Résultats : 21770 texte(s)
Détail
Liste
4551
p. 155-156
AUTRE.
Début :
J'ay part à ces exploits qui ravagent la Terre, [...]
Mots clefs :
Pierre à fusil
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
F.Ay part à ces exploits qui ravagent la Terre ,
Comme aux amuſemens , images de la Guerre.
Par fois , & même affés fouvent ,
Le Solitaire , le Sçavant
Me veulent auprès d'eux , m'approchent de leur couche
;
Mais qu'on ne craigne rien four moy ,
I56
LE MERCURE
1
Seule avec eux la nuit , j'y fuis comme une
Et n'en ay ༣ pas le moindre effroy.
Souch
Aleur empreſſement je ſçay ne pas répondre ,
Ils onttous beau me tourmenter ,
Je trompe leurs defirs jufqu'à les dépiter
Plusje les vois après moy fe morfondre.
L'avare dans fon coffrefort
Ne ferre pas fi bien écus , fols & piftole ,
Que je cache , deffens le bien que l'on me vole-3
Mais à la fin je cede à leur effort.
Ce qu'on m'enleve eft un bienfecourable ;
Quoique communil est pourtani fi precienx ,
Que fi l'on veut croire la Fable ,
La Terre le ravit aux Cieux.
F.Ay part à ces exploits qui ravagent la Terre ,
Comme aux amuſemens , images de la Guerre.
Par fois , & même affés fouvent ,
Le Solitaire , le Sçavant
Me veulent auprès d'eux , m'approchent de leur couche
;
Mais qu'on ne craigne rien four moy ,
I56
LE MERCURE
1
Seule avec eux la nuit , j'y fuis comme une
Et n'en ay ༣ pas le moindre effroy.
Souch
Aleur empreſſement je ſçay ne pas répondre ,
Ils onttous beau me tourmenter ,
Je trompe leurs defirs jufqu'à les dépiter
Plusje les vois après moy fe morfondre.
L'avare dans fon coffrefort
Ne ferre pas fi bien écus , fols & piftole ,
Que je cache , deffens le bien que l'on me vole-3
Mais à la fin je cede à leur effort.
Ce qu'on m'enleve eft un bienfecourable ;
Quoique communil est pourtani fi precienx ,
Que fi l'on veut croire la Fable ,
La Terre le ravit aux Cieux.
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4552
p. 155-156
ENIGME.
Début :
Ma tête est un vilain visage ; [...]
Mots clefs :
Cuivre
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
M
A tête et un vilain vifage s
Le refte eft d'un homme peur
fage.
Pourtant , des plus glorieux faits ,
A la pofterité j'ai rendu témoignage.
Mille Rois dans la foule oubliez pour ja
mais ceda
odoma , tot 13 obmuro nol-I
Ont tout à coup revêcu par mes traits :
Et fouvent les Heros les plus recommen
dables
k
155 LE MERCURE
De l'immortalité m'ont été redevables
Je fais un ornement des fçavans cabinets
Et je porte le nom des plus grands per-
#fonnages
On ne peut pas compter mes différens ufages.
aujourd'huy ,
Imitant le bruit du tonnere ,
Je fais plus de fracas: que lui.
Demain chez un Aporiquaire ,
>
Pour une medecine ou pour quelque
eclifteres,
L'on me met en mouvement.
Et dans ces deux emplois , un peu differemment
;
De la mort je fuis l'inftrument.
Dans l'Univers entier je fus rendu celebre
Par un funefte embrafement.
Enfin , d'une Pompe funebre
Je fers à l'accompliſſement.
M
A tête et un vilain vifage s
Le refte eft d'un homme peur
fage.
Pourtant , des plus glorieux faits ,
A la pofterité j'ai rendu témoignage.
Mille Rois dans la foule oubliez pour ja
mais ceda
odoma , tot 13 obmuro nol-I
Ont tout à coup revêcu par mes traits :
Et fouvent les Heros les plus recommen
dables
k
155 LE MERCURE
De l'immortalité m'ont été redevables
Je fais un ornement des fçavans cabinets
Et je porte le nom des plus grands per-
#fonnages
On ne peut pas compter mes différens ufages.
aujourd'huy ,
Imitant le bruit du tonnere ,
Je fais plus de fracas: que lui.
Demain chez un Aporiquaire ,
>
Pour une medecine ou pour quelque
eclifteres,
L'on me met en mouvement.
Et dans ces deux emplois , un peu differemment
;
De la mort je fuis l'inftrument.
Dans l'Univers entier je fus rendu celebre
Par un funefte embrafement.
Enfin , d'une Pompe funebre
Je fers à l'accompliſſement.
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4553
p. 2033-2034
« Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, La Parisienne, Dancourt, L'Indiscret, Voltaire, Montfleury
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Les Comédiens François ont remis au
Théatre la Parisienne , petite Comédie de
feu M. Dancourt , que le Public revoit
avec plaisir. Nous en avons parlé au mois
d'Août 1725. p. 1869. tems auquel on
l'a repris.
Ils ont aussi remis l'Indiscret , Comédie
de M. de Voltaire , dont nous avons donné l'Extrait dans le second Volume du
Mercure de Septembre 1725. p. 2276.
Le Lundi 15 de ce mois , les mêmes
Comédiens donnerent la premicre ReGiij pré
2034 MERCURE DE FRANCE
présentation de la Fausse Inconstance
Comédie en trois Actes , et en Vers
dont nous parlerons plus au long.
Ils vont donner la Sœur Ridicule , Comédie en quatre Actes , de Montfleury.
Il y a plus de 25 ans que cette Piéce n'a
été representée , on la connoissoit sous le
titre du Comédien Poëte , en quatre Actes
et un Prologue. A la place de ce Prologue qu'on a retranché , on donnera un
nouveau Prologue en Vers , dont les principaux Personnages sont la Ressource et
le Caprice personnifiez.
Théatre la Parisienne , petite Comédie de
feu M. Dancourt , que le Public revoit
avec plaisir. Nous en avons parlé au mois
d'Août 1725. p. 1869. tems auquel on
l'a repris.
Ils ont aussi remis l'Indiscret , Comédie
de M. de Voltaire , dont nous avons donné l'Extrait dans le second Volume du
Mercure de Septembre 1725. p. 2276.
Le Lundi 15 de ce mois , les mêmes
Comédiens donnerent la premicre ReGiij pré
2034 MERCURE DE FRANCE
présentation de la Fausse Inconstance
Comédie en trois Actes , et en Vers
dont nous parlerons plus au long.
Ils vont donner la Sœur Ridicule , Comédie en quatre Actes , de Montfleury.
Il y a plus de 25 ans que cette Piéce n'a
été representée , on la connoissoit sous le
titre du Comédien Poëte , en quatre Actes
et un Prologue. A la place de ce Prologue qu'on a retranché , on donnera un
nouveau Prologue en Vers , dont les principaux Personnages sont la Ressource et
le Caprice personnifiez.
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Résumé : « Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Les Comédiens François ont repris 'La Parisienne' de Dancourt et 'L'Indiscret' de Voltaire au Théâtre la Parisienne. Ils ont présenté 'La Fausse Inconstance' le 15 du mois et prévoient 'La Sœur Ridicule' de Montfleury, avec un nouveau prologue en vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4554
p. 151-152
Autre Remède Spécifique, [titre d'après la table]
Début :
Cet Article de la Theriaque, m'oblige à vous dire icy un [...]
Mots clefs :
Thériaque, Remède, Journal des savants, Guérison, Douleurs, Eau, Secret, Inventeur
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texteReconnaissance textuelle : Autre Remède Spécifique, [titre d'après la table]
Cet Article de laTheriaque ,
m'oblige à vous dire icy un
mot d'un autre Remede Specifique
, dont l'Illuftre M
l'Abbé de la Rocque , a par
lé dans fon Journal des Sçavans
; ſans cela , j'aurois eu de
la peine à me refoudre à vous
en entretenir , puis qu'il s'agit
de la Goute , que perfonne
n'a encore trouvé le fecret
de guérir. Cependant on
N iiij.
152 MERCURE
prétend qu'en étuvant feulement
la partie malade , d'une
Eau que donne le fieur Bouton
, qui loge Ruë - Aubry-
Boucher , la douleur ceffe , &
que la Goute mefme eft emportée
pour toûjours ; fi apres
que les douleurs ont ceffé on
continuë de fe fervir de cette
Eau pendant quelque temps .
Suivant les chofes que j'en ay
entendu dire , on en pourroit
faire une Hiftoire à peu pres
comme de l'Eau de la Reyne.
de Hongrie , le Secret en
ayant efté donné par un vieil
Hermite , fans fçavoir qui en
eft l'Inventeur.
m'oblige à vous dire icy un
mot d'un autre Remede Specifique
, dont l'Illuftre M
l'Abbé de la Rocque , a par
lé dans fon Journal des Sçavans
; ſans cela , j'aurois eu de
la peine à me refoudre à vous
en entretenir , puis qu'il s'agit
de la Goute , que perfonne
n'a encore trouvé le fecret
de guérir. Cependant on
N iiij.
152 MERCURE
prétend qu'en étuvant feulement
la partie malade , d'une
Eau que donne le fieur Bouton
, qui loge Ruë - Aubry-
Boucher , la douleur ceffe , &
que la Goute mefme eft emportée
pour toûjours ; fi apres
que les douleurs ont ceffé on
continuë de fe fervir de cette
Eau pendant quelque temps .
Suivant les chofes que j'en ay
entendu dire , on en pourroit
faire une Hiftoire à peu pres
comme de l'Eau de la Reyne.
de Hongrie , le Secret en
ayant efté donné par un vieil
Hermite , fans fçavoir qui en
eft l'Inventeur.
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Résumé : Autre Remède Spécifique, [titre d'après la table]
L'Abbé de la Rocque a décrit dans le 'Journal des Sçavans' un remède contre la goutte, une eau préparée par le sieur Bouton. L'application de cette eau sur la partie malade soulage la douleur et guérit la goutte. L'auteur recommande de continuer l'utilisation de l'eau même après la disparition des douleurs. Cette histoire rappelle celle de l'Eau de la Reine de Hongrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4555
p. 2053-2054
« Le 9. Septembre, l'Opera Comique donna une Piece nouvelle d'un Acte, [...] »
Début :
Le 9. Septembre, l'Opera Comique donna une Piece nouvelle d'un Acte, [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 9. Septembre, l'Opera Comique donna une Piece nouvelle d'un Acte, [...] »
Le 9. Septembre , l'Opera Comique"
donna une Piece nouvelle d'un Acte
en Vaudeville , intitulé : Zéphire et la
Lune , ou la Nuit d'Elé. Elle fut précé--
dée d'un Prologue nouveau , qui a pour
Gy titre ,
2054 MERCURE DE FRANCE
titre , l'Impromptu. Ces deux Pieces sont
terminées par le Baler Pantomine des
Ages , dont on a déja parlé , et qui fait
toujours beaucoup de plaisir .
donna une Piece nouvelle d'un Acte
en Vaudeville , intitulé : Zéphire et la
Lune , ou la Nuit d'Elé. Elle fut précé--
dée d'un Prologue nouveau , qui a pour
Gy titre ,
2054 MERCURE DE FRANCE
titre , l'Impromptu. Ces deux Pieces sont
terminées par le Baler Pantomine des
Ages , dont on a déja parlé , et qui fait
toujours beaucoup de plaisir .
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4556
p. 143-144
SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
Début :
L'Apollon de nos jours, dont la fertile Veine, [...]
Mots clefs :
Apollon, Couleurs, Mouvement, Spectacles, Corneille, Poètes, Admirateur, Hommage, Gloire, Mémoire, Pierre Corneille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
SUR LA MORT
DE M' DE CORNEILLE.
L'
'Apollon de nos jours , dont la
fertile Veine
Par fes vives couleurs , par fes raifonnemens
,
Marqua fi bien du coeur les divers
mouvemens ;
Le grand Corneille , hélas n'eft plus
qu'une Ombre vaine .
Que dis-je? Il vit toûjours dans nôtre
illuftre Scene ;
Toujours y regneront ces Spectacles
charmáns ,
Où l'esprit enchanté découvre à tous
momens
Mille nouveaux appas, dont la force
l'entraîne.
144
MERCURE
O vous, Hiftoriens, Poètes, Orateurs,
Ou jaloux de fon nom , ou fes admi .
rateurs ,
Rende luy voftre hommage , honorezSa
memoire.
vous Non; qui que vous soyeZtaisez vo
Ecrivains ;
Ses Ouvrages fans vous éternifent
Sa gloire ,
Et l'ont mis audeffus des Grecs &
des Romains.
DE M' DE CORNEILLE.
L'
'Apollon de nos jours , dont la
fertile Veine
Par fes vives couleurs , par fes raifonnemens
,
Marqua fi bien du coeur les divers
mouvemens ;
Le grand Corneille , hélas n'eft plus
qu'une Ombre vaine .
Que dis-je? Il vit toûjours dans nôtre
illuftre Scene ;
Toujours y regneront ces Spectacles
charmáns ,
Où l'esprit enchanté découvre à tous
momens
Mille nouveaux appas, dont la force
l'entraîne.
144
MERCURE
O vous, Hiftoriens, Poètes, Orateurs,
Ou jaloux de fon nom , ou fes admi .
rateurs ,
Rende luy voftre hommage , honorezSa
memoire.
vous Non; qui que vous soyeZtaisez vo
Ecrivains ;
Ses Ouvrages fans vous éternifent
Sa gloire ,
Et l'ont mis audeffus des Grecs &
des Romains.
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Résumé : SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
Le texte rend hommage à Pierre Corneille après sa mort, soulignant que son œuvre continue de captiver sur scène. Il appelle historiens, poètes et orateurs à honorer sa mémoire. Les écrits de Corneille assurent son immortalité, le plaçant au-dessus des auteurs grecs et romains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4557
p. 581-582
« Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Début :
Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...]
Mots clefs :
Opéra, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Le 18. l'Académie Royale de Mufique donna
par extraordinaire une Repréfentation de Thefée
pour la capitation des Acteurs , comme cela fe
pratique toutes les années. Cette Piéce fut terminée
par les Caracteres de la danfe que la Dlle Camargo
danfa avec toute la vivacité dont elle eft:
capable.
Le 22. on joua encore Thefée pour les Acteurs,
qui fut fuivi du Divertiffement de Pourceaugnac,›
& du Pas de Trois danfé par les S's Blondi
Dumoulin & la Dlle Camargo.
Le 23. & le 24. on donna pour la clôture du
Theatre l'Opera de Telemaque , fuivi du Divertiffement
de Pourceaugnac , avec le Pas de
Trois.
Le 28. Fevrier , les Comédiens Italiens donne--
rent la premiere Repréſentation de Sanfon , Tragi
- Comédie en Vers , & en cinq Actes. Cette
Piéce en Italien avoit été jouée dans fa nouveau--
té au mois de Fevrier 1717. Le St Lelio , qui a
quitté
$ 82 MERCURE DE FRANCE .
a quitté le Théatre , y joüoit le principal Rôle
d'une maniere inimitable , comme dans toutes
les autres Piéces de ce genre. Le St Romagneſi
qui le remplace aujourd'hui dans la même Piéce,
la mise en Vers François , avec un fuccès furprenant
; le concours a été fi grand qu'on a été
obligé très-fouvent de renvoyer du monde ; on
en parlera plus au long dans le prochain Journal.
Le 23. & le 24. de ce mois , ils donnerent la
même Piéce de Samfon , pour la clôture du Theatre.
La Dile Silvia fit le compliment qu'on a accoutumé
de faire toutes les années , lequel fut
fort bien reçû du Public.
Le 4. Mars , l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation de la Parodie de Telemaque,
qu'on joue actuellement fur le Theatre de POpera.
Cette Parodie fut repreſentée avec grand
fuccès en 1715. par l'Opera Comique de la Foire .
S. Germain , le Sr Doller y jouoit pour lors le
Rôle de Telemaque d'une maniere fort originale,
& il a joué le même Rôle dans cette derniere reprife.
Le 20. on donna une petite Piéce nouvelle d'un
Acte , intitulé La Pantoufle qui fut précedée de
celle des Couplets des Vaudevilles en procès &
de la Parodie de Telemaque.
Le 26. on donna la premiere Repréſentation
d'un Acte nouveau , intitulé L'Opera Comique
affiegé , précedé des deux autres dont on vient de
parler , le même Divertiffement a continué juſ→
qu'à la Veille du Dimanche des Rameaux incluvement.
par extraordinaire une Repréfentation de Thefée
pour la capitation des Acteurs , comme cela fe
pratique toutes les années. Cette Piéce fut terminée
par les Caracteres de la danfe que la Dlle Camargo
danfa avec toute la vivacité dont elle eft:
capable.
Le 22. on joua encore Thefée pour les Acteurs,
qui fut fuivi du Divertiffement de Pourceaugnac,›
& du Pas de Trois danfé par les S's Blondi
Dumoulin & la Dlle Camargo.
Le 23. & le 24. on donna pour la clôture du
Theatre l'Opera de Telemaque , fuivi du Divertiffement
de Pourceaugnac , avec le Pas de
Trois.
Le 28. Fevrier , les Comédiens Italiens donne--
rent la premiere Repréſentation de Sanfon , Tragi
- Comédie en Vers , & en cinq Actes. Cette
Piéce en Italien avoit été jouée dans fa nouveau--
té au mois de Fevrier 1717. Le St Lelio , qui a
quitté
$ 82 MERCURE DE FRANCE .
a quitté le Théatre , y joüoit le principal Rôle
d'une maniere inimitable , comme dans toutes
les autres Piéces de ce genre. Le St Romagneſi
qui le remplace aujourd'hui dans la même Piéce,
la mise en Vers François , avec un fuccès furprenant
; le concours a été fi grand qu'on a été
obligé très-fouvent de renvoyer du monde ; on
en parlera plus au long dans le prochain Journal.
Le 23. & le 24. de ce mois , ils donnerent la
même Piéce de Samfon , pour la clôture du Theatre.
La Dile Silvia fit le compliment qu'on a accoutumé
de faire toutes les années , lequel fut
fort bien reçû du Public.
Le 4. Mars , l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation de la Parodie de Telemaque,
qu'on joue actuellement fur le Theatre de POpera.
Cette Parodie fut repreſentée avec grand
fuccès en 1715. par l'Opera Comique de la Foire .
S. Germain , le Sr Doller y jouoit pour lors le
Rôle de Telemaque d'une maniere fort originale,
& il a joué le même Rôle dans cette derniere reprife.
Le 20. on donna une petite Piéce nouvelle d'un
Acte , intitulé La Pantoufle qui fut précedée de
celle des Couplets des Vaudevilles en procès &
de la Parodie de Telemaque.
Le 26. on donna la premiere Repréſentation
d'un Acte nouveau , intitulé L'Opera Comique
affiegé , précedé des deux autres dont on vient de
parler , le même Divertiffement a continué juſ→
qu'à la Veille du Dimanche des Rameaux incluvement.
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Résumé : « Le 18. l'Académie Royale de Musique donna par extraordinaire une Représentation de Thesée [...] »
Du 18 au 24 février, l'Académie Royale de Musique organisa plusieurs représentations de la pièce 'Thésée', incluant des danses avec Mlle Camargo. Les 22, 23 et 24 février, les divertissements comprenaient 'Pourceaugnac' et un pas de trois interprété par Blondi, Dumoulin et Mlle Camargo. Le 28 février, les Comédiens Italiens jouèrent la tragédie-comédie 'Sanfon' en cinq actes, initialement présentée en février 1717, avec St Lelio et St Romagnesi dans les rôles principaux, adaptée en vers français. Les 23 et 24 février, une nouvelle représentation de 'Sanfon' clôtura la saison, accompagnée d'un compliment de la Dile Silvia. Le 4 mars, l'Opéra Comique présenta la parodie de 'Télémaque', déjà jouée en 1715. Le 20 mars, la pièce en un acte 'La Pantoufle' fut jouée, précédée des 'Couplets des Vaudevilles en procès' et de la parodie de 'Télémaque'. Le 26 mars, la pièce en un acte 'L'Opéra Comique affligé' fut présentée, suivie des mêmes divertissements jusqu'à la veille du Dimanche des Rameaux.
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4558
p. 1003-1005
Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François donnerent le 29. Avril, une Piece intitulée, le Divorce, où les [...]
Mots clefs :
Divorce, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Les Comédiens François donnerent le 29 .
Avril , une Piece intitulée , le Divorce , où les
Epoux mécontens . Cette Piece , dont l'Auteur ne
fe nomme pas, a eu fi peu de Repréfentations, qu'il
n'eft pas poffible d'en faire un Extrait détaillé
nous nous contenterons de donner une legere idée.
du fonds.
La Piece eft précedée d'un Prologue qui l'annonce
; l'Amour & l'Hymen en font les premiers:
interlocuteurs ; ils fe reprochent réciproquement
leurs deffauts ; Mercure vient terminer leurs differends
1004 MERCURE DE FRANCE
ferends , en leur annonçant qu'une Reine de Lombardie
a fait publier une Loi , par laquelle il eft
1 permis à toutes perfonnes engagées par le noeud.
de Hymen , de le rompre & de faire un autre
choix.
A la faveur d'un Bal un Mari dégouté de fa
femme , vient tâcher d'en trouver une qui lui convienne
mieux ; il en fait confidence à un Valet, à
qui l'exemple de fon Maître donne prefque envie
d'en faire autant. La femme du Maître arrive
mafquée , cependant elle n'eft pas mécontente de
fon mari , jufqu'au point d'en vouloir prendre
un autre. Son mari la trouve fi charmante fousle
mafque , qu'il en devient amoureux ; elle profite
de fon erreur ; elle écoute avec plaifir les fermens
qu'il lui fait d'un amour , qu'il dit n'avoir
jamais fenti pour fa femme, dont il ne laiffe pas de
dire du bien. La Scene entre le Valet & la Suivante
de la Dame , auffi maſquée , qui ſont auſſi'
marieź, eft à peu près la même , mais avec plus de
vivacité & avec moins de mefure d'une & d'autre
part. Ces premieres Scenes font fuivies d'autres
purement épifodiques ; elles ont pourtant quelque
rapport au fond de l'action principale , ce font
d'autres Epoux qui veulent faire divorce ; toutes
ces differentes caufes font plaidées au même Tribunal
. La Reine de Lombardie , après avoir écouté
les raifons de part & d'autre , prononce & fair
remarier les Parties au gré de leur choix , on aurroit
fouhaité que tous les mécontens euffent ſuivi le
fort du premier , qui reconnoiffant fa femme dans
la perfonne de cette prétendue Maîtreffe qu'il
avoit trouvée fi belle fous le mafque , fe repent
de fon inconftance , & confent à renouer un lien
qu'il bruloit de diffoudre .
La Dame Desbroffes - Baron , qui a rempli dans
cette Piece le Rôle de la Reine de Lombardie , apara
MAY. 1730. 1005
1
parû fur le Théatre pour la derniere fois. Elle s'eft
retirée.
Avril , une Piece intitulée , le Divorce , où les
Epoux mécontens . Cette Piece , dont l'Auteur ne
fe nomme pas, a eu fi peu de Repréfentations, qu'il
n'eft pas poffible d'en faire un Extrait détaillé
nous nous contenterons de donner une legere idée.
du fonds.
La Piece eft précedée d'un Prologue qui l'annonce
; l'Amour & l'Hymen en font les premiers:
interlocuteurs ; ils fe reprochent réciproquement
leurs deffauts ; Mercure vient terminer leurs differends
1004 MERCURE DE FRANCE
ferends , en leur annonçant qu'une Reine de Lombardie
a fait publier une Loi , par laquelle il eft
1 permis à toutes perfonnes engagées par le noeud.
de Hymen , de le rompre & de faire un autre
choix.
A la faveur d'un Bal un Mari dégouté de fa
femme , vient tâcher d'en trouver une qui lui convienne
mieux ; il en fait confidence à un Valet, à
qui l'exemple de fon Maître donne prefque envie
d'en faire autant. La femme du Maître arrive
mafquée , cependant elle n'eft pas mécontente de
fon mari , jufqu'au point d'en vouloir prendre
un autre. Son mari la trouve fi charmante fousle
mafque , qu'il en devient amoureux ; elle profite
de fon erreur ; elle écoute avec plaifir les fermens
qu'il lui fait d'un amour , qu'il dit n'avoir
jamais fenti pour fa femme, dont il ne laiffe pas de
dire du bien. La Scene entre le Valet & la Suivante
de la Dame , auffi maſquée , qui ſont auſſi'
marieź, eft à peu près la même , mais avec plus de
vivacité & avec moins de mefure d'une & d'autre
part. Ces premieres Scenes font fuivies d'autres
purement épifodiques ; elles ont pourtant quelque
rapport au fond de l'action principale , ce font
d'autres Epoux qui veulent faire divorce ; toutes
ces differentes caufes font plaidées au même Tribunal
. La Reine de Lombardie , après avoir écouté
les raifons de part & d'autre , prononce & fair
remarier les Parties au gré de leur choix , on aurroit
fouhaité que tous les mécontens euffent ſuivi le
fort du premier , qui reconnoiffant fa femme dans
la perfonne de cette prétendue Maîtreffe qu'il
avoit trouvée fi belle fous le mafque , fe repent
de fon inconftance , & confent à renouer un lien
qu'il bruloit de diffoudre .
La Dame Desbroffes - Baron , qui a rempli dans
cette Piece le Rôle de la Reine de Lombardie , apara
MAY. 1730. 1005
1
parû fur le Théatre pour la derniere fois. Elle s'eft
retirée.
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Résumé : Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Le 29 avril, les Comédiens Français ont présenté la pièce 'Le Divorce', dont l'auteur n'est pas mentionné. Cette pièce, peu représentée, commence par un prologue où l'Amour et l'Hymen se critiquent mutuellement. Mercure annonce une loi d'une Reine de Lombardie permettant aux couples mariés de se séparer et de choisir un nouveau partenaire. Dans la pièce, un mari insatisfait cherche une nouvelle compagne lors d'un bal et en parle à son valet. La femme du mari, déguisée, refuse de changer de partenaire. Le mari, charmé par sa femme déguisée, lui déclare son amour. Une scène similaire se déroule entre le valet et la suivante de la dame. D'autres couples souhaitant divorcer sont également présentés, et leurs cas sont jugés par le même tribunal. La Reine écoute les raisons des deux parties et prononce le remariage des couples selon leur choix. La Dame Desbroffes-Baron a interprété le rôle de la Reine de Lombardie et a quitté la scène après cette représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4559
p. 114-116
REMARQUES.
Début :
Il a fait une traduction des Pseaumes avec de petites [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQUES.
Il a fait une traduction
des Pseaumes avec de petites
reflexions sur chaque
verset,&iljoignit àcetOuvrage
un autre de mesme
goust ;c'cfi: l'esprit de David,
& le dégoust du monde
: mais son talent estoit
d'écrire des Nouvelles, 6c
de petites Histoires particulières
; il a fait aussi plusieursPasquinadespendant
le temps de la derniere
guerre & les commencements
de celle-cy. On a de
luy encore plusieurs autres
Ouvrages, la Grote des
Fables,sesContes & Fables,
ses Voyages de Chaudray
,
& de Falaise, le Gagetouché,
Ildegerte.,Zulima,Abramulé,
lafausseComtesse
d'Isambert, Mylord Courtenayou
les amours d'Elisabeth,
Reined'Angleterre;
le Chevalier Balchazar,
l'histoire d'Hollande, la
conjuration des Pazzi, rfo
pe, les deux Arlequins, le
Sceau enlevé,& plusieurs
Nouvelles Afriquaines »
ainsi que pluheurs autres
Entretiens policiq es & Satyriques
: mais son meilleur
Ouvrage dans ce genre
est son Ecole du Monde.
Son stile estoic vif, hardy,
& figuré, mais dur & neg1igé
Il a fait une traduction
des Pseaumes avec de petites
reflexions sur chaque
verset,&iljoignit àcetOuvrage
un autre de mesme
goust ;c'cfi: l'esprit de David,
& le dégoust du monde
: mais son talent estoit
d'écrire des Nouvelles, 6c
de petites Histoires particulières
; il a fait aussi plusieursPasquinadespendant
le temps de la derniere
guerre & les commencements
de celle-cy. On a de
luy encore plusieurs autres
Ouvrages, la Grote des
Fables,sesContes & Fables,
ses Voyages de Chaudray
,
& de Falaise, le Gagetouché,
Ildegerte.,Zulima,Abramulé,
lafausseComtesse
d'Isambert, Mylord Courtenayou
les amours d'Elisabeth,
Reined'Angleterre;
le Chevalier Balchazar,
l'histoire d'Hollande, la
conjuration des Pazzi, rfo
pe, les deux Arlequins, le
Sceau enlevé,& plusieurs
Nouvelles Afriquaines »
ainsi que pluheurs autres
Entretiens policiq es & Satyriques
: mais son meilleur
Ouvrage dans ce genre
est son Ecole du Monde.
Son stile estoic vif, hardy,
& figuré, mais dur & neg1igé
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Résumé : REMARQUES.
Le texte présente les œuvres d'un auteur reconnu pour ses traductions et ses écrits littéraires. Il a traduit les Psaumes, accompagnés de réflexions sur chaque verset, et a écrit 'l'esprit de David & le dégoust du monde'. Son talent principal résidait dans l'écriture de nouvelles et de petites histoires. Pendant les guerres, il a composé plusieurs pasquinades. Parmi ses autres ouvrages, on trouve 'la Grote des Fables', 'ses Contes & Fables', 'ses Voyages de Chaudray & de Falaise', 'le Gagetouché', 'Ildegerte', 'Zulima', 'Abramulé', 'la fausse Comtesse d'Isambert', 'Mylord Courtenay ou les amours d'Elisabeth, Reine d'Angleterre', 'le Chevalier Balchazar', 'l'histoire d'Hollande', 'la conjuration des Pazzi', 'rfo pe', 'les deux Arlequins', 'le Sceau enlevé', et plusieurs 'Nouvelles Afriquaines'. Il a également écrit des entretiens policiers et satiriques, son meilleur ouvrage dans ce genre étant 'l'Ecole du Monde'. Son style est décrit comme vif, hardi et figuré, mais aussi dur et négligé.
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4560
p. 156-158
SERENISSIMI GALLIARUM DELPHINI ET DELPHINAE EPITAPHIUM.
Début :
Hîc quos aeterno deflebit Gallia luctu [...]
Mots clefs :
Épitaphes, France, Dauphin, Mort
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texteReconnaissance textuelle : SERENISSIMI GALLIARUM DELPHINI ET DELPHINAE EPITAPHIUM.
SERENISSIMI
GALLIARUM DELPHINI
ET DELPHINÆ
EPITAPHIUM.
Hie(\uosatcrnodefhbit
Gallia luctu
Conjugu atque viripulvis & umbra jacent.
Hisidem tumulus> qui-
bus unum pettns
amore,
Ereptis morbopr&cipitique nece.
O crudele nimis satum !
mediâ cecidere jut'fJenta
Nostraque cum Mis, heu!
gaudiaspesque cadunt.
Hos immica rapitfors
quos-rnodo regna manebant;
Imperio meritis major
uterque fuis.
Hæc Delphinafuit w-
tute ~&sanguine clara,
Hic Delphinusamorgentisy & omne deem.
jtibftuht bunc nobis florentibusAtropos annis,
hiha quem optabantgloria nostra ruit.
Huicnumquam fuerat
neque par pietate futUYW,
Hunc Musastudiisinstitucre (ÙiJ.
Huncmors invidit Regem,il'lrvidrfJet & orbisj
Luctibus huic nostrisvita perenniserit
GALLIARUM DELPHINI
ET DELPHINÆ
EPITAPHIUM.
Hie(\uosatcrnodefhbit
Gallia luctu
Conjugu atque viripulvis & umbra jacent.
Hisidem tumulus> qui-
bus unum pettns
amore,
Ereptis morbopr&cipitique nece.
O crudele nimis satum !
mediâ cecidere jut'fJenta
Nostraque cum Mis, heu!
gaudiaspesque cadunt.
Hos immica rapitfors
quos-rnodo regna manebant;
Imperio meritis major
uterque fuis.
Hæc Delphinafuit w-
tute ~&sanguine clara,
Hic Delphinusamorgentisy & omne deem.
jtibftuht bunc nobis florentibusAtropos annis,
hiha quem optabantgloria nostra ruit.
Huicnumquam fuerat
neque par pietate futUYW,
Hunc Musastudiisinstitucre (ÙiJ.
Huncmors invidit Regem,il'lrvidrfJet & orbisj
Luctibus huic nostrisvita perenniserit
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Résumé : SERENISSIMI GALLIARUM DELPHINI ET DELPHINAE EPITAPHIUM.
Le texte est une épitaphe dédiée au Dauphin et à la Dauphine de Gaule, décédés prématurément. Leur mort soudaine et brutale plonge la Gaule dans le deuil. Unis par un amour profond, ils étaient appréciés pour leur noblesse et leurs mérites. Leur décès prive la nation de leur gloire espérée et laisse une vie de deuil.
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4561
p. 142-144
Division de la Moscovie.
Début :
Elle s'étend vers le Septentrion jusqu'à la Mer [...]
Mots clefs :
Moscovie, Mer, Amour, Division
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texteReconnaissance textuelle : Division de la Moscovie.
Division de la Moscovie.
Elle s'étend vers le Septentrion
jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tarta-
rie, ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A-
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe-
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
Relation
144
comprendre environ
50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
Elle s'étend vers le Septentrion
jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tarta-
rie, ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A-
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe-
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
Relation
144
comprendre environ
50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
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4562
p. 1777-1781
Tableaux et Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Quantité de personnes vont voir aux Gobelins, chez M. Charles Parossel, Peintre de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture, Cavalcade, Ambassadeur du grand seigneur, Palais des Tuileries, Estampes
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texteReconnaissance textuelle : Tableaux et Estampes, [titre d'après la table]
Quantité de personnes vont voir aux Gol
lins , chez M. Charles Parossel , Peintre de l'Académie
Royale de Peinture , un Tableau de sa
composition , de 22. pieds de large sur 12: de
hauteur , entierement rempli d'ouvrage et qui
fait un effet admirable . Il représente la Cavalcade
et l'arrivée au Palais des Thuilleries de
Mehemet- Effendi , Ambassadeur du Grand Sei--
gneur , arrivant au Palais des Thuilleries pour
avoir son Audience du Roy. C'est une des pluss
belles Ordonnances et des plus nombreuses qu'on
G puisse
17778 MERCURE
DE FRANCE
puisse mettre daus un Tableau. Les Figures sur
la premiere ligne sont à peu prés grandes comme
demi nature , et paroissent beaucoup plus grandes
par la force du Coloris , la distribution des
groupes , la justesse du dessein , la distribution
du jour et des ombres , tout paroît animé ; les
Chevaux surtout sont d'une force et d'une position
admirable . On voit dans la seconde ligne
du Tableau les Gardes Françoises et Suisses , les
Officiers à la tête , et sur la troisiéme ligne une
foule de Spectateurs dont les differens caracteres
font un extrême plaisir. Ce magnifique Tableau
qu'on va mettre en Tapisserie pour le Roy , fait
beaucoup d'honneur au talent de M. Parossel.
Ces deux Tableaux doivent être suivis de deux
autres du même Auteur, dont on voit les esquis
ses qui réprésenteront la Marche à pied de
l'Ambassadeur et de sa suite , dans leJardin des
Thuilleries , et son départ aprés l'Audience.
Il paroit depuis peu deux trés-belles Estampes
en hauteur , de même grandeur , excellement
gravées par M, Louis Desplaces , d'aprés deux
beaux Tableaux du Cabinet du Duc de Mortemart
, peints Par M. Parossel , réprésentant.
deux Chasses du Lion et du Tigre..
On croit devoir avertir les Curieux , que
dans le nombre de Tableaux choisis , trouvés
dans la succession de M. Perrault , Grand
Maitre des Eaux et Forests, du département de
Bourgogne , que ses heritiers doivent vendre ,
il y en a deux de distinction.
›
Le premier est original du célebre Annibal
Carache , de cinq pieds neuf pouces de hauteur
sur douze pieds et demi de longueur. Ce Tableau
est terminé en demi ceintre les figures
"
sont
JUILLET. 1731. 1779
sont plus grandes que le naturel . On y voit la
Sainte Vierge au milieu ,
assise dans une espece
de Thrône , élevé sur des marches ; elle tient
l'Enfant Jesus debout qui se tourne vers S. Charles
Borromée , lequel est à genoux à sa droite , revêtu
de sa cappe rouge. Ce Saint Cardinal a les
mains jointes dans une attitude qui exprime parfai
tement son humilité et sa ferveur. Il paroit derriere
un jeune Clerc ou porte-Croix qui n'est
presque qu'en buste , et qui semble regarder les
Spectateurs. On prétend que le Peintre s'est peint
lui-même dans cette figure , dans laquelle la
distraction et la vivacité , si propre à la jeunesse
, est aussi parfaitement exprimée , que la
ferveur et la pieté dans celle de S. Charles.
On voit deux autres Figures à la gauche de
la Sainte Vierge , S. Joseph et S. François d'Assise
. On lit sur la seconde marche du Thrône
ces paroles. Gio Mariâ rial , feçë fare.
Ce fameux Tableau qui est peint à quelque
égard dans le goût du Titien et d'une excellen
te beauté , se conserve chez les heritiers de feu
M. Perrault à Châlons sur Saône.
L'autre Tableau est original d'Albert Dure',
peint sur bois , représentant les sept Sacremens
de six pieds trois pouces de hauteur sur trois pieds.
un pouce de largeur . C'est l'interieur d'une Égli→
se,"d'une noble et superbe Architecture ; au milieu
de laquelle est placé un grand. Crucifix.
On voit au pié de la Croix la Sainte Vierge de
hout accablée de douleur , soutenuë par S. Jean
er les deux Maries. On voit un Autel principal
où un Prêtre célebre la Messe , de même qu'à
d'autres Autels , placés dans des Chapelles , et
plusieurs autres figures .
Deux autres Tableaux , de trois pieds neuf
pouces
1780 MERCURE DE FRANCE
pouces de hauteur sur 23. pouces. de largeur chacun
, pour être placés à côté de celui qu'on
vient de décrire , représentent les six autres Sacremens
administrés par un Evêque et des Prê
tres.
Ce Tableau est en dépôt à l'Arcenal , chez
M. le Commissaire general des Poudres à Paris.
Il y a aussi des Figures de Bronze , des Brutes
et Bas-reliefs , Antiques et Modernes , d'un
excellent goût ,
On donne avis aux Curieux , que l'on a mis
en vente depuis peu deux Estampes nouvellement
gravées d'après les Tableaux originaux de Watteau.
La premiere représente la Contredanse ,.
gravée par Brillon . La seconde est la Surprise ,.
gravée par Audran. Elles se vendent à Paris
avec toutes celles qui ont été gravées précedemment
, chez la Veuve de François Chereau
ruë S. Jacques , aux deux Pilliers d'or , et chez
Surugue , rue des Noyers , vis- à- vis S. Yves.
Il va aussi paroître dans peu une suite d'Es
tampes gravées d'après les Figures Chinoises ,
peintes par le même Watteau , dans le Cabinet
au Roi au Château de la Muette.
On acheve , autant qu'il est possible , de gra
ver tous les Tableaux de ce gracieux Peintre , ce
qui formera'une OEuvre des plus interessantes qui
ayent encore paru.
Nous avons averti le mois passé que lè sicur
L. Surugue , Graveur du Roy , donneroit incessamment
les six et septiéme Estampes du Roman
Comique de Scaron ; mais le desir qu'il a de
remplir l'attente du Public dans cet Ouvrage ,
ne lui permettant pas d'en délivrer aucune Piece
qu'elle
JUILLET. 1731. 1781
quelle ne soit en êtat d'avoir son Approbation ,.
il donne seulement à present la sixième Estampe,
qui est l'Arrivée de l'Operateur à l'Hôtellerie.
Il a fait venir d'Allemagne , sur la demande de
plusieurs personnes distinguées , de très - jolies
Estampes colorées , faites exprès pour Iss Ouvrages
de Découpures , dont on trouvera les assortimens
chez lui , à l'entrée de la rue des Noyers ,
vis-à-vis. le mur de S. Yves.
Le goût pour la Musique devenant tous les
jours plus universel , on a établi au mois d'Avril
dernier une Académie de Musique à Nancy ,
sous la protection et par Lettres Patentes du Duc
de Lorraine , qui en approuve les Assemblées et
les Statuts et Reglemens des Académiciens , selon:
lesquels chaque Académicien ordinaire et honoraire
payera cent livres par an. Les Concerts :
qu'on donnera le Jeudi et le Dimanche de chaque
Semaine , commenceront à cinq heures. Les Aca
démiciens Ordinaires et Honoraires , pourront
conduire deux Dames au Concert ; les Académi–
ciens Asso ciez , une Dame seulement. L'entrée
sera interdite aux enfans au- dessous de l'âge de
dix ans..
Le 19. Article des Reglemens regarde les Sujets
qui pourroient être utiles à l'Académie et hors .
d'état d'avoir des Maîtres et des secours , à quoi
l'Académie pourvoira. Le Sceau de cette Acadé…
mie représente une Lyre avec cette Devise
Allicit etsociat.
lins , chez M. Charles Parossel , Peintre de l'Académie
Royale de Peinture , un Tableau de sa
composition , de 22. pieds de large sur 12: de
hauteur , entierement rempli d'ouvrage et qui
fait un effet admirable . Il représente la Cavalcade
et l'arrivée au Palais des Thuilleries de
Mehemet- Effendi , Ambassadeur du Grand Sei--
gneur , arrivant au Palais des Thuilleries pour
avoir son Audience du Roy. C'est une des pluss
belles Ordonnances et des plus nombreuses qu'on
G puisse
17778 MERCURE
DE FRANCE
puisse mettre daus un Tableau. Les Figures sur
la premiere ligne sont à peu prés grandes comme
demi nature , et paroissent beaucoup plus grandes
par la force du Coloris , la distribution des
groupes , la justesse du dessein , la distribution
du jour et des ombres , tout paroît animé ; les
Chevaux surtout sont d'une force et d'une position
admirable . On voit dans la seconde ligne
du Tableau les Gardes Françoises et Suisses , les
Officiers à la tête , et sur la troisiéme ligne une
foule de Spectateurs dont les differens caracteres
font un extrême plaisir. Ce magnifique Tableau
qu'on va mettre en Tapisserie pour le Roy , fait
beaucoup d'honneur au talent de M. Parossel.
Ces deux Tableaux doivent être suivis de deux
autres du même Auteur, dont on voit les esquis
ses qui réprésenteront la Marche à pied de
l'Ambassadeur et de sa suite , dans leJardin des
Thuilleries , et son départ aprés l'Audience.
Il paroit depuis peu deux trés-belles Estampes
en hauteur , de même grandeur , excellement
gravées par M, Louis Desplaces , d'aprés deux
beaux Tableaux du Cabinet du Duc de Mortemart
, peints Par M. Parossel , réprésentant.
deux Chasses du Lion et du Tigre..
On croit devoir avertir les Curieux , que
dans le nombre de Tableaux choisis , trouvés
dans la succession de M. Perrault , Grand
Maitre des Eaux et Forests, du département de
Bourgogne , que ses heritiers doivent vendre ,
il y en a deux de distinction.
›
Le premier est original du célebre Annibal
Carache , de cinq pieds neuf pouces de hauteur
sur douze pieds et demi de longueur. Ce Tableau
est terminé en demi ceintre les figures
"
sont
JUILLET. 1731. 1779
sont plus grandes que le naturel . On y voit la
Sainte Vierge au milieu ,
assise dans une espece
de Thrône , élevé sur des marches ; elle tient
l'Enfant Jesus debout qui se tourne vers S. Charles
Borromée , lequel est à genoux à sa droite , revêtu
de sa cappe rouge. Ce Saint Cardinal a les
mains jointes dans une attitude qui exprime parfai
tement son humilité et sa ferveur. Il paroit derriere
un jeune Clerc ou porte-Croix qui n'est
presque qu'en buste , et qui semble regarder les
Spectateurs. On prétend que le Peintre s'est peint
lui-même dans cette figure , dans laquelle la
distraction et la vivacité , si propre à la jeunesse
, est aussi parfaitement exprimée , que la
ferveur et la pieté dans celle de S. Charles.
On voit deux autres Figures à la gauche de
la Sainte Vierge , S. Joseph et S. François d'Assise
. On lit sur la seconde marche du Thrône
ces paroles. Gio Mariâ rial , feçë fare.
Ce fameux Tableau qui est peint à quelque
égard dans le goût du Titien et d'une excellen
te beauté , se conserve chez les heritiers de feu
M. Perrault à Châlons sur Saône.
L'autre Tableau est original d'Albert Dure',
peint sur bois , représentant les sept Sacremens
de six pieds trois pouces de hauteur sur trois pieds.
un pouce de largeur . C'est l'interieur d'une Égli→
se,"d'une noble et superbe Architecture ; au milieu
de laquelle est placé un grand. Crucifix.
On voit au pié de la Croix la Sainte Vierge de
hout accablée de douleur , soutenuë par S. Jean
er les deux Maries. On voit un Autel principal
où un Prêtre célebre la Messe , de même qu'à
d'autres Autels , placés dans des Chapelles , et
plusieurs autres figures .
Deux autres Tableaux , de trois pieds neuf
pouces
1780 MERCURE DE FRANCE
pouces de hauteur sur 23. pouces. de largeur chacun
, pour être placés à côté de celui qu'on
vient de décrire , représentent les six autres Sacremens
administrés par un Evêque et des Prê
tres.
Ce Tableau est en dépôt à l'Arcenal , chez
M. le Commissaire general des Poudres à Paris.
Il y a aussi des Figures de Bronze , des Brutes
et Bas-reliefs , Antiques et Modernes , d'un
excellent goût ,
On donne avis aux Curieux , que l'on a mis
en vente depuis peu deux Estampes nouvellement
gravées d'après les Tableaux originaux de Watteau.
La premiere représente la Contredanse ,.
gravée par Brillon . La seconde est la Surprise ,.
gravée par Audran. Elles se vendent à Paris
avec toutes celles qui ont été gravées précedemment
, chez la Veuve de François Chereau
ruë S. Jacques , aux deux Pilliers d'or , et chez
Surugue , rue des Noyers , vis- à- vis S. Yves.
Il va aussi paroître dans peu une suite d'Es
tampes gravées d'après les Figures Chinoises ,
peintes par le même Watteau , dans le Cabinet
au Roi au Château de la Muette.
On acheve , autant qu'il est possible , de gra
ver tous les Tableaux de ce gracieux Peintre , ce
qui formera'une OEuvre des plus interessantes qui
ayent encore paru.
Nous avons averti le mois passé que lè sicur
L. Surugue , Graveur du Roy , donneroit incessamment
les six et septiéme Estampes du Roman
Comique de Scaron ; mais le desir qu'il a de
remplir l'attente du Public dans cet Ouvrage ,
ne lui permettant pas d'en délivrer aucune Piece
qu'elle
JUILLET. 1731. 1781
quelle ne soit en êtat d'avoir son Approbation ,.
il donne seulement à present la sixième Estampe,
qui est l'Arrivée de l'Operateur à l'Hôtellerie.
Il a fait venir d'Allemagne , sur la demande de
plusieurs personnes distinguées , de très - jolies
Estampes colorées , faites exprès pour Iss Ouvrages
de Découpures , dont on trouvera les assortimens
chez lui , à l'entrée de la rue des Noyers ,
vis-à-vis. le mur de S. Yves.
Le goût pour la Musique devenant tous les
jours plus universel , on a établi au mois d'Avril
dernier une Académie de Musique à Nancy ,
sous la protection et par Lettres Patentes du Duc
de Lorraine , qui en approuve les Assemblées et
les Statuts et Reglemens des Académiciens , selon:
lesquels chaque Académicien ordinaire et honoraire
payera cent livres par an. Les Concerts :
qu'on donnera le Jeudi et le Dimanche de chaque
Semaine , commenceront à cinq heures. Les Aca
démiciens Ordinaires et Honoraires , pourront
conduire deux Dames au Concert ; les Académi–
ciens Asso ciez , une Dame seulement. L'entrée
sera interdite aux enfans au- dessous de l'âge de
dix ans..
Le 19. Article des Reglemens regarde les Sujets
qui pourroient être utiles à l'Académie et hors .
d'état d'avoir des Maîtres et des secours , à quoi
l'Académie pourvoira. Le Sceau de cette Acadé…
mie représente une Lyre avec cette Devise
Allicit etsociat.
