Résultats : 21765 texte(s)
Détail
Liste
17601
p. 79-91
ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
Début :
Sed quid tentare nocebit ? Cicer. C'est un spectacle qui se renouvelle [...]
Mots clefs :
Société, Nature, Travail, Talents, Besoins, Avantages, Homme, Académie de Besançon, Secours, Supériorité des talents, Efforts, Génie, Génies supérieurs, Assiduité, Intérêts, Travail
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
ES•SA I
Sur cette queftion propofée par l'Académie
de Befançon : L'affiduité au travail
peut-elle procurer autant d'avantages à la
fociété , que la fupériorité des talens .
Sed quid tentare nocebit ? Cicer.
Ch
'Eft un fpectacle qui fe renouvelle
chaque jour , de voir l'homme luter
contre le befoin , chercher dans le travail
la fource des fecours , réaffir quelquefois
à force d'affiduité , & plus fouvent encore
échouer ; tandis qu'à fes côtés les fuccès
les plus brillans feront le fruit des moindres
efforts : tel eft l'effet de cette diverfité
de difpofitions que la nature a diftribué
aux hommes , pour établir entr'eux
une dépendance mutuelle.
S'il eût été poffible à l'effort du travail
de fuppléer au défaut de talent , glorieux
de fe fuffire à lui - même , l'homme auroit
peut être méprifé des fecours étrangers
dont il auroit pû fe paffer ; par un prin.
cipe pareillement puifé dans le coeur , il
cût bientôt abandonné celui de qui il
n'auroit pû efpérer aucun retour , fi la nacure
avoit abfolument privé de fes dons
D iiij
So MERCURE DEFRANCE.
quelques - uns de fes enfans. Mais l'hom
me fans talens eft auffi rare que les monf
trés , pour me fervir de l'expreffion de
Quintilien ( a ) , & ·le travail n'eſt ſtérile
qu'autant qu'il eft défavoué par la natu
re. Ainfi rapprochés par les befoins auf.
quels ils ne pouvoient fe dérober , les
hommes ont été réunis par les fervices
qu'ils devoient réciproquement fe rendre.
Voilà le principe & la fin de la fociété.
Tous font également destinés à en être
membres : quelle difproportion cependant
entre les talens ! La mefure en eft aufi
variée que l'objet ; & quoique dirigés au
même terme , l'homme doué d'un génie
fupérieur laifferoit bientôt loin de lui
l'homme qui auroit reçu un moindre talent
; celui - ci pourroit- il donc être également
utile à la fociété ? Oui , fans doute
, s'il n'y a aucuns des avantages de la
fociété qui foient attachés particulierement
aux fuccès du premier , & aufquels
les efforts du fecond ne puiffent fuffire. Je
dois vérifier ces deux points pour l'établir.
A peine l'homme eft-il forti des mains
de la nature qu'il en paroît abandonné ; la
faim , la foif , la nudité ; voilà ce qui l'ac
( a ) Liv, 1. ch. 1.
C
DECEMBRE. 1753-
St
compagne à fon entrée dans le monde .:
les maladies fe joignent à ces befoins , les
écueils fe fuccedent devant fes pas ; en
un mot , tout ce qui l'environne au dedans
& au dehors femble concourir à fa
deftruction : pourvoir à ces befoins ou en
adoucir la rigueur ; écarter les maladies ,
ou en prévenir l'effet ; détruire ces écueils ,
ou en diminuer le danger ; c'eſt le moyen
de
procurer fa confervation . Mais qu'eftce
que l'homme , réduit à ce feul avantage
! Si fon efprit fe dégage des ténebres
dans lesquelles la nature l'avoit d'abord enveloppé
, c'eſt pour être expofé à de nouveaux
befoins les obftacles l'effrayent ,
les ennuis l'abbattent, le travail le fatigue ,
l'impétuofité l'emporte , les erreurs l'environnent
; il a befoin de motifs qui
l'excitent & l'animent ; de guide , qui l'éclaire
& le foutienne ; de frein , qui le retienne
& l'affure ; de délaffemens , qui le
diffipent & le foulagent.
:
Que de befoins également certains ! que
de fecours également néceffaires ! A peine
cependant dans une même génération
rencontre-t- on quelques hommes que la
nature ait favorifé d'un génie fupérieur
encore font - ils épars dans cette multitude
q peuple la terre . Comment conciliet
cette oppofition avec les intérêts de la
>
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
fociété ? Si c'eft fur les befoins du corps
que fes fondemens font appuyés , c'eſt
des befoins de l'efprit que naiffent fes agrémens
( a ) ; fi les fecours propres aux premiers
affurent à chacun de fes membres les
avantages les plus chers , les fecours propres
aux feconds ne procurent pas à la fociété
des avantages moins effentiels : les
uns & les autres ne peuvent donc dépendre
d'une qualité fi rare parmi ceux qu'elle
ralfemble .
En fuppofant que dans les premiers
tems , les génies fupérieurs euffent été en
affez grand nombre pour fournir au refte
des hommes tous les fecours néceffaires
aux befoins qui fe multiplioient avec eux ,
& que chaque inftant rendoit dès là plus
prellans , il ne feroit pas impoffible d'accorder
aujourd'hui les intérêts de la fociété
avec la rareté des génies fupérieurs ;
il est communément plus facile de conſerver
que de produire , d'imiter que d'inventer
; mais parcourons le lointain , que
l'Hiftoire offre à notre curiofité . Quels
font ces noms que l'admiration répéte ,
ces trônes que le refpect éleve , ces autels
que la prévention encenfe , ces trophées
que l'étonnement environne ? Répondez ,
( a ) Rouffeau , de Genêve. Difc. de Dijon.
DECEMBRE. 1755- 83
premiers peuples de l'univers , dont l'intérêt
n'avoit point encore rendu ſuſpects
les fentimens , & parmi lefquels la faterie
n'avoit point encore confondu les titres
; n'est-ce pas autant de témoignages
rendus à la rareté des génies fupérieurs ?
Accoutumés aux fuccès des génies ordinaires
, parce qu'ils fe renouvelloient plus
fouvent , vous n'avez pû voir fans en être
furpris , ceux qui ont diftingué la fupériorité
des talens : frappés d'un éclar qui
fembloit les tirer de la fphere commune ,
vous avez regardé comme des hommes extraordinaires
, ceux que la nature en avoit
doué , & ces monumens de leur fuccès.
autant que de votre admiration , juftifient
que quoiqu'accablés de befoins multipliés
& toujours renaiffans , ainfi que nous ,
vous ne les avez vû paroître parmi vous
que comme ces aftres finguliers que les
révolutions du Ciel ramenent à nos regards
toujours furpris , parce qu'ils n'en
font pas ordinairement frappés. Egalement
rares , les génies fupérieurs feroient- ils
donc plus néceffaires aux befoins de la fociété
que ces aftres plus brillans ne le
font aux befoins de l'univers ?
Mais pourquoi recourir à ces raiſonnemens
, tandis que l'expérience parle ? Les
hommes n'ont pas toujours composé une
Dvj
84 MERCURE DEFRANCE.
lecou
fociet
es
de la
C
même famille , leurs intérêts ont été di- point
vilés prefqu'auffi - tôt que leur langage' ;
ils fe font renfermés dans des Villes , les
autres font restés dans les Campagnes ;
par tout le befoin a réuni ceux que la conformité
de langage rendoir fociables , &
l'on a diftingué autant de fociétés différentes
que de peuples , de Provinces , de
Villes , de familles , quelquefois établies
fur les mêmes fondemens que la fociété
primitive ; combien renfermées entre les
bornes étroites que leur intérêt particu
lier avoit placées , ont été privées du fecours
de la fupériorité des talens dont la
nature n'avoit favorifé aucun de ceux qui
en étoient les membres ! Leur établitement
& leur confervation démontrent fenfiblement
qu'aucun des avantages de la
fociété n'exige cette fupériorité. Du milieu
de celles qui ont compté parmi leurs Amembres
quelques uns de ces génies fupérieurs
, tranfportons- nous dans celles - ci :
nous y retrouverons la faim , la foif ,
nudité , les maladies & les dangers , les
ennuis & la fatigue , les obftacles & les
erreurs ; nous y retrouverons des hommes,
en un mot , fujets par conféquent aux
mêmes befoins du corps & de l'efprit , &
leurs propres richeffes , quoique moins bril
lantes, leur ont fuffi . Que l'on ne faile donc
la
DECEMBRE. 1753. 85
point une diftinction fpécieufe entre les
fecours qui affurent les fondemens de la
fociété & ceux qui procurent fes agrémeus
, pour faire dépendre ces derniers
de la fupériorité des talens. Ce paralelle
que l'expérience juftifie , en découvre l'il
lufion.
Ce n'eft point , en effet , par une oppofition
injufte de la fociété , telle qu'elle eft
aujourd'hui avec ce qu'elle fut dans ces
tems d'obfcurité, que nous pourrions décider.
Si elle n'a pas toujours été bornée au
fimple néceffaire , fi les fecours ſe font
multipliés avec les hommes , & fe font
perfectionnés en fe reproduifant , la fociété
en a du recevoir de plus grands avantages
& en & en plus grand nombre. Mais interrogeons
ces hommes fameux , que des
découvertes précieuſes aux Sciences & aux
Arts , intéreffantes pour le commerce autant
que pour notre confervation , ont immortalifé
, & fideles à la vérité , ils feront
forcés de convenir que c'eft au hazard que
la fociété doit ces richelles. S'il eft permis
à notre oeil curieux de percer jufqu'aux
régions céleſtes , c'eft un enfant qui nous
en a ouvert la route ; fi nous connoiffons
la pefanteur de l'air qui nous échappe ,
c'eft des mains les moins habiles que nous
en avons reçu la balance. Séduits comme
86 MERCURE DE FRANCE.
bien d'autres , par une fauffe opinion , le
Cordelier Bacon court après une chimere,
& au lieu d'or il découvre la force du fouffre
environné de falpêtre. Colomb cherchoit-
il ce nouveau monde qui frappe fes
regards étonnés ?
Quelle fera donc la gloire de la fupériorité
des talens ? d'avoir du moins porté
les avantages de la fociété au point de perfection
où nous les admirons aujourd'hui ?
Ses fuccès y ont contribué , j'en conviens ;
mais des talens moins éminens pouvoient
fuffire : c'eft ce qui me reſte à démontrer.
Tandis que les befoins environnoient
l'homme de toutes parts , il étoit jufte de
placer dans fes mains le moyen de s'y fouftraire
; la voix du befoin pouvoit bien en
indiquer les fecours , mais le travail devoit
les procurer ; foit qu'il les doive à
fes
propres efforts , foit qu'il les tienne
de la fociété dont il eft membre , ce n'eft
qu'à ce prix que l'homme jouit de quelques
avantages : la fucceffion des fiècles
écoulée jufqu'à nous ne préfente que cette
alternative fans ceffe répétée. L'Agricul
ture pourvoit à la fubfiftance de l'homme
, la Médecine lui rend la fanté , le
Commerce augmente fes tréfors ; les Arts
& les Sciences affurent à la fociété les plus
DECEMBRE . 1753 87
grands avantages ; mais la terre ne produiroit
que des ronces & des épines fans
les travaux du Laboureur , les maladies accableroient
l'homme , & il en ignoreroit
la nature & le reméde , fans les recherches
du Médecin ; nous pofféderions des
richeffes & nous n'en jouirions pas , fi le
Négociant n'en facilitoit le commerce par
fes fatigues. Que font çes ouvrages où
l'utile fe trouve réuni à l'agréable , finon
le fruit des foins & des peines de l'artifan?
c'eft aux veilles du Sçavant , aux méeditations
du Philofophe , aux réflexions
du citoyen , que nous devons la lumiere
qui nous éclaire tout , en un mot , dépoſe
#de cette néceffité du travail , qui confond
fous les mêmes loix le génie fupérieur ,
& celui que la nature n'en a pas favorifé.
:
Les fuccès ont varié , il eft vrai ; n'eftce
donc pas l'effet néceffaire de l'inégalité
des talens ? Non , fans doute . Et que
l'homme foit couvert de confufion , en
découvrant le terme où l'affiduité au travail
dont il a négligé le fecours , fouvent
auroit pû le conduire. Il eft queftion de
juftifier la nature dans la diftribution qu'el
le a fait de fes dons : or fi la rareté de
ceux qu'elle a doué de la fupériorité des
talens , eft un titre fuffifant pour nous
faire penfer que les intérêts de la fociété
SS MERCURE DE FRANCE.
ne peuvent en dépendre , la multitude de re
ceux à qui elle n'a accordé que des talens
moins éminens , doit prouver que ceuxci
peuvent y fuffire ; & s'il eft permis de
pénétrer les vues dans un tel partage ,
peut- on douter qu'elle n'ait voulu pourvoir
au défaut ou à l'indolence des génies
fupérieurs , & rendre les avantages de la
fociété d'autant plus affurés , que la fources
en eft multipliée ? Mais le travail doit augmenter
à proportion que le talent eft plus
ou moins éminent : c'eft la mefure & le
gage des fuccès.
@
1
P
S'il étoit un terme à nos befoins , il fe
roit , fans doute ', en même tems celui du
travail , & peut- être le triomphe du génie
fupérieur ; c'eft l'hydre qui renaît & préfente
fans ceffe de nouveaux fuccès à celui
qui l'a combattu : favorifé d'un talent fa- e,
périeur , comme borné à un moindre talent
, il n'eft perfonne qui puiffe fe Alarer
de l'abattre , & les efforts de l'un & de
l'autre ne peuvent aboutir qu'à foulager
nos befoins , non à en tarir la fource :
que celui- là y réuffiffe avec plus de faci
lité que celui-ci , n'importe , dès que le
let:
but eft le même ; la difficulté du fuccès ne
peut qu'en augmenter le prix.
Ce n'est point un vain raifonnement ,
il cft juftifié par les fucces même des génies
DECEMBRE. 1753.
Fupérieurs. Dans quelle étroite fphere la
nature ne les a - t- elle pas renfermés ? En
fuivant leur deftination , ils volent avec
cette rapidité qui les diftingue , & parviennent
au but avec moins de peine ;
mais auffi la route qquuii ppeeuutt lleess y conduire
eft unique , & le génie le plus brillant eft
celui qui tombe le plus bas lorfqu'il s'en
écarte : il eft impoffible , dit un Philofophe
( a ) de l'antiquité , dont le fyftême fameux
attefle les lumieres & l'expérience ,
que le même homme excelle en des ouvrages
d'un genre différent. Quel gage plus affuré
pourroit animer l'efpoir de celui que la
nature a doué d'un moindre génie , que ce
partage fait avec autant d'épargne que de
partialité , de la fupériorité des talens ?
Si avoué par la nature ,
nature , il fuit la même route
, il ne peut manquer d'arriver au même
terme , & quoiqu'avec moins d'éclat , il
ne procurera pas moins les mêmes avantages
à la fociété , le faccès ne dépend que
de la conftance de fes efforts .
Voyons le Nouveau Monde , qu'un hazard
heureux vient d'affocier au nôtre ;
enfevelis dans les ténébres de l'indolence
, les hommes qui l'habitoient ne connoiffoient
que le fimple néceffaire , &
(a) Plato , de Rep. 1. 3.
go MERCURE DE FRANCE.
leurs travaux ne s'étendoient pas au- delà
: inftruits autant qu'encouragés , par
l'exemple des conquérans qui y ont péné
tré , déja ce n'eft plus un trifte affemblage
d'ignorance & de barbarie , c'eft un
peuple nouveau qui devient le rival de
fes maîtres.
Confultons nos propres annales , re
paffons fur les fiécles qui fe font écoulés
jufqu'à nous ; quelles viciffitudes bizarres
de ténébres & de lumiere ! quelle obica
rité plutôt , tandis que l'homme ne fuit
dans fon travail ,, que la néceffité pour
guide ! Mais les Philippe & les Alexandre
dans la Grece , les Céfar & les Augufte par
mi les Romains , les Médicis dans l'Italie ,
Louis le Grand & fon fucceffeur le Bien-
Aimé parmi nous , répandent des bien
faits , diftribuent des récompenfes. Animéspar
cet appas , les efforts redoublent ,
& des fuccès auffi nombreux qu'éclatans ,
diftinguent ces beaux fiécles , immortels
comme ceux qui en font la gloire : les
avantages qu'en reçoit la fociété font donc
le prix d'un travail plus affidu.
Cette affiduité au travail , néceffaire au
génie moins éminent , entraîneroit , fans
doute , avec elle la fatigue & les ennuis,
d'autant plus infupportables que le travail
feroit prolongé davantage. Mais la nature
100
DECEMBRE. 1753. 98
femble en avoir voulu diminuer le poids ,
en le rendant plus libre. Ceux , en effet
qui n'ont pas été favorifés d'un talent fupérieur
, font pour l'ordinaire dédommagés
par la pluralité des talens moins éminens
réunis dans leur perfonne ; c'eft donc leur
propre choix qui les détermine & les guide
: nouveau motif qui doit les encourager
, nouvelle preuve que le fuccès eſt attaché
à leurs efforts.
Quelle excufe pourroit donc autorifer
' indolence de ces hommes indignès de la
Efociété , qui facrifient à un honteux repos
fes intérêts les plus chers ? Qu'importe que
la nature nous ait doué ou non de la fupériorité
des talens ? ce n'eft point la routeplus
ou moins pénible , c'eft le terme qui
nous eft marqué par la nature , que nous
devons appercevoir : ne cédons point à la
difficulté , & le fuccès nous attend. Ainfi
l'affiduité au travail pourra procurer autant
d'avantages à la fociété , que la fupériorité
des talens.
Nihil eft quod non expugnet pertinax opera
intenta ac diligens cura. Senec. Epift . so ..
Sur cette queftion propofée par l'Académie
de Befançon : L'affiduité au travail
peut-elle procurer autant d'avantages à la
fociété , que la fupériorité des talens .
Sed quid tentare nocebit ? Cicer.
Ch
'Eft un fpectacle qui fe renouvelle
chaque jour , de voir l'homme luter
contre le befoin , chercher dans le travail
la fource des fecours , réaffir quelquefois
à force d'affiduité , & plus fouvent encore
échouer ; tandis qu'à fes côtés les fuccès
les plus brillans feront le fruit des moindres
efforts : tel eft l'effet de cette diverfité
de difpofitions que la nature a diftribué
aux hommes , pour établir entr'eux
une dépendance mutuelle.
S'il eût été poffible à l'effort du travail
de fuppléer au défaut de talent , glorieux
de fe fuffire à lui - même , l'homme auroit
peut être méprifé des fecours étrangers
dont il auroit pû fe paffer ; par un prin.
cipe pareillement puifé dans le coeur , il
cût bientôt abandonné celui de qui il
n'auroit pû efpérer aucun retour , fi la nacure
avoit abfolument privé de fes dons
D iiij
So MERCURE DEFRANCE.
quelques - uns de fes enfans. Mais l'hom
me fans talens eft auffi rare que les monf
trés , pour me fervir de l'expreffion de
Quintilien ( a ) , & ·le travail n'eſt ſtérile
qu'autant qu'il eft défavoué par la natu
re. Ainfi rapprochés par les befoins auf.
quels ils ne pouvoient fe dérober , les
hommes ont été réunis par les fervices
qu'ils devoient réciproquement fe rendre.
Voilà le principe & la fin de la fociété.
Tous font également destinés à en être
membres : quelle difproportion cependant
entre les talens ! La mefure en eft aufi
variée que l'objet ; & quoique dirigés au
même terme , l'homme doué d'un génie
fupérieur laifferoit bientôt loin de lui
l'homme qui auroit reçu un moindre talent
; celui - ci pourroit- il donc être également
utile à la fociété ? Oui , fans doute
, s'il n'y a aucuns des avantages de la
fociété qui foient attachés particulierement
aux fuccès du premier , & aufquels
les efforts du fecond ne puiffent fuffire. Je
dois vérifier ces deux points pour l'établir.
A peine l'homme eft-il forti des mains
de la nature qu'il en paroît abandonné ; la
faim , la foif , la nudité ; voilà ce qui l'ac
( a ) Liv, 1. ch. 1.
C
DECEMBRE. 1753-
St
compagne à fon entrée dans le monde .:
les maladies fe joignent à ces befoins , les
écueils fe fuccedent devant fes pas ; en
un mot , tout ce qui l'environne au dedans
& au dehors femble concourir à fa
deftruction : pourvoir à ces befoins ou en
adoucir la rigueur ; écarter les maladies ,
ou en prévenir l'effet ; détruire ces écueils ,
ou en diminuer le danger ; c'eſt le moyen
de
procurer fa confervation . Mais qu'eftce
que l'homme , réduit à ce feul avantage
! Si fon efprit fe dégage des ténebres
dans lesquelles la nature l'avoit d'abord enveloppé
, c'eſt pour être expofé à de nouveaux
befoins les obftacles l'effrayent ,
les ennuis l'abbattent, le travail le fatigue ,
l'impétuofité l'emporte , les erreurs l'environnent
; il a befoin de motifs qui
l'excitent & l'animent ; de guide , qui l'éclaire
& le foutienne ; de frein , qui le retienne
& l'affure ; de délaffemens , qui le
diffipent & le foulagent.
:
Que de befoins également certains ! que
de fecours également néceffaires ! A peine
cependant dans une même génération
rencontre-t- on quelques hommes que la
nature ait favorifé d'un génie fupérieur
encore font - ils épars dans cette multitude
q peuple la terre . Comment conciliet
cette oppofition avec les intérêts de la
>
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
fociété ? Si c'eft fur les befoins du corps
que fes fondemens font appuyés , c'eſt
des befoins de l'efprit que naiffent fes agrémens
( a ) ; fi les fecours propres aux premiers
affurent à chacun de fes membres les
avantages les plus chers , les fecours propres
aux feconds ne procurent pas à la fociété
des avantages moins effentiels : les
uns & les autres ne peuvent donc dépendre
d'une qualité fi rare parmi ceux qu'elle
ralfemble .
En fuppofant que dans les premiers
tems , les génies fupérieurs euffent été en
affez grand nombre pour fournir au refte
des hommes tous les fecours néceffaires
aux befoins qui fe multiplioient avec eux ,
& que chaque inftant rendoit dès là plus
prellans , il ne feroit pas impoffible d'accorder
aujourd'hui les intérêts de la fociété
avec la rareté des génies fupérieurs ;
il est communément plus facile de conſerver
que de produire , d'imiter que d'inventer
; mais parcourons le lointain , que
l'Hiftoire offre à notre curiofité . Quels
font ces noms que l'admiration répéte ,
ces trônes que le refpect éleve , ces autels
que la prévention encenfe , ces trophées
que l'étonnement environne ? Répondez ,
( a ) Rouffeau , de Genêve. Difc. de Dijon.
DECEMBRE. 1755- 83
premiers peuples de l'univers , dont l'intérêt
n'avoit point encore rendu ſuſpects
les fentimens , & parmi lefquels la faterie
n'avoit point encore confondu les titres
; n'est-ce pas autant de témoignages
rendus à la rareté des génies fupérieurs ?
Accoutumés aux fuccès des génies ordinaires
, parce qu'ils fe renouvelloient plus
fouvent , vous n'avez pû voir fans en être
furpris , ceux qui ont diftingué la fupériorité
des talens : frappés d'un éclar qui
fembloit les tirer de la fphere commune ,
vous avez regardé comme des hommes extraordinaires
, ceux que la nature en avoit
doué , & ces monumens de leur fuccès.
autant que de votre admiration , juftifient
que quoiqu'accablés de befoins multipliés
& toujours renaiffans , ainfi que nous ,
vous ne les avez vû paroître parmi vous
que comme ces aftres finguliers que les
révolutions du Ciel ramenent à nos regards
toujours furpris , parce qu'ils n'en
font pas ordinairement frappés. Egalement
rares , les génies fupérieurs feroient- ils
donc plus néceffaires aux befoins de la fociété
que ces aftres plus brillans ne le
font aux befoins de l'univers ?
Mais pourquoi recourir à ces raiſonnemens
, tandis que l'expérience parle ? Les
hommes n'ont pas toujours composé une
Dvj
84 MERCURE DEFRANCE.
lecou
fociet
es
de la
C
même famille , leurs intérêts ont été di- point
vilés prefqu'auffi - tôt que leur langage' ;
ils fe font renfermés dans des Villes , les
autres font restés dans les Campagnes ;
par tout le befoin a réuni ceux que la conformité
de langage rendoir fociables , &
l'on a diftingué autant de fociétés différentes
que de peuples , de Provinces , de
Villes , de familles , quelquefois établies
fur les mêmes fondemens que la fociété
primitive ; combien renfermées entre les
bornes étroites que leur intérêt particu
lier avoit placées , ont été privées du fecours
de la fupériorité des talens dont la
nature n'avoit favorifé aucun de ceux qui
en étoient les membres ! Leur établitement
& leur confervation démontrent fenfiblement
qu'aucun des avantages de la
fociété n'exige cette fupériorité. Du milieu
de celles qui ont compté parmi leurs Amembres
quelques uns de ces génies fupérieurs
, tranfportons- nous dans celles - ci :
nous y retrouverons la faim , la foif ,
nudité , les maladies & les dangers , les
ennuis & la fatigue , les obftacles & les
erreurs ; nous y retrouverons des hommes,
en un mot , fujets par conféquent aux
mêmes befoins du corps & de l'efprit , &
leurs propres richeffes , quoique moins bril
lantes, leur ont fuffi . Que l'on ne faile donc
la
DECEMBRE. 1753. 85
point une diftinction fpécieufe entre les
fecours qui affurent les fondemens de la
fociété & ceux qui procurent fes agrémeus
, pour faire dépendre ces derniers
de la fupériorité des talens. Ce paralelle
que l'expérience juftifie , en découvre l'il
lufion.
Ce n'eft point , en effet , par une oppofition
injufte de la fociété , telle qu'elle eft
aujourd'hui avec ce qu'elle fut dans ces
tems d'obfcurité, que nous pourrions décider.
Si elle n'a pas toujours été bornée au
fimple néceffaire , fi les fecours ſe font
multipliés avec les hommes , & fe font
perfectionnés en fe reproduifant , la fociété
en a du recevoir de plus grands avantages
& en & en plus grand nombre. Mais interrogeons
ces hommes fameux , que des
découvertes précieuſes aux Sciences & aux
Arts , intéreffantes pour le commerce autant
que pour notre confervation , ont immortalifé
, & fideles à la vérité , ils feront
forcés de convenir que c'eft au hazard que
la fociété doit ces richelles. S'il eft permis
à notre oeil curieux de percer jufqu'aux
régions céleſtes , c'eft un enfant qui nous
en a ouvert la route ; fi nous connoiffons
la pefanteur de l'air qui nous échappe ,
c'eft des mains les moins habiles que nous
en avons reçu la balance. Séduits comme
86 MERCURE DE FRANCE.
bien d'autres , par une fauffe opinion , le
Cordelier Bacon court après une chimere,
& au lieu d'or il découvre la force du fouffre
environné de falpêtre. Colomb cherchoit-
il ce nouveau monde qui frappe fes
regards étonnés ?
Quelle fera donc la gloire de la fupériorité
des talens ? d'avoir du moins porté
les avantages de la fociété au point de perfection
où nous les admirons aujourd'hui ?
Ses fuccès y ont contribué , j'en conviens ;
mais des talens moins éminens pouvoient
fuffire : c'eft ce qui me reſte à démontrer.
Tandis que les befoins environnoient
l'homme de toutes parts , il étoit jufte de
placer dans fes mains le moyen de s'y fouftraire
; la voix du befoin pouvoit bien en
indiquer les fecours , mais le travail devoit
les procurer ; foit qu'il les doive à
fes
propres efforts , foit qu'il les tienne
de la fociété dont il eft membre , ce n'eft
qu'à ce prix que l'homme jouit de quelques
avantages : la fucceffion des fiècles
écoulée jufqu'à nous ne préfente que cette
alternative fans ceffe répétée. L'Agricul
ture pourvoit à la fubfiftance de l'homme
, la Médecine lui rend la fanté , le
Commerce augmente fes tréfors ; les Arts
& les Sciences affurent à la fociété les plus
DECEMBRE . 1753 87
grands avantages ; mais la terre ne produiroit
que des ronces & des épines fans
les travaux du Laboureur , les maladies accableroient
l'homme , & il en ignoreroit
la nature & le reméde , fans les recherches
du Médecin ; nous pofféderions des
richeffes & nous n'en jouirions pas , fi le
Négociant n'en facilitoit le commerce par
fes fatigues. Que font çes ouvrages où
l'utile fe trouve réuni à l'agréable , finon
le fruit des foins & des peines de l'artifan?
c'eft aux veilles du Sçavant , aux méeditations
du Philofophe , aux réflexions
du citoyen , que nous devons la lumiere
qui nous éclaire tout , en un mot , dépoſe
#de cette néceffité du travail , qui confond
fous les mêmes loix le génie fupérieur ,
& celui que la nature n'en a pas favorifé.
:
Les fuccès ont varié , il eft vrai ; n'eftce
donc pas l'effet néceffaire de l'inégalité
des talens ? Non , fans doute . Et que
l'homme foit couvert de confufion , en
découvrant le terme où l'affiduité au travail
dont il a négligé le fecours , fouvent
auroit pû le conduire. Il eft queftion de
juftifier la nature dans la diftribution qu'el
le a fait de fes dons : or fi la rareté de
ceux qu'elle a doué de la fupériorité des
talens , eft un titre fuffifant pour nous
faire penfer que les intérêts de la fociété
SS MERCURE DE FRANCE.
ne peuvent en dépendre , la multitude de re
ceux à qui elle n'a accordé que des talens
moins éminens , doit prouver que ceuxci
peuvent y fuffire ; & s'il eft permis de
pénétrer les vues dans un tel partage ,
peut- on douter qu'elle n'ait voulu pourvoir
au défaut ou à l'indolence des génies
fupérieurs , & rendre les avantages de la
fociété d'autant plus affurés , que la fources
en eft multipliée ? Mais le travail doit augmenter
à proportion que le talent eft plus
ou moins éminent : c'eft la mefure & le
gage des fuccès.
@
1
P
S'il étoit un terme à nos befoins , il fe
roit , fans doute ', en même tems celui du
travail , & peut- être le triomphe du génie
fupérieur ; c'eft l'hydre qui renaît & préfente
fans ceffe de nouveaux fuccès à celui
qui l'a combattu : favorifé d'un talent fa- e,
périeur , comme borné à un moindre talent
, il n'eft perfonne qui puiffe fe Alarer
de l'abattre , & les efforts de l'un & de
l'autre ne peuvent aboutir qu'à foulager
nos befoins , non à en tarir la fource :
que celui- là y réuffiffe avec plus de faci
lité que celui-ci , n'importe , dès que le
let:
but eft le même ; la difficulté du fuccès ne
peut qu'en augmenter le prix.
Ce n'est point un vain raifonnement ,
il cft juftifié par les fucces même des génies
DECEMBRE. 1753.
Fupérieurs. Dans quelle étroite fphere la
nature ne les a - t- elle pas renfermés ? En
fuivant leur deftination , ils volent avec
cette rapidité qui les diftingue , & parviennent
au but avec moins de peine ;
mais auffi la route qquuii ppeeuutt lleess y conduire
eft unique , & le génie le plus brillant eft
celui qui tombe le plus bas lorfqu'il s'en
écarte : il eft impoffible , dit un Philofophe
( a ) de l'antiquité , dont le fyftême fameux
attefle les lumieres & l'expérience ,
que le même homme excelle en des ouvrages
d'un genre différent. Quel gage plus affuré
pourroit animer l'efpoir de celui que la
nature a doué d'un moindre génie , que ce
partage fait avec autant d'épargne que de
partialité , de la fupériorité des talens ?
Si avoué par la nature ,
nature , il fuit la même route
, il ne peut manquer d'arriver au même
terme , & quoiqu'avec moins d'éclat , il
ne procurera pas moins les mêmes avantages
à la fociété , le faccès ne dépend que
de la conftance de fes efforts .
Voyons le Nouveau Monde , qu'un hazard
heureux vient d'affocier au nôtre ;
enfevelis dans les ténébres de l'indolence
, les hommes qui l'habitoient ne connoiffoient
que le fimple néceffaire , &
(a) Plato , de Rep. 1. 3.
go MERCURE DE FRANCE.
leurs travaux ne s'étendoient pas au- delà
: inftruits autant qu'encouragés , par
l'exemple des conquérans qui y ont péné
tré , déja ce n'eft plus un trifte affemblage
d'ignorance & de barbarie , c'eft un
peuple nouveau qui devient le rival de
fes maîtres.
Confultons nos propres annales , re
paffons fur les fiécles qui fe font écoulés
jufqu'à nous ; quelles viciffitudes bizarres
de ténébres & de lumiere ! quelle obica
rité plutôt , tandis que l'homme ne fuit
dans fon travail ,, que la néceffité pour
guide ! Mais les Philippe & les Alexandre
dans la Grece , les Céfar & les Augufte par
mi les Romains , les Médicis dans l'Italie ,
Louis le Grand & fon fucceffeur le Bien-
Aimé parmi nous , répandent des bien
faits , diftribuent des récompenfes. Animéspar
cet appas , les efforts redoublent ,
& des fuccès auffi nombreux qu'éclatans ,
diftinguent ces beaux fiécles , immortels
comme ceux qui en font la gloire : les
avantages qu'en reçoit la fociété font donc
le prix d'un travail plus affidu.
Cette affiduité au travail , néceffaire au
génie moins éminent , entraîneroit , fans
doute , avec elle la fatigue & les ennuis,
d'autant plus infupportables que le travail
feroit prolongé davantage. Mais la nature
100
DECEMBRE. 1753. 98
femble en avoir voulu diminuer le poids ,
en le rendant plus libre. Ceux , en effet
qui n'ont pas été favorifés d'un talent fupérieur
, font pour l'ordinaire dédommagés
par la pluralité des talens moins éminens
réunis dans leur perfonne ; c'eft donc leur
propre choix qui les détermine & les guide
: nouveau motif qui doit les encourager
, nouvelle preuve que le fuccès eſt attaché
à leurs efforts.
Quelle excufe pourroit donc autorifer
' indolence de ces hommes indignès de la
Efociété , qui facrifient à un honteux repos
fes intérêts les plus chers ? Qu'importe que
la nature nous ait doué ou non de la fupériorité
des talens ? ce n'eft point la routeplus
ou moins pénible , c'eft le terme qui
nous eft marqué par la nature , que nous
devons appercevoir : ne cédons point à la
difficulté , & le fuccès nous attend. Ainfi
l'affiduité au travail pourra procurer autant
d'avantages à la fociété , que la fupériorité
des talens.
Nihil eft quod non expugnet pertinax opera
intenta ac diligens cura. Senec. Epift . so ..
Fermer
Résumé : ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
Le texte aborde la question de l'affiduitée au travail et compare cette qualité à la supériorité des talents, en réponse à une interrogation de l'Académie de Besançon. Il souligne que les hommes doivent lutter quotidiennement contre les besoins fondamentaux et que le succès dépend des dispositions naturelles. Le travail, bien que nécessaire, est souvent insuffisant sans le soutien des talents naturels. Les individus, malgré leurs différences de talents, sont réunis par les services mutuels qu'ils se rendent, formant ainsi la société. Même ceux dotés de talents moindres peuvent être utiles à la société. Dès la naissance, l'homme est confronté à divers besoins et obstacles. Pour survivre et prospérer, il nécessite des motivations, des guides, des freins et des détentes. Les besoins de l'esprit, comme ceux du corps, nécessitent des secours. Les génies supérieurs étant rares, la coopération entre les individus devient essentielle. Historiquement, les succès des génies ordinaires étaient plus fréquents, mais les génies supérieurs étaient admirés pour leur rareté et leur éclat exceptionnel. Le texte met en avant que les sociétés, même sans talents exceptionnels, ont survécu grâce à des efforts collectifs. Les grandes découvertes et inventions, souvent attribuées à des génies, sont en réalité le fruit du hasard et du travail acharné. L'agriculture, la médecine, le commerce, les arts et les sciences sont des domaines où le travail assure les avantages de la société. La nature a distribué ses dons de manière à ce que les talents ordinaires puissent suffire aux besoins de la société. Le succès est inévitable et renaît constamment, quel que soit le talent de celui qui le poursuit. Les génies supérieurs, bien que rapides et brillants, sont limités à une sphère étroite. Le texte encourage ceux dotés de talents moindres à persévérer, car le succès dépend de la constance des efforts. Il critique l'indolence et souligne que l'assiduité au travail peut apporter autant d'avantages à la société que la supériorité des talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17602
p. 83
PREMIERE ENIGME.
Début :
Ce n'est pas la grandeur qui me donne un merite, [...]
Mots clefs :
Fourmi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
E n'eſt pas la grandeur qui me donne un
merité ,
Car ma naiffance eft vile & ma taille petites
Je prêche une utile leçon
A l'homme qui me mépriſe ,
Sans avoir d'un Docteur ni la voix nile ton ,
Cependant je lui fuis foumife.
E n'eſt pas la grandeur qui me donne un
merité ,
Car ma naiffance eft vile & ma taille petites
Je prêche une utile leçon
A l'homme qui me mépriſe ,
Sans avoir d'un Docteur ni la voix nile ton ,
Cependant je lui fuis foumife.
Fermer
17603
p. 37-41
Lettre à Madame ***.
Début :
Vous voulez une lettre de moi, Madame, je dois vous obéir ; mais je [...]
Mots clefs :
Humeur, Impatience, Femmes, Malheureux, Femme, Plaisirs, Vivacité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à Madame ***.
Lettre à Madame *** ¸
Ous voulez une lettre de moi , Madame
, je dois vous obéir ; mais je
erains que vous ne vous repentiez bientôt
de me l'avoir demandée. Je me trouve
dans un moment de raifon porté à vous
parler morale , & je fens que je vais fuccomber
à mon penchant fingulier . Au pis
aller , j'écris fur du papier , & votre bougie
vous vengera de mes fages impertinences.
Je prends pour fujet de mon petit
fermon les chagrins , l'impatience & l'humeur.
Commençons.
Diminuer les peines , augmenter les
plaifirs , fe rendre le plus heureux , ou le
moins malheureux qu'il eft poffible , tel
eft mon fyftême. Si vous l'adoptez , Madame
, il faut d'abord vous réfoudre à réduire
les chagrins à leur jufte valeur , à
étudier leurs caufes & leurs effets , à foumettre
le fentiment à la réflexion , & le
coeur à l'efprit.
Un verre caffé , une porcelaine briſée ,
un meuble détruit , une impoliteffe , un
trait de calomnie , voilà quels font ordinairement
les motifs de vos plaintes . Voici
ce qu'ils deviennent aux yeux de la raiſon.
Avec la dixieme partie de la fomme que
38 MERCURE DE FRANCE.
vous employez tous les ans à des fuperfluités
agréables , ou au foulagement des malheureux
, vous réparerez les effets de la
maladreffe de tous ceux que vous querellez.
Cette réflexion feule doit affurément vous
confoler fur cet objet , pour le paffé , le
préfent & l'avenir. Si elle ne fuffic pas ,
imaginez que vos yeux éblouiffent ceux
qui les voyent , & font l'excufe de nos
diftractions or un diftrait eft toujours
maladroit.
Le mauvais procédé d'un fat , le propos
déplacé d'un méchant , l'air dédaigneux
d'une coquette doivent vous affliger encore
moins. Ce font pour ces originaux des
agrémens d'état auxquels il faut fe faire
dans le monde , qui , fans vous nuire , les
caracterifent, & prouvent tout au plus leur
exiftence. Toute femme jeune , belle &
fage doit être perfécutée par le defir , l'envie
& la méchanceté : Après cela ofez vous
plaindre.
Vous m'attendez à l'article des calomnies
, dont vous êtes quelquefois la victi
me. J'aurois tort d'étouffer votre fenfibilité
à cet égard , fi mille femmes qui ne
vous valent pas , ne partageoient votre
infortune , fi les imputations des gens mefestimables
étoient de quelque poids , fi
elles n'étoient au contraire de véritables
DECEMBRE . 1755. 39
éloges , & fi enfin on devoit être furpris
de voir des calomniateurs dans une efpece
où l'on trouve des Corfaires , des Antropophages
, & des Tyrans.
L'impatience eft encore un petit défaut,
dont je voudrois corriger une perfonne
que vous connoiffez mieux que moi . L'impatience
, me direz- vous , eft un effet de
la vivacité , & la vivacité eft un agrément
mais je penfe bien autrement fur
cette qualité vantée , & c'eft fans admiration
que j'entends tous les jours des femmes
m'ailurer qu'elles la poffedent . Il eft
vrai que leur ton nonchalant les dément
& les juftifie .
La vivacité ceffe d'être agréable dès
qu'elle paffe les bornes étroites que lui ont
impofé la politeffe & les convenances ;
dès lors elle commence à nuire au bonheur
. Imaginez ce qu'on peut dire de l'impatience
qui , toujours mécontente d'ellemême
, blâme & tourmente tout ce qui
l'environne. Pour en guérir la meilleure
de vos amies , je la condamne à lire tout
entiers trois Commentateurs de l'autre fiecle
, & deux Romanciers de celui - ci .
L'impatience que je traite fi mal , ceffera
d'être condamnable , & paroîtra prefque
une vertu , fi nous la la comparons à
l'humeur , dont il me reste à vous parler..
40 MERCURE DE FRANCE.
L'humeur plus conftante , plus acariâtre
que le caprice , eft par conféquent encore
plus infupportable. Ses motifs font
toujours de petits mécontentemens groffis
par notre amour- propre , par notre vanité
, & par l'envie trop naturelle de contrarier
& d'affliger nos femblables ; elle
ferme l'efprit à la gaieté & le coeur aux
plaifirs. De tous ceux que nous pourrions
gouter , elle ne nous laiffe que celui de
faire du mal .
La feule définition de cette qualité que
nos jolies femmes ont mife à la mode , va
vous rendre fon ennemie , & doit fans
doute vous effrayer. Si jamais vous en reffentiez
les atteintes , je vais tâcher de
vous fournir un contre-poifon .
Quand de petits malheurs vous rendront
trop fenfible , jettez les yeux fur
l'efpece humaine comptez , fi vous le
pouvez , tous ceux qui font plus malheureux
que vous. Songez auffi que votre ſenfibilité
corrompt vos plaifirs : Soyez en.
fin certaine que les ames , qui fe laiffent
affecter par de petits objets , font bien
peti es elles-mêmes ; & qu'en un mot une
femme qui a de l'humeur , eft un femme
fans efprit.
Si mon fentiment eft vrai , s'il devient
un principe , on n'entendra plus dire aux
DECEMBRE. 1755. 41
femmes du bel air : J'ai de l'humeur comme
un dogue ; elles s'écrieront au contraire :
Je n'ai jamais d'humeur ! & elles en feront
bien plus aimables , fi toutefois elles font
finceres.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Ous voulez une lettre de moi , Madame
, je dois vous obéir ; mais je
erains que vous ne vous repentiez bientôt
de me l'avoir demandée. Je me trouve
dans un moment de raifon porté à vous
parler morale , & je fens que je vais fuccomber
à mon penchant fingulier . Au pis
aller , j'écris fur du papier , & votre bougie
vous vengera de mes fages impertinences.
