Résultats : 21737 texte(s)
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Liste
1351
p. 62-64
Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Londres du 30. May, portent que ceux [...]
Mots clefs :
Juges, Roi, Londres
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Les Lettres de Londres du
30. May , portent que ceux
qui examinent les Papiers du
Miniftere precedent, n'ont pas
encore fait leur rapport , &
qu'on ne ſçavoit quand ils le
feroient. Le bruit même couGALANT
. 63
roit que le Roy , pour éviter
les ſuites que ces recherches
pourroient avoir , avoit deſſein
de faire paſſfer au Parlement un
acte general d'abolition. Les
Juges de Paix ont ordonné aux
Commiſſaires des Paroiſſes de
deffendre de publier & de donner
à lire un imprimé qui a
pour titrel'Examiner , à peine
d'eſtre pourſuivis en Juſtice :
mais les Caffez & autres lieux
publics s'en moquent , diſant
qu'il n'y a point de Loy qui
le deffende, que ces Juges de
Paix n'ont pas le pouvoir d'en
faire , & que fi on les attaque,
ils ſe deffendront.
64 MERCURE
Il y a pluſieurs chefs des
Wigts morts. Milord Halifax
vient de mourir.
Les Comtes d'Oxfort , Arlay
, & de Straffort & autres
Torris, vont avec plus d'aſſeurance
que jamais aux Séances
du Parlement , les ennemis de
l'ancien Miniſtere ſe trouvant
embarraſlez plus que jamais à
leur faire leur procés Le Roy
George d'ailleurs les protege
fecretement , & fur tout Milord
Arlay & le Comte d'Oxfort.
30. May , portent que ceux
qui examinent les Papiers du
Miniftere precedent, n'ont pas
encore fait leur rapport , &
qu'on ne ſçavoit quand ils le
feroient. Le bruit même couGALANT
. 63
roit que le Roy , pour éviter
les ſuites que ces recherches
pourroient avoir , avoit deſſein
de faire paſſfer au Parlement un
acte general d'abolition. Les
Juges de Paix ont ordonné aux
Commiſſaires des Paroiſſes de
deffendre de publier & de donner
à lire un imprimé qui a
pour titrel'Examiner , à peine
d'eſtre pourſuivis en Juſtice :
mais les Caffez & autres lieux
publics s'en moquent , diſant
qu'il n'y a point de Loy qui
le deffende, que ces Juges de
Paix n'ont pas le pouvoir d'en
faire , & que fi on les attaque,
ils ſe deffendront.
64 MERCURE
Il y a pluſieurs chefs des
Wigts morts. Milord Halifax
vient de mourir.
Les Comtes d'Oxfort , Arlay
, & de Straffort & autres
Torris, vont avec plus d'aſſeurance
que jamais aux Séances
du Parlement , les ennemis de
l'ancien Miniſtere ſe trouvant
embarraſlez plus que jamais à
leur faire leur procés Le Roy
George d'ailleurs les protege
fecretement , & fur tout Milord
Arlay & le Comte d'Oxfort.
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1353
p. 49-52
« M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...] »
Début :
M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Chevaliers
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texteReconnaissance textuelle : « M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...] »
M le Marquis de Priedont ilcft parlé dans cette Relation
et le chef du nom & des ar-
-idUde sa maison) originaire
de Berry;mais établie depuis
quelques siecles en Normandie,
& sans entrer dans le détail
de sa genealogie qui me
mencroit trop loin
,
je me
contenteray de vous dire qu'il
y a peu de Maisons dans ces
deux Provinces, plus anciennes
,mieux alliées, & plus
illustrées. Ce que la Maison de
Prie a de singulier, c'est qu'elle
trouve sa filiation & ses preuves
dans les sourcespubliques,
& dans les Historiens, ou dan$
le Tresor des Chartres, & la
Chambredes Comptes. Tous
ses Ancêtres ont servi &tous
ont fcrvi avec distinction,&
des Commandemens honorables.
Ils portoient le titre de
Chevaliers dés le commencement
du 13. siecle, levoient
Banniere,& avoient dans leurs
Compagnies d'hommes d'Armes
,
nombre de Chevaliers
& d'Ecuyers,comme on le
peutvoir dans l'Histoiredes
Grands Officiers de la Couronne
,
& comme j'cfperc vous le
faire voir dans la premiere occasson
que j'aurai de vous parler
de cet Ambassadeur ,qui
s'est rendu aussi agréable au
Prince auprèsduquel il reside,
qu'au Royqui la honoré de la
qualité de son Ambassadeur.
et le chef du nom & des ar-
-idUde sa maison) originaire
de Berry;mais établie depuis
quelques siecles en Normandie,
& sans entrer dans le détail
de sa genealogie qui me
mencroit trop loin
,
je me
contenteray de vous dire qu'il
y a peu de Maisons dans ces
deux Provinces, plus anciennes
,mieux alliées, & plus
illustrées. Ce que la Maison de
Prie a de singulier, c'est qu'elle
trouve sa filiation & ses preuves
dans les sourcespubliques,
& dans les Historiens, ou dan$
le Tresor des Chartres, & la
Chambredes Comptes. Tous
ses Ancêtres ont servi &tous
ont fcrvi avec distinction,&
des Commandemens honorables.
Ils portoient le titre de
Chevaliers dés le commencement
du 13. siecle, levoient
Banniere,& avoient dans leurs
Compagnies d'hommes d'Armes
,
nombre de Chevaliers
& d'Ecuyers,comme on le
peutvoir dans l'Histoiredes
Grands Officiers de la Couronne
,
& comme j'cfperc vous le
faire voir dans la premiere occasson
que j'aurai de vous parler
de cet Ambassadeur ,qui
s'est rendu aussi agréable au
Prince auprèsduquel il reside,
qu'au Royqui la honoré de la
qualité de son Ambassadeur.
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1354
p. 61-64
Histoire Espagnole. [titre d'après la table]
Début :
L'histoire qui suit, tirée d'anciens memoires Espagnols, est [...]
Mots clefs :
Histoire, Amour
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texteReconnaissance textuelle : Histoire Espagnole. [titre d'après la table]
tirée d'anciens memoires
Espagnols, est écrite
dans le gout deZaïde,
& de la Princesse de
Cleves, genre d'écrire
excellent; mais qui paroist
allongé & languissant
à ceux qui ne veulent
dans une avanture
amoureuseniconversations,
ni sentimens, défaut
de gout, fondé sur
le défaut des moeurs.
Nos jeunes gens feroient
ravisqu'on traitât
l'amour dans un livre
come ils letraitent
dans le monde;ils voudroient
voir le dénouement
dés la seconde page;
ils ne veulent plus
que l'extrait d'une histoire
, parce qu'ils n'aiment
plus que l'extrait
d'une intrigue: tout ce
qui doit interesser les
ennuye , ils appellent
romanesques
, tous les
sentimens élevez & delicats
que produir la
belle nature ; extrémité
opoféeà celle du temps
de Voiture, où l'on appelloit
beau naturel les
spiritual itez quintessenciées
d'Alcidalis & de
Zelide. L'histoire suivante
eftécrite aussi noblement,
mais plus naturellement
qu'on ne
l'eût écrite en ce tems- là, &j'aycrû faire
honneur au nostre en
luy donnant une histoire
où l'amour est traité
avec delicatesse. Puis
qu'on donnoit en ce
temps-là, pourra dire
quelqu'un dans cent
ans,un tel ouvrage dans
un Journal public, il
falloitdoncqu'ilyeût
encore un certain nombre
de gens à qui cette
maniere d'aimer fist
plaisir.
Espagnols, est écrite
dans le gout deZaïde,
& de la Princesse de
Cleves, genre d'écrire
excellent; mais qui paroist
allongé & languissant
à ceux qui ne veulent
dans une avanture
amoureuseniconversations,
ni sentimens, défaut
de gout, fondé sur
le défaut des moeurs.
Nos jeunes gens feroient
ravisqu'on traitât
l'amour dans un livre
come ils letraitent
dans le monde;ils voudroient
voir le dénouement
dés la seconde page;
ils ne veulent plus
que l'extrait d'une histoire
, parce qu'ils n'aiment
plus que l'extrait
d'une intrigue: tout ce
qui doit interesser les
ennuye , ils appellent
romanesques
, tous les
sentimens élevez & delicats
que produir la
belle nature ; extrémité
opoféeà celle du temps
de Voiture, où l'on appelloit
beau naturel les
spiritual itez quintessenciées
d'Alcidalis & de
Zelide. L'histoire suivante
eftécrite aussi noblement,
mais plus naturellement
qu'on ne
l'eût écrite en ce tems- là, &j'aycrû faire
honneur au nostre en
luy donnant une histoire
où l'amour est traité
avec delicatesse. Puis
qu'on donnoit en ce
temps-là, pourra dire
quelqu'un dans cent
ans,un tel ouvrage dans
un Journal public, il
falloitdoncqu'ilyeût
encore un certain nombre
de gens à qui cette
maniere d'aimer fist
plaisir.
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Résumé : Histoire Espagnole. [titre d'après la table]
Le texte traite d'un style littéraire comparé à celui de 'Zaïde' et de 'La Princesse de Clèves', jugé excellent mais trop long et languissant par ceux qui préfèrent des aventures amoureuses et des conversations rapides. Les jeunes modernes recherchent des récits où l'amour est traité de manière réaliste, avec des dénouements rapides et des intrigues concises. Ils trouvent ennuyeux les aspects 'romanesques' et apprécient peu les sentiments élevés et délicats. Le texte souligne une évolution des goûts littéraires, passant des spiritualités raffinées du temps de Voiture à une préférence pour des histoires plus naturelles et délicates. L'auteur affirme avoir écrit une histoire traitant l'amour avec délicatesse, en accord avec son époque. Il note que, même dans cent ans, un tel ouvrage pourrait encore plaire à certains lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1355
p. 682-688
LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
Début :
Il m'importe peu à présent, Monsieur, que le P. Le Courayer veüille encore, [...]
Mots clefs :
Ordinations, Épiscopat, Sacre, Anglicans, Vérification, Schisme
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
LETTRE écrite à M. D. L. R. Par
le R. P. Michel le Quien , Dominicain
Bibliothequaire du Convent de S. Honoré,
au sujet du dernier Ouvrage du P. Le
Courayer&c.
L m'importe peu à présent , Monsieur,
que le P. Le Courayer veüille encore,
comme ses amis l'assurent , continuer
d'écrire pour ses Ordinations ; j'ai déclaré
que dorénavant je garderois le silence sur
ce sujet. Cependant , qu'il me réplique et
qu'il défende sa cause avec la solidité et
a sincerité que le sujet l'exige , je serai le
premier à lui applaudir ; je ne suis prévenu
en faveur de la mienne que parceque
j'en ai établi les preuves sur les principes
qu'il avoit lui-même posés . J'ai
de l'aveu même de ceux qu'il avoit éblouis
par sa défense , satisfait à tous les points
capitaux qu'il avoit exigé qu'on lui prouvât.
Il a demandé » qu'on lui citât des
» Historiens qui contredisent les Actes
» qu'il produisoit , ou qu'on rapportât
des
4
AVRIL: 1731. 683
» des Actes contraires aux siens , ou qu'on
fit voir qu'on ne peut concilier les Ac-
» tes avec des faits reconnus pour cer-
» tains. J'ai admis toutes ces disjonctives;
j'ai cité un bon nombre d'Auteurs contemporains
et oculaires qui contredisent
ouvertement la Relation qu'on a produite
du prétendu sacre de Mathieu Parker pour
l'Archevêché de Cantorberi. Le seul fait
du procès que l'Evêque de Londres Edmond
Bonner a soutenu contre le faux
Evêque de Winchester Robert Horn , suffisoit
pour ôter toute croyance à cette
Histoire , et la faire passer pour ce qu'elle
est , c'est-à-dire , pour un Roman.Le Prélat
Catholique y verifia contradictoirement
devant les Juges que les nouveaux
Evêques de la Reine Elizabeth avoient
envahi en cachete les Siéges d'Angleterre
sans avoir reçû l'imposition des mains
d'aucun Evêque , et tout haï qu'il étoit
des Protestans , le Parlement à qui l'affaire
avoit été déferée , le renvoya absous .
Quoi de plus C'est en lisant les Historiens
Anglicans que j'ai verifié
que le Registre
de Cranmer a été falsifié. Ces mêmes
Auteurs m'ont fourni des Actes autentiques
dans lesquels on trouve Mathieu
Parker reconnu pour Archevêque veritable
, anterieurement au tems auquel on
veut qu'il ait été ordonné ; j'en ai conclu
C vj
par
684 MERCURE DE FRANCE.
par une juste conséquence qu'il ne l'a
point été du tout; je ne me suis point
aheurté à soutenir son sacre dans une Auberge
; mais j'ai soutenu que si ce fait est
fabuleux , la Relation ne l'est pas moins.
me ,
J'ai verifié que le Registre qu'on vante
tant , est composé de feuilles détachées
qu'on n'a assemblées et reliées que longtems
après la mort de Parker , d'où j'ai
inferé qu'il a été aisé d'y mêler de faux
Actes. On a vû le refus que les Prélats
Anglicans ont fait à des Prêtres Catholiques
d'examiner ce Registre à loisir et à
tête reposée , dans le tems même qu'ils
ont commencé à l'annoncer . D'autres
personnes dignes de foi , mais qui ne ju
gent pas encore à propos qu'on les nomveulent
qu'on déclare au Public qu'étant
parties de France, et étant allées à Londres
depuis nos disputes contre le Docteur
d'Oxford pour avoir la satisfaction
de consulter les péces dont il est question,
elles s'en sont retournées sans l'avoir pû obtenir
de ceux qui en sont les Dépositaires.
Le Docteur d'Oxford a donc tort de se
vanter qu'étant à présent sur les lieux , it
est plus en état de justifier leur authenticité.
Je lui ai dit, et je le repéte , que sa
présence et son témoignage n'y servirone
de rien ; il n'est ni assez habile connoisseur
en anciennes Ecritures , ni assez
déAVRIL
1731. 685
désinteressé , ni peut- être assez sincere ,
pour qu'on doive déferer à son témoignage.
Enfin, quoiqu'il avance désormais
pour faire valoir ses prétendus Actes , tout
bien pe é dans une juste balance , tout ce
qu'il a allegué , ou qu'il pourra alleguer
dans la suite , ne l'emportera jamais sur les
preuves que je lui ai opposées , et cela me
suffit.
Quand même je lui passerois sa Relation
de Lambeth , outre les témoins que
j'ai cités contre l'Episcopat de Guillaume
Barlow , qu'il nous donne pour Consécrateur
de Parker , j'ai démontré clair
comme le jour, que puisque lui et les Anglois
sont obligés de convenir que ce Prélat
de la Réforme ne fut jamais sacré pour
le Siége de Saint Asaph , auquel il avoit
été nommé d'abord , il ne l'a point nonplus
été pour celui de Saint Davids où il
fut tran feré. Il est bon de repéter en
deux mots ma démonstration ; la voici :
Notre Docteur a lui-même publié les
Actes de la confirmation de ce faux Evêque
pour ce second Siége , avec le certificat
qu'en donna au Roi Henri VIII.
l'Archevêque Cranmer. Son grand Auteur
François Masson avoit auparavant
imprimé les Lettres Patentes de ce Prince,
par lesquelles , en vertu du certificat , il
fut mis en possession de l'Evêché , pour
jouir
686 MERCURE DE FRANCE
;
jouir du temporel et de tous les droits et
honneurs qui y étoient attachés ; le Brevet
de Henri qui ordonnoit à Cranmer
de faire à l'égard de Barlou , élû Evêque
de Saint Davids , tout ce qui étoit de
son office , omne quod tui officii est , c'està
dire , de le confirmer et de le sacrer ensuite
, s'il ne l'étoit pas , est du 21. Avril
.1536. les Actes de la confirmation sont
dattés du lendemain qui étoit un Vendredi
le Certificat est datté du même
jour 22. Avril ; enfin les Lettres Patentes
du Roi ont pour datte le 27. qui étoit
le Mercredi suivant . Cranmer auroit attendu
du moins au Dimanche 24. pour
donner son Certificat après l'avoir sacré,
s'il avoit eu envie d'en faire la cerémonie,
et attester par ce même Acte qu'il l'avoit
confirmé et sacré : il n'en a rien fait , il
n'a attesté que la confirmation , sans parler
de consécration , aussi ne l'auroit-il
pû faire un Vendredi. Le Roi lui même
dans ses Lettres Patentes données sur le
Certificat , ' ne fait aucune mention du Sacre
, mais seulement de la confirmation
ensorte qu'on ne peut plus supposer qu'il
y eut un Certificat de Sacre pour obtedans
ce
nir ces Lettres.
De tout cela j'ai conclu que
malheureux tems de schisme et de confusion
, Barlow Herétique , comme son
ArcheAVRIL
1731 687
pas-
Archevêque , de concert avec lui et avec
Thomas Cromwel , homme Seculier et
Vicaire General de Henri VIII. pour toutes
les affaires de l'Eglise , se sera fait
ser dans le monde pour veritable Evêque
sans avoir été sacré , et aura pris scéance
au Parlement sur les Lettres Patentes de
son Prince , en qualité de Pair et de Ba →
ron du Royaume. Voilà ce que je n'ai pas
craint d'appeller une démonstration contre
l'Episcopat de Guillaume Barlow ,
je me suis flatté que toutes les personnes
judicieuses en jugeront de même.
et
Ce que j'ai encore soutenu dans la se
conde Partie , de l'invalidité des formes.
d'Ordination , usitées par la Secte Anglicanne
depuis le Regne d'Edouard VI.
ne fait plus de difficulté , et il n'y a point
de Catholique qui ne convienne que leur
Episcopat Protestant est absolument nul
de ce côté- là. En vain leur Doffenseur
ose t il les comparer avec celui des Chrétiens
du Levant. J'en ai fait sentir la difference
en les comparant les unes avec les
autres et avec les Latines.Les Théologiens
Catholiques me sçauront sans doute gré
de leur avoir expliqué en quoi consiste
veritablement la forme de l'Ordination
dans toutes les Eglises d'Orient. La question
du Sacrifice n'est pas moins bien
éclaircie , et je doute que le Docteur d'Or
ford veüille encore y revenir.
388 MERCURE DE FRANCE
Il nous menace , dit on , de publier un
Ouvrage qui justifiera de Schisme , et les
Grecs et les Anglois. L'entreprise est digne
de son Auteur. Comme j'espere , avec
l'aide de Dieu , de publier l'Oriens Christianus
, il me sera aisé d'y trouver quelque
place pour réfuter ce Livre , et pour
redresser l'Auteur , qui ne peut gueres
manquer de s'égarer dans un Pays qu'il
ne connoît pas ; je finis , Monsieur , en
disant que la meilleure réponse qu'on
puisse opposer à ses déclamations , c'est
de les mépriser. La Satyre , les railleries ,
les insultes , sont ordinairement ses preuves
et ses argumens les plus forts , argumens
, je l'avouë , ausquels il est difficile
de répondre ; c'est à ces lieux communs
qu'ont d'ordinaire recours les Partisans
de l'erreur. Quia veritate non possunt , lacerant
conviciis , dit S. Jerôme.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 14. Fevrier
le R. P. Michel le Quien , Dominicain
Bibliothequaire du Convent de S. Honoré,
au sujet du dernier Ouvrage du P. Le
Courayer&c.
L m'importe peu à présent , Monsieur,
que le P. Le Courayer veüille encore,
comme ses amis l'assurent , continuer
d'écrire pour ses Ordinations ; j'ai déclaré
que dorénavant je garderois le silence sur
ce sujet. Cependant , qu'il me réplique et
qu'il défende sa cause avec la solidité et
a sincerité que le sujet l'exige , je serai le
premier à lui applaudir ; je ne suis prévenu
en faveur de la mienne que parceque
j'en ai établi les preuves sur les principes
qu'il avoit lui-même posés . J'ai
de l'aveu même de ceux qu'il avoit éblouis
par sa défense , satisfait à tous les points
capitaux qu'il avoit exigé qu'on lui prouvât.
Il a demandé » qu'on lui citât des
» Historiens qui contredisent les Actes
» qu'il produisoit , ou qu'on rapportât
des
4
AVRIL: 1731. 683
» des Actes contraires aux siens , ou qu'on
fit voir qu'on ne peut concilier les Ac-
» tes avec des faits reconnus pour cer-
» tains. J'ai admis toutes ces disjonctives;
j'ai cité un bon nombre d'Auteurs contemporains
et oculaires qui contredisent
ouvertement la Relation qu'on a produite
du prétendu sacre de Mathieu Parker pour
l'Archevêché de Cantorberi. Le seul fait
du procès que l'Evêque de Londres Edmond
Bonner a soutenu contre le faux
Evêque de Winchester Robert Horn , suffisoit
pour ôter toute croyance à cette
Histoire , et la faire passer pour ce qu'elle
est , c'est-à-dire , pour un Roman.Le Prélat
Catholique y verifia contradictoirement
devant les Juges que les nouveaux
Evêques de la Reine Elizabeth avoient
envahi en cachete les Siéges d'Angleterre
sans avoir reçû l'imposition des mains
d'aucun Evêque , et tout haï qu'il étoit
des Protestans , le Parlement à qui l'affaire
avoit été déferée , le renvoya absous .
Quoi de plus C'est en lisant les Historiens
Anglicans que j'ai verifié
que le Registre
de Cranmer a été falsifié. Ces mêmes
Auteurs m'ont fourni des Actes autentiques
dans lesquels on trouve Mathieu
Parker reconnu pour Archevêque veritable
, anterieurement au tems auquel on
veut qu'il ait été ordonné ; j'en ai conclu
C vj
par
684 MERCURE DE FRANCE.
par une juste conséquence qu'il ne l'a
point été du tout; je ne me suis point
aheurté à soutenir son sacre dans une Auberge
; mais j'ai soutenu que si ce fait est
fabuleux , la Relation ne l'est pas moins.
me ,
J'ai verifié que le Registre qu'on vante
tant , est composé de feuilles détachées
qu'on n'a assemblées et reliées que longtems
après la mort de Parker , d'où j'ai
inferé qu'il a été aisé d'y mêler de faux
Actes. On a vû le refus que les Prélats
Anglicans ont fait à des Prêtres Catholiques
d'examiner ce Registre à loisir et à
tête reposée , dans le tems même qu'ils
ont commencé à l'annoncer . D'autres
personnes dignes de foi , mais qui ne ju
gent pas encore à propos qu'on les nomveulent
qu'on déclare au Public qu'étant
parties de France, et étant allées à Londres
depuis nos disputes contre le Docteur
d'Oxford pour avoir la satisfaction
de consulter les péces dont il est question,
elles s'en sont retournées sans l'avoir pû obtenir
de ceux qui en sont les Dépositaires.
Le Docteur d'Oxford a donc tort de se
vanter qu'étant à présent sur les lieux , it
est plus en état de justifier leur authenticité.
Je lui ai dit, et je le repéte , que sa
présence et son témoignage n'y servirone
de rien ; il n'est ni assez habile connoisseur
en anciennes Ecritures , ni assez
déAVRIL
1731. 685
désinteressé , ni peut- être assez sincere ,
pour qu'on doive déferer à son témoignage.
Enfin, quoiqu'il avance désormais
pour faire valoir ses prétendus Actes , tout
bien pe é dans une juste balance , tout ce
qu'il a allegué , ou qu'il pourra alleguer
dans la suite , ne l'emportera jamais sur les
preuves que je lui ai opposées , et cela me
suffit.
Quand même je lui passerois sa Relation
de Lambeth , outre les témoins que
j'ai cités contre l'Episcopat de Guillaume
Barlow , qu'il nous donne pour Consécrateur
de Parker , j'ai démontré clair
comme le jour, que puisque lui et les Anglois
sont obligés de convenir que ce Prélat
de la Réforme ne fut jamais sacré pour
le Siége de Saint Asaph , auquel il avoit
été nommé d'abord , il ne l'a point nonplus
été pour celui de Saint Davids où il
fut tran feré. Il est bon de repéter en
deux mots ma démonstration ; la voici :
Notre Docteur a lui-même publié les
Actes de la confirmation de ce faux Evêque
pour ce second Siége , avec le certificat
qu'en donna au Roi Henri VIII.
l'Archevêque Cranmer. Son grand Auteur
François Masson avoit auparavant
imprimé les Lettres Patentes de ce Prince,
par lesquelles , en vertu du certificat , il
fut mis en possession de l'Evêché , pour
jouir
686 MERCURE DE FRANCE
;
jouir du temporel et de tous les droits et
honneurs qui y étoient attachés ; le Brevet
de Henri qui ordonnoit à Cranmer
de faire à l'égard de Barlou , élû Evêque
de Saint Davids , tout ce qui étoit de
son office , omne quod tui officii est , c'està
dire , de le confirmer et de le sacrer ensuite
, s'il ne l'étoit pas , est du 21. Avril
.1536. les Actes de la confirmation sont
dattés du lendemain qui étoit un Vendredi
le Certificat est datté du même
jour 22. Avril ; enfin les Lettres Patentes
du Roi ont pour datte le 27. qui étoit
le Mercredi suivant . Cranmer auroit attendu
du moins au Dimanche 24. pour
donner son Certificat après l'avoir sacré,
s'il avoit eu envie d'en faire la cerémonie,
et attester par ce même Acte qu'il l'avoit
confirmé et sacré : il n'en a rien fait , il
n'a attesté que la confirmation , sans parler
de consécration , aussi ne l'auroit-il
pû faire un Vendredi. Le Roi lui même
dans ses Lettres Patentes données sur le
Certificat , ' ne fait aucune mention du Sacre
, mais seulement de la confirmation
ensorte qu'on ne peut plus supposer qu'il
y eut un Certificat de Sacre pour obtedans
ce
nir ces Lettres.
De tout cela j'ai conclu que
malheureux tems de schisme et de confusion
, Barlow Herétique , comme son
ArcheAVRIL
1731 687
pas-
Archevêque , de concert avec lui et avec
Thomas Cromwel , homme Seculier et
Vicaire General de Henri VIII. pour toutes
les affaires de l'Eglise , se sera fait
ser dans le monde pour veritable Evêque
sans avoir été sacré , et aura pris scéance
au Parlement sur les Lettres Patentes de
son Prince , en qualité de Pair et de Ba →
ron du Royaume. Voilà ce que je n'ai pas
craint d'appeller une démonstration contre
l'Episcopat de Guillaume Barlow ,
je me suis flatté que toutes les personnes
judicieuses en jugeront de même.
et
Ce que j'ai encore soutenu dans la se
conde Partie , de l'invalidité des formes.
d'Ordination , usitées par la Secte Anglicanne
depuis le Regne d'Edouard VI.
ne fait plus de difficulté , et il n'y a point
de Catholique qui ne convienne que leur
Episcopat Protestant est absolument nul
de ce côté- là. En vain leur Doffenseur
ose t il les comparer avec celui des Chrétiens
du Levant. J'en ai fait sentir la difference
en les comparant les unes avec les
autres et avec les Latines.Les Théologiens
Catholiques me sçauront sans doute gré
de leur avoir expliqué en quoi consiste
veritablement la forme de l'Ordination
dans toutes les Eglises d'Orient. La question
du Sacrifice n'est pas moins bien
éclaircie , et je doute que le Docteur d'Or
ford veüille encore y revenir.
388 MERCURE DE FRANCE
Il nous menace , dit on , de publier un
Ouvrage qui justifiera de Schisme , et les
Grecs et les Anglois. L'entreprise est digne
de son Auteur. Comme j'espere , avec
l'aide de Dieu , de publier l'Oriens Christianus
, il me sera aisé d'y trouver quelque
place pour réfuter ce Livre , et pour
redresser l'Auteur , qui ne peut gueres
manquer de s'égarer dans un Pays qu'il
ne connoît pas ; je finis , Monsieur , en
disant que la meilleure réponse qu'on
puisse opposer à ses déclamations , c'est
de les mépriser. La Satyre , les railleries ,
les insultes , sont ordinairement ses preuves
et ses argumens les plus forts , argumens
, je l'avouë , ausquels il est difficile
de répondre ; c'est à ces lieux communs
qu'ont d'ordinaire recours les Partisans
de l'erreur. Quia veritate non possunt , lacerant
conviciis , dit S. Jerôme.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 14. Fevrier
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Résumé : LETTRE écrite à M. D.L. R. Par le R. P. Michel le Quien, Dominicain, Bibliothequaire du Convent de S. Honoré, au sujet du dernier Ouvrage du P. Le Courayer &c.
Le Père Michel Le Quien, dominicain et bibliothécaire du couvent de Saint-Honoré, adresse une lettre à M. D. L. R. concernant l'ouvrage du Père Le Courayer. Le Quien exprime son refus de débattre des ordinations, mais se déclare prêt à soutenir Le Courayer s'il défend sa cause avec sincérité. Il répond aux exigences de preuves de Le Courayer en citant des historiens contemporains et oculaires qui contredisent la relation du prétendu sacre de Mathieu Parker pour l'archevêché de Cantorbéry. Le Quien mentionne également le procès de l'évêque de Londres Edmond Bonner contre Robert Horn, démontrant que les nouveaux évêques de la reine Élisabeth ont pris possession des sièges épiscopaux sans imposition des mains. Le Quien affirme que le registre de Cranmer a été falsifié et que Mathieu Parker a été reconnu comme archevêque avant son prétendu sacre. Il souligne que ce registre est composé de feuilles détachées assemblées après la mort de Parker, facilitant l'ajout de faux actes. Les prélats anglicans ont refusé d'examiner ce registre aux prêtres catholiques, et des personnes dignes de foi n'ont pas pu consulter les pièces à Londres. Le Quien critique le Docteur d'Oxford, le jugeant ni suffisamment connaisseur en anciennes écritures, ni désintéressé, ni sincère pour justifier l'authenticité des actes. Il démontre que Guillaume Barlow, prétendu consécrateur de Parker, n'a jamais été sacré pour les sièges de Saint Asaph ou Saint Davids, malgré les actes de confirmation et les lettres patentes du roi Henri VIII. Selon Le Quien, Barlow s'est fait passer pour évêque sans être sacré, prenant place au Parlement grâce aux lettres patentes. Enfin, Le Quien aborde l'invalidité des formes d'ordination anglicanes depuis le règne d'Édouard VI, soulignant que l'épiscopat protestant est nul. Il mentionne un ouvrage que le Docteur d'Oxford menace de publier pour justifier le schisme des Grecs et des Anglois, et se prépare à le réfuter dans son propre ouvrage, l'Oriens Christianus. Le Quien conclut en recommandant de mépriser les déclamations et les insultes du Docteur d'Oxford, qui sont souvent ses preuves et arguments les plus forts.
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1356
p. 64-70
Lettre de M. le Marquis de Brosse, écrite à... au sujet de la prise du Quesnoy.
Début :
Le Quesnoy s'est rendu trois heures aprés qu'il [...]
Mots clefs :
Préseau, Marquis de Brosses, Le Quesnoy, Prisonniers de guerre, Artillerie, Maréchal de Villars
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. le Marquis de Brosse, écrite à... au sujet de la prise du Quesnoy.
Du camp de Prefau le 6.
Octobre.
Lettre de M. le Marquis de
Broffe , écrite à... au ſujet
de la prise du Quesnoy.
Le Quefnoy s'eft rendu
trois heures aprés qu'il a
batzu
8
GALANT. 65
battu la chamade. M. le
Maréchal de Villars , quife
trouva à la tranchée , parla
auxôtages avec une prefence d'efprit que peu degens
ont comme lui. Il fe dif
pofoit à faire donner l'affaut dans le moment qu'ils
fe rendirent. La breche n'étoit pas encore tout à fait
pratiquable , & le pont fur
le foffé alloit être achevé.
Nosgrenadiers, qui étoient
au nombre de trente - fix
compagnies , devoientfaire
Fattaque , foûtenuës par
douze bataillons , ceux de
Octobre 17.120 F
66 MERCURE
2
tranchée du jour precedent
n'ayant point été relevez.
Dans les grenadiers il y en
avoit dix de fupplément ,
qu'on avoit fait venir , du
nombre defquels étoient
ceux demon regiment. On.
les fit mettre tous fur le revers de la tranchée , dans,
la difpofition oùils devoient
faire l'attaque. Les ôtages.
demanderent à M. le Maréchal les honneurs de la
guerre , qui ne leur répondit jamais que , Prifonniers
dans de guerre, &une porte
une heure. Ils répondirent
GALANT 67
que la place n'étoit rien
moins qu'en cet état, &que
la façon dont ils s'étoient
défendus , jointe à 154. pieces d'artillerie , meritoit
qu'on les traitât differem.
ment de Douay. M. le Ma
réchal leur répondit , fans
hefiter, que cette même ar
tillerie étoit ce qui l'avoit
determiné à faire ce fiege ,
fans quoyil auroit fait celui
de Mons ; & illeur en lâcha
de cette nature beaucoup
d'autres trés à propos , &
avec une prefence d'efprit
merveilleufe...
Fij
68 MERCURE
On a trouvé dans la place
cent feize groffes pieces de
canon , beaucoup d'autres
moyennes & petites , quarante mortiers , cinq, cent
milliers de poudre , de
grands amas de boulets ,
de bombes , de grenades
grandes & petites , d'outils,
& de toutes fortes de próvifions , qu'on eftime en
tout plus de trois millions.
On a tranſporté une partie
de l'artillerie gagnée fur les.
ennemis devant Bouchain ,
pour en faire le fiege ; l'autre partie doit être conduite:
GALANT. öğ
.1
à Valenciennes. On a fait
venir deux mille bombes
d'Arras, pourfervir au ſiege
de Bouchain. Comme les
fafcines font fort rares aux
environs de cette place ,
M. le Maréchal de Villars
en a fait voiturer par les
caiffons & par tous les chariots : il a eu foin , pourfou
lager les troupes , de tirer
quarante bataillons des places voifines , qui n'ont point
fervi aux fieges de Douay
& du Quefnoy , pour faire
celui de Bouchain , auquel
M. le Marquis d'Alegre
70 MERCURE
commande , & en a envoyé
d'autres pour les remplacer. On affure que la gar
nifon n'eft compofée que
d'environ mille hommes
en quatre bataillons. L'ar
mée pendant le fiége de
meurera en ce camp , où
elle ne manquera pas de
fourrages , ayant été pour
vûe durant la campagne:
de toutes fortes de provi
frons.
Octobre.
Lettre de M. le Marquis de
Broffe , écrite à... au ſujet
de la prise du Quesnoy.
Le Quefnoy s'eft rendu
trois heures aprés qu'il a
batzu
8
GALANT. 65
battu la chamade. M. le
Maréchal de Villars , quife
trouva à la tranchée , parla
auxôtages avec une prefence d'efprit que peu degens
ont comme lui. Il fe dif
pofoit à faire donner l'affaut dans le moment qu'ils
fe rendirent. La breche n'étoit pas encore tout à fait
pratiquable , & le pont fur
le foffé alloit être achevé.
Nosgrenadiers, qui étoient
au nombre de trente - fix
compagnies , devoientfaire
Fattaque , foûtenuës par
douze bataillons , ceux de
Octobre 17.120 F
66 MERCURE
2
tranchée du jour precedent
n'ayant point été relevez.
Dans les grenadiers il y en
avoit dix de fupplément ,
qu'on avoit fait venir , du
nombre defquels étoient
ceux demon regiment. On.
les fit mettre tous fur le revers de la tranchée , dans,
la difpofition oùils devoient
faire l'attaque. Les ôtages.
demanderent à M. le Maréchal les honneurs de la
guerre , qui ne leur répondit jamais que , Prifonniers
dans de guerre, &une porte
une heure. Ils répondirent
GALANT 67
que la place n'étoit rien
moins qu'en cet état, &que
la façon dont ils s'étoient
défendus , jointe à 154. pieces d'artillerie , meritoit
qu'on les traitât differem.
ment de Douay. M. le Ma
réchal leur répondit , fans
hefiter, que cette même ar
tillerie étoit ce qui l'avoit
determiné à faire ce fiege ,
fans quoyil auroit fait celui
de Mons ; & illeur en lâcha
de cette nature beaucoup
d'autres trés à propos , &
avec une prefence d'efprit
merveilleufe...
Fij
68 MERCURE
On a trouvé dans la place
cent feize groffes pieces de
canon , beaucoup d'autres
moyennes & petites , quarante mortiers , cinq, cent
milliers de poudre , de
grands amas de boulets ,
de bombes , de grenades
grandes & petites , d'outils,
& de toutes fortes de próvifions , qu'on eftime en
tout plus de trois millions.
On a tranſporté une partie
de l'artillerie gagnée fur les.
ennemis devant Bouchain ,
pour en faire le fiege ; l'autre partie doit être conduite:
GALANT. öğ
.1
à Valenciennes. On a fait
venir deux mille bombes
d'Arras, pourfervir au ſiege
de Bouchain. Comme les
fafcines font fort rares aux
environs de cette place ,
M. le Maréchal de Villars
en a fait voiturer par les
caiffons & par tous les chariots : il a eu foin , pourfou
lager les troupes , de tirer
quarante bataillons des places voifines , qui n'ont point
fervi aux fieges de Douay
& du Quefnoy , pour faire
celui de Bouchain , auquel
M. le Marquis d'Alegre
70 MERCURE
commande , & en a envoyé
d'autres pour les remplacer. On affure que la gar
nifon n'eft compofée que
d'environ mille hommes
en quatre bataillons. L'ar
mée pendant le fiége de
meurera en ce camp , où
elle ne manquera pas de
fourrages , ayant été pour
vûe durant la campagne:
de toutes fortes de provi
frons.
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Résumé : Lettre de M. le Marquis de Brosse, écrite à... au sujet de la prise du Quesnoy.
Le 6 octobre, le Marquis de Broffe rapporte depuis le camp de Prefau la prise du Quesnoy. La ville s'est rendue trois heures après avoir battu la chamade. Le Maréchal de Villars, présent sur place, a négocié avec les otages, refusant les honneurs de la guerre mais accordant une heure pour la reddition. La place forte contenait cent douze grosses pièces de canon, de nombreuses pièces moyennes et petites, quarante mortiers, cinq cent mille livres de poudre, ainsi que des munitions et provisions évaluées à plus de trois millions. Une partie de l'artillerie capturée a été transportée devant Bouchain pour son siège, tandis que l'autre partie doit être conduite à Valenciennes. Deux mille bombes ont été apportées d'Arras pour le siège de Bouchain. En raison de la rareté des fascines autour de Bouchain, le Maréchal de Villars a fait transporter des fascines par des caissons et des chariots. Il a également mobilisé quarante bataillons des places voisines, sous le commandement du Marquis d'Alegre, pour renforcer les troupes. La garnison de Bouchain est composée d'environ mille hommes en quatre bataillons. L'armée restera en camp pendant le siège, assurant un approvisionnement suffisant en fourrages et provisions.
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1357
p. 64-71
EXTRAIT de la Lettre de Madame la Marquise de saint Bl..... du 31. Aoust 1711.
Début :
Il est arrivé la semaine passée un grand prodige dans [...]
Mots clefs :
Femme, Grossesse, Médecin, Chirurgien, Mari
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Lettre de Madame la Marquise de saint Bl..... du 31. Aoust 1711.
extrait
dela Lettre de Madame
la Marquise de
saint Bl du 31.
Aoust 1711.
ILeflarrivélajemaine
payée un grand prodige
dans la nature. Unefemme
d'iAbbervilfe d'un pauvre
menuisier
, tante de
nostremeusnier de Petitport)
estantlanguissante
depuis deux ans, a esté
trouver Mr le Adarquis
de AfauLy ~u'Ocourt pour
le prier par charité de la
sècourir, qu'on luy avoit
dit qu ilfaisoit degrandes
charitez, par les remedes
qu'il donnoit pour lesort,
quelle se avjoit ensorcellee
au lieu destre grosse
comme elle l'arvoit creu
dabord
,
sentant depuis
deux ans sauter remuer
commesi elle estoit
veritablementgroflê,mais
que deux annees entieres
Pendant lesquelles elle aDoit
creu dix foisaaoïfc
cher yluy faisoientconnoistre
qu'il y avoiten elle
des choses qu'elle nepop,,.;.,
voitcomprendre; Air le:.
