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3201
p. 189-190
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 11 Avril, on donna la première Représentation d'Arlequin héritier ridicule [...]
Mots clefs :
Comédie italienne, Nouveauté, Public, Fécondité, Journaliste du théâtre
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE II Avril , on donna la première
Repréſentation
d'Arlequin héritier ridicule
, Comédie Italienne, en cinq A &tes,
de M. GOLDONI .
Le 21 du même mois , on a riſqué
fur ce Théatre une Nouveauté dont
le fort n'a pas été heureux. C'étoit
Appelle & Campafpe , Piéce nouvelle
> en deux Actes & en Vers mêlée
d'Ariettes. Par l'Auteur de la Bagarre ,
dont nous avons été obligés d'annoncer
la difgrace dans un des derniers
Mercures.
Le Public nous a mis dans la même
néceffité fur cette derniere production ,
1
190 MERCURE DE FRANCE.
C
qui a éprouvé encore plus de défagrémens
que la précédente . Il étoit "fort
fimple qu'Alexandre-le- Grand , jouất
un rôle confidérable dans le Sujet de
cette Piéce ; mais il n'a pas paru auffi
fimple apparament aux fpectateurs de
voir ce Prince fur la Scène de l'Opéra-
comique , en parler le langage &
s'énoncer en Ariettes. Cette circonftance
a cependant produit une efpéce
de révolution dans les efprits , fur le
compte de ce fameux Conquérant , en
ce qu'elle juftifiera fa mémoire du reproche
d'un orgueil infenfé , d'avoir
voulu n'être peint que par Appelle.
Ce qui eft arrivé à cette repréfentation
prouve que la précaution d'Alexandre
étoit fondée , & qu'elle n'auroit
pas été même de trop de la part
d'Appelle pour fon compte , fi l'un &
l'autre euffent prévû ce qui leur arriveroit
tant de fiécles après eux.
Au refte la fécondité de certains Auteurs
eft fort commode pour les Journa
liftes du Théâtre , en ce qu'elle les difpenfe
du pénible travail des Extraits
LEE II Avril , on donna la première
Repréſentation
d'Arlequin héritier ridicule
, Comédie Italienne, en cinq A &tes,
de M. GOLDONI .
Le 21 du même mois , on a riſqué
fur ce Théatre une Nouveauté dont
le fort n'a pas été heureux. C'étoit
Appelle & Campafpe , Piéce nouvelle
> en deux Actes & en Vers mêlée
d'Ariettes. Par l'Auteur de la Bagarre ,
dont nous avons été obligés d'annoncer
la difgrace dans un des derniers
Mercures.
Le Public nous a mis dans la même
néceffité fur cette derniere production ,
1
190 MERCURE DE FRANCE.
C
qui a éprouvé encore plus de défagrémens
que la précédente . Il étoit "fort
fimple qu'Alexandre-le- Grand , jouất
un rôle confidérable dans le Sujet de
cette Piéce ; mais il n'a pas paru auffi
fimple apparament aux fpectateurs de
voir ce Prince fur la Scène de l'Opéra-
comique , en parler le langage &
s'énoncer en Ariettes. Cette circonftance
a cependant produit une efpéce
de révolution dans les efprits , fur le
compte de ce fameux Conquérant , en
ce qu'elle juftifiera fa mémoire du reproche
d'un orgueil infenfé , d'avoir
voulu n'être peint que par Appelle.
Ce qui eft arrivé à cette repréfentation
prouve que la précaution d'Alexandre
étoit fondée , & qu'elle n'auroit
pas été même de trop de la part
d'Appelle pour fon compte , fi l'un &
l'autre euffent prévû ce qui leur arriveroit
tant de fiécles après eux.
Au refte la fécondité de certains Auteurs
eft fort commode pour les Journa
liftes du Théâtre , en ce qu'elle les difpenfe
du pénible travail des Extraits
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3202
p. 212
« Les prix des Grains, Fourrages & Volailles, n'ont varié que de 10 sols [...] »
Début :
Les prix des Grains, Fourrages & Volailles, n'ont varié que de 10 sols [...]
Mots clefs :
Prix, Grains, Volaille, Fourrages, Augmentation
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texteReconnaissance textuelle : « Les prix des Grains, Fourrages & Volailles, n'ont varié que de 10 sols [...] »
ARTICLE VII.
ECONOMIE ET COMMERCE.
Les prix des Grains , Fourrages & Volailles
n'ont varié que de 1o fols à 1 livre , depuis
notre dernier Mercure , fur les plus hauts prix.
ECONOMIE ET COMMERCE.
Les prix des Grains , Fourrages & Volailles
n'ont varié que de 1o fols à 1 livre , depuis
notre dernier Mercure , fur les plus hauts prix.
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3203
p. 10
INSCRIPTION. POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
Début :
LUDOVICO XV, FRANCORUM TITO, PIETATIS PUBLICÆ DONUM : POSTERITATI SERIUS VENTURÆ, [...]
Mots clefs :
Inscription, Statue du roi
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION. POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
INSCRIPTION.
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi .
b211 v
:
LUDOVICÓ XV , FRANCORUM TITO ,
PIETATIS PUBLICE DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURE ,
400:A
DESIDERII SOLATIUM.
ANNO MDCCLXIII .
A Chartres , ce 16 Avril 1763. B...
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi .
b211 v
:
LUDOVICÓ XV , FRANCORUM TITO ,
PIETATIS PUBLICE DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURE ,
400:A
DESIDERII SOLATIUM.
ANNO MDCCLXIII .
A Chartres , ce 16 Avril 1763. B...
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3204
p. 15-29
LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
Début :
LA plupart des Rois qui ont reçu le surnom de Grand ne sont guère connus [...]
Mots clefs :
Russe, Rois, Empire, Europe, Milice, Pouvoir, Opiniâtreté , Religion
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texteReconnaissance textuelle : LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
LE RUSSE DETROMPÉ.
ANECDOTE Philofophique , composée
fur des Mémoires envoyés de Ruffie.
La plupart des Rois qui ont reçu le
furnom de Grand ne font guère connus
que par les grands maux qu'ils ont faits
à l'humanité. Vous ne l'avez pas porté ,
Princes , qui avez cru que vos Sujets
étoient des hommes & que , les Peuples
voiſins de votre Empire n'étoient pas vos
Sujets. Vous en méritiez un plus flatteur
, a mon Roi ! Le Souverain bienaimé
de la Nation la plus éclairée ,laplus
courageuſe , la plus généreuſe & la plus
équitable , eſt digne de recevoir tous
les titres qu'on décerne aux Héros. Nous
les avons tous rrenfermés dans un ſeul :
il eſt à la fois rexpreffion de l'amour ,
de la reconnoiffance & de la vérité.
Nous nous refſouviendrons toujours que
vous n'avez foutenu la guerre que pour
Phonneur de votre Couronne , &que
vous n'avez fait la paix que pour notre
bonheur.
Dans le petit nombre de Monarques
auxquels on accorda le furnom de Grand
16 MERCURE DE FRANCE .
pour avoir fait de grandes chofes , la
poſtérité verra avec joie Pierre I. Quand
il monta fur le Trône , la Ruſſie n'avoit
aucune influence dans les affaires de l'Europe
. Ses vaſtes déferts étoient menacés
de tous les côtés . L'intérieur de l'Etat
étoit troublé par des factions formidables .
Une milice infolente, accoutumée à faire
trembler ſes Maîtres , les retenoit ſous un
joug qu'ils n'oſoient fecouer. Un Patriarche
ambitieux ſe ſervoit habilement de
la crédulité du Peuple pour ufurper un
pouvoir qui le rendoit l'égal de fon
Souverain . La fuperftition compagne de
Pignorance, regnoit à fon gré fur les efprits.
Les Loix de cette Nation barbare
étoient autant d'abus qui s'oppoſoient à
ſa ſplendeur future. L'agriculture languiſſoit.
Les finances étoient mal adminiſtrées.
On manquoitdes manufactures
les plus utiles. Le commerce étoit négligé.
Le nom même des beaux arts
qui ſuppoſent l'abondance , étoit ignoré.
On est étonné des obſtacles qui ſe
préſentoient en foule pour créer de nouveaux
hommes , pour rendre le fceptre
de la Ruffie reſpectable à toutes les Puiffances
: Pierre vit tout ce qu'il falloit
faire pour y parvenir , & tout ce qu'il
falloit faire , il le fit.
2
JUIN. 1763. 17
;
Tout le monde ſçait que dans le ſyftême
de réformation qu'il ſuivit conftamment
, il entra dans des détails qui ,
pourparoître minucieux, ne ſont pas audeſſous
d'un ſage Législateur. De tous
les projets qu'il conçut pour adoucir la
rudeſſe des moeurs de ſes Sujets , celui
qui concernoit les habits& la barbe , excita
le plus de murmures ; & malgré la
gaîté qu'on mit dans l'exécution , il ſe
trouva pluſieurs entêtés qui aimerent
mieux ſe reléguer d'eux-mêmes au fond
de la Sibérie , que de confentir que des
Tailleurs & des Barbiers inhumains , rognaſſent
leurs habits & leur coupaſſent
entiérement la barbe.
Alexis Shereto fut du nombre de ces
victimes de leur opiniâtreré. C'étoit un
homme de quarante ans , qui avoit joui
de quelque crédit auprès de la Princeſſe
Sophie. Il étoit veuf & n'avoit qu'une
fille mariée à un des principauxBoyards.
Il étoit extrêmement conſidéré à cauſe
de ſa vaſte érudition ; car il avoit appris
à lire & à chiffrer en trois ans, d'un Marchand
Européen qu'il avoit logé chez
lui. Il étoit confulté dans toutes les affaires
de la Religion ; mais nos Mémoires
aſſurent qu'il ne voulut prendre aucun
parti dans cette fameuſe queſtion: ſea
18 MERCURE DE FRANCE.
voir fi l'on devoit faire le ſigne de la
croix avec deux doigts ou avec trois. Il
avoit été accuſé d'être Athée , Théiſte ,
Déifte , Matérialiſte , Philoſophe , parce
qu'il avoit eu le front d'avancer qu'un
homme qui auroit tué fon pere & fa mere
, n'en feroit pas quitte pour une prière
au grand S. Nicolas , & qu'il feroit néceffaire
qu'il fît pénitence. On avoit été
fur le point de convoquer un Concile
pour le condamner ; mais il avoit trouvélemoyende
conjurer l'orage , &de
regagner l'eſtime des Caſuiſtes que fa témérité
lui avoit fait perdre.
Alexis Shereto,avec une barbe qui lui
tomboit juſques ſur la ceinture & une
robe qui lui couvroit les talons , prit
joyeusement,le chemin de la Sibérie ,
trop content de n'apprendre que par la
Renommée les moyens que le Czar mettroit
en uſage pour forcer ſes Sujets à
devenir heureux. Il s'arrêta dans la Samoyédie,
& fe pratiqua une demeure fouterraine
ſuivant l'uſage des lieux. Il fur
bientôt célébre dans le Canton ; & les
Samoyedes qui n'ont du poil que fur la
tête , ne pouvoient comprendre qu'il eût
quitté Mofcou pour conſerver du poil au
menton .
On s'attend peut-être à trouver ici la
JU I N. 1763. 19
defcription du Pays des Samoyedes , &
des éclairciſſemens fur leur conformation&
fur les productions du fol ingrat
qu'ils cultivent. Nous ſcavons qu'il eft
beau de ne pas ignorer l'étendue des
plaines , la hauteur des montagnes , le
nombre de bourgades qu'on trouve dans
une Contrée; qu'il eſt utile d'en connoître
les plantes , les arbres , la culture
qu'on y emploie & laforme & la couleur
des individus qui l'habitent : mais nous
croyons en même-temps qu'il eſt plus,
beau &plusutile de s'occuper de l'étude
des moeurs ; & fans déprimer la Géographie
,l'Histoire Naturelle & la Phyſique ,
nous ne craindrons pas d'avancer que la
ſcience du coeur humain fera toujours les
délices du vrai Philoſophe ; & qu'il viendra
un temps , même en France , où l'on
aura plus d'obligation à un Moralifte
qui s'appliquera à connoître ſes ſemblables
& à les rendre meilleurs , qu'à un
Auteur qui mettra toute fa gloire à les
enrichir.
Les Samoyedes étoient alors abſolument
privés des notions les plus communes
& les moins abſtraites. Ils n'avoient
aucune idée de ce que nous entendons
par les mots de vice& de vertu. Leur Religion
étoit fans culte. Ils ſe bornoient à
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent comtracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, ſont préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; & dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763 . 21
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
laméchancetédes hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoir laiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts & lui parla en ces termes.
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas. Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ? Ce bled étoit-il plutôt à vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votre bled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ils pouvoient tout enlever ; & leur
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent contracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, font préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; &dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763. 21
1
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
la méchanceté des hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoirlaiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts &lui parla en ces termes.
a
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas .Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ?? Ce bled étoit -il plutôt vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votrebled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ilspouvoient tout enlever ; & leur
22 MERCURE DE FRANCE .
,
modération eſtune ſuite de l'eſtime qu'ils
ont pour vous. Cependant loin de reconnoître
leur honnêteté , comme vous
le deviez , vous les avez attaqués : il étoit
toutfimple , tout naturelqu'ils fe défendiffent.
Ils ſe ſonttrouvés les plus forts
&vous avez été roſſé ; cela eſt dans
l'ordre. Allons , croyez- moi , convenez.
que vous avez tort & tout vous fera pardonné.
Au reſte , fi le bled qu'ils vous
ont laiffé , ne vous ſuffit pas , les fruits
que vous voyez ſur ces arbres vous appartiennent
comme à nous. Nous nous
contentonsdu néceſſaire,&nous le prenons
indifféremment partout. Imiteznous
, & foyez perfuadé que nous fommes
trop juſtes pour voler fans en avoir
debonnes raiſons .
Shereto goûta ce diſcours tout étrange
qu'il étoit. Il en remercia Arixboul ( c'eſt
le nom du vieillard) & lui promit d'en
faire fon profit. Cependant la neige tomba
avec tant d'abondance , que fon bled
difparut à ſes yeux. Il ſe confola de ce
déſaſtre qu'il n'auroit pas éprouvé s'il
avoit été en état de travailler deux jours
plutôt. Il chercha un autre terrein plus
propre à tenterune nouvelle expérience ;
mais il ne trouva pas les outils qu'il avoit
faits pour remuer la terre. Arixboul étoit
JUIN. 1763. 23
le ſeul qui fût entré dans ſa caverne. Il
étoitdonc le ſeul qu'on put ſoupçonner
de les avoir pris. Alexis fut le trouver.
Il ne laiſſa échapper aucune plainte capable
d'indi poſer l'eſprit de ce grave
perſonnage. Arixboul convint du fait.
Vous avez ſçu fabriquer ces outils , lui
dit-il; il ne tient qu'à vous d'en fabriquer
d'autres. Pour moi qui ignore la
façon de les faire & qui en connois l'uſage
, j'ai pris la liberté de m'en faifir
dans le deſſein de cultiver une portion
de terre à votre exemple. Cela est tout
fumple , tout naturel ; & il faut que vous
foyez bien déraisonnable fi vous m'en
blâmez.
Shereto n'ofa pas repliquer &s'en retourna
en réfléchiſſant fur lesuſages des
Samoyedes , qui commençoient à lui
paroître un peu extraordinaires .
Apeine étoit- il rentré dans fa cabane ,
qu'il furvint un orage & un vent fi furieux
que la plupart des arbres en furent
renverſés. A travers le fifflement aigu
de la tempête , ildistingua une voix plaintive
qui demandoit du ſecours . Il dirigea
ſes pas du côté où cette voix ſe faifoit
entendre. Il apperçoit une jeune
fille qui lui demande l'hofpitalité. Il
étoit trop compatiſſant pour la refuſer
24 MERCURE DE FRANCE.
dans l'extrême danger où elle ſe trouvoit
réduite. Il la porta dans ſa caverne , car
elle n'avoit pas la force de marcher ; il
la déshabilla auprès du feu & fit fécher
ſes vêtemens.
La plus belle Samoyede ne feroit qu'un
objet rebutant pour nous autres François.
Une tête énorme , une grandebouche
, de petits yeux , un nez large &
camus , un teint couleur de terre & la
hauteur de deux ou trois pieds , ne feront
jamais qu'une petite horreur , bien
plus capable d'amortir nos feux, que de
les allumer. Il n'en eſt pas de même
pour un Solitaire Moſcovite qui déshabille
une ſemblable perſonne , ſurtout fi
elle n'a que feize ans , &la Samoyede
en queſtion n'en avoit pas davantage .
Alexis Shereto , privé depuis quatre
ans du commerce d'un ſexe qui fait les
plaiſirs ou les chagrins du nôtre , conçut
des defirs dont il modéra l'impétuofité.
Il penſoit en amant délicat ; il vouloit
plaire avant que de ſe rendre heureux.
Après avoir écouté l'hiſtoire de la
jeune Samoyede & lui avoir fait prendre
quelques alimens , il lui propoſade renoncer
à ſa famille où elle avouoit qu'elle
avoit été maltraitée , de répondre à la
tendreſſe qu'elle lui inſpiroit , & de demeurer
JUI N. 1763 . 25
meurer avec lui . La Samoyede l'examina
fort attentivement , & lui déclara enſuite
qu'elle ne s'uniroit jamais avec un
géant de fon eſpéce : ( il est bon d'obſerver
qu'Alexis avoit 5 pieds 3 pouces )
& qu'elle ſe ſentoit une répugnance invincible
pour les mentons barbus. O
Ciel ! s'écria Shereto , j'aurai quitté ma
patrie pour conferver ma barbe & ma
barbe mettra obftacle à ma félicité !Non ,
il ne ſera pas dit que je ferai toujours
malheureux par rapport à elle. En diſant
ceci , il prit ſes ciſeaux & ſe coupa
la barbe avec un courage foutenu par
l'amour & excité par l'eſpérance. La
Samoyede fatisfaite de ce facrifice confentit
à recevoir ſa foi. Il voulut l'engager
à lui jurer de lui être fidelle ; mais
elle s'en excuſa avec beaucoup de grâce ,
en l'affurant que cela n'étoit pas néceffaire.
Ils vécurent pendant pluſieurs mois
dans la plus parfaite intelligence. Leurs
plaiſirs n'étoient mêlés d'aucune amertume
; mais la coupe de la volupté eſt
enduite d'un poiſon lent, qui fait tôt ou
tard fon effet. L'humanité ne comporte
pointun bonheur durable. Dans le temps
qu'Alexis fe flatoit d'avoir fixé l'inconftance
de la fortune en fa faveur , & qu'il
B
26. MERCURE DE FRANCE .
croyoit que ſon ſort avoit pris une confif
tance que rien ne pourroit détruire , les
choſes changent de face : la tranquillité
de fon coeur lui eſt enlevée ; la colère &
la jalousie en prennent la place ; l'objet
de fon amour devient celui de ſa haine ;
enfin la jeune épouse diſparoît &le laiſſe
en proie aux tourmens de l'amour après
lui en avoir fait goûter les douceurs.
A-t- on jamais été trahi plus cruellement
, s'écrioit l'infortuné Shereto ? Ah !
je te reverrai , perfide: mais ne t'attends
pas à triompher de ma foibleſſe ; fi je
ſuis le ſeul dans ce canton qui ait à ſe
plaindre d'un crime , effaçons en le fouvenir
par la vengeance la plus terrible.
Tu m'a appris à dédaigner la vie . Du
même fer que j'aurai rougi de ton fang ,
je percerai à tes pieds ce coeur ulcéré dans
lequel tu régnes encore malgré tous tes
forfaits.
Arixboul furvint à temps pour empê-
{ cher l'effet de cet affreux projet. Inſenſé
Shereto , lui dit-il , tout autre qu'un Samoyede
qui ſçauroit farder la vérité , conviendroit
un moment que vous avez raifon,
pour mieux parvenir à vous prouver
que vous avez tort & à calmer vos tranfports.
Pour moi qui ne ſçais pas ufer de
cette lâche condeſcendance , je vous
JUIN. 1763 . 27
avoue franchement que votre courroux
eft abfolument dépourvu de motifs raifonnables
. Une fille quitte légérement
ſes parens pour quelques mauvais traitemens
: cela est tout simple. Un orage,
la furprend; il n'y a rien là d'extraordinaire.
Elle vous demande un aſyle , vous
le lui accordez.: cela eft naturel. Cette
fille vous plaît ; votre complaiſance vous
en fait aimer : cela est tout naturel.
Vous vivez enſemble & vous goûtez les
plaiſirs réſervés à l'union des deux ſexes :
cela est toutfimple. Cette fille qui s'étoit
attachée à vous de bonne foi , s'en détache
de même : cela est toutsimple. On
n'eſt pas maître d'aimer toujours . Enfin
elle vous quitte pour un autre : cela eft
tout naturel ; & à moins que vous ne
foyez l'ennemi déclaré de la fimplicité &
de la nature , vous devez convenir que
vous n'avez aucun fujet de murmurer
contre ma compatriote.
Alexis baiſſa la tête & courut s'enfermer
dans ſa caverne fans vouloir écouter
davantage les difcours du vieux Samoyede.
La douleur lui donna une fiévre
violente , dont il commença à redouter
les effets . Incapable de fortir pour chercherdes
ſimples qu'il ne connoiſſfoit pas ,
privéde tout fecours , & fon corps s'af-
1
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foibliffant de jour en jour , l'image de la
mout s'offrit à lui avec cet appareil qui
la ren'd fi redoutable. C'eſt alors que le
Touvenirde Mofcou vint augmenter ſes
chagrins. Là du moins , diſoit-il , la vue
des Médecin's me conſoleroit de l'infuffifance
de leur' ast ; ma famille me prodigueroit
fes foins ; je recevrois des fecours
abondans : tandis qu'icije ſuis privé
des alimensles plus groffiers. Je m'applaudiſſois
d'être au milieu d'un peuple
qui vit dans l'état fi vanté de la pure na
ture , & j'y ai éffuyé des horreurs ignorées
dans les forêts qu'habitent les brigands.
J'apporte un peu de bled dans ce
climat ftérile : il y réuffit ; & quand je
m'apprête à le couper , je vois qu'on
m'a devancé , & les voleurs de mon bien
trouvent mauvais que je me fâche , &
ils m'afſomment de coups . Un vieillard
me raméne à ma caverne & le cruel me
dérobe des inftrumens néceſſaires. Une
jeune fille.... hélas ! l'expreffion de
l'innocence paroiſſoit fur fon front. Malheureux
que je fuis ! j'ai réchauffé dans
mon fein ce ſerpent qui m'a donné la
mort.... & qui m'a fait couper ma barbe.
Le bruit qu'on fit en enfonçant la porte
de fa caverne, l'interrompit au milieu
JUIN. 1763 . 29
de ſes triſtes réfléxions . Un homme vêtu
à l'allemande s'offrit à lui . C'étoit un de
ces étrangers que Pierre le Grand envoyoit
dans les vaſtes Provinces de fon
Empire pour inſtruire les Peuples des
réglemens qu'ilavoit faits pour les policer.
Le caractère de ſa phyſionomie inſpiroit
de la confiance . Alexis lui raconta tous
fes malheurs , & lui fit part du deſſein
où il étoit de retourner à Mofcou. L'Etranger
lui en procura les moyens. Sa
ſanté s'y rétablit promptement. Son efprit
y acquit plus de juſteſſe & d'étendue.
Il comprit enfin qu'il faut aux hommes
une Religion ſimple &majestueu .
ſe , une Philofophie lumineuse & modefte
, des Arts utiles & agréables , des
Loix juſtes & préciſes. En effet , dans
l'état actuel de laNature déchue, les hommes
n'ont aucune idée du juſte & l'injufte
, de l'utile & de l'honnête , du vrai &
du faux. L'intérêt perſonnel , père de
tous les crimes , eſtle ſeul flambeau qui
les guide. S'ils peuvent fans crainte de
repréſailles commettre une mauvaiſe
action qui leur procure un bien-être momentané
; ilsy trouvent les caractères du
juſte , de l'honnête&du vrai . Les hommes
font capables de tout fans la Religion
qui les oblige à être bons , ou fans
les lois qui les contraignent de
le paroître. Par M. de C*** à Lyon.
ANECDOTE Philofophique , composée
fur des Mémoires envoyés de Ruffie.
La plupart des Rois qui ont reçu le
furnom de Grand ne font guère connus
que par les grands maux qu'ils ont faits
à l'humanité. Vous ne l'avez pas porté ,
Princes , qui avez cru que vos Sujets
étoient des hommes & que , les Peuples
voiſins de votre Empire n'étoient pas vos
Sujets. Vous en méritiez un plus flatteur
, a mon Roi ! Le Souverain bienaimé
de la Nation la plus éclairée ,laplus
courageuſe , la plus généreuſe & la plus
équitable , eſt digne de recevoir tous
les titres qu'on décerne aux Héros. Nous
les avons tous rrenfermés dans un ſeul :
il eſt à la fois rexpreffion de l'amour ,
de la reconnoiffance & de la vérité.
Nous nous refſouviendrons toujours que
vous n'avez foutenu la guerre que pour
Phonneur de votre Couronne , &que
vous n'avez fait la paix que pour notre
bonheur.
Dans le petit nombre de Monarques
auxquels on accorda le furnom de Grand
16 MERCURE DE FRANCE .
pour avoir fait de grandes chofes , la
poſtérité verra avec joie Pierre I. Quand
il monta fur le Trône , la Ruſſie n'avoit
aucune influence dans les affaires de l'Europe
. Ses vaſtes déferts étoient menacés
de tous les côtés . L'intérieur de l'Etat
étoit troublé par des factions formidables .
Une milice infolente, accoutumée à faire
trembler ſes Maîtres , les retenoit ſous un
joug qu'ils n'oſoient fecouer. Un Patriarche
ambitieux ſe ſervoit habilement de
la crédulité du Peuple pour ufurper un
pouvoir qui le rendoit l'égal de fon
Souverain . La fuperftition compagne de
Pignorance, regnoit à fon gré fur les efprits.
Les Loix de cette Nation barbare
étoient autant d'abus qui s'oppoſoient à
ſa ſplendeur future. L'agriculture languiſſoit.
Les finances étoient mal adminiſtrées.
On manquoitdes manufactures
les plus utiles. Le commerce étoit négligé.
Le nom même des beaux arts
qui ſuppoſent l'abondance , étoit ignoré.
On est étonné des obſtacles qui ſe
préſentoient en foule pour créer de nouveaux
hommes , pour rendre le fceptre
de la Ruffie reſpectable à toutes les Puiffances
: Pierre vit tout ce qu'il falloit
faire pour y parvenir , & tout ce qu'il
falloit faire , il le fit.
2
JUIN. 1763. 17
;
Tout le monde ſçait que dans le ſyftême
de réformation qu'il ſuivit conftamment
, il entra dans des détails qui ,
pourparoître minucieux, ne ſont pas audeſſous
d'un ſage Législateur. De tous
les projets qu'il conçut pour adoucir la
rudeſſe des moeurs de ſes Sujets , celui
qui concernoit les habits& la barbe , excita
le plus de murmures ; & malgré la
gaîté qu'on mit dans l'exécution , il ſe
trouva pluſieurs entêtés qui aimerent
mieux ſe reléguer d'eux-mêmes au fond
de la Sibérie , que de confentir que des
Tailleurs & des Barbiers inhumains , rognaſſent
leurs habits & leur coupaſſent
entiérement la barbe.
