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1
p. 317-331
Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
Début :
C'est avec raison, Madame, que je vous ay dit bien [...]
Mots clefs :
Roi, André Boureau-Deslandes, M. Cornuet, Siam, Roi de Siam, Terre, Présents, Lettre, Pavillon, Ambassadeurs, François Baron, Indes, France, Pays, Europe
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
C'eft avec railon, Madame
, que je vous ay dit bien
des fois que la grandeur de
noftre augufte Monarque
eftoit connue de toute la
Terre. Ses conqueftes & fes
admirables qualitez ont fait
tant de bruit chez les Nations
les plus éloignées, que
le Roy de Siam a refolu de
luy envoyer des Ambaffadeurs.
M' Baron, Directeur
General dans les Indes pour
la Compagnie Royale de
France, ayant fçû l'intention
JOPIS
Dd iij
318 MERCVRE
de ce Roy, luy fit offrir un de
fes Vaiffeaux
pour
our les aller
prendre jufqu'à Siam. Dans
ce deffein il fit partir le Vau
tour. Ce Vaiffeau eftoit com
mandé par M Cornuet, qui
menoit M Dellandes
- Bour
Cup 2010
reau . C'eft un jeune Homme
de tres- bonne mine, que
M' Baron avoit choify pour
Pov de porter fa Lettre au Roy
Siam , & luy offrir les Préfens
de la part de la Compa
Ml'Evefque
de Mefellopolis,
Vicaire Apoftoli
que a Siam , qui fçait la Langue
& les coûtumes
du Païs,
gnie.
GALANT 319
le ,
fe chargea de la négotiation.
Le Vautour arriva dans la
Riviere de Siam le 3, de Septembre
de l'année derniere ;
& M Cornuet & Deflandes
envoyerent demander, fi en
paffant devant la Fortercffe,
Cour trouveroit bon qu'ils
faluaffent le Pavillon , en la
maniere qui ſe pratique en
Europe. On leur répondit ,
que quoy que cela ne fe fuft
point encor fait en ces Lieuxlà
, ils en ufcroient à leur volonté,
parce qu'on vouloit
leur faire connoiftre la joye
qu'on avoit de leur venuë.
Dd iiij
329 MERCVRE
Le Vaiffeau monta la Rivicre
ſans plus retarder ; & lors
qu'on fut proche de la Fors
terefſe , Mª Deſlandes ayant
remarqué que sle Pavillon !
qu'on avoit mis au haut du
Donjon , eftoit celuy d'une
Republique , fit mouiller
l'ancre , & envoya dire au
Commandant de la Fortel
reffe qu'il ne pouvoit falüer
ce Pavillon , parce qu'il étoit
beaucoup inférieur à celuy
du Roy fon Maiſtre. Cel
Commandant luy manda
que dans les Indes les Roys
n'affectoient aucun Pavillon
GALANT. 321
particulièr & rauffitofton
en mit un de Tafetas rouge
enda place de celuy que l'on
avoir vu d'abord. M fut fa
lüéenmefme temps par tou
tell'Artillerie du Vaiffeau , a
quoy la Fortereffe répondit
d'une fi grande quantité de
coups de Canon , que tous
les Chinois qui eftoient alors
dans la Ville , les Portugais
& les Hollandois , auffi bien
que les Siamois, dirent plu
fieurs fois , qu'ils n'avoient
jamais entendu rien de pareil.
En effet , c'eſt rarement
qu'on prodigue la Poudre à
A
plu322
MERCVRE
Canon en ce Pais là Les
Gardest du Roy conduifirent
Me Deflandes & Cornuet
dans la Maiſon qu'on
leur avoit préparée ; & leis
du mefme mois de Septem
bre, qui fut le jour pris pour
porter la Lettre & les Pré
fens , trois grands Manda-
Fins ( qui font comme icy
nos Ducs & Pairs ) vinrent
avec leurs grands Bateaux
de parade devant la Maifon
où M' Deflandes eftoit logé,
pour accompagner la Lettre
de M' le Baron , & les Préfens
de la Compagnie. Ils furent
GALANT. 323
portez à découvert fur deux
grands Bateaux faits à la maniere
du Pais. On les fit entrer
dans la Salle , où le Mi
niftre affifté de plufieurs
Mandarins, Chinois , Mores,
Siamois, & Portugais , atten-
- doit M' Deflandes. Il arriva
avec M' Cornuet , & trente
Soldats François , & tous
- deux furent affis dans le milieu
de la Salle , vis- à - vis des
Miniftres, tenant devant eux.