Je prends pour fujet de mon petit
fermon les chagrins , l'impatience & l'humeur.
Commençons.
Diminuer les peines , augmenter les
plaifirs , fe rendre le plus heureux , ou le
moins malheureux qu'il eft poffible , tel
eft mon fyftême. Si vous l'adoptez , Madame
, il faut d'abord vous réfoudre à réduire
les chagrins à leur jufte valeur , à
étudier leurs caufes & leurs effets , à foumettre
le fentiment à la réflexion , & le
coeur à l'efprit.
Un verre caffé , une porcelaine briſée ,
un meuble détruit , une impoliteffe , un
trait de calomnie , voilà quels font ordinairement
les motifs de vos plaintes . Voici
ce qu'ils deviennent aux yeux de la raiſon.
Avec la dixieme partie de la fomme que
38 MERCURE DE FRANCE.
vous employez tous les ans à des fuperfluités
agréables , ou au foulagement des malheureux
, vous réparerez les effets de la
maladreffe de tous ceux que vous querellez.
Cette réflexion feule doit affurément vous
confoler fur cet objet , pour le paffé , le
préfent & l'avenir. Si elle ne fuffic pas ,
imaginez que vos yeux éblouiffent ceux
qui les voyent , & font l'excufe de nos
diftractions or un diftrait eft toujours
maladroit.
Le mauvais procédé d'un fat , le propos
déplacé d'un méchant , l'air dédaigneux
d'une coquette doivent vous affliger encore
moins. Ce font pour ces originaux des
agrémens d'état auxquels il faut fe faire
dans le monde , qui , fans vous nuire , les
caracterifent, & prouvent tout au plus leur
exiftence. Toute femme jeune , belle &
fage doit être perfécutée par le defir , l'envie
& la méchanceté : Après cela ofez vous
plaindre.
Vous m'attendez à l'article des calomnies
, dont vous êtes quelquefois la victi
me. J'aurois tort d'étouffer votre fenfibilité
à cet égard , fi mille femmes qui ne
vous valent pas , ne partageoient votre
infortune , fi les imputations des gens mefestimables
étoient de quelque poids , fi
elles n'étoient au contraire de véritables
DECEMBRE . 1755. 39
éloges , & fi enfin on devoit être furpris
de voir des calomniateurs dans une efpece
où l'on trouve des Corfaires , des Antropophages
, & des Tyrans.
L'impatience eft encore un petit défaut,
dont je voudrois corriger une perfonne
que vous connoiffez mieux que moi . L'impatience
, me direz- vous , eft un effet de
la vivacité , & la vivacité eft un agrément
mais je penfe bien autrement fur
cette qualité vantée , & c'eft fans admiration
que j'entends tous les jours des femmes
m'ailurer qu'elles la poffedent . Il eft
vrai que leur ton nonchalant les dément
& les juftifie .
La vivacité ceffe d'être agréable dès
qu'elle paffe les bornes étroites que lui ont
impofé la politeffe & les convenances ;
dès lors elle commence à nuire au bonheur
. Imaginez ce qu'on peut dire de l'impatience
qui , toujours mécontente d'ellemême
, blâme & tourmente tout ce qui
l'environne. Pour en guérir la meilleure
de vos amies , je la condamne à lire tout
entiers trois Commentateurs de l'autre fiecle
, & deux Romanciers de celui - ci .
L'impatience que je traite fi mal , ceffera
d'être condamnable , & paroîtra prefque
une vertu , fi nous la la comparons à
l'humeur , dont il me reste à vous parler..
40 MERCURE DE FRANCE.
L'humeur plus conftante , plus acariâtre
que le caprice , eft par conféquent encore
plus infupportable. Ses motifs font
toujours de petits mécontentemens groffis
par notre amour- propre , par notre vanité
, & par l'envie trop naturelle de contrarier
& d'affliger nos femblables ; elle
ferme l'efprit à la gaieté & le coeur aux
plaifirs. De tous ceux que nous pourrions
gouter , elle ne nous laiffe que celui de
faire du mal .
La feule définition de cette qualité que
nos jolies femmes ont mife à la mode , va
vous rendre fon ennemie , & doit fans
doute vous effrayer. Si jamais vous en reffentiez
les atteintes , je vais tâcher de
vous fournir un contre-poifon .
Quand de petits malheurs vous rendront
trop fenfible , jettez les yeux fur
l'efpece humaine comptez , fi vous le
pouvez , tous ceux qui font plus malheureux
que vous. Songez auffi que votre ſenfibilité
corrompt vos plaifirs : Soyez en.
fin certaine que les ames , qui fe laiffent
affecter par de petits objets , font bien
peti es elles-mêmes ; & qu'en un mot une
femme qui a de l'humeur , eft un femme
fans efprit.
Si mon fentiment eft vrai , s'il devient
un principe , on n'entendra plus dire aux
DECEMBRE. 1755. 41
femmes du bel air : J'ai de l'humeur comme
un dogue ; elles s'écrieront au contraire :
Je n'ai jamais d'humeur ! & elles en feront
bien plus aimables , fi toutefois elles font
finceres.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Fermer
Résumé : Lettre à Madame ***.
La lettre est adressée à une dame qui a sollicité une correspondance de l'auteur. Bien que celui-ci exprime des doutes initiaux, il accepte de lui écrire. Il choisit de traiter des sujets tels que les chagrins, l'impatience et l'humeur. L'auteur expose son système pour atténuer les peines et augmenter les plaisirs, qui consiste à réduire les chagrins à leur juste mesure, à en étudier les causes et les effets, et à soumettre le sentiment à la réflexion. Il illustre ses propos avec des exemples concrets, comme un verre cassé ou une impolitesse, suggérant que ces incidents peuvent être réparés ou excusés. L'auteur aborde également la question des calomnies, notant que les femmes jeunes, belles et sages sont souvent victimes de méchanceté et d'envie. Il critique l'impatience, qu'il considère comme nuisible au bonheur, et la distingue de l'humeur, plus constante et insupportable. L'humeur est définie comme un mécontentement exacerbé par l'amour-propre et la vanité, fermant l'esprit à la gaieté et au plaisir. Pour contrer l'humeur, il conseille de comparer ses malheurs à ceux des autres et de ne pas se laisser affecter par des détails insignifiants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17604
p. 84
SECONDE ENIGME.
Début :
J'ay grand ou petit oeil, [...]
Mots clefs :
Éponge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGM E.
J'Ay grand ou petit oeil ,
J'enfle fans nul orgueil ;
Je rends ce qu'on me donne , & ne fuis pas
ingrate ,
Il eft vray qu'il faut me preffer.
Lorfque prés d'une Belle on me voit m'avancer
Je fais bien du chemin & n'ay ni pied ni patte
Maris jaloux ,
Tirans des Dames ,
J'ay profqu'autant de droit que vous ,
Vous me fouffrez cependant fans couroux
A la toilette de vos femmes .
J'Ay grand ou petit oeil ,
J'enfle fans nul orgueil ;
Je rends ce qu'on me donne , & ne fuis pas
ingrate ,
Il eft vray qu'il faut me preffer.
Lorfque prés d'une Belle on me voit m'avancer
Je fais bien du chemin & n'ay ni pied ni patte
Maris jaloux ,
Tirans des Dames ,
J'ay profqu'autant de droit que vous ,
Vous me fouffrez cependant fans couroux
A la toilette de vos femmes .
Fermer
17605
p. 76-78
LE CREPUSCULE.
Début :
Enfin le jour baisse ; [...]
Mots clefs :
Crépuscule, Nuit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CREPUSCULE.
LE CREPUSCULE.
Enfin le jour baifle ;
L'aftre qui nous luit,
Après lui ne laiffe
Qu'un éclat qui fuit.
Auffi
voyageres
Qu'on voit les éclairs ,
Des vapeurs légeres
Enflamment les airs ,
Le Dieu que je fers
Fait de nos fougeres ,
Sous ces berceaux verds ,
Le lit des bergeres.
L'ombre fe répand
L'Amour moins timide ,
Livre impunément
A ma main avide
Ces biens précieux ,
Ces charmes fans nombre,
Que la nuit plus fombre
Dérobe à mes yeux.
Moment favorable !
Couché fur les fleurs,
Un objet aimable
N'a plus de rigueurs.
Mais déja tout çéde
DECEMBRE . 1754. 77
Au plus doux repos ,
A de longs travaux
Le fommeil fuccéde ,
Et volage encor ,
Dans les bras de Flore ,
Attendant l'Aurore ,
Zéphire s'endort.
Sommeil favorable ,
Ton charme agréable
Diffipe nos maux.
Autour des
pavots
Les fonges voltigent
Des fonges menteurs
Les folles erreurs
Confolent , affligent ,
Raffurent nos coeurs.
Le Berger fommeille
Près de fon troupeau s
Le plaifir feul veille
Près de ce ruiffeau :
Bientôt le filence ,
Enfant de la nuit ,
Dans ces bois devance
L'Amour qui le fuit.
Plus loin du myſtere ;
Le charme trompeur ,
Séduit & fait taire
L'auftere pudeur.
Voulant fe défendre
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Philis va fe rendre
Au preffant defir ;
Déja le Plaifir
A
Badinant près d'elle ,
Fléchit la cruelle ;
J'entends un foupir.
Douce Nuit , acheve ,
Pour combler mes voeux ,
De me rendre heureux ;
Que le Jour fe leve
Témoin de nos feux.
Enfin le jour baifle ;
L'aftre qui nous luit,
Après lui ne laiffe
Qu'un éclat qui fuit.
Auffi
voyageres
Qu'on voit les éclairs ,
Des vapeurs légeres
Enflamment les airs ,
Le Dieu que je fers
Fait de nos fougeres ,
Sous ces berceaux verds ,
Le lit des bergeres.
L'ombre fe répand
L'Amour moins timide ,
Livre impunément
A ma main avide
Ces biens précieux ,
Ces charmes fans nombre,
Que la nuit plus fombre
Dérobe à mes yeux.
Moment favorable !
Couché fur les fleurs,
Un objet aimable
N'a plus de rigueurs.
Mais déja tout çéde
DECEMBRE . 1754. 77
Au plus doux repos ,
A de longs travaux
Le fommeil fuccéde ,
Et volage encor ,
Dans les bras de Flore ,
Attendant l'Aurore ,
Zéphire s'endort.
Sommeil favorable ,
Ton charme agréable
Diffipe nos maux.
Autour des
pavots
Les fonges voltigent
Des fonges menteurs
Les folles erreurs
Confolent , affligent ,
Raffurent nos coeurs.
Le Berger fommeille
Près de fon troupeau s
Le plaifir feul veille
Près de ce ruiffeau :
Bientôt le filence ,
Enfant de la nuit ,
Dans ces bois devance
L'Amour qui le fuit.
Plus loin du myſtere ;
Le charme trompeur ,
Séduit & fait taire
L'auftere pudeur.
Voulant fe défendre
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Philis va fe rendre
Au preffant defir ;
Déja le Plaifir
A
Badinant près d'elle ,
Fléchit la cruelle ;
J'entends un foupir.
Douce Nuit , acheve ,
Pour combler mes voeux ,
De me rendre heureux ;
Que le Jour fe leve
Témoin de nos feux.
Fermer
Résumé : LE CREPUSCULE.
Le texte décrit la transition du crépuscule vers la nuit. La lumière déclinante laisse place à des éclairs et des vapeurs légères qui illuminent l'air. L'amour se manifeste plus librement, offrant des charmes précieux que la nuit sombre dissimule. Un moment propice permet de se reposer sans contrainte. Le sommeil succède aux travaux, et même Zéphyr, le vent doux, s'endort dans les bras de Flore. Le sommeil, entouré de pavots et de songes menteurs, disperse les maux. Les bergers dorment près de leur troupeau, tandis que le plaisir veille. La nuit avance, et l'amour la suit. Philis, séduite par le plaisir, succombe à ses désirs. Le texte se conclut par un souhait que la nuit rende heureux avant que le jour ne se lève, témoin des feux amoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17606
p. 92-98
LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
Début :
L'AUTEUR des mémoires que vous m'avez envoyé ne doit pas se plaindre [...]
Mots clefs :
Chronique scandaleuse, Combats littéraires, Antoine Gachet d'Artigny, Abbé d'Artigny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
LETTRE fur la Chronique fcandaleuſe ,
qui fe trouve dans le fecond volume des
Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
'AUTEUR des mémoires que vous
L'avez envoyé ne doitpas fe plaindre
de la rareté des Goujet & des La Monnoie
, puifqu'il trouve dans foi-même dequoi
y fuppléer. Il a fçu réconcilier l'érudition
avec les graces , & lui prêter cet air
aifé & délicat , qui a fait lire l'Histoire
des Oracles de l'ingénieux Fontenelle .
Cependant je vous avouerai qu'il y a
quelques articles dans fon livre qui demanderoient
une plus grande étendue :
par exemple , dans la chronique fcandaleufe
des fçavans , il a omis plufieurs
combats littéraires. Tel eft celui de Jufte
Lipfe , avec un faifeur de dialogue ( a )
( c'eft ainfi qu'il appelle fon adverfaire ) ;
ce démêlé eft d'autant plus curieux que
l'imitateur de Séneque n'y fait pas paroître
la douceur qu'il avoit , felon MM . Huet
(b ) & Balzac ; car voici fon début. [ Ofe-
( a ) Adverfus dialogiftam liber de unâ religione,
in quo tria capita libri politicorum explicantur ,
Lug. Hug. à Porta , 1592. in- 12 .
(b) Huctiana... Socrate Chrétien.
JUIN. 1755. 93
rai- je entrer en lice avec un turbulent & un
inquiet , qui écrit plutôt par rage que par
raifon , & qui , comme ces gros mâtins ,
ne ceſſe jamais d'aboyer ? Que je le vainquiffe
ou que j'en fuffe vaincu , je ne pourrois
que me deshonorer .... C'eſt un inconnu
, ou , difons mieux , fes fottifes l'ont
fait connoître ..... En l'humiliant je lui
donne du relief.... Qui lira fon ouvrage
fi je ne le critique ? ... Son ftyle n'eft que
galimathias & verbiage , il l'a emprunté
de la canaille .... Je craindrois de fouiller
mon ouvrage , fi fon nom s'y trouvoit
une feule fois . ] Dans le corps de la réponſe
les mêmes déclamations reviennent à chaque
page ... Son adverfaire eft un ftupide
un infenfé , un homme fans front ,
un impie il finit en lui difant que
bon fens n'eft pas le fruit de la vieilleffe ,
après avoir fait l'apologie de fes invecti
ves par le paffage de Tertullien , dont fe
fervoit M. Arnaud pour excufer les douceurs
que fa charité lui arrachoit.
>
le
On ne doit pas être furpris que Jufte
Lipfe invective avec fi peu de ménagement
; en poffeffion du Triumvirat (c) de
la République des Lettres , il ne peut pas
fupporter qu'on l'attaque une feule fois ;
(c) Teiffier , hommes illuftres de Thou , art
Jufte Lipfe , to ent
94 MERCURE DE FRANCE:
la rareté du mépris ne le lui rend que plus
fenfible. Il ne veut pas faire grace aux poin
tes qui fe préfentent fous fa plume , ignorant
peut-être que c'eft fe venger contre
foi-même que de noircir nos ennemis par
de fauffes imputations.
>
On attaque Jufte Lipfe fur fa religion ;
c'eft ce qui peut l'excufer. Mais de quel
cil doit- on voir Gallonius (d) & les Moines
du Mont- Caffin fe prodiguer des injures
pour des vétilles ? Les accufations de mauvaife
foi , de calomnie , de fauffaire , de
folie , Monachus ifte curandus elleboro
font répétées plus de cent fois par Gallonius.
Ah ! plût à Dieu , ( dit-il au Moine
Conftantin , ) que votre monachiſme ne
vous mît pas à l'abri de la loi Cornelia contre
les fauffaires. Et pourquoi croyez - vous
qu'il leur donne tous ces éloges ? On veut
fçavoir fi S. Grégoire a été Bénédictin.
Queſtion importante , qui auroit fanctifié
les Enfans de S. Benoit fi leur prétention
eût été fondée !
• La difpute des Bénédictins avec Naudé
( e ) ne fut pas moins intéreſſante ni moins
affaifonnée de fiel & de vinaigre , quoique
l'on ne combattît que pour trouver le
( d) Simon , Lettres choifies , t. 3. Lettre XI à
M. de Gouffainville.
(e) Ibid. Bibl. critiq. t. 1. ch. 7. p. 894
JUIN. 1755. 95,
véritable auteur d'un livre qui n'infpire
rien tant que la modération. [ Lorsqu'il
s'agit de leurs intérêts ( leut dit le Bibliothécaire
) , ils perdent de vue la charité ;
ce font des impofteurs , des fauffaires , des
présomptueux , des calomniateurs , qui
ont encore moins de jugement que de
confcience ; ils fuppofent les actions les
plus atroces pour noircir leurs adverfaires.
]
Le mordant Thiers n'épargna pas davantage
les Bénédictins , dans fa burleſque
fatyre , intitulée Apologie de M. l'Abbé" de
la Trape : jugez- en par ce trait. [ Lords &
Milords , grands & petits , Moines & Moineaux
, chacun fe fit un mérite de donner
un coup de bec à M. de la Trape (f) ] Cependant
M. de Rancé n'eut pas à faire feu
lement avec les MM . de S. Maur ; Dom
Innocent Maſſon , ( g ) Général des Chartreux
, l'attaqua très vivement dans un
livre imprimé en fecret à la grande Chartreufe
: il l'accufa d'avoir voulu diffamer
les autres ordres , par les Réflexions fur l'État
monastique , qu'il appelle un libelle fpiritualifé
, de donner la torture aux paſſages
des Peres pour prouver fon fyftême ; il
-
(f) Cité dans les Mémoires eccléfiaftiq. du P
Avrigni , Jéfuite , an. 1700. t. 4.
(g ) Bibl, critiq. chap. 32.
96 MERCURE DE FRANCE.
lui reprocha d'avoir inféré dans fon livre
plufieurs traits diffamatoires , qui reffentent
la production d'un homme qui a le
mépris des autres caché dans le coeur ....
Peut-on lire ces duretés fans faire réflexion
que dans le cloître les paffions ne font pas
amorties tout- à- fait ? Alors l'intérêt commun
peut fervir d'enveloppe à une fecrette
jaloufie ; fous le prétexte fpécieux de venger
l'honneur d'un corps, on cherche à faire
montre d'une érudition déplacée , ou à déprimer
un adverfaire dont la réputation
nous fait ombrage.
En vous donnant une efquiffe de fupplément
à la Chronique fcandaleufe , je ne
penfe pas , Monfieur , nourrir la haine que
vous avez pour l'érudition . Vous fçavez ,
fans doute, que les vrais fçavans ont en horreur
, non feulement ces injures groffieres
& perfonnelles , mais même celles qui ne
fe montrent qu'avec efprit , & qui fe cachent
avec art. Vous aurez vû dans le jugement
des fçavans , ( b ) que M. Baillet ne
peut pas fupporter Gruter , lorfqu'il appelle
Paroeus un âne , un mulet de charge , un bouc,
un verrat , un hibou. C'eſt en effet une chofe
monftrueuſe que ce noir chagrin , qu'on
voit s'exhaler des écrits de quelques fça-
( b ) Grammairiens , art.1483600 100
vans ;
JUIN . 1755 97
vans ; leur efprit obfcurci par la pouffiere
du cabinet , n'a pas goûté les agrémens de la
fociété ; la multitude des livres qu'ils parcourent
, leur perfuade qu'ils doivent être
regardés comme des oracles. Dans cette
préfomption , fi quelqu'un leve le bouclier
contre eux ; incapables de produire quelque
chofe d'ingénieux & de délicat , ils font
ufage de tout ce qui fe trouve fous leurs
mains , ils fe jettent fur les perfonalités ,
& facrifient leur honneur en voulant perdre
celui de leurs adverfaires ; l'Abbé Faidit
nous en fournit un exemple bien capa-.
сара-
ble de faire impreffion . Dès qu'il fe fut
livré à fon méchant caprice , on ne l'appella
plus que frénétique , faifeur de libelles
, &c. on lui mit cent fois devant les
yeux fes aventures . Procedé cruel , que fon
exemple ne pouvoit pas autorifer ! il eſt
honteux que le droit de repréfailles fe foit
naturalifé dans la République des Lettres.
Voilà , Monfieur , quelques démêlés littéraires
que M. d'Artigny a oubliés ; fi quelqu'un
de fes amis lui faifoit appercevoir
cette omiffion , vous feriez dédommagé ,
par l'agrément qu'il répand fur les matieres
qui en font le moins fufceptibles , de la
féchereffe de mon effai . Il feroit très-àpropos
qu'on lui rappellât auffi les difputes
de Sciopius avec Strada , de Thiers avec
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Robert , de l'Ifola avec Verjus , de Mervezin
avec un Provençal.
d'une
Si je ne connoiffois pas votre averfion ,
pour les vétilles , je vous ferois part
lettre du P. Lami , par laquelle je prouve
qu'il a travaillé plus de trente ans à ſa deſcription
du temple ; je vous ferois obferver
de même que M. d'Artigny a oublié
dans le catalogue des Ana la Bibliot . critiq.
& les lettres de Simon ; que dans les Journaux
de Trévoux , Novembre 1744, on ne
trouve aucune particularité fur la Chroni--
que fcandaleufe ; mais ces petites négligences
n'empêchent pas que fon ouvrage
ne foit un des meilleurs recueils de litté
rature . Le livre de Ahafverus Frit Schey
int . Paranefis de cavendâ nimiâ convocandi
libidine in refutandis aliorum fcriptis &
opinionibus ( k ) , renferme de bonnes réflexions
fur cette groffiereté qui s'eft introduite
dans les combats littéraires.
qui fe trouve dans le fecond volume des
Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
'AUTEUR des mémoires que vous
L'avez envoyé ne doitpas fe plaindre
de la rareté des Goujet & des La Monnoie
, puifqu'il trouve dans foi-même dequoi
y fuppléer. Il a fçu réconcilier l'érudition
avec les graces , & lui prêter cet air
aifé & délicat , qui a fait lire l'Histoire
des Oracles de l'ingénieux Fontenelle .
Cependant je vous avouerai qu'il y a
quelques articles dans fon livre qui demanderoient
une plus grande étendue :
par exemple , dans la chronique fcandaleufe
des fçavans , il a omis plufieurs
combats littéraires. Tel eft celui de Jufte
Lipfe , avec un faifeur de dialogue ( a )
( c'eft ainfi qu'il appelle fon adverfaire ) ;
ce démêlé eft d'autant plus curieux que
l'imitateur de Séneque n'y fait pas paroître
la douceur qu'il avoit , felon MM . Huet
(b ) & Balzac ; car voici fon début. [ Ofe-
( a ) Adverfus dialogiftam liber de unâ religione,
in quo tria capita libri politicorum explicantur ,
Lug. Hug. à Porta , 1592. in- 12 .
(b) Huctiana... Socrate Chrétien.
JUIN. 1755. 93
rai- je entrer en lice avec un turbulent & un
inquiet , qui écrit plutôt par rage que par
raifon , & qui , comme ces gros mâtins ,
ne ceſſe jamais d'aboyer ? Que je le vainquiffe
ou que j'en fuffe vaincu , je ne pourrois
que me deshonorer .... C'eſt un inconnu
, ou , difons mieux , fes fottifes l'ont
fait connoître ..... En l'humiliant je lui
donne du relief.... Qui lira fon ouvrage
fi je ne le critique ? ... Son ftyle n'eft que
galimathias & verbiage , il l'a emprunté
de la canaille .... Je craindrois de fouiller
mon ouvrage , fi fon nom s'y trouvoit
une feule fois . ] Dans le corps de la réponſe
les mêmes déclamations reviennent à chaque
page ... Son adverfaire eft un ftupide
un infenfé , un homme fans front ,
un impie il finit en lui difant que
bon fens n'eft pas le fruit de la vieilleffe ,
après avoir fait l'apologie de fes invecti
ves par le paffage de Tertullien , dont fe
fervoit M. Arnaud pour excufer les douceurs
que fa charité lui arrachoit.
>
le
On ne doit pas être furpris que Jufte
Lipfe invective avec fi peu de ménagement
; en poffeffion du Triumvirat (c) de
la République des Lettres , il ne peut pas
fupporter qu'on l'attaque une feule fois ;
(c) Teiffier , hommes illuftres de Thou , art
Jufte Lipfe , to ent
94 MERCURE DE FRANCE:
la rareté du mépris ne le lui rend que plus
fenfible. Il ne veut pas faire grace aux poin
tes qui fe préfentent fous fa plume , ignorant
peut-être que c'eft fe venger contre
foi-même que de noircir nos ennemis par
de fauffes imputations.
>
On attaque Jufte Lipfe fur fa religion ;
c'eft ce qui peut l'excufer. Mais de quel
cil doit- on voir Gallonius (d) & les Moines
du Mont- Caffin fe prodiguer des injures
pour des vétilles ? Les accufations de mauvaife
foi , de calomnie , de fauffaire , de
folie , Monachus ifte curandus elleboro
font répétées plus de cent fois par Gallonius.
Ah ! plût à Dieu , ( dit-il au Moine
Conftantin , ) que votre monachiſme ne
vous mît pas à l'abri de la loi Cornelia contre
les fauffaires. Et pourquoi croyez - vous
qu'il leur donne tous ces éloges ? On veut
fçavoir fi S. Grégoire a été Bénédictin.
Queſtion importante , qui auroit fanctifié
les Enfans de S. Benoit fi leur prétention
eût été fondée !
• La difpute des Bénédictins avec Naudé
( e ) ne fut pas moins intéreſſante ni moins
affaifonnée de fiel & de vinaigre , quoique
l'on ne combattît que pour trouver le
( d) Simon , Lettres choifies , t. 3. Lettre XI à
M. de Gouffainville.
(e) Ibid. Bibl. critiq. t. 1. ch. 7. p. 894
JUIN. 1755. 95,
véritable auteur d'un livre qui n'infpire
rien tant que la modération. [ Lorsqu'il
s'agit de leurs intérêts ( leut dit le Bibliothécaire
) , ils perdent de vue la charité ;
ce font des impofteurs , des fauffaires , des
présomptueux , des calomniateurs , qui
ont encore moins de jugement que de
confcience ; ils fuppofent les actions les
plus atroces pour noircir leurs adverfaires.
]
Le mordant Thiers n'épargna pas davantage
les Bénédictins , dans fa burleſque
fatyre , intitulée Apologie de M. l'Abbé" de
la Trape : jugez- en par ce trait. [ Lords &
Milords , grands & petits , Moines & Moineaux
, chacun fe fit un mérite de donner
un coup de bec à M. de la Trape (f) ] Cependant
M. de Rancé n'eut pas à faire feu
lement avec les MM . de S. Maur ; Dom
Innocent Maſſon , ( g ) Général des Chartreux
, l'attaqua très vivement dans un
livre imprimé en fecret à la grande Chartreufe
: il l'accufa d'avoir voulu diffamer
les autres ordres , par les Réflexions fur l'État
monastique , qu'il appelle un libelle fpiritualifé
, de donner la torture aux paſſages
des Peres pour prouver fon fyftême ; il
-
(f) Cité dans les Mémoires eccléfiaftiq. du P
Avrigni , Jéfuite , an. 1700. t. 4.
(g ) Bibl, critiq. chap. 32.
96 MERCURE DE FRANCE.
lui reprocha d'avoir inféré dans fon livre
plufieurs traits diffamatoires , qui reffentent
la production d'un homme qui a le
mépris des autres caché dans le coeur ....
Peut-on lire ces duretés fans faire réflexion
que dans le cloître les paffions ne font pas
amorties tout- à- fait ? Alors l'intérêt commun
peut fervir d'enveloppe à une fecrette
jaloufie ; fous le prétexte fpécieux de venger
l'honneur d'un corps, on cherche à faire
montre d'une érudition déplacée , ou à déprimer
un adverfaire dont la réputation
nous fait ombrage.
En vous donnant une efquiffe de fupplément
à la Chronique fcandaleufe , je ne
penfe pas , Monfieur , nourrir la haine que
vous avez pour l'érudition . Vous fçavez ,
fans doute, que les vrais fçavans ont en horreur
, non feulement ces injures groffieres
& perfonnelles , mais même celles qui ne
fe montrent qu'avec efprit , & qui fe cachent
avec art. Vous aurez vû dans le jugement
des fçavans , ( b ) que M. Baillet ne
peut pas fupporter Gruter , lorfqu'il appelle
Paroeus un âne , un mulet de charge , un bouc,
un verrat , un hibou. C'eſt en effet une chofe
monftrueuſe que ce noir chagrin , qu'on
voit s'exhaler des écrits de quelques fça-
( b ) Grammairiens , art.1483600 100
vans ;
JUIN . 1755 97
vans ; leur efprit obfcurci par la pouffiere
du cabinet , n'a pas goûté les agrémens de la
fociété ; la multitude des livres qu'ils parcourent
, leur perfuade qu'ils doivent être
regardés comme des oracles. Dans cette
préfomption , fi quelqu'un leve le bouclier
contre eux ; incapables de produire quelque
chofe d'ingénieux & de délicat , ils font
ufage de tout ce qui fe trouve fous leurs
mains , ils fe jettent fur les perfonalités ,
& facrifient leur honneur en voulant perdre
celui de leurs adverfaires ; l'Abbé Faidit
nous en fournit un exemple bien capa-.
сара-
ble de faire impreffion . Dès qu'il fe fut
livré à fon méchant caprice , on ne l'appella
plus que frénétique , faifeur de libelles
, &c. on lui mit cent fois devant les
yeux fes aventures . Procedé cruel , que fon
exemple ne pouvoit pas autorifer ! il eſt
honteux que le droit de repréfailles fe foit
naturalifé dans la République des Lettres.
Voilà , Monfieur , quelques démêlés littéraires
que M. d'Artigny a oubliés ; fi quelqu'un
de fes amis lui faifoit appercevoir
cette omiffion , vous feriez dédommagé ,
par l'agrément qu'il répand fur les matieres
qui en font le moins fufceptibles , de la
féchereffe de mon effai . Il feroit très-àpropos
qu'on lui rappellât auffi les difputes
de Sciopius avec Strada , de Thiers avec
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Robert , de l'Ifola avec Verjus , de Mervezin
avec un Provençal.
d'une
Si je ne connoiffois pas votre averfion ,
pour les vétilles , je vous ferois part
lettre du P. Lami , par laquelle je prouve
qu'il a travaillé plus de trente ans à ſa deſcription
du temple ; je vous ferois obferver
de même que M. d'Artigny a oublié
dans le catalogue des Ana la Bibliot . critiq.
& les lettres de Simon ; que dans les Journaux
de Trévoux , Novembre 1744, on ne
trouve aucune particularité fur la Chroni--
que fcandaleufe ; mais ces petites négligences
n'empêchent pas que fon ouvrage
ne foit un des meilleurs recueils de litté
rature . Le livre de Ahafverus Frit Schey
int . Paranefis de cavendâ nimiâ convocandi
libidine in refutandis aliorum fcriptis &
opinionibus ( k ) , renferme de bonnes réflexions
fur cette groffiereté qui s'eft introduite
dans les combats littéraires.
Fermer
Résumé : LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
La lettre critique les Mémoires de l'Abbé d'Artigny, reconnaissant son habileté à combiner érudition et élégance, à l'image de Fontenelle. Cependant, elle déplore que certains articles soient insuffisamment développés, notamment la chronique des querelles littéraires parmi les savants, qui passe sous silence plusieurs conflits notables. Parmi les omissions, la lettre mentionne le conflit entre Juste Lipse et un auteur de dialogues. Lipse, en possession du Triumvirat de la République des Lettres, réagit violemment aux attaques et utilise des accusations fallacieuses contre ses adversaires. D'autres disputes littéraires sont également évoquées, comme celles entre Gallonius et les moines du Mont-Cassin, ou entre les Bénédictins et Naudé. Ces querelles sont marquées par des accusations de mauvaise foi, de calomnie et de folie. Le texte critique également le mordant Thiers et Dom Innocent Masson, qui ont attaqué les Bénédictins avec virulence. Ces conflits montrent que les passions ne sont pas éteintes dans le cloître et que l'intérêt commun peut servir de prétexte à des attaques personnelles. La lettre conclut en rappelant d'autres démêlés littéraires oubliés par l'Abbé d'Artigny, tels que ceux entre Sciopius et Strada, ou entre Thiers et Robert. Malgré ces omissions, l'ouvrage de l'Abbé d'Artigny est considéré comme un excellent recueil de littérature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17607
p. 78-88
ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
Début :
Michel Sachse, Historien Allemand, nous apprend dans la quatrieme [...]
Mots clefs :
Hans Wurst, Théâtre, Acteurs, Comédie, Jean Saucisse, Allemagne, Poésie dramatique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
ETAT
De la Poëfie Dramatique en Allemagne.
M
Ichel Sachfe , Hiftorien Allemand ,
nous apprend dans la quatrieme
partie de fa Chronique des Empereurs ,
que la premiere Comédie fur jouée en
Allemagne en 1497 ; que Reuchlin en fut
l'auteur ; qu'il la compofa en l'honneur
de Jean de Dalberg , Evêque de Worms
& que le peuple la regarda comme un prodige
: c'eft là la premiere trace de l'origine
des fpectacles en Allemagne. L'ufage ne
peut gueres en avoir été plus ancien en
>
DECEMBRE . 1754. 79
France puifque fous François I on y
jouoit des comédies faintes , qui , autant
qu'on en peut juger par les titres , devoient
être monftrueufes. Il eft vrai que
fi l'on remonte à cet Anfelme Faidet dont
parle M. de Fontenelle dans fon Hiftoire
du Théatre François , & qui après avoir
promené fes tragédies & fes comédies
avec un grand fuccès dans plufieurs Cours ,
mourut en 1220 , le fpectacle fe trouvera
au moins de 277 ans plus ancien en France
qu'en Allemagne.
La principale caufe qui a empêché le
théatre allemand d'acquerir le dégré de
perfection auquel font parvenus les théâtres
d'Italie , d'Angleterre , & fur-tout celui
de France ; c'eft qu'ayant été en proye
à des troupes de bâteleurs errans , qui couroient
de foire en foire par toute l'Allemagne
, jouant de mauvaiſes farces pour
amufer la populace , les honnêtes gens fe
font revoltés contre cette forte de fpectacles
, & l'Eglife les a condamnés comme
propres par leur indécence , à corrompre
les moeurs. Il ne s'eft pas trouvé un homme
du monde , pas un génie d'un certain
ordre qui ait voulu travailler pour de pareils
hiftrions.
Le premier vice du théatre allemand
étoit donc de manquer de bonnes pieces ;
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
celles qu'on y repréfentoit , devenoient
également odieufes , & par le plan & par
l'exécution . On n'y voyoit jamais une
époque de la vie , un événement développé
; c'étoit toujours des hiftoires , quelquefois
de plufieurs fiécles : les régles du
dramatique y étoient tout- à - fait inconnues
, & les Comédiens donnoient une
pleine carriere à leur imagination.
La comédie qu'on jouoit le plus univerfellement
, c'étoit Adam & Eve , ou la
chute du premier homme ; elle n'eft pas encore
tout -à - fait profcrite , & il n'y a que
quelques années qu'on l'a repréfentée à
Strasbourg. On y voit une groffe Eve ,
dont le corps eft couvert d'une fimple
toile couleur de chair , exactement collée
fur la peau avec une petite ceinture de
feuilles de figuier , ce qui forme une nudité
très dégoûtante . Adam eft fagoté de
même. Le pere Eternel paroît avec une
vieille robe de chambre , affeublé d'une
vafte perruque & d'une grande barbe blanche
; les diables font les bouffons & les
mauvais plaifans.
Une autre piece que les Comédiens regardoient
comme une tragédie fublime ,
& qu'ils nommoient dans leurs affiches ,
une action d'éclat & d'état , c'eft Bajazet
Tamerlan. Après que ces deux rivaux
DECEMBRE. 1754. 81
de la tyrannie fe font fait dire par leurs
Ambaffadeurs , les invectives les plus atroces
& les faletés les plus groffieres , ils en
viennent à la bataille qui fe donne fur le
théatre. On voit Tamerlan qui terraffe
Bajazet : ces Princes fe prennent à braffecorps
, & font des efforts terribles pour s'étrangler
mutuellement , en jettant des cris
& des hurlemens affreux .
Dans une tragédie , intitulée Diocletien
, cet Empereur , grand perfécuteur des
Chrétiens , apprend que la belle Dorothée
a embraffé en cachette le Chriftianifme :
tranſporté de colere il fait venir fon Général
Antonin ; & lui commande de violer publiquement
cette Princeffe.Bien loin d'exécuter
cet étrange ordre , Antonin conçoit
pour elle un amour refpectueux & tâche de
la fauver. L'Empereur féduit par les mauvais
confeils de fon Chancelier , fait couper
la tête à la Princeffe , & cette exécution fe
paffe fur le théatre à la vûe des fpectateurs.
Dioclétien ne tarde point à fe repentir
de fon crime ; mais un moment
après il eft englouti par la terre. Le Général
Antonin perd la raifon de defefpoir , &
fait mille extravagances ; il s'endort à la
fin : Arlequin furvient , & le réveille avec
un jeu de cartes , en lui criant aux oreilles :
quatre matadors & fans prendre.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Le bouffon ou plaiſant de la véritable
comédie allemande eft appellé Jean fauciffe
( Hans-Wurft ) ; c'eft une efpéce de
balourd. Pour être parfait en fon genre ,
on veut qu'il ait l'accent Saltzbourgeois ; il
a le privilége de dire des faletés : au prix
de lui le Polichinel François eft très- poli .
Dans une piece intitulée Charles XII ,
Roi de Suede , le Général Fierabras commande
dans la fortereffe de Friderichshall
; il paroît fur les remparts , provoque
Charles XII , lui chante pouille , & l'appelle
fanfaron. Charles de fon côté le menace
qu'il le fera hacher menu comme
chair a pâté. Sur quoi le Roi va reconnoître
la ville. Jean Sauciffe qui est en faction ,
lui crie : Qui va là ? Le Roi répond , Charles
XII , & ajoute : Et toi , qui es -tu ?
Jean Sauciffe XIII , lui replique le bouffon
, en lui faifant la généalogie des Jean
Sauciffe. A la fin Charles fe met de mauvaiſe
humeur & fait commencer la canonnade
; mais il est bientôt étendu fur le
carreau. Fierabras fuivi de Jean Sauciffe ,
fort de la place ; & après avoir chanté victoire
fur le cadavre du Roi Suédois , il regagne
la ville , & la piece finit.
Ce n'eft pas que parmi tant de fottifes
on ne voye de tems en tems fur l'ancien
théatre allemand quelques bluettes d'efDECEMBRE
. 1754- 85
prit , quelques faillies plaifantes. Il y a
certainement des traits qui font rire , même
les honnêtes gens ; mais ils font rares &
prefque toujours défigurés par des poliffonneries
groffieres , ou par le noeud ridicule
de la piece.
Un autre défaut de ces anciennes pieces
allemandes , & qui n'eft pas des moindres ,
c'eft qu'elles ne font pas écrites d'un bout
à l'autre. Les Comédiens pour l'ordinaire
n'en ont que le cannevas , & jouent le
refte d'imagination . Jean Sauciffe fur-tout
y trouve unbeau champ pour donner carriere
à fes plaifanteries.
Au refte tout étoit mauffade dans ce
fpectacle : une mauvaiſe cabanne de planches
fervoit de maifon ; les décorations y
étoient pitoyables ; les acteurs vêtus de
de haillons & coëffés de grandes & vieilles
perruques , reflembloient à des fiacres
habillés en héros : en un mot , la comédie
étoit un divertiffement abandonné à la lie
du peuple.
Au milieu de cette barbarie une femme
aimable ofa concevoir le deffein d'épurer
le théatre allemand , de lui donner une
forme raisonnable , & de le porter , s'il étoit
Foffible , à la perfection ; but que les ef-
Frits d'un certain ordre fe propofent toujours
dans leurs entrepriſes. Cette femme
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
étoit Madame Neuber , épouſe d'un affez
mauvais Comédien , mais bonne actrice :
outre fon talent pour le théatre , elle en a
beaucoup pour la Poëfie , fuite du génie &
du goût avec lefquels elle eft née . Ses premiers
fuccès furent d'abord très- brillans ;
elle commença par s'affarer de plufieurs
bons acteurs , & en forma d'autres . Ce ne
fut pas une petite acquifition que celle
qu'elle fit en Monfieur Koch , Comédien ,
qui auroit paffé même à Paris pour excellent
, s'il avoit fçu la langue Françoiſe
auffi bien qu'il poffedoit l'Allemande : c'étoit
d'ailleurs un homme d'efprit qui avoit
de bonnes études , & qui dans la fuite a
traduit en vers allemands quelques-unes
des meilleures pieces Françoifes.
Mais ce n'étoit pas le tout d'avoir de
bons acteurs ; Madame Neuber crut avec
raifon qu'il falloit auffi fe pourvoir de
bonnes pieces , & rien n'étoit plus difficile
par les raifons qu'on vient de rapporter.
Elle s'avifa du meilleur expédient qu'elle
pût prendre , & réfolut de commencer par
donner au public de bonnes traductions
avant que de fonger à lui préfenter des
originaux. Son premier début fut en Saxe ,
& elle y trouva des fecours . M. Gottſched
accorda une espece de protection à ce théatre
naiflant , & le fournit non feulement
DECEMBRE . 1754. 85
de quelques bonnes verfions de pieces
françoifes , mais auffi de plufieurs Comédies
de fa façon ou de celle de fes amis ,
& entr'autres d'une tragédie qui feroit
belle dans toutes les langues du monde ;
c'eſt la mort de Caton , imitée en partie
de l'Anglois de M. Addiffon , & en partie
de l'invention de M. Gottfched. M. Koch
travailla auffi de fon côté avec fuccès à la
traduction des meilleures pieces du théatre
François , & le public goûta avec avidité
ces beautés nouvelles qui parurent fur
la fcene allemande .
Le théatre de Madame Neuber avoit
déja fait de grands progrès , lorqu'elle vint
débuter à Hambourg ; elle y trouva des
perfonnes de goût & des gens de lettres ,
amateurs des beaux Arts , dont les travaux
contribuerent beaucoup aux progrès dramatiques.
M. de Stuven dont les talens ont
été employés depuis plus utilement par
deux grands Princes , fut excité par fon
beau génie à confacrer fes momens de loifir
aux ouvrages dramatiques Il traduifit
en peu de tems , avec autant d'élégance que
de fidélité , Phédre & Hippolyte , Britannicus
, le Comte d'Effex , Brutus & Alzire. Il
a été depuis imité par plufieurs de fes compatriotes
; & peu s'en faut qu'on n'ait aujourd'hui
en Allemand les meilleures pie86
MERCURE DE FRANCE.
ces de Corneille , de Racine , de Voltaire ,
de Crébillon , de Campiftron , de Moliere ,
de Regnard , de Deftouches , en un mot
des plus célebres tragiques & comiques
François. Les Allemands font à cet égard
auffi riches que les Anglois , qui ont approprié
à leur théatre des traductions des plus
excellentes pieces Françoifes.