Alexis Shereto fut du nombre de ces
victimes de leur opiniâtreré. C'étoit un
homme de quarante ans , qui avoit joui
de quelque crédit auprès de la Princeſſe
Sophie. Il étoit veuf & n'avoit qu'une
fille mariée à un des principauxBoyards.
Il étoit extrêmement conſidéré à cauſe
de ſa vaſte érudition ; car il avoit appris
à lire & à chiffrer en trois ans, d'un Marchand
Européen qu'il avoit logé chez
lui. Il étoit confulté dans toutes les affaires
de la Religion ; mais nos Mémoires
aſſurent qu'il ne voulut prendre aucun
parti dans cette fameuſe queſtion: ſea
18 MERCURE DE FRANCE.
voir fi l'on devoit faire le ſigne de la
croix avec deux doigts ou avec trois. Il
avoit été accuſé d'être Athée , Théiſte ,
Déifte , Matérialiſte , Philoſophe , parce
qu'il avoit eu le front d'avancer qu'un
homme qui auroit tué fon pere & fa mere
, n'en feroit pas quitte pour une prière
au grand S. Nicolas , & qu'il feroit néceffaire
qu'il fît pénitence. On avoit été
fur le point de convoquer un Concile
pour le condamner ; mais il avoit trouvélemoyende
conjurer l'orage , &de
regagner l'eſtime des Caſuiſtes que fa témérité
lui avoit fait perdre.
Alexis Shereto,avec une barbe qui lui
tomboit juſques ſur la ceinture & une
robe qui lui couvroit les talons , prit
joyeusement,le chemin de la Sibérie ,
trop content de n'apprendre que par la
Renommée les moyens que le Czar mettroit
en uſage pour forcer ſes Sujets à
devenir heureux. Il s'arrêta dans la Samoyédie,
& fe pratiqua une demeure fouterraine
ſuivant l'uſage des lieux. Il fur
bientôt célébre dans le Canton ; & les
Samoyedes qui n'ont du poil que fur la
tête , ne pouvoient comprendre qu'il eût
quitté Mofcou pour conſerver du poil au
menton .
On s'attend peut-être à trouver ici la
JU I N. 1763. 19
defcription du Pays des Samoyedes , &
des éclairciſſemens fur leur conformation&
fur les productions du fol ingrat
qu'ils cultivent. Nous ſcavons qu'il eft
beau de ne pas ignorer l'étendue des
plaines , la hauteur des montagnes , le
nombre de bourgades qu'on trouve dans
une Contrée; qu'il eſt utile d'en connoître
les plantes , les arbres , la culture
qu'on y emploie & laforme & la couleur
des individus qui l'habitent : mais nous
croyons en même-temps qu'il eſt plus,
beau &plusutile de s'occuper de l'étude
des moeurs ; & fans déprimer la Géographie
,l'Histoire Naturelle & la Phyſique ,
nous ne craindrons pas d'avancer que la
ſcience du coeur humain fera toujours les
délices du vrai Philoſophe ; & qu'il viendra
un temps , même en France , où l'on
aura plus d'obligation à un Moralifte
qui s'appliquera à connoître ſes ſemblables
& à les rendre meilleurs , qu'à un
Auteur qui mettra toute fa gloire à les
enrichir.
Les Samoyedes étoient alors abſolument
privés des notions les plus communes
& les moins abſtraites. Ils n'avoient
aucune idée de ce que nous entendons
par les mots de vice& de vertu. Leur Religion
étoit fans culte. Ils ſe bornoient à
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent comtracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, ſont préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; & dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763 . 21
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
laméchancetédes hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoir laiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts & lui parla en ces termes.
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas. Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ? Ce bled étoit-il plutôt à vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votre bled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ils pouvoient tout enlever ; & leur
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent contracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, font préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; &dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763. 21
1
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
la méchanceté des hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoirlaiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts &lui parla en ces termes.
a
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas .Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ?? Ce bled étoit -il plutôt vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votrebled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ilspouvoient tout enlever ; & leur
22 MERCURE DE FRANCE .
,
modération eſtune ſuite de l'eſtime qu'ils
ont pour vous. Cependant loin de reconnoître
leur honnêteté , comme vous
le deviez , vous les avez attaqués : il étoit
toutfimple , tout naturelqu'ils fe défendiffent.
Ils ſe ſonttrouvés les plus forts
&vous avez été roſſé ; cela eſt dans
l'ordre. Allons , croyez- moi , convenez.
que vous avez tort & tout vous fera pardonné.
Au reſte , fi le bled qu'ils vous
ont laiffé , ne vous ſuffit pas , les fruits
que vous voyez ſur ces arbres vous appartiennent
comme à nous. Nous nous
contentonsdu néceſſaire,&nous le prenons
indifféremment partout. Imiteznous
, & foyez perfuadé que nous fommes
trop juſtes pour voler fans en avoir
debonnes raiſons .
Shereto goûta ce diſcours tout étrange
qu'il étoit. Il en remercia Arixboul ( c'eſt
le nom du vieillard) & lui promit d'en
faire fon profit. Cependant la neige tomba
avec tant d'abondance , que fon bled
difparut à ſes yeux. Il ſe confola de ce
déſaſtre qu'il n'auroit pas éprouvé s'il
avoit été en état de travailler deux jours
plutôt. Il chercha un autre terrein plus
propre à tenterune nouvelle expérience ;
mais il ne trouva pas les outils qu'il avoit
faits pour remuer la terre. Arixboul étoit
JUIN. 1763. 23
le ſeul qui fût entré dans ſa caverne. Il
étoitdonc le ſeul qu'on put ſoupçonner
de les avoir pris. Alexis fut le trouver.
Il ne laiſſa échapper aucune plainte capable
d'indi poſer l'eſprit de ce grave
perſonnage. Arixboul convint du fait.
Vous avez ſçu fabriquer ces outils , lui
dit-il; il ne tient qu'à vous d'en fabriquer
d'autres. Pour moi qui ignore la
façon de les faire & qui en connois l'uſage
, j'ai pris la liberté de m'en faifir
dans le deſſein de cultiver une portion
de terre à votre exemple. Cela est tout
fumple , tout naturel ; & il faut que vous
foyez bien déraisonnable fi vous m'en
blâmez.
Shereto n'ofa pas repliquer &s'en retourna
en réfléchiſſant fur lesuſages des
Samoyedes , qui commençoient à lui
paroître un peu extraordinaires .
Apeine étoit- il rentré dans fa cabane ,
qu'il furvint un orage & un vent fi furieux
que la plupart des arbres en furent
renverſés. A travers le fifflement aigu
de la tempête , ildistingua une voix plaintive
qui demandoit du ſecours . Il dirigea
ſes pas du côté où cette voix ſe faifoit
entendre. Il apperçoit une jeune
fille qui lui demande l'hofpitalité. Il
étoit trop compatiſſant pour la refuſer
24 MERCURE DE FRANCE.
dans l'extrême danger où elle ſe trouvoit
réduite. Il la porta dans ſa caverne , car
elle n'avoit pas la force de marcher ; il
la déshabilla auprès du feu & fit fécher
ſes vêtemens.
La plus belle Samoyede ne feroit qu'un
objet rebutant pour nous autres François.
Une tête énorme , une grandebouche
, de petits yeux , un nez large &
camus , un teint couleur de terre & la
hauteur de deux ou trois pieds , ne feront
jamais qu'une petite horreur , bien
plus capable d'amortir nos feux, que de
les allumer. Il n'en eſt pas de même
pour un Solitaire Moſcovite qui déshabille
une ſemblable perſonne , ſurtout fi
elle n'a que feize ans , &la Samoyede
en queſtion n'en avoit pas davantage .
Alexis Shereto , privé depuis quatre
ans du commerce d'un ſexe qui fait les
plaiſirs ou les chagrins du nôtre , conçut
des defirs dont il modéra l'impétuofité.
Il penſoit en amant délicat ; il vouloit
plaire avant que de ſe rendre heureux.
Après avoir écouté l'hiſtoire de la
jeune Samoyede & lui avoir fait prendre
quelques alimens , il lui propoſade renoncer
à ſa famille où elle avouoit qu'elle
avoit été maltraitée , de répondre à la
tendreſſe qu'elle lui inſpiroit , & de demeurer
JUI N. 1763 . 25
meurer avec lui . La Samoyede l'examina
fort attentivement , & lui déclara enſuite
qu'elle ne s'uniroit jamais avec un
géant de fon eſpéce : ( il est bon d'obſerver
qu'Alexis avoit 5 pieds 3 pouces )
& qu'elle ſe ſentoit une répugnance invincible
pour les mentons barbus. O
Ciel ! s'écria Shereto , j'aurai quitté ma
patrie pour conferver ma barbe & ma
barbe mettra obftacle à ma félicité !Non ,
il ne ſera pas dit que je ferai toujours
malheureux par rapport à elle. En diſant
ceci , il prit ſes ciſeaux & ſe coupa
la barbe avec un courage foutenu par
l'amour & excité par l'eſpérance. La
Samoyede fatisfaite de ce facrifice confentit
à recevoir ſa foi. Il voulut l'engager
à lui jurer de lui être fidelle ; mais
elle s'en excuſa avec beaucoup de grâce ,
en l'affurant que cela n'étoit pas néceffaire.
Ils vécurent pendant pluſieurs mois
dans la plus parfaite intelligence. Leurs
plaiſirs n'étoient mêlés d'aucune amertume
; mais la coupe de la volupté eſt
enduite d'un poiſon lent, qui fait tôt ou
tard fon effet. L'humanité ne comporte
pointun bonheur durable. Dans le temps
qu'Alexis fe flatoit d'avoir fixé l'inconftance
de la fortune en fa faveur , & qu'il
B
26. MERCURE DE FRANCE .
croyoit que ſon ſort avoit pris une confif
tance que rien ne pourroit détruire , les
choſes changent de face : la tranquillité
de fon coeur lui eſt enlevée ; la colère &
la jalousie en prennent la place ; l'objet
de fon amour devient celui de ſa haine ;
enfin la jeune épouse diſparoît &le laiſſe
en proie aux tourmens de l'amour après
lui en avoir fait goûter les douceurs.
A-t- on jamais été trahi plus cruellement
, s'écrioit l'infortuné Shereto ? Ah !
je te reverrai , perfide: mais ne t'attends
pas à triompher de ma foibleſſe ; fi je
ſuis le ſeul dans ce canton qui ait à ſe
plaindre d'un crime , effaçons en le fouvenir
par la vengeance la plus terrible.
Tu m'a appris à dédaigner la vie . Du
même fer que j'aurai rougi de ton fang ,
je percerai à tes pieds ce coeur ulcéré dans
lequel tu régnes encore malgré tous tes
forfaits.
Arixboul furvint à temps pour empê-
{ cher l'effet de cet affreux projet. Inſenſé
Shereto , lui dit-il , tout autre qu'un Samoyede
qui ſçauroit farder la vérité , conviendroit
un moment que vous avez raifon,
pour mieux parvenir à vous prouver
que vous avez tort & à calmer vos tranfports.
Pour moi qui ne ſçais pas ufer de
cette lâche condeſcendance , je vous
JUIN. 1763 . 27
avoue franchement que votre courroux
eft abfolument dépourvu de motifs raifonnables
. Une fille quitte légérement
ſes parens pour quelques mauvais traitemens
: cela est tout simple. Un orage,
la furprend; il n'y a rien là d'extraordinaire.
Elle vous demande un aſyle , vous
le lui accordez.: cela eft naturel. Cette
fille vous plaît ; votre complaiſance vous
en fait aimer : cela est tout naturel.
Vous vivez enſemble & vous goûtez les
plaiſirs réſervés à l'union des deux ſexes :
cela est toutfimple. Cette fille qui s'étoit
attachée à vous de bonne foi , s'en détache
de même : cela est toutsimple. On
n'eſt pas maître d'aimer toujours . Enfin
elle vous quitte pour un autre : cela eft
tout naturel ; & à moins que vous ne
foyez l'ennemi déclaré de la fimplicité &
de la nature , vous devez convenir que
vous n'avez aucun fujet de murmurer
contre ma compatriote.
Alexis baiſſa la tête & courut s'enfermer
dans ſa caverne fans vouloir écouter
davantage les difcours du vieux Samoyede.
La douleur lui donna une fiévre
violente , dont il commença à redouter
les effets . Incapable de fortir pour chercherdes
ſimples qu'il ne connoiſſfoit pas ,
privéde tout fecours , & fon corps s'af-
1
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foibliffant de jour en jour , l'image de la
mout s'offrit à lui avec cet appareil qui
la ren'd fi redoutable. C'eſt alors que le
Touvenirde Mofcou vint augmenter ſes
chagrins. Là du moins , diſoit-il , la vue
des Médecin's me conſoleroit de l'infuffifance
de leur' ast ; ma famille me prodigueroit
fes foins ; je recevrois des fecours
abondans : tandis qu'icije ſuis privé
des alimensles plus groffiers. Je m'applaudiſſois
d'être au milieu d'un peuple
qui vit dans l'état fi vanté de la pure na
ture , & j'y ai éffuyé des horreurs ignorées
dans les forêts qu'habitent les brigands.
J'apporte un peu de bled dans ce
climat ftérile : il y réuffit ; & quand je
m'apprête à le couper , je vois qu'on
m'a devancé , & les voleurs de mon bien
trouvent mauvais que je me fâche , &
ils m'afſomment de coups . Un vieillard
me raméne à ma caverne & le cruel me
dérobe des inftrumens néceſſaires. Une
jeune fille.... hélas ! l'expreffion de
l'innocence paroiſſoit fur fon front. Malheureux
que je fuis ! j'ai réchauffé dans
mon fein ce ſerpent qui m'a donné la
mort.... & qui m'a fait couper ma barbe.
Le bruit qu'on fit en enfonçant la porte
de fa caverne, l'interrompit au milieu
JUIN. 1763 . 29
de ſes triſtes réfléxions . Un homme vêtu
à l'allemande s'offrit à lui . C'étoit un de
ces étrangers que Pierre le Grand envoyoit
dans les vaſtes Provinces de fon
Empire pour inſtruire les Peuples des
réglemens qu'ilavoit faits pour les policer.
Le caractère de ſa phyſionomie inſpiroit
de la confiance . Alexis lui raconta tous
fes malheurs , & lui fit part du deſſein
où il étoit de retourner à Mofcou. L'Etranger
lui en procura les moyens. Sa
ſanté s'y rétablit promptement. Son efprit
y acquit plus de juſteſſe & d'étendue.
Il comprit enfin qu'il faut aux hommes
une Religion ſimple &majestueu .
ſe , une Philofophie lumineuse & modefte
, des Arts utiles & agréables , des
Loix juſtes & préciſes. En effet , dans
l'état actuel de laNature déchue, les hommes
n'ont aucune idée du juſte & l'injufte
, de l'utile & de l'honnête , du vrai &
du faux. L'intérêt perſonnel , père de
tous les crimes , eſtle ſeul flambeau qui
les guide. S'ils peuvent fans crainte de
repréſailles commettre une mauvaiſe
action qui leur procure un bien-être momentané
; ilsy trouvent les caractères du
juſte , de l'honnête&du vrai . Les hommes
font capables de tout fans la Religion
qui les oblige à être bons , ou fans
les lois qui les contraignent de
le paroître. Par M. de C*** à Lyon.
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3205
p. 210
« Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
Début :
Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...]
Mots clefs :
Fête, Statue du roi de France, Inauguration, Cérémonie, Illumination, Te Deum, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
ARTICLE VI .
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
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Résumé : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
L'article VI décrit les festivités de l'inauguration de la Statue du Roi et de la célébration de la paix sur la Place de Louis XV. Les événements se déroulent sur trois jours. Le premier jour inclut l'inauguration et des illuminations. Le deuxième jour, la proclamation de la paix est suivie d'illuminations à l'Hôtel-de-Ville. Le troisième jour, un Te Deum est chanté à Notre-Dame, avec un feu d'artifice et des illuminations générales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3206
p. 230-231
GRAINS.
Début :
Le prix des Grains n'a prèsque point varié depuis notre précédent [...]
Mots clefs :
Prix, Grains, Variations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAINS.
GRAINS.
Le prix des Grains n'a prèſque point varié
JUI N. 1763. 231
depuis notre précédent Volume , ainſi ce même
article peut ſervir pour ce mois-ci.
Le prix des Grains n'a prèſque point varié
JUI N. 1763. 231
depuis notre précédent Volume , ainſi ce même
article peut ſervir pour ce mois-ci.
Fermer
3207
p. 231
Fourrages, à la fin de Mai.
Début :
Le Foin a été vendu à la Porte S. Michel de [...]
Mots clefs :
Fourrages, Foin, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fourrages, à la fin de Mai.
Fourrages , à la fin de Mai.
Le Foin a été vendu à la Porte S. Michel de
30 à 38 liv. le cent.
La Paille 14 à 16 l. le cent.
Le Foin a été vendu à la Porte S. Michel de
30 à 38 liv. le cent.
La Paille 14 à 16 l. le cent.
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3208
p. 231
VOLAILLE & Gibier au Marché du premier du présent mois de Juin.
Début :
Gros Chapons (la piéce) 7 l. 10 L. Chapons paillés 2 l. [...]
Mots clefs :
Volaille, Gibier, Chapon, Poulet, Lapin, Prix, Cochon
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texteReconnaissance textuelle : VOLAILLE & Gibier au Marché du premier du présent mois de Juin.
VOLAILLE & Gibier au Marché du
premier du préſent mois de Juin.
Gros Chapons ( la piéce ) 7 1. 10 .
Chapons paillés 2 1.
Poularde graffe 7 1.
Poularde nouvelle 8 1,
Poulet gras 3 1.5 1.
Poulet commun 1 1. 15 6.
Poulet à la Reine 1 1. 15 f.
Pigeon de Voliere 18 f.
Pigeon commun , 14 f.
Perdrix 1 liv. 4 .
,
Lievre , 2 1. 10 f.
Levreau , depuis 2 1. 10 f. juſqu'à 6 1.
Lapreau , I 1. 10 1.
Canneton de Rouen , s 1. 10 f.
Cannard commun , I L. 10 f
Cochon de lait , sl.
Cailles , 18. f..
premier du préſent mois de Juin.
Gros Chapons ( la piéce ) 7 1. 10 .
Chapons paillés 2 1.
Poularde graffe 7 1.
Poularde nouvelle 8 1,
Poulet gras 3 1.5 1.
Poulet commun 1 1. 15 6.
Poulet à la Reine 1 1. 15 f.
Pigeon de Voliere 18 f.
Pigeon commun , 14 f.
Perdrix 1 liv. 4 .
,
Lievre , 2 1. 10 f.
Levreau , depuis 2 1. 10 f. juſqu'à 6 1.
Lapreau , I 1. 10 1.
Canneton de Rouen , s 1. 10 f.
Cannard commun , I L. 10 f
Cochon de lait , sl.
Cailles , 18. f..
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3209
p. 231-232
PRIX courant à Paris des Etoffes le plus en usage pour les habillemens d'Été.
Début :
En Soye. Taffetas d'Italie rayé & plein (l'aulne) 7 l. Taffetas d'Angleterre uni [...]
Mots clefs :
Prix, Étoffes, Soie, Couleurs, Taffetas, Laine
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texteReconnaissance textuelle : PRIX courant à Paris des Etoffes le plus en usage pour les habillemens d'Été.
PRIX courant à Paris des Etoffes le
plus en usage pour les habillemens
d'Eté.
EN SOΥ Ε.
Taffetas d'Italie rayé & plein ( l'aulne ) 7 1.
Taffetas d'Angleterre uni de 6. 1. sl. à 61. 10. f.
232 MERCURE DE FRANCE .
Les couleurs fines , comme cramoiſi , violet , có
rife , Lilas , &c. 1 1. par aulne de plus.
Taffetas d'Angleterre rayé , sl.s fàs 1. 10f.
Gros de Tours de Niſmes , 4 1 .
Les mêmes d'Avignon , 4 1. 10 f.
Taffetas de Florence double , 4 1. 106.
Le demi florence , 31.10.6.
LesTaffetas chinés nouveaux , 10 & 81.
Les Luſtrines 3 couleurs , 14 1.
Les mêmes deux couleurs , 13 1 .
Les Pruffiennes , 12 1.
1
Etoffes , autres que Soyerie.
Camelots ſoyette de laine , ( l'aulne ) 2 1.15 L
Camelots mi-foye , 41.5 1. & 5 1. 10 f.
LesCamelots de Bruxelles , 8 1.10 à 9 1.
Les mêmes en couleur fine , 9 1. το [.
Les Bouracans fins des 1. 10 à 6 1. 10 fo
Les Bouracans communs, 4 1.10 £.
plus en usage pour les habillemens
d'Eté.
EN SOΥ Ε.
Taffetas d'Italie rayé & plein ( l'aulne ) 7 1.
Taffetas d'Angleterre uni de 6. 1. sl. à 61. 10. f.
232 MERCURE DE FRANCE .
Les couleurs fines , comme cramoiſi , violet , có
rife , Lilas , &c. 1 1. par aulne de plus.
Taffetas d'Angleterre rayé , sl.s fàs 1. 10f.
Gros de Tours de Niſmes , 4 1 .
Les mêmes d'Avignon , 4 1. 10 f.
Taffetas de Florence double , 4 1. 106.
Le demi florence , 31.10.6.
LesTaffetas chinés nouveaux , 10 & 81.
Les Luſtrines 3 couleurs , 14 1.
Les mêmes deux couleurs , 13 1 .
Les Pruffiennes , 12 1.
1
Etoffes , autres que Soyerie.
Camelots ſoyette de laine , ( l'aulne ) 2 1.15 L
Camelots mi-foye , 41.5 1. & 5 1. 10 f.
LesCamelots de Bruxelles , 8 1.10 à 9 1.
Les mêmes en couleur fine , 9 1. το [.
Les Bouracans fins des 1. 10 à 6 1. 10 fo
Les Bouracans communs, 4 1.10 £.
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Résumé : PRIX courant à Paris des Etoffes le plus en usage pour les habillemens d'Été.
Le document liste les prix des étoffes d'été à Paris. Les soieries comme le taffetas d'Italie coûtent 7 livres l'aulne. Le taffetas d'Angleterre varie de 6 livres 1 sol à 10 sols, avec des suppléments pour les couleurs fines. Les camelots de laine et de Bruxelles coûtent entre 2 livres 15 sols et 9 livres. Les bouracans varient de 1 livre 10 sols à 6 livres 10 sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3210
p. 211-216
CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
Début :
Le Corps de la Ville de Paris sembloit n'avoir consulté que son zèle & celui [...]
Mots clefs :
Citoyens, Statue, Roi de France, Réjouissances publiques, Cérémonie, Louis XV, Duc, Cortège, Richesse, Broderie, Perles, Couleurs, Musique, Illumination, Hommages, Feu d'artifice, Spectacles, Repas, Inscriptions
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texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
CÉRÉMONIES ET FESTES ,
A L'OCCASION DE L'INAUGURA-.
TION DE LA STATUE DU ROI
DANS LA PLACE DE LOUIS XV.
ET DE LA PUBLICATION DE LA
PAIX.
L.E Corps de la Ville de Paris fembloit n'avoir
confulté que ſon zéle & celui des Citoyens , dans
les premiers Projets de fêtes qu'elle fe propofoit
de faire éxécuter fur les dellens du fieur
Moreau fon Architecte , & qu'elle avoit eu l'honneur
de préfenter au Roi . L'attention paternelle
212 MERCURE DE FRANCE.
de Sa Majesté a daigné réduire les dépenfes confidérables
où elle avoit intention de s'engager par
la magnificence de fes Projets , en ne lui permettant
pour les réjouillances publiques que ce qui a
été fait pendant les 20 , 21 & 22 du mois précédent
, ainfi que nous allons le décrire.
Le premier jour zo Juin , deſtiné à célébrer
l'inauguration de la Statue du Roi dans la Place
de Louis XV. on a fait le matin la Cavalcade &
Cérémonies d'ufage.
Le Corps de Ville , en robes de Cérémonie à
cheval & en équipages très magnifiques accom
pagné de fes Gardes , fe rendit vers les dix heures
du matin à l'Hôtel de M. le Duc de Chevreufe
, Gouverneur de Paris , pour le joindre , & continuer
avec lui la marche juſqu'à la Place de
Louis XV . Il étoit accompagné de fes Gardes ,
tous avec des nouveaux uniformes , & d'un nombreux
Cortége de Domeftiques , de Gentilshommes
& de Pages fuperbement vêtus . L'équipage
de fon cheval étoit de la plus grande richelle &
chargé de diamans. Celui des chevaux de main
n'étoit pas moins riche ,, par les magnifiques
broderies qui en couvroient les houffes , ainfi que
celle d'un très-beau cheval de parade , tenu avec
des longes de treffe d'or par deux hommes d'écurie.
Lui même monté fur un cheval gris & dans
l'habit le plus riche , entre deux Ecuyers ou Gentilshommes
, jettoit avec profufion de l'argent au
Peuple , pendant tout le cours de la marche ; &
les trompettes d'argent de M. le Gouverneur accompagnées
des timballes, ainfi que celles de la
Ville , fonnoient inceffament des fanfares. Le
Négre , Timballier de M. le Gouverneur étoit
fingulierement remarquable , par la richeffe de
fon habillement , & par une coëffure en forme
de turban , ornée de divers rangs de perles & de
JUILLET. 1763. 213
diamans de couleurs , le tout furmonté d'un trèsbeau
pannache de plumes.
Lorfque cette marche entra dans la Place au
bruit des fanfares de fa mufique & de très - nombreux
orcheſtres difpofès près du Pont tournant
des Thuileries , ainfi qu'à celui des acclamations
de la multitude qui rempliffoit ce vafte eſpace ;
les voiles qui couvroient la Statue & Piedeſtal
devoient tomber ; mais l'imprudence d'un Ouvrier
avoit avancé de quelques momens ce point
de la Cérémonie. Toute la Cavalcade fit le tour
de la Place , & parvenue en face de la Statue ,
chacun de ceux qui la compofoient s'arrêtant & ſe
découvrant , on fit les faluts d'hommage ufités en
pareille occafion , au bruit des boëtes , du canon •
des bruyantes fymphonies , de la mufique , & des
cris d'allegrelle de tout le Peuple. Enfuite toute
cette marche retourna dans le même ordre juf
qu'a l'Hôtel de M. le Gouverneur où elle le reconduifit
, & de- là à l'Hôtel- de- Ville .
Le foir , il y eut illumination dans la Place par
des cordons de lumière fur les baluftres dont elle
eft environée , & par des girandoles pofées fur des
piedeftaux dans toute fon enceinte . On avoit difpofé
deux rangs de lumières fur des poteaux élevés
, dans la longueur de la grande allée des
Thuileries , qui conduifoient jufqu'à un amphi
théâtre illuminé élevé contre la façade du Palais
, fur lequel fe donnoit la ferenade de fymphonies
par l'Académie Royale de Mufique , dont
nous avons parlé dans l'Article des Spectacles.
