Résultats : 21757 texte(s)
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2103
p. 85
« Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...] »
Début :
Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...] »
Si la lecture de cette avanturevous afflige, il ne
tient qu'à vous, Messieurs,
de vous dédommager par lalecture de celle qui la
suit.
tient qu'à vous, Messieurs,
de vous dédommager par lalecture de celle qui la
suit.
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2105
p. 80
ENIGME.
Début :
De la Noblesse fort chéris, [...]
Mots clefs :
Perdreaux
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
DE la Nobleffe fort chéris ,
Nous portons pour livrée & le jaune & le gris .
L'amitié chez nous eft fi grande ,
Que l'on nous voit prefque toujours en bande:
On ne fait prefque point de bons repas fans nous ;
Cependant un deftin jaloux
A permis que nos amis même ,
Nous moleftent fans ceffe , & qu'en butte à leurs
coups ,
Nous ne refpirons qu'au Carême.
J. C. F. C. ***.
De Peronne, le 14
Octobre 1750.
DE la Nobleffe fort chéris ,
Nous portons pour livrée & le jaune & le gris .
L'amitié chez nous eft fi grande ,
Que l'on nous voit prefque toujours en bande:
On ne fait prefque point de bons repas fans nous ;
Cependant un deftin jaloux
A permis que nos amis même ,
Nous moleftent fans ceffe , & qu'en butte à leurs
coups ,
Nous ne refpirons qu'au Carême.
J. C. F. C. ***.
De Peronne, le 14
Octobre 1750.
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2106
p. 80
AUTRE.
Début :
Je tiens par fois sans droit & sans raison, [...]
Mots clefs :
Soulier
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
J
E tiens par fois fans droit & fans raiſon ,
Bons & mauvais en étroite prifon ;
Et néanmoins aux hommes très utile ,
Je ſuis d'ufage aux champs comme à la ville.
Depuis cent ans des fujets vertueux
Me font l'objet d'un travail fructueux.
Même pour moi l'on fouffre en Amérique ;
Chaffe nuifible à la chofe publique.
Pour mon foutien j'ai deux corps de métiers ,
Et j'y nourris travailleurs à milliers .
Faiguet.
J
E tiens par fois fans droit & fans raiſon ,
Bons & mauvais en étroite prifon ;
Et néanmoins aux hommes très utile ,
Je ſuis d'ufage aux champs comme à la ville.
Depuis cent ans des fujets vertueux
Me font l'objet d'un travail fructueux.
Même pour moi l'on fouffre en Amérique ;
Chaffe nuifible à la chofe publique.
Pour mon foutien j'ai deux corps de métiers ,
Et j'y nourris travailleurs à milliers .
Faiguet.
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2107
p. 85-86
Reflexions sur l'Histoire. [titre d'après la table]
Début :
On me demande de longues histoires, on m'en demande de [...]
Mots clefs :
Histoires, Aventures galantes
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texteReconnaissance textuelle : Reflexions sur l'Histoire. [titre d'après la table]
Onme demande de longueS
histoires, onm'en demande de
courtes:je m'enrapporte a[4
pluralité des voix. Cependant
commeilestvrai que cellesque, j'aidonnéesjusqu'àpresent,
comprisses remarques, remplisfiniprés
d'un tiers du livref
je l'augmenterai dorénavant,
a proportion de la longueurde,
cesavanturesgalantes , en saveurdeceux
quin'aiment pas
aleslire, - pourles dédommagerd'uncôtedece
qlf.-ll.les leur,
derobentdel'autre. Ï^Quimo^^
cen'estpas maJfautes'ilm'arrive
queréc;
je voudrois, pour la satisfaction
des leéleurs ,avoir unt
infinité de petites pieces detachées
à leur donner, qu'elles
sussentpleines de sel & d'ef
prit, & aussi courtes que lè dtfcours
que je fais dans chaque
Mercure sur l'origine du
mois.
Aoûtest
histoires, onm'en demande de
courtes:je m'enrapporte a[4
pluralité des voix. Cependant
commeilestvrai que cellesque, j'aidonnéesjusqu'àpresent,
comprisses remarques, remplisfiniprés
d'un tiers du livref
je l'augmenterai dorénavant,
a proportion de la longueurde,
cesavanturesgalantes , en saveurdeceux
quin'aiment pas
aleslire, - pourles dédommagerd'uncôtedece
qlf.-ll.les leur,
derobentdel'autre. Ï^Quimo^^
cen'estpas maJfautes'ilm'arrive
queréc;
je voudrois, pour la satisfaction
des leéleurs ,avoir unt
infinité de petites pieces detachées
à leur donner, qu'elles
sussentpleines de sel & d'ef
prit, & aussi courtes que lè dtfcours
que je fais dans chaque
Mercure sur l'origine du
mois.
Aoûtest
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Résumé : Reflexions sur l'Histoire. [titre d'après la table]
L'auteur répond à la demande variée des lecteurs pour des histoires courtes ou longues. Il augmente les récits galants pour compenser ceux qui sont dérobés. Il souhaite offrir des pièces courtes et spirituelles, similaires aux discussions mensuelles sur l'origine des mois. Il n'est pas responsable si certaines histoires ne sont pas réécrites et vise à maximiser la satisfaction des lecteurs.
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2108
p. 494-495
EPITRE, A M. le Gendre, Marquis de S. Aubin-sur-Loire.
Début :
Tu prouves, Saint-Aubin, qu'un illustre courage, [...]
Mots clefs :
Marquis de Saint-Aubin
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. le Gendre, Marquis de S. Aubin-sur-Loire.
EP ITR E ,
A M. le Gendre , Marquis de S. Aubin
sur- Loire.
U prouves , Saint -Aubin , qu'un illustré
Τυ courage ,
Est au - dessus du sort ;
Comme on voit le Palmier combattu par l'orage,
N'en être que plus fort.
Par des coups imprévus , la fortune inhumaine ,
N'obscurcit point ton nom :
Ferme dans tous états , né pour être un Mécéne ,
Tu deviens un Varron.
Tu t'éleves sans peine aux principes des choses ,
Par un rare talent ;
Tu démêles les noeuds des effets et des causes
Par ton raisonnement.
Celui qui du sçavoir se fait un doux azile ,
Ne peut être qu'heureux :
Tu fais voir que tout sied , que tout devient utile .
A des coeurs genereux .
La fiere opinion dont tu détruis l'Empire ,
Cede
MARS.
1734. 495
Cede à la verité :
Et ton sçavant Ouvrage a droit de te conduire
A l'immortalité.
M. de Boisgarnier.
A M. le Gendre , Marquis de S. Aubin
sur- Loire.
U prouves , Saint -Aubin , qu'un illustré
Τυ courage ,
Est au - dessus du sort ;
Comme on voit le Palmier combattu par l'orage,
N'en être que plus fort.
Par des coups imprévus , la fortune inhumaine ,
N'obscurcit point ton nom :
Ferme dans tous états , né pour être un Mécéne ,
Tu deviens un Varron.
Tu t'éleves sans peine aux principes des choses ,
Par un rare talent ;
Tu démêles les noeuds des effets et des causes
Par ton raisonnement.
Celui qui du sçavoir se fait un doux azile ,
Ne peut être qu'heureux :
Tu fais voir que tout sied , que tout devient utile .
A des coeurs genereux .
La fiere opinion dont tu détruis l'Empire ,
Cede
MARS.
1734. 495
Cede à la verité :
Et ton sçavant Ouvrage a droit de te conduire
A l'immortalité.
M. de Boisgarnier.
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Résumé : EPITRE, A M. le Gendre, Marquis de S. Aubin-sur-Loire.
L'épître de mars 1734, adressée au Marquis de Saint-Aubin-sur-Loire, loue son courage et sa résilience. Comparé à un palmier, il résiste aux coups du sort. Mécène et érudit, il comprend les principes fondamentaux et démêle les relations entre effets et causes. Son savoir est source de bonheur et d'utilité. L'œuvre du marquis mérite l'immortalité. Signé M. de Boisgarnier.
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2109
p. 1978-1979
LOGOGRYPHE.
Début :
Quatre Elemens de differente étoffe [...]
Mots clefs :
Méthode
2110
p. 72-73
Monsieur le Maréchal d'Estrades est nommé Gouverneur de Monsieur le Duc de Chartres. [titre d'après la table]
Début :
La place de Gouverneur de Monsieur le Duc de Chartres, [...]
Mots clefs :
Gouverneur, Duc de Chartres, Duc de Navailles, Ambassade , Prudence, Maréchal d'Estrades
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texteReconnaissance textuelle : Monsieur le Maréchal d'Estrades est nommé Gouverneur de Monsieur le Duc de Chartres. [titre d'après la table]
La place de Gouverneur de
Monfieur le Duc de Chartres
eftant demeurée vacante par la
mort de Monfieur le Maréchal
Duc
GALANT.
73
Duc de Navailles , Monfieur le
Maréchal d'Eftrades a efté nommé
pour la remplir . C'eſt un
pofte dont il est tres digne , puis
qu'il joint l'efprit , la prudence
& le fçavoir , à la valeur. Vous
fçavez qu'il a commandé des Armées
, défendu des Villes &
qu'il s'eft toûjours acquité avec
beaucoup d'habilité & de gloire
des Ambaffades dont Sa Majesté
l'a honoré.
Monfieur le Duc de Chartres
eftant demeurée vacante par la
mort de Monfieur le Maréchal
Duc
GALANT.
73
Duc de Navailles , Monfieur le
Maréchal d'Eftrades a efté nommé
pour la remplir . C'eſt un
pofte dont il est tres digne , puis
qu'il joint l'efprit , la prudence
& le fçavoir , à la valeur. Vous
fçavez qu'il a commandé des Armées
, défendu des Villes &
qu'il s'eft toûjours acquité avec
beaucoup d'habilité & de gloire
des Ambaffades dont Sa Majesté
l'a honoré.
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Résumé : Monsieur le Maréchal d'Estrades est nommé Gouverneur de Monsieur le Duc de Chartres. [titre d'après la table]
Le Maréchal d'Estrades, également Duc de Navailles, est nommé Gouverneur après la mort du Maréchal Duc Galant. Reconnu pour son esprit, sa prudence, son savoir et sa valeur, il a commandé des armées, défendu des villes et excellé dans des missions diplomatiques pour le roi.
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2111
p. 86-87
A L'AUTEUR DU MERCURE, Sur un Plagiat.
Début :
IL y a quelques années, Monsieur, qu'une personne envoya de Beauvais, [...]
Mots clefs :
Supercherie, Filouterie littéraire, Plagiat, Pirateries
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texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DU MERCURE, Sur un Plagiat.
A L'AUTEUR DU MERCURE ,
Sur un Plagiat.
y a quelques années , Monfieur ,
qu'une perfonne envoya de Beauvais , ›
ou d'Amiens , une piéce de vers qu'elle
foufcrivit pour en paroître modeftement
l'Auteur , dans l'idée fans doute que
M. PAVILLON de l'Academie Françoife
étoit inconnu dans la Capitale ;
cette fupercherie , pour ne rien dire de
plus , lui réuffit , & on vit paroître
au Mercure LES CONSEILS A IRIS ,
fous le titre , je crois , à moitié déguifé
, DE CONSEILS A UNE JEUNE DE
MOISELLE . J'en écrivis à l'Auteur du
Mercure qui la démaſqua dans le Mercure
fuivant . \-
Dans le premier volume de votre
Mercure de ce mois qu'on vient de
m'apporter , j'y trouve page 69 à -peu-.-
MARS. 1763.. ទ ៗ :
e
It
e
2-
Le ;;
de
tre
IS ,
gui
DEr
du :
Mervotre
2
nt
de
:
-peu
-.-
près la même chofe dans un autre genre,
c'eft l'ÉNIGME dont le mot eft Fiacre
ou Carroffe de place , qui a déja été
inférée au Mercure il y a quelques an--
nées.
Il faut efpérer que l'Anonyme de
qui vous la tenez vous enverra bientôt
l'Enigme des Coches publics qui , je
crois , eft dans le premier ou fecond vo--
lume du Mercure de M. Dufrefny..
Il eft pourtant bon de vous faire con--
noître ces pirateries , étant tous les
jours dans le cas d'être trompé de cette
manière par lé peu
de temps que
vous avez pour la rédaction de votre
Journal, qui ne vous permet pas de vous
reffouvenir à l'inftant des Ouvrages des
Auteurs dont veulent fe parer certains
plagiaires en abufant honteufement le
Public ; ce qui eft de la derniere éffron--
terie , furtout lorfqu'ils ofent y mettre
leurs noms ; cela devroit même avoir
fon eſpèce de punition proportionnée
à celles que les larrons trouvent dans
le's Loix.
Cette dénonciation de filouterie lit
téraire doit être rendue publique pour
l'éxemple . Vous en ferez au furplus l'u ---
fage que vous voudrez .
J'ai l'honneur d'être , & c.
C21 Janvier 176303. De la G ****
Sur un Plagiat.
y a quelques années , Monfieur ,
qu'une perfonne envoya de Beauvais , ›
ou d'Amiens , une piéce de vers qu'elle
foufcrivit pour en paroître modeftement
l'Auteur , dans l'idée fans doute que
M. PAVILLON de l'Academie Françoife
étoit inconnu dans la Capitale ;
cette fupercherie , pour ne rien dire de
plus , lui réuffit , & on vit paroître
au Mercure LES CONSEILS A IRIS ,
fous le titre , je crois , à moitié déguifé
, DE CONSEILS A UNE JEUNE DE
MOISELLE . J'en écrivis à l'Auteur du
Mercure qui la démaſqua dans le Mercure
fuivant . \-
Dans le premier volume de votre
Mercure de ce mois qu'on vient de
m'apporter , j'y trouve page 69 à -peu-.-
MARS. 1763.. ទ ៗ :
e
It
e
2-
Le ;;
de
tre
IS ,
gui
DEr
du :
Mervotre
2
nt
de
:
-peu
-.-
près la même chofe dans un autre genre,
c'eft l'ÉNIGME dont le mot eft Fiacre
ou Carroffe de place , qui a déja été
inférée au Mercure il y a quelques an--
nées.
Il faut efpérer que l'Anonyme de
qui vous la tenez vous enverra bientôt
l'Enigme des Coches publics qui , je
crois , eft dans le premier ou fecond vo--
lume du Mercure de M. Dufrefny..
Il eft pourtant bon de vous faire con--
noître ces pirateries , étant tous les
jours dans le cas d'être trompé de cette
manière par lé peu
de temps que
vous avez pour la rédaction de votre
Journal, qui ne vous permet pas de vous
reffouvenir à l'inftant des Ouvrages des
Auteurs dont veulent fe parer certains
plagiaires en abufant honteufement le
Public ; ce qui eft de la derniere éffron--
terie , furtout lorfqu'ils ofent y mettre
leurs noms ; cela devroit même avoir
fon eſpèce de punition proportionnée
à celles que les larrons trouvent dans
le's Loix.
Cette dénonciation de filouterie lit
téraire doit être rendue publique pour
l'éxemple . Vous en ferez au furplus l'u ---
fage que vous voudrez .
J'ai l'honneur d'être , & c.
C21 Janvier 176303. De la G ****
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Résumé : A L'AUTEUR DU MERCURE, Sur un Plagiat.
Une lettre adressée à l'auteur du Mercure dénonce des cas de plagiat. Quelques années auparavant, une personne avait envoyé une pièce de vers de Beauvais ou d'Amiens en se faisant passer pour l'auteur, profitant de l'inconnu M. Pavillon de l'Académie Française. Cette supercherie a réussi, et les 'Conseils à Iris' ont été publiés sous un titre déguisé. L'auteur de la lettre avait alors informé le rédacteur du Mercure, qui avait démasqué l'imposteur. Dans le premier volume du Mercure de mars 1763, l'auteur signale une autre forme de plagiat : une énigme dont le mot est 'Fiacre' ou 'Carrosse de place', déjà publiée quelques années auparavant. Il suggère que l'anonyme ayant envoyé cette énigme pourrait également être l'auteur de celle des 'Coches publics', présente dans un volume précédent du Mercure de M. Dufresny. L'auteur met en garde contre ces pirateries littéraires, soulignant que le peu de temps disponible pour la rédaction du journal empêche de vérifier immédiatement l'authenticité des œuvres. Il condamne sévèrement ces pratiques, comparant les plagiaires à des voleurs et suggérant qu'ils devraient être punis de manière appropriée. Il insiste sur la nécessité de rendre publique cette dénonciation pour servir d'exemple et prévenir de futurs abus.
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2112
p. 2410-2411
A MADAME ... en lui envoyant un Logogryphe qu'elle avoit demandé pour Boüquet, au jour de sa Fête.
Début :
Je l'ai promis, PHILIS, et je vous tiens parole ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME ... en lui envoyant un Logogryphe qu'elle avoit demandé pour Boüquet, au jour de sa Fête.
A MADAME ... en lui envoyant un
Logogryphe qu'elle avoit demandé pour
Bouquet , au jour de sa Fête .
JE
> E l'ai promis , PHILIS et je vous tiens
parole ;*
Voici donc le Bouquet que vous me demandez ,
Un Logogriphe , amas de mainte faribole ,
Voyez si c'est en vain que vous me commandez.
De fleurs et de festons , couronnant votre
tête ,
Cent autres en ce jour avec empressement
Sur le ton gracieux , vous feront compliment;
Et sçauront mieux que moi celebrer votre fête ;
Ees honneurs vous sont dûs ; j'approuve qui les
rend ;
Du silence je fais ma vertu favorite ,
Et sans sçavoir loüer , j'admire le mérite.
( Non pas qu'indifférent , ou de caustique humeur
,
Je ne puisse jamais faire parler mon coeur.
Loin
NOVEMBRE. 1733. 2411
Zoin de moi pour toujours une telle manic.
Ainsi , laissant la flaterie ;
Je vante en vous , Philis , avecque vérité ,
Entre mille talens , cette douce harmonie ,
Que répandent par tout dans la société
Votre esprit , vos discours , dans lesquels le so
lide ,
Apeine laisse voir un agréable vuide ,
Ainsi je puis en or sans aucuns complimens ,
Produire vos vertus , loüer cette sagesse ,
Q'accompagnent mille agrémens ;
Ou bien cette délicatesse •
Cette franchise et cette politesse ,
Qui vous attirent tous les coeurs .
Mais que prétends- je icy ? .... Quelles folles
ardeurs ? ...
Je me tais et reviens à notre Logogriphe ,
Pour vous plaire , Philis , au monent je l'atife ;
Heureux , à votre gout de pouvoir réussir ,
C'est-là mon unique désir.
Logogryphe qu'elle avoit demandé pour
Bouquet , au jour de sa Fête .
JE
> E l'ai promis , PHILIS et je vous tiens
parole ;*
Voici donc le Bouquet que vous me demandez ,
Un Logogriphe , amas de mainte faribole ,
Voyez si c'est en vain que vous me commandez.
De fleurs et de festons , couronnant votre
tête ,
Cent autres en ce jour avec empressement
Sur le ton gracieux , vous feront compliment;
Et sçauront mieux que moi celebrer votre fête ;
Ees honneurs vous sont dûs ; j'approuve qui les
rend ;
Du silence je fais ma vertu favorite ,
Et sans sçavoir loüer , j'admire le mérite.
( Non pas qu'indifférent , ou de caustique humeur
,
Je ne puisse jamais faire parler mon coeur.
Loin
NOVEMBRE. 1733. 2411
Zoin de moi pour toujours une telle manic.
Ainsi , laissant la flaterie ;
Je vante en vous , Philis , avecque vérité ,
Entre mille talens , cette douce harmonie ,
Que répandent par tout dans la société
Votre esprit , vos discours , dans lesquels le so
lide ,
Apeine laisse voir un agréable vuide ,
Ainsi je puis en or sans aucuns complimens ,
Produire vos vertus , loüer cette sagesse ,
Q'accompagnent mille agrémens ;
Ou bien cette délicatesse •
Cette franchise et cette politesse ,
Qui vous attirent tous les coeurs .
Mais que prétends- je icy ? .... Quelles folles
ardeurs ? ...
Je me tais et reviens à notre Logogriphe ,
Pour vous plaire , Philis , au monent je l'atife ;
Heureux , à votre gout de pouvoir réussir ,
C'est-là mon unique désir.
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Résumé : A MADAME ... en lui envoyant un Logogryphe qu'elle avoit demandé pour Boüquet, au jour de sa Fête.
Le texte est un poème adressé à une dame nommée Philis pour son jour de fête. L'auteur y affirme tenir sa promesse de lui envoyer un logogriphe, une devinette poétique, en guise de bouquet. Il reconnaît que d'autres sauront mieux célébrer sa fête et exprimer des compliments. L'auteur se distingue par son silence et son admiration sincère pour les mérites de Philis, sans chercher à flatter. Il vante son esprit, ses discours harmonieux, sa sagesse, sa délicatesse, sa franchise et sa politesse, qualités qui lui attirent l'affection de tous. Après une digression sur ses sentiments, il revient au logogriphe, exprimant son désir de lui plaire et de réussir selon ses goûts.
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2114
p. 86-87
Traité du Suicide, [titre d'après la table]
Début :
Traité du Suicide, ou du Meurtre volontaire de soi-même, par Jean Dumas. [...]
Mots clefs :
Suicide, Combat, Apologistes, La Nouvelle Héloïse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité du Suicide, [titre d'après la table]
Traité du Suicide , ou du Meurtre volon
taire de foi-même , par Jean Dumas.
Savoir fouffrir la vie & voir venir la mort ,
C'est le devoir du Sage ; & tel fera mon fort.
GRESSET , tragédie d'Edouard.
vol in 8 ° . de 444 pages. Prix , s liv.
broché. A Amfterdam , chez Changuion
; & à Paris , chez Valade , li
braire , rue St Jacques.
L'auteur de ce traité , après avoir fait
voir que le Suicide eft oppoſé à la loi de
Dieu révélée , à celle de la Nature , & à
la raifon , combat les raifonnemens des
apologiftes du Suicide . Il met au nombre
AQUST. 1774 87
de ces apologiftes l'auteur de la Nouvelle
Héloïfe . M. Dumas cependant ne combat
jamais plus avantageufement les fophif
mes cités dans la Nouvelle Héloïfe en faveur
du Suicide , qu'en rapportant les puif
fantes raifons que M. R. a oppofées à ces
mêmes fophifmes.
taire de foi-même , par Jean Dumas.
Savoir fouffrir la vie & voir venir la mort ,
C'est le devoir du Sage ; & tel fera mon fort.
GRESSET , tragédie d'Edouard.
vol in 8 ° . de 444 pages. Prix , s liv.
broché. A Amfterdam , chez Changuion
; & à Paris , chez Valade , li
braire , rue St Jacques.
L'auteur de ce traité , après avoir fait
voir que le Suicide eft oppoſé à la loi de
Dieu révélée , à celle de la Nature , & à
la raifon , combat les raifonnemens des
apologiftes du Suicide . Il met au nombre
AQUST. 1774 87
de ces apologiftes l'auteur de la Nouvelle
Héloïfe . M. Dumas cependant ne combat
jamais plus avantageufement les fophif
mes cités dans la Nouvelle Héloïfe en faveur
du Suicide , qu'en rapportant les puif
fantes raifons que M. R. a oppofées à ces
mêmes fophifmes.
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Résumé : Traité du Suicide, [titre d'après la table]
En 1774, Jean Dumas publie 'Le Traité du Suicide', un ouvrage de 444 pages en format in-octavo, critiquant le suicide comme contraire aux lois divine, naturelle et rationnelle. Il réfute les arguments pro-suicide, notamment ceux de la 'Nouvelle Héloïse', en citant M. R. L'ouvrage est disponible à Amsterdam et Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2115
p. 85-86
QUESTIONS.
Début :
Où l'on prie instamment de respondre pour fournir à l'envie [...]
Mots clefs :
Questions, Repas, Taille, Amour et haine
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texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS.
QUESTIONS.
Où l'on prie instamment
de respondre pour fournir
a
l'envie qu'on a
de bien
amuser le mois prochain,
pour dédommager ceux
qui sont las du serieux.
Premiere Question.
Si l'on doit préferer dans
un repas les grands verres
aux petits.
SecondeQuestion.
Si l'on peut hair ce qu'on
a une fois bien aimé.
Troisiéme Question.
S'il est plus avantageux
à un homme d'estred'une
grande taille que d'une petite.
Où l'on prie instamment
de respondre pour fournir
a
l'envie qu'on a
de bien
amuser le mois prochain,
pour dédommager ceux
qui sont las du serieux.
Premiere Question.
Si l'on doit préferer dans
un repas les grands verres
aux petits.
SecondeQuestion.
Si l'on peut hair ce qu'on
a une fois bien aimé.
Troisiéme Question.
S'il est plus avantageux
à un homme d'estred'une
grande taille que d'une petite.
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2116
p. 706-707
ENIGME.
Début :
Je suis un beau petit Palais, [...]
Mots clefs :
Lanterne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
E suis un beau petit Palais,
Bâti d'une aimable structure ,
Sans employer pour moi l'Art de l'Architecture;
On me construit à peu de frais.
J'ai cependant gentille couverture ;
Mansarde quelquefois , fenêtres et tréineaux
Et tous les ornemens des Palais les plus beaux.
Je n'ai jamais qu'un seul étage ,
Et qu'un Salon pour tout Appartement :
C'est là qu'une Beauté , quoiqu'en mince équi
page ,
Vient se loger superbement..
Je fus jadis compagne inséparable
D'un Sage de l'Antiquité.
2
Mais
AVRIL 1731. 707
J Mais quelle calomnie inhumaine , execrable
N'ont point fait les Mortels de moi , de ma
beauté !
> Ils ont poussé la cruauté
Jusques me tacher de cet Art, redoutable ,
Dont on brule àRouen quiconque en est coupable.
E suis un beau petit Palais,
Bâti d'une aimable structure ,
Sans employer pour moi l'Art de l'Architecture;
On me construit à peu de frais.
J'ai cependant gentille couverture ;
Mansarde quelquefois , fenêtres et tréineaux
Et tous les ornemens des Palais les plus beaux.
Je n'ai jamais qu'un seul étage ,
Et qu'un Salon pour tout Appartement :
C'est là qu'une Beauté , quoiqu'en mince équi
page ,
Vient se loger superbement..
Je fus jadis compagne inséparable
D'un Sage de l'Antiquité.
2
Mais
AVRIL 1731. 707
J Mais quelle calomnie inhumaine , execrable
N'ont point fait les Mortels de moi , de ma
beauté !
> Ils ont poussé la cruauté
Jusques me tacher de cet Art, redoutable ,
Dont on brule àRouen quiconque en est coupable.
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2117
p. 85-86
« Je croy, Messieurs, que rien ne convient mieux à la [...] »
Début :
Je croy, Messieurs, que rien ne convient mieux à la [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Je croy, Messieurs, que rien ne convient mieux à la [...] »
Je croy ,
Messieurs, que
rien ne convientmieux à I.
suitedes nveIIe$ generales
qu'une excellente. nouvelle
particuliere.
Messieurs, que
rien ne convientmieux à I.
suitedes nveIIe$ generales
qu'une excellente. nouvelle
particuliere.
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2118
p. 86-87
LOGOGRYPHE. A Madame de...
Début :
De ma soeur & de moi je tais ici l'histoire, [...]
Mots clefs :
Hirondelle
2119
p. 2024-2025
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je porte ce qu'on veut, je ne refuse rien ; [...]
Mots clefs :
Enseigne de marchand
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
JE porte
cequ'on veut , jene refuſe rien ;
Soit par devant , ſoit par derriere ;
Je ſuis propre à montrer & le mal& le bien ,
La joye & la mifere ,
LeParadis , l'Enfer , les Saints&lesDémons,
Et le Ciel & la Terre ,
Les Princes & les Rois , avec leurs Ecuſſons ,
Leş
SEPTEMBRE. 1727. 2025
Et la Paix & la Guerre.
Mes parens pour moi ſans amour ,
Si-tôt que je fuis née ,
M'expoſent aux rigueurs des faifons , nuit &
jour ;
Voila ma deſtinée.
Quoique facile à voir , on me cherche avec
foin ,
Sans faire de bévûë ,
Et l'on trouve ſouvent ce dont on a beſoin ,
Si tôt que l'on m'a vûë.
JE porte
cequ'on veut , jene refuſe rien ;
Soit par devant , ſoit par derriere ;
Je ſuis propre à montrer & le mal& le bien ,
La joye & la mifere ,
LeParadis , l'Enfer , les Saints&lesDémons,
Et le Ciel & la Terre ,
Les Princes & les Rois , avec leurs Ecuſſons ,
Leş
SEPTEMBRE. 1727. 2025
Et la Paix & la Guerre.
Mes parens pour moi ſans amour ,
Si-tôt que je fuis née ,
M'expoſent aux rigueurs des faifons , nuit &
jour ;
Voila ma deſtinée.
Quoique facile à voir , on me cherche avec
foin ,
Sans faire de bévûë ,
Et l'on trouve ſouvent ce dont on a beſoin ,
Si tôt que l'on m'a vûë.
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2120
p. 82-83
« Allons, Messieurs, dépêchons nous de retourner en France ... Nous voila, grace [...] »
Début :
Allons, Messieurs, dépêchons nous de retourner en France ... Nous voila, grace [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Allons, Messieurs, dépêchons nous de retourner en France ... Nous voila, grace [...] »
llons , Meſſieurs , dépê-
1
GALANT. 83
1
L
chons nous de retourner en
France ... Nous voila , grace
au Ciel , arrivez enfin à bon
port à Paris , où , avec voſtre
permiſſion , je vais d'abord
vous faire part de la copie d'une
Lettre que j'ay reçûë de
Roüen le 18. dece mois
1
GALANT. 83
1
L
chons nous de retourner en
France ... Nous voila , grace
au Ciel , arrivez enfin à bon
port à Paris , où , avec voſtre
permiſſion , je vais d'abord
vous faire part de la copie d'une
Lettre que j'ay reçûë de
Roüen le 18. dece mois
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2121
p. 84-85
AUTRE.
Début :
Je suis de forme différente ; [...]
Mots clefs :
Rouge
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Je ſuis de forme différente ;
Et ſouvent d'une amante ,
Pourvû qu'elle évite l'excès ,
Je ſçais embellir les attraits.
Cinq membres compoſent mon être :
Diviſe-les , tu vois paroître
De quoi charmer les plus beaux yeux ,
De quoi calmer tes ſoucis ennuieux ;
Un riche préſent de la Terre ;
L'âme enfin de la Paix , le ſoutien de la guerre
Un volatil , un inſecte rampant ;
Un majestueux inſtrument ;
Le ſubſtitut d'un grain fort néceſſaire
De pluſieurs animaux l'aliment ordinaire.
Mais pour ne pas t'ennuyer , cher Lecteur ,
Ce mot peut m'indiquer , comme au plus grand
Seigneur.
Au Paysan j'offre une choſe utile ;
On la voit ſouvent à la Ville
Faire trembler les ſcélérats .
Me voilà diſſéqué ; ne me connois -tu pas ?
Par M. M.....
Je ſuis de forme différente ;
Et ſouvent d'une amante ,
Pourvû qu'elle évite l'excès ,
Je ſçais embellir les attraits.
Cinq membres compoſent mon être :
Diviſe-les , tu vois paroître
De quoi charmer les plus beaux yeux ,
De quoi calmer tes ſoucis ennuieux ;
Un riche préſent de la Terre ;
L'âme enfin de la Paix , le ſoutien de la guerre
Un volatil , un inſecte rampant ;
Un majestueux inſtrument ;
Le ſubſtitut d'un grain fort néceſſaire
De pluſieurs animaux l'aliment ordinaire.
Mais pour ne pas t'ennuyer , cher Lecteur ,
Ce mot peut m'indiquer , comme au plus grand
Seigneur.
Au Paysan j'offre une choſe utile ;
On la voit ſouvent à la Ville
Faire trembler les ſcélérats .
Me voilà diſſéqué ; ne me connois -tu pas ?
Par M. M.....
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2122
p. 86-91
« PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
Début :
PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...]
Mots clefs :
Bureau militaire, Bureau typographique, Fortifications, Bureau, Polygone, Menuiserie, Traité, Officiers
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texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ
DE FORTIFICATION. L'auteur nous ap
prend qu'il a compofé cet ouvrage pour les
jeunes Officiers , qui fans fe deftiner particulierement
pour le génie , doivent pourtant
connoître les fortifications . Comme
la méthode de fortifier de M. le Maréchal :
de Vauban eft aujourd'hui la plus fuivie
c'eſt celle dont l'auteur rend raifon dans
ce traité. Pour rendre fon inftruction plus
fenfible , il a formé un bureau dont il donne
la defcription , & qui fait une partie
du mérite de fon ouvrage. Ce bureau qu'il
nomme Bureau militaire * , a à peu - près
la forme d'un bureau typographique : chaque
étage de fon bureau contient des pie
ces de ménuiferie de même efpece , de même
que les étages du bureau typographique
contiennent les caracteres de même
efpece. Par le différent affemblage de ces
pieces de ménuiferie , on peut former en
Jene fais ici que tranfcrire les dernieres pa
ges de fon profpectus. Cet objet me paroît trop
intéreffant pour ne pas l'offrir aux yeux du lecteur
dans tous fes détails.
AVRIL. 1755. 87
relief une fortification , ainfi que par l'af
femblage des caracteres on peut repréfenter
des mots.
