpourV. M.
30 MERCURE
eft le grand defir qu'elle a de
leur donner lapaix. I's fçavent
tous ce qu'elle veut bien facrifier
pour leur procurer un bien
precieux & fi neceffaire , es
qu'elle ne l'a retarde quepour le
rendre plus feur & plus folide
& ne pas prendre l'ombre
l'apparence d'une paix ; pour une
paix réelle veritable.
Perfonne n'ignore que V. M.
s'oublie elle même , pour ne fe
fouvenir que de l'extrême befoin
defespeuples qu'elle abandonne
genereufement fespropres interefts
pour leur repos ; que même la
tendreffe paternelle Jemimentfo
GALANT 311
t
jufte , fi vif, & fi puiffant
fur tout pour les bons cœurs , ne
peut l'emporter fur le defir que
vous avezdefoulagervospeuples.
Quelfacrifice & quel effort
de vostre bonté pour eux ; mais
il est vrai qu'ils l'ont bien
merité par tout ce qu'ils ont fait
&fouffert pour voftre fervice
dans des guerres fi frequentes
fi longues & fi dures :
jufte qu'eftant les meilleurs detous
les peuples , ils trouvent en "yous
le meilleur de tous les Rois.
Mais ce n'eft pas feulement
l'intereft de vos Sujets , c'est la
caufe de sans les peuples que vous
il eft
310 MERCURE
ils
foûtenez, en travaillant fifortement à la paix de l'Europe's car
ne fçait- on pas que par tout
fouffrent, & que vos Ennemis
avec toute la joye de leursfuccés,
n'en ont pas moins la douleur de
voir leur pays ruiné , leurs peuples gémir comme les autres ,
qu'ils n'ontque les évenemenspour
eux. Fantil eft vray que la guerre eft un mal univerfel que Dieu
fait fentir aux heureux ,
heureux , comme
aux malheureux , pour les punir
tous.
S'il vous en coûte donc, SIRE,
pourfaire lapaix , fi vous l'achetez cherement, que vous enferez
avanta-
GALANT 313
avantageufement & glorieufement dédommagé par la grandeur
d'ame que vousyferez paroiftre ,
par le bien infini que vous procurerez à tant de peuples accablez ,
&fur toutpar le trefor pretieux
que vous acquererez de nouveau ,
en vous attachantplus fortement
que jamais les cœurs de vos Sujets.
Quelle richeffe & quelle force
pour un Roy, que la tendreffe &
la confiance de fes Sujets ; que ne
trouve- t-il pas dans leurs cœurs
quand ils font veritablement à
luy?
Quel Empire , écrivoit ungrand
Mars 1710.
Dd .
314 MERCURE
Evefque aun Empereur , y a-t-il
mieux établi , & dont les fondemens foient plus folides &
plus feurs , que celuy qui eft
muni par l'affection & lattachement des peuples ? Qui eftce qui eft plus en affurance &
a moins à craindre , qu'un
Prince qu'on ne craint point,
&pour qui tous fes Sujets craignent ?
Que n'avez vous donc pas
attendre, SIRE , des voftres ,
leur donnant des preuvesfi effecti
ves de vostre bonté pour eux ?
Que ne devons-nous pas faire en
noftre particulier , pour vous en
à
GALANT 3'5
1
marquer noftre reconnoiffance ;
nous qui fommes les Pafteurs &
les peres fpirituels de vos peuples ,
plus intereffez & plus fenfibles
que d'autres à leurs miferes ; nous
quipar noftre caractere fommes
des Miniftres depaix obligez àla
defirer , à la demander , & à la
procurer par tous les moyens qui
peuvent dépendre de nous ?
Heureux fi nous pouvons y
1 contribuerparquelqu'endroit, nonfeulement par nos vœux & nos
prieres , mais auffi par nos biens.
Nous les tiendrons bien employez
à payer un don fi pretieux, &
nous ne craindrons point d'en chanう
Dd ij
316 MERCURE
ger la deftination, ce que nouspourrions fairefans crime , en les faifantfervirà foulager vos peuples,
à les faire jouir de la paix , ou à
les deffendre par une bonne guerre
de la fureur de vos Ennemis , &
en deffendre mefme l'Eglife , qui
n'eftpas moins attaquée que vostre
Royaume, dont les interefts ne
peuvent estre feparez de ceux de
Voſtre Majefté , parce qu'elle en
eft le plus ferme & le plus folide
appuy.
Faffe le Ciel que lesgrands
importans fervices que V. M. a
rendus , & rend encore tous les
jours à la Religion , foient prom-
GALANT 317
& les
ptement recompenfezpar unepaix
feure durable. Que Dieu de
quifeul elle dépend, & qui l'arefuféejufqu'à prefentdans fa juftice enpunition despechez du monde, appaife par les prieres
gemiffemens de tant de peuples
affligez l'accorde enfin dans fa
mifericorde. Que Voftre Majefté
aprés avoir efté long- temps un
David guerrier & genereux ,
foit le refte de fes jours un pacifique Salomon. Que fes jours fi
pretieux pour nous , &pour tous
fes Sujets , approchent autant qu'il
fera poffible de ceux des Patriarches avantle deluge. Qu'elle voye
Dd iii
318 MERCURE
,
naiſtre encore dans fa Famille
Royale plufieurs Princes , quiperpetuëntfaRace & lafaſſent durer jufqu' à la confommation du
ficcle ; qu'elle ait la joye de les former elle-même, & de leur infpirer
parſesgrands exemples & fesfages maximes des fentimens dignes
de leur augufte naiffance. Mais
qu'elle ait auffi la confolation de
voirfes peuples heureux ; qu'ils
puiffent fe repofer tranquilement,felon l'expreffion d'un Prophete , chacun fous fa vigne &
fous fon figuier , fans craindre
aucun Ennemi ; qu'ils faffent
de leurs épées des focs de char-
GALANT 319
rues , & deleurs lances des inftrumens à remuer la terre.
QueV. M regne deplus en plus
dans leur cœur , & qu'elle yfot
tienne toûjours plus fortement le
Royaume de Dieu par une Relis
gion pure & fans tache e' une
pieté fincere e folide , telle qui
convient à un Roy & à un
Royaume tres-Chreftien.
es
Le Clergé fe rendit enfuite
chez Monfeigneur le Dau
phin , & Monfieur le Cardinal
de Noailles luy parla en ces
termes :
Dd iiij
320 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Cleft toûjours avec la même
joyer le même empreffement
que nous venons vous rendre nos ›
tres - profonds refpects. C'est un
devoir où nous ne trouvons pas
moins de plaifir que dejuftice.
Nous reconnoiffons ce qui eft
dú aurangque vous donne vostre
augufte naiffance ; mais nous
ne fentons pas moins ce que
mande de nous voſtre bonté
naturelle , qualitéfi rare , quoyque
neceſſaire , dans une fi grande
élevation , parce que le cœur
s'éleve ordinairement àproportion
de-
GALANT 321
de ce qu'il fe voit au deffus des
autres.
Combien de Princes croyent
n'eftre fur le Trône que pour
eux-mêmes , que pour fatisfaire
leurs defirs ne regardent leurs
Sujets que comme leurs efclaves ,
&font infenfibles à leurs peines.
Voftre religion , MONSEIGNEUR , & voftre
bon cœur vous donnent d'autres
fentimens vous fçavez que
Dieun'a mis les Souverains fur
la tête des autres hommes, quepour
les proteger, les fecourir
foulagerdans leurs maux , qu'ils
doivent comme luy defcendre de
les
A
322 MERCURE
leur élevation pour voir ce que
les peuples fouffrent entrer
dans leurspeines , & travailler
à les en délivrer
&
DNA ?
l'attaEn rempliffant un fojufte devoir , non feulement ils rendent
à Dieu ce qu'ils luy doivent,
mais ils fe foutiennent & fe
fortifient eux - mêmes , parce
qu'ils gagnent le cœur
chement des peuples , qui fait la
plus grande force des Rois. La
mifericorde & la verité gar
dent le Roy , & la clemence
affermit fon Trône , difoit le
plus fage & le plus heureux de
tous les Rois tant qu'il s'eft
GALANT 323
laiffe conduire par lafageffe de
Dieu.
Confervez donc , MONSEIGNEUR , cette bonté
fi agreable à Dieu , fi aimable
• pour tous ceux qui dépendent de
vous fi utile pour vousmême. Augmentez - la pour le
Clergé attaché à vous par tant
de liens , par religion , par reconnoiffance , par zelepour le Roy ,
dont on ne peut vous feparer
puifque le cœur & la tendreffe
vous unit à Sa Majesté encore
plus que la naiffance & le devoir.
Vous fçavez à quel point
nous luyfommes dévoüez , quels
1
324 MERCURE
efforts nous avons fait & voulons faire encore pourfonfervice ,
&que nous ne confultons plus
que nos cœurs &point nosforces
d'abord qu'il a beſoin de nous.
Tout cela vous répond
MONSEIGNEUR , de
noftre attachement pour vous
&nousfait efperer vostre bonté
pour nous , la continuation de
l'honneur de votre protection
pour tout le Clergé , nous vous
la demandons avec inftance ;
nous ofons affeurer que nous la
meritonspar noftreprofond respect,
par une fidelité à toute épreuve ,
& par les vœux finceres &
GALANT 25
• ardens que nous faifons pour
voftre longue confervation , pour
voftre profperité ,
de toute la Maifon Royale."
pour cel
Fermer
Résumé : Ce qui se passa à Versailles le 19 de ce mois lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles s'y rendit à la teste du Clergé, & les Harangues que son Eminence fit au Roy & à Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
En août 1710, le clergé français a organisé une assemblée marquée par plusieurs événements notables. Le clergé a célébré pour la première fois la Messe du Saint-Esprit. Le 19 août, les membres du clergé se sont rendus à Versailles, où ils ont été accueillis par le comte de Pontchartrain, le marquis de Dreux et le maître des cérémonies des Granges. Le cardinal de Noailles a prononcé un discours au roi, exprimant la loyauté et le zèle du clergé envers la monarchie. Il a souligné que les malheurs et les révolutions n'affaiblissent pas leur fidélité, citant l'exemple du grand prêtre de David. Le cardinal a également évoqué les victoires du roi et les épreuves actuelles, exhortant à voir dans les peines une occasion de mériter un bonheur éternel. Il a loué le désir du roi de procurer la paix à ses sujets et à l'Europe, soulignant que la tendresse et la confiance des sujets sont les plus grandes richesses d'un roi. Par la suite, le clergé a rendu visite au Dauphin, où le cardinal de Noailles a réitéré les mêmes sentiments de respect et de dévouement, insistant sur la nécessité pour les souverains de protéger et de soulager leurs sujets. Le texte est également une lettre adressée à un haut dignitaire, probablement un membre de la famille royale ou un représentant du roi. Les auteurs expriment leur loyauté et leur dévouement envers le roi, affirmant que leur attachement est plus profond que les simples obligations de naissance et de devoir. Ils déclarent leur volonté de servir le roi avec dévotion et de mettre toutes leurs forces à sa disposition lorsqu'il en a besoin. La lettre demande la continuité de la protection et de l'honneur du dignitaire envers le clergé, assurant que cette protection est méritée par leur respect profond, leur fidélité inébranlable et leurs vœux sincères et ardents pour la longue conservation et la prospérité de la maison royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 325-339
Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain les Commissaires du Roy, Mrs le Pelletier [...]
Mots clefs :
Assemblée du Clergé, Commissaires, Abbés, Cardinaux, Cardinal de Noailles, Mr le Pelletier, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Le lendemain les Commiffaires du Roy, Mrs le Pelletier
de Souzy , Dagueffeau , Confeillers d Etat ordinaires, Mrle
Comte de Pontchartrain , Secretaire d'Etat , & Mr des Maretz , ConGeneral des Finances .
trolltre
d'Etat
&
s'étant rendus vers les dix heures du matin au Convent des
Grands Auguftins , ils y furent.
complimentez à leur arrivée
7
326 MERCURE
par les Agens du Clergé , qui
font , Mrs les Abez de Broglio & de Coiflin , & conduits
dans une Salle qui leur avoir
eftépreparée. Peu de temps aprés le Clergé députa pour les
aller recevoir & les accompa
gner jufques à lagrande Salle
de l'Affemblée Mr l'Archevê
que deBordeaux, Mr l'Evêque
de Laon , Mr. l'Evêque de
Troyes, Mr l'Evêque de faint
Pol de Leon ; Mrs les Abbez
de Dromefnil , de S. Georges,
de Crillou , & d'Aubuffon.