Le 2me jour 21 Juin , la Paix a été publiée
dans 14 endroits de la Ville , y compris la nouvelle
Place , par la Ville & la Jurifdiction du Châ
telet réunies , avec les céremonies & formalités
accoutumées. L'efpace qu'avoit à parcourir cette
214 MERCURE DE FRANCE
nombreufe cavalcade , remplit tout le temps.de
cette journée. a)
Le troisième jour 22 Juin confacré aux Fêtes &
Réjouiffances publiques dans toute la Ville , fut
annoncé par les Salves ordinaires du Canon , &
le Te Deum fat chanté à Notre- Dame avec le
Cérémonial ufité .
On avoit préparé dans la longueur de plus de
480 pieds fur la Terraffe du Palais de Bourbon ,
des Loges ornées en Damas cramoifi , avec un
Luftre dans chaque divifion , pour contenir environ
, 000 perfonnes ; s'étant trouvées toutes remplies
vers les cing heures après midi , la Fête , fur
la Rivière , commença par des Joûtes qu'exécuté- ,
rent des Bateliers vêtus de blanc & ornés de rubans
fur des Bateaux peints de diverfes couleurs , auxquels
on diftribua des Prix .
A l'entrée de la nuit , on tira le grand Feu
d'Artifice qui avoit été préparé fur la Rivière ,
mais le violent Orage qui étoit furvenu ce même
jour fur les deux heures , avoit tellement endommagé
tout l'Artifice figuré de Feux de lances de
diverfes couleurs qui compofoient la décoration
du Temple élevé fur une Terraffe de Rochers ,
qu'aucune partie ne put prendre , & que l'on fut
privé par cet accident, pour ce jour- là , de la partie
principale de ce magnifique Spectacle ; ( b ) mais
ce qui en formoit un , denton ne peut le faire une
trop grande idée , étoit le vafte Baffin du Pont
Royal jufqu'à Chaillot , dont les Berges & les
Quais entiérement couverts d'une multitude innombrable
de Spectateurs , offroit l'image réelle
( a ) On donnera dans le Mercure prochain des
états détaillés des marches & cavalcades .
(b ) Le corps de Ville pour remplir l'objet de fon'
zéle & la fatisfaction des Citoyens , doitfaire éxéJUILLET.
1763 . 215
d'une Nation entière affemblée pour une grande
Solemnité . On conçoit de quelle variété de couleurs
étoit peint cet immenfe tableau , dont les
figures fur des plans en gradation , quoique
tranquiles & fans confufion , produiloient cependant
un mouvement léger & continuel qui l'animoit
& foutenoit perpétuellement l'agrément de
la vue. L'artifice , qu'on appelle Feux d'air qu'il
avoit été plus facile de préierver de l'humidité, eut
plus de fuccès . On admira de très - belles fufées
d'honneur , des Bombes d'un fort bel effet & des
Gerbes ou Girandes d'une multitude de fufées
très -brillantes. Le feu de Rivière en ferpenteaux
& autres figures , fournit fans difcontinuation ,
pendant tout le temps du feu des effets très- agréables
& très-variés fur l'eau.
Il y eut le même foir des fontaines de vin avec
des Orchestres dans toutes les places & dans tous
les lieux marqués de la Ville . Toutes les maifons
des Particuliers furent illuminées , & les Hôtels
des Princes , Seigneurs , Magiftrats , s'étoient
diftingués par des illuminations décorées & des
plus brillantes. Celle de la Place de Louis XV ,
qui mérite une defcription particulière , formoit
en lumières la repréfentation des grandes façades
des deux corps de bâtimens qui l'accompagnent
, dont la riche Architecture étoit deffinée
en lumières , ainfi que les appuis des Baluftres ,
avec des Girandoles dans tout fon circuit , & des
Obélifques de pots- à feu fur toutes les guérites
ou petits pavillons , conftruits en différens endroits
de cette Place.
cuter le Dimanche 3 du préfent mois cette partie
brillante du Feu , après y avoir fait faire les réparations
néceffaires . On inftruira les Lecteurs dans
le fecond volume de ce mois , du fucces de cette réparation
, & l'on donnera une defcription entière
de ce Feu.
216 MERCURE DE FRANCE.
Le grand & brillant effet de cette Place con
duifoit , & d'une certaine diftance , paroiffoit toucher
à celui de l'élégante & en même temps
fuperbe illumination des Jardins de l'Hôtel de
Pompadour ( ci - devant l'Hôtel d'Evreux ) qui
font ouverts dans toute leur étendue fur les
Champs Elifées , à peu de diftance de la Place.
Cette Illumination particulière que l'on décrira
avec plus de détail , ainfi que quelques autres qui
ont embelli la Fête générale a retenu jufqu'à
cinq heures du matin un concours incroyable de
Spectateurs tant en carrolle qu'à pied."
On n'a prèfque jamais remarqué en aucune
occafion plus de joie , plus de mouvement &
plus de fatisfaction dans le Public , que pendant
ces Fêtes. La gaîté du Peuple furtout & fon
allégreffe pourroit fe prouver par la prodigieuſe
confommation du Vin & des Alimens qu'il y
a cu à Paris pendant quelques jours.
Les deux Hôtels des Comédiens du Roi étoient
auffi illuminés avec décorations & autant de magnificence
, que leur étendue le comportoir. On
Tifoit , à celui des Comédiens François dans des
cartels pofés entre les lumières , les deux Inſcriptions
fuivantes.
PACE RESTITUTA
REGE DILECTISSIMO
POSITO
FASTILUSUS.
JOCORUM MATER
PAX ALMA REDIT
JOCOSA SOLVIT
THALIA VOTUM .
Les Nouvelles Politiques au Mercure prochain .
A L'OCCASION DE L'INAUGURA-.
TION DE LA STATUE DU ROI
DANS LA PLACE DE LOUIS XV.
ET DE LA PUBLICATION DE LA
PAIX.
L.E Corps de la Ville de Paris fembloit n'avoir
confulté que ſon zéle & celui des Citoyens , dans
les premiers Projets de fêtes qu'elle fe propofoit
de faire éxécuter fur les dellens du fieur
Moreau fon Architecte , & qu'elle avoit eu l'honneur
de préfenter au Roi . L'attention paternelle
212 MERCURE DE FRANCE.
de Sa Majesté a daigné réduire les dépenfes confidérables
où elle avoit intention de s'engager par
la magnificence de fes Projets , en ne lui permettant
pour les réjouillances publiques que ce qui a
été fait pendant les 20 , 21 & 22 du mois précédent
, ainfi que nous allons le décrire.
Le premier jour zo Juin , deſtiné à célébrer
l'inauguration de la Statue du Roi dans la Place
de Louis XV. on a fait le matin la Cavalcade &
Cérémonies d'ufage.
Le Corps de Ville , en robes de Cérémonie à
cheval & en équipages très magnifiques accom
pagné de fes Gardes , fe rendit vers les dix heures
du matin à l'Hôtel de M. le Duc de Chevreufe
, Gouverneur de Paris , pour le joindre , & continuer
avec lui la marche juſqu'à la Place de
Louis XV . Il étoit accompagné de fes Gardes ,
tous avec des nouveaux uniformes , & d'un nombreux
Cortége de Domeftiques , de Gentilshommes
& de Pages fuperbement vêtus . L'équipage
de fon cheval étoit de la plus grande richelle &
chargé de diamans. Celui des chevaux de main
n'étoit pas moins riche ,, par les magnifiques
broderies qui en couvroient les houffes , ainfi que
celle d'un très-beau cheval de parade , tenu avec
des longes de treffe d'or par deux hommes d'écurie.
Lui même monté fur un cheval gris & dans
l'habit le plus riche , entre deux Ecuyers ou Gentilshommes
, jettoit avec profufion de l'argent au
Peuple , pendant tout le cours de la marche ; &
les trompettes d'argent de M. le Gouverneur accompagnées
des timballes, ainfi que celles de la
Ville , fonnoient inceffament des fanfares. Le
Négre , Timballier de M. le Gouverneur étoit
fingulierement remarquable , par la richeffe de
fon habillement , & par une coëffure en forme
de turban , ornée de divers rangs de perles & de
JUILLET. 1763. 213
diamans de couleurs , le tout furmonté d'un trèsbeau
pannache de plumes.
Lorfque cette marche entra dans la Place au
bruit des fanfares de fa mufique & de très - nombreux
orcheſtres difpofès près du Pont tournant
des Thuileries , ainfi qu'à celui des acclamations
de la multitude qui rempliffoit ce vafte eſpace ;
les voiles qui couvroient la Statue & Piedeſtal
devoient tomber ; mais l'imprudence d'un Ouvrier
avoit avancé de quelques momens ce point
de la Cérémonie. Toute la Cavalcade fit le tour
de la Place , & parvenue en face de la Statue ,
chacun de ceux qui la compofoient s'arrêtant & ſe
découvrant , on fit les faluts d'hommage ufités en
pareille occafion , au bruit des boëtes , du canon •
des bruyantes fymphonies , de la mufique , & des
cris d'allegrelle de tout le Peuple. Enfuite toute
cette marche retourna dans le même ordre juf
qu'a l'Hôtel de M. le Gouverneur où elle le reconduifit
, & de- là à l'Hôtel- de- Ville .
Le foir , il y eut illumination dans la Place par
des cordons de lumière fur les baluftres dont elle
eft environée , & par des girandoles pofées fur des
piedeftaux dans toute fon enceinte . On avoit difpofé
deux rangs de lumières fur des poteaux élevés
, dans la longueur de la grande allée des
Thuileries , qui conduifoient jufqu'à un amphi
théâtre illuminé élevé contre la façade du Palais
, fur lequel fe donnoit la ferenade de fymphonies
par l'Académie Royale de Mufique , dont
nous avons parlé dans l'Article des Spectacles.
Le 2me jour 21 Juin , la Paix a été publiée
dans 14 endroits de la Ville , y compris la nouvelle
Place , par la Ville & la Jurifdiction du Châ
telet réunies , avec les céremonies & formalités
accoutumées. L'efpace qu'avoit à parcourir cette
214 MERCURE DE FRANCE
nombreufe cavalcade , remplit tout le temps.de
cette journée. a)
Le troisième jour 22 Juin confacré aux Fêtes &
Réjouiffances publiques dans toute la Ville , fut
annoncé par les Salves ordinaires du Canon , &
le Te Deum fat chanté à Notre- Dame avec le
Cérémonial ufité .
On avoit préparé dans la longueur de plus de
480 pieds fur la Terraffe du Palais de Bourbon ,
des Loges ornées en Damas cramoifi , avec un
Luftre dans chaque divifion , pour contenir environ
, 000 perfonnes ; s'étant trouvées toutes remplies
vers les cing heures après midi , la Fête , fur
la Rivière , commença par des Joûtes qu'exécuté- ,
rent des Bateliers vêtus de blanc & ornés de rubans
fur des Bateaux peints de diverfes couleurs , auxquels
on diftribua des Prix .
A l'entrée de la nuit , on tira le grand Feu
d'Artifice qui avoit été préparé fur la Rivière ,
mais le violent Orage qui étoit furvenu ce même
jour fur les deux heures , avoit tellement endommagé
tout l'Artifice figuré de Feux de lances de
diverfes couleurs qui compofoient la décoration
du Temple élevé fur une Terraffe de Rochers ,
qu'aucune partie ne put prendre , & que l'on fut
privé par cet accident, pour ce jour- là , de la partie
principale de ce magnifique Spectacle ; ( b ) mais
ce qui en formoit un , denton ne peut le faire une
trop grande idée , étoit le vafte Baffin du Pont
Royal jufqu'à Chaillot , dont les Berges & les
Quais entiérement couverts d'une multitude innombrable
de Spectateurs , offroit l'image réelle
( a ) On donnera dans le Mercure prochain des
états détaillés des marches & cavalcades .
(b ) Le corps de Ville pour remplir l'objet de fon'
zéle & la fatisfaction des Citoyens , doitfaire éxéJUILLET.
1763 . 215
d'une Nation entière affemblée pour une grande
Solemnité . On conçoit de quelle variété de couleurs
étoit peint cet immenfe tableau , dont les
figures fur des plans en gradation , quoique
tranquiles & fans confufion , produiloient cependant
un mouvement léger & continuel qui l'animoit
& foutenoit perpétuellement l'agrément de
la vue. L'artifice , qu'on appelle Feux d'air qu'il
avoit été plus facile de préierver de l'humidité, eut
plus de fuccès . On admira de très - belles fufées
d'honneur , des Bombes d'un fort bel effet & des
Gerbes ou Girandes d'une multitude de fufées
très -brillantes. Le feu de Rivière en ferpenteaux
& autres figures , fournit fans difcontinuation ,
pendant tout le temps du feu des effets très- agréables
& très-variés fur l'eau.
Il y eut le même foir des fontaines de vin avec
des Orchestres dans toutes les places & dans tous
les lieux marqués de la Ville . Toutes les maifons
des Particuliers furent illuminées , & les Hôtels
des Princes , Seigneurs , Magiftrats , s'étoient
diftingués par des illuminations décorées & des
plus brillantes. Celle de la Place de Louis XV ,
qui mérite une defcription particulière , formoit
en lumières la repréfentation des grandes façades
des deux corps de bâtimens qui l'accompagnent
, dont la riche Architecture étoit deffinée
en lumières , ainfi que les appuis des Baluftres ,
avec des Girandoles dans tout fon circuit , & des
Obélifques de pots- à feu fur toutes les guérites
ou petits pavillons , conftruits en différens endroits
de cette Place.
cuter le Dimanche 3 du préfent mois cette partie
brillante du Feu , après y avoir fait faire les réparations
néceffaires . On inftruira les Lecteurs dans
le fecond volume de ce mois , du fucces de cette réparation
, & l'on donnera une defcription entière
de ce Feu.
216 MERCURE DE FRANCE.
Le grand & brillant effet de cette Place con
duifoit , & d'une certaine diftance , paroiffoit toucher
à celui de l'élégante & en même temps
fuperbe illumination des Jardins de l'Hôtel de
Pompadour ( ci - devant l'Hôtel d'Evreux ) qui
font ouverts dans toute leur étendue fur les
Champs Elifées , à peu de diftance de la Place.
Cette Illumination particulière que l'on décrira
avec plus de détail , ainfi que quelques autres qui
ont embelli la Fête générale a retenu jufqu'à
cinq heures du matin un concours incroyable de
Spectateurs tant en carrolle qu'à pied."
On n'a prèfque jamais remarqué en aucune
occafion plus de joie , plus de mouvement &
plus de fatisfaction dans le Public , que pendant
ces Fêtes. La gaîté du Peuple furtout & fon
allégreffe pourroit fe prouver par la prodigieuſe
confommation du Vin & des Alimens qu'il y
a cu à Paris pendant quelques jours.
Les deux Hôtels des Comédiens du Roi étoient
auffi illuminés avec décorations & autant de magnificence
, que leur étendue le comportoir. On
Tifoit , à celui des Comédiens François dans des
cartels pofés entre les lumières , les deux Inſcriptions
fuivantes.
PACE RESTITUTA
REGE DILECTISSIMO
POSITO
FASTILUSUS.
JOCORUM MATER
PAX ALMA REDIT
JOCOSA SOLVIT
THALIA VOTUM .
Les Nouvelles Politiques au Mercure prochain .
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Résumé : CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
Le texte relate les cérémonies et les fêtes organisées à l'occasion de l'inauguration de la statue du roi sur la place de Louis XV et de la publication de la paix. La Ville de Paris avait initialement prévu des projets somptueux, mais le roi a réduit les dépenses, permettant des réjouissances publiques les 20, 21 et 22 juin. Le 20 juin, une cavalcade et des cérémonies traditionnelles ont marqué l'inauguration de la statue. Le Corps de Ville, accompagné du gouverneur de Paris et de nombreux domestiques, s'est rendu à la place de Louis XV. Malgré un incident technique, la statue a été dévoilée au milieu des acclamations et des salves d'artillerie. Le 21 juin, la paix a été proclamée dans 14 endroits de la ville, avec les cérémonies habituelles. Le 22 juin, des fêtes et des réjouissances publiques ont été organisées dans toute la ville. Un Te Deum a été chanté à Notre-Dame, et des illuminations ont été préparées. Des loges ont été installées au Palais de Bourbon pour les spectateurs, et des jeux nautiques ont été organisés sur la rivière. Un feu d'artifice était prévu, mais un orage a endommagé une partie de la décoration. Les fontaines de vin et les illuminations ont marqué la soirée, avec des illuminations remarquables à la place de Louis XV et aux Jardins de l'Hôtel de Pompadour. La joie et la satisfaction du public ont été remarquables, avec une consommation excessive de vin et d'aliments. Les théâtres ont également été illuminés, affichant des inscriptions célébrant la paix.
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3211
p. 207-210
LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Début :
Monsieur, Une personne de ma connoissance que je ne puis vous nommer [...]
Mots clefs :
Éducation, Livres, Paroisse, Bienfaisance, Dons, Écoliers, Titre, Prix, Récompenses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
LETTRE intéreſſante pour les bons
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
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Résumé : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Une lettre décrit une initiative philanthropique dans une campagne éloignée. Une personne anonyme, ayant reçu une éducation modeste, souhaite encourager les élèves méritants en leur offrant des prix. Elle décide de financer quatre prix annuels pour l'école de son village. Ces prix sont destinés aux élèves les plus performants dans chaque catégorie. La donatrice assure le financement de cette initiative jusqu'à sa mort et même au-delà. Cette initiative a déjà été imitée par d'autres personnes pieuses et respectables. Les prix visent à encourager des qualités telles que le respect, l'honnêteté et la douceur. Les livres offerts incluent des œuvres comme 'Télémaque', des abréviés de la Bible et des manuels éducatifs. Les prix sont attribués en présence de la communauté lors d'une cérémonie religieuse, et les parents sont encouragés à soutenir leurs enfants dans cette démarche. Les livres peuvent être obtenus chez un libraire nommé Ma Herillant, situé rue Saint Jacques.
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3212
p. 195
SERVICE.
Début :
Le premier Septembre, on célébra, dans l'Eglise de l'Abbaye [...]
Mots clefs :
Célébration, Église, Abbaye, Louis XIV, Évêque, Duc, Prince, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
SERVICE.
Le premier Septembre , on célébra , dans
l'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint-Denis , le
Service annuel , fondé pour le repos de l'âme
de Louis XIV . L'Evêque de Montauban y offi
cia. Le Duc de Penthievre & le Prince de Lamballe
y affifterent , ainſi que le Maréchal Duc
de Noailles .
Le premier Septembre , on célébra , dans
l'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint-Denis , le
Service annuel , fondé pour le repos de l'âme
de Louis XIV . L'Evêque de Montauban y offi
cia. Le Duc de Penthievre & le Prince de Lamballe
y affifterent , ainſi que le Maréchal Duc
de Noailles .
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3213
p. 197-199
MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
Début :
On a fait anciennement des tableaux mouvans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât [...]
Mots clefs :
Tableaux, Peinture, Bâtiments, Paysages, Cheminées, Façades, Mouvements, Maître de maison, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
MECANIQUE.
PLANSen relief de Bâtimens
nis de
&dePaysages,gar
figures mouvantes , pourorner deschemi
nées&faire des milieux de deſſerts .
ON
N a fait anciennement des tableaux mou
L
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
vans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât
les figures du fond du tableau , & il
falloit les regarder un peu de loin. Les Dlles
PASSEMANT font de petits Bâtimens , des Payſages
ornés de Figures mouvantes , leſquelles font
placées en avant , & ſe ſoutiennent d'elles-mêmes
, ſans être appliquées à rien. Au milieu d'une
campagne riante & garnie d'Arbres,Arbriffeaux ,
&Fleurs d'émail,on voit Charpentiers , Scieurs
de long , Tailleurs de pierres , Rémouleurs , Forgerons
, Batteurs en grange , Tonneliers , Pêcheurs
, Femmes qui battent le linge àla rivière,
d'autres qui battent le beurre , des Bergers qui
gardent leur troupeau , des Moulins à eau , des
Moulins à vent. Une Méchanique intérieure &
cachée au milieu du Bâtiment donne le mouvementàtout.
Il y a de ces Bâtimens aſſez petits pour être
mis ſur des cheminées ſous des glaces pour les
conſerver , d'autres plus grands ſur des tables ou
commodes auſſi ſous des glaces , d'autres enfin
qui ſont à quatre faces pour ſervir de milieu
dans un deſſert. Il y en a même de fort grands
dont la baſe a deux pieds & demi de long fur
deux pieds de large , compoſée de quatre gradins
deglace: au-deſlus eſt une Montagne couverte
d'arbres formans des allées ; on y voit des Moutons
, des chiens pour les garder , d'un autre
côté , des cerfs & autres animaux , une chute
deau fait mouvoir un moulin , de petits bâtimens
ſont épars ſur la montagne dont le ſommet
eſt courronné par un grand bâtiment à
quatre faces & à pluſieurs étages terminés par
une baluſtrade , chaque façade eſt garnie de figures
mouvantes , il y en a juſques ſur la terraſſes
d'autres également mouvantes ſont placées àdifférens
endroits du contour de laMontagne,
DECEMBRE. 1763. 199 19
Au milieu du Deſſert , le Maître de la maifor
peut ſurprendre agréablement les Convives en
tirant une petite ſoye , plus de trente figures font
miſés en mouvement & paroiffent toutes différemment
occupées & agiſſent pendant une demie
heure ..
On trouvede ces Ouvrages depuis deux Louis
juſqu'à vingt, chez les Diles PASSEMANT. Elles
demeurent chez M. PASSEMANT , leur Pere , aw
Louvre , au-deſſus de l'Académie Françoiſe.
Comme ces ingénieuſes machines peuvent être
très-agréables pour les préſens d'étrennes , nous
croyons faire plaifir d'en informer le Public , &
ſpécialement les curieux quiconnoiffent & refpectent
les grands talens du Pere de ces Demoiſelles.
PLANSen relief de Bâtimens
nis de
&dePaysages,gar
figures mouvantes , pourorner deschemi
nées&faire des milieux de deſſerts .
ON
N a fait anciennement des tableaux mou
L
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
vans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât
les figures du fond du tableau , & il
falloit les regarder un peu de loin. Les Dlles
PASSEMANT font de petits Bâtimens , des Payſages
ornés de Figures mouvantes , leſquelles font
placées en avant , & ſe ſoutiennent d'elles-mêmes
, ſans être appliquées à rien. Au milieu d'une
campagne riante & garnie d'Arbres,Arbriffeaux ,
&Fleurs d'émail,on voit Charpentiers , Scieurs
de long , Tailleurs de pierres , Rémouleurs , Forgerons
, Batteurs en grange , Tonneliers , Pêcheurs
, Femmes qui battent le linge àla rivière,
d'autres qui battent le beurre , des Bergers qui
gardent leur troupeau , des Moulins à eau , des
Moulins à vent. Une Méchanique intérieure &
cachée au milieu du Bâtiment donne le mouvementàtout.
Il y a de ces Bâtimens aſſez petits pour être
mis ſur des cheminées ſous des glaces pour les
conſerver , d'autres plus grands ſur des tables ou
commodes auſſi ſous des glaces , d'autres enfin
qui ſont à quatre faces pour ſervir de milieu
dans un deſſert. Il y en a même de fort grands
dont la baſe a deux pieds & demi de long fur
deux pieds de large , compoſée de quatre gradins
deglace: au-deſlus eſt une Montagne couverte
d'arbres formans des allées ; on y voit des Moutons
, des chiens pour les garder , d'un autre
côté , des cerfs & autres animaux , une chute
deau fait mouvoir un moulin , de petits bâtimens
ſont épars ſur la montagne dont le ſommet
eſt courronné par un grand bâtiment à
quatre faces & à pluſieurs étages terminés par
une baluſtrade , chaque façade eſt garnie de figures
mouvantes , il y en a juſques ſur la terraſſes
d'autres également mouvantes ſont placées àdifférens
endroits du contour de laMontagne,
DECEMBRE. 1763. 199 19
Au milieu du Deſſert , le Maître de la maifor
peut ſurprendre agréablement les Convives en
tirant une petite ſoye , plus de trente figures font
miſés en mouvement & paroiffent toutes différemment
occupées & agiſſent pendant une demie
heure ..
On trouvede ces Ouvrages depuis deux Louis
juſqu'à vingt, chez les Diles PASSEMANT. Elles
demeurent chez M. PASSEMANT , leur Pere , aw
Louvre , au-deſſus de l'Académie Françoiſe.
Comme ces ingénieuſes machines peuvent être
très-agréables pour les préſens d'étrennes , nous
croyons faire plaifir d'en informer le Public , &
ſpécialement les curieux quiconnoiffent & refpectent
les grands talens du Pere de ces Demoiſelles.
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Résumé : MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
Les demoiselles Passemant créent des 'tableaux mouvants' représentant des bâtiments, paysages et figures en mouvement. Les figures, placées en avant, se soutiennent seules sans fixation. Les scènes incluent divers métiers et activités comme des charpentiers, pêcheurs, bergers, et des moulins. Une mécanique intérieure cachee anime les figures. Ces œuvres existent en différentes tailles : certaines sont petites pour cheminées ou tables, d'autres servent de centre de table pour desserts. Les plus grands modèles atteignent deux pieds et demi de long sur deux pieds de large, avec plusieurs gradins de glace, une montagne couverte d'arbres et d'animaux, et un grand bâtiment à plusieurs étages. Lors des repas, le maître de maison peut activer une corde pour mettre en mouvement plus de trente figures pendant une demi-heure. Ces œuvres, disponibles à des prix variés de deux à vingt louis, peuvent être achetées chez M. Passemant, père des demoiselles, au Louvre, au-dessus de l'Académie Française. Le texte souligne leur intérêt comme présents d'étrennes et rend hommage aux talents du père des demoiselles Passemant.
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3214
p. 199-200
SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
Début :
Je vous prie, Monsieur, d'annoncer au Public le Portrait de M. Rousseau [...]
Mots clefs :
Portrait, Rousseau, Poète, Gravure, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts.
LETTRE A M. DE LA PLACE.
JE vous prie , Monfieur , d'annoncer au Public
lePortrait de M. Rouffeau . l'un des plus célébres
Poëtes François , gravé par M. Ficquet ,
dont le burin ſçavant & délicat s'eſt déja fi
avantageuſement fait connoître par les beaux
Portraits de MM. Delafontaine & Voltaire . Cette
dernière production mérite les plus grands éloges
, & vous en jugerez vous-même , Monfieur ,
par l'epreuve que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Ces trois Portraits de même grandeur ſe trouvent
, enſemble ou féparément , chez les principaux
Marchands d'Eſtampes , chez Duchesne ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , chez Lattré , Graveur , rue S. Jacques:
àla Ville de Bordeaux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris , ce. 2.Décembre 1763 .
LETTRE A M. DE LA PLACE.
JE vous prie , Monfieur , d'annoncer au Public
lePortrait de M. Rouffeau . l'un des plus célébres
Poëtes François , gravé par M. Ficquet ,
dont le burin ſçavant & délicat s'eſt déja fi
avantageuſement fait connoître par les beaux
Portraits de MM. Delafontaine & Voltaire . Cette
dernière production mérite les plus grands éloges
, & vous en jugerez vous-même , Monfieur ,
par l'epreuve que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Ces trois Portraits de même grandeur ſe trouvent
, enſemble ou féparément , chez les principaux
Marchands d'Eſtampes , chez Duchesne ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , chez Lattré , Graveur , rue S. Jacques:
àla Ville de Bordeaux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris , ce. 2.Décembre 1763 .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
La lettre du 2 décembre 1763 annonce la publication du portrait de M. Rouffeau, gravé par M. Ficquet. Ce graveur est célèbre pour ses portraits de MM. Delafontaine et Voltaire. Les portraits de Rouffeau, Delafontaine et Voltaire sont disponibles chez Duchesne, Lattré et à Bordeaux. Une épreuve du portrait de Rouffeau est incluse pour jugement.