*
Chaque niche de ce bureau militaire
contient les pieces de même efpece , qui
forcent l'enceinte & tous les différens ouvrages
d'une place : ainfi dans la ligne des
baftions font , dans des étages féparés , les
courtines , les flancs & les faces , pour trois
différens polygones ; il en eft de même des
pieces qui doivent former les ouvrages extérieurs.
Quoique les pieces de même efpece
ayent quelquefois des longueurs différentes
pour les différens polygones , elles ont
toutes cependant une échelle commune :
chaque piece porte avec elle le numero de
fa longueur.
Le nombre de ces pieces , pour former
unbureau militaire complet , n'eft pas bien
confidérable . Qu'on faffe attention que M.
le Maréchal de Vauban a toujours fuppofé
que le côté de tout polygone qu'on fe propofoit
de fortifier , avoit cent quatre - vingt
toifes. Il a trouvé qu'à cette diſtance les
baſtions étoient convenablement éloignés,
& que la ligne de défenſe avoit une jufte
longueur ; qu'on faffe attention encore
qu'il donne toujours cinquante toifes aux
faces de baſtions pour quelque polygone
88 MERCURE DE FRANCE.
que ce foit. Voilà donc deux longueurs :
qui ne varient point : je fuis parti de là
& je n'ai pas trouvé plus difficile de faire:
une fortification en relief, par l'affemblage
de différentes pieces de ménuiferie , qui ,
euffent toujours une même échelle pour
les différens polygones , que de tracer fur
le papier une fortification fur différens polygones
, qui font fuppofés avoir toujours.
une même échelle de cent quatre - vingt
toiſes. On trouvera même que la différence
de la longueur des côtés & de la grandeur
des angles de la premiere enceinte ,
n'eft pas bien confidérable dans les différens:
polygones , & qu'ainfi il n'y aura pas un
grand inconvénient de fortifier un exago-.
ne avec les pieces d'un pentagone , fur-,
tout fi l'échelle du bureau militaire , qui
doit être de cent quatre-vingt parties égales
, repréfentant des toifes , eft réduite à
fept ou huit pouces . Mais , pour plus grande
exactitude , le bureau pourra contenir
des pieces pour la premiere enceinte feulement
, de trois différens polygones. Ces
pieces de différens polygones , adaptées
enfemble , pourront même fervir à repréfenter
ou à imiter des places irrégulieres .
Tel eft en gros le plan de ce nouveau bureau
militaire.
Pour en faire ufage l'éleve n'a befoin
AVRIL. 1755 89 .
que de fçavoir tracer la ligne magiftrale
de chaque ouvrage ; après quoi il meſure
fur fon papier la longueur de chaque cour-`
tine , de chaque flanc , de chaque face , &c .
& il prend dans le bureau des pieces de
même efpece & de même longueur , les
difpofe fur une grande table , & dans un
inftant toute la fortification eft formée.
4
des
Les idées qu'il a , par le moyen de ces
fortifications en relief , font bien plus claires
; il voit bien mieux le rapport mutuel
de chaque piece , de quelle maniere elles
fe flanquent les unes les autres , qu'il ne
le verroit fur le papier par le moyen
lignes , qui ne difent rien lorfque leur ufage
n'eft pas familier ; & cela eft fi vrai ,
que j'ai vu des jeunes gens qui avoient
étudié les fortifications , ne pas fe reconnoître
dans une fortereffe . Que les perfon-,
nes les plus expérimentées dans cet art comparent
l'impreffion que fait fur eux un plan
gravé fur du papier , où un plan en relief,
tels que ceux qui font aux galeries du Louyre.
Tout deviendrá fenfible à l'éleve : cette
étude fera un véritable amuſement pour
lui , & il est bien rare que les jeunes gens
ne réuffiffent pas dans les chofes qu'ils
font avec plaifir. Il n'en faudroit pas dayantage
pour infpirer le defir d'approfongo
MERCURE DE FRANCE.
dir cette connoiffance , & peut-être d'y
faire de nouvelles découvertes.
Un Maître habile & ingénieux pourra
varier à l'infini fes leçons : tantôt c'eſt uné
place qu'il attaque , après que fon éleve
la fortifiée : tantôt c'eft le paffage d'une
riviere qu'il faut défendre. Il peut même
former fur une grande table des élévations
avec de la terre ou du fable , & donner un
terrein inégal à fortifier : de pareils exercices
feront d'autant plus inftructifs , qu'ils
feront le milieu , pour ainfi dire , entre l'i
mage & la réalité. Ainfi un jeune Seigneur
& un Officier acquerreroient parfaitement
les connoiffances qu'ils doivent avoir des
fortifications.
Selon les difpofitions de l'éleve , le pro
feffeur pourroit alors le pouffer plus out
moins avant dans les parties des Mathéma
tiques qui ont du rapport aux fortifica
tions ; & pour cela lui faire voir d'abord
les Inftitutions mathématiques de M. l'Ab
bé de la Chapelle : ce livre eft bien au
deffus de fon titre ; mais que l'Officier faffe
toujours céder cette étude à celle des connoiffances
plus particulieres à fon état . It
n'eft pas auffi effentiel pour lui de fçavoir
les différens traités de mathématique , que
de bien connoître la difcipline politique ,
économique & militaire d'une armée :
AVRIL. 1755. $
ainfi il ne devra étudier les cours mathé
matiques de M. le Camus qu'après qu'il
aura appris prefque par coeur les effais fur
l'art de la guerre de M.le Comte Turpin .
Cet ouvrage * eft écrit avec une fimplicité
& un ordre admirable , parce que l'auteur
eft un excellent Officier qui rend raifon
de ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait . -
Je vais finir ce Proſpectus par où j'aurois
dû le commencer. Il n'a pas été fait pour.
annoncer mon ouvrage , moins encore .
pour en dire du bien : ç'auroit été une cho- >
fe pour le moins inutile ; car fans doute
je ne le crois pas mauvais , puifque je me›
propofe de le donner au public. J'annonce
donc ici mon bureau militaire ; & comme
il peut fervir à démontrer , non feulement:
mon traité des fortifications , mais encore
tout autre traité où on donnera la méthode
de M. de Vauban , les perſonnes qui ,
fans faire ufage de mon traité , voudront
faire ufage de mon bureau , n'auront qu'à
adreffer leur Ménuifier ou leur Ebéniſte
chez M. Jombert , Libraire , rue Dauphi
ne , & l'auteur fe fera un plaifir de leurs
donner des modeles , ou de les mettre en
état d'exécuter de pareils bureaux .
* Il ſe trouve à Paris , chez Jombert , rue Dau ,
phine.
DE FORTIFICATION. L'auteur nous ap
prend qu'il a compofé cet ouvrage pour les
jeunes Officiers , qui fans fe deftiner particulierement
pour le génie , doivent pourtant
connoître les fortifications . Comme
la méthode de fortifier de M. le Maréchal :
de Vauban eft aujourd'hui la plus fuivie
c'eſt celle dont l'auteur rend raifon dans
ce traité. Pour rendre fon inftruction plus
fenfible , il a formé un bureau dont il donne
la defcription , & qui fait une partie
du mérite de fon ouvrage. Ce bureau qu'il
nomme Bureau militaire * , a à peu - près
la forme d'un bureau typographique : chaque
étage de fon bureau contient des pie
ces de ménuiferie de même efpece , de même
que les étages du bureau typographique
contiennent les caracteres de même
efpece. Par le différent affemblage de ces
pieces de ménuiferie , on peut former en
Jene fais ici que tranfcrire les dernieres pa
ges de fon profpectus. Cet objet me paroît trop
intéreffant pour ne pas l'offrir aux yeux du lecteur
dans tous fes détails.
AVRIL. 1755. 87
relief une fortification , ainfi que par l'af
femblage des caracteres on peut repréfenter
des mots.
*
Chaque niche de ce bureau militaire
contient les pieces de même efpece , qui
forcent l'enceinte & tous les différens ouvrages
d'une place : ainfi dans la ligne des
baftions font , dans des étages féparés , les
courtines , les flancs & les faces , pour trois
différens polygones ; il en eft de même des
pieces qui doivent former les ouvrages extérieurs.
Quoique les pieces de même efpece
ayent quelquefois des longueurs différentes
pour les différens polygones , elles ont
toutes cependant une échelle commune :
chaque piece porte avec elle le numero de
fa longueur.
Le nombre de ces pieces , pour former
unbureau militaire complet , n'eft pas bien
confidérable . Qu'on faffe attention que M.
le Maréchal de Vauban a toujours fuppofé
que le côté de tout polygone qu'on fe propofoit
de fortifier , avoit cent quatre - vingt
toifes. Il a trouvé qu'à cette diſtance les
baſtions étoient convenablement éloignés,
& que la ligne de défenſe avoit une jufte
longueur ; qu'on faffe attention encore
qu'il donne toujours cinquante toifes aux
faces de baſtions pour quelque polygone
88 MERCURE DE FRANCE.
que ce foit. Voilà donc deux longueurs :
qui ne varient point : je fuis parti de là
& je n'ai pas trouvé plus difficile de faire:
une fortification en relief, par l'affemblage
de différentes pieces de ménuiferie , qui ,
euffent toujours une même échelle pour
les différens polygones , que de tracer fur
le papier une fortification fur différens polygones
, qui font fuppofés avoir toujours.
une même échelle de cent quatre - vingt
toiſes. On trouvera même que la différence
de la longueur des côtés & de la grandeur
des angles de la premiere enceinte ,
n'eft pas bien confidérable dans les différens:
polygones , & qu'ainfi il n'y aura pas un
grand inconvénient de fortifier un exago-.
ne avec les pieces d'un pentagone , fur-,
tout fi l'échelle du bureau militaire , qui
doit être de cent quatre-vingt parties égales
, repréfentant des toifes , eft réduite à
fept ou huit pouces . Mais , pour plus grande
exactitude , le bureau pourra contenir
des pieces pour la premiere enceinte feulement
, de trois différens polygones. Ces
pieces de différens polygones , adaptées
enfemble , pourront même fervir à repréfenter
ou à imiter des places irrégulieres .
Tel eft en gros le plan de ce nouveau bureau
militaire.
Pour en faire ufage l'éleve n'a befoin
AVRIL. 1755 89 .
que de fçavoir tracer la ligne magiftrale
de chaque ouvrage ; après quoi il meſure
fur fon papier la longueur de chaque cour-`
tine , de chaque flanc , de chaque face , &c .
& il prend dans le bureau des pieces de
même efpece & de même longueur , les
difpofe fur une grande table , & dans un
inftant toute la fortification eft formée.
4
des
Les idées qu'il a , par le moyen de ces
fortifications en relief , font bien plus claires
; il voit bien mieux le rapport mutuel
de chaque piece , de quelle maniere elles
fe flanquent les unes les autres , qu'il ne
le verroit fur le papier par le moyen
lignes , qui ne difent rien lorfque leur ufage
n'eft pas familier ; & cela eft fi vrai ,
que j'ai vu des jeunes gens qui avoient
étudié les fortifications , ne pas fe reconnoître
dans une fortereffe . Que les perfon-,
nes les plus expérimentées dans cet art comparent
l'impreffion que fait fur eux un plan
gravé fur du papier , où un plan en relief,
tels que ceux qui font aux galeries du Louyre.
Tout deviendrá fenfible à l'éleve : cette
étude fera un véritable amuſement pour
lui , & il est bien rare que les jeunes gens
ne réuffiffent pas dans les chofes qu'ils
font avec plaifir. Il n'en faudroit pas dayantage
pour infpirer le defir d'approfongo
MERCURE DE FRANCE.
dir cette connoiffance , & peut-être d'y
faire de nouvelles découvertes.
Un Maître habile & ingénieux pourra
varier à l'infini fes leçons : tantôt c'eſt uné
place qu'il attaque , après que fon éleve
la fortifiée : tantôt c'eft le paffage d'une
riviere qu'il faut défendre. Il peut même
former fur une grande table des élévations
avec de la terre ou du fable , & donner un
terrein inégal à fortifier : de pareils exercices
feront d'autant plus inftructifs , qu'ils
feront le milieu , pour ainfi dire , entre l'i
mage & la réalité. Ainfi un jeune Seigneur
& un Officier acquerreroient parfaitement
les connoiffances qu'ils doivent avoir des
fortifications.
Selon les difpofitions de l'éleve , le pro
feffeur pourroit alors le pouffer plus out
moins avant dans les parties des Mathéma
tiques qui ont du rapport aux fortifica
tions ; & pour cela lui faire voir d'abord
les Inftitutions mathématiques de M. l'Ab
bé de la Chapelle : ce livre eft bien au
deffus de fon titre ; mais que l'Officier faffe
toujours céder cette étude à celle des connoiffances
plus particulieres à fon état . It
n'eft pas auffi effentiel pour lui de fçavoir
les différens traités de mathématique , que
de bien connoître la difcipline politique ,
économique & militaire d'une armée :
AVRIL. 1755. $
ainfi il ne devra étudier les cours mathé
matiques de M. le Camus qu'après qu'il
aura appris prefque par coeur les effais fur
l'art de la guerre de M.le Comte Turpin .
Cet ouvrage * eft écrit avec une fimplicité
& un ordre admirable , parce que l'auteur
eft un excellent Officier qui rend raifon
de ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait . -
Je vais finir ce Proſpectus par où j'aurois
dû le commencer. Il n'a pas été fait pour.
annoncer mon ouvrage , moins encore .
pour en dire du bien : ç'auroit été une cho- >
fe pour le moins inutile ; car fans doute
je ne le crois pas mauvais , puifque je me›
propofe de le donner au public. J'annonce
donc ici mon bureau militaire ; & comme
il peut fervir à démontrer , non feulement:
mon traité des fortifications , mais encore
tout autre traité où on donnera la méthode
de M. de Vauban , les perſonnes qui ,
fans faire ufage de mon traité , voudront
faire ufage de mon bureau , n'auront qu'à
adreffer leur Ménuifier ou leur Ebéniſte
chez M. Jombert , Libraire , rue Dauphi
ne , & l'auteur fe fera un plaifir de leurs
donner des modeles , ou de les mettre en
état d'exécuter de pareils bureaux .
* Il ſe trouve à Paris , chez Jombert , rue Dau ,
phine.
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Résumé : « PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
Le document est un prospectus pour un nouveau traité de fortification destiné aux jeunes officiers. Bien que ces officiers ne se spécialisent pas nécessairement dans le génie, il est crucial qu'ils maîtrisent les fortifications. Le traité repose sur la méthode de fortification du Maréchal de Vauban, encore largement utilisée à l'époque. L'auteur a développé un 'bureau militaire' pour illustrer ses enseignements. Ce bureau est conçu pour représenter les différentes pièces de fortification en relief, similaires aux caractères typographiques. Chaque niche du bureau contient des pièces de même type, permettant de reconstituer des fortifications en trois dimensions. Ces pièces sont standardisées selon une échelle commune, facilitant leur assemblage pour former divers types de polygones. Le bureau militaire permet aux élèves de visualiser clairement les relations entre les différentes parties d'une fortification, ce qui est plus efficace que les plans sur papier. Les exercices pratiques, comme la défense d'une place ou le passage d'une rivière, enrichissent l'apprentissage. L'auteur suggère également d'intégrer des connaissances mathématiques pertinentes et des études sur l'art de la guerre. Le prospectus se conclut par une annonce du bureau militaire, disponible chez le libraire Jombert à Paris. Ce bureau peut être utilisé en complément d'autres traités de fortification suivant la méthode de Vauban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2123
p. 73-78
EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
Début :
Monsieur l'Evesque d'Heliopolis a présenté les Lettres qu'il [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Audience, Trône, François Pallu, Artus de Lionne, Barcalon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
EXTRAIT DE LA LETTRE
de MrdgsuLandcs,Bourreaq,.
écrite de Siam, en datte du22.
Décembre 1682. MOnjieurl'Eiefqtie dHe-
.lifJpolÚ a préfente les Let-
L 1 y très qu'ilavait de Sa Majefle
Très- Cbreflienne pour le Roy de
Sidm, & elles ont cJlé nçetlé's de
la mesme maniéré vue les premierea
le furent. Cet Evejque
tut le lendemain audience de ce
Monarque, à laquelle M11Ahbe
deLyonne seul affilia.
- Ilyavoit déja que
le Barcatlon m'avoit dit.que le
Roy Jon Mtiflrc,, avant que
d'aller à Lavau, me donneroit
une marque de l'eslime qu'ilfaisoit
de nostre Nation, & de la
considération particuliere qu'il
avoit pour moy i
lors qu'onniavertit
de me trouver le 11. Octobre
au Palau du Roy. Les
jimbaffadeurs du Roy de Damby
devoient le mejme jour avoir
audience. Je m'y rendis dés le
matin3 & après avoir passé
pltifieurs Courts, dans l'une desquelles,
qui efloit vis-a-vis le
Trône du Roy, il y avait pluGALANT.
7*
fleurs Soldats fous les armes9
l'on me fit ajifeoir dans un endroit
tout couvert de Tentes, au milieu
de plus de six cens Mandarins.
Lon fitasseoir les Ambajifadeurs
de Dam»y douze à quinze pas
derriere moy 3
cesi à dire que
feflois plus près du Trône du Roy
dequinze pas.Aufilialdequel-
,qua Inftrtmens,plusieurs riches
Rideaux qui couvroientleTrone
de ce 'Prince, Je tinrenty 19 sa
Majerréy parut avecbeaucoup
<£éclat, tantpour la beauté du
Trône-; que pour la richeffi du
Pirrrerie$;, dontJa tesie efes
habits efioient couverts. Apres
plujîeursfanfares de Trompettes]
le Barcdllonprit laparole, dr luy
dit, que félon l'ordre de Sa Majessé,
je me prêfcntois asespieds
pour recevoirses faveurs. Ce
Prince me fit quelques quefiions
sur le Roy de France, esur le
grttnti nombre de ses Conquefles.
jipras que j'eus repondu a ce
qu'il me demandait, l'onmit devant
moy une 73andeige d'ttrgent,
dans laquelle ily avoit un Juftrau
-corpsfait d'un 'Brocard d'or&
d'argent, dont mus luy avions
flcfiité quelques Pieces en arri- ,vanticyyun$>nbre à la manicredes
Indes, garny, d'or,
[Ayant élevé trois fois le t&ut a
la hauteur de ma tesse, l'en me
rcvejlit du Jufte-at4-corps,&je
recommençay la revérence a la
mode du Pais.Apres cela, le
Roy dit quelque chose aux AmbassadeursdeDxmlyy
r chacun
d'eux fut revcfîu de la mcfme
jorte d'un Jufie-aucorps de peu
devaleur,d,t,,sOignaldesInftm-*
1 mens que l'on avoit entenhis
d'abord, les i'i?l(rncs Rideaux rc-
cCoOutvrurirrlerfnntl.tele TTrrêcnneeRROoyYatil!.:TTcouutt
le monde a eite étonné de cet
honneur, que je ne puis attribuer
qua la haute efiime que le Roy
de Siam a peur Sa AIajefléTresChrefficnne,
dontle*Ân'A'Sn Cles
Hollandois ne peuvent s'emp:
fcher de parler avec ad miration.
Le Roy a ordonne que l'on
batij} une E'jJife pour M¡' Ics
Evcj-fJiucs* ¡rroche du Seminaire J e s!e,,,~ï ; .,,i ~,~
1*re
qu'il leur avoit déjà jatt bliïïry
& une Adaifonpoury recevoir
les ;4mbafpideurs qu'il s'attend
quenojlre invincible Monarque
luy envoyera. Il faitfaire de la
Vaiffille d'argent pour leurfervice.
Le Barcallon ma fandonner
une grandeMaijon di bois,
que fay fait élever dans nOJqre
Enclos.
de MrdgsuLandcs,Bourreaq,.
écrite de Siam, en datte du22.
Décembre 1682. MOnjieurl'Eiefqtie dHe-
.lifJpolÚ a préfente les Let-
L 1 y très qu'ilavait de Sa Majefle
Très- Cbreflienne pour le Roy de
Sidm, & elles ont cJlé nçetlé's de
la mesme maniéré vue les premierea
le furent. Cet Evejque
tut le lendemain audience de ce
Monarque, à laquelle M11Ahbe
deLyonne seul affilia.
- Ilyavoit déja que
le Barcatlon m'avoit dit.que le
Roy Jon Mtiflrc,, avant que
d'aller à Lavau, me donneroit
une marque de l'eslime qu'ilfaisoit
de nostre Nation, & de la
considération particuliere qu'il
avoit pour moy i
lors qu'onniavertit
de me trouver le 11. Octobre
au Palau du Roy. Les
jimbaffadeurs du Roy de Damby
devoient le mejme jour avoir
audience. Je m'y rendis dés le
matin3 & après avoir passé
pltifieurs Courts, dans l'une desquelles,
qui efloit vis-a-vis le
Trône du Roy, il y avait pluGALANT.
7*
fleurs Soldats fous les armes9
l'on me fit ajifeoir dans un endroit
tout couvert de Tentes, au milieu
de plus de six cens Mandarins.
Lon fitasseoir les Ambajifadeurs
de Dam»y douze à quinze pas
derriere moy 3
cesi à dire que
feflois plus près du Trône du Roy
dequinze pas.Aufilialdequel-
,qua Inftrtmens,plusieurs riches
Rideaux qui couvroientleTrone
de ce 'Prince, Je tinrenty 19 sa
Majerréy parut avecbeaucoup
<£éclat, tantpour la beauté du
Trône-; que pour la richeffi du
Pirrrerie$;, dontJa tesie efes
habits efioient couverts. Apres
plujîeursfanfares de Trompettes]
le Barcdllonprit laparole, dr luy
dit, que félon l'ordre de Sa Majessé,
je me prêfcntois asespieds
pour recevoirses faveurs. Ce
Prince me fit quelques quefiions
sur le Roy de France, esur le
grttnti nombre de ses Conquefles.
jipras que j'eus repondu a ce
qu'il me demandait, l'onmit devant
moy une 73andeige d'ttrgent,
dans laquelle ily avoit un Juftrau
-corpsfait d'un 'Brocard d'or&
d'argent, dont mus luy avions
flcfiité quelques Pieces en arri- ,vanticyyun$>nbre à la manicredes
Indes, garny, d'or,
[Ayant élevé trois fois le t&ut a
la hauteur de ma tesse, l'en me
rcvejlit du Jufte-at4-corps,&je
recommençay la revérence a la
mode du Pais.Apres cela, le
Roy dit quelque chose aux AmbassadeursdeDxmlyy
r chacun
d'eux fut revcfîu de la mcfme
jorte d'un Jufie-aucorps de peu
devaleur,d,t,,sOignaldesInftm-*
1 mens que l'on avoit entenhis
d'abord, les i'i?l(rncs Rideaux rc-
cCoOutvrurirrlerfnntl.tele TTrrêcnneeRROoyYatil!.:TTcouutt
le monde a eite étonné de cet
honneur, que je ne puis attribuer
qua la haute efiime que le Roy
de Siam a peur Sa AIajefléTresChrefficnne,
dontle*Ân'A'Sn Cles
Hollandois ne peuvent s'emp:
fcher de parler avec ad miration.
Le Roy a ordonne que l'on
batij} une E'jJife pour M¡' Ics
Evcj-fJiucs* ¡rroche du Seminaire J e s!e,,,~ï ; .,,i ~,~
1*re
qu'il leur avoit déjà jatt bliïïry
& une Adaifonpoury recevoir
les ;4mbafpideurs qu'il s'attend
quenojlre invincible Monarque
luy envoyera. Il faitfaire de la
Vaiffille d'argent pour leurfervice.
Le Barcallon ma fandonner
une grandeMaijon di bois,
que fay fait élever dans nOJqre
Enclos.
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Résumé : EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
Le 22 décembre 1682, le roi de Siam a accordé une audience à un représentant du roi de France, suivant le protocole habituel avec la présentation de lettres. Le lendemain, une audience privée a été organisée en présence du baron de Lyonne. Le roi de Siam a exprimé une marque d'estime envers la nation française et une considération particulière envers le représentant français. Le 11 octobre, ce dernier s'est rendu au palais royal, où il a été installé dans un endroit couvert de tentes, entouré de mandarins, tandis que les ambassadeurs de Damby étaient placés plus loin. Le roi de Siam, assis sur son trône richement décoré, a reçu une présentation du représentant français par le baron. Il a posé des questions sur le roi de France et ses conquêtes. En réponse, une grande robe d'honneur a été offerte au représentant français, qui a effectué les révérences appropriées. Les ambassadeurs de Damby ont été reçus avec moins d'honneur. Le roi de Siam a ordonné la construction d'une église pour les évêques français près du séminaire et a prévu une aumône pour les ambassadeurs attendus du roi de France. Il a également fait fabriquer de la vaisselle d'argent pour leur service. Le baron a offert au représentant français une grande maison en bois construite dans son enclos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2124
p. 85-91
De Rome le 25. Janvier 1716.
Début :
Le Pape est toûjours d'une santé parfaite, il assista hier [...]
Mots clefs :
Pape, Ambassadeur, Cardinal, Ambassadeur de Portugal, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome le 25. Janvier 1716.
De Rome le 15. Janvier 1716.
Le Pape est toûjours d'une
fanté parfaite,il assista hier
aux obsequés du Roy LapIs
XIV. & M. Alamani son
Camcrier d'honneur prononça
l'Oraison funebre.
Ces jours passez ont tint
Conseil de Guerre chez le
Cardinal Paulucci, Secretaire
d'Etat. Un certain General
Allemand nommé Collembert
a elle appelle auConfcil
, il s'est offert de faire la levée
de toutes les Troupes necessaires
dans les conjonctures presentes;
mais jusques icy on ne
dit point que ses offres ayent
esté acceptées.
On a résolu d'envoyer à
Genes le Chevalier Berreti,
Commandant des Galeres du
Pape
, pour noliser quelques
bâtiments, &.. l'on a écrit à
toutes les Couronnes pour
avoir quelques Vaisseaux
,
les
ordres ont esté donnezaussi
pour équiper la cinquiéme
Galere qui doit aller en course
avec lesautre
Le Chevalier Morrofini
envoyé , par la Républiquede
Venise ,est arrivé en cette
Ville,il demande des secours
pour pouvoir s'opposer aux
entreprites des Turcs. Iladéja
cû Audiance,il a representé la
liccelïhé de deffendre Corfou
à quelque prix que cc soit ,
cette Place estant le boulevart
de toute la Chrétienté.
Outre les Cardinaux dont
on a fait mention dans les avis
precedcnts lesquels ont envoyé
de l'argent au Pape,plusieurs
autres en ont aussi
donne. On pense toujours
auxmoyens d'en trouver,cependant
comme la misereest
grande dans l'EtatEcclesiastique
, Sa Sainteté ne voudra
point charger les Peuples de :
quelque nouvelle imposition.
Dernierement lePape envoya
M. le Cardinal Albani
chez l'Ambassadeur de Portu
gal pour l'exhorter, diton,à
congedier ses braves
,
conformement
aux esperancesqu'il
enavoit donnéesà M. Respo.
ni ;mais on pretend que cet
Ambassadeur a répondu qu'-
aussi-tost que les autres Ministrès
tressemettroienten devoir de
renvoyer les leurs, il obéiroit
promptement là-dessusaux
ordresdeSaSainteté.
Lundy matin le Cardinal
Spinola descendant de carrosse
pour monter chez leCardinal
Nuzzi
,
fit un faux pas & se
rompit la jambe droire ,ilest
neanmoins sans fiévre & l'on
espsre qu'il fera bien-tost gue-
-ry.,
Dimanche au soit le jeune
Marquis de Bufaro se trouvant
au cours qu'il vouloirtraverfcr,
barra lepassage au fils de
l'AmbassadeurdePortugal,les
deux carrosses s'estant rencontrez
,cet accident attira au
cocher de grands coups de
plat d'épée dont les domestiquesdel'Ambassadeur
le chargerent
furieusement., il a fallu
que leMarquis, aprésavoiresté
offensé en la personne de son
cocher, ait estéluy même faire
desexeuses àl'Ambassadeur.,
Les plainres du peuple sur les
prérendus enrôlemens
c
sont
parvenues aux oreilles du
Pape, Sa Sainteré avoit ordonne
que danschaque quartier
de Rome un vingtième
de Soldats feroit la ronde pendant
la nuit; mais le Cardinal
Scocti, qui fait encore les
fonctions de Gouverneur,
ayant representé à Sa Sainteté
l'inutilité de cette précaution,
& que ce qu'on avoit publié
estoit une pure calomnie pour
rendre son Gouvernement
odieux, cet ordre n'a (fié
exécuté qu'uneseule fois., tg,
plusieurs vagabonds qui malheuresement
avoient répan-
,du ce bruit, ont estéfustigez
Le Pape est toûjours d'une
fanté parfaite,il assista hier
aux obsequés du Roy LapIs
XIV. & M. Alamani son
Camcrier d'honneur prononça
l'Oraison funebre.
Ces jours passez ont tint
Conseil de Guerre chez le
Cardinal Paulucci, Secretaire
d'Etat. Un certain General
Allemand nommé Collembert
a elle appelle auConfcil
, il s'est offert de faire la levée
de toutes les Troupes necessaires
dans les conjonctures presentes;
mais jusques icy on ne
dit point que ses offres ayent
esté acceptées.
On a résolu d'envoyer à
Genes le Chevalier Berreti,
Commandant des Galeres du
Pape
, pour noliser quelques
bâtiments, &.. l'on a écrit à
toutes les Couronnes pour
avoir quelques Vaisseaux
,
les
ordres ont esté donnezaussi
pour équiper la cinquiéme
Galere qui doit aller en course
avec lesautre
Le Chevalier Morrofini
envoyé , par la Républiquede
Venise ,est arrivé en cette
Ville,il demande des secours
pour pouvoir s'opposer aux
entreprites des Turcs. Iladéja
cû Audiance,il a representé la
liccelïhé de deffendre Corfou
à quelque prix que cc soit ,
cette Place estant le boulevart
de toute la Chrétienté.
Outre les Cardinaux dont
on a fait mention dans les avis
precedcnts lesquels ont envoyé
de l'argent au Pape,plusieurs
autres en ont aussi
donne. On pense toujours
auxmoyens d'en trouver,cependant
comme la misereest
grande dans l'EtatEcclesiastique
, Sa Sainteté ne voudra
point charger les Peuples de :
quelque nouvelle imposition.
Dernierement lePape envoya
M. le Cardinal Albani
chez l'Ambassadeur de Portu
gal pour l'exhorter, diton,à
congedier ses braves
,
conformement
aux esperancesqu'il
enavoit donnéesà M. Respo.
ni ;mais on pretend que cet
Ambassadeur a répondu qu'-
aussi-tost que les autres Ministrès
tressemettroienten devoir de
renvoyer les leurs, il obéiroit
promptement là-dessusaux
ordresdeSaSainteté.
Lundy matin le Cardinal
Spinola descendant de carrosse
pour monter chez leCardinal
Nuzzi
,
fit un faux pas & se
rompit la jambe droire ,ilest
neanmoins sans fiévre & l'on
espsre qu'il fera bien-tost gue-
-ry.,
Dimanche au soit le jeune
Marquis de Bufaro se trouvant
au cours qu'il vouloirtraverfcr,
barra lepassage au fils de
l'AmbassadeurdePortugal,les
deux carrosses s'estant rencontrez
,cet accident attira au
cocher de grands coups de
plat d'épée dont les domestiquesdel'Ambassadeur
le chargerent
furieusement., il a fallu
que leMarquis, aprésavoiresté
offensé en la personne de son
cocher, ait estéluy même faire
desexeuses àl'Ambassadeur.,
Les plainres du peuple sur les
prérendus enrôlemens
c
sont
parvenues aux oreilles du
Pape, Sa Sainteré avoit ordonne
que danschaque quartier
de Rome un vingtième
de Soldats feroit la ronde pendant
la nuit; mais le Cardinal
Scocti, qui fait encore les
fonctions de Gouverneur,
ayant representé à Sa Sainteté
l'inutilité de cette précaution,
& que ce qu'on avoit publié
estoit une pure calomnie pour
rendre son Gouvernement
odieux, cet ordre n'a (fié
exécuté qu'uneseule fois., tg,
plusieurs vagabonds qui malheuresement
avoient répan-
,du ce bruit, ont estéfustigez
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2125
p. 85-91
De Venise.
Début :
Philippe de Variny grand Phisicien, Professeur Royal, mourut à Venise [...]
Mots clefs :
Venise, Philippe de Variny, Chevalier de Saint Marc, Doge, Lion de Saint Marc, Chevalier de Malthe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise.
De Venise.
,
Philippe de Variny grand
Phisicien,Professeur Royal,
mourut à Venise le 2.8.