la Lettre dans une Corbeille
d'or. Elle fut leue , & traduire
en mefme temps par
le Supérieur du Seminaire,
! ;
324 MERCVRE
François de nation , qu'on
avoit placé dans le lieu où
fe mettent orJinairement
leurs Preftres , qu'ils appels
lent Tallapoins . L'Audience
dura plus d'une heure , & fe
paffa prefque toute en Quef
tions fur l'état préfent de la
France, & fur la grandeur de
fon Monarque, dont les Siamois
fçavent les Victoires.
On y parla encor des autres
Princes de l'Europe , & M
Deflandes fatisfit à tout avec
une grace & une préſence
d'efprit dont tous ces Genslà
refterent furpris. L'Au
GALANT 325
dience eftant finie , le Miniftre
porta la Lettre avec la
Traduction au
Royqui
ayant veu les Préfens , les
eftima
plusqu'aucun de ceux
qu'il ait
accoûtumé de receyoir,
entr'autres deux grands
Luftres de criftal, trois gráds
Miroirs garnis d'argent & de
vermeil, deux Girandoles de
criftal, & deux Pieces de
Canon de fonte admirablement
bien travaillées . Il les
fit porter à une Maifon de
Campagne , avec plufieurs
Pieces de Brocard d'or &
d'argent, qui faifoient partie
326 MERCVRE
de ces Préfens . Cependant,
pour favoriferM Deflandes
plus qu'il ne fait d'ordinaire
les Envoyez des autres Nations,
il voulut bien fe mon.
Strer à luy. Pour cela, il fortit
de fon Palais les21.6& vint
dans une grande Court , où
M Deflandes & Cornuet
l'attendoient fur un Tapis.
Il eut plus d'une demy- heure
d'entretien avec eux , &stémoigna
prendre grand plaifir
à entendre conter par
Interprete les furprenantes
Actions du Roy , dont il dit
plus de vingt fois qu'il avoit
GALANT 327
fçeu le particulier. En fe retirant
, il leur fit préſent à
chacun d'une Vélte , compléte
de Brocard de Perfe,
qui eft une faveur des plus
fignalées que puiffe faire ce
Roy à des Etrangers. Sur
rout celle de fe faire voir eft
fort extraordinaire , ceuxzmefme
de fon Royaume
n'ayant prefque jamais l'avantage
de l'obtenir. Le lendemain
22. il envoya dire à
M Dellandes qu'il avoit réfolu
d'envoyer trois Ambaffadeurs
à l'Empereur des
François , & auffitoft l'ordre
1
328 MERCVRE
fut donné pour leur départ.
L'un de ces trois eft un Grád
Mandarin, qui s'el acquité
de plufieurs Ambaſſades à la
Chine. Ils fe rendirent en
pils
dix -fept jours de marche par
terre à Bantam, où ils cfpéroient
trouver le Navite
nommé le Soleil d'Orient,
mais il en avoit fait voile dés
le 17. de Septembre, & eftoit
retourné à Surate , où il reportoit
le Frere aîné de M
Deflandes, qui eft Commiffaire
General de la Compa
gnie Françoife , & qui mande
par fes Lettres écrites de
-1361 9- datorp.2
GALANT. 329
Bantam du 15 Septembre
1680. & par celles du 2. Fevrier
1681. qu'il iroit à Pondichery
dans la Cofte de
Coromandel juſques au
mois de Septembre de cette
ellau
année, pour de là venir en
France dans le Soleil d'Orient
, & y arriver vers le
mois de Mars prochain.
Comme l'on ne doute pas
que les trois Ambaffadeurs
ne foient partis de Bantam
pour Surate, peu apres eftre
arrivez en cette premiere
t Ville , on croit qu'ils viendront
dans ce mefme Vaif
Ee
Septembre 1681.
330 MERCVRE
feau le Soleil d'Orient, qui
eft du port de plus de douze
cens tonneaux . Le Roy de
Siam envoyé ces Ambafladeurs
non feulement à caufe
des grandes chofes qu'on
luy a dites du Roy , mais
parce que prévoyant qu'il
aura des déméllez avec une
Puiffance de l'Europe , il eſt
bien aile de s'appuyer de
celle d'un Prince , auquel il
fçait que rien ne peut réfifter.
