Résultats : 21797 texte(s)
Détail
Liste
4501
p. 138-139
Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Début :
Le Portrait historié et très bien caractérisé de la Dlle [...]
Mots clefs :
Portrait, Opéra, Estampe, Académie royale de peinture, Tableau
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texteReconnaissance textuelle : Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Le Portrait historie et très bien caracterisé
de la Dile Camargo , premiere danseuse
de l'Opera , va paroître en Estampe..
Il a été peint par le sieur Lancret , Peintre
de l'Académie Royale de Peinture..
Le talent que tout le monde lui connoît ,
sur tout pour les sujets de Bals et Fêtes
galantes et champêtres , a été ingenieusement
employé à faire un Tableau des plus.
agréables ; il a si bien sçû saisir ce qu'un
aussi excellent modele a d'inimitable,que
jamais Figure n'a paruë plus dansante.Les
accompagnemens sont traités avec goût
et discernement ; on voit des spectateurs
et des simphoniste placés naturellement,
et un très -beau fond de paysage. Le sieur
Cars , Graveur de la même Académie ,
très,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
R
W
YORK
MIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1731
JANVIER. 1731. 139
très-habile dans sa profession , a gravé
ce Portrait de la même grandeur du Tableau
, et avec tant d'art , que les Con- .
noisseurs ne sçavent à qui donner la préference
du pinceau ou du burin. L'Estampe
est en large , et de la même grandeur
du Tableau original ; dont nous pouvions
faire tout d'un coup l'éloge en
disant qu'il est dans le Cabinet de M. de
la Faye. Cette Estampe se vendra chez
l'Auteur , Quay de la Mégisserie , à la
Croix de Perles , et chez le sieur Cars , au
Nom de Jesus .
de la Dile Camargo , premiere danseuse
de l'Opera , va paroître en Estampe..
Il a été peint par le sieur Lancret , Peintre
de l'Académie Royale de Peinture..
Le talent que tout le monde lui connoît ,
sur tout pour les sujets de Bals et Fêtes
galantes et champêtres , a été ingenieusement
employé à faire un Tableau des plus.
agréables ; il a si bien sçû saisir ce qu'un
aussi excellent modele a d'inimitable,que
jamais Figure n'a paruë plus dansante.Les
accompagnemens sont traités avec goût
et discernement ; on voit des spectateurs
et des simphoniste placés naturellement,
et un très -beau fond de paysage. Le sieur
Cars , Graveur de la même Académie ,
très,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
R
W
YORK
MIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1731
JANVIER. 1731. 139
très-habile dans sa profession , a gravé
ce Portrait de la même grandeur du Tableau
, et avec tant d'art , que les Con- .
noisseurs ne sçavent à qui donner la préference
du pinceau ou du burin. L'Estampe
est en large , et de la même grandeur
du Tableau original ; dont nous pouvions
faire tout d'un coup l'éloge en
disant qu'il est dans le Cabinet de M. de
la Faye. Cette Estampe se vendra chez
l'Auteur , Quay de la Mégisserie , à la
Croix de Perles , et chez le sieur Cars , au
Nom de Jesus .
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Résumé : Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une estampe intitulée 'Le Portrait histoire et très bien caractérisé de la Dile Camargo, première danseuse de l'Opéra'. Cette œuvre a été peinte par Nicolas Lancret, connu pour ses représentations de bals et de fêtes galantes et champêtres. Lancret a su capturer l'essence de son modèle, rendant la figure particulièrement expressive et dynamique. Les spectateurs et les musiciens sont représentés avec goût et naturel, complétés par un beau fond de paysage. L'estampe a été gravée par le sieur Cars, membre de l'Académie Royale de Peinture, qui a reproduit le tableau avec une grande maîtrise. Les connaisseurs apprécient autant la qualité du pinceau de Lancret que celle du burin de Cars. L'estampe est de la même taille que le tableau original, appartenant à M. de la Faye. Elle sera disponible à la vente chez l'auteur, au Quai de la Mégisserie, à la Croix de Perles, et chez le sieur Cars, au Nom de Jesus.
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4502
p. 153-156
NOUVELLE RECENTE
Début :
Il vient d'arriver une nouvelle de Flandre dont le fond est [...]
Mots clefs :
Flandre, Ennemis, Détachement
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE RECENTE
NOUVELLE RECENTE
Il vient d'arriver une
nouvelle de Flandre dont
le fond est déjàcomfirmé,
mais comme l'Impression
presse, on ne vous donne
icy que le premier détail
qui en est venu, & dont
quelques circonitances
pouroient être sujetes à
re-
forme: voici ce qu'on en
dit aujourd'huy.
M. de Vivans avoit fait
un détachement pour faciliter l'arrivée d'un convoy pour Maubeuge, 4
pour achever d'en remplir
les magazins comme on a
fait dans toutes nos places,
nos gens conduisent se
convoylorsqu'ils eurentavis que cinq-cent chevaux
des ennemi venoient pour
l'enlever
,
les nostresjugerent que les ennemis
les voyant un nombre a
peu prés égal n'entrepren-
». droient pas de les attaquer.
Nôtre commandant mit
en embuscade la plus
grande partie de son efcorte, & marcha tres lentement avec le reste, qui
étant en tres petit nombre
attira les ennmis & c'est ce
qu'il souhaittoit; car après
une maneuvre dont on ne
sçait pas encore bien le détail, on fit donner insensiblement les ennemis dans
l'embuscade, & tous se rejoignirent sur eux,enforte
qu'ils -ont ététaillez en pièces, on dit que tous nos
gens ainsi réunis ne compofoient encore qu'environ quatre-cent hommes.
Il vient d'arriver une
nouvelle de Flandre dont
le fond est déjàcomfirmé,
mais comme l'Impression
presse, on ne vous donne
icy que le premier détail
qui en est venu, & dont
quelques circonitances
pouroient être sujetes à
re-
forme: voici ce qu'on en
dit aujourd'huy.
M. de Vivans avoit fait
un détachement pour faciliter l'arrivée d'un convoy pour Maubeuge, 4
pour achever d'en remplir
les magazins comme on a
fait dans toutes nos places,
nos gens conduisent se
convoylorsqu'ils eurentavis que cinq-cent chevaux
des ennemi venoient pour
l'enlever
,
les nostresjugerent que les ennemis
les voyant un nombre a
peu prés égal n'entrepren-
». droient pas de les attaquer.
Nôtre commandant mit
en embuscade la plus
grande partie de son efcorte, & marcha tres lentement avec le reste, qui
étant en tres petit nombre
attira les ennmis & c'est ce
qu'il souhaittoit; car après
une maneuvre dont on ne
sçait pas encore bien le détail, on fit donner insensiblement les ennemis dans
l'embuscade, & tous se rejoignirent sur eux,enforte
qu'ils -ont ététaillez en pièces, on dit que tous nos
gens ainsi réunis ne compofoient encore qu'environ quatre-cent hommes.
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Résumé : NOUVELLE RECENTE
Une récente nouvelle en provenance de Flandre rapporte qu'un détachement commandé par M. de Vivans avait été envoyé pour faciliter l'arrivée d'un convoi destiné à approvisionner Maubeuge. Alors que les troupes françaises conduisaient le convoi, elles rencontrèrent environ cinq cents cavaliers ennemis cherchant à l'intercepter. Les Français, bien que moins nombreux, jugèrent que les ennemis n'oseraient pas les attaquer en raison de la proximité des effectifs. Le commandant français mit alors en place une embuscade avec la majeure partie de ses forces, tandis qu'un petit groupe avançait lentement pour attirer les ennemis. Cette manœuvre permit de surprendre les assaillants, qui furent pris au piège et vaincus. Les forces françaises, réunies, ne comptaient qu'environ quatre cents hommes.
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4503
p. 152-155
Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Début :
Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Théâtres, Auteurs, Portraits, Ouvrage, Ouvrages, Nations, Vie, Amateurs
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texteReconnaissance textuelle : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Hiftoire Univerfelle des Théâtres de toutes
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
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Résumé : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos jours' est une collection de 36 volumes dédiée au frère du roi. Elle comprend des gravures, plans et élévations des salles de spectacles européennes, ainsi que des portraits d'artistes contribuant au théâtre. Les principaux thèmes abordés incluent l'histoire des théâtres dans diverses capitales mondiales, les vies et œuvres des auteurs dramatiques, les vies des comédiens célèbres, et des anecdotes sur l'histoire des théâtres. L'ouvrage présente également des extraits d'ouvrages didactiques sur l'art de la comédie, des réflexions sur la profession de comédien et les préjugés associés, ainsi que des descriptions des fêtes à la cour de France et dans les principales cours européennes. Il explore aussi la musique, la danse et la pantomime, avec des biographies des artistes renommés. Le prix de la souscription est de 30 livres à Paris et 36 livres en province, frais de port inclus. Les souscriptions peuvent être faites chez les auteurs ou chez la veuve Duchefne, libraire. Un bureau général est ouvert pour consulter les gravures et portraits.
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4504
p. 154-157
Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Ricovrati de Padouë est si cel[ebr]e, qu'on [...]
Mots clefs :
Académie des Ricovrati de Padoue, Femmes illustres, Antoinette de Saliès, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
L'Academie des Ricovrati
GALANT. 155
de Padouë eft fi celelebre ,
qu'on peut dire à la gloire
des perfonnes qui la compofent qu'il fuffit d'en eftre
pour fe voir univerfellement
eftimé. Cette fçavante Compagnie n'a aucun égard an
Sexe. Elle eft perfuadée avec
I
beaucoup de juftice que le
merite & l'efprit font des
deux Sexes. C'eft auffi pour
cette raison qu'elle reçoit également les Hommes & les
Femmes Illuftres. Telles font
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Ma
dame Daffier , Madame de
156 MERCURE
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue fous le nom de Ma
dame de Ville- Dieu ,& cellelà fous celuy deMademoiſelle
le Fevre. Cet honneur eftoit
bien deu à Madamede Saliez,
Viguiere d'Alby. Elle a efté
proclamée depuis peu de
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie. Le docte M Patin ,
dont la Fille eft auffi Academicienne , fit publiquement
l'éloge de cette Heroine, &
parla de fa naiffance de fa
vertu , de fon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
GALANT. 157
fit admirer fon éloquence
GALANT. 155
de Padouë eft fi celelebre ,
qu'on peut dire à la gloire
des perfonnes qui la compofent qu'il fuffit d'en eftre
pour fe voir univerfellement
eftimé. Cette fçavante Compagnie n'a aucun égard an
Sexe. Elle eft perfuadée avec
I
beaucoup de juftice que le
merite & l'efprit font des
deux Sexes. C'eft auffi pour
cette raison qu'elle reçoit également les Hommes & les
Femmes Illuftres. Telles font
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Ma
dame Daffier , Madame de
156 MERCURE
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue fous le nom de Ma
dame de Ville- Dieu ,& cellelà fous celuy deMademoiſelle
le Fevre. Cet honneur eftoit
bien deu à Madamede Saliez,
Viguiere d'Alby. Elle a efté
proclamée depuis peu de
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie. Le docte M Patin ,
dont la Fille eft auffi Academicienne , fit publiquement
l'éloge de cette Heroine, &
parla de fa naiffance de fa
vertu , de fon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
GALANT. 157
fit admirer fon éloquence
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Résumé : Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
L'Académie des Ricovrati de Padoue est célèbre pour son respect des membres, indépendamment de leur sexe, valorisant ainsi le mérite et l'esprit. Cette institution accueille des hommes et des femmes illustres. Parmi les femmes membres figurent Mademoiselle de Scudery, Madame des Houlières, Madame Daffier, Madame de Châteauneuf, autrefois connue sous le nom de Madame de Ville-Dieu, et Mademoiselle le Fèvre. Madame de Saliez, Viguière d'Alby, a récemment été élue académicienne à l'unanimité. Le docteur Patin, dont la fille est également académicienne, a publiquement loué Madame de Saliez, mettant en avant sa naissance vertueuse, son génie et ses œuvres, ce qui a suscité l'admiration pour son éloquence.
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4505
p. 1622-1633
Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 13. Juillet, la même Académie remit au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie [...]
Mots clefs :
Comédie ballet, Académie royale de musique, Théâtre, Musique, Le Carnaval et la Folie, Hymen, Plaisirs, Yeux, Chagrin, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 13. Juiller , la même Académie remit
au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie-
Balet , repréfenté pour la premiere
fois le 3. Janvier 1704. & reprife au mois
de May 1719. Les paroles font de M. de
la Motte , & la Mufique de M. Deftouches
, Sur-Intendant de la Mufique du
Roi .
Cet Opera vient d'être executé avec
beaucoup de fuccès , & le Public a également
applaudi au Poëme & à la Mufique.
Au Prologue le Théatre repréfente les
Cieux où les Dieux font en Feftin . Fupiter
& Venus invitent toute la Troupe
immortelle à la joye par ce Duo.
Qu'a
JUILLET . 1730 1623
Qu'à nos voeux ici tout réponde.
Verfez-nous , verfez- nous la celefte Liqueur :
Verfez , que le Nectar enchante notre coeur ;
Qu'il y porte une paix profonde.
Venus fe levant de table , invite aux
plaifirs de l'Amour par ces Vers :
Goutons des plaifirs plus parfaits ,
Et que le tendre Amour à ſon tour nous inſpire ;
Regnez , Amour, regnez, raffemblez vos attraits ;
Triomphez, fur nos coeurs étendez votre empire ;
Mais qu'à fon gré chacun foupire :
Laiffez -nous le choix de vos Traits .
Momus fait fon office de Cenfeur ; Jupiter
lui ordonné de fe taire. Mercure
vient convier les Dieux à aller chercher
de nouveaux plaifirs fur la terre , où il
leur a preparé de nouvelles conquêtes ;
Momus , malgré l'ordre que Jupiter lui a
donné , continue à lâcher la cenfure.
Suivez, fuivez Mercure ; abandonnez les Cieux .
Livrez- vous aux plaifirs ; qu'envain la Gloire
gronde ,
L'Amour eft un plus digne objet ,
Aimez, il eft un Roi qui prend le foin du monde;
Jouiffez du loiſir qu'un Mortel vous a fait.
Ce dernier trait oblige Jupiterà
Gij exiler
1624 MERCURE DE FRANCE
à exiler Momus . Le Prologue n'a point
d'autre liaifon à la Piece que cet exil &
la defcente des Dieux fur la terre , à la
perfuafion de Mercure ; en effet Jupiter
& Venus doivent honorer de leur pre-
Tence l'Hymen du Carnaval & de la Folie .
Le Théatre repréfente au premier Acte
un Bois fleuri confacré à la Jeuneffe . Le
Carnaval partage fon coeur entre Bacchus
& l'Amour, & les prie tous deux de le
rendre heureux.
Momus exilé des Cieux , vient chercher
un azile chez le Carnaval , avec qui on le
fuppofe uni depuis long- temps . Le Carnaval
lui apprend qu'il aime la Folie , fille
"de Plutus , & de la Jeuneffe ; Momus applaudit
à fon choix ironiquement.
Plutus & la Jeuneffe amenent la pre
miere Fête de cet Acte ; le Théatre change
à la voix du Dieu des Richeffes : on
"voit un Palais magnifique s'élever , & les
Suivans de Plutus offrir leurs dons les plus
riches à la Jeuneffe. La Folie vient interrompre
la Fête. Elle fait connoître fon
mécontentement par ces Vers : ་
Ceffez , Jeux indifcrets , od manquoit la Folie ,
Qu'ici tout fe taiſe à ma voix ;
Je ne veux point fouffrir de Fête où l'on m'oublis;
at l'on ne doit ici vivre que
fous mes Loix. Loix
.
JUILLET. 1730. 1625
Elle dit à Plutus & à la Jeuneffe , qui
s'offenfent de fon audace:
Je dois la vie à votre amour ; "
Mais ne me comptez pas fous votre obéïffance ;
L'honneur de m'avoir mife au jour ,
Vous paye affez de ma naiffance.
Plutus & la Jeuneffe , pour l'appailer ,
font prêts à fe retirer ; elle les arrête en
leur difant que leur obéïffance lui fuffit,
& elle ranime la Fête par ces Vers .
Que votre regne recommence ;
r
Revenez, doux plaifirs , plaifirs , revenez tous ;
Mais revenez encor plus doux :
Vous languiffiez fans moi,brillez par ma preſence.
Après cette Fête qui eft encore plus
brillante que la premiere. Le Carnaval
prie Plutus & la Juneffe de confentir à
fon Hymen avec leur fille; ils lui font une
réponſe favorable ; il fe tourne vers la Folie
pour s'en applaudir avec elle , mais il
ne la trouve plus le confentement des
Auteurs de fa naiffance la fait difparoître.
Le Carnaval attribue cette fuite à fa pudeur
, & la va chercher pour faire écla
ter la joye à les yeux.
:
Au fecond Acte , le Théatre repréfente
une Campagne fertile. On voit fur le devant
d'un des côtez le Fleuve Lethé en-
Giij dormi
1626 MERCURE DE FRANCE
dormi für fon Urne , la Mer , & c . Le Carnaval
, rempli d'efperance , commence
l'Acte par ces Vers :
Sous les loix de l'Hymen je me range fans peine
Mon coeur y trouve des appas
Dieu du vin , n'en murmure pas ;
Tu dois t'applaudir de ma chaîne.
Les doux plaifirs qu'il prépare pour moi ,
Mettront le comble à ta victoire ;
Les fruits de mon Hymen ne naîtront que pour
toi ;
Bacchus , je les vouë à ta gloire.
La feconde Scene fait voir que le Carnaval
n'a point vû la Folie depuis la bruf
que difparition ; elle lui déclare qu'il ne
doit plus compter fur fon Hymen depuis
que Plutus & la Jeuneffe y ont donné un
plein confentement ; elle s'explique ainfi :
•
Non , non ; apprenez une fois
A connoître mieux la Folie ;
Je ne fuis point foumise aux loix
De ceux qui m'ont donné la vie :
Le contraire de leur envie ›
Détermine toûjours mon choix .
Non , non ; & c.
Cette Scene a paru très-brillante de la
de la Folie ; on ne doute point que part
l'AuJUILLET
. 1730. 1627
l'Auteur n'eût donné les mêmes gracesau
Carnaval ; mais par malheur ce Dieu des
Ris eft Amant & Amant maltraité , ce,
qui ne s'accorde pas avec fon caractere
qui ne doit refpirer que la joye . Il veut,
guérir de fon amour , la Folie lui confeille
de boire de l'eau fecourable du Lethé ; let
Carnaval veut mettre tout l'efpace des
Mers entre elle & lui , pour la mieux oublier.
La Folie y met obftacle pour n'avoir
pas la honte de fe voir quitter . Voici
comme elle s'exprime.
Ah ! n'ayons pas l'affront que l'on me quitte
Neptune , tu me dois l'hommage des Mortels ;
C'estmoi qui par leurs mains ai dreffé tes Autels;
Refufe ton Onde à fa fuite.
La Mer fe fouleve ; une troupe de Matelots
defcend d'un Vaiffeau échoué , ils
font vou de ne jamais fe rembarquer ; le
Fleuve Lethe leur offre le fecours de.
fes eaux pour leur faire oublier leur malheur.
A peine en ont - ils bû , qu'ils difent:
Embarquons -nous ; tout rit à nos defirs ;
Le vent propice nous feconde :
La Fortune & tous les plaiſirs ,
Nous attendent au bout du monde.
Prêts à fe rembarquer , la Folie vient
G iiij
les
1628 MERCURE DE FRANCE
les arrêter ; elle les accufe
d'ingratitude
& exige leurs hommages , pour prix des
biens dont elle feule leur tracel'image
ce qui donne lieu à une très-brillante Fête,
Jaquelle finie , le Carnaval veut fe réconcilier
avec la Folie & lui dit :
11 eft tems qu'à mes feux votre caprice cede ;
Commencez mes plaiſirs & terminez mes maux
La Folie lui répond :
Je vous laiffe avec le remede ;
Yos yeux vous ont appris le pouvoir de ces eaux.
Le Carnaval veut fuivre le confeil qu'elle
lui donne ; mais il croit que le vin lui
fera d'un plus grand fecours que les eaux
de Lethé. Il finit l'Acte par cette Chanfon
à boire , qui a fait beaucoup de plaifir.
Eteins mes feux , brife mes chaînes ;
Dieu du vin , guéris ma langueur.
Verfe à longs traits ta charmante liqueur ;
Et pour me venger de ma peine ,
Vien noyer l'Amour dans mon coeur.
Le troifiéme Acte a toûjours été applau
di , fur tout dans la Fête du Profeffeur de
Folie , qui paroît toûjours nouvelle , quoiqu'on
l'ait fouvent détachée de ce Balet
pour fervir d'ornement à d'autres.
Momus
JUILLET. 1730 , 1629
Momus ouvre la Scene & fait entendre
que rien ne peut éteindre l'amour du Carnaval
pour la Folie ; fon ami l'ayant prić
de le réconcilier avec elle ; il veut fe divertir
de cet emploi.
La Folie arrive ; Momus fe plaint à elle
de fa rigueur envers fon ami ; il lui fait
entendre que fon chagrin le rend mécon--
noiffable : la Folie fe rit du chagrin du
Carnaval , & loin de le plaindre , elle dite
Ah ! s'il en perdoit la raifon ,,
Que je le trouverois aimable !
Momus change de batterie & dit à la
Folie , que s'il l'avoit trouvée plus fenfible
à l'amour du Carnaval , il fe feroit
bien gardé de lui déclarer qu'il ne l'aime
plus . Ce menfonge lui réüffit ; la Folic
ne peut fouffrir fans dépit que fon Amant
fe foit guéri de fa paffion ; elle jette fa
marotte , comme étant devenue un ornement
inutile entre fes mains ; Momus la
ramaffe pour s'en fervir dans une nouvelle
malice qu'il médite ; cependant tou--
ché du chagrin de la Folie , qui s'eft jettée
fur un lit de verdure , il appelle fa
joyeuſe Bande qui compofe l'aimable Fête
dont on vient de parler. Le Choeur chante
ces Vers adreffez à la Folie,
Craignez de vous faire ; ›
Gy Um
1630 MERCURE DE FRANCE
Un trifte deftin :
Si vous voulez plaire ,
Chaffez le chagrin ;
Dès que l'on s'y livre,
On perd fes appas ;
Eh ! qui voudroit ſuivre ,
Deformais vos pas ?
Eft -il doux de vivre ,
Quand on ne plaît pas ?
La crainte de perdre fes attraits , fi naturelle
à fon fexe , oblige la Folie à reprendre
fa belle humeur ; elle égaye la Fête
. Le Profeffeur de Folie enfeigne à chanter
, à danfer & à rimer. Ces trois Actes
de Folie font compris dans ces deux Vers :
Cantate , ballate , rimate :
E della pazzia la perfettione .
La Folie ordonne à fa Suite de tranf
porter ces Chants & ces Danfes en quelqu'autre
lieu ; elle marche à la tête de ſa
riante Troupe ; Momus fait accroire au
Carnaval qu'il l'a fupplanté dans le coeur
de la Folie , & le prouve par fa marotte
qu'elle a mife entre les mains. Le Carnaval
s'abandonne à fa fureur. Il conjure le
Dieu des Frimats de le venger ; voici fur
quoi il fonde fa demande :
Toi, fombre & trifte Hyver, Divinité paillante
Siv
JUILLET. 1730. 1631
Si jamais fur tes pas j'ai conduit les plaifirs ,
Si par mes foins ton Regne enchante ,
Plus que le Regne heureux de Flore & des Zéphirs,
Reconnois mes faveurs au gré de mes dèfirs ;
Rends aujourd'hui ma vengeance éclatante.
Volez , rapides Aquilons ' ;
Faites fur ce Palais les effets de la foudre ,
Qu'il fe brife , qu'il tombe en poudre , &c.
. Les vents brifent le Palais.
و
Au quatriéme & dernier Acte , la Folie's'applaudit
du ravage des Aquilons ,
qui lui prouve que le Carnaval l'aime encore
puifqu'il fe venge . Le Carnaval ,
après quelques tranfports de colere , fait
de tendres reproches à la Folie , elle s'affoupit
par degrez à ces douces plaintes, &
fe jette fur un lit de gafon , en difant au
Carnaval :
Plaignez toûjours ainfi la rigueur de vos maux ;
Non ; le fommeil n'a point de fi puiffans pavots ;
C'eſt vainement que mes yeux s'en deffendent ; 1
Les Aquilons m'ont ôté le repos ;
Vos tendres plaintes me le rendent.
Cette infultante plaifanterie redouble
la fureur du Carnaval ; la Folie lui ré
pond fur le même ton :
G vj
Pour1632
MERCURE DE FRANCE
Pourquoi m'éveillez -vous ? contraignez vos mur
mures ,
Refpectez le repos que vous m'avez donné..
Momus vient ; le Carnaval dit à la Folie
que c'eft- là le Rival qu'elle lui prefere.
La Folie arrache à Momus le Sceptre qu'il
lui a pris par furprife dans l'Acte préce
dent. Momus avoue fa petite tracafferic
par cès Vers :
Je vous ai trompez l'un & l'autre :
Mais c'eft affez jouir de fon trouble & du vôtre..
Nous n'avons plus de regrets à former ,.
Et chacun a fuivi le penchant qui l'inſpire ;
Le vôtre étoit de vous aimer ;
Le mien étoit d'en rire.
;
Plutus & la Jeuneffe viennent dénouer
la Piece : ils témoignent leur colere fun
le ravage des Aquilons par ce Duo :-
Dieu cruel , fuyez de ces lieux ;
N'êtes-vous pas content de cet affreux ravage.
Fuyez , n'offrez plus à nos yeux ,
Un ennemi qui nous outrage , &c.
La Folie voyant qu'ils ne veulent plus
fon Hymen avec le Carnaval , leur dit
qu'elle le veut , & explique ainsi le motif.
de fa nouvelle volonté : .
i
Pour
JUILLET. 1730. 1638.
Pour couronner ſa flâme ,
Et trouver nos liens charmans ,
Voilà les fentimens ,
Où j'attendois votre ame.
Jupiter & Venus viennent par l'ordre
du Deftin , celebrer l'Hymen du Carnaval
& de la Folie. En faveur de cet Hy--
men Momus obtient fon rappel dans les
Cieux , à condition qu'il contraindra fon
humeur fatyrique ; Momus le promet par
ce dernier trait de fatyre :
La Fête & leur Hymen font fi dignes de vous ;
Le moyen d'en médire .
1
Le fuccès de ce Balet s'accroît de jour en
jour & n'a jamais été fi éclatant , la maniere
dont il eft executé n'y contribue pas
peu ; cela n'empêche pas qu'on ne rende
juftice au Poëme & à la Mufique ; l'ef
prit brille dans le premier , un agréable
amuſement y tient lieu d'interêt. Pour la
Mufique on là trouve d'une legereté charmante
& d'un gout exquis .
au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie-
Balet , repréfenté pour la premiere
fois le 3. Janvier 1704. & reprife au mois
de May 1719. Les paroles font de M. de
la Motte , & la Mufique de M. Deftouches
, Sur-Intendant de la Mufique du
Roi .
Cet Opera vient d'être executé avec
beaucoup de fuccès , & le Public a également
applaudi au Poëme & à la Mufique.
Au Prologue le Théatre repréfente les
Cieux où les Dieux font en Feftin . Fupiter
& Venus invitent toute la Troupe
immortelle à la joye par ce Duo.
Qu'a
JUILLET . 1730 1623
Qu'à nos voeux ici tout réponde.
Verfez-nous , verfez- nous la celefte Liqueur :
Verfez , que le Nectar enchante notre coeur ;
Qu'il y porte une paix profonde.
Venus fe levant de table , invite aux
plaifirs de l'Amour par ces Vers :
Goutons des plaifirs plus parfaits ,
Et que le tendre Amour à ſon tour nous inſpire ;
Regnez , Amour, regnez, raffemblez vos attraits ;
Triomphez, fur nos coeurs étendez votre empire ;
Mais qu'à fon gré chacun foupire :
Laiffez -nous le choix de vos Traits .
Momus fait fon office de Cenfeur ; Jupiter
lui ordonné de fe taire. Mercure
vient convier les Dieux à aller chercher
de nouveaux plaifirs fur la terre , où il
leur a preparé de nouvelles conquêtes ;
Momus , malgré l'ordre que Jupiter lui a
donné , continue à lâcher la cenfure.
Suivez, fuivez Mercure ; abandonnez les Cieux .
Livrez- vous aux plaifirs ; qu'envain la Gloire
gronde ,
L'Amour eft un plus digne objet ,
Aimez, il eft un Roi qui prend le foin du monde;
Jouiffez du loiſir qu'un Mortel vous a fait.
Ce dernier trait oblige Jupiterà
Gij exiler
1624 MERCURE DE FRANCE
à exiler Momus . Le Prologue n'a point
d'autre liaifon à la Piece que cet exil &
la defcente des Dieux fur la terre , à la
perfuafion de Mercure ; en effet Jupiter
& Venus doivent honorer de leur pre-
Tence l'Hymen du Carnaval & de la Folie .
Le Théatre repréfente au premier Acte
un Bois fleuri confacré à la Jeuneffe . Le
Carnaval partage fon coeur entre Bacchus
& l'Amour, & les prie tous deux de le
rendre heureux.
Momus exilé des Cieux , vient chercher
un azile chez le Carnaval , avec qui on le
fuppofe uni depuis long- temps . Le Carnaval
lui apprend qu'il aime la Folie , fille
"de Plutus , & de la Jeuneffe ; Momus applaudit
à fon choix ironiquement.
Plutus & la Jeuneffe amenent la pre
miere Fête de cet Acte ; le Théatre change
à la voix du Dieu des Richeffes : on
"voit un Palais magnifique s'élever , & les
Suivans de Plutus offrir leurs dons les plus
riches à la Jeuneffe. La Folie vient interrompre
la Fête. Elle fait connoître fon
mécontentement par ces Vers : ་
Ceffez , Jeux indifcrets , od manquoit la Folie ,
Qu'ici tout fe taiſe à ma voix ;
Je ne veux point fouffrir de Fête où l'on m'oublis;
at l'on ne doit ici vivre que
fous mes Loix. Loix
.
JUILLET. 1730. 1625
Elle dit à Plutus & à la Jeuneffe , qui
s'offenfent de fon audace:
Je dois la vie à votre amour ; "
Mais ne me comptez pas fous votre obéïffance ;
L'honneur de m'avoir mife au jour ,
Vous paye affez de ma naiffance.
Plutus & la Jeuneffe , pour l'appailer ,
font prêts à fe retirer ; elle les arrête en
leur difant que leur obéïffance lui fuffit,
& elle ranime la Fête par ces Vers .
Que votre regne recommence ;
r
Revenez, doux plaifirs , plaifirs , revenez tous ;
Mais revenez encor plus doux :
Vous languiffiez fans moi,brillez par ma preſence.
Après cette Fête qui eft encore plus
brillante que la premiere. Le Carnaval
prie Plutus & la Juneffe de confentir à
fon Hymen avec leur fille; ils lui font une
réponſe favorable ; il fe tourne vers la Folie
pour s'en applaudir avec elle , mais il
ne la trouve plus le confentement des
Auteurs de fa naiffance la fait difparoître.
Le Carnaval attribue cette fuite à fa pudeur
, & la va chercher pour faire écla
ter la joye à les yeux.
:
Au fecond Acte , le Théatre repréfente
une Campagne fertile. On voit fur le devant
d'un des côtez le Fleuve Lethé en-
Giij dormi
1626 MERCURE DE FRANCE
dormi für fon Urne , la Mer , & c . Le Carnaval
, rempli d'efperance , commence
l'Acte par ces Vers :
Sous les loix de l'Hymen je me range fans peine
Mon coeur y trouve des appas
Dieu du vin , n'en murmure pas ;
Tu dois t'applaudir de ma chaîne.
Les doux plaifirs qu'il prépare pour moi ,
Mettront le comble à ta victoire ;
Les fruits de mon Hymen ne naîtront que pour
toi ;
Bacchus , je les vouë à ta gloire.
La feconde Scene fait voir que le Carnaval
n'a point vû la Folie depuis la bruf
que difparition ; elle lui déclare qu'il ne
doit plus compter fur fon Hymen depuis
que Plutus & la Jeuneffe y ont donné un
plein confentement ; elle s'explique ainfi :
•
Non , non ; apprenez une fois
A connoître mieux la Folie ;
Je ne fuis point foumise aux loix
De ceux qui m'ont donné la vie :
Le contraire de leur envie ›
Détermine toûjours mon choix .
Non , non ; & c.
Cette Scene a paru très-brillante de la
de la Folie ; on ne doute point que part
l'AuJUILLET
. 1730. 1627
l'Auteur n'eût donné les mêmes gracesau
Carnaval ; mais par malheur ce Dieu des
Ris eft Amant & Amant maltraité , ce,
qui ne s'accorde pas avec fon caractere
qui ne doit refpirer que la joye . Il veut,
guérir de fon amour , la Folie lui confeille
de boire de l'eau fecourable du Lethé ; let
Carnaval veut mettre tout l'efpace des
Mers entre elle & lui , pour la mieux oublier.
La Folie y met obftacle pour n'avoir
pas la honte de fe voir quitter . Voici
comme elle s'exprime.
Ah ! n'ayons pas l'affront que l'on me quitte
Neptune , tu me dois l'hommage des Mortels ;
C'estmoi qui par leurs mains ai dreffé tes Autels;
Refufe ton Onde à fa fuite.
La Mer fe fouleve ; une troupe de Matelots
defcend d'un Vaiffeau échoué , ils
font vou de ne jamais fe rembarquer ; le
Fleuve Lethe leur offre le fecours de.
fes eaux pour leur faire oublier leur malheur.
A peine en ont - ils bû , qu'ils difent:
Embarquons -nous ; tout rit à nos defirs ;
Le vent propice nous feconde :
La Fortune & tous les plaiſirs ,
Nous attendent au bout du monde.
Prêts à fe rembarquer , la Folie vient
G iiij
les
1628 MERCURE DE FRANCE
les arrêter ; elle les accufe
d'ingratitude
& exige leurs hommages , pour prix des
biens dont elle feule leur tracel'image
ce qui donne lieu à une très-brillante Fête,
Jaquelle finie , le Carnaval veut fe réconcilier
avec la Folie & lui dit :
11 eft tems qu'à mes feux votre caprice cede ;
Commencez mes plaiſirs & terminez mes maux
La Folie lui répond :
Je vous laiffe avec le remede ;
Yos yeux vous ont appris le pouvoir de ces eaux.
Le Carnaval veut fuivre le confeil qu'elle
lui donne ; mais il croit que le vin lui
fera d'un plus grand fecours que les eaux
de Lethé. Il finit l'Acte par cette Chanfon
à boire , qui a fait beaucoup de plaifir.
Eteins mes feux , brife mes chaînes ;
Dieu du vin , guéris ma langueur.
Verfe à longs traits ta charmante liqueur ;
Et pour me venger de ma peine ,
Vien noyer l'Amour dans mon coeur.
Le troifiéme Acte a toûjours été applau
di , fur tout dans la Fête du Profeffeur de
Folie , qui paroît toûjours nouvelle , quoiqu'on
l'ait fouvent détachée de ce Balet
pour fervir d'ornement à d'autres.
Momus
JUILLET. 1730 , 1629
Momus ouvre la Scene & fait entendre
que rien ne peut éteindre l'amour du Carnaval
pour la Folie ; fon ami l'ayant prić
de le réconcilier avec elle ; il veut fe divertir
de cet emploi.
La Folie arrive ; Momus fe plaint à elle
de fa rigueur envers fon ami ; il lui fait
entendre que fon chagrin le rend mécon--
noiffable : la Folie fe rit du chagrin du
Carnaval , & loin de le plaindre , elle dite
Ah ! s'il en perdoit la raifon ,,
Que je le trouverois aimable !
Momus change de batterie & dit à la
Folie , que s'il l'avoit trouvée plus fenfible
à l'amour du Carnaval , il fe feroit
bien gardé de lui déclarer qu'il ne l'aime
plus . Ce menfonge lui réüffit ; la Folic
ne peut fouffrir fans dépit que fon Amant
fe foit guéri de fa paffion ; elle jette fa
marotte , comme étant devenue un ornement
inutile entre fes mains ; Momus la
ramaffe pour s'en fervir dans une nouvelle
malice qu'il médite ; cependant tou--
ché du chagrin de la Folie , qui s'eft jettée
fur un lit de verdure , il appelle fa
joyeuſe Bande qui compofe l'aimable Fête
dont on vient de parler. Le Choeur chante
ces Vers adreffez à la Folie,
Craignez de vous faire ; ›
Gy Um
1630 MERCURE DE FRANCE
Un trifte deftin :
Si vous voulez plaire ,
Chaffez le chagrin ;
Dès que l'on s'y livre,
On perd fes appas ;
Eh ! qui voudroit ſuivre ,
Deformais vos pas ?
Eft -il doux de vivre ,
Quand on ne plaît pas ?
La crainte de perdre fes attraits , fi naturelle
à fon fexe , oblige la Folie à reprendre
fa belle humeur ; elle égaye la Fête
. Le Profeffeur de Folie enfeigne à chanter
, à danfer & à rimer. Ces trois Actes
de Folie font compris dans ces deux Vers :
Cantate , ballate , rimate :
E della pazzia la perfettione .
La Folie ordonne à fa Suite de tranf
porter ces Chants & ces Danfes en quelqu'autre
lieu ; elle marche à la tête de ſa
riante Troupe ; Momus fait accroire au
Carnaval qu'il l'a fupplanté dans le coeur
de la Folie , & le prouve par fa marotte
qu'elle a mife entre les mains. Le Carnaval
s'abandonne à fa fureur. Il conjure le
Dieu des Frimats de le venger ; voici fur
quoi il fonde fa demande :
Toi, fombre & trifte Hyver, Divinité paillante
Siv
JUILLET. 1730. 1631
Si jamais fur tes pas j'ai conduit les plaifirs ,
Si par mes foins ton Regne enchante ,
Plus que le Regne heureux de Flore & des Zéphirs,
Reconnois mes faveurs au gré de mes dèfirs ;
Rends aujourd'hui ma vengeance éclatante.
Volez , rapides Aquilons ' ;
Faites fur ce Palais les effets de la foudre ,
Qu'il fe brife , qu'il tombe en poudre , &c.
. Les vents brifent le Palais.
و
Au quatriéme & dernier Acte , la Folie's'applaudit
du ravage des Aquilons ,
qui lui prouve que le Carnaval l'aime encore
puifqu'il fe venge . Le Carnaval ,
après quelques tranfports de colere , fait
de tendres reproches à la Folie , elle s'affoupit
par degrez à ces douces plaintes, &
fe jette fur un lit de gafon , en difant au
Carnaval :
Plaignez toûjours ainfi la rigueur de vos maux ;
Non ; le fommeil n'a point de fi puiffans pavots ;
C'eſt vainement que mes yeux s'en deffendent ; 1
Les Aquilons m'ont ôté le repos ;
Vos tendres plaintes me le rendent.
Cette infultante plaifanterie redouble
la fureur du Carnaval ; la Folie lui ré
pond fur le même ton :
G vj
Pour1632
MERCURE DE FRANCE
Pourquoi m'éveillez -vous ? contraignez vos mur
mures ,
Refpectez le repos que vous m'avez donné..
Momus vient ; le Carnaval dit à la Folie
que c'eft- là le Rival qu'elle lui prefere.
La Folie arrache à Momus le Sceptre qu'il
lui a pris par furprife dans l'Acte préce
dent. Momus avoue fa petite tracafferic
par cès Vers :
Je vous ai trompez l'un & l'autre :
Mais c'eft affez jouir de fon trouble & du vôtre..
Nous n'avons plus de regrets à former ,.
Et chacun a fuivi le penchant qui l'inſpire ;
Le vôtre étoit de vous aimer ;
Le mien étoit d'en rire.
;
Plutus & la Jeuneffe viennent dénouer
la Piece : ils témoignent leur colere fun
le ravage des Aquilons par ce Duo :-
Dieu cruel , fuyez de ces lieux ;
N'êtes-vous pas content de cet affreux ravage.
Fuyez , n'offrez plus à nos yeux ,
Un ennemi qui nous outrage , &c.
La Folie voyant qu'ils ne veulent plus
fon Hymen avec le Carnaval , leur dit
qu'elle le veut , & explique ainsi le motif.
de fa nouvelle volonté : .
i
Pour
JUILLET. 1730. 1638.
Pour couronner ſa flâme ,
Et trouver nos liens charmans ,
Voilà les fentimens ,
Où j'attendois votre ame.
Jupiter & Venus viennent par l'ordre
du Deftin , celebrer l'Hymen du Carnaval
& de la Folie. En faveur de cet Hy--
men Momus obtient fon rappel dans les
Cieux , à condition qu'il contraindra fon
humeur fatyrique ; Momus le promet par
ce dernier trait de fatyre :
La Fête & leur Hymen font fi dignes de vous ;
Le moyen d'en médire .
1
Le fuccès de ce Balet s'accroît de jour en
jour & n'a jamais été fi éclatant , la maniere
dont il eft executé n'y contribue pas
peu ; cela n'empêche pas qu'on ne rende
juftice au Poëme & à la Mufique ; l'ef
prit brille dans le premier , un agréable
amuſement y tient lieu d'interêt. Pour la
Mufique on là trouve d'une legereté charmante
& d'un gout exquis .
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Résumé : Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la pièce de théâtre 'Le Carnaval et la Folie', une comédie-ballet créée par M. de la Motte pour les paroles et M. Destouches pour la musique. La pièce a été représentée pour la première fois le 3 janvier 1704 et reprise en mai 1719, rencontrant un grand succès auprès du public qui a apprécié autant le poème que la musique. Le prologue se déroule dans les cieux, où les dieux célèbrent une fête. Jupiter et Vénus invitent les dieux à la joie, tandis que Momus, chargé de la censure, est réduit au silence par Jupiter. Mercure propose aux dieux de chercher de nouveaux plaisirs sur terre, où il leur a préparé de nouvelles conquêtes. Momus, malgré l'ordre de Jupiter, continue de critiquer, ce qui conduit à son exil. La pièce commence avec le Carnaval partagé entre Bacchus et l'Amour. Momus, exilé des cieux, trouve refuge auprès du Carnaval. La Folie, fille de Plutus et de la Jeunesse, interrompt une fête organisée par ses parents pour affirmer son désir de régner seule. Après une seconde fête plus brillante, le Carnaval demande la main de la Folie, mais celle-ci disparaît. Dans le second acte, le Carnaval, espérant toujours son union avec la Folie, est déçu par sa disparition. La Folie lui explique qu'elle n'est soumise à aucune loi et lui conseille de boire de l'eau du Léthé pour oublier son amour. Elle empêche ensuite des matelots de se rembarquer après qu'ils ont bu de cette eau. Le Carnaval termine l'acte par une chanson à boire. Le troisième acte est marqué par une fête de la Folie, où Momus tente de réconcilier le Carnaval et la Folie. La Folie, après avoir été égayée par la crainte de perdre ses attraits, ordonne à sa suite de transporter les chants et danses ailleurs. Momus trompe le Carnaval en lui faisant croire que la Folie l'a supplanté. Furieux, le Carnaval conjure l'hiver de le venger, ce qui conduit à la destruction d'un palais par les vents. Dans le quatrième acte, la Folie se réjouit de la vengeance du Carnaval. Après des reproches tendres, elle feint de dormir. Momus avoue sa tromperie. Plutus et la Jeunesse expriment leur colère contre le ravage des aquilons. La Folie affirme vouloir l'hymen avec le Carnaval. Jupiter et Vénus célèbrent finalement cet hymen, et Momus obtient son rappel dans les cieux à condition de modérer son humour satirique. Le succès de la pièce continue de croître, avec des éloges pour le poème et la musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4506
p. 982-993
Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Début :
Le 21 Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Les Amusements à la mode, Romagnesi, Riccoboni, Comédie, Théâtre, Acteurs, Actes, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
SPECTACLES.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
Fermer
Résumé : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Le 21 avril, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce en trois actes intitulée 'Les Amusemens à la mode', écrite par les sieurs Romagnesy et Riccoboni. Cette comédie, précédée d'un prologue, a été bien accueillie par le public, qui a trouvé le titre approprié et a noté l'engouement général pour le théâtre. Dans le prologue, Sylvia exprime ses doutes sur la qualité de la pièce, mais Romagnesy la rassure en affirmant qu'il en est l'auteur et que Riccoboni y a également contribué. Sylvia décide alors de complimenter le public pour les prévenir en faveur de l'œuvre. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Oronte, père de Lucile, qui souhaite marier sa fille à Rigolet en raison de ses talents de déclamateur. Mme Oronte, qui préfère le chant, s'oppose à ce mariage. Lucile, amoureuse d'Eraste, refuse également Rigolet. Valentin, valet d'Eraste, imagine un stratagème pour résoudre la situation. Le premier acte est jugé un peu froid mais prometteur. Le second acte voit Valentin promettre un opéra à Mme Oronte, ce qui conduit à des quiproquos et des révélations. La pièce se termine par une parodie lyrique et tragique, intitulée 'Les Catastrophes Lyri-tragi-comiques', qui parodie des œuvres célèbres. Les Comédiens Italiens doivent également jouer prochainement une nouvelle pièce intitulée 'Le Tuteur Généreux, ou l'Amour trompé par l'apparence'. Le 1er mai, le sieur Roland et sa fille, tous deux danseurs, ont fait leurs débuts sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne, recevant des applaudissements pour leurs performances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4507
p. 126-138
LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Début :
Il me semble qu'une nouvelle Piéce de Vers, de nouvelle / Heureux qui près du feu peut avoir des pincettes ! [...]
