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1
p. 273-278
Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy qui remplit avec tant d'application & d'exactitude tous les [...]
Mots clefs :
Roi, Grandeur, Carême, Piété, Chrétien, Offices, Cène, Toucher des malades, Sermon, Piété, Prédicateurs, Monseigneur le Dauphin, Messe, Musique, Famille royale, Dévotion, Cour, Hôpital général
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texteReconnaissance textuelle : Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Le Roy qui remplit avec
tant d'application & d'exactitude
tous les devoirs d'un
grand Monarque , s'eft ata
ché pendant toute la derniere
femaine de Careſme avec autant
de zéle que de pieté à
tous ceux d'un veritableChré
tien. Non ſeulement il s'eſt
trouvé à tous les Offices que
preſcrit l'Egliſe dansun temps
fi faint , mais il a fait encore
toutes les choses qui les rendent/
beaucoup plus longs &
plus fatigans pour luy que
pour les Particuliers, comme
font celles de faire la Cene,
•
274MERCURE
code toucher les, Malades.
Il y a toujours, Sermon la
jour que ce Princebfaitola
Genet & c'eſt la coûtume
de choiſir un autre Prédicateur
que celuy qui preſche
le Gareſime, Leuchoixtoft
tombé cette année ſur M² Tiberge,
un des Directeurs des
Miſſions Etrangeres . Son Employ
vous doit faire juger de
fa picté , & de fon zéle pour
le falut des Ames. Il a de
grands talens pour la Chaire;
&quoy que perſonne ne l'ait
jamais entendu fansle mettre
au rang des plus grands Pré
GALANTM 1275
dicateuré il fotoit encore
plus connu qu'il n'eft , fyld
profonde humilité qu'il pra
tique ne luy faiſoit fuirbe
clat. Ceux qui le connoiffent
tomberont d'accord que
rendre de luy ce témoignage,
c'eſt ſimplement rendre la
justice qui eft deuë à ſaverra.
L'Abfoute ſuivit cette Prédi
cation. Elle fut faite parM'le
Cardinal de Boüillon ; apres
quoy Sa Majesté lava les pieds
à douze Pauvres , & les fer
vit à Table Le premier Plat
fat porté par Monseigneur le
Dauphin, Il eſtoit fuivyde
•
276 MERCURE
Monfieur le Duc de Bour
bon , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de Monfieur
le Comte de Thoulouze . Ces
trois jeunes Princes ſe firent
admirer d'une grande foule
de Perſonnes qui eſtoient venuës
de toutes parts , pour
eftre témoins de cette Ceremonie.
Neuf Seigneurs des
plus diftinguez de la Cour,
marchoient apres eux. Monfieur
le Duc, comme Grand-
Maiſtre de la Maiſon du Roy,
précédoit Monſeigneur le
Dauphin , & eſtoit ſuivy des
Maistres d'Hoſtel de Sa Ma
GALANT. 277
jeſté. Le meſme jour le Roy,
Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine , en
tendirent la Grand' Meſſe
chantée par la Muſique de
Sa Majesté , & affiftérent à
la Proceffion du Saint Sacrement.
Lelendemain, le Roy
accompagnéde toute laMaifon
Royale , entendit le Sermon
de la Paffion , prefché
par le Pere Gaillard , Jéſuite,
& le jour ſuivant, Sa Majefté
apres avoir fait ſes Devotions,
toucha un grand nombre de
Malades. Elle ſupporta cette
fatigue, avec l'air content que
(
278 MERCURE
l'on voit toujours à ce Mo
narque lors qu'il s'attache
à faire dubbien Le jour de
Paſques, ce Prince édifia encore
toute la Cour par ſa
pieté Il a fait de grandes
charitez en divers endroits,
& a donné dix mille écus à
l'Hospital Generalog
tant d'application & d'exactitude
tous les devoirs d'un
grand Monarque , s'eft ata
ché pendant toute la derniere
femaine de Careſme avec autant
de zéle que de pieté à
tous ceux d'un veritableChré
tien. Non ſeulement il s'eſt
trouvé à tous les Offices que
preſcrit l'Egliſe dansun temps
fi faint , mais il a fait encore
toutes les choses qui les rendent/
beaucoup plus longs &
plus fatigans pour luy que
pour les Particuliers, comme
font celles de faire la Cene,
•
274MERCURE
code toucher les, Malades.
Il y a toujours, Sermon la
jour que ce Princebfaitola
Genet & c'eſt la coûtume
de choiſir un autre Prédicateur
que celuy qui preſche
le Gareſime, Leuchoixtoft
tombé cette année ſur M² Tiberge,
un des Directeurs des
Miſſions Etrangeres . Son Employ
vous doit faire juger de
fa picté , & de fon zéle pour
le falut des Ames. Il a de
grands talens pour la Chaire;
&quoy que perſonne ne l'ait
jamais entendu fansle mettre
au rang des plus grands Pré
GALANTM 1275
dicateuré il fotoit encore
plus connu qu'il n'eft , fyld
profonde humilité qu'il pra
tique ne luy faiſoit fuirbe
clat. Ceux qui le connoiffent
tomberont d'accord que
rendre de luy ce témoignage,
c'eſt ſimplement rendre la
justice qui eft deuë à ſaverra.
L'Abfoute ſuivit cette Prédi
cation. Elle fut faite parM'le
Cardinal de Boüillon ; apres
quoy Sa Majesté lava les pieds
à douze Pauvres , & les fer
vit à Table Le premier Plat
fat porté par Monseigneur le
Dauphin, Il eſtoit fuivyde
•
276 MERCURE
Monfieur le Duc de Bour
bon , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de Monfieur
le Comte de Thoulouze . Ces
trois jeunes Princes ſe firent
admirer d'une grande foule
de Perſonnes qui eſtoient venuës
de toutes parts , pour
eftre témoins de cette Ceremonie.
Neuf Seigneurs des
plus diftinguez de la Cour,
marchoient apres eux. Monfieur
le Duc, comme Grand-
Maiſtre de la Maiſon du Roy,
précédoit Monſeigneur le
Dauphin , & eſtoit ſuivy des
Maistres d'Hoſtel de Sa Ma
GALANT. 277
jeſté. Le meſme jour le Roy,
Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine , en
tendirent la Grand' Meſſe
chantée par la Muſique de
Sa Majesté , & affiftérent à
la Proceffion du Saint Sacrement.
Lelendemain, le Roy
accompagnéde toute laMaifon
Royale , entendit le Sermon
de la Paffion , prefché
par le Pere Gaillard , Jéſuite,
& le jour ſuivant, Sa Majefté
apres avoir fait ſes Devotions,
toucha un grand nombre de
Malades. Elle ſupporta cette
fatigue, avec l'air content que
(
278 MERCURE
l'on voit toujours à ce Mo
narque lors qu'il s'attache
à faire dubbien Le jour de
Paſques, ce Prince édifia encore
toute la Cour par ſa
pieté Il a fait de grandes
charitez en divers endroits,
& a donné dix mille écus à
l'Hospital Generalog
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Résumé : Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Durant la dernière semaine de Carême, le roi a accompli ses devoirs religieux avec dévotion et rigueur. Il a participé à tous les offices prescrits par l'Église, incluant la communion et la visite des malades. Le jeudi saint, il a écouté un sermon du Père Tiberge, directeur des Missions Étrangères, suivi de l'absoute prononcée par le cardinal de Bouillon. Le roi a ensuite lavé les pieds de douze pauvres en présence du Dauphin, de plusieurs princes et de neuf seigneurs de la cour. Le vendredi saint, le roi, le Dauphin et la Dauphine ont assisté à la grand-messe et à la procession du Saint-Sacrement. Le lendemain, après ses dévotions, le roi a touché un grand nombre de malades. Le jour de Pâques, il a manifesté sa piété par des donations charitables, notamment dix mille écus à l'Hôpital Général.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 278-279
Prédicateurs qui se sont faits distinguer à Paris, [titre d'après la table]
Début :
La mesme semaine, Monsieur & Madame ont assisté à S. Cloud [...]
Mots clefs :
Offices, Église, Cérémonies, Paroisse, Dévotion, Carême, Abbé, Pères, Prédicateurs
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texteReconnaissance textuelle : Prédicateurs qui se sont faits distinguer à Paris, [titre d'après la table]
La mefme ſemaine,Mon
ſieur & Madame ont afſiſte
à S. Cloud & à Paris , à tous
les Offices & à toutes les Cel
rémonies de l'Eglife. Ils ont
esté à la Paroifle & auxUrs!
fulines de S. Cloud ; & icy
à S. Roch , aux Feuillans, au
GALANIM 279
Val de Grace, & à Si Eufta
che. Leur exemple a inſpiré
du zéle & de la devotion a
tous ceux qui les ont veus
en ces lieux- là. Elle a eſté
fort grande à Paris pendant
tout le Careſme. Pluſieurs
Prédicateurs s'y ſont diftins
guez , & ont attiré beaucoup
de monde. Ce font le Pere
Bourdalouë , le Pere deulal
Rue , & le Pere d'Orleans,
Jéſuîtes ; le Pere Sonin , le
le Pere Hubert , & le Pere de
la Tour Preſtres de l'Oratoil
re , M' l'Abbé Boileau,
Dom Jerôme Feüillant
ſieur & Madame ont afſiſte
à S. Cloud & à Paris , à tous
les Offices & à toutes les Cel
rémonies de l'Eglife. Ils ont
esté à la Paroifle & auxUrs!
fulines de S. Cloud ; & icy
à S. Roch , aux Feuillans, au
GALANIM 279
Val de Grace, & à Si Eufta
che. Leur exemple a inſpiré
du zéle & de la devotion a
tous ceux qui les ont veus
en ces lieux- là. Elle a eſté
fort grande à Paris pendant
tout le Careſme. Pluſieurs
Prédicateurs s'y ſont diftins
guez , & ont attiré beaucoup
de monde. Ce font le Pere
Bourdalouë , le Pere deulal
Rue , & le Pere d'Orleans,
Jéſuîtes ; le Pere Sonin , le
le Pere Hubert , & le Pere de
la Tour Preſtres de l'Oratoil
re , M' l'Abbé Boileau,
Dom Jerôme Feüillant
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Résumé : Prédicateurs qui se sont faits distinguer à Paris, [titre d'après la table]
Monsieur et Madame ont assisté à des offices religieux à Saint-Cloud et Paris, notamment à Saint-Roch, aux Feuillants, au Val-de-Grâce et à Sainte-Eustache. Leur présence a suscité une grande dévotion. À Paris, la ferveur religieuse était intense durant le Carême, avec des prédicateurs comme le Père Bourdaloue, le Père Duval de la Rue et l'Abbé Boileau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 272-274
Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Début :
Les Theatins continuent tous les Mercredis leurs Prieres pour [...]
