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1
p. 145-178
EXTRAIT d'un memoire touchant les vegetations artificielles, lû par Mr Hombert dans la derniere assemblée de l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Nous avons dans les operations de Chimie beaucoup de productions [...]
Mots clefs :
Eau, Bouteille, Végétations, Végétations artificielles, Sédiment, Métal, Feu
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un memoire touchant les vegetations artificielles, lû par Mr Hombert dans la derniere assemblée de l'Académie Royale des Sciences.
EXTRAIT
d'un memoire touchant
les vegetations
artificielles, lu par
MrHombert dans la
derniereassemblée de
l'Académie Royale
des Sciences.
- Nous
avons dans les
operations deChimie beaucoup
de productions qui
ressemblent en quelque façonàlavegetationdes
plantes
l' ce qui a donné lieu de
lesappeller Vegetations méttaalllliiqquueess,
a,arrbbrreessddeeD[JiÍaannnnee, y &.
J'ay rangé ces sortes de
Vegetations en trois classes
I. Celles quiconsistent
en un métal pur & massif
sans aucun mélange.
2.Celles dont la composition
consiste en un metal
dissous, le dissolvant restant
meslé avec le metal, &
sassant partie de l'arbrisseau
qui en est produit.
3. Celles qui ne contiennent
rien de metalique,
maissimplement des
matieres salines,terreuses
& huileuses ses& huileu[es,
f&.;
Je donneray pourexem.
ples de la première classe
les; productions des trois
opérations suivantes. Faites une amalgame
d'une once ou deux
d'or fin ou d'argent fin, &
dedix foisautant de Mercure
,ressuscité du Cinabre
broyé; lavez cet amalgame
plusieurs fois dans de
l'eau nette de riviere, jusqu'àce
que l'amalgamene
laisse plus de falleté dans
l'eau. Pour lors sechez vôtre
amalgame, mêlez-le
dans une corne de verre,
distillé au bain de sableà
très petit feu que vous entretiendrez
pendant un
jour ou deux, plus vous
pourrez continuer le feu
sans chasser tout à fait le
Mercure,plus la végétation
fera parfaite. Vous pousserez
le feu à lafin jusques à
faire forcirtout le Mercure,
laissezéteindre le feu,
vous trouverez vostre Mercure
dans le recepient, &
l'orou l'argent qui reliera
dans la cornue,fera doux
& pliant,&de la plusbelle
couleur que ces métaux
peuvent avoir,dont la masse
aura pousse des branches
en forme de petits arbrisfaux
de différentesfigures
& de différentes hauteurs,
que l'on peut tirer de la
cornue
,
les séparer de la
masse du métal qui leur à
servi devase, les faire rougir
au feu, & les garder
tant que l'on veut sans
qu'ils le gâtent.
f»> t. ,b
",.,. Mr Hombert explifque
par ordre chaque
operation, & en devielope
la mécanique avec
tant de netteté & de précision
qu'on ne pourroit
abreger ses explications
sans lesalterer, c'est ce
qui m'adéterminé à ne
prendre de son discours
que l'instruction necessaire
à ceux qui voudront
pratiquer les experiences
qu'il explique.
Le second exemple de
cette premiere classe des vegétations
articicielesfetire
de l'opération suivante.
Prenez une once ou deux
d'argent finfondez-le dans
un creuset,& pendant qu'il
esten fonte, jettez dessus
par diversesreprises autant
pesant de soufre commun;
remuez & mêlez les bien
avez une baguette de fer,
& le retirez promptement
du feu,laissezrefondre la
matiere, puis pilez la bien
menue
, remettez la dans
un autre creuset que vous
placerez dans un feu doux
de charbons ou dans. une
soitedigestionou bain de
sable sans fondre la mariere,
le soufre s'évaporera
peu à peu de la masse qui
est dans le creuset, & entraînera
avec luy une partie
de l'argentenforme de
filets fort blancs, brillants
& fort doux, qui tiennent
à la masse du métal d'où ils
sont fortis. J'en ay vu de la
hauteur de trois pouces, &
des lames de deux lignes
de large, &: de l'epaisseur
d'une carte à joüer.
L'opération suivante
donnera nostre troisieme
exemp le. Fondez enssemble
deux onces d'argent de
vaisselle
,
& six onces de
plomb, mêlez ce mélange
dans une counelle de
cendre dessous une mourfle,
donnezle feu qui convient
pour purifier cet argent
à la cou pelle, & dés
que vous verrezla marque
que l'argent est devenu fin,
vous retirerez la cou pelle
promptement du feu,&la
laisserez refroidir. Deux
ou trois minuttesaprésque
vous l'aurez retiré du feu,
il sortira brusquement de
dessus la superficie de cet
argent, un ou plusieurs jets
d'argenr fondu de la grosseur
d'un brinde paille,&
de la hauteur de 7. ou 8.
lignes qui durciront à l'air
à mesure qu'ils sortiront
de la masse d'argent qui est
dans la coupelle. Ces jets
sont ordinairement creux,
& prennent souvent la figure
de branches de coral.
Ils restent solidement attachez
à la massed'où ils
sont sortis.
Il faut que j'éclaircisse en
quoi consi ste la marque
que l'argent est devenu fin
dans lacou pelle,puis que
c'est lepointquifaitréüssir
l'operation, ou qui la
fait manquer. Cette marque
est lors que dans le
mesme degré de feu où l'argent
a esté en parfaite fusion
pendant tout le tems
du rafinage, sa surface se
fige dans la cou pelle tout
d'un coup en une croûte
dure & brillante,qui tient
fortement attachée par ses
bor ds au corps de la coupelle,
pendant que l'interieure
de cettemasse d'argent
est encore en fusion t
c'est dans ce moment qu'on
doit tirer la coupelle du
feu, & la placer dans un
lieu froid.
Cesopérations suffisent
pour établir le caradtere des.
végétations artificielles de
la premiere classe,c'est-àdire,
de celle dont la matière
consiste en un métal
pur,massif& sans aucun
mélange. Pour ce qui est
de celles de la fécondé classe
dont la composition
consiste en un métal difsous,
& où le dissolvant
reste mélé avec le métal.
J'ay lû autrefois dans une
de nos assemblées un mémoire
qui aété imprimé
en 1692.. Ce memoirecontient
plusieurs operations
qui enfeigent différentes
manières de faire des vegétations
artificielles; elles
peuvent toutes servir
d'exemple pour établir le
caractere de celles dont
nous avons fait la seconde
classe; ainsi nous n'en parlerons
pas icy.
Nous avons rangé dans
la troisiémeclasse toutes les
autres végétations artificielles
qui netiennentrien
de metalique
, nous en
donnerons icy de mesme
trois exemples.Prenez huit
onces de salpestre fixé par
Je charbon à la manière
ordinaire, faites les résoudreà
la cave, ou huile par
défaillance, filtrez la, &
versez dedans peu à peu de
l'huiledevitriol jusques à
parfaite saturation, ou jusques
à ce que l'ébullition
cesse; faites évaporer l'humidité
,il restera une massesaline,
compacte, pure,
tres-blanche, & fort
acre ;pillez la grossierement,
& versez dessus un
demi-septir d'eau froide
de rivière dans une écuelle.
degrais, laissez la pendant
quelques jours surune table
découverte à l'air, l'eau
s'évaporera en partie, & le
sel encore humide commencera
de vegeter en plusieurs
endroits,en pouffant
destouffesen aigrettes qui
partent chacune d'un mesme
centre,&qui se divisent
en diverses branches
pointuës,roides & cassantes
, longues de i-z- à 15.
lignes. Ces aigrettes se forment
ord inairement sur
tout le bord de l'écuelle,&
y composent une espece de
couronnement. Elles cessent
de croi stre quand toute
l'eau a esté évaporée de
l'écuelle
; mais en remettant
de l'eau sur ce scieil
vegete de nouveau.
Je rapporteray pour second
exemple de cette classe
certaines cristaliations
ou arbrisseaux quej'aitrouvées
produites naturellement
sur le rivage de la
mer d'Espagne
, que l'on
peut
peut imiter facilement par
art , n'étantautre chose
qu'une tige branchuë
quelque plante desseichée
&sans feüilles,qui aété arroséeplusieur
par l'eau
de lamerdont l'humeur
aquesement esté évapofée.)
r-estresté, & s'est
cristallisédessus,encouvrant
toute la plante d'abord
fort legerement; maisayant
esté moüillée plusieursfois
en diversrems,le
sels'yaugmente peuàpeu,
& represente une plantede
sel.J'en ay vû une fort belle
de cette nature dans lecabinet
de feu Mr. de Tournefort,
qui estoit d'environun.
pied, blanchecomme de
la neige. J'en ai fait de semblables
en employant de
l'eau salée. Il faut avoir la
précaution d'osterl'écorce
de la branche quisert de
charpente ou de soutien à
cette cristallisation, parce
que l'écorce étant ordinairement
brune elle obscuciroit
la blancheur tranfparante
du sel qui l'envelope
& qui s'attache à l'entour.
Je donneray pour troisiéme
exemple l'observation
suivante. Dans un temps
dorage accompagné de
beaucoup de pluie&de tonnerre
,je remplisune bouteille
de verre d'environ
trois pintes de l'eau de cette
pluie qui avoit coulé de
dessus un vieux toit dethuiles
, & qui avoir reposé environ
une demi heure dans
un baquet de bois fous la
goutiere. Je mis cette bouteille
négligemment fermée
d'un bouchon de papier
sur unefenestreexpofée
aumidi, où l'ayantoubliée
ellerestasansestreremuée
environ trois mois,
l'eau ne paroissoit pastrouble
quand je la puisay. Cependant
il s'amassa peu à
peu au fond de la bouteille
un sediment de couleur
verte de l'épaisseur de trois
ou quatre lignes. Il se fit
apparemment une se mentation
dans cette matiere
car elle me parut fort spongieuse
& pleine de petites
bubes d'air,qui selon toutes
les apparences s'étoient
separées du limon qui fai-
:
lOlt le sediment, comme
il arrive toûjours de pareilles
réparations aériennes
dans toutes les matieres qui
fermentent.
'¡ Un jou qu'il saifoitfort
chaud dans le mois de Juillet,
vers les deux heures
aprèsmidi, je passay dan$J
l'endroit ou estoit cette'
bouteille,je 1aregdrday par
hazard,jen' trouvay paine
de limon au fond; mais je
la vis remplie d'une efpcce.
de vegetation d'une trèsbelle
couleur verte, dont
une partie paroissoit tenir
au fond de la bouteilk) ôc
le reste estoit simplement
suspendu comme des fillets
dans l'eau parmi lesquels
il y en avoir qui étoient
élevez jusques à yx
superficie de l'eau, & d'autres
qui estoient restez à
différentes distances de la
superficie,nageant entre
deux eaux, les ramifications
&filetsestoient garnieschacune
d'un grain ou
d'une petite boule qui paroisoit
blanche dans l'eau,
& brillantecomme de l'argent,
&quirepresentoit
commeunfruit sur le sommet
de la planre, en remuant
un peu la bouteille,
, 1\ je m'aperçûs que cette vegétation
n'avoir point de
consistance
; mais qu'elle
estoit soûtenuë par l'cau de
la boureille, & qu'elle flottoit
dans toute la masse de
cette eau qui d'ailleurs étoit
fort claire & fort limpide.