Ceux qui font au fait des détails du
théatre , fçavent combien il faut de dépenfes
& de goût pour l'habillement des
acteurs , pour les décorations & pour mille
autres befoins , dont le fpectateur s'apperçoit
à peine , mais qui font ruineux pour
les entrepreneurs. Mme Neuber n'eut pour
fubvenir à tous ces frais & pour la réuffite
de toutes fes entrepriſes , que la générosité
de quelques particuliers & les reffources
de fon efprit. Mais le croira- t- on ? Cette
femme à laquelle on ne fçauroit difputer
la gloire d'avoir produit en Allemagne le
premier théatre raisonnable , a été pendant
plufieurs années en bute à la fatyre la plus
noire & la plus amere , & fe trouve maintenant
réduite par les perfécutions de fes
ennemis à un état d'indigence , qui fait
honte au fiécle & à la nation. Au lieu de
reconnoiffance & d'encouragement, elle n'a
rencontré que des traverfes & de l'envie.
La defunion s'eft mife auffi dans fa troupe ,
DECEMBRE. 1754. 87
& plufieurs autres circonstances ont concouru
à la décadence de ce théatre , chacun
des principaux acteurs ayant eu l'ambition
d'être chef de troupe , & de fe former une
compagnie féparée. Cette mefintelligence
a tout ruiné. Du fein de la troupe de Mme
Neuber font forties celles de Schonemann
de Koch , de Shuch & d'autres , qui fe n
fant réciproquement n'ont pu s'élever chacune
en particulier à la perfection qu'elles
auroient atteinte fi elles fuffent demeurées
unies. Aujourd'hui chacune de ces troupes
eft défectueufe par quelque endroit , &
fur-tout par les acteurs , qui faifant de leur
art une fimple profeffion méchanique
jouent pour l'ordinaire fans efprit & fans
ame. Ils font ou froids à glacer, ou furieux.
Ce qui choque d'ailleurs beaucoup fur la
ene allemande , c'eft la façon mauffade
& prefque indécente dont s'habillent , fe
chauffent & fe coëffent les Comédiens Allemands
, fur-tout les femmes : on n'y
trouve point ce goût & ces graces fi néceffaires
pour plaire au public raifonnable .
Tout cet expofé prouve qu'il feroit poffible
de porter le théatre allemand à un
certain dégré de perfection ; mais il fait
voir en même tems que la chofe ne fe fera
jamais à moins que quelque Prince éclairé
ne s'en mêle , & n'entretienne à fes dépens
38 MERCURE DE FRANCE.
une bonne troupe , dirigée par un de ſes
courtifans , qui foit au fait du fpectacle.
De la Poëfie Dramatique en Allemagne.
M
Ichel Sachfe , Hiftorien Allemand ,
nous apprend dans la quatrieme
partie de fa Chronique des Empereurs ,
que la premiere Comédie fur jouée en
Allemagne en 1497 ; que Reuchlin en fut
l'auteur ; qu'il la compofa en l'honneur
de Jean de Dalberg , Evêque de Worms
& que le peuple la regarda comme un prodige
: c'eft là la premiere trace de l'origine
des fpectacles en Allemagne. L'ufage ne
peut gueres en avoir été plus ancien en
>
DECEMBRE . 1754. 79
France puifque fous François I on y
jouoit des comédies faintes , qui , autant
qu'on en peut juger par les titres , devoient
être monftrueufes. Il eft vrai que
fi l'on remonte à cet Anfelme Faidet dont
parle M. de Fontenelle dans fon Hiftoire
du Théatre François , & qui après avoir
promené fes tragédies & fes comédies
avec un grand fuccès dans plufieurs Cours ,
mourut en 1220 , le fpectacle fe trouvera
au moins de 277 ans plus ancien en France
qu'en Allemagne.
La principale caufe qui a empêché le
théatre allemand d'acquerir le dégré de
perfection auquel font parvenus les théâtres
d'Italie , d'Angleterre , & fur-tout celui
de France ; c'eft qu'ayant été en proye
à des troupes de bâteleurs errans , qui couroient
de foire en foire par toute l'Allemagne
, jouant de mauvaiſes farces pour
amufer la populace , les honnêtes gens fe
font revoltés contre cette forte de fpectacles
, & l'Eglife les a condamnés comme
propres par leur indécence , à corrompre
les moeurs. Il ne s'eft pas trouvé un homme
du monde , pas un génie d'un certain
ordre qui ait voulu travailler pour de pareils
hiftrions.
Le premier vice du théatre allemand
étoit donc de manquer de bonnes pieces ;
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
celles qu'on y repréfentoit , devenoient
également odieufes , & par le plan & par
l'exécution . On n'y voyoit jamais une
époque de la vie , un événement développé
; c'étoit toujours des hiftoires , quelquefois
de plufieurs fiécles : les régles du
dramatique y étoient tout- à - fait inconnues
, & les Comédiens donnoient une
pleine carriere à leur imagination.
La comédie qu'on jouoit le plus univerfellement
, c'étoit Adam & Eve , ou la
chute du premier homme ; elle n'eft pas encore
tout -à - fait profcrite , & il n'y a que
quelques années qu'on l'a repréfentée à
Strasbourg. On y voit une groffe Eve ,
dont le corps eft couvert d'une fimple
toile couleur de chair , exactement collée
fur la peau avec une petite ceinture de
feuilles de figuier , ce qui forme une nudité
très dégoûtante . Adam eft fagoté de
même. Le pere Eternel paroît avec une
vieille robe de chambre , affeublé d'une
vafte perruque & d'une grande barbe blanche
; les diables font les bouffons & les
mauvais plaifans.
Une autre piece que les Comédiens regardoient
comme une tragédie fublime ,
& qu'ils nommoient dans leurs affiches ,
une action d'éclat & d'état , c'eft Bajazet
Tamerlan. Après que ces deux rivaux
DECEMBRE. 1754. 81
de la tyrannie fe font fait dire par leurs
Ambaffadeurs , les invectives les plus atroces
& les faletés les plus groffieres , ils en
viennent à la bataille qui fe donne fur le
théatre. On voit Tamerlan qui terraffe
Bajazet : ces Princes fe prennent à braffecorps
, & font des efforts terribles pour s'étrangler
mutuellement , en jettant des cris
& des hurlemens affreux .
Dans une tragédie , intitulée Diocletien
, cet Empereur , grand perfécuteur des
Chrétiens , apprend que la belle Dorothée
a embraffé en cachette le Chriftianifme :
tranſporté de colere il fait venir fon Général
Antonin ; & lui commande de violer publiquement
cette Princeffe.Bien loin d'exécuter
cet étrange ordre , Antonin conçoit
pour elle un amour refpectueux & tâche de
la fauver. L'Empereur féduit par les mauvais
confeils de fon Chancelier , fait couper
la tête à la Princeffe , & cette exécution fe
paffe fur le théatre à la vûe des fpectateurs.
Dioclétien ne tarde point à fe repentir
de fon crime ; mais un moment
après il eft englouti par la terre. Le Général
Antonin perd la raifon de defefpoir , &
fait mille extravagances ; il s'endort à la
fin : Arlequin furvient , & le réveille avec
un jeu de cartes , en lui criant aux oreilles :
quatre matadors & fans prendre.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Le bouffon ou plaiſant de la véritable
comédie allemande eft appellé Jean fauciffe
( Hans-Wurft ) ; c'eft une efpéce de
balourd. Pour être parfait en fon genre ,
on veut qu'il ait l'accent Saltzbourgeois ; il
a le privilége de dire des faletés : au prix
de lui le Polichinel François eft très- poli .
Dans une piece intitulée Charles XII ,
Roi de Suede , le Général Fierabras commande
dans la fortereffe de Friderichshall
; il paroît fur les remparts , provoque
Charles XII , lui chante pouille , & l'appelle
fanfaron. Charles de fon côté le menace
qu'il le fera hacher menu comme
chair a pâté. Sur quoi le Roi va reconnoître
la ville. Jean Sauciffe qui est en faction ,
lui crie : Qui va là ? Le Roi répond , Charles
XII , & ajoute : Et toi , qui es -tu ?
Jean Sauciffe XIII , lui replique le bouffon
, en lui faifant la généalogie des Jean
Sauciffe. A la fin Charles fe met de mauvaiſe
humeur & fait commencer la canonnade
; mais il est bientôt étendu fur le
carreau. Fierabras fuivi de Jean Sauciffe ,
fort de la place ; & après avoir chanté victoire
fur le cadavre du Roi Suédois , il regagne
la ville , & la piece finit.
Ce n'eft pas que parmi tant de fottifes
on ne voye de tems en tems fur l'ancien
théatre allemand quelques bluettes d'efDECEMBRE
. 1754- 85
prit , quelques faillies plaifantes. Il y a
certainement des traits qui font rire , même
les honnêtes gens ; mais ils font rares &
prefque toujours défigurés par des poliffonneries
groffieres , ou par le noeud ridicule
de la piece.
Un autre défaut de ces anciennes pieces
allemandes , & qui n'eft pas des moindres ,
c'eft qu'elles ne font pas écrites d'un bout
à l'autre. Les Comédiens pour l'ordinaire
n'en ont que le cannevas , & jouent le
refte d'imagination . Jean Sauciffe fur-tout
y trouve unbeau champ pour donner carriere
à fes plaifanteries.
Au refte tout étoit mauffade dans ce
fpectacle : une mauvaiſe cabanne de planches
fervoit de maifon ; les décorations y
étoient pitoyables ; les acteurs vêtus de
de haillons & coëffés de grandes & vieilles
perruques , reflembloient à des fiacres
habillés en héros : en un mot , la comédie
étoit un divertiffement abandonné à la lie
du peuple.
Au milieu de cette barbarie une femme
aimable ofa concevoir le deffein d'épurer
le théatre allemand , de lui donner une
forme raisonnable , & de le porter , s'il étoit
Foffible , à la perfection ; but que les ef-
Frits d'un certain ordre fe propofent toujours
dans leurs entrepriſes. Cette femme
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
étoit Madame Neuber , épouſe d'un affez
mauvais Comédien , mais bonne actrice :
outre fon talent pour le théatre , elle en a
beaucoup pour la Poëfie , fuite du génie &
du goût avec lefquels elle eft née . Ses premiers
fuccès furent d'abord très- brillans ;
elle commença par s'affarer de plufieurs
bons acteurs , & en forma d'autres . Ce ne
fut pas une petite acquifition que celle
qu'elle fit en Monfieur Koch , Comédien ,
qui auroit paffé même à Paris pour excellent
, s'il avoit fçu la langue Françoiſe
auffi bien qu'il poffedoit l'Allemande : c'étoit
d'ailleurs un homme d'efprit qui avoit
de bonnes études , & qui dans la fuite a
traduit en vers allemands quelques-unes
des meilleures pieces Françoifes.
Mais ce n'étoit pas le tout d'avoir de
bons acteurs ; Madame Neuber crut avec
raifon qu'il falloit auffi fe pourvoir de
bonnes pieces , & rien n'étoit plus difficile
par les raifons qu'on vient de rapporter.
Elle s'avifa du meilleur expédient qu'elle
pût prendre , & réfolut de commencer par
donner au public de bonnes traductions
avant que de fonger à lui préfenter des
originaux. Son premier début fut en Saxe ,
& elle y trouva des fecours . M. Gottſched
accorda une espece de protection à ce théatre
naiflant , & le fournit non feulement
DECEMBRE . 1754. 85
de quelques bonnes verfions de pieces
françoifes , mais auffi de plufieurs Comédies
de fa façon ou de celle de fes amis ,
& entr'autres d'une tragédie qui feroit
belle dans toutes les langues du monde ;
c'eſt la mort de Caton , imitée en partie
de l'Anglois de M. Addiffon , & en partie
de l'invention de M. Gottfched. M. Koch
travailla auffi de fon côté avec fuccès à la
traduction des meilleures pieces du théatre
François , & le public goûta avec avidité
ces beautés nouvelles qui parurent fur
la fcene allemande .
Le théatre de Madame Neuber avoit
déja fait de grands progrès , lorqu'elle vint
débuter à Hambourg ; elle y trouva des
perfonnes de goût & des gens de lettres ,
amateurs des beaux Arts , dont les travaux
contribuerent beaucoup aux progrès dramatiques.
M. de Stuven dont les talens ont
été employés depuis plus utilement par
deux grands Princes , fut excité par fon
beau génie à confacrer fes momens de loifir
aux ouvrages dramatiques Il traduifit
en peu de tems , avec autant d'élégance que
de fidélité , Phédre & Hippolyte , Britannicus
, le Comte d'Effex , Brutus & Alzire. Il
a été depuis imité par plufieurs de fes compatriotes
; & peu s'en faut qu'on n'ait aujourd'hui
en Allemand les meilleures pie86
MERCURE DE FRANCE.
ces de Corneille , de Racine , de Voltaire ,
de Crébillon , de Campiftron , de Moliere ,
de Regnard , de Deftouches , en un mot
des plus célebres tragiques & comiques
François. Les Allemands font à cet égard
auffi riches que les Anglois , qui ont approprié
à leur théatre des traductions des plus
excellentes pieces Françoifes.
Ceux qui font au fait des détails du
théatre , fçavent combien il faut de dépenfes
& de goût pour l'habillement des
acteurs , pour les décorations & pour mille
autres befoins , dont le fpectateur s'apperçoit
à peine , mais qui font ruineux pour
les entrepreneurs. Mme Neuber n'eut pour
fubvenir à tous ces frais & pour la réuffite
de toutes fes entrepriſes , que la générosité
de quelques particuliers & les reffources
de fon efprit. Mais le croira- t- on ? Cette
femme à laquelle on ne fçauroit difputer
la gloire d'avoir produit en Allemagne le
premier théatre raisonnable , a été pendant
plufieurs années en bute à la fatyre la plus
noire & la plus amere , & fe trouve maintenant
réduite par les perfécutions de fes
ennemis à un état d'indigence , qui fait
honte au fiécle & à la nation. Au lieu de
reconnoiffance & d'encouragement, elle n'a
rencontré que des traverfes & de l'envie.
La defunion s'eft mife auffi dans fa troupe ,
DECEMBRE. 1754. 87
& plufieurs autres circonstances ont concouru
à la décadence de ce théatre , chacun
des principaux acteurs ayant eu l'ambition
d'être chef de troupe , & de fe former une
compagnie féparée. Cette mefintelligence
a tout ruiné. Du fein de la troupe de Mme
Neuber font forties celles de Schonemann
de Koch , de Shuch & d'autres , qui fe n
fant réciproquement n'ont pu s'élever chacune
en particulier à la perfection qu'elles
auroient atteinte fi elles fuffent demeurées
unies. Aujourd'hui chacune de ces troupes
eft défectueufe par quelque endroit , &
fur-tout par les acteurs , qui faifant de leur
art une fimple profeffion méchanique
jouent pour l'ordinaire fans efprit & fans
ame. Ils font ou froids à glacer, ou furieux.
Ce qui choque d'ailleurs beaucoup fur la
ene allemande , c'eft la façon mauffade
& prefque indécente dont s'habillent , fe
chauffent & fe coëffent les Comédiens Allemands
, fur-tout les femmes : on n'y
trouve point ce goût & ces graces fi néceffaires
pour plaire au public raifonnable .
Tout cet expofé prouve qu'il feroit poffible
de porter le théatre allemand à un
certain dégré de perfection ; mais il fait
voir en même tems que la chofe ne fe fera
jamais à moins que quelque Prince éclairé
ne s'en mêle , & n'entretienne à fes dépens
38 MERCURE DE FRANCE.
une bonne troupe , dirigée par un de ſes
courtifans , qui foit au fait du fpectacle.
Fermer
Résumé : ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
Le texte aborde l'évolution du théâtre dramatique en Allemagne. La première comédie allemande connue date de 1497, écrite par Reuchlin en l'honneur de Jean de Dalberg, évêque de Worms. En France, des comédies étaient déjà jouées sous François Ier, avec des spectacles remontant même à 1220, comme ceux d'Anselme Fadet. En Allemagne, le théâtre était longtemps dominé par des troupes de bateleurs errants, ce qui lui a valu une mauvaise réputation et une condamnation par l'Église. Les pièces étaient souvent de mauvaise qualité, mélangeant des histoires de différentes époires sans respecter les règles dramatiques. Des comédies comme 'Adam et Eve' ou des tragédies comme 'Bajazet Tamerlan' et 'Dioclétien' étaient courantes, caractérisées par leur indécence et leur manque de réalisme. Madame Neuber, actrice et poétesse, a tenté de réformer le théâtre allemand en engageant de bons acteurs et en traduisant des pièces françaises célèbres. Elle a reçu le soutien de M. Gottsched et d'autres intellectuels, permettant au théâtre allemand de progresser. Cependant, des querelles internes et des persécutions ont conduit à la décadence de son théâtre. Les troupes allemandes actuelles souffrent de désunion et de manque de professionnalisme, avec des acteurs jouant sans esprit ni âme. Le texte conclut que pour atteindre un certain degré de perfection, le théâtre allemand nécessiterait le soutien d'un prince éclairé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17608
p. 41
FABLES. FABLE PREMIERE. Le Coq & la Cigale.
Début :
Un coq chantoit, puis il grattoit la terre. [...]
Mots clefs :
Coq, Cigale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLES. FABLE PREMIERE. Le Coq & la Cigale.
FABLE S.
FABLE PREMIERE.
Le Coq & la Cigale.
UN coq chantoit , puis il gtattoit la terre.
Une cigale dit : Paffe encor de chanter ;
Mais un grand , tel que vous , n'eft pas né
gratter.
Ainfi parle un fot , mais il erre ,
Répond l'animal enplumé.
Eh ! que ferois-je donc fi j'étois enrhumé
pour
Le plus vil des métiers n'a rien qui deshonore ,
Et ne pas s'occuper eft cent fois pis encore.
FABLE PREMIERE.
Le Coq & la Cigale.
UN coq chantoit , puis il gtattoit la terre.
Une cigale dit : Paffe encor de chanter ;
Mais un grand , tel que vous , n'eft pas né
gratter.
Ainfi parle un fot , mais il erre ,
Répond l'animal enplumé.
Eh ! que ferois-je donc fi j'étois enrhumé
pour
Le plus vil des métiers n'a rien qui deshonore ,
Et ne pas s'occuper eft cent fois pis encore.
Fermer
17609
p. 41-42
FABLE II. Les deux Chiens.
Début :
Rien n'est plus dangereux qu'une vive dispute ; [...]
Mots clefs :
Chiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE II. Les deux Chiens.
FABLE II.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
Fermer
Résumé : FABLE II. Les deux Chiens.
La fable 'Les deux Chiens' raconte la dispute violente entre Soliman et Pluton, deux chiens amis depuis leur jeunesse. Un jour, ils se querellent pour une raison inconnue, peut-être un os ou un jeu. Leur dispute s'intensifie rapidement, marquée par des propos aigres et des manières dures. Chacun cherche à venger l'affront fait à son honneur. Soliman et Pluton montrent des signes de fureur, leurs poils se hérissent et leurs yeux étincellent. Ils se battent férocement, sans que l'un des deux ne cède, même après avoir été terrassé. La dispute se termine sans vainqueur, chacun restant insatisfait malgré la violence de leur affrontement. L'auteur compare cette scène à l'image des querelles humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17610
p. 92
ENIGME.
Début :
Lecteur, je suis matiere : [...]
Mots clefs :
Cadran solaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Lecteur , je fuis matiere :
Ami de la clarté ,
Je fuis l'obscurité ,
Et chéris la lumiere.
D'un Dieu changeant fuivant le cours ,
Je fuis expofé d'ordinaire
Dans les jardins & dans les cours.
Ma deviſe vulgaire ,
Propre à mon inſtabilité ,
Eft la fragilité.
De Senlis , le 26 Août 17520
Lecteur , je fuis matiere :
Ami de la clarté ,
Je fuis l'obscurité ,
Et chéris la lumiere.
D'un Dieu changeant fuivant le cours ,
Je fuis expofé d'ordinaire
Dans les jardins & dans les cours.
Ma deviſe vulgaire ,
Propre à mon inſtabilité ,
Eft la fragilité.
De Senlis , le 26 Août 17520
Fermer
17611
p. 93
LOGOGRIPHE.
Début :
D'Athenes autrefois je faisois l'ornement, [...]
Mots clefs :
Platon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIPH E.
D'Athenes autrefois je faifois l'ornement ,
Avec éloge encor on me cite fouvent ;
Je porte dans mon fein un oifeau d'importance ,
Un fleuve d'Italie , une Ville de France ,
Un meuble que l'on voit au milieu du feſtin ,
Un Dieu qui du Berger fixe l'heureux deſtin ,
Pour exercer encor toute ta rhetorique ,
Un terme de Blafon , un autre de Mufique,
Prends quatre de mon tout , fans barque & fans
batteau ,
Tu peux en furetéte promener fur l'eau.
Par M. Subtil , de Pontoife.
D'Athenes autrefois je faifois l'ornement ,
Avec éloge encor on me cite fouvent ;
Je porte dans mon fein un oifeau d'importance ,
Un fleuve d'Italie , une Ville de France ,
Un meuble que l'on voit au milieu du feſtin ,
Un Dieu qui du Berger fixe l'heureux deſtin ,
Pour exercer encor toute ta rhetorique ,
Un terme de Blafon , un autre de Mufique,
Prends quatre de mon tout , fans barque & fans
batteau ,
Tu peux en furetéte promener fur l'eau.
Par M. Subtil , de Pontoife.
Fermer
17612
p. 93
AUTRE.
Début :
Ici sans transposer, il suffit qu'on divise [...]
Mots clefs :
Arc-en-ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ci fans tranfpofer , il fuffit qu'on divife
Un de mes bouts contre une Tour ,
Dont tout entier je ne couvre qu'un bout.
En cinq lettres je fers à décorer l'Eglife ,
En trois je fers à lui donner
Des enfans. Le Lecteur doit bien me deviner.
Par M, P. C. de S. O, l'an.
Ci fans tranfpofer , il fuffit qu'on divife
Un de mes bouts contre une Tour ,
Dont tout entier je ne couvre qu'un bout.
En cinq lettres je fers à décorer l'Eglife ,
En trois je fers à lui donner
Des enfans. Le Lecteur doit bien me deviner.
Par M, P. C. de S. O, l'an.
Fermer
17613
p. 43-45
LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
Début :
Oui, [...]
Mots clefs :
Jean-Philippe Rameau, Sauvages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
LES SAUVAGE S.
Piece de Clavecin , de M. Rameau.
PARODI E.
C
Oui
,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui :
Sans lui la vertu
N'eft qu'un fécu.
L'efprit , les talens ,
Les fentimens ,
Les agrémens
Les plus brillans
Ne font plus fur les rangs.
C'eft
Du vil intérêt
Qu'on fuit l'arrêt ,
Qui remplit le coeur
D'un fot honneur ,
Dont le réſultat
Eft de tenir un grand état ,
Souvent l'origine d'un fat.
Dieux !
Sans jetter fes yeux
Sur leurs ayeux ,
Verra-t-on toujours
Aller au cours ,
En cabriolets ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Mille fujets
Qui font des vrais
Colifichets ,
Nous morguer à l'excès ,
Faire florès ,
Et de fix laquais ,
Bien vêtus , bien faits,
Montrer l'étalage.
Quoi ! le fage
Peut-il voir
S'écarter ainfi du devoir ,
Sans un chagrin inoui ..::
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
Quand
Le maudit clinquant
Ne fera-t-il plus fi fréquent
Jamais la raifon
Ne fera-t-elle
De faifon ?
Imitera-t-on
Toujours le ton
De Phaeton ?
Chutte qu'on rappelle.
Sots ,
Pour le vrai quittez le faux.
Foux ,
Qu'on ne parle plus de vous.
6
DECEMBRE. 1755 .
45
Grands ,
Sçachez contenir vos fens ,
Servez d'exemple en tout tems ;
Mais fans fracas quel ennui !
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
A Amiens.
Par M. Fuzillier.
T
Cette parodie nous paroît d'autant
mieux faite, qu'on ne s'apperçoit pas de la
difficulté vaincue , & que la quantité y
eft parfaitement bien obfervée. L'Auteur
avoit autrefois décoré ce Journal de plufieurs
parodies de fa compofition , qui
avoient été juſtement goutées ; entr'autres
celle de l'ouverture des Indes Galantes , en
1736. Nous le prions de nous continuer
fes bienfaits , & nous lui promettons d'être
exact à les rendre publics,
Piece de Clavecin , de M. Rameau.
PARODI E.
C
Oui
,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui :
Sans lui la vertu
N'eft qu'un fécu.
L'efprit , les talens ,
Les fentimens ,
Les agrémens
Les plus brillans
Ne font plus fur les rangs.
C'eft
Du vil intérêt
Qu'on fuit l'arrêt ,
Qui remplit le coeur
D'un fot honneur ,
Dont le réſultat
Eft de tenir un grand état ,
Souvent l'origine d'un fat.
Dieux !
Sans jetter fes yeux
Sur leurs ayeux ,
Verra-t-on toujours
Aller au cours ,
En cabriolets ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Mille fujets
Qui font des vrais
Colifichets ,
Nous morguer à l'excès ,
Faire florès ,
Et de fix laquais ,
Bien vêtus , bien faits,
Montrer l'étalage.
Quoi ! le fage
Peut-il voir
S'écarter ainfi du devoir ,
Sans un chagrin inoui ..::
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
Quand
Le maudit clinquant
Ne fera-t-il plus fi fréquent
Jamais la raifon
Ne fera-t-elle
De faifon ?
Imitera-t-on
Toujours le ton
De Phaeton ?
Chutte qu'on rappelle.
Sots ,
Pour le vrai quittez le faux.
Foux ,
Qu'on ne parle plus de vous.
6
DECEMBRE. 1755 .
45
Grands ,
Sçachez contenir vos fens ,
Servez d'exemple en tout tems ;
Mais fans fracas quel ennui !
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
A Amiens.
Par M. Fuzillier.
T
Cette parodie nous paroît d'autant
mieux faite, qu'on ne s'apperçoit pas de la
difficulté vaincue , & que la quantité y
eft parfaitement bien obfervée. L'Auteur
avoit autrefois décoré ce Journal de plufieurs
parodies de fa compofition , qui
avoient été juſtement goutées ; entr'autres
celle de l'ouverture des Indes Galantes , en
1736. Nous le prions de nous continuer
fes bienfaits , & nous lui promettons d'être
exact à les rendre publics,
Fermer
Résumé : LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
Le texte présente une parodie de la pièce de clavecin 'Les Sauvages' de Jean-Philippe Rameau. Cette parodie, écrite par un auteur anonyme, critique la société de son époque en soulignant l'importance excessive accordée à l'argent. Le poème dénonce le fait que la vertu et les talents ne suffisent plus à garantir une position sociale élevée, et que seul l'or est valorisé. Il exprime également un mécontentement face à la montée des intérêts égoïstes et à la dévalorisation des véritables qualités humaines. L'auteur déplore que les personnes sans mérite puissent accéder à des positions influentes grâce à leur richesse. La parodie se termine par un appel à la raison et à la modération, exhortant les grands à servir d'exemple. Le texte mentionne que cette parodie est bien réalisée et respecte les contraintes métriques. L'auteur de la parodie avait déjà publié d'autres œuvres similaires, comme celle de l'ouverture des 'Indes Galantes' en 1736, et est encouragé à continuer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17614
p. 94-95
AUTRE.
Début :
Cinq lettres composent mon nom, [...]
Mots clefs :
Fille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Cinq lettres compofent mon nom ,
Lecteur , c'eſt déja beaucoup dire.
Crains-tu d'aimer ? Fuis-moi , je pourrois bien te
nuire ,
Et te rendre fenfible en troublant ta raiſon.
A ce trait me connois- tu ? Non.
Malgré les cris de la fiere fageffe ,
J'aurai donc la confufion
De fubir le tourment de la combinaiſon.
Degrace fi j'ai la foibleffe
D'y conſentir ,
Pour ton plaifir ,
N'atrifte point ma complaiſance ,
En te fervant d'un terme de dédain
Qu'en combinant mon nom l'on rencontre fou
dain.
Contre ta coupable infolence
Je fçaurois faire agir ce germe de vengeance
Que toujours je porte en mon fein.
Sans allarmer la bienféance ,
Cherche plutôt ce qui le plus fouvent
Fait mon travail & mon amuſement.
Un arbre qui toujours grace à la nature
L'Eté comme l'Hyver conferve fa verdure,
Se trouve auffi chez moi : pour me defennuyer
DECEMBRE. 1752 95 .
Sous fon ombre fouvent je me plais à chanter:
Si tu me vois à ton paffage ,
N'approche point en tapinois ,
De peur de t'attendrir au doux fon de ma voix,
Mais quoi Malgré cet avis fi fage
Tu veux donc faire le mutin,
J'en ai trop dit ... ab le lutin ...!
Tume tiens ... au'fecours... tu finiras peut- être,
Contente-toi de me connoître.
De Berville , en Caux.
Cinq lettres compofent mon nom ,
Lecteur , c'eſt déja beaucoup dire.
Crains-tu d'aimer ? Fuis-moi , je pourrois bien te
nuire ,
Et te rendre fenfible en troublant ta raiſon.
A ce trait me connois- tu ? Non.
Malgré les cris de la fiere fageffe ,
J'aurai donc la confufion
De fubir le tourment de la combinaiſon.
Degrace fi j'ai la foibleffe
D'y conſentir ,
Pour ton plaifir ,
N'atrifte point ma complaiſance ,
En te fervant d'un terme de dédain
Qu'en combinant mon nom l'on rencontre fou
dain.
Contre ta coupable infolence
Je fçaurois faire agir ce germe de vengeance
Que toujours je porte en mon fein.
Sans allarmer la bienféance ,
Cherche plutôt ce qui le plus fouvent
Fait mon travail & mon amuſement.
Un arbre qui toujours grace à la nature
L'Eté comme l'Hyver conferve fa verdure,
Se trouve auffi chez moi : pour me defennuyer
DECEMBRE. 1752 95 .
Sous fon ombre fouvent je me plais à chanter:
Si tu me vois à ton paffage ,
N'approche point en tapinois ,
De peur de t'attendrir au doux fon de ma voix,
Mais quoi Malgré cet avis fi fage
Tu veux donc faire le mutin,
J'en ai trop dit ... ab le lutin ...!
Tume tiens ... au'fecours... tu finiras peut- être,
Contente-toi de me connoître.
De Berville , en Caux.
Fermer
17615
p. 98-104
« L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
Début :
L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...]
Mots clefs :
Arts, Arts en Angleterre, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ETAT DES ARTS en Angleterre ,
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
Fermer
Résumé : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ouvrage 'L'ETAT DES ARTS en Angleterre' de M. Rouquet est dédié à M. le Marquis de Marigny. Après trente ans de séjour à Londres, Rouquet démontre une grande connaissance des arts, notamment de la peinture. Son style est varié, oscillant entre poésie et analyse philosophique. Il décrit avec éloquence la vue et l'importance de l'œil parmi les sens, ainsi que l'éclat des bougies. Rouquet critique l'attention limitée portée aux arts en Angleterre, notant l'absence d'institutions publiques ou gouvernementales en leur faveur. Contrairement à la France, les artistes anglais ne sont pas récompensés de manière significative, bien que certains puissent obtenir des titres honorifiques. Il compare les ridicules et usages anglais aux français, soulignant les similitudes malgré les différences culturelles. L'auteur aborde divers arts tels que la sculpture, la gravure, l'imprimerie, l'orfèvrerie, la bijouterie, l'architecture, la déclamation, la musique, la médecine, la chirurgie et la préparation des aliments. Rouquet exprime son dégoût pour la soupe et le bouilli, critiquant l'ordre des services culinaires en Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17616
p. 46-55
Portrait d'un honnête homme.
Début :
C'est moi-même qui me dépeins ici, non pas par ostentation, mais par [...]
Mots clefs :
Coeur, Vertu, Plaisir, Esprit, Homme, Bonté, Bonheur, Société, Amour, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait d'un honnête homme.
Portrait d'un honnête homme.
' Eft moi - même qui me dépeins ici ,
non pas par oftentation , mais par
franchife : auffi ce n'eft pas l'efprit , mais
le coeur feul , qui a part à ce portrait.
Je commence , où j'ai commencé à être
homme.
Nous apportons tous en naiffant une
efpece de vertu , les uns plus , les autres
moins , fuivant les occurrences. Cette vertu
eft fauvage ; il faut la rectifier par le
goût , & la plier aux moeurs du fiecle , fi
on veut faire membre dans la fociété. La
vertu que le ciel m'a donné en partage , eft
un fonds de bonté inaltérable . Si j'avois eu
une éducation telle que je me fens en état de
la donner , j'aurois connu ce caractere , &
je ne me ferois pas égaré dans ma philofophie.
J'ai eu des paffions que je prenois
fans doute pour des goûts , & des caprices
que j'appellois peut- être vivacité d'efprit
; ajoutons à ces défauts une inconftance
invincible , un dégoût pour ce que j'avois
le plus aimé. Avec de telles imperfections
, je n'étois guere bon à rien de folide
ni d'agréable : avec de la vertu de la bonté,
du génie & de l'efprit , n'être d'aucun
DECEMBRE. 1755. 47
avantage pour la fociété ni pour foi , on
trouvera cela fingulier : auffi mon caractere
eft- il un vrai paradoxe .
Ce que j'avois de bon eft resté en friche :
le mauvais a pris le deffus , & m'a entraîné.
Les ſciences ont eu de l'attrait pour
mon efprit. Je m'y fuis livré fans jugement.
Je les dévorois. Je les ai effleurées prefque
toutes . Mais enfin j'en ai connu le vuide,
Ma raiſon a paru , & a diffipé ce goût
prématuré. A préfent , c'eft dans le fond
de mon coeur que je cherche la nature :
c'eſt- là où fe place le vrai bonheur . J'ai
profcrit mes livres de fciences ; je ne lis
que ceux qui peuvent me former le
coeur & l'efprit.
Je me fuis fait un fiftême de bonheur: aimer
& être aimé. J'ai cru qu'il étoit facile de
fe faire aimer , quand on aimoit facile
ment. J'agiffois en conféquence . J'aimois
dans toute la franchiſe de mon coeur , &
je n'étois pas aimé , parce que j'aimois
trop. C'eft quelquefois un défaut de laiffer
voir le fond de fon coeur , quand il
péche par un excès de bonté.
Comme je n'ai ni ambition , ni pru
dence , ni politique , on me tourne comme
l'on veut . On me trompe fans que je
m'en apperçoive. Je ne fçais pas primer ;
je n'ai jamais pu attraper ce ton d'impor
48 MERCURE DE FRANCE.
tance , ces airs fuffifans , enfans de la fublime
vanité , cet art délicat de fe faire
craindre & défirer tout à la fois.
Cependant ces petits défauts galans , ce
mérite ridicule eft effentiel pour la fociété.
( La belle fociété s'entend ce qu'on appelle
le grand monde. ) J'euſſe brillé , ſi j'avois
voulu ceffer d'être bon , & acquérir un
peu de fauffeté & d'amour-propre ; mais
ce ne pouvoit être qu'aux dépens des
biens que la nature a mis dans mon coeur.
Que le ciel me puniffe , fi jamais je facrifie
ces tréfors précieux ! On m'appellera
bizarre , mifantrope , fauvage , j'aurai
toujours quelques amis qui penferont comme
moi , & à qui je m'ouvrirai fans paroître
ridicule. Je négligerai ma fortune ,
il eft vrai . Hé ! n'eft- on pas affez riche ,
quand on fçait fe contenter ? Je n'ai point
l'art de donner , ni de recevoir , ni de
demander ; cela empêche- t'il que je ne fois
libéral , reconnoiffant ? & c.
Avec un coeur fi tendre , on penſe bien
que j'ai fenti quelquefois les impreffions
de l'amour ; mais on penfe auffi que je
ne fuis pas un homme à bonnes fortunes.
Ce n'eft plus l'amour qui fait les intrigues.
amoureufes. Je penfe trop , pour être aimé
des femmes , & je fuis trop digne d'en être
aimé pour en être haï. Avare de mon tems ,
je
DECEMBRE . 1755 . 49
je néglige l'art des mines , & j'avoue tout
net que je ne fuis pas galant. Je ne laiffe
pourtant pas que d'eflayer la galanterie
avec fuccès , furtout quand l'humeur m'y
porte. Ce n'eft pas par goût , mais le devoir
focial l'exige : il m'eft facré . Ainſi je
fçais me conformer aux ufages les plus frivoles
, fans les adopter.
Je ne fuis pas pédant , mais j'ai du bon
fens ;je ne fuis pas fat ,mais je fçais le copier
; je ne fuis pas bel efprit , mais j'ai
des faillies heureuſes . Tout ce que je dis eft
utile : je ne fçais pas employer les termes
inutilement ; je m'en apperçois , lorfque
je fuis obligé de flatter une femme , & de
lui faire une déclaration d'amour fans
l'aimer.
Ma converfation avec les petits maîtres,
tarit tout de fuite , parce que je ne fçais
pas médire & faifir les ridicules : mon
caractere eft un emblême pour eux ; ils
y voyent une bonté qu'ils ne connoiffent
pas. Au contraire , je me plais avec le
Philofophe , & il fe plaît avec moi : c'eſt
ce qui m'a fait voir que je l'étois moimême.
Je parle également à l'homme de lettres
comme au fat , au riche comme au pauvre
, à l'heureux comme au malheureux :
il n'y a que le fot vraiment fot , & le fou
I. Vol. C
30 MERCURE DE FRANCE.
vraiment fou , que j'évite foigneufement.
Je ne me flatte jamais ; au contraire , il
m'en coute , pour convenir de mon mérite.
Ce n'eft pas par modeftie , mais par
défaut d'amour-propre . Que fçai -je ? Peutêtre
que je vaux bien des gens qui valent
quelque chofe. A l'âge de vingt- deux ans,
on ne s'eft point encore affez connu , on
n'a pas appris tout ce qu'on doit fçavoir ,
la raifon n'a pas atteint fon dégré de vigueur
, on n'a pas encore formě fon caractere.
La trop grande fougue des paffions
, le defir trop violent d'avoir da
plaifir , font qu'on néglige la ſcience de
la raifon , & qu'on court après la perte du
tems . On cherche à s'enlevelir dans la
volupté , non pas dans les réflexions . Ce
n'eft pas à mon âge que Platon réfléchiffoit
fi bien. Il fut peintre & poëte , &
fans doute voluptueux , avant que d'être
philofophe. Je l'imite peut-être, fans m'en
appercevoir. Quand on a des femences
de bonté , qu'on defire la vertu , &
qu'on fuce de bons principes , la fageffe
fe gliffe infenfiblement dans le coeur , &
l'on eft tout furpris de fe fentir embrafé
de ce feu divin .
Cependant je ne fuis pas en tour point
Thomme que j'ai nommé. Le bonheur
qu'il propofe , me paroît équivoque , à
DECEMBRE. 1755. S.E
moins que certains
plaifirs , que je me
permets
, ne foient les grades requis pour
parvenir
à fon bonheur
. En vain je m'abîme
dans l'étude , en vain j'approfondis
mon coeur , & je tâche d'y déchirer
le voile
qui m'en dérobe la connoiffance
, ce coeur
fe refuſe toujours
à mes réflexions
: je me
trouve caché à moi - même dans la profondeur
que j'y creufe. On connoît
la matiere
dont la nature fe fert , pour créer les
différens
êtres , on apperçoit
cette fage
mere, jufques
dans l'infecte
le plus abject;
on découvre
tous les jours des portions
de
notre globe , on découvre
des nouveaux
globes dans le ciel ; notre coeur feul nous
eſt inconnu
, & le fera toujours
, felon
toute apparence
, à moins que la bonté
fouveraine
ne prenne pitié de notre mifere.
La morale que j'avois embraffée , m'entraînoit
dans une mélancolie trop funefte ,
pour ne pas m'en dégager. Mais en fottant
de ce labyrinthe , il falloit craindre un
contraire. Le pas eft gliffant , comme on
fçait . L'homme en quittant un extrême ,
tombe dans un autre extrême. La raifon
qui l'avoit guidé pour fe débarraffer d'une
vertu trop auftere , le quitte dans le beau
chemin ; il craint , s'égare , chancele , tombe
dans le tolérantiſme.
Peut- être fais je là le récit de mon
·
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
crime. Je puis protefter du moins que j'ai
fait mon poffible pour m'aflurer dans ce
fentier étroit , qui fe trouve entre les deux
gouffres. Les amis de la vertu pourront
m'avertir fi j'ai failli : il leur importe
autant qu'à moi que je fois parfait ; à
eux , pour avoir en moi un modele de fageffe
; à moi , pour mon bonheur. Faſſe le
monarque de nos amis , qu'on puiffe dire
de moi , qu'il a exifté un fage en France
comme à Athenes .
Dorénavant je fuivrai volontiers Montagne.
Ce fage voluptueux pénetre mon
ame d'une rofée qui me rend toujours
content. Je puife chez lui , ( du moins je
le crois ) des fentimens élevés , dont le
progrès m'étonne. Voici la maniere d'être.
heureux , qu'il m'a comme infinuée : ni
Stoïcien , ni parfait Epicurien , je regarde
le malheur d'un oeil ftoïque , & le bonheur
d'un oeil épicurien . Plus fenfible au
plaifir qu'à la peine , & plus à la pitié qu'au
plaifir , je fçais jouir de ce dernier , maist
jamais aux dépens de la vertu je fçais
m'en arracher quand mon devoir l'exige .
Je fuis la peine & cherche le plaifir : mais
pour moi , la privation du plaifir n'eft pas
une peine , & l'exemption de la peine eft
un plaifir. Je ne connois que les plaifirs
du coeur & de l'efprit ; je fuis affez EpicuDECEMBRE
. 1755. 53
rien pour les préparer , les compofer , les
étudier , les raffiner. Quelquefois le fens
s'y mêle , mais ce n'eft que comme l'agent
de l'ame : je ne cherche que la tranquillité
de la mienne , & je crois que le plaifir en
eft la compagne inféparable ; il faut en
calculer les dégrés de vivacité , fuivant fa
propre fenfibilité . Quoiqu'extrême , par
rapport à l'imagination , un petit plaifit
varié à propos & avec goût , me tient dans
la douce férénité qui me convient. Pourrendre
un peuple parfaitement heureux ,
il devroit y avoir dans l'Etat une conftitution
fondamentale , qui commît des Philofophes
pour combiner ce rapport du climat
au plaifir , & en difpenfer au peuple
une qualité gratuite. Je fçais par ma propre
expérience , que ce plaifir au lieu d'énerver
l'ame , l'éleve au contraire , & la
rend plus propre à fes devoirs. Suivant.ce
plan , je fuis à l'abri des traits de la fortune.