Mots clefs :
Théatins, Prières, Psaumes, Prédicateurs, Bénédiction, Indulgences, Musique
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texteReconnaissance textuelle : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Theatins continuent
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
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Résumé : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Théatins organisent des prières pour les morts chaque mercredi selon la tradition italienne. Ces prières commencent par un De profundis chanté par les pères, suivi d'un psaume ou d'un motet. Un prédicateur prononce ensuite une brève exhortation d'environ un quart d'heure, suivie d'un autre motet. La cérémonie se termine par la bénédiction du Saint-Sacrement. Le Saint-Siège accorde des indulgences significatives aux participants. Les prédicateurs sont soigneusement choisis et la musique est dirigée par Monsieur Laurenzani, ancien maître de musique de la reine. Laurenzani, originaire de Rome, est réputé pour ses compétences et a travaillé dans les chapelles les plus prestigieuses d'Italie. Son attachement à la France et au roi l'a empêché d'accepter un poste à Rome. La qualité musicale attire une audience distinguée, reflétant la satisfaction générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1114-1125
SUITE des Réflexions sur la Bizarerie de quelques usages, &c. Par M. CAPPERON, ancien Doyen de S. Maxent.
Début :
J'ai dit dans mes premieres Réfléxions sur la Bizarerie [...]
Mots clefs :
Bizarrerie, Usages, Noms, Religieux, Temps, Réflexions, Discours publics, Ouvrages, Titres, Prédicateurs
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Réflexions sur la Bizarerie de quelques usages, &c. Par M. CAPPERON, ancien Doyen de S. Maxent.
UITE des Réflexions sur la Bizarerie
de quelques usages , &c.
J
Par M. CAPPERON, ancien Doyen de S. Maxent.
A
'Ai dit dans mes premieres Réfléxions
sur la Bizarerie de divers usages , qui
ont été insérées dans les Mercures de France, des mois de Janvier et de Février derniers , que cette Bizarerie tiroit son origine de deux sortes de désirs, naturels à tous
les hommes ; sçavoir , du désir qu'ils ont
de satisfaire leurs sens , et de celui qui les
porte à suivre les inclinations secretes que
les passions leur inspirent. J'ai donné
dans ces premieres Réfléxions un échantillon des usages bizares qui sont sortis
de ce desir , qu'ont les hommes de satisfaire leurs sens ; et je vais parler icy de
ceuxque leurs passions differentes ont fait
regner dans certains temps..
Comme la plus belle qualité de l'homme, est d'avoir un esprit capable de pen- ser, de connoître et de raisonner ; il est
I. Vol. na-
JUIN. 1732 IES
naturel que , chacun se sentant pourvu
d'un don si précieux , on saisisse volon-.
tiers tous les moyens propres à faire remarquer aux autres toute la beauté et
toute l'excellence qu'il peut avoir. C'est
aussi ce qui ne manquera pas d'arriver.
Mais ce qu'il y a de singulier , c'est que
souvent le desir qu'on a de faire paroître
son esprit , monte jusqu'à un tel excès ,
que cessant alors de penser et de raisonner juste , lorsqu'on croit le faire briller
avec éclat, on le fair par des endroits, qui
font remarquertout le contraire ; son peu
d'étendue et de justesse par des bizareries
tres- sensibles; ce que je justifierai aisément
par celles que je vais rapporter.
On ne peut pas douter que ce ne soit
particulierement dans les Ecrits et dans les
Discours publics, qu'on s'attache le plus à
fairebriller son esprit.Premierement, parce qu'on a plus de facilité à le faire, ayant
plus de loisir pour choisir ses pensées ,
pour en voir la justesse , et pour leur
donner le tour et l'arrangement qui peuvent les rendre plus frapantes.
D'ailleurs ceux qui composent quelque Ouvrage , qu'ils sçavent devoir être
la ou entendu du public ; sçachant qu'il
doit être exposé à la critique , c'est pour
eux un éguillon tres -vif, qui les excite
1.Vol. puis
16 MERCURE DE FRANCE
puissamment à travailler à plaire aux
Lecteurs ou aux Auditeurs.
Cela posé, il est bon que je dise , que
voulant parler des usages bizares qui ont
quelquefois paru en fait de productions
d'esprit , je ne prétends pas relever toutes les manieres singulieres par lesquelles
certaines personnes ont affecté de se distinguer dans les Ouvrages de leur com
position ; tel qu'est ( par exemple) le stile
serré , sententieux et trop affecté de Seneque , que Quintilien a justement blâmé ;
d'autres qui ont crû orner leurs écrits par
des jeux de mots; et d'autres enfin, qui ont
prétendu se singulariser par un mélange
bizare du Sacré et du Prophane , par des
digressions trop fréquentes, des antithèses
trop multipliées , par un stile enfin trop
éloigné du naturel.
Mais pour m'attacher à quelque chose
de plus marqué , n'avouera- t- on pas que
c'étoit un usage tout- à-fait bizare quecelui qui dominoit sous le Regne de Charles IX. et qui consistoit , non seulement
à remplir les Livres et les Ecrits , que dis
je , jusqu'aux simples Lettres , d'une infinité de passages ? En sorte , dit Varillas ,
que Montluc , Evêque de Valence , écrivant à ce Prince , pour lui rendre compte
d'une Négociation où il étoit employé ,
<
1.Vol. n'ayant
JUIN. 1732. 1117
n'ayant pu faire entrer dans sa premiere
Lettre tous les Passages qu'il avoit préparés , il lui en écrivit une seconde , par
Je Courrier suivant , pour rapporter huis
autres Passages qui lui étoient restez.
Ne peut-on pas mettre dans la même
Classe des usages bizares , en fait d'Ouvrages d'esprit , les Vers burlesques qui
ont eu quelque vogue vers le milieu du
dernier siécle ? par lesquels on s'attachoit
à traduire avec travail et quelque sorte
d'esprit , d'excellens Ouvrages , et ces
Vers n'étoient ordinairement remplis que
de choses triviales , et souvent tres grossieres.
On doit mettre au même rang, ces
titres bizares qu'on a souvent donné àcerrains Livres , pour marquer d'une manicre mystérieuse , qu'on croyoit alors tresspirituelle , le sujet qui y étoit traité. Par
exemple, celui qui fut composé par un
Prêtre de Mante, sur les Antiennes qui
se disent quelques jours avant Noël , et
qui commencent par O ; qu'il in, itula :
La douce moëlle , et la saucefriande des Os
savoureux de l'Avent. Tel étoit un petit
Livre de Controverse , qui avoit pour titre: Lepetit Pistolet de poche , qui tire contre les Hérétiques. Un autre que j'ai lû sur
la pénitence , intitulé : Le Fuzil de laPéI.Vol. mitence
TI MERCURE DE FRANCE
nitence avec Allumette de l'Amour de
Dieu.
>
Après tout , la bizarerie de ces Titres ,
n'eut aucune suite. Il n'en fut pas de même
du Livre du P. Gille Gabriéli , qu'il intitula: Specimina Moralis Christiane et Diabolica. Ce qui l'obligea d'aller à Rome ,
pour se justifier sur la bizarerie de ce titre, qu'il fallut changer dans une nouvel- le édition faite en 1680.
Il ne s'est pas moins formé d'usages bizares , par rapport aux discours publics
de Religion , ou aux Sermons ; car quoique la premiere et la plus ancienne Méthode d'instruire les Peuples fut simple et
familiere, dans la vûë de se rendre également intelligible au commun des fidelles , et aux plus spirituels ; simplicité qui
a duré dans l'Orient , jusqu'au temps de
S. Grégoire de Nazianze ; et dans l'Occident, jusques vers le temps du Pape saint
Léon. Les Saints Evêques qui fleurirent
alors , crurent que les matiéres de la Religion , ne méritoient pas moins d'être
traitées avec toutes les beautez de l'éloquence, que les matiéres prophanes, dans
le dessein aussi , comme ils le disent euxmêmes , de donner à leurs discours, par la
délicatesse du stile , et par le brillant des
pensées , le même gout et le même attrait
1.Vol.
que
'JUIN.
17320 1119
que les miracles donnoient dans les premiers temps aux Discours des Apôtres èt
de leurs Disciples .
L'usage s'établit donc de prêcher avec
art et avec éloquence , ce qui a continué
depuis ; mais il faut avouer que , quoique
parmi les anciens et les modernes , il se
soit trouvé grand nombre d'Orateurs parfaits , qui par leurs Discours méthodiques , et véritablement éloquens , prononcez d'une maniere parfaitement convenable à la dignité et à la sainteté des
sujets , il n'a pas laissé que de s'introduire
de temps en temps quelques usages trop
bizares , pour une fonction aussi sainte et
aussi nécessaire au salut des Peuples.
N'étoit- ce pas , en effet, une bizarerie ,
que l'usage où on étoit il y a peu de siécles , de ne prêcher presqu'en Latin ? C'étoit encore l'usage dans le commencement
du dernier siécle , de remplir les Sermons
de Grec et de Latin. Cette méthode étoitelle fort utile à l'instruction des fidelles ?
