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1
p. 7-79
DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
Début :
Messieurs, Les grandes difficultez qui m'embarassent depuis longtemps sur les [...]
Mots clefs :
Religion, Ministre, Véritable Église, Abjuration, Humilité, Dieu, Prière, Méditation, Députés, Écritures, Synode, Communion, Controverse, Bible, Foi, Jésus, Salut, Obscurité, Chrétiens, Saint-Esprit, Connaissances, Explications, Doctrine, Parole de Dieu, Enseignement, Livres d'Évangiles, Autorité divine, Immortalité, Prophètes, Morale, Dogme, Sentiments, Conscience, Fidèles, Consistoire
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
DISCOURS
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
Fermer
Résumé : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
M. Gilly expose son retour à l'Église catholique, motivé par des raisons de conscience et de crainte de Dieu. Initialement convaincu de la suffisance de l'Écriture pour guider la foi, il a découvert des contradictions et des ambiguïtés après des études approfondies et des disputes avec les Remontrants. L'Écriture, isolée de l'intelligence publique de l'Église, ne peut être la seule règle de foi en raison de ses obscurités et de ses multiples interprétations possibles. Les théologiens utilisent des clés d'interprétation pour expliquer l'Écriture, reconnaissant que certaines doctrines ne sont pas établies par l'Écriture seule. Gilly souligne que l'Écriture ne contient pas clairement toutes les vérités essentielles de la foi chrétienne. L'Ancien Testament ne suffit pas à reconnaître l'autorité divine de ses livres ni à contenir clairement des dogmes essentiels comme l'immortalité de l'âme ou la résurrection des corps. Le Nouveau Testament, bien que contenant des vérités essentielles, ne couvre pas toute la doctrine chrétienne de manière évidente. Des pratiques comme le baptême des enfants ou la célébration du dimanche ne trouvent pas de réponses évidentes dans l'Écriture seule. La confusion dans l'interprétation des Écritures conduit à des divisions dans le christianisme. Pour pallier ces difficultés, Gilly propose de compléter l'Écriture par la tradition et l'intelligence publique de l'Église. Il soutient que l'Écriture seule ne suffit pas comme règle unique de croyance et d'action, et qu'il est crucial d'ajouter la tradition universelle, attestée par le consentement unanime des chrétiens. Cette tradition est vue comme le seul moyen sûr et divin pour guider les fidèles. Les écrits anciens étant sujets à diverses interprétations, le témoignage unanime de l'Église est essentiel pour connaître les livres sacrés, les miracles de Jésus-Christ et les enseignements des apôtres. Gilly exprime sa soumission à la foi catholique romaine, seule communion respectant ce principe. Cette déclaration a été faite lors d'un synode réunissant des députés des consistoires de Touraine, d'Anjou et du Maine, au sein de la religion prétendue réformée. Le discours de M. Gilly n'a pas été interrompu, peut-être en raison de la gravité et de l'éducation des participants, de la présence de M. d'Autichamp représentant Sa Majesté, ou de la surprise causée par cette action audacieuse et inattendue. Aucune réponse n'a suivi le discours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 79-167
DISCOURS DE Mr COURDIL.
Début :
Mr Courdil se servit de ce silence pour la Déclaration / Messieurs, Il me suffiroit sans doute de vous dire, que toutes [...]
Mots clefs :
Église romaine, Dieu, Écriture, Communion, Docteurs, Culte, Calvin, Protestants, Séparation, Apôtres, Raisons, Réformateurs, Prophètes, Ministre, Sainteté, Chrétiens, Charité, Sentiments, Providence, Hérétiques, Secte, Jésus, Conséquences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr COURDIL.
réponse.M
Courdil fe fervit de ce
filence pour la Déclaration
qu'il avoit außi à
faire. Voicy ce qu'il dit à
Affemblée.
G iiij
80
S2S52525 :5252525
DISCOURS
DE M' COURDIL.
MESSIEURS ,
Il me fuffiroit fansdoute
de vous dire , que
toutes les raifons que
M' Gilly vient de vous
alléguer contre la fuffifance
de l'Ecriture fainte
, & en faveur de l'autorité
de l'Eglife , fon81
dée fur la Tradition , &
fur le confentement
tranquille & univerfel
de toutes les parties
qui la compofent , me
font communes avec
luy , pour vous faire
voir combien jufte eft
le deffein que j'ay formé
de me féparer de
vous , & d'entrer dans
l'Eglife Romaine , d'où
la naiffance m'avoit
éloigné , mais je mefens.
encore obligé , pour
82
prévenir les jugemens
téméraires qu'on pour
roitfaire fur mon changement,
de vous rendre -
un compte fidelle &
public de toutes mes
démarches fur ce sujet .
La premiere choſe
qui troubla d'abord
mon efprit , & m'obligea
à faire des Réfléxions
qui m'ont enfin
conduit au point où je
me trouve , eft la diviſion
du Chriſtianiſme,
83
& ce grand nombre de
Societez , dont chacune
prétend
eſtre la vraye
Eglife deJESUS- CHRIST .
Ce qui m'étonnoit davantage,
c'eſt que cette
grande diverfité de Sectes
qui fortirent de l'Eglife
Romaine dans le
dernier fiecle , reconnoiffant
toutes l'Ecriture
fainte pour l'unique
& infaillible regle
de leur Foy , ne laiſſent
pas d'eftre oppofées les
84
unes aux autres , quoy
qu'elles ayet toutes un
même fondement, & un
meſme principe , qui eſt
de ne rien croire qui ne
foit contenu dans la
fainte Ecriture . Quoy,
difois - je là - deffus , la
Religion Chreftienne
rn'a-
t- elle donc que des
incertitudes ? L'Ecriture
fainte, dit-on, eft la regle
infaillible de la Foy,
& cependant
je voy
tant de Communions
85
qui fe diftinguent par
des Créances toutes
contraires , qu'elles fonpourtant
dent
toutes
fur cette Ecriture d'une
maniere probable , &
chacune avec une égale
vray-femblance. Apres
cela, qui cft- ce quipourra
m'affurer que je fuis
dans la Communion la
plus fure pour avoir le
falut Toutes les autres
qui fe difent reformées,
auffi bien qu'elle,
86
luy difputent cet avantage
, & cefemble avec
mefme droit . D'ailleurs,
ce qui mérite le plus de
refléxion , l'Eglife Romaine
les traite toutes
de Schiſmatiques , &
d'Héretiques , & prétend
qu'on ne peut
avoir le falut que dans
fa Communion . Comment
ces Societez oferont-
elles fe fervir de
l'Ecriture pour refuter
les prétentions de cette
87
Eglife, tandis que l'Ecriture
demeure inutile à
leur égard , & n'eſt pas
capable de les accorder
entre elles , & de
faire ceffer leur divifion
?
Dans cet embarras, il
me fembla que je pouvois
calmer l'inquiétude
de mon efprit par
cette confidération
que la Providence avoit
remedié à ce défordre,
en fixant la créance des
88
1
chofes neceffaires au falut
par le Simbole des
Apoftres , qui eft une
Confeffion de foy que
tous les Chreftiens reçoivent
genéralement.
Quoy qu'il en foit , difois-
je , quelque grand
nombre , & quelque diverfité
qu'il y ait de Societez
Chreftiennes , il
eft certain que tous .
ceux qui les compofent,
confeffent le Seigneur
de
bouche , &
croyent
89
4
de coeur que Dieu l'a
reffufcité d'entre les
Morts . Ils feront donc
fauvez , fuivant le témoignage
de S. Paul,
dans fon Epiftre aux
Romains , Chapitre 10 .
Car on croit de coeurpour
eftre juſtifié , & on confeffe
de bouche pour eftre
Sauvé ; c'est pourquoy
l'Ecriture dit, quiconque
croit en cecy, neferapoint
confondu. Iln'ya point
de diftinction à faire de
H
90
Catholique Romain , de
Calvinifte , de Luthérien
, & de tous les autres
, parce que tous n'ont
qu'un mefme Seigneur,
qui eft riche en miféricorde
envers tous , & qui
répand fes richeſſes fur
tous ceux qui l'invoquent
; cartous ceux qui
invoquerot
le nom duŝeigneurferontfauvez
. De
forte que fuivant ainſi
le raifonnement
de l'Apoftre,
je concluois que
91
Tous les Chreftiens generalement
confervant
au fond l'effence de la
Religion Chreftienne
au milieu de leurs divifions
, obtiendroient le
falut indiféremment , eftant
tous d'ailleurs à
peu pres d'accord fur la
regle des moeurs , & de
la fainteté de vie.
Mais une autre penfée
fucceda
bien-toft à
celle-là. Je
fongeay que
cela pourroit
avoir lieu,
Hij
92
fi Dieu ne demandoit
des Chreftiens , que la
foy , & l'obeiſſance ;
mais il leur prefcrit encore
tres- expreffement
un amour , & une charité
réciproque entre
eux . A la bonne heure,
que tous les Chreftiens.
confeffant JESUS de
tout leur coeur , invoquant
fon faint nom, &
obeïffant à fes Commandemens
, puiffent
eftre fauvez fans au93
cune diftinction , pouryeu
qu'ils s'entrefuportent
charitablement ,
& qu'ils vivent dans
une mefme Communion
; mais qu'en peuton
croire pendant qu'ils.
violent toutes les regles
de la charité , pendant
qu'ils s'entredéchirent ,
& s'anathématiſent les
uns les autres , pendant
qu'ils s'entrehaïffent,
& qu'ils fe condamnent
àl'Enfer , par les fenti94
mens qui les divifent ?
Qu'ils fe vantent donc
tous , tant qu'ils voudront
, d'avoir une parfaite
connoiffance de lá
verité , & d'en penétrer
tous les myfteres , s'ils
n'ont pas la charité,
tout le refte ne leur fert
de rien ; & expliquant
icy le raiſonnement de
Saint Paul , au 10. des
Romains , dont je viens
de vous parler , par celuy
qu'il fait au Chapi95
tre 4. de fon Epître aux
Ephéliens . Comme il n'y
peut avoir, diſois -je, parmy
les Chrestiens qu'un
corps, & qu'un efprits
comme il n'y a qu'une
mefme efpérance , à laquelle
ils font appellez ;
comme il n'y a qu'un mefme
Seigneur , une Foy,
un Baptefme ; comme
il n'y a qu'un Dieu, Pere
de tous , qui eft audiffus
de tous, qui étendfa Providencefur
tous, 5 qui
96
réfide en eux tous , ilfaut
außi qu'ils fe fupportent
les uns les autres avec
charité , & que travaillant
avecfoin à conferver
l'unité d'un mefme
efprit par le lien de la
paix , ils neforment tous
enfemble qu'une feule Societé,
une mefme Com
munion.
Enfin cette derniere
penſée en fit venir encore
une autre dans
mon efprit , laquelle y
eft
97
eft demeurée , & qui en
a heureuſement fixé
l'inconftance ; car voulant
répondre à la difficulté
qui fe préſenta
d'abord , fçavoir , à la
quelle de toutes les Societez
Chreftiennes il
faudroit que les autres
fe rangeaffent , pour ne
faire toutes enſemble
qu'une feule & meſme
Communion , cela me
donna lieu d'examiner
les prérogatives que
I
98.
l'Eglife Romainepréced
avoir fur toutes celles
qui s'en fontféparées, de
forte qu'étant covaincu
que toutes les Sectes du
Chriftianifme font forties
du milieu d'elle , &
qu'elle a cet avantage
fur toutes les autres
d'avoir fuccedé immédiatement
aux Apôtres,
& par conféquent d'être
encore par le droit
de la fucceffion ,
Corps , & cette Societé
ce
99
que ces Saints Hommes
établirent fur la Terre,
je conclus qu'il eftoit
jufte , & naturel , que
toutes ces diférentes
Sectes fe réüniffent à
cette Eglife d'où elles
fontforties.
Je ne tiray point cette
conféquence à la legere,&
témerairement . Je
leûs , je méditay avec
toute l'aplication dont
mon efprit fut capable.
Je confultay ma
LYON
I ij
100
raifon ,je confultay l'Ecriture.
Ma raiſon me
fit voir qu'on ne pouvoit
s'imaginer , fans
blafphémer contre la
Providence divine , que
l'état extérieur de l'Eglife
, que Dieu s'eftoit
acquife par un prix infiny
, que J. C.avoir
cimentée
par fon propre
fang ; que fon état , disje
, cuft efté interrompu
prefque
dés ſa naiſſance
.