Octobre.Ilétoit C hevalier
de S. Marc. Onne fera peutestre pas fâchédesçavoirce
.(jue c'est que Chevalier de
S. Marc.
Il y en a
de trois fortes,
la premiere cft une espece
derécompense dont leSenat
honnore particulieremenc
ceux d'entre les Nobles
Venitiens, qui ont fait de
grandes actions pour le
service de la Republique,ou
qui s'étant dignement acquittédes Ambassadesqu'on
leur avoit confiécs,reçoivent
du Senar mesme le titre de
de Chevalier qui leur avoit
été conférépar lesTêtes
Couronnées,auprés de squels
ils estoient Ambassadeurs;
ils ont le privilege de porter
la Stole d'or aux jours
de ceremonies, & sont
mesme dirtinguez les autres
jours pnr un galon d'or qui
borde la Stole noire qu'ils
portent ordinairement. Les
-
.f*'
deux autres onc accoûtumé
de se conferer à ceux qui
par le mérité des armes ou
des lettres, ont acquis l'estime de la Republique;quoique ceux-cy portent une
mesme marque de Chevalerie, on fait grande différence entre ceux qui le foilt
publiquement dans l'ExcellentissimeCollège, & ceux
qui en reçoivent le caractère
en particulier dansla chambre du Doge qui a
le pouvoir d'en créer de cette forte
quand il luy plaist. Voicy
ce qui se pratique pour la
reception des premiers.
L ExcellentissimeCollège
estant assemblé, le Cavalier
du Doge accompagnéde
l'Ecuyer & des autres Officiers de sa Sérénité,fait entrer celuy qu'on doit recevoir & le conduit aprèsles
trois reverences ordinaires
jusques au second degré du
Trône,aprés qu'il s'y est mis àOgenoux,leDogeassissous
~à D(, noux leS) a
ffis fous
un Dais au milieu de la Seigneurie luy fait connoistre
la refolurion qui a
été prise
de le faire Chevalier de fain^"
Marc,ensuite de quoy ille
frappe de l'Epée Ducale sur
chaque épaule,luydisant à>
chaque fois, estoMiles fidelis
-
& puis sur la tête en disant
encore, esto Eques Divi
Marci. Dans ce même rems
les Officiersluy attachent aux
pieds les Eperons d'or qu'ils
-
retirentaussitôt. Celaétant
fait le Doge luy met au col
une chaîne d'or où pend le
Lion de S. Marc, Symbole
ordinaire de la République;
au sortir de là il est conduit par ses Officiers jusqu'a
la porte du Palais au bruit
des Clairons & des Trom-
pettes. Ceux qui font reçus
ont le droit de Bourgeoisie
& le privilege de porter dans
leurs armes un musle de Lion
pour cimier. C'estun homme qu'on estime fort, la
distinctiondontMonsieur
de Varini a
été gratifié en le
recevant, c'est que la pluspart de ceux qu'oncrée Chevaliers de cette forte,achètent la chaîne qu'on leur met
au col, Se qu'il doit la sienne
àla libéralité de la Republique. La Croix d'or qui
pend au bas est chargée
d'azur,elleressemble fort
à celle de nos Chevaliers le
Malthe;ily a un rond au
milieu, dans lequel est un
Lion ailé d'uncôté qui tient
un
livre,& de l'autre: une
inscription.
S. C.
ALOYSIUS
CONTARENO.
DEI GRATIA
DUX VENETIARUM.
Et autour du rond.
VIRTUTIS
,
ET
HONORIS PRÆMIU
,
Philippe de Variny grand
Phisicien,Professeur Royal,
mourut à Venise le 2.8.
Octobre.Ilétoit C hevalier
de S. Marc. Onne fera peutestre pas fâchédesçavoirce
.(jue c'est que Chevalier de
S. Marc.
Il y en a
de trois fortes,
la premiere cft une espece
derécompense dont leSenat
honnore particulieremenc
ceux d'entre les Nobles
Venitiens, qui ont fait de
grandes actions pour le
service de la Republique,ou
qui s'étant dignement acquittédes Ambassadesqu'on
leur avoit confiécs,reçoivent
du Senar mesme le titre de
de Chevalier qui leur avoit
été conférépar lesTêtes
Couronnées,auprés de squels
ils estoient Ambassadeurs;
ils ont le privilege de porter
la Stole d'or aux jours
de ceremonies, & sont
mesme dirtinguez les autres
jours pnr un galon d'or qui
borde la Stole noire qu'ils
portent ordinairement. Les
-
.f*'
deux autres onc accoûtumé
de se conferer à ceux qui
par le mérité des armes ou
des lettres, ont acquis l'estime de la Republique;quoique ceux-cy portent une
mesme marque de Chevalerie, on fait grande différence entre ceux qui le foilt
publiquement dans l'ExcellentissimeCollège, & ceux
qui en reçoivent le caractère
en particulier dansla chambre du Doge qui a
le pouvoir d'en créer de cette forte
quand il luy plaist. Voicy
ce qui se pratique pour la
reception des premiers.
L ExcellentissimeCollège
estant assemblé, le Cavalier
du Doge accompagnéde
l'Ecuyer & des autres Officiers de sa Sérénité,fait entrer celuy qu'on doit recevoir & le conduit aprèsles
trois reverences ordinaires
jusques au second degré du
Trône,aprés qu'il s'y est mis àOgenoux,leDogeassissous
~à D(, noux leS) a
ffis fous
un Dais au milieu de la Seigneurie luy fait connoistre
la refolurion qui a
été prise
de le faire Chevalier de fain^"
Marc,ensuite de quoy ille
frappe de l'Epée Ducale sur
chaque épaule,luydisant à>
chaque fois, estoMiles fidelis
-
& puis sur la tête en disant
encore, esto Eques Divi
Marci. Dans ce même rems
les Officiersluy attachent aux
pieds les Eperons d'or qu'ils
-
retirentaussitôt. Celaétant
fait le Doge luy met au col
une chaîne d'or où pend le
Lion de S. Marc, Symbole
ordinaire de la République;
au sortir de là il est conduit par ses Officiers jusqu'a
la porte du Palais au bruit
des Clairons & des Trom-
pettes. Ceux qui font reçus
ont le droit de Bourgeoisie
& le privilege de porter dans
leurs armes un musle de Lion
pour cimier. C'estun homme qu'on estime fort, la
distinctiondontMonsieur
de Varini a
été gratifié en le
recevant, c'est que la pluspart de ceux qu'oncrée Chevaliers de cette forte,achètent la chaîne qu'on leur met
au col, Se qu'il doit la sienne
àla libéralité de la Republique. La Croix d'or qui
pend au bas est chargée
d'azur,elleressemble fort
à celle de nos Chevaliers le
Malthe;ily a un rond au
milieu, dans lequel est un
Lion ailé d'uncôté qui tient
un
livre,& de l'autre: une
inscription.
S. C.
ALOYSIUS
CONTARENO.
DEI GRATIA
DUX VENETIARUM.
Et autour du rond.
VIRTUTIS
,
ET
HONORIS PRÆMIU
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Résumé : De Venise.
Le texte relate la mort de Philippe de Variny, physicien et professeur royal, survenue à Venise le 2 août 1700. Il était Chevalier de Saint-Marc, une distinction vénitienne. Les Chevaliers de Saint-Marc sont divisés en trois catégories. La première récompense les nobles vénitiens pour des actions remarquables au service de la République ou pour avoir représenté Venise auprès des cours étrangères. Ces chevaliers portent une stole d'or lors des cérémonies et un galon d'or sur leur stole noire en temps ordinaire. Les deux autres catégories concernent ceux ayant mérité cette distinction par leurs exploits militaires ou intellectuels. La cérémonie de réception se déroule dans l'Excellentissime Collège, où le Doge frappe l'épaule du récipiendaire avec l'épée ducale et lui remet une chaîne d'or avec un lion de Saint-Marc. Philippe de Variny a reçu cette distinction sans acheter la chaîne, contrairement à la plupart des récipiendaires. La croix d'or qu'il porte ressemble à celle des Chevaliers de Malte et comporte une inscription et un lion ailé tenant un livre.
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2126
p. 85-92
Nouvelles d'Angleterre.
Début :
La Reine a donné le regiment de cavalerie du Marquis [...]
Mots clefs :
Reine, Régiment, Ambassadeur, Audiences, Fortifications, Provisions, Compliments, Licenciements
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Angleterre.
La Reine a donné le regiment
de cavalerie du
Marquis d'Harvvich,fils
du Duc de Schomberg,
mort en Irlande, au Sieur
Sybourg
;
le regiment de
dragons du Chevalier Richard
Temple au General
Evens; & le regimenc d'infanterie
du Majorgeneral
Sybourg,qui a été
fait
Colonel
du regiment de cavalerie
du feu Marquis
d'Harvvich, a été donneau
Major general Corbet. On
mande de Londres que le
16. Octobre le Sieur Grimani
, ambassadeur, de la
République de Venise,eur
à Vvindsoraudience de
congé de la Reine, & que
Sa Majesté,suivant la coutume
,le fit Chevalier;que
le 2 5. le Duc d'Aumont, ambassadeur extraordinaire
de France, avoir traité
magnifiquement le Duc
d'Ormond,Milord Asburnham
son gendre, Capitaine
des Gardes du Corps
Ac laReine, & plusieurs
autres Seigneurs;que le 27. leCapitaine duYacht qui
doit passer le Duc d'Aumot
àCalais étoit venu recevoir
ses ordres, & qu'ilétoit
parti pour aller l'attendre à
Douvres;qu'outre les presens
quela Reine a faits aux
Secretaires de lambassade
deFrance,elle avoit encore 1envoyé une medaille d'or
à l'Abbé Nadal par le
Chevalier Cotterel, Maître
des Ceremonies. Quelques
Ingenieurs se sont embarquez
sur un bâtiment
chargé de provisions& de
munitions pour lePortMahon,
afin d'aller travailler
aux fortifications de cette
place. Les dernieres lettres
de Londres portent que le
Comte de Peterborough a
été nomméEnvoyé extraordinaire
pour aller
complimenter le Duc de
Savoye sur son avenement
à la Couronne de Sicile,&
aller ensuite en la même
qualité vers la République
de Venise,& vers les autres
Princes & Etats d'Italie.
Le 30. Octobre le regiment
ment de marine de Milord
Shannonfut casseàRochester.
Le 2. Novembre on
commença a payer au Bureau
de la marine les Officiers
qui ont servi cette année
sur la flote, qui en même
temps furent congediez
&mis à la demi-paye.
On paya aussi ceux qui ont
servi dans l'artillerie à Port
Mahon jusqu'au 5. Juillet
de la presente année.On
équipe en diligenceunvaisseaudeguerre
» qui sera
chargé de provisions & de
diverses machines , pour
aller àla pêche de l'argent
de quelquesgallionsd'Espagne
qui depuis pkfieùtg
annéesontfaitnaufrageen
divers endroits de l'Amerique,
-
suivant la patente
quela Reine a accordéeà
Milord Harley,fils 4fi
grandTresorier. Les Anglois
de la Jamaïque font
ungrand commerce avec
les Espagnols enAmerique,
d'où ils rapportent beaucoupdepiastres.
Leslettres de Hollande
portent que les Officiers
quiétoientà la campagne
<
1
avoient été payez & licentiez;
que les Officiers du
Roy de Prusse faisoient de
grosseslevées dans ses Etats.
Celles de Cologne portent
que le Sieur Archinto,
Nonce du Pape vers les
Princes Ôc Etats du Rhin,
y étoitarrivé le premier
Novembre;& que le regiment
du Prince Maximilien
de Hesse Casselvenant
des Pays-Bas avoir sejourné
deux jours au voisinage
de lamêmeville, & avoit
enfuire continué sa route
vers la Hesse.
On écrit de Vienne que
le Comte de Tierheim a
apporté le projet de la repartition
des quartiers d'hyver
, l'état de l'arméedu
Rhin,& les avis du Prince
Eugene, pour la continua
tion de la guerre; qu'ila
été renvoyé avec le reglement
fait pour les quartiers
d'hyver, & d'autres
donc on n'a point la connoissance
; que le General
Mercy étoitparti le 22. Octobre
pour se rendreà l'armée
du haut Rhin.
La Reine a donné le regiment
de cavalerie du
Marquis d'Harvvich,fils
du Duc de Schomberg,
mort en Irlande, au Sieur
Sybourg
;
le regiment de
dragons du Chevalier Richard
Temple au General
Evens; & le regimenc d'infanterie
du Majorgeneral
Sybourg,qui a été
fait
Colonel
du regiment de cavalerie
du feu Marquis
d'Harvvich, a été donneau
Major general Corbet. On
mande de Londres que le
16. Octobre le Sieur Grimani
, ambassadeur, de la
République de Venise,eur
à Vvindsoraudience de
congé de la Reine, & que
Sa Majesté,suivant la coutume
,le fit Chevalier;que
le 2 5. le Duc d'Aumont, ambassadeur extraordinaire
de France, avoir traité
magnifiquement le Duc
d'Ormond,Milord Asburnham
son gendre, Capitaine
des Gardes du Corps
Ac laReine, & plusieurs
autres Seigneurs;que le 27. leCapitaine duYacht qui
doit passer le Duc d'Aumot
àCalais étoit venu recevoir
ses ordres, & qu'ilétoit
parti pour aller l'attendre à
Douvres;qu'outre les presens
quela Reine a faits aux
Secretaires de lambassade
deFrance,elle avoit encore 1envoyé une medaille d'or
à l'Abbé Nadal par le
Chevalier Cotterel, Maître
des Ceremonies. Quelques
Ingenieurs se sont embarquez
sur un bâtiment
chargé de provisions& de
munitions pour lePortMahon,
afin d'aller travailler
aux fortifications de cette
place. Les dernieres lettres
de Londres portent que le
Comte de Peterborough a
été nomméEnvoyé extraordinaire
pour aller
complimenter le Duc de
Savoye sur son avenement
à la Couronne de Sicile,&
aller ensuite en la même
qualité vers la République
de Venise,& vers les autres
Princes & Etats d'Italie.
Le 30. Octobre le regiment
ment de marine de Milord
Shannonfut casseàRochester.
Le 2. Novembre on
commença a payer au Bureau
de la marine les Officiers
qui ont servi cette année
sur la flote, qui en même
temps furent congediez
&mis à la demi-paye.
On paya aussi ceux qui ont
servi dans l'artillerie à Port
Mahon jusqu'au 5. Juillet
de la presente année.On
équipe en diligenceunvaisseaudeguerre
» qui sera
chargé de provisions & de
diverses machines , pour
aller àla pêche de l'argent
de quelquesgallionsd'Espagne
qui depuis pkfieùtg
annéesontfaitnaufrageen
divers endroits de l'Amerique,
-
suivant la patente
quela Reine a accordéeà
Milord Harley,fils 4fi
grandTresorier. Les Anglois
de la Jamaïque font
ungrand commerce avec
les Espagnols enAmerique,
d'où ils rapportent beaucoupdepiastres.
Leslettres de Hollande
portent que les Officiers
quiétoientà la campagne
<
1
avoient été payez & licentiez;
que les Officiers du
Roy de Prusse faisoient de
grosseslevées dans ses Etats.
Celles de Cologne portent
que le Sieur Archinto,
Nonce du Pape vers les
Princes Ôc Etats du Rhin,
y étoitarrivé le premier
Novembre;& que le regiment
du Prince Maximilien
de Hesse Casselvenant
des Pays-Bas avoir sejourné
deux jours au voisinage
de lamêmeville, & avoit
enfuire continué sa route
vers la Hesse.
On écrit de Vienne que
le Comte de Tierheim a
apporté le projet de la repartition
des quartiers d'hyver
, l'état de l'arméedu
Rhin,& les avis du Prince
Eugene, pour la continua
tion de la guerre; qu'ila
été renvoyé avec le reglement
fait pour les quartiers
d'hyver, & d'autres
donc on n'a point la connoissance
; que le General
Mercy étoitparti le 22. Octobre
pour se rendreà l'armée
du haut Rhin.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre.
Le texte décrit plusieurs événements politiques et militaires en Angleterre et en Europe. La Reine a réorganisé divers régiments, attribuant notamment celui du Marquis d'Harvvich au Sieur Sybourg et celui du Chevalier Richard Temple au Général Evens. Le 16 octobre, l'ambassadeur de Venise, le Sieur Grimani, a reçu audience de congé de la Reine et a été fait Chevalier. Le Duc d'Aumont, ambassadeur de France, a traité magnifiquement plusieurs seigneurs, dont le Duc d'Ormond et Milord Asburnham. La Reine a offert des présents, dont une médaille d'or à l'Abbé Nadal. Des ingénieurs se sont embarqués pour travailler aux fortifications de Port Mahon. Le Comte de Peterborough a été nommé Envoyé extraordinaire pour complimenter le Duc de Savoie et visiter d'autres États italiens. Le régiment de marine de Milord Shannon a été dissous à Rochester, et les officiers de la flotte ont été congéiés et mis à la demi-paye. Un vaisseau de guerre est équipé pour récupérer des galions espagnols naufragés en Amérique. En Hollande, les officiers ont été payés et licenciés, tandis que ceux du Roi de Prusse effectuent des levées dans ses États. Le Nonce du Pape, le Sieur Archinto, est arrivé à Cologne, et le régiment du Prince Maximilien de Hesse Cassel a continué sa route vers la Hesse. À Vienne, le Comte de Tierheim a apporté des projets de répartition des quartiers d'hiver et des avis du Prince Eugène pour la continuation de la guerre. Le Général Mercy est parti pour l'armée du haut Rhin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2127
p. 85-92
Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Début :
Le trait est nouveau, il est ancien, il y a plus d'un [...]
Mots clefs :
Cocher, Maître, Médecin
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texteReconnaissance textuelle : Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Le trait est nouveau ilest ancien, il , y aplus d'un
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
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Résumé : Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Un cocher au service de M. Elvetius, un médecin hollandais réputé, décide de quitter son emploi pour devenir médecin. Il affirme avoir acquis des connaissances médicales en observant et aidant M. Elvetius. Ce dernier, intrigué, organise une mise en scène avec deux amis pour dissuader le cocher. Ils simulent des maladies et lui donnent un bassin contenant de la marmelade, prétendant qu'il s'agit d'un remède. Le cocher, dégoûté, comprend son erreur et renonce à son projet de devenir médecin, retournant à son poste de cocher.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2128
p. 85-92
Extrait de la Dissertation de Mr B.
Début :
.... L'on trouve entre les Oeuvres de Fortunat un [...]
Mots clefs :
Autels, Gaulois, Figures, Inscriptions
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Dissertation de Mr B.
Extrait de la Dissertation
de MrB*
L'on trouve
entre les Oeuvres de Fortunat
un Poëme consacré
à l'éloge de cette Eglise
commencée ) par Childebert,
le Poete dit:
Hoec prius egregio Rex CbiL
debertus amore
Dona Jtio populo non. moritura
dedit
Il adjouste ensuite:
Mcelhisedecnoster merito Rex
atque Sacerdcs
}
oCompplevitulaicsus R.eligionis Par ce Melchisedec il ne
peut entendre que Cherebert
qui succeda à Childeberc
son oncle.
Par un Edit de Chiideberc
publié en 554.il est
ordonné Que quiconque ne
rejetteroit desonchamp les simulacres.
les Idoles., dédiées
au Demon par les hommes
seroit traité comme
sacrilege, &c. Ce sont apparemment
quelques uns
de ces débris d'Autels &
d'Idoles brifées qu'on employa
aux fondements de
cette Eglise,&cc.
Il y avoit un port voisin
Cet endroit estoit
plein d'arbres. & c'estoit
dans les bois que les
anciens Gaulois exerçoient
leurs ceremonies
religieuses;ils cosacroient
à leurs Dieux, ou des arbres
, ou des Autels plus
communement depuis
leur commerce avec les
Romains,&
Lafigureisolée&terminée
des pierres
,
antiques
qu'on a trouvées ,fait
voir qu'elles servoient
d'Autels.
Les noms Celtes de
quelques-unes des inscriptions,
mais avec une terminaison
latine, prouvent
qu'elles ont filé érigées
par les Gaulois, forcez
par la politique Romaine
d'adopter les couslumes
& la langue du
vainqueur.
A l'égard de la figure
des lettres. ilest constant
que les plus anciennes
lettres latines estoienct
presque semblables aux
plus
plus anciens caractères
grecs. L'ins*c. riptionTIB.CESÀREAve.
&C marque
non feulement la deflinacion
de cet Autel
mais le temps de son érection
, car il faut l'interpreter
ainn. Tibere Cesar
ayxnt accepté ou pris le nom
d'Auguste
, &c.
Ce monumenr peut a"
voir esté érigé sur la fin
de la premiere annéedu
Règne de Tibere
,
lorsque
dans les Gaules on.
apprit qu'il admettait le
nom d'Auguste, qu'il n'avoit
pas voulu d'abord
qu'on luy décernast,&c.
Je prouve cela par une
autre inscription du mesme
temps érigée par une
Communauté qu'on appelloit
lesFreres Arvaux,
pour rendre grâces à Jupiter
de ce que Tibere-
Claude Cesar avoir esté
appelleAuguste,&c.
3
A l'égard de ceux qui
ont érigé l'Autel
, & qui
se disent Nautæ dans l'inscription,
& qu'on a traduitBateliers.
Jeprétends
que ce pouvoitestre des
commerçants riches &.
célébrés,ou des Commis
ôc fermiers publics, gens
de considération,puisque
des Chevaliers en estoient
souvenrtcomme vous pouvez
voir par les preuves
suivantes,&c.
A le'garddesfigures
qui se suivent dans quelques-
uns de ces bas-reliefs,
leur attitude 8c leur
situation paroist marquer
une espece de procession
ou ceremonie suivant le
rit Gaulois, elles sont toutes
tournées du costé gauche
, & c'estoit la coustume
de nos Gaulois dans
leurs ceremonies de Religion.
Les Explications que
fait Mr B. du reste des
figures & des inscriptions,
sont tres curieuses;
&. si elles n'estoient pas
imprimées, je franchirois
les bornes estroites
d'un Extrait, pour n'en
pas obmettre la moindre
circonstance.
de MrB*
L'on trouve
entre les Oeuvres de Fortunat
un Poëme consacré
à l'éloge de cette Eglise
commencée ) par Childebert,
le Poete dit:
Hoec prius egregio Rex CbiL
debertus amore
Dona Jtio populo non. moritura
dedit
Il adjouste ensuite:
Mcelhisedecnoster merito Rex
atque Sacerdcs
}
oCompplevitulaicsus R.eligionis Par ce Melchisedec il ne
peut entendre que Cherebert
qui succeda à Childeberc
son oncle.
Par un Edit de Chiideberc
publié en 554.il est
ordonné Que quiconque ne
rejetteroit desonchamp les simulacres.
les Idoles., dédiées
au Demon par les hommes
seroit traité comme
sacrilege, &c. Ce sont apparemment
quelques uns
de ces débris d'Autels &
d'Idoles brifées qu'on employa
aux fondements de
cette Eglise,&cc.
Il y avoit un port voisin
Cet endroit estoit
plein d'arbres. & c'estoit
dans les bois que les
anciens Gaulois exerçoient
leurs ceremonies
religieuses;ils cosacroient
à leurs Dieux, ou des arbres
, ou des Autels plus
communement depuis
leur commerce avec les
Romains,&
Lafigureisolée&terminée
des pierres
,
antiques
qu'on a trouvées ,fait
voir qu'elles servoient
d'Autels.
Les noms Celtes de
quelques-unes des inscriptions,
mais avec une terminaison
latine, prouvent
qu'elles ont filé érigées
par les Gaulois, forcez
par la politique Romaine
d'adopter les couslumes
& la langue du
vainqueur.
A l'égard de la figure
des lettres. ilest constant
que les plus anciennes
lettres latines estoienct
presque semblables aux
plus
plus anciens caractères
grecs. L'ins*c. riptionTIB.CESÀREAve.
&C marque
non feulement la deflinacion
de cet Autel
mais le temps de son érection
, car il faut l'interpreter
ainn. Tibere Cesar
ayxnt accepté ou pris le nom
d'Auguste
, &c.
Ce monumenr peut a"
voir esté érigé sur la fin
de la premiere annéedu
Règne de Tibere
,
lorsque
dans les Gaules on.
apprit qu'il admettait le
nom d'Auguste, qu'il n'avoit
pas voulu d'abord
qu'on luy décernast,&c.
Je prouve cela par une
autre inscription du mesme
temps érigée par une
Communauté qu'on appelloit
lesFreres Arvaux,
pour rendre grâces à Jupiter
de ce que Tibere-
Claude Cesar avoir esté
appelleAuguste,&c.
3
A l'égard de ceux qui
ont érigé l'Autel
, & qui
se disent Nautæ dans l'inscription,
& qu'on a traduitBateliers.
Jeprétends
que ce pouvoitestre des
commerçants riches &.
célébrés,ou des Commis
ôc fermiers publics, gens
de considération,puisque
des Chevaliers en estoient
souvenrtcomme vous pouvez
voir par les preuves
suivantes,&c.
A le'garddesfigures
qui se suivent dans quelques-
uns de ces bas-reliefs,
leur attitude 8c leur
situation paroist marquer
une espece de procession
ou ceremonie suivant le
rit Gaulois, elles sont toutes
tournées du costé gauche
, & c'estoit la coustume
de nos Gaulois dans
leurs ceremonies de Religion.
Les Explications que
fait Mr B. du reste des
figures & des inscriptions,
sont tres curieuses;
&. si elles n'estoient pas
imprimées, je franchirois
les bornes estroites
d'un Extrait, pour n'en
pas obmettre la moindre
circonstance.
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Résumé : Extrait de la Dissertation de Mr B.
Le texte évoque les œuvres de Fortunat, notamment un poème dédié à l'église de Paris, initiée par Childebert. Ce poème souligne que Childebert a offert cette église au peuple par amour. Fortunat associe Melchisédech à Cherebert, successeur de Childebert. Un édit de Childebert, publié en 554, ordonne la destruction des idoles et des simulacres, dont certains débris ont servi aux fondations de l'église. Le texte décrit également un port voisin situé dans une forêt où les anciens Gaulois pratiquaient leurs cérémonies religieuses. Des autels antiques et des inscriptions en langue celtique avec des terminaisons latines témoignent de l'influence romaine. Une inscription mentionne Tibère César, indiquant que l'autel a été érigé au début de son règne. Le texte discute aussi des Nautæ, des commerçants ou fonctionnaires publics respectés. Les bas-reliefs montrent des processions ou cérémonies gauloises, avec des figures tournées vers la gauche, conformément aux coutumes religieuses gauloises. Les explications de Mr B. sur les figures et inscriptions sont jugées très intéressantes.
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2129
p. 722-730
A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous avons déja parlé de plusieurs Fêtes données à Montpellier au sujet de la Naissance du [...]
Mots clefs :
Chevaliers du noble jeu de l'arc, Montpellier, Roi, Naissance du Dauphin, Fête
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texteReconnaissance textuelle : A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
Nous avons déja parlé de plufieurs Fêtes données
à Montpellier au fujet de la Naiffance du
DAUPHIN , où le zele , le bon goût & la magnificence
& la varieté ont également regné. Ce n'eſt
pas notre faute fi nous n'avons pas encore parlé
de celle des Chevaliers du noble Jeu de l'Art
de la même Ville.
Cette Compagnie doit fon établiſſement au
Roi de Maiorque , Seigneur & Souverain de
Montpellier dans le treiziéme fiécle ; foit politi
que ou condefcendance pour des Sujets nés belliqueux
, il crut devoir leur fournir un exercice
noble & utile par le maniement de l'Arc & de la
Fleche ; il réunit dans un corps diftingué tous
ceux qui voulurent y prendre partl leur donna
des loix , leur accorda des privileges , leur propofa
des récompenfes , & il s'applaudit plufieurs
fois d'un établissement dont l'honne & l'avantage
rejailliffoient fur lui . La mort du Roi de
Maïorque refroidit l'ardeur des Chevaliers. Privés
d'un Chef qui entretenoit leur feu naturel par
fon autorité & par fa préfence , ils negligerent
peu à peu leurs exercices journaliers , & ils les
renvoyerent tous au mois de Mai de chaque année
, où à ces evenemens fortunés qui exigent des
Réjouiffances publiques , il feroit trop long de
les rappeller tous. On fe contentera de dire
qu'en l'année 1701. les Ducs de Bourgogne
& de Berri , paffant par Montpellier , furent
extrêmement fatisfaits de leur adreffe & de leur
magnificence , & qu'ils voulurent bien les honorer
, en fignant fur leur Regiſtre , felon l'uſage`
des Chevaliers qu'on y reçoit.
Dans cette occafion fi defirée , leur premiere
attention
AVRIL. 1730. 723
attention fut de fe choifir des Officiers qui fuivant
l'ancienne coûtume commandaffent à la têtede
la Compagnie. Elle s'affembla dans la grande
Sale de l'Hôtel de Ville,& à la pluralité des voix,
elle élut pour Capitaine M. de la Croix de Candillargues
, Ecuyer , M. Haguenot , Confeiller du
Roi & Receveur , pour Capitaine Lieutenant ,
M. Rozier , fameux Négociant , pour Enfeigne ;
mais le premier étant tombé malade , M. Haguenot
lui fut fubftitué , il accepta avec plaifir
un honneur qu'on a vu autrefois n'être accordé
qu'à la Nobleffe la plus ancien ne. La
Compagnie eft divifée en deux Corps , l'un
des Chevaliers mariés , l'autre des jeunes gens.
M. Haguenot , de concert avec les Officiers
ordonna deux fortes d'habits uniformes ; pour
les premiers , d'un beau drap couleur de Caftor
bordé d'un grand galon d'argent , la vefte galonnée
en plein & le chapeau bordé de même ; que
celui de la jeuneffe feroit auffi d'un beau drap
Gouleur de ventre de biche , avec un pareil galon,
les paiemens & la vefte de fatin bleu , galonnés
en plein & le chapeau bordé.
Le Perroquet qui devoit être tiré , annonça
dans tous les quartiers de la Ville l'ouverture de
cette Fête. Il étoit ſculpté en bois , peint en verd,
avec un Ecuffon dans lequel étoit un Dauphin
d'or couronné. Le 8. Octobre il fut depofé dans
PHôtel de Ville par les deux Majors de la Compagnie
, & reçu par les Confuls en habits de Cerémonie
; on le plaça felon l'ufage devant le grand
Portail , au milieu des Bannieres de la Ville & dự
Drapeau du noble Jeu de l'Arc. Le même jour à
quatre heures du foir, au bruit des Inftrumens de
guerre & de mufique , & avec le même cortege;
il fut porté au Foffé , qui eft le lieu deſtiné aux
exercices de la Compagnie , M. Haguenot s'y
trouve
24 MERCURE DE FRANCE
trouva avec les Officiers ; il pofa le Perroquet au
bout d'un mât peint en bleu , parfemé de Fleurs
de Lys & de Dauphins d'or , & qui fut auffi - tôt
élevé à la hauteur de dix - huit toifes. A cet aſpect
Pallegreffe du Public fembla redoubler. M. Ha-*
guenot , fans parler des ferenades qu'il fit donner
dans tous les quartiers de la Ville , de la galanterie
qu'il fit à chaque Officier d'un riche noeud
d'épée , d'une aiguillete d'argent , & d'un ruban
or & argent aux Chevaliers , donna dans famaifon
toute forte de rafraîchiffemens exquis
fa troupe des Chevaliers mariés s'y rendit le 9. a
huit heures du matin , M. Haguenot & Me fon
Epoufe les reçûrent avec beaucoup de politeffe, &
les inviterent à un Feftin dont l'ordre égaloit la
magnificence. M. Rozier, Enſeigne de la Jeuneffe
en ufa de même à l'égard de ceux - ci , qu'il conduifit
fur les onze heures chez M. Haguenot. Les
deux Troupes ainfi réunies , fe rendirent à l'Hôtel
de Ville dans l'ordre fuivant.
Les Tambours de la Ville & deux Fifres , un
Roi des Sauvages les fuivoit , vêtu d'un ſatin couleur
de chair , avec une Couronne & une ceinture
de Laurier & une maffue à la main ; il étoit accompagné
de douze Heraults d'Armes , habillés
de verd avec des Brandebourgs d'or , le fabre au
côté & la hache fur l'épaule. Deux choeurs de
Simphonic compofée de Timballes , Tambours ,""
Violons , Hautbois , Baffons & Baffes de Violon
précedoient trois Enfans en Cupidons , l'élegance
de leur ajuftement ne cedoit en rien à leur beauté.
Plufieurs Valets habillés en Houzards leur fourniffoient
les parfums & les confitures qu'ils répandoient
avec profufion . M. Haguenot paroiffoit
enfuite richement vêtu , une fleche à la
main , à fes côtés quatre Laquais portoient fes
Carquois & fes Arcs. Après lui marchoient le
Major
AVRIL. 1730. 725
Major & les fix Confeillers de la Compagnie , &
fur deux lignes la Troupe des Mariés au nombre
de 100. une fleche à la main , & fuivis de Valets,
qui par la diverfité recherchée de leurs habits ,
repréfentoient toutes les Nations du monde.
Un Choeur de toute forte d'Inftrumens de
Guerre & de Mufique féparoit les mariés d'avec
la jeuneffe. M. Rozier étoit à leur tête , accompagné
de M. Aribert , ancien Enfeigne ; c'eſt le
même qui remplit fi honorablemeut cette place
en 1701. D'une Gibeciere de tafetas couleur de
rofe , auffi -tôt remplie que vuide , ils tiroient
des confitures & des dragées qu'ils jettoient avec
profufion.
Ces deux Troupes également leftes & galantes
arriverent ainfi à l'Hôtel de Ville. Mrs les
Confuls , en Robes rouges, fe mirent à leur tête,
& prirent le chemin qui mene au foffé . C'eſt là
que M. Haguenot , après avoir prêté le ferment
accoûtumé entre les mains de M. Durand , premier
Conful , & avoir reçû celui des autres Officiers
, remit à M. Rozier le Drapeau de la Compagnie.