Devoit elle faire paroître la justesse de
l'esprit du Prédicateur ? L'usage où l'on
a été à peu près dans le même temps ,
d'employer dans ces Discours, les Apophtegmes de Plutarque ( a ) des Lambeaux
·
( a ) Conceptions Théologiques au Sermon de Pierre de Besse.
1. Vol.
D de
1125 MERCURE DE FRANCE
de l'Histoire Prophane , ou des faits singuliers , souvent même supposezi cet usage , dis - je , étoit - il un usage bien convenable ? Celui encore d'apporter pour
preuve de ce qu'on avançoit , les pensées
quintessenciées de la Théologie Scholastique , émanées de la Philosophie d'Aristote. Il convenoit, sans doute , beaucoup
moins , dans ces Discours instituez pour
rendre la Religion respectable , et pour
faire observer la sévérite de ses maximes ,:
d'user de pensées ou d'expressions souvent fort triviales , propres à divertir et
à faire rire les Auditeurs ; en quoi , comme chacun sçait , le fameux Pere André
Bolanger , Religieux Augustin-Déchaussé , nommé vulgairement Le petit Pere
André , excelloit pardessus tous les autres , vers le milieu du dernier siécle. (b)
Enfin la bizarerie , en fait de Sermons,
est allée jusqu'à former un usage , où on
croiroit qu'il étoit du devoir du Prédicateur, pour donner plus de grace à son Discours , de tousser régulierement dans certains endroits de son Discours , qui paroissoit même alors si nécessaire , qu'on
voit encore aujourd'hui des Sermons imprimez de ce temps- là , où on a observé
de mettre à la marge , Hem, Hem, aux
( a) Mort le 2 Septembre 1657. âgé de 79 ans,
1. Vol. endroits
JUIN. 1732. II2I endroits où le Prédicateur devoit nécessairement tousser.
N'est- ce pas encore aujourd'hui unusage bien bizare, que celui de Prêcher.comme on fait en Italie , où selon ce qu'en
rapportent les Voyageurs, presque tous les Prédicateurs sont de vrais grimaciers, leurs
gêtes étant des gesticulations outrées , suivant les variations de la voix , passant plus
de vingt fois en un quart d'heure , du
fausset à la basse`, criant et s'agitant sans
cesse , se promenant avec chaleur et avec
bruit dans les Chaires , faites la plûpart en
forme de Balcons ou de Tribunes.
Qu'un tel usage est opposé à celui des
premiers siècles de l'Eglise , où nous
voyons , qu'une des raisons qu'apporte
rent les Peres, assemblez au Concile d'Antioche, tenu vers l'an 270, contre Paul de
Samosate , ( a ) pour faire connoître qu'ils
l'avoient justement condamnez ; c'étoit ,
disoient-ils , dans la Lettre synodale qu'ils
écrivirent , qu'outre ses erreurs , et sa vie
licencieuse , non-content d'avoir fait élever dans son Eglise un Tribunal plus haut
que de coûtume , où étoit posé son siége,
orné de tapis , il parloit en élevant ses
mains excessivement , frappant ses cuisses et remuant violemment les pieds
( a ) Eusebe , Hist. Eccles. lib. 7.
"
1. Vol. Dij battant
1122 MERCURE DE FRANCE
battant le Marche- pied de son Siége , affectant de parler d'une voix sourde, comme si elle fut sortie d'une cave ; en un
mot , se comportant, non pas comme un
modeste Prédicateur , mais comme un
Orateur qui harangue au Théatre.
Si le désir de faire paroître son esprit a produit differens usages assez bizares , ainsi qu'on vient de le voir , la complaisance qu'on a à se laisser donner des
distinctions peu convenables , n'en a pas
fourni un moindre nombre. Je n'en toucherai qu'un seul , pour ne pas pousser
ces réflexions trop loin , sçavoir l'usage
qui s'établit autrefois en Angleterre, lorsque la Religion Catholique y regnoit, de
donner aux Religieux et aux Religieuses
qui y étoient en grand nombre, les noms
de Domini et Domina, ce qui ne s'étoit pas
fait jusqu'alors,
Car suivant ce que S. Benoît avoit ordonné par sa Regle , ch. 63. il n'y avoit
précisément que le seul Abbé qu'on devoit nommer Domnus Abbas , comme un
diminutif du mot Dominus , qui signifie
Seigneur ou Monsieur, suivant notre maniere de parler, pour montrer que son autorité , quoiqu'émanée de Dieu , lui étoit
neanmoins très - subordonnée.. Selon la
même Regle , les anciens devoient nomI.Vol. mer
JUIN. 1732. 1123
mer les jeunes Religieux leurs freres , et
les jeunes devoient donner aux anciens le
nom de Nonni , qui équivaloit à celui de
Sancti. S. Jérôme l'employe en ce sens
dans sa Lettre 48. En effet , rien ne convenoit mieux , pour faire souvenir les
Anciens, qu'ils devoient être des modeles
de sainteté pour les jeunes Religieux.
Cet usage dura long - temps et s'observoit même parmi les séculiers , ce qui leur
donnoit lieu , de ne pas nommer autrement les Religieuses , les appellant des
Nonnes , des Nonnettes ou des Nonnains ;
et c'est par rapport à la signification de ce
nom de Nonna, qui signifie Saintes, qu'on
les nomme encore aujourd'hui Sancta
Moniales , en Latin. Les choses demeurerent en cet état , jusqu'à ce que les seculiers commencérent à y apporter du
changement. Dans la vûë de faire honneur aux simples Religieux des Abbayes,
ils qualifierent chaque particulier du nom
de Domnus , quoique ce nom , ne convint
, proprement qu'au seul Abbé ; à peu près
comme aujourd'hui les seculiers , pour
faire honneur au moindre Ecclésiastique, lui donnent le nom d'Abbé. Voilà
quelle est l'origine du nom de Dom , que
plusieurs Religieux ont conservé jusqu'à
nos jours , pendant que plusieurs autres
1.Vol. D iij ayant
7124 MERCURE DE FRANCE
ayant également abandonné les noms de
Nonni, et les Religieuses ceux de Nonna
ceux-là ont pris les noms de Peres et de
Freres ; et celles- ci , ceux de Meres et de
Sœurs.
Enfin les séculiers toujours attentifs à
donner des marques de leur estime et de
leur respect pour les Religieux et les Religieuses , crurent qu'il convenoit encore
d'introduire un usage nouveau , par rapport à leurs noms , et qu'il étoit de la politesse , de leur donner les noms dont on
usoit dans le monde envers les personnes
qui y avoient quelque distinction ; ce qui
s'établit d'autant plutôt en Angleterre ,
que les Religieux , et les Religieuses commençoient d'y vivre d'une maniere assez
séculiere. Ce fut donc alors , qu'on y
commença à donner dans la Langue du
païs aux Religieux et aux Religieuses, les
noms qui équivaloient à ceux de Messieurs et de Dames , c'est- à- dire, Domini ,
et de Domine , en Latin .
Il est vrai que ceux et celles qui étoient
les plus attachez à la perfection de leur
état souffrirent ce changement avec peine; les Supérieurs Ecclésiastiques en furent également choquez; jusques-là qu'un
Archevêque de Cantorbery , se crut obligé d'en faire publiquement ses plaintes
I. Vola dans
JUIN. 1731. 1125 dans une de ses Lettres Pastorales où en
s'addressant aux Religieux et aux Reli- gieuses , il leur disoit , ainsi le que rapporte le P. Thomassin dans sa Discipline Ecclesiastique , part. 4. liv. 1 , Sciatis
vos Monachos , vel Moniales esse, nonDominas, sicut nec Monachi possunt sine ri
diculo Domini appellari.
Cette distinction recherchée dans les
noms n'a pas été particuliere aux Religieux et aux Religieuses , elle l'a été et
l'est encore à beaucoup d'autres ; les Romains (a) de distinction se donnoient jusqu'à quatre noms ; sçavoir , l'avant nom,
le sur-nom, le proche- nom, et le nom; et
encore aujourd'hui c'est une distinction
qu'on affecte en Italie et en Allemagne ,
de donner aux personnes du premier
rang , sur tout aux Princes et aux Princesses , jusqu'à six ou sept noms de Saints
ou de Saintes à leur Batême; ce qu'on imite quelquefois en France et en Espagne..
( a) Alex. ab Alex. genial. dier. lib. 1. cap. 9.
A Eu, le 5 May 1732.
de quelques usages , &c.
J
Par M. CAPPERON, ancien Doyen de S. Maxent.
A
'Ai dit dans mes premieres Réfléxions
sur la Bizarerie de divers usages , qui
ont été insérées dans les Mercures de France, des mois de Janvier et de Février derniers , que cette Bizarerie tiroit son origine de deux sortes de désirs, naturels à tous
les hommes ; sçavoir , du désir qu'ils ont
de satisfaire leurs sens , et de celui qui les
porte à suivre les inclinations secretes que
les passions leur inspirent. J'ai donné
dans ces premieres Réfléxions un échantillon des usages bizares qui sont sortis
de ce desir , qu'ont les hommes de satisfaire leurs sens ; et je vais parler icy de
ceuxque leurs passions differentes ont fait
regner dans certains temps..
Comme la plus belle qualité de l'homme, est d'avoir un esprit capable de pen- ser, de connoître et de raisonner ; il est
I. Vol. na-
JUIN. 1732 IES
naturel que , chacun se sentant pourvu
d'un don si précieux , on saisisse volon-.
tiers tous les moyens propres à faire remarquer aux autres toute la beauté et
toute l'excellence qu'il peut avoir. C'est
aussi ce qui ne manquera pas d'arriver.
Mais ce qu'il y a de singulier , c'est que
souvent le desir qu'on a de faire paroître
son esprit , monte jusqu'à un tel excès ,
que cessant alors de penser et de raisonner juste , lorsqu'on croit le faire briller
avec éclat, on le fair par des endroits, qui
font remarquertout le contraire ; son peu
d'étendue et de justesse par des bizareries
tres- sensibles; ce que je justifierai aisément
par celles que je vais rapporter.