L'Ecriture
m'apprit
par
IOI
divers Paffages, que l'é
tat extérieur de l'Eglife
de J. C. & fon miniftere
, devoient fubfifter
pendant tous les fiecles
fans interruption , comme
dans S. Mathieu ,
que J. C. devoit eftre
avec les Miniftres de
l'Eglife toûjours , &
tous les jours , jufques à
la fin du Monde , afin
que par fon affiftance
ils puffent inftruire les
Peuples, adminiftrer les
I iij
102
)
Sacremens , & exercer
la Difcipline. Dans l'Epiftre
aux Ephéfiens,
que l'ordre & les fonctions
des Paſteurs &
Docteurs de l'Eglife , devoient
durer
jufqu'aux
fiecles à venir, où les Fidelles
attendroient la
perfection de J. C. Dans
Saint
Mathieu
encore ,
que depuis qu'une fois
Saint Pierre , auffi- bien
que les autres Apoftres,
auroient converty un
103
71
nombre de Juifs , & de
Gentils , & les auroient
affemblez en une mefme
Eglife , comme un
Troupeau de Brébis &
d'Agncaux, pour les pai
tre , eux & les autres
Miniftres apres eux, les
Portes d'Enfer ne prévaudroient
jamais contre
cette Eglife , contre
ce Troupeau, quelques
efforts que le Diable
puft faire par fa rufe , &
par fa malice , & plu-
I
104
fieurs autres chofes de
cette nature . Si cela eft ,
dis-je alors en moymefme
; s'il
eft donc
vray, comme je n'en
puis douter , que l'Eglife
de J. C. ait deû ſubfifter
pendant tous les
fiecles d'une maniere
vifible , & non inter-
2
rompue , qu'on la cherche
ailleurs tant qu'on
voudra , on ne fçauroit
la trouver que dans la
Communion Catholi
105
que. C'eft-elle quipeut
fe vanterjuftement d'avoir
maintenu fon Miniftere
depuis les Apô
tres . Les diférentes
Sectes que nous voyons
font comme autant de
Ruiffeaux , qui fe font
féparez de ce grand
Fleuve , & ne peuvent
que tarir avec le temps
comme ont fait d'autres
; au lieu que pour
luy il a pris fa fource
dans la plénitude des
106
ficcles , & a toujours
coulé
tranquilement
dans un meſme lit ; ce
qui me fait croire qu'il
y coulera fans interruption
,jufqu'à ce qu'il aille
fe décharger , pour ainfi
dire , tout entier , dans
l'Ocean de l'Eternité.
Ce qui m'a confirmé
dans cette penfée , c'eſt
le propre témoignage
des Réformateurs , &
des Docteurs Protef
tans. Calvin avouë luy107
mefme dans fon Inftitution
, que Dieu par fa
Providence avoit confervé
jufques à fon
temps dans la Communion
Romaine , des témoignages
de ſon alliance
, & des
marques
certaines que c'eftoit
1'Eglife de JESUSCHRIST
, afin , adjoûtoit-
il , qu'il ne fuft pas
dit que fon Egliſe euft
péry. Zanchius, celébre
Théologien parmy les.
108
Proteftans , a confirmé
la mefme chofe en divers
endroits , confeſfant
ingénuëment
que
la Communion Romaine
, malgré les efforts
de Satan , a toujours
confervé la forme de
l'Eglife de J. C. & que
fon Alliance , & fon Miniftere
, y ont toujours
demeuré conftamment.
La plupart des autres
parlent tout de meſme .
S'il eft donc certain,
109
difois-je , que la Communion
Romaine a eſté
l'Eglife de Dieu jufqu'au
temps de nos
Peres , pourquoy s'en
font ils féparez ? Pourquoy
ont-ils fait un
Schifme , qui eft, au fentiment
de Calvin , le
plus énorme de tous
les attentats ? On ne
peut , dit-il , s'imaginer
de crime plus atroce , que
de violer par une perfidie
facrilege, en fefeparant
IIO
de l'Eglife , le Mariage
que le Fils de Dieu avoit
daigné contracter avec
nous.
Nos Peres , dira- t - on ,
ont érigé une nouvelle
Eglife pour eftre l'Epouſe
de J. C. parce
que l'autre s'eftoit renduë
indigne de l'eftre;
mais je répons , qu'il ne
fuffit pas qu'une Eglife
fe foit rendue indigne
d'eftre l'Epouſe de J. C,
pour ceffer de l'eftre en
III
effet ; il faut que l'Epoux
luy - mcfme luy ait
donné la Lettre de divorce.
A voir tout ce
que J. C. reproche aux
fept Eglifes , dont il eſt
parlé dans l'Apocalipfe ,
on juge bien d'abord
qu'elles eftoient indignes
de porter le titre
d'Epoufes de J. C. mais
cependant elles ne laiffoient
pas de l'eftre , &
J. C. ne laiſſe pas de les
reconoiftre pour telles.
112
La Synagogue , qui ef
toit autrefois l'Epouſe
de Dieu , s'eft fouvent
rendue indigne de cet
honneur , mais les Prophetes
ne l'ont pourtantjamais
abandonée,
tant que Dieu luy-mef
me ne luy a pas donné
la Lettre de divorce.
C'eft Calvin luy - mefme
, qui m'a fourny
cette penſée. Il nous
repréſente dans ſon Inftitution
les défordres
113
de ce Peuple , fi horri
bles , qu'Ifaïe les compare
à bon droit à Sodome
, & à Gomorre . Il
nous y fait voir la Religionméprifée,
& fouillée
par de faux cultes , &
les moeurs entierement
dépravées, mefme dans
les
Sacrificateurs . Ce
pendant , adjoute-t- il ,
jamais les Prophetes ne
saviferent d'ériger de
nouvelles Eglifes , de
dreffer de nouveaux Au-
K
114
tels pour faire leur Service
à part ; mais quelque
corrompue que fuft
cette Societé , parce que
Dien j avoit établyfa
parole , & fon culte , ils
élevoient vers luy leurs
mains pures , au milieu
de l'Affemblée de ces Impies
, fans crainte de fe
fouiller. Rien donc, continuë-
t-il , ne les retenoit
dans cette Societé , dans
cette Eglife corrompue,
que le defir de conferver
115
l'unité , adjoûtant ce
qu'il a déja dit . Rien ne
les retenoit que le defir
d'entretenir fidellement
ce Mariage , que Dieu
avoit contracté avec elle,
qu'ils ne pouvoient rompre
d'eux- mefmes, fans
une teméritéfacrilege, en.
Le feparant de cette Egli
fe , pour en former une
autre. Pourquoy donc
Calvin luy-mefme , &
les
autres
, n'ont-ils
demeuré dans l'Eglife
pas
Kij
116
Romaine , quoy que
corrompue , comme ils
prétendoient
, pour conferver
l'unité ? Pourquoy
ont-ils rompu ce
facréMariage que Dieu
avoit contracté avec
elle , puis qu'ils ne nient
pas qu'elle ne fuft l'Eglife
de Dieu , & qu'il
n'y reftaft des témoi
gnages de fon Alliance,
quand ils en font fortis,
comme nous avons déja
yeu : Certe Eglife eftoit117
elle plus corrompuë
que la Judaïque ; ou
avoient - ils plus d'authorité
que des Prophetes
? Perfonne n'oferoit
fans-doute foùtenir
l'une & l'autrede
ces deux chofes.
Certes une telle féparation
eft une affaire de
fi grande importance,
que quand Dieu , laffe
des infidelitez de ce
Peuple dont nous venons
deparler , & pour
118
accomplir fon decret,
a voulu fe faire une autre
Epoufe, & fe former .
une nouvelle Eglife ; il
a envoyé fon Fils luymefme
fur la Terre ,
avec des marques de fa
Divinité , & a revétu
les Apoftres de dons extraordinaires
& miraculeux
, comme autant
de preuves infaillibles
de la Miffion qu'ils avoiet
receue pour cela;
& afin de fignifier au119
tentiquement qu'il donnoit
la Lettre de divorce
à ce Peuple , il fit renverfer
le Temple de Jérufalem
, & abolit par
là le culte qui s'y exerçoit
; de mefme qu'ef
tant enfin laffé de l'impenitence
des ces Egliſes
de l'Apocalipfe dont
nous avons parlé , pour
marquer qu'il leur donnoit
la Lettre de divorce,
il transporta ailleurs
leurs Chandeliers , &
120
"
ya laiffé établir le culte
de l'infâme Mahomet
.
Mais dans la Prétendue
Réformation , onon né
fçauroit dire qu'il y ait
rien d'approchant . L'Eglife
dont on fe fépare,
conferve toujours fon
ancien culte , & fes premieres
prérogatives,fon
miniftere , & fon ordre.
Ceux qui veulent former
une nouvelle Eglife
, & approprier une
nouvelle Epouſe à J. C.
ne
121
ne font que des Hommes
fort ordinaires, fans)
Miffion, fans Vocation,
& fans Miracles , qui
n'agiſſent que par paſfion
, ou du moins par
occafion , de forte que
ce ne peut eftre que
par une criminelle témérité
qu'ils fe font ſéparez
de l'Eglife Romaine.
On me dira peut - eſtre
qu'il n'eftoit pas neceffaire
qu'ils fiffent des
L
122
Miracles pour autorifer
une Miffion , parce
qu'ils ne venoient pas
annoncer une nouvelle
Alliance , comme faifoient
les Apoftres , &
qu'ils ne préchoient que
le mefme Evangile , que
les Apoftres avoient fi
bien confirmé par leurs
propres Miracles ; mais
c'eſt la Queſtion . C'eſtlà
proprement ce qu'on
leur difpute . On les accufe
d'alterer cette Al123
.
liance , de falfifier cet
Evangile à divers é
gards , de forte qu'ils
avoient befoin de preuves
autentiques pour fe
juftifier de cela ; & il ne
ferviroit de rien de dire
qu'ils s'en juftifioient
par la fainte Ecriture,
par la parole de Dieu ,
car on prétend que ce
n'eft pas la parole de
Dieu qui leur rend témoignage
, mais leurs
propres paroles , ayant
Lij
124
détourné l'Ecriture à
leur fens par leurs fubtiles
, mais vaines ex-
De forte plications.
qu'il eftoit toujours neceffaire
qu'ils fiffent des
Miracles , pour faire recevoir
fans contredits
leurs explications, comme
conformes à l'intention
de Dieu , fur tout
parce qu'elles s'opoſent
à un confentemēt
tranquille
& univerfel de
toute l'Eglife , & à une
a
125
Tradition qu'elle prétendoit
tenir des Apôtres
mefmes . Sans- doute
que J. C. expliquoit
les Propheties qui le regardoient
, d'une maniere
capable de perfuader
, & faifoit voir
qu'elles s'accopliffoient
en luy. Cependant , nonobftant
la verité, & la
force de ces explicatios,
if nous dit luy - meſme,
que s'il n'eût fait devant
les Juifs les fignes qu'il
Lij
126
faifoit , ils auroient eſté
fans peché , parce qu'il´
parloit contre un confentement
univerfel de
ce Peuple , & contre fa
Tradition tranquille.
D'ailleurs , comme il y
en a eu pluſieurs qui
font venus en mefme
temps fous le titre de
Réformateurs , & qui
prétendoient tous n'annoncer
que la pure ve
rité de l'Evangile , quoy
qu'ils fuffent oppofez
127
dans leurs fentimens , il
falloit du moins des fignes
pour diftinguer les
faux Réformateurs d'avec
les veritables , d'autant
plus que les preuves
qu'ils tiroient de
l'Ecriture chacun en faveur
de fon opinion , eftoient
également aparentes
, & probables, &
pouvoient
fraper également
les efprits .
Enfin cette diverfité
mefme de fentimens,
Liiij
128
n'eft- elle pas une marque
évidente de leur illégitime
Miffion ? Le
S. Efprit peut-il foufler
le doux & l'amer , le
vray & le faux tout enfemble?
Si les Apoftres
ont eu quelques diférens
, ce n'eftoit que fur
des chofes legeres , de
peu d'importance , &
qui finiffoient auffi-toft;
mais les diférens des
Réformateurs durent
longtemps , & font de
129
la
derniere
importance;
car pour ne parler pas
des Arminiens
, des Atrabatiftes
, des Sociniens ,
& de divers autres , qui
ſe vantent
pourtant
de
Réformation , mefme
au deffus de tous les autres
Réformez
, les Luthériens
& les Calviniftes
eux -mefmes , ne
fe traitoient- ils pas réciproquement
d'Herétiques
, avant que quelques
raifons de politi130
que euffent obligé ces
derniers à rechercher
Tanion : & ces premiers
ne demeurerent- ils pas
toujours dans les mefmes
fentimens ? Certes
on peut bien dire qué
commeapres
leDéluge,
lors que les Hommes
voulurent
fe bâtir une
haute Tour , afin de fe
préſerver d'une feconde
Innondation , Dieu témoigna
vifiblemet qu'il
def- aprouvoit
leur def
131
fein , & condamnoit
leur ouvrage , quand il
confondit leur Langage
, & les fit parler chacun
diféremment ; de
mefme lors que ceux
qui prétendoient s'eftre
fauvez d'un déluge d'erreurs
, & de fuperftitions
en fortant de l'Eglife
Romaine , voulurent
fe faire un Edifice,
& bâtir une nouvelle
Eglife qui ne fuft plus
fujeteà une pareille In132
nondation , Dieu marqua
fans- doute manifeftement
qu'il def-aprouvoit
leur deffein, &
condamnoit leur ouvrage
, en confondant
leur
langage , pour les
laiſſer parler fi diféremment
.
Allons plus avant.
Tous les Docteurs
Proteftans
, Calvin , Zanchius
, d'Avenantius , &
les autres dont il feroit
trop long de
rappórter
133
les témoignages , demeurent
d'accord qu'-
uge Communion eft ve
ritablement de J. C &
qu'il ne faut point s'en
féparer , tandis qu'elle
garde les chofes effentielles
à la Religion , &
neceffaires au falut ; &
M Daillié avouë luymefme
dans fon Apologie
, & dans fa Replique
contre le Pere
Adam ; & M Cotibi ,
que l'Eglife Romaine a
1341
confervé jusques à pré-
Sent toutes fes veritez
effentielles ,fondamentales,
& néceffaires . De
forte que je conclusraifonnablement
felon ces
témoignages , qu'on
n'a pas deû s'en féparer;
mais , dit M' Daillié, &
tous les Proteftans avec
luy , à ces doctrines
faintes & ordinaires,
que l'Eglife Romaine
retient , elle en a joint
d'autres humaines , in135
certaines , inconnuës à
l'Ecriture
, quelquesunes
mefmes qui choquent,
& renverfent les
a
premieres ; en un mot
il n'y a pas moyen d'avoir
Communion avec
elle, à caufe de fes fuperftitions,
& de fon idolâtrie.