Le lendemain environvers
les 7. heures du matin,
voulant faire voir cette vegetation
à quelqu'un à qui
j'en avoisparlé je n'y trouvay
que de l'eau bien claire,
& du limon verdrappliqué
au fond de la bouteille
comme je l'avois vu autrefois,
ce qui me donna la
curiosité de regarder £ou-
C> vent pendant la journée
cette bouteille, pour m'éclaircir
d'un fait qui m'avoit
d'abord surpris. Versles
dix heures du matin,
quiestoit le temps que le
soleil touchoit la fenestre
où estoit posée la bouteille
,
le limon du fond COIn.,
mença de s'enfler, & à mesurequeleau
s'échauffoit
ils'éleva de dessus lasuperficie
ficie de ce limon
, une infinité
de bosses, qui peu à
peu en s'élevant davantage
diminuerent de grosf
ur ,
& produisirent des
filets de la substance du limon
même;de forte qu'en
deux heures de temps tout
ce limon qui tapissoit le
fond de la bouteille estoit
converty en filets dont
quelques-uns tenoient ensemble
ôc paroissoient sortir
les uns des autres representant
des branchages, &
les autres flottoient comme
de simples filets droits
& tournez selon qu'ilsavoient
été obligez de se détournerpar
les autres qu'ils
avoient rencontrez en
chemin, chacun ayant attaché
a son bout superieur
une perleblanche qui estoient
de differentes grosseurs
comme je les avois
vûs le jour précedent. Ils
resterent dans cette situationpendant
toutletemps
que le Soleil les éclaira;
c'est a' direjusqu'à quatre
heures aprèsmidy. Immediatement
aprés ce tems ,
jevis les filets & les ramifications
retomber peu à peu
au fond de la bouteille, &
en mesme temps les petites
boules blanches que j'avois
remarquées au bout des
ramifications, diminuer
peu à peu de grosseur
, &
estantenfin entraisnez avec
les filets au fond de la bouteille
, ilsrecomposerent la
mesme quantité de sediment
ou de limonverd
que j'avoisobservé en premier
lieu. Le lendemain il
arriva la mesme chose &
aux mesmesheures, ce qui
a continué pendant tout le
reste del'Esté;c'est à dire
les jours qu'il a fait chaud ,
,
& que le Soleil apû atteindre
la bouteille. Le reste
de l'année, non seulement
les branchages n'ont pas
paru dans l'eau; maisle
limon du fond ou le sediment
de la bouteille, qui
pendant les nuits de l'Esté
estoi épais de trois ouquatre
lignes, s'est si fort applati
pendant l'hyver qu'il
n'avoit pas une ligne d'épaisseur,&
les petites bulles
d'air dont ce limon
estoitfort sensiblement.
parsemé en Estéont disparu
entierement pendant
'hyver; de forte qu'on ne
lesvoyoit plus dutout.
J'ay de loin approché
cette phioledu feu pendant
l'hyver, les bulles d'air ont
repara dans le sediment
y &àmesure que l'eau de la
bouteille s'est échauffée,
le sediment s'est gonflé,
les branchages se sont refaits
dans toute la masse
de l'eau comme il estoit
arrivé en Esté par la chaleur
du Soleil, & en éloignant
la bouteille du feu
le sediment s'estremis au
fond de l'eau à t-iieftirz
qu'elles'estrefroidie J'ay
fait cetteexperience trois
ou quatre fois pendant
l'hyver, qui ont bien réüssy
mais la derniere fois
ayant trop échauffé la bouteille,
il s'est fait une écumesur
l'eau,ce quin'estoit
jamais arrivé
, & tous les
filaments & les branchages
qui occupoient toutel'eau,
se sont précipitez subitement
au fond de la bouteilleenforme
de limon J
qui ne s'est jamais relevé
depuis en branchages com-
Jlle il faisoit auparavanr.
L'on voit aisémenticy
que les bulles d'air enveloppées
dans le sediment
verd ont esté la cause de
l'élévation de ce sediment
en forme de filets & de
branchages qui ont occupé
toute la capacité de la bouteille
,
& que les petites
boules blanches & brillan
tes qui tenoient au haut de
chaque branche en forme
de fruits, n'estoient autre
chose que ces mesmes
bulles d'air engagées &
enveloppées en partie dans
le tissu de ce limon ; ces
bulles d'airayant esté dilatées
considerablement
par la chaleur du Soleil ou
du feu
,
sont devenuës si
legeres en comparaison
d'un pareil volume d'eau,
que l'eau de la bouteille les
a pû enlever nonobstant le
poidsdulimonà quoy
elles estoient attachées
-
de
forte qu'elles l'ont entraîné
aprés elles en forme de
branchages quiont formé
cette vegetation.Et comme
la derniere fois que j'ay
presenté la bouteille au
feu, je l'ay trop échauffée,
les bulles d'air ont esté
trop dilatées & ont entraisné
les enveloppes qui les
retenoient & elles ont
formé l'écume qui pour
lors a paru sur l'eau de la
bouteille. Aussi depuis ce
t temps le limon ne s'est
plus élevé dans son eau &
il n'y a plus paru de vege- tation.
Quand on observera
bien toutes ces circonstances
que j'ay marquées. En
amassant de l'eau de pluye
oonnrreélïtteerreerraacceetttteeeexxppeernieenn:-.
ce de la même maniere
quand on le voudra. mon
Si la fameuse Palingenisie
estoit verifiée, elle
pourroit servir encore d'exemple
de làtroifiémeelaC.
<
se des végétations artificielles.
d'un memoire touchant
les vegetations
artificielles, lu par
MrHombert dans la
derniereassemblée de
l'Académie Royale
des Sciences.
- Nous
avons dans les
operations deChimie beaucoup
de productions qui
ressemblent en quelque façonàlavegetationdes
plantes
l' ce qui a donné lieu de
lesappeller Vegetations méttaalllliiqquueess,
a,arrbbrreessddeeD[JiÍaannnnee, y &.
J'ay rangé ces sortes de
Vegetations en trois classes
I. Celles quiconsistent
en un métal pur & massif
sans aucun mélange.
2.Celles dont la composition
consiste en un metal
dissous, le dissolvant restant
meslé avec le metal, &
sassant partie de l'arbrisseau
qui en est produit.
3. Celles qui ne contiennent
rien de metalique,
maissimplement des
matieres salines,terreuses
& huileuses ses& huileu[es,
f&.;
Je donneray pourexem.
ples de la première classe
les; productions des trois
opérations suivantes. Faites une amalgame
d'une once ou deux
d'or fin ou d'argent fin, &
dedix foisautant de Mercure
,ressuscité du Cinabre
broyé; lavez cet amalgame
plusieurs fois dans de
l'eau nette de riviere, jusqu'àce
que l'amalgamene
laisse plus de falleté dans
l'eau. Pour lors sechez vôtre
amalgame, mêlez-le
dans une corne de verre,
distillé au bain de sableà
très petit feu que vous entretiendrez
pendant un
jour ou deux, plus vous
pourrez continuer le feu
sans chasser tout à fait le
Mercure,plus la végétation
fera parfaite. Vous pousserez
le feu à lafin jusques à
faire forcirtout le Mercure,
laissezéteindre le feu,
vous trouverez vostre Mercure
dans le recepient, &
l'orou l'argent qui reliera
dans la cornue,fera doux
& pliant,&de la plusbelle
couleur que ces métaux
peuvent avoir,dont la masse
aura pousse des branches
en forme de petits arbrisfaux
de différentesfigures
& de différentes hauteurs,
que l'on peut tirer de la
cornue
,
les séparer de la
masse du métal qui leur à
servi devase, les faire rougir
au feu, & les garder
tant que l'on veut sans
qu'ils le gâtent.
f»> t. ,b
",.,. Mr Hombert explifque
par ordre chaque
operation, & en devielope
la mécanique avec
tant de netteté & de précision
qu'on ne pourroit
abreger ses explications
sans lesalterer, c'est ce
qui m'adéterminé à ne
prendre de son discours
que l'instruction necessaire
à ceux qui voudront
pratiquer les experiences
qu'il explique.
Le second exemple de
cette premiere classe des vegétations
articicielesfetire
de l'opération suivante.
Prenez une once ou deux
d'argent finfondez-le dans
un creuset,& pendant qu'il
esten fonte, jettez dessus
par diversesreprises autant
pesant de soufre commun;
remuez & mêlez les bien
avez une baguette de fer,
& le retirez promptement
du feu,laissezrefondre la
matiere, puis pilez la bien
menue
, remettez la dans
un autre creuset que vous
placerez dans un feu doux
de charbons ou dans. une
soitedigestionou bain de
sable sans fondre la mariere,
le soufre s'évaporera
peu à peu de la masse qui
est dans le creuset, & entraînera
avec luy une partie
de l'argentenforme de
filets fort blancs, brillants
& fort doux, qui tiennent
à la masse du métal d'où ils
sont fortis. J'en ay vu de la
hauteur de trois pouces, &
des lames de deux lignes
de large, &: de l'epaisseur
d'une carte à joüer.
L'opération suivante
donnera nostre troisieme
exemp le. Fondez enssemble
deux onces d'argent de
vaisselle
,
& six onces de
plomb, mêlez ce mélange
dans une counelle de
cendre dessous une mourfle,
donnezle feu qui convient
pour purifier cet argent
à la cou pelle, & dés
que vous verrezla marque
que l'argent est devenu fin,
vous retirerez la cou pelle
promptement du feu,&la
laisserez refroidir. Deux
ou trois minuttesaprésque
vous l'aurez retiré du feu,
il sortira brusquement de
dessus la superficie de cet
argent, un ou plusieurs jets
d'argenr fondu de la grosseur
d'un brinde paille,&
de la hauteur de 7. ou 8.
lignes qui durciront à l'air
à mesure qu'ils sortiront
de la masse d'argent qui est
dans la coupelle. Ces jets
sont ordinairement creux,
& prennent souvent la figure
de branches de coral.
Ils restent solidement attachez
à la massed'où ils
sont sortis.
Il faut que j'éclaircisse en
quoi consi ste la marque
que l'argent est devenu fin
dans lacou pelle,puis que
c'est lepointquifaitréüssir
l'operation, ou qui la
fait manquer. Cette marque
est lors que dans le
mesme degré de feu où l'argent
a esté en parfaite fusion
pendant tout le tems
du rafinage, sa surface se
fige dans la cou pelle tout
d'un coup en une croûte
dure & brillante,qui tient
fortement attachée par ses
bor ds au corps de la coupelle,
pendant que l'interieure
de cettemasse d'argent
est encore en fusion t
c'est dans ce moment qu'on
doit tirer la coupelle du
feu, & la placer dans un
lieu froid.
Cesopérations suffisent
pour établir le caradtere des.
végétations artificielles de
la premiere classe,c'est-àdire,
de celle dont la matière
consiste en un métal
pur,massif& sans aucun
mélange. Pour ce qui est
de celles de la fécondé classe
dont la composition
consiste en un métal difsous,
& où le dissolvant
reste mélé avec le métal.
J'ay lû autrefois dans une
de nos assemblées un mémoire
qui aété imprimé
en 1692.. Ce memoirecontient
plusieurs operations
qui enfeigent différentes
manières de faire des vegétations
artificielles; elles
peuvent toutes servir
d'exemple pour établir le
caractere de celles dont
nous avons fait la seconde
classe; ainsi nous n'en parlerons
pas icy.