On ne peut pas douter que ce ne soit
particulierement dans les Ecrits et dans les
Discours publics, qu'on s'attache le plus à
fairebriller son esprit.Premierement, parce qu'on a plus de facilité à le faire, ayant
plus de loisir pour choisir ses pensées ,
pour en voir la justesse , et pour leur
donner le tour et l'arrangement qui peuvent les rendre plus frapantes.
D'ailleurs ceux qui composent quelque Ouvrage , qu'ils sçavent devoir être
la ou entendu du public ; sçachant qu'il
doit être exposé à la critique , c'est pour
eux un éguillon tres -vif, qui les excite
1.Vol. puis
16 MERCURE DE FRANCE
puissamment à travailler à plaire aux
Lecteurs ou aux Auditeurs.
Cela posé, il est bon que je dise , que
voulant parler des usages bizares qui ont
quelquefois paru en fait de productions
d'esprit , je ne prétends pas relever toutes les manieres singulieres par lesquelles
certaines personnes ont affecté de se distinguer dans les Ouvrages de leur com
position ; tel qu'est ( par exemple) le stile
serré , sententieux et trop affecté de Seneque , que Quintilien a justement blâmé ;
d'autres qui ont crû orner leurs écrits par
des jeux de mots; et d'autres enfin, qui ont
prétendu se singulariser par un mélange
bizare du Sacré et du Prophane , par des
digressions trop fréquentes, des antithèses
trop multipliées , par un stile enfin trop
éloigné du naturel.
Mais pour m'attacher à quelque chose
de plus marqué , n'avouera- t- on pas que
c'étoit un usage tout- à-fait bizare quecelui qui dominoit sous le Regne de Charles IX. et qui consistoit , non seulement
à remplir les Livres et les Ecrits , que dis
je , jusqu'aux simples Lettres , d'une infinité de passages ? En sorte , dit Varillas ,
que Montluc , Evêque de Valence , écrivant à ce Prince , pour lui rendre compte
d'une Négociation où il étoit employé ,
<
1.Vol. n'ayant
JUIN. 1732. 1117
n'ayant pu faire entrer dans sa premiere
Lettre tous les Passages qu'il avoit préparés , il lui en écrivit une seconde , par
Je Courrier suivant , pour rapporter huis
autres Passages qui lui étoient restez.
Ne peut-on pas mettre dans la même
Classe des usages bizares , en fait d'Ouvrages d'esprit , les Vers burlesques qui
ont eu quelque vogue vers le milieu du
dernier siécle ? par lesquels on s'attachoit
à traduire avec travail et quelque sorte
d'esprit , d'excellens Ouvrages , et ces
Vers n'étoient ordinairement remplis que
de choses triviales , et souvent tres grossieres.
On doit mettre au même rang, ces
titres bizares qu'on a souvent donné àcerrains Livres , pour marquer d'une manicre mystérieuse , qu'on croyoit alors tresspirituelle , le sujet qui y étoit traité. Par
exemple, celui qui fut composé par un
Prêtre de Mante, sur les Antiennes qui
se disent quelques jours avant Noël , et
qui commencent par O ; qu'il in, itula :
La douce moëlle , et la saucefriande des Os
savoureux de l'Avent. Tel étoit un petit
Livre de Controverse , qui avoit pour titre: Lepetit Pistolet de poche , qui tire contre les Hérétiques. Un autre que j'ai lû sur
la pénitence , intitulé : Le Fuzil de laPéI.Vol. mitence
TI MERCURE DE FRANCE
nitence avec Allumette de l'Amour de
Dieu.
>
Après tout , la bizarerie de ces Titres ,
n'eut aucune suite. Il n'en fut pas de même
du Livre du P. Gille Gabriéli , qu'il intitula: Specimina Moralis Christiane et Diabolica. Ce qui l'obligea d'aller à Rome ,
pour se justifier sur la bizarerie de ce titre, qu'il fallut changer dans une nouvel- le édition faite en 1680.
Il ne s'est pas moins formé d'usages bizares , par rapport aux discours publics
de Religion , ou aux Sermons ; car quoique la premiere et la plus ancienne Méthode d'instruire les Peuples fut simple et
familiere, dans la vûë de se rendre également intelligible au commun des fidelles , et aux plus spirituels ; simplicité qui
a duré dans l'Orient , jusqu'au temps de
S. Grégoire de Nazianze ; et dans l'Occident, jusques vers le temps du Pape saint
Léon. Les Saints Evêques qui fleurirent
alors , crurent que les matiéres de la Religion , ne méritoient pas moins d'être
traitées avec toutes les beautez de l'éloquence, que les matiéres prophanes, dans
le dessein aussi , comme ils le disent euxmêmes , de donner à leurs discours, par la
délicatesse du stile , et par le brillant des
pensées , le même gout et le même attrait
1.Vol.
que
'JUIN.
17320 1119
que les miracles donnoient dans les premiers temps aux Discours des Apôtres èt
de leurs Disciples .
L'usage s'établit donc de prêcher avec
art et avec éloquence , ce qui a continué
depuis ; mais il faut avouer que , quoique
parmi les anciens et les modernes , il se
soit trouvé grand nombre d'Orateurs parfaits , qui par leurs Discours méthodiques , et véritablement éloquens , prononcez d'une maniere parfaitement convenable à la dignité et à la sainteté des
sujets , il n'a pas laissé que de s'introduire
de temps en temps quelques usages trop
bizares , pour une fonction aussi sainte et
aussi nécessaire au salut des Peuples.
N'étoit- ce pas , en effet, une bizarerie ,
que l'usage où on étoit il y a peu de siécles , de ne prêcher presqu'en Latin ? C'étoit encore l'usage dans le commencement
du dernier siécle , de remplir les Sermons
de Grec et de Latin. Cette méthode étoitelle fort utile à l'instruction des fidelles ?
Devoit elle faire paroître la justesse de
l'esprit du Prédicateur ? L'usage où l'on
a été à peu près dans le même temps ,
d'employer dans ces Discours, les Apophtegmes de Plutarque ( a ) des Lambeaux
·
( a ) Conceptions Théologiques au Sermon de Pierre de Besse.
1. Vol.
D de
1125 MERCURE DE FRANCE
de l'Histoire Prophane , ou des faits singuliers , souvent même supposezi cet usage , dis - je , étoit - il un usage bien convenable ? Celui encore d'apporter pour
preuve de ce qu'on avançoit , les pensées
quintessenciées de la Théologie Scholastique , émanées de la Philosophie d'Aristote. Il convenoit, sans doute , beaucoup
moins , dans ces Discours instituez pour
rendre la Religion respectable , et pour
faire observer la sévérite de ses maximes ,:
d'user de pensées ou d'expressions souvent fort triviales , propres à divertir et
à faire rire les Auditeurs ; en quoi , comme chacun sçait , le fameux Pere André
Bolanger , Religieux Augustin-Déchaussé , nommé vulgairement Le petit Pere
André , excelloit pardessus tous les autres , vers le milieu du dernier siécle. (b)
Enfin la bizarerie , en fait de Sermons,
est allée jusqu'à former un usage , où on
croiroit qu'il étoit du devoir du Prédicateur, pour donner plus de grace à son Discours , de tousser régulierement dans certains endroits de son Discours , qui paroissoit même alors si nécessaire , qu'on
voit encore aujourd'hui des Sermons imprimez de ce temps- là , où on a observé
de mettre à la marge , Hem, Hem, aux
( a) Mort le 2 Septembre 1657. âgé de 79 ans,
1. Vol. endroits
JUIN. 1732. II2I endroits où le Prédicateur devoit nécessairement tousser.
N'est- ce pas encore aujourd'hui unusage bien bizare, que celui de Prêcher.comme on fait en Italie , où selon ce qu'en
rapportent les Voyageurs, presque tous les Prédicateurs sont de vrais grimaciers, leurs
gêtes étant des gesticulations outrées , suivant les variations de la voix , passant plus
de vingt fois en un quart d'heure , du
fausset à la basse`, criant et s'agitant sans
cesse , se promenant avec chaleur et avec
bruit dans les Chaires , faites la plûpart en
forme de Balcons ou de Tribunes.
Qu'un tel usage est opposé à celui des
premiers siècles de l'Eglise , où nous
voyons , qu'une des raisons qu'apporte
rent les Peres, assemblez au Concile d'Antioche, tenu vers l'an 270, contre Paul de
Samosate , ( a ) pour faire connoître qu'ils
l'avoient justement condamnez ; c'étoit ,
disoient-ils , dans la Lettre synodale qu'ils
écrivirent , qu'outre ses erreurs , et sa vie
licencieuse , non-content d'avoir fait élever dans son Eglise un Tribunal plus haut
que de coûtume , où étoit posé son siége,
orné de tapis , il parloit en élevant ses
mains excessivement , frappant ses cuisses et remuant violemment les pieds
( a ) Eusebe , Hist. Eccles. lib. 7.
"
1. Vol. Dij battant
1122 MERCURE DE FRANCE
battant le Marche- pied de son Siége , affectant de parler d'une voix sourde, comme si elle fut sortie d'une cave ; en un
mot , se comportant, non pas comme un
modeste Prédicateur , mais comme un
Orateur qui harangue au Théatre.