Voicy l'ordre dans lequel on
marcha ; fçavoir , unEvêque,
CALANT 327
unCommiſſaire du Roy, &un
Abbé , & ainfi des autres. Ils
avoient eſté reçus à la moitié
du chemin , àla maniereaccoucumée. Lorsqu'ils entrerent
dans la grande Salle toute l'Af
femblée feleva pour les faluer,
&Mrs lcs Commiffaires ayant
pris les fauteuls qui leur avoient cité préparez devant le
Bureau où ils s'affirent tous en
mêmetemps , & ils fe couvrirent. Mr le Comte de Pontchartrain remit entre les mains
de Mr l'Abbé Turgot , ancien
Agent du Clergé , Secretaire
de l'Affemblée , la Lettre du
328 MERCURE
Roy, qui la porta à Monfieur
le Cardinal de Noailles qui
l'ouvrit , & la remit à Mr l'Abbé Turgot pour en faire la lecture à toute l'Affemblée. Elle
portoit , que Sa Majeſté avoit
envoyé ces Meffieurs pour
marquer fes intentions au
Clergé , & l'eftime qu'Elle en
faifoit , & qu'il ajoûtaft toute
creance à ce que le Sicur le Pelletier luy diroit de fa part.
La lecture faite, Mrle Pelle
tier prit la parole , & témoigna d'abordla veneration que
le Roy avoit pour l'Eglife ;
l'eftime qu'il avoit pour le
↑ GALANI 329
1
Clergé , & la confideration
qu'il avoirpour ceux qui com..
pofoient cette Affemblée. Il
fit voir enfuite la liaiſon étroite qu'il y avoit entre les interefts de l'Etat & ceux de la Religion ; de quelle neceffité il étoit que le Clergé s'efforçaft de
foûtenir par de folides moyens
les juftes droits de Sa Majefparticulierement dans ces
temps calamiteux , afin de procurer à fon Peuple une paix
fûre & durable ; & enfin qu'il
ne devoit pas fe contenter
de lever les mains au Ciel; mais
qu'il devoit imiter ce Grand
té,
Mars 1710.
Ec
330 MERCURE
Preftre qui donna les Pains de
Propofition qui eftoient defti
nez pour la nourriture des Prê
tres.
Monfieur le Cardinal de
Noailles , aprés avoir donné
les louanges qui eftoient dûes
au Difcours de Mr le Pelletier,
dit qu'autrefois le Clergé ne
s'affembloit que pour concourir auxacclamations publiques
du glorieux Etat de la France;
mais que quelques ruïnées que
fuffent prefentement les Affaires du même Clergé , cependant le zele de fervir la Patrie
& d'employer tout ce qui eft
GALANT 331
dans le pouvoir de l'Eglife Gallicane pour la défenſe du
Royaume, n'étoit point ralenty , qu'il étoit tout difpofé à
donner au Roy de nouvelles
preuves de fon refpect , de fon
attachement , & de ſa juſte reconnoiffance.
Mellieurs les Commiffaires
furent enfuite reconduits pat
les mêmes Deputez jufqu'au
milieu du Cloître , où ils les avoient efté prendre, & les deux
Agens les accompagnerentjuf
qu'à leurs Caroffes.
Le 27. ils revinrent àla même heure, & ils furent reçûs
Ecij
332 MERCURE
comme la premiere fois ; &
Mr le Pelletier avant que d'entrer dans le détail de la demande qu'il avoit à faire , parla à
peu prés en ces termes.
L'homme prudent fe fert dans
toutes fes actions des précautions
requifes pour réüffir ; mais le fuccés ne dépend point de fes fages
prévoyances. Ainfi lei le Laboureur
difpofe & choifit aurc attention
les grains qu'il veut confier à la
terre, & tâche d'en connoiftre la
valeur &le temperamment. Le
Pilotte choifit luy-mefme le Vaiffeau fur lequel il veut confter fa
vie &fafortune. Il l'équippe de
GALANT 333.
tout ce qui eft neceffaire pour rendrefon voyageheureux , &prend
fon temps pour partir par un vent
favorable. Le General profite des
avantages du lieupour mettre fon
Armée en bataille , &faire une
difpofition qui puiffe luy donner
une efperance certaine de vaincre
fon ennemi. Cependant il arrive
que l'intemperie de l'air , la rigueur desfaifons , des accidens
imprevus , rendent l'efperance du
Laboureur inutile, &détruiſent
en un moment le fruit de tousfes
travaux. La Mer & les Vents
rompent tres -fouvent lesfages me.
fures que le Pilote à prifes , من
334 MERCURE
une défaite fanglante rend inutibe lesfages difpofitions d'un General experimenté. Cependantle Laboureur ne renonce point àfon travail , & une malheureufe recol
te ne fait que l'exciter à reparer
fes pertespar une Moiffon avan
tagenfe. Le Pilote radoube fon
Vaiffeau fe met en état d'entreprendre un voyage plus beureux pourfe confoler de fon naufrage. Le General ralliefes Troupes , reparefon Armée & faitté
te tout de nouveau àfon Ennemi.
Nousavons vú, Mrs, laplus belle
recolte détruite par la rigueur de la
faifon qui a glacé les femences.
GALANT 335
dans le fein de la terre qui ne nous
a pas voulu rendre le grain qu'on
luy avoit confié. Nous avons vût
le Printemps fans Moiffon
l'Etéfansfruits ; mais l'apparence d'une recolte abondante , les
Campagnes toutes vertes nous
font déja oublier nos malheurs
paffez. La Meraréparéce qu'elle nous avoit pú caufer de défordre , nous a apporté des bled's
que nous n'avions pas femez. Le
fort des armes nous a esté favorable en Espagne , en Allemagne,
en Dauphiné, où nous avons
rendu les efforts de nos Ennemis
inutiles. Si la Victoire a paruba
336 MERCURE
1
lancer aux Pays- Bas ,finos Ennemis fe font rendus maistres de
quelques- unes de nos Places , ils
le doivent plûtoft à la difette de
viores qu'aux prodigieux efforts
qu'ils ont faits .Ils ont connu dans
la derniere Bataille qu'il en coûtoit davantage aux Vainqueurs
qu'aux Vaincus. Si le fort de nos
Armes n'a plus cette fuite innom
brable de profperitez qu'elle avoit
autrefois, c'eft à vous, Mrs, àfai
re denouveaux efforts pour mettre
S. M. en étatderefifter àfes Ennemis , oude redonner la tranqui
lité à l'Europe par une bonne
durablepaix. Tous les Sujets de
Sa
GALANT 337
1
S. M.concourent ensemble pour
luy donner de nouveauxfecours.
La Cour s'eft non feulement privée defes ornemensfuperflus,mais
encoredefa Vaiffelle ,
#fes qui luyparoiffoient les plusneceffaires. Les Magiftrats ont tedes chomoigné leur zele par leurempreffement à racheter la Capitation ;
J
nousfommesperfuadez, Mrs, que
vous fuivrez defi beaux exem
ples . Outre Pintereft qui vous eft
commun avec eux , il y en a un
qui vous est tout particulier.
Nous ne combatons pas ici feulementpour défendre vos foyers. Il
s'agit de défendrela caufe deDieu,
Mars 1710.
Ff
338 MERCURE
d'empêcher laprofanation de vos
Eglifes , & d'oppofer une barriere à l'Herefte qui eft toute prefte
de penetrer dans le fein de ce
Royaume.
Il fit enfuite la demande de
vingt- quatre millions par cmprunt au denier douze , pour
le rachat & l'extinction à perpetuité du fubfidequi tient licu
de la Capitation. Monfieut le Cardinal de
Noailles répondit que l'Affemblée eftoit toute difpofée à
accorder au Roy , ce que Sa
Majefté luy demandoit , &
aprés avoir ainfi donné des
GALANT 339
marques de la foumiffion du
Clergé aux ordres du Roy ,
Meffieurs les Commiffaires
furent reconduits comme ils
l'avoient efté la premiere fois.
Rien n'eftoit fi difficile que
cet Article , tant à cauſe du
Ceremonial que du grand
nombre defaits qu'il contient.
Ils font tous veritables ; mais
je ne vous affure pas qu'il n'y
en ait point quelques uns de
tranfpolez.
de Souzy , Dagueffeau , Confeillers d Etat ordinaires, Mrle
Comte de Pontchartrain , Secretaire d'Etat , & Mr des Maretz , ConGeneral des Finances .
trolltre
d'Etat
&
s'étant rendus vers les dix heures du matin au Convent des
Grands Auguftins , ils y furent.
complimentez à leur arrivée
7
326 MERCURE
par les Agens du Clergé , qui
font , Mrs les Abez de Broglio & de Coiflin , & conduits
dans une Salle qui leur avoir
eftépreparée. Peu de temps aprés le Clergé députa pour les
aller recevoir & les accompa
gner jufques à lagrande Salle
de l'Affemblée Mr l'Archevê
que deBordeaux, Mr l'Evêque
de Laon , Mr. l'Evêque de
Troyes, Mr l'Evêque de faint
Pol de Leon ; Mrs les Abbez
de Dromefnil , de S. Georges,
de Crillou , & d'Aubuffon.
Voicy l'ordre dans lequel on
marcha ; fçavoir , unEvêque,
CALANT 327
unCommiſſaire du Roy, &un
Abbé , & ainfi des autres. Ils
avoient eſté reçus à la moitié
du chemin , àla maniereaccoucumée. Lorsqu'ils entrerent
dans la grande Salle toute l'Af
femblée feleva pour les faluer,
&Mrs lcs Commiffaires ayant
pris les fauteuls qui leur avoient cité préparez devant le
Bureau où ils s'affirent tous en
mêmetemps , & ils fe couvrirent. Mr le Comte de Pontchartrain remit entre les mains
de Mr l'Abbé Turgot , ancien
Agent du Clergé , Secretaire
de l'Affemblée , la Lettre du
328 MERCURE
Roy, qui la porta à Monfieur
le Cardinal de Noailles qui
l'ouvrit , & la remit à Mr l'Abbé Turgot pour en faire la lecture à toute l'Affemblée. Elle
portoit , que Sa Majeſté avoit
envoyé ces Meffieurs pour
marquer fes intentions au
Clergé , & l'eftime qu'Elle en
faifoit , & qu'il ajoûtaft toute
creance à ce que le Sicur le Pelletier luy diroit de fa part.
La lecture faite, Mrle Pelle
tier prit la parole , & témoigna d'abordla veneration que
le Roy avoit pour l'Eglife ;
l'eftime qu'il avoit pour le
↑ GALANI 329
1
Clergé , & la confideration
qu'il avoirpour ceux qui com..
pofoient cette Affemblée. Il
fit voir enfuite la liaiſon étroite qu'il y avoit entre les interefts de l'Etat & ceux de la Religion ; de quelle neceffité il étoit que le Clergé s'efforçaft de
foûtenir par de folides moyens
les juftes droits de Sa Majefparticulierement dans ces
temps calamiteux , afin de procurer à fon Peuple une paix
fûre & durable ; & enfin qu'il
ne devoit pas fe contenter
de lever les mains au Ciel; mais
qu'il devoit imiter ce Grand
té,
Mars 1710.
Ec
330 MERCURE
Preftre qui donna les Pains de
Propofition qui eftoient defti
nez pour la nourriture des Prê
tres.
Monfieur le Cardinal de
Noailles , aprés avoir donné
les louanges qui eftoient dûes
au Difcours de Mr le Pelletier,
dit qu'autrefois le Clergé ne
s'affembloit que pour concourir auxacclamations publiques
du glorieux Etat de la France;
mais que quelques ruïnées que
fuffent prefentement les Affaires du même Clergé , cependant le zele de fervir la Patrie
& d'employer tout ce qui eft
GALANT 331
dans le pouvoir de l'Eglife Gallicane pour la défenſe du
Royaume, n'étoit point ralenty , qu'il étoit tout difpofé à
donner au Roy de nouvelles
preuves de fon refpect , de fon
attachement , & de ſa juſte reconnoiffance.
Mellieurs les Commiffaires
furent enfuite reconduits pat
les mêmes Deputez jufqu'au
milieu du Cloître , où ils les avoient efté prendre, & les deux
Agens les accompagnerentjuf
qu'à leurs Caroffes.
Le 27. ils revinrent àla même heure, & ils furent reçûs
Ecij
332 MERCURE
comme la premiere fois ; &
Mr le Pelletier avant que d'entrer dans le détail de la demande qu'il avoit à faire , parla à
peu prés en ces termes.
L'homme prudent fe fert dans
toutes fes actions des précautions
requifes pour réüffir ; mais le fuccés ne dépend point de fes fages
prévoyances. Ainfi lei le Laboureur
difpofe & choifit aurc attention
les grains qu'il veut confier à la
terre, & tâche d'en connoiftre la
valeur &le temperamment. Le
Pilotte choifit luy-mefme le Vaiffeau fur lequel il veut confter fa
vie &fafortune. Il l'équippe de
GALANT 333.
tout ce qui eft neceffaire pour rendrefon voyageheureux , &prend
fon temps pour partir par un vent
favorable. Le General profite des
avantages du lieupour mettre fon
Armée en bataille , &faire une
difpofition qui puiffe luy donner
une efperance certaine de vaincre
fon ennemi. Cependant il arrive
que l'intemperie de l'air , la rigueur desfaifons , des accidens
imprevus , rendent l'efperance du
Laboureur inutile, &détruiſent
en un moment le fruit de tousfes
travaux. La Mer & les Vents
rompent tres -fouvent lesfages me.
fures que le Pilote à prifes , من
334 MERCURE
une défaite fanglante rend inutibe lesfages difpofitions d'un General experimenté. Cependantle Laboureur ne renonce point àfon travail , & une malheureufe recol
te ne fait que l'exciter à reparer
fes pertespar une Moiffon avan
tagenfe. Le Pilote radoube fon
Vaiffeau fe met en état d'entreprendre un voyage plus beureux pourfe confoler de fon naufrage. Le General ralliefes Troupes , reparefon Armée & faitté
te tout de nouveau àfon Ennemi.
