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7551
p. 67-72
COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
Début :
MONSIEUR, La simple idée par écrit, que vous me demandez du Livre (I), dont, avant votre [...]
Mots clefs :
Princes, Gloire, Seigneurs, Magnificence, Prince, Devoirs, Richesses, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
COPIE de la Leure écrite le 12 Août
1755. par M. Voifin , Avocat au Parlement
à M. le Prince de Chevalier de
la Toifon d'or,
MONSIEUR ,
14
La fimple idée par écrit , que vous me
demandez du Livre ( 1 ) , dont , avant votre
départ de Paris , j'ai eu l'honneur de.
vous entretenir , & auquel je travaille depuis
plufieurs années , exige elle-même un
affez grand détail par la multitude des objers.
Je crois , Monfieur , ne pouvoir
mieux fatisfaire à ce que vous défitez de
moi à cet égard , qu'en vous communiquant
par forme de lettres , le difcours
que je projette de mettre à la tête de l'ouvrage
pour y fervir d'introduction.
( 1 ) Ce Livre a pour titre , Le Confeilfamilier
& économique des Princes des grands Seigneurs ;
ou Moyens de conferver , d'augmenter & de perpétuer
les richeffes , la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
68 MERCURE DE FRANCE.
PREMIERE LETTRE.
Que les Princes & les grands Seigneurs
foient dans l'opulence , c'eft un attribut
naturel de leur condition : mais ils ne doivent
pas fe flatter de conferver , d'augmenter
, ni de perpétuer leurs richeffes , fans
une heureufe intelligence , foutenue de
cette économie libérale , qui ne prodigue
rien , pour donner fans ceffe avec difcernement.
Que les Princes & les grands Seigneurs
ayent en général le défir de la magnificence
, faut-il s'en étonner ? Ils naiffent
dans fon fein ; on en recrée leur enfance :
hommes formés , ils en ajoutent l'habitude
au goût naturel ; ils y meurent . Mais étoitce
une véritable magnificence que l'éclat
qui leur fit illufion pendant leur vie ? ou
n'étoit ce au contraire , qu'un faux brillant
qui , en deshonorant la mémoire de
ceux qu'il féduit , ne laiffe fouvent dans
leurs fucceffions que l'indigence & l'infolvabilité.
La véritable magnificence trouve dans
la fageffe qui la dirige , les moyens de ſe
conferver , de s'augmenter & de fe perpétuer.
Un efprit d'arrangement fans contrainte
, blâme ou avoue les motifs & les
occafions de la magnificence. Si la riche
DECEMBRE . 1755. 69
économie qui prend foin , quand il le faut,
que rien ne manque au fpectacle , lui prefcrit
cependant quelquefois des bornes ,
c'eſt pour faire , en évitant le défaut d'une
confufion inutile & choquante , fubfifter
cette magnificence même avec plus de folidité
, & pour affurer par-là à celui qui en´
fupporte la dépenfe , le fuffrage des perfonnes
dont le goût & la raifon font les
guides éclairés.
Que les Princes & les grands Seigneurs
confiderent la gloire de leurs Maifons
comme leur principal objet , & le plus
digne de les occuper , l'antiquité & la nobleffe
de leur origine femblent , à leur
naiffance , en graver le fentiment dans
leurs coeurs il feroit à fouhaiter qu'au
foin qu'on fe donne de leur en préfenter
fans ceffe la perfpective dans le cours de
leur éducation , on joignît l'attention de
leur développer les caracteres effentiels
de la véritable gloire , & de leur en infpirer
cet amour raiſonné qui , ennemi d'un
aveugle orgueil , reçoit de l'efprit même
du Chriftianifme , la permiffion d'aiguillonner
les gens d'honneur.
Penfer , comme on croit fincerement le
devoir ; s'inftruire , pour penfer mieux
encore ; faire ce qu'on peut & ce qu'on
doit par inclination pour le bon ordre
70 MERCURE DE FRANCE.
voilà en général la bafe inebranlable de
la véritable gloire des Princes & des
grands Seigneurs. C'eft , en un mot , le
fondement de la gloire folide dans tous
les états.
Ce principe annonce donc que , pour
conferver , augmenter & perpétuer la véritable
gloire des Grands , il faut ,
Premierement , qu'ils foyent convaincus
de l'indifpenfable néceffité de remplir les
devoirs de leur état .
Secondement , qu'ils travaillent folidement
à les connoître dans la vérité , parcequ'il
eft impoffible de bien faire ce dont
on ignore les principes .
Enfin il est néceffaire que les Grands
furmontent avec courage les dégoûts & les
contradictions que des paffions tumul- .
tueufes élevent quelquefois contre le regne
tranquille de l'ordre & de la raifon.
Que la réunion de ces ennemis intérieurs
n'effraye pas le combattant ; je ferai
voir dans fon lieu que l'idée du combat
eft plus terrible que le combat même. Le
Combattant doit craindre d'autant moins
d'effayer fes forces , que fon courage le
rend fûr d'une victoire , dont les fuites
font la paix du coeur & la gayeté de
l'efprit .
Les Princes & les Grands ont donc des
DECEMBRE . 1755. 71
devoirs d'état à remplir , & ce n'eft que
par leur exactitude à s'en acquitter , qu'ils
peuvent conferver , augmenter & perpétuer
la véritable gloire de leurs Maifons.
Mais pour fçavoir quelle eft l'étendue
des devoirs d'état des Princes & des
Grands , il faut déterminer quel eft leur
état même.
Parce qu'ils font grands , ne font- ils
qu'hommes de Cour , & ne fe croyent- ils
affujettis à des devoirs qu'envers la Cour ?
Je les confidere dans trois pofitions différentes
, dont chacune exige des connoiffances
qui lui font immédiatement néceffaires.
Le Prince ou le grand Seigneur, comme
particulier dans l'intérieur de fa maiſon &
de fes terres : Premiere Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur perè
de famille : Seconde Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur membre
de la Société , & homme d'Etat : Troifieme
Partie.
C'est en propofant mes réflexions fur
chacune de ces trois conditions , que je
mets fous les yeux des Princes & des
grands Seigneurs , les moyens de conferver
, d'augmenter & de perpétuer les richeffes
, la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
72 MERCURE DE FRANCE.
Ces trois points de vue fous lefquels les
Princes & les grands Seigneurs peuvent
être envifagés , font auffi la divifion naturelle
de ce difcours , dont les trois parties
réunies renferment le plan général de
l'Ouvrage.
1755. par M. Voifin , Avocat au Parlement
à M. le Prince de Chevalier de
la Toifon d'or,
MONSIEUR ,
14
La fimple idée par écrit , que vous me
demandez du Livre ( 1 ) , dont , avant votre
départ de Paris , j'ai eu l'honneur de.
vous entretenir , & auquel je travaille depuis
plufieurs années , exige elle-même un
affez grand détail par la multitude des objers.
Je crois , Monfieur , ne pouvoir
mieux fatisfaire à ce que vous défitez de
moi à cet égard , qu'en vous communiquant
par forme de lettres , le difcours
que je projette de mettre à la tête de l'ouvrage
pour y fervir d'introduction.
( 1 ) Ce Livre a pour titre , Le Confeilfamilier
& économique des Princes des grands Seigneurs ;
ou Moyens de conferver , d'augmenter & de perpétuer
les richeffes , la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
68 MERCURE DE FRANCE.
PREMIERE LETTRE.
Que les Princes & les grands Seigneurs
foient dans l'opulence , c'eft un attribut
naturel de leur condition : mais ils ne doivent
pas fe flatter de conferver , d'augmenter
, ni de perpétuer leurs richeffes , fans
une heureufe intelligence , foutenue de
cette économie libérale , qui ne prodigue
rien , pour donner fans ceffe avec difcernement.
Que les Princes & les grands Seigneurs
ayent en général le défir de la magnificence
, faut-il s'en étonner ? Ils naiffent
dans fon fein ; on en recrée leur enfance :
hommes formés , ils en ajoutent l'habitude
au goût naturel ; ils y meurent . Mais étoitce
une véritable magnificence que l'éclat
qui leur fit illufion pendant leur vie ? ou
n'étoit ce au contraire , qu'un faux brillant
qui , en deshonorant la mémoire de
ceux qu'il féduit , ne laiffe fouvent dans
leurs fucceffions que l'indigence & l'infolvabilité.
La véritable magnificence trouve dans
la fageffe qui la dirige , les moyens de ſe
conferver , de s'augmenter & de fe perpétuer.
Un efprit d'arrangement fans contrainte
, blâme ou avoue les motifs & les
occafions de la magnificence. Si la riche
DECEMBRE . 1755. 69
économie qui prend foin , quand il le faut,
que rien ne manque au fpectacle , lui prefcrit
cependant quelquefois des bornes ,
c'eſt pour faire , en évitant le défaut d'une
confufion inutile & choquante , fubfifter
cette magnificence même avec plus de folidité
, & pour affurer par-là à celui qui en´
fupporte la dépenfe , le fuffrage des perfonnes
dont le goût & la raifon font les
guides éclairés.
Que les Princes & les grands Seigneurs
confiderent la gloire de leurs Maifons
comme leur principal objet , & le plus
digne de les occuper , l'antiquité & la nobleffe
de leur origine femblent , à leur
naiffance , en graver le fentiment dans
leurs coeurs il feroit à fouhaiter qu'au
foin qu'on fe donne de leur en préfenter
fans ceffe la perfpective dans le cours de
leur éducation , on joignît l'attention de
leur développer les caracteres effentiels
de la véritable gloire , & de leur en infpirer
cet amour raiſonné qui , ennemi d'un
aveugle orgueil , reçoit de l'efprit même
du Chriftianifme , la permiffion d'aiguillonner
les gens d'honneur.
Penfer , comme on croit fincerement le
devoir ; s'inftruire , pour penfer mieux
encore ; faire ce qu'on peut & ce qu'on
doit par inclination pour le bon ordre
70 MERCURE DE FRANCE.
voilà en général la bafe inebranlable de
la véritable gloire des Princes & des
grands Seigneurs. C'eft , en un mot , le
fondement de la gloire folide dans tous
les états.
Ce principe annonce donc que , pour
conferver , augmenter & perpétuer la véritable
gloire des Grands , il faut ,
Premierement , qu'ils foyent convaincus
de l'indifpenfable néceffité de remplir les
devoirs de leur état .
Secondement , qu'ils travaillent folidement
à les connoître dans la vérité , parcequ'il
eft impoffible de bien faire ce dont
on ignore les principes .
Enfin il est néceffaire que les Grands
furmontent avec courage les dégoûts & les
contradictions que des paffions tumul- .
tueufes élevent quelquefois contre le regne
tranquille de l'ordre & de la raifon.
Que la réunion de ces ennemis intérieurs
n'effraye pas le combattant ; je ferai
voir dans fon lieu que l'idée du combat
eft plus terrible que le combat même. Le
Combattant doit craindre d'autant moins
d'effayer fes forces , que fon courage le
rend fûr d'une victoire , dont les fuites
font la paix du coeur & la gayeté de
l'efprit .
Les Princes & les Grands ont donc des
DECEMBRE . 1755. 71
devoirs d'état à remplir , & ce n'eft que
par leur exactitude à s'en acquitter , qu'ils
peuvent conferver , augmenter & perpétuer
la véritable gloire de leurs Maifons.
Mais pour fçavoir quelle eft l'étendue
des devoirs d'état des Princes & des
Grands , il faut déterminer quel eft leur
état même.
Parce qu'ils font grands , ne font- ils
qu'hommes de Cour , & ne fe croyent- ils
affujettis à des devoirs qu'envers la Cour ?
Je les confidere dans trois pofitions différentes
, dont chacune exige des connoiffances
qui lui font immédiatement néceffaires.
Le Prince ou le grand Seigneur, comme
particulier dans l'intérieur de fa maiſon &
de fes terres : Premiere Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur perè
de famille : Seconde Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur membre
de la Société , & homme d'Etat : Troifieme
Partie.
C'est en propofant mes réflexions fur
chacune de ces trois conditions , que je
mets fous les yeux des Princes & des
grands Seigneurs , les moyens de conferver
, d'augmenter & de perpétuer les richeffes
, la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
72 MERCURE DE FRANCE.
Ces trois points de vue fous lefquels les
Princes & les grands Seigneurs peuvent
être envifagés , font auffi la divifion naturelle
de ce difcours , dont les trois parties
réunies renferment le plan général de
l'Ouvrage.
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Résumé : COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
Le document est une lettre datée du 12 août 1755, rédigée par M. Voifin, avocat au Parlement, adressée à M. le Prince de Chevalier de la Toison d'or. Voifin y présente un livre intitulé 'Le Conseil familier & économique des Princes des grands Seigneurs; ou Moyens de conserver, d'augmenter & de perpétuer les richesses, la magnificence & la véritable gloire de leurs Maisons'. L'auteur souligne l'importance pour les princes et grands seigneurs de posséder une intelligence économique afin de conserver et d'accroître leurs richesses. Il distingue la véritable magnificence, guidée par la sagesse, qui se maintient et s'accroît, de l'éclat trompeur qui peut mener à l'indigence. La gloire des maisons princières repose sur la connaissance et l'accomplissement des devoirs d'état, ainsi que sur le courage face aux passions tumultueuses. L'ouvrage de Voifin est structuré en trois parties. La première traite du prince en tant que particulier dans sa maison, la deuxième le considère en tant que père de famille, et la troisième en tant que membre de la société et homme d'État. Chaque section vise à fournir des moyens pour conserver, augmenter et perpétuer les richesses, la magnificence et la gloire des maisons princières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7552
p. 72
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure de Novembre, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du Mercure de Novembre est Enigme même ; celui du Logogryphe [...]
Mots clefs :
Lumière, Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure de Novembre, [titre d'après la table]
LE
E mot de l'Enigme du Mercure de Novembre
eft Enigme même ; celui du Logogryphe
et Lumiere , dans lequel on trouve
: re , mi , mer , lie , Jule , liere , merle ,
rime , lime , ver , lui , mur , Mire , Vire ,
Reme , mule , vir , Eve , mure , mire , rume.
E mot de l'Enigme du Mercure de Novembre
eft Enigme même ; celui du Logogryphe
et Lumiere , dans lequel on trouve
: re , mi , mer , lie , Jule , liere , merle ,
rime , lime , ver , lui , mur , Mire , Vire ,
Reme , mule , vir , Eve , mure , mire , rume.
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7553
p. 72-73
ENIGME.
Début :
Sous tes yeux, cher Lecteur, je commence à paroître, [...]
Mots clefs :
Lettre R
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
tes yeux , cher Lecteur , je commence à
paroître ,
Au caprice je dois & mon nom & mon être.
Je fuis utile aux Grands , aux Empereurs , aux
Rois ,
La République même eft foumife à mes loix.
Impoffible en Afie , ordinaire en Afrique ,
Dans l'Europe je regne ainfi qu'en Amérique.
Alexandre fans moi n'eût jamais exiſté.
Du menfonge ennemi , j'aime la vérité.
J'abandonne le Peuple & l'Eglife & le Pape ;
J'aime
DECEMBRE. 1755 . 73
J'aime les Cordeliers , je protege la Trappe ;
On me voit chez les Grecs , les Hébreux , les
François :
En fervant le repos , je me prête aux procès.
Je mépriſe la Fable , & protege l'Hiſtoire :
Je fuis toujours de près le meurtre & la victoire.
Je me trouve partout , au milieu des revers ,
Dans le fein du bonheur , & même dans ces vers .
Par Madame Ourfeau , chez Madame la
Ducheffe d'Ollone , à Paris .
tes yeux , cher Lecteur , je commence à
paroître ,
Au caprice je dois & mon nom & mon être.
Je fuis utile aux Grands , aux Empereurs , aux
Rois ,
La République même eft foumife à mes loix.
Impoffible en Afie , ordinaire en Afrique ,
Dans l'Europe je regne ainfi qu'en Amérique.
Alexandre fans moi n'eût jamais exiſté.
Du menfonge ennemi , j'aime la vérité.
J'abandonne le Peuple & l'Eglife & le Pape ;
J'aime
DECEMBRE. 1755 . 73
J'aime les Cordeliers , je protege la Trappe ;
On me voit chez les Grecs , les Hébreux , les
François :
En fervant le repos , je me prête aux procès.
Je mépriſe la Fable , & protege l'Hiſtoire :
Je fuis toujours de près le meurtre & la victoire.
Je me trouve partout , au milieu des revers ,
Dans le fein du bonheur , & même dans ces vers .
Par Madame Ourfeau , chez Madame la
Ducheffe d'Ollone , à Paris .
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7554
p. 73-75
LOGOGRYPHE.
Début :
L'usage veut qu'en un triangle [...]
Mots clefs :
Chapeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
L'Ufage veut qu'en un triangle
Mon corps , tout rond qu'il eft , devienne transformé..
Soit caprice ou raiſon , comme un âne on me
fangle :
Alors fur un pivot monté ,
En Hyver , en Eté ,
Dans les champs , à la ville ,
L'honnête homme & le fat , le pauvre & l'opulent
,
Le philofophe
& l'imbécile
,
Les bergers & les rois , le fage & l'imprudent ,
Tous , en un mot , me trouvent fort utile.
Aux uns je fuis un ornement ,
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Aux autres ..... mais c'est trop , & tu dois me connoître
,
Lecteur : fi toutefois tu ne me comprends pas ,
Difféque les fept pieds qui compofent mon être ,
Et fans peine tu trouveras
Le réduit où tu mets les fruits de la vendange :
Le nom qu'on donne à fept cens- vingt deniers
:
Un manteau féminin d'une figure étrange :
Ce qu'on échalaffe à milliers
Dans la Champagne & la Bourgogne :
Une riviere en Portugal :
Un des quatre élémens : une ville en Gascogne :
Ce qu'on ne peut ôter fans fouffrir un grand mal :
Le lieu qui donna la naiſſance
Au quatrieme des Henris :
Ce qu'on bat fans ceffe à Paris :
Un terrein éminent qui dans la mer s'avance :
Enfin , pour exciter tes curieux defirs ,
Dans la preſqu'ifle Orientale
Cherche , Lecteur , la ville capitale
D'où nos Marchands rapportent les ( 1 ) Saphirs
:
De mon individu fais bien l'anatomie ,
Tu verras dans la Normandie
Certaine ville en outre , une interjection :
Plus une prépofition
A quelque objet toujours unie :
(1 ) Pierre précieuſe.
L'opposé de l'excès : un article : un pronom ;
Je fens que ces derniers ne font pas de ſaiſon ;
Qu'importe encor deux mots , & je finis ta
crife.
Certaine espece de perfil :
Ce que porte dans une Égliſe.....
Alte-là , c'eft trop de babil.
L. M. Typographe.
Provins en Brie , ce 22 Juillet 1755
L'Ufage veut qu'en un triangle
Mon corps , tout rond qu'il eft , devienne transformé..
Soit caprice ou raiſon , comme un âne on me
fangle :
Alors fur un pivot monté ,
En Hyver , en Eté ,
Dans les champs , à la ville ,
L'honnête homme & le fat , le pauvre & l'opulent
,
Le philofophe
& l'imbécile
,
Les bergers & les rois , le fage & l'imprudent ,
Tous , en un mot , me trouvent fort utile.
Aux uns je fuis un ornement ,
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Aux autres ..... mais c'est trop , & tu dois me connoître
,
Lecteur : fi toutefois tu ne me comprends pas ,
Difféque les fept pieds qui compofent mon être ,
Et fans peine tu trouveras
Le réduit où tu mets les fruits de la vendange :
Le nom qu'on donne à fept cens- vingt deniers
:
Un manteau féminin d'une figure étrange :
Ce qu'on échalaffe à milliers
Dans la Champagne & la Bourgogne :
Une riviere en Portugal :
Un des quatre élémens : une ville en Gascogne :
Ce qu'on ne peut ôter fans fouffrir un grand mal :
Le lieu qui donna la naiſſance
Au quatrieme des Henris :
Ce qu'on bat fans ceffe à Paris :
Un terrein éminent qui dans la mer s'avance :
Enfin , pour exciter tes curieux defirs ,
Dans la preſqu'ifle Orientale
Cherche , Lecteur , la ville capitale
D'où nos Marchands rapportent les ( 1 ) Saphirs
:
De mon individu fais bien l'anatomie ,
Tu verras dans la Normandie
Certaine ville en outre , une interjection :
Plus une prépofition
A quelque objet toujours unie :
(1 ) Pierre précieuſe.
L'opposé de l'excès : un article : un pronom ;
Je fens que ces derniers ne font pas de ſaiſon ;
Qu'importe encor deux mots , & je finis ta
crife.
Certaine espece de perfil :
Ce que porte dans une Égliſe.....
Alte-là , c'eft trop de babil.
L. M. Typographe.
Provins en Brie , ce 22 Juillet 1755
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7555
p. 75
AIR.
Début :
Non, Venus n'est pas comparable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
AIR.
Non , Venus n'eft pas comparable
A la beauté dont je porte les fers :
Fur- il jamais dans l'univers
Un objet plus aimable
Viens , tendre amour , viens l'enflammer ,
Ne retarde plus fa défaite :
C'eſt à toi de rendre Iris parfaite ,
Ea foumettant fon coeur au doux plaifir d'aimer.
Non , Venus n'eft pas comparable
A la beauté dont je porte les fers :
Fur- il jamais dans l'univers
Un objet plus aimable
Viens , tendre amour , viens l'enflammer ,
Ne retarde plus fa défaite :
C'eſt à toi de rendre Iris parfaite ,
Ea foumettant fon coeur au doux plaifir d'aimer.
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7556
p. 76
« Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
Début :
Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...]
Mots clefs :
Voltaire, Madame de Staal, Montesquieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
MERCURE DE FRANCE.
ΝNire
Ous avons eu raifon de
ne pas met. \
tre dans le Mercure précédent , fous
le nom de M. de Voltaire , les vers fur la
mort de M. de Montefquieu. Nous venons
d'apprendre qu'ils font de M. Bordes , de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Lyon.
Nous n'avons pu mettre dans le Mercure
de Novembre la Lettre qui nous eft adreffée
fur les Mémoires de Madame de Staal ,
ne l'ayant reçue que le 30 Octobre , qui
étoit précisément le premier jour de la
diftribution de ce Journal. Il ne nous a
pas même été poffible de l'inférer dans celui-
ci . Le premier article où elle doit être
placée , étoit déja imprimé , quand elle
nous eft parvenue. Pour réparer ce contretems
, autant qu'il dépend de nous ,
nous commencerons par elle la partie fugitive
du fecond Mercure de ce mois , qui
paroîtra le 15. Ce ne fera qu'un retard de
deux femaines . Ce court intervalle ne fera
rien perdre de fon prix à l'ouvrage , & ne
doit pas empêcher l'Auteur d'enrichir notre
recueil des autres morceaux qu'il nous
promet.
ΝNire
Ous avons eu raifon de
ne pas met. \
tre dans le Mercure précédent , fous
le nom de M. de Voltaire , les vers fur la
mort de M. de Montefquieu. Nous venons
d'apprendre qu'ils font de M. Bordes , de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Lyon.
Nous n'avons pu mettre dans le Mercure
de Novembre la Lettre qui nous eft adreffée
fur les Mémoires de Madame de Staal ,
ne l'ayant reçue que le 30 Octobre , qui
étoit précisément le premier jour de la
diftribution de ce Journal. Il ne nous a
pas même été poffible de l'inférer dans celui-
ci . Le premier article où elle doit être
placée , étoit déja imprimé , quand elle
nous eft parvenue. Pour réparer ce contretems
, autant qu'il dépend de nous ,
nous commencerons par elle la partie fugitive
du fecond Mercure de ce mois , qui
paroîtra le 15. Ce ne fera qu'un retard de
deux femaines . Ce court intervalle ne fera
rien perdre de fon prix à l'ouvrage , & ne
doit pas empêcher l'Auteur d'enrichir notre
recueil des autres morceaux qu'il nous
promet.
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Résumé : « Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
Le Mercure de France explique des retards dans la publication de certains contenus. Les vers sur la mort de Montesquieu, initialement attribués à Voltaire, sont en réalité de M. Bordes, membre de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Lyon. Une lettre concernant les Mémoires de Madame de Staal n'a pas pu être incluse dans les éditions de novembre et décembre en raison de son arrivée tardive. Pour remédier à ce contretemps, la lettre sera publiée dans la partie fugitive du second Mercure de ce mois, prévue pour le 15. Ce retard de deux semaines n'affectera pas la valeur de l'ouvrage et n'empêchera pas l'auteur de contribuer d'autres morceaux promis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7557
p. 77-104
Analyse de l'Esprit des Loix, contenue dans la note qui accompagne l'Eloge de M. de Montesquieu par M. d'Alembert. Nous l'avions annoncée pour le premier Mercure de ce mois, & nous acquittons notre parole.
Début :
La plûpart des gens de Lettres qui ont parlé de l'Esprit des Loix, s'étant plus [...]
Mots clefs :
Montesquieu, De l'esprit des lois, Gouvernement, Peuple, Nature, Hommes, Lois, États, Esprit, Pays, Peuple, Peuples, Liberté, Religion, Gouvernement, Monarchie, Égalité, République, Servitude, Crimes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Analyse de l'Esprit des Loix, contenue dans la note qui accompagne l'Eloge de M. de Montesquieu par M. d'Alembert. Nous l'avions annoncée pour le premier Mercure de ce mois, & nous acquittons notre parole.
Analyfe de l'Esprit des Loix , contenue dans
la note qui accompagne l'Eloge de M. de
Montefquieu par M. d'Alembert. Nous
l'avions annoncée pour le premier Mercure
de ce mois , & nous acquittons notre
parole.
Lparle de l'efprit des Loix , s étant plus
A plupart des gens de Lettres qui ont
attachés à le critiquer qu'à en donner une
idée juſte , nous allons tâcher de fuppléer
à ce qu'ils auroient dû faire , & d'en développer
le plan , le caractere & l'objet.
Ceux qui en trouveront l'analy fe trop longue
, jugeront peut être, après l'avoir lue ,
qu'il n'y avoit que ce feul moyen de bien
faire faifir la méthode de l'Auteur . On
doit fe fouvenir d'ailleurs que l'hiftoire
des écrivains célebres n'eft que celle de
leurs penfées & de leurs travaux , & que
cette partie de leur éloge en eft la plus
effentielle & la plus utile , fur-tout à la
tête d'un ouvrage rel que l'Encyclopédie.
Les homme dans l'état de nature , abf-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
traction faite de toute religion , ne connoiffant
dans les différends qu'ils peuvent
avoir , d'autre loi que celle des animaux ,
le droit du plus fort, on doit regarder l'établiffement
des fociétés comme une espece
de traité contre ce droit injufte ; traité
deftiné à établir entre les différentes parties
du genre humain une forte de balance.
Mais il en eft de l'équilibre moral
comme du phyſique : il eft rare qu'il foit
parfait & durable ; & les traités du genre
humain font , comme les traités entre nos
Princes , une femence continuelle de divifion.
L'intérêt , le befoin & le plaifir ,
ont rapproché les hommes ; mais ces mêmes
motifs les pouffent fans ceffe à vouloir
jouir des avantages de la focieté fans en
porter les charges ; & c'eft en ce fens qu'on
peut dire avec l'Auteur , que les hommes ,
dès qu'ils font en focieté , font en état de
guerre. Car la guerre fuppofe dans ceux
qui fe la font , finon l'égalité de force ,
au moins l'opinion de cette égalité , d'où
naît le defir & l'efpoir mutuel de fe vaincre
. Or dans l'état de focieté , fi la balance
n'eft jamais parfaite entre les hommes ,
elle n'eft pas non plus trop inégale : au contraire
, où ils n'auroient rien à fe difputer
dans l'état de nature , ou fi la néceffité les
y obligeoit , on ne verroit que la foibleffe
DECEMBRE. 1755 . 79
fuyant devant la force , des oppreffeurs
fans combat , & des opprimés fans réfiftance .
Voilà donc les hommes réunis & armés
tout-à- la-fois , s'embraffant d'un côté , fi
on peut parler ainfi , & cherchant de l'autre
à fe bleffer mutuellement : les loix font
le lien plus ou moins efficace , deſtiné à
fufpendre ou à retenir leurs coups. Mais
l'étendue prodigieufe du globe que nous
habitons , la nature différente des régions
de la terre & des peuples qui la couvrent ,
ne permettant pas que tous les hommes
vivent fous un feul & même gouvernement
, le humain a dû fe partager
genre
en un certain nombre d'Etats , diftingués
par la différence des loix auxquelles ils
obéiffent. Un feul gouvernement n'auroit
fait du genre humain qu'un corps exténué
& languiffant , étendu fans vigueur fur la
furface de la terre . Les différens Etats font
autant de corps agiles & robuftes , qui en
fe donnant la main les uns aux autres ,
n'en forment qu'un , & dont l'action réciproque
entretient partout le mouvement
& la vie .
On peut diftinguer trois fortes de gouvernemens
; le Républicain , le Monarchique
, le Defpotique . Dans le Républicain ,
le peuple en corps a la fouveraine puiffance
; dans le Monarchique , un feul
Div
So MERCURE DE FRANCE.
gouverne par des loix fondamentales ;
dans le Defpotique , on ne connoît d'autre
loi que la volonté du maître , ou plutôt
du tyran. Ce n'eft pas à dire qu'il n'y
ait dans l'univers que ces trois efpeces
d'Etats , ce n'eft pas à dire même qu'il y
ait des Etats qui appartiennent uniquement
& rigoureufement à quelqu'une de
ces formes : la plupart font , pour ainfi
dire , mi partis ou nuancés les uns des autres.
Ici la Monarchie incline au Defpotifme
; là le gouvernement monarchique eft
combiné avec le Républicain ; ailleurs ce
n'eft pas le peuple entier , c'eft feulement
une partie du peuple qui fait les loix .
Mais la divifion précédente n'en eft pas
moins exacte & moins jufte : les trois efpeces
de gouvernement qu'elle renferme
font tellement diftingués , qu'elles n'ont
proprement rien de commun ; & d'ailleurs
tous les Etats que nous connoiffons , participent
de l'une ou de l'autre. Il étoit
donc néceffaire de former de ces trois
efpeces des claffes particulieres , & de
s'appliquer à déterminer les loix qui leur
font propres ; il fera facile enfuite de modifier
ces loix dans l'application à quelque
gouvernement que ce foit , felon
qu'il appartiendra plus ou moins à ces différentes
formes.
DECEMBRE . 1755 .
Dans les divers Etats , les loix doivent
être relatives à leur nature , c'est- à- dire à
ce qui les conftitue , & à leur principe ,
c'eft-à- dire à ce qui les foutient & les fait
agir ; diftinction importante , la clef d'une
infinité de loix , & dont l'Auteur tire bien
des conféquences.
Les principales loix relatives à la nature
de la Démocratie font , que le peuple
y foit à certains égards le Monarque ,
à d'autres le Sujet ; qu'il élife & juge fes
Magiftrats , & que les Magiftrats en certaines
occafions décident. La nature de la
Monarchie demande qu'il y ait entre le
Monarque & le peuple beaucoup de pouvoirs
& de rangs intermédiaires , & un
corps , dépofitaire des loix médiateur
entre les fujets & le Prince . La nature du
Defpotifme exige que le tyran exerce fon
autorité , ou par lui feul , ou par un feul
qui le repréfente.
>
Quant au principe des trois gouvernemens
, celui de la Démocratie eft l'amour
de la République , c'eft à dire de l'égalité
dans les Monarchies où un feul eft le
difpenfareur des diftinctions & des ré- ,
compenfes , & où l'on s'accoutume à conconfondre
l'Etat avec ce feul homme , le
principe eft l'honneur , c'eft- à- dire l'ambition
& l'amour de l'eftime : fous le Def-
Dv
82
MERCURE DE FRANCE.
potifme enfin , c'eft la crainte. Plus ces
principes font en vigueur , plus le gouvernement
eft ftable ; plus ils s'alterent &
fe corrompent , plus il incline à fa deftruction
. Quand l'Auteur parle de l'égalité
dans les Démocraties , il n'entend pas
une égalité extrême , abfolue , & par conféquent
chimérique ; il entend cet heureux
équilibre qui rend tous les citoyens
également foumis aux loix , & également
intéreffés à les obferver.
Dans chaque gouvernement les loix de
l'éducation doivent être relatives au principe
; on entend ici par éducation celle
qu'on reçoit en entrant dans le monde , &
non celle des parens & des maîtres , qui
fouvent y eft contraire , fur- tout dans cerrains
Etats . Dans les Monarchies , l'éducation
doit avoir pour objet l'urbanité &
les égards réciproques : dans les Etats defpotiques
, la terreur & l'aviliffement des
efprits : dans les Républiques on a befoin
de toute la puiffance de l'éducation : elle
doit infpirer un fentiment noble , mais
pénible , le renoncement à foi-même , d'où
naît l'amour de la patrie.
Les loix que le Législateur donne , doivent
être conformes au principe de chaque
gouvernement ; dans la République ,
entretenir l'égalité & la frugalité ; dans
DECEMBRE. 1755. 83
la Monarchie , foutenir la nobleffe fans
écrafer le peuple ; fous le gouvernement
defpotique , tenir également tous les Etats
dans le filence. On ne doit point accufer
M. de Montefquieu d'avoir ici tracé aux
Souverains les principes du pouvoir arbitraire
, dont le nom feul eft fi odieux aux
Princes juftes , & à plus forte raifon au citoyen
fage & vertueux . C'eft travailler à
l'anéantir que de montrer ce qu'il faut faire
pour le conferver : la perfection de ce
gouvernement en eft la ruine ; & le code
exact de la tyrannie , tel que l'Auteur le
donne , eft en même tems la fatyre & le
fléau le plus redoutable des tyrans. A l'égard
des autres gouvernemens, ils ont chacun
leurs avantages ; le républicain eft plus
propte aux petits Etats ; le monarchique ,
aux grands ; le républicain plus fujer aux
excès , le monarchique, aux abus ; le républicain
apporte plus de maturité dans l'exécution
des loix , le monarchique plus de
promptitude.
La différence des principes des trois
gouvernemens doit en produire dans le
nombre & l'objet des loix , dans la forme
des jugemens & la nature des peines. La
conftitution des Monarchies étant invariable
& fondamentale , exige plus de loix
civiles & de tribunaux , afin que la juftice
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
foit rendue d'une maniere plus uniforme
& moins arbitraire ; dans les Etats modérés
, foit Monarchies , foit Républiques ,
on ne fçauroit apporter trop de formalités
aux loix criminelles. Les peines doivent
non feulement être en proportion avec le
crime , mais encore les plus douces qu'il
eft poffible , fur- tout dans la Démocratie ;
l'opinion attachée aux peines fera fouvent
plus d'effet que leur grandeur même. Dans
les Républiques , il faut juger felon la loi ,
parce qu'aucun particulier n'eft le maître
de l'altérer. Dans les Monarchies , la clémence
du Souverain peut quelquefois l'adoucir
; mais les crimes ne doivent jamais
y être jugés que par les Magiftrats expreffément
chargés d'en connoître. Enfin c'eft
principalement dans les Démocraties que
les loix doivent être féveres contre le luxe,
le relâchement des moeurs & la féduction
des femmes. Leur douceur & leur foibleffe
même les rend affez propres à gouverner
dans les Monarchies , & l'Hiftoire prouve
que fouvent elles ont porté la couronne
avec gloire.
M. de Montefquieu ayant ainfi parcouru
chaque gouvernement en particulier ,
les examine enfuite dans le rapport qu'ils
peuvent avoir les uns aux autres , mais
feulement fous le point de vue le plus
DECEM BRE. 1755. 85
"
général , c'est-à-dire fous celui qui eft uniquement
relatif à leur nature & à leur
principe. Envifagés de cette maniere , les
Etats ne peuvent avoir d'autres rapports
que celui de fe défendre , ou d'attaquer.
Les Républiques devant , par leur nature ,
renfermer un petit Etat , elles ne peuvent
fe défendre fans alliance ; mais c'eft avec
des Républiques qu'elles doivent s'allier .
La force defenfive de la Monarchie confifte
principalement à avoir des frontieres
hors d'infulte. Les Etats ont , comme les
hommes , le droit d'attaquer pour leur propre
confervation. Du droit de la guerre
dérive celui de conquête ; droit nécellaire ,
légitime & malheureux , qui laiſſe toujours
à payer une dette immenfe pour s'acquitter
envers la nature humaine , & dont la loi
générale eft de faire aux vaincus le moins
de mal qu'il eft poffible . Les Républiques
peuvent moins conquérir que les Monarchies
; des conquêtes immenfes fuppofent
le defpotifme ou l'affurent . Un des grands
principes de l'efprit de conquête doit être
de rendre meilleure , autant qu'il eft poffible
, la condition du peuple conquis :
c'eft fatisfaire tout- à - la-fois la loi naturelle
& la maxime , d'Etat . Rien n'eft plus
beau que le traité de paix de Gelon avec
les Carthaginois , par lequel il leur défen86
MERCURE DE FRANCE.
dit d'immoler à l'avenir leurs propres enfans.
Les Efpagnols , en conquérant le Pérou
, auroient dû obliger de même les habitans
à ne plus immoler des hommes à
leurs Dieux ; mais ils crurent plus avantageux
d'immoler ces peuples mêmes . Ils
n'eurent plus pour conquête qu'un vafte
défert : ils furent forcés à dépeupler leur
pays , & s'affoiblirent pour toujours par
leur propre victoire . On peut être obligé
quelquefois de changer les loix du peuple
vaincu ; rien ne peut jamais obliger de lui
ôter fes moeurs ou même fes coutumes ,
qui font fouvent toutes les moeurs . Mais
le moyen le plus für de conferver une conquête
, c'eft de mettre , s'il eft poffible , le
peuple vaincu au niveau du peuple conquerant
; de lui accorder les mêmes droits
& les mêmes privileges : c'eft ainfi qu'en
ont fouvent ufé les Romains ; c'eft ainfi
fur-tout qu'en ufa Céfar à l'égard des
Gaulois.
Jufqu'ici , en confiderant chaque gouvernement
, tant en lui-même , que dans
fon rapport aux autres , nous n'avons eu
égard ni à ce qui doit leur être commun ,
ni aux circonftances particulieres tirées
ou de la nature du pays , ou du génie des
peuples : c'eft ce qu'il faut maintenant développer.
DECEMBRE . 1755. 87
La loi commune de tous les gouvernemens
, du moins des gouvernemens modérés
, & par conféquent juftes , eft la liberté
politique dont chaque citoyen doit
jouir. Cette liberté n'eft point la licence
abfurde de faire tout ce qu'on veut , mais
le pouvoir de faire tout ce que les loix
permettent. Elle peut être envisagée , ou
dans fon rapport à la conftitution
dans fon rapport au citoyen.
ou
Il y a dans la conftitution de chaque
Etat deux fortes de pouvoirs , la puiflance
législative & l'exécutrice ; & cette derniere
a deux objets , l'intérieur de l'Etat
& le dehors . C'eft de la diftribution légitime
& de la répartition convenable de
ces différentes efpeces de pouvoirs que dépend
la plus grande perfection de la liberté
politique par rapport à la conftitution.
M. de Montefquieu en apporte pour
preuve la conftitution de la République
Romaine & celle de l'Angleterre . Il trouve
le principe de celle- ci dans cette loi
fondamentale du gouvernement des anciens
Germains , que les affaires peu importantes
y étoient décidées par les chefs ,
& que les grandes étoient portées au tribunal
de la nation , après avoir auparavant
été agitées par les chefs. M. de Monrefquieu
n'examine point fi les Anglois
8S MERCURE DE FRANCE.
jouiffent ou non de cette extrême liberté
politique que leur conftitution leur donne
, il lui fuffit qu'elle foit établie par
leurs loix : il eft encore plus éloigné de
vouloir faire la fatyre des autres Etats. Il
croit au contraire que l'excès , même dans
le bien , n'eft pas toujours défirable ; que
la liberté extrême a fes inconveniens ›
comme l'extrême fervitude ; & qu'en général
la nature humaine s'accommode
mieux d'un état moyen.
La liberté politique confidérée par rapport
au citoyen , confifte dans la fureté
où il eft à l'abri des loix , ou du moins
dans l'opinion de cette fureté, qui fait qu'un
citoyen n'en craint point un autre . C'eſt
principalement par la nature & la proportion
des peines , que cette liberté s'établit
ou fe détruit. Les crimes contre la Religion
doivent être punis par la privation
des biens que la Religion procure ; les
crimes contre les moeurs , par la honte
les crimes contre la tranquillité publique ,
par la prifon ou l'exil ; les crimes contre
la fureté , par les fupplices . Les écrits doivent
être moins punis que les actions , jamais
les fimples penfées ne doivent l'être :
accufations non juridiques , efpions , lettres
anonymes , toutes ces reffources de la
tyrannie , également honteufes à ceux qui
;
DECEMBRE . 1755. Se
en font l'inftrument, & à ceux qui s'en fervent
, doivent être profcrites dans un bon
gouvernement monarchique . Il n'eft permis
d'accufer qu'en face de la loi , qui punit
toujours ou l'accufé , ou le calomniateur.
Dans tout autre cas , ceux qui
gouvernent doivent dire avec l'Empereur
Conftance : Nous ne sçaurions foupçonner
celui à qui il a manqué un accuſateur , lorf
qu'il ne lui manquoit pas un ennemi . C'eſt
une très -bonne inftitution que celle d'une
partie publique qui fe charge , au nom de
l'Etat , de pourfuivre les crimes , & qui ait
toute l'utilité des délateurs , fans en avoir
les vils intérêts , les inconvéniens , & l'infamie.
La grandeur des impôts doit être en
proportion directe avec la liberté . Ainfi
dans les Démocraties ils peuvent être plus
grands qu'ailleurs, fans être onéreux , parce
que chaque citoyen les regarde comme
un tribut qu'il fe paye à lui-même , & qui
affure la tranquillité & le fort de chaque
membre. De plus , dans un Etat démocratique
, l'emploi infidele des deniers pu-,
blics eft plus difficile , parce qu'il eft plus
aifé de le connoître & de le punir , le dépofitaire
en devant compte , pour ainsi
dire , au premier citoyen qui l'exige .
Dans quelque gouvernement que ce foit,
90 MERCURE DE FRANCE.
l'efpece de tributs la moins onéreuſe , eft
celle qui eft établie fur les marchandiſes ;
parce que le citoyen paye
fans s'en appercevoir.
La quantité exceffive de troupes
en tems de paix , n'eft qu'un prétexte pour
charger le peuple d'impôts , un moyen
d'énerver l'Etat , & un inftrument de fervitude.
La régie des tributs qui en fait
rentrer le produit en entier dans le fifc
public , eft fans comparaifon moins à charge
au peuple, & par conféquent plus avantageufe
, lorfqu'elle peut avoir lieu , que
la ferme de ces mêmes tributs , qui laiſſe
toujours entre les mains de quelques particuliers
une partie des revenus de l'Etat.
Tout eft perdu furtout ( ce font ici les
termes de l'Auteur ) lorfque la profeffion
de traitant devient honorable ; & elle le
devient dès que le luxe eft en vigueur.
Laiffer quelques hommes fe nourrir de la
fubftance publique , pour les dépouiller à
leur tour , comme on l'a autrefois pratiqué
dans certains Etats , c'eft réparer une
injuftice par une autre , & faire deux maux
au lieu d'un .
Venons maintenant , avec M. de Montefquieu
, aux circonftances particulieres
indépendantes de la nature du gouvernement
, & qui doivent en modifier les loix.
Les circonftances qui viennent de la naDECEMBRE
1755. 91
ture du pays font de deux fortes ; les unes
ont rapport au climat , les autres au terrein.
Perfonne ne doute que le climat
n'influe fur la difpofition habituelle des
corps , & par conféquent fur les caracteres.
C'eft pourquoi les loix doivent fe conformer
au phyfique du climat dans les
chofes indifférentes , & au contraire le
combattre dans les effets vicieux : ainfi
dans les pays où l'ufage du vin eft nuifible
, c'eft une très -bonne loi que celle qui
l'interdit. Dans les pays où la chaleur du
climat porte à la pareffe , c'eft une trèsbonne
loi que celle qui encourage au travail.
Le gouvernement peut donc corriger
les effets du climat , & cela fuffit pour
mettre l'Esprit des Loix à couvert du reproche
très- injufte qu'on lui a fait d'attribuer
tout au froid & à la chaleur : car
outre que la chaleur & le froid ne font
pas la feule chofe par laquelle les climats
foient diftingués , il feroit auffi abfurde
de nier certains effets du climat que de
vouloir lui attribuer tout.
L'ufage des Efclaves établi dans les Pays
chauds de l'Afie & de l'Amérique , & réprouvé
dans les climats tempérés de l'Europe
, donne fujet à l'Auteur de traiter de
l'Esclavage civil. Les hommes n'ayant pas
plus de droit fur la liberté que fur la vie
92 MERCURE DE FRANCE.
les uns des autres , il s'enfuit que l'efclavage
, généralement parlant , eft contre la
loi naturelle. En effet , le droit d'esclavage
ne peut venir ni de la guerre , puifqu'il ne
pourroit être alors fondé que fur le rachat.
de la vie , & qu'il n'y a plus de droit fur la
vie de ceux qui n'attaquent plus ; ni de la
vente qu'un homme fait de lui- même à un
autre , puifque tout citoyen étant redevable
de fa vie à l'Etat , lui eft à plus forte
raifon redevable de fa liberté , & par conféquent
n'eft pas le maître de la vendre .
D'ailleurs quel feroit le prix de cette vente
? Ce ne peut être l'argent donné au vendeur
, puifqu'au moment qu'on fe rend
efclave , toutes les poffeffions appartiennent
au maître : or une vente fans prix eft
auffi chimérique qu'un contrat fans condition.
Il n'y a peut- être jamais eu qu'une
loi jufte en faveur de l'efclavage , c'étoit
la loi Romaine qui rendoit le débiteur efclave
du créancier ; encore cette loi ,
pour
être équitable , devoit borner la fervitude
quant au dégré & quant au tems. L'efclavage
peut tout au plus être toléré dans les
Etats defpotiques , où les hommes libres ,
trop foibles contre le gouvernement, cherchent
à devenir , pour leur propre utilité ,
les efclaves de ceux qui tyrannifent l'Etat ;
ou bien dans les climats dont la chaleur
2
DECEMBRE . 1755. 93
énerve fi fort le corps , & affoiblit tellement
le courage , que les hommes n'y font
portés à un devoir pénible , que par la
crainte du châtiment.
A côté de l'esclavage civil on peut placer
la fervitude domeftique , c'eft- à-dire ,
celle où les femmes font dans certains climats
: elle peut avoir lieu dans ces contrées
de l'Afie où elles font en état d'habiter
avec les hommes avant que de pouvoir
faire ufage de leur raifon ; nubiles par la
loi du climat , enfans par celle de la nature.
Cette fujétion devient encore plus néceffaire
dans les Pays où la polygamie eft
établie ; ufage que M. de Montefquieu ne
prétend pas juftifier dans ce qu'il a de contraire
à la Religion , mais qui dans les
lieux où il eft reçu ( & à ne parler que politiquement
) peut être fondé jufqu'à`un
certain point , ou fur la nature du Pays
ou fur le rapport du nombre des femmes
au nombre des hommes. M. de Montefquieu
parle à cette occafion de la Répudiation
& du Divorce ; & il établit fur de
bonnes raifons , que la répudiation une
fois admife , devroit être permife aux femmes
comme aux hommes.
Si le climat a tant d'influence fur la fervitude
domestique & civile , il n'en a pas
moins fur la fervitude politique , c'est- à94
MERCURE DE FRANCE.
dire fur celle qui foumet un peuple à un
autre. Les peuples du Nord font plus forts
& plus courageux que ceux du Midi ; ceux
ci doivent donc en géneral être fubjugués ,
ceux - là conquérans ; ceux - ci efclaves ,
ceux -là libres : c'eft auffi ce que l'Hiftoire
confirme . L'Afie a été conquiſe onze fois
par lès peuples du Nord ; l'Europe a fouffert
beaucoup moins de révolutions .
A l'égard des loix relatives à la nature
du terrein , il eft clair que la Démocratie
convient mieux que la Monarchie aux
Pays ftériles , où la terre a befoin de toute
l'induftrie des hommes. La liberté d'ailleurs
eft en ce cas une efpece de dédommagement
de la dureté du travail . Il faut
plus de loix pour un peuple agriculteur que
pour un peuple qui nourrit des troupeaux,
pour celui - ci que pour un peuple chaffeur,
pour un peuple qui fait ufage de la monnoie
, que pour celui qui l'ignore.
Enfin on doit avoir égard au génie particulier
de la Nation . La vanité qui groffit
les objets , eft un bon reffort pour le gouvernement
; l'orgueil qui les dépriſe eft un
reffort dangereux . Le Légiflateur doit ref
pecter jufqu'à un certain point les préjugés
, les paffions , les abus. Il doit imiter
Solon , qui avoit donné aux Athéniens ,
non les meilleures loix en elles-mêmes ,
DECEMBRE
1755. 95
mais les meilleures qu'ils puffent avoir . Le
caractere gai de ces peuples demandoit des
loix plus faciles ; le caractere dur des Lacédémoniens
, des loix plus féveres. Les
loix font un mauvais moyen pour changer
les manieres & les ufages ; c'eft par les récompenfes
& l'exemple qu'il faut tâcher
d'y parvenir. Il eft pourtant vrai en mêmetems
, que les loix d'un peuple , quand on
n'affecte pas d'y choquer groffierement &
directement fes moeurs , doivent influer
infenfiblement fur elles , foit pour les affermir,
foit pour les changer.
Après avoir approfondi de cette maniere
la nature & l'efprit des Loix par rapport
aux différentes efpeces de Pays & de
peuples , l'Auteur revient de nouveau à
confidérer les Etats les uns par rapport aux
autres. D'abord en les comparant entre
eux d'une maniere générale , il n'avoit
pu les envifager que par rapport au mal
qu'ils peuvent fe faire. Ici il les envifage
par rapport aux fecours mutuels
qu'ils peuvent le donner : or ces fecours
font principalement fondés fur le Commerce.
Si l'efprit de Commerce produit
naturellement un efprit d'intérêt oppofé
à la fublimité des vertus morales , il
rend auffi un peuple naturellement jufte ,
& en éloigne l'oifiveté & le brigandage.
96 MERCURE DE FRANCE.
Les Nations libres qui vivent fous des
gouvernemens modérés , doivent s'y livrer
plus que les Nations efclaves. Jamais une
Nation ne doit exclure de fon commerce
une autre Nation , fans de grandes raifons.
Au refte la liberté en ce genre n'eft pas une
faculté abfolue accordée aux Négocians de
faire ce qu'ils veulent ; faculté qui leur
feroit fouvent préjudiciable : elle confifte
à ne gêner les Négocians qu'en faveur du
Commerce. Dans la Monarchie la Nobleffe
ne doit point s'y adonner , encore
moins le Prince . Enfin il eft des Nations
auxquelles le Commerce eft défavantageux
; ce ne font pas celles qui n'ont befoin
de rien , mais celles qui ont besoin de
tout : paradoxe que l'Auteur rend fenfible
par l'exemple de la Pologne , qui manque
de tout , excepté de bled , & qui , par
le commerce qu'elle en fait , prive les
payfans de leur nourriture , pour fatisfaire
au luxe des Seigneurs. M. de Montefquieu ,
à l'occafion des loix que le Commerce
exige , fait l'hiftoire de fes différentes révolutions
; & cette partie de fon livre
n'eft ni la moins intéreffante , ni la moins
curieufe. Il compare l'appauvriffement de
l'Espagne ,, par la découverte de l'Amérique
, au fort de ce Prince imbécille de la
Fable , prêt à mourir de faim , pour avoir
demandé
1
DECEMBRE. 1755 : 97
demandé aux Dieux que tout ce qu'il toucheroit
fe convertit en or. L'ufage de la
monnoie étant une partie confidérable de
l'objet du Commerce , & fon principal
inftrument , il a cru devoir , en conféquence
, traiter des opérations fur la monnoie
, du change , du payement des dettes
publiques , du prêt à intérêt dont il fixe
les loix & les limites , & qu'il ne confond
nullement avec les excès fi juftement condamnés
de l'ufure.
La population & le nombre des habitans
ont avec le Commerce un rapport
immédiat ; & les mariages ayant pour objet
la population , M. de Montefquieu approfondit
ici cette importante matiere. Če
qui favorife le plus la propagation eft la
continence publique ; l'expérience prouve
que les conjonctions illicites y contribuent
peu , & même y nuifent. On a établi avec
juftice , pour les mariages , le confentement
des peres ; cependant on y doit mettre
des reftrictions : car la loi doit en général
favorifer les mariages. La loi qui
défend le mariage des meres avec les fils ,
oft ( indépendamment des préceptes de la
Religion ) une très-bonne loi civilę ; car
fans parler de plufieurs autres raifons , les
contractans étant d'âge très- différent , ces
fortes de mariages peuvent rarement avoir
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
>
la propagation pour objet. La loi qui défend
le mariage du pere avec la fille , eſt
fondée fur les mêmes motifs : cependant
( à ne parler que civilement ) elle n'eft pas
fi indifpenfablement néceffaire que l'autre
à l'objet de la population , puifque la vertu
d'engendrer finit beaucoup plus tard
dans les hommes ; auffi l'ufage contraire
a t'il eu lieu chez certains peuples que la
lumiere du Chriftianifme n'a point éclairés.
Comme la nature porte d'elle -même
au mariage , c'eft un mauvais gouvernement
que celui où on aura befoin d'y encourager.
La liberté , la fûreté , la modération
des impôts , la profcription du luxe,
font les vrais principes & les vrais foutiens
de la population : cependant on peut
avec fuccès faire des loix pour encourager
les mariages , quand , malgré la corruption
, il reste encore des refforts dans
le peuple qui l'attachent à fa patrie. Rien
n'eft plus beau que les loix d'Augufte pour
favorifer la propagation de l'efpece : par
malheur il fit ces loix dans la décadence ,
ou plutôt dans la chute de la République ;
& les citoyens découragés devoient prévoir
qu'ils ne mettroient plus au monde
que
des efclaves : auffi l'exécution de ces
loix fut elle bien foible durant tout le
tems des Empereurs payens. Conftantin
DECEM BRE . 1755. 99
enfin les abolit en fe faifant Chrétien ,
comme fi le Chriftianifme avoit pour but
de dépeupler la fociété , en confeillant à
un petit nombre la perfection du célibat.
L'établiſſement des hôpitaux , felon l'efprit
dans lequel il eft fait , peut nuire à la;
population , ou la favorifer. Il peut & il
doit même y avoir des hôpitaux dans un
Etat dont la plupart des citoyens n'ont que
leur , induftrie pour reffource , parce que
cette induftrie peut quelquefois être malheureuſe
; mais les fecours que ces hôpitaux
donnent , ne doivent être que paffagers
, pour ne point encourager la mendicité
& la fainéantife. Il faut commencer
par rendre le peuple riche , & bâtir enfuite
des hôpitaux pour les befoins imprévus
& preffans . Malheureux les Pays où
la multitude des hôpitaux & des monafteres
, qui ne font que des hôpitaux perpétuels
, fait que tout le monde eft à fon
aife , excepté ceux qui travaillent.
M. de Montefquieu n'a encore parlé
que des loix humaines. Il paffe maintenant
à celles de la Religion , qui dans prefque
tous les Etats font un objet fi effentiel
du gouvernement. Par- tout il fait l'éloge
du Chriftaifine ; il en montre les avantages
& la grandeur ; il cherche à le faire
aimer. Il foutient qu'il n'eft pas impoffi
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ble , comme Bayle l'a prétendu , qu'une
fociété de parfaits Chrétiens forme un
Etat fubfiftant & durable . Mais il s'eft cru
permis auffi d'examiner ce que les différentes
Religions ( humainement parlant )
peuvent avoir de conforme ou de contraire
au génie & à la fituation des peuples
qui les profeffent. C'est dans ce point de
vue qu'il faut lire tout ce qu'il a écrit fur
cette matiere , & qui a été l'objet de tant
de déclamations injuftes. Il eft furprenant
furtout que dans un fiecle qui en appelle
tant d'autres barbares , on lui ait fait un
crime de ce qu'il dit de la tolérance ; comme
fi c'étoit approuver une religion que
de la tolérer comme fi enfin l'Evangile
même ne profcrivoit pas tout autre moyende
le répandre , que la douceur & la perfuafion.
Ceux en qui la fuperftition n'a
pas éteint tout fentiment de compaflion
& de juftice , ne pourront lire , fans être
attendris , la remontrance aux Inquifiteurs,
ce tribunal odieux , qui outrage la Religion
en paroiffant la venger.
Enfin après avoir traité en particulier
des différentes efpeces de loix que les
hommes peuvent avoir , il ne reste plus
qu'à les comparer toutes enfemble , & à
les examiner dans leur rapport avec les
chofes fur lefquelles elles ftatuent. Les
DECEMBRE. 1755. 101
hommes font gouvernés par différentes efpeces
de loix ; par le droit naturel , commun
à chaque individu ; par le droit divin
, qui eft celui de la Religion ; par le
droit eccléfiaftique , qui eft celui de la
police de la Religion ; par le droit civil ,
qui eft celui des membres d'une même
fociété
; par
le droit politique , qui eft celui
du gouvernement de cette fociété ; par
le droit des gens , qui eft celui des fociétés
les unes par rapport aux autres. Ces droits
ont chacun leurs objets diftingués , qu'il
faut bien fe garder de confondre. On
ne doit jamais régler par l'un ce qui appar
tient à l'autre , pour ne point mettre de dé
fordre ni d'injuftice dans les principes qui
gouvernent les hommes . Il faut enfin que
les principes qui prefcrivent le genre des
loix , & qui en circonfcrivent l'objet , regnent
auffi dans la maniere de les compofer.
L'efprit de modération doit , autant qu'il eft
poffible , en dicter toutes les difpofitions.
Des loix bien faites feront conformes à
l'efprit du Législateur , même en paroiffant
s'y oppofer. Telle étoit la fameuſe
loi de Solon , par laquelle tous ceux qui
ne prenoient point de part dans les féditions
, étoient déclarés infâmes . Elle prévenoit
les féditions , ou les rendoit utiles.
en forçant tous les membres de la Répu
1
1
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
blique à s'occuper de fes vrais intérêts .
L'Oftracifime même étoit une très - bonne
loi ; car d'un côté elle étoit honorable au
citoyen qui en étoit l'objet , & prévenoit
de l'autre les effets de l'ambition ; il falloit
d'ailleurs un très - grand nombre de fuffrages,
& on ne pouvoit bannir que tous les
cinq ans. Souvent les loix qui paroiffent les
mêmes, n'ont ni le même motif, ni le même
effet , ni la même équité : la forme du gouvernement
, les conjonctures & le génie du
peuple changent tout . Enfin le ftyle des
loix doit être fimple & grave : elles peuvent
fe difpenfer de motiver , parce que
le motif eft fuppofé exifter dans l'efprit
du Législateur ; mais quand elles motivent
, ce doit être fur des principes évidens
elles ne doivent pas reffembler à
cette loi qui , défendant aux aveugles de
plaider , apporte pour raifon qu'ils ne peuvent
pas voir les ornemens de la Magiftrature
.
M. de Montefquieu , pour montrer par
des exemples l'application de fes principes
, a choifi deux différens peuples , le
plus célébre de la terre , & celui dont
'Hiftoire nous intéreffe le plus , les Romains
& les François. Il ne s'attache qu'a
une partie de la Jurifprudence du premier;
celle qui regarde les fucceffions . A l'égard
DECEMBRE. 1755. 103
turs ,
des François , il entre dans le plus grand
détail fur l'origine & les révolutions de
leurs loix civiles , & fur les différens
ufages abolis ou fubfiftans , qui en ont été
la fuite il s'étend principalement fur les
loix féodales , cette efpece de gouvernement
inconnu à toute l'antiquité , qui le
fera peut- être pour toujours aux fiecles fur-
& qui a fait tant de biens & tant
de maux. Il difcute fur-tout ces loix dans
le rapport qu'elles ont à l'établiffement &
aux révolutions de la Monarchie Françoife
; il prouve , contre M. l'Abbé du
Bos , que les Francs font réellement entrés
en conquérans dans les Gaules , &
qu'il n'eft pas vrai , comme cet Auteur le
prétend , qu'ils ayent été appellés par les
peuples pour fuccéder aux droits des Empereurs
Romains qui les opprimoient :
détail profond , exact & curieux , mais
dans lequel il nous eft impoffible de le
fuivre , & dont les points principaux fe
trouveront d'ailleurs répandus dans différens
endroits de ce Dictionnaire , aux articles
qui s'y rapportent.
Telle eft l'analyfe générale , mais trèsinforme
& très-imparfaite , de l'ouvrage
de M. de Montefquieu : nous l'avons féparée
du refte de fon éloge , pour ne pas
trop interrompre la fuite de notre récit.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
M. Dalembert nous permettra de combattre
ici fa modeftie . Nous ofons dire , d'après
la voix publique , que cette analyſe
eft un modele, qu'elle met l'Efprit des Loix
dans tout fon jour , & qu'il n'eft pas poffible
d'en faire une meilleure . Heureux
le texte , quelque mérite qu'il ait en foi ,
qui eft ainfi commenté !
la note qui accompagne l'Eloge de M. de
Montefquieu par M. d'Alembert. Nous
l'avions annoncée pour le premier Mercure
de ce mois , & nous acquittons notre
parole.
Lparle de l'efprit des Loix , s étant plus
A plupart des gens de Lettres qui ont
attachés à le critiquer qu'à en donner une
idée juſte , nous allons tâcher de fuppléer
à ce qu'ils auroient dû faire , & d'en développer
le plan , le caractere & l'objet.
Ceux qui en trouveront l'analy fe trop longue
, jugeront peut être, après l'avoir lue ,
qu'il n'y avoit que ce feul moyen de bien
faire faifir la méthode de l'Auteur . On
doit fe fouvenir d'ailleurs que l'hiftoire
des écrivains célebres n'eft que celle de
leurs penfées & de leurs travaux , & que
cette partie de leur éloge en eft la plus
effentielle & la plus utile , fur-tout à la
tête d'un ouvrage rel que l'Encyclopédie.
Les homme dans l'état de nature , abf-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
traction faite de toute religion , ne connoiffant
dans les différends qu'ils peuvent
avoir , d'autre loi que celle des animaux ,
le droit du plus fort, on doit regarder l'établiffement
des fociétés comme une espece
de traité contre ce droit injufte ; traité
deftiné à établir entre les différentes parties
du genre humain une forte de balance.
Mais il en eft de l'équilibre moral
comme du phyſique : il eft rare qu'il foit
parfait & durable ; & les traités du genre
humain font , comme les traités entre nos
Princes , une femence continuelle de divifion.
L'intérêt , le befoin & le plaifir ,
ont rapproché les hommes ; mais ces mêmes
motifs les pouffent fans ceffe à vouloir
jouir des avantages de la focieté fans en
porter les charges ; & c'eft en ce fens qu'on
peut dire avec l'Auteur , que les hommes ,
dès qu'ils font en focieté , font en état de
guerre. Car la guerre fuppofe dans ceux
qui fe la font , finon l'égalité de force ,
au moins l'opinion de cette égalité , d'où
naît le defir & l'efpoir mutuel de fe vaincre
. Or dans l'état de focieté , fi la balance
n'eft jamais parfaite entre les hommes ,
elle n'eft pas non plus trop inégale : au contraire
, où ils n'auroient rien à fe difputer
dans l'état de nature , ou fi la néceffité les
y obligeoit , on ne verroit que la foibleffe
DECEMBRE. 1755 . 79
fuyant devant la force , des oppreffeurs
fans combat , & des opprimés fans réfiftance .
Voilà donc les hommes réunis & armés
tout-à- la-fois , s'embraffant d'un côté , fi
on peut parler ainfi , & cherchant de l'autre
à fe bleffer mutuellement : les loix font
le lien plus ou moins efficace , deſtiné à
fufpendre ou à retenir leurs coups. Mais
l'étendue prodigieufe du globe que nous
habitons , la nature différente des régions
de la terre & des peuples qui la couvrent ,
ne permettant pas que tous les hommes
vivent fous un feul & même gouvernement
, le humain a dû fe partager
genre
en un certain nombre d'Etats , diftingués
par la différence des loix auxquelles ils
obéiffent. Un feul gouvernement n'auroit
fait du genre humain qu'un corps exténué
& languiffant , étendu fans vigueur fur la
furface de la terre . Les différens Etats font
autant de corps agiles & robuftes , qui en
fe donnant la main les uns aux autres ,
n'en forment qu'un , & dont l'action réciproque
entretient partout le mouvement
& la vie .
On peut diftinguer trois fortes de gouvernemens
; le Républicain , le Monarchique
, le Defpotique . Dans le Républicain ,
le peuple en corps a la fouveraine puiffance
; dans le Monarchique , un feul
Div
So MERCURE DE FRANCE.
gouverne par des loix fondamentales ;
dans le Defpotique , on ne connoît d'autre
loi que la volonté du maître , ou plutôt
du tyran. Ce n'eft pas à dire qu'il n'y
ait dans l'univers que ces trois efpeces
d'Etats , ce n'eft pas à dire même qu'il y
ait des Etats qui appartiennent uniquement
& rigoureufement à quelqu'une de
ces formes : la plupart font , pour ainfi
dire , mi partis ou nuancés les uns des autres.
Ici la Monarchie incline au Defpotifme
; là le gouvernement monarchique eft
combiné avec le Républicain ; ailleurs ce
n'eft pas le peuple entier , c'eft feulement
une partie du peuple qui fait les loix .
Mais la divifion précédente n'en eft pas
moins exacte & moins jufte : les trois efpeces
de gouvernement qu'elle renferme
font tellement diftingués , qu'elles n'ont
proprement rien de commun ; & d'ailleurs
tous les Etats que nous connoiffons , participent
de l'une ou de l'autre. Il étoit
donc néceffaire de former de ces trois
efpeces des claffes particulieres , & de
s'appliquer à déterminer les loix qui leur
font propres ; il fera facile enfuite de modifier
ces loix dans l'application à quelque
gouvernement que ce foit , felon
qu'il appartiendra plus ou moins à ces différentes
formes.
DECEMBRE . 1755 .
Dans les divers Etats , les loix doivent
être relatives à leur nature , c'est- à- dire à
ce qui les conftitue , & à leur principe ,
c'eft-à- dire à ce qui les foutient & les fait
agir ; diftinction importante , la clef d'une
infinité de loix , & dont l'Auteur tire bien
des conféquences.
Les principales loix relatives à la nature
de la Démocratie font , que le peuple
y foit à certains égards le Monarque ,
à d'autres le Sujet ; qu'il élife & juge fes
Magiftrats , & que les Magiftrats en certaines
occafions décident. La nature de la
Monarchie demande qu'il y ait entre le
Monarque & le peuple beaucoup de pouvoirs
& de rangs intermédiaires , & un
corps , dépofitaire des loix médiateur
entre les fujets & le Prince . La nature du
Defpotifme exige que le tyran exerce fon
autorité , ou par lui feul , ou par un feul
qui le repréfente.
>
Quant au principe des trois gouvernemens
, celui de la Démocratie eft l'amour
de la République , c'eft à dire de l'égalité
dans les Monarchies où un feul eft le
difpenfareur des diftinctions & des ré- ,
compenfes , & où l'on s'accoutume à conconfondre
l'Etat avec ce feul homme , le
principe eft l'honneur , c'eft- à- dire l'ambition
& l'amour de l'eftime : fous le Def-
Dv
82
MERCURE DE FRANCE.
potifme enfin , c'eft la crainte. Plus ces
principes font en vigueur , plus le gouvernement
eft ftable ; plus ils s'alterent &
fe corrompent , plus il incline à fa deftruction
. Quand l'Auteur parle de l'égalité
dans les Démocraties , il n'entend pas
une égalité extrême , abfolue , & par conféquent
chimérique ; il entend cet heureux
équilibre qui rend tous les citoyens
également foumis aux loix , & également
intéreffés à les obferver.
Dans chaque gouvernement les loix de
l'éducation doivent être relatives au principe
; on entend ici par éducation celle
qu'on reçoit en entrant dans le monde , &
non celle des parens & des maîtres , qui
fouvent y eft contraire , fur- tout dans cerrains
Etats . Dans les Monarchies , l'éducation
doit avoir pour objet l'urbanité &
les égards réciproques : dans les Etats defpotiques
, la terreur & l'aviliffement des
efprits : dans les Républiques on a befoin
de toute la puiffance de l'éducation : elle
doit infpirer un fentiment noble , mais
pénible , le renoncement à foi-même , d'où
naît l'amour de la patrie.
Les loix que le Législateur donne , doivent
être conformes au principe de chaque
gouvernement ; dans la République ,
entretenir l'égalité & la frugalité ; dans
DECEMBRE. 1755. 83
la Monarchie , foutenir la nobleffe fans
écrafer le peuple ; fous le gouvernement
defpotique , tenir également tous les Etats
dans le filence. On ne doit point accufer
M. de Montefquieu d'avoir ici tracé aux
Souverains les principes du pouvoir arbitraire
, dont le nom feul eft fi odieux aux
Princes juftes , & à plus forte raifon au citoyen
fage & vertueux . C'eft travailler à
l'anéantir que de montrer ce qu'il faut faire
pour le conferver : la perfection de ce
gouvernement en eft la ruine ; & le code
exact de la tyrannie , tel que l'Auteur le
donne , eft en même tems la fatyre & le
fléau le plus redoutable des tyrans. A l'égard
des autres gouvernemens, ils ont chacun
leurs avantages ; le républicain eft plus
propte aux petits Etats ; le monarchique ,
aux grands ; le républicain plus fujer aux
excès , le monarchique, aux abus ; le républicain
apporte plus de maturité dans l'exécution
des loix , le monarchique plus de
promptitude.
La différence des principes des trois
gouvernemens doit en produire dans le
nombre & l'objet des loix , dans la forme
des jugemens & la nature des peines. La
conftitution des Monarchies étant invariable
& fondamentale , exige plus de loix
civiles & de tribunaux , afin que la juftice
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
foit rendue d'une maniere plus uniforme
& moins arbitraire ; dans les Etats modérés
, foit Monarchies , foit Républiques ,
on ne fçauroit apporter trop de formalités
aux loix criminelles. Les peines doivent
non feulement être en proportion avec le
crime , mais encore les plus douces qu'il
eft poffible , fur- tout dans la Démocratie ;
l'opinion attachée aux peines fera fouvent
plus d'effet que leur grandeur même. Dans
les Républiques , il faut juger felon la loi ,
parce qu'aucun particulier n'eft le maître
de l'altérer. Dans les Monarchies , la clémence
du Souverain peut quelquefois l'adoucir
; mais les crimes ne doivent jamais
y être jugés que par les Magiftrats expreffément
chargés d'en connoître. Enfin c'eft
principalement dans les Démocraties que
les loix doivent être féveres contre le luxe,
le relâchement des moeurs & la féduction
des femmes. Leur douceur & leur foibleffe
même les rend affez propres à gouverner
dans les Monarchies , & l'Hiftoire prouve
que fouvent elles ont porté la couronne
avec gloire.