Sans m'affujettir à la méthode des voluptueux
du fiecle , je trouve le moyen de
diminuer mes peines , & de doubler mes
plaifirs ; & par - là , je me rapproche de la
pureté de la nature . Enfin je refpecte la
vertu , la patrie , la fociété ; j'adore la
juftice , l'égalité , la liberté ; j'aime la fanté
, les plaifirs , mes amis ; je ne hais que
le vice.
' Eft moi - même qui me dépeins ici ,
non pas par oftentation , mais par
franchife : auffi ce n'eft pas l'efprit , mais
le coeur feul , qui a part à ce portrait.
Je commence , où j'ai commencé à être
homme.
Nous apportons tous en naiffant une
efpece de vertu , les uns plus , les autres
moins , fuivant les occurrences. Cette vertu
eft fauvage ; il faut la rectifier par le
goût , & la plier aux moeurs du fiecle , fi
on veut faire membre dans la fociété. La
vertu que le ciel m'a donné en partage , eft
un fonds de bonté inaltérable . Si j'avois eu
une éducation telle que je me fens en état de
la donner , j'aurois connu ce caractere , &
je ne me ferois pas égaré dans ma philofophie.
J'ai eu des paffions que je prenois
fans doute pour des goûts , & des caprices
que j'appellois peut- être vivacité d'efprit
; ajoutons à ces défauts une inconftance
invincible , un dégoût pour ce que j'avois
le plus aimé. Avec de telles imperfections
, je n'étois guere bon à rien de folide
ni d'agréable : avec de la vertu de la bonté,
du génie & de l'efprit , n'être d'aucun
DECEMBRE. 1755. 47
avantage pour la fociété ni pour foi , on
trouvera cela fingulier : auffi mon caractere
eft- il un vrai paradoxe .
Ce que j'avois de bon eft resté en friche :
le mauvais a pris le deffus , & m'a entraîné.
Les ſciences ont eu de l'attrait pour
mon efprit. Je m'y fuis livré fans jugement.
Je les dévorois. Je les ai effleurées prefque
toutes . Mais enfin j'en ai connu le vuide,
Ma raiſon a paru , & a diffipé ce goût
prématuré. A préfent , c'eft dans le fond
de mon coeur que je cherche la nature :
c'eſt- là où fe place le vrai bonheur . J'ai
profcrit mes livres de fciences ; je ne lis
que ceux qui peuvent me former le
coeur & l'efprit.
Je me fuis fait un fiftême de bonheur: aimer
& être aimé. J'ai cru qu'il étoit facile de
fe faire aimer , quand on aimoit facile
ment. J'agiffois en conféquence . J'aimois
dans toute la franchiſe de mon coeur , &
je n'étois pas aimé , parce que j'aimois
trop. C'eft quelquefois un défaut de laiffer
voir le fond de fon coeur , quand il
péche par un excès de bonté.
Comme je n'ai ni ambition , ni pru
dence , ni politique , on me tourne comme
l'on veut . On me trompe fans que je
m'en apperçoive. Je ne fçais pas primer ;
je n'ai jamais pu attraper ce ton d'impor
48 MERCURE DE FRANCE.
tance , ces airs fuffifans , enfans de la fublime
vanité , cet art délicat de fe faire
craindre & défirer tout à la fois.
Cependant ces petits défauts galans , ce
mérite ridicule eft effentiel pour la fociété.
( La belle fociété s'entend ce qu'on appelle
le grand monde. ) J'euſſe brillé , ſi j'avois
voulu ceffer d'être bon , & acquérir un
peu de fauffeté & d'amour-propre ; mais
ce ne pouvoit être qu'aux dépens des
biens que la nature a mis dans mon coeur.
Que le ciel me puniffe , fi jamais je facrifie
ces tréfors précieux ! On m'appellera
bizarre , mifantrope , fauvage , j'aurai
toujours quelques amis qui penferont comme
moi , & à qui je m'ouvrirai fans paroître
ridicule. Je négligerai ma fortune ,
il eft vrai . Hé ! n'eft- on pas affez riche ,
quand on fçait fe contenter ? Je n'ai point
l'art de donner , ni de recevoir , ni de
demander ; cela empêche- t'il que je ne fois
libéral , reconnoiffant ? & c.
Avec un coeur fi tendre , on penſe bien
que j'ai fenti quelquefois les impreffions
de l'amour ; mais on penfe auffi que je
ne fuis pas un homme à bonnes fortunes.
Ce n'eft plus l'amour qui fait les intrigues.
amoureufes. Je penfe trop , pour être aimé
des femmes , & je fuis trop digne d'en être
aimé pour en être haï. Avare de mon tems ,
je
DECEMBRE . 1755 . 49
je néglige l'art des mines , & j'avoue tout
net que je ne fuis pas galant. Je ne laiffe
pourtant pas que d'eflayer la galanterie
avec fuccès , furtout quand l'humeur m'y
porte. Ce n'eft pas par goût , mais le devoir
focial l'exige : il m'eft facré . Ainſi je
fçais me conformer aux ufages les plus frivoles
, fans les adopter.
Je ne fuis pas pédant , mais j'ai du bon
fens ;je ne fuis pas fat ,mais je fçais le copier
; je ne fuis pas bel efprit , mais j'ai
des faillies heureuſes . Tout ce que je dis eft
utile : je ne fçais pas employer les termes
inutilement ; je m'en apperçois , lorfque
je fuis obligé de flatter une femme , & de
lui faire une déclaration d'amour fans
l'aimer.
Ma converfation avec les petits maîtres,
tarit tout de fuite , parce que je ne fçais
pas médire & faifir les ridicules : mon
caractere eft un emblême pour eux ; ils
y voyent une bonté qu'ils ne connoiffent
pas. Au contraire , je me plais avec le
Philofophe , & il fe plaît avec moi : c'eſt
ce qui m'a fait voir que je l'étois moimême.
Je parle également à l'homme de lettres
comme au fat , au riche comme au pauvre
, à l'heureux comme au malheureux :
il n'y a que le fot vraiment fot , & le fou
I. Vol. C
30 MERCURE DE FRANCE.
vraiment fou , que j'évite foigneufement.
Je ne me flatte jamais ; au contraire , il
m'en coute , pour convenir de mon mérite.
Ce n'eft pas par modeftie , mais par
défaut d'amour-propre . Que fçai -je ? Peutêtre
que je vaux bien des gens qui valent
quelque chofe. A l'âge de vingt- deux ans,
on ne s'eft point encore affez connu , on
n'a pas appris tout ce qu'on doit fçavoir ,
la raifon n'a pas atteint fon dégré de vigueur
, on n'a pas encore formě fon caractere.
La trop grande fougue des paffions
, le defir trop violent d'avoir da
plaifir , font qu'on néglige la ſcience de
la raifon , & qu'on court après la perte du
tems . On cherche à s'enlevelir dans la
volupté , non pas dans les réflexions . Ce
n'eft pas à mon âge que Platon réfléchiffoit
fi bien. Il fut peintre & poëte , &
fans doute voluptueux , avant que d'être
philofophe. Je l'imite peut-être, fans m'en
appercevoir. Quand on a des femences
de bonté , qu'on defire la vertu , &
qu'on fuce de bons principes , la fageffe
fe gliffe infenfiblement dans le coeur , &
l'on eft tout furpris de fe fentir embrafé
de ce feu divin .
Cependant je ne fuis pas en tour point
Thomme que j'ai nommé. Le bonheur
qu'il propofe , me paroît équivoque , à
DECEMBRE. 1755. S.E
moins que certains
plaifirs , que je me
permets
, ne foient les grades requis pour
parvenir
à fon bonheur
. En vain je m'abîme
dans l'étude , en vain j'approfondis
mon coeur , & je tâche d'y déchirer
le voile
qui m'en dérobe la connoiffance
, ce coeur
fe refuſe toujours
à mes réflexions
: je me
trouve caché à moi - même dans la profondeur
que j'y creufe. On connoît
la matiere
dont la nature fe fert , pour créer les
différens
êtres , on apperçoit
cette fage
mere, jufques
dans l'infecte
le plus abject;
on découvre
tous les jours des portions
de
notre globe , on découvre
des nouveaux
globes dans le ciel ; notre coeur feul nous
eſt inconnu
, & le fera toujours
, felon
toute apparence
, à moins que la bonté
fouveraine
ne prenne pitié de notre mifere.
La morale que j'avois embraffée , m'entraînoit
dans une mélancolie trop funefte ,
pour ne pas m'en dégager. Mais en fottant
de ce labyrinthe , il falloit craindre un
contraire. Le pas eft gliffant , comme on
fçait . L'homme en quittant un extrême ,
tombe dans un autre extrême. La raifon
qui l'avoit guidé pour fe débarraffer d'une
vertu trop auftere , le quitte dans le beau
chemin ; il craint , s'égare , chancele , tombe
dans le tolérantiſme.
Peut- être fais je là le récit de mon
·
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
crime. Je puis protefter du moins que j'ai
fait mon poffible pour m'aflurer dans ce
fentier étroit , qui fe trouve entre les deux
gouffres. Les amis de la vertu pourront
m'avertir fi j'ai failli : il leur importe
autant qu'à moi que je fois parfait ; à
eux , pour avoir en moi un modele de fageffe
; à moi , pour mon bonheur. Faſſe le
monarque de nos amis , qu'on puiffe dire
de moi , qu'il a exifté un fage en France
comme à Athenes .
Dorénavant je fuivrai volontiers Montagne.
Ce fage voluptueux pénetre mon
ame d'une rofée qui me rend toujours
content. Je puife chez lui , ( du moins je
le crois ) des fentimens élevés , dont le
progrès m'étonne. Voici la maniere d'être.
heureux , qu'il m'a comme infinuée : ni
Stoïcien , ni parfait Epicurien , je regarde
le malheur d'un oeil ftoïque , & le bonheur
d'un oeil épicurien . Plus fenfible au
plaifir qu'à la peine , & plus à la pitié qu'au
plaifir , je fçais jouir de ce dernier , maist
jamais aux dépens de la vertu je fçais
m'en arracher quand mon devoir l'exige .
Je fuis la peine & cherche le plaifir : mais
pour moi , la privation du plaifir n'eft pas
une peine , & l'exemption de la peine eft
un plaifir. Je ne connois que les plaifirs
du coeur & de l'efprit ; je fuis affez EpicuDECEMBRE
. 1755. 53
rien pour les préparer , les compofer , les
étudier , les raffiner. Quelquefois le fens
s'y mêle , mais ce n'eft que comme l'agent
de l'ame : je ne cherche que la tranquillité
de la mienne , & je crois que le plaifir en
eft la compagne inféparable ; il faut en
calculer les dégrés de vivacité , fuivant fa
propre fenfibilité . Quoiqu'extrême , par
rapport à l'imagination , un petit plaifit
varié à propos & avec goût , me tient dans
la douce férénité qui me convient. Pourrendre
un peuple parfaitement heureux ,
il devroit y avoir dans l'Etat une conftitution
fondamentale , qui commît des Philofophes
pour combiner ce rapport du climat
au plaifir , & en difpenfer au peuple
une qualité gratuite. Je fçais par ma propre
expérience , que ce plaifir au lieu d'énerver
l'ame , l'éleve au contraire , & la
rend plus propre à fes devoirs. Suivant.ce
plan , je fuis à l'abri des traits de la fortune.
Sans m'affujettir à la méthode des voluptueux
du fiecle , je trouve le moyen de
diminuer mes peines , & de doubler mes
plaifirs ; & par - là , je me rapproche de la
pureté de la nature . Enfin je refpecte la
vertu , la patrie , la fociété ; j'adore la
juftice , l'égalité , la liberté ; j'aime la fanté
, les plaifirs , mes amis ; je ne hais que
le vice.
Fermer
Résumé : Portrait d'un honnête homme.
Le texte présente un portrait introspectif d'un individu qui se décrit avec franchise. Il affirme que son portrait est guidé par le cœur plutôt que par l'esprit. Il reconnaît une vertu innée, sauvage, nécessitant d'être rectifiée par les mœurs du siècle pour s'intégrer à la société. Sa vertu principale est une bonté inaltérable, mais il admet des passions, des caprices et une inconsistance qui l'ont rendu inapte à des rôles solides ou agréables dans la société. L'auteur a été attiré par les sciences, mais les a trouvées vides. Il cherche désormais le bonheur dans le fond de son cœur, préférant les livres qui forment le cœur et l'esprit. Il s'est fixé un système de bonheur basé sur l'amour et le fait d'être aimé, bien qu'il ait souvent été déçu dans ses attentes. Il se décrit comme quelqu'un sans ambition, prudence ou politique, facilement manipulable et trompé. Il ne possède pas les qualités nécessaires pour briller dans la société, préférant rester bon et authentique. Il évite les médisances et les ridicules, se plaisant davantage en compagnie de philosophes. L'auteur reconnaît ses limites et ses défauts, tout en affirmant sa bonté et sa dignité. Il évite les flatteries inutiles et les déclarations d'amour insincères. Il parle à tous avec respect, évitant seulement les fous véritables. Il réfléchit sur sa jeunesse, marquée par la fougue des passions et le désir de plaisir, au détriment de la raison. Il aspire à une sagesse qui se glisse insensiblement dans le cœur. Cependant, il se trouve encore caché à lui-même, son cœur restant inconnu. Il critique la morale austère qui l'a conduit à une mélancolie funeste, et il craint de tomber dans le tolérantisme en cherchant à éviter les extrêmes. Il suit désormais Montaigne, cherchant un bonheur modéré, ni stoïcien ni épicurien extrême. Il privilégie les plaisirs du cœur et de l'esprit, calculant leur vivacité selon sa sensibilité. L'auteur respecte la vertu, la patrie, la société, la justice, l'égalité et la liberté, aimant la santé, les plaisirs et ses amis, tout en haïssant le vice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17617
p. 99
ENIGME.
Début :
Au milieu des dangers & d'une nuit profonde, [...]
Mots clefs :
Colin-maillard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
U milieu des dangers & d'une nuit profonde ,
J'écoute , hélas , j'entends du monde ,
Mais loin de fe laiffer toucher
Sur mon malheureux fort , on n'ofe m'approcher ;
N'en foyez point furpris , pour finir ma fouffrance,
Et procurer ma délivrance
Ilen couse , tout bien compté ,
Les deux yeux & la liberté .
U milieu des dangers & d'une nuit profonde ,
J'écoute , hélas , j'entends du monde ,
Mais loin de fe laiffer toucher
Sur mon malheureux fort , on n'ofe m'approcher ;
N'en foyez point furpris , pour finir ma fouffrance,
Et procurer ma délivrance
Ilen couse , tout bien compté ,
Les deux yeux & la liberté .
Fermer
17618
p. 99-100
LOGOGRIPHE.
Début :
Je ne suis pas surpris, si le beau sexe admire [...]
Mots clefs :
Perle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIPHE.
E ne fuis pas furpris , fi le beau fexe admire
La beauté de mon corps , qui lui fert d'ornement
Je donne de la grace à fon ajustement.
Venus , qui foumet tout dans l'amoureux Empire
A pris jour comme moi dans l'humide élement.
L'unionde cinq pieds compofe ma ftructure.
4,5 , I , 3 , 2 , caufoient chez les Hébreux ,
Un mal des plus cuifans , infame & douloureux ,
Dont le Lecteur peut voir la fidelle peinture.
Dans le livre facré du faint Légiſlateur ,
Qu'on nepeut fans blafphême accufer d'impofteur !
1 , 2 , 3 , 5 , feront un parent refpectable .
3 & 2 chanteront fur un ton mufical .
1 , 2 , 5, 3 , ôtent à l'animal
Ou le poil ou la peau , l'un ou l'autre eft faifable-
1, 2, 4 avec s donnent un inftrument ,
រ
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
Qu'on verra près du feu deffous la cheminée .
Finiflons , il eft tems que ma Mufe laffée
Par la combinaiſon de cet arrangement ,
Interrompe le cours de fon amufement .
Bruno du Puget. A Cuers en Provenc, Le
26 Septembre 1751.
E ne fuis pas furpris , fi le beau fexe admire
La beauté de mon corps , qui lui fert d'ornement
Je donne de la grace à fon ajustement.
Venus , qui foumet tout dans l'amoureux Empire
A pris jour comme moi dans l'humide élement.
L'unionde cinq pieds compofe ma ftructure.
4,5 , I , 3 , 2 , caufoient chez les Hébreux ,
Un mal des plus cuifans , infame & douloureux ,
Dont le Lecteur peut voir la fidelle peinture.
Dans le livre facré du faint Légiſlateur ,
Qu'on nepeut fans blafphême accufer d'impofteur !
1 , 2 , 3 , 5 , feront un parent refpectable .
3 & 2 chanteront fur un ton mufical .
1 , 2 , 5, 3 , ôtent à l'animal
Ou le poil ou la peau , l'un ou l'autre eft faifable-
1, 2, 4 avec s donnent un inftrument ,
រ
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
Qu'on verra près du feu deffous la cheminée .
Finiflons , il eft tems que ma Mufe laffée
Par la combinaiſon de cet arrangement ,
Interrompe le cours de fon amufement .
Bruno du Puget. A Cuers en Provenc, Le
26 Septembre 1751.
Fermer
17619
p. 100-101
AUTRE.
Début :
Je suis un être nécessaire, [...]
Mots clefs :
Apothicaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
JE fuis un être néceffaire ,
Cruel , lâche , avide de bien ,
-Fameux , vafte Arithméticien
Qu'on voit toujours avec colére,
Idolâtre pour mon état ,
T
Le ridicule Dieu que je fers fans éclat ,
Récompenfe fouvent mon odieux hommage ,
En me crachant fur le vifage.
Tu peux , ami Lecteur , me connoître àces traits !
Mais afin d'abreger ta peine ,
Des dix Lettres où je m'enchaine ,
Ecoute tout ce que je fais.
Tu trouveras d'abord cette célébre Ville
Dont les évenemens étonnent l'Univers ;
Sans elle un Homére , un Virgile
N'euffent jamais peut-être enfanté leurs beaux
Vers.
Une autre prefqu'auffi fameule ,
Fille , rivale de Memphis ,
La Vache qu'autrefois l'Egypte ténébreufe
Adora fous le nom d'ús.
DECEMBRE. 101
1751.
Je t'offre un jeune téméraire
Qui périt en fendant les airs.
Une herbe qui met en colere ,
Le leger inftrument de mille jeux divers.
L'imitateur de la nature .
Les trois grands coups d'un noble jeu.
Ce qui dérobe aux yeux , obéiffant au feu ,
Les fecrets qu'on s'écrit , l'amitié qu'on fe jure.
D'un pere fans enfans l'éminent ornement.
Le plusfot des poiffons , le premier élement:
La tendre amante d'Hypolite
Un oifeau que l'oreille évite.
Un de ces hommes qu'autrefois
Le Ciel avoit rempli de toute fa puiffance;
Pour conquérir l'Empire immenfe
Qu'ilvouloit foumettre à fes loix .
Ce qui dans tous les tems obtint tous les fuffrages.
Enfin un de ces perfonnages ,
Dont depuis les Tarquins Rome abhorra les
noms ;
Mais à qui les François , plus fages ,
Offriront toujours leurs hommages :
L'augufte race des Bourbons
Qui va régner dans tous les âges
Garantira l'effet de mes tendres préfages.
Mais ici , Lecteur , je finis ;
Ton coeur t'annonce qui je fuis.
Par M.D. Q. L. F.
JE fuis un être néceffaire ,
Cruel , lâche , avide de bien ,
-Fameux , vafte Arithméticien
Qu'on voit toujours avec colére,
Idolâtre pour mon état ,
T
Le ridicule Dieu que je fers fans éclat ,
Récompenfe fouvent mon odieux hommage ,
En me crachant fur le vifage.
Tu peux , ami Lecteur , me connoître àces traits !
Mais afin d'abreger ta peine ,
Des dix Lettres où je m'enchaine ,
Ecoute tout ce que je fais.
Tu trouveras d'abord cette célébre Ville
Dont les évenemens étonnent l'Univers ;
Sans elle un Homére , un Virgile
N'euffent jamais peut-être enfanté leurs beaux
Vers.
Une autre prefqu'auffi fameule ,
Fille , rivale de Memphis ,
La Vache qu'autrefois l'Egypte ténébreufe
Adora fous le nom d'ús.
DECEMBRE. 101
1751.
Je t'offre un jeune téméraire
Qui périt en fendant les airs.
Une herbe qui met en colere ,
Le leger inftrument de mille jeux divers.
L'imitateur de la nature .
Les trois grands coups d'un noble jeu.
Ce qui dérobe aux yeux , obéiffant au feu ,
Les fecrets qu'on s'écrit , l'amitié qu'on fe jure.
D'un pere fans enfans l'éminent ornement.
Le plusfot des poiffons , le premier élement:
La tendre amante d'Hypolite
Un oifeau que l'oreille évite.
Un de ces hommes qu'autrefois
Le Ciel avoit rempli de toute fa puiffance;
Pour conquérir l'Empire immenfe
Qu'ilvouloit foumettre à fes loix .
Ce qui dans tous les tems obtint tous les fuffrages.
Enfin un de ces perfonnages ,
Dont depuis les Tarquins Rome abhorra les
noms ;
Mais à qui les François , plus fages ,
Offriront toujours leurs hommages :
L'augufte race des Bourbons
Qui va régner dans tous les âges
Garantira l'effet de mes tendres préfages.
Mais ici , Lecteur , je finis ;
Ton coeur t'annonce qui je fuis.
Par M.D. Q. L. F.
Fermer
17622
p. 97-99
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis faite, Lecteur, pour ravir, pour charmer ; [...]
Mots clefs :
Symphonie
17623
p. 88
« Le mot de la premiere Enigme du Mercure de Novembre est Chemin Celui de la [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du Mercure de Novembre est Chemin Celui de la [...]
Mots clefs :
Chemin, Cartes à jouer, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du Mercure de Novembre est Chemin Celui de la [...] »
Le mot de la premiere Enigme du Mercure
de Novembre eft Chemin Celui de la
feconde eft Cartes à jouer. Le mot du Logogryphe
eft Caractere , dans lequel on
trouve carte géographique , terre , art , rare
, car , rat , carte à jouer , Raca , artere.
de Novembre eft Chemin Celui de la
feconde eft Cartes à jouer. Le mot du Logogryphe
eft Caractere , dans lequel on
trouve carte géographique , terre , art , rare
, car , rat , carte à jouer , Raca , artere.
Fermer
17625
p. 88-89
ENIGME.
Début :
Mon pere est le blond Apollon, [...]
Mots clefs :
Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Mon pere eft le blond Apollon ;
Ma mere eft celle d'Egeon .
J'aime la valeur , le courage ;
Je me plais beaucoup au carnage :
Ma vûe imprime la terreur .
Je fuis l'afyle de l'honneur.
Sous l'un & fous l'autre topique
On me chérit & l'on me craint ;
Du fond de la Chine au Mexique
J'agite & je mets tout en train.
Depuis la naiffance du monde ,
Je devins en exploits féconde.
Je fais du bien , je fais du mal ;
J'ai fervi le grand Annibal ,
DECEMBRE. 1754 89
Céfar , Scipion , Alexandre ;
Tous ces conquerans , fous mes loix ,
Ont forcé le monde à fe rendre.
Je foutiens le thrône des Rois .
A ces traits tu peux reconnoître ,
Cher Lecteur , mon nom & mon être.
Mon pere eft le blond Apollon ;
Ma mere eft celle d'Egeon .
J'aime la valeur , le courage ;
Je me plais beaucoup au carnage :
Ma vûe imprime la terreur .
Je fuis l'afyle de l'honneur.
Sous l'un & fous l'autre topique
On me chérit & l'on me craint ;
Du fond de la Chine au Mexique
J'agite & je mets tout en train.
Depuis la naiffance du monde ,
Je devins en exploits féconde.
Je fais du bien , je fais du mal ;
J'ai fervi le grand Annibal ,
DECEMBRE. 1754 89
Céfar , Scipion , Alexandre ;
Tous ces conquerans , fous mes loix ,
Ont forcé le monde à fe rendre.
Je foutiens le thrône des Rois .
A ces traits tu peux reconnoître ,
Cher Lecteur , mon nom & mon être.
Fermer
17626
p. 102-104
AUTRE. A Madame,
Début :
Puisque votre séverité [...]
Mots clefs :
Moutardier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Madame,
AUTR E.
A Madame,
Uifque votre féverité
M'interdit près de vous jufqu'au nom de tendrelle,
Et que votre rigueur m'ôte la liberté
De vous faire l'aveu de l'ardeur qui me preffe ;
Cher Aminte , il faut bien obéir à vos loix ,
Obferver pour vous plaire un rigoureux filence ,
Et de mes fentimens taire la violence ,
Ou n'en parler du moins qu'aux échos de nos bois.
Bien plus, pour empêcher que ma Mule indif
créte ,
De mes feux étouffés trop fidéle interprête ,
Dans les vers ou par fois elle aime à fe jouer ,
Sous un nom déguifé ne prenne la licence
De vous parler d'amour , contre votre défenſe ,
Et me donne l'affront de la défavouer ;
Je vous promets , foi de Poëte ,
Que jamais Madrigal , Elegie ou Rondeau ,
Ne fortira de mon cerveau :
Vous n'entendrez de moi chanfon ni chanfon
nette.
J'aimerois mieux plutôt que d'en faire un cou
plet ,
Rouler dans les enfers la pierre de Sifyphe ,
Ou me noyer dans mon corner.
Je ne veux déformais rimer qu'en Logogriphe
DE CEMBRE. 1751. 103
Ainfi vous m'allez voir décompofant des mots ,
Compter & définir , périphrafer fans ceffe ,
Travailler comme quatre , & perdre le repos
Pour écrire fans goût & fans délicateffſe¸´
En vers fecs & forcés , en ftile lourd & dur
M'embaraffer moi- même en un dédale obfcur.
Sans doute que d'un tel ouvrage
Votre coeur fcrupuleux ne prendra point d'ombrage
;
Vous le lirez fans craindre un funefte retour.
Mais croyez-vous qu'en vain j'aurai pris de la
peine ,
Non , & fi rels écrits ne donnent point d'amour ,
Du moins donnent-ils la migraine.
Voyons donc , pour ce beaŭ deffein ,
Si nous pourrons nous mettre en train ,
Cherchons d'abord un mot qui foit indevinable ,
De ces mots Saugrenus qui donnent du tintoin ,
Ben loin fur tout ; mais fans aller fi lein ,
J'ai vu , je crois , fur votre table
Quelque chofe qui peut me fervir au befoin.
C'eft an mot de dix pieds , l'excellente tro uvaille
Ileft jufte en effet que votre efprit travaille ,
Puifque chez vous le coeur veut demeurer oifif.
Mais cependant pour être expéditif
Et vous fatiguer moins , du nom de cette chofe
Jetirerai cinq mots par la Métamorphofe ,
Dans
C'eft à vous à les découvrir
§ ‚ I , 2 , 3 , 6 , ce que votre air infpire
2 >
E inj
104 MERCURE DE FRANCE.
A quiconque vous voit , viendra d'abord s'offrir :
ƒ , 7 , 2 , 6 , 9 , 10 , ce qu'un tendre délire
M'a fait jurer cent fois de vous faire toujours :
3 ; ΙΟ , ce que tous mes difcours
Vous confeilloient de m'accorder fans crainte ,
6,9,4,2
T
Et que j'euffe obtenu de vous , cruelle Aminte ,
Si vous enffiez été S I 8 , 9 , pour moi :
Mais hélas ! je ne fçais pourquoi ,
( Chofe à votre âge ridicule )
Des , 8 , 1 , 9 , 10 , vous vous faites fcrupule.
Anfeaume.
A Madame,
Uifque votre féverité
M'interdit près de vous jufqu'au nom de tendrelle,
Et que votre rigueur m'ôte la liberté
De vous faire l'aveu de l'ardeur qui me preffe ;
Cher Aminte , il faut bien obéir à vos loix ,
Obferver pour vous plaire un rigoureux filence ,
Et de mes fentimens taire la violence ,
Ou n'en parler du moins qu'aux échos de nos bois.
Bien plus, pour empêcher que ma Mule indif
créte ,
De mes feux étouffés trop fidéle interprête ,
Dans les vers ou par fois elle aime à fe jouer ,
Sous un nom déguifé ne prenne la licence
De vous parler d'amour , contre votre défenſe ,
Et me donne l'affront de la défavouer ;
Je vous promets , foi de Poëte ,
Que jamais Madrigal , Elegie ou Rondeau ,
Ne fortira de mon cerveau :
Vous n'entendrez de moi chanfon ni chanfon
nette.
J'aimerois mieux plutôt que d'en faire un cou
plet ,
Rouler dans les enfers la pierre de Sifyphe ,
Ou me noyer dans mon corner.
Je ne veux déformais rimer qu'en Logogriphe
DE CEMBRE. 1751. 103
Ainfi vous m'allez voir décompofant des mots ,
Compter & définir , périphrafer fans ceffe ,
Travailler comme quatre , & perdre le repos
Pour écrire fans goût & fans délicateffſe¸´
En vers fecs & forcés , en ftile lourd & dur
M'embaraffer moi- même en un dédale obfcur.
Sans doute que d'un tel ouvrage
Votre coeur fcrupuleux ne prendra point d'ombrage
;
Vous le lirez fans craindre un funefte retour.
Mais croyez-vous qu'en vain j'aurai pris de la
peine ,
Non , & fi rels écrits ne donnent point d'amour ,
Du moins donnent-ils la migraine.
Voyons donc , pour ce beaŭ deffein ,
Si nous pourrons nous mettre en train ,
Cherchons d'abord un mot qui foit indevinable ,
De ces mots Saugrenus qui donnent du tintoin ,
Ben loin fur tout ; mais fans aller fi lein ,
J'ai vu , je crois , fur votre table
Quelque chofe qui peut me fervir au befoin.
C'eft an mot de dix pieds , l'excellente tro uvaille
Ileft jufte en effet que votre efprit travaille ,
Puifque chez vous le coeur veut demeurer oifif.
Mais cependant pour être expéditif
Et vous fatiguer moins , du nom de cette chofe
Jetirerai cinq mots par la Métamorphofe ,
Dans
C'eft à vous à les découvrir
§ ‚ I , 2 , 3 , 6 , ce que votre air infpire
2 >
E inj
104 MERCURE DE FRANCE.
A quiconque vous voit , viendra d'abord s'offrir :
ƒ , 7 , 2 , 6 , 9 , 10 , ce qu'un tendre délire
M'a fait jurer cent fois de vous faire toujours :
3 ; ΙΟ , ce que tous mes difcours
Vous confeilloient de m'accorder fans crainte ,
6,9,4,2
T
Et que j'euffe obtenu de vous , cruelle Aminte ,
Si vous enffiez été S I 8 , 9 , pour moi :
Mais hélas ! je ne fçais pourquoi ,
( Chofe à votre âge ridicule )
Des , 8 , 1 , 9 , 10 , vous vous faites fcrupule.
Anfeaume.
Fermer
17627
p. 89-90
AUTRE.
Début :
J'ai les femmes pour ennemies, [...]
Mots clefs :
Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
JAi les femmes pour ennemies ,
Si l'on croit certain croniqueur ;
Vois , ami , quel eſt mon malheur
D'être banni de leurs parties.
Aux hommes moins indifférent ,
Par fois ils me rendent hommage ;
Mais c'eft un honneur de paffage :
Je ne fuis Roi que dans certain Couvent.
Combien de fois l'amant timide
Me garde-t-il contre fon gré ?
De ces Meffieurs rarement réveré ,
Peu voyagent fous mon Egide.
Il eft pourtant , fans vanité ,
Des cas où j'ai l'éloquence en partage :
D'autres , où de ftupidité
Je fuis la plus parfaite image.
A bien des divers mouvemens
Je dois moneffence & mon être
90 MERCURE DE FRANCE.
Je donne des plaifirs , je cauſe des tourmens.
N'en eft- ce pas aflez pour me faire connoître ?
JAi les femmes pour ennemies ,
Si l'on croit certain croniqueur ;
Vois , ami , quel eſt mon malheur
D'être banni de leurs parties.
Aux hommes moins indifférent ,
Par fois ils me rendent hommage ;
Mais c'eft un honneur de paffage :
Je ne fuis Roi que dans certain Couvent.
Combien de fois l'amant timide
Me garde-t-il contre fon gré ?
De ces Meffieurs rarement réveré ,
Peu voyagent fous mon Egide.
Il eft pourtant , fans vanité ,
Des cas où j'ai l'éloquence en partage :
D'autres , où de ftupidité
Je fuis la plus parfaite image.
A bien des divers mouvemens
Je dois moneffence & mon être
90 MERCURE DE FRANCE.
Je donne des plaifirs , je cauſe des tourmens.
N'en eft- ce pas aflez pour me faire connoître ?
Fermer
17628
p. 103-105
LOGOGRYPHE ENIGMATIQUE.
Début :
Si par fois vous jouez aux quilles, [...]
Mots clefs :
Tripotage
17630
p. 90-91
LOGOGRYPHE.
Début :
Guidés par la folie & nourris par l'espoir, [...]
Mots clefs :
Loterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Guidés par la folie & nourris par l'eſpoir ,
Jouets ambitieux d'une vaine avarice ,
Mille & mille mortels foumis à mon pouvoir ,
S'exposent tous les jours aux coups de mon caprice.
Aveugle en mes faveurs , bizarre dans mon choix ,
Capricieuſe , injufte même ,
De mes défauts , malgré le nombre extrême ,
On veut encore fubir mes loix.
Si ce tableau fur moi te laiffe quelque doute ,
Pour me montrer , lecteur , je prens une autre
route.
Partage tout mon corps en deux ,
J'offre d'abord le don que je deftine
A ceux que je veux rendre heureux.
Enfuite joins mes fept pieds , & combine ,
Tu trouveras du Créateur
Un oeuvre dans lequel éclate fa puiſſance ,
Une riviere de la France ,
Remarquable par ſa grandeur ,
Un ornement aux Prêtres néceſſaire ,
Un cas honteux qu'on ne fait guere à jeun ,
Dans un repas un ſervice ordinaire ,
DECEMBRE. 1754. 91
Un métal autrefois au Pérou fort commun ;
Un inftrument avec lequel Orphée
Sçutjadis attendrir Pluton ;
De la jalouſe & cruelle Junon
La rivale qui fut la plus perfecutée.
Un Prophête fameux , ce qui fert au repos ;
Après le vin ce qui refte aux tonneaux ;
Une chofe fort néceffaire ,
Que tout le monde doit porter ;
Le nom d'un mortel qu'on revere
Un Saint connu dans le calendrier.
Un pays de la Gréce , une plante qui pique ;
Un Dieu puiflant dont Zéphire eft le fils ,
Plus une note de Mufique :
Enfin un ....
Mais , Lecteur , c'eſt aſſez , je finis.
Guidés par la folie & nourris par l'eſpoir ,
Jouets ambitieux d'une vaine avarice ,
Mille & mille mortels foumis à mon pouvoir ,
S'exposent tous les jours aux coups de mon caprice.
Aveugle en mes faveurs , bizarre dans mon choix ,
Capricieuſe , injufte même ,
De mes défauts , malgré le nombre extrême ,
On veut encore fubir mes loix.
Si ce tableau fur moi te laiffe quelque doute ,
Pour me montrer , lecteur , je prens une autre
route.
Partage tout mon corps en deux ,
J'offre d'abord le don que je deftine
A ceux que je veux rendre heureux.
Enfuite joins mes fept pieds , & combine ,
Tu trouveras du Créateur
Un oeuvre dans lequel éclate fa puiſſance ,
Une riviere de la France ,
Remarquable par ſa grandeur ,
Un ornement aux Prêtres néceſſaire ,
Un cas honteux qu'on ne fait guere à jeun ,
Dans un repas un ſervice ordinaire ,
DECEMBRE. 1754. 91
Un métal autrefois au Pérou fort commun ;
Un inftrument avec lequel Orphée
Sçutjadis attendrir Pluton ;
De la jalouſe & cruelle Junon
La rivale qui fut la plus perfecutée.
Un Prophête fameux , ce qui fert au repos ;
Après le vin ce qui refte aux tonneaux ;
Une chofe fort néceffaire ,
Que tout le monde doit porter ;
Le nom d'un mortel qu'on revere
Un Saint connu dans le calendrier.
Un pays de la Gréce , une plante qui pique ;
Un Dieu puiflant dont Zéphire eft le fils ,
Plus une note de Mufique :
Enfin un ....
Mais , Lecteur , c'eſt aſſez , je finis.
Fermer
17631
p. 104-108
« LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
Début :
LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...]
Mots clefs :
Roman, Faux pas, Baronne, Pierre Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
LES FAUX PAS , ou les Mémoires
vrais ou vraisemblables de la Baronne ***
traduits de l'original Bas- breton ; deux
parties. Chez Duchefne , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût. 1755 .
Le titre eft juftifié par le Roman . La Baronne
*** ou la Rofen , doit le jour à un
faux pas. Sa mere fut féduite par un petit
Souverain d'Allemagne ; notre héroïne fut
le fruit de cette foibleffe . Son éducation
fut encore un faux pas , qui forma la chaîne
de plufieurs autres. Abandonnée de fes
parens dès fon enfance , & confiée à des
mains étrangeres , elle fut miſe dans un
couvent dont la Supérieure l'inftruifit la
premiere à broncher . Elle eſt enlevée de
JUIN. 1755 . 105
ce cloître par une méprife : nouvelle occafion
de faux pas , qu'elle veut mettre à
profit ; mais Duréal , fon raviffeur , defefperé
de s'être trompé , a la modeftie de ne
pas s'y prêter , & montre toute la pudeur
qu'elle eût dû faire paroître. Ils couchent
tous les foirs dans la même chambre avec
une fageffe édifiante , dont le Cavalier a
toute la gloire , & la Demoiſelle tout le regret.
Il la laiffe un beau matin pour courir
après Mlle Bafin qu'il adore ; il la trouve
mariée , revient fe confoler auprès de Mlle
Rofen , & parvient enfin à l'aimer par dépit.
Elle bronche de plus belle ; mais il la
quitte une feconde fois pour aller recueillir
une fucceffion . Dans le defoeuvrement
où elle fe trouve , elle fe lie avec une jeune
perfonne appellée Lolote , qui fous un
air honnête l'engage dans une partie qui
ne l'étoit pas. Elle dément dans cette occafion
fon éducation & fon caractere ; elle
a fait des faux pas au couvent , où tout
doit en garantir , & dans une promenade
arrangée pour en faire , elle marche droit
contre toute apparence. Elle a heureufement
à faire à M. Meffin , Financier , auffi
diftingué par fes fentimens que par fes richelles
; car dans nos Romans nouveaux
on n'en voit plus que de ceux-là . Ce galant
homme édifié de la réfiftance , fe prend
Ev
T06 MERCURE DE FRANCE.
pour elle d'une tendre eftime , & la conble
de bienfaits fans en exiger de falaire .
Turreville , fon neveu , en devient auſſi
amoureux ; mais quoiqu'elle le trouve aimable
, elle fe dérobe à fes pourfuites , &
fe rend à Paris où elle cherche inutilement
Duréal , dont le fouvenir lui eft toujours
cher.
Dans cette circonftance Riza-beg , Ambaffadeur
de Perfe , arrive à Paris , voit
Mlle Rofen , l'adore , & lui donne le mouchoir.
C'eft ici où l'hiftoire eft adroitement
fondue dans le Roman. Notre héroïne enchaîne
fi bien Riza- beg à fon char qu'il
l'époufe fecrettement , & répare par ce
noeud fingulier le faux pas qu'elle a fait
en fa faveur. Mme Riza-beg part avec fon
mari , accouche à Dantzick d'un gros Perfan
, & rencontre une bande de voleurs
qui l'enlevent avec le bagage , & laiffent
Riza- beg dépouillé , maître du champ de
bataille avec l'enfant & la nourrice. Prête
à faire avec fes raviffeurs , qui fe la difputent
, le plus terrible faux pas qu'elle eût
fait en fa vie , elle eft arrêtée avec eux.
Ils font exécutés ; elle obtient fa liberté ,
& la Juftice de Brandebourg , qui devroit
fervir de modele à toutes les autres , lui
reftitue tous les effets que ces fcélerats .
avoient volés à Riza-beg fon mari . La fille
JUIN . 1755. 107
du Geolier vient la joindre dans le vaiffeau
qui doit la porter en Afie , & la prie de
vouloir bien l'y faire recevoir avec un
jeune homme dont elle a rompu les fers.
Il fe trouve que c'eft Duréal lui - même ,
ils fe reconnoiffent ; & après s'être juftifiés
l'un & l'autre , leur flamme fe rallume ; la
fille du Geolier defefpérée de s'être jettée
dans les bras de fa rivale , fe précipite
dans la mer. Duréal frappé de cette mort
tragique difparoît à la premiere occafion
& quitte fa maîtreffe pour la troifieme fois .
Celle-ci retrouve fon fils , qui la confole
de cette perte ; mais elle apprend en même
tems qu'elle eft veuve , & que Rizabeg
a été étranglé par ordre du Sophi . Elle
revient fur fes pas , & s'arrête à Drefde
où elle fait la conquête du Prince de ....
Elle trouve fon pere dans cet amant , qui
la reconnoît pour fa fille , la fait légitimer,
& obtient pour elle de la Cour de Vienne
le titre de Baronne ; il lui permet de retourner
en France . Elle retrouve Duréal à
deux lieues de Strafbourg , & s'écrie avec
raifon en le voyant : eh ! d'où fortez- vous ?
on ne trouve que vous dans les chemins,
Pour fe juftifier , il lui conte fon hiftoire
que je fupprime ; ils fe pardonnent mutuellement
leurs écarts : elle donne la main à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Duréal , & l'hymen pour le coup termine
tous fes faux pas.
Ce Roman eft de M. Rouffeau de Touloufe
; il eft écrit vivement : la premiere
partie fur-tout fe fait lire avec plaifir ; il y
a du ftyle , des portraits , des faillies . Comme
il a du feu & un talent facile , je lui
confeille de les employer à traiter le Roman
dans l'intérêt , & de l'affervir toujours
aux régles de la décence . Nos Romanciens
qu'il a trop fuivi , ont dénaturé le
genre ; la meilleure de leurs productions
eft plutôt un recueil de réflexions détachées
qu'un récit d'aventures fuivies.
Comme les incidens ne font que le prétexte
, on y trouve plus d'efprit que de
conduite , plus de coloris que de deffein ,
plus de détails que d'enſemble , & plus de
propos que d'action . Pour comble de maladreffe
le fond en est toujours libre fans.
être amuſant ; il ennuie aux dépens des
moeurs , & le vice y paroît auffi froid que
la vertu.
vrais ou vraisemblables de la Baronne ***
traduits de l'original Bas- breton ; deux
parties. Chez Duchefne , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût. 1755 .