Nousavons vú, Mrs, laplus belle
recolte détruite par la rigueur de la
faifon qui a glacé les femences.
GALANT 335
dans le fein de la terre qui ne nous
a pas voulu rendre le grain qu'on
luy avoit confié. Nous avons vût
le Printemps fans Moiffon
l'Etéfansfruits ; mais l'apparence d'une recolte abondante , les
Campagnes toutes vertes nous
font déja oublier nos malheurs
paffez. La Meraréparéce qu'elle nous avoit pú caufer de défordre , nous a apporté des bled's
que nous n'avions pas femez. Le
fort des armes nous a esté favorable en Espagne , en Allemagne,
en Dauphiné, où nous avons
rendu les efforts de nos Ennemis
inutiles. Si la Victoire a paruba
336 MERCURE
1
lancer aux Pays- Bas ,finos Ennemis fe font rendus maistres de
quelques- unes de nos Places , ils
le doivent plûtoft à la difette de
viores qu'aux prodigieux efforts
qu'ils ont faits .Ils ont connu dans
la derniere Bataille qu'il en coûtoit davantage aux Vainqueurs
qu'aux Vaincus. Si le fort de nos
Armes n'a plus cette fuite innom
brable de profperitez qu'elle avoit
autrefois, c'eft à vous, Mrs, àfai
re denouveaux efforts pour mettre
S. M. en étatderefifter àfes Ennemis , oude redonner la tranqui
lité à l'Europe par une bonne
durablepaix. Tous les Sujets de
Sa
GALANT 337
1
S. M.concourent ensemble pour
luy donner de nouveauxfecours.
La Cour s'eft non feulement privée defes ornemensfuperflus,mais
encoredefa Vaiffelle ,
#fes qui luyparoiffoient les plusneceffaires. Les Magiftrats ont tedes chomoigné leur zele par leurempreffement à racheter la Capitation ;
J
nousfommesperfuadez, Mrs, que
vous fuivrez defi beaux exem
ples . Outre Pintereft qui vous eft
commun avec eux , il y en a un
qui vous est tout particulier.
Nous ne combatons pas ici feulementpour défendre vos foyers. Il
s'agit de défendrela caufe deDieu,
Mars 1710.
Ff
338 MERCURE
d'empêcher laprofanation de vos
Eglifes , & d'oppofer une barriere à l'Herefte qui eft toute prefte
de penetrer dans le fein de ce
Royaume.
Il fit enfuite la demande de
vingt- quatre millions par cmprunt au denier douze , pour
le rachat & l'extinction à perpetuité du fubfidequi tient licu
de la Capitation. Monfieut le Cardinal de
Noailles répondit que l'Affemblée eftoit toute difpofée à
accorder au Roy , ce que Sa
Majefté luy demandoit , &
aprés avoir ainfi donné des
GALANT 339
marques de la foumiffion du
Clergé aux ordres du Roy ,
Meffieurs les Commiffaires
furent reconduits comme ils
l'avoient efté la premiere fois.
Rien n'eftoit fi difficile que
cet Article , tant à cauſe du
Ceremonial que du grand
nombre defaits qu'il contient.
Ils font tous veritables ; mais
je ne vous affure pas qu'il n'y
en ait point quelques uns de
tranfpolez.
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Résumé : Le 20. & le 27. Mrs les commissaires du Roy viennent à l'Assemblée du Clergé faire les demandes de Sa Majesté; & ce qui s'est passé à cette occasion, [titre d'après la table]
Le 27 mars 1710, des commissaires du roi, incluant Messieurs le Pelletier de Souzy, Dagueffeau, le comte de Pontchartrain, et des Maretz, se rendirent au couvent des Grands Augustins. Ils furent accueillis par les abbés de Broglie et de Coislin, puis conduits dans une salle préparée. Une délégation du clergé, dirigée par l'archevêque de Bordeaux et plusieurs évêques, vint les recevoir et les accompagner jusqu'à la grande salle de l'assemblée. Dans cette salle, les commissaires prirent place sur des fauteuils après avoir été salués par l'assemblée. Le comte de Pontchartrain remit une lettre du roi à l'abbé Turgot, qui la lut à haute voix. La lettre exprimait les intentions du roi envers le clergé et l'importance de leur soutien en ces temps difficiles. Le Pelletier de Souzy souligna la vénération du roi pour l'Église et la nécessité de soutenir les droits du roi. Le cardinal de Noailles répondit en affirmant le zèle du clergé à servir la patrie et son attachement au roi. Les commissaires furent ensuite reconduits jusqu'au cloître. Le lendemain, les commissaires revinrent à la même heure et furent reçus de la même manière. Le Pelletier de Souzy parla des précautions prises par les hommes prudents et des imprévus qui peuvent ruiner leurs efforts. Il compara cette situation à celle de la France, qui avait subi des revers mais restait déterminée à se relever. Il demanda au clergé un emprunt de vingt-quatre millions pour racheter et extinguer le subside de la capitation. Le cardinal de Noailles répondit que l'assemblée était prête à accorder cette demande au roi, marquant ainsi la soumission du clergé aux ordres du roi. Les commissaires furent reconduits comme la première fois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 98-103
Mr le Prevost des Marchands, accompagné de Mrs les Echevins, vient aux grands Augustins faire compliment à Mrs de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
Début :
Le 4. de ce mois Mr le Prevost des Marchands accompagné [...]
Mots clefs :
Prévôt des marchands, Assemblée du Clergé, Cardinal de Noailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mr le Prevost des Marchands, accompagné de Mrs les Echevins, vient aux grands Augustins faire compliment à Mrs de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
Le 4. de ce mois Mr le Pre-
THEQUE
BIBLIO
7.
DELA
MERCURE 99 VILLE
voft des Marchands acco
gné de Mrs les Echevins , vint
au grand Convent des Auguf
tins complimenter Meffieurs
de l'Affemblée du Clergé dans
leur Salle , au nom de la Ville
de Paris. Mrs les Agens les allerent prendre dans l'Eglife ,
où ils attendirent tres - peu de
temps. Ils allerent d'abord
dans le Chœur , où eftant arrivez , ils envoyerent un Officier de Ville avertir. Meffieurs
du Clergé de leur arrivée; auffitôt Mrs les Agens vinrent leur
faire compliment dans le
Choeur, & enfuite ils les meI ij
100 MERCURE
nerent à la Salle de l'Affemblée : Mr l'Evêque de S. Paul
de Leon , & un Abbé du ſecond Ordre vinrent les recevoir à la Porte du Veſtibule ;
& eftant entrez dans la Salle ,
toute l'Aſſemblée fe découvrit , & les falua fans fe lever.
Mr le Prevost des Marchands
s'eftant affis dans un Fauteuil
qui luy avoit efté preparé , &
Mrs les Echevins fur de fimples Chaifes. Et Meffieurs du
Clergé s'eftant alors tous couverts , Mr le Prevoft des Marchands prit la parole, & les harangua avec beaucoup d'élo-
CALANT 101
quence , fur la pureté de leur
doctrine, fur l'integrité de leurs
mœurs, fur leur defintereffement qui leur fait oublier leur
propre intereft pour avoir foin
de celuy des perfonnes qui leur
font confiées , fur leur liberalité envers les pauvres , qu'ils
ont dédommagez avec ufure
des maux dont les menaçoit la
fterilité de la terre : il ajoûta
meſme leurs biens de patrimoine avoient changé leur nature en biens Ecclefiaftiques , pour
Les répandre avec plus de profufion dans lefein des pauvres ,
qu'il ne pouvoit s'empêcher d'ad
que
I iij
102 MERCURE
mirer tant de vertus , quoyque
l'habitude de les avoir femblât
leur dérober la loüange qu'elles
meritoient. Il finit en loüant
leur zele pour Sa Majeſté , à
laquelle ils ne font point difficulté de donner, comme Achimelech à David , les Pains de
propofition qu'il n'eftoit permis qu'aux Preftres de manger,
&
que
file Ciel favorable à
nos
vœux
nous
accordoit
une
heureuſe
paix
, ce feroit
à leurs
prieres
&
à leurs
aumônes
qui
feroient
montées
jufqu'au
Thrône
du
Tout
-puiffant
, auf
quelles
le Royaume
en
auroit
l'obligation
.
GALANT 103
Monfieur le Cardinal de
Noailles répondit en peu de
mots ; mais avec beaucoup de
jufteffe , que le Clergé de France
avoit toûjours efté perfuadé du
refpect de la foumiffion de la
Ville de Paris à fon égard , &
qu'il n'attendoit rien moins de fa
pieté de fon zele , fur tout
lors qu'elle avoit un Chef, dont
il fuffifoit de prononcer le nom ,
pourfaire l'éloge. Mrs de Ville
fe retirerent enfuite , & ils furent reconduits dans le mefme
ordre qu'ils avoient efté reçûs
THEQUE
BIBLIO
7.
DELA
MERCURE 99 VILLE
voft des Marchands acco
gné de Mrs les Echevins , vint
au grand Convent des Auguf
tins complimenter Meffieurs
de l'Affemblée du Clergé dans
leur Salle , au nom de la Ville
de Paris. Mrs les Agens les allerent prendre dans l'Eglife ,
où ils attendirent tres - peu de
temps. Ils allerent d'abord
dans le Chœur , où eftant arrivez , ils envoyerent un Officier de Ville avertir. Meffieurs
du Clergé de leur arrivée; auffitôt Mrs les Agens vinrent leur
faire compliment dans le
Choeur, & enfuite ils les meI ij
100 MERCURE
nerent à la Salle de l'Affemblée : Mr l'Evêque de S. Paul
de Leon , & un Abbé du ſecond Ordre vinrent les recevoir à la Porte du Veſtibule ;
& eftant entrez dans la Salle ,
toute l'Aſſemblée fe découvrit , & les falua fans fe lever.
Mr le Prevost des Marchands
s'eftant affis dans un Fauteuil
qui luy avoit efté preparé , &
Mrs les Echevins fur de fimples Chaifes. Et Meffieurs du
Clergé s'eftant alors tous couverts , Mr le Prevoft des Marchands prit la parole, & les harangua avec beaucoup d'élo-
CALANT 101
quence , fur la pureté de leur
doctrine, fur l'integrité de leurs
mœurs, fur leur defintereffement qui leur fait oublier leur
propre intereft pour avoir foin
de celuy des perfonnes qui leur
font confiées , fur leur liberalité envers les pauvres , qu'ils
ont dédommagez avec ufure
des maux dont les menaçoit la
fterilité de la terre : il ajoûta
meſme leurs biens de patrimoine avoient changé leur nature en biens Ecclefiaftiques , pour
Les répandre avec plus de profufion dans lefein des pauvres ,
qu'il ne pouvoit s'empêcher d'ad
que
I iij
102 MERCURE
mirer tant de vertus , quoyque
l'habitude de les avoir femblât
leur dérober la loüange qu'elles
meritoient. Il finit en loüant
leur zele pour Sa Majeſté , à
laquelle ils ne font point difficulté de donner, comme Achimelech à David , les Pains de
propofition qu'il n'eftoit permis qu'aux Preftres de manger,
&
que
file Ciel favorable à
nos
vœux
nous
accordoit
une
heureuſe
paix
, ce feroit
à leurs
prieres
&
à leurs
aumônes
qui
feroient
montées
jufqu'au
Thrône
du
Tout
-puiffant
, auf
quelles
le Royaume
en
auroit
l'obligation
.