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3215
s. p.
LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE DE FRANCE SUR LE COMTE DE WARVICK TRAGÉDIE NOUVELLE EN CINQ ACTES ET EN VERS Représentée, pour la première fois, le lundi 7 Novembre 1763.
Début :
Voici, Messieurs, une nouvelle preuve de cette vérité que Corneille a devinée [...]
Mots clefs :
Warvick, Comte, Roi, Gloire, Coeur, Scène, Théâtre, Vengeance, Angleterre, Ingratitude, Destin, Espoir, Tragédie, Amour, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE DE FRANCE SUR LE COMTE DE WARVICK TRAGÉDIE NOUVELLE EN CINQ ACTES ET EN VERS Représentée, pour la première fois, le lundi 7 Novembre 1763.
LETTRE
AUX AUTEURS
DU MERCURE
DE FRANCE ,
SUR LE
COMTE DE WARVICK,
TRAGÉDIE NOUVELLE ,
EN CINQ ACTES ET EN VERS
Repréſentée , pour la première fois , le Lundi
2 Novembre 1763.
M. DCC . LXIII.
TELEEH
LETTRE
AUX AUTEURS
DU
MERCURE DE FRANCE.
VOICI , Meſſieurs , une nouvelle preuve
de cette vérité que Corneille a devinée
parſentiment &qu'il a fi bien placée dans
ſaTragédie duCid : e'eſt le Cid qui parle :
«Mes pareils à deux fois ne ſe font point connoître;
»Et pour leurs coups d'eſſai veulent des coups de
Maître. >>>
C'eſt ainſi que les Racine & les Voltaires'annonçoient
ſur laScène Françoiſe.
Monfieur de la Harpe paroît avoir bien
étudié la manière de ces grands Peintres
del'ame, & ſe voit, comme eux, couronné
A iij
dès le premier pas qu'il a fait dans la car
rière du Théatre .
La Tragédie de Warvick, dont je vais
faire l'analyſe exacte , eſt un Ouvrage
qu'on ne devoit pas attendre d'un Ecolier
àpeine forti des Univerſités. Il est vrai
que ſes premiers Maîtres n'avoient pas
méconnu fon génie , & que M. de la
Harpe , avant l'âge de vingt ans , avoit
rendu fon nom celebre & intéreſſant dans
les faſtes de cette Ecole de goût & de
moeurs , qui compte plus d'un Rollin parmi
ſes Chefs .
Tout le monde paroît demeurer d'ac
cord que le plan de cette Tragédie eft
heureuſement conçu , que les caractères
en font nobles , & auffi - bien foutenus
que contraſtés , les ſentimens vrais
& grands fans enfure , le ſtyle élégant
& la verſification facile , mais toujours
harmonieuſe . Ceux qui s'intéreſſent à la
gloire de notre Theatre voient avec plaifir
s'élever un jeune Poëte , qui a le courage
de ſacrifier à la préciſion de ſes
dialogues ces maximes & ces ſentences
tant rebattues & toujours applaudies .
Ils lui ſçauront gré ſans doute d'avoir
composé dans un genre preſque oublié de
nos jours , & qui a fait place aux monf
trueuſes &burleſques Pantomimes qu'on
nous apporte d'Angleterre ou d'Italie .
Mais outre le mérite réel de cette Tragé
die , il en eſt un qui appartient plus aux
moeurs qu'au génie ; l'Auteur ſemble ne
s'être écarté de l'hiſtoire que pour donner
à Warvick toute la grandeurdont une
ame eft capable. Auguſte qui pardonne a
Cinna , n'eſt pas plus généreux que Warvick
empriſonné par Edouard , & qui ne
fort de ſa priſon que pour le couronner
une ſeconde fois . Les acclamations univerfelles
données au Comte de Warvick
dans ce moment , font un témoignage
irrécuſable contre les détracteurs
de la Scène Françoiſe . Ce n'eſtpoint affez
qu'un beau diſcours devenu preſque une
action par la véhémente éloquence de
l'Orateur , nous imprime des leçons de
vertu , ce ſont des exemples de générofité
qui nous frappent au Théatre , qui rappellent
l'homme à ſa première dignité :
ce font peut - être ces applaudiſſemens
unanimes & forcés que nous donnons à
la vertu qui nous emportent juſqu'à elle ,
qui nous rendent capables d'y atteindre ,
& font du Théatre même une école de
moeurs , que rien ne peut remplacer.
A iiij
NOMS DES ACTEURS.
YORCK , Roi d'Angleterre , ſous le nom
d'Edouard.
MARGUERITE D'AN JOU , femme de
Lancaftre , Roi d'Angleterre, ſous le nom
de HENRY.
LE COMTE DE WARVICK.
SUFFOLK , Confident d'Edouard.
SUMMER , Ami de Warvick.
ELISABETH , Amante de Warwick.
NEVILLE , Confidente de Margueritean
GARDES.
?
A
C
Ho La Scène est à Londres.
?
1612
ACTE PREMIER
MARGUERITE ouvre la ſcèneavecNéville
ſa confidente , & lui découvre les
ſecrets motifs de ſa joie &de ſes nouvelles
eſpérances : Edouard vainqueur de
Henri VI , & placé ſur ſon Trône par la
valeur & l'amitié de Warvick , va dans
l'absence de ce guerrier lui ravir ſa Maîtreffe
, & doit ce jour même épouſer Elifabeth
de Gray. Marguerite ſe flatte que
Warvick , irrité d'un affront fi peu attendu
, va travailler avec elle à rétablir
fon mari ſur le Trône d'Angleterre :
c'eſt pourquoi elle ſe propoſe d'obtenir
d'Edouard la liberté de paſſer en France
pour y joindre le Comte de Warvick ,
& l'inſtruire des amours & de l'ingratitude
du Maître qu'il s'eſt donné.
Edouard , ſans lui refuſer ni lui accorder
ſa demande , lui fait entendre que
le moment de la paix ſera celui de ſa liberté.
Le Roi ouvre à Suffolck les replis
de ſon coeur , il lui confie ſes projets , ſes
craintes , ſes combats, la violence de fon
amour . C'eſt ſurtout l'amitié de Warvick
qui lui peſe ; c'eſt Warvick , c'eſt un ami
Av
A
qu'il craint d'offenſer ; mais il eſpere le
fléchir & ordonne à Suffolck de ſe rendre
à la Cour de France , &c. &c. Alors
on apprend que le Comte vient d'arriver
dans Londres aux acclamations de tout le
Peuple , & le Roi ſe retire dans le plus
grand trouble .
Telle eſt la marche du premier Acte ,
nous n'en citerons qu'un trait rendu ſublime
par Mademoiselle Dumeſnil , &
qui le paroîtra peut - être encore ſans
elle.
Cet MARGUERITE qui parle.
Demomens en momens j'attendois le trépas ;
Unbrigand ſe préſente ,& fon avide joie
Brille dans ſes regards à l'aſpect de ſa proie.
Il eſt prêt à frapper : je reſtai ſans frayeur ,
Un eſpoir imprévu vint ranimer mon coeur.
Sans guide , fans ſecours ,dans ce lieu folitaire,
J'oſai dans ce brigand voir un Dieu tutélaire.
« Tiens , approche , ( lui dis-je, en lui montrant
mon fils , 1
Qu'à peine ſoutenoient mes bras appeſantis,)
Ofe fauver ton Prince , oſe ſauver ſamere.>>>>
J'étonnai , j'attendris ce mortel ſanguinaire ,
Mon inttépidité le rendit généreux. alloy
LeCiel veilloit alors fur mon fils malheureux,
Oubien le front des Rois , que le deſtin accable ;
Sous les traits du malheur ſemble plus refpectable,
a Suivez-moi , me dit-il , &le fer à la main ,
Portant mon fils de Pautre, il nous fraye un ches
9039
2
2
Et ce mortel abject , tout fier de ouvrage ,
fon
Sembloit , en me ſauvant , égaler mon courage.
apne me ACTE II
WARVICK commence à s'applaudir
C
avec Summer d'avoir rétabli la paix entre
deux Nations rivales & hautaines , d'avoir
obtenu pour fon Maître la Soeur de Louis
XI , & de ſe voir à la fois l'arbitre , la
zerreur & le foutien des Rois. C'eſt dans
cet eſprit qu'il rend compte enſuite au Roi
du ſuccès de ſa négociation , & qu'il ſe
félicite de l'avoir ſervi dans la Cour des
Rois comme dans les combats. Edouard
loue ſon zèle , & conſent à ratifier la paix,
mais non à épouſer la Soeur de Louis XI .
Le Comte de Warvick inſiſte ſur la né
ceffité de fatisfaire au traité dont il fut
garant lui-même ; & le Roi , fans lui devoiler
tout-à-fait le myſtère de ſes nouvelles
amours , ſe retire en lui laiſſant
voir autantde trouble que d'amitié : War
vick reſte dans l'étonnement. Marguerite
vient l'en tirer , & s'exprime ainfier
MARGUERITE. ( Elle continue àparler
d'Edouard.)
Onditque ſur ſon coeur l'amour leplus ardent
Prend, depuis quelques jours, un ſuprême afcen
dant....
1.
On dit plus , & peut- être allez-vous en douter :
Ondit que cet objet, qu'il eût dû reſpecter,
Avoit promis ſa main , gage d'unfeufincère,
Auplus grand des Guerriers qu'ait produit l'Angle
terre ,
A qui même Edouard doit toute fa grandeur :
Qu'Edouard lâchement trahit ſon bienfaiteur :
Que pour prix de ſon zèle , & d'une foi conſtantel
Il lui ravit enfin ſa femme& ſon amante!
Ce ſont-là ſes projets , ſes voeux & ſon eſpoir,
Et c'eſt Elifabeth qu'il époufe ce ſoir.
•
: • • :
Pourquoi trouveriez -vous ce récit incroyable?
Lorſque l'on a trahi ſon Prince & ſon devoir ,
Voilà, voilà le prix qu'on en doit recevoir.
Si Warvick eût ſuivi de plusjuſtes maximes ,
S'il eût cherché pour moi des exploits légitimes,
४
Il me connoît aſſez , pour croire quemon cosur
D'unplus digne retour eût payé ſa valeur.
Adieu. Dans peu d'inftans vous pourrez reconnoî
tre
Cequ'a produit pour vous le choix d'un nouveau
Maître;
Vous apprendrez bien-tôt qui vous deviez ſervir.
Vous apprendrez du moins qui vous devez hair .
Je rends grace au deſtin. Oui , ſa faveur commence
Amefaireaujourd'hui goûter quelque vengeance ;
Et j'ai vû l'ennemi qui combattit ſon Roi,
Puni parun ingrat qu'il ſervît contre moi.
Warvick veut encore douter des dif
cours de Marguerite , & de l'ingratitude
de fon ami ; mais Summer & enſuite Eli
ſabeth viennent confirmer tout ce qu'il
a appris . Warvick jure d'en tirer ven
geance. Elifabeth s'efforce en vain de le19
calmer , & Warvick fort en menaçant.
Cof
3????? ?????????????
MA
ACTE III
ARGUERITE s'applaudit d'avoir irrite
Warvick , & peint ainſi le génie des
Anglois dont il eſt l'idole .
MARGUERITE, a Néville.
:
おす
)
Ne crois pas qu'Edouard triomphe impunément,
Mets-toi devant les yeux ce long enchaînement
De meurtres , de forfaits , dont la guerre civile
A, depuis fi long-tems , épouvanté cette Iſle.
Songe au ſang dont nos yeux ont vû couler des
flots ,
по
3
53
A
Sous le fer des foldats , ſous le fer des bourreaux ;
Ou d'un père ou d'un fils chacun pleure la perte ,
Et d'un deuil éternel l'Angleterre eſt couverte.
De vingt mille proſcrits les malheureux enfans
Brûlent tous en ſecret de venger leurs parens ;
Ils ont tous entendu , le jour de leur naiſſance ,
Autour de leur berceau le cri de la vengeance :
Tous ont été , depuis , nourris dans cet eſpoir ,
Et pour eux , en naiſſant , le meurtre eſt un devoirs
Je te dirai bien plus , le ſang & le ravage
Ont endurci ce Peuple , ont irrité ſa rage;
Et depuis ſi long-tems au carnage exercé;
II conferve la foifdu ſang qu'il a verſé.
Mais elle craint que ce Guerrier trop
ſuperbe n'éclate en menaces inſultantes
devant fon maître , & que le Roi ne le
faffe arrêter , elle fort : ( ce qui laiſſe le
Théatre vuide afſfez inutilement. C'eſt un
défaut dont les plus grands Maîtres ont
donné l'exemple , mais que leurs éleves ne
doivent jamais imiter. )Edouard cependant
qui vient d'apprendre de Suffolck
que Warvick ne lui a répondu que par
des emportemens , commande qu'on l'éloigne
Mais Warvick paroît , &
lui fait une longue énumération de ſes
ſervices , il lui rappelle ſes propres difcours
fur le champ de bataille où fon
pere venoit d'expirer , & ſe plaint de
fon ingratitude . Edouard lui fait une
réponſe très-moderée , quoique noble , &
qu'on ſera peut-être bien aiſe de trouver
ici.
?
...
Ceft EDOUARD qui parle.
Moderez devant moi ce tranſportqui m'offenfe.
Vantez moins vos exploits, j'en connois l'impor
tance;
Mais ſçachez qu'Edouard , arbitre de ſon fort,
Auroit trouvé ſans vous la victoire ou llaamort;
Vous n'enpouvezdouter, vous devez me connol
tre.
Eh! quels ſont donc enfin les torts de votre Mai-
; tre?
Je vous promis beaucoup: vous ai-je donnémoins ?
Lerang, où pres de moi vous ontplacé mes ſoins,
L'éclat de vos honneurs, vosbiens, votre puiſlance,
Sont-ils de vains effets de ma reconnoiſſance ?
Il eſt vrai, j'ai cherché l'Hymen d'Elifabeth.
N'ai-je pû faire au moins ce qu'a fait mon Sujet ,
Etm'est- il défendu d'écouter ma tendreſſe ,
De brûler pour l'objet où votre eſpoir s'adreſſe ?
Queme reprochez-vous? Suis-je injuſte ou cruel ?
L'ai-je, comme unTyran , fait traîner à l'autel ??
Je me fuis , comme vous , efforcé de lui plaire ,
Je me ſuis appuyé de l'aveu de ſon pere ;
J'ai demandé le ſien; & s'il faut dire plus ,
Elle n'a point encor expliqué ſes refus.
Laiſſez-moi juſques-là me flatter que ma flamme
Quemes foins , mes reſpects , n'offenſent point fon
ame;
Etqu'un coeur qui du vôtre a mérité les voeux,
Peut être , malgré vous, ſenſible à d'autres feux.
•
WARVICK & EDOUARD.
Jamais Elifabeth ne me ſera ravie ,
Onvous ne l'obtiendrez qu'aux dépen de maviej
Jamais impunémentje ne fus offenfé
יצ
Y
EDOUARD.
Jamais impunément je ne fus menacé ;
Et fi d'une amitié , qui me fut long-tems chère?
Le ſouvenir encor n'arrêtoit ma colère ,
Vous en auriez déjà reſſenti les effets ....
Peut-être cet effort vaut ſeul tous vos bienfaits.
Nepouſſez pas plus loinma bonté qui ſe laſſe
Et ne me forcez pas à punir votre audace.
Edouard peut d'un mot venger ſes droits bleſſés,
Etfût-il votre ouvrage ; il eſt Roi, frémiſſez.
Le Comte de Warvick lui répond
par des reproches encore plus amers ;
Edouard fait entrer ſesGardes ; Elifabeth
arrive avec eux : le Comte lui exagere
les torts de l'ingrat Yorck , & la quitte
pour courir à la vengeance. Edouard or
donne qu'on arrête le Comte de Warvick .
Elifabeth demeure avec le Roi pour l'appaifer
, & l'on vient leur annoncer que
Warvick s'eſt laiſſe conduire à la tour ,
mais que le peuple s'émeut en fa faveur :
le Roi fort pour aller le contenir.
SOIVAAT
0
C
ACTE IV.
WARVICK feul & dans la prifon , fe
retrace ainſi le fort de ſon premier maître :
.. C'eſt dans ces lieux, dans cette tour horrible
Qu'à vivre dans les fers par moi ſeul condamné
Lemalheureux Henri languit abandonné ,
L'Oppreſſeur , l'Opprimé n'ont plus qu'un même
afyle.
Hélas ! dans ſon malheur il eſt calme& tranquille,
Il eſt loin de penſer qu'un revers plein d'horreur
Enchaîne auprès de lui ſon ſuperbe vainqueur.
Summer vient lui apprendre que le parti
de Marguerite doit bientôt le délivrer.
Warvick le conjure par les pleurs qu'il
verſe encore devant lui , de hâter le moment
de ſa liberté. Summer lui promet
tout , & fort pour lui obéir.
Plus calme après ces eſpérances , Warwick
réfléchit ſur l'illuſion qui l'a confolé
; Elifabeth arrive,
L'objet de cette Scène n'eſt ni précis ,
ni déterminé ; mais l'art de l'Auteur , la
figure aimable & la voix touchante de MademoiſelleDubois,
fur-tout les talens ſupérieurs
de M. Le Kain , qu'on peut appellerleGarrickFrançois
, concourent àpal
lier ce léger défaut .
Enfin des Gardes viennent chercher
Elifabeth pour la conduire auprès du
Roi ; Warvick retombe dans ſes incertitudes
, & dans l'agitation . Alors
des Gardes enfoncent la prifon , & Summer
à leur tête parle ainfi.
SCENE VII.
SUMMER..
J'apporte la vengeance ,
Ami , prenez ce fer ; foyez libre & vainqueur .
WARVICK.
Tout estdonc réparé ? .. Cherami , quel bonheut !
SUMMER.
Votre nom, votre gloire, & la Reine & moi-même ,
Tout range ſous vos loix un peuple qui vous aime
Marguerite , échappée aux Gardes du Palais ,
D'abord, à votre nom , raſſemble les Anglois ,
Jemejoins à ſes cris : tout s'émeut, tout s'emprefle,
Tous veulent vous offrir une main vengereſſe.
On attaque , on aſſiége Edouard allarmé
Avec Elifabeth au Palais renfermé.
Paroiſſez ; c'eſt à vous d'achever la victoire.
mivenez chercher la vengeance & la gloire.
WARVICK.
Voilàdonc où ſa faute & le fort l'ont réduit :
De ſon ingratitude il voît enfin le fruit.
Il l'a trop mérité. Marchons ... Warvick, arrête.
Tu vas donc d'une femme achever la conquête
Ecrafer fans effort un rival abbatu?
20 Sont-ce làdes exploits dignes de ta vertu ?
Eft-ce un ſi beautriomphe offert à ta vaillance ;
D'immoler Edouard, quand il eſt ſans défenſe ?
Ah!j'embraffe unprojetplus grand,plus généreux.
Voici de mes inftans l'inſtant le plus heureux.
Ce jour de mes malheurs eſt le jour de ma gloire.
C'eſt moiqui vais fixer le fort & la victoire.
Le deſtin d'Edouard ne dépend que de moi.
J'ai guidé ſa jeuneſſe & mon bras l'a fait Roi ;
J'al conſervé ſes jours & je vais les défendre .
Je luidonnai le ſceptre , &je vais le lui rendre
Detous les ennemis confondre les projets,
Et je veux le punit à force de bienfaitsig
Il connoîtra mon coeur autant que mon courage W
Une ſeconde fois il ſera monouvrage, Do
Qu'il va ſe repentir de m'avoir outrage
Combien it va rougir ! ... Amis , je ſuis venge.
Allons, braves Anglois , c'eſt Warvick qui vous
guide,
Ne déſavouez point votre Chef intrépide.
Sivous aimez l'honneur, venez tous avec mo
Et combattre Lançaſtre, & fauver votre Roi
Fin du quatrième Alte
uby
ACTE V
ELISABETH qui ne connoîtdeWarvick
que fa fureur &fes projets de vengeance ,
tremble également pour les jours de fon
amant , &pour ceux de fon Roi. Suffolck
vient la raſſurer par le récit de ce qui
s'eſt paffé ſous les yeux, Warvick a
diffipe le parti de Marguerite qui affiés
geoit Edouard dans ſon palais , & l'a
couronné pour la feconde fois. Elifabeth
ſe livre à la joie. Edouard l'augmente
encore en lui déclarant qu'il eſt prêt à
épouſer la foeur de Louis XI , & à
l'unir au Comte de Warvick. Marguerite
priſonniere , mais triomphante , leur apprend
qu'elle s'eſt vengée du Comte de
Warvick , & qu'il eſt expirant,
Voici les vers qui ſont dans la bouche
du Comte de Warvick qu'on amene ſur
le Théatre , & qui terminent la piece :
... Ecoutez moins de vains reſſentimens.
Renvoyez à Louis cette femme cruelle ,
Il pourroit la venger , ne craignez plus riend'elle.
Cepeuplequi m'aima ,la déteſte aujourd'hui
Quim'adonné la mort ne peut régner ſur lui,
Pleurez moinsmon trépas. Macarriere eſt finic
Aumoment leplus beaudont s'illuſtrama vie.
Mavoix a fait encor le deſtin des Anglois :
Etj'emporte au tombeau ma gloire & vos regrets
Π
WARVICK continueens'adreſſant à EDOUARD.
N'accuſons de vos maux que yous & que moi
même.
Votre amour fut aveugle &mon orgueil extrême,
Vous aviez oublié mes ſervices : &moi
J'oubliai trop , hélas ! que vous étiez monRei,
J'ai l'honneur d'être ,
MESSIEURS,
Votre très-humble & très
obéiſſant Serviteur ,
JOUBERT.
AUX AUTEURS
DU MERCURE
DE FRANCE ,
SUR LE
COMTE DE WARVICK,
TRAGÉDIE NOUVELLE ,
EN CINQ ACTES ET EN VERS
Repréſentée , pour la première fois , le Lundi
2 Novembre 1763.
M. DCC . LXIII.
TELEEH
LETTRE
AUX AUTEURS
DU
MERCURE DE FRANCE.
VOICI , Meſſieurs , une nouvelle preuve
de cette vérité que Corneille a devinée
parſentiment &qu'il a fi bien placée dans
ſaTragédie duCid : e'eſt le Cid qui parle :
«Mes pareils à deux fois ne ſe font point connoître;
»Et pour leurs coups d'eſſai veulent des coups de
Maître. >>>
C'eſt ainſi que les Racine & les Voltaires'annonçoient
ſur laScène Françoiſe.
Monfieur de la Harpe paroît avoir bien
étudié la manière de ces grands Peintres
del'ame, & ſe voit, comme eux, couronné
A iij
dès le premier pas qu'il a fait dans la car
rière du Théatre .
La Tragédie de Warvick, dont je vais
faire l'analyſe exacte , eſt un Ouvrage
qu'on ne devoit pas attendre d'un Ecolier
àpeine forti des Univerſités. Il est vrai
que ſes premiers Maîtres n'avoient pas
méconnu fon génie , & que M. de la
Harpe , avant l'âge de vingt ans , avoit
rendu fon nom celebre & intéreſſant dans
les faſtes de cette Ecole de goût & de
moeurs , qui compte plus d'un Rollin parmi
ſes Chefs .
Tout le monde paroît demeurer d'ac
cord que le plan de cette Tragédie eft
heureuſement conçu , que les caractères
en font nobles , & auffi - bien foutenus
que contraſtés , les ſentimens vrais
& grands fans enfure , le ſtyle élégant
& la verſification facile , mais toujours
harmonieuſe . Ceux qui s'intéreſſent à la
gloire de notre Theatre voient avec plaifir
s'élever un jeune Poëte , qui a le courage
de ſacrifier à la préciſion de ſes
dialogues ces maximes & ces ſentences
tant rebattues & toujours applaudies .
Ils lui ſçauront gré ſans doute d'avoir
composé dans un genre preſque oublié de
nos jours , & qui a fait place aux monf
trueuſes &burleſques Pantomimes qu'on
nous apporte d'Angleterre ou d'Italie .
Mais outre le mérite réel de cette Tragé
die , il en eſt un qui appartient plus aux
moeurs qu'au génie ; l'Auteur ſemble ne
s'être écarté de l'hiſtoire que pour donner
à Warvick toute la grandeurdont une
ame eft capable. Auguſte qui pardonne a
Cinna , n'eſt pas plus généreux que Warvick
empriſonné par Edouard , & qui ne
fort de ſa priſon que pour le couronner
une ſeconde fois . Les acclamations univerfelles
données au Comte de Warvick
dans ce moment , font un témoignage
irrécuſable contre les détracteurs
de la Scène Françoiſe . Ce n'eſtpoint affez
qu'un beau diſcours devenu preſque une
action par la véhémente éloquence de
l'Orateur , nous imprime des leçons de
vertu , ce ſont des exemples de générofité
qui nous frappent au Théatre , qui rappellent
l'homme à ſa première dignité :
ce font peut - être ces applaudiſſemens
unanimes & forcés que nous donnons à
la vertu qui nous emportent juſqu'à elle ,
qui nous rendent capables d'y atteindre ,
& font du Théatre même une école de
moeurs , que rien ne peut remplacer.
A iiij
NOMS DES ACTEURS.
YORCK , Roi d'Angleterre , ſous le nom
d'Edouard.
MARGUERITE D'AN JOU , femme de
Lancaftre , Roi d'Angleterre, ſous le nom
de HENRY.
LE COMTE DE WARVICK.
SUFFOLK , Confident d'Edouard.
SUMMER , Ami de Warvick.
ELISABETH , Amante de Warwick.
NEVILLE , Confidente de Margueritean
GARDES.
?
A
C
Ho La Scène est à Londres.
?
1612
ACTE PREMIER
MARGUERITE ouvre la ſcèneavecNéville
ſa confidente , & lui découvre les
ſecrets motifs de ſa joie &de ſes nouvelles
eſpérances : Edouard vainqueur de
Henri VI , & placé ſur ſon Trône par la
valeur & l'amitié de Warvick , va dans
l'absence de ce guerrier lui ravir ſa Maîtreffe
, & doit ce jour même épouſer Elifabeth
de Gray. Marguerite ſe flatte que
Warvick , irrité d'un affront fi peu attendu
, va travailler avec elle à rétablir
fon mari ſur le Trône d'Angleterre :
c'eſt pourquoi elle ſe propoſe d'obtenir
d'Edouard la liberté de paſſer en France
pour y joindre le Comte de Warvick ,
& l'inſtruire des amours & de l'ingratitude
du Maître qu'il s'eſt donné.
Edouard , ſans lui refuſer ni lui accorder
ſa demande , lui fait entendre que
le moment de la paix ſera celui de ſa liberté.