Il l'exhorta par un compliment court &
energique à le conferver au prix même de fa vie,
On préfenta à Mrs les Confuls des arcs & des
Aleches qu'ils tirerent chacun à leur tour; ils furent
reconduits à l'Hôtel de Ville dans le même ordre.
Delà on fe rendit à l'Hôtel de M. de Candillargues
, Lieutenant de Roi de la Ville , Commandant
en l'abſence du Marquis de la Fare. Il
fut accompagné avec la même cerémonie dans
le foffé , où il décocha une fleche avec tant de
dexterité, qu'elle demeura fufpendue à une des aîles
du Perroquet . Il fut , enfuite ramené chez lui
au milieu des acclamations de la Compagnie &
des cris du peuple.
Le refte du jour fut deftiné à rendre les vifites
d'hon
26 MERCURE DE FRANCE
d'honneur. La Compagnie alla d'abord für la
Place Royale du Peyrou où eft la Statue Equeſtre
de Louis XIV ; tous les Chevaliers , l'épée à la
main , en firent le tour &c. M. de Bernage de S.
Maurice , Intendant de la Province avec M. de
Vaux fon fils & quantité de Nobleffe , les reçût
à la porte de fon Hôtel .
M. Bon , Premier Préfident , accompagné
de Madame fon Epouſe & de M. fon fils , chevalier
de Malte , les reçut auffi à la
fon Hôtel.
porte de
La Compagnie n'eut pas le bonheur de trouver
M. l'Evêque de Montpellier dans fon
Palais ; elle retourna au foffe, & fe difpofa à
faire le premier effai de fon adreffe. Les Officiers
commencèrent par décocher deux fleches ; les
Chevaliers continuerent jufqu'à la nuit qu'on
reconduifit M. Haguenot chez lui.
L'Entrée de fa maiſon fituée dans la plus belle
vue de la Ville ,& bâtie regulierement, étoit ornée
d'Arcs de Triomphe , de Statues , de Simboles
& d'Emblêmes , la plus belle Illumination qu'on
ait encore vûë occupoit le Balcon , toute la façade
& la longueur de la rue. L'interieur étoit paré
de meubles précieux , de Girandoles , de Luftres
& de Glaces qui multiplioient la lumiere d'une
infinité de bougies qui éclairoient tous les Appartemens.
Un repas fervi avec une delicate fomptuofité
arrêta les Chevaliers mariés ; les vins les
plus délicieux , de Bourgogne , de Champagne
ou des Cantons les plus renommés furent fervis
avec profufion , liqueurs , parfums , rien ne fut
épargné. Ce ne fut pas encore affez ; durant trois
jours confecutifs , M. Haguenot tint chez lui table
ouverte de 150. Couverts , & donna abondamment
à manger & à boire au Peuple dans la
Tue. Mc fon Epoufe de fon côté faifoit diftribuer
с
aux
AVRIL. 1730. 727
aux Dames de la Ville des baffins & des boetes
de toute forte de confitures. Cependant les jeunes
gens accompagnoient chez eux , à la lueur de
200. flambeaux , M. Rouzier & M. Moulton
leur Major. Celui- ci qui ne s'attendoit pas à cet
honneur , mit à profit le peu de tems qu'il eut
pour faire dreffer en arrivant une collation dans
la rue. Il la préfenta à cette belle jeuneffe ,
reftes furent livrés à une foule de curieux avides.
Depuis ce jour 9. d'Octobre juſqu'au commencement
du mois de Novembre , M. Haguenot in
venta de nouvelles Fêtes & de nouveaux plaifirs ,
toutes les perfonnes de confideration , de l'un &
de l'autre fexe , Citoyens & Etrangers , s'emprefferent
d'y prendre part , fur-tout dans le foffé
où fe trouvoient toute forte de rafraîchiffemens
M. de Bernage de S. Maurice , M. Bon & Mrs
leurs fils vinrent honorer ces brillantes affemblées
de leur préfence, ils tirerent chacun deux fleches,
& leur exemple attira dans la Compagnie quantité
d'Officiers de la Chambre des Comptes , des
autres Corps diftingués de la Ville & plufieurs
perfonnes de qualité.
Tous ces divertiffemens ne faifoient pas perdre
de vue à Mrs les Chevaliers le motif principal qui
des unifloit. Sous les ordres de M. Haguenot de
puis 9. heures du matin jufqu'à midi , & depuis
deux heures jufqu'à quatre du foir , ils s'exerçoient
à tirer de l'arc à tour de role , ainfi que le fort
les avoit placés ; & afin d'exciter davantage leur
ardeur , il leur préfenta deux aiguilletes d'argent
pareilles à celles des Officiers. On tira au rondeau
qui les emporteroit , l'une fut gagnée par M.
Carquet , Major , & l'autre par M. Teffes , Che
valier.
M. Baunier , Baron de Lamoffon , arriva vers
tems là de Paris. Il s'y étoit diftingué par une
Fêr
728 MERCURE DE FRANCE
Fête des plus fplendides , & il demanda d'être reçu
Chevalier ; il figna dans le Regiftre , & décocha
fes deux fleches avec habileté. Il fit préparer
une grande Fête à fon fuperbe Château de Lamoffon
pour le 23. Octobre , il y invita les Officiers
& tous les Chevaliers par des billets imprimés.
Au Village de Celleneuve , qui étoit le lieu
du Rendez -vous , les Officiers de M. de Lamoffon
y préfenterent à la Compagnie des Rafraî
chiffemens. Elle partit en ordre pour Lamoffon
qui n'est qu'à une petite promenade delà , avec
la même pompe & le même appareil que le premier
jour ; elle y fut reçue par M. de famoffon,
accompagné de M. Bon , Premier Préfident
& de plufieurs autres Chevaliers de Marque.
Le nombre des Conviés fut de 250. & comme
il étoit mal aifé de fournir des amufemens differens
à une fi grande Compagnie , il leur en offrit
un qui convenoit à tous . On dreffa dans la principale
allée de fon Parc un rondeau au milieu d'un
matelas fufpendu , & on s'exerçà à y tirer juſqu'à
l'heure du diner , qui fut annoncée par un charanant
Concert de toute forte d'Inftrumens. Dans
la feconde Cour du Château , & fous une Tente
de 1500. aulnes de toilie , parut une table en fer
à cheval , capable de contenir cette nombreuſe
affemblée ; on ne s'arrêtera pas à faire le détail
de ce Feftin. Il fuffira de dire que M. de Lamoffon
eft magnifique dans toutes fes actions , que
toutes ces Fêtes font marquées au coin du bon
goût , & que celle-ci furpaffa toutes celles qu'il
avoit données .
Le refte de la journée on continua de tirer au
Rondeau jufqu'à - ce que chaque Chevalier eût décoché
fa fleche. La gloire ne fut pas la feule récompenfe
desVainqueurs,M. de Lamoffon leur fit
prefent de riches Bijoux ; à M. Chabanetin d'une
Tabatiere
AVRIL. 1730. 729
Tabatiere d'or , à M. Boudet d'une Montre d'or ,
à M. Defmarêts d'une Canne à pomme d'or . Les
approches de la nuit obligerent la Compagnie de
prendre congé de M. Lamoffon , après l'avoir remercié
de fes politeffes par la bouche de M. Haguenot
, fon Capitaine-Lieutenant.
Ni la fatigue de ces Divertiffemens , ni le foin
même des affaires domeftiques ne rallentirent
l'ardeur des Chevaliers ; toûjours attentifs à ſeconder
les intentions de M. Haguenot , éxacts à
venir dans le Foffé aux heures marquées. Enfin
après plufieurs efforts redoublez, à l'envi, après de
differentes atteintes & de violentes fecouffes données
au Perroquet par des mains habiles , il ceda
au trait de M. Privat, Chevalier de la Troupe des
jeunes gens ; il tomba à fes pieds , & la chute fut
annoncée à toute la Ville par le bruit guerrier des
Tambours & Fanfares, & par les cris d'une foule
de Spectateurs. Le Vainqueur fut couronné de
Laurier par M. Haguenot , & conduit en triomphe
à fa maiſon , &c.
Le premier foin de M. Privat fut de préparer à
la Compagnie une Fête digne d'elle & de lui Sa
maifon fut décorée d'Arcs de Triomphe, & illuminée
avec art. Les danfes & deux Fontaines de
vin arrêtoient le Peuple à la porte ; au dedans les
Feftins , les Concerts & les Bals raſſembloient les
Chevaliers & plufieurs autres perfonnes de l'un &
l'autre fexe. M. Privat entretint ainfi la joye & les
plaifirs jufqu'au jour deſtiné à le proclamer Roi
du noble Jeu de l'Arc. Ce fut le 8.Novembre,jour
que M.Haguenot voulut rendre plus remarquable
& plus folemnel , ordonnant par un ban , de fermer
toutes les Boutiques de la Ville.
A deux heures après midy , M. Privat ſe rendit
dans le Foffé. Il y trouva la Compagnie en ordre.
Il diſtribua aux Officiers des Aiguillettes d'or , &
E en
730 MERCURE DE FRANCE .
en prefenta deux aux Chevaliers pour les tirer au
Rondeau , l'une échut à M. Philis , & l'autre à
M. Davitjean , Chevaliers.
M. Haguenot , affifté des Officiers , revêtit enfuite
M. Privat de ſes Habits Royaux , où l'or, &
la Soye brilloient avec éclat , & qu'on trouva de
la derniere magnificence. Dans ce ſuperbe ajuftement
il reçut les hommages de la Compagnie par
un Difcours éloquent que lui fit M. Haguenot , &
par des Vers que les fix petits Cupidons réciterent
afa louange.
L'ordre donné pour la Marche , dont la pompe
& le cortege fut en tout femblable à celle du
9. Octobre , le nouveau Roi fe mit à la tête de
la Compagnie , ayant à fa droite M. Haguenot ,
Capitaine-Lieutenant , & à fa gauche M. Aribert,
comme le plus ancien Officier du noble Jeu de
PArc. Tous les quartiers de la Ville furent témoins
de fa bonne grace , &c.
Toute la brillante Ceremonie finit par un Feftin
que le Roi donna à la Compagnie dans le Jeu de
Paulme qu'il avoit fait orner de riches Tapifleries,
& éclairer par un grand nombre de luftres & de
bougies. On y avoit ménagé des Balcons tout autour
pour placer les Dames . La varieté & l'arran
gement de cette Affemblée , compofée de quantité
de perfonnes de diftinction , fournit un Spectacle
très-gracieux. Tout fut feryi en abondance & avec
une extréme délicateffe. On but les fantés du Roi
de la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , jufques
à 2.heures après minuit que les deux Troupes
allerent , l'épée à la main , précedées de quantité
de flambeaux , accompagner le Roi & M. Hague
not chez eux .
à Montpellier au fujet de la Naiffance du
DAUPHIN , où le zele , le bon goût & la magnificence
& la varieté ont également regné. Ce n'eſt
pas notre faute fi nous n'avons pas encore parlé
de celle des Chevaliers du noble Jeu de l'Art
de la même Ville.
Cette Compagnie doit fon établiſſement au
Roi de Maiorque , Seigneur & Souverain de
Montpellier dans le treiziéme fiécle ; foit politi
que ou condefcendance pour des Sujets nés belliqueux
, il crut devoir leur fournir un exercice
noble & utile par le maniement de l'Arc & de la
Fleche ; il réunit dans un corps diftingué tous
ceux qui voulurent y prendre partl leur donna
des loix , leur accorda des privileges , leur propofa
des récompenfes , & il s'applaudit plufieurs
fois d'un établissement dont l'honne & l'avantage
rejailliffoient fur lui . La mort du Roi de
Maïorque refroidit l'ardeur des Chevaliers. Privés
d'un Chef qui entretenoit leur feu naturel par
fon autorité & par fa préfence , ils negligerent
peu à peu leurs exercices journaliers , & ils les
renvoyerent tous au mois de Mai de chaque année
, où à ces evenemens fortunés qui exigent des
Réjouiffances publiques , il feroit trop long de
les rappeller tous. On fe contentera de dire
qu'en l'année 1701. les Ducs de Bourgogne
& de Berri , paffant par Montpellier , furent
extrêmement fatisfaits de leur adreffe & de leur
magnificence , & qu'ils voulurent bien les honorer
, en fignant fur leur Regiſtre , felon l'uſage`
des Chevaliers qu'on y reçoit.
Dans cette occafion fi defirée , leur premiere
attention
AVRIL. 1730. 723
attention fut de fe choifir des Officiers qui fuivant
l'ancienne coûtume commandaffent à la têtede
la Compagnie. Elle s'affembla dans la grande
Sale de l'Hôtel de Ville,& à la pluralité des voix,
elle élut pour Capitaine M. de la Croix de Candillargues
, Ecuyer , M. Haguenot , Confeiller du
Roi & Receveur , pour Capitaine Lieutenant ,
M. Rozier , fameux Négociant , pour Enfeigne ;
mais le premier étant tombé malade , M. Haguenot
lui fut fubftitué , il accepta avec plaifir
un honneur qu'on a vu autrefois n'être accordé
qu'à la Nobleffe la plus ancien ne. La
Compagnie eft divifée en deux Corps , l'un
des Chevaliers mariés , l'autre des jeunes gens.
M. Haguenot , de concert avec les Officiers
ordonna deux fortes d'habits uniformes ; pour
les premiers , d'un beau drap couleur de Caftor
bordé d'un grand galon d'argent , la vefte galonnée
en plein & le chapeau bordé de même ; que
celui de la jeuneffe feroit auffi d'un beau drap
Gouleur de ventre de biche , avec un pareil galon,
les paiemens & la vefte de fatin bleu , galonnés
en plein & le chapeau bordé.
Le Perroquet qui devoit être tiré , annonça
dans tous les quartiers de la Ville l'ouverture de
cette Fête. Il étoit ſculpté en bois , peint en verd,
avec un Ecuffon dans lequel étoit un Dauphin
d'or couronné. Le 8. Octobre il fut depofé dans
PHôtel de Ville par les deux Majors de la Compagnie
, & reçu par les Confuls en habits de Cerémonie
; on le plaça felon l'ufage devant le grand
Portail , au milieu des Bannieres de la Ville & dự
Drapeau du noble Jeu de l'Arc. Le même jour à
quatre heures du foir, au bruit des Inftrumens de
guerre & de mufique , & avec le même cortege;
il fut porté au Foffé , qui eft le lieu deſtiné aux
exercices de la Compagnie , M. Haguenot s'y
trouve
24 MERCURE DE FRANCE
trouva avec les Officiers ; il pofa le Perroquet au
bout d'un mât peint en bleu , parfemé de Fleurs
de Lys & de Dauphins d'or , & qui fut auffi - tôt
élevé à la hauteur de dix - huit toifes. A cet aſpect
Pallegreffe du Public fembla redoubler. M. Ha-*
guenot , fans parler des ferenades qu'il fit donner
dans tous les quartiers de la Ville , de la galanterie
qu'il fit à chaque Officier d'un riche noeud
d'épée , d'une aiguillete d'argent , & d'un ruban
or & argent aux Chevaliers , donna dans famaifon
toute forte de rafraîchiffemens exquis
fa troupe des Chevaliers mariés s'y rendit le 9. a
huit heures du matin , M. Haguenot & Me fon
Epoufe les reçûrent avec beaucoup de politeffe, &
les inviterent à un Feftin dont l'ordre égaloit la
magnificence. M. Rozier, Enſeigne de la Jeuneffe
en ufa de même à l'égard de ceux - ci , qu'il conduifit
fur les onze heures chez M. Haguenot. Les
deux Troupes ainfi réunies , fe rendirent à l'Hôtel
de Ville dans l'ordre fuivant.
Les Tambours de la Ville & deux Fifres , un
Roi des Sauvages les fuivoit , vêtu d'un ſatin couleur
de chair , avec une Couronne & une ceinture
de Laurier & une maffue à la main ; il étoit accompagné
de douze Heraults d'Armes , habillés
de verd avec des Brandebourgs d'or , le fabre au
côté & la hache fur l'épaule. Deux choeurs de
Simphonic compofée de Timballes , Tambours ,""
Violons , Hautbois , Baffons & Baffes de Violon
précedoient trois Enfans en Cupidons , l'élegance
de leur ajuftement ne cedoit en rien à leur beauté.
Plufieurs Valets habillés en Houzards leur fourniffoient
les parfums & les confitures qu'ils répandoient
avec profufion . M. Haguenot paroiffoit
enfuite richement vêtu , une fleche à la
main , à fes côtés quatre Laquais portoient fes
Carquois & fes Arcs. Après lui marchoient le
Major
AVRIL. 1730. 725
Major & les fix Confeillers de la Compagnie , &
fur deux lignes la Troupe des Mariés au nombre
de 100. une fleche à la main , & fuivis de Valets,
qui par la diverfité recherchée de leurs habits ,
repréfentoient toutes les Nations du monde.
Un Choeur de toute forte d'Inftrumens de
Guerre & de Mufique féparoit les mariés d'avec
la jeuneffe. M. Rozier étoit à leur tête , accompagné
de M. Aribert , ancien Enfeigne ; c'eſt le
même qui remplit fi honorablemeut cette place
en 1701. D'une Gibeciere de tafetas couleur de
rofe , auffi -tôt remplie que vuide , ils tiroient
des confitures & des dragées qu'ils jettoient avec
profufion.
Ces deux Troupes également leftes & galantes
arriverent ainfi à l'Hôtel de Ville. Mrs les
Confuls , en Robes rouges, fe mirent à leur tête,
& prirent le chemin qui mene au foffé . C'eſt là
que M. Haguenot , après avoir prêté le ferment
accoûtumé entre les mains de M. Durand , premier
Conful , & avoir reçû celui des autres Officiers
, remit à M. Rozier le Drapeau de la Compagnie.
Il l'exhorta par un compliment court &
energique à le conferver au prix même de fa vie,
On préfenta à Mrs les Confuls des arcs & des
Aleches qu'ils tirerent chacun à leur tour; ils furent
reconduits à l'Hôtel de Ville dans le même ordre.
Delà on fe rendit à l'Hôtel de M. de Candillargues
, Lieutenant de Roi de la Ville , Commandant
en l'abſence du Marquis de la Fare. Il
fut accompagné avec la même cerémonie dans
le foffé , où il décocha une fleche avec tant de
dexterité, qu'elle demeura fufpendue à une des aîles
du Perroquet . Il fut , enfuite ramené chez lui
au milieu des acclamations de la Compagnie &
des cris du peuple.
Le refte du jour fut deftiné à rendre les vifites
d'hon
26 MERCURE DE FRANCE
d'honneur. La Compagnie alla d'abord für la
Place Royale du Peyrou où eft la Statue Equeſtre
de Louis XIV ; tous les Chevaliers , l'épée à la
main , en firent le tour &c. M. de Bernage de S.
Maurice , Intendant de la Province avec M. de
Vaux fon fils & quantité de Nobleffe , les reçût
à la porte de fon Hôtel .
M. Bon , Premier Préfident , accompagné
de Madame fon Epouſe & de M. fon fils , chevalier
de Malte , les reçut auffi à la
fon Hôtel.
porte de
La Compagnie n'eut pas le bonheur de trouver
M. l'Evêque de Montpellier dans fon
Palais ; elle retourna au foffe, & fe difpofa à
faire le premier effai de fon adreffe. Les Officiers
commencèrent par décocher deux fleches ; les
Chevaliers continuerent jufqu'à la nuit qu'on
reconduifit M. Haguenot chez lui.
L'Entrée de fa maiſon fituée dans la plus belle
vue de la Ville ,& bâtie regulierement, étoit ornée
d'Arcs de Triomphe , de Statues , de Simboles
& d'Emblêmes , la plus belle Illumination qu'on
ait encore vûë occupoit le Balcon , toute la façade
& la longueur de la rue. L'interieur étoit paré
de meubles précieux , de Girandoles , de Luftres
& de Glaces qui multiplioient la lumiere d'une
infinité de bougies qui éclairoient tous les Appartemens.
Un repas fervi avec une delicate fomptuofité
arrêta les Chevaliers mariés ; les vins les
plus délicieux , de Bourgogne , de Champagne
ou des Cantons les plus renommés furent fervis
avec profufion , liqueurs , parfums , rien ne fut
épargné. Ce ne fut pas encore affez ; durant trois
jours confecutifs , M. Haguenot tint chez lui table
ouverte de 150. Couverts , & donna abondamment
à manger & à boire au Peuple dans la
Tue. Mc fon Epoufe de fon côté faifoit diftribuer
с
aux
AVRIL. 1730. 727
aux Dames de la Ville des baffins & des boetes
de toute forte de confitures. Cependant les jeunes
gens accompagnoient chez eux , à la lueur de
200. flambeaux , M. Rouzier & M. Moulton
leur Major. Celui- ci qui ne s'attendoit pas à cet
honneur , mit à profit le peu de tems qu'il eut
pour faire dreffer en arrivant une collation dans
la rue. Il la préfenta à cette belle jeuneffe ,
reftes furent livrés à une foule de curieux avides.
Depuis ce jour 9. d'Octobre juſqu'au commencement
du mois de Novembre , M. Haguenot in
venta de nouvelles Fêtes & de nouveaux plaifirs ,
toutes les perfonnes de confideration , de l'un &
de l'autre fexe , Citoyens & Etrangers , s'emprefferent
d'y prendre part , fur-tout dans le foffé
où fe trouvoient toute forte de rafraîchiffemens
M. de Bernage de S. Maurice , M. Bon & Mrs
leurs fils vinrent honorer ces brillantes affemblées
de leur préfence, ils tirerent chacun deux fleches,
& leur exemple attira dans la Compagnie quantité
d'Officiers de la Chambre des Comptes , des
autres Corps diftingués de la Ville & plufieurs
perfonnes de qualité.
Tous ces divertiffemens ne faifoient pas perdre
de vue à Mrs les Chevaliers le motif principal qui
des unifloit. Sous les ordres de M. Haguenot de
puis 9. heures du matin jufqu'à midi , & depuis
deux heures jufqu'à quatre du foir , ils s'exerçoient
à tirer de l'arc à tour de role , ainfi que le fort
les avoit placés ; & afin d'exciter davantage leur
ardeur , il leur préfenta deux aiguilletes d'argent
pareilles à celles des Officiers. On tira au rondeau
qui les emporteroit , l'une fut gagnée par M.
Carquet , Major , & l'autre par M. Teffes , Che
valier.
M. Baunier , Baron de Lamoffon , arriva vers
tems là de Paris. Il s'y étoit diftingué par une
Fêr
728 MERCURE DE FRANCE
Fête des plus fplendides , & il demanda d'être reçu
Chevalier ; il figna dans le Regiftre , & décocha
fes deux fleches avec habileté. Il fit préparer
une grande Fête à fon fuperbe Château de Lamoffon
pour le 23. Octobre , il y invita les Officiers
& tous les Chevaliers par des billets imprimés.
Au Village de Celleneuve , qui étoit le lieu
du Rendez -vous , les Officiers de M. de Lamoffon
y préfenterent à la Compagnie des Rafraî
chiffemens. Elle partit en ordre pour Lamoffon
qui n'est qu'à une petite promenade delà , avec
la même pompe & le même appareil que le premier
jour ; elle y fut reçue par M. de famoffon,
accompagné de M. Bon , Premier Préfident
& de plufieurs autres Chevaliers de Marque.
Le nombre des Conviés fut de 250. & comme
il étoit mal aifé de fournir des amufemens differens
à une fi grande Compagnie , il leur en offrit
un qui convenoit à tous . On dreffa dans la principale
allée de fon Parc un rondeau au milieu d'un
matelas fufpendu , & on s'exerçà à y tirer juſqu'à
l'heure du diner , qui fut annoncée par un charanant
Concert de toute forte d'Inftrumens. Dans
la feconde Cour du Château , & fous une Tente
de 1500. aulnes de toilie , parut une table en fer
à cheval , capable de contenir cette nombreuſe
affemblée ; on ne s'arrêtera pas à faire le détail
de ce Feftin. Il fuffira de dire que M. de Lamoffon
eft magnifique dans toutes fes actions , que
toutes ces Fêtes font marquées au coin du bon
goût , & que celle-ci furpaffa toutes celles qu'il
avoit données .
Le refte de la journée on continua de tirer au
Rondeau jufqu'à - ce que chaque Chevalier eût décoché
fa fleche. La gloire ne fut pas la feule récompenfe
desVainqueurs,M. de Lamoffon leur fit
prefent de riches Bijoux ; à M. Chabanetin d'une
Tabatiere
AVRIL. 1730. 729
Tabatiere d'or , à M. Boudet d'une Montre d'or ,
à M. Defmarêts d'une Canne à pomme d'or . Les
approches de la nuit obligerent la Compagnie de
prendre congé de M. Lamoffon , après l'avoir remercié
de fes politeffes par la bouche de M. Haguenot
, fon Capitaine-Lieutenant.
Ni la fatigue de ces Divertiffemens , ni le foin
même des affaires domeftiques ne rallentirent
l'ardeur des Chevaliers ; toûjours attentifs à ſeconder
les intentions de M. Haguenot , éxacts à
venir dans le Foffé aux heures marquées. Enfin
après plufieurs efforts redoublez, à l'envi, après de
differentes atteintes & de violentes fecouffes données
au Perroquet par des mains habiles , il ceda
au trait de M. Privat, Chevalier de la Troupe des
jeunes gens ; il tomba à fes pieds , & la chute fut
annoncée à toute la Ville par le bruit guerrier des
Tambours & Fanfares, & par les cris d'une foule
de Spectateurs. Le Vainqueur fut couronné de
Laurier par M. Haguenot , & conduit en triomphe
à fa maiſon , &c.
Le premier foin de M. Privat fut de préparer à
la Compagnie une Fête digne d'elle & de lui Sa
maifon fut décorée d'Arcs de Triomphe, & illuminée
avec art. Les danfes & deux Fontaines de
vin arrêtoient le Peuple à la porte ; au dedans les
Feftins , les Concerts & les Bals raſſembloient les
Chevaliers & plufieurs autres perfonnes de l'un &
l'autre fexe. M. Privat entretint ainfi la joye & les
plaifirs jufqu'au jour deſtiné à le proclamer Roi
du noble Jeu de l'Arc. Ce fut le 8.Novembre,jour
que M.Haguenot voulut rendre plus remarquable
& plus folemnel , ordonnant par un ban , de fermer
toutes les Boutiques de la Ville.
A deux heures après midy , M. Privat ſe rendit
dans le Foffé. Il y trouva la Compagnie en ordre.
Il diſtribua aux Officiers des Aiguillettes d'or , &
E en
730 MERCURE DE FRANCE .
en prefenta deux aux Chevaliers pour les tirer au
Rondeau , l'une échut à M. Philis , & l'autre à
M. Davitjean , Chevaliers.
M. Haguenot , affifté des Officiers , revêtit enfuite
M. Privat de ſes Habits Royaux , où l'or, &
la Soye brilloient avec éclat , & qu'on trouva de
la derniere magnificence. Dans ce ſuperbe ajuftement
il reçut les hommages de la Compagnie par
un Difcours éloquent que lui fit M. Haguenot , &
par des Vers que les fix petits Cupidons réciterent
afa louange.
L'ordre donné pour la Marche , dont la pompe
& le cortege fut en tout femblable à celle du
9. Octobre , le nouveau Roi fe mit à la tête de
la Compagnie , ayant à fa droite M. Haguenot ,
Capitaine-Lieutenant , & à fa gauche M. Aribert,
comme le plus ancien Officier du noble Jeu de
PArc. Tous les quartiers de la Ville furent témoins
de fa bonne grace , &c.
Toute la brillante Ceremonie finit par un Feftin
que le Roi donna à la Compagnie dans le Jeu de
Paulme qu'il avoit fait orner de riches Tapifleries,
& éclairer par un grand nombre de luftres & de
bougies. On y avoit ménagé des Balcons tout autour
pour placer les Dames . La varieté & l'arran
gement de cette Affemblée , compofée de quantité
de perfonnes de diftinction , fournit un Spectacle
très-gracieux. Tout fut feryi en abondance & avec
une extréme délicateffe. On but les fantés du Roi
de la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , jufques
à 2.heures après minuit que les deux Troupes
allerent , l'épée à la main , précedées de quantité
de flambeaux , accompagner le Roi & M. Hague
not chez eux .
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Résumé : A Montpellier, le noble Jeu de l'Arc, &c. [titre d'après la table]
En 1730, les Chevaliers du noble Jeu de l'Art à Montpellier organisèrent une fête dirigée par M. Haguenot, élu Capitaine Lieutenant. Cette compagnie, fondée au XIIIe siècle par le Roi de Majorque, avait pour but de canaliser l'énergie belliqueuse des habitants par le maniement de l'arc et de la flèche. Après un déclin dû à la mort du roi, la compagnie fut relancée en 1701 lors du passage des Ducs de Bourgogne et de Berry. La fête débuta par la présentation d'un perroquet sculpté, déposé à l'Hôtel de Ville puis transféré au fossé, lieu des exercices. Les Chevaliers, vêtus d'uniformes spécifiques, défilèrent dans la ville, accompagnés de musique et de symboles royaux. La fête inclut des visites d'honneur à des personnalités locales, des démonstrations de tir à l'arc, et des réjouissances publiques. M. Haguenot et d'autres officiers reçurent des distinctions et des présents. Des concours de tir furent organisés, avec des récompenses pour les vainqueurs. La fête se conclut par une grande réception au château de Lamoffon, organisée par M. Baunier, Baron de Lamoffon, où les Chevaliers furent accueillis avec magnificence. La fête se termina par des tirs au perroquet, avec M. Privat comme vainqueur. Le texte décrit également les célébrations entourant l'élection de M. Privat comme roi du noble Jeu de l'Arc. M. Haguenot couronna M. Privat de laurier et le conduisit en triomphe chez lui. Pour préparer la fête, M. Privat décora sa maison d'arcs de triomphe et d'illuminations. Des danses, des fontaines de vin, des festins, des concerts et des bals attirèrent de nombreux participants. La fête dura jusqu'au jour de la proclamation officielle de M. Privat comme roi, le 8 novembre, jour où toutes les boutiques de la ville furent fermées sur ordre de M. Haguenot. À 14 heures, M. Privat se rendit dans le fossé où il distribua des aiguillettes d'or aux officiers et aux chevaliers pour le tir au rondeau. M. Haguenot, assisté des officiers, revêtit M. Privat de ses habits royaux, ornés d'or et de soie. M. Privat reçut ensuite les hommages de la compagnie par un discours de M. Haguenot et des vers récités par des petits Cupidons. La procession, similaire à celle du 9 octobre, se déroula avec M. Privat à la tête de la compagnie, accompagné de M. Haguenot et de M. Aribert. La cérémonie se conclut par un festin au Jeu de Paulme, orné de riches tapisseries et éclairé par de nombreux lustres et bougies. Des balcons furent aménagés pour les dames, et l'assemblée, composée de personnes de distinction, offrit un spectacle gracieux. Le festin se prolongea jusqu'à 2 heures du matin, où deux troupes escortèrent le roi et M. Haguenot chez eux, épées à la main et précédées de flambeaux.
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2130
p. [1]-52
SUITE ET FIN de l'Histoire Espagnole.
Début :
Le Prince de Murcie reprit enfin ses esprits, & pour [...]
Mots clefs :
Prince, Duc de Grenade, Grenade, Princesse, Solitaire, Amour, Seigneur, Malheurs, Temps, Bonheur, Joie, Malheur, Fortune, Coeur, Ciel, Époux, Lieu, Cabane, Traître, Infidélité, Surprise, Soupçon, Rival, Amants, Forêt, Solitude, Doute
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE ET FIN de l'Histoire Espagnole.
~* SUITE ETFIN
de ïHtjloirc Espagnole. LE Prince de Murciereprit
enfinles
esprits, & pour lors le lolitaire
lui dit :Seigneur,
si j'avois pu prévoir la su.
neste impression qu'a fait
sur vous la nouvelle que
je vous ai apprise, croyez
qduoeulelouirn, d'irriter vostre
je n'aurois pen.
fé qu'à la soulager; l'experience
que j'ai faite des
revers de la fortune m'apprend
à plaindre ceux quV
ellerend malheureux. Ah
pourquoi ne sçavois-je pas
là'intérêt que vous prenez Leonore? je ne me reprocherais
pas du moins
les tourmens que vous louffre. Je ne vous les
reproche point, Seigneur,
repondit le Prince, non
plus qu'à Leonore; si elle
a épousé Dom Juan elle a
dû l'épouser, ôc si elle m'a
rendu le plus malheureux
des hommes, il faut que
je l'aye mérité:Non le
plus affreux desespoir ne
me forcera jamais à la
traitter d'infidelle mais
je n en mourraipas moins
malheureux.