Ce Roy eft appellé
dans fes Titres Le Roy des
Roys, le Seigneur des Seigneurs,
le Maistre des Eaux , le ToutGALANT
331
t
•
puiſſant de la Terre , le Dominateur
de la Mer l'Arbitre du
bonheur & de l'infortune, defes
Sujets. Ses Etats font fituez
dans les Indes, & ont plus de
trois cens lieues de largeur.
Ils contenoient autrefois.
toute cette pointe de terre
qui va jufqu'à Malaca.
, que je vous ay dit bien
des fois que la grandeur de
noftre augufte Monarque
eftoit connue de toute la
Terre. Ses conqueftes & fes
admirables qualitez ont fait
tant de bruit chez les Nations
les plus éloignées, que
le Roy de Siam a refolu de
luy envoyer des Ambaffadeurs.
M' Baron, Directeur
General dans les Indes pour
la Compagnie Royale de
France, ayant fçû l'intention
JOPIS
Dd iij
318 MERCVRE
de ce Roy, luy fit offrir un de
fes Vaiffeaux
pour
our les aller
prendre jufqu'à Siam. Dans
ce deffein il fit partir le Vau
tour. Ce Vaiffeau eftoit com
mandé par M Cornuet, qui
menoit M Dellandes
- Bour
Cup 2010
reau . C'eft un jeune Homme
de tres- bonne mine, que
M' Baron avoit choify pour
Pov de porter fa Lettre au Roy
Siam , & luy offrir les Préfens
de la part de la Compa
Ml'Evefque
de Mefellopolis,
Vicaire Apoftoli
que a Siam , qui fçait la Langue
& les coûtumes
du Païs,
gnie.
GALANT 319
le ,
fe chargea de la négotiation.
Le Vautour arriva dans la
Riviere de Siam le 3, de Septembre
de l'année derniere ;
& M Cornuet & Deflandes
envoyerent demander, fi en
paffant devant la Fortercffe,
Cour trouveroit bon qu'ils
faluaffent le Pavillon , en la
maniere qui ſe pratique en
Europe. On leur répondit ,
que quoy que cela ne fe fuft
point encor fait en ces Lieuxlà
, ils en ufcroient à leur volonté,
parce qu'on vouloit
leur faire connoiftre la joye
qu'on avoit de leur venuë.
Dd iiij
329 MERCVRE
Le Vaiffeau monta la Rivicre
ſans plus retarder ; & lors
qu'on fut proche de la Fors
terefſe , Mª Deſlandes ayant
remarqué que sle Pavillon !
qu'on avoit mis au haut du
Donjon , eftoit celuy d'une
Republique , fit mouiller
l'ancre , & envoya dire au
Commandant de la Fortel
reffe qu'il ne pouvoit falüer
ce Pavillon , parce qu'il étoit
beaucoup inférieur à celuy
du Roy fon Maiſtre. Cel
Commandant luy manda
que dans les Indes les Roys
n'affectoient aucun Pavillon
GALANT. 321
particulièr & rauffitofton
en mit un de Tafetas rouge
enda place de celuy que l'on
avoir vu d'abord. M fut fa
lüéenmefme temps par tou
tell'Artillerie du Vaiffeau , a
quoy la Fortereffe répondit
d'une fi grande quantité de
coups de Canon , que tous
les Chinois qui eftoient alors
dans la Ville , les Portugais
& les Hollandois , auffi bien
que les Siamois, dirent plu
fieurs fois , qu'ils n'avoient
jamais entendu rien de pareil.
En effet , c'eſt rarement
qu'on prodigue la Poudre à
A
plu322
MERCVRE
Canon en ce Pais là Les
Gardest du Roy conduifirent
Me Deflandes & Cornuet
dans la Maiſon qu'on
leur avoit préparée ; & leis
du mefme mois de Septem
bre, qui fut le jour pris pour
porter la Lettre & les Pré
fens , trois grands Manda-
Fins ( qui font comme icy
nos Ducs & Pairs ) vinrent
avec leurs grands Bateaux
de parade devant la Maifon
où M' Deflandes eftoit logé,
pour accompagner la Lettre
de M' le Baron , & les Préfens
de la Compagnie. Ils furent
GALANT. 323
portez à découvert fur deux
grands Bateaux faits à la maniere
du Pais. On les fit entrer
dans la Salle , où le Mi
niftre affifté de plufieurs
Mandarins, Chinois , Mores,
Siamois, & Portugais , atten-
- doit M' Deflandes. Il arriva
avec M' Cornuet , & trente
Soldats François , & tous
- deux furent affis dans le milieu
de la Salle , vis- à - vis des
Miniftres, tenant devant eux.