M. de Montefquieu ayant ainfi parcouru
chaque gouvernement en particulier ,
les examine enfuite dans le rapport qu'ils
peuvent avoir les uns aux autres , mais
feulement fous le point de vue le plus
DECEM BRE. 1755. 85
"
général , c'est-à-dire fous celui qui eft uniquement
relatif à leur nature & à leur
principe. Envifagés de cette maniere , les
Etats ne peuvent avoir d'autres rapports
que celui de fe défendre , ou d'attaquer.
Les Républiques devant , par leur nature ,
renfermer un petit Etat , elles ne peuvent
fe défendre fans alliance ; mais c'eft avec
des Républiques qu'elles doivent s'allier .
La force defenfive de la Monarchie confifte
principalement à avoir des frontieres
hors d'infulte. Les Etats ont , comme les
hommes , le droit d'attaquer pour leur propre
confervation. Du droit de la guerre
dérive celui de conquête ; droit nécellaire ,
légitime & malheureux , qui laiſſe toujours
à payer une dette immenfe pour s'acquitter
envers la nature humaine , & dont la loi
générale eft de faire aux vaincus le moins
de mal qu'il eft poffible . Les Républiques
peuvent moins conquérir que les Monarchies
; des conquêtes immenfes fuppofent
le defpotifme ou l'affurent . Un des grands
principes de l'efprit de conquête doit être
de rendre meilleure , autant qu'il eft poffible
, la condition du peuple conquis :
c'eft fatisfaire tout- à - la-fois la loi naturelle
& la maxime , d'Etat . Rien n'eft plus
beau que le traité de paix de Gelon avec
les Carthaginois , par lequel il leur défen86
MERCURE DE FRANCE.
dit d'immoler à l'avenir leurs propres enfans.
Les Efpagnols , en conquérant le Pérou
, auroient dû obliger de même les habitans
à ne plus immoler des hommes à
leurs Dieux ; mais ils crurent plus avantageux
d'immoler ces peuples mêmes . Ils
n'eurent plus pour conquête qu'un vafte
défert : ils furent forcés à dépeupler leur
pays , & s'affoiblirent pour toujours par
leur propre victoire . On peut être obligé
quelquefois de changer les loix du peuple
vaincu ; rien ne peut jamais obliger de lui
ôter fes moeurs ou même fes coutumes ,
qui font fouvent toutes les moeurs . Mais
le moyen le plus für de conferver une conquête
, c'eft de mettre , s'il eft poffible , le
peuple vaincu au niveau du peuple conquerant
; de lui accorder les mêmes droits
& les mêmes privileges : c'eft ainfi qu'en
ont fouvent ufé les Romains ; c'eft ainfi
fur-tout qu'en ufa Céfar à l'égard des
Gaulois.
Jufqu'ici , en confiderant chaque gouvernement
, tant en lui-même , que dans
fon rapport aux autres , nous n'avons eu
égard ni à ce qui doit leur être commun ,
ni aux circonftances particulieres tirées
ou de la nature du pays , ou du génie des
peuples : c'eft ce qu'il faut maintenant développer.
DECEMBRE . 1755. 87
La loi commune de tous les gouvernemens
, du moins des gouvernemens modérés
, & par conféquent juftes , eft la liberté
politique dont chaque citoyen doit
jouir. Cette liberté n'eft point la licence
abfurde de faire tout ce qu'on veut , mais
le pouvoir de faire tout ce que les loix
permettent. Elle peut être envisagée , ou
dans fon rapport à la conftitution
dans fon rapport au citoyen.
ou
Il y a dans la conftitution de chaque
Etat deux fortes de pouvoirs , la puiflance
législative & l'exécutrice ; & cette derniere
a deux objets , l'intérieur de l'Etat
& le dehors . C'eft de la diftribution légitime
& de la répartition convenable de
ces différentes efpeces de pouvoirs que dépend
la plus grande perfection de la liberté
politique par rapport à la conftitution.
M. de Montefquieu en apporte pour
preuve la conftitution de la République
Romaine & celle de l'Angleterre . Il trouve
le principe de celle- ci dans cette loi
fondamentale du gouvernement des anciens
Germains , que les affaires peu importantes
y étoient décidées par les chefs ,
& que les grandes étoient portées au tribunal
de la nation , après avoir auparavant
été agitées par les chefs. M. de Monrefquieu
n'examine point fi les Anglois
8S MERCURE DE FRANCE.
jouiffent ou non de cette extrême liberté
politique que leur conftitution leur donne
, il lui fuffit qu'elle foit établie par
leurs loix : il eft encore plus éloigné de
vouloir faire la fatyre des autres Etats. Il
croit au contraire que l'excès , même dans
le bien , n'eft pas toujours défirable ; que
la liberté extrême a fes inconveniens ›
comme l'extrême fervitude ; & qu'en général
la nature humaine s'accommode
mieux d'un état moyen.
La liberté politique confidérée par rapport
au citoyen , confifte dans la fureté
où il eft à l'abri des loix , ou du moins
dans l'opinion de cette fureté, qui fait qu'un
citoyen n'en craint point un autre . C'eſt
principalement par la nature & la proportion
des peines , que cette liberté s'établit
ou fe détruit. Les crimes contre la Religion
doivent être punis par la privation
des biens que la Religion procure ; les
crimes contre les moeurs , par la honte
les crimes contre la tranquillité publique ,
par la prifon ou l'exil ; les crimes contre
la fureté , par les fupplices . Les écrits doivent
être moins punis que les actions , jamais
les fimples penfées ne doivent l'être :
accufations non juridiques , efpions , lettres
anonymes , toutes ces reffources de la
tyrannie , également honteufes à ceux qui
;
DECEMBRE . 1755. Se
en font l'inftrument, & à ceux qui s'en fervent
, doivent être profcrites dans un bon
gouvernement monarchique . Il n'eft permis
d'accufer qu'en face de la loi , qui punit
toujours ou l'accufé , ou le calomniateur.
Dans tout autre cas , ceux qui
gouvernent doivent dire avec l'Empereur
Conftance : Nous ne sçaurions foupçonner
celui à qui il a manqué un accuſateur , lorf
qu'il ne lui manquoit pas un ennemi . C'eſt
une très -bonne inftitution que celle d'une
partie publique qui fe charge , au nom de
l'Etat , de pourfuivre les crimes , & qui ait
toute l'utilité des délateurs , fans en avoir
les vils intérêts , les inconvéniens , & l'infamie.
La grandeur des impôts doit être en
proportion directe avec la liberté . Ainfi
dans les Démocraties ils peuvent être plus
grands qu'ailleurs, fans être onéreux , parce
que chaque citoyen les regarde comme
un tribut qu'il fe paye à lui-même , & qui
affure la tranquillité & le fort de chaque
membre. De plus , dans un Etat démocratique
, l'emploi infidele des deniers pu-,
blics eft plus difficile , parce qu'il eft plus
aifé de le connoître & de le punir , le dépofitaire
en devant compte , pour ainsi
dire , au premier citoyen qui l'exige .
Dans quelque gouvernement que ce foit,
90 MERCURE DE FRANCE.
l'efpece de tributs la moins onéreuſe , eft
celle qui eft établie fur les marchandiſes ;
parce que le citoyen paye
fans s'en appercevoir.
La quantité exceffive de troupes
en tems de paix , n'eft qu'un prétexte pour
charger le peuple d'impôts , un moyen
d'énerver l'Etat , & un inftrument de fervitude.
La régie des tributs qui en fait
rentrer le produit en entier dans le fifc
public , eft fans comparaifon moins à charge
au peuple, & par conféquent plus avantageufe
, lorfqu'elle peut avoir lieu , que
la ferme de ces mêmes tributs , qui laiſſe
toujours entre les mains de quelques particuliers
une partie des revenus de l'Etat.
Tout eft perdu furtout ( ce font ici les
termes de l'Auteur ) lorfque la profeffion
de traitant devient honorable ; & elle le
devient dès que le luxe eft en vigueur.
Laiffer quelques hommes fe nourrir de la
fubftance publique , pour les dépouiller à
leur tour , comme on l'a autrefois pratiqué
dans certains Etats , c'eft réparer une
injuftice par une autre , & faire deux maux
au lieu d'un .
Venons maintenant , avec M. de Montefquieu
, aux circonftances particulieres
indépendantes de la nature du gouvernement
, & qui doivent en modifier les loix.
Les circonftances qui viennent de la naDECEMBRE
1755. 91
ture du pays font de deux fortes ; les unes
ont rapport au climat , les autres au terrein.
Perfonne ne doute que le climat
n'influe fur la difpofition habituelle des
corps , & par conféquent fur les caracteres.
C'eft pourquoi les loix doivent fe conformer
au phyfique du climat dans les
chofes indifférentes , & au contraire le
combattre dans les effets vicieux : ainfi
dans les pays où l'ufage du vin eft nuifible
, c'eft une très -bonne loi que celle qui
l'interdit. Dans les pays où la chaleur du
climat porte à la pareffe , c'eft une trèsbonne
loi que celle qui encourage au travail.
Le gouvernement peut donc corriger
les effets du climat , & cela fuffit pour
mettre l'Esprit des Loix à couvert du reproche
très- injufte qu'on lui a fait d'attribuer
tout au froid & à la chaleur : car
outre que la chaleur & le froid ne font
pas la feule chofe par laquelle les climats
foient diftingués , il feroit auffi abfurde
de nier certains effets du climat que de
vouloir lui attribuer tout.
L'ufage des Efclaves établi dans les Pays
chauds de l'Afie & de l'Amérique , & réprouvé
dans les climats tempérés de l'Europe
, donne fujet à l'Auteur de traiter de
l'Esclavage civil. Les hommes n'ayant pas
plus de droit fur la liberté que fur la vie
92 MERCURE DE FRANCE.
les uns des autres , il s'enfuit que l'efclavage
, généralement parlant , eft contre la
loi naturelle. En effet , le droit d'esclavage
ne peut venir ni de la guerre , puifqu'il ne
pourroit être alors fondé que fur le rachat.
de la vie , & qu'il n'y a plus de droit fur la
vie de ceux qui n'attaquent plus ; ni de la
vente qu'un homme fait de lui- même à un
autre , puifque tout citoyen étant redevable
de fa vie à l'Etat , lui eft à plus forte
raifon redevable de fa liberté , & par conféquent
n'eft pas le maître de la vendre .
D'ailleurs quel feroit le prix de cette vente
? Ce ne peut être l'argent donné au vendeur
, puifqu'au moment qu'on fe rend
efclave , toutes les poffeffions appartiennent
au maître : or une vente fans prix eft
auffi chimérique qu'un contrat fans condition.
Il n'y a peut- être jamais eu qu'une
loi jufte en faveur de l'efclavage , c'étoit
la loi Romaine qui rendoit le débiteur efclave
du créancier ; encore cette loi ,
pour
être équitable , devoit borner la fervitude
quant au dégré & quant au tems. L'efclavage
peut tout au plus être toléré dans les
Etats defpotiques , où les hommes libres ,
trop foibles contre le gouvernement, cherchent
à devenir , pour leur propre utilité ,
les efclaves de ceux qui tyrannifent l'Etat ;
ou bien dans les climats dont la chaleur
2
DECEMBRE . 1755. 93
énerve fi fort le corps , & affoiblit tellement
le courage , que les hommes n'y font
portés à un devoir pénible , que par la
crainte du châtiment.
A côté de l'esclavage civil on peut placer
la fervitude domeftique , c'eft- à-dire ,
celle où les femmes font dans certains climats
: elle peut avoir lieu dans ces contrées
de l'Afie où elles font en état d'habiter
avec les hommes avant que de pouvoir
faire ufage de leur raifon ; nubiles par la
loi du climat , enfans par celle de la nature.
Cette fujétion devient encore plus néceffaire
dans les Pays où la polygamie eft
établie ; ufage que M. de Montefquieu ne
prétend pas juftifier dans ce qu'il a de contraire
à la Religion , mais qui dans les
lieux où il eft reçu ( & à ne parler que politiquement
) peut être fondé jufqu'à`un
certain point , ou fur la nature du Pays
ou fur le rapport du nombre des femmes
au nombre des hommes. M. de Montefquieu
parle à cette occafion de la Répudiation
& du Divorce ; & il établit fur de
bonnes raifons , que la répudiation une
fois admife , devroit être permife aux femmes
comme aux hommes.
Si le climat a tant d'influence fur la fervitude
domestique & civile , il n'en a pas
moins fur la fervitude politique , c'est- à94
MERCURE DE FRANCE.
dire fur celle qui foumet un peuple à un
autre. Les peuples du Nord font plus forts
& plus courageux que ceux du Midi ; ceux
ci doivent donc en géneral être fubjugués ,
ceux - là conquérans ; ceux - ci efclaves ,
ceux -là libres : c'eft auffi ce que l'Hiftoire
confirme . L'Afie a été conquiſe onze fois
par lès peuples du Nord ; l'Europe a fouffert
beaucoup moins de révolutions .
A l'égard des loix relatives à la nature
du terrein , il eft clair que la Démocratie
convient mieux que la Monarchie aux
Pays ftériles , où la terre a befoin de toute
l'induftrie des hommes. La liberté d'ailleurs
eft en ce cas une efpece de dédommagement
de la dureté du travail . Il faut
plus de loix pour un peuple agriculteur que
pour un peuple qui nourrit des troupeaux,
pour celui - ci que pour un peuple chaffeur,
pour un peuple qui fait ufage de la monnoie
, que pour celui qui l'ignore.
Enfin on doit avoir égard au génie particulier
de la Nation . La vanité qui groffit
les objets , eft un bon reffort pour le gouvernement
; l'orgueil qui les dépriſe eft un
reffort dangereux . Le Légiflateur doit ref
pecter jufqu'à un certain point les préjugés
, les paffions , les abus. Il doit imiter
Solon , qui avoit donné aux Athéniens ,
non les meilleures loix en elles-mêmes ,
DECEMBRE
1755. 95
mais les meilleures qu'ils puffent avoir . Le
caractere gai de ces peuples demandoit des
loix plus faciles ; le caractere dur des Lacédémoniens
, des loix plus féveres. Les
loix font un mauvais moyen pour changer
les manieres & les ufages ; c'eft par les récompenfes
& l'exemple qu'il faut tâcher
d'y parvenir. Il eft pourtant vrai en mêmetems
, que les loix d'un peuple , quand on
n'affecte pas d'y choquer groffierement &
directement fes moeurs , doivent influer
infenfiblement fur elles , foit pour les affermir,
foit pour les changer.
Après avoir approfondi de cette maniere
la nature & l'efprit des Loix par rapport
aux différentes efpeces de Pays & de
peuples , l'Auteur revient de nouveau à
confidérer les Etats les uns par rapport aux
autres. D'abord en les comparant entre
eux d'une maniere générale , il n'avoit
pu les envifager que par rapport au mal
qu'ils peuvent fe faire. Ici il les envifage
par rapport aux fecours mutuels
qu'ils peuvent le donner : or ces fecours
font principalement fondés fur le Commerce.
Si l'efprit de Commerce produit
naturellement un efprit d'intérêt oppofé
à la fublimité des vertus morales , il
rend auffi un peuple naturellement jufte ,
& en éloigne l'oifiveté & le brigandage.
96 MERCURE DE FRANCE.
Les Nations libres qui vivent fous des
gouvernemens modérés , doivent s'y livrer
plus que les Nations efclaves. Jamais une
Nation ne doit exclure de fon commerce
une autre Nation , fans de grandes raifons.
Au refte la liberté en ce genre n'eft pas une
faculté abfolue accordée aux Négocians de
faire ce qu'ils veulent ; faculté qui leur
feroit fouvent préjudiciable : elle confifte
à ne gêner les Négocians qu'en faveur du
Commerce. Dans la Monarchie la Nobleffe
ne doit point s'y adonner , encore
moins le Prince . Enfin il eft des Nations
auxquelles le Commerce eft défavantageux
; ce ne font pas celles qui n'ont befoin
de rien , mais celles qui ont besoin de
tout : paradoxe que l'Auteur rend fenfible
par l'exemple de la Pologne , qui manque
de tout , excepté de bled , & qui , par
le commerce qu'elle en fait , prive les
payfans de leur nourriture , pour fatisfaire
au luxe des Seigneurs. M. de Montefquieu ,
à l'occafion des loix que le Commerce
exige , fait l'hiftoire de fes différentes révolutions
; & cette partie de fon livre
n'eft ni la moins intéreffante , ni la moins
curieufe. Il compare l'appauvriffement de
l'Espagne ,, par la découverte de l'Amérique
, au fort de ce Prince imbécille de la
Fable , prêt à mourir de faim , pour avoir
demandé
1
DECEMBRE. 1755 : 97
demandé aux Dieux que tout ce qu'il toucheroit
fe convertit en or. L'ufage de la
monnoie étant une partie confidérable de
l'objet du Commerce , & fon principal
inftrument , il a cru devoir , en conféquence
, traiter des opérations fur la monnoie
, du change , du payement des dettes
publiques , du prêt à intérêt dont il fixe
les loix & les limites , & qu'il ne confond
nullement avec les excès fi juftement condamnés
de l'ufure.
La population & le nombre des habitans
ont avec le Commerce un rapport
immédiat ; & les mariages ayant pour objet
la population , M. de Montefquieu approfondit
ici cette importante matiere. Če
qui favorife le plus la propagation eft la
continence publique ; l'expérience prouve
que les conjonctions illicites y contribuent
peu , & même y nuifent. On a établi avec
juftice , pour les mariages , le confentement
des peres ; cependant on y doit mettre
des reftrictions : car la loi doit en général
favorifer les mariages. La loi qui
défend le mariage des meres avec les fils ,
oft ( indépendamment des préceptes de la
Religion ) une très-bonne loi civilę ; car
fans parler de plufieurs autres raifons , les
contractans étant d'âge très- différent , ces
fortes de mariages peuvent rarement avoir
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
>
la propagation pour objet. La loi qui défend
le mariage du pere avec la fille , eſt
fondée fur les mêmes motifs : cependant
( à ne parler que civilement ) elle n'eft pas
fi indifpenfablement néceffaire que l'autre
à l'objet de la population , puifque la vertu
d'engendrer finit beaucoup plus tard
dans les hommes ; auffi l'ufage contraire
a t'il eu lieu chez certains peuples que la
lumiere du Chriftianifme n'a point éclairés.
Comme la nature porte d'elle -même
au mariage , c'eft un mauvais gouvernement
que celui où on aura befoin d'y encourager.
La liberté , la fûreté , la modération
des impôts , la profcription du luxe,
font les vrais principes & les vrais foutiens
de la population : cependant on peut
avec fuccès faire des loix pour encourager
les mariages , quand , malgré la corruption
, il reste encore des refforts dans
le peuple qui l'attachent à fa patrie. Rien
n'eft plus beau que les loix d'Augufte pour
favorifer la propagation de l'efpece : par
malheur il fit ces loix dans la décadence ,
ou plutôt dans la chute de la République ;
& les citoyens découragés devoient prévoir
qu'ils ne mettroient plus au monde
que
des efclaves : auffi l'exécution de ces
loix fut elle bien foible durant tout le
tems des Empereurs payens. Conftantin
DECEM BRE . 1755. 99
enfin les abolit en fe faifant Chrétien ,
comme fi le Chriftianifme avoit pour but
de dépeupler la fociété , en confeillant à
un petit nombre la perfection du célibat.
L'établiſſement des hôpitaux , felon l'efprit
dans lequel il eft fait , peut nuire à la;
population , ou la favorifer. Il peut & il
doit même y avoir des hôpitaux dans un
Etat dont la plupart des citoyens n'ont que
leur , induftrie pour reffource , parce que
cette induftrie peut quelquefois être malheureuſe
; mais les fecours que ces hôpitaux
donnent , ne doivent être que paffagers
, pour ne point encourager la mendicité
& la fainéantife. Il faut commencer
par rendre le peuple riche , & bâtir enfuite
des hôpitaux pour les befoins imprévus
& preffans . Malheureux les Pays où
la multitude des hôpitaux & des monafteres
, qui ne font que des hôpitaux perpétuels
, fait que tout le monde eft à fon
aife , excepté ceux qui travaillent.
M. de Montefquieu n'a encore parlé
que des loix humaines. Il paffe maintenant
à celles de la Religion , qui dans prefque
tous les Etats font un objet fi effentiel
du gouvernement. Par- tout il fait l'éloge
du Chriftaifine ; il en montre les avantages
& la grandeur ; il cherche à le faire
aimer. Il foutient qu'il n'eft pas impoffi
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ble , comme Bayle l'a prétendu , qu'une
fociété de parfaits Chrétiens forme un
Etat fubfiftant & durable . Mais il s'eft cru
permis auffi d'examiner ce que les différentes
Religions ( humainement parlant )
peuvent avoir de conforme ou de contraire
au génie & à la fituation des peuples
qui les profeffent. C'est dans ce point de
vue qu'il faut lire tout ce qu'il a écrit fur
cette matiere , & qui a été l'objet de tant
de déclamations injuftes. Il eft furprenant
furtout que dans un fiecle qui en appelle
tant d'autres barbares , on lui ait fait un
crime de ce qu'il dit de la tolérance ; comme
fi c'étoit approuver une religion que
de la tolérer comme fi enfin l'Evangile
même ne profcrivoit pas tout autre moyende
le répandre , que la douceur & la perfuafion.
Ceux en qui la fuperftition n'a
pas éteint tout fentiment de compaflion
& de juftice , ne pourront lire , fans être
attendris , la remontrance aux Inquifiteurs,
ce tribunal odieux , qui outrage la Religion
en paroiffant la venger.
Enfin après avoir traité en particulier
des différentes efpeces de loix que les
hommes peuvent avoir , il ne reste plus
qu'à les comparer toutes enfemble , & à
les examiner dans leur rapport avec les
chofes fur lefquelles elles ftatuent. Les
DECEMBRE. 1755. 101
hommes font gouvernés par différentes efpeces
de loix ; par le droit naturel , commun
à chaque individu ; par le droit divin
, qui eft celui de la Religion ; par le
droit eccléfiaftique , qui eft celui de la
police de la Religion ; par le droit civil ,
qui eft celui des membres d'une même
fociété
; par
le droit politique , qui eft celui
du gouvernement de cette fociété ; par
le droit des gens , qui eft celui des fociétés
les unes par rapport aux autres. Ces droits
ont chacun leurs objets diftingués , qu'il
faut bien fe garder de confondre. On
ne doit jamais régler par l'un ce qui appar
tient à l'autre , pour ne point mettre de dé
fordre ni d'injuftice dans les principes qui
gouvernent les hommes . Il faut enfin que
les principes qui prefcrivent le genre des
loix , & qui en circonfcrivent l'objet , regnent
auffi dans la maniere de les compofer.
L'efprit de modération doit , autant qu'il eft
poffible , en dicter toutes les difpofitions.
Des loix bien faites feront conformes à
l'efprit du Législateur , même en paroiffant
s'y oppofer. Telle étoit la fameuſe
loi de Solon , par laquelle tous ceux qui
ne prenoient point de part dans les féditions
, étoient déclarés infâmes . Elle prévenoit
les féditions , ou les rendoit utiles.
en forçant tous les membres de la Répu
1
1
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
blique à s'occuper de fes vrais intérêts .
L'Oftracifime même étoit une très - bonne
loi ; car d'un côté elle étoit honorable au
citoyen qui en étoit l'objet , & prévenoit
de l'autre les effets de l'ambition ; il falloit
d'ailleurs un très - grand nombre de fuffrages,
& on ne pouvoit bannir que tous les
cinq ans. Souvent les loix qui paroiffent les
mêmes, n'ont ni le même motif, ni le même
effet , ni la même équité : la forme du gouvernement
, les conjonctures & le génie du
peuple changent tout . Enfin le ftyle des
loix doit être fimple & grave : elles peuvent
fe difpenfer de motiver , parce que
le motif eft fuppofé exifter dans l'efprit
du Législateur ; mais quand elles motivent
, ce doit être fur des principes évidens
elles ne doivent pas reffembler à
cette loi qui , défendant aux aveugles de
plaider , apporte pour raifon qu'ils ne peuvent
pas voir les ornemens de la Magiftrature
.
M. de Montefquieu , pour montrer par
des exemples l'application de fes principes
, a choifi deux différens peuples , le
plus célébre de la terre , & celui dont
'Hiftoire nous intéreffe le plus , les Romains
& les François. Il ne s'attache qu'a
une partie de la Jurifprudence du premier;
celle qui regarde les fucceffions . A l'égard
DECEMBRE. 1755. 103
turs ,
des François , il entre dans le plus grand
détail fur l'origine & les révolutions de
leurs loix civiles , & fur les différens
ufages abolis ou fubfiftans , qui en ont été
la fuite il s'étend principalement fur les
loix féodales , cette efpece de gouvernement
inconnu à toute l'antiquité , qui le
fera peut- être pour toujours aux fiecles fur-
& qui a fait tant de biens & tant
de maux. Il difcute fur-tout ces loix dans
le rapport qu'elles ont à l'établiffement &
aux révolutions de la Monarchie Françoife
; il prouve , contre M. l'Abbé du
Bos , que les Francs font réellement entrés
en conquérans dans les Gaules , &
qu'il n'eft pas vrai , comme cet Auteur le
prétend , qu'ils ayent été appellés par les
peuples pour fuccéder aux droits des Empereurs
Romains qui les opprimoient :
détail profond , exact & curieux , mais
dans lequel il nous eft impoffible de le
fuivre , & dont les points principaux fe
trouveront d'ailleurs répandus dans différens
endroits de ce Dictionnaire , aux articles
qui s'y rapportent.
Telle eft l'analyfe générale , mais trèsinforme
& très-imparfaite , de l'ouvrage
de M. de Montefquieu : nous l'avons féparée
du refte de fon éloge , pour ne pas
trop interrompre la fuite de notre récit.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
M. Dalembert nous permettra de combattre
ici fa modeftie . Nous ofons dire , d'après
la voix publique , que cette analyſe
eft un modele, qu'elle met l'Efprit des Loix
dans tout fon jour , & qu'il n'eft pas poffible
d'en faire une meilleure . Heureux
le texte , quelque mérite qu'il ait en foi ,
qui eft ainfi commenté !
Fermer
Résumé : Analyse de l'Esprit des Loix, contenue dans la note qui accompagne l'Eloge de M. de Montesquieu par M. d'Alembert. Nous l'avions annoncée pour le premier Mercure de ce mois, & nous acquittons notre parole.
Le texte présente une analyse de l'œuvre 'De l'esprit des lois' de Montesquieu, souvent mal comprise par les critiques. L'auteur de l'analyse se propose d'explorer le plan, le caractère et l'objet de l'ouvrage, en se concentrant sur les pensées et travaux de Montesquieu, ce qui est pertinent dans le contexte de l'Encyclopédie. L'analyse examine les concepts d'état de nature et de société, où les hommes, initialement régis par le droit du plus fort, établissent des sociétés pour créer un équilibre moral. Cet équilibre est rare et durable, et les hommes cherchent souvent à jouir des avantages de la société sans en porter les charges, ce qui les met en état de guerre. Le texte distingue trois types de gouvernements : républicain, monarchique et despotique. Dans le gouvernement républicain, le peuple détient la souveraineté ; dans le monarchique, un seul gouvernant règne selon des lois fondamentales ; dans le despotique, la loi est la volonté du maître. Ces formes de gouvernement peuvent se combiner ou se nuancer. Les lois doivent être adaptées à la nature et au principe de chaque gouvernement. Par exemple, dans une démocratie, le peuple est à la fois monarque et sujet, élisant et jugeant ses magistrats. Dans une monarchie, il existe des pouvoirs intermédiaires entre le monarque et le peuple. Dans un despotisme, le tyran exerce son autorité seul ou par un représentant. Les principes des gouvernements sont l'amour de la République pour la démocratie, l'honneur pour la monarchie, et la crainte pour le despotisme. L'éducation doit également être adaptée à ces principes. Les lois doivent être conformes au principe de chaque gouvernement, et les peines doivent être proportionnées aux crimes, avec une préférence pour les peines douces dans les démocraties. Le texte examine ensuite les rapports entre les gouvernements, soulignant que les républiques doivent s'allier entre elles pour se défendre, tandis que les monarchies doivent avoir des frontières sûres. Le droit de conquête est légitime mais doit être utilisé pour améliorer la condition des peuples conquis. Enfin, l'analyse aborde la liberté politique, définie comme le pouvoir de faire ce que les lois permettent. Cette liberté dépend de la distribution légitime et de la répartition convenable des pouvoirs législatif et exécutif dans chaque État. Montesquieu examine les constitutions de la République romaine et de l'Angleterre, soulignant que l'excès de liberté ou de servitude a des inconvénients et que la nature humaine s'accommode mieux d'un état moyen. Les crimes doivent être punis de manière proportionnée à leur gravité. Les impôts doivent être proportionnés à la liberté, et dans les démocraties, ils peuvent être plus élevés sans être onéreux. Une quantité excessive de troupes en temps de paix est un moyen d'énerver l'État et d'instaurer la servitude. Le texte aborde également les circonstances particulières qui modifient les lois, telles que le climat et le terrain. L'esclavage civil est jugé contraire à la loi naturelle et peut être toléré uniquement dans les États despotiques ou dans les climats chauds. Montesquieu traite des lois relatives à la nature du terrain et au génie particulier de la nation, soulignant que la démocratie convient mieux aux pays stériles où la terre nécessite toute l'industrie des hommes. Le texte discute également des lois concernant le mariage et la population, ainsi que des principes de gouvernement et des lois religieuses. Les lois contre les mariages incestueux sont fondées sur des motifs naturels, bien que leur nécessité puisse varier selon les cultures. La propagation de l'espèce est favorisée par la liberté, la sécurité, la modération des impôts et la prohibition du luxe. Montesquieu examine les lois humaines et religieuses, soulignant les avantages du christianisme tout en discutant de la tolérance religieuse. Il compare différentes espèces de lois, insistant sur l'importance de ne pas les confondre. Les lois doivent être simples, graves et motivées par des principes évidents.
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7558
p. 104-107
« ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua [...] »
Début :
ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua [...]
Mots clefs :
Montesquieu, Coeur, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua [...] »
ELOGE funebre de M. le Préfident de
Montefquieu. Monumenta doloris exigua
ingentis. Virg. Æneid. lib. 9. 1755. M. le
Febvre de Beauvrai en eft l'Auteur. Nous
allons extraire ici deux ou trois endroits
de ce petit poëme, qui mettront le Lecteur
à portée de juger de fon mérite . Nous
commencerons par le début qui nous a
paru annoncer très - bien fon héros.
OFrance, prends le deuil ! il n'eſt plus ce grand
homme
,
Par qui tu furpaffois Athenes , Londre & Rome
Cet Oracle du gout & de la vérité ,
Ce pere , cet ami de la focieté ;
Ce héros , citoyen , ce refpectacle Sage ,
Qui feul peut-être a fçu , par un rare affemblage .
Four inftruire à la fois , & charmer l'univers ,
Joindre à mille vertus mille talens divers !
Il n'eft plus ! mais le fort qui termina ſa vie ,
Au moins , en defarmant l'impitoyable envie ,
DECEMBRE. 1755. -105
Permet à ton amour , pour calmer tes douleurs ,
D'honorer fon tombeau , de le joncher de fleurs ;
Et dans le juste accès du zele qui t'enflamme ,
D'ofer enfin tout haut célébrer fa grande ame.
Voici un portrait des François digne
d'être cité .
Loin des antres du Nord , féjour des noirs.
frimats ,
Loin d'arides déferts & de brulans climats ,
Au fein d'une contrée , où regne l'abondance ,
Sous le ciel le plus doux habite un peuple im
menſe ,
Capricieux , fenfé , vif à la fois & lent ,
Son caractere eft prompt , mo teré , pétalant.
Sémillant , enjoué , tendre , aimable & volage ,
C'eft l'enfant de l'amour, c'est la brillante image
Réfléchi , diffipé , folide , inconféquent ,
Il penfe par inftinet , & par accès il fent.
Fier à la fois & doux , prévenant , intraitable ,
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable . ,
Propre à tous les talens , & né pour tous les arts,
Prudent & courageux , bravant tous les hazards
Avide de plaifirs , de gloire & de fatigues ,
Il cherche le repos , la guerre & les intrigues ,
Des fortes paffions n'éprouvant point l'accès ,
Des vices , des vertus , il ignore l'excès.
Trop altier pour defcendre à d'indignes baffefles ;
p'a que des défauts , ou plutôt des foibleffes.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Effentiel , frivole , & plein d'humanité,
La nature le fit pour la focieté.
Le voilà cependant ce peuple refpectable ,
Que l'étranger décrie , & nous peint fi coupable.
Ufbek , qui ne fongeoit qu'à le rendre meilleur ,
Sçut mieux apprécier fon efprit & fon coeur.
Dans cette peinture que nous trouvons
auffi jufte qu'ingénieufe dans tous fes
contraftes , il s'offre un trait ou un vers
qui nous femble d'une vérité moins exacte
: c'eft celui- ci :
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable.
Nous croyons que les fentimens du
François ne varient pas moins que fes idées .
Montagne , Auteur charmant , honneur de ta
patrie ,
Accours de l'Elysée en ces terreftres lieux :
Viens voir , à la faveur d'un mafque ingénieux ,
Egayant , comme toi , fa morale profonde ,
L'un de tes defcendans , fage au ſein du grand
monde ,
Du François qu'il amufe , & peint de fes couleurs,
Honnir le ridicule , & corriger les moeurs.
Je fuis encore fâché que ces derniers
vers , par lefquels je finirai , & qui font
d'un ton noble , foient , pour ainfi dire ,
tachés par cette expreffion baffe bannir le
ridicule. Il ne faut qu'un mot ignoble
?
DECEMBRE. 1755. 107
pour gâter la plus belle tirade.
Montefquieu. Monumenta doloris exigua
ingentis. Virg. Æneid. lib. 9. 1755. M. le
Febvre de Beauvrai en eft l'Auteur. Nous
allons extraire ici deux ou trois endroits
de ce petit poëme, qui mettront le Lecteur
à portée de juger de fon mérite . Nous
commencerons par le début qui nous a
paru annoncer très - bien fon héros.
OFrance, prends le deuil ! il n'eſt plus ce grand
homme
,
Par qui tu furpaffois Athenes , Londre & Rome
Cet Oracle du gout & de la vérité ,
Ce pere , cet ami de la focieté ;
Ce héros , citoyen , ce refpectacle Sage ,
Qui feul peut-être a fçu , par un rare affemblage .
Four inftruire à la fois , & charmer l'univers ,
Joindre à mille vertus mille talens divers !
Il n'eft plus ! mais le fort qui termina ſa vie ,
Au moins , en defarmant l'impitoyable envie ,
DECEMBRE. 1755. -105
Permet à ton amour , pour calmer tes douleurs ,
D'honorer fon tombeau , de le joncher de fleurs ;
Et dans le juste accès du zele qui t'enflamme ,
D'ofer enfin tout haut célébrer fa grande ame.
Voici un portrait des François digne
d'être cité .
Loin des antres du Nord , féjour des noirs.
frimats ,
Loin d'arides déferts & de brulans climats ,
Au fein d'une contrée , où regne l'abondance ,
Sous le ciel le plus doux habite un peuple im
menſe ,
Capricieux , fenfé , vif à la fois & lent ,
Son caractere eft prompt , mo teré , pétalant.
Sémillant , enjoué , tendre , aimable & volage ,
C'eft l'enfant de l'amour, c'est la brillante image
Réfléchi , diffipé , folide , inconféquent ,
Il penfe par inftinet , & par accès il fent.
Fier à la fois & doux , prévenant , intraitable ,
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable . ,
Propre à tous les talens , & né pour tous les arts,
Prudent & courageux , bravant tous les hazards
Avide de plaifirs , de gloire & de fatigues ,
Il cherche le repos , la guerre & les intrigues ,
Des fortes paffions n'éprouvant point l'accès ,
Des vices , des vertus , il ignore l'excès.
Trop altier pour defcendre à d'indignes baffefles ;
p'a que des défauts , ou plutôt des foibleffes.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Effentiel , frivole , & plein d'humanité,
La nature le fit pour la focieté.
Le voilà cependant ce peuple refpectable ,
Que l'étranger décrie , & nous peint fi coupable.
Ufbek , qui ne fongeoit qu'à le rendre meilleur ,
Sçut mieux apprécier fon efprit & fon coeur.
Dans cette peinture que nous trouvons
auffi jufte qu'ingénieufe dans tous fes
contraftes , il s'offre un trait ou un vers
qui nous femble d'une vérité moins exacte
: c'eft celui- ci :
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable.
Nous croyons que les fentimens du
François ne varient pas moins que fes idées .
Montagne , Auteur charmant , honneur de ta
patrie ,
Accours de l'Elysée en ces terreftres lieux :
Viens voir , à la faveur d'un mafque ingénieux ,
Egayant , comme toi , fa morale profonde ,
L'un de tes defcendans , fage au ſein du grand
monde ,
Du François qu'il amufe , & peint de fes couleurs,
Honnir le ridicule , & corriger les moeurs.
Je fuis encore fâché que ces derniers
vers , par lefquels je finirai , & qui font
d'un ton noble , foient , pour ainfi dire ,
tachés par cette expreffion baffe bannir le
ridicule. Il ne faut qu'un mot ignoble
?
DECEMBRE. 1755. 107
pour gâter la plus belle tirade.
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Résumé : « ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua [...] »
Le texte est un éloge funèbre de Montesquieu, écrit par M. le Febvre de Beauvrai en 1755. L'auteur extrait des passages du poème pour en juger le mérite. Montesquieu est décrit comme un grand homme surpassant Athènes, Londres et Rome, un oracle du goût et de la vérité, un père et un ami de la société, un héros sage et un exemple pour l'univers. Le poème invite la France à honorer sa mémoire et à célébrer sa grande âme. Le texte présente également un portrait des Français, les décrivant comme capricieux, sensibles, vifs et lents, enjoués, tendres, aimables et volages. Ils sont réfléchis, dissipés, solides, inconstants, fiers, doux, prévenants et intraitables. Leur esprit est changeant, mais leur cœur est invariable. Ils sont propres à tous les talents et nés pour tous les arts, prudents et courageux, avides de plaisirs, de gloire et de fatigues. Ils cherchent le repos, la guerre et les intrigues, sans éprouver les accès des fortes passions. Ils ont des défauts ou des faiblesses, sont essentiels, frivoles et pleins d'humanité, faits pour la société. L'auteur critique un trait du portrait, estimant que les sentiments des Français varient autant que leurs idées. Il invite Montesquieu à voir un de ses descendants, sage et amusant, qui honnit le ridicule et corrige les mœurs. Le texte se termine par une critique de l'expression 'bannir le ridicule', jugée ignoble et gâchant une belle tirade.
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7559
p. 107-121
« Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Début :
Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...]
Mots clefs :
Collection, Nature, Vérité, Docteur, Académies, Médecine, Découvertes, Philosophie, Physique, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Nous avons annoncé au mois de Septembre
la nouvelle Collection académique ,
c. avec promeffe d'en parler plus expreffément
une autre fois . Nous allons la
remplir . La feule infpection de fon titre a
dû déja faire connoître l'étendue du projet
de l'Editeur.
Cet ouvrage eft précédé d'un beau difcours
préliminaire qui préfente des vues
très- philofophiques . Elles font juger avantageufement
du mérite de M. Gueneau
qui en eft l'Auteur. Comme il fent vivement
l'importance des vérités phyfiques
que cette collection a pour objet , il s'exprime
de même. Les matieres les plus abftraites
deviennent intéreffantes fous une
main auffi habile que la fienne . Il joint à
la profondeur du raifonnement l'éloquence
du ftyle ; deux qualités d'autant plus
dignes d'éloges , qu'elles ne vont pas toujours
enfemble.
On n'entend pas ici cette éloquence qui
cherche à furprendre par de fauffes lueurs ,
& qui fait difparoître la vérité fous des
ornemens qui lui font étrangers. Toat
homme qui penfe en philofophe , eft bien
éloigné de l'employer à un pareil ufage.
Ce feroit prendre l'abus de l'éloquence
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour l'eloquence elle- même , qui a pour
bale la folidité du jugement . On entend
donc par là cette énergie d'expreffion qui
communique ,, pour ainfi dire , la vie aux
idées dont elle rend la force plus fenfible ,
en leur prêtant un nouvel éclat . M. Gueneau
débute par des réflexions générales fur
la marche de l'efprit humain dans le développement
des connoillances qui appartiennent
à l'étude de la nature Il en marque
les progrès , & failit avec art tous
les rapports qui en dépendent. Il infifte
particulierement fur la néceffité de l'obfervation
, dont il analyſe les principes . It
approfondit la méthode qui doit fervir de
guide aux Obfervateurs dans leurs recherches
,pour
arriver à la certitude phyfique.
»Le premier objet ( dit- il ) qui fe préten-
» te à obferver , celui qu'il nous importe le
» plus de bien connoître , c'eft nous- mêmes.
Cette efpece d'obfervation inté-
» rieure doit précéder toute autre obfer-
» vation , & peut feule nous rendre capables
de juger fainement des êtres qui
» font hors de nous En effet nous ne connoiffons
point immédiatement ces êtres ;
nous ne pourrons jamais pénétrer leur
nature intime , & leur effence réelle ; les
idées que nous en avons , fe terminent
à leur furface , & même à parler rigouDECEMBRE
. 1755. 109
"
reuſement , nous n'appercevons point
» ces furfaces , mais feulement les impref-
»fions qu'elles font fur nos organes . Tou-
» tes ces vérités font certaines pour quiconque
fçait réfléchir ; & s'il eft abfurde à
» l'Egoifte d'en conclure qu'il exifte ſeul ;
»de suppofer que ce qu'on appelle les ob-
» jets extérieurs , ne font autre choſe que
»fes différentes manieres de voir , & n'ont
» aucune réalité hors de lui ; de fe perfua-
» der que les limites de fon être font celles
» de la nature ; & de vouloir ainfi réduire
» l'univers aux dime fons d'un atome ,
» il eft raisonnable aufli d'avouer que la
» maniere dont nous connoiffons notre
» exiftence , eft très- différente de celle
» dont nous connoiffons toute autre exif-
"tence : la premiere eft une confcience
intime , un fentiment profond ; la fe-
» conde eft une conféquence déduite de
» cette vérité premiere : la certitude eft
égale des deux côtés ; mais la preuve
» n'eft pas la même. Dans le premier cas ,
» ceft une lumiere directe immédiate-
»ment préfente à notre ame ; dans le fe-
»' cond , c'est une lumiere réfléchie par des
objets extérieurs , & modifiée par nos
» fens. Car nos fens font la feule voye
≫ par laquelle nous puiffions communi-
" quer avec la nature ; c'eft un milieu
110 MERCURE DE FRANCE.
22
interpofé entre notre ame & le monde
» phyfique'; milieu à travers lequel paf-
» fent néceffairement les images des cho-
» fes , ou plutôt les ombres projettées fur
» notre fens intérieur. Il faut donc avant
" tout travailler à épurer ce milieu , & à
» écarter tout ce qui pourroit alterer ces
images primitives , & les teindre de
couleurs étrangeres ; ou du moins il faut
» fe mettre en état de reconnoître , & même
de rectifier les altérations qu'elles
» fubiffent à leur paffage. »
"
"3
D
Ce que nous venons de rapporter du
Difcours de M. Gueneau , montre qu'il
employe heureufement les notions métaphyfiques
dans la définition des chofes
dont il traite , & fuffit en même-temps ,
pour donner une idée de fa maniere d'écrire
, analogue à fa façon de penfer. Nous
ajouterons un autre morceau qui nous paroît
frappé au même coin. Il s'agit de repréfenter
les effets que le préjugé a coututume
de produire , & les funeftes fuites
qu'il entraîne après lui : Voici comme s'explique
l'Auteur. » Le préjugé eft le plus
grand ennemi de la vérité , & par con-
» féquent de l'homme , puifque l'hom-
» me ne peut fe rendre heureux que par
« la connoiffance de la vérité. Cet enne-
» mi nous obféde dès notre naiffance ,
DECEMBRE. 1755. Τ
ou plutôt il femble être né avec nous :
» à peine notrepaupiere commence à s'ou-
» vrir , qu'il nous enveloppe de fes om-
» bres : fon murmure confus eft le pre-
» mier bruit qui frappe nos oreilles ; &
» nos premiers regards font fouillés par
l'erreur. A mefure que nos facultés fe
développent , le préjugé fe les affujetir ,
& fe fortifie avec elles : non- feulement
» il falfifie le témoignage de nos lens ,
» il obfurcit encore les foibles lueurs de
» notre raifon. L'éducation , l'exemples,
23
toute communication avec les autres
» hommes , lui fervent fouvent de moyen
» pour accroître & perpétuer fa contagion
: quelquefois il fe fait la guerre à
» lui-même , pour triompher de nous plus
furement ; il n'eft point de formes qu'il
» ne prenne pour nous fubjuguer , ou pour
» nous féduire , & jamais il n'eft plus ter-
» rible , que lorfqu'il fe produit fous des
» dehors refpectés. Cependant il nuit en
» core moins à la vérité par les menfonges
qu'il accrédite , que par le vice qu'il
» introduit dans la méthode de raifonner.»
M. Gueneau propofe enfuite le reméde
qu'il faut appliquer au mal , & il qualifie
ce reméde de donte méthodique. » C'est
( continue- t'il ) cette ignorance de convention,
par laquelle un Philofophe s'é-
و د
"""
112 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
» leve au - deffus de fes opinions , que le
vulgaire appelle fes connoillances , afin
» de les juger toutes avec une fermeté
» éclairée , d'affigner à chacune fon dégré
précis de probabilité , de rejetter
» toutes celles qui ne font point fondées ,
» & de s'attacher inviolablement à la vé-
» rité mieux connue. Ce doute eft appellé
» méthodique , parce qu'il fuppofe une
méthode fure de diftinguer l'obfcur de
» l'évident , le faux du vrai , & même le
» vrai du vaiſemblable. Il ne fufpend no-
» tre jugement , que lorfque la lumiere
» vient à nous manquer : il differe effen-
» tiellement du Pyrrhonifme , qui n'eſt
» autre chofe que le défefpoir d'un efprit
» foible , qui a fçu fe defabufer de fes pré-
» jugés , mais qui n'ayant pas le courage
» de chercher la vérité , fait de vains ef-
» forts pour l'anéantir. Le doute philofophique
eft aucontraire le premier effort
» d'une ame généreufe , qui veut fecouer
» le joug de l'erreur : c'eft le premier pas
» qu'il faut faire pour arriver à la cer-
» titude , & il n'est pas moins oppofé à
l'aveugle indécifion du Pyrrhonien , qu'à
» l'aveugle témérité du Dogmatique . C'eft
» moins un doute réel , qu'un examen
» après coup , par lequel la raifon rentre
» dans fes droits , & ſe prépare à la vérité ,
"
و ر
DECEMBRE . 1755. 113
en fe dégageant des entraves de l'opi-
» nion. "
Il ne faudroit pas moins que copier le
Difcours d'un bout à l'autre , pour mettre
à portée de juger de la jufteffe des remarques
de M. Gueneau , & en même- temps
faire appercevoir l'enchaînement de fes
idées , avec leur dépendance mutuelle .
C'est pourquoi nous ne pouvons trop
en recommander la lecture , qui fervira à
confirmer la bonne opinion que nous
avons conçue du travail de l'Auteur. L'é
poque de la révolution que la Philofophie
a éprouvée dans ces derniers fiécles , fixe
toute fon attention . Elle doit fe rapporter
à la naiffance de ces Grands hommes , qui
ont diffipé les ténébres que la Scholaftique
avoit répandues fur les Sciences . On
voit ici paroître tour à tour le Chancelier
Bacon , Galilée , Defcartes , Mallebranche ,
Leibnitz & Newton , qu'il fuffit de nommer
pour faire leur éloge. M. Gueneau
puife dans le vrai les traits que fa plume
lui fournit , pour caracteriſer là trempe
de leur efprit. L'équité dirige par - tout les
jugemens , lorfqu'il eft queftion d'apprécier
le mérite de leurs découvertes . Il
procéde à l'examen des hypotèfes qu'il
fçait réduite à leur jufte valeur . Descartes
ne trouve dans l'Auteur qu'un Cenfeur
114 MERCURE DE FRANCE.
éclairé qui témoigne fon eftimne pour lui ,
dans le temps même qu'il appuye le plus
fortement fur les erreurs qui font parti
culieres à ce Philofophe. Elles apprennent
à fe tenir en garde contre les écarts de l'imagination
, à laquelle Defcartes femble
avoir donné trop d'effor dans la maniere
d'établir fon fyftême Phyfique . Il y a
moyen de les rectifier par les propres principes
de fa Méthode qui a tracé la route
qui conduit à la vérité. L'Auteur reconnoît
avec plaifir les obligations infinies
que l'on a à ce grand homme , dont le
génie vafte & profond embraffoit les ob
jets les plus fublimes , comme il eſt aiſé
de s'en convaincre par fes Méditations .
S'il n'a pas toujours réuffi dans l'explication
des loix de la nature , ce n'eſt pas
une raifon pour lui refufer un talent fu
périeur , & encore moins pour le traiter
avec mépris. C'est ce que font pourtant
certains Modernes , dont une prévention
outrée régle tous les fentimens . Sa réputation
ne fera pas moins en fureté , pour
être uniquement attaquée par des gens que
les préjugés fubjuguent .
.. On ne fera fans doute pas fâché de fçavoir
comment M. Gueneau a faifi le caractere
de la Philofophie du célébre Anglois
, de qui les opinions font à préſent
DECEMBRE. 1755. IT'S
dominantes . Voici ce qu'il dit à ce fujet .
» Enfin Newton parut , étonna l'Univers ,
» & l'éclaira d'un nouveau jour : il pur-
» gea la Philofophie de tout ce que le Car-
» téfianiſme y avoit laiffé ou mis d'erreur
» & d'incertitude : il ia ramena de la fpé-
» culation des caufes poffibles à l'obfer-
» vation des effets récis : il penfa que fi
» l'on connoiffoit bien l'enchaînement &
la loi de tous les phénomenes , on con-
» noîtroit affez la nature : il regarda les
» hypothèſes commes ces nuages voltigeans
, qu'amene un tourbillon qu'un
» fouffle diffipe , & qui interceptent la
»lumiere, ou qui l'alterent en la réfléchiffant.
Ces principes joints à de grandes
a vues , à une fagacité prodigieufe , & à
» un travail infatigable , le conduifirent à
» des découvertes également hautes & fo-
» lides .
M. Gueneau entre enfuite dans le dérail
du plan fur lequel la Collellion Académique
a été exécutée , & nous inftruit du
but que l'on s'y eft propofé . Cet Ouvrage
porte de lui -même fa recommandation
fans qu'il foit befoin de s'étendre fur les
avantages inconteftables qui lui font propres.
C'est une tâche que l'Editeur a
très -bien remplie . Il fait honneur de la
premiere idée de cette Collection , à feu M.
T16 MERCURE DE FRANCE.
Berryat , Docteur en Médecine , & Correfpondant
de l'Académie Royale des
Sciences de Paris . Il ne doute pas que ce
projet n'eût reçu fous les mains de cet habile
homme toute l'étendue & toute la
perfection qu'il comportoit , fi fa mort
n'eût mis un obftacle invincible à l'éxécution
de fes vues fur cet article. M. Gueneau
s'eft donc à fon défaut chargé de l'entrepriſe
, dont l'importance a engagé plufieurs
Gens de Lettres à s'affocier à fes
travaux , pour concourir avec lui par leurs
foins , à la publication de ce vafte Recueil.
11 obferve que le nombre des Académies
qui fe multiplient tous les jours
rend cette Collection abfolument néceffaire
: elle offre tout ce que les compilations
peuvent avoir d'avantageux , & eft
exempte des défauts qui leur font ordinaires
. Nous ofons dire de plus que le
difcernement qu'on remarque dans le
choix des fujets qui conftituent ce Recueil,
la rend très- estimable . Son objet eft de renfermer
les obfervations & les découvertes
faites depuis le renouvellement de la Philofophie
, par les plus fameux Phyficiens
de l'Europe , fur l'Histoire Naturelle & la
Botanique , la Phyſique expérimentale & la
Chimie , la Médecine & l'Anatomie. Les
Mémoires des Académies célébres , & les
,
DECEMBRE. 1755. 117
bons Ouvrages périodiques de France ,
d'Angleterre, d'Italie & d'Allemagne , doivent
fournir les materiaux de cette Collection.
On fe propofe de raffembler avec
foin en moins de quarante Volumes , tous
les faits relatifs à ces trois parties de la
Philofopie naturelle ; ce qui épargnera la
peine de les chercher dans plus de huit
cens Volumes originaux écrits en différentes
langues , où ils font répandus. On
s'eft attaché dans leur arrangement à l'ordre
des temps , parce qu'il eft le plus propre
l'inftruction des Lecteurs. Il n'y a qu'une
circonftance où l'on a cru devoir s'en écar
ter ; c'eft lorfqu'il a fallu rapprocher cer
tains faits , qui n'empruntent leur évidence
que de leur réunion. On aura dans cette
Collection , une fuite d'expériences &
d'obfervations comme enchaînées les unes'
aux autres : les voies de la comparaifon
qu'elle facilitera , rendront par ce moyen
leur utilité plus fenfible. Elle a d'autant
plus de droit de s'attendre à un accueil favorable
de la part des perfonnes qui s'oc
cupent de l'étude de la nature ; que le fuccès
des diverfes piéces qu'elle met fous
leurs yeux , eft confirmé depuis long temps
par le fceau de l'approbation publique.
Il ne paroît encore que trois Volumes ; on
en promet un quatrième pour Pâques 1756,
1S MERCURE DE FRANCE.
& on s'engage à donner les autres fucceffivement
de fix mois en fix mois . Nous
allons expofer un précis des matieres qu'ils .
contiennent , felon la divifion qui leur appartient.
C'est tout ce que nous pouvons faire pour
un Ouvrage , qui par fa nature n'eſt guete
fufceptible d'extrait. Les trois parties
différentes qui entrent dans fa compofition
, peuvent-être détachées ; de forte.
qu'il fera facile d'en former trois fuites
féparées , dont chacune fera complete en:
fon genre. En ce cas , ceux qui voudront
fe borner à l'acquifition de l'une des trois ,
auront la liberté de fe fatifaire . Cependant
nous croyons que toutes les trois préfentent
des chofes capables d'intereffer la
curiofité des Sçavans , & de les déterminer
par conféquent à acquérir la Collection
entiere. Le premier Volume comprend ,
outre le Difcours préliminaire dont nous
avons déja parlé , tout ce que l'Académie
del Cimento de Florence a mis au jour fous
le titre d'Effais d'Expériences Phyfiques, avec
les additions du Docteur Muffchenbroek ,
qui font en notes, Elles roulent fur les obfervations
poftérieures , comparées avec
celles des Phyficiens de Florence , & traitent
de quantité de découvertes du Docteur
Muffchenbroek lui-même , fur toutes forDECEMBRE.
1755 119
es de matieres ; mais particulierement fur
la formation de la glace , fur l'expanfion
des folides caufés par l'action de la chaleur
, fur l'effervefcence réfultant des différens
mélanges , &c. Le nouvel Editeur
a joint un extrait des vingt premieres années
du Journal des Sçavans , où l'on a réuni
toutes les piéces de ce Journal , qui ont
rapport à l'objet de la Collection Académique.
Le fecond Volume contient les quatorze
premieres années des Tranfactions Philo-
Sophiques de la Société Royale de Londres ,
& la Collection Philofophique publiée par le
Docteur Hook , pour remplir une lacune
de près de cinq années , qui fe trouve dans
la fuite des Tranfallions , depuis 1678 .
jufqu'en 1683 .
La premiere Décurie des Ephémérides
de l'Académie des Curieux de la Nature
Allemagne , & la moitié de la feconde
Décurie , qui va jufqu'en 1686. font la:
matiere du troifiéme Volume,
Il eft jufte que nous fallions connoître
les noms des Gens de Lettres à qui le Public
eft redevable de la traduction des
piéces qui compofent les Recueils Originaux
, d'où ont été tirés ces premiers Volumes
de la Collection Académique .
On ne les fçauroit trop louer d'avoir tra120
MERCURE DE FRANCE.
vaillé à tranſmettre dans notre Langue , les
grandes découvertes qu'elles renferment.
Le Traducteur des Effais de l'Académie
del Cimento , a voulu garder l'Anonyme ,
& cela par des motifs qu'on ne fpécifie
point. On nous apprend que M. Lavirotte,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal , & l'un des
Auteurs du Journal des Sçavans , a pris
fur lui le foin de revoir la traduction de ce
Morceau .
Ce qui paroît des Tranfactions Philofophiques
, a été traduit par M. Roux , Docteur
en Médecine , par M. Larcher , par
M. le Chevalier de Buffon , & par M.
Daubenton , frere aîné de l'Académicien
du même nom, & l'un des Auteurs de
l'Encyclopedie.
Les articles qui concernent l'Agriculture
, ont été confiés à M. Daubenton ; &
il étoit mal aifé de choisir quelqu'un qui
fût plus en état que lui de fe bien acquitter
de cette partie qu'il poffede à fonds .
Les Ephém rides d'Allemagne ont été
traduites par M. Nadaut , Avocat Général
Honoraire de la Chambre des Comptes de
Dijon , & Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & par M.
Daubenton le jeune, proche parent de ceux
du même nom , que nous venons de citer.
M.
DECEMBRE . 1755. 121
M. Barberet , Docteur en Médecine à Dijon
, a dreffé les Tables Alphabétiques rai .
Jonnées , qui font à la fin de chaque Volume.
Il eſt aifé de fentir les avantages
attachés à cette Collection , par ce détail
qui indique le fonds de l'Ouvrage. Nous
ajouterons qu'elle eft enrichie de plus de
150 figures , fur près de So planches en
taille- douce. Il faut dire à la louange des
Libraires affociés , qu'il n'ont rien épargné
de tout ce qui dépend de l'Art Typogra
phique , dont l'exécution répond parfaitement
à la beauté de l'entreprife .
Nous n'appuierons pas davantage fur
les éloges que méritent les vues de l'Editeur
, & les travaux de fes collegues . Ce
font autant de moyens qui concourent à
rendre la nouvelle Collection infiniment
précieufe aux connoiffeurs , & à leur faire
défirer avec empreffement les volumes fuivans.
la nouvelle Collection académique ,
c. avec promeffe d'en parler plus expreffément
une autre fois . Nous allons la
remplir . La feule infpection de fon titre a
dû déja faire connoître l'étendue du projet
de l'Editeur.
Cet ouvrage eft précédé d'un beau difcours
préliminaire qui préfente des vues
très- philofophiques . Elles font juger avantageufement
du mérite de M. Gueneau
qui en eft l'Auteur. Comme il fent vivement
l'importance des vérités phyfiques
que cette collection a pour objet , il s'exprime
de même. Les matieres les plus abftraites
deviennent intéreffantes fous une
main auffi habile que la fienne . Il joint à
la profondeur du raifonnement l'éloquence
du ftyle ; deux qualités d'autant plus
dignes d'éloges , qu'elles ne vont pas toujours
enfemble.
On n'entend pas ici cette éloquence qui
cherche à furprendre par de fauffes lueurs ,
& qui fait difparoître la vérité fous des
ornemens qui lui font étrangers. Toat
homme qui penfe en philofophe , eft bien
éloigné de l'employer à un pareil ufage.
Ce feroit prendre l'abus de l'éloquence
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour l'eloquence elle- même , qui a pour
bale la folidité du jugement . On entend
donc par là cette énergie d'expreffion qui
communique ,, pour ainfi dire , la vie aux
idées dont elle rend la force plus fenfible ,
en leur prêtant un nouvel éclat . M. Gueneau
débute par des réflexions générales fur
la marche de l'efprit humain dans le développement
des connoillances qui appartiennent
à l'étude de la nature Il en marque
les progrès , & failit avec art tous
les rapports qui en dépendent. Il infifte
particulierement fur la néceffité de l'obfervation
, dont il analyſe les principes . It
approfondit la méthode qui doit fervir de
guide aux Obfervateurs dans leurs recherches
,pour
arriver à la certitude phyfique.
»Le premier objet ( dit- il ) qui fe préten-
» te à obferver , celui qu'il nous importe le
» plus de bien connoître , c'eft nous- mêmes.
Cette efpece d'obfervation inté-
» rieure doit précéder toute autre obfer-
» vation , & peut feule nous rendre capables
de juger fainement des êtres qui
» font hors de nous En effet nous ne connoiffons
point immédiatement ces êtres ;
nous ne pourrons jamais pénétrer leur
nature intime , & leur effence réelle ; les
idées que nous en avons , fe terminent
à leur furface , & même à parler rigouDECEMBRE
. 1755. 109
"
reuſement , nous n'appercevons point
» ces furfaces , mais feulement les impref-
»fions qu'elles font fur nos organes . Tou-
» tes ces vérités font certaines pour quiconque
fçait réfléchir ; & s'il eft abfurde à
» l'Egoifte d'en conclure qu'il exifte ſeul ;
»de suppofer que ce qu'on appelle les ob-
» jets extérieurs , ne font autre choſe que
»fes différentes manieres de voir , & n'ont
» aucune réalité hors de lui ; de fe perfua-
» der que les limites de fon être font celles
» de la nature ; & de vouloir ainfi réduire
» l'univers aux dime fons d'un atome ,
» il eft raisonnable aufli d'avouer que la
» maniere dont nous connoiffons notre
» exiftence , eft très- différente de celle
» dont nous connoiffons toute autre exif-
"tence : la premiere eft une confcience
intime , un fentiment profond ; la fe-
» conde eft une conféquence déduite de
» cette vérité premiere : la certitude eft
égale des deux côtés ; mais la preuve
» n'eft pas la même. Dans le premier cas ,
» ceft une lumiere directe immédiate-
»ment préfente à notre ame ; dans le fe-
»' cond , c'est une lumiere réfléchie par des
objets extérieurs , & modifiée par nos
» fens. Car nos fens font la feule voye
≫ par laquelle nous puiffions communi-
" quer avec la nature ; c'eft un milieu
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interpofé entre notre ame & le monde
» phyfique'; milieu à travers lequel paf-
» fent néceffairement les images des cho-
» fes , ou plutôt les ombres projettées fur
» notre fens intérieur. Il faut donc avant
" tout travailler à épurer ce milieu , & à
» écarter tout ce qui pourroit alterer ces
images primitives , & les teindre de
couleurs étrangeres ; ou du moins il faut
» fe mettre en état de reconnoître , & même
de rectifier les altérations qu'elles
» fubiffent à leur paffage. »
"
"3
D
Ce que nous venons de rapporter du
Difcours de M. Gueneau , montre qu'il
employe heureufement les notions métaphyfiques
dans la définition des chofes
dont il traite , & fuffit en même-temps ,
pour donner une idée de fa maniere d'écrire
, analogue à fa façon de penfer. Nous
ajouterons un autre morceau qui nous paroît
frappé au même coin. Il s'agit de repréfenter
les effets que le préjugé a coututume
de produire , & les funeftes fuites
qu'il entraîne après lui : Voici comme s'explique
l'Auteur. » Le préjugé eft le plus
grand ennemi de la vérité , & par con-
» féquent de l'homme , puifque l'hom-
» me ne peut fe rendre heureux que par
« la connoiffance de la vérité. Cet enne-
» mi nous obféde dès notre naiffance ,
DECEMBRE. 1755. Τ
ou plutôt il femble être né avec nous :
» à peine notrepaupiere commence à s'ou-
» vrir , qu'il nous enveloppe de fes om-
» bres : fon murmure confus eft le pre-
» mier bruit qui frappe nos oreilles ; &
» nos premiers regards font fouillés par
l'erreur. A mefure que nos facultés fe
développent , le préjugé fe les affujetir ,
& fe fortifie avec elles : non- feulement
» il falfifie le témoignage de nos lens ,
» il obfurcit encore les foibles lueurs de
» notre raifon. L'éducation , l'exemples,
23
toute communication avec les autres
» hommes , lui fervent fouvent de moyen
» pour accroître & perpétuer fa contagion
: quelquefois il fe fait la guerre à
» lui-même , pour triompher de nous plus
furement ; il n'eft point de formes qu'il
» ne prenne pour nous fubjuguer , ou pour
» nous féduire , & jamais il n'eft plus ter-
» rible , que lorfqu'il fe produit fous des
» dehors refpectés. Cependant il nuit en
» core moins à la vérité par les menfonges
qu'il accrédite , que par le vice qu'il
» introduit dans la méthode de raifonner.»
M. Gueneau propofe enfuite le reméde
qu'il faut appliquer au mal , & il qualifie
ce reméde de donte méthodique. » C'est
( continue- t'il ) cette ignorance de convention,
par laquelle un Philofophe s'é-
و د
"""
112 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
» leve au - deffus de fes opinions , que le
vulgaire appelle fes connoillances , afin
» de les juger toutes avec une fermeté
» éclairée , d'affigner à chacune fon dégré
précis de probabilité , de rejetter
» toutes celles qui ne font point fondées ,
» & de s'attacher inviolablement à la vé-
» rité mieux connue. Ce doute eft appellé
» méthodique , parce qu'il fuppofe une
méthode fure de diftinguer l'obfcur de
» l'évident , le faux du vrai , & même le
» vrai du vaiſemblable. Il ne fufpend no-
» tre jugement , que lorfque la lumiere
» vient à nous manquer : il differe effen-
» tiellement du Pyrrhonifme , qui n'eſt
» autre chofe que le défefpoir d'un efprit
» foible , qui a fçu fe defabufer de fes pré-
» jugés , mais qui n'ayant pas le courage
» de chercher la vérité , fait de vains ef-
» forts pour l'anéantir. Le doute philofophique
eft aucontraire le premier effort
» d'une ame généreufe , qui veut fecouer
» le joug de l'erreur : c'eft le premier pas
» qu'il faut faire pour arriver à la cer-
» titude , & il n'est pas moins oppofé à
l'aveugle indécifion du Pyrrhonien , qu'à
» l'aveugle témérité du Dogmatique . C'eft
» moins un doute réel , qu'un examen
» après coup , par lequel la raifon rentre
» dans fes droits , & ſe prépare à la vérité ,
"
و ر
DECEMBRE . 1755. 113
en fe dégageant des entraves de l'opi-
» nion. "
Il ne faudroit pas moins que copier le
Difcours d'un bout à l'autre , pour mettre
à portée de juger de la jufteffe des remarques
de M. Gueneau , & en même- temps
faire appercevoir l'enchaînement de fes
idées , avec leur dépendance mutuelle .
C'est pourquoi nous ne pouvons trop
en recommander la lecture , qui fervira à
confirmer la bonne opinion que nous
avons conçue du travail de l'Auteur. L'é
poque de la révolution que la Philofophie
a éprouvée dans ces derniers fiécles , fixe
toute fon attention . Elle doit fe rapporter
à la naiffance de ces Grands hommes , qui
ont diffipé les ténébres que la Scholaftique
avoit répandues fur les Sciences . On
voit ici paroître tour à tour le Chancelier
Bacon , Galilée , Defcartes , Mallebranche ,
Leibnitz & Newton , qu'il fuffit de nommer
pour faire leur éloge. M. Gueneau
puife dans le vrai les traits que fa plume
lui fournit , pour caracteriſer là trempe
de leur efprit. L'équité dirige par - tout les
jugemens , lorfqu'il eft queftion d'apprécier
le mérite de leurs découvertes . Il
procéde à l'examen des hypotèfes qu'il
fçait réduite à leur jufte valeur . Descartes
ne trouve dans l'Auteur qu'un Cenfeur
114 MERCURE DE FRANCE.
éclairé qui témoigne fon eftimne pour lui ,
dans le temps même qu'il appuye le plus
fortement fur les erreurs qui font parti
culieres à ce Philofophe. Elles apprennent
à fe tenir en garde contre les écarts de l'imagination
, à laquelle Defcartes femble
avoir donné trop d'effor dans la maniere
d'établir fon fyftême Phyfique . Il y a
moyen de les rectifier par les propres principes
de fa Méthode qui a tracé la route
qui conduit à la vérité. L'Auteur reconnoît
avec plaifir les obligations infinies
que l'on a à ce grand homme , dont le
génie vafte & profond embraffoit les ob
jets les plus fublimes , comme il eſt aiſé
de s'en convaincre par fes Méditations .
S'il n'a pas toujours réuffi dans l'explication
des loix de la nature , ce n'eſt pas
une raifon pour lui refufer un talent fu
périeur , & encore moins pour le traiter
avec mépris. C'est ce que font pourtant
certains Modernes , dont une prévention
outrée régle tous les fentimens . Sa réputation
ne fera pas moins en fureté , pour
être uniquement attaquée par des gens que
les préjugés fubjuguent .
.. On ne fera fans doute pas fâché de fçavoir
comment M. Gueneau a faifi le caractere
de la Philofophie du célébre Anglois
, de qui les opinions font à préſent
DECEMBRE. 1755. IT'S
dominantes . Voici ce qu'il dit à ce fujet .
» Enfin Newton parut , étonna l'Univers ,
» & l'éclaira d'un nouveau jour : il pur-
» gea la Philofophie de tout ce que le Car-
» téfianiſme y avoit laiffé ou mis d'erreur
» & d'incertitude : il ia ramena de la fpé-
» culation des caufes poffibles à l'obfer-
» vation des effets récis : il penfa que fi
» l'on connoiffoit bien l'enchaînement &
la loi de tous les phénomenes , on con-
» noîtroit affez la nature : il regarda les
» hypothèſes commes ces nuages voltigeans
, qu'amene un tourbillon qu'un
» fouffle diffipe , & qui interceptent la
»lumiere, ou qui l'alterent en la réfléchiffant.
Ces principes joints à de grandes
a vues , à une fagacité prodigieufe , & à
» un travail infatigable , le conduifirent à
» des découvertes également hautes & fo-
» lides .