Le titre eft juftifié par le Roman . La Baronne
*** ou la Rofen , doit le jour à un
faux pas. Sa mere fut féduite par un petit
Souverain d'Allemagne ; notre héroïne fut
le fruit de cette foibleffe . Son éducation
fut encore un faux pas , qui forma la chaîne
de plufieurs autres. Abandonnée de fes
parens dès fon enfance , & confiée à des
mains étrangeres , elle fut miſe dans un
couvent dont la Supérieure l'inftruifit la
premiere à broncher . Elle eſt enlevée de
JUIN. 1755 . 105
ce cloître par une méprife : nouvelle occafion
de faux pas , qu'elle veut mettre à
profit ; mais Duréal , fon raviffeur , defefperé
de s'être trompé , a la modeftie de ne
pas s'y prêter , & montre toute la pudeur
qu'elle eût dû faire paroître. Ils couchent
tous les foirs dans la même chambre avec
une fageffe édifiante , dont le Cavalier a
toute la gloire , & la Demoiſelle tout le regret.
Il la laiffe un beau matin pour courir
après Mlle Bafin qu'il adore ; il la trouve
mariée , revient fe confoler auprès de Mlle
Rofen , & parvient enfin à l'aimer par dépit.
Elle bronche de plus belle ; mais il la
quitte une feconde fois pour aller recueillir
une fucceffion . Dans le defoeuvrement
où elle fe trouve , elle fe lie avec une jeune
perfonne appellée Lolote , qui fous un
air honnête l'engage dans une partie qui
ne l'étoit pas. Elle dément dans cette occafion
fon éducation & fon caractere ; elle
a fait des faux pas au couvent , où tout
doit en garantir , & dans une promenade
arrangée pour en faire , elle marche droit
contre toute apparence. Elle a heureufement
à faire à M. Meffin , Financier , auffi
diftingué par fes fentimens que par fes richelles
; car dans nos Romans nouveaux
on n'en voit plus que de ceux-là . Ce galant
homme édifié de la réfiftance , fe prend
Ev
T06 MERCURE DE FRANCE.
pour elle d'une tendre eftime , & la conble
de bienfaits fans en exiger de falaire .
Turreville , fon neveu , en devient auſſi
amoureux ; mais quoiqu'elle le trouve aimable
, elle fe dérobe à fes pourfuites , &
fe rend à Paris où elle cherche inutilement
Duréal , dont le fouvenir lui eft toujours
cher.
Dans cette circonftance Riza-beg , Ambaffadeur
de Perfe , arrive à Paris , voit
Mlle Rofen , l'adore , & lui donne le mouchoir.
C'eft ici où l'hiftoire eft adroitement
fondue dans le Roman. Notre héroïne enchaîne
fi bien Riza- beg à fon char qu'il
l'époufe fecrettement , & répare par ce
noeud fingulier le faux pas qu'elle a fait
en fa faveur. Mme Riza-beg part avec fon
mari , accouche à Dantzick d'un gros Perfan
, & rencontre une bande de voleurs
qui l'enlevent avec le bagage , & laiffent
Riza- beg dépouillé , maître du champ de
bataille avec l'enfant & la nourrice. Prête
à faire avec fes raviffeurs , qui fe la difputent
, le plus terrible faux pas qu'elle eût
fait en fa vie , elle eft arrêtée avec eux.
Ils font exécutés ; elle obtient fa liberté ,
& la Juftice de Brandebourg , qui devroit
fervir de modele à toutes les autres , lui
reftitue tous les effets que ces fcélerats .
avoient volés à Riza-beg fon mari . La fille
JUIN . 1755. 107
du Geolier vient la joindre dans le vaiffeau
qui doit la porter en Afie , & la prie de
vouloir bien l'y faire recevoir avec un
jeune homme dont elle a rompu les fers.
Il fe trouve que c'eft Duréal lui - même ,
ils fe reconnoiffent ; & après s'être juftifiés
l'un & l'autre , leur flamme fe rallume ; la
fille du Geolier defefpérée de s'être jettée
dans les bras de fa rivale , fe précipite
dans la mer. Duréal frappé de cette mort
tragique difparoît à la premiere occafion
& quitte fa maîtreffe pour la troifieme fois .
Celle-ci retrouve fon fils , qui la confole
de cette perte ; mais elle apprend en même
tems qu'elle eft veuve , & que Rizabeg
a été étranglé par ordre du Sophi . Elle
revient fur fes pas , & s'arrête à Drefde
où elle fait la conquête du Prince de ....
Elle trouve fon pere dans cet amant , qui
la reconnoît pour fa fille , la fait légitimer,
& obtient pour elle de la Cour de Vienne
le titre de Baronne ; il lui permet de retourner
en France . Elle retrouve Duréal à
deux lieues de Strafbourg , & s'écrie avec
raifon en le voyant : eh ! d'où fortez- vous ?
on ne trouve que vous dans les chemins,
Pour fe juftifier , il lui conte fon hiftoire
que je fupprime ; ils fe pardonnent mutuellement
leurs écarts : elle donne la main à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Duréal , & l'hymen pour le coup termine
tous fes faux pas.
Ce Roman eft de M. Rouffeau de Touloufe
; il eft écrit vivement : la premiere
partie fur-tout fe fait lire avec plaifir ; il y
a du ftyle , des portraits , des faillies . Comme
il a du feu & un talent facile , je lui
confeille de les employer à traiter le Roman
dans l'intérêt , & de l'affervir toujours
aux régles de la décence . Nos Romanciens
qu'il a trop fuivi , ont dénaturé le
genre ; la meilleure de leurs productions
eft plutôt un recueil de réflexions détachées
qu'un récit d'aventures fuivies.
Comme les incidens ne font que le prétexte
, on y trouve plus d'efprit que de
conduite , plus de coloris que de deffein ,
plus de détails que d'enſemble , & plus de
propos que d'action . Pour comble de maladreffe
le fond en est toujours libre fans.
être amuſant ; il ennuie aux dépens des
moeurs , & le vice y paroît auffi froid que
la vertu.
Fermer
Résumé : « LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
Le roman 'Les Faux Pas, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne ***' relate l'histoire de l'héroïne, la Baronne ou la Rosen, née d'une relation illégitime entre sa mère et un petit souverain d'Allemagne. Son éducation est marquée par plusieurs erreurs, notamment son placement dans un couvent où la supérieure l'incite à mal se comporter. Enlevée du couvent par méprise, elle est ensuite abandonnée par Duréal, son ravisseur, qui la laisse pour une autre femme. Après diverses aventures, elle rencontre M. Meffin, un financier, qui l'aime malgré ses résistances. Elle refuse ensuite les avances de Turreville, le neveu de Meffin, et part à Paris chercher Duréal. À Paris, elle rencontre Riza-beg, ambassadeur de Perse, qu'elle épouse secrètement. Enlevée par des voleurs, elle est libérée et retrouve Duréal, qui l'abandonne à nouveau après une tragédie. Elle découvre alors qu'elle est veuve et retrouve son père, qui la légitime et lui permet de revenir en France. Elle retrouve finalement Duréal, et ils se marient, mettant fin à ses nombreux faux pas. Le roman est écrit par M. Rouffeau de Touloufe et est apprécié pour son style et ses portraits, bien que l'auteur conseille de respecter davantage les règles de la décence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17632
p. 2715-2717
PREMIERE ENIGME.
Début :
Nous sommes deux freres jumeaux, [...]
Mots clefs :
Gants
17633
p. 54-57
ODE Tirée du Pseaume 99.
Début :
Foibles enfans de la poussiere ! [...]
Mots clefs :
Dieu, Cieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 99.
ODE
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
Fermer
Résumé : ODE Tirée du Pseaume 99.
Le texte est une ode religieuse et morale, publiée en décembre 1755 dans le Mercure de France. La première section invite les lecteurs à adorer Dieu, à profiter de ses bienfaits et à respecter ses lois. Elle souligne que l'humanité est créée à l'image divine et que les vices doivent être combattus pour révéler les vertus. La deuxième section encourage la contemplation de la structure des cieux et de la diversité des êtres, reconnaissant la nature comme la mère de l'univers. Elle met en garde contre les dangers de la volupté et de l'ingratitude. La troisième section appelle les pécheurs à reconnaître un père céleste et à suivre les enseignements du pasteur sacré. Elle encourage les chrétiens à souffrir avec courage et à chanter le Seigneur lors des fêtes, tout en limitant leurs conquêtes à gagner les ennemis pour Dieu. La dernière section prie pour que l'or décore les temples et que les cantiques divins se joignent aux concerts célestes. Elle exprime la gratitude envers Dieu pour ses bontés malgré la malice humaine et reconnaît le temps comme porteur de la vérité immuable de Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17634
p. 92-96
« Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
Début :
Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...]
Mots clefs :
Royaume de Galam, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
ISTOIRE OU police du Royaume de
Gala . Cette brochure qui fe vend chez
Jombert , rue Dauphine , préſente des vûes
utiles à la fociété. Je n'en donnerai point
d'extrait ; mais je placerai ici quelques réflexions
que j'ai faites , & que je defirerois
paffionnément de voir juftifier par le fuccès.
Pour peu qu'on foit obfervateur , on remarque
dans tous les efprits une fermentation
qui n'y avoit pas été peut- être depuis
la fondation de la Monarchie . Le bien
public eft l'objet des converſations , même
des gens frivoles , de l'étude des fages , &
des écrits des citoyens affez inftruits pour
éclairer les autres. Il feroit agréable & uti
le de remonter aux caufes qui ont produit
une révolution fi heureufe ; & j'oſe inviter
quelqu'une de nos Académies à propofer
ce fujet pour un de fes prix. Si j'avois
à le traiter , je m'arrêterois principalement
à l'exemple de nos refpectables rivaux les
Anglois , à l'efprit philofophique qui fait
des progrès fi rapides depuis vingt ans , &
à l'Esprit des Loix , l'ouvrage le plus lumineux
qui foit peut- être jamais forti de la
tête d'aucnn homme.
L
DECEMBRE . 1754- 93
Les difpofitions où eft la nation n'ont
pas échappé au gouvernement . Il en a profiré
pour faire des opérations , qui dans
des tems moins éclairés n'auroient pas été
pratiquables Sa probité & fon exactitude à
remplir fes engagemens , font devenues les
fondemens d'un crédit public , aujourd'hui
la baſe de notre opalence. Nous tommes
le peuple de l'Europe qui a la maffe d'argent
la plus confiderable , & le commerce
le plus riche.
Il reftoit un vice radical dans l'Etat,
L'ordre fi nombreux & fi précieux des cultivateurs
étoit gêné dans la vente de la
plus néceffaire de fes denrées. Le nouveau
Miniftre des Finances en rendant libre le
commerce du blé dans tout le Royaume ,
& en ouvrant deux ports pour le porter 2
l'étranger , s'eft affuré pour toujours le
coeur de vingt millions d'hommes .
·
Seroit ce fe flater que d'efperer que
cette fage innovation fera fuivie d'une plus
importante encore : Toute la nation fou
pire depuis long- tems après la taille réelle ,
la feule impofition capable de prévenir les
haines , les injuftices , le découragement.
Par quelle fatalité n'a - t - on pas écouté la
voix de la raifon & le cri des peuples ? Les
obftacles que pouvojent apporter d'un côté
le défaut de lumieres & le défaut de con94
MERCURE
DE FRANCE.
fiance de l'autre , font heureuſement levés.
S'il refte des difficultés , comme il n'eft
pas permis d'en douter , M. le Controlleur
Général a dans fon coeur le courage qu'il
faut les braver , & il trouvera dans pour
fon efprit des moyens pour les furmonter.
Cette opération répareroit tout le tort
qu'on a fait au Royaume , en s'occupant
toujours moins de fon bonheur que de fa
gloire , & placeroit le Miniftre qui en ſeroit
l'auteur , au- deffus de tous les grands
hommes que leurs talens ont fait appeller
à l'adminiftration des affaires.
L'ART de cultiver les muriers blancs
d'élever les vers à foye & de tirer la foye
des cocons , avec figures . A Paris , chez la
veuve Lottin , & J. H. Butard , rue S. Jacques
, 1754, I vol . in-8°.
L'ouvrage que nous annonçons , eft divifé
en trois parties. La premiere regarde
les muriers ; la feconde , les vers ; la troifieme
, le tirage de la foye. Dans la premiere
partie on expofe en général les propriétés
du murier & fes différentes efpeces .
On donne auffi divers moyens de le multiplier
, & on enfeigne la maniere de le
cultiver , foit dans les pépinieres , foit
quand il eft planté à demeure. La feconde
partie traite de tout ce qui regarde les vers
DECEMBRE. 1754.
95
à foye , du logement qui leur convient ,
du tems & de la maniere de les faire éclor
re , de les nourrir & de les gouverner en
fanté & en maladie , de les faire filer &
d'en recueillir de la graine pour l'année
fuivante. Enfin dans la troifieme partie , fur
le tirage de la foye , on enfeigne divers
moyens de tuer les papillons dans les coques
, pour qu'ils ne les percent pas. On
donne la deſcription de plufieurs tours inventés
pour le tirage de la foye , avec la
maniere de la tirer. Ces trois traités renferment
un grand nombre de choſes neuves
, qu'on chercheroit inutilement dans
les autres traités fur cette matiere. L'excellent
citoyen auquel nous devons cet ou
vrage , n'a rien négligé ni pour le fond ni
pour la forme. Tout ce qu'il eft important
de fçavoir fur la matiere qui y eft traitée ,
s'y trouve , & s'y trouve écrit avec préci
fion , avec ordre & avec clarté.
ABREGE de la Philofophie ou differ
tation fur la certitude humaine , la Logique
, la Métaphyfique & la Morale. A
Paris , chez Delaguette , rue S. Jacques ,
1754.2 vol. in- 12.
Cet ouvrage eft de feu M. l'Abbé de la
Chambre , fort connu par un grand nombre
de livres fur des matieres qu'il feroit
96 MERCURE DE FRANCE.
à fouhaiter qu'on agitât peu . Voici le portrait
qu'on nous trace de lui .
Il avoit l'efprit extrêmement jufte , les
idées fort nettes , & beaucoup de précifion ;
fçachant faire valoir une objection , fans
négliger de mettre dans tout fon jour la
réponſe. Complaifant , facile & parlant
très-peu , il n'avoit le ten ni impofant ni
déciff. La douceur dans la fociété & la
tranquillité d'ame formoient le fond de
fon caractere. Si la converfation l'engageoit
dans quelque difpute , il foutenoit
fon fentiment fans âcreté & fanş amertume.
Cette complaifance de caractere , cette
indifférence & pour ainfi dire, cette tiédeur
qu'il avoit pour les propres fentimens ,
étoient même en lui quelquefois portées
trop loin , & l'ont engagé dans une occa
fion au-delà de ce qu'il penfoit véritablement.
Mais quel eft le Sage & le Philofophe
, l'homme le plus profond & du plus
folide jugement , qui n'ait pas fait dans fa
vie quelque fauffe démarche ? Heureux
celui qui fent fes fautes , mais plus heureux
ceux qui ont le courage de les réparer !
Gala . Cette brochure qui fe vend chez
Jombert , rue Dauphine , préſente des vûes
utiles à la fociété. Je n'en donnerai point
d'extrait ; mais je placerai ici quelques réflexions
que j'ai faites , & que je defirerois
paffionnément de voir juftifier par le fuccès.
Pour peu qu'on foit obfervateur , on remarque
dans tous les efprits une fermentation
qui n'y avoit pas été peut- être depuis
la fondation de la Monarchie . Le bien
public eft l'objet des converſations , même
des gens frivoles , de l'étude des fages , &
des écrits des citoyens affez inftruits pour
éclairer les autres. Il feroit agréable & uti
le de remonter aux caufes qui ont produit
une révolution fi heureufe ; & j'oſe inviter
quelqu'une de nos Académies à propofer
ce fujet pour un de fes prix. Si j'avois
à le traiter , je m'arrêterois principalement
à l'exemple de nos refpectables rivaux les
Anglois , à l'efprit philofophique qui fait
des progrès fi rapides depuis vingt ans , &
à l'Esprit des Loix , l'ouvrage le plus lumineux
qui foit peut- être jamais forti de la
tête d'aucnn homme.
L
DECEMBRE . 1754- 93
Les difpofitions où eft la nation n'ont
pas échappé au gouvernement . Il en a profiré
pour faire des opérations , qui dans
des tems moins éclairés n'auroient pas été
pratiquables Sa probité & fon exactitude à
remplir fes engagemens , font devenues les
fondemens d'un crédit public , aujourd'hui
la baſe de notre opalence. Nous tommes
le peuple de l'Europe qui a la maffe d'argent
la plus confiderable , & le commerce
le plus riche.
Il reftoit un vice radical dans l'Etat,
L'ordre fi nombreux & fi précieux des cultivateurs
étoit gêné dans la vente de la
plus néceffaire de fes denrées. Le nouveau
Miniftre des Finances en rendant libre le
commerce du blé dans tout le Royaume ,
& en ouvrant deux ports pour le porter 2
l'étranger , s'eft affuré pour toujours le
coeur de vingt millions d'hommes .
·
Seroit ce fe flater que d'efperer que
cette fage innovation fera fuivie d'une plus
importante encore : Toute la nation fou
pire depuis long- tems après la taille réelle ,
la feule impofition capable de prévenir les
haines , les injuftices , le découragement.
Par quelle fatalité n'a - t - on pas écouté la
voix de la raifon & le cri des peuples ? Les
obftacles que pouvojent apporter d'un côté
le défaut de lumieres & le défaut de con94
MERCURE
DE FRANCE.
fiance de l'autre , font heureuſement levés.
S'il refte des difficultés , comme il n'eft
pas permis d'en douter , M. le Controlleur
Général a dans fon coeur le courage qu'il
faut les braver , & il trouvera dans pour
fon efprit des moyens pour les furmonter.
Cette opération répareroit tout le tort
qu'on a fait au Royaume , en s'occupant
toujours moins de fon bonheur que de fa
gloire , & placeroit le Miniftre qui en ſeroit
l'auteur , au- deffus de tous les grands
hommes que leurs talens ont fait appeller
à l'adminiftration des affaires.
L'ART de cultiver les muriers blancs
d'élever les vers à foye & de tirer la foye
des cocons , avec figures . A Paris , chez la
veuve Lottin , & J. H. Butard , rue S. Jacques
, 1754, I vol . in-8°.
L'ouvrage que nous annonçons , eft divifé
en trois parties. La premiere regarde
les muriers ; la feconde , les vers ; la troifieme
, le tirage de la foye. Dans la premiere
partie on expofe en général les propriétés
du murier & fes différentes efpeces .
On donne auffi divers moyens de le multiplier
, & on enfeigne la maniere de le
cultiver , foit dans les pépinieres , foit
quand il eft planté à demeure. La feconde
partie traite de tout ce qui regarde les vers
DECEMBRE. 1754.
95
à foye , du logement qui leur convient ,
du tems & de la maniere de les faire éclor
re , de les nourrir & de les gouverner en
fanté & en maladie , de les faire filer &
d'en recueillir de la graine pour l'année
fuivante. Enfin dans la troifieme partie , fur
le tirage de la foye , on enfeigne divers
moyens de tuer les papillons dans les coques
, pour qu'ils ne les percent pas. On
donne la deſcription de plufieurs tours inventés
pour le tirage de la foye , avec la
maniere de la tirer. Ces trois traités renferment
un grand nombre de choſes neuves
, qu'on chercheroit inutilement dans
les autres traités fur cette matiere. L'excellent
citoyen auquel nous devons cet ou
vrage , n'a rien négligé ni pour le fond ni
pour la forme. Tout ce qu'il eft important
de fçavoir fur la matiere qui y eft traitée ,
s'y trouve , & s'y trouve écrit avec préci
fion , avec ordre & avec clarté.
ABREGE de la Philofophie ou differ
tation fur la certitude humaine , la Logique
, la Métaphyfique & la Morale. A
Paris , chez Delaguette , rue S. Jacques ,
1754.2 vol. in- 12.
Cet ouvrage eft de feu M. l'Abbé de la
Chambre , fort connu par un grand nombre
de livres fur des matieres qu'il feroit
96 MERCURE DE FRANCE.
à fouhaiter qu'on agitât peu . Voici le portrait
qu'on nous trace de lui .
Il avoit l'efprit extrêmement jufte , les
idées fort nettes , & beaucoup de précifion ;
fçachant faire valoir une objection , fans
négliger de mettre dans tout fon jour la
réponſe. Complaifant , facile & parlant
très-peu , il n'avoit le ten ni impofant ni
déciff. La douceur dans la fociété & la
tranquillité d'ame formoient le fond de
fon caractere. Si la converfation l'engageoit
dans quelque difpute , il foutenoit
fon fentiment fans âcreté & fanş amertume.
Cette complaifance de caractere , cette
indifférence & pour ainfi dire, cette tiédeur
qu'il avoit pour les propres fentimens ,
étoient même en lui quelquefois portées
trop loin , & l'ont engagé dans une occa
fion au-delà de ce qu'il penfoit véritablement.
Mais quel eft le Sage & le Philofophe
, l'homme le plus profond & du plus
folide jugement , qui n'ait pas fait dans fa
vie quelque fauffe démarche ? Heureux
celui qui fent fes fautes , mais plus heureux
ceux qui ont le courage de les réparer !
Fermer
Résumé : « Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
En décembre 1754, le Royaume de France connaît une fermentation intellectuelle marquée par un intérêt croissant pour le bien public dans les conversations et les écrits. L'auteur suggère que les Académies devraient proposer un prix pour étudier les causes de cette révolution positive, en s'inspirant de l'exemple anglais et de l'œuvre 'L'Esprit des Lois'. Sur le plan économique, le gouvernement français a su tirer parti de cette effervescence pour renforcer le crédit public, faisant de la France le pays européen avec la plus grande masse d'argent et le commerce le plus riche. Cependant, un problème majeur subsistait : les cultivateurs rencontraient des difficultés pour vendre leurs denrées. Le nouveau ministre des Finances a alors pris des mesures pour libérer le commerce du blé et ouvrir des ports à l'exportation, ce qui lui a valu le soutien de la population. L'auteur exprime l'espoir que cette réforme sera suivie par l'instauration de la taille réelle, une forme d'imposition plus juste. Il salue le courage du contrôleur général pour surmonter les obstacles restants. Le texte mentionne également deux ouvrages : l'un traitant de la culture des muriers et de l'élevage des vers à soie, et l'autre, un abrégé de philosophie rédigé par l'Abbé de la Chambre, reconnu pour son esprit juste et sa complaisance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17636
p. 2717
SECONDE ENIGME.
Début :
Je vous ressemble, Iris, je ne me trompe pas, [...]
Mots clefs :
Marbre
17637
p. 105-107
LOGOGRYPHE.
Début :
A me voir, cher Lecteur, tout le monde s'empresse ; [...]
Mots clefs :
Printemps
17638
p. 100-101
ENIGME EN VAUDEVILLES.
Début :
Air : On n'entend plus dessous l'ormeau, &c. / Nous sommes deux freres jumeaux, [...]
Mots clefs :
Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME EN VAUDEVILLES.
ENIGME EN VAUDEVILLES.
Air : On n'entend plus deffous l'ormeau , &c,
Nous fommes deax freres jumeaux ,
Charmes de la nature ,
Emales des brillans ruiffeaux ,
Notte onde eft vive & pure ;
Tour à tour , & Peintres & Tableaux ,
Souvent le jour nous mortifie ,
Et l'on le fie
Trop à nos deux flambeaux .
Air : Sonjoli petit corbillon .
On nous confulte , on nous adore ,
Nous plaidons mieux que bien des Avocats;
Il fort de nons un météore
Qui brûle , mais qui ne confume pas.
Nous échauffons un Opéra :
On n'y voit que nous ;
Nos biens font fi doux ;
Quinault , mille fois les vanta.
Air : De la Mufette de Defbroffes.
Notre cryftal eft trompeur dans les villes ,
On nous y force à déguiſer le vrai,.
On nous réduit à des éclairs fteriles ,
Et l'impofture eft notre coup d'eflai ;
DECEMBRE. 1753 . ΤΟΥ
Dans les hameaux nous expofons fans peine ,
Tous les fecrets du dedans au dehors ;
Nous répétons fidélement la fcéne
D'an fentiment qui régle nos refforts.
Air : Quel mystére , &c .
Quel dommage
Qu'on peigne le plus beau des Dios,
Sans l'avantage ,
L'appanage
Des hommes les moins vertaeux !
Vulcain boiteux ,
.
N'eft pas fi malheureux ,
De nos tréfors il fait uſage ;
Si l'Amour eft dangereux ,
C'eft qu'il rejette nos feux.
Quel dommage , & c .
Par Madame de Rouffy l'Aigneau , de
Laval an Maine.
Air : On n'entend plus deffous l'ormeau , &c,
Nous fommes deax freres jumeaux ,
Charmes de la nature ,
Emales des brillans ruiffeaux ,
Notte onde eft vive & pure ;
Tour à tour , & Peintres & Tableaux ,
Souvent le jour nous mortifie ,
Et l'on le fie
Trop à nos deux flambeaux .
Air : Sonjoli petit corbillon .
On nous confulte , on nous adore ,
Nous plaidons mieux que bien des Avocats;
Il fort de nons un météore
Qui brûle , mais qui ne confume pas.
Nous échauffons un Opéra :
On n'y voit que nous ;
Nos biens font fi doux ;
Quinault , mille fois les vanta.
Air : De la Mufette de Defbroffes.
Notre cryftal eft trompeur dans les villes ,
On nous y force à déguiſer le vrai,.
On nous réduit à des éclairs fteriles ,
Et l'impofture eft notre coup d'eflai ;
DECEMBRE. 1753 . ΤΟΥ
Dans les hameaux nous expofons fans peine ,
Tous les fecrets du dedans au dehors ;
Nous répétons fidélement la fcéne
D'an fentiment qui régle nos refforts.
Air : Quel mystére , &c .
Quel dommage
Qu'on peigne le plus beau des Dios,
Sans l'avantage ,
L'appanage
Des hommes les moins vertaeux !
Vulcain boiteux ,
.
N'eft pas fi malheureux ,
De nos tréfors il fait uſage ;
Si l'Amour eft dangereux ,
C'eft qu'il rejette nos feux.
Quel dommage , & c .
Par Madame de Rouffy l'Aigneau , de
Laval an Maine.
Fermer
17639
p. 108-116
« MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
Début :
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...]
Mots clefs :
Médecine, Médecine expérimentale, Maladies, Causes, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE,
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
Fermer
Résumé : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
L'ouvrage 'Médecine expérimentale', publié en 1755 à Paris par Duchefne, est reconnu pour son style clair et accessible, rendant la médecine compréhensible à un large public. L'auteur, M. T......, ambitionne de rendre la médecine utile et philanthropique, avec pour objectifs de prolonger la vie et de réduire la douleur. Son traité est structuré en trois parties. La première partie traite des besoins de la médecine, des dangers des systèmes médicaux existants et de la nécessité de l'observation. L'auteur met en lumière les besoins de la médecine en se basant sur l'état actuel de l'humanité. Il observe que le tiers des humains meurt dans les deux premières années de vie. De plus, les abus alimentaires et la consommation excessive de liqueurs spirituelles causent la mort d'un vingt-huitième des hommes. Les maladies récentes et les aliments dénaturés contribuent également à une mortalité précoce. Les maladies se multiplient et deviennent plus complexes, rendant leur traitement difficile. L'auteur critique les systèmes médicaux actuels, les jugeant incertains et inefficaces. Il prône une observation scrupuleuse des phénomènes des maladies pour améliorer les soins. L'auteur s'engage à ne pas répéter les travaux des autres, à éviter les principes gratuits, à ne pas confondre causes et effets, et à ne présenter que des faits appuyés par des expériences immuables. Il réserve le détail de ses méthodes et de ses cures pour un autre ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17640
p. 101-102
ENIGME.
Début :
Du Riche & du Sçavant ma présence accueillie, [...]
Mots clefs :
Statue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
DURiche & du Sçavant ma préſence accueillie
,
Aide à développer l'Hiftoire enfévelie ;
De diverſe grandeur , d'un mérite inégal ,
Le plus fouvent à pied , quelquefois à cheval.
Ou profane , ou facrée , ou de Rome , ou d'Attique
On me met à haut prix lorfque je fuis antique ;
Et je reçus la vie autrefois de Venus ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Ne puis-je aujourd'hui ? …….. Nen , elle n'exifte
plus ;
Et le nombre infini de Filles d'Amathonte
Corrompt la terre : & fiécle ! on le dit à ta honte..
Encor..! fi l'on pouvoit dans ce malheureux tems,
Rétablir la Déeffe en faveur des amans !
En s'appliquant à l'Art dont je tire ma fource ,
Ils pourroient y trouver une utile refſource.
Qu'en penfe tu , Lecteur , feras-tu bon devin
Si mon nom te convient , tu le cherches envains
DURiche & du Sçavant ma préſence accueillie
,
Aide à développer l'Hiftoire enfévelie ;
De diverſe grandeur , d'un mérite inégal ,
Le plus fouvent à pied , quelquefois à cheval.
Ou profane , ou facrée , ou de Rome , ou d'Attique
On me met à haut prix lorfque je fuis antique ;
Et je reçus la vie autrefois de Venus ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Ne puis-je aujourd'hui ? …….. Nen , elle n'exifte
plus ;
Et le nombre infini de Filles d'Amathonte
Corrompt la terre : & fiécle ! on le dit à ta honte..
Encor..! fi l'on pouvoit dans ce malheureux tems,
Rétablir la Déeffe en faveur des amans !
En s'appliquant à l'Art dont je tire ma fource ,
Ils pourroient y trouver une utile refſource.
Qu'en penfe tu , Lecteur , feras-tu bon devin
Si mon nom te convient , tu le cherches envains
Fermer
17642
p. 102-103
LOGOGRYPHE.
Début :
Sans le secours d'Oedipe, ami, si tu voulois, [...]
Mots clefs :
Brochet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
GRYPHE
.
S Ans le fecours d'Edipe , ami , fi tu voulois ,
Tu pourrois deviner en trois ou quatre fois
Les fujets que mon ſphinx apprête,
D'abord , en me tranchant la tête ,
Tu fais pour les Prélats un utile ornement.
Veux-tu d'un corps folide une image parfaite
Coupe ma queue enfuite ; alors dans le moment ,
On peut dire fans fe méprendre ,
Qu'un coeur auffi dur que je fuis
Eft infenfible aux charmes de Philis.
Voudrois- tu pofféder l'amante de Léandre ?
Ne vas pas la chercher au fond de l'Hellefpont ,
Elle s'offre à tes yeux à l'abri de mon nom ;
Tu reçois avec elle
Ce qui très rarement eft ſuivi d'un refus ,
DECEMBRE. 1713 . 103
Et ce qui réuffit au Dieu , fils de Cybéle ,
Pour rendre vains les foins d'Acrifius.
Mes membres replacés ; fur fept pieds je m'échape
Libre dans mon manoir , fortuné qui m'atrape
GRYPHE
.
S Ans le fecours d'Edipe , ami , fi tu voulois ,
Tu pourrois deviner en trois ou quatre fois
Les fujets que mon ſphinx apprête,
D'abord , en me tranchant la tête ,
Tu fais pour les Prélats un utile ornement.
Veux-tu d'un corps folide une image parfaite
Coupe ma queue enfuite ; alors dans le moment ,
On peut dire fans fe méprendre ,
Qu'un coeur auffi dur que je fuis
Eft infenfible aux charmes de Philis.
Voudrois- tu pofféder l'amante de Léandre ?
Ne vas pas la chercher au fond de l'Hellefpont ,
Elle s'offre à tes yeux à l'abri de mon nom ;
Tu reçois avec elle
Ce qui très rarement eft ſuivi d'un refus ,
DECEMBRE. 1713 . 103
Et ce qui réuffit au Dieu , fils de Cybéle ,
Pour rendre vains les foins d'Acrifius.
Mes membres replacés ; fur fept pieds je m'échape
Libre dans mon manoir , fortuné qui m'atrape
Fermer
17643
p. 58-61
VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
Début :
Eh ! quoi ! tu ne vis plus, & je respire encore ! [...]
Mots clefs :
Mort, Roi, Coeur, Marquis de Bauffremont, Lieutenant général des armées du roi, Chevalier de la Toison d'or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
VERS
Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont
, Lieutenant - Général des armées du
Roi , & Chevalier de la Toifon d'or ; par
M. le Ch. de Saint- Germain-Matinel,
EH quoi ! tu ne vis plus , & je reſpire encore !
On peut donc réfifter aux plus grandes douleurs !
Cher Bauffremont , chere ombre que j'adore ,
Reçois au moins le tribut de mes pleurs !
Dans le fatal moment où tu ceffas de vivre ,
Je crus voir de mes jours s'éteindre le flambeau ;
Frappé du même coup j'étois prêt à te fuivre ,
Trop heureux avec toi de defcendre au tombeau.
Mais , non ; celui qui fit nos deftinées ,
Un Dieu puiffant , maître du fort ,
N'a point voulu réunir nos années ,
Et me laiffe à pleurer ta mort .
J'en fus témoin , grand Dieu ! fur fes lévres éteintes
,
'Je cueillis fon dernier foupir ;
Je le vis fuccomber aux cruelles atteintes
Des friffons de la mort , tomber & s'affoupir .
Ses yeux étoient déja fermés à la lumiere ,
Que fon bras chancélant cherchant encor ma
main ,
Cher ami , me dit - il , j'ai rempli ma carriere ,
DECEMBRE. 59. 1755 .
J'ai befoin maintenant d'un fecours plus qu'humain
:
Alors la charité rallumant fon courage
Il rappelle un inftant fes efprits confondus ;
Et par trois fois du Chrift il embraffe l'image ,
Et difparoît enfin à mes fens éperdus .
O mort trop rigoureufe ! ô mort impitoyable !
Rien n'a pu détourner l'effet de ton courroux ,
Et ta fureur infatiable
Etoit laffe déja de fufpendre fes coups !
En vain pour le fauver , ce guerrier magnanime,
De MELAMPE on ufa tout l'art & le fçavoir ; *
A tes loix eft fujet le Roi le plus fublime ,
Contre ta barbarie il n'eft point de pouvoir.
Quel homme cependant , quelle grande victime
Sur ton fanglant autel tu te viens d'immoler ;
Tu pouvois t'épargner un crime :
Ah ! pour lui tout mon fang demandoit à couler ;
Dans fon coeur palpitant , dans fes tremblantes
veines
Je brulois du defir de le faire paffer ,
Moins émû , s'il fe peut , moins touché de fes
peines
Que de voir fa conftance encor les furpaffer.
MM. Andouillé & Lene , Chirurgiens , ont eu
l'étonnant fecret de prolonger fes jours de plus de
trois mois. On croit devoir à leur habileté à leurs
Soins pleins d'affection , ce témoignage de juftice &
de reconnoiffance.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Pendant fix mois & plus qu'il a fçu fe contrain
dre ;
Au milieu des douleurs , ferme comme un rocher,
A peine on l'entendit fe plaindre ;
Tranquille fous la main qui craint de l'approcher,
Hélas ! il ne reprend , ne femble reprocher
Que le fujet qu'on a de craindre.
La patience au mal oppofoit fes efforts ;
Et lorfqu'un feu fecret , une brulante flamme
De fon corps épuifé confumoient les refforts ,
Le viſage ſerein , on eût dit que fon ame
Se faifoit un plaifir des fouffrances du corps.
Mais d'où lui venoit donc ce courage paiſible ,
Qui le rendoit fi grand fous le poids de ſes maux ?
Etoit-ce un reste encor de la force invincible
Qui l'avoit diftingué parmi fes fiers rivaux ?
Non ; & quelques vertus qu'alors il fit paroître ,
L'honneur de la patrie, & l'amour de fon Roi ,
Etoient l'unique objet & la fuprême loi
Que dans fes paffions il femblât reconnoître.
Un appui plus folide , & plus noble à la fois ,
Affermiffoit fon coeur dans ce péril extrême ;
Il n'avoit d'autre loi que la vérité même ,
D'autre objet que le Roi des Rois;
Et jufques à fon trône élevant fes penſées ,
Ses maux lui paroiffoient un trop doux châtiment;
Le repentir amer de fes fautes paffées-
Etouffoit dans fon fein tout autre fentiment.
Que dis-je , hélas ! que dis-je , & quel fombre
génie
DECEMBRE. 1755. Gr
Reveille dans mon ame un cruel fouvenir ?
Je l'ai vu , n'ayant plus que l'ombre de la vie ,
Répondre à tous mes foins , même les prévenir ;
Et par des traits marqués de tendreffe infinie ,
Me rendre cent fois plus qu'il n'en pouvoit tenir.
Oui , fans doute , il portoit un coeur ſenſible &
tendre :
Combien de malheureux fe jettoient dans les bras ?
Obligeant à l'excès , & fans en rien attendre ,
Il ignoroit comment on faifoit des ingrats .
Ainfi réuniffant au ferme caractere
D'honnête homme & de citoyen
La piété la plus fincere ;
Au génie élevé , l'humble foi pour foutien ,
Qui lui fit des grandeurs connoître la mifere ,
Il vécut en héros , & mourut en chrétien .
Si jadis emporté par l'ardeur d'un faux zele ,
J'ai chanté mille objets divers ;
Si le gout des plaifirs dicta mes premiers vers ,
J'ignorois les doux noeuds d'une amitié fidelle.
O toi qui t'es couvert des plus nobles lauriers ,
Ainfi que ta vertu , ma douleur immortelle
A tes fombres cyprès attache mes derniers..
Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont
, Lieutenant - Général des armées du
Roi , & Chevalier de la Toifon d'or ; par
M. le Ch. de Saint- Germain-Matinel,
EH quoi ! tu ne vis plus , & je reſpire encore !
On peut donc réfifter aux plus grandes douleurs !
Cher Bauffremont , chere ombre que j'adore ,
Reçois au moins le tribut de mes pleurs !
Dans le fatal moment où tu ceffas de vivre ,
Je crus voir de mes jours s'éteindre le flambeau ;
Frappé du même coup j'étois prêt à te fuivre ,
Trop heureux avec toi de defcendre au tombeau.
Mais , non ; celui qui fit nos deftinées ,
Un Dieu puiffant , maître du fort ,
N'a point voulu réunir nos années ,
Et me laiffe à pleurer ta mort .
J'en fus témoin , grand Dieu ! fur fes lévres éteintes
,
'Je cueillis fon dernier foupir ;
Je le vis fuccomber aux cruelles atteintes
Des friffons de la mort , tomber & s'affoupir .
Ses yeux étoient déja fermés à la lumiere ,
Que fon bras chancélant cherchant encor ma
main ,
Cher ami , me dit - il , j'ai rempli ma carriere ,
DECEMBRE. 59. 1755 .
J'ai befoin maintenant d'un fecours plus qu'humain
:
Alors la charité rallumant fon courage
Il rappelle un inftant fes efprits confondus ;
Et par trois fois du Chrift il embraffe l'image ,
Et difparoît enfin à mes fens éperdus .
O mort trop rigoureufe ! ô mort impitoyable !
Rien n'a pu détourner l'effet de ton courroux ,
Et ta fureur infatiable
Etoit laffe déja de fufpendre fes coups !
En vain pour le fauver , ce guerrier magnanime,
De MELAMPE on ufa tout l'art & le fçavoir ; *
A tes loix eft fujet le Roi le plus fublime ,
Contre ta barbarie il n'eft point de pouvoir.
Quel homme cependant , quelle grande victime
Sur ton fanglant autel tu te viens d'immoler ;
Tu pouvois t'épargner un crime :
Ah ! pour lui tout mon fang demandoit à couler ;
Dans fon coeur palpitant , dans fes tremblantes
veines
Je brulois du defir de le faire paffer ,
Moins émû , s'il fe peut , moins touché de fes
peines
Que de voir fa conftance encor les furpaffer.
MM. Andouillé & Lene , Chirurgiens , ont eu
l'étonnant fecret de prolonger fes jours de plus de
trois mois. On croit devoir à leur habileté à leurs
Soins pleins d'affection , ce témoignage de juftice &
de reconnoiffance.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Pendant fix mois & plus qu'il a fçu fe contrain
dre ;
Au milieu des douleurs , ferme comme un rocher,
A peine on l'entendit fe plaindre ;
Tranquille fous la main qui craint de l'approcher,
Hélas ! il ne reprend , ne femble reprocher
Que le fujet qu'on a de craindre.
La patience au mal oppofoit fes efforts ;
Et lorfqu'un feu fecret , une brulante flamme
De fon corps épuifé confumoient les refforts ,
Le viſage ſerein , on eût dit que fon ame
Se faifoit un plaifir des fouffrances du corps.
Mais d'où lui venoit donc ce courage paiſible ,
Qui le rendoit fi grand fous le poids de ſes maux ?
Etoit-ce un reste encor de la force invincible
Qui l'avoit diftingué parmi fes fiers rivaux ?
Non ; & quelques vertus qu'alors il fit paroître ,
L'honneur de la patrie, & l'amour de fon Roi ,
Etoient l'unique objet & la fuprême loi
Que dans fes paffions il femblât reconnoître.
Un appui plus folide , & plus noble à la fois ,
Affermiffoit fon coeur dans ce péril extrême ;
Il n'avoit d'autre loi que la vérité même ,
D'autre objet que le Roi des Rois;
Et jufques à fon trône élevant fes penſées ,
Ses maux lui paroiffoient un trop doux châtiment;
Le repentir amer de fes fautes paffées-
Etouffoit dans fon fein tout autre fentiment.
Que dis-je , hélas ! que dis-je , & quel fombre
génie
DECEMBRE. 1755. Gr
Reveille dans mon ame un cruel fouvenir ?
Je l'ai vu , n'ayant plus que l'ombre de la vie ,
Répondre à tous mes foins , même les prévenir ;
Et par des traits marqués de tendreffe infinie ,
Me rendre cent fois plus qu'il n'en pouvoit tenir.
Oui , fans doute , il portoit un coeur ſenſible &
tendre :
Combien de malheureux fe jettoient dans les bras ?
Obligeant à l'excès , & fans en rien attendre ,
Il ignoroit comment on faifoit des ingrats .
Ainfi réuniffant au ferme caractere
D'honnête homme & de citoyen
La piété la plus fincere ;
Au génie élevé , l'humble foi pour foutien ,
Qui lui fit des grandeurs connoître la mifere ,
Il vécut en héros , & mourut en chrétien .
Si jadis emporté par l'ardeur d'un faux zele ,
J'ai chanté mille objets divers ;
Si le gout des plaifirs dicta mes premiers vers ,
J'ignorois les doux noeuds d'une amitié fidelle.
O toi qui t'es couvert des plus nobles lauriers ,
Ainfi que ta vertu , ma douleur immortelle
A tes fombres cyprès attache mes derniers..