Le Roi ouvre à Suffolck les replis
de ſon coeur , il lui confie ſes projets , ſes
craintes , ſes combats, la violence de fon
amour . C'eſt ſurtout l'amitié de Warvick
qui lui peſe ; c'eſt Warvick , c'eſt un ami
Av
A
qu'il craint d'offenſer ; mais il eſpere le
fléchir & ordonne à Suffolck de ſe rendre
à la Cour de France , &c. &c. Alors
on apprend que le Comte vient d'arriver
dans Londres aux acclamations de tout le
Peuple , & le Roi ſe retire dans le plus
grand trouble .
Telle eſt la marche du premier Acte ,
nous n'en citerons qu'un trait rendu ſublime
par Mademoiselle Dumeſnil , &
qui le paroîtra peut - être encore ſans
elle.
Cet MARGUERITE qui parle.
Demomens en momens j'attendois le trépas ;
Unbrigand ſe préſente ,& fon avide joie
Brille dans ſes regards à l'aſpect de ſa proie.
Il eſt prêt à frapper : je reſtai ſans frayeur ,
Un eſpoir imprévu vint ranimer mon coeur.
Sans guide , fans ſecours ,dans ce lieu folitaire,
J'oſai dans ce brigand voir un Dieu tutélaire.
« Tiens , approche , ( lui dis-je, en lui montrant
mon fils , 1
Qu'à peine ſoutenoient mes bras appeſantis,)
Ofe fauver ton Prince , oſe ſauver ſamere.>>>>
J'étonnai , j'attendris ce mortel ſanguinaire ,
Mon inttépidité le rendit généreux. alloy
LeCiel veilloit alors fur mon fils malheureux,
Oubien le front des Rois , que le deſtin accable ;
Sous les traits du malheur ſemble plus refpectable,
a Suivez-moi , me dit-il , &le fer à la main ,
Portant mon fils de Pautre, il nous fraye un ches
9039
2
2
Et ce mortel abject , tout fier de ouvrage ,
fon
Sembloit , en me ſauvant , égaler mon courage.
apne me ACTE II
WARVICK commence à s'applaudir
C
avec Summer d'avoir rétabli la paix entre
deux Nations rivales & hautaines , d'avoir
obtenu pour fon Maître la Soeur de Louis
XI , & de ſe voir à la fois l'arbitre , la
zerreur & le foutien des Rois. C'eſt dans
cet eſprit qu'il rend compte enſuite au Roi
du ſuccès de ſa négociation , & qu'il ſe
félicite de l'avoir ſervi dans la Cour des
Rois comme dans les combats. Edouard
loue ſon zèle , & conſent à ratifier la paix,
mais non à épouſer la Soeur de Louis XI .
Le Comte de Warvick inſiſte ſur la né
ceffité de fatisfaire au traité dont il fut
garant lui-même ; & le Roi , fans lui devoiler
tout-à-fait le myſtère de ſes nouvelles
amours , ſe retire en lui laiſſant
voir autantde trouble que d'amitié : War
vick reſte dans l'étonnement. Marguerite
vient l'en tirer , & s'exprime ainfier
MARGUERITE. ( Elle continue àparler
d'Edouard.)
Onditque ſur ſon coeur l'amour leplus ardent
Prend, depuis quelques jours, un ſuprême afcen
dant....
1.
On dit plus , & peut- être allez-vous en douter :
Ondit que cet objet, qu'il eût dû reſpecter,
Avoit promis ſa main , gage d'unfeufincère,
Auplus grand des Guerriers qu'ait produit l'Angle
terre ,
A qui même Edouard doit toute fa grandeur :
Qu'Edouard lâchement trahit ſon bienfaiteur :
Que pour prix de ſon zèle , & d'une foi conſtantel
Il lui ravit enfin ſa femme& ſon amante!
Ce ſont-là ſes projets , ſes voeux & ſon eſpoir,
Et c'eſt Elifabeth qu'il époufe ce ſoir.
•
: • • :
Pourquoi trouveriez -vous ce récit incroyable?
Lorſque l'on a trahi ſon Prince & ſon devoir ,
Voilà, voilà le prix qu'on en doit recevoir.
Si Warvick eût ſuivi de plusjuſtes maximes ,
S'il eût cherché pour moi des exploits légitimes,
४
Il me connoît aſſez , pour croire quemon cosur
D'unplus digne retour eût payé ſa valeur.
Adieu. Dans peu d'inftans vous pourrez reconnoî
tre
Cequ'a produit pour vous le choix d'un nouveau
Maître;
Vous apprendrez bien-tôt qui vous deviez ſervir.
Vous apprendrez du moins qui vous devez hair .
Je rends grace au deſtin. Oui , ſa faveur commence
Amefaireaujourd'hui goûter quelque vengeance ;
Et j'ai vû l'ennemi qui combattit ſon Roi,
Puni parun ingrat qu'il ſervît contre moi.
Warvick veut encore douter des dif
cours de Marguerite , & de l'ingratitude
de fon ami ; mais Summer & enſuite Eli
ſabeth viennent confirmer tout ce qu'il
a appris . Warvick jure d'en tirer ven
geance. Elifabeth s'efforce en vain de le19
calmer , & Warvick fort en menaçant.
Cof
3????? ?????????????
MA
ACTE III
ARGUERITE s'applaudit d'avoir irrite
Warvick , & peint ainſi le génie des
Anglois dont il eſt l'idole .
MARGUERITE, a Néville.
:
おす
)
Ne crois pas qu'Edouard triomphe impunément,
Mets-toi devant les yeux ce long enchaînement
De meurtres , de forfaits , dont la guerre civile
A, depuis fi long-tems , épouvanté cette Iſle.
Songe au ſang dont nos yeux ont vû couler des
flots ,
по
3
53
A
Sous le fer des foldats , ſous le fer des bourreaux ;
Ou d'un père ou d'un fils chacun pleure la perte ,
Et d'un deuil éternel l'Angleterre eſt couverte.
De vingt mille proſcrits les malheureux enfans
Brûlent tous en ſecret de venger leurs parens ;
Ils ont tous entendu , le jour de leur naiſſance ,
Autour de leur berceau le cri de la vengeance :
Tous ont été , depuis , nourris dans cet eſpoir ,
Et pour eux , en naiſſant , le meurtre eſt un devoirs
Je te dirai bien plus , le ſang & le ravage
Ont endurci ce Peuple , ont irrité ſa rage;
Et depuis ſi long-tems au carnage exercé;
II conferve la foifdu ſang qu'il a verſé.
Mais elle craint que ce Guerrier trop
ſuperbe n'éclate en menaces inſultantes
devant fon maître , & que le Roi ne le
faffe arrêter , elle fort : ( ce qui laiſſe le
Théatre vuide afſfez inutilement. C'eſt un
défaut dont les plus grands Maîtres ont
donné l'exemple , mais que leurs éleves ne
doivent jamais imiter. )Edouard cependant
qui vient d'apprendre de Suffolck
que Warvick ne lui a répondu que par
des emportemens , commande qu'on l'éloigne
Mais Warvick paroît , &
lui fait une longue énumération de ſes
ſervices , il lui rappelle ſes propres difcours
fur le champ de bataille où fon
pere venoit d'expirer , & ſe plaint de
fon ingratitude . Edouard lui fait une
réponſe très-moderée , quoique noble , &
qu'on ſera peut-être bien aiſe de trouver
ici.
?
...
Ceft EDOUARD qui parle.
Moderez devant moi ce tranſportqui m'offenfe.
Vantez moins vos exploits, j'en connois l'impor
tance;
Mais ſçachez qu'Edouard , arbitre de ſon fort,
Auroit trouvé ſans vous la victoire ou llaamort;
Vous n'enpouvezdouter, vous devez me connol
tre.
Eh! quels ſont donc enfin les torts de votre Mai-
; tre?
Je vous promis beaucoup: vous ai-je donnémoins ?
Lerang, où pres de moi vous ontplacé mes ſoins,
L'éclat de vos honneurs, vosbiens, votre puiſlance,
Sont-ils de vains effets de ma reconnoiſſance ?
Il eſt vrai, j'ai cherché l'Hymen d'Elifabeth.
N'ai-je pû faire au moins ce qu'a fait mon Sujet ,
Etm'est- il défendu d'écouter ma tendreſſe ,
De brûler pour l'objet où votre eſpoir s'adreſſe ?
Queme reprochez-vous? Suis-je injuſte ou cruel ?
L'ai-je, comme unTyran , fait traîner à l'autel ??
Je me fuis , comme vous , efforcé de lui plaire ,
Je me ſuis appuyé de l'aveu de ſon pere ;
J'ai demandé le ſien; & s'il faut dire plus ,
Elle n'a point encor expliqué ſes refus.
Laiſſez-moi juſques-là me flatter que ma flamme
Quemes foins , mes reſpects , n'offenſent point fon
ame;
Etqu'un coeur qui du vôtre a mérité les voeux,
Peut être , malgré vous, ſenſible à d'autres feux.
•
WARVICK & EDOUARD.
Jamais Elifabeth ne me ſera ravie ,
Onvous ne l'obtiendrez qu'aux dépen de maviej
Jamais impunémentje ne fus offenfé
יצ
Y
EDOUARD.
Jamais impunément je ne fus menacé ;
Et fi d'une amitié , qui me fut long-tems chère?
Le ſouvenir encor n'arrêtoit ma colère ,
Vous en auriez déjà reſſenti les effets ....
Peut-être cet effort vaut ſeul tous vos bienfaits.
Nepouſſez pas plus loinma bonté qui ſe laſſe
Et ne me forcez pas à punir votre audace.
Edouard peut d'un mot venger ſes droits bleſſés,
Etfût-il votre ouvrage ; il eſt Roi, frémiſſez.
Le Comte de Warvick lui répond
par des reproches encore plus amers ;
Edouard fait entrer ſesGardes ; Elifabeth
arrive avec eux : le Comte lui exagere
les torts de l'ingrat Yorck , & la quitte
pour courir à la vengeance. Edouard or
donne qu'on arrête le Comte de Warvick .
Elifabeth demeure avec le Roi pour l'appaifer
, & l'on vient leur annoncer que
Warvick s'eſt laiſſe conduire à la tour ,
mais que le peuple s'émeut en fa faveur :
le Roi fort pour aller le contenir.
SOIVAAT
0
C
ACTE IV.
WARVICK feul & dans la prifon , fe
retrace ainſi le fort de ſon premier maître :
.. C'eſt dans ces lieux, dans cette tour horrible
Qu'à vivre dans les fers par moi ſeul condamné
Lemalheureux Henri languit abandonné ,
L'Oppreſſeur , l'Opprimé n'ont plus qu'un même
afyle.
Hélas ! dans ſon malheur il eſt calme& tranquille,
Il eſt loin de penſer qu'un revers plein d'horreur
Enchaîne auprès de lui ſon ſuperbe vainqueur.
Summer vient lui apprendre que le parti
de Marguerite doit bientôt le délivrer.
Warvick le conjure par les pleurs qu'il
verſe encore devant lui , de hâter le moment
de ſa liberté. Summer lui promet
tout , & fort pour lui obéir.
Plus calme après ces eſpérances , Warwick
réfléchit ſur l'illuſion qui l'a confolé
; Elifabeth arrive,
L'objet de cette Scène n'eſt ni précis ,
ni déterminé ; mais l'art de l'Auteur , la
figure aimable & la voix touchante de MademoiſelleDubois,
fur-tout les talens ſupérieurs
de M. Le Kain , qu'on peut appellerleGarrickFrançois
, concourent àpal
lier ce léger défaut .
Enfin des Gardes viennent chercher
Elifabeth pour la conduire auprès du
Roi ; Warvick retombe dans ſes incertitudes
, & dans l'agitation . Alors
des Gardes enfoncent la prifon , & Summer
à leur tête parle ainfi.
SCENE VII.
SUMMER..
J'apporte la vengeance ,
Ami , prenez ce fer ; foyez libre & vainqueur .
WARVICK.
Tout estdonc réparé ? .. Cherami , quel bonheut !
SUMMER.
Votre nom, votre gloire, & la Reine & moi-même ,
Tout range ſous vos loix un peuple qui vous aime
Marguerite , échappée aux Gardes du Palais ,
D'abord, à votre nom , raſſemble les Anglois ,
Jemejoins à ſes cris : tout s'émeut, tout s'emprefle,
Tous veulent vous offrir une main vengereſſe.
On attaque , on aſſiége Edouard allarmé
Avec Elifabeth au Palais renfermé.
Paroiſſez ; c'eſt à vous d'achever la victoire.
mivenez chercher la vengeance & la gloire.
WARVICK.
Voilàdonc où ſa faute & le fort l'ont réduit :
De ſon ingratitude il voît enfin le fruit.
Il l'a trop mérité. Marchons ... Warvick, arrête.
Tu vas donc d'une femme achever la conquête
Ecrafer fans effort un rival abbatu?
20 Sont-ce làdes exploits dignes de ta vertu ?
Eft-ce un ſi beautriomphe offert à ta vaillance ;
D'immoler Edouard, quand il eſt ſans défenſe ?
Ah!j'embraffe unprojetplus grand,plus généreux.
Voici de mes inftans l'inſtant le plus heureux.
Ce jour de mes malheurs eſt le jour de ma gloire.
C'eſt moiqui vais fixer le fort & la victoire.
Le deſtin d'Edouard ne dépend que de moi.
J'ai guidé ſa jeuneſſe & mon bras l'a fait Roi ;
J'al conſervé ſes jours & je vais les défendre .
Je luidonnai le ſceptre , &je vais le lui rendre
Detous les ennemis confondre les projets,
Et je veux le punit à force de bienfaitsig
Il connoîtra mon coeur autant que mon courage W
Une ſeconde fois il ſera monouvrage, Do
Qu'il va ſe repentir de m'avoir outrage
Combien it va rougir ! ... Amis , je ſuis venge.
Allons, braves Anglois , c'eſt Warvick qui vous
guide,
Ne déſavouez point votre Chef intrépide.
Sivous aimez l'honneur, venez tous avec mo
Et combattre Lançaſtre, & fauver votre Roi
Fin du quatrième Alte
uby
ACTE V
ELISABETH qui ne connoîtdeWarvick
que fa fureur &fes projets de vengeance ,
tremble également pour les jours de fon
amant , &pour ceux de fon Roi. Suffolck
vient la raſſurer par le récit de ce qui
s'eſt paffé ſous les yeux, Warvick a
diffipe le parti de Marguerite qui affiés
geoit Edouard dans ſon palais , & l'a
couronné pour la feconde fois. Elifabeth
ſe livre à la joie. Edouard l'augmente
encore en lui déclarant qu'il eſt prêt à
épouſer la foeur de Louis XI , & à
l'unir au Comte de Warvick. Marguerite
priſonniere , mais triomphante , leur apprend
qu'elle s'eſt vengée du Comte de
Warvick , & qu'il eſt expirant,
Voici les vers qui ſont dans la bouche
du Comte de Warvick qu'on amene ſur
le Théatre , & qui terminent la piece :
... Ecoutez moins de vains reſſentimens.
Renvoyez à Louis cette femme cruelle ,
Il pourroit la venger , ne craignez plus riend'elle.
Cepeuplequi m'aima ,la déteſte aujourd'hui
Quim'adonné la mort ne peut régner ſur lui,
Pleurez moinsmon trépas. Macarriere eſt finic
Aumoment leplus beaudont s'illuſtrama vie.
Mavoix a fait encor le deſtin des Anglois :
Etj'emporte au tombeau ma gloire & vos regrets
Π
WARVICK continueens'adreſſant à EDOUARD.
N'accuſons de vos maux que yous & que moi
même.
Votre amour fut aveugle &mon orgueil extrême,
Vous aviez oublié mes ſervices : &moi
J'oubliai trop , hélas ! que vous étiez monRei,
J'ai l'honneur d'être ,
MESSIEURS,
Votre très-humble & très
obéiſſant Serviteur ,
JOUBERT.
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Résumé : LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE DE FRANCE SUR LE COMTE DE WARVICK TRAGÉDIE NOUVELLE EN CINQ ACTES ET EN VERS Représentée, pour la première fois, le lundi 7 Novembre 1763.
La lettre aux auteurs du Mercure de France présente la tragédie 'Le Comte de Warwick', représentée pour la première fois le 2 novembre 1763. L'auteur de la pièce, Jean-François de La Harpe, est comparé à Corneille, Racine et Voltaire, soulignant son talent précoce et prometteur. La tragédie est appréciée pour son plan bien conçu, ses personnages nobles et contrastés, ainsi que pour son style élégant et sa versification harmonieuse. Elle se distingue par des dialogues précis et l'absence de maximes rebattues. L'intrigue se déroule à Londres en 1612 et met en scène des personnages historiques tels que le roi Édouard, Marguerite d'Anjou, le comte de Warwick, et Élisabeth. Marguerite, épouse de Henri VI, espère que Warwick, irrité par l'infidélité d'Édouard, l'aidera à restaurer son mari sur le trône. Édouard est partagé entre son amour pour Élisabeth et son amitié pour Warwick. La pièce explore les thèmes de la loyauté, de l'ingratitude et de la générosité, avec Warwick incarnant une grandeur d'âme comparable à celle d'Auguste pardonnant Cinna. Les actes suivants développent les tensions entre Warwick et Édouard, avec Marguerite manipulant les événements pour provoquer une rébellion. Warwick, après avoir été emprisonné, est libéré par le peuple et retourne sur le trône. La pièce illustre la capacité du théâtre à inspirer des leçons de vertu et de générosité. Warwick, confronté à des dilemmes moraux et politiques, hésite à se venger d'Édouard mais décide de le protéger et de restaurer son trône. Il rappelle son rôle crucial dans l'ascension d'Édouard et rallie les Anglais pour combattre les ennemis du roi. Élisabeth, amoureuse de Warwick, est rassurée par Suffolk qui lui raconte les actions héroïques de Warwick. Édouard, reconnaissant, accepte d'épouser la sœur de Louis XI et de l'unir à Warwick. Marguerite, prisonnière, révèle que Warwick est mortellement blessé. Sur son lit de mort, Warwick conseille Édouard de renvoyer la femme cruelle à Louis XI et exprime son regret pour les erreurs passées. Il meurt en héros, laissant derrière lui une nation reconnaissante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3216
p. 195-203
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Début :
Le premier volume divisé en deux Parties, renferme les principes physiques de l'Auteur ; [...]
Mots clefs :
Origines de l'univers, Savants, Matière, Mouvement, Cause, Effet, Forces, Physique, Astronomie, Astres, Espace, Terre, Minéraux, Métaux, Météorologie, Végétaux, Animaux, Insectes, Homme
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
SUPPLÉMENT aux Nouv . Littéraires.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Le document annonce une Histoire Naturelle en sept volumes, inspirée par Pline, précédée d'un nouveau système de physique expliquant les phénomènes naturels depuis les cieux jusqu'au centre de la Terre. Le premier volume, divisé en deux parties, expose les principes physiques de l'auteur et réfute le matérialisme ainsi que certaines opinions modernes. Il traite des éléments sensibles (air, eau, terre) produits par la matière éthérée, des qualités élémentaires, du feu, de la lumière, des sensations et des esprits animaux. La seconde partie examine le mouvement, son principe et sa cause, en opposition à l'opinion des Cartésiens, et prouve que les corps graves peuvent être mus par eux-mêmes ou par des impulsions extérieures. Le second volume aborde l'astronomie, rapportant les observations célestes et adoptant le système d'Archytas, renouvelé par Copernic. Il décrit le soleil, les planètes, les satellites, les comètes et les étoiles fixes, ainsi que les phénomènes atmosphériques comme les foudres et les aurores boréales. Le troisième volume traite de la Terre, considérée comme une planète dans le système solaire. Il explore la composition du globe terrestre, les montagnes, les plaines, les déserts, les forêts, et les phénomènes internes comme les volcans, les tremblements de terre et les sources d'eau chaude. Il conclut par un traité sur les changements géologiques. Le quatrième volume couvre l'histoire minérale et métallique, expliquant la génération du sel, des minéraux, des pierres et des métaux. Il propose un système nouveau sur l'aimant et décrit les mines et les propriétés des métaux. Le cinquième volume présente une hypothèse sur le flux et reflux de la mer, les tempêtes marines et les pluies naturelles ou surnaturelles. Il explore l'origine des sources, des rivières et des lacs. Le sixième volume traite de la génération des animaux, des quadrupèdes, des volatiles, des reptiles, des poissons et des insectes. Il examine également le sentiment et l'instinct des animaux, réfutant le cartésianisme. Le septième et dernier volume propose un système nouveau sur la nature et l'origine des vents, détaillant les vents réguliers comme les alizés et les moussons. Il se conclut par un traité sur les causes des vents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3216
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
3217
p. 203-206
SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE. MÉMOIRE de M. GUILBERT DEPREVAL, Docteur-Régent en Médecine de la Faculté de Paris, sur l'usage de l'Antimoine préparé de M. JACQUET.
Début :
La préparation d'Antimoine de M. Jacquet, dont les effets sont déjà connus par [...]
Mots clefs :
Antimoine, Purgatifs, Préparation, Médecins, Maladie, Remède, Pilule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE. MÉMOIRE de M. GUILBERT DEPREVAL, Docteur-Régent en Médecine de la Faculté de Paris, sur l'usage de l'Antimoine préparé de M. JACQUET.
SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE.
1
MÉMOIRE de M. GUILBERT DE
PREVAL, Docteur - Régent en Mé
decine de la Faculté de Paris , fur
l'ufage de l'ANTIMOINE préparé
de M. JACQUET.
La préparation d'Antimoine de M. Jacquer
dont les effets font déja connus par les divers
ufages qu'en ont faits les Médecins , eſt un des
meilleurs fondans qu'on puiffe employer. Elle
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
a cela de particulier , que , fans avoir aucun
des inconvéniens qu'on reproche à toutes les
préparations où entre le Mercure , elle en a toutes
les propriétés , M. Jacquet ayant trouvé le
moyen de réunir les propriétés du Mercure &
celles de l'Antimoine.
:
Sa préparation a de commun avec le Mercure
d'être antivénérienne au meilleur degré ,
puifque par fon moyen on guérir des maladies
qui ont réfifté avec la plus grande opiniâtreté
à toutes les préparations du Mercure les plus
ufitées , aux frictions mêmes comme les exoftofes
, les douleurs , les duretés des glandes ,
les gonorrhées les plus invétérées &c. dans les
nouvelles , c'eſt une choſe bien remarquable que
deux ou trois prifes de cette préparation faſfent
conftamment ceffer les cuiffons & ardeurs ,
qui , dans les premiers temps de cette incommodité
, font les fymptômes les plus infupportables
aux malades . Dans tous les autres vices
lymphatiques , qui femblent dégénérer du vénérien
, comme les fcrophules humeurs froides
, les dartres , herpés & autres maladies cutanées
, il faut convenir qu'il n'eft pas de reméde
plus efficace puifqu'on a guéri par fon
moyen ce que toutes les préparations mercurielles
les plus connues & les plus renommées ,
la cigue même, n'ont pû guérir , quoique ces
remédes fuffent adminiftrés par d'excellens Médecins.
Dans les engorgemens fpontanés des
glandes du foye &c , fa réuffite eſt également
certaine ; tous faits dont on a la preuve en
main.
Cette préparation d'Antimoine fe peut auffi
employer dans tous les cas fans exception où
l'on employe le Kermès minéral , dont tous les
JANVIER. 1764. 205
Médecins clyniques connoiffent les inconvéniens.
En quadruplant la dofe de l'Antimoine de M. Jacquer
, on l'adminiftre de la même maniere que le
Kermès. L'événement convaincra ceux qui l'employeront
, qu'il eft décidément préférable au
Kermès , fur- tout dans tous les cas où la délicatele
de la poitrine & des vifcères demande
du ménagement . La fuite apprendra que dans
les maladies putrides ce reméde n'eft pas indif
férent .
:
On l'employe comme altérant & comme purgatif
comme altérant , on le donne depuis
quatre ou fix jufqu'à douze & quinze grains ,
en pilules ou en poudre , avec tel véhicule qu'on
juge à propos : dans les loochs comme le Kermès
, en mettant 4 grains pour un ; 16 pour
4 comme purgatif , depuis 12 ou 15 grains ,
jufqu'à 25 & 30 , par-deffus chaque prife , le
malade boira toujours l'un des bouillons prefcrits
fuivant l'indication' qu'aura eu à remplir
le Médecin qui l'adminiftrera ; ou bien quelques
taffes d'infufion de Thé , de Sauge , de
Méliffe , ou même de petit Lait.
Chaque pilule eft formée de 6 grains en
la féparant en deux , on a la plus petite dofe
à laquelle on puiffe l'adminiftrer , aux enfans
mêmes on peut également à ce moyen le donner
par gradation , en commençant par fix
grains qui ne forment qu'une pilule , enfuite
neuf , une pilule & demie & ainfi de fuite tous
les jours jufqu'à ce qu'on foit parvenu à le
rendre purgatif ; alors on ne le donne plus
que de deux jours l'un à la doſe où on l'ap-.
perçoit purgatif ; quoiqu'on le puiffe donner
comme altérant le jour qu'on n'a pas intention
de purger en ſe bornant à la doſe de ſiz
206 MERCURE DE FRANCE.
grains. Au furplus c'eft à la fageffe du Méde
ein d'écarter plus ou moins les jours où il le
preferira comme purgatif, faivant fon effet &
les forces du malade.
C'eſt à - peu- près ce que nous pouvons dire
fur les généralités de l'adminiftration de ce reméde
conformément aux engagemens que nous
avons pris dans les Gazettes du courant de Novembre
dernier. G. de P.
1
MÉMOIRE de M. GUILBERT DE
PREVAL, Docteur - Régent en Mé
decine de la Faculté de Paris , fur
l'ufage de l'ANTIMOINE préparé
de M. JACQUET.
La préparation d'Antimoine de M. Jacquer
dont les effets font déja connus par les divers
ufages qu'en ont faits les Médecins , eſt un des
meilleurs fondans qu'on puiffe employer. Elle
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
a cela de particulier , que , fans avoir aucun
des inconvéniens qu'on reproche à toutes les
préparations où entre le Mercure , elle en a toutes
les propriétés , M. Jacquet ayant trouvé le
moyen de réunir les propriétés du Mercure &
celles de l'Antimoine.
:
Sa préparation a de commun avec le Mercure
d'être antivénérienne au meilleur degré ,
puifque par fon moyen on guérir des maladies
qui ont réfifté avec la plus grande opiniâtreté
à toutes les préparations du Mercure les plus
ufitées , aux frictions mêmes comme les exoftofes
, les douleurs , les duretés des glandes ,
les gonorrhées les plus invétérées &c. dans les
nouvelles , c'eſt une choſe bien remarquable que
deux ou trois prifes de cette préparation faſfent
conftamment ceffer les cuiffons & ardeurs ,
qui , dans les premiers temps de cette incommodité
, font les fymptômes les plus infupportables
aux malades . Dans tous les autres vices
lymphatiques , qui femblent dégénérer du vénérien
, comme les fcrophules humeurs froides
, les dartres , herpés & autres maladies cutanées
, il faut convenir qu'il n'eft pas de reméde
plus efficace puifqu'on a guéri par fon
moyen ce que toutes les préparations mercurielles
les plus connues & les plus renommées ,
la cigue même, n'ont pû guérir , quoique ces
remédes fuffent adminiftrés par d'excellens Médecins.