M. Gueneau entre enfuite dans le dérail
du plan fur lequel la Collellion Académique
a été exécutée , & nous inftruit du
but que l'on s'y eft propofé . Cet Ouvrage
porte de lui -même fa recommandation
fans qu'il foit befoin de s'étendre fur les
avantages inconteftables qui lui font propres.
C'est une tâche que l'Editeur a
très -bien remplie . Il fait honneur de la
premiere idée de cette Collection , à feu M.
T16 MERCURE DE FRANCE.
Berryat , Docteur en Médecine , & Correfpondant
de l'Académie Royale des
Sciences de Paris . Il ne doute pas que ce
projet n'eût reçu fous les mains de cet habile
homme toute l'étendue & toute la
perfection qu'il comportoit , fi fa mort
n'eût mis un obftacle invincible à l'éxécution
de fes vues fur cet article. M. Gueneau
s'eft donc à fon défaut chargé de l'entrepriſe
, dont l'importance a engagé plufieurs
Gens de Lettres à s'affocier à fes
travaux , pour concourir avec lui par leurs
foins , à la publication de ce vafte Recueil.
11 obferve que le nombre des Académies
qui fe multiplient tous les jours
rend cette Collection abfolument néceffaire
: elle offre tout ce que les compilations
peuvent avoir d'avantageux , & eft
exempte des défauts qui leur font ordinaires
. Nous ofons dire de plus que le
difcernement qu'on remarque dans le
choix des fujets qui conftituent ce Recueil,
la rend très- estimable . Son objet eft de renfermer
les obfervations & les découvertes
faites depuis le renouvellement de la Philofophie
, par les plus fameux Phyficiens
de l'Europe , fur l'Histoire Naturelle & la
Botanique , la Phyſique expérimentale & la
Chimie , la Médecine & l'Anatomie. Les
Mémoires des Académies célébres , & les
,
DECEMBRE. 1755. 117
bons Ouvrages périodiques de France ,
d'Angleterre, d'Italie & d'Allemagne , doivent
fournir les materiaux de cette Collection.
On fe propofe de raffembler avec
foin en moins de quarante Volumes , tous
les faits relatifs à ces trois parties de la
Philofopie naturelle ; ce qui épargnera la
peine de les chercher dans plus de huit
cens Volumes originaux écrits en différentes
langues , où ils font répandus. On
s'eft attaché dans leur arrangement à l'ordre
des temps , parce qu'il eft le plus propre
l'inftruction des Lecteurs. Il n'y a qu'une
circonftance où l'on a cru devoir s'en écar
ter ; c'eft lorfqu'il a fallu rapprocher cer
tains faits , qui n'empruntent leur évidence
que de leur réunion. On aura dans cette
Collection , une fuite d'expériences &
d'obfervations comme enchaînées les unes'
aux autres : les voies de la comparaifon
qu'elle facilitera , rendront par ce moyen
leur utilité plus fenfible. Elle a d'autant
plus de droit de s'attendre à un accueil favorable
de la part des perfonnes qui s'oc
cupent de l'étude de la nature ; que le fuccès
des diverfes piéces qu'elle met fous
leurs yeux , eft confirmé depuis long temps
par le fceau de l'approbation publique.
Il ne paroît encore que trois Volumes ; on
en promet un quatrième pour Pâques 1756,
1S MERCURE DE FRANCE.
& on s'engage à donner les autres fucceffivement
de fix mois en fix mois . Nous
allons expofer un précis des matieres qu'ils .
contiennent , felon la divifion qui leur appartient.
C'est tout ce que nous pouvons faire pour
un Ouvrage , qui par fa nature n'eſt guete
fufceptible d'extrait. Les trois parties
différentes qui entrent dans fa compofition
, peuvent-être détachées ; de forte.
qu'il fera facile d'en former trois fuites
féparées , dont chacune fera complete en:
fon genre. En ce cas , ceux qui voudront
fe borner à l'acquifition de l'une des trois ,
auront la liberté de fe fatifaire . Cependant
nous croyons que toutes les trois préfentent
des chofes capables d'intereffer la
curiofité des Sçavans , & de les déterminer
par conféquent à acquérir la Collection
entiere. Le premier Volume comprend ,
outre le Difcours préliminaire dont nous
avons déja parlé , tout ce que l'Académie
del Cimento de Florence a mis au jour fous
le titre d'Effais d'Expériences Phyfiques, avec
les additions du Docteur Muffchenbroek ,
qui font en notes, Elles roulent fur les obfervations
poftérieures , comparées avec
celles des Phyficiens de Florence , & traitent
de quantité de découvertes du Docteur
Muffchenbroek lui-même , fur toutes forDECEMBRE.
1755 119
es de matieres ; mais particulierement fur
la formation de la glace , fur l'expanfion
des folides caufés par l'action de la chaleur
, fur l'effervefcence réfultant des différens
mélanges , &c. Le nouvel Editeur
a joint un extrait des vingt premieres années
du Journal des Sçavans , où l'on a réuni
toutes les piéces de ce Journal , qui ont
rapport à l'objet de la Collection Académique.
Le fecond Volume contient les quatorze
premieres années des Tranfactions Philo-
Sophiques de la Société Royale de Londres ,
& la Collection Philofophique publiée par le
Docteur Hook , pour remplir une lacune
de près de cinq années , qui fe trouve dans
la fuite des Tranfallions , depuis 1678 .
jufqu'en 1683 .
La premiere Décurie des Ephémérides
de l'Académie des Curieux de la Nature
Allemagne , & la moitié de la feconde
Décurie , qui va jufqu'en 1686. font la:
matiere du troifiéme Volume,
Il eft jufte que nous fallions connoître
les noms des Gens de Lettres à qui le Public
eft redevable de la traduction des
piéces qui compofent les Recueils Originaux
, d'où ont été tirés ces premiers Volumes
de la Collection Académique .
On ne les fçauroit trop louer d'avoir tra120
MERCURE DE FRANCE.
vaillé à tranſmettre dans notre Langue , les
grandes découvertes qu'elles renferment.
Le Traducteur des Effais de l'Académie
del Cimento , a voulu garder l'Anonyme ,
& cela par des motifs qu'on ne fpécifie
point. On nous apprend que M. Lavirotte,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal , & l'un des
Auteurs du Journal des Sçavans , a pris
fur lui le foin de revoir la traduction de ce
Morceau .
Ce qui paroît des Tranfactions Philofophiques
, a été traduit par M. Roux , Docteur
en Médecine , par M. Larcher , par
M. le Chevalier de Buffon , & par M.
Daubenton , frere aîné de l'Académicien
du même nom, & l'un des Auteurs de
l'Encyclopedie.
Les articles qui concernent l'Agriculture
, ont été confiés à M. Daubenton ; &
il étoit mal aifé de choisir quelqu'un qui
fût plus en état que lui de fe bien acquitter
de cette partie qu'il poffede à fonds .
Les Ephém rides d'Allemagne ont été
traduites par M. Nadaut , Avocat Général
Honoraire de la Chambre des Comptes de
Dijon , & Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & par M.
Daubenton le jeune, proche parent de ceux
du même nom , que nous venons de citer.
M.
DECEMBRE . 1755. 121
M. Barberet , Docteur en Médecine à Dijon
, a dreffé les Tables Alphabétiques rai .
Jonnées , qui font à la fin de chaque Volume.
Il eſt aifé de fentir les avantages
attachés à cette Collection , par ce détail
qui indique le fonds de l'Ouvrage. Nous
ajouterons qu'elle eft enrichie de plus de
150 figures , fur près de So planches en
taille- douce. Il faut dire à la louange des
Libraires affociés , qu'il n'ont rien épargné
de tout ce qui dépend de l'Art Typogra
phique , dont l'exécution répond parfaitement
à la beauté de l'entreprife .
Nous n'appuierons pas davantage fur
les éloges que méritent les vues de l'Editeur
, & les travaux de fes collegues . Ce
font autant de moyens qui concourent à
rendre la nouvelle Collection infiniment
précieufe aux connoiffeurs , & à leur faire
défirer avec empreffement les volumes fuivans.
Fermer
Résumé : « Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Le texte annonce la publication d'une nouvelle Collection académique, précédée d'un discours préliminaire de M. Gueneau. Ce discours expose des vues philosophiques et met en avant l'importance des vérités physiques. Gueneau combine profondeur de réflexion et éloquence stylistique, tout en évitant l'éloquence trompeuse. Il insiste sur l'observation et la méthode pour atteindre la certitude physique, commençant par l'observation de soi-même avant d'explorer le monde extérieur. Le préjugé est identifié comme un ennemi de la vérité, et Gueneau propose un doute méthodique pour le combattre. Le texte mentionne également des figures historiques telles que Bacon, Galilée, Descartes, Malebranche, Leibniz et Newton, soulignant leurs contributions à la philosophie et à la science. La Collection académique vise à rassembler les observations et découvertes des plus célèbres physiciens européens dans divers domaines scientifiques, évitant ainsi la dispersion des informations dans de nombreux volumes originaux. Le texte précise que trois volumes sont déjà publiés, avec un quatrième prévu pour Pâques 1756. Cette collection facilite la comparaison entre expériences et observations et est destinée aux personnes étudiant la nature. Elle a déjà reçu l'approbation publique. Le premier volume inclut les 'Essais d'Expériences Physiques' de l'Académie del Cimento de Florence, avec des additions du Docteur Musschenbroek, traitant de diverses découvertes, notamment sur la formation de la glace et l'expansion des solides chauffés. Il comprend également un extrait des vingt premières années du 'Journal des Sçavans'. Le deuxième volume contient les quatorze premières années des 'Transactions Philosophiques' de la Société Royale de Londres et une collection philosophique du Docteur Hook. Le troisième volume présente les 'Éphémérides' de l'Académie des Curieux de la Nature en Allemagne, couvrant les années jusqu'en 1686. Les traductions des textes originaux ont été réalisées par plusieurs savants, dont M. Lavirotte, M. Roux, M. Larcher, le Chevalier de Buffon, M. Daubenton, M. Nadaut, et M. Barberet. La collection est enrichie de plus de 150 figures sur près de 50 planches en taille-douce et bénéficie d'une excellente qualité typographique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7560
p. 121-126
« GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
Début :
GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...]
Mots clefs :
Géographie, Réflexions, Réflexions, Isaac Newton
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE compofée en
latin par Bernard Varenius , revue par
Ifaac Newton , augmentée par Jacques Jurin
, traduite en anglois d'après les éditions
latines données par ces auteurs ,
avec des additions fur les nouvelles découvertes
, & préfentement traduite de l'anglois
en François avec des figures en taille-
I. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE .
douce . A Paris , chez Vincent , rue S. Severin
, à l'Ange ; & Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , 1755. 4. vol. in-1 2.
Le titre feul déclare affez l'importance
de cet Ouvrage dont l'auteur eft Varenius
qui l'a écrit en latin . Les fréquentes éditions
de ce livre , qui fe font , pour ainfi
dire , fuccédées les unes aux autres , font
une preuve de fa bonté , & font fon plus
bel éloge . Le fuffrage d'un auffi grand
somme que M. Newton , ajoute le dernier
trait à fa louange . Cet illuftre philofophe
le jugea digne de fon attention ,
puifqu'il voulut lui-même prendre foin de
l'édition qui parut en 1672 à Cambridge :
il occupoit alors une chaire de Mathématiques
dans la fameufe Univerfité de cette
ville. Il commenta Varenius qui a traité
fon fujet en Géometre & en Phyficien ;
il trouva fa Géographie très-propre à être
mife entre les mains de fes éleves à qui il
faifoit des leçons publiques fur la même
matiere. Il la corrigea dans les chofes où
Varenius avoit fe il éclaircit
pu tromper ;
celles que celui ci n'avoit point affez développées
, & l'augmenta en beaucoup
d'endroits pour fuppléer à ce qui manquoit
pour la perfection de l'Ouvrage. Il fuffifoit
qu'un livre eût été revu par M. Newton
avec autant d'exactitude de fa part ,
DECEMBRE. 1755. 123
pour accélérer le débit de l'édition qui
s'épuifa malgré la quantité d'exemplaires.
qui s'étoient diftribuées à Cambridge . C'eft
ce qui engagea dans la fuite du tems , le
Docteur Jurin à donner une nouvelle édition
de cette Géographie , qu'il accompagna
d'un très- bon fupplément qui renferme
les découvertes les plus modernes pour
l'inftruction des jeunes étudians. Il la dédia
au Docteur Bentlei , à la follicitation
duquel il l'avoit entrepriſe. C'eft d'après
cette derniere édition latine , qu'a été compofée
la Traduction angloife qui paroît
être fort eftimée ; & la Traduction françoife
que nous annonçons , a été faite
fur cette Edition Angloife , fupérieure à
toutes les Editions Latines qui l'ont précédée.
Au moins , c'est ce que nous affure
M. de Puifieux qui eft le Traducteur françois
, & qui ne fe fera fans doute déterminé
à porter un pareil jugement , qu'après
les avoir comparées enfemble . On
doit lui fçavoir gré d'avoir rendu public
en notre langue un ouvrage auffi effentiel
pour perfectionner les connoiffances rela
tives à la Géographie . Ce livre eft trop
connu parmi les Sçavans pour nous arrêter
ici à en apprécier le mérite ; & la réputa
tion décidée dont il jouit nous difpenfe
d'en faire l'extrait. Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
REFLEXIONS fur les connoiffances
préliminaires au Chriftianifme , pour fervir
à l'inftruction des jeunes gens. A Paris ,
chez Vincent , rue S. Severin , à l'Ange ,
1 vol. in-12 . 1755 .
L'objet de ces réflexions eft l'expofition
des preuves qui établiffent l'existence de
Dieu , de la connoiffance duquel émane
la Religion qui , envifagée dans fon état
naturel , oblige l'homme fa créature , à des
devoirs envers lui . Ces confidérations préliminaires
conduifent à la néceffité d'admettre
une révélation ; & c'eſt d'elle que
le Chriftianifme tire toute fa force &
l'excellence de fa morale . L'Auteur a pour
cet effet retracé toutes les vérités qu'il
enfeigne dans une courte analyſe qui eft
une fuite de ces Réflexions . Elle fervira à
donner une teinture des notions Théologiques
à ceux qui ne fçavent tout au plus
que ce que leur catéchifme a pu leur apprendre.
On nous dit dans un avertiſſement
que l'inftruction des jeunes gens eft l'unique
but que l'Auteur s'eft propofé dans l'ouvrage
qu'il publie . On ajoute que le feul
fruit qu'il cherche à recueillir de fes foins ,
eft celui de former la jeuneffe aux vertus
dont la pratique eft recommandée par les
préceptes de l'Evangile. Cet aveu fait
DECEMBRE. 1755. 125
voir que fes vues font aufli louables que
fon travail eft édifiant .
PARAPHRASE & Explication des Pleaumes,
avec le texte de laVulgate ajouté à la
fuite felon l'ordre de cette Verfion , &
felon les Variantes Hébraïques . A Paris ,
chez Vincent , rue faint Severin , à l'Ange,
1755. gros volume in- 12 . Le même Libraire
vient de donner une nouvelle édition
d'un ouvrage intitulé , Confolations
chrétiennes avec des Réfléxions fur les buit
beatitudes , & la Paraphrafe des trois Cantiques
du Dante. Il a imprimé les Elémens
de Géométrie , traduits de l'anglois de
M.Thomas Simpfon de la Société Royale
de Londres , & Profeffeur de Mathématiques
à Wolwich , auxquels font ajoutés
deux petits ouvrages du même Auteur ; le
premier eft un effai fur les Maximis &
Minimis , des lignes , des angles & des
furfaces. Le fecond eft une fuite de problêmes
compliqués , dont il donne la con-
Atruction géométrique.
DISSERTATION ANATOMIQUE & pratique
fur une maladie de la peau d'une efpece
fort finguliere , adreffée en forme de
lettre à M. l'Abbé Nolet , de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & c. par
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
M. Cuifio , Médecin de Naples , traduite
de l'italien , par M. V *** , Médecin de la
Faculté de Paris. A Paris , chez Vincent ,
rue faint Severin , à l'Ange , 1755. Le
même Libraire vend le vingt -unieme &
dernier volume des Mémoires de Rouffet,
in-8° . A Amfterdam. On trouve auffi chez
lui la Bible de le Cene , in -fol. 2. vol .
Nous annonçons la nouvelle édition
du nouvel abregé chronologique de l'Hiftoire
de France , enfemble lefupplément de cette
édition ; c'eft la cinquieme in. 12. donnée
par l'Auteur , depuis 1744 que parut
cet ouvrage pour la premiere fois : nons
ne parlons point des deux éditions in - 4 ° .
auffi imprimées fous fes yeux , ni des éditions
contrefaites dans les pays étrangers..
latin par Bernard Varenius , revue par
Ifaac Newton , augmentée par Jacques Jurin
, traduite en anglois d'après les éditions
latines données par ces auteurs ,
avec des additions fur les nouvelles découvertes
, & préfentement traduite de l'anglois
en François avec des figures en taille-
I. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE .
douce . A Paris , chez Vincent , rue S. Severin
, à l'Ange ; & Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , 1755. 4. vol. in-1 2.
Le titre feul déclare affez l'importance
de cet Ouvrage dont l'auteur eft Varenius
qui l'a écrit en latin . Les fréquentes éditions
de ce livre , qui fe font , pour ainfi
dire , fuccédées les unes aux autres , font
une preuve de fa bonté , & font fon plus
bel éloge . Le fuffrage d'un auffi grand
somme que M. Newton , ajoute le dernier
trait à fa louange . Cet illuftre philofophe
le jugea digne de fon attention ,
puifqu'il voulut lui-même prendre foin de
l'édition qui parut en 1672 à Cambridge :
il occupoit alors une chaire de Mathématiques
dans la fameufe Univerfité de cette
ville. Il commenta Varenius qui a traité
fon fujet en Géometre & en Phyficien ;
il trouva fa Géographie très-propre à être
mife entre les mains de fes éleves à qui il
faifoit des leçons publiques fur la même
matiere. Il la corrigea dans les chofes où
Varenius avoit fe il éclaircit
pu tromper ;
celles que celui ci n'avoit point affez développées
, & l'augmenta en beaucoup
d'endroits pour fuppléer à ce qui manquoit
pour la perfection de l'Ouvrage. Il fuffifoit
qu'un livre eût été revu par M. Newton
avec autant d'exactitude de fa part ,
DECEMBRE. 1755. 123
pour accélérer le débit de l'édition qui
s'épuifa malgré la quantité d'exemplaires.
qui s'étoient diftribuées à Cambridge . C'eft
ce qui engagea dans la fuite du tems , le
Docteur Jurin à donner une nouvelle édition
de cette Géographie , qu'il accompagna
d'un très- bon fupplément qui renferme
les découvertes les plus modernes pour
l'inftruction des jeunes étudians. Il la dédia
au Docteur Bentlei , à la follicitation
duquel il l'avoit entrepriſe. C'eft d'après
cette derniere édition latine , qu'a été compofée
la Traduction angloife qui paroît
être fort eftimée ; & la Traduction françoife
que nous annonçons , a été faite
fur cette Edition Angloife , fupérieure à
toutes les Editions Latines qui l'ont précédée.
Au moins , c'est ce que nous affure
M. de Puifieux qui eft le Traducteur françois
, & qui ne fe fera fans doute déterminé
à porter un pareil jugement , qu'après
les avoir comparées enfemble . On
doit lui fçavoir gré d'avoir rendu public
en notre langue un ouvrage auffi effentiel
pour perfectionner les connoiffances rela
tives à la Géographie . Ce livre eft trop
connu parmi les Sçavans pour nous arrêter
ici à en apprécier le mérite ; & la réputa
tion décidée dont il jouit nous difpenfe
d'en faire l'extrait. Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
REFLEXIONS fur les connoiffances
préliminaires au Chriftianifme , pour fervir
à l'inftruction des jeunes gens. A Paris ,
chez Vincent , rue S. Severin , à l'Ange ,
1 vol. in-12 . 1755 .
L'objet de ces réflexions eft l'expofition
des preuves qui établiffent l'existence de
Dieu , de la connoiffance duquel émane
la Religion qui , envifagée dans fon état
naturel , oblige l'homme fa créature , à des
devoirs envers lui . Ces confidérations préliminaires
conduifent à la néceffité d'admettre
une révélation ; & c'eſt d'elle que
le Chriftianifme tire toute fa force &
l'excellence de fa morale . L'Auteur a pour
cet effet retracé toutes les vérités qu'il
enfeigne dans une courte analyſe qui eft
une fuite de ces Réflexions . Elle fervira à
donner une teinture des notions Théologiques
à ceux qui ne fçavent tout au plus
que ce que leur catéchifme a pu leur apprendre.
On nous dit dans un avertiſſement
que l'inftruction des jeunes gens eft l'unique
but que l'Auteur s'eft propofé dans l'ouvrage
qu'il publie . On ajoute que le feul
fruit qu'il cherche à recueillir de fes foins ,
eft celui de former la jeuneffe aux vertus
dont la pratique eft recommandée par les
préceptes de l'Evangile. Cet aveu fait
DECEMBRE. 1755. 125
voir que fes vues font aufli louables que
fon travail eft édifiant .
PARAPHRASE & Explication des Pleaumes,
avec le texte de laVulgate ajouté à la
fuite felon l'ordre de cette Verfion , &
felon les Variantes Hébraïques . A Paris ,
chez Vincent , rue faint Severin , à l'Ange,
1755. gros volume in- 12 . Le même Libraire
vient de donner une nouvelle édition
d'un ouvrage intitulé , Confolations
chrétiennes avec des Réfléxions fur les buit
beatitudes , & la Paraphrafe des trois Cantiques
du Dante. Il a imprimé les Elémens
de Géométrie , traduits de l'anglois de
M.Thomas Simpfon de la Société Royale
de Londres , & Profeffeur de Mathématiques
à Wolwich , auxquels font ajoutés
deux petits ouvrages du même Auteur ; le
premier eft un effai fur les Maximis &
Minimis , des lignes , des angles & des
furfaces. Le fecond eft une fuite de problêmes
compliqués , dont il donne la con-
Atruction géométrique.
DISSERTATION ANATOMIQUE & pratique
fur une maladie de la peau d'une efpece
fort finguliere , adreffée en forme de
lettre à M. l'Abbé Nolet , de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & c. par
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
M. Cuifio , Médecin de Naples , traduite
de l'italien , par M. V *** , Médecin de la
Faculté de Paris. A Paris , chez Vincent ,
rue faint Severin , à l'Ange , 1755. Le
même Libraire vend le vingt -unieme &
dernier volume des Mémoires de Rouffet,
in-8° . A Amfterdam. On trouve auffi chez
lui la Bible de le Cene , in -fol. 2. vol .
Nous annonçons la nouvelle édition
du nouvel abregé chronologique de l'Hiftoire
de France , enfemble lefupplément de cette
édition ; c'eft la cinquieme in. 12. donnée
par l'Auteur , depuis 1744 que parut
cet ouvrage pour la premiere fois : nons
ne parlons point des deux éditions in - 4 ° .
auffi imprimées fous fes yeux , ni des éditions
contrefaites dans les pays étrangers..
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Résumé : « GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
En 1755, plusieurs ouvrages et publications ont été publiés. L'œuvre principale est une 'Géographie générale' rédigée en latin par Bernard Varenius. Cette œuvre a été revue et augmentée par Isaac Newton, alors professeur de mathématiques à Cambridge, qui l'a corrigée et enrichie pour ses élèves. La traduction française de cet ouvrage a été réalisée à partir de l'édition anglaise, jugée supérieure aux éditions latines précédentes. Le traducteur, M. de Puifieux, a souligné l'importance de cet ouvrage pour les connaissances géographiques. Le texte mentionne également d'autres publications, telles que 'Réflexions sur les connaissances préliminaires au Christianisme', destinées à instruire les jeunes sur l'existence de Dieu et la nécessité de la révélation chrétienne. Un autre ouvrage est une 'Paraphrase et Explication des Psaumes', incluant le texte de la Vulgate et des variantes hébraïques. Le libraire a également publié des 'Consolations chrétiennes' et des 'Éléments de Géométrie' traduits de l'anglais. Enfin, le texte annonce une 'Dissertation anatomique et pratique' sur une maladie de la peau, traduite de l'italien, ainsi que diverses autres publications, dont une nouvelle édition de l'abrégé chronologique de l'Histoire de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7561
p. 126-139
« JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Début :
JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...]
Mots clefs :
Camp, Camp de Richemont, Guerre, Yeux, Infanterie, Honneur, Esprit, Cavalerie, Escadrons, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
JOURNAL en vers de ce qui s'eft paffé
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
Fermer
Résumé : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Le texte présente un journal en vers rédigé par M. Vallier, Colonel d'Infanterie, relatant les événements survenus au camp de Richemont sous le commandement de M. de Chevert, Lieutenant Général des armées du Roi, du 26 août au 25 septembre 1755. Ce journal, publié à Paris chez Lambert, est considéré comme un nouveau genre littéraire car il décrit avec précision la disposition d'une armée, les attaques, les terrains, les positions des rivières, villages et chaumières, ainsi que les termes techniques de l'art militaire. L'auteur utilise des vers libres pour rendre la rapidité des évolutions militaires. Le poème, composé de près de huit cents vers, est enrichi par des éléments galants et des descriptions détaillées des mouvements militaires, permettant au lecteur de se sentir présent sur le champ de bataille. Le journal inclut également des descriptions de la vie au camp, comme l'arrivée de Madame de Caumartin, Intendante de Metz, et des manoeuvres militaires telles que l'attaque d'une grand'garde de cavalerie et la manoeuvre du 9 septembre où la cavalerie a attaqué l'infanterie. Le texte se termine par la description de la dernière manoeuvre du 20 septembre, où un village a été attaqué, et par des réflexions sur l'utilité des camps de paix pour former les officiers. Par ailleurs, le document énumère divers types de pouvoirs et commissions militaires, daté du 1er décembre 1755. Il inclut les pouvoirs de lieutenants généraux, les brevets de maréchaux de camp ou de brigadiers, les ordres de directeurs ou inspecteurs généraux, les provisions de grand-croix et de commandeurs de l'Ordre de Saint-Louis, les provisions de maréchaux généraux de logis, les provisions de gouverneurs des provinces, les commissions de colonels de régiment d'infanterie, de cavalerie ou de dragons, et enfin les commissions de capitaines aux Gardes. Le texte demande d'envoyer une note dans une forme spécifique pour chaque type de pouvoir ou commission. Pour les lieutenants généraux, maréchaux de camp et brigadiers, la note doit inclure le nom complet de l'officier, ses qualifications, la date du brevet ou du pouvoir, le nom du secrétaire d'État ayant contresigné le document, et, si possible, la date de décès de l'officier. Pour les autres provisions et commissions, il est demandé d'indiquer comment les officiers ont obtenu leurs places, soit par nouvelle levée, soit par la mort ou la démission d'un autre officier. Ces notes doivent être adressées à M. Desprès, premier commis du Bureau de la Guerre, à Versailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7562
p. 140-146
« HISTOIRE générale & particuliere de l'Astronomie en 3 vol. in-12 par M. Estève, [...] »
Début :
HISTOIRE générale & particuliere de l'Astronomie en 3 vol. in-12 par M. Estève, [...]
Mots clefs :
Astronomie, Science, Histoire de l'astronomie, Connaissances, Soleil, Égypte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE générale & particuliere de l'Astronomie en 3 vol. in-12 par M. Estève, [...] »
HISTOIRE générale & particuliere de
l'Aftronomie en 3 vol. in- 12 par M. Eſtève,
de la Société Royale des Sciences de Montpellier.
A Paris , chez Ch . Ant . Jombert ,
rue Dauphine , Prix , 8 liv. reliés .
Cet Ouvrage eft divifé en deux parties.
La premiere qui eft à la portée de tout le
monde traite des différentes Nations , &
des divers hommes qui ont cultivé l'Aſtronomie.
L'Auteur y fait entrevoir les connoiffances
qu'on a eues fur cette ſcience
dans les différens âges , & en préfente les
diverfes migrations. C'eft ici l'Hiftoire
générale . La feconde partie quoique expliquée
avec clarté , paroît plus particulierement
réfervée pour les Sçavans . Car l'Autear
y donne le tableau du progrès qu'a
fait l'efprit dans la fcience Aftronomique :
c'eft comme un Traité d'Aftronomie fait
par la méthode d'invention. Les premieres
ées que durent fe faire les hommes qui
confidérerent les altres , y font exposées ,
& conduifent infenfiblement à ce qu'il y a
de plus fublime dans la fcience Aftronomique.
Voilà l'Hiftoire particuliere.
M. Eftève nous donne dans un Avantpropos
, les raifons qui l'ont porté à faire
choix de ce plan , qui ne reffemble à aucun
de ceux dont on s'étoit fervi jufqu'à préfent
pour traiter l'Hiftorique des Sciences.
DECEMBRE. 1755. 141
23
»
« On auroit pu , dit- il , parler en même-
» tems de la Nation qui s'occupoit à l'Af-
» tronomie & des découvertes qu'elle y
» avoit faites ; mais ce plan tout fimple
» qu'il paroît , eût préfenté partout des
» obftacles. Il eût fallu fuppofer le lecteur
» inftruit de la fcience dont il faudra don-
> ner ici les premiers élémens : il eût fallu
parler d'une infinité d'erreurs dont les
» hommes ont été abufés , & qu'il eft plus
» à propos d'oublier que de retenir. Aucu
» ne Nation n'a commencé à perfection-
» ner une fcience par le point où l'avoit
» laillée le peuple chez qui elle avoit été
l'apprendre. D'ailleurs , en rangeant les
» découvertes Aftronomiques dans leur vé-
>> ritable ordre chronologique , nous ne fe-
» rions que tranfporter l'efprit du lecteur
» parmi plufieurs objets qui lui feroient
» tous également inconnus , & il lui feroit
prefque impoffible de fentir l'efprit &
» le mérite des différentes inventions .
19
93
L'Auteur divife la premiere partie , c'eftà-
dire , l'Hiftoire générale en deux différens
livres. Le premier livre a pour titre ,
Hiftoiregénérale de l'Aftronomie , depuis fon
origine jufqu'à Copernic. Le titre du fecond
livre eft , Hiftoire générale de l'Aftronomie ,
depuis Copernic jufqu'au milieu du dix-buitieme
fiecle. Ainfi dans ces deux livres fe
142 MERCURE
DE FRANCE.
દા
trouve compriſe l'Hiftoire de tous les tems.
En approfondiffant
l'Aftronomie , on
trouve l'explication de plufieurs fables anciennes
que la plupart des modernes
avoient mal interprétées . C'eft ainſi que
M. Eftève nous apprend que « Prométhée,
" Roi de Scythie qui avoit éclairé les hom-
» mes fur les mouvemens des Aftres , fut
» regardé comme un rival des Dieux qui
» avoit ofé dérober le feu du ciel pour
» animer des ftatues... Le berger Endy-
» mion qui obtient des faveurs de la chafte
Diane , n'eft qu'un Aftronome qui fut
» affez heureux déterminer quelques
83
" fon
pour
» loix du mouvement de la Lune . Phaeton
qui ne put conduire le char d'Apollon
pere , & qui au milieu de fa courfe
» incertaine eft foudroyé par Jupiter , n'eſt
>> autre chofe qu'un Prince qui portoit ce
» nom &, qui s'étant beaucoup occupé aux
»obfervations du Soleil , ne put cepen-
» dant en conftruire la théorie : c'eft ainfi
pas
» que les fables anciennes ne font de
vains jeux d'imagination ; mais plutôt
» des vérités hiftoriques enveloppées fous
» des fictions poétiques ».
Après les tems fabuleux de l'Aftronomie
, fe préfentent les tems poétiques ,
c'eft-à-dire , les tems où les écrits des Aftronomes
n'étoient que des ouvrages
de
DECEMBRE. 1755. 143
poéfie qui renfermoient fans fiction les découvertes
qu'ils avoient faites dans la fcience
des Aftres. C'eft fous cette époque qu'il
faut ranger le fameux voyage des Argonautes
; comme auffi le poëte Orphée.
Voici ce que l'Auteur dit de ce dernier.
«Il ne faut pas croire que le fameux chan-
" tre de la Thrace , fut un muficien qui
fçut feulement moduler des fons . Il chantoit
far fa lyre la naiffance des Dieux
» protecteurs de la Grece , & les préceptes
» de l'Aftronomie. C'étoit un poëte philofophe
qui ne profanoit pas le langage
» des Dieux , en lui faiſant exprimer des
» objets puériles " .
"
33
2
C'eft avec le même efprit d'examen que
l'Auteur confidere les connoiffances aftronomiques
, que l'Hiftorien Jofephe & Philon
ont attribuées aux Juifs. Il parle enfuite
de l'antiquité des Babyloniens , &
du tems où ils étoient déja appliqués à
l'aſtronomie , du voyage d'Abraham en
Egypte , de l'ufage de la tour de Babel &
des Mâges qui étoient les Philofophes , ou
plutôt les Aftronomes de cette partie de la
terre. Le chef de ces Mâges s'appelloit Zocoaftre
, qui fut l'inftituteur de la fameufe
doctrine des deux principes. C'eft dans
cette école que l'aftrologie judiciaire a
commencé à prendre naiffance.
144 MERCURE DE FRANCE.
Prefqu'en même tems les Egyptiens cultivoient
l'Aftronomie avec fuccès ; ils élevoient
ces fameufes pyramides dont la
pofition fut décidée par des opérations
aftronomiques ; car dit l'Auteur , avec
toutes les connoiffances que nous avons
» dans ce fiécle , nous ne fçaurions tracer
une ligne qui allât plus directement du
» nord au fud , que ne le font les faces de
» ces pyramides. » La maniere dont on
mefuroit en Egypte le diametre du foleil ,
mérite d'être remarquée. » Au moment où
» l'on commençoit à découvrir les pre-
» miers rayons de cet aftre , on faifoit par-
» tir un cheval qui couroit jufqu'à ce que
» le foleil fût entierement levé : enfuite on
» mefuroit l'efpace qu'avoit parcouru le
» cheval pendant le tems que le foleil
» avoit mis à monter fur l'horifon ; &
» comme on fçavoit ce que le même cour-
»fier parcouroit dans une heure , on avoit
la meſure du diametre du foleil en trèspetites
parties du tems .
ע
"
Les Phéniciens fuccéderent aux Egyptiens
: ils furent les premiers qui entreprirent
des voyages de long cours , & qui
firent fervir utilement l'aftronomie à la
navigation . Salomon leur donna la conduite
de la flotte qu'il envoya par la mer
Rouge en Ophir , d'où ils rapporterent
beaucoup d'or.
Thalés
-
DECEMBRE. 1755.
145
Thalès , chef de la fecte Ionique , fut
le premier des Grecs , qui de la Phénicie
apporta dans fa patrie la fcience des altres,
Cet homme déclaré le plus fage de fes
citoyens par l'oracle d'Appollon , obtine
la confiance de quelques Phéniciens qui
lui revelerent la fublimité de leurs connoiffances
. L'aftronomie germa dans la
Grece , & produifit la fameufe école d'Alexandrie
qui donna naiffance à l'immortel
Ptolomée. Ainfi l'aftronomie qui de
l'Egypte avoit paffé en Phénicie & dans
la Gréce , retourna en Egypte confidérablement
accrue .
Les Romains ne connurent qu'imparfaitement
cette ſcience, & on peut dire que de
l'école d'Alexandrie elle pafla à la Cour
des Caliphes , qui la tranfmirent aux Rois
Maures qui regnoient en Efpagne : c'eſt
de ces derniers que les Allemands l'ont
reçue , & l'ont enfuite répandue dans toute
l'Europe . Tel eft le plan détaillé du premier
livre de l'Hiftoire générale de l'Aftronomie.
Nous avons cru devoir entrer
dans ce détail , afin qu'on pût fe faire une
idée de l'immenfité des objets dont traitoit
cet ouvrage . C'eft feulement un tableau
raccourci que nous avons préfenté ,
& il ne nous a pas été poffible d'y joindre
toutes les réflexions nouvelles & intéref-
I.Vol. G
146 MERCURE
DE FRANCE
.
fantes dont cette Hiftoire eft ornée. Pour
ne point donner trop d'étendue à ce précis
, nous ne ferons pas mention des livres
fuivans.
NOBILIAIRE
ARMORIAL général de
Lorraine en forme de Dictionnaire
, par le
R. P. Dom Ambroife Pelletier, Bénédictin,
Curé de Senones. 3 vol . in -fol. propofés
par foufcription
. A Nancy , chez H. Thomas
, Imprimeur-Libraire , rue de la Boucherie
, à la Bible d'or. 1755. Le premier
volume contiendra les ennoblis , le fecond
les familles nobles , & le troifieme l'ancienne
Chevalerie. Ceux qui voudront
foufcrire , payeront l'ouvrage en blanc 63
livres , & les autres 84 livres. On ne délivrera
des foufcriptions
que jufqu'au premier
Janvier 1756. On s'adreffera à Nancy
, chez H. Thomas , Imprimeur ; & à
Paris , chez Ganeau , rue S. Severin. On
affranchira les lettres.
l'Aftronomie en 3 vol. in- 12 par M. Eſtève,
de la Société Royale des Sciences de Montpellier.
A Paris , chez Ch . Ant . Jombert ,
rue Dauphine , Prix , 8 liv. reliés .
Cet Ouvrage eft divifé en deux parties.
La premiere qui eft à la portée de tout le
monde traite des différentes Nations , &
des divers hommes qui ont cultivé l'Aſtronomie.
L'Auteur y fait entrevoir les connoiffances
qu'on a eues fur cette ſcience
dans les différens âges , & en préfente les
diverfes migrations. C'eft ici l'Hiftoire
générale . La feconde partie quoique expliquée
avec clarté , paroît plus particulierement
réfervée pour les Sçavans . Car l'Autear
y donne le tableau du progrès qu'a
fait l'efprit dans la fcience Aftronomique :
c'eft comme un Traité d'Aftronomie fait
par la méthode d'invention. Les premieres
ées que durent fe faire les hommes qui
confidérerent les altres , y font exposées ,
& conduifent infenfiblement à ce qu'il y a
de plus fublime dans la fcience Aftronomique.
Voilà l'Hiftoire particuliere.
M. Eftève nous donne dans un Avantpropos
, les raifons qui l'ont porté à faire
choix de ce plan , qui ne reffemble à aucun
de ceux dont on s'étoit fervi jufqu'à préfent
pour traiter l'Hiftorique des Sciences.
DECEMBRE. 1755. 141
23
»
« On auroit pu , dit- il , parler en même-
» tems de la Nation qui s'occupoit à l'Af-
» tronomie & des découvertes qu'elle y
» avoit faites ; mais ce plan tout fimple
» qu'il paroît , eût préfenté partout des
» obftacles. Il eût fallu fuppofer le lecteur
» inftruit de la fcience dont il faudra don-
> ner ici les premiers élémens : il eût fallu
parler d'une infinité d'erreurs dont les
» hommes ont été abufés , & qu'il eft plus
» à propos d'oublier que de retenir. Aucu
» ne Nation n'a commencé à perfection-
» ner une fcience par le point où l'avoit
» laillée le peuple chez qui elle avoit été
l'apprendre. D'ailleurs , en rangeant les
» découvertes Aftronomiques dans leur vé-
>> ritable ordre chronologique , nous ne fe-
» rions que tranfporter l'efprit du lecteur
» parmi plufieurs objets qui lui feroient
» tous également inconnus , & il lui feroit
prefque impoffible de fentir l'efprit &
» le mérite des différentes inventions .
19
93
L'Auteur divife la premiere partie , c'eftà-
dire , l'Hiftoire générale en deux différens
livres. Le premier livre a pour titre ,
Hiftoiregénérale de l'Aftronomie , depuis fon
origine jufqu'à Copernic. Le titre du fecond
livre eft , Hiftoire générale de l'Aftronomie ,
depuis Copernic jufqu'au milieu du dix-buitieme
fiecle. Ainfi dans ces deux livres fe
142 MERCURE
DE FRANCE.
દા
trouve compriſe l'Hiftoire de tous les tems.
En approfondiffant
l'Aftronomie , on
trouve l'explication de plufieurs fables anciennes
que la plupart des modernes
avoient mal interprétées . C'eft ainſi que
M. Eftève nous apprend que « Prométhée,
" Roi de Scythie qui avoit éclairé les hom-
» mes fur les mouvemens des Aftres , fut
» regardé comme un rival des Dieux qui
» avoit ofé dérober le feu du ciel pour
» animer des ftatues... Le berger Endy-
» mion qui obtient des faveurs de la chafte
Diane , n'eft qu'un Aftronome qui fut
» affez heureux déterminer quelques
83
" fon
pour
» loix du mouvement de la Lune . Phaeton
qui ne put conduire le char d'Apollon
pere , & qui au milieu de fa courfe
» incertaine eft foudroyé par Jupiter , n'eſt
>> autre chofe qu'un Prince qui portoit ce
» nom &, qui s'étant beaucoup occupé aux
»obfervations du Soleil , ne put cepen-
» dant en conftruire la théorie : c'eft ainfi
pas
» que les fables anciennes ne font de
vains jeux d'imagination ; mais plutôt
» des vérités hiftoriques enveloppées fous
» des fictions poétiques ».
Après les tems fabuleux de l'Aftronomie
, fe préfentent les tems poétiques ,
c'eft-à-dire , les tems où les écrits des Aftronomes
n'étoient que des ouvrages
de
DECEMBRE. 1755. 143
poéfie qui renfermoient fans fiction les découvertes
qu'ils avoient faites dans la fcience
des Aftres. C'eft fous cette époque qu'il
faut ranger le fameux voyage des Argonautes
; comme auffi le poëte Orphée.
Voici ce que l'Auteur dit de ce dernier.
«Il ne faut pas croire que le fameux chan-
" tre de la Thrace , fut un muficien qui
fçut feulement moduler des fons . Il chantoit
far fa lyre la naiffance des Dieux
» protecteurs de la Grece , & les préceptes
» de l'Aftronomie. C'étoit un poëte philofophe
qui ne profanoit pas le langage
» des Dieux , en lui faiſant exprimer des
» objets puériles " .
"
33
2
C'eft avec le même efprit d'examen que
l'Auteur confidere les connoiffances aftronomiques
, que l'Hiftorien Jofephe & Philon
ont attribuées aux Juifs. Il parle enfuite
de l'antiquité des Babyloniens , &
du tems où ils étoient déja appliqués à
l'aſtronomie , du voyage d'Abraham en
Egypte , de l'ufage de la tour de Babel &
des Mâges qui étoient les Philofophes , ou
plutôt les Aftronomes de cette partie de la
terre. Le chef de ces Mâges s'appelloit Zocoaftre
, qui fut l'inftituteur de la fameufe
doctrine des deux principes. C'eft dans
cette école que l'aftrologie judiciaire a
commencé à prendre naiffance.
144 MERCURE DE FRANCE.
Prefqu'en même tems les Egyptiens cultivoient
l'Aftronomie avec fuccès ; ils élevoient
ces fameufes pyramides dont la
pofition fut décidée par des opérations
aftronomiques ; car dit l'Auteur , avec
toutes les connoiffances que nous avons
» dans ce fiécle , nous ne fçaurions tracer
une ligne qui allât plus directement du
» nord au fud , que ne le font les faces de
» ces pyramides. » La maniere dont on
mefuroit en Egypte le diametre du foleil ,
mérite d'être remarquée. » Au moment où
» l'on commençoit à découvrir les pre-
» miers rayons de cet aftre , on faifoit par-
» tir un cheval qui couroit jufqu'à ce que
» le foleil fût entierement levé : enfuite on
» mefuroit l'efpace qu'avoit parcouru le
» cheval pendant le tems que le foleil
» avoit mis à monter fur l'horifon ; &
» comme on fçavoit ce que le même cour-
»fier parcouroit dans une heure , on avoit
la meſure du diametre du foleil en trèspetites
parties du tems .
ע
"
Les Phéniciens fuccéderent aux Egyptiens
: ils furent les premiers qui entreprirent
des voyages de long cours , & qui
firent fervir utilement l'aftronomie à la
navigation . Salomon leur donna la conduite
de la flotte qu'il envoya par la mer
Rouge en Ophir , d'où ils rapporterent
beaucoup d'or.
Thalés
-
DECEMBRE. 1755.
145
Thalès , chef de la fecte Ionique , fut
le premier des Grecs , qui de la Phénicie
apporta dans fa patrie la fcience des altres,
Cet homme déclaré le plus fage de fes
citoyens par l'oracle d'Appollon , obtine
la confiance de quelques Phéniciens qui
lui revelerent la fublimité de leurs connoiffances
. L'aftronomie germa dans la
Grece , & produifit la fameufe école d'Alexandrie
qui donna naiffance à l'immortel
Ptolomée. Ainfi l'aftronomie qui de
l'Egypte avoit paffé en Phénicie & dans
la Gréce , retourna en Egypte confidérablement
accrue .
Les Romains ne connurent qu'imparfaitement
cette ſcience, & on peut dire que de
l'école d'Alexandrie elle pafla à la Cour
des Caliphes , qui la tranfmirent aux Rois
Maures qui regnoient en Efpagne : c'eſt
de ces derniers que les Allemands l'ont
reçue , & l'ont enfuite répandue dans toute
l'Europe . Tel eft le plan détaillé du premier
livre de l'Hiftoire générale de l'Aftronomie.
Nous avons cru devoir entrer
dans ce détail , afin qu'on pût fe faire une
idée de l'immenfité des objets dont traitoit
cet ouvrage . C'eft feulement un tableau
raccourci que nous avons préfenté ,
& il ne nous a pas été poffible d'y joindre
toutes les réflexions nouvelles & intéref-
I.Vol. G
146 MERCURE
DE FRANCE
.
fantes dont cette Hiftoire eft ornée. Pour
ne point donner trop d'étendue à ce précis
, nous ne ferons pas mention des livres
fuivans.
NOBILIAIRE
ARMORIAL général de
Lorraine en forme de Dictionnaire
, par le
R. P. Dom Ambroife Pelletier, Bénédictin,
Curé de Senones. 3 vol . in -fol. propofés
par foufcription
. A Nancy , chez H. Thomas
, Imprimeur-Libraire , rue de la Boucherie
, à la Bible d'or. 1755. Le premier
volume contiendra les ennoblis , le fecond
les familles nobles , & le troifieme l'ancienne
Chevalerie. Ceux qui voudront
foufcrire , payeront l'ouvrage en blanc 63
livres , & les autres 84 livres. On ne délivrera
des foufcriptions
que jufqu'au premier
Janvier 1756. On s'adreffera à Nancy
, chez H. Thomas , Imprimeur ; & à
Paris , chez Ganeau , rue S. Severin. On
affranchira les lettres.
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Résumé : « HISTOIRE générale & particuliere de l'Astronomie en 3 vol. in-12 par M. Estève, [...] »
L'ouvrage 'Histoire générale & particuliere de l'Astronomie' en trois volumes, rédigé par M. Estève de la Société Royale des Sciences de Montpellier, est publié à Paris par Ch. Ant. Jombert. Il est structuré en deux parties. La première partie, accessible à un large public, explore les différentes nations et les individus ayant contribué à l'astronomie, ainsi que les connaissances accumulées au fil des siècles et les migrations des idées astronomiques. La seconde partie, plus technique, est destinée aux savants et détaille l'évolution de la science astronomique, des premières observations aux découvertes les plus récentes. L'auteur justifie son choix de plan en expliquant que traiter simultanément des nations et des découvertes aurait nécessité des connaissances préalables chez le lecteur et aurait mentionné des erreurs mieux oubliées que retenues. L'histoire générale est divisée en deux livres : le premier couvre l'astronomie depuis ses origines jusqu'à Copernic, et le second de Copernic jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. L'ouvrage examine également plusieurs fables anciennes, révélant des vérités historiques sous des fictions poétiques. Par exemple, Prométhée est présenté comme un astronome, et le berger Endymion comme un observateur de la Lune. Les temps poétiques de l'astronomie sont également abordés, où les écrits des astronomes étaient des œuvres de poésie contenant des découvertes scientifiques. L'auteur explore les connaissances astronomiques attribuées aux Juifs par les historiens Joseph et Philon, ainsi que l'antiquité des Babyloniens et leur contribution à l'astronomie. Il mentionne également les Égyptiens, qui utilisaient l'astronomie pour construire les pyramides et mesurer le diamètre du Soleil. Les Phéniciens, successeurs des Égyptiens, utilisaient l'astronomie pour la navigation. Thalès, chef de la secte Ionique, apporta l'astronomie en Grèce, menant à la fameuse école d'Alexandrie et à Ptolémée. Les Romains connurent l'astronomie de manière imparfaite, et cette science passa à la cour des Caliphes, puis aux Rois Maures en Espagne, avant d'être transmise aux Allemands et répandue en Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7563
p. 146-153
Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
Début :
VOTRE projet d'un Nobiliaire de Lorraine annonce, mon R. Pere, un ouvrage [...]
Mots clefs :
Nobiliaire, Nobiliaire de Lorraine, Histoire, Recueil, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
Lettre adreffée au R. P. Dom Pelletier , Bénédictin
de Senones , auteur d'un Nobiliaire
de Lorraine , annoncé & propafe
par ſouſcription
.
VOTRE
projet d'un Nobiliaire
de
Lorraine
annonce
, mon R. Pere , un ouDECEMBRE.
1755. 147
vrage curieux , utile & fçavant ; mais permettez-
moi de vous propofer mes regrets
fur la forme alphabétique que vous voulez
donner à ce recueil précieux.
Je fçais que vous fuivez en cela des
exemples illuftres ; & fans fortir de l'Abbaye
de Senones , vous avez devant les
yeux le refpectable Auteur de l'Hiſtoire de
Lorraine , qui dans la bibliothéque de cette
province , a confondu tous les hommes
célebres , fans diftinction de tems , de profeffion
ni de facultés .
N'auroit-on pas été bien plus fatisfait
en trouvant dans cet ouvrage chaque fçavant
, artiſte , ou homme de lettres , placé
felon le tems , où il a honoré fon pays ;
difpofition qui préfenteroit un tableau
gracieux & inftructif de l'état des fciences
& des arts dans la Lorraine en chaque
fiécle & c'est même le deffein que Dom
Calmet annonce dans fa préface , comme
c'eft auffi le feul but raifonnable qu'on
puiffe fe propofer en donnant au public
une hiftoire littéraire.
: Ce que je viens de dire , mon R. Pere ,
doit s'appliquer à votre Nobiliaire. Il deviendroit
une hiftoire héraldique & généalogique
de laLorraine, & un tableau des
illuftrations & des accroiffemens de la
nobleffe , fi vous vouliez difpofer toutes
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
les maiſons & familles nobles & ennoblies
par ordre chronologique ; fçavoir les anciennes
maifons du pays , fuivant le tems
où leurs auteurs fe font le plus illuftrés ,
& les familles étrangeres dans celui où elles
ont commencé à paroître avec éclat en
Lorraine , & les ennoblis fuivant la date de
leurs Lettres.
Par cet arrangement on auroit une gallerie
héroïque qui rappelleroit l'hiftoire
du pays en même tems que celle des familles
,
, par l'attention avec laquelle on
citeroit (lorfqu'il y auroit lieu ) les fervices
qui auroient fait connoître le chef &
les defcendans du nom dont il feroit queftion
.
C'eft la feule méthode qui puiffe réunir
l'utilité & l'agrément , & rendre un ou
vrage digne de la curiofité des lecteurs de
gout , qui , cherchant dans toute lecture à
fe former un plan de la matiere traitée ,
font fatigués & rebutés par des tranſlations
fubites & continuelles d'un fiécle à
un autre.
A l'égard de ceux qui n'ont befoin que
de quelques recherches ifolées , une table
alphabétique les met auffi à portée de fe
fatisfaire , que fi tout l'ouvrage étoit dans
cette forme.
Un autre avantage de la méthode chro
1
DECEMBRE. 1755. 149
nologique , c'eft de fe prêter aux additions
que l'on eft obligé de faire à tout ce qui
dépend de la fucceffion des tems , & com
ment coudre un fupplément à un recueil
alphabétique fans fuivre un autre ordre ,
ce qui indique par foi - même le défaut de
l'ouvrage primitif , dont l'Auteur eft quelquefois
bientôt oublié & effacé par un
nouveau venu qui s'approprie le travail
entier au moyen d'une refonte qui lui coute
peu , au lieu que la facilité de joindre
des fupplémens à un ouvrage chronologique
, en conferve & maintient long- tems
le fonds & la gloire.
Il feroit à fouhaiter que cet inconvénient
ranimât un peu l'émulation des Auteurs
qui fe livrent aujourd'hui par une
fantaifie de mode à mettre tout en décou
pures , fous le nom de Dictionnaires ou
d'Almanachs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
L'OBSERVATEUR HOLLANDOIS , OU
Lettres de M. de Van ** à M. H ** de la
Haye, fur l'état préfent des affaires de l'Eu .
rope ; à la Haye 1755 ; & fe trouve à Paris
, chez Defaint & Saillant . Il a déja paru
trois de ces Lettres , & il en paroîtra une
réguliérement tous les quinze jours.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
Nous croyons devoir à ce fujet rappeller
un ouvrage juftement eftimé , qui a
pour titre Hiftoire & Commerce des Colonies
Angloifes , & c. On y trouve des notions
générales fur ces matieres. Ce livre
eft même le feul qui ait donné fur les Colonies
en question des détails, & des détails
furs .
EXAMEN PHYSIQUE ET CHIMIQUE
d'une eau minerale , trouvée chez M. de
Calfabigi à Paffy , comparée aux eaux du
même côteau , connues fous le nom des
nouvelles eaux minerales de Madame Belami
,,
par le Sr de Machy , Apothicaire ,
gagnant maîtriſe à l'Hôtel-Dieu . On trou
vera dans l'article des fciences , des réflexions
fur l'utilité du bleu de Pruffe , tiré
des eaux de M. de Calfabigi , en réponſe à
ce que le Sr de Machy en dit dans cet examen.'
CATALOGUE DES LIVRES , tant de
France que des pays étrangers , imprimés ,
ou qui fe trouvent à Paris , chez Guillyn ,
quai des Auguftins , au lys d'or . 1755 .
Nous allons annoncer aujourd'hui plufieurs
de ces livres que nous continuerons
à indiquer fucceffivement dans les Mercures
qui fuivront. Le Libraire promet de
DECEMBRE. 1755. 151
donner chaque année un nouveau Catalogue
dans le même gout.
ADOLPHI (Chrifto. Michael . ) Tractatus
de Fontibus quibufdam Soteriis . Vratif
lavia , in- 8 ° . Albini ( Bernardi Siegfried )
Hiftoria Mufculorum Hominum , 1734.
in-4°.figures Allen. Synopfis univerfæ Medicine
practica , five doctiffimorum Virorum
de Morbis , eorumque caufis , ac remediis
judicia. 1753 - in- 8 ° . Alpinus ( Profperus
) de præfagiendâ vitâ & morte Agrotantium
, ex editione Hieronym . Dav.
Gaubii. 1754. 1 vol in-4°. Annales d'Efpagne
& de Portugal , &c . par Jean Alvart
de Colmenar. 1741. 2 vol. in-4°. grand
papier. figures. Architecture de Philippe
Vingboons , in fol. figures. Arrêts remarquables
du Parlement de Toulouſe , par
Catellan , in-4° . 3 vol. Ayreri ( Georgii-
Henrici ) Opufcula varii argumenti ; Juridica
fcilicet & Hiftorica , ex editione Joan .
Henrici Jurigii . 1746. trois parties in- 8 ° .
Bible par M. le Cene , in -fol. 2 vol. Idem . par
Martin. Idem par Offervald , in-fol . Idem .
par Defimarets , in fol. 2 vol. gr. papier.
Idem , par Luyken , in -fol. grand papier.
Breviarium Romanum fans renvois
Avenione, 4 vol . in - 12 . 17 50. Bibliotheque
des Prédicateurs , par le P. Houdry , Jéfuite
, 22. vol . in-4° .
>
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
AVERTISSEMENT au fujet du Recueil
périodique d'Obfervations de Médecine ,
Chirurgie , Pharmacie , &c. par M. Vandermonde
, Docteur , Régent de la Faculré
de Paris , chez Vincent , rue S. Severin ,
1755.
Ce Journal , comme l'avertiffement
nous l'annonce , n'eft pas fondé fur la
fimple curiofité. Il eft moins fait pour
plaire que pour inftruire . On n'y trouvera
pas , dit l'Auteur , ce qui peut uniquement
orner l'efprit , on y verra les moyens
d'abréger les fouffrances des hommes , ou
de prolonger leur vie . Ce Recueil par
objet doit être fupérieur & préférable à
tous les autres. Quel intérêt peut entrer
en comparaifon avec celui qui réfulte du
bien- être & de la confervation du genre
humain !
fon
On avertit ceux qui voudront foufcrire ,
que le Libraire a reçu par forme de foufcription
dans le courant de Novembre dernier,
& recevra en Décembre & Janvier prochains
, 7 liv. 4 fols , pour le prix de douze
Recueils de l'année. Les Soufcripteurs
qui lui donneront leur adreffe dans cette
ville , recevront ce Journal le premier jour
de chaque mois. Les Provinces pourront
auffi s'arranger avec leurs Libraires , &
DECEMBRE. 1755. 153
même le faire venir par la pofte. Il n'en
coûtera que fix fols de port. Le prix de
chaque Journal fera fixé à 12 fols pour
ceux qui ne foufcriront point.
de Senones , auteur d'un Nobiliaire
de Lorraine , annoncé & propafe
par ſouſcription
.
VOTRE
projet d'un Nobiliaire
de
Lorraine
annonce
, mon R. Pere , un ouDECEMBRE.
1755. 147
vrage curieux , utile & fçavant ; mais permettez-
moi de vous propofer mes regrets
fur la forme alphabétique que vous voulez
donner à ce recueil précieux.
Je fçais que vous fuivez en cela des
exemples illuftres ; & fans fortir de l'Abbaye
de Senones , vous avez devant les
yeux le refpectable Auteur de l'Hiſtoire de
Lorraine , qui dans la bibliothéque de cette
province , a confondu tous les hommes
célebres , fans diftinction de tems , de profeffion
ni de facultés .
N'auroit-on pas été bien plus fatisfait
en trouvant dans cet ouvrage chaque fçavant
, artiſte , ou homme de lettres , placé
felon le tems , où il a honoré fon pays ;
difpofition qui préfenteroit un tableau
gracieux & inftructif de l'état des fciences
& des arts dans la Lorraine en chaque
fiécle & c'est même le deffein que Dom
Calmet annonce dans fa préface , comme
c'eft auffi le feul but raifonnable qu'on
puiffe fe propofer en donnant au public
une hiftoire littéraire.
: Ce que je viens de dire , mon R. Pere ,
doit s'appliquer à votre Nobiliaire. Il deviendroit
une hiftoire héraldique & généalogique
de laLorraine, & un tableau des
illuftrations & des accroiffemens de la
nobleffe , fi vous vouliez difpofer toutes
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
les maiſons & familles nobles & ennoblies
par ordre chronologique ; fçavoir les anciennes
maifons du pays , fuivant le tems
où leurs auteurs fe font le plus illuftrés ,
& les familles étrangeres dans celui où elles
ont commencé à paroître avec éclat en
Lorraine , & les ennoblis fuivant la date de
leurs Lettres.
Par cet arrangement on auroit une gallerie
héroïque qui rappelleroit l'hiftoire
du pays en même tems que celle des familles
,
, par l'attention avec laquelle on
citeroit (lorfqu'il y auroit lieu ) les fervices
qui auroient fait connoître le chef &
les defcendans du nom dont il feroit queftion
.
C'eft la feule méthode qui puiffe réunir
l'utilité & l'agrément , & rendre un ou
vrage digne de la curiofité des lecteurs de
gout , qui , cherchant dans toute lecture à
fe former un plan de la matiere traitée ,
font fatigués & rebutés par des tranſlations
fubites & continuelles d'un fiécle à
un autre.
A l'égard de ceux qui n'ont befoin que
de quelques recherches ifolées , une table
alphabétique les met auffi à portée de fe
fatisfaire , que fi tout l'ouvrage étoit dans
cette forme.
Un autre avantage de la méthode chro
1
DECEMBRE. 1755. 149
nologique , c'eft de fe prêter aux additions
que l'on eft obligé de faire à tout ce qui
dépend de la fucceffion des tems , & com
ment coudre un fupplément à un recueil
alphabétique fans fuivre un autre ordre ,
ce qui indique par foi - même le défaut de
l'ouvrage primitif , dont l'Auteur eft quelquefois
bientôt oublié & effacé par un
nouveau venu qui s'approprie le travail
entier au moyen d'une refonte qui lui coute
peu , au lieu que la facilité de joindre
des fupplémens à un ouvrage chronologique
, en conferve & maintient long- tems
le fonds & la gloire.
Il feroit à fouhaiter que cet inconvénient
ranimât un peu l'émulation des Auteurs
qui fe livrent aujourd'hui par une
fantaifie de mode à mettre tout en décou
pures , fous le nom de Dictionnaires ou
d'Almanachs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
L'OBSERVATEUR HOLLANDOIS , OU
Lettres de M. de Van ** à M. H ** de la
Haye, fur l'état préfent des affaires de l'Eu .
rope ; à la Haye 1755 ; & fe trouve à Paris
, chez Defaint & Saillant . Il a déja paru
trois de ces Lettres , & il en paroîtra une
réguliérement tous les quinze jours.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
Nous croyons devoir à ce fujet rappeller
un ouvrage juftement eftimé , qui a
pour titre Hiftoire & Commerce des Colonies
Angloifes , & c. On y trouve des notions
générales fur ces matieres. Ce livre
eft même le feul qui ait donné fur les Colonies
en question des détails, & des détails
furs .
EXAMEN PHYSIQUE ET CHIMIQUE
d'une eau minerale , trouvée chez M. de
Calfabigi à Paffy , comparée aux eaux du
même côteau , connues fous le nom des
nouvelles eaux minerales de Madame Belami
,,
par le Sr de Machy , Apothicaire ,
gagnant maîtriſe à l'Hôtel-Dieu . On trou
vera dans l'article des fciences , des réflexions
fur l'utilité du bleu de Pruffe , tiré
des eaux de M. de Calfabigi , en réponſe à
ce que le Sr de Machy en dit dans cet examen.'
CATALOGUE DES LIVRES , tant de
France que des pays étrangers , imprimés ,
ou qui fe trouvent à Paris , chez Guillyn ,
quai des Auguftins , au lys d'or . 1755 .
Nous allons annoncer aujourd'hui plufieurs
de ces livres que nous continuerons
à indiquer fucceffivement dans les Mercures
qui fuivront. Le Libraire promet de
DECEMBRE. 1755. 151
donner chaque année un nouveau Catalogue
dans le même gout.
ADOLPHI (Chrifto. Michael . ) Tractatus
de Fontibus quibufdam Soteriis . Vratif
lavia , in- 8 ° . Albini ( Bernardi Siegfried )
Hiftoria Mufculorum Hominum , 1734.
in-4°.figures Allen. Synopfis univerfæ Medicine
practica , five doctiffimorum Virorum
de Morbis , eorumque caufis , ac remediis
judicia. 1753 - in- 8 ° . Alpinus ( Profperus
) de præfagiendâ vitâ & morte Agrotantium
, ex editione Hieronym . Dav.
Gaubii. 1754. 1 vol in-4°. Annales d'Efpagne
& de Portugal , &c . par Jean Alvart
de Colmenar. 1741. 2 vol. in-4°. grand
papier. figures. Architecture de Philippe
Vingboons , in fol. figures. Arrêts remarquables
du Parlement de Toulouſe , par
Catellan , in-4° . 3 vol. Ayreri ( Georgii-
Henrici ) Opufcula varii argumenti ; Juridica
fcilicet & Hiftorica , ex editione Joan .
Henrici Jurigii . 1746. trois parties in- 8 ° .
Bible par M. le Cene , in -fol. 2 vol. Idem . par
Martin. Idem par Offervald , in-fol . Idem .
par Defimarets , in fol. 2 vol. gr. papier.
Idem , par Luyken , in -fol. grand papier.
Breviarium Romanum fans renvois
Avenione, 4 vol . in - 12 . 17 50. Bibliotheque
des Prédicateurs , par le P. Houdry , Jéfuite
, 22. vol . in-4° .
>
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
AVERTISSEMENT au fujet du Recueil
périodique d'Obfervations de Médecine ,
Chirurgie , Pharmacie , &c. par M. Vandermonde
, Docteur , Régent de la Faculré
de Paris , chez Vincent , rue S. Severin ,
1755.
Ce Journal , comme l'avertiffement
nous l'annonce , n'eft pas fondé fur la
fimple curiofité. Il eft moins fait pour
plaire que pour inftruire . On n'y trouvera
pas , dit l'Auteur , ce qui peut uniquement
orner l'efprit , on y verra les moyens
d'abréger les fouffrances des hommes , ou
de prolonger leur vie . Ce Recueil par
objet doit être fupérieur & préférable à
tous les autres. Quel intérêt peut entrer
en comparaifon avec celui qui réfulte du
bien- être & de la confervation du genre
humain !
fon
On avertit ceux qui voudront foufcrire ,
que le Libraire a reçu par forme de foufcription
dans le courant de Novembre dernier,
& recevra en Décembre & Janvier prochains
, 7 liv. 4 fols , pour le prix de douze
Recueils de l'année. Les Soufcripteurs
qui lui donneront leur adreffe dans cette
ville , recevront ce Journal le premier jour
de chaque mois. Les Provinces pourront
auffi s'arranger avec leurs Libraires , &
DECEMBRE. 1755. 153
même le faire venir par la pofte. Il n'en
coûtera que fix fols de port. Le prix de
chaque Journal fera fixé à 12 fols pour
ceux qui ne foufcriront point.
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Résumé : Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
La lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, bénédictin de Senones, traite du projet de ce dernier pour un 'Nobiliaire de Lorraine'. L'auteur exprime ses regrets concernant l'organisation alphabétique choisie pour cet ouvrage, qu'il considère comme curieux, utile et savant. Il suggère que les savants, artistes ou hommes de lettres devraient être classés chronologiquement, suivant le temps où ils ont honoré leur pays. Cette méthode permettrait de présenter un tableau instructif de l'état des sciences et des arts en Lorraine à chaque siècle, comme l'a annoncé Dom Calmet dans sa préface. L'auteur propose que le 'Nobiliaire' soit organisé de manière chronologique, en commençant par les anciennes maisons du pays, suivies des familles étrangères et des ennoblis selon la date de leurs lettres. Cette disposition permettrait de créer une galerie héroïque rappelant l'histoire du pays et des familles, tout en citant les services rendus par les chefs et descendants des noms mentionnés. L'organisation chronologique faciliterait également les additions futures et éviterait les inconvénients des ouvrages alphabétiques, souvent oubliés et remplacés par des refontes. L'auteur espère que cette réflexion encouragera les auteurs à éviter la mode des dictionnaires ou almanachs en découpures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7564
p. 153-160
« LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Début :
LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...]
Mots clefs :
Poème, Peinture, Sang, Amour, Haine
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texteReconnaissance textuelle : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
LA PEINTURE , poëme , par M. Baillet ,
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
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Résumé : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Le texte présente une critique du poème 'La Peinture' de M. Baillet, Baron de Saint-Julien, disponible à Amsterdam et à Paris. Ce poème, composé de deux cents vers, célèbre l'art de la peinture et les talents de son auteur, qui combine un goût prononcé pour la peinture et un talent poétique. Le poème exalte la peinture comme un art noble, distinct d'un simple métier, et critique les artistes sans génie qui recherchent uniquement le gain matériel. Il inclut des réflexions philosophiques sur la supériorité des animaux sur les humains dans certains aspects. Le poème décrit également la peinture d'histoire, qui doit éveiller les passions humaines, et se termine par une évocation de la haine fratricide des fils de Jocaste. En outre, le texte mentionne un écrit en prose du même auteur intitulé 'Caractères des Peintres Français actuellement vivans'. D'autres publications de l'auteur sont également citées, telles que la tragédie 'La Mort de Séjan', une nouvelle méthode pour apprendre le latin, une grammaire française, et des observations critiques sur le commerce maritime.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7565
p. 160-164
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Début :
M. l'Abbé de Boismont ayant été élu par l'Académie Françoise à la place de feu [...]
Mots clefs :
Académie française, Discours, Nicolas Thyrel de Boismont, Esprit, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Françoife.
M. l'Abbé de Boifmont ayant été élu
par l'Académie Françoife à la place de feu
M. l'Evêque de Mirepoix , y prit féance le
25 Octobre. Le difcours qu'il prononça ,
fut trouvé très- éloquent , & nous ofons
affurer que l'impreffion ne lui a rien fair
perdre de fa beauté. Ceux qui ne l'ont ni
entendu ni lu , en jugeront par les traits
que j'en vais citer. Je les prendrai dans
l'apologie qu'il fait du caractere actuel
de l'éloquence de la chaire , à qui l'on rẹ-
proche d'être trop ornée , & de courir
trop après l'efprit . Pourquoi , dit-il , lorfqu'il
s'agit de commander aux paffions
des hommes , dédaigneroit-on le charme
le plus puiffant qui les foumette , & qui les
captive ? J'appelle ainfi cet heureux art
d'embellir la raifon , d'adoucir la rudeffe
de fes traits , de lui donner une teinture
vive & pénétrante , de la dépouiller de
DECEMBRE. 1755. 161
cette féchereffe qui révolte , de cette monotonie
qui dégoute , de cette pefanteur
qui attiédit , & qui fatigue. Que produitelle
fans le fecours de cet art ? une attention
morte , une conviction froide , un
hommage aride & inanimé ; quelquefois
la tentation de fe venger de l'ennui par
le doute , & toujours le dépit fecret de
fentir que ce qui peut laiffer encore quelques
nuages dans l'efprit , ne foit pas du
moins protégé par le fuffrage du coeur.