Fermer
Résumé : VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
Le poème du Chevalier de Saint-Germain-Matinel rend hommage au Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi et Chevalier de la Toison d'or, décédé en décembre 1755. L'auteur exprime sa douleur et son incrédulité face à la perte de son ami, décrivant avec émotion le moment de sa mort. Le Marquis de Bauffremont a montré un courage et une patience exemplaires malgré ses souffrances, restant serein et digne jusqu'à la fin. Il a été soutenu par les chirurgiens MM. Andouillé et Lene, qui ont prolongé sa vie de plusieurs mois grâce à leurs soins. Le Marquis est dépeint comme un homme d'honneur, dévoué à la patrie et au Roi. Il possédait un cœur sensible et généreux, aidant de nombreux malheureux sans attendre de reconnaissance. Le poème se conclut par une réflexion sur la grandeur et la piété du défunt, soulignant qu'il a vécu en héros et est mort en chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17644
p. 96-99
« PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
Début :
PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...]
Mots clefs :
Virgile, Signification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
PUBLII Virgilii Maronis opera ordine
perpetuo , interpretationibus Gallicis & dictionariis
illuftrabat Antonius Bourgeois
Parochus Sancti Germani , & in Collegio
Crefpiaco
DECEMBRE . 1754. 27
Crefpiaco Vallenfi primarius ; ad ufum Scholarum.
Sylvanecti , apud Nicolaum Defroques
; Parifiis , apud Carolum Hochereau
natu-majorem , ripâ de Conti , 1754 ,
I vol. in- 8°.
Quelque Auteur latin , quelque recueil
même , dit M. Bourgeois , que l'on
mette entre les mains des commençans ,
ils y trouveront toujours des difficultés
de cinq fortes , & qui confiftent , 1 °. à
faire ou à retenir la conftruction de chaque
phrafe. 2°. A trouver de foi - même les
mots fous- entendus. 3 °. A trouver la fignification
propre des expreffions figurées.
4. A choifir dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot. 5 ° . Enfin
à trouver un tour françois convenable
pour traduire les phrafes latines , qu'on
peut rendre mot à mot . M. Bourgeois s'eft
appliqué à faire difparoître ces difficultés ;
voici comment il s'y eft pris.
y
1º . A côté & vis- à-vis du texte eft la
conſtruction de chaque phrafe. Les mots
font à peu près rangés comme ils doivent
l'être pour former une phrafe françoife
, quand on les aura traduits les uns
après les autres . L'auteur ne s'écarte de ce
fentier que par rapport aux mots qu'on ne
peut déranger fans pécher contre les régles
de la Grammaire , qui apprend elle-
1.Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
même où il faut les placer quand il eſt
question de traduire. La même conſtruction
offre encore tous les mots fous- entendus
dans le texte.
2º. Avec le fecours des interprétations
placées au bas des pages , il fera aifé d'apprendre
la fignification jufte des expreffions
figurées. Elles y font toutes expliquées
& traduites d'abord à la lettre , & ramenées
enfuite au fens naturel & fimple.
3° . Des remarques fur le fujet , fur les
perfonnages & fur le texte de chaque églogue
compofent la troifieme partie de l'ouvrage
de M. Bourgeois . Comme elle eſt
inutile aux commençans , l'Auteur l'a écrite
en latin . On y trouve de la fagacité , des
idées neuves & des fyltêmes vraisemblables
.
4°. La quatrieme difficulté qui confifte
à trouver dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot , eft tout- àfait
infurmontable pour les commençans
,
à caufe du grand nombre des fignifications
diverfes dont le même mot eft communément
fuivi. Pour remédier à cet inconvénient
, M. Bourgeois a compofé le petit
dictionnaire qui termine le volume , &
ne laiffe rien à défirer à la jeuneffe . Ce
dictionnaire , outre qu'il eft fort exact , eſt
encore fait de façon qu'on ne peut fe tromDECEMBRE.
1754. 99.
per dans le choix de la fignification dont
on a befoin.
Nous croyons en avoir affez dit pour
faire fentir le mérite du travail de M.
Bourgeois. Il y a apparence que l'Auteur
qui ne publie aujourd'hui que les Eglogues
, fera encouragé par des fuffrages
importans & décififs à nous donner tout
le Virgile.
LES livres de Ciceron , de la Vieilleffe
de l'Amitié , traduction nouvelle ; fur l'édition
latine de Grævius , avec le latin à'
côté. A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la Fontaine S. Benoît , aux
Cicognes , 1754 , in - 12 .
fi
On ne fçauroit trop multiplier les traductions
des bons livres , des livres de morale
fur- tout. Il eft rare que le bien reſte
long- tems dans l'efprit , fans tomber ,
l'on peut parler ainfi , dans le coeur. Combien
de fois n'eft- il pas arrivé qu'une lecture
qui n'avoit été entreprise que par curiofité
, foit devenue une leçon de vertù ?
Nous fouhaitons cette deftinée à la traduction
que nous annonçons .
perpetuo , interpretationibus Gallicis & dictionariis
illuftrabat Antonius Bourgeois
Parochus Sancti Germani , & in Collegio
Crefpiaco
DECEMBRE . 1754. 27
Crefpiaco Vallenfi primarius ; ad ufum Scholarum.
Sylvanecti , apud Nicolaum Defroques
; Parifiis , apud Carolum Hochereau
natu-majorem , ripâ de Conti , 1754 ,
I vol. in- 8°.
Quelque Auteur latin , quelque recueil
même , dit M. Bourgeois , que l'on
mette entre les mains des commençans ,
ils y trouveront toujours des difficultés
de cinq fortes , & qui confiftent , 1 °. à
faire ou à retenir la conftruction de chaque
phrafe. 2°. A trouver de foi - même les
mots fous- entendus. 3 °. A trouver la fignification
propre des expreffions figurées.
4. A choifir dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot. 5 ° . Enfin
à trouver un tour françois convenable
pour traduire les phrafes latines , qu'on
peut rendre mot à mot . M. Bourgeois s'eft
appliqué à faire difparoître ces difficultés ;
voici comment il s'y eft pris.
y
1º . A côté & vis- à-vis du texte eft la
conſtruction de chaque phrafe. Les mots
font à peu près rangés comme ils doivent
l'être pour former une phrafe françoife
, quand on les aura traduits les uns
après les autres . L'auteur ne s'écarte de ce
fentier que par rapport aux mots qu'on ne
peut déranger fans pécher contre les régles
de la Grammaire , qui apprend elle-
1.Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
même où il faut les placer quand il eſt
question de traduire. La même conſtruction
offre encore tous les mots fous- entendus
dans le texte.
2º. Avec le fecours des interprétations
placées au bas des pages , il fera aifé d'apprendre
la fignification jufte des expreffions
figurées. Elles y font toutes expliquées
& traduites d'abord à la lettre , & ramenées
enfuite au fens naturel & fimple.
3° . Des remarques fur le fujet , fur les
perfonnages & fur le texte de chaque églogue
compofent la troifieme partie de l'ouvrage
de M. Bourgeois . Comme elle eſt
inutile aux commençans , l'Auteur l'a écrite
en latin . On y trouve de la fagacité , des
idées neuves & des fyltêmes vraisemblables
.
4°. La quatrieme difficulté qui confifte
à trouver dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot , eft tout- àfait
infurmontable pour les commençans
,
à caufe du grand nombre des fignifications
diverfes dont le même mot eft communément
fuivi. Pour remédier à cet inconvénient
, M. Bourgeois a compofé le petit
dictionnaire qui termine le volume , &
ne laiffe rien à défirer à la jeuneffe . Ce
dictionnaire , outre qu'il eft fort exact , eſt
encore fait de façon qu'on ne peut fe tromDECEMBRE.
1754. 99.
per dans le choix de la fignification dont
on a befoin.
Nous croyons en avoir affez dit pour
faire fentir le mérite du travail de M.
Bourgeois. Il y a apparence que l'Auteur
qui ne publie aujourd'hui que les Eglogues
, fera encouragé par des fuffrages
importans & décififs à nous donner tout
le Virgile.
LES livres de Ciceron , de la Vieilleffe
de l'Amitié , traduction nouvelle ; fur l'édition
latine de Grævius , avec le latin à'
côté. A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la Fontaine S. Benoît , aux
Cicognes , 1754 , in - 12 .
fi
On ne fçauroit trop multiplier les traductions
des bons livres , des livres de morale
fur- tout. Il eft rare que le bien reſte
long- tems dans l'efprit , fans tomber ,
l'on peut parler ainfi , dans le coeur. Combien
de fois n'eft- il pas arrivé qu'une lecture
qui n'avoit été entreprise que par curiofité
, foit devenue une leçon de vertù ?
Nous fouhaitons cette deftinée à la traduction
que nous annonçons .
Fermer
Résumé : « PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
Le texte présente une édition de l'œuvre de Publius Virgilius Maro, réalisée par Antonius Bourgeois, curé de Saint-Germain et membre du Collège de Crèfpiaco, en décembre 1754. Cette édition est destinée aux étudiants et est disponible à Sylvanecti chez Nicolaum Defroques et à Paris chez Carolus Hochereau. Bourgeois met en lumière les difficultés rencontrées par les débutants en latin, telles que la construction des phrases, la compréhension des mots usuels, l'interprétation des expressions figurées, le choix des significations dans un dictionnaire et la traduction en français. Pour surmonter ces obstacles, Bourgeois a structuré son ouvrage de manière pédagogique. Chaque phrase est présentée avec les mots rangés pour faciliter la traduction en français. Des interprétations au bas des pages expliquent et traduisent les expressions figurées. Des remarques sur les sujets, personnages et textes des églogues sont incluses en latin pour les lecteurs avancés. Un dictionnaire précis et clair termine le volume, aidant les débutants à choisir la bonne signification des mots. Le texte mentionne également une nouvelle traduction des livres de Cicéron sur la Vieillesse et l'Amitié, publiée à Paris chez Joseph Barbou, soulignant l'importance des traductions des ouvrages moraux pour leur impact durable sur l'esprit et le cœur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17645
p. 103
AUTRE.
Début :
Présent de Pomone, en six membres ; [...]
Mots clefs :
Citron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Réfent de Pomone , en fix membres ;
Lorfque d'un feul tu me démembres ,
Tn peux faire éclore à propos
Un des plus petits animaux.
AS. N. lès Senlis
Réfent de Pomone , en fix membres ;
Lorfque d'un feul tu me démembres ,
Tn peux faire éclore à propos
Un des plus petits animaux.
AS. N. lès Senlis
Fermer
17646
p. 99-128
« MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
Début :
MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...]
Mots clefs :
Charles Quint, Mémoires historiques, François I, Guerre, Empereur, Roi, Succès, Conquêtes, Armée, Royaume de Naples, Italie, Prince, Troupes, Ennemis, Esprit, Bataille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
MEMOIRES hiftoriques , militaires
& politiques de l'Europe , depuis l'élévation
de Charles- Quint au thrône de l'Em-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
pire , jufqu'au traité d'Aix -la - Chapelle en
1748. Par M. l'Abbé Raynal , de la Société
royale de Londres, & de l'Académie royale
des Sciences & Belles - Lettres de Pruffe . A
Amfterdam , chez Ar ' ftée & Merkus ; & le`
vend à Paris , chez Durand , rue S. Jacques
, au Griffon , 1754 .
J'ai donné dans le Mercure dernier l'extrait
du premier volume de mon ouvrage ,
je vais continuer celui du fecond qui tenferme
l'histoire des guerres de Charles-
Quint & de François I , depuis 1521 jufqu'en
1544.
» L'Italie , ce théatre continuel & mal-
» heureux de tant de guerres , en a peu vu
» d'auffi fingulieres par les motifs & d'auffi
furprenantes par les événemens que cel-
» les qu'on va développer. Le lecteur en
» faifira mieux l'efprit , & en fuivra plus
agréablement les détails lorfqu'on l'aura
» fait remonter jufqu'à leurs caufes les plus
éloignées.
و ر
و ر
ور
و ر
Depuis la chute de l'Empire Romain
l'Italie ne s'étoit jamais trouvée dans la fituation
heureufe & brillante où elle étoit
en 1492. Une paix profonde , un commerce
étendu & floriffant , la culture des fciences
& des arts , inconnus ou méprifés ailleurs
, y faifoient regner des moeurs douces ,
aimables & polies . Tranquille , peuplée ,
DECEMBRE . 1754. tor
!
riche & magnifique au - dedans , elle avoit
au- dehors une affez grande confidération .
Cette fituation fi rare étoit particulierement
l'ouvrage de Laurent de Médicis , qui
de fimple citoyen de Florence en devint le
chef& le bienfaiteur. Sa mort fut l'époque
des troubles de l'Italie .
Ludovic Sforce méditoit d'ufurper la
Souveraineté du Milanès fur Jean Galeas
fon neveu ; mais comme il prévoyoit que
le Roi de Naples traverferoit fon projet,
il engagea la France à faire valoir les droits
qu'elle avoit par la Maiſon d'Anjou fur le
Royaume de Naples .
» Charles VIII qui n'avoit ni la péné-
» tration néceffaire pour connoître le bien
»de l'Etat , ni le fentiment qui le fait de-
» viner, & qui confondoit d'ailleurs , com-
" me prefque tous les Souverains , un fond
" méprifable d'inquiétude avec une paf-
» fion très-louable pour la gloire , s'entêta
de la conquête de Naples dès qu'on lui
» en eût fait la premiere ouverture. La né-
» ceffité de peapler fon Royaume que les
» guerres contre les Anglois avoient de-
» vafté , de réformer le gouvernement dont
» les troubles civils venoient d'augmenter
» le defordre , de rétablir les finances épui-
» fées par les bizarreries du dernier régne ,
ne balança pas une réfolution fi dange-
ود
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» reufe . Tout fut rapporté à une entrepriſe
» dont le fuccès même devoit être un mal-
» heur. Le defir de réuffir , tout vif qu'il
» étoit , peut-être même parce qu'il l'étoit ,
» n'éclaira pas fur les moyens.
و ر
ود
ود
Charles commença par gagner Ferdinand
& Maximilien , en leur abandonnant des
pays qui valoient mieux que ce qu'il ſe propofoit
d'acquerir. Il regarda fon triomphe
comme infaillible , lorfqu'il crut s'être affuré
qu'il n'auroit à combattre que des Italiens.
Il eft vrai que quand les différens
Etats de l'Italie n'auroient pas été divifés
entr'eux , ils ne pouvoient oppofer qu'une
foible réfiftance. » Leurs troupes n'étoient
compofées que de gens fans honneur ,
»fans talent & fans aveu , que quelques
Seigneurs qui jouiffoient d'une efpece
d'indépendance dans l'Etat eccléfiaftique
» ou dans d'autres états , raffembloient
»pour le fervice des Puiffances qui en
» avoient befoin . Ces chefs de bande , maî-
» tres abfolus des corps qu'ils avoient formés
, y difpofoient à leur gré de tous les
emplois , & faifoient avec leurs fubalternes
le marché qu'ils vouloient , fans que
l'Etat qui les avoit à ſa ſolde , prît con-
» noiffance de ces conventions. La diffi-
» culté ou la dépenfe des recrûes déter-
ور
"
"
minoit ces aventuriers à n'agir que de
DECEMBRE. 1754. 103
ور
ود
"
» concert ; & quoiqu'ils fuffent dans des
» camps ennemis , ils travailloient plutôt
»à fe faire valoir les uns les autres qu'à
» tenir les engagemens qu'ils avoient con-
» tractés. Un i vil intérêt avoit réduit la
» guerre à n'être qu'une comédie. On ne la
» faifoit jamais que de jour , & l'artillerie
»même fe taifoit pendant la nuit , pour
» que le repos du foldat ne fût pas troublé.
» Dans les occafions même qui font les
plus vives , il n'y avoit gueres de fang
» répandu que par inadvertance , & les
» combattans ne cherchoient réciproque-
» ment qu'à faire des prifonniers dont la
» rançon pût les enrichir. Machiavel nous
a laiffé le récit exact & détaillé des deux
plus mémorables actions de fon fiècle ,
celle d'Anghiari & celle de Caftracaro.
On y voit des aîles droites & gauches
» renversées & victorieufes , un centre
» enfoncé , le champ de bataille perdu &
regagné plufieurs fois . Ces defcriptions
>> annoncent un carnagel horrible ; il n'y
eut cependant ni mort ni bleffé dans le
premier combat , & dans le fecond il
» ne périt qu'un feul homme d'armes qui
» fut foulé par les chevaux .
ود
Charles ne trouva aucun obftacle dans
fa marche ; il fe vit maître du Royaume
de Naples fans avoir tiré l'épée , & en
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
moins de tems qu'il n'en auroit fallu pour
le parcourir. Mais la facilité & l'éclat de
cette conquête ne firent qu'aigrir la jaloufie
des autres Puiffances . Le Pape , l'Empereur
, le Roi d'Efpagne , les Vénitiens
& les Milanois s'unirent pour dépouiller
Charles qui , effrayé de cette ligue , laiffa
une partie de fes troupes pour défendre fa
conquête , & reprit la route de fes Etats
avec le refte .
Cette retraite enhardit le Roi déthrôné ,
qui vint avec des fecours confidérables
pour chaffer les François de fes Etats ; les
conquerans fe défendirent long - tems avec
affez de bonheur , mais ils furent enfin
obligés de céder & d'abandonner les places
dont ils étoient les maîtres , & il ne
refta à la France que la honte d'avoir formé
une entrepriſe confidérable fans fin déterminée
, ou fans moyens pour y parvenir .
Les mauvais fuccès de Charles VIII ne
rebuterent point fon fucceffeur. Louis XII
fut à peine parvenu au thrône qu'il tourna
fes vûes vers le Milanès fur lequel il avoit
quelques droits ; la conquête en auroit été
difficile , s'il n'avoit été fécondé par les
Vénitiens. Le Milanès ne pouvoit pas réfifter
à ces forces réunies , & il fut fubjugué
en quinze jours. Louis ne bornoit pas
fon ambition à cette conquête , il convint
DECEMBRE . 1754. 105
avec les Espagnols d'attaquer à frais communs
le Royaume de Naples & de le partager
après la victoire. Fréderic ne fit qu'u
ne très-foible réfiftance ; mais les vainqueurs
n'eurent pas plutôt accablé l'ennemi
commun , qu'ils devinrent irréconciliables.
Cette divifion eut des fuites funeftes
aux François ; les avantages qu'avoient fur
eux les Eſpagnols affurerent, après bien des
combats & des négociations , Naples à Ferdinand
, fans que Louis , que les événemens
n'éclairoient jamais , apprît à connoître
les hommes , ni même à fe défier
de fon rival . Un aveuglement fi extraordinaire
le précipita bientôt dans de nouveaux
malheurs à l'occafion que nous allons rapporter.
» La République de Venife jettoit en
1508 un éclat qu'elle n'avoit pas eu au-
» paravant , & qu'elle n'a pas eu depuis.
» Sa domination s'étendoit fur les ifles de
Chypre & de Candie , fur les meilleurs
» ports du Royaume de Naples , fur les pla-
» ces maritimes de la Romagne & fur la
partie du Milanès qui fe trouvoit à ſa
» bienféance. Des poffeffions fi fort éloignées
les unes des autres étoient en quel-
» que maniere réunies par les flottes nom-
»breufes & bien équippées de cette Puiffance
, la feule qui en eût alors. Les dé-
"
"
23
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
penfes qu'exigeoient ces armemens confidérables
ne l'épuifoient pas ; & fon
» commerce qui embraffoit tout le monde
» connu , la mettoit encore en état d'avoir
beaucoup de troupes de terre & de les
» mieux payer que les autres nations. Ces
forces n'étoient ni les feules ni même
les plus grandes reffources de l'Etat : il
pouvoit compter fur l'affection des fujets.
qui trouvoient un avantage fenfible à vi-
» vre fous un gouvernement qui entrete-
» noit l'abondance au - dedans , & qui paf-
» foit au- dehors pour le plus fage & le plus
profond de tous les gouvernemens.
99
39
"
و ر
» Pour fe maintenir dans cette pofition
» brillante , Venife travailloit fans relâche
» à mettre les forces de fes voifins dans un
tel équilibre , qu'elle pût rendre toujours
» fupérieur le parti qu'il lui conviendroit
d'embraffer. Le defir d'établir cette ba-
» lance de pouvoir , la chimere de tant de
» celebres politiques , l'empêchoit d'être fi-
» dele à fes alliances les plus folemnelles ,
» & de refpecter les droits les plus évidens
» des autres Souverains . Ses amis fatigués
" par fes défiances , & fes ennemis aigris
» par fes hauteurs , prirent peu à peu pour
» elle les mêmes fentimens . Comme cette
difpofition ne pouvoit pas être long - tems
» fecrette , on ne tarda pas à fe faire réci- '
"
DECEMBRE. 1754. 107
proquement confidence de fon averfion ,
» & cette confidence aboutit à une confpiration
générale contre la République .
L'hiftoire ne fournit gueres que le congrès
de Cambrai où plufieurs Puiffances fe
foient réunies contre une Puiffance moins
confidérable que chacune d'elles . Cette fameufe
ligue étoit compofée du Pape , du
Roi Catholique , de l'Empereur & de Louis
XII. Le Roi de France toujours fidele à
fes engagemens , entra en 1509 fur le territoire
de la République dans le tems dont
on étoit convenu , & avec les forces qu'il
devoit fournir. Il gagna par l'imprudence
du Général Vénitien qu'on lui oppofa , une
bataille complette , qui mit Venife à deux
doigts de fa perte .
La divifion des Princes confédérés fauva
la République. Louis vit tourner contre
lui les forces de la ligue , celles des
Suiffes & du Roi d'Angleterre. Malgré les
efforts réunis de tant d'ennemis , les François
fe foutinrent en Italie par des fuccès
tous les jours plus éclatans , jufqu'à la mort
du Duc de Nemours , qui fe fit tuer en foldat
à la bataille de Ravenne , qu'il avoit
gagnée en Général . Les vainqueurs déconcertés
par la mort de leur chef , s'affoibliffant
tous les jours par les divifions , les
maladies & les défertions , furent obligés
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
d'aller défendre le Milanès ; mais trop foibles
pour s'y maintenir , ils en furent chaf
fés par les Suiffes en 1512. Louis ne perdit
pas courage , il vint à bout d'amèner
les Venitiens à fon alliance, & de recouvrer
ce qu'il avoit perdu au - delà des Alpes .
» Cette conquête fut facile. Les Milanois
qui jufqu'alors avoient regardé les
François comme des Tyrans , les reçu-
» rent comme leurs libérateurs : ce qu'ils
éprouvoient de Sforce & fur-tout des
» Suiffes depuis la révolution , leur avoit
appris que l'orgueil , l'injuftice & le mépris
des loix & des bienféances étoient
" moins les vices d'une nation en particu-
» lier que de la profpérité en général . Ces
» réflexions les avoient conduits au paral-
» lele de leurs anciens & de leurs nou-
» veaux maîtres ; & ils avoient jugé que
33
ceux qui rachetoient les défauts des con-
» querans par la bonté de leur coeur & la
»facilité de leurs moeurs , devoient être
" préférés à ceux qui n'offroient pas les
"mêmes compenfations . » Malgré ces difpofitions
favorables , les François furent
encore chaffés de leur conquête.
François I fuivit les vûes de fon prédéceffeur
avec la même vivacité que fi elles
euffent été fes propres vûes. Il entra en
Italie , dont les Suiffes gardoient le paffaDECEMBRE
. 1754 109
ge ,
& gagna contr'eux la célebre bataille
de Marignan , qui lui ouvrit la conquête
du Milanès , où les François furent tranquilles
jufqu'en 1521 .
La guerre que commencerent alors à ſe
faire Charles- Quint & François I , fut vive
, fur- tout en Italie . Le Pape & l'Empereur
s'unirent pour chaffer les François du
Milanès dont ils étoient reftés les maîtres.
Lautrec qui y commandoit, fçavoit la guerre
, mais il n'avoit aucun talent pour le
gouvernement. On le trouvoit généralement
haut , fier & dédaigneux . Ses vices
& la dureté de fon adminiftration le rendirent
odieux aux Milanois , qui chercherent
à fortir de l'oppreffion . Lautrec qui
vit les fuites de cette fermentation , demanda
des fecours à la France , mais il nefut pas
affez fort pour fe défendre contre les confédérés
qui le chafferent du Milanès . Une
bataille que ce Général perdit enfuite
acheva la ruine des François en Italie.
François I ne fut point découragé. Il
vit toute l'Europe fe liguer contre lui fans
que cela changeât rien à fes projets. Il ne
réfléchiffoit pas affez pour voir le péril , &
avoit d'ailleurs trop de courage pour le
craindre. Il fe difpofoit à paffer les Alpes
avec une armée redoutable , lorfque la
confpiration du Connétable de Bourbon
116 MERCURE DE FRANCE.
l'arrêta dans fes Etats . Il chargea Bonnivet
de la conquête du Milanès .
33
» Profper Colonne fut le Général que
» la ligue lui oppofa . Cet Italien qui paſſa
» pour un des plus grands Capitaines
» de fon fiécle , faifoit la guerre avec
» moins d'éclat que de fageffe , & avoit
" pour maxime de ne rien abandonner à la
» fortune , même dans les cas les plus pref-
» fans. Il combinoit extrêmement toutes
fes démarches , & dans la crainte de les
déranger , il laiffoit échapper fouvent
» des occafions décifives que la négligence
» ou la foibleffe de l'ennemi lui préfen-
» toient . Sa maniere de faire la guerre
» étoit bonne en général , mais elle avoit
» le défaut d'être toujours la même ; il
ignoroit l'art de varier fes principes fui-
» vant les lieux , les tems , & les circonf
» tances. Il fut lent fans être irréfolu , &
» s'il manqua de l'activité néceffaire pour
fatiguer ou pour furprendre l'ennemi ,
" il fut affez vigilant pour n'être jamais
furpris . Le brillant & la gloire des ba-
» tailles ne le tentoient point , même dans
» fa jeuneffe ; fon ambition dans tous les
» âges fut de défendre ou de conquérir
n
33
des provinces fans répandre de fang.
» Exempt de l'inquiétude qu'on remarque
» dans la plupart des Généraux , il attenDECEMBRE.
1754.
»doit fans impatience le fruit de fes ma-
» noeuvres , & un fuccès , pour venir len-
» tement , n'en étoit pas moins un fuccès
» pour lui. Si la politique qui le porta à
» changer fi fouvent de parti le décria du
côté de la probité , elle lui donna la connoiffance
du génie militaire de plufieurs
» peuples , une autorité fuffifante pour les
» conduire , & l'adreffe néceffaire pour les
23
» accorder.
La moindre partie de ces talens eût fuffi
pour fermer l'entrée de l'Italie à Bonnivet
, vif, imprudent , préfomptueux &
inappliqué. Ce Général fit prefque autant
de fautes que de pas. Les François qui
avoient le pays contr'eux , un Général
qu'ils n'eftimoient pas , un ennemi qui
devenoit tous les jours plus fort , & à qui
on faifoit faire une guerre lente & à l'Italienne
, fe découragerent . Bonnivet qui
avoit formé un blocus devant Milan , fut
obligé de fe retirer. La mort de Colonne
ne rétablit pas les affaires des François .
L'Amiral voyant fon armée ruinée par les
défertions , ne fongea plus qu'à en ramener
les débris en France. Le Connétable de
Bourbon le pourfuivit dans fa retraite , &
entra en France avec une armée Espagnole :
il ne réuffit pas , & il fut forcé de regagner
F'Italie . Les François l'y fuivirent , & vin
rent affiéger Pavie.
112 MERCURE DE FRANCE.
"
» Antoine de Leve qui y commandoit ,
» avoit autant de génie que de valeur , &
» plus d'expérience encore que d'activité .
Né dans un état obfcur & d'abord fim-
» ple foldat , il étoit parvenu au com-
» mandement par d'utiles découvertes , &
» une fuite d'actions , la plûpart hardies &
toutes heureuſes . Un extérieur bas , igno-
"
ble même , ne lui ôtoit rien de l'auto-
» rité qu'il devoit avoir , parce qu'il avoit
»le talent de la parole , & une audace
» noble à laquelle les hommes ne réſiſ-
»tent pas. Ce qu'il y avoit d'inquiet ,
» d'auftere , & d'un peu barbare dans fon
» caractere , étoit corrigé ou adouci , fe-
» lon les occafions , par fon ambition , qui
» étoit vive , forte & éclairée. Il ne con-
»noiffoit de la religion & de la probité
» que les apparences. Sa fortune & la vo-
» lonté ou les intérêts du Prince , étoient
pour lui la fuprême loi .
Les efforts des François pour prendre
cette place étoient inutiles : l'armée diminuoit
tous les jours par le feu continuel de
la place , les maladies , les défertions , les
rigueurs de la faiſon , & le défaut des vivres
. Malgré tant de raiſons d'abandonner
le fiége , François s'y opiniâtra . Il ne
pouvoit pas fe réfoudre à abandonner une
entreprife qui lui avoit déja beaucoup cou
1
DECEMBRE. 1754 II
té, qui fixoit depuis long- tems l'attention
de toute l'Europe , & qu'il croyoit devoir
décider de fa réputation . Cette opiniâtreté
lui fut funefte. Il fut vaincu à Pavie , & fait
prifonnier.
Ce Prince étoit d'un caractere trop vif
& trop impatient pour foutenir fes malheurs
avec fermeté. Il fuccomba autant fous
le poids de fa foibleffe que fous celui de fes
revers , & il fut attaqué d'une maladie dangereufe.
Sorti de fa prifon après fa guérifon
, ilil recommença la guerre.
Il conclut un traité avec le Pape , les
Vénitiens & le Duc de Milan ; mais cette
ligue , dont le but étoit de rendre la li
berté aux Enfans de France qui étoient
reftés en ôtage à Madrid , d'affermir Sforce
dans fes Etats , & de remettre l'Italie entiere
dans la fituation où elle étoit avant
la guerre , n'eut qu'une iffue funcfte. Le
Duc d'Urbin qui commandoit les troupes
des confédérés , ruina les affaires
fes
fautes & fes incertitudes .
par
» Ce Général étoit lent & irréfolu :
» il voyoit toujours tant de raifons d'a-
" gir , & de n'agir pas , qu'il paffoit à difcuter
le tems qu'il auroit dû employer à
» combattre. Son imagination qui fe frappoit
aifément , groffiffoit toujours à fes
" yeux les forces de l'ennemi , & dimi-
"
114 MERCURE DE FRANCE.
» nuoit le nombre de fes propres troupes.
Il avoit le défaut ordinaire aux
» hommes timides , d'ôter le courage à fes
>> foldats en ne leur en croyant point , &
» d'enfer celui de l'ennemi en lui en fup-
» pofant trop. Les avantages qu'il avoit
" pour attaquer , & ceux que lui procu-
» reroit la victoire ne fe préfentoient ja-
» mais à lui : fon efprit ne voyoit que les
» hazards d'une action & les fuites d'une
» défaite. Tout , jufqu'à la réputation qu'il
ور
avoit de fçavoir fupérieurement la guer-
» re , nuifit à la caufe qu'il défendoit : fes
» maîtres éblouis par l'éclat de fon nom ,
approuvoient aveuglément toutes les dé-
» marches ; & les fubalternes accablés par
le poids de fon autorité , n'ofoient être
» d'un avis différent du fien , ou craignoient
de le foutenir.
Avec le caractere que nous venons
de tracer , il n'étoit pas poffible de rien
faire qui exigeât un peu de hardieffe ou
d'activité. Bourbon s'étant foutenu quelque
tems avec fort peu de troupes & fans
argeht , reçut enfin d'Allemagne des fecours
confidérables , avec lefquels il alla
faire le fiége de Rome , & y périt ; mais la
ville fut prife & abandonnée pendant plufieurs
mois à la licence & la cruauté du
foldat.
DECEMBRE. 1754 115
DE
lé n
C3
Ce fut l'occafion d'une nouvelle ligue
.contre l'Empereur , compofée des Rois de
France & d'Angleterre , des Vénitiens &
des Florentins , des Ducs de Milan & de
Ferrare , & du Marquis de Mantoue. Lautrec
commanda leurs forces réunies : il paffa
les Alpes à la tête d'une belle armée , &
s'en fervit pour réduire la plus grande partie
du Milanès fous les loix de Sforce ; fes
opérations furent vives , fages & fçavanres.
Il marcha enfuite à Naples pour en
faire le fiége ; il fut long , difficile , meurtrier
, & donna occafion à un événement
qui eut des fuites importantes.
33
و د
» André Doria , le plus grand homme
»de mer de fon fiécle , étoit entré au fer-
» vice de François I. & y avoit apporté la
hauteur , le courage & les moeurs d'un
Républicain. Les Miniftres accoutumés
» aux déférences & aux baffeffes des cour-
» tifans , conçurent aifément de la haine
contre un étranger qui ne vouloit recevoir
des ordres que du Roi . Comme l'ha-
» bitude de dépendre d'eux n'étoit pas en-
" core bien formée parmi les Grands , ils
craignirent qu'un exemple comme celui-
» là ne retardât les progrès de la fervitude.
générale qu'ils introduifoient avec fuc-
» cès dans le Royaume. Pour prévenir le
péril qui menaçoit leur autorité naiffan
"
"
23
116 MERCURE DE FRANCE.
te , ils confpirerent la perte d'un homme
dont ils n'étoient devenus ennemis
» que parce qu'il n'avoit pas voulu être
leur efclave. On ne pouvoit y parvenir
qu'en dégoûtant le Roi de lui , ou en le
» dégoûtant du Roi. Ces deux moyens fe
prêtant de la force l'un à l'autre , ils ne
» furent pas féparés . Doria fe vit infenfiblement
négligé , oublié , inſulté mê-
ม
» me .
D'autres injuftices ayant augmenté le
mécontentement de Doria , il alla porter
aux Impériaux fon crédit , fes confeils , fa
réputation & fon expérience , & parut
bientôt devant Naples pour la fecourir.
Ce contre- tems acheva d'abbattre Lautrec ,
qui luttoit depuis long-tems contre l'ennemi
, la pefte , la mifere & la famine.
Il mourut en déteftant les mauvais citoyens
dont l'Etat , l'armée & lui étoient les victimes.
Le Marquis de Saluces qui remplaça
Lautrec , manquoit de vûes , d'audace
& d'activité : il fe retira de devant
Naples , fe laiffa battre , & fut lui -même
prifonnier.
L'armée des confédérés qui étoit en
Lombardie , fut détruite peu de tems après
par Antoine de Leve. Cet événement avança
les négociations pour la paix , qui étoient
commencées , mais qui languiffoient ; la
DECEMBRE. 1754. 117
STA
paix fut faite à Cambray. L'Empereur ne
tarda pas à former le plan d'une ligue contre
le Roi de France , qui de fon côté ne
négligeoit rien pour fufciter des ennemis à
fon rival. Un événement fingulier prépara
le dénoument de ces intrigues.
Un Gentilhomme Milanois , nommé
Merveille , qui vivoit ordinairement en
France , étoit retourné dans fa patrie fous
prétexte de quelques affaires particulieres ;
mais en effet pour cimenter l'union qui
commençoit à fe former entre Sforce &
François I. Le fecret perça ; l'Empereur fut
inftruit de cette intelligence : le Duc de
Milan qui redoutoit fon reffentiment ,
chercha tous les moyens imaginables de
l'appaifer. Le hazard ou fon imprudence
lui en fournirent un affreux . Quelques domeftiques
de Merveille ayant tué dans une
querelle un Milanois , l'Agent de France
fut arrêté & décapité . Cet attentat , un
des plus crians que l'hiftoire fourniffe contre
le droit des gens , fit fur l'efprit de
François I. toute l'impreffion qu'il y devoit
faire ; mais il en différa la
vengeance , &
il attendit l'inftant que Charles Quint allât
porter la guerre en Afrique contre le Pirate
Barberouffe pour fatisfaire fon reffentiment
, réparer fa gloire , humilier Sforce ,
& recouvrer le Milanès, Il envoya par la
118 MERCURE DE FRANCE.
Savoye une armée nombreufe , qui débuta
par les plus brillans fuccès , & refta toutà-
coup dans une inaction dont on connoît
peu les motifs . Les Impériaux s'étant fortifiés
, elle fut obligée de repaffer en France
; l'Empereur l'y fuivit. Montmorenci ,
chargé de l'arrêter avec une armée bien
inférieure , s'étoit déterminé , malgré les
murmures des peuples & les railleries des
courtifans , à facrifier la Provence entiere
au falut du refte de l'Etat . Il avoit mis fon
armée fous Avignon , couverte par le Rhôpar
la Durance . L'Empereur , après
avoir fait quelques tentatives inutiles fur
Arles & fur Marſeille , effaya de faire fortir
Montmorenci de fes retranchemens , &
de l'engager à une bataille ; mais ce Général
fut ferme dans fes principes de reſter
fur la défenfive , & les Impériaux quitterent
la Provence , confumés par la faim ,
par les maladies , par la honte & par le
chagrin .
ne &
L'yvreffe où étoit François I. de fes derniers
fuccès , devoit entraîner néceffairement
l'abus de la victoire , & cela arriva
d'une maniere qui me paroît devoir être
remarquée.
» Les Comtés de Flandre & d'Artois re-
"levoient de tems immémorial de la Fran-
» ce. Charles- Quint en avoit rendu l'homDECEMBRE.
1754. 119
» mage comme fes prédéceffeurs , jufqu'à
» ce qu'on lui en eût cédé la fouveraineté
à Cambray. Ce Prince ayant depuis vio-
» lé ce traité en recommençant la guerre ,
" on prétendit qu'il étoit déchu de tous
» les avantages qu'on lui avoit faits , qu'il
» étoit redevenu vaffal de la Couronne
» que cette qualité le rendoit coupable de
» félonie , & devoit faire confifquer fes
» Fiefs. Ce raifonnement expofé en plein
» Parlement au Roi , aux Princes du Sang ,
» à tous les Pairs du Royaume , par l'Avo-
» cat Général Cappel , dans le mois de
» Janvier 1937 , fit ordonner que l'Empe-
» reur feroit cité fur la frontiere , pour ré-
»pondre lui- même , ou du moins par fes
Députés. Le tems prefcrit pour compa-
» roître s'étant écoulé fans que perfonne
» fe fût préfenté , la Flandre & l'Artois fu-
» rent déclarés réunis à la Couronne.
39
"3
François étoit fans doute affez éclairé
» pour regarder cette procédure comme
» une vaine formalité ; mais cette con-
» viction , loin de le juftifier , comme le
» prétendent fes panégyriftes , le rendoit
» évidemment plus blâmable . Il ne tiroit
qu'une vengeance inutile de l'Empereur ,
» qui par des calomnies femées adroite-
» ment , l'avoient décrié dans toute l'Eu-
"
rope , & il perdoit la réputation de
120 MERCURE DE FRANCE.
générofité qu'il avoit eue jufqu'alors ,
» fans qu'il lui en revînt aucun avantage..
" Cette conduite étoit la preuve que ce
» Prince ne faifoit la guerre qu'à Charles
, tandis que Charles la faifoit à la
» France. Qu'on y prenne garde , & on
» trouvera dans cette obfervation , qui
»pour être nouvelle , n'eft pas moins fondée
, la raifon des avantages que la
» Maifon d'Autriche remporta fur celle de
» France , dès les premiers tems de leur
concurrence . Le Chef de la premiere n'é-
» toit déterminé à agir que par des inté-
" rêt d'Etat , & celui de la feconde n'a-
» voit en vûe ordinairement que des paf-
»fions particulieres. Il portoit ce motif
» petit & bas qui entraîne toujours l'hu-
» miliation ou la ruine des Empires , juf-
» ques dans des événemens qui paroif-
» foient partir d'une politique profonde &
» lumineufe ; tel , par exemple , que l'al-
» liance qu'il contracta avec Soliman.
Dès que ce traité fut conclu , le Grand
Seigneur entra en Hongrie à la tête de cent
mille hommes , & envoya une flotte fur
les côtes de Naples. Ces deux armées eurent
quelques avantages , qui auroient pû
conduire plus loin fi François eût paffé les
Alpes en même tems avec une nombreuſe
armée la lenteur gâta tout. Le Roi , malgré
DECEMBRE . 1754. 121
gré d'affez grands avantages qu'il rempor
ta en Italie où il étoit enfin paffé , quitta
par légereté les armes qu'il avoit prifes par
reffentiment , & conclut une treve de dix
ans avec l'Empereur.
Une fermentation dangereufe qui commençoit
déja à agiter les Pays bas , rendoit
cet accomodement très - important pour
Charles - Quint. Ce Prince fentoit la néceffité
de pafler aux Pays-bas pour appaifer
les troubles : Montmorenci lui fit accorder
ce paffage par la France , à des conditions
que ce Prince ne tint pas. La chûte du
Connétable fuivit une infidélité dont il
avoit été caufe . La difgrace de ce favori
tout puiflant fut- elle un bonheur ou un
malheur pour la France ? le Lecteur en
pourra juger.
" Montmorenci , un des hommes les
plus célébres de fon. fiécle , avoit les
» moeurs auſteres , mais de cette auſtérité
» qui naît plutôt d'un efprit chagrin que
» d'un coeur vertueux . Plus ambitieux de
» dominer que jaloux de plaire , il ne re-
» doutoit pas d'être haï , pourvû qu'il fût
>> craint ; la fierté & de faux principes
qu'il s'étoit faits , lui faifoient regarder
»comme des baffeffes des ménagemens rai-
» fonnables qui lui auroient concilié l'eftime
& l'amour des peuples. L'ordre qu'il
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
établiffoit par tout où il avoit de l'au-
» torité , n'étoit pas précisément de l'or-
» dre , c'étoit de la gêne : on y démêloit
»une certaine pédanterie qui n'eft guere
» moins commune à la Cour & à l'armée
qu'ailleurs , quoiqu'elle y foit infiniment
plus ridicule. Il n'eftimoit & n'a-
» vançoit les hommes qu'à raifon du plus
» ou du moins de reffemblance qu'ils
» avoient avec lui , & il confondoit les
citoyens fans talens avec les citoyens
» qui en avoient d'autres que les fiens ,
Dou qui les avoient autrement que lui.
» Naturellement defpotique , il puniffoit
le crime fans obferver les formalités que
» preferit fagement la loi , & il fe croyoit
» difpenfé de récompenfer les actions uti-
» les à la patrie , fous prétexte qu'elles
» étoient d'obligation . Le furnom de Ca-
» ton de la Cour qu'on lui donna , étoit
» plutôt la cenfure de fes manieres que
l'éloge de fon coeur : il l'avoit fi aigre
» que la religion même n'avoit pû la-
" doucir , & qu'il étoit paffé en proverbe
» de dire : Dien nous garde des patenêtres du
ต
» Connétable. Il eut toute fa vie de fauffes
» idées fur la grandeur ; il la faifoit confifter
à gêner ceax qui l'approchoient , à
" faire éclater fes reffentimens , à éviter les
amuſemens publics , à tenir des difcours
22
DECEMBRE . 1754 123
"3
و ر
fiers & infultans , à outrer les dépenfes
qui étoient purement de fafte. La nature
» lui avoit refufé la connoiffance des hom-
» mes , & à plus forte raifon le talent de
» les former : il ne voyoit pour les gou-
» verner que la crainte ; maniere baffe , qui
" avilit les ames les plus élevées , & qui
» pour un crime qu'elle empêche , étouffe
» le germe de mille vertus. A juger de
» Montmorenci par les places qu'il occu-
» pa , les affaires dont il fut chargé , l'au-
» torité qu'il eut , on croiroit qu'il fut
» très intrigant ou très- habile ; cependant
» il étoit fans manége , & fa capacité étoit
» médiocre : le hazard & fa naiffance con-
» tribuerent beaucoup à fon élévation .