Ah!Seigneur, repritle
solitaire,si Leonoren'est
point infidelle, il est des
amans plus malheureux
que vous j'ai perdu comme
vous l'esperance de
posseder jamais celle que
jaime,je ne puisdouter de
son inconstance,&j'en
reçoisJes plus forcéspreuves
au moment mêmequi
devoit assurer mon bonheur;
queldesespoirest
égal au mien ? amant dui^e
Princefk-,,,nôçre mariage
étoitconclu duconfentement
de son frère,&l'infîdelie
se
.,
fait enleverce
our-là même par rflôa
rival
,
sans ce trait de la
plus noireinfîdçlitç je seroisencore
a Grepaçlçj
&: vous ue m'auriez point
trouve dans cettesolitude
où nos communs malheurs
nous ont conduit. Le Prince comprit aisément
que cette Princesse,
que le solitaire avoir aiméen'étoit
autre qu'Eli
vire, il en avoit souvent
oui parler à Dom Pedre
son frere, & comme il
sçavoit la violence que
Dom Garcie avoit faire à
Elvire, il crut devoir réparer
le tort que le solitaire
lui faisoit par ses soupçons;
ilme semble
,
Seigneur,
lui dit-il, que vous
condamnez trop aisement
la Princesse que vous aimez
; pourquoi rapporter
àson inconstance un éloignement
dont elle gémit
peut-être autant que vous?-
si vôtre rival l'a enlevée,
le tort que vous lui faites
est irreparable, mais quoiqu'il
en soit, ce n'est point
ainsi qu'il faut juger de ce
qu'on aime. Ah ! je ne
ferois pas si malheureux
si je pouvoissoupçonner
Leonore d'inconfiance. Si
je condamne la Princesse
Elvire, reprit lesolicaire,
c'estque je ne puis douter
qu'elle ne me soit infidelle
y
après cet enlevement
je la cherchai dans
tout le Duché de Grenade
; & dans quelqueslieux
que mon rival lait conduite
,
je l'aurois sans dou-
.re découverte,si ellen'eût
été d'accord avec lui pour
rendre mes recherches
inutiles. Ah ! je l'ay trop
aimée pour ne pas me
plaindre de son changement,
& je vois bien que
nos malheurs font differens
3
quoiqu'ils partent
du même principe. C'est
ainsi que le solitaire die.
putoit au Prince la triste
floired'être le plus maleureux
de tous les horn;.
mes; si c'cft. un dédommagement
pour ceux qui
souffrent
,
ils pouvoient
tous deux y prérendre)
l'un étoit réduit à accuser
sa maîtresse, qui lui étoit
pourtant fidelle, & l'autre
a s'acculer lui-même, lui
qui n'avait jamais eu d'autre
regle de ses adtions
quesa gloire & son amour.
Cependant Elvirepassoit
sa vie dans de mortelles
inquiétudes auuibien
que Leonore,la convention
que ces deux
Princesses avoient eûë
leur étoit également funeste
,
& si Leonore avoit
lieu de soupçonner un
Prince, qu'Elvire avoit
nommé son amant, Elvire
soupçonnoit avec raison
un amant dont le nom
avoir produit un si violent,
effet sur Leonore;ellesavoient
un égal intérêt de se
retrouver. pour éclaircir
un doute si cruel,mais il
ne fut pas permis à Leonore
d'aller feule dans le
jardin,& Elviren'y voyant
plus que la curieuse tante,.
fut contrainte de choisir,
pour le lieu de sa promenade
,
la Forest de Gades;
c'est là que ces deux Princesses
le retrouverent dans
le temps qu'elles ne l'esperoient
plus. Le Duc d'Andalousie,
content de l'obeissance
de sa fille, l'avoit
enfin délivrée des
importunitez de sa vieille
secur
y
elle alloit souvent
se promener dans cette
Forest là elle pouvoit
joüir de la solitude-, & se
livrer à toute sa douleur
Le hazard la conduisit un
jour dans l'endroit où Etvire
avoit coutume d'aller
se plaindre de ses malheurs,
aussitôt elle court
vers elle avec empressement,,
& lui dit: il y a
long-temps que je vous
cherche, Madame, pour
vous apprendre une nouvelle
qui doit vous interesser
: Le Prince de Murcie
est Duc. de Grenade
par les soins de Dom Pedre
vôtre frere & son ami.
Madame,répondit Leonore,
vous sçavez la part
que j'y dois prendre, mais
je devine aussi celle que
vous y prenez, ce n'est
point moi qui dois ressentir
la joye de cette nouvelle.
Ah! qui doit donc
la ressentir ? reprit Leonore,
le Prince de Murcie
vous aime, Ôc. n'a fait
une si, grande démarche
que pour vous meriter.
Ah! Madame,répondit
Elvire, pourquoi insultez.
vousàmon malheur? Je
sçai que je ne suis point
aimée,c'est en vain que
je voudrois vous disputer
le coeur du Prince: de
Murcie.Ces deux Princelles
entraientinsensiblement
au pointd'unéclaircissement
qui leur étoitsi
necessaire,lorsqueDom
Juan &DomGarcievinrent
troubler leur entrer
tien: sitôtqu'Elvire eut
EÇÊonnu>fon persecuteur,
qgif n'étoitpasfort loin
d'elle,elle prit la fuite, &
Leonore> que la presence
de Dom Juan auroit embarrassée
dans une pareille
circonstance., prit une
autre allée dans le dessein
del'evicer; Dom Garcie
avoit cru reconnoîtreElvire
& l'avoit suivie des
yeux;l'occasion lui parut
trop bellepour la négliger
: Seigneur, dit-il à D.
Juan, vous voulez sans
doute aborder Leonore?
je vous laisse seul de peur
de troubler un entretien
si doux pour l'un & pour
l'autre, je ferai toujours à
portée de vous rejoindre;
en même temps il fuit la
routequ'il avoit vu prendre
à Elvire, & aprés
l'avoir assez long-temps
cherchée,il la découvrit
dans le lieule plus écarté
de la forest.Quelle fut la
surprise&la crainte de
cette Princessè? elle con,
noissoit le perfide Dom
Garcie.,irrité de ses refus
& de ses mépris,il étoit
capable de se porter aux
plus violentes extremitez;
Elvire dans un si grand
péril n'eut d'autrereilburce
quecelle de faire em*
tendre des cris horribles,
quipussent lui attirer du
secours, & ses cris en effet
la sauverent. Le solitaire,
quile promenoit assez près
de la, les entendit; aussitôt
il court vers le lieu où
les cris d'Elvire le con- duisent , & tout d'un , toup: il voit celle qu'il
croyoit infidelle à Grenade
, qui
-
se jettedansses
bras,en lui disant: Seigneur
,sauvez-moi des fureurs
d'un scelerat, & dans
le moment Dom Garcie
parut. Je n'entreprendrai
point
point d'exprimer les divers.
mouvemens de surprise
d'amour & de colere
donc le solitaire futsaisi ;
Dom Garcie voulut prosiser
du moment pour se
défaire de son rival avant
qu'il fût en défense, mais
lescelerat meritoitla
mort,le solitairel'étendii
à ses pieds; après le peu de resistance qu'on doit
attendre d'un lâche & d'un
traître,ensuite s'abandonnant
à d'autres transports,
il s'approcha d'Elvire:
quel bonheur luidit-il
y
Madame?la fortunevous?;
rend à mon amour, & livre
mon rival à ma vengeance
; que le perfide
nous a causé de maux r
que n'ai-je point souffert
pendant vôtre absence!
Jen'oublierai jamais,,
Prince, répondit Elvire,
le service que vôtre pitié
vient de me rendre, mais
je ferois plus heureuse si
je le devois à vôtre amour.
Ah!Ciel,s'écrialesolitaire,
comment expliquer
ces cruels reproches? jesuis
donc un amantinfidele.
Prince, je voudrois
pouvoir en douter,
rien ne troubleroit la joye
- que j'ai de vous revoir;
Ah! je serois trop heureuse.
Grand Dieu,s'ecriatil
encore une fois,il est
donc vrai que vous m'accufèz
d'inconstance> Ahj
Madame,quel démon envieux
de nôtre bonheur,
vous donne ces injustes
soupçons ;quoi je vous
revois! le plaisir que je
sens me persuade que tous
mes maux sont finis, & je
retrouve au même instant
des malheurs plus grands
encore que ceux que j'ai
fouffers
; ma chere Elvire
voyez cette trille retraite,
cetteaffreuse solitude!
font-ce la des preuves de
mon inconstance ? Oui,
Prince, cest le choix de
cette solitude qui confirme
mes tristessoupçons.
Ah! Seigneur, est-ce dans
la forestde Gades que
vôtre. confiance devoit
éclater? Le solitaire, qui
ne pouvoit rien compren- dre au discours d'Elvire,
ne sçavoit comment calnler.,
les soupçons ;nia
Princesse, lui disoit-il, daignez
medire le sujet de
vos reproches,je fuis Ulr
de me justifier, jenesuis
pas surpris que vous me
foupçonniez., le moindre
accidentpeut allarmer
une amante {enfible3 j'ai
moi-même eprouve combien
il elt aisé de craindre
le changement dece qu'
onaime
)
jevous ai crû
moi-même moins fidelle
que je ne vous retrouve,
mais si l'heureuse avanture
quinous réunit ne m'avoit
détrompé, loin de vous en
faire un mystere,je me
ferois plaint à vous, je
vous aurois découvert le
sujet de mesdouleurs, ôc
je n'aurois rien tant fouhaitté
que de vous voir
bien justifiée
; pourquoy
n'en usez-vous pas ainsi,
ma Princesse ? l'amour
peut-il prendre un autre
parti? Que me servira-t-il,
reprit El vire, de vous convaincred'inconstance
? je
ne vous en aimerai pas
moins, & vous n'en aimerez
pas moins Leonore.
Quoi!j'aime Leonore, reprit
vivement le solitaire?
Ah! je vois maintenant le
sujet de vos qsoupconsy.
vous avez crû que, charmé
de cette Princesse,je
n'habite cette solitude
-
que pour lui prouver mon
amour , mais non,ma
chere Elvire,rendez-moimon
innocence, rendezmoi
tout vôtre amour:je
n'ai jamais vû Leonore,,,
je suis dans un lieu tout
plein de sa beauté & de
les vertus & je n'ai jamais
penséqu'à vous, c'est pour
vous feule que je fuis réduit
dans l'état où vous -
me voyez. Ah! Prince., dit
Elvire,que ne vous puisje
croiremaisnon vous
me trompez;voyez vousmême
si je dois être convaincue
; je racontois a
Leonore nos communs
malheurs, elle me demanda
vôtre nom, je lui nommai
le Prince de Murcie,
&: soudain elle tombaévanouie
dans mes bras;
jouiuez. Prince, de vôtre
gloire, après ce coup rien
ne peut môterma douleur.
leur. Elvire voulut s'éloi.
gnerdu solitaice pour lui
cacher ses larmes.; arrêtez
ma Princene, s'écria-t-il
,
non je
-,
n'ai jamais vu Leonore,
ilest un autre Prince
de Murcie,vous le devez
sçavoir: Ah! pouvezvousme
soupçonner? mais
rnachere Elvire,venez me
voir tout-à-faitjustisié, j'ai
laissé dans ma cabane un
inconnu qui aime Leonore,
l'état où la nouvelle
de son mariage avec Dom
Juan la réduit, m'a découvert
son secret: il est
sans doute ce Prince de
Murcie amant de Leonore,
venezJe lui demanderai
son nom, il ne pourra
me resuser cet ecfairciuement,
qui importe tant a
vôtre bonheur& au mien.
Ils n'eurent pasgrand chemin
à faire pour arriver à
la petite cabane;le cours
de leur conversation les y
avoit insensiblement conduits,
ils y entrent, mais
quel spectacle s'offrit tout
d'un coup à leurs yeuxils
virent deux hommes étendus
dans la cabane, qui
perissoient dansleursang.
Ah Ciel! s'écria Elvire,
saisie d'horreur .& de sur-
,
prise.Qui sont ces malheureux
?Que je plains là
fort de l'un d'eux, repondit
le solitaire; c'est cet
étranger qui étoit venu
chercher ici un azile, nous
déplorions ensemblenos
communs malheurs, il alloit
fininles miens. Elvire
revenue de sa premiere
terreur s'approcha 8c reconnut
Dom Juan, Le
Prince après s'être separé
de D. Garcie avoit longtemps
erré dans la forêt,
occupe destrilles idées qui
les avoient conduits:malygré
ce que la fortune faisoitpour
luiy il nelaissoit
pas d'avoir ses chagrins;
il avoit apperçu lacabane
du soliraire, .& y étoit entré
attiré par sa simpie curiosite
:
les' soupirs de cet
inconnul'avoit redoublée
enexcitant sa compas.
sion. Mais quelle surprise!,
à peineces deux hommes
se furent envilagezdqu'un
premier mouvement de
rage & devengeance leur
étant tout loisir de s'expliquer
: Ah te voila,traître.,
s'écria l'un; perside, tu
mourras, secria l'autre :
& à l'instant ils se lancent
furieux l'un sur l'autre, &
se battent avec tant de
haine & tant d'acharnement,
que sans recevoir
aucun coupmorcel ils se
ercerent enplusieurs endroits,
ils tomberent l'un
& l'autre affoiblis par la
perte de leur sang,&par
la longueur du combar.Ce
fut dans cet état que les
trouvèrent Elvire & fou
amant, ils leur donnrent
tous les secours possibles,&
se retirèrent a l'écart dans
l'esperance de tirer quelque
éclaircisement de ce
que se diroient ces deux
rivaux. Ils reprirent peu
de temps après leurs sorces
& leurs ressentimens,.
& le Prince de Murcie
tournant vers Dom Juan
des yeux pleins d'indignation:
Quoy tu vis encore
le Ciel ne peur donc consentir
à la mort du digne
époux de Leonore, ni la
forc,ni l'amournilahaine
îije peuventrien sur de si
beauxjours?Le Ciel,répondit,
Dom Juan, veut que
j'admire encor cet illuitre
conquerant, qui vient de
joindre ,à tant de hauts titres
celuy de Duc de Grenade
: Quel regret pour
moy de mourir sans voir
regner un Prince si genereux
?Peux-tu le voir sans
rougir,persideyreprit le
Prince Non dit Dom
Juan.le rougis de t'avoir
il rpal connu. Les traîtres,
répliqua le Prince, ne rougissent
du crime qu'après
qu'ils l'ont commis. - Il est
vray, répondit D. Juan
y s'ils n'en rougissoient pas
si tard,je ferois Duc de
Grenade, & vous ne seriez
encore que le Prince de
Murcie. Poursuis,indigne
amy ,
reprit le Prince,
cherche un pretexte à ton
horrible persidie; tu n'es
donc l'époux de Leonore
que parce que je luis un
Tyran?Non', traître, repondit
Dom Juan, puiss
qu'il faut enfin éclatter, je
ne t'ai point trahi,je mefuis
yengé de l'ennemi commun
de toute l'Espagne;
d'un usurpateur qui elt en
abomination dans toute
l'Europe: Renonce àLeonore,
qui tesereste autant
quelle t'a autrefois aimé.
Grand Dieu,s'ecria-t-il,où
fùis-je?non,, Leonorenaura
pas pu le croire; tes
derniers mots te convainquentd'imposture,
tu peux
m'avoir pris pour unusurpateur,
mais non pas cette
genereule Princesse. Il est
vray, répondit D. Juan,.
tu l'avois seduite par ta
fausse vertu: maisqu'avoir
elle a repondre a D. Garcie,.
dont la fidelité rend
ta perfidie certaine ? Le
Prince vit dés ce moment
la trahison de D. Garcie
y,
& parla ainsi à sonrival:
Dom Juan,je fuis forcé de
vous rendre vôtre innocence,
Dom Garcie vous
a trahis tous deux: loin
d'usupervosEtats,je les
aysoustraits à la tyrannie,
dans le seul dessein de vous
les rendre
:,- En abordant
Tille de Gadcs je trouvay
Dom Pedre qui vous cherchoit
par tout, jem'offris
à prendre vôtre place, &
je fis pour vous ce que je
n'aurois pas fait pour moymême,
je me privay du
plaisir de revoir Leonore
pour vous remettre dans
vos Estats ; j'en ai chassé
Dom Garcie qui les usurpoit:
pour prix de mon secours
Ôc de mon amitié
vous épousez ce que j'ainle,
sans que j'en puisse
accuser que la fortune-,
vous n eres point coupable
: mais cependant Leonore
eIl: à vous & je la
perds pourjamais.
Le Prince de Murcie
parloit d'un air si couchant
que Dom Juan lui-même
commençoitàs'attendrir.
On peut juger de laJitua.
tion des deu x spectateurs;
Elvire étoit sûre du coeur
de son amant,& cetamant
voyoit dans les yeux d'El..
vire, & la justice qu'elle
rendoit à son amour, &la
joye avec laquelle elle la
lui rendoit,il ne manquoit
plus au Prince qu'une
occasion de confirmer
ces diccours qui faisoient
déja tant d'impression;
hazard la sit naître prefqu'au
même instant.Un
des domestiques de Dom
Juan,qui avoitsuivi Dom
Garcie, entra dans laca~
bane, attiré par le bruit
qu'il avoit entendu. Approchez,
lui dit D. Juan,
pourquoy m'avez
- vous
trahi? pourquoiêtes-vous
entré dans lecomplot du
traître Dom Garcie? Fernandez
( c'étoit le nom
du domestique ) interdit
d'une questionà laquelle
il ne s'attendoit pas, &
déjà surpris de la réunion
à
des deux Princes, prit le
parti de se jetter aux
pieds de son Maître, 8c
de lui découvrir tout le
mystere d'une sinoire trahison.
Ah! quel secret venez-
vous de me reveler.,
s'écria Dom Juan, saisi
d'une juste horreur,confus
desa credulité
)
deses
peré d'avoir fîiivi les mouvemens
de sa haine contre
celui à qui il devoit tout?
Ah! Seigneur,s'écria-t-il,
se tournant vers le Prince
de Murcie, que puisje
vous dire? je ne suis point
l'époux de Leonore. Vous
n'êtes point son époux,
répondit le Prince? Ah!
Dom Juan pourquoi voulez-
vousme flatter? croyez-
vous par là conserver
ma vie? Non, je meurs
mal-heureux amant de
Leonore& fidele ami de
D. Juan.C'est moi qui dois
mourir,reprit Dom Juan,
je ne fuis plus digne de
la vie; vivez, Prince,
pour posseder Leonore,
j'aiassez d'autres crunes
à me reprocher sans me
charger- encore de celui
d'être son époux; non.,
je ne le fuis point, & l'unique
consolation qui me
reste, après tous les maux
queje vous ai causez, c'est
d'être encor plus malheureuxquejene
fuis coupable.
En mêmetemps il lui
apprit comment ce mariageavoit
été retardé par
une violente maladie de
Leonore
, que ses chagrins
avoient apparemment
causée. Dom Juan
ne borna pas là les foins
.qu'il devoir au Prince
lui promit de fléchir le
Duc
Duc d'Andalousiey & fit
renaître
,
dans son coeur
l'esperance que tant. de
malheurs en avoient ôtée.
Quelchangement de situation
pour le Prince de
Murcie, à peine croyoit- iltout ce qu'il entendait
partageentre la joye de
ravoir Leonore fidelle,
& l'impatience, de la revoir
telle que l'amour la
lui conservoit
,
à peine
pouvoit-il suffire à ressentir
tout son bonheur. Elvire
& le solitaire de leur
côté jouissoient du bonheur
de se trouver fîdeles,
exempts des soins &de l'inquietude
qui troubloient
depuis si long-temps leur
amour; le spectacle dont
ils étoient témoinsaugi
mentoit encore leur tendresse.
Après qu'ilsse furent
dit tout ce qu'un bonheur
mutuel peut inspirer,
ils s'aprocherent des deux
Princes. Dés que le Prince
deMurcie eut apperçû le
solitaire, il luy dit: Vous
- me trouvez,Seigneur,dans
unesituation- bien- différente
de celle ou vous,
m'aviez laissé, vous voyez
qu'il ne faut qu'un moment
pour terminer les
plus grands malheurs, j'espere
que celuy qui doit
finir les vôtres- n'est pas
bien éloigné, &pour lors
ma joye sera parfaite. Seigneur,.
répondit le solitaire,
le Ciel nous a réunis
pour nous rendre tous heureux,
vous allez- revoir
Leonore,,, jeretrouve El
vire fidellé
; cette avanture
finittous lesmalheuts
qui sembloient attachez
aunom que nous portons
l'un & l'autre. Il lui apprit
en même temps qu'il étoit
un cadet de la maison,
dont la branche separée
depuis long-temps estoit
presque inconnuë enEspagne,
il luy raconta les
soupçons d'Elvire à l'occasson
de la conformité
de leur nom; les momens
surent employez à des détails
capables d'interesser
du moins des amans:mais
lorsqu'Elvire luy rendit
compte àsontour de Son
entrevue a\*ecLectfi0rcv&
de tout cequi l'avoirluivie
:Ah, s'écria,le Prince,,
quela fortune, est cruelle
quand ellenouspourluit:
c'érait l'unique moyen de
rendrema fidélité suspecte
à Leonore:mais non, cette
Princesse connoîtbien
mon coeur,elle n'aura
point
-
fait cette injustice à
mon- amour. Cependant
Fernandezqui avoit ete
témoin; de redaircinement
entre le Prince de
Murcie & son malfire".
plein de tout cequ'ilavoit
entenducourut le publier
dans le Palais du Duc, il
trouva Leonore quiquittoit
la forêt pour retourner
à son appartement, &
elle en sur instruite la premiere.
Son récit étoit aisez
interessant pour que Leonore
voulût le justifier,
elle ': sè fit incontinentconduire
à la cabane;dés
qu'elle parut sa présence
produisit un profond silence
,
le Prince étoit celuy
qui avoit le plus de
choses à dire, il fut aussi
celuy qui eut moins la
force de parler: mais sa
joye n'en éclattoit que
mieux dans ses regards, ôc
Leonore qui l'y. voyoit
toute entiere,ne marquoit,
pas moins vivement le.
plaisir qu'elle ressentoit..
Elvire enfin prit la parole,.
&montrant le solitaire,elle
luy apprit son nom, & lui
donna un éclaircissement
qui manquoit encore à son.
repos.
Dom Juan marquoit le
plus vif repentir,ilcedoit
tous ses droits au Prince
de Murcie: ces amans
se voyoient, délivrez d'un
dangereux persecuteur;que
ne se dirent-ils point dans
de pareils transports ? Ah
,
Madame,s'écria le Prince,
vous m'aimez encore? les
noms d'usurpateur &d'infidele
qu'on m'a tant donnez
n'ont point changé
vôtre coeur? à ce trait je
reconnois Leonore. Ouy,
Seigneur,réponditla Princesse,
je vous ay toûjours
aimé
, & je luis toûjours,
cette Leonore, dont vous
connoissez si bien les sentimens;
les raisons qui sembloient
persuader vostre
inconstance,n'ont pu prévaloir
valoir sur le souvenir de
vos verrus: Prince,j'ay
souffert de vôtre absence
) & de la cruauré avec laquelle
on a voulu flétrir
vôtre nom:mais je ne vous
ay jamais condamné, de
ne pouvant être à vous,
j'allois me donner la mort,
si la fortune ne nous eût
enfin réunis. Je n'entreprendrai
point de rapporter
ici le cours de leur entretien;
pour peu qu'on
connoisse l'amour, on en
imaginera plus que je n'en
pourroisdire: mais enfin
il n'est pointde réünion
plus touchante que celle
de deux amans qui ont eu
tant d'obstacles à surmonter
,qu'ils se protestent
qu'ils ne se sont jamais crus
infidelles
,
parmi tant de
raisons qui sembloient
marquer leur infidélité ;
la haute idée qu'ils avoient
l'un de l'autre avoit toûjours
éloignélajalousieinseparablede
l'amour moins
heroïque, & s'ils n'avoient
pas eu les chagrins de cette
espece,ceux de l'absence
en étoient plusviolens
pour eux.
Les sentimens que tant
de disgraces n'avoient pû
chasser de leur coeur firent
leur gloire & leur felicité;
leur confiance attendrit
enfin le Duc d'Andalousie
, que tant de
nouvelles raisons forçoient
d'estimer le Prince
de Murcie: Ces illustres
Amans furent bientost
unis pour toujours
; cet
heureux mariage fut suivy
de celuy du solitaire
avec Elvire, & comme
la fortune les avoit tous
associez dans les malheurs
qu'elle leur avoit suscitez,
ils jurerent de ne se separerjamais,
FIN.
de ïHtjloirc Espagnole. LE Prince de Murciereprit
enfinles
esprits, & pour lors le lolitaire
lui dit :Seigneur,
si j'avois pu prévoir la su.
neste impression qu'a fait
sur vous la nouvelle que
je vous ai apprise, croyez
qduoeulelouirn, d'irriter vostre
je n'aurois pen.
fé qu'à la soulager; l'experience
que j'ai faite des
revers de la fortune m'apprend
à plaindre ceux quV
ellerend malheureux. Ah
pourquoi ne sçavois-je pas
là'intérêt que vous prenez Leonore? je ne me reprocherais
pas du moins
les tourmens que vous louffre. Je ne vous les
reproche point, Seigneur,
repondit le Prince, non
plus qu'à Leonore; si elle
a épousé Dom Juan elle a
dû l'épouser, ôc si elle m'a
rendu le plus malheureux
des hommes, il faut que
je l'aye mérité:Non le
plus affreux desespoir ne
me forcera jamais à la
traitter d'infidelle mais
je n en mourraipas moins
malheureux.
Ah!Seigneur, repritle
solitaire,si Leonoren'est
point infidelle, il est des
amans plus malheureux
que vous j'ai perdu comme
vous l'esperance de
posseder jamais celle que
jaime,je ne puisdouter de
son inconstance,&j'en
reçoisJes plus forcéspreuves
au moment mêmequi
devoit assurer mon bonheur;
queldesespoirest
égal au mien ? amant dui^e
Princefk-,,,nôçre mariage
étoitconclu duconfentement
de son frère,&l'infîdelie
se
.,
fait enleverce
our-là même par rflôa
rival
,
sans ce trait de la
plus noireinfîdçlitç je seroisencore
a Grepaçlçj
&: vous ue m'auriez point
trouve dans cettesolitude
où nos communs malheurs
nous ont conduit. Le Prince comprit aisément
que cette Princesse,
que le solitaire avoir aiméen'étoit
autre qu'Eli
vire, il en avoit souvent
oui parler à Dom Pedre
son frere, & comme il
sçavoit la violence que
Dom Garcie avoit faire à
Elvire, il crut devoir réparer
le tort que le solitaire
lui faisoit par ses soupçons;
ilme semble
,
Seigneur,
lui dit-il, que vous
condamnez trop aisement
la Princesse que vous aimez
; pourquoi rapporter
àson inconstance un éloignement
dont elle gémit
peut-être autant que vous?-
si vôtre rival l'a enlevée,
le tort que vous lui faites
est irreparable, mais quoiqu'il
en soit, ce n'est point
ainsi qu'il faut juger de ce
qu'on aime. Ah ! je ne
ferois pas si malheureux
si je pouvoissoupçonner
Leonore d'inconfiance. Si
je condamne la Princesse
Elvire, reprit lesolicaire,
c'estque je ne puis douter
qu'elle ne me soit infidelle
y
après cet enlevement
je la cherchai dans
tout le Duché de Grenade
; & dans quelqueslieux
que mon rival lait conduite
,
je l'aurois sans dou-
.re découverte,si ellen'eût
été d'accord avec lui pour
rendre mes recherches
inutiles. Ah ! je l'ay trop
aimée pour ne pas me
plaindre de son changement,
& je vois bien que
nos malheurs font differens
3
quoiqu'ils partent
du même principe. C'est
ainsi que le solitaire die.
putoit au Prince la triste
floired'être le plus maleureux
de tous les horn;.
mes; si c'cft. un dédommagement
pour ceux qui
souffrent
,
ils pouvoient
tous deux y prérendre)
l'un étoit réduit à accuser
sa maîtresse, qui lui étoit
pourtant fidelle, & l'autre
a s'acculer lui-même, lui
qui n'avait jamais eu d'autre
regle de ses adtions
quesa gloire & son amour.
Cependant Elvirepassoit
sa vie dans de mortelles
inquiétudes auuibien
que Leonore,la convention
que ces deux
Princesses avoient eûë
leur étoit également funeste
,
& si Leonore avoit
lieu de soupçonner un
Prince, qu'Elvire avoit
nommé son amant, Elvire
soupçonnoit avec raison
un amant dont le nom
avoir produit un si violent,
effet sur Leonore;ellesavoient
un égal intérêt de se
retrouver. pour éclaircir
un doute si cruel,mais il
ne fut pas permis à Leonore
d'aller feule dans le
jardin,& Elviren'y voyant
plus que la curieuse tante,.
fut contrainte de choisir,
pour le lieu de sa promenade
,
la Forest de Gades;
c'est là que ces deux Princesses
le retrouverent dans
le temps qu'elles ne l'esperoient
plus. Le Duc d'Andalousie,
content de l'obeissance
de sa fille, l'avoit
enfin délivrée des
importunitez de sa vieille
secur
y
elle alloit souvent
se promener dans cette
Forest là elle pouvoit
joüir de la solitude-, & se
livrer à toute sa douleur
Le hazard la conduisit un
jour dans l'endroit où Etvire
avoit coutume d'aller
se plaindre de ses malheurs,
aussitôt elle court
vers elle avec empressement,,
& lui dit: il y a
long-temps que je vous
cherche, Madame, pour
vous apprendre une nouvelle
qui doit vous interesser
: Le Prince de Murcie
est Duc. de Grenade
par les soins de Dom Pedre
vôtre frere & son ami.
Madame,répondit Leonore,
vous sçavez la part
que j'y dois prendre, mais
je devine aussi celle que
vous y prenez, ce n'est
point moi qui dois ressentir
la joye de cette nouvelle.
Ah! qui doit donc
la ressentir ? reprit Leonore,
le Prince de Murcie
vous aime, Ôc. n'a fait
une si, grande démarche
que pour vous meriter.
Ah! Madame,répondit
Elvire, pourquoi insultez.
vousàmon malheur? Je
sçai que je ne suis point
aimée,c'est en vain que
je voudrois vous disputer
le coeur du Prince: de
Murcie.Ces deux Princelles
entraientinsensiblement
au pointd'unéclaircissement
qui leur étoitsi
necessaire,lorsqueDom
Juan &DomGarcievinrent
troubler leur entrer
tien: sitôtqu'Elvire eut
EÇÊonnu>fon persecuteur,
qgif n'étoitpasfort loin
d'elle,elle prit la fuite, &
Leonore> que la presence
de Dom Juan auroit embarrassée
dans une pareille
circonstance., prit une
autre allée dans le dessein
del'evicer; Dom Garcie
avoit cru reconnoîtreElvire
& l'avoit suivie des
yeux;l'occasion lui parut
trop bellepour la négliger
: Seigneur, dit-il à D.
Juan, vous voulez sans
doute aborder Leonore?
je vous laisse seul de peur
de troubler un entretien
si doux pour l'un & pour
l'autre, je ferai toujours à
portée de vous rejoindre;
en même temps il fuit la
routequ'il avoit vu prendre
à Elvire, & aprés
l'avoir assez long-temps
cherchée,il la découvrit
dans le lieule plus écarté
de la forest.Quelle fut la
surprise&la crainte de
cette Princessè? elle con,
noissoit le perfide Dom
Garcie.,irrité de ses refus
& de ses mépris,il étoit
capable de se porter aux
plus violentes extremitez;
Elvire dans un si grand
péril n'eut d'autrereilburce
quecelle de faire em*
tendre des cris horribles,
quipussent lui attirer du
secours, & ses cris en effet
la sauverent. Le solitaire,
quile promenoit assez près
de la, les entendit; aussitôt
il court vers le lieu où
les cris d'Elvire le con- duisent , & tout d'un , toup: il voit celle qu'il
croyoit infidelle à Grenade
, qui
-
se jettedansses
bras,en lui disant: Seigneur
,sauvez-moi des fureurs
d'un scelerat, & dans
le moment Dom Garcie
parut. Je n'entreprendrai
point
point d'exprimer les divers.
mouvemens de surprise
d'amour & de colere
donc le solitaire futsaisi ;
Dom Garcie voulut prosiser
du moment pour se
défaire de son rival avant
qu'il fût en défense, mais
lescelerat meritoitla
mort,le solitairel'étendii
à ses pieds; après le peu de resistance qu'on doit
attendre d'un lâche & d'un
traître,ensuite s'abandonnant
à d'autres transports,
il s'approcha d'Elvire:
quel bonheur luidit-il
y
Madame?la fortunevous?;
rend à mon amour, & livre
mon rival à ma vengeance
; que le perfide
nous a causé de maux r
que n'ai-je point souffert
pendant vôtre absence!
Jen'oublierai jamais,,
Prince, répondit Elvire,
le service que vôtre pitié
vient de me rendre, mais
je ferois plus heureuse si
je le devois à vôtre amour.
Ah!Ciel,s'écrialesolitaire,
comment expliquer
ces cruels reproches? jesuis
donc un amantinfidele.
Prince, je voudrois
pouvoir en douter,
rien ne troubleroit la joye
- que j'ai de vous revoir;
Ah! je serois trop heureuse.
Grand Dieu,s'ecriatil
encore une fois,il est
donc vrai que vous m'accufèz
d'inconstance> Ahj
Madame,quel démon envieux
de nôtre bonheur,
vous donne ces injustes
soupçons ;quoi je vous
revois! le plaisir que je
sens me persuade que tous
mes maux sont finis, & je
retrouve au même instant
des malheurs plus grands
encore que ceux que j'ai
fouffers
; ma chere Elvire
voyez cette trille retraite,
cetteaffreuse solitude!
font-ce la des preuves de
mon inconstance ? Oui,
Prince, cest le choix de
cette solitude qui confirme
mes tristessoupçons.