Nous avons rangé dans
la troisiémeclasse toutes les
autres végétations artificielles
qui netiennentrien
de metalique
, nous en
donnerons icy de mesme
trois exemples.Prenez huit
onces de salpestre fixé par
Je charbon à la manière
ordinaire, faites les résoudreà
la cave, ou huile par
défaillance, filtrez la, &
versez dedans peu à peu de
l'huiledevitriol jusques à
parfaite saturation, ou jusques
à ce que l'ébullition
cesse; faites évaporer l'humidité
,il restera une massesaline,
compacte, pure,
tres-blanche, & fort
acre ;pillez la grossierement,
& versez dessus un
demi-septir d'eau froide
de rivière dans une écuelle.
degrais, laissez la pendant
quelques jours surune table
découverte à l'air, l'eau
s'évaporera en partie, & le
sel encore humide commencera
de vegeter en plusieurs
endroits,en pouffant
destouffesen aigrettes qui
partent chacune d'un mesme
centre,&qui se divisent
en diverses branches
pointuës,roides & cassantes
, longues de i-z- à 15.
lignes. Ces aigrettes se forment
ord inairement sur
tout le bord de l'écuelle,&
y composent une espece de
couronnement. Elles cessent
de croi stre quand toute
l'eau a esté évaporée de
l'écuelle
; mais en remettant
de l'eau sur ce scieil
vegete de nouveau.
Je rapporteray pour second
exemple de cette classe
certaines cristaliations
ou arbrisseaux quej'aitrouvées
produites naturellement
sur le rivage de la
mer d'Espagne
, que l'on
peut
peut imiter facilement par
art , n'étantautre chose
qu'une tige branchuë
quelque plante desseichée
&sans feüilles,qui aété arroséeplusieur
par l'eau
de lamerdont l'humeur
aquesement esté évapofée.)
r-estresté, & s'est
cristallisédessus,encouvrant
toute la plante d'abord
fort legerement; maisayant
esté moüillée plusieursfois
en diversrems,le
sels'yaugmente peuàpeu,
& represente une plantede
sel.J'en ay vû une fort belle
de cette nature dans lecabinet
de feu Mr. de Tournefort,
qui estoit d'environun.
pied, blanchecomme de
la neige. J'en ai fait de semblables
en employant de
l'eau salée. Il faut avoir la
précaution d'osterl'écorce
de la branche quisert de
charpente ou de soutien à
cette cristallisation, parce
que l'écorce étant ordinairement
brune elle obscuciroit
la blancheur tranfparante
du sel qui l'envelope
& qui s'attache à l'entour.
Je donneray pour troisiéme
exemple l'observation
suivante. Dans un temps
dorage accompagné de
beaucoup de pluie&de tonnerre
,je remplisune bouteille
de verre d'environ
trois pintes de l'eau de cette
pluie qui avoit coulé de
dessus un vieux toit dethuiles
, & qui avoir reposé environ
une demi heure dans
un baquet de bois fous la
goutiere. Je mis cette bouteille
négligemment fermée
d'un bouchon de papier
sur unefenestreexpofée
aumidi, où l'ayantoubliée
ellerestasansestreremuée
environ trois mois,
l'eau ne paroissoit pastrouble
quand je la puisay. Cependant
il s'amassa peu à
peu au fond de la bouteille
un sediment de couleur
verte de l'épaisseur de trois
ou quatre lignes. Il se fit
apparemment une se mentation
dans cette matiere
car elle me parut fort spongieuse
& pleine de petites
bubes d'air,qui selon toutes
les apparences s'étoient
separées du limon qui fai-
:
lOlt le sediment, comme
il arrive toûjours de pareilles
réparations aériennes
dans toutes les matieres qui
fermentent.
'¡ Un jou qu'il saifoitfort
chaud dans le mois de Juillet,
vers les deux heures
aprèsmidi, je passay dan$J
l'endroit ou estoit cette'
bouteille,je 1aregdrday par
hazard,jen' trouvay paine
de limon au fond; mais je
la vis remplie d'une efpcce.
de vegetation d'une trèsbelle
couleur verte, dont
une partie paroissoit tenir
au fond de la bouteilk) ôc
le reste estoit simplement
suspendu comme des fillets
dans l'eau parmi lesquels
il y en avoir qui étoient
élevez jusques à yx
superficie de l'eau, & d'autres
qui estoient restez à
différentes distances de la
superficie,nageant entre
deux eaux, les ramifications
&filetsestoient garnieschacune
d'un grain ou
d'une petite boule qui paroisoit
blanche dans l'eau,
& brillantecomme de l'argent,
&quirepresentoit
commeunfruit sur le sommet
de la planre, en remuant
un peu la bouteille,
, 1\ je m'aperçûs que cette vegétation
n'avoir point de
consistance
; mais qu'elle
estoit soûtenuë par l'cau de
la boureille, & qu'elle flottoit
dans toute la masse de
cette eau qui d'ailleurs étoit
fort claire & fort limpide.
Le lendemain environvers
les 7. heures du matin,
voulant faire voir cette vegetation
à quelqu'un à qui
j'en avoisparlé je n'y trouvay
que de l'eau bien claire,
& du limon verdrappliqué
au fond de la bouteille
comme je l'avois vu autrefois,
ce qui me donna la
curiosité de regarder £ou-
C> vent pendant la journée
cette bouteille, pour m'éclaircir
d'un fait qui m'avoit
d'abord surpris. Versles
dix heures du matin,
quiestoit le temps que le
soleil touchoit la fenestre
où estoit posée la bouteille
,
le limon du fond COIn.,
mença de s'enfler, & à mesurequeleau
s'échauffoit
ils'éleva de dessus lasuperficie
ficie de ce limon
, une infinité
de bosses, qui peu à
peu en s'élevant davantage
diminuerent de grosf
ur ,
& produisirent des
filets de la substance du limon
même;de forte qu'en
deux heures de temps tout
ce limon qui tapissoit le
fond de la bouteille estoit
converty en filets dont
quelques-uns tenoient ensemble
ôc paroissoient sortir
les uns des autres representant
des branchages, &
les autres flottoient comme
de simples filets droits
& tournez selon qu'ilsavoient
été obligez de se détournerpar
les autres qu'ils
avoient rencontrez en
chemin, chacun ayant attaché
a son bout superieur
une perleblanche qui estoient
de differentes grosseurs
comme je les avois
vûs le jour précedent. Ils
resterent dans cette situationpendant
toutletemps
que le Soleil les éclaira;
c'est a' direjusqu'à quatre
heures aprèsmidy. Immediatement
aprés ce tems ,
jevis les filets & les ramifications
retomber peu à peu
au fond de la bouteille, &
en mesme temps les petites
boules blanches que j'avois
remarquées au bout des
ramifications, diminuer
peu à peu de grosseur
, &
estantenfin entraisnez avec
les filets au fond de la bouteille
, ilsrecomposerent la
mesme quantité de sediment
ou de limonverd
que j'avoisobservé en premier
lieu. Le lendemain il
arriva la mesme chose &
aux mesmesheures, ce qui
a continué pendant tout le
reste del'Esté;c'est à dire
les jours qu'il a fait chaud ,
,
& que le Soleil apû atteindre
la bouteille. Le reste
de l'année, non seulement
les branchages n'ont pas
paru dans l'eau; maisle
limon du fond ou le sediment
de la bouteille, qui
pendant les nuits de l'Esté
estoi épais de trois ouquatre
lignes, s'est si fort applati
pendant l'hyver qu'il
n'avoit pas une ligne d'épaisseur,&
les petites bulles
d'air dont ce limon
estoitfort sensiblement.
parsemé en Estéont disparu
entierement pendant
'hyver; de forte qu'on ne
lesvoyoit plus dutout.
J'ay de loin approché
cette phioledu feu pendant
l'hyver, les bulles d'air ont
repara dans le sediment
y &àmesure que l'eau de la
bouteille s'est échauffée,
le sediment s'est gonflé,
les branchages se sont refaits
dans toute la masse
de l'eau comme il estoit
arrivé en Esté par la chaleur
du Soleil, & en éloignant
la bouteille du feu
le sediment s'estremis au
fond de l'eau à t-iieftirz
qu'elles'estrefroidie J'ay
fait cetteexperience trois
ou quatre fois pendant
l'hyver, qui ont bien réüssy
mais la derniere fois
ayant trop échauffé la bouteille,
il s'est fait une écumesur
l'eau,ce quin'estoit
jamais arrivé
, & tous les
filaments & les branchages
qui occupoient toutel'eau,
se sont précipitez subitement
au fond de la bouteilleenforme
de limon J
qui ne s'est jamais relevé
depuis en branchages com-
Jlle il faisoit auparavanr.
L'on voit aisémenticy
que les bulles d'air enveloppées
dans le sediment
verd ont esté la cause de
l'élévation de ce sediment
en forme de filets & de
branchages qui ont occupé
toute la capacité de la bouteille
,
& que les petites
boules blanches & brillan
tes qui tenoient au haut de
chaque branche en forme
de fruits, n'estoient autre
chose que ces mesmes
bulles d'air engagées &
enveloppées en partie dans
le tissu de ce limon ; ces
bulles d'airayant esté dilatées
considerablement
par la chaleur du Soleil ou
du feu
,
sont devenuës si
legeres en comparaison
d'un pareil volume d'eau,
que l'eau de la bouteille les
a pû enlever nonobstant le
poidsdulimonà quoy
elles estoient attachées
-
de
forte qu'elles l'ont entraîné
aprés elles en forme de
branchages quiont formé
cette vegetation.Et comme
la derniere fois que j'ay
presenté la bouteille au
feu, je l'ay trop échauffée,
les bulles d'air ont esté
trop dilatées & ont entraisné
les enveloppes qui les
retenoient & elles ont
formé l'écume qui pour
lors a paru sur l'eau de la
bouteille. Aussi depuis ce
t temps le limon ne s'est
plus élevé dans son eau &
il n'y a plus paru de vege- tation.
Quand on observera
bien toutes ces circonstances
que j'ay marquées. En
amassant de l'eau de pluye
oonnrreélïtteerreerraacceetttteeeexxppeernieenn:-.
ce de la même maniere
quand on le voudra. mon
Si la fameuse Palingenisie
estoit verifiée, elle
pourroit servir encore d'exemple
de làtroifiémeelaC.
<
se des végétations artificielles.
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Résumé : EXTRAIT d'un memoire touchant les vegetations artificielles, lû par Mr Hombert dans la derniere assemblée de l'Académie Royale des Sciences.