» Comme tous les Miniftres accrédités , il
» voulut fe mêler des finances , & par une
» erreur malheureufement trop commune ,
il crut qu'il fuffifoit d'avoir un caractere
dur pour les bien adminiftrer . On ne le
foupçonna jamais de rien détourner des
» deniers publics ; mais il abufoit de la
» facilité de fes maîtres pour fe faire don-
» ner : forte de malverfation moins crimi-
» nelle peut-être que la premiere , mais
qui n'eft gueres moins odieufe. Toutes
» les négociations dont il fut chargé réuf-
» firent mal : il y portoit de la hauteur ,
» de l'entêtement , de l'aigreur , des idées
"
"
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
» étroites , un goût trop marqué pour le cé-
» témonial. Son talent pour la guerre fe bornoit
prefque à une prudence lente , qui eft
» le plus fouvent la marque d'un efprit froid,
»timide & ftérile : il réuffit quelquefois
» à fe défendre , mais il ne fçut jamais ni
attaquer ni vaincre. Ce qui diftingua le
plus fa vie des vies ordinaires , c'eft la
» maniere dont il foutint les difgraces
qu'il efluya fa fermeté auroit frappé
davantage , fi l'oftentation dont elle étoit
accompagnée n'eût annoncé plus d'or-
» gueil que de vertu .
"
99
:
Cependant on chercha les moyens de
tirer une vengeance füre & éclatante de
l'Empereur ; la guerre lui fut déclarée en
1542. Les François ouvrirent la campagne
par le Rouffillon & les Pays- Bas , où
ils eurent quelques fuccès. M. d'Enguien
gagna en Piémont la bataille de Cerifolesdont
il perdit les fruits , parce qu'on ne
pût pas lui envoyer des fecours. L'Empereur
& le Roi d'Angleterre s'unirent pour
entrer en France en même tems avec une
armée nombreuſe ; la jaloufie & les divifions
de ces deux Princes fauverent le
Royaume : l'Empereur même , par le défaut
des vivres qui lui manquerent par la fage
attention qu'on eut de tout dévafter , ſe
feroit vû réduit à périr ou de fe rendre
DECEMBRE. 1754. 125
prifonnier , fi les intrigues de la Cour n'a
voient avancé la conclufion de la paix qui
fut fignée à Crépy en 1544 , & à laquelle
François I. ne furvêcut pas long-tems.
» Ce Prince joignoit à un goût décidé
» pour tous les exercices du corps , l'adreffe
» néceffaire pour y exceller , & affez de
fanté pour s'y livrer fans rifque. Il n'avoit
pas cet air impofant qui a fait le
plus grand mérite de quelques Souve-
» rains ; mais il régnoit dans toutes les ma
» nieres une franchiſe qui préparoit à l'a-
» mour & qui infpiroit la confiance . Pour
»trouver accès auprès de lui , il n'étoit pas
» néceffaire d'avoir des places , de la ré-
»putation ou de la naiffance ; il fuffifoit
d'être François ou même homme . Sa con-
» verfation réuniffoit les agrémens que
» doivent donner la gaieté , le naturel , la
» vivacité & les connoiflances. Il parloit
"
»
beaucoup ; & quand il auroit été un par-
» ticulier , on n'auroit pas trouvé qu'il
parlât trop. Le defir de la louange qui
rend quelquefois grands les Rois qui
» l'ont , mais qui ne fait le plus fouvent
» qu'avilir ceux qui les entourent , fut une
de fes paffions : fon caractere autoriſe à
penfer qu'il s'en feroit rendu digne , fi
les flateurs ne l'avoient perdu .
n
» Contre l'ordinaire des hommes nés
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
» pour gouverner , qui ne forment prefque'
jamais de projets dont le défaut même
de fuccès ne foit fuivi de quelque avan-
"9
ود
و د
tage , il ne s'occupoit que de ce que les
» événemens avoient d'éclatant : on ne l'amena
jamais à fentir que dans des coups
» d'état la gloire & l'utilité font le plus
»fouvent inféparables . Les partis violens
» qui ne font permis que dans des fitua-
» tions defefpérées , ou quand on fe fent
» affez de force & de génie pour les foute-
» nir , ne lui coutoient rien à prendre : l'efprit
romanefque de fon fiécle & fon imprudence
particuliere l'empêchoient de
» voir les difficultés attachées aux affaires
& celles que fon caractere y ajoûteroit .
"3
Quoiqu'il s'occupât beaucoup du foin.
d'étendre fon autorité , il ne gouverna
jamais lui-même. L'Etat fut fucceffive-
»ment abandonné aux caprices de la Ducheffe
d'Angoulême , aux paffions des
Miniftres , à l'avidité des favoris. Il eut
» une probité d'oftentation qui ne lui
» mettoit pas de manquer de parole à fes
» ennemis des principes vrais & réels ſe
perferoient
étendus jufqu'à fes fujets , &
» l'auroient empêché de les dépouiller de
» droits effentiels fondés fur les conven-
» tions & fur la nature. La jalousie qui eft
auffi ordinaire & plus dangereufe fur le
DECEMBRE.
1754. 127
5
I
thrône que dans les conditions privées
n'effleura pas feulement fon ame : il étoit
»foldat , il fe croyoit Général , & il louoit
fans effort , avec plaifir même , tous ceux
» qui avoient fait à la guerre une action
» de valeur ou d'habileté. Le feu qu'il met-
» toit d'abord dans fes entrepriſes , s'étei-
"gnoit tout- à - coup fans pouvoir être nour-
»ri par le fuccès , ni rallumé par les difgraces.
Il n'étoit donné à ce Prince , fi
»l'on peut parler ainfi , que d'avoir des
» demi-fentimens & de faire des demi -ac-
» tions. Comme il avoit beaucoup d'éléva
» tion & qu'il réfléchiffoit peu , il dédaignoit
l'intrigue & négligeoit trop les ap-
» parences : fon rival moins délicat & plus
appliqué , profita de cette imprudente
» hauteur , pour lui ôter dans l'Europe en-
» tiere une réputation de probité qui lui
» auroit donné des alliés fideles & parmi
» les François même , une réputation d'ha-
» bileté qui auroit affermi leur courage.
La franchife , la fenfibilité , la générofi-
» té , qui ont été dans tous les fiécles la bafe
» des réputations les plus pures , furent la
» ruine de la fienne : la premiere de ces
» vertus lui fit trahir fes fecrets ; la feconde
» ne lui infpira qu'une compaffion ftérile
pour des peuples furchargés qu'il devoit
foulager ; la derniere lui fit prodiguer à
F iiij
728 MERCURE DE FRANCE.
des Courtifans ce qui étoit dû à ceux qui
» fervoient l'Etat . Son adminiftration fut
accompagnée de tous les defordres qui
»deshonorent le regne des Souverains cré-
» dules , vains , inconftans , fans principes ,
» fans expérience , fans connoiffance des
» hommes & fans fermeté.
& politiques de l'Europe , depuis l'élévation
de Charles- Quint au thrône de l'Em-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
pire , jufqu'au traité d'Aix -la - Chapelle en
1748. Par M. l'Abbé Raynal , de la Société
royale de Londres, & de l'Académie royale
des Sciences & Belles - Lettres de Pruffe . A
Amfterdam , chez Ar ' ftée & Merkus ; & le`
vend à Paris , chez Durand , rue S. Jacques
, au Griffon , 1754 .
J'ai donné dans le Mercure dernier l'extrait
du premier volume de mon ouvrage ,
je vais continuer celui du fecond qui tenferme
l'histoire des guerres de Charles-
Quint & de François I , depuis 1521 jufqu'en
1544.
» L'Italie , ce théatre continuel & mal-
» heureux de tant de guerres , en a peu vu
» d'auffi fingulieres par les motifs & d'auffi
furprenantes par les événemens que cel-
» les qu'on va développer. Le lecteur en
» faifira mieux l'efprit , & en fuivra plus
agréablement les détails lorfqu'on l'aura
» fait remonter jufqu'à leurs caufes les plus
éloignées.
و ر
و ر
ور
و ر
Depuis la chute de l'Empire Romain
l'Italie ne s'étoit jamais trouvée dans la fituation
heureufe & brillante où elle étoit
en 1492. Une paix profonde , un commerce
étendu & floriffant , la culture des fciences
& des arts , inconnus ou méprifés ailleurs
, y faifoient regner des moeurs douces ,
aimables & polies . Tranquille , peuplée ,
DECEMBRE . 1754. tor
!
riche & magnifique au - dedans , elle avoit
au- dehors une affez grande confidération .
Cette fituation fi rare étoit particulierement
l'ouvrage de Laurent de Médicis , qui
de fimple citoyen de Florence en devint le
chef& le bienfaiteur. Sa mort fut l'époque
des troubles de l'Italie .
Ludovic Sforce méditoit d'ufurper la
Souveraineté du Milanès fur Jean Galeas
fon neveu ; mais comme il prévoyoit que
le Roi de Naples traverferoit fon projet,
il engagea la France à faire valoir les droits
qu'elle avoit par la Maiſon d'Anjou fur le
Royaume de Naples .
» Charles VIII qui n'avoit ni la péné-
» tration néceffaire pour connoître le bien
»de l'Etat , ni le fentiment qui le fait de-
» viner, & qui confondoit d'ailleurs , com-
" me prefque tous les Souverains , un fond
" méprifable d'inquiétude avec une paf-
» fion très-louable pour la gloire , s'entêta
de la conquête de Naples dès qu'on lui
» en eût fait la premiere ouverture. La né-
» ceffité de peapler fon Royaume que les
» guerres contre les Anglois avoient de-
» vafté , de réformer le gouvernement dont
» les troubles civils venoient d'augmenter
» le defordre , de rétablir les finances épui-
» fées par les bizarreries du dernier régne ,
ne balança pas une réfolution fi dange-
ود
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» reufe . Tout fut rapporté à une entrepriſe
» dont le fuccès même devoit être un mal-
» heur. Le defir de réuffir , tout vif qu'il
» étoit , peut-être même parce qu'il l'étoit ,
» n'éclaira pas fur les moyens.
و ر
ود
ود
Charles commença par gagner Ferdinand
& Maximilien , en leur abandonnant des
pays qui valoient mieux que ce qu'il ſe propofoit
d'acquerir. Il regarda fon triomphe
comme infaillible , lorfqu'il crut s'être affuré
qu'il n'auroit à combattre que des Italiens.
Il eft vrai que quand les différens
Etats de l'Italie n'auroient pas été divifés
entr'eux , ils ne pouvoient oppofer qu'une
foible réfiftance. » Leurs troupes n'étoient
compofées que de gens fans honneur ,
»fans talent & fans aveu , que quelques
Seigneurs qui jouiffoient d'une efpece
d'indépendance dans l'Etat eccléfiaftique
» ou dans d'autres états , raffembloient
»pour le fervice des Puiffances qui en
» avoient befoin . Ces chefs de bande , maî-
» tres abfolus des corps qu'ils avoient formés
, y difpofoient à leur gré de tous les
emplois , & faifoient avec leurs fubalternes
le marché qu'ils vouloient , fans que
l'Etat qui les avoit à ſa ſolde , prît con-
» noiffance de ces conventions. La diffi-
» culté ou la dépenfe des recrûes déter-
ور
"
"
minoit ces aventuriers à n'agir que de
DECEMBRE. 1754. 103
ور
ود
"
» concert ; & quoiqu'ils fuffent dans des
» camps ennemis , ils travailloient plutôt
»à fe faire valoir les uns les autres qu'à
» tenir les engagemens qu'ils avoient con-
» tractés. Un i vil intérêt avoit réduit la
» guerre à n'être qu'une comédie. On ne la
» faifoit jamais que de jour , & l'artillerie
»même fe taifoit pendant la nuit , pour
» que le repos du foldat ne fût pas troublé.
» Dans les occafions même qui font les
plus vives , il n'y avoit gueres de fang
» répandu que par inadvertance , & les
» combattans ne cherchoient réciproque-
» ment qu'à faire des prifonniers dont la
» rançon pût les enrichir. Machiavel nous
a laiffé le récit exact & détaillé des deux
plus mémorables actions de fon fiècle ,
celle d'Anghiari & celle de Caftracaro.
On y voit des aîles droites & gauches
» renversées & victorieufes , un centre
» enfoncé , le champ de bataille perdu &
regagné plufieurs fois . Ces defcriptions
>> annoncent un carnagel horrible ; il n'y
eut cependant ni mort ni bleffé dans le
premier combat , & dans le fecond il
» ne périt qu'un feul homme d'armes qui
» fut foulé par les chevaux .
ود
Charles ne trouva aucun obftacle dans
fa marche ; il fe vit maître du Royaume
de Naples fans avoir tiré l'épée , & en
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
moins de tems qu'il n'en auroit fallu pour
le parcourir. Mais la facilité & l'éclat de
cette conquête ne firent qu'aigrir la jaloufie
des autres Puiffances . Le Pape , l'Empereur
, le Roi d'Efpagne , les Vénitiens
& les Milanois s'unirent pour dépouiller
Charles qui , effrayé de cette ligue , laiffa
une partie de fes troupes pour défendre fa
conquête , & reprit la route de fes Etats
avec le refte .
Cette retraite enhardit le Roi déthrôné ,
qui vint avec des fecours confidérables
pour chaffer les François de fes Etats ; les
conquerans fe défendirent long - tems avec
affez de bonheur , mais ils furent enfin
obligés de céder & d'abandonner les places
dont ils étoient les maîtres , & il ne
refta à la France que la honte d'avoir formé
une entrepriſe confidérable fans fin déterminée
, ou fans moyens pour y parvenir .
Les mauvais fuccès de Charles VIII ne
rebuterent point fon fucceffeur. Louis XII
fut à peine parvenu au thrône qu'il tourna
fes vûes vers le Milanès fur lequel il avoit
quelques droits ; la conquête en auroit été
difficile , s'il n'avoit été fécondé par les
Vénitiens. Le Milanès ne pouvoit pas réfifter
à ces forces réunies , & il fut fubjugué
en quinze jours. Louis ne bornoit pas
fon ambition à cette conquête , il convint
DECEMBRE . 1754. 105
avec les Espagnols d'attaquer à frais communs
le Royaume de Naples & de le partager
après la victoire. Fréderic ne fit qu'u
ne très-foible réfiftance ; mais les vainqueurs
n'eurent pas plutôt accablé l'ennemi
commun , qu'ils devinrent irréconciliables.
Cette divifion eut des fuites funeftes
aux François ; les avantages qu'avoient fur
eux les Eſpagnols affurerent, après bien des
combats & des négociations , Naples à Ferdinand
, fans que Louis , que les événemens
n'éclairoient jamais , apprît à connoître
les hommes , ni même à fe défier
de fon rival . Un aveuglement fi extraordinaire
le précipita bientôt dans de nouveaux
malheurs à l'occafion que nous allons rapporter.
» La République de Venife jettoit en
1508 un éclat qu'elle n'avoit pas eu au-
» paravant , & qu'elle n'a pas eu depuis.
» Sa domination s'étendoit fur les ifles de
Chypre & de Candie , fur les meilleurs
» ports du Royaume de Naples , fur les pla-
» ces maritimes de la Romagne & fur la
partie du Milanès qui fe trouvoit à ſa
» bienféance. Des poffeffions fi fort éloignées
les unes des autres étoient en quel-
» que maniere réunies par les flottes nom-
»breufes & bien équippées de cette Puiffance
, la feule qui en eût alors. Les dé-
"
"
23
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
penfes qu'exigeoient ces armemens confidérables
ne l'épuifoient pas ; & fon
» commerce qui embraffoit tout le monde
» connu , la mettoit encore en état d'avoir
beaucoup de troupes de terre & de les
» mieux payer que les autres nations. Ces
forces n'étoient ni les feules ni même
les plus grandes reffources de l'Etat : il
pouvoit compter fur l'affection des fujets.
qui trouvoient un avantage fenfible à vi-
» vre fous un gouvernement qui entrete-
» noit l'abondance au - dedans , & qui paf-
» foit au- dehors pour le plus fage & le plus
profond de tous les gouvernemens.
99
39
"
و ر
» Pour fe maintenir dans cette pofition
» brillante , Venife travailloit fans relâche
» à mettre les forces de fes voifins dans un
tel équilibre , qu'elle pût rendre toujours
» fupérieur le parti qu'il lui conviendroit
d'embraffer. Le defir d'établir cette ba-
» lance de pouvoir , la chimere de tant de
» celebres politiques , l'empêchoit d'être fi-
» dele à fes alliances les plus folemnelles ,
» & de refpecter les droits les plus évidens
» des autres Souverains . Ses amis fatigués
" par fes défiances , & fes ennemis aigris
» par fes hauteurs , prirent peu à peu pour
» elle les mêmes fentimens . Comme cette
difpofition ne pouvoit pas être long - tems
» fecrette , on ne tarda pas à fe faire réci- '
"
DECEMBRE. 1754. 107
proquement confidence de fon averfion ,
» & cette confidence aboutit à une confpiration
générale contre la République .
L'hiftoire ne fournit gueres que le congrès
de Cambrai où plufieurs Puiffances fe
foient réunies contre une Puiffance moins
confidérable que chacune d'elles . Cette fameufe
ligue étoit compofée du Pape , du
Roi Catholique , de l'Empereur & de Louis
XII. Le Roi de France toujours fidele à
fes engagemens , entra en 1509 fur le territoire
de la République dans le tems dont
on étoit convenu , & avec les forces qu'il
devoit fournir. Il gagna par l'imprudence
du Général Vénitien qu'on lui oppofa , une
bataille complette , qui mit Venife à deux
doigts de fa perte .
La divifion des Princes confédérés fauva
la République. Louis vit tourner contre
lui les forces de la ligue , celles des
Suiffes & du Roi d'Angleterre. Malgré les
efforts réunis de tant d'ennemis , les François
fe foutinrent en Italie par des fuccès
tous les jours plus éclatans , jufqu'à la mort
du Duc de Nemours , qui fe fit tuer en foldat
à la bataille de Ravenne , qu'il avoit
gagnée en Général . Les vainqueurs déconcertés
par la mort de leur chef , s'affoibliffant
tous les jours par les divifions , les
maladies & les défertions , furent obligés
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
d'aller défendre le Milanès ; mais trop foibles
pour s'y maintenir , ils en furent chaf
fés par les Suiffes en 1512. Louis ne perdit
pas courage , il vint à bout d'amèner
les Venitiens à fon alliance, & de recouvrer
ce qu'il avoit perdu au - delà des Alpes .
» Cette conquête fut facile. Les Milanois
qui jufqu'alors avoient regardé les
François comme des Tyrans , les reçu-
» rent comme leurs libérateurs : ce qu'ils
éprouvoient de Sforce & fur-tout des
» Suiffes depuis la révolution , leur avoit
appris que l'orgueil , l'injuftice & le mépris
des loix & des bienféances étoient
" moins les vices d'une nation en particu-
» lier que de la profpérité en général . Ces
» réflexions les avoient conduits au paral-
» lele de leurs anciens & de leurs nou-
» veaux maîtres ; & ils avoient jugé que
33
ceux qui rachetoient les défauts des con-
» querans par la bonté de leur coeur & la
»facilité de leurs moeurs , devoient être
" préférés à ceux qui n'offroient pas les
"mêmes compenfations . » Malgré ces difpofitions
favorables , les François furent
encore chaffés de leur conquête.
François I fuivit les vûes de fon prédéceffeur
avec la même vivacité que fi elles
euffent été fes propres vûes. Il entra en
Italie , dont les Suiffes gardoient le paffaDECEMBRE
. 1754 109
ge ,
& gagna contr'eux la célebre bataille
de Marignan , qui lui ouvrit la conquête
du Milanès , où les François furent tranquilles
jufqu'en 1521 .
La guerre que commencerent alors à ſe
faire Charles- Quint & François I , fut vive
, fur- tout en Italie . Le Pape & l'Empereur
s'unirent pour chaffer les François du
Milanès dont ils étoient reftés les maîtres.
Lautrec qui y commandoit, fçavoit la guerre
, mais il n'avoit aucun talent pour le
gouvernement. On le trouvoit généralement
haut , fier & dédaigneux . Ses vices
& la dureté de fon adminiftration le rendirent
odieux aux Milanois , qui chercherent
à fortir de l'oppreffion . Lautrec qui
vit les fuites de cette fermentation , demanda
des fecours à la France , mais il nefut pas
affez fort pour fe défendre contre les confédérés
qui le chafferent du Milanès . Une
bataille que ce Général perdit enfuite
acheva la ruine des François en Italie.
François I ne fut point découragé. Il
vit toute l'Europe fe liguer contre lui fans
que cela changeât rien à fes projets. Il ne
réfléchiffoit pas affez pour voir le péril , &
avoit d'ailleurs trop de courage pour le
craindre. Il fe difpofoit à paffer les Alpes
avec une armée redoutable , lorfque la
confpiration du Connétable de Bourbon
116 MERCURE DE FRANCE.
l'arrêta dans fes Etats . Il chargea Bonnivet
de la conquête du Milanès .
33
» Profper Colonne fut le Général que
» la ligue lui oppofa . Cet Italien qui paſſa
» pour un des plus grands Capitaines
» de fon fiécle , faifoit la guerre avec
» moins d'éclat que de fageffe , & avoit
" pour maxime de ne rien abandonner à la
» fortune , même dans les cas les plus pref-
» fans. Il combinoit extrêmement toutes
fes démarches , & dans la crainte de les
déranger , il laiffoit échapper fouvent
» des occafions décifives que la négligence
» ou la foibleffe de l'ennemi lui préfen-
» toient . Sa maniere de faire la guerre
» étoit bonne en général , mais elle avoit
» le défaut d'être toujours la même ; il
ignoroit l'art de varier fes principes fui-
» vant les lieux , les tems , & les circonf
» tances. Il fut lent fans être irréfolu , &
» s'il manqua de l'activité néceffaire pour
fatiguer ou pour furprendre l'ennemi ,
" il fut affez vigilant pour n'être jamais
furpris . Le brillant & la gloire des ba-
» tailles ne le tentoient point , même dans
» fa jeuneffe ; fon ambition dans tous les
» âges fut de défendre ou de conquérir
n
33
des provinces fans répandre de fang.
» Exempt de l'inquiétude qu'on remarque
» dans la plupart des Généraux , il attenDECEMBRE.
1754.
»doit fans impatience le fruit de fes ma-
» noeuvres , & un fuccès , pour venir len-
» tement , n'en étoit pas moins un fuccès
» pour lui. Si la politique qui le porta à
» changer fi fouvent de parti le décria du
côté de la probité , elle lui donna la connoiffance
du génie militaire de plufieurs
» peuples , une autorité fuffifante pour les
» conduire , & l'adreffe néceffaire pour les
23
» accorder.
La moindre partie de ces talens eût fuffi
pour fermer l'entrée de l'Italie à Bonnivet
, vif, imprudent , préfomptueux &
inappliqué. Ce Général fit prefque autant
de fautes que de pas. Les François qui
avoient le pays contr'eux , un Général
qu'ils n'eftimoient pas , un ennemi qui
devenoit tous les jours plus fort , & à qui
on faifoit faire une guerre lente & à l'Italienne
, fe découragerent . Bonnivet qui
avoit formé un blocus devant Milan , fut
obligé de fe retirer. La mort de Colonne
ne rétablit pas les affaires des François .
L'Amiral voyant fon armée ruinée par les
défertions , ne fongea plus qu'à en ramener
les débris en France. Le Connétable de
Bourbon le pourfuivit dans fa retraite , &
entra en France avec une armée Espagnole :
il ne réuffit pas , & il fut forcé de regagner
F'Italie . Les François l'y fuivirent , & vin
rent affiéger Pavie.
112 MERCURE DE FRANCE.
"
» Antoine de Leve qui y commandoit ,
» avoit autant de génie que de valeur , &
» plus d'expérience encore que d'activité .
Né dans un état obfcur & d'abord fim-
» ple foldat , il étoit parvenu au com-
» mandement par d'utiles découvertes , &
» une fuite d'actions , la plûpart hardies &
toutes heureuſes . Un extérieur bas , igno-
"
ble même , ne lui ôtoit rien de l'auto-
» rité qu'il devoit avoir , parce qu'il avoit
»le talent de la parole , & une audace
» noble à laquelle les hommes ne réſiſ-
»tent pas. Ce qu'il y avoit d'inquiet ,
» d'auftere , & d'un peu barbare dans fon
» caractere , étoit corrigé ou adouci , fe-
» lon les occafions , par fon ambition , qui
» étoit vive , forte & éclairée. Il ne con-
»noiffoit de la religion & de la probité
» que les apparences. Sa fortune & la vo-
» lonté ou les intérêts du Prince , étoient
pour lui la fuprême loi .
Les efforts des François pour prendre
cette place étoient inutiles : l'armée diminuoit
tous les jours par le feu continuel de
la place , les maladies , les défertions , les
rigueurs de la faiſon , & le défaut des vivres
. Malgré tant de raiſons d'abandonner
le fiége , François s'y opiniâtra . Il ne
pouvoit pas fe réfoudre à abandonner une
entreprife qui lui avoit déja beaucoup cou
1
DECEMBRE. 1754 II
té, qui fixoit depuis long- tems l'attention
de toute l'Europe , & qu'il croyoit devoir
décider de fa réputation . Cette opiniâtreté
lui fut funefte. Il fut vaincu à Pavie , & fait
prifonnier.
Ce Prince étoit d'un caractere trop vif
& trop impatient pour foutenir fes malheurs
avec fermeté. Il fuccomba autant fous
le poids de fa foibleffe que fous celui de fes
revers , & il fut attaqué d'une maladie dangereufe.
Sorti de fa prifon après fa guérifon
, ilil recommença la guerre.
Il conclut un traité avec le Pape , les
Vénitiens & le Duc de Milan ; mais cette
ligue , dont le but étoit de rendre la li
berté aux Enfans de France qui étoient
reftés en ôtage à Madrid , d'affermir Sforce
dans fes Etats , & de remettre l'Italie entiere
dans la fituation où elle étoit avant
la guerre , n'eut qu'une iffue funcfte. Le
Duc d'Urbin qui commandoit les troupes
des confédérés , ruina les affaires
fes
fautes & fes incertitudes .
par
» Ce Général étoit lent & irréfolu :
» il voyoit toujours tant de raifons d'a-
" gir , & de n'agir pas , qu'il paffoit à difcuter
le tems qu'il auroit dû employer à
» combattre. Son imagination qui fe frappoit
aifément , groffiffoit toujours à fes
" yeux les forces de l'ennemi , & dimi-
"
114 MERCURE DE FRANCE.
» nuoit le nombre de fes propres troupes.
Il avoit le défaut ordinaire aux
» hommes timides , d'ôter le courage à fes
>> foldats en ne leur en croyant point , &
» d'enfer celui de l'ennemi en lui en fup-
» pofant trop. Les avantages qu'il avoit
" pour attaquer , & ceux que lui procu-
» reroit la victoire ne fe préfentoient ja-
» mais à lui : fon efprit ne voyoit que les
» hazards d'une action & les fuites d'une
» défaite. Tout , jufqu'à la réputation qu'il
ور
avoit de fçavoir fupérieurement la guer-
» re , nuifit à la caufe qu'il défendoit : fes
» maîtres éblouis par l'éclat de fon nom ,
approuvoient aveuglément toutes les dé-
» marches ; & les fubalternes accablés par
le poids de fon autorité , n'ofoient être
» d'un avis différent du fien , ou craignoient
de le foutenir.
Avec le caractere que nous venons
de tracer , il n'étoit pas poffible de rien
faire qui exigeât un peu de hardieffe ou
d'activité. Bourbon s'étant foutenu quelque
tems avec fort peu de troupes & fans
argeht , reçut enfin d'Allemagne des fecours
confidérables , avec lefquels il alla
faire le fiége de Rome , & y périt ; mais la
ville fut prife & abandonnée pendant plufieurs
mois à la licence & la cruauté du
foldat.
DECEMBRE. 1754 115
DE
lé n
C3
Ce fut l'occafion d'une nouvelle ligue
.contre l'Empereur , compofée des Rois de
France & d'Angleterre , des Vénitiens &
des Florentins , des Ducs de Milan & de
Ferrare , & du Marquis de Mantoue. Lautrec
commanda leurs forces réunies : il paffa
les Alpes à la tête d'une belle armée , &
s'en fervit pour réduire la plus grande partie
du Milanès fous les loix de Sforce ; fes
opérations furent vives , fages & fçavanres.
Il marcha enfuite à Naples pour en
faire le fiége ; il fut long , difficile , meurtrier
, & donna occafion à un événement
qui eut des fuites importantes.
33
و د
» André Doria , le plus grand homme
»de mer de fon fiécle , étoit entré au fer-
» vice de François I. & y avoit apporté la
hauteur , le courage & les moeurs d'un
Républicain. Les Miniftres accoutumés
» aux déférences & aux baffeffes des cour-
» tifans , conçurent aifément de la haine
contre un étranger qui ne vouloit recevoir
des ordres que du Roi . Comme l'ha-
» bitude de dépendre d'eux n'étoit pas en-
" core bien formée parmi les Grands , ils
craignirent qu'un exemple comme celui-
» là ne retardât les progrès de la fervitude.
générale qu'ils introduifoient avec fuc-
» cès dans le Royaume. Pour prévenir le
péril qui menaçoit leur autorité naiffan
"
"
23
116 MERCURE DE FRANCE.
te , ils confpirerent la perte d'un homme
dont ils n'étoient devenus ennemis
» que parce qu'il n'avoit pas voulu être
leur efclave. On ne pouvoit y parvenir
qu'en dégoûtant le Roi de lui , ou en le
» dégoûtant du Roi. Ces deux moyens fe
prêtant de la force l'un à l'autre , ils ne
» furent pas féparés . Doria fe vit infenfiblement
négligé , oublié , inſulté mê-
ม
» me .
D'autres injuftices ayant augmenté le
mécontentement de Doria , il alla porter
aux Impériaux fon crédit , fes confeils , fa
réputation & fon expérience , & parut
bientôt devant Naples pour la fecourir.
Ce contre- tems acheva d'abbattre Lautrec ,
qui luttoit depuis long-tems contre l'ennemi
, la pefte , la mifere & la famine.
Il mourut en déteftant les mauvais citoyens
dont l'Etat , l'armée & lui étoient les victimes.
Le Marquis de Saluces qui remplaça
Lautrec , manquoit de vûes , d'audace
& d'activité : il fe retira de devant
Naples , fe laiffa battre , & fut lui -même
prifonnier.
L'armée des confédérés qui étoit en
Lombardie , fut détruite peu de tems après
par Antoine de Leve. Cet événement avança
les négociations pour la paix , qui étoient
commencées , mais qui languiffoient ; la
DECEMBRE. 1754. 117
STA
paix fut faite à Cambray. L'Empereur ne
tarda pas à former le plan d'une ligue contre
le Roi de France , qui de fon côté ne
négligeoit rien pour fufciter des ennemis à
fon rival. Un événement fingulier prépara
le dénoument de ces intrigues.
Un Gentilhomme Milanois , nommé
Merveille , qui vivoit ordinairement en
France , étoit retourné dans fa patrie fous
prétexte de quelques affaires particulieres ;
mais en effet pour cimenter l'union qui
commençoit à fe former entre Sforce &
François I. Le fecret perça ; l'Empereur fut
inftruit de cette intelligence : le Duc de
Milan qui redoutoit fon reffentiment ,
chercha tous les moyens imaginables de
l'appaifer. Le hazard ou fon imprudence
lui en fournirent un affreux . Quelques domeftiques
de Merveille ayant tué dans une
querelle un Milanois , l'Agent de France
fut arrêté & décapité . Cet attentat , un
des plus crians que l'hiftoire fourniffe contre
le droit des gens , fit fur l'efprit de
François I. toute l'impreffion qu'il y devoit
faire ; mais il en différa la
vengeance , &
il attendit l'inftant que Charles Quint allât
porter la guerre en Afrique contre le Pirate
Barberouffe pour fatisfaire fon reffentiment
, réparer fa gloire , humilier Sforce ,
& recouvrer le Milanès, Il envoya par la
118 MERCURE DE FRANCE.
Savoye une armée nombreufe , qui débuta
par les plus brillans fuccès , & refta toutà-
coup dans une inaction dont on connoît
peu les motifs . Les Impériaux s'étant fortifiés
, elle fut obligée de repaffer en France
; l'Empereur l'y fuivit. Montmorenci ,
chargé de l'arrêter avec une armée bien
inférieure , s'étoit déterminé , malgré les
murmures des peuples & les railleries des
courtifans , à facrifier la Provence entiere
au falut du refte de l'Etat . Il avoit mis fon
armée fous Avignon , couverte par le Rhôpar
la Durance . L'Empereur , après
avoir fait quelques tentatives inutiles fur
Arles & fur Marſeille , effaya de faire fortir
Montmorenci de fes retranchemens , &
de l'engager à une bataille ; mais ce Général
fut ferme dans fes principes de reſter
fur la défenfive , & les Impériaux quitterent
la Provence , confumés par la faim ,
par les maladies , par la honte & par le
chagrin .
ne &
L'yvreffe où étoit François I. de fes derniers
fuccès , devoit entraîner néceffairement
l'abus de la victoire , & cela arriva
d'une maniere qui me paroît devoir être
remarquée.
» Les Comtés de Flandre & d'Artois re-
"levoient de tems immémorial de la Fran-
» ce. Charles- Quint en avoit rendu l'homDECEMBRE.
1754. 119
» mage comme fes prédéceffeurs , jufqu'à
» ce qu'on lui en eût cédé la fouveraineté
à Cambray. Ce Prince ayant depuis vio-
» lé ce traité en recommençant la guerre ,
" on prétendit qu'il étoit déchu de tous
» les avantages qu'on lui avoit faits , qu'il
» étoit redevenu vaffal de la Couronne
» que cette qualité le rendoit coupable de
» félonie , & devoit faire confifquer fes
» Fiefs. Ce raifonnement expofé en plein
» Parlement au Roi , aux Princes du Sang ,
» à tous les Pairs du Royaume , par l'Avo-
» cat Général Cappel , dans le mois de
» Janvier 1937 , fit ordonner que l'Empe-
» reur feroit cité fur la frontiere , pour ré-
»pondre lui- même , ou du moins par fes
Députés. Le tems prefcrit pour compa-
» roître s'étant écoulé fans que perfonne
» fe fût préfenté , la Flandre & l'Artois fu-
» rent déclarés réunis à la Couronne.
39
"3
François étoit fans doute affez éclairé
» pour regarder cette procédure comme
» une vaine formalité ; mais cette con-
» viction , loin de le juftifier , comme le
» prétendent fes panégyriftes , le rendoit
» évidemment plus blâmable . Il ne tiroit
qu'une vengeance inutile de l'Empereur ,
» qui par des calomnies femées adroite-
» ment , l'avoient décrié dans toute l'Eu-
"
rope , & il perdoit la réputation de
120 MERCURE DE FRANCE.
générofité qu'il avoit eue jufqu'alors ,
» fans qu'il lui en revînt aucun avantage..
" Cette conduite étoit la preuve que ce
» Prince ne faifoit la guerre qu'à Charles
, tandis que Charles la faifoit à la
» France. Qu'on y prenne garde , & on
» trouvera dans cette obfervation , qui
»pour être nouvelle , n'eft pas moins fondée
, la raifon des avantages que la
» Maifon d'Autriche remporta fur celle de
» France , dès les premiers tems de leur
concurrence . Le Chef de la premiere n'é-
» toit déterminé à agir que par des inté-
" rêt d'Etat , & celui de la feconde n'a-
» voit en vûe ordinairement que des paf-
»fions particulieres. Il portoit ce motif
» petit & bas qui entraîne toujours l'hu-
» miliation ou la ruine des Empires , juf-
» ques dans des événemens qui paroif-
» foient partir d'une politique profonde &
» lumineufe ; tel , par exemple , que l'al-
» liance qu'il contracta avec Soliman.
Dès que ce traité fut conclu , le Grand
Seigneur entra en Hongrie à la tête de cent
mille hommes , & envoya une flotte fur
les côtes de Naples. Ces deux armées eurent
quelques avantages , qui auroient pû
conduire plus loin fi François eût paffé les
Alpes en même tems avec une nombreuſe
armée la lenteur gâta tout. Le Roi , malgré
DECEMBRE . 1754. 121
gré d'affez grands avantages qu'il rempor
ta en Italie où il étoit enfin paffé , quitta
par légereté les armes qu'il avoit prifes par
reffentiment , & conclut une treve de dix
ans avec l'Empereur.
Une fermentation dangereufe qui commençoit
déja à agiter les Pays bas , rendoit
cet accomodement très - important pour
Charles - Quint. Ce Prince fentoit la néceffité
de pafler aux Pays-bas pour appaifer
les troubles : Montmorenci lui fit accorder
ce paffage par la France , à des conditions
que ce Prince ne tint pas. La chûte du
Connétable fuivit une infidélité dont il
avoit été caufe . La difgrace de ce favori
tout puiflant fut- elle un bonheur ou un
malheur pour la France ? le Lecteur en
pourra juger.
" Montmorenci , un des hommes les
plus célébres de fon. fiécle , avoit les
» moeurs auſteres , mais de cette auſtérité
» qui naît plutôt d'un efprit chagrin que
» d'un coeur vertueux . Plus ambitieux de
» dominer que jaloux de plaire , il ne re-
» doutoit pas d'être haï , pourvû qu'il fût
>> craint ; la fierté & de faux principes
qu'il s'étoit faits , lui faifoient regarder
»comme des baffeffes des ménagemens rai-
» fonnables qui lui auroient concilié l'eftime
& l'amour des peuples. L'ordre qu'il
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
établiffoit par tout où il avoit de l'au-
» torité , n'étoit pas précisément de l'or-
» dre , c'étoit de la gêne : on y démêloit
»une certaine pédanterie qui n'eft guere
» moins commune à la Cour & à l'armée
qu'ailleurs , quoiqu'elle y foit infiniment
plus ridicule. Il n'eftimoit & n'a-
» vançoit les hommes qu'à raifon du plus
» ou du moins de reffemblance qu'ils
» avoient avec lui , & il confondoit les
citoyens fans talens avec les citoyens
» qui en avoient d'autres que les fiens ,
Dou qui les avoient autrement que lui.
» Naturellement defpotique , il puniffoit
le crime fans obferver les formalités que
» preferit fagement la loi , & il fe croyoit
» difpenfé de récompenfer les actions uti-
» les à la patrie , fous prétexte qu'elles
» étoient d'obligation . Le furnom de Ca-
» ton de la Cour qu'on lui donna , étoit
» plutôt la cenfure de fes manieres que
l'éloge de fon coeur : il l'avoit fi aigre
» que la religion même n'avoit pû la-
" doucir , & qu'il étoit paffé en proverbe
» de dire : Dien nous garde des patenêtres du
ต
» Connétable. Il eut toute fa vie de fauffes
» idées fur la grandeur ; il la faifoit confifter
à gêner ceax qui l'approchoient , à
" faire éclater fes reffentimens , à éviter les
amuſemens publics , à tenir des difcours
22
DECEMBRE . 1754 123
"3
و ر
fiers & infultans , à outrer les dépenfes
qui étoient purement de fafte. La nature
» lui avoit refufé la connoiffance des hom-
» mes , & à plus forte raifon le talent de
» les former : il ne voyoit pour les gou-
» verner que la crainte ; maniere baffe , qui
" avilit les ames les plus élevées , & qui
» pour un crime qu'elle empêche , étouffe
» le germe de mille vertus. A juger de
» Montmorenci par les places qu'il occu-
» pa , les affaires dont il fut chargé , l'au-
» torité qu'il eut , on croiroit qu'il fut
» très intrigant ou très- habile ; cependant
» il étoit fans manége , & fa capacité étoit
» médiocre : le hazard & fa naiffance con-
» tribuerent beaucoup à fon élévation .
» Comme tous les Miniftres accrédités , il
» voulut fe mêler des finances , & par une
» erreur malheureufement trop commune ,
il crut qu'il fuffifoit d'avoir un caractere
dur pour les bien adminiftrer . On ne le
foupçonna jamais de rien détourner des
» deniers publics ; mais il abufoit de la
» facilité de fes maîtres pour fe faire don-
» ner : forte de malverfation moins crimi-
» nelle peut-être que la premiere , mais
qui n'eft gueres moins odieufe. Toutes
» les négociations dont il fut chargé réuf-
» firent mal : il y portoit de la hauteur ,
» de l'entêtement , de l'aigreur , des idées
"
"
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
» étroites , un goût trop marqué pour le cé-
» témonial. Son talent pour la guerre fe bornoit
prefque à une prudence lente , qui eft
» le plus fouvent la marque d'un efprit froid,
»timide & ftérile : il réuffit quelquefois
» à fe défendre , mais il ne fçut jamais ni
attaquer ni vaincre. Ce qui diftingua le
plus fa vie des vies ordinaires , c'eft la
» maniere dont il foutint les difgraces
qu'il efluya fa fermeté auroit frappé
davantage , fi l'oftentation dont elle étoit
accompagnée n'eût annoncé plus d'or-
» gueil que de vertu .
"
99
:
Cependant on chercha les moyens de
tirer une vengeance füre & éclatante de
l'Empereur ; la guerre lui fut déclarée en
1542. Les François ouvrirent la campagne
par le Rouffillon & les Pays- Bas , où
ils eurent quelques fuccès. M. d'Enguien
gagna en Piémont la bataille de Cerifolesdont
il perdit les fruits , parce qu'on ne
pût pas lui envoyer des fecours. L'Empereur
& le Roi d'Angleterre s'unirent pour
entrer en France en même tems avec une
armée nombreuſe ; la jaloufie & les divifions
de ces deux Princes fauverent le
Royaume : l'Empereur même , par le défaut
des vivres qui lui manquerent par la fage
attention qu'on eut de tout dévafter , ſe
feroit vû réduit à périr ou de fe rendre
DECEMBRE. 1754. 125
prifonnier , fi les intrigues de la Cour n'a
voient avancé la conclufion de la paix qui
fut fignée à Crépy en 1544 , & à laquelle
François I. ne furvêcut pas long-tems.