Dans les engorgemens fpontanés des
glandes du foye &c , fa réuffite eſt également
certaine ; tous faits dont on a la preuve en
main.
Cette préparation d'Antimoine fe peut auffi
employer dans tous les cas fans exception où
l'on employe le Kermès minéral , dont tous les
JANVIER. 1764. 205
Médecins clyniques connoiffent les inconvéniens.
En quadruplant la dofe de l'Antimoine de M. Jacquer
, on l'adminiftre de la même maniere que le
Kermès. L'événement convaincra ceux qui l'employeront
, qu'il eft décidément préférable au
Kermès , fur- tout dans tous les cas où la délicatele
de la poitrine & des vifcères demande
du ménagement . La fuite apprendra que dans
les maladies putrides ce reméde n'eft pas indif
férent .
:
On l'employe comme altérant & comme purgatif
comme altérant , on le donne depuis
quatre ou fix jufqu'à douze & quinze grains ,
en pilules ou en poudre , avec tel véhicule qu'on
juge à propos : dans les loochs comme le Kermès
, en mettant 4 grains pour un ; 16 pour
4 comme purgatif , depuis 12 ou 15 grains ,
jufqu'à 25 & 30 , par-deffus chaque prife , le
malade boira toujours l'un des bouillons prefcrits
fuivant l'indication' qu'aura eu à remplir
le Médecin qui l'adminiftrera ; ou bien quelques
taffes d'infufion de Thé , de Sauge , de
Méliffe , ou même de petit Lait.
Chaque pilule eft formée de 6 grains en
la féparant en deux , on a la plus petite dofe
à laquelle on puiffe l'adminiftrer , aux enfans
mêmes on peut également à ce moyen le donner
par gradation , en commençant par fix
grains qui ne forment qu'une pilule , enfuite
neuf , une pilule & demie & ainfi de fuite tous
les jours jufqu'à ce qu'on foit parvenu à le
rendre purgatif ; alors on ne le donne plus
que de deux jours l'un à la doſe où on l'ap-.
perçoit purgatif ; quoiqu'on le puiffe donner
comme altérant le jour qu'on n'a pas intention
de purger en ſe bornant à la doſe de ſiz
206 MERCURE DE FRANCE.
grains. Au furplus c'eft à la fageffe du Méde
ein d'écarter plus ou moins les jours où il le
preferira comme purgatif, faivant fon effet &
les forces du malade.
C'eſt à - peu- près ce que nous pouvons dire
fur les généralités de l'adminiftration de ce reméde
conformément aux engagemens que nous
avons pris dans les Gazettes du courant de Novembre
dernier. G. de P.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE. MÉMOIRE de M. GUILBERT DEPREVAL, Docteur-Régent en Médecine de la Faculté de Paris, sur l'usage de l'Antimoine préparé de M. JACQUET.
Le document est un supplément à un article sur la médecine, présentant un mémoire de M. Guilbert de Préval, docteur et régent en médecine à la Faculté de Paris. Ce mémoire traite de l'usage de l'antimoine préparé par M. Jacquet. Cette préparation est appréciée pour ses propriétés similaires à celles du mercure, mais sans en avoir les inconvénients. Elle est particulièrement efficace contre les maladies vénériennes résistantes aux traitements mercuriels, ainsi que contre diverses affections cutanées et lymphatiques. L'antimoine peut également remplacer le kermès minéral, offrant des avantages notables dans les cas nécessitant une grande délicatesse, comme les maladies putrides. La préparation est administrée en pilules ou en poudre, en doses variables selon l'effet recherché, qu'il soit altérant ou purgatif. Elle peut être donnée aux enfants par gradation. Le médecin doit ajuster la fréquence et la dose en fonction de l'état du patient.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3218
p. 206-209
RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE pour les bons Citoyens, insérée au Mercure d'Août 1763.
Début :
Faire du bien à ses semblables, Monsieur, est, j'en conviens comme vous, [...]
Mots clefs :
Bien commun, Bons citoyens, Qualités, Raison, Sentiments, Campagnes, Devoirs, Lettre
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE pour les bons Citoyens, insérée au Mercure d'Août 1763.
RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE
pour les bons Citoyens , inférée
au Mercure d'Août 1763.
FAAIRE du bien à fes femblables , Monfieur ,
eft, j'en conviens comme vous , la plus chère occupation
d'une âme fenfible ; le répandre dans
JANVIER. 1764. 207
lès campagnes , c'eft être éclairé fur les befoins
& c'eft ce dont nous convenons encore. Dans la
lettre que que j'ai fous les
yeux , vous exhortez
les bons Citoyens à faire diftribuer chaque an
née des Prix dans les Villages ; ce font des Livres
qu'on donnera aux enfans qui feront jugés
avoir de bonnes qualités ; & vous vous appuyez
de l'exemple de plufieurs perfonnes pieufes &
refpectables qui l'ont tenté avec fuccès. C'eft le
moyen , ajoutez-vous , de faire fortir de la campagne
plus de Sujets penfants & utiles. C'est ici:
Monfieur , où nous ceffons d'être d'accord.
Je n'examinerai point s'il eft auffi avantageux
que vous le penfez , que les Payfans fçachene
lire , écrire , chiffrer. Je fçai ce que vous pourriez
alléguer en faveur de votre fentiment : mais
fur des raifons non moins puiffantes j'infifterois
pour la négative. Ce ne font pas là pour eux des
chofes de néceffité première , & leur état préſent
ne permet guères d'aller au- delà.
Ne nous prévenons point , Monfieur , l'un
contre l'autre , la diverfité d'avis entre deux
Citoyens n'a jamais l'air d'une difcuffion. Il eft
toujours louable quand on nous montre ce qui
eft bien, de dire ce qu'on croit être mieux.
Depuis longtemps on s'apperçoit que les
campagnes fe dépeuplent , & les Académies d'agriculture
ne ceffent de crier : donnez- nous des bras;
bien loin qu'on fonge aux défrichemens , à peine
les anciennes cultures font fervies. On fent fi bien
cette dépopulation que pour femer & vanner le
bled , on invente des machines qui fuppléent aux
hommes. On attend une charrue qui laboure feule
& ce ne fera pas un petit préfent.
En attendant , permettez , Monfieur , que
nous retenjons ce qui nous refte de cultivateus
208 MERCURE DE FRANCE.
#
& pour cela gardons - nous d'en faire des gens
d'efprit , nous y perdrions. L'éducation qui convient
à un enfant de village eft celle que fon pere
peut lui donner. Dès l'enfance il y a des travaux
qui lui font propres ; à fix ans il eſt déja un ouvrier.
Il faut que de bonne heure fon corps fe courbe
au labourage ; l'expérience apprend qu'il s'y refufe
quand on veut l'y plier trop tard. Qu'on
obferve qu'il foit refpectueux pour les peres &
meres , qu'il ait l'âme honnête , qu'il foit éxact
à fes devoirs rien n'eft mieux ; mais ces devoirs
quels font-ils ? de devancer fon pere aux
champs , de partager avec lui le hâle du jour ;
de le nourrir au déclin de l'âge du pain qu'il a
femé lui-même & que fa femme a pétri ; & de
mériter de fes enfans ce que fon pere mérita de
lui. Ne nous y trompons pas , les devoirs de notre
état font nos premieres vertus & vous n'imagi .
nez pas peut- être que ce que vous propoſez y
faffe diftraction .
·
Suppofons un Village où tous les ans on dif
tribue quatre livres à ceux des enfans qui auront
montré plus de douceur dans le caractère ,
ou qui auront eu l'art de le faire plus aimer , &
que Télémaque , comme vous le dites , foit le
premier Prix. S'il y a de l'émulation parmi eux ,
comme vous le demandez , il faut qu'ils ayent
des prétentions. Ils n'en auront qu'en raison du
temps donné à l'étude ; & cette étude fait diverfion
au travail journalier , & je l'oſe dire , à
des occupations d'un genre plus précieux. Je
m'imagine voir un petit Payfan qui fçait
lire & écrire capter le fuffrage de fes voifins.
Combien dans ce rôle ne s'éloigne- t- il pas de
cente fimplicité par laquelle les égaux font
heureux même par le peu qui leur en reſte ? Le
JANVIER. 1764. 209
petit Courtisan réuffit & eft couronné : croyezvous
que ce nouveau Docteur ne veuille être
qu'un Métayer ? Il fortira des Champs . Ou irat-
il pour être mieux ? Nous ne fçaurions fupputer
trop haut ces émigrations , & la claffe des
Cultivateurs ; cette pépinière de tous les états , ne
fe recrute jamais. Ah ! Monfieur , que le pain
fera cher dès qu'une fois on lira Télémaque dans
les Campagnes !
Je fuis bien loin d'être dur envers le Labou
reur ; perfonne ne le plaint & ne l'aime , j'ai
prèfque dit ne le refpecte plus que moi. Mais
adouciffons fes peines par des plaifirs qui foient
fous la main . Pour le rendre plus heureux , il ne
faut pas l'approcher plus de nous . Que ces âmes
patriotiques & humaines dont vous parlez , répandent
leurs bienfaits à d'autres titres . Il vaut
mieux former une génération vigoureafe . Que
l'enfant le plus robufte de ceux de fon âge , que
celui qui méne un fillon plus droit & plus profond
, foient récompenfés d'un habit fimple ou
plutôt de quelque outil de leur Art. Entretenons
chez eux la force & l'adreffe ; n'y fubftituons pas
T'efprit & le talent. Affez d'autres penferont , &
ci n'en feront pas moins des hommes ceux -
utiles .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A la Rochelle , le 1763.
De B....
pour les bons Citoyens , inférée
au Mercure d'Août 1763.
FAAIRE du bien à fes femblables , Monfieur ,
eft, j'en conviens comme vous , la plus chère occupation
d'une âme fenfible ; le répandre dans
JANVIER. 1764. 207
lès campagnes , c'eft être éclairé fur les befoins
& c'eft ce dont nous convenons encore. Dans la
lettre que que j'ai fous les
yeux , vous exhortez
les bons Citoyens à faire diftribuer chaque an
née des Prix dans les Villages ; ce font des Livres
qu'on donnera aux enfans qui feront jugés
avoir de bonnes qualités ; & vous vous appuyez
de l'exemple de plufieurs perfonnes pieufes &
refpectables qui l'ont tenté avec fuccès. C'eft le
moyen , ajoutez-vous , de faire fortir de la campagne
plus de Sujets penfants & utiles. C'est ici:
Monfieur , où nous ceffons d'être d'accord.
Je n'examinerai point s'il eft auffi avantageux
que vous le penfez , que les Payfans fçachene
lire , écrire , chiffrer. Je fçai ce que vous pourriez
alléguer en faveur de votre fentiment : mais
fur des raifons non moins puiffantes j'infifterois
pour la négative. Ce ne font pas là pour eux des
chofes de néceffité première , & leur état préſent
ne permet guères d'aller au- delà.
Ne nous prévenons point , Monfieur , l'un
contre l'autre , la diverfité d'avis entre deux
Citoyens n'a jamais l'air d'une difcuffion. Il eft
toujours louable quand on nous montre ce qui
eft bien, de dire ce qu'on croit être mieux.
Depuis longtemps on s'apperçoit que les
campagnes fe dépeuplent , & les Académies d'agriculture
ne ceffent de crier : donnez- nous des bras;
bien loin qu'on fonge aux défrichemens , à peine
les anciennes cultures font fervies. On fent fi bien
cette dépopulation que pour femer & vanner le
bled , on invente des machines qui fuppléent aux
hommes. On attend une charrue qui laboure feule
& ce ne fera pas un petit préfent.
En attendant , permettez , Monfieur , que
nous retenjons ce qui nous refte de cultivateus
208 MERCURE DE FRANCE.
#
& pour cela gardons - nous d'en faire des gens
d'efprit , nous y perdrions. L'éducation qui convient
à un enfant de village eft celle que fon pere
peut lui donner. Dès l'enfance il y a des travaux
qui lui font propres ; à fix ans il eſt déja un ouvrier.
Il faut que de bonne heure fon corps fe courbe
au labourage ; l'expérience apprend qu'il s'y refufe
quand on veut l'y plier trop tard. Qu'on
obferve qu'il foit refpectueux pour les peres &
meres , qu'il ait l'âme honnête , qu'il foit éxact
à fes devoirs rien n'eft mieux ; mais ces devoirs
quels font-ils ? de devancer fon pere aux
champs , de partager avec lui le hâle du jour ;
de le nourrir au déclin de l'âge du pain qu'il a
femé lui-même & que fa femme a pétri ; & de
mériter de fes enfans ce que fon pere mérita de
lui. Ne nous y trompons pas , les devoirs de notre
état font nos premieres vertus & vous n'imagi .
nez pas peut- être que ce que vous propoſez y
faffe diftraction .
·
Suppofons un Village où tous les ans on dif
tribue quatre livres à ceux des enfans qui auront
montré plus de douceur dans le caractère ,
ou qui auront eu l'art de le faire plus aimer , &
que Télémaque , comme vous le dites , foit le
premier Prix. S'il y a de l'émulation parmi eux ,
comme vous le demandez , il faut qu'ils ayent
des prétentions. Ils n'en auront qu'en raison du
temps donné à l'étude ; & cette étude fait diverfion
au travail journalier , & je l'oſe dire , à
des occupations d'un genre plus précieux. Je
m'imagine voir un petit Payfan qui fçait
lire & écrire capter le fuffrage de fes voifins.
Combien dans ce rôle ne s'éloigne- t- il pas de
cente fimplicité par laquelle les égaux font
heureux même par le peu qui leur en reſte ? Le
JANVIER. 1764. 209
petit Courtisan réuffit & eft couronné : croyezvous
que ce nouveau Docteur ne veuille être
qu'un Métayer ? Il fortira des Champs . Ou irat-
il pour être mieux ? Nous ne fçaurions fupputer
trop haut ces émigrations , & la claffe des
Cultivateurs ; cette pépinière de tous les états , ne
fe recrute jamais. Ah ! Monfieur , que le pain
fera cher dès qu'une fois on lira Télémaque dans
les Campagnes !
Je fuis bien loin d'être dur envers le Labou
reur ; perfonne ne le plaint & ne l'aime , j'ai
prèfque dit ne le refpecte plus que moi. Mais
adouciffons fes peines par des plaifirs qui foient
fous la main . Pour le rendre plus heureux , il ne
faut pas l'approcher plus de nous . Que ces âmes
patriotiques & humaines dont vous parlez , répandent
leurs bienfaits à d'autres titres . Il vaut
mieux former une génération vigoureafe . Que
l'enfant le plus robufte de ceux de fon âge , que
celui qui méne un fillon plus droit & plus profond
, foient récompenfés d'un habit fimple ou
plutôt de quelque outil de leur Art. Entretenons
chez eux la force & l'adreffe ; n'y fubftituons pas
T'efprit & le talent. Affez d'autres penferont , &
ci n'en feront pas moins des hommes ceux -
utiles .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A la Rochelle , le 1763.
De B....
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Résumé : RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE pour les bons Citoyens, insérée au Mercure d'Août 1763.
Le texte est une réponse à une lettre publiée dans le Mercure d'août 1763, abordant l'éducation des enfants dans les campagnes. L'auteur reconnaît la noblesse de l'objectif de faire du bien à ses semblables et approuve l'idée de distribuer des prix sous forme de livres aux enfants méritants pour encourager l'éducation. Cependant, il exprime des réserves sur l'utilité de cette initiative. Il estime que les paysans ont des besoins plus urgents et que leur situation actuelle ne leur permet pas de se concentrer sur l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul. L'auteur souligne la dépopulation des campagnes et l'importance de maintenir une main-d'œuvre agricole. Il propose que l'éducation des enfants de village soit axée sur les travaux agricoles dès le plus jeune âge, afin de les préparer à leur rôle de cultivateurs. Il craint que l'introduction de prix littéraires ne détourne les jeunes des champs et ne les pousse à chercher des occupations plus intellectuelles, aggravant ainsi la pénurie de bras dans les campagnes. L'auteur suggère plutôt de récompenser les enfants pour leur force et leur adresse dans les travaux agricoles, afin de maintenir une génération vigoureuse et utile à l'agriculture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3219
p. 210
ARTICLE VIII. OECONOMIE ET COMMERCE. PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
Début :
Le Froment se vendoit, à la Halle, de 13 liv. 5. à 15 s. le Septier ; [...]
Mots clefs :
Froment, Seigle, Orge, Avoine, Prix
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE VIII. OECONOMIE ET COMMERCE. PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
ARTICLE VIII.
ECONOMIE ET COMMERCE .
PRIX des Grains , à Paris , à la Mi-
Décembre 1763 .
Le Fromentle vendoit , à la Halle , der 3 liv. så
15 f. le Septier ; plufieurs ont vendu de 9 à 13 liv.
fur le Port de la Grêve de 14 liv . 10 f. à 15 liv. Il
en étoit vendu de 13 liv. S à 1 13 lîv. 10 f.
à
Le Seigle, à la Halle, de 4 liv.10 f. à 6 liv . 10 f.
L'Orge , des liv. rof. à 6 liv..
Vefce , fur le Port , 15 liv. à la Halle , 10 liv.
13 liv. 1 f.
L'Avoine , à la Halle , 12 liv . l'Avoine en facs
fur le Port is liv. en banne , 14 liv. à 14 liv . 10ſ,
ECONOMIE ET COMMERCE .
PRIX des Grains , à Paris , à la Mi-
Décembre 1763 .
Le Fromentle vendoit , à la Halle , der 3 liv. så
15 f. le Septier ; plufieurs ont vendu de 9 à 13 liv.
fur le Port de la Grêve de 14 liv . 10 f. à 15 liv. Il
en étoit vendu de 13 liv. S à 1 13 lîv. 10 f.
à
Le Seigle, à la Halle, de 4 liv.10 f. à 6 liv . 10 f.
L'Orge , des liv. rof. à 6 liv..
Vefce , fur le Port , 15 liv. à la Halle , 10 liv.
13 liv. 1 f.
L'Avoine , à la Halle , 12 liv . l'Avoine en facs
fur le Port is liv. en banne , 14 liv. à 14 liv . 10ſ,
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Résumé : ARTICLE VIII. OECONOMIE ET COMMERCE. PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
En décembre 1763 à Paris, les prix des grains variaient selon les types et les lieux de vente. Le froment coûtait entre 3 livres 15 sous et 15 livres. Le seigle se vendait entre 4 livres 10 sous et 6 livres 10 sous. L'orge était à 5-6 livres. La vesce variait entre 10 et 15 livres. L'avoine était à 12 livres à la Halle et 11-14 livres 10 sous au Port.
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3220
p. 222-223
SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Début :
On ne peut trop se hâter d'annoncer aux Amateurs de ce Spectacle, [...]
Mots clefs :
Spectacle, Satisfaction, Public, Théâtre, Modération, Gestes, Sujets, Scène
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Supplément a l’Aht, de l’Opera.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
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Résumé : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Le document annonce la prochaine représentation de l'opéra 'Haurecontre' et exprime l'espoir de satisfaire le public grâce à la distribution des rôles principaux. Le 1er mars 1764, M. La Gros, un débutant, a interprété le rôle de Titon. Sa voix, bien timbrée et agréable, a été saluée pour sa flexibilité, sa touche et sa légèreté, démontrant une maîtrise de la musique. Sa prononciation et son articulation des paroles étaient précises et correctes. Physiquement, il possède une figure agréable et une taille adaptée à la scène. Sa modération dans les gestes a évité les erreurs courantes chez les débutants. On espère qu'il ne succombera pas aux excès gestuels souvent observés sur scène. Sa voix sensible laisse présager une âme sensible. Ces qualités, naturelles, doivent être développées par l'art et la pratique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3221
p. 221-222
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
Début :
L'Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts [...]
Mots clefs :
Peinture, Académie, Sculpture, Anatomie, Organes, Enseignement, Curiosité
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
L'Académie de Saint-Luc organise un cours d'anatomie pour les arts de la peinture et de la sculpture. Ce cours, débuté le 18 janvier, se poursuit jusqu'à fin mars et inclut des démonstrations d'organes. Les sessions se tiennent à sept heures du matin dans l'amphithéâtre de l'Académie, rue du Haut-Moulin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3222
p. 210-211
LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
Début :
Monsieur, Le détail de la Fête que nous avons l'honneur de vous [...]
Mots clefs :
Fête, Récit
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
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3223
p. 202
SERVICE.
Début :
Les Religieux de la Merci, au Marais, célébrérent, le 14 Mars, [...]
Mots clefs :
Religieux, Célébration, Ordre, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
S E R V I C E.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
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3224
p. 202-205
DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Début :
Sa Majesté Catholique ayant fixé au 24 le jour de cette fête, [...]
Mots clefs :
Mariage, Ambassadeur, Dieu, Amour, Madrid, Marquis, Ballet, Table, Fête, Palais, Temple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
DEscRIPTIoN de la Fête donnée à Madrid par
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
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Résumé : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Le 24 juin 1764, le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, organisa une fête somptueuse à Madrid pour célébrer le mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Léopold. La fête se déroula à l'hôtel de l'Ambassadeur, dont la façade et la rue étaient illuminées par de nombreux flambeaux. Les invités, comprenant les Grands d'Espagne, les Ambassadeurs et les Ministres Étrangers, furent accueillis par l'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia. Les appartements étaient magnifiquement meublés et bien éclairés, permettant aux invités de se voir et de converser tout en respectant le cérémonial espagnol. À huit heures, un rafraîchissement fut servi par soixante-dix Pages richement habillés. Ensuite, une pièce de théâtre fut présentée, débutant par un prologue relatant l'union de l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et la France. La pièce fut suivie d'intermèdes et d'un opéra-comique traduit en espagnol, le spectacle durant environ trois heures. Après minuit, les invités montèrent à l'appartement supérieur pour le souper, servi à une table de cent vingt-quatre couverts dans une salle décorée de berceaux fleuris et de statues. Une autre salle, ornée des portraits de la Famille Royale, accueillit une table de quatre-vingt-dix couverts. Plusieurs tables supplémentaires furent dressées pour les convives, les comédiens, les musiciens, les Pages et les Valets de Chambre. Le bal, représentant le Temple de l'Hymen, débuta à deux heures du matin et se poursuivit jusqu'à neuf heures. Une table de quatre-vingt couverts fut ensuite servie pour les personnes restées jusqu'à ce moment. L'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia, aidés par le Comte d'Egmont, le Marquis de Confians et le Marquis de Crillon, veillèrent à rendre la fête agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3225
p. 171
SERVICE.
Début :
On célébra à Versailles, le 12 Mai, dans l'Eglise Paroissiale [...]
Mots clefs :
Versailles, Église paroissiale, Louis XIII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
SERVICE.
On célébra à Verſailles , le 12 Mai , dans l'Eglife
Paroiffiale de Notre - Dame un Service
pour Louis XIII.
On célébra à Verſailles , le 12 Mai , dans l'Eglife
Paroiffiale de Notre - Dame un Service
pour Louis XIII.
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3226
p. 173-176
CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Début :
L'Empereur, le Roi des Romains & l'Archiduc Leopold sont partis hier de [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi des Romains, Archiduc, Cérémonie, Couronnement, Musique, Vêtements d'apparat, Soldats, Église, Magistrats, Cour, Ambassadeur, Ornements, Trône, Illuminations, Inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
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Résumé : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, à Francfort, l'Empereur, le Roi des Romains et l'Archiduc Léopold quittèrent la ville sous les acclamations de la population. Ils se dirigèrent ensuite vers Mergenthal, Creilsheim, Wallerstein et Donawerth, avec l'intention d'arriver à Vienne le 23 avril. La cérémonie du couronnement du Roi des Romains débuta le 1er avril. Ce jour-là, la publication solennelle du couronnement eut lieu au son des trompettes et des tymbales. Le lendemain, un bœuf destiné à être rôti et distribué au peuple fut promené dans la ville, orné de guirlandes de fleurs et accompagné par des musiciens. Le 3 avril, la bourgeoisie se mit sous les armes et la cavalerie se rassembla sur la grande place. Les électeurs de Cologne et de Trèves, ainsi que les ambassadeurs des électeurs séculiers, se rendirent à l'église du Dôme dans un appareil pompeux. À onze heures et demie, l'Empereur et le nouveau Roi des Romains se mirent en marche vers l'église du Dôme, précédés de leurs livrées et suivis d'un cortège nombreux et brillant. L'Empereur, revêtu des ornements impériaux, et le nouveau Roi, couvert de la couronne archiducale, montèrent à cheval. La marche fut fermée par les gardes de l'Empereur et du Roi des Romains. L'église du Dôme était tendue de tapisseries représentant des faits mémorables, notamment sous les règnes de la Maison d'Autriche. Après la cérémonie et la messe du sacre, le Roi des Romains procéda à l'inauguration de chevaliers. Au retour, l'Empereur et le Roi des Romains revinrent à pied au Roemer sur un pont de planches couvert de tapis. Un festin fut donné dans la voûte du Roemer, et des pièces d'or et d'argent furent distribuées à la populace. Des illuminations, notamment un arc de triomphe, furent remarquées lors du couronnement.
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3227
p. 196-200
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
J'espere, Monsieur, que dans la partie de votre Journal que vous réservez [...]
Mots clefs :
Lettre, Ouvrage, M. Turmeau, Maison des Turmea, Noblesse, Fortune, Médiocrité, Mariage, Famille, Énonciation, Vérité, Succession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE. *
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
La lettre datée du 24 mars 1764, adressée à l'auteur du Mercure, vise à rectifier des informations erronées concernant la famille de M. Turmeau de la Morandiere. L'auteur souhaite clarifier les origines et la noblesse de cette famille, souvent méconnues ou mal interprétées. La famille Turmeau porte le surnom de la Morandiere, issu d'un fief près de Romorantin. Elle est une ancienne famille noble, mentionnée dans le catalogue des familles nobles de Blois en 1682. Leur origine exacte est inconnue, mais il est probable qu'ils aient été appelés en Berry par Louise d'Angoulême au début du XVIe siècle. Un fait avéré est que Jean Brachet, précepteur de François Ier, a marié l'une de ses filles à un ancêtre de M. de la Morandiere, lui transmettant ainsi un fief. Malgré des périodes de pauvreté et d'oubli, les Turmeau ont maintenu leur noblesse et ont souvent renouvelé leurs alliances avec d'autres familles nobles par des mariages. M. de la Morandiere revendique ainsi des droits au Collège de Boily grâce à ces alliances. La lettre souligne que, bien que la famille soit modeste, elle n'a jamais exercé de professions méprisables. Les Turmeau ont traditionnellement été impliqués dans la magistrature ou le barreau, et ont fait de nombreuses alliances prestigieuses. La mère du père de M. de la Morandiere était Charlotte de Bafoges de Boismaitre, petite-fille de Marguerite de Castelnau, sœur du Marquis de Castelnau, ambassadeur en Angleterre. L'auteur critique les erreurs trouvées dans diverses généalogies, notamment celles de Bernier, du rédacteur du Collège de Boily, et de l'Abbé Te Laboureur. M. de la Morandiere a fourni des preuves pour corriger ces erreurs, démontrant ainsi la continuité de sa lignée et ses droits nobles. Enfin, la lettre mentionne que la famille Turmeau a souvent été alliée à des maisons illustres et que des gentilshommes ont pris des alliances dans cette famille. Elle conclut en exprimant l'intention de M. de la Morandiere de réexaminer une exclusion de succession dans la branche Montmorency.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3228
p. 200-204
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
Début :
J'ai lu, Monsieur, dans votre Mercure du mois de Juillet dernier, Article [...]