M. Hombert présente un mémoire à l'Académie Royale des Sciences sur les végétations artificielles en chimie, classées en trois catégories : métaux purs et massifs, métaux dissous et mélangés avec un dissolvant, et matières salines, terreuses et huileuses. Pour la première catégorie, Hombert décrit trois opérations : 1. **Amalgame d'or ou d'argent avec du mercure** : En mélangeant de l'or ou de l'argent avec du mercure, puis en chauffant et en lavant, des structures métalliques semblables à des arbrisseaux se forment. 2. **Fusion d'argent avec du soufre** : En fondant de l'argent et en ajoutant du soufre, des filaments blancs et brillants apparaissent à la surface de l'argent. 3. **Fusion d'argent et de plomb** : En fondant ensemble de l'argent et du plomb, des jets d'argent se forment à la surface, prenant souvent des formes de branches de corail. Pour la troisième catégorie, Hombert donne trois exemples : 1. **Cristallisation de sel** : En dissolvant du salpêtre dans de l'huile et en ajoutant de l'eau, des structures cristallines se forment. 2. **Cristallisation sur des plantes** : En arrosant des plantes avec de l'eau salée, des cristaux de sel se forment sur les branches. 3. **Végétation dans une bouteille d'eau** : En laissant de l'eau de pluie dans une bouteille, des structures végétales se forment et se déforment selon la température, montrant un cycle de formation et de dissolution. Hombert explique chaque opération avec précision, fournissant des instructions détaillées pour reproduire ces phénomènes. Le texte décrit également un phénomène observé dans une bouteille contenant de l'eau et du limon. Initialement, des bulles d'air emprisonnées dans le sédiment verdâtre ont provoqué l'élévation du limon sous forme de filets et de branchages, occupant toute la capacité de la bouteille. Ces bulles, dilatées par la chaleur du Soleil ou du feu, sont devenues plus légères que l'eau, entraînant le limon avec elles et formant une végétation artificielle. Lors d'un échauffement excessif, les bulles se sont trop dilatées, entraînant les enveloppes qui les retenaient et formant une écume à la surface de l'eau. Depuis cet incident, le limon ne s'est plus élevé et aucune végétation n'est réapparue. Le texte suggère que ce phénomène pourrait être reproduit en observant les circonstances décrites et en utilisant de l'eau de pluie. Il mentionne également la possibilité d'utiliser cet exemple pour illustrer la palingenésie, le processus de régénération ou de transformation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 5-23
EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
Début :
Mr. Boulduc lut un Discours intitulé Essai d'Analyse en general des Eaux [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Gilles-François Boulduc, Sel, Eaux , Acide, Sédiment, Terre, Eaux de Bourbon, Eau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
EXTRAIT du Mémoire lit a l'Afimble'e
■publique de ^Académie Royale de*
Sciences, le 12. Novembre XJíJ. fur
les Eaux de Bourbon.
Mr. Boulduc lut un Discours intitule
Ejfai t£ Analyse m genêtal des Eaux
Minérales chaudes de Bourbon l'Archarabaud.
Ces Eaux étant du nombre des plus an
ciennes du Royaume & des plus renom-f
niées par la guérison de plusieurs mala
dies longues & fâcheuíes.ellcs se sont tou
jours attiré Inattention & la recherche des*
Médecins & des Physiciens.
Dès les années 1605. & 1 £18. fans?
remonter plus haut , Jean Ban , de Mòu-í
.lins, en fait mention dans son Livre des
•vertus des Eaux naturelles de France re
nommées y & croit qu'elles contiennent d*
Souffre minerai , du Bitume & du Nitre ,
qui est le Natron des Anciens , que l'on
regarde comme un Sel Alkali minerai ,
comparable par ses effets aux Sels fixes -,
acres & lixiviels, qu'on tire des Plantes
après les avoir réduites en cendres.
En 1670. M. Duclos , de cette Acadé
mie , reconnut dans nos Eaux le même
Nitres
Ì MERCURE DE FRANCE..
Nitre; & depuis cet Auteur, d'autres Aca
démiciens ayant eu par intervales occa
sion de les examiner, ont encore conclu
avec leur Prédécesseur , qu'elles ne ren
ferment presqu'autre chose que cet Al
kali naturel.
II seinbloit donc, que sa qualité alkaline
leur étoit bien assurée. Mais en 1699:
quelqu'un, fous le nom de Pascal ,1a rejetta
entièrement dans un Livre fait ex
près' au sujet de ces Eaux ; ce n'est pas
un simple Sel Alkali qu'elles contien
nent , c'est , selon lui , un Sei mixte, com
posé d'un Acide volatile & d'un Sel Al
kali fixe, qu'il appelle un Nitre fort vo
latile & fort épuré; on tireroit même,
dit-il , cet Acide comme un véritable
esprit de Nitre du sédimènt,qu'on trouve à'
leur source en manière de croûtes ; &£•
pour Jouir du Sel dans son état naturel
il faudroit laisser évaporer nos Eaux à l'air
ou au Soleil j le feu-, qu'on employé , est
infidèle , il altère les Mixtes , il décom
pose ce Sel, & fajt , à la vérité , qu'on ne
trouve qu'un Alkali, mais cet Alkali étoit?
auparavant lié avec l'acide.
Plusieurs personnes ont applaudi à ce
raisonnement : M.Boulduc fait néanmoins
Remarquer en passant , qu'un véritable
esprit deNitre,uni avec un Sel Alkali fixe,
ftEoir nécessairement un véritable Nitre
Jan vi er. t7ìó. i
áes Modernes , c'est à- dire , un bon Sal
pêtre qui ne se décompose pas fi aisément
qu'on le dit.
Cependant le Livre allégué dérive de
ce Sel Mixte Nitreux la plupart des effets
que nos Eaux produisent sur le corpr
humain} au lieu que les premiers Auteutr
les dérivoient de l'Alkali Salin.
Cette diversité de sentimens a été le
principal motif pour que M. Boulduc'
cherchât les moyens de s'éclaircir de la
Vérité, en examinant ces Eaux de nouveau.
Son dessein a été secondé > il en a reçu
près de cent Bouteilles très- promptement
à l'occasion du retour de S. A. S. Mon
sieur le Duc-, qui les ravoir prises avec
succès à Bourbon; & un bon Artiste voulut
fcien en évaporer à la Source un grand
nombre de livres } & lui en remettre la-
Résidence. '
M. Boulduc , de son côté , y a trouve
par son travail plus de matières qu'onr
n'en avoit encore connu , & quel
ques-unes dans des circonstances singu
lières. Les mystères de la Nature ne se
développent que peu à peu , & c'est tou
jours un avantage pour lès derniers venus.
L'Eau de Bourbon est claire & limpide
comme une Eau de Roche , presque sans
edeur , & d'un gout partagé entre le vrai
felc & le lixiviel i sortant de la terre très^
sensiblement
$ MERCURE DE FRANCE;
sensiblement bouillante , elle fume con
tinuellement daní ses puits & réservoir , &
à mesure qu'il s'en exhale , il paroît à la
surface une fleur ou poussière blanche
très-fine fous l'apparence d'une toile ou
pellicule grasse fans liaison , qui devient
filus visible quand il y á long-temps que
'Eau n'a été agitée , mais qu'on ne sçausoit
ramasser de quelque façon qu'on s'y
prenne. Cette Eau dépose un Sédiment en
maniéré de croules pierreuses assez dures ,
formées de plusieurs couches blanches
bi«n distinctes , & mêlées en quelques
endroits , particulièrement en dessous ,
d'une couche de terre d'un brun foncé.
Ces croûtes qui font fans gout & fans
odeur fe collent aux bords & à la surface
intérieure du puits , du conduit & du réJ
scrvoir, dont on est obligé de les détachée
de temps à autre.
Cette Eau, gardée dans des bouteilles
bien transparentes , fait auflî voir au bouc
de quelque temps à fa surface de petits
corps blancs fort déliez qui augmentent
peu à peu & fe condensent en une
pellicule semblable à celle, qui se forme
sut l'Ëau de Chaux , laquelle gtossissant
au point que l'Eau ne peut plus la sou
tenir , se brise en beaucoup de morceaux ,
qui en tombant, s'attachent au fond &
aux parois du vaisseau , & affectent une
JANVIER. i7j«; 9
1
Configuration régulière comme quelque
chose de lalin» *
Après le récit de ces circonstances ,
M. Boulduc entre dans l' Analyse, & dit
à la fin de chaque article des matières qu'il
y a trouvées , comme il les a pressenties,
par les Epreuves, quand il y en a , par le
gout , par l'odeur , &c. & comment il est
enfin parvenu à les séparer de manière
qu'il les puisse exposer aux yeux.- dont
nous ne pouvons ici donner que le précis.
Les Epreuves les plus significatives que
M. Boulduc a faites fur l'Eau de Bourbon
font ; qu'elle précipite l'argent dissous en
un cailla blanc qui fond aisément au feu
&C devient volatile" , si on n'employe que
peu de cette solution ; que si au contraire
on en passe les bornes , l'Eau en fait un
deuxième précipité qui refuse la fonte i
qu'elle verdit lá teinture de violettes len
tement ; qu'elle fermente avec tous le»
Acides aflez sensiblement,& ptécipite l'Aïun
& les Vitriols ordinaires , quand ili
font dissous dans de l'eau commune :
Avec une forte huille de tartre faite pat
défaillance , elle se trouble & dépose après
jane terre blanche. : .
IÇqus ces effets font plus prompts Sc
plus sensibles , quand notre Eau est con
centrée , soit par le feu , par l'air ou par U
gelée. Alors elle fait même bien plus
jio MERCURE DE FRANCE,
^qu'auparavant, comme de précipiter, eaîre
autres , le sublime' dissous en une pou
dre de couleur d'e'corcc d'Orange. Les
différentes matières réciproques ne pouvoient
pas s'atteindre facilement dans la
grande étendue du liquide.
V Evaporation & la Distillation , con»
tinuées jusqu'à siccité des matières, n'ont
presque rien fait appercevoir à M. Boulcîuc
de diffèrent d'entre-elles. A peine
l'£au ressent- elle la chaleur qu'elle jette
à la surface une poussière blanche très*
fine , laquelle en augmentant se noye en
partie , & tombe ; & eo partie elle forme
par l'union.d'un nombre de petits filets
iìns & transparents des feuillets à peu près
comme on en voit dans l'eau de chaux ,
qui restent quelque temps à la surface }
& se brisant enfin, voltigent long-temps en
tout sens avant que d'aller au fond.L'Eau,
qui est élevée dans la distillation,n'a puine
de gout ni d'odeur,ni ne fait impression fut
aucune matierejla cucurbitc sent seulement
un peu l'empyreume,& toute la Résidence
affaissée est une terre blanche mêlée d'une
matière qui reffernble a une gelés on mu
cilage bien transparent & couverte d'une
malje de Sels fort blancs.
Cette Résidence mise sur une pelle ou;
lame d'argent bien chauffées , jetre une
petite flamme , •& exposée, à l'air elle
s'hu/î
/ JANVIER. 1750: 31
(í'hìimecte. Si son poids varie d'une éva
poration à l'autre de quelques grains audessous
ou au- dessus de soixante pour
chaques deux livres d'Eau , c'est d'avoir
été plus ou moins desséchée.
En démêlant cette Résidence, M. Boulduc
n'a pas perdu de vûe celle qu'on lui
avoit apportée de Bourbon > l'une & l'au*
tre lui ont fourni les mêmes matières par
différentes operations.Cependant M. Boulduc
s'étaat apperçu , que YEvaporation
frh-modèrée de notre Eau , pouvoit pres
que toute seule suffire pour en dévelop
per tout , il la propose comme le moyea
le plus simple & le plus aisé à exécuter.
Sans répeter ce qui a été dit de ce
qu'on voít au commencement de cette
opération , on continue à fajre exhaler
notre eau le plus doucement qu'il est pos
sible , & toutes les fois qu'il se présente
une certaine quantité de Sédiment en par
tie , comme une terre informe &c opaque ,
en partie, comme des filets transparents,
on le sépare en survuidant l'eau claire dans
un autre vaisseau : plus elle se concentre
de cette manière -r plus elle jaunit , & il
íe forme alots peu à peu au fond & aux
parois du vaisseau , des. Cristaux en cubes
■parfaits , pendant que la surface se cou
vre d'une croûte saline , qui en dessus est
jnégalc $c raboteuse , ôc en dessous mêlée
; • de
,1
ttc
t x MERCURE DE FRANCE/n.
4c deux sortes de Crystaux. On ôte certe
croûte aussi souvent qu'il s'en forme ,
pour que l'eau s'c'vapore librement ; &
nous dkons davantage du Sédiment ea
son lieu.