la Lettre dans une Corbeille
d'or. Elle fut leue , & traduire
en mefme temps par
le Supérieur du Seminaire,
! ;
324 MERCVRE
François de nation , qu'on
avoit placé dans le lieu où
fe mettent orJinairement
leurs Preftres , qu'ils appels
lent Tallapoins . L'Audience
dura plus d'une heure , & fe
paffa prefque toute en Quef
tions fur l'état préfent de la
France, & fur la grandeur de
fon Monarque, dont les Siamois
fçavent les Victoires.
On y parla encor des autres
Princes de l'Europe , & M
Deflandes fatisfit à tout avec
une grace & une préſence
d'efprit dont tous ces Genslà
refterent furpris. L'Au
GALANT 325
dience eftant finie , le Miniftre
porta la Lettre avec la
Traduction au
Royqui
ayant veu les Préfens , les
eftima
plusqu'aucun de ceux
qu'il ait
accoûtumé de receyoir,
entr'autres deux grands
Luftres de criftal, trois gráds
Miroirs garnis d'argent & de
vermeil, deux Girandoles de
criftal, & deux Pieces de
Canon de fonte admirablement
bien travaillées . Il les
fit porter à une Maifon de
Campagne , avec plufieurs
Pieces de Brocard d'or &
d'argent, qui faifoient partie
326 MERCVRE
de ces Préfens . Cependant,
pour favoriferM Deflandes
plus qu'il ne fait d'ordinaire
les Envoyez des autres Nations,
il voulut bien fe mon.
Strer à luy. Pour cela, il fortit
de fon Palais les21.6& vint
dans une grande Court , où
M Deflandes & Cornuet
l'attendoient fur un Tapis.
Il eut plus d'une demy- heure
d'entretien avec eux , &stémoigna
prendre grand plaifir
à entendre conter par
Interprete les furprenantes
Actions du Roy , dont il dit
plus de vingt fois qu'il avoit
GALANT 327
fçeu le particulier. En fe retirant
, il leur fit préſent à
chacun d'une Vélte , compléte
de Brocard de Perfe,
qui eft une faveur des plus
fignalées que puiffe faire ce
Roy à des Etrangers. Sur
rout celle de fe faire voir eft
fort extraordinaire , ceuxzmefme
de fon Royaume
n'ayant prefque jamais l'avantage
de l'obtenir. Le lendemain
22. il envoya dire à
M Dellandes qu'il avoit réfolu
d'envoyer trois Ambaffadeurs
à l'Empereur des
François , & auffitoft l'ordre
1
328 MERCVRE
fut donné pour leur départ.
L'un de ces trois eft un Grád
Mandarin, qui s'el acquité
de plufieurs Ambaſſades à la
Chine. Ils fe rendirent en
pils
dix -fept jours de marche par
terre à Bantam, où ils cfpéroient
trouver le Navite
nommé le Soleil d'Orient,
mais il en avoit fait voile dés
le 17. de Septembre, & eftoit
retourné à Surate , où il reportoit
le Frere aîné de M
Deflandes, qui eft Commiffaire
General de la Compa
gnie Françoife , & qui mande
par fes Lettres écrites de
-1361 9- datorp.2
GALANT. 329
Bantam du 15 Septembre
1680. & par celles du 2. Fevrier
1681. qu'il iroit à Pondichery
dans la Cofte de
Coromandel juſques au
mois de Septembre de cette
ellau
année, pour de là venir en
France dans le Soleil d'Orient
, & y arriver vers le
mois de Mars prochain.
Comme l'on ne doute pas
que les trois Ambaffadeurs
ne foient partis de Bantam
pour Surate, peu apres eftre
arrivez en cette premiere
t Ville , on croit qu'ils viendront
dans ce mefme Vaif
Ee
Septembre 1681.