Mots clefs :
Pincettes, Honneur, Serrurier, Amis
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texteReconnaissance textuelle : LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Il me femble qu'une nouvelle
Piéce de Vers , de nouvelle création
, mais de bonne main , ne
déplaîroit pas à mon Lecteur ;
j'ai ce qui lui convient . Le pere
du Cerceau dontle nom feul fait
l'éloge , voudra bien me permettre
que j'infere ici le joli
morceau de Poëfie qu'on lui a
dérobé , & que j'en faffe part
au public.
MERCURE. 127
LES
PINCETTES
DEDIE'ES
AUX TISONNEURS.
H
Eureux qui près dufeu peut
avoir des pincettes !
On nepeut pas toûjours difcourir
, raisonner ,
Et même en raisonnant , on aime
݈ tifonner ,
Ne fut- ce que pour faire élever
des bluettes .
On peutfe paffer de manchétes,
Mais de pincettes , non ; je prétends
m'en donner ;
Et comme dans fa poche on porte
128 LE NOUVEAU
des lunettes ,
Auffipour l'avenir je me fais une
loy
De porter partout avec moi
Des pincettes dans mes bougettes.
Va chez mon Serrurier , Picard
va promptement ,
Commander de ma part des pincettes
de poches.
Turis de ce commandement ;
Il te furprend , mais viens , pauwore
ignorant , approche
Et pefe mon raisonnement.
Jaime à tifonner ,je l'avoue ,
C'est un plaifir innocent &
permis ,
Qu'on me le paffe , ainsi qu'aux
autres , fél'alloue
Maisje ne veuxpoint être àcharge.
à mes
MERCURE. 129
à mes amis.
Fen ai grand nombre , tous gens
d'honneur , de mérite ;
Ei qui tous , comme moi, tifonnent
volontiers.
Or quand à tel d'entr'cuxje vais
rendre vifite ,
Tous deux auprés du feu les pincettes
entieres ,
Il s'en faifit d'abord , & plus il
ne les quitte.
Irai-je à ton avis fur cela le plaider
?
Le prier de me les céder ,
La Requêteferoit incivile , illicite,
Jamais il n'y confentiroit ;
C'eft fa pallion favorite ,
Etjefuis entre nous , fûr qu'il me
livreroit
Plutoft jufques à fa marmite.
Fanvier 1717.
N
130
LE NOUVEAU
Il mefaut donc, Picard , dévorer
le chagrin ,
De lui voir tout le tems les pincettes
en main.
Il s'en prévaut , il s'en efcrime
,
Et par bravade quelquefois ,
Les fait claquer entre fes doigts ,
Fene dispas que cefoit un grand
crime.
Et même il en a droit, mais j'enrage
pourtant ,
De ne pouvoir en faire autant
.
Pour fauver mon honneur du
moins avec ma canne
Fe remue un chenet , on je pouſſe
un tifon
Mais tout cela,pauvre chicane,
La pincette triomphe & toûjours
MERCURE. 13
a raison:
Une canne , en effet , même des
A plus brillantes ,
Entre- t-elle en comparaison
Avet despincettes mordantes,
Qui de tout le foyer dominent l'ho
rifon.
Reduit a me chauffer , ilfaut que
je demeure
Les bras croifez , comme un
homme perclus i
Sibien qu'aprés moins d'un
quart d'heure ,
Fe fors , n'en pouvant pref
que plus.
Dj Toi- même , rend moijufice.
N'ai-je pas doublement àſouffrir
en cepoint ,
Je le vois tifonner& ne tifonne
Nij
132 LE NOUVEAU .
point.
Ah, Picard, le cruelfupplice !
Lui , cependant pour m'amufer
,
Me tient force difcours , me
conte desfornettes ;
Mais je n'écoute point , jele laiße
jafer ,
Etje nepenfe qu'aux pincettes ;
Je ne difconviens pas que le feu
ne foit bon,
Maisjefens qu'ily manque encore
quelque façon,
Je trepigne , & fur pied je féche
de colere
De voir à mes yeux un tifon ,
Quipeut-êtrefait bien, mais qui
pourroitmieuxfaire .
Tantoft un des chenets paroift trop
écarté
MERCURE. 133
Ou la bûche n'eft pas mife du bon
Sv14 - côté;
f-
Lefeu n'est pas dreffé dans les bonnes
methodes.
Il chauffe ici la plaque & là les
Antipodes3
Unpeu trop ou trop peu de
Jour
Egalement nuit tour à tour.
Ce font là des délicateffes,
D'accord & l'on fe peut chauffer
fans tant defoins
Fai tort d'y rechercher tant d'art
& de fineßes ,
Mais tel que je fuis fait , on n'en
fouffre pas moins.
Et dequoi s'agit- il, pour m'ôter
cette épine ?
D'avoir des pincettes à moi ,
Ob,j'en aurai,je t'en donne
Ń iij
134 LE NOUVEAU
ma foi.
Mais j'ai bien autre chofe encore
que j'imagine,
Et qui de tout le mal va couper la
racine,
De pincettes , Picard , dans mon
Appartement
Fen'ai, tu le/çais bien ,jamais eu
qu'unepaire ,
Et quandon vient me voir , fans
autre compliment
Je m'enfaifis pour l'ordinaire .
C'est mon droit , je ne puis même
faire autrement ,
ཀ
tel
LesPincettes font mon aymant:
Cependant je fens bien
tout bas en gronde ,
que
Et dit entre fes dents : pefle du
tifonneur !
Je dis aufli tout bas : peſte du
MERCURE. 135
raisonneur !
Mais il faut deformais contenter
tout le monde.,
Et pour cela voici mon plan,
Je veux qu'à mes amis , & ceſoin
doit leur plaire ,
Comme on donne à chacunfonfiége
&fon écran
De pincettes auffi l'on preſente
une paire ;
Que chacun indifferemment,
Et fans que l'on s'en formalife
,
A droite, à gauche librement ,
Puiffe tifonner àfa guiſe.
Nous pouvons tenir fix autour de
mon foyer ,
Figure-toi nous voir tous avec des
pincettes,
Comme aves autant de ra-
Niiij
136 LE NOUVEAU
}
quettes
Sur les tifons nous égayer.
Souvent l'un défera tout ce qu'au
ra fait l'autre ,
Et je ne pense pas que l'on s'en
porte mieux ;
Vouspouffez mon tifon , moi je
pousse le vôtre,
Ce que vous trouvez bien me blef-
Se à moy lesyeux.
Tien , Picard , te feront des
charmes,
De nous voir efcrimer tousfix autour
du feu
Car nous ferons là tous avec égales
armes,
Les tifons danceront & tu verras
beaujeu.
Et comme ce fyflême eft excellent ,
je gage
MERCURE.: 137
Quepar tout ilfera bientôt mis
enufage ,
Maisj'en aurai l'honneur ; avant
moy nul mortel -
N'a jamais , que je fache, in
vente rien de tel.
Je veux que dans les obeminées
,
Six pincettes du moins bien conditionnées,
Trois de chaque côté figurent en
regard,
Chacune enfon croisant àpart.
L'utile fe rencontre ici joint an
commode
Mais je t'arrête trop, va vîte de
ce
pas,
Cours chez mon Serrurier , carje
ne voudrois pas
Que devant moi quelqu'autre en
138 LE NOUVEAU
amenat la mode.
Depincettes dis lui qu'ilfaut,
Qu'il ait à me livrer fix paires
au plutoft ;
Je dis fix fans compter les pincettes
de Ville ,
Vois ce que c'eft , Picard,que
d'être habile.
Piéce de Vers , de nouvelle création
, mais de bonne main , ne
déplaîroit pas à mon Lecteur ;
j'ai ce qui lui convient . Le pere
du Cerceau dontle nom feul fait
l'éloge , voudra bien me permettre
que j'infere ici le joli
morceau de Poëfie qu'on lui a
dérobé , & que j'en faffe part
au public.
MERCURE. 127
LES
PINCETTES
DEDIE'ES
AUX TISONNEURS.
H
Eureux qui près dufeu peut
avoir des pincettes !
On nepeut pas toûjours difcourir
, raisonner ,
Et même en raisonnant , on aime
݈ tifonner ,
Ne fut- ce que pour faire élever
des bluettes .
On peutfe paffer de manchétes,
Mais de pincettes , non ; je prétends
m'en donner ;
Et comme dans fa poche on porte
128 LE NOUVEAU
des lunettes ,
Auffipour l'avenir je me fais une
loy
De porter partout avec moi
Des pincettes dans mes bougettes.
Va chez mon Serrurier , Picard
va promptement ,
Commander de ma part des pincettes
de poches.
Turis de ce commandement ;
Il te furprend , mais viens , pauwore
ignorant , approche
Et pefe mon raisonnement.
Jaime à tifonner ,je l'avoue ,
C'est un plaifir innocent &
permis ,
Qu'on me le paffe , ainsi qu'aux
autres , fél'alloue
Maisje ne veuxpoint être àcharge.
à mes
MERCURE. 129
à mes amis.
Fen ai grand nombre , tous gens
d'honneur , de mérite ;
Ei qui tous , comme moi, tifonnent
volontiers.
Or quand à tel d'entr'cuxje vais
rendre vifite ,
Tous deux auprés du feu les pincettes
entieres ,
Il s'en faifit d'abord , & plus il
ne les quitte.
Irai-je à ton avis fur cela le plaider
?
Le prier de me les céder ,
La Requêteferoit incivile , illicite,
Jamais il n'y confentiroit ;
C'eft fa pallion favorite ,
Etjefuis entre nous , fûr qu'il me
livreroit
Plutoft jufques à fa marmite.
Fanvier 1717.
N
130
LE NOUVEAU
Il mefaut donc, Picard , dévorer
le chagrin ,
De lui voir tout le tems les pincettes
en main.
Il s'en prévaut , il s'en efcrime
,
Et par bravade quelquefois ,
Les fait claquer entre fes doigts ,
Fene dispas que cefoit un grand
crime.
Et même il en a droit, mais j'enrage
pourtant ,
De ne pouvoir en faire autant
.
Pour fauver mon honneur du
moins avec ma canne
Fe remue un chenet , on je pouſſe
un tifon
Mais tout cela,pauvre chicane,
La pincette triomphe & toûjours
MERCURE. 13
a raison:
Une canne , en effet , même des
A plus brillantes ,
Entre- t-elle en comparaison
Avet despincettes mordantes,
Qui de tout le foyer dominent l'ho
rifon.
Reduit a me chauffer , ilfaut que
je demeure
Les bras croifez , comme un
homme perclus i
Sibien qu'aprés moins d'un
quart d'heure ,
Fe fors , n'en pouvant pref
que plus.
Dj Toi- même , rend moijufice.
N'ai-je pas doublement àſouffrir
en cepoint ,
Je le vois tifonner& ne tifonne
Nij
132 LE NOUVEAU .
point.
Ah, Picard, le cruelfupplice !
Lui , cependant pour m'amufer
,
Me tient force difcours , me
conte desfornettes ;
Mais je n'écoute point , jele laiße
jafer ,
Etje nepenfe qu'aux pincettes ;
Je ne difconviens pas que le feu
ne foit bon,
Maisjefens qu'ily manque encore
quelque façon,
Je trepigne , & fur pied je féche
de colere
De voir à mes yeux un tifon ,
Quipeut-êtrefait bien, mais qui
pourroitmieuxfaire .
Tantoft un des chenets paroift trop
écarté
MERCURE. 133
Ou la bûche n'eft pas mife du bon
Sv14 - côté;
f-
Lefeu n'est pas dreffé dans les bonnes
methodes.
Il chauffe ici la plaque & là les
Antipodes3
Unpeu trop ou trop peu de
Jour
Egalement nuit tour à tour.
Ce font là des délicateffes,
D'accord & l'on fe peut chauffer
fans tant defoins
Fai tort d'y rechercher tant d'art
& de fineßes ,
Mais tel que je fuis fait , on n'en
fouffre pas moins.
Et dequoi s'agit- il, pour m'ôter
cette épine ?
D'avoir des pincettes à moi ,
Ob,j'en aurai,je t'en donne
Ń iij
134 LE NOUVEAU
ma foi.
Mais j'ai bien autre chofe encore
que j'imagine,
Et qui de tout le mal va couper la
racine,
De pincettes , Picard , dans mon
Appartement
Fen'ai, tu le/çais bien ,jamais eu
qu'unepaire ,
Et quandon vient me voir , fans
autre compliment
Je m'enfaifis pour l'ordinaire .
C'est mon droit , je ne puis même
faire autrement ,
ཀ
tel
LesPincettes font mon aymant:
Cependant je fens bien
tout bas en gronde ,
que
Et dit entre fes dents : pefle du
tifonneur !
Je dis aufli tout bas : peſte du
MERCURE. 135
raisonneur !
Mais il faut deformais contenter
tout le monde.,
Et pour cela voici mon plan,
Je veux qu'à mes amis , & ceſoin
doit leur plaire ,
Comme on donne à chacunfonfiége
&fon écran
De pincettes auffi l'on preſente
une paire ;
Que chacun indifferemment,
Et fans que l'on s'en formalife
,
A droite, à gauche librement ,
Puiffe tifonner àfa guiſe.
Nous pouvons tenir fix autour de
mon foyer ,
Figure-toi nous voir tous avec des
pincettes,
Comme aves autant de ra-
Niiij
136 LE NOUVEAU
}
quettes
Sur les tifons nous égayer.
Souvent l'un défera tout ce qu'au
ra fait l'autre ,
Et je ne pense pas que l'on s'en
porte mieux ;
Vouspouffez mon tifon , moi je
pousse le vôtre,
Ce que vous trouvez bien me blef-
Se à moy lesyeux.
Tien , Picard , te feront des
charmes,
De nous voir efcrimer tousfix autour
du feu
Car nous ferons là tous avec égales
armes,
Les tifons danceront & tu verras
beaujeu.
Et comme ce fyflême eft excellent ,
je gage
MERCURE.: 137
Quepar tout ilfera bientôt mis
enufage ,
Maisj'en aurai l'honneur ; avant
moy nul mortel -
N'a jamais , que je fache, in
vente rien de tel.
Je veux que dans les obeminées
,
Six pincettes du moins bien conditionnées,
Trois de chaque côté figurent en
regard,
Chacune enfon croisant àpart.
L'utile fe rencontre ici joint an
commode
Mais je t'arrête trop, va vîte de
ce
pas,
Cours chez mon Serrurier , carje
ne voudrois pas
Que devant moi quelqu'autre en
138 LE NOUVEAU
amenat la mode.
Depincettes dis lui qu'ilfaut,
Qu'il ait à me livrer fix paires
au plutoft ;
Je dis fix fans compter les pincettes
de Ville ,
Vois ce que c'eft , Picard,que
d'être habile.
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4508
p. 150-174
LETTRE A M. DE .... PAR Mr L'ABBÉ LA FARGUE.
Début :
J'ai beau vouloir écarter les Morceaux de Litterature de mon / MONSIEUR, Vous me priés de vous apprendre ce que je pense [...]
Mots clefs :
Abbé Archimbaud, Auteurs, Recueil, Écrivains, Pièces fugitive, Littérature, Critique, Henry IV, Mémoires, Louis le Grand, Héros, Oraison funèbre, Journaliste, Parlement, Gloire, Discours, Trône d'Angleterre, Charles Quint, Philippe II, Monarques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. DE .... PAR Mr L'ABBÉ LA FARGUE.
J'ai beau vouloir écarter les Morceaux
de Litterature de mon Journal
, ils fe préfentent fous ma main
en dépit que j'en aye. Je n'ai pû
cependant me refufer à renvoyer
à l'autre mois , les Réfléxions Critiques
fur un nouveau Recueil de
Piéces fugitives d'Hiftoire & de
Litterature par Mr l'Abbé Archimbaud.
J'ai cru qu'elles interrefſſeroient
du moins autant le Lecteur,
que ſi je metrois fi à la place des nouvelles
incertaines.
D'AVRIL.
ISI
LETTRE
A M. DE .....
PAR ME L'ABBE' LA FARGUE.
MONSIEUR ,
Vous me priés de vous apprendre
ce que je penfe d'un nouveau
Recueil de Piéces fugitives d'Hiftoire
, de Litterature & c. , qui paroît
depuis quelque tems. Je vous dirai
d'abord que M. l'Abbé Archimbaud ,
qui en eft l'Auteur , eft un homme
qui a beaucoup d'efprit & d'érudition.
Il s'eft appliqué avec fuccés
pendant plufieures ann'es à l'étude
des belles Lettres, dans une des plus
Sçavantes Ecoles de l'Univers , où
il s'eft rempli des plus belles connoiffances
des meilleurs Auteurs
d'Athénes & de Rome. Le Public
qui commence à profiter du fruit
de fes veilles , efpére qu'il continuë
152
LE MERCURE
ra à s'employer auffi utilement , &
qu'il fe diftinguera dans un genre
d'écrire , qui demande tant d'application
& de foin. Il lui reviendra
d'autant plus de gloire de fon travail,
que la carriere qu'il entreprend ,
eft épineufe , furtout dans le commencemcent
; & que le plus diffi–
cile de tous les Ouvrages eft celui
d'écrire pour le Public. Il y a de fort
bonnes choſes dans fon Effai
quoique tout n'y foit pas également
travaillé. Vous en jugerez vousmême
par les endroits que je vais
vous rapporter , pour en montrer
le peu de jufteffe , ou pour en relever
le prix.
Le titre que Mr l'Abbé Archimbaud
a donné à fon Recueil , ne
fait pas affés d'honneur aux Auteurs
dont il extrait , ou dont il rapporte
les Ouvrages. Il y a peu d'Ecrivains
qui ne fe flattent de revivre dans
leurs Ecrits , jufqu'à la fin des fié.
cles ; & c'eft une chofe bien humiliante
pour eux , qu'on appelle fugitives,
des Piéces qu'ils regardoient ,
D'AVRIL
.
153
comme Horace , plus durables que
l'Airain. J'ajoûterai en faveur du
Journaliste,que quelques-uns jugent
que ce titre n'eft pas affés intereffant
pour lui ; prétendans que s'il
n'a à préfenter au Public que des
Piéces fugitives , ils ne doivent pas
fort s'empreffer de lire fon Recueil.
Je ne fuis pas plus content de
l'execution que du titre . Je n'y trouve
ni affés d'ordre , ni affés de jufteffe
: Et je noconçois pas comment
l'Abbé Archimbaud peut mettre au
nombre des Piéces fugitives , le
SPICILEGIUM ens volumes in folio
du R. Pere Marcéne , & l'Antiquité
expliquée & repréfentée en figures
parle R. Pere de Montfaucon, auffi
en s. volumes in folio , Ouvrages
qui n'ont point encore parû. A la
bonne-heure qu'il ait averti le Public
des Canons de la nouvelle invention
de Mr Thomas : ils lui ont
paru fi legers , qu'il a crû pouvoir
leur donner rang parmi des Piéces
fugitives.
Le Journaliſte me répondra ,
154 LE MERCURE
que pour ce qui regarde ces 10 Volumes
in-folio , je lui fais un reproche
fort injufte ; Que fon Ouvrage
comprend deux Parties , l'une in-
,, titulée ,Recueil de Piéces fugitives
""
و د
وو
d'Hiftoire , de Littérature &c.&
l'autre deux fois prefque auffi
longue que la premiere , & fous un
nouveau Titre Nouvelles Litteraires
; & qu'il ne parle des
Ouvrages de ces RR . PP . que
dans la feconde Partie , où il ne s'agit
point de Piéces Fugitives , mais
feulement de Nouvelles Litteraires.
J'avoue que fa Réporfe eft
bonne , mais que dira -t-il à ma replique
: Son Titre n'eſt donc pas jute
puifque de deux Parties que
contient fon Recueil , il ne renferme
que
la plus petite ; mais
voyons un peu comment il a exécuté
fon deffein .
Vous croiriez Mr , trouver, d'abord
au commencement de fon
Recueil , quelque chofe qui regarde
l'Hiftoire , comme le Titre femble
le demander ; point du tout. Le
•
D'AVRIL. 155
Nouveau Journaliſte a une méthode
toute nouvelle. La premiere Piéce
qu'il rapore , eft un petit Ouvrage
qu'il appelle Méthaphifique,
fait par un Solitaire : Pour le fujet
de cette Piéce Métaphilique &
Fugitive , le voici . ,, Raifonnemens
fur l'Eternité de bonheur ou de
malheur après la mort, & les Ca.
racteres de la vraie Religion.
Après quelques remarques fur les
Ecrits de Suetône , qui font la 2e
Piéce Fugitive, voici le fujet de la 3º.
,, Ordre qu'on doit garder dans l'étude
du Droit Canonique Fran-
..
""
31
"
39
çois. Vous la placerés parmi les
Piéces d'Hiftoire, de Litterature & c.
comme il vous plaira. Enfin la 4º
& derniere Piéce Fugitive , eft une
Lettre écrite de Rouen , dans laquelle
en onze pages on trouve 15 .
fujets différents , diftinguez feulement
par des pieds de mouche. Il
y eft traité de la naiffance de Socrate,
d'un Lae qui eft dans le Duché de
Vendôme, de la Comparaiſon faire
par un Prédicateur , d'un Chrêtien
156
LE MERCURE
lc
avec un Sculpteur, de la Généalogie
de Diogène , d'un Panier de Figues
donné à S. Macaire , &c. Enfin cette
derniere Piéce fugitive finit par
dernier Conte joyeux que Luther
dit avant fa mort. Le deffein du
Journaliſte ne vous paroît-il pas dignement
rempli : Pour moi j'en fuis
fi content , que je ne puis m'empêcher
de vous marquer combien je
fuis indigné contre Mr l'Abbé ***
D. D. S. qui a ofé dire en parlant
du nouveau Recueil , que c'étoit
un riche galimatias de riens. N'at'il
pas bonne grace , Mr le Docteur,
de traitter ainfi le précieux affemblage
de ces belles & curieufes Piéces
fugitives , que nous devons aux
veilles affidues de Mr l'Abbé Archimbaud
Pallons maintenant à
fes nouvelles Litteraires , & voyons
fi l'Auteur s'y foûtient avec dignité
: Un feul trait fuffira pour vous
donner une idée du prix de fon ouvrage
. En voici un auquel il s'eft
particulierement attaché. C'est au
fujet de la réponse que je fis il y a
huic
D'AVRIL
157
huit mois , à la Critique que Mc
Guerin Régent de Réthorique au
College de Beauvais avoit faite de
l'Eloge Funèbre de Louis le Grand ,
prononcé par le Rd Pere Porée :
Vous allezjuger de la profonde con
noiffance qu'a de l'Hiftoire nôtre,
Journaliſte , & de la délicateffe
de fon goût fur la Critique.
Il me reproche d'abord d'avoir extenué
les plus grands exploitsd'HenryIV.&
de n'avoir point jugé cePrince
digne de mes éloges. J'ai raconté
toutes les actions mémorables de ce
Monarque,depuis la mort d'Henry
III. jufqu'à fon Couronnement, fans
en cacher aucune , ni fans en diminuer
le prix ; marquant avec fidelité
fur les Mémoires de M.de Mezeray,
toutesles circonstances glorieufes qui
en peuvent relever le mérite,& faire
le plus d'honneur à ce Conquerant.
Je n'ai point parlé des victoires qu'il
remporta à Coutras & à Fontaine-
Françoife , comme femble me le reprocher
M. Archimbaud ; parce
qu'elles n'entroient pas dans mon
Avril, 1717.
158 LE MERCURE
و د
fujet , ayant entrepris de prouver
feulement que Louis XIV. avoit fait
des actions plus mémorables , pour.
étendre les Frontieres de fonRoyaume
, qu'Henry IV. pour parvenir au
Trône.Or la bataille de Coutras fut
gagnée fous Henry III . & la journée
de Fontaine - Françoife n'arriva que
plus d'un an après qu'Henry IV. eût
été couronné & reçû au Parlement.
Je vous prie de voir en quels termes
j'ay parlé de ce Prince. ,,Ce Fameux
Guerrier eft digne de nos éloges
,, & de nôtre admiration. Les fiécles
,, à venir entendront parler avec
,, furpriſe de fes grands Exploits..
Le Journaliſte peut-il dire avec fincerité,
que je n'ay pas jugé ce Grand
Roy , digne de mes éloges. Il eft
vrai que j'ay ajoûté après cela ,
,, Que la Pofterité l'auroit regardé ,
» comme un Heros incomparable ,
s'il n'eût laiffé un Petit- Fils qui l'a
,, furpaffé. Mais Louis le Grand
eft-il donc fi petit aux yeux de M
Archimbaud , que je ne puiffe pas
avoir placé Henry IV après ce He-
Tos , fans Panéantir.
و و
DAVRIL.
159
Il en eft de la valeur comme de la
fcience.L'une &l'autre ont differens
dégrez compatibles en differens fujets
; & comme l'on ne fletrit point
Quintilien , en difant que Ciceron
eft un plus grand Auteur que lui ; il
eft clair qu'on ne fait point de tort à.
Henry IV. quand on avance que
Louis XIV. eft un plus grand Heros.
Lorfque l'Ecriture Sainte a dit qu'il
n'y eût jamais de Roy femblable à
Salomon, elle n'a point fait de tache
au mérite de David, le même Texte
nous aprenant que Dieu combla de
fes faveurs Salomon , à caufe de la
pieté de fon Pere. Je puis donc avoir
dit fans indifcretion , que quelque
haute qu'ait été la valeur d'Henry
IV?Louis le Grand l'a furpaffé. Le
parallele que j'ay fait de ces deux
Princes qui ont fait la Gloire de
l'Empire François , fert de preuve 2
la préference que j'ay foûtenuë en
faveur de Louis le Grand , pour défendre
celle que lui donne le R.
Pere Porée , & qui avoit d'abord
furpris Mr Guerin .
O ij
160 LE MERCURE
J'ajoûterai que le langage que j'ay
tenu en parlant de la forte, n'est pas
nouveau. L'on trouve que long- tems
avant moi, M. Flechier, M. Boffuet
Evêque de Meaux,M . Huet Evêque
d'Avranches , & M. l'Abbé Talleman
ont élevé Louis XIV . au deffus
de tous les Monarques qui l'ont
précedé. Et M. de la Motte que
I'Abbé Archimbaud dit s'être expliqué
modeftement au ſujet de
la fuperiorité que ce
Monarque
a eûë fur les anciens Heros ,
l'appelle le plus Grand des Rois, Six
lignes après l'endroit que le Journalifte
a cité de fon Eloge Funebre, M.
l'Abbé Mongin qui le met au deffus
de Cefar dans fon Oraifon Funebre,
dit que , la verité ne donna jamais
,, de louanges plus finceres , que
l'Eloquence & la Poëfie n'en
fournirent jamais de plus inge-
,, nieufes , & que l'admiration n'en
produifit jamais de plus fublimes ,
que celles que Meffieurs de l'Aca-
» demie Françoife ont confacrées
pendantplus de cinquante ans , à
,, la gloire de ce Heros .
"
>>
و ر
, د
و د
"
D'AVRIL. 151
Je remarquerai en paffant que le
Journaliste ne fe fuit pas , lors qu'il
dit que le P. Porée n'a fait qu'indiquer
la fuperiorité de Louis XIV.
fur fon Ayeul, ayant dit ailleurs ,, que
» cet Orateur a donné tout l'avan-
" tage à Loüis fur Henry IV . com-
» me s'il etoit plus glorieux d'aug-
» menter un Royaume , que de le
conquerir .
وو
Il me reproche en fecond lieu d'a.
voir dit mal à propos , qu'Henri
IV. à la veue du peu de fuccés
de fes entrepriſes , fe feroit embarqué
pour fe retirer en Angleterre ,
file Maréchal de Biron ne l'en
avoit empêché. Il dit lu deßus ,
qu'il n'a jamais rien lû , ni même
rien d'approchant, d'Henry le Grand,
& qu'il croit que je fuis le prémier
Auteur qui ait attribué un pareil trait.
de Pufillanimité à ce Prince.
Je
demande d'abord avant que
de repondre à fon objection , fi on.
doit appeller
pufillaminité , la conduite
d'un Guerrier , qui fe croiant
dans l'impuiflance
de faire réuflir
O jii
162 LE MERCURE
fes entrepriſes , juge qu'il doit fe
dérober à l'orage de fon infortune.
Perfonne ne s'eft avifé jufqu'icy
d'appeller Pufillanime, ceRoy d'Ifrael
qui fortit de fa Capitale, pour
échaper à la fureur d'un fils , q'-
une folle ambition avoit armé contre
lui : Ny ce Pieux Roy d'Angleterre
à qui la France a fervi d'azile ,
fous le Regne de Louis le Grand.
Je prie maintenant Mr le Journalifte
, qui me croit le premier Auteur
de ce que j'ay avancé fur le
deffein qu'avoit Henry IV. de fe
fauver enAngletere , fi Mr de Biron
ne l'en eut empêché , je le prie
de lire le commencement du 7e Tôme
de Mezeray. Il y trouvera tout
du long ce que j'ay avancé. Je m'en
vais vous rapporter l'endroit ,, Le
و و
29
Parlement quife tenoit alors à
Tours,fut fi effrayé , ayant appris
la fâcheufe fituation des affaires
d'Henry IV. qu'il lui fit propofer
d'affocier à la Couronne le
,, vieux Cardinal de Bourbon ,
qui avoit pris le nom de Char-
و د
و د
و د
*
D'AVRIL. 163
»
les X. Le Roy lui même épouvanté
& appréhendant que les
Barques qui defcendoient de
» Rouen , & que les Vaiffeaux que
"
le Duc de Parme preparoit à
» Dunkerque , ne l'inveftiffent par
" Mer , auffi bien qu'il l'étoit par
.. Terre , mit en déliberation s'il
" devoit fe fauver en Angleterre,
» La pluralité des voix l'eut em-
» porté de ce côté là , files hardies
remontrances du Maréchal
» de Biron , n'euffent fait rejet-
» ter ce lâche Confeil. Dès- là
que j'avois avancé dans ma réponfe
, avoir pris dans Mezeray tout
ce que je difois d'Henry IV. M
Archimbaud n'auroit - il pas plûtôt
dû lire cet Hiftorien d'un bout à
l'autre , que de s'expofer à me faire
une Objection fans fondement .
Je ne m'arrête pas encore à ce
qu'il dit de la fuperiorité que j'ay
auffi accordée à Louis XIV . fur
David, dans la premiéreOraifon Funebre
que j'ay prononcée à la Gloire
de ce Monarque. La raifon que
164
LE MERCURE
j'ay eüe de lui donner en quelque
chofe une espece de préference fur
ce Roy d'Ifraël , eft clairement démontrée
dans mon difcours. Paflons
donc à fon troifiéme & dernier reproche
, & recevons de lui de nouveaux
éclairciffements fur l'Hiftoire.
Mr Archimbaud ayant lû dans
l'Apologie que j'ay faite duDifcours
du P. Porèe , qu'Edouard VIII
d'Angleterre difoit qu'il craignoit
plus Charles - Quint dans fon Cabinet
, que tous les plus grands
Capitaines de l'Europe, à la tête des
plus nombreuſes Légions , demande
avec gentilleffe ,, Qu'est - ce que·
,. cet Edouard VIII . il n'y a eû
» que fix Edouards fur le Thrône
>>
d'Angleterre Pendant tout le
,, Régne du dernier , ou peu s'en.
faut , Charles - Quint étoit dans
fa Retraite de S. Juft, où il n'é-.
» toit pas fort à craindre ; & quand
,, M' la Fargue a fait ôter VIII.
dans l'érrata , pour mettre à la
place , Edouard Roy d'Angleter-
22
Ja
D'AVRIL. 165
• re , il n'a pas eu plus de raiſon
il devoit avoir mis Henry VIII. &
c'est ici qu'il a lâché un trait de
politeffe , que je veux bien, pour
l'amour de lui , ne pas rapeller.
Il avance trois chofes , comme
vous voyez ; fçavoir, qu'il n'y a cu
que fix Edouards fur le Trône
d'Angleterre ; que Charles - Quint
étoit à S. Jult , pendant le Régne
du dernier Edouard ; & que je de
vois avoir appliqué à Henry VIII.
ce qu'il prétend que j'ay attribué
mal -à - propos , non pas à Edouard
VIII. ( car il avoue que dans l'Errata
j'ay corrigé VIII ) mais à un
des Edouards qui ont régné en Angleterre.
Je réponds en premier lieu , qu'il
faut qu'il n'ait jamais lû aucune
Hiftoire d'Angleterre , pour dire
qu'il n'y a cû que fix Edouards fur
le Trône de cette Monarchie . Je
le prie de lire Polidore Vergile ,
Duchefne & du Tillet. Il trouvera
qu'il y en a eu IX inconteftablement
. Tous les Hiftoriens con166
LE MERCURE
viennent que EGBERT , qui réünit
fous un même Gouvernement , differens
petits Royaumes qui partagoient
l'Angleterre , dans ce temslà
appellée Bretagne , eft le fondateur
de la Monarchie Angloife , &
qu'il donna le nom d'Angleterre aux
differens Etats qu'il réünit. On
compte trois Edouards jufqu'à
Guillaume Duc de Normandie`;
qui fit la Conquête du Royaume
d'Angleterre , & depuis Guillaume ·
Premier , on compte fix autres
Edouards jufqu'à MARIE , qui fucceda
à Edouard IX. Il eft vray que
plufieurs appellent Edouard I. celui
qui a été le IV. de ce nom
pour diftinguer les Succeffeurs de
Guillaume , des Rois qui l'avoient
précédé , & parce qu'il étoit
de la Maifon d'Anjou ; c'eft pour
cela qu'ils l'appellent communement
Edouard I. d'Anjou , & quatriéme
de ce nom. Il y a peu de
gens qui n'ayent Morery en main.
On n'a qu'à y chercher la fucceffion
Chronologique des Roys d'AngleD'AVRIL
167
terre , & on y trouvera la confirmation
de ce que j'avance. Je prie
donc Mr Archimbaud d'apprendre
ce que c'eft qu'Edouard VIII.
Je dis en fecond lieu , que Charles-
Quint ne fe retira à Saint- Juft , qu'-
enis55.2ans après la mortd'Edouard
IX qui arriva en 1553. felon le témoignage
de Herbert , de Burnet ,de
Thou , de du - Chefne , de Larrai
& de Mezeray. Tant s'en faut qu'il
fût dans fa retraite pendant le Regne
de ce Roy , comme le prétend
M. le Journaliste. Il paroît qu'il a
lû prefqu'auffi peu l'Histoire de
Charles- Quint , que celle d'Angleterre.
Il pourra lire à fon loifir la vie
de cet Empereur dans Guichardin ,
Sandoval ,Varillas , Langey, François
de Beaucaire, deThou , & dans Strada
. Il apprendra de ces Auteurs , ce
que j'avance fur le fait en queftion,
Je dis en troifiéme lieu , que l'Abbé
Archimbaud a eu grand tort de
prétendre que je devois avoir attribué
à Hens VIII , ce que je
faifois dire à un des Edouards ,
168 LE MERCURE
fçavoir,qu'il craignoit plus Charles-
Quint dans fon Cabinet , que les
plus grands Capitaines à la tête
des plus nombreuſes Légions. Toutes
les Hiftoires d'Efpagne & d'Angleterrenous
apprennent , qu'Henry
VIII n'eut prefque rien à faire
avec Charles Quint , & que fi cer
Empereur paffa deuxfois en Angleterre
, ce ne fut que pour aller
voir Henry VIII , & pour faire
Alliance avec lui. Je m'étonne que
Mr le Journaliſte ne fçachant pas
qui avoit dit cela , l'ait plûtôt attribué
à Henry , qu'à Soliman
qui ,fous l'Empire de Charles- Quint,
fut chaffé de devant Vienne , après
avoir perdu 60000 hommes , &
qui, avec une Armée de trois cens
mille Combattans , fut contraint
de lever le fiége de la petite Ville
de GUNTS.
Je vais maintenant vous expliquer
ce qui lui a donné occafion de faire
les trois Réflexions dont vous venez
d'admirer la folidité . Vous avez
remarqué avec lui , que dans ma
réponſe
' D'AVR IL. 169
réponse à Mr Guerin , j'ai fait mettre
Edouard Roi d'Angleterre , au
lieu d'Edouard VIII que j'avois
d'abord écrit. Cet Edouard que
l'Abbé Archimbaud n'a pû deviner ,
eft Edouard V Ie du nom , & III
de la Maiſon d'Anjou , & Charles-
Quint qu'Edouard craignoit tant ,
n'eft point Charles - Quint Empereur
, mais Charles - Quint Roy
de France qui , fans fortir de fon
Cabinet , chaffa les Anglois de fon
Royaume , & leur enleva les grandes
conquêtes qu'ils y avoient faites
fous le Roy JEAN fon prédéceffeur,
faifant ainfi voir que le gain des
Batailles eft plus fouvent l'effet
des fages difpofitions du Cabinet ,
que de la valeur de ceux qui les
donnent .
Mr
Archimbaud ne
manquera
peut-être pasde me dire , que je fuis
le premier qui ait appellé Charles
le Sage , Quint , au lieu de Cinquiéme
, & que le mot Quint eft
entierement
confacré à Charles Einpereur.
Un homme bien verfé dans
Avril 1717 . P
170 LE MERCURE
l'Hiftoire , ne me fera point cette
objection. Du Tillet Evêque de
Meaux , dans fa Chronique des
Rois de France , appelle Quint ,
CharlesleSage, & jamaisCinquiéme.
Froiffart l'a appellé de même
quelquefois , & l'Empereur Charles-
Quint a été appellé Charles
Cinquième par l'Auteur anonime
de l'Hiftoire d'Henry II imprimée
en 1581. j'ajouterai encore , que
Furetiere difant qu'on appelleQuint,
l'Empereur Charles qui eft le Cinquiéme
du nom , nous apprend
qu'on dit Sixte- Quint par la même
raifon. Ainfi le mot Quint peutêtre
attribué indifferemment aux
Papes , aux Empereurs & aux Rois
qui font cinquièmes d'un nom .
Quoiqu'il en foit néanmoins de
l'autorité de ces Auteurs & du fentiment
de Furetiere , je conviens
que j'aurois mieux dit , fi en parlant
de Charles le Sage , je l'avois
appellé Cinquième . C'eſt donc de
ce Grand Prince , qu'Edouard VI ,
aprés avoir été défait en tant
D'AVRIL. 171
d'occafions , & réduit enfin à fortir
de la France , a dit qu'il craignoit
plus ce Roy dans fon Cabinet , que
les plus grands Capitaines de l'Europe
à la tête des plus nombreufes
Légions. Le Journaliste trouvera
la même chofe en d'autres termes
dans Froiffart , Volume 1er.
,, Oncques Roi ne moins s'arma ,
& fi n'y eut oncques Roy qui
tant me donna à faire . Ce que
le R. P. Daniel a exprimé ainfi .
,, Jamais Roy ne tirà moins l'E.
pée , & jamais Roy ne me don-
>> nana plus d'embarras .
23
"
"
Au rette , je ne comprend pas
comme. M. Archimbaud a pû ſe
perfuader que cela ait été dit de
I'Empereur Charles qui n'a jamais
pafle pour un homme de Cabinet .
Perfonne n'ignore qu'il a commandé
lui-même fes armées , dans les differentes
guerres qu'il a foûtenuës en
Europe & en Affrique ; & les Hiftoriens
qui ont écrit la vie nous apren
nent , qu'il a fait cinquante voïages
en France , en Allemagne , en Italie,
Pij
172
LE MERCURE
en Angleterre , ou ailleurs . Il eft vrai
que M. Archimbaud remarque dans
fonErrata, que ce mot pourroit avoir
été dit de Philppe II. qui ne fortit
gueres de Madrid. Mais qui eft - ce
qui aura dit ce mot de Philippe II.
fera- ce , comme le prétend le Journaliſte
, Henry VIII. qui étoit mort
neuf ans avant que Philippe montat
fur le Trône .
و د
Incidit in Syllam cupiens vitare
Carybdim.
Il avance encore dans fon Errata
qu'Henry VIII . qu'il croit avoir dit
ces beaux mots qui renferment un fi
grand Eloge de Charles V. les profera
dans le 15e fiécle. Reflexion
tout à fait belle ! Mais comment
Henry VIII.pourroit - il avoir dit cela
de Philippe II . dans le 15 fiecle
puifque Philippe ne nâquit que la
27 année du 15. C'eſt encore une
autre erreur de dire qu'Henry VIII .
a parlé de la forte dans le 15 fiécle ,
puifqu'il ne parvint à la Couronne ,
>
D'AVRIL. 173
que l'an 1509. Digne Errata d'un fi
digne ouvrage ! Comme je ne doute
pas qu'il ne paroiffe bientôt une
nouvelle Editon de ce fçavant Recueil
, je fuis perfuadé que j'aurai le
plaifir d'y voir un Errata de l'Errata
même. Je paffe fur beaucop de fautes
que j'ai trouvées dans cet Auteur
contre la pureté du ftile : je veux
même croire que ce font des fautes
de fon Imprimeur. Les éloges qu'o
fait de ma réponſe trois differens
Journaliſtes , me dédomagent affés
des reproches qu'il ma fair fur des
marieres qu'il n'avoit pas pas affés
profondies .
'ont
ap-
Si en lifant ma Lettre, vous jugez
qu'il échapé quelque chofe à M
l'Abbé Archimbaud, qui ne foit pas
dans l'exactitude d'une jufte critique
, je vous prie de ne point croire
qu'il fe foit également négligé dans
le rette de fon ouvrage. Il y a de tresbelles
chofes , dignes de vôtre curiofité
& de celle du Public. Je fais
beaucoup de cas de fon recueil , & je
ferai charmé , qu'étant auffi capable
Piij
174 LE MERCURE
qu'il eft de travailler avec fuccès , il
faffe valoir des talens qui peuvent
lui attirer tant de gloire. Je fuis
faché que Mr l'Abbé de *** ne
juge pas de fon ouvrage auffi favorablement
que moi , & qu'il ait
dit que de toutes les pieces la plus
fugitive; c'eft fans contredit fon recučil.
Je fuis , Monfieur , & c .
On attend avec impatience l'Oraifon
Funébre que Ml'Abbé de la
Fargue a prononcée à l'Anniverſaire
de LouisXIV.àl'Abbaye deChelles;
elle eft actuellement fous la Preffe :
le Public qui a été fi content de
celle qu'il prononça à S. Cyr , après
la mort de ce Monarque , recevra
celle-cy avec d'autant plus de joye ,
qu'on n'a point d'exemples d'une
pareille entreprife & d'un pareil
fuccès.
de Litterature de mon Journal
, ils fe préfentent fous ma main
en dépit que j'en aye. Je n'ai pû
cependant me refufer à renvoyer
à l'autre mois , les Réfléxions Critiques
fur un nouveau Recueil de
Piéces fugitives d'Hiftoire & de
Litterature par Mr l'Abbé Archimbaud.
J'ai cru qu'elles interrefſſeroient
du moins autant le Lecteur,
que ſi je metrois fi à la place des nouvelles
incertaines.
D'AVRIL.
ISI
LETTRE
A M. DE .....
PAR ME L'ABBE' LA FARGUE.
MONSIEUR ,
Vous me priés de vous apprendre
ce que je penfe d'un nouveau
Recueil de Piéces fugitives d'Hiftoire
, de Litterature & c. , qui paroît
depuis quelque tems. Je vous dirai
d'abord que M. l'Abbé Archimbaud ,
qui en eft l'Auteur , eft un homme
qui a beaucoup d'efprit & d'érudition.
Il s'eft appliqué avec fuccés
pendant plufieures ann'es à l'étude
des belles Lettres, dans une des plus
Sçavantes Ecoles de l'Univers , où
il s'eft rempli des plus belles connoiffances
des meilleurs Auteurs
d'Athénes & de Rome. Le Public
qui commence à profiter du fruit
de fes veilles , efpére qu'il continuë
152
LE MERCURE
ra à s'employer auffi utilement , &
qu'il fe diftinguera dans un genre
d'écrire , qui demande tant d'application
& de foin. Il lui reviendra
d'autant plus de gloire de fon travail,
que la carriere qu'il entreprend ,
eft épineufe , furtout dans le commencemcent
; & que le plus diffi–
cile de tous les Ouvrages eft celui
d'écrire pour le Public. Il y a de fort
bonnes choſes dans fon Effai
quoique tout n'y foit pas également
travaillé. Vous en jugerez vousmême
par les endroits que je vais
vous rapporter , pour en montrer
le peu de jufteffe , ou pour en relever
le prix.
Le titre que Mr l'Abbé Archimbaud
a donné à fon Recueil , ne
fait pas affés d'honneur aux Auteurs
dont il extrait , ou dont il rapporte
les Ouvrages. Il y a peu d'Ecrivains
qui ne fe flattent de revivre dans
leurs Ecrits , jufqu'à la fin des fié.
cles ; & c'eft une chofe bien humiliante
pour eux , qu'on appelle fugitives,
des Piéces qu'ils regardoient ,
D'AVRIL
.
153
comme Horace , plus durables que
l'Airain. J'ajoûterai en faveur du
Journaliste,que quelques-uns jugent
que ce titre n'eft pas affés intereffant
pour lui ; prétendans que s'il
n'a à préfenter au Public que des
Piéces fugitives , ils ne doivent pas
fort s'empreffer de lire fon Recueil.
Je ne fuis pas plus content de
l'execution que du titre . Je n'y trouve
ni affés d'ordre , ni affés de jufteffe
: Et je noconçois pas comment
l'Abbé Archimbaud peut mettre au
nombre des Piéces fugitives , le
SPICILEGIUM ens volumes in folio
du R. Pere Marcéne , & l'Antiquité
expliquée & repréfentée en figures
parle R. Pere de Montfaucon, auffi
en s. volumes in folio , Ouvrages
qui n'ont point encore parû. A la
bonne-heure qu'il ait averti le Public
des Canons de la nouvelle invention
de Mr Thomas : ils lui ont
paru fi legers , qu'il a crû pouvoir
leur donner rang parmi des Piéces
fugitives.