Marquis 20court luy a
donneson remede,des la
nuit mesme elle sejl trouvée
en. estral d'accoucher,
~sipresceequeson mary
ria eu le temps que de
courirà unevoisiney laquelle
en la secourant a;
CT;Jeu tomber trois paquets
enveloppez de tais.Le
mary s'esterie,monDieu,
cela• remue, la voisine a
commencéà en développer
un, cela à'tfrmis à courir,
le chat de la maisons'est
jettedessus, (jfla mange ;
la voisineeffrayée, mal
éclairee „ria<voit pas le
temps de voircequec'estoit
"fs a crié que c'estoit
m enfantmange. Ellea
envoye le mary courir au
Chirurgien, cependanta
mis les deux autres pacquets
tousjours remuans
en seurete. Le Chirurgienarrivé
a developpé
les autres paquets) é5 a
trouvé deuxbestes au lieu
d'enfans:je ne vous diray
pasqu'on m'a dity car je
je les ay veus, cela avescu
huit heures, cela est
gros comme unesourissans
poil, a quatre pieds qui
ressemblent à des mains,
15 des ongles, a une queuë
t5 un petit ongle ou corne
au bout qui ne tient
qu'a un filet. La queuë
efi bien attachee
,
longue
comme celle d'une
souris
,
la teste grosse
ronde comme
celle d*un
enfant par le haut, les
yeux ronds noirs un -cercle noir autou- r, une
gueule ouverte, f.5 tres
grande) a la langue
d'un enfant, les oreilles
de mesme quun enfant.
Voila un prodigesurprenant,
bien veritable,
qu'on a peine à croire
sans avoir ueu3 c' estpourquoy
fajvoulu voir, le
Chirurgien me les a apportez,
, ilfera part de celay
à ce q^tlma dit , à
Messieurs de l'Ecole de
Medecins de Paris,pour
voir ce q^tls pourvoient
juger d'uneffet si prodigieux
danstoutesses ckconstances
d'avoir esté
grosse deux ans, la connoissance
et les remedes
de Monsieur de Mailly.
Tout est surprenant te*
bien véritable
J.
la mere
estdansvinestatpitoyable
, tout fera corpsn'est
qu'unegalledepuis cette
ajfreufe couche.
dela Lettre de Madame
la Marquise de
saint Bl du 31.
Aoust 1711.
ILeflarrivélajemaine
payée un grand prodige
dans la nature. Unefemme
d'iAbbervilfe d'un pauvre
menuisier
, tante de
nostremeusnier de Petitport)
estantlanguissante
depuis deux ans, a esté
trouver Mr le Adarquis
de AfauLy ~u'Ocourt pour
le prier par charité de la
sècourir, qu'on luy avoit
dit qu ilfaisoit degrandes
charitez, par les remedes
qu'il donnoit pour lesort,
quelle se avjoit ensorcellee
au lieu destre grosse
comme elle l'arvoit creu
dabord
,
sentant depuis
deux ans sauter remuer
commesi elle estoit
veritablementgroflê,mais
que deux annees entieres
Pendant lesquelles elle aDoit
creu dix foisaaoïfc
cher yluy faisoientconnoistre
qu'il y avoiten elle
des choses qu'elle nepop,,.;.,
voitcomprendre; Air le:.
Marquis 20court luy a
donneson remede,des la
nuit mesme elle sejl trouvée
en. estral d'accoucher,
~sipresceequeson mary
ria eu le temps que de
courirà unevoisiney laquelle
en la secourant a;
CT;Jeu tomber trois paquets
enveloppez de tais.Le
mary s'esterie,monDieu,
cela• remue, la voisine a
commencéà en développer
un, cela à'tfrmis à courir,
le chat de la maisons'est
jettedessus, (jfla mange ;
la voisineeffrayée, mal
éclairee „ria<voit pas le
temps de voircequec'estoit
"fs a crié que c'estoit
m enfantmange. Ellea
envoye le mary courir au
Chirurgien, cependanta
mis les deux autres pacquets
tousjours remuans
en seurete. Le Chirurgienarrivé
a developpé
les autres paquets) é5 a
trouvé deuxbestes au lieu
d'enfans:je ne vous diray
pasqu'on m'a dity car je
je les ay veus, cela avescu
huit heures, cela est
gros comme unesourissans
poil, a quatre pieds qui
ressemblent à des mains,
15 des ongles, a une queuë
t5 un petit ongle ou corne
au bout qui ne tient
qu'a un filet. La queuë
efi bien attachee
,
longue
comme celle d'une
souris
,
la teste grosse
ronde comme
celle d*un
enfant par le haut, les
yeux ronds noirs un -cercle noir autou- r, une
gueule ouverte, f.5 tres
grande) a la langue
d'un enfant, les oreilles
de mesme quun enfant.
Voila un prodigesurprenant,
bien veritable,
qu'on a peine à croire
sans avoir ueu3 c' estpourquoy
fajvoulu voir, le
Chirurgien me les a apportez,
, ilfera part de celay
à ce q^tlma dit , à
Messieurs de l'Ecole de
Medecins de Paris,pour
voir ce q^tls pourvoient
juger d'uneffet si prodigieux
danstoutesses ckconstances
d'avoir esté
grosse deux ans, la connoissance
et les remedes
de Monsieur de Mailly.
Tout est surprenant te*
bien véritable
J.
la mere
estdansvinestatpitoyable
, tout fera corpsn'est
qu'unegalledepuis cette
ajfreufe couche.
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Résumé : EXTRAIT de la Lettre de Madame la Marquise de saint Bl..... du 31. Aoust 1711.
Le 31 août 1711, Madame la Marquise de Saint-Bl décrit un événement extraordinaire survenu à une femme d'Abbeville, tante du menuisier de Petitport. Cette femme souffrait depuis deux ans de symptômes inexplicables, croyant être enceinte mais ressentant des mouvements inhabituels. Elle consulta le Marquis d'AuLly d'Ocourt, connu pour ses charités et ses remèdes. Après avoir reçu un remède, elle accoucha immédiatement de trois paquets enveloppés. Deux de ces paquets contenaient des créatures ressemblant à des souris mais avec des caractéristiques humaines, comme des mains et des ongles. Le chirurgien appelé sur place confirma cette découverte. La mère se trouvait dans un état pitoyable, son corps étant devenu une seule plaie. La Marquise souhaitait partager cette découverte avec les médecins de Paris pour qu'ils puissent juger de ce prodige.
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1358
p. 60-68
LETTRES D'UN JEUNE HOMME. O sentiment, sentiment ! douce vie de l'âme ! ROUSSEAU de Genève.
Début :
QU'UN Agréable ou qu'une Elégante se moquent du ton & de la morale [...]
Mots clefs :
Jeune homme, Ami, Amitié, Coeur, Hommes, Amour, Bonheur, Vertu, Sentiment, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : LETTRES D'UN JEUNE HOMME. O sentiment, sentiment ! douce vie de l'âme ! ROUSSEAU de Genève.
LETTRES
D'UN JEUNE HOMME.
O ſentiment , ſentiment ! douce vie de l'âme !
ROUSSEAU de Genève.
QU'UN Agréable ou qu'une Elégante
ſe moquent du ton & de la morale
de ces lettres , je n'en ſerai pas ſurpris ;
j'oſerai même en augurerfavorablement.
Ames honnêtes & fenfibles ! permettez-
moi de vous les offrir ; vos fuffrages
font les ſeuls qui puiſſent me
flatter.
J
LETTRE PREMIÈRE.
E vous écris ,, mon Ami , du plus
agréable endroit de la Terre ; tout ici
refpire la paix , & promet le bonheur.
Vous y fentez partout la main du maître
; fon heureux génie anime & remplit
ces beaux lieux . L'ordre & la bonne
intelligence qui regnent dans ſa maifon
, le goût , l'aimable ſimplicité qui
la décorent , la douce liberté dont on
FEVRIER. 1764. 6
y jouit , tout annonce un être reſpecté
chéri & digne de l'être.
,
Je découvre de ma fenêtre un point
de vue dont le contraſte eſt gracieux
& frappant. D'un côté toutes les
richeffes du printemps ; des fleurs , des
prés, des ruiſeaux,de grands arbres fruitiers
tout couverts de ces beaux bouquets
de neige qui répandent l'éclat le
plus vif,& le plus doux parfum.De l'autre ,
une campagne agreſte , ſauvage , de
vieux arbres chenus & dépouillés ;
des torrents plus pittoreſques, plus impoſans
que vos caſcades ; une nature
aride & déferte ; mais dont vous connoiſſez
le prix , Voyez , ami , contraſter
avec tous ces objets nos jeunes
villageoiſes , auſſi belles qu'ingé
nues. Cet aſpect a quelque choſe d'enchanté.
Il ne manque ici que vous ,
mon bon ami.
Mais tandis que je m'amuſe à te
peindre ce payſage , ton âme eſt en
proie à la douleur. Tu pleures une foeur
charmante . Le ſouvenir de Folni attendrit
& déchire ton coeur. Aimable
Folni ! ... Cette ſanté ſi belle , fi brillante
, cet enjoûment , cette douceur...
Jeuneſſe, eſprit , grâces, vertus, la mort
atout dévoré ! Mais non , ami , ta foeur
62 MERCURE DE FRANCE.
éxiſte encore. Cette âme fimple & pure
n'eſt point anéantie . Elle repoſe au fein
de l'être des êtres . Belle âme , vois couler
nos pleurs ! Je crois te voir ſenfible
à nos regrets. Nos coeurs ſe réuniront
au tient , nous partagerons ton
bonheur.
O , mon Ami ! ne fermez pas votre
âme à la confolation. Que je mépriſe
ces hommes aveugles & durs qui voudroient
que la mort détruisît tout notre
être ! Ainfi donc , les vertus les plus
aimables & les plus fublimes ſeroient
fans récompenfe , & l'eſprit ſeroit confondu
avec la matière ! Malheureux fyf
tême , que le coeur & la raiſon défavouent
: l'impatience & l'immenfité de
nos defirs te trahiront toujours.
T
Ecrivez - moi , mon cher ami. Nos
lettres feront triftes ; mais cette triſteſſe
aura plus d'attraits pour moi , que toutes
les fauſſes joies d'un monde auſſi frivole
que diſſipé.
LETTRE II.
Vouspenſez ſurl'amitié comme faiſoit
Madame de Guion ſur l'amour de Dieu .
Vous ſcavez qu'elle imaginoit une
FEVRIER. 1764. 63
charité bien défintéreſſée , & qui dans.
ſon ſyſtême devoit anéantir l'amour de
nous-mêmes . Elle trouvoit cette idée
admirable . Elle avoit du moins , d'après
fon Directeur , adopté fortement cette
opinion ; elle la défendoit avec, chaleur.
Ce n'étoit qu'une rêverie ; & je vais
vous convaincre , mon bon ami , que
vous rêvez auſſi quelquefois. Paſſezmoi
ce propos , vous m'avez donné
de l'humeur.
Nous n'aimons que nous dans les
perfonnes qui nous font les plus cheres ;
ce font vos termes. tout se rapporte à
notre bien- être. Mais , mon ami , croyezvous
que l'on aime moins Dieu , parce
que l'on y trouve de l'attrait ? L'amour
de la vertu , cet amour fi pur
n'eſt pas lui-même éxemt d'intérêt dans
un certain ſens : mais , croyez -moi ,
il eſt beau , il eſt grand de s'aimer foimême
dans l'ordre. Le rare mérite de
ta foeur nous attiroit , il eſt vrai. Nous
en étoit-elle moins chère ?
Ah ! que je hais ces affligeans ſyſtêmes
qui ne ſemblent imaginés que
pour inſulter à l'humanité, pour avilir
&décourager notre âme. Vous qui
regardez l'intérêt comme le ſeul principe
de nos actions , froids & triftes
64 MERCURE DE FRANCE.
(
raiſonneurs , la divine image de l'honnête
& du beau n'a-t- elle jamais échauffé
vos coeurs ? N'avez - vous jamais ſacrifié
à la vertu ? Quelle est donc cette
malheureuſe & funeſte Philofophie, qui
ne croit pas aux fublimes éfforts, à l'intrépide
fermeté du Sage , ou qui ne ceffe de
la calomnier ?
Une choſe que vous n'hésiterez pas
à croire , mon ami , quoiqu'elle ait l'air
d'un paradoxe, c'eſt que les gens médiocres
ne font pas faits pour la ſolide
amitié. Le commerce des hommes fimples
eſt aſſez für ; mais ne sont- ils pas
fufceptibles de prévention ? S'ils favent
aimer , font- ils capables de cette amitié
fublime , de cet enthouſiaſme qui diftinguent
les ames ſupérieures ? Non ,
ils n'ont jamais fenti ce génie du coeur ,
ce feu du ſentiment qui pénétre l'âme ,
& qui l'éclaire. Ils peuvent être ſincères
&bons ; mais jamais leur froide amitié
ne fera rien de grand.
Cependant je préférerai toujours les
bonnes gens à ceux dont les démonftrations
vous poursuivent ſans ceſſe.
Ton ami , tu n'en ſçaurois douter
adore la fincérité. Quelle âme ſtupide
& lâche peut renoncer à cette vertu ,
qui nous rapproche de la divinité ? Mais
,
FEVRIER . 174 . 65
je dédaigne cette polliteſſe artificieuſe ,
qui met les manières à la place des
ſentimens , qui ne rougit pas de prendre
l'air & le ton de la bienveillance ,
qui tue en carefſſant , ou du moins qui
voile fon indifférence & ſa froideur des
attraits de la franchiſe & de l'amitié.
Mon coeur ſe révolte dès qu'il ne trouve
plus la candeur. Je dois ton eſtime à
cette qualité ; c'eſt elle qui m'attache
à toi. Mon ami , notre amitié durera
toujours.
LETTRE ΙΙΙ.
1
JEE ſuis encore ému de ce que l'on
me fit voir hier. Mon ami c'eſt un
Sage , c'eſt un Dieu qui habite ce ſéjour
ignoré !
د
Le jour commençoit à tomber : il
me prit en particulier , & me dit ;
vous êtes digne de m'accompagner ;
venez voir un ſpectacle attendriflant....
Mais que tout ceci demeure entre vous
& moi.
Je le fuis à l'extrémité du hameau ;
nous entrons dans une chaumière.......
Ciel ! Quels objets ! Une vielle femme
étendue ſur un grabat ; auprès d'elle
66 MERCURE DE FRANCE .
une jeune perſonne dont la douceur &
la beauté brilloient ſous le plus groffier
vêtement. Elle prodiguoit ſes ſoins àla
malade. Mon Enfant, lui dit mon digne
Ami , voilà donc votre mère ? Hélas
oui , Monfieur ! Depuis huit jours elle
n'a pu fortir du lit; je ne puis la quitter ;
&nous allons manquerde pain.....
O piété ! ô vertu ! diſois-je intérieurement
, voilà donc votre aſyle ! Mais , reprit
M. d'Aubigné , pourquoi manquer
de confiance , mon cher Enfant ? Que
ne veniez-vous me confier vos douleurs ?
Je ſçais combien vous êtes bon , Monfieur
; mais j'ai craint ...... Ah ! ne
craignez plus : les indigens honnêtes
font toujours accueillis chez moi; ils y
font reſpectés , ma Fille. Tenez ,& fouvenez-
vous queje ne vous abandonnerai
jamais.
La jeune perſonne ſanglottoit ; elle
baiſoit les mains de ſon bienfaiteur ,
qui lui dit en ſe retirant : ayez ſoin de
votre mère , ſoyez toujours vertueuſe ,
&comptez fur moi. Ce que je fais pour
vous , ce que je ferai par la ſuite eſt fort
fimple. Pourquoi s'étonner d'une bonne
action ? C'eſt la dureté des hommes qui
doit ſeule nous étonner.
C'eſt ainſi qu'il ſe fait adorer. Les
JANVIER. 1764. 67
travaux ruſtiques , animés par ſes regards
, ramènent par-tout l'abondance;
l'affreuſe pauvreté diſparoît devant lui ;
d'heureux mariages réuniſſent les familles;
lejeune berger peut ſuivre le penchantde
fon coeur , & remplir à la fois
les voeux de l'amour & de la fociété :
tout offre l'image du bonheur; la joie
naît du ſein du travail. Le tableau de ces
hommes ſains &robuſtes , de ces femmes
diligentes & fidèles , tous occupés
de laſubſiſtance commune , ne reſpire
que les plaiſirs ſimples & naturels , les
ſeuls vrais plaiſirs. De-là ces fêtes , ces
jeux innocens , où préſide cette allégreſſe
naïve , inféparable de la paix du coeur ,
&de la ſanté.
Telle étoit la vie des Patriarches , de
ces hommes heureux & fimples. Je ne
parcours point , ſans la plus douce émotion
, cette Hiſtoire des premiers temps.
Jacob & Rachel , l'heureux Booz, la
douce & fage Ruth ne vous charmentils
pas , mon Ami ? L'aimable Folni ,
portant du vin à ſa cuisinière , me rappelle
Rebecca . Je crois voir cette belle
vierge abreuvant les troupeaux du bon
Eliezer.
Mais je ne vous ai rien dit de Madame
d'Aubigné. Elle eſt digne de celui dont
68 MERCURE DE FRANCE.
1
elle porte le nom. Tendre épouſe , bonne
mère , maîtreffe compatiſſante , amie
ſenſible & généreuſe ; jeune encore &
charmante , elle fait le bonheur de tout
ce qui l'environne. Simple dans ſa parure
, fon plus cher ornement eſt ſa famille.
Ses enfans font tous d'une figure
aimable , & je n'en connois pas de mieux
élevés. Mon Ami , vous connoîtrez bientôt
cette maiſon : on vous y defire déja.
Lafuite au Mercure prochain .
D'UN JEUNE HOMME.
O ſentiment , ſentiment ! douce vie de l'âme !
ROUSSEAU de Genève.
QU'UN Agréable ou qu'une Elégante
ſe moquent du ton & de la morale
de ces lettres , je n'en ſerai pas ſurpris ;
j'oſerai même en augurerfavorablement.
Ames honnêtes & fenfibles ! permettez-
moi de vous les offrir ; vos fuffrages
font les ſeuls qui puiſſent me
flatter.
J
LETTRE PREMIÈRE.
E vous écris ,, mon Ami , du plus
agréable endroit de la Terre ; tout ici
refpire la paix , & promet le bonheur.
Vous y fentez partout la main du maître
; fon heureux génie anime & remplit
ces beaux lieux . L'ordre & la bonne
intelligence qui regnent dans ſa maifon
, le goût , l'aimable ſimplicité qui
la décorent , la douce liberté dont on
FEVRIER. 1764. 6
y jouit , tout annonce un être reſpecté
chéri & digne de l'être.
,
Je découvre de ma fenêtre un point
de vue dont le contraſte eſt gracieux
& frappant. D'un côté toutes les
richeffes du printemps ; des fleurs , des
prés, des ruiſeaux,de grands arbres fruitiers
tout couverts de ces beaux bouquets
de neige qui répandent l'éclat le
plus vif,& le plus doux parfum.De l'autre ,
une campagne agreſte , ſauvage , de
vieux arbres chenus & dépouillés ;
des torrents plus pittoreſques, plus impoſans
que vos caſcades ; une nature
aride & déferte ; mais dont vous connoiſſez
le prix , Voyez , ami , contraſter
avec tous ces objets nos jeunes
villageoiſes , auſſi belles qu'ingé
nues. Cet aſpect a quelque choſe d'enchanté.
Il ne manque ici que vous ,
mon bon ami.
Mais tandis que je m'amuſe à te
peindre ce payſage , ton âme eſt en
proie à la douleur. Tu pleures une foeur
charmante . Le ſouvenir de Folni attendrit
& déchire ton coeur. Aimable
Folni ! ... Cette ſanté ſi belle , fi brillante
, cet enjoûment , cette douceur...
Jeuneſſe, eſprit , grâces, vertus, la mort
atout dévoré ! Mais non , ami , ta foeur
62 MERCURE DE FRANCE.
éxiſte encore. Cette âme fimple & pure
n'eſt point anéantie . Elle repoſe au fein
de l'être des êtres . Belle âme , vois couler
nos pleurs ! Je crois te voir ſenfible
à nos regrets. Nos coeurs ſe réuniront
au tient , nous partagerons ton
bonheur.
O , mon Ami ! ne fermez pas votre
âme à la confolation. Que je mépriſe
ces hommes aveugles & durs qui voudroient
que la mort détruisît tout notre
être ! Ainfi donc , les vertus les plus
aimables & les plus fublimes ſeroient
fans récompenfe , & l'eſprit ſeroit confondu
avec la matière ! Malheureux fyf
tême , que le coeur & la raiſon défavouent
: l'impatience & l'immenfité de
nos defirs te trahiront toujours.
T
Ecrivez - moi , mon cher ami. Nos
lettres feront triftes ; mais cette triſteſſe
aura plus d'attraits pour moi , que toutes
les fauſſes joies d'un monde auſſi frivole
que diſſipé.
LETTRE II.
Vouspenſez ſurl'amitié comme faiſoit
Madame de Guion ſur l'amour de Dieu .
Vous ſcavez qu'elle imaginoit une
FEVRIER. 1764. 63
charité bien défintéreſſée , & qui dans.
ſon ſyſtême devoit anéantir l'amour de
nous-mêmes . Elle trouvoit cette idée
admirable . Elle avoit du moins , d'après
fon Directeur , adopté fortement cette
opinion ; elle la défendoit avec, chaleur.
Ce n'étoit qu'une rêverie ; & je vais
vous convaincre , mon bon ami , que
vous rêvez auſſi quelquefois. Paſſezmoi
ce propos , vous m'avez donné
de l'humeur.
Nous n'aimons que nous dans les
perfonnes qui nous font les plus cheres ;
ce font vos termes. tout se rapporte à
notre bien- être. Mais , mon ami , croyezvous
que l'on aime moins Dieu , parce
que l'on y trouve de l'attrait ? L'amour
de la vertu , cet amour fi pur
n'eſt pas lui-même éxemt d'intérêt dans
un certain ſens : mais , croyez -moi ,
il eſt beau , il eſt grand de s'aimer foimême
dans l'ordre. Le rare mérite de
ta foeur nous attiroit , il eſt vrai. Nous
en étoit-elle moins chère ?
Ah ! que je hais ces affligeans ſyſtêmes
qui ne ſemblent imaginés que
pour inſulter à l'humanité, pour avilir
&décourager notre âme. Vous qui
regardez l'intérêt comme le ſeul principe
de nos actions , froids & triftes
64 MERCURE DE FRANCE.
(
raiſonneurs , la divine image de l'honnête
& du beau n'a-t- elle jamais échauffé
vos coeurs ? N'avez - vous jamais ſacrifié
à la vertu ? Quelle est donc cette
malheureuſe & funeſte Philofophie, qui
ne croit pas aux fublimes éfforts, à l'intrépide
fermeté du Sage , ou qui ne ceffe de
la calomnier ?
Une choſe que vous n'hésiterez pas
à croire , mon ami , quoiqu'elle ait l'air
d'un paradoxe, c'eſt que les gens médiocres
ne font pas faits pour la ſolide
amitié. Le commerce des hommes fimples
eſt aſſez für ; mais ne sont- ils pas
fufceptibles de prévention ? S'ils favent
aimer , font- ils capables de cette amitié
fublime , de cet enthouſiaſme qui diftinguent
les ames ſupérieures ? Non ,
ils n'ont jamais fenti ce génie du coeur ,
ce feu du ſentiment qui pénétre l'âme ,
& qui l'éclaire. Ils peuvent être ſincères
&bons ; mais jamais leur froide amitié
ne fera rien de grand.
Cependant je préférerai toujours les
bonnes gens à ceux dont les démonftrations
vous poursuivent ſans ceſſe.
Ton ami , tu n'en ſçaurois douter
adore la fincérité. Quelle âme ſtupide
& lâche peut renoncer à cette vertu ,
qui nous rapproche de la divinité ? Mais
,
FEVRIER . 174 . 65
je dédaigne cette polliteſſe artificieuſe ,
qui met les manières à la place des
ſentimens , qui ne rougit pas de prendre
l'air & le ton de la bienveillance ,
qui tue en carefſſant , ou du moins qui
voile fon indifférence & ſa froideur des
attraits de la franchiſe & de l'amitié.
Mon coeur ſe révolte dès qu'il ne trouve
plus la candeur. Je dois ton eſtime à
cette qualité ; c'eſt elle qui m'attache
à toi. Mon ami , notre amitié durera
toujours.
LETTRE ΙΙΙ.
1
JEE ſuis encore ému de ce que l'on
me fit voir hier. Mon ami c'eſt un
Sage , c'eſt un Dieu qui habite ce ſéjour
ignoré !
د
Le jour commençoit à tomber : il
me prit en particulier , & me dit ;
vous êtes digne de m'accompagner ;
venez voir un ſpectacle attendriflant....
Mais que tout ceci demeure entre vous
& moi.
Je le fuis à l'extrémité du hameau ;
nous entrons dans une chaumière.......
Ciel ! Quels objets ! Une vielle femme
étendue ſur un grabat ; auprès d'elle
66 MERCURE DE FRANCE .
une jeune perſonne dont la douceur &
la beauté brilloient ſous le plus groffier
vêtement. Elle prodiguoit ſes ſoins àla
malade. Mon Enfant, lui dit mon digne
Ami , voilà donc votre mère ? Hélas
oui , Monfieur ! Depuis huit jours elle
n'a pu fortir du lit; je ne puis la quitter ;
&nous allons manquerde pain.....
O piété ! ô vertu ! diſois-je intérieurement
, voilà donc votre aſyle ! Mais , reprit
M. d'Aubigné , pourquoi manquer
de confiance , mon cher Enfant ? Que
ne veniez-vous me confier vos douleurs ?
Je ſçais combien vous êtes bon , Monfieur
; mais j'ai craint ...... Ah ! ne
craignez plus : les indigens honnêtes
font toujours accueillis chez moi; ils y
font reſpectés , ma Fille. Tenez ,& fouvenez-
vous queje ne vous abandonnerai
jamais.
La jeune perſonne ſanglottoit ; elle
baiſoit les mains de ſon bienfaiteur ,
qui lui dit en ſe retirant : ayez ſoin de
votre mère , ſoyez toujours vertueuſe ,
&comptez fur moi. Ce que je fais pour
vous , ce que je ferai par la ſuite eſt fort
fimple. Pourquoi s'étonner d'une bonne
action ? C'eſt la dureté des hommes qui
doit ſeule nous étonner.
C'eſt ainſi qu'il ſe fait adorer. Les
JANVIER. 1764. 67
travaux ruſtiques , animés par ſes regards
, ramènent par-tout l'abondance;
l'affreuſe pauvreté diſparoît devant lui ;
d'heureux mariages réuniſſent les familles;
lejeune berger peut ſuivre le penchantde
fon coeur , & remplir à la fois
les voeux de l'amour & de la fociété :
tout offre l'image du bonheur; la joie
naît du ſein du travail. Le tableau de ces
hommes ſains &robuſtes , de ces femmes
diligentes & fidèles , tous occupés
de laſubſiſtance commune , ne reſpire
que les plaiſirs ſimples & naturels , les
ſeuls vrais plaiſirs. De-là ces fêtes , ces
jeux innocens , où préſide cette allégreſſe
naïve , inféparable de la paix du coeur ,
&de la ſanté.
Telle étoit la vie des Patriarches , de
ces hommes heureux & fimples. Je ne
parcours point , ſans la plus douce émotion
, cette Hiſtoire des premiers temps.
Jacob & Rachel , l'heureux Booz, la
douce & fage Ruth ne vous charmentils
pas , mon Ami ? L'aimable Folni ,
portant du vin à ſa cuisinière , me rappelle
Rebecca . Je crois voir cette belle
vierge abreuvant les troupeaux du bon
Eliezer.
Mais je ne vous ai rien dit de Madame
d'Aubigné. Elle eſt digne de celui dont
68 MERCURE DE FRANCE.
1
elle porte le nom. Tendre épouſe , bonne
mère , maîtreffe compatiſſante , amie
ſenſible & généreuſe ; jeune encore &
charmante , elle fait le bonheur de tout
ce qui l'environne. Simple dans ſa parure
, fon plus cher ornement eſt ſa famille.
Ses enfans font tous d'une figure
aimable , & je n'en connois pas de mieux
élevés. Mon Ami , vous connoîtrez bientôt
cette maiſon : on vous y defire déja.
Lafuite au Mercure prochain .
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Résumé : LETTRES D'UN JEUNE HOMME. O sentiment, sentiment ! douce vie de l'âme ! ROUSSEAU de Genève.
En février 1764, un jeune homme écrit à son ami pour décrire un paysage paisible contrastant avec une campagne sauvage. Il exprime sa tristesse après la perte de Folni, mais croit en la persistance de son âme. Il encourage son ami à trouver la consolation et critique ceux qui pensent que la mort anéantit tout. Dans une deuxième lettre, l'auteur aborde les thèmes de l'amitié et de l'amour-propre. Il affirme que l'amour de soi est naturel et que seule une amitié sincère et profonde est véritable. Il valorise la sincérité et la candeur. Dans une troisième lettre, l'auteur raconte une rencontre avec un sage ou un dieu dans un lieu inconnu, demandant à son ami de garder cela secret. Il décrit ensuite une scène touchante où une jeune femme soigne sa mère malade. M. d'Aubigné, l'ami du narrateur, offre son aide et assure son soutien, valorisant ainsi la vertu et la dignité. La bonté et la générosité de M. d'Aubigné transforment la communauté, ramenant abondance et bonheur. Les travaux rustiques sont revitalisés par son influence, et des mariages heureux réunissent les familles. Le narrateur admire cette vie simple et heureuse, la comparant à celle des Patriarches bibliques. Il mentionne également Madame d'Aubigné, une femme tendre et compatissante, contribuant au bonheur de son entourage. La famille d'Aubigné est décrite comme aimable et bien élevée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1359
p. 61-70
MORT.
Début :
Le Marquis de Lostanges Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Loüis [...]
Mots clefs :
Régiment, Mort, Cavalerie, Bataille, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORT.
MORT.
LE Marquis de Loftanges
Chevalier de l'Ordre
Militaire de SaintLouis
Colonel du Regiment de,
Lostanges Infanrerie,mourut
en cette Ville le huit
Avril
,
âgé de trente ans.
Il estoit iflii de la Maison
de Lostanges, une desplus
illustres&anciennes du Li
mousin.Ellen'estpasmoins
recommandable par ses alliances
que par les grands
hommes quelle a produits.
Dans le douzième fiecltf
elleestoit trèsconnuë sous
le nom des Aymar de Lofranges.
La Branche aisnée
finitfous Henry IV. par le
fameux duel du Seigneur
de Loftanges avec le Seigneur
de S. Chamans du
Pescher; & ce fut dans ce
temps-là que la Terre de
Lostanges passa dans la
Maison de Pierre-Bussiere
par le mariage d'une fille
de Lostanges
,
d'où sont
descendus le Marquis de
Lostanges, Lieutenant des
Gardes du Roy,qui fut tué
devant Mons en 1691. Le
Comte de Lostanges qui
commandoit la Cavalerie
de Brandebourg en Italie,
& le Marquis de Lostanges
mort en Flandres en 1707.
Colonel du Regiment de
Lostanges,& Brigadierdes
armées du Roy. - -' Des l'an 1406. Jean Aymar
de Lostanges daneson fentrai de mariage avec
Anthoinette de Veirines
dite de Limeüil Dame de
saint Alvaireen Perigord
-, il prend la qualitéde Cheyalier
hDt-& puissant Seigneur
, iflii de la noble&
ancienne famille de Lo£
canges en Limousin.C'est
deluy que descendent les
Marquis de saint Alvaire
en Perigord
,
quiestaujourd'huy
la Branche aisnée,
les Marquis de Bedüer
& de Felzins en Querci,
donc estoit le Marquis de
Lostanges qui vient de
mourir, qui le distingua si
fort au Sièged'Aire en
1710. sur tout à la défense
du Chemin couvert, où il
s'attira l'estime de toute la
garnison. Il estoit fils de
Jean Margarit de Lostanges
ges Marquis de Felzins,
Capitaine dans le Régiment
de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, Cavalerie,&
de Marguerite de
Corn Dampare
,
duquel
mariage est issu aussi Hiacinte
Marquis de Felzins
Capitaine dans Royal,
Roussillon Cavalerie
,
quiJ
atousjours servi avec beaucoup
de distinction. Leur
pere estoit fils puisné de
Jean-Louis de Loftanges
Comte de Bedüer Capitaine
commandant le Regiment
de Candale, Cavalerie
; ôc de Francoise de
Gourdon Genoüillac de
Vaillac.L'aisné estoit
François-Louis de Lostanges,
Marquis deBediier^
Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Saus- eréJqui fut blessé d'un coup
de pistoler à la gorge prés
de Francfort en 1674. Il
mourut en 1671. Colonel
d'un Regiment d'Infanterie
des Milices de Roüergue
:
il avoitépousé Renée
Menardeau fille de
Claude Menardeau de
Champré Doyen du Par1cment,
Con seillerd'f. stat,
Diredeur & Controlleur
General des Finances, ôc
de Catherine Henry son
épouse
,
duquel mariage
sont iiïus Loüis-Henry
Comte de Bedüerqui fut
b'çffé à la Bataille de Fleurus,
Commandaht un Escadron
du Regiment du Rosel
: Emanuël Marquis de
Lostanges
,
Capitaine de
Cavalerie dans le Regiment
de Vaillac
,
tué en
Flandres en 1701. Jacques
Qit leChevalier deBeduer, i
Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Vivans
S. Christotuéà la Bataille
de Fridlingen, Laurent
dit le ChevalierdeLostanges,
blessé au combat de
Lessingue ; & à la dernière
Batailled'Hocstet il commandoit
un Escadron où il
prit une paire de timbales.
En1711.enallantensemestreilfut
attaqué par un parti,
prit & blessa le partisan
qu'il conduisit à Abbeville:
Laurens,dit le Chevalier
de Bedüer, fut blessé â la
Bataille de Malplaquet:
autre Laurens dit le Baron
deBullac, Cornette
dans la Compagnie de son
Pere dans le Regiment de
Vivans S. Christo,fut tué
à la premiere Bataille de
Hocstet. Ils descendent
tous de Louis-François de
Loftanges leur bisayeul, &
de Jeanne de Marquessac,
qui servit fous les Rois
Henry IV.& LouisXIII.
en qualité de Colone l d'un
Regiment d'Infanterie,&
il fit en sa faveurque la
Baronnie de Bedüer fut
érigée en Vicomté. De la
Branche de faine Alvaire
est aussi sortie la Branche
des Comtes de Pailhé en
Xainconge.
Cette Maison est alliée
àcelles de Limeüil
,
d'Ufez,
d'Estrées, de Fenelon
Menardeau , - Champré
y Montmorency
-
Laval,
Montberon,Vaillac
,
Cadrieu,
Ebrard, S. Suplice,
&c.
LE Marquis de Loftanges
Chevalier de l'Ordre
Militaire de SaintLouis
Colonel du Regiment de,
Lostanges Infanrerie,mourut
en cette Ville le huit
Avril
,
âgé de trente ans.
Il estoit iflii de la Maison
de Lostanges, une desplus
illustres&anciennes du Li
mousin.Ellen'estpasmoins
recommandable par ses alliances
que par les grands
hommes quelle a produits.
Dans le douzième fiecltf
elleestoit trèsconnuë sous
le nom des Aymar de Lofranges.
La Branche aisnée
finitfous Henry IV. par le
fameux duel du Seigneur
de Loftanges avec le Seigneur
de S. Chamans du
Pescher; & ce fut dans ce
temps-là que la Terre de
Lostanges passa dans la
Maison de Pierre-Bussiere
par le mariage d'une fille
de Lostanges
,
d'où sont
descendus le Marquis de
Lostanges, Lieutenant des
Gardes du Roy,qui fut tué
devant Mons en 1691. Le
Comte de Lostanges qui
commandoit la Cavalerie
de Brandebourg en Italie,
& le Marquis de Lostanges
mort en Flandres en 1707.
Colonel du Regiment de
Lostanges,& Brigadierdes
armées du Roy. - -' Des l'an 1406. Jean Aymar
de Lostanges daneson fentrai de mariage avec
Anthoinette de Veirines
dite de Limeüil Dame de
saint Alvaireen Perigord
-, il prend la qualitéde Cheyalier
hDt-& puissant Seigneur
, iflii de la noble&
ancienne famille de Lo£
canges en Limousin.C'est
deluy que descendent les
Marquis de saint Alvaire
en Perigord
,
quiestaujourd'huy
la Branche aisnée,
les Marquis de Bedüer
& de Felzins en Querci,
donc estoit le Marquis de
Lostanges qui vient de
mourir, qui le distingua si
fort au Sièged'Aire en
1710. sur tout à la défense
du Chemin couvert, où il
s'attira l'estime de toute la
garnison. Il estoit fils de
Jean Margarit de Lostanges
ges Marquis de Felzins,
Capitaine dans le Régiment
de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, Cavalerie,&
de Marguerite de
Corn Dampare
,
duquel
mariage est issu aussi Hiacinte
Marquis de Felzins
Capitaine dans Royal,
Roussillon Cavalerie
,
quiJ
atousjours servi avec beaucoup
de distinction. Leur
pere estoit fils puisné de
Jean-Louis de Loftanges
Comte de Bedüer Capitaine
commandant le Regiment
de Candale, Cavalerie
; ôc de Francoise de
Gourdon Genoüillac de
Vaillac.L'aisné estoit
François-Louis de Lostanges,
Marquis deBediier^
Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Saus- eréJqui fut blessé d'un coup
de pistoler à la gorge prés
de Francfort en 1674. Il
mourut en 1671. Colonel
d'un Regiment d'Infanterie
des Milices de Roüergue
:
il avoitépousé Renée
Menardeau fille de
Claude Menardeau de
Champré Doyen du Par1cment,
Con seillerd'f. stat,
Diredeur & Controlleur
General des Finances, ôc
de Catherine Henry son
épouse
,
duquel mariage
sont iiïus Loüis-Henry
Comte de Bedüerqui fut
b'çffé à la Bataille de Fleurus,
Commandaht un Escadron
du Regiment du Rosel
: Emanuël Marquis de
Lostanges
,
Capitaine de
Cavalerie dans le Regiment
de Vaillac
,
tué en
Flandres en 1701. Jacques
Qit leChevalier deBeduer, i
Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Vivans
S. Christotuéà la Bataille
de Fridlingen, Laurent
dit le ChevalierdeLostanges,
blessé au combat de
Lessingue ; & à la dernière
Batailled'Hocstet il commandoit
un Escadron où il
prit une paire de timbales.
En1711.enallantensemestreilfut
attaqué par un parti,
prit & blessa le partisan
qu'il conduisit à Abbeville:
Laurens,dit le Chevalier
de Bedüer, fut blessé â la
Bataille de Malplaquet:
autre Laurens dit le Baron
deBullac, Cornette
dans la Compagnie de son
Pere dans le Regiment de
Vivans S. Christo,fut tué
à la premiere Bataille de
Hocstet. Ils descendent
tous de Louis-François de
Loftanges leur bisayeul, &
de Jeanne de Marquessac,
qui servit fous les Rois
Henry IV.& LouisXIII.
en qualité de Colone l d'un
Regiment d'Infanterie,&
il fit en sa faveurque la
Baronnie de Bedüer fut
érigée en Vicomté. De la
Branche de faine Alvaire
est aussi sortie la Branche
des Comtes de Pailhé en
Xainconge.