Ah! Seigneur, est-ce dans
la forestde Gades que
vôtre. confiance devoit
éclater? Le solitaire, qui
ne pouvoit rien compren- dre au discours d'Elvire,
ne sçavoit comment calnler.,
les soupçons ;nia
Princesse, lui disoit-il, daignez
medire le sujet de
vos reproches,je fuis Ulr
de me justifier, jenesuis
pas surpris que vous me
foupçonniez., le moindre
accidentpeut allarmer
une amante {enfible3 j'ai
moi-même eprouve combien
il elt aisé de craindre
le changement dece qu'
onaime
)
jevous ai crû
moi-même moins fidelle
que je ne vous retrouve,
mais si l'heureuse avanture
quinous réunit ne m'avoit
détrompé, loin de vous en
faire un mystere,je me
ferois plaint à vous, je
vous aurois découvert le
sujet de mesdouleurs, ôc
je n'aurois rien tant fouhaitté
que de vous voir
bien justifiée
; pourquoy
n'en usez-vous pas ainsi,
ma Princesse ? l'amour
peut-il prendre un autre
parti? Que me servira-t-il,
reprit El vire, de vous convaincred'inconstance
? je
ne vous en aimerai pas
moins, & vous n'en aimerez
pas moins Leonore.
Quoi!j'aime Leonore, reprit
vivement le solitaire?
Ah! je vois maintenant le
sujet de vos qsoupconsy.
vous avez crû que, charmé
de cette Princesse,je
n'habite cette solitude
-
que pour lui prouver mon
amour , mais non,ma
chere Elvire,rendez-moimon
innocence, rendezmoi
tout vôtre amour:je
n'ai jamais vû Leonore,,,
je suis dans un lieu tout
plein de sa beauté & de
les vertus & je n'ai jamais
penséqu'à vous, c'est pour
vous feule que je fuis réduit
dans l'état où vous -
me voyez. Ah! Prince., dit
Elvire,que ne vous puisje
croiremaisnon vous
me trompez;voyez vousmême
si je dois être convaincue
; je racontois a
Leonore nos communs
malheurs, elle me demanda
vôtre nom, je lui nommai
le Prince de Murcie,
&: soudain elle tombaévanouie
dans mes bras;
jouiuez. Prince, de vôtre
gloire, après ce coup rien
ne peut môterma douleur.
leur. Elvire voulut s'éloi.
gnerdu solitaice pour lui
cacher ses larmes.; arrêtez
ma Princene, s'écria-t-il
,
non je
-,
n'ai jamais vu Leonore,
ilest un autre Prince
de Murcie,vous le devez
sçavoir: Ah! pouvezvousme
soupçonner? mais
rnachere Elvire,venez me
voir tout-à-faitjustisié, j'ai
laissé dans ma cabane un
inconnu qui aime Leonore,
l'état où la nouvelle
de son mariage avec Dom
Juan la réduit, m'a découvert
son secret: il est
sans doute ce Prince de
Murcie amant de Leonore,
venezJe lui demanderai
son nom, il ne pourra
me resuser cet ecfairciuement,
qui importe tant a
vôtre bonheur& au mien.
Ils n'eurent pasgrand chemin
à faire pour arriver à
la petite cabane;le cours
de leur conversation les y
avoit insensiblement conduits,
ils y entrent, mais
quel spectacle s'offrit tout
d'un coup à leurs yeuxils
virent deux hommes étendus
dans la cabane, qui
perissoient dansleursang.
Ah Ciel! s'écria Elvire,
saisie d'horreur .& de sur-
,
prise.Qui sont ces malheureux
?Que je plains là
fort de l'un d'eux, repondit
le solitaire; c'est cet
étranger qui étoit venu
chercher ici un azile, nous
déplorions ensemblenos
communs malheurs, il alloit
fininles miens. Elvire
revenue de sa premiere
terreur s'approcha 8c reconnut
Dom Juan, Le
Prince après s'être separé
de D. Garcie avoit longtemps
erré dans la forêt,
occupe destrilles idées qui
les avoient conduits:malygré
ce que la fortune faisoitpour
luiy il nelaissoit
pas d'avoir ses chagrins;
il avoit apperçu lacabane
du soliraire, .& y étoit entré
attiré par sa simpie curiosite
:
les' soupirs de cet
inconnul'avoit redoublée
enexcitant sa compas.
sion. Mais quelle surprise!,
à peineces deux hommes
se furent envilagezdqu'un
premier mouvement de
rage & devengeance leur
étant tout loisir de s'expliquer
: Ah te voila,traître.,
s'écria l'un; perside, tu
mourras, secria l'autre :
& à l'instant ils se lancent
furieux l'un sur l'autre, &
se battent avec tant de
haine & tant d'acharnement,
que sans recevoir
aucun coupmorcel ils se
ercerent enplusieurs endroits,
ils tomberent l'un
& l'autre affoiblis par la
perte de leur sang,&par
la longueur du combar.Ce
fut dans cet état que les
trouvèrent Elvire & fou
amant, ils leur donnrent
tous les secours possibles,&
se retirèrent a l'écart dans
l'esperance de tirer quelque
éclaircisement de ce
que se diroient ces deux
rivaux. Ils reprirent peu
de temps après leurs sorces
& leurs ressentimens,.
& le Prince de Murcie
tournant vers Dom Juan
des yeux pleins d'indignation:
Quoy tu vis encore
le Ciel ne peur donc consentir
à la mort du digne
époux de Leonore, ni la
forc,ni l'amournilahaine
îije peuventrien sur de si
beauxjours?Le Ciel,répondit,
Dom Juan, veut que
j'admire encor cet illuitre
conquerant, qui vient de
joindre ,à tant de hauts titres
celuy de Duc de Grenade
: Quel regret pour
moy de mourir sans voir
regner un Prince si genereux
?Peux-tu le voir sans
rougir,persideyreprit le
Prince Non dit Dom
Juan.le rougis de t'avoir
il rpal connu. Les traîtres,
répliqua le Prince, ne rougissent
du crime qu'après
qu'ils l'ont commis. - Il est
vray, répondit D. Juan
y s'ils n'en rougissoient pas
si tard,je ferois Duc de
Grenade, & vous ne seriez
encore que le Prince de
Murcie. Poursuis,indigne
amy ,
reprit le Prince,
cherche un pretexte à ton
horrible persidie; tu n'es
donc l'époux de Leonore
que parce que je luis un
Tyran?Non', traître, repondit
Dom Juan, puiss
qu'il faut enfin éclatter, je
ne t'ai point trahi,je mefuis
yengé de l'ennemi commun
de toute l'Espagne;
d'un usurpateur qui elt en
abomination dans toute
l'Europe: Renonce àLeonore,
qui tesereste autant
quelle t'a autrefois aimé.
Grand Dieu,s'ecria-t-il,où
fùis-je?non,, Leonorenaura
pas pu le croire; tes
derniers mots te convainquentd'imposture,
tu peux
m'avoir pris pour unusurpateur,
mais non pas cette
genereule Princesse. Il est
vray, répondit D. Juan,.
tu l'avois seduite par ta
fausse vertu: maisqu'avoir
elle a repondre a D. Garcie,.
dont la fidelité rend
ta perfidie certaine ? Le
Prince vit dés ce moment
la trahison de D. Garcie
y,
& parla ainsi à sonrival:
Dom Juan,je fuis forcé de
vous rendre vôtre innocence,
Dom Garcie vous
a trahis tous deux: loin
d'usupervosEtats,je les
aysoustraits à la tyrannie,
dans le seul dessein de vous
les rendre
:,- En abordant
Tille de Gadcs je trouvay
Dom Pedre qui vous cherchoit
par tout, jem'offris
à prendre vôtre place, &
je fis pour vous ce que je
n'aurois pas fait pour moymême,
je me privay du
plaisir de revoir Leonore
pour vous remettre dans
vos Estats ; j'en ai chassé
Dom Garcie qui les usurpoit:
pour prix de mon secours
Ôc de mon amitié
vous épousez ce que j'ainle,
sans que j'en puisse
accuser que la fortune-,
vous n eres point coupable
: mais cependant Leonore
eIl: à vous & je la
perds pourjamais.
Le Prince de Murcie
parloit d'un air si couchant
que Dom Juan lui-même
commençoitàs'attendrir.
On peut juger de laJitua.
tion des deu x spectateurs;
Elvire étoit sûre du coeur
de son amant,& cetamant
voyoit dans les yeux d'El..
vire, & la justice qu'elle
rendoit à son amour, &la
joye avec laquelle elle la
lui rendoit,il ne manquoit
plus au Prince qu'une
occasion de confirmer
ces diccours qui faisoient
déja tant d'impression;
hazard la sit naître prefqu'au
même instant.Un
des domestiques de Dom
Juan,qui avoitsuivi Dom
Garcie, entra dans laca~
bane, attiré par le bruit
qu'il avoit entendu. Approchez,
lui dit D. Juan,
pourquoy m'avez
- vous
trahi? pourquoiêtes-vous
entré dans lecomplot du
traître Dom Garcie? Fernandez
( c'étoit le nom
du domestique ) interdit
d'une questionà laquelle
il ne s'attendoit pas, &
déjà surpris de la réunion
à
des deux Princes, prit le
parti de se jetter aux
pieds de son Maître, 8c
de lui découvrir tout le
mystere d'une sinoire trahison.
Ah! quel secret venez-
vous de me reveler.,
s'écria Dom Juan, saisi
d'une juste horreur,confus
desa credulité
)
deses
peré d'avoir fîiivi les mouvemens
de sa haine contre
celui à qui il devoit tout?
Ah! Seigneur,s'écria-t-il,
se tournant vers le Prince
de Murcie, que puisje
vous dire? je ne suis point
l'époux de Leonore. Vous
n'êtes point son époux,
répondit le Prince? Ah!
Dom Juan pourquoi voulez-
vousme flatter? croyez-
vous par là conserver
ma vie? Non, je meurs
mal-heureux amant de
Leonore& fidele ami de
D. Juan.C'est moi qui dois
mourir,reprit Dom Juan,
je ne fuis plus digne de
la vie; vivez, Prince,
pour posseder Leonore,
j'aiassez d'autres crunes
à me reprocher sans me
charger- encore de celui
d'être son époux; non.,
je ne le fuis point, & l'unique
consolation qui me
reste, après tous les maux
queje vous ai causez, c'est
d'être encor plus malheureuxquejene
fuis coupable.
En mêmetemps il lui
apprit comment ce mariageavoit
été retardé par
une violente maladie de
Leonore
, que ses chagrins
avoient apparemment
causée. Dom Juan
ne borna pas là les foins
.qu'il devoir au Prince
lui promit de fléchir le
Duc
Duc d'Andalousiey & fit
renaître
,
dans son coeur
l'esperance que tant. de
malheurs en avoient ôtée.
Quelchangement de situation
pour le Prince de
Murcie, à peine croyoit- iltout ce qu'il entendait
partageentre la joye de
ravoir Leonore fidelle,
& l'impatience, de la revoir
telle que l'amour la
lui conservoit
,
à peine
pouvoit-il suffire à ressentir
tout son bonheur. Elvire
& le solitaire de leur
côté jouissoient du bonheur
de se trouver fîdeles,
exempts des soins &de l'inquietude
qui troubloient
depuis si long-temps leur
amour; le spectacle dont
ils étoient témoinsaugi
mentoit encore leur tendresse.
Après qu'ilsse furent
dit tout ce qu'un bonheur
mutuel peut inspirer,
ils s'aprocherent des deux
Princes. Dés que le Prince
deMurcie eut apperçû le
solitaire, il luy dit: Vous
- me trouvez,Seigneur,dans
unesituation- bien- différente
de celle ou vous,
m'aviez laissé, vous voyez
qu'il ne faut qu'un moment
pour terminer les
plus grands malheurs, j'espere
que celuy qui doit
finir les vôtres- n'est pas
bien éloigné, &pour lors
ma joye sera parfaite. Seigneur,.
répondit le solitaire,
le Ciel nous a réunis
pour nous rendre tous heureux,
vous allez- revoir
Leonore,,, jeretrouve El
vire fidellé
; cette avanture
finittous lesmalheuts
qui sembloient attachez
aunom que nous portons
l'un & l'autre. Il lui apprit
en même temps qu'il étoit
un cadet de la maison,
dont la branche separée
depuis long-temps estoit
presque inconnuë enEspagne,
il luy raconta les
soupçons d'Elvire à l'occasson
de la conformité
de leur nom; les momens
surent employez à des détails
capables d'interesser
du moins des amans:mais
lorsqu'Elvire luy rendit
compte àsontour de Son
entrevue a\*ecLectfi0rcv&
de tout cequi l'avoirluivie
:Ah, s'écria,le Prince,,
quela fortune, est cruelle
quand ellenouspourluit:
c'érait l'unique moyen de
rendrema fidélité suspecte
à Leonore:mais non, cette
Princesse connoîtbien
mon coeur,elle n'aura
point
-
fait cette injustice à
mon- amour. Cependant
Fernandezqui avoit ete
témoin; de redaircinement
entre le Prince de
Murcie & son malfire".
plein de tout cequ'ilavoit
entenducourut le publier
dans le Palais du Duc, il
trouva Leonore quiquittoit
la forêt pour retourner
à son appartement, &
elle en sur instruite la premiere.
Son récit étoit aisez
interessant pour que Leonore
voulût le justifier,
elle ': sè fit incontinentconduire
à la cabane;dés
qu'elle parut sa présence
produisit un profond silence
,
le Prince étoit celuy
qui avoit le plus de
choses à dire, il fut aussi
celuy qui eut moins la
force de parler: mais sa
joye n'en éclattoit que
mieux dans ses regards, ôc
Leonore qui l'y. voyoit
toute entiere,ne marquoit,
pas moins vivement le.
plaisir qu'elle ressentoit..
Elvire enfin prit la parole,.
&montrant le solitaire,elle
luy apprit son nom, & lui
donna un éclaircissement
qui manquoit encore à son.
repos.
Dom Juan marquoit le
plus vif repentir,ilcedoit
tous ses droits au Prince
de Murcie: ces amans
se voyoient, délivrez d'un
dangereux persecuteur;que
ne se dirent-ils point dans
de pareils transports ? Ah
,
Madame,s'écria le Prince,
vous m'aimez encore? les
noms d'usurpateur &d'infidele
qu'on m'a tant donnez
n'ont point changé
vôtre coeur? à ce trait je
reconnois Leonore. Ouy,
Seigneur,réponditla Princesse,
je vous ay toûjours
aimé
, & je luis toûjours,
cette Leonore, dont vous
connoissez si bien les sentimens;
les raisons qui sembloient
persuader vostre
inconstance,n'ont pu prévaloir
valoir sur le souvenir de
vos verrus: Prince,j'ay
souffert de vôtre absence
) & de la cruauré avec laquelle
on a voulu flétrir
vôtre nom:mais je ne vous
ay jamais condamné, de
ne pouvant être à vous,
j'allois me donner la mort,
si la fortune ne nous eût
enfin réunis. Je n'entreprendrai
point de rapporter
ici le cours de leur entretien;
pour peu qu'on
connoisse l'amour, on en
imaginera plus que je n'en
pourroisdire: mais enfin
il n'est pointde réünion
plus touchante que celle
de deux amans qui ont eu
tant d'obstacles à surmonter
,qu'ils se protestent
qu'ils ne se sont jamais crus
infidelles
,
parmi tant de
raisons qui sembloient
marquer leur infidélité ;
la haute idée qu'ils avoient
l'un de l'autre avoit toûjours
éloignélajalousieinseparablede
l'amour moins
heroïque, & s'ils n'avoient
pas eu les chagrins de cette
espece,ceux de l'absence
en étoient plusviolens
pour eux.
Les sentimens que tant
de disgraces n'avoient pû
chasser de leur coeur firent
leur gloire & leur felicité;
leur confiance attendrit
enfin le Duc d'Andalousie
, que tant de
nouvelles raisons forçoient
d'estimer le Prince
de Murcie: Ces illustres
Amans furent bientost
unis pour toujours
; cet
heureux mariage fut suivy
de celuy du solitaire
avec Elvire, & comme
la fortune les avoit tous
associez dans les malheurs
qu'elle leur avoit suscitez,
ils jurerent de ne se separerjamais,
FIN.
Fermer
Résumé : SUITE ET FIN de l'Histoire Espagnole.
Le texte relate une série d'événements impliquant plusieurs personnages en proie à des dilemmes amoureux et politiques. Le Prince de Murcie et un solitaire, tous deux malheureux en amour, se rencontrent dans une forêt. Le Prince de Murcie apprend que Leonore, qu'il aime, a épousé Dom Juan. Le solitaire, quant à lui, est désespéré car il croit qu'Elvire, la femme qu'il aime, lui est infidèle. Ils découvrent ensuite Elvire, poursuivie par Dom Garcie, qui est sauvée par le solitaire. Elvire accuse le solitaire d'inconstance, croyant qu'il aime Leonore, mais il nie et explique qu'il n'a jamais vu Leonore. Dans une cabane, ils trouvent Dom Juan et un autre homme blessés, chacun accusant l'autre de trahison. Le Prince de Murcie et Elvire tentent de les secourir. Une confrontation éclate entre Dom Juan et le Prince de Murcie concernant la princesse Leonore. Le Prince de Murcie accuse Dom Juan de trahison et d'usurpation, mais Dom Juan révèle que Dom Garcie est le véritable traître. Dom Juan explique qu'il a agi pour protéger l'Espagne et nie toute trahison envers le Prince. Le Prince de Murcie reconnaît l'innocence de Dom Juan et la trahison de Dom Garcie. Dom Juan avoue qu'il n'est pas l'époux de Leonore et exprime son repentir, promettant d'aider le Prince de Murcie à récupérer ses États et à reconquérir Leonore. Le solitaire, ami d'Elvire, se révèle être un cadet de la maison du Prince de Murcie. Elvire et le solitaire se retrouvent fidèles l'un à l'autre. Leonore, informée des événements, se réconcilie avec le Prince de Murcie, exprimant leur amour inébranlable. Le Duc d'Andalousie, ému par les preuves de leur amour et de leur loyauté, estime le Prince de Murcie. Les amants se marient, ainsi qu'Elvire et le solitaire, jurant de ne jamais se séparer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2132
p. 81
ENIGME IRREGULIERE.
Début :
Mon nom est Grec, non pas tiré du Grec par force, [...]
Mots clefs :
Mlle de Lascaris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME IRREGULIERE.
ENIGME IRREGULIERE.
Mon nom cftGrec ,non pas tiré du Grec par
force ,
Par le fecours d'une fçavante entorfe ;
Mais Grec , purement Grec , & tel que Cafaubon ,
Les deux Scaligers & Saumaife ,
Epris d'amour pour moi fe feroient pâmés d'aiſe
En foupirant pour ce beau nom.
S'il m'eût manqué , réduite à me fournir en France,
J'en avois fous ma main un autre affez heureux ,
Qui des fiécles naiffans retraçoit l'innocence ,
Les plus tendres liens , les plus aimables jeux ,
Charmes , qui de nos jours s'en vont en décadence,
Au défaut des deux noms , il me feroit resté
Une figure fi parfaite ,
Que je pouvois en toute fûreté ,
Etre Mathurine ou Colette .
Par M. de Fontenelle.
Mon nom cftGrec ,non pas tiré du Grec par
force ,
Par le fecours d'une fçavante entorfe ;
Mais Grec , purement Grec , & tel que Cafaubon ,
Les deux Scaligers & Saumaife ,
Epris d'amour pour moi fe feroient pâmés d'aiſe
En foupirant pour ce beau nom.
S'il m'eût manqué , réduite à me fournir en France,
J'en avois fous ma main un autre affez heureux ,
Qui des fiécles naiffans retraçoit l'innocence ,
Les plus tendres liens , les plus aimables jeux ,
Charmes , qui de nos jours s'en vont en décadence,
Au défaut des deux noms , il me feroit resté
Une figure fi parfaite ,
Que je pouvois en toute fûreté ,
Etre Mathurine ou Colette .
Par M. de Fontenelle.
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2133
p. 86-87
Remerciment d'une bourse, faite & donnée par une même main à l'auteur, pour s'être acquitté d'une commission. A FLORISE. Madrigal.
Début :
Je suis par ce present trop payé de ma course ; [...]
Mots clefs :
Bourse, Financier, Caisse, Minerve, Vénus, Plutus
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texteReconnaissance textuelle : Remerciment d'une bourse, faite & donnée par une même main à l'auteur, pour s'être acquitté d'une commission. A FLORISE. Madrigal.
Remerciment d'une bourse,
faite & donnée par une
même main àl'auteur, pour
s'être acquittéd'une cornmission.
A FLORISE.
Madrigal.
J E fuis parce present trop
payé de ma course;
L'ouvrage est de Minerve,
6c le don de Venus.
Est-il un Financier du midi
jusqu'à l'ourse,
Dont la caisse, les gains,
les rentes vaillent
plus?
Ah!sans puiser comme eux
dans la brillante
source
D'où coulent les tresors du
tout-puissant Plutus,
Je crois être, avec cette
bourse,
Cent fois plus riche que
Cresus.
faite & donnée par une
même main àl'auteur, pour
s'être acquittéd'une cornmission.
A FLORISE.
Madrigal.
J E fuis parce present trop
payé de ma course;
L'ouvrage est de Minerve,
6c le don de Venus.
Est-il un Financier du midi
jusqu'à l'ourse,
Dont la caisse, les gains,
les rentes vaillent
plus?
Ah!sans puiser comme eux
dans la brillante
source
D'où coulent les tresors du
tout-puissant Plutus,
Je crois être, avec cette
bourse,
Cent fois plus riche que
Cresus.
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Résumé : Remerciment d'une bourse, faite & donnée par une même main à l'auteur, pour s'être acquitté d'une commission. A FLORISE. Madrigal.
L'auteur remercie Florise pour une bourse reçue, fruit de l'effort intellectuel et de la générosité. Il compare sa richesse actuelle à celle de Crésus, affirmant être cent fois plus riche grâce à cette bourse, valorisée non par des trésors matériels mais par sa valeur intrinsèque.
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2134
p. 86-87
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
Août est, par exemple, le huitiéme mois de l'année [...]
Mots clefs :
Août
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Aoûtest, par exemple:
le huitiéme mois de l'an
née Romaine, selon nôtre
façon de compter, qui
commence en Janvier. Il
étoic le sixiéme selon les
Romains,qui l'appelloient
pour cette raison Sextilis.
Son nom fut change enAugustus
enfaveur de Cesar
Auguste, parce que ce fut,
dans ce mois -
là que cet
Empereur fut fait premierement
Consul,& qu'ilremporta
de grandes victoires.
Ce mot n'a qu'une syllabe,
& on prononce Oût. On dit
la mi-Oût en parlant de la
Fête de l'Assomption de la
Vierge, qui arrive le 15. de
ce mois.
le huitiéme mois de l'an
née Romaine, selon nôtre
façon de compter, qui
commence en Janvier. Il
étoic le sixiéme selon les
Romains,qui l'appelloient
pour cette raison Sextilis.
Son nom fut change enAugustus
enfaveur de Cesar
Auguste, parce que ce fut,
dans ce mois -
là que cet
Empereur fut fait premierement
Consul,& qu'ilremporta
de grandes victoires.
Ce mot n'a qu'une syllabe,
& on prononce Oût. On dit
la mi-Oût en parlant de la
Fête de l'Assomption de la
Vierge, qui arrive le 15. de
ce mois.
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Résumé : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Le mois d'août est le huitième mois du calendrier moderne. Dans le calendrier romain, il était le sixième mois et s'appelait Sextilis. Il fut renommé Augustus en l'honneur de César Auguste, qui fut nommé consul et remporta des victoires importantes en août. Le 15 août marque la fête de l'Assomption de la Vierge. Le mot 'août' se prononce 'Oût' et possède une seule syllabe.
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2135
p. 493-494
LES VAPEURS.
Début :
Cent fois, et jour et nuit Licas croit d'être Mort [...]
Mots clefs :
Licas, Inquiétude
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texteReconnaissance textuelle : LES VAPEURS.
LES VAPEURS.
CEntfois , et jour et nuit Licas croit d'être Mort
Son triste et court sommeil lui présente la Biere;
Toujours dans le naufrage , et jamais , dans le
Port
lacheye icy bas sa pénible Cariere
La noire inquiétude est son funeste Sort
Il remplit à regret sa vuide Gibeciere',
Il se plaint , il gémit , quand tout le monde
Licas , veux-tu guérir? va consulter
·Dorty
Molieres
Bannis de ton esprit la Parque à l'œil Hagards
Qui s'attriste toujours ne devient pas Vieillard.
Ami, n'use donc plus de plaintive Apostrophes
Le Prince et le Berger mangent au même Plat ,»
Divj Cha
494 MERCURE DE FRANCE
Chaque mortel un jour doit être Echet et Mat;
Un mal commun, à tous n'a plus de Catastrophe.
Le Chevalier de Romieu.
CEntfois , et jour et nuit Licas croit d'être Mort
Son triste et court sommeil lui présente la Biere;
Toujours dans le naufrage , et jamais , dans le
Port
lacheye icy bas sa pénible Cariere
La noire inquiétude est son funeste Sort
Il remplit à regret sa vuide Gibeciere',
Il se plaint , il gémit , quand tout le monde
Licas , veux-tu guérir? va consulter
·Dorty
Molieres
Bannis de ton esprit la Parque à l'œil Hagards
Qui s'attriste toujours ne devient pas Vieillard.
Ami, n'use donc plus de plaintive Apostrophes
Le Prince et le Berger mangent au même Plat ,»
Divj Cha
494 MERCURE DE FRANCE
Chaque mortel un jour doit être Echet et Mat;
Un mal commun, à tous n'a plus de Catastrophe.
Le Chevalier de Romieu.
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Résumé : LES VAPEURS.
Licas est tourmenté par des pensées morbides et une anxiété profonde, se voyant mort et imaginant son cercueil. Sa vie est marquée par des naufrages et des difficultés constantes. Il est accablé par une inquiétude noire et symbolise sa misère par une gibecière vide. Le texte recommande de consulter Dorty et Molière pour chasser les pensées funestes et éviter de vieillir prématurément. Il invite Licas à cesser ses plaintes et à reconnaître que tous les mortels affrontent les mêmes épreuves.
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2137
p. 81-82
AUTRE.
Début :
Je fais la paix, je fais la guerre ; [...]
Mots clefs :
Plume
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UTR E.
Je fais la paix , je fais la guerre 3
E
J'exerce mon empire , & fur mer & fur terre.
Je porte à la campagne , à la ville , à la cour
Le chagrin , le plaifir , l'inimitié , l'amour.
Je fais fleurit les arts & j'embellis l'hiftoire.
Des grands hommes du tems j'honore la mé
moire.
Le noble , l'artifan , le fujet & le Roi ,
Tous fe fontun honneur d'obéir à ma loi .
Sans moi fur- tout les gens d'affaire
Feroient quelquefois maigre chere
Et tel qui fait le feigneur , l'opulent
Doit la fortune à mon talent.
Dv
32 MERCURE DE FRANCE.
Tout cela fait pourtant , je n'ai rien fait qui vaille,
On me jetre comme une paille.
J'ai paru dans les airs ; j'ai vogué fur les eaux.
Voici préfentement le fruit de mes travauì :
Ami lecteur , peux- tu le croire ?
Sans m'offrir à manger on me force de boire.
Par M. Metairie , Curé de St Maurice.
Je fais la paix , je fais la guerre 3
E
J'exerce mon empire , & fur mer & fur terre.
Je porte à la campagne , à la ville , à la cour
Le chagrin , le plaifir , l'inimitié , l'amour.
Je fais fleurit les arts & j'embellis l'hiftoire.
Des grands hommes du tems j'honore la mé
moire.
Le noble , l'artifan , le fujet & le Roi ,
Tous fe fontun honneur d'obéir à ma loi .
Sans moi fur- tout les gens d'affaire
Feroient quelquefois maigre chere
Et tel qui fait le feigneur , l'opulent
Doit la fortune à mon talent.
Dv
32 MERCURE DE FRANCE.
Tout cela fait pourtant , je n'ai rien fait qui vaille,
On me jetre comme une paille.
J'ai paru dans les airs ; j'ai vogué fur les eaux.
Voici préfentement le fruit de mes travauì :
Ami lecteur , peux- tu le croire ?
Sans m'offrir à manger on me force de boire.
Par M. Metairie , Curé de St Maurice.
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2138
p. 2025-2026
SECONDE ENIGME.
Début :
Heureux secours d'une foiblesse humaine, [...]
Mots clefs :
Lunettes
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGME.
HEureux fecours d'une foibleſſe humaine ,
Et l'unique par mon talent ,
Je ſers au pauvre , ainſi qu'à l'opulent ,
Et rarement ſans m'attirer leur haine.
De memontrer on ſe fait une peine ;
Mais le temps met à la raiſon ,
Celui qui voit en venir la ſaiſon:
Lors fans m'aimer , par tout on me promenes
AlaVille &dans la maiſon :
On a bien vû que j'étois néceſſaire ,
Depuisquedans lemonde onm'a fait recevoirs
Auffi
2026 MERCURE DE FRANCE.
Auſſi par tout j'ay le pouvoir ,
D'être utile à plus d'une affaire.
Je fais plaifir aux Artiſans ;
J'ay les Sages pour partiſans ,
Et cependant je ne puis plaire ,
Quoiqu'on ne vienne à moi qu'à fon corps
deffendant:
On perd beaucoup en me perdant.
HEureux fecours d'une foibleſſe humaine ,
Et l'unique par mon talent ,
Je ſers au pauvre , ainſi qu'à l'opulent ,
Et rarement ſans m'attirer leur haine.
De memontrer on ſe fait une peine ;
Mais le temps met à la raiſon ,
Celui qui voit en venir la ſaiſon:
Lors fans m'aimer , par tout on me promenes
AlaVille &dans la maiſon :
On a bien vû que j'étois néceſſaire ,
Depuisquedans lemonde onm'a fait recevoirs
Auffi
2026 MERCURE DE FRANCE.
Auſſi par tout j'ay le pouvoir ,
D'être utile à plus d'une affaire.
Je fais plaifir aux Artiſans ;
J'ay les Sages pour partiſans ,
Et cependant je ne puis plaire ,
Quoiqu'on ne vienne à moi qu'à fon corps
deffendant:
On perd beaucoup en me perdant.
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2139
p. 73-74
Benedictions d'Abbesses, [titre d'après la table]
Début :
Le Lundy 8. de ce mois, Dame Marie Madeleine Urbine [...]
Mots clefs :
Abbesse, Bénédiction
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texteReconnaissance textuelle : Benedictions d'Abbesses, [titre d'après la table]
Le Lundy-8 . de ce mois , Dame
Marie Madeleine Urbine
Theréfe d'Ally , Soeur de Monfieur
le Duc de Chaunes , apres
avoir efté trente ans Coadjutrice
de l'Abbaïe aux Bois , y fut benite
en qualité d'Abbeffe par
Monfieur l'Archevefque de Paris.
Elle eftoit aſſiſtée de Madame
de Chaunes , Abbeffe de
Poiffy , fa Socur , & de Mada-
Janvier 1685.
D
74 MERCURE
me l'Abbeffe de Beaumont les
Tours. Quantité de perfonnes
d'une qualité diftinguée , & entre
autres plufieurs Prelats , fe
trouverent à cette Ceremonie .
Madame l'Abbeffe du Port
Royal de Paris eft morte depuis
quelque temps . Elle eftoit dela
Maifon de Perdreau de Maillé en
Anjou , & en grande eftime pour,
fa vertu & fa pieté . Madame de
Harlay de Chanvallon , Abbeffe
de la Virginité au Dioceſe du
Mans , a efté nommée pour luy
fucceder. C'eft une Dame d'un
mérite fingulier , & tres- digue
Soeur de Monfieur l'Archevel
que de Paris . Je croy vous dire
beaucoup par ce peu de mots ,
n'y ayant aucun éloge qui ne foit
dû à ce grand Prélat .
Marie Madeleine Urbine
Theréfe d'Ally , Soeur de Monfieur
le Duc de Chaunes , apres
avoir efté trente ans Coadjutrice
de l'Abbaïe aux Bois , y fut benite
en qualité d'Abbeffe par
Monfieur l'Archevefque de Paris.
Elle eftoit aſſiſtée de Madame
de Chaunes , Abbeffe de
Poiffy , fa Socur , & de Mada-
Janvier 1685.
D
74 MERCURE
me l'Abbeffe de Beaumont les
Tours. Quantité de perfonnes
d'une qualité diftinguée , & entre
autres plufieurs Prelats , fe
trouverent à cette Ceremonie .
Madame l'Abbeffe du Port
Royal de Paris eft morte depuis
quelque temps . Elle eftoit dela
Maifon de Perdreau de Maillé en
Anjou , & en grande eftime pour,
fa vertu & fa pieté . Madame de
Harlay de Chanvallon , Abbeffe
de la Virginité au Dioceſe du
Mans , a efté nommée pour luy
fucceder. C'eft une Dame d'un
mérite fingulier , & tres- digue
Soeur de Monfieur l'Archevel
que de Paris . Je croy vous dire
beaucoup par ce peu de mots ,
n'y ayant aucun éloge qui ne foit
dû à ce grand Prélat .