Mots clefs :
Mémoire, Histoire de France, Anecdotes, Ouvrage, Historiens, Bibliothèque, Saint-Esprit, Ordres, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
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Résumé : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
M. de La Dixmerie écrit à M. de La Place au sujet d'une brochure de M. Lefèvre intitulée 'Mémoire pour servir à l'histoire de France du quatorzième siècle'. Cette brochure traite des Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit, institué à Naples en 1352 par Louis Ier, Roi de Jérusalem, de Naples et de Sicile, et renouvelé en 1579 par Henri III. La brochure ne contient aucune autre information sur l'Ordre du Saint-Esprit, sauf la mention de son renouvellement par Henri III. M. de La Dixmerie compare cette brochure à un ouvrage de M. de Saintfoix publié en 1758. Saintfoix relate que Louis d'Anjou a institué l'Ordre du Saint-Esprit en 1352, mais que les troubles de son règne ont empêché sa pérennité. Henri III a redécouvert cet ordre grâce à un titre original trouvé par un noble vénitien et a décidé de le renouveler. Saintfoix souligne que les Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit de Naples sont identiques à ceux de l'Ordre de l'Étoile, institué en 1351 par le Roi Jean. Il note également des similitudes avec les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI. Saintfoix conclut que Henri III a probablement repris les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel pour renouveler l'Ordre du Saint-Esprit. M. de La Dixmerie conclut que M. Lefèvre a raison de mentionner dans le titre de sa brochure que Henri III a renouvelé l'Ordre du Saint-Esprit de Naples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3229
p. 204-205
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
Début :
Quoique les Gazettes étrangères, Monsieur, aient déjà fait mention d'un [...]
Mots clefs :
Gazettes étrangères, Nation, Héroïsme, Général Betski, Flatteries, Admirable, Modestie , Noblesse, Femme extraordinaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
fur un événement intéressant.
QUOIQUE les Gazettes étrangères ,
Monfieur , aient déja fait mention d'un
trait d'humanité admirable , je fuis cependant
chargé de vous adreffer les
deux lettres qui renferment , pour ainfi
dire , l'hiftoire de ce trait immortel.
Chaque Nation doit confacrer dans fes
papiers publics l'héroïfme du Sentiment
, & tout homme à qui ce dépôt
eft confié doit être ravi d'en faire ufage :
il eft doux de contribuer à perpétuer
ce qu'on admire ; il eft doux de penfer
qu'on s'affocie à l'Auteur d'une belle
action , en prévenant l'injuftice du
temps qui pourroit la faire oublier.
Que M. le Général Betski doit être
flatté de l'enthoufiafme de l'Inconnu
JUILLET. 1754. 205
qui lui écrit ! qu'une entreprife a déja
de fuccès , quand elle fait naître les
tranfports & la générofité ! Que l'Inconnu
furtout eft admirable par fon
procédé & par fa modeftie ! Heureux
Monfieur , heureux qui peut donner
avec tant de nobleffe , heureux qui peut
recevoir avec tant de gloire ! La fituation
de ces deux hommes ne peut être
comparée qu'au bonheur de chacun
d'eux.
Oferai -je mêler aux objets de ce tableau
une Souveraine magnanime , une
Femme extraordinaire ! Oui , fa place
eft parmi ceux dont elle anime l'âme &
le génie ; l'établiffement de l'illuftre Général
, le procédé du vertueux Anonyme
font nés de l'exemple de CATHERINE ,
& l'admiration fe tourne vers elle quand
la reconnoiffance parle pour eux ; mais
il eft mille chofes à dire d'elle , qu'on
lui doit quand on ofe en parler , &
qu'on eft obligé de lui laiffer ignorer
tant on fe fent peu capable & peu digne
de faire fon éloge : taifons - nous
donc , Monfieur , renfermons- nous dans
le plaifir de fentir , & fubftituons les
voeux aux louanges .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE BASTIDE,
fur un événement intéressant.
QUOIQUE les Gazettes étrangères ,
Monfieur , aient déja fait mention d'un
trait d'humanité admirable , je fuis cependant
chargé de vous adreffer les
deux lettres qui renferment , pour ainfi
dire , l'hiftoire de ce trait immortel.
Chaque Nation doit confacrer dans fes
papiers publics l'héroïfme du Sentiment
, & tout homme à qui ce dépôt
eft confié doit être ravi d'en faire ufage :
il eft doux de contribuer à perpétuer
ce qu'on admire ; il eft doux de penfer
qu'on s'affocie à l'Auteur d'une belle
action , en prévenant l'injuftice du
temps qui pourroit la faire oublier.
Que M. le Général Betski doit être
flatté de l'enthoufiafme de l'Inconnu
JUILLET. 1754. 205
qui lui écrit ! qu'une entreprife a déja
de fuccès , quand elle fait naître les
tranfports & la générofité ! Que l'Inconnu
furtout eft admirable par fon
procédé & par fa modeftie ! Heureux
Monfieur , heureux qui peut donner
avec tant de nobleffe , heureux qui peut
recevoir avec tant de gloire ! La fituation
de ces deux hommes ne peut être
comparée qu'au bonheur de chacun
d'eux.
Oferai -je mêler aux objets de ce tableau
une Souveraine magnanime , une
Femme extraordinaire ! Oui , fa place
eft parmi ceux dont elle anime l'âme &
le génie ; l'établiffement de l'illuftre Général
, le procédé du vertueux Anonyme
font nés de l'exemple de CATHERINE ,
& l'admiration fe tourne vers elle quand
la reconnoiffance parle pour eux ; mais
il eft mille chofes à dire d'elle , qu'on
lui doit quand on ofe en parler , &
qu'on eft obligé de lui laiffer ignorer
tant on fe fent peu capable & peu digne
de faire fon éloge : taifons - nous
donc , Monfieur , renfermons- nous dans
le plaifir de fentir , & fubftituons les
voeux aux louanges .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE BASTIDE,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
La lettre à M. de La Place relate un acte de générosité et d'humanité remarquable. L'auteur mentionne que des gazettes étrangères ont déjà parlé de cet acte et qu'il est chargé de transmettre deux lettres détaillant cet événement. Il souligne l'importance de célébrer l'héroïsme et les sentiments nobles dans les publications publiques. L'auteur exprime sa satisfaction de contribuer à perpétuer de telles actions et de prévenir l'oubli. Il admire particulièrement le général Betski et un inconnu qui lui a écrit en juillet 1754, soulignant leur enthousiasme et leur générosité. Il loue la modestie et la noblesse de l'inconnu, ainsi que la réussite de son entreprise. La lettre compare la situation des deux hommes à leur bonheur mutuel. L'auteur mentionne également une souveraine magnanime et une femme extraordinaire, Catherine, dont l'exemple a inspiré le général Betski et l'anonyme vertueux. Il exprime son admiration et sa reconnaissance envers Catherine, tout en se sentant indigne de faire son éloge. Il conclut en exprimant ses vœux plutôt que des louanges et signe la lettre 'De Bastide'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3230
p. 206-209
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Début :
Monsieur, N'ayant nullement l'avantage de vous être connu, je n'aurois pas pris [...]
Mots clefs :
Russie, Impératrice, Maison d'enfants, Joie, Établissement, Souverain, Honneur, Humanité, Patrie, Louanges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
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Résumé : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Un auteur anonyme écrit au Général Betski à Pétersbourg pour exprimer son admiration et son soutien à la création d'une Maison des Enfants trouvés et des Orphelins à Moscou, initiée par l'Impératrice Catherine II. L'auteur a appris cette initiative par un ami ayant des correspondances en Russie. L'Impératrice a financé le projet avec une somme initiale de cinq cent mille livres et une allocation annuelle de vingt-cinq mille livres, tandis que le Grand Duc a contribué cent mille livres. Les compatriotes de Betski ont également apporté des donations annuelles, rendant cet établissement l'un des mieux fondés en Europe. L'auteur souligne que Betski a adapté les meilleures pratiques des établissements publics au gouvernement, aux mœurs et au climat de la Russie. Il exprime sa joie et son admiration pour cette initiative humanitaire et offre une contribution financière via M. Clifford. L'auteur encourage Betski à persévérer malgré les obstacles et les difficultés inévitables dans les débuts de telles entreprises. La lettre se conclut par des vœux de succès et de reconnaissance pour l'œuvre entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3231
p. 209-212
RÉPONSE à l'ANONYME.
Début :
Monsieur, Que la nouvelle d'un Etablissement fait à Moscou [...]
Mots clefs :
Établissement, Moscou, Orphelins, Générosité, Honneur, Auguste souveraine, Écoles, Admiration, Estime
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à l'ANONYME.
REPONSE à l'ANONYME.
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
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Résumé : RÉPONSE à l'ANONYME.
L'auteur répond à un anonyme ayant informé de la création à Moscou d'un établissement pour les enfants trouvés et les orphelins. Il exprime son admiration pour cette initiative et regrette de ne pas connaître l'auteur de cette nouvelle. Il respecte le désir de l'anonyme de rester caché mais souligne l'importance de reconnaître les actions vertueuses. L'auteur mentionne plusieurs projets humanitaires et éducatifs initiés par la souveraine, tels que la fondation d'une communauté pour jeunes filles nobles, la création d'une académie pour jeunes artistes, et l'établissement d'écoles publiques et d'asiles pour les infirmes dans toutes les provinces de l'empire. Il conclut en exprimant son zèle et son admiration pour les vertus de l'anonyme et son désir de voir plus d'hommes suivre son exemple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3232
p. 193-194
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Début :
Le Roi vient de nommer quatre Commissaires à l'effet d'examiner [...]
Mots clefs :
Nomination, Commissaires, Ouvrage, Académie royale des belles-lettres, Membres, Censeur royal, Assemblée, Jugement, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Le 17 juillet 1764, à Compiègne, le Roi a nommé quatre commissaires pour examiner l'ouvrage de M. Barletti de Saint-Paul intitulé 'Institutions nécessaires, ou Corps complet d'éducation pratique & relative'. Cet ouvrage propose une méthode d'étude et d'enseignement des sciences adaptée aux deux sexes, à tous les âges et à tous les états. Les commissaires désignés sont M. Bonamy, historiographe et bibliothécaire de Paris, membre de l'Académie Royale des Belles-Lettres, M. DeGuignes, membre de cette académie et professeur royal, M. Londres, interprète à la Bibliothèque du Roi pour les langues orientales, M. De Montcarville, censeur royal pour les mathématiques, et M. De Passe, censeur royal pour l'histoire ancienne et gouverneur de M. de Saint-Farjeau. La première assemblée des commissaires est prévue pour le lundi 30 juillet chez M. De Montcarville. Le jugement des commissaires sera également rendu public.
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3233
p. 194-209
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Début :
Il y a long-temps que le goût a lieu d'être blessé des disparates de l'Orchestre [...]
Mots clefs :
Théâtre, Actes, Opéra, Musique, Anonymat, Ouvrages, Scène, Composition, Drame, Public, Comédiens, Auteur, Genre, Symphonies, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles .
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Le texte aborde les disparités dans l'orchestre pendant les entractes des tragédies et comédies françaises, un sujet déjà traité par un anonyme dans une lettre aux Comédiens Français. Cet anonyme critique l'utilisation du 'charivari' italien et propose d'adopter des morceaux d'opéras français plus adaptés aux situations scéniques. Cependant, cette solution présente des difficultés, notamment la sélection et la direction des morceaux, ainsi que l'opposition potentielle de l'Opéra, qui pourrait voir ses œuvres surutilisées. Pour résoudre ces problèmes, le texte suggère de composer de nouvelles symphonies spécifiques aux entractes des pièces tragiques et comiques. Cela offrirait une nouvelle carrière à l'harmonie et à la musique imitative, tout en étant bénéfique pour les jeunes compositeurs. L'adoption de cette musique intéressante pourrait augmenter la fréquentation des musiciens au théâtre français et améliorer la déclamation et le récitatif musical. Le texte souligne également l'importance de l'habitude et de l'émulation pour former et perfectionner les auteurs de musique. Il espère que cette révolution ramènera le public vers des spectacles dignes et encouragera les grands talents. Enfin, il prévient contre les excès de luxe dans les arts et la nécessité de distribuer équitablement les avantages pour éviter la décadence du goût. Le texte discute également de l'impact positif de la symphonie du combat entre le quatrième et le cinquième acte de l'œuvre 'Dardanus' sur le public, soulignant les applaudissements et l'admiration qu'elle a suscités. Il encourage les auteurs, notamment le célèbre auteur de 'Dardanus', à enrichir et perfectionner les entreacts des ouvrages modernes et des pièces remises au théâtre. Le texte reconnaît le génie durable de Jean-Philippe Rameau et sa capacité à composer des morceaux détachés pour les opéras. Il aborde également la division entre l'oreille et le cœur dans les spectacles, soulignant les conséquences funestes de cette séparation. Le projet de réintroduire des symphonies dans les entreacts est présenté comme utile et sans préjudice pour les spectacles de Paris. Le texte réfute l'objection selon laquelle les symphonies sont inutiles après la suppression des lustres, affirmant que des morceaux de musique bien composés seraient écoutés avec attention. Il critique la précipitation entre les actes, contraire à l'illusion théâtrale, et invite Rameau à donner son avis sur cette question. Enfin, il annonce la publication de la réponse à une lettre dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3234
p. 211-214
FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Début :
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier, & fut complimenté le lendemain [...]
Mots clefs :
Fête, République de Venise, Prince, Bâtiment, Cérémonie, Épousailles de la mer, Magnificence, Dorures, Baldaquin, Couleurs, Argent, Illustrations, Ornements, Vénus, Bateaux, Inscriptions, Fleurs
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texteReconnaissance textuelle : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
FESTES PUBLIQUES .
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
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Résumé : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Le texte relate les festivités organisées à Venise en l'honneur du Duc d'Yorck. Le Duc est arrivé le 26 du mois précédent et a été accueilli par des députés de la République. Le 29, il a visité l'Arsenal où les ouvriers ont présenté des démonstrations de leur métier. Le 31, en raison du mauvais temps, la cérémonie des épouvantails de la mer a été reportée au dimanche suivant. Ce même jour, les députés ont offert un grand repas au Duc sur l'île de Muran. Le 3, la cérémonie des épouvantails de la mer a eu lieu avec une grande magnificence et une affluence considérable d'étrangers. Le 4, à l'occasion de l'anniversaire du Roi d'Angleterre, les députés ont organisé une régate, une fête réservée aux grandes occasions et qui n'avait pas été donnée depuis 1740. Neuf grandes barques décorées d'emblèmes et de figures allégoriques ont participé à la course. Chaque barque représentait un élément naturel ou une divinité. La course a impliqué divers types de bateaux et de gondoles, manœuvrés par des hommes et des femmes. La course s'est déroulée sur une distance d'environ quatre mille quatre cents pas vénitiens, avec un point de retournement près de l'église de la Croix. La 'Machine', un édifice orné, représentait le Palais de la Joie et était décoré de figures allégoriques. Les fenêtres du grand Canal étaient ornées de tapis et remplies de spectateurs.
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3235
p. 148-149
De CADIX, le 14 Août 1764.
Début :
Ces jours derniers, on a débarqué ici un cadavre enseveli [...]
Mots clefs :
Cadavre, Cavernes, Sépulture, Conquête des Indes, Visage, Académie royale de chirurgie, Madrid, Vases
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De CADIX, le 14 Août 1764.
De CADIZ , le 14 Août 1764.
Ces jours derniers , on a débarqué ici un cadavre
enfeveli dans une longue peau à peu près
femblable à celle d'un Ours : il a été trouvé ,
ainfi que plufieurs autres de la même eſpèce ,
dans des cavernes des Ifles Canaries , où l'on
affure qu'ils avoient leur fépulture avant la conquête
qui fut faite de ces les en 1407 , par
Jean de Betancourt , Gentil'homme Normand ,
& en 1483 par Pierre de Vera , Eſpagnol. Les
chairs de ce Cadavre , quoique défféchées , ſe
font néanmoins confervées elles n'ont aucune
flexibilité & font auffi dures que du bois ; de forte
NOVEMBRE . 1764. 149
qu'au fait ce cadavre paroît pétrifié , quoique
réellement il ne le foit pas. Les traits du vifage
font parfaitement marqués & paroillent être ceux
d'un jeune homme : on n'y reconnoît pas la moindre
détérioration , non plus qu'à aucune autre
partie du corps : le ventre n'eft pas plus affaiffé
que fi la perfonne fût morte depuis deux jours ;
on y remarque feulement un petit pli à la peau ; ce
cadavre a été envoyé à Madrid pour y être déposé
à l'Académie Royale de Chirurgie ; on avoit joint
à la caiffe qui le renfermoit , une autre caiffe
contenant deux ou trois vaſes & un petit moulin
à main trouvés dans la même caverne , ce qui fait
juger que chez les anciens habitans des Ifles Canaries
la coutume étoit de mettre dans le lieu
de la fépulture à côté des morts qu'ils inhumoient
des vafes remplis de liqueurs & de grains
Ces jours derniers , on a débarqué ici un cadavre
enfeveli dans une longue peau à peu près
femblable à celle d'un Ours : il a été trouvé ,
ainfi que plufieurs autres de la même eſpèce ,
dans des cavernes des Ifles Canaries , où l'on
affure qu'ils avoient leur fépulture avant la conquête
qui fut faite de ces les en 1407 , par
Jean de Betancourt , Gentil'homme Normand ,
& en 1483 par Pierre de Vera , Eſpagnol. Les
chairs de ce Cadavre , quoique défféchées , ſe
font néanmoins confervées elles n'ont aucune
flexibilité & font auffi dures que du bois ; de forte
NOVEMBRE . 1764. 149
qu'au fait ce cadavre paroît pétrifié , quoique
réellement il ne le foit pas. Les traits du vifage
font parfaitement marqués & paroillent être ceux
d'un jeune homme : on n'y reconnoît pas la moindre
détérioration , non plus qu'à aucune autre
partie du corps : le ventre n'eft pas plus affaiffé
que fi la perfonne fût morte depuis deux jours ;
on y remarque feulement un petit pli à la peau ; ce
cadavre a été envoyé à Madrid pour y être déposé
à l'Académie Royale de Chirurgie ; on avoit joint
à la caiffe qui le renfermoit , une autre caiffe
contenant deux ou trois vaſes & un petit moulin
à main trouvés dans la même caverne , ce qui fait
juger que chez les anciens habitans des Ifles Canaries
la coutume étoit de mettre dans le lieu
de la fépulture à côté des morts qu'ils inhumoient
des vafes remplis de liqueurs & de grains
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Résumé : De CADIX, le 14 Août 1764.
Le 14 août 1764, à Cadix, un cadavre emmailloté dans une peau semblable à celle d'un ours a été découvert dans des cavernes des îles Canaries. Plusieurs autres cadavres similaires ont été trouvés dans ces mêmes cavernes, utilisées comme sépultures avant la conquête des îles en 1407 par Jean de Betancourt et en 1483 par Pierre de Vera. Les chairs du cadavre, bien que desséchées, sont dures comme du bois, donnant l'apparence d'une pétrification. Le visage présente les traits d'un jeune homme sans détérioration visible. Le ventre n'est pas affaissé, suggérant une mort récente. Le cadavre a été envoyé à Madrid pour être déposé à l'Académie Royale de Chirurgie, accompagné de vases et d'un petit moulin à main trouvés dans la même caverne. Ces objets indiquent que les anciens habitants des îles Canaries avaient la coutume d'enterrer des récipients contenant des liquides et des grains avec les morts.
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3236
p. 180-182
Comédie Italienne.
Début :
M. RENAUD, dont nous avons déja parlé dans le Mercure précédent, [...]
Mots clefs :
Rôle, Timidité, Débutant, Jeu d'acteur, Spectacle, Ballet, Opéra, Légèreté, Grâces, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie Italienne.
Comédie Italienne.
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
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Résumé : Comédie Italienne.
Le texte évoque les débuts de M. Renaud dans le rôle de Lucas dans 'Les Aveux indifférents', soulignant ses progrès malgré une timidité initiale. Son jeu a été encouragé, et il est attendu qu'il devienne un acteur utile pour le spectacle. Le 24 octobre, la première représentation de 'Ulysse dans l'Île de Circe', un ballet sérieux héroïque et pantomime composé par M. Pitrot, a eu lieu. M. Pitrot et son épouse, anciennement Mlle Rey, ont dansé les principales entrées. Le ballet a été salué pour sa magnificence, la beauté des situations, les grâces et les variétés du dessin, ainsi que l'ensemble de l'exécution, confirmant la célébrité de M. Pitrot en Europe. Le public, impatient de revoir M. Pitrot, l'a acclamé, notamment pour sa performance dans la chaconne de M. le Berton. Mme Pitrot a également été félicitée pour sa légèreté, précision et grâces, confirmant son statut de première danseuse dans le genre brillant. Les nièces de M. Pitrot, Mlles Louise et Mion Rey, ont été louées pour leurs talents naissants, prouvant que les grâces sont héréditaires dans leur famille. Le texte inclut également le programme du ballet et une épître au public fournis par M. Pitrot.
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3237
p. 182-184
AU PUBLIC.
Début :
MESSIEURS, Vous êtes les Juges & les Protecteurs des Talens : [...]
Mots clefs :
Talents, Hommages, Ballets, Conseils, Poèmes, Danseurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU PUBLIC.
AU PUBLIC.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
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Résumé : AU PUBLIC.
L'auteur s'adresse aux juges et protecteurs des talents, reconnaissant leur rôle dans l'encouragement des artistes. Il mentionne avoir présenté des ballets héroïques en 1758, tels que 'Télémaque dans l'Ile de Calypso', 'le Sultan généreux' et 'la Dispute des Faunes & des Bergers'. Aujourd'hui, il présente 'Ulysse dans l'Ile de Circé', un genre de ballet peu connu à Paris, nécessitant une exposition, une intrigue, des situations et un dénouement. L'auteur exprime ses efforts pour réunir ces éléments essentiels et sa gratitude pour les suffrages reçus, tout en reconnaissant que ses œuvres sont loin de la perfection. Il souligne la difficulté croissante de la composition et de l'exécution de ces ballets, nécessitant de l'âme, du sentiment et de la pratique. Il appelle à l'indulgence pour les danseurs et danseuses, habitués à de petits divertissements, mais désireux de s'améliorer. L'auteur sollicite le soutien du public pour ces artistes et exprime son espoir de succès grâce à son travail assidu et son dévouement à satisfaire les volontés du public.
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3238
p. 184-185
ACTEURS DU BALLET.
Début :
ULYSSE, Roi d'Itaque M.Pitrot, l'aîné. CIRCÉ, Fille du Soleil [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACTEURS DU BALLET.
ACTEURS DU BALLET.
ULYSSE , Roi d'Itaque. M. Pitrot , l'aîné .
CIRCÉ , Fille du Soleil &
Fameule Magicienne. Mde Pitrot:
CHEFS DES MATE LOTS .
MM. Berquelaure , Reflier , Grenier , Giguet
Salpetier , Bataille.
GUERRIERS DE LA SUITE D'ULYSSE
MM: Leclerc , Claufe , Guiller , Auger , Ben
tinazzi , Desombrages , Beaupré , Dorignis
NYMPHES COMPAGNES DE CIRCE
Mlles Riviere , Carlin.
NOVEMBRE . 1764. 185
AUTRES NYMPHE S.
Miles Louife Rey , Mion Rey , Dumalg ,
Dubuiffon , Lefevre , Colombe , Dauviliers, Marlet,
Verdot , Desjardins , Galodier , Marquife.
PETITS AMOURS , JEUX FT PLAISIRS.
MM. Alix.
Simonnet.
Beaulieu
Romain.
Mlles Le Roi.
Audinot:
Dervieux.
Adelaide.
Plufieurs Compafes en Guerriers & Matelots
de la fuite d'Ulyffe , dont une partie eft tranf--
formée en Bêtes feroces par le pouvoir de Circé .
ULYSSE , Roi d'Itaque. M. Pitrot , l'aîné .
CIRCÉ , Fille du Soleil &
Fameule Magicienne. Mde Pitrot:
CHEFS DES MATE LOTS .
MM. Berquelaure , Reflier , Grenier , Giguet
Salpetier , Bataille.
GUERRIERS DE LA SUITE D'ULYSSE
MM: Leclerc , Claufe , Guiller , Auger , Ben
tinazzi , Desombrages , Beaupré , Dorignis
NYMPHES COMPAGNES DE CIRCE
Mlles Riviere , Carlin.
NOVEMBRE . 1764. 185
AUTRES NYMPHE S.
Miles Louife Rey , Mion Rey , Dumalg ,
Dubuiffon , Lefevre , Colombe , Dauviliers, Marlet,
Verdot , Desjardins , Galodier , Marquife.
PETITS AMOURS , JEUX FT PLAISIRS.
MM. Alix.
Simonnet.
Beaulieu
Romain.
Mlles Le Roi.
Audinot:
Dervieux.
Adelaide.
Plufieurs Compafes en Guerriers & Matelots
de la fuite d'Ulyffe , dont une partie eft tranf--
formée en Bêtes feroces par le pouvoir de Circé .
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Résumé : ACTEURS DU BALLET.
Le ballet présente Ulysse, roi d'Ithaque, joué par M. Pitrot, et Circé, magicienne, interprétée par Mme Pitrot. Les rôles secondaires incluent les chefs des matelots, les guerriers de la suite d'Ulysse, les nymphes compagnes de Circé, et les petits amours. La représentation a eu lieu en novembre 1764.
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3239
p. 185-186
Première Décoration du Ballet.
Début :
Le Théâtre représente, sur le devant, une grande Fôret parsemée [...]
Mots clefs :
Décoration, Théâtre, Forêt, Mer, Jardin, Palais, Ulysse, Circé
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texteReconnaissance textuelle : Première Décoration du Ballet.
Première Décoration du Ballet.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
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3240
p. 186-190
ARGUMENT.
Début :
Ulysse, Roi d'Ithaque, fut un de ceux qui contribuerent le plus [...]
Mots clefs :
Ulysse, Circé, Vaisseaux, Magicienne, Guerriers, Bêtes féroces, Mer, Îles, Désir, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARGUMENT.
ARGUMENT.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
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Résumé : ARGUMENT.
Le texte narre les péripéties d'Ulysse, roi d'Ithaque, après la chute de Troie, alors qu'il tente de regagner sa patrie. Son voyage le conduit sur une île habitée par Circé, une enchanteresse. Avant de débarquer, Ulysse envoie des compagnons en reconnaissance. Ces derniers, accueillis par Circé, consomment un breuvage qui les transforme en statues ou en bêtes féroces. Inquiet de leur absence, Ulysse part à leur recherche. Sa chaloupe se métamorphose en char tiré par des chevaux marins, et il est accueilli par Circé et ses nymphes dans un lieu enchanté. Ulysse, méfiant, feint d'être amoureux de Circé pour gagner sa confiance. Il découvre alors que ses compagnons ont été métamorphosés et utilise une ruse pour obtenir la baguette magique de Circé, permettant ainsi de libérer ses hommes. La flotte d'Ulysse repart, laissant Circé désemparée. Cette dernière invoque un char tiré par des dragons ailés pour poursuivre Ulysse.