On regrette tous les jours , ajoute- t- il
plus bas , la majestueufe fimplicité des premiers
défenfeurs. On veut que dans ces
rems heureux tout pliât fous le poids de
la vérité feule , & que pour la rendre victorieufe
il ait fuffi de la montrer fans parure
& fans art ; mais que prétend- on par
cette fuppofition chagrine ? fe perfuade- ton
que les premiers panégyriftes de la foi
dédaignerent les teffources du génie , abandonnerent
la vérité à fon ' auftérité naturelle
, repoufferent d'une main fuperftitieuſe
tous les ornemens qu'elle avoue , &
qu'en un mot un zele brulant & impétueux
leur tint lieu de tout ? illufion démentie
par les précieux monumens qui nous refrent
de ces gran is hommes. Qu'on écoute
S. Paul foudroyant la raifon humaine au
milieu de l'Areopage ; quelle critique dé-
1
162 MERCURE DE FRANCE.
licate ! quelle philofophie fublime ! quel
tableau brillant de l'immenfité du premier
être ! Non , quels que fuffent alors les fuccès
de la foi , les moyens humains entrerent
, je ne dis pas dans la compofition ,
mais dans la propagation fucceffive de cette
oeuvre divine . Alors , comme de nos
jours les controverfes , les écrits , les dif
cours publics prirent la teinture du caractere
perfonnel de l'efprit dominant du
fiecle , & fi j'ofe m'exprimer ainfi de
l'impulsion générale des moeurs. Tertullien
fut févere & bouillant , S. Auguftin
profond & lumineux, S. Chryfoftome pompeux
& folide , S. Bernard fenfible & fieuri.
Leur zele ne porte nulle part l'empreinte
d'une raifon féche & décharnée ; ils
l'enrichiffent , ils la parent de tous les tréfors
de l'imagination , moins déliée peutêtre
, moins minutieufe que celle de nos
jours , parce que leur âge étant plus fimple
, les vices avoient , pour ainfi dire
plus de corps & de confiftance : la corrup
tion étoit moins adroite , moins myſtérieufe
; elle ne forçoit point par conféquent,
à ces détails , & à ces nuances qui reffemblent
quelquefois à un foin affecté de l'art,
& qui n'appartiennent cependant qu'à un
efprit d'exactitude & d'obfervation . Lorfque
le vice eft devenu ingénieux , il a failu
DECEMBRE. 1755. 163
le devenir avec lui , pour le combattre.
Cette maniere de juftifier la néceffité où
l'on eft aujourd'hui d'employer les armes
de l'efprit pour faire triompher la parole
de Dieu , eft elle- même auffi ingénieufe ,
qu'elle eft nouvelle & bien faifie.
Monfieur l'Abbé Alary répondit à mon
fieur l'Abbé de Boifmont. Son difcours
eut l'approbation génerale , & le mérite
à double titre. Il eft élégant & court.
Après avoir donné en peu de mots au Récipiendaire
la louange due à fon talent
pour la chaire , il fait ainfi l'éloge de M.
l'Evêque de Mirepoix .
Né dans le fein d'une famille entierement
confacrée à la Religion , il ne connut
de vrais devoirs que ceux qu'elle prefcrit.
Son exactitude à les remplir le fit
renoncer abfolument au monde ; mais
malgré fa retraite, il ne put être long- tems
ignoré. Il parut dans le public pour y annoncer
les vérités éternelles..... Il n'eut
de commerce avec les grands que dans le
tribunal de la pénitence , & ils fe firent
gloire , en devenant fes amis , d'être à fon
infçu les protecteurs. Ce furent là , Monfieur
, les deux feuls nroyens qui fervirent
à fon élévation . Il ne dut rien à la fortune
, tout fut l'ouvrage de la providence ,
dont les voies impénétrables le conduifi164
MERCURE DE FRANCE.
rent aux premiers honneurs de l'Eglife ;
mais à peine y fut- il parvenu qu'il fut forcé
de s'arracher à fes travaux apoftoliques
déja récompenfés par les fruits les plus
abondans.
Deſtiné à l'inftruction de l'héritier du
premier trône de l'univers , il ne changea
point de maximes ; la Religion fut toujours
la bafe de fa conduite. Il ne fut occupé
que d'infpirer à fon augufte Eleve
les fentimens d'une pieté folide & éclairée
, l'amour du devoir & le defir de s'inftruire
, qualités fi néceffaires aux Souverains,
qui veulent faire le bonheur de leurs
peuples. Nous fommes tous témoins du
fuccès de fes foins ; & pouvions - nous
moins attendre d'un Prince , qui , dès les
premiers momens qu'il a connu la raifon
a donné les preuves les plus brillantes de
la vivacité de fon efprit , les marques les
plus fures de la folidité de fon jugement ,
les indices les plus certains de la fenfibilité
de fon coeur , reffource fi défirable
pour tous les malheureux .
De l'Académie Françoife.
M. l'Abbé de Boifmont ayant été élu
par l'Académie Françoife à la place de feu
M. l'Evêque de Mirepoix , y prit féance le
25 Octobre. Le difcours qu'il prononça ,
fut trouvé très- éloquent , & nous ofons
affurer que l'impreffion ne lui a rien fair
perdre de fa beauté. Ceux qui ne l'ont ni
entendu ni lu , en jugeront par les traits
que j'en vais citer. Je les prendrai dans
l'apologie qu'il fait du caractere actuel
de l'éloquence de la chaire , à qui l'on rẹ-
proche d'être trop ornée , & de courir
trop après l'efprit . Pourquoi , dit-il , lorfqu'il
s'agit de commander aux paffions
des hommes , dédaigneroit-on le charme
le plus puiffant qui les foumette , & qui les
captive ? J'appelle ainfi cet heureux art
d'embellir la raifon , d'adoucir la rudeffe
de fes traits , de lui donner une teinture
vive & pénétrante , de la dépouiller de
DECEMBRE. 1755. 161
cette féchereffe qui révolte , de cette monotonie
qui dégoute , de cette pefanteur
qui attiédit , & qui fatigue. Que produitelle
fans le fecours de cet art ? une attention
morte , une conviction froide , un
hommage aride & inanimé ; quelquefois
la tentation de fe venger de l'ennui par
le doute , & toujours le dépit fecret de
fentir que ce qui peut laiffer encore quelques
nuages dans l'efprit , ne foit pas du
moins protégé par le fuffrage du coeur.
On regrette tous les jours , ajoute- t- il
plus bas , la majestueufe fimplicité des premiers
défenfeurs. On veut que dans ces
rems heureux tout pliât fous le poids de
la vérité feule , & que pour la rendre victorieufe
il ait fuffi de la montrer fans parure
& fans art ; mais que prétend- on par
cette fuppofition chagrine ? fe perfuade- ton
que les premiers panégyriftes de la foi
dédaignerent les teffources du génie , abandonnerent
la vérité à fon ' auftérité naturelle
, repoufferent d'une main fuperftitieuſe
tous les ornemens qu'elle avoue , &
qu'en un mot un zele brulant & impétueux
leur tint lieu de tout ? illufion démentie
par les précieux monumens qui nous refrent
de ces gran is hommes. Qu'on écoute
S. Paul foudroyant la raifon humaine au
milieu de l'Areopage ; quelle critique dé-
1
162 MERCURE DE FRANCE.
licate ! quelle philofophie fublime ! quel
tableau brillant de l'immenfité du premier
être ! Non , quels que fuffent alors les fuccès
de la foi , les moyens humains entrerent
, je ne dis pas dans la compofition ,
mais dans la propagation fucceffive de cette
oeuvre divine . Alors , comme de nos
jours les controverfes , les écrits , les dif
cours publics prirent la teinture du caractere
perfonnel de l'efprit dominant du
fiecle , & fi j'ofe m'exprimer ainfi de
l'impulsion générale des moeurs. Tertullien
fut févere & bouillant , S. Auguftin
profond & lumineux, S. Chryfoftome pompeux
& folide , S. Bernard fenfible & fieuri.
Leur zele ne porte nulle part l'empreinte
d'une raifon féche & décharnée ; ils
l'enrichiffent , ils la parent de tous les tréfors
de l'imagination , moins déliée peutêtre
, moins minutieufe que celle de nos
jours , parce que leur âge étant plus fimple
, les vices avoient , pour ainfi dire
plus de corps & de confiftance : la corrup
tion étoit moins adroite , moins myſtérieufe
; elle ne forçoit point par conféquent,
à ces détails , & à ces nuances qui reffemblent
quelquefois à un foin affecté de l'art,
& qui n'appartiennent cependant qu'à un
efprit d'exactitude & d'obfervation . Lorfque
le vice eft devenu ingénieux , il a failu
DECEMBRE. 1755. 163
le devenir avec lui , pour le combattre.
Cette maniere de juftifier la néceffité où
l'on eft aujourd'hui d'employer les armes
de l'efprit pour faire triompher la parole
de Dieu , eft elle- même auffi ingénieufe ,
qu'elle eft nouvelle & bien faifie.
Monfieur l'Abbé Alary répondit à mon
fieur l'Abbé de Boifmont. Son difcours
eut l'approbation génerale , & le mérite
à double titre. Il eft élégant & court.
Après avoir donné en peu de mots au Récipiendaire
la louange due à fon talent
pour la chaire , il fait ainfi l'éloge de M.
l'Evêque de Mirepoix .
Né dans le fein d'une famille entierement
confacrée à la Religion , il ne connut
de vrais devoirs que ceux qu'elle prefcrit.
Son exactitude à les remplir le fit
renoncer abfolument au monde ; mais
malgré fa retraite, il ne put être long- tems
ignoré. Il parut dans le public pour y annoncer
les vérités éternelles..... Il n'eut
de commerce avec les grands que dans le
tribunal de la pénitence , & ils fe firent
gloire , en devenant fes amis , d'être à fon
infçu les protecteurs. Ce furent là , Monfieur
, les deux feuls nroyens qui fervirent
à fon élévation . Il ne dut rien à la fortune
, tout fut l'ouvrage de la providence ,
dont les voies impénétrables le conduifi164
MERCURE DE FRANCE.
rent aux premiers honneurs de l'Eglife ;
mais à peine y fut- il parvenu qu'il fut forcé
de s'arracher à fes travaux apoftoliques
déja récompenfés par les fruits les plus
abondans.
Deſtiné à l'inftruction de l'héritier du
premier trône de l'univers , il ne changea
point de maximes ; la Religion fut toujours
la bafe de fa conduite. Il ne fut occupé
que d'infpirer à fon augufte Eleve
les fentimens d'une pieté folide & éclairée
, l'amour du devoir & le defir de s'inftruire
, qualités fi néceffaires aux Souverains,
qui veulent faire le bonheur de leurs
peuples. Nous fommes tous témoins du
fuccès de fes foins ; & pouvions - nous
moins attendre d'un Prince , qui , dès les
premiers momens qu'il a connu la raifon
a donné les preuves les plus brillantes de
la vivacité de fon efprit , les marques les
plus fures de la folidité de fon jugement ,
les indices les plus certains de la fenfibilité
de fon coeur , reffource fi défirable
pour tous les malheureux .
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Lors d'une séance publique de l'Académie Française, l'Abbé de Boifmont a été élu pour succéder à M. l'Évêque de Mirepoix. Le 25 octobre, il a prononcé un discours jugé très éloquent, dont la beauté n'a pas été altérée par l'impression. Dans ce discours, il a défendu l'éloquence de la chaire, souvent critiquée pour être trop ornée et trop spirituelle. Il a argumenté que l'art d'embellir la raison est nécessaire pour captiver et soumettre les passions humaines. Sans cet art, l'attention reste morte, la conviction froide, et l'audience peut être tentée de douter. Il a regretté la simplicité des premiers défenseurs de la foi, mais a souligné que même eux utilisaient des moyens humains pour propager leur message. Il a cité des exemples comme Saint Paul, Tertullien, Saint Augustin, Saint Chrysostome et Saint Bernard, qui enrichissaient leurs discours de trésors d'imagination. L'Abbé Alary a répondu à l'Abbé de Boifmont avec un discours élégant et court, louant le talent de ce dernier pour la chaire et rendant hommage à M. l'Évêque de Mirepoix. Ce dernier, né dans une famille dévouée à la religion, a consacré sa vie à ses devoirs religieux, annonçant les vérités éternelles et gagnant le respect des grands. Il a été choisi pour instruire l'héritier du trône, lui inspirant une piété solide et éclairée, l'amour du devoir et le désir de s'instruire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7566
p. 165-178
Lettre de M. L. R. Desh. P. R. sur la Chronologie de M. Newton.
Début :
COMME j'ai peu approfondi l'étude de la Chronologie, & que cet oeil de [...]
Mots clefs :
Chronologie, Newton, Règne, Rois, Roi, Expédition, Chiron, Sésostris, Égypte, Argonautes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. L. R. Desh. P. R. sur la Chronologie de M. Newton.
Lettre de M. L. R. Desh . P. R. fur la Chronologie
de M. Newton.
Cde la
Chronologie , & que cet oeil de OMME j'ai peu approfondi
l'étude
l'Hiftoire , graces à nos écrivains & à l'injure
des tems , eft couvert d'un nuage qui
nous en dérobe la clarté , mes opinions
pour ou contre M. Newton , ne peuvent
lui être ni favorables ni préjudiciables :
ainfi , Monfieur , je hazarde quelques reflexions
fur fa chronologie . Soyez perfuadé
le feul motif de vous obliger
m'a mis la plume à la main .
que
J'ai toujours penfé que l'Aftronomie
n'avoit été d'aucun fecours à l'Hiſtoire , &
cela pour deux raifons principales. 1 °.
Parce que nous ne fommes nullement furs
ni des Obfervateurs ni de la juſteſſe des
obfervations. 2 ° . Parce qu'il nous refte fi
peu de ces obfervations , qu'en les fuppo
166 MERCURE DE FRANCE.
1
fant très - exactes nous n'en ferions pas plus
avancés. Ce que je dis ici ne regarde que
les habitans de notre hémisphere. Les peuples
de la haute Afie font infiniment plus
avantagés que nous à cet égard. L'Afromie
a fleuri chez les Chinois dès le berceau
de leur empire : & quoique les annales
de la Chine ayent été endommagées
confidérablement par la tyrannie d'un Empereur
( 1 ) , il eft vrai néanmoins que le
feul Tchuntficou qui commence à l'an
722 avant Jeſus - Chrift , & finit à l'an
480 , contient trente - fix éclipfes de foleil .
En voilà certainement plus que tous les
livres des Grecs & des Romains ne nous
en ont tranfmis. Le dénombrement de ces
éclipfes fe trouve accompagné de la date
de l'année , du mois & de la note cyclique
du jour où chacune d'elles a parues ; mais
on n'a marqué ni l'heure , ni les minutes ,
ni la grandeur & la durée de chaque éclipfe.
Au refte elles font revêtues de toute
l'autorité poffible , parce qu'on fçait qu'il
y a eu de tout tems à la Chine un tribunal
d'Hiftoire , & que le calcul de chaque
éclipfe étoit remis au commencement de
(1 ) Chi-hoang - ti fondateur de la Dynaftie de
Thine. Son regne qui fut de 37 ans , commençe
l'an 246 avant Jeſus - Chriſt.
DECEMBRE . 1755. 167
l'année dans les archives de ce tribunal .
Je viens à M. N.
Pour fixer la date de l'expédition des
Argonautes , il eft obligé d'avoir recours
à un paffage d'Hipparque , qui porte en
fubftance , qu'Eudoxe fit paffer le colure des
équinoxes à travers la tête de la baleine , de
la croupe du belier , &c. Mais 1 ° . ce paffage
ne dit point fi le colure paffoit au centre
de la tête de la baleine & de la croupe
du belier , ce qu'il feroit important de fçavoir
avant que de paffer au calcul , & de
rien fixer. M. Newton avoue lui - même
que ces obfervations font imparfaites. ( 1 ) Si
ces obfervations font réellement imparfaites
, s'il eft libre de fuppofer que le colure
, au tems d'Eudoxe , paffoit plus ou
moins près du centre de la tête de la baleine
& de la croupe du belier , quelle
conféquence n'en tirera - t-on point contre
le fyftême adopté par M. Newton ? Le R.
P. Souciet a bien fait voir la prodigieufe
différence qui peut s'y trouver , lorsqu'il
fixe d'après ce même paffage d'Hipparque
une époque qui furpaffe de 533 ans celle
que donne M. Newton .
20. Je fuppofe avec M. Newton , qu'au
tems d'Eudoxe le colure des équinoxes
paffoit par le centre de la tête de la balei-
( 1 ) Newton , pag. 94,
168 MERCURE DE FRANCE.
ne , & c. quel rapport ceci aura - t - il avec
l'expédition des Argonautes ? M. N. va
nous l'apprendre. Il affure que Chiron le
Centaure fixa les colures dans l'ancienne
fphere aux mêmes lieux qu'Hipparque
nous dit qu'Eudoxe les avoit fuppofés plufieurs
fiecles après Chiron. M. Newton dit
de plus , qu'il femble que Chiron & Muſee
firent cettefphere pour l'ufage des Argonautes.
Je trouve que M. Newton a fagement
fait de ne point prendre ici le ton affirmatif.
En effet les raifons qu'il emploie à prouver
la conftruction & la deftination de cette
fphere font très foibles ; elles peuvent
même contribuer à établir un fentiment
tout oppofé. Il lui femble que cette ancienne
fphere a été faite pour l'ufage des
Argonautes , parce qu'il y rencontre des
noms qui ont rapport à leur expédition :
( 1 ) Les noms de belier d'or , le taureau aux
pieds d'airain dompté par Jaſon, les gemeaux
Caftor & Pollux , tous deux Argonautes , anprès
du cygne de Leda leur mere . Là étoient
repréſentés le navire Argo , & l'hydre ce dragon
fi vigilant ; enfuite la coupe de Médée ,
·
c. Je ne vois pas d'autre conféquence à
tirer de ceci , finon que cette fphere a été
faite certainement après l'expédition des
Argonautes. Ce n'eft donc point pour leur
(1) Newton , pag. 87.
ufage ,
DECEMBRE . 1755. 169
ufage , ni avant ou pendant leur expédition
qu'elle a été fabriquée ; il eft même
très -probable qu'elle ne l'a été qu'affez
long- tems après , & lorfque tous ces noms
furent devenus refpectables aux Grecs . Or
ils devinrent plus refpectables , à proportion
qu'ils furent envifagés dans un certain
dégré d'éloignement.
"
Cette réflexion qui feule détruit le ſyſtême
de M. N. réfulte naturellement de
l'examen de cette fphere . Elle n'a point
échappé à M. l'Abbé Bannier , puifqu'en
parlant de Chiron , ce fçavant Académicien
dit « De fçavoir maintenant dans
quel point du ciel il fixa les points des
équinoxes & des folftices , c'eft ce qui
eft inutile à mon fujet ; je laiffe cet article
à ceux qui ont attaqué ou défendu .
le célebre M. Mewton ( 1 ) , qui fait de ce
point le fondement de fa nouvelle chronologie.
Je remarquerai feulement que
» le Calendrier de Chiron devoit avoir
d'autres noms pour la plupart des conftellations
, que ceux qui parurent dans
les Calendriers qui eurent cours dans la
fuite , puifque l'expédition des Argo-
» nautes s'y trouve marquée par plufieurs
traces ; il s'y trouve même des noms
"
( 1 ) Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres,
to. ix , p. 95.
A. Feh H
170 MERCURE DE FRANCE.
"
qui la fuppofent faite , comme celui de
la coupe de Médée , & celui de Chiron
» lui-même. »
3. Si Chiron le Centaure fixa dans fa
fphere les colures aux mêmes lieux où
Eudoxe les fuppofa plufieurs fiecles après ,
il faut de nécellité avouer , ou qu'Eudoxe
n'a fait que copier Chiron , ou que l'un
de ces Aftronomes , & peut- être tous les
deux étoient de mauvais obfervateurs
auxquels on ne peut s'en rapporter en aucine
maniere,
Voilà cependant le pivot fur lequel M.
N. fait rouler fa nouvelle chronologie,
Eft -il étonnant qu'un fyftême bâti fur des
fondemens auffi mal affurés , ait trouvé
peu de partifans , malgré la célébrité de ce
grand homme ? Devoit - on par le refpect
dû à fa mémoire , ne pas attaquer une opinion
qui fronde les antiquités de toutes
les nations , & qui jette un vernis d'ignorance
, ou d'infidélité fur tous ceux qui
fe font mêlés d'écrire l'hiftoire.
Outre cette fixation de l'époque des
Argonautes , voici un fecond principe que
M. N. établit comme un point effentiel à
fa chronologie.
» Les Egyptiens eftimoient , dit-il ( 1 ) ,
» les regnes des Rois équivalens aux gé-
(1) Newton , pag. 53 .
1
DECEMBRE. 1755. 171
"
nérations des hommes : cependant trois
générations font cent aus , ainfi qu'on a
déja dit : Les Grecs & les Latins firent la
" même chofe , & c.
33
On voit par cet échantillon que je n'ai
point exageré en avançant que M. N. fappoit
toutes les hiftoires dans leurs fondemens.
Il fait entendre que ces nations ,
pour relever leur antiquité , ont allongé
les regnes de leurs Rois. Tout ce que M.
N. allegue pour foutenir cette accufation ,
eft contenu dans ce raifonnement . " (1)
» Selon le cours de la nature , les Rois
39 regnent , l'un portant l'autre , environ
18. ou 20 ans , chacun ; & fi on a des
exemples de ceux qui ont regné , l'un
» portant l'autre , 5 ou 6 années de plus ,
» on en a d'autres qui ont regné 5 ou 6
Dannées de moins ; 18 ou 20 ans font un
» juſte milieu .
Mais M. N. n'a-t- il pas penfé que ceci
ne pouvoit jamais être regardé comme
une regle générale ? Sur une très - longue
lifte des Rois il fe peut faire que le total
des regnes donnera à chacun d'eux environ
18 ou 20 ans. Que l'on prenne un
petit nombre de Rois , & qu'on évalue
leurs regnes , on verra qu'ils feront por-
( 1 ) Newton , pag. 54.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE:
tés , ou beaucoup plus haut , ou infini
ment au - deffous.
M. N. cite lui- même quelques exemples
de ces regnes qui , comptés par portion
égale , vont les uns à 11 ans , les autres
à 22. Je joindrai ici cinq à fix exemples
pour
faire voir combien cette maniere
de compter
certaine.
les regnes eft arbitraire & in-
Les huit derniers Rois de France , depuis
François I , jufqu'à Louis XIV inclufivement
, ont regné 201 ans 3 mois & 10
à 12 jours , c'est pour chaque regne 25 ans
mois & quelques jours.
Les 18 premiers Empereurs de la Dynaftie
des Tcheou , ont regné 504 ans ;
c'eft pour chacun d'eux 28 ans.
Les 20 premiers Princes de Thfine , Dynaftie
collatérale de celle de Tcheou , ont
regné sos ans ; c'eft 25 ans 3 mois pour
chaque regne.
Les 20 premiers Rois de Lou , Dynaſtie
collatérale des deux précédentes , ont regné
également sos ans , ce qui donnera
pour chacun d'eux le même nombre de 25
ans & 3 mois.
Les 10 Rois d'Affyrie depuis Nabonaffar
jufqu'à Mefeffimordac , ont regné 67
ans ; ce n'eft pour chacun d'eux que 6 ans
$ mois & 6 jours ; & je comprends enco
DECEMBRE. 1755. 173
re dans ce calcul 10 ans d'interregne .
Les 10 Rois Lombards d'Italie , depuis
Odoacre jufqu'à Narfés , ont regné 91 ans
& I mois , c'eft pour chaque regne 9 ans
1 mois & quelques jours.
Qu'on calcule tous ces regnes , fuivant
l'hypothèſe de M. N. on aura à compter
fur le pied de 20 ans , 41 ans 3 mois de
moins pour les 8 derniers Rois de France ;
144 ans de moins pour les 18 Empereurs
de Tcheou ; 145 ans de moins pour les
Princes des Dynafties de Thfine & de Lou.
133 ans de plus pour les Rois d'Affyrie ,
109 ans environ de plus pour les 10 Rois
d'Italie.
On court donc rifque avec la méthode
de M. N. d'errer au point d'augmenter
ou de diminuer les regnes de plus de la
moitié.
Cependant avec cette méthode qu'il
s'eft faite , & l'époque de l'expédition des
Argonautes qu'il croit avoir prouvée d'une
maniere folide , M. Newton ne trouve
plus de difficulté dans la Chronologie
, parce qu'il fe réferve le droit d'ajouter
ou de retrancher aux anciennes
époques , felon que fon fyftême l'exigera .
N'eft-il pas fingulier , après de tels principes
, d'entendre monfieur Newton nous
avertir férieufement dans une introduc
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
tion qui fe voit à la tête de ſon ouvrage ,
qu'il ne prétend pas porter l'exactitude
jufqu'à une année près ? « Je ne prétends
» pas porter l'exactitude jufqu'à une année
» près , dit - il ( 1 ) , il peut y avoir des
» erreurs de cinq , de dix , & quelquefois
de vingt ans ; mais cela ne va pas
plus loin ».
ע
Parcourons fon ouvrage , & voyons s'il
nous a tenu parole. « (2 ) L'Egypte fut
» d'abord partagée en différens petits
» royaumes comme les autres Etats , & ne
»forma que par dégrés une Monarchie ».
J'ofe affurer que ce fait eft totalement
faux : l'Egypte fut réunie d'abord fous
un feul Roi ; dans la fuite ce royaume fut
démembré , & devint le partage de plufieurs
Princes . Le Chevalier Marsham que
M. Newton paroît avoir confulté très-fouvent
, l'a jetté dans cette erreur ; en effet ,
Marsham dit dans un endroit , ( 3 ) Non
enim primis iftis temporibus , omnis Ægyptus
unius fuberat imperio , fed regiones diverſæ
diverfos habuerunt reges . M. N. a vu fans
doute ce paffage , mais il n'a pas pris garde
que Marsham dit ailleurs de Menès ,
premier Roi d'Egypte , qu'il commanda à
*
( 1 ) Introduction , p. 8. ( 2 ) Newton , p. 72 .
( 3 ) Chronicus Canon Egyptiacus . Edit . de Londres
, 1672. p. 23.
DECEMBRE. 1755. 173
Toute l'Egypte. ( 1 ) Nimirum ille Agyp-
10 omniprafuit. Les fils de Menès , après la
mort de leur pere , partagerent fon royaume
entr'eux. Ejus autem pofteri , diverfis potiti
Dynaftiis , illum communem omnium parentem
venerantur. Cette opinion n'eft
point particuliere au Chevalier Marsham ;
elle eft commune à tous les anciens Hiſtoriens
; & il ne faut que jetter un coup
d'oeil fur les différentes liftes des Rois d'Egypte
pour l'embraffer. Hérodote , Diodore
de Sicile , Eratofthenes , Manethon ,
Eufebe , Jule Africain , George le Syncelle
&c. voilà les garants fur l'autorité defquels
cette opinion eſt établie .
39
"( 2 ) Durant tout le tems que l'Egypte
fut partagée en plufieurs royaumes
>> on ne fçauroit , dit M. Newton , placer
» un Roi de toute l'Egypte , tel qu'étoit
Séfoftris ; il n'y a point d'Hiſtorien qui
le faffe plus moderne que Séfac : c'eſt
pourquoi ce Roi d'Egypte appellé Séfoftris
, eft le même que Séfac. Cette opi-
» nion n'eft point nouvelle ; Jofephe l'a infinuée
en affurant qu'Hérodote fe trom
»pe en attribuant les actions de Séfac à
» Séfoftris , & que la méprife vient feule-
>> ment du nom du Roi » .
(1 ) Idem. pag. 30. ( 2 ) Newton , p. 73.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Confondre les actions de deux Conqué
rans qui ont entr'elles de la reffemblance ,
attribuer à l'un ce que l'autre a fait , eft- celà
les identifier Hérodote a pu fe tromper
de la maniere que Jofephe le rapporte ,
mais jamais il n'a dit ou fait entendre que
Séfoftris & Séfac fuffent un feul & même
Prince. Ce n'est point non plus l'opinion
de Jofephe. Le fens de ce paffage deJofephe
eft , qu'Hérodote fe trompe en attribuant à
Séfoftris les actions de Séfac ; & c'eſt ainfi
que l'ont rendu les interpretes de cet Hiftorien
; M. N. lui-même ne l'a pas entendu
autrement ; mais ce qu'il ajoute , & que
la
méprise vient feulement du nom du Roi , eft
un commentaire qui ne fe voit pas dans le
texte de Jofephe. Ainfiloin d'infinuer que
Séfac foit le même que Séfoftris , Jofephe
fait entendre qu'ils font différens l'un de
l'autre. Au refte , M. Newton n'eft pas le
feul qui ait attribué cette erreur à Jofephe.
Bochart , Stillingfleet , Scaliger , Marsham,
Charpentier , & quelques autres l'ont cru
de même , ou plutôt fans examen , ils ſe
font copiés réciproquement. Sed pace dixerint
Virorum infignium , dit Perizonius , ( 1 )
omnes in eo errant , dùm hunc errorem Jofepho
tribuunt , qui longè aliud fenfit , & probè
fcivit diverfos fuiffe bos
reges. Perizonius
( 1 ) Perizonius dans fes
3, 5, 8.
origines facrées
DECEMBRE. 1755. 177
cite le palfage contefté. Περὶ & πλανήθεις
Ηρόδοτος τὰς πραξεις Σεσοςρει προσάπτει ,
qu'il traduit , & qu'il a raifon de traduire
ainfi : De
quo in errorem lapfus eft Herododum
ejus ( Sefak ) res geftas Sefoftridi
tribuit.
,
Mais que veut dire ce raifonnement de
M. Newton. Il n'y a point d'Historien qui
faffe Séfoftris plus moderne que Séfac , c'est
pourquoi ce Roi d'Egypte appellé Séfoftris , eft
le même que Séfac . Je demande fi cette maniere
de raiſonner ne revient point à celleci.
Il n'y a point d'Hiftorien qui faffe Hen .
ri IV. plus moderne que Louis XIV. donc
ce Roi de France appellé Henri IV . eft le
le même que Louis XIV. Comment les
Hiftoriens auroient- ils fait Séfoftris plus
moderne que Séfac , pendant qu'il l'a précédé
Je le répete , je penfe avec Usher &
Perizonius qu'on ne doit pas confondre
Séfoftris & Séfac. Pour s'en convaincre ,
il ne faut que jetter un coup d'oeil fur les
différentes liftes des Dynafties Egyptiennes.
Ces deux Princes y font marqués chacun
à fon rang , & diftingués par les années
de leur regne , par leur nom , & par
leurs actions .
Sefoftris y porte les noms de Séthos , Sefoofis
, Séthofis ; Séfac porte ceux de Séfonchofis
, Séfochris , Géfongofes ou Séfonchoris
, Séfenchofis. Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
On convient que la finale is , ris , a été
ajoutée par les Grecs. Or dans Séfoftris
Sefoofis , Séthofis , Séthos , il faut convenir
avec M. Fourmont ( 1 ) l'aîné , que le
nom le mieux orthographié ou le moins
corrompu eft celui de Séthos . Le changement
du T , en TS , & en S, eft commun
chez les Orientaux : de maniere que les
uns pouvoient écrire Séthos , pendant que
d'autres prononçoient Setfos ou Séfos.
Quant aux différens noms de Séfac , le
plus corrompu eft celui de Gefongofes :
tous les autres , quoique altérés , ont les
trois lettres radicales qui compofent le
nom de Séfac. Le Noun ou l'N inférée, ne
doit point faire de peine , c'eſt encore un
ufage familier aux Orientaux , & M. Newton
en avertit lui- même lorfqu'il dit , « (2 )
» Sefonchofis & Séfac , ne different pas
plus que Memphis & Moph , qui font
deux noms de la même ville » .
"
Séfac foumit Jerufalem ; voilà tout ce
que l'Ecriture Sainte nous en dit : pourquoi
donc lui attribuer toutes les conquêtes
de Séfoftris ?
( 1 ) Réflexions Critiques , Tom. II . p. 156.
(2 ) Newton , p. 72.
Lafuite pour le mois prochain.
de M. Newton.
Cde la
Chronologie , & que cet oeil de OMME j'ai peu approfondi
l'étude
l'Hiftoire , graces à nos écrivains & à l'injure
des tems , eft couvert d'un nuage qui
nous en dérobe la clarté , mes opinions
pour ou contre M. Newton , ne peuvent
lui être ni favorables ni préjudiciables :
ainfi , Monfieur , je hazarde quelques reflexions
fur fa chronologie . Soyez perfuadé
le feul motif de vous obliger
m'a mis la plume à la main .
que
J'ai toujours penfé que l'Aftronomie
n'avoit été d'aucun fecours à l'Hiſtoire , &
cela pour deux raifons principales. 1 °.
Parce que nous ne fommes nullement furs
ni des Obfervateurs ni de la juſteſſe des
obfervations. 2 ° . Parce qu'il nous refte fi
peu de ces obfervations , qu'en les fuppo
166 MERCURE DE FRANCE.
1
fant très - exactes nous n'en ferions pas plus
avancés. Ce que je dis ici ne regarde que
les habitans de notre hémisphere. Les peuples
de la haute Afie font infiniment plus
avantagés que nous à cet égard. L'Afromie
a fleuri chez les Chinois dès le berceau
de leur empire : & quoique les annales
de la Chine ayent été endommagées
confidérablement par la tyrannie d'un Empereur
( 1 ) , il eft vrai néanmoins que le
feul Tchuntficou qui commence à l'an
722 avant Jeſus - Chrift , & finit à l'an
480 , contient trente - fix éclipfes de foleil .
En voilà certainement plus que tous les
livres des Grecs & des Romains ne nous
en ont tranfmis. Le dénombrement de ces
éclipfes fe trouve accompagné de la date
de l'année , du mois & de la note cyclique
du jour où chacune d'elles a parues ; mais
on n'a marqué ni l'heure , ni les minutes ,
ni la grandeur & la durée de chaque éclipfe.
Au refte elles font revêtues de toute
l'autorité poffible , parce qu'on fçait qu'il
y a eu de tout tems à la Chine un tribunal
d'Hiftoire , & que le calcul de chaque
éclipfe étoit remis au commencement de
(1 ) Chi-hoang - ti fondateur de la Dynaftie de
Thine. Son regne qui fut de 37 ans , commençe
l'an 246 avant Jeſus - Chriſt.
DECEMBRE . 1755. 167
l'année dans les archives de ce tribunal .
Je viens à M. N.
Pour fixer la date de l'expédition des
Argonautes , il eft obligé d'avoir recours
à un paffage d'Hipparque , qui porte en
fubftance , qu'Eudoxe fit paffer le colure des
équinoxes à travers la tête de la baleine , de
la croupe du belier , &c. Mais 1 ° . ce paffage
ne dit point fi le colure paffoit au centre
de la tête de la baleine & de la croupe
du belier , ce qu'il feroit important de fçavoir
avant que de paffer au calcul , & de
rien fixer. M. Newton avoue lui - même
que ces obfervations font imparfaites. ( 1 ) Si
ces obfervations font réellement imparfaites
, s'il eft libre de fuppofer que le colure
, au tems d'Eudoxe , paffoit plus ou
moins près du centre de la tête de la baleine
& de la croupe du belier , quelle
conféquence n'en tirera - t-on point contre
le fyftême adopté par M. Newton ? Le R.
P. Souciet a bien fait voir la prodigieufe
différence qui peut s'y trouver , lorsqu'il
fixe d'après ce même paffage d'Hipparque
une époque qui furpaffe de 533 ans celle
que donne M. Newton .
20. Je fuppofe avec M. Newton , qu'au
tems d'Eudoxe le colure des équinoxes
paffoit par le centre de la tête de la balei-
( 1 ) Newton , pag. 94,
168 MERCURE DE FRANCE.
ne , & c. quel rapport ceci aura - t - il avec
l'expédition des Argonautes ? M. N. va
nous l'apprendre. Il affure que Chiron le
Centaure fixa les colures dans l'ancienne
fphere aux mêmes lieux qu'Hipparque
nous dit qu'Eudoxe les avoit fuppofés plufieurs
fiecles après Chiron. M. Newton dit
de plus , qu'il femble que Chiron & Muſee
firent cettefphere pour l'ufage des Argonautes.
Je trouve que M. Newton a fagement
fait de ne point prendre ici le ton affirmatif.
En effet les raifons qu'il emploie à prouver
la conftruction & la deftination de cette
fphere font très foibles ; elles peuvent
même contribuer à établir un fentiment
tout oppofé. Il lui femble que cette ancienne
fphere a été faite pour l'ufage des
Argonautes , parce qu'il y rencontre des
noms qui ont rapport à leur expédition :
( 1 ) Les noms de belier d'or , le taureau aux
pieds d'airain dompté par Jaſon, les gemeaux
Caftor & Pollux , tous deux Argonautes , anprès
du cygne de Leda leur mere . Là étoient
repréſentés le navire Argo , & l'hydre ce dragon
fi vigilant ; enfuite la coupe de Médée ,
·
c. Je ne vois pas d'autre conféquence à
tirer de ceci , finon que cette fphere a été
faite certainement après l'expédition des
Argonautes. Ce n'eft donc point pour leur
(1) Newton , pag. 87.
ufage ,
DECEMBRE . 1755. 169
ufage , ni avant ou pendant leur expédition
qu'elle a été fabriquée ; il eft même
très -probable qu'elle ne l'a été qu'affez
long- tems après , & lorfque tous ces noms
furent devenus refpectables aux Grecs . Or
ils devinrent plus refpectables , à proportion
qu'ils furent envifagés dans un certain
dégré d'éloignement.
"
Cette réflexion qui feule détruit le ſyſtême
de M. N. réfulte naturellement de
l'examen de cette fphere . Elle n'a point
échappé à M. l'Abbé Bannier , puifqu'en
parlant de Chiron , ce fçavant Académicien
dit « De fçavoir maintenant dans
quel point du ciel il fixa les points des
équinoxes & des folftices , c'eft ce qui
eft inutile à mon fujet ; je laiffe cet article
à ceux qui ont attaqué ou défendu .
le célebre M. Mewton ( 1 ) , qui fait de ce
point le fondement de fa nouvelle chronologie.
Je remarquerai feulement que
» le Calendrier de Chiron devoit avoir
d'autres noms pour la plupart des conftellations
, que ceux qui parurent dans
les Calendriers qui eurent cours dans la
fuite , puifque l'expédition des Argo-
» nautes s'y trouve marquée par plufieurs
traces ; il s'y trouve même des noms
"
( 1 ) Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres,
to. ix , p. 95.
A. Feh H
170 MERCURE DE FRANCE.
"
qui la fuppofent faite , comme celui de
la coupe de Médée , & celui de Chiron
» lui-même. »
3. Si Chiron le Centaure fixa dans fa
fphere les colures aux mêmes lieux où
Eudoxe les fuppofa plufieurs fiecles après ,
il faut de nécellité avouer , ou qu'Eudoxe
n'a fait que copier Chiron , ou que l'un
de ces Aftronomes , & peut- être tous les
deux étoient de mauvais obfervateurs
auxquels on ne peut s'en rapporter en aucine
maniere,
Voilà cependant le pivot fur lequel M.
N. fait rouler fa nouvelle chronologie,
Eft -il étonnant qu'un fyftême bâti fur des
fondemens auffi mal affurés , ait trouvé
peu de partifans , malgré la célébrité de ce
grand homme ? Devoit - on par le refpect
dû à fa mémoire , ne pas attaquer une opinion
qui fronde les antiquités de toutes
les nations , & qui jette un vernis d'ignorance
, ou d'infidélité fur tous ceux qui
fe font mêlés d'écrire l'hiftoire.
Outre cette fixation de l'époque des
Argonautes , voici un fecond principe que
M. N. établit comme un point effentiel à
fa chronologie.
» Les Egyptiens eftimoient , dit-il ( 1 ) ,
» les regnes des Rois équivalens aux gé-
(1) Newton , pag. 53 .
1
DECEMBRE. 1755. 171
"
nérations des hommes : cependant trois
générations font cent aus , ainfi qu'on a
déja dit : Les Grecs & les Latins firent la
" même chofe , & c.
33
On voit par cet échantillon que je n'ai
point exageré en avançant que M. N. fappoit
toutes les hiftoires dans leurs fondemens.
Il fait entendre que ces nations ,
pour relever leur antiquité , ont allongé
les regnes de leurs Rois. Tout ce que M.
N. allegue pour foutenir cette accufation ,
eft contenu dans ce raifonnement . " (1)
» Selon le cours de la nature , les Rois
39 regnent , l'un portant l'autre , environ
18. ou 20 ans , chacun ; & fi on a des
exemples de ceux qui ont regné , l'un
» portant l'autre , 5 ou 6 années de plus ,
» on en a d'autres qui ont regné 5 ou 6
Dannées de moins ; 18 ou 20 ans font un
» juſte milieu .
Mais M. N. n'a-t- il pas penfé que ceci
ne pouvoit jamais être regardé comme
une regle générale ? Sur une très - longue
lifte des Rois il fe peut faire que le total
des regnes donnera à chacun d'eux environ
18 ou 20 ans. Que l'on prenne un
petit nombre de Rois , & qu'on évalue
leurs regnes , on verra qu'ils feront por-
( 1 ) Newton , pag. 54.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE:
tés , ou beaucoup plus haut , ou infini
ment au - deffous.
M. N. cite lui- même quelques exemples
de ces regnes qui , comptés par portion
égale , vont les uns à 11 ans , les autres
à 22. Je joindrai ici cinq à fix exemples
pour
faire voir combien cette maniere
de compter
certaine.
les regnes eft arbitraire & in-
Les huit derniers Rois de France , depuis
François I , jufqu'à Louis XIV inclufivement
, ont regné 201 ans 3 mois & 10
à 12 jours , c'est pour chaque regne 25 ans
mois & quelques jours.
Les 18 premiers Empereurs de la Dynaftie
des Tcheou , ont regné 504 ans ;
c'eft pour chacun d'eux 28 ans.
Les 20 premiers Princes de Thfine , Dynaftie
collatérale de celle de Tcheou , ont
regné sos ans ; c'eft 25 ans 3 mois pour
chaque regne.
Les 20 premiers Rois de Lou , Dynaſtie
collatérale des deux précédentes , ont regné
également sos ans , ce qui donnera
pour chacun d'eux le même nombre de 25
ans & 3 mois.
Les 10 Rois d'Affyrie depuis Nabonaffar
jufqu'à Mefeffimordac , ont regné 67
ans ; ce n'eft pour chacun d'eux que 6 ans
$ mois & 6 jours ; & je comprends enco
DECEMBRE. 1755. 173
re dans ce calcul 10 ans d'interregne .
Les 10 Rois Lombards d'Italie , depuis
Odoacre jufqu'à Narfés , ont regné 91 ans
& I mois , c'eft pour chaque regne 9 ans
1 mois & quelques jours.
Qu'on calcule tous ces regnes , fuivant
l'hypothèſe de M. N. on aura à compter
fur le pied de 20 ans , 41 ans 3 mois de
moins pour les 8 derniers Rois de France ;
144 ans de moins pour les 18 Empereurs
de Tcheou ; 145 ans de moins pour les
Princes des Dynafties de Thfine & de Lou.
133 ans de plus pour les Rois d'Affyrie ,
109 ans environ de plus pour les 10 Rois
d'Italie.
On court donc rifque avec la méthode
de M. N. d'errer au point d'augmenter
ou de diminuer les regnes de plus de la
moitié.
Cependant avec cette méthode qu'il
s'eft faite , & l'époque de l'expédition des
Argonautes qu'il croit avoir prouvée d'une
maniere folide , M. Newton ne trouve
plus de difficulté dans la Chronologie
, parce qu'il fe réferve le droit d'ajouter
ou de retrancher aux anciennes
époques , felon que fon fyftême l'exigera .
N'eft-il pas fingulier , après de tels principes
, d'entendre monfieur Newton nous
avertir férieufement dans une introduc
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
tion qui fe voit à la tête de ſon ouvrage ,
qu'il ne prétend pas porter l'exactitude
jufqu'à une année près ? « Je ne prétends
» pas porter l'exactitude jufqu'à une année
» près , dit - il ( 1 ) , il peut y avoir des
» erreurs de cinq , de dix , & quelquefois
de vingt ans ; mais cela ne va pas
plus loin ».
ע
Parcourons fon ouvrage , & voyons s'il
nous a tenu parole. « (2 ) L'Egypte fut
» d'abord partagée en différens petits
» royaumes comme les autres Etats , & ne
»forma que par dégrés une Monarchie ».
J'ofe affurer que ce fait eft totalement
faux : l'Egypte fut réunie d'abord fous
un feul Roi ; dans la fuite ce royaume fut
démembré , & devint le partage de plufieurs
Princes . Le Chevalier Marsham que
M. Newton paroît avoir confulté très-fouvent
, l'a jetté dans cette erreur ; en effet ,
Marsham dit dans un endroit , ( 3 ) Non
enim primis iftis temporibus , omnis Ægyptus
unius fuberat imperio , fed regiones diverſæ
diverfos habuerunt reges . M. N. a vu fans
doute ce paffage , mais il n'a pas pris garde
que Marsham dit ailleurs de Menès ,
premier Roi d'Egypte , qu'il commanda à
*
( 1 ) Introduction , p. 8. ( 2 ) Newton , p. 72 .
( 3 ) Chronicus Canon Egyptiacus . Edit . de Londres
, 1672. p. 23.
DECEMBRE. 1755. 173
Toute l'Egypte. ( 1 ) Nimirum ille Agyp-
10 omniprafuit. Les fils de Menès , après la
mort de leur pere , partagerent fon royaume
entr'eux. Ejus autem pofteri , diverfis potiti
Dynaftiis , illum communem omnium parentem
venerantur. Cette opinion n'eft
point particuliere au Chevalier Marsham ;
elle eft commune à tous les anciens Hiſtoriens
; & il ne faut que jetter un coup
d'oeil fur les différentes liftes des Rois d'Egypte
pour l'embraffer. Hérodote , Diodore
de Sicile , Eratofthenes , Manethon ,
Eufebe , Jule Africain , George le Syncelle
&c. voilà les garants fur l'autorité defquels
cette opinion eſt établie .
39
"( 2 ) Durant tout le tems que l'Egypte
fut partagée en plufieurs royaumes
>> on ne fçauroit , dit M. Newton , placer
» un Roi de toute l'Egypte , tel qu'étoit
Séfoftris ; il n'y a point d'Hiſtorien qui
le faffe plus moderne que Séfac : c'eſt
pourquoi ce Roi d'Egypte appellé Séfoftris
, eft le même que Séfac. Cette opi-
» nion n'eft point nouvelle ; Jofephe l'a infinuée
en affurant qu'Hérodote fe trom
»pe en attribuant les actions de Séfac à
» Séfoftris , & que la méprife vient feule-
>> ment du nom du Roi » .
(1 ) Idem. pag. 30. ( 2 ) Newton , p. 73.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Confondre les actions de deux Conqué
rans qui ont entr'elles de la reffemblance ,
attribuer à l'un ce que l'autre a fait , eft- celà
les identifier Hérodote a pu fe tromper
de la maniere que Jofephe le rapporte ,
mais jamais il n'a dit ou fait entendre que
Séfoftris & Séfac fuffent un feul & même
Prince. Ce n'est point non plus l'opinion
de Jofephe. Le fens de ce paffage deJofephe
eft , qu'Hérodote fe trompe en attribuant à
Séfoftris les actions de Séfac ; & c'eſt ainfi
que l'ont rendu les interpretes de cet Hiftorien
; M. N. lui-même ne l'a pas entendu
autrement ; mais ce qu'il ajoute , & que
la
méprise vient feulement du nom du Roi , eft
un commentaire qui ne fe voit pas dans le
texte de Jofephe. Ainfiloin d'infinuer que
Séfac foit le même que Séfoftris , Jofephe
fait entendre qu'ils font différens l'un de
l'autre. Au refte , M. Newton n'eft pas le
feul qui ait attribué cette erreur à Jofephe.
Bochart , Stillingfleet , Scaliger , Marsham,
Charpentier , & quelques autres l'ont cru
de même , ou plutôt fans examen , ils ſe
font copiés réciproquement. Sed pace dixerint
Virorum infignium , dit Perizonius , ( 1 )
omnes in eo errant , dùm hunc errorem Jofepho
tribuunt , qui longè aliud fenfit , & probè
fcivit diverfos fuiffe bos
reges. Perizonius
( 1 ) Perizonius dans fes
3, 5, 8.
origines facrées
DECEMBRE. 1755. 177
cite le palfage contefté. Περὶ & πλανήθεις
Ηρόδοτος τὰς πραξεις Σεσοςρει προσάπτει ,
qu'il traduit , & qu'il a raifon de traduire
ainfi : De
quo in errorem lapfus eft Herododum
ejus ( Sefak ) res geftas Sefoftridi
tribuit.
,
Mais que veut dire ce raifonnement de
M. Newton. Il n'y a point d'Historien qui
faffe Séfoftris plus moderne que Séfac , c'est
pourquoi ce Roi d'Egypte appellé Séfoftris , eft
le même que Séfac . Je demande fi cette maniere
de raiſonner ne revient point à celleci.
Il n'y a point d'Hiftorien qui faffe Hen .
ri IV. plus moderne que Louis XIV. donc
ce Roi de France appellé Henri IV . eft le
le même que Louis XIV. Comment les
Hiftoriens auroient- ils fait Séfoftris plus
moderne que Séfac , pendant qu'il l'a précédé
Je le répete , je penfe avec Usher &
Perizonius qu'on ne doit pas confondre
Séfoftris & Séfac. Pour s'en convaincre ,
il ne faut que jetter un coup d'oeil fur les
différentes liftes des Dynafties Egyptiennes.
Ces deux Princes y font marqués chacun
à fon rang , & diftingués par les années
de leur regne , par leur nom , & par
leurs actions .
Sefoftris y porte les noms de Séthos , Sefoofis
, Séthofis ; Séfac porte ceux de Séfonchofis
, Séfochris , Géfongofes ou Séfonchoris
, Séfenchofis. Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
On convient que la finale is , ris , a été
ajoutée par les Grecs. Or dans Séfoftris
Sefoofis , Séthofis , Séthos , il faut convenir
avec M. Fourmont ( 1 ) l'aîné , que le
nom le mieux orthographié ou le moins
corrompu eft celui de Séthos . Le changement
du T , en TS , & en S, eft commun
chez les Orientaux : de maniere que les
uns pouvoient écrire Séthos , pendant que
d'autres prononçoient Setfos ou Séfos.
Quant aux différens noms de Séfac , le
plus corrompu eft celui de Gefongofes :
tous les autres , quoique altérés , ont les
trois lettres radicales qui compofent le
nom de Séfac. Le Noun ou l'N inférée, ne
doit point faire de peine , c'eſt encore un
ufage familier aux Orientaux , & M. Newton
en avertit lui- même lorfqu'il dit , « (2 )
» Sefonchofis & Séfac , ne different pas
plus que Memphis & Moph , qui font
deux noms de la même ville » .
"
Séfac foumit Jerufalem ; voilà tout ce
que l'Ecriture Sainte nous en dit : pourquoi
donc lui attribuer toutes les conquêtes
de Séfoftris ?
( 1 ) Réflexions Critiques , Tom. II . p. 156.
(2 ) Newton , p. 72.
Lafuite pour le mois prochain.
Fermer
Résumé : Lettre de M. L. R. Desh. P. R. sur la Chronologie de M. Newton.
L'auteur de la lettre, M. L. R. Desh. P. R., examine la chronologie proposée par Isaac Newton, soulignant les difficultés liées à l'obscurité de l'histoire due aux écrits endommagés par le temps. Il note que l'astronomie n'a pas significativement éclairci les événements historiques en raison de l'incertitude et de la rareté des observations. Par exemple, les annales chinoises des éclipses solaires manquent de précisions sur l'heure et la durée. L'auteur critique la méthode de Newton pour fixer la date de l'expédition des Argonautes, basée sur des observations astronomiques imparfaites. Il mentionne que le Père Souciet a proposé une date différente, mettant en lumière les incohérences. Il conteste également l'idée que les anciens astronomes, comme Chiron, aient pu créer des sphères célestes pour les Argonautes, arguant que ces sphères ont probablement été fabriquées bien après l'expédition. L'auteur remet en question la méthode de Newton pour estimer la durée des règnes des rois, notant que cette méthode est arbitraire et peut conduire à des erreurs significatives. Il cite plusieurs exemples de règnes royaux pour illustrer cette variabilité. Enfin, il critique Newton pour avoir affirmé que l'Égypte était initialement divisée en petits royaumes, alors que les historiens anciens s'accordent à dire que l'Égypte était unifiée sous un seul roi dès le début. Le texte discute également de la distinction entre Séfoftris et Séfac, deux princes égyptiens mentionnés par différents historiens. Joseph ne considère pas Séfoftris et Séfac comme une seule et même personne, contrairement à Hérodote. Plusieurs interprètes, dont Newton, Bochart, Stillingfleet, Scaliger, Marsham et Charpentier, ont attribué cette erreur à Joseph, mais Perizonius conteste cette interprétation. Selon Perizonius, Joseph a clairement distingué les deux rois. Séfoftris et Séfac sont marqués différemment dans les listes des dynasties égyptiennes par leurs noms, leurs années de règne et leurs actions. Séfoftris porte les noms de Séthos, Sefoofis, Séthofis, tandis que Séfac porte ceux de Séfonchofis, Séfochris, Géfongofes ou Séfonchoris. Le texte mentionne également que la finale 'is' ou 'ris' a été ajoutée par les Grecs et que le nom le mieux orthographié pour Séfoftris est Séthos. Enfin, le texte critique l'attribution des conquêtes de Séfoftris à Séfac, soulignant que l'Écriture Sainte ne mentionne que la soumission de Jérusalem par Séfac.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7567
p. 179-192
Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Henri premier. 1033 & 1034. La famine se fait sentir à Paris (I), [...]
Mots clefs :
Ville de Paris, Paris, Abbaye, Roi, Église, Abbé, Évêques, Henri Ier, Philippe Ier, Louis VI, Pape, Monastère, Corps, Chanoines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Suite de l'abrégé historique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
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Résumé : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Le texte relate des événements historiques concernant Paris sous les règnes de Henri Ier et Philippe Ier, ainsi que des figures religieuses et monastiques notables. En 1033 et 1034, Paris est frappée par une famine sévère, où le prix du blé atteint soixante fois sa valeur normale. Cette crise entraîne une épidémie et un incendie majeur. En 1035, un concile se tient à Paris pour condamner Bérenger, accusé d'hérésie contre l'Eucharistie. Henri Ier accorde à l'évêque Imbert et à ses chanoines quatre églises situées dans les faubourgs de Paris. En 1059, Henri Ier fait sacrer et couronner son fils Philippe Ier à Reims, nommant Baudouin de Flandre comme tuteur. Henri Ier meurt en 1060 et fonde le monastère de Saint-Martin-des-Champs. Philippe Ier continue les travaux du monastère et le consacre en 1067. Sous son règne, les prévôts apparaissent, avec Étienne comme premier prévôt de Paris. En 1092, un concile se tient à Paris, et en 1093, l'abbaye Saint-Magloire est réformée. Guillaume, évêque de Paris, fait plusieurs donations aux chanoines et au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. En 1104, un concile à Paris voit Philippe Ier renoncer publiquement à une relation scandaleuse. En 1107, l'abbaye Saint-Éloi est supprimée, et plusieurs paroisses sont créées à sa place. Philippe Ier meurt en 1108 et est enterré à Saint-Benoît-sur-Loire. Son fils Louis VI lui succède. Sous Louis VI, des chartes sont données pour protéger les serfs de l'église de Paris. L'évêque Galon reçoit une relique de la vraie Croix. Guillaume de Champeaux fonde l'abbaye Saint-Victor, où Abélard obtient une chaire de professeur. Louis VI dote l'abbaye de revenus et de privilèges. Gilduin devient le premier abbé de Saint-Victor, et l'abbaye reçoit plusieurs donations et privilèges. Le texte mentionne également des événements liés à des monastères et des figures religieuses. En décembre 1755, des voyageurs de Cantorbéry se sont arrêtés dans un monastère en se rendant à Paris. Ce monastère conservait des reliques, notamment la cape de voyage d'un saint abbé et le cilice d'un saint archevêque. L'abbaye est devenue une congrégation comptant quarante abbayes et plus de cent monastères, comme mentionné dans le testament du roi Louis VIII en 1225. Cependant, cette congrégation a été dissoute en raison des malheurs des temps et du relâchement de la discipline monastique. Le texte évoque également la vie d'Abbélard, un théologien qui enseignait à Paris. Sa relation avec Héloïse, nièce de Fulbert, chanoine de Paris, est bien connue. Condamné pour sa doctrine sur la Trinité lors d'un concile à Soissons, Abbélard a trouvé refuge auprès de Thibaud, Comte de Champagne. Il a construit une chapelle près de Troyes et est devenu abbé de Saint-Gildas en Bretagne. Il a ensuite cédé son ermitage du Paraclet à Héloïse, qui s'y est retirée avec des religieuses. Abbélard a été de nouveau condamné lors du concile de Sens, mais a reçu l'absolution du pape Innocent II. Il est mort à Châlons-sur-Saône le 21 avril 1142 à l'âge de 63 ans. L'école d'Abbélard à Paris, située près de la cathédrale, se concentrait sur l'étude des Écritures saintes, contribuant ainsi à l'émergence de la théologie scolastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7568
p. 193-201
PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
Début :
Il faut prendre quatre livres de sang de boeuf desséché que l'on mêlera avec quatre [...]
Mots clefs :
Bleu, Liqueur, Eaux minérales, Couleur, Fleur, Bleu de Prusse, Chimie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu
de Pruffe des Eaux minérales de M. de
Calfaligi , avec des Réflexions fur l'utilité
de ce Blen, par le fieur Cadet , Apothicaire
Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
It
L faut prendre quatre livres de fang de
boeufdefléché que l'on mêlera avec qua .
tre livres de foude d'Alicante groffiérement
concaffée , telle qu'on la vend chez tous
nos Epiciers de Paris. On mettra ce mélange
à calciner dans un creufet de fer ou
fourneau à vent ; il faut obſerver de ne
pas trop remplir le creufet , attendu que
la matiere pendant la calcination bourfouf-
Ae beaucoup. On continuera la calcinanation
jufqu'à ce que la matiere foit devenue
parfairement rouge , & qu'elle ne
rende prefque plus de flamme. A ce point
de calcination , il faut la retirer du creufet,
& la jetter toute rouge dans une fuffifante
quantité d'eau bouillante ; après une
heure d'ébullition , il faut filtrer cette
leffive.
Pour procéder enfuite à l'opération du
bleu , il faut prendre des vaiffeaux de
1. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
terre ou de fer , dans lefquels l'on mettra
chauffer 300 pintes d'eau minérale . On
faifira l'inftant de l'ébullition où la liqueur
prend une couleur jaune très- foncée , on
ceffera le feu pour laiffer repofer l'eau qui
s'éclaircira en peu de tems , en dépofant.
une matiere jaune inutile dans cette opération
, qu'il faudra féparer de la liqueur
par la décantation.
Ces deux liqueurs étant chaudes , l'on
mêlera peu à peu avec l'eau minérale la
liqueur Alkaline fulphureufe ; ce mêlange
paffera tout d'un coup à une belle couleur
bleue ; quand on s'appercevra fur la fin
du mêlange que cette couleur s'affoiblit
de beaucoup , & qu'elle eft fur le point de
paffer à une couleur grife , alors on ceffera
de mettre de la liqueur alkaline fulphureufe.
Le mouvement d'effervefcence qui
fe paffe dans le mêlange étant ceffé , la
liqueur parfaitement repofée , on la décantera
auffitât avec foin , pour en féparer
la fécule qui fe fera précipitée , qu'on
aura foin de laver exactement avec de
l'eau de puits ou de l'eau de la Seine ,
bien claire. Il faut obſerver de décanter à
tems la liqueur de deffus la fécule , ainfi
que je l'ai fait obferver dans mes premicres
expériences raiſonnées fur ce bleu
attendu que la liqueur qui eft chargée en-
馨
DECEMBRE. J 1755 195
core de vitriol martial , dépoferoit une
portion de terre jaune , qui fe mêleroit
avec ce bleu , & qui lui communiqueroit
la couleur verte . La fécule étant ainfi préparée
& féchée avec foin , l'on aura une
livre deux onces d'un beau bleu foncé.
RÉFLEXIONS fur l'utilité du Bleu de
Pruffe , tiré des Eaux de M. de Calfabigi,
en réponse à ce que le fieur Machi en a dit
dans l'Examen Physique & Chimique qu'il
a donné de ces Eaux & de celles de la
fource de Madame Belami.
Jieur Machi , de la façon obligeante
dont il parle de mes procédés chimiques ,
auffi l'intérêt feul de la Chimie eft ce qui
me met dans le cas de lui répondre au fujet
de deux obfervations fur lefquelles je
ne fuis pas d'accord avec lui . L'une regarde
l'ochre que l'on fépare des Eaux minérales
de M. de Calfabigi , qu'il prétend n'être
pas du fer , page 30. Er l'autre concerne
l'utilité du Bleu de Pruffe que l'on retire
de ces mêmes Eaux , p . 44.
E ne dois que des remerciemens au
Je crois pouvoir avancer avec certitude ,
que le fieur Machi n'a point répété mes
expériences , il auroit reconnu que l'ochre
qui eft féparée de l'eau minérale de M. de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Calfabigi , eft un pur fer , ainfi que je l'ai
démontré art. 14 de mes Analyſes , & '
qu'après avoir été lavée pour enlever une
portion d'acide qui lui refte , & étant calcinée
un inftant dans un tefte fous la mouffle
du fourneau de coupelle , pour la dépouiller
de fes parties hétérogenes , elle
devient alors toute attirable à l'aimant en
forme de grouppe bien aiguillé , ce qui eft
la preuve la plus certaine que cette ochre
eft un véritable fer. Le Sr Machi prétend
auffi que cette ochre traitée avec le charbon ,
le fer qui en réfulte eft aigre & caffant , il
m'a dit même en avoir fait un petit culot:
je ne conçois pas par quel tour ingénieux
il a pu 6 bien raffembler , à l'aide feule du
charbon , ces parties métalliques , ce qu'on
ne pourroit faire que difficilement à l'aide
d'un flux plus reductif que celui du charbon
, tel qu'un qui feroit compofé avec
du tartre , du nitre & du fel de verre , & c.
Je penfe avoir annoncé avec jufte raifon
que mon travail fur ce bleu méritoit
l'attention du Public , par l'avantage qu'il
en peut tirer , loin d'être un amufement de
curiofité comme l'avance le fieur Machi .
J'ai dit dans mes premieres analyfes
que ce bleu pourroit être employé dans
toutes les préparations de fucre par préférence
au bleu de Pruffe , ce bleu étant fouDECEMBRE
1755. 197
vent préparé avec des vitriols martiaux
contenant du cuivre. Je connois un confifeur
qui fait un débit affez confidérable
de paftilles de violettes , qu'il prépare
avec les fleurs fechées , le fucre , l'Iris de
Florence , & un mucilage de gomme adra
gant qu'il colore avec du bleu de Prufſe.
Ces fortes de paftilles , priſes intérieurement
, étant données comme pectorales ,
qui peut être affuré qu'elles ne contiennent
point de cuivre ? c'est ce dont je ne répondrai
pas. Mais celles qui feroient préparées
avec le bleu de M. de Calfabigi , pourroient
être prifes avec confiance , & n'auroient
point cet inconvénient ; ce blea
étant tiré d'une eau minérale que MeffieursVenel,
Bayen, Rouelle, & le fieur Machi
lui même ont démontré être exemptes
de tout atome de cuivre.
Le fecond avantage que je prétends tirer
de ce bleu , c'eft que je le regarde comme
fupérieur à tous les bleus de Pruffe ordinaires
qui font prefque tous avivés par les
acides minéraux , & qui malgré les précautions
que l'on prend pour les laver ,
confervent toujours une petite portion
d'acide qui à la longue attaque & détruit
cette couleur , ainfi qu'il a été démontré
par le célebre M. Geoffroi.
Le bleu de M. de Calfabigi n'ayant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
pas beſoin d'être avivé par les acides , procure
un avantage effentiel aux Peintres
qui dans leurs travaux n'auront pas le
défagrément de voir leurs couleurs s'altérer
auffi promptement que celles qu'autoient
touché nos acides minéraux .
J'ai obfervé que ce bleu prenoit une
partie de blanc de plomb de plus que le
bleu de Pruffe le plus foncé que j'aye på
trouver , ce qui paroît faire un troifieme
avantage qui le rend plus intéreffant que
ne l'a penfé le fieur Machi.
Il faut obferver que deux cens quatrevingt
pintes de ces eaux minérales fourniffent
une livre de bleu , & qu'il faut que
les 280 pintes ayent dépofé leur ochre
& repris de nouveau fer , pour fournir
cette quantité : il n'a pas réfléchi
que pour
réuffir dans mon opération , je fuis obligé
néceſſairement, ainſi qu'il l'avance , de féparer
la terre jaune avec laquelle je n'aurois
qu'une fécule verte , & que la liqueur, en
reprenant de nouveau fer , fe chargeroit
d'une nouvelle terre jaune femblable à
celle que j'ai féparée : par conféquent cette
liqueur dans cet état ne pourroit donner
que du vert , comme je l'ai démontré ; delà
je concluds qu'il s'eft trompé dans ce
qu'il avance. De plus , s'il avoit bien examiné
mon procédé , il auroit vu que cette
1
DECEMBRE. 1755. 199
opération faite dans un vaiffeau de terre ,
ne produit pas plus de bleu que celui que
je fais dans les vaiffeaux de fer. La preuve
que je crois pouvoir donner de ces faits
eft bien fimple ; c'eft que premierement
l'acide furabondant , démontré dans les
eaux de M. de Calfabigi , n'y eft pas en
affez grande quantité , & qu'il eft noyé
dans trop de flegme pour diffoudre une
quantité de fer auffi fenfible que celle qui
fe précipite. Si cela arrivoit dans ce procédé
, il me feroit impoffible d'avoir du
bleu dans les vaiffeaux de fer , puifque la
liqueur que je fépare de deffus ma fécule
qui a été traitée dans les vaiffeaux de terre ,
contient encore du fer combiné avec l'acide
vitriolique qui fe dépoferoit fous la
couleur jaune , & qui fe mêleroit avec la
fécule , & lui donneroit la couleur verte
fans les précautions que j'ai indiqué dans
ce procédé abrégé pour retirer ce bleu ;
par conféquent s'il falloit néceffairement
que l'eau minérale fe rechargeât fenfiblement
de nouveau fer , l'opération ne pourroit
pas réaffir .
Le fieur Machi avance de plus qu'en
exploitant par jour deux livres de bleu de
Pruffe , que ce travail continué pendant
quinze jours dépenferoit S400 pintes d'eau
par mois ; ce qui pourroit contribuer à al-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
térer la fource de M. de Calfabigi , & par
conféquent nuire beaucoup à celle de Madame
Belami , dont il croit qu'elle tire fon
origine. Madame Belami peut fe tranquillifer
fur cet article , puifqu'il a été clairement
prouvé enjuftice & par les analyſes ,
que ces fources , & par conféquent les
eaux de Madame Belami font totalement
différentes , & qu'elles font diamétralement
oppofées.
Monfieur & Madame de Calfabigi étant
intéreffés à tirer le meilleur parti poffible
de leurs eaux , on ne doit pas préfumer
qu'ils cherchent à altérer une fource dont
ils fe préparent de démontrer au Public les
propriétés fingulieres relativement à la Médecine
, fuivant les certificats qu'ils font
en état de produire de plufieurs Médecins
& Chirurgiens.
Ces propriétés ne font point de mon
objet ; je me contenterai de dire qu'il réfulte
des Analyfes qui ont été faites des
eaux de M. de Calfabigi , qu'elles contiennent
une abondance de fer qui ne fe trouve
point dans celles de Madame Belami ;.
ce qui me donne lieu de penfer que ces
dernieres ne font pas dans le cas d'une
exacte comparaifon , ces eaux ne pouvant
fournir de bleu de Pruffe , fuivant ce
qu'en dit le Sr Machi lui-même , pag. 13...
DECEMBRE. 1755. 201
Je n'ai fait aucune expérience pour m'affurer
de ce fait ; je ne voudrois cependan
pas répondre qu'en traitant ces mêmest
eaux avec la leflive alkaline décrite par le
fçavant M. Macquer , laquelle eft chargée
jufqu'à parfaite faturation de phlogistique
animal , on ne pût en retirer une quantité
qui feroit vraisemblablement très petite ,
mais fuffifante cependant pour être fenfible.
De ces obfervations il réfulte que j'ai
prouvé ,
1°. Que l'ochre des eaux minérales de
M. de Calfabigi , eft un fer pur attirable à
l'aimant.
2°. Que l'eau minérale , en fe rechargeant
de nouveau fer , ne peut produire
du bleu de Pruffe , ce qui fait voir que le
heur Machi n'a pas entendu mon opération.
3°. Que le bleu de Pruffe fait avec ces
eaux , peut mieux convenir pour la Peinture
, en ce que n'étant pas avivé par les
acides minéraux , il eft moins fujer à s'altérer
que le bleu de Pruffe ordinaire .
4°. Que ce bleu étant exempt de mêlan
ge de cuivre , eft de beaucoup préférablepour
les préparations de fucre , à celui de
Pruffe , qu'on ne peut s'affurer en être tou--
jours dépouillé.
de Pruffe des Eaux minérales de M. de
Calfaligi , avec des Réflexions fur l'utilité
de ce Blen, par le fieur Cadet , Apothicaire
Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
It
L faut prendre quatre livres de fang de
boeufdefléché que l'on mêlera avec qua .
tre livres de foude d'Alicante groffiérement
concaffée , telle qu'on la vend chez tous
nos Epiciers de Paris. On mettra ce mélange
à calciner dans un creufet de fer ou
fourneau à vent ; il faut obſerver de ne
pas trop remplir le creufet , attendu que
la matiere pendant la calcination bourfouf-
Ae beaucoup. On continuera la calcinanation
jufqu'à ce que la matiere foit devenue
parfairement rouge , & qu'elle ne
rende prefque plus de flamme. A ce point
de calcination , il faut la retirer du creufet,
& la jetter toute rouge dans une fuffifante
quantité d'eau bouillante ; après une
heure d'ébullition , il faut filtrer cette
leffive.
Pour procéder enfuite à l'opération du
bleu , il faut prendre des vaiffeaux de
1. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
terre ou de fer , dans lefquels l'on mettra
chauffer 300 pintes d'eau minérale . On
faifira l'inftant de l'ébullition où la liqueur
prend une couleur jaune très- foncée , on
ceffera le feu pour laiffer repofer l'eau qui
s'éclaircira en peu de tems , en dépofant.
une matiere jaune inutile dans cette opération
, qu'il faudra féparer de la liqueur
par la décantation.
Ces deux liqueurs étant chaudes , l'on
mêlera peu à peu avec l'eau minérale la
liqueur Alkaline fulphureufe ; ce mêlange
paffera tout d'un coup à une belle couleur
bleue ; quand on s'appercevra fur la fin
du mêlange que cette couleur s'affoiblit
de beaucoup , & qu'elle eft fur le point de
paffer à une couleur grife , alors on ceffera
de mettre de la liqueur alkaline fulphureufe.