GALANT 103
Monfieur le Cardinal de
Noailles répondit en peu de
mots ; mais avec beaucoup de
jufteffe , que le Clergé de France
avoit toûjours efté perfuadé du
refpect de la foumiffion de la
Ville de Paris à fon égard , &
qu'il n'attendoit rien moins de fa
pieté de fon zele , fur tout
lors qu'elle avoit un Chef, dont
il fuffifoit de prononcer le nom ,
pourfaire l'éloge. Mrs de Ville
fe retirerent enfuite , & ils furent reconduits dans le mefme
ordre qu'ils avoient efté reçûs
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Résumé : Mr le Prevost des Marchands, accompagné de Mrs les Echevins, vient aux grands Augustins faire compliment à Mrs de l'Assemblée du Clergé. [titre d'après la table]
Le 4 du mois, le Prévôt des Marchands et les Échevins se rendirent au couvent des Augustins pour complimenter l'Assemblée du Clergé à Paris. Ils furent accueillis par des agents du Clergé et conduits au chœur, puis à la salle de l'Assemblée. L'évêque de Saint-Paul-de-Léon et un abbé les reçurent à la porte du vestibule. Dans la salle, toute l'Assemblée se découvrit et les salua sans se lever. Le Prévôt des Marchands s'assit dans un fauteuil, tandis que les Échevins prirent des chaises simples. Le Prévôt loua la pureté de la doctrine du Clergé, leur intégrité, leur désintéressement, leur libéralité envers les pauvres et leur gestion des biens patrimoniaux. Il admira leurs vertus et leur zèle pour le roi, comparant leur soutien à celui d'Achimelech envers David. Il espéra que la paix durable était due à leurs prières et aumônes. Le Cardinal de Noailles répondit en affirmant la soumission du Clergé à la Ville de Paris et attendit la même piété et zèle de leur part. Les représentants de la ville se retirèrent ensuite dans le même ordre qu'à leur arrivée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 146-164
Détail curieux, contenant tout ce qui s'est passé en Sorbonne lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles a esté receu Proviseur de cette Societé. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article bien digne de la curiosité publique, [...]
Mots clefs :
Sorbonne, Cardinal de Noailles, Doyens, Faculté, Recteur, Église, Maison, Université, Docteurs, Société
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail curieux, contenant tout ce qui s'est passé en Sorbonne lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles a esté receu Proviseur de cette Societé. [titre d'après la table]
Je paffe à un Article bien
digne de la curiofité publique ,
& de l'attention de ceux qui le
liront. Il eft de la nature de
ceux dont on ne parle pas fouvent , parce qu'il ſe paſſe preſque toûjours un grand nom-
GALANT 147
bre d'années d'un de ces Articles à l'autre. Vous y trouverez quantité de faits hiftoriques
tres- curieux , & fept Difcours
differens prononcez dans la
même Affemblée , dans lef
quels vous trouverez un tour
finguliet , & beaucoup de finéffe d'efprit. Enfin ce font de
ces fortes de Difcours qui réveillent l'attention , qui inſtruifent les Lecteurs de beaucoup
de chofes qui regardent le Ceremonial , & dont on parle fi
rarement qu'on doit avoir toû
jours beaucoup d'empreffement pour les lire.
Nij
148 MERCURE
Vous avez fçû que les Docteurs de la Maifon & Societé
de Sorbonne avoient au mois
de Mars nommé d'un confentement unanime Monfieur le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris pour leur Provifeur , à la place de feu Mr
F'Archevêque de Reims . Le
neuvième du mois paffé cette
nomination fut folemnellement confirmée dans la grande Salle des Actes de la même Maifon. Le Recteur de
l'Univerfité , invité quelques
jours auparavant par des Députez de ladite Societé , s'y
*
GALANT 149
rendit fur les quatre heures
aprés midy , accompagné des
trois Doyens des Facultez , des
quatreProcureurs des Nations,
du Syndic , du Greffier de l'Univerfité & de fes autres Offciers. L'Archidiacre &le Chan--
celier de l'Eglife de Paris s'y
trouverent pareillement felon
l'ancien ufage. L'Affemblée fut
des plus nombreuſes. Outre
les Docteurs de la Maifon dont
il ne manqua que les malades
& ceux qui font abfens , un
tres grand nombre de Mrs de
Noftre-Dame & de l'Univerfité fe firent un plaifir d'y avoir
N iij
150 MERCURE
place. Au fond de la Salle , devant un grand Bureau eftoient
rangez onze fieges de front.
Le Recteur de Univerfité
eftoit au milieu , ayant à fa
droite l'Archidiacre, le Chancelier de l'Eglife de Paris , le
Doyen de la Faculté de Medecine , & les Procureurs des Nations de Picardie & d'Allema→
gne. Sur les cinq autres Sieges.
a fa gauche cftoient les Doyens
de Theologie , & des Droits ;
les Procureurs des Nations de
France & de Normandie &
le Syndic de l'Univerfité. Le
Greffer avoit unBureau fepa-
GALANT 151
ré vis - à- vis le Recteur.
37 Mr Vivant l'aîné, Chanoine
de Nôtre Dame & Docteur de
la Maifon de Sorbonne , fit
l'ouverture. Il adreffa la parole au Recteur , fur quoy l'Archidiacre fit fes proteftations
à l'ordinaire , ce qui n'empêcha point l'Orateur de continuër. Il fit un éloge achevé de
Monfieur le Cardinal. La pieté,
la vigilance , la ſcience , la fermeté, & la fuperiorité d'efprit
de cé Prelat furent mifes dans
leur jour , par les traits de la
plus vive éloquence. La netteté de la compofition fut foûteN iiij
152 MERCURE
nuë par une prononciation naturelle & diftincte. Les loüanges de feu Mr de Reims , ne
furent pas oubliées. Enfin les
Auditeurs eurent lieu d'être
pleinement fatisfaits , puifqu'il
leur fut aifé d'entendre , defuivre & de retenir tout le Dif
cours.
Aprés qu'il eut fini , le Recteur propofa le fujet de l'Af
femblée. L'Archidiacre l'interrompit pour réiterer encore
fes proteftations , & le Syndic
de l'Univerfité proteſta reciproquementcontre l'interrup
tion de l'Archidiacre. Tout ce
GALANT 153
fes
Ceremonial eft de l'ancien ufage. Le Difcours du Recteur
fut tel qu'on le devoit attendre d'un homme confommé
dans l'éloquence qu'il a profeffée long- temps avec éclar.
Ses expreffions furent de la
Latinité le plus pure
penfées les plus délicates , l'ordre & le tour qu'il donna à
tout ce qu'il dit parut plein
d'efprit & de jufteffe. Il commença par les louanges de la
Maifon de Sorbonne. Il s'étendit fur l'efprit de fimplicité
& de defintereffement qui
yregne aujourd'huy comme
154 MERCURE
dans les temps de fon Inftitu
tion. Il fit voir que les Docteurs de cette Societé fe confacroient tous felon leurs talens differens , au fervice de
l'Eglife & du Public. Les uns
à compofer des Livres , les au
tres à refoudre les Cas , les autres à diriger les confciences ,
ceux-là à élever une infinité de
pauvres Ecoliers pour lesquels
ils prodiguent tous leurs biens
& tous leurs foins , & tous à
veiller continuellement à la
confervation de l'ancienne &
pure Doctrine. Il dit qu'il eftoit
important dedonner à de fidi-
GALANT 155
gnes Ouvriers un Provifeur
fous la protection duquel ils
continuaffent leurs travaux en
fûreté. Il paffa enfuite à l'éloge
de Mr de Reims dernier Provifeur. Ille reprefenta comme
une des plus vives lumieres de
l'Eglife , le Deffenfeur des Loix
Canoniques, &l'ennemi de la
fourberie & des flatteurs. Il
parla de tous fes beaux Reglemens pour fon Dioceſe , & de
fes fçavantes Ordonnances. Il
dit que ce Prelat avoit efté dans
l'Eglife , ce que fon illuftre pere Mr le Chancelier le Tellier
& Mr de Louvois fon frere ,
156 MERCURE
que
avoient efté dans les premiers
Emplois de l'Etat. Il s'étendit
enfuite fur les louanges de
Monfieur le Cardinal. Il dit
la Sorbonne n'avoit pas eu
longtemps à delibererfur le choix
qu'elle avoit àfe faire d'un nouveau Provifeur. Que l'affabilité
de ce Prelat , fes manieres aimablese bienfaifantes avoient attiré
furluy lesfuffrages de tant d'bommes de Lettres , bien plus fortement que la confideration de fa
haute naiffance &defes éminentes dignitez. Quefon éducation
prife dans le fein de l'Univerfué
avoit eftéfortifiée par la pratique
GALANT 157
affiduë de toutes les vertus convenables àfonétat; & quefes mœurs
irreprochables ,fon zele ardent
éclairé l'avoientélevéfurle Siege
le plus important de l'Eglife de
France. Comme Mrle Recteur
eft du Dioceſe de Chalons, il ne
pût s'empêcher de parler de ce
que la charité de Monfieur le
Cardinal , luy fit faire eſtant Evêque de cette Ville. La maladie fe mit entre les prifonniers
de la Bataille de Fleurus , qui
eftoient en fort grand nombre
à Chalons. Monfieur le Cardinal ne ceffoit de les voir &
de les affifter en perfonne , il
158 MERCURE
en tomba malade fa dangereufement qu'on le crut mort. Ce
fic eft à prefent ancien , mais
Mr le Recteur luy donna un
tour nouveau qui plut extrêmement.
Mt Pirot le Chancelier parla
enfuite avec la facilité qui luy
eft fi connue.Il nommatous les
Provifeurs que la Sorbonne a
cus ; fçavoir quinze Cardinaux,
autant d'Archevêques ou Evêques, &il fit voir que Monfieur
le Cardinal étoit le feul qui cuft
efté en même temps Proviſeur
de Sorbonne, Cardinal, Archevêque, &Archevêque de Paris.
GALANT 159
Les uns eftoient Cardinaux ,
mais ils n'eftoient pas Archevêd'autres eftoient Archevêques ,
mais ils n'eftoient pas Car
dinaux & d'autres n'estoient
qu'Evêques & Cardinaux. Il raporta fort à propos l'exemple
de l'Eglife de Sarragoffe en Efpagne , & cita avec la Doctrine
ordinaire , un Concile tenu à
Troyes. Il s'étendit ſur la naiffance illuftre de Monfieur le
Cardinal , & fic efperer aux
Docteurs de Sorbonne qu'ils
feroient protegez en tout à
caufe du credit que Son Eminence a l'honneur d'avoir au-
160 MERCURE
prés du Roy. Il finit par quelques proteftations contre le
premier falut fait au Recteur,
de méme qu'avoit fait l'Archidiacre.
Les trois Doyens des Facultez & les quatre Procureurs des
Nations en donnant leurs fuf.
frages , ajoûtérent chacun un
éloge de Monfieur le Cardinal.
Celuy de Theologie témoigna
la reconnoiffance de la Faculté ·
envers S, E. à cauſe de la protection dont elle l'honore >
& qu'elle employe les Docteurs
lors qu'elle a beſoin de fecours pour le gouvernement
GALANT 161
A
d'un fi grand Dioceſe. Celuy
des Droits à caufe que Monfieur le Cardinal a bien voulu
eftre Docteur honoraire de fa
Faculté. Celuy de Medecine
promit que la Faculté épuiferoit les fecrets de fon Art, afin
que Son Eminence joüît long .
temps du Titre de Provifeur
de Sorbonne.
le
Le Procureur de la Nation
de France felicita la Sorbonne
fur fon nouveau choix par
concours & les fuffrages unanimes de tous les Docteurs qui
avoient pû fe rendre à l'Affemblée , où s'eftoient trouvez
Avril 1710.
O
162 MERCURE
deux Archevêques & fix Eveques , & par la fatisfaction que
que Son Eminence en avoir
témoignée ; celuy de Picardie
affura la Sorbonne que fon
nouveau Proviſeur luy donneroit fon attention. Que fa vie
laborieuſe & ennemie des plaifirs luy ménagoit du temps
pour fournir à tous fes Emplois ; celuy de Normandie dit
qu'il venoit moins pour don
donner fon fuffrage que pour
applaudir à la fageffe de la Sorbonne.Que cette Societé ne fe
trompoit jamais , &que le Public eftoit d'autant plus con-
GALANT 103
tent de fon choix , qu'il avoit
prévû qu'elle le feroit , & qu'il
aimoit generalementMonfieur
le Cardinal ; celuy d'Allema
gne témoigna la reconnoiffance de fa Nation pour les feCours que Monfieur le Cardinal accorde charitablement à
une partie de ceux qui la compofent. Ces fept diſcours furent les uns plus longs les autres plus courts , mais tous d'u
ne Latinité exquife & d'une
grande fineffe d'efprit. Le
Recteur aprés avoir recueilli
les voix conclut felon la coû
tume , fans qu'il y euft de proOij
164 MERCURE
teftation & d'interruption
digne de la curiofité publique ,
& de l'attention de ceux qui le
liront. Il eft de la nature de
ceux dont on ne parle pas fouvent , parce qu'il ſe paſſe preſque toûjours un grand nom-
GALANT 147
bre d'années d'un de ces Articles à l'autre. Vous y trouverez quantité de faits hiftoriques
tres- curieux , & fept Difcours
differens prononcez dans la
même Affemblée , dans lef
quels vous trouverez un tour
finguliet , & beaucoup de finéffe d'efprit. Enfin ce font de
ces fortes de Difcours qui réveillent l'attention , qui inſtruifent les Lecteurs de beaucoup
de chofes qui regardent le Ceremonial , & dont on parle fi
rarement qu'on doit avoir toû
jours beaucoup d'empreffement pour les lire.