Je n'entreray point
icy dans la difcution des
Articles , qui font le fujet
de ces invectives , &
n'entreprendray pas de
fairelà- deffus l'apologie
136
1
de l'Eglife , cela me meneroit
trop loin pour
un Difcours comme celuy-
cy . M' l'Evefque
de Meaux entr'autres,
l'a fait d'une maniere,
où il n'y a rien à repliquer
, & l'a pleinement
juftifiée de ces fauffes
accufations . Mais je
veux faire voir feulement
en deux mots,
qu'en fupofant mefme,
s'il m'eſt permis de parler
ainfi , que ces accu137
fations fuffent juftes, on
n'a pourtant pas eu
droit de s'en féparer .
- Je dis donc premierement
, que quelques
grands qu'on fe puiffe
figurer les abus de l'Eglife
Romaine , ce n'eft
pas à dire qu'on deuſt
les prendre pour de
juftes raifons de feparation
, puis que ceux de
ces anciens Juifs dont
nous avons parlé tantoft
, alloient jufques
M
138
culte des faux
au
Dieux , & que cependant
Calvin luy meſme,
nous a dit que les Prophetes
ne voulurent
&
ne durent pas s'en féparer
, parce que Dieu
avoit étably fon culte
& fa parole au milieu
d'eux . Suivant
cet éxemple
, je foutiens
que
quand même l'EglifeRo
maine feroit allée jufques
à l'idolâtrie
( cela
foit dit par une tres139
fauffe fuppofition , &
pour ofter feulement
tout prétexte ) tout ce
que nos Peres pouvoient
faire , c'eftoit d'imiter
les Prophetes en
criant contre les excés
de ces prétendus abus;
mais non plus qu'eux ,
ils ne devoient jamais
fe féparer de l'Eglife,
où Dieu avoit mis fon
culte , & fa parole ; car
quand l'Apoftre dit qu'il
faut fuir l'idolâtrie , qui
Mij
140
ne fçait qu'il entend
parler des Societez
Payennes & quand
mefme cela pourroit
s'étendre jufqu'à l'Eglife
, pour ainfi dire , il
faudroit toûjours entendre
une fuite & une
féparation négative , &
non pas pofitive , comme
eftoit celle des Prophetes
, qui levoient
leurs mains pures vers
Dieu , au milieu meſme
de l'impieté
; ce font les
141
propres termes de Calvin.
Secondement
, je
dis que les Docteurs
Proteftans
, entr'autres
M Daillié dans fon Apologie
, avouent euxmefmes
que
quelques
énormes que
paroiffent
les abus dans une Com .
munion , on ne doit
point la quitter , quand
ceux qui les profeffcnt
nient les damnables
conféquences qu'on en
peutirer. Jefçais qu'on
142
a dit cela en faveur des
Luthériens ; mais puis
qu'on propofe cette
maxime comme generale
, pourquoy ne l'appliqueroit
- on pas éga
lement aux Catholi
ques , quinient
abfolu
ment tant de mauvaiſes
conféquences qu'on
tire de leur culte , & de
leur pratique ? En troifiéme
lieu , je dis que les
Réformateurs mefme,
& les plus habiles Do143
'contraints
&teurs Proteftans , font
d'avouer
que la plupart des abus
qu'on impute à l'Egliſe
Romaine , ne font tout
au plus que ce bois , ce
foin , & cette paille
dont parle Saint Paul
dans fa premiere Epître
aux Corinthiens , Chapitre
3. qu'on baftit fur
le fondement
, mais qui
ne renverfent pas ; de
forte qu'ils ne peuvent
pas eftre de juftes mo144
tifs de féparation , de
l'aveu mefme des Proteftans
, qui ne mettent
en ce nombre que les
erreurs fondamentales;
on n'a qu'à lire là - deffus
Calvin , & Parocus . Je
dis en quatriéme lieu,
que ces Docteurs , &
fur tout Mr Daillié dans
fon Apologie , ayouent
encore qu'il eft injufte
d'imputer à une Eglife,
ce que des Docteurs
particuliers y enfeignet,
ou
145
ou que le Peuple y pra
tique. C'eft pourquoy
l'on nefçauroit prendre
pour de juftes cauſes
d'éloignement de l'E
glife Romaine, desabus,
qui ne feroient tout au
plus enfeignez que par
des Docteurs particuliers
, ou pratiquez par
le Peuple , fans que l'Eglife
les approuvaſt .
Ainfi on ne doit , & on
ne peut juger des fentimens
de l'Eglife Ro
N
14
146
maine , que par les Ca
nons du Concile de
Trente , ou par l'expofition
qu'en a donné Mª
de Meaux , dont le Livre
a efté approuvé,
non feulement des Evefques
, & des Cardinaux
, mais du Pape
meſme par une Bulle
authentique .
Enfin , fupofé que l'Eglife
Romaine a confervé
parmy les abus qu'
on luy impute , toutes
$147
les veritez effentielles à
la Religion , & neceffaires
au falut , comme
nous l'avons montré
par le témoignage meſme
des Docteurs Proteftans
, il eft fi conftant
qu'on n'a pas deù s'en
féparer à cauſe de ces
abus , que J. C nous a
luy - mefme confirmé
cette maxime , & par
fa Doctrine, & parfon
exemple , dans la Parabole
de l'Ivroye , qu'il
Nij
148
explique
des fcandales
qui regardent
la Doctrine
, & de l'iniquité
qui
regarde les moeurs ; car
comme il eft défendu
dans cette Parabole,
d'arracher l'Ivroye qui
eft parmy le bon grain,
cela nous montre qu'à
l'égard du Champ du
Seigneur , à l'égard de
fon Eglife , il ne faut
point faire de féparation
fous prétexte qu'-
on y enfeigne de mau149
vaifes doctrines , quand
on y retient en meſme
temps les effentielles ,
& les neceffaires ; &
comme l'Ecriture ne fe
contredit point , quand
Saint Paul dans fon Epître
aux Romains , Chapitre
16. & ailleurs, exhorte
les Fidelles de
prendre garde à ceux
qui caufoient parmy
eux des divifions , & des
fcandales.contre la do
ctrine , & d'éviter leur
Niij
150
copagnie, cela n'autho
rife en aucune maniere
cette féparation dont
nous parlons , puis qu'
au contraire il faut entendre
dans ces endroits
ceux qui vouloient
divifer l'Eglife,
& qui ne retenoient
point les chofes effentielles
à la Religion
.
J'ay dit encore que
J. C. avoit confirmé
par fon exemple , ce
que j'avance. En effet ,
ISI
il ne s'eft jamais féparé
de l'Eglife Judaïque,
quelque corrópuë qu'-
elle fuft , & quoy que
les Scribes & les Pharifiens
euffent introduit
d'étranges défordres , &
d'infignes abus dans la
Religion , cependant
vorcy 1'ordre qu'il
donne à fes Difciples à
leur égard. Les Scribes
les Pharifiens,
-dit-il , font aßis dans la
Chaire de Moife . Obfer
Niiij
152
vez donc , & faites tout
ce qu'ils vous ordonnent
.
Il
n'entendoit pas fansdoute
par - là , qu'ils
fuiviffent
aveuglement
tous leurs
enſeignemens
, quels qu'ils puffent-
eftre ; car il leur
dit ailleurs , qu'ils fe
donnaffent de garde du
levain de leur doctrine ;
mais il ne vouloit pas
qu'ils fiffent des Schifmes
, jufqu'à ce que le
temps fuft venu de dref
153
fer une nouvelle Chai
re , où ils devoient s'établir
eux-mefmes avec
cette autorité que leur
acquirent leurs Miracles
. Il vouloit qu'en
vertu de la venerable
fucceffion , en confidération
de la Chaire de
Moïfe, ils n'abandōnaffent
point cesDocteurs ,
& leur Miniftere ; mais
qu'ils les écoutafsēt dās
les chofes effentielles
de laReligion
, en fe gar154
dant du mauvais levain
de leurs erreurs , & de
leurs abus . Pourquoy
donc nos Peres n'ont-ils
pas fuivy l'exemple de
J. CHRIST ? Quelques
erreurs , & quelques
abus qu'ils puiffent croire
que les Docteurs de
l'Eglife Romaine avoiet
adjoûtez à l'effence de
la Religion , il falloit
toûjours demeurer auprés
d'eux , & les écoûter
en vertu de la vene-
1
ISS
rable fucceffion des Apoftres
, & en cofidération
de leur Chaire fur
laquelle ils font affis,
en ſe gardant du mauvais
levain de leur do-
Єtrine , & de leur culte,
fupofé qu'il y en euſt.
J'ay confideréférieu
fement ce qu'on pouvoit
oppofer là-deffus,
& j'ay trouvé qu'on ne
peut alléguer , & qu'on
n'allegue en effet , que
ces deux choſes ; la pre156
miere , que la fépara
tion des Réformateurs
a eftéforcée , qu'on les
a chaffez & excommuniez
, de forte qu'ils ne
pouvoient pas fe difpenfer
apres cela de former
des Societez féparées de
l'Eglife , pour y fervir
Dieu avec liberté ; la
feconde , que quelques
inconveniens qu'il y ait
dans cette féparation
de nos Peres , ils ne re
gardent pas ceux qui fe
157
trouvent préfentement
féparez fans y avoir
contribué , puis que deformais
fe trouvant en
poffeffion de la verité
dans ces Societez que
leurs Peres ont formées
, ils fe fentent obligez
en confcience d'y
demeurer
; mais apres
avoir bien examiné ces
deux raifons , je ne les
ay pas trouvées fuffifantes
pour me faire
changer de fentiment .
158
En effet , pour ce qui
eft de la premiere , nos
Peres eftant dans l'Eglife
Catholique , ve
nant à s'opposer à fa
croyance , & perſéverant
dans leur rebellion,
il eftoit fans- doure
du devoir de cette Eglife
de les excommunier
,
comme on le pratique
encore parmy nous ;
mais cela ne les mit
point en droit de faire
ce qu'ils ont fait. Ils
159
devoient plutoft fe retirer
dans des Déserts ,
s'ils ne pouvoient ſe
foumettre en confcience
, mais non pas ufurper
témérairement
l'autorité
de former de nou
velles Societez . C'eſt
ainfi que fit Elie , lors
qu'il fut chaffé de la
Communion d'Ifraël,
& pourſuivy par ce
Peuple , fans fonger à
emmener avec luy quelque
troupe de Gens
160
1
qu'il auroit pû gagner,
pour aller fervir Dieu
ailleurs en
particulier.
Dieu luy déclare qu'ily
en avoit fept mille qui
ne participoient
point à
l'idolâtrie de leurs Freres
, mais il les laiſſe toùjours
dans leur Societé,
toute corrompuë qu'-
elle eftoit , & Elie ne
demande point de les
attirer apres luy.
Pour la feconde raifon
, elle eft entiere-
A
.
161
ment vaine. Ceux qui
fe trouvent dans les Socierez
féparées , font
toûjours coupables à
peu près du mefine crime
que leurs Peres . Ils
entretiennent le Schif
me que les autres ont
fait ; ils rompent l'uni
té de l'Eglife ; ils déchirent
le Corps de JESUSCHRIST
, & quoy qu'il
en foit , leur tranquilité
reft toujours criminelle,
puis qu'ils fuivent aveu162
glement les dogmes
de leurs Peres , qu'ils
croyent
des veritez
fans les examiner , &
fans le pouvoir meſ-
A
me faire par leur regle
, comme M' Gilly
l'a montré. Ainfi ils
devroient fe mettre
dans le meſme état
qu'eftoient autrefois
leurs Peres , & fupofant
qu'ils font encore
dans la Communion
Romaine, examiner s'ils
163
ont des caufes fuffifantes
de s'en féparer , &
alors confideranto la
choſe en conſcience
4
dans la crainte de Dieu ,
délivrez des préjugez de
leur naiffance , & de
leur éducation , & éexempts
de tous les motifs
illégitimes qui ont
fait agir leurs Pères ,
comme à l'égard des
Docteurs , le dépit de
quelque affront , l'ambition
, & la gloire de
O ij
164
paffer pour habiles , &
d'eftre Chefs de Partys,
& chofes femblables ; à
l'égard du Peuple , l'amour
de la nouveauté,
le torrent des exemples,
la tirannie prétendue de
l'Eglife, le droit de juger
de l'Ecriture, les moeurs
corrompues des Eccléfiaftiques
, & telles autres
chofes, je fuis für,
que s'ils agiffoient ainsi,
les raifons convaincantes
que j'ay allé
165
guées leur viendroient
dans l'efprit , & les obligeroient
à fe réunir à
l'Eglife Catholique . Je .
l'ay fait , Meffieurs , cet
examen & la chofe
,
m'a réuffy. Je prie Dieu
de tout mon coeur, que
vous faffiez tous de méme
, & avec le meſme
fuccés que moy.