330 MERCVRE
feau le Soleil d'Orient, qui
eft du port de plus de douze
cens tonneaux . Le Roy de
Siam envoyé ces Ambafladeurs
non feulement à caufe
des grandes chofes qu'on
luy a dites du Roy , mais
parce que prévoyant qu'il
aura des déméllez avec une
Puiffance de l'Europe , il eſt
bien aile de s'appuyer de
celle d'un Prince , auquel il
fçait que rien ne peut réfifter.
Ce Roy eft appellé
dans fes Titres Le Roy des
Roys, le Seigneur des Seigneurs,
le Maistre des Eaux , le ToutGALANT
331
t
•
puiſſant de la Terre , le Dominateur
de la Mer l'Arbitre du
bonheur & de l'infortune, defes
Sujets. Ses Etats font fituez
dans les Indes, & ont plus de
trois cens lieues de largeur.
Ils contenoient autrefois.
toute cette pointe de terre
qui va jufqu'à Malaca.
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Résumé : Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
En 1680, des ambassadeurs du roi de Siam furent envoyés en France pour reconnaître la grandeur et les conquêtes du roi de France. Le baron, directeur général de la Compagnie Royale de France dans les Indes, mit à disposition un vaisseau pour transporter les ambassadeurs. Ce vaisseau, commandé par M. Cornuet et transportant M. Dellandes, arriva en septembre 1680. Dellandes, choisi pour sa bonne mine et son éducation, portait une lettre et des présents du roi de France. À leur arrivée, ils demandèrent la permission de saluer un pavillon, ce qui fut accordé. Dellandes remarqua un pavillon républicain et insista pour en hisser un royal, ce qui entraîna une salve d'artillerie échangée entre le vaisseau et la forteresse. Dellandes et Cornuet furent ensuite conduits à une maison préparée pour eux. En septembre, trois mandarins vinrent accompagner la lettre et les présents à la cour. Dellandes, accompagné de soldats français, fut reçu par les ministres du roi de Siam. L'audience dura plus d'une heure, durant laquelle Dellandes répondit aux questions sur la France et son monarque. Le roi de Siam, impressionné par les présents, notamment des lustres de cristal et des pièces d'artillerie, décida d'envoyer trois ambassadeurs en France. Ces ambassadeurs, incluant un grand mandarin expérimenté, partirent pour Bantam mais manquèrent le vaisseau Soleil d'Orient. Ils étaient attendus en septembre 1681 sur ce même vaisseau. Le roi de Siam, anticipant des conflits avec une puissance européenne, cherchait à s'allier avec la France. Ses titres incluent 'Roi des Rois' et 'Maître des Eaux', et ses États s'étendent sur plus de trois cents lieues dans les Indes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 88-90
Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Début :
Il me souvient que je vous parlay il y a quelques années [...]
Mots clefs :
Siam, Années, France, Soleil d'Orient, André Boureau-Deslandes, Frère, Compagnie orientale de France, Lettres, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Il me ſouvient que je vous
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Roy,
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Roy,
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Résumé : Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Le texte traite d'une correspondance relative aux ambassadeurs envoyés par le roi de Siam en France et à Rome, accompagnés de présents, dont deux éléphants blancs. Monsieur des Langalant mentionne Monsieur des Bourau, frère de Monsieur Bourau, ancien commissaire général de la Compagnie à Surate et chef du comptoir de la Compagnie Orientale de France à Siam. Des Bourau a traduit les lettres du roi de Siam adressées au roi de France et au pape, et les a transmises via un officier de la Compagnie. Ces lettres, ainsi que celles du ministre de Siam à la Compagnie, ont été partagées par l'auteur. Les ambassadeurs et les présents, surnommés le 'Soleil d'Orient', n'ont pas donné de nouvelles depuis près de trois ans, depuis leur embarquement à Bantam en juin 1684.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 102-106
LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
Début :
Comme le Genéral de Surate a eu la bonté d'envoyer par [...]