Nij
148 MERCURE
Vous avez fçû que les Docteurs de la Maifon & Societé
de Sorbonne avoient au mois
de Mars nommé d'un confentement unanime Monfieur le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris pour leur Provifeur , à la place de feu Mr
F'Archevêque de Reims . Le
neuvième du mois paffé cette
nomination fut folemnellement confirmée dans la grande Salle des Actes de la même Maifon. Le Recteur de
l'Univerfité , invité quelques
jours auparavant par des Députez de ladite Societé , s'y
*
GALANT 149
rendit fur les quatre heures
aprés midy , accompagné des
trois Doyens des Facultez , des
quatreProcureurs des Nations,
du Syndic , du Greffier de l'Univerfité & de fes autres Offciers. L'Archidiacre &le Chan--
celier de l'Eglife de Paris s'y
trouverent pareillement felon
l'ancien ufage. L'Affemblée fut
des plus nombreuſes. Outre
les Docteurs de la Maifon dont
il ne manqua que les malades
& ceux qui font abfens , un
tres grand nombre de Mrs de
Noftre-Dame & de l'Univerfité fe firent un plaifir d'y avoir
N iij
150 MERCURE
place. Au fond de la Salle , devant un grand Bureau eftoient
rangez onze fieges de front.
Le Recteur de Univerfité
eftoit au milieu , ayant à fa
droite l'Archidiacre, le Chancelier de l'Eglife de Paris , le
Doyen de la Faculté de Medecine , & les Procureurs des Nations de Picardie & d'Allema→
gne. Sur les cinq autres Sieges.
a fa gauche cftoient les Doyens
de Theologie , & des Droits ;
les Procureurs des Nations de
France & de Normandie &
le Syndic de l'Univerfité. Le
Greffer avoit unBureau fepa-
GALANT 151
ré vis - à- vis le Recteur.
37 Mr Vivant l'aîné, Chanoine
de Nôtre Dame & Docteur de
la Maifon de Sorbonne , fit
l'ouverture. Il adreffa la parole au Recteur , fur quoy l'Archidiacre fit fes proteftations
à l'ordinaire , ce qui n'empêcha point l'Orateur de continuër. Il fit un éloge achevé de
Monfieur le Cardinal. La pieté,
la vigilance , la ſcience , la fermeté, & la fuperiorité d'efprit
de cé Prelat furent mifes dans
leur jour , par les traits de la
plus vive éloquence. La netteté de la compofition fut foûteN iiij
152 MERCURE
nuë par une prononciation naturelle & diftincte. Les loüanges de feu Mr de Reims , ne
furent pas oubliées. Enfin les
Auditeurs eurent lieu d'être
pleinement fatisfaits , puifqu'il
leur fut aifé d'entendre , defuivre & de retenir tout le Dif
cours.
Aprés qu'il eut fini , le Recteur propofa le fujet de l'Af
femblée. L'Archidiacre l'interrompit pour réiterer encore
fes proteftations , & le Syndic
de l'Univerfité proteſta reciproquementcontre l'interrup
tion de l'Archidiacre. Tout ce
GALANT 153
fes
Ceremonial eft de l'ancien ufage. Le Difcours du Recteur
fut tel qu'on le devoit attendre d'un homme confommé
dans l'éloquence qu'il a profeffée long- temps avec éclar.
Ses expreffions furent de la
Latinité le plus pure
penfées les plus délicates , l'ordre & le tour qu'il donna à
tout ce qu'il dit parut plein
d'efprit & de jufteffe. Il commença par les louanges de la
Maifon de Sorbonne. Il s'étendit fur l'efprit de fimplicité
& de defintereffement qui
yregne aujourd'huy comme
154 MERCURE
dans les temps de fon Inftitu
tion. Il fit voir que les Docteurs de cette Societé fe confacroient tous felon leurs talens differens , au fervice de
l'Eglife & du Public. Les uns
à compofer des Livres , les au
tres à refoudre les Cas , les autres à diriger les confciences ,
ceux-là à élever une infinité de
pauvres Ecoliers pour lesquels
ils prodiguent tous leurs biens
& tous leurs foins , & tous à
veiller continuellement à la
confervation de l'ancienne &
pure Doctrine. Il dit qu'il eftoit
important dedonner à de fidi-
GALANT 155
gnes Ouvriers un Provifeur
fous la protection duquel ils
continuaffent leurs travaux en
fûreté. Il paffa enfuite à l'éloge
de Mr de Reims dernier Provifeur. Ille reprefenta comme
une des plus vives lumieres de
l'Eglife , le Deffenfeur des Loix
Canoniques, &l'ennemi de la
fourberie & des flatteurs. Il
parla de tous fes beaux Reglemens pour fon Dioceſe , & de
fes fçavantes Ordonnances. Il
dit que ce Prelat avoit efté dans
l'Eglife , ce que fon illuftre pere Mr le Chancelier le Tellier
& Mr de Louvois fon frere ,
156 MERCURE
que
avoient efté dans les premiers
Emplois de l'Etat. Il s'étendit
enfuite fur les louanges de
Monfieur le Cardinal. Il dit
la Sorbonne n'avoit pas eu
longtemps à delibererfur le choix
qu'elle avoit àfe faire d'un nouveau Provifeur. Que l'affabilité
de ce Prelat , fes manieres aimablese bienfaifantes avoient attiré
furluy lesfuffrages de tant d'bommes de Lettres , bien plus fortement que la confideration de fa
haute naiffance &defes éminentes dignitez. Quefon éducation
prife dans le fein de l'Univerfué
avoit eftéfortifiée par la pratique
GALANT 157
affiduë de toutes les vertus convenables àfonétat; & quefes mœurs
irreprochables ,fon zele ardent
éclairé l'avoientélevéfurle Siege
le plus important de l'Eglife de
France. Comme Mrle Recteur
eft du Dioceſe de Chalons, il ne
pût s'empêcher de parler de ce
que la charité de Monfieur le
Cardinal , luy fit faire eſtant Evêque de cette Ville. La maladie fe mit entre les prifonniers
de la Bataille de Fleurus , qui
eftoient en fort grand nombre
à Chalons. Monfieur le Cardinal ne ceffoit de les voir &
de les affifter en perfonne , il
158 MERCURE
en tomba malade fa dangereufement qu'on le crut mort. Ce
fic eft à prefent ancien , mais
Mr le Recteur luy donna un
tour nouveau qui plut extrêmement.
Mt Pirot le Chancelier parla
enfuite avec la facilité qui luy
eft fi connue.Il nommatous les
Provifeurs que la Sorbonne a
cus ; fçavoir quinze Cardinaux,
autant d'Archevêques ou Evêques, &il fit voir que Monfieur
le Cardinal étoit le feul qui cuft
efté en même temps Proviſeur
de Sorbonne, Cardinal, Archevêque, &Archevêque de Paris.
GALANT 159
Les uns eftoient Cardinaux ,
mais ils n'eftoient pas Archevêd'autres eftoient Archevêques ,
mais ils n'eftoient pas Car
dinaux & d'autres n'estoient
qu'Evêques & Cardinaux. Il raporta fort à propos l'exemple
de l'Eglife de Sarragoffe en Efpagne , & cita avec la Doctrine
ordinaire , un Concile tenu à
Troyes. Il s'étendit ſur la naiffance illuftre de Monfieur le
Cardinal , & fic efperer aux
Docteurs de Sorbonne qu'ils
feroient protegez en tout à
caufe du credit que Son Eminence a l'honneur d'avoir au-
160 MERCURE
prés du Roy. Il finit par quelques proteftations contre le
premier falut fait au Recteur,
de méme qu'avoit fait l'Archidiacre.
Les trois Doyens des Facultez & les quatre Procureurs des
Nations en donnant leurs fuf.
frages , ajoûtérent chacun un
éloge de Monfieur le Cardinal.
Celuy de Theologie témoigna
la reconnoiffance de la Faculté ·
envers S, E. à cauſe de la protection dont elle l'honore >
& qu'elle employe les Docteurs
lors qu'elle a beſoin de fecours pour le gouvernement
GALANT 161
A
d'un fi grand Dioceſe. Celuy
des Droits à caufe que Monfieur le Cardinal a bien voulu
eftre Docteur honoraire de fa
Faculté. Celuy de Medecine
promit que la Faculté épuiferoit les fecrets de fon Art, afin
que Son Eminence joüît long .
temps du Titre de Provifeur
de Sorbonne.
le
Le Procureur de la Nation
de France felicita la Sorbonne
fur fon nouveau choix par
concours & les fuffrages unanimes de tous les Docteurs qui
avoient pû fe rendre à l'Affemblée , où s'eftoient trouvez
Avril 1710.
O
162 MERCURE
deux Archevêques & fix Eveques , & par la fatisfaction que
que Son Eminence en avoir
témoignée ; celuy de Picardie
affura la Sorbonne que fon
nouveau Proviſeur luy donneroit fon attention. Que fa vie
laborieuſe & ennemie des plaifirs luy ménagoit du temps
pour fournir à tous fes Emplois ; celuy de Normandie dit
qu'il venoit moins pour don
donner fon fuffrage que pour
applaudir à la fageffe de la Sorbonne.Que cette Societé ne fe
trompoit jamais , &que le Public eftoit d'autant plus con-
GALANT 103
tent de fon choix , qu'il avoit
prévû qu'elle le feroit , & qu'il
aimoit generalementMonfieur
le Cardinal ; celuy d'Allema
gne témoigna la reconnoiffance de fa Nation pour les feCours que Monfieur le Cardinal accorde charitablement à
une partie de ceux qui la compofent. Ces fept diſcours furent les uns plus longs les autres plus courts , mais tous d'u
ne Latinité exquife & d'une
grande fineffe d'efprit. Le
Recteur aprés avoir recueilli
les voix conclut felon la coû
tume , fans qu'il y euft de proOij
164 MERCURE
teftation & d'interruption
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Résumé : Détail curieux, contenant tout ce qui s'est passé en Sorbonne lorsque Monsieur le Cardinal de Noailles a esté receu Proviseur de cette Societé. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination du Cardinal de Noailles au poste de Proviseur de la Maison et Société de Sorbonne. En mars 1710, les Docteurs de la Sorbonne ont unanimement choisi le Cardinal de Noailles pour succéder à l'Archevêque de Reims. Cette nomination a été confirmée solennellement le 9 avril 1710 dans la grande Salle des Actes de la Sorbonne. L'assemblée, présidée par le Recteur de l'Université, a réuni de nombreux Docteurs, ainsi que des représentants de Notre-Dame et de l'Université. L'Archidiacre et le Chancelier de l'Église de Paris étaient présents, conformément à l'ancien usage. Monsieur Vivant l'aîné, Chanoine de Notre-Dame, a ouvert la séance en élogeant le Cardinal de Noailles, mettant en avant sa piété, sa vigilance, sa science et sa supériorité d'esprit. Le Recteur a ensuite pris la parole pour louer la Sorbonne pour son esprit de simplicité et de désintéressement, et pour souligner l'importance de la nomination d'un Proviseur pour protéger les travaux des Docteurs. Le Chancelier Pirot a ensuite parlé, mentionnant les précédents Proviseurs de la Sorbonne et soulignant l'unicité du Cardinal de Noailles, qui cumule les titres de Cardinal, Archevêque et Proviseur. Les Doyens des Facultés et les Procureurs des Nations ont également exprimé leur soutien et leur reconnaissance envers le Cardinal, promettant leur dévouement et leur protection. Les discours, tous prononcés en latin, ont été marqués par une grande finesse d'esprit et une élégance rhétorique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 214-218
Sacre de Mr l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Abbé de Belzunce a esté sacré Evêque de Marseille dans [...]
Mots clefs :
Abbé de Belzunce, Evêque de Marseille, Cardinal de Noailles, Sacre
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texteReconnaissance textuelle : Sacre de Mr l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
Mr l'Abbé de Belzunce a efté
CALANT 215
facré Evêque de Marſeille dans
l'Eglife de la Maiſon Profeſſe
des Jefuites , par Mr le Cardinal de Noailles , affifté de Mr
Bouthillier de Chavigny , Evêque de Troyes, & de Mr du
Puget , nouvellement facré Evêque de Digne. Mr l'Abbé
de Belzunce eftoit Grand Vicaire d'Agen : il eut une Abbaye il y a trois ou quatre années: il eft neveu de Mr le Duc
de Lauzun , & fils d'une defes
fœurs ; ainfi il eſt Couſin germain de Mr le Comte de Nogent , & de Me la Marquife de
Biron. Je vous ay parlé de ſa
216 MERCURE
Maiſon lorsqu'il eut fon Ab
baye , & lorfqu'il fut nommé
à l'Evêché de Marſeille ; ainfi
je n'ay rien de nouveau à vous
en dire. Feu Mr le Comte de
Belzunce , pere du nouvel Evêque , eftoit de la Religion Proteftante; mais il fe réunit à l'EglifeCatholique avant fa mort.