Ce Difcours fut écouté
avec la mefmefurprise,
&la mefme attention
166
qu'avoit caufé le premier
; & aucun de ceux
qui compofoient
l'Affemblée
, n'ayant entrepris
de combatre les raifons
dont s'eftoientfervis
ces deuxfçavans Hommes,
pourfaire connoiftre
l'obligation indifpenfa
ble où ilsfe trouvoient de
fe réunir à l'Eglife
tholique, ils fe retirerent
apres leur avoirfouhaité
à tous la mefmefoûmiffion
aux Veritez qu'ils
Ca167
reconnoiſſoient, & la même
grace qu'ils avoient
reçeuë,pour en eftre entierement
convaincus
.
Courdil fe fervit de ce
filence pour la Déclaration
qu'il avoit außi à
faire. Voicy ce qu'il dit à
Affemblée.
G iiij
80
S2S52525 :5252525
DISCOURS
DE M' COURDIL.
MESSIEURS ,
Il me fuffiroit fansdoute
de vous dire , que
toutes les raifons que
M' Gilly vient de vous
alléguer contre la fuffifance
de l'Ecriture fainte
, & en faveur de l'autorité
de l'Eglife , fon81
dée fur la Tradition , &
fur le confentement
tranquille & univerfel
de toutes les parties
qui la compofent , me
font communes avec
luy , pour vous faire
voir combien jufte eft
le deffein que j'ay formé
de me féparer de
vous , & d'entrer dans
l'Eglife Romaine , d'où
la naiffance m'avoit
éloigné , mais je mefens.
encore obligé , pour
82
prévenir les jugemens
téméraires qu'on pour
roitfaire fur mon changement,
de vous rendre -
un compte fidelle &
public de toutes mes
démarches fur ce sujet .
La premiere choſe
qui troubla d'abord
mon efprit , & m'obligea
à faire des Réfléxions
qui m'ont enfin
conduit au point où je
me trouve , eft la diviſion
du Chriſtianiſme,
83
& ce grand nombre de
Societez , dont chacune
prétend
eſtre la vraye
Eglife deJESUS- CHRIST .
Ce qui m'étonnoit davantage,
c'eſt que cette
grande diverfité de Sectes
qui fortirent de l'Eglife
Romaine dans le
dernier fiecle , reconnoiffant
toutes l'Ecriture
fainte pour l'unique
& infaillible regle
de leur Foy , ne laiſſent
pas d'eftre oppofées les
84
unes aux autres , quoy
qu'elles ayet toutes un
même fondement, & un
meſme principe , qui eſt
de ne rien croire qui ne
foit contenu dans la
fainte Ecriture . Quoy,
difois - je là - deffus , la
Religion Chreftienne
rn'a-
t- elle donc que des
incertitudes ? L'Ecriture
fainte, dit-on, eft la regle
infaillible de la Foy,
& cependant
je voy
tant de Communions
85
qui fe diftinguent par
des Créances toutes
contraires , qu'elles fonpourtant
dent
toutes
fur cette Ecriture d'une
maniere probable , &
chacune avec une égale
vray-femblance. Apres
cela, qui cft- ce quipourra
m'affurer que je fuis
dans la Communion la
plus fure pour avoir le
falut Toutes les autres
qui fe difent reformées,
auffi bien qu'elle,
86
luy difputent cet avantage
, & cefemble avec
mefme droit . D'ailleurs,
ce qui mérite le plus de
refléxion , l'Eglife Romaine
les traite toutes
de Schiſmatiques , &
d'Héretiques , & prétend
qu'on ne peut
avoir le falut que dans
fa Communion . Comment
ces Societez oferont-
elles fe fervir de
l'Ecriture pour refuter
les prétentions de cette
87
Eglife, tandis que l'Ecriture
demeure inutile à
leur égard , & n'eſt pas
capable de les accorder
entre elles , & de
faire ceffer leur divifion
?
Dans cet embarras, il
me fembla que je pouvois
calmer l'inquiétude
de mon efprit par
cette confidération
que la Providence avoit
remedié à ce défordre,
en fixant la créance des
88
1
chofes neceffaires au falut
par le Simbole des
Apoftres , qui eft une
Confeffion de foy que
tous les Chreftiens reçoivent
genéralement.
Quoy qu'il en foit , difois-
je , quelque grand
nombre , & quelque diverfité
qu'il y ait de Societez
Chreftiennes , il
eft certain que tous .
ceux qui les compofent,
confeffent le Seigneur
de
bouche , &
croyent
89
4
de coeur que Dieu l'a
reffufcité d'entre les
Morts . Ils feront donc
fauvez , fuivant le témoignage
de S. Paul,
dans fon Epiftre aux
Romains , Chapitre 10 .
Car on croit de coeurpour
eftre juſtifié , & on confeffe
de bouche pour eftre
Sauvé ; c'est pourquoy
l'Ecriture dit, quiconque
croit en cecy, neferapoint
confondu. Iln'ya point
de diftinction à faire de
H
90
Catholique Romain , de
Calvinifte , de Luthérien
, & de tous les autres
, parce que tous n'ont
qu'un mefme Seigneur,
qui eft riche en miféricorde
envers tous , & qui
répand fes richeſſes fur
tous ceux qui l'invoquent
; cartous ceux qui
invoquerot
le nom duŝeigneurferontfauvez
. De
forte que fuivant ainſi
le raifonnement
de l'Apoftre,
je concluois que
91
Tous les Chreftiens generalement
confervant
au fond l'effence de la
Religion Chreftienne
au milieu de leurs divifions
, obtiendroient le
falut indiféremment , eftant
tous d'ailleurs à
peu pres d'accord fur la
regle des moeurs , & de
la fainteté de vie.
Mais une autre penfée
fucceda
bien-toft à
celle-là. Je
fongeay que
cela pourroit
avoir lieu,
Hij
92
fi Dieu ne demandoit
des Chreftiens , que la
foy , & l'obeiſſance ;
mais il leur prefcrit encore
tres- expreffement
un amour , & une charité
réciproque entre
eux . A la bonne heure,
que tous les Chreftiens.
confeffant JESUS de
tout leur coeur , invoquant
fon faint nom, &
obeïffant à fes Commandemens
, puiffent
eftre fauvez fans au93
cune diftinction , pouryeu
qu'ils s'entrefuportent
charitablement ,
& qu'ils vivent dans
une mefme Communion
; mais qu'en peuton
croire pendant qu'ils.
violent toutes les regles
de la charité , pendant
qu'ils s'entredéchirent ,
& s'anathématiſent les
uns les autres , pendant
qu'ils s'entrehaïffent,
& qu'ils fe condamnent
àl'Enfer , par les fenti94
mens qui les divifent ?
Qu'ils fe vantent donc
tous , tant qu'ils voudront
, d'avoir une parfaite
connoiffance de lá
verité , & d'en penétrer
tous les myfteres , s'ils
n'ont pas la charité,
tout le refte ne leur fert
de rien ; & expliquant
icy le raiſonnement de
Saint Paul , au 10. des
Romains , dont je viens
de vous parler , par celuy
qu'il fait au Chapi95
tre 4. de fon Epître aux
Ephéliens . Comme il n'y
peut avoir, diſois -je, parmy
les Chrestiens qu'un
corps, & qu'un efprits
comme il n'y a qu'une
mefme efpérance , à laquelle
ils font appellez ;
comme il n'y a qu'un mefme
Seigneur , une Foy,
un Baptefme ; comme
il n'y a qu'un Dieu, Pere
de tous , qui eft audiffus
de tous, qui étendfa Providencefur
tous, 5 qui
96
réfide en eux tous , ilfaut
außi qu'ils fe fupportent
les uns les autres avec
charité , & que travaillant
avecfoin à conferver
l'unité d'un mefme
efprit par le lien de la
paix , ils neforment tous
enfemble qu'une feule Societé,
une mefme Com
munion.
Enfin cette derniere
penſée en fit venir encore
une autre dans
mon efprit , laquelle y
eft
97
eft demeurée , & qui en
a heureuſement fixé
l'inconftance ; car voulant
répondre à la difficulté
qui fe préſenta
d'abord , fçavoir , à la
quelle de toutes les Societez
Chreftiennes il
faudroit que les autres
fe rangeaffent , pour ne
faire toutes enſemble
qu'une feule & meſme
Communion , cela me
donna lieu d'examiner
les prérogatives que
I
98.
l'Eglife Romainepréced
avoir fur toutes celles
qui s'en fontféparées, de
forte qu'étant covaincu
que toutes les Sectes du
Chriftianifme font forties
du milieu d'elle , &
qu'elle a cet avantage
fur toutes les autres
d'avoir fuccedé immédiatement
aux Apôtres,
& par conféquent d'être
encore par le droit
de la fucceffion ,
Corps , & cette Societé
ce
99
que ces Saints Hommes
établirent fur la Terre,
je conclus qu'il eftoit
jufte , & naturel , que
toutes ces diférentes
Sectes fe réüniffent à
cette Eglife d'où elles
fontforties.
Je ne tiray point cette
conféquence à la legere,&
témerairement . Je
leûs , je méditay avec
toute l'aplication dont
mon efprit fut capable.
Je confultay ma
LYON
I ij
100
raifon ,je confultay l'Ecriture.
Ma raiſon me
fit voir qu'on ne pouvoit
s'imaginer , fans
blafphémer contre la
Providence divine , que
l'état extérieur de l'Eglife
, que Dieu s'eftoit
acquife par un prix infiny
, que J. C.avoir
cimentée
par fon propre
fang ; que fon état , disje
, cuft efté interrompu
prefque
dés ſa naiſſance
.
L'Ecriture
m'apprit
par
IOI
divers Paffages, que l'é
tat extérieur de l'Eglife
de J. C. & fon miniftere
, devoient fubfifter
pendant tous les fiecles
fans interruption , comme
dans S. Mathieu ,
que J. C. devoit eftre
avec les Miniftres de
l'Eglife toûjours , &
tous les jours , jufques à
la fin du Monde , afin
que par fon affiftance
ils puffent inftruire les
Peuples, adminiftrer les
I iij
102
)
Sacremens , & exercer
la Difcipline. Dans l'Epiftre
aux Ephéfiens,
que l'ordre & les fonctions
des Paſteurs &
Docteurs de l'Eglife , devoient
durer
jufqu'aux
fiecles à venir, où les Fidelles
attendroient la
perfection de J. C. Dans
Saint
Mathieu
encore ,
que depuis qu'une fois
Saint Pierre , auffi- bien
que les autres Apoftres,
auroient converty un
103
71
nombre de Juifs , & de
Gentils , & les auroient
affemblez en une mefme
Eglife , comme un
Troupeau de Brébis &
d'Agncaux, pour les pai
tre , eux & les autres
Miniftres apres eux, les
Portes d'Enfer ne prévaudroient
jamais contre
cette Eglife , contre
ce Troupeau, quelques
efforts que le Diable
puft faire par fa rufe , &
par fa malice , & plu-
I
104
fieurs autres chofes de
cette nature . Si cela eft ,
dis-je alors en moymefme
; s'il
eft donc
vray, comme je n'en
puis douter , que l'Eglife
de J. C. ait deû ſubfifter
pendant tous les
fiecles d'une maniere
vifible , & non inter-
2
rompue , qu'on la cherche
ailleurs tant qu'on
voudra , on ne fçauroit
la trouver que dans la
Communion Catholi
105
que. C'eft-elle quipeut
fe vanterjuftement d'avoir
maintenu fon Miniftere
depuis les Apô
tres . Les diférentes
Sectes que nous voyons
font comme autant de
Ruiffeaux , qui fe font
féparez de ce grand
Fleuve , & ne peuvent
que tarir avec le temps
comme ont fait d'autres
; au lieu que pour
luy il a pris fa fource
dans la plénitude des
106
ficcles , & a toujours
coulé
tranquilement
dans un meſme lit ; ce
qui me fait croire qu'il
y coulera fans interruption
,jufqu'à ce qu'il aille
fe décharger , pour ainfi
dire , tout entier , dans
l'Ocean de l'Eternité.
Ce qui m'a confirmé
dans cette penfée , c'eſt
le propre témoignage
des Réformateurs , &
des Docteurs Protef
tans. Calvin avouë luy107
mefme dans fon Inftitution
, que Dieu par fa
Providence avoit confervé
jufques à fon
temps dans la Communion
Romaine , des témoignages
de ſon alliance
, & des
marques
certaines que c'eftoit
1'Eglife de JESUSCHRIST
, afin , adjoûtoit-
il , qu'il ne fuft pas
dit que fon Egliſe euft
péry. Zanchius, celébre
Théologien parmy les.
108
Proteftans , a confirmé
la mefme chofe en divers
endroits , confeſfant
ingénuëment
que
la Communion Romaine
, malgré les efforts
de Satan , a toujours
confervé la forme de
l'Eglife de J. C. & que
fon Alliance , & fon Miniftere
, y ont toujours
demeuré conftamment.
La plupart des autres
parlent tout de meſme .
S'il eft donc certain,
109
difois-je , que la Communion
Romaine a eſté
l'Eglife de Dieu jufqu'au
temps de nos
Peres , pourquoy s'en
font ils féparez ? Pourquoy
ont-ils fait un
Schifme , qui eft, au fentiment
de Calvin , le
plus énorme de tous
les attentats ? On ne
peut , dit-il , s'imaginer
de crime plus atroce , que
de violer par une perfidie
facrilege, en fefeparant
IIO
de l'Eglife , le Mariage
que le Fils de Dieu avoit
daigné contracter avec
nous.