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Résumé : Benedictions d'Abbesses, [titre d'après la table]
Le 8 janvier 1685, Dame Marie Madeleine Urbine Théréfe d'Ally, sœur du Duc de Chaunes, fut bénite abbesse de l'Abbaye aux Bois après avoir été coadjutrice pendant trente ans. La cérémonie fut dirigée par l'Archevêque de Paris et en présence de Madame de Chaunes, abbesse de Poissy, et de Madame l'Abbesse de Beaumont-les-Tours. Plusieurs prélats et personnes de qualité y assistèrent. Par ailleurs, Madame l'Abbesse du Port Royal de Paris, membre de la maison de Perdreau de Maillé en Anjou, est récemment décédée. Elle était respectée pour sa vertu et sa piété. Madame de Harlay de Chanvallon a été nommée pour lui succéder en tant qu'abbesse de la Virginité au Diocèse du Mans. Elle est reconnue pour son mérite singulier et est la sœur de l'Archevêque de Paris.
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2140
p. 85-86
« Un Illustre, connu & estimé de toute la France par ses Ouvrages / Chers Dévoyez, mes pauvres Frères, [...] »
Début :
Un Illustre, connu & estimé de toute la France par ses Ouvrages / Chers Dévoyez, mes pauvres Frères, [...]
Mots clefs :
Douleurs, Frères, Malheur, Prélat, Édits, Églises
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Un Illustre, connu & estimé de toute la France par ses Ouvrages / Chers Dévoyez, mes pauvres Frères, [...] »
Un Illuftre, connu & eftimé
de toute la France par les Ouvrages
galans , a fait ce qui
fuit fur la Démolition de co
mefme Temple.
C
•
Frères
,
cant
the
ROLL
Hers Devoyez , mes pauvres. V.
J'entre dans vos vives douleurs;
Tousles Aftres vous font contraires,?
Fe
malheurs
ne vois par tout que
Regnerdans vos triftes affaires. "
S &
Noftreferme & pieux Prélat,
Don't lezele faittantd'éctanbul
86 MERCURE
Dontl'ardeur n'est point hypocrite,
Qui depuis trente aus vous combat,
Elevefonfameux mérite
A mesure qu'il vous abat.
Sa
Ilvousfait unejufte guerres ] [ J
Surappuy a unoh
Voyez combien vous hazardız;
Vos Baftimen's les mieux fondez, ! ?
Da von tomber, ou ſont par terre, suk
Vous n'avez Scen que trop ofers
Neprétendez plus abufer
De vos Edits, de vos Franchiſes .
Vos Temples vous vont écraser,
Samvez vous vive en nos Eglifes.
de toute la France par les Ouvrages
galans , a fait ce qui
fuit fur la Démolition de co
mefme Temple.
C
•
Frères
,
cant
the
ROLL
Hers Devoyez , mes pauvres. V.
J'entre dans vos vives douleurs;
Tousles Aftres vous font contraires,?
Fe
malheurs
ne vois par tout que
Regnerdans vos triftes affaires. "
S &
Noftreferme & pieux Prélat,
Don't lezele faittantd'éctanbul
86 MERCURE
Dontl'ardeur n'est point hypocrite,
Qui depuis trente aus vous combat,
Elevefonfameux mérite
A mesure qu'il vous abat.
Sa
Ilvousfait unejufte guerres ] [ J
Surappuy a unoh
Voyez combien vous hazardız;
Vos Baftimen's les mieux fondez, ! ?
Da von tomber, ou ſont par terre, suk
Vous n'avez Scen que trop ofers
Neprétendez plus abufer
De vos Edits, de vos Franchiſes .
Vos Temples vous vont écraser,
Samvez vous vive en nos Eglifes.
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Résumé : « Un Illustre, connu & estimé de toute la France par ses Ouvrages / Chers Dévoyez, mes pauvres Frères, [...] »
Une figure illustre française, connue pour ses œuvres galantes, intervient sur la démolition d'un temple. Elle exprime sa compréhension des douleurs des frères concernés. Un prélat zélé combat depuis trente ans, sa renommée croît tandis qu'il afflige ses adversaires. Il met en garde ces derniers sur les risques encourus et la chute de leurs bastions. Les temples finiront par les écraser, les forçant à vivre dans les églises.
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2141
p. 81-82
LOGOGRIPHE.
Début :
Dix membres réunis forment mon existence ; [...]
Mots clefs :
Apothicaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIP HE.
DIx membres réunis forment mon exiſtence ;
On
y voit un poiffon , une Ville , un oiſeau ;
Ce qu'une femme porte en guife de manteau ;
Ce dont un tout tire fa confiftance ;
Un fruit , un Elément , un péché capital ;
Un animal immon le, un précieux métal ;
Ja vafe de fayance , ou bien d'autre matiere ;
D v
82 MERCURE DE FRANCE
Ce qui réduit le tabac en pouffiere ;
Ce que l'on trouve au corps humain ;
Enfin ce qu'a fouvent un joueur à la main .
On dit que je renferme encor quelque myſtere ;
Lecteur , c'eft votre tour ; il eft tems de me taire.
DIx membres réunis forment mon exiſtence ;
On
y voit un poiffon , une Ville , un oiſeau ;
Ce qu'une femme porte en guife de manteau ;
Ce dont un tout tire fa confiftance ;
Un fruit , un Elément , un péché capital ;
Un animal immon le, un précieux métal ;
Ja vafe de fayance , ou bien d'autre matiere ;
D v
82 MERCURE DE FRANCE
Ce qui réduit le tabac en pouffiere ;
Ce que l'on trouve au corps humain ;
Enfin ce qu'a fouvent un joueur à la main .
On dit que je renferme encor quelque myſtere ;
Lecteur , c'eft votre tour ; il eft tems de me taire.
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2142
p. 87-89
VERS De M. Darnaud, à M. de Voltaire, sur la mort de Madame **.
Début :
Toi, qui pleures encor l'aimable Genonville ; [...]
Mots clefs :
Coeur, Voltaire, Mère, Larmes, Talents, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS De M. Darnaud, à M. de Voltaire, sur la mort de Madame **.
VERS
Soriniere.
Aacaca
DeM. Darnaud , àM. de Voltaire ,fur la
mort de Madame **.
Toi , qui pleures encor l'aimable Genonville,
Qui pleureras toujours cet ami malheureux ,
Ce Vauvenargue , hélas !dont un trépas affreux
Ne ſçut point émouvoir le courage tranquille ,
Et qui fut juſqu'au bout un ſage vertueux !
O! mon cher Apollon ,j'oſe épancher mes larmes
,
Dans ce ſein où les Arts épanchent leurs fecrets.
L'amitié ſeule excita tes regrets ,
L'amour n'a point encor cu part àtes allarmes,
Et moi , d'un fort plus rigoureux
Victime infortunée ,
Frappé de tous les coups , dans la mêmejournée
Je les pleure à la fois tousdeux.
T
J
1
88 MERCURE DE FRANCE.
1
Je perds une maîtreſſe , une amie , une mere ;:
Des talens , des vertus , l'aſſemblage parfait ;
Une femme qui m'inſtruiſoit ;
Un Sage qui ſçavoit me plaire' ;
Un eſprit vigoureux , toujours maître de foi ,
Qui pénétroit le mien de ſa vive lumiere ,
Un coeur...j'ai tout perdu , Voltaire ,
Le coeur le plus ſenſible,& qui n'aimoit que moi.
Chere ombre que j'adore , & qui vis dans mon
ame;
Qui ſçauras y regaer juſqu'aux derniers momens ,
Je dois à ton amour ces nobles ſentimens ,
Ces fublimes tranfports , cette feconde flamme ,
La mere des vertus ,& l'eſprit des talens.
Combien de fois ſur tes divins ouvrages
A-t'elle , & mon cher maître , attaché ſes beaux
yeux ?
1
Quel charme elle goûtoit en ces momens heureux
,
Aleur prodiguer ſes ſuffrages !
Qu'avec tranſport elle s'en pénétroit !
Avec Mérope elle étoit mere ,
Avec Zaïre elle pleuroit ,
Et raiſonnoit avec Voltaire.
Elle n'eſt plus ; c'en eſt fait , & les Dieux
Ne me laiſſent qu'un coeur tout plein decette
image.
Ah !ceffe d'exiger que maMuſe s'engage
OCTOBRE. 1749. 89
A fuivre ton vol dans les Cieux.
Je vais , gémiſſant loin du monde ,
M'enſévelir dans ma douleur profonde ,
Et goûter toute la douceur
De ce plaifir dont tu nous peins les charmes
Le ſeul , hélas ! qui ſuive la douleur.
Je vais m'enyvrer de mes larmes ,
En remplir fans ceſſe mon coeur.
Crois-moi ; le véritable Sage
Eſt celui , dans un tel malheur ,
Qui ſçait s'attendrir davantage.
Soriniere.
Aacaca
DeM. Darnaud , àM. de Voltaire ,fur la
mort de Madame **.
Toi , qui pleures encor l'aimable Genonville,
Qui pleureras toujours cet ami malheureux ,
Ce Vauvenargue , hélas !dont un trépas affreux
Ne ſçut point émouvoir le courage tranquille ,
Et qui fut juſqu'au bout un ſage vertueux !
O! mon cher Apollon ,j'oſe épancher mes larmes
,
Dans ce ſein où les Arts épanchent leurs fecrets.
L'amitié ſeule excita tes regrets ,
L'amour n'a point encor cu part àtes allarmes,
Et moi , d'un fort plus rigoureux
Victime infortunée ,
Frappé de tous les coups , dans la mêmejournée
Je les pleure à la fois tousdeux.
T
J
1
88 MERCURE DE FRANCE.
1
Je perds une maîtreſſe , une amie , une mere ;:
Des talens , des vertus , l'aſſemblage parfait ;
Une femme qui m'inſtruiſoit ;
Un Sage qui ſçavoit me plaire' ;
Un eſprit vigoureux , toujours maître de foi ,
Qui pénétroit le mien de ſa vive lumiere ,
Un coeur...j'ai tout perdu , Voltaire ,
Le coeur le plus ſenſible,& qui n'aimoit que moi.
Chere ombre que j'adore , & qui vis dans mon
ame;
Qui ſçauras y regaer juſqu'aux derniers momens ,
Je dois à ton amour ces nobles ſentimens ,
Ces fublimes tranfports , cette feconde flamme ,
La mere des vertus ,& l'eſprit des talens.
Combien de fois ſur tes divins ouvrages
A-t'elle , & mon cher maître , attaché ſes beaux
yeux ?
1
Quel charme elle goûtoit en ces momens heureux
,
Aleur prodiguer ſes ſuffrages !
Qu'avec tranſport elle s'en pénétroit !
Avec Mérope elle étoit mere ,
Avec Zaïre elle pleuroit ,
Et raiſonnoit avec Voltaire.
Elle n'eſt plus ; c'en eſt fait , & les Dieux
Ne me laiſſent qu'un coeur tout plein decette
image.
Ah !ceffe d'exiger que maMuſe s'engage
OCTOBRE. 1749. 89
A fuivre ton vol dans les Cieux.
Je vais , gémiſſant loin du monde ,
M'enſévelir dans ma douleur profonde ,
Et goûter toute la douceur
De ce plaifir dont tu nous peins les charmes
Le ſeul , hélas ! qui ſuive la douleur.
Je vais m'enyvrer de mes larmes ,
En remplir fans ceſſe mon coeur.
Crois-moi ; le véritable Sage
Eſt celui , dans un tel malheur ,
Qui ſçait s'attendrir davantage.
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2143
p. 707-709
LOGOGRYPHE à Madame de G.
Début :
Oui, j'ose, Iris, me flater en secret, [...]
Mots clefs :
Claire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE à Madame de G.
LOGOGRYPHE à Madame de G.
Par M. du P. d'Arras.
OU
Qui
Ui , j'ose , Iris , me flater en secret ,
Que ce présent aura de quoi vous plaire :
Je le puis bien sans être témeraire ,
Puisque chez vous j'en ai pris le sujet.
On me prend en deux sens ; le premier vous
presente ,
Le nom de plus d'une Beauté ,
Au second je suis qualité ,
Qui rend le vin brillant et l'Onde transparente
Six lettres font mon tout ; prises diversement ,
Elles vous formeront maint objet different ,
Prenez- les enchiffrez ; la route est plus aisée ;.
Un, trois, quatre, cinq, six , je suis Ville vantée
Trois , quatre , cinq , sans moi nul ne peut respirer
;
Trois , quatre , cinq , puis six , double Ville -de
France 2
De mon sein vous tirez tous votre subsistance ;
Quatre , cinq , six , je suis deffaut à eviter,
Dvj Deux.
708 MERCURE DE FRANCE.
Deux, quatre , trois , je fus femme de Patriarche
Trois, quatre , deux et six, chose utile à l'Oiseau,
Deux , quatre , six , je naîs dans le fond d'un
tonneau.
Trois , quatre , la douleur avec moi toujours
marche ,
Quatre , trois , cinq et six , jeune présomptueux,
Je péris en quittant les traces de mon pere ;
Deux , trois , quatre , puis six , je suis bête très→
fiere ;
Un, quatre, six et deux , l'objet de tous vos voeux;
Cinq , six , ou bien deux , trois , je sers à la Musique
;
Deux, quatre, un, six , heureux qui ne me court
en vain ;
Trois , cinq et un , jadis funeste au genre hu
main ;
Je sçais plaire à present au plus mélancolique ,
Trois , un, cinq , six , j'aurai de quoi picquer le
goût ,
Mille en païs lointain , mesure en Normandie ;
Un , trois , cinq , quatre , six , Province de l'Asie.
Deux, trois , quatre , cinq , six , refrein connu
par tout ,
Un , trois , deux , six , malheur à qui je sers de
gîte ;
Un , cinq et quatre , on peut m'entendre de bien ,
loin.
Un , quatre, cinq et six , une Mouche avec soin
Me forme et m'embellit ; un , trois , deux , d'aller
vîte ; Je
AVRIL.
1731. 709
Je puis bien empêcher le plus leger pieton :
Deux , trois , un > vous voyez qantité d'eau dor →
mante ;
Trois , quatre , deux , je suis d'une odeur trèspicquante..
Un , deux et six , sans moi nul n'entre en sa
maison ;
Deux , quatre , cinq et six , on me voit toujours.
lire.
Un , deux, trois , quatre , cinq , je suis nom mas◄
culin ;
P
Deux , trois , quatre , puis un , au Service divin
Je ne puis qu'assister ... je n'ai plus rien à dire.
Par M. du P. d'Arras.
OU
Qui
Ui , j'ose , Iris , me flater en secret ,
Que ce présent aura de quoi vous plaire :
Je le puis bien sans être témeraire ,
Puisque chez vous j'en ai pris le sujet.
On me prend en deux sens ; le premier vous
presente ,
Le nom de plus d'une Beauté ,
Au second je suis qualité ,
Qui rend le vin brillant et l'Onde transparente
Six lettres font mon tout ; prises diversement ,
Elles vous formeront maint objet different ,
Prenez- les enchiffrez ; la route est plus aisée ;.
Un, trois, quatre, cinq, six , je suis Ville vantée
Trois , quatre , cinq , sans moi nul ne peut respirer
;
Trois , quatre , cinq , puis six , double Ville -de
France 2
De mon sein vous tirez tous votre subsistance ;
Quatre , cinq , six , je suis deffaut à eviter,
Dvj Deux.
708 MERCURE DE FRANCE.
Deux, quatre , trois , je fus femme de Patriarche
Trois, quatre , deux et six, chose utile à l'Oiseau,
Deux , quatre , six , je naîs dans le fond d'un
tonneau.
Trois , quatre , la douleur avec moi toujours
marche ,
Quatre , trois , cinq et six , jeune présomptueux,
Je péris en quittant les traces de mon pere ;
Deux , trois , quatre , puis six , je suis bête très→
fiere ;
Un, quatre, six et deux , l'objet de tous vos voeux;
Cinq , six , ou bien deux , trois , je sers à la Musique
;
Deux, quatre, un, six , heureux qui ne me court
en vain ;
Trois , cinq et un , jadis funeste au genre hu
main ;
Je sçais plaire à present au plus mélancolique ,
Trois , un, cinq , six , j'aurai de quoi picquer le
goût ,
Mille en païs lointain , mesure en Normandie ;
Un , trois , cinq , quatre , six , Province de l'Asie.
Deux, trois , quatre , cinq , six , refrein connu
par tout ,
Un , trois , deux , six , malheur à qui je sers de
gîte ;
Un , cinq et quatre , on peut m'entendre de bien ,
loin.
Un , quatre, cinq et six , une Mouche avec soin
Me forme et m'embellit ; un , trois , deux , d'aller
vîte ; Je
AVRIL.
1731. 709
Je puis bien empêcher le plus leger pieton :
Deux , trois , un > vous voyez qantité d'eau dor →
mante ;
Trois , quatre , deux , je suis d'une odeur trèspicquante..
Un , deux et six , sans moi nul n'entre en sa
maison ;
Deux , quatre , cinq et six , on me voit toujours.
lire.
Un , deux, trois , quatre , cinq , je suis nom mas◄
culin ;
P
Deux , trois , quatre , puis un , au Service divin
Je ne puis qu'assister ... je n'ai plus rien à dire.
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2144
p. 917-920
A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
Début :
Dans l'enceinte des murs où la Marne serpente, [...]
Mots clefs :
Amour, Icare, Chanter, Lyre, Beaux vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
A MADEMOISELLE de Malcrais
de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
ODE
Ans l'enceinte des murs où la Marne serà
pente ,
DA
Quand je lis tes Ecrits ,
Sçavante de Malcrais , leur force surprenante ?
Etonne mes esprits
Je me sens élevé sur la double Coline ;
Dans mes heureux transports,
De ta celeste voix , de ta Lyre divine ,
J'écoute les accords
Tu ravis , tu surprens les Filles de Memoire;
Dans le sacré Vallon ,
Dvj Jusqu'au
918 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'au faîte brillant du Temple de la Gloire,
L'Echo porte ton nom.
Que dis- je ? tes beaux Vers ont passé le Cocité ¿
Aux Champs Elisiens ,
L'Amante de Phaon tendrement les récite ,
Et les préfère aux siens.
On parle du Croisic comme on parle d'Astrée,
De Smirne , de Lesbos ,
Ta Muse de nos jours y montre Cyterée ,
Plus belle qu'à Paphos.
Les Graces font parler le Lut et la Musette;
Qu'accompagne ta voix :
Et tu peux animer au son de ta Trompette
Les Héros et les Rois.
Tu fais ce que tu veux ; si ton vaste génie,
T'inspire de grands airs ,
Apeine dans leurs Chants Calliope , Uranie
Egalent tes Concerts.
Si tu fais raisonner ou l'Eglogue ou l'Idile;
Tes accens sont si doux,
Que
MAY.. 17325 919
!
Que malgré leurs grands noms et Terence et Virgile ,
En deviennent jaloux.
Comme eux en t'attachant à rendre la Nature ,
Tu finis tes Portraits ;
Mais ton tendre Pinceau dans la vive peinture ,
Encherit sur leurs traits.
Un tour plus gracieux , plus de délicatesse ,
Fait briller tes couleurs.
Le trait dont tu te sers pour peindre laTendresse,
La porte dans les cœurs.
L'Amour vole par tout où ta plume fidelle ,
Fait voler tes Chansons.
Oui , l'Amour , s'il pouvoit subir la loi mortelle;
Renaîtroit de leurs sons.
Tu ranimes ses feux , tu lui forges des armes ,'
Et les yeux de Cypris ,
N'ontpas, de sonaveu, la douceur et les charmes,
Qu'on sent dans tes Ecrits.
L'Amour pleure avec toi quand le trépas d'uni Pere ,
T'arrache des soupirs
920 MERCURE DE FRANCE
Il rit quand des Oiseaux consacrez à sa Mere„
Tu décris les plaisirs.
L'Amour...mais je mé tais, il faut être un Pins dare ,
Pour oser te chanter
Et je suis menacé de la chute d'Icare ,
Si je veux le tenter.
de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
ODE
Ans l'enceinte des murs où la Marne serà
pente ,
DA
Quand je lis tes Ecrits ,
Sçavante de Malcrais , leur force surprenante ?
Etonne mes esprits
Je me sens élevé sur la double Coline ;
Dans mes heureux transports,
De ta celeste voix , de ta Lyre divine ,
J'écoute les accords
Tu ravis , tu surprens les Filles de Memoire;
Dans le sacré Vallon ,
Dvj Jusqu'au
918 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'au faîte brillant du Temple de la Gloire,
L'Echo porte ton nom.
Que dis- je ? tes beaux Vers ont passé le Cocité ¿
Aux Champs Elisiens ,
L'Amante de Phaon tendrement les récite ,
Et les préfère aux siens.
On parle du Croisic comme on parle d'Astrée,
De Smirne , de Lesbos ,
Ta Muse de nos jours y montre Cyterée ,
Plus belle qu'à Paphos.
Les Graces font parler le Lut et la Musette;
Qu'accompagne ta voix :
Et tu peux animer au son de ta Trompette
Les Héros et les Rois.
Tu fais ce que tu veux ; si ton vaste génie,
T'inspire de grands airs ,
Apeine dans leurs Chants Calliope , Uranie
Egalent tes Concerts.
Si tu fais raisonner ou l'Eglogue ou l'Idile;
Tes accens sont si doux,
Que
MAY.. 17325 919
!
Que malgré leurs grands noms et Terence et Virgile ,
En deviennent jaloux.
Comme eux en t'attachant à rendre la Nature ,
Tu finis tes Portraits ;
Mais ton tendre Pinceau dans la vive peinture ,
Encherit sur leurs traits.
Un tour plus gracieux , plus de délicatesse ,
Fait briller tes couleurs.
Le trait dont tu te sers pour peindre laTendresse,
La porte dans les cœurs.
L'Amour vole par tout où ta plume fidelle ,
Fait voler tes Chansons.
Oui , l'Amour , s'il pouvoit subir la loi mortelle;
Renaîtroit de leurs sons.
Tu ranimes ses feux , tu lui forges des armes ,'
Et les yeux de Cypris ,
N'ontpas, de sonaveu, la douceur et les charmes,
Qu'on sent dans tes Ecrits.
L'Amour pleure avec toi quand le trépas d'uni Pere ,
T'arrache des soupirs
920 MERCURE DE FRANCE
Il rit quand des Oiseaux consacrez à sa Mere„
Tu décris les plaisirs.
L'Amour...mais je mé tais, il faut être un Pins dare ,
Pour oser te chanter
Et je suis menacé de la chute d'Icare ,
Si je veux le tenter.
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Résumé : A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
Le texte est une ode dédiée à Mademoiselle de Malcrais, originaire de la Vigne, au Croisic en Bretagne. L'auteur exprime son admiration pour ses écrits, soulignant leur force et leur capacité à l'élever spirituellement. Il compare ses œuvres à des voix célestes et divines, capables de ravir et de surprendre les Muses. L'écho de son nom résonne jusqu'au Temple de la Gloire, et ses vers sont récités dans les Champs Élyséens. Le Croisic est comparé à des lieux mythiques comme Astrée, Smirne et Lesbos, où sa Muse brille plus que jamais. Les Grâces accompagnent sa voix, et elle peut animer héros et rois par sa trompette. Son génie est comparé à celui des Muses Calliope et Uranie. Ses écrits surpassent ceux de Terence et Virgile en délicatesse et en tendresse, portant l'amour dans les cœurs. L'Amour lui-même reconnaît la douceur et les charmes de ses écrits. L'auteur conclut en admettant son incapacité à chanter dignement ses louanges, craignant de subir le sort d'Icare.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2145
p. 71-74
LA FAUVETE A SAPHO
Début :
Ces Vers me font souvenir de ceux que vous m'avez / Plus vîte qu'une Hyrondelle, [...]
Mots clefs :
Hirondelle, Amours, Troupeaux, Demi-dieux, Crime, Humilité, Doge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FAUVETE A SAPHO
Ces Vers me font fouvenir
de ceux que vous m'avez
demandez de Mademoiſelle
de Scudery. Le trop de matiere
m'empefcha de vous les
envoyer la derniere fois .
72 MERCURE
LA FAUVETE
A SAPHO
En arrivant à fon petit Bois felon
fa coûtume, le Avril 1685.
15
Pieviens avec les beaux jours,.
Lus vite qu'une Hyrondelle,
Comme Fauvete fidelle,
Avant le mois des Amours.
SS
Jay trouvé fur mon paffage
Un Spectaclefort nouveau ;
Pour m'expliquer davantage,
C'est le Doge & fon Troupeau..
$ 2
Quoy, luy dis-je , entrer en France,
Et vous montrer en ces lieux!
Ony, dit- il, par la clémence
Du plus grand des Demy -Dieux.
Son
GALANT 73
Sa
Son coeur toujours magnanime,
Ne pouvant fe démentir,
Feut oublier noftre crime,
Voyant noftre repentir.
$2
Ab ! m'écriay-je ravie,
Ce Heros par fon grand coeur
Pardonne à qui s'humilie) 200
Et de luy mefme eft vainqueur.
Sa
Dieux ! quel bon -hour eft le vostre
D'aller recevoirfa loy!
Ie n'en voudrois jamais d'autre,
Mais ce bien n'eft pas pour moy.
$2
C'eft affez que ma Maiftreffe,
Souffre que mafoible voix
Chante & rechantefans ceffe,
Qu'ileft le Phoenix des Rois.
Juin 1685.
G
74 MERCURE
Sa
Allez , Doge , allez fans peine
Luy rendre grace à genoux;
La République Romaine
En cuft fait autant que vous.
de ceux que vous m'avez
demandez de Mademoiſelle
de Scudery. Le trop de matiere
m'empefcha de vous les
envoyer la derniere fois .
72 MERCURE
LA FAUVETE
A SAPHO
En arrivant à fon petit Bois felon
fa coûtume, le Avril 1685.
15
Pieviens avec les beaux jours,.
Lus vite qu'une Hyrondelle,
Comme Fauvete fidelle,
Avant le mois des Amours.
SS
Jay trouvé fur mon paffage
Un Spectaclefort nouveau ;
Pour m'expliquer davantage,
C'est le Doge & fon Troupeau..
$ 2
Quoy, luy dis-je , entrer en France,
Et vous montrer en ces lieux!
Ony, dit- il, par la clémence
Du plus grand des Demy -Dieux.
Son
GALANT 73
Sa
Son coeur toujours magnanime,
Ne pouvant fe démentir,
Feut oublier noftre crime,
Voyant noftre repentir.
$2
Ab ! m'écriay-je ravie,
Ce Heros par fon grand coeur
Pardonne à qui s'humilie) 200
Et de luy mefme eft vainqueur.
Sa
Dieux ! quel bon -hour eft le vostre
D'aller recevoirfa loy!
Ie n'en voudrois jamais d'autre,
Mais ce bien n'eft pas pour moy.
$2
C'eft affez que ma Maiftreffe,
Souffre que mafoible voix
Chante & rechantefans ceffe,
Qu'ileft le Phoenix des Rois.
Juin 1685.
G
74 MERCURE
Sa
Allez , Doge , allez fans peine
Luy rendre grace à genoux;
La République Romaine
En cuft fait autant que vous.
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Résumé : LA FAUVETE A SAPHO
En avril et juin 1685, une correspondance poétique relate une rencontre avec le Doge de Venise et sa troupe en France. L'auteur compare son arrivée rapide à celle d'une hirondelle au printemps. Le Doge justifie sa présence par la clémence de 'Louis XIV', surnommé le 'plus grand des Demi-Dieux', dont la générosité pardonne aux repentants. L'auteur exprime son admiration pour ce souverain et la joie de recevoir sa loyauté, bien que ce bonheur ne lui soit pas destiné. Elle évoque également sa maîtresse, qualifiée de 'Phoenix des Rois', à qui elle doit constamment chanter. Enfin, l'auteur invite le Doge à remercier la République Romaine pour ses actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2146
p. 2411-2415
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai place dans les Cieux, j'habite sur la terre, [...]
Mots clefs :
Marguerite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
'Ai place dans les Cieux , j'habite sur laterre ,
Mais dans ces deux endroits , grand Dieu , que
je differe ?
Au ciel , où l'oeil ne me voit pas ;
On m'y porte des voeux et l'on m'y rend hommage
D vj Vir
2412 MERCURE DE FRANCE
Visible et commune icy bas ,
On mefoule aux pieds , on m'outrage,
Déja cette ambiguité .
Te rebute , Lecteur , et peut être te choque ;
Mais je veux te tirer de ta perpléxité ;
Ne t'y trompe donc pas , ce n'est qu'un équive
que ,
Enfin , qui que je sois , en mon nom je contiens
Autant de Lettres que d'années
Furent autrefois employées ,
Pour prendre les Murs des Troyens ;
Cecy posé , s'arrange aussi-tôt mon sistême ,
Lecteur , écoute et fais ton Thême.
D'abord en choisissant sept Lettres de mon
tout ,
Qui se trouvent sans art , mises l'une après
l'autre ,
Je donne à l'Astronome un gîte de son goût ,
Pour y marmotter seul sa docte Patenêtre .
Des sept , ôtez le Chef, vous avez sur le champ
Un caractere aimable , ennemi du mensonge :
Puis les sept Lettres reprenant ,
Et selon le besoin , coupant , rognant , trane ›
chant ,
Primò , Voicy venir à nous, sans qu'on y songs,
Palati , patata , tant à pied , qu'à Cheval ,
La garde d'une grande Ville ,
Qui sert à nous rendre tranquille ,
Jour et nuit , en tout temps , contre qui nous
geut mal
NOVEMBRE . 1733 2413
Suit en la même compagnie ,
Un endroit aux fripons , et funeste et fatal,
Où plus d'un dans la gêne a terminé sa vie ,
Qu'en six Lettres je peux appeller Boucherie.
Courage , ami Lecteur , et ne t'effraie en rien
Dans ces six Lettres , cherche bien ,
Tu dois y voir tout d'une bande ,
Un homme plein de Vin , une Ville Normande
Un passage public , un rapide ruisseau ,
Un lieu propre à songer,proche voisin de l'eau
Le songe même , un corps transparent , Dia
phân ,
Un Insecte qui naît dans la pauvre Cabane
Du Païsan , ainsi qu'aux plus riches Palais ;
Préliminaire de la paix ,
Qui toujours n'en est pas une marque certaine
Enfin Us et Coutume humaine.
Aux six Lettres encor , rejoins pour un
ment ,
Le Chef qu'elles avoient , plus haut aupara
vant, Į
Combine , et tu verras un Monstre de Libie ,
4 Qui dans un autre sens est un Fleuve d'Asie.
Un lieu d'azile et de repos ,
Souvent utile à l'homme, ainsi qu'aux animaux;
Oyseau bon à manger dans le temps de ven
dange ,
Autre sorte d'Oyseau qui chemine en Phalange.
Hola
2414 MERCURE DE FRANCE
Hola.... de peur d'ennui... cependant prends
mon tout,
Combine- le de bout en bout ;
Tu rencontres sans peine un Vase propre
boire ,
Ce qui nous même droit au Temple de Mémoire
,
Chose dont à cette heure on parle en tout Paris
Ce qui d'un Livre accroît le prix ;
Un bonnet qu'entre tous , un seul homme peut
mettre ,
Autre que peu de Chefs ont pouvoir de porter ,
Un grand corps , qu'à propos il faut sçavoir
commettre ,
Un Element fougueux , difficile à dompter
Une Echelle , avec quoi l'on apprend à chanter.
Lecteur , ne perd point patience ,
Je veux un peu t'aider et chercher avec toy . . .
Que de combinaisons ! ... Quelle matiere in
mense !
Quel nombre de mots s'offre à moi !
Icy je vois d'abord un témoin de la foy,
Ses peines , son tourment , la cruelle malice
Du barbare Boureau , qui le traîne "au supplice
Le Chef-d'oeuvre de l'Eternel ;
Un petit bâton par lequel ,
Il opera jadis , mainte chose admirable ,
Pour dompter un Monstre intraitable.
Là , c'est un mois qui divertit ,
C'est un Instrument agréable ,
UNG
NOVEMBRE 1733. 241
Une Plante porte appetit ,
Des Insectes le plus petit;
Femme à notre malheur , qui fut trop babil
larde ,
Fillette qui se croit en droit d'être gaillarde ;
Flux et Reflux de Mer , ensemble Poisson frais ;
Assemblage de Chiens , conduits par des Valets,
Mille choses encor ; .... mais bornons la ma◄
tiere ;
Lecteur , voilà trop de mystere .
Ecoute , .. pour te mettre un peu hors d'em
- barras ,
Je veux te dire icy quelque chose tout bas.
-Te souviens- tu de la Batracomiomachie
It des nobles Héros de ce Poëme en Vers ,
Dont le grand Homere en saillie
Jadis régala l'Univers è
Prend l'un de ces Héros , ou fameux person♣
nages ,
Nous le connoissons tous , les fous comme les
sages ;
Joins- y pour t'amuser , deux mots et rien de
plus ,
Sçavoir l'arbre chéri de la belle Venus ;
Certain frimat d'Hyver qui saisit et qui piques
Tu dois avec cela deviner aisément[ ;
Lecteur , car ces trois mots qu'assez blen je t'explique
,
A quelque chose près , te donnent sur le champ,
Le Logogriphe assurément.
H*** De Meaux, en Brie,
Du 16 Septembrę 173.3-
'Ai place dans les Cieux , j'habite sur laterre ,
Mais dans ces deux endroits , grand Dieu , que
je differe ?