Le Journaliſte me répondra ,
154 LE MERCURE
que pour ce qui regarde ces 10 Volumes
in-folio , je lui fais un reproche
fort injufte ; Que fon Ouvrage
comprend deux Parties , l'une in-
,, titulée ,Recueil de Piéces fugitives
""
و د
وو
d'Hiftoire , de Littérature &c.&
l'autre deux fois prefque auffi
longue que la premiere , & fous un
nouveau Titre Nouvelles Litteraires
; & qu'il ne parle des
Ouvrages de ces RR . PP . que
dans la feconde Partie , où il ne s'agit
point de Piéces Fugitives , mais
feulement de Nouvelles Litteraires.
J'avoue que fa Réporfe eft
bonne , mais que dira -t-il à ma replique
: Son Titre n'eſt donc pas jute
puifque de deux Parties que
contient fon Recueil , il ne renferme
que
la plus petite ; mais
voyons un peu comment il a exécuté
fon deffein .
Vous croiriez Mr , trouver, d'abord
au commencement de fon
Recueil , quelque chofe qui regarde
l'Hiftoire , comme le Titre femble
le demander ; point du tout. Le
•
D'AVRIL. 155
Nouveau Journaliſte a une méthode
toute nouvelle. La premiere Piéce
qu'il rapore , eft un petit Ouvrage
qu'il appelle Méthaphifique,
fait par un Solitaire : Pour le fujet
de cette Piéce Métaphilique &
Fugitive , le voici . ,, Raifonnemens
fur l'Eternité de bonheur ou de
malheur après la mort, & les Ca.
racteres de la vraie Religion.
Après quelques remarques fur les
Ecrits de Suetône , qui font la 2e
Piéce Fugitive, voici le fujet de la 3º.
,, Ordre qu'on doit garder dans l'étude
du Droit Canonique Fran-
..
""
31
"
39
çois. Vous la placerés parmi les
Piéces d'Hiftoire, de Litterature & c.
comme il vous plaira. Enfin la 4º
& derniere Piéce Fugitive , eft une
Lettre écrite de Rouen , dans laquelle
en onze pages on trouve 15 .
fujets différents , diftinguez feulement
par des pieds de mouche. Il
y eft traité de la naiffance de Socrate,
d'un Lae qui eft dans le Duché de
Vendôme, de la Comparaiſon faire
par un Prédicateur , d'un Chrêtien
156
LE MERCURE
lc
avec un Sculpteur, de la Généalogie
de Diogène , d'un Panier de Figues
donné à S. Macaire , &c. Enfin cette
derniere Piéce fugitive finit par
dernier Conte joyeux que Luther
dit avant fa mort. Le deffein du
Journaliſte ne vous paroît-il pas dignement
rempli : Pour moi j'en fuis
fi content , que je ne puis m'empêcher
de vous marquer combien je
fuis indigné contre Mr l'Abbé ***
D. D. S. qui a ofé dire en parlant
du nouveau Recueil , que c'étoit
un riche galimatias de riens. N'at'il
pas bonne grace , Mr le Docteur,
de traitter ainfi le précieux affemblage
de ces belles & curieufes Piéces
fugitives , que nous devons aux
veilles affidues de Mr l'Abbé Archimbaud
Pallons maintenant à
fes nouvelles Litteraires , & voyons
fi l'Auteur s'y foûtient avec dignité
: Un feul trait fuffira pour vous
donner une idée du prix de fon ouvrage
. En voici un auquel il s'eft
particulierement attaché. C'est au
fujet de la réponse que je fis il y a
huic
D'AVRIL
157
huit mois , à la Critique que Mc
Guerin Régent de Réthorique au
College de Beauvais avoit faite de
l'Eloge Funèbre de Louis le Grand ,
prononcé par le Rd Pere Porée :
Vous allezjuger de la profonde con
noiffance qu'a de l'Hiftoire nôtre,
Journaliſte , & de la délicateffe
de fon goût fur la Critique.
Il me reproche d'abord d'avoir extenué
les plus grands exploitsd'HenryIV.&
de n'avoir point jugé cePrince
digne de mes éloges. J'ai raconté
toutes les actions mémorables de ce
Monarque,depuis la mort d'Henry
III. jufqu'à fon Couronnement, fans
en cacher aucune , ni fans en diminuer
le prix ; marquant avec fidelité
fur les Mémoires de M.de Mezeray,
toutesles circonstances glorieufes qui
en peuvent relever le mérite,& faire
le plus d'honneur à ce Conquerant.
Je n'ai point parlé des victoires qu'il
remporta à Coutras & à Fontaine-
Françoife , comme femble me le reprocher
M. Archimbaud ; parce
qu'elles n'entroient pas dans mon
Avril, 1717.
158 LE MERCURE
و د
fujet , ayant entrepris de prouver
feulement que Louis XIV. avoit fait
des actions plus mémorables , pour.
étendre les Frontieres de fonRoyaume
, qu'Henry IV. pour parvenir au
Trône.Or la bataille de Coutras fut
gagnée fous Henry III . & la journée
de Fontaine - Françoife n'arriva que
plus d'un an après qu'Henry IV. eût
été couronné & reçû au Parlement.
Je vous prie de voir en quels termes
j'ay parlé de ce Prince. ,,Ce Fameux
Guerrier eft digne de nos éloges
,, & de nôtre admiration. Les fiécles
,, à venir entendront parler avec
,, furpriſe de fes grands Exploits..
Le Journaliſte peut-il dire avec fincerité,
que je n'ay pas jugé ce Grand
Roy , digne de mes éloges. Il eft
vrai que j'ay ajoûté après cela ,
,, Que la Pofterité l'auroit regardé ,
» comme un Heros incomparable ,
s'il n'eût laiffé un Petit- Fils qui l'a
,, furpaffé. Mais Louis le Grand
eft-il donc fi petit aux yeux de M
Archimbaud , que je ne puiffe pas
avoir placé Henry IV après ce He-
Tos , fans Panéantir.
و و
DAVRIL.
159
Il en eft de la valeur comme de la
fcience.L'une &l'autre ont differens
dégrez compatibles en differens fujets
; & comme l'on ne fletrit point
Quintilien , en difant que Ciceron
eft un plus grand Auteur que lui ; il
eft clair qu'on ne fait point de tort à.
Henry IV. quand on avance que
Louis XIV. eft un plus grand Heros.
Lorfque l'Ecriture Sainte a dit qu'il
n'y eût jamais de Roy femblable à
Salomon, elle n'a point fait de tache
au mérite de David, le même Texte
nous aprenant que Dieu combla de
fes faveurs Salomon , à caufe de la
pieté de fon Pere. Je puis donc avoir
dit fans indifcretion , que quelque
haute qu'ait été la valeur d'Henry
IV?Louis le Grand l'a furpaffé. Le
parallele que j'ay fait de ces deux
Princes qui ont fait la Gloire de
l'Empire François , fert de preuve 2
la préference que j'ay foûtenuë en
faveur de Louis le Grand , pour défendre
celle que lui donne le R.
Pere Porée , & qui avoit d'abord
furpris Mr Guerin .
O ij
160 LE MERCURE
J'ajoûterai que le langage que j'ay
tenu en parlant de la forte, n'est pas
nouveau. L'on trouve que long- tems
avant moi, M. Flechier, M. Boffuet
Evêque de Meaux,M . Huet Evêque
d'Avranches , & M. l'Abbé Talleman
ont élevé Louis XIV . au deffus
de tous les Monarques qui l'ont
précedé. Et M. de la Motte que
I'Abbé Archimbaud dit s'être expliqué
modeftement au ſujet de
la fuperiorité que ce
Monarque
a eûë fur les anciens Heros ,
l'appelle le plus Grand des Rois, Six
lignes après l'endroit que le Journalifte
a cité de fon Eloge Funebre, M.
l'Abbé Mongin qui le met au deffus
de Cefar dans fon Oraifon Funebre,
dit que , la verité ne donna jamais
,, de louanges plus finceres , que
l'Eloquence & la Poëfie n'en
fournirent jamais de plus inge-
,, nieufes , & que l'admiration n'en
produifit jamais de plus fublimes ,
que celles que Meffieurs de l'Aca-
» demie Françoife ont confacrées
pendantplus de cinquante ans , à
,, la gloire de ce Heros .
"
>>
و ر
, د
و د
"
D'AVRIL. 151
Je remarquerai en paffant que le
Journaliste ne fe fuit pas , lors qu'il
dit que le P. Porée n'a fait qu'indiquer
la fuperiorité de Louis XIV.
fur fon Ayeul, ayant dit ailleurs ,, que
» cet Orateur a donné tout l'avan-
" tage à Loüis fur Henry IV . com-
» me s'il etoit plus glorieux d'aug-
» menter un Royaume , que de le
conquerir .
وو
Il me reproche en fecond lieu d'a.
voir dit mal à propos , qu'Henri
IV. à la veue du peu de fuccés
de fes entrepriſes , fe feroit embarqué
pour fe retirer en Angleterre ,
file Maréchal de Biron ne l'en
avoit empêché. Il dit lu deßus ,
qu'il n'a jamais rien lû , ni même
rien d'approchant, d'Henry le Grand,
& qu'il croit que je fuis le prémier
Auteur qui ait attribué un pareil trait.
de Pufillanimité à ce Prince.
Je
demande d'abord avant que
de repondre à fon objection , fi on.
doit appeller
pufillaminité , la conduite
d'un Guerrier , qui fe croiant
dans l'impuiflance
de faire réuflir
O jii
162 LE MERCURE
fes entrepriſes , juge qu'il doit fe
dérober à l'orage de fon infortune.
Perfonne ne s'eft avifé jufqu'icy
d'appeller Pufillanime, ceRoy d'Ifrael
qui fortit de fa Capitale, pour
échaper à la fureur d'un fils , q'-
une folle ambition avoit armé contre
lui : Ny ce Pieux Roy d'Angleterre
à qui la France a fervi d'azile ,
fous le Regne de Louis le Grand.
Je prie maintenant Mr le Journalifte
, qui me croit le premier Auteur
de ce que j'ay avancé fur le
deffein qu'avoit Henry IV. de fe
fauver enAngletere , fi Mr de Biron
ne l'en eut empêché , je le prie
de lire le commencement du 7e Tôme
de Mezeray. Il y trouvera tout
du long ce que j'ay avancé. Je m'en
vais vous rapporter l'endroit ,, Le
و و
29
Parlement quife tenoit alors à
Tours,fut fi effrayé , ayant appris
la fâcheufe fituation des affaires
d'Henry IV. qu'il lui fit propofer
d'affocier à la Couronne le
,, vieux Cardinal de Bourbon ,
qui avoit pris le nom de Char-
و د
و د
و د
*
D'AVRIL. 163
»
les X. Le Roy lui même épouvanté
& appréhendant que les
Barques qui defcendoient de
» Rouen , & que les Vaiffeaux que
"
le Duc de Parme preparoit à
» Dunkerque , ne l'inveftiffent par
" Mer , auffi bien qu'il l'étoit par
.. Terre , mit en déliberation s'il
" devoit fe fauver en Angleterre,
» La pluralité des voix l'eut em-
» porté de ce côté là , files hardies
remontrances du Maréchal
» de Biron , n'euffent fait rejet-
» ter ce lâche Confeil. Dès- là
que j'avois avancé dans ma réponfe
, avoir pris dans Mezeray tout
ce que je difois d'Henry IV. M
Archimbaud n'auroit - il pas plûtôt
dû lire cet Hiftorien d'un bout à
l'autre , que de s'expofer à me faire
une Objection fans fondement .
Je ne m'arrête pas encore à ce
qu'il dit de la fuperiorité que j'ay
auffi accordée à Louis XIV . fur
David, dans la premiéreOraifon Funebre
que j'ay prononcée à la Gloire
de ce Monarque. La raifon que
164
LE MERCURE
j'ay eüe de lui donner en quelque
chofe une espece de préference fur
ce Roy d'Ifraël , eft clairement démontrée
dans mon difcours. Paflons
donc à fon troifiéme & dernier reproche
, & recevons de lui de nouveaux
éclairciffements fur l'Hiftoire.
Mr Archimbaud ayant lû dans
l'Apologie que j'ay faite duDifcours
du P. Porèe , qu'Edouard VIII
d'Angleterre difoit qu'il craignoit
plus Charles - Quint dans fon Cabinet
, que tous les plus grands
Capitaines de l'Europe, à la tête des
plus nombreuſes Légions , demande
avec gentilleffe ,, Qu'est - ce que·
,. cet Edouard VIII . il n'y a eû
» que fix Edouards fur le Thrône
>>
d'Angleterre Pendant tout le
,, Régne du dernier , ou peu s'en.
faut , Charles - Quint étoit dans
fa Retraite de S. Juft, où il n'é-.
» toit pas fort à craindre ; & quand
,, M' la Fargue a fait ôter VIII.
dans l'érrata , pour mettre à la
place , Edouard Roy d'Angleter-
22
Ja
D'AVRIL. 165
• re , il n'a pas eu plus de raiſon
il devoit avoir mis Henry VIII. &
c'est ici qu'il a lâché un trait de
politeffe , que je veux bien, pour
l'amour de lui , ne pas rapeller.
Il avance trois chofes , comme
vous voyez ; fçavoir, qu'il n'y a cu
que fix Edouards fur le Trône
d'Angleterre ; que Charles - Quint
étoit à S. Jult , pendant le Régne
du dernier Edouard ; & que je de
vois avoir appliqué à Henry VIII.
ce qu'il prétend que j'ay attribué
mal -à - propos , non pas à Edouard
VIII. ( car il avoue que dans l'Errata
j'ay corrigé VIII ) mais à un
des Edouards qui ont régné en Angleterre.
Je réponds en premier lieu , qu'il
faut qu'il n'ait jamais lû aucune
Hiftoire d'Angleterre , pour dire
qu'il n'y a cû que fix Edouards fur
le Trône de cette Monarchie . Je
le prie de lire Polidore Vergile ,
Duchefne & du Tillet. Il trouvera
qu'il y en a eu IX inconteftablement
. Tous les Hiftoriens con166
LE MERCURE
viennent que EGBERT , qui réünit
fous un même Gouvernement , differens
petits Royaumes qui partagoient
l'Angleterre , dans ce temslà
appellée Bretagne , eft le fondateur
de la Monarchie Angloife , &
qu'il donna le nom d'Angleterre aux
differens Etats qu'il réünit. On
compte trois Edouards jufqu'à
Guillaume Duc de Normandie`;
qui fit la Conquête du Royaume
d'Angleterre , & depuis Guillaume ·
Premier , on compte fix autres
Edouards jufqu'à MARIE , qui fucceda
à Edouard IX. Il eft vray que
plufieurs appellent Edouard I. celui
qui a été le IV. de ce nom
pour diftinguer les Succeffeurs de
Guillaume , des Rois qui l'avoient
précédé , & parce qu'il étoit
de la Maifon d'Anjou ; c'eft pour
cela qu'ils l'appellent communement
Edouard I. d'Anjou , & quatriéme
de ce nom. Il y a peu de
gens qui n'ayent Morery en main.
On n'a qu'à y chercher la fucceffion
Chronologique des Roys d'AngleD'AVRIL
167
terre , & on y trouvera la confirmation
de ce que j'avance. Je prie
donc Mr Archimbaud d'apprendre
ce que c'eft qu'Edouard VIII.
Je dis en fecond lieu , que Charles-
Quint ne fe retira à Saint- Juft , qu'-
enis55.2ans après la mortd'Edouard
IX qui arriva en 1553. felon le témoignage
de Herbert , de Burnet ,de
Thou , de du - Chefne , de Larrai
& de Mezeray. Tant s'en faut qu'il
fût dans fa retraite pendant le Regne
de ce Roy , comme le prétend
M. le Journaliste. Il paroît qu'il a
lû prefqu'auffi peu l'Histoire de
Charles- Quint , que celle d'Angleterre.
Il pourra lire à fon loifir la vie
de cet Empereur dans Guichardin ,
Sandoval ,Varillas , Langey, François
de Beaucaire, deThou , & dans Strada
. Il apprendra de ces Auteurs , ce
que j'avance fur le fait en queftion,
Je dis en troifiéme lieu , que l'Abbé
Archimbaud a eu grand tort de
prétendre que je devois avoir attribué
à Hens VIII , ce que je
faifois dire à un des Edouards ,
168 LE MERCURE
fçavoir,qu'il craignoit plus Charles-
Quint dans fon Cabinet , que les
plus grands Capitaines à la tête
des plus nombreuſes Légions. Toutes
les Hiftoires d'Efpagne & d'Angleterrenous
apprennent , qu'Henry
VIII n'eut prefque rien à faire
avec Charles Quint , & que fi cer
Empereur paffa deuxfois en Angleterre
, ce ne fut que pour aller
voir Henry VIII , & pour faire
Alliance avec lui. Je m'étonne que
Mr le Journaliſte ne fçachant pas
qui avoit dit cela , l'ait plûtôt attribué
à Henry , qu'à Soliman
qui ,fous l'Empire de Charles- Quint,
fut chaffé de devant Vienne , après
avoir perdu 60000 hommes , &
qui, avec une Armée de trois cens
mille Combattans , fut contraint
de lever le fiége de la petite Ville
de GUNTS.
Je vais maintenant vous expliquer
ce qui lui a donné occafion de faire
les trois Réflexions dont vous venez
d'admirer la folidité . Vous avez
remarqué avec lui , que dans ma
réponſe
' D'AVR IL. 169
réponse à Mr Guerin , j'ai fait mettre
Edouard Roi d'Angleterre , au
lieu d'Edouard VIII que j'avois
d'abord écrit. Cet Edouard que
l'Abbé Archimbaud n'a pû deviner ,
eft Edouard V Ie du nom , & III
de la Maiſon d'Anjou , & Charles-
Quint qu'Edouard craignoit tant ,
n'eft point Charles - Quint Empereur
, mais Charles - Quint Roy
de France qui , fans fortir de fon
Cabinet , chaffa les Anglois de fon
Royaume , & leur enleva les grandes
conquêtes qu'ils y avoient faites
fous le Roy JEAN fon prédéceffeur,
faifant ainfi voir que le gain des
Batailles eft plus fouvent l'effet
des fages difpofitions du Cabinet ,
que de la valeur de ceux qui les
donnent .
Mr
Archimbaud ne
manquera
peut-être pasde me dire , que je fuis
le premier qui ait appellé Charles
le Sage , Quint , au lieu de Cinquiéme
, & que le mot Quint eft
entierement
confacré à Charles Einpereur.
Un homme bien verfé dans
Avril 1717 . P
170 LE MERCURE
l'Hiftoire , ne me fera point cette
objection. Du Tillet Evêque de
Meaux , dans fa Chronique des
Rois de France , appelle Quint ,
CharlesleSage, & jamaisCinquiéme.
Froiffart l'a appellé de même
quelquefois , & l'Empereur Charles-
Quint a été appellé Charles
Cinquième par l'Auteur anonime
de l'Hiftoire d'Henry II imprimée
en 1581. j'ajouterai encore , que
Furetiere difant qu'on appelleQuint,
l'Empereur Charles qui eft le Cinquiéme
du nom , nous apprend
qu'on dit Sixte- Quint par la même
raifon. Ainfi le mot Quint peutêtre
attribué indifferemment aux
Papes , aux Empereurs & aux Rois
qui font cinquièmes d'un nom .
Quoiqu'il en foit néanmoins de
l'autorité de ces Auteurs & du fentiment
de Furetiere , je conviens
que j'aurois mieux dit , fi en parlant
de Charles le Sage , je l'avois
appellé Cinquième . C'eſt donc de
ce Grand Prince , qu'Edouard VI ,
aprés avoir été défait en tant
D'AVRIL. 171
d'occafions , & réduit enfin à fortir
de la France , a dit qu'il craignoit
plus ce Roy dans fon Cabinet , que
les plus grands Capitaines de l'Europe
à la tête des plus nombreufes
Légions. Le Journaliste trouvera
la même chofe en d'autres termes
dans Froiffart , Volume 1er.
,, Oncques Roi ne moins s'arma ,
& fi n'y eut oncques Roy qui
tant me donna à faire . Ce que
le R. P. Daniel a exprimé ainfi .
,, Jamais Roy ne tirà moins l'E.
pée , & jamais Roy ne me don-
>> nana plus d'embarras .
23
"
"
Au rette , je ne comprend pas
comme. M. Archimbaud a pû ſe
perfuader que cela ait été dit de
I'Empereur Charles qui n'a jamais
pafle pour un homme de Cabinet .
Perfonne n'ignore qu'il a commandé
lui-même fes armées , dans les differentes
guerres qu'il a foûtenuës en
Europe & en Affrique ; & les Hiftoriens
qui ont écrit la vie nous apren
nent , qu'il a fait cinquante voïages
en France , en Allemagne , en Italie,
Pij
172
LE MERCURE
en Angleterre , ou ailleurs . Il eft vrai
que M. Archimbaud remarque dans
fonErrata, que ce mot pourroit avoir
été dit de Philppe II. qui ne fortit
gueres de Madrid. Mais qui eft - ce
qui aura dit ce mot de Philippe II.
fera- ce , comme le prétend le Journaliſte
, Henry VIII. qui étoit mort
neuf ans avant que Philippe montat
fur le Trône .
و د
Incidit in Syllam cupiens vitare
Carybdim.
Il avance encore dans fon Errata
qu'Henry VIII . qu'il croit avoir dit
ces beaux mots qui renferment un fi
grand Eloge de Charles V. les profera
dans le 15e fiécle. Reflexion
tout à fait belle ! Mais comment
Henry VIII.pourroit - il avoir dit cela
de Philippe II . dans le 15 fiecle
puifque Philippe ne nâquit que la
27 année du 15. C'eſt encore une
autre erreur de dire qu'Henry VIII .
a parlé de la forte dans le 15 fiécle ,
puifqu'il ne parvint à la Couronne ,
>
D'AVRIL. 173
que l'an 1509. Digne Errata d'un fi
digne ouvrage ! Comme je ne doute
pas qu'il ne paroiffe bientôt une
nouvelle Editon de ce fçavant Recueil
, je fuis perfuadé que j'aurai le
plaifir d'y voir un Errata de l'Errata
même. Je paffe fur beaucop de fautes
que j'ai trouvées dans cet Auteur
contre la pureté du ftile : je veux
même croire que ce font des fautes
de fon Imprimeur. Les éloges qu'o
fait de ma réponſe trois differens
Journaliſtes , me dédomagent affés
des reproches qu'il ma fair fur des
marieres qu'il n'avoit pas pas affés
profondies .
'ont
ap-
Si en lifant ma Lettre, vous jugez
qu'il échapé quelque chofe à M
l'Abbé Archimbaud, qui ne foit pas
dans l'exactitude d'une jufte critique
, je vous prie de ne point croire
qu'il fe foit également négligé dans
le rette de fon ouvrage. Il y a de tresbelles
chofes , dignes de vôtre curiofité
& de celle du Public. Je fais
beaucoup de cas de fon recueil , & je
ferai charmé , qu'étant auffi capable
Piij
174 LE MERCURE
qu'il eft de travailler avec fuccès , il
faffe valoir des talens qui peuvent
lui attirer tant de gloire. Je fuis
faché que Mr l'Abbé de *** ne
juge pas de fon ouvrage auffi favorablement
que moi , & qu'il ait
dit que de toutes les pieces la plus
fugitive; c'eft fans contredit fon recučil.
Je fuis , Monfieur , & c .
On attend avec impatience l'Oraifon
Funébre que Ml'Abbé de la
Fargue a prononcée à l'Anniverſaire
de LouisXIV.àl'Abbaye deChelles;
elle eft actuellement fous la Preffe :
le Public qui a été fi content de
celle qu'il prononça à S. Cyr , après
la mort de ce Monarque , recevra
celle-cy avec d'autant plus de joye ,
qu'on n'a point d'exemples d'une
pareille entreprife & d'un pareil
fuccès.
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4510
p. 160
EPITAPHE D'UNE VIEILLE Raportée en Latin par Papyrius Masso, & tirée de l'Eglise Cathedrale de Bayeux. Ce sont les Chanoines qui parlent avec la simplicité & la bonne-foy du vieux tems.
Début :
La vieille femme à Maître Jacque, [...]
Mots clefs :
Vieille femme, Réjouissances, Repas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE D'UNE VIEILLE Raportée en Latin par Papyrius Masso, & tirée de l'Eglise Cathedrale de Bayeux. Ce sont les Chanoines qui parlent avec la simplicité & la bonne-foy du vieux tems.
EPITAPHE D'UNE VIEILLH
LavieillefemmeaMaîtrcJ*cqH£i\
Trêpassale beaujourdeParues:
Pour la fourer il) dedans,
En ce tems de réjoui(fance ; Il nos dens,
Tronquer ur repasa: *.
O.f ne le furnes achcvr,
Dont deuil plus cuifam nom oppilfs
Jjhtesiyeuswo-ksi;<crever
TMtesUsftcillesdelaVille
LavieillefemmeaMaîtrcJ*cqH£i\
Trêpassale beaujourdeParues:
Pour la fourer il) dedans,
En ce tems de réjoui(fance ; Il nos dens,
Tronquer ur repasa: *.
O.f ne le furnes achcvr,
Dont deuil plus cuifam nom oppilfs
Jjhtesiyeuswo-ksi;<crever
TMtesUsftcillesdelaVille
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4511
p. 155
« Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...] »
Début :
Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...] »
Tout ce qu'on a lû juſqu'à
preſent me paroît affez moderne
, ce quon va lire ne l'eſt
pas moins , c'eſt un Decret du
Royd'Elpagne qui a été publié
dans les Conſeils & Tri
bunaux de Sa Majesté Catho
lique.
preſent me paroît affez moderne
, ce quon va lire ne l'eſt
pas moins , c'eſt un Decret du
Royd'Elpagne qui a été publié
dans les Conſeils & Tri
bunaux de Sa Majesté Catho
lique.
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4512
p. 135
« Le 30 du mois dernier, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs de Rhétorique au [...] »
Début :
Le 30 du mois dernier, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs de Rhétorique au [...]
Mots clefs :
Collège Louis le Grand, Discours, Rhétorique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 30 du mois dernier, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs de Rhétorique au [...] »
esuite , l'un des Professeurs de Rhétorique au
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus, nous engageront à en donner un Extrait.
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus, nous engageront à en donner un Extrait.
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Résumé : « Le 30 du mois dernier, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs de Rhétorique au [...] »
Un professeur de rhétorique au Collège de Louis le Grand a prononcé un discours latin sur la difficulté d'écrire et le plaisir de lire l'histoire de France. Le Cardinal de Bissy, l'Archevêque de Paris et d'autres personnalités étaient présents. Le discours a été acclamé, motivant sa publication.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4513
p. 153
AUTRE.
Début :
Pour venir me trouver il faut plus que ses pieds [...]
Mots clefs :
Angleterre
4514
p. 153
ENIGME.
Début :
Venez fameux Devins entendre une merveille, [...]
Mots clefs :
Image du soleil dans l'eau
4515
p. 135
Estampe nouvelle, Portrait de Mlle Dangeville, [titre d'après la table]
Début :
Il paroîtra le mois prochain une nouvelle Estampe, que le [...]
Mots clefs :
Estampe, Portrait, Demoiselle Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampe nouvelle, Portrait de Mlle Dangeville, [titre d'après la table]
esuite , l'un des Professeurs de Rhétorique au
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus
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4516
p. 151-152
AUTRE.
Début :
Tout mortel, en naissant, par divine influence, [...]
Mots clefs :
Philosophie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Out mortel , en naiffant
, par divine influence
,
Tient plus ou moins de mon effence .
Celui qui m'étudie avec difcernement
Peut à tout appliquer jufte raifonnement.
Cher Lecteur , onze pieds forment mon exiſtence,
Si tu veux me connoître à combiner commence.
D'abord j'offre l'extrémité ,
Qui le Globe terreftre , a toujours limité ;
L'endroit où Robinſon faifoit la réfidence ;
L'aftitut que l'on doit fuivre avec confiance ;
Ce Miniftre des Juifs , qui quoique fort pieux ,
Vit périr les enfans & périt après eux ,
Jufte punition de trop de complaifance
Qu'il avoit pour leurs moeurs dès leur plus tendre
enfance ;
L'ouvrage d'un reptile ; une écume de mer ,
Et qui non mitigée a le goût fort amer.
Je préfente une fleur , fymbole d'innocence ,
Très-connue en tout lieu par les armes de France,
En trois lettres , je donne une Divinité ,
Mere de Jupiter , admirable en beauté.
Aux fêtes à fa gloire implorant fa clémence ,
Les Coribantes furieux
Se déchiroient le corps , fe maffacroient entr'eux ,
Voulant faire éclater leur zéle en fa préfence.
Gill
152 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui peint au-dehors les mouvemens du coeur
Un fleuve d'Italie ; une vile liqueur ,
Un poiffon délicat , connu par excellence ;
Nom de mainte beauté , qui compofé du Grec ,
Signifiant fagefle , inſpire le reſpect ;
Qualité que n'a guére un homme fans naiffance ;
J'ai ce que dans l'hyver on careffe fouvent ;
Ce qu'en fa nouveauté toujours cher l'on nous
vend .
Je fuis multiplié chez les Gens de Finance ;
Fêté par l'artiſan ; propre à la confonance.
Je fuis auffi ce grand Héros ,
Vainqueur d'Enomaüs aux courfes des Chariots
Pronom ; oifeau jafant avec aifance ;
Nymphe ; deux fois riviere en France ;
Souverain des Perfans ; Heroine en chanson.
Raffemblez- moi , je fuis de toute Nation.
Bugiret.
Out mortel , en naiffant
, par divine influence
,
Tient plus ou moins de mon effence .
Celui qui m'étudie avec difcernement
Peut à tout appliquer jufte raifonnement.
Cher Lecteur , onze pieds forment mon exiſtence,
Si tu veux me connoître à combiner commence.
D'abord j'offre l'extrémité ,
Qui le Globe terreftre , a toujours limité ;
L'endroit où Robinſon faifoit la réfidence ;
L'aftitut que l'on doit fuivre avec confiance ;
Ce Miniftre des Juifs , qui quoique fort pieux ,
Vit périr les enfans & périt après eux ,
Jufte punition de trop de complaifance
Qu'il avoit pour leurs moeurs dès leur plus tendre
enfance ;
L'ouvrage d'un reptile ; une écume de mer ,
Et qui non mitigée a le goût fort amer.
Je préfente une fleur , fymbole d'innocence ,
Très-connue en tout lieu par les armes de France,
En trois lettres , je donne une Divinité ,
Mere de Jupiter , admirable en beauté.
Aux fêtes à fa gloire implorant fa clémence ,
Les Coribantes furieux
Se déchiroient le corps , fe maffacroient entr'eux ,
Voulant faire éclater leur zéle en fa préfence.
Gill
152 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui peint au-dehors les mouvemens du coeur
Un fleuve d'Italie ; une vile liqueur ,
Un poiffon délicat , connu par excellence ;
Nom de mainte beauté , qui compofé du Grec ,
Signifiant fagefle , inſpire le reſpect ;
Qualité que n'a guére un homme fans naiffance ;
J'ai ce que dans l'hyver on careffe fouvent ;
Ce qu'en fa nouveauté toujours cher l'on nous
vend .
Je fuis multiplié chez les Gens de Finance ;
Fêté par l'artiſan ; propre à la confonance.
Je fuis auffi ce grand Héros ,
Vainqueur d'Enomaüs aux courfes des Chariots
Pronom ; oifeau jafant avec aifance ;
Nymphe ; deux fois riviere en France ;
Souverain des Perfans ; Heroine en chanson.
Raffemblez- moi , je fuis de toute Nation.
Bugiret.
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4517
p. 156-157
Réponse à la sixiéme question
Début :
Lequel a plus de raison, ou de Madame Dacier, de nous [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Traduction d'Homère, Homère, M. de la Motte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à la sixiéme question
Réponfc à la sixiéme
question J
Lequel a plus deraison ou
de Madame Dacier, de nous
avoir donné la Traduction
d'Homere,comme celle d'un
Original par fait, ou de M. de
jlaaMMoorrrtetedd''aavvooirirchoisicemê- c oi f ce
mIemHomierte paoutr einofairne un.e
Lafçavante Amynthe arai/on
Defaire un fortgrandcas
d'Ho.1
mere,
!
Ilfut des Mufes nourrisson, l
les grâces te premier Perc.
De prétendre qu'ilfoitparfait
().'tter lepancgitique
y
Jouvent lorfquon vient au
fait
ort d'unfommrilPoëtique.
'on adversaire en L'imitant
it avec plus d'avantage,
de tant de défauts exernpt
fait un bien meilleur Ouvrage.
m
De cet Arrêt je me fais fort,
ra confqtience cft necrfFire,
d'Houdart on retranche encor
ness rien de bon dans Homere.
question J
Lequel a plus deraison ou
de Madame Dacier, de nous
avoir donné la Traduction
d'Homere,comme celle d'un
Original par fait, ou de M. de
jlaaMMoorrrtetedd''aavvooirirchoisicemê- c oi f ce
mIemHomierte paoutr einofairne un.e
Lafçavante Amynthe arai/on
Defaire un fortgrandcas
d'Ho.1
mere,
!
Ilfut des Mufes nourrisson, l
les grâces te premier Perc.
De prétendre qu'ilfoitparfait
().'tter lepancgitique
y
Jouvent lorfquon vient au
fait
ort d'unfommrilPoëtique.
'on adversaire en L'imitant
it avec plus d'avantage,
de tant de défauts exernpt
fait un bien meilleur Ouvrage.
m
De cet Arrêt je me fais fort,
ra confqtience cft necrfFire,
d'Houdart on retranche encor
ness rien de bon dans Homere.
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4518
p. 154-155
PRIERES.
Début :
SEIGNEUR, ne borne point le cours de ta clemence, [...]
Mots clefs :
Prière, Clémence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIERES.
PRIERES.
SEIGNEUR, ne borne
point le cours de ta clemence,
Par toy nôtre bonheur
commence,
-
Mais nos maux ne sont pas
finis.
Pour LOUIS l'Europe t'imr
plore :
Accorde à ce Heros une
viaoire encore , Et tous les coeurs sont
reunis.
Confirma hoc Deus quod
operatus es in nobis. Ps. 67. LETTRE
SEIGNEUR, ne borne
point le cours de ta clemence,
Par toy nôtre bonheur
commence,
-
Mais nos maux ne sont pas
finis.
Pour LOUIS l'Europe t'imr
plore :
Accorde à ce Heros une
viaoire encore , Et tous les coeurs sont
reunis.
Confirma hoc Deus quod
operatus es in nobis. Ps. 67. LETTRE
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4519
p. 147-148
Mort de M. le Marquis de Béthune, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay appris depuis peu de mois que Mr [...]
Mots clefs :
Marquis de Bethune, Mariage, Mademoiselle , Décès, Fils, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. le Marquis de Béthune, [titre d'après la table]
Je vous ay appris depuis
peu de mois que M' le Mar
quis de Bethune avoit épouſe
Mademoiselle de Rotelin,
Soeur de M le Marquis de
Rorelin , Gendre de feu M
le Duc de Navailles. Jamais
on n'avoit vû deux Perſonnés
mieux unies ; mais cette
Nij
148 MERCURE
union a peu duré. Elle vient
d'eſtre rompuë par la mort
de ce Marquis , qui n'avoit
encore que vingt huit ans.
que vingt
Il eſtoit Enſeigne des Gendarmes
, Fils de Maximilien
Alpin Marquis de Bethune,
& de Catherine de la Porte,
&Petit- Fils de François Duc
de Bethune , Comte d'Orval,
Chevalier des Ordres du Roy
peu de mois que M' le Mar
quis de Bethune avoit épouſe
Mademoiselle de Rotelin,
Soeur de M le Marquis de
Rorelin , Gendre de feu M
le Duc de Navailles. Jamais
on n'avoit vû deux Perſonnés
mieux unies ; mais cette
Nij
148 MERCURE
union a peu duré. Elle vient
d'eſtre rompuë par la mort
de ce Marquis , qui n'avoit
encore que vingt huit ans.
que vingt
Il eſtoit Enſeigne des Gendarmes
, Fils de Maximilien
Alpin Marquis de Bethune,
& de Catherine de la Porte,
&Petit- Fils de François Duc
de Bethune , Comte d'Orval,
Chevalier des Ordres du Roy
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Résumé : Mort de M. le Marquis de Béthune, [titre d'après la table]
Le marquis de Béthune, enseigne des gendarmes, a récemment épousé Mademoiselle de Rotelin, sœur du marquis de Rotelin et belle-fille du duc de Navailles. Leur union harmonieuse fut brève : le marquis est décédé à vingt-huit ans. Il était fils de Maximilien Alpin marquis de Béthune et de Catherine de La Porte, et petit-fils de François duc de Béthune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4520
p. 160-162
L'ESSENTIEL DU MARIAGE. DIALOGUE. ANSELME, LUBIN.
Début :
Anselme. Pour sortir du libertinage, [...]
Mots clefs :
Libertinage, Mariage, Amour, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ESSENTIEL DU MARIAGE. DIALOGUE. ANSELME, LUBIN.
L'ESSENTIEL DU MARIAGIr
Dialogue.
ANSELME, LUBir.
ANSELME.
Pour sortir du libertinage,
,
0; depuis long-temsje te vois
Il faut enfin, mon fils, songer au
Mariage ,
V'ai pour toi sur cela,déjafait un bon
choix,
C'est unejeunefille.
LUBIN..
Elle enfera plus bête.
ANSELME.
Utile comme l'Amour.
LU BIN.
Gare le mal de tête,
ANSELME.
ElleestFille de Qualité,
LUBIN.
Elle en aura plus defierté,
Et me viendra prôner les HertJf J8
ANSELME.
I\ilsacltLi,'triitdeplus
LUBIN.
Purt
ANSELME
hneu de. Lc.jprit,.
L U B I N.
L-1:c
Tj'i\;t.'rM-Cci*?:-:ctrop Ti ..Je
ANs£LN'
'Ellear cn.-dl:E-.a;
!n-tr,.ipt.V't ,
LUnlN,
£>•••<.*cl.autreiat.tcv*
CY/.ivuatfait,mi
Dialogue.
ANSELME, LUBir.
ANSELME.
Pour sortir du libertinage,
,
0; depuis long-temsje te vois
Il faut enfin, mon fils, songer au
Mariage ,
V'ai pour toi sur cela,déjafait un bon
choix,
C'est unejeunefille.
LUBIN..
Elle enfera plus bête.
ANSELME.
Utile comme l'Amour.
LU BIN.
Gare le mal de tête,
ANSELME.
ElleestFille de Qualité,
LUBIN.
Elle en aura plus defierté,
Et me viendra prôner les HertJf J8
ANSELME.
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LUBIN.
Purt
ANSELME
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L U B I N.
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!n-tr,.ipt.V't ,
LUnlN,
£>•••<.*cl.autreiat.tcv*
CY/.ivuatfait,mi
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4521
p. 141-143
SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Début :
Cet Article m'engage à vous faire part de deux Sonnets, qui / Lors qu'Auguste eut calmé les tempestes civiles, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Roi, Ennemis, Tempêtes, Peuples, Indocile, Fertile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
SUR LA PAIX
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
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Résumé : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Le texte célèbre la paix accordée par le roi à l'Europe, comparant ses actions à celles d'Auguste, qui apaisa les troubles civils et soumit l'univers à son règne. Louis, maître du monde par ses victoires, choisit de limiter ses conquêtes et de se présenter comme le dieu de la Paix.
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4522
p. 154-156
CREATION d'Officiers de Marine.
Début :
Le vingt-cinquiéme Novembre le Roy fit deux cents quatre [...]
Mots clefs :
Officiers de marine, Création, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CREATION d'Officiers de Marine.
C REA T I 0 N
dOjjîciers de lïdtirmt.
L E vingt. cinquiéme Novembre le Roy fit deux
cents quatre -vingt huit
Officiers de Marine, fça-
,
VOIr:
Un Commissaire General d'artillerie.
Vingt, deux Capitaines
de vaisseaux.
Deux Majors.
Trois Capitaines d'artillerie.
Vingt sept Capitaines de
Fregares.
Cinquante six Lieutenants,
de Vaisseaux.
Quatre Aydes Majors.
Cinq Lieutenants d' artillerie.
Dix- neufCapitainesde
brulots.
Cent vingt-sixEnseignes de vaisseaux.
Cinq Sous. Lieutenants
d'artillerie.
NeufLieutenants de fregates.
TroisCapitaines de Rutes.
Et six Aydesd'artillerie
dOjjîciers de lïdtirmt.
L E vingt. cinquiéme Novembre le Roy fit deux
cents quatre -vingt huit
Officiers de Marine, fça-
,
VOIr:
Un Commissaire General d'artillerie.
Vingt, deux Capitaines
de vaisseaux.
Deux Majors.
Trois Capitaines d'artillerie.
Vingt sept Capitaines de
Fregares.
Cinquante six Lieutenants,
de Vaisseaux.
Quatre Aydes Majors.
Cinq Lieutenants d' artillerie.
Dix- neufCapitainesde
brulots.
Cent vingt-sixEnseignes de vaisseaux.
Cinq Sous. Lieutenants
d'artillerie.
NeufLieutenants de fregates.
TroisCapitaines de Rutes.
Et six Aydesd'artillerie
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Résumé : CREATION d'Officiers de Marine.
Le 25 novembre, le roi nomma 288 officiers de marine, incluant un commissaire général d'artillerie, 22 capitaines de vaisseaux, 27 capitaines de frégates, 56 lieutenants de vaisseaux, 126 enseignes de vaisseaux, 9 lieutenants de frégates, 3 capitaines de routes, 3 capitaines d'artillerie, 5 lieutenants d'artillerie, 5 sous-lieutenants d'artillerie, 19 capitaines de brulots, 2 majors, 4 aides-majors et 6 aides d'artillerie.
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4523
p. 133-136
RÉPONSE à la Lettre de Clermont en Auvergne, sur le Systême du Bureau Typographique.
Début :
Quand il seroit vrai, M. que l'éducation des Enfans se réduiroit à faire le cours ordinaire [...]
Mots clefs :
Classes, Système du bureau typographique, Enfants, Enfant, Savoir, Article, Exercices, Cours, Première enfance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre de Clermont en Auvergne, sur le Systême du Bureau Typographique.
REPONSE à la Lettre de Clermont
en Auvergne , sur le Systême du Burens
Typographique.
Q
Uand il seroit vrai , M. que l'éducation
des Enfans se réduiroit à faire le cours ordinaire
des Classes et à sçavoir un peu le Latin
et de Grec , il ne s'ensuivroit pas qu'il fût inutile
G iij
de
134 MERCURE DE FRANCE
commencer de bonne heure l'institution de la
premiere enfance . Je vous prie de lire dans le
premier volume de la Bibliotheque des Enfans ,
Particle premier et l'article second ; qui traitent
cette question . Les préparatifs et les dépenses
que l'on fait de bons Sujets aux Régens des basses
Classes , influent , n'en doutez pas , dans les
plus hautes , dans tous les exercices et dans toute
la vie . Ne contez - vous pour rien , M. de pouvoir
briller parmi ses Camarades , de pouvoir
remporter les premiers Prix , d'obtenir les premieres
places , et d'avoir ensuite du goût pour
tout ce que l'on fait ? Or un enfant qui aura
appris de bonne heure les élemens des Lettres par
le Systême du Bureau Typographique , cet enfant
sera plutôt en état d'acquerir ce goût , il sera
moins exposé à l'ennui et au dégoût de la plupart
des autres Ecoliers enseignez d'abord par la
Méthode ordinaire , cet enfant instruit de bonne
heure et jeune , sera en état , si les parens les
souhaitent , de doubler quelques Classes pour se
rendre encore plus fort dans tous ses exercices.
On pourra pour lors s'appliquer à bien d'autres
choses qu'à son Latin , et il n'y a point de parens
qui n'en soient bien aises.
Un Ecolier fort et diligent , trouve dans les
basses Classes le temps d'apprendre à écrire et
P'Arithmetique ; dans d'autres Classes le Dessein
le Blason et la Géographie viennent à propos
pour perfectionner l'étude de l'Histoire et de la
Chronologie , qu'on fera dans toutes les Classes ;
les Méchaniques et la Physique experimentale ,
pourront instruire et amuser les enfans, il ne s'agit
que de choisir à propos le temps et les matieres.
Dans le cours de Philosophie le moral conduic
au Droit des Gens et au Droit Public ; l'on trou-
C
20
V
E
ye
JANVIER.
135
1734.
Semaine
ve sur ces matieres et sur les interêts des Princes, >
des Textes Latins et François , propres à occuper,
à instruire et à former un jeune homme pendant
dix ans de College . Vous verrez , M. dans
le premier volume , article XIV . pag. 119.
qu'une Gazette de France , préparée par
est le meilleur Texte François que l'on puisse
donner à un jeune Seigneur. Ce Texte vivant est
le plus instructif , le plus varié et le plus agrable
que l'on puisse trouver pour la réunion et la
complication des idées philosophiques . On passe
peu à peu à la Gazette d'Hollande , au Mercure
Historique , au Mercure de France , au Journal de
Verdun , au Journal des Sçavans , et à tous les
Ouvrages périodiques , que l'on apprendra à par
courir chaque mois , afin que le jeune homme, se
fortifiant peu à peu sur cet exercice , se mette on
état d'en tirer avantage pour toute sa vie . Il est
vrai que puur lors en élevant les enfans on leur
donneroit les premieres notions des Arts et des
Sciences et vous convenez , M. en ce cas là de
toute la bonté du Systême Typographique. Vous
pourrez voir plus au long dans l'article XI. du
premier vol . p . 91. le détail des avantages du
Systême Typographique , vous y trouverez N°.