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Résumé : Tableaux et Estampes, [titre d'après la table]
En 1778, Charles Parossel, Peintre de l'Académie Royale de Peinture, présenta un tableau de 22 pieds de large sur 12 pieds de hauteur, représentant la cavalcade et l'arrivée au Palais des Tuileries de Mehmet-Effendi, Ambassadeur du Grand Seigneur, pour son audience avec le Roi. Cette œuvre, riche en détails, était acclamée pour son effet admirable et ses nombreuses ordonnances. Les figures de la première ligne étaient grandeur nature, et les chevaux étaient particulièrement remarquables. La seconde ligne montrait les Gardes Françaises et Suisses, ainsi que les officiers, tandis que la troisième ligne représentait une foule de spectateurs aux caractères variés. Ce tableau, destiné à être transformé en tapisserie pour le Roi, fut suivi de deux autres œuvres de Parossel représentant la marche à pied de l'ambassadeur et son départ après l'audience. De plus, deux estampes gravées par Louis Desplaces d'après des tableaux de Parossel, représentant des chasses au lion et au tigre, furent également mises en avant. En 1779, deux tableaux de la succession de M. Perrault, Grand Maître des Eaux et Forêts du département de Bourgogne, furent mis en vente. Le premier était un original d'Annibal Carrache, mesurant cinq pieds neuf pouces de hauteur sur douze pieds et demi de longueur, représentant la Sainte Vierge avec l'Enfant Jésus et Saint Charles Borromée. Le second était un original d'Albert Dürer, peint sur bois, représentant les sept sacrements, mesurant six pieds trois pouces de hauteur sur trois pieds un pouce de largeur. Deux autres tableaux, représentant les six autres sacrements, étaient destinés à être placés à côté du précédent. En 1781, des estampes gravées d'après les tableaux originaux de Watteau, telles que 'La Contredanse' et 'La Surprise', furent mises en vente à Paris. Une suite d'estampes représentant des figures chinoises peintes par Watteau devait également paraître. Par ailleurs, la sixième estampe du 'Roman Comique' de Scarron fut publiée par L. Surugue, Graveur du Roi. Enfin, une Académie de Musique fut établie à Nancy sous la protection du Duc de Lorraine, avec des concerts organisés les jeudis et dimanches, et des règlements spécifiques pour les académiciens et les visiteurs.
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4563
p. 559-563
Extrait de la Comedie des Etrennes ou la Bagatelle, représentée le 19. Janvier sur le Théatre Italien.
Début :
Après l'annonce que nous avons déja faite de cette ingénieuse Piece, il [...]
Mots clefs :
Étrennes, Bagatelle, Théâtre, Monde, Cour, Dame, Colifichet
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comedie des Etrennes ou la Bagatelle, représentée le 19. Janvier sur le Théatre Italien.
EXTRAIT de la Comedie des Etrennes
ou la Bagatelle , représentée le 19.
Janvier sur le Théatre Italien.
A
Près l'annonce que nous avons déja
faite de cette ingénieuse Piece , il
reste pour remplir nos engagemens , à
en donner une idée au Lecteur . C'est
Janus , Dieu des Etrennes , qui fait l'exposition
; il parle ainsi à la Déesse de la
Bagatelle.
G iiij Voicy
560 MERCURE DE FRANCE
Voicy le nouvel an , brillante Bagatelle ;
Dans ce Palais je viens vous installer ,
Qu'aujourd'hui notre Fête ici se renouvelle ;
Aux regards curieux , hâtez - vous d'étaler ,
Les chefs- d'oeuvres nouveaux qu'a produits l'industrie.
Dans ces lieux où vos mains vous dressent tant
d'Autels ,
Recevez les tributs qu'imposent aux Mortels ,
Le Caprice , l'Orgueil , la Mode et la Folie ;
Vendez cher vos faveurs dans ces jours solemnels
;
Il vous sont consacrez par le Dieu des Etrennes ;
Profitez avec moi des sottises humaines .
La Raison crie en vain contre de tels abus ;
Elle ne peut abolir ces Tributs ,
Ni des Humains séduits nous enlever l'hom
mage ,
Quand nous avons pour nous leurs Maîtres ab→
solus ,
La Vanité , l'Amour , l'Interêt et l'Usage.
Janus , après avoir parlé de tout ce
qui se pratique à la Ville le jour des
Etrennes , dit un mot de ce qui se passe
à la Cour à pareil jour, et s'exptime ainsi :
C'est peu qu'un tel délire ait pour nous des appas;
Je me propose encor un plaisir plus sensible ;
C'est d'aller à la Cour , Théatre du fracas ,
Pour
MARS.
560 1733.
Pour y jouir du Spectacle visible ,
De voir des Concurrens précipiter leurs pas ,
Pour s'embrasser tout haut et s'étouffer tout bas.
Cette premiere Scene , qui sert à l'exposition
du sujet , est suivie d'une autre
qui promet beaucoup plus de plaisir et
qui tient ce qu'elle promet ; il suffit
pour en persuader le Lecteur , de dire
que la Dile Sylvia y joue un Rôle de
Chevalier Colifichet , cy devant Abbé
Bagatelle. Voici quelques tirades qu'elle
débite avec cette grace qu'elle met à
tout ce qui sort de sa bouche. Elle parled'un
Ouvrage en cinq volumes ; voici
le titre du premier : Traité des Riens , avec
une Dissertation sur la Babiole , dédiez aux
Dames , par M. l'Abbé Bagatelle , premier
volume. Elle poursuit ainsi en parlant
du Rien :
De tout ce qui se fait , c'est la source féconde ;
Tout consiste en des Riens ; heureux qui les
saisit ;
Ils décident de tout , ils sont l'ame du monde ;
C'est un rien qui nous place , un rien qui nou
détruit ;
Un Amant pour un Rien révolte une Maî
tresse ,
Et par un Rien un autre la séduit ,
G v U
562 MERCURE
DE FRANCE
Un Rien fait tomber une Piece ;
Un' Rien fait qu'elle réussit.
Voici le titre du second volume : l'A:
B. C. du grand Monde , ou l'Art de soutenir
la conversation à peu de frais. Le Chevalier
Colifichet dit à la Bagatelle.
Un bon jour , dit de bonne grace ,
Deux ou trois complimens polis ,
Qu'on se renvoye et qu'on ressasse ,
Avec un air de tête et des gestes choisis.
Un jargon décoré de phrases joliettes ,
Et de vingt termes favoris ,
Qu'on accompagne d'un soûris ;
Sçavoir des intrigues secrettes ,
Et de la Ville et de la Cour ;
Posseder l'Histoire du jour ;
En poche avoir toujours brevets et chanson
nettes ,
Et repetter aux Dames tour - à-tour ,
Mille tendres sornettes
Que l'on a soin d'orner de mots à double sens ;
Parler éloquemment cornettes ,
Et prononcer sur des rubans ;
De tout ce qui paroît juger sans connoissance ;
Hors de propos prodiguer son encens ,
Et placer bien sa médisance;
Voilà
MARS. 1733.
563
Voilà des Aimables du temps ,
Ce qui fait le mérite et toute la science.
Nous passcrions les bornes d'un Extrait
si nous citions tous les jolis traits dont
cette Piece est semée , nous finissons par
quatre Vers que tout le monde a retenus
par coeurs ils portent leur titre avec
eux et s'adressent à un grand partisan
de l'Opera
.
Au Théatre chantant ,
Avis très-important ,
Veux -tu fixer la Fortune qui flotte ,
Et te voir de nouveau couru !
Fais au plutôt redanser la Vertu ;
Et remeis l'Amour en culotte.
Personne n'ignore que ces vers regardent
les Dlles Sallé et le Maure.
Cette Piece , dont la premiere Edition
a été enlevée dans peu , paroît imprimée
pour la seconde fois chez Prault , Quay
de Gêvres , avec des prédictions nouvelles
sur quelques Ouvrages qui ont parû
depuis peu.
ou la Bagatelle , représentée le 19.
Janvier sur le Théatre Italien.
A
Près l'annonce que nous avons déja
faite de cette ingénieuse Piece , il
reste pour remplir nos engagemens , à
en donner une idée au Lecteur . C'est
Janus , Dieu des Etrennes , qui fait l'exposition
; il parle ainsi à la Déesse de la
Bagatelle.
G iiij Voicy
560 MERCURE DE FRANCE
Voicy le nouvel an , brillante Bagatelle ;
Dans ce Palais je viens vous installer ,
Qu'aujourd'hui notre Fête ici se renouvelle ;
Aux regards curieux , hâtez - vous d'étaler ,
Les chefs- d'oeuvres nouveaux qu'a produits l'industrie.
Dans ces lieux où vos mains vous dressent tant
d'Autels ,
Recevez les tributs qu'imposent aux Mortels ,
Le Caprice , l'Orgueil , la Mode et la Folie ;
Vendez cher vos faveurs dans ces jours solemnels
;
Il vous sont consacrez par le Dieu des Etrennes ;
Profitez avec moi des sottises humaines .
La Raison crie en vain contre de tels abus ;
Elle ne peut abolir ces Tributs ,
Ni des Humains séduits nous enlever l'hom
mage ,
Quand nous avons pour nous leurs Maîtres ab→
solus ,
La Vanité , l'Amour , l'Interêt et l'Usage.
Janus , après avoir parlé de tout ce
qui se pratique à la Ville le jour des
Etrennes , dit un mot de ce qui se passe
à la Cour à pareil jour, et s'exptime ainsi :
C'est peu qu'un tel délire ait pour nous des appas;
Je me propose encor un plaisir plus sensible ;
C'est d'aller à la Cour , Théatre du fracas ,
Pour
MARS.
560 1733.
Pour y jouir du Spectacle visible ,
De voir des Concurrens précipiter leurs pas ,
Pour s'embrasser tout haut et s'étouffer tout bas.
Cette premiere Scene , qui sert à l'exposition
du sujet , est suivie d'une autre
qui promet beaucoup plus de plaisir et
qui tient ce qu'elle promet ; il suffit
pour en persuader le Lecteur , de dire
que la Dile Sylvia y joue un Rôle de
Chevalier Colifichet , cy devant Abbé
Bagatelle. Voici quelques tirades qu'elle
débite avec cette grace qu'elle met à
tout ce qui sort de sa bouche. Elle parled'un
Ouvrage en cinq volumes ; voici
le titre du premier : Traité des Riens , avec
une Dissertation sur la Babiole , dédiez aux
Dames , par M. l'Abbé Bagatelle , premier
volume. Elle poursuit ainsi en parlant
du Rien :
De tout ce qui se fait , c'est la source féconde ;
Tout consiste en des Riens ; heureux qui les
saisit ;
Ils décident de tout , ils sont l'ame du monde ;
C'est un rien qui nous place , un rien qui nou
détruit ;
Un Amant pour un Rien révolte une Maî
tresse ,
Et par un Rien un autre la séduit ,
G v U
562 MERCURE
DE FRANCE
Un Rien fait tomber une Piece ;
Un' Rien fait qu'elle réussit.
Voici le titre du second volume : l'A:
B. C. du grand Monde , ou l'Art de soutenir
la conversation à peu de frais. Le Chevalier
Colifichet dit à la Bagatelle.
Un bon jour , dit de bonne grace ,
Deux ou trois complimens polis ,
Qu'on se renvoye et qu'on ressasse ,
Avec un air de tête et des gestes choisis.
Un jargon décoré de phrases joliettes ,
Et de vingt termes favoris ,
Qu'on accompagne d'un soûris ;
Sçavoir des intrigues secrettes ,
Et de la Ville et de la Cour ;
Posseder l'Histoire du jour ;
En poche avoir toujours brevets et chanson
nettes ,
Et repetter aux Dames tour - à-tour ,
Mille tendres sornettes
Que l'on a soin d'orner de mots à double sens ;
Parler éloquemment cornettes ,
Et prononcer sur des rubans ;
De tout ce qui paroît juger sans connoissance ;
Hors de propos prodiguer son encens ,
Et placer bien sa médisance;
Voilà
MARS. 1733.
563
Voilà des Aimables du temps ,
Ce qui fait le mérite et toute la science.
Nous passcrions les bornes d'un Extrait
si nous citions tous les jolis traits dont
cette Piece est semée , nous finissons par
quatre Vers que tout le monde a retenus
par coeurs ils portent leur titre avec
eux et s'adressent à un grand partisan
de l'Opera
.
Au Théatre chantant ,
Avis très-important ,
Veux -tu fixer la Fortune qui flotte ,
Et te voir de nouveau couru !
Fais au plutôt redanser la Vertu ;
Et remeis l'Amour en culotte.
Personne n'ignore que ces vers regardent
les Dlles Sallé et le Maure.
Cette Piece , dont la premiere Edition
a été enlevée dans peu , paroît imprimée
pour la seconde fois chez Prault , Quay
de Gêvres , avec des prédictions nouvelles
sur quelques Ouvrages qui ont parû
depuis peu.
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Résumé : Extrait de la Comedie des Etrennes ou la Bagatelle, représentée le 19. Janvier sur le Théatre Italien.
Le texte présente un extrait de la comédie 'La Comédie des Étrennes ou la Bagatelle', représentée le 19 janvier au Théâtre Italien. Janus, le Dieu des Étrennes, s'adresse à la Déesse de la Bagatelle pour annoncer l'arrivée du nouvel an et l'exposition des nouveaux chefs-d'œuvre produits par l'industrie. Il encourage la Déesse à recevoir les tributs imposés par le Caprice, l'Orgueil, la Mode et la Folie, soulignant que la Raison est impuissante contre ces abus. Janus mentionne également les pratiques à la Cour le jour des Étrennes, où les gens se précipitent pour s'embrasser et s'étouffer. La pièce se poursuit avec une scène où Sylvia joue le rôle de Chevalier Colifichet, anciennement Abbé Bagatelle. Elle parle d'un ouvrage en cinq volumes. Le premier volume s'intitule 'Traité des Riens, avec une Dissertation sur la Babiole' et est dédié aux Dames. Sylvia explique que les riens sont la source de tout et décident de nombreuses situations. Le second volume, 'L'A.B.C. du grand Monde', traite de l'art de soutenir la conversation à peu de frais, en utilisant des compliments, des phrases jolies et des gestes choisis. Le texte se termine par des vers adressés à un partisan de l'Opéra, l'encourageant à remettre la Vertu et l'Amour en honneur. La pièce, dont la première édition a été rapidement épuisée, est réimprimée chez Prault avec des prédictions sur des ouvrages récents.
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4564
p. 139-141
JETTONS FRAPPÉS pour le premier jour de Janvier 1731. avec l'Explication des Types &c.
Début :
I. TRESOR ROYAL. Astrée descendant sur la terre, avec les [...]
Mots clefs :
Trésor royal, Parties casuelles, Chambre aux deniers, Extraordinaire des guerres, Ordinaire des guerres, Bâtiments du roi, Artillerie, Marine, Galères, Maison de la reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JETTONS FRAPPÉS pour le premier jour de Janvier 1731. avec l'Explication des Types &c.
JETTONS FRAPPE'S pour le
premierjour defanvier 173.1 . avec l'Explication
des Types & c.
I. TRESOR ROYAL.
Astrée descendantsurlaterreو avec
les Attributs de la Paix et de l'Abondance.
Legende : Properat sucurrere Terris.
II. PARTIES CASUELLES.
L'Arbrisseau qui porte la Mirrhe , er
qui la distile sans le secours d'aucune incision
. Legende : Solvere sponte juvat.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
La Louve allaitant Remus et Romulus.
Legende : Prolem alit illa Deorum..
G iiij IV.
140
MERCURE DE
FRANCE
IV.
EXTRAORDINAIRE DES
GUERRES.
Le Dieu Mars qui repose à l'ombre
d'un Laurier , au milieu des armes . Legende
: Non ignava quies.
V.
ORDINAIRE DES
GUERRES.
Des Lions couchés.
Legende : Dones.
suscitet hostis.
VI.
BASTIMENS DU ROY.
Une Ruche à
découvert , où l'on voit
les cellules des
Abeilles .
Legende : Natu
ra ars amula.
VII.
ARTILLERIE.
Des
Canons , Bombes & c.
Legende :
Et muta minantur.
VIII.
MARINE.
Un Aigle prêt à prendre la Foudre
dans ses serres .
Legende :
Expectat Jovis
Imperium.
IX.
GALERES.
Des Arbres dépouillés de leurs feuilles.
Legende : Ver reddet honores.
X.
MAISON DE LA
REINE.
Un Lys élevé sur sa tige d'où
sorten deux Rejettons. Legende : Proles geminavit
odorem .t
premierjour defanvier 173.1 . avec l'Explication
des Types & c.
I. TRESOR ROYAL.
Astrée descendantsurlaterreو avec
les Attributs de la Paix et de l'Abondance.
Legende : Properat sucurrere Terris.
II. PARTIES CASUELLES.
L'Arbrisseau qui porte la Mirrhe , er
qui la distile sans le secours d'aucune incision
. Legende : Solvere sponte juvat.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
La Louve allaitant Remus et Romulus.
Legende : Prolem alit illa Deorum..
G iiij IV.
140
MERCURE DE
FRANCE
IV.
EXTRAORDINAIRE DES
GUERRES.
Le Dieu Mars qui repose à l'ombre
d'un Laurier , au milieu des armes . Legende
: Non ignava quies.
V.
ORDINAIRE DES
GUERRES.
Des Lions couchés.
Legende : Dones.
suscitet hostis.
VI.
BASTIMENS DU ROY.
Une Ruche à
découvert , où l'on voit
les cellules des
Abeilles .
Legende : Natu
ra ars amula.
VII.
ARTILLERIE.
Des
Canons , Bombes & c.
Legende :
Et muta minantur.
VIII.
MARINE.
Un Aigle prêt à prendre la Foudre
dans ses serres .
Legende :
Expectat Jovis
Imperium.
IX.
GALERES.
Des Arbres dépouillés de leurs feuilles.
Legende : Ver reddet honores.
X.
MAISON DE LA
REINE.
Un Lys élevé sur sa tige d'où
sorten deux Rejettons. Legende : Proles geminavit
odorem .t
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Résumé : JETTONS FRAPPÉS pour le premier jour de Janvier 1731. avec l'Explication des Types &c.
Le document présente divers jetons frappés le 1er janvier 1731, classés en plusieurs catégories. Le Trésor Royal montre Astrée avec les attributs de la Paix et de l'Abondance, et la légende 'Properat sucurrere Terris'. Les Parties Casuelles représentent un arbre produisant de la myrrhe sans incision, avec la légende 'Solvere sponte juvat'. La Chambre aux Deniers illustre la louve allaitant Remus et Romulus, avec la légende 'Prolem alit illa Deorum'. Les jetons des Guerres, qu'elles soient Extraordinaires ou Ordinaires, montrent des symboles de repos et de vigilance, comme Mars sous un laurier et des lions couchés. Les Bâtiments du Roy présentent une ruche d'abeilles, symbolisant l'art imitant la nature. L'Artillerie montre des canons et des bombes, tandis que la Marine représente un aigle prêt à recevoir la foudre. Les Galères illustrent des arbres dépouillés de leurs feuilles, et la Maison de la Reine montre un lys avec deux rejets, symbolisant la progéniture. Chaque jeton est accompagné d'une légende en latin spécifique à sa catégorie.
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4565
p. 157-165
Histoire curieuse de la nouvelle découverte d'une Académie nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le même jour six de ce mois la rentrée des Académies [...]
Mots clefs :
Académies, Muses, Vers, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire curieuse de la nouvelle découverte d'une Académie nouvelle. [titre d'après la table]
Le même jour fix de ce
mois la rentrée des Académies
ſe fit. Un autre que moy paf
58 MERCURE
ſeroit legerement ſur cetarti
cle , & ne croiroit peut- être
pas cette nouvelle affez inte
reffante, pour ofer en allonger
lescirconstances; mais n'allons
pas fi vite , Meſſieurs,j'ay à ce
ſujet une hiſtoire importante
àvous faire.
A propos d'Academies
nous ſommes depuis longtems
dans l'ignorance ,&c'eſt
grand dommage que tout le
monde ne ſcache pas encore ,
qu'outre l'Academie Françoiſe
, celle des Sciences , des Infcriptions
, des Lanterniſtes de
Toulouſe ,& des Sçavants-de
GALANT .
ة ر و
Bordeaux & d'Angers , Nous
en avons depuis pluſieurs années
une à Paris tres fameuſe,
tres floriflante , & je voudrois,
pour timer du moins , ofer dire
à telle fin que de raiſon,
tres-galante; mais quoyque je
n'y entende pas de fineſſe ,
j'aurois peur qu'on me reprochât
la liberté de l'équivoque ,
& j'aimerois preſque autant
voir mon Livre profané ,
livré au dernier fupplice , que
cenſuré par cette illuftre Académie.
&
ob Muſtre , Meſſieurs , vous
dis-je , par les belles & bonnes
160 MERCURE
qualitez des perſonnes de l'un
&dc l'autre ſexe qui la compoſent
, par l'éclat des Ouvra,
ges qui ſortent de ſon ſein ,
& par le merite de ſes membres.
Je vous diray l'hiſtoire de
fon eſtabliſſement &de ſes revolutions
, quand ces grands
myſteres feront venus à ma
connoiffance , ce que je ſçay le
mieux à preſent , c'eſt le nom
qu'elle porte ,& ceux qu'elle a
pris dans ſa naiſſance . In principio.
Elle fut appellée l'Aſſemblée
des Cinthiens & Cinthiennes
. Ce mot tire lon
étymologie
GALANT 16
1
étymologie d'un certain nom
de Cinthie que les Poëtes donnerent
, dit on , autrefois à
Diane. Voyez Menage. Chap...
P.... V.... L. &c.
Elle fut depuis appelléc
l'Aſſemblée des Pierides , mais
ce ſobriquet ne luy reſta pas
longtems , une Muſe d'entre
elles , qui vaut mille fois mieux
que je ne peux vous dire , ſe
fouvint à propos que ces Demoiſelles
Pierides , filles du
vieux Roy Pierre ( M. l'Abbé
Grafieru diroit Pierus , par veneration
pourles Anciens ) avoient
eſté des temeraires , des babil-
May 1715.
162 MERCURE
lardes qu'Apollon , Diane ſa
foeur , & les Muſes en courroux
avoient metamorphoſées
en Pics : elle fit faire cette
remarque à l'Académie , qui
aprés avoir opiné longtems ſi
l'on ſe pareroit encore d'un titre
auſh injurieux , ſoumit enfin
cette déciſion àla pluralité
des voix : on fut aux ſcrutins
dansune coeffe ,& enfin tous
les fuffrages réünis , il fut jugé
que ce miferable nom feroit
profcrit , & en même tems
deffendu de l'employer jamais
en Vers ni en Profe , pour
quelque raiſon ou prétexte
GALANT. 163
que ce pût eſtre , de quelque
qualité&condition qu'on fur.
Cependant il falloit un nom à
la Compagnie ,&c'eſtoit bien
la moindre choſe. Il y furà
l'inſtant procedé , & l'affaire
pro prodigieuſement revûë , épiloguée
, examinée ,il fut conclu
que cette Affemblée s'appelleroit
dorénavant l'Affemblée
des Heliconides ( comme
qui diroit habitantes du Mont
Helicon , que tout le monde
connoîtaujourd'huy autant&
plus que le Mont Valerien. )
Item le Domicile de l'Académic
fut nommé le Mont de la
Oij
164 MERCURE
Lune , parce que le liensou
cette élcctiona eſté faite, eft ,
dit on , dequatre ou cinq toiſes
plus võiſin de la Lune que
la plaine de Vaugirardim
Vous prenez peut-eftrececy
pour une fiction , Meffieurs ,
mais degrace dérrompez vous
fur ma parole , & ſçachez qu'-
on fait dans cette Académic
des éloges ,des compliments,
des Livres & des Traductions
en Profe , en Vers , en François
, en Latin ,& de touthors
duGrec. En un mot malgré le
ton ferieux fur lequel j'ay
monté la nouvelle découverte
ر
JGALANT. 165
de cette Académie , il en font
de fort bons Ouvrages . En
voicy la preuveropst
mois la rentrée des Académies
ſe fit. Un autre que moy paf
58 MERCURE
ſeroit legerement ſur cetarti
cle , & ne croiroit peut- être
pas cette nouvelle affez inte
reffante, pour ofer en allonger
lescirconstances; mais n'allons
pas fi vite , Meſſieurs,j'ay à ce
ſujet une hiſtoire importante
àvous faire.
A propos d'Academies
nous ſommes depuis longtems
dans l'ignorance ,&c'eſt
grand dommage que tout le
monde ne ſcache pas encore ,
qu'outre l'Academie Françoiſe
, celle des Sciences , des Infcriptions
, des Lanterniſtes de
Toulouſe ,& des Sçavants-de
GALANT .
ة ر و
Bordeaux & d'Angers , Nous
en avons depuis pluſieurs années
une à Paris tres fameuſe,
tres floriflante , & je voudrois,
pour timer du moins , ofer dire
à telle fin que de raiſon,
tres-galante; mais quoyque je
n'y entende pas de fineſſe ,
j'aurois peur qu'on me reprochât
la liberté de l'équivoque ,
& j'aimerois preſque autant
voir mon Livre profané ,
livré au dernier fupplice , que
cenſuré par cette illuftre Académie.
&
ob Muſtre , Meſſieurs , vous
dis-je , par les belles & bonnes
160 MERCURE
qualitez des perſonnes de l'un
&dc l'autre ſexe qui la compoſent
, par l'éclat des Ouvra,
ges qui ſortent de ſon ſein ,
& par le merite de ſes membres.
Je vous diray l'hiſtoire de
fon eſtabliſſement &de ſes revolutions
, quand ces grands
myſteres feront venus à ma
connoiffance , ce que je ſçay le
mieux à preſent , c'eſt le nom
qu'elle porte ,& ceux qu'elle a
pris dans ſa naiſſance . In principio.
Elle fut appellée l'Aſſemblée
des Cinthiens & Cinthiennes
. Ce mot tire lon
étymologie
GALANT 16
1
étymologie d'un certain nom
de Cinthie que les Poëtes donnerent
, dit on , autrefois à
Diane. Voyez Menage. Chap...
P.... V.... L. &c.
Elle fut depuis appelléc
l'Aſſemblée des Pierides , mais
ce ſobriquet ne luy reſta pas
longtems , une Muſe d'entre
elles , qui vaut mille fois mieux
que je ne peux vous dire , ſe
fouvint à propos que ces Demoiſelles
Pierides , filles du
vieux Roy Pierre ( M. l'Abbé
Grafieru diroit Pierus , par veneration
pourles Anciens ) avoient
eſté des temeraires , des babil-
May 1715.
162 MERCURE
lardes qu'Apollon , Diane ſa
foeur , & les Muſes en courroux
avoient metamorphoſées
en Pics : elle fit faire cette
remarque à l'Académie , qui
aprés avoir opiné longtems ſi
l'on ſe pareroit encore d'un titre
auſh injurieux , ſoumit enfin
cette déciſion àla pluralité
des voix : on fut aux ſcrutins
dansune coeffe ,& enfin tous
les fuffrages réünis , il fut jugé
que ce miferable nom feroit
profcrit , & en même tems
deffendu de l'employer jamais
en Vers ni en Profe , pour
quelque raiſon ou prétexte
GALANT. 163
que ce pût eſtre , de quelque
qualité&condition qu'on fur.
Cependant il falloit un nom à
la Compagnie ,&c'eſtoit bien
la moindre choſe. Il y furà
l'inſtant procedé , & l'affaire
pro prodigieuſement revûë , épiloguée
, examinée ,il fut conclu
que cette Affemblée s'appelleroit
dorénavant l'Affemblée
des Heliconides ( comme
qui diroit habitantes du Mont
Helicon , que tout le monde
connoîtaujourd'huy autant&
plus que le Mont Valerien. )
Item le Domicile de l'Académic
fut nommé le Mont de la
Oij
164 MERCURE
Lune , parce que le liensou
cette élcctiona eſté faite, eft ,
dit on , dequatre ou cinq toiſes
plus võiſin de la Lune que
la plaine de Vaugirardim
Vous prenez peut-eftrececy
pour une fiction , Meffieurs ,
mais degrace dérrompez vous
fur ma parole , & ſçachez qu'-
on fait dans cette Académic
des éloges ,des compliments,
des Livres & des Traductions
en Profe , en Vers , en François
, en Latin ,& de touthors
duGrec. En un mot malgré le
ton ferieux fur lequel j'ay
monté la nouvelle découverte
ر
JGALANT. 165
de cette Académie , il en font
de fort bons Ouvrages . En
voicy la preuveropst
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4566
p. 151-160
Mariages, [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous aprendre dans ma Lettre de Janvier, [...]
Mots clefs :
Comte de Vienne, Duc, Fils, Chevalier, Intendant des finances, Mariage, Mademoiselle , Comte de Saint-Chaumont, Fille, Héritière, Conseillers d'État, Marquis, Abbé, Mademoiselle le Prestre, Épouser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages, [titre d'après la table]
Jay oublié de vous aprendre
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
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Résumé : Mariages, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs mariages et alliances au sein de l'aristocratie française. M. le Comte de Vienne, frère du Duc de la Vieuville, a épousé Mademoiselle de Saint-Chaumont. Cette dernière est la fille de Henry Mitte de Chevrières et de Charlotte Suzanne de Gramont, sœur du Duc et Maréchal de Gramont. Mademoiselle de Saint-Chaumont est une riche héritière reconnue pour son mérite et sa naissance. La Maison de Mitte Chevrières et Saint-Chaumont, située dans le Lyonnois, a produit des figures notables. Jean Mitte, seigneur de Miolans et de Chevrières, fut le père de Jacques Mitte, lieutenant général au gouvernement du Lyonnois, anobli par le roi Henri IV en 1598. Jacques Mitte épousa Gabrielle de Saint-Chaumont, puis Gabrielle de Guadagne. De son premier mariage, il eut Melchior Mitte de Miolans, marquis de Saint-Chaumont, ambassadeur extraordinaire à Rome et chevalier des Ordres du roi en 1619. Melchior Mitte de Miolans eut plusieurs enfants, dont Henry, marquis de Saint-Chaumont et père de Mademoiselle de Saint-Chaumont, récemment mariée. Le texte mentionne également d'autres mariages, comme celui de M. de Saint-Vrain, conseiller à la Cour des Aides, avec Mademoiselle Bourgoin, fille de M. Bourgoin, maître des Comptes. De plus, Mademoiselle le Prestre, fille aînée du Président le Prestre, s'est mariée avec M. Gaignon, comte de Villaines, allié à plusieurs familles illustres du Maine. La famille le Prestre est décrite comme l'une des plus considérables de Paris, avec de nombreuses alliances prestigieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4567
p. 153-162
LES INFORTUNÉS AMOURS DE COMINGE. ROMANCE.
Début :
Fuyez Mortels faux & parjures, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES INFORTUNÉS AMOURS DE COMINGE. ROMANCE.
LES INFORTUNÉS AMOURS
DE COMINGE.
ROMANCE.
Fuyez Mortels faux & parjures,
Qui de l'Amour faites un art,
Je veux des oreilles plus pures,
A mes chants vous n'avez point part:
Et vous, qu'nn feu divin anime,
Qui réverez l'Amour jusques dans ses rigueuts,
Plaignez sa plus tendre victime.,
De Cominge avec moi déplorez les malheurs,
...
Quel moment funeste & terrible!
Ce modele des vrais amans
Apprend l'événement horrible
Qui met le comble à ses tourmens;
Saisi de l'horreur la plus forte,
Il nourit sa douleur, & s'en fait un appui 3.
Il croit qu'Adélaide est morte,
Et l'Univers entier s'anéantit pour lui.
Il abhorre l'air qu'il respire,
Et le désespoit dans le cœur,
GV.
Uigfterad v0O
154 MERCURE DEFRANCE.
Suivant la fureur qui l'inspire,
Il vole en ce séjour d'horreur
De la mort funeste peinture,
Lieux affreux qu'aux regrets l'amour a consacrés
Séjour formé par la Nature
Pour recevoir les pleurs des cours désespérés.
Rancé (*) dont l'ame déchitée
Retraçoit sans cesse à ses yeux,
Son Amante défigurée
Par le trépas le plus hideux;
Rancé dans ce lieu solitaire
Avoit à la douleur dressé ce monument;
C'est-là que Cominge s'enterre
Un silence éternel y nourrit son tourment.
ee
Oui, dit il, ce morne silence
(*) L'Abbé de Rancé, livré dans sa jeunesse aux
passions les plus vives, après quelque tems d'ab-
sence, monta chez la Duchesse de Montbazon
par un escalier dérobé par lequel il avoir coutume
de passer, c'étoit précisément dans le moment
qu'elle venoit de mourir de la petite vérole, qui
l'avoit horriblement défigurée; il ne se doutoit
seulement pas qu'elle fût malade; frappé d'un spec-
tacle si peu attendu, il alla s'ensevelir dans son
Abbaye de la Trape, qui alors étoit très relâchée,
& il y établit en 1663. la réforme qui y subsiste
actuellement.
MAI.
1752.
155
Craindra de troubler ma douleur
Le voile de la pénitence
N'en servira qu'à mon ardeur;
Brulé, consumé par ma flamme,
Aux traits du désespoir dévoué pour jamais,
J'y vais abandonner mon ame
Sous le masque trompeur de la plus sainte pais
Et plus malheureux & plus tendre,
Cette victime de l'amour
Sous le Cilice & sur la dendre,
Vivoit pour mourir chaque jour;
Quand il entend les sons fragiles
De la cloche qui doit rassembler les reclus,
Pour être spectateurs tranquilles
De la prochaine mort de l'un de ces Elusi
Suivant un respectable usage,
Il se prosterne en arrivant;
Hélas! que devint son courage :
Qui peut peindre tout ce qu'il sent»
Lorsque son oreille est frappée
De cette voix si douce & si chere à son coeut,
Toute son ame est occupée
De surprise d'amour, d'espoir & de terreuri
GV
156 MERCURE DE FRANCE.
Son sang ne circule qu'à peine,
La douleur étouffe ses cris
Il retient jusqu'à son haleine,
Pour recueillir ces sons cheris.
Une voix éteinte & tremblante,
Prouve qu'Adelaide approche de la mott;
Alors de sa bouche expirante
Ces mots interrompus sortent avec effort.
O, mes Peres! je suis indigne,
De ces soins dont vous m'honorez,
Que j'ai fait un abus insigne
De l'habit que vous révérez!
Vous voyez une pécheresse
Qu'un malheureux amour a conduit en ces lieux I,
Cominge eut toute ma tendresse,
Mais nos parens cruels traverserent nos feux,
Pour rompre notre intelligence
On le mit en captivité,
Pour prix de mon obéissance
On me promit sa liberté,
Mon hymen prouva ma constance,
Le Mortel le plus fait pour être détesté
Obtint de moi la préférence,
Mais je rendis hommage à la fidélité.
1
MAI.
1752. 157
Mais de sa liberté rendue
Mon amant ne crut prositer
Qu'en se présentant à ma vue;
Envain je voulus l'éviter.
Un jour, jour affreux pour ma vie;
Mon époux le surprit pleurant à mes genoux,
J'eusse éprouvé sa barbarie;
Cominge, en le blessant, me sauva de ses coups.
Hélas! il fut blesté lui-même,
Et mon tiran revint au jour;
Aussi- tôt sa fureur extrême
Me renferma dans une Tour;
J'étois livrée à sa furie;
Et pour se rendre seul arbitre de mon sort,
Par un excès de jalousie
L'inhumain fit courir le faux bruit de ma mort.
her.
A des maux affreux condamnée,
Le plus accablant pour mon cœur
Fut d'ignorer la destinée-
Du tendre objet de mon ardeur;
Je crus voir la fin de mes peines,
Lorsqu'on vint m'annoncer la mort de mon Tiran,.
A l'instant on brisa nies chaînes
I fentis pour Cominge un bonheur aussi grand.
Fented.
Uiired vLO
158 MERCUREDEFRANCE.
Mais helas! je ne pus apprendre
Les lieux qu'habitoit mon Amant,
Les soins de l'amour le plus tendre
Furent employés vainement;
Je voulus le cherchet moi-même,
Je cachai mon dessein, & je ne doutai pas
Que pour trouver ce que l'on ainie,
Le flambeau de l'Amour ne dût guider nos pas,
Par cette espérance abusée,
Et ne songeant qu'à mon projet,
Sous d'autres habits déguisée
Je pars pour remplir mon projet;
Tout aigrit ma douleur pro fonde;
Cominge si long. tems en tous lieux a doté,
Etoit oublié dans le monde
A peine sçavoit-on s'il avoit respiré.
Ce desert s'offrit à ma vue,
Et sans former aucun dessein
L'attrait d'une force inconnue
M'entraîna dans ce Temple saint.
Qui peut exprimer mes allarmes
Lorsque parmi les voix qui chantoient le Seigneut
Je connus celle dont les charmes
Avoient tosijours seduit mon esprit & mon cout?
Digitiaes veOO
1752.
MAI.
Je crus d'abord m'être trompée,
Je crus que par la passion
L'imagination frappée
Me faisoit cette illusion;
Mais hélas! malgré le ravage
Que les austérités, la douleur & le temps
Avoient gravé sur son visage,
Je reconnus bientôt l'idole de mes sens.
J'osai faire un usage impie
De mon fatal déguisement,
Je vous demandai d'être unie
Aux habitans de ce Couvent;
Je fus mise au rang des Novices.
Mais loin de ressentir une juste ferveur,
J'opposois aux saints exercices
Un coeur que consumoit une profane ardeus.
Cette solitude effrayante
Renfermoit ce qui m'étoit cher,
Quelle volupté consolante
Que de respirer le même air !
Cent fois cédant à ma tendresse,
Je formai le dessein de m'offrir à ses yeua:
Que m'eût servi cette foiblesse!
Les liens les plus sactés l'enchainoient dans cea
lieux.
159
160 MERCUREDE FRANCE.
Un mouvement involontaire
A ses pas sembloit m'attacher,
Bientôt un mouvement contraire
Me défendoit d'en approcher;
Je n'ofai m'en faire connoître,
Il troubloit mon repos, je respectois le sien,
Mais un triste hazard fit naître
Un instant où mon cour perdit tout son soutieni
Le jour od bravant la nature
Pour voir tranquillement la mort
Vous creusiez votre sépulture,
Il remplissoit avec transport
Cette pieuse barbarie;
J'approchai, je le vis, il me perça le cœur,
Et mes larmes m'eussent trahie,
Si ma fuite aussi-tôt n'eût caché ma douleur.
Je vins contrite & pénétrée
Prier le Seigneur ardemment
Que mon ame fût éclairée
Pour le repos de mon Amant.
Qui, mon Dieu, mes voenx, mes allarmes,.
Désitoient pour lui feul fléchir votre couroux,
Pour lui seul je versois des larmes,
C'étoit son intérêt qui m'amenoit à vons.
M
161
MAI. 1752.
Vous exauçâtes ma priere,
Toute profane qu'elle étoit,
Et je dûs à votre lumiere
La paix que mon cœur ignoroit;
Pour laver mes fautes immenses,
Je passois dans les pleurs & les jours & les nuits;
Je vous demandai des souffrances
Et je tombai bientôt dans l'état od je suis.
W
O! d'une erreur que je déteste
Trop cher Auteur! trop tendre Amant!
Regarde en cet état funeste,
L'objet de ton égarement:
Pense à ce moment redoutable;
'y touche.... du trépas... je ressens les horreurs,
Helas !.. le tien inévitable
Dientôt peut-être... Adieu... Cominge.. Adicu
je meurs.
Cominge perd ce qu'il adore,
Il voit ses traits désigurés
Sur sa bouche, entr'ouverte encore
Il fixe des yeux égarés
Il vole auprès de son amante,
Il s'arrête, il s'élance & retombe soudain,
Son air imprime l'épouvante,
Ces mots avec des cris s'échapent de son sein.
162 MERCUREDE FRANCE.
Arrête, arrête Dieu terrible,
Envain tu réclames tes droits;
Pour punir un cœur trop sensible,
Envain la mort vole à ta voix,
Elle va couronner ma flâme . . :
A ces mots un effort de rage & de douleur
De ses jours vint couper la trame
Terminant à la fois sa vie & son malheur.
Ce saint lieu retentit de plaintes,
On entend des cris, des clameurs,
Toutes les ames sont atteintes
D'effroi, de tendresse & d'horreurs.
La piété cédant aux larmes,
Déposa ces Amans dans le niême Tombeau,
Et l'Amour détestant ses armes
Dans ce triste sepulcre éteignit son flam beau.
DE COMINGE.
ROMANCE.
Fuyez Mortels faux & parjures,
Qui de l'Amour faites un art,
Je veux des oreilles plus pures,
A mes chants vous n'avez point part:
Et vous, qu'nn feu divin anime,
Qui réverez l'Amour jusques dans ses rigueuts,
Plaignez sa plus tendre victime.,
De Cominge avec moi déplorez les malheurs,
...
Quel moment funeste & terrible!
Ce modele des vrais amans
Apprend l'événement horrible
Qui met le comble à ses tourmens;
Saisi de l'horreur la plus forte,
Il nourit sa douleur, & s'en fait un appui 3.
Il croit qu'Adélaide est morte,
Et l'Univers entier s'anéantit pour lui.
Il abhorre l'air qu'il respire,
Et le désespoit dans le cœur,
GV.
Uigfterad v0O
154 MERCURE DEFRANCE.
Suivant la fureur qui l'inspire,
Il vole en ce séjour d'horreur
De la mort funeste peinture,
Lieux affreux qu'aux regrets l'amour a consacrés
Séjour formé par la Nature
Pour recevoir les pleurs des cours désespérés.
Rancé (*) dont l'ame déchitée
Retraçoit sans cesse à ses yeux,
Son Amante défigurée
Par le trépas le plus hideux;
Rancé dans ce lieu solitaire
Avoit à la douleur dressé ce monument;
C'est-là que Cominge s'enterre
Un silence éternel y nourrit son tourment.
ee
Oui, dit il, ce morne silence
(*) L'Abbé de Rancé, livré dans sa jeunesse aux
passions les plus vives, après quelque tems d'ab-
sence, monta chez la Duchesse de Montbazon
par un escalier dérobé par lequel il avoir coutume
de passer, c'étoit précisément dans le moment
qu'elle venoit de mourir de la petite vérole, qui
l'avoit horriblement défigurée; il ne se doutoit
seulement pas qu'elle fût malade; frappé d'un spec-
tacle si peu attendu, il alla s'ensevelir dans son
Abbaye de la Trape, qui alors étoit très relâchée,
& il y établit en 1663. la réforme qui y subsiste
actuellement.
MAI.
1752.
155
Craindra de troubler ma douleur
Le voile de la pénitence
N'en servira qu'à mon ardeur;
Brulé, consumé par ma flamme,
Aux traits du désespoir dévoué pour jamais,
J'y vais abandonner mon ame
Sous le masque trompeur de la plus sainte pais
Et plus malheureux & plus tendre,
Cette victime de l'amour
Sous le Cilice & sur la dendre,
Vivoit pour mourir chaque jour;
Quand il entend les sons fragiles
De la cloche qui doit rassembler les reclus,
Pour être spectateurs tranquilles
De la prochaine mort de l'un de ces Elusi
Suivant un respectable usage,
Il se prosterne en arrivant;
Hélas! que devint son courage :
Qui peut peindre tout ce qu'il sent»
Lorsque son oreille est frappée
De cette voix si douce & si chere à son coeut,
Toute son ame est occupée
De surprise d'amour, d'espoir & de terreuri
GV
156 MERCURE DE FRANCE.
Son sang ne circule qu'à peine,
La douleur étouffe ses cris
Il retient jusqu'à son haleine,
Pour recueillir ces sons cheris.
Une voix éteinte & tremblante,
Prouve qu'Adelaide approche de la mott;
Alors de sa bouche expirante
Ces mots interrompus sortent avec effort.
O, mes Peres! je suis indigne,
De ces soins dont vous m'honorez,
Que j'ai fait un abus insigne
De l'habit que vous révérez!
Vous voyez une pécheresse
Qu'un malheureux amour a conduit en ces lieux I,
Cominge eut toute ma tendresse,
Mais nos parens cruels traverserent nos feux,
Pour rompre notre intelligence
On le mit en captivité,
Pour prix de mon obéissance
On me promit sa liberté,
Mon hymen prouva ma constance,
Le Mortel le plus fait pour être détesté
Obtint de moi la préférence,
Mais je rendis hommage à la fidélité.
1
MAI.
1752. 157
Mais de sa liberté rendue
Mon amant ne crut prositer
Qu'en se présentant à ma vue;
Envain je voulus l'éviter.
Un jour, jour affreux pour ma vie;
Mon époux le surprit pleurant à mes genoux,
J'eusse éprouvé sa barbarie;
Cominge, en le blessant, me sauva de ses coups.
Hélas! il fut blesté lui-même,
Et mon tiran revint au jour;
Aussi- tôt sa fureur extrême
Me renferma dans une Tour;
J'étois livrée à sa furie;
Et pour se rendre seul arbitre de mon sort,
Par un excès de jalousie
L'inhumain fit courir le faux bruit de ma mort.
her.
A des maux affreux condamnée,
Le plus accablant pour mon cœur
Fut d'ignorer la destinée-
Du tendre objet de mon ardeur;
Je crus voir la fin de mes peines,
Lorsqu'on vint m'annoncer la mort de mon Tiran,.
A l'instant on brisa nies chaînes
I fentis pour Cominge un bonheur aussi grand.
Fented.
Uiired vLO
158 MERCUREDEFRANCE.
Mais helas! je ne pus apprendre
Les lieux qu'habitoit mon Amant,
Les soins de l'amour le plus tendre
Furent employés vainement;
Je voulus le cherchet moi-même,
Je cachai mon dessein, & je ne doutai pas
Que pour trouver ce que l'on ainie,
Le flambeau de l'Amour ne dût guider nos pas,
Par cette espérance abusée,
Et ne songeant qu'à mon projet,
Sous d'autres habits déguisée
Je pars pour remplir mon projet;
Tout aigrit ma douleur pro fonde;
Cominge si long. tems en tous lieux a doté,
Etoit oublié dans le monde
A peine sçavoit-on s'il avoit respiré.
Ce desert s'offrit à ma vue,
Et sans former aucun dessein
L'attrait d'une force inconnue
M'entraîna dans ce Temple saint.
Qui peut exprimer mes allarmes
Lorsque parmi les voix qui chantoient le Seigneut
Je connus celle dont les charmes
Avoient tosijours seduit mon esprit & mon cout?
Digitiaes veOO
1752.
MAI.
Je crus d'abord m'être trompée,
Je crus que par la passion
L'imagination frappée
Me faisoit cette illusion;
Mais hélas! malgré le ravage
Que les austérités, la douleur & le temps
Avoient gravé sur son visage,
Je reconnus bientôt l'idole de mes sens.
J'osai faire un usage impie
De mon fatal déguisement,
Je vous demandai d'être unie
Aux habitans de ce Couvent;
Je fus mise au rang des Novices.
Mais loin de ressentir une juste ferveur,
J'opposois aux saints exercices
Un coeur que consumoit une profane ardeus.
Cette solitude effrayante
Renfermoit ce qui m'étoit cher,
Quelle volupté consolante
Que de respirer le même air !
Cent fois cédant à ma tendresse,
Je formai le dessein de m'offrir à ses yeua:
Que m'eût servi cette foiblesse!
Les liens les plus sactés l'enchainoient dans cea
lieux.
159
160 MERCUREDE FRANCE.
Un mouvement involontaire
A ses pas sembloit m'attacher,
Bientôt un mouvement contraire
Me défendoit d'en approcher;
Je n'ofai m'en faire connoître,
Il troubloit mon repos, je respectois le sien,
Mais un triste hazard fit naître
Un instant où mon cour perdit tout son soutieni
Le jour od bravant la nature
Pour voir tranquillement la mort
Vous creusiez votre sépulture,
Il remplissoit avec transport
Cette pieuse barbarie;
J'approchai, je le vis, il me perça le cœur,
Et mes larmes m'eussent trahie,
Si ma fuite aussi-tôt n'eût caché ma douleur.
Je vins contrite & pénétrée
Prier le Seigneur ardemment
Que mon ame fût éclairée
Pour le repos de mon Amant.
Qui, mon Dieu, mes voenx, mes allarmes,.
Désitoient pour lui feul fléchir votre couroux,
Pour lui seul je versois des larmes,
C'étoit son intérêt qui m'amenoit à vons.
M
161
MAI. 1752.
Vous exauçâtes ma priere,
Toute profane qu'elle étoit,
Et je dûs à votre lumiere
La paix que mon cœur ignoroit;
Pour laver mes fautes immenses,
Je passois dans les pleurs & les jours & les nuits;
Je vous demandai des souffrances
Et je tombai bientôt dans l'état od je suis.
W
O! d'une erreur que je déteste
Trop cher Auteur! trop tendre Amant!
Regarde en cet état funeste,
L'objet de ton égarement:
Pense à ce moment redoutable;
'y touche.... du trépas... je ressens les horreurs,
Helas !.. le tien inévitable
Dientôt peut-être... Adieu... Cominge.. Adicu
je meurs.
Cominge perd ce qu'il adore,
Il voit ses traits désigurés
Sur sa bouche, entr'ouverte encore
Il fixe des yeux égarés
Il vole auprès de son amante,
Il s'arrête, il s'élance & retombe soudain,
Son air imprime l'épouvante,
Ces mots avec des cris s'échapent de son sein.