Nos Peres , dira- t - on ,
ont érigé une nouvelle
Eglife pour eftre l'Epouſe
de J. C. parce
que l'autre s'eftoit renduë
indigne de l'eftre;
mais je répons , qu'il ne
fuffit pas qu'une Eglife
fe foit rendue indigne
d'eftre l'Epouſe de J. C,
pour ceffer de l'eftre en
III
effet ; il faut que l'Epoux
luy - mcfme luy ait
donné la Lettre de divorce.
A voir tout ce
que J. C. reproche aux
fept Eglifes , dont il eſt
parlé dans l'Apocalipfe ,
on juge bien d'abord
qu'elles eftoient indignes
de porter le titre
d'Epoufes de J. C. mais
cependant elles ne laiffoient
pas de l'eftre , &
J. C. ne laiſſe pas de les
reconoiftre pour telles.
112
La Synagogue , qui ef
toit autrefois l'Epouſe
de Dieu , s'eft fouvent
rendue indigne de cet
honneur , mais les Prophetes
ne l'ont pourtantjamais
abandonée,
tant que Dieu luy-mef
me ne luy a pas donné
la Lettre de divorce.
C'eft Calvin luy - mefme
, qui m'a fourny
cette penſée. Il nous
repréſente dans ſon Inftitution
les défordres
113
de ce Peuple , fi horri
bles , qu'Ifaïe les compare
à bon droit à Sodome
, & à Gomorre . Il
nous y fait voir la Religionméprifée,
& fouillée
par de faux cultes , &
les moeurs entierement
dépravées, mefme dans
les
Sacrificateurs . Ce
pendant , adjoute-t- il ,
jamais les Prophetes ne
saviferent d'ériger de
nouvelles Eglifes , de
dreffer de nouveaux Au-
K
114
tels pour faire leur Service
à part ; mais quelque
corrompue que fuft
cette Societé , parce que
Dien j avoit établyfa
parole , & fon culte , ils
élevoient vers luy leurs
mains pures , au milieu
de l'Affemblée de ces Impies
, fans crainte de fe
fouiller. Rien donc, continuë-
t-il , ne les retenoit
dans cette Societé , dans
cette Eglife corrompue,
que le defir de conferver
115
l'unité , adjoûtant ce
qu'il a déja dit . Rien ne
les retenoit que le defir
d'entretenir fidellement
ce Mariage , que Dieu
avoit contracté avec elle,
qu'ils ne pouvoient rompre
d'eux- mefmes, fans
une teméritéfacrilege, en.
Le feparant de cette Egli
fe , pour en former une
autre. Pourquoy donc
Calvin luy-mefme , &
les
autres
, n'ont-ils
demeuré dans l'Eglife
pas
Kij
116
Romaine , quoy que
corrompue , comme ils
prétendoient
, pour conferver
l'unité ? Pourquoy
ont-ils rompu ce
facréMariage que Dieu
avoit contracté avec
elle , puis qu'ils ne nient
pas qu'elle ne fuft l'Eglife
de Dieu , & qu'il
n'y reftaft des témoi
gnages de fon Alliance,
quand ils en font fortis,
comme nous avons déja
yeu : Certe Eglife eftoit117
elle plus corrompuë
que la Judaïque ; ou
avoient - ils plus d'authorité
que des Prophetes
? Perfonne n'oferoit
fans-doute foùtenir
l'une & l'autrede
ces deux chofes.
Certes une telle féparation
eft une affaire de
fi grande importance,
que quand Dieu , laffe
des infidelitez de ce
Peuple dont nous venons
deparler , & pour
118
accomplir fon decret,
a voulu fe faire une autre
Epoufe, & fe former .
une nouvelle Eglife ; il
a envoyé fon Fils luymefme
fur la Terre ,
avec des marques de fa
Divinité , & a revétu
les Apoftres de dons extraordinaires
& miraculeux
, comme autant
de preuves infaillibles
de la Miffion qu'ils avoiet
receue pour cela;
& afin de fignifier au119
tentiquement qu'il donnoit
la Lettre de divorce
à ce Peuple , il fit renverfer
le Temple de Jérufalem
, & abolit par
là le culte qui s'y exerçoit
; de mefme qu'ef
tant enfin laffé de l'impenitence
des ces Egliſes
de l'Apocalipfe dont
nous avons parlé , pour
marquer qu'il leur donnoit
la Lettre de divorce,
il transporta ailleurs
leurs Chandeliers , &
120
"
ya laiffé établir le culte
de l'infâme Mahomet
.
Mais dans la Prétendue
Réformation , onon né
fçauroit dire qu'il y ait
rien d'approchant . L'Eglife
dont on fe fépare,
conferve toujours fon
ancien culte , & fes premieres
prérogatives,fon
miniftere , & fon ordre.
Ceux qui veulent former
une nouvelle Eglife
, & approprier une
nouvelle Epouſe à J. C.
ne
121
ne font que des Hommes
fort ordinaires, fans)
Miffion, fans Vocation,
& fans Miracles , qui
n'agiſſent que par paſfion
, ou du moins par
occafion , de forte que
ce ne peut eftre que
par une criminelle témérité
qu'ils fe font ſéparez
de l'Eglife Romaine.
On me dira peut - eſtre
qu'il n'eftoit pas neceffaire
qu'ils fiffent des
L
122
Miracles pour autorifer
une Miffion , parce
qu'ils ne venoient pas
annoncer une nouvelle
Alliance , comme faifoient
les Apoftres , &
qu'ils ne préchoient que
le mefme Evangile , que
les Apoftres avoient fi
bien confirmé par leurs
propres Miracles ; mais
c'eſt la Queſtion . C'eſtlà
proprement ce qu'on
leur difpute . On les accufe
d'alterer cette Al123
.
liance , de falfifier cet
Evangile à divers é
gards , de forte qu'ils
avoient befoin de preuves
autentiques pour fe
juftifier de cela ; & il ne
ferviroit de rien de dire
qu'ils s'en juftifioient
par la fainte Ecriture,
par la parole de Dieu ,
car on prétend que ce
n'eft pas la parole de
Dieu qui leur rend témoignage
, mais leurs
propres paroles , ayant
Lij
124
détourné l'Ecriture à
leur fens par leurs fubtiles
, mais vaines ex-
De forte plications.
qu'il eftoit toujours neceffaire
qu'ils fiffent des
Miracles , pour faire recevoir
fans contredits
leurs explications, comme
conformes à l'intention
de Dieu , fur tout
parce qu'elles s'opoſent
à un confentemēt
tranquille
& univerfel de
toute l'Eglife , & à une
a
125
Tradition qu'elle prétendoit
tenir des Apôtres
mefmes . Sans- doute
que J. C. expliquoit
les Propheties qui le regardoient
, d'une maniere
capable de perfuader
, & faifoit voir
qu'elles s'accopliffoient
en luy. Cependant , nonobftant
la verité, & la
force de ces explicatios,
if nous dit luy - meſme,
que s'il n'eût fait devant
les Juifs les fignes qu'il
Lij
126
faifoit , ils auroient eſté
fans peché , parce qu'il´
parloit contre un confentement
univerfel de
ce Peuple , & contre fa
Tradition tranquille.
D'ailleurs , comme il y
en a eu pluſieurs qui
font venus en mefme
temps fous le titre de
Réformateurs , & qui
prétendoient tous n'annoncer
que la pure ve
rité de l'Evangile , quoy
qu'ils fuffent oppofez
127
dans leurs fentimens , il
falloit du moins des fignes
pour diftinguer les
faux Réformateurs d'avec
les veritables , d'autant
plus que les preuves
qu'ils tiroient de
l'Ecriture chacun en faveur
de fon opinion , eftoient
également aparentes
, & probables, &
pouvoient
fraper également
les efprits .
Enfin cette diverfité
mefme de fentimens,
Liiij
128
n'eft- elle pas une marque
évidente de leur illégitime
Miffion ? Le
S. Efprit peut-il foufler
le doux & l'amer , le
vray & le faux tout enfemble?
Si les Apoftres
ont eu quelques diférens
, ce n'eftoit que fur
des chofes legeres , de
peu d'importance , &
qui finiffoient auffi-toft;
mais les diférens des
Réformateurs durent
longtemps , & font de
129
la
derniere
importance;
car pour ne parler pas
des Arminiens
, des Atrabatiftes
, des Sociniens ,
& de divers autres , qui
ſe vantent
pourtant
de
Réformation , mefme
au deffus de tous les autres
Réformez
, les Luthériens
& les Calviniftes
eux -mefmes , ne
fe traitoient- ils pas réciproquement
d'Herétiques
, avant que quelques
raifons de politi130
que euffent obligé ces
derniers à rechercher
Tanion : & ces premiers
ne demeurerent- ils pas
toujours dans les mefmes
fentimens ? Certes
on peut bien dire qué
commeapres
leDéluge,
lors que les Hommes
voulurent
fe bâtir une
haute Tour , afin de fe
préſerver d'une feconde
Innondation , Dieu témoigna
vifiblemet qu'il
def- aprouvoit
leur def
131
fein , & condamnoit
leur ouvrage , quand il
confondit leur Langage
, & les fit parler chacun
diféremment ; de
mefme lors que ceux
qui prétendoient s'eftre
fauvez d'un déluge d'erreurs
, & de fuperftitions
en fortant de l'Eglife
Romaine , voulurent
fe faire un Edifice,
& bâtir une nouvelle
Eglife qui ne fuft plus
fujeteà une pareille In132
nondation , Dieu marqua
fans- doute manifeftement
qu'il def-aprouvoit
leur deffein, &
condamnoit leur ouvrage
, en confondant
leur
langage , pour les
laiſſer parler fi diféremment
.
Allons plus avant.
Tous les Docteurs
Proteftans
, Calvin , Zanchius
, d'Avenantius , &
les autres dont il feroit
trop long de
rappórter
133
les témoignages , demeurent
d'accord qu'-
uge Communion eft ve
ritablement de J. C &
qu'il ne faut point s'en
féparer , tandis qu'elle
garde les chofes effentielles
à la Religion , &
neceffaires au falut ; &
M Daillié avouë luymefme
dans fon Apologie
, & dans fa Replique
contre le Pere
Adam ; & M Cotibi ,
que l'Eglife Romaine a
1341
confervé jusques à pré-
Sent toutes fes veritez
effentielles ,fondamentales,
& néceffaires . De
forte que je conclusraifonnablement
felon ces
témoignages , qu'on
n'a pas deû s'en féparer;
mais , dit M' Daillié, &
tous les Proteftans avec
luy , à ces doctrines
faintes & ordinaires,
que l'Eglife Romaine
retient , elle en a joint
d'autres humaines , in135
certaines , inconnuës à
l'Ecriture
, quelquesunes
mefmes qui choquent,
& renverfent les
a
premieres ; en un mot
il n'y a pas moyen d'avoir
Communion avec
elle, à caufe de fes fuperftitions,
& de fon idolâtrie.
Je n'entreray point
icy dans la difcution des
Articles , qui font le fujet
de ces invectives , &
n'entreprendray pas de
fairelà- deffus l'apologie
136
1
de l'Eglife , cela me meneroit
trop loin pour
un Difcours comme celuy-
cy . M' l'Evefque
de Meaux entr'autres,
l'a fait d'une maniere,
où il n'y a rien à repliquer
, & l'a pleinement
juftifiée de ces fauffes
accufations . Mais je
veux faire voir feulement
en deux mots,
qu'en fupofant mefme,
s'il m'eſt permis de parler
ainfi , que ces accu137
fations fuffent juftes, on
n'a pourtant pas eu
droit de s'en féparer .
- Je dis donc premierement
, que quelques
grands qu'on fe puiffe
figurer les abus de l'Eglife
Romaine , ce n'eft
pas à dire qu'on deuſt
les prendre pour de
juftes raifons de feparation
, puis que ceux de
ces anciens Juifs dont
nous avons parlé tantoft
, alloient jufques
M
138
culte des faux
au
Dieux , & que cependant
Calvin luy meſme,
nous a dit que les Prophetes
ne voulurent
&
ne durent pas s'en féparer
, parce que Dieu
avoit étably fon culte
& fa parole au milieu
d'eux . Suivant
cet éxemple
, je foutiens
que
quand même l'EglifeRo
maine feroit allée jufques
à l'idolâtrie
( cela
foit dit par une tres139
fauffe fuppofition , &
pour ofter feulement
tout prétexte ) tout ce
que nos Peres pouvoient
faire , c'eftoit d'imiter
les Prophetes en
criant contre les excés
de ces prétendus abus;
mais non plus qu'eux ,
ils ne devoient jamais
fe féparer de l'Eglife,
où Dieu avoit mis fon
culte , & fa parole ; car
quand l'Apoftre dit qu'il
faut fuir l'idolâtrie , qui
Mij
140
ne fçait qu'il entend
parler des Societez
Payennes & quand
mefme cela pourroit
s'étendre jufqu'à l'Eglife
, pour ainfi dire , il
faudroit toûjours entendre
une fuite & une
féparation négative , &
non pas pofitive , comme
eftoit celle des Prophetes
, qui levoient
leurs mains pures vers
Dieu , au milieu meſme
de l'impieté
; ce font les
141
propres termes de Calvin.