38. que l'enfant du Bureau Typographique est
mis en état d'aller plutôt et plus sçavant au College
, et parconsequent d'entrer plutôt à l'Académie
pour y faire tous ses exercices ; avantage
considerable pour la jeunesse destinée et appellée
au noble et glorieux métier des Armes. Ce seul
motifpourra déterminer les gens de guerre en fa
veur du nouveau Systême. J'ajoûterai que si les
Ecoles , comme vous le dites , ne visent proprement
.qu'au Latin , et qu'on néglige quasi tout le
reste dans les meilleurs Colleges , on ne doit pas
G iiij être
136 MERCURE DE FRANCE
être surpris de trouver si peu de science et de sçavoir
dans le grand nombre des Etudians , mais à
qui en est la faute ? N'est - ce pas le préjugé de la
Méthode vulgaire qui cause ce malheur ? Il seroit
donc mieux de faire étudier un peu plus les,
choses en faisant étudier les mois , et nous sommes
encore d'accord là - dessus .
A l'égard des Princes et des grands Seigneurs ,
on peut dire qu'ils sentent aujourd'hui plus que
jamais , l'importance de la premieré éducation .
L'esprit méthodique et philosophique a ses Partisans
à la Cour et à la Ville , l'on n'attend plus
l'âge de sept ans pour apprendre aux jeunes Princes
les premiers élemens des Lettres et de l'Histoire
. Il reste au surplus une question importante
à examiner , sçavoir si le choix d'un Précep
teur pour la premiere enfance jusqu'à l'âge de
à 14. 15. ans, est de plus grande importance que
le choix d'un Gouverneur pour unjeune homme
de Is. à 20. ans ; je vous prie d'agréer que ce
soit pour une autre fois, et de me croire avec, & c.
en Auvergne , sur le Systême du Burens
Typographique.
Q
Uand il seroit vrai , M. que l'éducation
des Enfans se réduiroit à faire le cours ordinaire
des Classes et à sçavoir un peu le Latin
et de Grec , il ne s'ensuivroit pas qu'il fût inutile
G iij
de
134 MERCURE DE FRANCE
commencer de bonne heure l'institution de la
premiere enfance . Je vous prie de lire dans le
premier volume de la Bibliotheque des Enfans ,
Particle premier et l'article second ; qui traitent
cette question . Les préparatifs et les dépenses
que l'on fait de bons Sujets aux Régens des basses
Classes , influent , n'en doutez pas , dans les
plus hautes , dans tous les exercices et dans toute
la vie . Ne contez - vous pour rien , M. de pouvoir
briller parmi ses Camarades , de pouvoir
remporter les premiers Prix , d'obtenir les premieres
places , et d'avoir ensuite du goût pour
tout ce que l'on fait ? Or un enfant qui aura
appris de bonne heure les élemens des Lettres par
le Systême du Bureau Typographique , cet enfant
sera plutôt en état d'acquerir ce goût , il sera
moins exposé à l'ennui et au dégoût de la plupart
des autres Ecoliers enseignez d'abord par la
Méthode ordinaire , cet enfant instruit de bonne
heure et jeune , sera en état , si les parens les
souhaitent , de doubler quelques Classes pour se
rendre encore plus fort dans tous ses exercices.
On pourra pour lors s'appliquer à bien d'autres
choses qu'à son Latin , et il n'y a point de parens
qui n'en soient bien aises.
Un Ecolier fort et diligent , trouve dans les
basses Classes le temps d'apprendre à écrire et
P'Arithmetique ; dans d'autres Classes le Dessein
le Blason et la Géographie viennent à propos
pour perfectionner l'étude de l'Histoire et de la
Chronologie , qu'on fera dans toutes les Classes ;
les Méchaniques et la Physique experimentale ,
pourront instruire et amuser les enfans, il ne s'agit
que de choisir à propos le temps et les matieres.
Dans le cours de Philosophie le moral conduic
au Droit des Gens et au Droit Public ; l'on trou-
C
20
V
E
ye
JANVIER.
135
1734.
Semaine
ve sur ces matieres et sur les interêts des Princes, >
des Textes Latins et François , propres à occuper,
à instruire et à former un jeune homme pendant
dix ans de College . Vous verrez , M. dans
le premier volume , article XIV . pag. 119.
qu'une Gazette de France , préparée par
est le meilleur Texte François que l'on puisse
donner à un jeune Seigneur. Ce Texte vivant est
le plus instructif , le plus varié et le plus agrable
que l'on puisse trouver pour la réunion et la
complication des idées philosophiques . On passe
peu à peu à la Gazette d'Hollande , au Mercure
Historique , au Mercure de France , au Journal de
Verdun , au Journal des Sçavans , et à tous les
Ouvrages périodiques , que l'on apprendra à par
courir chaque mois , afin que le jeune homme, se
fortifiant peu à peu sur cet exercice , se mette on
état d'en tirer avantage pour toute sa vie . Il est
vrai que puur lors en élevant les enfans on leur
donneroit les premieres notions des Arts et des
Sciences et vous convenez , M. en ce cas là de
toute la bonté du Systême Typographique. Vous
pourrez voir plus au long dans l'article XI. du
premier vol . p . 91. le détail des avantages du
Systême Typographique , vous y trouverez N°.
38. que l'enfant du Bureau Typographique est
mis en état d'aller plutôt et plus sçavant au College
, et parconsequent d'entrer plutôt à l'Académie
pour y faire tous ses exercices ; avantage
considerable pour la jeunesse destinée et appellée
au noble et glorieux métier des Armes. Ce seul
motifpourra déterminer les gens de guerre en fa
veur du nouveau Systême. J'ajoûterai que si les
Ecoles , comme vous le dites , ne visent proprement
.qu'au Latin , et qu'on néglige quasi tout le
reste dans les meilleurs Colleges , on ne doit pas
G iiij être
136 MERCURE DE FRANCE
être surpris de trouver si peu de science et de sçavoir
dans le grand nombre des Etudians , mais à
qui en est la faute ? N'est - ce pas le préjugé de la
Méthode vulgaire qui cause ce malheur ? Il seroit
donc mieux de faire étudier un peu plus les,
choses en faisant étudier les mois , et nous sommes
encore d'accord là - dessus .
A l'égard des Princes et des grands Seigneurs ,
on peut dire qu'ils sentent aujourd'hui plus que
jamais , l'importance de la premieré éducation .
L'esprit méthodique et philosophique a ses Partisans
à la Cour et à la Ville , l'on n'attend plus
l'âge de sept ans pour apprendre aux jeunes Princes
les premiers élemens des Lettres et de l'Histoire
. Il reste au surplus une question importante
à examiner , sçavoir si le choix d'un Précep
teur pour la premiere enfance jusqu'à l'âge de
à 14. 15. ans, est de plus grande importance que
le choix d'un Gouverneur pour unjeune homme
de Is. à 20. ans ; je vous prie d'agréer que ce
soit pour une autre fois, et de me croire avec, & c.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre de Clermont en Auvergne, sur le Systême du Bureau Typographique.
Le texte est une réponse à une lettre discutant de l'éducation des enfants et de l'utilité du système du Bureau Typographique. L'auteur affirme que l'éducation des enfants ne doit pas se limiter à l'apprentissage du latin et du grec, mais doit commencer dès le plus jeune âge. Il recommande de consulter la 'Bibliothèque des Enfants' pour des arguments détaillés. Les préparatifs et les dépenses pour les régents des classes inférieures influencent les performances ultérieures des élèves. L'auteur souligne que les enfants instruits tôt par le système typographique acquièrent un goût pour l'apprentissage, évitent l'ennui, et peuvent doubler des classes pour progresser plus rapidement. Un écolier diligent peut ainsi apprendre à écrire, l'arithmétique, le dessin, la géographie, les mécaniques, et la physique expérimentale, en fonction des classes. Dans le cours de philosophie, les matières morales conduisent au droit des gens et au droit public. L'auteur suggère d'utiliser des textes latins et français, comme la Gazette de France, pour instruire et former les jeunes pendant dix ans de collège. Il passe ensuite à d'autres journaux et ouvrages périodiques pour renforcer les compétences des élèves. L'auteur conclut que le système typographique permet aux enfants d'entrer plus tôt à l'Académie et de se préparer au métier des armes. Il critique la méthode vulgaire qui néglige les sciences et les arts, et note que les princes et grands seigneurs reconnaissent aujourd'hui l'importance de la première éducation. Une question importante reste à examiner : l'importance du choix d'un précepteur pour la première enfance par rapport à celle d'un gouverneur pour un jeune homme.
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4524
p. 155-158
De Hambourg le 9. May.
Début :
Je suis fort allarmé des Lettres que je reçois de Dantzik [...]
Mots clefs :
Roi, Troupes, Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg le 9. May.
De Hambourg le 9. May.
i Je ſuis fort allarmé des
Lettres que je reçois deDantzık
. On me mande qu'on a
publié à Varſovie des deffenſes
tres vigoureuſes de laiſſer
deſcendre du coſté de cette
156 MERCURE
Ville aucune Barque chargée
de grains , fans un paſſeport
du Roy ou du General Janus,
parce que la recolte de l'année
derniere a eſté ſi mauvaiſe,
&celle de cette année eſt
gaſtée par les inondations &
Ics pluyes continuelles , qu'on
apprehende une famine effective.
P
Les Troupes Saxones qui
eſtoient dans le territoire de
Dantzak en font enfin parties
aprés avoir exigé des contributions
pour leur ſubſiſtance,
elles ont paffé, la Viſtule &
continué leur route vers la
Podlaquie.
GALANT. 157
On a appris d'un Officier
Tartare qui avoit des Lettres
du Kan pour le Roy de Pologne
& pour le grand General
, que le Roy de Suede étoit
encore à Demir Toca , & que
le Palatin de Kiovie eſtoit
allé trouver le Kan à Kilia
pour prendre congé de luy ,
& retourner auſſi- toſt en
Pologne.
Les Troupes Danoiſes qui
gardoient les paſſages du côté
de Holſtein ne font pas
encore parties des environs de
cette Ville.
Le Duc de Hanover a fait
158 MERCURE
declarer par une Ordonnance
publique qu'il prétendoit
que les paſſages de ſon Pays
fuffent fermez , juſqu'aprés
les grandes chaleurs , & que
les Voyageurs n'entraſſent
dans ſes Etats , qu'aprés au
moins cinq jours de quaranraine.
i Je ſuis fort allarmé des
Lettres que je reçois deDantzık
. On me mande qu'on a
publié à Varſovie des deffenſes
tres vigoureuſes de laiſſer
deſcendre du coſté de cette
156 MERCURE
Ville aucune Barque chargée
de grains , fans un paſſeport
du Roy ou du General Janus,
parce que la recolte de l'année
derniere a eſté ſi mauvaiſe,
&celle de cette année eſt
gaſtée par les inondations &
Ics pluyes continuelles , qu'on
apprehende une famine effective.
P
Les Troupes Saxones qui
eſtoient dans le territoire de
Dantzak en font enfin parties
aprés avoir exigé des contributions
pour leur ſubſiſtance,
elles ont paffé, la Viſtule &
continué leur route vers la
Podlaquie.
GALANT. 157
On a appris d'un Officier
Tartare qui avoit des Lettres
du Kan pour le Roy de Pologne
& pour le grand General
, que le Roy de Suede étoit
encore à Demir Toca , & que
le Palatin de Kiovie eſtoit
allé trouver le Kan à Kilia
pour prendre congé de luy ,
& retourner auſſi- toſt en
Pologne.
Les Troupes Danoiſes qui
gardoient les paſſages du côté
de Holſtein ne font pas
encore parties des environs de
cette Ville.
Le Duc de Hanover a fait
158 MERCURE
declarer par une Ordonnance
publique qu'il prétendoit
que les paſſages de ſon Pays
fuffent fermez , juſqu'aprés
les grandes chaleurs , & que
les Voyageurs n'entraſſent
dans ſes Etats , qu'aprés au
moins cinq jours de quaranraine.
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Résumé : De Hambourg le 9. May.
Le 9 mai, un texte de Hambourg exprime une vive inquiétude concernant la situation à Dantzig. À Varsovie, des défenses interdisent le transport de grains sans passeport royal ou du général Janus en raison de mauvaises récoltes et de dégâts causés par des inondations et des pluies continues, menaçant une famine. Les troupes saxonnes, après avoir exigé des contributions, ont traversé la Vistule et se dirigent vers la Podlachie. Un officier tartare a rapporté que le roi de Suède se trouvait à Demir Toca et que le palatin de Kiev avait rencontré le Kan à Kilia avant de retourner en Pologne. Les troupes danoises surveillent toujours les passages du côté du Holstein. De plus, le duc de Hanovre a ordonné la fermeture des passages de son pays jusqu'après les grandes chaleurs et imposé une quarantaine de cinq jours pour les voyageurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4525
p. 2271-2274
Feu d'artifice tiré à l'Hôtel de Ville de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le 10, on tira dans la Place de l'Hôtel-de-Ville de Paris, par ordre des Prévôt des [...]
Mots clefs :
Feu d'artifice, Place, Colonnade, Arc de triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Feu d'artifice tiré à l'Hôtel de Ville de Paris, [titre d'après la table]
Le 10 , on tira dans la Place de l'Hôtelde-
Ville de Paris , par ordre des Prévôt des
Marchands & Echevins , un feu d'artifice ,
ſupérieur à tout ce qu'on avoit vû juſquesici
en ce genre dans cette Capitale.
,
L'Edifice qu'on avoit conſtruit pour cet
effet avoit 78 pieds de haut fur 72
de large , & il repréſentoit un Arc de
Triomphe , au haut duquel on voyoit Apollon
appuyé ſur ſes armes , &foulant aux
pieds le ſerpent Pithon. Des Génies , placés
enpluſieurs endroits de la Décoration , portoient
differentes piéces d'artifice , & des
deux côtés de l'Edifice regnoit une Colonade
, qui enfermoit la plus grande partie de
la Place , & qui en ſauvoit les irrégularités.
Outre les effetsbrillans que cette diſpoſition
a produits , on en a tiré un autre avantage
par l'eſpace conſidérable qu'elle a procuré
au Peuple , l'emplacement , qui avoit été
choiſi pour la conſtruction du feu , ſe trout
F iiij vant
2272 MERCURE DE FRANCE.
vant beaucoup plus reculé qu'à l'ordinaire.
Par-là , toute la Place étoit libre ,&capable
de contenir un plus grand nombre de ſpectateurs
, & l'on pouvoit , même des maifons
de l'autre côté de la riviere , voir aifément
l'artifice bas au travers des Portiques
que formoit la Colonade , & dont l'ouverture
étoit de quinze pieds , & la hauteur
de 22 .
- Le Feu a été exécuté par les Sieurs Rugie
ri , Artificiers Italiens , qui , par les preuves
qu'ils ont données de leur habileté
dans leur Art , fur le Théatre des Comédiens
de leur Nation , y ont attiré un ſi
grand concours de Spectateurs , & qui ſe
font diftingués en cette derniere occafionci
, par pluſieurs nouvelles manieres d'employer
la poudre. Les fufées , qui s'élevoient
àune hauteur extraordinaire, étoient
terminées , tantôt par des Etoiles , tantôt
pardes Soleils tournans.Pluſieurs montoient
en ferpentant , & compofoient une double
ſpirale , qui reſſembloit à une eſpece de
Caducée. Des bombes d'artifice , tirées en
grande quantité , étonnoient par la hauteur
où elles portoient , & par les prodigieuſes
garnitures dont elles étoient remplies. Le
Spectacle étoit varié par des rouës de feu ,
dediverſes couleurs , par des Gerbes de so
pieds , qui faisoient l'effet de Jets-d'Eau , en
: ne
OCTOBRE. 1744. 2273
ne s'élévant que par dégrés , par des Eroiles
,dont tous les angles étoient deffinés
avec la plus grande préciſion. Après ce premier
artifice , toute la Décoration fut en un
inſtant éclairée de Lances à feu ,& un grand
nombre de Caiſſes , qui furent ſervies avec
une promptitude ſurprenante ,tinrent pendantun
tems confiderable le Ciel couvert
de Serpenteaux , d'Etoiles & de Balles luiſantes.
Un Soleil , compofé de 56 Rayons ,
& placé au hant de la Pyramide , qui conronnoit
l'Arc de Triomphe , s'enflamma enfuite
tout-à- coup , & il forma un cercle de
lumiere , dont le feu avoit 80 pieds de diamétre,
Dans le centre de ce Soleil , étoient
écrits en Lettres de Feu ces mots , Vive le
Roi , qui furent prononcés en même-tems à
pluſieurs repriſes avec les plus vifs tranfports
par tous les Spectateurs. L'artifice ,
dont la durée a été preſque de trois quarts
d'heure , a été terminé par une Girande de
800 fufées. Auſfi-tôt que l'artifice eut ceffé ,
on alluma l'Illumination , dont les dix-huit
Portiques , formés par la Colonade , qui
regnoit autour de la Place , avoient été garnis
tant en dedans qu'en dehors , & cette
Illumination , aufli-bien que celle qu'on
avoit placée au Donjon & au troifiéme Ordre
de l'Hôtel-de-Ville , dura toute la nuit.
Les Prévôt des Marchands & Echevins
Fv avoient
2274 MERCURE DE FRANCE.
avoient fait placer en differens Lieux de la
Ville 32 Fontaines de Vin , près deſquelles
on diftribuoit du Pain &des Viandes , & à
côté de chaque Fontaine étoit un Corps de
Symphonistes , pour faire danfer le Peuple.
Le ſuccès de cette Fête a parfaitement répondu
à la grande dépenſe qui a été faite
pour la rendre brillante , & au deſit que la
Ville avoit de donner des témoignages extraordinaires
de fon amour tendre & refpectueux
pour S. M.
Ville de Paris , par ordre des Prévôt des
Marchands & Echevins , un feu d'artifice ,
ſupérieur à tout ce qu'on avoit vû juſquesici
en ce genre dans cette Capitale.
,
L'Edifice qu'on avoit conſtruit pour cet
effet avoit 78 pieds de haut fur 72
de large , & il repréſentoit un Arc de
Triomphe , au haut duquel on voyoit Apollon
appuyé ſur ſes armes , &foulant aux
pieds le ſerpent Pithon. Des Génies , placés
enpluſieurs endroits de la Décoration , portoient
differentes piéces d'artifice , & des
deux côtés de l'Edifice regnoit une Colonade
, qui enfermoit la plus grande partie de
la Place , & qui en ſauvoit les irrégularités.
Outre les effetsbrillans que cette diſpoſition
a produits , on en a tiré un autre avantage
par l'eſpace conſidérable qu'elle a procuré
au Peuple , l'emplacement , qui avoit été
choiſi pour la conſtruction du feu , ſe trout
F iiij vant
2272 MERCURE DE FRANCE.
vant beaucoup plus reculé qu'à l'ordinaire.
Par-là , toute la Place étoit libre ,&capable
de contenir un plus grand nombre de ſpectateurs
, & l'on pouvoit , même des maifons
de l'autre côté de la riviere , voir aifément
l'artifice bas au travers des Portiques
que formoit la Colonade , & dont l'ouverture
étoit de quinze pieds , & la hauteur
de 22 .
- Le Feu a été exécuté par les Sieurs Rugie
ri , Artificiers Italiens , qui , par les preuves
qu'ils ont données de leur habileté
dans leur Art , fur le Théatre des Comédiens
de leur Nation , y ont attiré un ſi
grand concours de Spectateurs , & qui ſe
font diftingués en cette derniere occafionci
, par pluſieurs nouvelles manieres d'employer
la poudre. Les fufées , qui s'élevoient
àune hauteur extraordinaire, étoient
terminées , tantôt par des Etoiles , tantôt
pardes Soleils tournans.Pluſieurs montoient
en ferpentant , & compofoient une double
ſpirale , qui reſſembloit à une eſpece de
Caducée. Des bombes d'artifice , tirées en
grande quantité , étonnoient par la hauteur
où elles portoient , & par les prodigieuſes
garnitures dont elles étoient remplies. Le
Spectacle étoit varié par des rouës de feu ,
dediverſes couleurs , par des Gerbes de so
pieds , qui faisoient l'effet de Jets-d'Eau , en
: ne
OCTOBRE. 1744. 2273
ne s'élévant que par dégrés , par des Eroiles
,dont tous les angles étoient deffinés
avec la plus grande préciſion. Après ce premier
artifice , toute la Décoration fut en un
inſtant éclairée de Lances à feu ,& un grand
nombre de Caiſſes , qui furent ſervies avec
une promptitude ſurprenante ,tinrent pendantun
tems confiderable le Ciel couvert
de Serpenteaux , d'Etoiles & de Balles luiſantes.
Un Soleil , compofé de 56 Rayons ,
& placé au hant de la Pyramide , qui conronnoit
l'Arc de Triomphe , s'enflamma enfuite
tout-à- coup , & il forma un cercle de
lumiere , dont le feu avoit 80 pieds de diamétre,
Dans le centre de ce Soleil , étoient
écrits en Lettres de Feu ces mots , Vive le
Roi , qui furent prononcés en même-tems à
pluſieurs repriſes avec les plus vifs tranfports
par tous les Spectateurs. L'artifice ,
dont la durée a été preſque de trois quarts
d'heure , a été terminé par une Girande de
800 fufées. Auſfi-tôt que l'artifice eut ceffé ,
on alluma l'Illumination , dont les dix-huit
Portiques , formés par la Colonade , qui
regnoit autour de la Place , avoient été garnis
tant en dedans qu'en dehors , & cette
Illumination , aufli-bien que celle qu'on
avoit placée au Donjon & au troifiéme Ordre
de l'Hôtel-de-Ville , dura toute la nuit.
Les Prévôt des Marchands & Echevins
Fv avoient
2274 MERCURE DE FRANCE.
avoient fait placer en differens Lieux de la
Ville 32 Fontaines de Vin , près deſquelles
on diftribuoit du Pain &des Viandes , & à
côté de chaque Fontaine étoit un Corps de
Symphonistes , pour faire danfer le Peuple.
Le ſuccès de cette Fête a parfaitement répondu
à la grande dépenſe qui a été faite
pour la rendre brillante , & au deſit que la
Ville avoit de donner des témoignages extraordinaires
de fon amour tendre & refpectueux
pour S. M.
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4526
p. 155-158
Nouvelle galante. [titre d'après la table]
Début :
Mademoiselle Yma, jeune, belle, grande & bienfaite, receut il y [...]
Mots clefs :
Père, Fille
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle galante. [titre d'après la table]
Mademoiselle Yma , jeune ,
belle, grande& bienfaite , receut
il ya quelques années ,
quelques années
de ſon pere le commandement
de confiderer , d'eſtimer
&de regarder M. de ** comme
un homme qu'il luy deſti .
noit pour eſtre un jour fon
époux . M. de..a du merite,
Mademoiselle Yma fit tout ce
qu'il plût à ſon pere , & même
au-delà. Les affaires de ſon
amant avoient paru en affez
bon état lorſqu'on luy avoit
fait le commandement de l'aimer
; mais depuis il a paru que
le temps les avoitdélabrées. Le
156 MERCURE
pere de la Demoiselle n'a plus
voulu entendre parler de M.
de..enun mot il luy a deffendu
ſa maifon. Toutes ces précautions
font bonnes ; mais
८
l'amour ne va pas comme
la tête des peres. Les deux
amants ſe ſont aimez dans la
contrainte , mille fois plus que
lorſqu'ils joüiffoient d'une
pleine liberté. Quoy donc ,
ont ils dit , un pere forme les
noeuds qui doivent nous unir ,
il les reſſere même pendant plu
fieurs années , & au premier
caprice qui luy prend , il s'aviſede
vouloir les rompre ,ilen
GALANT. 157
aura parbleu le démenti , & il
n'y a que la mort qui puiffe
nous léparer.Alors viſites clan,
deſtines ,& billets reciproques
font les moyens qu'ils employent
pour entretenir leur
amour ; enfin ils en viennent
au point de ſe jurer ſous la
cheminée & en prefence
d'un Preſtre , une éternelle foy.
Ils joüiſſent alors , & en toute
ſeureté de confcience , autant
que l'occaſion peut s'en preſenter
, des droits de leur hymen.
Cependant une partie de
l'intrigue eſt découverte. Le
pere fulmine contre ſa fille ,
158 MERCURE
&la menace de l'enfermer ſi
elle revoit jamais M. de .. elle
informe auffitoſt ſon cher
époux des malheurs dont elle
eſt menacée ,& le lendemain
( qui étoit le premier ou le
ſecond jour du preſent mois
d'Octobre ) elle s'éclypſe. On
la demande à tout le monde ,
onlacherche par tout , on viſite
la maiſon de M. de..on
informe contre luy ; & l'on
n'en peut apprendre aucune
nouvelle. On propoſe à ce
ſujet les trente Loüis cy- deſſus
à gagner ; mais ſi on la trouve,
jene fuis pas garant qu'on les
paye.
belle, grande& bienfaite , receut
il ya quelques années ,
quelques années
de ſon pere le commandement
de confiderer , d'eſtimer
&de regarder M. de ** comme
un homme qu'il luy deſti .
noit pour eſtre un jour fon
époux . M. de..a du merite,
Mademoiselle Yma fit tout ce
qu'il plût à ſon pere , & même
au-delà. Les affaires de ſon
amant avoient paru en affez
bon état lorſqu'on luy avoit
fait le commandement de l'aimer
; mais depuis il a paru que
le temps les avoitdélabrées. Le
156 MERCURE
pere de la Demoiselle n'a plus
voulu entendre parler de M.
de..enun mot il luy a deffendu
ſa maifon. Toutes ces précautions
font bonnes ; mais
८
l'amour ne va pas comme
la tête des peres. Les deux
amants ſe ſont aimez dans la
contrainte , mille fois plus que
lorſqu'ils joüiffoient d'une
pleine liberté. Quoy donc ,
ont ils dit , un pere forme les
noeuds qui doivent nous unir ,
il les reſſere même pendant plu
fieurs années , & au premier
caprice qui luy prend , il s'aviſede
vouloir les rompre ,ilen
GALANT. 157
aura parbleu le démenti , & il
n'y a que la mort qui puiffe
nous léparer.Alors viſites clan,
deſtines ,& billets reciproques
font les moyens qu'ils employent
pour entretenir leur
amour ; enfin ils en viennent
au point de ſe jurer ſous la
cheminée & en prefence
d'un Preſtre , une éternelle foy.
Ils joüiſſent alors , & en toute
ſeureté de confcience , autant
que l'occaſion peut s'en preſenter
, des droits de leur hymen.
Cependant une partie de
l'intrigue eſt découverte. Le
pere fulmine contre ſa fille ,
158 MERCURE
&la menace de l'enfermer ſi
elle revoit jamais M. de .. elle
informe auffitoſt ſon cher
époux des malheurs dont elle
eſt menacée ,& le lendemain
( qui étoit le premier ou le
ſecond jour du preſent mois
d'Octobre ) elle s'éclypſe. On
la demande à tout le monde ,
onlacherche par tout , on viſite
la maiſon de M. de..on
informe contre luy ; & l'on
n'en peut apprendre aucune
nouvelle. On propoſe à ce
ſujet les trente Loüis cy- deſſus
à gagner ; mais ſi on la trouve,
jene fuis pas garant qu'on les
paye.
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4527
p. 155-159
Decret du Roy d'Espagne.
Début :
Le Gouvernement de mes Peuples & de mes Royaumes estant [...]
Mots clefs :
Décret, Roi d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Decret du Roy d'Espagne.
Decretdu Roy d'Espagne.
Le Gouvernement de mes
Peuples & de mes Royaumes
eſtant le ſeul objet que je me
propoſe , & l'unique but de
mes defirs , la confervationde
la Religion dans ſa plus gran
156 MERCURE
de pureté , & fon progrés , le
foulagement de mes ſujets,
l'exacte & rigide adminiftra
tion de la Juſtice, l'extirpation
des vices,& l'élevation des vertus
, ainſi que les devoirs de
la Royauté , les premieres
obligations des Monarques ,
les foins indiſpenſables & neceffaires
auſquels Dieules
attache , en leur commettant
la ſuprême puiſſance , dorénavant
attentif plus que jamais
à la ſeureté de ma confcience
inſeparable de ces devoirs
, quoyque j'aye déja été
ca cela prévenu par les Rois
GALANT. 157
mes Predeceffeures , & que
moy même j'aye pluſieurs fois
chargé mon Confeil de contribuer
à ce que deſſus , en tour
ce qu'ils conviendroit , j'ay
ſouhaité renouveller cet or.
dre , avec le commandement
de veiller & travailler avec
tout le ſoin&l'attention poffibleà
l'entier acompliſſement
de cette obligation; & j'entens
&veux pour cet effet que do .
refnavant il me foit reprefenté
non ſeulement ce qui ſera
convenable & neceſſaire
avec une entiere liberté , &
fans être retenu par aucun ref158
MERCURE
T
pecthumain; mais encore que
lesgens prépoſez examinent&
repliquent à mes reſolutions
lorſqu'elles paroîtront contrevenir
à ce Decret , ce qui
pourroit arriver faute d'un affez
meur examen , & d'une
parfaite connoillance , proteſtant
devant Dieu que je ne
veux me ſervir de l'autorité
qu'il m'a donnée , que pour la
gloire& la fin pour laquelle il
me l'aconfiée; &que je me décharge
devant ſa Divine Majeſté
fur mes Miniſtres , de
tout ce qu'ils executeront de
contraire à ce que je leur orGALANT.
I1S59
donne par ce Decret , ne pouvant
me dire heureux , fi mes
Sujets ne le ſont ſous mon
Regne ,& fi Dicu n'eſt pas
ſervi dans les Terres de mon
obeillance, ( comme ildoit l'être,)
par un malheur attaché à
la corruption & à la foibleſſe
de noſtre nature humaine ; je
prétens, qu'il le ſoit au moins
avec plus d'obéïſſance à ſes
Loix & à ſes Preceptes , qu'il
ne l'a été juſques ici ; que cela
foit leu & verifié au Conſeil
des Indes pour le faire executer.
Le Gouvernement de mes
Peuples & de mes Royaumes
eſtant le ſeul objet que je me
propoſe , & l'unique but de
mes defirs , la confervationde
la Religion dans ſa plus gran
156 MERCURE
de pureté , & fon progrés , le
foulagement de mes ſujets,
l'exacte & rigide adminiftra
tion de la Juſtice, l'extirpation
des vices,& l'élevation des vertus
, ainſi que les devoirs de
la Royauté , les premieres
obligations des Monarques ,
les foins indiſpenſables & neceffaires
auſquels Dieules
attache , en leur commettant
la ſuprême puiſſance , dorénavant
attentif plus que jamais
à la ſeureté de ma confcience
inſeparable de ces devoirs
, quoyque j'aye déja été
ca cela prévenu par les Rois
GALANT. 157
mes Predeceffeures , & que
moy même j'aye pluſieurs fois
chargé mon Confeil de contribuer
à ce que deſſus , en tour
ce qu'ils conviendroit , j'ay
ſouhaité renouveller cet or.
dre , avec le commandement
de veiller & travailler avec
tout le ſoin&l'attention poffibleà
l'entier acompliſſement
de cette obligation; & j'entens
&veux pour cet effet que do .
refnavant il me foit reprefenté
non ſeulement ce qui ſera
convenable & neceſſaire
avec une entiere liberté , &
fans être retenu par aucun ref158
MERCURE
T
pecthumain; mais encore que
lesgens prépoſez examinent&
repliquent à mes reſolutions
lorſqu'elles paroîtront contrevenir
à ce Decret , ce qui
pourroit arriver faute d'un affez
meur examen , & d'une
parfaite connoillance , proteſtant
devant Dieu que je ne
veux me ſervir de l'autorité
qu'il m'a donnée , que pour la
gloire& la fin pour laquelle il
me l'aconfiée; &que je me décharge
devant ſa Divine Majeſté
fur mes Miniſtres , de
tout ce qu'ils executeront de
contraire à ce que je leur orGALANT.
I1S59
donne par ce Decret , ne pouvant
me dire heureux , fi mes
Sujets ne le ſont ſous mon
Regne ,& fi Dicu n'eſt pas
ſervi dans les Terres de mon
obeillance, ( comme ildoit l'être,)
par un malheur attaché à
la corruption & à la foibleſſe
de noſtre nature humaine ; je
prétens, qu'il le ſoit au moins
avec plus d'obéïſſance à ſes
Loix & à ſes Preceptes , qu'il
ne l'a été juſques ici ; que cela
foit leu & verifié au Conſeil
des Indes pour le faire executer.
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4528
p. 959-963
Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE DE SICILE, traduite en François par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE
DE SICILE, traduite en François par M.
l'Abbé Terrasson , de l'Academie Fran-
çoise , in- 12 . à Paris, chés Debure l'aîné ,
Quay des Augustins , à l'Image Saint
Paul. 1737. 2. Volumes.
Diodore de Sicile , est un de nos an-
ciens Ecrivains qui mérite le plus d'être
traduit en notre Langue. Les Italiens en
ont plusieurs versions ; mais elles ne sont
pas également bonnes ; la premiere qui
ne contenoit que les cinq premiers Li-
vres , parut d'abordà Florence en 1526.
in - 8. et fut publiée depuis à Venise:
en 1542. et 1547. Cette version étoit
F v
faire ,
960 MERCURE DE FRANCE
faite , non sur l'Original Grec , mais sur
une version Latine du Pogge Florentin ,
imprimée d'abord à Venise en 1476.
1493. et 1496. François Baldelli , l'un
des plus habiles Traducteurs de l'Italie,
peu content de cette version , en publia
une nouvelle à Venise l'an 1575. in- 4.
Elle fait partie , et même c'est une des
versions les plus rares de la célébre Col-
lana , ou Chaîne des Historiens Grecs ,
si estimée par les Amateurs de la Lan-
gue Italienne.
Les François commencerent vers le
même temps à donner en notre Langue
quelques portions de cet Historien.Clau-
dede Seissel, qui est mort Archevêque de
Turin , donna l'an 1530. et 1545. l'His-
toire des Successeurs d'Alexandre , qu'on
a remise en meilleur François dans ces
derniers temps. Macaut , l'un des Valets
de Chambre de François I. publia en 1535.
et 1540. les trois premiers Livres de cet
Historien; enfin l'an 1554 , le célébré Jae-
ques Amiot en donna une autre version
françoise , mais il ne toucha point aux
cinq premiers Livres qui sont cependant
très-nécessaires pour connoître l'Histoire
fabuleuse des premiers temps , telle que
l'ont conçue les anciens qui n'avoient
aucune idée certaine des verités Histori-
ques
MAY.
1737.
961
ques, contenues dans les Livres de Moy-
se. Cette version fut réimprimée l'an
1585. par les soins de Louis le Roy , dit
Regius , qui joignit ensemble le travail de
Macaut et d'Amiot.
Mais comme ces deux versions , qui
ne laissoient pas d'être rares , avoient ex-
trémement vieilli , M. l'Abbé Terrasson
de l'Academie Françoise , distingué déja
par d'autres bonsOuvrages, vient d'en pu-
blier une nouvelle. Sa connoissance dans
les Langues Grecque et Françoise , nous
répond de la fidelité de sa Traduction :
Il commence aujourd'hui par les cinq
premiers Livres , et les autres vont venir
de suite.
Ces cinq Livres sont d'autant plus in-
teressans , qu'ils nous ont transmis des
faits et des mœurs , qui nous donnent
beaucoup de lumieres sur l'Histoire an-
cienne. Celle d'Egypte si curieuse, et ce-
pendant si embarrassée, fait la matiere du
premier ; mais que de choses singulie-
res , Diodore de Sicile ne nous a - t'il pas
conservé sur les mœurs , la Religion et
le Gouvernement des Egyptiens ? C'est
de là principalement que le célebre M.
Bossuet , a tiré le fond des sages et lumi-
neuses réflexions qu'il a données sur
l'Histoire d'Egypte , dans son discours
sur l'Histoire Universelle.
F vj
962 MERCURE DE FRANCE
Dans le second Livre , l'Auteur passe
à l'Empire des Assyriens ,
si célebre ,
mais si confus dans l'ancienne Histoire ,
par la diversité de sentimens qui se trou-
ve entre Herodote et les autres Ecrivains.
Diodore de Sicile plus proche des anciens
Monumens que nous ne sommes aujour-
d'hui , a choisi le meilleur parti ; et con-
formément à l'Ecriture Sainte , il fait re-
monter l'Histoire des
Assyriens aux
temps les plus prochains du Déluge.
Après quoi, il parcourt l'Inde , la Scythie
et l'Arabie.
Vient dans le troisiéme Livre , l'His-
toire des Ethiopiens , très curieuse par la
singularité de leurs mœurs , d'où l'Au-
teur passe aux anciennes Divinités de la
Fable ; Divinités cependant qui ont un
fondement réel dans l'Histoire , et Dio-
dore de Sicile a soin de nous donner les
fumieres nécessaires pour démêler la ve-
rité du mensonge.
Le quatriéme Livre de Diodore de Si-
cile continue à parler des anciennes Di-
vinités , d'où il vient aux Héros de la
Grece ; Hercule et Thésée sont ceux
dont il parle avec plus d'étendue , mais
toujours en raprochant la verité de la
Fable qui l'a couverte et envelopée.
Enfin , le cinquiéme Livre traite des
Isles
MAY.
1737.
951
ffles de la Mer Méditerranée , il passe
même jusques à l'Ocean , et pousse dans
l'Angleterre , et dans le Nord, d'où il re-
vient chés les Celtes et les Gaulois , et
raconte toujours des choses également
utiles et interessantes.
Enfin , le Traducteur finit cette éle-
gante version par plusieurs fragmens im-
portans , qui doivent suivre le cinquié-
me Livre. Il est à souhaiter que l'Auteur
également exact et poli , ne laisse pas
languir le Public qui désire avec impa-
tience la suite d'une Traduction , que
l'on attendoit depuis long- temps.
DE SICILE, traduite en François par M.
l'Abbé Terrasson , de l'Academie Fran-
çoise , in- 12 . à Paris, chés Debure l'aîné ,
Quay des Augustins , à l'Image Saint
Paul. 1737. 2. Volumes.
Diodore de Sicile , est un de nos an-
ciens Ecrivains qui mérite le plus d'être
traduit en notre Langue. Les Italiens en
ont plusieurs versions ; mais elles ne sont
pas également bonnes ; la premiere qui
ne contenoit que les cinq premiers Li-
vres , parut d'abordà Florence en 1526.
in - 8. et fut publiée depuis à Venise:
en 1542. et 1547. Cette version étoit
F v
faire ,
960 MERCURE DE FRANCE
faite , non sur l'Original Grec , mais sur
une version Latine du Pogge Florentin ,
imprimée d'abord à Venise en 1476.
1493. et 1496. François Baldelli , l'un
des plus habiles Traducteurs de l'Italie,
peu content de cette version , en publia
une nouvelle à Venise l'an 1575. in- 4.
Elle fait partie , et même c'est une des
versions les plus rares de la célébre Col-
lana , ou Chaîne des Historiens Grecs ,
si estimée par les Amateurs de la Lan-
gue Italienne.
Les François commencerent vers le
même temps à donner en notre Langue
quelques portions de cet Historien.Clau-
dede Seissel, qui est mort Archevêque de
Turin , donna l'an 1530. et 1545. l'His-
toire des Successeurs d'Alexandre , qu'on
a remise en meilleur François dans ces
derniers temps. Macaut , l'un des Valets
de Chambre de François I. publia en 1535.
et 1540. les trois premiers Livres de cet
Historien; enfin l'an 1554 , le célébré Jae-
ques Amiot en donna une autre version
françoise , mais il ne toucha point aux
cinq premiers Livres qui sont cependant
très-nécessaires pour connoître l'Histoire
fabuleuse des premiers temps , telle que
l'ont conçue les anciens qui n'avoient
aucune idée certaine des verités Histori-
ques
MAY.
1737.
961
ques, contenues dans les Livres de Moy-
se. Cette version fut réimprimée l'an
1585. par les soins de Louis le Roy , dit
Regius , qui joignit ensemble le travail de
Macaut et d'Amiot.
Mais comme ces deux versions , qui
ne laissoient pas d'être rares , avoient ex-
trémement vieilli , M. l'Abbé Terrasson
de l'Academie Françoise , distingué déja
par d'autres bonsOuvrages, vient d'en pu-
blier une nouvelle. Sa connoissance dans
les Langues Grecque et Françoise , nous
répond de la fidelité de sa Traduction :
Il commence aujourd'hui par les cinq
premiers Livres , et les autres vont venir
de suite.
Ces cinq Livres sont d'autant plus in-
teressans , qu'ils nous ont transmis des
faits et des mœurs , qui nous donnent
beaucoup de lumieres sur l'Histoire an-
cienne. Celle d'Egypte si curieuse, et ce-
pendant si embarrassée, fait la matiere du
premier ; mais que de choses singulie-
res , Diodore de Sicile ne nous a - t'il pas
conservé sur les mœurs , la Religion et
le Gouvernement des Egyptiens ? C'est
de là principalement que le célebre M.
Bossuet , a tiré le fond des sages et lumi-
neuses réflexions qu'il a données sur
l'Histoire d'Egypte , dans son discours
sur l'Histoire Universelle.
F vj
962 MERCURE DE FRANCE
Dans le second Livre , l'Auteur passe
à l'Empire des Assyriens ,
si célebre ,
mais si confus dans l'ancienne Histoire ,
par la diversité de sentimens qui se trou-
ve entre Herodote et les autres Ecrivains.
Diodore de Sicile plus proche des anciens
Monumens que nous ne sommes aujour-
d'hui , a choisi le meilleur parti ; et con-
formément à l'Ecriture Sainte , il fait re-
monter l'Histoire des
Assyriens aux
temps les plus prochains du Déluge.
Après quoi, il parcourt l'Inde , la Scythie
et l'Arabie.
Vient dans le troisiéme Livre , l'His-
toire des Ethiopiens , très curieuse par la
singularité de leurs mœurs , d'où l'Au-
teur passe aux anciennes Divinités de la
Fable ; Divinités cependant qui ont un
fondement réel dans l'Histoire , et Dio-
dore de Sicile a soin de nous donner les
fumieres nécessaires pour démêler la ve-
rité du mensonge.
Le quatriéme Livre de Diodore de Si-
cile continue à parler des anciennes Di-
vinités , d'où il vient aux Héros de la
Grece ; Hercule et Thésée sont ceux
dont il parle avec plus d'étendue , mais
toujours en raprochant la verité de la
Fable qui l'a couverte et envelopée.
Enfin , le cinquiéme Livre traite des
Isles
MAY.
1737.
951
ffles de la Mer Méditerranée , il passe
même jusques à l'Ocean , et pousse dans
l'Angleterre , et dans le Nord, d'où il re-
vient chés les Celtes et les Gaulois , et
raconte toujours des choses également
utiles et interessantes.
Enfin , le Traducteur finit cette éle-
gante version par plusieurs fragmens im-
portans , qui doivent suivre le cinquié-
me Livre. Il est à souhaiter que l'Auteur
également exact et poli , ne laisse pas
languir le Public qui désire avec impa-
tience la suite d'une Traduction , que
l'on attendoit depuis long- temps.
Fermer
4529
p. 94-99
RÉPONSE.
Début :
Non ; car il faut bien qu'une porte soit ouverte [...]
Mots clefs :
Amour, Aimer, Beauté, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE.
ARTICLE
des Questions.
QUESTION.
Si l'on peut en même
temps aimer & ne pas
aimer.
REPONSE.
Non; caril faut bien,
qu'une porte soit ouverte
ou fermée.
Cependant j'entre dans
l'idée de la question; on
ne demande qu'un jeu
d'esprit là dessus. En voici
un tel que tel.
Mon coeur est naturellement
tendre: mais il est
indifferent par paresse. Je
vis l'autre jour une charmante
perionne dont je
ne devins qu'à moitié
amoureux.
Mon coeur fait son chemin,
mais non pas en un jour, ilva bien jusqu'à la tenrlrejje
;
Mais retenupar laparesse,
Ilnevapasjusqu'àl'amour.
Je mets une grande difsérence
entre la tendresse
& l'amour ; ce seroitune
autrequestion de Mercure,
suivons celle-ci;je
puis dire à present de ma
charmante Isabelle, que
je l'aime, (t) que je ne l'aime
pas. Je l'appelle charmante
, parce que j'en
fus charmédu premier
coup d'oeil.
AiAÏS elleme paroît en lA
regardant mieux
Et
Etmoitié belle & moitié
UidCyJ
Des maux que mefont ses
'-J' #grandsytype
Sagrandme (bpuecbedefle- le.re-
Je
Hierausoirpourtantje
pensail'aimertoutàfait
carayantétéfrappé dele7'
clat de son ceiri) de ses
regards, & d'un certain air
qui saisit d'abord.
, Afinque
-
je n'eusse pas
leloisir de voirses défauts:
mais un : moment après ils
vinrentenfoule se presenter
à monimagination ~3c
j'avois presqueoublié ses
beautez
,
quandtout à coup ,
JJamourmfaveur â'IfabeUe
Du feu tlefin brandon rallumxlchandeue.
C'est ainsi que l'Amour
rusévoudroit m'engager à
elle sans reserve
: mais
comme je la vois en même
temps belle & laide, je
puisdire aussi qu'en même 4
temps je l'aime, & je nq
l'aime pas.
des Questions.