Cette Maison est alliée
àcelles de Limeüil
,
d'Ufez,
d'Estrées, de Fenelon
Menardeau , - Champré
y Montmorency
-
Laval,
Montberon,Vaillac
,
Cadrieu,
Ebrard, S. Suplice,
&c.
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Résumé : MORT.
Le texte relate la mort du Marquis de Loftanges, Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis et Colonel du Régiment de Lostanges Infanterie, survenue le 8 avril à l'âge de trente ans. Le Marquis appartenait à une des plus illustres et anciennes maisons du Limousin, connue sous le nom des Aymar de Loftanges depuis le douzième siècle. La branche aînée de cette famille s'est éteinte sous Henri IV à la suite d'un duel. La terre de Lostanges est passée dans la Maison de Pierre-Bussiere par le mariage d'une fille de Lostanges, d'où sont descendus plusieurs Marquis de Lostanges. Parmi eux, un Lieutenant des Gardes du Roi fut tué devant Mons en 1691, un Comte commanda la Cavalerie de Brandebourg en Italie, et un Marquis mourut en Flandres en 1707. Le Marquis de Lostanges récemment décédé appartenait à la branche des Marquis de Saint-Alvaire en Périgord, actuellement la branche aînée. Il s'est distingué lors du siège d'Aire en 1710, notamment à la défense du chemin couvert. Il était le fils de Jean Margarit de Lostanges, Marquis de Felzins, et de Marguerite de Corn Dampare. La famille de Lostanges compte plusieurs membres ayant servi avec distinction dans divers régiments de cavalerie et d'infanterie. Parmi eux, Hiacinte Marquis de Felzins et Louis-François de Loftanges, Colonel d'un Régiment d'Infanterie, ont servi sous les rois Henri IV et Louis XIII. La Maison de Lostanges est alliée à de nombreuses familles nobles, dont Limeüil, d'Ufé, d'Estrées, et Montmorency.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1360
p. 57-66
CONSEIL qu'on me donne dans une des Lettre Critiques qui ont couru sur mon Mercure.
Début :
Je conseille à l'Auteur de se défaire au plutost d'un [...]
Mots clefs :
Critiques, Sérieux, Style, Plaire, Plaisanterie, Réjouir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONSEIL qu'on me donne dans une des Lettre Critiques qui ont couru sur mon Mercure.
CONSEIL
Qu'on me donne dans
une des Lettre Critiques
qui ont couru
sur mon Mercure.
Je conseille ÀPAutsurde
se défaire auplutost d'un
certain air de gayeté &
de plaisanterie dont son
stile est injecre,Il a réjouy
d'abord;maisacoupseur
il déplaira dans la suite:
le Publicse lasse bien-tost
deplaisanterie, &c. 4
Cette critique est tressensée
, car on se lassede
tout.Ainsi dés que je m'apercevray
qu'on se lasse
ra de mon stile, j'en changeray
promptement ; &
au lieu que je ne suis sericux
que dans les endroits
où il le faut estre,
je le seray par tout; je
prendray un stilesi serieusement
uniforme qu'il
m'ennuyra moy-même,
& j'en seray bien fâché.
Plût auCiel que je fusse
toujours en humeur de
me réjouïr , car il faut être
réjouy le premier pour
pouvoir réjouïr les autres.
Ouy,je fouhaiterois pouvoir
joindre à mon stile
celuy des Lettres Provinciales,
de Rablais, de Moliere.
En un mot je souhaite
de réjoüir tout le
monde,excepté ceux qui
font malignement chagrins
de voir que lesautres
se réjoüissent..
Lapluspart de ces critiques
atrabilaires ne ju.
gent de lasolidité d'un
ouvragequepar le degrq
de serieux qu'ils y trouvent,
désqu'une maxime
solide est plaisament
travestie
,
ils la méconnoissent,
mais qu'unemaxime
petite ou fausse se
presente pour ainsi dire
en habitserieux,ils la respectent.
Tout serieux
leur paroistgrand; tout
badinage leur paroist petit
: ils n'y sçavent autre
chose.Cen'est point à ces
Messieurs là que je veux
plaire
, un Livretelqu'ils
le veulent ne plairoitqu'a
eux seuls,,&jeveux plaire
à la meilleure partie,
ne pouvant plaire à tout
le monde.
Ces Critiques austeres
veulent être plus fages
que la Nature qui atache
presque toujours un goût
agreable aux nourritures
les plus solides
qu'elles produit pour les
hommes. Je veux nourrir
les esprits le plus agreablementque
jepourray.
Le serieux instruit,
j'en conviens; mais le
badinage peut instruire
réjouir: je le prefere,
& je ne prétens pas
mesme m'abstenirabsolument
de cette espece
de plaisanterie qui ne fait
queréjouïr sans instruire;
n'est-ce donc rien
que de réjouir-
Ceux qui tâchent de
suspendre par leurgayété.
les ennuis &les chagrins
dont l'esprit humain est
accablé
.> ne sont
-
ils pas
plus utiles à la societé
que ces Pleureurs de prosession
qui vous entretiennent
dans latristesse,
en vous representant vos
maux encore plus grands
qu'ils ne sont?
Examinons sérieusement
combien il est utile
de répandre la joye dans
le Public; voyez ce qu'en
'm
adit là- dessus feu Mrde
Pelisson
,
l'un des plus
beaux esprits de nostre
siecle.
Les plus grands Législateurs
en fondant des Républiques,
onteu pour but general que
les Citoyenspussent 'vivre
ensemblevertueusement, paisiblement,
c- agreablement.
Ces trois choses font donc
necessaires
, & tout ce qui
contribuë à la derniere sans
nuire aux deux autres ,
bien
loin de s'écarter de l'utilitépublique,
yvaquelquefoisparle
chemin le plusdroite&leplus
court. Par Qtemple les écrits
d'un célébréJurisconsultesont
utiles, qui le peut nier? Ils
instruisentl'Avocat pour bien
deffendre sa cause ; l'Avocat
bien instruit fait que le Juge
prononce justement; LeJuge en
rendantjustice met lesJCitoyent
en repos. Mais on voit fouirent
que les différentes mains
de tant de diversArtisans détournent
l'Art de son intention
naturelle
, & il en aryvt
comme de ces Machines belles
&bien inventéesenapparence,
qui pour estre composées de frofi
depieces, dontquelqu'unevient
toûjoursàmanquer, s'arrêtent à
toute heure,&renversent quelquefois
ce qu'elles devoientporterAu
contraire ces autres écrits
qu'on traite communement de
Bagatelles, quand ils ne serviroientpas
à reglerlesmoeurs,
ou àéclairer l'esprit, comme ils
le peuvent , comme ils le doivent,
comme ilsfontd'ordinaire
directement ou indirectement;
pour le moinssans avoir besoin
qued'euxmêmes, ils plaisent,
ils divertissent, ilssement&ils
répandentpar tout lajoye, qui
est aprés la vertu leplusgrand
de tous les tiens,
Qu'on me donne dans
une des Lettre Critiques
qui ont couru
sur mon Mercure.
Je conseille ÀPAutsurde
se défaire auplutost d'un
certain air de gayeté &
de plaisanterie dont son
stile est injecre,Il a réjouy
d'abord;maisacoupseur
il déplaira dans la suite:
le Publicse lasse bien-tost
deplaisanterie, &c. 4
Cette critique est tressensée
, car on se lassede
tout.Ainsi dés que je m'apercevray
qu'on se lasse
ra de mon stile, j'en changeray
promptement ; &
au lieu que je ne suis sericux
que dans les endroits
où il le faut estre,
je le seray par tout; je
prendray un stilesi serieusement
uniforme qu'il
m'ennuyra moy-même,
& j'en seray bien fâché.
Plût auCiel que je fusse
toujours en humeur de
me réjouïr , car il faut être
réjouy le premier pour
pouvoir réjouïr les autres.
Ouy,je fouhaiterois pouvoir
joindre à mon stile
celuy des Lettres Provinciales,
de Rablais, de Moliere.
En un mot je souhaite
de réjoüir tout le
monde,excepté ceux qui
font malignement chagrins
de voir que lesautres
se réjoüissent..
Lapluspart de ces critiques
atrabilaires ne ju.
gent de lasolidité d'un
ouvragequepar le degrq
de serieux qu'ils y trouvent,
désqu'une maxime
solide est plaisament
travestie
,
ils la méconnoissent,
mais qu'unemaxime
petite ou fausse se
presente pour ainsi dire
en habitserieux,ils la respectent.
Tout serieux
leur paroistgrand; tout
badinage leur paroist petit
: ils n'y sçavent autre
chose.Cen'est point à ces
Messieurs là que je veux
plaire
, un Livretelqu'ils
le veulent ne plairoitqu'a
eux seuls,,&jeveux plaire
à la meilleure partie,
ne pouvant plaire à tout
le monde.
Ces Critiques austeres
veulent être plus fages
que la Nature qui atache
presque toujours un goût
agreable aux nourritures
les plus solides
qu'elles produit pour les
hommes. Je veux nourrir
les esprits le plus agreablementque
jepourray.
Le serieux instruit,
j'en conviens; mais le
badinage peut instruire
réjouir: je le prefere,
& je ne prétens pas
mesme m'abstenirabsolument
de cette espece
de plaisanterie qui ne fait
queréjouïr sans instruire;
n'est-ce donc rien
que de réjouir-
Ceux qui tâchent de
suspendre par leurgayété.
les ennuis &les chagrins
dont l'esprit humain est
accablé
.> ne sont
-
ils pas
plus utiles à la societé
que ces Pleureurs de prosession
qui vous entretiennent
dans latristesse,
en vous representant vos
maux encore plus grands
qu'ils ne sont?
Examinons sérieusement
combien il est utile
de répandre la joye dans
le Public; voyez ce qu'en
'm
adit là- dessus feu Mrde
Pelisson
,
l'un des plus
beaux esprits de nostre
siecle.
Les plus grands Législateurs
en fondant des Républiques,
onteu pour but general que
les Citoyenspussent 'vivre
ensemblevertueusement, paisiblement,
c- agreablement.
Ces trois choses font donc
necessaires
, & tout ce qui
contribuë à la derniere sans
nuire aux deux autres ,
bien
loin de s'écarter de l'utilitépublique,
yvaquelquefoisparle
chemin le plusdroite&leplus
court. Par Qtemple les écrits
d'un célébréJurisconsultesont
utiles, qui le peut nier? Ils
instruisentl'Avocat pour bien
deffendre sa cause ; l'Avocat
bien instruit fait que le Juge
prononce justement; LeJuge en
rendantjustice met lesJCitoyent
en repos. Mais on voit fouirent
que les différentes mains
de tant de diversArtisans détournent
l'Art de son intention
naturelle
, & il en aryvt
comme de ces Machines belles
&bien inventéesenapparence,
qui pour estre composées de frofi
depieces, dontquelqu'unevient
toûjoursàmanquer, s'arrêtent à
toute heure,&renversent quelquefois
ce qu'elles devoientporterAu
contraire ces autres écrits
qu'on traite communement de
Bagatelles, quand ils ne serviroientpas
à reglerlesmoeurs,
ou àéclairer l'esprit, comme ils
le peuvent , comme ils le doivent,
comme ilsfontd'ordinaire
directement ou indirectement;
pour le moinssans avoir besoin
qued'euxmêmes, ils plaisent,
ils divertissent, ilssement&ils
répandentpar tout lajoye, qui
est aprés la vertu leplusgrand
de tous les tiens,
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Résumé : CONSEIL qu'on me donne dans une des Lettre Critiques qui ont couru sur mon Mercure.
L'auteur réfléchit sur le style d'écriture et la critique littéraire après avoir reçu une critique lui suggérant de renoncer à son ton gai et plaisantin. Il reconnaît la pertinence de cette critique et est prêt à adapter son style s'il observe une lassitude chez ses lecteurs. Il aspire à un style sérieux et uniforme, bien qu'il regrette de ne pas pouvoir toujours se réjouir et réjouir les autres. Il admire les styles des 'Lettres Provinciales', de Rabelais et de Molière, et souhaite réjouir tout le monde sauf ceux qui se réjouissent malicieusement du chagrin des autres. L'auteur critique les lecteurs austères qui jugent la solidité d'un ouvrage par son sérieux et méconnaissent les maximes solides travesties plaisamment. Il souhaite plaire à la 'meilleure partie' du public, pas seulement aux critiques austères. Il compare son désir de nourrir les esprits agréablement à la nature qui attache un goût agréable aux nourritures solides. Il préfère le badinage qui peut instruire et réjouir, estimant que ceux qui suspendent les ennuis par leur gaieté sont plus utiles à la société que ceux qui entretiennent la tristesse. L'auteur cite feu Monsieur de Pelisson pour souligner l'utilité de répandre la joie dans le public. Il rappelle que les grands législateurs visent à ce que les citoyens vivent vertueusement, paisiblement et agréablement. Il compare les écrits sérieux, comme ceux des jurisconsultes, aux écrits plaisants, qui peuvent directement ou indirectement plaire, divertir et répandre la joie, considérée après la vertu comme le plus grand des biens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1361
p. 60-71
LA FAUSSE VALEUR. Par M. l'Abbé Mommenet. Ode qui vient de remporter le prix de Poësie des Jeux Floraux. Quis pacis inennt consilia, cos sequitur gaudium. Prov. 12.
Début :
Princes, qu'une gloire frivole [...]
Mots clefs :
Gloire, Combat, Vertus, Héros, Passions, Désir, Valeurs, Tyran, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : LA FAUSSE VALEUR. Par M. l'Abbé Mommenet. Ode qui vient de remporter le prix de Poësie des Jeux Floraux. Quis pacis inennt consilia, cos sequitur gaudium. Prov. 12.
LA FAUSSE VALEUR
Par M. l'Abbé Mommenet.
Ole qui vient de remporter le prix .
de Poelie des Jeux Floraux.
Quipacis ineunt confilia , eos fequi--
tar gaudium: Prov. 12.
PRinces , qu'une gloire
frivole
Anime à chercher les combats ,
Qu'attendez-vous de cette:
Idole ,
Qu'un vain nom aprés le
trépas ?
GALANT.
Ignorez - vous quelles mi
feres
Mars &Bellone fanguinaires
Traînent aprés leurs chars
poudreux ?
Queje vous plains , fi la na
{ sture: V
N'excite en vous aucun
murmure ,
Quand vousfaites des mal
heureux !
#?
Loin du bruit des combats
terribles
Vigilans , au fein du repos ,
Cultivez les vertus paifibles,
62 MERCURE
Elles forment les vraisHe
ros.
Pourquoy faut-il que vôtré
épée
Dans le fang humain ſoit
trempée ,
.
Pour porter le nom de
vainqueur ?
Serez-vous moins couverts
de gloire ,
Si vous remportez la vićtoire
Sur les defirs de vôtre cœur?
Dequel droit ce Grec qu'on
admire.
Enyvré de fes paffions ,
GALANT.
Alla til defoler l'Empire
Des plus tranquilles nations?
Aprés cent combats homil
cides ,
Au gré de ſes defirs avides
C'étoit peu qu'un monde
foûmisdo
Auroit - il manqué d'exercice ,
S'il avoit fçû compter le
vice e
Au nombre de fes ennemis?
Malgré les trompeuſes ma-
.ximes
64 MERCURE
De cent lâches adulateurs ,
Sous de beaux noms les plus
grands crimes
Nous cachent des ufurpa
teurs.
Pleins de l'orgueil qui les
dévore ,
Du couchantjufques à l'aucomb orprore HeronA
On craint ces Rois ambiSortieux
-tieux.
Dans leurs mains gronde le
antonnerre ,
Ce n'eft qu'en ravageant la
terre
Qu'ils ofent s'en croire les
Dieux.
À
GALANT. 65
Adeux Tyrans de leur patrie ,
Soulez du plus beau fang
Romain,
Qui ne fçait que la flaterie
A prodigué le nom d'hu
main ?
Infenfez nous jugeons encore
De ces fantômes qu'elle a
doré
Par un faux éclat qui forz
prend.
Nous admirons fans retenue ,
LeTyran échape à la vûë¸,
May1712.
F.
66 MERCURE
On ne voit que le Conque
ranta
Ainfi de cette ardeur bru
tale
Que n'infpire point le devoir
Nôtreeftime aveugle &fatale
Accredite encor le pouvoir.
Al'afpect des villes enpou
dre ,
Des murs écrafez par la
foudre,
En vain nos yeux font of
frayez.
Victimes d'un honneur bis
zarre
GALANT 67
Nous encenfons la main
barbare
Par qui ces murs font fou
droyez.
Il en eft peu dont la pru
dence
De concertavec labonté
Renferme l'aveugle puif
fance
Dans les bornes de l'équi
τέ;
Qui forcez de prendre les
armes
Pefent & le sag &les larmes
Qu'un triomphe leur va
coûter,
Fij
68 MERCURE.
Et qui retenant leur cou-,
rage ;
Songent à diffiper Forage
Avant qu'onl'entende écla
ter.
Jadis guidé par la fageffe
Salomon, l'amour des mortels , rela
Condamna Forgüeilleufe
yvreffe el ens
A qui nous dreffons dés autels.
Sans s'armer d'un fer redoutable , T
Content de fon cœuréqui
cable,
GALANT. F69
Ses bienfaits étoient fes ex
ploits.
Il fut grand fans être terri↓
ble ,
Et ne ceffa d'être invincible.
Qu'en ceffant d'obferver less
loix.
N'eſt-il plus de ces regnes
calmes
Où les loix fervent de rem
parts?
Oùl'on n'aime à cueillir desi
palmes
Que dans la lice des beaux)
ihearts ; mid s
Qu le commerce & l'abon
dance ,
79 MERCURE
Sources de la magnificen
ce ,
Du citoyen comblent les
vœux ;..
Où la justice revérée
Semble encor du regne:
d'Aftréé
Renouveller le temps heu
reux.
Rends nous cette vie innocente ,
Douce paix , montre à ces
guerriers
Que ton olive bienfaifante
Vaut bien leurs funeftes
lauriers.
GALANT 70:
Fais de la main de ta rivale,
Tomber cette torche fa
tale "
Dont tant de cœurs font
embrafez.
Toy feule en defarmant fa
rage
Effaceras la trifte image f
De tous les maux qu'elle a
caufez....
Par M. l'Abbé Mommenet.
Ole qui vient de remporter le prix .
de Poelie des Jeux Floraux.
Quipacis ineunt confilia , eos fequi--
tar gaudium: Prov. 12.
PRinces , qu'une gloire
frivole
Anime à chercher les combats ,
Qu'attendez-vous de cette:
Idole ,
Qu'un vain nom aprés le
trépas ?
GALANT.
Ignorez - vous quelles mi
feres
Mars &Bellone fanguinaires
Traînent aprés leurs chars
poudreux ?
Queje vous plains , fi la na
{ sture: V
N'excite en vous aucun
murmure ,
Quand vousfaites des mal
heureux !
#?
Loin du bruit des combats
terribles
Vigilans , au fein du repos ,
Cultivez les vertus paifibles,
62 MERCURE
Elles forment les vraisHe
ros.
Pourquoy faut-il que vôtré
épée
Dans le fang humain ſoit
trempée ,
.
Pour porter le nom de
vainqueur ?
Serez-vous moins couverts
de gloire ,
Si vous remportez la vićtoire
Sur les defirs de vôtre cœur?
Dequel droit ce Grec qu'on
admire.
Enyvré de fes paffions ,
GALANT.
Alla til defoler l'Empire
Des plus tranquilles nations?
Aprés cent combats homil
cides ,
Au gré de ſes defirs avides
C'étoit peu qu'un monde
foûmisdo
Auroit - il manqué d'exercice ,
S'il avoit fçû compter le
vice e
Au nombre de fes ennemis?
Malgré les trompeuſes ma-
.ximes
64 MERCURE
De cent lâches adulateurs ,
Sous de beaux noms les plus
grands crimes
Nous cachent des ufurpa
teurs.
Pleins de l'orgueil qui les
dévore ,
Du couchantjufques à l'aucomb orprore HeronA
On craint ces Rois ambiSortieux
-tieux.
Dans leurs mains gronde le
antonnerre ,
Ce n'eft qu'en ravageant la
terre
Qu'ils ofent s'en croire les
Dieux.
À
GALANT. 65
Adeux Tyrans de leur patrie ,
Soulez du plus beau fang
Romain,
Qui ne fçait que la flaterie
A prodigué le nom d'hu
main ?
Infenfez nous jugeons encore
De ces fantômes qu'elle a
doré
Par un faux éclat qui forz
prend.
Nous admirons fans retenue ,
LeTyran échape à la vûë¸,
May1712.
F.
66 MERCURE
On ne voit que le Conque
ranta
Ainfi de cette ardeur bru
tale
Que n'infpire point le devoir
Nôtreeftime aveugle &fatale
Accredite encor le pouvoir.
Al'afpect des villes enpou
dre ,
Des murs écrafez par la
foudre,
En vain nos yeux font of
frayez.
Victimes d'un honneur bis
zarre
GALANT 67
Nous encenfons la main
barbare
Par qui ces murs font fou
droyez.
Il en eft peu dont la pru
dence
De concertavec labonté
Renferme l'aveugle puif
fance
Dans les bornes de l'équi
τέ;
Qui forcez de prendre les
armes
Pefent & le sag &les larmes
Qu'un triomphe leur va
coûter,
Fij
68 MERCURE.
Et qui retenant leur cou-,
rage ;
Songent à diffiper Forage
Avant qu'onl'entende écla
ter.
Jadis guidé par la fageffe
Salomon, l'amour des mortels , rela
Condamna Forgüeilleufe
yvreffe el ens
A qui nous dreffons dés autels.
Sans s'armer d'un fer redoutable , T
Content de fon cœuréqui
cable,
GALANT. F69
Ses bienfaits étoient fes ex
ploits.
Il fut grand fans être terri↓
ble ,
Et ne ceffa d'être invincible.
Qu'en ceffant d'obferver less
loix.
N'eſt-il plus de ces regnes
calmes
Où les loix fervent de rem
parts?
Oùl'on n'aime à cueillir desi
palmes
Que dans la lice des beaux)
ihearts ; mid s
Qu le commerce & l'abon
dance ,
79 MERCURE
Sources de la magnificen
ce ,
Du citoyen comblent les
vœux ;..
Où la justice revérée
Semble encor du regne:
d'Aftréé
Renouveller le temps heu
reux.
Rends nous cette vie innocente ,
Douce paix , montre à ces
guerriers
Que ton olive bienfaifante
Vaut bien leurs funeftes
lauriers.
GALANT 70:
Fais de la main de ta rivale,
Tomber cette torche fa
tale "
Dont tant de cœurs font
embrafez.
Toy feule en defarmant fa
rage
Effaceras la trifte image f
De tous les maux qu'elle a
caufez....
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Résumé : LA FAUSSE VALEUR. Par M. l'Abbé Mommenet. Ode qui vient de remporter le prix de Poësie des Jeux Floraux. Quis pacis inennt consilia, cos sequitur gaudium. Prov. 12.
Le poème 'La fausse valeur' de l'Abbé Mommenet, lauréat du prix de Poésie des Jeux Floraux, critique la quête de gloire frivole à travers les combats et les guerres. Il met en garde contre les conséquences destructrices de ces conflits et souligne que les véritables héros cultivent des vertus pacifiques. Le texte dénonce les tyrans ambitieux qui cherchent à dominer par la force, cachant leurs crimes sous des apparences trompeuses. Il exalte la sagesse et la justice, illustrées par des figures historiques comme Salomon. Le poème appelle à une vie paisible et juste, où la paix et l'abondance prévalent sur les lauriers de la guerre. Il se termine par un appel à la paix, présentée comme supérieure aux triomphes militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1362
p. 60-77
Autre de Montelimart, touchant le mesme sujet, [titre d'après la table]
Début :
Il y a lieu d'esperer qu'il en sera bien tôt tout à fait banny. [...]
Mots clefs :
Montélimar, Troubles, Prétendus réformés, Temple, Louis le Grand, Ennemis de la religion, Évêque de Valence, Hérésie, Démolition, Édits, Consistoire, Ordonnance, Procès, Muraille, Croix, Cérémonie royale, Inscriptions, Louanges au roi, Conversions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre de Montelimart, touchant le mesme sujet, [titre d'après la table]
Il y a lieu d'efperer qu'il en
fera bien tôt tout- à - fait banny.
Il l'eft déja de Montelimard
GALANT. 61
La Province de Dauphiné
par la proximité du Vivarets
& du Languedoc , ayant toûjours
efté le Théatre de la
Guerre , pendant les Troubles
les Prétendus Reque
formez exciterent dans le
Royaume , cette Ville fut regardée
dés lors par les Chefs
les plus puiffans du Party,
comme le lieu qu'ils jugeoient
le plus propre pour
le maintenir. Ce fut dans cét
efprit que M' le Conneftable
de Lefdiguieres , aprés s'en
eftre rendu le Maiſtre , trouvant
dans cette Place qu'il
62 MERCURE
appelloit communément fon
Boulevard de la Plaine , tout
ce qui pouvoit faciliter l'execution
de fes deffeins , non
la force de fa
feulement par
Citadelle
, mais encore par
fa fituation
avantageufe
qui
n'est qu'à un quart de lieuë
du Rofne , y fit bâtir un Temple
l'an 1599. qu'il fonda
de
vingt- quatre mille livres. Les
Particuliers
fuivant fon exemple
, contribuerent
chacun
à
l'envy à le rendre
un des plus
beaux & des plus confiderables
de la Province
. C'eftoit
bien affez qu'il euft ſubſiſté
GALANT. 63
dans tout fon éclat pendant
prés d'un Siecle. Le temps de
fa chûte eftoit arrivé , & Dieu
l'avoit réfervé au glorieux Regne
de LOUIS le Grand , qui
ne goûte jamais un plus doux
trióphe, que lors qu'il le remporte
fur les Ennemis de la
Religion. Le zele qu'il a pour
la faire reconnoiftre dans toute
la France , luy donnant un
juſte diſcernement pour le
choix des Prelats capables.
de la foûtenir , fit tomber le
fien fur Meffire Daniel de
Cofnac, à prefent Evefque de
Valence , & Comte de Die.
64 MERCURE
Sa Maiſon eft fort illuftre , &
a donné des Cardinaux à l'Eglife
. Pour fa Perfonne , je
n'ay point d'autre éloge à
vous en faire qu'en vous difant
, que depuis qu'il a eſté
nommé par Sa Majeſté , il n'a
rien épargné pour détruire
l'Heréfie dans fon Dioceſe ,
Un tres - grand nombre de
Temples que l'on y a abattus
par le foin qu'il a pris de faire
voir des contraventions manifeftes
aux Edits , & aux Dé
clarations du Roy , parlent
mieux de ſa gloire , que tout
ce que je pourrois vous en
GALANT. 65
dire , fans qu'il foit befoin
que je vous faffe fouvenir de
celle qu'il s'acquit dans une
des dernieres Affemblées du
Clergé , dans laquelle il ne
donna pas moins de marques.
de fa pieté, que de fon efprit.
Mais pour ne vous arrefter
pas davantage ſur cet article
qui me meneroit trop loin,
je paffe à ce qui a donné lieu
a la démolition du Temple
de Montelimard. Le Sieur
Chirou qui en eftoit le Mr.
niftre , ayant receuà la Com ..
munion la nommée Amabile
Chaufin , Relapfe, contre les›
May 1685,
F
66 MERCURE
Ordonnances , fut obligé avec
tout le Confiftoire de répondre
au Procez qui luy fuc
intenté au Parlement de Grenoble.
My de Valence montra
le zele d'un veritable Pa
fteur dans tout ce Procez,
dont il commit la pourſuite à
M'Faure Prieur de Saint Mar
cel , & Vifiteur Genéral de
l'Ordre de Cluny , pendant
que d'autres affaires de fon
Dioceſe , aufli importantes
que celle-là, l'appelloient ailleurs
de temps en temps. M
Faure fit toutes les diligences
neceffaires. Les Defenfes
GALANT. 67
des Prétendus Reformez furent
écoutées . On examina
les Ordonnances , & enfin le
12. Juillet de l'année derniere
, le Parlement de Grenoble
donna Arreſt , portant:
que l'Exercice de la Religion
Prétendue Reformée feroit
pour toûjours interdit dans la
Ville de Montelimard le:
Temple razé , & qu'au milieu :
de fa place, il feroit élevé une
Croix de Pierre fur un pied
d'eftal , pour y demeurer à
perpetuité , le Miniftre Chirou
, & la Relapſe , con..
damnez au Banniffemena .
>
Fij.
68 MERCURE
le coup fuft rude
Quoy que
aux Prétendus
Reformez
, il fa
lut qu'ils obeïffent, & ils abatirent
eux- mefmes leur Temple
dés le mois d'Aouft der
nier ; mais comme les fondemens
qui en reftoient
leur
laiffoient
quelque
efperance -
de le revoir un jour fur pied, ik
leur fut ordonné par un fecond
Arreft du mois de Ser
ptembre
fuivant , d'arracher
les fondations
des murailles.
du Temple , & d'en porter
les Materiaux
hors de la Vil
le ; ce qui ayant efté fait , il
ne manquoit
plus pour l'exe
GALANT. 69
que
cution entiere de ces Arrefts,
de faire élever une Croix
au milieu de la Place où l'on
avoit abatu le Temple , qui
fuft un monument éternel
de la victoire qu'elle a remportée
fur l'Heréfie . M' de
·Valence ayant voulu aller luy
mefme en perfonne rendrecompte
de toutes ces chofes
à Sa Majefté, en remit la Ceremonie
jufqu'au 16. Avril
dernier , qu'elle fe firà Mon
telimard avec beaucoup d'éclat
& de pompe . On n'é
pargna aucune dépense pour
embellir certe Croix. Aux
a
7
70 MERCURE
4
quatre faces de fon pied d'eftal
, on lit de fort belles Infcriptions
Latines de la compofition
du Pere le Brun Jéfuite
, qui a prefché tout le
Carefme dans l'Eglife Collé
giale de cette Ville - là , avec
l'applaudiffement genéral de
fon Auditoire. Une partie de
ces Infcriptions marque le
fait , & l'autre eft à la Îoüange
du Roy. Toutes chofes
ayant efté difpofées , M ' l'Evefque
fe rendit à Montelis
mard , non feulement pour
Benediction
de la Croix, mais
pour celle d'une Cloche qui
la
GALANT. 71
fervoit au Téple des Religionnaires
, par un privilege qu'ils
avoient ufurpé. Par les Déclarations
de Sa Majefté des
années 1666. & 1669. il leur
eft défendu de s'affemblerau
fon de la Cloche dans les
lieux où il y a Citadelle ou
Garnifon , ce qui donna lieu
à M's du Chapitre de Sainte
Croix , de fe pourvoir en
1680. devant M' d'Herbigny,
Intendant alors en Dauphi
né , pour faire ordonner
qu'en conformité de ces Déclarations
le Clocher du
Temple feroit démoly , & la
>
72 MERCURE
deux
Cloche fequeftrée . M Bau
teac , fameux Avocat de
Montelimard , entreprit cette
Affaire au nom du Chapi,
tre, & la mit en état par
Difcours publiquement fairs
en prefence de M d'Herbi
gny,de forte que lesReligion
naires fe tenant pour con
damnez , ofterent leur Clos
che dans le delay qui leurfut
donné pour répondre , &
Fenterrerent dans une Cave.
Cette Cloche ayant efté re
mife à M du Chapitre , par
les foins de M Remond l'un
des Chanoines , M Fargier
en
GALANT. 73
en fut le Parain au nom de la
Ville , & Madame de Com
beaumont la Maraine. C'eft
une Dame convertie depuis
environ quatre ans , d'une
pieté exemplaire , & d'un fi
grand zele pour la Religion
Catholique , qu'elle l'a fait
embraffer à toute fa famille,
composée de trois Fils & de
cinq Filles. M' 1' Evefque
fon arrivée fut harangué
par M Baile Lieutenant Genéral
, à la tefte de tout fon
Corps , fon Difcours fut fort
poly ,& prononcé avec beaucoup
de grace. Quoy qu'il
May 1685.
G
74 MERCURE 7
ait à peine vingt ſept ans , il
s'eft acquis l'eftime de tout
le monde dans la fonction
de fa Charge. M' du Claux
Préfident à l'Election qui
parla enfuite , fit un Compli
ment dont on ne fut pas
moins fatisfait.C'eft un Homme
d'un merite diftingué , &
quia beaucoup de délicateffe
d'efprit . M' de Valence qui
fut auffi complimenté par les
Confuls , avant que de le rendre
à la place du Temple , entendit
dans l'Eglife Collégia
le de Sainte Croix , dont le
Chapitre l'avoit cfté prendre
GALANT 75
en Corps , la Predication qui
y fut prononcée par M' Faure.
On peut dire qu'il le furpafla
luy melme en cette occafion
. Il prit pour fon Texy
, Abfit mihi gloriari nifi in
Cruce Domini , & finit par l'Eloge
du Roy , en s'adreſſant
à M l'Eyelque qu'il loua d'une
maniere fort éloquente
fur fon zele pour la Reli
gion. Il receut de grands ap
plaudiffemens de toute l'AL
lemblée qui fe trouva fort
nombreuſe. Enſuite M' de
Valence revetu de fes Habits
Pontificaux , précedé de
ایک
Gij
76 MERCURE
CorpsReligieux & du tous les
20027ten
Chapitre
à la
Place
du
partit
en
Procef
.
fion
pour
a
Temple, pendantque la hou.
velle Cloche & les anciennes
fonnoient à la fois. Me
Comté dé Virvile , Gouver.
neur de Montelimard , qui
avoit regalé ce Prélat magnifiquement
, avoit fait mettre
fous les armes une partie de
La Bourgeoifie, auffi bien que
la Garniſon de la Citadelle.
L'une & l'autre All une fort
diop
Bald
Belle décharge . La Bénegr
ction faite avec les Ceremo
nies ordinaires Mª de Va-
·
GALANT 77
lence receur au pied de la
Croix l'Abjuration d'une
Femme. Il avoit auparavant
receu cceellllee d'un Gentilhom,
me dans un autre lieu . Aprés
qu'il luy eut fait faire fa Profeffion
de Foy, tilheretourna à
l'Eglife dans le mefme ordre
qu'il eftoit party. La Mufi
que qu'on avoit fait venir des
Villes voifines , entonna le
Te Deum , & la Benediction
du Saint Sacrement fut donnée
par M' l'Evefque , qui fut
Μ
remené chez luy par M' du
Chapitre,& par tous les Corps
Religieux.
fera bien tôt tout- à - fait banny.
Il l'eft déja de Montelimard
GALANT. 61
La Province de Dauphiné
par la proximité du Vivarets
& du Languedoc , ayant toûjours
efté le Théatre de la
Guerre , pendant les Troubles
les Prétendus Reque
formez exciterent dans le
Royaume , cette Ville fut regardée
dés lors par les Chefs
les plus puiffans du Party,
comme le lieu qu'ils jugeoient
le plus propre pour
le maintenir. Ce fut dans cét
efprit que M' le Conneftable
de Lefdiguieres , aprés s'en
eftre rendu le Maiſtre , trouvant
dans cette Place qu'il
62 MERCURE
appelloit communément fon
Boulevard de la Plaine , tout
ce qui pouvoit faciliter l'execution
de fes deffeins , non
la force de fa
feulement par
Citadelle
, mais encore par
fa fituation
avantageufe
qui
n'est qu'à un quart de lieuë
du Rofne , y fit bâtir un Temple
l'an 1599. qu'il fonda
de
vingt- quatre mille livres. Les
Particuliers
fuivant fon exemple
, contribuerent
chacun
à
l'envy à le rendre
un des plus
beaux & des plus confiderables
de la Province
. C'eftoit
bien affez qu'il euft ſubſiſté
GALANT. 63
dans tout fon éclat pendant
prés d'un Siecle. Le temps de
fa chûte eftoit arrivé , & Dieu
l'avoit réfervé au glorieux Regne
de LOUIS le Grand , qui
ne goûte jamais un plus doux
trióphe, que lors qu'il le remporte
fur les Ennemis de la
Religion. Le zele qu'il a pour
la faire reconnoiftre dans toute
la France , luy donnant un
juſte diſcernement pour le
choix des Prelats capables.
de la foûtenir , fit tomber le
fien fur Meffire Daniel de
Cofnac, à prefent Evefque de
Valence , & Comte de Die.
64 MERCURE
Sa Maiſon eft fort illuftre , &
a donné des Cardinaux à l'Eglife
. Pour fa Perfonne , je
n'ay point d'autre éloge à
vous en faire qu'en vous difant
, que depuis qu'il a eſté
nommé par Sa Majeſté , il n'a
rien épargné pour détruire
l'Heréfie dans fon Dioceſe ,
Un tres - grand nombre de
Temples que l'on y a abattus
par le foin qu'il a pris de faire
voir des contraventions manifeftes
aux Edits , & aux Dé
clarations du Roy , parlent
mieux de ſa gloire , que tout
ce que je pourrois vous en
GALANT. 65
dire , fans qu'il foit befoin
que je vous faffe fouvenir de
celle qu'il s'acquit dans une
des dernieres Affemblées du
Clergé , dans laquelle il ne
donna pas moins de marques.
de fa pieté, que de fon efprit.
Mais pour ne vous arrefter
pas davantage ſur cet article
qui me meneroit trop loin,
je paffe à ce qui a donné lieu
a la démolition du Temple
de Montelimard. Le Sieur
Chirou qui en eftoit le Mr.
niftre , ayant receuà la Com ..
munion la nommée Amabile
Chaufin , Relapfe, contre les›
May 1685,
F
66 MERCURE
Ordonnances , fut obligé avec
tout le Confiftoire de répondre
au Procez qui luy fuc
intenté au Parlement de Grenoble.
My de Valence montra
le zele d'un veritable Pa
fteur dans tout ce Procez,
dont il commit la pourſuite à
M'Faure Prieur de Saint Mar
cel , & Vifiteur Genéral de
l'Ordre de Cluny , pendant
que d'autres affaires de fon
Dioceſe , aufli importantes
que celle-là, l'appelloient ailleurs
de temps en temps. M
Faure fit toutes les diligences
neceffaires. Les Defenfes
GALANT. 67
des Prétendus Reformez furent
écoutées . On examina
les Ordonnances , & enfin le
12. Juillet de l'année derniere
, le Parlement de Grenoble
donna Arreſt , portant:
que l'Exercice de la Religion
Prétendue Reformée feroit
pour toûjours interdit dans la
Ville de Montelimard le:
Temple razé , & qu'au milieu :
de fa place, il feroit élevé une
Croix de Pierre fur un pied
d'eftal , pour y demeurer à
perpetuité , le Miniftre Chirou
, & la Relapſe , con..
damnez au Banniffemena .
>
Fij.