Secondement
, je
dis que les Docteurs
Proteftans
, entr'autres
M Daillié dans fon Apologie
, avouent euxmefmes
que
quelques
énormes que
paroiffent
les abus dans une Com .
munion , on ne doit
point la quitter , quand
ceux qui les profeffcnt
nient les damnables
conféquences qu'on en
peutirer. Jefçais qu'on
142
a dit cela en faveur des
Luthériens ; mais puis
qu'on propofe cette
maxime comme generale
, pourquoy ne l'appliqueroit
- on pas éga
lement aux Catholi
ques , quinient
abfolu
ment tant de mauvaiſes
conféquences qu'on
tire de leur culte , & de
leur pratique ? En troifiéme
lieu , je dis que les
Réformateurs mefme,
& les plus habiles Do143
'contraints
&teurs Proteftans , font
d'avouer
que la plupart des abus
qu'on impute à l'Egliſe
Romaine , ne font tout
au plus que ce bois , ce
foin , & cette paille
dont parle Saint Paul
dans fa premiere Epître
aux Corinthiens , Chapitre
3. qu'on baftit fur
le fondement
, mais qui
ne renverfent pas ; de
forte qu'ils ne peuvent
pas eftre de juftes mo144
tifs de féparation , de
l'aveu mefme des Proteftans
, qui ne mettent
en ce nombre que les
erreurs fondamentales;
on n'a qu'à lire là - deffus
Calvin , & Parocus . Je
dis en quatriéme lieu,
que ces Docteurs , &
fur tout Mr Daillié dans
fon Apologie , ayouent
encore qu'il eft injufte
d'imputer à une Eglife,
ce que des Docteurs
particuliers y enfeignet,
ou
145
ou que le Peuple y pra
tique. C'eft pourquoy
l'on nefçauroit prendre
pour de juftes cauſes
d'éloignement de l'E
glife Romaine, desabus,
qui ne feroient tout au
plus enfeignez que par
des Docteurs particuliers
, ou pratiquez par
le Peuple , fans que l'Eglife
les approuvaſt .
Ainfi on ne doit , & on
ne peut juger des fentimens
de l'Eglife Ro
N
14
146
maine , que par les Ca
nons du Concile de
Trente , ou par l'expofition
qu'en a donné Mª
de Meaux , dont le Livre
a efté approuvé,
non feulement des Evefques
, & des Cardinaux
, mais du Pape
meſme par une Bulle
authentique .
Enfin , fupofé que l'Eglife
Romaine a confervé
parmy les abus qu'
on luy impute , toutes
$147
les veritez effentielles à
la Religion , & neceffaires
au falut , comme
nous l'avons montré
par le témoignage meſme
des Docteurs Proteftans
, il eft fi conftant
qu'on n'a pas deù s'en
féparer à cauſe de ces
abus , que J. C nous a
luy - mefme confirmé
cette maxime , & par
fa Doctrine, & parfon
exemple , dans la Parabole
de l'Ivroye , qu'il
Nij
148
explique
des fcandales
qui regardent
la Doctrine
, & de l'iniquité
qui
regarde les moeurs ; car
comme il eft défendu
dans cette Parabole,
d'arracher l'Ivroye qui
eft parmy le bon grain,
cela nous montre qu'à
l'égard du Champ du
Seigneur , à l'égard de
fon Eglife , il ne faut
point faire de féparation
fous prétexte qu'-
on y enfeigne de mau149
vaifes doctrines , quand
on y retient en meſme
temps les effentielles ,
& les neceffaires ; &
comme l'Ecriture ne fe
contredit point , quand
Saint Paul dans fon Epître
aux Romains , Chapitre
16. & ailleurs, exhorte
les Fidelles de
prendre garde à ceux
qui caufoient parmy
eux des divifions , & des
fcandales.contre la do
ctrine , & d'éviter leur
Niij
150
copagnie, cela n'autho
rife en aucune maniere
cette féparation dont
nous parlons , puis qu'
au contraire il faut entendre
dans ces endroits
ceux qui vouloient
divifer l'Eglife,
& qui ne retenoient
point les chofes effentielles
à la Religion
.
J'ay dit encore que
J. C. avoit confirmé
par fon exemple , ce
que j'avance. En effet ,
ISI
il ne s'eft jamais féparé
de l'Eglife Judaïque,
quelque corrópuë qu'-
elle fuft , & quoy que
les Scribes & les Pharifiens
euffent introduit
d'étranges défordres , &
d'infignes abus dans la
Religion , cependant
vorcy 1'ordre qu'il
donne à fes Difciples à
leur égard. Les Scribes
les Pharifiens,
-dit-il , font aßis dans la
Chaire de Moife . Obfer
Niiij
152
vez donc , & faites tout
ce qu'ils vous ordonnent
.
Il
n'entendoit pas fansdoute
par - là , qu'ils
fuiviffent
aveuglement
tous leurs
enſeignemens
, quels qu'ils puffent-
eftre ; car il leur
dit ailleurs , qu'ils fe
donnaffent de garde du
levain de leur doctrine ;
mais il ne vouloit pas
qu'ils fiffent des Schifmes
, jufqu'à ce que le
temps fuft venu de dref
153
fer une nouvelle Chai
re , où ils devoient s'établir
eux-mefmes avec
cette autorité que leur
acquirent leurs Miracles
. Il vouloit qu'en
vertu de la venerable
fucceffion , en confidération
de la Chaire de
Moïfe, ils n'abandōnaffent
point cesDocteurs ,
& leur Miniftere ; mais
qu'ils les écoutafsēt dās
les chofes effentielles
de laReligion
, en fe gar154
dant du mauvais levain
de leurs erreurs , & de
leurs abus . Pourquoy
donc nos Peres n'ont-ils
pas fuivy l'exemple de
J. CHRIST ? Quelques
erreurs , & quelques
abus qu'ils puiffent croire
que les Docteurs de
l'Eglife Romaine avoiet
adjoûtez à l'effence de
la Religion , il falloit
toûjours demeurer auprés
d'eux , & les écoûter
en vertu de la vene-
1
ISS
rable fucceffion des Apoftres
, & en cofidération
de leur Chaire fur
laquelle ils font affis,
en ſe gardant du mauvais
levain de leur do-
Єtrine , & de leur culte,
fupofé qu'il y en euſt.
J'ay confideréférieu
fement ce qu'on pouvoit
oppofer là-deffus,
& j'ay trouvé qu'on ne
peut alléguer , & qu'on
n'allegue en effet , que
ces deux choſes ; la pre156
miere , que la fépara
tion des Réformateurs
a eftéforcée , qu'on les
a chaffez & excommuniez
, de forte qu'ils ne
pouvoient pas fe difpenfer
apres cela de former
des Societez féparées de
l'Eglife , pour y fervir
Dieu avec liberté ; la
feconde , que quelques
inconveniens qu'il y ait
dans cette féparation
de nos Peres , ils ne re
gardent pas ceux qui fe
157
trouvent préfentement
féparez fans y avoir
contribué , puis que deformais
fe trouvant en
poffeffion de la verité
dans ces Societez que
leurs Peres ont formées
, ils fe fentent obligez
en confcience d'y
demeurer
; mais apres
avoir bien examiné ces
deux raifons , je ne les
ay pas trouvées fuffifantes
pour me faire
changer de fentiment .
158
En effet , pour ce qui
eft de la premiere , nos
Peres eftant dans l'Eglife
Catholique , ve
nant à s'opposer à fa
croyance , & perſéverant
dans leur rebellion,
il eftoit fans- doure
du devoir de cette Eglife
de les excommunier
,
comme on le pratique
encore parmy nous ;
mais cela ne les mit
point en droit de faire
ce qu'ils ont fait. Ils
159
devoient plutoft fe retirer
dans des Déserts ,
s'ils ne pouvoient ſe
foumettre en confcience
, mais non pas ufurper
témérairement
l'autorité
de former de nou
velles Societez . C'eſt
ainfi que fit Elie , lors
qu'il fut chaffé de la
Communion d'Ifraël,
& pourſuivy par ce
Peuple , fans fonger à
emmener avec luy quelque
troupe de Gens
160
1
qu'il auroit pû gagner,
pour aller fervir Dieu
ailleurs en
particulier.
Dieu luy déclare qu'ily
en avoit fept mille qui
ne participoient
point à
l'idolâtrie de leurs Freres
, mais il les laiſſe toùjours
dans leur Societé,
toute corrompuë qu'-
elle eftoit , & Elie ne
demande point de les
attirer apres luy.
Pour la feconde raifon
, elle eft entiere-
A
.
161
ment vaine. Ceux qui
fe trouvent dans les Socierez
féparées , font
toûjours coupables à
peu près du mefine crime
que leurs Peres . Ils
entretiennent le Schif
me que les autres ont
fait ; ils rompent l'uni
té de l'Eglife ; ils déchirent
le Corps de JESUSCHRIST
, & quoy qu'il
en foit , leur tranquilité
reft toujours criminelle,
puis qu'ils fuivent aveu162
glement les dogmes
de leurs Peres , qu'ils
croyent
des veritez
fans les examiner , &
fans le pouvoir meſ-
A
me faire par leur regle
, comme M' Gilly
l'a montré. Ainfi ils
devroient fe mettre
dans le meſme état
qu'eftoient autrefois
leurs Peres , & fupofant
qu'ils font encore
dans la Communion
Romaine, examiner s'ils
163
ont des caufes fuffifantes
de s'en féparer , &
alors confideranto la
choſe en conſcience
4
dans la crainte de Dieu ,
délivrez des préjugez de
leur naiffance , & de
leur éducation , & éexempts
de tous les motifs
illégitimes qui ont
fait agir leurs Pères ,
comme à l'égard des
Docteurs , le dépit de
quelque affront , l'ambition
, & la gloire de
O ij
164
paffer pour habiles , &
d'eftre Chefs de Partys,
& chofes femblables ; à
l'égard du Peuple , l'amour
de la nouveauté,
le torrent des exemples,
la tirannie prétendue de
l'Eglife, le droit de juger
de l'Ecriture, les moeurs
corrompues des Eccléfiaftiques
, & telles autres
chofes, je fuis für,
que s'ils agiffoient ainsi,
les raifons convaincantes
que j'ay allé
165
guées leur viendroient
dans l'efprit , & les obligeroient
à fe réunir à
l'Eglife Catholique . Je .
l'ay fait , Meffieurs , cet
examen & la chofe
,
m'a réuffy. Je prie Dieu
de tout mon coeur, que
vous faffiez tous de méme
, & avec le meſme
fuccés que moy.
Ce Difcours fut écouté
avec la mefmefurprise,
&la mefme attention
166
qu'avoit caufé le premier
; & aucun de ceux
qui compofoient
l'Affemblée
, n'ayant entrepris
de combatre les raifons
dont s'eftoientfervis
ces deuxfçavans Hommes,
pourfaire connoiftre
l'obligation indifpenfa
ble où ilsfe trouvoient de
fe réunir à l'Eglife
tholique, ils fe retirerent
apres leur avoirfouhaité
à tous la mefmefoûmiffion
aux Veritez qu'ils
Ca167
reconnoiſſoient, & la même
grace qu'ils avoient
reçeuë,pour en eftre entierement
convaincus
.
Fermer
Résumé : DISCOURS DE Mr COURDIL.
Lors d'un discours à l'Assemblée, Monsieur Courdil approuve M. Gilly sur la suffisance de l'Écriture sainte et l'autorité de l'Église basée sur la tradition et le consentement universel. Troublé par les divisions chrétiennes, il décide de rejoindre l'Église romaine, soulignant l'importance de l'unité et de la charité parmi les chrétiens, en citant Saint Paul et l'Épître aux Éphésiens. L'auteur affirme que l'Église romaine est la seule continuation légitime de l'Église apostolique. Il critique les réformateurs protestants pour avoir créé un schisme sans mission divine ni miracles, accusant ces derniers d'altérer l'Évangile et de manquer de légitimité en raison de leurs divergences d'interprétation des Écritures. Les divisions protestantes sont comparées à la confusion des langues après le Déluge. L'auteur argue que les abus dans l'Église romaine ne justifient pas une séparation, citant Jésus-Christ et Saint Paul qui n'ont pas quitté leur communauté malgré ses imperfections. Il critique les réformateurs pour avoir créé de nouvelles communautés plutôt que de se retirer. Il dénonce les séparatistes pour leur schisme et leur manque d'examen des raisons de leur séparation, les encourageant à réexaminer leur position et à envisager un retour à la communion romaine. Le discours a suscité surprise et attention, avec un appel à la soumission aux vérités reconnues et à la grâce divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 136-146
A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
Début :
Voicy une Lettre qui est de saison, quoy qu'il y ait / Monsieur, Il y a des coups de hazard qui sont heureux, & je croy [...]
Mots clefs :
Conversions, Religionnaires, Erreurs, Providence, Foi, Écritures, Eucharistie, Dieu, Sauveur, Apôtre, Communion, Louis le Grand, Hérésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
Voicy une Lettre qui eft de
faifon , quoy qu'il y ait déja quel
que temps qu'elle eft écrite. On
affeure qu'elle a contribué à plufieurs
Conversions , & je n'ay pas
de peine à le croire . Les raifons
que l'Autheur employe font affez
perfuafives pour ne laiffer rien à
repliquer. C'eft ainsi que le Roy
eft caufe du falut des ames , puifque
chacun y travaille à fon
exemple. On peut voir par cette
Lettre , que les armes qui font
rendre les Religionnaires , font
tirées de la feule force de la Verité
, qui fournit des argumens
invincibles contre les erreurs.
GALANT.
137
1
A MONSIEUR
DE LA GATELINIERE ...
M
ONSIEUR ,
Ily a des coups de hazard
qui font heureux , & je croy teli
celuy qui me procura l'honneur de
vous voir ces derniers jours en un
lieu où nous ne fongions ny vous ny
moy à lier enfemble aucun entretien.