Le mouvement d'effervefcence qui
fe paffe dans le mêlange étant ceffé , la
liqueur parfaitement repofée , on la décantera
auffitât avec foin , pour en féparer
la fécule qui fe fera précipitée , qu'on
aura foin de laver exactement avec de
l'eau de puits ou de l'eau de la Seine ,
bien claire. Il faut obſerver de décanter à
tems la liqueur de deffus la fécule , ainfi
que je l'ai fait obferver dans mes premicres
expériences raiſonnées fur ce bleu
attendu que la liqueur qui eft chargée en-
馨
DECEMBRE. J 1755 195
core de vitriol martial , dépoferoit une
portion de terre jaune , qui fe mêleroit
avec ce bleu , & qui lui communiqueroit
la couleur verte . La fécule étant ainfi préparée
& féchée avec foin , l'on aura une
livre deux onces d'un beau bleu foncé.
RÉFLEXIONS fur l'utilité du Bleu de
Pruffe , tiré des Eaux de M. de Calfabigi,
en réponse à ce que le fieur Machi en a dit
dans l'Examen Physique & Chimique qu'il
a donné de ces Eaux & de celles de la
fource de Madame Belami.
Jieur Machi , de la façon obligeante
dont il parle de mes procédés chimiques ,
auffi l'intérêt feul de la Chimie eft ce qui
me met dans le cas de lui répondre au fujet
de deux obfervations fur lefquelles je
ne fuis pas d'accord avec lui . L'une regarde
l'ochre que l'on fépare des Eaux minérales
de M. de Calfabigi , qu'il prétend n'être
pas du fer , page 30. Er l'autre concerne
l'utilité du Bleu de Pruffe que l'on retire
de ces mêmes Eaux , p . 44.
E ne dois que des remerciemens au
Je crois pouvoir avancer avec certitude ,
que le fieur Machi n'a point répété mes
expériences , il auroit reconnu que l'ochre
qui eft féparée de l'eau minérale de M. de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Calfabigi , eft un pur fer , ainfi que je l'ai
démontré art. 14 de mes Analyſes , & '
qu'après avoir été lavée pour enlever une
portion d'acide qui lui refte , & étant calcinée
un inftant dans un tefte fous la mouffle
du fourneau de coupelle , pour la dépouiller
de fes parties hétérogenes , elle
devient alors toute attirable à l'aimant en
forme de grouppe bien aiguillé , ce qui eft
la preuve la plus certaine que cette ochre
eft un véritable fer. Le Sr Machi prétend
auffi que cette ochre traitée avec le charbon ,
le fer qui en réfulte eft aigre & caffant , il
m'a dit même en avoir fait un petit culot:
je ne conçois pas par quel tour ingénieux
il a pu 6 bien raffembler , à l'aide feule du
charbon , ces parties métalliques , ce qu'on
ne pourroit faire que difficilement à l'aide
d'un flux plus reductif que celui du charbon
, tel qu'un qui feroit compofé avec
du tartre , du nitre & du fel de verre , & c.
Je penfe avoir annoncé avec jufte raifon
que mon travail fur ce bleu méritoit
l'attention du Public , par l'avantage qu'il
en peut tirer , loin d'être un amufement de
curiofité comme l'avance le fieur Machi .
J'ai dit dans mes premieres analyfes
que ce bleu pourroit être employé dans
toutes les préparations de fucre par préférence
au bleu de Pruffe , ce bleu étant fouDECEMBRE
1755. 197
vent préparé avec des vitriols martiaux
contenant du cuivre. Je connois un confifeur
qui fait un débit affez confidérable
de paftilles de violettes , qu'il prépare
avec les fleurs fechées , le fucre , l'Iris de
Florence , & un mucilage de gomme adra
gant qu'il colore avec du bleu de Prufſe.
Ces fortes de paftilles , priſes intérieurement
, étant données comme pectorales ,
qui peut être affuré qu'elles ne contiennent
point de cuivre ? c'est ce dont je ne répondrai
pas. Mais celles qui feroient préparées
avec le bleu de M. de Calfabigi , pourroient
être prifes avec confiance , & n'auroient
point cet inconvénient ; ce blea
étant tiré d'une eau minérale que MeffieursVenel,
Bayen, Rouelle, & le fieur Machi
lui même ont démontré être exemptes
de tout atome de cuivre.
Le fecond avantage que je prétends tirer
de ce bleu , c'eft que je le regarde comme
fupérieur à tous les bleus de Pruffe ordinaires
qui font prefque tous avivés par les
acides minéraux , & qui malgré les précautions
que l'on prend pour les laver ,
confervent toujours une petite portion
d'acide qui à la longue attaque & détruit
cette couleur , ainfi qu'il a été démontré
par le célebre M. Geoffroi.
Le bleu de M. de Calfabigi n'ayant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
pas beſoin d'être avivé par les acides , procure
un avantage effentiel aux Peintres
qui dans leurs travaux n'auront pas le
défagrément de voir leurs couleurs s'altérer
auffi promptement que celles qu'autoient
touché nos acides minéraux .
J'ai obfervé que ce bleu prenoit une
partie de blanc de plomb de plus que le
bleu de Pruffe le plus foncé que j'aye på
trouver , ce qui paroît faire un troifieme
avantage qui le rend plus intéreffant que
ne l'a penfé le fieur Machi.
Il faut obferver que deux cens quatrevingt
pintes de ces eaux minérales fourniffent
une livre de bleu , & qu'il faut que
les 280 pintes ayent dépofé leur ochre
& repris de nouveau fer , pour fournir
cette quantité : il n'a pas réfléchi
que pour
réuffir dans mon opération , je fuis obligé
néceſſairement, ainſi qu'il l'avance , de féparer
la terre jaune avec laquelle je n'aurois
qu'une fécule verte , & que la liqueur, en
reprenant de nouveau fer , fe chargeroit
d'une nouvelle terre jaune femblable à
celle que j'ai féparée : par conféquent cette
liqueur dans cet état ne pourroit donner
que du vert , comme je l'ai démontré ; delà
je concluds qu'il s'eft trompé dans ce
qu'il avance. De plus , s'il avoit bien examiné
mon procédé , il auroit vu que cette
1
DECEMBRE. 1755. 199
opération faite dans un vaiffeau de terre ,
ne produit pas plus de bleu que celui que
je fais dans les vaiffeaux de fer. La preuve
que je crois pouvoir donner de ces faits
eft bien fimple ; c'eft que premierement
l'acide furabondant , démontré dans les
eaux de M. de Calfabigi , n'y eft pas en
affez grande quantité , & qu'il eft noyé
dans trop de flegme pour diffoudre une
quantité de fer auffi fenfible que celle qui
fe précipite. Si cela arrivoit dans ce procédé
, il me feroit impoffible d'avoir du
bleu dans les vaiffeaux de fer , puifque la
liqueur que je fépare de deffus ma fécule
qui a été traitée dans les vaiffeaux de terre ,
contient encore du fer combiné avec l'acide
vitriolique qui fe dépoferoit fous la
couleur jaune , & qui fe mêleroit avec la
fécule , & lui donneroit la couleur verte
fans les précautions que j'ai indiqué dans
ce procédé abrégé pour retirer ce bleu ;
par conféquent s'il falloit néceffairement
que l'eau minérale fe rechargeât fenfiblement
de nouveau fer , l'opération ne pourroit
pas réaffir .
Le fieur Machi avance de plus qu'en
exploitant par jour deux livres de bleu de
Pruffe , que ce travail continué pendant
quinze jours dépenferoit S400 pintes d'eau
par mois ; ce qui pourroit contribuer à al-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
térer la fource de M. de Calfabigi , & par
conféquent nuire beaucoup à celle de Madame
Belami , dont il croit qu'elle tire fon
origine. Madame Belami peut fe tranquillifer
fur cet article , puifqu'il a été clairement
prouvé enjuftice & par les analyſes ,
que ces fources , & par conféquent les
eaux de Madame Belami font totalement
différentes , & qu'elles font diamétralement
oppofées.
Monfieur & Madame de Calfabigi étant
intéreffés à tirer le meilleur parti poffible
de leurs eaux , on ne doit pas préfumer
qu'ils cherchent à altérer une fource dont
ils fe préparent de démontrer au Public les
propriétés fingulieres relativement à la Médecine
, fuivant les certificats qu'ils font
en état de produire de plufieurs Médecins
& Chirurgiens.
Ces propriétés ne font point de mon
objet ; je me contenterai de dire qu'il réfulte
des Analyfes qui ont été faites des
eaux de M. de Calfabigi , qu'elles contiennent
une abondance de fer qui ne fe trouve
point dans celles de Madame Belami ;.
ce qui me donne lieu de penfer que ces
dernieres ne font pas dans le cas d'une
exacte comparaifon , ces eaux ne pouvant
fournir de bleu de Pruffe , fuivant ce
qu'en dit le Sr Machi lui-même , pag. 13...
DECEMBRE. 1755. 201
Je n'ai fait aucune expérience pour m'affurer
de ce fait ; je ne voudrois cependan
pas répondre qu'en traitant ces mêmest
eaux avec la leflive alkaline décrite par le
fçavant M. Macquer , laquelle eft chargée
jufqu'à parfaite faturation de phlogistique
animal , on ne pût en retirer une quantité
qui feroit vraisemblablement très petite ,
mais fuffifante cependant pour être fenfible.
De ces obfervations il réfulte que j'ai
prouvé ,
1°. Que l'ochre des eaux minérales de
M. de Calfabigi , eft un fer pur attirable à
l'aimant.
2°. Que l'eau minérale , en fe rechargeant
de nouveau fer , ne peut produire
du bleu de Pruffe , ce qui fait voir que le
heur Machi n'a pas entendu mon opération.
3°. Que le bleu de Pruffe fait avec ces
eaux , peut mieux convenir pour la Peinture
, en ce que n'étant pas avivé par les
acides minéraux , il eft moins fujer à s'altérer
que le bleu de Pruffe ordinaire .
4°. Que ce bleu étant exempt de mêlan
ge de cuivre , eft de beaucoup préférablepour
les préparations de fucre , à celui de
Pruffe , qu'on ne peut s'affurer en être tou--
jours dépouillé.
Fermer
Résumé : PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
Le texte décrit un procédé pour extraire le bleu de Prusse des eaux minérales de M. de Calfaligi, présenté par le sieur Cadet, apothicaire major de l'Hôtel Royal des Invalides. Le processus commence par la calcination d'un mélange de sang de bœuf désséché et de soufre d'Alicante concassé, jusqu'à ce que la matière devienne rouge et ne produise plus de flamme. Cette matière est ensuite jetée dans de l'eau bouillante et filtrée après une heure d'ébullition. Pour obtenir le bleu de Prusse, 300 pintes d'eau minérale sont chauffées jusqu'à ébullition, puis laissées reposer pour séparer une matière jaune inutile. La liqueur alcaline sulfureuse est ensuite mélangée à l'eau minérale, produisant une couleur bleue. Une fois refroidie, la liqueur est décantée pour séparer la fécule, qui est lavée avec de l'eau claire. Le résultat est une livre deux onces d'un beau bleu foncé. Le texte inclut également des réflexions sur l'utilité du bleu de Prusse extrait des eaux de M. de Calfaligi. Le sieur Cadet conteste les observations du sieur Machi, affirmant que l'ochre séparée des eaux est un fer pur, attirable à l'aimant. Il souligne que ce bleu est supérieur aux bleus de Prusse ordinaires car il n'est pas avivé par des acides minéraux, ce qui le rend moins sujet à l'altération. De plus, il est exempt de cuivre, le rendant préférable pour les préparations de sucre. Le procédé permet d'obtenir deux cents quatre-vingts pintes d'eau minérale pour une livre de bleu, après séparation de la terre jaune. Le sieur Cadet conclut que les eaux de M. de Calfaligi et celles de Madame Belami sont différentes et ne peuvent être comparées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7569
p. 202-204
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, l'observation, que je vous prie d'insérer dans le Mercure, n'est qu'une [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Chirurgien, Amputation
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure .
ONSIEUR, l'obfervation , que je vous
prie d'inférer dans le Mercure , n'eft qu'une
confirmation d'une infinité d'autres que
vous trouverez répandues dans nos auteurs.
Ne la croyez pas néanmoins inutile , parce
que ce n'eft point une découverte. Dans
bien des cas , où le progrès de l'art ne nous
permet point de nous conduire à priori
l'expérience doit nous guider ; & furtout
dans les cas chirurgicaux , l'on ne fçauroit
affez accumuler de pareils faits pour affurer
la pratique. C'eft d'ailleurs fervir la
fociété que d'avertir le Chirurgien que la
nature eft toujours capable de ranimer des
parties que l'art lui prefcrivoit d'amputer.
Le 15 du mois de May dernier , je fus
appellé par un Chirurgien de cette ville ,
pour décider s'il falloit féparer totalement
le poignet d'un jeune homme , prefqu'entierement
coupé d'un coup de couteau de
chaffe qu'il venoit de recevoir. Je crus au
premier coup d'oeil , qu'il n'étoit foutenu
que par le tégument du côté du radius , &
DECEMBRE 1755- 203
que tout étoit tranché , arteres , veines ,
nerfs , tendons , tant des fléchiffeurs , que
des extenfeurs propres & communs , de
même que le radius & cubitus dans leurs
extrêmités inférieures ; & qu'ainfi il ne reftoit
d'autres fecours à porter au bleffé , que
de profiter de l'amputation déja faite . En
examinant cependant de plus près fi la
fection de deux os étoit unie , je découvris
l'artere radiale intacte. L'heureux tempérament
du fujet , fon âge d'environ
vingt-cinq ans , joints à cette circonftance ,
me firent naître pour lors l'idée de la
réunion que je fis effayer , me promettant
toujours d'en venir à l'amputation , fi
la nature ne me fecondoit. Le premier appareil
pofé , j'ordonnai les remedes géné
raux , & en attendant qu'on pût le lever ,
j'eus foin de faire examiner foir & matin
l'état de la partie malade , que le Chirurgien
fomentoit plufieurs fois par jour.
Douze heures après le coup reçu , nous
fentîmes que la main avoit repris fa chaleur
naturelle & même au-delà. Quarantehuit
heures après , à la levée du premier
appareil , je trouvai des pulfations au petit
doigt très diftinctes au rameau que lui
fournit la cubitale. Pour lors , je ne dout ai
point que la nature n'eût heureuſement
rencontré quelque anaſtomoſe ; & que
la
I vj
204 MERCURE DE FRANCE
circulation ne fût rétablie partout . Dèslors
je promis une entiere réunion pourvu
que les os ne s'exfoliaffent point , qu'il
n'y eût point de fuppuration interne ; ou
que celle qui commerçoit extérieurement,
quoique légere , ne fusât point. Aucun de
ces malheurs ne nous eft arrivé heureufement.
Dans trente- fept jours la confolidation
a été faite . Le malade en eft quitte par
la perte totale du mouvement , & un
anéantiffement prefque parfait du fentiment.
Après un pareil exemple , qui n'eft
cependant pas unique , vous devez fentir ,
Monfieur , combien il eft effentiel de différer
dans le traitement des bleffures , toute
efpece d'amputation & combien le
public eft intéreffé , que tous ceux qui
exercent cette profeffion en foient inf
truits. Quand on n'éviteroit qu'un coup
de biftouri , c'est toujours faire un bien.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Aurillac , le 28 Juin 1755%
ONSIEUR, l'obfervation , que je vous
prie d'inférer dans le Mercure , n'eft qu'une
confirmation d'une infinité d'autres que
vous trouverez répandues dans nos auteurs.
Ne la croyez pas néanmoins inutile , parce
que ce n'eft point une découverte. Dans
bien des cas , où le progrès de l'art ne nous
permet point de nous conduire à priori
l'expérience doit nous guider ; & furtout
dans les cas chirurgicaux , l'on ne fçauroit
affez accumuler de pareils faits pour affurer
la pratique. C'eft d'ailleurs fervir la
fociété que d'avertir le Chirurgien que la
nature eft toujours capable de ranimer des
parties que l'art lui prefcrivoit d'amputer.
Le 15 du mois de May dernier , je fus
appellé par un Chirurgien de cette ville ,
pour décider s'il falloit féparer totalement
le poignet d'un jeune homme , prefqu'entierement
coupé d'un coup de couteau de
chaffe qu'il venoit de recevoir. Je crus au
premier coup d'oeil , qu'il n'étoit foutenu
que par le tégument du côté du radius , &
DECEMBRE 1755- 203
que tout étoit tranché , arteres , veines ,
nerfs , tendons , tant des fléchiffeurs , que
des extenfeurs propres & communs , de
même que le radius & cubitus dans leurs
extrêmités inférieures ; & qu'ainfi il ne reftoit
d'autres fecours à porter au bleffé , que
de profiter de l'amputation déja faite . En
examinant cependant de plus près fi la
fection de deux os étoit unie , je découvris
l'artere radiale intacte. L'heureux tempérament
du fujet , fon âge d'environ
vingt-cinq ans , joints à cette circonftance ,
me firent naître pour lors l'idée de la
réunion que je fis effayer , me promettant
toujours d'en venir à l'amputation , fi
la nature ne me fecondoit. Le premier appareil
pofé , j'ordonnai les remedes géné
raux , & en attendant qu'on pût le lever ,
j'eus foin de faire examiner foir & matin
l'état de la partie malade , que le Chirurgien
fomentoit plufieurs fois par jour.
Douze heures après le coup reçu , nous
fentîmes que la main avoit repris fa chaleur
naturelle & même au-delà. Quarantehuit
heures après , à la levée du premier
appareil , je trouvai des pulfations au petit
doigt très diftinctes au rameau que lui
fournit la cubitale. Pour lors , je ne dout ai
point que la nature n'eût heureuſement
rencontré quelque anaſtomoſe ; & que
la
I vj
204 MERCURE DE FRANCE
circulation ne fût rétablie partout . Dèslors
je promis une entiere réunion pourvu
que les os ne s'exfoliaffent point , qu'il
n'y eût point de fuppuration interne ; ou
que celle qui commerçoit extérieurement,
quoique légere , ne fusât point. Aucun de
ces malheurs ne nous eft arrivé heureufement.
Dans trente- fept jours la confolidation
a été faite . Le malade en eft quitte par
la perte totale du mouvement , & un
anéantiffement prefque parfait du fentiment.
Après un pareil exemple , qui n'eft
cependant pas unique , vous devez fentir ,
Monfieur , combien il eft effentiel de différer
dans le traitement des bleffures , toute
efpece d'amputation & combien le
public eft intéreffé , que tous ceux qui
exercent cette profeffion en foient inf
truits. Quand on n'éviteroit qu'un coup
de biftouri , c'est toujours faire un bien.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Aurillac , le 28 Juin 1755%
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Une lettre discute de l'importance de l'expérience en chirurgie, notamment dans les cas imprévisibles. Un chirurgien relate l'intervention sur un jeune homme dont le poignet était presque sectionné par un coup de couteau. Initialement, toutes les structures vitales semblaient sectionnées, mais l'artère radiale était intacte. Le chirurgien a donc tenté une réparation plutôt qu'une amputation. Douze heures après, la main avait repris sa chaleur naturelle, et après quarante-huit heures, la circulation était rétablie. Trente-sept jours plus tard, la consolidation osseuse était complète, bien que le mouvement et la sensibilité de la main fussent perdus. L'auteur insiste sur l'importance de différer les amputations et d'éviter les interventions chirurgicales inutiles pour mieux servir la société et les patients.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7570
p. 205-206
PEINTURE.
Début :
COMME la lettre que nous avons insérée dans le Mercure d'Octobre sur [...]
Mots clefs :
Prix, Académie royale de peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE.
PEINTURE.
Cférée dans le Mercure d'Octobre fur
OMME la lettre que nous avons in
la féance publique, tenue le ro Septembre
par l'Académie Royale de Peinture , n'eft
entrée dans aucun détail de la diftribution
des prix , nous allons y fuppléer avec
le plus de précision qu'il nous fera poffible.
M. le Marquis de Marigny , Directeur
& Ordonnateur général des bâtimens du
Roi , diftribua ce jour-là les médailles d'or
& d'argent , que Sa Majefté accorde aux
éleves de cette Académie leur encoupour
ragement. Son gout & fon amour pour les
arts lui font joindre tant de politeffe à
cette diftribution des graces du Roi , qu'en
quelque maniere elles en augmentent de
prix.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le premier prix de peinture fut adjugé
au Sr Chardin , fils du célébre M. Chardin
, Confeiller & Tréforier de la même
Académie. Le premier prix de Sculpture
au fieur Bridau. Le fecond prix de Peinture
au Sr Joullain , & le fecond de Sculpture
au Sr Berré. M. le Directeur général fit
enfuite la diftribution des médailles d'argent
accordées aux éleves fur des Académies
deffinées ou modelées . Nous attendons
, comme tout Paris , avec la plus vive
impatience l'impreffion du Poëme dont M.
Watelet fit la lecture dans cette féance ,
pour en rendre compte au Public , & lui
donner toutes les louanges qu'il mérite.
Cférée dans le Mercure d'Octobre fur
OMME la lettre que nous avons in
la féance publique, tenue le ro Septembre
par l'Académie Royale de Peinture , n'eft
entrée dans aucun détail de la diftribution
des prix , nous allons y fuppléer avec
le plus de précision qu'il nous fera poffible.
M. le Marquis de Marigny , Directeur
& Ordonnateur général des bâtimens du
Roi , diftribua ce jour-là les médailles d'or
& d'argent , que Sa Majefté accorde aux
éleves de cette Académie leur encoupour
ragement. Son gout & fon amour pour les
arts lui font joindre tant de politeffe à
cette diftribution des graces du Roi , qu'en
quelque maniere elles en augmentent de
prix.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le premier prix de peinture fut adjugé
au Sr Chardin , fils du célébre M. Chardin
, Confeiller & Tréforier de la même
Académie. Le premier prix de Sculpture
au fieur Bridau. Le fecond prix de Peinture
au Sr Joullain , & le fecond de Sculpture
au Sr Berré. M. le Directeur général fit
enfuite la diftribution des médailles d'argent
accordées aux éleves fur des Académies
deffinées ou modelées . Nous attendons
, comme tout Paris , avec la plus vive
impatience l'impreffion du Poëme dont M.
Watelet fit la lecture dans cette féance ,
pour en rendre compte au Public , & lui
donner toutes les louanges qu'il mérite.
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Résumé : PEINTURE.
Le 9 septembre, la distribution des prix de l'Académie Royale de Peinture a eu lieu sous la présidence de M. le Marquis de Marigny, Directeur et Ordonnateur général des bâtiments du Roi. Les médailles d'or et d'argent ont été remises aux lauréats. Le premier prix de peinture a été attribué au Sr Chardin, fils du célèbre M. Chardin, Conseiller et Trésorier de l'Académie. Le premier prix de sculpture a été décerné au Sr Bridau. Le second prix de peinture a été remporté par le Sr Joullain, et le second prix de sculpture par le Sr Berré. Des médailles d'argent ont également été distribuées aux élèves des académies dessinées ou modelées. Le poème de M. Watelet, lu lors de cette séance, sera imprimé pour être rendu public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7571
p. 206-209
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, n'étant point connu de M. Gautier, & ne le connoissant [...]
Mots clefs :
Inventeur, Planches, Imprimer, Peinture, Couleurs, Jacques Gautier d'Agoty
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR, cont
ONSIEUR , n'étant point connu
de M. Gautier , & ne le connoiffant
que par fa grande réputation qu'il appuie
de tout fon crédit auprès du Public , permettez-
moi que par votre moyen je lui
demande l'explication de ce qu'il a avancé
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Il nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à quatre
Cuivres. Je n'ai jufqu'ici rien revoqué en
doute de tout ce qu'il lui a plu dire.puDECEMBRE.
1755. 207
bliquement , & fur fa parole j'ai cru , lui
voyant écrire fur toutes fortes de matieres
qu'il y étoit très -entendu . J'ai même
porté ma croyance jufqu'à me perfuader
qu'il avoit fait , ainfi qu'il le dit à qui
veut l'entendre , un fyftême meilleur que
celui de Newton , & j'attribuois à une obfl'inattention
tination impardonnable
,
allant jufqu'au mépris qu'ont les Sçavans
pour les découvertes : enfin j'étois
difpofé à croire des chofes encore plus incroyables
, & je fuis extrêmement affligé
de me voir dans la néceffité de lui retirer
cette confiance aveugle. Il fe dit l'inventeur
de ce qu'il appelle l'Art d'imprimer
les eftampes coloriées. Peut - il avoir oublié
qu'il eft de notoriété publique que M.
Le Blond l'avoit trouvé bien des années
avant qu'il fût en âge d'y penfer , & en
avoit donné des preuves connues pendant
long- tems en Angleterre , & dans fa vieilleffe
à Paris : que M. Gautier lui -même ,
entra chez M. Le Blond pour y apprendre
ce talent , auquel il ne s'étoit pas deftiné
d'abord , puifque s'il s'étoit propofé cette
Occupation plufieurs années auparavant ,
il s'y feroit apparemment préparé par une
longue étude du deffein ? La vafte étendue
des connoiffances dont on a vu depuis
les fruits , le tenoit alors dans une espece
zo8 MERCURE DE FRANCE.
d'indécifion , & c'eft maintenant fans
doute ce qui lui caufe ce manque de mémoire
. Je penfe cependant entrevoir quelque
caufe à l'erreur qui lui donne lieu de
fe croire inventeur.
M. Le Blond ne fe fervoit que de trois
planches chargées chacune d'une couleur ,
& plus ou moins travaillées , felon la quantité
dont cette couleur doit entrer dans la
teinte ; M. Gautier en a ajouté une quatrieme.
Seroit- ce là ce qu'il prendroit pour
une invention ? & fe peut-il qu'il ne s'apperçoive
pas que l'invention de cet art ,
affez peu important , confiſte à avoir conçu
le premier qu'on pourroit, par des planches
gravées & imprimées de différentes
couleurs , imiter les tons de la Peinture ?
M. Le Blond n'en mettoit que trois , M.
Gautier , pour ne faire que la même chofe,
en met quatre , un autre en mettra cinq ,
fix , tant que l'on voudra. Compteronsnous
le nombre des inventeurs par le nombre
des planches ? Quand on fuppoferoit
même que cette quatrieme planche auroit
apporté quelque perfection dans les ouvrages
de ce genre, ne devroit- on pas dire ,
pour parler exactement : M. Gautier , ani
moyen d'un privilege exclusif, a feul perfectionné
l'art d'imprimer les eftampes coloriées
à quatre cuivres.
DECEMBRE . 1755 : 209
Je fuis vraiment fâché que M. Gautier
m'ait mis dans le cas de l'incertitude à
l'égard du dégré de croyance qui lui eft
dûe ; & je ne vous cacherai pas que je
ferois curieux de fçavoir quels font ces
Académiciens qui ont approuvé les morceaux
qu'il a préfentés à M. le Marquis de
Marigny. Ces fuffrages font de poids , & je
crois que le Public , ainfi que moi , feroit
charmé de n'avoir là- deffus aucun doute.
J'ai l'honneur d'être , & c.
MONSIEUR, cont
ONSIEUR , n'étant point connu
de M. Gautier , & ne le connoiffant
que par fa grande réputation qu'il appuie
de tout fon crédit auprès du Public , permettez-
moi que par votre moyen je lui
demande l'explication de ce qu'il a avancé
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Il nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à quatre
Cuivres. Je n'ai jufqu'ici rien revoqué en
doute de tout ce qu'il lui a plu dire.puDECEMBRE.
1755. 207
bliquement , & fur fa parole j'ai cru , lui
voyant écrire fur toutes fortes de matieres
qu'il y étoit très -entendu . J'ai même
porté ma croyance jufqu'à me perfuader
qu'il avoit fait , ainfi qu'il le dit à qui
veut l'entendre , un fyftême meilleur que
celui de Newton , & j'attribuois à une obfl'inattention
tination impardonnable
,
allant jufqu'au mépris qu'ont les Sçavans
pour les découvertes : enfin j'étois
difpofé à croire des chofes encore plus incroyables
, & je fuis extrêmement affligé
de me voir dans la néceffité de lui retirer
cette confiance aveugle. Il fe dit l'inventeur
de ce qu'il appelle l'Art d'imprimer
les eftampes coloriées. Peut - il avoir oublié
qu'il eft de notoriété publique que M.
Le Blond l'avoit trouvé bien des années
avant qu'il fût en âge d'y penfer , & en
avoit donné des preuves connues pendant
long- tems en Angleterre , & dans fa vieilleffe
à Paris : que M. Gautier lui -même ,
entra chez M. Le Blond pour y apprendre
ce talent , auquel il ne s'étoit pas deftiné
d'abord , puifque s'il s'étoit propofé cette
Occupation plufieurs années auparavant ,
il s'y feroit apparemment préparé par une
longue étude du deffein ? La vafte étendue
des connoiffances dont on a vu depuis
les fruits , le tenoit alors dans une espece
zo8 MERCURE DE FRANCE.
d'indécifion , & c'eft maintenant fans
doute ce qui lui caufe ce manque de mémoire
. Je penfe cependant entrevoir quelque
caufe à l'erreur qui lui donne lieu de
fe croire inventeur.
M. Le Blond ne fe fervoit que de trois
planches chargées chacune d'une couleur ,
& plus ou moins travaillées , felon la quantité
dont cette couleur doit entrer dans la
teinte ; M. Gautier en a ajouté une quatrieme.
Seroit- ce là ce qu'il prendroit pour
une invention ? & fe peut-il qu'il ne s'apperçoive
pas que l'invention de cet art ,
affez peu important , confiſte à avoir conçu
le premier qu'on pourroit, par des planches
gravées & imprimées de différentes
couleurs , imiter les tons de la Peinture ?
M. Le Blond n'en mettoit que trois , M.
Gautier , pour ne faire que la même chofe,
en met quatre , un autre en mettra cinq ,
fix , tant que l'on voudra. Compteronsnous
le nombre des inventeurs par le nombre
des planches ? Quand on fuppoferoit
même que cette quatrieme planche auroit
apporté quelque perfection dans les ouvrages
de ce genre, ne devroit- on pas dire ,
pour parler exactement : M. Gautier , ani
moyen d'un privilege exclusif, a feul perfectionné
l'art d'imprimer les eftampes coloriées
à quatre cuivres.
DECEMBRE . 1755 : 209
Je fuis vraiment fâché que M. Gautier
m'ait mis dans le cas de l'incertitude à
l'égard du dégré de croyance qui lui eft
dûe ; & je ne vous cacherai pas que je
ferois curieux de fçavoir quels font ces
Académiciens qui ont approuvé les morceaux
qu'il a préfentés à M. le Marquis de
Marigny. Ces fuffrages font de poids , & je
crois que le Public , ainfi que moi , feroit
charmé de n'avoir là- deffus aucun doute.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'auteur d'une lettre demande des éclaircissements à un destinataire concernant une affirmation de M. Gautier publiée dans le Mercure de novembre précédent. L'auteur avait initialement cru sans réserve les déclarations de M. Gautier, notamment l'invention de l'art d'imprimer les tableaux à quatre cuivres. Cependant, il remet en question cette affirmation en soulignant que M. Le Blond avait déjà développé cette technique avant M. Gautier. L'auteur précise que M. Gautier avait appris cette technique auprès de M. Le Blond et que l'ajout d'une quatrième planche par M. Gautier ne constitue pas une véritable invention, mais une modification mineure. L'auteur exprime son regret de devoir révoquer sa confiance en M. Gautier et souhaite connaître les académiciens ayant approuvé les travaux de M. Gautier pour lever tout doute.
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7572
p. 209-212
Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Début :
Les Graces descendant du Ciel, pour animer les Talens & les Arts, forment [...]
Mots clefs :
Tableau, Talents, Gloire, Grâces, Couronne, Madame de Pompadour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Explication d'un Tableau peint à l'encre de
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
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Résumé : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Le texte présente deux tableaux allégoriques réalisés par M. Gefmond. Le premier tableau, exécuté à l'encre de Chine, est dédié à Madame de Pompadour et met en scène les Grâces animant et encourageant les talents. Les Grâces, descendues du ciel, illuminent les objets du tableau et sont accompagnées de la Libéralité, qui récompense les dons des Grâces aux génies des sciences et des beaux-arts. Ces génies, représentés au-dessous, travaillent pour se rendre dignes des faveurs des divinités. Les arts tels que la musique, le dessin, la poésie, l'architecture, la peinture et la sculpture sont également représentés. La Déesse des Talents, couronnée de laurier, contemple les Grâces animant les génies. Apollon invite les Muses à rendre hommage aux Grâces. Le tableau est orné de vers soulignant l'importance des Grâces dans les arts. Le second tableau, également de M. Gefmond, est dédié au Maréchal Duc de Belle-Isle et représente Hercule couronné par les fruits de la Sagesse. Hercule, foulant l'Hydre de Lerne, symbolise les exploits du Maréchal. Le Roi est représenté sous la forme de Jupiter, et Minerve est à ses côtés. La Victoire, assise à l'ombre d'un palmier, contemple Hercule couronné par la Sagesse. Une inscription sur le bouclier de la Victoire célèbre les travaux du Maréchal, comparés à ceux d'Hercule. Des vers en bas du tableau louent la fermeté et le courage du Maréchal, comparé à Hercule et à d'autres figures historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7573
p. 213-216
GRAVURE.
Début :
Le Sieur Chenu, Graveur, vient de donner au Public deux parfaitement [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes, Tableau, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
E Sieur Chenu , Graveur , vient de
donner au Public deux parfaitement
belles eftampes d'après les tableaux peints
à Rome , par M. Pierré , Ecuyer , premier
Peintre de S. A. S. Mgneur le Duc d'Or-
Léans. Les fujets font deux Académies de
grandeur naturelle qui paroiffent ici ,
Tous les titres du Supplice de Promethée &
du Repos de Bacchus , parce que l'une qui
eft vue de face , eft attachée avec des chaînes
à un rocher; & l'autre vue par le dos
Le repofe fur une peau de Tigre & a des
pampres de vigne auprès , ce qui caractérife
l'un & l'autre fujet. Il n'eft pas poffible
d'exiger du burin une plus grande
précifion , & les chairs y font rendues avec
la plus grande vérité. Ces deux tableaux
font dans le cabinet de M. le Comte de
Vence. Le fieur Defcamps , Profeffeur de
l'école du deffein à Rouen , qui a eu l'honneur
de lui dédier la vie des Peintres Flamands
, Allemands & Hollandois , dont
les deux premiers tomes ont déja été donnés
au Public , n'a pu fe refufer aux juftes
éloges qu'ils méritent ; & malgré le principe
qu'il s'eft fait de ne parler que des
2
214 MERCURE DE FRANCE.
Peintres de ces trois nations , il dit dans
fon épître dédicatoire que ces tableaux
placés à côté d'un tableau du Rembrandt ,
s'y foutiennent par la couleur , & leur
font fort fupérieurs du côté de la correction
& de l'élegance du deſſein .
LE ST CHEDEL , Graveur , vient de donner
au Public une eftampe d'après Breugel
de Velour , de la même grandeur du tableau
; elle a pour titre Vente de poiffons à
Schevelinge. On y voit une grande multiplicité
de marchands , & plusieurs perfonnes
qui fe promenent au bord de la mer ,
foit à cheval ou dans des voitures. La rade
paroît couverte de vaiffeaux & de bâtimens
de pêcheurs. Ce tableau a tout le
précieux que l'on connoît à ceux de ce
Maître , & le Graveur connu depuis longtems
par fa touche fiere & hardie , en a
rendu les fineffes & les détails avec une
précifion qui né láiffe rien à défirer. Il
loge rue S. André des Arts , en face de la
rue Gît- le- coeur.
LE SI ALIAMET, Graveur, vient de donner
au Public en même tems une eftampe ,
qui a pour titre l'Humilité récompenſée ,
& qui fait pendant à la précédente ;
elle eft d'après le plus grand tableau que
DECEMBRE . 1755. 215
l'on connoiffe de Bartholomée Brehemberg.
Il eft peint fur bois , & a quatre pieds
de large fur trois de hauteur ; mais il a été
réduit de façon que les figures & le tout
fe trouvent en même proportion . Le Peintre
dont les tableaux font l'ornement des
cabinets des curieux , a choisi pour fon
fujet notre Seigneur , & le Centenier qui
eft à fes genoux ; plufieurs figures parfaitement
bien grouppées forment un cercle ,
& paroiffent l'écouter avec attention : le
payfage eft orné fur le devant d'un beau
morceau d'architecture en ruine. On apperçoit
une ville fur des rochers au bord
de la mer qui termine l'horizon ; & le ciel
qui paroît orageux , contribue à faire briller
les parties éclairées de ce tableau . Celui
de Breugel de Velour & ce dernier
font tous les deux du cabinet de M. le
Comte de Vence . Le Sieur Chedel a fait
l'eau- forte de l'un & de l'autre ; mais celle
de Bartholomée Brehemberg a été entierement
finie & retouchée au burin par le
fieur Aliamet , logé rue des Mathurins
la quatrieme porte cochere en entrant par
la rue de la Harpe. On trouvera chez l'un
& l'autre à acheter les deux pendans .
LE Sr DUFLOS vient de faire paroître
deux jolies eftampes qui ont pour titre
216 MERCURE DE FRANCE.
le Billet doux & la Revendeuse à la toilette.
Elles font gravées d'après deux tableaux
peints par M. Louis Aubert. L'un de ces
tableaux repréfente une Dame aflife fur un
fopha , lifant une lettre que vient de lui
apporter un domeftique. Dans l'autre tableau
on voit une Dame à fa toilette , qui
examine des dentelles que lui préfente une
marchande. Ces deux fujets font traités
dans le gout du célebre M. Chardin. Le
Graveur les a rendus avec beaucoup d'intelligence
, & a très bien faifi l'efprit du
Peintre. Les deux eftampes que j'annonce
au Public , fe vendent chez le fieur Duflos
Graveur , rue Galande, à côté de S. Blaiſe .
LE SE RIGAUD vient de mettre au jour
trois différentes vues du château de Bellevae.
Ces trois eftampes font dédiées à
Madame de Pompadour . On trouve chez
lui toutes les vues des Maifons Royales
& autres , & différentes marines & payafages
propres pour l'optique.
Il demeure rue S. Jacques , un peu audeffus
de la rue des Mathurins.
E Sieur Chenu , Graveur , vient de
donner au Public deux parfaitement
belles eftampes d'après les tableaux peints
à Rome , par M. Pierré , Ecuyer , premier
Peintre de S. A. S. Mgneur le Duc d'Or-
Léans. Les fujets font deux Académies de
grandeur naturelle qui paroiffent ici ,
Tous les titres du Supplice de Promethée &
du Repos de Bacchus , parce que l'une qui
eft vue de face , eft attachée avec des chaînes
à un rocher; & l'autre vue par le dos
Le repofe fur une peau de Tigre & a des
pampres de vigne auprès , ce qui caractérife
l'un & l'autre fujet. Il n'eft pas poffible
d'exiger du burin une plus grande
précifion , & les chairs y font rendues avec
la plus grande vérité. Ces deux tableaux
font dans le cabinet de M. le Comte de
Vence. Le fieur Defcamps , Profeffeur de
l'école du deffein à Rouen , qui a eu l'honneur
de lui dédier la vie des Peintres Flamands
, Allemands & Hollandois , dont
les deux premiers tomes ont déja été donnés
au Public , n'a pu fe refufer aux juftes
éloges qu'ils méritent ; & malgré le principe
qu'il s'eft fait de ne parler que des
2
214 MERCURE DE FRANCE.
Peintres de ces trois nations , il dit dans
fon épître dédicatoire que ces tableaux
placés à côté d'un tableau du Rembrandt ,
s'y foutiennent par la couleur , & leur
font fort fupérieurs du côté de la correction
& de l'élegance du deſſein .
LE ST CHEDEL , Graveur , vient de donner
au Public une eftampe d'après Breugel
de Velour , de la même grandeur du tableau
; elle a pour titre Vente de poiffons à
Schevelinge. On y voit une grande multiplicité
de marchands , & plusieurs perfonnes
qui fe promenent au bord de la mer ,
foit à cheval ou dans des voitures. La rade
paroît couverte de vaiffeaux & de bâtimens
de pêcheurs. Ce tableau a tout le
précieux que l'on connoît à ceux de ce
Maître , & le Graveur connu depuis longtems
par fa touche fiere & hardie , en a
rendu les fineffes & les détails avec une
précifion qui né láiffe rien à défirer. Il
loge rue S. André des Arts , en face de la
rue Gît- le- coeur.
LE SI ALIAMET, Graveur, vient de donner
au Public en même tems une eftampe ,
qui a pour titre l'Humilité récompenſée ,
& qui fait pendant à la précédente ;
elle eft d'après le plus grand tableau que
DECEMBRE . 1755. 215
l'on connoiffe de Bartholomée Brehemberg.
Il eft peint fur bois , & a quatre pieds
de large fur trois de hauteur ; mais il a été
réduit de façon que les figures & le tout
fe trouvent en même proportion . Le Peintre
dont les tableaux font l'ornement des
cabinets des curieux , a choisi pour fon
fujet notre Seigneur , & le Centenier qui
eft à fes genoux ; plufieurs figures parfaitement
bien grouppées forment un cercle ,
& paroiffent l'écouter avec attention : le
payfage eft orné fur le devant d'un beau
morceau d'architecture en ruine. On apperçoit
une ville fur des rochers au bord
de la mer qui termine l'horizon ; & le ciel
qui paroît orageux , contribue à faire briller
les parties éclairées de ce tableau . Celui
de Breugel de Velour & ce dernier
font tous les deux du cabinet de M. le
Comte de Vence . Le Sieur Chedel a fait
l'eau- forte de l'un & de l'autre ; mais celle
de Bartholomée Brehemberg a été entierement
finie & retouchée au burin par le
fieur Aliamet , logé rue des Mathurins
la quatrieme porte cochere en entrant par
la rue de la Harpe. On trouvera chez l'un
& l'autre à acheter les deux pendans .
LE Sr DUFLOS vient de faire paroître
deux jolies eftampes qui ont pour titre
216 MERCURE DE FRANCE.
le Billet doux & la Revendeuse à la toilette.
Elles font gravées d'après deux tableaux
peints par M. Louis Aubert. L'un de ces
tableaux repréfente une Dame aflife fur un
fopha , lifant une lettre que vient de lui
apporter un domeftique. Dans l'autre tableau
on voit une Dame à fa toilette , qui
examine des dentelles que lui préfente une
marchande. Ces deux fujets font traités
dans le gout du célebre M. Chardin. Le
Graveur les a rendus avec beaucoup d'intelligence
, & a très bien faifi l'efprit du
Peintre. Les deux eftampes que j'annonce
au Public , fe vendent chez le fieur Duflos
Graveur , rue Galande, à côté de S. Blaiſe .
LE SE RIGAUD vient de mettre au jour
trois différentes vues du château de Bellevae.
Ces trois eftampes font dédiées à
Madame de Pompadour . On trouve chez
lui toutes les vues des Maifons Royales
& autres , & différentes marines & payafages
propres pour l'optique.
Il demeure rue S. Jacques , un peu audeffus
de la rue des Mathurins.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte présente plusieurs gravures récemment réalisées par des artistes renommés. Le Sieur Chenu a produit deux estampes d'après les tableaux de M. Pierré, premier Peintre du Duc d'Orléans. Ces œuvres, intitulées 'Le Supplice de Prométhée' et 'Le Repos de Bacchus', sont situées dans le cabinet du Comte de Vence et sont louées pour leur précision et la vérité des chairs représentées. Le Sieur Descamp, professeur à Rouen, a salué la qualité de ces tableaux, les comparant favorablement à un tableau de Rembrandt. Le Sieur Le St Chedel a gravé une estampe d'après Breugel de Velours, intitulée 'Vente de poissons à Schevelinge', montrant une scène maritime animée. Cette œuvre est appréciée pour sa précision et ses détails. Le Sieur Aliamet a publié une estampe, 'L'Humilité récompensée', d'après Bartholomée Brehemberg, représentant une scène biblique avec Jésus et un centurion. Cette gravure est également située dans le cabinet du Comte de Vence. Le Sieur Duflos a créé deux estampes, 'Le Billet doux' et 'La Revendeuse à la toilette', d'après les tableaux de M. Louis Aubert, dans le style de M. Chardin. Enfin, le Sieur Rigaud a publié trois vues du château de Bellevue, dédiées à Madame de Pompadour, ainsi que diverses autres vues et paysages.
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7574
p. 217-239
COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Début :
Ce que nous avions annoncé dans le Mercure d'Octobre au sujet de l'Orphelin / Cette Piece est précédée d'une Epitre ou d'un Discours préliminaire adressé à [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Époux, Rois, Enfant, Orphelin, Mère, Sang, Mort, Maître, Nature, Vainqueur, Répliques, Empereur, Femme, Vertu, Victime, Tragédie, Palais, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
COMEDIE FRANÇOISE.
E que nous avions annoncé dans le
Mercure d'Octobre au fujet de l'Orphelin
de la Chine , eft exactement arrivé.
L'interruption qu'il a effuyée n'a fervi
qu'à rendre fa repriſe plus brillante . L'im
preffion même nuisible ordinairement
aux pieces de Théâtre , n'a pu faire aucun
tort au fuccès de cette Tragédie. Les
Comédiens François l'ont redonnée pour
la neuvième fois le 22 Octobre , avec un
grand concours & un applaudiffement
général : l'affluence & la réuffite ont été
égales pendant toutes les repréſentations
qui ont été au nombre de dix- fept. Notre
fentiment étoit fondé fur ce qu'un rôle
intéreffant qui domine , & qui eft fupérieurement
joué , eft prefque toujours le
garand fûr d'un fuccès conftant. Il fuffic
même lui feul pour établir une piece à demeure.
Phedre , Ariane & Médée pen-
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
vent fervir d'exemples. Quelque beau cependant
que foit le perfonnage d'Idamé
nous ne prétendons pas qu'il doive exclure
le mérite des autres qui lui font fubordonnés.
L'extrait que nous allons faire
de l'Orphelin , prouvera que nous ne bornons
point fes beautés à celles d'un feul
rôle.
Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Cette Piece eft précédée d'une Epitre
ou d'un Difcours préliminaire adreffé à
M. le Maréchal Duc de Richelieu . L'Auteur
y déclare que l'idée de fa Tragédie
lui eft venue à la lecture de l'Orphelin de
Tchao , Tragédie Chinoife , traduite par
le P. de Prémare , & non pas Brémare ,
comme il eft imprimé dans cette épitre.
La Scene eft dans un Palais des Mandarins
, qui tient au Palais Impérial dans la
la ville de Cambalu , aujourd'hui Pekin .
Les Acteurs font au nombre de ſept. Gen
giskan , EmpereurTartare. Octar , Ofman,
guerriers Tartares. Zamti , Mandarin
lettré. Idamé , femme de Zamti. Affeli ,
attaché à Idamé. Etan , attaché à Zamti.
Idamé ouvre le premier Acte avec Affeli
dans l'inftant où le Catai eft conquis
& faccagé ; elle apprend à fa confidente en
DECEMBRE . 1755. 219
gémiffant que le deftructeur de ce vaſte
Empire
Eft un Scythe , un foldat dans la poudre élevé ,
qui vint autrefois demander un afile dans
ce même Palais , où il porte aujourd'hui
la flamme, & qu'enfin Gengiskan n'eſt autre
que Temugin qui brûla pour elle , &
qui fut rejetté par fes parens. Un refus ,
ajoute-t'elle ,
Un refus a produit les malheurs de la terre :
De nos peuples jaloux tu connois la fierté ,
De nos Arts , de nos Loix , l'augufte antiquité ;
Une Religion de tout tems épurée ,
De cent fecles de gloire une fuite avérée :
Tout nous interdifoit dans nos préventions ,
Une indigne alliance avec les Nations.
Enfin un autre hymen , un plus faint noeud m'engage
:
Le vertueux Zamti mérita mon fuffrage .
Qui l'eût cru dans ces tems de paix & de bonheur
Qu'un Scythe méprifé feroit notre vainqueur !
Voilà ce qui m'allarme , & qui me défefpere ;
J'ai refuſé la main ; je fuis épouſe & mere :
Il ne pardonne pas : il fe vit outrager ;
Et l'univers fçait trop s'il aime à fe vanger.
Affeli veut la confoler , en lui difant
que les Coréens raffemblent une armée ;
mais elle répond que tout accroît fes
frayeurs , qu'elle ignore le deftin de l'Empereur
& de la Reine , & que le dernier
fruit de leur hymen , dont l'enfance eft
confiée à fes foins , redouble encore fa
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
crainte & fa pitié . Un foible rayon d'ef
poir vient luire dans fon ame consternée.
Mon époux , ajoute- t'elle , a porté les pas
au Palais .
Une ombre de refpect pour fon faint miniſtere ,
Peut-être adoucirá ces vainqueurs forcenés.
On dit que ces Brigands aux meurtres acharnés ,
Qui rempliffent de fang la terre intimidée
Ont d'un Dieu cependant confervé quelque idée ,
Tant la nature même en toute Nation ,
Grava l'Etre fuprême & la Religion.
Zamti qui paroît , vient augmenter les
terreurs de fa femme.
J'entre , dit- il , par des détours ignorés du vulgaire.
Je vois ces vils humains , ces monftres des déferts ,
A notre auguftre maître ofer donner des fers ;
Traîner dans fon palais , d'une main fanguinaire ,
Le pere , les enfans & leur mourante mere ;
Le pillage , le meurtre environnoient ces lieux.
Ce Prince infortuné , tourne vers moi les yeux ;
Il m'appelle , il me dit , dans fa langue facrée
Du Conquérant tartare & du peuple ignorée :
Conferve au moins le jour au dernier de mes fils.
Jugez , fi mes fermens & mon coeur l'ont promis ;
Jugez , de mon devoir , quelle eft la voix preffante.
J'ai fenti ranimer ma force la guiffante,
J'ai revolé vers vous , & c.
Etan entre éperdu. Il leur apprend que
la fuite eft impoffible ; qu'une garde cruelle
y met une barriere infurmontable , &
que tout tremble dans l'esclavage , depuis
DECEMBRE. 1755 .
221
que l'Empereur, fes enfans , & fon épouse,
ont été malfacrés . Octar furvient , & met
le comble à leur effroi par ces terribles
mots qui caractériſent
fi bien un Scythe ,
& qui font toujours applaudis.
Je vous ordonne au nom du vainqueur des humains
De mettre fans tarder cet enfant dans mes mains ;
Je vais l'attendre . Allez , qu'on m'apporte ce gage.
Pour peu que vous tardiez , le fang & le carnage
Vont encore en ces lieux fignaler fon courroux ,
Et la deftruction commencera par vous.
La nuit vient , le jour fuit . Vous, avant qu'il finiffe,
Si vous aimez la vie , allez , qu'on obéiffe .
Ce perfonnage quoiqu'il agiffe peu , &
qu'il foit fubalterne , frappe plus au Théâ
tre , il a plus de phifionomie que Gengis
fon maître ; il eft vrai que le fieur de Bellecour
le rend très-bien , & fait un beau
Tartare. Idamé tremble pour les jours de
l'enfant de tant de Rois , & dit qu'elle fuivroit
leurs Souverains dans la tombe , fi
elle n'étoit retenue par l'intérêt d'un fils
unique qui a befoin de fa vie . Zamti
s'écrie :
Après l'atrocité de leur indigne fort ,
Qui pourroit redouter & refufer la mort !
Le coupable la craint , le malheureux l'appelle ,
Le brave la défie , & marche au-devant d'elle ,
Le fage qui l'attend , la reçoit fans regrets.
Idamé lui demande ce qu'il a réfolu ,
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
fon époux lui replique de garder le ferment
qu'il a fait de conferver la vie du
dernier rejetton de la tige royale , & lui
dit d'aller l'attendre auprès de cet enfant.
Zamti refté feul avec Etan , lui confie le.
funefte projet qu'il a conçu de fubftituer
fon fils à la place de l'orphelin , & de facrifier
fon propre fang pour fauver celui
de fes Rois. Après avoir fait jurer à ce
confident qu'il tiendra ce fecret enfeveli ,
il le charge du foin d'aller cacher ce dépôt
précieux dans le fein des tombeaux bâtis
par leurs Empereurs , en attendant qu'il
puiffe faifir l'inftant de le remettre au chef
de la Corée. On ne peut pas mettre plus
d'intérêt dans un premier Acte.
Zamti qui a fermé cet Acte , commence
feul le fecond : fes entrailles font déchirées
; il dis dans fes cruelles allarmes.
O! mon fils , mon cher fils , as-tu perdu le jour à
Aura-t'on confommé ce fatal facrifice ?
Je n'ai pu de ma main te conduire au fupplice.
Etan paroît , & lui apprend qu'il a caché
l'Orphelin dans les tombeaux de fes
peres . Il l'inftruit en même tems que dans
l'abfence d'Idamé , on a conduit fon fils
à leurs vainqueurs barbares. Ah ! s'écrie
alors Zamti qui craint les reproches de
fon épouse .
DECEMBRE. 1755 . 223
Ah ! du moins , cher Etan , fi tu pouvois lui dire
Que nous avons livré l'héritier de l'Empire ,
Que j'ai caché mon fils , qu'il eft en fûreté !
Impofons quelque tems à fa crédulité.
Hélas ! la vérité fi fouvent eft cruelle ;
On l'aime & les humains font malheureux par elle .
On ne peut pas mieux excufer la néceffité
d'un menfonge . Etan fort , Idamé entre
défolée , & forme avec fon mari la
fcene la plus forte & la plus intéreffante :
elle l'eft au point qu'il faudroit la tranſcrire
entiere pour en rendre toutes les beautés
. Eh ! comment rendre d'ailleurs l'action
admirable , & le jeu accompli de l'Acrice
! Il faut voir Mlle Clairon. Il faut l'enrendre
dans ce rôle , pour juger de fa perfection.
Idamé s'écrie en arrivant.
"
Qu'ai-je vu qu'a- t'on fait ? Barbare , eft- il pof
fible ?
L'avez- vous commandé ce facrifice horrible ?
•
Quoi? fur toi , la nature a fi peu de pouvoir?
Zamti répond.
Elle n'en a que trop , mais moins que mon devoir
Et je dois plus au fang de mon malheureux maître,
Qu'à cet enfant obfcur à qui j'ai donné l'être.
1 Idamé réplique.
Non , je ne connois point cette horrible vertu .
J'ai vu nos murs en cendres , & ce trône abattu ;
J'ai pleuré de nos Rois les difgraces affreufes :
Mais par quelles fureurs encor plus douloureuſes ,
Veux- tu de ton époufe , avançant le trépas ,
Kiv ..
124 MERCURE DE FRANCE.
Livrer le fang d'un fils qu'on ne demande pas ?
Ces Rois enfèvelis , difparus dans la poudre ,
Sont-ils pour toi des Dieux dont tu craignes la
foudre ?
A ces dieux impuiffans , dans la tombe endormis
As- tu fait le ferment d'affaffiner ton fils ?
Hélas ! grands & petits , & fujets & Monarques ,
Diftingués un moment par de frivoles marques ,
Egaux par la nature , égaux par le malheur,
Tout mortel eft charge de la propre douleur :
Sa peine lui faffit ; & dans ce grand naufrage ,
Raflembler nos débris , voilà notre partage.
Où ferois- je ? grand dieu ! fi ma crédulité
Eu: tombé dans le piége à mes pas préfenté.
Auprès du fils des Rois fi j'étois demeurée ,
La victime aux bourreaux alloit être livrée :
Je ceffois d'être mere ; & le même couteau ,
Sur le corps de mon fils , me plongeoit au tombeau.
Graces à mon amour , inquiete , troublée ,
A ce fatal berceau l'inftinet m'a rappellée.
J'ai vu porter mon fils à nos cruels vainqueurs ;
Mes mains l'ont arraché des mains des raviſſeurs.
Barbare, ils n'ont point eu ta fermeté cruelle !
J'en ai chargé foudain cette eſclave fidelle ,
Qui foutient de fon lait fes miférables jours,
Ces jours qui périſſoient fans moì , ſans mon ſecours
;
J'ai confervé le fang du fils & de la mere ,
Et j'ofe dire encor de fon malheureux pere.
Zamti perfifte à vouloir immoler fon
fils. Elle s'y oppofe toujours en mere intrepide.
Son mari lui reproche alors de trahir
à la fois , le Ciel , l'Empire . & le fang de
fes Rois. Idamé lui fait cette réponſe admirable.
t
DECEMBRE . 1755. 225
De mes Rois : va , te dis- je , ils n'ont rien à prétendre
,
Je ne dois point mon fang en tribut à leur cendre.
Va , le nom de fujet n'eft pas plus faint pour nous,
Que ces noms fi facrés & de pere & d'époux.
La nature & l'hyinen , voilà les loix premieres ,
Les devoirs , les liens des Nations entieres :
Ces loix viennent des dieux , le reſte eft des humains
.
Ne me fais point hair le fang des Souverains.
Oui , fauvons l'Orphelin d'un vainqueur homicide
,
Mais ne le fauvons pas au prix d'un parricide.
Que les jours de mon fils n'achetent point fes
jours.
Loin de l'abandonner , je vole à fon fecours.
Je prens pitié de lui ; prends pitié de toi- même ,
De ton fils innocent , de la mere qui t'aime.
Je ne menace plus : je tombe à res genoux.
O pere infortuné , cher & cruel époux ,
Pour qui j'ai méprifé , tu t'en fouviens peut être,
Ce mortel qu'aujourd'hui le fort a fait ton maître!
Accorde moi mon fils , accorde moi ce fang
Que le plus pur amour a formé dans mon flanc ;
Et ne réfifte point au cri terrible & ter dre
Qu'à tes fens défolés l'amour a fait entendre.
Le fier Octar vient les interrompre , il
annonce l'arrivée de Gengiskan , & ordons
ne à fes foldats de fuivre les pas du Mandarin
& de fa femme ; de faifir l'enfant
qu'elle a repris , & d'apporter la victime
aux pieds de leur maître. Zamti promet de
la livrer, & Idamé déclare qu'on ne l'obtiendra
qu'avec la vie.
K v
226 MERCURE DE FRANCE.
Gengis paroît environné de fes guer
riers , & leur dit .
Que le glaive fe cache , & que la mort s'arrête ;
Je veux que les vaincus refpirent déformais.
J'envoiai la terreur , & j'apporte la paix :
La mort du fils des Rois fuffit à ma vengeance.
Qu'on ceffe de livrer aux flammes , au pillage ,
Ces archives de loix , ce vafte amas d'écrits ,
Tous ces fruits du génie , obiets de vos mépris .
Si l'erreur les dicta , cette erreur m'eft utile ;
Elle occupe ce peuple , & le rend plus docile.
Il renvoie fa fuite , & demeuré feul
avec Octar , il lui avoue qu'au comble
des grandeurs , le fouvenir d'une femme
qui avoit refufé fa main , lui revient dans
la penfée , qu'elle le pourfuit jufqu'au feint
de la victoire , mais qu'il veur l'oublier.
Ofman vient l'informer que la victime
alloit être égorgée , lorfqu'un événement
imprévu a fufpendu fon trépas. Dans ce
moment , dit-il ,
Une femme éperdue , & de larmes baignée
Arrive , tend les bras à la garde indignée ;
Et nous furprenant tous par fes cris forcenés ,
Arrêtez , c'est mon fils que vous affaffinez .
C'est mon fils , on vous trompe au choix de la
victime.
Cependant fon époux devant nous appellé .
De nos Rois , a - t'il dit , voilà ce qui nous refte
Frappez , voilà le fang que vous me demandez.
DECEMBRE . 1755. 227
Olman ajoute que dans ce doute confus ,
il revient demander à fon Empereur de
nouveaux ordres. Gengis charge Octar
d'interroger ce couple audacieux , & d'arracher
la vérité de leur bouche . Il ordonne
à fes autres guerriers d'aller chacun à
fon pofte , & d'y veiller fidelement de
peur d'une furprife de la part des Coréens.
Ce fecond Acte eft fi plein de chaleur
qu'on en eût fait un beau quatrieme : 'peutêtre
même que l'action y eft trop avancée ,
& qu'elle prend fur celle des Actes fuivans
, qui font un peu vuides , & qui ont
befoin des détails dont ils font embellis.
Gengis rentre pour revenir : il ouvre le
troifieme Acte , & demande à Ofnan fi
l'on a éclairci l'impofture de ces captifs.
Ce dernier lui répond qu'à l'afpect des
tourmens , le Mandarin perfifte dans fon
pemier aveu , & que fa femme , dont les
larmes augmentent la beauté , demande à
fe jetter aux pieds de Gengiskan . Elle paroît
; ce Conquérant eft frappé de fes traits ;
il la reconnoît pour cet objet qu'il a autrefois
adoré. Cette fcene ne tient pas tout ce
qu'elle promet . Gengis dit à Idamé de fe
raffurer ; que fon Empereur oublie l'affront
qu'elle a fait à Temugin ; que le dernier
rejetton d'une race ennemie eft la
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
feule victime qu'il demande ; qu'il faut
qu'on la lui livre , & qu'elle importe à fa
fureté ; qu'ldamé ne doit rien craindre
pour fon fils , & qu'il l'a prend fous fa
garde. Mais , ajoute- t'il , je veux être inftruit
de la vérité .
Quel indigne artifice ofe-t'on m'oppoſer
De vous , de votre époux , qui prétend m'impofer?
Il interroge cet époux qui eft amené devant
lui. Zamti répond qu'il a rempli fon
devoir. Gengis ordonne aux fiens qu'on
faififfe l'enfant que cet efclave a remis en
leurs mains : la tendre Idamé s'y oppofe :
le Tyran impatient , luidit de l'éclaircir fur
l'heure , ou qu'on va immoler la victime .
Eh bien ! s'écrie - t'elle , mon fils l'emporte.
Mon époux a livré ce fils .
Je devois l'imiter , mais enfin je ſuis mere;
Mon ame eft au-deffous d'un fi cruel effort.
Je n'ai pu , de mon fils , confentir à la mort.
Hélas ! au défefpoir que j'ai trop fait paroître ,
Une mere ailément pouvoit fe reconnoître..
Voyez , de cet enfant , le pere confondu ,
Qui ne vous a trahi qu'à force de vertu .
L'un n'attend fon falut que de fon innocence ,
Et l'autre eft refpectable alors qu'il vous offenfe.
Ne puniffez que moi , qui trahis à la fois
Et l'époux que j'admire , & le fang de nos Rois.
Digne époux , digne objet de toute ma tendreffe,
La pitié maternelle eft ma feule foibleffe ,
Mon fort fera le tien : Je meurs , fi tu péris :
Pardonne-moi du moins d'avoir ſauvé ton fils..
DECEMBRE. 1755. L2F
Je t'ai tout pardonné , lui répond Zamsi
, je n'ai plus rien à craindre pour le
fang de mon Roi. Ses jours font en fureté . Ils
ne le font pas , le récrie Gengis furieux.
Va réparer ton crime , ou fubir le trépas.
Zamti lui fait cette belle réplique.
Le crime eft d'obéir à des ordres injuftes ..
Tu fus notre vainqueur , & tu n'es pas mon Roi.
Si j'étois ton fujet , je te ferois fidelle.
Arrache-moi la vie , & refpecte mon zele.
Je t'ai livré mon fils , j'ai pu te l'immoler.
Penſes-tu que pour moi , je puifle encor trembler ?
Gengis commande qu'on l'entraîne :
Idamé veut le fléchir ; mais il lui ordonne
de fuivre fon mari . Comme elle infifte
il lui dit :
Allez , fi jamais la clémence
Dans mon coeur , malgré moi , pouvoit encor
entrer.
Vousfentez quels affronts il faudroit réparer.
Seul avec Octar , il fait éclater fon dépit
& fon amour. Son confident combat
cette flâme qu'il ne conçoit pas . Ofman
revient lui apprendre qu'Idamé & Zamti
refufent de découvrir l'azyle qui cache.
l'Orphelin , & qu'ils preffent tous deux
que la mort les uniffe. Gengis l'interrompt ,
& lui commande de voler vers Idamé , &c.
de l'affurer que fes jours font facrés & font
230 MERCURE DE FRANCE.
chers à fon maitre. Octar lui demande
quels ordres il veut donner fur cet enfant
des Rois qu'on cache à fa vengeance. Aucun
, répond- t'il .
Je veux qu'Idamé vive ; ordonne tout le refte.
Quel est votre efpoir , lui réplique
Octar ? Gengis termine l'Acte , en lui
difant :
D'être aimé de l'ingrate , ou de me venger d'elle ,
De la punir : tu vois ma foibleffe nouvelle .
Emporté , malgré moi , par de contraires voeux ,
Je frémis & j'ignore encor ce que je veux.
Gengis ouvre encore le quatrieme Acte,
& ordonne aux fiens de fe rendre aux pieds
des murs , en difant que l'infolent Coréen a
proclamé Roi cet enfant malheureux , mais
qu'il va marcher contr'eux fa tête à la main ;
qu'il a trop différé fa mort , & qu'il veut
enfin fans délai que Zamti lui obéiffe. Il
nous paroît que le commencement de cet
Acte fait le cercle , & retourne fur le
troisieme . Octar vient encore dire que le
Mandarin eft inflexible. Gengis s'écrie
étonné .
Quels font donc ces humains que mon bonheur
maîtrife !
A fon Roi qui n'eft plus , immolant la nature ,
L'un voit périr fon fils fans crainte & fans mur
mure ,
DECEMBRE. 1755.234
L'autre pour fon époux eft prête à s'immoler,
Rien ne peut les fléchir , rien ne les fait trembler..
Je vois un peuple antique , induftrieux , immenfes
Ses Rois fur la fageffe ont fondé leur puiffance ;
De leurs voifins foumis , heureux Législateurs ,
Gouvernant fans conquête , & regnant par les
moeurs.
Le ciel ne nous donna que la force en partage.
Nos Arts font les combats , détruire eft notre ou
vrage.
Ah ! de quoi m'ont fervi tant de fuccès divers !
Quel fruit me revient-il des pleurs de l'univers !
Nous rougiffons de fang le char de la victoire.
Peut-être qu'en effet il eft une autre gloire.
Mon coeur eft en fecret jaloux de leurs vertus ,
Et vainqueur , je voudrois égaler les vaincus.
Octar combat le fentiment de fon Maître
avec une franchife militaire , & lui dit :
Quel mérite ont des arts , enfans de la moleffe ,
Qui n'ont pu les fauver des fers & de la mort ?
Le foible eft destiné pour fervir le plus fort.
Tout céde fur la terre aux travaux , au courage
Mais c'est vous qui cédez & fouffrez un outrage.
Il ajoute que fes compagnons en murmurent
tout haut : Gengis lui répond :
Que l'on cherche Idamé . Sur ce qu'Octar infifte
: il lui replique en defpote.
Obéis.
De ton zele hardi réprime la rudeffe :
Je veux que mes fujets refpectent ma foibleffe.
Gengis feul , fe livre à tout fon amour ;
en témoignant fon mépris pour les monf232
MERCURE DE FRANCE.
tres cruels qui font à fa fuite. Idamé paroit
, il lui offre fon trône avec fa main.
Le divorce , dit-il , par mes loix eft permis ,
Et le vainqueur du monde à vous feule eft foumis.
S'il vous fut odieux , le trône a quelques charmes;
Et le bandeau des Rois peut effuyer des larmes.
La vertueufe Idamé lui répond avec une
noble ingénuité , que dans le tems qu'il
n'étoit que Temugin , elle auroit accepté
fa main qui étoit pure alors , fi fes parens
l'avoient agréé. Mais , ajoute-t'elle :
Mon hymen eft un noeud formé par le ciel même.
Mon époux m'eft facré ; je dirai plus : Je l'aime :
Je le préfere à vous , au trône , à vos grandeurs.
Pardonnez mon aveu , mais reſpectez nos moeurs :
Ne penfez pas non plus que je mette ma gloire
A remporter fur vous cette illuftre victoire ;
A braver un vainqueur , à tirer vanité
De ces juftes refus qui ne m'ont point couté.
Je remplis mon devoir , & je me rends juftice:
Je ne fais point valoir un pareil facrifice.
Portez ailleurs les dons que vous me propofez ;
Détachez- vous d'un coeur qui les a méprifez ;
Et puifqu'il faut toujours quidamé vous implore ,
Permettez qu'à jamais mon époux les ignore .
De ce foible triomphe il feroit moins flatté ,
Qu'indigné de l'outrage à ma fidélité .
Gengis lui dit en la quittant :
Quand tout nous uniffoit , vos loix que je dérefte
Ordonnerent ma honte & votre hymen funefte ;
Je les anéantis , je parle , c'eft affez ;
DECEMBRE 1755. 233
Imitez l'univers , Madame , obéiffez .
Mes ordres font donnés , & votre indigne époux
Doit remettre en mes mains votre Empereur &
vous .
Leurs jours me répondront de votre obéiffance.
Idamé gemit de fa cruelle pofition . Affeli
moins févere , lui confeille de fe relâcher
un peu de cette extrême aufterité
pour affurer les jours de fon mari , &
le bien de l'Empire . Zamti furvient , & lui
déclare qu'elle feule refte à l'Orphelin dans
l'Univers , que c'eft à elle à lui conferver
la vie , ainfi qu'à fon fils. Epoufe le Tyran
, pourſuit il.
Ta ferviras de mere à ton Roi malheureux.
Regne , que ton Roi vive , & que ton époux meure.
Elle l'interrompt , & lui dit :
Me connois-tu ? veux-tu que ce funefte rang
Soit le prix de ma honte , & le prix de ton fanga
Penfes- tu que je fois moins époufe que mere ?
Tu t'abules , cruel , & ta vertu févere
A commis contre toi deux crimes en un jour ,
Qui font frémir tous deux la nature & l'amour.
Barbare envers ton fils , & plus envers moi -même.
Ne te fouviens-tu plus qui je fuis , & qui t'aime ?
Crois-moi : le jufte ciel daigne mieux m'inſpirer ;
Je puis fauver mon Roi fans nous deshonorer.
Soit amour , foit mépris , le Tyran qui m'offenfe,
Sur moi , fur mes deffeins , n'eft pas en défiance:
Dans ces remparts fumans , & de fang abbreuvés,
234 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis libre , & mes pas ne font pas obfervés.
Le Chef des Coréens s'ouvre un fecret paffage
Non loin de ces tombeaux , où ce précieux gage ,
A l'ail qui le pourfuit , fut caché par tes mains.