Les Cryftaux cubiques sont un vérita
ble Sel commun , qui se distingue pat
cette confìguratipn , par son gout parti
culièrement salé , & par d'autres proprietez
trop connues pour être rapportées.
II se déclare d'avance par le gout qu'il
donne à notre eau , & encore davantage
dans les Epreuves, par l'effet de ia volatilité
, que son acide imprime à l'argent , en
le précipitant ; & enfin, on le réduit par
l'c'vaporation en fa consistence con
crète.
Ce Sel fait la plus grande quantité
d'entre les matières de la Résidence, com
paré avec chacune en particulier.
Les Croûtes faline/,de nouveau dissoutes
dans de l'eau commune , donnent par
l'évaporation encote du Sel commun i
•près quoi le reste de cette solution survuidée
& exposée à l'aìt fait naître des
Crystaux d'un-quarré long , taillez à far
certes aux extrémitez , amers d'abord , 8c
frais ensuite sur la langue, qui sont des
•^roprietez , qui avec d'autres font le ca
ractère du Sel de Glaufor : Et c'est4à ce
que P»ícal a pris pour un Sel Nitreux^ féJANVIER.
1730; 13
iaìt par quelque rcísemblance superfi
cielle & imparfaite des Crystaux. L'acide
nitreux , qui fait l'essence des Sels de ce
nom , n'entre point dans fa compositions
c'est celui du Vitriol •: & outre que
M. Lemmery a prouvé clairement dans
un de fes Mémoires, que la source de
Notre Nitre , n'est point dans les entrail
les de la terre , mais qu'il naît , pour
ainsi dire , à fa surface , ou à une très-pe
tite profondeur ; il est encore bien cer
tain , qu'il ne s'-en est point trouvé jus-»
qu'ici de bien reconnu pour tel dans au
cune eau Minérale 5 car celles qu'on ap
pelle communément Nitrenses , contien
nent un Sel alkali à toute épreuve 3
on les a comparé au Nitre des Ancient ,
qui leur a fait donner ce nom.
Le Sel de Glaaber ne fçauroit être dis
tingué dans notre Eau par le gout , parce
qu'il est dominé par d'autres , dont nous
ressentons plus d'impression -, on ne fçau
roit non plus le prévoir par une simple
épreuve : il faut le soupçonner , & en par
tie seulement se convaincre de sa présence
avant que de le chercher.
On peut avec quelque fondement le
soupçonner par tout où il y a du Sel
commun , ils ne font guëtes l'un fans
l'autre. 11 y en a ainsi dans quelques Aci
dules ou Eauxierrugineuscs froides,com«
■ j B ta»
14 'MERCURE DE FRANCE,
me il y en a. dans notre Eau naturelle»
ment chaude ; l'eau de la Mer même
n'en est pas exempte ; & M . Boulduc eu
a trouvé dans des eaux de Salines , que
l'on regardoit comme purement salc'es ^
parce que l'on en tire du Sel commun.
J?our s'assurer de la présence de ce Sel
par quelque épreuve , il faut d'abord
yoir , si l'on peut découvrir l'acide vi
triolique en genexal , & c'est ce que
Jyl» Boulduc fait pai le moyen de l'huile
4e Chaux , qui lui sert de pierre de tou
che pour cet acide , lequel (ous quelque
fpijue qu'il se trouve , quitte après ce
mélange fa base quelconque , & se porte
(at la Chaux , avec laquelle il fait une
espèce de crystaliíation : l' Acide vitrioli
que étant ainsi dévoilé , pn employé ensuice
des moyens subsidiaires , par lesquels
Pn puisse reconnoître , s'il est lié avec du
fer , comme il l'est dans le Vitriol , ou
avec une terre crétacée , comme il l'est
dans l'Alun , &c. Que, si ces sortes de
preuves manquent , on est assez certain ,
qu'il y a du Sel de Glauber. Et c'est de
eette manière que M» Boulduc l'a pres
senti dans les Croûtes Salines avant que
de le faire paroître pat la crystalisation.
Ce Sel contribue' beaucoup à faire va
rier le poids de la Résidence , parce qu'on
te peut de#«her au pojnt. qu'il pèse plus
JANVIER. i7J0;
'3e la moitié moins que dans son état na
turel.
Apte's avoir retiré de notre Eau le Sel
-commun & les Croûtes Salines , on con
tinue à l'évaporer : plus elle s'avance ver»
la fin , plus elle devient rousse & grasse ,
d'un gout piquant comme une Lexive ,
& répand une odeur bitumineuse , saoa
déposer davantage deCrystaux.
Ces circonstances font juger , qu'il y a
là plus d'une matière : c'est un Sel qu'on
découvre par le gout , & une substance
cn gênerai appeìlce sulphureufe , qu'on
apperçoir par l'odeur qu'il faut démêler
l'une d'avec l'autre.
Ce qui produit le gout piquant &lixiviel
, est un Sel Alkali fixe , dont le*
proprietez égalent en beaucoup de cir
constances un bon Sel de Tartre , avec
lequel M. Boulduc l'a toujours compare í
mais elles s'en éloignent , entr'autres , en
-ce qù'au lieu que le Sel de Tartre mêle
avec le Vitriol ou son acide fait un Tar
tre vitriolé-, le/ Sel de notre Eau mêlé
avec le même acide produit constam
ment un Sel de Glauber. Ce fait, jusquelà
l'unique , a fait souhaitter à M. Boul
duc d'avoir du moins encore un exemple
<le pareil Sel ; & il l'a trouvé dans la Terre
áppellée Nitreuse , qu'on amasse autour
de Smyrae& d'Ephese , & qu'on employé
Bij dans
i« MERCURE DE FRANCË.
dans ce Pays-là à la fabrique du Savon f
il en a fait une forte Lexive purement
alkaline , & Payant mêle'e avec du Vi
triol ou son acide J il cn a pareillemenc
retiré du Sel de Glauber , & point d'au
tre. Cette différence prouve éviáemment
que ces deux Alkalis tirent leur origine
du Sel commun ; & M. Boulduc conjec
ture , que les Sels de toutes ces Eaux Mi
nérales que M. Du Clos & d'autres ont
appellé Nitreufes , font auíîi de cette cfr
pece distinguée.
i Cet* Alkali salin se déclare d'avance
dans notre Eau par le gout Lixivicl qu'il
lui donne , & qui avec celui du Sel com
mun domine far le reste -, il le fait encore
connoître davantage dans les épreuves
par les effets d'effervescence avec les aci
des , de précipitation de tout ce qu'ils
ont dissous , de changement de couleur
dans la teinture de Violettes , 8i dans la
solution du Sublimé corrosif,; & enfin on
peut le réunir , & le rendre fec'& palpa
ble , comme nous Talions dire en par
lant de ce qu'il y a de sulphurfux dans
notre Eau.
Le Sel commun étant partout où il
íe irouve plus ou moins bitumineux j a
selon toute apparence communiqué 4
notre Eau du Bitume , quel'Alkali tient
dissous, & l'empcçhc par là de surnager^
JANVIER. 173Ò. 17
St de paroîcre. Quoiqu'il en soit de íoa
origine , le Bitume y est , & on peut le sé
parer d'avec l'Alkali ,• en versant de l'Esrit
de Vin sur la derniere portion d'ean
ien concentrée : par ce moyen,comme le
plus aisé d'entre les autres.quelques gout
telettes de Bitume montent â la surface ,
& d'autres se collent aux parois du vais
seau , pendant que le Sel jílcali reste li
quide au fond , d'où on le retire facile
ment pour le destecher& pour l'avoir pur
& blanc. L'Efprit de Vin seul en quantiw
suffisante le réduit à sec avec le tems.
• - Le gout ne fçauroit distinguer le Bitu
me daná netre Eau, & le peu- d'odeur
qu'elle a est une trop foible & incertaine
marque de fa présence : on ne peut que
k soupçonner par l'empyreume que l'eau
imprime au vaisseau dan & la distillation ,
.& par l'odeur qu'elle exhale sur la fin de
-l'évaporation , jusqu'à ce qu'on le sépare
de tout mélange par le moyen que nous
venons de ditev
Le Bitume répandu dans toute la Rési
dence , fait qu'elle s'enflamme , quand
on en met fur une pele rougie , étant in
flammable de lui même.
Nous passons à- examiner le Sédiment ;
c'est autant celui que l'on garde des éva
porations , que celui que l'eau dépose ì
. B iij fa.
t» MERCURE DE FRANCE.
fa Source en manière de croûtes pier*
xeuses.
On apperçoit dans l'Eau , qu'on éva
pore actuellement, de petits filets clairs
& transparents parmi d'autres corps blancs
f!r opaqu.es , qui en s'affaissant se confon
dent ensemble : & dans les croûtes pier
reuses on distingue de petits bri Huns par
mi une matière terne & pins éclat. Voilà:
encore deux substances à démêler.
La première , qui a de la transparence
eu du brillant , est un Sel moyen , dans
lequel l'Acide vitriolique est chargé de
beaucoup de terre , & M. Boulduc a par
lé plus au long de fa qualité saline , à
l'oecasion des Nouvelles Eaux Minérales
de Pafsy. Ce Mixte n'ayant pas encore
été mis au rang des Sels, il fera libre a cha
cun de lui donner tel nom qu'il voudra.'
M. Boulduc l'appelle Sele nite , parce qu'il
prend la même configuration en fecryC
talifant.
Comme un Sel de difficile dissolution ;
ou qui a besoin de beaucoup d'eau pour
-se tenir dissous , il commence à paroît»
comme une poussière fine qui a quelque
éclat , aussi tôt qu'un peu d'eau lui est
soustraite . & à mesure qu'elle diminue
il forme de petits filets , ensuite des fciiil-
]$ïs ou pellicules , dont enfin les mor<
«aux,
Janvier. r72Q. r*
ceaux brisez s'attachent au vaisseau , 8c
prennent encore là plus de volume & plu»
de régularité dans leur configuration.
Ce Sel ne se trouve pas feulement dant
quelques Acidules & Eaux Minérales
chaudes-, il y en a aussi dans des Eaux fa*
tées , dont on tire du Sel commun , comme
font celles de Salins , de Durban , de
Fourtou » de Roquefort.
Pour ce qui regarde la deuxième m»,
r'iere de nos Sedimens , ces corps blanc*
& opaque* ou ternes $ c'est une Terre ».
qui fermente avec tous les Acides , com
me le font celles qu'on appelle abforb*ntes:
elle a pourtant une qualité' de plus »
que M. Boulduc a reconnue par d'autres
essais ; c'est qu'elle a été calcinée dans le
Laboratoire souterrain. Quand on ett
mêle avec du &tl Ammonite , soit qu'ost
employé la terre de la Résidence bien lai
vée , ou les croûtes pierreuses , comme
elles font sorties de l'eau , elles retien*
lient dans la distillation l' Acide du Sel
commun , & rtìertenr en liberté VEsprit
nrineux , qui est vif & pénétrant , & de
ses effets ordinaires , précipitant le Subli^
mé en blanc , verdissant le íyrop violât- \
changeant en bleu céleste toute solutiorî
de cuivre : & le Résidu , comme un Sel"
Ammoniac fixe a résous par l'humidité de
B iiij, l'air „
Se MERCURE DE FRANCE,
l'air , ou détrempé dans de Peau , donna
cette Liqueur ou Solution , qu'on appelle
vulgairement Huile de Chaux , laquelle
passant par le filtre , laisse err arriére une
majse brune , qui après une legere calci—
nation , & pas plutôt , permet à l' Aimant
d'en attirer des parcelles de fer.