Mots clefs :
Présents, Roi, Général, Envoyer, André Boureau-Deslandes, Temps, Ambre, Lettres, Ambassade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
LETTRE DU MESME
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
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Résumé : LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
La lettre du ministre à M. le Directeur, Baron, mentionne l'envoi de lettres et de présents par M. des Landes au roi de France, avec une recommandation pour leur présentation. Le ministre a également reçu des lettres et des présents du Général, qui exprime sa joie à l'idée d'envoyer des ambassadeurs en France et au Saint-Père. Le Général a préparé un vaisseau pour l'ambassade et prie que ce vaisseau soit dépêché à temps pour ne pas manquer la mousson. Le ministre souligne le désir du Général d'établir une alliance ferme entre les deux couronnes et a reçu l'ordre de préparer des ambassadeurs pour porter des lettres et des présents au roi de France afin de renforcer cette alliance. Le ministre espère que M. des Landes informera le Général des services rendus. Enfin, divers présents, dont des coffres de Japon et de Chine, des arbrisseaux d'ambre, et d'autres objets, sont envoyés en signe d'amitié. Le ministre laisse au Général le soin de trouver les moyens nécessaires pour maintenir une amitié parfaite et inviolable à l'avenir.
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4
p. 106-114
« Mr Deslandes, en parlant des Eléphans que le Roy de [...] »
Début :
Mr Deslandes, en parlant des Eléphans que le Roy de [...]
Mots clefs :
Éléphant, Éléphants, Femelles, Roi, Manière, Ville, Hommes, André Boureau-Deslandes, Attrapoire, Mâts, Siam, Corps, Éléphant sauvage
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texteReconnaissance textuelle : « Mr Deslandes, en parlant des Eléphans que le Roy de [...] »
M'Deſlandes, en parlant
des Eléphans que le Roy de
Siam envoyoit en France
avec fes Ambaſſadeurs , a
expliqué la maniere dont les
Eleph
Elephans ſauvages peuvent
eftre pris , & voicy ce qu'il
en dit. Ce Roy en ayant
pluſieurs apprivoiſez , mafles
&femelles , en envoyequel
ques Bandes à quinze ou
GALANT. 107
vingt journées de la Ville,
dans les Bois & dans les
Plaines . Chaque Bande, qui
eft compoſée de quarante ou
de cinquante, a neuf ou dix
Hommes pour Conducteurs ;
& quand ils ont apperçeu
quelque Eléphant, ils ordonnent
aux Femelles de les al
ler entourer. Vous remarquerez
que les Eléphans apprivoiſez
entendent la Langue
de leurs Conducteurs.
Lors que l'Eléphant eft entouré
des Femelles, les Hommes
qui font montez ſur les
Maſles, accoſtent les Femel.
108 MERCURE
(
les , & font marcher l'Ele
phant pris dans le milieu de
la Bande. Ainſi il ne voit
point où ilva. A une journée
de la Ville , on les fait paſſer
par une Attrapoire , qui eft
toute bordée d'Arbres , &
que l'Eléphant ſauvage prend
pour un Bois. Ils n'y paſſent
qu'un à un ; & quand l'Eléphant
ſauvage eft dans l'Attrapoire
, où il croit paffer
comme les autres , on laiſſe
tomber de gros Pieux par
des coulices devant & derriere
, & il ſe trouve arreſté
comme s'il eſtoit dans une
GALANT. 109
Cage , fans qu'il puiſſe ſe
tourner de coſté ny d'autre.
Les Pieux qui compoſent
l'Attrapoire , font auſſi gros
que des Mats de Navire, &
deux Homes auroient peine
à les embraſſer. En ſuite on
lie les quatre pieds de l'Eléphant
avec des Cables , afin
qu'il ne puifle fuir,& on l'amene
proche des murailles
de la Ville, où il y a une Maifon
couverte. Dans le milieu
de cette Maiſon eſt un gros
Mats de cinq à fix braſſes de
hauteur , avec une Poutre
paſſée au travers par le haut
}
110 MERCURE
du Mats, qui eſt enfoüydans
terre d'une braſſe en maniere
de Pivot , ou bien tourné
comme le Cabestan d'un
Navire. Quand l'Eléphant
pris eft arrivé à cette Maiſon,
on le fufpend àce Cabeſtan
par deſſous le corps avec des
Cables, en forte que ſes pieds
poſent à terre. Eſtant ainſi
attaché, il ne peut tourner
qu'avec le Cabeſtan , & on
le laiſſe de cette maniere
pendant deux ou trois jours,
gardé par deux Maſles & par
deux Femelles, ſans luydonner
à manger. Apres cela,
GALANT. III
onl'oſte du Cabeftan , & on
le lie par le corps avec un au..
tre Eléphant privé. Ils demeurent
ainſi attachez enſemble
, juſqu'à ce que le
Sauvage ſoit apprivoilé , &
alors on luy donne un Cornacque,
ou Conducteur. Ces
Animaux ſont fort eſtimez
dans le Païs ; auſſi leRoy de
Siam en a quantité de domeftiques
. On appelle ceux qu'il
monte , Eléphans de l'Etat.