De ces tombeaux facrés je fçais tous les chemins;
Je cours y ranimer fa languiffante vie,
Le rendre aux défenfeurs armés pour la patrie ;
Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux
,
Comme un préfent d'un Dieu qui combat avec
eux.
Tu mourras , je le fçais ; mais , tout couverts de
gloire
Nous laifferons de nous une illuftre mémoire,
Mettons nos noms obfcurs au rang des plus
grands noms :
Et juge fi mon coeur a fuivi tes leçons .
Zamti tranfporté , s'écrie avec juftice,
Idamé , ta veftu l'emporte ſur la mienne !
En effet , cette vertu eft puifée dans la
nature & dans la raifon. Elle forme le
véritable héroïfme , qui honore l'humanité
fans en fortir. Tout grand qu'il eft ,
nous fentons que notre efpece en eft capable.
La vertu de Zamti tient plus au
préjugé. C'est une grandeur d'ame qui dégenere
en fanatifme , & qui eft d'autant
moins vraie , qu'elle bleffe les loix primitives
, & qu'elle excede nos forces. Voilà
pourquoi le caractere d'Idamé paroît fupérieur
à celui de Zamti , & nous intéreffe
davantage , même à la lecture.
DECEMBRE. 1755. 235
Idamé & Affeli commencent le cinquieme
Acte . Idamé a été arrêtée dans fa fuite
avec l'Orphelin. Elle eft captive une feconde
fois , & n'a plus d'efpoir que dans
la mort . Octar vient lui dire d'attendre,
l'Empereur qui veut lui parler , & qui paroit
un moment après . Gengis éclate en
reproches , & finit par preffer Idamé de
s'unir à lui , ce n'eft qu'à ce prix , dit-il ,
que je puis pardonner , & changer les châtimens
en bienfaits tout dépend d'un mor.
Prononcez fans tarder , fans feinte , fans détour ,
Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour.
Idamé qui foutient fon noble caractere
jufqu'au bout , lui répond ,
L'un & l'autre aujourd'hui feroit trop condamnable
,
Votre haine eft injufte & votre amour coupable.
Cet amour eft indigne , & de vous & de moi :
Vous me devez juftice ; & fi vous êtes Roi ,
Je la veux , je l'attens pour moi contre vous-mê
me.
Je fuis loin de braver votre grandeur fuprême ;
Je la rappelle en vous , lorfque vous l'oubliez
Et vous-même en fecret vous me juftifiez .
Vous choififfez ma haine , réplique - t'il ,
vous l'aurez .
Votre époux , votre Prince & votre fils , cruelle,
Vont payer de leur fang votre fierté rebelle.
Ce mot , que je voulois , les a tous , condamés.
236 MERCURE DE FRANCE.
C'en est fait , & c'eſt vous qui les affaffinez .
Idamé tombe alors aux pieds de fon
maître , & lui demande une grace à genoux
. Il lui ordonne de fe lever & de déclarer
ce qu'elle veur. Elle le fupplie de
permettre qu'elle ait un entretien fecret
avec fon mari . Gengis le lui accorde , en
difant ;
Non , ce n'étoit pas lui qu'il falloit confulter !
Il m'enleva fon Prince , il vous a poffedée .
Que de crimes ! fa grace eft encore accordée .
Qu'il la tienne de vous , qu'il vous doive fon
fort .
Préfentez à fes yeux le divorce ou la mort.
Il la laiffe . Zamti paroît , elle lui dit :
la mort la plus honteufe t'attend . Ecoutemoi
:
Ne fçavons- nous mourir que par l'ordre d'un Roi ?
Les taureaux aux autels tombent en facrifice ;
Les criminels tremblans font traînés au fupplice
Lés mortels généreux difpofent de leur fort ;
Pourquoi des' mains d'un maître attendre ici la
mort
L'homme étoit -il donc né pour tant de dépendancea
De nos voiſins altiers imitons la conftance.
De la nature humaine ils foutiennent les droits ,
Vivent libres chex eux , & meurent à leur choix .
Un affront leur fuffit pour fortir de la vie ,
Er plus que le néant ils craignent l'infâmie.
Le hardi Japonnois n'attend pas qu'au cercueil
Un Defpote infolent le plonge d'un coup d'oeil.
DECEMBRE. 1755 . 237
Nous avons enfeigné ces braves Infulaires :
Apprenons d'eux enfin des vertus néceffaires .
Scachons mourir comme eux.
Son époux l'approuve ; mais ajoutet'il
, que pouvons - nous feuls & défarmés ?
Idamé tire un poignard qu'elle lui préfente
, en lui difant :
Tiens , fois libre avec moi , frappe , & délivrenous.
J'ai tremblé que ma main , mal affermie encore ,
Ne portât fur moi- même un coup mal affuré,
Enfonce dans ce coeur un bras moins égaré,
Immole avec courage une époufe fidelle ,
Tout couvert de mon fang tombe , & meurs auprès
d'elle.
Qu'à mes derniers momens j'embraffe mon époux;
Que le Tyran le voie , & qu'il en foit jaloux.
Zamti prend le poignard , en tremblant,
il balance ; & comme il veut s'en frapper ,
Gengis arrive à propos pour le défarmer .
O ciel ! s'écrie til , qu'alliez- vous faire ?
Idamé lui replique :
Nous délivrer de toi , finir notre mifere ,
A tant d'atrocités dérober notre fort.
Zamti ajoute :
Veux-tu nous envier juſques à notre mort ?
Oui , lui dit Gengis , que tant de vertu
fubjugue :
Je rougis fur le trône où n'a mis la victoire ,
D'être au- deſſous de vous au milieu de ma gloire;
238 MERCURE DE FRANCE.
En vain par mes exploits j'ai fçu me fignaler :
Vous m'avez avili ; je veux vous égaler.
J'ignorois qu'un mortel pût fe dompter lui-même.
Je l'apprens ; je vous dois cette grandeur fuprême.
Jouiffez de P'honneur d'avoir pu me changer :
Je viens vous réunir , je viens vous protéger.
Veillez , heureux époux , fur l'innocente vie
De l'enfant de vos Rois , que ma main vous con."
fie.
Par le droit des combats j'en pouvois difpofer :
Je vous remets ce droit dont j'allois abuſer.
Croyez qu'à cet enfant heureux dans fa mifere ,
Ainfi qu'à votre fils , je tiendrai lieu de pere .
Vous verrez fi l'on peut fe fier à ma foi.
Je fus un conquerant , vous m'avez fait un Roi.
Zamti pénetré d'un retour fi génereux ,
dit à ce Conquerant :
Ah ! vous ferez aimer votre joug aux vaincus.
Idamé tranfportée de joie & de furprife
, lui demande à fon tour.
Qui peut vous infpirer ce deffein ?
Gengis lui répond par ce mot , qui termine
le vers & la piece.
Vos vertus.
Ce dénouement eft très - applaudi , &
fait d'autant plus de plaifir qu'il finit la
tragédie fans effufion de fang. On doit dire
à la louange des Comédiens François ,
qu'ils n'ont rien épargné pour la mettre
au théatre avec tout l'éclat qu'elle mérite.
Ils y ont même obſervé le coſtume autant
DECEMBRE . 1755. 239
qu'il eft poffible de le fuivre. Mlle Clairon
faite pour fervir de modele , a ofé la premiere
fupprimer le panier. Mlle Hus à eu
le courage de l'imiter ; elles y ont gagné :
tout Paris a approuvé le changement , &
ne les a trouvées que plus aimables.
Les mêmes Comédiens vont remettre
fucceffivement les Troyennes & Philoctete
de M. de Châteaubrun , en attendant Andromaque
& Aftianax , tragédie nouvelle
du même Auteur. Le cothurne eft riche
cette année , & promet à ce théatre un
heureux hyver.
E que nous avions annoncé dans le
Mercure d'Octobre au fujet de l'Orphelin
de la Chine , eft exactement arrivé.
L'interruption qu'il a effuyée n'a fervi
qu'à rendre fa repriſe plus brillante . L'im
preffion même nuisible ordinairement
aux pieces de Théâtre , n'a pu faire aucun
tort au fuccès de cette Tragédie. Les
Comédiens François l'ont redonnée pour
la neuvième fois le 22 Octobre , avec un
grand concours & un applaudiffement
général : l'affluence & la réuffite ont été
égales pendant toutes les repréſentations
qui ont été au nombre de dix- fept. Notre
fentiment étoit fondé fur ce qu'un rôle
intéreffant qui domine , & qui eft fupérieurement
joué , eft prefque toujours le
garand fûr d'un fuccès conftant. Il fuffic
même lui feul pour établir une piece à demeure.
Phedre , Ariane & Médée pen-
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
vent fervir d'exemples. Quelque beau cependant
que foit le perfonnage d'Idamé
nous ne prétendons pas qu'il doive exclure
le mérite des autres qui lui font fubordonnés.
L'extrait que nous allons faire
de l'Orphelin , prouvera que nous ne bornons
point fes beautés à celles d'un feul
rôle.
Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Cette Piece eft précédée d'une Epitre
ou d'un Difcours préliminaire adreffé à
M. le Maréchal Duc de Richelieu . L'Auteur
y déclare que l'idée de fa Tragédie
lui eft venue à la lecture de l'Orphelin de
Tchao , Tragédie Chinoife , traduite par
le P. de Prémare , & non pas Brémare ,
comme il eft imprimé dans cette épitre.
La Scene eft dans un Palais des Mandarins
, qui tient au Palais Impérial dans la
la ville de Cambalu , aujourd'hui Pekin .
Les Acteurs font au nombre de ſept. Gen
giskan , EmpereurTartare. Octar , Ofman,
guerriers Tartares. Zamti , Mandarin
lettré. Idamé , femme de Zamti. Affeli ,
attaché à Idamé. Etan , attaché à Zamti.
Idamé ouvre le premier Acte avec Affeli
dans l'inftant où le Catai eft conquis
& faccagé ; elle apprend à fa confidente en
DECEMBRE . 1755. 219
gémiffant que le deftructeur de ce vaſte
Empire
Eft un Scythe , un foldat dans la poudre élevé ,
qui vint autrefois demander un afile dans
ce même Palais , où il porte aujourd'hui
la flamme, & qu'enfin Gengiskan n'eſt autre
que Temugin qui brûla pour elle , &
qui fut rejetté par fes parens. Un refus ,
ajoute-t'elle ,
Un refus a produit les malheurs de la terre :
De nos peuples jaloux tu connois la fierté ,
De nos Arts , de nos Loix , l'augufte antiquité ;
Une Religion de tout tems épurée ,
De cent fecles de gloire une fuite avérée :
Tout nous interdifoit dans nos préventions ,
Une indigne alliance avec les Nations.
Enfin un autre hymen , un plus faint noeud m'engage
:
Le vertueux Zamti mérita mon fuffrage .
Qui l'eût cru dans ces tems de paix & de bonheur
Qu'un Scythe méprifé feroit notre vainqueur !
Voilà ce qui m'allarme , & qui me défefpere ;
J'ai refuſé la main ; je fuis épouſe & mere :
Il ne pardonne pas : il fe vit outrager ;
Et l'univers fçait trop s'il aime à fe vanger.
Affeli veut la confoler , en lui difant
que les Coréens raffemblent une armée ;
mais elle répond que tout accroît fes
frayeurs , qu'elle ignore le deftin de l'Empereur
& de la Reine , & que le dernier
fruit de leur hymen , dont l'enfance eft
confiée à fes foins , redouble encore fa
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
crainte & fa pitié . Un foible rayon d'ef
poir vient luire dans fon ame consternée.
Mon époux , ajoute- t'elle , a porté les pas
au Palais .
Une ombre de refpect pour fon faint miniſtere ,
Peut-être adoucirá ces vainqueurs forcenés.
On dit que ces Brigands aux meurtres acharnés ,
Qui rempliffent de fang la terre intimidée
Ont d'un Dieu cependant confervé quelque idée ,
Tant la nature même en toute Nation ,
Grava l'Etre fuprême & la Religion.
Zamti qui paroît , vient augmenter les
terreurs de fa femme.
J'entre , dit- il , par des détours ignorés du vulgaire.
Je vois ces vils humains , ces monftres des déferts ,
A notre auguftre maître ofer donner des fers ;
Traîner dans fon palais , d'une main fanguinaire ,
Le pere , les enfans & leur mourante mere ;
Le pillage , le meurtre environnoient ces lieux.
Ce Prince infortuné , tourne vers moi les yeux ;
Il m'appelle , il me dit , dans fa langue facrée
Du Conquérant tartare & du peuple ignorée :
Conferve au moins le jour au dernier de mes fils.
Jugez , fi mes fermens & mon coeur l'ont promis ;
Jugez , de mon devoir , quelle eft la voix preffante.
J'ai fenti ranimer ma force la guiffante,
J'ai revolé vers vous , & c.
Etan entre éperdu. Il leur apprend que
la fuite eft impoffible ; qu'une garde cruelle
y met une barriere infurmontable , &
que tout tremble dans l'esclavage , depuis
DECEMBRE. 1755 .
221
que l'Empereur, fes enfans , & fon épouse,
ont été malfacrés . Octar furvient , & met
le comble à leur effroi par ces terribles
mots qui caractériſent
fi bien un Scythe ,
& qui font toujours applaudis.
Je vous ordonne au nom du vainqueur des humains
De mettre fans tarder cet enfant dans mes mains ;
Je vais l'attendre . Allez , qu'on m'apporte ce gage.
Pour peu que vous tardiez , le fang & le carnage
Vont encore en ces lieux fignaler fon courroux ,
Et la deftruction commencera par vous.
La nuit vient , le jour fuit . Vous, avant qu'il finiffe,
Si vous aimez la vie , allez , qu'on obéiffe .
Ce perfonnage quoiqu'il agiffe peu , &
qu'il foit fubalterne , frappe plus au Théâ
tre , il a plus de phifionomie que Gengis
fon maître ; il eft vrai que le fieur de Bellecour
le rend très-bien , & fait un beau
Tartare. Idamé tremble pour les jours de
l'enfant de tant de Rois , & dit qu'elle fuivroit
leurs Souverains dans la tombe , fi
elle n'étoit retenue par l'intérêt d'un fils
unique qui a befoin de fa vie . Zamti
s'écrie :
Après l'atrocité de leur indigne fort ,
Qui pourroit redouter & refufer la mort !
Le coupable la craint , le malheureux l'appelle ,
Le brave la défie , & marche au-devant d'elle ,
Le fage qui l'attend , la reçoit fans regrets.
Idamé lui demande ce qu'il a réfolu ,
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
fon époux lui replique de garder le ferment
qu'il a fait de conferver la vie du
dernier rejetton de la tige royale , & lui
dit d'aller l'attendre auprès de cet enfant.
Zamti refté feul avec Etan , lui confie le.
funefte projet qu'il a conçu de fubftituer
fon fils à la place de l'orphelin , & de facrifier
fon propre fang pour fauver celui
de fes Rois. Après avoir fait jurer à ce
confident qu'il tiendra ce fecret enfeveli ,
il le charge du foin d'aller cacher ce dépôt
précieux dans le fein des tombeaux bâtis
par leurs Empereurs , en attendant qu'il
puiffe faifir l'inftant de le remettre au chef
de la Corée. On ne peut pas mettre plus
d'intérêt dans un premier Acte.
Zamti qui a fermé cet Acte , commence
feul le fecond : fes entrailles font déchirées
; il dis dans fes cruelles allarmes.
O! mon fils , mon cher fils , as-tu perdu le jour à
Aura-t'on confommé ce fatal facrifice ?
Je n'ai pu de ma main te conduire au fupplice.
Etan paroît , & lui apprend qu'il a caché
l'Orphelin dans les tombeaux de fes
peres . Il l'inftruit en même tems que dans
l'abfence d'Idamé , on a conduit fon fils
à leurs vainqueurs barbares. Ah ! s'écrie
alors Zamti qui craint les reproches de
fon épouse .
DECEMBRE. 1755 . 223
Ah ! du moins , cher Etan , fi tu pouvois lui dire
Que nous avons livré l'héritier de l'Empire ,
Que j'ai caché mon fils , qu'il eft en fûreté !
Impofons quelque tems à fa crédulité.
Hélas ! la vérité fi fouvent eft cruelle ;
On l'aime & les humains font malheureux par elle .
On ne peut pas mieux excufer la néceffité
d'un menfonge . Etan fort , Idamé entre
défolée , & forme avec fon mari la
fcene la plus forte & la plus intéreffante :
elle l'eft au point qu'il faudroit la tranſcrire
entiere pour en rendre toutes les beautés
. Eh ! comment rendre d'ailleurs l'action
admirable , & le jeu accompli de l'Acrice
! Il faut voir Mlle Clairon. Il faut l'enrendre
dans ce rôle , pour juger de fa perfection.
Idamé s'écrie en arrivant.
"
Qu'ai-je vu qu'a- t'on fait ? Barbare , eft- il pof
fible ?
L'avez- vous commandé ce facrifice horrible ?
•
Quoi? fur toi , la nature a fi peu de pouvoir?
Zamti répond.
Elle n'en a que trop , mais moins que mon devoir
Et je dois plus au fang de mon malheureux maître,
Qu'à cet enfant obfcur à qui j'ai donné l'être.
1 Idamé réplique.
Non , je ne connois point cette horrible vertu .
J'ai vu nos murs en cendres , & ce trône abattu ;
J'ai pleuré de nos Rois les difgraces affreufes :
Mais par quelles fureurs encor plus douloureuſes ,
Veux- tu de ton époufe , avançant le trépas ,
Kiv ..
124 MERCURE DE FRANCE.
Livrer le fang d'un fils qu'on ne demande pas ?
Ces Rois enfèvelis , difparus dans la poudre ,
Sont-ils pour toi des Dieux dont tu craignes la
foudre ?
A ces dieux impuiffans , dans la tombe endormis
As- tu fait le ferment d'affaffiner ton fils ?
Hélas ! grands & petits , & fujets & Monarques ,
Diftingués un moment par de frivoles marques ,
Egaux par la nature , égaux par le malheur,
Tout mortel eft charge de la propre douleur :
Sa peine lui faffit ; & dans ce grand naufrage ,
Raflembler nos débris , voilà notre partage.
Où ferois- je ? grand dieu ! fi ma crédulité
Eu: tombé dans le piége à mes pas préfenté.
Auprès du fils des Rois fi j'étois demeurée ,
La victime aux bourreaux alloit être livrée :
Je ceffois d'être mere ; & le même couteau ,
Sur le corps de mon fils , me plongeoit au tombeau.
Graces à mon amour , inquiete , troublée ,
A ce fatal berceau l'inftinet m'a rappellée.
J'ai vu porter mon fils à nos cruels vainqueurs ;
Mes mains l'ont arraché des mains des raviſſeurs.
Barbare, ils n'ont point eu ta fermeté cruelle !
J'en ai chargé foudain cette eſclave fidelle ,
Qui foutient de fon lait fes miférables jours,
Ces jours qui périſſoient fans moì , ſans mon ſecours
;
J'ai confervé le fang du fils & de la mere ,
Et j'ofe dire encor de fon malheureux pere.
Zamti perfifte à vouloir immoler fon
fils. Elle s'y oppofe toujours en mere intrepide.
Son mari lui reproche alors de trahir
à la fois , le Ciel , l'Empire . & le fang de
fes Rois. Idamé lui fait cette réponſe admirable.
t
DECEMBRE . 1755. 225
De mes Rois : va , te dis- je , ils n'ont rien à prétendre
,
Je ne dois point mon fang en tribut à leur cendre.
Va , le nom de fujet n'eft pas plus faint pour nous,
Que ces noms fi facrés & de pere & d'époux.
La nature & l'hyinen , voilà les loix premieres ,
Les devoirs , les liens des Nations entieres :
Ces loix viennent des dieux , le reſte eft des humains
.
Ne me fais point hair le fang des Souverains.
Oui , fauvons l'Orphelin d'un vainqueur homicide
,
Mais ne le fauvons pas au prix d'un parricide.
Que les jours de mon fils n'achetent point fes
jours.
Loin de l'abandonner , je vole à fon fecours.
Je prens pitié de lui ; prends pitié de toi- même ,
De ton fils innocent , de la mere qui t'aime.
Je ne menace plus : je tombe à res genoux.
O pere infortuné , cher & cruel époux ,
Pour qui j'ai méprifé , tu t'en fouviens peut être,
Ce mortel qu'aujourd'hui le fort a fait ton maître!
Accorde moi mon fils , accorde moi ce fang
Que le plus pur amour a formé dans mon flanc ;
Et ne réfifte point au cri terrible & ter dre
Qu'à tes fens défolés l'amour a fait entendre.
Le fier Octar vient les interrompre , il
annonce l'arrivée de Gengiskan , & ordons
ne à fes foldats de fuivre les pas du Mandarin
& de fa femme ; de faifir l'enfant
qu'elle a repris , & d'apporter la victime
aux pieds de leur maître. Zamti promet de
la livrer, & Idamé déclare qu'on ne l'obtiendra
qu'avec la vie.
K v
226 MERCURE DE FRANCE.
Gengis paroît environné de fes guer
riers , & leur dit .
Que le glaive fe cache , & que la mort s'arrête ;
Je veux que les vaincus refpirent déformais.
J'envoiai la terreur , & j'apporte la paix :
La mort du fils des Rois fuffit à ma vengeance.
Qu'on ceffe de livrer aux flammes , au pillage ,
Ces archives de loix , ce vafte amas d'écrits ,
Tous ces fruits du génie , obiets de vos mépris .
Si l'erreur les dicta , cette erreur m'eft utile ;
Elle occupe ce peuple , & le rend plus docile.
Il renvoie fa fuite , & demeuré feul
avec Octar , il lui avoue qu'au comble
des grandeurs , le fouvenir d'une femme
qui avoit refufé fa main , lui revient dans
la penfée , qu'elle le pourfuit jufqu'au feint
de la victoire , mais qu'il veur l'oublier.
Ofman vient l'informer que la victime
alloit être égorgée , lorfqu'un événement
imprévu a fufpendu fon trépas. Dans ce
moment , dit-il ,
Une femme éperdue , & de larmes baignée
Arrive , tend les bras à la garde indignée ;
Et nous furprenant tous par fes cris forcenés ,
Arrêtez , c'est mon fils que vous affaffinez .
C'est mon fils , on vous trompe au choix de la
victime.
Cependant fon époux devant nous appellé .
De nos Rois , a - t'il dit , voilà ce qui nous refte
Frappez , voilà le fang que vous me demandez.
DECEMBRE . 1755. 227
Olman ajoute que dans ce doute confus ,
il revient demander à fon Empereur de
nouveaux ordres. Gengis charge Octar
d'interroger ce couple audacieux , & d'arracher
la vérité de leur bouche . Il ordonne
à fes autres guerriers d'aller chacun à
fon pofte , & d'y veiller fidelement de
peur d'une furprife de la part des Coréens.
Ce fecond Acte eft fi plein de chaleur
qu'on en eût fait un beau quatrieme : 'peutêtre
même que l'action y eft trop avancée ,
& qu'elle prend fur celle des Actes fuivans
, qui font un peu vuides , & qui ont
befoin des détails dont ils font embellis.
Gengis rentre pour revenir : il ouvre le
troifieme Acte , & demande à Ofnan fi
l'on a éclairci l'impofture de ces captifs.
Ce dernier lui répond qu'à l'afpect des
tourmens , le Mandarin perfifte dans fon
pemier aveu , & que fa femme , dont les
larmes augmentent la beauté , demande à
fe jetter aux pieds de Gengiskan . Elle paroît
; ce Conquérant eft frappé de fes traits ;
il la reconnoît pour cet objet qu'il a autrefois
adoré. Cette fcene ne tient pas tout ce
qu'elle promet . Gengis dit à Idamé de fe
raffurer ; que fon Empereur oublie l'affront
qu'elle a fait à Temugin ; que le dernier
rejetton d'une race ennemie eft la
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
feule victime qu'il demande ; qu'il faut
qu'on la lui livre , & qu'elle importe à fa
fureté ; qu'ldamé ne doit rien craindre
pour fon fils , & qu'il l'a prend fous fa
garde. Mais , ajoute- t'il , je veux être inftruit
de la vérité .
Quel indigne artifice ofe-t'on m'oppoſer
De vous , de votre époux , qui prétend m'impofer?
Il interroge cet époux qui eft amené devant
lui. Zamti répond qu'il a rempli fon
devoir. Gengis ordonne aux fiens qu'on
faififfe l'enfant que cet efclave a remis en
leurs mains : la tendre Idamé s'y oppofe :
le Tyran impatient , luidit de l'éclaircir fur
l'heure , ou qu'on va immoler la victime .
Eh bien ! s'écrie - t'elle , mon fils l'emporte.
Mon époux a livré ce fils .
Je devois l'imiter , mais enfin je ſuis mere;
Mon ame eft au-deffous d'un fi cruel effort.
Je n'ai pu , de mon fils , confentir à la mort.
Hélas ! au défefpoir que j'ai trop fait paroître ,
Une mere ailément pouvoit fe reconnoître..
Voyez , de cet enfant , le pere confondu ,
Qui ne vous a trahi qu'à force de vertu .
L'un n'attend fon falut que de fon innocence ,
Et l'autre eft refpectable alors qu'il vous offenfe.
Ne puniffez que moi , qui trahis à la fois
Et l'époux que j'admire , & le fang de nos Rois.
Digne époux , digne objet de toute ma tendreffe,
La pitié maternelle eft ma feule foibleffe ,
Mon fort fera le tien : Je meurs , fi tu péris :
Pardonne-moi du moins d'avoir ſauvé ton fils..
DECEMBRE. 1755. L2F
Je t'ai tout pardonné , lui répond Zamsi
, je n'ai plus rien à craindre pour le
fang de mon Roi. Ses jours font en fureté . Ils
ne le font pas , le récrie Gengis furieux.
Va réparer ton crime , ou fubir le trépas.
Zamti lui fait cette belle réplique.
Le crime eft d'obéir à des ordres injuftes ..
Tu fus notre vainqueur , & tu n'es pas mon Roi.
Si j'étois ton fujet , je te ferois fidelle.
Arrache-moi la vie , & refpecte mon zele.
Je t'ai livré mon fils , j'ai pu te l'immoler.
Penſes-tu que pour moi , je puifle encor trembler ?
Gengis commande qu'on l'entraîne :
Idamé veut le fléchir ; mais il lui ordonne
de fuivre fon mari . Comme elle infifte
il lui dit :
Allez , fi jamais la clémence
Dans mon coeur , malgré moi , pouvoit encor
entrer.
Vousfentez quels affronts il faudroit réparer.
Seul avec Octar , il fait éclater fon dépit
& fon amour. Son confident combat
cette flâme qu'il ne conçoit pas . Ofman
revient lui apprendre qu'Idamé & Zamti
refufent de découvrir l'azyle qui cache.
l'Orphelin , & qu'ils preffent tous deux
que la mort les uniffe. Gengis l'interrompt ,
& lui commande de voler vers Idamé , &c.
de l'affurer que fes jours font facrés & font
230 MERCURE DE FRANCE.
chers à fon maitre. Octar lui demande
quels ordres il veut donner fur cet enfant
des Rois qu'on cache à fa vengeance. Aucun
, répond- t'il .
Je veux qu'Idamé vive ; ordonne tout le refte.
Quel est votre efpoir , lui réplique
Octar ? Gengis termine l'Acte , en lui
difant :
D'être aimé de l'ingrate , ou de me venger d'elle ,
De la punir : tu vois ma foibleffe nouvelle .
Emporté , malgré moi , par de contraires voeux ,
Je frémis & j'ignore encor ce que je veux.
Gengis ouvre encore le quatrieme Acte,
& ordonne aux fiens de fe rendre aux pieds
des murs , en difant que l'infolent Coréen a
proclamé Roi cet enfant malheureux , mais
qu'il va marcher contr'eux fa tête à la main ;
qu'il a trop différé fa mort , & qu'il veut
enfin fans délai que Zamti lui obéiffe. Il
nous paroît que le commencement de cet
Acte fait le cercle , & retourne fur le
troisieme . Octar vient encore dire que le
Mandarin eft inflexible. Gengis s'écrie
étonné .
Quels font donc ces humains que mon bonheur
maîtrife !
A fon Roi qui n'eft plus , immolant la nature ,
L'un voit périr fon fils fans crainte & fans mur
mure ,
DECEMBRE. 1755.234
L'autre pour fon époux eft prête à s'immoler,
Rien ne peut les fléchir , rien ne les fait trembler..
Je vois un peuple antique , induftrieux , immenfes
Ses Rois fur la fageffe ont fondé leur puiffance ;
De leurs voifins foumis , heureux Législateurs ,
Gouvernant fans conquête , & regnant par les
moeurs.
Le ciel ne nous donna que la force en partage.
Nos Arts font les combats , détruire eft notre ou
vrage.
Ah ! de quoi m'ont fervi tant de fuccès divers !
Quel fruit me revient-il des pleurs de l'univers !
Nous rougiffons de fang le char de la victoire.
Peut-être qu'en effet il eft une autre gloire.
Mon coeur eft en fecret jaloux de leurs vertus ,
Et vainqueur , je voudrois égaler les vaincus.
Octar combat le fentiment de fon Maître
avec une franchife militaire , & lui dit :
Quel mérite ont des arts , enfans de la moleffe ,
Qui n'ont pu les fauver des fers & de la mort ?
Le foible eft destiné pour fervir le plus fort.
Tout céde fur la terre aux travaux , au courage
Mais c'est vous qui cédez & fouffrez un outrage.
Il ajoute que fes compagnons en murmurent
tout haut : Gengis lui répond :
Que l'on cherche Idamé . Sur ce qu'Octar infifte
: il lui replique en defpote.
Obéis.
De ton zele hardi réprime la rudeffe :
Je veux que mes fujets refpectent ma foibleffe.
Gengis feul , fe livre à tout fon amour ;
en témoignant fon mépris pour les monf232
MERCURE DE FRANCE.
tres cruels qui font à fa fuite. Idamé paroit
, il lui offre fon trône avec fa main.
Le divorce , dit-il , par mes loix eft permis ,
Et le vainqueur du monde à vous feule eft foumis.
S'il vous fut odieux , le trône a quelques charmes;
Et le bandeau des Rois peut effuyer des larmes.
La vertueufe Idamé lui répond avec une
noble ingénuité , que dans le tems qu'il
n'étoit que Temugin , elle auroit accepté
fa main qui étoit pure alors , fi fes parens
l'avoient agréé. Mais , ajoute-t'elle :
Mon hymen eft un noeud formé par le ciel même.
Mon époux m'eft facré ; je dirai plus : Je l'aime :
Je le préfere à vous , au trône , à vos grandeurs.
Pardonnez mon aveu , mais reſpectez nos moeurs :
Ne penfez pas non plus que je mette ma gloire
A remporter fur vous cette illuftre victoire ;
A braver un vainqueur , à tirer vanité
De ces juftes refus qui ne m'ont point couté.
Je remplis mon devoir , & je me rends juftice:
Je ne fais point valoir un pareil facrifice.
Portez ailleurs les dons que vous me propofez ;
Détachez- vous d'un coeur qui les a méprifez ;
Et puifqu'il faut toujours quidamé vous implore ,
Permettez qu'à jamais mon époux les ignore .
De ce foible triomphe il feroit moins flatté ,
Qu'indigné de l'outrage à ma fidélité .
Gengis lui dit en la quittant :
Quand tout nous uniffoit , vos loix que je dérefte
Ordonnerent ma honte & votre hymen funefte ;
Je les anéantis , je parle , c'eft affez ;
DECEMBRE 1755. 233
Imitez l'univers , Madame , obéiffez .
Mes ordres font donnés , & votre indigne époux
Doit remettre en mes mains votre Empereur &
vous .
Leurs jours me répondront de votre obéiffance.
Idamé gemit de fa cruelle pofition . Affeli
moins févere , lui confeille de fe relâcher
un peu de cette extrême aufterité
pour affurer les jours de fon mari , &
le bien de l'Empire . Zamti furvient , & lui
déclare qu'elle feule refte à l'Orphelin dans
l'Univers , que c'eft à elle à lui conferver
la vie , ainfi qu'à fon fils. Epoufe le Tyran
, pourſuit il.
Ta ferviras de mere à ton Roi malheureux.
Regne , que ton Roi vive , & que ton époux meure.
Elle l'interrompt , & lui dit :
Me connois-tu ? veux-tu que ce funefte rang
Soit le prix de ma honte , & le prix de ton fanga
Penfes- tu que je fois moins époufe que mere ?
Tu t'abules , cruel , & ta vertu févere
A commis contre toi deux crimes en un jour ,
Qui font frémir tous deux la nature & l'amour.
Barbare envers ton fils , & plus envers moi -même.
Ne te fouviens-tu plus qui je fuis , & qui t'aime ?
Crois-moi : le jufte ciel daigne mieux m'inſpirer ;
Je puis fauver mon Roi fans nous deshonorer.
Soit amour , foit mépris , le Tyran qui m'offenfe,
Sur moi , fur mes deffeins , n'eft pas en défiance:
Dans ces remparts fumans , & de fang abbreuvés,
234 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis libre , & mes pas ne font pas obfervés.
Le Chef des Coréens s'ouvre un fecret paffage
Non loin de ces tombeaux , où ce précieux gage ,
A l'ail qui le pourfuit , fut caché par tes mains.
De ces tombeaux facrés je fçais tous les chemins;
Je cours y ranimer fa languiffante vie,
Le rendre aux défenfeurs armés pour la patrie ;
Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux
,
Comme un préfent d'un Dieu qui combat avec
eux.
Tu mourras , je le fçais ; mais , tout couverts de
gloire
Nous laifferons de nous une illuftre mémoire,
Mettons nos noms obfcurs au rang des plus
grands noms :
Et juge fi mon coeur a fuivi tes leçons .
Zamti tranfporté , s'écrie avec juftice,
Idamé , ta veftu l'emporte ſur la mienne !
En effet , cette vertu eft puifée dans la
nature & dans la raifon. Elle forme le
véritable héroïfme , qui honore l'humanité
fans en fortir. Tout grand qu'il eft ,
nous fentons que notre efpece en eft capable.
La vertu de Zamti tient plus au
préjugé. C'est une grandeur d'ame qui dégenere
en fanatifme , & qui eft d'autant
moins vraie , qu'elle bleffe les loix primitives
, & qu'elle excede nos forces. Voilà
pourquoi le caractere d'Idamé paroît fupérieur
à celui de Zamti , & nous intéreffe
davantage , même à la lecture.
DECEMBRE. 1755. 235
Idamé & Affeli commencent le cinquieme
Acte . Idamé a été arrêtée dans fa fuite
avec l'Orphelin. Elle eft captive une feconde
fois , & n'a plus d'efpoir que dans
la mort . Octar vient lui dire d'attendre,
l'Empereur qui veut lui parler , & qui paroit
un moment après . Gengis éclate en
reproches , & finit par preffer Idamé de
s'unir à lui , ce n'eft qu'à ce prix , dit-il ,
que je puis pardonner , & changer les châtimens
en bienfaits tout dépend d'un mor.
Prononcez fans tarder , fans feinte , fans détour ,
Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour.
Idamé qui foutient fon noble caractere
jufqu'au bout , lui répond ,
L'un & l'autre aujourd'hui feroit trop condamnable
,
Votre haine eft injufte & votre amour coupable.
Cet amour eft indigne , & de vous & de moi :
Vous me devez juftice ; & fi vous êtes Roi ,
Je la veux , je l'attens pour moi contre vous-mê
me.
Je fuis loin de braver votre grandeur fuprême ;
Je la rappelle en vous , lorfque vous l'oubliez
Et vous-même en fecret vous me juftifiez .
Vous choififfez ma haine , réplique - t'il ,
vous l'aurez .
Votre époux , votre Prince & votre fils , cruelle,
Vont payer de leur fang votre fierté rebelle.
Ce mot , que je voulois , les a tous , condamés.
236 MERCURE DE FRANCE.
C'en est fait , & c'eſt vous qui les affaffinez .
Idamé tombe alors aux pieds de fon
maître , & lui demande une grace à genoux
. Il lui ordonne de fe lever & de déclarer
ce qu'elle veur. Elle le fupplie de
permettre qu'elle ait un entretien fecret
avec fon mari . Gengis le lui accorde , en
difant ;
Non , ce n'étoit pas lui qu'il falloit confulter !
Il m'enleva fon Prince , il vous a poffedée .
Que de crimes ! fa grace eft encore accordée .
Qu'il la tienne de vous , qu'il vous doive fon
fort .
Préfentez à fes yeux le divorce ou la mort.
Il la laiffe . Zamti paroît , elle lui dit :
la mort la plus honteufe t'attend . Ecoutemoi
:
Ne fçavons- nous mourir que par l'ordre d'un Roi ?
Les taureaux aux autels tombent en facrifice ;
Les criminels tremblans font traînés au fupplice
Lés mortels généreux difpofent de leur fort ;
Pourquoi des' mains d'un maître attendre ici la
mort
L'homme étoit -il donc né pour tant de dépendancea
De nos voiſins altiers imitons la conftance.
De la nature humaine ils foutiennent les droits ,
Vivent libres chex eux , & meurent à leur choix .
Un affront leur fuffit pour fortir de la vie ,
Er plus que le néant ils craignent l'infâmie.
Le hardi Japonnois n'attend pas qu'au cercueil
Un Defpote infolent le plonge d'un coup d'oeil.
DECEMBRE. 1755 . 237
Nous avons enfeigné ces braves Infulaires :
Apprenons d'eux enfin des vertus néceffaires .
Scachons mourir comme eux.
Son époux l'approuve ; mais ajoutet'il
, que pouvons - nous feuls & défarmés ?
Idamé tire un poignard qu'elle lui préfente
, en lui difant :
Tiens , fois libre avec moi , frappe , & délivrenous.
J'ai tremblé que ma main , mal affermie encore ,
Ne portât fur moi- même un coup mal affuré,
Enfonce dans ce coeur un bras moins égaré,
Immole avec courage une époufe fidelle ,
Tout couvert de mon fang tombe , & meurs auprès
d'elle.
Qu'à mes derniers momens j'embraffe mon époux;
Que le Tyran le voie , & qu'il en foit jaloux.
Zamti prend le poignard , en tremblant,
il balance ; & comme il veut s'en frapper ,
Gengis arrive à propos pour le défarmer .
O ciel ! s'écrie til , qu'alliez- vous faire ?
Idamé lui replique :
Nous délivrer de toi , finir notre mifere ,
A tant d'atrocités dérober notre fort.
Zamti ajoute :
Veux-tu nous envier juſques à notre mort ?
Oui , lui dit Gengis , que tant de vertu
fubjugue :
Je rougis fur le trône où n'a mis la victoire ,
D'être au- deſſous de vous au milieu de ma gloire;
238 MERCURE DE FRANCE.
En vain par mes exploits j'ai fçu me fignaler :
Vous m'avez avili ; je veux vous égaler.
J'ignorois qu'un mortel pût fe dompter lui-même.
Je l'apprens ; je vous dois cette grandeur fuprême.
Jouiffez de P'honneur d'avoir pu me changer :
Je viens vous réunir , je viens vous protéger.
Veillez , heureux époux , fur l'innocente vie
De l'enfant de vos Rois , que ma main vous con."
fie.
Par le droit des combats j'en pouvois difpofer :
Je vous remets ce droit dont j'allois abuſer.
Croyez qu'à cet enfant heureux dans fa mifere ,
Ainfi qu'à votre fils , je tiendrai lieu de pere .
Vous verrez fi l'on peut fe fier à ma foi.
Je fus un conquerant , vous m'avez fait un Roi.
Zamti pénetré d'un retour fi génereux ,
dit à ce Conquerant :
Ah ! vous ferez aimer votre joug aux vaincus.
Idamé tranfportée de joie & de furprife
, lui demande à fon tour.
Qui peut vous infpirer ce deffein ?
Gengis lui répond par ce mot , qui termine
le vers & la piece.
Vos vertus.
Ce dénouement eft très - applaudi , &
fait d'autant plus de plaifir qu'il finit la
tragédie fans effufion de fang. On doit dire
à la louange des Comédiens François ,
qu'ils n'ont rien épargné pour la mettre
au théatre avec tout l'éclat qu'elle mérite.
Ils y ont même obſervé le coſtume autant
DECEMBRE . 1755. 239
qu'il eft poffible de le fuivre. Mlle Clairon
faite pour fervir de modele , a ofé la premiere
fupprimer le panier. Mlle Hus à eu
le courage de l'imiter ; elles y ont gagné :
tout Paris a approuvé le changement , &
ne les a trouvées que plus aimables.
Les mêmes Comédiens vont remettre
fucceffivement les Troyennes & Philoctete
de M. de Châteaubrun , en attendant Andromaque
& Aftianax , tragédie nouvelle
du même Auteur. Le cothurne eft riche
cette année , & promet à ce théatre un
heureux hyver.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Le texte du Mercure de France de décembre 1755 relate le succès de la pièce de théâtre 'L'Orphelin de la Chine' à Paris. Après une interruption initiale, la tragédie a été jouée avec un grand succès, atteignant dix-sept représentations. Le rôle principal, interprété par un acteur de manière exceptionnelle, a été déterminant pour ce succès. La pièce, précédée d'une épître dédiée au Maréchal Duc de Richelieu, est inspirée de la tragédie chinoise 'L'Orphelin de Tchao', traduite par le Père de Prémare. L'action se déroule dans un palais des mandarins à Cambalu, aujourd'hui Pékin, et met en scène sept personnages, dont l'empereur tartare Gengiskan, des guerriers, des mandarins et leurs serviteurs. L'intrigue commence avec Idamé, femme du mandarin Zamti, qui apprend la conquête de son pays par Gengiskan, un Scythe qu'elle avait autrefois rejeté. Zamti, de retour au palais, décrit les atrocités commises par les conquérants. Octar, un guerrier tartare, ordonne la remise de l'orphelin royal. Zamti décide de sacrifier son propre fils pour sauver l'orphelin, mais Idamé s'y oppose farouchement, préférant sauver son enfant. Gengiskan apparaît ensuite, proclamant la paix et ordonnant la cessation des pillages. Il révèle également son amour non réciproque pour Idamé. La pièce se poursuit avec des révélations et des conflits entre les personnages, notamment autour du sort de l'orphelin et des enfants des souverains. Gengis Khan, après avoir été informé par Ofnan de la confession d'un Mandarin et de la beauté d'Idamé, reconnaît en elle une ancienne flamme. Il lui propose de sauver son fils en échange de la livraison d'un orphelin, dernier rejeton d'une race ennemie. Idamé, malgré sa peur, avoue avoir sauvé son fils et est prête à se sacrifier. Zamti, interrogé par Gengis, affirme avoir agi par devoir et refuse de trahir ses principes, même face à la mort. Gengis, frustré par leur résistance, ordonne leur arrestation et exprime son admiration pour leur courage et leur fidélité. Dans le cinquième acte, Idamé, capturée, refuse les propositions de Gengis et demande à mourir dignement. Elle convainc Zamti de se suicider avec elle pour éviter l'humiliation et la dépendance envers un tyran. Cependant, Zamti et Idamé sont interrompus par Gengis, qui les dissuade de leur geste. Gengis exprime son admiration pour leur vertu et décide de les protéger, leur remettant également le droit de disposer de leur enfant, qu'il considère comme le sien. Zamti et Idamé sont touchés par la générosité de Gengis, qui est motivée par leurs vertus. Le dénouement de la pièce est acclamé pour son absence de violence et son message positif. Les comédiens français, notamment Mlle Clairon et Mlle Hus, sont loués pour leur contribution à la mise en scène et leur respect des costumes. La saison théâtrale promet d'être riche avec plusieurs tragédies prévues, dont 'Andromaque' et 'Astianax' de M. de Châteaubrun.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7575
p. 239-240
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné le 10 Novembre la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
ES Comédiens Italiens ont donné le
LE
10 Novembre la premiere repréſentation
de l'Epouse Suivante , Comédie en un
acte en profe , de M. Chevrier. Elle a été
bien reçue. On y a trouvé de l'Intérêt : le
dénouement fur tout eft attendriffant. Mlle
Catinon y fait verfer des larmes ; c'eft elle
qui joue l'Epousefuivante & qui en fait le
fuccès . Cette jeune Actrice fait tous les
jours des progrès fenfibles . Elle joint à une
figure noble & décente de la fineffe & du
fentiment. Elle brille doublement à ce fpecracle
, & mérite de nouveaux applaudiffe240
MERCURE DE FRANCE .
mens dans le ballet qui fuit la piece. Ce
divertiffement qui a pour titre les Vielleux,
eft très- agréable & digne de M. Deheſſe ,
qui en eft le Compofiteur. Mlle Catinon
y eft charmante , & l'on peut affurer qu'elle
fait les honneurs de la fête.
ES Comédiens Italiens ont donné le
LE
10 Novembre la premiere repréſentation
de l'Epouse Suivante , Comédie en un
acte en profe , de M. Chevrier. Elle a été
bien reçue. On y a trouvé de l'Intérêt : le
dénouement fur tout eft attendriffant. Mlle
Catinon y fait verfer des larmes ; c'eft elle
qui joue l'Epousefuivante & qui en fait le
fuccès . Cette jeune Actrice fait tous les
jours des progrès fenfibles . Elle joint à une
figure noble & décente de la fineffe & du
fentiment. Elle brille doublement à ce fpecracle
, & mérite de nouveaux applaudiffe240
MERCURE DE FRANCE .
mens dans le ballet qui fuit la piece. Ce
divertiffement qui a pour titre les Vielleux,
eft très- agréable & digne de M. Deheſſe ,
qui en eft le Compofiteur. Mlle Catinon
y eft charmante , & l'on peut affurer qu'elle
fait les honneurs de la fête.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le 10 novembre, les Comédiens Italiens ont présenté 'L'Epouse Suivante', une comédie de M. Chevrier. La pièce a été bien accueillie, notamment grâce à un dénouement émouvant. Mlle Catinon, dans le rôle principal, a reçu des applaudissements pour sa performance. Elle a également excellé dans le ballet 'Les Vieilleux', composé par M. Dehesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7576
p. 240
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le 1 Novembre, jour de la Toussaint, le Concert commença par le Requiem [...]
Mots clefs :
Concert
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Novembre , jour de la Touffaint,
Lie Concertcommença par le Requiem le
de M. Galles. Enfuite Mlle Parifeau chanta
Venite , exultemus , petit motet de M. Mouret,
& reçut un accueil favorable. On exécuta
une fymphonie nouvelle. Mlle Fel chanta
Exultate Deo , petit motet de M. d'Herbain
,
avec l'applaudiffement general.
M. Balbatre joua fur l'orgue un carillon
fuivi du Quatuor de la chaffe de Zaïde , de
M. Royer. Ce morceau fit un grand effet.
Le Concert finit par le beau De profundis
de M. de Mondonville.
Novembre , jour de la Touffaint,
Lie Concertcommença par le Requiem le
de M. Galles. Enfuite Mlle Parifeau chanta
Venite , exultemus , petit motet de M. Mouret,
& reçut un accueil favorable. On exécuta
une fymphonie nouvelle. Mlle Fel chanta
Exultate Deo , petit motet de M. d'Herbain
,
avec l'applaudiffement general.
M. Balbatre joua fur l'orgue un carillon
fuivi du Quatuor de la chaffe de Zaïde , de
M. Royer. Ce morceau fit un grand effet.
Le Concert finit par le beau De profundis
de M. de Mondonville.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le concert spirituel de novembre, célébré le jour de la Toussaint, débuta avec le Requiem de Galles. Mlle Parifeau interpréta 'Venite, exultemus' de Mouret et reçut un accueil favorable. Mlle Fel chanta 'Exultate Deo' de d'Herbain et obtint des applaudissements. Balbastre joua un carillon et le Quatuor de la chasse de Zaïde de Royer. Le concert se conclut par le 'De profundis' de Mondonville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7577
p. 241-244
« On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
Début :
On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...]
Mots clefs :
Madrid, Tremblement de terre, Catastrophe naturelle, Dégâts, Espagne, Portugal, Victimes, Famille royale
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texteReconnaissance textuelle : « On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
DE MADRID , le 10 Novembre .
ON effuya ici , le premier de ce mois , un des
plus violens tremblemens de terre qu'on y eût
éprouvé depuis long-tems. Il commença à dix
heures vingt minutes du matin , & il dura huit
minutes . Čet évenement répandit partout une
telle épouvante , que la plupart des habitans prirent
la fuite , & que les Prêtres même qui étoient
à l'Autel le quitterent. Cependant il n'eft arrivé
d'autre malheur que la perte de deux enfans tués
par une croix de pierre qui eft tombée du portail
de l'églife de Bon Succès. L'églife de S. André a
fouffert un tel ébranlement , qu'il s'eft fait plu
freurs lézardes dans la voûte & dans les murailles.
La partie fupérieure du portail de la paroiffe de
S. Louis s'eft fendue . {
Les fecouffes ont été auffi très - fortes à l'Efcu
rial , & l'on y eut la premiere à dix heures dix
minutes. La proximité des montagnes donnant
lieu de craindre que , s'il furvenoit un nouveau
tremblement , les fecouffes ne fuffent plus dangereufes
qu'à Madrid , leurs Majeftés partirent
après leur diner pour revenir ici . Elles y arriverent
à huit heures & demie du foir. Le lendemain ,
par égard pour les allarmes d'une partie de la
Cour , leurs Majeftés pafferent toute la matinée
fous une tente hors de la ville . Le foir , le Roi fit
chanter le Te Deum dans l'églife des Hieronymi-
I. Vol. L
242 MERCURE DE FRANCE.
tes , en actions de graces de ce que ce tremble
ment n'a point eu de fuites plus fâcheufes pour
cette capitale.
» Ce tremblement de terre a caufé beaucoup
» plus de dommage dans quelques autres villes
» d'Epagne , & il a fait des ravages affreux en
» Portugal. A l'égard de l'Espagne , nous avons
» appris par un courier venu de Séville le 8 , que
» la cathédrale , la plus belle églife du Royaume ,
» avoit été tellement ébranlée , qu'on avoit pris
la précaution de la fermer, que fa fameuse tour,
» appellé la Giralda étoit ouverte ; qu'on avoit
» fermé une autre églife , que plufieurs maiſons
» étoient tombées . L'Intendant de cette ville qui
» a mandé ces nouvelles , ajoute , qu'il n'avoit été
» informé jufqu'a préfent que de la mort de huit
perfonnes; qu'il étoit occupé à faire étayer plu-
» fieurs maifons qui avoient fouffert , & qu'il fai-
>> four former plufieurs rues. Le même tremble-
» ment s'est fait fentir en beaucoup d'autres villes
d'Efpagne , comme à San-Lucar de Barrameda,
à Salamanque , à Ségovie , à Valence , & jufqu'à
» Bilbao , & autres lieux. Mais on n'a aucun dé-
» tail de ces différends endroits , ce qui fait juger
que le dommage eft peu confidérable.
» Nous apprenons par les lettres de Cadix du '
» 4 , arrivées aujourd'hui par le courier ordinaire,
» que le tremblement de terre y a eu lieu ; qu'il a
> caulé peu de dommage , mais que la crue de la
» mer a fait craindre que la ville ne fût fubmer-
» gée : les caux ont abattu le parapet de la muraille
, depuis la porte de la Galette , juſqu'au
Fort de Sainte - Catherine . Le plus grand mal
» qu'ayent effuyé les environs de la ville , eft que
la chauffée qui conduit à l'Ifle , a été emportée
depuis la porte de terre jufqu'à la Cantarelle
DECEMBRE. 1755. 243
par les coups de mer qui ont enlevé tous ceux
» qui étoient deffus , foit en voitures , foit autre-
» ment. On fait monter à deux cens le nombre des
>> perfonnes qui ont péri fur cette chauffée. On
>> affure que le Gouvernement a pris les plus juftes
>> meſures pour préferver les habitans de Cadix
» en cas de récidive du tremblement , & que la
>> Caraca n'a point fouffert. C'est le lieu où font
» les vaiffeaux , & les magafins de la Marine d'Ef-
>> pagne.
"
» Pour ce qui regarde le Portugal , on a été in-
» formé par un courier dépêché de Liſbonne , &
» qui eft arrivé à Madrid le 8 du courant à 4 heu
» fes après-midi , que le 1er de ce mois , vers les
>> neuf heures du matin , le tremblement s'y eft
» fait fentir d'une façon terrible. Il a renversé
» la moitié de la ville , toutes les églifes & le pa-
« lais du Roi. Heureufement il n'eft arrivé aucun
accident à la Famille Royale qui étoit à Belem.
» Le Palais qu'elle habite dans ce lieu , a fouffert.
Au départ du courier elle étoit encore fous des
» baraques , elle couchoit dans des carroffes , &
» elle avoit été près de vingt - quatre heures fans
» Officiers , & fans avoir prefque rien à manger.
» Le feu a pris dans la partie de la ville , qui n'a
» pas été renversée . Il duroit encore , lorfque le
courier eft parti. Le Comte de Perelada , Am➡
» baffadeur d'Efpagne à la Cour de Portugal , a
» été écrasé par la chûte du portail de fon hôtel ,
» en voulant fe fauver. Neuf de fes domeftiques
» ont été tués . Le Comte de Bafchi , Ambaffadeur
» de France , qui demeure vis - à - vis l'Ambaffadeur
» d'Espagne , a fauvé le fils unique du Comte de
» Perelada , & s'eft retiré heureufement avec la
» Comteffe fon époufe , & avec les enfans , dans
» une maison de campagne , où il a reçu tout le
L
244 MERCURE DE FRANCE.
refte des gens de l'Ambaffadeur d'Espagne.
» Le Nonce en Portugal a écrit par le même
courier , au Nonce de Madrid. Il lui mande
» qu'il a eu trois perfonnes écrasées dans fon palais
, & il date ainfi fa lettre : Du lieu où exiſtoit
» ci-devant Lisbonne.
»Comme ce courier a été uniquement dépêché
pour informer leurs Majeftés Catholiques,
» qu'il n'étoit arrivé aucun malheur à la Famille
Royale , on ne fçait pas d'autres particularités .
Le Comte d'Ognao , Ambaſſadeur du Roi de
Portugal à Madrid , à qui on a adreflé ces funef-
» tes nouvelles , ignore le fort du Comte d'Ognao
>> fon pere , & du refte de fa famille . Les mêmes
» lettres marquent que le Tage a eu une crue trèsconfidérable
, qui a précédé le tremblemer t. II
» faut qu'elle ait été bien grande , puifqu'à Tolede
» où il paffe , & qui eft à plus de cent lieues de
» Liſbonne , en fuivant les contours de ce fleuve ,
» élévation de l'eau a été d'environ dix pieds.
» Plufieurs autres villes de Portugal ont beau-
» coup fouffert , entr'autres Cafcaes & Setuval ,
D
qui font deux ports de mer fitués de l'un &
» Pautre côté du Tage , & peu éloignés de Lisbonne.
Il y a eu auffi de grands dommages dans
le Royaume des Algarves. Des gens prétendent
» qu'il a péri cinquante mille habitans dans Lis-
» bonne. Le tremblement à eu différentes repri-
» fes pendant dix heures ; on fentoit encore des
>> mouvemens au départ du courier.
» Il paroît par ce que le Roi de Portugal écrit
à la Reine d'Efpagne , que Sa Majesté Très-Fi
» dele eft pénétrée de la plus vive douleur , &
» n'eft occupée qu'à procurer des fecours à tous
» les fujets échappés d'un fi affreux déſaſtre. ».
ON effuya ici , le premier de ce mois , un des
plus violens tremblemens de terre qu'on y eût
éprouvé depuis long-tems. Il commença à dix
heures vingt minutes du matin , & il dura huit
minutes . Čet évenement répandit partout une
telle épouvante , que la plupart des habitans prirent
la fuite , & que les Prêtres même qui étoient
à l'Autel le quitterent. Cependant il n'eft arrivé
d'autre malheur que la perte de deux enfans tués
par une croix de pierre qui eft tombée du portail
de l'églife de Bon Succès. L'églife de S. André a
fouffert un tel ébranlement , qu'il s'eft fait plu
freurs lézardes dans la voûte & dans les murailles.
La partie fupérieure du portail de la paroiffe de
S. Louis s'eft fendue . {
Les fecouffes ont été auffi très - fortes à l'Efcu
rial , & l'on y eut la premiere à dix heures dix
minutes. La proximité des montagnes donnant
lieu de craindre que , s'il furvenoit un nouveau
tremblement , les fecouffes ne fuffent plus dangereufes
qu'à Madrid , leurs Majeftés partirent
après leur diner pour revenir ici . Elles y arriverent
à huit heures & demie du foir. Le lendemain ,
par égard pour les allarmes d'une partie de la
Cour , leurs Majeftés pafferent toute la matinée
fous une tente hors de la ville . Le foir , le Roi fit
chanter le Te Deum dans l'églife des Hieronymi-
I. Vol. L
242 MERCURE DE FRANCE.
tes , en actions de graces de ce que ce tremble
ment n'a point eu de fuites plus fâcheufes pour
cette capitale.
» Ce tremblement de terre a caufé beaucoup
» plus de dommage dans quelques autres villes
» d'Epagne , & il a fait des ravages affreux en
» Portugal. A l'égard de l'Espagne , nous avons
» appris par un courier venu de Séville le 8 , que
» la cathédrale , la plus belle églife du Royaume ,
» avoit été tellement ébranlée , qu'on avoit pris
la précaution de la fermer, que fa fameuse tour,
» appellé la Giralda étoit ouverte ; qu'on avoit
» fermé une autre églife , que plufieurs maiſons
» étoient tombées . L'Intendant de cette ville qui
» a mandé ces nouvelles , ajoute , qu'il n'avoit été
» informé jufqu'a préfent que de la mort de huit
perfonnes; qu'il étoit occupé à faire étayer plu-
» fieurs maifons qui avoient fouffert , & qu'il fai-
>> four former plufieurs rues. Le même tremble-
» ment s'est fait fentir en beaucoup d'autres villes
d'Efpagne , comme à San-Lucar de Barrameda,
à Salamanque , à Ségovie , à Valence , & jufqu'à
» Bilbao , & autres lieux. Mais on n'a aucun dé-
» tail de ces différends endroits , ce qui fait juger
que le dommage eft peu confidérable.
» Nous apprenons par les lettres de Cadix du '
» 4 , arrivées aujourd'hui par le courier ordinaire,
» que le tremblement de terre y a eu lieu ; qu'il a
> caulé peu de dommage , mais que la crue de la
» mer a fait craindre que la ville ne fût fubmer-
» gée : les caux ont abattu le parapet de la muraille
, depuis la porte de la Galette , juſqu'au
Fort de Sainte - Catherine . Le plus grand mal
» qu'ayent effuyé les environs de la ville , eft que
la chauffée qui conduit à l'Ifle , a été emportée
depuis la porte de terre jufqu'à la Cantarelle
DECEMBRE. 1755. 243
par les coups de mer qui ont enlevé tous ceux
» qui étoient deffus , foit en voitures , foit autre-
» ment. On fait monter à deux cens le nombre des
>> perfonnes qui ont péri fur cette chauffée. On
>> affure que le Gouvernement a pris les plus juftes
>> meſures pour préferver les habitans de Cadix
» en cas de récidive du tremblement , & que la
>> Caraca n'a point fouffert. C'est le lieu où font
» les vaiffeaux , & les magafins de la Marine d'Ef-
>> pagne.
"
» Pour ce qui regarde le Portugal , on a été in-
» formé par un courier dépêché de Liſbonne , &
» qui eft arrivé à Madrid le 8 du courant à 4 heu
» fes après-midi , que le 1er de ce mois , vers les
>> neuf heures du matin , le tremblement s'y eft
» fait fentir d'une façon terrible. Il a renversé
» la moitié de la ville , toutes les églifes & le pa-
« lais du Roi. Heureufement il n'eft arrivé aucun
accident à la Famille Royale qui étoit à Belem.
» Le Palais qu'elle habite dans ce lieu , a fouffert.
Au départ du courier elle étoit encore fous des
» baraques , elle couchoit dans des carroffes , &
» elle avoit été près de vingt - quatre heures fans
» Officiers , & fans avoir prefque rien à manger.
» Le feu a pris dans la partie de la ville , qui n'a
» pas été renversée . Il duroit encore , lorfque le
courier eft parti. Le Comte de Perelada , Am➡
» baffadeur d'Efpagne à la Cour de Portugal , a
» été écrasé par la chûte du portail de fon hôtel ,
» en voulant fe fauver. Neuf de fes domeftiques
» ont été tués . Le Comte de Bafchi , Ambaffadeur
» de France , qui demeure vis - à - vis l'Ambaffadeur
» d'Espagne , a fauvé le fils unique du Comte de
» Perelada , & s'eft retiré heureufement avec la
» Comteffe fon époufe , & avec les enfans , dans
» une maison de campagne , où il a reçu tout le
L
244 MERCURE DE FRANCE.
refte des gens de l'Ambaffadeur d'Espagne.
» Le Nonce en Portugal a écrit par le même
courier , au Nonce de Madrid. Il lui mande
» qu'il a eu trois perfonnes écrasées dans fon palais
, & il date ainfi fa lettre : Du lieu où exiſtoit
» ci-devant Lisbonne.
»Comme ce courier a été uniquement dépêché
pour informer leurs Majeftés Catholiques,
» qu'il n'étoit arrivé aucun malheur à la Famille
Royale , on ne fçait pas d'autres particularités .
Le Comte d'Ognao , Ambaſſadeur du Roi de
Portugal à Madrid , à qui on a adreflé ces funef-
» tes nouvelles , ignore le fort du Comte d'Ognao
>> fon pere , & du refte de fa famille . Les mêmes
» lettres marquent que le Tage a eu une crue trèsconfidérable
, qui a précédé le tremblemer t. II
» faut qu'elle ait été bien grande , puifqu'à Tolede
» où il paffe , & qui eft à plus de cent lieues de
» Liſbonne , en fuivant les contours de ce fleuve ,
» élévation de l'eau a été d'environ dix pieds.
» Plufieurs autres villes de Portugal ont beau-
» coup fouffert , entr'autres Cafcaes & Setuval ,
D
qui font deux ports de mer fitués de l'un &
» Pautre côté du Tage , & peu éloignés de Lisbonne.
Il y a eu auffi de grands dommages dans
le Royaume des Algarves. Des gens prétendent
» qu'il a péri cinquante mille habitans dans Lis-
» bonne. Le tremblement à eu différentes repri-
» fes pendant dix heures ; on fentoit encore des
>> mouvemens au départ du courier.
» Il paroît par ce que le Roi de Portugal écrit
à la Reine d'Efpagne , que Sa Majesté Très-Fi
» dele eft pénétrée de la plus vive douleur , &
» n'eft occupée qu'à procurer des fecours à tous
» les fujets échappés d'un fi affreux déſaſtre. ».
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Résumé : « On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
Le 1er novembre, un tremblement de terre de huit minutes a frappé Madrid à 10h20, provoquant la panique et la mort de deux enfants dans l'église de Bon Succès. Plusieurs bâtiments, y compris les églises de Saint-André et Saint-Louis, ont été endommagés. À l'Escurial, les secousses ont incité le roi et la reine à quitter la ville. En Espagne, Séville a subi des dégâts importants à la cathédrale et à des maisons, tandis qu'à Cadix, une crue a causé la mort de deux cents personnes. Au Portugal, Lisbonne a été particulièrement touchée, avec la destruction de nombreuses églises et du palais royal. La famille royale, située à Belém, a échappé aux dommages, mais un incendie a ravagé la ville. Plusieurs ambassadeurs ont été affectés. Le Tage a connu une crue de dix pieds à Tolède. Les villes de Cascais et Setúbal ont également souffert, ainsi que le royaume des Algarves. On estime que cinquante mille habitants de Lisbonne ont péri. Le séisme a eu plusieurs répliques sur une période de dix heures, avec des mouvements encore perceptibles au moment du départ du courrier. Le roi du Portugal a exprimé sa tristesse à la reine d'Espagne et a promis des secours aux survivants.
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7578
p. 245-248
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Aujourd'hui, le Roi s'est rendu à la Chambre des Pairs [...]
Mots clefs :
Londres, Parlement, Sa Majesté, Discours, Colonies américaines, Adresse au roi, Régiments, Puissance, Bâtiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 13 novembre, le roi de Grande-Bretagne a ouvert le Parlement en présence des Chambres des Lords et des Communes. Il a mis en avant la situation critique des affaires et son intention de collaborer avec le Parlement pour protéger les possessions en Amérique et récupérer les territoires perdus. Des mesures ont été prises pour renforcer les forces maritimes et terrestres, ainsi que pour encourager les colonies à se défendre. Le roi a exprimé son désir d'éviter une guerre générale en Europe et a tenté des accommodements avec la France, sans succès. Il a également mentionné le soutien du roi d'Espagne pour maintenir la tranquillité en Europe. Le roi a multiplié les armements navals et terrestres et conclu des traités avec l'impératrice de Russie et le landgrave de Hesse-Cassel. Il a demandé des subsides pour soutenir les entreprises en cours et a assuré une gestion économique des fonds. Les Chambres ont décidé de présenter des adresses au roi, et des rumeurs circulent sur un possible subside de huit millions de sterlings pour 1756 et l'établissement d'une milice. Le duc de Cumberland a été nommé commandant en chef de l'armée, avec plusieurs généraux sous ses ordres. Des augmentations de personnel sont prévues dans les régiments d'infanterie et de cavalerie. L'amiral West a quitté Plymouth avec une escadre, et l'amiral Boscawen hivernera en Amérique. Deux vaisseaux ont été envoyés vers le Havre-de-Grâce et Saint-Malo avec des passagers et des négociants capturés.
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7579
p. 248-250
« Le 17 Novembre, sur les trois heures du matin, Madame la Dauphine [...] »
Début :
Le 17 Novembre, sur les trois heures du matin, Madame la Dauphine [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Naissance, Comte de Provence, Comtesse de Marsan, Famille royale, Monseigneur, Duc de Gesvres, Sieur Mirabaud
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 17 Novembre, sur les trois heures du matin, Madame la Dauphine [...] »
Le 17 Novembre , fur les trois heures du ma
tin , Madame la Dauphine fentit des douleurs.
Cette Princeffe accoucha une heure après d'un
Prince , que le Roi a nommé Comte de Provence.
A cinq heures , le Cardinal de Soubize , Grand
Aumônier de France , fit la cérémonie de l'ondoyement
, en préfence du Curé de la Paroiffe
du Château. Le fieur Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , Grand Tréforier de l'Ordre du Saint-
Efprit , apporta le Cordon de cet Ordre , & il eut
l'honneur de le paffer au cou du Prince , qui fut
remis entre les mains de la Comteſſe de Marfan ,
Gouvernante des Enfans de France. Enfuite elle porta
Monfeigneur le Comte de Provence à l'appartement
qui lui étoit deftiné. Ce Prince y fut conduit
DECEMBRE . 1755. 249
felon l'ufage par le Capitaine des Gardes du Corps,
Entre midi & une heure , le Roi & la Reine
accompagnés de la Famille Royale , ainfi que des
Princes & des Princeffes du Sang , des Grands
Officiers de la Couronne , des Miniftres & des Seigneurs
& Dames de la Cour , & précédés des deux
Huiffiers de la Chambre , qui portoient leurs maffes
, fe rendirent à la Chapelle . Leurs Majeftés y
entendirent la Meffe , pendant laquelle le fieur
Colin de Blamont , Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel , & Sur - Intendant de la Mufique de la
Chambre , fit exécuter le Te Deum , en mufique ,
de fa compofition . Cette Hymne fut entonnée par
l'Abbé Gergoy , Chapelain ordinaire de la Chapelle
-Mufique.
L'après-midi , le Roi & la Reine , Monseigneur
le Dauphin , Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
Monfeigneur le Duc de Berry , Monfeigneur le
Comte de Provence , Madame , Madame Victoire,
Madame Sophie & Madame Louife , reçurent
dans leurs appartemens les révérences des Dames
de la Cour , à l'occafion des couches de Madame
la Dauphine , & de la naiffance du Prince .
Le foir à huit heures , par les ordres du Duc de
Gefvres , Premier Gentilhomme de la Chambre ,
en exercice , & fous la direction du fieur de Fontpertuys
, Intendant des Menus- Plaiſirs , on tira
dans la Place d'Armes , vis- à- vis de l'appartement
du Roi , un très - beau bouquet d'artifice , que Sa
Majefté alluma de fon balcon , par le moyen d'une
fufée courante . L'exécution n'a laiffé rien à défirer.
Le même jour , le Roi fit partir le fieur Binet ,
Meftre de Camp de Cavalerie , un de Gentilshommes
Ordinaires de Sa Majefté , & Premier
Valet de Chambre de Monfeigneur le Dauphin ,
pour aller à Luneville donner part de la naiffance
250 MERCURE DE FRANCE.
de Monfeigneur le Comte de Provence , au Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar.
Madame la Dauphine , ainfi que le jeune Prince
, fe portent aufli bien qu'on puiffe le défirer .
Le fieur Mirabaud , Secrétaire Perpétuel de
P'Académie Françoife , ayant donné fa démiffion ,
cette Compagnie a élu , pour le remplacer , le
fieur Duclos , Hiftoriographe de France, un des
Quarante de l'Académie , & Aflocié Vétéran de
celle des Infcriptions & Belles- Lettres.
tin , Madame la Dauphine fentit des douleurs.
Cette Princeffe accoucha une heure après d'un
Prince , que le Roi a nommé Comte de Provence.
A cinq heures , le Cardinal de Soubize , Grand
Aumônier de France , fit la cérémonie de l'ondoyement
, en préfence du Curé de la Paroiffe
du Château. Le fieur Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , Grand Tréforier de l'Ordre du Saint-
Efprit , apporta le Cordon de cet Ordre , & il eut
l'honneur de le paffer au cou du Prince , qui fut
remis entre les mains de la Comteſſe de Marfan ,
Gouvernante des Enfans de France. Enfuite elle porta
Monfeigneur le Comte de Provence à l'appartement
qui lui étoit deftiné. Ce Prince y fut conduit
DECEMBRE . 1755. 249
felon l'ufage par le Capitaine des Gardes du Corps,
Entre midi & une heure , le Roi & la Reine
accompagnés de la Famille Royale , ainfi que des
Princes & des Princeffes du Sang , des Grands
Officiers de la Couronne , des Miniftres & des Seigneurs
& Dames de la Cour , & précédés des deux
Huiffiers de la Chambre , qui portoient leurs maffes
, fe rendirent à la Chapelle . Leurs Majeftés y
entendirent la Meffe , pendant laquelle le fieur
Colin de Blamont , Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel , & Sur - Intendant de la Mufique de la
Chambre , fit exécuter le Te Deum , en mufique ,
de fa compofition . Cette Hymne fut entonnée par
l'Abbé Gergoy , Chapelain ordinaire de la Chapelle
-Mufique.