68 MERCURE
le coup fuft rude
Quoy que
aux Prétendus
Reformez
, il fa
lut qu'ils obeïffent, & ils abatirent
eux- mefmes leur Temple
dés le mois d'Aouft der
nier ; mais comme les fondemens
qui en reftoient
leur
laiffoient
quelque
efperance -
de le revoir un jour fur pied, ik
leur fut ordonné par un fecond
Arreft du mois de Ser
ptembre
fuivant , d'arracher
les fondations
des murailles.
du Temple , & d'en porter
les Materiaux
hors de la Vil
le ; ce qui ayant efté fait , il
ne manquoit
plus pour l'exe
GALANT. 69
que
cution entiere de ces Arrefts,
de faire élever une Croix
au milieu de la Place où l'on
avoit abatu le Temple , qui
fuft un monument éternel
de la victoire qu'elle a remportée
fur l'Heréfie . M' de
·Valence ayant voulu aller luy
mefme en perfonne rendrecompte
de toutes ces chofes
à Sa Majefté, en remit la Ceremonie
jufqu'au 16. Avril
dernier , qu'elle fe firà Mon
telimard avec beaucoup d'éclat
& de pompe . On n'é
pargna aucune dépense pour
embellir certe Croix. Aux
a
7
70 MERCURE
4
quatre faces de fon pied d'eftal
, on lit de fort belles Infcriptions
Latines de la compofition
du Pere le Brun Jéfuite
, qui a prefché tout le
Carefme dans l'Eglife Collé
giale de cette Ville - là , avec
l'applaudiffement genéral de
fon Auditoire. Une partie de
ces Infcriptions marque le
fait , & l'autre eft à la Îoüange
du Roy. Toutes chofes
ayant efté difpofées , M ' l'Evefque
fe rendit à Montelis
mard , non feulement pour
Benediction
de la Croix, mais
pour celle d'une Cloche qui
la
GALANT. 71
fervoit au Téple des Religionnaires
, par un privilege qu'ils
avoient ufurpé. Par les Déclarations
de Sa Majefté des
années 1666. & 1669. il leur
eft défendu de s'affemblerau
fon de la Cloche dans les
lieux où il y a Citadelle ou
Garnifon , ce qui donna lieu
à M's du Chapitre de Sainte
Croix , de fe pourvoir en
1680. devant M' d'Herbigny,
Intendant alors en Dauphi
né , pour faire ordonner
qu'en conformité de ces Déclarations
le Clocher du
Temple feroit démoly , & la
>
72 MERCURE
deux
Cloche fequeftrée . M Bau
teac , fameux Avocat de
Montelimard , entreprit cette
Affaire au nom du Chapi,
tre, & la mit en état par
Difcours publiquement fairs
en prefence de M d'Herbi
gny,de forte que lesReligion
naires fe tenant pour con
damnez , ofterent leur Clos
che dans le delay qui leurfut
donné pour répondre , &
Fenterrerent dans une Cave.
Cette Cloche ayant efté re
mife à M du Chapitre , par
les foins de M Remond l'un
des Chanoines , M Fargier
en
GALANT. 73
en fut le Parain au nom de la
Ville , & Madame de Com
beaumont la Maraine. C'eft
une Dame convertie depuis
environ quatre ans , d'une
pieté exemplaire , & d'un fi
grand zele pour la Religion
Catholique , qu'elle l'a fait
embraffer à toute fa famille,
composée de trois Fils & de
cinq Filles. M' 1' Evefque
fon arrivée fut harangué
par M Baile Lieutenant Genéral
, à la tefte de tout fon
Corps , fon Difcours fut fort
poly ,& prononcé avec beaucoup
de grace. Quoy qu'il
May 1685.
G
74 MERCURE 7
ait à peine vingt ſept ans , il
s'eft acquis l'eftime de tout
le monde dans la fonction
de fa Charge. M' du Claux
Préfident à l'Election qui
parla enfuite , fit un Compli
ment dont on ne fut pas
moins fatisfait.C'eft un Homme
d'un merite diftingué , &
quia beaucoup de délicateffe
d'efprit . M' de Valence qui
fut auffi complimenté par les
Confuls , avant que de le rendre
à la place du Temple , entendit
dans l'Eglife Collégia
le de Sainte Croix , dont le
Chapitre l'avoit cfté prendre
GALANT 75
en Corps , la Predication qui
y fut prononcée par M' Faure.
On peut dire qu'il le furpafla
luy melme en cette occafion
. Il prit pour fon Texy
, Abfit mihi gloriari nifi in
Cruce Domini , & finit par l'Eloge
du Roy , en s'adreſſant
à M l'Eyelque qu'il loua d'une
maniere fort éloquente
fur fon zele pour la Reli
gion. Il receut de grands ap
plaudiffemens de toute l'AL
lemblée qui fe trouva fort
nombreuſe. Enſuite M' de
Valence revetu de fes Habits
Pontificaux , précedé de
ایک
Gij
76 MERCURE
CorpsReligieux & du tous les
20027ten
Chapitre
à la
Place
du
partit
en
Procef
.
fion
pour
a
Temple, pendantque la hou.
velle Cloche & les anciennes
fonnoient à la fois. Me
Comté dé Virvile , Gouver.
neur de Montelimard , qui
avoit regalé ce Prélat magnifiquement
, avoit fait mettre
fous les armes une partie de
La Bourgeoifie, auffi bien que
la Garniſon de la Citadelle.
L'une & l'autre All une fort
diop
Bald
Belle décharge . La Bénegr
ction faite avec les Ceremo
nies ordinaires Mª de Va-
·
GALANT 77
lence receur au pied de la
Croix l'Abjuration d'une
Femme. Il avoit auparavant
receu cceellllee d'un Gentilhom,
me dans un autre lieu . Aprés
qu'il luy eut fait faire fa Profeffion
de Foy, tilheretourna à
l'Eglife dans le mefme ordre
qu'il eftoit party. La Mufi
que qu'on avoit fait venir des
Villes voifines , entonna le
Te Deum , & la Benediction
du Saint Sacrement fut donnée
par M' l'Evefque , qui fut
Μ
remené chez luy par M' du
Chapitre,& par tous les Corps
Religieux.
Fermer
Résumé : Autre de Montelimart, touchant le mesme sujet, [titre d'après la table]
Le texte relate la démolition du temple protestant de Montélimar, situé dans la province de Dauphiné, une région marquée par des troubles religieux. En 1599, le connétable de Lesdiguières fit construire ce temple, financé par lui-même et des particuliers, qui resta debout près d'un siècle. Sous le règne de Louis XIV, connu pour son zèle envers la religion catholique, le temple fut démoli. L'évêque Daniel de Cosnac, nommé par le roi, joua un rôle clé dans cette destruction. Un procès fut intenté contre le ministre du temple, Chirou, et une femme relaps, Amabile Chaufin, menant à l'interdiction du protestantisme à Montélimar. Le temple fut rasé en août 1685 et ses fondations détruites en septembre suivant. Une croix fut érigée à sa place et bénie par l'évêque de Valence en avril 1686. En mai 1685, une nouvelle cloche dédiée au Chapitre fut bénie à Montélimar en présence de M. d'Herbigny. Les religieux offrirent leur ancienne cloche, qui fut enterrée. La nouvelle cloche fut remise par M. Remond, chanoine, avec M. Fargier comme parrain et Madame de Combeaumont comme marraine. Cette dame, convertie depuis environ quatre ans, est reconnue pour sa piété et son zèle pour la religion catholique. À l'arrivée de l'évêque, M. Baile, lieutenant général, prononça un discours élogieux, et M. du Claux, président à l'élection, fut complimenté pour son mérite. Après une prédication de M. Faure, une procession se dirigea vers le temple, accompagnée par les cloches sonnant. Le comte de Virville, gouverneur de Montélimar, organisa une réception et aligna la bourgeoisie et la garnison de la citadelle pour saluer l'évêque. Après la bénédiction, l'évêque reçut l'abjuration d'une femme et d'un gentilhomme, et une messe solennelle fut chantée par la musique des villes voisines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1363
p. 61-79
Extrait Curieux & Historique des Nouvelles de Lisbonne.
Début :
Il y a dans les nouvelles qui viennent de Goa beaucoup de [...]
Mots clefs :
Roi, Ports, Roi de Portugal, Vaisseaux, Guerre, Port, Europe, Portugais, Indes orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait Curieux & Historique des Nouvelles de Lisbonne.
Extrait Curieux&H'florique
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
Fermer
1364
p. 874-894
ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
Début :
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de
Brice Bauderon de Senecé , Lieutenant
Général au Bailliage et Siege Présidial de
la même Ville , et de D ... ... Grillet.
Son Pere, le troisième de sa Famille, qui
en ligne directe étoit revêtu de cete
Charge , ne négligea rien pour lui don-
ner une excellente éducation , et pour le
mettre en état de lui succeder un jour.
On ne pouvoit guere travailler sur un
meilleur fonds , cet Enfant étant né avec
Les qualités d'esprit les plus heureuses ,
et
sçavant.
MAY.
1737-
875
et avec les talens les plus avantageux ;
cultivé d'ailleurs par un Pere vertueux et
Dès l'âge de treize ans , ayant achevé
les Etudes ordinaires au College des Je-
suites de Mâcon , il fut envoyé à Paris ,
où il fit un nouveau Cours de Philoso
phie : Il en soutint des Theses publiques
avec un aplaudissement général sur la
fin de sa quatorziéme année. Revenu
à Mâcon , il employa deux années en-
tieres à profiter des leçons et des exem-
ples d'un Pere , qui n'oublioit rien pour
le formerà l'Etude et à la Vertu.
Il fut ensuite renvoyé à Paris pour l'E-
tude des Loix. Il s'y apliqua , fut reçû
Avocat , et suivit le Barreau pendant
quelque temps : mais ce n'étoit
son penchant le plus naturel.
pas là
Cependant , pressé par une Famille ,
qui l'aimoit tendrement , il revint à Mâ-
çon , où quelque temps après son arrivée,
le feu de la jeunesse l'entraîna dans une
malheureuse Affaire , nommée dans le
monde Affaire d'honneur. Elle fut suivie
d'un combat de quatre contre quatre , dans
laquelle l'un des Combattans succomba,
et plusieurs furent blessés. Notre jeune
Homme obligé de se retirer , alla cher-
cher un azile à la Cour de Savoye , où
son
876 MERCURE DE FRANCE
son esprit , sa dépense et ses talens lui
eurent bien-tôt acquis des Amis de dis
tinction .
Mais ,s'il est vrai qu'un malheur en at-
tire souvent un autre , cette situation
douce et agréable en aparence , fut bien-
tôt fatale à notre François réfugié . Il
devint Amoureux d'une, Dlle de la pre-
miere qualité , qui le reçut bien et le
préféra à plusieurs autres , qui préten-
doient à l'honneur de son Alliance. La
Dlle avoit plusieurs Freres , qui étoient
Amis de notre Aspirant , et qui eurent
d'abord ses recherches pour agréables ..
Cette derniere circonstance n'étoit ,
par malheur , fondée que sur une équi➡
voque de nom , au sujet de celui de Se-
necé. La Terre ainsi apellée , située entre
Tournus et Châlons , étoit alors dans
la Maison de Foix : Ces Messieurs le cru-
rent être de la même Maison ; mais M.de
Senecé qui ne vouloit tromper personne,
encore moins celle qui étoit la plus in-
reressée , avoit dès le commencement
déclaré son véritable état à la Dlle , la-
quelle n'ayant d'égard qu'au mérite de
son Amant , exigea de lui de laisser ses
Freres dans la favorable prévention où
ils étoient.
: Ceux-ci en sortirent bien-tôt par les
recherches
+
1
"A
A
MAY.
1737:
877
recherches qu'ils se crurent obligés de
faire avant que de rien conclure. Instruits
de la verité , ils donnerent dans un tra-
vers. Au lieu de prendre les mesures or-
dinaires pour s'oposer à ce Mariage , ils
entrerent dans un esprit de ressentiment,
dont la Dlle prévit et prévint les suites,
en priant M. de Senecé de disparoître
pour quelque temps : mais les Freres ani-
més et instruits du départ , eurent la
foiblesse de faire trouver des gens sur sa
route pour lui faire un mauvais pârti,
Il fallut battailler , l'Amant malheureux
s'en tira heureusement, et tout de suite il
se retira à Madrid , où il resta jusqu'à la
nouvelle de l'accommodement de sa
pre.
miere Affaire , que M. son Pere lui don
na , avec ordre de revenir.
De retour à Mâcon , ce Pere qui lui
destinoit toujours sa Charge , le renvoya
bien- tôt à Paris dans la vûë de le perfec-
tionner dans l'Etude des Loix, et dans les
autres connoissances , que le commerce
des Livres et la fréquentation du Barreau
pouvoient lui acquerir.
Mais l'essor
qu'il avoit pris , et le grand monde qu'il
avoit fréquenté lui avoient donné du
dégoût pourice genre d'Etude. L'amour
des plaisirs et de la liberté l'entraîna
bien- tôt du côté d'une jeune et brillante .
Cour
878 MERCURE DE FRANCE
Cour , dans laquelle il se fit des Amis
distingués. Il se flata qu'avec un pareil
secours et avec ses talens , il pouroit
faire une fortune fort au- dessus de celle
que sa Famille lui présentoit.
Rempli des ces idées , en attendant la
premiere occasion d'acquerir une Char-
ge à la Cour , il crut devoir fixer sa si-
tuation hors de la Province par un en
gagement. Il épousa à Paris , du consen-
tement de son Pere , la Dlle de Blaisy
Fille de M. de Burnot , Seigneur de Blai-
sy , Intendant de la Maison de la Du-
chesse d'Angoulême. Le Pere ne consti-
tua à son Fils que le moins qu'il pou-
- voit lui donner , la tendresse Paternelle
étoit fort ralentie à l'égard de ce Fils
par un second Mariage , dont il y avoit
des Enfans , et pour n'avoir pas suivi
ses volontés sur le choix d'une Profes
sion.
Peu de temps après l'occasion tant dé
sirée se présenta : M. de Senecé traita en
1673. de la Charge de Premier Valet de
Chambre de la Reine , avec M. de Visé.
Avant que de rien conclure , il fit un
Voyage à Mâcon pour obtenir l'agré-
ment et quelque suplément de finance
qui lui manquoit , de M. son Pere. Ce-
lui-ci profita de l'occasion pour faire avec -
toute
MAY.
1737.
879
toute la Famille , un dernier effort sur
l'esprit de son Fils au sujet de la Charge
de Lieutenant Général ,dont il le croyoit
très capable. Mais il n'y eut pas moyen
de lui faire changer d'objet. De retour à
Paris , M. de Senecé emprunta de ses
Amis ce qu'il lui falloit , conclut le mar
ché et entra chés la Reine en la qualité
que nous avons dite.
Il fut extrémement goûté à la Cour ; il
s'y fit des Amis de distinction , et des
Protecteurs puissans : On peut dire qu'il
le méritoit ; mais cette situation agréa-
ble , cette Fortune, aparente ne furent
pas d'une longue durée. La Reine très-
satisfaite de ses Services , et qui l'hono-
roit de beaucoup de bonté , vint à mou◄
rir au bout de dix ans ; et c'est le plus
grand malheur qui pouvoit arriver à son
zelé Domestique.
On suprime ici tout le détail de ce
malheur et de ses suites , pour n'en mar-
quer qu'une ou deux circonstances . Sça-
voir , que son Pere en mourant ne lui
donna d'autre part dans ses biens , que
ce qu'il lui avoit constitué en le mariant;
c'est à dire , une petite Terre de 3000.
livres de rente , auprès de Mâcon , nom-
mée Condemines. De plus, une riche Tan-
te , Sœur de la D. sa Mere , er Epouse
C
du
880 MERCURE DE FRANCE
du Premier Président du Présidial , en
mourant sans Enfans , ne fit aucune
mention de lui dans son Testament.
On suprime aussi l'indifférence, ordi-
naire aux Gens de Cour dans la disgra-
ce , qu'eurent à son égard ceux que
nous avons apellé ci- dessus Amis de dis-
tinction et Protecteurs puissans , dans
les différentes occasions qui se présente-
rent de le servir et de le dédommager,
La seule Duchesse d'Angoulême se mon-
tra sensible et bienfaisante. M. de Sene-
cé trouva chés cette Princesse , pour lui
et pour sa Famille , une retraite honora-
ble et utile ; ensorte que tant qu'elle vê-
cut,il ne fut presque exposé à aucune dé-
pense.
Mais après la mort de la Princesse ,
il fut obligé de revenir dans sa Province ,
dont on peut dire qu'il fit les délices , et
en particulier de la Ville de Mâcon ,
tout le monde étant charmé de posseder
un Sujet orné de tant de bonnes quali
tés , de celles principalement qui font
l'honnête Homme , et en même temps
les charmes de la societé.
La mort d'une Epouse chérie , qui lui
fut enlevée en 1685. à l'âge seulement
de 33. ans , Mere de huit Enfans , ré-
veilla en lui les idées de la Cour ; la ten-
tation
MAY.
1737.
831
tation d'y aller encore chercher Fortune,
le reprit. Mais son Voyage et un assés
long séjour furent inutiles ; ils ne le fu-
rent pas pour le guérir enfin de ces idées -
de grandeur et de ces espérances Aateu-
ses , dont il s'étoit presque toujours rem-
pli.
De retour pour la derniere fois dans
sa Patrie , il ne s'occupa plus que de Re-
ligion , de soins domestiques , et de Lit-
terature , sans rien perdre de cette gaye-
té et de cette joye innocente qui le fai-
soit désirer par tout , et qu'il apelloit le
Baume de la vie , l'Elixir de la sancé.
C'est dans cette situation que nous avons
commencé à connoître M. de Senecé
il y a environ quinze ans , à l'occasion
d'abord de quelques Poësies de sa façon,
qui ont paru dans le Mercure de France.
Il y a eu ensuite entre nous un commer-
çe réglé de Littérature , dont nous avons
profité , et qui a continué jusqu'à ses
derniers jours.
Il y avoit sans doute à profiter avec un
Ami de cet âge et de cette capacité . Il
ne vouloit point au reste qu'on le loüât ,
ni qu'on fit trop valoir ses Pieces . Au-
tant ennemi des Eloges outrés , que de
la critique amere , il censuroit agréable-
ment ce premier défaut dans le Mercu-
Cij
re
882 MERCURE DE FRANCE
re de l'un de nos Prédécesseurs , Ami
de l'Auteur , il crut lui devoir un avis
utile sur cet article. Il s'en acquita par
une Epître de sa façon , dont on ne sera
peut
être pas
fâché de voir ici quelque
chose , outre que c'est une Piecedes plus
fugitives , et que nous tenons de sa
main.
V... quand Jupiter des biens fit le partage,
Les Muses à ses dons eurent petite part :
Un peu de liberté fut tout leur Apanage ;
Elles l'ont bien gardée, et s'en servent sans fard.
J'en ai ma portion , moi , leur Eleve indignes
Mon esprit en tout temps marcha d'un pas égal,
Il tient en main la régle , et mesure la ligne ,
Prêt à la condamner quand elle y répond mal,
Je blamois hautement , fondé sur ce Principe ,
Tes aplaudissemens communs et prodigués ;
Faut-il qu'un tel esprit ( disois- je ) se dissipe
A donner au Public des Eloges brigués ?
Quoi ! par une lumiere et si vive et si pure
Les Bons et les Pervers seront- ils réjouis ?
C'est-là tout ce que
fait l'Auteur de la Nature
Et que font après lui le Soleil et LOUIS ,
LOUIS
MAY.
1737.
883
LOUIS et le Soleil sont en droit de le faire ,
Et c'est de leur grandeur l'illustre fonction :
Mais V... plus borné , doit en Juge sévere ,
Du bien avec le mal faire distinction.
Ses Volumes moins gros , seroient plus sûrs de
plaire ;
Suprimant les Ecrits d'an misérable Auteur ,
Il pouroit épargner du papier au Libraire ,
A lui des soins , enfin du dégoût au Leeteur.
Mon esprit contre toi murmuroit de la sorte :
Mais mon cœur depuis peu l'en a désavoüé.
Tu viens de m'oposer une raison plus forte ;
Qu'as-tu fait pour cela,V... ? Tu m'as loüé &c
Nous omettons le reste : cet échan
tillon suffira pour montrer le caractere
de notre Ami , par raport à la flaterie
qu'il ne pouvoit souffrir , et à la censu-
re , qui chés lui n'étoit jamais austere ni
farouche.
Nous avons dit qu'il ne pouvoit souf-
frir les louanges outrées , encore moins
les louanges personnelles . C'est dans cet
esprit qu'il nous a toujours refusé un pe-
tit détail sur sa vie et sur ses Ouvrages ,
qu'on lui a souvent demandé pour en
faire un jour honneur à sa Mémoire : voici
€ iij
seulo
884 MERCURE DE FRANCE
seulement ce que l'amitié ou l'importu
nité lui permirent de nous écrire le 21 .
Octobre 1735.
20
» Vous voulez me prendre par mon
propre interêt , par la proposition que
vous me faites de vous donner quel-
ques Memoires de ma vie , qui n'est
» pas si obscure que l'on n'y trouvât
» sujet de faire un petit Roman ; mais j'ai
>> renoncé à cette vanité , et il me suffit
» que l'on sçache qu'après avoir couru
le Monde dans ma jeunesse et avoir
» fait quelque figure à la Cour du Duc
» de Savoye , Charles- Emanuël second
>
23 je me suis attaché à celle de la Prin-
» cesse d'Angoulême , où je me suis ma-
» rié ,, et qui m'a servi d'échelle pour
»monter à la Cour de la Reine Marie-
» Therèse, Epouse de LOUIS LE GRAND ;
échelle qui s'est rompue sous mes pieds,
et où je me suis brisé le col par la mort
» de cette Princesse , étant demeuré sans
>> Charge et sans récompense . Je me suis
>> ensuite retiré dans mon Pays natal , où
»je me suis consolé du mieux que j'ai
» pû avec les Muses , qui ne m'ont point
» abandonné jusqu'à l'âge de quatre- vingt
» treize ans.Pour mon Pere , vous ne pou
» vez en dire trop de bien , qu'oiqu'il
» m'ait fort maltraité , et donné tous ses
>> biens
MAY.
17377
885
» biens à des filles d'un second lit. A cela
» près , c'étoit un homme illustre par ses
» mœurs , sa justice et son éloquence
» dont il a donné des preuves autenti-
tiques dans un beau volume de Ha
rangues, &c.Voilà assés parler des miens
» et de moi.
Cependant la longue carriere de M.
de Senecé s'avançoit et n'étoit pas loin
de son terme. Ses Lettres devenoient
moins fréquentes , mais elles étoient
morales , chrétiennes , édifiantes. Ceile
sur tout qu'il nous écrivit le six Dé-
cembre 1735. marquoit un fond de
Religion et de résignation , capable de
faire plaisir à de véritables Amis. C'étoit
dans la circonstance d'une maladie , qui
ne fut cependant pas la derniere. » J'at-
tends patiemment , disoit - il ,
l'heure
» qu'il plaira à Dieu de me marquer pour
» lui aller rendre mes comptes qui ne
» sont pas en trop bon état , &c. La
Lettre étoit accompagnée d'un Cantique
de sa façon sur le sujet de ces mêmes
Comptes , où il paroissoit encore du feu
et du génie , mais bien plus encore de
pieté et de confiance en la bonté divine .
La Piece finissoit par une invocation pa-
thétique adressée à la sainte Vierge. » J'ai
»fait , ajoûtoit-il , ce petit Morceau dans
C iiij
» l'un
886 MERCURE DE FRANCE
» l'un des plus grands accès de ma ma-
>> ladie , où pour l'ordinaire on ne songe
כג
pas à faire des Vers; mais j'ai éprouvé en
» cette occasion la vérité du Proverbe
»qui dit que la Mort est un Echo de la
» vie. En tout cas , ce que je vous envoye
» servira à vous faire faire quelques re-
fléxions chrétiennes. Les Gens de Let-
tres , si remplis de differentes idées
>
» ont besoin que quelquesfois on les
"
rapelle à Dieu par des refléxions sé-
» rieuses. Je vous demande pardon de
» faire ici le Prédicateur , contre ma coû-
» tume ; mais les aproches de la mort
"Ouvrent souvent les yeux les plus aveu-
» gles, et j'espere que vous me pardonne-
» rez l'effet d'une conversion qui est dans
» sa premiere ferveur, et que je voudrois
» pouvoir étendre sur tous mes Amis, par
» mi lesquels je vous considere tout des
» premiers , &c. Enfin , comme s'il pré-
voyoit que c'étoit- là la derniere Lettre
qu'il devoit nous écrire , il la chargea de
ses complimens ou plutôt de ses adieux
pour quelques Amis particuliers , qui
sont aussi les nôtres. Il saluoit et mora-
lisoit en ces termes l'un de ces Messieurs
qui aime beaucoup les Spectacles. » Fai-
» tes mes complimens à M. L. C. et di-
» tes- lui que j'ai bien du déplaisir qu'un
» bel
MAY.
» de Thalie.
1737.
887
bel Esprit comme le sien meure dans
l'hérésie des favoris de Melpomene et
Depuis l'Epoque que nous venons de
marquer , c'est-à - dire la fin de l'année
1735. qui fut aussi la fin de notre com-
merce Litteraire , M. de Senecé , de qui
nous avions quelquefois indirectement
des nouvelles, soigneux de nous informer
de son état , tourna toutes ses pensées du
côté du Ciel. Accablé enfin par le poids
de l'âge , éprouvé par de plus fréquentes
infirmités , mais consolé et fortifié par
de solides esperances , il expira douce-
ment entre les bras d'un digne Fils , le
premier jour de l'année 1737. âgé de
93. ans , deux mois et quelques jours.
Nous n'aurions rien à ajoûter à ce
que nous venons de dire , et que nous
avons crû devoir à la memoire de M. de
Senccé , si une nouvelle instruction , qui'
vient de nous arriver , ne nous enga-
geoit de joindre ici quelques circonstan
ces particulieres qui regardent sa Famille
et sa Personne ; rien n'est à négliger dans
P'Histoire des Hommes de Lettres.
On a marqué cy -dessus qu'il étoit fils,
petit-fils et arriere petit- fils de trois Lieu
tenans Generaux au Bailliage et Siege
Présidial du Mâconois. Ils furent tous
C
trois
888 MERCURE DE FRANCE
trois très- distingués dans la Province par
leur mérite personnel et par la maniere
noble dont ils y vivoient. Ils étoient issus
d'une très- ancienne Famille originaire
de la Ville de Paray le Monial , dans le
Charolois , à 12. lieues de Mâcon , où
l'un de leurs Ancêtres vint s'établir il Y
a plus de deux cens ans.
La probité et la Litterature sont com-
me héréditaires dans cette Famille. Mais
aucun ne se distingua davantage , et ne
joignit plus d'excellentes qualités à celles
que nous venons de dire , que Brice Bau-
que
deron de Senecé , Pere de celui que nous
regretons.
Il fut Auteur de plusieurs
Ouvrages estimés , et consommé sur tout
dans les sciences de son Etat. Le Conseil
et le Parlement , bien instruits de son
integrité et de ses lumieres , l'ont sou-
vent employé dans des affaires de consé-
quence , délicates et épineuses , commis-
sions dont il s'est acquité avec un aplau-
dissement general , et qui lui ont acquis
un honneur infini . Enfin il eut le bon-
heur dans les Troubles de la minorité du
Roy Louis XIV. de servir utilement son
Maître , moins par l'autorité de sa Char-
ge , que par la vivacité de son zele et
par la force de son éloquence , qui retine
a Ville de Mâcon , prête à tomber en-
tre
MAY.
1737.
889
tre les mains des Factieux , dans son de-
voir , et fit perdre à ceux-cy toute es-
perance pour le succès d'un projet qui
étoit apuyé de la force des Armes. La
Cour très satisfaite de sa conduite , lui
fit expedier des Lettres de Conseiller d'E-
tat , datées du 31. Juillet 1651. Il re-
çut aussi de la Cour de grands Eloges
sur sa sage conduite à la tenue des Grands
Jours dans la Ville de Clermont , où il
fut mandé et où il donna encore de gran-
des marques de zele et d'attachement
pour les interêts du Roy.Il mourut à Mâ-
con le 3. Octobre 1698. âgé de 88, ans ,
après y avoir exercé pendant quarante an-
nées la premiere Magistrature.Ona obinis
qu'il avoit un grand talent pour la Poë-
sie Latine et Françoise , dont il faisoit
quelquefois ses amusemens pour se dé-
lasser.
M. de Senecé son Fils , qui fait le su-
jet de cet Eloge , a eû , comme nous l'a-
vons dit , deux Fils de son Mariage. L'aî-
né entra de bonne heure dans le Service.
Il n'avoit que 18. ans lorsqu'il fut blessé à
la Bataille de Nervinde. Il fut aussi-tôt
fait Capitaine au Régiment de Piémont
où il continua de servir avec distinction
jusqu'à l'âge de 23. ans , qu'il fut tué
dans un combat qui se donna auprès de
C vi
Tour-
80 MERCURE DE FRANCE
Tournay. Il marchoit déja sur les traces
de son digne Pere , aimant les Lettres et
écrivant fort bien en Vers et en Prose.
Son Frere puisné prit aussi le parti des´
Armes , mais la mort de l'aîné ne permit
pas à ce tendre Pere de lui laisser suivre
son inclination , ne voulant pas d'ailleurs
risquer la seule personne qui pouvoit
donner des Héritiers à son nom . Dieu
en a disposé autrement ; car ce Fils uni--
que , marié depuis 20. ans n'a aujour-
d'hui de plusieurs Enfans qui lui sont nés,
que deux filles fort jeunes.
De six Filles que M. de Senecé avoir
aussi eûes de son Mariage, l'aînée mourut
peu après le décès de la Dame sa Mere ;
les quatre suivantes sont actuellement
Religieuses en differens Monasteres , et
la derniere est mariée à M. de la Salle
Gentilhomme du Mâconois , d'une bon-
me et ancienne Maison , originaire d'Au-
vergne. Un fils unique sorti de ce Ma--
riage , Capitaine dans le Régiment d'In-
fanterie d'Anjou , a été tué en Italie à
la Bataille de Guastalla, dans sa premiere
jeunesse.
Ainsi d'un assés grand nombre d'En-
fans et de petits- Enfans , il n'est resté à
M. de Senecé que le seul Fils dont nous
venons de parler , et que la Providence:
Luk
MAY.
1737.
891
lai avoit conservé pour être sa consola-
tion et son soutien dans le reste d'une
longue carriere. Nous sçavons qu'il s'en
est acquité dignement. C'est par ce cher
Fils , homme de Lettres et d'un mérite
distingué , que nous avons été informés
des principales circonstances de la Vie
de cet illustre Pere . L'une des plus im-
portantes , sans doute , est que depuis
quelques années il avoit de grands sen-
timens de pieté , parlant sans cesse de
Religion, souvent apliqué à lire et à mé-
diter la Sainte Ecriture. De là cet esprit
de patience et de résignation aux ordres
de Dieu dans les differentes tribulations
qui ont affligé sa vieillesse .
On ne peut pas trop dire que cette vertu
ait cú sa récompense dès cette vie , car nous
aprenons de la même source que de tous
les Seigneurs qui , l'avoient connu à la
Cour , et qui l'avoient , pour ainsi dire
accablé d'offres de service , & c. aucun
ne s'est souvenu de lui dans l'occa-
sion. Un grand Ministre , né pour le
bonheur general du Royaume et pour
relever la vertu abattuë et affligée , lui
a seul conservé l'honneur de ses bon-
nes graces , et lui a donné des secours
effectifs par diverses gratifications , et par
deux differentes pensions obtenues de
la
892 MERCURE DE FRANCE
la bonté du Roy. Par là
cer illustre'
Bienfaiteur l'a empêché d'avoir une
vieillesse nécessiteuse et l'a mis en état
de passer ses dernieres années dans une
douce tranquillité. Ces derniers termes
sont les mêmes dont M. de Condemines,
son digne Fils , s'est servi pour nous
instruire et pour exprimer sa reconnois-
sance. Condemines est le nom de sa Ter-
re, et presque le seul bien qui lui reste ;
» mais Dieu qui fait tout pour le mieux,
» nous dit- il fort chrétiennement
en
» me faisant décheoir des esperances d'u
> ne fortune considerable , m'a doüé
,
» d'un esprit tranquille et sans passion ,
qui me fait vivre content dans ma mé-
» diocrité.
Nous finirons par ce qui nous reste
à dire sur les Ouvrages de M. de Senecé,
qui a brillé , sur tout , par le talent de
la Poësie Françoise et Latine. Nous em-
prunterons pour cela les termes de M.
Titon du Tillet , qui après avoir déja
parlé de lui dans son Parnasse François,
nous a fait l'honneur de nous écrire à
l'occasion de sa mort ; nous, ajoûte-
rons ici le précis de sa Lettre.
" Je viens , M. d'aprendre la mort de
» M. de Senecé , Doyen de nos Poëtes
» François. Comme je m'interesse infini-
» menc
MAY.
1737.
893
» ment à la gloire de tous les Hommes
» celebres qu'a produits la France , et
>> plus particulierement à ceux qui doi-
» vent augmenter le nombre des Habi-
» tans du Parnasse François , je me sens
» obligé de vous annoncer la perte que
» nous faisons de cet Homme illus-
» tre , pour en faire part au Public dans
votre Journal , en attendant que je
» puisse moi- même rendre justice à sa
>> memoire dans le Suplément de la Vie
» de nos celebres Poëtes , &c. que je ras-
» semble sur le Parnasse François , que
» j'ai fait élever en Bronze, à mesure que
» la mort nous les enleve , & c.
>>
" Je lui dois d'ailleurs de la recon-
noissance par l'amitié dont il m'a ho-
» noré pendant quatre ou cinq ans , que
» nous avons été en commerce ensemble,
» et par le beau présent qu'il m'a faiɛ
» du gros volume manuscrit in 4°. de ses
» Poësies , non imprimées , dont j'espere
>> enrichir
le Public par l'impression.
» Ce Manuscrit est rempli d'un grand
1
» nombre de Morceaux interessants ,
où
>> l'on trouve de l'élevation , de la grace
» et sur tout cet élégant badinage , dont
» peu de gens sont capables, et que notre
» Auteur possedoit en Homme d'un es-
*
» prit supérieur , qui connoissoit d'ail-
»leurs
894 MERCURE DE FRANCE
» leurs à fond la Cour et la Ville , & c.
» On a imprimé un Recueil d'Epi-
grammes et d'autres Pieces de M. de
» Senecé , avec un Traité sur la compo-
» sition de l'Epigramme , 1. vol. in 12,
» d'environ 5oo. pages. A Paris , chés
» F. Giffart , 1717.
Il y a aussi quantité de bonnes Pieces
de sa façon , imprimées dans le Mercu-
re Galant et dans le Mercure de France ,
qui étant recueillies , formeroient un
juste volume.
Je finis ( c'est toujours M. Titon du
Tillet qui parle ) en joignant à ma Let-
» tre une Piece de Vers de M. l'Abbé-
Poncy de Neuville , connu par divers
» Ouvrages qui lui ont fait honneur , et.
» dont sept ont remporté des Prix de Poë-
» sie à l'Académie des Jeux Floraux de
>> Toulouse.
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de
Brice Bauderon de Senecé , Lieutenant
Général au Bailliage et Siege Présidial de
la même Ville , et de D ... ... Grillet.
Son Pere, le troisième de sa Famille, qui
en ligne directe étoit revêtu de cete
Charge , ne négligea rien pour lui don-
ner une excellente éducation , et pour le
mettre en état de lui succeder un jour.
On ne pouvoit guere travailler sur un
meilleur fonds , cet Enfant étant né avec
Les qualités d'esprit les plus heureuses ,
et
sçavant.
MAY.
1737-
875
et avec les talens les plus avantageux ;
cultivé d'ailleurs par un Pere vertueux et
Dès l'âge de treize ans , ayant achevé
les Etudes ordinaires au College des Je-
suites de Mâcon , il fut envoyé à Paris ,
où il fit un nouveau Cours de Philoso
phie : Il en soutint des Theses publiques
avec un aplaudissement général sur la
fin de sa quatorziéme année. Revenu
à Mâcon , il employa deux années en-
tieres à profiter des leçons et des exem-
ples d'un Pere , qui n'oublioit rien pour
le formerà l'Etude et à la Vertu.
Il fut ensuite renvoyé à Paris pour l'E-
tude des Loix. Il s'y apliqua , fut reçû
Avocat , et suivit le Barreau pendant
quelque temps : mais ce n'étoit
son penchant le plus naturel.
pas là
Cependant , pressé par une Famille ,
qui l'aimoit tendrement , il revint à Mâ-
çon , où quelque temps après son arrivée,
le feu de la jeunesse l'entraîna dans une
malheureuse Affaire , nommée dans le
monde Affaire d'honneur. Elle fut suivie
d'un combat de quatre contre quatre , dans
laquelle l'un des Combattans succomba,
et plusieurs furent blessés. Notre jeune
Homme obligé de se retirer , alla cher-
cher un azile à la Cour de Savoye , où
son
876 MERCURE DE FRANCE
son esprit , sa dépense et ses talens lui
eurent bien-tôt acquis des Amis de dis
tinction .
Mais ,s'il est vrai qu'un malheur en at-
tire souvent un autre , cette situation
douce et agréable en aparence , fut bien-
tôt fatale à notre François réfugié . Il
devint Amoureux d'une, Dlle de la pre-
miere qualité , qui le reçut bien et le
préféra à plusieurs autres , qui préten-
doient à l'honneur de son Alliance. La
Dlle avoit plusieurs Freres , qui étoient
Amis de notre Aspirant , et qui eurent
d'abord ses recherches pour agréables ..
Cette derniere circonstance n'étoit ,
par malheur , fondée que sur une équi➡
voque de nom , au sujet de celui de Se-
necé. La Terre ainsi apellée , située entre
Tournus et Châlons , étoit alors dans
la Maison de Foix : Ces Messieurs le cru-
rent être de la même Maison ; mais M.de
Senecé qui ne vouloit tromper personne,
encore moins celle qui étoit la plus in-
reressée , avoit dès le commencement
déclaré son véritable état à la Dlle , la-
quelle n'ayant d'égard qu'au mérite de
son Amant , exigea de lui de laisser ses
Freres dans la favorable prévention où
ils étoient.
: Ceux-ci en sortirent bien-tôt par les
recherches
+
1
"A
A
MAY.
1737:
877
recherches qu'ils se crurent obligés de
faire avant que de rien conclure. Instruits
de la verité , ils donnerent dans un tra-
vers. Au lieu de prendre les mesures or-
dinaires pour s'oposer à ce Mariage , ils
entrerent dans un esprit de ressentiment,
dont la Dlle prévit et prévint les suites,
en priant M. de Senecé de disparoître
pour quelque temps : mais les Freres ani-
més et instruits du départ , eurent la
foiblesse de faire trouver des gens sur sa
route pour lui faire un mauvais pârti,
Il fallut battailler , l'Amant malheureux
s'en tira heureusement, et tout de suite il
se retira à Madrid , où il resta jusqu'à la
nouvelle de l'accommodement de sa
pre.
miere Affaire , que M. son Pere lui don
na , avec ordre de revenir.
De retour à Mâcon , ce Pere qui lui
destinoit toujours sa Charge , le renvoya
bien- tôt à Paris dans la vûë de le perfec-
tionner dans l'Etude des Loix, et dans les
autres connoissances , que le commerce
des Livres et la fréquentation du Barreau
pouvoient lui acquerir.
Mais l'essor
qu'il avoit pris , et le grand monde qu'il
avoit fréquenté lui avoient donné du
dégoût pourice genre d'Etude. L'amour
des plaisirs et de la liberté l'entraîna
bien- tôt du côté d'une jeune et brillante .
Cour
878 MERCURE DE FRANCE
Cour , dans laquelle il se fit des Amis
distingués. Il se flata qu'avec un pareil
secours et avec ses talens , il pouroit
faire une fortune fort au- dessus de celle
que sa Famille lui présentoit.
Rempli des ces idées , en attendant la
premiere occasion d'acquerir une Char-
ge à la Cour , il crut devoir fixer sa si-
tuation hors de la Province par un en
gagement. Il épousa à Paris , du consen-
tement de son Pere , la Dlle de Blaisy
Fille de M. de Burnot , Seigneur de Blai-
sy , Intendant de la Maison de la Du-
chesse d'Angoulême. Le Pere ne consti-
tua à son Fils que le moins qu'il pou-
- voit lui donner , la tendresse Paternelle
étoit fort ralentie à l'égard de ce Fils
par un second Mariage , dont il y avoit
des Enfans , et pour n'avoir pas suivi
ses volontés sur le choix d'une Profes
sion.
Peu de temps après l'occasion tant dé
sirée se présenta : M. de Senecé traita en
1673. de la Charge de Premier Valet de
Chambre de la Reine , avec M. de Visé.
Avant que de rien conclure , il fit un
Voyage à Mâcon pour obtenir l'agré-
ment et quelque suplément de finance
qui lui manquoit , de M. son Pere. Ce-
lui-ci profita de l'occasion pour faire avec -
toute
MAY.
1737.
879
toute la Famille , un dernier effort sur
l'esprit de son Fils au sujet de la Charge
de Lieutenant Général ,dont il le croyoit
très capable. Mais il n'y eut pas moyen
de lui faire changer d'objet. De retour à
Paris , M. de Senecé emprunta de ses
Amis ce qu'il lui falloit , conclut le mar
ché et entra chés la Reine en la qualité
que nous avons dite.
Il fut extrémement goûté à la Cour ; il
s'y fit des Amis de distinction , et des
Protecteurs puissans : On peut dire qu'il
le méritoit ; mais cette situation agréa-
ble , cette Fortune, aparente ne furent
pas d'une longue durée. La Reine très-
satisfaite de ses Services , et qui l'hono-
roit de beaucoup de bonté , vint à mou◄
rir au bout de dix ans ; et c'est le plus
grand malheur qui pouvoit arriver à son
zelé Domestique.
On suprime ici tout le détail de ce
malheur et de ses suites , pour n'en mar-
quer qu'une ou deux circonstances . Sça-
voir , que son Pere en mourant ne lui
donna d'autre part dans ses biens , que
ce qu'il lui avoit constitué en le mariant;
c'est à dire , une petite Terre de 3000.
livres de rente , auprès de Mâcon , nom-
mée Condemines. De plus, une riche Tan-
te , Sœur de la D. sa Mere , er Epouse
C
du
880 MERCURE DE FRANCE
du Premier Président du Présidial , en
mourant sans Enfans , ne fit aucune
mention de lui dans son Testament.
On suprime aussi l'indifférence, ordi-
naire aux Gens de Cour dans la disgra-
ce , qu'eurent à son égard ceux que
nous avons apellé ci- dessus Amis de dis-
tinction et Protecteurs puissans , dans
les différentes occasions qui se présente-
rent de le servir et de le dédommager,
La seule Duchesse d'Angoulême se mon-
tra sensible et bienfaisante. M. de Sene-
cé trouva chés cette Princesse , pour lui
et pour sa Famille , une retraite honora-
ble et utile ; ensorte que tant qu'elle vê-
cut,il ne fut presque exposé à aucune dé-
pense.
Mais après la mort de la Princesse ,
il fut obligé de revenir dans sa Province ,
dont on peut dire qu'il fit les délices , et
en particulier de la Ville de Mâcon ,
tout le monde étant charmé de posseder
un Sujet orné de tant de bonnes quali
tés , de celles principalement qui font
l'honnête Homme , et en même temps
les charmes de la societé.
La mort d'une Epouse chérie , qui lui
fut enlevée en 1685. à l'âge seulement
de 33. ans , Mere de huit Enfans , ré-
veilla en lui les idées de la Cour ; la ten-
tation
MAY.
1737.
831
tation d'y aller encore chercher Fortune,
le reprit. Mais son Voyage et un assés
long séjour furent inutiles ; ils ne le fu-
rent pas pour le guérir enfin de ces idées -
de grandeur et de ces espérances Aateu-
ses , dont il s'étoit presque toujours rem-
pli.
De retour pour la derniere fois dans
sa Patrie , il ne s'occupa plus que de Re-
ligion , de soins domestiques , et de Lit-
terature , sans rien perdre de cette gaye-
té et de cette joye innocente qui le fai-
soit désirer par tout , et qu'il apelloit le
Baume de la vie , l'Elixir de la sancé.
C'est dans cette situation que nous avons
commencé à connoître M. de Senecé
il y a environ quinze ans , à l'occasion
d'abord de quelques Poësies de sa façon,
qui ont paru dans le Mercure de France.
Il y a eu ensuite entre nous un commer-
çe réglé de Littérature , dont nous avons
profité , et qui a continué jusqu'à ses
derniers jours.
Il y avoit sans doute à profiter avec un
Ami de cet âge et de cette capacité . Il
ne vouloit point au reste qu'on le loüât ,
ni qu'on fit trop valoir ses Pieces . Au-
tant ennemi des Eloges outrés , que de
la critique amere , il censuroit agréable-
ment ce premier défaut dans le Mercu-
Cij
re
882 MERCURE DE FRANCE
re de l'un de nos Prédécesseurs , Ami
de l'Auteur , il crut lui devoir un avis
utile sur cet article. Il s'en acquita par
une Epître de sa façon , dont on ne sera
peut
être pas
fâché de voir ici quelque
chose , outre que c'est une Piecedes plus
fugitives , et que nous tenons de sa
main.
V... quand Jupiter des biens fit le partage,
Les Muses à ses dons eurent petite part :
Un peu de liberté fut tout leur Apanage ;
Elles l'ont bien gardée, et s'en servent sans fard.
J'en ai ma portion , moi , leur Eleve indignes
Mon esprit en tout temps marcha d'un pas égal,
Il tient en main la régle , et mesure la ligne ,
Prêt à la condamner quand elle y répond mal,
Je blamois hautement , fondé sur ce Principe ,
Tes aplaudissemens communs et prodigués ;
Faut-il qu'un tel esprit ( disois- je ) se dissipe
A donner au Public des Eloges brigués ?
Quoi ! par une lumiere et si vive et si pure
Les Bons et les Pervers seront- ils réjouis ?
C'est-là tout ce que
fait l'Auteur de la Nature
Et que font après lui le Soleil et LOUIS ,
LOUIS
MAY.
1737.
883
LOUIS et le Soleil sont en droit de le faire ,
Et c'est de leur grandeur l'illustre fonction :
Mais V... plus borné , doit en Juge sévere ,
Du bien avec le mal faire distinction.
Ses Volumes moins gros , seroient plus sûrs de
plaire ;
Suprimant les Ecrits d'an misérable Auteur ,
Il pouroit épargner du papier au Libraire ,
A lui des soins , enfin du dégoût au Leeteur.
Mon esprit contre toi murmuroit de la sorte :
Mais mon cœur depuis peu l'en a désavoüé.
Tu viens de m'oposer une raison plus forte ;
Qu'as-tu fait pour cela,V... ? Tu m'as loüé &c
Nous omettons le reste : cet échan
tillon suffira pour montrer le caractere
de notre Ami , par raport à la flaterie
qu'il ne pouvoit souffrir , et à la censu-
re , qui chés lui n'étoit jamais austere ni
farouche.
Nous avons dit qu'il ne pouvoit souf-
frir les louanges outrées , encore moins
les louanges personnelles . C'est dans cet
esprit qu'il nous a toujours refusé un pe-
tit détail sur sa vie et sur ses Ouvrages ,
qu'on lui a souvent demandé pour en
faire un jour honneur à sa Mémoire : voici
€ iij
seulo
884 MERCURE DE FRANCE
seulement ce que l'amitié ou l'importu
nité lui permirent de nous écrire le 21 .
Octobre 1735.
20
» Vous voulez me prendre par mon
propre interêt , par la proposition que
vous me faites de vous donner quel-
ques Memoires de ma vie , qui n'est
» pas si obscure que l'on n'y trouvât
» sujet de faire un petit Roman ; mais j'ai
>> renoncé à cette vanité , et il me suffit
» que l'on sçache qu'après avoir couru
le Monde dans ma jeunesse et avoir
» fait quelque figure à la Cour du Duc
» de Savoye , Charles- Emanuël second
>
23 je me suis attaché à celle de la Prin-
» cesse d'Angoulême , où je me suis ma-
» rié ,, et qui m'a servi d'échelle pour
»monter à la Cour de la Reine Marie-
» Therèse, Epouse de LOUIS LE GRAND ;
échelle qui s'est rompue sous mes pieds,
et où je me suis brisé le col par la mort
» de cette Princesse , étant demeuré sans
>> Charge et sans récompense . Je me suis
>> ensuite retiré dans mon Pays natal , où
»je me suis consolé du mieux que j'ai
» pû avec les Muses , qui ne m'ont point
» abandonné jusqu'à l'âge de quatre- vingt
» treize ans.Pour mon Pere , vous ne pou
» vez en dire trop de bien , qu'oiqu'il
» m'ait fort maltraité , et donné tous ses
>> biens
MAY.
17377
885
» biens à des filles d'un second lit. A cela
» près , c'étoit un homme illustre par ses
» mœurs , sa justice et son éloquence
» dont il a donné des preuves autenti-
tiques dans un beau volume de Ha
rangues, &c.Voilà assés parler des miens
» et de moi.
Cependant la longue carriere de M.
de Senecé s'avançoit et n'étoit pas loin
de son terme. Ses Lettres devenoient
moins fréquentes , mais elles étoient
morales , chrétiennes , édifiantes. Ceile
sur tout qu'il nous écrivit le six Dé-
cembre 1735. marquoit un fond de
Religion et de résignation , capable de
faire plaisir à de véritables Amis. C'étoit
dans la circonstance d'une maladie , qui
ne fut cependant pas la derniere. » J'at-
tends patiemment , disoit - il ,
l'heure
» qu'il plaira à Dieu de me marquer pour
» lui aller rendre mes comptes qui ne
» sont pas en trop bon état , &c. La
Lettre étoit accompagnée d'un Cantique
de sa façon sur le sujet de ces mêmes
Comptes , où il paroissoit encore du feu
et du génie , mais bien plus encore de
pieté et de confiance en la bonté divine .
La Piece finissoit par une invocation pa-
thétique adressée à la sainte Vierge. » J'ai
»fait , ajoûtoit-il , ce petit Morceau dans
C iiij
» l'un
886 MERCURE DE FRANCE
» l'un des plus grands accès de ma ma-
>> ladie , où pour l'ordinaire on ne songe
כג
pas à faire des Vers; mais j'ai éprouvé en
» cette occasion la vérité du Proverbe
»qui dit que la Mort est un Echo de la
» vie. En tout cas , ce que je vous envoye
» servira à vous faire faire quelques re-
fléxions chrétiennes. Les Gens de Let-
tres , si remplis de differentes idées
>
» ont besoin que quelquesfois on les
"
rapelle à Dieu par des refléxions sé-
» rieuses. Je vous demande pardon de
» faire ici le Prédicateur , contre ma coû-
» tume ; mais les aproches de la mort
"Ouvrent souvent les yeux les plus aveu-
» gles, et j'espere que vous me pardonne-
» rez l'effet d'une conversion qui est dans
» sa premiere ferveur, et que je voudrois
» pouvoir étendre sur tous mes Amis, par
» mi lesquels je vous considere tout des
» premiers , &c. Enfin , comme s'il pré-
voyoit que c'étoit- là la derniere Lettre
qu'il devoit nous écrire , il la chargea de
ses complimens ou plutôt de ses adieux
pour quelques Amis particuliers , qui
sont aussi les nôtres. Il saluoit et mora-
lisoit en ces termes l'un de ces Messieurs
qui aime beaucoup les Spectacles. » Fai-
» tes mes complimens à M. L. C. et di-
» tes- lui que j'ai bien du déplaisir qu'un
» bel
MAY.
» de Thalie.
1737.
887
bel Esprit comme le sien meure dans
l'hérésie des favoris de Melpomene et
Depuis l'Epoque que nous venons de
marquer , c'est-à - dire la fin de l'année
1735. qui fut aussi la fin de notre com-
merce Litteraire , M. de Senecé , de qui
nous avions quelquefois indirectement
des nouvelles, soigneux de nous informer
de son état , tourna toutes ses pensées du
côté du Ciel. Accablé enfin par le poids
de l'âge , éprouvé par de plus fréquentes
infirmités , mais consolé et fortifié par
de solides esperances , il expira douce-
ment entre les bras d'un digne Fils , le
premier jour de l'année 1737. âgé de
93. ans , deux mois et quelques jours.
Nous n'aurions rien à ajoûter à ce
que nous venons de dire , et que nous
avons crû devoir à la memoire de M. de
Senccé , si une nouvelle instruction , qui'
vient de nous arriver , ne nous enga-
geoit de joindre ici quelques circonstan
ces particulieres qui regardent sa Famille
et sa Personne ; rien n'est à négliger dans
P'Histoire des Hommes de Lettres.
On a marqué cy -dessus qu'il étoit fils,
petit-fils et arriere petit- fils de trois Lieu
tenans Generaux au Bailliage et Siege
Présidial du Mâconois. Ils furent tous
C
trois
888 MERCURE DE FRANCE
trois très- distingués dans la Province par
leur mérite personnel et par la maniere
noble dont ils y vivoient. Ils étoient issus
d'une très- ancienne Famille originaire
de la Ville de Paray le Monial , dans le
Charolois , à 12. lieues de Mâcon , où
l'un de leurs Ancêtres vint s'établir il Y
a plus de deux cens ans.
La probité et la Litterature sont com-
me héréditaires dans cette Famille. Mais
aucun ne se distingua davantage , et ne
joignit plus d'excellentes qualités à celles
que nous venons de dire , que Brice Bau-
que
deron de Senecé , Pere de celui que nous
regretons.
Il fut Auteur de plusieurs
Ouvrages estimés , et consommé sur tout
dans les sciences de son Etat. Le Conseil
et le Parlement , bien instruits de son
integrité et de ses lumieres , l'ont sou-
vent employé dans des affaires de consé-
quence , délicates et épineuses , commis-
sions dont il s'est acquité avec un aplau-
dissement general , et qui lui ont acquis
un honneur infini . Enfin il eut le bon-
heur dans les Troubles de la minorité du
Roy Louis XIV. de servir utilement son
Maître , moins par l'autorité de sa Char-
ge , que par la vivacité de son zele et
par la force de son éloquence , qui retine
a Ville de Mâcon , prête à tomber en-
tre
MAY.
1737.
889
tre les mains des Factieux , dans son de-
voir , et fit perdre à ceux-cy toute es-
perance pour le succès d'un projet qui
étoit apuyé de la force des Armes. La
Cour très satisfaite de sa conduite , lui
fit expedier des Lettres de Conseiller d'E-
tat , datées du 31. Juillet 1651. Il re-
çut aussi de la Cour de grands Eloges
sur sa sage conduite à la tenue des Grands
Jours dans la Ville de Clermont , où il
fut mandé et où il donna encore de gran-
des marques de zele et d'attachement
pour les interêts du Roy.Il mourut à Mâ-
con le 3. Octobre 1698. âgé de 88, ans ,
après y avoir exercé pendant quarante an-
nées la premiere Magistrature.Ona obinis
qu'il avoit un grand talent pour la Poë-
sie Latine et Françoise , dont il faisoit
quelquefois ses amusemens pour se dé-
lasser.
M. de Senecé son Fils , qui fait le su-
jet de cet Eloge , a eû , comme nous l'a-
vons dit , deux Fils de son Mariage. L'aî-
né entra de bonne heure dans le Service.
Il n'avoit que 18. ans lorsqu'il fut blessé à
la Bataille de Nervinde. Il fut aussi-tôt
fait Capitaine au Régiment de Piémont
où il continua de servir avec distinction
jusqu'à l'âge de 23. ans , qu'il fut tué
dans un combat qui se donna auprès de
C vi
Tour-
80 MERCURE DE FRANCE
Tournay. Il marchoit déja sur les traces
de son digne Pere , aimant les Lettres et
écrivant fort bien en Vers et en Prose.
Son Frere puisné prit aussi le parti des´
Armes , mais la mort de l'aîné ne permit
pas à ce tendre Pere de lui laisser suivre
son inclination , ne voulant pas d'ailleurs
risquer la seule personne qui pouvoit
donner des Héritiers à son nom . Dieu
en a disposé autrement ; car ce Fils uni--
que , marié depuis 20. ans n'a aujour-
d'hui de plusieurs Enfans qui lui sont nés,
que deux filles fort jeunes.
De six Filles que M. de Senecé avoir
aussi eûes de son Mariage, l'aînée mourut
peu après le décès de la Dame sa Mere ;
les quatre suivantes sont actuellement
Religieuses en differens Monasteres , et
la derniere est mariée à M. de la Salle
Gentilhomme du Mâconois , d'une bon-
me et ancienne Maison , originaire d'Au-
vergne. Un fils unique sorti de ce Ma--
riage , Capitaine dans le Régiment d'In-
fanterie d'Anjou , a été tué en Italie à
la Bataille de Guastalla, dans sa premiere
jeunesse.
Ainsi d'un assés grand nombre d'En-
fans et de petits- Enfans , il n'est resté à
M. de Senecé que le seul Fils dont nous
venons de parler , et que la Providence:
Luk
MAY.
1737.
891
lai avoit conservé pour être sa consola-
tion et son soutien dans le reste d'une
longue carriere. Nous sçavons qu'il s'en
est acquité dignement. C'est par ce cher
Fils , homme de Lettres et d'un mérite
distingué , que nous avons été informés
des principales circonstances de la Vie
de cet illustre Pere . L'une des plus im-
portantes , sans doute , est que depuis
quelques années il avoit de grands sen-
timens de pieté , parlant sans cesse de
Religion, souvent apliqué à lire et à mé-
diter la Sainte Ecriture. De là cet esprit
de patience et de résignation aux ordres
de Dieu dans les differentes tribulations
qui ont affligé sa vieillesse .
On ne peut pas trop dire que cette vertu
ait cú sa récompense dès cette vie , car nous
aprenons de la même source que de tous
les Seigneurs qui , l'avoient connu à la
Cour , et qui l'avoient , pour ainsi dire
accablé d'offres de service , & c. aucun
ne s'est souvenu de lui dans l'occa-
sion. Un grand Ministre , né pour le
bonheur general du Royaume et pour
relever la vertu abattuë et affligée , lui
a seul conservé l'honneur de ses bon-
nes graces , et lui a donné des secours
effectifs par diverses gratifications , et par
deux differentes pensions obtenues de
la
892 MERCURE DE FRANCE
la bonté du Roy. Par là
cer illustre'
Bienfaiteur l'a empêché d'avoir une
vieillesse nécessiteuse et l'a mis en état
de passer ses dernieres années dans une
douce tranquillité. Ces derniers termes
sont les mêmes dont M. de Condemines,
son digne Fils , s'est servi pour nous
instruire et pour exprimer sa reconnois-
sance. Condemines est le nom de sa Ter-
re, et presque le seul bien qui lui reste ;
» mais Dieu qui fait tout pour le mieux,
» nous dit- il fort chrétiennement
en
» me faisant décheoir des esperances d'u
> ne fortune considerable , m'a doüé
,
» d'un esprit tranquille et sans passion ,
qui me fait vivre content dans ma mé-
» diocrité.
Nous finirons par ce qui nous reste
à dire sur les Ouvrages de M. de Senecé,
qui a brillé , sur tout , par le talent de
la Poësie Françoise et Latine. Nous em-
prunterons pour cela les termes de M.
Titon du Tillet , qui après avoir déja
parlé de lui dans son Parnasse François,
nous a fait l'honneur de nous écrire à
l'occasion de sa mort ; nous, ajoûte-
rons ici le précis de sa Lettre.
" Je viens , M. d'aprendre la mort de
» M. de Senecé , Doyen de nos Poëtes
» François. Comme je m'interesse infini-
» menc
MAY.
1737.
893
» ment à la gloire de tous les Hommes
» celebres qu'a produits la France , et
>> plus particulierement à ceux qui doi-
» vent augmenter le nombre des Habi-
» tans du Parnasse François , je me sens
» obligé de vous annoncer la perte que
» nous faisons de cet Homme illus-
» tre , pour en faire part au Public dans
votre Journal , en attendant que je
» puisse moi- même rendre justice à sa
>> memoire dans le Suplément de la Vie
» de nos celebres Poëtes , &c. que je ras-
» semble sur le Parnasse François , que
» j'ai fait élever en Bronze, à mesure que
» la mort nous les enleve , & c.
>>
" Je lui dois d'ailleurs de la recon-
noissance par l'amitié dont il m'a ho-
» noré pendant quatre ou cinq ans , que
» nous avons été en commerce ensemble,
» et par le beau présent qu'il m'a faiɛ
» du gros volume manuscrit in 4°. de ses
» Poësies , non imprimées , dont j'espere
>> enrichir
le Public par l'impression.
» Ce Manuscrit est rempli d'un grand
1
» nombre de Morceaux interessants ,
où
>> l'on trouve de l'élevation , de la grace
» et sur tout cet élégant badinage , dont
» peu de gens sont capables, et que notre
» Auteur possedoit en Homme d'un es-
*
» prit supérieur , qui connoissoit d'ail-
»leurs
894 MERCURE DE FRANCE
» leurs à fond la Cour et la Ville , & c.
» On a imprimé un Recueil d'Epi-
grammes et d'autres Pieces de M. de
» Senecé , avec un Traité sur la compo-
» sition de l'Epigramme , 1. vol. in 12,
» d'environ 5oo. pages. A Paris , chés
» F. Giffart , 1717.
Il y a aussi quantité de bonnes Pieces
de sa façon , imprimées dans le Mercu-
re Galant et dans le Mercure de France ,
qui étant recueillies , formeroient un
juste volume.
Je finis ( c'est toujours M. Titon du
Tillet qui parle ) en joignant à ma Let-
» tre une Piece de Vers de M. l'Abbé-
Poncy de Neuville , connu par divers
» Ouvrages qui lui ont fait honneur , et.
» dont sept ont remporté des Prix de Poë-
» sie à l'Académie des Jeux Floraux de
>> Toulouse.
Fermer
1365
p. 51-106
Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que la Liste que je vous ay envoyée le mois passé [...]
Mots clefs :
Présents, Siam, Pièce, Argent, Or, Taille-douce, Vert, Cristal, Reliefs, Canon, Fusil, Roche, Pièces, Ponceau, Garni, Enrichi, Rouge, Broche, Pistolets, Diamants, Couleur, Étui, Boîte, Montre, Fleurs, Dessins, France, Glace, Représenter, Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Quoy que la Lifte que je
vous ay envoyée le mois pafré
des Presens qui sont partis
pour Siam,vous ait paru rres-
~pelle, tres ample, & trescurieuse,
j'ay encore beaucoup
dechoses nouvelles à.
vous apprendre sur le mefne
articl
nearticlee.. Il sfaauutt de ggrraannddss
oins, & d'exactes recherches
iour être pleinement instuit
t un détail pareil à celu y-là,
: sur tout, quand on veut
on seulement estre informe
du nombre des pieces, mais
donner aussi une descriprion
particuliere dechacune.C'est
ce que je vay raire a l'égard
decelles dont jene vousay
parlé que legerement. Je ne
vous diray plus rien des autres
,
& passeray mesme par
dessus sans vous les nommer
une seconde fois, àcause que
je vous les ay amplement décrites
, maisaussi i'en aiouteray
un tres-grand nombre,
dont ie ne vous ay encore
rien dit, & vous décriray susJ
qu'aux étofes ,sans quoy il
feroit impossible d'en
bien
faire voir la richesse, & dq
connoistre en quoy consiste
la magnificence de ces P!c:
:cns. le commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez.
Une Couronne d'or à fleuons,
enrichie de Diamans,
le Rubis, d'Emeraudes, &
le Perles.
Un grand Panache d'or,
ouvert desmeimes Perles.
Un grand Miroir de cris-
'a) garny d'or, la bordure
enrichie de Diamans, le der-
~icre aussid'or à fleurs dereief,
& émaillées.
UneSelle de ch eval avec
a Housse
,
les Fourreaux de
~?i.ioiets & les Harnois en
Broderie de relief
, & les
Etriers de vermeil le tout
enrichy de Pierreries.
Quatre Vestes de velours,
deux noires & deux rouges,
une de chaque couleur avec
des manches, & une sans
manches, en broderie de
fleurs de soye liserées d'or,
enric hies de Perles; les noires
avec un galon rouge, & les
rouges avec un galon vert,
brodées &enrichies de.mef-J
me, suivantlesmodelles ap.j
portez de Siam.
Deux Baudriers enbro
derie d'or
,
passée avec les
garnitures d'or émaillées.
:> UnBufle tout bordé d'or
de relief avec les manches,
e Ceinturon, les crochets &
es agraffes de vermeil, doré
deux fois.
Un grand Vase d'Ambre
gravé de bas reliefs, avecla
garniture d'or.
Un grand Cabinet de crital
deroche, les garnitures
ravaillées à fleurs de vermeil
loré.
Une paiie d'A rmes de fer
àl'épreuve du pistolet moitié
coul eur d'eau & moitié
gravées de plusieurs ornemens
dorez, complettesà
l'exception des jambes, le
tout doublé de satinbleu,&
galonné d'or.
Deux grands Fusils à la
Siamoise, enrichis de beaucoup
de reliefs, la garniture
d'argent aussi en relief, les
canons enrichis d'or & d'argent,
& les bois avec des
ornemens tres-riches, chacun
dans ion étuy de maroquin
rouge doré au feu.
Quatre pieces de drap d'or,
& de brocard d'or & d'argent,
de la ~Manufacture dc^
M.Charlierà S. Maur, lur
des desseins de France ; sçavoir,
Une piece de drap d'or
rayé, à fond d'argent broché
d'or & d'argent,nue de
plusieurs couleurs.
! Vnepiece deBrocard d'or
à fond couleur de feu
,
broehé
d'or & d'argent, liseré
de vert
Une piece de Brocard d'or
à fond vert broché d'or 6c d argent retors,liseré de couleur
de feu.
Vne piece de Brocardd'or
à fond*brorché-
d'or & d'argent,liseré
Six piecesd'étofes àfleurs
nuées,listrées d'or sur des
desseins de Siam ; sçavoir,
Vne pieceà fond d'or nue
glacé.
Vne autre piece à fond
ponceau à fleurs lilsrées d'or.
Vnepiece à fond pastel. :
Vne autre à fond bleu.
EEttuunnceaauuttrrecààffoonnddgDris
c 1 air. *
Huit picccs de drap & de
brocard or & argent tres-riches,
(ur des desseins de 11
France ; sçavoir,
Vne pièce de brocard tres- ,
1
richeà-fond d'or broché &
à fleurs ciselées d'or rebrodé
de toutes couleurs.
Vne piece ponceau or&
argent passé d'or tors à travers,
& rebrodé d'argent
tors. Vne pièce - or & argent nué
à fond noir rebrochéd'or
-, - , glace&d'or tors avec feyc,
ponceau brodé.
orVnepieced'étoffevert&:
passé d'or à travers, & rebroché
d'or tors.
-
Vne pièce ponceau & or
brochéd'orglacé,&rebrodé,
d'or tors au petitmestier.
Vne piece cramoisy & or
broché d'or lissé avec ortors,
& rebroché d'argentfrisé.
Vne. piece bleue or & argent,
le fond d'or broché
& tors avec argent tors.
Vne piece bleue & or paffé ed'or glacé à travers.
Huit tables de marbre avec
les chassis
..)t.' piedsue Sculpture
tous dorez.
PRESENS DE MONSEIGÑEVK;
au Roy de Sium.
Vne grande Pendule à quatrecristeaux
de loche,&qua*;
tre colomnes surmontées de
quatre Fleurs de Lys,& soûtenuës
de quatreboules, le
tout decristal deroche, les
Portiques garnis d'or, enrichisdepierreries,&
le Do-
De d'acier bruny
,
enrichy
le feüillages d'or, terminé
parune Fleur de Lys
Deux Baudriers en broder
ie d'or, avec les garnitures
l'or émaillecs.
Deux Fusils à la Siamoise,
enrichis de reliefs gravez en
aille douce, la garniture
l'argent, le canon damait
quiné d'or, & le bois enrichy
d'argent de rapport,
chacun dans son étuy de
maroquin rouge, doré au
feu.
Vne piece d'unquarré long doré deux fois, - contenant
un tiroir& une boëte
couverte, sur laquelleil y a
une Ecritoire ornée de reliefs,
& de graveures enrichies
d'or & de festons d'émail
, avec trente-neuf Diamans.
Vne Montre à boëte d'or
àdeux cristaux, dontle jonc
est gravé de bas-reliefs, marquant
le lever &le coucher
du Soleil, faisant voir le
mouvement annuel, & le
iurne, avec le mouvement
e la Lune, suivant la maiere
de compter à la Sialoise.
Cette Montre a son
tuy fleuronnéd'or.
Deux pieces de drap or
& argent, de Mr Charlier,
ut des desseins de France;
çavoir,
Une piece de drap d'or
ayé, à fond d'or & d'argent
tors avec des comparti
mens couleur de feu.
Vne piece de Brocard d'or
fond bleu, broché d'or&
'argent retors: liseré de
couleur de feu.
Deux autres pieces de Broscardçor&
aarvgento,tresi-rirch,es
Une piece ponteau & or,
broché d'or, à fond glacé
d'or à filigrane.
Vne autre piece vert &or
& argent, à fond d'or ciselé,
broché d'or tors, avec
filigrane d'or tors.
Cinq pieces d'étoffes d'or
& d'argent, nuées & liserées
d'or sur des desseins de Siam
sçavoir
I
Vne piece à fond d'ar
gent glacé,nue.
Vuepièce à fond ama.
ante nue.
Une pièce à iondlfàbcllc.
Vue pièceà-tond vert.
Et une à fond ce la don
Vn tres beau Cabinet dc
riftal de roche, garny de
fermeil doré
Quatre 1 ables de marbra
vec leurs chailis, & pieds
le sculpture dorez.
PRESENSDE ¡'/J/:/DAlvlE'
t - !la 'DaUphine pour la Princjje
de Sidm
,
nomméela
!
f)rincefJe Rryne.
Quatre grandes roses dq
Diamans.
Vne autre plus grande aussi
de Diamans. -
Vne grande Rose de bellcsj
& fortes Emeraudes& de
Diamans. :
Vn Miroir de criftaldero^
che garny d'or la bordure
& le derriere à feüillages cin
zelez
,
enrichie de Diamant
& de Rubis.i Vn petit Coffre d'or gar-j
ny de vases en forme dj
cave aussi d'or, le tout gran
ve & garny de Diamans.
Deux boëtes d'or couj
Vertes en pointes émaillées a
fleurs de neuf pouces, j
Deux autres boëtes aussi
d'or de mesme grandeur de
le mesme figure.
Deux grandestasses ci'or"
:-malll-ées
- Vn grand miroir d'or couert
en forme de boëtetout
maill-é à deux glaces,
Vn grand Cabinet d'ambrea
bas reliefs & à graveues
le dessus port nt pluleurs
Figures de Personna- es&arbres-
Vntres-beau & grand Cainet
de cristal de roche gary
de vermeil. t)
Vne Montre à boëte d'or
à deux cristaux, plus grande;
que les autres, qui montra
l'âge de la Lune à la maniére
Siamoise
, avec son estuy
garny de fleurons ayant la
boëtc cizelée & Cadrans;
d'or. 1
Vne autre Montre émaillée
devert à taille d'épargne.
Cinq pieces de Drap ôc\
brocard or & argent tres-riches
sur les desseins de France;
sçivoir,
Vne piece à fond d'argent
nue au petit messier de [OU
tes couleurs &, rebroché
d'ortots. -'
Vne picce vert & or &argent
, rebroché d'or cors avec
des brodenes d'argent.
Vue piece ponceau à fleurs
d'or rebrochées d'un peu.
d'argent avec or cors.
; Vne piece bleue or & argent
passée d'or en filigrane,&
broché d'argent.
Vnepicce de Damas à fond
amarante, les fleurs brochées.
d'or avec des nompareilles
de satinvert.
Une grande Cassette de
marqueccerie & de bois de
raport des plus precieuxavec
son pied toutes les aar,
nitures dorées & d'un trèsbeau
travail.
PRESENS DU ROI
aM. Constance.
- Une grande Boete à Portrait
decDSa Majeste avec l'attache,
le tout garny deDiamans.
Un Sabre tout d'or avec
un revers de quatre pouces
de large à la Siamoise
, tout
le fourreau garnyde pierreri
es.
VueMontre d'or émaillée
derouge à taille d'Epargne
avec son-estuy, ouvragede
M. Turet.
Une autre Montre d'or, le
donc cizelé avec son estuy t
garny de feüillages d'or.
- Une autre Montre d'or émaillée
de vert à taille d'Epargne
or & blanc,avecl'éuy
à doux fleuronnez d'or-
VnFusilenrichy de relief
canon damasquiné d or
ort riche, & canelé de deux
nanieres ,avec son estuy de
Maroquin rouge doré au
1" i c
eu.
Un autre Fusil enrichy de
reliefs
,
le canon canelé à
goutieres
,
enrichy d'or de
rapport, le boisorné d'argent.
de raport la garniture avec
des bas reliefs & d'or de raporr
aussi avec son estuy.
Vn autre Fusil enrichy de
graveure, le canon & laeu-
Uffc damasquinez d'or, avec
son étuy.
Vn autre Fusil, laplatine
unie, le canon ayant un
marque derelief, aussi avec
ion étuy.
Vne paire de Pistolets enrichis
de rel efs, garnis d'or
de rapport,avec leurs étuis
de maroqu n rouge doré au
,feu.Vne autre paire de Piftolers
lets enrichis de graveurescn
taille douce, le canon damasquiné
d'or, le bois orné
d'argent de rapport, avec
son étuy de maroquin.
Vne autre paire montez
d'yvoire avec des testes de
lion, l'ouvrage du canon
gravé de taille douce.
Deux très -
beauxLustres
de cristal à branches de fonte
dorées,enrichies defeftons,
de boules & de fleurs
de cristal de roche.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, representant
l'histoire de Diane,
Un Coffret d'ambre travaillé
à bas reliefs & giavez.
Une manière de Chapelle
aussi d'ambre avec un Crucifix,
le tout ayant de tresbeaux
ornemens.
Six pieces d'étoffe de foye
or & argent sur des desseins
de France ; sçavoir,
Vne pièce à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or &
argent.
gVnee pniecetble.uë or & ar- Vne autre bleue or & ponceau.
Vne piece de Cramoily
toutor.
Et une piece de ponceau &
raye.
Septpieces de drap tresfin
d'écarlatte,vert, violet,
bleu, gris de perle,& de canelle
contenant 106. aunes,
Vne piece de Camelotcoueur
de feu à pur poil de 28.
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques
de l'Ecurie de Sa Majeste avec
leurs housses, le touten
broderie d'or avec tous les
harnois dorez, l'une brodée
sur un velours rouge,l'enharnachement
& testiere dorée
& fourreaux de pistolets; fy.
l'autre brodée sur un velours
vert, tout l'enharnachement
doré, &les fourreaux de pistolets,
PRESENS DU ROY
pour le premier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie de Diamans
Vn Sabre d'or à la Turque,
la garde & le fourreau
tous garnis de grossesTurquoises
de vieille roche, $
deRubis.
-
Vn tres-beau Lustre de
Cristal de roche à dix branches
de fonte dorée enrichies
le consoles de cristaux qui
Suportent un vasegarny de
leurs, jettant des cristauxaucour
,
le dessous garny d'une
campane de boules de cristaux
avec une grossepiece
taillée dans le milieu.
Vnetenturede Tapisserie
de Flandre a Personnages &
verdures, rep resentant les
Muses &autresparties de la
Metamorphose.
VnFusilenrichy de reliefs,
la garniture & porte-viz
relevez d'or: le canon orné
d'or & d'argent de raport.
Vn Fusil à deux coups?
ayant le canon damasquiné
d'or.
Vn autre Fusil enrichy de
graveures en taille-douce.
: Vn autre Fusil enrichy ausside
graveures, ayant quelques
filets d'argent autour de
la visiere de couche.
Vne paire de pistolets enrichis
de reliefs? le canon en- !
richy d'or & d'argent de
raport,
& la garniture de inefme
travail.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
taille-douce, le canon damasquiné
d'or en couleur
d'eau.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
tulle-douce, le porte-viz
de reliefs &: un masque sur
les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours,tonnant
les heures & les demyheures,
& la Boete de marqueterie
avec des colomnes,
bazes & chapiteaux corintheà
fonds d'écaille de Tortue
, & son étuy garny de
cuir.
Vne petite Pendule d'or
de poche, la boëte enrichie
de graveure avec son étuy
garny de clouds d'or à feuillages.
Vne Montre d'or d'émail
en mignature, le dessous de
la- boëte representant Mars
avec Venus & l'Amour
,
le
jonc &le dedans de Paysages
avec personnages.
Huit pieces d'étosses de
soye or & argent sur les desseins
de France;sçavoir, 1
1
Vne piece de brocard violet
tout or ? en broderie d'or
glacé&tors. -
Vne piece bleuë or & ar- -
gent à fond de Damas en
broderie d'or, reciselé d'argent
tors.
Vnepiece ponceau & or
1- glacée & rebroché d'or tors.
Vne piece bleue or & argent
pararabesqiued'or glacé,
& rebroché d'argent tors.
Vne piece amarante vert &
or, avec rayes de satin broché
d'or lissé & tors. -
Vne piece ponceau tout
argent par ehamarures d'argent
lissé & broché d'argent
tors.
Vne piece blanc & or nue
en Damas avec soye ponceau
& broché d'or.
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures.
Quinzepieces de Draps
tres-fins d'écarlatte vert,violet
bleu gris de perles contenant
deux cens quarante
cinq aunes.
Deux pieces de Camelot
couleur de feu contenant
cinquante-cinq aunes & demie
PRESENS DV ROY
pour le fecond Ambassadeur.
VnLustre de cristaux de
roche à dix branches de fonte
dorée, ayant une Couronne
enrichie de plusieurs
cristaux de roche & de Milan,
le dessous garny de campanes
de boules & pieces de
cristaux de Milan, avec une
grosse poire taillée en coste
au milieu.
Vnependule allant quinze
jours, sonnant les heures &
les demyheures,la boëteen
forme de cartouche sur un
I
fond de cuivre doré, les ornemens
aussi dorez d'or
moulu.
Vnegrande Montre d'or
couverte d'email en mignature
,
le dessous de la boëte
repreientantl'enlevement
dEurope, & le dessus representant
une Venus & des
Amoursavec dcs Tritonssur
un Dauphin,& le dedans de
paysages & personnages.
Vne Montre quarrée à
feuillages d'or,ciselez,avec
un cristal de roche.
Vne tenture de Tapisserie
de Flandre,representant
des jeux d'enfans
Vn Fusil enrichy de reliefs
relevez d'or, le canon
de reliefs, le fond d'or, &:
le bouton d'or de rapport.
Vn autre Fusil enrichy
d'une garniture d'argent gravée
entaille douce,
&d'argent
de rapport autour de
lavisiere de couche.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil le gravé canon de plusieurs ornemens
en taille douce avec du relief
sur la visiere de couche.
.-- Vne paire de Pistolets
enrichis de refiefs,lagarniture
&les cartonsderapport.
Vne autre paite de Pistolets
enrichis de graveure en
taille douce & d'argent de
rapport sur le bois.
Vne autre paire de Pistolets
de graveure en taille
douce? les canons canelez,
& le bois ornéd'argoent de rapport.
Huit pleces d'etofes d'or
& d'argent sur des, desseins
de France,scavoir,
Vne piece pourpre or {SÇ
argent, par chamarures d'or
glacé
,
rebrodé d'ortors à
<
iligranes d'argent,
Vne piècede Brocard d'or
& d'argent, ponceau par
chamarures d'or luisant, &:
proché d'or.
Vne piece, couleur de Caf- é argent, &: nuéaupetit
nétier, rebroché de deux
rgents avec descouleurs.
Vnepiece,amarante&arrent
changeant)broché d'arent.
| Vnepiece, vert, or&argent
,fond de Naples avec
iligrane de soye
| Vnepièce, ponceau,vert
r argent en gros deNaples
changeant par bandes no'u;
velles.
Vne piece cramoisi & or, à
fond de satin brodé de-foy gloire. j
Et une piece bleue, or &j
argent par tissu en chaisne, J
Quinzepieces de draps
tres-fins
,
d'écarlate, vert
violet, bleu, gris de Perle &
de canelle
, contenant deu
cens trente-trois aunf-s.troi
quarts. ]
Vne piece de camelot d^
vingt-neufaunes lX. demie,
i
fPRESENS DU ROY
1 pour letroisiéme Ambassadeur
Vne Pendule allant quinze
jours,sonnant les heures
& les demies, la boëte de
fond d'écaille,de Tortue, de
marqueterie, faite en dome,
des pilastres, des chapiteaux
& bases d'ordre Ionique, les
ornemensdorez d'or moulu.
:.. Vne Montre d'orémaillée
de peintures en mignature;
le dessous representant deux
Amans avec l'Amour,&au
dessus les mesmes Amans
sans l'Amour, le dedans de
paysages & personnages.
Vne autre Montre d'or,
émaillée de vert de taille
d'épargne.
Vn Fusil enrichy de reliefs,
le canon damasquiné
d'or & émaillé.
Vn autre Fusil enrichy de
beaucoup d'ornemens gravez
en taille douce.
Vn autre Fusil aussi de
graveuresen taille
f
douce le
canon damasquiné.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil ayant les
mesmes ornemens
Vne paire de Pistolets enrichis
de graveures en taille
douce, le canon damasquiné
d'or & en couleur d'eau, le
bois enrichy de feuillages
d'argent de rapport.
Vne autre paire de Pistolets
de graveures en taille
douce,avec quelques reliefs.
Vne autre paire gravée
aussi en taille douce, les
porte-viz de reliefs.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, de verdure avec
de petits personnages & animaux.
Deux grandes Girandoles
à six branches de fonte d
rée, chacune enrichie de pl
sieurs étoiles de cristaux
roche taillez, & plusieur
autres pieces aussi de cr
taux.
Sept pieces d'étofe de so
or &argent, sur les dessei
de France; scavoir,
Vne piece, bleu &: or tre
riche, avec or glacé & bre
ché d'or.
Vne piece de Caffé & a
gent nué, riche & brodé
deux argents de couleur a
Mosaïque.
vne piece, ponceau, or
argent , par galons d'or &
d'argent brochez.
Vnepiece couleur de
chaireargents à fond gros
de Naples nué de soye verte
Vnepiece,bleu&: or avec
ponceau,à fond gros de Naples
en tissu
Vne piece amarante & or,
: gros de Naples &satin en
tissu
Et une piece rouge & vert, changeant en chaisne.
- Sept pieces de draps trèssins,
d'écarlate, vert, violet,
bleu & gris de Perle
, contetenant
quatre - vingts cinq
aunes trois quarts. -
TRESENS
De Monsieur le Duc du Maine
à cJïïl. Confiance.
Vntres-grand Lustre, tout
de cristal de loche à douze
branches de fonte dorée
ayant une couronne enrichie
de plusieurs boules de
rirtaux de roche, garny
d'une tres-belle campane de
ristaux , ayant une gresse
boule de cristal de roche
taillée dans le milieu.
Deux pieces d'étose or &
argent tres-riches, sur des
desseins de France.
Vne tres-belle Pendule,
onnant les heures & les deny-
heures, & allant huit
ours.
Deux Coupes,deux Veres
? une Souscoupe,une Aiguiere
,deux Bouteilles, un
Baril,&un:Tasse de cristal
le roche ciselé avec une
cassette aussi de cristal,
emplie d'Eventails de mignature
, &de ceintures or
& argent, avec un Portrait
en mignature de Monsieur
e Duc du Mayne.
,
Vngrand Livre repreentant
les Conquestes du
Roy, en mignature, avec
les Personnages &: les Places
o
au naturel, &le plan des
Places, le tout sur du velin,
avec une description historique.
Ce Livre est couvert
de chagrin avec des garnitures
&es
tures & desppllaaqquueess dc'o?r dd>'uunn
ouvrage ciselé. Les Armes
du Roy sont au milieu? &
il yades Chiffres aux
coins.
Je vous avois déja dit une
partie des choses qui sont
contenues dans cet article;
mais je ne vous avois pas
mandé le nom du Prince
qui faisoit ce Present. I
PRE-
- '1
Presens De M. le Marquis de
l, Louvois à M. Constance.
Six grandes Tables de marbre
jaspé ovales.
ri Vntres-riche Tapis de U
Savonnerie.
Presens de M. le Marquis de
il Croissy à VJ1. Constance.
t Vn grand Miroir avec
sa bordure de glace à fond
de lapis, lesornemens aussi
de lapis, & le chapiteau d'un
pareil travail.
Douze Corbeilles de cristal
taillé.
Deux grands Bassinsd'argentdore
en ovale, relevez
au fond en bosse ronde de
plusieurs figures representant
lhistoiredeScipion,deMarc-
Antoine, & de Cleopatre.
Vn grand Bassin, où sont
rapportéesplusieurs plaques
d'argent doré, au fond duquel
relevé en demy bosse,est
vn Neptune dans vnchar tiré
par quatre chevaux Marins.
Vntres beau Vase en forme
de fontaine, ayant deux
Bassins en coquille d'argentdoré,
l'un soutenu d'un
Atlas monté sur un chat
d~'anrg$e~nt doré;l'autre élevéau soutenud'uneVenus
d'argent, accompagnee d'un
Cygne aussi d'argent sur une
coquille dor,& au sommet du
>
Vaseest un Mercure d'argent.
Toutes ces Figuresjettent artificiellement
de l'eau.
~, Vngrand Crucifix d'ambre
tres-curieux. 1
Vnegrande Cassette de
cristal taillé & enchassé, entrelassé
de roses de Diamans
avec des feüillages d'or trait,
d'une belle fimetrie
, dans
laquelle Cassette il y a,
: Douze paires de Gands
glacez.
{ Vn Eventail de peau de
senteur, où est peint en mignature
le Carrousel dernier
fait en France, les bastons enrichis
d'or parsemez de Perles
& deDiamans sins,tenant
ensemble par une viz d'or.
Septautres Eventails de
differentes couleurs & representations,
ornez de rubans
or ez argent.
VneCassettede cristal,avec
sa bordureaussi de cristal
tortillé, dans 1 aquelle il y a
Vne paire deBracelets deCorail
taillé, avec une boucle
dVenDeiMamoannstrfeins àchacun.
d'or avec f»
boëte émaillée, garnie de
Diamans fins, la clef enrichie
de Diamans, VneTabatiered'or émaillée,
garnie de Rubis, avec
un plus gros Rubis pour la
fermer.
VnbeauChapelet de corail.
Vn autre de corail uny.
Vn Chapelet d'ambre trèsprecieux.
t' Vntres-beau Cordon de
corail.
Vne Cave couverte de fatin
vert, ornée de galons&
de clous d'argent, contenant
douze flacons de cristal
couverts d'argent, remplis
d'essences & de diffeter
bonnes odeurs.
Vingt- quatre paires de
Gands d'Espagne, garnis de
rubans dediverses couleurs.
Deux grandes peaux d'Espagne>
d'une senteur merveilleuse.
Vne tres-belle Coupe d'émail
avec sacouverture, sur
laquelle sont representées.
diverses Batailles,& un étuy
de satin rouge galonné d'or
Vn Verre de cristal de roche
couvert, figuré, avec
son pied d'argent, & Lon.
étuy de satin rouge.
Vn grand Verre en coupe
aussi decristal de roche, figuré
,avec sa couverture &
son étuy de satin rouge galonné
d'argent.
Vne Cave de satin rouge,
contenant six grands Gobelets
de cristal grav é.
Vne autre Cave ausside
satin rouge, contenant cinq
grands Gobelets de cristal
'figuré,o
Prbesens de M. le Marquis de
Seignelay àM. Constance.
Deux grands Miroirs de
figure octogone,
ngure o ogone avec leurs
?
bordures toutes de cristal. 1
Vn Benitier de cristal de
roche, garny d'argent.
Quatre grandesTables de
marbre, avec leurs chassis &
pieds de sculpture tous dorez.
Vne tenture de Tapisserie
à fond vert.
,
Vne grande Figure de
marbre
,
representant deux
enfans qui tiernent un pied
de Vase.
Cinquante Portraits des
principales personnes de la
Cour, avec leurs bordures
dorées. a
,
Vn grand Fusil de marqueterie
fait en Canada, d'un
ouvrage exquis , avec [on
étuy de maroquin rouge 3 fleurdelisé d'or. -
Vne paire de Pistolets
montez d'yvoire,tirant chacun
- deux coups, avec
quelquesgraveures en taille
douce
Trois grandes Caisses remplies
de differens ouvrages
decristaux d'Allemagne.
Vn grand Verre avec fom
pied de vermeil doré.
Vne grande Sous-coupe
aussi de cristalavec son
y
pied de vermeil doré.
Vn grand Globe de verre,
representant le Labirinthe
de Versailles. 1
Vn tres-beau Cabinet
d'Optique
>
representant plusieurs
belles veuës.
VnTableau representant
Versailles, avec son quadre
doré.
Deux Tableaux de Rocailles
, avec leurs quadres
aussi dorez.
vous ay envoyée le mois pafré
des Presens qui sont partis
pour Siam,vous ait paru rres-
~pelle, tres ample, & trescurieuse,
j'ay encore beaucoup
dechoses nouvelles à.
vous apprendre sur le mefne
articl
nearticlee.. Il sfaauutt de ggrraannddss
oins, & d'exactes recherches
iour être pleinement instuit
t un détail pareil à celu y-là,
: sur tout, quand on veut
on seulement estre informe
du nombre des pieces, mais
donner aussi une descriprion
particuliere dechacune.C'est
ce que je vay raire a l'égard
decelles dont jene vousay
parlé que legerement. Je ne
vous diray plus rien des autres
,
& passeray mesme par
dessus sans vous les nommer
une seconde fois, àcause que
je vous les ay amplement décrites
, maisaussi i'en aiouteray
un tres-grand nombre,
dont ie ne vous ay encore
rien dit, & vous décriray susJ
qu'aux étofes ,sans quoy il
feroit impossible d'en
bien
faire voir la richesse, & dq
connoistre en quoy consiste
la magnificence de ces P!c:
:cns. le commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez.
Une Couronne d'or à fleuons,
enrichie de Diamans,
le Rubis, d'Emeraudes, &
le Perles.
Un grand Panache d'or,
ouvert desmeimes Perles.
Un grand Miroir de cris-
'a) garny d'or, la bordure
enrichie de Diamans, le der-
~icre aussid'or à fleurs dereief,
& émaillées.
UneSelle de ch eval avec
a Housse
,
les Fourreaux de
~?i.ioiets & les Harnois en
Broderie de relief
, & les
Etriers de vermeil le tout
enrichy de Pierreries.
Quatre Vestes de velours,
deux noires & deux rouges,
une de chaque couleur avec
des manches, & une sans
manches, en broderie de
fleurs de soye liserées d'or,
enric hies de Perles; les noires
avec un galon rouge, & les
rouges avec un galon vert,
brodées &enrichies de.mef-J
me, suivantlesmodelles ap.j
portez de Siam.
Deux Baudriers enbro
derie d'or
,
passée avec les
garnitures d'or émaillées.
:> UnBufle tout bordé d'or
de relief avec les manches,
e Ceinturon, les crochets &
es agraffes de vermeil, doré
deux fois.
Un grand Vase d'Ambre
gravé de bas reliefs, avecla
garniture d'or.
Un grand Cabinet de crital
deroche, les garnitures
ravaillées à fleurs de vermeil
loré.
Une paiie d'A rmes de fer
àl'épreuve du pistolet moitié
coul eur d'eau & moitié
gravées de plusieurs ornemens
dorez, complettesà
l'exception des jambes, le
tout doublé de satinbleu,&
galonné d'or.
Deux grands Fusils à la
Siamoise, enrichis de beaucoup
de reliefs, la garniture
d'argent aussi en relief, les
canons enrichis d'or & d'argent,
& les bois avec des
ornemens tres-riches, chacun
dans ion étuy de maroquin
rouge doré au feu.
Quatre pieces de drap d'or,
& de brocard d'or & d'argent,
de la ~Manufacture dc^
M.Charlierà S. Maur, lur
des desseins de France ; sçavoir,
Une piece de drap d'or
rayé, à fond d'argent broché
d'or & d'argent,nue de
plusieurs couleurs.
! Vnepiece deBrocard d'or
à fond couleur de feu
,
broehé
d'or & d'argent, liseré
de vert
Une piece de Brocard d'or
à fond vert broché d'or 6c d argent retors,liseré de couleur
de feu.
Vne piece de Brocardd'or
à fond*brorché-
d'or & d'argent,liseré
Six piecesd'étofes àfleurs
nuées,listrées d'or sur des
desseins de Siam ; sçavoir,
Vne pieceà fond d'or nue
glacé.
Vne autre piece à fond
ponceau à fleurs lilsrées d'or.
Vnepiece à fond pastel. :
Vne autre à fond bleu.
EEttuunnceaauuttrrecààffoonnddgDris
c 1 air. *
Huit picccs de drap & de
brocard or & argent tres-riches,
(ur des desseins de 11
France ; sçavoir,
Vne pièce de brocard tres- ,
1
richeà-fond d'or broché &
à fleurs ciselées d'or rebrodé
de toutes couleurs.
Vne piece ponceau or&
argent passé d'or tors à travers,
& rebrodé d'argent
tors. Vne pièce - or & argent nué
à fond noir rebrochéd'or
-, - , glace&d'or tors avec feyc,
ponceau brodé.
orVnepieced'étoffevert&:
passé d'or à travers, & rebroché
d'or tors.
-
Vne pièce ponceau & or
brochéd'orglacé,&rebrodé,
d'or tors au petitmestier.
Vne piece cramoisy & or
broché d'or lissé avec ortors,
& rebroché d'argentfrisé.
Vne. piece bleue or & argent,
le fond d'or broché
& tors avec argent tors.
Vne piece bleue & or paffé ed'or glacé à travers.
Huit tables de marbre avec
les chassis
..)t.' piedsue Sculpture
tous dorez.
PRESENS DE MONSEIGÑEVK;
au Roy de Sium.
Vne grande Pendule à quatrecristeaux
de loche,&qua*;
tre colomnes surmontées de
quatre Fleurs de Lys,& soûtenuës
de quatreboules, le
tout decristal deroche, les
Portiques garnis d'or, enrichisdepierreries,&
le Do-
De d'acier bruny
,
enrichy
le feüillages d'or, terminé
parune Fleur de Lys
Deux Baudriers en broder
ie d'or, avec les garnitures
l'or émaillecs.
Deux Fusils à la Siamoise,
enrichis de reliefs gravez en
aille douce, la garniture
l'argent, le canon damait
quiné d'or, & le bois enrichy
d'argent de rapport,
chacun dans son étuy de
maroquin rouge, doré au
feu.
Vne piece d'unquarré long doré deux fois, - contenant
un tiroir& une boëte
couverte, sur laquelleil y a
une Ecritoire ornée de reliefs,
& de graveures enrichies
d'or & de festons d'émail
, avec trente-neuf Diamans.
Vne Montre à boëte d'or
àdeux cristaux, dontle jonc
est gravé de bas-reliefs, marquant
le lever &le coucher
du Soleil, faisant voir le
mouvement annuel, & le
iurne, avec le mouvement
e la Lune, suivant la maiere
de compter à la Sialoise.
Cette Montre a son
tuy fleuronnéd'or.
Deux pieces de drap or
& argent, de Mr Charlier,
ut des desseins de France;
çavoir,
Une piece de drap d'or
ayé, à fond d'or & d'argent
tors avec des comparti
mens couleur de feu.
Vne piece de Brocard d'or
fond bleu, broché d'or&
'argent retors: liseré de
couleur de feu.
Deux autres pieces de Broscardçor&
aarvgento,tresi-rirch,es
Une piece ponteau & or,
broché d'or, à fond glacé
d'or à filigrane.
Vne autre piece vert &or
& argent, à fond d'or ciselé,
broché d'or tors, avec
filigrane d'or tors.
Cinq pieces d'étoffes d'or
& d'argent, nuées & liserées
d'or sur des desseins de Siam
sçavoir
I
Vne piece à fond d'ar
gent glacé,nue.
Vuepièce à fond ama.
ante nue.
Une pièce à iondlfàbcllc.
Vue pièceà-tond vert.
Et une à fond ce la don
Vn tres beau Cabinet dc
riftal de roche, garny de
fermeil doré
Quatre 1 ables de marbra
vec leurs chailis, & pieds
le sculpture dorez.
PRESENSDE ¡'/J/:/DAlvlE'
t - !la 'DaUphine pour la Princjje
de Sidm
,
nomméela
!
f)rincefJe Rryne.
Quatre grandes roses dq
Diamans.
Vne autre plus grande aussi
de Diamans. -
Vne grande Rose de bellcsj
& fortes Emeraudes& de
Diamans. :
Vn Miroir de criftaldero^
che garny d'or la bordure
& le derriere à feüillages cin
zelez
,
enrichie de Diamant
& de Rubis.i Vn petit Coffre d'or gar-j
ny de vases en forme dj
cave aussi d'or, le tout gran
ve & garny de Diamans.
Deux boëtes d'or couj
Vertes en pointes émaillées a
fleurs de neuf pouces, j
Deux autres boëtes aussi
d'or de mesme grandeur de
le mesme figure.
Deux grandestasses ci'or"
:-malll-ées
- Vn grand miroir d'or couert
en forme de boëtetout
maill-é à deux glaces,
Vn grand Cabinet d'ambrea
bas reliefs & à graveues
le dessus port nt pluleurs
Figures de Personna- es&arbres-
Vntres-beau & grand Cainet
de cristal de roche gary
de vermeil. t)
Vne Montre à boëte d'or
à deux cristaux, plus grande;
que les autres, qui montra
l'âge de la Lune à la maniére
Siamoise
, avec son estuy
garny de fleurons ayant la
boëtc cizelée & Cadrans;
d'or. 1
Vne autre Montre émaillée
devert à taille d'épargne.
Cinq pieces de Drap ôc\
brocard or & argent tres-riches
sur les desseins de France;
sçivoir,
Vne piece à fond d'argent
nue au petit messier de [OU
tes couleurs &, rebroché
d'ortots. -'
Vne picce vert & or &argent
, rebroché d'or cors avec
des brodenes d'argent.
Vue piece ponceau à fleurs
d'or rebrochées d'un peu.
d'argent avec or cors.
; Vne piece bleue or & argent
passée d'or en filigrane,&
broché d'argent.
Vnepicce de Damas à fond
amarante, les fleurs brochées.
d'or avec des nompareilles
de satinvert.
Une grande Cassette de
marqueccerie & de bois de
raport des plus precieuxavec
son pied toutes les aar,
nitures dorées & d'un trèsbeau
travail.
PRESENS DU ROI
aM. Constance.
- Une grande Boete à Portrait
decDSa Majeste avec l'attache,
le tout garny deDiamans.
Un Sabre tout d'or avec
un revers de quatre pouces
de large à la Siamoise
, tout
le fourreau garnyde pierreri
es.
VueMontre d'or émaillée
derouge à taille d'Epargne
avec son-estuy, ouvragede
M. Turet.
Une autre Montre d'or, le
donc cizelé avec son estuy t
garny de feüillages d'or.
- Une autre Montre d'or émaillée
de vert à taille d'Epargne
or & blanc,avecl'éuy
à doux fleuronnez d'or-
VnFusilenrichy de relief
canon damasquiné d or
ort riche, & canelé de deux
nanieres ,avec son estuy de
Maroquin rouge doré au
1" i c
eu.
Un autre Fusil enrichy de
reliefs
,
le canon canelé à
goutieres
,
enrichy d'or de
rapport, le boisorné d'argent.
de raport la garniture avec
des bas reliefs & d'or de raporr
aussi avec son estuy.
Vn autre Fusil enrichy de
graveure, le canon & laeu-
Uffc damasquinez d'or, avec
son étuy.
Vn autre Fusil, laplatine
unie, le canon ayant un
marque derelief, aussi avec
ion étuy.
Vne paire de Pistolets enrichis
de rel efs, garnis d'or
de rapport,avec leurs étuis
de maroqu n rouge doré au
,feu.Vne autre paire de Piftolers
lets enrichis de graveurescn
taille douce, le canon damasquiné
d'or, le bois orné
d'argent de rapport, avec
son étuy de maroquin.
Vne autre paire montez
d'yvoire avec des testes de
lion, l'ouvrage du canon
gravé de taille douce.
Deux très -
beauxLustres
de cristal à branches de fonte
dorées,enrichies defeftons,
de boules & de fleurs
de cristal de roche.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, representant
l'histoire de Diane,
Un Coffret d'ambre travaillé
à bas reliefs & giavez.
Une manière de Chapelle
aussi d'ambre avec un Crucifix,
le tout ayant de tresbeaux
ornemens.
Six pieces d'étoffe de foye
or & argent sur des desseins
de France ; sçavoir,
Vne pièce à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or &
argent.
gVnee pniecetble.uë or & ar- Vne autre bleue or & ponceau.
Vne piece de Cramoily
toutor.
Et une piece de ponceau &
raye.
Septpieces de drap tresfin
d'écarlatte,vert, violet,
bleu, gris de perle,& de canelle
contenant 106. aunes,
Vne piece de Camelotcoueur
de feu à pur poil de 28.
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques
de l'Ecurie de Sa Majeste avec
leurs housses, le touten
broderie d'or avec tous les
harnois dorez, l'une brodée
sur un velours rouge,l'enharnachement
& testiere dorée
& fourreaux de pistolets; fy.
l'autre brodée sur un velours
vert, tout l'enharnachement
doré, &les fourreaux de pistolets,
PRESENS DU ROY
pour le premier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie de Diamans
Vn Sabre d'or à la Turque,
la garde & le fourreau
tous garnis de grossesTurquoises
de vieille roche, $
deRubis.
-
Vn tres-beau Lustre de
Cristal de roche à dix branches
de fonte dorée enrichies
le consoles de cristaux qui
Suportent un vasegarny de
leurs, jettant des cristauxaucour
,
le dessous garny d'une
campane de boules de cristaux
avec une grossepiece
taillée dans le milieu.
Vnetenturede Tapisserie
de Flandre a Personnages &
verdures, rep resentant les
Muses &autresparties de la
Metamorphose.
VnFusilenrichy de reliefs,
la garniture & porte-viz
relevez d'or: le canon orné
d'or & d'argent de raport.
Vn Fusil à deux coups?
ayant le canon damasquiné
d'or.
Vn autre Fusil enrichy de
graveures en taille-douce.
: Vn autre Fusil enrichy ausside
graveures, ayant quelques
filets d'argent autour de
la visiere de couche.
Vne paire de pistolets enrichis
de reliefs? le canon en- !
richy d'or & d'argent de
raport,
& la garniture de inefme
travail.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
taille-douce, le canon damasquiné
d'or en couleur
d'eau.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
tulle-douce, le porte-viz
de reliefs &: un masque sur
les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours,tonnant
les heures & les demyheures,
& la Boete de marqueterie
avec des colomnes,
bazes & chapiteaux corintheà
fonds d'écaille de Tortue
, & son étuy garny de
cuir.
Vne petite Pendule d'or
de poche, la boëte enrichie
de graveure avec son étuy
garny de clouds d'or à feuillages.
Vne Montre d'or d'émail
en mignature, le dessous de
la- boëte representant Mars
avec Venus & l'Amour
,
le
jonc &le dedans de Paysages
avec personnages.
Huit pieces d'étosses de
soye or & argent sur les desseins
de France;sçavoir, 1
1
Vne piece de brocard violet
tout or ? en broderie d'or
glacé&tors. -
Vne piece bleuë or & ar- -
gent à fond de Damas en
broderie d'or, reciselé d'argent
tors.
Vnepiece ponceau & or
1- glacée & rebroché d'or tors.
Vne piece bleue or & argent
pararabesqiued'or glacé,
& rebroché d'argent tors.
Vne piece amarante vert &
or, avec rayes de satin broché
d'or lissé & tors. -
Vne piece ponceau tout
argent par ehamarures d'argent
lissé & broché d'argent
tors.
Vne piece blanc & or nue
en Damas avec soye ponceau
& broché d'or.
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures.
Quinzepieces de Draps
tres-fins d'écarlatte vert,violet
bleu gris de perles contenant
deux cens quarante
cinq aunes.
Deux pieces de Camelot
couleur de feu contenant
cinquante-cinq aunes & demie
PRESENS DV ROY
pour le fecond Ambassadeur.
VnLustre de cristaux de
roche à dix branches de fonte
dorée, ayant une Couronne
enrichie de plusieurs
cristaux de roche & de Milan,
le dessous garny de campanes
de boules & pieces de
cristaux de Milan, avec une
grosse poire taillée en coste
au milieu.
Vnependule allant quinze
jours, sonnant les heures &
les demyheures,la boëteen
forme de cartouche sur un
I
fond de cuivre doré, les ornemens
aussi dorez d'or
moulu.
Vnegrande Montre d'or
couverte d'email en mignature
,
le dessous de la boëte
repreientantl'enlevement
dEurope, & le dessus representant
une Venus & des
Amoursavec dcs Tritonssur
un Dauphin,& le dedans de
paysages & personnages.
Vne Montre quarrée à
feuillages d'or,ciselez,avec
un cristal de roche.
Vne tenture de Tapisserie
de Flandre,representant
des jeux d'enfans
Vn Fusil enrichy de reliefs
relevez d'or, le canon
de reliefs, le fond d'or, &:
le bouton d'or de rapport.
Vn autre Fusil enrichy
d'une garniture d'argent gravée
entaille douce,
&d'argent
de rapport autour de
lavisiere de couche.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil le gravé canon de plusieurs ornemens
en taille douce avec du relief
sur la visiere de couche.
.-- Vne paire de Pistolets
enrichis de refiefs,lagarniture
&les cartonsderapport.
Vne autre paite de Pistolets
enrichis de graveure en
taille douce & d'argent de
rapport sur le bois.
Vne autre paire de Pistolets
de graveure en taille
douce? les canons canelez,
& le bois ornéd'argoent de rapport.
Huit pleces d'etofes d'or
& d'argent sur des, desseins
de France,scavoir,
Vne piece pourpre or {SÇ
argent, par chamarures d'or
glacé
,
rebrodé d'ortors à
<
iligranes d'argent,
Vne piècede Brocard d'or
& d'argent, ponceau par
chamarures d'or luisant, &:
proché d'or.
Vne piece, couleur de Caf- é argent, &: nuéaupetit
nétier, rebroché de deux
rgents avec descouleurs.
Vnepiece,amarante&arrent
changeant)broché d'arent.
| Vnepiece, vert, or&argent
,fond de Naples avec
iligrane de soye
| Vnepièce, ponceau,vert
r argent en gros deNaples
changeant par bandes no'u;
velles.
Vne piece cramoisi & or, à
fond de satin brodé de-foy gloire. j
Et une piece bleue, or &j
argent par tissu en chaisne, J
Quinzepieces de draps
tres-fins
,
d'écarlate, vert
violet, bleu, gris de Perle &
de canelle
, contenant deu
cens trente-trois aunf-s.troi
quarts. ]
Vne piece de camelot d^
vingt-neufaunes lX. demie,
i
fPRESENS DU ROY
1 pour letroisiéme Ambassadeur
Vne Pendule allant quinze
jours,sonnant les heures
& les demies, la boëte de
fond d'écaille,de Tortue, de
marqueterie, faite en dome,
des pilastres, des chapiteaux
& bases d'ordre Ionique, les
ornemensdorez d'or moulu.
:.. Vne Montre d'orémaillée
de peintures en mignature;
le dessous representant deux
Amans avec l'Amour,&au
dessus les mesmes Amans
sans l'Amour, le dedans de
paysages & personnages.
Vne autre Montre d'or,
émaillée de vert de taille
d'épargne.
Vn Fusil enrichy de reliefs,
le canon damasquiné
d'or & émaillé.
Vn autre Fusil enrichy de
beaucoup d'ornemens gravez
en taille douce.
Vn autre Fusil aussi de
graveuresen taille
f
douce le
canon damasquiné.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil ayant les
mesmes ornemens
Vne paire de Pistolets enrichis
de graveures en taille
douce, le canon damasquiné
d'or & en couleur d'eau, le
bois enrichy de feuillages
d'argent de rapport.
Vne autre paire de Pistolets
de graveures en taille
douce,avec quelques reliefs.
Vne autre paire gravée
aussi en taille douce, les
porte-viz de reliefs.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, de verdure avec
de petits personnages & animaux.
Deux grandes Girandoles
à six branches de fonte d
rée, chacune enrichie de pl
sieurs étoiles de cristaux
roche taillez, & plusieur
autres pieces aussi de cr
taux.
Sept pieces d'étofe de so
or &argent, sur les dessei
de France; scavoir,
Vne piece, bleu &: or tre
riche, avec or glacé & bre
ché d'or.
Vne piece de Caffé & a
gent nué, riche & brodé
deux argents de couleur a
Mosaïque.
vne piece, ponceau, or
argent , par galons d'or &
d'argent brochez.
Vnepiece couleur de
chaireargents à fond gros
de Naples nué de soye verte
Vnepiece,bleu&: or avec
ponceau,à fond gros de Naples
en tissu
Vne piece amarante & or,
: gros de Naples &satin en
tissu
Et une piece rouge & vert, changeant en chaisne.
- Sept pieces de draps trèssins,
d'écarlate, vert, violet,
bleu & gris de Perle
, contetenant
quatre - vingts cinq
aunes trois quarts. -
TRESENS
De Monsieur le Duc du Maine
à cJïïl. Confiance.
Vntres-grand Lustre, tout
de cristal de loche à douze
branches de fonte dorée
ayant une couronne enrichie
de plusieurs boules de
rirtaux de roche, garny
d'une tres-belle campane de
ristaux , ayant une gresse
boule de cristal de roche
taillée dans le milieu.
Deux pieces d'étose or &
argent tres-riches, sur des
desseins de France.
Vne tres-belle Pendule,
onnant les heures & les deny-
heures, & allant huit
ours.
Deux Coupes,deux Veres
? une Souscoupe,une Aiguiere
,deux Bouteilles, un
Baril,&un:Tasse de cristal
le roche ciselé avec une
cassette aussi de cristal,
emplie d'Eventails de mignature
, &de ceintures or
& argent, avec un Portrait
en mignature de Monsieur
e Duc du Mayne.
,
Vngrand Livre repreentant
les Conquestes du
Roy, en mignature, avec
les Personnages &: les Places
o
au naturel, &le plan des
Places, le tout sur du velin,
avec une description historique.
Ce Livre est couvert
de chagrin avec des garnitures
&es
tures & desppllaaqquueess dc'o?r dd>'uunn
ouvrage ciselé. Les Armes
du Roy sont au milieu? &
il yades Chiffres aux
coins.
Je vous avois déja dit une
partie des choses qui sont
contenues dans cet article;
mais je ne vous avois pas
mandé le nom du Prince
qui faisoit ce Present. I
PRE-
- '1
Presens De M. le Marquis de
l, Louvois à M. Constance.
Six grandes Tables de marbre
jaspé ovales.
ri Vntres-riche Tapis de U
Savonnerie.
Presens de M. le Marquis de
il Croissy à VJ1. Constance.
t Vn grand Miroir avec
sa bordure de glace à fond
de lapis, lesornemens aussi
de lapis, & le chapiteau d'un
pareil travail.
Douze Corbeilles de cristal
taillé.
Deux grands Bassinsd'argentdore
en ovale, relevez
au fond en bosse ronde de
plusieurs figures representant
lhistoiredeScipion,deMarc-
Antoine, & de Cleopatre.
Vn grand Bassin, où sont
rapportéesplusieurs plaques
d'argent doré, au fond duquel
relevé en demy bosse,est
vn Neptune dans vnchar tiré
par quatre chevaux Marins.
Vntres beau Vase en forme
de fontaine, ayant deux
Bassins en coquille d'argentdoré,
l'un soutenu d'un
Atlas monté sur un chat
d~'anrg$e~nt doré;l'autre élevéau soutenud'uneVenus
d'argent, accompagnee d'un
Cygne aussi d'argent sur une
coquille dor,& au sommet du
>
Vaseest un Mercure d'argent.
Toutes ces Figuresjettent artificiellement
de l'eau.
~, Vngrand Crucifix d'ambre
tres-curieux. 1
Vnegrande Cassette de
cristal taillé & enchassé, entrelassé
de roses de Diamans
avec des feüillages d'or trait,
d'une belle fimetrie
, dans
laquelle Cassette il y a,
: Douze paires de Gands
glacez.
{ Vn Eventail de peau de
senteur, où est peint en mignature
le Carrousel dernier
fait en France, les bastons enrichis
d'or parsemez de Perles
& deDiamans sins,tenant
ensemble par une viz d'or.
Septautres Eventails de
differentes couleurs & representations,
ornez de rubans
or ez argent.
VneCassettede cristal,avec
sa bordureaussi de cristal
tortillé, dans 1 aquelle il y a
Vne paire deBracelets deCorail
taillé, avec une boucle
dVenDeiMamoannstrfeins àchacun.
d'or avec f»
boëte émaillée, garnie de
Diamans fins, la clef enrichie
de Diamans, VneTabatiered'or émaillée,
garnie de Rubis, avec
un plus gros Rubis pour la
fermer.
VnbeauChapelet de corail.
Vn autre de corail uny.
Vn Chapelet d'ambre trèsprecieux.
t' Vntres-beau Cordon de
corail.
Vne Cave couverte de fatin
vert, ornée de galons&
de clous d'argent, contenant
douze flacons de cristal
couverts d'argent, remplis
d'essences & de diffeter
bonnes odeurs.
Vingt- quatre paires de
Gands d'Espagne, garnis de
rubans dediverses couleurs.
Deux grandes peaux d'Espagne>
d'une senteur merveilleuse.
Vne tres-belle Coupe d'émail
avec sacouverture, sur
laquelle sont representées.
diverses Batailles,& un étuy
de satin rouge galonné d'or
Vn Verre de cristal de roche
couvert, figuré, avec
son pied d'argent, & Lon.
étuy de satin rouge.
Vn grand Verre en coupe
aussi decristal de roche, figuré
,avec sa couverture &
son étuy de satin rouge galonné
d'argent.
Vne Cave de satin rouge,
contenant six grands Gobelets
de cristal grav é.
Vne autre Cave ausside
satin rouge, contenant cinq
grands Gobelets de cristal
'figuré,o
Prbesens de M. le Marquis de
Seignelay àM. Constance.
Deux grands Miroirs de
figure octogone,
ngure o ogone avec leurs
?
bordures toutes de cristal. 1
Vn Benitier de cristal de
roche, garny d'argent.
Quatre grandesTables de
marbre, avec leurs chassis &
pieds de sculpture tous dorez.
Vne tenture de Tapisserie
à fond vert.
,
Vne grande Figure de
marbre
,
representant deux
enfans qui tiernent un pied
de Vase.
Cinquante Portraits des
principales personnes de la
Cour, avec leurs bordures
dorées. a
,
Vn grand Fusil de marqueterie
fait en Canada, d'un
ouvrage exquis , avec [on
étuy de maroquin rouge 3 fleurdelisé d'or. -
Vne paire de Pistolets
montez d'yvoire,tirant chacun
- deux coups, avec
quelquesgraveures en taille
douce
Trois grandes Caisses remplies
de differens ouvrages
decristaux d'Allemagne.
Vn grand Verre avec fom
pied de vermeil doré.
Vne grande Sous-coupe
aussi de cristalavec son
y
pied de vermeil doré.
Vn grand Globe de verre,
representant le Labirinthe
de Versailles. 1
Vn tres-beau Cabinet
d'Optique
>
representant plusieurs
belles veuës.
VnTableau representant
Versailles, avec son quadre
doré.
Deux Tableaux de Rocailles
, avec leurs quadres
aussi dorez.
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Résumé : Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit une liste détaillée de présents envoyés à Siam, incluant divers objets précieux et artistiques. L'auteur mentionne avoir déjà envoyé une liste précédente, mais il dispose de nombreuses nouvelles informations à partager. Il souligne la nécessité de recherches approfondies pour décrire précisément chaque pièce, tant en termes de quantité que de description particulière. Les présents sont destinés au roi de Siam, à la princesse de Sima, à M. Constance, et aux ambassadeurs. Ils incluent des objets d'art et de luxe tels qu'une couronne d'or enrichie de diamants, rubis, émeraudes et perles, un grand miroir de cristal garni d'or, une selle de cheval avec housse et harnais brodés, des vestes de velours brodées, des baudriers en broderie d'or, un vase d'ambre gravé, et plusieurs pièces d'étoffes précieuses. Les descriptions détaillées incluent des pendules, des montres, des fusils richement décorés, des lustres de cristal, des tapisseries de Flandre, des coffrets d'ambre, et diverses pièces d'étoffes en soie, brocart et drap d'or. Chaque objet est décrit avec précision, mettant en avant les matériaux précieux et les techniques de décoration utilisées. Pour le second ambassadeur, les présents incluent un lustre de cristal de roche, une pendule, plusieurs montres d'or ornées, des fusils et pistolets enrichis, des étoffes précieuses, et une tenture de tapisserie. Pour le troisième ambassadeur, les présents comprennent une pendule, une montre, des fusils, des pistolets, des girandoles, et des étoffes. Monsieur le Duc du Maine offre un grand lustre, des étoffes, une pendule, des objets en cristal, et un livre illustré des conquêtes du roi. M. le Marquis de Louvois offre des tables de marbre et un tapis de Savonnerie. M. le Marquis de Croissy offre un miroir, des corbeilles de cristal, des bassins d'argent, un vase en forme de fontaine, un crucifix d'ambre, des éventails, des bracelets, des tabatières, des chapelets, des flacons d'essences, des gants, des peaux d'Espagne, des coupes d'émail, des verres de cristal, et des goblets. M. le Marquis de Seignelay offre des miroirs, un bénitier, des tables de marbre, une tenture de tapisserie, des portraits, un fusil, des pistolets, des caisses de cristaux, des verres, une sous-coupe, un globe, un cabinet d'optique, et des tableaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1366
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
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Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
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1369
p. 54
PRIERE POUR LE ROY.
Début :
Que pour le bien de son Empire [...]
Mots clefs :
Empire, Louis, Vainqueur, Nations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIERE POUR LE ROY.
PRIERE
POUR LE ROY. QVe pour le bien de son Em-
- pire LOVAIS, aqui le Ciel injpire
Tant d'héroïques actions,
Long-temps entre tu Rois tienne le
rangsuprême,
Toujours Vainqueur des Nations
,
Jamais vaincu que par foymcfme.
POUR LE ROY. QVe pour le bien de son Em-
- pire LOVAIS, aqui le Ciel injpire
Tant d'héroïques actions,
Long-temps entre tu Rois tienne le
rangsuprême,
Toujours Vainqueur des Nations
,
Jamais vaincu que par foymcfme.
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1372
p. 63
AUTRE.
Début :
Je suis un des plaisirs fait pour le genre humain, [...]
Mots clefs :
Aimer
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Je fuis un des plaifirs fait pour le genre humain, E
Et je fuis le plus doux peut être :
Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Le nombre de mes pieds fe trouve dans ta main,
Avec eux tu feras le nom que chacun donne
A l'objet qui charme ſon coeur ;
Un autre hélas , qui par malheur
Ne doit prèfque jamais fe donner à perfonne ;
Un autre nom révéré du Chrétien ;
Ce que tu dois fauver , & ce que l'on reſpire ;
Ce qu'un fils de Saturne avoit pour fon Empire ;
Ce que Boileau trouvoit fi bien ;
Ce qui dans les combats eft le plus néceffaire ;
D'animaux croaffans la retraite ordinaire ;
Ce que bien malgré lui le pauvre forçat tient ;
Un mot fynonyme à colère ;
D'autres encor mais je n'en dirai rien ;
"
Enfin ce que fans moi l'homme eft fouvent las
d'être .
Ne t'en étonne point , Lecteur ;
Si tu parviens à me connoître ,
Tu trouveras fans moi qu'il n'eft point de bonheur.
Je fuis un des plaifirs fait pour le genre humain, E
Et je fuis le plus doux peut être :
Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Le nombre de mes pieds fe trouve dans ta main,
Avec eux tu feras le nom que chacun donne
A l'objet qui charme ſon coeur ;
Un autre hélas , qui par malheur
Ne doit prèfque jamais fe donner à perfonne ;
Un autre nom révéré du Chrétien ;
Ce que tu dois fauver , & ce que l'on reſpire ;
Ce qu'un fils de Saturne avoit pour fon Empire ;
Ce que Boileau trouvoit fi bien ;
Ce qui dans les combats eft le plus néceffaire ;
D'animaux croaffans la retraite ordinaire ;
Ce que bien malgré lui le pauvre forçat tient ;
Un mot fynonyme à colère ;
D'autres encor mais je n'en dirai rien ;
"
Enfin ce que fans moi l'homme eft fouvent las
d'être .
Ne t'en étonne point , Lecteur ;
Si tu parviens à me connoître ,
Tu trouveras fans moi qu'il n'eft point de bonheur.
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1373
p. 63
LOGOGRYPHUS.
Début :
Cortice sub gelido reserant mea viscera flammam. [...]
Mots clefs :
Silex
1374
p. 51
SECONDE ENIGME.
Début :
Les raions du Soleil me donnent la naissance, [...]
Mots clefs :
Ver à soie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGM E.
Es raions du Soleil me donnent la naiffance
Dans l'humble pauvreté des champs ;
Et mon trepas fert l'opulence :
J'occupe les artiſans ,
Et j'amufe les enfans .
1
Refervé par mon fort à la magnificence ,
Je fuis pourtant frugal , & ne ruine pas
Ceux qui me donnent mes repas :
On me voit lentement marcher dans ma jeuneſſe,
Et je vole dans la vieilleffe .
Es raions du Soleil me donnent la naiffance
Dans l'humble pauvreté des champs ;
Et mon trepas fert l'opulence :
J'occupe les artiſans ,
Et j'amufe les enfans .
1
Refervé par mon fort à la magnificence ,
Je fuis pourtant frugal , & ne ruine pas
Ceux qui me donnent mes repas :
On me voit lentement marcher dans ma jeuneſſe,
Et je vole dans la vieilleffe .
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1377
p. 63
« La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...] »
Début :
La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...]
Mots clefs :
Chanson notée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...] »
La Chanfon notée se trouvera à
l'Article des Spectacles.
l'Article des Spectacles.
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1378
p. 51
TROISIEME ENIGME.
Début :
Il est peu sans moy de bon plat ; [...]
Mots clefs :
Truffe
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texteReconnaissance textuelle : TROISIEME ENIGME.
TROISIEME ENIGME.
Left peu fans moy de bon plat
Je farpaffe le goût des plus fines épices a
Je fais en cent lieux les delices
Du plus fale mangeur , & du plus délicar
Left peu fans moy de bon plat
Je farpaffe le goût des plus fines épices a
Je fais en cent lieux les delices
Du plus fale mangeur , & du plus délicar
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1383
p. 62-63
« J'ay promis il y a quelques mois de parler des [...] »
Début :
J'ay promis il y a quelques mois de parler des [...]
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay promis il y a quelques mois de parler des [...] »
J'Ay promis il y a quelques
mois de parler des
observations qui feroient
faites sur des monumencs
d'antiquitéou basreliefs,
trouvez en creusantles
fondations de l'Autel magnifique
où l'on travaille
actuellement par l'ordre
du Roy, pour accomplir
un VOEU fait par Louis,
XIII.
Voicy quelques-unes
des remarques qu'a faites
sur ces pierres antiques
MrM.D.M.Onendonnera
ensuite quelques autres
faites par Mr B. ces deux
Mesieurssont del'Académie
Royale des Inscriptions
& Médaillés.
mois de parler des
observations qui feroient
faites sur des monumencs
d'antiquitéou basreliefs,
trouvez en creusantles
fondations de l'Autel magnifique
où l'on travaille
actuellement par l'ordre
du Roy, pour accomplir
un VOEU fait par Louis,
XIII.
Voicy quelques-unes
des remarques qu'a faites
sur ces pierres antiques
MrM.D.M.Onendonnera
ensuite quelques autres
faites par Mr B. ces deux
Mesieurssont del'Académie
Royale des Inscriptions
& Médaillés.
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1387
p. 1961-1962
STANCES tirées de ces Vers de Seneque : Stet quicumque volet potens Aulae culmine lubrico &c.
Début :
Demeure qui voudra sur la cime glissante [...]
Mots clefs :
Sénèque
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texteReconnaissance textuelle : STANCES tirées de ces Vers de Seneque : Stet quicumque volet potens Aulae culmine lubrico &c.
STANCES tirées de ces Vers
de Seneque :
Stet quicumque volet potens
Aula culmine lubrico & c.
Thyeft.
DEEmeure qui voudra fur la cime gliffante
D'une Cour fuperbe & brillante ,
Où le fombre fouci regne avec la fplendeur ;
Pour moi , me retirant dans une place obſcure ,
Je veux goûter la douceur pure
Du repos ignoré de la fiere grandeur.
Dans une oifiveté toute pleine de charmes ,
Libre de foins , exemt d'allarmes ,
De ma vertu conftante inſpiré , foutenu ,
Ne concevant jamais d'ambitieuſe envie
Je veux paffer toute ma vie
J
Sans connoître les Grands , fans en être connu
Ainfi lorfque mes jours , amis de l'innocence ,
Suivis du calme & du filence ,
Se feront écoulés loin du bruit importun ,
Chargé d'ans , fans regret je perdrai la lumiere
Et
1962 MERCURE DE FRANCE
Sans
Et j'acheverai ma carriere
pompe ,
fans éclat , en homme du commun.
Une accablante mort étonne , trouble , oppreffe
Celui qui ne formant fans ceffe ,
Pour s'élever plus haut , que de vaſtes deffeins ,
Au milieu de ce luxe , où l'on le vit paroître ,
Expire enfin fans fe connoître ,
Fameux & trop connu du refte des humains.
Bouchet , Chanoine de Sens.
de Seneque :
Stet quicumque volet potens
Aula culmine lubrico & c.
Thyeft.
DEEmeure qui voudra fur la cime gliffante
D'une Cour fuperbe & brillante ,
Où le fombre fouci regne avec la fplendeur ;
Pour moi , me retirant dans une place obſcure ,
Je veux goûter la douceur pure
Du repos ignoré de la fiere grandeur.
Dans une oifiveté toute pleine de charmes ,
Libre de foins , exemt d'allarmes ,
De ma vertu conftante inſpiré , foutenu ,
Ne concevant jamais d'ambitieuſe envie
Je veux paffer toute ma vie
J
Sans connoître les Grands , fans en être connu
Ainfi lorfque mes jours , amis de l'innocence ,
Suivis du calme & du filence ,
Se feront écoulés loin du bruit importun ,
Chargé d'ans , fans regret je perdrai la lumiere
Et
1962 MERCURE DE FRANCE
Sans
Et j'acheverai ma carriere
pompe ,
fans éclat , en homme du commun.
Une accablante mort étonne , trouble , oppreffe
Celui qui ne formant fans ceffe ,
Pour s'élever plus haut , que de vaſtes deffeins ,
Au milieu de ce luxe , où l'on le vit paroître ,
Expire enfin fans fe connoître ,
Fameux & trop connu du refte des humains.
Bouchet , Chanoine de Sens.
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Résumé : STANCES tirées de ces Vers de Seneque : Stet quicumque volet potens Aulae culmine lubrico &c.
Le texte de Bouchet, Chanoine de Sens, explore le dilemme entre une vie de pouvoir et de gloire et une existence retirée et paisible. L'auteur exprime son désir de se retirer dans un lieu obscur pour goûter la douceur du repos, loin des ambitions et des soucis. Il aspire à une vie libre d'alarmes, inspirée par une vertu constante, sans jamais concevoir d'envie ambitieuse. Il souhaite vivre sans connaître les grands et sans être connu d'eux, dans une oisiveté charmante et exempte de troubles. À la fin de ses jours, il espère partir sans regret, chargé d'années, loin du bruit importun. En contraste, il décrit la mort accablante de celui qui, formé par de vastes desseins pour s'élever, expire au milieu du luxe sans se connaître vraiment, célèbre et trop connu des autres.
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1389
p. 61-62
« J'ay plus de matiere qu'il n'en faut pour vous entretenir [...] »
Début :
J'ay plus de matiere qu'il n'en faut pour vous entretenir [...]
Mots clefs :
Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay plus de matiere qu'il n'en faut pour vous entretenir [...] »
J'ay plus de matiere qu'il
n'en faut pour vous entretenir
amplement du reſte des Nouvelles
du monde , mais nous
en reprendrons la ſuite en
temps& lieu. Je les continuërois
même à preſent ſi je
croyois que cette lecture vous
fic plus de plaiſir que la petite
diverſion que je vais vous faire
faire Vous enſerez quitteMonſieur
, pour quelques momens
d'attention que j'exige de vous
62 MERCURE
pour un galant homme qui a
cû la bonté de m'envoyer
l'Histoire que vous allez lire.
Voicy ſes propres termes.
n'en faut pour vous entretenir
amplement du reſte des Nouvelles
du monde , mais nous
en reprendrons la ſuite en
temps& lieu. Je les continuërois
même à preſent ſi je
croyois que cette lecture vous
fic plus de plaiſir que la petite
diverſion que je vais vous faire
faire Vous enſerez quitteMonſieur
, pour quelques momens
d'attention que j'exige de vous
62 MERCURE
pour un galant homme qui a
cû la bonté de m'envoyer
l'Histoire que vous allez lire.
Voicy ſes propres termes.
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1390
p. 51-52
AIR NOUVEAU.
Début :
Vous vous connoissez trop bien en Musique, pour n'estre pas / Dans un Bois la jeune Iris [...]
Mots clefs :
Iris, Verdure, Désirs, Brebis, Amour, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Vous
vous connoiffez
trop bien en Mufique , pour
n'eftre pas contente de l'Air
nouveau que je vous envoye.
· Il eſt d'un fort ſça-
•
vant Homme
tout le monde.
eftimé de
AIR NOUVEAU .
D
Ans un Bois la jeune Iris
Sur la verdure nouvelle ,
Carreffoit l'autre jour ſa plus chere
Brebis;
Tircis y vint , & s'affit auprés
d'elle.
Par les plus doux tranſports que l'amour
faffe naistre ,
Ils exprimoient tous deux mille tendres
defirs ,
E ij
52. MERCURE
La Brebis troubloit leurs plaifirs ,
Iris l'envoya paiftre.
Amour , je me fuis plaint cent fois
Des rigueurs de tes loix ,
Ton feu m'eftoit insupportable ;
Mais je me trompois bien.
Un coeur eft miferable
Depuis qu'il n'aime rien.
vous connoiffez
trop bien en Mufique , pour
n'eftre pas contente de l'Air
nouveau que je vous envoye.
· Il eſt d'un fort ſça-
•
vant Homme
tout le monde.
eftimé de
AIR NOUVEAU .
D
Ans un Bois la jeune Iris
Sur la verdure nouvelle ,
Carreffoit l'autre jour ſa plus chere
Brebis;
Tircis y vint , & s'affit auprés
d'elle.
Par les plus doux tranſports que l'amour
faffe naistre ,
Ils exprimoient tous deux mille tendres
defirs ,
E ij
52. MERCURE
La Brebis troubloit leurs plaifirs ,
Iris l'envoya paiftre.
Amour , je me fuis plaint cent fois
Des rigueurs de tes loix ,
Ton feu m'eftoit insupportable ;
Mais je me trompois bien.
Un coeur eft miferable
Depuis qu'il n'aime rien.
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Résumé : AIR NOUVEAU.
L'auteur envoie un nouvel air musical intitulé 'Air Nouveau'. Cet air décrit Iris, une jeune femme, caressant sa brebis dans un bois. Tircis s'approche et ils expriment leur amour. La brebis les dérange, Iris l'envoie paître. Le narrateur évoque les rigueurs de l'amour, reconnaissant la misère du cœur sans amour.
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1394
p. 53-55
SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MESME MERCURE DE JANVIER. Oncques ne fut plus veritable Preux.
Début :
Point ne fais cas de ces fiers Paladins, [...]
Mots clefs :
Dieu, Chevalerie, Chrétiens, Preux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MESME MERCURE DE JANVIER. Oncques ne fut plus veritable Preux.
SUR LES RIMES
· D .E L A B A L A D E.
·ou MESME MERCURE
Da I AN v 1 1 a.
Oncqu.es ne fut plus vericab?e .
Preux.
• •
oi11t ne faü ttU de ces fiers Paladins,
~j des Geants conqYejloie111 /es
Armures;
Point ne f AÙ '"' àe g11!11ns Gre ...
nadins
Dont mention fo1Jt ma.intts Ecritt1res;
. M11i; des Martirs qui p11r fer & flfT
· feux l
•
Sont morts pot'r ieu, ;e les /011~ &
les prie, '
En ft1i1 d'tim()U'r,& de Ghevaleric.,
. c 3
•
•
•
- ----- - 54 . ·ME RCUR:E
Oncq1,es '"e fut 7/114 verit1ih!es
Preux.
~
Cruels Bourreaux, & traîtres A!fa4
lins
Des Saint·s M11rtirs, p11r coups & p11r
• • 1·n Jll res ,
.A Dieu vou/11nt en faire bet111x lar-
•
CJOS ,
Ils Arrachaient fo11vent les cheve ..
lures
En les traînant en CAchots tenc• - bret1x;
.Mail tet faplice eftoit badinerie
À des chrefti1ns plein5 de f11i1ite .
faërie,
Oncques ne fut plm veritnhles.
Preux. •
•
. ~~
1amaü. l' Aurore aux doits in car·
nadins
.&ux fo11rs bri/lans ne ch1erJgeoienl:
nJJ.its obf cures ,
...
•
••
•
•
•
GALANT. 55
S1ins voir chrejliens par m11int"s
• Hommes mutins .
Sot1ijfrir pour Dieu fu11eftes avan·
•
tl1res.
ch1ique M artir hr 1ivoi1 tourmens
nombreux, ·
Bien que tourmens empefchent qu·on
• ne rie ,
Riant des jiens, il quit oit fan hoirie.
011cq1ees ne fut plt14 verttables
Preux. •
EN V 0 Y.
Priez· pour nous, chrejliens fi va·
leo reux , ·
~i du vray Dieu ftdelles Amou'.-
... reux
Avez d11 Diable évité tromperie , .
Priez pour nous, &. pour totM nosNeveux.
Yotu meritez qu'à jrima ~ on s' é-
• crie,
OfJcq11es ne fut plus v erit.fl.b/es
PreL1x.
· D .E L A B A L A D E.
·ou MESME MERCURE
Da I AN v 1 1 a.
Oncqu.es ne fut plus vericab?e .
Preux.
• •
oi11t ne faü ttU de ces fiers Paladins,
~j des Geants conqYejloie111 /es
Armures;
Point ne f AÙ '"' àe g11!11ns Gre ...
nadins
Dont mention fo1Jt ma.intts Ecritt1res;
. M11i; des Martirs qui p11r fer & flfT
· feux l
•
Sont morts pot'r ieu, ;e les /011~ &
les prie, '
En ft1i1 d'tim()U'r,& de Ghevaleric.,
. c 3
•
•
•
- ----- - 54 . ·ME RCUR:E
Oncq1,es '"e fut 7/114 verit1ih!es
Preux.
~
Cruels Bourreaux, & traîtres A!fa4
lins
Des Saint·s M11rtirs, p11r coups & p11r
• • 1·n Jll res ,
.A Dieu vou/11nt en faire bet111x lar-
•
CJOS ,
Ils Arrachaient fo11vent les cheve ..
lures
En les traînant en CAchots tenc• - bret1x;
.Mail tet faplice eftoit badinerie
À des chrefti1ns plein5 de f11i1ite .
faërie,
Oncques ne fut plm veritnhles.
Preux. •
•
. ~~
1amaü. l' Aurore aux doits in car·
nadins
.&ux fo11rs bri/lans ne ch1erJgeoienl:
nJJ.its obf cures ,
...
•
••
•
•
•
GALANT. 55
S1ins voir chrejliens par m11int"s
• Hommes mutins .
Sot1ijfrir pour Dieu fu11eftes avan·
•
tl1res.
ch1ique M artir hr 1ivoi1 tourmens
nombreux, ·
Bien que tourmens empefchent qu·on
• ne rie ,
Riant des jiens, il quit oit fan hoirie.
011cq1ees ne fut plt14 verttables
Preux. •
EN V 0 Y.
Priez· pour nous, chrejliens fi va·
leo reux , ·
~i du vray Dieu ftdelles Amou'.-
... reux
Avez d11 Diable évité tromperie , .
Priez pour nous, &. pour totM nosNeveux.
Yotu meritez qu'à jrima ~ on s' é-
• crie,
OfJcq11es ne fut plus v erit.fl.b/es
PreL1x.
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Résumé : SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MESME MERCURE DE JANVIER. Oncques ne fut plus veritable Preux.
Le poème médiéval 'Sur les rimes' explore les thèmes de bravoure et de martyrs. Il commence par évoquer des preux, des chevaliers et des géants, mais souligne que ces figures héroïques ne sont plus vérifiables. Le texte mentionne ensuite des martyrs chrétiens ayant souffert pour leur foi, subissant des tortures et des persécutions. Les bourreaux sont décrits comme cruels et traîtres, arrachant les cheveux des martyrs et les traînant dans des cachots sombres. Malgré ces souffrances, les martyrs restent fidèles et pleins de foi. Le poème évoque également des chrétiens endurant des tourments nombreux mais riant des diables. Il se termine par une prière aux chrétiens valeureux, les remerciant d'avoir évité la tromperie du diable et demandant leurs prières pour les générations futures. Le poème répète que ces preux et martyrs ne furent jamais plus vérifiables.
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1395
p. 54-55
AIR NOUVEAU.
Début :
L'Air nouveau que vous trouverez icy, est digne de / Sur les tendres Ormeaux, le Rossignol fidelle [...]
Mots clefs :
Amour, Rossignol, Plainte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
L'Air nouveau que vous
trouverez icy, est digne de
suivre ceux que je vous ay
envoyez depuis quelque
temps.
1 *AIR NOUVEAU. SUr les tendres Ormeaux, le Roffirnolsidelie
- Se Plaînt d"amour
,
Se plaint damour dont il rc,~ênt-
rcjjent
lescoups.
Ab éjue ce mal doit efire doux,
Puifyttesa plainte tfi si douet
&sibelle!
trouverez icy, est digne de
suivre ceux que je vous ay
envoyez depuis quelque
temps.
1 *AIR NOUVEAU. SUr les tendres Ormeaux, le Roffirnolsidelie
- Se Plaînt d"amour
,
Se plaint damour dont il rc,~ênt-
rcjjent
lescoups.
Ab éjue ce mal doit efire doux,
Puifyttesa plainte tfi si douet
&sibelle!
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1396
p. 2387-2391
TRADUCTION du Testament de Pierre Pithou.
Début :
Né dans un siecle corrompu et parmi des moeurs entierement perduës, [...]
Mots clefs :
Testament, Amis, Avarice, Justice, République, Guerres, Gens de bien, Ennemis, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION du Testament de Pierre Pithou.
TRADUCTION du Testament de
Pierre Pithou.
N
E' dans un siecle corrompu et parmi
des moeurs entierement perduës
, j'ai conservé la bonne foy et la
droiture autant que j'ay pû.
J'ai chéri , j'ai cultivé mes amis avec
une affection entiere, J'ai été plus sensible
au plaisir de vaincre mes ennemis
par des bienfaits , ou de les laisser dans
l'indifference , qu'à celui de me venger.
Ma femme m'a tenu lieu d'un autre
C vj moi2388
MERCURE DE FRANCE
moi- même j'ai élevé mes enfans avec
indulgence ; j'ai agi avec mes Domesti
ques comme avec des hommes .
J'ai haï le vice , même dans mes plus
proches ; mais j'ai adoré la vertu jusques
dans les Etrangers et dans mes ennemis .
J'ai eu plus de soin de conserver que
d'augmenter mon bien .
Je n'ai point fait et n'ai point souffert
qu'il fût fait aux autres ce que je
n'aurois point voulu que l'on me fit.
Une grace injuste où difficilement ob
tenuë , m'a parû trop cherement achetée.
J'ai regardé la crapule et l'avarice
comme des Monstres détestables dans
tous les hommes , mais sur tout dans les
Ministres de l'Eglise et dans ceux de la
Justice.
Adolescent , jeune homme , homme
fait , j'ai toûjours déféré à la vieillesse .
J'ai aimé uniquement ma Patrie .
Le rang , les honneurs , la Magistra-.
ture , ont eu moins d'attraits pour moi
que le désir d'être occupé ; plus content
d'agir que de commander.
Bien que je ne fusse que Particulier ,
je me suis empressé à être utile au Public;
je l'ai préferé à tout, et j'ai crû que
le parti le plus sûr et le plus avantageux
étoit d'y demeurer attaché .
Ma
NOVEMBRE. 1733 2389
Ma plus chere envie a été de soutenir
et de réparer la République chancelante;
les nouveautez , les changemens , les renversemens
, ne m'ont jamais plû.
Une paix même injuste , ( que les gens
de bien soient de mon avis , ) est plus
avantageuse que les discordes et les
guerres
civiles.
J'ai vu ( a ) avec douleur la Religion ,
la pieté , profanées jusqu'au point de servir
de voile et de prétexte à l'avarice , à
l'ambition et au crime.
Curieux admirateur de la bonne Antiquité
, l'ayant étudiée avec soin , je l'ai
placée au- dessus de la Nouveauté.
J'ai évité , j'ai fui les vaines questions,
les disputes subtiles sur les matieres divines
, comme trop dangereuses.
J'ai connu par experience que la simplicité
accompagnée et comme enveloppée
de la prudence , réussit plus sûrement
et plus heureusement dans ses projets
, que l'artifice et le déguisement.
J'ai moins étudié l'Art de bien dire ,
que la Science qui apprend à juger sai
nement de tour.
(a) Pour l'intelligence de cet article et de quelques
autres, ilfaut se transporter dans les temps ausquels
Pithou vivoit , pendant les guerres de la Religion
et de la Ligue sous les Rois Charles IX. Henry III.
at Henry IV.
2390 MERCURE DE FRANCE
Loin de la foule ambitieuse , sans avarice
, sans envie , au milieu de plusieurs
amis , gens de bien et puissants , dans une
fortune assez commode , j'ai ressenti des
inquiétudes inconnues aux Particuliers .
Il est vrai que les affaires de la République
et celles de mes amis , me les attirerent
plus que les miennes propres.
J'ai compté pour les jours de ma vie
les plus agréables , ceux où j'ai servi le-
Public et mes amis.
Les maux présens m'ont parû plus aisez
à supporter que la vûë de ceux qui me
menaçoient. J'ai soutenu les dernieres
extrémitez avec plus de fermeté qu'un
état flotant et irrésolu .
Pour faire taire la censure la plus maligne,
et pour réprimer les traits plus violens,
j'ay éprouvé qu'il falloit être ferme,
constant , sincere , égal pour tous , dans
l'administration de la Justice .
Que les Loix plutôt que ma volonté ,
décident sur mes biens, quels qu'ils puissent
être après ma mort.
Je ne desire qu'une chose et je l'espere ,
c'est que ma femme , si remplie de vertu
et qui me fut si chere , ait pour nos enfans
les sentimens , les bontez et les mêmes
soins , dont elle m'a comblé pendant
ma vie.
Tes
NOVEMBRE. 1733. 2391
Tels ont été mes sentimens ; tel est le
témoignage de ma conscience ; demandant
en grace à ceux de la Posterité qui
le liront , de le recevoir avec bonté et
de l'interpréter dans un esprit aussi simple
et aussi droit que celui dont je l'ai
écrit.
Fait à Paris. par moi Pierre Pithou , en
l'année 1,87. le premier de Novembre ,
à pareil jour que celui de ma naissance .
Pierre Pithou.
N
E' dans un siecle corrompu et parmi
des moeurs entierement perduës
, j'ai conservé la bonne foy et la
droiture autant que j'ay pû.
J'ai chéri , j'ai cultivé mes amis avec
une affection entiere, J'ai été plus sensible
au plaisir de vaincre mes ennemis
par des bienfaits , ou de les laisser dans
l'indifference , qu'à celui de me venger.
Ma femme m'a tenu lieu d'un autre
C vj moi2388
MERCURE DE FRANCE
moi- même j'ai élevé mes enfans avec
indulgence ; j'ai agi avec mes Domesti
ques comme avec des hommes .
J'ai haï le vice , même dans mes plus
proches ; mais j'ai adoré la vertu jusques
dans les Etrangers et dans mes ennemis .
J'ai eu plus de soin de conserver que
d'augmenter mon bien .
Je n'ai point fait et n'ai point souffert
qu'il fût fait aux autres ce que je
n'aurois point voulu que l'on me fit.
Une grace injuste où difficilement ob
tenuë , m'a parû trop cherement achetée.
J'ai regardé la crapule et l'avarice
comme des Monstres détestables dans
tous les hommes , mais sur tout dans les
Ministres de l'Eglise et dans ceux de la
Justice.
Adolescent , jeune homme , homme
fait , j'ai toûjours déféré à la vieillesse .
J'ai aimé uniquement ma Patrie .
Le rang , les honneurs , la Magistra-.
ture , ont eu moins d'attraits pour moi
que le désir d'être occupé ; plus content
d'agir que de commander.
Bien que je ne fusse que Particulier ,
je me suis empressé à être utile au Public;
je l'ai préferé à tout, et j'ai crû que
le parti le plus sûr et le plus avantageux
étoit d'y demeurer attaché .
Ma
NOVEMBRE. 1733 2389
Ma plus chere envie a été de soutenir
et de réparer la République chancelante;
les nouveautez , les changemens , les renversemens
, ne m'ont jamais plû.
Une paix même injuste , ( que les gens
de bien soient de mon avis , ) est plus
avantageuse que les discordes et les
guerres
civiles.
J'ai vu ( a ) avec douleur la Religion ,
la pieté , profanées jusqu'au point de servir
de voile et de prétexte à l'avarice , à
l'ambition et au crime.
Curieux admirateur de la bonne Antiquité
, l'ayant étudiée avec soin , je l'ai
placée au- dessus de la Nouveauté.
J'ai évité , j'ai fui les vaines questions,
les disputes subtiles sur les matieres divines
, comme trop dangereuses.
J'ai connu par experience que la simplicité
accompagnée et comme enveloppée
de la prudence , réussit plus sûrement
et plus heureusement dans ses projets
, que l'artifice et le déguisement.
J'ai moins étudié l'Art de bien dire ,
que la Science qui apprend à juger sai
nement de tour.
(a) Pour l'intelligence de cet article et de quelques
autres, ilfaut se transporter dans les temps ausquels
Pithou vivoit , pendant les guerres de la Religion
et de la Ligue sous les Rois Charles IX. Henry III.
at Henry IV.
2390 MERCURE DE FRANCE
Loin de la foule ambitieuse , sans avarice
, sans envie , au milieu de plusieurs
amis , gens de bien et puissants , dans une
fortune assez commode , j'ai ressenti des
inquiétudes inconnues aux Particuliers .
Il est vrai que les affaires de la République
et celles de mes amis , me les attirerent
plus que les miennes propres.
J'ai compté pour les jours de ma vie
les plus agréables , ceux où j'ai servi le-
Public et mes amis.
Les maux présens m'ont parû plus aisez
à supporter que la vûë de ceux qui me
menaçoient. J'ai soutenu les dernieres
extrémitez avec plus de fermeté qu'un
état flotant et irrésolu .
Pour faire taire la censure la plus maligne,
et pour réprimer les traits plus violens,
j'ay éprouvé qu'il falloit être ferme,
constant , sincere , égal pour tous , dans
l'administration de la Justice .
Que les Loix plutôt que ma volonté ,
décident sur mes biens, quels qu'ils puissent
être après ma mort.
Je ne desire qu'une chose et je l'espere ,
c'est que ma femme , si remplie de vertu
et qui me fut si chere , ait pour nos enfans
les sentimens , les bontez et les mêmes
soins , dont elle m'a comblé pendant
ma vie.
Tes
NOVEMBRE. 1733. 2391
Tels ont été mes sentimens ; tel est le
témoignage de ma conscience ; demandant
en grace à ceux de la Posterité qui
le liront , de le recevoir avec bonté et
de l'interpréter dans un esprit aussi simple
et aussi droit que celui dont je l'ai
écrit.
Fait à Paris. par moi Pierre Pithou , en
l'année 1,87. le premier de Novembre ,
à pareil jour que celui de ma naissance .
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Résumé : TRADUCTION du Testament de Pierre Pithou.
Dans son testament, Pierre Pithou expose ses valeurs et principes de vie. Il affirme avoir maintenu la bonne foi et la droiture malgré un siècle corrompu. Il a chéri ses amis et préféré vaincre ses ennemis par des bienfaits plutôt que par la violence. Il a élevé ses enfants avec indulgence et a traité ses domestiques avec humanité. Pithou a haï le vice même chez ses proches et a admiré la vertu chez tous. Il a choisi de conserver son bien plutôt que de l'augmenter et a évité de faire ou de subir ce qu'il n'aurait pas voulu endurer. Il a méprisé la crapule et l'avarice, surtout chez les ministres de l'Église et de la justice. Il a toujours respecté la vieillesse et aimé sa patrie plus que les honneurs. Bien qu'étant un particulier, il s'est efforcé d'être utile au public et a soutenu la République chancelante. Il a été attristé par la profanation de la religion et a étudié la bonne antiquité avec soin. Pithou a évité les disputes subtiles sur les matières divines et a préféré la simplicité à l'artifice. Il a vécu sans avarice ni envie, mais avec des inquiétudes dues aux affaires de la République et de ses amis. Il souhaite que ses biens soient répartis selon les lois et que sa femme continue de prendre soin de leurs enfants avec les mêmes soins qu'elle lui a portés. Enfin, il demande à la postérité de recevoir son témoignage avec bonté et droiture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1397
p. 471-475
LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
Début :
Il me paroît, Monsieur, que quelques personnes croyent qu'il arrive [...]
Mots clefs :
Horlogerie, Ressorts, Ressort, Force, Acier, Épaisseur, Poids, Élasticité, Fer, Liqueur
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
LETTRE de M. Regnauld , Horloger ,
écrite de Châlons en Champagne , le 26
Janvier 1735. sur l'Horlogerie .
L me paroît , Monsieur , que quel
ques personnes croyent qu'il arrive
dans les Ressorts , principes de l'action
des Montres , des inégalitez de force , qui
tantôt diminuent , et tantôt augmentent
; et que ces inégalitez , sans autre
cause , les font tarder ou avancer.
Comme l'on trouve le vrai par l'expérience
, j'ai eu recours à celle qui suit
qui suffira peut-être pour vous faire changer
de sentiment.
J'ai fait faire un ressort de Montre
une fois plus long , que ne sont ordinairement
les autres , afin de rendre ses
mouvemens plus sensibles ; je l'ai suspendu
par un de ses bouts ; j'ai attaché à l'autre
un poids d'environ trois onces , lequel
tenoit par sa pesanteur mon ressort
développé environ un tiers de toute sa
longueur , ce qui suffisoit pour l'observation.
Un fil de fer traversoit horisontalement
ce poids et passoit du côté du
mur, le long duquel étoit suspendu mon
ressort. J'ai enfoncé dans ce mur un autre
472 MERCURE DE FRANCE
tre morceau de fil de fer dont la pointe
répondoit parfaitement à celle qui sortoits
du poids; et quoique ce ressort ait
été suspendu ainsi pendant plus de six
mois , je n'ai jamais remarqué quele poids
ait remonté ; au contraire,je me suis toujours
apperçu qu'il descendoit ; ce qui
prouve que le ressort a toujours perdu de
sa force et n'en a jamais regagné.
Pour tirer avantage de cette expérience
, il est necessaire de sçavoir de quelle
façon on agit pour donner l'élasticité à
un ressort ; cela se fait ainsi : Lorsque
P'Ouvrier lui a donné la forme , il le fait
rougir dans le feu , et le trempe ensuite
dans quelque liqueur pour le refroidir
précipitamment. On doit conclure de- là
que l'air qui s'est trouvé dans cette liqueur
, étant plus aisé à être mis en
mouvement , que les parties qui la composent
, sera celui qui aura suivi de près
le feu , qui en abandonnant l'acier , lui
aura laissé des cellules ouvertes que cet
air aura occupé et qui auront été exactement
refermées par la liqueur.
Examinons maintenant comment l'air
peut produire l'élasticité.
Après être convenu , suivant l'opinion
generale , qu'il est composé de différentes
substances , dont la plus grossiere se pent
CI
MARS. 1734. 473
enfermer, et la plus déliée où la matiere
subtile passe tres- librement à travers
toute sorte de corps ; on peut vrai semblablement
croire que lorsque l'on bande
un ressort , ses parties intérieures se
resserrént , et que se resserrant , il s'exprime
proportionnellement de l'air grossier,
enfermé dans les cellules de l'Acier,
autant de cette matiere subtile , qui rentre
pour reprendre la place qu'elle avoit
quittée, lorsque l'on cesse de contraindre
le ressort et qui lui fait reprendre sa premiere
forme ainsi qu'une Eponge remplie
d'eau , que l'on mettroit dans un
Vaisseau et qu'on presseroit , dont l'eau
sortiroit par la pression , laquelle cessée ,
l'eau rentreroit dans l'Eponge et lui redonneroit
sa même forme.
S'il est vrai que les effets élastiques
soient tels , comme on le croit , quelle
vrai -semblance y a - t-il qu'ils puissent
augmenter, lorsqu'il ne peut dans la suite
se loger plus d'air dans l'Acier qu'il y en
est entré lors de la trempe ? car l'on conçoit
aisément que si la seule pression de
l'air y en pouvoit insinuer du nouveau ;
celui non- seulement qui y seroit entré ,
mais encore l'autre qui y auroit été placé
en premier lieu , en sortiroient lorsque
l'on banderoit le ressort , qui n'auroit
alors
474 MERCURE DE FRANCE
alors aucune cause pour reprendre sa situation.
Ona de plus des preuves que l'air grossier
ne peut pénétrer ni le Fer ni l'Acier,
puisqu'on en tient enfermé dans des Atquebuses
à vent , qui ne perdent point de
leurs forces pour être long- temps chargées
.
Il n'y a pas lieu non plus de croire que
le subtil scul puisse produire l'élasticité ,
puisqu'il pénétre facilement , tous les
corps , et qu'ainsi il peut se replacer
dans les Pores extérieurs de la Lame ,
lorsque les intérieurs sont resérrez , sans
Causer aucune contrainte.
Or puisque la quantité d'air enfermé
dans l'Acier ne peut augmenter , il ne se
peut pas faire que le ressort acquiere de
la force; au contraire quelqu'une des prisons
de l'air venant à se rompre , par la
roüille , ou les tentions réitérées , la force
élastique doit diminuer à proportion .
Ceux qui imagineroient des causes de
variations dans ces ressorts , par les diffé
rens dégrez de chaleur , ne rencontreroient
gueres mieux , puisque l'on a reconnu
que la plus grande chaleur de l'Eté
ne cause de dilatation à un morceau de
fer , à l'égard du plus grand froid d'Hyver
, que de la 1152 partie de sa grosseur.
MARS. 1734. 475
seur. Comme la violence du ressort ne
git que dans son épaisseur , qui n'est
pas dans plusieurs ressorts de de ligne ;
jugé de quel effet peut être l'augmentation
de la 1152e partie de de ligne .
De plus , comme ce ressort croîr en lorgueur
, ainsi qu'en épaisseur , il restitue
par son allongement la lenteur que l'épaisseur
auroit ôtée au mouvement de la
Montres et quand même ces différences
ne seroient pas proportionnées entre la
longueur et l'épaisseur , ces excès de force
seroient réduits à rien sur le dernier
mobile où git le principe de régularité.
J'atents avec impatience vos réfléxions :
Je suis avec un profond respect , & c.
écrite de Châlons en Champagne , le 26
Janvier 1735. sur l'Horlogerie .
L me paroît , Monsieur , que quel
ques personnes croyent qu'il arrive
dans les Ressorts , principes de l'action
des Montres , des inégalitez de force , qui
tantôt diminuent , et tantôt augmentent
; et que ces inégalitez , sans autre
cause , les font tarder ou avancer.
Comme l'on trouve le vrai par l'expérience
, j'ai eu recours à celle qui suit
qui suffira peut-être pour vous faire changer
de sentiment.
J'ai fait faire un ressort de Montre
une fois plus long , que ne sont ordinairement
les autres , afin de rendre ses
mouvemens plus sensibles ; je l'ai suspendu
par un de ses bouts ; j'ai attaché à l'autre
un poids d'environ trois onces , lequel
tenoit par sa pesanteur mon ressort
développé environ un tiers de toute sa
longueur , ce qui suffisoit pour l'observation.
Un fil de fer traversoit horisontalement
ce poids et passoit du côté du
mur, le long duquel étoit suspendu mon
ressort. J'ai enfoncé dans ce mur un autre
472 MERCURE DE FRANCE
tre morceau de fil de fer dont la pointe
répondoit parfaitement à celle qui sortoits
du poids; et quoique ce ressort ait
été suspendu ainsi pendant plus de six
mois , je n'ai jamais remarqué quele poids
ait remonté ; au contraire,je me suis toujours
apperçu qu'il descendoit ; ce qui
prouve que le ressort a toujours perdu de
sa force et n'en a jamais regagné.
Pour tirer avantage de cette expérience
, il est necessaire de sçavoir de quelle
façon on agit pour donner l'élasticité à
un ressort ; cela se fait ainsi : Lorsque
P'Ouvrier lui a donné la forme , il le fait
rougir dans le feu , et le trempe ensuite
dans quelque liqueur pour le refroidir
précipitamment. On doit conclure de- là
que l'air qui s'est trouvé dans cette liqueur
, étant plus aisé à être mis en
mouvement , que les parties qui la composent
, sera celui qui aura suivi de près
le feu , qui en abandonnant l'acier , lui
aura laissé des cellules ouvertes que cet
air aura occupé et qui auront été exactement
refermées par la liqueur.
Examinons maintenant comment l'air
peut produire l'élasticité.
Après être convenu , suivant l'opinion
generale , qu'il est composé de différentes
substances , dont la plus grossiere se pent
CI
MARS. 1734. 473
enfermer, et la plus déliée où la matiere
subtile passe tres- librement à travers
toute sorte de corps ; on peut vrai semblablement
croire que lorsque l'on bande
un ressort , ses parties intérieures se
resserrént , et que se resserrant , il s'exprime
proportionnellement de l'air grossier,
enfermé dans les cellules de l'Acier,
autant de cette matiere subtile , qui rentre
pour reprendre la place qu'elle avoit
quittée, lorsque l'on cesse de contraindre
le ressort et qui lui fait reprendre sa premiere
forme ainsi qu'une Eponge remplie
d'eau , que l'on mettroit dans un
Vaisseau et qu'on presseroit , dont l'eau
sortiroit par la pression , laquelle cessée ,
l'eau rentreroit dans l'Eponge et lui redonneroit
sa même forme.