QUESTION.
Si l'on peut en même
temps aimer & ne pas
aimer.
REPONSE.
Non; caril faut bien,
qu'une porte soit ouverte
ou fermée.
Cependant j'entre dans
l'idée de la question; on
ne demande qu'un jeu
d'esprit là dessus. En voici
un tel que tel.
Mon coeur est naturellement
tendre: mais il est
indifferent par paresse. Je
vis l'autre jour une charmante
perionne dont je
ne devins qu'à moitié
amoureux.
Mon coeur fait son chemin,
mais non pas en un jour, ilva bien jusqu'à la tenrlrejje
;
Mais retenupar laparesse,
Ilnevapasjusqu'àl'amour.
Je mets une grande difsérence
entre la tendresse
& l'amour ; ce seroitune
autrequestion de Mercure,
suivons celle-ci;je
puis dire à present de ma
charmante Isabelle, que
je l'aime, (t) que je ne l'aime
pas. Je l'appelle charmante
, parce que j'en
fus charmédu premier
coup d'oeil.
AiAÏS elleme paroît en lA
regardant mieux
Et
Etmoitié belle & moitié
UidCyJ
Des maux que mefont ses
'-J' #grandsytype
Sagrandme (bpuecbedefle- le.re-
Je
Hierausoirpourtantje
pensail'aimertoutàfait
carayantétéfrappé dele7'
clat de son ceiri) de ses
regards, & d'un certain air
qui saisit d'abord.
, Afinque
-
je n'eusse pas
leloisir de voirses défauts:
mais un : moment après ils
vinrentenfoule se presenter
à monimagination ~3c
j'avois presqueoublié ses
beautez
,
quandtout à coup ,
JJamourmfaveur â'IfabeUe
Du feu tlefin brandon rallumxlchandeue.
C'est ainsi que l'Amour
rusévoudroit m'engager à
elle sans reserve
: mais
comme je la vois en même
temps belle & laide, je
puisdire aussi qu'en même 4
temps je l'aime, & je nq
l'aime pas.
Fermer
Résumé : RÉPONSE.
Le texte examine la possibilité d'aimer et de ne pas aimer simultanément. Initialement, l'auteur rejette cette idée, la comparant à une porte qui doit être soit ouverte, soit fermée. Cependant, il accepte de considérer la question comme un jeu d'esprit. Il décrit son cœur comme naturellement tendre mais indifférent par paresse. L'auteur rencontre une personne charmante, Isabelle, dont il devient à moitié amoureux. Il distingue la tendresse de l'amour et affirme pouvoir aimer et ne pas aimer Isabelle en même temps. Il décrit ses sentiments fluctuants envers elle, oscillant entre admiration et déception. Après avoir été charmé par ses regards et son air, il découvre rapidement ses défauts, ce qui altère son amour. Ainsi, il conclut qu'il peut aimer et ne pas aimer Isabelle en même temps, la voyant à la fois belle et laide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4530
p. [2627]-2634
La réunion des Amours, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont donné au commencement de ce mois, la [...]
Mots clefs :
Cupidon, Amour, Vertu, Minerve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La réunion des Amours, [titre d'après la table]
SPECTACLE S.
L
Es Comédiens François ont donné
au commencement de ce mois , la
Réunion des Amours , Comédie Heroïque,
en un Acte en Prose , qui est fort bien
représentée et fort applaudie. Elle est
bien écrite et avec beaucoup d'esprits
ornée de traits fins et délicats . Nous allons
tâcher de mettre le Lecteur en état
d'en juger.
Personnages.
le sieur Granval.
L'Amour
la Dille Gossin.
Cupidon ,
la Dille d'Angeville.
Apollon ,
Mercure
Plutus .
Minerve ;
La Verité .
La Vertu ,
le sieur Armand.
le sieur Duchemin.
la Dil Baron.
la De La Motte.
La Dile Labat.
Le sujet de cette Comédie est purement
allegorique ; on voit bien que l'Auteur ne
Gij l'a
2628 MERCURE DE FRANCE
pas
l'avoit d'abord traité comme on l'a
vû représenter , et qu'il ne fait que mettre
en hypothese ce qui en faisoit l'action
principale. Deux sortes d'Amours , dont
Fun s'appelle le Dieu de la tendresse ,
et l'autre Cupidon , ouvrent la Scene ; ils
se reprochent réciproquement leurs deffauts
; le Dieu de la tendresse traite son
Rival de libertin , et Cupidon le traite
de benest. Le premier expose le sujet pas
çes mots :
Allez , petit libertin que vous êtes , votre
audace ne m'offense point , et votre Empire
touche peut-être à sa fin. Jupiter au
jourd'huy fait assembler tous les Dieux ; il
veut que chacun d'eux fasse un don an Fils
d'un grand Roy qu'il aime ; je suis invité à
Assemblée ; Tremblez des suites que peut
avoir cette avanture.
Cupidon un peu étonné d'une Convo
cation generale , à laquelle il n'est pas
invité , veut s'éclaircir de cet oubli avec
Mercure qu'il voit venir. Mercure lui
apprend qu'il avoit une deffense expresse
de le mettre dans la Liste , et que cette.
deffense venoit de Minerve ; Plutus et
Apollon entrent dans cette Scene , mais
ils n'y sont pas absolument nécessaires
pour l'intelligence du Sujet , ainsi nous
pouvons nous dispenser de les faire
parler
Minerve
NOVEMBRE 1731 . 2629
Minerve vient entendre le Plaidoyer
des deux Amours ; elle ne juge pas à propos
de prononcer entre eux ; elle veut
qu'ils plaident encore devant la Vertu
Personnage Episodique , auquel on a
trouvé Minerve auroit bien pû supque
pléer.
-même
La Vertu vient entendre le Demandeur
et le Deffendeur ; ils lui font tous deux
une déclaration d'amour ; mais celle de
Cupidon est si vive , que la vertu même
est contrainte de s'en garantir par la fuite.
Minerve vient enfin leur prononcer
l'Arrêt irrevocable du Conseil des Dieux ;
voici comme elle s'explique Cupidon
la Vertu décidoit contre vous , et moy -
j'allois être de son sentiment , si Jupiter
n'eûtjugé à propos de vous réunir , en vous
corrigeant , pour former le coeur du Prince,
avec vôtre Confrere , il est vray , l'Ame est
trop tendres mais avec vous elle est trop libertine
; il fait souvent des coeurs ridicules ,
mais vous n'en faites que de méprisables ;
il égare l'esprit , mais vous ruinez les moeurs ;
il n'a que des défauts , mais vous avez des
vices. Unissez- vous tous deux ; rendez- le
plus vif et plus passionné , et qu'il vous rende
plus tendre et plus raisonnable , et vens
serez sans reproche. Au reste , ce n'est pas
un Conseil que je vous donne , c'est un ordre
de Jupiter que je vous annonce.
G iij
"
La
2630 MERCURE DE FRANCE
2
La Piece finit par cette courte réponse
de Cupidon , c'est - à -dire de , l'Amour libertin's
Allons, mon Camarade , je le veux
bien ; embrassons- nous ; je vous apprendray
àn'être plus si sot , et vous m'apprendrez à
être plus sage.
❤
On doit juger par ce petit Extrait
qu'on auroit fait un très joli Dialogue
ou un Prologue de cette Piece simplifice ,
et sans y parler du grand Prince , qui en
est l'objer. Le Public nous sçaura gré
d'inserer ici quelques fragments de cette
aimable Allegorie : Nous les reduirons
aux Plaidoyers et aux Déclarations d'Amour,
Devant Minerve , l'Amour s'exprime
ainsi.
Qui êtes- vous , pour oser me disputer quel-
•que chose ? vous qui n'avez pour attribist
que le vice , digne heritage d'une origine
aussi impure que la vôtre ? Divinité scanda-
Jense , dont le culte est un crime à qui la
seule corruption des hommes a dressé des
Autels ? Vous à qui les devoirs les plus sa-
Brez servent de victimes ? Vous qu'on ne
peut bonorer sans immolér la Vertu ? Funeste
Auteur des plus hanteuses flêtrissures , qui ,
・pour récompense à ceux qui vous suivent
ne leur laissez que le déshonneur , repentir
, et la misere en partage ? osez - vous
vons comparer à moy ? An Dien de la plits
noble
le
NOVEMBRE 1731 2639
moble , de la plus estimable , de la plus tendre
des passions , et , j'ose dive , de la plus
feconde en Héros ?
Cupidon.
Bon , des Héros ! nous voilà bien riches ;
est-ce que vous croyez que la Terre ne se
passeroit pas bien de ces Messieurs là ?
Alle ; ils sont plus curieux à voir que
nécessaires ; leur gloire a trop d'attirail ; si
Fon rabbatoit tous les frais qu'il en coûte
pourles avoir on verroit qu'on les achette
plus qu'ils ne valent. On est bien dupe de
les admirer , puisqu'on en paye lafaçon. Il
faui que les hommes vivent un peu plus uniment
les uns avec les autres , pour être en
repos vos Héros sortent du niveau et ne
font que du tintamarre : Poursuivons & e...
2
L'Amour.
J
Qu'est-ce que c'étoit autrefoisque l'Amour 3
Je l'appellois tout à l'heure une passion ; c'étoit
une veriu , Déesse ; c'étoit du moins l'origine
de toutes les vertus , &c. De mon temps
La Pudeur étoit la plus aimable des graces.
Cupidon-
Eh bien , il ne faut pas faire tant de bruit,
c'est encore de même ; je n'en connois point de
si piquante , moi , que la pudeur;je l'adore
O iiij et
2632 MERCURE DE FRANCE
La
et mes sujets aussi . Ils la trouvent si charmante
qu'ils la poursniventpar tout où ils la tronvent.
Je m'appelle l'Amour ; mon mêtier n'est
pas d'avoir soin d'elle , il y a le respect ,
sagesse , l'honneur qui sont commis à sa garde
, voilà ses Officiers ; c'est à eux à la deffendre
du danger qu'elle court , et ce dangèr
' est moi , &c.
Voici comme parle l'Amour à la Vertu .
Je vous dirai, Madame , que mon respect
a réduit mes sentimens à se taire . Ils n'ont osé
se produire que dans mes timides regards ;
mais il n'estplus temps defeindre,ni de vous
dérober votre victime , je sçais tout ce que je
risque à vous déclarer ma flamme , vos rigueurs
vont punir món audace , vous allez
accabler un temeraire ; mais , Madame , aw
milieu du courroux qui va vous saisir , souvenez
- vous du moins que ma témerité n'a
jamais passéjusqu'à l'esperance , et que ma
respectueuse ardeur..
Cupidon.
Encore du respect ! voilà mes vapeurs qui
me reprennent , &c... Non , Déesse adorable
, ne m'exposez point à vous dire que je
vous aime. Vous regardez ceci comme une
feinte
NOVEMBRE. 1737. 2633
feinte , mais vous êtes trop aimable , et mon
• coeur pourroit s'y méprendre. Je vous dis la
verité ; ce n'est pas d'aujourd'hui que vous
me touche ; je me connois aux charmes , ni
sur la terre , ni dans les cieux,je ne vois rien
qui ne le cede aux vôtres. Combien de fois
n'ai-je pas êté tenté de me jetter à vos genoux
? Quelles délices pour moi que d'aimer
la vertu , sije pouvois être aimé d'elle . Eh!
pourquoi ne m'aimeriez- vous pas ? Que veut
dire ce penchant qui me porte à vous , s'il
n'annonce que vous y serez sensible ? Je sens
que tout mon coeur vous est dû , n'avez- vous
pas quelque repugnance à me refuser le vôtre?
Aimable vertu , me fuirez - vous toujours ,
regardez-moi , vous ne me connoissez pas :
c'est l'amour à vos genoux qui vous parle
essayez de le voir , il est soumis , il ne veut
que vous flechir je vous aime je vous le dis ,
vous m'entendez ; mais vos yeux ne me rassurent
pas , un regard acheveroit mon bonheur.
Un regard ? Ah ! quel plaisir ! vous
me l'accordez,chere main que j'idolatre , recevez
mes transports . Voici leplus heureux ins
tant qui me soit échu en partage.
J: 1
Cette vivacité de stile , secondée de la
légéreté et de la grace que la Die Dangeville
a naturellement à s'énoncer, a charmé
également la Cour et la Ville ; et nous
Gv
2634 MERCURE DE FRANCE
ne doutons point que nos Lecteurs ne
conviennent que la reunion des Amours ,
est un ouvrage à faire beaucoup d'honneur
à son ingénieux Auteur. Au reste les Dlles
Dangeville et Gossin , qui sont deux jeunes
et aimables personnes, remplies d'heureux
talens pour la déclamation , satisfont
également l'esprit et les regards avides
des Spectateurs , charmez de leurs agrémens
personnels , sous cet heureux et
riant déguisement.
Là- dessus une Muse , délicatement ba
dine , s'est exercée en cette maniere.
L
Es Comédiens François ont donné
au commencement de ce mois , la
Réunion des Amours , Comédie Heroïque,
en un Acte en Prose , qui est fort bien
représentée et fort applaudie. Elle est
bien écrite et avec beaucoup d'esprits
ornée de traits fins et délicats . Nous allons
tâcher de mettre le Lecteur en état
d'en juger.
Personnages.
le sieur Granval.
L'Amour
la Dille Gossin.
Cupidon ,
la Dille d'Angeville.
Apollon ,
Mercure
Plutus .
Minerve ;
La Verité .
La Vertu ,
le sieur Armand.
le sieur Duchemin.
la Dil Baron.
la De La Motte.
La Dile Labat.
Le sujet de cette Comédie est purement
allegorique ; on voit bien que l'Auteur ne
Gij l'a
2628 MERCURE DE FRANCE
pas
l'avoit d'abord traité comme on l'a
vû représenter , et qu'il ne fait que mettre
en hypothese ce qui en faisoit l'action
principale. Deux sortes d'Amours , dont
Fun s'appelle le Dieu de la tendresse ,
et l'autre Cupidon , ouvrent la Scene ; ils
se reprochent réciproquement leurs deffauts
; le Dieu de la tendresse traite son
Rival de libertin , et Cupidon le traite
de benest. Le premier expose le sujet pas
çes mots :
Allez , petit libertin que vous êtes , votre
audace ne m'offense point , et votre Empire
touche peut-être à sa fin. Jupiter au
jourd'huy fait assembler tous les Dieux ; il
veut que chacun d'eux fasse un don an Fils
d'un grand Roy qu'il aime ; je suis invité à
Assemblée ; Tremblez des suites que peut
avoir cette avanture.
Cupidon un peu étonné d'une Convo
cation generale , à laquelle il n'est pas
invité , veut s'éclaircir de cet oubli avec
Mercure qu'il voit venir. Mercure lui
apprend qu'il avoit une deffense expresse
de le mettre dans la Liste , et que cette.
deffense venoit de Minerve ; Plutus et
Apollon entrent dans cette Scene , mais
ils n'y sont pas absolument nécessaires
pour l'intelligence du Sujet , ainsi nous
pouvons nous dispenser de les faire
parler
Minerve
NOVEMBRE 1731 . 2629
Minerve vient entendre le Plaidoyer
des deux Amours ; elle ne juge pas à propos
de prononcer entre eux ; elle veut
qu'ils plaident encore devant la Vertu
Personnage Episodique , auquel on a
trouvé Minerve auroit bien pû supque
pléer.
-même
La Vertu vient entendre le Demandeur
et le Deffendeur ; ils lui font tous deux
une déclaration d'amour ; mais celle de
Cupidon est si vive , que la vertu même
est contrainte de s'en garantir par la fuite.
Minerve vient enfin leur prononcer
l'Arrêt irrevocable du Conseil des Dieux ;
voici comme elle s'explique Cupidon
la Vertu décidoit contre vous , et moy -
j'allois être de son sentiment , si Jupiter
n'eûtjugé à propos de vous réunir , en vous
corrigeant , pour former le coeur du Prince,
avec vôtre Confrere , il est vray , l'Ame est
trop tendres mais avec vous elle est trop libertine
; il fait souvent des coeurs ridicules ,
mais vous n'en faites que de méprisables ;
il égare l'esprit , mais vous ruinez les moeurs ;
il n'a que des défauts , mais vous avez des
vices. Unissez- vous tous deux ; rendez- le
plus vif et plus passionné , et qu'il vous rende
plus tendre et plus raisonnable , et vens
serez sans reproche. Au reste , ce n'est pas
un Conseil que je vous donne , c'est un ordre
de Jupiter que je vous annonce.
G iij
"
La
2630 MERCURE DE FRANCE
2
La Piece finit par cette courte réponse
de Cupidon , c'est - à -dire de , l'Amour libertin's
Allons, mon Camarade , je le veux
bien ; embrassons- nous ; je vous apprendray
àn'être plus si sot , et vous m'apprendrez à
être plus sage.
❤
On doit juger par ce petit Extrait
qu'on auroit fait un très joli Dialogue
ou un Prologue de cette Piece simplifice ,
et sans y parler du grand Prince , qui en
est l'objer. Le Public nous sçaura gré
d'inserer ici quelques fragments de cette
aimable Allegorie : Nous les reduirons
aux Plaidoyers et aux Déclarations d'Amour,
Devant Minerve , l'Amour s'exprime
ainsi.
Qui êtes- vous , pour oser me disputer quel-
•que chose ? vous qui n'avez pour attribist
que le vice , digne heritage d'une origine
aussi impure que la vôtre ? Divinité scanda-
Jense , dont le culte est un crime à qui la
seule corruption des hommes a dressé des
Autels ? Vous à qui les devoirs les plus sa-
Brez servent de victimes ? Vous qu'on ne
peut bonorer sans immolér la Vertu ? Funeste
Auteur des plus hanteuses flêtrissures , qui ,
・pour récompense à ceux qui vous suivent
ne leur laissez que le déshonneur , repentir
, et la misere en partage ? osez - vous
vons comparer à moy ? An Dien de la plits
noble
le
NOVEMBRE 1731 2639
moble , de la plus estimable , de la plus tendre
des passions , et , j'ose dive , de la plus
feconde en Héros ?
Cupidon.
Bon , des Héros ! nous voilà bien riches ;
est-ce que vous croyez que la Terre ne se
passeroit pas bien de ces Messieurs là ?
Alle ; ils sont plus curieux à voir que
nécessaires ; leur gloire a trop d'attirail ; si
Fon rabbatoit tous les frais qu'il en coûte
pourles avoir on verroit qu'on les achette
plus qu'ils ne valent. On est bien dupe de
les admirer , puisqu'on en paye lafaçon. Il
faui que les hommes vivent un peu plus uniment
les uns avec les autres , pour être en
repos vos Héros sortent du niveau et ne
font que du tintamarre : Poursuivons & e...
2
L'Amour.
J
Qu'est-ce que c'étoit autrefoisque l'Amour 3
Je l'appellois tout à l'heure une passion ; c'étoit
une veriu , Déesse ; c'étoit du moins l'origine
de toutes les vertus , &c. De mon temps
La Pudeur étoit la plus aimable des graces.
Cupidon-
Eh bien , il ne faut pas faire tant de bruit,
c'est encore de même ; je n'en connois point de
si piquante , moi , que la pudeur;je l'adore
O iiij et
2632 MERCURE DE FRANCE
La
et mes sujets aussi . Ils la trouvent si charmante
qu'ils la poursniventpar tout où ils la tronvent.
Je m'appelle l'Amour ; mon mêtier n'est
pas d'avoir soin d'elle , il y a le respect ,
sagesse , l'honneur qui sont commis à sa garde
, voilà ses Officiers ; c'est à eux à la deffendre
du danger qu'elle court , et ce dangèr
' est moi , &c.
Voici comme parle l'Amour à la Vertu .
Je vous dirai, Madame , que mon respect
a réduit mes sentimens à se taire . Ils n'ont osé
se produire que dans mes timides regards ;
mais il n'estplus temps defeindre,ni de vous
dérober votre victime , je sçais tout ce que je
risque à vous déclarer ma flamme , vos rigueurs
vont punir món audace , vous allez
accabler un temeraire ; mais , Madame , aw
milieu du courroux qui va vous saisir , souvenez
- vous du moins que ma témerité n'a
jamais passéjusqu'à l'esperance , et que ma
respectueuse ardeur..
Cupidon.
Encore du respect ! voilà mes vapeurs qui
me reprennent , &c... Non , Déesse adorable
, ne m'exposez point à vous dire que je
vous aime. Vous regardez ceci comme une
feinte
NOVEMBRE. 1737. 2633
feinte , mais vous êtes trop aimable , et mon
• coeur pourroit s'y méprendre. Je vous dis la
verité ; ce n'est pas d'aujourd'hui que vous
me touche ; je me connois aux charmes , ni
sur la terre , ni dans les cieux,je ne vois rien
qui ne le cede aux vôtres. Combien de fois
n'ai-je pas êté tenté de me jetter à vos genoux
? Quelles délices pour moi que d'aimer
la vertu , sije pouvois être aimé d'elle . Eh!
pourquoi ne m'aimeriez- vous pas ? Que veut
dire ce penchant qui me porte à vous , s'il
n'annonce que vous y serez sensible ? Je sens
que tout mon coeur vous est dû , n'avez- vous
pas quelque repugnance à me refuser le vôtre?
Aimable vertu , me fuirez - vous toujours ,
regardez-moi , vous ne me connoissez pas :
c'est l'amour à vos genoux qui vous parle
essayez de le voir , il est soumis , il ne veut
que vous flechir je vous aime je vous le dis ,
vous m'entendez ; mais vos yeux ne me rassurent
pas , un regard acheveroit mon bonheur.
Un regard ? Ah ! quel plaisir ! vous
me l'accordez,chere main que j'idolatre , recevez
mes transports . Voici leplus heureux ins
tant qui me soit échu en partage.
J: 1
Cette vivacité de stile , secondée de la
légéreté et de la grace que la Die Dangeville
a naturellement à s'énoncer, a charmé
également la Cour et la Ville ; et nous
Gv
2634 MERCURE DE FRANCE
ne doutons point que nos Lecteurs ne
conviennent que la reunion des Amours ,
est un ouvrage à faire beaucoup d'honneur
à son ingénieux Auteur. Au reste les Dlles
Dangeville et Gossin , qui sont deux jeunes
et aimables personnes, remplies d'heureux
talens pour la déclamation , satisfont
également l'esprit et les regards avides
des Spectateurs , charmez de leurs agrémens
personnels , sous cet heureux et
riant déguisement.
Là- dessus une Muse , délicatement ba
dine , s'est exercée en cette maniere.
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Résumé : La réunion des Amours, [titre d'après la table]
La pièce 'La Réunion des Amours' a été représentée par les Comédiens Français au début du mois de novembre 1731. Cette comédie héroïque en un acte en prose a été bien accueillie pour son écriture spirituelle et ses traits fins et délicats. L'intrigue est allégorique et met en scène deux types d'Amours : le Dieu de la tendresse et Cupidon. Ces personnages se reprochent mutuellement leurs défauts, le premier traitant Cupidon de libertin et Cupidon le traitant de benêt. Le sujet principal est une assemblée des dieux convoquée par Jupiter, où chaque dieu doit faire un don au fils d'un grand roi. Cupidon, étonné de ne pas être invité, apprend de Mercure que Minerve s'y oppose. Minerve, après avoir entendu les plaidoyers des deux Amours, décide de les renvoyer devant la Vertu. Cupidon, par sa déclaration d'amour, contraint la Vertu à fuir. Minerve prononce finalement l'arrêt de Jupiter, ordonnant aux deux Amours de se réunir pour former un cœur équilibré, ni trop tendre ni trop libertin. La pièce se termine par l'acceptation de Cupidon de cette union. Les acteurs, notamment les demoiselles Dangeville et Gossin, ont été salués pour leur talent et leur grâce, charmant à la fois la cour et la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4531
p. 771-779
Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 5. Avril on donne la Tragédie d'Idomenée, qui [...]
Mots clefs :
Tragédie, Prologue, Symphonie, Vénus, Dieux, Outrages, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
Le s . Avril on donna la Tragedie
d'Idomenée , qui avoit été donnée dans sa
-nouveauté le 1 2. Janvier 1712. Le Poëme
est de M. Danchet , et la Musique de
M. Campra.
Au Prologue le Théatre représente les
Antres d'Eole ; ce Dieu y paroît au milieu
des vents , qui sont enchaînés à des
rochers. Ils veulent sortir de leurs prisons
; Eole les y retient malgré eux. Venus
annoncée par une douce symphonie ,
se présente à Eole , et lui parle ainsi :
Un vainqueur des Troyens fend la liquide plaine
;
Des rives de la Créte écarte ses vaisseaux ;
Ordonne aux Aquillons de soulever les eaux
Et de servir ma juste haine.
Eole.
Brisez vos fers ; pártez , vents orageux ;
De la Mere d'Amour allez remplir les voeux.
Les Aquilions sortent des Antres où ils
étoient renfermez , et s'élancent dans les
airs pour aller servir la haine de Venus.
Gij La
772 MERCURE
DE FRANCE
La fête de ce prologue est ordonnée
par Venus : en voici le motif.
Je vai remplir ta Cour
Des Nymphes et des Dieux soumis à ma puissance
;
Tandis que tes sujets exercent ma vengeance ,
Les miens viendront t'offrir les charmes de l'Amour.
?
les Plaisirs Venus appelle l'Amour
et les Jeux. Ce prologue a paru d'autant
plus heureusement imaginé, qu'ilannonce
la Tragedie,
Au premier Acte , le Théatre représente
le magnifique Palais des Rois de Crete,
Ilione , fille d'Agamemnon
, Roy d'Argos
et de Mycene , ouvre la Scene. Elle
fait connoître qu'elle est arrivée en Crete
dans un seul vaisseau que la tempête avoit
séparé de la flotte d'Idomenée ; elle ajoûte
qu'elle a méprisé l'amour de ce Roi , mais
qu'elle n'a pas été aussi insensible à celui
d'Idamante son fils qui ignore encore sa
victoire ; elle appelle la gloire et la fierté
à son secours,
Idamante ordonne à sa suite d'assembler
les Troyens ; il dit à Ilione qu'il est
rassuré sur le sort de son Pere que Minerve
a protegé contre la fureur de Neptune
; il lui annonce qu'il va délivrer les
Troyens
1
AVRIL: 1731. 773
Troyens en attendant le retour du Roi ,
persuadé qu'il les auroit lui-même remis.
en liberté , si les vents lui avoient permis
d'aborder en Créte ; il fui déclare son
amour ; elle en 'paroît offensée ; il lui réproche
l'injustice quelle a de vouloir pu
nir en lui ce qui n'est que le crime des
Dieux , ennemis des Troyens. Les Crétois
et les Troyens font le divertissement
de ce premier Acte ; on brise les chaînes
de ces derniers.
Arbas vient troubler la fête par une
fausse nouvelle de la mort d'Idomenée
qu'il annonce comme certaine . Electre qui
survient trouve fort étrange qu'on ait remis
les Troyens en liberté. Cette Princesse
Grecque , ne doutant point que cette
liberté ne soit l'ouvrage de l'amour d'Idamante
pour Ilione , s'abandonne à sa
jalouse rage, et ne respire que vengeance.
Au second Acte , le Théatre représente
les bords de la mer agitée par une tempê
te affreuse ; tout le fond est rempli de
vaisseaux qui ont fait ou qui vont faire
naufrage. Un choeur de Peuples prêts à
périr , ouvre la scene par ces deux vers :
O Dieux , ô justes Dieux , donnez -nous du se
cours' ;
Les vents , les mers , le ciel , tout menace nes
jours
Ciij Neptun
774 MERGURE DE FRANCE
Neptune sort de la mer , et dit à Idomenée
Ne crains plus les outrages
Des flots et des vents ennemis ;
Mais offre moi sur ces rivages
L'hommage que tu m'as promis.
Idomenée fait entendre à Arcas , qui
s'est sauvé du naufrage comme lui , le
funeste voeu qu'il a fait à Neptune ; voici
comme il s'explique :
Dans l'horreur du naufrage ,
Pour ravir à la mort mes sujets allarmés ,
Apprens les voeux que j'ai formés.
Voeux indiscrets , trop tard vous troublez mon
courage ;
Si Neptune en courroux faisoit cesser l'orage ,
J'ai promis d'immoler le premier des humains
Que je verrai sur le rivage.
Dans le sang innocent dois-je tremper res
mains.
Il voit paroître sa victime ; c'est son
propre fils qu'il ne connoît pas › attendu
la longueur du siege de Troye. Idamante
qui ne peut pas non plus le connoître , et
qui le prend pour un de ces malheureux
qui viennent de faire naufrave , lui offre
genereusement son secours ; la Scene est
trésAVRIL.
1731. 773
très -touchante de part et d'autre, et menagée
avec beaucoup d'art jusqu'au moment
de la reconnoissance. Idomenée saisi
d'horreur et accablé de tristesse , dit à
son fils qui le veut suivre,pour sçavoir ce
qui l'oblige à se refuser à ses embrassemens
:
Gårdez Vous de me suivre.
Pourquoi m'avez vous vû ? craignez de me revoir.
Idamante ne laisse pas de marcher sur
ses pas. Electre qui arrive croi qu'il la fuit;
elle implore Venus . La Déesse fait entendre
à Electre qu'elle va la vanger. Venus
évoque la jalousie qui vient avec sa suite ,
et fait la fête de ce second Acte , qui finit
par ces vers que Venus adresse à la jalousie.
Au coeur d'Idomenée inspirez la terreur
Contre son propre Fils allumez sa fureur,
La décoration du troisiéme Acte représente
le Port de Sydonie,
Idomenée ne se peut résoudre à donner
à Neptune la victime qu'il lui a promise
; de la tendresse de Pere , il passe
à la fureur d'un rival ; la liberté que son
fils a rendue aux Troyens lui persuade
qu'il aime Ilione , Arcas lui conseille d'éloigner
ce Prince ; Idomenće prend ce
G iiij parti ;
776 MERCURE DE FRANCE
parti ; Arcas par ses ordres va tout prépa
rer pour le départ d'Idamante qui selon
ce nouveau projet doit conduire Electre
à Argos et la vanger d'Egyste qui a usurpé
sur elle le thrône de ses yeux.
Ilione vient ; Idomenée la veut fuir
mais il demeure malgré lui ; il n'apprend
que trop ce qu'il avoit voulu ignorer , il
fait entendre à Ilione qu'elle a tout à craindre
pour son Amant , qui n'a pas besoin
pour périt du nom odieux de Rival .
>
Electre vient remercier Idomenée du
secours qu'il lui offre contre ses tyrans
Idomenée la quitte en lui disant que son
fils s'est chargé de la conduire et de la
vanger. Electre s'abandonne à sa joye ; les
Matelots grecs et tous ceux qui doivent
suivre cette Princesse viennent celebrer
leur retour dans leur Patrie après la fête ,
Prothée sort du fond des flots et annonce
à Idamenée la vengeance de Neptune
prête à tomber sur lui pour le punir de
son parjure ; l'orage empêche Electre de
partir ; Idomenée proteste qu'il n'immo .
lera jamais la victime que Neptune lui
demande . Un Monstre sorti de la mer ,
commence la vengeance de ce Dieu irrité.
Au quatriéme Acte , le Theatre représente
une campagne agréable , et dans l'éloignement
le Temple de Neptune.
Ilione
AVRIL. 1731. 777
Ilione fait des imprécations contre les
Crétois, et prie les Dieux de les faire tous
périr par le monstre ; son amour lui fait
excepter Idamante qui veut le combattre.
Idamanre vient faire ses derniers adieut
à Ilione , ne doutant point qu'il ne périsse
dans le projet que son désespoir lui fait
entreprendre ; le péril où ce Prince va
s'exposer , par la seule raison qu'il est
odieux à sa chere Ilione , détermine cette
Princesse à rompre un trop long silence
, et à déclarer son amour ; elle apprend
à son Amant qu'il a un rival re- .
doutable ; Idamante reconnoît par-là que
c'est le Roi.
Idomenée vient offrir un sacrifice à
Neptune ; il éloigne son fils du Temple
de ce Dieu , sans lui déclarer le funeste
voeu qu'il a fait.
Après cette premiere fête , qui consiste
en des hymnes chantez à la gloire de
Neptune , on entend des chants de victoire
derriere le Théatre ; Arcas vient apprendre
à Idomenée que le monstre a suc- ,
combé sous les coups d'Idamante ; Idomenée
se flatte d'avoir fléchi le Dieu des ,
flots,puisqu'il a permis que son fils triom
phât de ce monstre. Des Bergers et des
Bergeres , mêlés avec les habitans de Sydonie
, viennent celebrer la victoire d'I
damante. Après cette derniere fête , Ido-
G vj
menée
1
778 MERCURE DE ERANCE
menée se surmonte lui- même , et forme
la résolution de ceder Ilione à son fils ; il
n'en demeure pas là , il lui cede encore le
Trône , il en explique le motif
vers ;
par
ces
Le Roi seul fit un voeu fatal à tout mon sang ,
Cessons de l'etre ; il faut que mon fils dans mon
rang
:
Ait pour sa sureté la grandeur souveraine.
L'action du dernier Acte se passe dans
un lieu préparé pour le couronnement d'I
damante ; Electre au désespoir de l'hymen
dont on fait les apprêts , déclare sont
amour au Prince de Créte et voyant
qu'il ne l'écoute pas , elle sort pour aller
irriter la colere de Neptune contre tous
les Auteurs des outrages qu'elle a reçus en
ce jour .
Ilione et Idamante s'applaudissent de
leur prochain bonheur. Idomenée déclare
à ses Peuples que c'est son fils qui doit
désormais leur dispenser des loix ' ; il dit
galamment à Ilione qu'il se fait un plus
grand effort en la cedant à son fils , qu'en
lui remettant le pouvoir suprême. Les
Crétois font leur cour à leur nouveau
Maître , par des chants convenables à la
fête. Idomenée dépose sur un carreau son
Sceptre et sa Couronne. Nemesis sort des
Enfers
AVRIL. 1731. 779
1
par ces vers Enfers et trouble la fête
qu'elle adresse à Idomenée :
Du souverain des mers Ennemi temeraire ,
'Penses - tu donc ainsi désarmer sa colere ?
Voi Nemesis , les Dieux m'ont imposé la loi
D'exercer leur vengeance :
Que l'Univers avec effroi
Apprenne à respecter leur suprême puissance .
Nemesis rentre dans les Enfers ; le thrône
se brise , et les furies emportent le
pavillon qui le couvroit. Idomenée devenu
furieux , se croit transporté dans un
lieu où l'on offre un sacrifice à Neptune ;
il veut avoir l'honneur de porter le coup
mortel à la victime ; cette prétendue victime
est son propre fils , qu'il immole
de sa propre main ; après cet affreux
sacrifice , les Dieux lui rendent la
raison , pour lui découvrir son parricide ,
il veut s'en punir ; on lui arrache l'épée.
Ilione finit la Tragedie par ces vers .
Pour le punir , laissez le vivre ;
C'est à moi seul de mourir.
V
lc
Les Comédiens François ont représenté
à Versailles pendant ce mois
Légataire, et la Sérénade. Saul Tragédie
et Attendez - moi sous Porne. L'Ecole des
Amans , et Chrispin Medecin. Andronic ,
et l'Esprit de contradiction . L'Esprit folet ,
et la Comtesse d'Escarbagnas .
d'Idomenée , qui avoit été donnée dans sa
-nouveauté le 1 2. Janvier 1712. Le Poëme
est de M. Danchet , et la Musique de
M. Campra.
Au Prologue le Théatre représente les
Antres d'Eole ; ce Dieu y paroît au milieu
des vents , qui sont enchaînés à des
rochers. Ils veulent sortir de leurs prisons
; Eole les y retient malgré eux. Venus
annoncée par une douce symphonie ,
se présente à Eole , et lui parle ainsi :
Un vainqueur des Troyens fend la liquide plaine
;
Des rives de la Créte écarte ses vaisseaux ;
Ordonne aux Aquillons de soulever les eaux
Et de servir ma juste haine.
Eole.
Brisez vos fers ; pártez , vents orageux ;
De la Mere d'Amour allez remplir les voeux.
Les Aquilions sortent des Antres où ils
étoient renfermez , et s'élancent dans les
airs pour aller servir la haine de Venus.
Gij La
772 MERCURE
DE FRANCE
La fête de ce prologue est ordonnée
par Venus : en voici le motif.
Je vai remplir ta Cour
Des Nymphes et des Dieux soumis à ma puissance
;
Tandis que tes sujets exercent ma vengeance ,
Les miens viendront t'offrir les charmes de l'Amour.
?
les Plaisirs Venus appelle l'Amour
et les Jeux. Ce prologue a paru d'autant
plus heureusement imaginé, qu'ilannonce
la Tragedie,
Au premier Acte , le Théatre représente
le magnifique Palais des Rois de Crete,
Ilione , fille d'Agamemnon
, Roy d'Argos
et de Mycene , ouvre la Scene. Elle
fait connoître qu'elle est arrivée en Crete
dans un seul vaisseau que la tempête avoit
séparé de la flotte d'Idomenée ; elle ajoûte
qu'elle a méprisé l'amour de ce Roi , mais
qu'elle n'a pas été aussi insensible à celui
d'Idamante son fils qui ignore encore sa
victoire ; elle appelle la gloire et la fierté
à son secours,
Idamante ordonne à sa suite d'assembler
les Troyens ; il dit à Ilione qu'il est
rassuré sur le sort de son Pere que Minerve
a protegé contre la fureur de Neptune
; il lui annonce qu'il va délivrer les
Troyens
1
AVRIL: 1731. 773
Troyens en attendant le retour du Roi ,
persuadé qu'il les auroit lui-même remis.
en liberté , si les vents lui avoient permis
d'aborder en Créte ; il fui déclare son
amour ; elle en 'paroît offensée ; il lui réproche
l'injustice quelle a de vouloir pu
nir en lui ce qui n'est que le crime des
Dieux , ennemis des Troyens. Les Crétois
et les Troyens font le divertissement
de ce premier Acte ; on brise les chaînes
de ces derniers.
Arbas vient troubler la fête par une
fausse nouvelle de la mort d'Idomenée
qu'il annonce comme certaine . Electre qui
survient trouve fort étrange qu'on ait remis
les Troyens en liberté. Cette Princesse
Grecque , ne doutant point que cette
liberté ne soit l'ouvrage de l'amour d'Idamante
pour Ilione , s'abandonne à sa
jalouse rage, et ne respire que vengeance.
Au second Acte , le Théatre représente
les bords de la mer agitée par une tempê
te affreuse ; tout le fond est rempli de
vaisseaux qui ont fait ou qui vont faire
naufrage. Un choeur de Peuples prêts à
périr , ouvre la scene par ces deux vers :
O Dieux , ô justes Dieux , donnez -nous du se
cours' ;
Les vents , les mers , le ciel , tout menace nes
jours
Ciij Neptun
774 MERGURE DE FRANCE
Neptune sort de la mer , et dit à Idomenée
Ne crains plus les outrages
Des flots et des vents ennemis ;
Mais offre moi sur ces rivages
L'hommage que tu m'as promis.
Idomenée fait entendre à Arcas , qui
s'est sauvé du naufrage comme lui , le
funeste voeu qu'il a fait à Neptune ; voici
comme il s'explique :
Dans l'horreur du naufrage ,
Pour ravir à la mort mes sujets allarmés ,
Apprens les voeux que j'ai formés.
Voeux indiscrets , trop tard vous troublez mon
courage ;
Si Neptune en courroux faisoit cesser l'orage ,
J'ai promis d'immoler le premier des humains
Que je verrai sur le rivage.
Dans le sang innocent dois-je tremper res
mains.
Il voit paroître sa victime ; c'est son
propre fils qu'il ne connoît pas › attendu
la longueur du siege de Troye. Idamante
qui ne peut pas non plus le connoître , et
qui le prend pour un de ces malheureux
qui viennent de faire naufrave , lui offre
genereusement son secours ; la Scene est
trésAVRIL.
1731. 773
très -touchante de part et d'autre, et menagée
avec beaucoup d'art jusqu'au moment
de la reconnoissance. Idomenée saisi
d'horreur et accablé de tristesse , dit à
son fils qui le veut suivre,pour sçavoir ce
qui l'oblige à se refuser à ses embrassemens
:
Gårdez Vous de me suivre.
Pourquoi m'avez vous vû ? craignez de me revoir.
Idamante ne laisse pas de marcher sur
ses pas. Electre qui arrive croi qu'il la fuit;
elle implore Venus . La Déesse fait entendre
à Electre qu'elle va la vanger. Venus
évoque la jalousie qui vient avec sa suite ,
et fait la fête de ce second Acte , qui finit
par ces vers que Venus adresse à la jalousie.
Au coeur d'Idomenée inspirez la terreur
Contre son propre Fils allumez sa fureur,
La décoration du troisiéme Acte représente
le Port de Sydonie,
Idomenée ne se peut résoudre à donner
à Neptune la victime qu'il lui a promise
; de la tendresse de Pere , il passe
à la fureur d'un rival ; la liberté que son
fils a rendue aux Troyens lui persuade
qu'il aime Ilione , Arcas lui conseille d'éloigner
ce Prince ; Idomenće prend ce
G iiij parti ;
776 MERCURE DE FRANCE
parti ; Arcas par ses ordres va tout prépa
rer pour le départ d'Idamante qui selon
ce nouveau projet doit conduire Electre
à Argos et la vanger d'Egyste qui a usurpé
sur elle le thrône de ses yeux.
Ilione vient ; Idomenée la veut fuir
mais il demeure malgré lui ; il n'apprend
que trop ce qu'il avoit voulu ignorer , il
fait entendre à Ilione qu'elle a tout à craindre
pour son Amant , qui n'a pas besoin
pour périt du nom odieux de Rival .
>
Electre vient remercier Idomenée du
secours qu'il lui offre contre ses tyrans
Idomenée la quitte en lui disant que son
fils s'est chargé de la conduire et de la
vanger. Electre s'abandonne à sa joye ; les
Matelots grecs et tous ceux qui doivent
suivre cette Princesse viennent celebrer
leur retour dans leur Patrie après la fête ,
Prothée sort du fond des flots et annonce
à Idamenée la vengeance de Neptune
prête à tomber sur lui pour le punir de
son parjure ; l'orage empêche Electre de
partir ; Idomenée proteste qu'il n'immo .
lera jamais la victime que Neptune lui
demande . Un Monstre sorti de la mer ,
commence la vengeance de ce Dieu irrité.
Au quatriéme Acte , le Theatre représente
une campagne agréable , et dans l'éloignement
le Temple de Neptune.
Ilione
AVRIL. 1731. 777
Ilione fait des imprécations contre les
Crétois, et prie les Dieux de les faire tous
périr par le monstre ; son amour lui fait
excepter Idamante qui veut le combattre.
Idamanre vient faire ses derniers adieut
à Ilione , ne doutant point qu'il ne périsse
dans le projet que son désespoir lui fait
entreprendre ; le péril où ce Prince va
s'exposer , par la seule raison qu'il est
odieux à sa chere Ilione , détermine cette
Princesse à rompre un trop long silence
, et à déclarer son amour ; elle apprend
à son Amant qu'il a un rival re- .
doutable ; Idamante reconnoît par-là que
c'est le Roi.
Idomenée vient offrir un sacrifice à
Neptune ; il éloigne son fils du Temple
de ce Dieu , sans lui déclarer le funeste
voeu qu'il a fait.
Après cette premiere fête , qui consiste
en des hymnes chantez à la gloire de
Neptune , on entend des chants de victoire
derriere le Théatre ; Arcas vient apprendre
à Idomenée que le monstre a suc- ,
combé sous les coups d'Idamante ; Idomenée
se flatte d'avoir fléchi le Dieu des ,
flots,puisqu'il a permis que son fils triom
phât de ce monstre. Des Bergers et des
Bergeres , mêlés avec les habitans de Sydonie
, viennent celebrer la victoire d'I
damante. Après cette derniere fête , Ido-
G vj
menée
1
778 MERCURE DE ERANCE
menée se surmonte lui- même , et forme
la résolution de ceder Ilione à son fils ; il
n'en demeure pas là , il lui cede encore le
Trône , il en explique le motif
vers ;
par
ces
Le Roi seul fit un voeu fatal à tout mon sang ,
Cessons de l'etre ; il faut que mon fils dans mon
rang
:
Ait pour sa sureté la grandeur souveraine.
L'action du dernier Acte se passe dans
un lieu préparé pour le couronnement d'I
damante ; Electre au désespoir de l'hymen
dont on fait les apprêts , déclare sont
amour au Prince de Créte et voyant
qu'il ne l'écoute pas , elle sort pour aller
irriter la colere de Neptune contre tous
les Auteurs des outrages qu'elle a reçus en
ce jour .
Ilione et Idamante s'applaudissent de
leur prochain bonheur. Idomenée déclare
à ses Peuples que c'est son fils qui doit
désormais leur dispenser des loix ' ; il dit
galamment à Ilione qu'il se fait un plus
grand effort en la cedant à son fils , qu'en
lui remettant le pouvoir suprême. Les
Crétois font leur cour à leur nouveau
Maître , par des chants convenables à la
fête. Idomenée dépose sur un carreau son
Sceptre et sa Couronne. Nemesis sort des
Enfers
AVRIL. 1731. 779
1
par ces vers Enfers et trouble la fête
qu'elle adresse à Idomenée :
Du souverain des mers Ennemi temeraire ,
'Penses - tu donc ainsi désarmer sa colere ?
Voi Nemesis , les Dieux m'ont imposé la loi
D'exercer leur vengeance :
Que l'Univers avec effroi
Apprenne à respecter leur suprême puissance .