Au ciel , où l'oeil ne me voit pas ;
On m'y porte des voeux et l'on m'y rend hommage
D vj Vir
2412 MERCURE DE FRANCE
Visible et commune icy bas ,
On mefoule aux pieds , on m'outrage,
Déja cette ambiguité .
Te rebute , Lecteur , et peut être te choque ;
Mais je veux te tirer de ta perpléxité ;
Ne t'y trompe donc pas , ce n'est qu'un équive
que ,
Enfin , qui que je sois , en mon nom je contiens
Autant de Lettres que d'années
Furent autrefois employées ,
Pour prendre les Murs des Troyens ;
Cecy posé , s'arrange aussi-tôt mon sistême ,
Lecteur , écoute et fais ton Thême.
D'abord en choisissant sept Lettres de mon
tout ,
Qui se trouvent sans art , mises l'une après
l'autre ,
Je donne à l'Astronome un gîte de son goût ,
Pour y marmotter seul sa docte Patenêtre .
Des sept , ôtez le Chef, vous avez sur le champ
Un caractere aimable , ennemi du mensonge :
Puis les sept Lettres reprenant ,
Et selon le besoin , coupant , rognant , trane ›
chant ,
Primò , Voicy venir à nous, sans qu'on y songs,
Palati , patata , tant à pied , qu'à Cheval ,
La garde d'une grande Ville ,
Qui sert à nous rendre tranquille ,
Jour et nuit , en tout temps , contre qui nous
geut mal
NOVEMBRE . 1733 2413
Suit en la même compagnie ,
Un endroit aux fripons , et funeste et fatal,
Où plus d'un dans la gêne a terminé sa vie ,
Qu'en six Lettres je peux appeller Boucherie.
Courage , ami Lecteur , et ne t'effraie en rien
Dans ces six Lettres , cherche bien ,
Tu dois y voir tout d'une bande ,
Un homme plein de Vin , une Ville Normande
Un passage public , un rapide ruisseau ,
Un lieu propre à songer,proche voisin de l'eau
Le songe même , un corps transparent , Dia
phân ,
Un Insecte qui naît dans la pauvre Cabane
Du Païsan , ainsi qu'aux plus riches Palais ;
Préliminaire de la paix ,
Qui toujours n'en est pas une marque certaine
Enfin Us et Coutume humaine.
Aux six Lettres encor , rejoins pour un
ment ,
Le Chef qu'elles avoient , plus haut aupara
vant, Į
Combine , et tu verras un Monstre de Libie ,
4 Qui dans un autre sens est un Fleuve d'Asie.
Un lieu d'azile et de repos ,
Souvent utile à l'homme, ainsi qu'aux animaux;
Oyseau bon à manger dans le temps de ven
dange ,
Autre sorte d'Oyseau qui chemine en Phalange.
Hola
2414 MERCURE DE FRANCE
Hola.... de peur d'ennui... cependant prends
mon tout,
Combine- le de bout en bout ;
Tu rencontres sans peine un Vase propre
boire ,
Ce qui nous même droit au Temple de Mémoire
,
Chose dont à cette heure on parle en tout Paris
Ce qui d'un Livre accroît le prix ;
Un bonnet qu'entre tous , un seul homme peut
mettre ,
Autre que peu de Chefs ont pouvoir de porter ,
Un grand corps , qu'à propos il faut sçavoir
commettre ,
Un Element fougueux , difficile à dompter
Une Echelle , avec quoi l'on apprend à chanter.
Lecteur , ne perd point patience ,
Je veux un peu t'aider et chercher avec toy . . .
Que de combinaisons ! ... Quelle matiere in
mense !
Quel nombre de mots s'offre à moi !
Icy je vois d'abord un témoin de la foy,
Ses peines , son tourment , la cruelle malice
Du barbare Boureau , qui le traîne "au supplice
Le Chef-d'oeuvre de l'Eternel ;
Un petit bâton par lequel ,
Il opera jadis , mainte chose admirable ,
Pour dompter un Monstre intraitable.
Là , c'est un mois qui divertit ,
C'est un Instrument agréable ,
UNG
NOVEMBRE 1733. 241
Une Plante porte appetit ,
Des Insectes le plus petit;
Femme à notre malheur , qui fut trop babil
larde ,
Fillette qui se croit en droit d'être gaillarde ;
Flux et Reflux de Mer , ensemble Poisson frais ;
Assemblage de Chiens , conduits par des Valets,
Mille choses encor ; .... mais bornons la ma◄
tiere ;
Lecteur , voilà trop de mystere .
Ecoute , .. pour te mettre un peu hors d'em
- barras ,
Je veux te dire icy quelque chose tout bas.
-Te souviens- tu de la Batracomiomachie
It des nobles Héros de ce Poëme en Vers ,
Dont le grand Homere en saillie
Jadis régala l'Univers è
Prend l'un de ces Héros , ou fameux person♣
nages ,
Nous le connoissons tous , les fous comme les
sages ;
Joins- y pour t'amuser , deux mots et rien de
plus ,
Sçavoir l'arbre chéri de la belle Venus ;
Certain frimat d'Hyver qui saisit et qui piques
Tu dois avec cela deviner aisément[ ;
Lecteur , car ces trois mots qu'assez blen je t'explique
,
A quelque chose près , te donnent sur le champ,
Le Logogriphe assurément.
H*** De Meaux, en Brie,
Du 16 Septembrę 173.3-
Fermer
2147
p. 45-48
EXTRAIT.
Début :
Monsieur Cousin, President en la Cour des Monnoyes, & l'un des [...]
Mots clefs :
Discours, Abbaye, Latin, Bibliothèques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT.
EXTRAIT.
Monsieur Cousin, Prefident
en la Cour des Monnoyes,
& l'un des quarante
de l'Academie Françoise
, a laissé en mourant à
l'Abbaye S. Victor, saBibliotheque
qui estoit nombreuse
,,
choisie, & dont il
avoit fait un excellent usage
durant sa vie. Il a fondé
dans la mesme Abbaye un
Discours Latin qui se fait
tous les ans par un Chanoine
de cette Abbaye. Mr
l'Abbé deLonguëil acquita
cette Fondation le 2 4.
Février jour de saint Matthias
, & fit un Discours
très-éloquent
,
& qui fut
prononcé avec beaucoup
de grace. Aprés avoir fait
unExordesur l'utilité des
Bibliotheques dans lequel
il fit entrer l'éloge des personnes
qui ont augmenté
celle de S. Victor
, ôcen
particulier celuy de Mr le
President Cousin. Il divisa
son Discours en deux propositions.
Il prouva dans la.
premiere que pour tirer ura
veritable fruit de ses estudes,
il ne falloiressentiellement
embrasser qu'un seul
genre de science dans lequel
il estoit plus à propos
d'exceller que d'estre mediocre
& superficiel en tout
genre, & il ajousta que
pour le choix on devoit
consulter sa vocation & ses
talents, sanstenter de forcer
la nature, & sans (a
rendre esclave du nom, du
rang & de la profession de
ses peres.
"I Dans la ic partie de son
Discours il donna des regles
particulieres pour Te-
Rude
, & prescrivit l'ordre
,la méthode, l'arangement
& les gradations, &
mesme les relaschementsqu'il
falloit observer en
travaillant. Il finitenexhortant
ceux qui se dessinoient
àl'estuded'enconsacrer
l'usage
,
& de s'ap-
- pliquer par preference aux
sujets qui pouvoient instruire
& édifier.
L'élegance du Latin,les
graces de
-
l'Orateur , & la
maniere ingenieuse avec
laquelleMr l'Abbé deLon-
,
guëil traita son su jet contribuèrentégalement
au
succez de son Discours.
Monsieur Cousin, Prefident
en la Cour des Monnoyes,
& l'un des quarante
de l'Academie Françoise
, a laissé en mourant à
l'Abbaye S. Victor, saBibliotheque
qui estoit nombreuse
,,
choisie, & dont il
avoit fait un excellent usage
durant sa vie. Il a fondé
dans la mesme Abbaye un
Discours Latin qui se fait
tous les ans par un Chanoine
de cette Abbaye. Mr
l'Abbé deLonguëil acquita
cette Fondation le 2 4.
Février jour de saint Matthias
, & fit un Discours
très-éloquent
,
& qui fut
prononcé avec beaucoup
de grace. Aprés avoir fait
unExordesur l'utilité des
Bibliotheques dans lequel
il fit entrer l'éloge des personnes
qui ont augmenté
celle de S. Victor
, ôcen
particulier celuy de Mr le
President Cousin. Il divisa
son Discours en deux propositions.
Il prouva dans la.
premiere que pour tirer ura
veritable fruit de ses estudes,
il ne falloiressentiellement
embrasser qu'un seul
genre de science dans lequel
il estoit plus à propos
d'exceller que d'estre mediocre
& superficiel en tout
genre, & il ajousta que
pour le choix on devoit
consulter sa vocation & ses
talents, sanstenter de forcer
la nature, & sans (a
rendre esclave du nom, du
rang & de la profession de
ses peres.
"I Dans la ic partie de son
Discours il donna des regles
particulieres pour Te-
Rude
, & prescrivit l'ordre
,la méthode, l'arangement
& les gradations, &
mesme les relaschementsqu'il
falloit observer en
travaillant. Il finitenexhortant
ceux qui se dessinoient
àl'estuded'enconsacrer
l'usage
,
& de s'ap-
- pliquer par preference aux
sujets qui pouvoient instruire
& édifier.
L'élegance du Latin,les
graces de
-
l'Orateur , & la
maniere ingenieuse avec
laquelleMr l'Abbé deLon-
,
guëil traita son su jet contribuèrentégalement
au
succez de son Discours.
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Résumé : EXTRAIT.
Le texte décrit la donation de la bibliothèque de Victor Cousin, Président à la Cour des Monnoyes et membre de l'Académie Française, à l'Abbaye Saint-Victor. Cousin avait fondé un discours latin annuel à prononcer par un chanoine de l'abbaye. Le 24 février, l'Abbé de Longuëil acquit cette fondation et prononça un discours élogieux. Il souligna l'utilité des bibliothèques et rendit hommage à Cousin. Son discours se structurait en deux propositions : la première insistait sur l'importance de se concentrer sur un seul genre de science en fonction de sa vocation et de ses talents. La seconde proposait des règles spécifiques pour l'étude, incluant l'ordre, la méthode, l'arrangement, les gradations et les moments de repos. L'Abbé exhorta les étudiants à se consacrer à des sujets instructifs et édifiants. Son élocution en latin, ses grâces oratoires et son traitement ingénieux du sujet contribuèrent au succès de son discours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2149
p. 75-83
Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
Début :
J'ay presentement à vous parler des Habitans d'Issoudun, Capitale [...]
Mots clefs :
Habitants, Issoudun, Fidélité, Prince, Services, Garnison, Bénédictions du ciel, Service solennel, Devises, Inscriptions, Choeur, Magistrats, Mots latins, Louis le Grand, Procession, Cérémonies, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
J'ayprelentement à vous
parler des Habitans d'ifriudun,
Capitale du bas Berry.
Ils ont toûjours elle fifidelles
à leurs Princes, qu'ils
en ont esté recompensez par
de très- beaux Privilèges. Le
Roy persuadé de cette verité,
& touché de compassion
pour eux lors que passant
dans la Province en 1651. il
vit leur Ville presque reduite
en cendres,
confirma ces
Privileces, & a eu la bonté
depuis ce temps là de dire
plusieurs fois qu'il se fouviendroit
de leurs services.
En effet Sa Majesté a bien
fait paroistre qu'Elle les distinguoit
entre tousses au- j
tres Sujets de la mesme Province
, puis qu'ils ont esté
les seuls exempts de Garnisons,
6c qu'Elle a hautement
déclaré qu'Elle ne vouloit
pas qu'ils en eussent durant
son Regne. Aullï voulant en
t. marquer leur reconnoisssance,
& l'ardent desir qu'ils ont
d'attirer sur sa Personne Sacrée
& sur toute la Maison
Royale,les Benedictions du
Ciel,ils ont fait une Fondation
perpetuelle de Prieres
Publiques tous les ans au
cinquiéme de Septembre,
jour de l'heureuse Naissance
du Roy, & l'ont commen- céecetteannée par un Service
solennel qui fut fait ce
jour là dans leur Eglise Collégiale.
Ils l'avoient parée
magnifiquement, & ornée de
plusieurs Devises & Infcriptions
à la loüange du Roy.
La Messe fut chantée à trois-
Choeurs de Musique aussibien
que Vespres,ôc l'on fit
un Procession Generale, OU
Mr l'Evesque & Comte
d'Agde,lesMagistrats ôc
autres Corps d'Officiers assisterent.
estoit Le Portrait du Roy exposé au frontispice
du Choeur de l'Eglise,avec
ces Vers au
dessous
qui avoient
pour titre ces mots
Latins:Scribanturbæc in generations
altera
,
&populus qui
creabiturlaudabit Regem. LoVlS LE GRANDyceRoy
d'invinciblepui(Tance,
Te dtfingue
,
issoudun, entre tous
[ ses Sujets
I Parses grâces dr ses biensfaits,
Diftingut toy pour luy par ta reconde
tioijfance
, , Etetle bre àjamaislejourdesanaissance
En faifint tous les Ans ce quau--
à lourd'huy tufais.
.P,ofir
Tour rré"peondre od'un Bq AUXfaveurs Roy sidebonnaire G iiij
-~je fa* U:1 plaijir de nousfaire
du bienr
Noffre z>tle voudrait,toutfaire ne
peutrien,
Seigneur^faitespour luy ce que nous
¡
'Voudrions ftire. ,'voudrionsfaire.
Aprés la Procession,toute
la Bourgeoisie s'estant
mise sous lesarmes,
on alluma
le Feu de joye au bruit
du Canon & de la Mousqueterie,
au son des Tambours
& des Trompettes,
& auxacclamationsdérive
leRoy. Dans la Place ou le
Feu fut allumé, on voyoit
encore ce Prince represenMe
devant une Ville embrasée
y
avecles Vers suivans
quiavoient pour ame, Avis
ïkoecJacra Svii.
E. S fLâmts de ton Roy t'ont.
fait unnoblc Amant, - Ta foy quilvit pour luy dans ton
embrasement
Mnfpireason amour desfemimens si
tendres
8t!J'ü te fait, Ijfiudun
,
renéftrc
de tes cendres.
Cette Ceremonie qui du-
Ta jusques au soir
,
estans
terminée
,
les Particuliers J firent des Illuminations à
toutes les fenestres de leurs
maisons, & des Feux devant
leurs portes ,
& passerent la
plus grande partie de la nuit:
à donner dans les ruës toutes;
fortes de marques d'une allegresseparfaite.
La mesme:
chose doit se faire tous les
ans au mesme jour, suivant
la resolution qui en a esté
prise dans leur Assemblée
Generale. Le lendemain 6.
du mois
,
les Habitans Catholiques
d'Issoudunrecommencerent
la rejoüissence
par la Démolition qui se fit
du Temple de ceux de la
Religion Prerenduë
Refornée
,
ainsi qu'il avoit esté
ugé par Sentence du Bailhage
de la mesme Ville, far
:~s contraventions par eux
nites aux Edits & Déclarasions
de Sa Majelté
parler des Habitans d'ifriudun,
Capitale du bas Berry.
Ils ont toûjours elle fifidelles
à leurs Princes, qu'ils
en ont esté recompensez par
de très- beaux Privilèges. Le
Roy persuadé de cette verité,
& touché de compassion
pour eux lors que passant
dans la Province en 1651. il
vit leur Ville presque reduite
en cendres,
confirma ces
Privileces, & a eu la bonté
depuis ce temps là de dire
plusieurs fois qu'il se fouviendroit
de leurs services.
En effet Sa Majesté a bien
fait paroistre qu'Elle les distinguoit
entre tousses au- j
tres Sujets de la mesme Province
, puis qu'ils ont esté
les seuls exempts de Garnisons,
6c qu'Elle a hautement
déclaré qu'Elle ne vouloit
pas qu'ils en eussent durant
son Regne. Aullï voulant en
t. marquer leur reconnoisssance,
& l'ardent desir qu'ils ont
d'attirer sur sa Personne Sacrée
& sur toute la Maison
Royale,les Benedictions du
Ciel,ils ont fait une Fondation
perpetuelle de Prieres
Publiques tous les ans au
cinquiéme de Septembre,
jour de l'heureuse Naissance
du Roy, & l'ont commen- céecetteannée par un Service
solennel qui fut fait ce
jour là dans leur Eglise Collégiale.
Ils l'avoient parée
magnifiquement, & ornée de
plusieurs Devises & Infcriptions
à la loüange du Roy.
La Messe fut chantée à trois-
Choeurs de Musique aussibien
que Vespres,ôc l'on fit
un Procession Generale, OU
Mr l'Evesque & Comte
d'Agde,lesMagistrats ôc
autres Corps d'Officiers assisterent.
estoit Le Portrait du Roy exposé au frontispice
du Choeur de l'Eglise,avec
ces Vers au
dessous
qui avoient
pour titre ces mots
Latins:Scribanturbæc in generations
altera
,
&populus qui
creabiturlaudabit Regem. LoVlS LE GRANDyceRoy
d'invinciblepui(Tance,
Te dtfingue
,
issoudun, entre tous
[ ses Sujets
I Parses grâces dr ses biensfaits,
Diftingut toy pour luy par ta reconde
tioijfance
, , Etetle bre àjamaislejourdesanaissance
En faifint tous les Ans ce quau--
à lourd'huy tufais.
.P,ofir
Tour rré"peondre od'un Bq AUXfaveurs Roy sidebonnaire G iiij
-~je fa* U:1 plaijir de nousfaire
du bienr
Noffre z>tle voudrait,toutfaire ne
peutrien,
Seigneur^faitespour luy ce que nous
¡
'Voudrions ftire. ,'voudrionsfaire.
Aprés la Procession,toute
la Bourgeoisie s'estant
mise sous lesarmes,
on alluma
le Feu de joye au bruit
du Canon & de la Mousqueterie,
au son des Tambours
& des Trompettes,
& auxacclamationsdérive
leRoy. Dans la Place ou le
Feu fut allumé, on voyoit
encore ce Prince represenMe
devant une Ville embrasée
y
avecles Vers suivans
quiavoient pour ame, Avis
ïkoecJacra Svii.
E. S fLâmts de ton Roy t'ont.
fait unnoblc Amant, - Ta foy quilvit pour luy dans ton
embrasement
Mnfpireason amour desfemimens si
tendres
8t!J'ü te fait, Ijfiudun
,
renéftrc
de tes cendres.
Cette Ceremonie qui du-
Ta jusques au soir
,
estans
terminée
,
les Particuliers J firent des Illuminations à
toutes les fenestres de leurs
maisons, & des Feux devant
leurs portes ,
& passerent la
plus grande partie de la nuit:
à donner dans les ruës toutes;
fortes de marques d'une allegresseparfaite.
La mesme:
chose doit se faire tous les
ans au mesme jour, suivant
la resolution qui en a esté
prise dans leur Assemblée
Generale. Le lendemain 6.
du mois
,
les Habitans Catholiques
d'Issoudunrecommencerent
la rejoüissence
par la Démolition qui se fit
du Temple de ceux de la
Religion Prerenduë
Refornée
,
ainsi qu'il avoit esté
ugé par Sentence du Bailhage
de la mesme Ville, far
:~s contraventions par eux
nites aux Edits & Déclarasions
de Sa Majelté
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Résumé : Fondation perpetuelle d'une Feste à Issoudun, pour la Naissance du Roy. [titre d'après la table]
Les habitants d'Issoudun, capitale du Bas-Berry, étaient reconnus pour leur loyauté envers leurs princes, qui leur avaient accordé divers privilèges. En 1651, après la destruction de la ville, le roi confirma ces privilèges et exprima sa gratitude. Les Issoldunois furent exemptés de garnisons militaires, une faveur unique en province. En signe de reconnaissance, ils instituèrent une prière publique annuelle le 5 septembre, jour de la naissance du roi. Cette année-là, une cérémonie solennelle eut lieu dans leur église collégiale, ornée de devises et d'inscriptions honorant le roi. La messe et les vêpres furent chantées par trois chœurs de musique, suivies d'une procession à laquelle participèrent l'évêque, les magistrats et autres officiers. Un portrait du roi fut exposé avec des vers latins. Après la procession, la bourgeoisie organisa un feu de joie avec des salves de canons, de mousqueterie, des tambours et des trompettes, et des acclamations en l'honneur du roi. La nuit fut illuminée par des feux devant les maisons. Le lendemain, les habitants catholiques démolirent le temple protestant, conformément à une décision du bailliage pour violation des édits royaux.
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2150
p. 83-92
A Roüen ce 18. Janvier 1716. Lettre écrite par un Curieux de Roüen à Paris, à M Gal, Docteur en Medecine de l'Université de Boulogne.
Début :
Vous aimez, Monsieur, les choses curieuses & extraordinaires, en voicy [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Jambe, Homme, Queue, Médecins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Roüen ce 18. Janvier 1716. Lettre écrite par un Curieux de Roüen à Paris, à M Gal, Docteur en Medecine de l'Université de Boulogne.
ARoüen ce 18.Janvier 1716.
Lettre écrite par un Curieux
de Roüen à Paris, àM.Gal ,
Docteur en Medecine de
l'Univerſité de Boulogne.
Vous aimez , Monfieur , les
choses curieuses& extraordinai-
Y
84 MERCURE
chien lon
naires , en voicy une ; un hom
me ,du Pays de Caux ,âgéd'environ
40. ans , grand ,bienfait,
fort robuste , à barbe& cheveux
noirs &épais , & qui a
une voix tonnante ,porte en deſſus
de l'anus une queuë de chien longuede
15. à 16. poulces , groffe
de ſept à huit àſa naiſſance ,
&qui va toûjours en diminuant
de groffeur, cette quenë eft cou
verte de poil noir qui se couche ;
cet homme ne sçauroit demeurer
affis ny couché ſurle dos ,faquenë
l'incommode beaucoup le jour&
lanuit , il la remuë de temps en
temps , ellese dreffe par des mouGALANT.
85
vemens involontaires qu'il ne
peut ni arrêter ni moderer ,
quand il eſtnud ,debout , & en
liberté,ſaqueuë comme celled'un
Lion luy bat leflanc malgréluy ,
quand cette quenë est renfermée
qu'elle entre dans les mouvemens
violens , il en fouffre terri
blement , ce qui l'embarraffe encore
davantage , c'est lors qu'ilva
àla felle , car quelquefois dans
ces mouvemens là ,sa queuë fe
refßerre avec une violence extraordinaire
contre l'anus ,le bridepour
ainſi dire comme cela arrive aux
chevaux quelquefois , quand on
weut preffer la croupiere de lafelle Ter la croupiere de la fell
1
86 MERCURE
fous leurqueue ; au reſte cet homme
a de l'esprit , il a il a faitses écudes
, il parle même quelquefois
enpublic ; mais il nepeutfe con-
Solerdeſe voir chargéd'unequeuë
fi incommode&fihonteuſe , il a
voulu lafaire couper ; mais cette
operation aparu mortelle auMedecin&
au Chirurgien.
; On dit qu'un Operateur trop
entreprenant vient de la luy couper,
e qu'il est mort 6. heures
aprés. Cette mortparoistd'autant
plusſurprenante ,que cette queue
n'étoitpas une partie utile à la vie
mais on remarque tres ſouvent
que le retranchement des choses
GALANT. 87
}
monstrueuses que nous apportons
en na:ſſant estpour l'ordinaire mortel.
Ily a plusieurs exemples qui
le prouvent. On a vû un jeune
homme né avec une troisieme
jambe
jambe attachée à la fefſe , il fe
fracaffa l'une des jambes naturelles,
la cangreneobligea lesChirurgiens
de la luy couper dans le
genoüil, ilfut gueri entres peude
temps ; un an ou deux aprés ilſe
bleſſa àla jambe que la nature
luyavoit donnée de trop , on la
il en mourut en 24. coupa ,
heures.
Pluſieurs qui ont apporté en
naiſſant des groffeurs à la tête
88 MERCURE
au visage&autres endroits , en
font morts , lors qu'on a voulu les
délivrer de ces difformitez, j'en
connois qui fuivant le confeildes
habiles Chirurgiens confervent
gardent soigneusement de
pareilles incommoditez dans la
crainte d'unſemblablefort.
Iln'en estpas de même des
excroiffances qui furviennent
dans le cours de la vie , lors qu'ellesſontcoupées
par un habile
dextre Chirurgien : j'ay appris
depuis peu que M. de Beaulieu ,
ControlleurdesRentes de laVille
deParis,avoit uneloupeplus grof-
Sequefatête, attachée àlagorge,
ن
GALANT. 89
ions qu
&qu'il portoit depuis 35. ans ,
parce que perſonnen'avoit ofé entreprendre
la cure à cause des
groffes veines , & des racines
qu'elle avoit ; s'étant adreffé à
M. Petit ChirurgienfuréàParis
, tres- expert & tres- celebre
tant dans les operations que dans
l'anatomie, il luy confeilla de ſe
la faire couper , en luy faisant.
voir le danger éminent dans
lequel il étoit , s'il differoit cette
operation ; la crainte de mourirle
détermina àſe livrer à luy avec
d'autant plus de confiance , que le
ſieur Robinot , Graveur dans la
PlaceDauphine,qui avoit euëune
Janvier 1716. H
१० MERCURE
pareille loupe , venoit de fortir
avec heureux fuccés , des mains
du même M. Petit : l'operation
dufieur de Beaulieufutfaitetres
promptement& toutes les arteres
furentfi bien liées qu'il ne perdit
pas unepalette deſang , il a esté
parfaitementgueri en peude temps
malgrélagrandeurde laplaye. Ce
fuccésfavorable &tres éclatant
dans un âge tres avancé afait
qu'un jeune bomme domestique de
M.de Soubiſe , réſolut deſe délivrer
d'une loupe oßeuse
verte de lapeauſeulement , qui
avoitquatre pouces de longueur,
recoufur
deux de diamettre , qu'ilpor-
1
L
GALANT.
toitdepuisſept ans ,fur le haut
de la tête : il s'en fu faire l'opera.
tion par M. Arnault , ancien
Chirurgien Furé tres celebre
dans l'anatomie & dans les operations
, qui aprés avoir coupé la
peau , trepana la loupe , pour reconnoître
ce qu'ily avoit dedans ;
trouvant qu'elle étoit toute
osseuse ,sans aucun vuide ni
moüelle , comme il s'en trouve naturellement
dans les os , il remitle
refte de l'operation au lendemain ;
mais il arriva de grands accidens
qui l'empêcherent de l'achever ,
le malade mouruten 3.jours ,
au grand étonnement de tout le
1
Hij
MERCURE
monde , & particulierement dudit
M. Arnauld , qui en fit l'ouverture
,&ne trouva dans cette
loupe aucune partie du cerveau ...
ni même de ſes membranes , comme
quelques- uns l'avoient cru.
Les Medecins, les Chirurgiens ,
même les Curieux ne manqueront
pas de faire leurs reflexionsfur
ces differents faits ,
d'en tirer des conſequences utiles
pour le progrés de la Medecine.
La copie de cette Lettre a
eſté envoyée , comme àmoy ,
à Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont faitdebelles
diflertations ſur ce ſujet.
Lettre écrite par un Curieux
de Roüen à Paris, àM.Gal ,
Docteur en Medecine de
l'Univerſité de Boulogne.
Vous aimez , Monfieur , les
choses curieuses& extraordinai-
Y
84 MERCURE
chien lon
naires , en voicy une ; un hom
me ,du Pays de Caux ,âgéd'environ
40. ans , grand ,bienfait,
fort robuste , à barbe& cheveux
noirs &épais , & qui a
une voix tonnante ,porte en deſſus
de l'anus une queuë de chien longuede
15. à 16. poulces , groffe
de ſept à huit àſa naiſſance ,
&qui va toûjours en diminuant
de groffeur, cette quenë eft cou
verte de poil noir qui se couche ;
cet homme ne sçauroit demeurer
affis ny couché ſurle dos ,faquenë
l'incommode beaucoup le jour&
lanuit , il la remuë de temps en
temps , ellese dreffe par des mouGALANT.
85
vemens involontaires qu'il ne
peut ni arrêter ni moderer ,
quand il eſtnud ,debout , & en
liberté,ſaqueuë comme celled'un
Lion luy bat leflanc malgréluy ,
quand cette quenë est renfermée
qu'elle entre dans les mouvemens
violens , il en fouffre terri
blement , ce qui l'embarraffe encore
davantage , c'est lors qu'ilva
àla felle , car quelquefois dans
ces mouvemens là ,sa queuë fe
refßerre avec une violence extraordinaire
contre l'anus ,le bridepour
ainſi dire comme cela arrive aux
chevaux quelquefois , quand on
weut preffer la croupiere de lafelle Ter la croupiere de la fell
1
86 MERCURE
fous leurqueue ; au reſte cet homme
a de l'esprit , il a il a faitses écudes
, il parle même quelquefois
enpublic ; mais il nepeutfe con-
Solerdeſe voir chargéd'unequeuë
fi incommode&fihonteuſe , il a
voulu lafaire couper ; mais cette
operation aparu mortelle auMedecin&
au Chirurgien.
; On dit qu'un Operateur trop
entreprenant vient de la luy couper,
e qu'il est mort 6. heures
aprés. Cette mortparoistd'autant
plusſurprenante ,que cette queue
n'étoitpas une partie utile à la vie
mais on remarque tres ſouvent
que le retranchement des choses
GALANT. 87
}
monstrueuses que nous apportons
en na:ſſant estpour l'ordinaire mortel.
Ily a plusieurs exemples qui
le prouvent. On a vû un jeune
homme né avec une troisieme
jambe
jambe attachée à la fefſe , il fe
fracaffa l'une des jambes naturelles,
la cangreneobligea lesChirurgiens
de la luy couper dans le
genoüil, ilfut gueri entres peude
temps ; un an ou deux aprés ilſe
bleſſa àla jambe que la nature
luyavoit donnée de trop , on la
il en mourut en 24. coupa ,
heures.
Pluſieurs qui ont apporté en
naiſſant des groffeurs à la tête
88 MERCURE
au visage&autres endroits , en
font morts , lors qu'on a voulu les
délivrer de ces difformitez, j'en
connois qui fuivant le confeildes
habiles Chirurgiens confervent
gardent soigneusement de
pareilles incommoditez dans la
crainte d'unſemblablefort.
Iln'en estpas de même des
excroiffances qui furviennent
dans le cours de la vie , lors qu'ellesſontcoupées
par un habile
dextre Chirurgien : j'ay appris
depuis peu que M. de Beaulieu ,
ControlleurdesRentes de laVille
deParis,avoit uneloupeplus grof-
Sequefatête, attachée àlagorge,
ن
GALANT. 89
ions qu
&qu'il portoit depuis 35. ans ,
parce que perſonnen'avoit ofé entreprendre
la cure à cause des
groffes veines , & des racines
qu'elle avoit ; s'étant adreffé à
M. Petit ChirurgienfuréàParis
, tres- expert & tres- celebre
tant dans les operations que dans
l'anatomie, il luy confeilla de ſe
la faire couper , en luy faisant.
voir le danger éminent dans
lequel il étoit , s'il differoit cette
operation ; la crainte de mourirle
détermina àſe livrer à luy avec
d'autant plus de confiance , que le
ſieur Robinot , Graveur dans la
PlaceDauphine,qui avoit euëune
Janvier 1716. H
१० MERCURE
pareille loupe , venoit de fortir
avec heureux fuccés , des mains
du même M. Petit : l'operation
dufieur de Beaulieufutfaitetres
promptement& toutes les arteres
furentfi bien liées qu'il ne perdit
pas unepalette deſang , il a esté
parfaitementgueri en peude temps
malgrélagrandeurde laplaye. Ce
fuccésfavorable &tres éclatant
dans un âge tres avancé afait
qu'un jeune bomme domestique de
M.de Soubiſe , réſolut deſe délivrer
d'une loupe oßeuse
verte de lapeauſeulement , qui
avoitquatre pouces de longueur,
recoufur
deux de diamettre , qu'ilpor-
1
L
GALANT.
toitdepuisſept ans ,fur le haut
de la tête : il s'en fu faire l'opera.
tion par M. Arnault , ancien
Chirurgien Furé tres celebre
dans l'anatomie & dans les operations
, qui aprés avoir coupé la
peau , trepana la loupe , pour reconnoître
ce qu'ily avoit dedans ;
trouvant qu'elle étoit toute
osseuse ,sans aucun vuide ni
moüelle , comme il s'en trouve naturellement
dans les os , il remitle
refte de l'operation au lendemain ;
mais il arriva de grands accidens
qui l'empêcherent de l'achever ,
le malade mouruten 3.jours ,
au grand étonnement de tout le
1
Hij
MERCURE
monde , & particulierement dudit
M. Arnauld , qui en fit l'ouverture
,&ne trouva dans cette
loupe aucune partie du cerveau ...
ni même de ſes membranes , comme
quelques- uns l'avoient cru.
Les Medecins, les Chirurgiens ,
même les Curieux ne manqueront
pas de faire leurs reflexionsfur
ces differents faits ,
d'en tirer des conſequences utiles
pour le progrés de la Medecine.
La copie de cette Lettre a
eſté envoyée , comme àmoy ,
à Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont faitdebelles
diflertations ſur ce ſujet.
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