On les loge dans de beaux
Lieux , qui ſont comme des
Maiſons de Princes , toutes
peintes de feüillages; & com,
112 MERCURE
me ces Animaux aiment fort
la propreté, on ne ſe ſert que
de Vaiſſelle d'argent pour
leur donner à manger. Ja
mais ils ne ſortent pour al
ler à la Riviere ou à la Campagne
, qu'on ne porte des
Parafolsdevát chacun d'eux.
Ils ſont précedez de Tambours
& de Muſetes , & ont
unHarnois d'argent , & garny
de cuivre . Deux Hommes
montent deſſus, l'un ſur
le col , l'autre ſur la croupe;
&dans le milieu , il y a une
Selle d'écarlate, où perſonne
n'ofe s'affeoir, à cauſe que
GALANT. 113
C'eſt la place du Roy. Celuy
qui eft monté fur le cot , a
un Croc de fer , ou d'acier
luifant, dont il ſe fert pourle
gouverner , en le piquant fur
le coſté gauche du front,
pour le faire aller à gauche;
&dans le milieu, pour le faire
aller à droit. Chaque Mafle
a toûjours far Femelle qui
marche devant luy , gouver.
née & enharnachée de la
meſme forte. Ces Eléphans
ont la tefte de leur Trompe,,
la teſte, les oreilles, les jam
bes ,& une partie du Corps,,
marquetez , comme l'eſt lat
Juin 163.4 K.
114 MERCURE
peau d'un Tigre ; & quand
ils ont une queue traînante
avec un gros bouquet de
long poil au bout , c'eſt un
embelliſſement qui faitqu'on
les eſtime beaucoup davantage.
des Eléphans que le Roy de
Siam envoyoit en France
avec fes Ambaſſadeurs , a
expliqué la maniere dont les
Eleph
Elephans ſauvages peuvent
eftre pris , & voicy ce qu'il
en dit. Ce Roy en ayant
pluſieurs apprivoiſez , mafles
&femelles , en envoyequel
ques Bandes à quinze ou
GALANT. 107
vingt journées de la Ville,
dans les Bois & dans les
Plaines . Chaque Bande, qui
eft compoſée de quarante ou
de cinquante, a neuf ou dix
Hommes pour Conducteurs ;
& quand ils ont apperçeu
quelque Eléphant, ils ordonnent
aux Femelles de les al
ler entourer. Vous remarquerez
que les Eléphans apprivoiſez
entendent la Langue
de leurs Conducteurs.
Lors que l'Eléphant eft entouré
des Femelles, les Hommes
qui font montez ſur les
Maſles, accoſtent les Femel.
108 MERCURE
(
les , & font marcher l'Ele
phant pris dans le milieu de
la Bande. Ainſi il ne voit
point où ilva. A une journée
de la Ville , on les fait paſſer
par une Attrapoire , qui eft
toute bordée d'Arbres , &
que l'Eléphant ſauvage prend
pour un Bois. Ils n'y paſſent
qu'un à un ; & quand l'Eléphant
ſauvage eft dans l'Attrapoire
, où il croit paffer
comme les autres , on laiſſe
tomber de gros Pieux par
des coulices devant & derriere
, & il ſe trouve arreſté
comme s'il eſtoit dans une
GALANT. 109
Cage , fans qu'il puiſſe ſe
tourner de coſté ny d'autre.
Les Pieux qui compoſent
l'Attrapoire , font auſſi gros
que des Mats de Navire, &
deux Homes auroient peine
à les embraſſer. En ſuite on
lie les quatre pieds de l'Eléphant
avec des Cables , afin
qu'il ne puifle fuir,& on l'amene
proche des murailles
de la Ville, où il y a une Maifon
couverte. Dans le milieu
de cette Maiſon eſt un gros
Mats de cinq à fix braſſes de
hauteur , avec une Poutre
paſſée au travers par le haut
}
110 MERCURE
du Mats, qui eſt enfoüydans
terre d'une braſſe en maniere
de Pivot , ou bien tourné
comme le Cabestan d'un
Navire. Quand l'Eléphant
pris eft arrivé à cette Maiſon,
on le fufpend àce Cabeſtan
par deſſous le corps avec des
Cables, en forte que ſes pieds
poſent à terre. Eſtant ainſi
attaché, il ne peut tourner
qu'avec le Cabeſtan , & on
le laiſſe de cette maniere
pendant deux ou trois jours,
gardé par deux Maſles & par
deux Femelles, ſans luydonner
à manger. Apres cela,
GALANT. III
onl'oſte du Cabeftan , & on
le lie par le corps avec un au..