L'après-midi , le Roi & la Reine , Monseigneur
le Dauphin , Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
Monfeigneur le Duc de Berry , Monfeigneur le
Comte de Provence , Madame , Madame Victoire,
Madame Sophie & Madame Louife , reçurent
dans leurs appartemens les révérences des Dames
de la Cour , à l'occafion des couches de Madame
la Dauphine , & de la naiffance du Prince .
Le foir à huit heures , par les ordres du Duc de
Gefvres , Premier Gentilhomme de la Chambre ,
en exercice , & fous la direction du fieur de Fontpertuys
, Intendant des Menus- Plaiſirs , on tira
dans la Place d'Armes , vis- à- vis de l'appartement
du Roi , un très - beau bouquet d'artifice , que Sa
Majefté alluma de fon balcon , par le moyen d'une
fufée courante . L'exécution n'a laiffé rien à défirer.
Le même jour , le Roi fit partir le fieur Binet ,
Meftre de Camp de Cavalerie , un de Gentilshommes
Ordinaires de Sa Majefté , & Premier
Valet de Chambre de Monfeigneur le Dauphin ,
pour aller à Luneville donner part de la naiffance
250 MERCURE DE FRANCE.
de Monfeigneur le Comte de Provence , au Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar.
Madame la Dauphine , ainfi que le jeune Prince
, fe portent aufli bien qu'on puiffe le défirer .
Le fieur Mirabaud , Secrétaire Perpétuel de
P'Académie Françoife , ayant donné fa démiffion ,
cette Compagnie a élu , pour le remplacer , le
fieur Duclos , Hiftoriographe de France, un des
Quarante de l'Académie , & Aflocié Vétéran de
celle des Infcriptions & Belles- Lettres.
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Résumé : « Le 17 Novembre, sur les trois heures du matin, Madame la Dauphine [...] »
Le 17 novembre, vers quatre heures du matin, Madame la Dauphine donna naissance à un prince, nommé Comte de Provence par le Roi. Le Cardinal de Soubize procéda à l'ondoyement en présence du curé de la paroisse du Château. Le sieur Rouillé, Ministre et Secrétaire d'État, remit au prince le cordon de l'Ordre du Saint-Esprit. Le prince fut ensuite confié à la Comtesse de Marsan, gouvernante des enfants de France, et conduit dans ses appartements par le capitaine des Gardes du Corps. Le 24 décembre, le Roi et la Reine assistèrent à une messe à la chapelle, accompagnée du Te Deum exécuté par le sieur Colin de Blamont. L'après-midi, ils reçurent les révérences des dames de la cour pour célébrer la naissance du prince. Le soir, un feu d'artifice fut tiré dans la Place d'Armes sous la direction du sieur de Fontpertuis. Le Roi alluma le feu d'artifice depuis son balcon. Le même jour, le Roi envoya le sieur Binet à Lunéville pour annoncer la naissance du Comte de Provence au Roi de Pologne, Duc de Lorraine et de Bar. Madame la Dauphine et le jeune prince se portaient bien. Par ailleurs, le sieur Mirabaud, Secrétaire Perpétuel de l'Académie Française, avait démissionné.
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7580
p. 250
AVERTISSEMENT De l'Auteur du Mercure sur la réponse de M. Rousseau à la Lettre de M. de Voltaire.
Début :
Nous avons inséré dans le Mercure de Novembre, page 63, [...]
Mots clefs :
Rousseau, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT De l'Auteur du Mercure sur la réponse de M. Rousseau à la Lettre de M. de Voltaire.
AVERTISSEMENT
De l'Auteur du Mercure fur la réponse de
M. Rouffeau à la Lettre de M. de
Voltaire.
Ous avons inféré dans le Mercure de
N
Novembre , page 63 , la réponſe de
M. Rouffeau à M. de Voltaire , fur une
Copie qui nous eft parvenue très- imparfaite
, & fans fon aveu . M. Rouffeau à
défiré que nos Lecteurs en fuffent inftruits.
Nous l'avons fatisfait fur ce point avec
d'autant moins de peine que les égards
que nous devons à tous les Auteurs , notre
eftime particuliere pour lui , l'amour que
nous avons pour la vérité , & notre refpect
pour le Public , nous en ont fait une loi.
Nous aurions cru fur-tout , manquer à ce
dernier , après lui avoir donné un écrit
défectueux , de ne pas l'en avertir , dès
qu'on nous a fait connoître notre erreur.
De l'Auteur du Mercure fur la réponse de
M. Rouffeau à la Lettre de M. de
Voltaire.
Ous avons inféré dans le Mercure de
N
Novembre , page 63 , la réponſe de
M. Rouffeau à M. de Voltaire , fur une
Copie qui nous eft parvenue très- imparfaite
, & fans fon aveu . M. Rouffeau à
défiré que nos Lecteurs en fuffent inftruits.
Nous l'avons fatisfait fur ce point avec
d'autant moins de peine que les égards
que nous devons à tous les Auteurs , notre
eftime particuliere pour lui , l'amour que
nous avons pour la vérité , & notre refpect
pour le Public , nous en ont fait une loi.
Nous aurions cru fur-tout , manquer à ce
dernier , après lui avoir donné un écrit
défectueux , de ne pas l'en avertir , dès
qu'on nous a fait connoître notre erreur.
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Résumé : AVERTISSEMENT De l'Auteur du Mercure sur la réponse de M. Rousseau à la Lettre de M. de Voltaire.
L'auteur du Mercure avertit les lecteurs qu'une réponse de M. Rouffeau à une lettre de M. de Voltaire, publiée en novembre, était basée sur une copie imparfaite et non autorisée. M. Rouffeau a demandé à rectifier cette erreur. L'auteur a accepté par respect pour tous les auteurs, estime pour M. Rouffeau, amour de la vérité et respect du public.
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7581
p. 251
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATIO N.
251
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 27 Novemb
1755.
GUIROY.
251
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 27 Novemb
1755.
GUIROY.
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7582
p. 251-252
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Article Premier. Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Epître à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS AT EN PROSE.
Epitre àM. de Voltaire par M. Clofier , page 5
Réponse de M. de Voltaire ,
Suite de la Promenade de Province ,
7.
ibid.
33
La Liberté , Imitation d'une Ode de Metaſtaze
Lettre à Madame .... fur les chagrins , l'impatience
, & l'humeur , 37
Fables , le Coq la Cigale ; & les deux Chiens, 41
Les Sauvages , Parodie d'une piece de clavecin de
M. Rameau.
Portrait d'un honnête homme ,
Ode tirée du Pleaume 99 ,
93
46
54
Vers fur la mort de M. le Marquis de Beauffremont
,
58
Potrait de M. Bofc , Confeiller d'Etat , &e. 62
Ode à Mlle .... fur fon gout pour la Philofophie ,
64
Copie de la Lettre écrite par M. Voifin à M. le
Prince de .... 67
252
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercu
re de Novembre ,
Enigme & Logogryphe ,
Chanfon ,
ART. II . NOUVELLES LITTERAIRES.
Analyfe de l'Esprit des Loix ,
72
ibid.
75
77
Annonces, précis, & Extraits de Livres nouveaux ,
104
Séances publiques de l'Académie Françoiſe , 160
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
Chronologie . Lettre à M. L. R. Desh . P. R. fur la
Chronologie de Newton , 165
Hiftoire. Suite de l'abrégé hiftorique de la ville
de Paris ,
Métallurgie. Procédé pour retirer le Bleu de
Pruffe des Eaux minérales de M. Callabigi , 193
Chirurgie. Lettre à l'Auteur du Mercure fur l'am
putation ,
ART. IV. BEAUX ART S.
Peinture. Prix de l'Académie de Peinture ,
Grazure.
Comédie Françoife ,
179
202
205
213
ART. V. SPECTACLES.
217
Extrait de l'Orphelin de la Chine ,
218
Comédie Italienne , 239
Concert Spirituel , 240
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres . 241
248
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS AT EN PROSE.
Epitre àM. de Voltaire par M. Clofier , page 5
Réponse de M. de Voltaire ,
Suite de la Promenade de Province ,
7.
ibid.
33
La Liberté , Imitation d'une Ode de Metaſtaze
Lettre à Madame .... fur les chagrins , l'impatience
, & l'humeur , 37
Fables , le Coq la Cigale ; & les deux Chiens, 41
Les Sauvages , Parodie d'une piece de clavecin de
M. Rameau.
Portrait d'un honnête homme ,
Ode tirée du Pleaume 99 ,
93
46
54
Vers fur la mort de M. le Marquis de Beauffremont
,
58
Potrait de M. Bofc , Confeiller d'Etat , &e. 62
Ode à Mlle .... fur fon gout pour la Philofophie ,
64
Copie de la Lettre écrite par M. Voifin à M. le
Prince de .... 67
252
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercu
re de Novembre ,
Enigme & Logogryphe ,
Chanfon ,
ART. II . NOUVELLES LITTERAIRES.
Analyfe de l'Esprit des Loix ,
72
ibid.
75
77
Annonces, précis, & Extraits de Livres nouveaux ,
104
Séances publiques de l'Académie Françoiſe , 160
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
Chronologie . Lettre à M. L. R. Desh . P. R. fur la
Chronologie de Newton , 165
Hiftoire. Suite de l'abrégé hiftorique de la ville
de Paris ,
Métallurgie. Procédé pour retirer le Bleu de
Pruffe des Eaux minérales de M. Callabigi , 193
Chirurgie. Lettre à l'Auteur du Mercure fur l'am
putation ,
ART. IV. BEAUX ART S.
Peinture. Prix de l'Académie de Peinture ,
Grazure.
Comédie Françoife ,
179
202
205
213
ART. V. SPECTACLES.
217
Extrait de l'Orphelin de la Chine ,
218
Comédie Italienne , 239
Concert Spirituel , 240
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres . 241
248
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles divisée en six sections. L'Article Premier rassemble des œuvres variées en vers et en prose, telles que des épîtres, des réponses, des fables, des odes, des portraits et des lettres. Parmi les œuvres notables, on trouve 'Épître à M. de Voltaire' par M. Clofier, 'Réponse de M. de Voltaire', et des fables comme 'le Coq et la Cigale' et 'les deux Chiens'. L'Article II aborde les nouvelles littéraires, avec une analyse de 'L'Esprit des Lois' et des annonces de nouveaux livres. L'Article III traite des sciences et des belles-lettres, incluant une lettre sur la chronologie de Newton, un abrégé historique de la ville de Paris, ainsi que des informations sur la métallurgie et la chirurgie. L'Article IV est consacré aux beaux-arts, mentionnant les prix de l'Académie de Peinture et des gravures. L'Article V se concentre sur les spectacles, avec des extraits de pièces de théâtre et des concerts. Enfin, l'Article VI présente des nouvelles étrangères.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7583
p. 252
« La Chanson notée doit regarder la page 75. [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 75. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 75. [...] »
La Chanfon notée doit regarder la page 75 .
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7584
p. 252
« De l'Imprimerie Ch. A.Jombert. [...] »
Début :
De l'Imprimerie Ch. A.Jombert. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie Ch. A.Jombert. [...] »
De l'imprimerie de Ch. A. JOMBERT.
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7585
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, & Greffier-Commis [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Abonnés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers .
C'est à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
deport , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiſſy
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
l'année qui les fuivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour les quatorze volumes 31 livres 10 fols
d'avance en s'abonnant , & les extraordinai
res à proportion , & elles les recevront francs
de
port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du portfur
leur compte , ne payeront qu'à raison de 30
fols par volume , c'est- à- dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires.
A i
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreſſe ci - deſſus.
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , en payant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres ,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obſervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi& Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
.On peut fe procurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , ainſi que les Livres
, Estampes & Mufique qu'ils annoncent.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers .
C'est à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
deport , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiſſy
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
l'année qui les fuivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour les quatorze volumes 31 livres 10 fols
d'avance en s'abonnant , & les extraordinai
res à proportion , & elles les recevront francs
de
port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du portfur
leur compte , ne payeront qu'à raison de 30
fols par volume , c'est- à- dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires.
A i
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreſſe ci - deſſus.
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , en payant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres ,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obſervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi& Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
.On peut fe procurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , ainſi que les Livres
, Estampes & Mufique qu'ils annoncent.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant la distribution du Mercure, une publication périodique. Le Bureau du Mercure est situé chez M. Lutton, avocat et greffier-commis au Greffe Civil du Parlement, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les paquets et lettres doivent être adressés à M. Lutton, qui les transmettra à M. de Boissy, l'auteur du Mercure. Le prix d'abonnement est de 36 sols par volume. En s'abonnant à l'avance, le coût est de 21 livres pour quatorze volumes. Les volumes extraordinaires coûtent 30 sols pour les abonnés et seront payés avec l'année suivante. Les personnes de province paieront 31 livres 10 sols d'avance pour quatorze volumes et recevront les extraordinaires à proportion, francs de port. Ceux qui prennent en charge les frais de port paieront 30 sols par volume, soit 21 livres d'avance pour l'année, sans les extraordinaires. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent écrire à l'adresse indiquée. Les personnes des provinces doivent envoyer le prix de leur abonnement par la poste ou donner des ordres pour le paiement à l'avance. Les paquets non affranchis seront rejetés. M. Lutton est disponible à son bureau les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Le Mercure permet également de se procurer d'autres journaux, livres, estampes et musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7586
p. 5
SUR LA NAISSANCE de M. le Comte de Provence.
Début :
Que du plus beau sang du monde, [...]
Mots clefs :
Naissance, Comte de Provence
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE de M. le Comte de Provence.
SUR LA NAISSANCE
de M. le Comte de Provence.
Ue du plus beau fang du monde ,
Notre Dauphine féconde ,
Augmente les rejettons ;
Et nous donne autant de Princes
Que la France a de Provinces ,
Sans celles que nous prendrons.
de M. le Comte de Provence.
Ue du plus beau fang du monde ,
Notre Dauphine féconde ,
Augmente les rejettons ;
Et nous donne autant de Princes
Que la France a de Provinces ,
Sans celles que nous prendrons.
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7587
p. 6
Impromptu sur les Successeurs de Henry IV.
Début :
On vit en Louis treize un Antonin le Juste : [...]
Mots clefs :
Successeurs, Henry IV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Impromptu sur les Successeurs de Henry IV.
Impromptu fur les Succeffeurs de Henry IV.
ON vit en Louis treize un Antonin le Jufte :-
Son fils renouvella le beau fiecle d'Auguſte :
Louis le Bien-aimé ſçait ſeul , par ſes vertus ,
Faire revivre Augufte , Antonin & Titus.
Par M. de Lanevere , ancien Monfquetaire
du Roi ; à Dax , le 18 Octobre , 1755.
ON vit en Louis treize un Antonin le Jufte :-
Son fils renouvella le beau fiecle d'Auguſte :
Louis le Bien-aimé ſçait ſeul , par ſes vertus ,
Faire revivre Augufte , Antonin & Titus.
Par M. de Lanevere , ancien Monfquetaire
du Roi ; à Dax , le 18 Octobre , 1755.
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7588
p. 6
Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Début :
Bacchus & Flore tête à tête [...]
Mots clefs :
Bacchus, Flore, Vin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la pofte
une corbeille defleurs & un petit panier de
vin vieux,
Bacchus & Flore tête à tête ,
Par la voiture des Zéphirs ,
Sont en route pour votre fête ,
Suivis d'un effein de déſirs :
Tous deux , preffés du même zele ,
Vous portent ce qu'ils ont de mieux ;
L'une , la fleur la plus nouvelle ,
Et l'autre , le vin le plus vieux.:
Chacun à vous fervir s'engage
Flore doit parer votre ſein :
Bacchus difpute l'avantage
De faire briller votre main ;
Ce Dieu veut fous vos doigts d'albâtre ,
Philis , voir couler fa liqueur :
Flore rendra tout idolâtre ,
Et Bacchus fera tout buveur .
une corbeille defleurs & un petit panier de
vin vieux,
Bacchus & Flore tête à tête ,
Par la voiture des Zéphirs ,
Sont en route pour votre fête ,
Suivis d'un effein de déſirs :
Tous deux , preffés du même zele ,
Vous portent ce qu'ils ont de mieux ;
L'une , la fleur la plus nouvelle ,
Et l'autre , le vin le plus vieux.:
Chacun à vous fervir s'engage
Flore doit parer votre ſein :
Bacchus difpute l'avantage
De faire briller votre main ;
Ce Dieu veut fous vos doigts d'albâtre ,
Philis , voir couler fa liqueur :
Flore rendra tout idolâtre ,
Et Bacchus fera tout buveur .
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Résumé : Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Le poème envoie à Mlle Ch... une corbeille de fleurs et un panier de vin vieux. Flore et Bacchus, portés par les Zéphyrs, offrent respectivement la fleur la plus nouvelle et le vin le plus vieux. Ils promettent de servir la destinataire, Flore ornant son sein de fleurs et Bacchus souhaitant voir le vin couler entre ses doigts. Flore rendra idolâtre de ses fleurs, et Bacchus fera en sorte que tout le monde devienne buveur.
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7589
p. 7-17
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
Début :
Rappellez-vous, Monsieur, notre conversation sur les Mémoires de Madame [...]
Mots clefs :
Madame de Staal, Mémoires, Plaisir, Style, Comédies, Théâtre, Ministre, Homme, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE .
Sur les Mémoires de Madame DE STAAL ;
à Paris , 16 Octobre 1755.
Relationfur les Mémoires de Mada-
Appellez-vous , Monfieur , notre conme
de Staal. Il y avoit un tiers. Chacun y
dit fon fentiment . Je fis enfuite mes réflexions.
Je les ai écrites. Permettez - moi de .
vous les adreffer.
pas
Il y a peu de livres que j'aime autant
que les Mémoires ; je dis les Mémoires hiftoriques
, lorfque j'ai lieu de les croire
vrais , ou du moins finceres ; & je ne parle
feulement des Mémoires des hommes
d'Etat , Miniftres , Négociateurs , Généraux
d'armée , & c. en un mot , de ces
hommes qui , employées à de grandes cho-:
fes ; & , pour ainfi dire , Acteurs dans des
Tragédies , dans des Drames héroïques
ou du moins fpectateurs , & à portée de
bien voir , ont écrit ce qu'ils ont fait ou vu :
je parle des Mémoires de fimples particuliers
, hommes d'efprit , du moins de bon:
fens , hommes de réflexion , qui , fans emploi
conſidérable , Acteurs ou Spectateurs
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
de Comédies , de Drames Bourgeois , n'ont
joué ni vu jouer de rôle important & impofant
fur le Théâtre du monde. Mais il y
a fort
peu de ces Mémoires ; & j'en fuis
bien fâché.
Au refte , je ne fuis pas le feul ; &
M. l'Abbé Trublet formoit fans doute les
mêmes regrets , lorfqu'il a dit ( 1 ) à
l'occafion du reproche tant répété contre
Montaigne , d'avoir trop parlé de luimême
dans fes Effais , « Qu'il feroit à fouhaiter
qu'à l'exemple de Montaigne ,
» tant de grands Aureurs qui ont compofé
de fi beaux ouvrages , nous euffent laif-
» fé dans des Mémoires bien finceres , une
peinture fidelle de leur coeur & de leur
efprit. Il y a des Lecteurs Philofophes ,
» ajoute M. l'Abbé Trublet , qui feroient
» plus de cas de ces Mémoires que
de tous
"»leurs autres écrits ».
Philofophe ou non , je fuis de ces Lecteurs
là . Auffi ai - je lu avec le plus grand
plaifir les Mémoires de Madame de Staal.
Mais je fouhaite plus que M. l'Abbé Trublet.
Il n'invite que les grands Auteurs à écrire
des Mémoires ; j'en voudrois de tout homme
vrai & fenfé qui s'est bien connu luimême
, ne fût- il capable de les écrire que
( 1 ) Effais de Littérature & de Morale , tom. Ni
P. 77. de la derniere Edition.
DECEMBRE. 1755 9
du ftyle le plus médiocre ; & , par exemple
, je vous avoue que j'ai lu avec plaifir
jufqu'à ceux de l'Abbé de Marolles , cet
Ecrivain fi fameux par la multitude de fes
mauvaiſes traductions . On vient de réimprimer
fes Mémoires , & j'en fçais bon gré
à l'Editeur. Devenus rares , ils ne m'étoient
point tombés entre les mains ; & je
ne les connoiffois que pour en avoir entendu
parler , ou les avoir vu cités avec
éloge dans quelques livres .
Quelle idée prendrez- vous là - deſſus de
mon goût , Monfieur ? mais ne vous hâtez
pas d'en prendre une mauvaiſe ; car je vous
avertis qu'ayant avoué à plufieurs gens
d'efprit le plaifir que j'avois pris à lire ces
Mémoires de l'Abbé de Marolles , ils m'ont
fait de leur côté le même aveu ( 1 ) .
Mais puifque ces Mémoires ont plu il y
a environ cent ans , & plaiſent encore aujourd'hui
, quoique fi foiblement écrits
quels mémoires ne plairont pas , pourvu
qu'on y trouve du bon fens & de la fincérité
, fur-tout une fincérité naïve ? Mais
d'un autre côté , quels mémoires ne roulant
que fur les petits faits d'une vie pri-
( 1 ) On peut voir ce qu'en difent les Journaliftes
de Trévoux dans les Nouvelles Littéraires du
fecond tome du Journal d'Octobre 1755. page
2647.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
vée , plairont après ceux de Madame de
Staal , fi bien écrits , fi beaux & fi agréables
à la fois par l'union la plus parfaite de
l'élégance & de la fimplicité , du foigné &
du naturel , de l'efprit & du goût ? Si les
Mémoires de l'Abbé de Marolles peuvent
être un encouragement pour de fimples
particuliers qui voudroient écrire auffi
leur vie tout fimplement , ceux de Madame
de Staal doivent leur infpirer beaucoup
de crainte , d'autant plus qu'on a dit
affez généralement qu'ils ne plaifoient que
par le ftyle , & que fans cet agrément , on
ne pourroit en foutenir la lecture , tant ils
font vuides de chofes . Mais je crois qu'on
s'eft trompé en parlant ainfi . Je crois que
cas petites chofes , ces menus faits , ces
riens perfonnels ou domeftiques , en un
mot , toutes ces prétendues minuties fe
font lire avec autant & plus de plaifir que
de grands faits . Je crois que les Mémoires
de fimples particuliers , homme ou
femme , attacheroient autant & plus , à
mérite égal , du moins les Lecteurs fimples
particuliers auffi ( & c'eft le grand nombre
) que les Mémoires d'un Général d'armée
, d'un Miniftre d'Etat , & c . Tout homme
eft homme , mais tout homme n'eft pas
Général d'armée , Miniftre d'Etat ; ou plutôt
la plupart des hommes ne font rien
DECEMBRE. 1755. 1 I
>
d'aprochant . Donc , tout ce qui montrera
bien l'homme , attachera plus que ce qui
ne montrera que le Général , le Miniftre ,
le Négociateur , ou même le Sçavant &
l'Homme de lettres ; & la preuve en eſt ,
que dans les Mémoires même du Général;
du Miniftre , du Négociateur , du Sçavant ,
ou dans leur hiftoire , par exemple dans
les Vies de Plutarque , dans les Eloges de
M. de Fontenelle , ce qui plaît davantage ,
c'eft , non leurs exploits , leurs négociations
, leurs travaux fçavans , mais les détails
de leur vie privée , leurs qualités fociales
, bonnes & mauvaiſes . En un mot
on fe plaît à y voir l'Homme bien plus encore
que le Général , le Négociateur , le
Sçavant , & c . Et voilà pourquoi encore on
aime tant leurs lettres , leurs lettres les plus
familieres , les lettres de l'homme , indépendamment
des anecdotes militaires
politiques & littéraires qu'on y trouve .
Je crois donc que les Mémoires de Madame
de Staal plaifent par le fonds des chofes
, auffi bien que par le ftyle ; qu'ainfi ils
ne tomberont point , & d'autant moins ,
qu'ils feront foutenus par l'un & par
l'autre
à la fois ; car je conviens que l'agrément
du ftyle y ajoute beaucoup à celui des
chofes ; mais je foutiens qu'il n'y étoit pas
auffi néceffaire qu'on le dit , & même qu'on
>
A vj
MERCURE DE FRANCE.
le croit ; & qu'on en conviendra , fi on fe
confulte , fi on s'interroge foi - même de
bonne foi , fur les caufes du plaifir avec
lequel on a lu ces Mémoires.
Mais levons une équivoque. Il n'y a
point de chofes , dit on , dans les Mémoires
de Madame de Staal , ou du moins it
y en a peu.
Cela eft vrai , fi par chofes on entend de
grands faits , des faits relatifs aux évenemens
politiques & militaires ;
Res gefta Regumque Ducumque , & triflia
bella.
Mais des faits qui peignent , outre l'Auteur
, des perfonnes de tout état , condition
, & fexe , & qui les peignent d'autant
mieux que ces faits font plus petits ,
que ce ne font que des riens ; de pareils
faits , dis- je , font des chofes , & des chofes
très agréables , très utiles même , parce
que la plus utile & la plus agréable de toutes
les connoiffances , c'eft celle de l'homme
, & des hommes relativement à la fociété
que nous avons journellement avec
eux .
Tout livre qui fait dire au Lecteur : Voilà
les hommes ; voilà ce qu'ils font , ce qu'ils
difent , & pourquoi ils le difent & le font ;
voilà le jeu de leurs petites & miférables pafDECEMBRE
. 1755. 12
fions ; les voilà au vrai & au naturel ; je
crois les voir & les entendre ; bien plus , je
vois le fond de leur ame , le dedans de la
machine , les RESSORTS DU JEU ; Tout
livre pareil intéreffe , attache , de quelque
maniere qu'il foit écrit. C'eft fur tout
de cette forte d'hiftoire qu'eft vrai le mot
de Ciceron ; Hiftoria quoquo modo fcripta delectat
. En la lifant , on croit voir ce qu'on
voit tous les jours dans le monde ; on croit
y être. Mais retourné dans ce monde après
fa lecture , on y voit bien mieux tout ce
qu'on y avoit vu auparavant. Alors on fe
rappelle le livre , & par réflexion on le
trouve encore meilleur & plus vrai .
Mais revenons à Madame de Staal. Si
ſes avantures ne font pas grandes , elles
font affez fingulieres . Son caractere perfonnel
ne l'eft pas moins . C'eft un caractere
mêlé & compofé de qualités affez
oppofées ; il en eft plus pittorefque . De
cette double fingularité , celle du caractere
& celle des circonftances dans lefquelles
Madame de Staal s'eft trouvée dès
fon enfance , il a du réfulter une vie peu
ordinaire , & qui dès lors méritoit d'être
écrite.
Je ne lui pardonne pourtant point fes
amours , ni même de les avoir écrits , du
moins dans un fi grand détail. Tout Pla
14 MERCURE DE FRANCE.
toniques que je veuille les croire , ils n'en
font pas plus innocens aux yeux des vrais
fages , des vertueux , & n'en font peutêtre
que plus ridicules aux yeux d'un certain
monde. Ils aviliffent l'Amoureuſe , &
l'ouvrage en doit fouffrir . Tout ce qui
infpire du mépris pour un Ecrivain de
Mémoires diminue le plaifir qu'on prend
à les lire , ne fût- ce qu'en diminuant l'intérêt
qu'on prend à fa perfonne. Cependant
, car il faut tout dire , les Amours de
Madame de Staal , font un trait de plus à
fon caractere. Si je l'eftime moins , par - là
je la connois mieux ; je la connois toute
entiere. D'ailleurs , ce mêlange de raifon
& de foibleffe , de grandeur , à certains
égards , & de petiteffe à d'autres , eft piquant
par le contrafte , utile même à confidérer
, & peut faire faire de bonnes réflexions
. On dira : Qu'est ce donc
que l'ef
prit contre le coeur , fur - tout chez les femmes !
Paffez-moi , Monfieur , l'application de
cette morale . Votre Mercure n'est plus le
Mercure Galant.
Les Amours de Madame Staal eurent gran
de part aux chagrins de fa vie. Tantôt elle
aima fans êtreaimée ; tantôt elle fut aimée
fans aimer. En général , on apprend dans
l'hiftoire, fur-tout dans les Mémoires , & en
particulier dans ceux de Madame de Staal,
DECEMBRE . 1755 .
combien il y a de malheureux , même parmi
les prétendus heureux ; & cela confole.
On le voit tant d'égaux en infortune
même de fupérieurs ; & on dit :
J'en connois de plus miferables.
Mais on voit encore que la principale
fource du malheur eft dans les paffions ,
dans des fautes , dans des torts , & c. Le
malheureux fe reconnoît dans ce qu'il lit ,
& fe condamne. Il n'a que ce qu'il a mérité
, & il pouvoit ne le point mériter. Il
peut même ne le mériter plus ; il peut fe
corriger & être heureux.
gran-
Si l'Hiftoire & für-tout les Mémoires
des Grands Hommes , des Hommes à
des qualités , à grands talens , font pleins
de leurs malheurs , & de malheurs bien
mérités , c'eft que les grands Hommes ont
prefque toujours de fortes paffions , fouvent
de grands vices , rarement beaucoup
de fageffe & de conduite , hors de leur
métier.
Tel Général qui n'a jamais donné aucune
prife fur lui au Général de l'armée
ennemie , en a donné mille aux ennemis
qu'il avoit dans fon armée & à la Cour de
fon Maître .
Tel beau génie a forcé fes amis d'avouer
de fa perfonne plus de mal que
fes enne16
MERCURE DE FRANCE.
mis n'en difoient de fes ouvrages , & d'abandonner
l'homme en défendant l'Auteur.
Il s'en faut bien que tous les Héros &
tous les beaux efprits foient des Sages , des
Turenne , & des Fontenelle.
La poftérité qui ne connoît ces illuftres
malheureux que par ce qu'ils avoient d'admirable
, les plaint , & en les plaignant ,
les en admire encore davantage. Leur
fiecle qui les connoiffoit mieux , ne les
plaignoit point.
Mais finiffons une lettre qui feroit bientôt
un livre , autant par le ftyle que par fa
longueur , & difons encore un mot fur
Madame de Staal.
Elle étoit Auteur , & tout le monde le
fçavoit. On fçavoit en particulier qu'elle
avoit fait des Comédies. Beaucoup de
gens les connoiffoient , & en avoient parlé
avec éloge à ceux qui ne les connoiffoient
pas. On fçavoit moins généralement
qu'elle eût écrit des Mémoires. Le Public
défiroit donc beaucoup l'impreffion de ces
Comédies. C'eft par- là qu'il falloit commencer
, & annoncer en même- tems les
Mémoires. Elles les euffent fait encore
plus défirer qu'on ne les défiroit ellesmêmes.
J'ajoute que lues les premieres ,
elles l'auroient été avec plus de plaifir.
Elles ont été moins critiquées , on en a
DECEMBRE. 1755. 17
moins parlé , elles ont moins affecté , elles
ont moins plu que les Mémoires. Eft- ce
qu'elles font moins bonnes en leur genre ?
Je le crois je n'en fçais pourtant rien ; &
je me recufe là- deffus. Mais je fçais que
les Mémoires font un genre plus agréable ,
c'est-à- dire , plus piquant , plus attachant
que les Comédies , du moins fi on ne fait
que lire celles - ci . Dans les uns , c'eſt du
vrai réel , du vrai hiftorique , dans les autres
, ce n'eft que du vrai imité , du vrai
poétique , feulement un peu réalisé par
l'illufion du Théâtre. D'ailleurs j'ai trouvé
trop de charge dans les deux pieces de Madame
de Staal. Enfin , fi elle dialogue bien,
à mon avis elle raconte encore mieux .
Quant à ce qu'on appelle action , &
unité d'action , intrigue bien liée & bien
fuivie , dépendance néceffaire des évenemens
, &c. j'ai entendu dire que tout cela
manque aux deux pieces , & qu'ainfi elles
ne réuffiroient point au Théâtre , du
moins au Théâtre public. Mais encore une
fois , je me récufe ; je m'en rapporte aux
connoiffeurs , fur- tour à vous , Monfieur ,
qu'ils ont fi fouvent applaudi ; & je fuis
très-parfaitement , &c.
A L'AUTEUR DU MERCURE .
Sur les Mémoires de Madame DE STAAL ;
à Paris , 16 Octobre 1755.
Relationfur les Mémoires de Mada-
Appellez-vous , Monfieur , notre conme
de Staal. Il y avoit un tiers. Chacun y
dit fon fentiment . Je fis enfuite mes réflexions.
Je les ai écrites. Permettez - moi de .
vous les adreffer.
pas
Il y a peu de livres que j'aime autant
que les Mémoires ; je dis les Mémoires hiftoriques
, lorfque j'ai lieu de les croire
vrais , ou du moins finceres ; & je ne parle
feulement des Mémoires des hommes
d'Etat , Miniftres , Négociateurs , Généraux
d'armée , & c. en un mot , de ces
hommes qui , employées à de grandes cho-:
fes ; & , pour ainfi dire , Acteurs dans des
Tragédies , dans des Drames héroïques
ou du moins fpectateurs , & à portée de
bien voir , ont écrit ce qu'ils ont fait ou vu :
je parle des Mémoires de fimples particuliers
, hommes d'efprit , du moins de bon:
fens , hommes de réflexion , qui , fans emploi
conſidérable , Acteurs ou Spectateurs
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
de Comédies , de Drames Bourgeois , n'ont
joué ni vu jouer de rôle important & impofant
fur le Théâtre du monde. Mais il y
a fort
peu de ces Mémoires ; & j'en fuis
bien fâché.
Au refte , je ne fuis pas le feul ; &
M. l'Abbé Trublet formoit fans doute les
mêmes regrets , lorfqu'il a dit ( 1 ) à
l'occafion du reproche tant répété contre
Montaigne , d'avoir trop parlé de luimême
dans fes Effais , « Qu'il feroit à fouhaiter
qu'à l'exemple de Montaigne ,
» tant de grands Aureurs qui ont compofé
de fi beaux ouvrages , nous euffent laif-
» fé dans des Mémoires bien finceres , une
peinture fidelle de leur coeur & de leur
efprit. Il y a des Lecteurs Philofophes ,
» ajoute M. l'Abbé Trublet , qui feroient
» plus de cas de ces Mémoires que
de tous
"»leurs autres écrits ».
Philofophe ou non , je fuis de ces Lecteurs
là . Auffi ai - je lu avec le plus grand
plaifir les Mémoires de Madame de Staal.
Mais je fouhaite plus que M. l'Abbé Trublet.
Il n'invite que les grands Auteurs à écrire
des Mémoires ; j'en voudrois de tout homme
vrai & fenfé qui s'est bien connu luimême
, ne fût- il capable de les écrire que
( 1 ) Effais de Littérature & de Morale , tom. Ni
P. 77. de la derniere Edition.
DECEMBRE. 1755 9
du ftyle le plus médiocre ; & , par exemple
, je vous avoue que j'ai lu avec plaifir
jufqu'à ceux de l'Abbé de Marolles , cet
Ecrivain fi fameux par la multitude de fes
mauvaiſes traductions . On vient de réimprimer
fes Mémoires , & j'en fçais bon gré
à l'Editeur. Devenus rares , ils ne m'étoient
point tombés entre les mains ; & je
ne les connoiffois que pour en avoir entendu
parler , ou les avoir vu cités avec
éloge dans quelques livres .
Quelle idée prendrez- vous là - deſſus de
mon goût , Monfieur ? mais ne vous hâtez
pas d'en prendre une mauvaiſe ; car je vous
avertis qu'ayant avoué à plufieurs gens
d'efprit le plaifir que j'avois pris à lire ces
Mémoires de l'Abbé de Marolles , ils m'ont
fait de leur côté le même aveu ( 1 ) .
Mais puifque ces Mémoires ont plu il y
a environ cent ans , & plaiſent encore aujourd'hui
, quoique fi foiblement écrits
quels mémoires ne plairont pas , pourvu
qu'on y trouve du bon fens & de la fincérité
, fur-tout une fincérité naïve ? Mais
d'un autre côté , quels mémoires ne roulant
que fur les petits faits d'une vie pri-
( 1 ) On peut voir ce qu'en difent les Journaliftes
de Trévoux dans les Nouvelles Littéraires du
fecond tome du Journal d'Octobre 1755. page
2647.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
vée , plairont après ceux de Madame de
Staal , fi bien écrits , fi beaux & fi agréables
à la fois par l'union la plus parfaite de
l'élégance & de la fimplicité , du foigné &
du naturel , de l'efprit & du goût ? Si les
Mémoires de l'Abbé de Marolles peuvent
être un encouragement pour de fimples
particuliers qui voudroient écrire auffi
leur vie tout fimplement , ceux de Madame
de Staal doivent leur infpirer beaucoup
de crainte , d'autant plus qu'on a dit
affez généralement qu'ils ne plaifoient que
par le ftyle , & que fans cet agrément , on
ne pourroit en foutenir la lecture , tant ils
font vuides de chofes . Mais je crois qu'on
s'eft trompé en parlant ainfi . Je crois que
cas petites chofes , ces menus faits , ces
riens perfonnels ou domeftiques , en un
mot , toutes ces prétendues minuties fe
font lire avec autant & plus de plaifir que
de grands faits . Je crois que les Mémoires
de fimples particuliers , homme ou
femme , attacheroient autant & plus , à
mérite égal , du moins les Lecteurs fimples
particuliers auffi ( & c'eft le grand nombre
) que les Mémoires d'un Général d'armée
, d'un Miniftre d'Etat , & c . Tout homme
eft homme , mais tout homme n'eft pas
Général d'armée , Miniftre d'Etat ; ou plutôt
la plupart des hommes ne font rien
DECEMBRE. 1755. 1 I
>
d'aprochant . Donc , tout ce qui montrera
bien l'homme , attachera plus que ce qui
ne montrera que le Général , le Miniftre ,
le Négociateur , ou même le Sçavant &
l'Homme de lettres ; & la preuve en eſt ,
que dans les Mémoires même du Général;
du Miniftre , du Négociateur , du Sçavant ,
ou dans leur hiftoire , par exemple dans
les Vies de Plutarque , dans les Eloges de
M. de Fontenelle , ce qui plaît davantage ,
c'eft , non leurs exploits , leurs négociations
, leurs travaux fçavans , mais les détails
de leur vie privée , leurs qualités fociales
, bonnes & mauvaiſes . En un mot
on fe plaît à y voir l'Homme bien plus encore
que le Général , le Négociateur , le
Sçavant , & c . Et voilà pourquoi encore on
aime tant leurs lettres , leurs lettres les plus
familieres , les lettres de l'homme , indépendamment
des anecdotes militaires
politiques & littéraires qu'on y trouve .
Je crois donc que les Mémoires de Madame
de Staal plaifent par le fonds des chofes
, auffi bien que par le ftyle ; qu'ainfi ils
ne tomberont point , & d'autant moins ,
qu'ils feront foutenus par l'un & par
l'autre
à la fois ; car je conviens que l'agrément
du ftyle y ajoute beaucoup à celui des
chofes ; mais je foutiens qu'il n'y étoit pas
auffi néceffaire qu'on le dit , & même qu'on
>
A vj
MERCURE DE FRANCE.
le croit ; & qu'on en conviendra , fi on fe
confulte , fi on s'interroge foi - même de
bonne foi , fur les caufes du plaifir avec
lequel on a lu ces Mémoires.
Mais levons une équivoque. Il n'y a
point de chofes , dit on , dans les Mémoires
de Madame de Staal , ou du moins it
y en a peu.
Cela eft vrai , fi par chofes on entend de
grands faits , des faits relatifs aux évenemens
politiques & militaires ;
Res gefta Regumque Ducumque , & triflia
bella.
Mais des faits qui peignent , outre l'Auteur
, des perfonnes de tout état , condition
, & fexe , & qui les peignent d'autant
mieux que ces faits font plus petits ,
que ce ne font que des riens ; de pareils
faits , dis- je , font des chofes , & des chofes
très agréables , très utiles même , parce
que la plus utile & la plus agréable de toutes
les connoiffances , c'eft celle de l'homme
, & des hommes relativement à la fociété
que nous avons journellement avec
eux .
Tout livre qui fait dire au Lecteur : Voilà
les hommes ; voilà ce qu'ils font , ce qu'ils
difent , & pourquoi ils le difent & le font ;
voilà le jeu de leurs petites & miférables pafDECEMBRE
. 1755. 12
fions ; les voilà au vrai & au naturel ; je
crois les voir & les entendre ; bien plus , je
vois le fond de leur ame , le dedans de la
machine , les RESSORTS DU JEU ; Tout
livre pareil intéreffe , attache , de quelque
maniere qu'il foit écrit. C'eft fur tout
de cette forte d'hiftoire qu'eft vrai le mot
de Ciceron ; Hiftoria quoquo modo fcripta delectat
. En la lifant , on croit voir ce qu'on
voit tous les jours dans le monde ; on croit
y être. Mais retourné dans ce monde après
fa lecture , on y voit bien mieux tout ce
qu'on y avoit vu auparavant. Alors on fe
rappelle le livre , & par réflexion on le
trouve encore meilleur & plus vrai .
Mais revenons à Madame de Staal. Si
ſes avantures ne font pas grandes , elles
font affez fingulieres . Son caractere perfonnel
ne l'eft pas moins . C'eft un caractere
mêlé & compofé de qualités affez
oppofées ; il en eft plus pittorefque . De
cette double fingularité , celle du caractere
& celle des circonftances dans lefquelles
Madame de Staal s'eft trouvée dès
fon enfance , il a du réfulter une vie peu
ordinaire , & qui dès lors méritoit d'être
écrite.
Je ne lui pardonne pourtant point fes
amours , ni même de les avoir écrits , du
moins dans un fi grand détail. Tout Pla
14 MERCURE DE FRANCE.
toniques que je veuille les croire , ils n'en
font pas plus innocens aux yeux des vrais
fages , des vertueux , & n'en font peutêtre
que plus ridicules aux yeux d'un certain
monde. Ils aviliffent l'Amoureuſe , &
l'ouvrage en doit fouffrir . Tout ce qui
infpire du mépris pour un Ecrivain de
Mémoires diminue le plaifir qu'on prend
à les lire , ne fût- ce qu'en diminuant l'intérêt
qu'on prend à fa perfonne. Cependant
, car il faut tout dire , les Amours de
Madame de Staal , font un trait de plus à
fon caractere. Si je l'eftime moins , par - là
je la connois mieux ; je la connois toute
entiere. D'ailleurs , ce mêlange de raifon
& de foibleffe , de grandeur , à certains
égards , & de petiteffe à d'autres , eft piquant
par le contrafte , utile même à confidérer
, & peut faire faire de bonnes réflexions
. On dira : Qu'est ce donc
que l'ef
prit contre le coeur , fur - tout chez les femmes !
Paffez-moi , Monfieur , l'application de
cette morale . Votre Mercure n'est plus le
Mercure Galant.
Les Amours de Madame Staal eurent gran
de part aux chagrins de fa vie. Tantôt elle
aima fans êtreaimée ; tantôt elle fut aimée
fans aimer. En général , on apprend dans
l'hiftoire, fur-tout dans les Mémoires , & en
particulier dans ceux de Madame de Staal,
DECEMBRE . 1755 .
combien il y a de malheureux , même parmi
les prétendus heureux ; & cela confole.
On le voit tant d'égaux en infortune
même de fupérieurs ; & on dit :
J'en connois de plus miferables.
Mais on voit encore que la principale
fource du malheur eft dans les paffions ,
dans des fautes , dans des torts , & c. Le
malheureux fe reconnoît dans ce qu'il lit ,
& fe condamne. Il n'a que ce qu'il a mérité
, & il pouvoit ne le point mériter. Il
peut même ne le mériter plus ; il peut fe
corriger & être heureux.
gran-
Si l'Hiftoire & für-tout les Mémoires
des Grands Hommes , des Hommes à
des qualités , à grands talens , font pleins
de leurs malheurs , & de malheurs bien
mérités , c'eft que les grands Hommes ont
prefque toujours de fortes paffions , fouvent
de grands vices , rarement beaucoup
de fageffe & de conduite , hors de leur
métier.
Tel Général qui n'a jamais donné aucune
prife fur lui au Général de l'armée
ennemie , en a donné mille aux ennemis
qu'il avoit dans fon armée & à la Cour de
fon Maître .
Tel beau génie a forcé fes amis d'avouer
de fa perfonne plus de mal que
fes enne16
MERCURE DE FRANCE.
mis n'en difoient de fes ouvrages , & d'abandonner
l'homme en défendant l'Auteur.
Il s'en faut bien que tous les Héros &
tous les beaux efprits foient des Sages , des
Turenne , & des Fontenelle.
La poftérité qui ne connoît ces illuftres
malheureux que par ce qu'ils avoient d'admirable
, les plaint , & en les plaignant ,
les en admire encore davantage. Leur
fiecle qui les connoiffoit mieux , ne les
plaignoit point.
Mais finiffons une lettre qui feroit bientôt
un livre , autant par le ftyle que par fa
longueur , & difons encore un mot fur
Madame de Staal.
Elle étoit Auteur , & tout le monde le
fçavoit. On fçavoit en particulier qu'elle
avoit fait des Comédies. Beaucoup de
gens les connoiffoient , & en avoient parlé
avec éloge à ceux qui ne les connoiffoient
pas. On fçavoit moins généralement
qu'elle eût écrit des Mémoires. Le Public
défiroit donc beaucoup l'impreffion de ces
Comédies. C'eft par- là qu'il falloit commencer
, & annoncer en même- tems les
Mémoires. Elles les euffent fait encore
plus défirer qu'on ne les défiroit ellesmêmes.
J'ajoute que lues les premieres ,
elles l'auroient été avec plus de plaifir.
Elles ont été moins critiquées , on en a
DECEMBRE. 1755. 17
moins parlé , elles ont moins affecté , elles
ont moins plu que les Mémoires. Eft- ce
qu'elles font moins bonnes en leur genre ?
Je le crois je n'en fçais pourtant rien ; &
je me recufe là- deffus. Mais je fçais que
les Mémoires font un genre plus agréable ,
c'est-à- dire , plus piquant , plus attachant
que les Comédies , du moins fi on ne fait
que lire celles - ci . Dans les uns , c'eſt du
vrai réel , du vrai hiftorique , dans les autres
, ce n'eft que du vrai imité , du vrai
poétique , feulement un peu réalisé par
l'illufion du Théâtre. D'ailleurs j'ai trouvé
trop de charge dans les deux pieces de Madame
de Staal. Enfin , fi elle dialogue bien,
à mon avis elle raconte encore mieux .
Quant à ce qu'on appelle action , &
unité d'action , intrigue bien liée & bien
fuivie , dépendance néceffaire des évenemens
, &c. j'ai entendu dire que tout cela
manque aux deux pieces , & qu'ainfi elles
ne réuffiroient point au Théâtre , du
moins au Théâtre public. Mais encore une
fois , je me récufe ; je m'en rapporte aux
connoiffeurs , fur- tour à vous , Monfieur ,
qu'ils ont fi fouvent applaudi ; & je fuis
très-parfaitement , &c.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
La lettre datée du 16 octobre 1755 traite des Mémoires de Madame de Staal. L'auteur exprime son admiration pour les mémoires historiques sincères, en particulier ceux des hommes d'État, négociateurs et généraux. Il regrette le manque de mémoires de simples particuliers, bien que ceux-ci soient rares. L'abbé Trublet partage ce regret, souhaitant que des auteurs célèbres écrivent des mémoires sincères. L'auteur apprécie les Mémoires de Madame de Staal et souhaite que tout homme sincère et réfléchissant écrive ses mémoires, indépendamment de son style. Il cite les Mémoires de l'abbé de Marolles comme exemple de mémoires appréciés malgré un style médiocre. Il affirme que les mémoires de simples particuliers peuvent être aussi intéressants que ceux des grands hommes, car ils montrent l'homme dans sa vie quotidienne. L'auteur conteste l'idée que les Mémoires de Madame de Staal plaisent seulement par leur style. Il soutient que les petits faits de la vie privée sont tout aussi intéressants que les grands événements. Il admire le caractère unique de Madame de Staal et les circonstances de sa vie, bien qu'il critique ses amours détaillées dans les mémoires. La lettre se termine par une réflexion sur les malheurs des grands hommes et l'importance des mémoires pour comprendre la nature humaine. L'auteur suggère que les comédies de Madame de Staal auraient dû être publiées avant ses mémoires pour susciter plus d'intérêt. Il conclut en préférant le style narratif des mémoires à celui des comédies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7590
p. 18-19
VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
Début :
Tu chantes comme Eglé, [...]
Mots clefs :
Talents, Amour, Bonheur, Voix, Amant
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texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
VERS
A Madame de la Tour , par M. de Baftide.
Tu
chantes
comme Eglé ,
Tu rimes comme Ovide ;
A tes talens le gout préfide ,
Il devient une volupté.
Si tu chantes l'amour ; la vertu , la fierté ,
Difparoiffent d'un coeur infenfible ou févere :
La douceur de ta voix change en réalité
Le bonheur d'un amant qui n'eft qu'imaginatre ;
Et l'on prend tes accens dont on eft enchanté ,
Pour les garants d'un bien qui devient néceſſaire
A la félicité.
Si tu peins un amant perfide ,
On le voit , on le hait ; on eft épouvanté
Du crime d'un ingrat trop bien repréſenté,
Et fon horreur décide
A la fidélité.
Si du chant des oifeaux ton luth dépofitaire ,
Unit les doux accens aux accords de ta voix ,
On fent tout leur bonheur qui fe peint ſous tes
Et
par
doigts ,
l'effet involontaire
D'un concert plus doux mille fois
DECEMBRE . 12 1755 .
Que les bruyans concerts des Rois ,
On devient berger ou bergere:
Et l'on croit être dans les bois.
Ton efprit naturel & tendre
Sçait parfaitement aſſortir
L'art de faire penſer & l'art de divertir ;
Et qui ne fçait pas bien t'entendre ,
N'eftguere digne de fentir.
Sans affectation , fans faux air de molleffe ,
Dans tout ce que tu fais , tu répands la tendreffe :
Tes talens femblent nés d'un amoureux penchant
;
On voit que l'amour t'intéreſſe ,
Non par l'effet de la foibleffe ,
Mais par l'attrait du fentiment.
Puiffe à jamais un fi doux avantage
Conferver fon prix à tes yeux ;
Puiffe Apollon , puiffe l'amour heureux ,
T'allurer , chaque jour , nos coeurs & notre hommage
,
En t'infpirant des champs harmonieux !
On s'illuftre par leur langage ,
Et l'on s'embellit par leurs feux.
Les talens font le premier gage
De la faveur des Dieux ;
Ils n'ont au-deffus d'eux
Que l'art d'en faire un immortel ufage.
A Madame de la Tour , par M. de Baftide.
Tu
chantes
comme Eglé ,
Tu rimes comme Ovide ;
A tes talens le gout préfide ,
Il devient une volupté.
Si tu chantes l'amour ; la vertu , la fierté ,
Difparoiffent d'un coeur infenfible ou févere :
La douceur de ta voix change en réalité
Le bonheur d'un amant qui n'eft qu'imaginatre ;
Et l'on prend tes accens dont on eft enchanté ,
Pour les garants d'un bien qui devient néceſſaire
A la félicité.
Si tu peins un amant perfide ,
On le voit , on le hait ; on eft épouvanté
Du crime d'un ingrat trop bien repréſenté,
Et fon horreur décide
A la fidélité.
Si du chant des oifeaux ton luth dépofitaire ,
Unit les doux accens aux accords de ta voix ,
On fent tout leur bonheur qui fe peint ſous tes
Et
par
doigts ,
l'effet involontaire
D'un concert plus doux mille fois
DECEMBRE . 12 1755 .
Que les bruyans concerts des Rois ,
On devient berger ou bergere:
Et l'on croit être dans les bois.
Ton efprit naturel & tendre
Sçait parfaitement aſſortir
L'art de faire penſer & l'art de divertir ;
Et qui ne fçait pas bien t'entendre ,
N'eftguere digne de fentir.
Sans affectation , fans faux air de molleffe ,
Dans tout ce que tu fais , tu répands la tendreffe :
Tes talens femblent nés d'un amoureux penchant
;
On voit que l'amour t'intéreſſe ,
Non par l'effet de la foibleffe ,
Mais par l'attrait du fentiment.
Puiffe à jamais un fi doux avantage
Conferver fon prix à tes yeux ;
Puiffe Apollon , puiffe l'amour heureux ,
T'allurer , chaque jour , nos coeurs & notre hommage
,
En t'infpirant des champs harmonieux !
On s'illuftre par leur langage ,
Et l'on s'embellit par leurs feux.
Les talens font le premier gage
De la faveur des Dieux ;
Ils n'ont au-deffus d'eux
Que l'art d'en faire un immortel ufage.
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Résumé : VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
Le texte est une lettre poétique de M. de Baftide à Madame de la Tour, datée du 12 décembre 1755. L'auteur y loue les talents exceptionnels de Madame de la Tour en chant et en poésie, comparant ses chants à ceux d'Églé et ses rimes à celles d'Ovide. Il souligne que ses performances évoquent des émotions profondes, transformant l'imaginaire en réalité et inspirant la vertu et la fidélité. La voix de Madame de la Tour représente authentiquement divers sentiments, tels que l'amour, la perfidie ou la douceur. Son esprit naturel et tendre combine l'art de faire réfléchir et de divertir. L'auteur admire la tendresse et l'authenticité de ses talents, nés d'un véritable intérêt pour l'amour. Il souhaite que ses talents continuent de lui apporter honneur et admiration, et qu'ils lui permettent de s'illustrer et de s'embellir par leur langage et leurs feux. Les talents sont présentés comme un gage de la faveur des Dieux et un moyen d'atteindre l'immortalité.
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7591
p. 20-22
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Début :
Vous, qui courez [...]
Mots clefs :
Heureux, Plaisirs, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie.
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
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Résumé : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Le texte 'Le Philosophe aimable' du 'Ballet des Fêtes de Thalie' décrit un philosophe qui méprise l'éclat et l'opulence, préférant les plaisirs modérés. Il valorise l'honneur, le devoir et la tendresse, et choisit de n'aimer que sa femme, indifférent aux moqueurs. Le 28 décembre 1755, il invite ses amis dans sa retraite, leur offre un repas délicat à minuit, et se couche heureux. Le lendemain, il découvre que ses revenus ont disparu. Lorsqu'il vit raisonnablement, il lit des auteurs classiques tels que Caton, Newton, Rollin, Platon, Anacréon, Arnaud, Virgile, Horace ou Cicéron. Il est ouvert aux critiques constructives qui pourraient lui apprendre à vivre mieux. Le texte est publié par M. Fuzillier à Amiens dans le Mercure de France.
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7592
p. 22-32
LA PERRUCHE GOUVERNANTE. CONTE ORIENTAL. Par une jeune personne de Province, âgée de 14 ans.
Début :
SUHRID, riche Négociant de Bagdat, avoit une fille d'une beauté singuliere, [...]
Mots clefs :
Perruche, Yeux, Coeur, Théâtre, Talent, Gouvernante, Opéra, Sentiments, Chanter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PERRUCHE GOUVERNANTE. CONTE ORIENTAL. Par une jeune personne de Province, âgée de 14 ans.
LA PERRUCHE GOUVERNANTE .
CONTE ORIENTAL ,
Par une jeune perfonne de Province , âgée
de 14 ans.
UHRID , riche Négociant de Bagdat ,
avoit une fille d'une beauté finguliere ,
& une perruche d'un mérite encore plus
furprenant. Elle n'avoit pas feulement le
talent de parler , elle avoit encore la faculté
de penfer. Elle avoit des fentimens ,
elle avoit des moeurs . C'étoit dans des tems
éloignés où tout étoit poffible. Suhrid
qui connoiffoit le prix de tant de rares
qualités , l'avoit établie Gouvernante de
fa maiſon , & particulierement de la jeune
Banou fa fille. Obligé de faire un voyage
pour le bien de fon commerce , il lui recommanda
ce précieux dépôt , & lui dit
avant fon départ : Zaïre , je confie Banou
à votre fageffe ; elle n'a que quinze ans ,
DECEMBRE . 1755. 23
elle eft fans experience , elle eft ingenue ;
mais elle a l'humeur vive , & je lui crois
le coeur fenfible ; elle tient de fa mere :
veillez fur fa conduite , & fur-tout prenez
foin d'écarter tous les objets qui pourroient
la féduire. Oh ! oh ! ne craignez
rien , lui répondit la perruche , repofezvous
fur mon zele & fur mon adreffe.
Votre fille aime les contes par-deffus toutes
chofes. Elle me prie à chaque inſtant
de lui en dire , & quitte tout pour les enrendre.
Quand un jeune féducteur viendra
s'offrir à fa vue , je lui conterai vîte
une hiftoire , où je lui ferai fentir adroitement
le danger du piége qu'on lui dreffe .
Par cette innocente rufe j'aurai l'efprit de
l'en garantir en l'amufant ; mais , ajoutat'elle
, revenez dans un mois . Si votre
abfence dure davantage , je ne réponds
plus de Banou je n'ai ma provifion de
contes que jufqu'à ce tems là ; je vous en
avertis. Suhrid lui promit de ne pas paffer
ce terme. Il appella enfuite fa fille ,
lui ordonna expreffément de ne rien faire
fans confulter fa bonne , l'embraffa , &
partit .
Almanzor , un jeune chanteur étoit
voifin de Banou ; il l'avoit apperçue à fa
fenêtre , qui étoit vis -à- vis de la fienne ,
& fa beauté l'avoit frappé . Elle l'avoit en-
7
24 MERCURE DE FRANCE.
tendu chanter , & fon coeur en avoit été
ému. Une après-midi que la perruche s'étoit
endormie , un ferin partit de l'appartement
d'Almanzor , & vola fur la toilette
de Banou , qui rajuftoit une boucle de
fes cheveux, & lui préfenta un billet qu'il
tenoit dans fon bec. Banou careffe l'oifeau
& prend le papier qu'elle lit. La perruche
s'éveille , & fond fur le ferin qu'elle
auroit déchiré , fi Banou ne l'avoit arraché
de fes griffes cruelles. Sa jeune éleve
furpriſe d'une colere fi violente , lui en
demande le fujet. Zaïre lui répond qu'elle
en a de fortes raifons , qu'un ferin a caufé
le malheur de fa vie , & qu'elle eft prête à
lui en raconter l'hiftoire , mais qu'elle
veut auparavant lire le billet qu'on lui a
écrit. Le Lecteur fera peut-être étonné de
voir une perruche qui fçait lire , mais elle
n'eft pas la feule. Banou remet à fa Bonne
le poulet , qui étoit conçu en ces termes :
Charmante Banou , de grace , apprenez
la mufique . Ce talent manque à vos charmes.
Je puis dire fans vanité que je fuis le
premier homme de Bagdat , pour montrer le
gout du chant. J'ai compofe le duo le plus
charmant du monde. Marquez moi l'heure
où votre Duegne fera la méridienne . Je volerai
dans votre chambre pour vous l'apprendre.
Quel plaifir de chanter d'accord avcc
vous!
Ah !
DECEMBRE . 1755 . 25.
Ah ! le petit fripon , s'écria la perruche ;
ah ! le petit fcélerat , qui ne vous offre fes
fervices que pour tromper votre innocence
! Non , non , interrompit Banou ; il eſt
trop joli pour me tromper : c'eft parce qu'il
eft joli , qu'il en eft plus à craindre , reprit
la Gouvernante. Oh ! j'aime la mufique ,
ma Bonne dites le Muficien , ma fille ;
mais il ne vous convient pas , contentezyous
de votre maître à danfer. Il eft
trop
laid , il n'eft plus jeune , dit la pupille.
Votre voix eft rebelle au chant , infifta la
perruche : vous avez la jambe brillante ,
vous danfez avec grace. C'eft votre talent ;
tenez - vous - y. Vous chanterez à faire
peur , ce fera votre perte : vous vous rendrez
ridicule. Croyez en mon expérience.
J'étois dans le même cas , & j'ai donné
bêtement dans le piege qu'on vient de vous
tendre. Il ne faut jamais fe déplacer. Pour
vous en convaincre , écoutez mon hif
toire,
LE RISQUE DU DEPLACEMENT ;
Aventure qui n'est pas fans exemple.
J
E fuis née dans l'ifle des oifeaux , pays
heureux où notre efpece domine . La
candeur y regnoit avec elle. Il n'y avoit
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
point d'hommes mais des oifeaux d'Afie
& d'Europe , inftruits par eux , font venus
s'y établir , ont ufurpé le trône , & perverti
nos moeurs. Un aigle étoit Roi de
l'ifle ; il étoit fier , mais il aimoit les arts ,
il les appelloit à fa Cour. La Comédie &
l'Opera partageoient fes amuſemens. Mon
pere étoit Comédien de la troupe du Prince
, il y jouoit les Rois. Comme mon plumage
étoit diftingué , que j'avois le maintien
noble , la parole aifée , & la prononciation
parfaite , il me fit débuter dans les
rôles de Princeffe. F'y réuffis parfaitement.
On n'entendit que des cris d'admiration
& des battemens d'aîles dans toute la falle.
Le fuccès fut tous les jours en croiffant. Il
me fit donner le nom de Zaïre , que j'ai
toujours porté , & m'attira des adorateurs
en foule , au point que j'en fus excédée.
>
Pour m'en débarraffer avec décence ;
mais contre l'efprit de mon état , j'étois
fur le point de faire choix d'un mari , &
de l'aveu de mon pere , j'avois jetté les
yeux fur un perroquet bouffon qui me faifoit
rire. Il repréfentoit les valers , & s'appelloit
la Verdure . Ce mariage étoit affor
ti. Il étoit Comédien aimé , & j'étois Actrice
à la mode : Mais un foir que j'avois
enchanté toute la Cour , Médor , un charmant
petit ferin vint m'exprimer fon raDECEMBRE.
1755. 27
viffement dans ma loge , avec des fons fi
touchans , que je fus fenfible à la douceur
de fon ramage . Pour m'achever , je fus le
lendemain à l'Opera . Medor y chantoit la
haute-contre. Il me vit dans une premiere
loge ; mes yeux qui l'applaudiffoient , animerent
fon expreffion , & firent paffer tout
leur feu dans fon organe. Il fe furpaffa.
Toute l'affemblée fortit enivrée de plaifir ,
& je m'en retournai folle d'amour . La tête
m'en tourna . Medor s'en apperçut ; le
fripon en profita , ou plutot il en abuſa
pour me perdre .
Deux jours après je le rencontrai au bal,
& nous nous arrangeâmes. Comme j'ai
toujours confulté la décence , que je craignois
les reproches de mon pere , & que le
myftere étoit de mon gout , je le priai de
ne me voir qu'en bonne fortune , & de
cacher bien fa flamme. Pendant trois mois
il fut auffi difcret que fidele ; mais au
bout de ce terme fon coeur me fut enlevé
par les agaceries d'une petite effrontée
d'une jeune linotte , dont le début à l'Opera
avoit réuffi , graces à fon manége plûtot
qu'à fon talent. Il me cacha d'abord
fon inconftance , & nous nous voyons toujours
fecrétement dans une petite maiſon
qu'il avoit louée dans un fauxbourg. En
ces circonftances la Verdure me preffa de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
conclure notre hymen, mais mon coeur &
mes yeux étoient changés. La comparaifon
que j'en fis alors avec mon beau ferin
l'enlaidit fi fort à ma vue , & je le trouvai
fi ignoble que je le congédiai , en lui difant
dédaigneufement , qu'une Princeffe
n'étoit point faite pour époufer un valet ;
tant il eft vrai que les fentimens de grandeur
qu'on exprime fur la fcene , nous
font encore illufion après l'avoir quittée ,
& qu'on fe figure être dans le monde , ce
qu'on repréfente au théâtre. C'eſt le délire
de la profeffion.
Le malin perroquet fe vengea de mon
dédain par un trait de fon emploi. Dans
une petite piece de fa façon , intitulée la
fauffe Princeffe ou le Déguisement ridicule
il parodia ma perfonne & mon jeu affez
plaifamment pour mettre contre moi
les rieurs de fon côté . Medor lui - même
trouva mauvais que je n'euffe point accepté
fon rival pour mari. Il me dit durement
que j'avois ce que je méritois , &
que ce mariage politique eût fervi de voile
à nos amours. Je lui répondis piquée
que , puifqu'il le prenoit fur ce ton , il
m'épouferoit lui - même pour effacer ce ridicule
, & pour juftifier mon refus, ou que
je romprois avec lui fans retour. Ah ! je
vous aime trop , fe récria-t'il , pour deDECEMBRE.
1755 29
venir votre mari . Je veux que ma flamme
foit éternelle , & ce titre feul feroit сара-
ble de l'éteindre. J'ai un plus noble parti
à vous propofer. Quel parti , lui demandai-
je avec vivacité ? C'eſt , par vos talens,
de remporter un nouveau triomphe qui
faffe oublier la mauvaiſe plaifanterie qu'on
vous a faite . La fingularité d'un fuccès
inattendu eft une éponge qui lave tout.
Vous avez une voix charmante , un gofier
flexible , des fons pénétrans qui vont jufqu'à
l'ame. Venez les faire briller fur notre
théâtre , c'eft la plus belle vengeance
que vous puiffiez tirer du vôtre . J'y fuis
Medor , vous y ferez Angelique . Mais , lui
dis- je , je n'ai jamais chanté , je ne fçai
pas la mufique . Eh ! je vous l'apprendrai ,
mon Ange , reprit - il affectueufement.
Avec les belles difpofitions que vous avez,
& tous mes foins que je vous prodiguerai
, je veux , avant qu'il foit quinze jours ,
vous mettre en état de chanter un rôle
mieux que moi. Vous faites le charme de
la Comédie , & vous ferez les délices de
l'Opera. Que ne peut le talent , quand
il est formé par l'amour ! A ce difcours
paffionné , qui ne l'auroit cru fincere !
c'étoit pourtant le langage de la perfidie ,
& qui cachoit la trame la plus noire. Le
traître venoit de l'arranger avec ma rivale
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
qui l'avoit imaginée. Incapable de trom❤
per , je me lailai prendre au piege. L'amour-
propre aida la féduction . Il m'exagéra
mon mérite , & m'aveugla fur le
danger. La nature m'avoit douée d'un organe
facile pour parler , mais j'oubliai
alors que j'avois reçu d'elle une voix défagréable
pour chanter. En conféquence
je fis la folie de me tranfplanter fur un
autre théâtre, où j'étois parfaitement étrangere.
La curiofité y attira tous les oiſeaux
du pays . On applaudit à tout rompre , dès
qu'on me vit paroître , mais à peine eusje
ouvert le bec pour chanter , & formé
ma premiere cadence , qu'une troupe
d'impertinens merles & de bruyans
étourneaux qui compofoient le parterre ,
me perça de mille fifflets : l'amphithéâtre
en même tems , les balcons , & toutes les
loges m'accablerent d'autant de huées . Le
perfide Medor , fous une trifteffe feinte ,
déguifoit fa joie fcélérate. Mon infolente
rivale triomphoit dans une loge , & par
fes éclats moqueurs animoit le combat.
Serins , linottes , pinçons , chardonnerets
tous fiffloient à l'uniffon . Le corbeau croaffoit
, la pie crioit , la cane , le canard ,
l'oifon même me contrefaifoit avec fes
fons nazillards. Tous les perroquets foulevés
par la Verdure , murmuroient con-
›
DECEMBRE. 1755. 3x
tre moi d'avoir compromis ainfi l'efpece.
Il n'y eut pas jufqu'à une vieille perruche,
ma grand'mere , qui s'écria en ricanant
de dépit Ah ! ah ! c'eft bien fait. Voilà
pour corriger cette petite folle , & pour
lui apprendre à fe déplacer. Sifflez , fifflez
fort, de peur qu'elle ne l'oublie . Je ne tins
point à ce dernier trait : J'abandonnai la
fcene , en m'arrachant les plumes de défefpoir.
Je voulus prendre ma revanche
fur mon premier théâtre , mais les difpofitions
étoient changées ; on m'y vit avec les
yeux de la prévention qui m'étoit contraire.
On m'y trouva mauvaiſe. J'eus toutes
mes camarades contre moi . Un ordre me
défendit de paroître à la Cour. Je devins
la fable de la ville. On me chanfonna.
Tous mes parens m'abandonnerent . Une
colombe fut la feule qui me confola , &
qui eut même le courage de fe montrer
en public avec moi . Bel exemple , qui
prouve que les fentimens de l'amitié font
plus furs & plus forts que ceux du fang
& de la nature ! Elle m'apprit que la perfide
linotte avoit engagé Medor à me jouer
ce cruel tour , afin de me rendre firidicule
aux yeux de tout le monde , qu'il
n'ofât plus me voir , & qu'il ne fût qu'à
elle fans partage.
Jugez , après ce récit , fi ma haine eft
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
fondée contre les ferins . Que mon exemple
vous ferve de leçon . Un jeune Muficien
eft pour vous un maître dangereux.
Son art eft fait pour vous féduire , & non
pas pour vous embellir. Vous avez , comme
moi , la voix fauffe. Fuyez Almanzor :
craignez mon défaftre ; & fongez que le
déplacement ternit toutes les graces , &
rend la beauté même ridicule.
CONTE ORIENTAL ,
Par une jeune perfonne de Province , âgée
de 14 ans.
UHRID , riche Négociant de Bagdat ,
avoit une fille d'une beauté finguliere ,
& une perruche d'un mérite encore plus
furprenant. Elle n'avoit pas feulement le
talent de parler , elle avoit encore la faculté
de penfer. Elle avoit des fentimens ,
elle avoit des moeurs . C'étoit dans des tems
éloignés où tout étoit poffible. Suhrid
qui connoiffoit le prix de tant de rares
qualités , l'avoit établie Gouvernante de
fa maiſon , & particulierement de la jeune
Banou fa fille. Obligé de faire un voyage
pour le bien de fon commerce , il lui recommanda
ce précieux dépôt , & lui dit
avant fon départ : Zaïre , je confie Banou
à votre fageffe ; elle n'a que quinze ans ,
DECEMBRE . 1755. 23
elle eft fans experience , elle eft ingenue ;
mais elle a l'humeur vive , & je lui crois
le coeur fenfible ; elle tient de fa mere :
veillez fur fa conduite , & fur-tout prenez
foin d'écarter tous les objets qui pourroient
la féduire. Oh ! oh ! ne craignez
rien , lui répondit la perruche , repofezvous
fur mon zele & fur mon adreffe.