T'en ay remercié la Providence , devant
qui les rencontres qui nous pa
roiffent fortuites font prémeditées ,
& j'espere que la nôtre aura quelque.
rapport avec celle de ce grand Offi
cier de Candace , qui trouva l'Apoftre
Saint Philippes dans for :
chemin. Cet Officier avoit comme.
vous , Monfieur , la Bible entre les
main. Il fondoit Sa Foy fur less,
138
MERCURE
Ecritures , mais il ne pouvoit en
entendre le vray fens . Il s'adreffa
donc à l'Eglife en la perfonne de
Saint Philippes , qui luy expliqua
le Sacrifice du Fils de Dieu fur la
Croix. L'eus l'honneur de vous entretenir
à peu près du mefme Myftere
; car celuy de l'Euchariftie eft
un Memorial de celuy de la Croix,
& nous parlafmes beaucoup de ce
Myftere adorable. Le me fouviens
que nous entrafmes en matiere par
l'Ecriture fainte , qui fonde uniquement
la Foy felon nous . Ie pris
la liberté de vous remontrer que
vous combattiez ce principe de
Euchariftie , puifque vous y appelliek
figure ce que le Sauveur du
mondey appele Corps . Ainsi , ajoûtay
-je , le Fils de Dieu affeure ce
que vous nie . Il dit Cecy eft mon
Corps , & vous dites que ce ne
L'eft pas. Vous ne fonde donc pas
GALAN T. 139
voftre Foy fur Sa Parole. Aprés
avoir eu la bonté de m'écouter
vous me répondites que le Fils de
Dieu avoit dit ailleurs . Ie fuis une
Vigne , & que pourtant ny vous
ny moy ne croyons pas qu'ilfoit une
Vigne. Là - deffus je vous priay de
diftinguer les occafions . Dans celle
où N. Seigneur fe difoit une Vigne,
il n'établiffoit pas un Sacrement, ny:
par confequent un Article de Foy,
ainfi ilpouvoit ufer de Paraboles ;
mais en inftituant l'Euchariftic , le
Sauveur du mondeformoit un Article
de Foy effenciel , & il établiffoit
un Sacrement`; par confequent il
y parloit à la lettre , comme ily a
parléquand il ainftituele Baptefme.
Tout de mefme donc que quand
il a dit , Baptiſez au Nom du
Pere , & du Fils , & du Saint-
Esprit , il nous afait un Article de
Foy litteral d'une Trinité réelle ,
140 MERCURE
3
de mefme quand il a dit , Cecy eft
mon corps , & faites cecy en
memoire de moy , il nous a expreffément
proposé la realité de fon
Corps ,fous les apparences du Pain.
Vous n'oubliaftes pas dans cet en
droit celuy des Capharnaites , &
voicy ce que j'eus l'avantage de
Vous repliquer. Ie des donc , Mon
fieur , que le Fils de Dieu avoit confirmé
fa Prefence corporelle , quand
ilremontra defes Auditeurs , Que
fa Chair ne profite de rien , &
que c'est l'efprit qui vivifie. Le
vous fis remarquer , que noftre Seigneur
en feparant ces deux chofes ,
témoignoit que l'on pouvoit recevoir
l'une fans l'autre, & par confequent
que fa Chair prife fans fon
Efprit , c'est à dire fans fa Grace ,
faifoit ce que nous appellons une
Communion indigne ; d'où il refulte
que le Sauveur du Monde établisfoit
•
GALANT. 141
réellement & localement fa Chair
1 dans l'Echariftie ; a trement , continuay-
je , ce qu'il dit enfuite du
Scandale de fes Auditeurs , feroit
un pur galimatias , dont le Fils de
Dieu n'eft pas capable . Quoy , ditil
, cela vous fcandalife ? Et que
fera - ce donc quand vous verrez
'le Fils de l'Homme remonter où
il eftoit auparavant ? De bonne
foy , Monfieur , quels rapports à
cette Parole avec celles qui la precedent
? Eftoit-il question icy de
Afcenfion du Fils de Dieu ? Non ;
mais il eftoit queftion d'inftruire des
Peuples qui s'effrayoient de manger
réellement le Sauveur du Monde
, & il leur dit : Si vous eftes
fcandalifez de me manger pendant
que je fuis fur la Terre, que
fera - ce donc quand vous me
mangerez encore aprés que je
feray monté au Ciel le vous
142
MERCURE
défie , avec tout le respect que je
vous dois , de tirer une autre con-
Sequence de ces Paroles , à moins de
leur donner la torture , & de faire
tomber le Fils de Dieu dans des
difparates indignes de luy. Cette
reflexion vous furprit , & là- deffus
vous me témoignaftes par modeftie
que vous n'estic pas d'une profeffion
à Controverfe. I'eus l'honneur de
vous repondre , Monfieur , que la
verité eftoit de toutes les profeffions
chez les Chrétiens. Vous me repli
quaftes que vous la chercherie ,
& quepour cela vous aviez beaucoup
de Livres. Ie pris la liberté
de vous dire » que le meilleur de
tous les Livres eftoit le coeur ; qu'il
falloit à Livre ouvert y recevoir la
verité , la demander à Dieu , qui ne
la refufe jamais à ceux qui la cher-
•chent avec bonté & fimplicité de
coeur.L'opinay bien du voftre dans
1
>
1
GALANT. 143
2
J cette rencontre , où vous me parlaftes
avec beaucoup de probité.
Vousy loüaftes la mienne , & ce que
j'aioutay vous en paru plein. Ce
fut quand je vous expofay la Communion
des Apoftres , & que je vous
prouvay qu'elle euft efté illufoire
s'ils n'avoient communié que par la
Foy ; car enfin , la Foy est un argument
des chofes qui ne paroiffent
point , & tout paroiffoit aux Apo
ftres, d'un cofté le Corps du Sauveur,
de l'autre du Pain tout pur felon
vous. Où pouvoient - ils donc exercer
leurfoy felon nous ? Ils l'exerçoient
en croyani le Corps du Sauveur du
Monde , comme nous le croyons placé
fous les apparences du Pain. Quoy
que cetteraifon demeuraft fans une
feule replique , je la confirmay par
ces paroles de S. Paul , qui attri
buent les mauvaises Communions ,
à ce qu'on n'y difcerne pas le
344
MERCURE
d'une
Corps du Seigneur. Nous tombâ
mes d'accord que ce difcernement fe
faifoit par la Foy, & j'en tiray cette
confequence ; donc la Foy fuppofe la
prefence réelle du Fils de Dieu dans
la Cene , comme mon ailfuppofe les
couleurs dans les objets ; car enfin,
fila Foy difcerne le Corps du Fils de
Dieu dans la Cene, ily eft donc , puis
qu'on ne difcerne pas des chofes qui
nefont point , & nousfinifmes noftre
Converfation par des marques
mutuelle eftime. I'en ay pour vous ,
Monfieur , une tres-particuliere , &
je fouhaite que mon Entretien ait
avec vous le mefme fuccés qu'il aeu
dans Chafteaudun , avec une Veuve
de voftre Religion , qui a profeſſé la
noftre. Il n'est pas honteux à un homme
d'eftre touché par les raifonnemens
qui touchent certaines Fem
mes. Vous fçavez que les ames n'ont
point defexe , & que ce n'estpas la
1
difference
GALANT. 145
difference des corps , mais des coeurs
& des efprits , qui nous fait valoir
auprés de Dieu. Il a répandu fon
Efprit autrefois fur Anne , fur Hol-
= da , &fur Debora , qui prophetife
rent à l'exclufion des Hommes , &
dernierement encore Madame de l
Ferté acheva ce que plufieurs Ecclefiaftiques
& moy n'avions pû finir
avec Madame Maillot , qu'elle
a envoyée à Chatres pour fe convertir.
Vous connoiffez fans doute
Madame de la Ferté , qui a des
- Freres chez Monfieur le Prince &
= chez Madame la Princeffe de
Brunfvvic , qui tiennent les premieres
Charges , comme vous avez
des Proches qui tiennent les premiers
rangs dans la Maifon du
Ray & Monfieur de la Ferté a
L'honneur d'appartenir à Madame
la Marefchale de Caftelnau , com-
Ianvier 1686 . G
846 MERCURE
me vous appartenez à Monfieur
le Marquis de Dangeau , dont les
lumieres vous garantiffent l'exemple.
Suivez-le , je vous en conjure
fous le Regne de LOUIS le Grand,
qui a le coeur d'un Pere , & la tefte
d'un Roy. Son caur eft auffi grand
que fon nom , & fa tefte fait bonneur
à la Couronne, Fiez vous en
à fes connoiffances , qui l'empef
chent de fe tromper , & àsa probité
, qui l'empefche de tromper les
autres. Ie ne vous trompe point mojmefme
, quand je vous affeure que je
fuis avec un respect tendre & fing
cere , voftre , &c.
faifon , quoy qu'il y ait déja quel
que temps qu'elle eft écrite. On
affeure qu'elle a contribué à plufieurs
Conversions , & je n'ay pas
de peine à le croire . Les raifons
que l'Autheur employe font affez
perfuafives pour ne laiffer rien à
repliquer. C'eft ainsi que le Roy
eft caufe du falut des ames , puifque
chacun y travaille à fon
exemple. On peut voir par cette
Lettre , que les armes qui font
rendre les Religionnaires , font
tirées de la feule force de la Verité
, qui fournit des argumens
invincibles contre les erreurs.
GALANT.
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A MONSIEUR
DE LA GATELINIERE ...
M
ONSIEUR ,
Ily a des coups de hazard
qui font heureux , & je croy teli
celuy qui me procura l'honneur de
vous voir ces derniers jours en un
lieu où nous ne fongions ny vous ny
moy à lier enfemble aucun entretien.
T'en ay remercié la Providence , devant
qui les rencontres qui nous pa
roiffent fortuites font prémeditées ,
& j'espere que la nôtre aura quelque.
rapport avec celle de ce grand Offi
cier de Candace , qui trouva l'Apoftre
Saint Philippes dans for :
chemin. Cet Officier avoit comme.
vous , Monfieur , la Bible entre les
main. Il fondoit Sa Foy fur less,
138
MERCURE
Ecritures , mais il ne pouvoit en
entendre le vray fens . Il s'adreffa
donc à l'Eglife en la perfonne de
Saint Philippes , qui luy expliqua
le Sacrifice du Fils de Dieu fur la
Croix. L'eus l'honneur de vous entretenir
à peu près du mefme Myftere
; car celuy de l'Euchariftie eft
un Memorial de celuy de la Croix,
& nous parlafmes beaucoup de ce
Myftere adorable. Le me fouviens
que nous entrafmes en matiere par
l'Ecriture fainte , qui fonde uniquement
la Foy felon nous . Ie pris
la liberté de vous remontrer que
vous combattiez ce principe de
Euchariftie , puifque vous y appelliek
figure ce que le Sauveur du
mondey appele Corps . Ainsi , ajoûtay
-je , le Fils de Dieu affeure ce
que vous nie . Il dit Cecy eft mon
Corps , & vous dites que ce ne
L'eft pas. Vous ne fonde donc pas
GALAN T. 139
voftre Foy fur Sa Parole. Aprés
avoir eu la bonté de m'écouter
vous me répondites que le Fils de
Dieu avoit dit ailleurs . Ie fuis une
Vigne , & que pourtant ny vous
ny moy ne croyons pas qu'ilfoit une
Vigne. Là - deffus je vous priay de
diftinguer les occafions . Dans celle
où N. Seigneur fe difoit une Vigne,
il n'établiffoit pas un Sacrement, ny:
par confequent un Article de Foy,
ainfi ilpouvoit ufer de Paraboles ;
mais en inftituant l'Euchariftic , le
Sauveur du mondeformoit un Article
de Foy effenciel , & il établiffoit
un Sacrement`; par confequent il
y parloit à la lettre , comme ily a
parléquand il ainftituele Baptefme.
Tout de mefme donc que quand
il a dit , Baptiſez au Nom du
Pere , & du Fils , & du Saint-
Esprit , il nous afait un Article de
Foy litteral d'une Trinité réelle ,
140 MERCURE
3
de mefme quand il a dit , Cecy eft
mon corps , & faites cecy en
memoire de moy , il nous a expreffément
proposé la realité de fon
Corps ,fous les apparences du Pain.