Si le désir de faire paroître son esprit a produit differens usages assez bizares , ainsi qu'on vient de le voir , la complaisance qu'on a à se laisser donner des
distinctions peu convenables , n'en a pas
fourni un moindre nombre. Je n'en toucherai qu'un seul , pour ne pas pousser
ces réflexions trop loin , sçavoir l'usage
qui s'établit autrefois en Angleterre, lorsque la Religion Catholique y regnoit, de
donner aux Religieux et aux Religieuses
qui y étoient en grand nombre, les noms
de Domini et Domina, ce qui ne s'étoit pas
fait jusqu'alors,
Car suivant ce que S. Benoît avoit ordonné par sa Regle , ch. 63. il n'y avoit
précisément que le seul Abbé qu'on devoit nommer Domnus Abbas , comme un
diminutif du mot Dominus , qui signifie
Seigneur ou Monsieur, suivant notre maniere de parler, pour montrer que son autorité , quoiqu'émanée de Dieu , lui étoit
neanmoins très - subordonnée.. Selon la
même Regle , les anciens devoient nomI.Vol. mer
JUIN. 1732. 1123
mer les jeunes Religieux leurs freres , et
les jeunes devoient donner aux anciens le
nom de Nonni , qui équivaloit à celui de
Sancti. S. Jérôme l'employe en ce sens
dans sa Lettre 48. En effet , rien ne convenoit mieux , pour faire souvenir les
Anciens, qu'ils devoient être des modeles
de sainteté pour les jeunes Religieux.
Cet usage dura long - temps et s'observoit même parmi les séculiers , ce qui leur
donnoit lieu , de ne pas nommer autrement les Religieuses , les appellant des
Nonnes , des Nonnettes ou des Nonnains ;
et c'est par rapport à la signification de ce
nom de Nonna, qui signifie Saintes, qu'on
les nomme encore aujourd'hui Sancta
Moniales , en Latin. Les choses demeurerent en cet état , jusqu'à ce que les seculiers commencérent à y apporter du
changement. Dans la vûë de faire honneur aux simples Religieux des Abbayes,
ils qualifierent chaque particulier du nom
de Domnus , quoique ce nom , ne convint
, proprement qu'au seul Abbé ; à peu près
comme aujourd'hui les seculiers , pour
faire honneur au moindre Ecclésiastique, lui donnent le nom d'Abbé. Voilà
quelle est l'origine du nom de Dom , que
plusieurs Religieux ont conservé jusqu'à
nos jours , pendant que plusieurs autres
1.Vol. D iij ayant
7124 MERCURE DE FRANCE
ayant également abandonné les noms de
Nonni, et les Religieuses ceux de Nonna
ceux-là ont pris les noms de Peres et de
Freres ; et celles- ci , ceux de Meres et de
Sœurs.
Enfin les séculiers toujours attentifs à
donner des marques de leur estime et de
leur respect pour les Religieux et les Religieuses , crurent qu'il convenoit encore
d'introduire un usage nouveau , par rapport à leurs noms , et qu'il étoit de la politesse , de leur donner les noms dont on
usoit dans le monde envers les personnes
qui y avoient quelque distinction ; ce qui
s'établit d'autant plutôt en Angleterre ,
que les Religieux , et les Religieuses commençoient d'y vivre d'une maniere assez
séculiere. Ce fut donc alors , qu'on y
commença à donner dans la Langue du
païs aux Religieux et aux Religieuses, les
noms qui équivaloient à ceux de Messieurs et de Dames , c'est- à- dire, Domini ,
et de Domine , en Latin .
Il est vrai que ceux et celles qui étoient
les plus attachez à la perfection de leur
état souffrirent ce changement avec peine; les Supérieurs Ecclésiastiques en furent également choquez; jusques-là qu'un
Archevêque de Cantorbery , se crut obligé d'en faire publiquement ses plaintes
I. Vola dans
JUIN. 1731. 1125 dans une de ses Lettres Pastorales où en
s'addressant aux Religieux et aux Reli- gieuses , il leur disoit , ainsi le que rapporte le P. Thomassin dans sa Discipline Ecclesiastique , part. 4. liv. 1 , Sciatis
vos Monachos , vel Moniales esse, nonDominas, sicut nec Monachi possunt sine ri
diculo Domini appellari.
Cette distinction recherchée dans les
noms n'a pas été particuliere aux Religieux et aux Religieuses , elle l'a été et
l'est encore à beaucoup d'autres ; les Romains (a) de distinction se donnoient jusqu'à quatre noms ; sçavoir , l'avant nom,
le sur-nom, le proche- nom, et le nom; et
encore aujourd'hui c'est une distinction
qu'on affecte en Italie et en Allemagne ,
de donner aux personnes du premier
rang , sur tout aux Princes et aux Princesses , jusqu'à six ou sept noms de Saints
ou de Saintes à leur Batême; ce qu'on imite quelquefois en France et en Espagne..
( a) Alex. ab Alex. genial. dier. lib. 1. cap. 9.
A Eu, le 5 May 1732.
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Résumé : SUITE des Réflexions sur la Bizarerie de quelques usages, &c. Par M. CAPPERON, ancien Doyen de S. Maxent.
Dans ses 'Réflexions sur la Bizarerie de quelques usages', M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, examine les origines des usages bizarres, qu'il attribue à deux désirs naturels chez les hommes : satisfaire leurs sens et suivre leurs passions. Il distingue les usages bizarres issus du désir de faire briller son esprit, souvent au détriment de la justesse et de la raison. Capperon observe que les écrits et discours publics sont particulièrement propices à ces excès, car ils offrent plus de loisir pour choisir et arranger les pensées et sont soumis à la critique. Il cite divers exemples historiques, comme l'usage sous Charles IX de remplir les écrits de passages, ou les vers burlesques du milieu du XVIIe siècle qui traduisaient des œuvres excellentes en textes triviaux. Il mentionne également des titres bizarres donnés à certains livres, comme ceux du Père Gille Gabriéli, qui dut changer le titre de son ouvrage 'Specimina Moralis Christiane et Diabolica' pour éviter des controverses. Capperon aborde aussi les sermons, où des pratiques comme prêcher en latin ou remplir les discours de grec, de latin, ou d'apophtegmes de Plutarque étaient courantes. Il critique les prédicateurs qui utilisaient des expressions triviales pour divertir ou faire rire, et mentionne l'usage italien de gesticuler excessivement pendant les sermons. Il évoque également la complaisance des religieux à accepter des distinctions peu convenables, comme l'usage en Angleterre de donner aux religieux et religieuses les titres de Domini et Domina, ou plus tard, ceux de Messieurs et Dames. Cet usage a évolué au fil du temps, certains religieux adoptant les titres de Père et Frère, et les religieuses ceux de Mère et Sœur. Le texte traite également des réactions face à un changement dans l'usage des titres religieux. Les personnes attachées à la perfection de leur état et les supérieurs ecclésiastiques ont éprouvé des difficultés à accepter ce changement. Un archevêque de Cantorbéry a exprimé publiquement ses plaintes dans une lettre pastorale en juin 1731, adressée aux religieux et religieuses. Il les rappelait que les moines et moniales devaient être appelés 'Monachos' ou 'Moniales' et non 'Domine' ou 'Dominas'. Cette distinction des noms n'était pas unique aux religieux; les Romains de distinction portaient jusqu'à quatre noms, et cette pratique se retrouve encore en Italie et en Allemagne, où les personnes de haut rang, notamment les princes et princesses, reçoivent plusieurs noms de saints à leur baptême. Cette coutume est parfois imitée en France et en Espagne. Le texte est daté d'Eu, le 5 mai 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 143-147
« DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...] »
Début :
DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...]
Mots clefs :
Discours, Traités, Sujet, Pères, Prédicateurs, Curés, Campagne, Chaîne, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...] »
DICTIONNAIRE Apostolique à l'usage
de Messieurs les Curés des Villes &
de la Campagne & de tous ceux qui se
destinent à la Chaire. Pat le P. Hyacinthe.
Raris chez la venve Lottin & Buitard,
& l'Auieur, tome premier, in8°.
L'idée quel'Auteur donne lui même de
son ouvrage, nous paroit li juste, que nous
Fallons présenter à nos Lecteurs. 10. Je
donuera, dit il, huit volumes bien four-
nis in- S°. Les cinq premiets contiendront
depen près, cinquante sujeis de morale
chrétienne. Je fetai choix, autant qu'il
me sera possible, de ceux que la religion
a toujours jugé les plus interessans & les
plus propres à régler les merurs, & à por-
ter à la pratique de la vertu. I.e sixiéme
& le septième tenfermeront tous les Mys-
a
244 MERCUREDEFRANCE.
téres de Jesus-Christ, & les Fêtes de la
Sainte Vierge, le huitième & dernier vo-
lume, seta composé d'un Commun des
Apôtres, des Martyts, des Evêques,
des Confesseurs, & des Vierges, & sera
terminem par plusieurs extraits propresà for
mer des discours de vêtures & de profes-
sions de Religieuses, & si j'avois dans la
suite, la douce consolation d'apperce-
voir que cet ouvrage n'eût point déplu,
aptès quesques momens de repos, je
donnerois un neuvième volume de sujets
particuliers.
2. Les matieres seront tangées pat let-
tres alphabétiques. Chaque volume con-
tiendra 8 à 9 traités, & chacun de ces
traités sera précëdé d'une observation sut
le sujet annoncé. Des réfléxions Théolo-
ques & morales, différens textes de
l'Ecriture, les sentimens des SS. Peres,
le nom des Auteurs & des Prédicateurs qui
ont écrit & préché avec plus de distinction
suivront le Préliminaire.
3° L'on trouerva ensuite le r lan raisonne
de trois discours sur le même sujet pro-
posé sous différens jours, ce qui fera pat
volume 27 discours au plus & 24 au
moins, comme je m'y suis vû forcé dans
ce premier volume, à taison de la Préface
& de l'Epitre dédicatoire, &c. chacun
de
FEVRIER. 1752. 145
de ses discours, aura sa division & ses
soudivisions; & les preuves des unes &
des autres, surtout des deux premiers sujets,
seront toutes extraites des meilleurs
traités des Ascétiques les mieux choi-
sis, & des plus célèbres Prédicateurs.