Votre fille aime les contes par-deffus toutes
chofes. Elle me prie à chaque inſtant
de lui en dire , & quitte tout pour les enrendre.
Quand un jeune féducteur viendra
s'offrir à fa vue , je lui conterai vîte
une hiftoire , où je lui ferai fentir adroitement
le danger du piége qu'on lui dreffe .
Par cette innocente rufe j'aurai l'efprit de
l'en garantir en l'amufant ; mais , ajoutat'elle
, revenez dans un mois . Si votre
abfence dure davantage , je ne réponds
plus de Banou je n'ai ma provifion de
contes que jufqu'à ce tems là ; je vous en
avertis. Suhrid lui promit de ne pas paffer
ce terme. Il appella enfuite fa fille ,
lui ordonna expreffément de ne rien faire
fans confulter fa bonne , l'embraffa , &
partit .
Almanzor , un jeune chanteur étoit
voifin de Banou ; il l'avoit apperçue à fa
fenêtre , qui étoit vis -à- vis de la fienne ,
& fa beauté l'avoit frappé . Elle l'avoit en-
7
24 MERCURE DE FRANCE.
tendu chanter , & fon coeur en avoit été
ému. Une après-midi que la perruche s'étoit
endormie , un ferin partit de l'appartement
d'Almanzor , & vola fur la toilette
de Banou , qui rajuftoit une boucle de
fes cheveux, & lui préfenta un billet qu'il
tenoit dans fon bec. Banou careffe l'oifeau
& prend le papier qu'elle lit. La perruche
s'éveille , & fond fur le ferin qu'elle
auroit déchiré , fi Banou ne l'avoit arraché
de fes griffes cruelles. Sa jeune éleve
furpriſe d'une colere fi violente , lui en
demande le fujet. Zaïre lui répond qu'elle
en a de fortes raifons , qu'un ferin a caufé
le malheur de fa vie , & qu'elle eft prête à
lui en raconter l'hiftoire , mais qu'elle
veut auparavant lire le billet qu'on lui a
écrit. Le Lecteur fera peut-être étonné de
voir une perruche qui fçait lire , mais elle
n'eft pas la feule. Banou remet à fa Bonne
le poulet , qui étoit conçu en ces termes :
Charmante Banou , de grace , apprenez
la mufique . Ce talent manque à vos charmes.
Je puis dire fans vanité que je fuis le
premier homme de Bagdat , pour montrer le
gout du chant. J'ai compofe le duo le plus
charmant du monde. Marquez moi l'heure
où votre Duegne fera la méridienne . Je volerai
dans votre chambre pour vous l'apprendre.
Quel plaifir de chanter d'accord avcc
vous!
Ah !
DECEMBRE . 1755 . 25.
Ah ! le petit fripon , s'écria la perruche ;
ah ! le petit fcélerat , qui ne vous offre fes
fervices que pour tromper votre innocence
! Non , non , interrompit Banou ; il eſt
trop joli pour me tromper : c'eft parce qu'il
eft joli , qu'il en eft plus à craindre , reprit
la Gouvernante. Oh ! j'aime la mufique ,
ma Bonne dites le Muficien , ma fille ;
mais il ne vous convient pas , contentezyous
de votre maître à danfer. Il eft
trop
laid , il n'eft plus jeune , dit la pupille.
Votre voix eft rebelle au chant , infifta la
perruche : vous avez la jambe brillante ,
vous danfez avec grace. C'eft votre talent ;
tenez - vous - y. Vous chanterez à faire
peur , ce fera votre perte : vous vous rendrez
ridicule. Croyez en mon expérience.
J'étois dans le même cas , & j'ai donné
bêtement dans le piege qu'on vient de vous
tendre. Il ne faut jamais fe déplacer. Pour
vous en convaincre , écoutez mon hif
toire,
LE RISQUE DU DEPLACEMENT ;
Aventure qui n'est pas fans exemple.
J
E fuis née dans l'ifle des oifeaux , pays
heureux où notre efpece domine . La
candeur y regnoit avec elle. Il n'y avoit
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
point d'hommes mais des oifeaux d'Afie
& d'Europe , inftruits par eux , font venus
s'y établir , ont ufurpé le trône , & perverti
nos moeurs. Un aigle étoit Roi de
l'ifle ; il étoit fier , mais il aimoit les arts ,
il les appelloit à fa Cour. La Comédie &
l'Opera partageoient fes amuſemens. Mon
pere étoit Comédien de la troupe du Prince
, il y jouoit les Rois. Comme mon plumage
étoit diftingué , que j'avois le maintien
noble , la parole aifée , & la prononciation
parfaite , il me fit débuter dans les
rôles de Princeffe. F'y réuffis parfaitement.
On n'entendit que des cris d'admiration
& des battemens d'aîles dans toute la falle.
Le fuccès fut tous les jours en croiffant. Il
me fit donner le nom de Zaïre , que j'ai
toujours porté , & m'attira des adorateurs
en foule , au point que j'en fus excédée.
>
Pour m'en débarraffer avec décence ;
mais contre l'efprit de mon état , j'étois
fur le point de faire choix d'un mari , &
de l'aveu de mon pere , j'avois jetté les
yeux fur un perroquet bouffon qui me faifoit
rire. Il repréfentoit les valers , & s'appelloit
la Verdure . Ce mariage étoit affor
ti. Il étoit Comédien aimé , & j'étois Actrice
à la mode : Mais un foir que j'avois
enchanté toute la Cour , Médor , un charmant
petit ferin vint m'exprimer fon raDECEMBRE.
1755. 27
viffement dans ma loge , avec des fons fi
touchans , que je fus fenfible à la douceur
de fon ramage . Pour m'achever , je fus le
lendemain à l'Opera . Medor y chantoit la
haute-contre. Il me vit dans une premiere
loge ; mes yeux qui l'applaudiffoient , animerent
fon expreffion , & firent paffer tout
leur feu dans fon organe. Il fe furpaffa.
Toute l'affemblée fortit enivrée de plaifir ,
& je m'en retournai folle d'amour . La tête
m'en tourna . Medor s'en apperçut ; le
fripon en profita , ou plutot il en abuſa
pour me perdre .
Deux jours après je le rencontrai au bal,
& nous nous arrangeâmes. Comme j'ai
toujours confulté la décence , que je craignois
les reproches de mon pere , & que le
myftere étoit de mon gout , je le priai de
ne me voir qu'en bonne fortune , & de
cacher bien fa flamme. Pendant trois mois
il fut auffi difcret que fidele ; mais au
bout de ce terme fon coeur me fut enlevé
par les agaceries d'une petite effrontée
d'une jeune linotte , dont le début à l'Opera
avoit réuffi , graces à fon manége plûtot
qu'à fon talent. Il me cacha d'abord
fon inconftance , & nous nous voyons toujours
fecrétement dans une petite maiſon
qu'il avoit louée dans un fauxbourg. En
ces circonftances la Verdure me preffa de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
conclure notre hymen, mais mon coeur &
mes yeux étoient changés. La comparaifon
que j'en fis alors avec mon beau ferin
l'enlaidit fi fort à ma vue , & je le trouvai
fi ignoble que je le congédiai , en lui difant
dédaigneufement , qu'une Princeffe
n'étoit point faite pour époufer un valet ;
tant il eft vrai que les fentimens de grandeur
qu'on exprime fur la fcene , nous
font encore illufion après l'avoir quittée ,
& qu'on fe figure être dans le monde , ce
qu'on repréfente au théâtre. C'eſt le délire
de la profeffion.
Le malin perroquet fe vengea de mon
dédain par un trait de fon emploi. Dans
une petite piece de fa façon , intitulée la
fauffe Princeffe ou le Déguisement ridicule
il parodia ma perfonne & mon jeu affez
plaifamment pour mettre contre moi
les rieurs de fon côté . Medor lui - même
trouva mauvais que je n'euffe point accepté
fon rival pour mari. Il me dit durement
que j'avois ce que je méritois , &
que ce mariage politique eût fervi de voile
à nos amours. Je lui répondis piquée
que , puifqu'il le prenoit fur ce ton , il
m'épouferoit lui - même pour effacer ce ridicule
, & pour juftifier mon refus, ou que
je romprois avec lui fans retour. Ah ! je
vous aime trop , fe récria-t'il , pour deDECEMBRE.
1755 29
venir votre mari . Je veux que ma flamme
foit éternelle , & ce titre feul feroit сара-
ble de l'éteindre. J'ai un plus noble parti
à vous propofer. Quel parti , lui demandai-
je avec vivacité ? C'eſt , par vos talens,
de remporter un nouveau triomphe qui
faffe oublier la mauvaiſe plaifanterie qu'on
vous a faite . La fingularité d'un fuccès
inattendu eft une éponge qui lave tout.
Vous avez une voix charmante , un gofier
flexible , des fons pénétrans qui vont jufqu'à
l'ame. Venez les faire briller fur notre
théâtre , c'eft la plus belle vengeance
que vous puiffiez tirer du vôtre . J'y fuis
Medor , vous y ferez Angelique . Mais , lui
dis- je , je n'ai jamais chanté , je ne fçai
pas la mufique . Eh ! je vous l'apprendrai ,
mon Ange , reprit - il affectueufement.
Avec les belles difpofitions que vous avez,
& tous mes foins que je vous prodiguerai
, je veux , avant qu'il foit quinze jours ,
vous mettre en état de chanter un rôle
mieux que moi. Vous faites le charme de
la Comédie , & vous ferez les délices de
l'Opera. Que ne peut le talent , quand
il est formé par l'amour ! A ce difcours
paffionné , qui ne l'auroit cru fincere !
c'étoit pourtant le langage de la perfidie ,
& qui cachoit la trame la plus noire. Le
traître venoit de l'arranger avec ma rivale
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
qui l'avoit imaginée. Incapable de trom❤
per , je me lailai prendre au piege. L'amour-
propre aida la féduction . Il m'exagéra
mon mérite , & m'aveugla fur le
danger. La nature m'avoit douée d'un organe
facile pour parler , mais j'oubliai
alors que j'avois reçu d'elle une voix défagréable
pour chanter. En conféquence
je fis la folie de me tranfplanter fur un
autre théâtre, où j'étois parfaitement étrangere.
La curiofité y attira tous les oiſeaux
du pays . On applaudit à tout rompre , dès
qu'on me vit paroître , mais à peine eusje
ouvert le bec pour chanter , & formé
ma premiere cadence , qu'une troupe
d'impertinens merles & de bruyans
étourneaux qui compofoient le parterre ,
me perça de mille fifflets : l'amphithéâtre
en même tems , les balcons , & toutes les
loges m'accablerent d'autant de huées . Le
perfide Medor , fous une trifteffe feinte ,
déguifoit fa joie fcélérate. Mon infolente
rivale triomphoit dans une loge , & par
fes éclats moqueurs animoit le combat.
Serins , linottes , pinçons , chardonnerets
tous fiffloient à l'uniffon . Le corbeau croaffoit
, la pie crioit , la cane , le canard ,
l'oifon même me contrefaifoit avec fes
fons nazillards. Tous les perroquets foulevés
par la Verdure , murmuroient con-
›
DECEMBRE. 1755. 3x
tre moi d'avoir compromis ainfi l'efpece.
Il n'y eut pas jufqu'à une vieille perruche,
ma grand'mere , qui s'écria en ricanant
de dépit Ah ! ah ! c'eft bien fait. Voilà
pour corriger cette petite folle , & pour
lui apprendre à fe déplacer. Sifflez , fifflez
fort, de peur qu'elle ne l'oublie . Je ne tins
point à ce dernier trait : J'abandonnai la
fcene , en m'arrachant les plumes de défefpoir.
Je voulus prendre ma revanche
fur mon premier théâtre , mais les difpofitions
étoient changées ; on m'y vit avec les
yeux de la prévention qui m'étoit contraire.
On m'y trouva mauvaiſe. J'eus toutes
mes camarades contre moi . Un ordre me
défendit de paroître à la Cour. Je devins
la fable de la ville. On me chanfonna.
Tous mes parens m'abandonnerent . Une
colombe fut la feule qui me confola , &
qui eut même le courage de fe montrer
en public avec moi . Bel exemple , qui
prouve que les fentimens de l'amitié font
plus furs & plus forts que ceux du fang
& de la nature ! Elle m'apprit que la perfide
linotte avoit engagé Medor à me jouer
ce cruel tour , afin de me rendre firidicule
aux yeux de tout le monde , qu'il
n'ofât plus me voir , & qu'il ne fût qu'à
elle fans partage.
Jugez , après ce récit , fi ma haine eft
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
fondée contre les ferins . Que mon exemple
vous ferve de leçon . Un jeune Muficien
eft pour vous un maître dangereux.
Son art eft fait pour vous féduire , & non
pas pour vous embellir. Vous avez , comme
moi , la voix fauffe. Fuyez Almanzor :
craignez mon défaftre ; & fongez que le
déplacement ternit toutes les graces , &
rend la beauté même ridicule.
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Résumé : LA PERRUCHE GOUVERNANTE. CONTE ORIENTAL. Par une jeune personne de Province, âgée de 14 ans.
Le conte 'La Perruche Gouvernante' narre l'histoire d'Uhrid, un riche négociant de Bagdad, propriétaire d'une perruche exceptionnelle nommée Zaïre, capable de parler et de penser. Uhrid confie à Zaïre la surveillance de sa fille Banou, âgée de quinze ans, avant de partir en voyage. Il recommande à Zaïre de veiller sur Banou et de la protéger des tentations. Pendant l'absence d'Uhrid, un jeune chanteur nommé Almanzor tente de séduire Banou en lui envoyant un billet. Zaïre, alertée par l'arrivée du billet, intervient et raconte à Banou son propre passé tragique pour la dissuader de suivre Almanzor. Zaïre narre comment elle a été séduite par un serin, Médor, et comment elle a été humiliée en tentant de chanter à l'opéra. Elle met en garde Banou contre les dangers de se déplacer dans un domaine où elle n'est pas douée, comme elle l'a fait en quittant la comédie pour l'opéra. Zaïre conclut en exhortant Banou à fuir Almanzor et à se contenter de ses talents naturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7593
p. 32-33
EPITRE A Eglé.
Début :
J etois si fort brouillé sur le sacré vallon [...]
Mots clefs :
Coeur, Charmante, Églé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Eglé.
EPITRE
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
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Résumé : EPITRE A Eglé.
L'épître, adressée à Eglé, commence par une plainte sur la difficulté de composer sans l'inspiration des Muses et l'appui d'Apollon. L'auteur exprime son soulagement d'avoir retrouvé la faveur du maître du Parnasse. Il interroge Eglé sur ses pensées envers celui qui traverserait les flammes du Phlégéton pour elle et s'il est le seul à souffrir d'un cœur insensible. L'auteur se réjouit des plaisirs et des fêtes, mais déplore la présence de rivaux. Il souhaite que la loi soit générale et qu'Eglé soit égale pour tous, bien qu'il reconnaisse être agité par la jalousie. Il admire que le public apprécie les attraits d'Eglé, mais craint qu'un rival trop aimable ne lui ravisse son affection. L'auteur se déclare excusable de songer à se venger dans ce cas. Il avoue que s'il avait la certitude du cœur tendre d'Eglé, il pourrait espérer l'obtenir un jour. Cependant, il se demande à quoi il peut s'attendre lorsqu'il n'a que son amour. L'épître est signée par le Baron de Poin... Tauz...
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7594
p. 34
BOUQUET A Mademoiselle E. D. de Lyon, Par M. P. C. A. R. de P.
Début :
L'amour pour faire ta conquête, [...]
Mots clefs :
Amour, Amitié
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texteReconnaissance textuelle : BOUQUET A Mademoiselle E. D. de Lyon, Par M. P. C. A. R. de P.
BOUQUET
A Mademoiselle E. D. de Lyon ;
Par M. P. C. A. R. de P.
L'Amour
'Amour pour faire ta conquête ,
Avoit pour le jour de ta fête ,
Avec foin cueilli cet oeillet ;
Amour , lui dis-je , à d'autres ce bouquet ,
La Belle n'a pas le coeur tendre ;
Te fattes- tu qu'Elifabet
De tes mains confente à le prendre ?
Elle le recevroit
Si l'Amitié l'offroit ;
Eh bien ! répond l'Amour , ufons de ftratagéme ;
Au nom de l'Amitié préſente le toi-même.
A Mademoiselle E. D. de Lyon ;
Par M. P. C. A. R. de P.
L'Amour
'Amour pour faire ta conquête ,
Avoit pour le jour de ta fête ,
Avec foin cueilli cet oeillet ;
Amour , lui dis-je , à d'autres ce bouquet ,
La Belle n'a pas le coeur tendre ;
Te fattes- tu qu'Elifabet
De tes mains confente à le prendre ?
Elle le recevroit
Si l'Amitié l'offroit ;
Eh bien ! répond l'Amour , ufons de ftratagéme ;
Au nom de l'Amitié préſente le toi-même.
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7595
p. 34-35
A Madame de M*** qui avoit demandé à l'Auteur, des Vers sur l'Amitié.
Début :
Des tendres sentimens qui vous seroient offerts, [...]
Mots clefs :
Amitié
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texteReconnaissance textuelle : A Madame de M*** qui avoit demandé à l'Auteur, des Vers sur l'Amitié.
A Madame de M*** qui avoit demandé à
-l'Auteur , des Vers fur l'Amitié.
DEs tendres fentimens qui vous feroient offerts,
A ceux de l'Amitié vous bornez mes concerts ,
Je dois ne chanter qu'eux , fi je prétends vous
plaire.
Penfez- vous donc , Iris , qu'à cette loi fevere,
On puiffe , hélas ! fe conformer
DECEMBRE. 1755. 35
Ne portez-vous au coeur qu'une legere atteinte
Il gémit de cette contrainté ;
A peine s'ouvre-t'il qu'il doit fe refermer.
Ou méritez moins de tendreffe ,
Ou par un traitement plus doux ,
Permettez que l'on vous adreffe
Un encens plus digne de vous .
A vos decrets , faifi d'un beau délire ,
J'ai tenté d'en fuivre le cours ,
Et toujours vu paffer ma lyre
Des mains de l'Amitié dans celles des Amoury.
Près de vous , Belle Iris , fon tranfport fe rafine ,
Et certain fentiment de fi près l'avoifine ,
Qu'elle peut à la fin , par un commun appui ,
Se confondre avec lui.
Comme fufpecte alors , la Vertu la confifque ,
Elle profcrit encore les foupirs décelés .
Ne me mettez pas dans le rifque
De vous aimer , Iris , plus que vous ne voulez.
M. Tanevot.
-l'Auteur , des Vers fur l'Amitié.
DEs tendres fentimens qui vous feroient offerts,
A ceux de l'Amitié vous bornez mes concerts ,
Je dois ne chanter qu'eux , fi je prétends vous
plaire.
Penfez- vous donc , Iris , qu'à cette loi fevere,
On puiffe , hélas ! fe conformer
DECEMBRE. 1755. 35
Ne portez-vous au coeur qu'une legere atteinte
Il gémit de cette contrainté ;
A peine s'ouvre-t'il qu'il doit fe refermer.
Ou méritez moins de tendreffe ,
Ou par un traitement plus doux ,
Permettez que l'on vous adreffe
Un encens plus digne de vous .
A vos decrets , faifi d'un beau délire ,
J'ai tenté d'en fuivre le cours ,
Et toujours vu paffer ma lyre
Des mains de l'Amitié dans celles des Amoury.
Près de vous , Belle Iris , fon tranfport fe rafine ,
Et certain fentiment de fi près l'avoifine ,
Qu'elle peut à la fin , par un commun appui ,
Se confondre avec lui.
Comme fufpecte alors , la Vertu la confifque ,
Elle profcrit encore les foupirs décelés .
Ne me mettez pas dans le rifque
De vous aimer , Iris , plus que vous ne voulez.
M. Tanevot.
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Résumé : A Madame de M*** qui avoit demandé à l'Auteur, des Vers sur l'Amitié.
Dans une lettre poétique adressée à Madame de M***, M. Tanevot répond à sa demande de vers sur l'amitié. Il explique qu'il doit se limiter à chanter l'amitié pour lui plaire, bien qu'il ressente des sentiments plus tendres. Il exprime la difficulté de se conformer à cette contrainte, car son cœur est touché plus profondément qu'il ne le montre. Il souhaite pouvoir exprimer des sentiments plus dignes d'elle, mais se conforme à ses désirs. L'auteur avoue avoir tenté de suivre le cours de ses émotions, oscillant entre l'amitié et l'amour. En présence de Madame de M***, son transport se raffine, et il ressent un sentiment proche de l'amour, qu'il pourrait confondre avec l'amitié. Cependant, la vertu l'incite à réprimer ces sentiments. Il conclut en demandant à Madame de M*** de ne pas le mettre dans la situation de l'aimer plus qu'elle ne le souhaite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7596
p. 36-47
Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
Début :
Ecuyer, Daniel-René Montaudouin naquit à Nantes, le 21 Janvier 1715. [...]
Mots clefs :
Commerce, Angleterre, Écuyer, Nantes, Académie des sciences, Société royale de Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
Mémoire fur feu M. Montaudouin , de ta
Société Royale de Londres ,
Correfpondant
de l'Académie des Sciences , & Négociant.
Cuyer , Daniel - René Montaudouin
naquit à Nantes , le 21 Janvier 1715 .
Sa famille s'eft fait un nom par l'étendue
de fon commerce , & par fa grande probité.
Il alla de bonne heure au College de
la Fleche ; mais fa vivacité le rendit incapable
de la moindre application , & on ne
put jamais difcipliner fon efprit. On lui
fit quitter des études qui n'en étoient pas
pour lui , & on l'envoya à Rouen où il
n'apprit pas davantage à s'appliquer. La
tendreffe ou plutôt la foibleffe d'une grand'
mere chez qui il demeuroit , donna un
nouvel effor à fa vivacité , & à l'indépendance
de fon efprit. On prit le parti
de le faire paffer en Angleterre. Il y fit un
féjour affez long , & il en rapporta des
fentimens d'admiration pour ce peuple
penfeur ; cependant fa jeuneffe continuoit
d'être vive , impétueufe & inappliquée
lorfque tout- à- coup , il fe fit en lui une de
ces révolutions étonnantes dont jufqu'à
préfent on n'avoit vu d'exemple que dans
l'ordre de la Religion. Jamais converfion
DECEMBRE . 1755 37
1
ne fut plus éclatante. Il alla trouver le
R. P. Giraud , Prêtre de l'Oratoire , aujourd'hui
Bibliothécaire de la ville , homme
d'un mérite rare. Il le fupplia de lui
donner des leçons de Mathématiques. Le
P. Giraud qui ne le connoiffoit point du
tout , & qui n'étoit pas fur le pied de
prendre des écoliers , chercha à le détourner
de fon deffein. Il vouloit fans doute
éprouver la vocation. Le difciple revint à
la charge , & le maître fut obligé de fe
rendre. Cette complaifance fut fentie comme
un bienfait fignalé ; on chercha à la
payer par un travail affidu . L'éleve fit de
très grands progrès fous la direction de
cet habile homme. Une application extraordinaire
remplaça les avantages que le
fecours des premieres études & d'une mémoire
plus heureufe auroit pu donner.
Après plufieurs années confacrées à l'Algebre
& à la Géométrie , où les connoiffances
furent portées fort loin , on dirigea fa
marche vers la Métaphyfique , fcience à la
fois immenſe , fi l'on confidere fon objet ,
& bornée , fi l'on s'en tient aux vérités inconteftables
qu'elle contient , mais fcience
toujours honorable pour l'efprit humain
& qui mérite toute l'attention d'un être
penfant , parce que c'eft celle qui met fans
38 MERCURE DE FRANCE.
doute le plus grand intervalle entre la raifon
& l'instinct après la faculté de parler
qui en fait partie. M. Montaudouin entra
dans ce nouveau champ avec une nouvelle
ardeur. Après avoir forcé des broffailles
épailles , il découvrit un partere délicieux
, où la beauté raviffante de quelque
fleurs épanouies , lui faifoit fouhaiter
avec la plus vive impatience d'en voir
éclorre une multitude d'autres qui y font
plantées dans l'ordre le plus régulier , &
qui femblent fe refufer à la bonté du climat
, à la fertilité du fol , & à l'habileté
- des cultivateurs.
A la paix de 1748. il entreprit un nouveau
voyage en Angleterre. La principale
raifon qui l'y détermina fut l'efpérance d'y
trouver beaucoup d'iées exactes . D'ail
leurs ayant paffé plufieurs années dans l'étude
des fciences abftraites , il crut qu'il
lui feroit utile de fe répandre pendant quelque
tems dans le monde , parce que c'eft
le meilleur moyen de bien connoître les
hommes , & de fe connoître bien foimême.
Il ne fe borna pas , comme la plûpart
des voyageurs , à voir la ville de Londres
: il voulut connoître l'Angleterre
même ; & il donna une attention particuliere
à tout ce qui intéreffoit les Sciences
DECEMBRE. 1755. 39
& le Commerce , & à tout ce qui pouvoit
être utile à fon pays ( 1 ) . A Oxford , il faifoit
fa cour aux fçavans Profeffeurs ; à
Porftmouth , aux Conftructeurs habiles ; à
Liverpool & à Bristol , aux Négocians éclairés.
De retour à Londres , il vit tout ce
que cette grande ville renferme . Il examina
tout. Il fréquenta un grand nombre de Sçavans
en tout genre ; mais principalement
Meffieurs Folkes , Robins , Mitchell , de
Moivre , Bradley , Watfon , Tremblay ,
Graham , Smith , Mortimer , Maſſon ,
King , Knith , Blin , Ray , Beker , Stwart ,
Mead , &c. Il fut comblé d'honnêtetés par
M. le Duc de Richmond , & par Meffieurs
Ch. Stanhope & Ch . Cavendish : il contracta
une amitié intime avec Don Pedro
Maldonado , Gouverneur de la Province
des Emeraudes , illuftre Américain , qui
lui avoit été recommandé par M. Bouguer
de l'Académie des Sciences . A la premiere
nouvelle qu'il eut de fa maladie , il fit porter
fon lit chez lui , & il ne le quitta ni
jour ni nuit. Il lui fit adminiftrer tous les
fecours temporels & fpirituels. Les Doc-
(1 ) Il fe donna des foins infinis pour faire reftituer
les papiers pris fur les François pendant la
guerre , & il vint à bout d'en recouvrer un grand
nombre qu'il fit remettre en France à ceux à qui
ils appartenoient.
40 MERCURE DE FRANCE .
teurs Watfon & Wisbraham , ni le célebre
Docteur Mead , malgré toute leur capacité
, & leur zele ne purent dompter la violence
du mal qui emporta le malade en
peu de jours.
Au mois de Novembre , M. Montaudouin
fut proposé par plufieurs Membres
de la Société Royale , entr'autres par Meſfieurs
Folkes , Wafton & Graham pour être
admis dans cet illuftre corps ; ce qui s'effectua
au terme ordinaire. Enfin après un
an de féjour en Angleterre , comblé d'honneurs
& de politeffes , il s'arracha à tous les
agrémens qu'il goutoit dans ce pays. Il prit
fa route par la Hollande. Il alla voir à
Leyde Meffieurs Allemand & Mufchenbroek
, qui lui firent mille amitiés . Il reçut
à la Haie des marques d'attention de
M. le Comte de Bentheim .
Il retrouva à Paris M. le Marquis de
Croifmare , l'homme de France le plus curieux
, le plus obligeant & le plus aimable,
avec qui il s'étoit lié dans un précédent
voyage. Ils ne fe quitterent plus. Ils recommencerent
leurs courfes dans cette
grande ville. On y revit tout ce qui méritoit
d'être vu . Rien n'échappa. On voyoit
fouvent les illuftres Membres de l'Acadé
mie des Sciences , Meffieurs de Fontenelle
, de Reaumur , Juffieu , Duhamel , de
1
DECEMBRE. 1755 41
> la Condamine de Buffon , Rouelle ,
l'Abbé Nollet , & principalement M. Bouguer
pour qui M. Montaudouin avoit depuis
longtems la plus parfaite amitié. Pendant
fon féjour à Paris , l'Académie le
nomma fon Correſpondant , il avoit toujours
eu des fentimens d'admiration & de
refpect pour ce Sénat littéraire qui compte
parmi fes Membres tant de Souverains
dans le monde fçavant.
A fon retour à Nantes , il entreprit de
faire conftruire un Navire fur les principes
de M. Bouguer. Il fallut lutter contre
tous les préjugés du public marin. Les préventions
furent portées fi loin qu'on s'opiniâtra
à foutenir que le Navire feroit capot
en allant à l'eau . Il fut lancé , & il conferva
mieux fa direction qu'aucun navire.
On foutint enfuite qu'il ne pourroit pas
naviguer. On eut de la peine à trouver un
Capitaine & un équipage . Cependant il a
fait plufieurs voyages à S. Domingue. La
prévention ne fe décourage jamais ; elle
s'eft dédommagée de fes premieres erreurs
fur la marche de ce Navire : il eft vrai
qu'il n'a pas eu d'avantage de ce côté - là
fur les navires ordinaires ; ce n'eft point la
faute du fyftême du célebre Académicien.
La folidité de fes principes n'en eft point
affectée , & fa découverte conſerve toute
42 MERCURE DE FRANCE.
port ,
fa beauté , & mérite les plus grands éloges.
Le Problême confiftoit à trouver le navire
de la plus grande vitelle , du plus grand
& du moindre tirant d'eau . Pour
bien faire cette expérience , il eût fallu
être en place. Un particulier ne peut pas
rifquer la dépenfe d'une niachine auffi couteufe.
C'est ce que repréfentoit fortement
M. Bouguer qui n'étant pas fur
les lieux , ne pouvoit ni voir les chofes par
lui- même , ni donner tous les confeils qu'il
étoit naturel d'attendre de lui . M. Montaudouin
n'eut pour intéreffé dans cette
entreprife que fon frere. Il en auroit cherché
inutilement un autre . Cette confidération
importante fit faire des changemens.
Le constructeur n'exécuta pas toutes les parties
avec la même attention . Les frayeurs
du Capitaine obligerent de faire la mâture
trop courte ; & ces frayeurs ont encore
augmenté la longueur des traverfées.
Ainfi il n'eft point décidé que l'objet
de la marche foit manqué dans cette conftruction
, & il eft démontré que les deux
autres conditions du problème font parfaitement
remplies. Ce navire porte beaucoup
à raifon de fa grandeur , & il tire
près de trois pieds d'eau moins que les navires
ordinaires de fa capacité .
En 1753 , M. Montaudouin fut éla
DECEMBRE. 1755. 43
Conful. Cette place eft très - importante à
Nantes , parce qu'outre l'adminiſtration
de la juftice , elle embraffe la direction
des affaires générales du Commerce . Le
Confulat totalement diftinct dans fon origine
du Bureau de Ville , fe trouvoit par
une longue fuite d'abus , dans une dépendance
abfolue des Maire & Echevins . Ils
avoient la plus grande part aux élections ,
& y préfidoient . Le fiege du Confulat
étoit placé à l'Hôtel de Ville , c'est - à - dire ,
dans un éloignement extrême des Juges &
des parties. C'étoit - là la caufe principalede
l'abus . M. Montaudouin forma le projet
de remettre les chofes dans l'ordre . Il
avoit vu fur quel pied les Négocians
étoient en Angleterre & en Hollande Il
étoit fâché pour l'honneur de fon pays , &
de la raifon humaine , que les citoyens les
plus utiles fuflent regardés comme les plus
petits citoyens. Il y avoit de grands obſtacles
à combattre. La chofe avoit été tentée
plufieurs fois fans fuccès. L'abus étoit
ancien , & par conféquent refpectable pour
la multitude . La prévention affez répandue
dans le Royaume contre le commerce,
eft extrême en Bretagne ,
, & . fur-tout à
Nantes , quoique cette ville doive fa célébrité
& fon aifance au commerce . Ces
44 MERCURE DE FRANCE
difficultés , loin de le rebuter , l'animerent
davantage à la pourfuite de fon projer.
Ceux qui crurent devoir le traverſer , firent
les plus grands efforts ; ils fe permirent
même des excès que l'urbanité du
dix-huitieme fiecle ne comporte pas . On
ne leur oppofa que des raifons. Le Confeil
en fentit toute la folidité. Les chofes
font à préfent dans l'ordre. Le Tribunal
devant qui les affaires de commerce font
portées eft placé dans le bâtiment même
où les affaires du commerce fe font tous
les jours ; & le commerce élit paifiblement
ceux qui doivent le juger & le défendre.
M. Montaudouin remplit les différentes
fonctions attachées au Confulat avec le
plus grand éclat. Il traita plufieurs grandes
parties du commerce dans de fçavans
mémoires. Son grand talent étoit une aptitude
merveilleufe à trouver des raifons
folides , & il les ramenoit toujours à des
principes fimples & lumineux. Sa fanté
étoit très- délicate , l'application trop forte
qu'il donna aux affaires publiques , renverfa
bientôt cette foible fanté , qui ne fe
foutenoit que par un régime auftere ; il ne
buvoir que de l'eau , & ne foupoit point ;
mais l'excès du travail rendit fa fobriété
inutile . Il fut attaqué d'une fievre mali-
វ
DECEMBRE. 1755. 45
gne , qui l'emporta le 11 Septembre 1754,
l'âge de trente - neuf ans fept mois vingt
jours ( 1 ) . Jamais un fimple particulier
ne fut fi généralement regretté . Cette perte
fut regardée comme un malheur public .
Il est vrai qu'on ne vit jamais un meilleur
citoyen. Il dirigeoit toutes fes vues vers
le bien de fon pays. Il eftimoit moins
dans le commerce les avantages perfonnels
qui peuvent en réfulter , que les
moyens infinis que cette profeffion donne
d'être utile aux autres hommes , & d'exercer
fans ceffe la bienfaiſance , Son extérieur
étoit fort fimple. Son abord étoit facile ,
quoiqu'un peu froid , mais jamais ami ne
fut plus chaud. Il étoit parvenu, en aguerriffant
fans ceffe fa raifon , à conferver fon
ame dans une grande tranquillité : il ne s'en
écartoit guere , que quand il falloit lutter
contre de mauvais raifonnemens. La vérité
trouva en lui un défenſeur toujours zelé ,
mais jamais paffionné . Sa modeftie l'empêchoit
de s'appercevoir de ce qu'il valoit.
Il n'a rien donné au Public. On a trouvé
dans fes papiers un journal de fon voyage
en Angleterre , qui renferme des détails
utiles & curieux. Il avoit entrepris un
(1 ) La Gazette d'Avignon du 27 Septembra
1754 , en rapportant cette mort à l'article de Pa
ris , lui donne mal à propos 41 ans .
'
46 MERCURE DE FRANCE.
grand ouvrage fur les affurances maritimes.
Perfuadé que l'empire du hazard n'a
d'appui que dans la pareffe des hommes ,
il s'étoit propofé de déterminer la valeur
réelle des affurances fur le commerce maritime
de la ville de Nantes avec la Guinée
& les colonies en tems de paix . Il
étoit queſtion d'avoir la fomme des voyages
, & celle des pertes pendant un affez
long efpace de tems. Il embraffa dans fa
recherche trente années. Le grand embarras
confiftoit à avoir exactement les
états des pertes partielles ou avaries , parce
que ces objets ne font inférés fur aucun
regiftre public. Il entreprit d'en venir à
bout , & il en raffembla un grand nombre.
Pour rendre cet ouvrage d'une plus
grande utilité , il additionna le nombre de
jours de toutes les traverfées des navires
: par-là il avoit furement les traversées
moyennes ; mais cela ne le contenta pas
encore il vouloit avoir les traversées
moyennes dans les différens tems de l'année
, & il comptoit additionner à cet effet
toutes les traverfées des mêmes mois. Par
ce moyen , le jour de départ , & la prime
d'une traverfée ordinaire étant connus , on
peut déterminer l'augmentation de la prime
pour chaque jour qui excede la traverfée
ordinaire. La prime eft la fomme
DECEMBRE. 1755. 47
des dégrés de probabilité de perte , plus le
profit de l'affureur.
Il a auffi commencé un traité des Avaries.
Il vouloit établir un certain nombre
de formules qui puffent embraffer tous les
cas , & ôter tout l'arbitraire dans cette
partie , la plus difficile du commerce maritime.
On ne peut mieux terminer ce Mémoire
qu'en obfervant que M. le Duc d'Aiguillon
avoit une eftime particuliere pour
M. Montaudouin . Il a dit plufieurs fois
publiquement qu'il regardoit fa mort comme
une perte confidérable. On fçait que
ce refpectable Seigneur , fecond créateur
de la ville de Nantes & de fa navigation ,
n'eſt pas moins exercé dans la connoiffance
des hommes que dans la bienfaiſance.
Société Royale de Londres ,
Correfpondant
de l'Académie des Sciences , & Négociant.
Cuyer , Daniel - René Montaudouin
naquit à Nantes , le 21 Janvier 1715 .
Sa famille s'eft fait un nom par l'étendue
de fon commerce , & par fa grande probité.
Il alla de bonne heure au College de
la Fleche ; mais fa vivacité le rendit incapable
de la moindre application , & on ne
put jamais difcipliner fon efprit. On lui
fit quitter des études qui n'en étoient pas
pour lui , & on l'envoya à Rouen où il
n'apprit pas davantage à s'appliquer. La
tendreffe ou plutôt la foibleffe d'une grand'
mere chez qui il demeuroit , donna un
nouvel effor à fa vivacité , & à l'indépendance
de fon efprit. On prit le parti
de le faire paffer en Angleterre. Il y fit un
féjour affez long , & il en rapporta des
fentimens d'admiration pour ce peuple
penfeur ; cependant fa jeuneffe continuoit
d'être vive , impétueufe & inappliquée
lorfque tout- à- coup , il fe fit en lui une de
ces révolutions étonnantes dont jufqu'à
préfent on n'avoit vu d'exemple que dans
l'ordre de la Religion. Jamais converfion
DECEMBRE . 1755 37
1
ne fut plus éclatante. Il alla trouver le
R. P. Giraud , Prêtre de l'Oratoire , aujourd'hui
Bibliothécaire de la ville , homme
d'un mérite rare. Il le fupplia de lui
donner des leçons de Mathématiques. Le
P. Giraud qui ne le connoiffoit point du
tout , & qui n'étoit pas fur le pied de
prendre des écoliers , chercha à le détourner
de fon deffein. Il vouloit fans doute
éprouver la vocation. Le difciple revint à
la charge , & le maître fut obligé de fe
rendre. Cette complaifance fut fentie comme
un bienfait fignalé ; on chercha à la
payer par un travail affidu . L'éleve fit de
très grands progrès fous la direction de
cet habile homme. Une application extraordinaire
remplaça les avantages que le
fecours des premieres études & d'une mémoire
plus heureufe auroit pu donner.
Après plufieurs années confacrées à l'Algebre
& à la Géométrie , où les connoiffances
furent portées fort loin , on dirigea fa
marche vers la Métaphyfique , fcience à la
fois immenſe , fi l'on confidere fon objet ,
& bornée , fi l'on s'en tient aux vérités inconteftables
qu'elle contient , mais fcience
toujours honorable pour l'efprit humain
& qui mérite toute l'attention d'un être
penfant , parce que c'eft celle qui met fans
38 MERCURE DE FRANCE.
doute le plus grand intervalle entre la raifon
& l'instinct après la faculté de parler
qui en fait partie. M. Montaudouin entra
dans ce nouveau champ avec une nouvelle
ardeur. Après avoir forcé des broffailles
épailles , il découvrit un partere délicieux
, où la beauté raviffante de quelque
fleurs épanouies , lui faifoit fouhaiter
avec la plus vive impatience d'en voir
éclorre une multitude d'autres qui y font
plantées dans l'ordre le plus régulier , &
qui femblent fe refufer à la bonté du climat
, à la fertilité du fol , & à l'habileté
- des cultivateurs.
A la paix de 1748. il entreprit un nouveau
voyage en Angleterre. La principale
raifon qui l'y détermina fut l'efpérance d'y
trouver beaucoup d'iées exactes . D'ail
leurs ayant paffé plufieurs années dans l'étude
des fciences abftraites , il crut qu'il
lui feroit utile de fe répandre pendant quelque
tems dans le monde , parce que c'eft
le meilleur moyen de bien connoître les
hommes , & de fe connoître bien foimême.
Il ne fe borna pas , comme la plûpart
des voyageurs , à voir la ville de Londres
: il voulut connoître l'Angleterre
même ; & il donna une attention particuliere
à tout ce qui intéreffoit les Sciences
DECEMBRE. 1755. 39
& le Commerce , & à tout ce qui pouvoit
être utile à fon pays ( 1 ) . A Oxford , il faifoit
fa cour aux fçavans Profeffeurs ; à
Porftmouth , aux Conftructeurs habiles ; à
Liverpool & à Bristol , aux Négocians éclairés.
De retour à Londres , il vit tout ce
que cette grande ville renferme . Il examina
tout. Il fréquenta un grand nombre de Sçavans
en tout genre ; mais principalement
Meffieurs Folkes , Robins , Mitchell , de
Moivre , Bradley , Watfon , Tremblay ,
Graham , Smith , Mortimer , Maſſon ,
King , Knith , Blin , Ray , Beker , Stwart ,
Mead , &c. Il fut comblé d'honnêtetés par
M. le Duc de Richmond , & par Meffieurs
Ch. Stanhope & Ch . Cavendish : il contracta
une amitié intime avec Don Pedro
Maldonado , Gouverneur de la Province
des Emeraudes , illuftre Américain , qui
lui avoit été recommandé par M. Bouguer
de l'Académie des Sciences . A la premiere
nouvelle qu'il eut de fa maladie , il fit porter
fon lit chez lui , & il ne le quitta ni
jour ni nuit. Il lui fit adminiftrer tous les
fecours temporels & fpirituels. Les Doc-
(1 ) Il fe donna des foins infinis pour faire reftituer
les papiers pris fur les François pendant la
guerre , & il vint à bout d'en recouvrer un grand
nombre qu'il fit remettre en France à ceux à qui
ils appartenoient.
40 MERCURE DE FRANCE .
teurs Watfon & Wisbraham , ni le célebre
Docteur Mead , malgré toute leur capacité
, & leur zele ne purent dompter la violence
du mal qui emporta le malade en
peu de jours.
Au mois de Novembre , M. Montaudouin
fut proposé par plufieurs Membres
de la Société Royale , entr'autres par Meſfieurs
Folkes , Wafton & Graham pour être
admis dans cet illuftre corps ; ce qui s'effectua
au terme ordinaire. Enfin après un
an de féjour en Angleterre , comblé d'honneurs
& de politeffes , il s'arracha à tous les
agrémens qu'il goutoit dans ce pays. Il prit
fa route par la Hollande. Il alla voir à
Leyde Meffieurs Allemand & Mufchenbroek
, qui lui firent mille amitiés . Il reçut
à la Haie des marques d'attention de
M. le Comte de Bentheim .
Il retrouva à Paris M. le Marquis de
Croifmare , l'homme de France le plus curieux
, le plus obligeant & le plus aimable,
avec qui il s'étoit lié dans un précédent
voyage. Ils ne fe quitterent plus. Ils recommencerent
leurs courfes dans cette
grande ville. On y revit tout ce qui méritoit
d'être vu . Rien n'échappa. On voyoit
fouvent les illuftres Membres de l'Acadé
mie des Sciences , Meffieurs de Fontenelle
, de Reaumur , Juffieu , Duhamel , de
1
DECEMBRE. 1755 41
> la Condamine de Buffon , Rouelle ,
l'Abbé Nollet , & principalement M. Bouguer
pour qui M. Montaudouin avoit depuis
longtems la plus parfaite amitié. Pendant
fon féjour à Paris , l'Académie le
nomma fon Correſpondant , il avoit toujours
eu des fentimens d'admiration & de
refpect pour ce Sénat littéraire qui compte
parmi fes Membres tant de Souverains
dans le monde fçavant.
A fon retour à Nantes , il entreprit de
faire conftruire un Navire fur les principes
de M. Bouguer. Il fallut lutter contre
tous les préjugés du public marin. Les préventions
furent portées fi loin qu'on s'opiniâtra
à foutenir que le Navire feroit capot
en allant à l'eau . Il fut lancé , & il conferva
mieux fa direction qu'aucun navire.
On foutint enfuite qu'il ne pourroit pas
naviguer. On eut de la peine à trouver un
Capitaine & un équipage . Cependant il a
fait plufieurs voyages à S. Domingue. La
prévention ne fe décourage jamais ; elle
s'eft dédommagée de fes premieres erreurs
fur la marche de ce Navire : il eft vrai
qu'il n'a pas eu d'avantage de ce côté - là
fur les navires ordinaires ; ce n'eft point la
faute du fyftême du célebre Académicien.
La folidité de fes principes n'en eft point
affectée , & fa découverte conſerve toute
42 MERCURE DE FRANCE.
port ,
fa beauté , & mérite les plus grands éloges.
Le Problême confiftoit à trouver le navire
de la plus grande vitelle , du plus grand
& du moindre tirant d'eau . Pour
bien faire cette expérience , il eût fallu
être en place. Un particulier ne peut pas
rifquer la dépenfe d'une niachine auffi couteufe.
C'est ce que repréfentoit fortement
M. Bouguer qui n'étant pas fur
les lieux , ne pouvoit ni voir les chofes par
lui- même , ni donner tous les confeils qu'il
étoit naturel d'attendre de lui . M. Montaudouin
n'eut pour intéreffé dans cette
entreprife que fon frere. Il en auroit cherché
inutilement un autre . Cette confidération
importante fit faire des changemens.
Le constructeur n'exécuta pas toutes les parties
avec la même attention . Les frayeurs
du Capitaine obligerent de faire la mâture
trop courte ; & ces frayeurs ont encore
augmenté la longueur des traverfées.
Ainfi il n'eft point décidé que l'objet
de la marche foit manqué dans cette conftruction
, & il eft démontré que les deux
autres conditions du problème font parfaitement
remplies. Ce navire porte beaucoup
à raifon de fa grandeur , & il tire
près de trois pieds d'eau moins que les navires
ordinaires de fa capacité .
En 1753 , M. Montaudouin fut éla
DECEMBRE. 1755. 43
Conful. Cette place eft très - importante à
Nantes , parce qu'outre l'adminiſtration
de la juftice , elle embraffe la direction
des affaires générales du Commerce . Le
Confulat totalement diftinct dans fon origine
du Bureau de Ville , fe trouvoit par
une longue fuite d'abus , dans une dépendance
abfolue des Maire & Echevins . Ils
avoient la plus grande part aux élections ,
& y préfidoient . Le fiege du Confulat
étoit placé à l'Hôtel de Ville , c'est - à - dire ,
dans un éloignement extrême des Juges &
des parties. C'étoit - là la caufe principalede
l'abus . M. Montaudouin forma le projet
de remettre les chofes dans l'ordre . Il
avoit vu fur quel pied les Négocians
étoient en Angleterre & en Hollande Il
étoit fâché pour l'honneur de fon pays , &
de la raifon humaine , que les citoyens les
plus utiles fuflent regardés comme les plus
petits citoyens. Il y avoit de grands obſtacles
à combattre. La chofe avoit été tentée
plufieurs fois fans fuccès. L'abus étoit
ancien , & par conféquent refpectable pour
la multitude . La prévention affez répandue
dans le Royaume contre le commerce,
eft extrême en Bretagne ,
, & . fur-tout à
Nantes , quoique cette ville doive fa célébrité
& fon aifance au commerce . Ces
44 MERCURE DE FRANCE
difficultés , loin de le rebuter , l'animerent
davantage à la pourfuite de fon projer.
Ceux qui crurent devoir le traverſer , firent
les plus grands efforts ; ils fe permirent
même des excès que l'urbanité du
dix-huitieme fiecle ne comporte pas . On
ne leur oppofa que des raifons. Le Confeil
en fentit toute la folidité. Les chofes
font à préfent dans l'ordre. Le Tribunal
devant qui les affaires de commerce font
portées eft placé dans le bâtiment même
où les affaires du commerce fe font tous
les jours ; & le commerce élit paifiblement
ceux qui doivent le juger & le défendre.
M. Montaudouin remplit les différentes
fonctions attachées au Confulat avec le
plus grand éclat. Il traita plufieurs grandes
parties du commerce dans de fçavans
mémoires. Son grand talent étoit une aptitude
merveilleufe à trouver des raifons
folides , & il les ramenoit toujours à des
principes fimples & lumineux. Sa fanté
étoit très- délicate , l'application trop forte
qu'il donna aux affaires publiques , renverfa
bientôt cette foible fanté , qui ne fe
foutenoit que par un régime auftere ; il ne
buvoir que de l'eau , & ne foupoit point ;
mais l'excès du travail rendit fa fobriété
inutile . Il fut attaqué d'une fievre mali-
វ
DECEMBRE. 1755. 45
gne , qui l'emporta le 11 Septembre 1754,
l'âge de trente - neuf ans fept mois vingt
jours ( 1 ) . Jamais un fimple particulier
ne fut fi généralement regretté . Cette perte
fut regardée comme un malheur public .
Il est vrai qu'on ne vit jamais un meilleur
citoyen. Il dirigeoit toutes fes vues vers
le bien de fon pays. Il eftimoit moins
dans le commerce les avantages perfonnels
qui peuvent en réfulter , que les
moyens infinis que cette profeffion donne
d'être utile aux autres hommes , & d'exercer
fans ceffe la bienfaiſance , Son extérieur
étoit fort fimple. Son abord étoit facile ,
quoiqu'un peu froid , mais jamais ami ne
fut plus chaud. Il étoit parvenu, en aguerriffant
fans ceffe fa raifon , à conferver fon
ame dans une grande tranquillité : il ne s'en
écartoit guere , que quand il falloit lutter
contre de mauvais raifonnemens. La vérité
trouva en lui un défenſeur toujours zelé ,
mais jamais paffionné . Sa modeftie l'empêchoit
de s'appercevoir de ce qu'il valoit.
Il n'a rien donné au Public. On a trouvé
dans fes papiers un journal de fon voyage
en Angleterre , qui renferme des détails
utiles & curieux. Il avoit entrepris un
(1 ) La Gazette d'Avignon du 27 Septembra
1754 , en rapportant cette mort à l'article de Pa
ris , lui donne mal à propos 41 ans .
'
46 MERCURE DE FRANCE.
grand ouvrage fur les affurances maritimes.
Perfuadé que l'empire du hazard n'a
d'appui que dans la pareffe des hommes ,
il s'étoit propofé de déterminer la valeur
réelle des affurances fur le commerce maritime
de la ville de Nantes avec la Guinée
& les colonies en tems de paix . Il
étoit queſtion d'avoir la fomme des voyages
, & celle des pertes pendant un affez
long efpace de tems. Il embraffa dans fa
recherche trente années. Le grand embarras
confiftoit à avoir exactement les
états des pertes partielles ou avaries , parce
que ces objets ne font inférés fur aucun
regiftre public. Il entreprit d'en venir à
bout , & il en raffembla un grand nombre.
Pour rendre cet ouvrage d'une plus
grande utilité , il additionna le nombre de
jours de toutes les traverfées des navires
: par-là il avoit furement les traversées
moyennes ; mais cela ne le contenta pas
encore il vouloit avoir les traversées
moyennes dans les différens tems de l'année
, & il comptoit additionner à cet effet
toutes les traverfées des mêmes mois. Par
ce moyen , le jour de départ , & la prime
d'une traverfée ordinaire étant connus , on
peut déterminer l'augmentation de la prime
pour chaque jour qui excede la traverfée
ordinaire. La prime eft la fomme
DECEMBRE. 1755. 47
des dégrés de probabilité de perte , plus le
profit de l'affureur.
Il a auffi commencé un traité des Avaries.
Il vouloit établir un certain nombre
de formules qui puffent embraffer tous les
cas , & ôter tout l'arbitraire dans cette
partie , la plus difficile du commerce maritime.
On ne peut mieux terminer ce Mémoire
qu'en obfervant que M. le Duc d'Aiguillon
avoit une eftime particuliere pour
M. Montaudouin . Il a dit plufieurs fois
publiquement qu'il regardoit fa mort comme
une perte confidérable. On fçait que
ce refpectable Seigneur , fecond créateur
de la ville de Nantes & de fa navigation ,
n'eſt pas moins exercé dans la connoiffance
des hommes que dans la bienfaiſance.
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Résumé : Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
René Montaudouin naquit à Nantes le 21 janvier 1715 dans une famille réputée pour son commerce et sa probité. Après des études infructueuses au Collège de la Flèche et à Rouen, il fut envoyé en Angleterre, où il admira le peuple pensant. De retour en France, il connut une conversion religieuse et se consacra aux mathématiques et à la métaphysique sous la direction du Père Giraud. En 1748, il retourna en Angleterre pour approfondir ses connaissances scientifiques et commerciales. Il fréquenta de nombreux savants et fut honoré par des personnalités influentes. De retour en France, il fut nommé correspondant de l'Académie des Sciences et construisit un navire selon les principes de Bouguer, malgré les préjugés du public marin. En 1753, il devint consul à Nantes, réformant le système judiciaire et commercial. Sa santé fragile, due à un régime austère et à un travail excessif, le conduisit à une mort prématurée le 11 septembre 1754 à l'âge de 39 ans. Montaudouin était respecté pour son dévouement au bien public et sa modestie. Il avait entrepris un ouvrage sur les assurances maritimes, mais il n'a rien publié de son vivant. Montaudouin a travaillé à améliorer l'utilité d'un ouvrage en calculant les traversées moyennes des navires. Il a d'abord additionné les jours de toutes les traversées pour obtenir une moyenne, puis cherché à déterminer les traversées moyennes pour différents moments de l'année en additionnant les traversées des mêmes mois. Cela permettrait, connaissant le jour de départ et la prime d'une traversée ordinaire, de déterminer l'augmentation de la prime pour chaque jour dépassant la traversée ordinaire. La prime est définie comme la somme des degrés de probabilité de perte et du profit de l'assureur. Montaudouin a également commencé un traité sur les avaries, visant à établir des formules pour embrasser tous les cas et éliminer l'arbitraire dans cette partie difficile du commerce maritime. Le Duc d'Aiguillon, seigneur respecté et bienfaiteur de la ville de Nantes, avait une grande estime pour Montaudouin, le considérant comme une perte considérable après sa mort.
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7597
p. 48-50
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Début :
La vive impression des passions de l'ame ! [...]
Mots clefs :
Peintres d'Italie, Peintres, Léonard de Vinci, Giacomo Cavedone, Jean Lanfranc, Carlo Cignani
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX
PEINTRES D'ITALIE.
Leonard de Vinci.
LA vive impreffion des paffions de l'ame !
Voilà de Leonard le talent dominant.
Il inftruit Raphael. Michel- Ange le blâme :
La haine doit flatter dans un tel concurrent.
Quel riche fonds fon traité de Peinture
Prodigue à la poſtérité !
Allez puifer à cette fource pure ,
Vous que la gloire appelle à l'immortalité,
Jacques Cavedone.
Le Colonna , Rubens & Velafquez (1)
Admirent tes tableaux , les donnent au Carrache
Cette flatteufe erreur couronna tes fuccès ;
Ce jour , le Dieu du gout te donna ſon attache.
On le vit applaudir aux beaux contours du nu ,
Que ta fimple maniere enfante.
(1 ) Le Roi d'Espagne avoit dans fa Chapelle une
Vifitation du Cavedone , que ces trois célébres Artiftes
jugerent être d'Annibal Carrache. Pareille
méprife étoit arrivée à Venise chez le Sénateur
Grimani ,& arrivoit tous les jours à Bologne , furtout
au fujet du begu tableau de Saint Alo dans
l'Eglife de Mendicanti,
Hélas !
DECEMBRE . 1755 . 49
Hélas ! ce grand talent , qu'eft-il donc devenu
Tu rougis. Ton hyver m'afflige✶ & t'épouvante.
Jean Lanfranc.
La lumiere en ce lieu ** fçavamment fe dégrade
.
Quel génie abondant ! qu'il eft fier & léger !
Son élegance attire , & fon ton perfuade.
Vers ces grouppes on vole ..... on craint de les
charger.
C'eft bien toi qui naquis pour les grandes machi
nes ;
Le raccourci magique eft un jeu pour ta main.
Difons mieux : à ton gré les demeures divines
S'ouvrent leur gloire éclate aux yeux du genre
humain.
Alexandre Veroneze .
Plaire eft ton lot . Tu peins avec amour,
La vigueur de ces tons , ce beau fini , ces graces
Prêtent à la nature un féduifant atour.
* Il devint un Peintre fi médiocre qu'il fut réduit
à faire des ex voto. Enfin il mourut dans une rue
de Bologne , où il mandioitfon pain.
** L'on a ici particuliérement en vue la coupole
de S. André de la Valle , qui fait à Rome l'admiration
des curieux . La Vierge affife fur des nuages
regarde fonfils qui eft peint au haut de la lanterne :
Au basfont plufieurs grouppes de Saints de Prephêtes
, dont l'effet ne laiſſe rien à désirer..
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Je la vois , elle craint que tu ne la furpafles.
Le meilleur choix par elle échappe de tes mains.
Ate rendre incorrect ſe peut - il qu'on parvienne ›
Tu t'efforces d'unir le deffein des Romains
A la couleur Vénitience ?
Charles Cignani.
Quel Peintre gracieux ; fon fertile génie ,
D'une légere main eft au mieux ſecondé,
Il brille trop pour que la calomnie
A le perfécuter n'ait un gout décidé .
Il foumet à fon art les paffions de l'ame.
La force & la fraîcheur diftinguent fon pinceau :
Emule d'Auguftin l'amour par lui m'enflamme,
Ce Dieu , pour l'admirer , déchire fon bandeau.
* Le Duc Ranucio le manda pour peindre à
Parme les murs d'une chambre , Sur le plafond de
laquelle Auguftin Carrache avoit exprimé le pouvoir
de l'amour. Ce Prince donna à Cignani le
même fujet à continuer ; il le traita avec beaucoup
d'élégance.
PEINTRES D'ITALIE.
Leonard de Vinci.
LA vive impreffion des paffions de l'ame !
Voilà de Leonard le talent dominant.
Il inftruit Raphael. Michel- Ange le blâme :
La haine doit flatter dans un tel concurrent.
Quel riche fonds fon traité de Peinture
Prodigue à la poſtérité !
Allez puifer à cette fource pure ,
Vous que la gloire appelle à l'immortalité,
Jacques Cavedone.
Le Colonna , Rubens & Velafquez (1)
Admirent tes tableaux , les donnent au Carrache
Cette flatteufe erreur couronna tes fuccès ;
Ce jour , le Dieu du gout te donna ſon attache.
On le vit applaudir aux beaux contours du nu ,
Que ta fimple maniere enfante.
(1 ) Le Roi d'Espagne avoit dans fa Chapelle une
Vifitation du Cavedone , que ces trois célébres Artiftes
jugerent être d'Annibal Carrache. Pareille
méprife étoit arrivée à Venise chez le Sénateur
Grimani ,& arrivoit tous les jours à Bologne , furtout
au fujet du begu tableau de Saint Alo dans
l'Eglife de Mendicanti,
Hélas !
DECEMBRE . 1755 . 49
Hélas ! ce grand talent , qu'eft-il donc devenu
Tu rougis. Ton hyver m'afflige✶ & t'épouvante.
Jean Lanfranc.
La lumiere en ce lieu ** fçavamment fe dégrade
.
Quel génie abondant ! qu'il eft fier & léger !
Son élegance attire , & fon ton perfuade.
Vers ces grouppes on vole ..... on craint de les
charger.
C'eft bien toi qui naquis pour les grandes machi
nes ;
Le raccourci magique eft un jeu pour ta main.
Difons mieux : à ton gré les demeures divines
S'ouvrent leur gloire éclate aux yeux du genre
humain.
Alexandre Veroneze .
Plaire eft ton lot . Tu peins avec amour,
La vigueur de ces tons , ce beau fini , ces graces
Prêtent à la nature un féduifant atour.
* Il devint un Peintre fi médiocre qu'il fut réduit
à faire des ex voto. Enfin il mourut dans une rue
de Bologne , où il mandioitfon pain.
** L'on a ici particuliérement en vue la coupole
de S. André de la Valle , qui fait à Rome l'admiration
des curieux . La Vierge affife fur des nuages
regarde fonfils qui eft peint au haut de la lanterne :
Au basfont plufieurs grouppes de Saints de Prephêtes
, dont l'effet ne laiſſe rien à désirer..
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Je la vois , elle craint que tu ne la furpafles.
Le meilleur choix par elle échappe de tes mains.
Ate rendre incorrect ſe peut - il qu'on parvienne ›
Tu t'efforces d'unir le deffein des Romains
A la couleur Vénitience ?
Charles Cignani.
Quel Peintre gracieux ; fon fertile génie ,
D'une légere main eft au mieux ſecondé,
Il brille trop pour que la calomnie
A le perfécuter n'ait un gout décidé .
Il foumet à fon art les paffions de l'ame.
La force & la fraîcheur diftinguent fon pinceau :
Emule d'Auguftin l'amour par lui m'enflamme,
Ce Dieu , pour l'admirer , déchire fon bandeau.
* Le Duc Ranucio le manda pour peindre à
Parme les murs d'une chambre , Sur le plafond de
laquelle Auguftin Carrache avoit exprimé le pouvoir
de l'amour. Ce Prince donna à Cignani le
même fujet à continuer ; il le traita avec beaucoup
d'élégance.
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Résumé : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Le texte présente des portraits de cinq célèbres peintres italiens. Léonard de Vinci est reconnu pour sa capacité à représenter les passions de l'âme, influençant Raphaël mais étant critiqué par Michel-Ange. Jacques Cavedone est admiré par le Colonna, Rubens et Vélasquez, qui attribuèrent à tort certains de ses tableaux à Annibal Carrache. Jean Lanfranc est loué pour son génie abondant et son talent pour les grandes compositions, notamment la coupole de l'église Saint-André de la Valle à Rome. Alexandre Veronese, après une carrière brillante, finit dans la misère, réduisant à peindre des ex-voto. Charles Cignani est apprécié pour son style gracieux et son talent à représenter les passions de l'âme, travaillant pour le Duc Ranucio à Parme.
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7598
p. 50-51
VERS Sur M. le Comte de Provence.
Début :
Quel redoutable bruit ! Le Maître du tonnerre, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Sur M. le Comte de Provence.
Nous avons cru devoir inférer ici les différentes
pieces de vers qui nous ont été envoyées
fur la naillance de Monfeigneur le
Comte de Provence. Si elles ne marquent
pas toutes le talent , elles prouvent du
moins le zele , & un évenement aufli intérellant
pour la France , ne peut être trop
célébré,
DECEMBRE . 1755 . 1755. ST
QU
VERS
Sur M. le Comte de Provence.
Uel redoutable bruit ! Le Maître du tonnerre,
Las de régner aux Cieux , defcend-t'il fur la terre?
Dans les bras de Morphée on m'arrache au repos.
Mais un lys éclatant fuccede à mes pavots .
Réveil délicieux ! un Bourbon vient de naître ;
De tous les coeurs françois , il eft déja le maître :
La France tous les ans s'enrichit d'un Héros.
Quelle race en vertus fut jamais plus féconde ,
Et plus digne d'orner tous les trônes du monde ?
pieces de vers qui nous ont été envoyées
fur la naillance de Monfeigneur le
Comte de Provence. Si elles ne marquent
pas toutes le talent , elles prouvent du
moins le zele , & un évenement aufli intérellant
pour la France , ne peut être trop
célébré,
DECEMBRE . 1755 . 1755. ST
QU
VERS
Sur M. le Comte de Provence.
Uel redoutable bruit ! Le Maître du tonnerre,
Las de régner aux Cieux , defcend-t'il fur la terre?
Dans les bras de Morphée on m'arrache au repos.
Mais un lys éclatant fuccede à mes pavots .
Réveil délicieux ! un Bourbon vient de naître ;
De tous les coeurs françois , il eft déja le maître :
La France tous les ans s'enrichit d'un Héros.
Quelle race en vertus fut jamais plus féconde ,
Et plus digne d'orner tous les trônes du monde ?
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Résumé : VERS Sur M. le Comte de Provence.
En décembre 1755, des poèmes célèbrent la naissance du Comte de Provence. Ils expriment la surprise et la joie, comparant l'événement à un éclair après un sommeil paisible. Le nouveau-né, membre de la famille Bourbon, est acclamé comme un futur maître des cœurs français. Les poèmes soulignent la fécondité et la dignité de la race Bourbon.
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7599
p. 51
AUTRES.
Début :
Comment à nom le Jouvenceau ? [...]
Mots clefs :
Comte de Provence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES.
AUTRE S.
ComOmmmeenntt a nom le Jouvenceau ?
Ah ! c'eft le Comte de Provence.
Pour un petit Cadet de France ,
Cadédis , le friand morceau !
Un Gentilhomme n'eft pas mince
Quand d'un tel fief on le fait Prince.
Il eft déja l'efpoir , l'honneur de fa province.
Mais lorsqu'on fort d'un fang fi beau ;
Les plus petits font grands dès le berceau.
ComOmmmeenntt a nom le Jouvenceau ?
Ah ! c'eft le Comte de Provence.
Pour un petit Cadet de France ,
Cadédis , le friand morceau !
Un Gentilhomme n'eft pas mince
Quand d'un tel fief on le fait Prince.
Il eft déja l'efpoir , l'honneur de fa province.
Mais lorsqu'on fort d'un fang fi beau ;
Les plus petits font grands dès le berceau.
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7600
p. 52-53
VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
Début :
Au milieu du repos des ombres de la nnit, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence, Puissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
VERS
Préfentés au Roi , le lendemain de l'accouchement
de Madame la Dauphine , fur la
naissance de Monseigneur le Comte de
Provence , le 17 Novembre 1755.
Au milieu du repos des ombres de la nnit , - U
Quel aftre étincelant commence la carriere ?
Empreffez-vous , François ; par l'éclat qui le fuit
Célébrez dans vos chants fa naiffante lumiere.
Dans cet enfant chéri , que nous donnent les
- Dieux ,
De leurs nouveaux bienfaits fa naiſſance eft le
gage.
Son ayeul adoré poffede avantage
De régner dans fes fils fur ces climats heureux.
Pere & Roi fortuné , cette famille augufte ,
Ainfi que fon pouvoir , s'augmente chaque jour .
Maître de nos deſtins , s'il a tout notre amour ,
Quel hommage flatteur , quel tribut eſt plus jufte s
De l'Aurore au Couchant , les fiecles à venir ,
De ce Prince immortel méditeront l'hiſtoire .
Ses rares qualités , fa prudence , & fa gloire ,
Feront de nos neveux le plus cher fouvenir.
DECEMBRE. 1755. 53
Ses exploits , fa fageffe , affurent fa puiffance.
Envain de notre fort un grand peuple eft jaloux ,
Le ciel plaçant Louis pour élever la France ,
Eternife avec lui notre eſpoir le plus doux.
En formant des Héros pour régir cet empire ,
Louis , dans fes enfans , retrouve les vertus ;
Notre félicité , dans fes foins affidus ,
Eft un des fentimens que fon coeur leur infpire
Que le fang des Bourbons commande à l'univers !
Le bonheur des humains fondé fur leur puiffance,
Garantit l'avenir , fixe notre efpérance .
Qui pourroit fous leurs loix redouter des revers ?
La Seine, en arrofant ces fertiles rivages ,
De ces Princes chéris verra les defcendans
Auffi grands dans la paix , qu'illuftres conquérans,
De Tite , & de Trajan rappeller les images.
Par J. Martinot , Valet de Chambre , Hor-
Loger de Sa Majesté .
Préfentés au Roi , le lendemain de l'accouchement
de Madame la Dauphine , fur la
naissance de Monseigneur le Comte de
Provence , le 17 Novembre 1755.
Au milieu du repos des ombres de la nnit , - U
Quel aftre étincelant commence la carriere ?
Empreffez-vous , François ; par l'éclat qui le fuit
Célébrez dans vos chants fa naiffante lumiere.
Dans cet enfant chéri , que nous donnent les
- Dieux ,
De leurs nouveaux bienfaits fa naiſſance eft le
gage.
Son ayeul adoré poffede avantage
De régner dans fes fils fur ces climats heureux.
Pere & Roi fortuné , cette famille augufte ,
Ainfi que fon pouvoir , s'augmente chaque jour .
Maître de nos deſtins , s'il a tout notre amour ,
Quel hommage flatteur , quel tribut eſt plus jufte s
De l'Aurore au Couchant , les fiecles à venir ,
De ce Prince immortel méditeront l'hiſtoire .
Ses rares qualités , fa prudence , & fa gloire ,
Feront de nos neveux le plus cher fouvenir.
DECEMBRE. 1755. 53
Ses exploits , fa fageffe , affurent fa puiffance.
Envain de notre fort un grand peuple eft jaloux ,
Le ciel plaçant Louis pour élever la France ,
Eternife avec lui notre eſpoir le plus doux.
En formant des Héros pour régir cet empire ,
Louis , dans fes enfans , retrouve les vertus ;
Notre félicité , dans fes foins affidus ,
Eft un des fentimens que fon coeur leur infpire
Que le fang des Bourbons commande à l'univers !
Le bonheur des humains fondé fur leur puiffance,
Garantit l'avenir , fixe notre efpérance .
Qui pourroit fous leurs loix redouter des revers ?
La Seine, en arrofant ces fertiles rivages ,
De ces Princes chéris verra les defcendans
Auffi grands dans la paix , qu'illuftres conquérans,
De Tite , & de Trajan rappeller les images.
Par J. Martinot , Valet de Chambre , Hor-
Loger de Sa Majesté .
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Résumé : VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
Le poème célèbre la naissance du Comte de Provence, futur Louis XVIII, le 17 novembre 1755. Présenté au Roi le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, il loue cet événement comme un signe des bienfaits divins et souligne l'augmentation du pouvoir et de la famille royale. Le texte prédit que les générations futures admireront l'histoire de ce prince, mettant en avant ses qualités, sa prudence et sa gloire. Il exalte également les exploits et la sagesse du roi Louis, comparant sa descendance à des héros capables de régir l'empire. La puissance des Bourbons est présentée comme garantissant l'avenir et l'espérance, assurant le bonheur des humains. La Seine est évoquée comme témoin des descendants de ces princes, aussi grands en paix qu'en tant que conquérants illustres, rappelant les images de Tite et de Trajan. Le poème est signé par J. Martinot, Valet de Chambre et Horloger de Sa Majesté.
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