Les Croutep pierreuses , dont on avoic
fait espérer un Esprit de Nitre, distillées
seules , donnent un peu de Bitume ; 6c
mêlées avec du Vitriol, elles fournissent
un phlegme d'une odeur bitumineuse , fie
tien au-delà.
L' Alkali terreux se fait bientôt connoî»
tre dans l'évaporation de notre Eau com
me une terre en gênerai -, mais dans les
épreuves il semble , que l'Huile de Tar
tre par défaillance déclare sa qualité par
ticulière , parce qu'elle l'en précipite r
comme elle le fak à l'eau de Chaux. Etanc
bien absorbante, elle a- part à-^'efferves
cence avec les- acides , & à la précipi
tation de ce qu'ils avoient dissous.
Comme cette terre & laSelenite se présenrent
toujours à la surface de laSource,
où il se fait sans cesse une évaporation de
diminution assez forte -, ces deux maticxes
s'amonceLnt dans les tems , que l'eau
»'est point agitée , & parvenant au point
4c surmonter sa résistance , ou aidées par
des
JANVIER. 1719. 21
íîes agitations volontaires de la part de
«eux qui en puisent , elles se déposent
successivement , & forment les couches
des croûtes pierreuses , qui se mêlent 6c
se cimentent encore avec les feuillets
bruns , qui dérivent en partie de la bouë,
que l'eau amène de son fond.
fc Le Fer, dont nous avons touché uq
mot , faisant la plus petite partie d'entre
les matières de la Résidence , ne sçauroic
y paroître sous fa couleur ordinaire -, les
couches rouges brunesdes croures le peu
vent faire soupçonner -, mais Pépreuve ,
qu'on fait avec la noix de galle ne peut
pas déclarer fa présence , parce qu'il n'est
pas dissous dans notre Eau , ou en forme
de Vitriol -, il n'y est pas non plus comme
Fer parfait, parce qu'il n'obéît pas d'aborr
à l' Aimant. II y a apparence , qu'il
fort d'une Marcaflltc ferrugineuse , &
que ses pores sont encore bouchez de
te-rre , dont le feu les délivre ; & alors la
matière magnétique y trouve accès.
M-. Boulduc a tiré du Fer & des croûtes
pierreuses , & de là partie terreuse de la
Résidence M. Burlet en avoir aupara
vant apperçû dans le Mucilage qui est
d'ailleurs, une partie du tout, entremêlé
de Sels, de Bitume & de terres , avec un
petit reste d'eau , qui lui conserve de la
transparence pour quelque tems..
B v l*
a 2 MERCURE DE FRANCE;
Le Mucilage, plus ou moins desséché*,;
{>eut contribuer beaucoup à faire variec
e poids de la Résidence.
\ Après ce détail, M. Boulduc réponds
à une Objection , qu'on fait communé
ment à laChymie fur ses productions ,
& particulièrement fur les Sels : le feu al
tère & décompose. Qu'on laiífe évaporer
notre Eau , dit-il >. â Pair ou au Soleil ,..
comme Pascal l'a voulu, ou qu'on la con
centre par la gelée , de de l'une ou de
l'autre façon, à tel point qu'on voudta %
& qu'on la mêle ensuite à différentes re
prises , avec de l'efprit de Vin , que l'onaugmentera
chaque fois-, qu'on furvuidera
le mélange : de cette manière , on
rerra d'abord la terre , que la Selenite
& le Fer accompagnent , ensuite les Selsmoyens
en Crystaux , & finalement le
Sel Alkali au fond, distinctement séparé'
d'avec l'Efprir de Vin, comme si on y
avoit versé une forte Huile de Tartre par
défaillance.
II n'y. a point d'apparence , qu'après-;
cela on mette le Sel Alkali -ou quelqueautre
fut le compte du feu , qu'on n'á pasemployé.
De tout ce qui a été dit jusqu'ici , Mi
Boulduc conclnd J que les Eaux de Bour
bon contiennent naturellement du Stl
wnmm , du Sel de Glanbtr , un Sel M~
. JANVIER. 17 to.
í-alì , du Bitume , de la Selenite , une Ter
re absorban e , & du Fer , dont lc mélan
ge répandu dans une eau actuellement
chaude , ôc chaque matière considérée
selon fa qualité , connue par l'experience
l'u/agc ; que la Médecine en fait tous
les jours , doivent faire inférer d'avance- ,
qu'elles font «n état de déterger, d'ineiftrt
&c de résoudre , qui font des effetsgénéraux
communément suivis d'une am
ple transpiration 8c excrétion d'urine 5.
que de plus elles peuvent absorber, & en .
partie dessécher ôc fortifier ; mais ce qu'on
•regrette ordinairement fort , c'est qu'el
les ne fçauroient guères purger, 8c c'est
austï ce que la plupart des Malades regar
dent comme un deffaut , mesurant I*
bonté d'âne Eau Minérale fut de fré
quentes évacuations de cette efpece.
Si on accorde, dit M. Boulduc en fiuiffant
, que ce soit ìi vm deffaut , d'ha
biles Médecins fçavent bien lc réparer
soit en faisant précéder les Eaux de Vixhy
, pour frayer le chemin: à celles de
Bourbon , soit en faisant prendre ces der
nieres , quand ils le jugent à propos , avec
des Sels moyens apéritifs , d'entre lesquels •
M* Butler a depuis une vingtaine d'an
nées misen usage 1'1 jircanum dublicatum*
■bien <o»ditionnt , & en a d'heufeussuccès*
■publique de ^Académie Royale de*
Sciences, le 12. Novembre XJíJ. fur
les Eaux de Bourbon.
Mr. Boulduc lut un Discours intitule
Ejfai t£ Analyse m genêtal des Eaux
Minérales chaudes de Bourbon l'Archarabaud.
Ces Eaux étant du nombre des plus an
ciennes du Royaume & des plus renom-f
niées par la guérison de plusieurs mala
dies longues & fâcheuíes.ellcs se sont tou
jours attiré Inattention & la recherche des*
Médecins & des Physiciens.
Dès les années 1605. & 1 £18. fans?
remonter plus haut , Jean Ban , de Mòu-í
.lins, en fait mention dans son Livre des
•vertus des Eaux naturelles de France re
nommées y & croit qu'elles contiennent d*
Souffre minerai , du Bitume & du Nitre ,
qui est le Natron des Anciens , que l'on
regarde comme un Sel Alkali minerai ,
comparable par ses effets aux Sels fixes -,
acres & lixiviels, qu'on tire des Plantes
après les avoir réduites en cendres.
En 1670. M. Duclos , de cette Acadé
mie , reconnut dans nos Eaux le même
Nitres
Ì MERCURE DE FRANCE..
Nitre; & depuis cet Auteur, d'autres Aca
démiciens ayant eu par intervales occa
sion de les examiner, ont encore conclu
avec leur Prédécesseur , qu'elles ne ren
ferment presqu'autre chose que cet Al
kali naturel.
II seinbloit donc, que sa qualité alkaline
leur étoit bien assurée. Mais en 1699:
quelqu'un, fous le nom de Pascal ,1a rejetta
entièrement dans un Livre fait ex
près' au sujet de ces Eaux ; ce n'est pas
un simple Sel Alkali qu'elles contien
nent , c'est , selon lui , un Sei mixte, com
posé d'un Acide volatile & d'un Sel Al
kali fixe, qu'il appelle un Nitre fort vo
latile & fort épuré; on tireroit même,
dit-il , cet Acide comme un véritable
esprit de Nitre du sédimènt,qu'on trouve à'
leur source en manière de croûtes ; &£•
pour Jouir du Sel dans son état naturel
il faudroit laisser évaporer nos Eaux à l'air
ou au Soleil j le feu-, qu'on employé , est
infidèle , il altère les Mixtes , il décom
pose ce Sel, & fajt , à la vérité , qu'on ne
trouve qu'un Alkali, mais cet Alkali étoit?
auparavant lié avec l'acide.
Plusieurs personnes ont applaudi à ce
raisonnement : M.Boulduc fait néanmoins
Remarquer en passant , qu'un véritable
esprit deNitre,uni avec un Sel Alkali fixe,
ftEoir nécessairement un véritable Nitre
Jan vi er. t7ìó. i
áes Modernes , c'est à- dire , un bon Sal
pêtre qui ne se décompose pas fi aisément
qu'on le dit.
Cependant le Livre allégué dérive de
ce Sel Mixte Nitreux la plupart des effets
que nos Eaux produisent sur le corpr
humain} au lieu que les premiers Auteutr
les dérivoient de l'Alkali Salin.
Cette diversité de sentimens a été le
principal motif pour que M. Boulduc'
cherchât les moyens de s'éclaircir de la
Vérité, en examinant ces Eaux de nouveau.
Son dessein a été secondé > il en a reçu
près de cent Bouteilles très- promptement
à l'occasion du retour de S. A. S. Mon
sieur le Duc-, qui les ravoir prises avec
succès à Bourbon; & un bon Artiste voulut
fcien en évaporer à la Source un grand
nombre de livres } & lui en remettre la-
Résidence. '
M. Boulduc , de son côté , y a trouve
par son travail plus de matières qu'onr
n'en avoit encore connu , & quel
ques-unes dans des circonstances singu
lières. Les mystères de la Nature ne se
développent que peu à peu , & c'est tou
jours un avantage pour lès derniers venus.
L'Eau de Bourbon est claire & limpide
comme une Eau de Roche , presque sans
edeur , & d'un gout partagé entre le vrai
felc & le lixiviel i sortant de la terre très^
sensiblement
$ MERCURE DE FRANCE;
sensiblement bouillante , elle fume con
tinuellement daní ses puits & réservoir , &
à mesure qu'il s'en exhale , il paroît à la
surface une fleur ou poussière blanche
très-fine fous l'apparence d'une toile ou
pellicule grasse fans liaison , qui devient
filus visible quand il y á long-temps que
'Eau n'a été agitée , mais qu'on ne sçausoit
ramasser de quelque façon qu'on s'y
prenne. Cette Eau dépose un Sédiment en
maniéré de croules pierreuses assez dures ,
formées de plusieurs couches blanches
bi«n distinctes , & mêlées en quelques
endroits , particulièrement en dessous ,
d'une couche de terre d'un brun foncé.
Ces croûtes qui font fans gout & fans
odeur fe collent aux bords & à la surface
intérieure du puits , du conduit & du réJ
scrvoir, dont on est obligé de les détachée
de temps à autre.
Cette Eau, gardée dans des bouteilles
bien transparentes , fait auflî voir au bouc
de quelque temps à fa surface de petits
corps blancs fort déliez qui augmentent
peu à peu & fe condensent en une
pellicule semblable à celle, qui se forme
sut l'Ëau de Chaux , laquelle gtossissant
au point que l'Eau ne peut plus la sou
tenir , se brise en beaucoup de morceaux ,
qui en tombant, s'attachent au fond &
aux parois du vaisseau , & affectent une
JANVIER. i7j«; 9
1
Configuration régulière comme quelque
chose de lalin» *
Après le récit de ces circonstances ,
M. Boulduc entre dans l' Analyse, & dit
à la fin de chaque article des matières qu'il
y a trouvées , comme il les a pressenties,
par les Epreuves, quand il y en a , par le
gout , par l'odeur , &c. & comment il est
enfin parvenu à les séparer de manière
qu'il les puisse exposer aux yeux.- dont
nous ne pouvons ici donner que le précis.
Les Epreuves les plus significatives que
M. Boulduc a faites fur l'Eau de Bourbon
font ; qu'elle précipite l'argent dissous en
un cailla blanc qui fond aisément au feu
&C devient volatile" , si on n'employe que
peu de cette solution ; que si au contraire
on en passe les bornes , l'Eau en fait un
deuxième précipité qui refuse la fonte i
qu'elle verdit lá teinture de violettes len
tement ; qu'elle fermente avec tous le»
Acides aflez sensiblement,& ptécipite l'Aïun
& les Vitriols ordinaires , quand ili
font dissous dans de l'eau commune :
Avec une forte huille de tartre faite pat
défaillance , elle se trouble & dépose après
jane terre blanche. : .
IÇqus ces effets font plus prompts Sc
plus sensibles , quand notre Eau est con
centrée , soit par le feu , par l'air ou par U
gelée. Alors elle fait même bien plus
jio MERCURE DE FRANCE,
^qu'auparavant, comme de précipiter, eaîre
autres , le sublime' dissous en une pou
dre de couleur d'e'corcc d'Orange. Les
différentes matières réciproques ne pouvoient
pas s'atteindre facilement dans la
grande étendue du liquide.
V Evaporation & la Distillation , con»
tinuées jusqu'à siccité des matières, n'ont
presque rien fait appercevoir à M. Boulcîuc
de diffèrent d'entre-elles. A peine
l'£au ressent- elle la chaleur qu'elle jette
à la surface une poussière blanche très*
fine , laquelle en augmentant se noye en
partie , & tombe ; & eo partie elle forme
par l'union.d'un nombre de petits filets
iìns & transparents des feuillets à peu près
comme on en voit dans l'eau de chaux ,
qui restent quelque temps à la surface }
& se brisant enfin, voltigent long-temps en
tout sens avant que d'aller au fond.L'Eau,
qui est élevée dans la distillation,n'a puine
de gout ni d'odeur,ni ne fait impression fut
aucune matierejla cucurbitc sent seulement
un peu l'empyreume,& toute la Résidence
affaissée est une terre blanche mêlée d'une
matière qui reffernble a une gelés on mu
cilage bien transparent & couverte d'une
malje de Sels fort blancs.
Cette Résidence mise sur une pelle ou;
lame d'argent bien chauffées , jetre une
petite flamme , •& exposée, à l'air elle
s'hu/î
/ JANVIER. 1750: 31
(í'hìimecte. Si son poids varie d'une éva
poration à l'autre de quelques grains audessous
ou au- dessus de soixante pour
chaques deux livres d'Eau , c'est d'avoir
été plus ou moins desséchée.
En démêlant cette Résidence, M. Boulduc
n'a pas perdu de vûe celle qu'on lui
avoit apportée de Bourbon > l'une & l'au*
tre lui ont fourni les mêmes matières par
différentes operations.Cependant M. Boulduc
s'étaat apperçu , que YEvaporation
frh-modèrée de notre Eau , pouvoit pres
que toute seule suffire pour en dévelop
per tout , il la propose comme le moyea
le plus simple & le plus aisé à exécuter.
Sans répeter ce qui a été dit de ce
qu'on voít au commencement de cette
opération , on continue à fajre exhaler
notre eau le plus doucement qu'il est pos
sible , & toutes les fois qu'il se présente
une certaine quantité de Sédiment en par
tie , comme une terre informe &c opaque ,
en partie, comme des filets transparents,
on le sépare en survuidant l'eau claire dans
un autre vaisseau : plus elle se concentre
de cette manière -r plus elle jaunit , & il
íe forme alots peu à peu au fond & aux
parois du vaisseau , des. Cristaux en cubes
■parfaits , pendant que la surface se cou
vre d'une croûte saline , qui en dessus est
jnégalc $c raboteuse , ôc en dessous mêlée
; • de
,1
ttc
t x MERCURE DE FRANCE/n.
4c deux sortes de Crystaux. On ôte certe
croûte aussi souvent qu'il s'en forme ,
pour que l'eau s'c'vapore librement ; &
nous dkons davantage du Sédiment ea
son lieu.
Les Cryftaux cubiques sont un vérita
ble Sel commun , qui se distingue pat
cette confìguratipn , par son gout parti
culièrement salé , & par d'autres proprietez
trop connues pour être rapportées.
II se déclare d'avance par le gout qu'il
donne à notre eau , & encore davantage
dans les Epreuves, par l'effet de ia volatilité
, que son acide imprime à l'argent , en
le précipitant ; & enfin, on le réduit par
l'c'vaporation en fa consistence con
crète.
Ce Sel fait la plus grande quantité
d'entre les matières de la Résidence, com
paré avec chacune en particulier.
Les Croûtes faline/,de nouveau dissoutes
dans de l'eau commune , donnent par
l'évaporation encote du Sel commun i
•près quoi le reste de cette solution survuidée
& exposée à l'aìt fait naître des
Crystaux d'un-quarré long , taillez à far
certes aux extrémitez , amers d'abord , 8c
frais ensuite sur la langue, qui sont des
•^roprietez , qui avec d'autres font le ca
ractère du Sel de Glaufor : Et c'est4à ce
que P»ícal a pris pour un Sel Nitreux^ féJANVIER.
1730; 13
iaìt par quelque rcísemblance superfi
cielle & imparfaite des Crystaux. L'acide
nitreux , qui fait l'essence des Sels de ce
nom , n'entre point dans fa compositions
c'est celui du Vitriol •: & outre que
M. Lemmery a prouvé clairement dans
un de fes Mémoires, que la source de
Notre Nitre , n'est point dans les entrail
les de la terre , mais qu'il naît , pour
ainsi dire , à fa surface , ou à une très-pe
tite profondeur ; il est encore bien cer
tain , qu'il ne s'-en est point trouvé jus-»
qu'ici de bien reconnu pour tel dans au
cune eau Minérale 5 car celles qu'on ap
pelle communément Nitrenses , contien
nent un Sel alkali à toute épreuve 3
on les a comparé au Nitre des Ancient ,
qui leur a fait donner ce nom.
Le Sel de Glaaber ne fçauroit être dis
tingué dans notre Eau par le gout , parce
qu'il est dominé par d'autres , dont nous
ressentons plus d'impression -, on ne fçau
roit non plus le prévoir par une simple
épreuve : il faut le soupçonner , & en par
tie seulement se convaincre de sa présence
avant que de le chercher.
On peut avec quelque fondement le
soupçonner par tout où il y a du Sel
commun , ils ne font guëtes l'un fans
l'autre. 11 y en a ainsi dans quelques Aci
dules ou Eauxierrugineuscs froides,com«
■ j B ta»
14 'MERCURE DE FRANCE,
me il y en a. dans notre Eau naturelle»
ment chaude ; l'eau de la Mer même
n'en est pas exempte ; & M . Boulduc eu
a trouvé dans des eaux de Salines , que
l'on regardoit comme purement salc'es ^
parce que l'on en tire du Sel commun.
J?our s'assurer de la présence de ce Sel
par quelque épreuve , il faut d'abord
yoir , si l'on peut découvrir l'acide vi
triolique en genexal , & c'est ce que
Jyl» Boulduc fait pai le moyen de l'huile
4e Chaux , qui lui sert de pierre de tou
che pour cet acide , lequel (ous quelque
fpijue qu'il se trouve , quitte après ce
mélange fa base quelconque , & se porte
(at la Chaux , avec laquelle il fait une
espèce de crystaliíation : l' Acide vitrioli
que étant ainsi dévoilé , pn employé ensuice
des moyens subsidiaires , par lesquels
Pn puisse reconnoître , s'il est lié avec du
fer , comme il l'est dans le Vitriol , ou
avec une terre crétacée , comme il l'est
dans l'Alun , &c. Que, si ces sortes de
preuves manquent , on est assez certain ,
qu'il y a du Sel de Glauber. Et c'est de
eette manière que M» Boulduc l'a pres
senti dans les Croûtes Salines avant que
de le faire paroître pat la crystalisation.
Ce Sel contribue' beaucoup à faire va
rier le poids de la Résidence , parce qu'on
te peut de#«her au pojnt. qu'il pèse plus
JANVIER. i7J0;
'3e la moitié moins que dans son état na
turel.
Apte's avoir retiré de notre Eau le Sel
-commun & les Croûtes Salines , on con
tinue à l'évaporer : plus elle s'avance ver»
la fin , plus elle devient rousse & grasse ,
d'un gout piquant comme une Lexive ,
& répand une odeur bitumineuse , saoa
déposer davantage deCrystaux.
Ces circonstances font juger , qu'il y a
là plus d'une matière : c'est un Sel qu'on
découvre par le gout , & une substance
cn gênerai appeìlce sulphureufe , qu'on
apperçoir par l'odeur qu'il faut démêler
l'une d'avec l'autre.
Ce qui produit le gout piquant &lixiviel
, est un Sel Alkali fixe , dont le*
proprietez égalent en beaucoup de cir
constances un bon Sel de Tartre , avec
lequel M. Boulduc l'a toujours compare í
mais elles s'en éloignent , entr'autres , en
-ce qù'au lieu que le Sel de Tartre mêle
avec le Vitriol ou son acide fait un Tar
tre vitriolé-, le/ Sel de notre Eau mêlé
avec le même acide produit constam
ment un Sel de Glauber. Ce fait, jusquelà
l'unique , a fait souhaitter à M. Boul
duc d'avoir du moins encore un exemple
<le pareil Sel ; & il l'a trouvé dans la Terre
áppellée Nitreuse , qu'on amasse autour
de Smyrae& d'Ephese , & qu'on employé
Bij dans
i« MERCURE DE FRANCË.
dans ce Pays-là à la fabrique du Savon f
il en a fait une forte Lexive purement
alkaline , & Payant mêle'e avec du Vi
triol ou son acide J il cn a pareillemenc
retiré du Sel de Glauber , & point d'au
tre. Cette différence prouve éviáemment
que ces deux Alkalis tirent leur origine
du Sel commun ; & M. Boulduc conjec
ture , que les Sels de toutes ces Eaux Mi
nérales que M. Du Clos & d'autres ont
appellé Nitreufes , font auíîi de cette cfr
pece distinguée.
i Cet* Alkali salin se déclare d'avance
dans notre Eau par le gout Lixivicl qu'il
lui donne , & qui avec celui du Sel com
mun domine far le reste -, il le fait encore
connoître davantage dans les épreuves
par les effets d'effervescence avec les aci
des , de précipitation de tout ce qu'ils
ont dissous , de changement de couleur
dans la teinture de Violettes , 8i dans la
solution du Sublimé corrosif,; & enfin on
peut le réunir , & le rendre fec'& palpa
ble , comme nous Talions dire en par
lant de ce qu'il y a de sulphurfux dans
notre Eau.
Le Sel commun étant partout où il
íe irouve plus ou moins bitumineux j a
selon toute apparence communiqué 4
notre Eau du Bitume , quel'Alkali tient
dissous, & l'empcçhc par là de surnager^
JANVIER. 173Ò. 17
St de paroîcre. Quoiqu'il en soit de íoa
origine , le Bitume y est , & on peut le sé
parer d'avec l'Alkali ,• en versant de l'Esrit
de Vin sur la derniere portion d'ean
ien concentrée : par ce moyen,comme le
plus aisé d'entre les autres.quelques gout
telettes de Bitume montent â la surface ,
& d'autres se collent aux parois du vais
seau , pendant que le Sel jílcali reste li
quide au fond , d'où on le retire facile
ment pour le destecher& pour l'avoir pur
& blanc. L'Efprit de Vin seul en quantiw
suffisante le réduit à sec avec le tems.
• - Le gout ne fçauroit distinguer le Bitu
me daná netre Eau, & le peu- d'odeur
qu'elle a est une trop foible & incertaine
marque de fa présence : on ne peut que
k soupçonner par l'empyreume que l'eau
imprime au vaisseau dan & la distillation ,
.& par l'odeur qu'elle exhale sur la fin de
-l'évaporation , jusqu'à ce qu'on le sépare
de tout mélange par le moyen que nous
venons de ditev
Le Bitume répandu dans toute la Rési
dence , fait qu'elle s'enflamme , quand
on en met fur une pele rougie , étant in
flammable de lui même.
Nous passons à- examiner le Sédiment ;
c'est autant celui que l'on garde des éva
porations , que celui que l'eau dépose ì
. B iij fa.
t» MERCURE DE FRANCE.
fa Source en manière de croûtes pier*
xeuses.
On apperçoit dans l'Eau , qu'on éva
pore actuellement, de petits filets clairs
& transparents parmi d'autres corps blancs
f!r opaqu.es , qui en s'affaissant se confon
dent ensemble : & dans les croûtes pier
reuses on distingue de petits bri Huns par
mi une matière terne & pins éclat. Voilà:
encore deux substances à démêler.
La première , qui a de la transparence
eu du brillant , est un Sel moyen , dans
lequel l'Acide vitriolique est chargé de
beaucoup de terre , & M. Boulduc a par
lé plus au long de fa qualité saline , à
l'oecasion des Nouvelles Eaux Minérales
de Pafsy. Ce Mixte n'ayant pas encore
été mis au rang des Sels, il fera libre a cha
cun de lui donner tel nom qu'il voudra.'
M. Boulduc l'appelle Sele nite , parce qu'il
prend la même configuration en fecryC
talifant.
Comme un Sel de difficile dissolution ;
ou qui a besoin de beaucoup d'eau pour
-se tenir dissous , il commence à paroît»
comme une poussière fine qui a quelque
éclat , aussi tôt qu'un peu d'eau lui est
soustraite . & à mesure qu'elle diminue
il forme de petits filets , ensuite des fciiil-
]$ïs ou pellicules , dont enfin les mor<
«aux,
Janvier. r72Q. r*
ceaux brisez s'attachent au vaisseau , 8c
prennent encore là plus de volume & plu»
de régularité dans leur configuration.
Ce Sel ne se trouve pas feulement dant
quelques Acidules & Eaux Minérales
chaudes-, il y en a aussi dans des Eaux fa*
tées , dont on tire du Sel commun , comme
font celles de Salins , de Durban , de
Fourtou » de Roquefort.
Pour ce qui regarde la deuxième m»,
r'iere de nos Sedimens , ces corps blanc*
& opaque* ou ternes $ c'est une Terre ».
qui fermente avec tous les Acides , com
me le font celles qu'on appelle abforb*ntes:
elle a pourtant une qualité' de plus »
que M. Boulduc a reconnue par d'autres
essais ; c'est qu'elle a été calcinée dans le
Laboratoire souterrain. Quand on ett
mêle avec du &tl Ammonite , soit qu'ost
employé la terre de la Résidence bien lai
vée , ou les croûtes pierreuses , comme
elles font sorties de l'eau , elles retien*
lient dans la distillation l' Acide du Sel
commun , & rtìertenr en liberté VEsprit
nrineux , qui est vif & pénétrant , & de
ses effets ordinaires , précipitant le Subli^
mé en blanc , verdissant le íyrop violât- \
changeant en bleu céleste toute solutiorî
de cuivre : & le Résidu , comme un Sel"
Ammoniac fixe a résous par l'humidité de
B iiij, l'air „
Se MERCURE DE FRANCE,
l'air , ou détrempé dans de Peau , donna
cette Liqueur ou Solution , qu'on appelle
vulgairement Huile de Chaux , laquelle
passant par le filtre , laisse err arriére une
majse brune , qui après une legere calci—
nation , & pas plutôt , permet à l' Aimant
d'en attirer des parcelles de fer.
Les Croutep pierreuses , dont on avoic
fait espérer un Esprit de Nitre, distillées
seules , donnent un peu de Bitume ; 6c
mêlées avec du Vitriol, elles fournissent
un phlegme d'une odeur bitumineuse , fie
tien au-delà.
L' Alkali terreux se fait bientôt connoî»
tre dans l'évaporation de notre Eau com
me une terre en gênerai -, mais dans les
épreuves il semble , que l'Huile de Tar
tre par défaillance déclare sa qualité par
ticulière , parce qu'elle l'en précipite r
comme elle le fak à l'eau de Chaux. Etanc
bien absorbante, elle a- part à-^'efferves
cence avec les- acides , & à la précipi
tation de ce qu'ils avoient dissous.
Comme cette terre & laSelenite se présenrent
toujours à la surface de laSource,
où il se fait sans cesse une évaporation de
diminution assez forte -, ces deux maticxes
s'amonceLnt dans les tems , que l'eau
»'est point agitée , & parvenant au point
4c surmonter sa résistance , ou aidées par
des
JANVIER. 1719. 21
íîes agitations volontaires de la part de
«eux qui en puisent , elles se déposent
successivement , & forment les couches
des croûtes pierreuses , qui se mêlent 6c
se cimentent encore avec les feuillets
bruns , qui dérivent en partie de la bouë,
que l'eau amène de son fond.
fc Le Fer, dont nous avons touché uq
mot , faisant la plus petite partie d'entre
les matières de la Résidence , ne sçauroic
y paroître sous fa couleur ordinaire -, les
couches rouges brunesdes croures le peu
vent faire soupçonner -, mais Pépreuve ,
qu'on fait avec la noix de galle ne peut
pas déclarer fa présence , parce qu'il n'est
pas dissous dans notre Eau , ou en forme
de Vitriol -, il n'y est pas non plus comme
Fer parfait, parce qu'il n'obéît pas d'aborr
à l' Aimant. II y a apparence , qu'il
fort d'une Marcaflltc ferrugineuse , &
que ses pores sont encore bouchez de
te-rre , dont le feu les délivre ; & alors la
matière magnétique y trouve accès.
M-. Boulduc a tiré du Fer & des croûtes
pierreuses , & de là partie terreuse de la
Résidence M. Burlet en avoir aupara
vant apperçû dans le Mucilage qui est
d'ailleurs, une partie du tout, entremêlé
de Sels, de Bitume & de terres , avec un
petit reste d'eau , qui lui conserve de la
transparence pour quelque tems..
B v l*
a 2 MERCURE DE FRANCE;
Le Mucilage, plus ou moins desséché*,;
{>eut contribuer beaucoup à faire variec
e poids de la Résidence.
\ Après ce détail, M. Boulduc réponds
à une Objection , qu'on fait communé
ment à laChymie fur ses productions ,
& particulièrement fur les Sels : le feu al
tère & décompose. Qu'on laiífe évaporer
notre Eau , dit-il >. â Pair ou au Soleil ,..
comme Pascal l'a voulu, ou qu'on la con
centre par la gelée , de de l'une ou de
l'autre façon, à tel point qu'on voudta %
& qu'on la mêle ensuite à différentes re
prises , avec de l'efprit de Vin , que l'onaugmentera
chaque fois-, qu'on furvuidera
le mélange : de cette manière , on
rerra d'abord la terre , que la Selenite
& le Fer accompagnent , ensuite les Selsmoyens
en Crystaux , & finalement le
Sel Alkali au fond, distinctement séparé'
d'avec l'Efprir de Vin, comme si on y
avoit versé une forte Huile de Tartre par
défaillance.
II n'y. a point d'apparence , qu'après-;
cela on mette le Sel Alkali -ou quelqueautre
fut le compte du feu , qu'on n'á pasemployé.
De tout ce qui a été dit jusqu'ici , Mi
Boulduc conclnd J que les Eaux de Bour
bon contiennent naturellement du Stl
wnmm , du Sel de Glanbtr , un Sel M~
. JANVIER. 17 to.
í-alì , du Bitume , de la Selenite , une Ter
re absorban e , & du Fer , dont lc mélan
ge répandu dans une eau actuellement
chaude , ôc chaque matière considérée
selon fa qualité , connue par l'experience
l'u/agc ; que la Médecine en fait tous
les jours , doivent faire inférer d'avance- ,
qu'elles font «n état de déterger, d'ineiftrt
&c de résoudre , qui font des effetsgénéraux
communément suivis d'une am
ple transpiration 8c excrétion d'urine 5.
que de plus elles peuvent absorber, & en .
partie dessécher ôc fortifier ; mais ce qu'on
•regrette ordinairement fort , c'est qu'el
les ne fçauroient guères purger, 8c c'est
austï ce que la plupart des Malades regar
dent comme un deffaut , mesurant I*
bonté d'âne Eau Minérale fut de fré
quentes évacuations de cette efpece.
Si on accorde, dit M. Boulduc en fiuiffant
, que ce soit ìi vm deffaut , d'ha
biles Médecins fçavent bien lc réparer
soit en faisant précéder les Eaux de Vixhy
, pour frayer le chemin: à celles de
Bourbon , soit en faisant prendre ces der
nieres , quand ils le jugent à propos , avec
des Sels moyens apéritifs , d'entre lesquels •
M* Butler a depuis une vingtaine d'an
nées misen usage 1'1 jircanum dublicatum*
■bien <o»ditionnt , & en a d'heufeussuccès*
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Résumé : EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
Le 12 novembre, M. Boulduc a présenté un discours à l'Académie Royale des Sciences sur l'analyse des eaux minérales chaudes de Bourbon-l'Archambault, connues pour leur efficacité contre diverses maladies. Ces eaux, parmi les plus anciennes et renommées du royaume, ont été mentionnées par Jean Ban en 1605 et 1618, qui les décrivait comme contenant du soufre minéral, du bitume et du nitre. En 1670, M. Duclos confirma la présence de nitre, mais en 1699, Pascal contesta cette analyse, affirmant que les eaux contenaient un sel mixte composé d'un acide volatile et d'un sel alcalin fixe. Intrigué par ces divergences, M. Boulduc a entrepris une nouvelle analyse des eaux de Bourbon. Il a observé que l'eau est claire, limpide, presque sans odeur et d'un goût entre le salé et le lixiviel. Elle est naturellement bouillante et forme des croûtes blanches à la surface. Ses expériences ont révélé que l'eau précipite l'argent dissous, fermente avec les acides et précipite l'alun et les vitriols. Après évaporation et distillation, il a identifié plusieurs matières, dont un sel commun, du sel de Glauber, une substance sulfurée et une odeur bitumineuse. M. Boulduc a conclu que l'évaporation modérée de l'eau est le moyen le plus simple pour en développer les composants. Il a détaillé les processus chimiques et les propriétés des sels identifiés, soulignant l'importance de méthodes précises pour les analyser. Le texte mentionne également la présence de silice, de sel de Glauber, d'un sel alcalin, de bitume, de selenite, d'une terre absorbante et de fer dans les eaux de Bourbon. Ces eaux sont utilisées en médecine pour leurs effets détergents, irritants et résolutifs, souvent suivis de transpiration et d'excrétion d'urine. Cependant, elles ne purgent pas facilement, ce que certains médecins compensent en les associant à des sels apéritifs ou à des eaux comme celles de Vichy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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