» Ce Prince joignoit à un goût décidé
» pour tous les exercices du corps , l'adreffe
» néceffaire pour y exceller , & affez de
fanté pour s'y livrer fans rifque. Il n'avoit
pas cet air impofant qui a fait le
plus grand mérite de quelques Souve-
» rains ; mais il régnoit dans toutes les ma
» nieres une franchiſe qui préparoit à l'a-
» mour & qui infpiroit la confiance . Pour
»trouver accès auprès de lui , il n'étoit pas
» néceffaire d'avoir des places , de la ré-
»putation ou de la naiffance ; il fuffifoit
d'être François ou même homme . Sa con-
» verfation réuniffoit les agrémens que
» doivent donner la gaieté , le naturel , la
» vivacité & les connoiflances. Il parloit
"
»
beaucoup ; & quand il auroit été un par-
» ticulier , on n'auroit pas trouvé qu'il
parlât trop. Le defir de la louange qui
rend quelquefois grands les Rois qui
» l'ont , mais qui ne fait le plus fouvent
» qu'avilir ceux qui les entourent , fut une
de fes paffions : fon caractere autoriſe à
penfer qu'il s'en feroit rendu digne , fi
les flateurs ne l'avoient perdu .
n
» Contre l'ordinaire des hommes nés
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
» pour gouverner , qui ne forment prefque'
jamais de projets dont le défaut même
de fuccès ne foit fuivi de quelque avan-
"9
ود
و د
tage , il ne s'occupoit que de ce que les
» événemens avoient d'éclatant : on ne l'amena
jamais à fentir que dans des coups
» d'état la gloire & l'utilité font le plus
»fouvent inféparables . Les partis violens
» qui ne font permis que dans des fitua-
» tions defefpérées , ou quand on fe fent
» affez de force & de génie pour les foute-
» nir , ne lui coutoient rien à prendre : l'efprit
romanefque de fon fiécle & fon imprudence
particuliere l'empêchoient de
» voir les difficultés attachées aux affaires
& celles que fon caractere y ajoûteroit .
"3
Quoiqu'il s'occupât beaucoup du foin.
d'étendre fon autorité , il ne gouverna
jamais lui-même. L'Etat fut fucceffive-
»ment abandonné aux caprices de la Ducheffe
d'Angoulême , aux paffions des
Miniftres , à l'avidité des favoris. Il eut
» une probité d'oftentation qui ne lui
» mettoit pas de manquer de parole à fes
» ennemis des principes vrais & réels ſe
perferoient
étendus jufqu'à fes fujets , &
» l'auroient empêché de les dépouiller de
» droits effentiels fondés fur les conven-
» tions & fur la nature. La jalousie qui eft
auffi ordinaire & plus dangereufe fur le
DECEMBRE.
1754. 127
5
I
thrône que dans les conditions privées
n'effleura pas feulement fon ame : il étoit
»foldat , il fe croyoit Général , & il louoit
fans effort , avec plaifir même , tous ceux
» qui avoient fait à la guerre une action
» de valeur ou d'habileté. Le feu qu'il met-
» toit d'abord dans fes entrepriſes , s'étei-
"gnoit tout- à - coup fans pouvoir être nour-
»ri par le fuccès , ni rallumé par les difgraces.
Il n'étoit donné à ce Prince , fi
»l'on peut parler ainfi , que d'avoir des
» demi-fentimens & de faire des demi -ac-
» tions. Comme il avoit beaucoup d'éléva
» tion & qu'il réfléchiffoit peu , il dédaignoit
l'intrigue & négligeoit trop les ap-
» parences : fon rival moins délicat & plus
appliqué , profita de cette imprudente
» hauteur , pour lui ôter dans l'Europe en-
» tiere une réputation de probité qui lui
» auroit donné des alliés fideles & parmi
» les François même , une réputation d'ha-
» bileté qui auroit affermi leur courage.
La franchife , la fenfibilité , la générofi-
» té , qui ont été dans tous les fiécles la bafe
» des réputations les plus pures , furent la
» ruine de la fienne : la premiere de ces
» vertus lui fit trahir fes fecrets ; la feconde
» ne lui infpira qu'une compaffion ftérile
pour des peuples furchargés qu'il devoit
foulager ; la derniere lui fit prodiguer à
F iiij
728 MERCURE DE FRANCE.
des Courtifans ce qui étoit dû à ceux qui
» fervoient l'Etat . Son adminiftration fut
accompagnée de tous les defordres qui
»deshonorent le regne des Souverains cré-
» dules , vains , inconftans , fans principes ,
» fans expérience , fans connoiffance des
» hommes & fans fermeté.
Fermer
Résumé : « MEMOIRES historiques, militaires & politiques de l'Europe, depuis l'élévation [...] »
Les 'Mémoires historiques, militaires et politiques de l'Europe' de l'abbé Raynal couvrent la période de 1519 à 1748, avec un focus sur les guerres entre Charles Quint et François Ier de 1521 à 1544. L'Italie, prospère en 1492 grâce à Laurent de Médicis, connut des troubles après sa mort. Ludovic Sforza, duc de Milan, incita Charles VIII de France à revendiquer le royaume de Naples. Charles VIII, motivé par la gloire et la nécessité de repeupler son royaume, entreprit cette conquête sans préparation adéquate et s'allia avec Ferdinand et Maximilien. L'Italie, divisée, ne put offrir une résistance efficace. Charles VIII conquit Naples sans combat, mais une coalition le força à se retirer. Louis XII, successeur de Charles VIII, conquit le Milanais avec l'aide des Vénitiens, mais des divisions internes et des rivalités avec les Espagnols lui firent perdre Naples. La République de Venise, puissante et prospère, chercha à maintenir un équilibre de pouvoir en Italie. Une coalition formée par le Pape, le Roi Catholique, l'Empereur et Louis XII attaqua Venise. Louis XII remporta une bataille décisive, mais des divisions internes et des maladies affaiblirent les forces françaises. Venise récupéra ses territoires grâce à l'alliance avec Louis XII. François Ier poursuivit les ambitions italiennes de ses prédécesseurs. Il remporta la bataille de Marignan et conquit le Milanais, mais une coalition menée par Charles Quint et le Pape le chassa du Milanais. Malgré les ligues européennes contre lui, François Ier resta déterminé à reconquérir l'Italie. Profper Colonne, un général italien, menait une guerre méthodique mais manquait de flexibilité. Bonnivet, un général français, fut opposé à Colonne. Ses erreurs stratégiques contribuèrent à la défaite des Français. Antoine de Leve, commandant à Pavie, était un soldat talentueux, mais les efforts des Français pour prendre Pavie échouèrent. François Ier fut vaincu et fait prisonnier à Pavie. Après sa libération, il recommença la guerre et forma une ligue avec le Pape, les Vénetiens et le Duc de Milan. Cette alliance fut inefficace en raison des erreurs du Duc d'Urbin. Le Connétable de Bourbon, timide et hésitant, ne parvint pas à exploiter les avantages stratégiques. Il fut tué lors du siège de Rome, qui fut pris et pillé par les troupes impériales. Une nouvelle ligue contre l'Empereur fut formée, incluant la France, l'Angleterre, Venise, Florence, Milan, Ferrare et Mantoue. Lautrec réussit à réduire une grande partie du Milanais mais mourut lors du siège de Naples. André Doria, un amiral réputé, se mit au service de l'Empereur après avoir été négligé par les ministres français. Le Marquis de Saluces manqua de vision et fut battu, entraînant la destruction de l'armée des confédérés. La paix de Cambray fut signée, mais les intrigues continuèrent. François Ier envoya une armée en Italie, qui connut des succès initiaux mais dut se retirer face aux Impériaux. Montmorency réussit à repousser l'Empereur. François Ier décida de confisquer les comtés de Flandre et d'Artois, accusant Charles Quint de félonie. Cette décision montra que François Ier menait une guerre personnelle contre Charles Quint, tandis que ce dernier combattait pour la France. En 1542, François Ier conclut une alliance avec Soliman, permettant au Grand Seigneur d'envahir la Hongrie et d'envoyer une flotte sur les côtes de Naples. Cependant, la lenteur de François Ier à passer les Alpes compromit ces avantages. Malgré quelques succès en Italie, il conclut une trêve de dix ans avec l'Empereur en raison de troubles dans les Pays-Bas. Montmorency, un homme célèbre de son siècle, établit un ordre rigide et fut perçu comme despotique. La guerre contre l'Empereur fut déclarée en 1542, avec des succès initiaux en Rouffillon et en Pays-Bas. La paix fut signée à Crépy en 1544. François Ier était franc et généreux, mais manquait de projets à long terme et laissait l'État aux caprices de ses ministres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17647
p. 62-63
Portrait de M. Jean-Baptiste Bosc, Conseiller d'Etat, ancien Procureur-Général de la Cour des Aides, Chancélier-Garde des Sceaux de l'Ordre de S. Lazare, né le 29 Mars 1673, & mort le .... Août 1755.
Début :
Cet illustre Magistrat avoit une physionomie qui annonçoit toutes les [...]
Mots clefs :
Vertus, Jean-Baptiste Bosc, Conseiller d'État, Procureur général de la Cour des aides, Chancelier-garde des sceaux de l'Ordre de Saint-Lazare
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de M. Jean-Baptiste Bosc, Conseiller d'Etat, ancien Procureur-Général de la Cour des Aides, Chancélier-Garde des Sceaux de l'Ordre de S. Lazare, né le 29 Mars 1673, & mort le .... Août 1755.
Portrait de M. Jean-Baptiste Bofc , Confeiller
d'Etat , ancien Procureur - Général de la
Cour des Aides , Chancelier - Garde des -
Sceaux de l'Ordre de S. Lazare , né le
29 Mars 1673 , & mort le .... Août
1755-
ET illuftre Magiftrat avoit une phy-
Cfionomie qui annonçoit toutes les
vertus de fon ame , & qui infpiroit à la
fois le refpect & la confiance.
La dignité de fon maintien n'avoit jamais
rien pris fur l'affabilité : fa politeffe
obligeoit & honoroit. Il avoit le langage
de la bonté & de la haute naiffance.
Quoiqu'il fût né avec beaucoup d'élévation
dans le caractere , l'orgueil n'avoit
jamais pu trouver entrée dans fon coeur ni
dans fes manieres.
Un profond refpect pour la religion
une équité reglée fur une parfaite connoiffance
des Loix , & un amour violent
pour le travail en ont fait pendant près
de cinquante ans un modele accompli pour
ceux qui voudront entrer dans la Magif
trature ; & toutes les actions de fa vie privée
pourront fervir d'exemple à l'humanité.
Cet accord parfait des plus grandes qua
DECEMBRE. 1755. 64
lités lui mérita à jufte titre l'eftime & l'amitié
de M. le Duc d'Orleans , Régent du
Royaume , & du Prince fon fils , dont le
zele & la piété feront à jamais l'édification
de toute l'Europe Chrétienne. Son efprit
& fes talens lui attirerent la confiance du
premier , & fes vertus la confidération du
fecond.
Compatiffant , libéral , bon pere , bon
mari , incomparable ami , croiroit - on
qu'avec de fi rares qualités il avoit cependant
éprouvé l'ingratitude ?
La fortune lui avoit fait auffi effuyer
fes caprices ; mais fes faveurs comme fes
difgraces n'ont fervi qu'à mettre les vertus
dans un plus beau jour.
A l'âge de quatre - vingt - deux ans il
montroit encore tout le feu de fa premiere
jeuneffe ; & dans les occafions où il s'agiffoit
d'obliger , il employoit tout fon
crédit pour
le foulagement des malheureux
,
Sa converfation étoit délicieuſe , fes
lettres charmantes ; il y peignoit la gaieté
naturelle de fon efprit , & la candeur de
fes moeurs.
2
Sa bonne fanté & le voeu public faifoient
efperer qu'avec la fageffe de Neftor
il en verroit les années .
Par une Dame de fes amies.
d'Etat , ancien Procureur - Général de la
Cour des Aides , Chancelier - Garde des -
Sceaux de l'Ordre de S. Lazare , né le
29 Mars 1673 , & mort le .... Août
1755-
ET illuftre Magiftrat avoit une phy-
Cfionomie qui annonçoit toutes les
vertus de fon ame , & qui infpiroit à la
fois le refpect & la confiance.
La dignité de fon maintien n'avoit jamais
rien pris fur l'affabilité : fa politeffe
obligeoit & honoroit. Il avoit le langage
de la bonté & de la haute naiffance.
Quoiqu'il fût né avec beaucoup d'élévation
dans le caractere , l'orgueil n'avoit
jamais pu trouver entrée dans fon coeur ni
dans fes manieres.
Un profond refpect pour la religion
une équité reglée fur une parfaite connoiffance
des Loix , & un amour violent
pour le travail en ont fait pendant près
de cinquante ans un modele accompli pour
ceux qui voudront entrer dans la Magif
trature ; & toutes les actions de fa vie privée
pourront fervir d'exemple à l'humanité.
Cet accord parfait des plus grandes qua
DECEMBRE. 1755. 64
lités lui mérita à jufte titre l'eftime & l'amitié
de M. le Duc d'Orleans , Régent du
Royaume , & du Prince fon fils , dont le
zele & la piété feront à jamais l'édification
de toute l'Europe Chrétienne. Son efprit
& fes talens lui attirerent la confiance du
premier , & fes vertus la confidération du
fecond.
Compatiffant , libéral , bon pere , bon
mari , incomparable ami , croiroit - on
qu'avec de fi rares qualités il avoit cependant
éprouvé l'ingratitude ?
La fortune lui avoit fait auffi effuyer
fes caprices ; mais fes faveurs comme fes
difgraces n'ont fervi qu'à mettre les vertus
dans un plus beau jour.
A l'âge de quatre - vingt - deux ans il
montroit encore tout le feu de fa premiere
jeuneffe ; & dans les occafions où il s'agiffoit
d'obliger , il employoit tout fon
crédit pour
le foulagement des malheureux
,
Sa converfation étoit délicieuſe , fes
lettres charmantes ; il y peignoit la gaieté
naturelle de fon efprit , & la candeur de
fes moeurs.
2
Sa bonne fanté & le voeu public faifoient
efperer qu'avec la fageffe de Neftor
il en verroit les années .
Par une Dame de fes amies.
Fermer
Résumé : Portrait de M. Jean-Baptiste Bosc, Conseiller d'Etat, ancien Procureur-Général de la Cour des Aides, Chancélier-Garde des Sceaux de l'Ordre de S. Lazare, né le 29 Mars 1673, & mort le .... Août 1755.
Le texte présente Jean-Baptiste Bofc, conseiller d'État, ancien procureur général de la Cour des Aides et chancelier-garde des sceaux de l'Ordre de Saint-Lazare. Né le 29 mars 1673 et décédé en août 1755, Bofc était un magistrat respecté, dont la physionomie reflétait ses vertus. Sa dignité n'altérait jamais son affabilité, et son langage témoignait de sa bonté et de sa haute naissance. Il se distinguait par son respect pour la religion, son équité, sa connaissance des lois et son amour pour le travail. Ces qualités en firent un modèle pour la magistrature pendant près de cinquante ans. Ses actions privées servaient également d'exemple à l'humanité. Bofc était compatissant, libéral, bon père, mari et ami. Malgré l'ingratitude et les caprices de la fortune, ses vertus ressortaient toujours plus brillantes. À quatre-vingt-deux ans, il conservait l'énergie de sa jeunesse et employait son crédit pour soulager les malheureux. Sa conversation et ses lettres étaient charmantes, reflétant la gaieté de son esprit et la candeur de ses mœurs. Sa bonne santé et le vœu public laissaient espérer une longue vieillesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17648
p. 64-67
ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
Début :
Iris, que les graces formerent [...]
Mots clefs :
Goût, Philosophie, Émilie du Châtelet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
ODE
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
Fermer
Résumé : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
L'ode célèbre Mlle..., une jeune femme admirée pour son goût pour la philosophie. L'auteur commence par louer sa beauté et ses charmes naturels, puis s'étonne de son intérêt pour une discipline qu'il considère comme ardue et ennuyeuse pour les hommes. Il admire son esprit élevé et sa capacité à apprécier les sciences les plus élevées. Iris, la jeune femme, est contrastée avec d'autres personnages féminins comme Cloris, Agnès et Angélique, préoccupées par des sujets frivoles tels que les parures et les bijoux. Iris est décrite comme ayant un goût pour la vérité et une intelligence incomparable, comparable à celle de Madame la Marquise du Châtelet. L'auteur reconnaît que grâce à son intelligence et sa persévérance, même les sujets les plus complexes deviennent accessibles et attrayants. Il conclut en soulignant que ses succès sont le fruit de son esprit éclairé et de son zèle pour les études philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17649
p. 116-120
« MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
Début :
MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...]
Mots clefs :
Philosophie, Réflexions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
MES LOISIRS . A Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ; &
Vincent , rue S. Severin.
Cet ouvrage eſtimable eſt dédié à M. le
Comte d'Argenfon. M. le Chevalier d'Arc
en eft l'auteur : on peut dire fans flaterie
que fes loifirs font bien employés ; ils font
honneur à fon coeur autant qu'à fon efprit ,
& refpirent la vérité & la décence qu'il a
pris pour épigraphe * . On y lit d'abord une
préface auffi courte que modefte : elle eft
fuivie d'un difcours préliminaire , où l'auteur
dit avec raifon que juger des chofes
fur leurs furfaces , c'eſt en mal juger ; que
pour bien juger , il faut connoître ; qu'on
ne peut bien connoître que par le moyen
* Quid verum atque decens curo & rogo, &
omnis in hocfum. Hor. ep. lib. I. ep. I.
JUIN. 1755. 117
de l'analyfe ; qu'elle eft peut -être plus néceffaire
dans le monde que dans le cabinet
, & qu'elle y eft auffi fouvent employée
par ceux-même qui font le plus effarouchés
du mot. Parmi plufieurs exemples qu'il
cite , je me renfermerai dans un feul ; il
fuffira pour juftifier fon fentiment. Une
jolie femme , dit -il , à fa toilette analyſe
fes traits , cherche les rapports que les ornemens
étrangers peuvent avoir avec fa
figure , & ne fe détermine à placer telle
fleur ou telle mouche qu'après l'examen
le plus fcrupuleux de l'effet qu'elle doit
produire.
Pour moi je n'ai pas cru pouvoir faire
une meilleure analyfe de fon livre que
d'en extraire quelques- unes des réflexions
qui le compofent. Comme elles font détachées
& rangées par ordre alphabétique ,
je n'ai eu que la peine du choix : il eft
vrai que je l'ai trouvé d'autant plus difficile
, que ces réflexions m'ont prefque toutes
parues d'une égale bonté : celles que je
préſente ici au hazard , feront voir que
l'auteur penfe auffi - bien qu'il écrit . Sa
philofophie eft vraie ; elle eft puifée dans
l'ufage du monde , ce n'eft que là qu'il faut
l'étudier , & qu'on peut apprendre à la
mettre en pratique.
» L'accueil que les grands Seigneurs
118 MERCURE DE FRANCE.
» font aux grands hommes , eft un effort
» de l'orgueil , qui cherche à s'élever jufqu'au
mérite en le careffant . "
» Les plaifirs forment des liaiſons ,
» l'ambition produit des intrigues , les
» goûts ou l'intérêt arrangent des fociétés ;
» la vertu feule affortit & refferre les
» noeuds de l'amitié.
"
» Nous cherchons à découvrir le bon-
» heur , comme un Aftronome cherche à
decouvrir une étoile . Imbécilles que nous
» ſommes , baiſſons les yeux ; il eſt à nos
>> pieds , & nous paffons deffus fans daigner
», le regarder.
"
» Le bonheur & le repos réfultent l'un
» de l'autre , & ne font
ainfi dire ,
, pour
qu'une même choſe ; mais il ne faut pas
» confondre le repos avec l'inaction . Le
» répos de l'ame eft dans un mouvement
régulier ,, que rien ne fufpend , que rien
»> ne précipite.
"
L'émulation eft extraite de l'envie ,
» comme certains remedes font extraits de
quelques poifons ; l'utilité de fes effets
nous ferme les yeux fur fon principe.
33
"
» Les efprits ont , pour ainfi dire , leur
temperamment comme les corps , & tout
auffi difficile à connoître ; c'eſt ce qui
» fait que le même raifonnement porte la
» vérité dans celui- ci , l'incertitude dans
J.UIN . 1755. 119
> » celui là , l'erreur dans un autre comme
fait un remede qui agit bien , qui agit
mal , ou n'agit point du tout , felon la
» différence des corps à qui on les donne.
» Le prétendu efprit fort n'eft rien moins
qu'un efprit nerveux ; c'eft une yvreffe
» dont l'afpect de la mort rabat les fumées
alors on fe trouve affoibli de tout :
» ce qu'on avoit montré de forces .
» Ces efprits forts font comme les gens
" yvres , qui veulent toujours faire boire
» les autres.
» La flaterie eſt une mine que creufe le
» vice pour faire écrouler la vertu.
Qui fe livre à des occupations frivo-
» les , devient incapable de grands deffeins.
» Rarement le fiécle de la frivolité eft- il le
» fiécle des grands hommes . » Il est vrai
qu'il ne forme communément que le joli homme
, ou tout au plus l'homme aimable.
" La marche du génie eft comme celle
d'un corps élastique ; le moment où il fe
ralentit touche au moment où il s'arrête.
»Il feroit plus fûr de voir les hommes
tels qu'ils font ; il eft plus agréable de
» les voir tels qu'ils veulent paroître.
" Les gens médiocres copient fervile-
» ment ; les efprits fupérieurs commencent
»par imiter , & finiffent par fervir de mo
» dele.
120 MERCURE DE FRANCE.
» Peut-être qu'un importun s'importu-
» ne lui- même , & qu'il ne cherche quelqu'un
que pour fe “ fuir.
ور
» Il faut être né bien heureufement pour
» être philofophe fans avoir été malheu-
>> redx .
""
Lorfque les larmes font l'expreffion
de la tendreffe , elles font à l'amour ce
» que les pluies font aux fleurs ; elles le
» nourriffent , elles le raniment.
و ر »L'adverfitécommenceparaigrirleca-
» ractere , & finit par le brifer ; elle corri-
» ge l'exceffive vanité de quelques gens ,
» & les ramene , pour ainfi dire , à leur
» place ; mais elle rend quelquefois trop
humbles ceux que la profpérité avoit
» rendu trop vains .
M. le Chevalier d'Arc couronne fes réflexions
par l'apologie du genre
humain.
Son bon efprit lui fait voir les hommes
par leur bon côté ; n'eft-ce pas le plus fage
parti , ou le meilleur fyftême ?
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ; &
Vincent , rue S. Severin.
Cet ouvrage eſtimable eſt dédié à M. le
Comte d'Argenfon. M. le Chevalier d'Arc
en eft l'auteur : on peut dire fans flaterie
que fes loifirs font bien employés ; ils font
honneur à fon coeur autant qu'à fon efprit ,
& refpirent la vérité & la décence qu'il a
pris pour épigraphe * . On y lit d'abord une
préface auffi courte que modefte : elle eft
fuivie d'un difcours préliminaire , où l'auteur
dit avec raifon que juger des chofes
fur leurs furfaces , c'eſt en mal juger ; que
pour bien juger , il faut connoître ; qu'on
ne peut bien connoître que par le moyen
* Quid verum atque decens curo & rogo, &
omnis in hocfum. Hor. ep. lib. I. ep. I.
JUIN. 1755. 117
de l'analyfe ; qu'elle eft peut -être plus néceffaire
dans le monde que dans le cabinet
, & qu'elle y eft auffi fouvent employée
par ceux-même qui font le plus effarouchés
du mot. Parmi plufieurs exemples qu'il
cite , je me renfermerai dans un feul ; il
fuffira pour juftifier fon fentiment. Une
jolie femme , dit -il , à fa toilette analyſe
fes traits , cherche les rapports que les ornemens
étrangers peuvent avoir avec fa
figure , & ne fe détermine à placer telle
fleur ou telle mouche qu'après l'examen
le plus fcrupuleux de l'effet qu'elle doit
produire.
Pour moi je n'ai pas cru pouvoir faire
une meilleure analyfe de fon livre que
d'en extraire quelques- unes des réflexions
qui le compofent. Comme elles font détachées
& rangées par ordre alphabétique ,
je n'ai eu que la peine du choix : il eft
vrai que je l'ai trouvé d'autant plus difficile
, que ces réflexions m'ont prefque toutes
parues d'une égale bonté : celles que je
préſente ici au hazard , feront voir que
l'auteur penfe auffi - bien qu'il écrit . Sa
philofophie eft vraie ; elle eft puifée dans
l'ufage du monde , ce n'eft que là qu'il faut
l'étudier , & qu'on peut apprendre à la
mettre en pratique.
» L'accueil que les grands Seigneurs
118 MERCURE DE FRANCE.
» font aux grands hommes , eft un effort
» de l'orgueil , qui cherche à s'élever jufqu'au
mérite en le careffant . "
» Les plaifirs forment des liaiſons ,
» l'ambition produit des intrigues , les
» goûts ou l'intérêt arrangent des fociétés ;
» la vertu feule affortit & refferre les
» noeuds de l'amitié.
"
» Nous cherchons à découvrir le bon-
» heur , comme un Aftronome cherche à
decouvrir une étoile . Imbécilles que nous
» ſommes , baiſſons les yeux ; il eſt à nos
>> pieds , & nous paffons deffus fans daigner
», le regarder.
"
» Le bonheur & le repos réfultent l'un
» de l'autre , & ne font
ainfi dire ,
, pour
qu'une même choſe ; mais il ne faut pas
» confondre le repos avec l'inaction . Le
» répos de l'ame eft dans un mouvement
régulier ,, que rien ne fufpend , que rien
»> ne précipite.
"
L'émulation eft extraite de l'envie ,
» comme certains remedes font extraits de
quelques poifons ; l'utilité de fes effets
nous ferme les yeux fur fon principe.
33
"
» Les efprits ont , pour ainfi dire , leur
temperamment comme les corps , & tout
auffi difficile à connoître ; c'eſt ce qui
» fait que le même raifonnement porte la
» vérité dans celui- ci , l'incertitude dans
J.UIN . 1755. 119
> » celui là , l'erreur dans un autre comme
fait un remede qui agit bien , qui agit
mal , ou n'agit point du tout , felon la
» différence des corps à qui on les donne.
» Le prétendu efprit fort n'eft rien moins
qu'un efprit nerveux ; c'eft une yvreffe
» dont l'afpect de la mort rabat les fumées
alors on fe trouve affoibli de tout :
» ce qu'on avoit montré de forces .
» Ces efprits forts font comme les gens
" yvres , qui veulent toujours faire boire
» les autres.
» La flaterie eſt une mine que creufe le
» vice pour faire écrouler la vertu.
Qui fe livre à des occupations frivo-
» les , devient incapable de grands deffeins.
» Rarement le fiécle de la frivolité eft- il le
» fiécle des grands hommes . » Il est vrai
qu'il ne forme communément que le joli homme
, ou tout au plus l'homme aimable.
" La marche du génie eft comme celle
d'un corps élastique ; le moment où il fe
ralentit touche au moment où il s'arrête.
»Il feroit plus fûr de voir les hommes
tels qu'ils font ; il eft plus agréable de
» les voir tels qu'ils veulent paroître.
" Les gens médiocres copient fervile-
» ment ; les efprits fupérieurs commencent
»par imiter , & finiffent par fervir de mo
» dele.
120 MERCURE DE FRANCE.
» Peut-être qu'un importun s'importu-
» ne lui- même , & qu'il ne cherche quelqu'un
que pour fe “ fuir.
ور
» Il faut être né bien heureufement pour
» être philofophe fans avoir été malheu-
>> redx .
""
Lorfque les larmes font l'expreffion
de la tendreffe , elles font à l'amour ce
» que les pluies font aux fleurs ; elles le
» nourriffent , elles le raniment.
و ر »L'adverfitécommenceparaigrirleca-
» ractere , & finit par le brifer ; elle corri-
» ge l'exceffive vanité de quelques gens ,
» & les ramene , pour ainfi dire , à leur
» place ; mais elle rend quelquefois trop
humbles ceux que la profpérité avoit
» rendu trop vains .
M. le Chevalier d'Arc couronne fes réflexions
par l'apologie du genre
humain.
Son bon efprit lui fait voir les hommes
par leur bon côté ; n'eft-ce pas le plus fage
parti , ou le meilleur fyftême ?
Fermer
Résumé : « MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
L'ouvrage 'Mes loisirs' est publié à Paris par Defaint & Saillant et Vincent, dédié au Comte d'Argenfon et écrit par le Chevalier d'Arc. L'auteur utilise ses loisirs de manière honorable, reflétant vérité et décence. Le livre commence par une préface modeste suivie d'un discours préliminaire où l'auteur affirme que juger les choses superficiellement est erroné. Il insiste sur l'importance de l'analyse pour bien connaître et comprendre, illustrant son propos par divers exemples, comme une femme analysant sa toilette pour choisir les ornements appropriés. Le texte extrait plusieurs réflexions du livre, classées par ordre alphabétique. Parmi elles, on trouve des observations sur les relations sociales, le bonheur, l'émulation, et les esprits forts. L'auteur note que l'accueil des grands seigneurs envers les grands hommes est souvent motivé par l'orgueil. Il distingue les vraies amitiés, fondées sur la vertu, des liaisons basées sur les plaisirs ou l'ambition. Le bonheur est décrit comme accessible mais souvent ignoré. L'émulation est comparée à un remède extrait de poisons, utile malgré son principe douteux. Les esprits forts sont comparés à des ivrognes cherchant à faire boire les autres. La flatterie est vue comme une menace à la vertu, et les occupations frivoles empêchent les grands desseins. Le génie est comparé à un corps élastique, et les gens médiocres copient servilement tandis que les esprits supérieurs innovent. L'adversité corrige la vanité mais peut aussi rendre humble de manière excessive. Le livre se conclut par une apologie du genre humain, vu sous un jour favorable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17650
p. 67-72
COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
Début :
MONSIEUR, La simple idée par écrit, que vous me demandez du Livre (I), dont, avant votre [...]
Mots clefs :
Princes, Gloire, Seigneurs, Magnificence, Prince, Devoirs, Richesses, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
COPIE de la Leure écrite le 12 Août
1755. par M. Voifin , Avocat au Parlement
à M. le Prince de Chevalier de
la Toifon d'or,
MONSIEUR ,
14
La fimple idée par écrit , que vous me
demandez du Livre ( 1 ) , dont , avant votre
départ de Paris , j'ai eu l'honneur de.
vous entretenir , & auquel je travaille depuis
plufieurs années , exige elle-même un
affez grand détail par la multitude des objers.
Je crois , Monfieur , ne pouvoir
mieux fatisfaire à ce que vous défitez de
moi à cet égard , qu'en vous communiquant
par forme de lettres , le difcours
que je projette de mettre à la tête de l'ouvrage
pour y fervir d'introduction.
( 1 ) Ce Livre a pour titre , Le Confeilfamilier
& économique des Princes des grands Seigneurs ;
ou Moyens de conferver , d'augmenter & de perpétuer
les richeffes , la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
68 MERCURE DE FRANCE.
PREMIERE LETTRE.
Que les Princes & les grands Seigneurs
foient dans l'opulence , c'eft un attribut
naturel de leur condition : mais ils ne doivent
pas fe flatter de conferver , d'augmenter
, ni de perpétuer leurs richeffes , fans
une heureufe intelligence , foutenue de
cette économie libérale , qui ne prodigue
rien , pour donner fans ceffe avec difcernement.
Que les Princes & les grands Seigneurs
ayent en général le défir de la magnificence
, faut-il s'en étonner ? Ils naiffent
dans fon fein ; on en recrée leur enfance :
hommes formés , ils en ajoutent l'habitude
au goût naturel ; ils y meurent . Mais étoitce
une véritable magnificence que l'éclat
qui leur fit illufion pendant leur vie ? ou
n'étoit ce au contraire , qu'un faux brillant
qui , en deshonorant la mémoire de
ceux qu'il féduit , ne laiffe fouvent dans
leurs fucceffions que l'indigence & l'infolvabilité.
La véritable magnificence trouve dans
la fageffe qui la dirige , les moyens de ſe
conferver , de s'augmenter & de fe perpétuer.
Un efprit d'arrangement fans contrainte
, blâme ou avoue les motifs & les
occafions de la magnificence. Si la riche
DECEMBRE . 1755. 69
économie qui prend foin , quand il le faut,
que rien ne manque au fpectacle , lui prefcrit
cependant quelquefois des bornes ,
c'eſt pour faire , en évitant le défaut d'une
confufion inutile & choquante , fubfifter
cette magnificence même avec plus de folidité
, & pour affurer par-là à celui qui en´
fupporte la dépenfe , le fuffrage des perfonnes
dont le goût & la raifon font les
guides éclairés.
Que les Princes & les grands Seigneurs
confiderent la gloire de leurs Maifons
comme leur principal objet , & le plus
digne de les occuper , l'antiquité & la nobleffe
de leur origine femblent , à leur
naiffance , en graver le fentiment dans
leurs coeurs il feroit à fouhaiter qu'au
foin qu'on fe donne de leur en préfenter
fans ceffe la perfpective dans le cours de
leur éducation , on joignît l'attention de
leur développer les caracteres effentiels
de la véritable gloire , & de leur en infpirer
cet amour raiſonné qui , ennemi d'un
aveugle orgueil , reçoit de l'efprit même
du Chriftianifme , la permiffion d'aiguillonner
les gens d'honneur.
Penfer , comme on croit fincerement le
devoir ; s'inftruire , pour penfer mieux
encore ; faire ce qu'on peut & ce qu'on
doit par inclination pour le bon ordre
70 MERCURE DE FRANCE.
voilà en général la bafe inebranlable de
la véritable gloire des Princes & des
grands Seigneurs. C'eft , en un mot , le
fondement de la gloire folide dans tous
les états.
Ce principe annonce donc que , pour
conferver , augmenter & perpétuer la véritable
gloire des Grands , il faut ,
Premierement , qu'ils foyent convaincus
de l'indifpenfable néceffité de remplir les
devoirs de leur état .
Secondement , qu'ils travaillent folidement
à les connoître dans la vérité , parcequ'il
eft impoffible de bien faire ce dont
on ignore les principes .
Enfin il est néceffaire que les Grands
furmontent avec courage les dégoûts & les
contradictions que des paffions tumul- .
tueufes élevent quelquefois contre le regne
tranquille de l'ordre & de la raifon.
Que la réunion de ces ennemis intérieurs
n'effraye pas le combattant ; je ferai
voir dans fon lieu que l'idée du combat
eft plus terrible que le combat même. Le
Combattant doit craindre d'autant moins
d'effayer fes forces , que fon courage le
rend fûr d'une victoire , dont les fuites
font la paix du coeur & la gayeté de
l'efprit .
Les Princes & les Grands ont donc des
DECEMBRE . 1755. 71
devoirs d'état à remplir , & ce n'eft que
par leur exactitude à s'en acquitter , qu'ils
peuvent conferver , augmenter & perpétuer
la véritable gloire de leurs Maifons.
Mais pour fçavoir quelle eft l'étendue
des devoirs d'état des Princes & des
Grands , il faut déterminer quel eft leur
état même.
Parce qu'ils font grands , ne font- ils
qu'hommes de Cour , & ne fe croyent- ils
affujettis à des devoirs qu'envers la Cour ?
Je les confidere dans trois pofitions différentes
, dont chacune exige des connoiffances
qui lui font immédiatement néceffaires.
Le Prince ou le grand Seigneur, comme
particulier dans l'intérieur de fa maiſon &
de fes terres : Premiere Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur perè
de famille : Seconde Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur membre
de la Société , & homme d'Etat : Troifieme
Partie.
C'est en propofant mes réflexions fur
chacune de ces trois conditions , que je
mets fous les yeux des Princes & des
grands Seigneurs , les moyens de conferver
, d'augmenter & de perpétuer les richeffes
, la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
72 MERCURE DE FRANCE.
Ces trois points de vue fous lefquels les
Princes & les grands Seigneurs peuvent
être envifagés , font auffi la divifion naturelle
de ce difcours , dont les trois parties
réunies renferment le plan général de
l'Ouvrage.
1755. par M. Voifin , Avocat au Parlement
à M. le Prince de Chevalier de
la Toifon d'or,
MONSIEUR ,
14
La fimple idée par écrit , que vous me
demandez du Livre ( 1 ) , dont , avant votre
départ de Paris , j'ai eu l'honneur de.
vous entretenir , & auquel je travaille depuis
plufieurs années , exige elle-même un
affez grand détail par la multitude des objers.
Je crois , Monfieur , ne pouvoir
mieux fatisfaire à ce que vous défitez de
moi à cet égard , qu'en vous communiquant
par forme de lettres , le difcours
que je projette de mettre à la tête de l'ouvrage
pour y fervir d'introduction.
( 1 ) Ce Livre a pour titre , Le Confeilfamilier
& économique des Princes des grands Seigneurs ;
ou Moyens de conferver , d'augmenter & de perpétuer
les richeffes , la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
68 MERCURE DE FRANCE.
PREMIERE LETTRE.
Que les Princes & les grands Seigneurs
foient dans l'opulence , c'eft un attribut
naturel de leur condition : mais ils ne doivent
pas fe flatter de conferver , d'augmenter
, ni de perpétuer leurs richeffes , fans
une heureufe intelligence , foutenue de
cette économie libérale , qui ne prodigue
rien , pour donner fans ceffe avec difcernement.
Que les Princes & les grands Seigneurs
ayent en général le défir de la magnificence
, faut-il s'en étonner ? Ils naiffent
dans fon fein ; on en recrée leur enfance :
hommes formés , ils en ajoutent l'habitude
au goût naturel ; ils y meurent . Mais étoitce
une véritable magnificence que l'éclat
qui leur fit illufion pendant leur vie ? ou
n'étoit ce au contraire , qu'un faux brillant
qui , en deshonorant la mémoire de
ceux qu'il féduit , ne laiffe fouvent dans
leurs fucceffions que l'indigence & l'infolvabilité.
La véritable magnificence trouve dans
la fageffe qui la dirige , les moyens de ſe
conferver , de s'augmenter & de fe perpétuer.
Un efprit d'arrangement fans contrainte
, blâme ou avoue les motifs & les
occafions de la magnificence. Si la riche
DECEMBRE . 1755. 69
économie qui prend foin , quand il le faut,
que rien ne manque au fpectacle , lui prefcrit
cependant quelquefois des bornes ,
c'eſt pour faire , en évitant le défaut d'une
confufion inutile & choquante , fubfifter
cette magnificence même avec plus de folidité
, & pour affurer par-là à celui qui en´
fupporte la dépenfe , le fuffrage des perfonnes
dont le goût & la raifon font les
guides éclairés.
Que les Princes & les grands Seigneurs
confiderent la gloire de leurs Maifons
comme leur principal objet , & le plus
digne de les occuper , l'antiquité & la nobleffe
de leur origine femblent , à leur
naiffance , en graver le fentiment dans
leurs coeurs il feroit à fouhaiter qu'au
foin qu'on fe donne de leur en préfenter
fans ceffe la perfpective dans le cours de
leur éducation , on joignît l'attention de
leur développer les caracteres effentiels
de la véritable gloire , & de leur en infpirer
cet amour raiſonné qui , ennemi d'un
aveugle orgueil , reçoit de l'efprit même
du Chriftianifme , la permiffion d'aiguillonner
les gens d'honneur.
Penfer , comme on croit fincerement le
devoir ; s'inftruire , pour penfer mieux
encore ; faire ce qu'on peut & ce qu'on
doit par inclination pour le bon ordre
70 MERCURE DE FRANCE.
voilà en général la bafe inebranlable de
la véritable gloire des Princes & des
grands Seigneurs. C'eft , en un mot , le
fondement de la gloire folide dans tous
les états.
Ce principe annonce donc que , pour
conferver , augmenter & perpétuer la véritable
gloire des Grands , il faut ,
Premierement , qu'ils foyent convaincus
de l'indifpenfable néceffité de remplir les
devoirs de leur état .
Secondement , qu'ils travaillent folidement
à les connoître dans la vérité , parcequ'il
eft impoffible de bien faire ce dont
on ignore les principes .
Enfin il est néceffaire que les Grands
furmontent avec courage les dégoûts & les
contradictions que des paffions tumul- .
tueufes élevent quelquefois contre le regne
tranquille de l'ordre & de la raifon.
Que la réunion de ces ennemis intérieurs
n'effraye pas le combattant ; je ferai
voir dans fon lieu que l'idée du combat
eft plus terrible que le combat même. Le
Combattant doit craindre d'autant moins
d'effayer fes forces , que fon courage le
rend fûr d'une victoire , dont les fuites
font la paix du coeur & la gayeté de
l'efprit .
Les Princes & les Grands ont donc des
DECEMBRE . 1755. 71
devoirs d'état à remplir , & ce n'eft que
par leur exactitude à s'en acquitter , qu'ils
peuvent conferver , augmenter & perpétuer
la véritable gloire de leurs Maifons.
Mais pour fçavoir quelle eft l'étendue
des devoirs d'état des Princes & des
Grands , il faut déterminer quel eft leur
état même.
Parce qu'ils font grands , ne font- ils
qu'hommes de Cour , & ne fe croyent- ils
affujettis à des devoirs qu'envers la Cour ?
Je les confidere dans trois pofitions différentes
, dont chacune exige des connoiffances
qui lui font immédiatement néceffaires.
Le Prince ou le grand Seigneur, comme
particulier dans l'intérieur de fa maiſon &
de fes terres : Premiere Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur perè
de famille : Seconde Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur membre
de la Société , & homme d'Etat : Troifieme
Partie.
C'est en propofant mes réflexions fur
chacune de ces trois conditions , que je
mets fous les yeux des Princes & des
grands Seigneurs , les moyens de conferver
, d'augmenter & de perpétuer les richeffes
, la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
72 MERCURE DE FRANCE.
Ces trois points de vue fous lefquels les
Princes & les grands Seigneurs peuvent
être envifagés , font auffi la divifion naturelle
de ce difcours , dont les trois parties
réunies renferment le plan général de
l'Ouvrage.
Fermer
Résumé : COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
Le document est une lettre datée du 12 août 1755, rédigée par M. Voifin, avocat au Parlement, adressée à M. le Prince de Chevalier de la Toison d'or. Voifin y présente un livre intitulé 'Le Conseil familier & économique des Princes des grands Seigneurs; ou Moyens de conserver, d'augmenter & de perpétuer les richesses, la magnificence & la véritable gloire de leurs Maisons'. L'auteur souligne l'importance pour les princes et grands seigneurs de posséder une intelligence économique afin de conserver et d'accroître leurs richesses. Il distingue la véritable magnificence, guidée par la sagesse, qui se maintient et s'accroît, de l'éclat trompeur qui peut mener à l'indigence. La gloire des maisons princières repose sur la connaissance et l'accomplissement des devoirs d'état, ainsi que sur le courage face aux passions tumultueuses. L'ouvrage de Voifin est structuré en trois parties. La première traite du prince en tant que particulier dans sa maison, la deuxième le considère en tant que père de famille, et la troisième en tant que membre de la société et homme d'État. Chaque section vise à fournir des moyens pour conserver, augmenter et perpétuer les richesses, la magnificence et la gloire des maisons princières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer