Résultats : 21737 texte(s)
Détail
Liste
1451
p. 63
« MONSIEUR, Il a été inséré dans votre Mercure de Novembre / Je suis un fruit délicieux, [...] »
Début :
MONSIEUR, Il a été inséré dans votre Mercure de Novembre / Je suis un fruit délicieux, [...]
Mots clefs :
Orange
1452
p. 64-65
« M. de la Chaussée, Fermier general, est mort. On a [...] »
Début :
M. de la Chaussée, Fermier general, est mort. On a [...]
Mots clefs :
M. de la Chaussée, Fermier
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texteReconnaissance textuelle : « M. de la Chaussée, Fermier general, est mort. On a [...] »
M. dela Chaussée, Fermier general
,
est mort. On
a
donné sa place à M. Laugeois. Le choix & la diftindion que le Ministre en a
fait, quoy qu'il ne soit âgé
que d'environ vingt-neuf
ans, fait juger qu'il remplira cette place suivant
son attente. Ceux qui l'ont
pratiqué jusqu'à present le
pensent ainsi.
Il est petit-neveu de feu
M.
M.Laugeois d'Imbercourt,
qui aoccupé une pareille
place dans
les
Fermes generales pendant quarante
ans, & qui eut deuxenfans,
-- dont l'un est à presant Intendant à Soissons, &l'autre,mortedepuis cinq
ans,avoit"., étémariée1
en premieres noces à M. le Marquis de la Paupliniere, &
en --fezotide-sau-feu le Maréchal de Tourville
,
est mort. On
a
donné sa place à M. Laugeois. Le choix & la diftindion que le Ministre en a
fait, quoy qu'il ne soit âgé
que d'environ vingt-neuf
ans, fait juger qu'il remplira cette place suivant
son attente. Ceux qui l'ont
pratiqué jusqu'à present le
pensent ainsi.
Il est petit-neveu de feu
M.
M.Laugeois d'Imbercourt,
qui aoccupé une pareille
place dans
les
Fermes generales pendant quarante
ans, & qui eut deuxenfans,
-- dont l'un est à presant Intendant à Soissons, &l'autre,mortedepuis cinq
ans,avoit"., étémariée1
en premieres noces à M. le Marquis de la Paupliniere, &
en --fezotide-sau-feu le Maréchal de Tourville
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Résumé : « M. de la Chaussée, Fermier general, est mort. On a [...] »
M. de la Chaussée, Fermier général, est décédé. M. Laugeois, âgé de vingt-neuf ans, lui a succédé. Son expérience et sa distinction promettent une gestion conforme aux attentes. Il est le petit-neveu de M. Laugeois d'Imbercourt, ancien Fermier général pendant quarante ans. Ce dernier avait deux enfants, l'un est Intendant à Soissons, l'autre est décédé depuis cinq ans.
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1453
p. 47-48
A M. LE CHEVALIER COYNART.
Début :
La terre a perdu sa verdure ; [...]
Mots clefs :
Fleurs, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : A M. LE CHEVALIER COYNART.
A M. LE CHEVALIER COYNART,
LA terre a perdu fa verdure ;
Flore atteinte de la froidure
Refuse aujourd'hui fes faveurs >
Ainsi vainement je m* apprête >
Chevalier, àchommer ta Fête,
Je ne fjaurois trouver de fleurs.
Au deffaut dé celles que Flore
Dans ses Parterres fait éclore ,
Et que l'on voie si- rôt mourir,
Je vais , volant avec audace ,
En cueillir fur le Mont-Parnasse
Que ie tems ne pourra flétrir.
Ç vj Newi
43 MERCURE DE FRANCE;
■H;a£ Soeurs plus fcavantes que belles.
Culcivenc ces fleurs immortelles >
Qui bravent le plus grand Hyver *■
Avec ces fleurs je veux te faire
Un bouquet , que jamais n'altère
Aucune impression de l'air.
Sans imposer aux yeuxt fans feindre ».
Avec ces fleurs je sçaurai peindre
Ta politesse , ta candeur ,
Ta mémoire heureuse , admirable
T.. n esprit facile . agréable >
EKs ans * surmontant la froideur».
Ce bouquet disert , patetique, .
De ton ame vraiment stoïqueL .
Exprimera l'égalité;
On y verra par quelle addreflè
Tu sça s donner â la vieillesse
Un air dont on est enchanté».
Ta conversátion charmante »
Auífi solide qu'amusante,
Y paroîtra dans tout son jour.
Voila les fleurs que pour ta gloire
Je vais aux filles de mémoire
Voler en leur faisant ma Cour.
LA terre a perdu fa verdure ;
Flore atteinte de la froidure
Refuse aujourd'hui fes faveurs >
Ainsi vainement je m* apprête >
Chevalier, àchommer ta Fête,
Je ne fjaurois trouver de fleurs.
Au deffaut dé celles que Flore
Dans ses Parterres fait éclore ,
Et que l'on voie si- rôt mourir,
Je vais , volant avec audace ,
En cueillir fur le Mont-Parnasse
Que ie tems ne pourra flétrir.
Ç vj Newi
43 MERCURE DE FRANCE;
■H;a£ Soeurs plus fcavantes que belles.
Culcivenc ces fleurs immortelles >
Qui bravent le plus grand Hyver *■
Avec ces fleurs je veux te faire
Un bouquet , que jamais n'altère
Aucune impression de l'air.
Sans imposer aux yeuxt fans feindre ».
Avec ces fleurs je sçaurai peindre
Ta politesse , ta candeur ,
Ta mémoire heureuse , admirable
T.. n esprit facile . agréable >
EKs ans * surmontant la froideur».
Ce bouquet disert , patetique, .
De ton ame vraiment stoïqueL .
Exprimera l'égalité;
On y verra par quelle addreflè
Tu sça s donner â la vieillesse
Un air dont on est enchanté».
Ta conversátion charmante »
Auífi solide qu'amusante,
Y paroîtra dans tout son jour.
Voila les fleurs que pour ta gloire
Je vais aux filles de mémoire
Voler en leur faisant ma Cour.
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Résumé : A M. LE CHEVALIER COYNART.
L'auteur adresse une lettre poétique à M. le Chevalier Coynart, regrettant de ne pouvoir offrir des fleurs fraîches à cause de l'hiver. Il choisit alors de cueillir des fleurs immortelles sur le Mont-Parnasse, symbolisant des qualités intemporelles telles que la politesse, la candeur, la mémoire et l'esprit agréable du destinataire. Ces fleurs forment un bouquet qui exprime l'égalité et la stoïcité de l'âme du chevalier, ainsi que sa conversation charmante et solide. L'auteur conclut en affirmant qu'il va voler ces fleurs auprès des filles de mémoire pour célébrer la gloire du chevalier.
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1456
p. 63-64
AUTRE. A Madame B... en son Château d. B...
Début :
A deviner le mot de mainte énigme obscure, [...]
Mots clefs :
Buisson
1458
p. 52-53
« Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...] »
Début :
Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...] »
Vous me remerciez, Mademoiselle
,
de la lecture que
vous venezde faire 1jevousen
sçais bon gré. Tant que je
vous donneray
,
dites-vous,
des morceaux comme celui là
vous les lirez tous, vrayement
cela ca fort obligeant;maisil
n'est pas encore temps de me
remercier, & j'ay tant d'autres
jolies choses à vous conter
,que je pa evois, si vous ne
m'interrompez pas d'avantage,
que je ne pourray mettre
vos remerciements que par
Apoftillc à la fin de ma Lettre,
ainsi foit.
,
de la lecture que
vous venezde faire 1jevousen
sçais bon gré. Tant que je
vous donneray
,
dites-vous,
des morceaux comme celui là
vous les lirez tous, vrayement
cela ca fort obligeant;maisil
n'est pas encore temps de me
remercier, & j'ay tant d'autres
jolies choses à vous conter
,que je pa evois, si vous ne
m'interrompez pas d'avantage,
que je ne pourray mettre
vos remerciements que par
Apoftillc à la fin de ma Lettre,
ainsi foit.
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1460
p. 469-471
REPONSE à la Missive du Chevalier de Leucotece, Protecteur de l'Infante Malcrais, imprimée dans le premier Volume du Mercure de Décembre.
Début :
Honneur vous soit, Seigneur de Leucotece, [...]
Mots clefs :
Leucotèce, Chevalier, Seigneur, Rimeur marseillais, Malcrais, Chevalier errant
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Missive du Chevalier de Leucotece, Protecteur de l'Infante Malcrais, imprimée dans le premier Volume du Mercure de Décembre.
REPONSE à la Missive du Chevalier
de Leucotece , Protecteur de l'Infante
Malerais , imprimée dans le premier Volume
du Mercure de Décembre.
Honneur Onneur vous soit , Seigneur de Leucotece ;
Preux Chevalier Errant sur le Permesse ,
Vos Vers obscurs , votre stile gaulois ,
Doivent occir le Rimeur Marseillois ;
Vous
470 MERCURE DE FRANCE
Vous discourez comme un vrai Dom Quixote ,
Et méritez bon Brévet de Calotte ;
Puisqu'aussi - bien vous dites sans façon ,
Que vous n'avez ni rime ni raison ;
Mais , direz-vous , ce n'est que pour la rimés
Il me falloit faire rimer Escrime ,
Loin de manquer à ce point important ,
"J'ai mieux aimé me taxer d'ignorant ,
Bien répondu ; le Public charitable ,
En cela seul vous trouve raisonnable ;
Mais entre -nous, Chevalier valeureux
Votre courage est tant soit peu
douteux ;
Vous frissonnez à l'aspect de Voltaire ,
Avec raison votre bras le révere ,
Mais en voulant excepter l'Hélicon ,
Vous nous montrez l'image d'un Poltron.
Quant au Berger des Rives de la Seine ,
On s'apperçoit que ce Rival vos gêne ;
Vous l'attaquez en timide Soldat ,
Quin'ose point hazarder le Combat.
Et pour couvrir votre poltronnerie ,
Vous le voulés par votre calomnie ,
Faire passer pour malin Enchanteur :
Fuyez , fuyez , Chevalier sans valeur ,
Malcrais n'a pas besoin pour la deffendre ,
Que votre voix ici se fasse entendre ,
•
Ni qu'en l'honneur de ses charmans appas,
De yos Rivaux coupiez têtes et bras ;
Point
MARS.
47%
1733
Point de lui faut le secours de votre ordre ;
D'autres sans vous sçauront frapper et mordre
Le moindre mot de son aimable voix ,
Pourroit forcer le Rimeur Marseillois
A confesser que malgré son mérite ,
Et ses talens , dans son corps il habite ,
Certain esprit , qui , quoiqu'il soit divin ,
N'en est pas moins de Sexe feminin ;
Que cette Fille habile et toute aimable ,
N'est point chimere et qu'elle est très - palpable ;
Ainsi , Seigneur , n'exposez plus au vent ,
Votre Harnois de Chevalier Errant ;
Soyez tranquille , et gardez le silence ,
Ou regagnez la Manche en diligence ;
Là renfermé dans votre vieux Château ,
Pour affermir votre foible cerveau ,
Et
pour calmer l'ire qui vous transporte
Avalerez une dose un peu forte
D'un Hellebore éprouvé , bien récent,
C'est mon avis , Seigneur , profitez - en.
V. D. G.
de Leucotece , Protecteur de l'Infante
Malerais , imprimée dans le premier Volume
du Mercure de Décembre.
Honneur Onneur vous soit , Seigneur de Leucotece ;
Preux Chevalier Errant sur le Permesse ,
Vos Vers obscurs , votre stile gaulois ,
Doivent occir le Rimeur Marseillois ;
Vous
470 MERCURE DE FRANCE
Vous discourez comme un vrai Dom Quixote ,
Et méritez bon Brévet de Calotte ;
Puisqu'aussi - bien vous dites sans façon ,
Que vous n'avez ni rime ni raison ;
Mais , direz-vous , ce n'est que pour la rimés
Il me falloit faire rimer Escrime ,
Loin de manquer à ce point important ,
"J'ai mieux aimé me taxer d'ignorant ,
Bien répondu ; le Public charitable ,
En cela seul vous trouve raisonnable ;
Mais entre -nous, Chevalier valeureux
Votre courage est tant soit peu
douteux ;
Vous frissonnez à l'aspect de Voltaire ,
Avec raison votre bras le révere ,
Mais en voulant excepter l'Hélicon ,
Vous nous montrez l'image d'un Poltron.
Quant au Berger des Rives de la Seine ,
On s'apperçoit que ce Rival vos gêne ;
Vous l'attaquez en timide Soldat ,
Quin'ose point hazarder le Combat.
Et pour couvrir votre poltronnerie ,
Vous le voulés par votre calomnie ,
Faire passer pour malin Enchanteur :
Fuyez , fuyez , Chevalier sans valeur ,
Malcrais n'a pas besoin pour la deffendre ,
Que votre voix ici se fasse entendre ,
•
Ni qu'en l'honneur de ses charmans appas,
De yos Rivaux coupiez têtes et bras ;
Point
MARS.
47%
1733
Point de lui faut le secours de votre ordre ;
D'autres sans vous sçauront frapper et mordre
Le moindre mot de son aimable voix ,
Pourroit forcer le Rimeur Marseillois
A confesser que malgré son mérite ,
Et ses talens , dans son corps il habite ,
Certain esprit , qui , quoiqu'il soit divin ,
N'en est pas moins de Sexe feminin ;
Que cette Fille habile et toute aimable ,
N'est point chimere et qu'elle est très - palpable ;
Ainsi , Seigneur , n'exposez plus au vent ,
Votre Harnois de Chevalier Errant ;
Soyez tranquille , et gardez le silence ,
Ou regagnez la Manche en diligence ;
Là renfermé dans votre vieux Château ,
Pour affermir votre foible cerveau ,
Et
pour calmer l'ire qui vous transporte
Avalerez une dose un peu forte
D'un Hellebore éprouvé , bien récent,
C'est mon avis , Seigneur , profitez - en.
V. D. G.
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Résumé : REPONSE à la Missive du Chevalier de Leucotece, Protecteur de l'Infante Malcrais, imprimée dans le premier Volume du Mercure de Décembre.
L'auteur répond à une lettre du Chevalier de Leucotece, Protecteur de l'Infante, publiée dans le Mercure de Décembre. Il critique sévèrement le style littéraire et le courage du Chevalier, le comparant à Don Quichotte. Ses vers sont jugés obscurs et son style qualifié de gaulois. Bien que le Chevalier reconnaisse ne pas maîtriser la rime et la raison, l'auteur le traite de poltron, notamment face à Voltaire et un rival berger des Rives de la Seine. Il accuse le Chevalier de calomnier ce rival pour dissimuler sa propre lâcheté. L'auteur affirme que Malcrais n'a pas besoin de la défense du Chevalier et que d'autres sauront mieux défendre ses qualités. Il conseille au Chevalier de se taire ou de regagner la Manche, suggérant qu'il avale une dose d'hellébore pour apaiser son esprit agité.
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1461
p. 65-67
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Ernélinde qui fut reprise l'année dernière, à-peu-près à pareil temps, a toujours [...]
Mots clefs :
Rôle, Temps, M. Le Gros, Mlle Le Vasseur, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique a récemment repris 'Ernelinde', saluée pour ses effets spectaculaires et ses qualités musicales. Les rôles principaux étaient interprétés par Mme Gelin, l'Arrivée, le Gros et Mlle Durancy. Après le décès de Rousseau de Genève, 'Le Devin du Village' a été représenté avec M. le Gros et Mlle le Vasseur, rencontrant un succès constant et unanime, marqué par les regrets de la perte de l'auteur. L'œuvre 'Orphée', un drame héroïque en trois actes, a été créée en août 1774 et reprise jusqu'en 1777. La dernière représentation a eu lieu le 28 du mois, avec Mlle Laguerre en Eurydice, M. l'Aîné en Orphée et Mlle St. Huberty en Amour. Le ballet des champs élyséens, dansé par M. Vestris, Mlle Guimard et Mlle Heinel, a été particulièrement acclamé pour son exécution exceptionnelle, tout comme les talents émergents de M. Vestris.
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1462
p. 57-5[9]
ÉPITRE A Me
Début :
Apollon, ce Dieu que je sers, [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE A Me
épître a m*
j8 MERCURÊ DE FRANCE.
íes regrets que devoit leur causer vôtre al*.'
sence ,
Que par un assez long silence ,
Et le chagrin peint dans leurs yeux.
L . . . . . étoit inconsolable
Et nous dit le reste du jour ,
Qu'il brûleroit pour vous d'amour,
Si d'amour pour lui seul il vous scntoit ca*
pabki "
Cependant M\ . . . fans cefle commençoit g
Quelque gentille ritournelle,
Que jamais il ne fihisioit i
Soudain avec le même zele ,
tes transports • les épanchemens s-
Qui secondoient tous les sermens ,'
Qu'il vous faifoit d'être fidele ;
Le depart , dit.il de la belle ,
Me détache enfin de son char ,
Mon amour s'est enfui comme elle ,
Et je la quitte à jamais , car
Elle metournoit la cervelle.
A l'égard du garçon dont la naïveté ,
JANVIER 1724. 5*
Par fois vous apprêtoit à rire ,
En Berger dont le coeur soupire ,
Il s'est parmi nous comporté.
A nos Dames enfin, contre son ordinaire y
N'ayant plus aucun foin de plaire ,
Il prit un mouchoir d'une main ,
De l'autre une livre de pain ;
JEt conservant toujours son même câracterey
Il soulageait son ooeur & contentoit sa faim>
Adieu , cruelle , dont Tabsence
Eteint le brillant de ces feux y
Qu'en mon a'me allumoicnt vos yeux ,s
Parmi lajoye & l'abondance.
Vous avez emmené les plaisirs & les jeuxj
Helas ! pour essuyer mes larmes ,
L'amour seul m'eíì resté sans eux ,
Ce Dieu m'entretient de vos charmes ,
Mon fort en est. il plus heureux ?
j8 MERCURÊ DE FRANCE.
íes regrets que devoit leur causer vôtre al*.'
sence ,
Que par un assez long silence ,
Et le chagrin peint dans leurs yeux.
L . . . . . étoit inconsolable
Et nous dit le reste du jour ,
Qu'il brûleroit pour vous d'amour,
Si d'amour pour lui seul il vous scntoit ca*
pabki "
Cependant M\ . . . fans cefle commençoit g
Quelque gentille ritournelle,
Que jamais il ne fihisioit i
Soudain avec le même zele ,
tes transports • les épanchemens s-
Qui secondoient tous les sermens ,'
Qu'il vous faifoit d'être fidele ;
Le depart , dit.il de la belle ,
Me détache enfin de son char ,
Mon amour s'est enfui comme elle ,
Et je la quitte à jamais , car
Elle metournoit la cervelle.
A l'égard du garçon dont la naïveté ,
JANVIER 1724. 5*
Par fois vous apprêtoit à rire ,
En Berger dont le coeur soupire ,
Il s'est parmi nous comporté.
A nos Dames enfin, contre son ordinaire y
N'ayant plus aucun foin de plaire ,
Il prit un mouchoir d'une main ,
De l'autre une livre de pain ;
JEt conservant toujours son même câracterey
Il soulageait son ooeur & contentoit sa faim>
Adieu , cruelle , dont Tabsence
Eteint le brillant de ces feux y
Qu'en mon a'me allumoicnt vos yeux ,s
Parmi lajoye & l'abondance.
Vous avez emmené les plaisirs & les jeuxj
Helas ! pour essuyer mes larmes ,
L'amour seul m'eíì resté sans eux ,
Ce Dieu m'entretient de vos charmes ,
Mon fort en est. il plus heureux ?
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Résumé : ÉPITRE A Me
En janvier 1724, une épître publiée dans le Mercure de France exprime les regrets de l'auteur face à l'absence d'une personne chère. Le chagrin est visible chez ses proches. L..... est décrite comme inconsolable, affirmant qu'elle brûlerait d'amour si elle en recevait en retour. M... commence une ritournelle sans la terminer, mais exprime soudainement des transports d'amour et des serments de fidélité. Elle déclare que son amour s'est enfui avec une belle qui lui retournait la cervelle. Un garçon naïf, habituellement charmeur, prend un mouchoir et une livre de pain pour soulager son cœur et sa faim. L'auteur conclut que l'absence de la personne aimée éteint les feux allumés par ses yeux. Malgré la joie et l'abondance, les plaisirs et les jeux ont disparu, ne laissant que l'amour pour essuyer ses larmes. Ce Dieu de l'amour entretient l'auteur des charmes de la personne absente, rendant son sort plus heureux.
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1463
p. 65-68
« Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Début :
Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...]
Mots clefs :
Histoire, Amour, Censeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Les cenſeurs me reprocheront
, s'ils veulent, qu'il
y a peu de vraiſemblance
dans cette hiſtoire , & qu'il
y a trop de raiſonnemens
de ma part. Je leur répon
drai à cela , que je me ſuis
crû obligé de raiſonner
comme j'ai fait , au défaut
des évenemens , que je n'ai
Νου. 1714. F
i
66 MERCURE
pas jugé à propos d'ajoûter
à la verité des chofes , que
j'ai appriſes de Madame
Spith , qui eſt à preſent à
Paris,&qui m'a conté ellemême
toutes ces circonf
tances de fon mariage.
Or , tout bien conſideré
maintenant , vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Meſſieurs , que ſans le ſecours
infigne de Bacchus ,
qui ſe rendit le Dieu tutelaire
des principaux perſonnages
de cette grande
& veritable hiſtoire , l'Amour,
le ſeul Amour auroit
1
GALANT. 67
filé des années entieres des
hymens de cette confequence
; ce qui eût été fort
préjudiciable à nôtre gnereux
Chevalier, qui n'auroit
ſans doute eu ni le loifir
, ni le pouvoir d'attendre
filong- temps. Ge prodigieux
délai m'auroit jetté
moy-même dans la neceffité
d'allonger ce chapitre
du reſte des incidens , que
des conjonctures facheuſes
auroient peut être multiopliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire ,
moy de les écrire , & cela
Fij
68 MERCURE
auroit trop abregé le reſte
des intereſſantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli.is
Mais j'ai encore une hif
toire à vous conter.
, s'ils veulent, qu'il
y a peu de vraiſemblance
dans cette hiſtoire , & qu'il
y a trop de raiſonnemens
de ma part. Je leur répon
drai à cela , que je me ſuis
crû obligé de raiſonner
comme j'ai fait , au défaut
des évenemens , que je n'ai
Νου. 1714. F
i
66 MERCURE
pas jugé à propos d'ajoûter
à la verité des chofes , que
j'ai appriſes de Madame
Spith , qui eſt à preſent à
Paris,&qui m'a conté ellemême
toutes ces circonf
tances de fon mariage.
Or , tout bien conſideré
maintenant , vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Meſſieurs , que ſans le ſecours
infigne de Bacchus ,
qui ſe rendit le Dieu tutelaire
des principaux perſonnages
de cette grande
& veritable hiſtoire , l'Amour,
le ſeul Amour auroit
1
GALANT. 67
filé des années entieres des
hymens de cette confequence
; ce qui eût été fort
préjudiciable à nôtre gnereux
Chevalier, qui n'auroit
ſans doute eu ni le loifir
, ni le pouvoir d'attendre
filong- temps. Ge prodigieux
délai m'auroit jetté
moy-même dans la neceffité
d'allonger ce chapitre
du reſte des incidens , que
des conjonctures facheuſes
auroient peut être multiopliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire ,
moy de les écrire , & cela
Fij
68 MERCURE
auroit trop abregé le reſte
des intereſſantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli.is
Mais j'ai encore une hif
toire à vous conter.
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Résumé : « Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Le texte défend la vraisemblance de l'histoire narrée face à des critiques potentielles, en justifiant les raisonnements personnels par l'absence d'événements suffisants. L'auteur se base sur les récits de Madame Spith, actuellement à Paris, qui lui a relaté les circonstances de son mariage. Il met en avant le rôle crucial du dieu Bacchus, dont l'intervention a empêché l'Amour de prolonger les unions, ce qui aurait nui au chevalier mentionné et alourdi le récit. Une prolongation aurait également ajouté de nombreux incidents, rendant le récit ennuyeux et limitant l'espace pour d'autres sujets prévus dans le volume mensuel. L'auteur conclut en mentionnant qu'il a une autre histoire à raconter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1464
p. 65-70
LETTRE De M. le Chevalier de Mouhy, à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je ne dois point laisser ignorer au Public, Monsieur, que l'ouvrage que je [...]
Mots clefs :
Théâtre, Ouvrage, Auteurs, Histoire, Chronologique, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. le Chevalier de Mouhy, à l'Auteur du Mercure.
LETTRE
De M. le Chevalier de Mouhy, à l'Auteur
du Mercure.
Je ne dois point laisset ignorer au Public,
Monfieur, que l'ouvrage que je
vais lui donner dans quelques jours sous le
titre de Tablettes Dramatiques, ne renfer-
me point des observations critiques sur
les Auteurs qui ont écrit avant moi dans
ce genre, comme on l'annonce déja. Bien
loin d'avoir pensé à relever les fautes
qu'ils ont pû faire, je ne me suis occupé
que du soin de les éviter; & quand par
des recherches réitérées je nai pu douter
qu'ils ne fussent tombés dans l'erreus, je
n'en ai prosité que pour m'en garantir
sans les citer, nim en faire un mérite. Mon
unique vue, Monsieur, en entreprenant
cet ouvrage, a été de renfermer dans un
seul volume tout ce que l'histoire du Théâ
&6 MERCUREDE FRANCE.
tre François offre de plus interessant, &
de le faire avec assez d'ordre, pour qu'à
l'ouverture du livre, on trouvât sans per-
ne ce qu'on avoit desfein d'y chercher.
Pour vous mettre en état de compren-
dre si l'exécution a répondu au projet, je
vais vous donner une esquisse de l'ouvra-
ge.
1. Il commence par une préface néces-
faire pour l'intelligence du Livre.
2. On trouve ensuite un abrégé trèg-
court de l'Histoire du Théatre François,
depuis fon origine, jusqu'à l'établisse-
ment de l'Hôtel de Bourgogne.
3. Il est suivi d'un essai chronologique
fur l'établissement des différens Théâtres
à Paris depuis celui de S. Maur, en
jusqu'en 1689.
4. Le Dictionnaite se presente après. II
ren ferme toutes les piéces du Théâtre Fran-
5ois jouées ou imprimées depuis 1552,
jusques & compris l'année 1751, & les
mois de Janvier & de Fevrier 1752.
5. Les Histoires, en abregé des Au-
teurs dont les piêces sont répandues dant
cet ouvrage suivent immédiatement. Je
les ai partagées en deux classes: la prei-
miere contient une vie très-abrégée de
ceux qui sont très-connus, & la seconde
renferme ee qui a rapport aux Auteurs qui
le sont moins.
MiARS. 1752.
6. Enfin l'Ouvrage finit par un petit
traité chronologique de tous les Acteurs
François qui ont paru sur le Théâtre de-
puis 1510 jusqu'à ce jour.
Sur l'exposé que je viens de vous faire
je fuis persuadé, Monsieur, que vous avea
déja pensé que je n'ai qu'effleuré ces dif-
férentes parties, ou que je n'ai écrit que
sur les principales. Non Monsicur, j'ose
avancer qu'à l'exception des détails, jar
faisi tout ce qui s'appelle Faits, que je n'ai
rien obmis de tout ce qui est connu; &
pour ce qui a rapport aux piéces de Théâ-
tre François, que mon Dictionnaire est
plus étendu que tous les differens catalo-
gues qui ont paru jusqu'aujourd'hui.
Mais comment se peut il, mallez- vous
dire, que vous soyez parvenu à renfermer
tant de parties différentes dans un seul
volume? Par un moyen tout simple, Mon-
sieur: c'est par la maniere de les imprimer
qui resserre dans une seule ligne ce qui en
exigeoit naturellement plusieurs. Un exem
ple donné sur une piéce de Théâtre va
vous mettre à portée d'en juger. Supposé
que vous vouliez scavoir de qui est l'Hom-
me à bonnes fortunes, en quel jour & en
quelle année cette Comedie a été répré-
sentée, combien elle a eu de représenta-
tions, le tems où elle a été imprimée, &
Digstued veOO
68 MERCURE DE FRANCE.
en quel format est l'édition: une seule li-
gne ne vous laissera rien à désirer sur tou-
tes ces choses; & vous trouverez sous certe
ligne partagée en cinq colonnes ce qui
vous reste à apprendre pour l'historique
de la Piéce.
Exemple.
An. des
de
Le
Nem des Pieces.
Autsurs. (repres-nt. 1 Nomb. IElitiont
25 116800 12
OMME ()SARON. 1680
à bonnea fortunes, Comédie en einqu actes en prose
donnéc le 30 Jauvier, très agreable, rest e au Théatre
& toujoula revue avec plaisir quoiqu'ecrite avec un peu
de négligence. Bien des gens ont prétendu que Baron
pu'en étoit que le prête nom, mais i s n'en ont apporté
aucune preuve.
Supposant que quoique sufsisament ins-
truit de ce qui a rapport à cette piéce
votre curiosité s'étende plus loin, & que
vous vouliez sçavoir quelques particulari-
tés de l'Histoire de l'Auteur; vous verrez
après le Dictionnaire à la tête des pages,
les Auteurs à la lettre B. vous trouverea
Baron à sa place.
Exemple pour les Auteurs.
Les Anteurz. (Taalite.
Naissance.
Mort.
BARON(M.) POITE. né en 1653. m. en 1719.
On trouve dans le Parnasse François de du Til-
let un article étendu sur ce Comédien. Il étoit
vain, & aroit une si grande opinion de lui-meme,
MARS. 1752.
6
qu'il pensa refuser la pension que le Roi lui avoit
accordée, parce que l'Ordonnance portoit: payez
au nommé Michel Boyron, dit Baron, &c. Il
quitta le Théatre deux sois. C'est le plus grand
Acteur qu'il y ait jamais eu. Sa rentrée acheva de
zétublir le naturel au Théatre; ouvrage qui avoit
déja été commencé par Mademoiselle le Couvreut.
Avant eux la déclamation étoit devenue une espece
de chant; ce manvais goût avoit été introduit par-
Mademoiselle de Champmesté, & augmenté par
Mademoiselle Duclos. Beaubourg qui avoit été
long.tems en possession des premiers rôles, avoit
pris aussi le genre de déclamation forcée, qu'il
corrigeoit cependant par beaucoup d'ame.
Après les Auteurs, on trouve, Mon-
sieur, un petit Traité Chronologique de
tous les Acteurs qui ont été reçus depuis
1510. jusqu'aujourd'hui. Mon premiet pro-
jet avoit d'abord été de les placer dans le
même ordte que les piéces, afin que la re-
cherche en fût plus facile; mais outre que
je combois par-là dans une monotonie
qu'on m'auroit sans doute reprochée, eet
arrangement m'auroit mis dans la necessité
de grossir le volume d'une huitième parti:
pour y placer les anecdotes relatives & es-
sentielles à l'histoire du Théâtre, que je ne
pouvois obmetre sans rendre mon ouvtage
imparfait; au lieu qu'en suivant l'ordre
chronologique, ces anecdotes se trouvent
portées naturellement aux années qui leur
conviennent.
70 MERCURE DE FRANCE.
Je ne finirai point ma lettre, Monsieur,
sans vous avoner que la partie des Acteurs
n'étoit point faite quand j'ai présenté l'ou-
vrage, dont je viens de vous donner l'idée,
à M. le Duc de Chartres! après avoir eu la
complaisance de le parcourir, ce Prince
s'en apperçut d'abord, & eut la bonté de
me dire que les Acteurs tenant aussi essen-
tiellement à l'histoire du Théatre, je ne
pouvois me dispenset d'en parler, il n'en
a pas fullu davantage pour me déterminer
à traiter cette partie. Je ne compterai pour
rien les veilles que j'ai employées pour ce
nouveau travail, si j'ai été assez heureux
pour réussir.
J'ay l'honneur d'ette parfaitement,
MONSIEUR;
Votre très-humble & très,
obeissant ferviteur,
DE MOUHY.
De M. le Chevalier de Mouhy, à l'Auteur
du Mercure.
Je ne dois point laisset ignorer au Public,
Monfieur, que l'ouvrage que je
vais lui donner dans quelques jours sous le
titre de Tablettes Dramatiques, ne renfer-
me point des observations critiques sur
les Auteurs qui ont écrit avant moi dans
ce genre, comme on l'annonce déja. Bien
loin d'avoir pensé à relever les fautes
qu'ils ont pû faire, je ne me suis occupé
que du soin de les éviter; & quand par
des recherches réitérées je nai pu douter
qu'ils ne fussent tombés dans l'erreus, je
n'en ai prosité que pour m'en garantir
sans les citer, nim en faire un mérite. Mon
unique vue, Monsieur, en entreprenant
cet ouvrage, a été de renfermer dans un
seul volume tout ce que l'histoire du Théâ
&6 MERCUREDE FRANCE.
tre François offre de plus interessant, &
de le faire avec assez d'ordre, pour qu'à
l'ouverture du livre, on trouvât sans per-
ne ce qu'on avoit desfein d'y chercher.
Pour vous mettre en état de compren-
dre si l'exécution a répondu au projet, je
vais vous donner une esquisse de l'ouvra-
ge.
1. Il commence par une préface néces-
faire pour l'intelligence du Livre.
2. On trouve ensuite un abrégé trèg-
court de l'Histoire du Théatre François,
depuis fon origine, jusqu'à l'établisse-
ment de l'Hôtel de Bourgogne.
3. Il est suivi d'un essai chronologique
fur l'établissement des différens Théâtres
à Paris depuis celui de S. Maur, en
jusqu'en 1689.
4. Le Dictionnaite se presente après. II
ren ferme toutes les piéces du Théâtre Fran-
5ois jouées ou imprimées depuis 1552,
jusques & compris l'année 1751, & les
mois de Janvier & de Fevrier 1752.
5. Les Histoires, en abregé des Au-
teurs dont les piêces sont répandues dant
cet ouvrage suivent immédiatement. Je
les ai partagées en deux classes: la prei-
miere contient une vie très-abrégée de
ceux qui sont très-connus, & la seconde
renferme ee qui a rapport aux Auteurs qui
le sont moins.
MiARS. 1752.
6. Enfin l'Ouvrage finit par un petit
traité chronologique de tous les Acteurs
François qui ont paru sur le Théâtre de-
puis 1510 jusqu'à ce jour.
Sur l'exposé que je viens de vous faire
je fuis persuadé, Monsieur, que vous avea
déja pensé que je n'ai qu'effleuré ces dif-
férentes parties, ou que je n'ai écrit que
sur les principales. Non Monsicur, j'ose
avancer qu'à l'exception des détails, jar
faisi tout ce qui s'appelle Faits, que je n'ai
rien obmis de tout ce qui est connu; &
pour ce qui a rapport aux piéces de Théâ-
tre François, que mon Dictionnaire est
plus étendu que tous les differens catalo-
gues qui ont paru jusqu'aujourd'hui.
Mais comment se peut il, mallez- vous
dire, que vous soyez parvenu à renfermer
tant de parties différentes dans un seul
volume? Par un moyen tout simple, Mon-
sieur: c'est par la maniere de les imprimer
qui resserre dans une seule ligne ce qui en
exigeoit naturellement plusieurs. Un exem
ple donné sur une piéce de Théâtre va
vous mettre à portée d'en juger. Supposé
que vous vouliez scavoir de qui est l'Hom-
me à bonnes fortunes, en quel jour & en
quelle année cette Comedie a été répré-
sentée, combien elle a eu de représenta-
tions, le tems où elle a été imprimée, &
Digstued veOO
68 MERCURE DE FRANCE.
en quel format est l'édition: une seule li-
gne ne vous laissera rien à désirer sur tou-
tes ces choses; & vous trouverez sous certe
ligne partagée en cinq colonnes ce qui
vous reste à apprendre pour l'historique
de la Piéce.
Exemple.
An. des
de
Le
Nem des Pieces.
Autsurs. (repres-nt. 1 Nomb. IElitiont
25 116800 12
OMME ()SARON. 1680
à bonnea fortunes, Comédie en einqu actes en prose
donnéc le 30 Jauvier, très agreable, rest e au Théatre
& toujoula revue avec plaisir quoiqu'ecrite avec un peu
de négligence. Bien des gens ont prétendu que Baron
pu'en étoit que le prête nom, mais i s n'en ont apporté
aucune preuve.
Supposant que quoique sufsisament ins-
truit de ce qui a rapport à cette piéce
votre curiosité s'étende plus loin, & que
vous vouliez sçavoir quelques particulari-
tés de l'Histoire de l'Auteur; vous verrez
après le Dictionnaire à la tête des pages,
les Auteurs à la lettre B. vous trouverea
Baron à sa place.
Exemple pour les Auteurs.
Les Anteurz. (Taalite.
Naissance.
Mort.
BARON(M.) POITE. né en 1653. m. en 1719.
On trouve dans le Parnasse François de du Til-
let un article étendu sur ce Comédien. Il étoit
vain, & aroit une si grande opinion de lui-meme,
MARS. 1752.
6
qu'il pensa refuser la pension que le Roi lui avoit
accordée, parce que l'Ordonnance portoit: payez
au nommé Michel Boyron, dit Baron, &c. Il
quitta le Théatre deux sois. C'est le plus grand
Acteur qu'il y ait jamais eu. Sa rentrée acheva de
zétublir le naturel au Théatre; ouvrage qui avoit
déja été commencé par Mademoiselle le Couvreut.
Avant eux la déclamation étoit devenue une espece
de chant; ce manvais goût avoit été introduit par-
Mademoiselle de Champmesté, & augmenté par
Mademoiselle Duclos. Beaubourg qui avoit été
long.tems en possession des premiers rôles, avoit
pris aussi le genre de déclamation forcée, qu'il
corrigeoit cependant par beaucoup d'ame.
Après les Auteurs, on trouve, Mon-
sieur, un petit Traité Chronologique de
tous les Acteurs qui ont été reçus depuis
1510. jusqu'aujourd'hui. Mon premiet pro-
jet avoit d'abord été de les placer dans le
même ordte que les piéces, afin que la re-
cherche en fût plus facile; mais outre que
je combois par-là dans une monotonie
qu'on m'auroit sans doute reprochée, eet
arrangement m'auroit mis dans la necessité
de grossir le volume d'une huitième parti:
pour y placer les anecdotes relatives & es-
sentielles à l'histoire du Théâtre, que je ne
pouvois obmetre sans rendre mon ouvtage
imparfait; au lieu qu'en suivant l'ordre
chronologique, ces anecdotes se trouvent
portées naturellement aux années qui leur
conviennent.
70 MERCURE DE FRANCE.
Je ne finirai point ma lettre, Monsieur,
sans vous avoner que la partie des Acteurs
n'étoit point faite quand j'ai présenté l'ou-
vrage, dont je viens de vous donner l'idée,
à M. le Duc de Chartres! après avoir eu la
complaisance de le parcourir, ce Prince
s'en apperçut d'abord, & eut la bonté de
me dire que les Acteurs tenant aussi essen-
tiellement à l'histoire du Théatre, je ne
pouvois me dispenset d'en parler, il n'en
a pas fullu davantage pour me déterminer
à traiter cette partie. Je ne compterai pour
rien les veilles que j'ai employées pour ce
nouveau travail, si j'ai été assez heureux
pour réussir.
J'ay l'honneur d'ette parfaitement,
MONSIEUR;
Votre très-humble & très,
obeissant ferviteur,
DE MOUHY.
Fermer
1465
p. 59-64
EPITRE Sur ma maladie à M**.
Début :
TU veux donc, cher ami, qu'encor foible & tremblante, [...]
Mots clefs :
Ami, Nature, Santé, Dieux, Horreur, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE Sur ma maladie à M**.
EPITRE
Sur ma maladie à M * *.
U veux donc , cher ami , qu'encor foible
TU
tremblante ,
Mamain te trace fortement
Le tableau douloureux ou l'eſquifle ſanglante
Des maux que j'ai foufferts aux bords du monus
*
ment?
Qu'exiges tu de moi ! pourquoi dans les ténébres
Après cinq mois cruels plonger encor mon coeur
Pourpeindrede monmal &la force & l'horreur
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Je n'ai plus ces couleurs , ni ces pinceaux funébres
Quiſeuls lugubrement expriment la douleur.
Toutefois j'obéis ; je retourne ſanspeine
Sur ces momens affreux dont je frémis encor :
Que ne peut l'amitié ! quandle coeur nous entraine
L'eſprit ſe renouvelle & fait tout fans effort.
Desbiens les plus chéris que le Ciel nous diſpenſe ,
Iln'en eſt point , ami , d'égaux à la ſanté :
Sans elle nous n'avons qu'une triſte exiftence :
Sans elle , Créſus même auſein de l'opulence
Du plus doux ſentiment ne ſeroit point flaté.
Dégoûté dès vingt ans d'un plaiſir raiſonnable ,
Je prodiguai cebien , ſi cher , ſi délectable ;
Victime de l'erreur, je me ſuis détrompé;
Ce bien que je croyois immenfe , inaltérable ,
Comme un éclair s'eſt diſſipé.
Commeun Loup devorant , la fiévre impitoyable
M'enchaînant dans mon lit , m'accabla de ſes fers
Ce brûlant tourbillon , furieux , imdomptable,
Ouvrit bien- tôt la porte à mille maux divers.
Lesdouleurs, le dégoût,les langueurs , l'infomnie
;
AVRIL 1746. 61
M'aſſiégeant à la fois , m'avoient anéanti :
Mon eſprit s'affaiſſa : le feu de mon génie
Soudain fut amorti,
Dans les ſombreshorreurs qu'offre la nuit obfcure,
Mes eſprits animaux , coulans à l'aventure
Tracerent à mes yeux de bizarres portraits :
Tout ſe défigura : tout ne fut qu'impoſture ,
Et l'aimable Nature
▲mes ſens égarésn'eut plus que de fauxtraits,
**
Ne pouvant plus fermer ma débile paupiere ,
J'aſpirois à revoir le célefte flambeau
Quelquefois , fatigué de ſa vive lumiere ,
Et fuyant la Nature entiere ,
Qui nem'étoit plus qu'un fardeau ,
Je demandois aux Dieux de finir ma carriere ,
Et de me plonger au tombeau .
Maraiſon égarée enfanta ce ſyſteme ,
Et me fit un blafphémateur ;
Jenevoyois plus rien: je m'ignorois moi-même,
Et n'avois plus en moi qu'un germe deftructeur :
Raiſon , ſouffle divin , don du Ciel , mais fragile ,
Pourquoi te troubles-tu ? quel reffort , quel moteur ,
Te fait agir au gré de la mortelle argile
Dont nous forma le Créateur 2..
音樂
62 MERCURE DE FRANCE.
Dans cefuneſte état , martyr des aphoriſimes ,
J'eſſuyai les eſſais de prétendus Docteurs :
Aleurtondécif, à leurs brillans ſophiſmes ,
Je' ne vis que des impofteurs.
Oppoſés l'un à l'autre , une guerre éternelle
Régne parmi ces Charlatans :
L'un dit oui , l'autre non , & la race mortelle ,
Sert de champ de bataille à tous ces combattans.
Malgré cet amer témoignage ,
Ne crois pas que leur Art , pratiqué par un ſage ,
Ne foit reſpectable à mes yeux :
Un rival d'Hyppocrate eſt un préſent des Cieux
Arracher un mortel à la Parque ennemie,
C'eſt être créateur d'une ſeconde vie;
C'eſt reſſembler aux Dieux.
!
Mais , hélas ! qu'il eft peu de ces Dieux ſalutaires
Dont la Nature entend la voix !
Le reſte n'est qu'un tas d'aſſaſſins mercenaires
Que d'antiques abus garantiffent des Loix.
Succombant à la fin fous mes peines nombreuſes
Je te diſois adieu pour la derniere fois :
Je croyois déja voir ces routes ténébreuſes
Où les ſimples Berge vont à côté des Rois.
AVRIL 1746.. 63
Tranquile par foibleſſe ,&cédant ſans murmure,
Je m'abandonnai donc aux ſoins de la Nature :
Habile par inſtinct , & marchant pas-à-pas ,
Victorieuſe du trépas ,
Elle ſçût rappeller mon ame fugitive ;
Elle vint me chercher ſur l'infernale rive,
Et me tendit les bras.
Le repos & la patience ,
Soutenus d'un régime auſſi ſimple que fain,
Furent les artiſans de ma convalefcence ;
Et bravant des Docteurs la ſçavante ignorance;
L'horreur des Médecins fut mon ſeul Médecin,
Enfin je te revois ; ton éclipſe eft finie.
O! monpremier tréſor , ſanté trop peu cherie,
Ame de nos plaiſirs , volupté de nos coeurs ,
Fabuſerai plutôt tout d'un coup de la vie,
Que d'abuſer de tes faveurs.
Ne crois pas cependant que ma Philofophie
Me faffe renoncer à la ſociété :
Je n'ai point les vapeurs d'une miſantropie
Qui conduit à l'austérité :
Fadore encor Eglé , j'eſtime encor Sylvie :
J'aime à table un ami s'égayant dans le vin ;
Mais , je hais les plaiſirs que goûte un libertin ,
Dès que le ſentiment ſe tourne en frénefie,
A
掣
A
64 MERCURE DE FRANCE,
Tendre & fidéle ami , ſi la vivacité
T'égaroit quelquefois loin de la tempérance ,
Que ce récit t'apprenne à cherir la ſanté ;
Que mes réflexions t'inſpirent la prudence
D'écarter la licence ,
Qui naît du fol excès d'un plaiſir emporté.
AAngers le 16 Mars 1746.
Sur ma maladie à M * *.
U veux donc , cher ami , qu'encor foible
TU
tremblante ,
Mamain te trace fortement
Le tableau douloureux ou l'eſquifle ſanglante
Des maux que j'ai foufferts aux bords du monus
*
ment?
Qu'exiges tu de moi ! pourquoi dans les ténébres
Après cinq mois cruels plonger encor mon coeur
Pourpeindrede monmal &la force & l'horreur
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Je n'ai plus ces couleurs , ni ces pinceaux funébres
Quiſeuls lugubrement expriment la douleur.
Toutefois j'obéis ; je retourne ſanspeine
Sur ces momens affreux dont je frémis encor :
Que ne peut l'amitié ! quandle coeur nous entraine
L'eſprit ſe renouvelle & fait tout fans effort.
Desbiens les plus chéris que le Ciel nous diſpenſe ,
Iln'en eſt point , ami , d'égaux à la ſanté :
Sans elle nous n'avons qu'une triſte exiftence :
Sans elle , Créſus même auſein de l'opulence
Du plus doux ſentiment ne ſeroit point flaté.
Dégoûté dès vingt ans d'un plaiſir raiſonnable ,
Je prodiguai cebien , ſi cher , ſi délectable ;
Victime de l'erreur, je me ſuis détrompé;
Ce bien que je croyois immenfe , inaltérable ,
Comme un éclair s'eſt diſſipé.
Commeun Loup devorant , la fiévre impitoyable
M'enchaînant dans mon lit , m'accabla de ſes fers
Ce brûlant tourbillon , furieux , imdomptable,
Ouvrit bien- tôt la porte à mille maux divers.
Lesdouleurs, le dégoût,les langueurs , l'infomnie
;
AVRIL 1746. 61
M'aſſiégeant à la fois , m'avoient anéanti :
Mon eſprit s'affaiſſa : le feu de mon génie
Soudain fut amorti,
Dans les ſombreshorreurs qu'offre la nuit obfcure,
Mes eſprits animaux , coulans à l'aventure
Tracerent à mes yeux de bizarres portraits :
Tout ſe défigura : tout ne fut qu'impoſture ,
Et l'aimable Nature
▲mes ſens égarésn'eut plus que de fauxtraits,
**
Ne pouvant plus fermer ma débile paupiere ,
J'aſpirois à revoir le célefte flambeau
Quelquefois , fatigué de ſa vive lumiere ,
Et fuyant la Nature entiere ,
Qui nem'étoit plus qu'un fardeau ,
Je demandois aux Dieux de finir ma carriere ,
Et de me plonger au tombeau .
Maraiſon égarée enfanta ce ſyſteme ,
Et me fit un blafphémateur ;
Jenevoyois plus rien: je m'ignorois moi-même,
Et n'avois plus en moi qu'un germe deftructeur :
Raiſon , ſouffle divin , don du Ciel , mais fragile ,
Pourquoi te troubles-tu ? quel reffort , quel moteur ,
Te fait agir au gré de la mortelle argile
Dont nous forma le Créateur 2..
音樂
62 MERCURE DE FRANCE.
Dans cefuneſte état , martyr des aphoriſimes ,
J'eſſuyai les eſſais de prétendus Docteurs :
Aleurtondécif, à leurs brillans ſophiſmes ,
Je' ne vis que des impofteurs.
Oppoſés l'un à l'autre , une guerre éternelle
Régne parmi ces Charlatans :
L'un dit oui , l'autre non , & la race mortelle ,
Sert de champ de bataille à tous ces combattans.
Malgré cet amer témoignage ,
Ne crois pas que leur Art , pratiqué par un ſage ,
Ne foit reſpectable à mes yeux :
Un rival d'Hyppocrate eſt un préſent des Cieux
Arracher un mortel à la Parque ennemie,
C'eſt être créateur d'une ſeconde vie;
C'eſt reſſembler aux Dieux.
!
Mais , hélas ! qu'il eft peu de ces Dieux ſalutaires
Dont la Nature entend la voix !
Le reſte n'est qu'un tas d'aſſaſſins mercenaires
Que d'antiques abus garantiffent des Loix.
Succombant à la fin fous mes peines nombreuſes
Je te diſois adieu pour la derniere fois :
Je croyois déja voir ces routes ténébreuſes
Où les ſimples Berge vont à côté des Rois.
AVRIL 1746.. 63
Tranquile par foibleſſe ,&cédant ſans murmure,
Je m'abandonnai donc aux ſoins de la Nature :
Habile par inſtinct , & marchant pas-à-pas ,
Victorieuſe du trépas ,
Elle ſçût rappeller mon ame fugitive ;
Elle vint me chercher ſur l'infernale rive,
Et me tendit les bras.
Le repos & la patience ,
Soutenus d'un régime auſſi ſimple que fain,
Furent les artiſans de ma convalefcence ;
Et bravant des Docteurs la ſçavante ignorance;
L'horreur des Médecins fut mon ſeul Médecin,
Enfin je te revois ; ton éclipſe eft finie.
O! monpremier tréſor , ſanté trop peu cherie,
Ame de nos plaiſirs , volupté de nos coeurs ,
Fabuſerai plutôt tout d'un coup de la vie,
Que d'abuſer de tes faveurs.
Ne crois pas cependant que ma Philofophie
Me faffe renoncer à la ſociété :
Je n'ai point les vapeurs d'une miſantropie
Qui conduit à l'austérité :
Fadore encor Eglé , j'eſtime encor Sylvie :
J'aime à table un ami s'égayant dans le vin ;
Mais , je hais les plaiſirs que goûte un libertin ,
Dès que le ſentiment ſe tourne en frénefie,
A
掣
A
64 MERCURE DE FRANCE,
Tendre & fidéle ami , ſi la vivacité
T'égaroit quelquefois loin de la tempérance ,
Que ce récit t'apprenne à cherir la ſanté ;
Que mes réflexions t'inſpirent la prudence
D'écarter la licence ,
Qui naît du fol excès d'un plaiſir emporté.
AAngers le 16 Mars 1746.
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1466
p. 65-70
Nouvelles de Pologne.
Début :
Les lettres de Pologne portent que les Moscovites traitent plus [...]
Mots clefs :
Tartares, Tsar, Moscovites, Dantzig, Russie
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Pologne.
Nouvelles de Pologne.
Les lettres de Pologne
portent que les Mofcovites
traitent plus moderément.
les peuples de la Pruffe
Royale ; que le General
Bruz qui les commande ,
menace d'attaquer la ville
de Dantzik , ou au moins
de la bombarder , fi elle
n'accorde les fommes que
le Czar lui a fait demander.
Les dernieres lettres de
Dantzikportent que les differends de cette ville - là
Juin 1712.
h
66 MERCURE
avec le Czarfont terminez,
à condition qu'au lieu de la
fomme confiderable qu'il
lui demandoit , elle fournira une certaine quantité
de grains pour la fubfiftancalde fes troupes, quinq
Les lettres de Saxe & de!
Vienne affurent qu'on avoit
appris par differentes letu
tres de Conftantinople, que
fur les inftances des ambafh
fadeurs d'Angleterre & de
Hollande , la paix avoit été
conclue entre les Turcsead
les Mofcovites , avec de
nouvelles conditions ; en-
GALANT 67
tr'autres , que le Czar aban
donneraentierement la Po
logne & l'Ukraine.q obsiz
Qu'il payera un tributou
penfion annuelle au Kan
des Tartares , cinq cent
mille ducats au Grand Sei
gneur, pour le dédomma
ger en partie des frais de
la guerre, & quele Royde
Suede fera efcorté jufqu'en
Pomeranie par une armée
dans laquelle il
mille Tartares. On ajoûte
quece traité n'a pas encore
été fignéni publié Des nou?
velles méritent confirmag
y aura dix
Fij
68 MERCURE
tion , d'autant plus qu'on
en a pluſieurs fois fait courir de pareilles qui n'ont eu
aucune fuite.
Les lettres de Bender
plus recentes afſurent que
tous les Bachas, marchent
avec leurs troupes vers le
Danube; que le Grand Seigneur devoit partir le 20.
d'Avril de Conftantinople
pour aller joindre fon armée. L'incertitude où l'on
eft depuis long -temps fur
ce fujet , nepeut plus durer
que quelques femaines
parce que les herbes étant
"
6
GALANT 69
grandes , les armées ſe mettront en campagne , fi la
paix n'eft pas conclue &
publiée..
Onmande de Ruffie, que
le detachement de quatre
mille hommes des troupes,
du Palatin de Kiovie , com,
mandé par le Sieur Rudzinski , s'étoit avancé , qu'il,
devoit être joint par vingt
compagnies de l'armée de
Lituanie , que le Palatimde
Kiovie étoit en marche
pour le joindre avec le refte
de les troupes , & qu'il étoit
fuivi par le Roy de Suede
70 MERCURE
avec une grande armée
A *
pendant que les Turcs &
"
les Tartares fe preparoient
à agir d'un autre côté. Toutes ces nouvelles deman
dent confirmation.
› L'inondation cauféé par
le debordement de l'Elbe a
fait des dommages confiderables dans l'Electorat
de Saxe.
Les lettres de Pologne
portent que les Mofcovites
traitent plus moderément.
les peuples de la Pruffe
Royale ; que le General
Bruz qui les commande ,
menace d'attaquer la ville
de Dantzik , ou au moins
de la bombarder , fi elle
n'accorde les fommes que
le Czar lui a fait demander.
Les dernieres lettres de
Dantzikportent que les differends de cette ville - là
Juin 1712.
h
66 MERCURE
avec le Czarfont terminez,
à condition qu'au lieu de la
fomme confiderable qu'il
lui demandoit , elle fournira une certaine quantité
de grains pour la fubfiftancalde fes troupes, quinq
Les lettres de Saxe & de!
Vienne affurent qu'on avoit
appris par differentes letu
tres de Conftantinople, que
fur les inftances des ambafh
fadeurs d'Angleterre & de
Hollande , la paix avoit été
conclue entre les Turcsead
les Mofcovites , avec de
nouvelles conditions ; en-
GALANT 67
tr'autres , que le Czar aban
donneraentierement la Po
logne & l'Ukraine.q obsiz
Qu'il payera un tributou
penfion annuelle au Kan
des Tartares , cinq cent
mille ducats au Grand Sei
gneur, pour le dédomma
ger en partie des frais de
la guerre, & quele Royde
Suede fera efcorté jufqu'en
Pomeranie par une armée
dans laquelle il
mille Tartares. On ajoûte
quece traité n'a pas encore
été fignéni publié Des nou?
velles méritent confirmag
y aura dix
Fij
68 MERCURE
tion , d'autant plus qu'on
en a pluſieurs fois fait courir de pareilles qui n'ont eu
aucune fuite.
Les lettres de Bender
plus recentes afſurent que
tous les Bachas, marchent
avec leurs troupes vers le
Danube; que le Grand Seigneur devoit partir le 20.
d'Avril de Conftantinople
pour aller joindre fon armée. L'incertitude où l'on
eft depuis long -temps fur
ce fujet , nepeut plus durer
que quelques femaines
parce que les herbes étant
"
6
GALANT 69
grandes , les armées ſe mettront en campagne , fi la
paix n'eft pas conclue &
publiée..
Onmande de Ruffie, que
le detachement de quatre
mille hommes des troupes,
du Palatin de Kiovie , com,
mandé par le Sieur Rudzinski , s'étoit avancé , qu'il,
devoit être joint par vingt
compagnies de l'armée de
Lituanie , que le Palatimde
Kiovie étoit en marche
pour le joindre avec le refte
de les troupes , & qu'il étoit
fuivi par le Roy de Suede
70 MERCURE
avec une grande armée
A *
pendant que les Turcs &
"
les Tartares fe preparoient
à agir d'un autre côté. Toutes ces nouvelles deman
dent confirmation.
› L'inondation cauféé par
le debordement de l'Elbe a
fait des dommages confiderables dans l'Electorat
de Saxe.
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Résumé : Nouvelles de Pologne.
Les nouvelles de Pologne rapportent que les Moscovites traitent plus modérément les peuples de la Prusse Royale. Le général Bruz menace Dantzig de bombardement si elle ne fournit pas les sommes demandées par le tsar. Les différends entre Dantzig et le tsar se sont résolus en juin 1712, la ville fournissant des grains pour les troupes du tsar. Les lettres de Saxe et de Vienne indiquent une paix conclue entre les Turcs et les Moscovites, facilitée par les ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande. Les nouvelles conditions incluent l'abandon par le tsar de la Pologne et de l'Ukraine, un tribut annuel au Khan des Tartares, et une pension au Grand Seigneur. Le roi de Suède serait escorté jusqu'en Poméranie par une armée incluant des Tartares, mais ce traité n'est pas encore signé ni publié. Les lettres de Bender signalent que les Bachas avancent vers le Danube avec leurs troupes, et que le Grand Seigneur doit rejoindre son armée. Les armées se préparent à entrer en campagne si la paix n'est pas conclue. En Russie, un détachement de quatre mille hommes, commandé par Rudzinski, s'est avancé et doit être rejoint par des troupes de Lituanie. Le palatin de Kiovie, suivi par le roi de Suède et une grande armée, est en marche. Les Turcs et les Tartares se préparent également à agir. Toutes ces nouvelles nécessitent confirmation. Par ailleurs, une inondation de l'Elbe a causé des dommages considérables dans l'Électorat de Saxe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1467
p. 64-70
Nouvelle d'Angleterre.
Début :
On mande de Londres que les difficultez formés par les Etats [...]
Mots clefs :
Londres, Artillerie, Taxe, Angleterre, Traite, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle d'Angleterre.
Uouvelled'Angleterre.
)'! .•i .• On mande de Londres
que les difficultés formées
par les Etats de Zelande au
sujetde l'Electeur de Baviere
ont été levées, que les Communes
avoient présenté deux
adresses, à la Reine; l'une
pour la prier de faire remettre
devant la Chambre une
estimation des sommes necessaires
pour l'entretien des
Troupes durant les six premiers
mois de cette année,
& l'autre pour l'Artillerie
qu'on a accordé, que le 15.
May le Chevalier Robert
Davers presenta un projet
p'Aae pour suspendre pendant
l'espace de deux mois,
tÜnjJQ(t de20.liv sterlinpar,
tonneau de vin de France;
que les Seigneurs avoient approuvé
le projet daâc de la
taxe sur les Terres;que le
même jour on avoit fait la
plublication de la Paix entre
la France & l' Angleterre, au
bruit des Trompettes, des
Timbales, des décharges réiteréesdel'Artillerie,
& aux
acclamations d'un nombre
infini de peuple. Le soir il y
eut par toute la Ville des réjoüissances
& des feux de
joye. Que les Communes
avoient presenté une adresse àlaReinepour la prier de
faire communiquer à la
Chambre le Traité fait avec
les Etats Généraux, touchant
la barrière & la garantie de
la succession à la Couronne,
avec la copie desinstructions
& des ordres donnez
à ceux qui l'ont conclu. Que
le ip. la Chambre avoit resolu
d'accorder à Sa Majellc
six cent trente six mille huit
cent quatre-vingt huit livres
sterlin pour l'entretien des
Troupes de terre durant les
six premiers moie de cette
année. Que le 10* le Viccomt:
de Bullingbrok Secretaire
d'Etat, avoir delivré
aux Seigneurs un message de
la Reine qui contenoit que
suivant la prérogative indubitablede
la Couronne, de
la Paix & la guerre, elle avoit
ratifié les Traitez de Paix &
de Commerce faits par son
ordre avec la France, &
qu'elle avoir ordonné de les
leur communiquer.
Le 18. de May le Duc
d'Aumont donnaen réjouie
sance de la Publication de la
Paix unefête magnifique à
tous les Seigneurs & Dames
de la Maison de la Reine.
La Comtesse de Rochester,
Dame d'honneur de Sa Majesté
dont elle cft parente,
fut priée de faire les
honneurs. Il y eut trois
tables de vingt, de trente &
quarante couverts, avec
Concert & Bal; la nuit il y
entra untres-grand nombre
de Masques, àqui on distribuades
rafraîchissemens en
abondance; on donna au
peuple & aux soldats du vin
& de la biere; tout a esté si
bien reglé, qu'il n'y a eu aucun
desordre. On a fait dans
lesVilles& les Bourgs des
Provinces de grandes réjoüissances,
le peuple temoigne
pnaratoiurteun.e joye extraordi- JOYC extraor
)'! .•i .• On mande de Londres
que les difficultés formées
par les Etats de Zelande au
sujetde l'Electeur de Baviere
ont été levées, que les Communes
avoient présenté deux
adresses, à la Reine; l'une
pour la prier de faire remettre
devant la Chambre une
estimation des sommes necessaires
pour l'entretien des
Troupes durant les six premiers
mois de cette année,
& l'autre pour l'Artillerie
qu'on a accordé, que le 15.
May le Chevalier Robert
Davers presenta un projet
p'Aae pour suspendre pendant
l'espace de deux mois,
tÜnjJQ(t de20.liv sterlinpar,
tonneau de vin de France;
que les Seigneurs avoient approuvé
le projet daâc de la
taxe sur les Terres;que le
même jour on avoit fait la
plublication de la Paix entre
la France & l' Angleterre, au
bruit des Trompettes, des
Timbales, des décharges réiteréesdel'Artillerie,
& aux
acclamations d'un nombre
infini de peuple. Le soir il y
eut par toute la Ville des réjoüissances
& des feux de
joye. Que les Communes
avoient presenté une adresse àlaReinepour la prier de
faire communiquer à la
Chambre le Traité fait avec
les Etats Généraux, touchant
la barrière & la garantie de
la succession à la Couronne,
avec la copie desinstructions
& des ordres donnez
à ceux qui l'ont conclu. Que
le ip. la Chambre avoit resolu
d'accorder à Sa Majellc
six cent trente six mille huit
cent quatre-vingt huit livres
sterlin pour l'entretien des
Troupes de terre durant les
six premiers moie de cette
année. Que le 10* le Viccomt:
de Bullingbrok Secretaire
d'Etat, avoir delivré
aux Seigneurs un message de
la Reine qui contenoit que
suivant la prérogative indubitablede
la Couronne, de
la Paix & la guerre, elle avoit
ratifié les Traitez de Paix &
de Commerce faits par son
ordre avec la France, &
qu'elle avoir ordonné de les
leur communiquer.
Le 18. de May le Duc
d'Aumont donnaen réjouie
sance de la Publication de la
Paix unefête magnifique à
tous les Seigneurs & Dames
de la Maison de la Reine.
La Comtesse de Rochester,
Dame d'honneur de Sa Majesté
dont elle cft parente,
fut priée de faire les
honneurs. Il y eut trois
tables de vingt, de trente &
quarante couverts, avec
Concert & Bal; la nuit il y
entra untres-grand nombre
de Masques, àqui on distribuades
rafraîchissemens en
abondance; on donna au
peuple & aux soldats du vin
& de la biere; tout a esté si
bien reglé, qu'il n'y a eu aucun
desordre. On a fait dans
lesVilles& les Bourgs des
Provinces de grandes réjoüissances,
le peuple temoigne
pnaratoiurteun.e joye extraordi- JOYC extraor
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Résumé : Nouvelle d'Angleterre.
En Angleterre, des événements politiques et sociaux récents ont marqué la scène. Les difficultés soulevées par les États de Zélande concernant l'Électeur de Bavière ont été résolues. Les Communes ont présenté deux adresses à la Reine : l'une pour estimer les fonds nécessaires à l'entretien des troupes pour les six premiers mois de l'année, et l'autre concernant l'artillerie. Le 15 mai, le Chevalier Robert Davers a proposé un projet de loi pour suspendre temporairement la taxe sur le vin de France. Les Seigneurs ont approuvé un projet de taxe sur les terres. La paix entre la France et l'Angleterre a été officiellement publiée, accompagnée de célébrations, y compris des feux de joie et des réjouissances dans toute la ville. Les Communes ont demandé à la Reine de communiquer le traité avec les États Généraux concernant la barrière et la garantie de la succession à la Couronne. La Chambre a alloué 636 888 livres sterling pour l'entretien des troupes de terre. Le 10 mai, le Vicomte de Bullingbrok, Secrétaire d'État, a transmis un message de la Reine ratifiant les traités de paix et de commerce avec la France. Le 18 mai, le Duc d'Aumont a organisé une fête somptueuse pour célébrer la paix, avec des banquets, des concerts, des bals et des distributions de rafraîchissements. Des réjouissances ont également eu lieu dans les provinces, manifestant une joie extraordinaire.
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1468
p. 2541-2549
ELOGE de M. de Lavaur, celebre Avocat. Lettre écrite par M. B. B. à M. de S. Aigne, Conseiller de la Cour des Aides de Clermont.
Début :
Je viens, Monsieur, répandre dans vôtre sein la juste douleur que me [...]
Mots clefs :
Éloge, Écuyer, Avocat, Seigneur, Jurisprudence, Gentilhomme ordinaire du roi, Arbitre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE de M. de Lavaur, celebre Avocat. Lettre écrite par M. B. B. à M. de S. Aigne, Conseiller de la Cour des Aides de Clermont.
ELOGE de M. de Lavaur , celebre Avocat.
Lettre écrite
›
par
M. B. B. à M..de
Conseiller de la Cour des
S.
Aigne
Aides de Clermont
.
E viens , Monsieur , répandre dans
vôtre sein la juste douleur que me
cause la mort de M. de Lavaur , Ecuyer,
Seigneur de la Boisse , Avocat au Parlement
de Paris ; l'illustre défunt m'a
honoré de son amitié pendant toute sa
vie Sa mort arrivée à S. Cere le 8 Avril
dernier après avoir fait le sujet de mes
larmes exige , ce me semble , quelque
chose de plus de ma reconnoissance . Voici
, Monsieur , un leger crayon de sa
vie , pour honorer en quelque façon sa
mémoire et pour la satisfaction de ses
Amis , entre lesquels vous tenez un des
premiers rangs.
,
3
Guillaume de Lavaur étoit né à Saint
Cere dans la Vicomté de Turenne en
Querci , le 11. Juin 1653. Paul , son
Pere , Avocat au Parlement de Toulouse,
étoit très habile dans sa Profession. Il
aimoit singulierement l'étude des Belles--
Lettres
et il → inspira cet amour à son
-
Fils..
2542 MERCURE DE FRANCE
Fils. Ses lumieres , son experience , sa
probité lui meriterent la confiance du
Public ; et il fut très- estimé dans sa Patrie
, à laquelle il rendit des services importans
,
et dont la memoire est encore
récente. Il descendoit d'un Cadet des Seigneurs
de Lavaur , Maison considerable
et des plus anciennes du Querci.
,
,
Guillaume son digne Fils , la rendra
encore plus célebre. A peine eût- il fini
son Droit à Toulouse , que son Pere jaloux
de son éducation , l'envoya à Paris
pour suivre le Barreaut et pour s'y former
sur les grands modeles de ce tems-là .
Nôtre jeune Avocat ne s'appliqua pas
seulement à la Jurisprudence , mais il
fit encore de grands progrès dans l'étude
des Belles- Letttes , pour lesquelles il avoit
beaucoup de goût et de talent. Son ap
plication infatigable la sagesse de sa
conduite , la bonté de ses moeurs
manieres nobles , polies , genereuses lui
firent des amis de distinction . Les affaires
de sa Famille l'ayant obligé de retourner
en Province , il épousa Marie-
Charlotte Maynard , Fille de Charles
Gentilhomme ordinaire du Roy , et Petite-
Fille de François , Président à Aurillac
en Auvergne , Secretaire de la
Reine Marguerite , et honoré avant sa
ses
J'
most
NOVEMBRE 1731. 254
mort d'un Brevet de Conseiller d'Etat :
mais beaucoup plus connu par les ouvrages
dont il a enrichi le Public.
M. de Lavaur se trouva attaché à
S. Cere ,
par la tendresse qu'il avoit
pour cette digne Epouse , par ses affaires
domestiques , et par la délicatesse de sa
santé , qui ne se soutenoit que par un
grand regime de vie. Il ne s'absenta
du Querci , que pour un Voyage qu'il
fut obligé de faire à Paris en 1700, et
pour quelques autres voyages de nécessité
qu'il fit à Toulouze , où l'on n'oublia
rien pour le retenir.
>
و
Il étoit le Conseil , l'Arbitre , l'Oracle
du Païs. Sa maison étoit ouverte à tous
et à toute heure sur- tout aux Pauvres
et aux Affligés ausquels il accordoit
volontiers son secours et une bonne partie
de son revenu qui étoit considerable.
L'Illustre Fenelon , Archevêque de
Cambrai , le Duc de Bouillon , et plusieurs
personnes du premier rang et d'un
goût exquis , connoissant la solidité de
son mérite , lui donnerent leur confiance
la plus intime et la plus étroite.
Aussi parfait Chrétien , que bon Citoyen
, il donnoit chaque jour un temps
considerable à la priere et à la lecture
de l'Ecriture , des Peres , et de la Morale
Chré
2544 MERCURE DE FRANCE
›
Chrétienne. Sa religion et sa pieté étoient
la regle de ses Etudes : et ses Etudes l'affermissoient
dans sa Religion , et n'altererent
jamais sa pieté. Tout éclairé qu'il
étoit il vivoit dans une merveilleuse
simplicité , religieux dans les moindres
de ses actions , aussi -bien que dans les
plus grandes , il étoit exact et fidele à
toutes les pratiques de la Religion , assidu
à sa Paroisse attaché à son Pasteur
, que la noblesse de son extraction
lui rendoit moins recommandable , que
la pureté de sa Doctrine et de ses moeurs.
,
,
M. de Lavaur joignit à cette haute pieté
une profonde érudition . Il étoit Philosophe
, Orateur , et Poëte. Il sçavoit
parfaitement le Grec et l'Hebreu , et
toutes les finesses de la Langue Latine.
Pour ce qui est de nôtre Langue la
pureté et la beauté de son élocution , le
choix , l'arrangement , l'harmonie de ses
expressions , la hardiesse et la magnificence
de ses figures , la rapidité de son
éloquence , l'artifice de sa composition ,
Ia beauté de ses discours ne laissoient
rien à desirer.
Quelque attaché qu'il fut aux devoirs
de son état , il trouvoit encore assez de
Toisir pour cultiver l'étude des Sciences.
En 1726. il fit imprimer chez E. Ganeau-,
PHisNOVEMBRE
1731. 2545
> J
Histoire secrete de Neron , ou le Festin
de Trimalcion traduit de Petrone avec
des Notes historiques , in 12 de 446. pages ,
sans le Discours préliminaire qui en remplit
72. Les quatre premieres ne sont
qu'une Traduction du Portrait que Tacite
fait de Petrone , au livre xvj . de ses
'Annales. La suite de ce discours est trèsrecherchée
, on y trouve des remarques
curieuses sur les affranchis , sur les factions
, les jeux et leurs couleurs , sur les
Sevirs , sur les habits et les noms des Romains
, et sur les Sesterces. La Traduction
de l'Histoire est pure et élegante : on
trouve une Critique exacte dans les notes:
elles sont courtes et dégagées de tout
fatras d'érudition , et l'on ne peut s'em- >
pêcher de convenir que personne n'a
mieux pénetré que lui le sens de Petrone
; il est entré parfaitement bien dans
le Plan de son Auteur ; il a conservé
dans sa version les beautez presque inimitables
de l'Original , sans lui rien faire
perdre de ses traits , de ses couleurs , de
son prix ; il fait sentir par tout la finesse
de ses tours et la délicatesse de ses pensées
et si Petrone a été nommé Autor
›
in obscoenitate purus , ne pourroit-on pas
appeller le sçavant Traducteur qui l'a si
bien épuré , en retranchant toutes les
obsce-
1
2546 MERCURE DE FRANCE
obscenités , Purissimus impurissimi Auctoris
Interpres ?
Un autre ouvrage plus considerable de
M. de L. est intitulé : Conférence de la
Fable avec l'Histoire Sainte où l'on voit
›
>
que les grandes Fables le culte et les mysteres
du Paganisme ne sont que des Copies
alterées des Histoires , des Usages , et des
Traditions des Hebreux 2. vol . in 12. le
premier de 96. pages , sans le Discourspréliminaire
qui en contient 122. Le second
tome est de 361. pages . M. le Cardinal
de Fleury a bien voulu être le Mecene
de ce Livre , et ce n'est pas une approbation
mediocre pour l'ouvrage , ni
une petite louange pour l'Auteur , qui ,
d'ailleurs a tout-à - fait bien rempli son
dessein , lequel se trouve heureusement
exprimé dès le Frontispice
par ce passage
du I. livre des Macchabées
, c. 3. v. 48.
expanserunt libros legis , de quibus scrutabantur
gentes similitudinem
simulachrorum
suorum & c.
>
Avant lui , Steuchus , Evêque de Kisanie
, qui vivoit au milieu du xvj . siécle
, Bochard dans sa Géographie sacrée
M. Huet , Evêque d'Avranches , dans sa
Démonstration Evangelique , et le Pere
Thomassin , dans sa méthode d'étudier
les Poëtes , avoient travaillé après Eusebe
aux
NOVEMBRE 1731. 2547
aux Remarques de quelques traits de ressemblance
entre les personnages du vieux
Testament , et les Dieux du Paganisme .
M. de Lavaur a poussé ces recherches
plus loin , et il a découvert heureusement
la ressemblance des avantures et de la
vie des plus célebres personnages de la
Fable , avec ceux de nos saintes Ecritures.
Il prouve solidement , que les Fables
du Paganisme ne sont qu'une copie alterée
de la Religion , et par ce moyen
il établit le droit d'aînesse , et l'autorité
des livres divins sur les inventions des
hommes , de la verité sur le mensonge ,
de la vraie Religion et de la vraie Divinité
sur les fausses , qui n'en sont qu'une
imitation corrompue. Il démontre clairement
l'origine du Paganisme , sortie du
sein de Dieu même , sans que les Payens
s'en soient apperçûs ; il établit évidemment
la conformité des Fables avec les
Textes sacrés , et développe si nettement
les Metaphores des Auteurs Profanes
qu'on diroit qu'il a conferé avec les plus:
illustres morts de l'antiquité , pour nous
apprendre le vrai sens de leurs Enigmes.
Le témoignage de M. l'Abbé Raguer
me sera un bon et solide garand de ce
que je viens d'avancer. M. de Lavaur
dit-il , dans son approbation , fait paroître
2548 MERCURE DE FRANCE
foître dans cet ouvrage beaucoup d'éru-
»dition , un zele extrême pour les inte-
→ rêts de la verité , et une grande saga-
» cité à découvrir les traces précieuses de
» la Tradition des Hebreux parmi les té-
>> nebres du Paganisme. Il fait par tout
>> sentir l'autorité supprimée des livres
» sacrez , et par des conjectures ordinai-
» rement très heureuses , et par les mo-
» numens les plus acréditez de ceux qui
»> ne sembloient s'être instruits dans les
» Divines Ecritures , que pour les alterer ,
» suivant l'égarement de leur esprit , et
» la corruption de leur coeur.
Cet homme digne de l'immortalité
nous a laissé non - seulement ces deuxbeaux
ouvrages , mais encore trois fils ,
qui sont la gloire et la couronne d'un
tel Pere. Pierre - Louis de Lavaur son
aîné , Trésorier de France , disputa au
sortir des Ecoles une Chaire de Droit dans
l'Université de Cahors , et s'il ne l'ob
rint pas
›
pas , par un coup de faveur qui la
fit donner à son concurrent , il la mérita
suivant la justice que lui rendirent les
Sçavans desinteressez qui assisterent à
cette dispute. Il s'est allié aux meilleures
Maisons du Querci , par son mariage
avec Dame Elisabeth de Banze. Il suit
Les traces de son Pere , par son application
NOVEMBRE. 1731. 2549
tion à la Jurisprudence et aux Belles-
Lettres.
Philippe , son puîné , est Chanoine
de S. Sernin à Toulouse , et Syndic du
Chapitre , ce qui n'est pas une petite
distinction .
Le troisiéme Fils est François , Sieur
de l'Ort , il a eu soin de l'Edition du Livre
de la Conférence , qu'il a fait imprimer
à Paris , chez Cailleau 1730. 11
est premier Secretaire de M. le Marquis
de Fenelon Ambassadeur du Roy en
Hollande. J'ai l'honneur d'être , Mon
sieur , & c.
Ce 1. May 1731,
Lettre écrite
›
par
M. B. B. à M..de
Conseiller de la Cour des
S.
Aigne
Aides de Clermont
.
E viens , Monsieur , répandre dans
vôtre sein la juste douleur que me
cause la mort de M. de Lavaur , Ecuyer,
Seigneur de la Boisse , Avocat au Parlement
de Paris ; l'illustre défunt m'a
honoré de son amitié pendant toute sa
vie Sa mort arrivée à S. Cere le 8 Avril
dernier après avoir fait le sujet de mes
larmes exige , ce me semble , quelque
chose de plus de ma reconnoissance . Voici
, Monsieur , un leger crayon de sa
vie , pour honorer en quelque façon sa
mémoire et pour la satisfaction de ses
Amis , entre lesquels vous tenez un des
premiers rangs.
,
3
Guillaume de Lavaur étoit né à Saint
Cere dans la Vicomté de Turenne en
Querci , le 11. Juin 1653. Paul , son
Pere , Avocat au Parlement de Toulouse,
étoit très habile dans sa Profession. Il
aimoit singulierement l'étude des Belles--
Lettres
et il → inspira cet amour à son
-
Fils..
2542 MERCURE DE FRANCE
Fils. Ses lumieres , son experience , sa
probité lui meriterent la confiance du
Public ; et il fut très- estimé dans sa Patrie
, à laquelle il rendit des services importans
,
et dont la memoire est encore
récente. Il descendoit d'un Cadet des Seigneurs
de Lavaur , Maison considerable
et des plus anciennes du Querci.
,
,
Guillaume son digne Fils , la rendra
encore plus célebre. A peine eût- il fini
son Droit à Toulouse , que son Pere jaloux
de son éducation , l'envoya à Paris
pour suivre le Barreaut et pour s'y former
sur les grands modeles de ce tems-là .
Nôtre jeune Avocat ne s'appliqua pas
seulement à la Jurisprudence , mais il
fit encore de grands progrès dans l'étude
des Belles- Letttes , pour lesquelles il avoit
beaucoup de goût et de talent. Son ap
plication infatigable la sagesse de sa
conduite , la bonté de ses moeurs
manieres nobles , polies , genereuses lui
firent des amis de distinction . Les affaires
de sa Famille l'ayant obligé de retourner
en Province , il épousa Marie-
Charlotte Maynard , Fille de Charles
Gentilhomme ordinaire du Roy , et Petite-
Fille de François , Président à Aurillac
en Auvergne , Secretaire de la
Reine Marguerite , et honoré avant sa
ses
J'
most
NOVEMBRE 1731. 254
mort d'un Brevet de Conseiller d'Etat :
mais beaucoup plus connu par les ouvrages
dont il a enrichi le Public.
M. de Lavaur se trouva attaché à
S. Cere ,
par la tendresse qu'il avoit
pour cette digne Epouse , par ses affaires
domestiques , et par la délicatesse de sa
santé , qui ne se soutenoit que par un
grand regime de vie. Il ne s'absenta
du Querci , que pour un Voyage qu'il
fut obligé de faire à Paris en 1700, et
pour quelques autres voyages de nécessité
qu'il fit à Toulouze , où l'on n'oublia
rien pour le retenir.
>
و
Il étoit le Conseil , l'Arbitre , l'Oracle
du Païs. Sa maison étoit ouverte à tous
et à toute heure sur- tout aux Pauvres
et aux Affligés ausquels il accordoit
volontiers son secours et une bonne partie
de son revenu qui étoit considerable.
L'Illustre Fenelon , Archevêque de
Cambrai , le Duc de Bouillon , et plusieurs
personnes du premier rang et d'un
goût exquis , connoissant la solidité de
son mérite , lui donnerent leur confiance
la plus intime et la plus étroite.
Aussi parfait Chrétien , que bon Citoyen
, il donnoit chaque jour un temps
considerable à la priere et à la lecture
de l'Ecriture , des Peres , et de la Morale
Chré
2544 MERCURE DE FRANCE
›
Chrétienne. Sa religion et sa pieté étoient
la regle de ses Etudes : et ses Etudes l'affermissoient
dans sa Religion , et n'altererent
jamais sa pieté. Tout éclairé qu'il
étoit il vivoit dans une merveilleuse
simplicité , religieux dans les moindres
de ses actions , aussi -bien que dans les
plus grandes , il étoit exact et fidele à
toutes les pratiques de la Religion , assidu
à sa Paroisse attaché à son Pasteur
, que la noblesse de son extraction
lui rendoit moins recommandable , que
la pureté de sa Doctrine et de ses moeurs.
,
,
M. de Lavaur joignit à cette haute pieté
une profonde érudition . Il étoit Philosophe
, Orateur , et Poëte. Il sçavoit
parfaitement le Grec et l'Hebreu , et
toutes les finesses de la Langue Latine.
Pour ce qui est de nôtre Langue la
pureté et la beauté de son élocution , le
choix , l'arrangement , l'harmonie de ses
expressions , la hardiesse et la magnificence
de ses figures , la rapidité de son
éloquence , l'artifice de sa composition ,
Ia beauté de ses discours ne laissoient
rien à desirer.
Quelque attaché qu'il fut aux devoirs
de son état , il trouvoit encore assez de
Toisir pour cultiver l'étude des Sciences.
En 1726. il fit imprimer chez E. Ganeau-,
PHisNOVEMBRE
1731. 2545
> J
Histoire secrete de Neron , ou le Festin
de Trimalcion traduit de Petrone avec
des Notes historiques , in 12 de 446. pages ,
sans le Discours préliminaire qui en remplit
72. Les quatre premieres ne sont
qu'une Traduction du Portrait que Tacite
fait de Petrone , au livre xvj . de ses
'Annales. La suite de ce discours est trèsrecherchée
, on y trouve des remarques
curieuses sur les affranchis , sur les factions
, les jeux et leurs couleurs , sur les
Sevirs , sur les habits et les noms des Romains
, et sur les Sesterces. La Traduction
de l'Histoire est pure et élegante : on
trouve une Critique exacte dans les notes:
elles sont courtes et dégagées de tout
fatras d'érudition , et l'on ne peut s'em- >
pêcher de convenir que personne n'a
mieux pénetré que lui le sens de Petrone
; il est entré parfaitement bien dans
le Plan de son Auteur ; il a conservé
dans sa version les beautez presque inimitables
de l'Original , sans lui rien faire
perdre de ses traits , de ses couleurs , de
son prix ; il fait sentir par tout la finesse
de ses tours et la délicatesse de ses pensées
et si Petrone a été nommé Autor
›
in obscoenitate purus , ne pourroit-on pas
appeller le sçavant Traducteur qui l'a si
bien épuré , en retranchant toutes les
obsce-
1
2546 MERCURE DE FRANCE
obscenités , Purissimus impurissimi Auctoris
Interpres ?
Un autre ouvrage plus considerable de
M. de L. est intitulé : Conférence de la
Fable avec l'Histoire Sainte où l'on voit
›
>
que les grandes Fables le culte et les mysteres
du Paganisme ne sont que des Copies
alterées des Histoires , des Usages , et des
Traditions des Hebreux 2. vol . in 12. le
premier de 96. pages , sans le Discourspréliminaire
qui en contient 122. Le second
tome est de 361. pages . M. le Cardinal
de Fleury a bien voulu être le Mecene
de ce Livre , et ce n'est pas une approbation
mediocre pour l'ouvrage , ni
une petite louange pour l'Auteur , qui ,
d'ailleurs a tout-à - fait bien rempli son
dessein , lequel se trouve heureusement
exprimé dès le Frontispice
par ce passage
du I. livre des Macchabées
, c. 3. v. 48.
expanserunt libros legis , de quibus scrutabantur
gentes similitudinem
simulachrorum
suorum & c.
>
Avant lui , Steuchus , Evêque de Kisanie
, qui vivoit au milieu du xvj . siécle
, Bochard dans sa Géographie sacrée
M. Huet , Evêque d'Avranches , dans sa
Démonstration Evangelique , et le Pere
Thomassin , dans sa méthode d'étudier
les Poëtes , avoient travaillé après Eusebe
aux
NOVEMBRE 1731. 2547
aux Remarques de quelques traits de ressemblance
entre les personnages du vieux
Testament , et les Dieux du Paganisme .
M. de Lavaur a poussé ces recherches
plus loin , et il a découvert heureusement
la ressemblance des avantures et de la
vie des plus célebres personnages de la
Fable , avec ceux de nos saintes Ecritures.
Il prouve solidement , que les Fables
du Paganisme ne sont qu'une copie alterée
de la Religion , et par ce moyen
il établit le droit d'aînesse , et l'autorité
des livres divins sur les inventions des
hommes , de la verité sur le mensonge ,
de la vraie Religion et de la vraie Divinité
sur les fausses , qui n'en sont qu'une
imitation corrompue. Il démontre clairement
l'origine du Paganisme , sortie du
sein de Dieu même , sans que les Payens
s'en soient apperçûs ; il établit évidemment
la conformité des Fables avec les
Textes sacrés , et développe si nettement
les Metaphores des Auteurs Profanes
qu'on diroit qu'il a conferé avec les plus:
illustres morts de l'antiquité , pour nous
apprendre le vrai sens de leurs Enigmes.
Le témoignage de M. l'Abbé Raguer
me sera un bon et solide garand de ce
que je viens d'avancer. M. de Lavaur
dit-il , dans son approbation , fait paroître
2548 MERCURE DE FRANCE
foître dans cet ouvrage beaucoup d'éru-
»dition , un zele extrême pour les inte-
→ rêts de la verité , et une grande saga-
» cité à découvrir les traces précieuses de
» la Tradition des Hebreux parmi les té-
>> nebres du Paganisme. Il fait par tout
>> sentir l'autorité supprimée des livres
» sacrez , et par des conjectures ordinai-
» rement très heureuses , et par les mo-
» numens les plus acréditez de ceux qui
»> ne sembloient s'être instruits dans les
» Divines Ecritures , que pour les alterer ,
» suivant l'égarement de leur esprit , et
» la corruption de leur coeur.
Cet homme digne de l'immortalité
nous a laissé non - seulement ces deuxbeaux
ouvrages , mais encore trois fils ,
qui sont la gloire et la couronne d'un
tel Pere. Pierre - Louis de Lavaur son
aîné , Trésorier de France , disputa au
sortir des Ecoles une Chaire de Droit dans
l'Université de Cahors , et s'il ne l'ob
rint pas
›
pas , par un coup de faveur qui la
fit donner à son concurrent , il la mérita
suivant la justice que lui rendirent les
Sçavans desinteressez qui assisterent à
cette dispute. Il s'est allié aux meilleures
Maisons du Querci , par son mariage
avec Dame Elisabeth de Banze. Il suit
Les traces de son Pere , par son application
NOVEMBRE. 1731. 2549
tion à la Jurisprudence et aux Belles-
Lettres.
Philippe , son puîné , est Chanoine
de S. Sernin à Toulouse , et Syndic du
Chapitre , ce qui n'est pas une petite
distinction .
Le troisiéme Fils est François , Sieur
de l'Ort , il a eu soin de l'Edition du Livre
de la Conférence , qu'il a fait imprimer
à Paris , chez Cailleau 1730. 11
est premier Secretaire de M. le Marquis
de Fenelon Ambassadeur du Roy en
Hollande. J'ai l'honneur d'être , Mon
sieur , & c.
Ce 1. May 1731,
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Résumé : ELOGE de M. de Lavaur, celebre Avocat. Lettre écrite par M. B. B. à M. de S. Aigne, Conseiller de la Cour des Aides de Clermont.
Guillaume de Lavaur, avocat renommé, est loué dans une lettre de M. B. B. adressée à un conseiller de la Cour des Aides de Clermont. Né le 11 juin 1653 à Saint-Céré dans la vicomté de Turenne en Quercy, Guillaume était le fils de Paul de Lavaur, avocat au Parlement de Toulouse, reconnu pour son talent et son amour des lettres. Guillaume suivit les pas de son père en étudiant le droit à Toulouse, puis à Paris, où il se forma au barreau. Il se distingua par son sérieux, sa sagesse et ses manières distinguées, gagnant ainsi des amis influents. De retour en province, il épousa Marie-Charlotte Maynard, fille d'un gentilhomme du Roi. Malgré une santé fragile, il devint une figure influente à Saint-Céré, conseillant et aidant les pauvres. Il était respecté par des personnalités telles que l'archevêque Fénelon et le duc de Bouillon. Sa piété et son érudition étaient remarquables; il maîtrisait le grec, l'hébreu et le latin, et était également poète et orateur. En 1726, il publia 'Histoire secrète de Néron' et en 1730, 'Conférence de la Fable avec l'Histoire Sainte', ouvrage approuvé par le cardinal de Fleury. Ce livre démontre que les fables païennes sont des copies altérées des histoires hébraïques, établissant ainsi la supériorité des textes sacrés. M. de Lavaur eut trois fils : Pierre-Louis, trésorier de France et juriste; Philippe, chanoine à Toulouse; et François, secrétaire de l'ambassadeur du Roi en Hollande. La lettre se conclut par des marques de respect et d'admiration pour l'illustre défunt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1473
p. 66
« La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...] »
Début :
La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...] »
La Lettre suivante est d'un Suédois qui
écrit comme s'il étoit né en France. L'idée
qu'il donne de Charles XII. m'a paru
après plusicurs lectures & bien des ré-
flexions plus que vraisemblable. S'il réus-
sit à l'établir, comme je l'espére, & com-
me tout le monde doit le souhaiter, on-
lui devra le plus beau caractere que four-
nisse l'Histoire.
écrit comme s'il étoit né en France. L'idée
qu'il donne de Charles XII. m'a paru
après plusicurs lectures & bien des ré-
flexions plus que vraisemblable. S'il réus-
sit à l'établir, comme je l'espére, & com-
me tout le monde doit le souhaiter, on-
lui devra le plus beau caractere que four-
nisse l'Histoire.
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1474
p. 62
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon corps, en son entier instrument de musique, [...]
Mots clefs :
Cor
1476
p. 67-68
QUESTIONS.
Début :
Personne n'a répondu aux questions du mois precedent ; cela [...]
Mots clefs :
Questions, Réponses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS.
QUESTIONS.
Personne n'a répondu
aux questions du mois:
precedent; cela est si
honteux pour le Mercure
, que pour éviter pareille
honte au mois prochain,
j'ai mis dans celuici
les questionsavec les
réponses toutes faites. Je
prie les curieux de questions
de me les envoyer
comme ceux-ci ontfait,
avec les réponses au bas S
car je n'ai plus le temps
de répondre moy-même,
quand les réponses me
manquent, & je crains
quellesnememanquent
souvent.
Personne n'a répondu
aux questions du mois:
precedent; cela est si
honteux pour le Mercure
, que pour éviter pareille
honte au mois prochain,
j'ai mis dans celuici
les questionsavec les
réponses toutes faites. Je
prie les curieux de questions
de me les envoyer
comme ceux-ci ontfait,
avec les réponses au bas S
car je n'ai plus le temps
de répondre moy-même,
quand les réponses me
manquent, & je crains
quellesnememanquent
souvent.
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1477
p. 70-71
AUTRE.
Début :
Plus je montre de vîde & plus je parois grand, [...]
Mots clefs :
Bâillement
1478
p. 60-61
LOGOGRYPHE.
Début :
Le voile qui m'entoure est assez amusant, [...]
Mots clefs :
Logogriphe
1480
p. 64-65
LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
Début :
Triste & cruelle indifférence, [...]
Mots clefs :
Amour, Constance, Rigueur, Vengeance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
LE PRIX DE LA CONSTANCE.
Cantatille. Par M. Jouin de Saufenil ,
TRifte & cruelle indifférence ,
Que vous allarmez mon repos !
Quel outrage pour ma conſtance !
Quel triomphe pour mes rivaux !
Ainfi donc ma perféverance ,
Mes feux & ma fidelle ardeur ,
N'auront pour toute récompenfe
Que la plus barbare rigueur !
Trifte & cruelle , &c.
Accablé fous le poids des rigueurs de Lifette ,
Le tendre & conftant Céladon ,
Sur ce trifte & lugubre ton
Faifoit ainfi raifonner fa mufette ,
Quand l'amour attendri par fes cris douloureux ,
Voulut récompenfer cet amant malheureux ;
Auffi-tôt il choifit pour bleffer la cruelle ,
De fes traits le plus vif & le plus dangereux ,
Et portant dans fon fein la bleffure mortelle ,
Lui fit fentir fes ravages affreux.
OCTOBRE. 1755. 65
De l'amour craignons la vengeance ,
Elle fuit de près la rigueur ;
Rien ne réfifte à fa puiffance ,
Quand il veut fe foumettre un coeur.
Jeunes beautés , que l'amour guette ,
éviter les coups , En vain
pour
Vous fuyez dans quelque retraite ,
Tôt ou tard il s'y rit de vous.
De l'amour craignons la vengeance , &c.
Cantatille. Par M. Jouin de Saufenil ,
TRifte & cruelle indifférence ,
Que vous allarmez mon repos !
Quel outrage pour ma conſtance !
Quel triomphe pour mes rivaux !
Ainfi donc ma perféverance ,
Mes feux & ma fidelle ardeur ,
N'auront pour toute récompenfe
Que la plus barbare rigueur !
Trifte & cruelle , &c.
Accablé fous le poids des rigueurs de Lifette ,
Le tendre & conftant Céladon ,
Sur ce trifte & lugubre ton
Faifoit ainfi raifonner fa mufette ,
Quand l'amour attendri par fes cris douloureux ,
Voulut récompenfer cet amant malheureux ;
Auffi-tôt il choifit pour bleffer la cruelle ,
De fes traits le plus vif & le plus dangereux ,
Et portant dans fon fein la bleffure mortelle ,
Lui fit fentir fes ravages affreux.
OCTOBRE. 1755. 65
De l'amour craignons la vengeance ,
Elle fuit de près la rigueur ;
Rien ne réfifte à fa puiffance ,
Quand il veut fe foumettre un coeur.
Jeunes beautés , que l'amour guette ,
éviter les coups , En vain
pour
Vous fuyez dans quelque retraite ,
Tôt ou tard il s'y rit de vous.
De l'amour craignons la vengeance , &c.
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Résumé : LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
Le texte 'Le Prix de la Constance' est une cantatille composée par M. Jouin de Saufenil. Il relate la souffrance de Céladon, un amant tourmenté par l'indifférence et la cruauté de Lifette. Céladon exprime sa douleur face aux rigueurs de Lifette. Ému par les plaintes de Céladon, l'amour décide de punir Lifette en la blessant mortellement. Lifette ressent alors les effets dévastateurs de l'amour. Le texte met en garde contre la vengeance de l'amour, soulignant qu'elle suit de près la rigueur et qu'elle est implacable lorsqu'elle veut soumettre un cœur. Il avertit également les jeunes beautés qu'elles ne pourront échapper à l'amour, même dans leur retraite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1481
p. 1686-1687
ÉGLOGUE.
Début :
Qu'avez-vous fait, belle Silvie, [...]
Mots clefs :
Appas, Perfidie, Inconstance, Eau fugitive, Fidèle , Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉGLOGUE.
EGLOGUE.
QU'APEZ- VOL
Tyrcis.
U'avez-vous fait , belle Silvie,
Depuis que j'ai cessé d'adorer vos appas ?
Sylvie.
Hélas ! cruel Tyrcis , hélas !
J'ai pleuré votre perfidie.
J'ai souvent aux Echos annoncé mon malheur ;
Ma constance et votre inconstance ;
Mais de ma trop juste douleur ,
Rien ne calmoit la violence.
Tyrcis.
Poursuivez ; achevez de confondre mon coeur,
Sylvie.
Souvent au bord d'une Onde pure ,
doux murmure
Qui couroit sur le sable avec
Je disois consumée en regava superflus ;
Voilà de nos plaisirs une image naïve ,
Ils imitent le cours de cette eau fugitive ,
Qui passe et qui ne revient plus .
Quelquefois j'écrivois nos deux noms sur l'écorce
Des Arbres dont l'ombrage frais ,
Avoit souvent aidé nos entretiens secrets ;
Pour y graver le mien il falloit peu de force,
Mais
JUILLET.
1637 1731.
Mais pour le vôtre il s'effaçoit ,
Si-tôt que ma main le traçoit.
Tyrcis.
Je ne puis retenir mes larmes.
Quoi ! vous étiez fidelle à qui sçur vous trahir !
Autant que vous m'aimiez vous deviez me haïr.
Mais si je rendois à vos charmes ,
Ce coeur que vous croyez perdu ,
Le reprendriez -vous, trop fidelle Sylvie
Sylvie.
Ce coeur qui me seroit rendu ,
Feroit le bonheur de ma vie ;
Tyrcis.
Eh bien ! je vous le rends , mais si rempli d'
mour ,
Si charmé de votre constance
Que pour vous sa tendresse et sa reconnoissance
Iront jusqu'à mon dernier jour.
QU'APEZ- VOL
Tyrcis.
U'avez-vous fait , belle Silvie,
Depuis que j'ai cessé d'adorer vos appas ?
Sylvie.
Hélas ! cruel Tyrcis , hélas !
J'ai pleuré votre perfidie.
J'ai souvent aux Echos annoncé mon malheur ;
Ma constance et votre inconstance ;
Mais de ma trop juste douleur ,
Rien ne calmoit la violence.
Tyrcis.
Poursuivez ; achevez de confondre mon coeur,
Sylvie.
Souvent au bord d'une Onde pure ,
doux murmure
Qui couroit sur le sable avec
Je disois consumée en regava superflus ;
Voilà de nos plaisirs une image naïve ,
Ils imitent le cours de cette eau fugitive ,
Qui passe et qui ne revient plus .
Quelquefois j'écrivois nos deux noms sur l'écorce
Des Arbres dont l'ombrage frais ,
Avoit souvent aidé nos entretiens secrets ;
Pour y graver le mien il falloit peu de force,
Mais
JUILLET.
1637 1731.
Mais pour le vôtre il s'effaçoit ,
Si-tôt que ma main le traçoit.
Tyrcis.
Je ne puis retenir mes larmes.
Quoi ! vous étiez fidelle à qui sçur vous trahir !
Autant que vous m'aimiez vous deviez me haïr.
Mais si je rendois à vos charmes ,
Ce coeur que vous croyez perdu ,
Le reprendriez -vous, trop fidelle Sylvie
Sylvie.
Ce coeur qui me seroit rendu ,
Feroit le bonheur de ma vie ;
Tyrcis.
Eh bien ! je vous le rends , mais si rempli d'
mour ,
Si charmé de votre constance
Que pour vous sa tendresse et sa reconnoissance
Iront jusqu'à mon dernier jour.
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Résumé : ÉGLOGUE.
L'églogue relate un dialogue entre Tyrcis et Sylvie, qui évoquent leur relation passée et leurs sentiments. Tyrcis interroge Sylvie sur ses activités depuis qu'il a cessé de l'adorer. Sylvie révèle qu'elle a pleuré sa perfidie et exprimé sa douleur aux échos. Elle compare leurs plaisirs passés à une onde pure qui passe et ne revient plus, symbolisant l'inconstance de Tyrcis. Sylvie mentionne également qu'elle gravait leurs noms sur les arbres, mais que le nom de Tyrcis s'effaçait rapidement. Ému, Tyrcis exprime son regret et demande si Sylvie le reprendrait s'il lui rendait son cœur. Sylvie confirme que ce cœur serait son bonheur. Tyrcis déclare alors qu'il lui rend son cœur, rempli de remords et de reconnaissance, et promet que sa tendresse et sa reconnaissance dureront jusqu'à son dernier jour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1483
p. 66-67
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg que le Roy de Dannemarck a [...]
Mots clefs :
Hambourg, Roi du Danemark, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg que
le Roy de Dannemarck a
donné au Contre Amiral Gabel
la Charge de Vice-Amiral
en confideration de la victoire
remportée ſur l'Eſcadre Suedoiſe&
qu'il luy a fait preſent
d'une épée enrichie de diamants.
On écrit de Berlin du
14. du mois paffé que l'on continuoit
d'y embarquer lagrofſe
artillerie avec une grande
quantité de bombes , de bou
GALANT. 67
lets ,de poudre &d'autres munitions
deguerre&de bouche.
LeComtedeCroiſſy, Ambarfadeur
Extraordinaire de France
en Suede eſtant arrivé à l'armée,
cut audiance du Roy de
Pruſſe auquel il preſenta deux
Lettres duRoytres -Chrétien.
Le 9. du mois de May il dîna
avec ce Prince ,& le 10. i partit
pour Stralzund : on a appris
depuis peu qu'il y eſtoit arrivé
le 14. au matin, qu'il avoit cu
d'abord audiance du Roy de
Suede , & qu'enfuite il avoit
dîné avec Sa Majeſté.
le Roy de Dannemarck a
donné au Contre Amiral Gabel
la Charge de Vice-Amiral
en confideration de la victoire
remportée ſur l'Eſcadre Suedoiſe&
qu'il luy a fait preſent
d'une épée enrichie de diamants.
On écrit de Berlin du
14. du mois paffé que l'on continuoit
d'y embarquer lagrofſe
artillerie avec une grande
quantité de bombes , de bou
GALANT. 67
lets ,de poudre &d'autres munitions
deguerre&de bouche.
LeComtedeCroiſſy, Ambarfadeur
Extraordinaire de France
en Suede eſtant arrivé à l'armée,
cut audiance du Roy de
Pruſſe auquel il preſenta deux
Lettres duRoytres -Chrétien.
Le 9. du mois de May il dîna
avec ce Prince ,& le 10. i partit
pour Stralzund : on a appris
depuis peu qu'il y eſtoit arrivé
le 14. au matin, qu'il avoit cu
d'abord audiance du Roy de
Suede , & qu'enfuite il avoit
dîné avec Sa Majeſté.
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1492
p. 50-53
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Bourgoin, Maître Chirurgien Juré à Auxerre, le 26. Decembre 1730. au sujet d'un enfant monstrueux.
Début :
Il y a six jours qu'on m'envoya un [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Monstruosité, Crâne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Bourgoin, Maître Chirurgien Juré à Auxerre, le 26. Decembre 1730. au sujet d'un enfant monstrueux.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M.
Bourgoin , Maître Chirurgien Juré à
Auxerre , le 26. Decembre 1730. au sujet
d'un enfant monstrueux.
I
Ly a six jours qu'on m'envoya un enfant
de sexe feminin , dont une pauvre
femme venoit d'accoucher. Cet enfant
estoit monstrueux , non par sa grosseur
, puisqu'il étoit comme les autres enfans
nés à neuf mois , mais parcequ'il étoit
sans crâne , sans col , sans moëlle épiniere
, et par conséquent sans nerfs , le
visage étoit situé immédiatement au dessus
des clavicules , à la partie superieure
et anterieure de la poitrine , sans aucune
marque ni vestige de cou , pas même le
moindre espace pour le jeu et le mouvement
de la mâchoire inférieure , qui
étoit immobile , et qui l'auroit toujours
été si cet enfant avoit pû vivre , nonseulement
par l'adherence de la mâchoire
inférieure avec le sternum par le moyen
de la peau et d'autres parties , mais encore
par le défaut du muscle pterigoïdien,
moteur de la mâchoire. Ses deux oreilles
étoient situées à peu près comme dans
l'état naturel , étant seulement plus allongées
JANVIER. 1731. SI
longées et plus saillantes qu'elles ne sont
d'ordinaire aux autres enfans, elles avoient
la conque rabaissée , et retournée en devant
comme celle d'un chat , à la difference
qu'elles n'étoient ni veluës ni
pointues. Le conduit pour l'air externe
n'alloit point se rendre dans des parties
osseuses , telle que la roche , mais seulement
dans une masse de glandes , de
chairs , de graisse , le tout confondu ensemble
, sans pouvoir faire aucune distinction
de parties.
>
Le nez étoit posé presque au sommet
du visage , n'ayant qu'environ une ligne
de saillie dans l'endroit le plus éminent;
les deux narines assez bien disposées communiquoient
dans les fosses nazales sur
la cloison du palais et dans la bouche,
Au côté de la racine du nez tout au
haut du visage , paroissoient vers les paupieres
deux vessies de figure un peu conique
comme deux olives , sous lesquelles
étoient renfermés les yeux , ce qui représentoit
comme deux cornes , principalement
quand on examinoit cet enfant par
sa partie posterieure.
Quant à la bouche , on n'y remarquoit
rien de particulier , sinon qu'elle étoit
toujours ouverte et béante , parceque les
deux levres étoient tendues autour des
gencives , et que le menton étoit attaché
52 MERCURE DE FRANCE
- au sternum , de maniere que cette bouche
étoit plus ronde qu'ovale , et que la
commissure des levres étoit à peine marquée.
Comme cet enfant n'avoit point de
crâne , et par conséquent point de front,
non plus que de parietaux temporaux.
ctc. Il y avoit derriere ce visage , au lieu
et place du crâne , une partie de figure:
triangulaire platte , recouverte de peau
seulement , qui renfermoit un os assez.
dur de la même figure , lequel sembloit
servir de baze et d'appui à ce visage ..
Cette peau étoit couverte de cheveux
assez courts et clairement plantés , qui bordoient
une ouverture oblongue avec de
grosses levres , dans laquelle on introduisoit
facilement une grosse sonde , qui
descendoit tout le long du canal de Pépine
du dos et qui ne contenoit ni
matiere solide ni liquide .
,
J'aurois bien des particularités à faire
observer sur le squelette de cet enfant
tant sur le derriere de la tête qui paroît
être un crâne renversé , que sur la grande
ouverture à la partie supérieure de l'épine
qui regne , comme je viens de le dire
dans tout ce canal , mais je sortirois des
bornes que je me suis prescrites ; je reserve
ce détail pour une description plus
détaillée que j'espere faire du squelette
JANVIER. 1731. 53
lette en question . Ce monstre , au reste,
a attiré tous les curieux de notre Villet
qui ont été surpris de voir un enfant non
corrompu , avec de l'embonpoint et toutes
les parties au-dessous du col bien figurées
, né sans cerveau , sans moële de
l'épine , et sans nerfs .
Bourgoin , Maître Chirurgien Juré à
Auxerre , le 26. Decembre 1730. au sujet
d'un enfant monstrueux.
I
Ly a six jours qu'on m'envoya un enfant
de sexe feminin , dont une pauvre
femme venoit d'accoucher. Cet enfant
estoit monstrueux , non par sa grosseur
, puisqu'il étoit comme les autres enfans
nés à neuf mois , mais parcequ'il étoit
sans crâne , sans col , sans moëlle épiniere
, et par conséquent sans nerfs , le
visage étoit situé immédiatement au dessus
des clavicules , à la partie superieure
et anterieure de la poitrine , sans aucune
marque ni vestige de cou , pas même le
moindre espace pour le jeu et le mouvement
de la mâchoire inférieure , qui
étoit immobile , et qui l'auroit toujours
été si cet enfant avoit pû vivre , nonseulement
par l'adherence de la mâchoire
inférieure avec le sternum par le moyen
de la peau et d'autres parties , mais encore
par le défaut du muscle pterigoïdien,
moteur de la mâchoire. Ses deux oreilles
étoient situées à peu près comme dans
l'état naturel , étant seulement plus allongées
JANVIER. 1731. SI
longées et plus saillantes qu'elles ne sont
d'ordinaire aux autres enfans, elles avoient
la conque rabaissée , et retournée en devant
comme celle d'un chat , à la difference
qu'elles n'étoient ni veluës ni
pointues. Le conduit pour l'air externe
n'alloit point se rendre dans des parties
osseuses , telle que la roche , mais seulement
dans une masse de glandes , de
chairs , de graisse , le tout confondu ensemble
, sans pouvoir faire aucune distinction
de parties.
>
Le nez étoit posé presque au sommet
du visage , n'ayant qu'environ une ligne
de saillie dans l'endroit le plus éminent;
les deux narines assez bien disposées communiquoient
dans les fosses nazales sur
la cloison du palais et dans la bouche,
Au côté de la racine du nez tout au
haut du visage , paroissoient vers les paupieres
deux vessies de figure un peu conique
comme deux olives , sous lesquelles
étoient renfermés les yeux , ce qui représentoit
comme deux cornes , principalement
quand on examinoit cet enfant par
sa partie posterieure.
Quant à la bouche , on n'y remarquoit
rien de particulier , sinon qu'elle étoit
toujours ouverte et béante , parceque les
deux levres étoient tendues autour des
gencives , et que le menton étoit attaché
52 MERCURE DE FRANCE
- au sternum , de maniere que cette bouche
étoit plus ronde qu'ovale , et que la
commissure des levres étoit à peine marquée.
Comme cet enfant n'avoit point de
crâne , et par conséquent point de front,
non plus que de parietaux temporaux.
ctc. Il y avoit derriere ce visage , au lieu
et place du crâne , une partie de figure:
triangulaire platte , recouverte de peau
seulement , qui renfermoit un os assez.
dur de la même figure , lequel sembloit
servir de baze et d'appui à ce visage ..
Cette peau étoit couverte de cheveux
assez courts et clairement plantés , qui bordoient
une ouverture oblongue avec de
grosses levres , dans laquelle on introduisoit
facilement une grosse sonde , qui
descendoit tout le long du canal de Pépine
du dos et qui ne contenoit ni
matiere solide ni liquide .
,
J'aurois bien des particularités à faire
observer sur le squelette de cet enfant
tant sur le derriere de la tête qui paroît
être un crâne renversé , que sur la grande
ouverture à la partie supérieure de l'épine
qui regne , comme je viens de le dire
dans tout ce canal , mais je sortirois des
bornes que je me suis prescrites ; je reserve
ce détail pour une description plus
détaillée que j'espere faire du squelette
JANVIER. 1731. 53
lette en question . Ce monstre , au reste,
a attiré tous les curieux de notre Villet
qui ont été surpris de voir un enfant non
corrompu , avec de l'embonpoint et toutes
les parties au-dessous du col bien figurées
, né sans cerveau , sans moële de
l'épine , et sans nerfs .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Bourgoin, Maître Chirurgien Juré à Auxerre, le 26. Decembre 1730. au sujet d'un enfant monstrueux.
Le 20 décembre 1730, M. Bourgoin, Maître Chirurgien Juré à Auxerre, examina un enfant femelle né six jours plus tôt avec plusieurs anomalies. Cet enfant était dépourvu de crâne, de cou, de moelle épinière et de nerfs. Son visage était situé directement au-dessus des clavicules, sans espace pour le mouvement de la mâchoire inférieure, qui était immobile. Les oreilles étaient allongées et saillantes, avec une conque retournée. Le nez était presque au sommet du visage, avec des narines communiquant avec les fosses nasales et la bouche. Deux vessies coniques, semblables à des olives, renfermaient les yeux, donnant l'apparence de cornes. La bouche était toujours ouverte et béante, les lèvres tendues autour des gencives. À la place du crâne, il y avait une partie triangulaire plate recouverte de peau, avec un os dur servant de base au visage. Cette peau était couverte de cheveux courts bordant une ouverture oblongue menant au canal de l'épine. L'enfant a attiré de nombreux curieux à Auxerre, étonnés de voir un enfant sans cerveau, moelle épinière et nerfs, mais avec un embonpoint et des parties bien formées en dessous du cou.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1493
p. 65-69
LE REMOULEUR, Chanson.
Début :
Je ne vous donneray peut-estre pas pour ce mois-cy d'autre / Par mon Art secourable [...]
Mots clefs :
Meule, Art, Rémouleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE REMOULEUR, Chanson.
Je ne vous donneray peb"t-;-
c:fi¡e pas pour ce mois-cy d'autre
Chanson que celle qui suit,
c'estuneImitation decelle
qu'on a vûë dans le Mercure
dumoispassé,surl'AirduGagne
petit. Cttic Copie ne doit
rienà sonorignal.
LE REMOULEUR,
•
Chanson.
Par mon Artfecourailt
Jefuisfavorable
Dans les plaisirs
Sans moy les Jifirs
Seroientsuivis defoupirs*
Vene£ tour a tour
Faire voflre cour
jtu Rémouleurd'amour
Je remoudray,
féguiftraj;
Pour vous maMeule tourne,
Tourne &retourne,
Déjà monferet eflprouvé.
- a
Je preride-aux ruelles
Ilnestpointde belles
Dans leurs amours,
Quisans monsecours
Putfientpajjer d'heureuxjours;
Sans moy les Amans
Des tendres inflans
Trouvent en nam le. temps.
Les eguifant,
Les affilant;
Pour eux ma Meule tournef
Tourne & retourne,
Par moWn Art ilsfont tÉous contens Quand l'époux d'une belle
La croit infidelle>
- Pour le guerir
Mon Art sçaitoffrit
Le secret de réiijjtr.
Viens maryglace
Si toncoeurblejje
Songe encoreaupajfé*
Je t'émoudray,
> Téguiferay ;
Pour toy ma Meule tourney
Tourne & retourner,
C'eflfait,Ë70 tout estvublié.
Pour vaijicre une criullf
Un amsntfidelU ¡. Vaut-il sçavoir
Quel rfemonpouvoir,
BLM- tost je luy feray voir.
Viens timideamant,
Etdansuninisant
DeJJuÍ mon infinimenty
Je témoudrayy
T'éguiferay;
Pour toy ma Meul tourney
Tourne&retourne, - Va ton triomphe rjlajlûre.
c:fi¡e pas pour ce mois-cy d'autre
Chanson que celle qui suit,
c'estuneImitation decelle
qu'on a vûë dans le Mercure
dumoispassé,surl'AirduGagne
petit. Cttic Copie ne doit
rienà sonorignal.
LE REMOULEUR,
•
Chanson.
Par mon Artfecourailt
Jefuisfavorable
Dans les plaisirs
Sans moy les Jifirs
Seroientsuivis defoupirs*
Vene£ tour a tour
Faire voflre cour
jtu Rémouleurd'amour
Je remoudray,
féguiftraj;
Pour vous maMeule tourne,
Tourne &retourne,
Déjà monferet eflprouvé.
- a
Je preride-aux ruelles
Ilnestpointde belles
Dans leurs amours,
Quisans monsecours
Putfientpajjer d'heureuxjours;
Sans moy les Amans
Des tendres inflans
Trouvent en nam le. temps.
Les eguifant,
Les affilant;
Pour eux ma Meule tournef
Tourne & retourne,
Par moWn Art ilsfont tÉous contens Quand l'époux d'une belle
La croit infidelle>
- Pour le guerir
Mon Art sçaitoffrit
Le secret de réiijjtr.
Viens maryglace
Si toncoeurblejje
Songe encoreaupajfé*
Je t'émoudray,
> Téguiferay ;
Pour toy ma Meule tourney
Tourne & retourner,
C'eflfait,Ë70 tout estvublié.
Pour vaijicre une criullf
Un amsntfidelU ¡. Vaut-il sçavoir
Quel rfemonpouvoir,
BLM- tost je luy feray voir.
Viens timideamant,
Etdansuninisant
DeJJuÍ mon infinimenty
Je témoudrayy
T'éguiferay;
Pour toy ma Meul tourney
Tourne&retourne, - Va ton triomphe rjlajlûre.
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1494
p. 702-708
ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Début :
Sur les Rivages de la Seine, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin, Fête, Yeux, Ambassadeurs d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
O DE
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
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Résumé : ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Le texte relate une fête somptueuse organisée par les ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de Sa Majesté Catholique, le Marquis de Santa Cruz et de Barrenechea, pour célébrer la naissance du Dauphin le 24 janvier 1730. Cette célébration se déroule sur les rives de la Seine et présente des spectacles enchanteurs où l'art s'unit aux éléments naturels. Le jour est décrit comme brillant et fortuné, avec un fleuve alternant entre impétuosité et calme, symbolisant la transition entre l'hiver et le printemps. Les eaux de la Seine sont ornées de parterres flottants entourés d'ifs et d'orangers, lançant des tonnerres inoffensifs. La rivière est décorée de parures, et un coq exprime sa joie par le battement de ses ailes. Le ciel est illuminé de brillantes étoiles, et des feux d'artifice imitent des éclairs et des tonnerres. Des jardins enchanteurs sont parés de fleurs vives et de fruits éclatants, tandis que des lampions et des girandoles éclairent la scène. La trompette et le tambour résonnent, accompagnés par le canon, et le peuple répète les noms augustes des deux rois. Des fontaines de vin désaltèrent la foule, et une aurore naissante dore les coteaux. Iris annonce la paix, et des métamorphoses se produisent, transformant des roses en un palais éclatant. Des concerts et des ballets enchantent les invités, et des bergères chantent le bonheur de la France. Des dieux et des déesses embellissent les lieux, et des festins somptueux sont offerts. La fête met en scène diverses métamorphoses culinaires, comme un parterre de confiture, et des danses légères succèdent aux repas. La magnificence de la fête témoigne des grandeurs de l'Espagne et de la France unies par la naissance du Dauphin. Les peuples sont invités à célébrer cet événement, et la Bourgogne et la Champagne offrent leurs meilleurs vins. La fête symbolise l'union entre Philippe et Louis, et l'amitié entre les peuples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1495
p. 65-72
Sur un Fœtus.
Début :
J'ai vû ce qu'on appelle voir ; j'ai vû [...]
Mots clefs :
Fœtus, Cadavre, Eau de vie, Chirurgiens, Baptême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur un Fœtus.
Sur un Foetus. 1
J'ai vû ce qu'on appelle
voir; j'ai vû de mes yeux le
cadavre d'un jeune enfanr,
qu'on dit âgé de 3. mois. Il
est enfermé dans une petite
bouteille de verre pleine
d'eau de vie. On ajoûte
qu'aprés avoir été ondoyé,
il a encore vécuune demiheure
, & qu'au premier
jour on doit l'enterrer en
terre fainte.
La petitesse de ce corps
mesurprend
;
il n'a pas plus
de huit lignes de long, sur
trois ou quatre de large; cependant
il a tous les traits
d'homme, & les membres
formez & organisez, une
tête, desbras, des mains,
un ventre, un estomach,
des cuisses
,
des jambes &
des pieds;ondistingue même
son sexe,c'etungarçon.
Une femme malade à
l'Hôtel-Dieu de Rouën il y
a environ trois semaines
sentit de terribles coliques;,
& comme elle se croyoit
grosse, elle pria la Religieuse
qui avoit foin d'elle,
de prendre garde à elle.Enfin
elle jette l'enfant,on le
dévelope, & on l'ondoye
sur lecham p. f
Les Chirurgiens croyent
que la petitesse du corps de
cet enfant vient du peu
de nourriture qu'il prenoit
dans le sein de sa mere.
On m'a dit autrefois que
Henry II. Duc deLongueville,
n'avoir pas six pouces
de long quand ilvint au
mande hors terme en 1595.
qu'on le mit dans une petite
boete pleine de coton,Club-,
on portoit dans la poche. Il
n'a pas laissé de croître du-'
ne grandeur de corps ordinaire,
& de vivre 68. ans.
On dit la même chose de
M. d'Acqueville, Conseiller
au Parlement de Rouen,
& vivant encore.
Pour moy j'aurois fait
quelque difficulté pour baptiser
cet enfant: il semble
que l'ame de l'homme ne
peut entrer que dans un
corps d'une certaine étendue
de matiere proportioncnoéerpsà
son espece. Or un
de deux tiers de pouce
n'a. aucune proportion a
-r
l'étendue de la matière du
corps humain.
Mais, dit on, on l'a vû
remuer. J'ai peu de foy à ce
pretendu remuement ,
je
voudrois l'avoir vû pour le
croire; d'ailleurs on sçait
que le mouvement est naturel
& ordinaire à toutes
les matieres gluantes, qui
sortent d'un lieu chaud &
humide, & vivant:mais
ces matieres remuantes ne
sont pas pour cela animé,
es. -
Mais supposé que ce petit
corps eût pris nourriturc,
& qu'il se fût augmenté
des deux tiers, il
n'auroit eu que deux pouces
à sa naissance. Comme
donc l'étendue du corps
d'un enfant naissant est la
mesure de la moitié de sa
grandeur future, celui- ci
n'auroit donc eu au plus
que quatre pouces, c'est
à dire un tiers de pied. On
l'auroit donc écrasé fous
les pieds, & les petits chiens
auroient insulté ce pigmée
d'homme
,
lui qui cH né
le maître des animaux les
plus grands & les plus fiers.
--
J'ai obiervé que ce petit
corps est étendu tout
de son long, & couché
sur le dos, qu'il presente
toujourssonvisage à ceux
qui le regardent de haut
en bas, & le dos à ceux
qui le regardent de bas en
haut; qu'il ne s'éleve point
dans l'eau, quelque secousse
qu'on lui donne,
& qu'il n'y change point
de posture qu'ilsetrouve
toujours dans les flancs
de la bouteille, dont le
milieu du fonds est plus
élevé que les flancs, qui
- font comme creux dans
leur circonférence.
J'ai encore.observé que
l'eau de vie a perdu sa netteté
& sa pureté, qu'elle
cft d'une couleur rousseâtre.
J'ai vû ce qu'on appelle
voir; j'ai vû de mes yeux le
cadavre d'un jeune enfanr,
qu'on dit âgé de 3. mois. Il
est enfermé dans une petite
bouteille de verre pleine
d'eau de vie. On ajoûte
qu'aprés avoir été ondoyé,
il a encore vécuune demiheure
, & qu'au premier
jour on doit l'enterrer en
terre fainte.
La petitesse de ce corps
mesurprend
;
il n'a pas plus
de huit lignes de long, sur
trois ou quatre de large; cependant
il a tous les traits
d'homme, & les membres
formez & organisez, une
tête, desbras, des mains,
un ventre, un estomach,
des cuisses
,
des jambes &
des pieds;ondistingue même
son sexe,c'etungarçon.
Une femme malade à
l'Hôtel-Dieu de Rouën il y
a environ trois semaines
sentit de terribles coliques;,
& comme elle se croyoit
grosse, elle pria la Religieuse
qui avoit foin d'elle,
de prendre garde à elle.Enfin
elle jette l'enfant,on le
dévelope, & on l'ondoye
sur lecham p. f
Les Chirurgiens croyent
que la petitesse du corps de
cet enfant vient du peu
de nourriture qu'il prenoit
dans le sein de sa mere.
On m'a dit autrefois que
Henry II. Duc deLongueville,
n'avoir pas six pouces
de long quand ilvint au
mande hors terme en 1595.
qu'on le mit dans une petite
boete pleine de coton,Club-,
on portoit dans la poche. Il
n'a pas laissé de croître du-'
ne grandeur de corps ordinaire,
& de vivre 68. ans.
On dit la même chose de
M. d'Acqueville, Conseiller
au Parlement de Rouen,
& vivant encore.
Pour moy j'aurois fait
quelque difficulté pour baptiser
cet enfant: il semble
que l'ame de l'homme ne
peut entrer que dans un
corps d'une certaine étendue
de matiere proportioncnoéerpsà
son espece. Or un
de deux tiers de pouce
n'a. aucune proportion a
-r
l'étendue de la matière du
corps humain.
Mais, dit on, on l'a vû
remuer. J'ai peu de foy à ce
pretendu remuement ,
je
voudrois l'avoir vû pour le
croire; d'ailleurs on sçait
que le mouvement est naturel
& ordinaire à toutes
les matieres gluantes, qui
sortent d'un lieu chaud &
humide, & vivant:mais
ces matieres remuantes ne
sont pas pour cela animé,
es. -
Mais supposé que ce petit
corps eût pris nourriturc,
& qu'il se fût augmenté
des deux tiers, il
n'auroit eu que deux pouces
à sa naissance. Comme
donc l'étendue du corps
d'un enfant naissant est la
mesure de la moitié de sa
grandeur future, celui- ci
n'auroit donc eu au plus
que quatre pouces, c'est
à dire un tiers de pied. On
l'auroit donc écrasé fous
les pieds, & les petits chiens
auroient insulté ce pigmée
d'homme
,
lui qui cH né
le maître des animaux les
plus grands & les plus fiers.
--
J'ai obiervé que ce petit
corps est étendu tout
de son long, & couché
sur le dos, qu'il presente
toujourssonvisage à ceux
qui le regardent de haut
en bas, & le dos à ceux
qui le regardent de bas en
haut; qu'il ne s'éleve point
dans l'eau, quelque secousse
qu'on lui donne,
& qu'il n'y change point
de posture qu'ilsetrouve
toujours dans les flancs
de la bouteille, dont le
milieu du fonds est plus
élevé que les flancs, qui
- font comme creux dans
leur circonférence.
J'ai encore.observé que
l'eau de vie a perdu sa netteté
& sa pureté, qu'elle
cft d'une couleur rousseâtre.
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Résumé : Sur un Fœtus.
Le texte décrit l'observation d'un fœtus de trois mois conservé dans une bouteille d'eau-de-vie. Ce fœtus, mesurant environ huit lignes de long sur trois ou quatre de large, présente tous les traits humains, y compris les membres et les organes. Il a été ondoyé après sa naissance et a vécu une demi-heure. Sa petite taille est attribuée à un manque de nourriture dans le sein maternel. Une femme à l'Hôtel-Dieu de Rouen a accouché prématurément de cet enfant après avoir ressenti des coliques. Le texte mentionne des cas similaires, comme ceux d'Henri II, Duc de Longueville, et de M. d'Acqueville, qui étaient de petite taille à la naissance mais ont atteint une taille normale. L'auteur exprime des doutes sur la viabilité et l'animation de ce fœtus, remettant en question la possibilité que l'âme puisse habiter un corps aussi petit. Il observe également que l'eau-de-vie a perdu sa clarté et sa pureté, prenant une couleur rousseâtre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1496
p. 53-61
Le Secret du rajeunissement, Livre nouveau, annoncé d'une façon nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçaurois rentrer plus agreablement en matiere, qu'en [...]
Mots clefs :
Livre, Vie, Secret, Rajeunissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Secret du rajeunissement, Livre nouveau, annoncé d'une façon nouvelle. [titre d'après la table]
Je ne fçaurois rentrer plus
agréablement en matiere
, qu'en vous annonçant les
moyens d'arriver à laplus heureuse&
à laplus longue vie;
vous en trouverez le favorable
secret dans un Livre qui se
vend au Palais chez la veuve
Charpentier à la Couronne
d'or, au milieu qe la grande
Salle; & sur le Quay des AuguHJn
chez le ficur le Comte,
à la Ville de Montpellier.
Ce Livie est affiché depuis
peu fousle titre d'Hilloire des-
Personnes qui ont vécu plusieurssiecles
,& qui ontrajeuni
,
Avec lesecret du Rajeunissement,
tiré du célébréArnauld de
Villeneuve, Medecin du treiiéme
Siecle.
Cet Ouvrage cil: de Monsieur
de LongeilleHarcouet:
il l'a écrit avec une précision si
claire,& remplie dune si valtc
érudition iur 1 Antiquité ,la
Phiîofo|:hie,laTheologie,1a
M ~dvCine
,
l' A gronomie ,&
sur l'Histoire Sacrée & Prophane
, que quand r. L cture
nnneulferoit pas, pat la richelTe
du sujet, elle ferait plaiifr.,
par les faits curieux& instructifs,
danslesquelselle oblige
d'entrer.
Le Livre dont je parle, vous
paroîtra varié de mille choses
brillantes. L'immortalité du
premier homme y en traitée
avec des découvertes jusqu'ici
inconnues :la durée des premières
années du monde est
absolument éclaircie: on y
rapporte un nombre de Rois,
de Suivants , & d'autres personnes
recompensées de treslongs
jours :lesVertusa&entre
autres, la Temperance,s'y
trouvent l'appui de la longue
vie: on y montre les lien* qui
la peuvent procurer
a
&l'on
marque lessenrimens des plus
fameux Theologiens sur son
étendue :la Médaille sur la
naissance de Loiiis le Grand n'y
cil pas oubliée
1
& à son fujec
onciteun nombred'autoritez
sur les causes de la longue
vie: le rajeunissementyestabsolument
discuté d'une manière
assez insinuante pour le
faire esperer: on n'y obmet pas
ceux qu'on croit avoir er-e rajeunis;
& l'on finie par le fecret
admirable qui poudroie
operer ce grand oeuvre. On
donne enfin des regles pour
prolonger la vie, par les recherches
de ce que la Médecine
univerlellea de plus specifique;
en forte que ces matieres
également bienapprofondies,
font voir que Monsieur de
Longeville Harcoü et n'a pas
perdu son huile à manier une
quantité de Volumes dont il
nomme les Auteurs,aprésune
Prefacequesacunosité faitaccuser
de trop de brevcté.
L'Auteur nous y diten passant
,
qu'il est redevable de la
certitude de quelques évencments
, au Roy d'Angleterre
Jacques second
, qui luy fit
l'honneur de l'en éclaircir. Ce
fut à la priere de Monsieur
frece deLoüs le Grande , pour
lequel il avoir l'honneur de
travailler dés1698. à la description
de la belle Maison de
S Cloud,& à l'échange de la
Duché,donc les Ouvrages lui
font restez inutils.
Onn.i la perte de Monsieur
eûtmoins affligé ce qui étoit
en relation avec la Cour, le
Public en éprouveroit le malheur
,puisque privé d'un Ouvrage
qui par le stile de Monsieurde
Longeville Harcoüet
cât fait sentir (jusques dans
l'eloignement) ces vifs agréments
du plus beau lieu du
monde: leur description luy
eût sans doute produit autres
choses
-
que des loüanges steriles
, qui deviennent fumée,
quand on a l'infortune ( obeiC.
fant aux plus grands Princes)
de n'avoir bien travaillé qu'à
ses propres dépens.
Lavie del'homme
,
& les
desirsde le rétablir prefquc
dans son ancienne immortalité,
font le principal objet du
Livre de Monsieur de Longeville
Harcoü : a cc compte il
n'y a pet sonne qui ne luy soit
redevable de ses veilles; aussi
a t on vû sonOuvrageavec le
plaisir qui asseure une pleine
réüssite;témoin l'exrrait tresétendu
qu'en a fait aussitostle
Journal des Sçavants: ne restantàMonsieurdeLongeville
(comme luy disoit un grand
Archevêque
,
qui preside aujourd'huy
au plus illustre & au
plus ravanr Corps du Royaume
) qu'à composer un autre
Livre qui enseigne à bien mourir
; afin de merirer tout ce
qu'on peut attendre de la decouverte
des seu les sciences
veritablement utiles à la creature
raisonnable; elles consistent
à vivre heureusement ÔC
longuement,&de mourir ensuite
de la mort des Justes , c'est tout dite.
agréablement en matiere
, qu'en vous annonçant les
moyens d'arriver à laplus heureuse&
à laplus longue vie;
vous en trouverez le favorable
secret dans un Livre qui se
vend au Palais chez la veuve
Charpentier à la Couronne
d'or, au milieu qe la grande
Salle; & sur le Quay des AuguHJn
chez le ficur le Comte,
à la Ville de Montpellier.
Ce Livie est affiché depuis
peu fousle titre d'Hilloire des-
Personnes qui ont vécu plusieurssiecles
,& qui ontrajeuni
,
Avec lesecret du Rajeunissement,
tiré du célébréArnauld de
Villeneuve, Medecin du treiiéme
Siecle.
Cet Ouvrage cil: de Monsieur
de LongeilleHarcouet:
il l'a écrit avec une précision si
claire,& remplie dune si valtc
érudition iur 1 Antiquité ,la
Phiîofo|:hie,laTheologie,1a
M ~dvCine
,
l' A gronomie ,&
sur l'Histoire Sacrée & Prophane
, que quand r. L cture
nnneulferoit pas, pat la richelTe
du sujet, elle ferait plaiifr.,
par les faits curieux& instructifs,
danslesquelselle oblige
d'entrer.
Le Livre dont je parle, vous
paroîtra varié de mille choses
brillantes. L'immortalité du
premier homme y en traitée
avec des découvertes jusqu'ici
inconnues :la durée des premières
années du monde est
absolument éclaircie: on y
rapporte un nombre de Rois,
de Suivants , & d'autres personnes
recompensées de treslongs
jours :lesVertusa&entre
autres, la Temperance,s'y
trouvent l'appui de la longue
vie: on y montre les lien* qui
la peuvent procurer
a
&l'on
marque lessenrimens des plus
fameux Theologiens sur son
étendue :la Médaille sur la
naissance de Loiiis le Grand n'y
cil pas oubliée
1
& à son fujec
onciteun nombred'autoritez
sur les causes de la longue
vie: le rajeunissementyestabsolument
discuté d'une manière
assez insinuante pour le
faire esperer: on n'y obmet pas
ceux qu'on croit avoir er-e rajeunis;
& l'on finie par le fecret
admirable qui poudroie
operer ce grand oeuvre. On
donne enfin des regles pour
prolonger la vie, par les recherches
de ce que la Médecine
univerlellea de plus specifique;
en forte que ces matieres
également bienapprofondies,
font voir que Monsieur de
Longeville Harcoü et n'a pas
perdu son huile à manier une
quantité de Volumes dont il
nomme les Auteurs,aprésune
Prefacequesacunosité faitaccuser
de trop de brevcté.
L'Auteur nous y diten passant
,
qu'il est redevable de la
certitude de quelques évencments
, au Roy d'Angleterre
Jacques second
, qui luy fit
l'honneur de l'en éclaircir. Ce
fut à la priere de Monsieur
frece deLoüs le Grande , pour
lequel il avoir l'honneur de
travailler dés1698. à la description
de la belle Maison de
S Cloud,& à l'échange de la
Duché,donc les Ouvrages lui
font restez inutils.
Onn.i la perte de Monsieur
eûtmoins affligé ce qui étoit
en relation avec la Cour, le
Public en éprouveroit le malheur
,puisque privé d'un Ouvrage
qui par le stile de Monsieurde
Longeville Harcoüet
cât fait sentir (jusques dans
l'eloignement) ces vifs agréments
du plus beau lieu du
monde: leur description luy
eût sans doute produit autres
choses
-
que des loüanges steriles
, qui deviennent fumée,
quand on a l'infortune ( obeiC.
fant aux plus grands Princes)
de n'avoir bien travaillé qu'à
ses propres dépens.
Lavie del'homme
,
& les
desirsde le rétablir prefquc
dans son ancienne immortalité,
font le principal objet du
Livre de Monsieur de Longeville
Harcoü : a cc compte il
n'y a pet sonne qui ne luy soit
redevable de ses veilles; aussi
a t on vû sonOuvrageavec le
plaisir qui asseure une pleine
réüssite;témoin l'exrrait tresétendu
qu'en a fait aussitostle
Journal des Sçavants: ne restantàMonsieurdeLongeville
(comme luy disoit un grand
Archevêque
,
qui preside aujourd'huy
au plus illustre & au
plus ravanr Corps du Royaume
) qu'à composer un autre
Livre qui enseigne à bien mourir
; afin de merirer tout ce
qu'on peut attendre de la decouverte
des seu les sciences
veritablement utiles à la creature
raisonnable; elles consistent
à vivre heureusement ÔC
longuement,&de mourir ensuite
de la mort des Justes , c'est tout dite.
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1497
p. 64-75
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
Début :
Nous avons déja fait connoître dans plusieurs de nos précédens Mercures, [...]
Mots clefs :
Roi, Règne, Paris, Monarque, Évêque, Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
NOUVELLES LITTERAIRES..
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiſſement
dela Monarchie, jufqu'au
regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET
, Sécretaire de Noffeigneurs
les Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie ; à Paris chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais , vis - à - vis le Colége ;
2763 ; avec approbation & privilé--
ge
du Roi. Tomes XI & XII. Volumes.
in- 12 ..
NOUS ous avons déja fait connoître dans :
plufieurs de nos précédens Mercures
le mérite de cet . Ouvrage , & ce qui
le diftingue fpécialement de toutes nos
autres Hiftoires de France . Nous nous
bornerons donc aujourd'hui dans notre-
Analyfe , à parcourir quelques-uns des
faits principaux contenus dans les deux
FEVRIER. 1763. 65
Volumes qui paroiffent nouvellement ,
& qui commencent à l'année 1378 fous
le régne de Charles V, & finiffent fous
celui de Charles VI, l'an 1407.-
Les fréquens démêlés de Charles V,
dit le Sage , avec Jean de Montfort ,
Duc de Bretagne , eft ce qui occupe
une affez grande partie de l'onziéme
Volume. Če Duc errant & fugitif à
la Cour de Londres , ne néglige aucune
occafion de manifefter fa haine
contre la France & fon attachement
aux Anglois. Charles défefpérant de
foumettre cette ame infléxible , forma
le projet de le pouffer à bout en le
privant fans retour de fon patrimoine ;
mais fa mort qui arriva peu de temps
après , l'empêcha d'éxécuter fon projet.
Celle du vertueux & brave Duguefclin
étoit arrivée quelque temps
auparavant. » Suivant les dernieres vo-
» lontés du Connétable , on portoit fon
» corps en Bretagne , pour l'inhumer
» dans l'Eglife des Dominicains de Di-
» nan , où il avoit choifi fa fépulture.
» Le Roi fit arrêter le convoi , & or-
» donna qu'il prît la route de l'Abbaye
» de S. Denis. Il traverfa une partie de
» la France ; cette marche lugubre fit
» partout verfer des larmes ; partout
>
66 MERCURE DE FRANCE.
» on célébra des fervices funéraires , &
» on lui rendit les mêmes honneurs
» qu'on auroit pu rendre au Monarque.
» On ne voulut point augmenter l'af-
» fliction incroyable dont les Parifiens
» étoient pénétrés , en faifant paffer par
» leur ville les reftes infenfibles d'un
guerrier qu'ils regardoient comme
leur Dieu tutélaire : mais cette pré-
» caution fut inutile ; ils bordérent les
chemins où cette trifte pompe étoit
» attendue ; ils la fuivirent en l'accom-
" pagnant de leurs regrets & de leurs
» fanglots.... Le Roi fit éléver à Du-
»
29
guefclin un maufolée placé au pied
» de la fépulture qu'il avoit choifie pour
» lui-même. On lit fur fa tombe cette
» modefte épitaphe , dont la noble fimplicité
forme un contrafte fingulier
» avec ces faftueufes infcriptions , qui ,
grace à la vanité des modernes , furchargent
la cendre de ces morts obf-
» curs , dont la célébrité ne s'étend pas
" au de-là des limites de leur vie. Ici
» gît noble homme Meffire Bertrand
Duguefclin , Comte de Longueville ,
» & Connétable de France , qui trépaffa
au Chaftel neuf de Randan en
» Gévaudan , en la Sénéchauffée de
» Beaucaire , le treizième jour de Juillet
1380. Priez Dieu pour lui.
93
FEVRIER. 1763. 67
""
Après avoir rapporté la mort de Duguefclin
, & les regrets mêlés de larmes
qu'elle caufa à Charles V , M. Villares
fait un très-bel éloge de ce héros avec
lequel il compare M. de Turenne. Ce
morceau nous a paru mériter une attention
particuliere . » Si parmi cette
foule de héros connus dans nos an-
» nales il étoit permis d'en choisir un ,
» pour le placer à côté de Duguefclin ,
» le grand Turenne feroit peut -être ce-
» lui qui paroîtroit le plus propre à être
w mis en parallèle avec le bon Conné-
» table : car c'eft de ce nom que nos
» ayeux appelloient Dugucfclin long-
» temps après fa mort. Turenne aidé des
» connoiffances d'un fiécle plus éclai-
» ré , étoit fans doute plus habile Ca-
»pitaine que Bertrand : mais on peut
» dire à la gloire de ce dernier , qu'il tira
» de fon propre fonds tout ce qu'il
» fit voir de génie militaire dans un
» temps où l'art de la guerre étoit en-
" core dans fon enfance. I eft peut-
» être le premier de nos Généraux qui
» ait découvert & mis en pratique la-
» vantage des campemens , des mar-
≫ches lavantes des difpofitions ré-
, fléchies ; manoeuvres négligées par
anos ayeux , & que même ils fai68
MERCURE DE FRANCE.
,
>
·
» foient gloire d'ignorer. Avant &
»longtemps après lui on ne favoit que
» fondre avec impétuofité fur l'ennemi ;
" on fe battoit fans prèfque obferver
» d'ordre ; la fortune décidoit de l'évé
» nement. Bravoure modeſtie , gé- .
» nérofité tout fe trouve égal entre
» nos deux Héros. Turenne fit diftri-:
» buer fa vaiffelle d'argent à fes fol-
» dats ; Duguefclin vendit fes Terres
» pour payer fon Armée : la plus belle-
» campagne de Duguefclin & celle de
" Turenne fe reffemblent , ils aimerent
tous deux également leur patrie , &
» leur Souverain ; ils les fervirent utile-
» ment ; illuftrés par les mêmes vertus
» s'ils éprouverent des contradictions
» par des rapports ou des intrigues de
» quelques courtifans qu'offufquoit l'é-
» clat de leur mérite , ils fçurent dé-
"
daigner les frivoles manèges ; enfin ,.:
» après une révolution de trois fiécles ,
» ces deux Guerriers , l'honneur de la :
» France , entre lefquels tant de qua
» lités héroïques ont pris une reffem-
» blance finguliére , fe font trouvés
»réunis prèfque fous la même tombe,
» auprès des Souverains pour lefquels
" ils avoient combattu.
La mort de Charles V , l'état des
FEVRIER. 1763. 69
fciences & des arts fous le régne de
ce Monarque , l'origine de diverfes
inftitutions contiennent des détails intéreffans
& curieux , auxquels les loix
de l'analyſe ne nous permettent pas
de nous arrêter. Nous exhortons nos
Lecteurs à lire ce que rapporte M. Villaret
au fujet des Rois & Hérauts d'armes.
Ce morceau pourra piquer leur
curiofité.
Le régne de Charles VI préfente des
événemens qu'on ne lira pas avec moins
d'intérêt. L'ambition des Princes du
Sang , qui , fous un Roi mineur gouvernent
la France à leur gré , forme un
tableau dont on ne peut bien fe faire
une idée , qu'en le voyant dans l'Ouvrage
même. Les affaires de Bretagne
reparoiffent encore fur la Scène . Elles
font place aux divifions inteftines , caùfées
par la révolte de plufieurs villes
qui ne finit que lorfque le Roi prend
en main les rênes du Gouvernement.
Nous pafferons fous filence la trifte &
funefte maladie de ce Monarque , qui a
replongé la France dans l'abîme de
malheurs que M. Villaret décrit avec
autant de chaleur que d'intérêt. C'eſt ſous
ce . Prince qu'a été inventé en France
le jeu de cartes , & voici comme notre
70 MERCURE DE FRANCE .
hiftorien rapporte cette origine . « Entre
» les curieufes fuperfluités qu'enfanta
parmi nous l'ennui de l'éxistence
و و
»
il
, ne faut pas oublier le jeu de cartes
» inventé , dit- on , pour procurer quel-
" que foulagement au Roi lorfque fes
accès lui laiffoient des intervervalles
de tranquillité. Cet amufement , qui
fait aujourd'hui les délices des focié-
» tés , où l'on fe pique le plus de poli-
» teffe & de raiſon , eft tellement confacré
par l'habitude , que nous l'avons
transformé en befoin réel . Jaquemin
» Gringonneur , Peintre demeurant
» rue de la Verrerie , fut le premier qui
» peignit des cartes à or & de diverfes
» couleur , pour l'efbatement du Roi .
»L'invention de ces fortes de figures
» n'étoit certainement pas nouvelle ;
>
;
car un Statut du Synode de Wor-
» cheftre , profcrit entr'autres jeux de ha-
>
zard , celui du Roi & de la Reine. On
» trouve dans la vie de S. Bernard de
» Sienne , parmi les inftrumens de jeux
divers , tels que les palets , les dés
» qu'on apporta dans la Place publique
» pour les brûler , des figures peintes ,
» des cartes de triomphe , dont l'un de
» nos jeux de cartes retient encore le
» nom. Mais cette récréation avoit été
FEVRIER. 1763. 71
j
33
33
» long- temps négligée , lorfque la démence
du Roi la tira de l'obfcurité.
" La nation ne tarda pas à
l'adopter
» & la fureur de ce jeu abforba bien-
» tôt toutes les autres. Quatre années
» s'étoient à peine écoulées , que cette
» manie étoit devenue épidémique. Le
» Prévôt de Paris rendit une Ordon-
» nance qui l'interdifoit ; mais la dé-
» fenfe fut d'autant plus mal obſervée ,
» que la Cour donnoit publiquement le
premier éxemple de la tranfgreffion. »
Ce fut fous le même Règne de Charles
VI , qu'on vit fleurir la Cour amoureufe
, formée par le nombre & la qualité
des Officiers , fur le modèle des
Cours Souveraines : Préfidens , Confeillers
, Maîtres des Requêtes , Auditeurs
, Chevaliers d'honneur , grands-
Veneurs , Secrétaires , Gens du Roi
leurs Subftituts ; en un mot , toutes les
Charges qui formoient les Jurifdictions
fupérieures , y étoient fpécifiées . Les
plus grands Seigneurs briguoient l'honneur
d'y être admis . Les Princes du
Sang étoient à la tête de cette Compagnie
entiérement confacrée à l'Amour.
On voit dans la lifte des Officiers les
noms des plus anciennes familles du
Royaume. On y voir des Magiftrats ,
72 MERCURE DE FRANCE .
"
& ce qui doit paroître fingulier de nos
jours , on eft étonné de trouver dans
cette affociation voluptueufe des Docteurs
en Théologie , des grands Vicaires ,
des Chapelains , des Curés , des Chanoines
de Paris & de plufieurs autres
villes.
A la fin du quatorziéme fiécle , lorfqu'on
faifoit mourir des hommes revêtus
du Sacerdoce , on obfervoit une cérémonie
qui paroît s'être perdue parmi
nous c'est la dégradation. Voici ce
qui arriva à deux Religieux Prêtres qui
avoient entrepris la guérifon du Roi.
» Le Maréchal de Sancerre , dit M.
» Villaret , avoit envoyé de Guyenne
» deux Auguftins qui s'étoient vantés
» de guérir l'infirmité du Roi ..... On
» eut grand foin de leur fournir tout
» ce qu'ils demanderent : après avoir
» fans fuccès éffayé divers remèdes
» entr'autres un breuvage de perles dif-
" tillées ; ils eurent recours aux invo-
» cations magiques , qui n'opérerent pas
»davantage. On s'étoit contenté juf-
» ques -là de les obferver ; mais lorf-
» que des incifions qu'ils firent fur la
» tête du Monarque eurent redoublé la
» violence des accès , on conçut des
» foupçons que leur conduite ne détruifit
FEVRIER. 1763. 73
"
29 truifit pas ..... Ces deux Moines im-
" pudens oferent accufer le Duc d'Or-
» léans lui-même : on les interrogea ; ils
» fe couperent. Appliqués à la queſtion ,
» ils avouerent leur impofture ... Avant
» que de livrer les deux Prêtres empy-
» riques à la Juftice féculière , ils furent
dégradés. Pour cet effet on les con-
» duifit à la Grève les mains liées , ayant
» fur la tête des mîtres de papier , où
» leurs noms étoient écrits : ils s'appel-
» loient Pierre & Lancelot. Un écri-
» teau de parchemin attaché à leur dos
» contenoit leurs crimes. L'Evêque de
» Paris , en habits pontificaux , fortit
» d'une des fenêtres de l'Hôtel- de-Ville ,
» & s'avança par une gallerie fur un
» échaffaut tendu de drap de laine. Il
» étoit accompagné de fix autres Evêques
& de plufieurs Eccléfiaftiques.
» Les deux criminels monterent fur un
» échafaut élevé vis-à-vis de celui du
Clergé : un Docteur en Théologie les
» prêchoit. Le fermon fini , l'Evêque
» leur dit puifque vous avez profané
» par vos actions infâmes le glorieux
» caractére de notre Religion , nous vous
» déclarons indignes de la communion
» des Fidéles & detoute fonction Eccléfia-
»ftique. Les Prêtres de la fuite de l'Evê-
:
D
74 MERCURE DE FRANCE .
t
»
"
» que les revêtirent enfuite des ornemens
» facerdotaux. Alors ces malheureux fe
mirent à genoux , & confefferent leurs
» crimes. On leur mit entre les mains
» le Calice , que l'Evêque reprit lui-
» même , en difant : nous t'otons le Ca-
» lice avec lequel tu confacrois le nom de
N. S. On obferva la même cérémonie
» pour les autres ornemens. Lorsqu'ils
furent entiérement dépouillés , l'Evêque
ordonna qu'on leur raclât les
doigts , & qu'on les lavât dans une
» liqueur préparée à cet effet...... A
l'inftant le Sergent & les Archers du
» Prévôt de Paris s'en emparerent. Après
» les avoir promenés nuds en chemiſes
» dans les principales rues , ils les rame-
» nerent à la Grève , où ils furent dé-
» capités »
Nous defirerions que les bornes ordinaires
d'un extrait nous permiffent de
rapporter tout le morceau de cette hiftoire
, qui concerne l'origine des Spectacles
en France . M. Villaret a fait fur
cette matière des recherches curieufes
& des obfervations très-intéreffantes .
Nous nous propofons d'en entretenir
un jour nos Lecteurs , en les renvoyant
à l'article des Spectacles , où ces recherches
& ces obfervations occuperontleur
LE
JANVIER. 1763. 75
S
r
t
r
véritable place . Nous avons lu tout ce
morceau avec une extrême fatisfaction
& le Public doit favoir gré à l'Auteur
d'avoir débrouillé un cahos , d'où quelques
autres hiftoriens ne s'étoient pas
fi bien tirés.
En général nous ne pouvons que répéter
les éloges que nous avons déja
donnés plufieurs fois à l'ouvrage de
M. Villaret. Son ftyle réunit à la fois la
chaleur , l'élégance & la précifion ; & les
faits , même les moins importans , y
font toujours préfentés d'une manière
piquante.
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiſſement
dela Monarchie, jufqu'au
regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET
, Sécretaire de Noffeigneurs
les Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie ; à Paris chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais , vis - à - vis le Colége ;
2763 ; avec approbation & privilé--
ge
du Roi. Tomes XI & XII. Volumes.
in- 12 ..
NOUS ous avons déja fait connoître dans :
plufieurs de nos précédens Mercures
le mérite de cet . Ouvrage , & ce qui
le diftingue fpécialement de toutes nos
autres Hiftoires de France . Nous nous
bornerons donc aujourd'hui dans notre-
Analyfe , à parcourir quelques-uns des
faits principaux contenus dans les deux
FEVRIER. 1763. 65
Volumes qui paroiffent nouvellement ,
& qui commencent à l'année 1378 fous
le régne de Charles V, & finiffent fous
celui de Charles VI, l'an 1407.-
Les fréquens démêlés de Charles V,
dit le Sage , avec Jean de Montfort ,
Duc de Bretagne , eft ce qui occupe
une affez grande partie de l'onziéme
Volume. Če Duc errant & fugitif à
la Cour de Londres , ne néglige aucune
occafion de manifefter fa haine
contre la France & fon attachement
aux Anglois. Charles défefpérant de
foumettre cette ame infléxible , forma
le projet de le pouffer à bout en le
privant fans retour de fon patrimoine ;
mais fa mort qui arriva peu de temps
après , l'empêcha d'éxécuter fon projet.
Celle du vertueux & brave Duguefclin
étoit arrivée quelque temps
auparavant. » Suivant les dernieres vo-
» lontés du Connétable , on portoit fon
» corps en Bretagne , pour l'inhumer
» dans l'Eglife des Dominicains de Di-
» nan , où il avoit choifi fa fépulture.
» Le Roi fit arrêter le convoi , & or-
» donna qu'il prît la route de l'Abbaye
» de S. Denis. Il traverfa une partie de
» la France ; cette marche lugubre fit
» partout verfer des larmes ; partout
>
66 MERCURE DE FRANCE.
» on célébra des fervices funéraires , &
» on lui rendit les mêmes honneurs
» qu'on auroit pu rendre au Monarque.
» On ne voulut point augmenter l'af-
» fliction incroyable dont les Parifiens
» étoient pénétrés , en faifant paffer par
» leur ville les reftes infenfibles d'un
guerrier qu'ils regardoient comme
leur Dieu tutélaire : mais cette pré-
» caution fut inutile ; ils bordérent les
chemins où cette trifte pompe étoit
» attendue ; ils la fuivirent en l'accom-
" pagnant de leurs regrets & de leurs
» fanglots.... Le Roi fit éléver à Du-
»
29
guefclin un maufolée placé au pied
» de la fépulture qu'il avoit choifie pour
» lui-même. On lit fur fa tombe cette
» modefte épitaphe , dont la noble fimplicité
forme un contrafte fingulier
» avec ces faftueufes infcriptions , qui ,
grace à la vanité des modernes , furchargent
la cendre de ces morts obf-
» curs , dont la célébrité ne s'étend pas
" au de-là des limites de leur vie. Ici
» gît noble homme Meffire Bertrand
Duguefclin , Comte de Longueville ,
» & Connétable de France , qui trépaffa
au Chaftel neuf de Randan en
» Gévaudan , en la Sénéchauffée de
» Beaucaire , le treizième jour de Juillet
1380. Priez Dieu pour lui.
93
FEVRIER. 1763. 67
""
Après avoir rapporté la mort de Duguefclin
, & les regrets mêlés de larmes
qu'elle caufa à Charles V , M. Villares
fait un très-bel éloge de ce héros avec
lequel il compare M. de Turenne. Ce
morceau nous a paru mériter une attention
particuliere . » Si parmi cette
foule de héros connus dans nos an-
» nales il étoit permis d'en choisir un ,
» pour le placer à côté de Duguefclin ,
» le grand Turenne feroit peut -être ce-
» lui qui paroîtroit le plus propre à être
w mis en parallèle avec le bon Conné-
» table : car c'eft de ce nom que nos
» ayeux appelloient Dugucfclin long-
» temps après fa mort. Turenne aidé des
» connoiffances d'un fiécle plus éclai-
» ré , étoit fans doute plus habile Ca-
»pitaine que Bertrand : mais on peut
» dire à la gloire de ce dernier , qu'il tira
» de fon propre fonds tout ce qu'il
» fit voir de génie militaire dans un
» temps où l'art de la guerre étoit en-
" core dans fon enfance. I eft peut-
» être le premier de nos Généraux qui
» ait découvert & mis en pratique la-
» vantage des campemens , des mar-
≫ches lavantes des difpofitions ré-
, fléchies ; manoeuvres négligées par
anos ayeux , & que même ils fai68
MERCURE DE FRANCE.
,
>
·
» foient gloire d'ignorer. Avant &
»longtemps après lui on ne favoit que
» fondre avec impétuofité fur l'ennemi ;
" on fe battoit fans prèfque obferver
» d'ordre ; la fortune décidoit de l'évé
» nement. Bravoure modeſtie , gé- .
» nérofité tout fe trouve égal entre
» nos deux Héros. Turenne fit diftri-:
» buer fa vaiffelle d'argent à fes fol-
» dats ; Duguefclin vendit fes Terres
» pour payer fon Armée : la plus belle-
» campagne de Duguefclin & celle de
" Turenne fe reffemblent , ils aimerent
tous deux également leur patrie , &
» leur Souverain ; ils les fervirent utile-
» ment ; illuftrés par les mêmes vertus
» s'ils éprouverent des contradictions
» par des rapports ou des intrigues de
» quelques courtifans qu'offufquoit l'é-
» clat de leur mérite , ils fçurent dé-
"
daigner les frivoles manèges ; enfin ,.:
» après une révolution de trois fiécles ,
» ces deux Guerriers , l'honneur de la :
» France , entre lefquels tant de qua
» lités héroïques ont pris une reffem-
» blance finguliére , fe font trouvés
»réunis prèfque fous la même tombe,
» auprès des Souverains pour lefquels
" ils avoient combattu.
La mort de Charles V , l'état des
FEVRIER. 1763. 69
fciences & des arts fous le régne de
ce Monarque , l'origine de diverfes
inftitutions contiennent des détails intéreffans
& curieux , auxquels les loix
de l'analyſe ne nous permettent pas
de nous arrêter. Nous exhortons nos
Lecteurs à lire ce que rapporte M. Villaret
au fujet des Rois & Hérauts d'armes.
Ce morceau pourra piquer leur
curiofité.
Le régne de Charles VI préfente des
événemens qu'on ne lira pas avec moins
d'intérêt. L'ambition des Princes du
Sang , qui , fous un Roi mineur gouvernent
la France à leur gré , forme un
tableau dont on ne peut bien fe faire
une idée , qu'en le voyant dans l'Ouvrage
même. Les affaires de Bretagne
reparoiffent encore fur la Scène . Elles
font place aux divifions inteftines , caùfées
par la révolte de plufieurs villes
qui ne finit que lorfque le Roi prend
en main les rênes du Gouvernement.
Nous pafferons fous filence la trifte &
funefte maladie de ce Monarque , qui a
replongé la France dans l'abîme de
malheurs que M. Villaret décrit avec
autant de chaleur que d'intérêt. C'eſt ſous
ce . Prince qu'a été inventé en France
le jeu de cartes , & voici comme notre
70 MERCURE DE FRANCE .
hiftorien rapporte cette origine . « Entre
» les curieufes fuperfluités qu'enfanta
parmi nous l'ennui de l'éxistence
و و
»
il
, ne faut pas oublier le jeu de cartes
» inventé , dit- on , pour procurer quel-
" que foulagement au Roi lorfque fes
accès lui laiffoient des intervervalles
de tranquillité. Cet amufement , qui
fait aujourd'hui les délices des focié-
» tés , où l'on fe pique le plus de poli-
» teffe & de raiſon , eft tellement confacré
par l'habitude , que nous l'avons
transformé en befoin réel . Jaquemin
» Gringonneur , Peintre demeurant
» rue de la Verrerie , fut le premier qui
» peignit des cartes à or & de diverfes
» couleur , pour l'efbatement du Roi .
»L'invention de ces fortes de figures
» n'étoit certainement pas nouvelle ;
>
;
car un Statut du Synode de Wor-
» cheftre , profcrit entr'autres jeux de ha-
>
zard , celui du Roi & de la Reine. On
» trouve dans la vie de S. Bernard de
» Sienne , parmi les inftrumens de jeux
divers , tels que les palets , les dés
» qu'on apporta dans la Place publique
» pour les brûler , des figures peintes ,
» des cartes de triomphe , dont l'un de
» nos jeux de cartes retient encore le
» nom. Mais cette récréation avoit été
FEVRIER. 1763. 71
j
33
33
» long- temps négligée , lorfque la démence
du Roi la tira de l'obfcurité.
" La nation ne tarda pas à
l'adopter
» & la fureur de ce jeu abforba bien-
» tôt toutes les autres. Quatre années
» s'étoient à peine écoulées , que cette
» manie étoit devenue épidémique. Le
» Prévôt de Paris rendit une Ordon-
» nance qui l'interdifoit ; mais la dé-
» fenfe fut d'autant plus mal obſervée ,
» que la Cour donnoit publiquement le
premier éxemple de la tranfgreffion. »
Ce fut fous le même Règne de Charles
VI , qu'on vit fleurir la Cour amoureufe
, formée par le nombre & la qualité
des Officiers , fur le modèle des
Cours Souveraines : Préfidens , Confeillers
, Maîtres des Requêtes , Auditeurs
, Chevaliers d'honneur , grands-
Veneurs , Secrétaires , Gens du Roi
leurs Subftituts ; en un mot , toutes les
Charges qui formoient les Jurifdictions
fupérieures , y étoient fpécifiées . Les
plus grands Seigneurs briguoient l'honneur
d'y être admis . Les Princes du
Sang étoient à la tête de cette Compagnie
entiérement confacrée à l'Amour.
On voit dans la lifte des Officiers les
noms des plus anciennes familles du
Royaume. On y voir des Magiftrats ,
72 MERCURE DE FRANCE .
"
& ce qui doit paroître fingulier de nos
jours , on eft étonné de trouver dans
cette affociation voluptueufe des Docteurs
en Théologie , des grands Vicaires ,
des Chapelains , des Curés , des Chanoines
de Paris & de plufieurs autres
villes.
A la fin du quatorziéme fiécle , lorfqu'on
faifoit mourir des hommes revêtus
du Sacerdoce , on obfervoit une cérémonie
qui paroît s'être perdue parmi
nous c'est la dégradation. Voici ce
qui arriva à deux Religieux Prêtres qui
avoient entrepris la guérifon du Roi.
» Le Maréchal de Sancerre , dit M.
» Villaret , avoit envoyé de Guyenne
» deux Auguftins qui s'étoient vantés
» de guérir l'infirmité du Roi ..... On
» eut grand foin de leur fournir tout
» ce qu'ils demanderent : après avoir
» fans fuccès éffayé divers remèdes
» entr'autres un breuvage de perles dif-
" tillées ; ils eurent recours aux invo-
» cations magiques , qui n'opérerent pas
»davantage. On s'étoit contenté juf-
» ques -là de les obferver ; mais lorf-
» que des incifions qu'ils firent fur la
» tête du Monarque eurent redoublé la
» violence des accès , on conçut des
» foupçons que leur conduite ne détruifit
FEVRIER. 1763. 73
"
29 truifit pas ..... Ces deux Moines im-
" pudens oferent accufer le Duc d'Or-
» léans lui-même : on les interrogea ; ils
» fe couperent. Appliqués à la queſtion ,
» ils avouerent leur impofture ... Avant
» que de livrer les deux Prêtres empy-
» riques à la Juftice féculière , ils furent
dégradés. Pour cet effet on les con-
» duifit à la Grève les mains liées , ayant
» fur la tête des mîtres de papier , où
» leurs noms étoient écrits : ils s'appel-
» loient Pierre & Lancelot. Un écri-
» teau de parchemin attaché à leur dos
» contenoit leurs crimes. L'Evêque de
» Paris , en habits pontificaux , fortit
» d'une des fenêtres de l'Hôtel- de-Ville ,
» & s'avança par une gallerie fur un
» échaffaut tendu de drap de laine. Il
» étoit accompagné de fix autres Evêques
& de plufieurs Eccléfiaftiques.
» Les deux criminels monterent fur un
» échafaut élevé vis-à-vis de celui du
Clergé : un Docteur en Théologie les
» prêchoit. Le fermon fini , l'Evêque
» leur dit puifque vous avez profané
» par vos actions infâmes le glorieux
» caractére de notre Religion , nous vous
» déclarons indignes de la communion
» des Fidéles & detoute fonction Eccléfia-
»ftique. Les Prêtres de la fuite de l'Evê-
:
D
74 MERCURE DE FRANCE .
t
»
"
» que les revêtirent enfuite des ornemens
» facerdotaux. Alors ces malheureux fe
mirent à genoux , & confefferent leurs
» crimes. On leur mit entre les mains
» le Calice , que l'Evêque reprit lui-
» même , en difant : nous t'otons le Ca-
» lice avec lequel tu confacrois le nom de
N. S. On obferva la même cérémonie
» pour les autres ornemens. Lorsqu'ils
furent entiérement dépouillés , l'Evêque
ordonna qu'on leur raclât les
doigts , & qu'on les lavât dans une
» liqueur préparée à cet effet...... A
l'inftant le Sergent & les Archers du
» Prévôt de Paris s'en emparerent. Après
» les avoir promenés nuds en chemiſes
» dans les principales rues , ils les rame-
» nerent à la Grève , où ils furent dé-
» capités »
Nous defirerions que les bornes ordinaires
d'un extrait nous permiffent de
rapporter tout le morceau de cette hiftoire
, qui concerne l'origine des Spectacles
en France . M. Villaret a fait fur
cette matière des recherches curieufes
& des obfervations très-intéreffantes .
Nous nous propofons d'en entretenir
un jour nos Lecteurs , en les renvoyant
à l'article des Spectacles , où ces recherches
& ces obfervations occuperontleur
LE
JANVIER. 1763. 75
S
r
t
r
véritable place . Nous avons lu tout ce
morceau avec une extrême fatisfaction
& le Public doit favoir gré à l'Auteur
d'avoir débrouillé un cahos , d'où quelques
autres hiftoriens ne s'étoient pas
fi bien tirés.
En général nous ne pouvons que répéter
les éloges que nous avons déja
donnés plufieurs fois à l'ouvrage de
M. Villaret. Son ftyle réunit à la fois la
chaleur , l'élégance & la précifion ; & les
faits , même les moins importans , y
font toujours préfentés d'une manière
piquante.
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Résumé : HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
Le texte présente une analyse de l'ouvrage 'Histoire de France depuis l'établissement de la Monarchie jusqu'au règne de Louis XIV' de M. Villaret, secrétaire des Pairs de France et garde des Archives de la Pairie. Les tomes XI et XII, publiés en 1763, couvrent la période de 1378 à 1407, sous les règnes de Charles V et Charles VI. Les principaux événements relatés incluent les conflits entre Charles V et Jean de Montfort, duc de Bretagne, ainsi que la mort du connétable Duguesclin. Charles V ordonna que le corps de Duguesclin soit inhumé à l'abbaye de Saint-Denis, malgré les vœux du défunt. Le convoi funéraire traversa la France, suscitant des larmes et des services funéraires partout sur son passage. Charles V fit également ériger un mausolée pour Duguesclin, avec une épitaphe modeste. L'auteur compare Duguesclin à Turenne, soulignant les qualités militaires et la modestie des deux héros. Il mentionne également la mort de Charles V et l'état des sciences et des arts sous son règne. Le règne de Charles VI est marqué par l'ambition des princes du sang et des révoltes internes. Sous Charles VI, le jeu de cartes fut inventé pour distraire le roi lors de ses accès de maladie. La Cour amoureuse, composée de nombreux officiers et grands seigneurs, fleurit également sous ce règne. Le texte évoque également la cérémonie de dégradation de deux religieux ayant tenté de guérir le roi Charles VI par des moyens magiques. Enfin, il mentionne les recherches de M. Villaret sur l'origine des spectacles en France, qu'il compte aborder dans un article dédié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1497
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établissement de la Monarchie, jusqu'au regne de LOUIS XIV. par M. VILLARET, Sécretaire de Nosseigneurs les Pairs de France, Garde des Archives de la Pairie ; à Paris chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais, vis-à-vis le Collége ; 1763 ; avec approbation & privilége du Roi. Tomes XI & XII. Volumes in-12.
1498
p. 66-90
LETTRE Touchant les Jours Caniculaires. A MONSIEUR ***
Début :
La Piece qui suit a esté faite à l'occasion des grandes / N'en déplaise à Messieurs les Geographes, il semble que [...]
Mots clefs :
Canicule, Soleil, Air, Mois, Terre, Jours, Icarius, Chaleur, Temps, Feu, Astre, Août, Érigone, Juillet, Rayons, Astrologues, Maux, Cause
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Touchant les Jours Caniculaires. A MONSIEUR ***
La Piece qui fuit a efté
faite àl'occafion des grandes.
chaleurs de cet Efte , & je
vous l'aurois envoyée dés le
mois paffé, fi ma Lettre ne
s'eftoit pas trouvée toute
rempliedeNouvelles, enfor
te qu'il n'y est entré aucun
Ouvrage d'érudition.
LETTRE
Touchant lesJours Caniculaires.
AMONSIEUR ***
N
En déplaife à Mef
fieurs lesGeographes,
ilfemble que nous ne fom
GALANT. 67
mes pas à prefent dans la
Zone temperée , & que la
Zone torride s'étend jufqu'à
nous. Eneffet, Monfieur, on
fouffre icy depuis quelques,
jours une chaleur affreufe.
Toutféche ,toutbrûle.Cerés
&Baccusmeurent defoif,&la
Terre avecfon froid elemen.
taire , ne peut refifter à cette
faiſon brulante. Quelle excel
fiveardeur duSole!Sesrayons
fontdesrayonsenflamezfem
blablesàceux contre lefquels
les Africains tirent des fé
ches.Enfin,nosmois deJuillet
& d'Aouſtontfait de l'airune
Fij
68 MERCURE
fournaiſe, plus propre à l'ef
pece des Salamandres qu'au
genre humain. Vous me di
rezque cela n'eft pas extraor
dinaire; que le temps leveut
ainfi;que c'eftla Caniculequi
domine ; & que les jours du
mois paffé &de celuy.cyfont
des jours caniculaires.
Je fçay quela Canicule eft
une belle Etoile, & fi claire
&fibrillante que les Ceïens
l'admiroientcomme leSoleil,
&queCicerondit, qu'ils ob
fervoient fon lever avec une
grande attention , & qu'ils ti
roient defes diverſes phafes,
GALANT. 69
l'état de toute l'année. Jefçay
quela Canicule eft uneEtoile
delapremieregrandeur,c'eſt
àdire,centhuitfois plusgran
dequelaTerre, & quefacon
ftellation eftremarquable par
fes dix-huit Etoiles , & par
douze autres qui l'environ
nent. Mais nonobftant tou
tes ces qualitez éminentes ,je
nefuis pasdevoftre avis, qu'il
nous enfailleprendreàla Ca
nicule, du grand chaud qui
nous accable depuis deux
mois.
Afin de vous répondredans
Les termes qu'il faut , il eſt
70 MERCURE
jufte de diré premierement
ce qu'on a penſéautrefois de
de la Canicule , avant queje
m'explique de ce qu'on en
doit penfer aujourd'huy.
Je commenceparla Fable,
qui eftle fondement de l'opi
nion Caniculaire. Icarius fils
d'Oebale , reçut chez luy fi
agreablement Bacus, que ce
Dieu , pour reconnoiftre la
generofité deſon hoſte,luy fit
un grand preſent de vin , &
luy enfeignaencorela culture
de la vigne. Icarius fuivant
l'exemple de cette liberalité,
fit part deplufieurs bouteilles
GALANT. 61
de ce vin merveilleux à des
Bergers qu'il connoiffoit , &
qu'il aimoit ; mais ils en bu
rent tant qu'ils en furent
à la mort
enfin ,
;
yvres
les fumées & les vapeurs du
vin s'eftant exhalées , lors
qu'ils commencerent àfe re
connoiftre, ils s'imaginérent
qu'Icarius avoit eu deffein de
les empoisonner. Ils fe jetté
rent donc fur luy,& l'ayant
affaffiné, ils mirent fon corps
dansunefoffeprofonde, pour
y enterrer auffi le meurtre
dontils euffent pû eftreaccu
fez;maisla chienne d'Icarius
72 MERCURE
qui avoitfuivy fon Maiftre ;
revint àla maiſon, & par fes
cris ,& par fes hurlemens elle
excitaErigone,fille d'Icarius,
à venir avec elle au lieu où.
fon Pere avoit esté cruelle
ment mis à mort, & elle dé
couvrit la terre qui cachoit
fon corps. Erigone fut telle
ment faifie de cet horrible
homicide , qu'elle fe pendit
dedefefpoir; & Mora, c'étoit
le nom de la chienne ,voyant
fon Maiftre & fa Maiftreffe
tous deux morts , mouruz
auffi de douleur. Jupiter tou
ché de la pieté d'Erigone &
du
GALANT: 73
dubon naturel de Mora,
changea Icarius , Erigone, &
Mæraen Aftres , donnantle
nom de Boives à Icarius , à
Erigone celuy de Virgo , &
celuy de la Canicule àMœra.
LesPoëtes qui aiment les
fictions , ont tiréde cette Fa
ble, leurCanicule, & luyont
figuréune imagefunefte Ho
meredit quecetaftre faittou
1 tes fortes de maux auxhom.
mes , jufqu'à s'en fervir pour
reprefenter Achille defolant
avecfureurles Grecs. Virgile
fuit les mêmestraces.
Sirius ardor,
Octobre 1696.
G
74 MERCURE
Ille fitim , morbofque ferens
mortalibus agris
Nafcitur, & lavo contriftat
luminecælum.
Cet Aftre brilant cauſe aux mi
ferables Mortels une horriblefe
chereffe , & defarieufesmaladies;
fesrayonscorrompent & infectent
Fair. Il fe fert de l'idée de cet
Aftre,pourdonnerunairter
rible àEnée,fon Heros.Ho
race veut qu'on ait grand'
peurdu tempsde la Canicule.
Flagrantis atrox horaCaniculæ.
La faifon cruelle, dit- il, de la
Canicule ardente. Stace fair
aboyer la Canicule dans le
Ciel. Calido latravit Sirius
GALANT. 75
Afro. Voilà dans les Poëtes
les flâmes & les horreurs de
la Canicule , quiépouvantoit
tellement lesRomains,qu'on
voit dans leurCalendrier une
Fêteannuellelez5 Juillet,dans
laquelle ils facrifioient des
chiens roux, pour appaiferla
Canicule, ce que Giraldus ap
1 pelle SacrumCanarium.
Les Aftrologues fe font
joints auxPoëtes, & ont re
hauffé cette opinionde leurs
obfervations aftronomiques.
Selon euxlaCanicule eftdans
un conftellation meridiona
le auhuitièmedegré duCan
Gij
76 MERCURE
cer.Salatitudeeft defeize de
grez& dix minutes; &fa de
clinaifon eft de quinze de
grez &cinq minutes. Ils pré
tendent que la Canicule fe
levant avec le Soleil , elle eſt
fi ardente , qu'elle enflame
les vapeurs qu'il éleve de la
terre, & qu'elle augmentede
pluſieurs degrez le feu des
rayons folaires : ce qui fait,
difent-ils, une grande altera
tion dans l'air, & de grands
changemens fur les eaux &
fur la terre. L'air en eft dé
compofé, les caux fe pour
xiffent, &la terre pertfa ver
GALANT: 17
eu, & devient fterile durang
ce temps-là.Ils tiennent mê
me qu'il eft fort dangereux
de naiftre durant la Canicu.
le, tellement qu'àles en croi
re, il feroit bon que les Fem
mes enceintes avançaffent,
ou retardaffent le terme de
leur accouchement , pourne
pas mettre au monde desen
fans tachez des malignes in.
fluences de cet Aftre , dont
Aratus , qui eftoit Aftrolo
gue & Poëte, dit qu'il jette de
ragedesflâmes.
Les Medecinsqui s'allient
quelquefois avec les Aſtrolo
Giij
78 MERCURE
gues , pour le temps de la
difpenfation de leurs reme
des, ont auffi adopté l'opi
nion Caniculaire. Hippocra
te a declaré dans un Apho.
rifme,qu'ilnefalloit pas purger
durant la Canicule , ny un peu
auparavant. Ses Succeffeurs
font allez bien plus loin, &
ont fort étendula malignité
caniculaire. Il y en a qui en
font les caufes des Fiévres ai
guës&ardentes ; du vomiffe
ment de fang, dela Phrene
fie, des maux detefte infup
portables ,des fluxde ventre,
des ulceres dans la bouche,
GALANT. 79
quelquefois de la pefte , &
fouvent de la rage. Ils luy ac
tribuent d'augmenter beau
coup la bile,& de l'embrafer,
demettre le feu dans lefang,
& de le feparer ; & d'ouvrir
tellement les pores ducorps,
qu'il fefait alors une diffipa
tion extraordinaire d'efprits.
Aprés cela, à qui eft ce que
la Canicule neferoitpas peur?
&n'eft il pas étonnant qu'on
puiffe vivre durant les Jours
Caniculaires?
Cependant tous ces noms
› dePoëtes , d'Aftrologues , &
de Medecins, nedoivent pas
G iiij
80 MERCURE
impoſer. Ce ne font des au
toritez que pourceux qui les
écoutent fans les examiner.
Tous ces témoins en faveur
de la Canicule peuvent eftre
recufez. Les Poëtes font fa
buleux; les fpeculations des
Aftrologues font fort incer
taines, & les Medecinsnom
mant eux mêmes leur fcien
ce,une ſcience conjecturale,
ne sçauroient auffi faire paf.
fer leur fentiment fur la Ca
nicule, quepour une conje
Єture.
On peut doncdire qu'il ya
de vieilles erreurs que l'Aa
GALANT. 8r
tiquité avoit fait paffer, mais
qu'on endoit revenir dans ce
temps-cy, où l'on ne faitpas
mefme grace à l'ancienne
Phyfique des Philofophes ,
quand elle erre, commedans
les Cometes , qu'elle tenoit
eftre de fimples exhalaiſons ,
&c. Ilya fort longtemps que.
l'on a affirmé que les Cygnes
enmourantchantoient melo
dieufement. Grand nombre
d'Auteurs ont parlé de ce
chant ; mais parce que ce
chant eftfaux , on n'en parle
plus aujourd'huy. Il y a auffi
fort longtemps quel'on adit
quepluslaPalmeeftoit char..
82 MERCURE
gée, & plus elle fe relevoir;
mais on ne croit plus cette
illufion , depuis que nos
Voyageurs du Levant nous
ont affuré qu'il n'en eftoit
rien. Il faut dire la mefme
chofe de la Canicule , & des
Jours caniculaires. Le preju
gé des Anciens avoit étably
cette erreur vulgaire, dont il
eft aifé d'arrefter le cours.
Il eft vray qu'il fait ordi
nairement fort chaud dans le
temps de la Canicule ; mais
ce n'eft pas la Canicule qui
en eft la caufe. On luy actri
buë ce qui ne luy appartiens
pas; ce qu'onnomme en Lo
GALANT. 83
gique , caufa pro non causâ
Onn'apoint de connoiffan
ce affez exacte des proprietez
des étoiles fixes quifont dans
un éloignement immenſe de
la Terre , pour pouvoir rien
decider desimpreffions parti
culieres de la Canicule , la
quelleeft de leurnombre.On
ne voit pas meſmedans lafa
cedelaCanicule dequoy in
duire qu'elle est chaude. Sa
faceeft moinsrouge quecelle
deMars, & que l'œilduTau
reau. Si c'eſtoit une vertu qui
fuft propreà laCanicule, que
celle d'embrazer l'air , cette
84 MERCURE
vertu devroit eftre plus forte
dans les climats où elle eſt
dans fon Zenith , & où les
rayonsfontperpendiculaires ,
comme elle eft fous la Ligne.
Neanmoins , c'eft- là où les
jours caniculaires font des
jours d'hiver. Enfin la Cani
cule qui fe levoit autrefois
vers lemilieu deJuillet ,fe le
ve maintenant vers le milieu
d'Aouft. Cependant il fait
quelquefois auffichaud , pour
nepasdire davantage, enJuil.
let qu'en Aouft. Ainfi ce fe
roit faire agir la Canicule a
vant qu'elle fuſt levée , com
GALANT 85
me qui diroit que le Soleil
échauffe avant que fon Au
roreparoiffe.
Mais pourquoy allercher
cher fort loin , ce que nous
avons , pour ainsi dire , ſous
nosyeux.Laveritable cauſedn
chaudfurprenant desmois de
Juillet & d'Aouft eft dans la
preſencedu Soleil,dansſon af
pect direct, &dans fes rayons
perpendiculaires. Cet Aftre
fait alors un long fejour fur
noftre horizon. Ses rayons y
tombent à plomb , &fonfé
jour,&lesrayons eftant con
tinuez dans l'air durant ces
86 MERCURE
deux mois, il ne fe peut pas
quelachaleurdu temps nefoit
extraordinairement augmen
tée. Il en eft à peu prés com
me d'un four qui eft déja
chaud, plus le feuy demeure
&plus ilaugmente endegrez
de chaud. On ne doit donc
pointconcevoirunautreprin..
cipe échauffant l'air , que le
Soleil. Ce grand Aftre qui eft
l'unique caufe de la grande
lumiere dans l'air , l'eft auffi
de lagrande chaleur que l'on
fouffre.
y
LeSoleilcommenceàfaire
fentirla chaleur defes rayons
GALANT. 87
au Printemps, ce qui eft ex
primé parleBelier,animal qui
a de la gayeté & du feu. Le
Soleil fait fentirdavantage la
chaleur au mois d'Avril, auffi
entre-t-ilalors dans leTaureau,
animal qui a plus de force &
plus de feu que le Belier, Le
Signe qui fuit dans le Zodia
queoùpaffe le Soleil , c'eft les
Gemeaux , Signe qui défigne
que leSoleilredouble en May
fa chaleur dans l'air. L'Ecre_
viffe , qui eft le Signe du mois
de Juin , marque non feule
ment la retrogradation du
SoleilaprésfonSolſtice ;mais
88 MERCURE
commeilya beaucoup defeu
dans cet animal, qui devient
rouge comme des charbons
lors qu'on le cuit,il y a là un
Signe d'une nouvelle inflam
mation dutemps, lorfque le
le Soleilentre dans le Cancer.
Le progrés de la chaleur du
Soleil eft enfuite repreſenté
auSigne duLyon dans lemois
Juillet. Cet animal eft non
feulement le plusfort des ani
maux,mais il est tout defeu.
Le feu luy fort de tout fon
corps ; defesyeux; de fes na
rines de fa gueule ; de fon
poilmefme,quieftauffid'une
GALANT. 89.
couleur ardente; fymbole de
ce quefait alors le Soleil , qui
met en feu l'air & la terre.
Enfin,Virgoou laVierge , qui
eft le Signe du mois d'Aouft,
confomme les grandes cha
leurs; c'est-à dire que le Soleil
dans ce mois-là enflame &
deffèche toutà un point que
la terre neproduit rien, eltant
alors auffi fterile qu'une Vier
ge. Ainfi onn'a pas befoinde
la Canicule pour eftre la caufe
efficientedes jours brulans de
Juillet & d'Aouft. Le Soleil
qui a échauffé par degrez les
mois precedens , a encore
Octobre 1696.
H
90 MERCURE
plus de force pour embrazer
ceux-cy. Etfi celan'arrivepas
toûjours dans la meſme vio
lence que cette année , l'ob
ftacle en eft dans la differente
difpofition de l'air & de la
terre , & dans laceffation des
desvents qui ont de coutume
defelever encette Saiſon, &
qui arrofent l'air des pluyes
qu'ils excitent. Vents que les
Anciensappelloient Etefiens.
Voilà , Monfieur, les raifons
quej'ay eues pour eftre Anti
caniculaire. J'efpere quevous
les trouverez affez bonnes .
pour le devenir vous- mefine..
Je fuis , &c.
faite àl'occafion des grandes.
chaleurs de cet Efte , & je
vous l'aurois envoyée dés le
mois paffé, fi ma Lettre ne
s'eftoit pas trouvée toute
rempliedeNouvelles, enfor
te qu'il n'y est entré aucun
Ouvrage d'érudition.
LETTRE
Touchant lesJours Caniculaires.
AMONSIEUR ***
N
En déplaife à Mef
fieurs lesGeographes,
ilfemble que nous ne fom
GALANT. 67
mes pas à prefent dans la
Zone temperée , & que la
Zone torride s'étend jufqu'à
nous. Eneffet, Monfieur, on
fouffre icy depuis quelques,
jours une chaleur affreufe.
Toutféche ,toutbrûle.Cerés
&Baccusmeurent defoif,&la
Terre avecfon froid elemen.
taire , ne peut refifter à cette
faiſon brulante. Quelle excel
fiveardeur duSole!Sesrayons
fontdesrayonsenflamezfem
blablesàceux contre lefquels
les Africains tirent des fé
ches.Enfin,nosmois deJuillet
& d'Aouſtontfait de l'airune
Fij
68 MERCURE
fournaiſe, plus propre à l'ef
pece des Salamandres qu'au
genre humain. Vous me di
rezque cela n'eft pas extraor
dinaire; que le temps leveut
ainfi;que c'eftla Caniculequi
domine ; & que les jours du
mois paffé &de celuy.cyfont
des jours caniculaires.
Je fçay quela Canicule eft
une belle Etoile, & fi claire
&fibrillante que les Ceïens
l'admiroientcomme leSoleil,
&queCicerondit, qu'ils ob
fervoient fon lever avec une
grande attention , & qu'ils ti
roient defes diverſes phafes,
GALANT. 69
l'état de toute l'année. Jefçay
quela Canicule eft uneEtoile
delapremieregrandeur,c'eſt
àdire,centhuitfois plusgran
dequelaTerre, & quefacon
ftellation eftremarquable par
fes dix-huit Etoiles , & par
douze autres qui l'environ
nent. Mais nonobftant tou
tes ces qualitez éminentes ,je
nefuis pasdevoftre avis, qu'il
nous enfailleprendreàla Ca
nicule, du grand chaud qui
nous accable depuis deux
mois.
Afin de vous répondredans
Les termes qu'il faut , il eſt
70 MERCURE
jufte de diré premierement
ce qu'on a penſéautrefois de
de la Canicule , avant queje
m'explique de ce qu'on en
doit penfer aujourd'huy.
Je commenceparla Fable,
qui eftle fondement de l'opi
nion Caniculaire. Icarius fils
d'Oebale , reçut chez luy fi
agreablement Bacus, que ce
Dieu , pour reconnoiftre la
generofité deſon hoſte,luy fit
un grand preſent de vin , &
luy enfeignaencorela culture
de la vigne. Icarius fuivant
l'exemple de cette liberalité,
fit part deplufieurs bouteilles
GALANT. 61
de ce vin merveilleux à des
Bergers qu'il connoiffoit , &
qu'il aimoit ; mais ils en bu
rent tant qu'ils en furent
à la mort
enfin ,
;
yvres
les fumées & les vapeurs du
vin s'eftant exhalées , lors
qu'ils commencerent àfe re
connoiftre, ils s'imaginérent
qu'Icarius avoit eu deffein de
les empoisonner. Ils fe jetté
rent donc fur luy,& l'ayant
affaffiné, ils mirent fon corps
dansunefoffeprofonde, pour
y enterrer auffi le meurtre
dontils euffent pû eftreaccu
fez;maisla chienne d'Icarius
72 MERCURE
qui avoitfuivy fon Maiftre ;
revint àla maiſon, & par fes
cris ,& par fes hurlemens elle
excitaErigone,fille d'Icarius,
à venir avec elle au lieu où.
fon Pere avoit esté cruelle
ment mis à mort, & elle dé
couvrit la terre qui cachoit
fon corps. Erigone fut telle
ment faifie de cet horrible
homicide , qu'elle fe pendit
dedefefpoir; & Mora, c'étoit
le nom de la chienne ,voyant
fon Maiftre & fa Maiftreffe
tous deux morts , mouruz
auffi de douleur. Jupiter tou
ché de la pieté d'Erigone &
du
GALANT: 73
dubon naturel de Mora,
changea Icarius , Erigone, &
Mæraen Aftres , donnantle
nom de Boives à Icarius , à
Erigone celuy de Virgo , &
celuy de la Canicule àMœra.
LesPoëtes qui aiment les
fictions , ont tiréde cette Fa
ble, leurCanicule, & luyont
figuréune imagefunefte Ho
meredit quecetaftre faittou
1 tes fortes de maux auxhom.
mes , jufqu'à s'en fervir pour
reprefenter Achille defolant
avecfureurles Grecs. Virgile
fuit les mêmestraces.
Sirius ardor,
Octobre 1696.
G
74 MERCURE
Ille fitim , morbofque ferens
mortalibus agris
Nafcitur, & lavo contriftat
luminecælum.
Cet Aftre brilant cauſe aux mi
ferables Mortels une horriblefe
chereffe , & defarieufesmaladies;
fesrayonscorrompent & infectent
Fair. Il fe fert de l'idée de cet
Aftre,pourdonnerunairter
rible àEnée,fon Heros.Ho
race veut qu'on ait grand'
peurdu tempsde la Canicule.
Flagrantis atrox horaCaniculæ.
La faifon cruelle, dit- il, de la
Canicule ardente. Stace fair
aboyer la Canicule dans le
Ciel. Calido latravit Sirius
GALANT. 75
Afro. Voilà dans les Poëtes
les flâmes & les horreurs de
la Canicule , quiépouvantoit
tellement lesRomains,qu'on
voit dans leurCalendrier une
Fêteannuellelez5 Juillet,dans
laquelle ils facrifioient des
chiens roux, pour appaiferla
Canicule, ce que Giraldus ap
1 pelle SacrumCanarium.
Les Aftrologues fe font
joints auxPoëtes, & ont re
hauffé cette opinionde leurs
obfervations aftronomiques.
Selon euxlaCanicule eftdans
un conftellation meridiona
le auhuitièmedegré duCan
Gij
76 MERCURE
cer.Salatitudeeft defeize de
grez& dix minutes; &fa de
clinaifon eft de quinze de
grez &cinq minutes. Ils pré
tendent que la Canicule fe
levant avec le Soleil , elle eſt
fi ardente , qu'elle enflame
les vapeurs qu'il éleve de la
terre, & qu'elle augmentede
pluſieurs degrez le feu des
rayons folaires : ce qui fait,
difent-ils, une grande altera
tion dans l'air, & de grands
changemens fur les eaux &
fur la terre. L'air en eft dé
compofé, les caux fe pour
xiffent, &la terre pertfa ver
GALANT: 17
eu, & devient fterile durang
ce temps-là.Ils tiennent mê
me qu'il eft fort dangereux
de naiftre durant la Canicu.
le, tellement qu'àles en croi
re, il feroit bon que les Fem
mes enceintes avançaffent,
ou retardaffent le terme de
leur accouchement , pourne
pas mettre au monde desen
fans tachez des malignes in.
fluences de cet Aftre , dont
Aratus , qui eftoit Aftrolo
gue & Poëte, dit qu'il jette de
ragedesflâmes.
Les Medecinsqui s'allient
quelquefois avec les Aſtrolo
Giij
78 MERCURE
gues , pour le temps de la
difpenfation de leurs reme
des, ont auffi adopté l'opi
nion Caniculaire. Hippocra
te a declaré dans un Apho.
rifme,qu'ilnefalloit pas purger
durant la Canicule , ny un peu
auparavant. Ses Succeffeurs
font allez bien plus loin, &
ont fort étendula malignité
caniculaire. Il y en a qui en
font les caufes des Fiévres ai
guës&ardentes ; du vomiffe
ment de fang, dela Phrene
fie, des maux detefte infup
portables ,des fluxde ventre,
des ulceres dans la bouche,
GALANT. 79
quelquefois de la pefte , &
fouvent de la rage. Ils luy ac
tribuent d'augmenter beau
coup la bile,& de l'embrafer,
demettre le feu dans lefang,
& de le feparer ; & d'ouvrir
tellement les pores ducorps,
qu'il fefait alors une diffipa
tion extraordinaire d'efprits.
Aprés cela, à qui eft ce que
la Canicule neferoitpas peur?
&n'eft il pas étonnant qu'on
puiffe vivre durant les Jours
Caniculaires?
Cependant tous ces noms
› dePoëtes , d'Aftrologues , &
de Medecins, nedoivent pas
G iiij
80 MERCURE
impoſer. Ce ne font des au
toritez que pourceux qui les
écoutent fans les examiner.
Tous ces témoins en faveur
de la Canicule peuvent eftre
recufez. Les Poëtes font fa
buleux; les fpeculations des
Aftrologues font fort incer
taines, & les Medecinsnom
mant eux mêmes leur fcien
ce,une ſcience conjecturale,
ne sçauroient auffi faire paf.
fer leur fentiment fur la Ca
nicule, quepour une conje
Єture.
On peut doncdire qu'il ya
de vieilles erreurs que l'Aa
GALANT. 8r
tiquité avoit fait paffer, mais
qu'on endoit revenir dans ce
temps-cy, où l'on ne faitpas
mefme grace à l'ancienne
Phyfique des Philofophes ,
quand elle erre, commedans
les Cometes , qu'elle tenoit
eftre de fimples exhalaiſons ,
&c. Ilya fort longtemps que.
l'on a affirmé que les Cygnes
enmourantchantoient melo
dieufement. Grand nombre
d'Auteurs ont parlé de ce
chant ; mais parce que ce
chant eftfaux , on n'en parle
plus aujourd'huy. Il y a auffi
fort longtemps quel'on adit
quepluslaPalmeeftoit char..
82 MERCURE
gée, & plus elle fe relevoir;
mais on ne croit plus cette
illufion , depuis que nos
Voyageurs du Levant nous
ont affuré qu'il n'en eftoit
rien. Il faut dire la mefme
chofe de la Canicule , & des
Jours caniculaires. Le preju
gé des Anciens avoit étably
cette erreur vulgaire, dont il
eft aifé d'arrefter le cours.
Il eft vray qu'il fait ordi
nairement fort chaud dans le
temps de la Canicule ; mais
ce n'eft pas la Canicule qui
en eft la caufe. On luy actri
buë ce qui ne luy appartiens
pas; ce qu'onnomme en Lo
GALANT. 83
gique , caufa pro non causâ
Onn'apoint de connoiffan
ce affez exacte des proprietez
des étoiles fixes quifont dans
un éloignement immenſe de
la Terre , pour pouvoir rien
decider desimpreffions parti
culieres de la Canicule , la
quelleeft de leurnombre.On
ne voit pas meſmedans lafa
cedelaCanicule dequoy in
duire qu'elle est chaude. Sa
faceeft moinsrouge quecelle
deMars, & que l'œilduTau
reau. Si c'eſtoit une vertu qui
fuft propreà laCanicule, que
celle d'embrazer l'air , cette
84 MERCURE
vertu devroit eftre plus forte
dans les climats où elle eſt
dans fon Zenith , & où les
rayonsfontperpendiculaires ,
comme elle eft fous la Ligne.
Neanmoins , c'eft- là où les
jours caniculaires font des
jours d'hiver. Enfin la Cani
cule qui fe levoit autrefois
vers lemilieu deJuillet ,fe le
ve maintenant vers le milieu
d'Aouft. Cependant il fait
quelquefois auffichaud , pour
nepasdire davantage, enJuil.
let qu'en Aouft. Ainfi ce fe
roit faire agir la Canicule a
vant qu'elle fuſt levée , com
GALANT 85
me qui diroit que le Soleil
échauffe avant que fon Au
roreparoiffe.
Mais pourquoy allercher
cher fort loin , ce que nous
avons , pour ainsi dire , ſous
nosyeux.Laveritable cauſedn
chaudfurprenant desmois de
Juillet & d'Aouft eft dans la
preſencedu Soleil,dansſon af
pect direct, &dans fes rayons
perpendiculaires. Cet Aftre
fait alors un long fejour fur
noftre horizon. Ses rayons y
tombent à plomb , &fonfé
jour,&lesrayons eftant con
tinuez dans l'air durant ces
86 MERCURE
deux mois, il ne fe peut pas
quelachaleurdu temps nefoit
extraordinairement augmen
tée. Il en eft à peu prés com
me d'un four qui eft déja
chaud, plus le feuy demeure
&plus ilaugmente endegrez
de chaud. On ne doit donc
pointconcevoirunautreprin..
cipe échauffant l'air , que le
Soleil. Ce grand Aftre qui eft
l'unique caufe de la grande
lumiere dans l'air , l'eft auffi
de lagrande chaleur que l'on
fouffre.
y
LeSoleilcommenceàfaire
fentirla chaleur defes rayons
GALANT. 87
au Printemps, ce qui eft ex
primé parleBelier,animal qui
a de la gayeté & du feu. Le
Soleil fait fentirdavantage la
chaleur au mois d'Avril, auffi
entre-t-ilalors dans leTaureau,
animal qui a plus de force &
plus de feu que le Belier, Le
Signe qui fuit dans le Zodia
queoùpaffe le Soleil , c'eft les
Gemeaux , Signe qui défigne
que leSoleilredouble en May
fa chaleur dans l'air. L'Ecre_
viffe , qui eft le Signe du mois
de Juin , marque non feule
ment la retrogradation du
SoleilaprésfonSolſtice ;mais
88 MERCURE
commeilya beaucoup defeu
dans cet animal, qui devient
rouge comme des charbons
lors qu'on le cuit,il y a là un
Signe d'une nouvelle inflam
mation dutemps, lorfque le
le Soleilentre dans le Cancer.
Le progrés de la chaleur du
Soleil eft enfuite repreſenté
auSigne duLyon dans lemois
Juillet. Cet animal eft non
feulement le plusfort des ani
maux,mais il est tout defeu.
Le feu luy fort de tout fon
corps ; defesyeux; de fes na
rines de fa gueule ; de fon
poilmefme,quieftauffid'une
GALANT. 89.
couleur ardente; fymbole de
ce quefait alors le Soleil , qui
met en feu l'air & la terre.
Enfin,Virgoou laVierge , qui
eft le Signe du mois d'Aouft,
confomme les grandes cha
leurs; c'est-à dire que le Soleil
dans ce mois-là enflame &
deffèche toutà un point que
la terre neproduit rien, eltant
alors auffi fterile qu'une Vier
ge. Ainfi onn'a pas befoinde
la Canicule pour eftre la caufe
efficientedes jours brulans de
Juillet & d'Aouft. Le Soleil
qui a échauffé par degrez les
mois precedens , a encore
Octobre 1696.
H
90 MERCURE
plus de force pour embrazer
ceux-cy. Etfi celan'arrivepas
toûjours dans la meſme vio
lence que cette année , l'ob
ftacle en eft dans la differente
difpofition de l'air & de la
terre , & dans laceffation des
desvents qui ont de coutume
defelever encette Saiſon, &
qui arrofent l'air des pluyes
qu'ils excitent. Vents que les
Anciensappelloient Etefiens.
Voilà , Monfieur, les raifons
quej'ay eues pour eftre Anti
caniculaire. J'efpere quevous
les trouverez affez bonnes .
pour le devenir vous- mefine..
Je fuis , &c.
Fermer
1499
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
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Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
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