Nemesis rentre dans les Enfers ; le thrône
se brise , et les furies emportent le
pavillon qui le couvroit. Idomenée devenu
furieux , se croit transporté dans un
lieu où l'on offre un sacrifice à Neptune ;
il veut avoir l'honneur de porter le coup
mortel à la victime ; cette prétendue victime
est son propre fils , qu'il immole
de sa propre main ; après cet affreux
sacrifice , les Dieux lui rendent la
raison , pour lui découvrir son parricide ,
il veut s'en punir ; on lui arrache l'épée.
Ilione finit la Tragedie par ces vers .
Pour le punir , laissez le vivre ;
C'est à moi seul de mourir.
V
lc
Les Comédiens François ont représenté
à Versailles pendant ce mois
Légataire, et la Sérénade. Saul Tragédie
et Attendez - moi sous Porne. L'Ecole des
Amans , et Chrispin Medecin. Andronic ,
et l'Esprit de contradiction . L'Esprit folet ,
et la Comtesse d'Escarbagnas .
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Résumé : Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
En avril 1731, la tragédie 'Idoménée' a été représentée pour la première fois le 12 janvier 1712. Le poème est de M. Danchet et la musique de M. Campra. L'histoire commence dans les antres d'Éole, où Vénus demande à Éole de libérer les vents pour aider un vainqueur des Troyens. Le premier acte se déroule dans le palais des rois de Crète. Ilione, fille d'Agamemnon, révèle son arrivée en Crète et son mépris pour l'amour du roi Idoménée, mais pas pour celui de son fils Idamante. Idamante déclare son amour à Ilione, qui semble offensée. Arbas annonce faussement la mort d'Idoménée, provoquant la colère d'Électre, jalouse de l'amour entre Idamante et Ilione. Dans le second acte, sur les bords de la mer agitée, Neptune apparaît à Idoménée et lui rappelle un vœu funeste qu'il a fait. Idoménée voit son fils Idamante, qu'il ne reconnaît pas, et qui lui offre son aide. La scène est poignante jusqu'à la reconnaissance. Électre, croyant qu'Idamante la fuit, implore Vénus. Le troisième acte se déroule au port de Sydonie. Idoménée, déchiré entre sa tendresse paternelle et sa jalousie, décide d'éloigner Idamante. Ilione et Électre apparaissent, et Prothée annonce la vengeance de Neptune. Un monstre commence à attaquer. Le quatrième acte se passe dans une campagne agréable. Ilione prie les dieux contre les Crétois. Idamante combat le monstre et survit. Idoménée, croyant avoir apaisé Neptune, décide de céder le trône à Idamante. Le dernier acte se déroule lors du couronnement d'Idamante. Électre, désespérée, sort pour irriter Neptune. Idoménée déclare son abdication en faveur de son fils. Nemesis apparaît et trouble la fête, révélant qu'Idoménée doit payer pour son parricide. Idoménée, rendu furieux, tue son fils par erreur. Les dieux lui rendent la raison pour lui révéler son crime. Ilione conclut la tragédie en demandant que son père vive pour souffrir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4532
p. 153-168
LE CIDRE. ODE.
Début :
Qu'elles sont ces voix indiscrettes [...]
Mots clefs :
Cidre, Vin de Bourgogne, Vin de Champagne, Bacchus, Vignes, Poètes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CIDRE. ODE.
Le fieur Grenan , Bourguignon , Profeffeur de Seconde au College d'Harcour a fait une Ode latine à
la loüange du Vin de Bourgogne ; Mr Coffin Champenois Profeffeur de Secon
de au College de Beauvais,
répondit à l'Ode du fieur
Grenan, par une Ode pour la
défenſe du Vin de Bourgo.
gne,M' Duhamel Normand
154 MERCURE
Profeffeur de Rhetorique
au College des Graffins a
fait une Ode latine , fur le
Cidre en voicy la tra
duction.
LE CIDRE
ODE.
Qu'ellesfont ces voix
indifcrettes
Qui fe font entendre en
tous lieux?
Quoy, Mufes deuxfa
meux Poëtes
S'ofent quereller à vos
GALANT. 155
yeux?
Pourquelfujet leurvaine
audace.
Allarme-t-elle du ParI
naffe
Lespacifiques Habitans?
Pour du Vin ?je le crois
à
peine.
Quoy des buveurs de
L'Hippocrene
Le Vin feroit des combattans ?
Poëtes la Guerre eft
fatalle
156 MERGURE
Que caufe un vain entêtement:
La faute entre vous est
égálle
Pareilfera le chaftiment.
Car, pourquoy par vos
Vers infignes VV
Louer fi hautement, vos
Vignes
Et blafmerles autres Liqueurs?
Commefi Bourgogne &
Champagne
Seules du Pais de
Cocagne.
GALANT: 157
Renfermoient toutes les
douceurs.
Je veux bien que Bacchus excite
Le phlegme d'un trop
froid rimeur
Et que
irrite
du Guerrier il
Quelquesfois l'indolente
bumeur
Mais ce feu de peu de
durée
N'a qu'une ardeur accelerée
158 MERCURE
Qui naist & peris à la
fois
Et fi les deftins trop faciles
Laiffent vieillir ces imbecilles
La goutte
Babois.
les met aux
23
Mais Pomone tes
Privileges
Signalent bien mieux ta
liqueur
Tu mets dans ceux que
tu proteges
GALANT, 159
Un efpritfolide,ungrand
cœur
Témoins ces Heros dont
la gloire
Gravel au Temple de
memoire
Honore leur pofterité
Témoins les fçavans
dont la plume
Afçuparplus d'un beau
volume
S'acquerir l'immortalité.
Dieux, quelle Affemblée éclatante
160 MERCURE
D'eloquens & braves
CeZars !
Mufe, leur nombre m'épouvante,
Sauvons - nous, fuyons
les hazards.
Ce n'eft pas à mesfoibles
rithmes
A tracer les vertus fublimes
De ces grands foutiens
des Etats
Et vouloirfans voix &
Jansforce
Suivre une fi flateuſe
GALANT. 161
amorce
C'eſt courir fans fer
aux combats
Vous chers favoris de
Pom one
Qui beuvez fon jus à
longs traits
Contents des biens qu'elle
vous donne
Pour vous leVin eftfans
attraits Ne
Vous évitez cesfucs perfides
Qui rendent leurs beuMay 1712. O
162 MERCURE
veurs stupides
Ouquirenversefaraifon,
Et la liqueur traitreffe
&dure
Qui tranche & rompt.
mainte cointure
Eft pour vous un fatal
poifon.
Mais tels qu'une belle
Prairie
Qu'arrose un paisible
ruißeauties 20
Toujours verte toujours
fleurie Jackson is
TYM
JOIN
GALANT. 163
1.
N'offre rien aux yeux
que de beau,
Tels arrofez, du jus des
Pommes
Les Normand's entre
tous les hommes
Sontrobuftes &gracieux
Et grand gente en fa
2
courſe
Eft unfleuve qui dés la
fource
N'a rien eu que de
merveilleux
Ⓒ Cidre ! o celefte Ambroifie
O ij
164 MERCURE
Des dons que les Dieux
nous ontfaits ,
Quinteßence, Elixir de
vie ,
C'eft toy qui produis ces.
effets.
Poëtes , dans cette mer
d'ambre,
Dans ce charmant fus
de Septembre ,
Voyez fe jouer les Saphirs
Dieux, quelle exhalaifon
divine
S'elevant decettePifcine,
GALANT. 167
Mouille les ailes des Ze-
·
phirs.
Faut-il s'étonner fi la
Trouppe
Des Mufes, ces divines
Sœurs ,
Ayantgoûtédecette couppe...
En eftima tant les douceurs,
Side fon pays exilée
Elle enfut bien-toftconA folee, a
Ayantfait unplus digne
WM choixus
166 MERCURE
Enfinfifareconnoiffan
ce
Au Cidre donna lapuif
Cance
Que l'Hippocrene eut autrefois ?
學
Depuis cette heureuſe
arrivée
Le Cidre empreint d'un
feu divin
De lanature dépravée
Corrige le mauvais levain.
Dés-lors chez vous , belle
Neuftrie
GALANT. 167
Et la Sageße & Induf
trie
Trouverent uncharmant
Séjour.
Et l'on voit de vos riches
plages
Sortir de tous rangs , de
tous ages con
Mille grands hommes
chaque jour.
230
C'est ainsi, Deeßefincere's
Que vous répandez vos
faveurs
168 MERCURE
Sur chaque mortel qui
prefere
VoftreFus aux autres liqueurs.
Loin defouffrirqu'aucun
des vostres
Géde jamais la palme à
d'autres,
Vous comble leurs plus
douxfouhaits.
Vous, qui méprifez nos
breuvages ,
Poëtes dans le vin pew
fages,
Dorme , & n'écrivez
jamais.
la loüange du Vin de Bourgogne ; Mr Coffin Champenois Profeffeur de Secon
de au College de Beauvais,
répondit à l'Ode du fieur
Grenan, par une Ode pour la
défenſe du Vin de Bourgo.
gne,M' Duhamel Normand
154 MERCURE
Profeffeur de Rhetorique
au College des Graffins a
fait une Ode latine , fur le
Cidre en voicy la tra
duction.
LE CIDRE
ODE.
Qu'ellesfont ces voix
indifcrettes
Qui fe font entendre en
tous lieux?
Quoy, Mufes deuxfa
meux Poëtes
S'ofent quereller à vos
GALANT. 155
yeux?
Pourquelfujet leurvaine
audace.
Allarme-t-elle du ParI
naffe
Lespacifiques Habitans?
Pour du Vin ?je le crois
à
peine.
Quoy des buveurs de
L'Hippocrene
Le Vin feroit des combattans ?
Poëtes la Guerre eft
fatalle
156 MERGURE
Que caufe un vain entêtement:
La faute entre vous est
égálle
Pareilfera le chaftiment.
Car, pourquoy par vos
Vers infignes VV
Louer fi hautement, vos
Vignes
Et blafmerles autres Liqueurs?
Commefi Bourgogne &
Champagne
Seules du Pais de
Cocagne.
GALANT: 157
Renfermoient toutes les
douceurs.
Je veux bien que Bacchus excite
Le phlegme d'un trop
froid rimeur
Et que
irrite
du Guerrier il
Quelquesfois l'indolente
bumeur
Mais ce feu de peu de
durée
N'a qu'une ardeur accelerée
158 MERCURE
Qui naist & peris à la
fois
Et fi les deftins trop faciles
Laiffent vieillir ces imbecilles
La goutte
Babois.
les met aux
23
Mais Pomone tes
Privileges
Signalent bien mieux ta
liqueur
Tu mets dans ceux que
tu proteges
GALANT, 159
Un efpritfolide,ungrand
cœur
Témoins ces Heros dont
la gloire
Gravel au Temple de
memoire
Honore leur pofterité
Témoins les fçavans
dont la plume
Afçuparplus d'un beau
volume
S'acquerir l'immortalité.
Dieux, quelle Affemblée éclatante
160 MERCURE
D'eloquens & braves
CeZars !
Mufe, leur nombre m'épouvante,
Sauvons - nous, fuyons
les hazards.
Ce n'eft pas à mesfoibles
rithmes
A tracer les vertus fublimes
De ces grands foutiens
des Etats
Et vouloirfans voix &
Jansforce
Suivre une fi flateuſe
GALANT. 161
amorce
C'eſt courir fans fer
aux combats
Vous chers favoris de
Pom one
Qui beuvez fon jus à
longs traits
Contents des biens qu'elle
vous donne
Pour vous leVin eftfans
attraits Ne
Vous évitez cesfucs perfides
Qui rendent leurs beuMay 1712. O
162 MERCURE
veurs stupides
Ouquirenversefaraifon,
Et la liqueur traitreffe
&dure
Qui tranche & rompt.
mainte cointure
Eft pour vous un fatal
poifon.
Mais tels qu'une belle
Prairie
Qu'arrose un paisible
ruißeauties 20
Toujours verte toujours
fleurie Jackson is
TYM
JOIN
GALANT. 163
1.
N'offre rien aux yeux
que de beau,
Tels arrofez, du jus des
Pommes
Les Normand's entre
tous les hommes
Sontrobuftes &gracieux
Et grand gente en fa
2
courſe
Eft unfleuve qui dés la
fource
N'a rien eu que de
merveilleux
Ⓒ Cidre ! o celefte Ambroifie
O ij
164 MERCURE
Des dons que les Dieux
nous ontfaits ,
Quinteßence, Elixir de
vie ,
C'eft toy qui produis ces.
effets.
Poëtes , dans cette mer
d'ambre,
Dans ce charmant fus
de Septembre ,
Voyez fe jouer les Saphirs
Dieux, quelle exhalaifon
divine
S'elevant decettePifcine,
GALANT. 167
Mouille les ailes des Ze-
·
phirs.
Faut-il s'étonner fi la
Trouppe
Des Mufes, ces divines
Sœurs ,
Ayantgoûtédecette couppe...
En eftima tant les douceurs,
Side fon pays exilée
Elle enfut bien-toftconA folee, a
Ayantfait unplus digne
WM choixus
166 MERCURE
Enfinfifareconnoiffan
ce
Au Cidre donna lapuif
Cance
Que l'Hippocrene eut autrefois ?
學
Depuis cette heureuſe
arrivée
Le Cidre empreint d'un
feu divin
De lanature dépravée
Corrige le mauvais levain.
Dés-lors chez vous , belle
Neuftrie
GALANT. 167
Et la Sageße & Induf
trie
Trouverent uncharmant
Séjour.
Et l'on voit de vos riches
plages
Sortir de tous rangs , de
tous ages con
Mille grands hommes
chaque jour.
230
C'est ainsi, Deeßefincere's
Que vous répandez vos
faveurs
168 MERCURE
Sur chaque mortel qui
prefere
VoftreFus aux autres liqueurs.
Loin defouffrirqu'aucun
des vostres
Géde jamais la palme à
d'autres,
Vous comble leurs plus
douxfouhaits.
Vous, qui méprifez nos
breuvages ,
Poëtes dans le vin pew
fages,
Dorme , & n'écrivez
jamais.
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Résumé : LE CIDRE. ODE.
Le texte décrit une dispute littéraire entre trois professeurs de rhétorique concernant les mérites respectifs du vin de Bourgogne, du vin de Champagne et du cidre. Le professeur Grenan, originaire de Bourgogne, a composé une ode latine en l'honneur du vin de Bourgogne. En réponse, le professeur Coffin, Champenois, a écrit une ode pour défendre le vin de Champagne. Le professeur Duhamel, Normand, a ensuite composé une ode latine en faveur du cidre, dont une traduction est fournie. Dans son ode, Duhamel critique les querelles entre les poètes et souligne que les disputes sur le vin ne devraient pas diviser les habitants pacifiques. Il reconnaît que le vin peut exciter les passions, mais il souligne que ces effets sont de courte durée. Duhamel vante ensuite les mérites du cidre, affirmant qu'il procure un esprit solide et un grand cœur. Il cite des héros et des savants illustres qui ont bénéficié des bienfaits du cidre. Duhamel compare le cidre à une belle prairie toujours verte et fleurie, et loue les Normands pour leur robustesse et leur grâce. Il décrit le cidre comme une ambroisie, une quintessence de vie, capable de corriger les mauvaises mœurs. Il conclut en affirmant que le cidre répand ses faveurs sur tous ceux qui le préfèrent aux autres breuvages, et que ceux qui méprisent le cidre ne devraient pas écrire de poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4533
p. 146
« TRAITÉ DE L'ART DU CHANT, par M. Berard, premier ouvrage qu'on ait fait [...] »
Début :
TRAITÉ DE L'ART DU CHANT, par M. Berard, premier ouvrage qu'on ait fait [...]
Mots clefs :
Histoire naturelle, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ DE L'ART DU CHANT, par M. Berard, premier ouvrage qu'on ait fait [...] »
TRAITÉ DE L'ART DU CHANT , par M.
Berard , premier ouvrage qu'on ait fait
dans ce genre , & que l'auteur promet de
donner dans le courant de ce mois.
OBSERVATIONS SUR L'HISTOIRE NATURELLE
, fur la Phyfique , & fur la Peinture,
avec des planches imprimées en couleur,
Cet ouvrage renferme les fecrets des Arts,
les nouvelles découvertes & les difputes
des Philofophes & des Artiftes modernes.
A Paris , chez De Laguette , rue S. Jaques,
à l'Olivier , par M. Gautier , Penfionnaire
du Roi. Les planches colorées dont il eft
orné fe diftribuent féparément chez l'Au
teur , rue de la Harpe, Il propofe une foufcription
pour la feconde édition des quarante-
fix planches anatomiques, & de leurs
tables explicatives.
Berard , premier ouvrage qu'on ait fait
dans ce genre , & que l'auteur promet de
donner dans le courant de ce mois.
OBSERVATIONS SUR L'HISTOIRE NATURELLE
, fur la Phyfique , & fur la Peinture,
avec des planches imprimées en couleur,
Cet ouvrage renferme les fecrets des Arts,
les nouvelles découvertes & les difputes
des Philofophes & des Artiftes modernes.
A Paris , chez De Laguette , rue S. Jaques,
à l'Olivier , par M. Gautier , Penfionnaire
du Roi. Les planches colorées dont il eft
orné fe diftribuent féparément chez l'Au
teur , rue de la Harpe, Il propofe une foufcription
pour la feconde édition des quarante-
fix planches anatomiques, & de leurs
tables explicatives.
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Résumé : « TRAITÉ DE L'ART DU CHANT, par M. Berard, premier ouvrage qu'on ait fait [...] »
Le texte mentionne deux ouvrages. Le premier, 'Traité de l'art du chant' de M. Berard, sera publié prochainement. Le second, 'Observations sur l'histoire naturelle, sur la physique, & sur la peinture', inclut des planches colorées et est disponible à Paris chez De Laguette. L'auteur propose également une souscription pour des planches anatomiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4534
p. 580
EPITAPHE.
Début :
Cy git le corps mortel qu'empruntoit Melpomene, [...]
Mots clefs :
Adrienne Lecouvreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE.
EPITAPHE.
CYgit le corps mortel qu'empruntoit Melpomene
,
Quand, fous le nom de Le Couvreur
Elle enchantoit fur notre Scene ,
Les yeux , & l'efprit & le coeur.
و د
M. Dalinval.
CYgit le corps mortel qu'empruntoit Melpomene
,
Quand, fous le nom de Le Couvreur
Elle enchantoit fur notre Scene ,
Les yeux , & l'efprit & le coeur.
و د
M. Dalinval.
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4535
p. 150
« DISCOURS sur la Convalescence du Roi, prononcé aux Assises de Caën le 5 Octobre [...] »
Début :
DISCOURS sur la Convalescence du Roi, prononcé aux Assises de Caën le 5 Octobre [...]
Mots clefs :
Caen, Roi, Discours, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS sur la Convalescence du Roi, prononcé aux Assises de Caën le 5 Octobre [...] »
DISCOURS fur la Convalefcence du Roi ,
prononcé aux Affifes de Caën le 5 Octobre
1744. par M. Dejean , Docteur ès Loix , premier
& ancien Avocat du Roi au Bailliage
& Siége Préfidial de Caën . Caën 1744 .
Si les bornes de ce Recueil nous l'avoient
permis , nous aurions inferé ici cet
excellent Difcours en fon entier ; il a été
fort applaudi dans une Ville où l'efprit &
le goût abondent , & le fuffrage de tant de
Juges éclairés doit faire juger du prix de
cet Ouvrage.
prononcé aux Affifes de Caën le 5 Octobre
1744. par M. Dejean , Docteur ès Loix , premier
& ancien Avocat du Roi au Bailliage
& Siége Préfidial de Caën . Caën 1744 .
Si les bornes de ce Recueil nous l'avoient
permis , nous aurions inferé ici cet
excellent Difcours en fon entier ; il a été
fort applaudi dans une Ville où l'efprit &
le goût abondent , & le fuffrage de tant de
Juges éclairés doit faire juger du prix de
cet Ouvrage.
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4536
p. 152-153
ENIGME.
Début :
Une fois on m'a vû du soleil éclairé : [...]
Mots clefs :
Passage de la mer Rouge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ne fois 'on m'a vû du ſoleil éclairé :
Alors contraire aux uns , aux autres favorable,
On mit ordre , dit- on , qu'unfait fi memorable
Fút tranfmis à jamais à la poſterité.
Voyagez ici-bas fur la terre & fur l'onde ,
Vos Joins pour me trouver, font des foinsfuperflus
F'étois dans ce tems - là ce que je ne fuis plus ,
Et fuis ce que j'étois dès l'enfance du monde.
Ne fois 'on m'a vû du ſoleil éclairé :
Alors contraire aux uns , aux autres favorable,
On mit ordre , dit- on , qu'unfait fi memorable
Fút tranfmis à jamais à la poſterité.
Voyagez ici-bas fur la terre & fur l'onde ,
Vos Joins pour me trouver, font des foinsfuperflus
F'étois dans ce tems - là ce que je ne fuis plus ,
Et fuis ce que j'étois dès l'enfance du monde.
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4537
p. 150
« ON avertit le Public qu'on travaille depuis long-tems à l'Histoire Politique du [...] »
Début :
ON avertit le Public qu'on travaille depuis long-tems à l'Histoire Politique du [...]
Mots clefs :
Comte de Provence, Familles nobles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON avertit le Public qu'on travaille depuis long-tems à l'Histoire Politique du [...] »
ON avertit le Public qu'on travaille depuis
long -tems à l'Hiftoire Politique du
Comté de Provence. On y décrit l'état de
l'Eglife , de la Justice & de la Nobleſſe . Il
manque à l'égard de ce dernier article bien
des titres concernant les Familles Nobles
de cette Province. L'Auteur les prie de ne
pas lui refufer des éclairciffemens , & d'adreffer
les paquets en les affranchiffant , à
l'Eſperance chés de fieur l'Efclapard , pere ,
Libraire , rue S. André des Arts , vis-à-vis
la rue Pavée , à Paris .
long -tems à l'Hiftoire Politique du
Comté de Provence. On y décrit l'état de
l'Eglife , de la Justice & de la Nobleſſe . Il
manque à l'égard de ce dernier article bien
des titres concernant les Familles Nobles
de cette Province. L'Auteur les prie de ne
pas lui refufer des éclairciffemens , & d'adreffer
les paquets en les affranchiffant , à
l'Eſperance chés de fieur l'Efclapard , pere ,
Libraire , rue S. André des Arts , vis-à-vis
la rue Pavée , à Paris .
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4538
p. 150-151
« ON vend chés Thiboust Place de Cambrai le Discours que le R. P. du Baudory [...] »
Début :
ON vend chés Thiboust Place de Cambrai le Discours que le R. P. du Baudory [...]
Mots clefs :
Latin, Suffrages, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON vend chés Thiboust Place de Cambrai le Discours que le R. P. du Baudory [...] »
ON vend chés Thibouft Place de Cambrai
le Difcours que le R. P. du Baudory
Prêtre de la Société de Jefus , récita le Vendredi
20 Novembre dernier , devant un
Auditoire refpectable , dont les fuffrages
unanimes applaudirent à l'éloquence de
JANVIER 1745 . 151
l'Orateur. Cette Piece intitulée De Reditu
Regis gratulatio , eft un tableau très - naturel
de la joie que le retour du Roi a infpiré
aux Habitans de Paris , lorfqu'il honora
cette Capitale de fa préfence . Nous
renvoyons les Lecteurs à l'Ouvrage même
dont les beautés frappantes fe feroient mal
fentir dans un Extrait.
Le texte Latin eft accompagné d'une traduction
Françoiſe du R. P. du Rivet . L'élegant
Traducteur fe foutient à côté de
l'original , & affure au P. du Baudory les
fuffrages de ceux qui n'entendent pas le
Latin.
le Difcours que le R. P. du Baudory
Prêtre de la Société de Jefus , récita le Vendredi
20 Novembre dernier , devant un
Auditoire refpectable , dont les fuffrages
unanimes applaudirent à l'éloquence de
JANVIER 1745 . 151
l'Orateur. Cette Piece intitulée De Reditu
Regis gratulatio , eft un tableau très - naturel
de la joie que le retour du Roi a infpiré
aux Habitans de Paris , lorfqu'il honora
cette Capitale de fa préfence . Nous
renvoyons les Lecteurs à l'Ouvrage même
dont les beautés frappantes fe feroient mal
fentir dans un Extrait.
Le texte Latin eft accompagné d'une traduction
Françoiſe du R. P. du Rivet . L'élegant
Traducteur fe foutient à côté de
l'original , & affure au P. du Baudory les
fuffrages de ceux qui n'entendent pas le
Latin.
Fermer
4539
p. 148-149
Mort de M. de Nointel, [titre d'après la table]
Début :
Messire François Olier de Nointel est mort icy sur la [...]
Mots clefs :
Messire, Décès, Parlement, Conseiller, Ambassadeur, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de Nointel, [titre d'après la table]
Meffire François Olier de
Nointel eſt mort icy ſur la
fin du dernier mois. Il avoit
eſte Confeiller au Parlement
de Paris , & Ambaſſadeur ,
GALANT. 149
pour Sa Majesté à Conſtantinople.
Nointel eſt mort icy ſur la
fin du dernier mois. Il avoit
eſte Confeiller au Parlement
de Paris , & Ambaſſadeur ,
GALANT. 149
pour Sa Majesté à Conſtantinople.
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4540
p. 152-153
AUTRE.
Début :
Je voy le jour, & n'ûs jamais de pere ; [...]
Mots clefs :
Respiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E voy le jour, & n'ûs jamais de peres
Je n'habitay jamais la terre :
Je ne fuis point né dans les eaux ;
Et je ne fus jamais du nombre des oiſeaux
BIBLIO
FILE
DE
LYON
*
18934
Coupons , , mettons -nous en tra
x53
che.
M
C
T
THE
ช
S
wre
P
F
7
Fi
V
V
YOGA ADE
Ο
j
F
Fo
E.1
LIIVTE NES VIJENN
DE
SEPTEMBRE.
iss
Chacun , comme il veut , me fait naître ;
Mais auffi-tôt je ceffe d'être :
Et le moment qui voit mon fort ,
Voit prefque en même temps ma mort.
F'ay pour retraite un fort étroit paſſage ;
Je fers à bien plus d'un uſage :
L'Artifan me poffede , ainsi que le plus riche,
Je fuis au liberal , tout ainsi qu'au plus chiche.
E voy le jour, & n'ûs jamais de peres
Je n'habitay jamais la terre :
Je ne fuis point né dans les eaux ;
Et je ne fus jamais du nombre des oiſeaux
BIBLIO
FILE
DE
LYON
*
18934
Coupons , , mettons -nous en tra
x53
che.
M
C
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THE
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S
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P
F
7
Fi
V
V
YOGA ADE
Ο
j
F
Fo
E.1
LIIVTE NES VIJENN
DE
SEPTEMBRE.
iss
Chacun , comme il veut , me fait naître ;
Mais auffi-tôt je ceffe d'être :
Et le moment qui voit mon fort ,
Voit prefque en même temps ma mort.
F'ay pour retraite un fort étroit paſſage ;
Je fers à bien plus d'un uſage :
L'Artifan me poffede , ainsi que le plus riche,
Je fuis au liberal , tout ainsi qu'au plus chiche.
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4541
p. 155-156
« A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...] »
Début :
A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...] »
A cette Fable j'ajoute la
réponse à une Qacftion quia
sans doute été mise sur le tapis
depuis qu'on parle & qu'on
-
cerit. M. de la Tour qui cftun
très gentil Chevalier5 plein
d'cfprit pourjon âge,& un des
plus distinguez Candidats de
cette fameu se Académie des
Hel iconides, dont je vous ay
fait (je ne sçay dans quel Mercure
) une deferiprion si magniaque,
cft 1)Auteur de cette
Réponse
,
& de plusieurs autres
beaux Ouvrages que mes
bons consuls & sa modeftic
suppriment.
réponse à une Qacftion quia
sans doute été mise sur le tapis
depuis qu'on parle & qu'on
-
cerit. M. de la Tour qui cftun
très gentil Chevalier5 plein
d'cfprit pourjon âge,& un des
plus distinguez Candidats de
cette fameu se Académie des
Hel iconides, dont je vous ay
fait (je ne sçay dans quel Mercure
) une deferiprion si magniaque,
cft 1)Auteur de cette
Réponse
,
& de plusieurs autres
beaux Ouvrages que mes
bons consuls & sa modeftic
suppriment.
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4542
p. 136-137
« On nous écrit de Châlons, en Champagne, du 23 Janvier, que le Sr Farochon, Marchand [...] »
Début :
On nous écrit de Châlons, en Champagne, du 23 Janvier, que le Sr Farochon, Marchand [...]
Mots clefs :
Marchand apothicaire, Marchand faïencier, Agriculture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Châlons, en Champagne, du 23 Janvier, que le Sr Farochon, Marchand [...] »
n nous écrit de Châlons , en Champagne
du 23 Janvier , que le Sr Farochon , Marchand
Apoticaire , a fait en public dans l'Hôtel de Ville , la composition de la Thériaque en presence
de l'Evêque de Châlons , Pair de France , de l'Inendant de la Province , des Lieutenans de Roy ,
Gouverneurs , et de tout le Corps de Ville , accompagné de la principale Bourgeoisie. Le Sieur
Farochon , après avoir été présenté à l'Assem–
blée par M. Lasson , Docteur- Regent en Medecine , prononça un Discours qui fut fort applaudi , sur le Sujet en question. Il fit ensuite l'Analise de toutes les Drogues étalées pour cette composition , en fit connoître les vertus et les proprietez &c. Et enfin il proceda à la composition
même , laquelle fut continuée le lendemain , et a duré près de deux jours. On ajoûte que les personnes qui se sont déja servies de cette nouvelle
Theriaque , s'en sont très- bien trouvées.
On apprend d'Irlande , qu'il s'est formé depuis peu à Dublin , une Societé composée d'un
grand nombre de Gentilshommes , pour perfectionner l'Agriculture , les Arts Mécaniques , et les Manufactures de ce Royaume : le Viceroy en
est le Président , le Primat du Royaume , et le Vice- Président.
Les Sieurs Cholets , Marchands Fayanciers ,
ruë S. Honoré , vis - à- vis la rue de l'Echelle ,
l'Enseigne de la Levrette , qui sont les seuls à
Paris qui vendent des Thermometres construits
sur les Principes de Mr. de Reaumur , de l'Aca- démie Royale des Sciences , donnent avis qu'ils
en ont actuellement de moins grands que ne l'éroient les premiers , et tels que les ont désirés сецк
JANVIER 1722. 137
seux qui n'ont pas de pl
du 23 Janvier , que le Sr Farochon , Marchand
Apoticaire , a fait en public dans l'Hôtel de Ville , la composition de la Thériaque en presence
de l'Evêque de Châlons , Pair de France , de l'Inendant de la Province , des Lieutenans de Roy ,
Gouverneurs , et de tout le Corps de Ville , accompagné de la principale Bourgeoisie. Le Sieur
Farochon , après avoir été présenté à l'Assem–
blée par M. Lasson , Docteur- Regent en Medecine , prononça un Discours qui fut fort applaudi , sur le Sujet en question. Il fit ensuite l'Analise de toutes les Drogues étalées pour cette composition , en fit connoître les vertus et les proprietez &c. Et enfin il proceda à la composition
même , laquelle fut continuée le lendemain , et a duré près de deux jours. On ajoûte que les personnes qui se sont déja servies de cette nouvelle
Theriaque , s'en sont très- bien trouvées.
On apprend d'Irlande , qu'il s'est formé depuis peu à Dublin , une Societé composée d'un
grand nombre de Gentilshommes , pour perfectionner l'Agriculture , les Arts Mécaniques , et les Manufactures de ce Royaume : le Viceroy en
est le Président , le Primat du Royaume , et le Vice- Président.
Les Sieurs Cholets , Marchands Fayanciers ,
ruë S. Honoré , vis - à- vis la rue de l'Echelle ,
l'Enseigne de la Levrette , qui sont les seuls à
Paris qui vendent des Thermometres construits
sur les Principes de Mr. de Reaumur , de l'Aca- démie Royale des Sciences , donnent avis qu'ils
en ont actuellement de moins grands que ne l'éroient les premiers , et tels que les ont désirés сецк
JANVIER 1722. 137
seux qui n'ont pas de pl
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Résumé : « On nous écrit de Châlons, en Champagne, du 23 Janvier, que le Sr Farochon, Marchand [...] »
Le 23 janvier à Châlons, en Champagne, le sieur Farochon, apothicaire, a présenté publiquement la composition de la thériaque à l'Hôtel de Ville. Cette démonstration, réalisée en présence de l'évêque de Châlons, de l'intendant de la province, des lieutenants du roi, des gouverneurs, du corps de ville et de la principale bourgeoisie, a été introduite par M. Lasson, docteur-régent en médecine. Farochon a analysé les drogues utilisées, expliqué leurs vertus et propriétés, puis procédé à la composition de la thériaque sur une durée de près de deux jours. Les utilisateurs de cette nouvelle thériaque en ont été satisfaits. En Irlande, une société de gentilshommes s'est formée à Dublin pour améliorer l'agriculture, les arts mécaniques et les manufactures du royaume. Le vice-roi en est le président et le primat du royaume, le vice-président. À Paris, les sieurs Cholets, marchands faïenciers rue Saint-Honoré, sont les seuls à vendre des thermomètres construits selon les principes de M. de Reaumur, de l'Académie Royale des Sciences. Ils proposent des modèles de plus petite taille, répondant ainsi aux demandes de leurs clients.
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4543
p. 159-161
Parodie de la seconde Enigme, dont le mot est le Zero.
Début :
Des Arabes jadis, Zero, tu pris naissance [...]
Mots clefs :
Arabes, Zéro, Parodie, Richesses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de la seconde Enigme, dont le mot est le Zero.
Parodie de la seconde
Enigme, dont le -
motest le Zero.
Des sirabes jadis,
Zero, tu pris naissance
yîvec toi plus d'un chiffrey
J rvitaussi lejour
Sanspieds, tejle, ny bras
tu n'cft que ventre &
pense
Tout rond dans tafigure,
& pourtant fait au
tour.
Tes yiutheurs par caprice
en faisant le partage
Que les Chiffres ont eu -rioublièrent que toy
Maismalgrécette injufle
loy t4 te peux bien vanter
de ïavantare
D'augmenttr aÓchacun de
dix fois tout leur bien
C'ejf me[me là ton seul
usage.
Tu riaime point le lieu
d'honneur,
Paroissant à leurtefie ; on
te voitsans valeur
A leur fuite tu fais
merveilles
T'y mettre ou (en ojier
n'ejl point indiffèrent,
Il rieji point richesses
pareilles
A celles que dans un
infant
Avec un Ztro l'on
aÇemble
Jidais malhreureux, qui
te reffimble.
Par le Chevalier inconnu, de îai
ruë Pot-de-fer.
Enigme, dont le -
motest le Zero.
Des sirabes jadis,
Zero, tu pris naissance
yîvec toi plus d'un chiffrey
J rvitaussi lejour
Sanspieds, tejle, ny bras
tu n'cft que ventre &
pense
Tout rond dans tafigure,
& pourtant fait au
tour.
Tes yiutheurs par caprice
en faisant le partage
Que les Chiffres ont eu -rioublièrent que toy
Maismalgrécette injufle
loy t4 te peux bien vanter
de ïavantare
D'augmenttr aÓchacun de
dix fois tout leur bien
C'ejf me[me là ton seul
usage.
Tu riaime point le lieu
d'honneur,
Paroissant à leurtefie ; on
te voitsans valeur
A leur fuite tu fais
merveilles
T'y mettre ou (en ojier
n'ejl point indiffèrent,
Il rieji point richesses
pareilles
A celles que dans un
infant
Avec un Ztro l'on
aÇemble
Jidais malhreureux, qui
te reffimble.
Par le Chevalier inconnu, de îai
ruë Pot-de-fer.
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Résumé : Parodie de la seconde Enigme, dont le mot est le Zero.
Le texte, écrit par le Chevalier inconnu, est une parodie poétique sur le chiffre zéro. Né parmi les 'sirabes', le zéro est décrit comme un être sans membres mais avec un ventre et une pensée. Rond et utile, il multiplie par dix la valeur des autres chiffres. Sans valeur seul, il crée des richesses lorsqu'il est combiné avec un autre chiffre. Le texte se termine par une référence à un 'malheureux' similaire au zéro.
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4544
p. 154-160
« La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
Début :
La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...]
Mots clefs :
Enfants trouvés, Receveur général des finances, Duc, Souscripteurs, Marchand, Maître des requêtes, Jean-Jacques Rousseau, Étienne Fessard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
La premiere Planche de la Chapelle des
Enfans trouvés eft enfin terminée . Cette
nouvelle ne peut être indifférente ni pour
les Soufcripteurs ni pour le Public . Une en
treprife auffi confidérable mérite une attention
férieufe , & M. Feffard doit plutôt
fouhaiter que craindre un examen rigou
reux de fon travail . Le fuffrage de pluficus
JUILLET. 1752. 153
connoiffeurs fort difficiles nous autorife à
prononcer hautement que c'eft un bel
Ouvrage , & que l'habile Graveur qui l'a
commencé ne peut le fair trop τότ pour
fa gloire & pour le plaifir des amateurs .
Les Soufcripteurs qui fe plaignent fi fouvent
avec raifon qu'ils ont été trompés ,
fe loueront fûrement de M. Feffard ; fes
Planches auront plus de hauteur & de largeur
qu'il ne l'avoit promis , & le papier
en fera beaucoup plus beau .
Noms des Soufcripteurs pour la Gravure
de la Chapelle des Enfans trouvés.
Madame Geofrain , ruë S. Honoré .
MESSIEURS ,
De Bachaumont , aux Filles S. Thomas:
Schreiber , Aumônier de l'Ambaffade Danoife
, rue des Francs - Bourgeois.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoife.
Thibouft , Imprimeur du Roy , Place do
Cambray.
Joullain , Marchand d'Eftampes , Quai
de la Megifferie , 2 .
Madame Duronceray , Porte S. Honoré
MESSIEURS ,
Le Marquis de Croifmate , rue S. Nicaife
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Watelet , Receveur général des Finances,
rue du Sentier.
De la Live de Bellegarde , Fermier géné
ral , rue S. Honoré.
Lorimier fils , rue de Vendôme.
Mylord Clare , ruë de Séve .
Le Chevalier de Breteüil , ruë de Séve .
Le Duc de Chevreufe, ruë S. Dominique.
D'Ormeflon du Cheray , Confeiller au
Parlement , Place Royale.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, ruë de Richelieu .
Boutin de la Columiere , Maître des Requêtes
, rue de Richelieu .
1
De Julienne pere , aux Gobelins..
De Boullogne fils , Maître des Requêtes,
ruë Neuve des Petits Champs.
Watelet , Receveur général des Finan
ces , 2 .
Le Comte de Caylus , à l'Orangerie.
Le Duc de Luynes , rue S. Dominique.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, 4 .
De Selle , Tréforier général de la Marine.
Le Duc de Bethune , à l'Hôtel de Charoft..
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe..
Le Comte de Bruhl , premier Miniſtre
du Roy de Pologne.
Monfieur le Baron de Thiers , Place de
Vendôme..
JUILLET. 172. 157'
Madame Le Daulceur , rue de Richelieu.
MESSIEURS ,
De la Haye , Fermier général , à l'Hôtel
de Bretonvilliers.
Spinhirn , Secrétaire des Ambaſſades de
Pologne.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoiſe , 3 .
Le Commandeur d'Egrieux , ruë de Berri.
Dubocage , rue de la Sourdiere.
Madame de la Popliniere , ruë de Ven
tadour.
MESSIEURS ,
Corberon , Confeiller d'Etat.
L'Abbé Chevalier , rue S. Thomas diz :
Louvre.
Moreau , Avocat du Roy au Châtelet .
Dulivier , Député au Confeil du Com
merce , ruë Therefe .
Gamard , Avocat , rue Ste . Croix de la
Bretonnerie.
Gaucherel fils , Marchand , rue des Bour
donnois.
D'Argouges , Maître des Requêtes , ruë
Bourribour .
Ducheſne , Prévôt des Bâtimens du Roy.
158 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Bonnert de Saint - Remy , Directeur géné
ral des Fermes , à Chalons.
De Bofe , de l'Académie Françoife , Cub
de- fac du Coq .
Thirouft d'Arconville , Préfident au Par
lement , Cul- de - fac des Blancs- Manteaux.
Le Duc de Saint- Agnan , Quai des Théa
tins.
Dubrocard , Secrétaire du Gouvernement
de Bourgogne.
D'Expilly , Libraire , rue S. Jacques , 2 .
De Champigny , Confeiller au Parlement
, rue S. Martin .
Le Duc de Beauvilliers , rue des Saints
Peres.
De Caumont , de l'Oratoire.
Bombarde , ruë de l'Univerfité.
Lallemant de Nantouillet , Fermier gé
néral , ruë Neuve S. Auguftin.
Lallemant de Bets , Fermier général , mê
me ruë.
Fraifier , Directeur général des Fortifica
tions de la Province de Bretagne , à Breft.-
L'Abbé Langeraie.
Brochant , Marchand , ruë de l'Arbre-fec.
De Pifain , Maître des Comptes , ruë
Montmartre.
L'Abbé Soucier,
JUILLET. 1752 159
MESSIEURS ,
L'Abbé Turaudin , Chanoine à Boulogne
fur mer.
Barrois , Libraire , Quai des Auguftins.
Dupleix , rue des Capucines , près le
Boulevard ,
Franqueil , Receveur général des Finances
de Metz & Alface , rue Plâtriere.
Madame la Marquife de Pompadour , 2 .
MESSIEURS ,
Le Chevalier Valory , rue des Capucines.
Herbert.
Remy de l'Académie de S. Luc , ruë
Percée.
Bruté , Curé de S. Bénoît.
Lambert , Vicaire de S. Severin .
De Dachelet , Fermier général , ruë S
Honoré.
De Grimond , Avocat au Parlement , rue
S. Martin .
De Grammont , rue des Tournelles .
Le Président de Cotte , aux Galleries du
Louvre.
Duchefne , Sous Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue Geoffroy - Langevin ..
Trelaguet , Sous - Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue S. Martin.
160 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Louis - François - Gabriël d'Orléans la
Mothe , Evêque d'Amiens .
De Lafont , Employé aux Fermes.-
Monfeigneur le Duc d'Orléans .
Rouffeau , rue des deux Ecus .
Le Baron de Scheffer , rue Taranne..
Le Marquis de Voyer d'Argenfon.
L'Abbé Caron , Chanoine d'Amiens.
Le Duc de Chaulnes , rue d'Enfer. -
Phillippe , Ecuyer.
Bellet , au Havre.
Bailly , Garde des Tableaux de la Cou
ronne , aux Galleries du Louvre .
De l'Efperonniere , rue Thevenot .
Enfans trouvés eft enfin terminée . Cette
nouvelle ne peut être indifférente ni pour
les Soufcripteurs ni pour le Public . Une en
treprife auffi confidérable mérite une attention
férieufe , & M. Feffard doit plutôt
fouhaiter que craindre un examen rigou
reux de fon travail . Le fuffrage de pluficus
JUILLET. 1752. 153
connoiffeurs fort difficiles nous autorife à
prononcer hautement que c'eft un bel
Ouvrage , & que l'habile Graveur qui l'a
commencé ne peut le fair trop τότ pour
fa gloire & pour le plaifir des amateurs .
Les Soufcripteurs qui fe plaignent fi fouvent
avec raifon qu'ils ont été trompés ,
fe loueront fûrement de M. Feffard ; fes
Planches auront plus de hauteur & de largeur
qu'il ne l'avoit promis , & le papier
en fera beaucoup plus beau .
Noms des Soufcripteurs pour la Gravure
de la Chapelle des Enfans trouvés.
Madame Geofrain , ruë S. Honoré .
MESSIEURS ,
De Bachaumont , aux Filles S. Thomas:
Schreiber , Aumônier de l'Ambaffade Danoife
, rue des Francs - Bourgeois.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoife.
Thibouft , Imprimeur du Roy , Place do
Cambray.
Joullain , Marchand d'Eftampes , Quai
de la Megifferie , 2 .
Madame Duronceray , Porte S. Honoré
MESSIEURS ,
Le Marquis de Croifmate , rue S. Nicaife
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Watelet , Receveur général des Finances,
rue du Sentier.
De la Live de Bellegarde , Fermier géné
ral , rue S. Honoré.
Lorimier fils , rue de Vendôme.
Mylord Clare , ruë de Séve .
Le Chevalier de Breteüil , ruë de Séve .
Le Duc de Chevreufe, ruë S. Dominique.
D'Ormeflon du Cheray , Confeiller au
Parlement , Place Royale.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, ruë de Richelieu .
Boutin de la Columiere , Maître des Requêtes
, rue de Richelieu .
1
De Julienne pere , aux Gobelins..
De Boullogne fils , Maître des Requêtes,
ruë Neuve des Petits Champs.
Watelet , Receveur général des Finan
ces , 2 .
Le Comte de Caylus , à l'Orangerie.
Le Duc de Luynes , rue S. Dominique.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, 4 .
De Selle , Tréforier général de la Marine.
Le Duc de Bethune , à l'Hôtel de Charoft..
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe..
Le Comte de Bruhl , premier Miniſtre
du Roy de Pologne.
Monfieur le Baron de Thiers , Place de
Vendôme..
JUILLET. 172. 157'
Madame Le Daulceur , rue de Richelieu.
MESSIEURS ,
De la Haye , Fermier général , à l'Hôtel
de Bretonvilliers.
Spinhirn , Secrétaire des Ambaſſades de
Pologne.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoiſe , 3 .
Le Commandeur d'Egrieux , ruë de Berri.