S'il est vrai que les effets élastiques
soient tels , comme on le croit , quelle
vrai -semblance y a - t-il qu'ils puissent
augmenter, lorsqu'il ne peut dans la suite
se loger plus d'air dans l'Acier qu'il y en
est entré lors de la trempe ? car l'on conçoit
aisément que si la seule pression de
l'air y en pouvoit insinuer du nouveau ;
celui non- seulement qui y seroit entré ,
mais encore l'autre qui y auroit été placé
en premier lieu , en sortiroient lorsque
l'on banderoit le ressort , qui n'auroit
alors
474 MERCURE DE FRANCE
alors aucune cause pour reprendre sa situation.
Ona de plus des preuves que l'air grossier
ne peut pénétrer ni le Fer ni l'Acier,
puisqu'on en tient enfermé dans des Atquebuses
à vent , qui ne perdent point de
leurs forces pour être long- temps chargées
.
Il n'y a pas lieu non plus de croire que
le subtil scul puisse produire l'élasticité ,
puisqu'il pénétre facilement , tous les
corps , et qu'ainsi il peut se replacer
dans les Pores extérieurs de la Lame ,
lorsque les intérieurs sont resérrez , sans
Causer aucune contrainte.
Or puisque la quantité d'air enfermé
dans l'Acier ne peut augmenter , il ne se
peut pas faire que le ressort acquiere de
la force; au contraire quelqu'une des prisons
de l'air venant à se rompre , par la
roüille , ou les tentions réitérées , la force
élastique doit diminuer à proportion .
Ceux qui imagineroient des causes de
variations dans ces ressorts , par les diffé
rens dégrez de chaleur , ne rencontreroient
gueres mieux , puisque l'on a reconnu
que la plus grande chaleur de l'Eté
ne cause de dilatation à un morceau de
fer , à l'égard du plus grand froid d'Hyver
, que de la 1152 partie de sa grosseur.
MARS. 1734. 475
seur. Comme la violence du ressort ne
git que dans son épaisseur , qui n'est
pas dans plusieurs ressorts de de ligne ;
jugé de quel effet peut être l'augmentation
de la 1152e partie de de ligne .
De plus , comme ce ressort croîr en lorgueur
, ainsi qu'en épaisseur , il restitue
par son allongement la lenteur que l'épaisseur
auroit ôtée au mouvement de la
Montres et quand même ces différences
ne seroient pas proportionnées entre la
longueur et l'épaisseur , ces excès de force
seroient réduits à rien sur le dernier
mobile où git le principe de régularité.
J'atents avec impatience vos réfléxions :
Je suis avec un profond respect , & c.
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Résumé : LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
Dans une lettre datée du 26 janvier 1735, M. Regnauld, horloger, aborde les inégalités de force observées dans les ressorts des montres. Pour démontrer que ces inégalités ne proviennent pas de variations internes, il décrit une expérience où un ressort est suspendu avec un poids pendant six mois. Au cours de cette période, le poids descend constamment, prouvant que le ressort perd de sa force sans jamais la récupérer. Regnauld explique que l'élasticité d'un ressort est due à l'air emprisonné dans ses cellules lors de la trempe. Lorsqu'on bande le ressort, l'air grossier est expulsé, permettant à une matière subtile de pénétrer et de redonner sa forme au ressort. Cependant, cette quantité d'air ne peut augmenter, ce qui signifie que la force élastique ne peut que diminuer avec le temps. Cette diminution peut être causée par la rouille ou par des tensions répétées. L'horloger rejette également l'hypothèse selon laquelle les variations de température pourraient affecter significativement les ressorts. Il argue que la dilatation due à la chaleur est minime et que les différences de force dans les ressorts sont compensées par leur allongement, assurant ainsi une régularité dans le mouvement des montres.
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1398
p. 63-68
« M. Chevillard, Genealogiste du Roy & Historiographe de France, qui [...] »
Début :
M. Chevillard, Genealogiste du Roy & Historiographe de France, qui [...]
Mots clefs :
Reine Élisabeth, Rois d'Angleterre, Roi d'Écosse, Guillaume de Conquérant, Maison d'Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Chevillard, Genealogiste du Roy & Historiographe de France, qui [...] »
M. Chevillard , Genealogifte
du Roy & Hiftoriographe
de France , qui a
mis au jour quantité d'ous
64 MERCURE
vrages de Blaſon , de Cronologie
& d'Hiftoire, vient
de faire paroître une Carte
cronologique
& hiſtorique
de tous les Rois & Reines
d'Angleterre
, depuis Egbert
, qui fut établi par les
Saxons occidentaux
d'An-..
gleterre en 801. pour leur
Roy , qui fubjugua les anciens
Bretons & les autres
Rois de l'Ifle , ordonna qu
elle feroit appellée Angleterre
& les peuples Anglois,
& qu'ainfi on doit regarder
comme le premier Roy
d'Angleterre
. Cette Carte
ན་
eft
GALANT.
eft divifée en deux races des
Rois d'Angleterre , fçavoir
les Rois d'Angleterre Sa
xons , & les Rois d'Angleterre
Normands , lefquels
Rois Normands font de
pluſieurs branches , toutes
forties de Guillaume , dit
le Bâtard, Duc de Normandie
, qui conquit le Royaume
d'Angletere ; pourquoy
.il fut furnommé Guillaume
le Conquerant. Il eut deux
enfans qui ont porté la couronne
d'Angleterre ; fçavoir
Guillaume fecond , &
Henry premier,dont la fille
Mars
1714.
F
66 MERCURE
Mahaud , Reine d'Angle
terre, porta cette couronné
dans la Maiſon d'Anjou
par fon mariage avec Geoffroy
dit Plantegeneſt , cinz
quieme du nom , Comté
d'Anjou , dans laquelle elle
a été jufques au Roy Ri
chard troifieme; aprés quoy
elle a paffé dans la Maiſon
de Juder , par Elifabeth fille
du Roy Edouard quatrics .
me qui époufa Henry
Comte de Richemont
, qui
fut feptieme du nom Roy
d'Angleterre & aprés la
mort de la Reine Elifabeth ,
軍
GALANT
67
derniere Reine de cette
branche , elle a paffé dans la
Maiſon des Stuart Rois d'Ecoffe
, qui joignirent l'Ecoffe
& l'Irlande avec l'Angleterre
, & Jacques fixiéme
du nom , Roy d'Ecoffe,
qui fucceda à la Reine Elifabeth
, fut le premier du
nom , Roy d'Angleterre ,
& prit le titre de Roy de
la grande Bretagne , comme
ayant uni tous ces
Royaumes enfemble. C'eſt
dans cette Maiſon de Stuart
où elle eft aujourd'hui .
Cet auteur prepare quan-
Fij
68 MERCURE
tité d'autres
ouvrages, qu'il
donnera
inceffamment
au
public , & tout de fuite.
du Roy & Hiftoriographe
de France , qui a
mis au jour quantité d'ous
64 MERCURE
vrages de Blaſon , de Cronologie
& d'Hiftoire, vient
de faire paroître une Carte
cronologique
& hiſtorique
de tous les Rois & Reines
d'Angleterre
, depuis Egbert
, qui fut établi par les
Saxons occidentaux
d'An-..
gleterre en 801. pour leur
Roy , qui fubjugua les anciens
Bretons & les autres
Rois de l'Ifle , ordonna qu
elle feroit appellée Angleterre
& les peuples Anglois,
& qu'ainfi on doit regarder
comme le premier Roy
d'Angleterre
. Cette Carte
ན་
eft
GALANT.
eft divifée en deux races des
Rois d'Angleterre , fçavoir
les Rois d'Angleterre Sa
xons , & les Rois d'Angleterre
Normands , lefquels
Rois Normands font de
pluſieurs branches , toutes
forties de Guillaume , dit
le Bâtard, Duc de Normandie
, qui conquit le Royaume
d'Angletere ; pourquoy
.il fut furnommé Guillaume
le Conquerant. Il eut deux
enfans qui ont porté la couronne
d'Angleterre ; fçavoir
Guillaume fecond , &
Henry premier,dont la fille
Mars
1714.
F
66 MERCURE
Mahaud , Reine d'Angle
terre, porta cette couronné
dans la Maiſon d'Anjou
par fon mariage avec Geoffroy
dit Plantegeneſt , cinz
quieme du nom , Comté
d'Anjou , dans laquelle elle
a été jufques au Roy Ri
chard troifieme; aprés quoy
elle a paffé dans la Maiſon
de Juder , par Elifabeth fille
du Roy Edouard quatrics .
me qui époufa Henry
Comte de Richemont
, qui
fut feptieme du nom Roy
d'Angleterre & aprés la
mort de la Reine Elifabeth ,
軍
GALANT
67
derniere Reine de cette
branche , elle a paffé dans la
Maiſon des Stuart Rois d'Ecoffe
, qui joignirent l'Ecoffe
& l'Irlande avec l'Angleterre
, & Jacques fixiéme
du nom , Roy d'Ecoffe,
qui fucceda à la Reine Elifabeth
, fut le premier du
nom , Roy d'Angleterre ,
& prit le titre de Roy de
la grande Bretagne , comme
ayant uni tous ces
Royaumes enfemble. C'eſt
dans cette Maiſon de Stuart
où elle eft aujourd'hui .
Cet auteur prepare quan-
Fij
68 MERCURE
tité d'autres
ouvrages, qu'il
donnera
inceffamment
au
public , & tout de fuite.
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Résumé : « M. Chevillard, Genealogiste du Roy & Historiographe de France, qui [...] »
M. Chevillard, généalogiste et historiographe de France, a publié une carte chronologique et historique des rois et reines d'Angleterre, débutant avec Egbert, proclamé roi par les Saxons occidentaux en 801. Egbert soumit les anciens Bretons et les autres rois de l'île, nommant le pays Angleterre et ses habitants Anglois, se désignant ainsi comme le premier roi d'Angleterre. La carte distingue deux lignées royales : les rois saxons et les rois normands. Ces derniers descendent de Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, qui conquit l'Angleterre et fut surnommé Guillaume le Conquérant. Deux de ses fils, Guillaume II et Henri Ier, régnèrent sur l'Angleterre. La fille d'Henri Ier, Mathilde, transmit la couronne à la maison d'Anjou par son mariage avec Geoffroy Plantagenêt. La lignée passa ensuite à la maison de Judd via Élisabeth, fille du roi Édouard IV, qui épousa Henri VII. Après la mort d'Élisabeth, la couronne revint à la maison des Stuart, rois d'Écosse, unifiant l'Écosse, l'Irlande et l'Angleterre. Jacques VI d'Écosse, devenu Jacques Ier d'Angleterre, fut le premier roi de Grande-Bretagne. La maison des Stuart règne encore à ce jour. Chevillard prépare également d'autres ouvrages pour une publication prochaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1399
p. 65-72
MORT.
Début :
Achille du Harlay, Comte de Beaumont, Seigneur de Grosbois, ancien [...]
Mots clefs :
Achille du Harlay, Comte de Beaumont, Famille du Harlay, Bourgogne, Arlay
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORT.
MORT
Achille du Harlay, Com
te de Beaumont , Seigneur
de Grofbois , ancien PreFaillet 1712.
F
66 MERCURE
"
mier Prefident du Parle
ment de Paris , mourut le
23. Juillet.
Il fut reçû Premier Prefident le 18. Novembre
1689. il s'eft démis de fa
Charge au mois d'Avril
1707. Il avoit épousé le 12.
Septembre 1667. Anne Madelaine de la Moignon ,
morte au château de Stain
le 8. Octobre 1701. Elle étoit fille de Guillaume de la
Moignon, Marquis de Bafville, Premier Prefident du
Parlement , & de Madelai
ne Potier de Blancmeſnil.
GALANT. 67
&
De cette alliance font ve
nus Achilles du Harlay ,
Comte de Beaumont ,
Marie-Madelaine du Har!
lay , Religieufe aux Filles de
fainte Elifabeth à Paris ;
morte le 28. Novembre
1700. Achilles du Harlay
Confeiller d'Eftat , a épousé
le z. Fevrier 1693. Anne- Renée-Loüife du Loüet , fille
unique de Robert du Loüet,
Marquis de Coyetenval ,
Doyen du Parlement de
Bretagne , & de Renée le
Borgne de Lefquifiou, dont
il a Marie- Louiſe du Har
Fij
68 MERCURE
1
lay , née en 1694. qui a é
poufé en Decembre 1711.
Chriftian- Louis de Montmorenci de Luxembourg ,
Prince de Tingry , Lieutenant general des armées du
Roy, Gouverneur de Valenciennes , connu avant
fon mariage ſous le nom
du Chevalier de Luxembourg.
La famille du Harlay,
feconde en grands Hommes, eft une des plus illuf
tres & des plus anciennes
du Royaume. On parle diverſement de fon origine.
GALANT. 69
Plufieurs difent qu'elle eft
venuë d'Angleterre ; d'au
tres affurent qu'elle tire fon
nom de la ville d'Arlay
dans la Franche- Comté de
Bourgogne. Ces derniers
pretendent en avoir des
preuves , & ajoûtent que la
ville d'Arlay , premiere Baronnie de ce pays , étoit
dans leur maiſon , & qu'elle
paffa enfuite dans celle de
Châlons & de Naffau. François de Harlay, fils de Philbert, eft le premier qui vint
s'établir en France fous les
Regnes de Charles VI. &
70 MERCURE
Charles VII. Il fut Confeil.
ler & Chambellan du Roy.
Il laiffa de Loüife Berbizy
fon époufe , Nicolas Gobinet de Harlay , Sieur de
Grandvilliers & de Nogent; & François,Religieux
de faint Benigne de Dijon.
Cette famille eft divifée
en deux branches : de Harlay- Sancy , & de ĆefiChamvalon.
La branche de HarlaySancy commença en Robert de Harlay , Sieur de
Sancy , Confeiller au Parle
ment de Paris. Il étoit troi-
GALANT. 7!
fiéme fils de Louis deHar
lay , & de Germaine Cœur.
Il époufa le 8. Decembre de
l'an 1544- Jacqueline de Marainvilliers, dont il eut cinq
fils. L'aîné eft le celebre
Nicolas de Harlay de San
cy, Confeiller du Roy en
fes Confeils , Surintendant
des Finances , premier Maî
tre d'Hôtel de Sa Majesté ,
Colonel general des Suiffes,Gouverneur deChâlons
fur Saone , & Lieutenant
general en Bourgogne ,
Ambaffadeur en Allemagne &enAngleterre, nom-
72 MERCURE
mé à l'Ordre du S. Efprit.
Il a rendu des fervices importans aux Rois Henry III.
&Henry IV. dans les differens emplois dont il a été
chargé.
La branche de Cefi & dé
Chamvalon en Loüis , de
Harlay , quatriéme fils de
Loüis , Sieur de Monglat
& de Germaine Cœur. Il
époufa Loüife de Carte,fille
de Gratien , Sieur de faint
Quentin le Verger , dont il
eut pluſieurs enfans.
Achille du Harlay, Com
te de Beaumont , Seigneur
de Grofbois , ancien PreFaillet 1712.
F
66 MERCURE
"
mier Prefident du Parle
ment de Paris , mourut le
23. Juillet.
Il fut reçû Premier Prefident le 18. Novembre
1689. il s'eft démis de fa
Charge au mois d'Avril
1707. Il avoit épousé le 12.
Septembre 1667. Anne Madelaine de la Moignon ,
morte au château de Stain
le 8. Octobre 1701. Elle étoit fille de Guillaume de la
Moignon, Marquis de Bafville, Premier Prefident du
Parlement , & de Madelai
ne Potier de Blancmeſnil.
GALANT. 67
&
De cette alliance font ve
nus Achilles du Harlay ,
Comte de Beaumont ,
Marie-Madelaine du Har!
lay , Religieufe aux Filles de
fainte Elifabeth à Paris ;
morte le 28. Novembre
1700. Achilles du Harlay
Confeiller d'Eftat , a épousé
le z. Fevrier 1693. Anne- Renée-Loüife du Loüet , fille
unique de Robert du Loüet,
Marquis de Coyetenval ,
Doyen du Parlement de
Bretagne , & de Renée le
Borgne de Lefquifiou, dont
il a Marie- Louiſe du Har
Fij
68 MERCURE
1
lay , née en 1694. qui a é
poufé en Decembre 1711.
Chriftian- Louis de Montmorenci de Luxembourg ,
Prince de Tingry , Lieutenant general des armées du
Roy, Gouverneur de Valenciennes , connu avant
fon mariage ſous le nom
du Chevalier de Luxembourg.
La famille du Harlay,
feconde en grands Hommes, eft une des plus illuf
tres & des plus anciennes
du Royaume. On parle diverſement de fon origine.
GALANT. 69
Plufieurs difent qu'elle eft
venuë d'Angleterre ; d'au
tres affurent qu'elle tire fon
nom de la ville d'Arlay
dans la Franche- Comté de
Bourgogne. Ces derniers
pretendent en avoir des
preuves , & ajoûtent que la
ville d'Arlay , premiere Baronnie de ce pays , étoit
dans leur maiſon , & qu'elle
paffa enfuite dans celle de
Châlons & de Naffau. François de Harlay, fils de Philbert, eft le premier qui vint
s'établir en France fous les
Regnes de Charles VI. &
70 MERCURE
Charles VII. Il fut Confeil.
ler & Chambellan du Roy.
Il laiffa de Loüife Berbizy
fon époufe , Nicolas Gobinet de Harlay , Sieur de
Grandvilliers & de Nogent; & François,Religieux
de faint Benigne de Dijon.
Cette famille eft divifée
en deux branches : de Harlay- Sancy , & de ĆefiChamvalon.
La branche de HarlaySancy commença en Robert de Harlay , Sieur de
Sancy , Confeiller au Parle
ment de Paris. Il étoit troi-
GALANT. 7!
fiéme fils de Louis deHar
lay , & de Germaine Cœur.
Il époufa le 8. Decembre de
l'an 1544- Jacqueline de Marainvilliers, dont il eut cinq
fils. L'aîné eft le celebre
Nicolas de Harlay de San
cy, Confeiller du Roy en
fes Confeils , Surintendant
des Finances , premier Maî
tre d'Hôtel de Sa Majesté ,
Colonel general des Suiffes,Gouverneur deChâlons
fur Saone , & Lieutenant
general en Bourgogne ,
Ambaffadeur en Allemagne &enAngleterre, nom-
72 MERCURE
mé à l'Ordre du S. Efprit.
Il a rendu des fervices importans aux Rois Henry III.
&Henry IV. dans les differens emplois dont il a été
chargé.
La branche de Cefi & dé
Chamvalon en Loüis , de
Harlay , quatriéme fils de
Loüis , Sieur de Monglat
& de Germaine Cœur. Il
époufa Loüife de Carte,fille
de Gratien , Sieur de faint
Quentin le Verger , dont il
eut pluſieurs enfans.
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Résumé : MORT.
Achille du Harlay, comte de Beaumont, seigneur de Grofbois, ancien Premier Président du Parlement de Paris, est décédé le 23 juillet 1712. Il avait été nommé Premier Président le 18 novembre 1689 et avait démissionné en avril 1707. Il avait épousé Anne Madeleine de la Moignon le 12 septembre 1667. De cette union sont nés Achilles du Harlay, comte de Beaumont, et Marie-Madelaine du Harlay, religieuse aux Filles de sainte Élisabeth à Paris, décédée le 28 novembre 1700. Achilles du Harlay, conseiller d'État, avait épousé Anne-Renée-Louise du Louët le 2 février 1693. Ils ont eu une fille, Marie-Louise du Harlay, née en 1694 et mariée en décembre 1711 à Christian-Louis de Montmorency de Luxembourg, prince de Tingry. La famille du Harlay est l'une des plus illustres et anciennes du royaume. Son origine est discutée : certains affirment qu'elle vient d'Angleterre, d'autres qu'elle tire son nom de la ville d'Arlay en Franche-Comté. François de Harlay, fils de Philibert, est le premier à s'être établi en France sous les règnes de Charles VI et Charles VII. La famille est divisée en deux branches : Harlay-Sancy et Cefy-Chamvalon. La branche Harlay-Sancy commence avec Robert de Harlay, seigneur de Sancy, conseiller au Parlement de Paris. Son fils aîné, Nicolas de Harlay de Sancy, a occupé divers postes importants sous les règnes de Henri III et Henri IV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1400
p. 63-70
LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
Début :
JE ne suis pas le premier, & je ne serai pas le dernier, Monsieur, de qui vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
LETTRE
A M. de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie.
JE ne suis pas le premier, & je ne serai
pas le dernier, Monsieur, de qui vous
rece vrez des éloges au sujet de votre nou-
veau moulin à organciner les soyes. Je crois
cependant que vous devea être plus sensi-
ble à ceux qui vous vienneut de la part
des gens du métier. Nous avions senti
bien souvent, mes Confreres & moi, une
partie des inconvéniens que vous relevez
dans nos moulins actuels. Réflexions inu-
tiles, qui fante d'être femées sur un bon
fond, ne pouvorent porter aucun fruit. Il
vous étoit réservé, Monsieur, d'en apro-
fondir la totalité, & d'y appliquer un re-
mede aussi utile que bren entendu. Il est à
présumer qu'il ne s'en construira plus sur
s'ancienne methode: mais j'ai de la peine
à croire qu'on détruise aujourd'hui ceux
qui subsistent en bon état. La dépense se-
roit trop forte pour certaines fabriques.
On les usera, & pendant cet intervale, le
vôtre aura le tems de s'établir en plusieurs
64 MERCUREDEFRANCE.
endroits, & de devenit plus facile à cons-
truire par les modeles quon en aura sous
les yeux. C'est un Ouvrage parfait, dont
le Public doit vous conserver une éter-
nelle réconnoissance.
A cette obligation de votre part, Mon-
sieur, votre zéle vient d'en ajoûter une
seconde, par la description détaillée de
votre nouveau tout a filer la soye. Rien
de plus judicieux, de plus vrai & de plus
pratique que tout ce que vous dites sur
les différentes qualités de soye, sur la
triaille des cocons, les négligences des ti-
reuses, & sur le profit immense que lae
France pourroit faire au sujet des Organ-
cins, si ammés par vos exhortations &
par notre propre intérêt, nous parvenions
enfin à filer avec le même succès que les
Piémontois nos voisins. Je trefaillissois de
joye à la lecture de tant de bons avis que
nous fuivons si peu, & qu'il seroit plus fa-
cile de suivre qu'on ne pense. J'espere
que vous donnerez le ton, & que les cho-
ses prendront une autre face.
Après cet aveu aussi sincere que recon-
noissant, me permettrez vous, Monsieur,
de vous demander quelques éclaircifse-
mens, au fujet du nouveau tour à filer.
J'at vieilli dans la pratique, & cetre cir-
constance pourroit rendre excusable la li-
berté que je prends aujourd'hui.
AVRIL. 1752. 65
Je vous sçais bon gré, Mosieur, de
travailler plutôt à corriger le tour à-corde
sans fin, que d'infister sur l'usage de celui
du Piémont, dont la composition s'écarte
trop de la belle simplicité. Toute la Pro-
vence, le Languedoc & le Dauphiné ne
font usage que du premier, & l'on par-
viendra plus aisément à corriger ces mê-
mes tours, qu'à les remplacer par d'autres.
On a déja commencé d'en corriger plu-
sieurs sur une methode qui a bien du rap-
port à la vôtre, & nous sommes dans
le cas depuis trois ans. Mais comme les
choses ne se perfectionnent que par dé-
gré, je ne doute point qu'il n'y ait à pro-
fiter dans le vôtre, même pour ceux qui
ont subi la correction dont j'ai l'honneur
de vous parler.
Votre invention pour constater & régler
le nombre de la croifure, est marquée au
vrai coin de vos productions ordinaires.
Je la conçois aussi distinctement que si je la
voyois: mais j'ai de la peine à croire que
cette torsion à sens & contre sens ne soit
nuisible pour les parties internes de la
soye, qui pourroient être énervées par
cette double froissure. L'écart surnumérai-
re que les deux fils subissent dans votre
cercle, contribue encore à ce froissement,
la résistance ne peut qu'être plus forte,
66 MERCUREDEFRANCE.
& je ne sçais pas si une croisure du même
fens, & en même nombre que la 7otre,
ne seroit pas préférable. L'expérience, &
plus encore vos lumieres, serviront à
éclaircit ce point.
L'invention de rendre mobile la traver-
se qui porte la poulie des guides, est d'un
usage admirable pour la commodité &
l'exactitude du travail. Je puis en parlet
avec connoissance de cause, puisque nos
tours corrigés sont dans le même goût.
L'Auteur doit être bien flaté de cette con-
venance d'idées avec un Artiste aussi dis-
tingué que vous. Son poids est plus fort
que le vôtre. Nous le mettons à sept li-
vres, poids de marc, & l'effet en est
bon.
A l'égard de la proportion que vous éta-
blissez, Monsieur, entre la poulie de l'ar-
bre & la poulie du guide, elle me paroît
trop bornée, & je soupçonne fort qu'il
ny ait quelque faute d'impression. J'ai
d'autant plus raison de le penset ainsi,
que vous expliquez à merveille la néces-
sité qu'il y a de faire changer le fil conti-
nuellement de place afin que la soye puisse
secher plus facilement sur le devidoir. Or
sa proportion de 22- à 35, qui se trouve
dans votre description, ne répond pas as-
AVRIL. 1752.
67
sez à l'idée que vous donnez de la belle
distribution du fil dans la formation de
l'écheveau. J'ai calculé cette proportion
sur les principes que je trouve dans une
feuille publiée en 1749 parl'Auteur de cet-
te correction & je trouve que le fil ne pose
qu'en quatorze endroits différens pour re-
commencer à poser sur les mêmes. La Pro-
portion qui regne dans nos tours corrigés,
est de 23 à 37, & suivant le calcul &
l'expérience, le fil pose trente-sept fois
avant que de revenir sut le premier posé.
La différence de 14 à 37 paroît considé-
rable, & puisque vous aviez à choisir, je
me persuade que vous aurez porté vos
vues encore plus loin, & que celle de
22 à 35 aura été altérée sous la presse.
Il me paroîr aussi, Monsieur, que dans
votre nouveau tour, vous n'annnoncez
aucune précaution contre le défaut qu'on
appelle vitrage, défaut qui est le fleau de
toutes les filatures à corde sans fin, &
qui a seul déterminé les Piémontois à
mettre en place quatre pièces d'engréna-
ge. Aparemment que vous y faites usage de
quelque moyen dont vous avez oublié
de parler dans votre Description.
Je trouve dans la même feuille dont
j'ai parlé plus haut, que le vitrage se par-
tage en douze branches différentes, de-
68 MERCUREDEFRANCE.
puis deux jusqu'à treize positions du fil;
qu'elles ne proviennent les unes & les au-
tres que d'un tapport vicieux entre l'arbre
& la roulette, comme s'exprime l'Auteur.
Il y est encore dit que ces mêmes vitrages
sont très-voisins les uns des autres, &
qu'on a bien de la peine à se délivrer d'une
espéce, sans tomber dans une autre. Avant
que nos tours fussent corrigés, il y en
avoit plufieurs chaque jour qui vitroient
dans notre filature, les uns d'une façon,
& les autres d'une autte: quelques uns
changeoient plufieurs fois dans le même
jour de bien en mal & de mal en bien.
Nos soyes nous faisoient alors un déchec
considérable au dévidage, qui ne subsiste
plus depuis que nos tours sont corrigés.
Vous ne serez peut-être pas fâché,
Monsieur, que je place ici quelques mots
de cette correction pour pouvoit la com-
parer avec celle qui se trouve sans doute
dans votre nouveau tour. La roulette &
l'arbre, sont comme j'ai eu l'honneur de
vous le dire, dans la proportion de 37 à
23. L'un & l'autre sont ferrés, afin que
la corde ne s'enfonce pas dans le bois, ce
qui changeroit le calibre, & feroit dispa-
roître le bon effet de la correction. Par le
moyen de cette Proportion, l'Auteur dé-
montre dans son Imprimé, que de douze
AVRIL. 1752.
69
branches du vitrage, dix sont écartées ra-
dicalement & pour toujours, y compris
les plus nuisibles, comme 2, 3, 4, 5, 6,
7, & à l'égard du 8 & du 13 qui sont
extrêmement voisines de la susdite pro-
portion, & qu'il n est pas possible de dé-
truire radicalement, à cause que le tems
humide & le tems sec produisent de le-
gers changemens sur le bois : à l'égard,
dis-je, de ces deux espéces, l'Auteur se
sert de deux petites chevilles de fer,
qu'on place (une ou deux suivant le be-
soin) dans deux trous destinés pour cet
usage, & dont l'effet est surprenant. On
ne touche jamais à l'une ou l'autre de ces
deux chevilles, sans faire changer totale-
ment de face à l'échevau. Cela vient de
ce que cette cheville augmente ou dimi-
nue le calibre de la roulette d'environ un
cent cinquantième de partie, & rompt
par-là la proportion vicieuse du vitrage
qui disparoît dans l'instant, pour revenir
peut-être dans une autre occasion, & où
le même remede opérera le même effet.
Je suis également persuadé, Monsieur,
que vos deux poulies doivent être ferrées,
quoique vous nen disiez rien dans votre
description, sans quoi il seroit à craindre
que le calibre de ces deux piéces étant
OO
70 MERCUREDEFRANCE.
attiré par la pression continuelle de la cor-
de, votre tour ne tombât dans quelque es-
péce de vitrage. Car en supposant, par
exemple, que la proportion de 22 - à 35
fut véritablement celle que vous trouvez
la meilleure, vous auriez à craindre le vi-
trage du 3, qui ne differe de cette propor-
tion que de , de partie, & celui du 11,
qui en est encore plus voisin, n'y ayant
que — de difference; ainsi 23 - vitre-
roient à 3, & 22 7 vitreroient à 11 &c.
Vous vous êtes acquis le droit à juste
titre, Monsieur, de fixer les regards de
tout le Royaume sur vos productions en
fait de méchanique. Je ne crois pas vous
déplaire par la demande de ces petits éclair-
cissemens qui donneront à votre tour un
nouveau dégré de confiance. J'ose me fla-
ter que vous ne me refuserez pas une gra-
ce qui sera également profitable pout tou-
tes les personnes de ma profession.
J'ai l'honneur d'être,
N. C. O.
A Pertuis en Provence.
A M. de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie.
JE ne suis pas le premier, & je ne serai
pas le dernier, Monsieur, de qui vous
rece vrez des éloges au sujet de votre nou-
veau moulin à organciner les soyes. Je crois
cependant que vous devea être plus sensi-
ble à ceux qui vous vienneut de la part
des gens du métier. Nous avions senti
bien souvent, mes Confreres & moi, une
partie des inconvéniens que vous relevez
dans nos moulins actuels. Réflexions inu-
tiles, qui fante d'être femées sur un bon
fond, ne pouvorent porter aucun fruit. Il
vous étoit réservé, Monsieur, d'en apro-
fondir la totalité, & d'y appliquer un re-
mede aussi utile que bren entendu. Il est à
présumer qu'il ne s'en construira plus sur
s'ancienne methode: mais j'ai de la peine
à croire qu'on détruise aujourd'hui ceux
qui subsistent en bon état. La dépense se-
roit trop forte pour certaines fabriques.
On les usera, & pendant cet intervale, le
vôtre aura le tems de s'établir en plusieurs
64 MERCUREDEFRANCE.
endroits, & de devenit plus facile à cons-
truire par les modeles quon en aura sous
les yeux. C'est un Ouvrage parfait, dont
le Public doit vous conserver une éter-
nelle réconnoissance.
A cette obligation de votre part, Mon-
sieur, votre zéle vient d'en ajoûter une
seconde, par la description détaillée de
votre nouveau tout a filer la soye. Rien
de plus judicieux, de plus vrai & de plus
pratique que tout ce que vous dites sur
les différentes qualités de soye, sur la
triaille des cocons, les négligences des ti-
reuses, & sur le profit immense que lae
France pourroit faire au sujet des Organ-
cins, si ammés par vos exhortations &
par notre propre intérêt, nous parvenions
enfin à filer avec le même succès que les
Piémontois nos voisins. Je trefaillissois de
joye à la lecture de tant de bons avis que
nous fuivons si peu, & qu'il seroit plus fa-
cile de suivre qu'on ne pense. J'espere
que vous donnerez le ton, & que les cho-
ses prendront une autre face.
Après cet aveu aussi sincere que recon-
noissant, me permettrez vous, Monsieur,
de vous demander quelques éclaircifse-
mens, au fujet du nouveau tour à filer.
J'at vieilli dans la pratique, & cetre cir-
constance pourroit rendre excusable la li-
berté que je prends aujourd'hui.
AVRIL. 1752. 65
Je vous sçais bon gré, Mosieur, de
travailler plutôt à corriger le tour à-corde
sans fin, que d'infister sur l'usage de celui
du Piémont, dont la composition s'écarte
trop de la belle simplicité. Toute la Pro-
vence, le Languedoc & le Dauphiné ne
font usage que du premier, & l'on par-
viendra plus aisément à corriger ces mê-
mes tours, qu'à les remplacer par d'autres.
On a déja commencé d'en corriger plu-
sieurs sur une methode qui a bien du rap-
port à la vôtre, & nous sommes dans
le cas depuis trois ans. Mais comme les
choses ne se perfectionnent que par dé-
gré, je ne doute point qu'il n'y ait à pro-
fiter dans le vôtre, même pour ceux qui
ont subi la correction dont j'ai l'honneur
de vous parler.
Votre invention pour constater & régler
le nombre de la croifure, est marquée au
vrai coin de vos productions ordinaires.
Je la conçois aussi distinctement que si je la
voyois: mais j'ai de la peine à croire que
cette torsion à sens & contre sens ne soit
nuisible pour les parties internes de la
soye, qui pourroient être énervées par
cette double froissure. L'écart surnumérai-
re que les deux fils subissent dans votre
cercle, contribue encore à ce froissement,
la résistance ne peut qu'être plus forte,
66 MERCUREDEFRANCE.
& je ne sçais pas si une croisure du même
fens, & en même nombre que la 7otre,
ne seroit pas préférable. L'expérience, &
plus encore vos lumieres, serviront à
éclaircit ce point.
L'invention de rendre mobile la traver-
se qui porte la poulie des guides, est d'un
usage admirable pour la commodité &
l'exactitude du travail. Je puis en parlet
avec connoissance de cause, puisque nos
tours corrigés sont dans le même goût.
L'Auteur doit être bien flaté de cette con-
venance d'idées avec un Artiste aussi dis-
tingué que vous. Son poids est plus fort
que le vôtre. Nous le mettons à sept li-
vres, poids de marc, & l'effet en est
bon.
A l'égard de la proportion que vous éta-
blissez, Monsieur, entre la poulie de l'ar-
bre & la poulie du guide, elle me paroît
trop bornée, & je soupçonne fort qu'il
ny ait quelque faute d'impression. J'ai
d'autant plus raison de le penset ainsi,
que vous expliquez à merveille la néces-
sité qu'il y a de faire changer le fil conti-
nuellement de place afin que la soye puisse
secher plus facilement sur le devidoir. Or
sa proportion de 22- à 35, qui se trouve
dans votre description, ne répond pas as-
AVRIL. 1752.
67
sez à l'idée que vous donnez de la belle
distribution du fil dans la formation de
l'écheveau. J'ai calculé cette proportion
sur les principes que je trouve dans une
feuille publiée en 1749 parl'Auteur de cet-
te correction & je trouve que le fil ne pose
qu'en quatorze endroits différens pour re-
commencer à poser sur les mêmes. La Pro-
portion qui regne dans nos tours corrigés,
est de 23 à 37, & suivant le calcul &
l'expérience, le fil pose trente-sept fois
avant que de revenir sut le premier posé.
La différence de 14 à 37 paroît considé-
rable, & puisque vous aviez à choisir, je
me persuade que vous aurez porté vos
vues encore plus loin, & que celle de
22 à 35 aura été altérée sous la presse.
Il me paroîr aussi, Monsieur, que dans
votre nouveau tour, vous n'annnoncez
aucune précaution contre le défaut qu'on
appelle vitrage, défaut qui est le fleau de
toutes les filatures à corde sans fin, &
qui a seul déterminé les Piémontois à
mettre en place quatre pièces d'engréna-
ge. Aparemment que vous y faites usage de
quelque moyen dont vous avez oublié
de parler dans votre Description.
Je trouve dans la même feuille dont
j'ai parlé plus haut, que le vitrage se par-
tage en douze branches différentes, de-
68 MERCUREDEFRANCE.
puis deux jusqu'à treize positions du fil;
qu'elles ne proviennent les unes & les au-
tres que d'un tapport vicieux entre l'arbre
& la roulette, comme s'exprime l'Auteur.
Il y est encore dit que ces mêmes vitrages
sont très-voisins les uns des autres, &
qu'on a bien de la peine à se délivrer d'une
espéce, sans tomber dans une autre. Avant
que nos tours fussent corrigés, il y en
avoit plufieurs chaque jour qui vitroient
dans notre filature, les uns d'une façon,
& les autres d'une autte: quelques uns
changeoient plufieurs fois dans le même
jour de bien en mal & de mal en bien.
Nos soyes nous faisoient alors un déchec
considérable au dévidage, qui ne subsiste
plus depuis que nos tours sont corrigés.
Vous ne serez peut-être pas fâché,
Monsieur, que je place ici quelques mots
de cette correction pour pouvoit la com-
parer avec celle qui se trouve sans doute
dans votre nouveau tour. La roulette &
l'arbre, sont comme j'ai eu l'honneur de
vous le dire, dans la proportion de 37 à
23. L'un & l'autre sont ferrés, afin que
la corde ne s'enfonce pas dans le bois, ce
qui changeroit le calibre, & feroit dispa-
roître le bon effet de la correction. Par le
moyen de cette Proportion, l'Auteur dé-
montre dans son Imprimé, que de douze
AVRIL. 1752.
69
branches du vitrage, dix sont écartées ra-
dicalement & pour toujours, y compris
les plus nuisibles, comme 2, 3, 4, 5, 6,
7, & à l'égard du 8 & du 13 qui sont
extrêmement voisines de la susdite pro-
portion, & qu'il n est pas possible de dé-
truire radicalement, à cause que le tems
humide & le tems sec produisent de le-
gers changemens sur le bois : à l'égard,
dis-je, de ces deux espéces, l'Auteur se
sert de deux petites chevilles de fer,
qu'on place (une ou deux suivant le be-
soin) dans deux trous destinés pour cet
usage, & dont l'effet est surprenant. On
ne touche jamais à l'une ou l'autre de ces
deux chevilles, sans faire changer totale-
ment de face à l'échevau. Cela vient de
ce que cette cheville augmente ou dimi-
nue le calibre de la roulette d'environ un
cent cinquantième de partie, & rompt
par-là la proportion vicieuse du vitrage
qui disparoît dans l'instant, pour revenir
peut-être dans une autre occasion, & où
le même remede opérera le même effet.
Je suis également persuadé, Monsieur,
que vos deux poulies doivent être ferrées,
quoique vous nen disiez rien dans votre
description, sans quoi il seroit à craindre
que le calibre de ces deux piéces étant
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attiré par la pression continuelle de la cor-
de, votre tour ne tombât dans quelque es-
péce de vitrage. Car en supposant, par
exemple, que la proportion de 22 - à 35
fut véritablement celle que vous trouvez
la meilleure, vous auriez à craindre le vi-
trage du 3, qui ne differe de cette propor-
tion que de , de partie, & celui du 11,
qui en est encore plus voisin, n'y ayant
que — de difference; ainsi 23 - vitre-
roient à 3, & 22 7 vitreroient à 11 &c.
Vous vous êtes acquis le droit à juste
titre, Monsieur, de fixer les regards de
tout le Royaume sur vos productions en
fait de méchanique. Je ne crois pas vous
déplaire par la demande de ces petits éclair-
cissemens qui donneront à votre tour un
nouveau dégré de confiance. J'ose me fla-
ter que vous ne me refuserez pas une gra-
ce qui sera également profitable pout tou-
tes les personnes de ma profession.
J'ai l'honneur d'être,
N. C. O.
A Pertuis en Provence.
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