tre Eléphant privé. Ils demeurent
ainſi attachez enſemble
, juſqu'à ce que le
Sauvage ſoit apprivoilé , &
alors on luy donne un Cornacque,
ou Conducteur. Ces
Animaux ſont fort eſtimez
dans le Païs ; auſſi leRoy de
Siam en a quantité de domeftiques
. On appelle ceux qu'il
monte , Eléphans de l'Etat.
On les loge dans de beaux
Lieux , qui ſont comme des
Maiſons de Princes , toutes
peintes de feüillages; & com,
112 MERCURE
me ces Animaux aiment fort
la propreté, on ne ſe ſert que
de Vaiſſelle d'argent pour
leur donner à manger. Ja
mais ils ne ſortent pour al
ler à la Riviere ou à la Campagne
, qu'on ne porte des
Parafolsdevát chacun d'eux.
Ils ſont précedez de Tambours
& de Muſetes , & ont
unHarnois d'argent , & garny
de cuivre . Deux Hommes
montent deſſus, l'un ſur
le col , l'autre ſur la croupe;
&dans le milieu , il y a une
Selle d'écarlate, où perſonne
n'ofe s'affeoir, à cauſe que
GALANT. 113
C'eſt la place du Roy. Celuy
qui eft monté fur le cot , a
un Croc de fer , ou d'acier
luifant, dont il ſe fert pourle
gouverner , en le piquant fur
le coſté gauche du front,
pour le faire aller à gauche;
&dans le milieu, pour le faire
aller à droit. Chaque Mafle
a toûjours far Femelle qui
marche devant luy , gouver.
née & enharnachée de la
meſme forte. Ces Eléphans
ont la tefte de leur Trompe,,
la teſte, les oreilles, les jam
bes ,& une partie du Corps,,
marquetez , comme l'eſt lat
Juin 163.4 K.
114 MERCURE
peau d'un Tigre ; & quand
ils ont une queue traînante
avec un gros bouquet de
long poil au bout , c'eſt un
embelliſſement qui faitqu'on
les eſtime beaucoup davantage.
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Résumé : « Mr Deslandes, en parlant des Eléphans que le Roy de [...] »
Le texte de M'Deslandes décrit la méthode utilisée par le roi de Siam pour capturer des éléphants sauvages. Le roi envoie des bandes d'éléphants apprivoisés, mâles et femelles, à quinze ou vingt journées de la ville, dans les bois et les plaines. Chaque bande est composée de quarante à cinquante éléphants et dirigée par neuf ou dix conducteurs. Lorsqu'un éléphant sauvage est repéré, les femelles apprivoisées l'entourent, tandis que les mâles montés par des hommes le guident au centre de la bande, l'empêchant de voir où il va. À une journée de la ville, les éléphants passent par une attrapoire bordée d'arbres. L'éléphant sauvage, pensant entrer dans un bois, est piégé par des pieux tombant devant et derrière lui. Il est ensuite lié par les pieds avec des câbles et amené près des murailles de la ville, où il est suspendu à un cabestan pendant deux ou trois jours sans nourriture, gardé par deux mâles et deux femelles. Après cette période, l'éléphant est lié à un autre éléphant apprivoisé jusqu'à ce qu'il soit apprivoisé. Il reçoit alors un cornac. Les éléphants sont très estimés en Siam. Ceux montés par le roi sont appelés 'éléphants de l'État' et logés dans des lieux somptueux. Ils sont nourris avec de la vaisselle d'argent et sortent précédés de tambours et de musettes, portant un harnois d'argent et de cuivre. Deux hommes montent chaque éléphant, et une selle d'écarlate est réservée pour le roi. Les éléphants sont souvent marqués comme la peau d'un tigre, et une queue traînante avec un gros bouquet de poil au bout est considérée comme un embellissement précieux.
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