4°. Messicurs les Curés & les Ecclé-
siastiques de la campagne, qui pour les
motifs énoncés au commencement de
cette Préface, ne peuvent s'adonner à la
composition, ou à raison de leurs tems
trop partagé par les autres fonctions du
ministere, ou à titre d'impossibilité de se
procurer le secours des livres, trouveront.
tous ces obstacles levés. Les premiers,
parce qu'avec un peu de mémoire & un
travail de quelques heures dans la semai-
ne, il leur sera facile de composer une
instruction pour leurs Paroissiens. Les se-
conds, parce que pouvant se procurer à
peu de frais cet o vrage, ils y pui-
seront des secours suffisants pour travaillet
à l'édification de ceux qui leur sont con-
fiés, & du salut desquels ils sont compta-
bles. En un mot, tous seront à portée de
faire valoir leurs talens pour la gloire de
la religion, l'honneur du sacerdoce, &
l'intérêt des fideles, car j'invite ici le
Lecteur à observer que j'ai pris un soin
tout particulier de traiter le troisième dis-
G
zed by God
146 MERCUREDEFRANC E.
cours en style familier, mais éloigné du
rempant, afin qu'il pût être entendu avec
fruit de ceux qui seroient les moins ins-
truits, & même des plus stupides; tout
y est lié & raproché de façon, que le Pas-
teur qui n'auroit nul talent pour la com-
position, en le prononçant tel qu'il est,
pourroit se rendre le secret témoignage
d'avoir instruit & édifié son troupeau; on
ne demandera point deux talens à celui
qui n'en aura reçu qu'un seul.
59. Je ne dis pas la même chose des deux
premiers discours, où souvent j'ai transpo-
sé, à dessein, les preuves dans la crainte
d autoriser indiscretement la paresse des
jeunes gens, qui à peine sortis de la pous-
sicre des écoles, voudroient se produire
dans les chaires & instruite les autres dans
la science du salut, avant que de s'être
instruits eux-mêmes. Ce que j'ose assurer,
& ce dont l'expérience fera preuve; c'est
qu'avec du travail, une teinture raisonna-
ble de Théologie, un discernement juste,
l'on pourra à la faveur des grands modé-
les que je mets sous les yeux, devenir
sinon un Prédicateur du premier ordre
il faut des siécles pour en faire un) du
mous un bon Prédicateur, qui se fera
entendre avec fruit & avec satisfaction.
Quelle seroit ma joie, & quelle plus douce
FEVRIER. 1752.
147
consolation, si avant que mes cendres se
réunissent à celles de mesperes, j'étois assez
heureux pour voir l'effetsuivre la promesse,
6°. Je prie le Lecteur de remarquer,
que si j'ai pris soin de ranger par ordte
les Passages des SS. Peres, ce n'est pas
que je me sois imaginé que cet arrange-
ment fût nécessaire pour la composition
d'un discours; mon dessein en m'y assu-
jertissant, a été que le jeune homme qui
voudroir se former pour la chaire, apprit
sans peine & comme imperceptiblement,
que les Ambroise & les Augustin, sont,
postérieures aux Ignace & aux Justin,
ainsi des autres; mais une raison plus for-
te encore & plus décisive, c'est que dans
la nécessité de traiter un sujet controver-
sé, cette légere teinture de Chronologie
serviroit beaucoup, puisque l'on ne peut
pas ignorer que nos chers freres séparés
déferent bien plus à l'autorité des anciens,
Peres, qu'à celle des Docteurs du sixième
& du septième siécle.
Tel est le plan du Dictionnaire Aposto-
lique: il est a peu près le même que celui
de la Bibliothéque des Prédicateurs; mais
comme il a l'avantage d'être venu le der-
nier, il est exécuté avec plus de goût, de
méthode & de précision.
de Messieurs les Curés des Villes &
de la Campagne & de tous ceux qui se
destinent à la Chaire. Pat le P. Hyacinthe.
Raris chez la venve Lottin & Buitard,
& l'Auieur, tome premier, in8°.
L'idée quel'Auteur donne lui même de
son ouvrage, nous paroit li juste, que nous
Fallons présenter à nos Lecteurs. 10. Je
donuera, dit il, huit volumes bien four-
nis in- S°. Les cinq premiets contiendront
depen près, cinquante sujeis de morale
chrétienne. Je fetai choix, autant qu'il
me sera possible, de ceux que la religion
a toujours jugé les plus interessans & les
plus propres à régler les merurs, & à por-
ter à la pratique de la vertu. I.e sixiéme
& le septième tenfermeront tous les Mys-
a
244 MERCUREDEFRANCE.
téres de Jesus-Christ, & les Fêtes de la
Sainte Vierge, le huitième & dernier vo-
lume, seta composé d'un Commun des
Apôtres, des Martyts, des Evêques,
des Confesseurs, & des Vierges, & sera
terminem par plusieurs extraits propresà for
mer des discours de vêtures & de profes-
sions de Religieuses, & si j'avois dans la
suite, la douce consolation d'apperce-
voir que cet ouvrage n'eût point déplu,
aptès quesques momens de repos, je
donnerois un neuvième volume de sujets
particuliers.
2. Les matieres seront tangées pat let-
tres alphabétiques. Chaque volume con-
tiendra 8 à 9 traités, & chacun de ces
traités sera précëdé d'une observation sut
le sujet annoncé. Des réfléxions Théolo-
ques & morales, différens textes de
l'Ecriture, les sentimens des SS. Peres,
le nom des Auteurs & des Prédicateurs qui
ont écrit & préché avec plus de distinction
suivront le Préliminaire.
3° L'on trouerva ensuite le r lan raisonne
de trois discours sur le même sujet pro-
posé sous différens jours, ce qui fera pat
volume 27 discours au plus & 24 au
moins, comme je m'y suis vû forcé dans
ce premier volume, à taison de la Préface
& de l'Epitre dédicatoire, &c. chacun
de
FEVRIER. 1752. 145
de ses discours, aura sa division & ses
soudivisions; & les preuves des unes &
des autres, surtout des deux premiers sujets,
seront toutes extraites des meilleurs
traités des Ascétiques les mieux choi-
sis, & des plus célèbres Prédicateurs.
4°. Messicurs les Curés & les Ecclé-
siastiques de la campagne, qui pour les
motifs énoncés au commencement de
cette Préface, ne peuvent s'adonner à la
composition, ou à raison de leurs tems
trop partagé par les autres fonctions du
ministere, ou à titre d'impossibilité de se
procurer le secours des livres, trouveront.
tous ces obstacles levés. Les premiers,
parce qu'avec un peu de mémoire & un
travail de quelques heures dans la semai-
ne, il leur sera facile de composer une
instruction pour leurs Paroissiens. Les se-
conds, parce que pouvant se procurer à
peu de frais cet o vrage, ils y pui-
seront des secours suffisants pour travaillet
à l'édification de ceux qui leur sont con-
fiés, & du salut desquels ils sont compta-
bles. En un mot, tous seront à portée de
faire valoir leurs talens pour la gloire de
la religion, l'honneur du sacerdoce, &
l'intérêt des fideles, car j'invite ici le
Lecteur à observer que j'ai pris un soin
tout particulier de traiter le troisième dis-
G
zed by God
146 MERCUREDEFRANC E.
cours en style familier, mais éloigné du
rempant, afin qu'il pût être entendu avec
fruit de ceux qui seroient les moins ins-
truits, & même des plus stupides; tout
y est lié & raproché de façon, que le Pas-
teur qui n'auroit nul talent pour la com-
position, en le prononçant tel qu'il est,
pourroit se rendre le secret témoignage
d'avoir instruit & édifié son troupeau; on
ne demandera point deux talens à celui
qui n'en aura reçu qu'un seul.
59. Je ne dis pas la même chose des deux
premiers discours, où souvent j'ai transpo-
sé, à dessein, les preuves dans la crainte
d autoriser indiscretement la paresse des
jeunes gens, qui à peine sortis de la pous-
sicre des écoles, voudroient se produire
dans les chaires & instruite les autres dans
la science du salut, avant que de s'être
instruits eux-mêmes. Ce que j'ose assurer,
& ce dont l'expérience fera preuve; c'est
qu'avec du travail, une teinture raisonna-
ble de Théologie, un discernement juste,
l'on pourra à la faveur des grands modé-
les que je mets sous les yeux, devenir
sinon un Prédicateur du premier ordre
il faut des siécles pour en faire un) du
mous un bon Prédicateur, qui se fera
entendre avec fruit & avec satisfaction.
Quelle seroit ma joie, & quelle plus douce
FEVRIER. 1752.
147
consolation, si avant que mes cendres se
réunissent à celles de mesperes, j'étois assez
heureux pour voir l'effetsuivre la promesse,
6°. Je prie le Lecteur de remarquer,
que si j'ai pris soin de ranger par ordte
les Passages des SS. Peres, ce n'est pas
que je me sois imaginé que cet arrange-
ment fût nécessaire pour la composition
d'un discours; mon dessein en m'y assu-
jertissant, a été que le jeune homme qui
voudroir se former pour la chaire, apprit
sans peine & comme imperceptiblement,
que les Ambroise & les Augustin, sont,
postérieures aux Ignace & aux Justin,
ainsi des autres; mais une raison plus for-
te encore & plus décisive, c'est que dans
la nécessité de traiter un sujet controver-
sé, cette légere teinture de Chronologie
serviroit beaucoup, puisque l'on ne peut
pas ignorer que nos chers freres séparés
déferent bien plus à l'autorité des anciens,
Peres, qu'à celle des Docteurs du sixième
& du septième siécle.
Tel est le plan du Dictionnaire Aposto-
lique: il est a peu près le même que celui
de la Bibliothéque des Prédicateurs; mais
comme il a l'avantage d'être venu le der-
nier, il est exécuté avec plus de goût, de
méthode & de précision.
Fermer
6
p. 57-64
Lettre de M. l'Abbé A. P. J. à M. l'Abbé de B***.
Début :
Monsieur, vous avez beau regarder comme une plaisanterie le projet [...]
Mots clefs :
Prédicateurs, Mémoire, Discours, Méthode, Évangile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé A. P. J. à M. l'Abbé de B***.
Lettre de M. l'Abbé A. P. J. à M. l'Abbé
de B ***.