Dubocage , rue de la Sourdiere.
Madame de la Popliniere , ruë de Ven
tadour.
MESSIEURS ,
Corberon , Confeiller d'Etat.
L'Abbé Chevalier , rue S. Thomas diz :
Louvre.
Moreau , Avocat du Roy au Châtelet .
Dulivier , Député au Confeil du Com
merce , ruë Therefe .
Gamard , Avocat , rue Ste . Croix de la
Bretonnerie.
Gaucherel fils , Marchand , rue des Bour
donnois.
D'Argouges , Maître des Requêtes , ruë
Bourribour .
Ducheſne , Prévôt des Bâtimens du Roy.
158 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Bonnert de Saint - Remy , Directeur géné
ral des Fermes , à Chalons.
De Bofe , de l'Académie Françoife , Cub
de- fac du Coq .
Thirouft d'Arconville , Préfident au Par
lement , Cul- de - fac des Blancs- Manteaux.
Le Duc de Saint- Agnan , Quai des Théa
tins.
Dubrocard , Secrétaire du Gouvernement
de Bourgogne.
D'Expilly , Libraire , rue S. Jacques , 2 .
De Champigny , Confeiller au Parlement
, rue S. Martin .
Le Duc de Beauvilliers , rue des Saints
Peres.
De Caumont , de l'Oratoire.
Bombarde , ruë de l'Univerfité.
Lallemant de Nantouillet , Fermier gé
néral , ruë Neuve S. Auguftin.
Lallemant de Bets , Fermier général , mê
me ruë.
Fraifier , Directeur général des Fortifica
tions de la Province de Bretagne , à Breft.-
L'Abbé Langeraie.
Brochant , Marchand , ruë de l'Arbre-fec.
De Pifain , Maître des Comptes , ruë
Montmartre.
L'Abbé Soucier,
JUILLET. 1752 159
MESSIEURS ,
L'Abbé Turaudin , Chanoine à Boulogne
fur mer.
Barrois , Libraire , Quai des Auguftins.
Dupleix , rue des Capucines , près le
Boulevard ,
Franqueil , Receveur général des Finances
de Metz & Alface , rue Plâtriere.
Madame la Marquife de Pompadour , 2 .
MESSIEURS ,
Le Chevalier Valory , rue des Capucines.
Herbert.
Remy de l'Académie de S. Luc , ruë
Percée.
Bruté , Curé de S. Bénoît.
Lambert , Vicaire de S. Severin .
De Dachelet , Fermier général , ruë S
Honoré.
De Grimond , Avocat au Parlement , rue
S. Martin .
De Grammont , rue des Tournelles .
Le Président de Cotte , aux Galleries du
Louvre.
Duchefne , Sous Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue Geoffroy - Langevin ..
Trelaguet , Sous - Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue S. Martin.
160 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Louis - François - Gabriël d'Orléans la
Mothe , Evêque d'Amiens .
De Lafont , Employé aux Fermes.-
Monfeigneur le Duc d'Orléans .
Rouffeau , rue des deux Ecus .
Le Baron de Scheffer , rue Taranne..
Le Marquis de Voyer d'Argenfon.
L'Abbé Caron , Chanoine d'Amiens.
Le Duc de Chaulnes , rue d'Enfer. -
Phillippe , Ecuyer.
Bellet , au Havre.
Bailly , Garde des Tableaux de la Cou
ronne , aux Galleries du Louvre .
De l'Efperonniere , rue Thevenot .
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Résumé : « La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
Le texte annonce l'achèvement de la première planche de la gravure de la Chapelle des Enfants trouvés, une réalisation jugée notable tant pour les souscripteurs que pour le public. Cette œuvre, exécutée par M. Feffard, a été saluée par des connaisseurs pour sa qualité et son excellence. Les souscripteurs, souvent déçus par des promesses non tenues, seront cette fois satisfaits, car les planches présentent des dimensions plus grandes et un papier de meilleure qualité que prévu. Le texte énumère également les noms des souscripteurs, qui incluent des personnalités influentes telles que Madame Geoffrin, le Marquis de Croismare, Watelet, le Duc de Chevreuse et Madame de Pompadour. Parmi eux se trouvent également d'autres nobles, ecclésiastiques, fonctionnaires et artistes. Ces souscripteurs proviennent de divers milieux et occupent des postes prestigieux au sein de la société française du XVIIIe siècle.
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4545
p. 152-158
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. V°. Des Glaces en verres courbés au feu.
Début :
On peut, dans cette Manufacture, faire courber des glaces, ou du verre de toute [...]
Mots clefs :
Pouces, Cristaux, Verres, Glaces, Qualité, Manufacture, Miroirs concaves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. V°. Des Glaces en verres courbés au feu.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des
Miroirs concaves .
V°. Des Glaces en verres courbés aufez
Opeut, dans cette Manufacture, faire
courber des glaces , ou du verre de toute
eſpéce,dans quelque forme que ce puiffe
être , comme pour les carreaux des croi
ſées ceintrées , qui naturellemeut doivent
ſuivre la courbure que l'architectu
re fait prendre à certaines parties des édifices
; pour les encoignures arrondies des
boutiques , pour les bibliothéques , les
tablettes & les panneaux des portes des
coins de cabinet , dans lesquels on tient
des morceaux rares & curieux qu'on
veut garantir de la pouffière ,& cependant
laiſſer voir ; pour les caroffes &
autres voitures en gondoles dont on
NOVEMBRE, 1763 . 153
,
veut que les coins , quoiqu'arrondis ,
foient garnis de glaces ; pour les châffes
des Saints qu'on rend d'une forme plus
agréable que ne font les anciennes , en
y ménageant des courbes rentrantes &
fortantes ; pour former les cafes ου
boëtes de glaces , ou verres qui fervent
à préſerver les beaux morceaux de
fculpture , ou les bouquets artificiels de
la pouffière , des mouches & de la vapeur
des bougies qui les noirciffent , &
généralement pour toutes les conftructions
dans lesquelles on veut faire entrer
des glaces , ou verres courbes.
VI . Des Luftres de glace.
L'établiſſement de cette Manufacture
/ a fait imaginer les Luftres de glace : c'eſt
une eſpece de grande lanterne compofée
de plufieurs glaces , auxquelles on
fait prendre les contours qu'on juge a
propos de donner à ces Luftres , afin
de les rendre autant par leur forme que
par la richeſſe & les ornemens de leur
monture, en état de figurer dans les appartemensles
plus magnifiques. Au milieu
de ces Luftres eſt ſuſpendu un chandelier
à pluſieurs branches arrangées
ordiniarement en ordre pyramidal.
و
Tes avantages de ces Luftres für ceux
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
qui ſont de cristal , tels qu'on les voit
dans les Caffés & aux Salles de ſpectacle
, font frappans ; ils donnent beau--
coupplus de lumière , parce que les glaces
ont la propriété de ſe la réfléchir
mutuellement: dans ces Luftres les bougies
étant à l'abri du vent , elles font
moins expoſées à couler , & permettent
que l'on ait les portes & les fenêtres
ouveerrtteess ,, ce qui est fort agréable
pendant les chaleurs & à la campagne ;
enfin on peut paſſer deſſous dans une
aſſemblée , ou dans un bal , ſans craindre
de recevoir ſur ſon habit ou fur fa
robe, de la cire& de la graiffe fondues.
VII . Des Cristaux de Pendules , ou
cartels .
Il nous paroît important d'inſtruire le
Public fur les Cristaux de pendule qui
ſe fabriquent auſſi dans cette Manufacture
: peu de perſonnes ſçavent ce que
c'eſt; on en ignore les quatre différentes
qualités , & les trois différens prix ;
on ne fait pas s'il vaut mieux avoir des
unsque des autres; on ne ſe détermine
que par le meilleur marché ; on n'eſt
pas content enfuite , & faute de connoiffance
, on s'en prend à la Fabrique,
Il convient , fans doute , que tout le
NOVEMBRE. 1763. 155
monde ſoit en état de demander à fon
Horloger telle , ou telle qualité de ces
Criſtaux , à proportion du prix qu'il veut
mettre à ſa pendule ou à fon carte !, &
ſuivant la beauté & la perfection de la
piece.
On appelle Cristal de pendule , ou de
cartel cette calotte de verre qui recouvre
le cadran , & qui eſt ordinairement
encadrée dans la porte de la pendule
, ou du cartel. Il fe fait dans cette
Manufacture de quatre fortes de ces Criftaux
: ceux de la première qualité font
de vrai Criſtal , parfaitement blanc , &
dont les deux ſurfaces ſont travaillées
réguliérement ; c'est -à-dire , doucies &
polies , comme on travaille les verres
pour l'Optique ; ainſi ces Criſtaux ne
portent aucune couleur fur l'émail des
cadrans ; ils leur laiſſent tout leur éclat ,
& jamais ne défigurent , ni les heures ,
ni les minutes : enfin leur épaiſſeur les
met en état de réſiſter , & d'être beaucoup
moins cafuels que les autres ; ce
font là les plus chers ,& ceux dont il
s'agit dans la première colonne du tarif
qui fuit.
Les Criftaux de la feconde qualité
font faits avec de la glace de France :
ils font travaillés avec le même ſoin que
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
les Criſtaux de criſtal ; ils ont la même
force ; ils ne défigurent point les heures ,
ni les minutes ; mais il eſt impoffible
qu'ils foient auffi blancs que ceux de
criftal.
Les Criſtaux de la troifiéme qualité
fontfaits de verre d'Allemagne double ,
fait exprès : ils ſont courbés très-réguliérement;
les ſurfaces n'en font point
travaillées comme ceux de glace ; mais
ils font beaucoup plus blancs.
Ces Criſtaux de la troiſieme & feconde
qualité font du même prix ; &
c'eſt d'eux dont il s'agit dans la feconde
colonne du tarif ci-après .
,
Enfin les Criſtaux de la quatriéme
qualité ſont faits de verre de Boheme
fimplement courbé : comme ce verre a
beaucoup moins d'épaiſſeur que les autres
, ces Criſtaux font bien plus cafuels
que ceux des trois autres qualités;
ils font auſſi bien moins réguliers; ce qui
fait que vers les bords ils défigurent
quelquefois les heures & les minutes du
cadran : ce verre eſt auſſi ſujet aux fils ,
aux piquures , aux bouillons ; ce font
ceux du plus bas prix , & de la derniere
colonne du tarif. On ne doit les
employer que pour les peridules de peu
de valeur , & dont les boëtes ne font .
ni ornées , ni décorées ; car il feroit ri
NOVEMBRE. 1763. 157
dicule de voir un de ces verres communs
dans une falle , ou dans un cabinet
qui ne contiendroit que des meubles
de goût & de prix .
TARIF des Cristaux de Pendule , ou Cartels.
Diametre des Cristaux. Criſtaux | Cristaux | Criſtaux
de criſtal, de glace& de verre
1. qua- de verre
Lité.
de Bonedouble,
2e.me , 4 .
& 3.qua qualité.
lité .
2 pouces & au deffous 90 1. 60 liv. 301.
I pouces & au- dellous 72 48 24
1 pouces & au-deſſous 4 5 30 15
9 pouces & au - delfous 30 20
12
8 pouces & au deffous 22 1of.
15 9
7 pouces & au-deſſous 18- 12 710
6 pouces & au-deſſous 5 و 13 10
5 pouces & au deſſous 9 6
4
4 pouces & au- deſſous 7 10
5 3.
Remarquez que quand le diamètre de
la porte de la Pendule a précisément
une des meſures ci-deſſus , ou la moindre
choſe de plus , il faut prendre le
criſtal dans la claſſe d'au-deſſus ; car il
faut que ce criſtal foit d'abord plus grand
que la porte , pour qu'on puiſſe l'y
ajuſter.
Prix des Miroirs.
Un Miroir , dont la glace a 9 pouces de dias
158 MERCURE DE FRANCE.
mètre , monté ſur ſon pied , ſon demi-cercle
& pivot de cuivre , &c. comme il eſt expliqué
au commencement de cet Abregé , vaut 72 liv.
Un de 12 pouces vaut.
Un de 13 pouces ,
Un de 14 pouces ,
Un de Is pouces ,
Un de 18 pouces ,
Un de 24 pouces ,
120
144
180
240
340
SIO
Lorſque l'on veut des Miroirs d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Prix des Loupes à eau montées comme les Miroirs
Une Loupe des pouces de diamètre , 36 liv.
Une de 6 pouces , 42
Une de 7 pouces , 48
Une de 8 pouces , 60
Une de 9 pouces , 72
Une de to pouces , 96
One de ri pouces , 144
Une de 12 pouces , 192
Lorſque l'on veutdes Loupes d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Les Sçavans& les Curieux qui voudront ſe procurer
quelques-uns des objets de cetteManufacture
, pourront adreſſer leurs lettres , franches de
port , au Bureau de ladite Manufacture , dont
l'adreſſe eſt au commencementdu préſentAbrégé.
On trouvera des Exemplaires de cet
abrégé au Bureau de ladite Manufacture
rue des Prouvaires , près celle S.
Honoré, & au Palais Royal , cour de
Richelieu.
Miroirs concaves .
V°. Des Glaces en verres courbés aufez
Opeut, dans cette Manufacture, faire
courber des glaces , ou du verre de toute
eſpéce,dans quelque forme que ce puiffe
être , comme pour les carreaux des croi
ſées ceintrées , qui naturellemeut doivent
ſuivre la courbure que l'architectu
re fait prendre à certaines parties des édifices
; pour les encoignures arrondies des
boutiques , pour les bibliothéques , les
tablettes & les panneaux des portes des
coins de cabinet , dans lesquels on tient
des morceaux rares & curieux qu'on
veut garantir de la pouffière ,& cependant
laiſſer voir ; pour les caroffes &
autres voitures en gondoles dont on
NOVEMBRE, 1763 . 153
,
veut que les coins , quoiqu'arrondis ,
foient garnis de glaces ; pour les châffes
des Saints qu'on rend d'une forme plus
agréable que ne font les anciennes , en
y ménageant des courbes rentrantes &
fortantes ; pour former les cafes ου
boëtes de glaces , ou verres qui fervent
à préſerver les beaux morceaux de
fculpture , ou les bouquets artificiels de
la pouffière , des mouches & de la vapeur
des bougies qui les noirciffent , &
généralement pour toutes les conftructions
dans lesquelles on veut faire entrer
des glaces , ou verres courbes.
VI . Des Luftres de glace.
L'établiſſement de cette Manufacture
/ a fait imaginer les Luftres de glace : c'eſt
une eſpece de grande lanterne compofée
de plufieurs glaces , auxquelles on
fait prendre les contours qu'on juge a
propos de donner à ces Luftres , afin
de les rendre autant par leur forme que
par la richeſſe & les ornemens de leur
monture, en état de figurer dans les appartemensles
plus magnifiques. Au milieu
de ces Luftres eſt ſuſpendu un chandelier
à pluſieurs branches arrangées
ordiniarement en ordre pyramidal.
و
Tes avantages de ces Luftres für ceux
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
qui ſont de cristal , tels qu'on les voit
dans les Caffés & aux Salles de ſpectacle
, font frappans ; ils donnent beau--
coupplus de lumière , parce que les glaces
ont la propriété de ſe la réfléchir
mutuellement: dans ces Luftres les bougies
étant à l'abri du vent , elles font
moins expoſées à couler , & permettent
que l'on ait les portes & les fenêtres
ouveerrtteess ,, ce qui est fort agréable
pendant les chaleurs & à la campagne ;
enfin on peut paſſer deſſous dans une
aſſemblée , ou dans un bal , ſans craindre
de recevoir ſur ſon habit ou fur fa
robe, de la cire& de la graiffe fondues.
VII . Des Cristaux de Pendules , ou
cartels .
Il nous paroît important d'inſtruire le
Public fur les Cristaux de pendule qui
ſe fabriquent auſſi dans cette Manufacture
: peu de perſonnes ſçavent ce que
c'eſt; on en ignore les quatre différentes
qualités , & les trois différens prix ;
on ne fait pas s'il vaut mieux avoir des
unsque des autres; on ne ſe détermine
que par le meilleur marché ; on n'eſt
pas content enfuite , & faute de connoiffance
, on s'en prend à la Fabrique,
Il convient , fans doute , que tout le
NOVEMBRE. 1763. 155
monde ſoit en état de demander à fon
Horloger telle , ou telle qualité de ces
Criſtaux , à proportion du prix qu'il veut
mettre à ſa pendule ou à fon carte !, &
ſuivant la beauté & la perfection de la
piece.
On appelle Cristal de pendule , ou de
cartel cette calotte de verre qui recouvre
le cadran , & qui eſt ordinairement
encadrée dans la porte de la pendule
, ou du cartel. Il fe fait dans cette
Manufacture de quatre fortes de ces Criftaux
: ceux de la première qualité font
de vrai Criſtal , parfaitement blanc , &
dont les deux ſurfaces ſont travaillées
réguliérement ; c'est -à-dire , doucies &
polies , comme on travaille les verres
pour l'Optique ; ainſi ces Criſtaux ne
portent aucune couleur fur l'émail des
cadrans ; ils leur laiſſent tout leur éclat ,
& jamais ne défigurent , ni les heures ,
ni les minutes : enfin leur épaiſſeur les
met en état de réſiſter , & d'être beaucoup
moins cafuels que les autres ; ce
font là les plus chers ,& ceux dont il
s'agit dans la première colonne du tarif
qui fuit.
Les Criftaux de la feconde qualité
font faits avec de la glace de France :
ils font travaillés avec le même ſoin que
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
les Criſtaux de criſtal ; ils ont la même
force ; ils ne défigurent point les heures ,
ni les minutes ; mais il eſt impoffible
qu'ils foient auffi blancs que ceux de
criftal.
Les Criſtaux de la troifiéme qualité
fontfaits de verre d'Allemagne double ,
fait exprès : ils ſont courbés très-réguliérement;
les ſurfaces n'en font point
travaillées comme ceux de glace ; mais
ils font beaucoup plus blancs.
Ces Criſtaux de la troiſieme & feconde
qualité font du même prix ; &
c'eſt d'eux dont il s'agit dans la feconde
colonne du tarif ci-après .
,
Enfin les Criſtaux de la quatriéme
qualité ſont faits de verre de Boheme
fimplement courbé : comme ce verre a
beaucoup moins d'épaiſſeur que les autres
, ces Criſtaux font bien plus cafuels
que ceux des trois autres qualités;
ils font auſſi bien moins réguliers; ce qui
fait que vers les bords ils défigurent
quelquefois les heures & les minutes du
cadran : ce verre eſt auſſi ſujet aux fils ,
aux piquures , aux bouillons ; ce font
ceux du plus bas prix , & de la derniere
colonne du tarif. On ne doit les
employer que pour les peridules de peu
de valeur , & dont les boëtes ne font .
ni ornées , ni décorées ; car il feroit ri
NOVEMBRE. 1763. 157
dicule de voir un de ces verres communs
dans une falle , ou dans un cabinet
qui ne contiendroit que des meubles
de goût & de prix .
TARIF des Cristaux de Pendule , ou Cartels.
Diametre des Cristaux. Criſtaux | Cristaux | Criſtaux
de criſtal, de glace& de verre
1. qua- de verre
Lité.
de Bonedouble,
2e.me , 4 .
& 3.qua qualité.
lité .
2 pouces & au deffous 90 1. 60 liv. 301.
I pouces & au- dellous 72 48 24
1 pouces & au-deſſous 4 5 30 15
9 pouces & au - delfous 30 20
12
8 pouces & au deffous 22 1of.
15 9
7 pouces & au-deſſous 18- 12 710
6 pouces & au-deſſous 5 و 13 10
5 pouces & au deſſous 9 6
4
4 pouces & au- deſſous 7 10
5 3.
Remarquez que quand le diamètre de
la porte de la Pendule a précisément
une des meſures ci-deſſus , ou la moindre
choſe de plus , il faut prendre le
criſtal dans la claſſe d'au-deſſus ; car il
faut que ce criſtal foit d'abord plus grand
que la porte , pour qu'on puiſſe l'y
ajuſter.
Prix des Miroirs.
Un Miroir , dont la glace a 9 pouces de dias
158 MERCURE DE FRANCE.
mètre , monté ſur ſon pied , ſon demi-cercle
& pivot de cuivre , &c. comme il eſt expliqué
au commencement de cet Abregé , vaut 72 liv.
Un de 12 pouces vaut.
Un de 13 pouces ,
Un de 14 pouces ,
Un de Is pouces ,
Un de 18 pouces ,
Un de 24 pouces ,
120
144
180
240
340
SIO
Lorſque l'on veut des Miroirs d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Prix des Loupes à eau montées comme les Miroirs
Une Loupe des pouces de diamètre , 36 liv.
Une de 6 pouces , 42
Une de 7 pouces , 48
Une de 8 pouces , 60
Une de 9 pouces , 72
Une de to pouces , 96
One de ri pouces , 144
Une de 12 pouces , 192
Lorſque l'on veutdes Loupes d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Les Sçavans& les Curieux qui voudront ſe procurer
quelques-uns des objets de cetteManufacture
, pourront adreſſer leurs lettres , franches de
port , au Bureau de ladite Manufacture , dont
l'adreſſe eſt au commencementdu préſentAbrégé.
On trouvera des Exemplaires de cet
abrégé au Bureau de ladite Manufacture
rue des Prouvaires , près celle S.
Honoré, & au Palais Royal , cour de
Richelieu.
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4546
p. 156-168
Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Début :
Je serois fort embarrassé du choix de mes termes / La misericorde de Dieu, justement irritée des crimes [...]
Mots clefs :
Royaume de Naples, Pape, Miracle avéré, Miracle, Église, Clergé, Évêque, Peuple, Isernia, Larmes, Vierge, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Je ſerois fort embaraffé
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
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Résumé : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
En octobre 1714, à Icernia, une ville du Royaume de Naples, un miracle s'est produit dans un monastère de religieuses suivant la règle de sainte Claire. Une petite image de cire de la Vierge Marie, conservée dans une châsse, a pleuré abondamment pendant que les religieuses priaient pour mettre fin aux pluies continues et aux maladies contagieuses qui affligeaient la région. Ce phénomène a suscité frayeur et émerveillement parmi les religieuses, qui ont intensifié leurs prières et dévotions. Le lundi suivant, l'image était mouillée de sueur, et les religieuses ont continué leurs prières avec ferveur. Le mardi, l'évêque et le clergé, informés du miracle, se sont rendus à l'église et ont constaté les larmes et la sueur de l'image. L'évêque a appelé la population à la pénitence et a organisé des processions solennelles. Cependant, le jour suivant, un violent tremblement de terre a frappé la ville. En réponse, l'évêque a déplacé l'image sacrée dans une châsse de cristal ornée de pierres précieuses et a mené une procession à travers la ville, après quoi les tremblements ont cessé. L'image reste exposée pour permettre aux fidèles de manifester leur piété. Par ailleurs, le texte mentionne brièvement une action militaire où le Chevalier de Langon a affronté et vaincu un vaisseau algérien près des îles de Sainte-Marguerite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4547
p. 155-173
LETTRE à Monsieur B ....
Début :
Puisque vous souhaitez, Monsieur, que je vous apprenne l'Histoire de [...]
Mots clefs :
Académie, Lyon, Égypte, Syrie, Sciences, Belles-lettres, Conférences, Érudition, Académiciens, Publications
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Monsieur B ....
LETTRE
- àMonsieurB.
Puisque
vous souhaitez,
Monsieur,que je vous apprenne
l'Histoire de l'Académieétablie
à Lyon, je
vais tascher de satisfaire
vôtre curiosité.
Cette Académie est digne
de cette Villecélébre,
elle a pour objet les Sciences
& les belles Lettres:
elle aété formée au mois
de Janvier de l'année1708.
& n'estoit d'abord composée
que de six personnes
quisont les Reverends
Peres Jesuites Brun & de
Colonia
,
Mr Dugas le
Président, Mr Villemot
Curé de la Guillotiere, Mr
de Puget, & Mr Falconnet.
La maison de ce dernier
Academicienétait le lieu
des conferences;ils joüissaient
des plaisirs les plus
purs que peut produire la
societé des esprits, lorsque
MrTrudaine Intendant de
cette Ville, sollicité par
l'amour qu'il a pour les
Sciences & les beaux Arts,
souhaita d'entrer dans ces
conferences. On s'assembla
chez lui, mais le gran d
concours du monde qui
sabordait chez ce Magistrat
) troublant la liberté
des assem blées
) on jugea
sa propos de se rendre chez
[Mr de la Valette en Belleà
cour, qui a une très- bell
Bibliothèque. Le nombr
des Académiciens s'aug
mentaalors, on reçut NI
de la Valecte le Pere & M
de la Valette le fils, Mr d
Serre, Mr Brossette, M
l'Abbé de Gouverner, M
Mahudel&Mrl'AbbéTi^
caut de Bellont. L'anné
suivante 1 710. on recei
Mr de Sainsonds.
Mr de Trudaine ~ayan été appellé à rintendanc
de Bourgogne, Mr de M^
lian qui fut nommé à
place ,succeda à l'inclind
tion que Mr de Trudaine
avait pour l'Académie, il
est fort assidu aux conférences.
On a receu depuis en
1711 Mr Aubert&Mrde
Glatigni. Je ne garde aucun
ordre encre les Académiciens
,
je les nommeà
mesure qu'ils se presentent
à mon esprit Je ferois ravi
de les faire connaîtrepar
des éloges personnels: mais
ennemis des loüanges les
plus legitimes,ils me de£.-
fendent de leur payer un
tribut auquel l'équité ellemême
m'avait assujetti.
J'ay la liberté de parler de
Mr dePuget que la mort
a ravi à la Republique des
Lettres; il estoit connu de
tous les Sçavans par ses
experiences sur l'Aymanc,
& par ses découvertes dans
cette partie de la Physique.
J'exprimerais ici son caractere
si tous les Journalistes
ne m'avaientprévenu.
Ils ont saisi tous les
traits de ce Sçavant celebre,
ils n'en ont laissé aucun
à peindre.
On sJalfenlbIe régulierement
rement tous les Lundis sur
les trois heures du soir, la
conférence dure environ
trois heures. Les Académiciens
y exercent leur érudition
sur toutes fortes
de sujets.
Mr de Villemot a parlé
premièrement des erreurs
populaires en matiere de
Physique & de Mathématique.
Secondement de l'Idolatrie,
de son origine & de
son progrez.
Troisièmement de 'la
force des nerfs.
Quatrièmement des pré-
Adamites
,
du Deluge ôc
de son universalité.
Cinquièmement, de la
confession publique qui se
faisoit dans les premiers
siecles de l'Eglise.
Mr Brossette a fait deux
discours, le premier de la
Peinture, dela Sculpture,
de l'Architecture, de leur
origine, de leur progrès,
& de leur perfection.
Le fecond
,
de la sepulture
des Anciens.
Mr le Président Dugas
a fait un discours sur le bon
goût en matiere de belles
Lettres.
Le Pere Brun a fait quatre
Dissertations.
La premiere, sur les fausses
Decretales.
La seconde, sur l'unité,
qui, selon les Platoniciens,
est le principe de la beauté.
La troisième,sur les vents.
La quatrième
,
sur les
vrais miracles.
- Mr Mahudel a traité prémièrement
desMomies&
des superstitions des Egyptiens.
Secondement, des quesrions
Philologiques sur la
Paillon deJesusChrist.
Troisiémement.,des Talismans.
Quatrièmement
,
des
Fontaines.
Mr Aubert, lejourdesa
reception
,
fit un discours
sur le Bejaune ou sur la
Bienvenuë.
Il a encore fait deux autres
discours.
Le premier, sur la Manumission
des Esclaves.
Et le second sur un Canon
du Concile d'Elvire.
LePere de Colonia a fait
plusieurs Disserrations.
Premierement
,
sur les
Textes originaux de l'Ecrirure
fainte.
Secondement, sur la verion
des Septante.
Troisiémement,sur les
choses vrayes qui ne sont
pas vraisemblables.
Quatrièmement, sur le
l'Infini créé.
Cinquièmement, sur l'origine
& les variations du
jeusne du Caresme.
Sixiémement, sur la Rcgale,
la Pragmatique Sandion
& le Concordat.
Septiememcnt,sur les plus
beaux endroits des Auteurs
du siecle d'Auguste.
Huitièmement, sur les
plus belles Epitaphes des
Grecs, des Latins& des
François.
Neuvièmement
,
sur la
Cabale &surla Massore.
Dixiémement, sur l'antiquité
des Temps.
Onzièmement, sur les
Catacombes.
Mr l'Abbé de Gouver.
net a fait deux discours.
Le premier, sur Cassiodore
e Apollonius de
Thiane.
Le [econd) sur laverité
les Miracles.
Mr l'Abbé Tricaut a
arlé fut les persecutions
e FEgliic.
L'on voit que toutes les
ciences,l'antique,le moerne,
le sacre, & le profane
J tout est embrasse par
ces nouveaux Académiciens.
Ils agitent plusieurs
questions fut la Langue
Françoise.
Quoyque je doive ceder
du moins pour un temps
à la loy qu'ils m'ont prescrite
de ne les point louer,
je ne puis m'empescher d^
dire icy que plusieurs d'entr'eux
ont donné des ouvrages
au public, qui leur
ont acquis de la reputa.
tion parmy les Sçavans.
Mr de Villemor a don.
né un nouveau Systeme,
ou une nouvelle Explication
des mouvemens des
Planettes. Cet ouvrage qui
est rempli de vûës ingenieufès
fait honneur à la
Philosophie de Descartes.
Mr Brofetreacomposé
une Table des Titres des
Livres du Droite une Histoire
stoireparticulière de Lyon,
comme il estoit fore lié
avec Despreaux,ce fameux
Auteur luy a découvert
confidemment les secrets
de son stile, & il la conduit
souvent à lasource où
il puisoit toutes ses pensées
heureuses.
Mr l'Abbé de Gouvernet
qui est fort distingué
par sa naissance,est grand
Vicaire de ce Diocese ; il
a donné au public un Commentaire
sur laGenere. Je
succomberois facilementà
la tentation de le louer, si
je m'arrestois davantage
surce sujet. -4..
Le Pere de Colonia a mis
en lumiere des ouvrages
dans plusieurs genres d'érudition
; il a composé plusieurs
Tragedies Françoises
qu'il a alliées avec la
faintere de son estat. Il a
fait present au public d'une
Rhetoriquelatine. Il presensa
àMonfeigneur leDuc
de Bourgogne decedéDauphin
de France,un ouvrage
qui a pour titre les Annquitez
sacrées & profanes
d{.; Lyon. Il a fait une Die:
fertation sur le Taurobole
découvertàLyon en 1704.
Il a fait encore plusieurs
dissèrtations sur divers moninnens
antiques.C'est un
genie vasse & universel , Sce trait delouange m'échape.
Il a un des plus
beaux cabinets de Medailes
que la curiosité la plus
riche & la plus fçavance
uifJè assembler ; il. a une
suite de Médaillés Consuaires
de Rome en argent; il a la fuite des Empereurs
Romains en grand, moyen
m petit bronze une fuite
des Rois de SyrieJune luite
des Rois d'Egypte, une
fuite des Medailles de laSicile&
de la grande Grece
en argent & en bronze. Il
a plusieurs Idoles de l'Egypte,
de la Grece, de Rome;
des Lampes antiques
en bronze; une Histoire
métallique des Papes en
argent&en or;une partie
de la vie du Roy en argent,
desmonnoyesdargent des
trois races de nos Rois.
Je m'interromps moy.
mesme,& jecesse de 1erdecette par
lerdecetteAAccaaddéémmiieeasi
des sujets qui la composent
: car malgré la loy
qu'on m'a imposée je serois
porté à louër le rare
sçavoir & la profondemodeftie
du Pere Brun & le
mérité de Mr Dugas, du
Président & des autres Academiciens.
RELATION
- àMonsieurB.
Puisque
vous souhaitez,
Monsieur,que je vous apprenne
l'Histoire de l'Académieétablie
à Lyon, je
vais tascher de satisfaire
vôtre curiosité.
Cette Académie est digne
de cette Villecélébre,
elle a pour objet les Sciences
& les belles Lettres:
elle aété formée au mois
de Janvier de l'année1708.
& n'estoit d'abord composée
que de six personnes
quisont les Reverends
Peres Jesuites Brun & de
Colonia
,
Mr Dugas le
Président, Mr Villemot
Curé de la Guillotiere, Mr
de Puget, & Mr Falconnet.
La maison de ce dernier
Academicienétait le lieu
des conferences;ils joüissaient
des plaisirs les plus
purs que peut produire la
societé des esprits, lorsque
MrTrudaine Intendant de
cette Ville, sollicité par
l'amour qu'il a pour les
Sciences & les beaux Arts,
souhaita d'entrer dans ces
conferences. On s'assembla
chez lui, mais le gran d
concours du monde qui
sabordait chez ce Magistrat
) troublant la liberté
des assem blées
) on jugea
sa propos de se rendre chez
[Mr de la Valette en Belleà
cour, qui a une très- bell
Bibliothèque. Le nombr
des Académiciens s'aug
mentaalors, on reçut NI
de la Valecte le Pere & M
de la Valette le fils, Mr d
Serre, Mr Brossette, M
l'Abbé de Gouverner, M
Mahudel&Mrl'AbbéTi^
caut de Bellont. L'anné
suivante 1 710. on recei
Mr de Sainsonds.
Mr de Trudaine ~ayan été appellé à rintendanc
de Bourgogne, Mr de M^
lian qui fut nommé à
place ,succeda à l'inclind
tion que Mr de Trudaine
avait pour l'Académie, il
est fort assidu aux conférences.
On a receu depuis en
1711 Mr Aubert&Mrde
Glatigni. Je ne garde aucun
ordre encre les Académiciens
,
je les nommeà
mesure qu'ils se presentent
à mon esprit Je ferois ravi
de les faire connaîtrepar
des éloges personnels: mais
ennemis des loüanges les
plus legitimes,ils me de£.-
fendent de leur payer un
tribut auquel l'équité ellemême
m'avait assujetti.
J'ay la liberté de parler de
Mr dePuget que la mort
a ravi à la Republique des
Lettres; il estoit connu de
tous les Sçavans par ses
experiences sur l'Aymanc,
& par ses découvertes dans
cette partie de la Physique.
J'exprimerais ici son caractere
si tous les Journalistes
ne m'avaientprévenu.
Ils ont saisi tous les
traits de ce Sçavant celebre,
ils n'en ont laissé aucun
à peindre.
On sJalfenlbIe régulierement
rement tous les Lundis sur
les trois heures du soir, la
conférence dure environ
trois heures. Les Académiciens
y exercent leur érudition
sur toutes fortes
de sujets.
Mr de Villemot a parlé
premièrement des erreurs
populaires en matiere de
Physique & de Mathématique.
Secondement de l'Idolatrie,
de son origine & de
son progrez.
Troisièmement de 'la
force des nerfs.
Quatrièmement des pré-
Adamites
,
du Deluge ôc
de son universalité.
Cinquièmement, de la
confession publique qui se
faisoit dans les premiers
siecles de l'Eglise.
Mr Brossette a fait deux
discours, le premier de la
Peinture, dela Sculpture,
de l'Architecture, de leur
origine, de leur progrès,
& de leur perfection.
Le fecond
,
de la sepulture
des Anciens.
Mr le Président Dugas
a fait un discours sur le bon
goût en matiere de belles
Lettres.
Le Pere Brun a fait quatre
Dissertations.
La premiere, sur les fausses
Decretales.
La seconde, sur l'unité,
qui, selon les Platoniciens,
est le principe de la beauté.
La troisième,sur les vents.
La quatrième
,
sur les
vrais miracles.
- Mr Mahudel a traité prémièrement
desMomies&
des superstitions des Egyptiens.
Secondement, des quesrions
Philologiques sur la
Paillon deJesusChrist.
Troisiémement.,des Talismans.
Quatrièmement
,
des
Fontaines.
Mr Aubert, lejourdesa
reception
,
fit un discours
sur le Bejaune ou sur la
Bienvenuë.
Il a encore fait deux autres
discours.
Le premier, sur la Manumission
des Esclaves.
Et le second sur un Canon
du Concile d'Elvire.
LePere de Colonia a fait
plusieurs Disserrations.
Premierement
,
sur les
Textes originaux de l'Ecrirure
fainte.
Secondement, sur la verion
des Septante.
Troisiémement,sur les
choses vrayes qui ne sont
pas vraisemblables.
Quatrièmement, sur le
l'Infini créé.
Cinquièmement, sur l'origine
& les variations du
jeusne du Caresme.
Sixiémement, sur la Rcgale,
la Pragmatique Sandion
& le Concordat.
Septiememcnt,sur les plus
beaux endroits des Auteurs
du siecle d'Auguste.
Huitièmement, sur les
plus belles Epitaphes des
Grecs, des Latins& des
François.
Neuvièmement
,
sur la
Cabale &surla Massore.
Dixiémement, sur l'antiquité
des Temps.
Onzièmement, sur les
Catacombes.
Mr l'Abbé de Gouver.
net a fait deux discours.
Le premier, sur Cassiodore
e Apollonius de
Thiane.
Le [econd) sur laverité
les Miracles.
Mr l'Abbé Tricaut a
arlé fut les persecutions
e FEgliic.
L'on voit que toutes les
ciences,l'antique,le moerne,
le sacre, & le profane
J tout est embrasse par
ces nouveaux Académiciens.
Ils agitent plusieurs
questions fut la Langue
Françoise.
Quoyque je doive ceder
du moins pour un temps
à la loy qu'ils m'ont prescrite
de ne les point louer,
je ne puis m'empescher d^
dire icy que plusieurs d'entr'eux
ont donné des ouvrages
au public, qui leur
ont acquis de la reputa.
tion parmy les Sçavans.
Mr de Villemor a don.
né un nouveau Systeme,
ou une nouvelle Explication
des mouvemens des
Planettes. Cet ouvrage qui
est rempli de vûës ingenieufès
fait honneur à la
Philosophie de Descartes.
Mr Brofetreacomposé
une Table des Titres des
Livres du Droite une Histoire
stoireparticulière de Lyon,
comme il estoit fore lié
avec Despreaux,ce fameux
Auteur luy a découvert
confidemment les secrets
de son stile, & il la conduit
souvent à lasource où
il puisoit toutes ses pensées
heureuses.
Mr l'Abbé de Gouvernet
qui est fort distingué
par sa naissance,est grand
Vicaire de ce Diocese ; il
a donné au public un Commentaire
sur laGenere. Je
succomberois facilementà
la tentation de le louer, si
je m'arrestois davantage
surce sujet. -4..
Le Pere de Colonia a mis
en lumiere des ouvrages
dans plusieurs genres d'érudition
; il a composé plusieurs
Tragedies Françoises
qu'il a alliées avec la
faintere de son estat. Il a
fait present au public d'une
Rhetoriquelatine. Il presensa
àMonfeigneur leDuc
de Bourgogne decedéDauphin
de France,un ouvrage
qui a pour titre les Annquitez
sacrées & profanes
d{.; Lyon. Il a fait une Die:
fertation sur le Taurobole
découvertàLyon en 1704.
Il a fait encore plusieurs
dissèrtations sur divers moninnens
antiques.C'est un
genie vasse & universel , Sce trait delouange m'échape.
Il a un des plus
beaux cabinets de Medailes
que la curiosité la plus
riche & la plus fçavance
uifJè assembler ; il. a une
suite de Médaillés Consuaires
de Rome en argent; il a la fuite des Empereurs
Romains en grand, moyen
m petit bronze une fuite
des Rois de SyrieJune luite
des Rois d'Egypte, une
fuite des Medailles de laSicile&
de la grande Grece
en argent & en bronze. Il
a plusieurs Idoles de l'Egypte,
de la Grece, de Rome;
des Lampes antiques
en bronze; une Histoire
métallique des Papes en
argent&en or;une partie
de la vie du Roy en argent,
desmonnoyesdargent des
trois races de nos Rois.
Je m'interromps moy.
mesme,& jecesse de 1erdecette par
lerdecetteAAccaaddéémmiieeasi
des sujets qui la composent
: car malgré la loy
qu'on m'a imposée je serois
porté à louër le rare
sçavoir & la profondemodeftie
du Pere Brun & le
mérité de Mr Dugas, du
Président & des autres Academiciens.
RELATION
Fermer
Résumé : LETTRE à Monsieur B ....
L'Académie de Lyon, fondée en janvier 1708, se consacre aux sciences et aux belles-lettres. Initialement composée de six membres, dont les Pères Jésuites Brun et de Colonia, Mr Dugas, Mr Villemot, Mr de Puget et Mr Falconnet, elle se réunissait chez ce dernier. À la demande de Mr Trudaine, Intendant de Lyon, les réunions se tinrent ensuite chez lui avant de se déplacer chez Mr de La Valette en raison de l'affluence croissante. L'Académie s'agrandit avec l'ajout de nouveaux membres tels que Mr de La Valette père et fils, Mr de Serre, Mr Brossette, l'Abbé de Gouvernet, Mr Mahudel et l'Abbé Tricaut de Bellont. En 1710, Mr de Sainsonds et en 1711, Mr Aubert et Mr de Glatigni rejoignirent l'Académie. Les académiciens se réunissent régulièrement chaque lundi à 15 heures pour des conférences durants trois heures, abordant divers sujets. Parmi les contributions notables, Mr de Villemot parla des erreurs populaires en physique et mathématiques, de l'idolâtrie, de la force des nerfs, des pré-adamites, du déluge et de la confession publique dans les premiers siècles de l'Église. Mr Brossette discourut sur la peinture, la sculpture, l'architecture et les sépultures des Anciens. Mr Dugas traita du bon goût en matière de belles-lettres. Le Père Brun disserta sur les fausses décrétales, l'unité selon les Platoniciens, les vents et les vrais miracles. Mr Mahudel aborda les momies, les superstitions égyptiennes, les questions philologiques sur le paillon de Jésus-Christ, les talismans et les fontaines. Mr Aubert parla du bejaune, de la manumission des esclaves et d'un canon du Concile d'Elvire. Le Père de Colonia fit plusieurs dissertations sur des sujets variés, allant des textes originaux de l'Écriture sainte aux catacombes. L'Académie embrasse toutes les sciences, anciennes et modernes, sacrées et profanes. Plusieurs membres ont publié des ouvrages notables, comme Mr de Villemot sur les mouvements des planètes, Mr Brossette sur le droit et l'histoire de Lyon, et le Père de Colonia sur divers sujets d'érudition. L'Académie possède également une riche collection de médailles et d'objets antiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4548
p. 99-144
JOURNAL veritable de tout ce qui s'est passé à Madrid de plus remarquable depuis le 20. Aoust 1710. jusqu'au 3. Decembre de la mesme année, jour auquel Sa M. C. rentra dans cette Capitale.
Début :
Dés le moment qu'on eut appris le malheureux succez [...]
Mots clefs :
Madrid, Roi d'Espagne, Philippe V
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL veritable de tout ce qui s'est passé à Madrid de plus remarquable depuis le 20. Aoust 1710. jusqu'au 3. Decembre de la mesme année, jour auquel Sa M. C. rentra dans cette Capitale.
if O U R NA L
veritabledetout ce qui
s'est pajjea Madrid
de plus remarquable
depuis le 20. Aoust
1710jusqu'au 3. De-
L:,,.,( de la mesme
aSnaAnéde.,jourauquel
C. 1.H-f1.- dans
cetteCapitale.
D
és le momentqu'on
"ur appris le malheureux
JUCCCZ qu'eurent le 18.
Aoust 1710. les armes du
Roy d'Espagne à la batail- -
le de Saragosse
,
dont la
nouvelle arriva à Madrid
le 20.Aoust,chacun fut saisi
d'unetristesse profonde,
ôc la consternation fut generale
dans toute la Ville,
sur tout lorsqu'on fçucjj
avec certitude que leurs
Majestez avec toute leur
Maison se preparoient as1
en sortir pour se retirer Mi
Valladolid
, ce qui s'exe":':
cuta le 9. de Septembre aujj
matin sur le rapport qu'on
eut que les Ennemis estoient
déja aux environ
deCuença. On n'a jamais
veu dans Madrid un plus
triste spectacle
; tous les
habitants fondoient en
larmes, en voyant le départ
precipité pour ne pas
dire la fuite de leurs Majestez.
Elles furent accompagnées
dans leur malheur
de tous les Conseils,
de tous les Grands,&de
tous les Nobles, sans que
rien put les retenir, ni la
crainte de perdre leurs
biens ni l'attachement à
leurs famillesnon pasmesme
l'amour.
Je dis cecy par rapport
a un jeune Amant
Espagnol qui sacrifia son
amour au zele qu'ilavoit
pour son Roy; c'estune
avanture qui méritébien u
qu'on la raconte ayeco
toutes lès circonstances.
Je vous la donneray sé-^
parement à la suitede ces
Journal, Elle y seraà sa,£
place, puisque le retour
de Philippe V. à Madrid
en fit le dénouement
,
commeson départenembrouilla
l'intrigue.
Ilyeut plusieursDames
qui suivirent la Reine
,
les
autres leurs Maris,& celles
qui ne purent suivre se
retirerent dans des Convents
: en forte qu'il ne
resta dans Madrid ni aux
environs que quelques
Ministres rebelles qui avoient
abandonné le parti
du Roy. Le Duc de Veraguas
,
President du Conseil
& des Ordres, & Conseillerd'Estat
, mourut le
mesme jour du départ de
Sa Majesté, de douleur de
n'avoirpulasuivre,àcause
de ses grandes infirmitez.
Le nouveau Duc,sonfils,
pour ne pas differer un
moment à donner au Roy
des preuves de sa fidelité,
partit aussi-tost, & suivit
Sa MajeHé sans avoir rendu
les derniers devoirs à
son pere.