Vous n'oubliaftes pas dans cet en
droit celuy des Capharnaites , &
voicy ce que j'eus l'avantage de
Vous repliquer. Ie des donc , Mon
fieur , que le Fils de Dieu avoit confirmé
fa Prefence corporelle , quand
ilremontra defes Auditeurs , Que
fa Chair ne profite de rien , &
que c'est l'efprit qui vivifie. Le
vous fis remarquer , que noftre Seigneur
en feparant ces deux chofes ,
témoignoit que l'on pouvoit recevoir
l'une fans l'autre, & par confequent
que fa Chair prife fans fon
Efprit , c'est à dire fans fa Grace ,
faifoit ce que nous appellons une
Communion indigne ; d'où il refulte
que le Sauveur du Monde établisfoit
•
GALANT. 141
réellement & localement fa Chair
1 dans l'Echariftie ; a trement , continuay-
je , ce qu'il dit enfuite du
Scandale de fes Auditeurs , feroit
un pur galimatias , dont le Fils de
Dieu n'eft pas capable . Quoy , ditil
, cela vous fcandalife ? Et que
fera - ce donc quand vous verrez
'le Fils de l'Homme remonter où
il eftoit auparavant ? De bonne
foy , Monfieur , quels rapports à
cette Parole avec celles qui la precedent
? Eftoit-il question icy de
Afcenfion du Fils de Dieu ? Non ;
mais il eftoit queftion d'inftruire des
Peuples qui s'effrayoient de manger
réellement le Sauveur du Monde
, & il leur dit : Si vous eftes
fcandalifez de me manger pendant
que je fuis fur la Terre, que
fera - ce donc quand vous me
mangerez encore aprés que je
feray monté au Ciel le vous
142
MERCURE
défie , avec tout le respect que je
vous dois , de tirer une autre con-
Sequence de ces Paroles , à moins de
leur donner la torture , & de faire
tomber le Fils de Dieu dans des
difparates indignes de luy. Cette
reflexion vous furprit , & là- deffus
vous me témoignaftes par modeftie
que vous n'estic pas d'une profeffion
à Controverfe. I'eus l'honneur de
vous repondre , Monfieur , que la
verité eftoit de toutes les profeffions
chez les Chrétiens. Vous me repli
quaftes que vous la chercherie ,
& quepour cela vous aviez beaucoup
de Livres. Ie pris la liberté
de vous dire » que le meilleur de
tous les Livres eftoit le coeur ; qu'il
falloit à Livre ouvert y recevoir la
verité , la demander à Dieu , qui ne
la refufe jamais à ceux qui la cher-
•chent avec bonté & fimplicité de
coeur.L'opinay bien du voftre dans
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GALANT. 143
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J cette rencontre , où vous me parlaftes
avec beaucoup de probité.
Vousy loüaftes la mienne , & ce que
j'aioutay vous en paru plein. Ce
fut quand je vous expofay la Communion
des Apoftres , & que je vous
prouvay qu'elle euft efté illufoire
s'ils n'avoient communié que par la
Foy ; car enfin , la Foy est un argument
des chofes qui ne paroiffent
point , & tout paroiffoit aux Apo
ftres, d'un cofté le Corps du Sauveur,
de l'autre du Pain tout pur felon
vous. Où pouvoient - ils donc exercer
leurfoy felon nous ? Ils l'exerçoient
en croyani le Corps du Sauveur du
Monde , comme nous le croyons placé
fous les apparences du Pain. Quoy
que cetteraifon demeuraft fans une
feule replique , je la confirmay par
ces paroles de S. Paul , qui attri
buent les mauvaises Communions ,
à ce qu'on n'y difcerne pas le
344
MERCURE
d'une
Corps du Seigneur. Nous tombâ
mes d'accord que ce difcernement fe
faifoit par la Foy, & j'en tiray cette
confequence ; donc la Foy fuppofe la
prefence réelle du Fils de Dieu dans
la Cene , comme mon ailfuppofe les
couleurs dans les objets ; car enfin,
fila Foy difcerne le Corps du Fils de
Dieu dans la Cene, ily eft donc , puis
qu'on ne difcerne pas des chofes qui
nefont point , & nousfinifmes noftre
Converfation par des marques
mutuelle eftime. I'en ay pour vous ,
Monfieur , une tres-particuliere , &
je fouhaite que mon Entretien ait
avec vous le mefme fuccés qu'il aeu
dans Chafteaudun , avec une Veuve
de voftre Religion , qui a profeſſé la
noftre. Il n'est pas honteux à un homme
d'eftre touché par les raifonnemens
qui touchent certaines Fem
mes. Vous fçavez que les ames n'ont
point defexe , & que ce n'estpas la
1
difference
GALANT. 145
difference des corps , mais des coeurs
& des efprits , qui nous fait valoir
auprés de Dieu. Il a répandu fon
Efprit autrefois fur Anne , fur Hol-
= da , &fur Debora , qui prophetife
rent à l'exclufion des Hommes , &
dernierement encore Madame de l
Ferté acheva ce que plufieurs Ecclefiaftiques
& moy n'avions pû finir
avec Madame Maillot , qu'elle
a envoyée à Chatres pour fe convertir.
Vous connoiffez fans doute
Madame de la Ferté , qui a des
- Freres chez Monfieur le Prince &
= chez Madame la Princeffe de
Brunfvvic , qui tiennent les premieres
Charges , comme vous avez
des Proches qui tiennent les premiers
rangs dans la Maifon du
Ray & Monfieur de la Ferté a
L'honneur d'appartenir à Madame
la Marefchale de Caftelnau , com-
Ianvier 1686 . G
846 MERCURE
me vous appartenez à Monfieur
le Marquis de Dangeau , dont les
lumieres vous garantiffent l'exemple.
Suivez-le , je vous en conjure
fous le Regne de LOUIS le Grand,
qui a le coeur d'un Pere , & la tefte
d'un Roy. Son caur eft auffi grand
que fon nom , & fa tefte fait bonneur
à la Couronne, Fiez vous en
à fes connoiffances , qui l'empef
chent de fe tromper , & àsa probité
, qui l'empefche de tromper les
autres. Ie ne vous trompe point mojmefme
, quand je vous affeure que je
fuis avec un respect tendre & fing
cere , voftre , &c.
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Résumé : A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
La lettre relate une discussion théologique entre deux individus concernant le mystère de l'Eucharistie. L'auteur exprime sa reconnaissance pour une rencontre avec Monsieur de La Gatellinière, au cours de laquelle ils ont débattu du sacrifice du Fils de Dieu et du mystère eucharistique. Monsieur de La Gatellinière remet en question la présence réelle du corps du Christ dans l'Eucharistie, tandis que l'auteur soutient que Jésus a parlé littéralement lorsqu'il a affirmé que le pain est son corps, distinguant ainsi les paraboles de l'institution des sacrements. La conversation aborde également les paroles de Jésus à Capharnaüm, où il déclare que sa chair ne sert à rien sans l'esprit. L'auteur en conclut que Jésus établit effectivement sa présence corporelle dans l'Eucharistie. Monsieur de La Gatellinière, bien qu'il reconnaisse la sincérité de l'auteur, préfère rechercher la vérité à travers divers ouvrages. L'auteur rétorque que le cœur est le meilleur moyen de recevoir la vérité, en la demandant à Dieu avec simplicité et bonté. Le texte met en avant que la foi permet de discerner le corps du Christ sous les espèces du pain, comparant cette perception à celle des couleurs. La lettre mentionne également une rencontre avec une veuve convertie et évoque des exemples bibliques de femmes prophétesses. Elle se termine par une exhortation à suivre l'exemple du Marquis de Dangeau et par des marques de respect et de sincérité envers l'interlocuteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 264-283
REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Début :
Il a paru un Ecrit plein de calomnies, contre la conduite / Il ne faut que voir le titre de cette Lettre, pour juger [...]
Mots clefs :
Protestants, Conversions, Méthodes, Calomnies, Sainteté, Tourments, Erreurs, Schisme, Louange, Barbarie, Sainte vérité, Dragons, Obéissance, Providence, Abjuration, Révolte, Persécutions, Nouveaux convertis, Église romaine, Démons, Dieu, Jésus-Christ, Pasteurs, Communion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Il a paru un Ecrit plein de
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
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Résumé : REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Un écrit contenant des calomnies contre les méthodes françaises de reconversion des protestants au catholicisme a été publié. En réponse, une 'Lettre Pastorale aux Protestants de France, tombés par la force des tourments' dénonce ces accusations. La lettre pastorale critique l'usage de la force et des tourments pour la conversion, bien que le roi ait agi en dernier recours après des tentatives de persuasion infructueuses. Elle affirme que les conversions ont été réalisées sans violence excessive et que les dragons n'ont causé de souffrances que dans les biens, non dans les personnes. L'auteur de la lettre pastorale est accusé de déformer la réalité et d'alarmer les consciences des convertis. La lettre pastorale critique les protestants se ralliant à l'Église romaine, les qualifiant de 'tombez' et les accusant d'apostasie et de blasphème. Elle les exhorte à se repentir publiquement. Cependant, la réponse réfute ces accusations en soulignant que l'Église romaine partage les mêmes croyances fondamentales que les protestants, notamment l'adoration de Jésus-Christ, la Trinité, la divinité de Jésus, sa naissance virginale, son sacrifice rédempteur, et son retour pour juger le monde. Elle mentionne également la pratique des sacrements comme le baptême et l'eucharistie, ainsi que la promotion de la piété et de la charité. La réponse espère que les 'tombez' défendront leur foi sincèrement et vivront selon les enseignements chrétiens. Elle appelle les pasteurs ayant rejoint l'Église romaine à pardonner à l'auteur de la lettre et à prier pour qu'il reconnaisse la véritable nature de l'Église romaine, vue comme l'épouse de Jésus-Christ.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 146-150
Remarques sur quelques Points de la Religion des Moscovites.
Début :
Ils sont dans l'opinion qu'il n'y a qu'eux de veritables [...]
Mots clefs :
Prêtre, Religion, Communion, Moscovites
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texteReconnaissance textuelle : Remarques sur quelques Points de la Religion des Moscovites.
Remarques sur quelques Points
de la Religion des
Moscovites.
Ils sont dans l'opinion qu'il
n'y a qu'eux de veritables
Chrêtiens, puisqu'ils
Historique.
147
sont les seuls, disent-ils,
qui ayent éte baptisez, tous
les autres n'ayant été qu'
arrosez: Auſsi le Pretre
plonge-t il trois fois l'en-
fant nud dans l'eau, pro-
nonçant les Paroles ordi-
naires du Sacrement, je
te baptise, &c.
Pourles perfonnes agées
qui embrassent la Religion
Grecque ou Moscovite,
elles reçoivent le bapté
me dans une Riviere où
on les plonge par dessus la
tête, quelque froid qu'il
fasse, de forte que bien
ſouvent on est contraint
de casser la glace pour
Nij
Relarion
1
cette Cérémonie. Les Pro-
totopes ou ſimples Prè-
tres sont obligez de ſe ma-
rier, mais ils ne peuvent
passer a de secondes No-
ces, sans renoncer à laPre-
trise.
Les Perfonnes en âge de
raison, apres s'etre confes-
fées au milieu de l'Eglise,
Communient ordinaire-
ment la veille de Pâques,
ſous les deux Especes; le
Prêtre mélant de l'eau a-
vec le vin : Le pain doit
avoir été paitri & cuit
par la veuve d'un Pretre.
On le consacre le jour de
la Communion, ou le Jeu-
Historique.
149
dy avant Pâques; l'un,
pour les Communians qui
se presentent, & l'autre,
pour les Malades. Les plus
devots dorment apres la
Communion, afin de ne
point pêcher ce jour là;
car, pourles autres Fêtes, ils
ne croiroient pas les avoir
bien solennisées, s'ils ne
s'en yvroient; ce n'est pas
meme une grande honte
aux femmes, non plus qu-
auxPopas d'être vus yvres
au milieu des ruës; &
lorsque des femmes de
Qualité ont fait un repas
ensemble, celle qui la
donné, envoye le lende
Nii
Relation
150
main le principal de ſes
Domestiques a ses Amies
du soir, pour s'informer
comment elles ont passe
la nuit, leur réponse or-
dinaire, c'est de la remer-
cier de sa bonne chere, qui
les avoit rendu ſi gayes,
quelles ne sçavent pas
comment elles ont pu re-
trouver leur logis ; tant
elles avoient bû.
de la Religion des
Moscovites.
Ils sont dans l'opinion qu'il
n'y a qu'eux de veritables
Chrêtiens, puisqu'ils
Historique.
147
sont les seuls, disent-ils,
qui ayent éte baptisez, tous
les autres n'ayant été qu'
arrosez: Auſsi le Pretre
plonge-t il trois fois l'en-
fant nud dans l'eau, pro-
nonçant les Paroles ordi-
naires du Sacrement, je
te baptise, &c.
Pourles perfonnes agées
qui embrassent la Religion
Grecque ou Moscovite,
elles reçoivent le bapté
me dans une Riviere où
on les plonge par dessus la
tête, quelque froid qu'il
fasse, de forte que bien
ſouvent on est contraint
de casser la glace pour
Nij
Relarion
1
cette Cérémonie. Les Pro-
totopes ou ſimples Prè-
tres sont obligez de ſe ma-
rier, mais ils ne peuvent
passer a de secondes No-
ces, sans renoncer à laPre-
trise.
Les Perfonnes en âge de
raison, apres s'etre confes-
fées au milieu de l'Eglise,
Communient ordinaire-
ment la veille de Pâques,
ſous les deux Especes; le
Prêtre mélant de l'eau a-
vec le vin : Le pain doit
avoir été paitri & cuit
par la veuve d'un Pretre.
On le consacre le jour de
la Communion, ou le Jeu-
Historique.
149
dy avant Pâques; l'un,
pour les Communians qui
se presentent, & l'autre,
pour les Malades. Les plus
devots dorment apres la
Communion, afin de ne
point pêcher ce jour là;
car, pourles autres Fêtes, ils
ne croiroient pas les avoir
bien solennisées, s'ils ne
s'en yvroient; ce n'est pas
meme une grande honte
aux femmes, non plus qu-
auxPopas d'être vus yvres
au milieu des ruës; &
lorsque des femmes de
Qualité ont fait un repas
ensemble, celle qui la
donné, envoye le lende
Nii
Relation
150
main le principal de ſes
Domestiques a ses Amies
du soir, pour s'informer
comment elles ont passe
la nuit, leur réponse or-
dinaire, c'est de la remer-
cier de sa bonne chere, qui
les avoit rendu ſi gayes,
quelles ne sçavent pas
comment elles ont pu re-
trouver leur logis ; tant
elles avoient bû.
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