Mconte une
Onfieur , vous avez beau regarder
comme une plaifanterie
le projet
que j'ai conçu , d'engager les Prédicateurs
à réciter leurs fermons , le papier en main ;
plus je penfe à cette nouvelle méthode ,
depuis que je vous en ai parlé pour la
premiere fois , plus j'y découvre d'avantages.
Je ne me cache point à moi même
les obftacles qu'il faudra furmonter . L'habitude
dans laquelle on eft depuis longtems
de prêcher par mémoire , fera difficile
à détruire , même chez une nation
fi portée d'ailleurs à changer de modes ;
mais nous avons vû des révolutions
plus
confidérables
, foit dans les fciences , foit
dans les moeurs, pour ne pas efperer celleci
malgré les contradicteurs
.
Ст
58 MERCURE DE FRANCE.
Je fçais qu'il ne fera jamais permis à
aucun prédicateur de changer le fond &
la matière des inftructions qu'ils doivent
annoncer aux peuples. Comme la Religion
eft invariable , fes maximes doivent
être inaltérables. Plût à Dieu qu'on eût
confervé de nos jours , en annonçant l'Evangile
, cette noble fimplicité qui en faifoit
autrefois & la force & la gloire ! mais
quelle différence des difcours des premiers
Apôtres avec ceux de leurs derniers fucceffeurs
! C'étoit autrefois aux pieds de la
Croix , & dans la méditation des diverfes
Ecritures , que les miniftres de la parole
du Seigneur puifoient les réflexions pathétiques
dont ils entretenoient fouvent
les fideles , réflexions que le zéle accompagnoit
, que l'exemple foutenoit , & que
la grace du Tout - puiffant faifoit fructifier.
Comme ils n'avoient d'autre objet
que celui d'étendre le royaume de Jefus-
Chrift , ils parloient felon que l'Efprit
divin , dont ils étoient animés , les infpiroit
; & des milliers de Juifs , de
Grecs , de Romains , & d'étrangers convertis
devenoient le fruit de leurs conquêtes
, & la récompenfe de leurs travaux
évangéliques .
Préfentement au contraire il femble que
nos Prédicateurs, contens des anciens proOCTOBRE.
1755. 59
grès de la religion , ne cherchent plus quà
faire admirer l'efprit & les graces de fes
Miniftres ; ce n'eft plus , pour la plûpart ,
dans les fources facrées qu'ils étudient les
oracles qu'ils nous débitent ; & comment
pourroient-ils fe fervit utilement de l'Ecriture
& des Peres dans les difcours qu'ils
compofent fur des ridicules de fociété ?
Auffi quel eft le fruit de ces portraits prophanes
, finon les vains applaudiffemens
de ces gens oififs , que la célébrité d'un
Prédicateur attire dans nos temples , &
que l'amufement y retient ? Perfuadés qu'il
leur fuffit de plaire à un peuple qu'ils devroient
inftruire , ces Miniftres frivoles fe
font eux-mêmes impofés un joug pefant ,
que des auditeurs délicats & critiques
ont bientôt fçu aggraver. Si ces derniers
les ont difpenfé de jetter de la folidité
& de l'onction dans leurs difcours , que
de talens n'en ont- ils pas exigé je veux
dire les agrémens de la figure , les graces
de la voix , la régularité des geftes , l'étendue
de la mémoire , la délicateffe des
expreffions , la fineffe des penfées , vains
ornemens plus propres à éblouir qu'à toucher
!
Or , dites - moi , Monfieur , comment
voulez-vous qu'un Prédicateur continuellement
occupé à compofer fon vifage , à
Cvj
60
MERCURE DE FRANCE.
animer fes bras , à modifier agréablement
les refforts de fa langue , & à inférer dans
une mémoire ingrate de magnifiques lambeaux
aufquels il n'a fouvent prêté qu'une
brillante coûture , foit propre à infpirer
de l'horreur pour le vice contre lequel il
doit tonner , ou à faire chérir la vertu
qu'il doit canonifer ?
Quoique je fois le premier à foutenir qu'il
ne fera jamais permis de toucher au fond
de la doctrine & de la morale de l'Evangile
, dois- je craindre de découvrir une nouvelle
méthode pour en publier les préceptes
& les maxîmes , fur tout fi cette nouvelle
forme eft plus facile & plus avantageufe
? Non , Monfieur ; & pour peu que
vous vouliez faire attention aux raifons
fur lefquelles je la fonde , vous conviendrez
vous - même de fon utilité. Ne vaudroit
il pas mieux qu'un Curé , occupé
pendant la plus grande partie de la femaine
à défervir une nombreuſe paroiffe ,
employât le peu de tems que la vifite des
malades , & les autres foins du gouvernement
fpirituel demandent de lui , à compofer
pour chaque Dimanche une folide
& inftructive homélie , que de le voir
paffer ce même tems à inférer dans fon
cerveau un prône de parade ? Quels fruits
peuvent faire les inftructions d'un pasteur
›
OCTOBRE 1755 . 61
qui fe borne à quelques points particuliers
de la morale évangélique , & dont
les difcours font par conféquent fi fouvent
répétés , que certain, paroiffiens affidus
feroient en état de les réciter à leur
tour ?
Au contraire , en permettant aux Prédicateurs
, & fur- tout à ceux qui font à la
tête des Paroiffes , d'avoir dans la chaire
le papier à la main , on leur laiffera le
tems de méditer les divines Ectitures ,
de s'inftruire dans les ouvrages des Saints
Peres , & par conféquent , de compofer
pour chaque femaine des homélies toujours
nouvelles ils pourront même par
ce moyen enfeigner fucceffivement un
corps de doctrine fuivie , repaffer toutes
les vérités de la religion , & en expofer
tous les devoirs . On fe plaint tous les jours
que le peuple n'eft pas inftruit ; & comment
peut- il l'être , lorfque les Prédicateurs
refférés dans un cercle étroit de matieres
frappantes , négligent ces fujets effentiels
fur lefquels le tems qu'ils perdent
à apprendre leurs difcours par mémoire ,
ne leur permet pas de travailler ? N'en doutez
pas , Monfieur : Voilà une des principales
caufes de l'ignorance des fidéles ;
& le feul moyen efficace pour y remédier ,
c'eft de leur procurer un plus grand nom62
MERCURE DE FRANCE.
bre d'inftructions , en diminuant le travail
de ceux que le Seigneur a deſtiné
pour les éclairer.
Je dis plus outre l'utilité générale que
produira la nouvelle méthode d'annoncer
l'Evangile , elle aura encore l'avantage
d'être plus agréable pour l'auditeur . Qu'un
Prédicateur peu fûr de fa mémoire fe trouble
, & qu'il foit fur le point de refter
court , que de tourmens , que d'embarras
dans l'auditoire ! mais quels font les Orateurs
Chrétiens , à qui une mémoire ingrate
ou volage , n'ait jamais joué de pareils
tours ? Combien même de jeunes
Prédicateurs , dégoûtés par un début peu
flateur de ce côté , ont abandonné un miniftere
dans lequel il fe feroient cependant
diftingués ?
N'allez pas me dire ici , Monfieur , qu'on
rira de voir un Eccléfiaftique lire d'un ton
modefte une folide inftruction . Pourquoi
riroit- on plutôt dans nos temples que dans
nos barreaux ? Ne voyons - nous pas tous
les jours dans ces dernieres affemblées les
plus célébres Avocats, le mémoire en main ,
foutenir les droits de l'orphélin , & mettre
la veuve à l'abri des ufurpateurs ? On
rira moins , Monfieur , à la lecture d'un fermon
chrétiennement appuyé fur les preuves
tirées de l'Ecriture & de la tradition ,
OCTOBRE . 1755 . 63
qu'on ne feroit en droit de le faire ( fi la
majefté du lieu le permettoit ) au récit par
mémoire de ces piéces théatrales , faites
pour nourrir en même tems , & l'amour
propre du miniftre , & la curiofité de l'auditeur
.
J'exhorte donc les Prédicateurs à fecouer
le joug du préjugé & à facrifier au
bien général le petit talent d'hommes de
mémoire. Vous appréhendez , dites- vous ,
qu'il n'en foit ici comme du confeil des
rats . Tous les intéreffés ne manqueront
pas d'approuver l'avis ; mais qui attachera
le grélot ? Qui les plus fages , & les plus
zélés. Que des Griffet , par exemple , que
des Sanfaric commencent à nous enfeigner
le papier à la main . Qui d'entre les auditeurs
ofera les tourner en ridicule ? Qui
d'entre leurs confreres ne fe fera pas gloire
de marcher fur leurs traces ? Qui feroit
même plus propre que vous , Monfieur
à faire réuflir un projet , dans lequel je
n'envifage que l'utilité publique ?
Je recommande enfin à ceux qui nous
donnent des préceptes fur l'éloquence de
la chaire , d'infifter moins fur le brillant
que fur la folidité . A quoi fert de fe conformer
aux régles prefcrites dans l'éloquence
* dis corps , tandis qu'on ignore l'éloquen-
* Ouvrage tout nouveau.
64 MERCURE DE FRANCE.
ce des moeurs , & celle du ciel 2
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce i5 Juillet 1755-
de B ***.
Mconte une
Onfieur , vous avez beau regarder
comme une plaifanterie
le projet
que j'ai conçu , d'engager les Prédicateurs
à réciter leurs fermons , le papier en main ;
plus je penfe à cette nouvelle méthode ,
depuis que je vous en ai parlé pour la
premiere fois , plus j'y découvre d'avantages.
Je ne me cache point à moi même
les obftacles qu'il faudra furmonter . L'habitude
dans laquelle on eft depuis longtems
de prêcher par mémoire , fera difficile
à détruire , même chez une nation
fi portée d'ailleurs à changer de modes ;
mais nous avons vû des révolutions
plus
confidérables
, foit dans les fciences , foit
dans les moeurs, pour ne pas efperer celleci
malgré les contradicteurs
.