Aprés le depart de leurs
Majestez
, & de tant de
personnes considerables
,
la Ville de Madrid demeura
semblable à un desert
,
& dans une tristesse incroyable.
Le 21. de Septembre le
General Stanhope Envoyé
extraordinaire d'Angleterre
auprès de l'Archiduc
vint à l'Hostel de Ville,
pour lui demander de sa
part l'obéïssance , & sur
rheure 4. Echevins furent
députés du Corps
,
pour l'aller rendre à l'Ar..
chiducqui estoit pour lors
à Alcala d'Henares.
Sur le soir du mesme
jour21. Septembre, on publia
icy le mesme Edit qui
avoit esté publié à Sarra-
, gosse le 21. Aoust, menaçant
de punir suivanttoute
la rigueur des Loix , «
ceux qui ne voudroient
pas le reconnoistre pour
leur Souverain.
Le mesme jour on publia
encore trois autres
Edits qui furent affichés
par toute laVille. Le premier
pour retenir chacun
dans ion devoir fous peine
de la vie. Le second portoit
commandement à
tous les soldats dePhilippe
V. qui seroient encore
dans Madrid ou dans les
Hospitaux
,
de se presenter
en personneouunau-
tre pour euxdans 24. heures
fous peine de la vie.
Le troisiémeestoit un ordre
de relascher tous les
prisonniers d'Estat
, en-à
-
joignantà tous les Geolliersd'y
satisfaire.
Aprés que tous ces ordres
eurent esté donnez,
le General Stanhopeprit
son logement dans une
maisonde plaisance située
hors de la Ville, & appelléela
Floride; & sonDétachement
se campa aux
environs de la Ville surle
bord du Mançanarés.
Il y eut pendant trois
nuits quelques illuminations
dont les habitants
esteignoient une partie
pendant qu'on allumoit
l'autre, & de toures les
cloches qui devoient sonner
on en sonna fort peu
parce que tous les Sacristainssurpris
de voir arriver
tant d'heretiques, mirent
tous leurs soins à preserver
du pillage ce qu'ils
avoient de plus précieux,
ôc la Connerie fut mesme
interrompuë en quelques
endroits parce que les Anglois
pillerent jusqu'aux
cordes des cloches quand
ils ne trouvoient rien de
meilleur à prendre.
Le 22. de Septembre le
General Sranhope envoya
au Couvent de Nostre-
Dame d'Atoche un Capiraine
avec 60. Cavaliers
pour en enlever tous les
Drapeaux & Etendars que
Philippe V. avoit offerts
depuis la guerre. On les
distribua aux Soldats de
chaque Nation sur laquelle
ils avoient esté pris, particulierement
à la bataille
dAlmanza. Il les porcerent
en triomphe partoutes
les ruës decette Ville
avec autant de fierté que
s'ils les eussent remportez
d'un combat, & non pas
détachées des murs d'un
Eglise. Ils les porterent
ainsijusqu'àleurcamp qui
estoit entre Madrid&Alcala.
Ensuite les vols devinrent
si frequents dans la
Ville qu'on n'a pas cesse
un seul moment d'estre
dans la crainte d'un pillage
general.
Ce mesme jour Dom
Antonio Sanguineto que
Philippe V.avoit fait Lieutenant
Général de Police
à Madrid par interim
Jonna , par ordre du General
Stanhope unMandement
-qUi portoit qu'on
<ut à recevoir fous peine
de la vie,toutes fortes de
Monnoves , tant dans la
Ville que hors d'icelle
foit quelles fussent du,
Royaume ou estrangeres,
suivant le prix courant
dont il donnaune explication
par rapport à celles
de Portugal. ir,
Le 26. toute l'A rmée
Ennemie vint camper aux
environs de Cavillejas, &
l'Archiduc prit son logement
dans la maison de
plaisance du Comte d'Aguilar
qui n'est qu'à une
lieuë de cette Ville. Ce
mesme jour on ordonna
des illuminations par toute
laVille pour le 28. jour
que l'Archiduc choisit
pour entendre la Messe à
Nostre-Dame d'Atocha,
après laquelle accompa- 1
gné de ses Gardes,estanc
entré
entré dans la Ville par la
ruë d'Atocha, il fut le long
d'icelle jusqu'à la porte
deGuadalaxara,puis ayant
repris par la grande ruë,
il forcir par la porte d'Alcala,
& se retira à la susdite
maison de campagne, fort
mal satisfait du peu d'empressement
qu'onavoit eu
d'accourir aux endroits
par où il passoit.
Le premier Octobre il
y eut feste au Palais pour
celebrer le jour auquel
l'Archiduc entroit dans sa
27eannée: mais peu de
persnnes ,
& fort peu
connues s'y trouverent
pour luy baiserles mains.
Il y eut aussi une Assemblée
d'Alcades ou Juges
dans laquelle Dom Francisco
Alvares Guerrero
présida. Les principaux
estoient Don Joséph Sotelo,
DonAdresPinto de
- Lara
,
Don Joseph Palacios
,
Don Augustin de
Cardenas, Don Louis de
la Sevilla
, & Don Pedro
Infante. Don Pedro Zamires
y fit la fonction de
Procureur du Roy. On y
nomma 40 Huissiers ou
Sergens. On ordonna ensuite
à toutes les Dames
qui s'estoient retirées dans
des Convents,de revenir
occu perleurs mai sons
faure de , quoy on y mettroit
Garnison.
Le 4. du mesme mois
onleva leCamp de Cavillejas,
& l'armée ennemie
s'avança jusqu'au Pardo.
Ce sur alors qu'on commença
d'exiler tous ceux
qui ne furent pas trouvez
agreables au gouvernement
present, & lesaccusations
qui furent portées
àceteffet devant les Juges
contre lesfidels serviteurs
duRoyPhilippe, & contre
les François,se trouverenten
si grande quantiré
qu'ils furent obligez
de n'y pas faire l'attention
qu'en attendoient les delateurs,
pour nepas voir
la Ville depourvûë d'honnestes
gens, quoyque la
plus grande partie se fût
déjaretirée& miseà couvert
dans des aziles saj',.'
crez.
Le6. dumefme mois le
<
Marquis de Palamares fut
eslu nouveau Lieutenant
General de la Ville
,
à la
place de Don Sanguineto
Yzaias, & prit possession
decette Charge.
Le 7. on ordonna à tous
les habitants de la Ville
fous peine de la vie de faire
une déclaration exacte
de tous les Chevaux qu'ils
avoient dans leurs maisons
, pour en former un
Regiment fous le nom de
Madrid,dont on fit Colonel
Don Bonifacio Maurique
de Lara ; mais l'o.
béïssance aveugle que l'on
eust pour cetordre rigoureux
ne hit nullement recompensée,
car le General
Stanhope s'empara detous
les Chevaux sans en faire
aucun paiement. On ordonna
aussi dans le mesme
temps de lever deux Regiments
d'Infanterie
, auxquels
on donna le nom de
Tolede& deGuadalaxara;
le premier eut pour Colonel
le Comte de la Puebla
de Portugal, & l'on nomma
pour le second Don
Antonio de Villaroël, tous.
deux Lieutenans Generaux.
Le 12. on envoya une
Lettre circulaire à toutes
les Dames de qualité, portant
ordre de se rendre en
quatre jours àTolede. Il
yeneutquelquesunes qui
obéïrent, mais la plufparc
resterent chez elles.
Le 14. on commença à
monter laGarde au Palais,
& le15. on ordonna à tous
les François de sortir de la
Ville dans 24. heures fous
peine de la vie.
Le 19. Don Raimon Vilana
Piolasenvoya une
Lettre circu laire à tous les
Couvents & Superieurs
d'iceux, pour les avertir
qu'ilseussent à decouvrir
aux Juges qui feroient envoyez
, tous les biens qu'ils
tenoient cachez,& qui
appartenoient à ceux qui
avoient suivi & suivoient
actuellement le party de
PhilippeV.
Le 22. il y eut une Afsemblée
de Theologiens,
Jurisconsultes
,
& Docteurs
en Droit, pour deliberer
de se rendre maistre
de
de tout ce qui estoit retenu
caché dans les Maisons
Religieuses & Couvent.
Le resultat fut qu'il falloit
visiter partout ®istrer
jusqu'aux Tombeaux ôc
Sepultures des morts ,
à
propos de quoy DonFrancisco
Parga,Vicaire de la
Paroisse de San Gines
homme tres-attaché , au
parti du Roy Philippe,
ayant esté misau nombre
des proscrits
,
& estanc
mort sur les entrefaites,
le conseil ne laissa pas de
luy faire signifier son bannissement.
Un Espagnol qui
se trouva auprés du
Corps mort, dans le
moment que le porteur
de
*
la significationarrivoit
, luy demanda fierement
ce qu'il vouloit;
l'Argoafil dit qu'il venoit
signifîer le bannit
sementàDonFrancisco:
he par dios, dit l'Espagnol
relevant sa moustache,
vos venir tardè Ar*
goafil, D. Francisco esta
bien lexos; qui veutdire,
vousveneT^tardHmjfîer9
Don Francisco estdesja
bien loin.
Cemesme jour le nouveau
Gouverneur Don
Maurique donna un Arrest
qui declaroitentr'autres
choses que quiconque
de jour & de nuit, d'une
voix haute ou basse crieroit
Vive Philippe V. seroit
executé à mort sur le
champ.
A l'occasionde cetArrest
un Bourgeois paria
contre un autre qu il y
contreviendroit publiquement
; je parie que
nonditl'autre,& jeparie
un quadruple:non reprit
celuy-cy, je ne veux rien
parier,je gagnerayassez
en contentant mon zele;
aussi-tost il s'équipa à
peu prés en Colporteur
François, &C tenant pluheurs
imprimez fous son
bras, il marmotoit tout
bas: Arrestqui dessendà
toutespersonnes,etc. Se
quand il estoit parvenu
aux mots Vive Philippe
cinq, illes crioit de toute
sa force, en sortequ'on
n'entendoit crier que
VivePhilippe V. partout
où il passoit. Onsesaisit
de luy ; il réponditfroidement
,qu'avez vous à
me dire, je publie l'Arrest
du Gouverneur. Le
faux Colporteur reçut
force bourades , mais il
se sauva, ravi de s'estre
satisfait à si bon marché
Le 20, du mesme mois
Dom Francisco Quincozes
fit publier que tous les
gens de guerre prisonniers
ou autres qui auroient
servi dans les Troupes
de Philippe V. eussent
à se presenter dans 2,4,
heures fous peine de chastimenc
arbitraire
, & de
confiscations de leurs
biens dont l'accusateur
auroit la troisiéme partie.
Il delivra au/G les ordres
pour envoyer en exil un
grand nombre d'Ecclesiastiques
tant Seculiers que
Reguliers; & dés lesjours
suivants on bannit hors
de la Ville les PP. Blanto
& Atynila
,
Su perieurs de
l'Ordre de S. Dominique,
avec le Gardien de l'Eglise
de S. Bernard, & le Pere
Cardona de l'Ordre des
Agonisans.
Le 28. l'Armée Ennemie
changea de camp,&
vint à Villaverda
Le 29. le Confcil de Castille
s'assembla fous les
ordres du Marquisde Castillo,
Gouverneur par interim
;assisté de Don FernandoGarcia-
Bazan, de
Don Joseph Garfupcy
,
de
Don Francisco. Alvarez-
Guerrero, de Don Manuel
de Gamboa, nouveauPrefident
de laChambre
,de Don Joseph de la
Serna, en qualité de Procureur
du Roy, & de Don
Migueld'Espinosa,Secretaire
de la Chambre. On
nomma ensuite pour President
du Conseil des Finances
,Don Atanafio de
Estaripa,Evesque de Licopoli,
& pour Conseillers
Assesseurs,le Marquis de
Fuente Humosa, Don
Manuel de S. Martin &
Benavente, Dom Joseph
de Palavos,les Comtes de
Belmont & de Clavijo
Don Manuel Salcedo ôc
Morequecho, Don Sebastien
Valero- Montero
»
pour Procureur du Roy
& Don Juan Manuel de
Bargos, pour Secretaire.
On establit aussi une
Chambre de Justice & une
Chambre des Compres
3 &l'on créa pour Conseillers
dans la premiere
Don Simon llavez ,
, Don
Joseph deOmagna,Don
Miguel de Mata , Don
Juan de Soto-Maya, &
Don Francisco de Melgar;
ce dernier faisoit la fonction
de Procureur du Roy.
Les Conseillers de la
Chambre des Comtes furent
le Marquis de Cavillejas,
Don AndresdeAvila,
Don Diego de Burgos,
& Don Francisco de Sylveira,
DonPrudenico Gregorio
de la Fuente eut la
Charge de Procureur du
Rofy.
-- On forma de plus un
Conseil des Indesles Seigneurs
qui le composerent
furent Don Pedro
Gamarra & Arhaga, le
Comte de Paredes
,
Don
Zamon Portocarrero ,
Don Joseph de Hugarté
,
Dom Sancho de Castro
:J Don Joseph Escals, pour
Procureur du ROY;r& Don
Domingo Lopez- Calo,
pour Secretaire. Pour le
Conseil des Ordres, on ne
put achever de le former
entierement.
Pendant ce nouveau
gouvernement on a eu la
douleur de vo~ire
publiquement au milieu
des ruës de cette grande
Ville, des Ca lices des Patenes,
desCiboires& de
toutes sortes d'Ornements
& de Vases sacrez qui avoientesté
pillez dans nos
Eglises.
Le 2. de Novembre on
publiaunEdit portant désense
à toutes fortes de
personnes d'aller auCamp
fous peine de 200. coups
de foüet.
Le 5. la farine des Magasinspublics
ayant manque
,
aussi-bien que celle
qu'on avoit tirée des Couvenrs,
des Boulangeries,
& des maisons paniculicres
, la Ville commençaà
manquer de pain, de viande
,
de vin
,
& de toutes
fortes de poissons & de legumes
necessaires à la vie,
sans que l'on vit aucun
moyen d'y remedier
, ce
qui la reduisit à la derniere
extremité;nonobstant laquelleon
ne laissa pas d'obliger
les habitants fous
peine de trahison de porter
au Camp, pendant les
trois jours suivans, tous les
cochons, les poulets, les
legumes, & les autres choses
qui pourroient se trouver
dans la Ville.
Le 8 jour dudit mois
Don Francisco de Quincozes
fit publier trois Edirs.
Le premier que les
gens de guerre qui ne s'estoient
pas encore presentés,
eussent à le faire dans
24. heures fous peine de la
vie; & dcffcnfe à toutes
personnes de les tenir cachés,
fous les mesmes peines.
Le second portoit ordre
de luy remettre sans
délay tous les habits, les
munitions ,
poudre,balles,
& autres instrumens
de guerre , ou train d'artillerie
qui se trouveroient
dans laVille. Letroisiéme
réïteroit un autre donné
cy devant, deluy remettre
incessamment entre
les mains toutes les armes,
alfucsJ fusils ,&c.
Le 9 jour dédié à la
Sainte Vierge tous les
nouveauxConseils establis
par l'Archiduc
, reçurent
ordre de passer à Tolede.
Le II. ils se mirent tous
en marche avec l'armée
qui prit le mesme chemin
de Campozuelos.
Lemesme jour II. Novembre
,l'Archiduc estant àCompozuelos, signa de
sa main un Décret paraphé
de Don Zamon Vilana
,
& adressé au Lieutenant
General de Police à
Tolede ;
il contenoit en
substance
,
qu'ayant appris
que les. Ennemis par
leurs detestables artifices
faisoient passer pour rigoureux
le Décret par luy
rendu
rendu le 12. du mois précedent
, par lequelil estoit
enjoint & ordonné àtoutes
les femmes
, veuves,
& filles des Grands d'Er..
pagne,& de tous les Nobles
de la nation qui suivoient
le party de Philippe
V. de quitter Madrid pour
aller à Tolede
;
qu'il ordonnait,
pour marquer
fès égards pour les Dames.
de condition, que toutes
les susdites personnes qui
auroient obéi & executcr
le susdit Décret du 18. Octobre
,
peussent en toute
seureté retourner à Madrid
; sur quoy une Dame
Espagnole dit: las cortesias
tardadas intienengroeta con las
Damas: que lescourtoisies
tardives perdent leur grace
auprés des Dames.
Le n. du mesme mois
on vie paroistre aux environs
de laChapelle de
l'Ange Gardien, éloignée.
de cetteVille d'un quart
de lieuë,. un petit corps
de Troupes de Philippe
V. ce qui causa une si
grande joye que Don
Antonio Sanguineto qui
depuis le depart des Ennemis
avoit repris les fonctions
de Lieutenant General
de Police, craignant
qu'iln'en arrivât quelques
desordres, prit toutes les
précautions necessaires
dans une conjoncture si
epineuse
, ce qui luy a
merité l'approbation generale.
Enfin le 25. les deux
RegimentsdePignatelli,
& de S. Jacques, commandez
parDonFeliciano
de Bracamonte, Maréchal
de Camp, firent
leur entrée au Buen-Retiro
,
& le24. jour auquel
nostre Monarque avoic
esté proclame Roy, ils entrerent
dans Madrid par
la ruë d'A lcala, puis par
la grande ruë, passerent
par la porte de Guadalaxara,
& poursuivirent le
long de la rue Nostre-
Dame par où ilssortirent
d'Arocha, d'où ils se renidirent
à Vallejas.
Le mesme jour le Roy
confirma Don Antonio
Sanguineto dans sa Charge
de Lieutenant de Police
Le 3,, Décembre pour
de S.FrançoisXavier,Sa
M.Cfut àNostre Dame
d'Atocha sur les trois heures
aprèsmidy, ou après
avoir fait chanterle Te,
Deum, il monta àcheval
accompagnéde MrleDuc
de Vendosme des principaux
Officiers de son Armée
& de saMaison, de
tous les Nobles &Grands
duRoyaume&de ses Gardes
du Corps, il fit [ott
entréepublique
,
où le
concours du peuple fut
si grand & les marques
de joye qu'il donna si extraordinaires
,
qu'il n'est
pas facile d'en juger sainement
sans en avoir esté
le témoin oculaire.
Pendantque leRoyentroit
à Madrid, on apprit
que le 3. Décembre les
Ennemisavoiententièrement
évacuéToledele29.
Novembre5que cetteVille
qu'ils avoient choisie
pour faire leur Place d'Armes,
avoir elle abandonnée
avec tant de précipitation
, que ne pouvant
sauver les Magasinsqu'ils
avoient mis dans l'Alcaçar
& dans plusieurs maifons,
y avoient mis le feu,
& placé une meche qui
dévoie faire saurer soixante
barils de poudre, ce qui
auroit détruit ce Palais
magnifique. Mais que les
habitans y estant accourus
en diligence,avoient oste
la meche & esteint le feu ;
qu'ils furent si irritez contre
les Ennemis, qu'ils prirent
les armes & chargerent
leur arriéré garde,en
quoy ils furent secondez
par cinq cens Chevaux que
Dom Pedro Ronquillo faisait entrer par une Porte,
pendant que les Ennemis fuyaient par l'autre.
veritabledetout ce qui
s'est pajjea Madrid
de plus remarquable
depuis le 20. Aoust
1710jusqu'au 3. De-
L:,,.,( de la mesme
aSnaAnéde.,jourauquel
C. 1.H-f1.- dans
cetteCapitale.
D
és le momentqu'on
"ur appris le malheureux
JUCCCZ qu'eurent le 18.
Aoust 1710. les armes du
Roy d'Espagne à la batail- -
le de Saragosse
,
dont la
nouvelle arriva à Madrid
le 20.Aoust,chacun fut saisi
d'unetristesse profonde,
ôc la consternation fut generale
dans toute la Ville,
sur tout lorsqu'on fçucjj
avec certitude que leurs
Majestez avec toute leur
Maison se preparoient as1
en sortir pour se retirer Mi
Valladolid
, ce qui s'exe":':
cuta le 9. de Septembre aujj
matin sur le rapport qu'on
eut que les Ennemis estoient
déja aux environ
deCuença. On n'a jamais
veu dans Madrid un plus
triste spectacle
; tous les
habitants fondoient en
larmes, en voyant le départ
precipité pour ne pas
dire la fuite de leurs Majestez.
Elles furent accompagnées
dans leur malheur
de tous les Conseils,
de tous les Grands,&de
tous les Nobles, sans que
rien put les retenir, ni la
crainte de perdre leurs
biens ni l'attachement à
leurs famillesnon pasmesme
l'amour.
Je dis cecy par rapport
a un jeune Amant
Espagnol qui sacrifia son
amour au zele qu'ilavoit
pour son Roy; c'estune
avanture qui méritébien u
qu'on la raconte ayeco
toutes lès circonstances.
Je vous la donneray sé-^
parement à la suitede ces
Journal, Elle y seraà sa,£
place, puisque le retour
de Philippe V. à Madrid
en fit le dénouement
,
commeson départenembrouilla
l'intrigue.
Ilyeut plusieursDames
qui suivirent la Reine
,
les
autres leurs Maris,& celles
qui ne purent suivre se
retirerent dans des Convents
: en forte qu'il ne
resta dans Madrid ni aux
environs que quelques
Ministres rebelles qui avoient
abandonné le parti
du Roy. Le Duc de Veraguas
,
President du Conseil
& des Ordres, & Conseillerd'Estat
, mourut le
mesme jour du départ de
Sa Majesté, de douleur de
n'avoirpulasuivre,àcause
de ses grandes infirmitez.
Le nouveau Duc,sonfils,
pour ne pas differer un
moment à donner au Roy
des preuves de sa fidelité,
partit aussi-tost, & suivit
Sa MajeHé sans avoir rendu
les derniers devoirs à
son pere.
Aprés le depart de leurs
Majestez
, & de tant de
personnes considerables
,
la Ville de Madrid demeura
semblable à un desert
,
& dans une tristesse incroyable.
Le 21. de Septembre le
General Stanhope Envoyé
extraordinaire d'Angleterre
auprès de l'Archiduc
vint à l'Hostel de Ville,
pour lui demander de sa
part l'obéïssance , & sur
rheure 4. Echevins furent
députés du Corps
,
pour l'aller rendre à l'Ar..
chiducqui estoit pour lors
à Alcala d'Henares.
Sur le soir du mesme
jour21. Septembre, on publia
icy le mesme Edit qui
avoit esté publié à Sarra-
, gosse le 21. Aoust, menaçant
de punir suivanttoute
la rigueur des Loix , «
ceux qui ne voudroient
pas le reconnoistre pour
leur Souverain.
Le mesme jour on publia
encore trois autres
Edits qui furent affichés
par toute laVille. Le premier
pour retenir chacun
dans ion devoir fous peine
de la vie. Le second portoit
commandement à
tous les soldats dePhilippe
V. qui seroient encore
dans Madrid ou dans les
Hospitaux
,
de se presenter
en personneouunau-
tre pour euxdans 24. heures
fous peine de la vie.
Le troisiémeestoit un ordre
de relascher tous les
prisonniers d'Estat
, en-à
-
joignantà tous les Geolliersd'y
satisfaire.
Aprés que tous ces ordres
eurent esté donnez,
le General Stanhopeprit
son logement dans une
maisonde plaisance située
hors de la Ville, & appelléela
Floride; & sonDétachement
se campa aux
environs de la Ville surle
bord du Mançanarés.
Il y eut pendant trois
nuits quelques illuminations
dont les habitants
esteignoient une partie
pendant qu'on allumoit
l'autre, & de toures les
cloches qui devoient sonner
on en sonna fort peu
parce que tous les Sacristainssurpris
de voir arriver
tant d'heretiques, mirent
tous leurs soins à preserver
du pillage ce qu'ils
avoient de plus précieux,
ôc la Connerie fut mesme
interrompuë en quelques
endroits parce que les Anglois
pillerent jusqu'aux
cordes des cloches quand
ils ne trouvoient rien de
meilleur à prendre.
Le 22. de Septembre le
General Sranhope envoya
au Couvent de Nostre-
Dame d'Atoche un Capiraine
avec 60. Cavaliers
pour en enlever tous les
Drapeaux & Etendars que
Philippe V. avoit offerts
depuis la guerre. On les
distribua aux Soldats de
chaque Nation sur laquelle
ils avoient esté pris, particulierement
à la bataille
dAlmanza. Il les porcerent
en triomphe partoutes
les ruës decette Ville
avec autant de fierté que
s'ils les eussent remportez
d'un combat, & non pas
détachées des murs d'un
Eglise. Ils les porterent
ainsijusqu'àleurcamp qui
estoit entre Madrid&Alcala.
Ensuite les vols devinrent
si frequents dans la
Ville qu'on n'a pas cesse
un seul moment d'estre
dans la crainte d'un pillage
general.
Ce mesme jour Dom
Antonio Sanguineto que
Philippe V.avoit fait Lieutenant
Général de Police
à Madrid par interim
Jonna , par ordre du General
Stanhope unMandement
-qUi portoit qu'on
<ut à recevoir fous peine
de la vie,toutes fortes de
Monnoves , tant dans la
Ville que hors d'icelle
foit quelles fussent du,
Royaume ou estrangeres,
suivant le prix courant
dont il donnaune explication
par rapport à celles
de Portugal. ir,
Le 26. toute l'A rmée
Ennemie vint camper aux
environs de Cavillejas, &
l'Archiduc prit son logement
dans la maison de
plaisance du Comte d'Aguilar
qui n'est qu'à une
lieuë de cette Ville. Ce
mesme jour on ordonna
des illuminations par toute
laVille pour le 28. jour
que l'Archiduc choisit
pour entendre la Messe à
Nostre-Dame d'Atocha,
après laquelle accompa- 1
gné de ses Gardes,estanc
entré
entré dans la Ville par la
ruë d'Atocha, il fut le long
d'icelle jusqu'à la porte
deGuadalaxara,puis ayant
repris par la grande ruë,
il forcir par la porte d'Alcala,
& se retira à la susdite
maison de campagne, fort
mal satisfait du peu d'empressement
qu'onavoit eu
d'accourir aux endroits
par où il passoit.
Le premier Octobre il
y eut feste au Palais pour
celebrer le jour auquel
l'Archiduc entroit dans sa
27eannée: mais peu de
persnnes ,
& fort peu
connues s'y trouverent
pour luy baiserles mains.
Il y eut aussi une Assemblée
d'Alcades ou Juges
dans laquelle Dom Francisco
Alvares Guerrero
présida. Les principaux
estoient Don Joséph Sotelo,
DonAdresPinto de
- Lara
,
Don Joseph Palacios
,
Don Augustin de
Cardenas, Don Louis de
la Sevilla
, & Don Pedro
Infante. Don Pedro Zamires
y fit la fonction de
Procureur du Roy. On y
nomma 40 Huissiers ou
Sergens. On ordonna ensuite
à toutes les Dames
qui s'estoient retirées dans
des Convents,de revenir
occu perleurs mai sons
faure de , quoy on y mettroit
Garnison.
Le 4. du mesme mois
onleva leCamp de Cavillejas,
& l'armée ennemie
s'avança jusqu'au Pardo.
Ce sur alors qu'on commença
d'exiler tous ceux
qui ne furent pas trouvez
agreables au gouvernement
present, & lesaccusations
qui furent portées
àceteffet devant les Juges
contre lesfidels serviteurs
duRoyPhilippe, & contre
les François,se trouverenten
si grande quantiré
qu'ils furent obligez
de n'y pas faire l'attention
qu'en attendoient les delateurs,
pour nepas voir
la Ville depourvûë d'honnestes
gens, quoyque la
plus grande partie se fût
déjaretirée& miseà couvert
dans des aziles saj',.'
crez.
Le6. dumefme mois le
<
Marquis de Palamares fut
eslu nouveau Lieutenant
General de la Ville
,
à la
place de Don Sanguineto
Yzaias, & prit possession
decette Charge.
Le 7. on ordonna à tous
les habitants de la Ville
fous peine de la vie de faire
une déclaration exacte
de tous les Chevaux qu'ils
avoient dans leurs maisons
, pour en former un
Regiment fous le nom de
Madrid,dont on fit Colonel
Don Bonifacio Maurique
de Lara ; mais l'o.
béïssance aveugle que l'on
eust pour cetordre rigoureux
ne hit nullement recompensée,
car le General
Stanhope s'empara detous
les Chevaux sans en faire
aucun paiement. On ordonna
aussi dans le mesme
temps de lever deux Regiments
d'Infanterie
, auxquels
on donna le nom de
Tolede& deGuadalaxara;
le premier eut pour Colonel
le Comte de la Puebla
de Portugal, & l'on nomma
pour le second Don
Antonio de Villaroël, tous.
deux Lieutenans Generaux.
Le 12. on envoya une
Lettre circulaire à toutes
les Dames de qualité, portant
ordre de se rendre en
quatre jours àTolede. Il
yeneutquelquesunes qui
obéïrent, mais la plufparc
resterent chez elles.
Le 14. on commença à
monter laGarde au Palais,
& le15. on ordonna à tous
les François de sortir de la
Ville dans 24. heures fous
peine de la vie.
Le 19. Don Raimon Vilana
Piolasenvoya une
Lettre circu laire à tous les
Couvents & Superieurs
d'iceux, pour les avertir
qu'ilseussent à decouvrir
aux Juges qui feroient envoyez
, tous les biens qu'ils
tenoient cachez,& qui
appartenoient à ceux qui
avoient suivi & suivoient
actuellement le party de
PhilippeV.
Le 22. il y eut une Afsemblée
de Theologiens,
Jurisconsultes
,
& Docteurs
en Droit, pour deliberer
de se rendre maistre
de
de tout ce qui estoit retenu
caché dans les Maisons
Religieuses & Couvent.
Le resultat fut qu'il falloit
visiter partout ®istrer
jusqu'aux Tombeaux ôc
Sepultures des morts ,
à
propos de quoy DonFrancisco
Parga,Vicaire de la
Paroisse de San Gines
homme tres-attaché , au
parti du Roy Philippe,
ayant esté misau nombre
des proscrits
,
& estanc
mort sur les entrefaites,
le conseil ne laissa pas de
luy faire signifier son bannissement.
Un Espagnol qui
se trouva auprés du
Corps mort, dans le
moment que le porteur
de
*
la significationarrivoit
, luy demanda fierement
ce qu'il vouloit;
l'Argoafil dit qu'il venoit
signifîer le bannit
sementàDonFrancisco:
he par dios, dit l'Espagnol
relevant sa moustache,
vos venir tardè Ar*
goafil, D. Francisco esta
bien lexos; qui veutdire,
vousveneT^tardHmjfîer9
Don Francisco estdesja
bien loin.
Cemesme jour le nouveau
Gouverneur Don
Maurique donna un Arrest
qui declaroitentr'autres
choses que quiconque
de jour & de nuit, d'une
voix haute ou basse crieroit
Vive Philippe V. seroit
executé à mort sur le
champ.
A l'occasionde cetArrest
un Bourgeois paria
contre un autre qu il y
contreviendroit publiquement
; je parie que
nonditl'autre,& jeparie
un quadruple:non reprit
celuy-cy, je ne veux rien
parier,je gagnerayassez
en contentant mon zele;
aussi-tost il s'équipa à
peu prés en Colporteur
François, &C tenant pluheurs
imprimez fous son
bras, il marmotoit tout
bas: Arrestqui dessendà
toutespersonnes,etc. Se
quand il estoit parvenu
aux mots Vive Philippe
cinq, illes crioit de toute
sa force, en sortequ'on
n'entendoit crier que
VivePhilippe V. partout
où il passoit. Onsesaisit
de luy ; il réponditfroidement
,qu'avez vous à
me dire, je publie l'Arrest
du Gouverneur. Le
faux Colporteur reçut
force bourades , mais il
se sauva, ravi de s'estre
satisfait à si bon marché
Le 20, du mesme mois
Dom Francisco Quincozes
fit publier que tous les
gens de guerre prisonniers
ou autres qui auroient
servi dans les Troupes
de Philippe V. eussent
à se presenter dans 2,4,
heures fous peine de chastimenc
arbitraire
, & de
confiscations de leurs
biens dont l'accusateur
auroit la troisiéme partie.
Il delivra au/G les ordres
pour envoyer en exil un
grand nombre d'Ecclesiastiques
tant Seculiers que
Reguliers; & dés lesjours
suivants on bannit hors
de la Ville les PP. Blanto
& Atynila
,
Su perieurs de
l'Ordre de S. Dominique,
avec le Gardien de l'Eglise
de S. Bernard, & le Pere
Cardona de l'Ordre des
Agonisans.
Le 28. l'Armée Ennemie
changea de camp,&
vint à Villaverda
Le 29. le Confcil de Castille
s'assembla fous les
ordres du Marquisde Castillo,
Gouverneur par interim
;assisté de Don FernandoGarcia-
Bazan, de
Don Joseph Garfupcy
,
de
Don Francisco. Alvarez-
Guerrero, de Don Manuel
de Gamboa, nouveauPrefident
de laChambre
,de Don Joseph de la
Serna, en qualité de Procureur
du Roy, & de Don
Migueld'Espinosa,Secretaire
de la Chambre. On
nomma ensuite pour President
du Conseil des Finances
,Don Atanafio de
Estaripa,Evesque de Licopoli,
& pour Conseillers
Assesseurs,le Marquis de
Fuente Humosa, Don
Manuel de S. Martin &
Benavente, Dom Joseph
de Palavos,les Comtes de
Belmont & de Clavijo
Don Manuel Salcedo ôc
Morequecho, Don Sebastien
Valero- Montero
»
pour Procureur du Roy
& Don Juan Manuel de
Bargos, pour Secretaire.
On establit aussi une
Chambre de Justice & une
Chambre des Compres
3 &l'on créa pour Conseillers
dans la premiere
Don Simon llavez ,
, Don
Joseph deOmagna,Don
Miguel de Mata , Don
Juan de Soto-Maya, &
Don Francisco de Melgar;
ce dernier faisoit la fonction
de Procureur du Roy.
Les Conseillers de la
Chambre des Comtes furent
le Marquis de Cavillejas,
Don AndresdeAvila,
Don Diego de Burgos,
& Don Francisco de Sylveira,
DonPrudenico Gregorio
de la Fuente eut la
Charge de Procureur du
Rofy.
-- On forma de plus un
Conseil des Indesles Seigneurs
qui le composerent
furent Don Pedro
Gamarra & Arhaga, le
Comte de Paredes
,
Don
Zamon Portocarrero ,
Don Joseph de Hugarté
,
Dom Sancho de Castro
:J Don Joseph Escals, pour
Procureur du ROY;r& Don
Domingo Lopez- Calo,
pour Secretaire. Pour le
Conseil des Ordres, on ne
put achever de le former
entierement.
Pendant ce nouveau
gouvernement on a eu la
douleur de vo~ire
publiquement au milieu
des ruës de cette grande
Ville, des Ca lices des Patenes,
desCiboires& de
toutes sortes d'Ornements
& de Vases sacrez qui avoientesté
pillez dans nos
Eglises.
Le 2. de Novembre on
publiaunEdit portant désense
à toutes fortes de
personnes d'aller auCamp
fous peine de 200. coups
de foüet.
Le 5. la farine des Magasinspublics
ayant manque
,
aussi-bien que celle
qu'on avoit tirée des Couvenrs,
des Boulangeries,
& des maisons paniculicres
, la Ville commençaà
manquer de pain, de viande
,
de vin
,
& de toutes
fortes de poissons & de legumes
necessaires à la vie,
sans que l'on vit aucun
moyen d'y remedier
, ce
qui la reduisit à la derniere
extremité;nonobstant laquelleon
ne laissa pas d'obliger
les habitants fous
peine de trahison de porter
au Camp, pendant les
trois jours suivans, tous les
cochons, les poulets, les
legumes, & les autres choses
qui pourroient se trouver
dans la Ville.
Le 8 jour dudit mois
Don Francisco de Quincozes
fit publier trois Edirs.
Le premier que les
gens de guerre qui ne s'estoient
pas encore presentés,
eussent à le faire dans
24. heures fous peine de la
vie; & dcffcnfe à toutes
personnes de les tenir cachés,
fous les mesmes peines.
Le second portoit ordre
de luy remettre sans
délay tous les habits, les
munitions ,
poudre,balles,
& autres instrumens
de guerre , ou train d'artillerie
qui se trouveroient
dans laVille. Letroisiéme
réïteroit un autre donné
cy devant, deluy remettre
incessamment entre
les mains toutes les armes,
alfucsJ fusils ,&c.
Le 9 jour dédié à la
Sainte Vierge tous les
nouveauxConseils establis
par l'Archiduc
, reçurent
ordre de passer à Tolede.
Le II. ils se mirent tous
en marche avec l'armée
qui prit le mesme chemin
de Campozuelos.
Lemesme jour II. Novembre
,l'Archiduc estant àCompozuelos, signa de
sa main un Décret paraphé
de Don Zamon Vilana
,
& adressé au Lieutenant
General de Police à
Tolede ;
il contenoit en
substance
,
qu'ayant appris
que les. Ennemis par
leurs detestables artifices
faisoient passer pour rigoureux
le Décret par luy
rendu
rendu le 12. du mois précedent
, par lequelil estoit
enjoint & ordonné àtoutes
les femmes
, veuves,
& filles des Grands d'Er..
pagne,& de tous les Nobles
de la nation qui suivoient
le party de Philippe
V. de quitter Madrid pour
aller à Tolede
;
qu'il ordonnait,
pour marquer
fès égards pour les Dames.
de condition, que toutes
les susdites personnes qui
auroient obéi & executcr
le susdit Décret du 18. Octobre
,
peussent en toute
seureté retourner à Madrid
; sur quoy une Dame
Espagnole dit: las cortesias
tardadas intienengroeta con las
Damas: que lescourtoisies
tardives perdent leur grace
auprés des Dames.
Le n. du mesme mois
on vie paroistre aux environs
de laChapelle de
l'Ange Gardien, éloignée.
de cetteVille d'un quart
de lieuë,. un petit corps
de Troupes de Philippe
V. ce qui causa une si
grande joye que Don
Antonio Sanguineto qui
depuis le depart des Ennemis
avoit repris les fonctions
de Lieutenant General
de Police, craignant
qu'iln'en arrivât quelques
desordres, prit toutes les
précautions necessaires
dans une conjoncture si
epineuse
, ce qui luy a
merité l'approbation generale.
Enfin le 25. les deux
RegimentsdePignatelli,
& de S. Jacques, commandez
parDonFeliciano
de Bracamonte, Maréchal
de Camp, firent
leur entrée au Buen-Retiro
,
& le24. jour auquel
nostre Monarque avoic
esté proclame Roy, ils entrerent
dans Madrid par
la ruë d'A lcala, puis par
la grande ruë, passerent
par la porte de Guadalaxara,
& poursuivirent le
long de la rue Nostre-
Dame par où ilssortirent
d'Arocha, d'où ils se renidirent
à Vallejas.
Le mesme jour le Roy
confirma Don Antonio
Sanguineto dans sa Charge
de Lieutenant de Police
Le 3,, Décembre pour
de S.FrançoisXavier,Sa
M.Cfut àNostre Dame
d'Atocha sur les trois heures
aprèsmidy, ou après
avoir fait chanterle Te,
Deum, il monta àcheval
accompagnéde MrleDuc
de Vendosme des principaux
Officiers de son Armée
& de saMaison, de
tous les Nobles &Grands
duRoyaume&de ses Gardes
du Corps, il fit [ott
entréepublique
,
où le
concours du peuple fut
si grand & les marques
de joye qu'il donna si extraordinaires
,
qu'il n'est
pas facile d'en juger sainement
sans en avoir esté
le témoin oculaire.
Pendantque leRoyentroit
à Madrid, on apprit
que le 3. Décembre les
Ennemisavoiententièrement
évacuéToledele29.
Novembre5que cetteVille
qu'ils avoient choisie
pour faire leur Place d'Armes,
avoir elle abandonnée
avec tant de précipitation
, que ne pouvant
sauver les Magasinsqu'ils
avoient mis dans l'Alcaçar
& dans plusieurs maifons,
y avoient mis le feu,
& placé une meche qui
dévoie faire saurer soixante
barils de poudre, ce qui
auroit détruit ce Palais
magnifique. Mais que les
habitans y estant accourus
en diligence,avoient oste
la meche & esteint le feu ;
qu'ils furent si irritez contre
les Ennemis, qu'ils prirent
les armes & chargerent
leur arriéré garde,en
quoy ils furent secondez
par cinq cens Chevaux que
Dom Pedro Ronquillo faisait entrer par une Porte,
pendant que les Ennemis fuyaient par l'autre.
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Résumé : JOURNAL veritable de tout ce qui s'est passé à Madrid de plus remarquable depuis le 20. Aoust 1710. jusqu'au 3. Decembre de la mesme année, jour auquel Sa M. C. rentra dans cette Capitale.
Entre le 20 août et le 3 décembre 1710, Madrid connut des événements marquants suite à la défaite des armées espagnoles à la bataille de Saragosse. La nouvelle de cette défaite, arrivée le 20 août, plongea la ville dans la tristesse et la consternation. Le roi Philippe V et sa cour quittèrent Madrid le 9 septembre pour Valladolid, craignant l'avancée des ennemis. Cette fuite fut accompagnée par les conseillers, les grands et les nobles, ainsi que par certaines dames suivant la reine, tandis que d'autres se retiraient dans des couvents. Le duc de Veraguas et son fils moururent le jour même du départ du roi. Après le départ des autorités, Madrid devint déserte et plongée dans une tristesse incroyable. Le général Stanhope, envoyé extraordinaire d'Angleterre, arriva le 21 septembre et demanda l'obéissance à l'archiduc. Des édits furent publiés, menaçant de punir ceux qui ne reconnaîtraient pas l'archiduc comme souverain et ordonnant la présentation des soldats de Philippe V. Des illuminations et des vols fréquents ajoutèrent à l'agitation. Le 22 septembre, Stanhope envoya des troupes pour enlever les drapeaux offerts par Philippe V. Des mesures rigoureuses furent prises, y compris l'exil des personnes non agréables au nouveau gouvernement et la confiscation des biens. Le 26 septembre, l'armée ennemie campa aux environs de Madrid, et l'archiduc prit ses quartiers dans une maison de plaisance. Des fêtes et des assemblées furent organisées, mais avec peu de participation. Le 4 octobre, le camp de Cavillejas fut levé, et l'armée ennemie avança jusqu'au Pardo. Des régiments furent levés, et des ordres rigoureux furent donnés, comme la déclaration des chevaux et l'exil des Français. Des théologiens et jurisconsultes délibérèrent sur la confiscation des biens cachés dans les maisons religieuses. Des arrestations et des bannissements furent effectués, et des gouverneurs furent nommés pour maintenir l'ordre. Un Conseil des Indes fut formé avec des membres tels que Don Pedro Gamarra et le Comte de Paredes. Pendant cette période, des objets sacrés furent pillés dans les églises. Le 2 novembre, un édit interdit aux personnes d'aller au camp sous peine de 200 coups de fouet. Le 5 novembre, la ville manqua de nourriture et de biens essentiels, et les habitants furent contraints de fournir des provisions aux troupes. Le 8 novembre, Don Francisco de Quincozes publia trois édits concernant la mobilisation des troupes et la remise des armes et munitions. Le 9 novembre, les nouveaux conseils établis par l'Archiduc reçurent l'ordre de se rendre à Tolède. Le 11 novembre, l'Archiduc signa un décret permettant aux femmes et filles des Grands d'Espagne de revenir à Madrid. Le même jour, des troupes de Philippe V apparurent près de Madrid, causant une grande joie. Le 25 novembre, les régiments de Pignatelli et de Saint-Jacques entrèrent à Madrid. Le 3 décembre, le roi fut proclamé et entra publiquement dans la ville, accompagné de nobles et de troupes. Pendant son entrée, il fut appris que les ennemis avaient évacué Tolède le 29 novembre, abandonnant des magasins et mettant le feu à des bâtiments. Les habitants de Tolède éteignirent le feu et attaquèrent les ennemis en retraite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 158
« J'ay receu un grand nombre d'autres réponses aux mêmes [...] »
Début :
J'ay receu un grand nombre d'autres réponses aux mêmes [...]
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay receu un grand nombre d'autres réponses aux mêmes [...] »
Jay itccu uli grant numbl
d autres réponses aux même
questions ; mais je prie ceu
quime lesont envoyées,d
ne pas trouver mauvais , apre
avoir lûcelle cy , que je fup
prime les leurs, (auf à eux
se dédommager de cette fup
spurerssion,si bon leur semble
les Bouts-rimez que j
leur propose.
d autres réponses aux même
questions ; mais je prie ceu
quime lesont envoyées,d
ne pas trouver mauvais , apre
avoir lûcelle cy , que je fup
prime les leurs, (auf à eux
se dédommager de cette fup
spurerssion,si bon leur semble
les Bouts-rimez que j
leur propose.
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4550
p. *137-137
CHANSON.
Début :
Par vos divins appas, si l'on comptoit vos jours, [...]
Mots clefs :
Cloris, Appas, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON..
PAr vos divins appas , si l'on comptoit vas
jours ,
Adorable Cloris › vous charmeriez toujours ;
Mais votre course fortunée ,
Par le sort implacable étant enfin bornée ,
Mes vœux sont encor superflus ;
Pour chaque cœur épris de vos rares vertus ,
Que la Parque du moins vous file une journée.
Ces paroles et la Musique sont de M
du Vigneau.
PAr vos divins appas , si l'on comptoit vas
jours ,
Adorable Cloris › vous charmeriez toujours ;
Mais votre course fortunée ,
Par le sort implacable étant enfin bornée ,
Mes vœux sont encor superflus ;
Pour chaque cœur épris de vos rares vertus ,
Que la Parque du moins vous file une journée.
Ces paroles et la Musique sont de M
du Vigneau.
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