162 MERCUREDE FRANCE.
Arrête, arrête Dieu terrible,
Envain tu réclames tes droits;
Pour punir un cœur trop sensible,
Envain la mort vole à ta voix,
Elle va couronner ma flâme . . :
A ces mots un effort de rage & de douleur
De ses jours vint couper la trame
Terminant à la fois sa vie & son malheur.
Ce saint lieu retentit de plaintes,
On entend des cris, des clameurs,
Toutes les ames sont atteintes
D'effroi, de tendresse & d'horreurs.
La piété cédant aux larmes,
Déposa ces Amans dans le niême Tombeau,
Et l'Amour détestant ses armes
Dans ce triste sepulcre éteignit son flam beau.
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4568
p. 156-166
EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
Début :
Un Envoyé du brillant Hymenée [...]
Mots clefs :
Hyménée , Vénus, Plaisirs, Beauté, Jeunesse, Flore, Amour, Mariée , Contrat
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
EXTRAIT
dela Gazette de Cithere,
le4. Decembre 1713.
Un Envoyédu brillant
Hymenèe
Paré defleurs, ût audiance
icy,
Venus étantdes Ris environnée
Ilfuat adlmnisàjileu.r.parler
Depuisl'Hymen de cel-
,
le dontla coupe
Fait l'enjouëment de la
table des Dieux;
PourcaJ pareil,sijamais
<vojlretroupe
SçûsanimerlesPlaisirs&
lesJeux,
Quelle y travaille avec tinfoinextreme3
Un jeune objet dans nos
rets efl tombé'
Aux yeux d'Hercule il
paroistroit Hebé,
Et je l'ay pris pour la
Jeunesse même;
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l' Aurore en ouvrant
sa Cariere,
Beauténaissante& reçue
au berceau
Ensurvivance auxappas
delaMere:
Sa Merefçutl'artdefer*
petuer
Ses traits charmans dans
sa bellefamille,
Lorsqu'ellefit bonne part à
safille
De les attraits sans les
diminuer:
Ainsi des mois l'inégale
Courriere
Et de ses feux, les autres
feux témoins
Du blond Phoebus em«.
prunte la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hy.
1 "llnCe engage
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez., fesoient
un douxpartage
De centtresorsdontilest
enrichi;
Il estluiseul plus maistre
en l'art de plaire
Que vostroisSoeurs, les
JHufes toutes neuf,
Pour dire plus, cejl trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait ceji la jeune
Pleneuf
1 Dîtsurlechamp la Reine
D'*dmathonte9
C'estse moquer,c'est If-.
vant lasaison
Allerunir les jeuxà la
raison,
Et l'Hymenêe en devroit
avoir honte;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'ilest, que je
ne le querelle;
Ravirsi-tost a. mais
il me souvient
Qu'encor sa Mereétoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour son
contratfut signe,
Contrat si bon au bien de
nos affaires
Qj£à cet Hymen, ma samilleagagné
Une recrue deSoeurs
de freres,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins;
Cherche l' Amour, q'iit
s'aime qu'ilj'apprëte,
Arelever l'Hymen de
tous ses soins,
Qu'il aide seulse mêler de
laseste,
Sur-tout au cas que la première
nuit
Le même toit mere &
fillerassemble;
jiti grand raport qu'ont
leurs attraits ensemble
L'Hymenpourroitse méprendrede
lit; -
Il passeroit pour d'autant
moinscoupable,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en pleinmidy duSoleil
le plus beau
Qui laseroit,seroitfort
pardonable;
On ne devroit qu'après
mûr examen
Marierfille ayantsijeune
mere
Etsans le soin que je
prend du mistere
Quel qui pro quo pouroit
faire l'Hymen.
jîllezj, mon fils, réglée
bien toutes choses,
Die- Citheréeàl'enfantamtiiïreux,
Venezcueillir sur mes le~
rvres de roses
Un doux basser pour ces
époux heureux;
Que ce baiser les remplisse
deflame,
Qui'l soit suivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jufyuau
fondde leurame
Ily demeure &m'enforte
jamais;
Et vous Seigneur,ditesà
l'Hymenee
Que s'il formoit toujours
depareils noeuds
Saplace ici luiseroit dcfi*
gné,e/
Avecles Ris, les Graces(7
lesFeux..
dela Gazette de Cithere,
le4. Decembre 1713.
Un Envoyédu brillant
Hymenèe
Paré defleurs, ût audiance
icy,
Venus étantdes Ris environnée
Ilfuat adlmnisàjileu.r.parler
Depuisl'Hymen de cel-
,
le dontla coupe
Fait l'enjouëment de la
table des Dieux;
PourcaJ pareil,sijamais
<vojlretroupe
SçûsanimerlesPlaisirs&
lesJeux,
Quelle y travaille avec tinfoinextreme3
Un jeune objet dans nos
rets efl tombé'
Aux yeux d'Hercule il
paroistroit Hebé,
Et je l'ay pris pour la
Jeunesse même;
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l' Aurore en ouvrant
sa Cariere,
Beauténaissante& reçue
au berceau
Ensurvivance auxappas
delaMere:
Sa Merefçutl'artdefer*
petuer
Ses traits charmans dans
sa bellefamille,
Lorsqu'ellefit bonne part à
safille
De les attraits sans les
diminuer:
Ainsi des mois l'inégale
Courriere
Et de ses feux, les autres
feux témoins
Du blond Phoebus em«.
prunte la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hy.
1 "llnCe engage
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez., fesoient
un douxpartage
De centtresorsdontilest
enrichi;
Il estluiseul plus maistre
en l'art de plaire
Que vostroisSoeurs, les
JHufes toutes neuf,
Pour dire plus, cejl trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait ceji la jeune
Pleneuf
1 Dîtsurlechamp la Reine
D'*dmathonte9
C'estse moquer,c'est If-.
vant lasaison
Allerunir les jeuxà la
raison,
Et l'Hymenêe en devroit
avoir honte;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'ilest, que je
ne le querelle;
Ravirsi-tost a. mais
il me souvient
Qu'encor sa Mereétoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour son
contratfut signe,
Contrat si bon au bien de
nos affaires
Qj£à cet Hymen, ma samilleagagné
Une recrue deSoeurs
de freres,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins;
Cherche l' Amour, q'iit
s'aime qu'ilj'apprëte,
Arelever l'Hymen de
tous ses soins,
Qu'il aide seulse mêler de
laseste,
Sur-tout au cas que la première
nuit
Le même toit mere &
fillerassemble;
jiti grand raport qu'ont
leurs attraits ensemble
L'Hymenpourroitse méprendrede
lit; -
Il passeroit pour d'autant
moinscoupable,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en pleinmidy duSoleil
le plus beau
Qui laseroit,seroitfort
pardonable;
On ne devroit qu'après
mûr examen
Marierfille ayantsijeune
mere
Etsans le soin que je
prend du mistere
Quel qui pro quo pouroit
faire l'Hymen.
jîllezj, mon fils, réglée
bien toutes choses,
Die- Citheréeàl'enfantamtiiïreux,
Venezcueillir sur mes le~
rvres de roses
Un doux basser pour ces
époux heureux;
Que ce baiser les remplisse
deflame,
Qui'l soit suivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jufyuau
fondde leurame
Ily demeure &m'enforte
jamais;
Et vous Seigneur,ditesà
l'Hymenee
Que s'il formoit toujours
depareils noeuds
Saplace ici luiseroit dcfi*
gné,e/
Avecles Ris, les Graces(7
lesFeux..
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Résumé : EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
La Gazette de Cithère du 4 décembre 1713 relate une scène où l'Hyménée, dieu du mariage, est accueilli par Vénus et les Rires. L'Hyménée évoque une coupe qui réjouit la table des Dieux et exprime le désir de retrouver les plaisirs et les jeux. Il mentionne un jeune individu comparé à Hébé et à la jeunesse, avec la beauté de Flore et de l'Aurore, et des attraits hérités de sa mère. Ce jeune individu, non encore soumis à un quelconque empire, possède cent beautés et est comparé à la jeune Pleneuf, reconnue par la Reine d'Amathonte. L'Hyménée exprime son courroux mais se souvient que la mère du jeune individu était plus jeune lorsqu'elle s'est mariée par amour, ce qui a bénéficié à sa famille. Il appelle l'Amour à l'aider, surtout dans les cas où la première nuit assemble mère et fille sous le même toit, pour éviter toute erreur. Il conseille de bien examiner avant de marier une fille ayant une mère jeune. Enfin, il invite l'enfant amoureux à cueillir un baiser sur les lèvres de Cithérée pour les époux heureux, afin que ce baiser les remplisse de flamme et demeure à jamais dans leur âme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4569
p. 561-571
La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le Vendredy, 7. de ce mois, on donna au Théatre [...]
Mots clefs :
Tragédie, Eryphile, Voltaire, Extrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
LeVendredy, 7. de ce mois , on donna
G iiij 30
562 MERCURE DE FRANCE
し
au Théatre François.la premiere Représentation de la Tragédie d'Eryphile , de
M. de Voltaire , que le Public a trouvée
pleine d'harmonie et d'élégance dans les
Vers et de pensées nobles et élevées, la diction en est mâle, et les traits heureux , les
descriptions, les images, les réfléxions, les
maximes neuves et hardies. Nous entrerons point dans quelques détails sur tout
cela, ainsi que sur le fonds et l'economie
de la Tradédie , qui est extrémement applaudie par de nombreuses assemblées.
Nous comptions ne donner l'Extrait
de ce Poëme que dans le mois d'Avril ,
mais le Memoire qu'on va lire , dans les
mêmes termes qu'il nous a été envoyé ,
nous dispense de ce soin. Nous ajouterons seulement que cette Tragédie est
parfaitement bien représentée par la Dile
Balicour , qui y jouë le principal Rôle, et
par les Srs Dufréne , Sarrazin et le Grand
qui remplissent ceux d'Alcmeon ; d'Hermogide et duGrand Prêtre. Voici le Memoire.
ERYPHILE est de la composition de l'illustre M.de Voltaire,connu dans l'Europe
comme le seul Poëte Epique de nos jours
et comme l'Auteur Tragique , qui , sans
contredit, est le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction ,
MARS. 1732. 563
་,
tion ; on peut encore ajoûter , depuis son
Histoire de Charles XII. qu'il est l'Historien de son siecle , le plus ingénieux er
le plus élegant ; son stile est plus vif et
plus nourri que celui de l'Abbé de Vertot , et les Refléxions sont aussi profondes et aussi bien liées au Sujet que celles
de l'Abbé de S. Réal. Il faut avouer la
verité , il n'y a eu personne dans l'Antiquité ni dans le temps present, qui se soit
distingué àla fois par tant de côtez, et qui
ait fait de bons Ouvrages dans des genres
si differens. M.de la Motteavoit vouluêtre
universel , mais avec bien de l'esprit , il
n'avoit réussi qu'à être médiocre dans bien
des genres , et ne s'étoit élevé au sublime
dans aucun. Il y a bien parû quand il voulut , pour dégradér l'Oedipe de M. de Voltaire , en donner un de sa façon. On vit en
cette occasion la difference de ces deux gé
nies, et tout le mérite de M.de la Motte le
laissa bien au- dessous de son jeune Rival.
Il paroît que le Sujet d'Eriphile est presque tout de l'invention de M. de Voltaire ; il n'a pris de la Fable autre chose
si-non quEriphile fut la cause de la mort
d'Amphiarus son mari , et fut tué part
Alcmeon son fils. Voilà sur quel fondement M. de Voltaire a construit une Tragédie dans un gout entierement nouveau.
Gv Jamais
564 MERCURE DE FRANCE
Jamais Piece ne fut plus vive et n'eut
plus d'action , sans devoir sa vivacité à
une multitude d'évenemens qui n'est que:
la ressource des Auteurs sans génie. L'Auteur a osé suivre le gout Grec ; on voit
dans sa Piece un Peuple assemblé devant
lequel on demande la Couronne ; l'Om--
bre d'Amphiarus apparoît sur le Théa
tre , on entend les cris de la mere et
ceux de son fils qui l'égorge. Et toutes.
ces hardiesses si neuves n'ont réüssi que
parce qu'elles sont conduites avec une:
extreme sagesse..
Vous voyez d'abord dans cette Piece si
originale , une femme qui avoue qu'elle:
a eû autrefois de la foiblesse pour un
Prince qui l'a trompée ; cette foiblesse :
a été cause de la mort de son mari et des
malheurs d'Argos. Cet Amant nommé
Hermogide , encouragé par les esperances
que lui a données la foible et malheureuse
Eriphile , a assassiné Amphiarus. En quels
Vers moelleux et patetiques cette triste.:
avanture est contée !
C'est cet âge fatal et sans experience ,
Ouvert aux passions , foible , plein d'imprudence
C'est cet âge indiscret qui fit tout mon malheur ;
Un traître avoit surpris le chemin de mon cœur.
P
Une::
C
MARS. 1732. 565
Une main impie ,
Ou plutôt má foiblesse a terminé sa vie.
Hermogide en secret immola sous ses coups ,
Le cruel tout couvert du sang de mon Epoux ,
Vint armé de ce fer , instrument de sa rage ,
Qui des droits à l'Empire étoit l'auguste gagey
Et d'un assassinat pour moi seul entrepris ,
Au pied de nos Autels il demanda le prix.
Grands Dieux ! qui m'inspirez mes remords le
gitimes ;
Mon cœur , vous le sçavez , n'est point fait
les crimes ;
Il est né vertueux .. .. je vis avec horreur
Lecoupable ennemi qui fut mon séducteurs
Je détestai l'Amour et le Trône et la vie. ·
pour
Voilà quel est le caractere coupable
et interressant de cette Princesse malheureuse ; les Dieux la punirent de sa
faute et empêcherent Hermogide d'en
cueillir le fruit. Argos fut desolée par des
Guerres Civiles ; les Oracles furent con--
sultez , ils ordonnerent que la Reine ne
chosit un Roy que lorsque deux Roys
seroient vaincus auprès d'Argos ; ils ajoûterent que ce jour seroit la fin de tant
de malheurs , mais qu'il en couteroit la
vie à Eriphile , et qu'elle mourroit de la
main mêmedu fils qu'elle avoit eu d'AmGvj phiarus.
"
1
566 MERCURE DE FRANCE
phiarus. La Reine fir alors éloigner ce fils
qui étoit dans sa tendre enfance ; elle le
tint dans l'ignorance de son rang , de
peur que l'envie de regner ne le portât
un jour à accomplir ces malédictions ct
à commettre un parricide. Cependant
après beaucoup de malheurs et de guerres,
le jour prédit arrive où deux Rois sont
vaincus par un jeune Guerrier , Licutenantd'Hermogide nomméAlcmeon.Voici
le temps où il faut nommer un Roy ;
Argos le demande, les Dieux Fordonnent.
Hermogide , à qui il ne manquoit que le
nom de Souverain , compte sur son pouvoir , sur la foiblesse de la Reine , et
même sur ses crimes ; il lui parle et la
fait trembler ; Eriphile qui consulte le
Ciel sur sa destinée , apprend que son
fils vit encore ; elle assemble les Chefs
et le Peuple ; elle déclare devant eux que
ce fils est vivant ; elle indique les lieux
qu'elle croit qu'il habite , et le nomme
Royenpresence même d'Hermogide. Cet
audacieuxPrince privé dans ce moment de
la Couronne où il touchoit , déclare publiquement à la Reine et au peuple , qu'il
a tué lui-même cet Enfant que les Dieux
réservoient au parricide. Il s'écrie devant
cette grande Assemblée.
J'atteste
MARS. 1732. 567
J'atteste mes Ayeux et ce jour qui m'éclaire ,
Que j'immolai le fils pour conserver la mere ;
Que si ce sang coupable a coulé sous mes coups,
J'ai prodigué le mien pour la Grece et pour yous.
Vous m'en devez le prix ; vous voulez tous us Maître ;
1
L'Oracle en promet un , je vais périr ou l'être ;
Je vais vanger mes droits contre un fils supposé;
Je vais rompre un vain charme à moi seul opposé.
Soldat par mes travaux et Roy par ma naissance,
De vingt ans de Combats j'attends la récompense,
Je vous ai tous servis ; ce rang des demi Dieux ,
Deffendu par mon bras , fondé par mes Ayeux ,
Cent fois teint de mon sang , doit être mon partage ;
Je le tiendrai de vous , de moi , de mon courage;
De ces Dieux dont je sors et qui seront pour moi.
Amis , suivez mes pas , et servez votre Roy.
A cette découverte affreuse , la Reine
menacée d'être détrônée par son ancien
Amant , privée de son fils et obligée de
faire un choix , se tourne vers Alcmeon ,
ce jeune Guerrier qu'elle aime en secret
malgré elle , et lui ordonnant de venger
son fils , le chosit pour son Epoux. Cet
Hymen à qui tout le Peuple applaudit ,
se prépare ; ces deux Amans heureux
vont
588 MERCURE DE FRANCE
vont s'unir au Temple , mais dans l'ins
tant qu'ils se vont donner la main, l'Om
bre d'Amphiarus sort de son Tombeau au
milieu du Tonnerre et des Eclairs , et
ordonne à Alcmeon de le venger de
sa mere. Cet ordre obscur et épou--
ventable , est un coup de foudre pour
Eriphile , pour Alcmeon , et pour le
Peuple.
Alcmeon qui n'a plus de mere , et
qui s'est toujours crû fils d'un Esclave ,
avoüe enfin ce secret humiliant; mais cet
aveu ne fait qu'augmenter l'horreur et
l'attendrissement de la Reine ; elle se ressouvient qu'elle a autrefois donné son
propre fils à élever à une Esclave. Pendant que la Reine et Alcmeon se font
mutuellement des questions qui les jettent dans un trouble nouveau , arrive
le Grand- Prêtre , une épée à la main ; lại
Reine reconnoît l'épée Royale d'Amphiarus ; c'est cette même épée dont Her.
mogide s'étoit emparé , et dont il avoit
percé le jeune Alcmeon dans son Berceau.
Voici, dit le Grand-Prêtre ::
Voici ce même fer qui frappa votre enfance ,
Qu'un cruel, malgré lui, Ministre du Destin ,
Troublé par ses forfaits , laissa dans votre sein,
Le Dieu qui dans le crime effraya cet Impie,
Qui
MARS. 1732. 5699
Qui fit trembler son bras , qui sauva votre vie , ›
Qui commande à la mort , ouvre et ferme le flane,,
Vange un meurtre par l'autre , et le sang par le
sang,
M'ordonna de garder ce fer toûjours funeste."
La Reine →
alors reconnoît son fils , mais
dans quel moment , dans quelle situation
nouvelle , lorsque ce fils est prêt de
l'épouser , et qu'il se trouve armé pour
l'immoler. Eriphile veut appaiser l'Ombre d'Amphiarus , elle va sur son Tombeau pour offrir un Sacrifice ; mais c'est
là que les Dieux l'attendent pour punir
une foiblesse criminelle par la vengeance
la plus terrible. Alcmeon possedé des Furies , tuë Hermogide sur cette Tombe ;;
et prenant sa mere pour Hermogide même , qui blessé à mort , lui demande :
la vie , il croit achever Hermogide et il
massacre sa mere qui expire dans ses bras,
en lui pardonnant sa mort , et en l'accablant des marques les plus touchantes de
sa tendresse maternelle.
Ce sujet a quelque chose d'Electre
ou plutôt de Clitermnestre tuée par Ores te; les anciens traitoient l'un et l'autre
indifféremment. Mais combien la manie.
re interessante dont M. de Voltaire a
ménagé cette: Tragédie est elle au-dessus
de l'attrocité de l'Electre, -
$70 MERCURE DE FRANCE
Il a sur tout donné à Eriphile , une
vie immortelle par les beaux Vers dont
elle est remplie. Voici ceux qui sont sur la
Naissance,qui ont reçû tant d'applaudissemens et qui ne sont pas cependant les
plus travaillez et les plus parfaits de la
Piece.
Eh! c'est ce qui m'accable et qui me désespere :
Il faut rougir de moi , trembler au nom d'un Pere ,
Me cacher par foiblesse aux moindres Citoyens,
Et reprocher ma vie à ceux dont je la tiens.
Préjugé malheureux , éclatante chimere ,
Que l'orgueil inventa , que, la fable révere ,
Dar qui j'ai vu languir le mérite abatu ,
Aux pieds d'un Prince indigne ou d'un Grand
sans vertu.
Les Mortels sont égaux ; ce n'est point la nais- sance,
C'est la seule vertu qui fait leur difference ,
C'est elle qui met l'homme au rang des demi Dieux ,
Et qui sert son Pays n'a pas besoin d'Ayeux.
Princes , Rois , la fortune a fait votre partage ;
Mes grandeurs sont à moi , mon sort est mon
ouvrage,
Et ces fers si honteux , ces fers où je nâquis ,
Je les ai fait porter aux mains des Ennemis ;
Je n'ai plus rien du Sang qui m'a donué la vie;
MARS.
571 1732.
Il a dans les Combats coulé pour la Patrie.
Je vois ce que je suis et non ce que je fus ,
Et croisvaloir au moins des Rois que j'ai vaincus
L. D. M.
G iiij 30
562 MERCURE DE FRANCE
し
au Théatre François.la premiere Représentation de la Tragédie d'Eryphile , de
M. de Voltaire , que le Public a trouvée
pleine d'harmonie et d'élégance dans les
Vers et de pensées nobles et élevées, la diction en est mâle, et les traits heureux , les
descriptions, les images, les réfléxions, les
maximes neuves et hardies. Nous entrerons point dans quelques détails sur tout
cela, ainsi que sur le fonds et l'economie
de la Tradédie , qui est extrémement applaudie par de nombreuses assemblées.
Nous comptions ne donner l'Extrait
de ce Poëme que dans le mois d'Avril ,
mais le Memoire qu'on va lire , dans les
mêmes termes qu'il nous a été envoyé ,
nous dispense de ce soin. Nous ajouterons seulement que cette Tragédie est
parfaitement bien représentée par la Dile
Balicour , qui y jouë le principal Rôle, et
par les Srs Dufréne , Sarrazin et le Grand
qui remplissent ceux d'Alcmeon ; d'Hermogide et duGrand Prêtre. Voici le Memoire.
ERYPHILE est de la composition de l'illustre M.de Voltaire,connu dans l'Europe
comme le seul Poëte Epique de nos jours
et comme l'Auteur Tragique , qui , sans
contredit, est le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction ,
MARS. 1732. 563
་,
tion ; on peut encore ajoûter , depuis son
Histoire de Charles XII. qu'il est l'Historien de son siecle , le plus ingénieux er
le plus élegant ; son stile est plus vif et
plus nourri que celui de l'Abbé de Vertot , et les Refléxions sont aussi profondes et aussi bien liées au Sujet que celles
de l'Abbé de S. Réal. Il faut avouer la
verité , il n'y a eu personne dans l'Antiquité ni dans le temps present, qui se soit
distingué àla fois par tant de côtez, et qui
ait fait de bons Ouvrages dans des genres
si differens. M.de la Motteavoit vouluêtre
universel , mais avec bien de l'esprit , il
n'avoit réussi qu'à être médiocre dans bien
des genres , et ne s'étoit élevé au sublime
dans aucun. Il y a bien parû quand il voulut , pour dégradér l'Oedipe de M. de Voltaire , en donner un de sa façon. On vit en
cette occasion la difference de ces deux gé
nies, et tout le mérite de M.de la Motte le
laissa bien au- dessous de son jeune Rival.
Il paroît que le Sujet d'Eriphile est presque tout de l'invention de M. de Voltaire ; il n'a pris de la Fable autre chose
si-non quEriphile fut la cause de la mort
d'Amphiarus son mari , et fut tué part
Alcmeon son fils. Voilà sur quel fondement M. de Voltaire a construit une Tragédie dans un gout entierement nouveau.
Gv Jamais
564 MERCURE DE FRANCE
Jamais Piece ne fut plus vive et n'eut
plus d'action , sans devoir sa vivacité à
une multitude d'évenemens qui n'est que:
la ressource des Auteurs sans génie. L'Auteur a osé suivre le gout Grec ; on voit
dans sa Piece un Peuple assemblé devant
lequel on demande la Couronne ; l'Om--
bre d'Amphiarus apparoît sur le Théa
tre , on entend les cris de la mere et
ceux de son fils qui l'égorge. Et toutes.
ces hardiesses si neuves n'ont réüssi que
parce qu'elles sont conduites avec une:
extreme sagesse..
Vous voyez d'abord dans cette Piece si
originale , une femme qui avoue qu'elle:
a eû autrefois de la foiblesse pour un
Prince qui l'a trompée ; cette foiblesse :
a été cause de la mort de son mari et des
malheurs d'Argos. Cet Amant nommé
Hermogide , encouragé par les esperances
que lui a données la foible et malheureuse
Eriphile , a assassiné Amphiarus. En quels
Vers moelleux et patetiques cette triste.:
avanture est contée !
C'est cet âge fatal et sans experience ,
Ouvert aux passions , foible , plein d'imprudence
C'est cet âge indiscret qui fit tout mon malheur ;
Un traître avoit surpris le chemin de mon cœur.
P
Une::
C
MARS. 1732. 565
Une main impie ,
Ou plutôt má foiblesse a terminé sa vie.
Hermogide en secret immola sous ses coups ,
Le cruel tout couvert du sang de mon Epoux ,
Vint armé de ce fer , instrument de sa rage ,
Qui des droits à l'Empire étoit l'auguste gagey
Et d'un assassinat pour moi seul entrepris ,
Au pied de nos Autels il demanda le prix.
Grands Dieux ! qui m'inspirez mes remords le
gitimes ;
Mon cœur , vous le sçavez , n'est point fait
les crimes ;
Il est né vertueux .. .. je vis avec horreur
Lecoupable ennemi qui fut mon séducteurs
Je détestai l'Amour et le Trône et la vie. ·
pour
Voilà quel est le caractere coupable
et interressant de cette Princesse malheureuse ; les Dieux la punirent de sa
faute et empêcherent Hermogide d'en
cueillir le fruit. Argos fut desolée par des
Guerres Civiles ; les Oracles furent con--
sultez , ils ordonnerent que la Reine ne
chosit un Roy que lorsque deux Roys
seroient vaincus auprès d'Argos ; ils ajoûterent que ce jour seroit la fin de tant
de malheurs , mais qu'il en couteroit la
vie à Eriphile , et qu'elle mourroit de la
main mêmedu fils qu'elle avoit eu d'AmGvj phiarus.
"
1
566 MERCURE DE FRANCE
phiarus. La Reine fir alors éloigner ce fils
qui étoit dans sa tendre enfance ; elle le
tint dans l'ignorance de son rang , de
peur que l'envie de regner ne le portât
un jour à accomplir ces malédictions ct
à commettre un parricide. Cependant
après beaucoup de malheurs et de guerres,
le jour prédit arrive où deux Rois sont
vaincus par un jeune Guerrier , Licutenantd'Hermogide nomméAlcmeon.Voici
le temps où il faut nommer un Roy ;
Argos le demande, les Dieux Fordonnent.
Hermogide , à qui il ne manquoit que le
nom de Souverain , compte sur son pouvoir , sur la foiblesse de la Reine , et
même sur ses crimes ; il lui parle et la
fait trembler ; Eriphile qui consulte le
Ciel sur sa destinée , apprend que son
fils vit encore ; elle assemble les Chefs
et le Peuple ; elle déclare devant eux que
ce fils est vivant ; elle indique les lieux
qu'elle croit qu'il habite , et le nomme
Royenpresence même d'Hermogide. Cet
audacieuxPrince privé dans ce moment de
la Couronne où il touchoit , déclare publiquement à la Reine et au peuple , qu'il
a tué lui-même cet Enfant que les Dieux
réservoient au parricide. Il s'écrie devant
cette grande Assemblée.
J'atteste
MARS. 1732. 567
J'atteste mes Ayeux et ce jour qui m'éclaire ,
Que j'immolai le fils pour conserver la mere ;
Que si ce sang coupable a coulé sous mes coups,
J'ai prodigué le mien pour la Grece et pour yous.
Vous m'en devez le prix ; vous voulez tous us Maître ;
1
L'Oracle en promet un , je vais périr ou l'être ;
Je vais vanger mes droits contre un fils supposé;
Je vais rompre un vain charme à moi seul opposé.
Soldat par mes travaux et Roy par ma naissance,
De vingt ans de Combats j'attends la récompense,
Je vous ai tous servis ; ce rang des demi Dieux ,
Deffendu par mon bras , fondé par mes Ayeux ,
Cent fois teint de mon sang , doit être mon partage ;
Je le tiendrai de vous , de moi , de mon courage;
De ces Dieux dont je sors et qui seront pour moi.
Amis , suivez mes pas , et servez votre Roy.
A cette découverte affreuse , la Reine
menacée d'être détrônée par son ancien
Amant , privée de son fils et obligée de
faire un choix , se tourne vers Alcmeon ,
ce jeune Guerrier qu'elle aime en secret
malgré elle , et lui ordonnant de venger
son fils , le chosit pour son Epoux. Cet
Hymen à qui tout le Peuple applaudit ,
se prépare ; ces deux Amans heureux
vont
588 MERCURE DE FRANCE
vont s'unir au Temple , mais dans l'ins
tant qu'ils se vont donner la main, l'Om
bre d'Amphiarus sort de son Tombeau au
milieu du Tonnerre et des Eclairs , et
ordonne à Alcmeon de le venger de
sa mere. Cet ordre obscur et épou--
ventable , est un coup de foudre pour
Eriphile , pour Alcmeon , et pour le
Peuple.
Alcmeon qui n'a plus de mere , et
qui s'est toujours crû fils d'un Esclave ,
avoüe enfin ce secret humiliant; mais cet
aveu ne fait qu'augmenter l'horreur et
l'attendrissement de la Reine ; elle se ressouvient qu'elle a autrefois donné son
propre fils à élever à une Esclave. Pendant que la Reine et Alcmeon se font
mutuellement des questions qui les jettent dans un trouble nouveau , arrive
le Grand- Prêtre , une épée à la main ; lại
Reine reconnoît l'épée Royale d'Amphiarus ; c'est cette même épée dont Her.
mogide s'étoit emparé , et dont il avoit
percé le jeune Alcmeon dans son Berceau.
Voici, dit le Grand-Prêtre ::
Voici ce même fer qui frappa votre enfance ,
Qu'un cruel, malgré lui, Ministre du Destin ,
Troublé par ses forfaits , laissa dans votre sein,
Le Dieu qui dans le crime effraya cet Impie,
Qui
MARS. 1732. 5699
Qui fit trembler son bras , qui sauva votre vie , ›
Qui commande à la mort , ouvre et ferme le flane,,
Vange un meurtre par l'autre , et le sang par le
sang,
M'ordonna de garder ce fer toûjours funeste."
La Reine →
alors reconnoît son fils , mais
dans quel moment , dans quelle situation
nouvelle , lorsque ce fils est prêt de
l'épouser , et qu'il se trouve armé pour
l'immoler. Eriphile veut appaiser l'Ombre d'Amphiarus , elle va sur son Tombeau pour offrir un Sacrifice ; mais c'est
là que les Dieux l'attendent pour punir
une foiblesse criminelle par la vengeance
la plus terrible. Alcmeon possedé des Furies , tuë Hermogide sur cette Tombe ;;
et prenant sa mere pour Hermogide même , qui blessé à mort , lui demande :
la vie , il croit achever Hermogide et il
massacre sa mere qui expire dans ses bras,
en lui pardonnant sa mort , et en l'accablant des marques les plus touchantes de
sa tendresse maternelle.
Ce sujet a quelque chose d'Electre
ou plutôt de Clitermnestre tuée par Ores te; les anciens traitoient l'un et l'autre
indifféremment. Mais combien la manie.
re interessante dont M. de Voltaire a
ménagé cette: Tragédie est elle au-dessus
de l'attrocité de l'Electre, -
$70 MERCURE DE FRANCE
Il a sur tout donné à Eriphile , une
vie immortelle par les beaux Vers dont
elle est remplie. Voici ceux qui sont sur la
Naissance,qui ont reçû tant d'applaudissemens et qui ne sont pas cependant les
plus travaillez et les plus parfaits de la
Piece.
Eh! c'est ce qui m'accable et qui me désespere :
Il faut rougir de moi , trembler au nom d'un Pere ,
Me cacher par foiblesse aux moindres Citoyens,
Et reprocher ma vie à ceux dont je la tiens.
Préjugé malheureux , éclatante chimere ,
Que l'orgueil inventa , que, la fable révere ,
Dar qui j'ai vu languir le mérite abatu ,
Aux pieds d'un Prince indigne ou d'un Grand
sans vertu.
Les Mortels sont égaux ; ce n'est point la nais- sance,
C'est la seule vertu qui fait leur difference ,
C'est elle qui met l'homme au rang des demi Dieux ,
Et qui sert son Pays n'a pas besoin d'Ayeux.
Princes , Rois , la fortune a fait votre partage ;
Mes grandeurs sont à moi , mon sort est mon
ouvrage,
Et ces fers si honteux , ces fers où je nâquis ,
Je les ai fait porter aux mains des Ennemis ;
Je n'ai plus rien du Sang qui m'a donué la vie;
MARS.
571 1732.
Il a dans les Combats coulé pour la Patrie.
Je vois ce que je suis et non ce que je fus ,
Et croisvaloir au moins des Rois que j'ai vaincus
L. D. M.
Fermer
Résumé : La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
Le 7 mars 1732, la tragédie 'Éryphile' de Voltaire fut représentée pour la première fois au Théâtre Français. Le public a salué l'harmonie et l'élégance des vers, ainsi que les pensées nobles et élevées. La diction fut décrite comme mâle, avec des traits heureux, des descriptions, des images, des réflexions, des maximes neuves et hardies. La pièce fut extrêmement applaudie par de nombreuses assemblées. Les acteurs principaux incluaient la Dile Balicour dans le rôle principal, ainsi que Dufréne, Sarrazin et le Grand, interprétant respectivement les rôles d'Alcméon, d'Hermogide et du Grand Prêtre. 'Éryphile' est une œuvre de Voltaire, reconnu comme le seul poète épique de son temps et l'auteur tragique le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction. Le sujet de la tragédie est presque entièrement de l'invention de Voltaire, qui a construit une tragédie dans un goût entièrement nouveau. La pièce est vive et pleine d'action sans recourir à une multitude d'événements. Elle suit le goût grec, avec des scènes comme l'apparition de l'ombre d'Amphiaraus et les cris de la mère et de son fils. L'intrigue raconte l'histoire d'Éryphile, une femme qui avoue avoir eu une faiblesse pour un prince qui l'a trompée, causant la mort de son mari et les malheurs d'Argos. Hermogide, l'amant d'Éryphile, a assassiné Amphiaraus. La pièce explore les conséquences de cette faiblesse et les malheurs qui en découlent, y compris les guerres civiles et les oracles qui prédisent la mort d'Éryphile de la main de son fils. La tragédie se conclut par un dénouement tragique où Alcmeon, le fils d'Éryphile, tue sa mère par erreur, croyant qu'elle est Hermogide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4570
p. 137-146
SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique remit au Théâtre le 3. [...]
Mots clefs :
Callirhoé, Opéra, Académie royale de musique, Ballet, Actes, Décoration, Rôles, Habits
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
SPECTACLE S
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
Fermer
Résumé : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la tragédie en musique 'Callirhoé', dont le poème est de M. Roy et la musique de M. Destouches, Surintendant de la Musique du Roi. Cette œuvre a été jouée pour la première fois le 27 décembre 1712 et a connu un succès éclatant. Le prologue célèbre la victoire de Denain et la paix, avec des personnages comme la Victoire et Astrée. L'intrigue principale suit Callirhoé, princesse de Calydon, qui doit se marier avec Coresus malgré son amour pour Agenor, que l'on croyait mort. Agenor réapparaît, mais Callirhoé doit se conformer aux attentes de sa mère et de son peuple. La pièce est marquée par des conflits émotionnels et des révélations dramatiques, notamment l'interruption du mariage par l'apparition d'Agenor et la menace de sacrifice divin. La tragédie se conclut par le sacrifice de Coresus, qui permet à Callirhoé et Agenor de se réunir. L'opéra est salué pour son exécution, ses décors, ses costumes et ses ballets, notamment ceux du sieur Blondy et un pas de trois dansé par le sieur Dumoulin et les demoiselles Camargo et Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4571
p. 149-162
LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Début :
Vous vous souvenez de la Dispute qui s'est élevée / Sur le bord de l'Arar, ma Muse solitaire, [...]
Mots clefs :
Statue, Vénus, Muse, Amour, Sommeil, Triomphe, Courtisans, Glorieux, Grâces, Jeux, Coeur, Grandeur, Lumière, Charme, Héros, Heureux, Louis le Grand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Vous vous ſouvenez de la
Diſpute qui s'eſt élevée entre
les Sçavans touchant la Statuë
de la Viile d'Arles , pour
fçavoir fi elle repreſentoit
Venus , ou Diane. La décifion
de Sa Majesté qui s'eft
déclarée pour la premiere,
ayant terminé ce differend,
M' Magnin de l'Academie
Royale d'Arles , a fait làdeſſus
le galantOuvrage que
je vous envoye.bon
Nij
150 MERCURE
?
:
52555255-52552 555
LE TRIOMPHE
DE VENUS .
Urte bord de l'Arar ,ma Mase
Jolitaire
Cher espoirde mes derniers jours
M'offroitde quelques vers leSterite
Lecours,
Et révoit à ſon ordinaire,
Quandles Feux,les Ris,lesAmours
Vinvent troubler en foule, avecque I
leursTambours رد مرا
Leurs chants, leur Haut-bois , lour
Musette,
Lefilence dema Retraite.
52
ол
LeDieu qui fait aimer , l'air gay , le
teintvermeil,
GALANT. 151
M'aborde, s'avanceà leurteste,
Etme dit,fors de cesommeil,
Qui,filoin des plaisirs , &t'endort,
&i'arreste.
Venus triomphe enfin,je t'invite à la
feſte;
Ala Cour de LOVIS, on enfait l'appareil,
Ettout en estjusqu'au Soleil.
Se
Dianeabeaufaire lafiere,
Ellen'a plusde Courtisans,
Etfesplus zelez Partiſans
Ontabandonnéla carriere.
S2
SurunSujetfi glorieux
Nous avons raisonné , mais foibles
quenoussommes,
Dis-je alors , n'est- cepas au plusparfaitdes
Hommes
Adireſon avissur l'interèt desDieux?
N iiij
152 MERCURE
LOVIS aprononcé, c'est à tuy de ré-
Soudre,
Il estdans un degréfihaut chez les
Humains,
Que quandmesme ces Dieux luy préteraient
lafoudre,
Apeine croiroit on qu'elle custchangé
demains.
Se
Aprésque ce Heros a vuidé la querolle
Ilnefautplus disputer,
Venus le doitemporter,
Les Muſes deformais vivront bien
avec elle..
Prés de LOVIS le Grand, eltesfont
enfaveur,
P
Les Graces pour Venus ont un zele
fidelte
Enſemble de ce vainqueur
Chantantlagloire immortelle
GALANT 153
Ellesfe feront honneur
Den'avoirqu'un mesme coeur.
Se :
Les Gracesme répondirent,
Ilnetiendrapoint ànous
Les Feux,les Ris repartirent,
Quepeut- on fairefansvous,
Fillesde Venus difcrettes ?
Tout ce que gouſtent de doux
Lesamours les plusparfaites ,
N'est-cepasvousquile faites?
Que peut onfairefans vous,
Filles de Venus difcrettes?
52
Entrez dans'le Palais du plusgrand
Roy du monde,
Admirezſaſageſſe , & tranquile&
profonde,
Entrez , Mere des Amours ,
Vous triomphez , & Diane
Qui vous traitoit de Propbanes
:
154 MERCURE
N'eutjamais de fibeauxjours.
८८
Aces cris d'allegreffe
LesMuſes à leurtour
Vinrent fendre la preſſe,
Etpourfaire leur cour
Meſlons nosvoix , dirent- elles,
Ala gloire du Heros,
Dont les grandeurs immortelles,
Nous donnent en cejour unsi noble
repos.
Se
Leparty plut d'abord , lesGraces l'ac
cepterent,
Etfan's perdre de temps en recitsfuflus,
Voicy comme elles chanterent
LeTriomphe de Venus.
LES GRACES.
Venus a l'airtouchant,&d'elleonpeut
apprendre
1
GALANT. 155
Amefler aux Lauriers les Myrthes
amoureux .
Venus ne gaste rien audeſtin des
heureux,
En eft.on moins Heros , pouravoir le
coeur tendre?
LES MUSES .
Quand on donnedes loix aux plus
grands des Humains,
Toûjours vainqueur, &toûjours
équitable,
Etque demille Souverains
On tient lefort entre ses mains,
Pour avoir l'amefiere, en est- on moins
aimable?
LES GRACES.
Dans un degréde gloire , ou rien ne
peutatteindre,
Ilfautsçavoirdécendre , il fautſca-
いいvoir charmer
Il est beau dese faire craindre
156 MERCURE
Ilestdoux dese faire aimer.
LES MUSES ...
Si Venus maintenant d'une Pomme
eftornée,
Del'air dont elle la tient
Onvoitqu'ellesefouvient
DuHeros qui l'a donnéc.
LES GRACES.
Celle qu'elle recent de ce Bergervolage
Qui causa d'Ilion lefuneste ravage
Eftoit- elle de ceprix?
LOUIS a le rare avantage
De ne pouvoir estresurpris;
Iljointpar unheureux , &charmant
affemblage
Alafiertéd' Hector les charmes de
Paris. 6
LES MUSES .
Son régnefiplein de merveilles
Est la gloire de l'Univers .
i
GALANT. 157
LES GRACES .
Il est l'entretien de vosveilles
Il estle charme de vos Vers.
LES MUSES .
:
Certesfafaveurfouveraine
Nous tient lieu detout aujourd'huy.
LES GRACES.
Il estAuguste , il est Macene,
Vous n'avez affaire qu'à luy.
LES MUSES .
Qui peut nous troubler ? de la
guerre
On a fermé les Esendars
LES GRACES .
Flore peut reduire en parterre
Tout le terrain du Champ de Mars.
LES MUSES .
Plusde Canons , plus de Carcaffes,
Ne troublent l'accord de nos voix.
MULES GRACES.
Ilfautlaiſſer rive les Graces,
158 MERCURE
LOVIS les remet dans leurs
droits.
LES MUSES .
Dianen'estpoint abaiffée ;
Que cede- t'elle icy dufien?
LES GRACES .
Elle estla premiereplacée,
Venusne luy dérobe rien.
LES MUSES .
Sous le Heros quiles aſſemble
Qu'elles aurontdejours heureux!
LES GRACES.
Puißent-elles toûjours enſemble
L'accompagner dans tous fes
vaux.
... LES MUSES.
Puiffent elles d'intelligence
De charmerdans ses petits Fils.
LES GRACES!
Puiffent- elles toûjours en France
Faire la culture des •
GALANT 159
LES MUSES .
Venez ,heureuſes Destinées
Venez ſeconderſes defirs.
LES GRACES .
Neveillez queſurſes années,
Neménagezqueses plaisirs.
LES MUSES .
Fieres Beautez , Venus vous preffe
Devous enflamer en ce jour.
LES GRACES.
Que toutse rendeà latendreſſe;
Quefaire d'un coeurfans amour?
LES MUSES .
-Sans amourseroit- il poſſible
D'avoir des plaiſirs accomplis?
LES GRACES.
QuAmarilisfoitinſenſible,
C'est tant pis pour Amarilis.
LES MUSES.
Venus triomphe, tout le monde
Doit estresoumis àses loix.
160 MERCURE
LES GRACES .
Elle enflame laterre & l'onde,
Peut - on avoir de plus grands
droits?
Se
Merucilledufiecle ou nnoouussfommes
Dit l'Amour , fi Venus voit rétablir
Ses droits,
N'est- ce pas par la voix
Du plus parfait des Hommes,
plus grand des Rois? Etdu
は
Son triomphe estfiny , Sa gloire estaccomplie
Sa place estoit marquée , &le fera
toujours,
Pouvoit elle eftre mieux remplie
rlaMeredes Que parla
Se
Amours?
Allez à vostre tour, allez prendre vos
GALANT. 161
!
Dans ce Palais auguſte , il ne vous
manque rien
Etpourfinirvoſtre entretien
Apprenez à tous ceux qui plaignoients
vos disgraces,
Que les Muses, &les Graces
Nefurentjamaissibien.
SS
Rag છે
Allez par toute laterre
Aſſemblervos Favoris,
Lebruit affreux de la guerre
Netroublera plus vos cris..
Signalons noftre allegreffe
Regnons dansce Siecle heureux,
C'estl'amourqui nous en preſſe,
Direntles Ris,&les feux.
Allonsfaire éclaterfur laTerre&fur
l'onde,
Allons , & ne tardóns plus,
Au nom du Maistre du monde
162 MERCURE
Le triomphe de venus.
S&
Acesmots ils difparurem wiel
Sur leurs pas les Zephirs de la Plaine
coarurent
A
Etreftantfeulje dis en soupirant,
Tropheureux qui vous peutfuivre
Dans cet airfi triomphant;
Mais plus beureux qui peutvivre
Auprés de LOUIS le Grand!
Diſpute qui s'eſt élevée entre
les Sçavans touchant la Statuë
de la Viile d'Arles , pour
fçavoir fi elle repreſentoit
Venus , ou Diane. La décifion
de Sa Majesté qui s'eft
déclarée pour la premiere,
ayant terminé ce differend,
M' Magnin de l'Academie
Royale d'Arles , a fait làdeſſus
le galantOuvrage que
je vous envoye.bon
Nij
150 MERCURE
?
:
52555255-52552 555
LE TRIOMPHE
DE VENUS .
Urte bord de l'Arar ,ma Mase
Jolitaire
Cher espoirde mes derniers jours
M'offroitde quelques vers leSterite
Lecours,
Et révoit à ſon ordinaire,
Quandles Feux,les Ris,lesAmours
Vinvent troubler en foule, avecque I
leursTambours رد مرا
Leurs chants, leur Haut-bois , lour
Musette,
Lefilence dema Retraite.
52
ол
LeDieu qui fait aimer , l'air gay , le
teintvermeil,
GALANT. 151
M'aborde, s'avanceà leurteste,
Etme dit,fors de cesommeil,
Qui,filoin des plaisirs , &t'endort,
&i'arreste.
Venus triomphe enfin,je t'invite à la
feſte;
Ala Cour de LOVIS, on enfait l'appareil,
Ettout en estjusqu'au Soleil.
Se
Dianeabeaufaire lafiere,
Ellen'a plusde Courtisans,
Etfesplus zelez Partiſans
Ontabandonnéla carriere.
S2
SurunSujetfi glorieux
Nous avons raisonné , mais foibles
quenoussommes,
Dis-je alors , n'est- cepas au plusparfaitdes
Hommes
Adireſon avissur l'interèt desDieux?
N iiij
152 MERCURE
LOVIS aprononcé, c'est à tuy de ré-
Soudre,
Il estdans un degréfihaut chez les
Humains,
Que quandmesme ces Dieux luy préteraient
lafoudre,
Apeine croiroit on qu'elle custchangé
demains.
Se
Aprésque ce Heros a vuidé la querolle
Ilnefautplus disputer,
Venus le doitemporter,
Les Muſes deformais vivront bien
avec elle..
Prés de LOVIS le Grand, eltesfont
enfaveur,
P
Les Graces pour Venus ont un zele
fidelte
Enſemble de ce vainqueur
Chantantlagloire immortelle
GALANT 153
Ellesfe feront honneur
Den'avoirqu'un mesme coeur.
Se :
Les Gracesme répondirent,
Ilnetiendrapoint ànous
Les Feux,les Ris repartirent,
Quepeut- on fairefansvous,
Fillesde Venus difcrettes ?
Tout ce que gouſtent de doux
Lesamours les plusparfaites ,
N'est-cepasvousquile faites?
Que peut onfairefans vous,
Filles de Venus difcrettes?
52
Entrez dans'le Palais du plusgrand
Roy du monde,
Admirezſaſageſſe , & tranquile&
profonde,
Entrez , Mere des Amours ,
Vous triomphez , & Diane
Qui vous traitoit de Propbanes
:
154 MERCURE
N'eutjamais de fibeauxjours.
८८
Aces cris d'allegreffe
LesMuſes à leurtour
Vinrent fendre la preſſe,
Etpourfaire leur cour
Meſlons nosvoix , dirent- elles,
Ala gloire du Heros,
Dont les grandeurs immortelles,
Nous donnent en cejour unsi noble
repos.
Se
Leparty plut d'abord , lesGraces l'ac
cepterent,
Etfan's perdre de temps en recitsfuflus,
Voicy comme elles chanterent
LeTriomphe de Venus.
LES GRACES.
Venus a l'airtouchant,&d'elleonpeut
apprendre
1
GALANT. 155
Amefler aux Lauriers les Myrthes
amoureux .
Venus ne gaste rien audeſtin des
heureux,
En eft.on moins Heros , pouravoir le
coeur tendre?
LES MUSES .
Quand on donnedes loix aux plus
grands des Humains,
Toûjours vainqueur, &toûjours
équitable,
Etque demille Souverains
On tient lefort entre ses mains,
Pour avoir l'amefiere, en est- on moins
aimable?
LES GRACES.
Dans un degréde gloire , ou rien ne
peutatteindre,
Ilfautsçavoirdécendre , il fautſca-
いいvoir charmer
Il est beau dese faire craindre
156 MERCURE
Ilestdoux dese faire aimer.
LES MUSES ...
Si Venus maintenant d'une Pomme
eftornée,
Del'air dont elle la tient
Onvoitqu'ellesefouvient
DuHeros qui l'a donnéc.
LES GRACES.
Celle qu'elle recent de ce Bergervolage
Qui causa d'Ilion lefuneste ravage
Eftoit- elle de ceprix?
LOUIS a le rare avantage
De ne pouvoir estresurpris;
Iljointpar unheureux , &charmant
affemblage
Alafiertéd' Hector les charmes de
Paris. 6
LES MUSES .
Son régnefiplein de merveilles
Est la gloire de l'Univers .
i
GALANT. 157
LES GRACES .
Il est l'entretien de vosveilles
Il estle charme de vos Vers.
LES MUSES .
:
Certesfafaveurfouveraine
Nous tient lieu detout aujourd'huy.
LES GRACES.
Il estAuguste , il est Macene,
Vous n'avez affaire qu'à luy.
LES MUSES .
Qui peut nous troubler ? de la
guerre
On a fermé les Esendars
LES GRACES .
Flore peut reduire en parterre
Tout le terrain du Champ de Mars.
LES MUSES .
Plusde Canons , plus de Carcaffes,
Ne troublent l'accord de nos voix.
MULES GRACES.
Ilfautlaiſſer rive les Graces,
158 MERCURE
LOVIS les remet dans leurs
droits.
LES MUSES .
Dianen'estpoint abaiffée ;
Que cede- t'elle icy dufien?
LES GRACES .
Elle estla premiereplacée,
Venusne luy dérobe rien.
LES MUSES .
Sous le Heros quiles aſſemble
Qu'elles aurontdejours heureux!
LES GRACES.
Puißent-elles toûjours enſemble
L'accompagner dans tous fes
vaux.
... LES MUSES.
Puiffent elles d'intelligence
De charmerdans ses petits Fils.
LES GRACES!
Puiffent- elles toûjours en France
Faire la culture des •
GALANT 159
LES MUSES .
Venez ,heureuſes Destinées
Venez ſeconderſes defirs.
LES GRACES .
Neveillez queſurſes années,
Neménagezqueses plaisirs.
LES MUSES .
Fieres Beautez , Venus vous preffe
Devous enflamer en ce jour.
LES GRACES.
Que toutse rendeà latendreſſe;
Quefaire d'un coeurfans amour?
LES MUSES .
-Sans amourseroit- il poſſible
D'avoir des plaiſirs accomplis?
LES GRACES.
QuAmarilisfoitinſenſible,
C'est tant pis pour Amarilis.
LES MUSES.
Venus triomphe, tout le monde
Doit estresoumis àses loix.
160 MERCURE
LES GRACES .
Elle enflame laterre & l'onde,
Peut - on avoir de plus grands
droits?
Se
Merucilledufiecle ou nnoouussfommes
Dit l'Amour , fi Venus voit rétablir
Ses droits,
N'est- ce pas par la voix
Du plus parfait des Hommes,
plus grand des Rois? Etdu
は
Son triomphe estfiny , Sa gloire estaccomplie
Sa place estoit marquée , &le fera
toujours,
Pouvoit elle eftre mieux remplie
rlaMeredes Que parla
Se
Amours?
Allez à vostre tour, allez prendre vos
GALANT. 161
!
Dans ce Palais auguſte , il ne vous
manque rien
Etpourfinirvoſtre entretien
Apprenez à tous ceux qui plaignoients
vos disgraces,
Que les Muses, &les Graces
Nefurentjamaissibien.
SS
Rag છે
Allez par toute laterre
Aſſemblervos Favoris,
Lebruit affreux de la guerre
Netroublera plus vos cris..
Signalons noftre allegreffe
Regnons dansce Siecle heureux,
C'estl'amourqui nous en preſſe,
Direntles Ris,&les feux.
Allonsfaire éclaterfur laTerre&fur
l'onde,
Allons , & ne tardóns plus,
Au nom du Maistre du monde
162 MERCURE
Le triomphe de venus.
S&
Acesmots ils difparurem wiel
Sur leurs pas les Zephirs de la Plaine
coarurent
A
Etreftantfeulje dis en soupirant,
Tropheureux qui vous peutfuivre
Dans cet airfi triomphant;
Mais plus beureux qui peutvivre
Auprés de LOUIS le Grand!
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Résumé : LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Le texte relate une controverse entre savants concernant l'identité de la statue de la ville d'Arles, qui pourrait représenter soit Vénus, soit Diane. Le roi Louis XIV tranche cette incertitude en optant pour Vénus. Magnin, membre de l'Académie Royale d'Arles, a écrit un ouvrage sur cette question. Le poème décrit ensuite la victoire de Vénus, qui met fin à la solitude du narrateur. Vénus invite ce dernier à célébrer sa victoire à la cour de Louis XIV, où Diane perd ses partisans. Les Muses et les Grâces célèbrent la grandeur du roi, soulignant ses qualités de souverain juste et aimable. Elles comparent ses vertus à celles des héros antiques et affirment que Vénus triomphe grâce à la voix du roi, qu'elles considèrent comme le plus parfait des hommes et le plus grand des rois. Par ailleurs, un dialogue se déroule entre Galant et Mercure dans un palais auguste. Galant admire la perfection des lieux et l'honneur rendu aux Muses et aux Grâces. Mercure annonce une ère de bonheur où la guerre ne troublera plus les cris de joie, affirmant que l'amour les pousse à régner dans ce siècle heureux. Les personnages disparaissent, suivis par les Zéphyrs. Un personnage restant seul exprime son bonheur de les suivre dans leur triomphe, mais préfère vivre près de Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4572
p. 147-164
Observations du P. LAUGIER, Jesuite, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
Début :
En lisant la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine, j'ai été supris [...]
Mots clefs :
Chine, Conquête de la Chine, Empereur, Histoire, Pékin, Troupes, Province, Empire chinois, Tartares orientaux, Mandchous
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations du P. LAUGIER, Jesuite, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
HISTOIRE.
Obfervations du P. LAUGIER , Jefuite , fur
la nouvelle Hiftoire de la conquête de la
Chine.
N lifant la nouvelle Hiftoire de la
EN conquête de la Chine , j'ai été furpris
d'y trouver fi peu de conformité avec ce
que nous en lifons dans les faftes de la
monarchie chinoife , par le P. Duhalde.
Ce dernier auteur , fort exact dans fes recherches
, paroît n'avoir rien omis de ce
qui peut garantir la certitude de fes récits.
Quoiqu'il ne nous donne qu'une hiftoire
abrégée , les principaux événemens y
font très nettement expofés , & enchaînés
d'une maniere très naturelle. L'idée qu'il
nous donne de la derniere révolution qui
a foumis la Chine à un Prince Tartare ,
eft fenfiblement dénaturée dans le tableau
que nous en trace la nouvelle Hiftoire.
En confrontant les deux ouvrages , j'ai reconnu
des différences effentielles , qui me
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
font craindre que le manufcrit des Jéfuites
de Lyon ne foit pas auffi précieux
qu'on nous l'annonce ; différences dont il
importe que le public foit averti , & fur
lefquelles l'éditeur de la nouvelle Hiftoire
auroit dû nous donner des éclairciffemens
capables de prévenir l'impreffion que ce
contrafte doit faire fur les lecteurs attentifs.
Selon le P. de Mailla , auteur du manufcrit
de Lyon , les Tartares Mancheoux ,
au commencement du dernier fiécle , étoient
vaffaux de l'Empire Chinois. On les regardoit
comme une nation paifible , pen
difpofée à fe réunit fous un chef peu redoutable
à ceux qui voudroient l'opprimer.
Ils avoient obtenu depuis peu , par
grace fpéciale de la Cour de Pekin , d'étendre
leurs habitations dans le Leaotong,
province la plus feptentrionale de la Chine,
au- delà de la grande muraille. Quelques
Mandarins , ennemis des Mancheoux ,
voulurent reprendre le terrein qui leur
avoit été cédé ; & comme ils trouverent
de la réfiftance , ils réfolurent d'en venir
à la force ouverte. Les Tartares murmurerent
hautement de cette injuftice . Pour
prévenir les fuites de leur mécontentement
, les Mandarins prirent le parti extrême
de détruire violemment toutes les
JANVIER. 1755 149
habitations des Mancheoux dans le Leaotong,
& d'en tranfporter ailleurs toutes
les familles. Ceux - ci trop foibles pour foutenir
leur droit , cederent triftement à
l'orage , attendant qu'un tems plus calme
leur fournît les moyens de demander ou
de fe faire juftice. Dès qu'ils apperçurent
qu'on n'avoit plus la même vigilance pour
les écarter , ils effayerent de rentrer furtivement
dans le Leaotong ; ils y formerent
de nouvelles habitations. Mais lorsqu'ils
s'y croyoient à l'abri de toute infulte , les
Mandarins firent marcher contre eux des
troupes , & les chafferent avec encore plus
d'inhumanité que la premiere fois. Alors
les Mancheoux , defefpérés d'un traitement
fi dur , conçurent le hardi deffein de s'affranchir
de la tyrannie des Chinois. Ils
élurent un Roi ; ils prirent les armes , &
commencerent une guerre qui en moins
de trente ans les rendit maîtres de toute la
Chine.
Telle eft , felon le P. de Mailla , la foible
étincelle qui a allumé ce grand incendie.
Un effet fi extraordinaire , attribué
à une fi légere caufe , augmente le merveilleux
de la narration ; mais la vraifemblance
exige des couleurs plus naturelles.
Quel que foit l'empire du defefpoir , pour
porter des efclaves à brifer leurs chaînes ,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
eft-il à préfumer que ce principe feul ait
donné aux Mancheoux , dans leur extrême
foibleffe , une activité affez prompte &
affez dominante pour abforber en fi peu
de tems toutes les forces d'un Etat tel que
celui de la Chine ? Les hiftoires anciennes
& modernes ne nous apprennent rien qui
puiffe accréditer la réalité d'un pareil foulevement
opéré par des agens fi communs
, dans un degré de fermentation fi
ordinaire .
Je conviens cependant que la choſe
n'eft pas phyñquement impoffible , & que
fi l'on s'en tenoit toujours féverement à
la vraisemblance , on feroit en danger de
rejetter plus d'une vérité.. Mais dès que
je vois la chofe racontée très différemment
par un autre auteur , je ne fçaurois
foufcrire aveuglément à un témoignage
qui , quoique poftérieur , n'a certainement
rien qui doive lui faire adjuger la préférence
.
-
Or voici ce qui réſulte des Faſtes du P.
Duhalde. Les Tartares , qui occupent un
vafte pays au nord de la Chine , ont été
divifés de toute ancienneté en Tartares
orientaux, qui habitent entre la Chine & la
Corée , & en Tartares occidentaux , qui
habitent entre la Chine & le Thiber. Ces
peuples , continuellement en guerre avec
JANVIER . 1755. 151
les Chinois , ont été de tous leurs voifins
les plus incommodes. Des moeurs fauvages
, une vie errante dans les forêts , un
penchant décidé vers la rapine , une force
de corps capable de réfifter aux fatigues
les plus infupportables , de l'ardeur pour
tenter la fortune des combats , firent toujours
le caractère de cette nation barbare.
il ne lui a jamais manqué que les avantages
de l'union & de la difcipline , pour
jouer en Afie le même rôle qu'ont joué
dans l'Europe les peuples du Nord. Dès
les premiers tems de la monarchie chinoife
, nous voyons ces Tartares infeſter
de leurs ravages les provinces de l'Empire.
Tout fe réduifoit alors de leur part à faire
des courfes rapides & paffageres , à piller
tout ce qui pouvoit intéreffer leur cupidité
, & à retourner dans leur pays char
gés de butin. Soumis à différens chefs ,
cette defunion les empêchoit de donner
aux Chinois d'autre inquiétude que celle
que donnent à une armée les partis ennemis
qui la harcelent fans pouvoir l'entamer.
- Leurs excurfions pourtant devinrent fi
incommodes , que dans le deffein d'oppofer
une digue à ces torrens tumultueux ,
l'Empereut Hin Chi , plus de deux cens ans
avant l'ere chrétienne , fit conftruite cette
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fameufe muraille continuée de l'eſt à
l'oueft le long des trois grandes provinces
, fortifiée par un grand nombre de places
militaires , dont la difpendieufe conftruction
& la confervation prodigieuſe
caractérisent une puiffance qui n'eut jamais
d'égale dans l'univers , & prouvent
en même tems que contre la valeur il n'eft
point de barriere. Cette muraille rendit
moins fréquentes & plus difficiles les courfes
des Tartares ; elle n'y mit pas fin entierement.
Les Orientaux fur-tout , plus
alertes , ne manquerent jamais de profiter
des momens où l'éloignement des troupes
leur affuroit une forte d'impunité , pour
courir fur les terres des Chinois ; il fallut
donc fe réfoudre contre eux aux voyes
de terreur. On prit le parti de leur faire
payer cherement les incommodités que l'on
fouffroit de leur voifinage . Leurs pirateries
furent vengées plus d'une fois par le faccagement
de leur pays , où les armées chinoifes
vinrent à bout de pénétrer , & dont
elles fubjuguerent enfin une grande partie.
La haine de la fervitude , le malheur
d'être affujettis , firent comprendre aux
Tartares orientaux la néceffité de ſe réunir,
& d'oppofer des efforts unanimes à la force
fupérieure qui les opprimoit. Vers le milieu
du huitiéme fiécle ils entrerent préJANVIER.
1755. 153
cipitamment au nombre de deux cens mille
hommes fur les terres de l'Empire : tout
plia devant eux ; l'Empereur fut contraint
à prendre la fuite. Iis fe rendirent maîtres
de la capitale ; & contens d'emporter
avec eux un butin immenfe , ils fe retirerent
dans leur pays . Il eût fallu ne pas
mettre les Tartares dans le cas de faire ce
dangereux effai de leurs forces , ou da
moins il falloit deformais s'y prendre de
maniere à leur ôter l'envie d'y revenir .
Soit que la crainte rendit les Chinois circonfpects
vis- à- vis d'une nation qui devenoit
de jour en jour plus redoutable ; foit
que les troubles qui déchiroient l'intérieur
de l'Empire leur ôtaffent la liberté de don
ner certains foins aux affaires du dehors ,
ils n'oferent ou ils ne purent ufer des remedes
néceffaires à un fi grand mal .
Les Tartares profiterent de l'inaction
des Chinois pour reprendre fur eux toutes
les terres qu'ils leur avoient conquifes.
Le fuccès leur enfla le courage , & leur
infpira l'efprit de conquête qu'ils n'avoient
jamais connu Au commencement du dixiéme
fiécle , ils étoient déja fur le pied de
tenir la balance entre les divers concurrens
qui fe difputoient la couronne impériale,
Bientôt ils eurent la gloire de contraindre
un Empereur à leur céder plu-
G V
154 MERCURE DE FRANCE.
* fieurs villes , & à leur payer tribut . Ils
en prirent un autre prifonnier , & le retinrent
dans les fers. Ils poufferent leurs
courfes militaires jufques dans les provinces
du midi où ils n'avoient jamais pénétré.
Tous ces exploits ne leur avoient
procuré jufques-là que des avantages médiocres.
Cent ans après les Tartares , dans
une nouvelle expédition , après s'être rendus
maîtres de plufieurs provinces , furprirent
l'Empereur dans fa capitale , &
l'emmenerent prifonnier avec fes femmes.
Dès lors une partie de la Chine fut forcée
à fe foumettre à leur obéiffance : il fallut
leur demander la paix , & l'acheter par
le
partage de l'Empire , dont une moitié leur
fut cedée en toute propriété.
Ce triomphe ne fit que donner lieu de
leur part à de nouvelles prétentions : plus
on leur cédoit , plus ils devenoient entreprenans
; & la paix qu'on leur faifoit jurer,
n'étoit qu'un piége qu'ils deftinoient à endormir
la vigilance des Chinois, pour faire
à
coup
für de nouvelles irruptions fur leurs
terres .
Les Empereurs laffés des perfidies continuelles
des Tartares orientaux , eurent recours
à un expédient que le defefpoir confeille
quélquefois , & qui rarement a des
fuites avantageufes. Ils appellerent à leur
JANVIER . 1755. 155
fecours les Tartares occidentaux , efpérant
recouvrer par leur moyen la fupériorité
qu'ils avoient perdue. Ceux- ci ravis
de trouver une fi belle occafion de fe mettre
en mouvement , & d'avoir leur part
à une proye que jufques - là ils n'avoient
fait qu'envier , accepterent de grand coeur
les propofitions du Confeil impérial . Ils
armerent & poufferent la guerre fi vivement
, qu'en peu d'années la domination
des Tartares orientaux fut entierement
abolie à la Chine . Les affaires des Chinois
n'en devinrent pas
meilleures pour
cela : ces auxiliaires à qui ils étoient redevables
de la victoire , voulurent en recueillir
le fruit. Il fallut fe réfoudre à leur
ceder les mêmes provinces d'où ils avoient
chaffé les Tartares orientaux . Fiers d'un
fi grand avantage , ils ne purent s'en contenter
; ils entreprirent de conquérir la
Chine entiere , & ils en vinrent à bout.
Après l'avoir poffédée près d'un fiécle ,
ils la perdirent avec la même facilité qu'ils
l'avoient conquife . Forcés d'abandonner
toutes les terres de l'Empire , ils retournerent
dans leur pays , d'où ils faifoient de
tems en tems des efforts pour fe rétablir dans
leur conquête : mais ils furent toujours repouffés
avec des pertes fi confidérables
qu'ils en perdirent pour jamais l'efpérance
& le deffein . G vj
156 MERCURE DE FRANCE
A leur défaut , les Tartares orientau
qui n'étoient rien moins qu'affujettis , recommencerent
leurs courfes & leurs attaques.
Ils livrerent divers combats , & par
une fucceffion de victoires ils en font venus
jufqu'à fubjuguer toute la Chine , & à
y établir une dinaftie qui regne encore
aujourd'hui .
Ainfi , felon le P. Duhalde , la derniere
révolution qui a placé les Tartares fur le
thrône de la Chine , bien loin d'être l'effet
fortuit du foulevement précipité d'un
peuple obfcur & jufques - là inconnu , eſt
un événement préparé par l'ancienne inimitié
d'une nation voifine & turbulente
qui plus d'une fois avoit ébranlé la monarchie
chinoife , & qui pour l'envahir enfin
n'a eu befoin que du fort ordinaire des
armes. Ces Mancheoux que le P. de Mailla
veut nous rendre fi méprifables , font
en effet ces Tartares orientaux , qui depuis
tant de fiécles ennemis nés des Chinois
avoient été le fatal écueil de leur puiffance
, & qui après les avoir forcés de figner
avec eux divers traités humilians , menaçoient
inceffamment de devenir leurs maîtres
. Dans deux expofés fi contradictoires ,
la vraisemblance eft du moins pour le Pere
Duhalde. Nous difcuterons plus bas les
raifons qui rendent fon témoignage préférable
à tous égards.
JANVIER . 1755 157
:
par
les
Les principales circonftances de la révolution
ne font pas racontées moins différemment
par les deux auteurs. Le P. de Mailla
prétend que le premier chef élu
Mancheoux fe nommoit Taytfou , & voici
en peu de mots toute la fuite de fon hiftoire.
Tayfou ne voulut d'abord que procurer
la liberté à fon peuple , gémiffant
fous la tyrannie des Mandarins Chinois.Ses
fuccès inefperés lui firent concevoir des
projets plus vaftes . Il conquit plufieurs provinces
de la Chine. Sa mort interrompit
le cours de fes conquêtes . Son fils Taytfong
qui lui faccéda , fur plus heureux que
lui ; il vint à bout de fe faire proclamer
Empereur de la Chine. Il fe difpofoit à en
affiéger la capitale , lorfqu'il mourut_fans
laiffer de poftérité. Aucun de fes freres
n'ayant eu l'ambition de marcher fur fes
l'Empire des Mancheoux fe changea
en une espece de République , & ces
peuples ne fongerent qu'à jouir en paix de
leur indépendance .
traces ,
A peine avoient- ils ceffé d'inquiéter la
Cour de Pekin , qu'un rebelle nommé Lyſt-
Ching , trouve le moyen d'affembler un
million de foldats , force la ville impériale
, réduit l'Empereur à s'étrangler de defefpoir.
Le brave Oufan kouci qui commandoit
les troupes chinoifes fur la frontiere ,
158 MERCURE DE FRANCE.
J
apprenant le defordre arrivé à Pekin
appelle à fon fecours les Mancheoux
court à la pourfuite de l'ufurpateur , remporte
fur lui plufieurs victoires , l'oblige
à fuir lui quatrieme , dans un endroit inacceffible
, d'où la faim l'ayant fait fortir ,
il tomba entre les mains de quelques payfans
, qui le reconnurent , & lui trancherent
la tête.
Oufankouci voulut alors congédier les
Mancheoux , mais il n'en fut plus le maître.
Nechingonang , fils de Tayifou & frere
du feu Empereur Taytfong , entra victorieux
dans Pekin , & content de fe faire
déclarer Régent de l'Empire , il fit paffer la
couronne fur la tête d'un de fes neveux ,
âgé de fept ans , qui prit le nom de Tchangti.
Les Chinois lui oppoferent fucceffivement
une multitude de compétiteurs , dont
il eut le bonheur de triompher. Il mourut
à l'âge de vingt -quatre ans , laiffant la Chine
entiere foumife au fecond de fes fils , fi
connu depuis fous le nom de Chamg hi.
Voici l'ordre des chofes , felon le Pere
Duhalde. Dès la fin du feizieme fiècle , les
Tartares orientaux , partagés précédemment
en fept ordres où dinafties différentes
, étoient réunis fous l'obeiffance d'un
feul Prince , avec le titre de Roi . L'an
1616 , ils commencerent à s'établir fur les
JAN VIER. 1755, 119
terres de l'Empire , en s'emparant des villes
qui pouvoient être à leur bienséance.
Leur Roi nommé Tien ming , outre le motif
ordinaire d'ambition , avoit une injure
perfonnelle à venger. Les Mandarins Chinois
s'étoient faifis par trahifon du Roi fon
pere , & lui avoient fait trancher la tête. Il
commença par porter fes plaintes à l'Empereur
, demandant hautement fatisfaction
d'un attentat fi énorme . La Cour de Pekin
méprifa fon chagrin & fes menaces. Tien
ming furieux , jura qu'il immoleroit deux
cens mille Chinois aux manes de fon pere.
Il entra dans le Pet Cheli , à la tête de
cinquante mille hommes , & voulut affiéger
Pekin ; mais ayant été répouflé par
les troupes chinoifes , il fe retira dans le
Leaotong, & prit fans héfiter la qualité
d'Empereur de la Chine. Deux ans après
il gagna une grande bataille contre les
Chinois. L'année fuivante , les ayant en
core vaincus , il fe rapprocha de la capitale
, dont il ne put fe rendre maître. Une
diverfion l'ayant obligé de conduire fon
armée en Tartarie , on profita de fon éloignement
pour raffembler grand nombre
de troupes nationales & auxiliaires ; on fit
venir de Macao des Portugais propres à
fervir artillerie dont les Chinois avoient
peu d'ufage. On marcha en force dans le
•
160 MMEERRCCUURE DE FRANCE.
Leaotong, d'où l'on chaffa les Tartares. Tien
ming qui venoit de terminer heureufement
fon expédition en Tartarie , courut auffitôt
dans le Leaotong , & en chaffa les Chinois
à fon tour. Il ne pouffa pas plus loin
fes conquêtes. Il mourut l'an 1628 , &
laiffa pour fucceffeur fon fils Tient -fong.
Ce Prince continua la guerre contre les
Chinois . Il mena , comme fon pere , une
armée aux portes de Pekin , & fut obligé ,
comme lui , d'en lever le fiége . Son regne
ne fut pas long ; il mourut l'an 1636 ,
laiffant pour fucceffeur fon fils Tongte.
Cependant l'Empire de la Chine étoit
agité par la révolte de divers féditieux
qui après avoir formé jufqu'à huit corps
d'armée , fe réunirent fous deux chefs
principaux , dont l'un fe nommoit Li &
l'autre Tchang. Ces deux rebelles s'étant
partagés les provinces qu'ils avoient deffein
de conquérir , fe féparerent , & commirent
chacun les plus grands defordres.
Li devint fi puiffant qu'il prit le nom d'Empereur
; il s'avança vers Pekin , il y entra
victorieux à la tête de trois cens mille
hommes. L'Empereur abandonné dans fon
Palais , fe pendit de defefpoir. Tout plioit
fous la puiffance de l'ufurpateur , lorfque
Oufanguoi , commandant les troupes Chinoifes
dans le Leaotong , ménagea la paix
}
JANVIER. 1755. 161
avec les Tartares orientaux ou Mancheoux ,
& les engagea à s'unir à lui pour courir à
la pourfuite des rebelles. Tfongté lui amena
quatre-vingt mille hommes. L'ufurpateur
ne les attendit pas ; il prit la fuite , &
courut fe cacher dans la province de Chenfi.
Thongté mourut en entrant dans la Chine.
Avant d'expirer il déclara Empereur ſon
fils Chunt-chi , qui n'avoit que fix ans , &
confia à fon frere Amaran le foin du Prince
& de l'Empire. Le jeune Empereur fut
reçu à Pekin avec acclamations du peuple ,
qui le regardoit comme le libérateur de la
patrie . On ne fçait point ce que devint
l'ufurpateur que les Tartares pourfuivirent
inutilement. Chunt chi , maître des provinces
feptentrionales , eut à lutter contre
divers compétiteurs qui lui difputoient le
terrein dans les provinces méridionales ;
mais il en triompha fucceffivement , &
finit par être maître de toute la Chine. Il
en laiffa la paifible poffeffion à fon fils
Canghi qui lui fuccéda .
Voilà de grands rapports & des différences
très - remarquables . On voit bien que
c'eft le même fond auquel on a adapté diverfes
circonftances ; il eft fenfible aux
traits de reflemblance qui éclatent dans
leur oppofition , qu'un des deux écrivains
a mal entendu & confondu les choſes. Il
162 MERCURE DE FRANCE.
eft queſtion de décider auquel des deux il
eft plus naturel de faire ce reproche.
Le P. de Mailla a pour lui le long ſéjour
qu'il a fait à Pekin , le foin qu'il a
pris , dit- on , de recueillir d'un grand
nombre de livres Chinois & Tartares ce
qui lui a paru de moins fufpect touchant
les deux dernieres dinafties , dont les annales
n'ont point encore été publiées autentiquement
. Il eft conftant que généra
lement parlant , on doit avoir beaucoup
d'égard pour le témoignage d'un auteur
qui s'eft trouvé à portée de connoître la
vérité par lui- même , qui a pû interroger
fur les lieux plufieurs de ceux qui ont vêcu
prefque da tems de la révolution ; cependant
cet avantage , tout confidérable qu'il
eft , n'a rien de décifif de la part d'un au
teur qui manque de difcernement & dé
critique. Le P. de Mailla fut un fervent
& zélé Miffionnaire . Eut- il toutes les qualités
réquifes pour extraire purement la
vérité d'un tas d'anecdotes hazardées fur
des bruits populaires ou dictées par la partialité
? Le peu de méthode & de précifion
qui regne dans fon manufcrit ne nous
invite gueres à le croire ; le jugement qu'il
eft naturel d'en porter le met au rang
ces efprits indulgens , qui par un excès de
bonne foi ne fçauroient avoir ai certains
de
JANVIER. 1755. 163
fcrupules fur la certitude de leurs garants ,
ni de grandes attentions dans les recherches
, ni beaucoup de délicateffe fur les
preuves.
Le P. Duhalde n'a point été à la Chine ;
mais il a été durant longues années le
correfpondant univerfel des Miffionnaires
Chinois , qui travailloient à l'envi à lui
envoyer des mémoires relatifs au deffein
qu'il avoit de faire connoître la Chine à
l'Europe. Ces mémoires recueillis avectou
tes fortes de foins par les plus accrédités
& les plus capables d'entr'eux , trouvoient
en lui un reviſeur appliqué qui fe donnoit
le tems d'en approfondir la matiere , un
critique judicieux qui ne vouloit rien établir
fur les frêles appuis de l'opinion & de
la conjecture. Il nous rend compte dans
fa préface de toutes les peines qu'il s'eft
donné pour fe procurer des inftructions
& des éclairciffemens propres à diriger fon
travail. Il a été vingt ans à douter , à difcuter
, à queftionner , à combiner , à apprécier
les réponſes avec l'attention d'un
homme dans qui l'amour du vrai eſt ſecondé
par un
par un efprit capable de le connoître.
En un mot , il y a tant de difproportion
entre le mérite de ces deux écrivains ,
qu'en leur fuppofant le même zéle & les
mêmes fecours , il feroit impoffible de leur
164 MERCURE DE FRANCE.
accorder la même confiance , & que le
P. Duhalde , en concurrence avec le P. de
Mailla , doit néceffairement être préféré.
De toutes ces obfervations il réfulte
du moins un doute bien fondé contre l'exactitude
de l'hiftoire manufcrite qu'on
vient d'imprimer à Lyon . Je la foupçonne
de renfermer bien des anecdotes fauffes
& d'avoir été faite avec plus de droiture
que de capacité . Nous ne fçaurons bien
furement ce qu'il en faut croire que lorfqu'on
publiera les annales de l'Empire
dans lesquelles il eft impoffible que les
principaux événemens fe trouvent altérés .
Nous n'en avons au refte pas moins d'cbligation
à l'éditeur d'un ouvrage qui , tout
défectueux qu'il eft , peut avoir fon utilité
ne fut- ce qu'en nous jettant dans une incertitude
qui nous excitera à approfondir
un point d'hiftoire fi confidérable , qui n'avoit
été touché jufqu'ici que fuperficiellement.
Obfervations du P. LAUGIER , Jefuite , fur
la nouvelle Hiftoire de la conquête de la
Chine.
N lifant la nouvelle Hiftoire de la
EN conquête de la Chine , j'ai été furpris
d'y trouver fi peu de conformité avec ce
que nous en lifons dans les faftes de la
monarchie chinoife , par le P. Duhalde.
Ce dernier auteur , fort exact dans fes recherches
, paroît n'avoir rien omis de ce
qui peut garantir la certitude de fes récits.
Quoiqu'il ne nous donne qu'une hiftoire
abrégée , les principaux événemens y
font très nettement expofés , & enchaînés
d'une maniere très naturelle. L'idée qu'il
nous donne de la derniere révolution qui
a foumis la Chine à un Prince Tartare ,
eft fenfiblement dénaturée dans le tableau
que nous en trace la nouvelle Hiftoire.
En confrontant les deux ouvrages , j'ai reconnu
des différences effentielles , qui me
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
font craindre que le manufcrit des Jéfuites
de Lyon ne foit pas auffi précieux
qu'on nous l'annonce ; différences dont il
importe que le public foit averti , & fur
lefquelles l'éditeur de la nouvelle Hiftoire
auroit dû nous donner des éclairciffemens
capables de prévenir l'impreffion que ce
contrafte doit faire fur les lecteurs attentifs.
Selon le P. de Mailla , auteur du manufcrit
de Lyon , les Tartares Mancheoux ,
au commencement du dernier fiécle , étoient
vaffaux de l'Empire Chinois. On les regardoit
comme une nation paifible , pen
difpofée à fe réunit fous un chef peu redoutable
à ceux qui voudroient l'opprimer.
Ils avoient obtenu depuis peu , par
grace fpéciale de la Cour de Pekin , d'étendre
leurs habitations dans le Leaotong,
province la plus feptentrionale de la Chine,
au- delà de la grande muraille. Quelques
Mandarins , ennemis des Mancheoux ,
voulurent reprendre le terrein qui leur
avoit été cédé ; & comme ils trouverent
de la réfiftance , ils réfolurent d'en venir
à la force ouverte. Les Tartares murmurerent
hautement de cette injuftice . Pour
prévenir les fuites de leur mécontentement
, les Mandarins prirent le parti extrême
de détruire violemment toutes les
JANVIER. 1755 149
habitations des Mancheoux dans le Leaotong,
& d'en tranfporter ailleurs toutes
les familles. Ceux - ci trop foibles pour foutenir
leur droit , cederent triftement à
l'orage , attendant qu'un tems plus calme
leur fournît les moyens de demander ou
de fe faire juftice. Dès qu'ils apperçurent
qu'on n'avoit plus la même vigilance pour
les écarter , ils effayerent de rentrer furtivement
dans le Leaotong ; ils y formerent
de nouvelles habitations. Mais lorsqu'ils
s'y croyoient à l'abri de toute infulte , les
Mandarins firent marcher contre eux des
troupes , & les chafferent avec encore plus
d'inhumanité que la premiere fois. Alors
les Mancheoux , defefpérés d'un traitement
fi dur , conçurent le hardi deffein de s'affranchir
de la tyrannie des Chinois. Ils
élurent un Roi ; ils prirent les armes , &
commencerent une guerre qui en moins
de trente ans les rendit maîtres de toute la
Chine.
Telle eft , felon le P. de Mailla , la foible
étincelle qui a allumé ce grand incendie.
Un effet fi extraordinaire , attribué
à une fi légere caufe , augmente le merveilleux
de la narration ; mais la vraifemblance
exige des couleurs plus naturelles.
Quel que foit l'empire du defefpoir , pour
porter des efclaves à brifer leurs chaînes ,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
eft-il à préfumer que ce principe feul ait
donné aux Mancheoux , dans leur extrême
foibleffe , une activité affez prompte &
affez dominante pour abforber en fi peu
de tems toutes les forces d'un Etat tel que
celui de la Chine ? Les hiftoires anciennes
& modernes ne nous apprennent rien qui
puiffe accréditer la réalité d'un pareil foulevement
opéré par des agens fi communs
, dans un degré de fermentation fi
ordinaire .
Je conviens cependant que la choſe
n'eft pas phyñquement impoffible , & que
fi l'on s'en tenoit toujours féverement à
la vraisemblance , on feroit en danger de
rejetter plus d'une vérité.. Mais dès que
je vois la chofe racontée très différemment
par un autre auteur , je ne fçaurois
foufcrire aveuglément à un témoignage
qui , quoique poftérieur , n'a certainement
rien qui doive lui faire adjuger la préférence
.
-
Or voici ce qui réſulte des Faſtes du P.
Duhalde. Les Tartares , qui occupent un
vafte pays au nord de la Chine , ont été
divifés de toute ancienneté en Tartares
orientaux, qui habitent entre la Chine & la
Corée , & en Tartares occidentaux , qui
habitent entre la Chine & le Thiber. Ces
peuples , continuellement en guerre avec
JANVIER . 1755. 151
les Chinois , ont été de tous leurs voifins
les plus incommodes. Des moeurs fauvages
, une vie errante dans les forêts , un
penchant décidé vers la rapine , une force
de corps capable de réfifter aux fatigues
les plus infupportables , de l'ardeur pour
tenter la fortune des combats , firent toujours
le caractère de cette nation barbare.
il ne lui a jamais manqué que les avantages
de l'union & de la difcipline , pour
jouer en Afie le même rôle qu'ont joué
dans l'Europe les peuples du Nord. Dès
les premiers tems de la monarchie chinoife
, nous voyons ces Tartares infeſter
de leurs ravages les provinces de l'Empire.
Tout fe réduifoit alors de leur part à faire
des courfes rapides & paffageres , à piller
tout ce qui pouvoit intéreffer leur cupidité
, & à retourner dans leur pays char
gés de butin. Soumis à différens chefs ,
cette defunion les empêchoit de donner
aux Chinois d'autre inquiétude que celle
que donnent à une armée les partis ennemis
qui la harcelent fans pouvoir l'entamer.
- Leurs excurfions pourtant devinrent fi
incommodes , que dans le deffein d'oppofer
une digue à ces torrens tumultueux ,
l'Empereut Hin Chi , plus de deux cens ans
avant l'ere chrétienne , fit conftruite cette
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fameufe muraille continuée de l'eſt à
l'oueft le long des trois grandes provinces
, fortifiée par un grand nombre de places
militaires , dont la difpendieufe conftruction
& la confervation prodigieuſe
caractérisent une puiffance qui n'eut jamais
d'égale dans l'univers , & prouvent
en même tems que contre la valeur il n'eft
point de barriere. Cette muraille rendit
moins fréquentes & plus difficiles les courfes
des Tartares ; elle n'y mit pas fin entierement.
Les Orientaux fur-tout , plus
alertes , ne manquerent jamais de profiter
des momens où l'éloignement des troupes
leur affuroit une forte d'impunité , pour
courir fur les terres des Chinois ; il fallut
donc fe réfoudre contre eux aux voyes
de terreur. On prit le parti de leur faire
payer cherement les incommodités que l'on
fouffroit de leur voifinage . Leurs pirateries
furent vengées plus d'une fois par le faccagement
de leur pays , où les armées chinoifes
vinrent à bout de pénétrer , & dont
elles fubjuguerent enfin une grande partie.
La haine de la fervitude , le malheur
d'être affujettis , firent comprendre aux
Tartares orientaux la néceffité de ſe réunir,
& d'oppofer des efforts unanimes à la force
fupérieure qui les opprimoit. Vers le milieu
du huitiéme fiécle ils entrerent préJANVIER.
1755. 153
cipitamment au nombre de deux cens mille
hommes fur les terres de l'Empire : tout
plia devant eux ; l'Empereur fut contraint
à prendre la fuite. Iis fe rendirent maîtres
de la capitale ; & contens d'emporter
avec eux un butin immenfe , ils fe retirerent
dans leur pays . Il eût fallu ne pas
mettre les Tartares dans le cas de faire ce
dangereux effai de leurs forces , ou da
moins il falloit deformais s'y prendre de
maniere à leur ôter l'envie d'y revenir .
Soit que la crainte rendit les Chinois circonfpects
vis- à- vis d'une nation qui devenoit
de jour en jour plus redoutable ; foit
que les troubles qui déchiroient l'intérieur
de l'Empire leur ôtaffent la liberté de don
ner certains foins aux affaires du dehors ,
ils n'oferent ou ils ne purent ufer des remedes
néceffaires à un fi grand mal .
Les Tartares profiterent de l'inaction
des Chinois pour reprendre fur eux toutes
les terres qu'ils leur avoient conquifes.
Le fuccès leur enfla le courage , & leur
infpira l'efprit de conquête qu'ils n'avoient
jamais connu Au commencement du dixiéme
fiécle , ils étoient déja fur le pied de
tenir la balance entre les divers concurrens
qui fe difputoient la couronne impériale,
Bientôt ils eurent la gloire de contraindre
un Empereur à leur céder plu-
G V
154 MERCURE DE FRANCE.
* fieurs villes , & à leur payer tribut . Ils
en prirent un autre prifonnier , & le retinrent
dans les fers. Ils poufferent leurs
courfes militaires jufques dans les provinces
du midi où ils n'avoient jamais pénétré.
Tous ces exploits ne leur avoient
procuré jufques-là que des avantages médiocres.
Cent ans après les Tartares , dans
une nouvelle expédition , après s'être rendus
maîtres de plufieurs provinces , furprirent
l'Empereur dans fa capitale , &
l'emmenerent prifonnier avec fes femmes.
Dès lors une partie de la Chine fut forcée
à fe foumettre à leur obéiffance : il fallut
leur demander la paix , & l'acheter par
le
partage de l'Empire , dont une moitié leur
fut cedée en toute propriété.
Ce triomphe ne fit que donner lieu de
leur part à de nouvelles prétentions : plus
on leur cédoit , plus ils devenoient entreprenans
; & la paix qu'on leur faifoit jurer,
n'étoit qu'un piége qu'ils deftinoient à endormir
la vigilance des Chinois, pour faire
à
coup
für de nouvelles irruptions fur leurs
terres .
Les Empereurs laffés des perfidies continuelles
des Tartares orientaux , eurent recours
à un expédient que le defefpoir confeille
quélquefois , & qui rarement a des
fuites avantageufes. Ils appellerent à leur
JANVIER . 1755. 155
fecours les Tartares occidentaux , efpérant
recouvrer par leur moyen la fupériorité
qu'ils avoient perdue. Ceux- ci ravis
de trouver une fi belle occafion de fe mettre
en mouvement , & d'avoir leur part
à une proye que jufques - là ils n'avoient
fait qu'envier , accepterent de grand coeur
les propofitions du Confeil impérial . Ils
armerent & poufferent la guerre fi vivement
, qu'en peu d'années la domination
des Tartares orientaux fut entierement
abolie à la Chine . Les affaires des Chinois
n'en devinrent pas
meilleures pour
cela : ces auxiliaires à qui ils étoient redevables
de la victoire , voulurent en recueillir
le fruit. Il fallut fe réfoudre à leur
ceder les mêmes provinces d'où ils avoient
chaffé les Tartares orientaux . Fiers d'un
fi grand avantage , ils ne purent s'en contenter
; ils entreprirent de conquérir la
Chine entiere , & ils en vinrent à bout.
Après l'avoir poffédée près d'un fiécle ,
ils la perdirent avec la même facilité qu'ils
l'avoient conquife . Forcés d'abandonner
toutes les terres de l'Empire , ils retournerent
dans leur pays , d'où ils faifoient de
tems en tems des efforts pour fe rétablir dans
leur conquête : mais ils furent toujours repouffés
avec des pertes fi confidérables
qu'ils en perdirent pour jamais l'efpérance
& le deffein . G vj
156 MERCURE DE FRANCE
A leur défaut , les Tartares orientau
qui n'étoient rien moins qu'affujettis , recommencerent
leurs courfes & leurs attaques.
Ils livrerent divers combats , & par
une fucceffion de victoires ils en font venus
jufqu'à fubjuguer toute la Chine , & à
y établir une dinaftie qui regne encore
aujourd'hui .
Ainfi , felon le P. Duhalde , la derniere
révolution qui a placé les Tartares fur le
thrône de la Chine , bien loin d'être l'effet
fortuit du foulevement précipité d'un
peuple obfcur & jufques - là inconnu , eſt
un événement préparé par l'ancienne inimitié
d'une nation voifine & turbulente
qui plus d'une fois avoit ébranlé la monarchie
chinoife , & qui pour l'envahir enfin
n'a eu befoin que du fort ordinaire des
armes. Ces Mancheoux que le P. de Mailla
veut nous rendre fi méprifables , font
en effet ces Tartares orientaux , qui depuis
tant de fiécles ennemis nés des Chinois
avoient été le fatal écueil de leur puiffance
, & qui après les avoir forcés de figner
avec eux divers traités humilians , menaçoient
inceffamment de devenir leurs maîtres
. Dans deux expofés fi contradictoires ,
la vraisemblance eft du moins pour le Pere
Duhalde. Nous difcuterons plus bas les
raifons qui rendent fon témoignage préférable
à tous égards.
JANVIER . 1755 157
:
par
les
Les principales circonftances de la révolution
ne font pas racontées moins différemment
par les deux auteurs. Le P. de Mailla
prétend que le premier chef élu
Mancheoux fe nommoit Taytfou , & voici
en peu de mots toute la fuite de fon hiftoire.
Tayfou ne voulut d'abord que procurer
la liberté à fon peuple , gémiffant
fous la tyrannie des Mandarins Chinois.Ses
fuccès inefperés lui firent concevoir des
projets plus vaftes . Il conquit plufieurs provinces
de la Chine. Sa mort interrompit
le cours de fes conquêtes . Son fils Taytfong
qui lui faccéda , fur plus heureux que
lui ; il vint à bout de fe faire proclamer
Empereur de la Chine. Il fe difpofoit à en
affiéger la capitale , lorfqu'il mourut_fans
laiffer de poftérité. Aucun de fes freres
n'ayant eu l'ambition de marcher fur fes
l'Empire des Mancheoux fe changea
en une espece de République , & ces
peuples ne fongerent qu'à jouir en paix de
leur indépendance .
traces ,
A peine avoient- ils ceffé d'inquiéter la
Cour de Pekin , qu'un rebelle nommé Lyſt-
Ching , trouve le moyen d'affembler un
million de foldats , force la ville impériale
, réduit l'Empereur à s'étrangler de defefpoir.
Le brave Oufan kouci qui commandoit
les troupes chinoifes fur la frontiere ,
158 MERCURE DE FRANCE.
J
apprenant le defordre arrivé à Pekin
appelle à fon fecours les Mancheoux
court à la pourfuite de l'ufurpateur , remporte
fur lui plufieurs victoires , l'oblige
à fuir lui quatrieme , dans un endroit inacceffible
, d'où la faim l'ayant fait fortir ,
il tomba entre les mains de quelques payfans
, qui le reconnurent , & lui trancherent
la tête.
Oufankouci voulut alors congédier les
Mancheoux , mais il n'en fut plus le maître.
Nechingonang , fils de Tayifou & frere
du feu Empereur Taytfong , entra victorieux
dans Pekin , & content de fe faire
déclarer Régent de l'Empire , il fit paffer la
couronne fur la tête d'un de fes neveux ,
âgé de fept ans , qui prit le nom de Tchangti.
Les Chinois lui oppoferent fucceffivement
une multitude de compétiteurs , dont
il eut le bonheur de triompher. Il mourut
à l'âge de vingt -quatre ans , laiffant la Chine
entiere foumife au fecond de fes fils , fi
connu depuis fous le nom de Chamg hi.
Voici l'ordre des chofes , felon le Pere
Duhalde. Dès la fin du feizieme fiècle , les
Tartares orientaux , partagés précédemment
en fept ordres où dinafties différentes
, étoient réunis fous l'obeiffance d'un
feul Prince , avec le titre de Roi . L'an
1616 , ils commencerent à s'établir fur les
JAN VIER. 1755, 119
terres de l'Empire , en s'emparant des villes
qui pouvoient être à leur bienséance.
Leur Roi nommé Tien ming , outre le motif
ordinaire d'ambition , avoit une injure
perfonnelle à venger. Les Mandarins Chinois
s'étoient faifis par trahifon du Roi fon
pere , & lui avoient fait trancher la tête. Il
commença par porter fes plaintes à l'Empereur
, demandant hautement fatisfaction
d'un attentat fi énorme . La Cour de Pekin
méprifa fon chagrin & fes menaces. Tien
ming furieux , jura qu'il immoleroit deux
cens mille Chinois aux manes de fon pere.
Il entra dans le Pet Cheli , à la tête de
cinquante mille hommes , & voulut affiéger
Pekin ; mais ayant été répouflé par
les troupes chinoifes , il fe retira dans le
Leaotong, & prit fans héfiter la qualité
d'Empereur de la Chine. Deux ans après
il gagna une grande bataille contre les
Chinois. L'année fuivante , les ayant en
core vaincus , il fe rapprocha de la capitale
, dont il ne put fe rendre maître. Une
diverfion l'ayant obligé de conduire fon
armée en Tartarie , on profita de fon éloignement
pour raffembler grand nombre
de troupes nationales & auxiliaires ; on fit
venir de Macao des Portugais propres à
fervir artillerie dont les Chinois avoient
peu d'ufage. On marcha en force dans le
•
160 MMEERRCCUURE DE FRANCE.
Leaotong, d'où l'on chaffa les Tartares. Tien
ming qui venoit de terminer heureufement
fon expédition en Tartarie , courut auffitôt
dans le Leaotong , & en chaffa les Chinois
à fon tour. Il ne pouffa pas plus loin
fes conquêtes. Il mourut l'an 1628 , &
laiffa pour fucceffeur fon fils Tient -fong.
Ce Prince continua la guerre contre les
Chinois . Il mena , comme fon pere , une
armée aux portes de Pekin , & fut obligé ,
comme lui , d'en lever le fiége . Son regne
ne fut pas long ; il mourut l'an 1636 ,
laiffant pour fucceffeur fon fils Tongte.
Cependant l'Empire de la Chine étoit
agité par la révolte de divers féditieux
qui après avoir formé jufqu'à huit corps
d'armée , fe réunirent fous deux chefs
principaux , dont l'un fe nommoit Li &
l'autre Tchang. Ces deux rebelles s'étant
partagés les provinces qu'ils avoient deffein
de conquérir , fe féparerent , & commirent
chacun les plus grands defordres.
Li devint fi puiffant qu'il prit le nom d'Empereur
; il s'avança vers Pekin , il y entra
victorieux à la tête de trois cens mille
hommes. L'Empereur abandonné dans fon
Palais , fe pendit de defefpoir. Tout plioit
fous la puiffance de l'ufurpateur , lorfque
Oufanguoi , commandant les troupes Chinoifes
dans le Leaotong , ménagea la paix
}
JANVIER. 1755. 161
avec les Tartares orientaux ou Mancheoux ,
& les engagea à s'unir à lui pour courir à
la pourfuite des rebelles. Tfongté lui amena
quatre-vingt mille hommes. L'ufurpateur
ne les attendit pas ; il prit la fuite , &
courut fe cacher dans la province de Chenfi.
Thongté mourut en entrant dans la Chine.
Avant d'expirer il déclara Empereur ſon
fils Chunt-chi , qui n'avoit que fix ans , &
confia à fon frere Amaran le foin du Prince
& de l'Empire. Le jeune Empereur fut
reçu à Pekin avec acclamations du peuple ,
qui le regardoit comme le libérateur de la
patrie . On ne fçait point ce que devint
l'ufurpateur que les Tartares pourfuivirent
inutilement. Chunt chi , maître des provinces
feptentrionales , eut à lutter contre
divers compétiteurs qui lui difputoient le
terrein dans les provinces méridionales ;
mais il en triompha fucceffivement , &
finit par être maître de toute la Chine. Il
en laiffa la paifible poffeffion à fon fils
Canghi qui lui fuccéda .
Voilà de grands rapports & des différences
très - remarquables . On voit bien que
c'eft le même fond auquel on a adapté diverfes
circonftances ; il eft fenfible aux
traits de reflemblance qui éclatent dans
leur oppofition , qu'un des deux écrivains
a mal entendu & confondu les choſes. Il
162 MERCURE DE FRANCE.
eft queſtion de décider auquel des deux il
eft plus naturel de faire ce reproche.
Le P. de Mailla a pour lui le long ſéjour
qu'il a fait à Pekin , le foin qu'il a
pris , dit- on , de recueillir d'un grand
nombre de livres Chinois & Tartares ce
qui lui a paru de moins fufpect touchant
les deux dernieres dinafties , dont les annales
n'ont point encore été publiées autentiquement
. Il eft conftant que généra
lement parlant , on doit avoir beaucoup
d'égard pour le témoignage d'un auteur
qui s'eft trouvé à portée de connoître la
vérité par lui- même , qui a pû interroger
fur les lieux plufieurs de ceux qui ont vêcu
prefque da tems de la révolution ; cependant
cet avantage , tout confidérable qu'il
eft , n'a rien de décifif de la part d'un au
teur qui manque de difcernement & dé
critique. Le P. de Mailla fut un fervent
& zélé Miffionnaire . Eut- il toutes les qualités
réquifes pour extraire purement la
vérité d'un tas d'anecdotes hazardées fur
des bruits populaires ou dictées par la partialité
? Le peu de méthode & de précifion
qui regne dans fon manufcrit ne nous
invite gueres à le croire ; le jugement qu'il
eft naturel d'en porter le met au rang
ces efprits indulgens , qui par un excès de
bonne foi ne fçauroient avoir ai certains
de
JANVIER. 1755. 163
fcrupules fur la certitude de leurs garants ,
ni de grandes attentions dans les recherches
, ni beaucoup de délicateffe fur les
preuves.
Le P. Duhalde n'a point été à la Chine ;
mais il a été durant longues années le
correfpondant univerfel des Miffionnaires
Chinois , qui travailloient à l'envi à lui
envoyer des mémoires relatifs au deffein
qu'il avoit de faire connoître la Chine à
l'Europe. Ces mémoires recueillis avectou
tes fortes de foins par les plus accrédités
& les plus capables d'entr'eux , trouvoient
en lui un reviſeur appliqué qui fe donnoit
le tems d'en approfondir la matiere , un
critique judicieux qui ne vouloit rien établir
fur les frêles appuis de l'opinion & de
la conjecture. Il nous rend compte dans
fa préface de toutes les peines qu'il s'eft
donné pour fe procurer des inftructions
& des éclairciffemens propres à diriger fon
travail. Il a été vingt ans à douter , à difcuter
, à queftionner , à combiner , à apprécier
les réponſes avec l'attention d'un
homme dans qui l'amour du vrai eſt ſecondé
par un
par un efprit capable de le connoître.
En un mot , il y a tant de difproportion
entre le mérite de ces deux écrivains ,
qu'en leur fuppofant le même zéle & les
mêmes fecours , il feroit impoffible de leur
164 MERCURE DE FRANCE.
accorder la même confiance , & que le
P. Duhalde , en concurrence avec le P. de
Mailla , doit néceffairement être préféré.
De toutes ces obfervations il réfulte
du moins un doute bien fondé contre l'exactitude
de l'hiftoire manufcrite qu'on
vient d'imprimer à Lyon . Je la foupçonne
de renfermer bien des anecdotes fauffes
& d'avoir été faite avec plus de droiture
que de capacité . Nous ne fçaurons bien
furement ce qu'il en faut croire que lorfqu'on
publiera les annales de l'Empire
dans lesquelles il eft impoffible que les
principaux événemens fe trouvent altérés .
Nous n'en avons au refte pas moins d'cbligation
à l'éditeur d'un ouvrage qui , tout
défectueux qu'il eft , peut avoir fon utilité
ne fut- ce qu'en nous jettant dans une incertitude
qui nous excitera à approfondir
un point d'hiftoire fi confidérable , qui n'avoit
été touché jufqu'ici que fuperficiellement.
Fermer
Résumé : Observations du P. LAUGIER, Jesuite, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
Le texte compare deux récits historiques sur la conquête de la Chine par les Tartares, présentés par les Pères Laugier, Duhalde et de Mailla. Selon le Père de Mailla, les Tartares Mancheoux, initialement vassaux pacifiques de l'Empire chinois, se révoltèrent après des persécutions par les Mandarins, aboutissant à la conquête de la Chine en moins de trente ans. En revanche, le Père Duhalde décrit les Tartares comme des peuples barbares et belliqueux, divisés en orientaux et occidentaux, qui harcelaient constamment la Chine. La Grande Muraille fut construite par l'empereur Hin Chi pour contenir leurs incursions. Les Tartares orientaux, grâce à leur union et discipline militaire, réussirent à conquérir la Chine et établirent une dynastie encore en place. Le Père Laugier juge le récit de Duhalde plus vraisemblable, soulignant que les Tartares orientaux étaient des ennemis anciens et redoutables des Chinois. Les divergences principales entre les récits concernent l'origine et le déroulement de la révolution qui plaça les Tartares sur le trône de Chine. Parallèlement, le texte relate des événements politiques en Chine. L'Empire des Mancheoux se transforme en république, mais un rebelle nommé Lyst-Ching prend la ville impériale et force l'Empereur à se suicider. Oufan Kouci, commandant des troupes chinoises, appelle les Mancheoux à l'aide et capture Lyst-Ching. Nechingonang, fils de Tayifou, prend le contrôle de Pekin et devient régent, laissant la Chine à son fils Chamg hi. En 1616, les Tartares orientaux, réunis sous un seul prince, commencent à s'établir en Chine. Leur roi, Tien ming, attaque Pekin mais est repoussé. Ses successeurs, Tient-fong et Tongte, poursuivent la guerre contre les Chinois. La Chine est également perturbée par des rébellions, notamment celles de Li et Tchang, qui se partagent les provinces. Li prend le nom d'Empereur et entre victorieusement à Pekin, forçant l'Empereur à se suicider. Oufanguoi, commandant des troupes chinoises, s'allie avec les Tartares pour chasser Li. Tongte meurt et son fils Chunt-chi, âgé de six ans, est proclamé empereur. Chunt-chi triomphe de divers compétiteurs et laisse la Chine à son fils Canghi. Le texte souligne les différences et similitudes entre les récits du Père Duhalde et du Père de Mailla, considérant Duhalde comme plus fiable grâce à ses correspondances avec les missionnaires et son approche critique, contrairement à de Mailla, malgré son séjour à Pekin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4573
p. 151-174
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 29 du passé, le Roy donna à M. le Comte d'Assy [...]
Mots clefs :
Régent, Duc, Comte, Royaume, Régent, Abbaye, Disputes, Déclarations, Marquis, Évêque, Oncle, Réflexions, Chevalier, Cardinal, Gouvernement, Monseigneur, Sentiments, Mémoires, Honneur, Contestations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
Fermer
4574
p. 157-197
Article des Morts, parmi lesquelles il s'en trouve de tres-edifiantes. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à quelques Articles de Morts, parmi lesquels vous [...]
Mots clefs :
Morts, Baron de Mean, Soeur Thérèse des Anges Carmélites, Jugements de Dieu, Louis de Bats, Louis Pujet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article des Morts, parmi lesquelles il s'en trouve de tres-edifiantes. [titre d'après la table]
Je paffe à quelques Articles
de Morts , parmi lesquels vous
en trouverez de fort curieux
& de tres - édifians , & je ne
doute point que la lecture de
ces Articles ne vous faffent
plaifir.
M' le Baron de Mean , grand
Doyen du Chapitre de la Cathedrale de Liege eft mort dans
une de fes Terres , & Mr le
Baron de Selis a efté élû à fa
place ; ce Baron eftoit auparavant Prevoft de Saint Paul. II
eft d'une des meilleures Mai
158 MERCURE
fons duPays de Liege ; elle eft
originaire d'Alface , & elle y
a tenu un rang tres diftingué
dés le temps que cette Province avoit fes Souverains particuliers. Ce nouveau Grand
Doyen eft proche parent de
M'le Comtede Poitiers Chancelier de la même Eglife , & il
même l'honneur d'avoir du
cofté maternel une alliance
avec la Maiſon Electorale de
Baviere. Mr le Baron de Mean
avoit eſté échangé depuis peu
avec Mr deSaint Vallier Evê
que de Quebec, qui avoit eſté
pris par un Armateur Anglois
GALANT 159
г
dans fon trajet de France en
Amerique , & qui a efté plus de
deux ans prifonnier en Angleterre. M le Baron de Mean
qui avoit auffi efté arrefté par
ordre du Roy lors que nous
eftions encore maiſtres de Liege à caufe de l'intelligence qu'il
avoit avec les ennemis de l'Etát , a marqué peu de temps
avant fa mort un vif repentir
des troubles où il avoit jetté
fa Patrie , &il faifoit inceffamment des fouhaits pour le retour de Mr l'Electeur de Cologne, Evêque de Liege fon Souverain. Ce Baron eftoit d'une
160 MERCURE
grande naiffance & allié au feu
Evêque de Munſter Bernard
de Galen. Sa Maiſon eftoit originaire de l'Etat de Mayence.
L'élection de l'Evêque caufa.
de grands defordres dans la
Ville de Liege au quinziéme
fiecle. Jean de Baviere gouver
noit alors cette Eglife. Les Liegeois luy firent la guerre. L'E
vêché eftoit à Tongres anciennement; il fut enfuite à Maf
trick , & enfin transferé à Liege.
La Soeur Therefe des Anges
Carmelite du Monaftere de la
Sainte Mere de Dieu de Riom
GALANT 161
en Auvergne , y mourut le 2
jour de cette année d'une maladie qui commença le jour
de Saint Etienne à cinq heures du foir , mais qui n'eftoit
qu'une fuite des infirmitez qu'-
elle avoit foufferte depuis 15.
ans avec une patience édifiante. Elle eftoit âgée de 69. ans ;
elle en avoit 46. de Religion ,
& elle eft morte dans unegrande opinion de fainteté. Elle
avoit quitté fes parens dans un
âgefort tendre , & qui estoient
fort éloignez de Riom pour
s'y aller renfermer dans le Convent des Carmelites , & depuis.
Février 1710.
162 MERCURE
pour है
ce temps - là on peut affurer
qu'elle y a mené une vie toutà fait angelique. Son ardeur
le Saint Sacrement de
I'Autel l'avoit obligée de paffer tous les Jeudis de fa vie en
retraite , ce qu'elle a toujours
obfervé avecbeaucoup d'exactitude , & elle a eu la confolationde mourirun Jeudy. Dans:
· les douleurs d'une longue &
cruelle maladie qui l'a fait fouffrir durant quinze années entieres , elle ne s'eft jamais voulu relâcher des pratiques de fa
Regle , & on luy entendoit
dire fouvent queplus la mort eft
GALANT 163
proche , plus ilfaut travaillerpour
sy difpofer; & qu'il faut oublier
Le corps & penser à affurer du bien
àfon ame. L'avant - veille de
Noël elle demanda à fa Superieure de jeûner au pain & à
l'eau , comme fi elle cût îçû que
ce feroit le dernier exercice de
fa penitence; & comme la Superieure s'y oppofoit , elle luy
repliqua : Au nom de Dieu , ma
Mere , ne vous opposezpas à mon
defir ; vous devezaimermonames
je fuis peut - eftre bien prés de la
mort,je la veux attendre comme
un bon Soldat , les armes à la
main. Enfin les bas fentimens
Oij
164 MERCURE
quecette fainteFille avoit d'elle- même , donne le prix à fa
penitence. On enjugera parun
billet écrit de fa main & trouvé
aprés fa mort : il eftoit conçu
en ces termes : Je vousſupplie ,
ma Mere , de me procurer toutes
les Prieres que vous pourrez , j'en
auray ungrand befoin eftant veritablement une tres-grande Pechereffe :ce n'est pas par humilité ,
mais tres-fincerement queje ·ledis ,
vous ayant toutes trompées par
quelques foibles defirs exterieurs
defairepenitence, quoy que jamais
n'enfois venue aux effets comme il faut : c'est pourquoys, ma
je
GALANT 165
chere Mere , je vous fupplie de
mettre dans ma Lettre circulaire
que je demande un Miferere ,
pour reparer mon impenitence des
vant Dieu , & s'il me fait mifericorde , je vous promets d'en eftre
bien reconnoiffante ; mais aidezmoy àfortir du Purgatoire pour
l'amour de Dieu , s'il me fait la
grace d'y aller ; s'il mm'eftoitpermis
de dire lespechez quej'ay commis
&qui medonnent cette crainte , je
le ferois tres- volontiers. Ce Billet contient le triomphe de
l'humilité chreftienne ; on n'en
peut voir une plus profonde
avecunevertu plus épurée. On
166 MERCURE
écrit de Riom que Mr l'Abbé
Faydit l'eftant allé voir quelquesmois avant qu'il mourut,
elle luy prédit fa mort ; & qu'el
le a donné d'autres marques
de la connoiffance qu'elle avoit
de l'avenir.
Si des perfonnes qui ont
mené une vie auffi reguliere ,
ou pour mieux dire auffi fainte
craignent fi fort les Jugemens
de Dieu , que ne doivent point
aprehender ceux qui vivent
dans le monde. Tentens ceux
qui y menent la vie la plus
reguliere , puifqu'ils ne laiffent
pas d'eftre expofez tous les
GALANT 167
jours à une infinité de chofes
qui les font infenfiblement ,
& fans qu'ils ayent le temps
d'y refléchir , tomber dans le
peché , & par confequent
ceux qui font dans le tumulte
des affaires ; & qui ne refuſent
rien à leurs paffions. Enfin les
hommes ne peuvent eftre
tropattentifs à ce qui regarde
leur falut puifque l'Ecriture
die leplusfagepêche fept fois par
jour.
L'Article qui fuit doit auffi faire voir qu'il ya beaucoup
de plaifir à mourir de la mort
des Juftes , & doit faire trem1
768 MERCURE
bler en mêmetemps tous ceux
qui font répandus dans le
monde , qui font bien éloignez d'atteindre à cette per
fection , & qui au lieu de fonger pendant leur vie à acquerir les Trefors neceffaires
pour bien mourir , ne fongent à en amaffer que pour
vivre ,comme s'ils ne devoient
jamais quitter ce monde.
Il court dans le monde.
une Lettre de Dom Alexis
Mauroy Celerier de l'Abbaye
de Sept- fonds adreffée à Mr
Bouillet ami de cette Maifon
fur la mort du dernier Abbés
n'ayant
GALANT 169
n'ayant pu l'avoir entiere , je
vousen envoye un extrait fidéle. Il commence fa Lettre en
difant que commela mort eft
l'echo de la vie , on a vû àla
mort de Mr l'Abbé de Septfonds le même efprit de charité, de recueillement & de penitence , qui a caracterifé toutes.
fes actions. Il eftoit infirme depuis plufieurs années. Mais
ayant eſté faifi tout d'un
coup le 17. du mois de Sep.
tembre au matin d'une fiévre
ardente & d'une inflammation
de poitrine , le Medecin jugea
que la maladie feroit mortelle.
Février 1710. Р
170 MERCURE
Mr l'Abbéayant donc demandé les Sacremens , il fe confeffa
& dés qu'il cut reçû ce premier
Sacrement il tomba dans une
lethargie accompagnée de convulfions qui fit craindre qu'il
ne pût recevoir les autres Sacremens. Il reſta long- temps
dans cet eftat & même fans
mouvement ; mais en eſtant
revenu & ayant demandé avec
de vives inſtances ' Euchariftie,
on laluyapporta & il la reçût
avec les fentimens les plus vifs
& les plus ardens de l'amour
de Dieu ; toujours penetré du
fentiment de l'infuffifance de
GALANT. 171
遭
fa penitence, quoyqu'il en ait
fait une des plus longues &
des plus éclatantes , il fit divers
Actes de Charité mêlez du
fentiment de la plus parfaite
abjection de foy- même. Il
demanda pardon plufieurs
fois à toutela Communauté
qui fondoit en larmes , des
mauvais exemples qu'il avoit
donné & fe recommandant
humblement à fes Prieres ; &
fur ce que le Prieur luy dit
qu'aprés la vie penitente qu'il
avoit menée & aprés avoir
confommé le grand ouvrage
de la Reforme de cette Maifon,
Pij
172 MERCURE
il avoit lieu de tout efperer
de la Mifericorde de Dieu ; il
répondit qu'il n'avoit rienfait,
que tout venoit de Dieu , &
qu'il n'eftoit qu'un ouvrier indigne. Le Prieur au nom de la
Communauté le pria de demander à Dieu , quand il
feroit devant luy unSucceffeur
qui maintint fon ouvrage ;
il répondit qu'il leur en fouhaitoit unqui reparát tous ſes manquemens & toutes lesfautes aufquelles il avoit donné lieu ou par
luy même oupar fa condefcendance ( il faut remarquer , que
c'eft le même Prieur que le
*
GALANT 173
Roy avoit nommé depuis
Abbé de Sept - fonds , & qui
eft fils de Mr d'Oppede premier Prefident du Parlement
de Provence ) enfin le Prieur
luy demanda fa benediction
paternelle au nom de la Communauté. Cefaint & humble
Abbé fe fit long- temps preffer
avant que de la vouloir donner ; mais ne pouvant plus
refifter aux inftances de fes
Religieux qui fondoient tous
en larmes , il fe fit mettre à
fon feant , & aprés avoir fait
le figne de la Croix fur luymême , dit à haute voix ces
*
Piij
174 MERCURE
paroles enfaifant fur luy ſeul
un fecond figne de Croix , &
ne voulant pas benir les autres
par humilité benedicat nos
Deus ( ce qu'il repeta trois fois )
Ømetuent cumomnes fines terra.
Enfin il mourut le zo du
mois , jour de faint Euſtache
fon Patron , aprés une douce
agonie & fans la moindre
grimace.
Louis de Bats de Caftelmore , cy- devant Lieutenant au
Regiment des Gardes Françoifes , connu dans le monde fous
le nom de Mr le Comte d'Artaignan , fils aîné de Charles de
GALANT 175
Bats de Caftelmore , connu
auffi fous le nom de Mr le
Comte d'Artaignan , Capitaine Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires , tué au Siege de Maftrick
en 1673. mourut fur la fin
de l'année derniere dans fon
Chafteau de Caftelmore en Armagnaç ; nom que le Roy
Louis XIII. avoit ordonné à
fon pere de prendre n'eftant
encore que Mousquetaire
aprés la mort d'un des fes oncles du cofté maternel , tué au
Siege de la Rochelle : Bats de
Caftelmore fon pere ayant
,
éPiiij
176 MERCURE
poufé Françoife de Montef
quiou d'Arraignan en 1608.
lequel a porté toute fa vie le
nom d'Arraignan avec beaucoup de gloire; le deffunt ayant
cu l'honneur de meriter l'eftimede Sa Majesté par fon zele ,
fa fidelité & fon attachement
pour fonfervice.
Mlle de Fortia , fille de feu
Mr de Fortia , Doyendes Maî
tres des Requeftes & Confeiller d'Etat , eft morte il y a déja
quelque temps. La famille de
Mrs de Fortia eft tres-ancienne. Mr le Marquis de Fortia
Durban eft l'aîné de cette Mai-
•
GALANT 177
fon. Mr de Fortia , connu fous
le nom de Forville eft Licutenant de Roy en Provence
Capitaine de Galere , & Gouverneur de la Ville de Marfeille. Mr le Marquis de Monreal ,
qui fait fon fejour ordinaire à
Avignon , &qui a époufé Mlle
de Saffenage , fœur de Mr le
Comtede Saffenage , ci- devant
Premier Gentilhomme de la
Chambre de S. A. R. Mr le
Duc d'Orleans , eft auffi de
cette Mailon. En 1100. Sybille de Fortia époufa Pierre
d'Arragon. Ainfi vous pouvez
juger de la grandeur & de l'il-
178 MERCURE
luftration de cette Maiſon.
Mre N.... Duc d'Aquaviva
eft mort à Lyon , où il paſſoir
en revenant de la Cour pour
fe retirer en Italie. Il n'eftoit
âgé que de 25. ans. Mr le Maréchal de Villeroy qui fçavoit
qu'il devoit paffer dans fon
Gouvernement , avoit eu ſoin
de le recommander' , mais malgré tous les foins qu'on en a
pris une fiévre pourprée l'a em
porté aprés quelques jours de
maladie , & qu'il a reçû les Sacremens avec beaucoup d'édification des Vicaires de la Paroiffe de Saint Paul. Son corps
GALANT 179
par fon ordre a efté embaumé
& déposé dans l'Eglife du
grand Convent des Capucins ,
jufqu'à ce qu'on le tranſportaft
dans le Duché d'Aquaviva au
tombeau de ſes Anceftres, dans
la Province de Barri , une des
principales du Royaume de
Naples; ce jeune Seigneur étoit
frere du Cardinal Aquaviva, &
neveu d'un autre Cardinal du
côrématernel. Il a fait quantité
de legs , & il a donné 10000. écus à une Dame de fon Pays. Je
vous ay parlé de fa Maiſon en
vous apprenant le mariage de
M la Comteffe d'Angeville ,
1180 MERCURE
fa niece. Sa mere eft de la MaiMaifon de Sevignon. LeBourg
d'Aquaviva a donné le nom à
cette illuftre famille, qui donna
un Cardinal au Sacré College
dans le feiziéme fiecle. Octavio
Aquaviva fut un dés ornemens
du Clergé de Rome. Il eftoit .
fils de Jean- Jerôme Aquaviva
( ou Aqua- via ) Duc d'Atri ,
dont le Duc de qui je vous apprens la mort, defcendoit auffi.
Il fut dans une grande confideration à la Cour de Romefous quatre ou cinq Papes:
Sixte V. fur tout , luy donna
divers grands Emplois , & il
GALANT 181
l'honora de la Pourpre Romaine. LePape Leon X I. luy avoit
deftiné l'Archevêché de Naples , mais la mort l'ayant prévenu le Pape Paul V. executa
fes intentions. Claude Aquaviva , de la Compagnie de Jefus , eftoit fils du Duc d'Atri ;
il avoit déja cu des Emplois
importans àla Cour de Rome,
& il pouvoit tout efperer de
fon merite & de fa naiffance ,
lorfqu'il embraffa l'Inftitut des
Jefuites. Il fucceda au P. Everard Mercurieu , troifiéme General de la Compagnie , qu'il
gouverna durant 34. ans avec
182 MERCURE
beaucoup de douceur. Il mourut au commencement du 17°
ficcle.
M' l'Abbé de Laubefpin ,
Comte de S. Jean de Lyon , eft
auffi decedé à la fleur de fon
âge. Il eftoit frere de Mr le
Chevalier de Laubefpin Capitaine de Fregate legere , dont
fouvent parlé pen- je vous ay
dant la derniere guerre d'Italie.
Quoy que l'Article qui fuit
ne regarde qu'une mort, vous
e trouverez fort curieux.
La Republique des Lettres ,
vient de faire une perte confi-
GALANT 183
derable par la mort de M
Louis Pujet , d'une des plus
anciennes familles de Lyon ;
mais beaucoup plus recommandable par fon merite
fes lumieres , & fa vertu. Il
eftoit fils defeu M' Pujet Procureur du Roy au Siege Prefidial de Lyon , qui eſt une
Charge des plus importantes ,
& de Dame N.... d'Avefnesaux-petits neveux , de laquelle
ila laiffé tous les biens , ce Gentilhomme ayant voulu paffer
fa vie dans le celibat , comme
un eftar plus parfait & plus
propre pour s'attacher aux
184 MERCURÉ
Sciences , & pour faire des progrés plus fenfibles dans la vertu ; perfuadé d'ailleurs que le
chemin qu'une ame fait dans
de Dieu eft plus rapide
*
la
la voye
lorfqu'elle a moins d'occafions
de s'entretenir avec le monde,
& de ne juger par les fens de
ce qui ne le goûte que par
foy. Mr Pujer eftant encore
tour jeune s'attacha à la nouvelle Philofophie , & il s'y perfectionna fi fort qu'il a paffé durant tout le cours de la vie pour
un tres-bon & tres-folide Philofophe. Il s'eftoit fort attaché
à la Phyfique , fur tout à l'Ex-
GALANT 185
perimentale ; & il avoit fait de
grandes découvertes fur les
Matieres Magnetiques. Son
Cabinet eftoit pour les Pierres d'Ayman , ce qu'il y avoit
de plus curieux dans toutes les
Provinces voisines , & il ne paffoit point d'Etranger à Lyon
qui n'allaft voir toutes les beautez qu'il y avoit raſſemblées
& les Experiences qu'il faifoit
fur l'Ayman. Il avoit eu fur
cette matiere une diſpute avec
Mr Jobelot de l'Academie des
Sciences ; ce qui avoit produit
de part & d'autre quelques
Lettres pleines d'érudition . Mr
Février 1710. е
186 MERCURE
Pujet avoit perfectionné l'ufage du Microſcope , & il avoit
fait avec cet Inftrument des découvertes fur le corps des plus
petits Infectes, & il publia deux
Lettres il y a quelques années
adreffées au P.LamyBenedictin
fon amy particulier , où il rendoit compte à ce Sçavant Religieux de toutes les Obferva
tions qu'il avoit faites fur le
corps de certaines Mouches
d'uneespece particuliere & fur
leur cornée ; ce qu'il dit fur la
trompe des Papillons , & ce
qu'il en faifoit voir à l'aide de
ces Microſcopes eftoit en
GALANT 187
1
effect fingulier : & il difoit
ordinairement & d'une manie→
re fort ingenieufe , que nous
avions obligation au Microf
cope , de la découverte d'un
petit monde auparavant rout
à fait inconnu. Tous les Journaux ont parlé de ces deux
Lettres avec beaucoup d'éloges : & la premiere avoit mêma paru toute entiere dans un
Journal des Sçavans il y a déja
quelques années. Ce que Me
Pujet a écrit fur l'Ayman n'a
pas moins efté recherché des
Sçavans ; nous avons cafin de
luyune Differtation qu'il
Qij
188 MERCURE
翳
publia lors que la Baguette
dont on a tant parlé faifoit le
plus grand bruit ; & dans cet
Ouvrage ainfi que dans les
autres , il parle en grand Philofophe & en Maître de fa
matiere. Il n'ignoroit aucun
des anciens & nouveaux fiftemes de Philofophie , & il parloit de tous en homme qui les
poffedoit parfaitement
joignoit à ces talens la connoiffance des belles Lettres. Jamais
perfonne n'a mieux fçu les
Poëtes que luy. Tant de talens ne luy donnoient point
de vaine gloire , l'humilité fuc
3
il
GALANT 189
軍
toujours fa vertu la plus cherie,
& il feroit difficile de trouver
dans un même homme un
cette vertu
$
fçavoir fi profond & fi étendu
avecune fi grande humilité ;
il joignoit à cette
Chreftienne le principe de
toutes les autres , un amour
pour les pauvres qui a principalement caracterifé toutes
fes actions. Dans l'année 1694
où ils fouffrirent beaucoup il
vendit toute fa vaiffelle d'argent & la plus grande partic
de fon linge pour les foulager ,
& il s'eft auffi furpaffé l'année
derniere dans l'exercice de fa
}
190 MERCURE
charité. Il a donné fa Bibliotheque à la Maifon des Jeſuites de S. Jofeph de Lyon , &
toutes fes Pierres d'Ayman &
autres curiofitez à Mr de la
Vallette Treforier de France ,
fonancien ami, & celuy de tous
les gens de Lettres . Il eft mort
âgé de prés de 80. ans.
Il y a peu de temps que je
vous ay parlé de la nomination de Mr l'Abbé d'Heudicourt, dont jevous apprens au
jourd'huy la mort , àl'Evêché
d'Evreux. Havoit travaillé pendant toute fa vie à fe rendre
digne du Siege Epifcopal , &
GALANT 191
il y eftoit arrivé par tous les
degrez qui peuvent y faire
monter. Il ne doit point rendre
de compte à Dieu de fes momens perdus , puifqu'il n'eftoit
encore âgé que de trente- deux
ans , lorfque la mort l'a furpris , & il avoit fi utilement
employé ce peude temps pour
le bien de l'Eglife , qu'il y alieu
de croire que s'il eftoit demeuré longtemps fur le Siege Epifcopal , l'Eglife en auroit tiré
de grands fecours. Je ne vous
endis rien davantage , vous en
ayant déja parlé dans le temps
qu'il a efté nomméà l'Evêché
d'Evreux.
192 MERCURE
La mort a auffi enlevé Mr
le Chevalier de Chaumont ,
Major general de l'Armée Navale du Levant. Il eftoit âgé de
79. ans , & il avoit eſté Ambaffadeur à Siam. J'aurois dû
ajoûter cette qualité à celles
que je viens de marquer , dans
lefquelles j'ay peut eftre oublié
quelque chofe ; mais fes Billets
d'Enterrément n'ont pû l'apprendre , puifqu'il n'a point
voulu que l'on en filt , & qu'il
、 a cfté enterré à Saint Severin
fans aucun éclat , n'ayant pref
que eu que des Pauvres pour
affiftans àfon Convoy, & qui
luy
GALANT 193
luy ont donné mille benedic
tions. Rien n'a efté plus éclatant que fon Ambaffade au
prés du Roy de Siam. Ilamena en France trois Ambaffadeurs de ce Monarque , & il
leur fit rendre depuis Breft jufqu'à Paris , tous les honneurs
dûs à leur caractere. Il eftoit
coufin germain de Mr le
Marquis de Guitry , GrandMaistre de la Garderobbe ,
qui fut tué près du Fort de
Tolwis avec Mr le Duc de
Longueville. La Maiſon de
Guitry eft fort ancienne , &
fous Charles VII. N. Sire
Février 1710.
*.
· R
194 MERCURE
-
de Guitry , Gouverneur de
Montereau faut - Yonne ,
fecourut Harfleur contre les
Anglois , & il perdit la vie à
la Journée de Verneuil. Cette
Maiſon avoit auffi brillébeaucoup pendant le regne de
Charles VI.
Je dois vous apprendre la
mortde Mr de Maupeou, premier Prefident de la premiere
Chambre des Enqueftes ; mais
comme je vous ay parlé plufieurs fois de la Maifon de
Maupeou, de fa Nobleffe , &
de fes Alliances ; du rare merite & des Emplois éclatans de
GALANT 195
plufieurs grands Hommes de
ce nom qui fe font diftinguez
dans les trois Ordres de l'Etat ,
& en dernier lieu à l'occafion
de Mr l'Archevêque d'Auch ,
auparavant Evêque de Caftres ,
je mecontenteray de vous dire
aujourd'huy que Mr fon frere
qui vient de mourir avoit eſté
reçu fort jeune Chevalier de
Malthe ; que preft d'y faire fes
vœux,il fut engagé par fes parens à revenir en France pour
foûtenir fon nom , à cauſe de
la mort de fon frere qui eftoit
Avocat general du grand Confeil ; qu'il eft mort dans fa cinRij
196 MERCURE
quante-quatrième année , premier Prefident de la premiere
Chambre des Enqueftes , où
il s'eftoit acquis la réputation
d'un Juge tres- integre , & que
de fon mariage avec Mlle le
Noir fille unique de Me la Prefidente le Bailleul , il n'a laiffé
qu'un fils âgé de 21. an , qui
cft Avocat du Royau Chaftelet ; jeune Magiftrat qui eft
tres gracieux & tres bien fait
qui a beaucoup d'efprit , &fur
lequel il y a d'autant plus de
fujet de fonder de hautes efperances , que la nature &la
fortune agiffant pour luy com
DE
LYON
TILLE
الاشياء
i
GALANT 197
me de concert , ont pris foin
de joindre en fa perfonne de
grands biens à de grands talens.
de Morts , parmi lesquels vous
en trouverez de fort curieux
& de tres - édifians , & je ne
doute point que la lecture de
ces Articles ne vous faffent
plaifir.
M' le Baron de Mean , grand
Doyen du Chapitre de la Cathedrale de Liege eft mort dans
une de fes Terres , & Mr le
Baron de Selis a efté élû à fa
place ; ce Baron eftoit auparavant Prevoft de Saint Paul. II
eft d'une des meilleures Mai
158 MERCURE
fons duPays de Liege ; elle eft
originaire d'Alface , & elle y
a tenu un rang tres diftingué
dés le temps que cette Province avoit fes Souverains particuliers. Ce nouveau Grand
Doyen eft proche parent de
M'le Comtede Poitiers Chancelier de la même Eglife , & il
même l'honneur d'avoir du
cofté maternel une alliance
avec la Maiſon Electorale de
Baviere. Mr le Baron de Mean
avoit eſté échangé depuis peu
avec Mr deSaint Vallier Evê
que de Quebec, qui avoit eſté
pris par un Armateur Anglois
GALANT 159
г
dans fon trajet de France en
Amerique , & qui a efté plus de
deux ans prifonnier en Angleterre. M le Baron de Mean
qui avoit auffi efté arrefté par
ordre du Roy lors que nous
eftions encore maiſtres de Liege à caufe de l'intelligence qu'il
avoit avec les ennemis de l'Etát , a marqué peu de temps
avant fa mort un vif repentir
des troubles où il avoit jetté
fa Patrie , &il faifoit inceffamment des fouhaits pour le retour de Mr l'Electeur de Cologne, Evêque de Liege fon Souverain. Ce Baron eftoit d'une
160 MERCURE
grande naiffance & allié au feu
Evêque de Munſter Bernard
de Galen. Sa Maiſon eftoit originaire de l'Etat de Mayence.
L'élection de l'Evêque caufa.
de grands defordres dans la
Ville de Liege au quinziéme
fiecle. Jean de Baviere gouver
noit alors cette Eglife. Les Liegeois luy firent la guerre. L'E
vêché eftoit à Tongres anciennement; il fut enfuite à Maf
trick , & enfin transferé à Liege.
La Soeur Therefe des Anges
Carmelite du Monaftere de la
Sainte Mere de Dieu de Riom
GALANT 161
en Auvergne , y mourut le 2
jour de cette année d'une maladie qui commença le jour
de Saint Etienne à cinq heures du foir , mais qui n'eftoit
qu'une fuite des infirmitez qu'-
elle avoit foufferte depuis 15.
ans avec une patience édifiante. Elle eftoit âgée de 69. ans ;
elle en avoit 46. de Religion ,
& elle eft morte dans unegrande opinion de fainteté. Elle
avoit quitté fes parens dans un
âgefort tendre , & qui estoient
fort éloignez de Riom pour
s'y aller renfermer dans le Convent des Carmelites , & depuis.
Février 1710.
162 MERCURE
pour है
ce temps - là on peut affurer
qu'elle y a mené une vie toutà fait angelique. Son ardeur
le Saint Sacrement de
I'Autel l'avoit obligée de paffer tous les Jeudis de fa vie en
retraite , ce qu'elle a toujours
obfervé avecbeaucoup d'exactitude , & elle a eu la confolationde mourirun Jeudy. Dans:
· les douleurs d'une longue &
cruelle maladie qui l'a fait fouffrir durant quinze années entieres , elle ne s'eft jamais voulu relâcher des pratiques de fa
Regle , & on luy entendoit
dire fouvent queplus la mort eft
GALANT 163
proche , plus ilfaut travaillerpour
sy difpofer; & qu'il faut oublier
Le corps & penser à affurer du bien
àfon ame. L'avant - veille de
Noël elle demanda à fa Superieure de jeûner au pain & à
l'eau , comme fi elle cût îçû que
ce feroit le dernier exercice de
fa penitence; & comme la Superieure s'y oppofoit , elle luy
repliqua : Au nom de Dieu , ma
Mere , ne vous opposezpas à mon
defir ; vous devezaimermonames
je fuis peut - eftre bien prés de la
mort,je la veux attendre comme
un bon Soldat , les armes à la
main. Enfin les bas fentimens
Oij
164 MERCURE
quecette fainteFille avoit d'elle- même , donne le prix à fa
penitence. On enjugera parun
billet écrit de fa main & trouvé
aprés fa mort : il eftoit conçu
en ces termes : Je vousſupplie ,
ma Mere , de me procurer toutes
les Prieres que vous pourrez , j'en
auray ungrand befoin eftant veritablement une tres-grande Pechereffe :ce n'est pas par humilité ,
mais tres-fincerement queje ·ledis ,
vous ayant toutes trompées par
quelques foibles defirs exterieurs
defairepenitence, quoy que jamais
n'enfois venue aux effets comme il faut : c'est pourquoys, ma
je
GALANT 165
chere Mere , je vous fupplie de
mettre dans ma Lettre circulaire
que je demande un Miferere ,
pour reparer mon impenitence des
vant Dieu , & s'il me fait mifericorde , je vous promets d'en eftre
bien reconnoiffante ; mais aidezmoy àfortir du Purgatoire pour
l'amour de Dieu , s'il me fait la
grace d'y aller ; s'il mm'eftoitpermis
de dire lespechez quej'ay commis
&qui medonnent cette crainte , je
le ferois tres- volontiers. Ce Billet contient le triomphe de
l'humilité chreftienne ; on n'en
peut voir une plus profonde
avecunevertu plus épurée. On
166 MERCURE
écrit de Riom que Mr l'Abbé
Faydit l'eftant allé voir quelquesmois avant qu'il mourut,
elle luy prédit fa mort ; & qu'el
le a donné d'autres marques
de la connoiffance qu'elle avoit
de l'avenir.
Si des perfonnes qui ont
mené une vie auffi reguliere ,
ou pour mieux dire auffi fainte
craignent fi fort les Jugemens
de Dieu , que ne doivent point
aprehender ceux qui vivent
dans le monde. Tentens ceux
qui y menent la vie la plus
reguliere , puifqu'ils ne laiffent
pas d'eftre expofez tous les
GALANT 167
jours à une infinité de chofes
qui les font infenfiblement ,
& fans qu'ils ayent le temps
d'y refléchir , tomber dans le
peché , & par confequent
ceux qui font dans le tumulte
des affaires ; & qui ne refuſent
rien à leurs paffions. Enfin les
hommes ne peuvent eftre
tropattentifs à ce qui regarde
leur falut puifque l'Ecriture
die leplusfagepêche fept fois par
jour.
L'Article qui fuit doit auffi faire voir qu'il ya beaucoup
de plaifir à mourir de la mort
des Juftes , & doit faire trem1
768 MERCURE
bler en mêmetemps tous ceux
qui font répandus dans le
monde , qui font bien éloignez d'atteindre à cette per
fection , & qui au lieu de fonger pendant leur vie à acquerir les Trefors neceffaires
pour bien mourir , ne fongent à en amaffer que pour
vivre ,comme s'ils ne devoient
jamais quitter ce monde.
Il court dans le monde.
une Lettre de Dom Alexis
Mauroy Celerier de l'Abbaye
de Sept- fonds adreffée à Mr
Bouillet ami de cette Maifon
fur la mort du dernier Abbés
n'ayant
GALANT 169
n'ayant pu l'avoir entiere , je
vousen envoye un extrait fidéle. Il commence fa Lettre en
difant que commela mort eft
l'echo de la vie , on a vû àla
mort de Mr l'Abbé de Septfonds le même efprit de charité, de recueillement & de penitence , qui a caracterifé toutes.
fes actions. Il eftoit infirme depuis plufieurs années. Mais
ayant eſté faifi tout d'un
coup le 17. du mois de Sep.
tembre au matin d'une fiévre
ardente & d'une inflammation
de poitrine , le Medecin jugea
que la maladie feroit mortelle.
Février 1710. Р
170 MERCURE
Mr l'Abbéayant donc demandé les Sacremens , il fe confeffa
& dés qu'il cut reçû ce premier
Sacrement il tomba dans une
lethargie accompagnée de convulfions qui fit craindre qu'il
ne pût recevoir les autres Sacremens. Il reſta long- temps
dans cet eftat & même fans
mouvement ; mais en eſtant
revenu & ayant demandé avec
de vives inſtances ' Euchariftie,
on laluyapporta & il la reçût
avec les fentimens les plus vifs
& les plus ardens de l'amour
de Dieu ; toujours penetré du
fentiment de l'infuffifance de
GALANT. 171
遭
fa penitence, quoyqu'il en ait
fait une des plus longues &
des plus éclatantes , il fit divers
Actes de Charité mêlez du
fentiment de la plus parfaite
abjection de foy- même. Il
demanda pardon plufieurs
fois à toutela Communauté
qui fondoit en larmes , des
mauvais exemples qu'il avoit
donné & fe recommandant
humblement à fes Prieres ; &
fur ce que le Prieur luy dit
qu'aprés la vie penitente qu'il
avoit menée & aprés avoir
confommé le grand ouvrage
de la Reforme de cette Maifon,
Pij
172 MERCURE
il avoit lieu de tout efperer
de la Mifericorde de Dieu ; il
répondit qu'il n'avoit rienfait,
que tout venoit de Dieu , &
qu'il n'eftoit qu'un ouvrier indigne. Le Prieur au nom de la
Communauté le pria de demander à Dieu , quand il
feroit devant luy unSucceffeur
qui maintint fon ouvrage ;
il répondit qu'il leur en fouhaitoit unqui reparát tous ſes manquemens & toutes lesfautes aufquelles il avoit donné lieu ou par
luy même oupar fa condefcendance ( il faut remarquer , que
c'eft le même Prieur que le
*
GALANT 173
Roy avoit nommé depuis
Abbé de Sept - fonds , & qui
eft fils de Mr d'Oppede premier Prefident du Parlement
de Provence ) enfin le Prieur
luy demanda fa benediction
paternelle au nom de la Communauté. Cefaint & humble
Abbé fe fit long- temps preffer
avant que de la vouloir donner ; mais ne pouvant plus
refifter aux inftances de fes
Religieux qui fondoient tous
en larmes , il fe fit mettre à
fon feant , & aprés avoir fait
le figne de la Croix fur luymême , dit à haute voix ces
*
Piij
174 MERCURE
paroles enfaifant fur luy ſeul
un fecond figne de Croix , &
ne voulant pas benir les autres
par humilité benedicat nos
Deus ( ce qu'il repeta trois fois )
Ømetuent cumomnes fines terra.
Enfin il mourut le zo du
mois , jour de faint Euſtache
fon Patron , aprés une douce
agonie & fans la moindre
grimace.
Louis de Bats de Caftelmore , cy- devant Lieutenant au
Regiment des Gardes Françoifes , connu dans le monde fous
le nom de Mr le Comte d'Artaignan , fils aîné de Charles de
GALANT 175
Bats de Caftelmore , connu
auffi fous le nom de Mr le
Comte d'Artaignan , Capitaine Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires , tué au Siege de Maftrick
en 1673. mourut fur la fin
de l'année derniere dans fon
Chafteau de Caftelmore en Armagnaç ; nom que le Roy
Louis XIII. avoit ordonné à
fon pere de prendre n'eftant
encore que Mousquetaire
aprés la mort d'un des fes oncles du cofté maternel , tué au
Siege de la Rochelle : Bats de
Caftelmore fon pere ayant
,
éPiiij
176 MERCURE
poufé Françoife de Montef
quiou d'Arraignan en 1608.
lequel a porté toute fa vie le
nom d'Arraignan avec beaucoup de gloire; le deffunt ayant
cu l'honneur de meriter l'eftimede Sa Majesté par fon zele ,
fa fidelité & fon attachement
pour fonfervice.
Mlle de Fortia , fille de feu
Mr de Fortia , Doyendes Maî
tres des Requeftes & Confeiller d'Etat , eft morte il y a déja
quelque temps. La famille de
Mrs de Fortia eft tres-ancienne. Mr le Marquis de Fortia
Durban eft l'aîné de cette Mai-
•
GALANT 177
fon. Mr de Fortia , connu fous
le nom de Forville eft Licutenant de Roy en Provence
Capitaine de Galere , & Gouverneur de la Ville de Marfeille. Mr le Marquis de Monreal ,
qui fait fon fejour ordinaire à
Avignon , &qui a époufé Mlle
de Saffenage , fœur de Mr le
Comtede Saffenage , ci- devant
Premier Gentilhomme de la
Chambre de S. A. R. Mr le
Duc d'Orleans , eft auffi de
cette Mailon. En 1100. Sybille de Fortia époufa Pierre
d'Arragon. Ainfi vous pouvez
juger de la grandeur & de l'il-
178 MERCURE
luftration de cette Maiſon.
Mre N.... Duc d'Aquaviva
eft mort à Lyon , où il paſſoir
en revenant de la Cour pour
fe retirer en Italie. Il n'eftoit
âgé que de 25. ans. Mr le Maréchal de Villeroy qui fçavoit
qu'il devoit paffer dans fon
Gouvernement , avoit eu ſoin
de le recommander' , mais malgré tous les foins qu'on en a
pris une fiévre pourprée l'a em
porté aprés quelques jours de
maladie , & qu'il a reçû les Sacremens avec beaucoup d'édification des Vicaires de la Paroiffe de Saint Paul. Son corps
GALANT 179
par fon ordre a efté embaumé
& déposé dans l'Eglife du
grand Convent des Capucins ,
jufqu'à ce qu'on le tranſportaft
dans le Duché d'Aquaviva au
tombeau de ſes Anceftres, dans
la Province de Barri , une des
principales du Royaume de
Naples; ce jeune Seigneur étoit
frere du Cardinal Aquaviva, &
neveu d'un autre Cardinal du
côrématernel. Il a fait quantité
de legs , & il a donné 10000. écus à une Dame de fon Pays. Je
vous ay parlé de fa Maiſon en
vous apprenant le mariage de
M la Comteffe d'Angeville ,
1180 MERCURE
fa niece. Sa mere eft de la MaiMaifon de Sevignon. LeBourg
d'Aquaviva a donné le nom à
cette illuftre famille, qui donna
un Cardinal au Sacré College
dans le feiziéme fiecle. Octavio
Aquaviva fut un dés ornemens
du Clergé de Rome. Il eftoit .
fils de Jean- Jerôme Aquaviva
( ou Aqua- via ) Duc d'Atri ,
dont le Duc de qui je vous apprens la mort, defcendoit auffi.
Il fut dans une grande confideration à la Cour de Romefous quatre ou cinq Papes:
Sixte V. fur tout , luy donna
divers grands Emplois , & il
GALANT 181
l'honora de la Pourpre Romaine. LePape Leon X I. luy avoit
deftiné l'Archevêché de Naples , mais la mort l'ayant prévenu le Pape Paul V. executa
fes intentions. Claude Aquaviva , de la Compagnie de Jefus , eftoit fils du Duc d'Atri ;
il avoit déja cu des Emplois
importans àla Cour de Rome,
& il pouvoit tout efperer de
fon merite & de fa naiffance ,
lorfqu'il embraffa l'Inftitut des
Jefuites. Il fucceda au P. Everard Mercurieu , troifiéme General de la Compagnie , qu'il
gouverna durant 34. ans avec
182 MERCURE
beaucoup de douceur. Il mourut au commencement du 17°
ficcle.
M' l'Abbé de Laubefpin ,
Comte de S. Jean de Lyon , eft
auffi decedé à la fleur de fon
âge. Il eftoit frere de Mr le
Chevalier de Laubefpin Capitaine de Fregate legere , dont
fouvent parlé pen- je vous ay
dant la derniere guerre d'Italie.
Quoy que l'Article qui fuit
ne regarde qu'une mort, vous
e trouverez fort curieux.
La Republique des Lettres ,
vient de faire une perte confi-
GALANT 183
derable par la mort de M
Louis Pujet , d'une des plus
anciennes familles de Lyon ;
mais beaucoup plus recommandable par fon merite
fes lumieres , & fa vertu. Il
eftoit fils defeu M' Pujet Procureur du Roy au Siege Prefidial de Lyon , qui eſt une
Charge des plus importantes ,
& de Dame N.... d'Avefnesaux-petits neveux , de laquelle
ila laiffé tous les biens , ce Gentilhomme ayant voulu paffer
fa vie dans le celibat , comme
un eftar plus parfait & plus
propre pour s'attacher aux
184 MERCURÉ
Sciences , & pour faire des progrés plus fenfibles dans la vertu ; perfuadé d'ailleurs que le
chemin qu'une ame fait dans
de Dieu eft plus rapide
*
la
la voye
lorfqu'elle a moins d'occafions
de s'entretenir avec le monde,
& de ne juger par les fens de
ce qui ne le goûte que par
foy. Mr Pujer eftant encore
tour jeune s'attacha à la nouvelle Philofophie , & il s'y perfectionna fi fort qu'il a paffé durant tout le cours de la vie pour
un tres-bon & tres-folide Philofophe. Il s'eftoit fort attaché
à la Phyfique , fur tout à l'Ex-
GALANT 185
perimentale ; & il avoit fait de
grandes découvertes fur les
Matieres Magnetiques. Son
Cabinet eftoit pour les Pierres d'Ayman , ce qu'il y avoit
de plus curieux dans toutes les
Provinces voisines , & il ne paffoit point d'Etranger à Lyon
qui n'allaft voir toutes les beautez qu'il y avoit raſſemblées
& les Experiences qu'il faifoit
fur l'Ayman. Il avoit eu fur
cette matiere une diſpute avec
Mr Jobelot de l'Academie des
Sciences ; ce qui avoit produit
de part & d'autre quelques
Lettres pleines d'érudition . Mr
Février 1710. е
186 MERCURE
Pujet avoit perfectionné l'ufage du Microſcope , & il avoit
fait avec cet Inftrument des découvertes fur le corps des plus
petits Infectes, & il publia deux
Lettres il y a quelques années
adreffées au P.LamyBenedictin
fon amy particulier , où il rendoit compte à ce Sçavant Religieux de toutes les Obferva
tions qu'il avoit faites fur le
corps de certaines Mouches
d'uneespece particuliere & fur
leur cornée ; ce qu'il dit fur la
trompe des Papillons , & ce
qu'il en faifoit voir à l'aide de
ces Microſcopes eftoit en
GALANT 187
1
effect fingulier : & il difoit
ordinairement & d'une manie→
re fort ingenieufe , que nous
avions obligation au Microf
cope , de la découverte d'un
petit monde auparavant rout
à fait inconnu. Tous les Journaux ont parlé de ces deux
Lettres avec beaucoup d'éloges : & la premiere avoit mêma paru toute entiere dans un
Journal des Sçavans il y a déja
quelques années. Ce que Me
Pujet a écrit fur l'Ayman n'a
pas moins efté recherché des
Sçavans ; nous avons cafin de
luyune Differtation qu'il
Qij
188 MERCURE
翳
publia lors que la Baguette
dont on a tant parlé faifoit le
plus grand bruit ; & dans cet
Ouvrage ainfi que dans les
autres , il parle en grand Philofophe & en Maître de fa
matiere. Il n'ignoroit aucun
des anciens & nouveaux fiftemes de Philofophie , & il parloit de tous en homme qui les
poffedoit parfaitement
joignoit à ces talens la connoiffance des belles Lettres. Jamais
perfonne n'a mieux fçu les
Poëtes que luy. Tant de talens ne luy donnoient point
de vaine gloire , l'humilité fuc
3
il
GALANT 189
軍
toujours fa vertu la plus cherie,
& il feroit difficile de trouver
dans un même homme un
cette vertu
$
fçavoir fi profond & fi étendu
avecune fi grande humilité ;
il joignoit à cette
Chreftienne le principe de
toutes les autres , un amour
pour les pauvres qui a principalement caracterifé toutes
fes actions. Dans l'année 1694
où ils fouffrirent beaucoup il
vendit toute fa vaiffelle d'argent & la plus grande partic
de fon linge pour les foulager ,
& il s'eft auffi furpaffé l'année
derniere dans l'exercice de fa
}
190 MERCURE
charité. Il a donné fa Bibliotheque à la Maifon des Jeſuites de S. Jofeph de Lyon , &
toutes fes Pierres d'Ayman &
autres curiofitez à Mr de la
Vallette Treforier de France ,
fonancien ami, & celuy de tous
les gens de Lettres . Il eft mort
âgé de prés de 80. ans.
Il y a peu de temps que je
vous ay parlé de la nomination de Mr l'Abbé d'Heudicourt, dont jevous apprens au
jourd'huy la mort , àl'Evêché
d'Evreux. Havoit travaillé pendant toute fa vie à fe rendre
digne du Siege Epifcopal , &
GALANT 191
il y eftoit arrivé par tous les
degrez qui peuvent y faire
monter. Il ne doit point rendre
de compte à Dieu de fes momens perdus , puifqu'il n'eftoit
encore âgé que de trente- deux
ans , lorfque la mort l'a furpris , & il avoit fi utilement
employé ce peude temps pour
le bien de l'Eglife , qu'il y alieu
de croire que s'il eftoit demeuré longtemps fur le Siege Epifcopal , l'Eglife en auroit tiré
de grands fecours. Je ne vous
endis rien davantage , vous en
ayant déja parlé dans le temps
qu'il a efté nomméà l'Evêché
d'Evreux.
192 MERCURE
La mort a auffi enlevé Mr
le Chevalier de Chaumont ,
Major general de l'Armée Navale du Levant. Il eftoit âgé de
79. ans , & il avoit eſté Ambaffadeur à Siam. J'aurois dû
ajoûter cette qualité à celles
que je viens de marquer , dans
lefquelles j'ay peut eftre oublié
quelque chofe ; mais fes Billets
d'Enterrément n'ont pû l'apprendre , puifqu'il n'a point
voulu que l'on en filt , & qu'il
、 a cfté enterré à Saint Severin
fans aucun éclat , n'ayant pref
que eu que des Pauvres pour
affiftans àfon Convoy, & qui
luy
GALANT 193
luy ont donné mille benedic
tions. Rien n'a efté plus éclatant que fon Ambaffade au
prés du Roy de Siam. Ilamena en France trois Ambaffadeurs de ce Monarque , & il
leur fit rendre depuis Breft jufqu'à Paris , tous les honneurs
dûs à leur caractere. Il eftoit
coufin germain de Mr le
Marquis de Guitry , GrandMaistre de la Garderobbe ,
qui fut tué près du Fort de
Tolwis avec Mr le Duc de
Longueville. La Maiſon de
Guitry eft fort ancienne , &
fous Charles VII. N. Sire
Février 1710.
*.
· R
194 MERCURE
-
de Guitry , Gouverneur de
Montereau faut - Yonne ,
fecourut Harfleur contre les
Anglois , & il perdit la vie à
la Journée de Verneuil. Cette
Maiſon avoit auffi brillébeaucoup pendant le regne de
Charles VI.
Je dois vous apprendre la
mortde Mr de Maupeou, premier Prefident de la premiere
Chambre des Enqueftes ; mais
comme je vous ay parlé plufieurs fois de la Maifon de
Maupeou, de fa Nobleffe , &
de fes Alliances ; du rare merite & des Emplois éclatans de
GALANT 195
plufieurs grands Hommes de
ce nom qui fe font diftinguez
dans les trois Ordres de l'Etat ,
& en dernier lieu à l'occafion
de Mr l'Archevêque d'Auch ,
auparavant Evêque de Caftres ,
je mecontenteray de vous dire
aujourd'huy que Mr fon frere
qui vient de mourir avoit eſté
reçu fort jeune Chevalier de
Malthe ; que preft d'y faire fes
vœux,il fut engagé par fes parens à revenir en France pour
foûtenir fon nom , à cauſe de
la mort de fon frere qui eftoit
Avocat general du grand Confeil ; qu'il eft mort dans fa cinRij
196 MERCURE
quante-quatrième année , premier Prefident de la premiere
Chambre des Enqueftes , où
il s'eftoit acquis la réputation
d'un Juge tres- integre , & que
de fon mariage avec Mlle le
Noir fille unique de Me la Prefidente le Bailleul , il n'a laiffé
qu'un fils âgé de 21. an , qui
cft Avocat du Royau Chaftelet ; jeune Magiftrat qui eft
tres gracieux & tres bien fait
qui a beaucoup d'efprit , &fur
lequel il y a d'autant plus de
fujet de fonder de hautes efperances , que la nature &la
fortune agiffant pour luy com
DE
LYON
TILLE
الاشياء
i
GALANT 197
me de concert , ont pris foin
de joindre en fa perfonne de
grands biens à de grands talens.
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Résumé : Article des Morts, parmi lesquelles il s'en trouve de tres-edifiantes. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs décès notables et les circonstances qui les entourent. Le Baron de Mean, grand doyen du Chapitre de la Cathédrale de Liège, est décédé. Il avait été échangé avec l'évêque de Québec, Saint Vallier, capturé par des Anglais. Le Baron de Mean avait exprimé des regrets pour les troubles causés à sa patrie et souhaitait le retour de l'Électeur de Cologne, souverain de Liège. Le Baron de Selis, ancien prévôt de Saint Paul, a été élu pour lui succéder. Issu d'une famille distinguée du Pays de Liège, originaire d'Alsace, il est proche parent du Comte de Poitiers, chancelier de la même église. La sœur Thérèse des Anges, carmélite du monastère de la Sainte Mère de Dieu à Riom en Auvergne, est décédée à l'âge de 69 ans après une longue maladie. Elle avait mené une vie exemplaire, marquée par une grande dévotion et une humilité profonde, quittant sa famille jeune pour entrer au couvent et observant rigoureusement les pratiques de sa règle. L'abbé de Sept-Fonds est également décédé, montrant un esprit de charité et de pénitence jusqu'à la fin. Il avait demandé pardon pour les mauvais exemples donnés et exprimé son humilité en se considérant comme un ouvrier indigne. Louis de Bats de Castelmore, connu sous le nom de Comte d'Artagnan, est décédé dans son château de Castelmore en Armagnac. Lieutenant au régiment des Gardes Françaises, il avait été tué au siège de Maastricht en 1673. Son père, également Comte d'Artagnan, avait été mousquetaire et avait épousé Françoise de Montèsquiou d'Artagnan en 1608. Mlle de Fortia, fille de feu Monsieur de Fortia, doyen des Maîtres des Requêtes et conseiller d'État, est décédée. La famille de Fortia est très ancienne et distinguée, avec plusieurs membres occupant des postes importants. Le Duc d'Aquaviva est mort à Lyon à l'âge de 25 ans. Frère du Cardinal Aquaviva et neveu d'un autre cardinal, il avait fait plusieurs legs et donné 10 000 écus à une dame de son pays. Sa famille, originaire du bourg d'Aquaviva, a produit plusieurs personnages illustres, dont des cardinaux et des membres éminents du clergé romain. Un gouverneur anonyme a régné avec douceur durant 34 ans et est décédé au début du 17ème siècle. L'Abbé de Laubespin, Comte de Saint-Jean-de-Lyon, est également décédé jeune. Il était le frère du Chevalier de Laubespin, capitaine de frégate légère, connu pour ses actions durant la dernière guerre d'Italie. La République des Lettres a subi une perte significative avec la mort de Louis Pujet, issu d'une ancienne famille lyonnaise. Pujet, fils du procureur du roi au siège présidial de Lyon, a choisi de vivre célibataire pour se consacrer aux sciences et à la vertu. Il s'est distingué en philosophie, particulièrement en physique expérimentale, et a fait des découvertes sur les matières magnétiques. Son cabinet de pierres d'aimant était renommé. Pujet a perfectionné l'usage du microscope et a publié des lettres sur ses observations. Il a également écrit sur la baguette divinatoire et maîtrisait les anciens et nouveaux systèmes de philosophie. Humble et charitable, il a vendu ses biens pour aider les pauvres et a légué sa bibliothèque aux Jésuites de Lyon. Il est mort à près de 80 ans. L'Abbé d'Heudicourt, évêque d'Évreux, est décédé à l'âge de 32 ans après avoir travaillé toute sa vie pour se rendre digne de son siège épiscopal. Le Chevalier de Chaumont, major général de l'armée navale du Levant et ancien ambassadeur à Siam, est mort à 79 ans. Il a préféré une cérémonie funéraire discrète, assisté uniquement par des pauvres. Monsieur de Maupeou, premier président de la première Chambre des Enquêtes, est décédé à 54 ans, laissant un fils avocat au Châtelet, promis à un grand avenir.
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4575
p. 163
ENIGME.
Début :
Quelque fois je fais honte à l'homme glorieux, [...]
Mots clefs :
Lettre P
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
0/fais home à l'horH'
me nlo).'eux,
Lorsque de !mjetasseparei
7-sjOHvtnttinte moi lePeuplele
COti-J{'!a'f,
Pourquoi ne parlant pas des
mieux ?
Tarl.i je avec tant d'impudence,
Et d'o,! me vient mon insolence?
C'estparcequ'onm'a mis dans le
nombre des D.;cw'r,: : Afi Seear
,
Je crv!S, ne fut jamais
]);:,Ir., I;m(lai,JiJj.efuis d'une comique
espece ; Mais, ef.rir.rc, cr sa'tcuilajeti*
Î" njf(e,
,
Etjen'en ioi; raflar,:'Cor,
Tant que ;>;:'.Z SoeuresY.LUsfern-*
mes e.:pnjcn
Eutrenom,nulle d-'erevre :
C i{1c -;, ornent de r.a r.-r'u"'We,
IR"r.' R»
me nlo).'eux,
Lorsque de !mjetasseparei
7-sjOHvtnttinte moi lePeuplele
COti-J{'!a'f,
Pourquoi ne parlant pas des
mieux ?
Tarl.i je avec tant d'impudence,
Et d'o,! me vient mon insolence?
C'estparcequ'onm'a mis dans le
nombre des D.;cw'r,: : Afi Seear
,
Je crv!S, ne fut jamais
]);:,Ir., I;m(lai,JiJj.efuis d'une comique
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Î" njf(e,
,
Etjen'en ioi; raflar,:'Cor,
Tant que ;>;:'.Z SoeuresY.LUsfern-*
mes e.:pnjcn
Eutrenom,nulle d-'erevre :
C i{1c -;, ornent de r.a r.-r'u"'We,
IR"r.' R»
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4576
p. 2054
TURQUIE ET PERSE.
Début :
Selon les Dépêches d'Achmet-Pacha, Commandant à Bagdad, Thamas Kouli-Kan étant [...]
Mots clefs :
Achmet Pacha, Thamas Kouli-Kan, Topal Osman Pacha, Armée, Camp, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
Elon les Dépêches d'Achmet-Pacha Commandant
à Bagdad , Thamas Kouli- Kan étant
instruit que l'Armée de Topal Osman , devoit
être augmentée considerablement , avoit abandonné
le projet de s'emparer de cette importante
Place , et les Troupes qui en faisoient le blocus
, avoient abandonné leur Camp pour l'aller
joindre auprès de Moussoul.
Ces Lettres ajoûtent que la disette et les maladies
avoient fort diminué l'Armée Persanne , et
qu'elle étoit fort inferieure à celle des Turcs. "
On a appris aussi qu'un Corps de 10000. Jannissaires
, à qui Topal Osman avoit ordonné
d'observer les mouvemens des Ennemis , avoit
attaqué un de leurs Convois et s'en étoit rendu
maître.
Les 15000. Janissaires qu'on envoye à Topal
Osman , ont dû arriver dans son Camp le 9.
Juillet.
Plusieurs Lettres confirment que les 40000.
Tartares qui ont reçû ordre de marcher en Geor-
"gie , y sont entrez vers le 15. Juin.
Elon les Dépêches d'Achmet-Pacha Commandant
à Bagdad , Thamas Kouli- Kan étant
instruit que l'Armée de Topal Osman , devoit
être augmentée considerablement , avoit abandonné
le projet de s'emparer de cette importante
Place , et les Troupes qui en faisoient le blocus
, avoient abandonné leur Camp pour l'aller
joindre auprès de Moussoul.
Ces Lettres ajoûtent que la disette et les maladies
avoient fort diminué l'Armée Persanne , et
qu'elle étoit fort inferieure à celle des Turcs. "
On a appris aussi qu'un Corps de 10000. Jannissaires
, à qui Topal Osman avoit ordonné
d'observer les mouvemens des Ennemis , avoit
attaqué un de leurs Convois et s'en étoit rendu
maître.
Les 15000. Janissaires qu'on envoye à Topal
Osman , ont dû arriver dans son Camp le 9.
Juillet.
Plusieurs Lettres confirment que les 40000.
Tartares qui ont reçû ordre de marcher en Geor-
"gie , y sont entrez vers le 15. Juin.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Le texte décrit des événements militaires entre la Turquie et la Perse. Achmet-Pacha rapporte que Thamas Kouli-Kan a renoncé à attaquer Bagdad. Les troupes turques ont rejoint Topal Osman à Mossoul. L'armée persane est affaiblie par la disette et les maladies. Topal Osman a capturé un convoi ennemi avec 10 000 janissaires et reçu 15 000 autres. 40 000 Tartares ont marché vers la Géorgie.
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4577
p. 2054
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On mande de Constantinople que les Ambassadeurs du Roi de Perse qui y étoient venus [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
N mande de Conftantinople que les Ambaffadeurs
du Roi de Perfe qui y étoient venus
pour demander au Grand - Seigneur la reftitution
de quelques-unes des Places qu'il a con
quifes en Perfe pendant la précedente révolu→
tion , étoient partis pour s'en retourner : que
nonobftant ce qui avoit été conclu avec eux on
avoit affemblé le Divan , qu'il y avoit été reſolu
de faire marcher un Corps de Troupes de 40000 .
hommes vers la Georgie , & que le commandement
en avoit été donné au Pacha Cupruli , auquel
S. H. avoit confié la défenſe de ſes conquétes.
Les Lettres de Conftantinople portent qu'on y
avoit appris d'I paham que le Roi de Perfe marchoit
vers Tauris avec une Armée fort nombreufe.
N mande de Conftantinople que les Ambaffadeurs
du Roi de Perfe qui y étoient venus
pour demander au Grand - Seigneur la reftitution
de quelques-unes des Places qu'il a con
quifes en Perfe pendant la précedente révolu→
tion , étoient partis pour s'en retourner : que
nonobftant ce qui avoit été conclu avec eux on
avoit affemblé le Divan , qu'il y avoit été reſolu
de faire marcher un Corps de Troupes de 40000 .
hommes vers la Georgie , & que le commandement
en avoit été donné au Pacha Cupruli , auquel
S. H. avoit confié la défenſe de ſes conquétes.
Les Lettres de Conftantinople portent qu'on y
avoit appris d'I paham que le Roi de Perfe marchoit
vers Tauris avec une Armée fort nombreufe.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Des ambassadeurs perses à Constantinople ont demandé la restitution de places conquises par la Turquie. Malgré les accords, le Divan turc a envoyé 40 000 hommes en Géorgie sous le commandement du Pacha Cupruli. Le roi de Perse avance vers Tauris avec une armée nombreuse.
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4578
p. 154
LOGOGRYPHE.
Début :
Au Peuple, aux Artisans, aux Magistrats, aux Rois, [...]
Mots clefs :
Maîtresse
4579
p. 564
Le Complaisant, [titre d'après la table]
Début :
Le 2 de ce mois, les Comédiens François remirent au Théatre la Comédie du [...]
Mots clefs :
Complaisant, Nouveauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Complaisant, [titre d'après la table]
Le 2 de ce mois , les Comédiens François
remirent au Théatre la Comédie du
Complaisant , qu'on n'avoit pas reprise
depuis sa nouveauté ; et le Sr Quinaut ,
qui s'étoit retiré à la Campagne , il y a
près d'un an , reparut dans le principal
Rôle de cette Piece , à la grande satisfaction
du Public , dont il fut reçu avec
de grands applaudissemens.
Nous avons parlé du Complaisant dans
sa nouveauté comme d'une excellente
Piéce ; elle est aussi excellemment représentée
. On en peut voir l'Extrait dans le
Mercure d'Avril dernier , page 780 .
remirent au Théatre la Comédie du
Complaisant , qu'on n'avoit pas reprise
depuis sa nouveauté ; et le Sr Quinaut ,
qui s'étoit retiré à la Campagne , il y a
près d'un an , reparut dans le principal
Rôle de cette Piece , à la grande satisfaction
du Public , dont il fut reçu avec
de grands applaudissemens.
Nous avons parlé du Complaisant dans
sa nouveauté comme d'une excellente
Piéce ; elle est aussi excellemment représentée
. On en peut voir l'Extrait dans le
Mercure d'Avril dernier , page 780 .
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Résumé : Le Complaisant, [titre d'après la table]
Le 2 du mois, les Comédiens Français ont repris 'Le Complaisant' au théâtre. Monsieur Quinaut, de retour après un an de retraite, a interprété le rôle principal. Le public l'a acclamé. La pièce, déjà saluée, a été jugée excellente. Un extrait est disponible dans le Mercure d'avril précédent, page 780.
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4580
p. 2274
« On mande de Strasbourg, que le Maréchal de Coigny, qui étoit le 13 du mois dernier [...] »
Début :
On mande de Strasbourg, que le Maréchal de Coigny, qui étoit le 13 du mois dernier [...]
Mots clefs :
Maréchal de Coigny, Comte de Clermont, Division, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Strasbourg, que le Maréchal de Coigny, qui étoit le 13 du mois dernier [...] »
On mande de Strasbourg,que le Maréchal
de Coigny , qui étoit le 13 du mois dernier
àEllenheim , devoit arriver le lendemain à
Emedingen avec la premiere Diviſion de
l'armée du Roi , & que la Diviſion qui eſt
fous les ordres du Comte de Clermont, Prince
du Sang , a dû camper le 15 à Valdkuik.
Le Duc d'Harcourt eſt entré le 11 dans le
Vieux Briſack, où il a fait établir deux ponts
fur le Rhin , & le Chevalier de Belle- Ifle a
marché de Vilingen dans le Comté de Nullembourg.
Le 13 , l'armée de l'Empereur eſt partie
de Lauffen, pour aller à Dunkelopiel ; elle y
devoit arriver le 18 & le 20 , & l'on comptoit
qu'elle y feroit jointe par les troupes
Hefloifes.
de Coigny , qui étoit le 13 du mois dernier
àEllenheim , devoit arriver le lendemain à
Emedingen avec la premiere Diviſion de
l'armée du Roi , & que la Diviſion qui eſt
fous les ordres du Comte de Clermont, Prince
du Sang , a dû camper le 15 à Valdkuik.
Le Duc d'Harcourt eſt entré le 11 dans le
Vieux Briſack, où il a fait établir deux ponts
fur le Rhin , & le Chevalier de Belle- Ifle a
marché de Vilingen dans le Comté de Nullembourg.
Le 13 , l'armée de l'Empereur eſt partie
de Lauffen, pour aller à Dunkelopiel ; elle y
devoit arriver le 18 & le 20 , & l'on comptoit
qu'elle y feroit jointe par les troupes
Hefloifes.
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4581
p. 2480
RUSSIE.
Début :
La Czarine a ordonné que tous ceux qui possedent des biens fonds dans les Pays de [...]
Mots clefs :
Tsarine, Biens-fonds
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
LA Czarine a ordonné que tous ceux qui pos
LAsedent des biens fonds dans les Pays de
son obéissance , payeront la huitième partie de
leurs revenus à l'Etat , et qu'on retiendra 15.
pour 10c. à tous ceux qui reçoivent des apoin
temens ou des Pensions de la Cour , afin de
fournir aux dépenses de la guerre.
LA Czarine a ordonné que tous ceux qui pos
LAsedent des biens fonds dans les Pays de
son obéissance , payeront la huitième partie de
leurs revenus à l'Etat , et qu'on retiendra 15.
pour 10c. à tous ceux qui reçoivent des apoin
temens ou des Pensions de la Cour , afin de
fournir aux dépenses de la guerre.
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4583
p. 159-160
« A propos de Bouts rimez, M. de Tresvillon Commissaire d' [...] »
Début :
A propos de Bouts rimez, M. de Tresvillon Commissaire d' [...]
Mots clefs :
Sonnet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A propos de Bouts rimez, M. de Tresvillon Commissaire d' [...] »
A propos de Boutsrimez,
M. deTresvillon Commissaired'Artillerievient
de m'envoyer
un Sonnet sur les rimes
propo fées il y a deux mois.
1. Son cfprit dans son sujet,luy
fait tireruneconjecture qui,
quoyque sans aucun fondement
apparent, ameine à la
gloire de Monseigneur le^
DDuuccd'dOOrlécaénasnns nôôtrtree RRcc~uecnncr'.,
,une petite loüange qui me
paroist fort naturelle.Voicy
son Sonnet.
M. deTresvillon Commissaired'Artillerievient
de m'envoyer
un Sonnet sur les rimes
propo fées il y a deux mois.
1. Son cfprit dans son sujet,luy
fait tireruneconjecture qui,
quoyque sans aucun fondement
apparent, ameine à la
gloire de Monseigneur le^
DDuuccd'dOOrlécaénasnns nôôtrtree RRcc~uecnncr'.,
,une petite loüange qui me
paroist fort naturelle.Voicy
son Sonnet.
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4584
p. 156-157
AUTRE.
Début :
Sans jambes & sans pieds par tout on me promene. [...]
Mots clefs :
Éperons
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ans jambes & fans pieds par tout on
me promene.
Rarement fur la mer , fort fouvent dans la
plaine.
Je fuis dur & cruel , contraire aux pareſfeux.
Trés-utile au vaincu comme au victorieux.
Mon camarade & moi , marchons de compagnie
L'un & l'autre engagés dans la Cavalerie.
D'AVRILY
57
On nous voit exposés au moufquet, au canon,
Et de fameux combats ont porté noftre
nom .
Ans jambes & fans pieds par tout on
me promene.
Rarement fur la mer , fort fouvent dans la
plaine.
Je fuis dur & cruel , contraire aux pareſfeux.
Trés-utile au vaincu comme au victorieux.
Mon camarade & moi , marchons de compagnie
L'un & l'autre engagés dans la Cavalerie.
D'AVRILY
57
On nous voit exposés au moufquet, au canon,
Et de fameux combats ont porté noftre
nom .
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4585
p. 2034-2035
Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudi 11 de ce mois, l'Académie Royale de Musique remit au Théâtre Scylla, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet, Scylla, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Le Jeudi 11 de ce mois > l'Académie
Royale de Musique remit au Théatre Scylla , Tragédie representée dans sa nouveauté au mois de Septembre 1701. et reprise en Octobre 1720. Le Poëme et la
Musique sont de M. Duché et de M.Theobalde.Nous en donnerons l'Extrait en parlant de l'xécution. Nous ajoûterons seulement ici que cet Opéra est très bien remis , bien habillé et bien décoré. Un
morceau sur tout , cssentiel à caracteriser
le lieu de la Scene , a été trouvé admirable ; c'est la représentation du Tombeau
de Tiresie , d'une Architecture rustique ,
simple , noble et vraie. Les gens du meilleur goût n'y désirent rien pour le colo- ris
SEPTEMBRE. 1732. 2035
ris , pour la juste distribution des lumieres
et des ombres , pour le relief des différentesparties , et pour l'effet du tout ensemble.
,
Le Balet est très- bien composé par le
sieur Blondi , et très - varié. Les airs de
Violons y sont harmonieux , dansans
d'une très- grande beauté , et caracterisez
au mieux principalement la fameuse
Passacaille du second Acte , qui est un
morceau au- dessus de tout ce que nous
avons vû en ce genre. La Musique en général est fort goûtée et mérite de l'être ,
le Poëme ne l'est pas tant.
Royale de Musique remit au Théatre Scylla , Tragédie representée dans sa nouveauté au mois de Septembre 1701. et reprise en Octobre 1720. Le Poëme et la
Musique sont de M. Duché et de M.Theobalde.Nous en donnerons l'Extrait en parlant de l'xécution. Nous ajoûterons seulement ici que cet Opéra est très bien remis , bien habillé et bien décoré. Un
morceau sur tout , cssentiel à caracteriser
le lieu de la Scene , a été trouvé admirable ; c'est la représentation du Tombeau
de Tiresie , d'une Architecture rustique ,
simple , noble et vraie. Les gens du meilleur goût n'y désirent rien pour le colo- ris
SEPTEMBRE. 1732. 2035
ris , pour la juste distribution des lumieres
et des ombres , pour le relief des différentesparties , et pour l'effet du tout ensemble.
,
Le Balet est très- bien composé par le
sieur Blondi , et très - varié. Les airs de
Violons y sont harmonieux , dansans
d'une très- grande beauté , et caracterisez
au mieux principalement la fameuse
Passacaille du second Acte , qui est un
morceau au- dessus de tout ce que nous
avons vû en ce genre. La Musique en général est fort goûtée et mérite de l'être ,
le Poëme ne l'est pas tant.
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Résumé : Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Le 11 octobre 1732, l'Académie Royale de Musique a présenté la tragédie 'Scylla' au Théâtre. Cette œuvre, initialement créée en septembre 1701 et reprise en octobre 1720, est le fruit du poème de M. Duché et de la musique de M. Théobalde. La production est saluée pour sa mise en scène, ses costumes et ses décors. Le Tombeau de Tirésias est particulièrement remarqué pour son architecture rustique, simple, noble et vraie. Les experts apprécient la distribution des couleurs, des lumières et des ombres, ainsi que le relief et l'effet global. Le ballet, composé par le sieur Blondi, est varié et les airs de violons sont harmonieux et dansants. La passacaille du second acte est particulièrement remarquable. La musique est globalement très appréciée, bien que le poème le soit moins.
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4586
p. 80-81
EPISTRE chagrine. Sur le mot de l'Enigme qui est le MELON.
Début :
Quand il gresle quelle frayeur [...]
Mots clefs :
Melon, Vin
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texteReconnaissance textuelle : EPISTRE chagrine. Sur le mot de l'Enigme qui est le MELON.
EPISTRE
chagrine.
Sur le mot de l'Enigme
quiestle MELON. L Es Melons ne valent
rien sur la fin de l'Automne,
à peine puis- je les souffrir
en plein Esié : que je
fuis ndigné de le voir comparé
au vin: le vin est le
symbole de la sincerité, le
melon est le symbole de la
tromperie, le vin donne du
courage, le melon ne donne
que dela crainte.
Quand il gresse quelle frayeur
A-t-onpour son palais de verres
Quand on l'achette on a bien peur
De ne trouver en luy qu'unfade
goustdeterre.
Dans un estomac rapporteur,
Des nezil devient la terreur:
Quandonle mange on a la crainte
D'estre tourmenté d'une éprainte;
Toujours crainte, terreur,frayeur.
Dans cefruitpesant ~& trompeur,
Eny révanttantostje craignois.
la migraine :
Mauditsoitlefruit ~& lagraine,
L'autheur de l'Enigme &le nom
De mon ennemi le Melon.
chagrine.
Sur le mot de l'Enigme
quiestle MELON. L Es Melons ne valent
rien sur la fin de l'Automne,
à peine puis- je les souffrir
en plein Esié : que je
fuis ndigné de le voir comparé
au vin: le vin est le
symbole de la sincerité, le
melon est le symbole de la
tromperie, le vin donne du
courage, le melon ne donne
que dela crainte.
Quand il gresse quelle frayeur
A-t-onpour son palais de verres
Quand on l'achette on a bien peur
De ne trouver en luy qu'unfade
goustdeterre.
Dans un estomac rapporteur,
Des nezil devient la terreur:
Quandonle mange on a la crainte
D'estre tourmenté d'une éprainte;
Toujours crainte, terreur,frayeur.
Dans cefruitpesant ~& trompeur,
Eny révanttantostje craignois.
la migraine :
Mauditsoitlefruit ~& lagraine,
L'autheur de l'Enigme &le nom
De mon ennemi le Melon.
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Résumé : EPISTRE chagrine. Sur le mot de l'Enigme qui est le MELON.
L'épître exprime une aversion pour le melon, jugé insipide et trompeur. L'auteur le compare défavorablement au vin, symbole de sincérité. Il craint un goût fade, des troubles digestifs et des migraines. Il qualifie le melon de 'fruit pesant et trompeur' et le désigne comme son ennemi.
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4587
p. 157-158
NOMINATION de quatre-vingt cinq Chevaliers de l'Ordre militaire de saint Loüis.
Début :
Le mesme jour vingt-cinq Novembre Sa Majesté a nommé [...]
Mots clefs :
Nomination, Chevaliers, Ordre militaire de Saint Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOMINATION de quatre-vingt cinq Chevaliers de l'Ordre militaire de saint Loüis.
NOMINATION
de quatre -
vingtcinq Chevaliers de l'Ordre militaire de JaintLouis. L E mesmejour vingtcinq Novembre Sa Majesté a nommé quatre- vingt
cinq Chevaliers de l'Ordre
militaire de saint Louis,
sçavoir
:
Trois Capitaines des
Ports.
Vingt- sixCapitaines de
vaisseaux.
Trois Capitaines d'artillerie.
Six Capitaines de Fregates.
Un Lieutenant de Port
Vingt-neuf Lieutenants
Je vaisseaux.
Quatre Lieutenants d'artillerie.
Trois Capitaines de brulots.
-
Six Enseignes de vaisseaux.
Quatre Lieutenants de
Fregates.
de quatre -
vingtcinq Chevaliers de l'Ordre militaire de JaintLouis. L E mesmejour vingtcinq Novembre Sa Majesté a nommé quatre- vingt
cinq Chevaliers de l'Ordre
militaire de saint Louis,
sçavoir
:
Trois Capitaines des
Ports.
Vingt- sixCapitaines de
vaisseaux.
Trois Capitaines d'artillerie.
Six Capitaines de Fregates.
Un Lieutenant de Port
Vingt-neuf Lieutenants
Je vaisseaux.
Quatre Lieutenants d'artillerie.
Trois Capitaines de brulots.
-
Six Enseignes de vaisseaux.
Quatre Lieutenants de
Fregates.
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Résumé : NOMINATION de quatre-vingt cinq Chevaliers de l'Ordre militaire de saint Loüis.
Le 25 novembre, Sa Majesté a nommé quatre-vingt-cinq Chevaliers de l'Ordre militaire de Saint-Louis. Les nominations incluent des capitaines des ports, des capitaines de vaisseaux, des capitaines d'artillerie, des capitaines de frégates, des lieutenants de port, des lieutenants de vaisseaux, des lieutenants d'artillerie, des capitaines de brulots, des enseignes de vaisseaux et des lieutenants de frégates.
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4588
p. 1614-1615
Vers pour la Dlle d'Angeville, [titre d'après la table]
Début :
M. Fuzelier, Auteur de la petite Comédie du Procès des [...]
Mots clefs :
Procès des Sens, Ouïe, Demoiselle Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers pour la Dlle d'Angeville, [titre d'après la table]
M. Fuzelier , Auteur de la petite Comédie du Procès des Sens , que le public
voit toujours avec plaisir , y a fait quelques changemens et augmentations , au
sujet de l'Entrée de l'Ouie, qu'on a donnée
à l'Opéra depuis peu, qui ont été applaudis. La Dile Dangeville , qui joue le principal Rôle , avec tant de finesse dans
cette Piéce , s'est attiré les justes éloges
qu'on va lire :
Pour-
JUILLET 32. 1615
Pourquoi tant differer , aimable Dangeville ,
Aprononcer dans le Procês des Sens
Le jugement peut-il paroître difficile
A qui peut , comme toy , consulter le bon sens ?
C'est faire trop long- temps injustice à la vûë ;
Surses quatre rivaux elle doit l'emporter,
Puisque sans elle en vain le Ciel t'auroit pourvûë ,
Des graces , des appas , que l'on voit t'escorter ;
Peut - être le Toucher auroit - il plus de charmes ,
Mais , hélas ! il m'est deffendu ;
La vue a seule droit qu'on lui rende les armes
Même en dépit de ta vertu ;
Je m'y tiens donc , d'autant qu'elle a cet avan
tage ,
Que c'est par elle que je voi,
Que l'on doit convenir , pour peu que l'on soit
sage,
•
Qu'Amour est moins Amour ques toi
voit toujours avec plaisir , y a fait quelques changemens et augmentations , au
sujet de l'Entrée de l'Ouie, qu'on a donnée
à l'Opéra depuis peu, qui ont été applaudis. La Dile Dangeville , qui joue le principal Rôle , avec tant de finesse dans
cette Piéce , s'est attiré les justes éloges
qu'on va lire :
Pour-
JUILLET 32. 1615
Pourquoi tant differer , aimable Dangeville ,
Aprononcer dans le Procês des Sens
Le jugement peut-il paroître difficile
A qui peut , comme toy , consulter le bon sens ?
C'est faire trop long- temps injustice à la vûë ;
Surses quatre rivaux elle doit l'emporter,
Puisque sans elle en vain le Ciel t'auroit pourvûë ,
Des graces , des appas , que l'on voit t'escorter ;
Peut - être le Toucher auroit - il plus de charmes ,
Mais , hélas ! il m'est deffendu ;
La vue a seule droit qu'on lui rende les armes
Même en dépit de ta vertu ;
Je m'y tiens donc , d'autant qu'elle a cet avan
tage ,
Que c'est par elle que je voi,
Que l'on doit convenir , pour peu que l'on soit
sage,
•
Qu'Amour est moins Amour ques toi
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Résumé : Vers pour la Dlle d'Angeville, [titre d'après la table]
Le texte décrit les modifications et ajouts réalisés par M. Fuzelier à sa pièce 'Le Procès des Sens', notamment l'entrée de l'Ouie à l'Opéra, qui ont été favorablement reçus par le public. La comédienne La Dangeville, qui joue le rôle principal, est particulièrement saluée pour sa finesse et ses éloges appropriés. Le texte inclut également un poème daté du 32 juillet 1615, qui célèbre les qualités de La Dangeville et la supériorité de la vue parmi les sens. Le poème souligne que, bien que le toucher puisse avoir des charmes, la vue est privilégiée car elle permet de voir et de reconnaître l'amour.
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4589
p. 2054-2055
RUSSIE.
Début :
On a envoyé un Détachement de Cavalerie audevant des Ambassadeurs de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Tsarine, Russie, Roi de Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
Na envoyé un Détachement de Cavalerie
devant des Ambaffadeurs de l'Empereur
de la Chine qui font arrivés fur les Frontieres
& on a donné les ordres neceffaires pour les faire
défrayer pendant leur route.
La Czarine a confirmé par un Decret l'établiffement
de l'Académie des Sciences & .des Arts
de Petersbourg , qui continuera de s'y aſſembler
dans le Palais que le Czar Pierre I. lui a fait bâ
tir
SEPTEMBRE. 1730. 2055
tir ; mais S. M. a ordonné qu'il y eut toujours
un certain nombre d'Académiciens à la fuite de
la Cour.
La Czarine a fait dire aux Négocians Etrangers
établis à Petersbourg & à Archangel qu'elle
feur accorderoit les mêmes privileges qu'aux
Négocians, Mofcovites ,s'ils vouloient prendre interêt
dans le nouveau Commerce de la Perfe &
de la Chine , que S. M. Cz. a réfolu d'établir.
Par les Lettres qu'on a reçûes d'Ifpaham , on
apprend que le Roi de Perfe a refolu de vivre en
bonne intelligence avec la Czarine , & que
Ambaffadeurs qui doivent venir de fa part à Mofcou
font chargés de l'en affurer & de renouveller
les Traités conclus avec la feuë Czarine Catherine.
les
L'Infant Don Emanuel , frere du Roi de Por
tugal , arriva à Mofcou le 14. du mois dernier ,
accompagné de Don Alexandre Deyera & Uzera,
Commandeur de Malte , & fuivi de quelques
Domestiques. Le furlendemain ce Prince alla à
Ifmalow où il fut reçû de la Czarine avec de
grandes marques de diftinction. Le 17.il alla à la
Chaffe avec S. M. Cz. avec laquelle il foupa le
foir. Cette Princeffe a donné ordre à un de fes
Chambellans & à deux de fes Gentilshommes
d'accompagner ce Prince , & de le défrayer pendant
le féjour qu'il fera à la Cour. Il eft logé dans
le Palais du Prince Menzikof , devant lequel il y
a une Garde de 50. hommes.
Na envoyé un Détachement de Cavalerie
devant des Ambaffadeurs de l'Empereur
de la Chine qui font arrivés fur les Frontieres
& on a donné les ordres neceffaires pour les faire
défrayer pendant leur route.
La Czarine a confirmé par un Decret l'établiffement
de l'Académie des Sciences & .des Arts
de Petersbourg , qui continuera de s'y aſſembler
dans le Palais que le Czar Pierre I. lui a fait bâ
tir
SEPTEMBRE. 1730. 2055
tir ; mais S. M. a ordonné qu'il y eut toujours
un certain nombre d'Académiciens à la fuite de
la Cour.
La Czarine a fait dire aux Négocians Etrangers
établis à Petersbourg & à Archangel qu'elle
feur accorderoit les mêmes privileges qu'aux
Négocians, Mofcovites ,s'ils vouloient prendre interêt
dans le nouveau Commerce de la Perfe &
de la Chine , que S. M. Cz. a réfolu d'établir.
Par les Lettres qu'on a reçûes d'Ifpaham , on
apprend que le Roi de Perfe a refolu de vivre en
bonne intelligence avec la Czarine , & que
Ambaffadeurs qui doivent venir de fa part à Mofcou
font chargés de l'en affurer & de renouveller
les Traités conclus avec la feuë Czarine Catherine.
les
L'Infant Don Emanuel , frere du Roi de Por
tugal , arriva à Mofcou le 14. du mois dernier ,
accompagné de Don Alexandre Deyera & Uzera,
Commandeur de Malte , & fuivi de quelques
Domestiques. Le furlendemain ce Prince alla à
Ifmalow où il fut reçû de la Czarine avec de
grandes marques de diftinction. Le 17.il alla à la
Chaffe avec S. M. Cz. avec laquelle il foupa le
foir. Cette Princeffe a donné ordre à un de fes
Chambellans & à deux de fes Gentilshommes
d'accompagner ce Prince , & de le défrayer pendant
le féjour qu'il fera à la Cour. Il eft logé dans
le Palais du Prince Menzikof , devant lequel il y
a une Garde de 50. hommes.
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Résumé : RUSSIE.
En septembre 1730, la Russie a envoyé un détachement de cavalerie pour escorter des ambassadeurs chinois arrivés aux frontières et a pris en charge leurs frais de trajet. La czarine a confirmé par décret la création de l'Académie des Sciences et des Arts de Petersbourg, qui se réunira dans le palais de Pierre I, tout en ordonnant que certains académiciens résident à la cour. Elle a également annoncé aux négociants étrangers de Petersbourg et d'Archangel qu'ils bénéficieraient des mêmes privilèges que les négociants moscovites s'ils s'intéressaient au commerce avec la Perse et la Chine. Des lettres d'Ispahan indiquent que le roi de Perse souhaite vivre en bonne intelligence avec la czarine, et des ambassadeurs perses sont envoyés à Moscou pour renouveler les traités conclus avec la défunte czarine Catherine. L'infant Don Emanuel, frère du roi de Portugal, est arrivé à Moscou le 14 du mois précédent, accompagné de Don Alexandre Deyera et Uzera, commandeur de Malte. Il a été reçu par la czarine à Ismalow avec distinction et a chassé avec elle le 17. La czarine a ordonné à un chambellan et deux gentilshommes d'accompagner et de défrayer l'infant, logé dans le palais du prince Menzikof sous la garde de 50 hommes.
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4590
p. 157-158
RECEPTIONS de Conseillers.
Début :
Le Vendredy 17. Monsieur Roüillé de Joüy fils du Maistre [...]
Mots clefs :
Conseiller, Réceptions, Maître des requêtes, Procureur général, Grand audiencier, Parquet
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texteReconnaissance textuelle : RECEPTIONS de Conseillers.
RECEPTIONS
de Conseillers.
TiE Vendredy 17. Mon^
sieurRoiiillc de Joüy fils
du Mastree des Requestes,
& frere du Conseiller, fut
receu Conseiller au Parle,,
ment. Le mesme jour Monsieur
Pajoc de Nozereau
Substitud de Monsieur le
Procureur General) fils de
Monsieur Pajot le grand
Audiencier
,
fut aussi receu
Conseiller au Parlement,
qui par sa reception
£t voir qu'il avoit sceu bien
profiter du peu de temps
qu'il aelléau Parquet.
de Conseillers.
TiE Vendredy 17. Mon^
sieurRoiiillc de Joüy fils
du Mastree des Requestes,
& frere du Conseiller, fut
receu Conseiller au Parle,,
ment. Le mesme jour Monsieur
Pajoc de Nozereau
Substitud de Monsieur le
Procureur General) fils de
Monsieur Pajot le grand
Audiencier
,
fut aussi receu
Conseiller au Parlement,
qui par sa reception
£t voir qu'il avoit sceu bien
profiter du peu de temps
qu'il aelléau Parquet.
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4591
p. 144-146
Ce qui s'est passé touchant la Chaire Gréque de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
Début :
La Place de Docteur Aggregé en la Faculté des Droits [...]
Mots clefs :
Université de Caen, Docteur, Charge, Avocat, Faculté de droit, Professeurs, Approbation, Confrères, Nomination
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé touchant la Chaire Gréque de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
La Place de Docteur Aggregé
en la Faculté des Droits de l'Univerfité
de Caën , vacante par le
deceds de Monfieur Pyron , qui
eftoit auffi Porfeffeur d'Eloquen
ce au Collège du Bois , & qui
poffedoit la Chaire Grecque ,
dont je vous ay parlé dans ma
Lettre de Décembre , a efté rem-
{
plie
GALANT.
145
plie par Monfieur Cotelle, Avocat
au Préfidial de la même Ville.
Trois Perfonnés s'étoient prefentées
pour prendre le degré
de Docteur , afin d'eſtre en pouvoir
de difputer cette Place , Sa
Majefté fouhaitant que celuy
qu'on nommeroit cût la qualité
de Docteur , & aprés que chas
cun d'eux cut fait & fouftenu
des Théfes dans les Ecoles publiques
des Droits , tant du Droit
Civil , que du Droit Canonique ,
fur les Matiéres les plus difficiles
à refoudre , la Faculté , qui eft
compofée de quatre Docteurs
& Profeffeurs en Droit Civil &
Canon , d'un Docteur & Profeffeur
de Droit François , & de
hoit Docteurs aggregez , s'affembla
fur la fin de l'année derniére,
pour en choisir un qui fuft capable
de faire les fonctions de cet-
Ianvier 1685. G
146 MERCURE
te Charge , & fuivant la Déclaration
de fa Majefté , ils nommérent
Monfieur Cotelle , fameux
par plufieurs doctes Plajdoyers
, qui luy ont attiré l'approbation
de tous ceux qui l'ont entendu
parler , pour Succeffeur
de Monfieur Pyron . Aprés le
Serment fait de s'aquitter de la
Charge d'Aggregé , conformément
aux Edits du Roy , & aux
Statuts & Reglemens de la Faculté
, il fut mis en poffeffion de cette
Place, pour en joüir aux honneurs
profits émolumens &
prérogatives , dont jouiffent les
autres Docteurs Aggregez fes
Confreres.
en la Faculté des Droits de l'Univerfité
de Caën , vacante par le
deceds de Monfieur Pyron , qui
eftoit auffi Porfeffeur d'Eloquen
ce au Collège du Bois , & qui
poffedoit la Chaire Grecque ,
dont je vous ay parlé dans ma
Lettre de Décembre , a efté rem-
{
plie
GALANT.
145
plie par Monfieur Cotelle, Avocat
au Préfidial de la même Ville.
Trois Perfonnés s'étoient prefentées
pour prendre le degré
de Docteur , afin d'eſtre en pouvoir
de difputer cette Place , Sa
Majefté fouhaitant que celuy
qu'on nommeroit cût la qualité
de Docteur , & aprés que chas
cun d'eux cut fait & fouftenu
des Théfes dans les Ecoles publiques
des Droits , tant du Droit
Civil , que du Droit Canonique ,
fur les Matiéres les plus difficiles
à refoudre , la Faculté , qui eft
compofée de quatre Docteurs
& Profeffeurs en Droit Civil &
Canon , d'un Docteur & Profeffeur
de Droit François , & de
hoit Docteurs aggregez , s'affembla
fur la fin de l'année derniére,
pour en choisir un qui fuft capable
de faire les fonctions de cet-
Ianvier 1685. G
146 MERCURE
te Charge , & fuivant la Déclaration
de fa Majefté , ils nommérent
Monfieur Cotelle , fameux
par plufieurs doctes Plajdoyers
, qui luy ont attiré l'approbation
de tous ceux qui l'ont entendu
parler , pour Succeffeur
de Monfieur Pyron . Aprés le
Serment fait de s'aquitter de la
Charge d'Aggregé , conformément
aux Edits du Roy , & aux
Statuts & Reglemens de la Faculté
, il fut mis en poffeffion de cette
Place, pour en joüir aux honneurs
profits émolumens &
prérogatives , dont jouiffent les
autres Docteurs Aggregez fes
Confreres.
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Résumé : Ce qui s'est passé touchant la Chaire Gréque de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
La place de Docteur Agrégé à la Faculté des Droits de l'Université de Caen, laissée vacante par le décès de Monsieur Pyron, Professeur d'Éloquence et titulaire de la Chaire Grecque, a été attribuée à Monsieur Cotelle, Avocat au Présidial de Caen. Trois candidats avaient postulé pour obtenir le degré de Docteur afin de briguer cette place. Sa Majesté avait exprimé le souhait que le candidat nommé soit Docteur. Après la soutenance de thèses publiques sur des matières de Droit Civil et Canonique, la Faculté, composée de quatre Docteurs et Professeurs en Droit Civil et Canon, d'un Docteur et Professeur en Droit Français, et de huit Docteurs Agrégés, s'est réunie fin 1684 pour choisir un candidat. Conformément à la Déclaration de Sa Majesté, ils ont nommé Monsieur Cotelle, reconnu pour ses plaidoyers doctes, comme successeur de Monsieur Pyron. Après avoir prêté serment, Monsieur Cotelle a pris possession de la place, bénéficiant ainsi des honneurs, profits, émoluments et prérogatives des autres Docteurs Agrégés.
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4592
p. 158-160
MUSIQUE.
Début :
Le sieur Lanzetti, Ordinaire de la musique de S. M. le Roi de Sardaigne, [...]
Mots clefs :
Violon, Flûte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
E fieur Lanzetti , Ordinaire de la mu-
Lfique de S. M. le Roi de Sardaigne ,
fait graver préfentement un quatrième
oeuvre de fix nouvelles fonates pour le
violoncelle , & un cinquiéme oeuvre de
fix duo à parties féparées , pour le même
inftrument , dont le deuxième deffus peut
fe jouer fur le violon , baffe de viele , &
baffon. Il avertit le Public que les deuxiéme
& troifiéme oeuvres de fonates pour le
violoncelle qu'on a fait graver à Paris,
fous fon nom & à fon infçu , font pleins
de fautes , contiennent même quelques
piéces qui ne font point de lui , & qu'il
compte les redonner par la fuite corrigées
AVRIL. 1755.
& comme il les a faits. Il demeure rue des
Bons Enfans , à l'hôtel d'Orléans , vis- àvis
le paffage du Cloître S. Honoré , où
on trouvera inceffamment les fufdits cuvres.
METHODE RAISONNE'E , pour apprendre
la mufique d'une façon plus claire & plus
précife , à laquelle on joint l'étendue de
lá flûte traverfiere , du violon , du pardeffus
de viole , de la vielle & de la mufette
; leur accord , quelques obfervations
fur la touche defdits inftrumens , & des
leçons fimples , mefurées & variées , fuivies
d'un recueil de plus de cent airs en
duo , choifis , faciles , & connus pour la
plupart , propres pour la flûte traverſiere ,
le violon & le par- deffus de viole , & mis
à l'ufage de la vielle & de la mufette par
des clefs fuppofées de tranfpofitions. Ou
vrage fait pour la commodité des maîtres
& l'utilité des écoliers ; dédié à M. le
Marquis de Montpezat , Lieutenant de
Roi de la province de Languedoc , l'un
des quatre premiers Barons du Dauphiné ;
par M. Bordet , maître de flûte traverfiere.
Livre premier , gravé par Labaffée ; prix
en blanc 6 livres. A Paris , chez l'Auteur ,
rue du Ponceau , la deuxième porte à droite
en entrant par la rue Saint Denis ; Bayard ,
160 MERCURE DE FRANCE .
Marchand , rue Saint Honoré , à la Regle
d'or ; Vernadé , Marchand , rue du Roule ,
à la Croix d'or'; Mlle Caftagneri , rue des
Prouvaires , à la Mufique royale.
E fieur Lanzetti , Ordinaire de la mu-
Lfique de S. M. le Roi de Sardaigne ,
fait graver préfentement un quatrième
oeuvre de fix nouvelles fonates pour le
violoncelle , & un cinquiéme oeuvre de
fix duo à parties féparées , pour le même
inftrument , dont le deuxième deffus peut
fe jouer fur le violon , baffe de viele , &
baffon. Il avertit le Public que les deuxiéme
& troifiéme oeuvres de fonates pour le
violoncelle qu'on a fait graver à Paris,
fous fon nom & à fon infçu , font pleins
de fautes , contiennent même quelques
piéces qui ne font point de lui , & qu'il
compte les redonner par la fuite corrigées
AVRIL. 1755.
& comme il les a faits. Il demeure rue des
Bons Enfans , à l'hôtel d'Orléans , vis- àvis
le paffage du Cloître S. Honoré , où
on trouvera inceffamment les fufdits cuvres.
METHODE RAISONNE'E , pour apprendre
la mufique d'une façon plus claire & plus
précife , à laquelle on joint l'étendue de
lá flûte traverfiere , du violon , du pardeffus
de viole , de la vielle & de la mufette
; leur accord , quelques obfervations
fur la touche defdits inftrumens , & des
leçons fimples , mefurées & variées , fuivies
d'un recueil de plus de cent airs en
duo , choifis , faciles , & connus pour la
plupart , propres pour la flûte traverſiere ,
le violon & le par- deffus de viole , & mis
à l'ufage de la vielle & de la mufette par
des clefs fuppofées de tranfpofitions. Ou
vrage fait pour la commodité des maîtres
& l'utilité des écoliers ; dédié à M. le
Marquis de Montpezat , Lieutenant de
Roi de la province de Languedoc , l'un
des quatre premiers Barons du Dauphiné ;
par M. Bordet , maître de flûte traverfiere.
Livre premier , gravé par Labaffée ; prix
en blanc 6 livres. A Paris , chez l'Auteur ,
rue du Ponceau , la deuxième porte à droite
en entrant par la rue Saint Denis ; Bayard ,
160 MERCURE DE FRANCE .
Marchand , rue Saint Honoré , à la Regle
d'or ; Vernadé , Marchand , rue du Roule ,
à la Croix d'or'; Mlle Caftagneri , rue des
Prouvaires , à la Mufique royale.
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Résumé : MUSIQUE.
Le texte annonce deux publications musicales. Le sieur Lanzetti, musicien du Roi de Sardaigne, publie un quatrième ouvrage de six nouvelles sonates pour violoncelle et un cinquième ouvrage de six duos pour violoncelle, certains pouvant être joués sur d'autres instruments comme le violon, la basse de viole et le basson. Lanzetti corrige les erreurs et les pièces non authentiques des deuxième et troisième œuvres de sonates pour violoncelle, gravées à Paris, et prévoit de les republier. Ses œuvres sont disponibles rue des Bons Enfants, à l'hôtel d'Orléans. Par ailleurs, une 'Méthode raisonnée' pour apprendre la musique est présentée. Elle inclut l'étendue de divers instruments comme la flûte traversière, le violon, le pardeffus de viole, la vielle et la musette. Cette méthode propose des observations sur la touche des instruments et des leçons simples et variées, suivies d'un recueil de plus de cent airs en duo. Ces airs sont adaptés à plusieurs instruments et peuvent être joués sur la vielle et la musette grâce à des clefs de transposition. L'ouvrage, dédié au Marquis de Montpezat, est écrit par M. Bordet, maître de flûte traversière, et gravé par Labaffée. Il est vendu six livres et disponible chez plusieurs marchands à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4593
p. 136-138
« M. de B** vient de donner un premier Livre de Pieces pour la Viole, contenant quatre Suites [...] »
Début :
M. de B** vient de donner un premier Livre de Pieces pour la Viole, contenant quatre Suites [...]
Mots clefs :
Viole, Vent, Tremblement de terre, Académie royale d'histoire portugaise, Essence de savon à la bergamote
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. de B** vient de donner un premier Livre de Pieces pour la Viole, contenant quatre Suites [...] »
M. de B✶✶ vient de donner un premier Livre
de Pieces la Viole , contenant pour quatre
avec la Basse chifrée en partition . L'Epitre Dédicatoire
fait connoître qu'il a eu pour Maître
M.de Caix d'Hervelois , celebre aujourd'hui,tant
pour la composition , que pour l'execution. Ce
Livre qui est en grand papier , pour éviter l'interruption
des Pieces , se vend à Paris , chez la
veuve Boivin , r■ ë S. Honoré , et le Clerc , ruë
du koule .
On apprend de Vienne en Autriche , que la
nuit du 6. au 7. Janvier , il s'éleva un vent trèsviolent
, qui a causé beaucoup de dommages ;
plusieurs
JANVIER. 1734 .. 137
plusieurs maisons ont été renversées dans la
campagne , et quelques personnes ont été écra
sées par leur chute. On a senti la même nuit
une secousse de tremblement de terre à Gumpol
dokirchen et dans les environs.
On mande de Lisbonne , que l'Académic Royale,
de l'Histoire , y tint le 19. Decembre la derniere
Assemblée publique de 1733. qui est la treiziéme
depuis son établissement , et le Roy y assista
aussi- bien que le Prince du Brésil . Le Pere Don
Manuel Gaëtan de Souza , Directeur , prononça ,
un Discours fort éloquent , après lequel on proceda
à l'Election des Officiers de cette Compa-,,
gnie. On continua dans l'Employ de Directeur le
même Pere Don Manuel Gaëtan , et les Marquis
de Valenca et d'Allegrette , le Comte d'Ericeira,
et le Comte d'Assumar , furent élus Censeurs.
Le Roy , accompagné des Académiciens , se
rendit ensuite dans la Chapelle de l'Académic ;
après la Messe qui fut celebrée par D. Nuno de
Silva Telles , Conseiller au Conseil General du
S. Office , et un Panegirique de la sainte Vierge ,
que prononça lePere Don Manuel de Rocha General
de la Congrégation des Benedictins , établie
en Portugal ; D. François de Tlles da Silva ,
Secretaire de l'Académie , lût la formule du Serment
par lequel cette Compagnie s'engage à reconnoître
et à soutenir le Mistere de la Conc ption
immaculée , et que S. M. prêta à genoux ,
ainsi que tous les Académiciens.
Le sieur Briart , demeurant Cour Abbatiale de
S. Germain des Prez , ruë Cardinale , vis - à- vis
le Baillage à Paris , fait depuis peu une Essence
d'Ogni Fieri , ou de tontes Fleurs , d'une odeur
V agréables
T
128 MERCURE DE FRANCE.
agréable ; on en met quelques goutes dans l'eau
dont on se lave après avoir été rasé , elle
blanchit l'eau . Les Dames s'en servent pour se
décrasser , elle rend la peau douce et unie , et ne
nuit point au teint , elle se conserve long-temps.
Les plus petites bouteilles sont d'environ cinq
onces , on la vend 15. sols l'once .
Il continue à faire la veritable Essence de Savon
dont à la Bergamotte , et autres odeurs douces ,
on se sert pour la barbe , au heu de Savonnette; les
Dames s'en servent aussi pour se laver le visage
et les mains . Il en a de deux prix , à s . et à 8 .
sols l'once. Il avertit que ses Bouteilles on toujours
été cachetées , et qu'autour du cachet on y
lit son nom et sa demeure , dans le milieu il y a
une Bouteille avec le nom de la Liqueur.
Il fait aussi de bons Cuirs à repasser les Ra-'
soirs , avec lesquels il ne faut point de Pierre à
égniser. Il les vend depuis 40. sols jusqu'à . liyres
; il donne la maniere de s'en servir.
de Pieces la Viole , contenant pour quatre
avec la Basse chifrée en partition . L'Epitre Dédicatoire
fait connoître qu'il a eu pour Maître
M.de Caix d'Hervelois , celebre aujourd'hui,tant
pour la composition , que pour l'execution. Ce
Livre qui est en grand papier , pour éviter l'interruption
des Pieces , se vend à Paris , chez la
veuve Boivin , r■ ë S. Honoré , et le Clerc , ruë
du koule .
On apprend de Vienne en Autriche , que la
nuit du 6. au 7. Janvier , il s'éleva un vent trèsviolent
, qui a causé beaucoup de dommages ;
plusieurs
JANVIER. 1734 .. 137
plusieurs maisons ont été renversées dans la
campagne , et quelques personnes ont été écra
sées par leur chute. On a senti la même nuit
une secousse de tremblement de terre à Gumpol
dokirchen et dans les environs.
On mande de Lisbonne , que l'Académic Royale,
de l'Histoire , y tint le 19. Decembre la derniere
Assemblée publique de 1733. qui est la treiziéme
depuis son établissement , et le Roy y assista
aussi- bien que le Prince du Brésil . Le Pere Don
Manuel Gaëtan de Souza , Directeur , prononça ,
un Discours fort éloquent , après lequel on proceda
à l'Election des Officiers de cette Compa-,,
gnie. On continua dans l'Employ de Directeur le
même Pere Don Manuel Gaëtan , et les Marquis
de Valenca et d'Allegrette , le Comte d'Ericeira,
et le Comte d'Assumar , furent élus Censeurs.
Le Roy , accompagné des Académiciens , se
rendit ensuite dans la Chapelle de l'Académic ;
après la Messe qui fut celebrée par D. Nuno de
Silva Telles , Conseiller au Conseil General du
S. Office , et un Panegirique de la sainte Vierge ,
que prononça lePere Don Manuel de Rocha General
de la Congrégation des Benedictins , établie
en Portugal ; D. François de Tlles da Silva ,
Secretaire de l'Académie , lût la formule du Serment
par lequel cette Compagnie s'engage à reconnoître
et à soutenir le Mistere de la Conc ption
immaculée , et que S. M. prêta à genoux ,
ainsi que tous les Académiciens.
Le sieur Briart , demeurant Cour Abbatiale de
S. Germain des Prez , ruë Cardinale , vis - à- vis
le Baillage à Paris , fait depuis peu une Essence
d'Ogni Fieri , ou de tontes Fleurs , d'une odeur
V agréables
T
128 MERCURE DE FRANCE.
agréable ; on en met quelques goutes dans l'eau
dont on se lave après avoir été rasé , elle
blanchit l'eau . Les Dames s'en servent pour se
décrasser , elle rend la peau douce et unie , et ne
nuit point au teint , elle se conserve long-temps.
Les plus petites bouteilles sont d'environ cinq
onces , on la vend 15. sols l'once .
Il continue à faire la veritable Essence de Savon
dont à la Bergamotte , et autres odeurs douces ,
on se sert pour la barbe , au heu de Savonnette; les
Dames s'en servent aussi pour se laver le visage
et les mains . Il en a de deux prix , à s . et à 8 .
sols l'once. Il avertit que ses Bouteilles on toujours
été cachetées , et qu'autour du cachet on y
lit son nom et sa demeure , dans le milieu il y a
une Bouteille avec le nom de la Liqueur.
Il fait aussi de bons Cuirs à repasser les Ra-'
soirs , avec lesquels il ne faut point de Pierre à
égniser. Il les vend depuis 40. sols jusqu'à . liyres
; il donne la maniere de s'en servir.
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Résumé : « M. de B** vient de donner un premier Livre de Pieces pour la Viole, contenant quatre Suites [...] »
Le texte présente plusieurs informations distinctes. Il mentionne la publication d'un livre de pièces pour viole par M. de B✶✶, formé par M. de Caix d'Hervelois, connu pour sa composition et son exécution. Ce livre, imprimé en grand papier pour éviter les interruptions, est disponible à Paris chez la veuve Boivin et le Clerc. Le texte rapporte également des événements naturels : un vent violent en Autriche le 6 janvier 1734, causant des dommages et des victimes, ainsi qu'un tremblement de terre à Gumpendorferkirchen. À Lisbonne, l'Académie Royale de l'Histoire a tenu sa treizième assemblée publique le 19 décembre 1733, en présence du roi et du prince du Brésil. Le Père Don Manuel Gaëtan de Souza a prononcé un discours, et plusieurs personnalités ont été élues censeurs. Le roi et les académiciens ont prêté serment de soutenir le mystère de la Conception immaculée. Enfin, le texte mentionne les produits du sieur Briart, notamment une essence d'Ogni Fieri pour le lavage et le soin de la peau, ainsi que des essences de savon pour la barbe et le visage, vendues à des prix variés. Briart propose également des cuirs pour repasser les rasoirs, sans nécessiter de pierre à aiguiser.
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4594
p. 157-160
QUESTION. Lequel on devroit choisir, ou d'écrire bien & parler mal, ou de parler bien & écrire mal.
Début :
On peut écrivant bien, même aprés le trepas, [...]
Mots clefs :
Écrire, Parler
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION. Lequel on devroit choisir, ou d'écrire bien & parler mal, ou de parler bien & écrire mal.
QJJEST ION.
Lequel on devroic choisir)OU
d'écrire bien&parler tuai,
oude parler bien & écrire
mal.
On peut tcrillant bien,même
aprèsletrepas
3 Vivre encor longtems dans l'histoire
3
, Et consacrer à la memoire
Les talens qui dans nous brille-
.11 rent ici bas. -
Sans lesecours heureux d'une
plume celebre,
Les plus redoutables Guerriers
Verroient leur nom gr leurs lall"
rIers
S'enterrer avec eux dans leur
pompe funebre.
Par elle un trifle Amantfiait
diminuer l'ennuy
Que luy cause une longue absence,
Et par elle on sçait ce que pense
Dans un climat lointain notre
plus cher amy.
QtSoppofe la parole a tous ces
avantages
Qiunvain ornement du difêours,
Qui Çowv<.ntparmille détours
Pour une injuste cause emporte
les f'ff'aZts»
Ce n'est qu'unfauxbrillant,
un éclatfcdufrur
Que nous tenons de la naijjancc
Qui ne Jert que pour l'apparence,,
Et qui presque toujours accompagne
un menteur.
Le don de la parole en foymê.,
me bborné
Me peut prétendredeparoiflre
Que dans le lieu qui le 'IlÚ naître
, Et des autres mortels il demeure
tgnure,-.
Mais quiconque écritbien 4 le
fortplusproprice,
Ses Ouvrages passin-t les Mers,
Et font connoistre a l'Univers
0iau sçavoir en tous lieux il
faut rendre justice. -
Je le dcclAre donc ayxnt afaire
unchoix,
J'aime mieuxfaireq'tedire,
Etje trouve que bien écrire,
Doit chez tous les Sfav.tns ejlre
d'un plus grand poids.
Lequel on devroic choisir)OU
d'écrire bien&parler tuai,
oude parler bien & écrire
mal.
On peut tcrillant bien,même
aprèsletrepas
3 Vivre encor longtems dans l'histoire
3
, Et consacrer à la memoire
Les talens qui dans nous brille-
.11 rent ici bas. -
Sans lesecours heureux d'une
plume celebre,
Les plus redoutables Guerriers
Verroient leur nom gr leurs lall"
rIers
S'enterrer avec eux dans leur
pompe funebre.
Par elle un trifle Amantfiait
diminuer l'ennuy
Que luy cause une longue absence,
Et par elle on sçait ce que pense
Dans un climat lointain notre
plus cher amy.
QtSoppofe la parole a tous ces
avantages
Qiunvain ornement du difêours,
Qui Çowv<.ntparmille détours
Pour une injuste cause emporte
les f'ff'aZts»
Ce n'est qu'unfauxbrillant,
un éclatfcdufrur
Que nous tenons de la naijjancc
Qui ne Jert que pour l'apparence,,
Et qui presque toujours accompagne
un menteur.
Le don de la parole en foymê.,
me bborné
Me peut prétendredeparoiflre
Que dans le lieu qui le 'IlÚ naître
, Et des autres mortels il demeure
tgnure,-.
Mais quiconque écritbien 4 le
fortplusproprice,
Ses Ouvrages passin-t les Mers,
Et font connoistre a l'Univers
0iau sçavoir en tous lieux il
faut rendre justice. -
Je le dcclAre donc ayxnt afaire
unchoix,
J'aime mieuxfaireq'tedire,
Etje trouve que bien écrire,
Doit chez tous les Sfav.tns ejlre
d'un plus grand poids.
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4595
p. 143-146
Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Aléxis du Buc Théatin, qui continuë à se donner tout [...]
Mots clefs :
Abjurations, Père Alexis, Controverses, Église anglaise, Mademoiselle , Erreurs, Vérités catholiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjurations, [titre d'après la table]
Le Pere Aléxis du Buo-
Théatin qui continuë à se
donner tout entier aux Controverses
, a vû ce mois-ci
son zele récompensé par trois
Abjurations remarquables,
qu'il a~reçuës. La premiere
aétédans l'Eglise des Religieuies
Angloises, Ruë de
Charenton,Faux-bourg Saint
Antoine, de Mademoiselle
Marie Forêt, âgée de cinquante
-cinq ans, Femme
de Mr Mucet, Bourgeois de
Paris. Elle a suivil'exemple
de Mr Forêtson Pere, qui
ne voulut pas mourir dans la
Religion, où il avait été
élevé.
La seconde
a été dans
l'Eglise des Filles de Sainte
Marie, Faux- bourg Saint
Germain
,
de Mademoiselle
Fenou, recommandable par
le#
les belles qualitez, & d'une
Famille fort attachée à sa
Religion. Elle n'en a pas
plutôt connu les erreurs,
qu'elle a quité genéreusement
la Maison de sa Mere
pour les abjurer. Sa Majesté
en ayant été informée, luy a
accordé sa protection.
La troisiéme de ces Abjurations
s'est faite dans l'Eglise
desThéatins, où Mr de
Salus, du Pais des Grisons,
Lieutenant des Gardes Suisses
du Roy, a fait profession
,
des Veritez Catholiques, en
presence de plusieurs Personnes
de qualité.
Théatin qui continuë à se
donner tout entier aux Controverses
, a vû ce mois-ci
son zele récompensé par trois
Abjurations remarquables,
qu'il a~reçuës. La premiere
aétédans l'Eglise des Religieuies
Angloises, Ruë de
Charenton,Faux-bourg Saint
Antoine, de Mademoiselle
Marie Forêt, âgée de cinquante
-cinq ans, Femme
de Mr Mucet, Bourgeois de
Paris. Elle a suivil'exemple
de Mr Forêtson Pere, qui
ne voulut pas mourir dans la
Religion, où il avait été
élevé.
La seconde
a été dans
l'Eglise des Filles de Sainte
Marie, Faux- bourg Saint
Germain
,
de Mademoiselle
Fenou, recommandable par
le#
les belles qualitez, & d'une
Famille fort attachée à sa
Religion. Elle n'en a pas
plutôt connu les erreurs,
qu'elle a quité genéreusement
la Maison de sa Mere
pour les abjurer. Sa Majesté
en ayant été informée, luy a
accordé sa protection.
La troisiéme de ces Abjurations
s'est faite dans l'Eglise
desThéatins, où Mr de
Salus, du Pais des Grisons,
Lieutenant des Gardes Suisses
du Roy, a fait profession
,
des Veritez Catholiques, en
presence de plusieurs Personnes
de qualité.
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Résumé : Abjurations, [titre d'après la table]
Le Père Aléxis, membre de l'ordre des Théatins, a enregistré trois abjurations au cours du mois. La première a eu lieu dans l'église des Religieuses Angloises, rue de Charenton, Faubourg Saint-Antoine, où Mademoiselle Marie Forêt, âgée de cinquante-cinq ans et épouse de Monsieur Mucet, bourgeois de Paris, a abjuré. Elle a suivi l'exemple de son père, Monsieur Forêt, qui avait refusé de mourir dans la religion où il avait été élevé. La deuxième abjuration s'est déroulée dans l'église des Filles de Sainte-Marie, Faubourg Saint-Germain, impliquant Mademoiselle Fenou, reconnue pour ses belles qualités et issue d'une famille très attachée à sa religion. Informée des erreurs de sa foi, elle a quitté la maison de sa mère pour abjurer, recevant la protection de Sa Majesté. La troisième abjuration a eu lieu dans l'église des Théatins, où Monsieur de Salus, originaire du Pays des Grisons et lieutenant des Gardes Suisses du Roi, a professé les vérités catholiques en présence de plusieurs personnes de qualité.
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4596
p. 158-161
De Paris le 23. May.
Début :
Le 10. de ce mois Mr le Nonce du Pape & Mr le Bailly [...]
Mots clefs :
Eau bénite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris le 23. May.
DeParis le 23. May.
رارمت
Le to. de ce mois Mr le
Nonce du Pape & Mrle Bailly
de la Vieville , Ambaſſadeur
de Malte furent avec toutes
les cérémonies uſitées , pour
GALANT. 159
i
Acs perfonnes de leur caractere,
jetter de l'eau - benite fur
le Corps de Monſeigneur le
Due de Berry , & ils furent
reconduits comme on les avoit
reçûs .
Le 11. le Parlement , le
Premier Prefident à la teſte ,
laChambre des Comptes , la
Cour des Aides , la Cour des
Monnoyes & l'Univerſité allerent
jetter de l'eau -benite.
Le 12. leGrandConfeil y
alla , ainſi que pluſieurs Communautez.
Le 16. le Corps de feu
Monſeigneur le Duc de Ber160
MERCURE
e
ry aprés avoir reçû tous les
triſtes honneurs dans le Palais
des Thuilleries , où il avoit été
expofé , fut transferé à S.
Denis , ſur un Char funebre
avec toute la pompe convenable.
La Gazette a parlé ſi amplement
de cette mort , que
je n'en ſçaurois parler davantage.
F. Theodore de Refuge ,
Bailly& grand Croix de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ,
Commandeur de Laon , mourut
le 4.
J'entreray davantage dans
Ic
GALANT. 161
le détail des familles , lorſque
j'auraydes connoiffances , ou
des Livres , mais je n'ay à
preſent ny l'un ny l'autre.
Je ne ſçais pas bien ſi c'eſt
icy la placed'une piece d'Erudition
, cependant on a cu la
bonté de m'en apporter une ,
que je donne , lans en connoiſtre
ny le merite ny l'Auteur.
Je laiſſe aux Sçavans le
ſoin d'en juger.
رارمت
Le to. de ce mois Mr le
Nonce du Pape & Mrle Bailly
de la Vieville , Ambaſſadeur
de Malte furent avec toutes
les cérémonies uſitées , pour
GALANT. 159
i
Acs perfonnes de leur caractere,
jetter de l'eau - benite fur
le Corps de Monſeigneur le
Due de Berry , & ils furent
reconduits comme on les avoit
reçûs .
Le 11. le Parlement , le
Premier Prefident à la teſte ,
laChambre des Comptes , la
Cour des Aides , la Cour des
Monnoyes & l'Univerſité allerent
jetter de l'eau -benite.
Le 12. leGrandConfeil y
alla , ainſi que pluſieurs Communautez.
Le 16. le Corps de feu
Monſeigneur le Duc de Ber160
MERCURE
e
ry aprés avoir reçû tous les
triſtes honneurs dans le Palais
des Thuilleries , où il avoit été
expofé , fut transferé à S.
Denis , ſur un Char funebre
avec toute la pompe convenable.
La Gazette a parlé ſi amplement
de cette mort , que
je n'en ſçaurois parler davantage.
F. Theodore de Refuge ,
Bailly& grand Croix de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ,
Commandeur de Laon , mourut
le 4.
J'entreray davantage dans
Ic
GALANT. 161
le détail des familles , lorſque
j'auraydes connoiffances , ou
des Livres , mais je n'ay à
preſent ny l'un ny l'autre.
Je ne ſçais pas bien ſi c'eſt
icy la placed'une piece d'Erudition
, cependant on a cu la
bonté de m'en apporter une ,
que je donne , lans en connoiſtre
ny le merite ny l'Auteur.
Je laiſſe aux Sçavans le
ſoin d'en juger.
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Résumé : De Paris le 23. May.
Le 23 mai à Paris, plusieurs personnalités ont rendu hommage au duc de Berry. Les 11 et 12 mai, diverses institutions, dont le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides, la Cour des Monnoyes et l'Université, ainsi que le Grand Conseil et plusieurs communautés, ont jeté de l'eau bénite sur le corps du duc. Le 20 mai, le nonce du Pape et l'ambassadeur de Malte ont également accompli cette cérémonie. Le 16 mai, le corps du duc a été transféré à Saint-Denis sur un char funèbre après avoir reçu tous les honneurs au Palais des Tuileries. La Gazette a largement couvert cet événement. Par ailleurs, F. Theodore de Refuge, Bailly et grand Croix de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Commandeur de Laon, est décédé le 4 mai. L'auteur prévoit de fournir plus de détails sur les familles lorsqu'il disposera des connaissances ou des livres nécessaires. Il présente également une pièce d'érudition dont il ignore l'auteur et la valeur, laissant aux savants le soin d'en juger.
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4597
p. 144-147
« Le 5. Janvier Monsieur le Duc d'Orleans alla voir Madame la Duchesse [...] »
Début :
Le 5. Janvier Monsieur le Duc d'Orleans alla voir Madame la Duchesse [...]
Mots clefs :
Duc, Cour, Voleurs, Assassiner, Arrêter, Abbaye royale des dames religieuses de Poissy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 5. Janvier Monsieur le Duc d'Orleans alla voir Madame la Duchesse [...] »
L E j. Janvier Monsieur le Duc d'Or*
leans alla voir Madame la Ducheííe
d'Orleans , (à mere , à la Aíagdelaine
de Trenel. Cette Princesse y restera jus*
qu'au lendemain de la ceremonie qui íè
fera à S. Denis pour les obíèques de feu
S. A. R.
M. Charron , Gentilhomme ordinaire
a fait preíènt à S. M. de plusieurs Arcs ,
Flèches & Carquois , venus de Tur
quie , avec lesquels le Roy s'ererc&íòuvent
avec les Princes & Seigneurs de fa
Cour , à tirer au blanc dans la grande
Gallerie du Château de Versailles, Sa
Majesté récompeníé de quelque bijoux
ceux qui mettent le plus près du noir.
La Cour a quitté le deiiil depuis le 10.
de ce mois.
Le 26. le Maréchal de Tessé partit de.
Paris pour se rendre à la Cour d'Espa
gne.
Le 27. M. Táson fat reçu Avçjcat
General du Parlement , par le President
d'Aligre*en l'absence du Premier Pre
sident
u
JANVIER 1714. 145
Le 1 2. de ce mois i'AbW Bause , Cha
noine d'Evreux, prit pofleslìon du Prieu
ré de S. Martin des Champs , au nom du
Prince Frederic de Bouillon.
On dit qu'on a arrêté près de Nanci,
en Lorraine, les voleurs qui asiaflinerenc
au mois de Septembre.dernier , près de
Calais , les quatre Gentilhommes Anglois
, dont nous avons parlé dans ce
temps.là. On ajoute que leur Chef étoit
«n Receveur de quelques droits dans la
Lorraine , & que l'un des Officiers de
Justice qui étoient entrez dans le Châ
teau où il s'étoit retiré , avoit été tué
d'un coup de fusil par la fille de ce sce
lerat, dont les complices s' étoient dé
fendus avec beaucoup d'opiniâtreté.
. On a arrêté au Fort.l'Evêque environ
vingt joueurs qui s'y étoient aslèmblez
pour joiier au Pharaon , dans la Chambre
de quelques prisonniers arrêtez pour le
jeu.
L'Abbaye Royale des Dames Religieux
ses de Poifly, de l'Ordre de S. Domini
que , est un des plus beaux monumensde
la pieté de nos Rois î Philippe le-
Bel la fondá en 1304. & la dotta pour six'
vingt filles Nobles , & ses succeíseurs
l'ont comblée de biens Se de privileges , .
l'Eglise en est des plus belles & des plus
magnifiques, Je tonnerte l'avoit presque
G y détrui
J46 MERCURE DE FRANCE.
détruite ily^J quelques années. Il çna
«oùté quatre cent mille livres au Roy
pour la rétablir parfaitement ; il n'y '
manquoit plus que les Cloches , la bene
diction s'en fit avec beaucoup de dignité
' le ij. du mois passé.; S. M. a bien voulu
donner ion nom à la premiere , avec
l' Infante.Reine r M. le Duc de Gesvres
& Mad= la Princesse de Soubiíè y fu
rent envoyez à leur place. M. le Comte
de Clermont , Prince du Sang y tint k
seconde le . même jour , avec Made là
Marquiíe de la Vrilliere , & la troisiè
me y fur tenue' par M. Je Duc d'Antin j.
& par Madf la Marquise de Neíle , nié*
ce de Mad de Mail ly , soeur du feu
Cardinal de ce nom ' qui en est la digne
Abbesse , Sí sous le gouvernement de la
quelle on voit refleurir le bon ordre Se
la paix dans ce fameux Monastere ; beau
coup de Princesses du Sang y ont prisautrefois
le voile ; & il y a encore à prelent
nombre de Demoiselles , qui s'y dis
tinguent par leur vertu, & par l'amour
de leur Etar. Mad: l' Abbesse qui ne man
que à rien, fit servir un grand repas, &
ne entrer dans son Couvent tous ceux
çui assisterent à cette ceremonie , quoi
que ía Cloîture soit si étroitement gardée
dans cette maison , qu'elle n'y donne pas
même l'entrée à ce qui lui est le píus^
prociae v
/A'N^TÉ^t 17x4. i47
proche, montrant en cela,. & par sa vie
reguliere , l'exemple d'un grand mépris,
& d'un parfait détachement du monde.
leans alla voir Madame la Ducheííe
d'Orleans , (à mere , à la Aíagdelaine
de Trenel. Cette Princesse y restera jus*
qu'au lendemain de la ceremonie qui íè
fera à S. Denis pour les obíèques de feu
S. A. R.
M. Charron , Gentilhomme ordinaire
a fait preíènt à S. M. de plusieurs Arcs ,
Flèches & Carquois , venus de Tur
quie , avec lesquels le Roy s'ererc&íòuvent
avec les Princes & Seigneurs de fa
Cour , à tirer au blanc dans la grande
Gallerie du Château de Versailles, Sa
Majesté récompeníé de quelque bijoux
ceux qui mettent le plus près du noir.
La Cour a quitté le deiiil depuis le 10.
de ce mois.
Le 26. le Maréchal de Tessé partit de.
Paris pour se rendre à la Cour d'Espa
gne.
Le 27. M. Táson fat reçu Avçjcat
General du Parlement , par le President
d'Aligre*en l'absence du Premier Pre
sident
u
JANVIER 1714. 145
Le 1 2. de ce mois i'AbW Bause , Cha
noine d'Evreux, prit pofleslìon du Prieu
ré de S. Martin des Champs , au nom du
Prince Frederic de Bouillon.
On dit qu'on a arrêté près de Nanci,
en Lorraine, les voleurs qui asiaflinerenc
au mois de Septembre.dernier , près de
Calais , les quatre Gentilhommes Anglois
, dont nous avons parlé dans ce
temps.là. On ajoute que leur Chef étoit
«n Receveur de quelques droits dans la
Lorraine , & que l'un des Officiers de
Justice qui étoient entrez dans le Châ
teau où il s'étoit retiré , avoit été tué
d'un coup de fusil par la fille de ce sce
lerat, dont les complices s' étoient dé
fendus avec beaucoup d'opiniâtreté.
. On a arrêté au Fort.l'Evêque environ
vingt joueurs qui s'y étoient aslèmblez
pour joiier au Pharaon , dans la Chambre
de quelques prisonniers arrêtez pour le
jeu.
L'Abbaye Royale des Dames Religieux
ses de Poifly, de l'Ordre de S. Domini
que , est un des plus beaux monumensde
la pieté de nos Rois î Philippe le-
Bel la fondá en 1304. & la dotta pour six'
vingt filles Nobles , & ses succeíseurs
l'ont comblée de biens Se de privileges , .
l'Eglise en est des plus belles & des plus
magnifiques, Je tonnerte l'avoit presque
G y détrui
J46 MERCURE DE FRANCE.
détruite ily^J quelques années. Il çna
«oùté quatre cent mille livres au Roy
pour la rétablir parfaitement ; il n'y '
manquoit plus que les Cloches , la bene
diction s'en fit avec beaucoup de dignité
' le ij. du mois passé.; S. M. a bien voulu
donner ion nom à la premiere , avec
l' Infante.Reine r M. le Duc de Gesvres
& Mad= la Princesse de Soubiíè y fu
rent envoyez à leur place. M. le Comte
de Clermont , Prince du Sang y tint k
seconde le . même jour , avec Made là
Marquiíe de la Vrilliere , & la troisiè
me y fur tenue' par M. Je Duc d'Antin j.
& par Madf la Marquise de Neíle , nié*
ce de Mad de Mail ly , soeur du feu
Cardinal de ce nom ' qui en est la digne
Abbesse , Sí sous le gouvernement de la
quelle on voit refleurir le bon ordre Se
la paix dans ce fameux Monastere ; beau
coup de Princesses du Sang y ont prisautrefois
le voile ; & il y a encore à prelent
nombre de Demoiselles , qui s'y dis
tinguent par leur vertu, & par l'amour
de leur Etar. Mad: l' Abbesse qui ne man
que à rien, fit servir un grand repas, &
ne entrer dans son Couvent tous ceux
çui assisterent à cette ceremonie , quoi
que ía Cloîture soit si étroitement gardée
dans cette maison , qu'elle n'y donne pas
même l'entrée à ce qui lui est le píus^
prociae v
/A'N^TÉ^t 17x4. i47
proche, montrant en cela,. & par sa vie
reguliere , l'exemple d'un grand mépris,
& d'un parfait détachement du monde.
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Résumé : « Le 5. Janvier Monsieur le Duc d'Orleans alla voir Madame la Duchesse [...] »
En janvier 1714, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le duc d'Orléans a visité la duchesse d'Orléans, mère de la duchesse de Berry, chez la duchesse de Tremoille. M. Charron a présenté au roi des arcs et flèches turcs pour des exercices de tir à Versailles, récompensant les meilleurs tireurs avec des bijoux. La cour a quitté Versailles le 10 janvier. Le maréchal de Tessé est parti pour l'Espagne le 26 janvier, et M. Tanson a été nommé avocat général du Parlement le 27 janvier. L'abbé Bause a pris possession du prieuré de Saint-Martin-des-Champs au nom du prince Frédéric de Bouillon le 12 janvier. En Lorraine, des voleurs, dont le chef était un receveur de droits, ont été arrêtés après avoir attaqué des gentilshommes anglais près de Calais. Environ vingt joueurs ont été arrêtés pour avoir joué au Pharaon au Fort-l'Évêque. L'abbaye royale des Dames Religieuses de Poissy, fondée en 1304, a été restaurée après un incendie. La bénédiction des cloches a eu lieu le 11 décembre, en présence du roi et de plusieurs personnalités. L'abbesse, sœur du cardinal de Noailles, a montré un détachement du monde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4598
p. 156-161
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le Jeudi 3 Septembre, on a donné la première représentation de l'Impatient, Comédie [...]
Mots clefs :
L'Impatient, La Mère coquette, Damon, M. de Borchamp, Julie, Jeune homme, Oncle, Procès, Comédie-Française, Madame d'Érolle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Jeudi 3 Septembre , on a donné la première
repréſentation de l'Impatient , Comédie
en un Acte & en vers libres.
-
Damon , jeune homme d'un caractère
vif , impatient , aime & veut époufer Julie ,
jeune veuve , fille de M. de Borchamp. II
preffe de toutes fes forces ce mariage ;
mais en même-tems il fe prépare à y renoncer
, fi la veuve ne confent point à finir
dans le jour. La Scène fe paffe dans une
maiſon occupée par Borchamp , par Julie
& par Damon. Il eft 9 heures du matin.
Damon , déjà vêtu comme un homme qui
va faire des vifites , eft furpris de ce qu'il
n'eft pas encore jour chez Julie . Il envoie
fon Valet de- Chambre à l'appartement de
fa Maîtreffe , demander s'il peut être introduit.
Sur ce que celui - ci lui apprend
qu'il n'eft pas encore poffible de parler à
Julie , Damon s'y rend lui - même , rencontre
les mêmes obftacles , & s'indigne
d'être obligé d'attendre. Enfin , Julie
paroît. Elle donne à fon Amant les affules
moins équivoques de fon
amour ; lui déclare que M. de Borrances
.
DE FRANCE. 157
champ ne prêtera l'oreille à fa demande
qu'après avoir terminé le procès exiſtant
entre lui & une Madame d'Érolle , pour
des bois voifins d'un Château appartenant
à cette Dame , & dont la propriété n'eft
pas bien établie. Elle lui repréfente que
fon oncle le Préfident étant très - intimement
lié avec le Rapporteur de cette affaire,
il peut, en preffant la conclufion du procès,
hâter le moment de leur mariage. Damon
promet de faire des démarches , & s'engage
même à apprendre de la bouche de
M. de Borchamp , les particularités qu'il
lui eft indifpenfable de connoître avant de
parler à fon oncle. Ce M. de Borchamp
eft un vieux Militaire , bavard , cauftique ,
grand faifeur de portraits. Il coupe à tout
moment fa narration par quelque hiftoire ,
quelques détails étrangers à fon affaire.
L'impatient Damon en perd toute retenue,
& confeille à fon futur beau-père de faire
brûler les bois , objet de la querelle , pour
trancher la difficulté. L'humeur que prend
M. de Borchamp à cette propofition , fait
rentrer le jeune-homme en lui-même ; &
pour arrêter les fuites que pourroit avoir
cette faillie de gaieté , Damon offre au
vieillard de le conduire à l'inftant chez
fon oncle. Borchamp y confent. Il va ,
pour cet effet , chercher dans fon appartement
des papiers néceffaires. Damon
confent à l'attendre un moment. Ce mo
158
MERCURE
ment lui paroît un fiècle. Il envoie fon
Valet- de - Chambre au - devant du bon →
homme , & bien- tôt il envoie un autre
Domestique. A leur retour , il les chaffe
tous deux. L'un en rit , l'autre en pleure.
Les deux Valets fortent & rentrent un
moment après. L'un d'eux apporte à fon
Maître l'état des objets qui ont été confiés
à fes fcins , & vient rendre compte
de fa conduite. Les détails dans lefquels
il entre , impatientent tellement Damon,
qu'il confent à garder les Domeſtiques pour
échapper à l'ennui d'écouter leurs comptes.
Enfin , après avoir encore attendu quelque
tems , il fort tout feul . Au moment même.
Julie arrive avec fon père. Celui - ci furieux
de trouver fi peu de bienféance dans les
actions du jeune- homme , & déjà prévenu
contre Damon , fort à fon tour , en en--
gageant fa fille à renoncer à un hymen qui
ne lui convient point. La veuve en gémit
On lui annonce que : fon Amant: lui demande
un nouvel entretien . Elle ne veut
point le voir encore , & lui fait dire de
Fattendre.. Nouvelles impatiences . Pendant
qu'il attend , il prend le parti d'écrire à
fon oncle , relativement au procès de Bor
champ. Son Notaire qu'il a fait prier des
venir le trouver , l'impatiente par fes avis ,
fon bavardage & fes perpétuels ricanemenst
enfin , il le quitte après avoir reçu de lui
l'ordre d'acheter , à quelque prix que ce
DE FRANCE. 159
foit , le Château de Madame d'Érolle , qui
eft en vente. Un Peintre arrive . C'est pour
Julie que Damon veut fe faire peindre
mais rien ne peut le fixer. Après une féance.
interrompue fans ceffe par les mouvemens
du modèle , il eft obligé de renoncer à fon
entrepriſe . Julie inftruite de la pétulance
de for Amant , lui reproche les torts qu'il
a , tant avec elle qu'avec fon père ; il en
convient , & fort pour les réparer. Bor
champ rentre . Dans fes courfes , il n'a
pas appris que Damon ait fait pour lui la
plus petite démarche ; fon humeur s'en accroît,
quand le jeune-homme accourt & lui.
remet une lettre de fon oncle. Cette lettre .
eft la réponſe à celle que le Spectateur a.
vu écrire. Damon n'en a lu que quelques :
mots. Il en a préfumé qu'elle étoit favorable
à fon futur beau père ; & c'eft dans.
cette idée qu'il s'empreffe de la lui remettre.
Borchamp la lit , & refte eonfondu. Julie
ne l'eft pas moins. La lettre de Damon à
fon oncle , a été écrite avec tant de précipitation
, qu'il s'y trouve des mots , des
demi - phrafes abfolument inintelligibles .
Les caractères en étoient fi embrouilles ,
que le Préfident a cru deviner que fon neveu
follicitoit pour Madame d'Erolle contre
M. de Borchamp , & s'eft comporté en
conféquence. Le bonhomme outré vent
abfolument rompre avec Damon , quand
160 MERCURE
le Notaire du jeune fou vient apprendre
au vieillard qu'on lui cède les bois , &
qu'on renonce à tout procès . Ce n'eft point
Madame d'Érolle qui a fait cette ceffion ,
c'est le nouvel acquéreur de fon Château.
Après quelques momens , Damon avoue
qu'il eft cet acquéreur ; & fur les inftances
de Julie , Borchamp , malgré tout ce qu'il
connoît du caractère de Damon , confent
à lui donner fa fille.
Cette Pièce a eu peu de fuccès , quoiqu'on
y ait applaudi des détails agréables .
On dit que l'Auteur eft jeune, M. Préville
a joué le rôle de Borchamp , M. Molé
celui de Damon , Mademoiſelle Doligni
celui de Julie , M., Dugazon celui du
Notaire, & M. Dazincourt celui du Peintre.
Les deux Valets ont été repréfentés par
MM. Augé & Bellemont , 1
Mademoiſelle Sainval l'aînée , après une
longue abfence , a reparu fur ce Théâtre
dans le rôle de Phèdre , & a été accueillie
avec enthouſiaſme , ainfi que dans celui de
Mérope , qu'elle a joué enfuite. La critique
peut reprocher fans doute des défauts à cette
iutéreffante Actrice , dans fes tons & dans fes
mouvemens , mais l'expreffion de fa fenfibilité
eft fi vraie , qu'elle entraîne le critique
même , & force tous les fuffrages . La nature
paroît avoit formé Mademoiſelle Sainyal à
peu-près comme Mademoiſelle Dumefnil ,
DE FRANCE. 161
pour être inégale en bien des endroits , & fublime
dans d'autres , & ce feroit une bien
mauvaife politique que de vouloir réduire
tous les talens à la meſure de l'art.
M. Molé a joué parfaitement le rôle
d'Hippolite , & c'eft une remarque à faire
que le même Acteur avoit joué quelques
jours auparavant avec un égal fuccès le rôle
d'Amoureux dans la Mère Coquette . Cette
flexibilité de talent eft un don bien précieux
de la nature.
Nous croyons devoir avertir ici , une fois
pour toutes , que lorfque nous ne citons pas
avec éloge tel Acteur ou telle Actrice , ce
n'eft point du tout une preuve qu'ils n'en
ayent pas mérité. On cite de préférence ce
qui eft remarquable , à quelques égards , &
ce qui peut fournir des réflexions fur l'art.
On craindroit , d'ailleurs , de tomber dans
des répétitions fatigantes ; & ce ne font
les Journaliſtes qui diſpenſent la gloire ,
c'eft le Public .
Le Jeudi 3 Septembre , on a donné la première
repréſentation de l'Impatient , Comédie
en un Acte & en vers libres.
-
Damon , jeune homme d'un caractère
vif , impatient , aime & veut époufer Julie ,
jeune veuve , fille de M. de Borchamp. II
preffe de toutes fes forces ce mariage ;
mais en même-tems il fe prépare à y renoncer
, fi la veuve ne confent point à finir
dans le jour. La Scène fe paffe dans une
maiſon occupée par Borchamp , par Julie
& par Damon. Il eft 9 heures du matin.
Damon , déjà vêtu comme un homme qui
va faire des vifites , eft furpris de ce qu'il
n'eft pas encore jour chez Julie . Il envoie
fon Valet de- Chambre à l'appartement de
fa Maîtreffe , demander s'il peut être introduit.
Sur ce que celui - ci lui apprend
qu'il n'eft pas encore poffible de parler à
Julie , Damon s'y rend lui - même , rencontre
les mêmes obftacles , & s'indigne
d'être obligé d'attendre. Enfin , Julie
paroît. Elle donne à fon Amant les affules
moins équivoques de fon
amour ; lui déclare que M. de Borrances
.
DE FRANCE. 157
champ ne prêtera l'oreille à fa demande
qu'après avoir terminé le procès exiſtant
entre lui & une Madame d'Érolle , pour
des bois voifins d'un Château appartenant
à cette Dame , & dont la propriété n'eft
pas bien établie. Elle lui repréfente que
fon oncle le Préfident étant très - intimement
lié avec le Rapporteur de cette affaire,
il peut, en preffant la conclufion du procès,
hâter le moment de leur mariage. Damon
promet de faire des démarches , & s'engage
même à apprendre de la bouche de
M. de Borchamp , les particularités qu'il
lui eft indifpenfable de connoître avant de
parler à fon oncle. Ce M. de Borchamp
eft un vieux Militaire , bavard , cauftique ,
grand faifeur de portraits. Il coupe à tout
moment fa narration par quelque hiftoire ,
quelques détails étrangers à fon affaire.
L'impatient Damon en perd toute retenue,
& confeille à fon futur beau-père de faire
brûler les bois , objet de la querelle , pour
trancher la difficulté. L'humeur que prend
M. de Borchamp à cette propofition , fait
rentrer le jeune-homme en lui-même ; &
pour arrêter les fuites que pourroit avoir
cette faillie de gaieté , Damon offre au
vieillard de le conduire à l'inftant chez
fon oncle. Borchamp y confent. Il va ,
pour cet effet , chercher dans fon appartement
des papiers néceffaires. Damon
confent à l'attendre un moment. Ce mo
158
MERCURE
ment lui paroît un fiècle. Il envoie fon
Valet- de - Chambre au - devant du bon →
homme , & bien- tôt il envoie un autre
Domestique. A leur retour , il les chaffe
tous deux. L'un en rit , l'autre en pleure.
Les deux Valets fortent & rentrent un
moment après. L'un d'eux apporte à fon
Maître l'état des objets qui ont été confiés
à fes fcins , & vient rendre compte
de fa conduite. Les détails dans lefquels
il entre , impatientent tellement Damon,
qu'il confent à garder les Domeſtiques pour
échapper à l'ennui d'écouter leurs comptes.
Enfin , après avoir encore attendu quelque
tems , il fort tout feul . Au moment même.
Julie arrive avec fon père. Celui - ci furieux
de trouver fi peu de bienféance dans les
actions du jeune- homme , & déjà prévenu
contre Damon , fort à fon tour , en en--
gageant fa fille à renoncer à un hymen qui
ne lui convient point. La veuve en gémit
On lui annonce que : fon Amant: lui demande
un nouvel entretien . Elle ne veut
point le voir encore , & lui fait dire de
Fattendre.. Nouvelles impatiences . Pendant
qu'il attend , il prend le parti d'écrire à
fon oncle , relativement au procès de Bor
champ. Son Notaire qu'il a fait prier des
venir le trouver , l'impatiente par fes avis ,
fon bavardage & fes perpétuels ricanemenst
enfin , il le quitte après avoir reçu de lui
l'ordre d'acheter , à quelque prix que ce
DE FRANCE. 159
foit , le Château de Madame d'Érolle , qui
eft en vente. Un Peintre arrive . C'est pour
Julie que Damon veut fe faire peindre
mais rien ne peut le fixer. Après une féance.
interrompue fans ceffe par les mouvemens
du modèle , il eft obligé de renoncer à fon
entrepriſe . Julie inftruite de la pétulance
de for Amant , lui reproche les torts qu'il
a , tant avec elle qu'avec fon père ; il en
convient , & fort pour les réparer. Bor
champ rentre . Dans fes courfes , il n'a
pas appris que Damon ait fait pour lui la
plus petite démarche ; fon humeur s'en accroît,
quand le jeune-homme accourt & lui.
remet une lettre de fon oncle. Cette lettre .
eft la réponſe à celle que le Spectateur a.
vu écrire. Damon n'en a lu que quelques :
mots. Il en a préfumé qu'elle étoit favorable
à fon futur beau père ; & c'eft dans.
cette idée qu'il s'empreffe de la lui remettre.
Borchamp la lit , & refte eonfondu. Julie
ne l'eft pas moins. La lettre de Damon à
fon oncle , a été écrite avec tant de précipitation
, qu'il s'y trouve des mots , des
demi - phrafes abfolument inintelligibles .
Les caractères en étoient fi embrouilles ,
que le Préfident a cru deviner que fon neveu
follicitoit pour Madame d'Erolle contre
M. de Borchamp , & s'eft comporté en
conféquence. Le bonhomme outré vent
abfolument rompre avec Damon , quand
160 MERCURE
le Notaire du jeune fou vient apprendre
au vieillard qu'on lui cède les bois , &
qu'on renonce à tout procès . Ce n'eft point
Madame d'Érolle qui a fait cette ceffion ,
c'est le nouvel acquéreur de fon Château.
Après quelques momens , Damon avoue
qu'il eft cet acquéreur ; & fur les inftances
de Julie , Borchamp , malgré tout ce qu'il
connoît du caractère de Damon , confent
à lui donner fa fille.
Cette Pièce a eu peu de fuccès , quoiqu'on
y ait applaudi des détails agréables .
On dit que l'Auteur eft jeune, M. Préville
a joué le rôle de Borchamp , M. Molé
celui de Damon , Mademoiſelle Doligni
celui de Julie , M., Dugazon celui du
Notaire, & M. Dazincourt celui du Peintre.
Les deux Valets ont été repréfentés par
MM. Augé & Bellemont , 1
Mademoiſelle Sainval l'aînée , après une
longue abfence , a reparu fur ce Théâtre
dans le rôle de Phèdre , & a été accueillie
avec enthouſiaſme , ainfi que dans celui de
Mérope , qu'elle a joué enfuite. La critique
peut reprocher fans doute des défauts à cette
iutéreffante Actrice , dans fes tons & dans fes
mouvemens , mais l'expreffion de fa fenfibilité
eft fi vraie , qu'elle entraîne le critique
même , & force tous les fuffrages . La nature
paroît avoit formé Mademoiſelle Sainyal à
peu-près comme Mademoiſelle Dumefnil ,
DE FRANCE. 161
pour être inégale en bien des endroits , & fublime
dans d'autres , & ce feroit une bien
mauvaife politique que de vouloir réduire
tous les talens à la meſure de l'art.
M. Molé a joué parfaitement le rôle
d'Hippolite , & c'eft une remarque à faire
que le même Acteur avoit joué quelques
jours auparavant avec un égal fuccès le rôle
d'Amoureux dans la Mère Coquette . Cette
flexibilité de talent eft un don bien précieux
de la nature.
Nous croyons devoir avertir ici , une fois
pour toutes , que lorfque nous ne citons pas
avec éloge tel Acteur ou telle Actrice , ce
n'eft point du tout une preuve qu'ils n'en
ayent pas mérité. On cite de préférence ce
qui eft remarquable , à quelques égards , &
ce qui peut fournir des réflexions fur l'art.
On craindroit , d'ailleurs , de tomber dans
des répétitions fatigantes ; & ce ne font
les Journaliſtes qui diſpenſent la gloire ,
c'eft le Public .
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'L'Impatient' est une comédie en un acte et en vers libres, présentée pour la première fois le 3 septembre. L'intrigue tourne autour de Damon, un jeune homme impatient, qui souhaite épouser Julie, la fille de M. de Borchamp. Damon doit attendre que M. de Borchamp règle un procès concernant des bois voisins d'un château appartenant à Madame d'Érolle. Julie suggère à Damon de solliciter son oncle, le Président, pour accélérer la procédure. Damon rencontre M. de Borchamp, un vieux militaire bavard et critique, qui retarde les démarches. Exaspéré, Damon propose de brûler les bois, ce qui irrite M. de Borchamp. Pour apaiser la situation, Damon propose de conduire M. de Borchamp chez son oncle. Cependant, les domestiques et le notaire de Damon, par leur lenteur et leur bavardage, exacerbent son impatience. Julie reproche à Damon ses comportements impatients. Finalement, Damon achète le château de Madame d'Érolle pour résoudre le conflit. Après des malentendus et des tensions, M. de Borchamp accepte de donner sa fille à Damon. La pièce a eu peu de succès malgré des détails appréciés. Les rôles principaux étaient interprétés par M. Préville, M. Molé, Mademoiselle Doligni, M. Dugazon et M. Dazincourt. Le texte mentionne également le retour de Mademoiselle Sainval sur scène après une longue absence, interprétant les rôles de Phèdre et de Mérope avec succès. Sa sensibilité est jugée authentique et convaincante. Elle est comparée à Mademoiselle Duménil pour sa nature inégale mais sublime. M. Molé a également été salué pour ses performances dans les rôles d'Hippolyte et d'Amoureux dans 'La Mère Coquette'. Le texte précise que l'absence de mention élogieuse d'un acteur ou d'une actrice ne signifie pas qu'ils n'ont pas mérité de louanges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4599
p. 158-165
Lettre d'une Dame infirme qui ne pouvoit faire réponse.
Début :
L'émulation, qui peut-estre est chez moy un composé de [...]
Mots clefs :
Infirme, Migraine, Vers, Constance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'une Dame infirme qui ne pouvoit faire réponse.
Lettre d'une Dame
infirme qui nepouvoit
faire réponse.
L'émulation , qui
peut-eftre eft chez moy
GALANT. 159
uncompofé de la vanité,
& de l'amitié que jay
pour vous , l'émulation
dis-je, eft l'éguillon le plus
propre à reveiller l'ima
gination ; j'avois cru
que vos vers feroient
cet effet fur la mienne ;
maisunemigraine continuelle y amis bon ordre,
je fuis tombée dans une
telle langueur , que vos
vers n'ont pû tirer de
moy qu'une admiration
muette, car la langueur
160 MERCURE
T
&la pareffe n'ôtent point
la faculté d'admirer, t
Qui le pouroit imaginer
Vif efprit veut m'abandonner
Qu'il prend mal for
temps pour magloire
Point nefçaurois luypardonner
Jevoulois ton los entonner
Par vers dignes de toy
mais voir
Qui le pouroit.
Cette migraine me
rendpeut- eftre un grand
GALANT. 161
fervice , en m'épargnant
la honte de répondre
mal , tout ce que je puis
faire c'eft de donner à
quelques amis de longs
& d'agreables dînez, car
vous en connoiſſez deux
qui ont tout l'efprit du
monde, ils chantent vos
louanges le verre en main
celà ne vaut-il pas bien
les vers froids , d'un
malade.
Qui les pouroit aßaifonner.
Juin 1712.
O
162 MERCURE
Nos repas &les guer
wedonner
De ta prefence, peut-on
croire
Que tu daignes abandonner
Ce lieu charmant dont la
memoire
Doit encore t'éguillouner
Mais tu promets trop
pour tagloire
Grandes promeßes frais
donner
Tu voudrais les tenie,
mais voire
GALANT. 163
Qui le pouroit.
de
Une malade rens pour
vous ces petits voya
ges auffi difficiles que
feroient pour moy ceux
l'Amerique , la plaine
de Vileneuve vous paroît
plus feche & plus longue que les Landes de
Bordeaux , & la riviere
de Paris à Vileneuve
vous paroift un Ocean
impraticable.
Qui le pouroit imaginer
O ij
164 MERCURE
Que Conftance pût Se
borner
Autrefois l' Amour&fes
aîles
Pour voguer vousfervoit
de voiles
Nulperil n'eutpú t'étonner
Mais pourquoy me tant
chagriner
Je fuis encore dans ta
memoire
Tu m'écris, c'eft chofe
notoire
GALANT. 165
Onedevroit pluftoft
s'étonner
Que conftance on ne put
borner
Tous les Amants , il le
faut croire
Pour leur plaifir &pour
leur gloire
Voudroienteftreconftants
mais voire
Qui le pouroit
infirme qui nepouvoit
faire réponse.
L'émulation , qui
peut-eftre eft chez moy
GALANT. 159
uncompofé de la vanité,
& de l'amitié que jay
pour vous , l'émulation
dis-je, eft l'éguillon le plus
propre à reveiller l'ima
gination ; j'avois cru
que vos vers feroient
cet effet fur la mienne ;
maisunemigraine continuelle y amis bon ordre,
je fuis tombée dans une
telle langueur , que vos
vers n'ont pû tirer de
moy qu'une admiration
muette, car la langueur
160 MERCURE
T
&la pareffe n'ôtent point
la faculté d'admirer, t
Qui le pouroit imaginer
Vif efprit veut m'abandonner
Qu'il prend mal for
temps pour magloire
Point nefçaurois luypardonner
Jevoulois ton los entonner
Par vers dignes de toy
mais voir
Qui le pouroit.
Cette migraine me
rendpeut- eftre un grand
GALANT. 161
fervice , en m'épargnant
la honte de répondre
mal , tout ce que je puis
faire c'eft de donner à
quelques amis de longs
& d'agreables dînez, car
vous en connoiſſez deux
qui ont tout l'efprit du
monde, ils chantent vos
louanges le verre en main
celà ne vaut-il pas bien
les vers froids , d'un
malade.
Qui les pouroit aßaifonner.
Juin 1712.
O
162 MERCURE
Nos repas &les guer
wedonner
De ta prefence, peut-on
croire
Que tu daignes abandonner
Ce lieu charmant dont la
memoire
Doit encore t'éguillouner
Mais tu promets trop
pour tagloire
Grandes promeßes frais
donner
Tu voudrais les tenie,
mais voire
GALANT. 163
Qui le pouroit.
de
Une malade rens pour
vous ces petits voya
ges auffi difficiles que
feroient pour moy ceux
l'Amerique , la plaine
de Vileneuve vous paroît
plus feche & plus longue que les Landes de
Bordeaux , & la riviere
de Paris à Vileneuve
vous paroift un Ocean
impraticable.
Qui le pouroit imaginer
O ij
164 MERCURE
Que Conftance pût Se
borner
Autrefois l' Amour&fes
aîles
Pour voguer vousfervoit
de voiles
Nulperil n'eutpú t'étonner
Mais pourquoy me tant
chagriner
Je fuis encore dans ta
memoire
Tu m'écris, c'eft chofe
notoire
GALANT. 165
Onedevroit pluftoft
s'étonner
Que conftance on ne put
borner
Tous les Amants , il le
faut croire
Pour leur plaifir &pour
leur gloire
Voudroienteftreconftants
mais voire
Qui le pouroit
Fermer
Résumé : Lettre d'une Dame infirme qui ne pouvoit faire réponse.
En juin 1712, une dame infirme écrit une lettre exprimant son admiration pour les vers d'un destinataire. Elle est empêchée de répondre adéquatement en raison d'une migraine continue qui la plonge dans une grande langueur. Cette migraine lui évite la honte de mal répondre, mais elle regrette de ne pouvoir exprimer ses louanges par des vers dignes de lui. Elle se contente d'organiser des dîners agréables avec quelques amis qui chantent les louanges du destinataire. La dame évoque également les difficultés de voyage, comparant les distances et les rivières à des obstacles impraticables. Elle exprime son chagrin et sa surprise que l'amour et la confiance puissent se borner, tout en affirmant que le destinataire reste dans sa mémoire. La lettre se conclut par une réflexion sur la constance des amants, qui cherchent toujours à plaire et à glorifier leurs sentiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4600
p. 2480-2489
POLOGNE.
Début :
La Cour du Roy à Danzick, est considerablement augmentée par l'arrivée d'un grand [...]
Mots clefs :
Élection, Troupes moscovites, Diète de convocation, Opposants, Diète, Régimentaire, Couronne, Comte, Électeur de Saxe, Lituanie, Noblesse, Dantzig, Ennemis, Serment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOCN E.
Lblement augmentée par l'arrivée d'un grand
A Cour du Roy à Danzick , est considera
nombre de Seigneurs et de Gentilshommes qui
vont offrir leurs services à S. M. Elle tint sur la
fin du mois dernier, avec le Primat et les principaus
NOVEMBRE. 1733. 248T
paux Sénateurs , plusieurs Conseils , et il a été
résolu de publier les Universaux pour faire monter
la Noblesse à cheval .
Le 20 Octobre , il arriva à Danzick un Cou
rier de Rome , dépêché par le Duc de S. Aignan,
Ambassadeur du Roy Très-Chrétien auprès du
Pape , par lequel le Roy a été informé des
instructions que S. S. a envoyées à son Nonce
en Pologne , et des ordres donnez à ce Ministre
de reconnoître le Roy, et de lui remettre la Reponse
de S. S. à la Lettre que S. M. lui avoit
écrite aussi - tôt après son Election.
Depuis la premiere nouvelle de l'Election faite
avec beaucoup de désordre en faveur de l'Elec
teur de Saxe le 5. Octobre , on a appris que le
General Lucci , qui commande les Troupes
Moscovites , avoit été très - allarmé de la division
qui s'étoit mise entre les Opposans , dont les
principaux songeoient chacun en leur particulier
à se faire élire ; que le Palatin de Cracovie
ayant même voulu se retirer de la Confédération,
le Géneral Lucci avoit pensé qu'il n'y avoit pas
un moment à perdre pour faire proclamer l'Electeur
de Saxe ; qu'il avoit , sans demander les
suffrages , crié seul , Vive Auguste , troisiéme
Roy de Pologne et du grand Duché de Lithuanie
; que l'Evêque de Posnanie avoit ensuite proclamé
ce Prince , et qu'il étoit entré avec ceux
qui s'étoient trouvez à cette prétenduë Election
dans l'Eglise des Bernardins , pour y chanter le
Te Deum. Les principaux Seigneurs Polonois
qui ont assisté à l'Election de l'Electeur de Saxe
et qui sont venus à notre connoissance , sont ,
les Evêques de Cracovie et de Posnanie , le Prince
Régimentaire de Lithuanie , les Palatins de
Cracovie , de Novogrod , de Podlachie , de Cul
G F
2482 MERCURE DE FRANCE
*
et de Czernikow , le Prince Sangusko , le Grand
Ecuyer Radzivil , le Comte de Cetner , l'Ecuyer
Tranchant de la Couronne , Rizewki , le Maré.
chal de la Confédération et de l'Election Ponenski
, les, Starostes de Vielun et de Bezzin', le
Comte Zawisza , les. Castellans de Radom , de
Podkommorszy , de Wiltzomer et Plater , et les
ComtesBraniski et Siednieki : ceux qui y ont adhés
ré depuis, sont, le Castelan de Cracovie, le Palatin
d'Inowladislaw , le Castellan de Lenziecinni , le
Staroste de Lenziecinni , et StarosteOppazinski.
"
Le Comte Potoki , Régimentaire de la Cou
ronne qui écrit ces nouvelles , ajoûte que les
Troupes de la Couronne étant sorties de Warsovie,
dans la crainte d'y manquer de fourages , le
parti des Opposans et les Moscovites avoient
passé la Vistule , et que sur cette nouvelle il
avoit mandé au Palatin de Lublin , qui continuë
à rassembler les Troupes , de s'approcher le plus
qu'il pourroit de Dantzik , pour empêcher les.
Moscovites et les Saxons , d'avancer dans la
Trusse Polonoise..
ce ,
Sur l'avis qu'on reçût à Massoire le 4. Octobre,
que quelques Partisans des Opposans avoient
fait conduire sécretement la nuit , une grande
quantité de Poudre et de Balles aux Cazernes du
Palais de Casimir , et que M. Jauch, Lieutenant Colonel,
qui y commande , en avoit eu connoissanil
fut résolu de s'assurer de cet Officier, mais
il prévint par sa fuite le dessein qu'on avoit contre
sa personne. Le peuple irrité de sa trahison ,
pilla la maison où il demeuroit , et l'on transporta
au Camp toutes les munitions qu'on trou
va dans les Cazernes. On eut beaucoup de peine
à arrêter les effets de l'indignation du Peuple et
de Regimentaire fut obligé d'emploïer , la force :
Pous
NOVEMBRE. 1733. 2453
pour empêcher qu'on ne mît le feu à la maison
du Palatin de Podlachie , et à celles de quelques
autres Seigneurs Opposans. Par les soins qu'on
apporta , leurs meubles et leurs effets ont été
conservez , et ils n'ont perdu dans cette émeute
que le Foin et l'Avoine , dont ils avoient fait un
amas considérable pour la nourriture des Chevaux
de l'Armée Moscovite , et qu'on a fait
mettre dans les magasins de celle de la Couronne.
Le 9. le Regimentaire envoya un Officier au
Ministre du Roi de Prusse , pour l'informer
qu'il avoit reçû ordre du Roi de quitter le Camp
de Mariemont et de ne point disputer le passage
de la Vistule aux Moscovites , et le même jour
il alla camper à Piaceczno .
:
Quelques Regimens Moscovites passérent là
Riviere le 11. et ils furent suivis le 13 , le 14 et
le 15.par plusieurs autres qui composent en tout
10 à 12000 hommes.
Plusieurs Opposans , qui mécontens du joug
des Moscovites ont abandonné leur parti , et se
sont rendus ptès du Roi à Dantzick , ont con→
firmé ce que le Comte Potocki , Regimentaire
de la Couronne , avoit mandé à S. M. la ma
niere violente avec laquelle la proclamation de
l'Electeur de Saxe s'étoit faite , et ils ont ajouté
qu'il ne s'étoit pas trouvé à cette Proclamation
plus de soo. Polonois ayant droit de suffrage.
Ils assurent que la plupart de ceux qui y ont assisté
, se plaignent hautement du peu d'égard que
le Général Lucci leur . a marqué en ne daignant
pas seulement permettre que le Maréchal de la
Conféderation recueillit les voix , et qu'il y a des
semences d'une division prochaine entre ce Géné
ral etles principaux Opposans..
Lies
484 MERCURE DE FRANCE
Le Palatin de Lublin s'est avancé vers les Fron
éres de cette Province , avec un corps de Trou
Pes pour la mettre à couvert des courses des Ennemis,
et il doit être joint par 2000. hommes que
cette Ville fait lever, et qu'elle entretiendra à ses
dépens pour le service du Roi .
L'Armée de la Couronne est encore campés
à Tarca ; on a enlevé divers convois aux Mos
Covites , qui bien loin de paroître dans le dessein
de former quelque entreprise , travaillent avec diligence
à se rétrancher dans leur Camp.
Lebruit qui a couru que le Comte Bienlinski ,
étoit du parti du Regimentaire de Lithuanie ,
étoit sans fondement : il est allé à Dantzick as
surer le Roi de sa fidélité , et il exerce auprès de
S. M. sa Charge de Maréchal de la Cour.
Selon d'autres Lettres de Dantzick , le Régimentaire
de la Couronne est toujours dans le
même Camp avec les Troupes qu'il commande ;
les Moscovites continuent à se retrancher avec
diligence prés de Varsovie , et il se passe peu de
jours qu'il n'y ait quelques combats entre les
deux Armées , ces Lettres ajoûtent que jusqu'à
présent les Troupes de la Couronne ont eu l'as
vantage dans toutes les occasions .
Le Comte Poccy que le Roi a nommé Regimentaire
de Lithuanie , à la place du Prince
Wienowieski , s'est mis par ordre de S. M. à la
tête des Troupes , qui ont été rassemblées dans
les Palatinats de Russie , de Mariembourg et de
Vilna , et l'on a appris qu'après avoir enlevé un
Convoi aux Ennemis , il s'étoit posté avec ses
Troupes le long de la Vistule au dessus de leur
Camp , afin d'être à portée d'arrêter tous les
Batteaux qui descendroient pour y porter des:
vivics.
Le
NOVEMBRE. 1733. 2485
Le Prince Czarterinski , Vice Chancelier de
la Couronne , le Castellan de Plocko , M. Tabiawski
, Chambellan de la Couronne , et le
Comte de Denhoff , Chambellan de Lithuanie ,
sont allés à Dantzick pour rendre leurs hom
mages à S. M. On y attend incessamment M.
Paulucci , Nonce du Pape , lequel a reçû ordre de
S. S. de complimenter le Roi sur son Election.
S. M. a ordonné qu'on publiât les Universaux
pour faire monter la Noblesse à Cheval , et elle
écrit en même tems aux Seigneurs et aux Gentils
- hommes de chaque Palatinat une Lettre circulaire,
qui contient , que les Opposans , en se
joignant aux Troupes Moscovites, ne laissent plus
lieu de douter qu'elles ne sont entrées que de
Jeur consentement et même à leur priere sur les
Terres de la Republique ; qu'on a d'ailleurs des
preuves certaines qu'elles y ont été appellées par
les principaux Chefs des rebelles , quoique plusieurs
d'entr'eux se fussent engagés par serment
dans la Diette d'Election à poursuivre comme
traîtres et comme ennemis de leur Patrie , ceux
qui auroient recours aux forces étrangères pour
faire réussir leurs desseins ; qu'on sçait que les
Evêques de Cracovie et de Posnanie sont allés
joindre le Géneral Lucci , afin de prendre avec
lui des mesures pour établir de leur propre authorité
une nouvelle République , composée
seulement de leurs adherans ; qu'ils sont revenus
avec les Moscovites à Praage , et que c'est par
leurs sollicitations réiterées et par celles du Prince
Wienovieski , ci - devant Regimentaire de Lithuanie
, que le Général Moscovite s'est déterminé
à précipiter la prétendue Election , faite
sans aucune formalité et contre toutes les Loix
du Royaume en faveur de l'Electeur de Saxe ;
que
-)
2486 MERCURE DE FRANCE
que l'Evêque de Posnanie en proclamant ce Prince
joint le parjure à la rébellion , puisqu'il s'étoit
engagé par un serment de n'élire et de ne reconnoître
pour Roi qu'un Polonois né de Pere et de
Mere Catholiques , et qui ne possédât aucunes
Terres hors du Royaume ; que depuis la proclamation
de l'Electeur de Saxe, et la jonction des
Opposans et des Moscovites , les uns et les autres
montrent la même ardeur à détruire la République
, et une égale haine pour ceux qui ne veu
lent pas contribuer à sa ruine , que tous les bons
citoïens sont interessés à ne pas souffrir plus
long-tems les attentats d'une Nation étrangere
qui prétend donner des loix à un Peuple libre ,
et la licence d'une troupe de Sujets rébelles , qui
se regardant eux- mêmes comme étrangers dans
leur propre Patrie, et lui ayant déclaré la Guerre,
ne méritent plus qu'on garde avec eux aucun
ménagement , qu'ainsi S. M. compte que la No-
Blesse Polonoise n'a pas besoin d'être exhortée
à se deffendre et à se vanger , et que tous les Gentils-
hommes zélés pour la liberté et pour l'honneur
de la Nation sont également empressés à
suivre l'ordre qui leur est donné de prendre les
Armes pour chasser les Moscovites et dompter
les rébelles.
S. M. ajoûte qu'elle se mettra à la tête de la
Noblesse aussi-tôt qu'elle sera assemblée , et qu'-
elle combattra moins pour conserver la Cou
ronne que pour délivrer la Pologne de la tyrannie
des Paissances étrangeres qui veulent l'opprimer..
Le Primat pour refuter de fausses allégations que
les Ministres de l'Empereur et de la Czarine ont
employées afin de justifier leurs démarches ,
donné un Manifeste , dans lequel il prouve par
a
NOVEMBRE. 1733. 2487
3
un simple récit de ce qui s'est passé depuis la
mort du feu Roi jusqu'à la derniere Election ,
que son premier soin dés le commencement de
PInterrégne a été de rétablir l'union parmi la
Noblesse , qu'après y être parvenu , il a profité
de la Diette extraordinaire , convoquée par le
feu Roi , pour déliberer avec la Noblesse sur ce
qui pourroit assurer la tranquillité et la liberté de
la Nation , et qu'il n'a fait jusqu'à la Diette générale
de convocation aucune démarche qui n'ait
été reglée par le Senat et par les Nonces , quoiqu'en
qualité de Primat il cût pu s'en dispenser
en bien des occasions ; que peu après l'ouverture
de la Diette générale de Convocation la plus
grande partie des.Nonces , trouvant aussi injuste
qu'injurieuse à la Noblesse, la résolution prise
dans une Diette précédente d'exclure les Polonois
du Trône , proposérent de leur propre mouvement
de donuer au contraire l'exclusion à tout
étranger que non seulement . ce projet fut una-.
nimément approuvé , mais que tous les Evêques ,.
les Sénateurs et les Nonces , s'obligérent par serment
à ne donner leurs suffrages qu'à un de leurs
Compatriotes , et que la Diette générale de Convocation
dans sa derniere séance déclara ce serment
une loi fondamentale du Royaume ; que
pendant la tenue de la Diette d'Election , les loix
établies dans la Diette de Convocation , ont toujours
été la regle de sa conduite ; que les Opposans
, en se retirant à Praage , n'ont observé aucune
des formalités qui pouvoient arrêter ou
suspendre les délibérations de la Diette ; qu'ils
quittérent le Camp destiné à l'Election du Roi ,
sans faire aucune protestation ; que lorsqu'on
leur envoya des Députés pour leur demander la
cause de leur retraite , ils répondirent que cette
retraite
2488 MERCURE DE FRANCE
retraite ne devoit troubler l'Election en aucune
maniere ; que ceux qui n'avoient pas signé la formule
de serment prescrit par la Diette contre
ceux qui avoient fait entrer les Troupes Moscovites
dans le Royaume , ne refusérent pas même
de la signer ; que leur retraite n'ayant point été
motivée ni accompagnée d'aucun Acte juridique
d'opposition aux résolutions de la Diette , on
avoit procédé selon les Loix à l'Election du Roi ;
que plus de cent Enseignes y avoient assisté
qu'après qu'il eut récueilli les suffrages en la maniere
accoutumée , tous se trouvérent réunis en
faveur de S. M. régnante , à l'exception de ceux
de quelques Nonces , qui se retirerent en décla
rant qu'ils ne donnoient point leurs voix , mais
qu'ils ne s'opposoient point à l'Election ; que M.
Kamienski , Capitaine du district de Krziemie ,
fut le seul qui protesta , mais qu'il ne persista pas
dans son opposition , et que ce ne fut qu'après
un désistement en forme de sa part , et après
avoir observé toutes les formalités ordonnées par
les Constitutions du Royaume, que se fit la Proclamation.
Le Comte Pocci Regimentaire de Lithuanie , a
envoyé à Dantzick un Courier , pour apprendre
au Roi , que le Convoy qu'il a enlevé aux Ennemis
étoit composé de 1500 Chariots , dont la
plus grande partie étoit chargée de munitions de
Guerre ; qu'on y avoit trouvé une somme considerable
d'argent , et que de 2000 hommes qui
escortoient ce Convoy , 600. avoient été tueż ,
et les autres faits prisonniers.
Ce Général a fait distribuer à ses Troupes un
tiers de l'argent qu'il a pris aux Ennemis , et il
attend les ordres de S. M. sur l'usage qu'il doit
faire du reste de cette somme.
LC
NOVEMBRE 1733. 2489
Le corps de Troupes qu'il commande sere
bientôt en état d'ôter aux Moscovites toute communication
avec l'Ukraine.
On a appris qu'il y a de la divison entre les
Ministres de l'Electeur de Saxe et les Opposans
parceque ces derniers ne veulent pas accorder aux
Moscovites un libre passage par la Pologne . Ce
differend retarde la signature des prétendus Pacta
Conventa que les Opposans ont dressés pour être
signés de l'Electeur de Saxe.
Le bruit court que le Comte Potocki Regi
mentaire de la Couronne , dont l'Armée augmente
tous les jours , doit quitter Tarca pous
aller camper à Lowitz .
Lblement augmentée par l'arrivée d'un grand
A Cour du Roy à Danzick , est considera
nombre de Seigneurs et de Gentilshommes qui
vont offrir leurs services à S. M. Elle tint sur la
fin du mois dernier, avec le Primat et les principaus
NOVEMBRE. 1733. 248T
paux Sénateurs , plusieurs Conseils , et il a été
résolu de publier les Universaux pour faire monter
la Noblesse à cheval .
Le 20 Octobre , il arriva à Danzick un Cou
rier de Rome , dépêché par le Duc de S. Aignan,
Ambassadeur du Roy Très-Chrétien auprès du
Pape , par lequel le Roy a été informé des
instructions que S. S. a envoyées à son Nonce
en Pologne , et des ordres donnez à ce Ministre
de reconnoître le Roy, et de lui remettre la Reponse
de S. S. à la Lettre que S. M. lui avoit
écrite aussi - tôt après son Election.
Depuis la premiere nouvelle de l'Election faite
avec beaucoup de désordre en faveur de l'Elec
teur de Saxe le 5. Octobre , on a appris que le
General Lucci , qui commande les Troupes
Moscovites , avoit été très - allarmé de la division
qui s'étoit mise entre les Opposans , dont les
principaux songeoient chacun en leur particulier
à se faire élire ; que le Palatin de Cracovie
ayant même voulu se retirer de la Confédération,
le Géneral Lucci avoit pensé qu'il n'y avoit pas
un moment à perdre pour faire proclamer l'Electeur
de Saxe ; qu'il avoit , sans demander les
suffrages , crié seul , Vive Auguste , troisiéme
Roy de Pologne et du grand Duché de Lithuanie
; que l'Evêque de Posnanie avoit ensuite proclamé
ce Prince , et qu'il étoit entré avec ceux
qui s'étoient trouvez à cette prétenduë Election
dans l'Eglise des Bernardins , pour y chanter le
Te Deum. Les principaux Seigneurs Polonois
qui ont assisté à l'Election de l'Electeur de Saxe
et qui sont venus à notre connoissance , sont ,
les Evêques de Cracovie et de Posnanie , le Prince
Régimentaire de Lithuanie , les Palatins de
Cracovie , de Novogrod , de Podlachie , de Cul
G F
2482 MERCURE DE FRANCE
*
et de Czernikow , le Prince Sangusko , le Grand
Ecuyer Radzivil , le Comte de Cetner , l'Ecuyer
Tranchant de la Couronne , Rizewki , le Maré.
chal de la Confédération et de l'Election Ponenski
, les, Starostes de Vielun et de Bezzin', le
Comte Zawisza , les. Castellans de Radom , de
Podkommorszy , de Wiltzomer et Plater , et les
ComtesBraniski et Siednieki : ceux qui y ont adhés
ré depuis, sont, le Castelan de Cracovie, le Palatin
d'Inowladislaw , le Castellan de Lenziecinni , le
Staroste de Lenziecinni , et StarosteOppazinski.
"
Le Comte Potoki , Régimentaire de la Cou
ronne qui écrit ces nouvelles , ajoûte que les
Troupes de la Couronne étant sorties de Warsovie,
dans la crainte d'y manquer de fourages , le
parti des Opposans et les Moscovites avoient
passé la Vistule , et que sur cette nouvelle il
avoit mandé au Palatin de Lublin , qui continuë
à rassembler les Troupes , de s'approcher le plus
qu'il pourroit de Dantzik , pour empêcher les.
Moscovites et les Saxons , d'avancer dans la
Trusse Polonoise..
ce ,
Sur l'avis qu'on reçût à Massoire le 4. Octobre,
que quelques Partisans des Opposans avoient
fait conduire sécretement la nuit , une grande
quantité de Poudre et de Balles aux Cazernes du
Palais de Casimir , et que M. Jauch, Lieutenant Colonel,
qui y commande , en avoit eu connoissanil
fut résolu de s'assurer de cet Officier, mais
il prévint par sa fuite le dessein qu'on avoit contre
sa personne. Le peuple irrité de sa trahison ,
pilla la maison où il demeuroit , et l'on transporta
au Camp toutes les munitions qu'on trou
va dans les Cazernes. On eut beaucoup de peine
à arrêter les effets de l'indignation du Peuple et
de Regimentaire fut obligé d'emploïer , la force :
Pous
NOVEMBRE. 1733. 2453
pour empêcher qu'on ne mît le feu à la maison
du Palatin de Podlachie , et à celles de quelques
autres Seigneurs Opposans. Par les soins qu'on
apporta , leurs meubles et leurs effets ont été
conservez , et ils n'ont perdu dans cette émeute
que le Foin et l'Avoine , dont ils avoient fait un
amas considérable pour la nourriture des Chevaux
de l'Armée Moscovite , et qu'on a fait
mettre dans les magasins de celle de la Couronne.
Le 9. le Regimentaire envoya un Officier au
Ministre du Roi de Prusse , pour l'informer
qu'il avoit reçû ordre du Roi de quitter le Camp
de Mariemont et de ne point disputer le passage
de la Vistule aux Moscovites , et le même jour
il alla camper à Piaceczno .
:
Quelques Regimens Moscovites passérent là
Riviere le 11. et ils furent suivis le 13 , le 14 et
le 15.par plusieurs autres qui composent en tout
10 à 12000 hommes.
Plusieurs Opposans , qui mécontens du joug
des Moscovites ont abandonné leur parti , et se
sont rendus ptès du Roi à Dantzick , ont con→
firmé ce que le Comte Potocki , Regimentaire
de la Couronne , avoit mandé à S. M. la ma
niere violente avec laquelle la proclamation de
l'Electeur de Saxe s'étoit faite , et ils ont ajouté
qu'il ne s'étoit pas trouvé à cette Proclamation
plus de soo. Polonois ayant droit de suffrage.
Ils assurent que la plupart de ceux qui y ont assisté
, se plaignent hautement du peu d'égard que
le Général Lucci leur . a marqué en ne daignant
pas seulement permettre que le Maréchal de la
Conféderation recueillit les voix , et qu'il y a des
semences d'une division prochaine entre ce Géné
ral etles principaux Opposans..
Lies
484 MERCURE DE FRANCE
Le Palatin de Lublin s'est avancé vers les Fron
éres de cette Province , avec un corps de Trou
Pes pour la mettre à couvert des courses des Ennemis,
et il doit être joint par 2000. hommes que
cette Ville fait lever, et qu'elle entretiendra à ses
dépens pour le service du Roi .
L'Armée de la Couronne est encore campés
à Tarca ; on a enlevé divers convois aux Mos
Covites , qui bien loin de paroître dans le dessein
de former quelque entreprise , travaillent avec diligence
à se rétrancher dans leur Camp.
Lebruit qui a couru que le Comte Bienlinski ,
étoit du parti du Regimentaire de Lithuanie ,
étoit sans fondement : il est allé à Dantzick as
surer le Roi de sa fidélité , et il exerce auprès de
S. M. sa Charge de Maréchal de la Cour.
Selon d'autres Lettres de Dantzick , le Régimentaire
de la Couronne est toujours dans le
même Camp avec les Troupes qu'il commande ;
les Moscovites continuent à se retrancher avec
diligence prés de Varsovie , et il se passe peu de
jours qu'il n'y ait quelques combats entre les
deux Armées , ces Lettres ajoûtent que jusqu'à
présent les Troupes de la Couronne ont eu l'as
vantage dans toutes les occasions .
Le Comte Poccy que le Roi a nommé Regimentaire
de Lithuanie , à la place du Prince
Wienowieski , s'est mis par ordre de S. M. à la
tête des Troupes , qui ont été rassemblées dans
les Palatinats de Russie , de Mariembourg et de
Vilna , et l'on a appris qu'après avoir enlevé un
Convoi aux Ennemis , il s'étoit posté avec ses
Troupes le long de la Vistule au dessus de leur
Camp , afin d'être à portée d'arrêter tous les
Batteaux qui descendroient pour y porter des:
vivics.
Le
NOVEMBRE. 1733. 2485
Le Prince Czarterinski , Vice Chancelier de
la Couronne , le Castellan de Plocko , M. Tabiawski
, Chambellan de la Couronne , et le
Comte de Denhoff , Chambellan de Lithuanie ,
sont allés à Dantzick pour rendre leurs hom
mages à S. M. On y attend incessamment M.
Paulucci , Nonce du Pape , lequel a reçû ordre de
S. S. de complimenter le Roi sur son Election.
S. M. a ordonné qu'on publiât les Universaux
pour faire monter la Noblesse à Cheval , et elle
écrit en même tems aux Seigneurs et aux Gentils
- hommes de chaque Palatinat une Lettre circulaire,
qui contient , que les Opposans , en se
joignant aux Troupes Moscovites, ne laissent plus
lieu de douter qu'elles ne sont entrées que de
Jeur consentement et même à leur priere sur les
Terres de la Republique ; qu'on a d'ailleurs des
preuves certaines qu'elles y ont été appellées par
les principaux Chefs des rebelles , quoique plusieurs
d'entr'eux se fussent engagés par serment
dans la Diette d'Election à poursuivre comme
traîtres et comme ennemis de leur Patrie , ceux
qui auroient recours aux forces étrangères pour
faire réussir leurs desseins ; qu'on sçait que les
Evêques de Cracovie et de Posnanie sont allés
joindre le Géneral Lucci , afin de prendre avec
lui des mesures pour établir de leur propre authorité
une nouvelle République , composée
seulement de leurs adherans ; qu'ils sont revenus
avec les Moscovites à Praage , et que c'est par
leurs sollicitations réiterées et par celles du Prince
Wienovieski , ci - devant Regimentaire de Lithuanie
, que le Général Moscovite s'est déterminé
à précipiter la prétendue Election , faite
sans aucune formalité et contre toutes les Loix
du Royaume en faveur de l'Electeur de Saxe ;
que
-)
2486 MERCURE DE FRANCE
que l'Evêque de Posnanie en proclamant ce Prince
joint le parjure à la rébellion , puisqu'il s'étoit
engagé par un serment de n'élire et de ne reconnoître
pour Roi qu'un Polonois né de Pere et de
Mere Catholiques , et qui ne possédât aucunes
Terres hors du Royaume ; que depuis la proclamation
de l'Electeur de Saxe, et la jonction des
Opposans et des Moscovites , les uns et les autres
montrent la même ardeur à détruire la République
, et une égale haine pour ceux qui ne veu
lent pas contribuer à sa ruine , que tous les bons
citoïens sont interessés à ne pas souffrir plus
long-tems les attentats d'une Nation étrangere
qui prétend donner des loix à un Peuple libre ,
et la licence d'une troupe de Sujets rébelles , qui
se regardant eux- mêmes comme étrangers dans
leur propre Patrie, et lui ayant déclaré la Guerre,
ne méritent plus qu'on garde avec eux aucun
ménagement , qu'ainsi S. M. compte que la No-
Blesse Polonoise n'a pas besoin d'être exhortée
à se deffendre et à se vanger , et que tous les Gentils-
hommes zélés pour la liberté et pour l'honneur
de la Nation sont également empressés à
suivre l'ordre qui leur est donné de prendre les
Armes pour chasser les Moscovites et dompter
les rébelles.
S. M. ajoûte qu'elle se mettra à la tête de la
Noblesse aussi-tôt qu'elle sera assemblée , et qu'-
elle combattra moins pour conserver la Cou
ronne que pour délivrer la Pologne de la tyrannie
des Paissances étrangeres qui veulent l'opprimer..
Le Primat pour refuter de fausses allégations que
les Ministres de l'Empereur et de la Czarine ont
employées afin de justifier leurs démarches ,
donné un Manifeste , dans lequel il prouve par
a
NOVEMBRE. 1733. 2487
3
un simple récit de ce qui s'est passé depuis la
mort du feu Roi jusqu'à la derniere Election ,
que son premier soin dés le commencement de
PInterrégne a été de rétablir l'union parmi la
Noblesse , qu'après y être parvenu , il a profité
de la Diette extraordinaire , convoquée par le
feu Roi , pour déliberer avec la Noblesse sur ce
qui pourroit assurer la tranquillité et la liberté de
la Nation , et qu'il n'a fait jusqu'à la Diette générale
de convocation aucune démarche qui n'ait
été reglée par le Senat et par les Nonces , quoiqu'en
qualité de Primat il cût pu s'en dispenser
en bien des occasions ; que peu après l'ouverture
de la Diette générale de Convocation la plus
grande partie des.Nonces , trouvant aussi injuste
qu'injurieuse à la Noblesse, la résolution prise
dans une Diette précédente d'exclure les Polonois
du Trône , proposérent de leur propre mouvement
de donuer au contraire l'exclusion à tout
étranger que non seulement . ce projet fut una-.
nimément approuvé , mais que tous les Evêques ,.
les Sénateurs et les Nonces , s'obligérent par serment
à ne donner leurs suffrages qu'à un de leurs
Compatriotes , et que la Diette générale de Convocation
dans sa derniere séance déclara ce serment
une loi fondamentale du Royaume ; que
pendant la tenue de la Diette d'Election , les loix
établies dans la Diette de Convocation , ont toujours
été la regle de sa conduite ; que les Opposans
, en se retirant à Praage , n'ont observé aucune
des formalités qui pouvoient arrêter ou
suspendre les délibérations de la Diette ; qu'ils
quittérent le Camp destiné à l'Election du Roi ,
sans faire aucune protestation ; que lorsqu'on
leur envoya des Députés pour leur demander la
cause de leur retraite , ils répondirent que cette
retraite
2488 MERCURE DE FRANCE
retraite ne devoit troubler l'Election en aucune
maniere ; que ceux qui n'avoient pas signé la formule
de serment prescrit par la Diette contre
ceux qui avoient fait entrer les Troupes Moscovites
dans le Royaume , ne refusérent pas même
de la signer ; que leur retraite n'ayant point été
motivée ni accompagnée d'aucun Acte juridique
d'opposition aux résolutions de la Diette , on
avoit procédé selon les Loix à l'Election du Roi ;
que plus de cent Enseignes y avoient assisté
qu'après qu'il eut récueilli les suffrages en la maniere
accoutumée , tous se trouvérent réunis en
faveur de S. M. régnante , à l'exception de ceux
de quelques Nonces , qui se retirerent en décla
rant qu'ils ne donnoient point leurs voix , mais
qu'ils ne s'opposoient point à l'Election ; que M.
Kamienski , Capitaine du district de Krziemie ,
fut le seul qui protesta , mais qu'il ne persista pas
dans son opposition , et que ce ne fut qu'après
un désistement en forme de sa part , et après
avoir observé toutes les formalités ordonnées par
les Constitutions du Royaume, que se fit la Proclamation.
Le Comte Pocci Regimentaire de Lithuanie , a
envoyé à Dantzick un Courier , pour apprendre
au Roi , que le Convoy qu'il a enlevé aux Ennemis
étoit composé de 1500 Chariots , dont la
plus grande partie étoit chargée de munitions de
Guerre ; qu'on y avoit trouvé une somme considerable
d'argent , et que de 2000 hommes qui
escortoient ce Convoy , 600. avoient été tueż ,
et les autres faits prisonniers.
Ce Général a fait distribuer à ses Troupes un
tiers de l'argent qu'il a pris aux Ennemis , et il
attend les ordres de S. M. sur l'usage qu'il doit
faire du reste de cette somme.
LC
NOVEMBRE 1733. 2489
Le corps de Troupes qu'il commande sere
bientôt en état d'ôter aux Moscovites toute communication
avec l'Ukraine.
On a appris qu'il y a de la divison entre les
Ministres de l'Electeur de Saxe et les Opposans
parceque ces derniers ne veulent pas accorder aux
Moscovites un libre passage par la Pologne . Ce
differend retarde la signature des prétendus Pacta
Conventa que les Opposans ont dressés pour être
signés de l'Electeur de Saxe.
Le bruit court que le Comte Potocki Regi
mentaire de la Couronne , dont l'Armée augmente
tous les jours , doit quitter Tarca pous
aller camper à Lowitz .
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Résumé : POLOGNE.
En novembre 1733, la cour du roi à Danzick s'est renforcée avec l'arrivée de nombreux seigneurs et gentilshommes offrant leurs services. Le roi a reçu des instructions du pape via son nonce en Pologne, reconnaissant ainsi sa royauté. Depuis l'élection de l'Électeur de Saxe comme roi de Pologne le 5 octobre, des troubles ont éclaté. Le général Lucci, commandant les troupes moscovites, a proclamé Auguste III roi de Pologne sans consulter les suffrages, soutenu par l'évêque de Posnanie. Plusieurs seigneurs polonais ont assisté à cette élection controversée. Le comte Potocki, régimentaire de la couronne, a rapporté que les troupes moscovites et saxonnes ont traversé la Vistule. Il a ordonné au palatin de Lublin de se rapprocher de Danzick pour les contrer. À Massoire, des partisans des opposants ont été arrêtés pour avoir stocké des munitions. Le régimentaire a également informé le ministre du roi de Prusse de ne pas disputer le passage de la Vistule aux moscovites. Des opposants mécontents des moscovites ont rejoint le roi à Danzick, confirmant la violence de la proclamation de l'Électeur de Saxe. Le palatin de Lublin a rassemblé des troupes pour protéger sa province. L'armée de la couronne, campée à Tarca, a enlevé des convois aux moscovites. Le comte Potocki a été nommé régimentaire de Lithuanie et a posté ses troupes le long de la Vistule. Le roi a ordonné la publication des universaux pour mobiliser la noblesse et a écrit aux seigneurs pour dénoncer l'alliance des opposants avec les moscovites. Le primat a publié un manifeste réfutant les allégations des ministres de l'empereur et de la czarine, affirmant que son premier soin a été de rétablir l'union parmi la noblesse et de respecter les lois du royaume. Par ailleurs, le comte Pocci, régimentaire de Lithuanie, a informé le roi de la capture d'un convoi ennemi composé de 1500 chariots chargés de munitions et d'une somme considérable d'argent. Lors de cette opération, 600 des 2000 hommes escortant le convoi ont été tués, les autres étant faits prisonniers. Le comte Pocci a distribué un tiers de l'argent capturé à ses troupes et attend les ordres du roi concernant le reste. Le corps de troupes qu'il commande sera bientôt capable de couper toute communication entre les Moscovites et l'Ukraine. Une division entre les ministres de l'Électeur de Saxe et les opposants retarde la signature des Pacta Conventa, en raison du refus des opposants d'accorder un libre passage aux Moscovites à travers la Pologne. Enfin, le comte Potocki, régimentaire de la Couronne, doit quitter Tarca pour aller camper à Lowitz.
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