Ст
58 MERCURE DE FRANCE.
Je fçais qu'il ne fera jamais permis à
aucun prédicateur de changer le fond &
la matière des inftructions qu'ils doivent
annoncer aux peuples. Comme la Religion
eft invariable , fes maximes doivent
être inaltérables. Plût à Dieu qu'on eût
confervé de nos jours , en annonçant l'Evangile
, cette noble fimplicité qui en faifoit
autrefois & la force & la gloire ! mais
quelle différence des difcours des premiers
Apôtres avec ceux de leurs derniers fucceffeurs
! C'étoit autrefois aux pieds de la
Croix , & dans la méditation des diverfes
Ecritures , que les miniftres de la parole
du Seigneur puifoient les réflexions pathétiques
dont ils entretenoient fouvent
les fideles , réflexions que le zéle accompagnoit
, que l'exemple foutenoit , & que
la grace du Tout - puiffant faifoit fructifier.
Comme ils n'avoient d'autre objet
que celui d'étendre le royaume de Jefus-
Chrift , ils parloient felon que l'Efprit
divin , dont ils étoient animés , les infpiroit
; & des milliers de Juifs , de
Grecs , de Romains , & d'étrangers convertis
devenoient le fruit de leurs conquêtes
, & la récompenfe de leurs travaux
évangéliques .
Préfentement au contraire il femble que
nos Prédicateurs, contens des anciens proOCTOBRE.
1755. 59
grès de la religion , ne cherchent plus quà
faire admirer l'efprit & les graces de fes
Miniftres ; ce n'eft plus , pour la plûpart ,
dans les fources facrées qu'ils étudient les
oracles qu'ils nous débitent ; & comment
pourroient-ils fe fervit utilement de l'Ecriture
& des Peres dans les difcours qu'ils
compofent fur des ridicules de fociété ?
Auffi quel eft le fruit de ces portraits prophanes
, finon les vains applaudiffemens
de ces gens oififs , que la célébrité d'un
Prédicateur attire dans nos temples , &
que l'amufement y retient ? Perfuadés qu'il
leur fuffit de plaire à un peuple qu'ils devroient
inftruire , ces Miniftres frivoles fe
font eux-mêmes impofés un joug pefant ,
que des auditeurs délicats & critiques
ont bientôt fçu aggraver. Si ces derniers
les ont difpenfé de jetter de la folidité
& de l'onction dans leurs difcours , que
de talens n'en ont- ils pas exigé je veux
dire les agrémens de la figure , les graces
de la voix , la régularité des geftes , l'étendue
de la mémoire , la délicateffe des
expreffions , la fineffe des penfées , vains
ornemens plus propres à éblouir qu'à toucher
!
Or , dites - moi , Monfieur , comment
voulez-vous qu'un Prédicateur continuellement
occupé à compofer fon vifage , à
Cvj
60
MERCURE DE FRANCE.
animer fes bras , à modifier agréablement
les refforts de fa langue , & à inférer dans
une mémoire ingrate de magnifiques lambeaux
aufquels il n'a fouvent prêté qu'une
brillante coûture , foit propre à infpirer
de l'horreur pour le vice contre lequel il
doit tonner , ou à faire chérir la vertu
qu'il doit canonifer ?
Quoique je fois le premier à foutenir qu'il
ne fera jamais permis de toucher au fond
de la doctrine & de la morale de l'Evangile
, dois- je craindre de découvrir une nouvelle
méthode pour en publier les préceptes
& les maxîmes , fur tout fi cette nouvelle
forme eft plus facile & plus avantageufe
? Non , Monfieur ; & pour peu que
vous vouliez faire attention aux raifons
fur lefquelles je la fonde , vous conviendrez
vous - même de fon utilité. Ne vaudroit
il pas mieux qu'un Curé , occupé
pendant la plus grande partie de la femaine
à défervir une nombreuſe paroiffe ,
employât le peu de tems que la vifite des
malades , & les autres foins du gouvernement
fpirituel demandent de lui , à compofer
pour chaque Dimanche une folide
& inftructive homélie , que de le voir
paffer ce même tems à inférer dans fon
cerveau un prône de parade ? Quels fruits
peuvent faire les inftructions d'un pasteur
›
OCTOBRE 1755 . 61
qui fe borne à quelques points particuliers
de la morale évangélique , & dont
les difcours font par conféquent fi fouvent
répétés , que certain, paroiffiens affidus
feroient en état de les réciter à leur
tour ?
Au contraire , en permettant aux Prédicateurs
, & fur- tout à ceux qui font à la
tête des Paroiffes , d'avoir dans la chaire
le papier à la main , on leur laiffera le
tems de méditer les divines Ectitures ,
de s'inftruire dans les ouvrages des Saints
Peres , & par conféquent , de compofer
pour chaque femaine des homélies toujours
nouvelles ils pourront même par
ce moyen enfeigner fucceffivement un
corps de doctrine fuivie , repaffer toutes
les vérités de la religion , & en expofer
tous les devoirs . On fe plaint tous les jours
que le peuple n'eft pas inftruit ; & comment
peut- il l'être , lorfque les Prédicateurs
refférés dans un cercle étroit de matieres
frappantes , négligent ces fujets effentiels
fur lefquels le tems qu'ils perdent
à apprendre leurs difcours par mémoire ,
ne leur permet pas de travailler ? N'en doutez
pas , Monfieur : Voilà une des principales
caufes de l'ignorance des fidéles ;
& le feul moyen efficace pour y remédier ,
c'eft de leur procurer un plus grand nom62
MERCURE DE FRANCE.
bre d'inftructions , en diminuant le travail
de ceux que le Seigneur a deſtiné
pour les éclairer.
Je dis plus outre l'utilité générale que
produira la nouvelle méthode d'annoncer
l'Evangile , elle aura encore l'avantage
d'être plus agréable pour l'auditeur . Qu'un
Prédicateur peu fûr de fa mémoire fe trouble
, & qu'il foit fur le point de refter
court , que de tourmens , que d'embarras
dans l'auditoire ! mais quels font les Orateurs
Chrétiens , à qui une mémoire ingrate
ou volage , n'ait jamais joué de pareils
tours ? Combien même de jeunes
Prédicateurs , dégoûtés par un début peu
flateur de ce côté , ont abandonné un miniftere
dans lequel il fe feroient cependant
diftingués ?
N'allez pas me dire ici , Monfieur , qu'on
rira de voir un Eccléfiaftique lire d'un ton
modefte une folide inftruction . Pourquoi
riroit- on plutôt dans nos temples que dans
nos barreaux ? Ne voyons - nous pas tous
les jours dans ces dernieres affemblées les
plus célébres Avocats, le mémoire en main ,
foutenir les droits de l'orphélin , & mettre
la veuve à l'abri des ufurpateurs ? On
rira moins , Monfieur , à la lecture d'un fermon
chrétiennement appuyé fur les preuves
tirées de l'Ecriture & de la tradition ,
OCTOBRE . 1755 . 63
qu'on ne feroit en droit de le faire ( fi la
majefté du lieu le permettoit ) au récit par
mémoire de ces piéces théatrales , faites
pour nourrir en même tems , & l'amour
propre du miniftre , & la curiofité de l'auditeur
.
J'exhorte donc les Prédicateurs à fecouer
le joug du préjugé & à facrifier au
bien général le petit talent d'hommes de
mémoire. Vous appréhendez , dites- vous ,
qu'il n'en foit ici comme du confeil des
rats . Tous les intéreffés ne manqueront
pas d'approuver l'avis ; mais qui attachera
le grélot ? Qui les plus fages , & les plus
zélés. Que des Griffet , par exemple , que
des Sanfaric commencent à nous enfeigner
le papier à la main . Qui d'entre les auditeurs
ofera les tourner en ridicule ? Qui
d'entre leurs confreres ne fe fera pas gloire
de marcher fur leurs traces ? Qui feroit
même plus propre que vous , Monfieur
à faire réuflir un projet , dans lequel je
n'envifage que l'utilité publique ?
Je recommande enfin à ceux qui nous
donnent des préceptes fur l'éloquence de
la chaire , d'infifter moins fur le brillant
que fur la folidité . A quoi fert de fe conformer
aux régles prefcrites dans l'éloquence
* dis corps , tandis qu'on ignore l'éloquen-
* Ouvrage tout nouveau.
64 MERCURE DE FRANCE.
ce des moeurs , & celle du ciel 2
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce i5 Juillet 1755-
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé A. P. J. à M. l'Abbé de B***.
La lettre de l'Abbé A. P. J. à l'Abbé de B *** introduit une nouvelle méthode pour les prédicateurs, consistant à réciter leurs sermons en ayant le texte en main. L'auteur reconnaît les obstacles, notamment l'habitude de prêcher par mémoire, mais espère une révolution dans les pratiques religieuses, similaire à celles observées dans les sciences et les mœurs. Il souligne l'importance de conserver les maximes religieuses invariablement tout en améliorant la méthode de leur transmission. L'Abbé critique les sermons actuels, qui se concentrent souvent sur l'esprit et les grâces des ministres plutôt que sur la simplicité et la force des premiers apôtres. Il déplore que les prédicateurs modernes cherchent à plaire plutôt qu'à instruire, se concentrant sur des aspects superficiels comme l'apparence et la voix. Cette approche frivole impose un joug pesant aux prédicateurs, qui doivent répondre aux attentes critiques des auditeurs. L'auteur propose que les prédicateurs, surtout ceux à la tête des paroisses, utilisent le papier pour lire leurs homélies. Cela leur permettrait de méditer les Écritures et les œuvres des Saints Pères, et de composer des sermons nouveaux chaque semaine. Cette méthode réduirait l'ignorance parmi les fidèles, qui bénéficieraient de plus d'instructions. De plus, elle éviterait les embarras causés par les erreurs de mémoire des prédicateurs. L'Abbé compare cette pratique à celle des avocats, qui utilisent des notes en plaidant. Il exhorte les prédicateurs à abandonner le préjugé contre la lecture des sermons et à adopter cette méthode pour le bien général. Il recommande également aux enseignants de l'éloquence de la chaire de privilégier la solidité plutôt que le brillant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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