Mr l'Evêque de Marseille fit il
y a quelques années la Vie de
Mlle de Foix vieille fille , tantedu Duc de ce nom , & qui
mourut il y a quelques années
fort âgée à Montpont en Pe
rigord , où elle faifoit fon fejour , &où elle a vécu dans une
pratique
GALANT 217
S
pratique édifiante des vertus
chreſtiennes. Mr de Belzunce
dedia ce Livre à Mr l'Evêque
d'Agen. L'Epitre Dedicatoire
eftoit fort belle , & elle contenoit dans une grande éten
due des faits entierement recherchez, &des reflexions tres
édifiantes. Cet Ouvrage fit
beaucoup d'honneur à Mr
l'Abbé de Belzunce. L'avanta
ge qu'il a d'eftre allié de la
Maifon de Foix par celle de
Gaumont, dont eft Mefa mere , donna lieu à cet Ouvrage.
Le Siege de Marſeille eft tresanciens ony a vû des Evêques
Avril 1710. ... T
218 MERCURE
dés les premiers ficcles du
Chriftianifme. Le premier qui
gouverna cette Eglife dans le
temps des affaires des. Iconoclaftes fit beaucoup parler de
luy , & fut beaucoup mêlédans
l'éclat qu'elles firent.cll y a
encore aujourd'huy deux ada
ciens Evêques de Marſeille,
outre ,celuy qui l'eft actuelle
ment ; fçavoir, Mr le Cardinal de Janfon quil'eſtoit avant
d'eftre Evêque de Beauvais ,
& Mr l'Archevêque d'Aix , au
quel avoit fuccedé Mr l'Abbé
de Poudenx, Agent du Clergé,
qui ne fut quetrois femaines à
Marfeille.
CALANT 215
facré Evêque de Marſeille dans
l'Eglife de la Maiſon Profeſſe
des Jefuites , par Mr le Cardinal de Noailles , affifté de Mr
Bouthillier de Chavigny , Evêque de Troyes, & de Mr du
Puget , nouvellement facré Evêque de Digne. Mr l'Abbé
de Belzunce eftoit Grand Vicaire d'Agen : il eut une Abbaye il y a trois ou quatre années: il eft neveu de Mr le Duc
de Lauzun , & fils d'une defes
fœurs ; ainfi il eſt Couſin germain de Mr le Comte de Nogent , & de Me la Marquife de
Biron. Je vous ay parlé de ſa
216 MERCURE
Maiſon lorsqu'il eut fon Ab
baye , & lorfqu'il fut nommé
à l'Evêché de Marſeille ; ainfi
je n'ay rien de nouveau à vous
en dire. Feu Mr le Comte de
Belzunce , pere du nouvel Evêque , eftoit de la Religion Proteftante; mais il fe réunit à l'EglifeCatholique avant fa mort.
Mr l'Evêque de Marseille fit il
y a quelques années la Vie de
Mlle de Foix vieille fille , tantedu Duc de ce nom , & qui
mourut il y a quelques années
fort âgée à Montpont en Pe
rigord , où elle faifoit fon fejour , &où elle a vécu dans une
pratique
GALANT 217
S
pratique édifiante des vertus
chreſtiennes. Mr de Belzunce
dedia ce Livre à Mr l'Evêque
d'Agen. L'Epitre Dedicatoire
eftoit fort belle , & elle contenoit dans une grande éten
due des faits entierement recherchez, &des reflexions tres
édifiantes. Cet Ouvrage fit
beaucoup d'honneur à Mr
l'Abbé de Belzunce. L'avanta
ge qu'il a d'eftre allié de la
Maifon de Foix par celle de
Gaumont, dont eft Mefa mere , donna lieu à cet Ouvrage.
Le Siege de Marſeille eft tresanciens ony a vû des Evêques
Avril 1710. ... T
218 MERCURE
dés les premiers ficcles du
Chriftianifme. Le premier qui
gouverna cette Eglife dans le
temps des affaires des. Iconoclaftes fit beaucoup parler de
luy , & fut beaucoup mêlédans
l'éclat qu'elles firent.cll y a
encore aujourd'huy deux ada
ciens Evêques de Marſeille,
outre ,celuy qui l'eft actuelle
ment ; fçavoir, Mr le Cardinal de Janfon quil'eſtoit avant
d'eftre Evêque de Beauvais ,
& Mr l'Archevêque d'Aix , au
quel avoit fuccedé Mr l'Abbé
de Poudenx, Agent du Clergé,
qui ne fut quetrois femaines à
Marfeille.
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Résumé : Sacre de Mr l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination de l'Abbé de Belzunce comme Évêque de Marseille. La cérémonie s'est déroulée dans l'église de la Maison Professe des Jésuites, sous la présidence du Cardinal de Noailles, assisté par les évêques Bouthillier de Chavigny et du Puget. L'Abbé de Belzunce, auparavant Grand Vicaire d'Agen, est neveu du Duc de Lauzun et cousin germain du Comte de Nogent et de la Marquise de Biron. Son père, le Comte de Belzunce, était protestant mais s'est converti au catholicisme avant sa mort. L'Abbé de Belzunce a écrit la vie de Mlle de Foix, une tante pieuse du Duc de Foix, ouvrage dédié à l'Évêque d'Agen et apprécié pour ses recherches édifiantes. Le siège épiscopal de Marseille est ancien, remontant aux premiers siècles du christianisme. Le premier évêque connu a marqué l'histoire locale par son rôle durant les affaires des Iconoclastes. Actuellement, outre l'Évêque de Marseille, deux anciens évêques sont mentionnés : le Cardinal de Janson, ancien Évêque de Beauvais, et l'Archevêque d'Aix, succédé par l'Abbé de Poudenx, qui a occupé le poste trois semaines.
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7
p. 314-322
Deputation faite à Mr le Cardinal de Noailles pour congratuler S. E. de son Election à la dignité de Proviseur de Sorbonne. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay donné dans cette Lettre un curieux & ample détail [...]
Mots clefs :
Sorbonne, Proviseur, Cardinal de Noailles, Docteurs, Élection, Députation, Abbé d'Etouilly
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texteReconnaissance textuelle : Deputation faite à Mr le Cardinal de Noailles pour congratuler S. E. de son Election à la dignité de Proviseur de Sorbonne. [titre d'après la table]
Je vous ay donné dans cette
Lettre un curieux & ample détail de tout ce qui s'eft paffé en
Sorbonne le jour que Mr le
Cardinal de Noailles y a efté
nommé Provifeur ; mais je ne
vous ay rien dit du Compli- .
ment que Mrs les Docteurs de
cette fameufe Societé jugerent
GALANT 315
à propos de luy envoyer faire
fur cette Election. Ils députerent Mr l'Abbé d'Etoüilly ,
Senieur de cette Maifon , avec
les fix Anciens , & ils inviterent les autres à s'y joindre.
Mr. l'Abbé d'Etoüilly , accoûtumé à bien parler, s'acquitta
du Compliment qu'il avoit à
faire à peu prés de la maniere
fuivante.
Il dit à S. E que par ordre de
la Compagnie , & enfuivant les
mouvemens de leur cœur , ils ve
noientfefeliciter auprés d'Elle de
l'avoir pour Provifeur , par un
choix où la liberté avoit eftéfans
Dd ij
316 MERCURE
perte
atteinte, l'inclinationfanspar
tage ; qu'un choixfibeau qui mettoit à leur tefte tant defageffe , de
religion & d'autorité, les dédommageoit abondamment de la
qu'ils avoient faite ; & qu'il leur
eftoit d'autant plus cher , qu'its
eftoient bien informez qu'Elle l'avoit appris avecplaiſir, &même
qu'Elle s'en honoroit ; que ce terme, cefentiment de bonte leur
rappelloit la memoire du grand
Cardinal de Lorraine qui s'honoroit de mefme de la qualité de
Proviſeur de Sorbonne , & qui
repetoit fouvent devant les Peres
de Trente , que dans la neceffité
GALANT 317
d'opter , il eût preferé cette
qualité à la Pourpre du Sacré
College ; que ce qui augmentoit
leur joye & qui préfageoit à leur
Maifon plus de fplendeur & de
reputation que jamais , eftoit que
fe trouvant par je nefçay qu'elle
beureufe combinaifon le trentiéme
de fes Provifeurs , & le quinziéme des Cardinaux qui l'ont
efté; Elle eftoit comme un diamant
de prix inestimable , qui fermoit
la Couronneformée de ces grands
illuftres Perfonnages , & qui
jettoit de nouveaux_brillans fur
eux tous.
Il ajoûta , qu'auſſi lagloire de
Dd iij
318 MERCURE
Sorbonne étant attachée à l'eſprit
de paix d'où elle avoit acquis le
titre defainte & pacifique Societé,
&à l'obfervation de fes Statuts
que le grand Armand ſon Reſtaurateur luy avoit tant de fuis recommandez ils fe promettoient
de voir cette paix & ces Statuts
fleurir à l'ombre de la pourpre de
S. E. & parlà croître de jour en
jour la glorieufe acquifition des
travaux : des vertus de leurs
Peres ; qu'ilfera dit de Sorbonne
fous la protection de S. E. comme
de Ferufalem fous le Pontificat
d'Onias , qu'on y a gouté fans
trouble les delices de la paix, &
GALANT 319
gardé les loix du Seigneur avec
exactitude à caufe de la pieté du
Pontife , & defon amour pour le
bien.
Il finit en difant , que c'estoient
là enfin leurs efperances & leurs
vaux , & en fouhaitant que le
Ciel voulut les benir àla louange érernelle de S. E. & de leur
Maifon à prefent la fienne.
S. E. parut extrêmement fa
tisfaite du Compliment de Mr
l'Abbé d'Erouilly.
Voicy à peu prés ce qu'Elle વે
y répondit , avec l'air gracieux
& modefte qui luy eft naturel;
& ce que je vais vous en rapDd iiij
320 MERCURE
porter , cft peut- eftre moins
beau que ce que l'on n'en a pu
rerenir.
Elle répondit donc , qu'Elle reffentoit vivement l'honneur
qu'on avoit bien voulu luy
faire que cette diftinction luy
eftoit d'autant plus chere , qu'ellevenoit de Sorbonne , Maifon celebre dans tout le monde Chrétien ,
& qu'Elle la recevoit aprés tant
d'éminentes Perfonnes , aprés des
Princes , & des Princes mefmes
du fang Royal. Qu'aprés tout le
Provifeur qu'on s'étoit donné
n'étoit pas un indifferent ; mais un
ancien Difciple , un ancien Amy,
qui avoit dés fes premiers ans
GALANT 321
;
fuccé le lait de Sorbonne , ayant
efté nourry & élevé dans un de
fes Colleges , & puifé la fcience
& la fageffe à la fource de fon
Ecole qu'il avoit toûjours tendrement aimé Sorbonne , luy ayant
dés long-temps donné dans les
faintesfollicitudes du Miniftere,
Son eftime & fa confiance , &
hors de là , fa familiarité & fa
tendreffe ; qu'il n'y avoit pas d'apparence que luy eftant redevable
& plus uni , il eutdeformais pour
elle le cœur moins ouvert ; & au
refte que s'il fe trouvoit aujour
d'huy élevé auec tant d'affection
defi bonnegrace à la premiere
322 MERCURE
le
place d'un Corps fi éclairé & fi
celebre , ce ne feroit pas pour
dominer ; mais pour luy eftre plus
utile , en procurantplus de bien à
fesMembres, & non en les afferviffant.
Cette réponſe fpirituelle finie , S. E. fit de grandes careffes à Mr l'Abbé d'Eroüilly ,
&fir beaucoup d'honnêtetezà
tous ces Meffieurs , en parlant
feparément à chacun. Ainfi,
Elle les renvoya tous contens
de la fageffe de leur élection ;
mais plus encore de la bonté
de leur Provifeur
Lettre un curieux & ample détail de tout ce qui s'eft paffé en
Sorbonne le jour que Mr le
Cardinal de Noailles y a efté
nommé Provifeur ; mais je ne
vous ay rien dit du Compli- .
ment que Mrs les Docteurs de
cette fameufe Societé jugerent
GALANT 315
à propos de luy envoyer faire
fur cette Election. Ils députerent Mr l'Abbé d'Etoüilly ,
Senieur de cette Maifon , avec
les fix Anciens , & ils inviterent les autres à s'y joindre.
Mr. l'Abbé d'Etoüilly , accoûtumé à bien parler, s'acquitta
du Compliment qu'il avoit à
faire à peu prés de la maniere
fuivante.
Il dit à S. E que par ordre de
la Compagnie , & enfuivant les
mouvemens de leur cœur , ils ve
noientfefeliciter auprés d'Elle de
l'avoir pour Provifeur , par un
choix où la liberté avoit eftéfans
Dd ij
316 MERCURE
perte
atteinte, l'inclinationfanspar
tage ; qu'un choixfibeau qui mettoit à leur tefte tant defageffe , de
religion & d'autorité, les dédommageoit abondamment de la
qu'ils avoient faite ; & qu'il leur
eftoit d'autant plus cher , qu'its
eftoient bien informez qu'Elle l'avoit appris avecplaiſir, &même
qu'Elle s'en honoroit ; que ce terme, cefentiment de bonte leur
rappelloit la memoire du grand
Cardinal de Lorraine qui s'honoroit de mefme de la qualité de
Proviſeur de Sorbonne , & qui
repetoit fouvent devant les Peres
de Trente , que dans la neceffité
GALANT 317
d'opter , il eût preferé cette
qualité à la Pourpre du Sacré
College ; que ce qui augmentoit
leur joye & qui préfageoit à leur
Maifon plus de fplendeur & de
reputation que jamais , eftoit que
fe trouvant par je nefçay qu'elle
beureufe combinaifon le trentiéme
de fes Provifeurs , & le quinziéme des Cardinaux qui l'ont
efté; Elle eftoit comme un diamant
de prix inestimable , qui fermoit
la Couronneformée de ces grands
illuftres Perfonnages , & qui
jettoit de nouveaux_brillans fur
eux tous.
Il ajoûta , qu'auſſi lagloire de
Dd iij
318 MERCURE
Sorbonne étant attachée à l'eſprit
de paix d'où elle avoit acquis le
titre defainte & pacifique Societé,
&à l'obfervation de fes Statuts
que le grand Armand ſon Reſtaurateur luy avoit tant de fuis recommandez ils fe promettoient
de voir cette paix & ces Statuts
fleurir à l'ombre de la pourpre de
S. E. & parlà croître de jour en
jour la glorieufe acquifition des
travaux : des vertus de leurs
Peres ; qu'ilfera dit de Sorbonne
fous la protection de S. E. comme
de Ferufalem fous le Pontificat
d'Onias , qu'on y a gouté fans
trouble les delices de la paix, &
GALANT 319
gardé les loix du Seigneur avec
exactitude à caufe de la pieté du
Pontife , & defon amour pour le
bien.
Il finit en difant , que c'estoient
là enfin leurs efperances & leurs
vaux , & en fouhaitant que le
Ciel voulut les benir àla louange érernelle de S. E. & de leur
Maifon à prefent la fienne.
S. E. parut extrêmement fa
tisfaite du Compliment de Mr
l'Abbé d'Erouilly.
Voicy à peu prés ce qu'Elle વે
y répondit , avec l'air gracieux
& modefte qui luy eft naturel;
& ce que je vais vous en rapDd iiij
320 MERCURE
porter , cft peut- eftre moins
beau que ce que l'on n'en a pu
rerenir.
Elle répondit donc , qu'Elle reffentoit vivement l'honneur
qu'on avoit bien voulu luy
faire que cette diftinction luy
eftoit d'autant plus chere , qu'ellevenoit de Sorbonne , Maifon celebre dans tout le monde Chrétien ,
& qu'Elle la recevoit aprés tant
d'éminentes Perfonnes , aprés des
Princes , & des Princes mefmes
du fang Royal. Qu'aprés tout le
Provifeur qu'on s'étoit donné
n'étoit pas un indifferent ; mais un
ancien Difciple , un ancien Amy,
qui avoit dés fes premiers ans
GALANT 321
;
fuccé le lait de Sorbonne , ayant
efté nourry & élevé dans un de
fes Colleges , & puifé la fcience
& la fageffe à la fource de fon
Ecole qu'il avoit toûjours tendrement aimé Sorbonne , luy ayant
dés long-temps donné dans les
faintesfollicitudes du Miniftere,
Son eftime & fa confiance , &
hors de là , fa familiarité & fa
tendreffe ; qu'il n'y avoit pas d'apparence que luy eftant redevable
& plus uni , il eutdeformais pour
elle le cœur moins ouvert ; & au
refte que s'il fe trouvoit aujour
d'huy élevé auec tant d'affection
defi bonnegrace à la premiere
322 MERCURE
le
place d'un Corps fi éclairé & fi
celebre , ce ne feroit pas pour
dominer ; mais pour luy eftre plus
utile , en procurantplus de bien à
fesMembres, & non en les afferviffant.
Cette réponſe fpirituelle finie , S. E. fit de grandes careffes à Mr l'Abbé d'Eroüilly ,
&fir beaucoup d'honnêtetezà
tous ces Meffieurs , en parlant
feparément à chacun. Ainfi,
Elle les renvoya tous contens
de la fageffe de leur élection ;
mais plus encore de la bonté
de leur Provifeur
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Résumé : Deputation faite à Mr le Cardinal de Noailles pour congratuler S. E. de son Election à la dignité de Proviseur de Sorbonne. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination du Cardinal de Noailles au poste de Proviseur de la Sorbonne. Les Docteurs de la Sorbonne ont adressé leurs félicitations au Cardinal par l'intermédiaire de l'Abbé d'Étoüilly, accompagné des six Anciens et d'autres membres. L'Abbé a souligné que l'élection du Cardinal était le résultat de la liberté et de l'inclination des membres, compensant largement les sacrifices consentis. Il a également mentionné que le Cardinal était le trentième Proviseur et le quinzième Cardinal à occuper cette fonction, comparant cette situation à un diamant précieux couronnant une série de grands personnages. L'Abbé a insisté sur le fait que la gloire de la Sorbonne reposait sur l'esprit de paix et le respect des statuts, espérant voir ces valeurs prospérer sous la protection du Cardinal. Il a conclu en souhaitant que le Ciel bénisse ces vœux pour la louange éternelle du Cardinal et de la Sorbonne. En réponse, le Cardinal a exprimé sa gratitude pour cet honneur, soulignant que cette distinction lui était chère car elle provenait de la Sorbonne, une institution renommée dans le monde chrétien. Il a rappelé son attachement à la Sorbonne, ayant été élevé et formé dans l'un de ses collèges. Le Cardinal a assuré qu'il utiliserait sa position pour apporter plus de bien aux membres de la Sorbonne, et non pour les asservir. Il a également adressé des compliments à l'Abbé et aux autres membres, les renvoyant satisfaits de leur élection et de la bonté de leur Proviseur.
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8
p. 279-281
Nouvelles de Paris.
Début :
Le Roy a donné le Gouvernement d'Alsace, vacant par [...]
Mots clefs :
Alsace, Parlement, Gouvernement, Ambassade , Cardinal de Noailles, Angleterre, Duc d'Aumont
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris.
Nouvelles de Paris.
Le Roy a donné le Gouvernement
d'Alsace, vacant
par la mort du Duc de Mazarin,
au Maréchal de Huxelles.
Le 1 3. Novembrel'ouverture
du Parlement se fit avec
les ceremonies ordinaires. La
Messe fut célébrée par l'Evêque
de Lavaur, qui fit enfuire
un compliment, auquel
le sieur de Mesmes, premier
President répondit fort éloquemmenr.
Le Duc d'Aumont en arrivé
de ion Ambassade d'Angleterre.
& il a salué Sa Majesté
qui l'a reçu très favoriblement.
Le 30. on chanta leTe
Deum dans l'Eglise Metro- j
politaine en Action de Gra- :
ces de la Prise de la Ville & f
les Forts de Fribourg. Le
Cardinal de Noailles,Arche-
Le Roy a donné le Gouvernement
d'Alsace, vacant
par la mort du Duc de Mazarin,
au Maréchal de Huxelles.
Le 1 3. Novembrel'ouverture
du Parlement se fit avec
les ceremonies ordinaires. La
Messe fut célébrée par l'Evêque
de Lavaur, qui fit enfuire
un compliment, auquel
le sieur de Mesmes, premier
President répondit fort éloquemmenr.
Le Duc d'Aumont en arrivé
de ion Ambassade d'Angleterre.
& il a salué Sa Majesté
qui l'a reçu très favoriblement.
Le 30. on chanta leTe
Deum dans l'Eglise Metro- j
politaine en Action de Gra- :
ces de la Prise de la Ville & f
les Forts de Fribourg. Le
Cardinal de Noailles,Arche-
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Résumé : Nouvelles de Paris.
Le roi a nommé le maréchal de Huxelles gouverneur d'Alsace. Le Parlement a été ouvert le 13 novembre avec des cérémonies traditionnelles. Le duc d'Aumont est revenu d'Angleterre. Le 30 novembre, un Te Deum a célébré la prise de Fribourg, présidé par le cardinal de Noailles.
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9
p. 120-121
Epitaphe du Cardinal de Noailles, [titre d'après la table]
Début :
AD PEDES DEI-PARAE Quam semper religiosè coluerat. [...]
Mots clefs :
Épitaphe, Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epitaphe du Cardinal de Noailles, [titre d'après la table]
Nous avons dir dans lé Journal du mois
de Mai 17 z?, que le 7. du même moisie
Cardinal de Noailles Archevêque dé Pari*
fut inhumé dans l' Eglise MtMopolitáirie ,
devant la ChapeUe de la sainte-Vierge-,
suivant qu'il l'avoit ordonné par son Testement.
Qn a depuis couvert d'un marbre
noir le lieu de son inhumation , & on a
gravé fur cc Marbre l'Epitaphe qui fait.
' JANFVÌER. i73<3«.
AD PEDES DEI-PAR*
Quam fimpir religiosè coluerat.
Hic Jacet,
Vt Testament» juftt ,
Iudovicus - AntoniUS De NoaiItLEsJ
S,R-E. Cardinalìs yjtrchiepifccpus Varifienfii*
Due S. Clodoaldi , far Francis. 1
Rfgii Ordinis S. Spiritus Cemmendater ;
Brovifor Sorbona i ac- RegU Navarrt Suptrion
Commiffi Jìbi gregis
Sullicitttdint Pastor , chantait Pater,
'-■ •-' • Moril'us , ferm»,
Domtti fus. berù prifofitus ,
Domus Domìni zelo accenfus ,
In eratione affiduns , in labore indefeffui*
In cuit n modéfiûs , in vi&ìi fimplex-
Sibi parcus , in esterai sanSr prùdigtts ,
A teneris ad fenium tqualis idemque ,
Stmper prudent , mitis pacifeus
t Vitatn tranfegit benefaciend».
Ecclefíam Pnrifienfem J
î> /■ Ahnii XXXIV. ?
. ■ ; Rcxtt , di.exit , excêíuit , omavh :
- i^Ejat beneficentiam hommes fi taceant
Hujus Basilics, lapides clamabunt :
Qbiit plenus dierum , omnibus flebilis ,
JJieMaii^. Ana Dni 1719 traits 78»
Viro MlSïRlCORDI
BivjnamMtpcriiorditmaPPrtcsr*.
de Mai 17 z?, que le 7. du même moisie
Cardinal de Noailles Archevêque dé Pari*
fut inhumé dans l' Eglise MtMopolitáirie ,
devant la ChapeUe de la sainte-Vierge-,
suivant qu'il l'avoit ordonné par son Testement.
Qn a depuis couvert d'un marbre
noir le lieu de son inhumation , & on a
gravé fur cc Marbre l'Epitaphe qui fait.
' JANFVÌER. i73<3«.
AD PEDES DEI-PAR*
Quam fimpir religiosè coluerat.
Hic Jacet,
Vt Testament» juftt ,
Iudovicus - AntoniUS De NoaiItLEsJ
S,R-E. Cardinalìs yjtrchiepifccpus Varifienfii*
Due S. Clodoaldi , far Francis. 1
Rfgii Ordinis S. Spiritus Cemmendater ;
Brovifor Sorbona i ac- RegU Navarrt Suptrion
Commiffi Jìbi gregis
Sullicitttdint Pastor , chantait Pater,
'-■ •-' • Moril'us , ferm»,
Domtti fus. berù prifofitus ,
Domus Domìni zelo accenfus ,
In eratione affiduns , in labore indefeffui*
In cuit n modéfiûs , in vi&ìi fimplex-
Sibi parcus , in esterai sanSr prùdigtts ,
A teneris ad fenium tqualis idemque ,
Stmper prudent , mitis pacifeus
t Vitatn tranfegit benefaciend».
Ecclefíam Pnrifienfem J
î> /■ Ahnii XXXIV. ?
. ■ ; Rcxtt , di.exit , excêíuit , omavh :
- i^Ejat beneficentiam hommes fi taceant
Hujus Basilics, lapides clamabunt :
Qbiit plenus dierum , omnibus flebilis ,
JJieMaii^. Ana Dni 1719 traits 78»
Viro MlSïRlCORDI
BivjnamMtpcriiorditmaPPrtcsr*.
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Résumé : Epitaphe du Cardinal de Noailles, [titre d'après la table]
En mai 1729, le Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris, fut inhumé dans l'Église Métropolitaine. Sa tombe, recouverte d'une dalle de marbre noir, porte une épitaphe gravée. Elle mentionne sa mort le 7 mai 1729 à 78 ans et ses vertus miséricordieuses et bienfaisantes.
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10
p. 1400-1404
Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
Début :
On sçait que l'Eglise de Notre-Dame de Paris [...]
Mots clefs :
Église de Notre-Dame de Paris, Chapitre, Louis XIV, Cardinal de Noailles, Voûte, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
On sçait que l'Eglise de Notre- Dame
de Paris est en possession d'attirer l'admitation de tous les habitans de cette
grande Ville et des Etrangers ; mais depuis que son illustre Chapitre a fait mettre , pour ainsi dire , la derniere main à
ce superbe Edifice , en achevant ce que
LOUIS XIV. et le feu Cardinal de Noailles
avoient commencé avec tant de zele et de
magnificence , on peut dire qu'elle paroît
dans tout son éclats car cette belle et vas
te Fabrique semble sortir des mains de
l'Ouvrier. Nous croyons faire plaisir au
public de lui donner icy une idée en racourci de ces travaux, en attendant qu'ils
soient achevez, et qu'on puisse entrer dans
un plus grand détail,
II. Vol.
Sans
JUI N. 1732 1401
Sans entrer dans le détail de la premiere origine et des differentes fondations .
de cette Eglise, bâtie dans un goût Gothique , mais des plus majestueux dans sa
simplicité;nous dirons que ce grand Vaisseau a été commencé par Maurice de Sully , Evêque de Paris , vers le milieu du
12 siécle. La premiere pierre fut mise avec
beaucoup de solemnité, par le Pape Alexandre III . alors refugié en France, lequel
fit ensuite consacrer le Grand Autel l'an
1182. par Henry, Legat Apostolique.
Ce ne fut que bien avant dans le 13
siecle que ce vaste bâtiment fut achevé ;
sa longueur est de 65 toises , sa largeur
de 24, et sa hauteur de 17 , sous clef :
il est soutenu par 20 gros Pilliers. Les
deux grosses Tours quarrées, qui s'élevent
sur le frontispice , ont 34 toises de hauteur.
LOUIS XIII. ayant résolu d'orner cette
Eglise , en conséquence d'un vœu solemnel qui interressoit tout le Royaume ; on
devoit construire un Maître-Autel , qui
répondit à sa beauté ; ce qui n'a été exécuté que par LOUIS XIV. Ce Prince est
allé au-delà des intentions de Louis le ™
Juste son Pere. On peut voir la description qui en a été faite dans Felibien,Ger
main Brice , et Piganiol de Laforce.
11. Vol G Le
402 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , voulant seconder de si pieux
desseins , se proposa de continuer les décorations de ce Temple. Il commença
par la construction de la Chapelle de la
Vierge , dont l'Autel est tout de Marbre ,
avec des Colonnes enrichies d'ornemens
de Bronze doré ; il la benit le 6 de May
1719.11 fit ensuite construire la Chapellle
de S.Denys, autrement dite des Martyrs,
de la même maniere que celle de la Vierge , et dela même simétrie.
La Voute du milieu de la Croisée dépérissant de jour en jour, et la Fléche qui
est au dessus, menaçant ruine, il employa
de grandes sommes pour l'entiere réparation de l'une et de l'autre , aussi - bien que
pour la Couverture en-Plomb, dont il'a fait
refaire à neufla plus grande partie, sous la
conduite de l'Abbé de la Croix , Chanoi- ;
ne,qui s'est toujours fait un devoir de Religion d'être le Coopérateur de tant de
pieux travaux.Il a aussi présidé au rétablissementde la grande Roze qui est ducôté
de l'Archevêché ; on prétend que cette ·
seule partie a coûté près de 80000 liv. Ce
fut Claude Pinet , Appareilleur , qui executa cette entreprise en 1727. sous les ofdresde M.de Bosfrant, Architecte du Roy.
Le Cardinal de Noailles a fait aussi tra11.1.2.
vailler
JUIN. 1732. 1403
vailler à la construction d'une grande.
partie de la Chapelle , destinée pour la
Sépulture de sa Famille.
On fait monter toutes les dépenses que
le Cardinal de Noailles a faites, soit pour
les réparations ou embellissemens , à des
sommes très considérables ; et ceux qui
les estiment le moins,les portent à plus de
300000 liv.
• C'est que marcher sur ses traces ,
pour
le Chapitre s'est déterminé à achever les
réparations et les embellissemens de cette
Eglise. Il a fait reblanchir tout le dedans
par le moyen d'Echaffaurs volants , dont
P'invention hardie a été d'un tres-grand
secours ; il a fait mettre tous les Vitraux
dela Nef en Verres blancs , et réparé la
Rose du dessus de l'Orgue , qui est d'un
travail aussi ingénieux que délicat. C'est
aussi au même Chapitre que l'Orgue doit
sa parfaite restauration , et une augmen-.
tion de 1400 Tuyaux , ce qui va faire un
des Orgues les plus parfaits , et le plus
fort qu'il y ait en Europe. Le St François
Thierry a été choisi comme le plus habile
Facteur pour ces sortes d'Ouvrages , et le
S Calvieres pour le toucher; on sçait qu'il
est un des plus habiles Organistes de ce
temps.
C'est aussi aux soins , et au zéle du mêII. Vol. Gij me
1404 MERCURE DE FRANCE
me Chapitre ( a ) , qu'on est redevable de
la restauration et du nettoyement des Tableaux de cette Eglise, qui étoient depuis
long-temps dans un fort mauvais état.
Le St Gregoire, Peintre, Eleve de M² Res
tout , qui a été choisi pour cela , s'en est
acquitté avec un succès merveilleux les
deux Certificats cy - joints en font foy.
C'est aussi lui qui a donné un nouvel
arrangement à ces mêmes Tableaux,
dont les sujets , tirez de l'Evangile et des
Actes des Apôtres, étoient confondus ensemble.Il a rangé tous les sujets de l'Evangile à main gauche, en entrant dans la
Nef par le grand Portail, et les Actes des
Apôtres , à droite.
de Paris est en possession d'attirer l'admitation de tous les habitans de cette
grande Ville et des Etrangers ; mais depuis que son illustre Chapitre a fait mettre , pour ainsi dire , la derniere main à
ce superbe Edifice , en achevant ce que
LOUIS XIV. et le feu Cardinal de Noailles
avoient commencé avec tant de zele et de
magnificence , on peut dire qu'elle paroît
dans tout son éclats car cette belle et vas
te Fabrique semble sortir des mains de
l'Ouvrier. Nous croyons faire plaisir au
public de lui donner icy une idée en racourci de ces travaux, en attendant qu'ils
soient achevez, et qu'on puisse entrer dans
un plus grand détail,
II. Vol.
Sans
JUI N. 1732 1401
Sans entrer dans le détail de la premiere origine et des differentes fondations .
de cette Eglise, bâtie dans un goût Gothique , mais des plus majestueux dans sa
simplicité;nous dirons que ce grand Vaisseau a été commencé par Maurice de Sully , Evêque de Paris , vers le milieu du
12 siécle. La premiere pierre fut mise avec
beaucoup de solemnité, par le Pape Alexandre III . alors refugié en France, lequel
fit ensuite consacrer le Grand Autel l'an
1182. par Henry, Legat Apostolique.
Ce ne fut que bien avant dans le 13
siecle que ce vaste bâtiment fut achevé ;
sa longueur est de 65 toises , sa largeur
de 24, et sa hauteur de 17 , sous clef :
il est soutenu par 20 gros Pilliers. Les
deux grosses Tours quarrées, qui s'élevent
sur le frontispice , ont 34 toises de hauteur.
LOUIS XIII. ayant résolu d'orner cette
Eglise , en conséquence d'un vœu solemnel qui interressoit tout le Royaume ; on
devoit construire un Maître-Autel , qui
répondit à sa beauté ; ce qui n'a été exécuté que par LOUIS XIV. Ce Prince est
allé au-delà des intentions de Louis le ™
Juste son Pere. On peut voir la description qui en a été faite dans Felibien,Ger
main Brice , et Piganiol de Laforce.
11. Vol G Le
402 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , voulant seconder de si pieux
desseins , se proposa de continuer les décorations de ce Temple. Il commença
par la construction de la Chapelle de la
Vierge , dont l'Autel est tout de Marbre ,
avec des Colonnes enrichies d'ornemens
de Bronze doré ; il la benit le 6 de May
1719.11 fit ensuite construire la Chapellle
de S.Denys, autrement dite des Martyrs,
de la même maniere que celle de la Vierge , et dela même simétrie.
La Voute du milieu de la Croisée dépérissant de jour en jour, et la Fléche qui
est au dessus, menaçant ruine, il employa
de grandes sommes pour l'entiere réparation de l'une et de l'autre , aussi - bien que
pour la Couverture en-Plomb, dont il'a fait
refaire à neufla plus grande partie, sous la
conduite de l'Abbé de la Croix , Chanoi- ;
ne,qui s'est toujours fait un devoir de Religion d'être le Coopérateur de tant de
pieux travaux.Il a aussi présidé au rétablissementde la grande Roze qui est ducôté
de l'Archevêché ; on prétend que cette ·
seule partie a coûté près de 80000 liv. Ce
fut Claude Pinet , Appareilleur , qui executa cette entreprise en 1727. sous les ofdresde M.de Bosfrant, Architecte du Roy.
Le Cardinal de Noailles a fait aussi tra11.1.2.
vailler
JUIN. 1732. 1403
vailler à la construction d'une grande.
partie de la Chapelle , destinée pour la
Sépulture de sa Famille.
On fait monter toutes les dépenses que
le Cardinal de Noailles a faites, soit pour
les réparations ou embellissemens , à des
sommes très considérables ; et ceux qui
les estiment le moins,les portent à plus de
300000 liv.
• C'est que marcher sur ses traces ,
pour
le Chapitre s'est déterminé à achever les
réparations et les embellissemens de cette
Eglise. Il a fait reblanchir tout le dedans
par le moyen d'Echaffaurs volants , dont
P'invention hardie a été d'un tres-grand
secours ; il a fait mettre tous les Vitraux
dela Nef en Verres blancs , et réparé la
Rose du dessus de l'Orgue , qui est d'un
travail aussi ingénieux que délicat. C'est
aussi au même Chapitre que l'Orgue doit
sa parfaite restauration , et une augmen-.
tion de 1400 Tuyaux , ce qui va faire un
des Orgues les plus parfaits , et le plus
fort qu'il y ait en Europe. Le St François
Thierry a été choisi comme le plus habile
Facteur pour ces sortes d'Ouvrages , et le
S Calvieres pour le toucher; on sçait qu'il
est un des plus habiles Organistes de ce
temps.
C'est aussi aux soins , et au zéle du mêII. Vol. Gij me
1404 MERCURE DE FRANCE
me Chapitre ( a ) , qu'on est redevable de
la restauration et du nettoyement des Tableaux de cette Eglise, qui étoient depuis
long-temps dans un fort mauvais état.
Le St Gregoire, Peintre, Eleve de M² Res
tout , qui a été choisi pour cela , s'en est
acquitté avec un succès merveilleux les
deux Certificats cy - joints en font foy.
C'est aussi lui qui a donné un nouvel
arrangement à ces mêmes Tableaux,
dont les sujets , tirez de l'Evangile et des
Actes des Apôtres, étoient confondus ensemble.Il a rangé tous les sujets de l'Evangile à main gauche, en entrant dans la
Nef par le grand Portail, et les Actes des
Apôtres , à droite.
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Résumé : Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
La cathédrale Notre-Dame de Paris est renommée pour son architecture imposante et attire tant les Parisiens que les visiteurs étrangers. Le chapitre de la cathédrale a récemment terminé des travaux de restauration et d'embellissement, initiés par Louis XIV et le cardinal de Noailles. La construction de la cathédrale a été commencée par Maurice de Sully au milieu du XIIe siècle et consacrée en 1182 par le pape Alexandre III. Elle mesure 65 toises de longueur, 24 de largeur et 17 de hauteur sous clef, et est soutenue par 20 piliers. Les deux tours du frontispice atteignent 34 toises de hauteur. Louis XIII avait prévu d'orner l'église, mais c'est Louis XIV qui a réalisé ce projet. Le cardinal de Noailles a poursuivi les décorations en construisant la chapelle de la Vierge et celle de Saint-Denis, en réparant la voûte et la flèche, et en refaisant la couverture en plomb. Il a également restauré la grande rose et construit une chapelle pour la sépulture de sa famille. Les dépenses du cardinal pour les réparations et embellissements sont estimées à plus de 300 000 livres. Le chapitre de la cathédrale a continué les travaux en reblanchissant l'intérieur, en réparant les vitraux et la rose au-dessus de l'orgue, et en restaurant l'orgue en ajoutant 1400 tuyaux. Les tableaux de l'église, restaurés par le peintre Saint Grégoire, ont été réorganisés pour séparer les sujets de l'Évangile et des Actes des Apôtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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