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3241
p. 190-196
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
Début :
MONSIEUR, Si c'est un tribut dû à la mémoire des hommes célèbres [...]
Mots clefs :
Génie, Musique, Oeuvres, Hommes, Hommages, Duc, Violon, Talents, Symphonie, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
LETTRE à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
La lettre rend hommage à Jean-Marie Leclair, un célèbre musicien français décédé la nuit du 22 au 23 octobre 1764. Né à Lyon le 16 mai 1697, Leclair était le fils d'Antoine Leclair, musicien de Louis XIV, et de Benoîte Ferrière. Au cours de sa carrière, il a servi divers patrons, notamment les Bonnier, avant de devenir premier symphoniste de Louis XV. Leclair a composé plusieurs œuvres notables, incluant des sonates, des duos, des trios, des concertos, et l'opéra 'Scilla et Glaucus'. À l'âge de soixante ans, il a repris son activité musicale grâce au soutien du Duc de Gramont, qui l'a pensionné. Leclair a également collaboré avec d'autres compositeurs sur des ballets et des tragédies. Connu pour sa simplicité et son sérieux, il a marqué l'Europe par ses sonates et son influence sur l'art du violon. Sa mort a été ressentie comme une grande perte, tant par ses contemporains que par le Duc de Gramont, qui lui était très attaché.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3242
p. 197-199
SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
Début :
AUTANT le traitement de la Goutte effrayoit ceux qui en font affligés, [...]
Mots clefs :
Goutte, Remède, Maux, Soulagement, Poudre balsamique, Baume végétal, Effets positifs, Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
SUPPLÉMENT à l'Art . des Sciences
MÉDECINE.
Gouttes fciatiques & Rhumatifmes.
AUTANT UTANT le traitement de la Goutte
éffrayoit ceux qui en font affligés , &
trouvoit des contradicteurs , autant les
fuccès répétés depuis dix années d'une
pratique auffi douce que fimple & méthodique,
portent le calme & la confiance
dans les efprits prévenus. Les maux des
Goutteux ne fe bornoient pas à la feule
violence des tourmens & des révolutions
les plus funeffes ; le plus cruel de tous
étoit le défaut d'aucune efpéce de foulagement
. Je dois leur mettre fous les
yeux ce que l'expérience m'a appris
en leur faveur.
La Poudre balfantique infufée dans de
l'eau , en forme de thé , ou dans une
eau de veau conformément au tempé
rament de chacun , calme les accès les
plus vifs , & agit uniquement par les
urines & par une tranfpiration un peu
augmentée fans fueur ; les fuccès plus
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
,
ou moins prompts dépendent de l'ad
miniftration propre à chacun. Ce réméde
empêche que les nodofités fe
forment & s'oppofe aux révolutions
fuivant l'attention qu'on apporte dans
fon ufage. Le Baume végétal , par fes
qualités propres à l'eftomach , rend les
digeftions parfaites forme un fang
bien travaillé & donne du reffort ; c'eſt
par ce moyen qu'il éloigne les accès ;
fon action n'échauffe point , & il eſt
parfait anti - fcorbutique. Ceux qui ne
peuvent fe gêner fur rien pendant qu'ils
en font ufage , ou qui ont des complications
qu'ils ne déclarent point
font dans le cas d'en recevoir peu d'effets.
Le fruit que j'ai tiré de ma pratique
, eft une connoiffance particulière
des effets des différens remédes employés
en Europe ; leur danger , leur
inutilité , ou leurs vrais moyens , ce qui
forme l'objet le plus intéreffant par les
funeftes accidens qui en résultent. Je
me flatte par mes foins continués de
rendre de jour en jour le traitement
de la Goutte auffi familier que celui
des fiévres intermittentes ; c'est -à - dire ,
d'affurer les moyens calmans dans tous
les cas , & ceux d'éloigner les accès ; ·
c'est tout ce que l'on peut propo fer
NOVEMBRE. 1764. 199
il faut être précis & net fur fon état
en me confultant. Je ne reçois que les
Lettres affranchies. Je loge rue du Gros
Chenet , Quartier Montmartre , à Paris.
C. DE MONGERBET , Médecin du
Roi & Ordinaire de fes Bâtimens .
MÉDECINE.
Gouttes fciatiques & Rhumatifmes.
AUTANT UTANT le traitement de la Goutte
éffrayoit ceux qui en font affligés , &
trouvoit des contradicteurs , autant les
fuccès répétés depuis dix années d'une
pratique auffi douce que fimple & méthodique,
portent le calme & la confiance
dans les efprits prévenus. Les maux des
Goutteux ne fe bornoient pas à la feule
violence des tourmens & des révolutions
les plus funeffes ; le plus cruel de tous
étoit le défaut d'aucune efpéce de foulagement
. Je dois leur mettre fous les
yeux ce que l'expérience m'a appris
en leur faveur.
La Poudre balfantique infufée dans de
l'eau , en forme de thé , ou dans une
eau de veau conformément au tempé
rament de chacun , calme les accès les
plus vifs , & agit uniquement par les
urines & par une tranfpiration un peu
augmentée fans fueur ; les fuccès plus
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
,
ou moins prompts dépendent de l'ad
miniftration propre à chacun. Ce réméde
empêche que les nodofités fe
forment & s'oppofe aux révolutions
fuivant l'attention qu'on apporte dans
fon ufage. Le Baume végétal , par fes
qualités propres à l'eftomach , rend les
digeftions parfaites forme un fang
bien travaillé & donne du reffort ; c'eſt
par ce moyen qu'il éloigne les accès ;
fon action n'échauffe point , & il eſt
parfait anti - fcorbutique. Ceux qui ne
peuvent fe gêner fur rien pendant qu'ils
en font ufage , ou qui ont des complications
qu'ils ne déclarent point
font dans le cas d'en recevoir peu d'effets.
Le fruit que j'ai tiré de ma pratique
, eft une connoiffance particulière
des effets des différens remédes employés
en Europe ; leur danger , leur
inutilité , ou leurs vrais moyens , ce qui
forme l'objet le plus intéreffant par les
funeftes accidens qui en résultent. Je
me flatte par mes foins continués de
rendre de jour en jour le traitement
de la Goutte auffi familier que celui
des fiévres intermittentes ; c'est -à - dire ,
d'affurer les moyens calmans dans tous
les cas , & ceux d'éloigner les accès ; ·
c'est tout ce que l'on peut propo fer
NOVEMBRE. 1764. 199
il faut être précis & net fur fon état
en me confultant. Je ne reçois que les
Lettres affranchies. Je loge rue du Gros
Chenet , Quartier Montmartre , à Paris.
C. DE MONGERBET , Médecin du
Roi & Ordinaire de fes Bâtimens .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
Le texte, rédigé par C. de Mongerbet, médecin du Roi, traite du traitement de la goutte, une maladie douloureuse et invalidante. Mongerbet propose une méthode douce et méthodique, éprouvée au fil des années. Il recommande l'utilisation de la Poudre balfantique, infusée dans de l'eau ou une eau de veau, pour calmer les accès violents et favoriser l'élimination des toxines par les urines et la transpiration. Ce remède prévient également la formation de nodules et les crises suivantes, à condition d'un usage attentif. Le Baume végétal est suggéré pour améliorer la digestion, renforcer l'organisme et éloigner les accès sans effet chauffant, tout en étant antiscorbutique. Cependant, son efficacité peut être réduite chez ceux qui ne suivent pas les recommandations ou ont des complications non déclarées. Mongerbet affirme posséder une connaissance approfondie des remèdes européens et vise à rendre le traitement de la goutte aussi familier que celui des fièvres intermittentes. Il insiste sur la nécessité de consulter précisément et de manière franche. Il loge rue du Gros Chenet, Quartier Montmartre, à Paris, et ne reçoit que des lettres affranchies.
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3243
p. 206
SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Début :
On a oublié de dire que M. Leclair avoit eu la Médaille de Lyon, [...]
Mots clefs :
Médaille, Ambassadeur extraordinaire, Composition, Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
SUPPLÉMENT à la Lettre inférée dans
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
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Résumé : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Le document, supplément à une lettre du Mercure de Novembre, mentionne Jean-Baptiste Leclair, premier symphoniste du Roi, qui a reçu la Médaille de Lyon grâce à l'Infant Don Philippe. Leclair a un élève, Geoffroy, qu'il forme au violon et à la composition. Geoffroy, appartenant à M. le Duc de Gramont, publiera bientôt l'ariette du Loup.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3244
p. 206-208
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
Début :
Le Rossignol de Cythère, ou le langage du Coeur. - Le Triomphe de Bacchus, Almanach. [...]
Mots clefs :
Almanach, Nouveautés, Tablettes, Calendriers, Libraire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
SUPPLEMENT à l'Article des Nou
velles Littéraires .
ALMANACHS NOUVEAUX.
L
E Roffignol
de Cythère
, ou le lan
gage
du Coeur
. Le Triomphe
de Bacchus
, Almanach
. Ramponeau
.
Le:
DECEMBRE. 1764. 207”
nouveau Chanfonnier , ou le Porte-
Feuille de Pégafe.Le Deffert des bonnes
Compagnies .- Mêlanges agréables
& amufans.Les Prophéties galantes..
-Le Paffe-temps galant.- Collection
Lyrique. - Le Calendrier perpétuel ,
Almanach du ménage.-Ah ! qu'il eft
drôle.-L'Amour ,, Poëte & Muficien.
Etrennes d'Apollon . -L'Almanach
de la petite Pofte de Paris.-Tablettes
Mythologiques & Pittorefques , ou Explication
& manière de connoître les.
différens Tableaux & Statues. - Le Cadeau
de l'Amour: -Les Délaffemens de
Paphos , Etrennes favorites . Les Dépêches
du jour de l'An , Etrennes chantantes
, dédiées aux Graces . Le Salmi
gondis lyrique, Almanach à la grecque.
Le Calendrier des Amours ou le
Manuel des Galans. Almanach fuperflu
, ou nouveau Spécifique contre
Finfomnie. Etrennes comiques , Almanach
gaillard .- Le Pas de Clerc , ou
l'Opium lyrique.
On trouve un affortiment complet de:
tous les Almanacs chantans & autres in
téreffans , chez Grangé & Dufour , Im
primeur- Libraires , au Cabinet Litté
raire , Pont Notre-Dame , près de la
Pompe, & vers le milieu du quai, der
208 MERCURE DE FRANCE.
Gêvres , à la Fortune , à côté du fieur
Contat , Marchand Tablettier , en face
du fieur Parizi, Marchand Bijoutier &
de Modes , au Roi de Pologne.
On trouve auffi chez Guyllin , Libraire
, quai des Auguftins , proche le Pont
S. Michel , au Lys d'or , le petit Tableau
de l'Univers , pour 1765 ; qui
comprend la defcription de tous les Pays
& Villes du Monde , leurs pofitions &
diſtances de Paris , les grandes routesde
terre, de mer & de rivières de France,
& les Gouvernemens Généralités ,
Refforts des Parlemens , & c , & c , & c.
Prix 2 liv . relié.
velles Littéraires .
ALMANACHS NOUVEAUX.
L
E Roffignol
de Cythère
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gage
du Coeur
. Le Triomphe
de Bacchus
, Almanach
. Ramponeau
.
Le:
DECEMBRE. 1764. 207”
nouveau Chanfonnier , ou le Porte-
Feuille de Pégafe.Le Deffert des bonnes
Compagnies .- Mêlanges agréables
& amufans.Les Prophéties galantes..
-Le Paffe-temps galant.- Collection
Lyrique. - Le Calendrier perpétuel ,
Almanach du ménage.-Ah ! qu'il eft
drôle.-L'Amour ,, Poëte & Muficien.
Etrennes d'Apollon . -L'Almanach
de la petite Pofte de Paris.-Tablettes
Mythologiques & Pittorefques , ou Explication
& manière de connoître les.
différens Tableaux & Statues. - Le Cadeau
de l'Amour: -Les Délaffemens de
Paphos , Etrennes favorites . Les Dépêches
du jour de l'An , Etrennes chantantes
, dédiées aux Graces . Le Salmi
gondis lyrique, Almanach à la grecque.
Le Calendrier des Amours ou le
Manuel des Galans. Almanach fuperflu
, ou nouveau Spécifique contre
Finfomnie. Etrennes comiques , Almanach
gaillard .- Le Pas de Clerc , ou
l'Opium lyrique.
On trouve un affortiment complet de:
tous les Almanacs chantans & autres in
téreffans , chez Grangé & Dufour , Im
primeur- Libraires , au Cabinet Litté
raire , Pont Notre-Dame , près de la
Pompe, & vers le milieu du quai, der
208 MERCURE DE FRANCE.
Gêvres , à la Fortune , à côté du fieur
Contat , Marchand Tablettier , en face
du fieur Parizi, Marchand Bijoutier &
de Modes , au Roi de Pologne.
On trouve auffi chez Guyllin , Libraire
, quai des Auguftins , proche le Pont
S. Michel , au Lys d'or , le petit Tableau
de l'Univers , pour 1765 ; qui
comprend la defcription de tous les Pays
& Villes du Monde , leurs pofitions &
diſtances de Paris , les grandes routesde
terre, de mer & de rivières de France,
& les Gouvernemens Généralités ,
Refforts des Parlemens , & c , & c , & c.
Prix 2 liv . relié.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
Le document est un supplément aux Nouvelles Littéraires, listant divers almanachs et publications pour l'année 1764. Parmi les titres notables figurent 'Le Roffignol de Cythère', 'Le Triomphe de Bacchus', 'Le nouveau Chanfonnier', 'Les Prophéties galantes', 'Le Calendrier perpétuel', 'Etrennes d'Apollon' et 'Le Calendrier des Amours'. Ces publications couvrent des sujets variés tels que la poésie, la musique, des guides pratiques et des collections lyriques. Les almanachs sont disponibles chez Grangé & Dufour, imprimeurs-libraires au Cabinet Littéraire sur le Pont Notre-Dame, ainsi que chez Guyllin, libraire au quai des Augustins. Le 'petit Tableau de l'Univers' pour 1765, détaillant les pays, villes, routes et gouvernements, est également mentionné et vendu 2 livres relié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3245
p. 208
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
Début :
Le Catalogue des Livres de la Bibliothèque de Feue Mde La Marquise [...]
Mots clefs :
Marquise de Pompadour, Imprimeur, Catalogue des livres de la bibliothèque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
SUPPLEMENT à l'Annonce des Livres.
LE Catalogue des Livres de la Bibliothéque
de Feue Mde LA MARQUISE DE POMPADOUR ,
fe diftribuera dans le courant du mois prochain ,
chez M. HERISSANT , Imprimeur du Cabinet du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue de la
Parcheminerie.
LE Catalogue des Livres de la Bibliothéque
de Feue Mde LA MARQUISE DE POMPADOUR ,
fe diftribuera dans le courant du mois prochain ,
chez M. HERISSANT , Imprimeur du Cabinet du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue de la
Parcheminerie.
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3246
p. 208-209
SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
Début :
Le 3 Octobre dernier est décédé à Paris M. Pierre-Charles Roy, Chevalier de S. [...]
Mots clefs :
Chevalier, Théâtre lyrique, Ouvrages, Poète, Recueil de poésies, Rumeurs, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre.
Mort de M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Poëte Lyrique.
LR 3 Octobre dernier eſt décédé à Paris M •
Pierre- Charles Ror , Chevalier de S. Michel,
DECEMBRE . 1764. 209
>
Callirrhoé & le Ballet des Elémens faffiroient à la
célébrité des talens de ce Poëte pour le Théâtre
Lyrique. On connoît de lui beaucoup d'autres
Ouvrages du même genre , qui ne font pas
moins d'honneur à fa Mufe. Le caractère particulier
du génie de ce Poëte étoit d'avoir tellement
étudié les Poëtes Latins & principale- .
ment Ovide , qu'il fe les étoit appropriés. Il a
fait paffer une grande quantité de leurs pentées ,
on pourroit dire prèfque de leurs vers dans les
fiens Il a compofé auffi un Recueil de Poéfies
diverfes , imprimé depuis long -temps , où l'on
trouve des chofes affez agréablement imaginées ,.
& far-tout fort correctement verfifiées . Il eft mort
à l'âge de 81 ans , ignoré du Monde & de la Société
depuis plus de dix ou douze ans.
Nous avions par erreur , & fur la foi d'une.
rumeur publique , annoncé la mort de cet Auteur
dès l'année précédente. Nous avons été ou prévenus
ou fuivis , dans cette erreur , par tous les Journaliſtes
& tous les Papiers publics : enforte que
l'Auteur du nouveau Nécrologe , en annonçant il
y a quelques mois celui du mois de Janvier prochain
, promettoit , entr'autres Eloges hiftoriques
de Perfonnes célèbres décédées dans le courant de
cette année , celui de M. Roy , qui n'étoit pas encore
mort alors. Que ceux qui condamnent les
erreurs trop fréquentes des Hiftoriographes du
Théâtre ou de la Littérature , fondées fur celles
des Ecrivains contemporains , apprennent par
cet exemple , que la plupart font dues à la négligence
impardonnable des familles ; lefquelles ,
comme en cette occafion , loin de prendre l'intérêt
convenable pour informer la Poftérité de ce qui
concerne les talens qui les ont honorées , ne,
daignent pas même faire conftater le temps & le
terme de leur exiſtence.
Mort de M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Poëte Lyrique.
LR 3 Octobre dernier eſt décédé à Paris M •
Pierre- Charles Ror , Chevalier de S. Michel,
DECEMBRE . 1764. 209
>
Callirrhoé & le Ballet des Elémens faffiroient à la
célébrité des talens de ce Poëte pour le Théâtre
Lyrique. On connoît de lui beaucoup d'autres
Ouvrages du même genre , qui ne font pas
moins d'honneur à fa Mufe. Le caractère particulier
du génie de ce Poëte étoit d'avoir tellement
étudié les Poëtes Latins & principale- .
ment Ovide , qu'il fe les étoit appropriés. Il a
fait paffer une grande quantité de leurs pentées ,
on pourroit dire prèfque de leurs vers dans les
fiens Il a compofé auffi un Recueil de Poéfies
diverfes , imprimé depuis long -temps , où l'on
trouve des chofes affez agréablement imaginées ,.
& far-tout fort correctement verfifiées . Il eft mort
à l'âge de 81 ans , ignoré du Monde & de la Société
depuis plus de dix ou douze ans.
Nous avions par erreur , & fur la foi d'une.
rumeur publique , annoncé la mort de cet Auteur
dès l'année précédente. Nous avons été ou prévenus
ou fuivis , dans cette erreur , par tous les Journaliſtes
& tous les Papiers publics : enforte que
l'Auteur du nouveau Nécrologe , en annonçant il
y a quelques mois celui du mois de Janvier prochain
, promettoit , entr'autres Eloges hiftoriques
de Perfonnes célèbres décédées dans le courant de
cette année , celui de M. Roy , qui n'étoit pas encore
mort alors. Que ceux qui condamnent les
erreurs trop fréquentes des Hiftoriographes du
Théâtre ou de la Littérature , fondées fur celles
des Ecrivains contemporains , apprennent par
cet exemple , que la plupart font dues à la négligence
impardonnable des familles ; lefquelles ,
comme en cette occafion , loin de prendre l'intérêt
convenable pour informer la Poftérité de ce qui
concerne les talens qui les ont honorées , ne,
daignent pas même faire conftater le temps & le
terme de leur exiſtence.
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Résumé : SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
Le 3 octobre 1764, à Paris, est décédé M. Pierre-Charles Roy, Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et poète lyrique. Ses œuvres les plus célèbres incluent 'Callirrhoé' et 'le Ballet des Éléments'. Roy a également écrit de nombreux ouvrages lyriques et un recueil de poésies diverses, imprimé depuis longtemps, contenant des textes imaginatifs et correctement versifiés. Son génie se caractérisait par une étude approfondie des poètes latins, notamment Ovide, dont il a adapté de nombreuses pensées et presque des vers entiers. Roy est mort à l'âge de 81 ans, après avoir été ignoré du monde et de la société pendant plus de dix ou douze ans. Une erreur avait été commise par divers journaux et publications, annonçant sa mort l'année précédente, alors qu'il était encore en vie. Cet exemple illustre la négligence des familles qui ne prennent pas l'intérêt convenable pour informer la postérité des talents de leurs membres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3247
p. 14-16
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
Début :
Il m'est impossible, Monsieur, de répondre à toutes vos questions touchant [...]
Mots clefs :
Irminsul, Divinité des Germains, Statue, Montagne, Saxons, Germains, Caveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen - Sul
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
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3248
p. 25-27
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'abus du mot coeur.
Début :
Je suis choqué tous les jours, Monsieur, de l'abus que j'entends faire du mot coeur. [...]
Mots clefs :
Coeur, Poumons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'abus du mot coeur.
LETTRE à M. DE LA PLACE , fur l'abus
du not coeur.
JE fuis choqué tous les jours , Monfieur ,
de l'abus que j'entends faire du mot coeur.
Je ne lis aucune pièce galante fans l'y
trouver répété fouvent jufqu'au dégoût.
Outre que cette expreffion eft devenue
d'une fadeur infupportable , je fuis perfuadé
que fi les femmes favoient que le
coeur eft une partie mufculeufe de l'animal
fituée au milieu du thorax , qui a deux
grandes vilaines cavités qui fe nomment
ventricules , par où le fang paffe & repaſſe
continuellement , il n'en eft aucune qui
daignât accepter un pareil préfent. Je
préfume que les gens amoureux qui les
premiers ont fenti leur coeur palpiter.
plus vivement à la préfence de l'objet
aimé , n'auront pas manqué d'imaginer.
qu'il étoit le fiége de l'amour , qu'ils
auront cru ne pouvoir rien offrir de plus.
précieux ni de plus agréable que leur coeur ,
fans fonger qu'il y a de la folie à faire une
offre qui les mettroit dans un bel embarras
fi , comme cette belle Hollandoife dont
on fait l'hiftoire , leurs maîtreffes les pre-
B
26
MERCURE
DE FRANCE
.
noient au mot fur le champ. Mais je fuis
furpris qu'ils n'aient pas également fongé
à mettre les poumons en jeu . En effet , le
poumon n'a pas dû préfenter une image
plus défagréable que le coeur , & lorfque
nous éprouvons quelque grande fenfation
de peine ou de plaifir , le poumon fe refferre
ou fe dilate , la refpiration eſt plus
ou moins fufpendue , plus ou moins précipitée
tous ces fymptômes , dis - je , l'amour
nous les fait éprouver avec plus de
violence que toutes les autres paflions ; &
cependant, ingrats que nous fommes , nous
avons fignalé notre reconnoiffance
pour le
coeur, en leplaçant dans nos emblèmes, dans
nos écrits , dans nos difcours , & nous n'avons
rien fait pour ces pauvres poumons ! II
me femble pourtant que fi nous avions depuis
quelque temps fubftitué le
au coeur dans nos déclarations , nos petits
vers , nos jolis romans , &c . cette idée ne
paroîtroit
aufli folle aujourd'hui que
bien des perfonnes pourront la trouver :
deux coeurs ou deux poumons percés d'une
flêche , ou unis par des liens de fleurs ,
ne me paroillent ni plus extraordinaires
ni moins fignificatifs l'un que l'autre on
peut enchaîner deux poumons ; on peut
oucher , attendrir un poumon comme un
coeur , avoir les poumons tendres & fenfi
pas
poumon
JUIN 1768 .
27
bles , ou durs & barbares , ainſi que le
coeur des poumons nobles , vils , délicats ,
qui cédent fans effort , qui refufent de fe
rendre , & c. n'ont rien de
particulier que
leur nouveauté , & c'eft cette même nouveauté
qui doit faire leur fortune. S'ils
font accueillis
favorablement , j'aurai enrichi
notre langue d'une infinité d'expreffions
neuves qui tiennent à celle- là , &
j'en aurai fupprimé une qui eft devenue
faftidienfe à force d'être répétée .
J'ai l'honneur , &c.
BAR.
Avocat au
Parlemène.
du not coeur.
JE fuis choqué tous les jours , Monfieur ,
de l'abus que j'entends faire du mot coeur.
Je ne lis aucune pièce galante fans l'y
trouver répété fouvent jufqu'au dégoût.
Outre que cette expreffion eft devenue
d'une fadeur infupportable , je fuis perfuadé
que fi les femmes favoient que le
coeur eft une partie mufculeufe de l'animal
fituée au milieu du thorax , qui a deux
grandes vilaines cavités qui fe nomment
ventricules , par où le fang paffe & repaſſe
continuellement , il n'en eft aucune qui
daignât accepter un pareil préfent. Je
préfume que les gens amoureux qui les
premiers ont fenti leur coeur palpiter.
plus vivement à la préfence de l'objet
aimé , n'auront pas manqué d'imaginer.
qu'il étoit le fiége de l'amour , qu'ils
auront cru ne pouvoir rien offrir de plus.
précieux ni de plus agréable que leur coeur ,
fans fonger qu'il y a de la folie à faire une
offre qui les mettroit dans un bel embarras
fi , comme cette belle Hollandoife dont
on fait l'hiftoire , leurs maîtreffes les pre-
B
26
MERCURE
DE FRANCE
.
noient au mot fur le champ. Mais je fuis
furpris qu'ils n'aient pas également fongé
à mettre les poumons en jeu . En effet , le
poumon n'a pas dû préfenter une image
plus défagréable que le coeur , & lorfque
nous éprouvons quelque grande fenfation
de peine ou de plaifir , le poumon fe refferre
ou fe dilate , la refpiration eſt plus
ou moins fufpendue , plus ou moins précipitée
tous ces fymptômes , dis - je , l'amour
nous les fait éprouver avec plus de
violence que toutes les autres paflions ; &
cependant, ingrats que nous fommes , nous
avons fignalé notre reconnoiffance
pour le
coeur, en leplaçant dans nos emblèmes, dans
nos écrits , dans nos difcours , & nous n'avons
rien fait pour ces pauvres poumons ! II
me femble pourtant que fi nous avions depuis
quelque temps fubftitué le
au coeur dans nos déclarations , nos petits
vers , nos jolis romans , &c . cette idée ne
paroîtroit
aufli folle aujourd'hui que
bien des perfonnes pourront la trouver :
deux coeurs ou deux poumons percés d'une
flêche , ou unis par des liens de fleurs ,
ne me paroillent ni plus extraordinaires
ni moins fignificatifs l'un que l'autre on
peut enchaîner deux poumons ; on peut
oucher , attendrir un poumon comme un
coeur , avoir les poumons tendres & fenfi
pas
poumon
JUIN 1768 .
27
bles , ou durs & barbares , ainſi que le
coeur des poumons nobles , vils , délicats ,
qui cédent fans effort , qui refufent de fe
rendre , & c. n'ont rien de
particulier que
leur nouveauté , & c'eft cette même nouveauté
qui doit faire leur fortune. S'ils
font accueillis
favorablement , j'aurai enrichi
notre langue d'une infinité d'expreffions
neuves qui tiennent à celle- là , &
j'en aurai fupprimé une qui eft devenue
faftidienfe à force d'être répétée .
J'ai l'honneur , &c.
BAR.
Avocat au
Parlemène.
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3249
p. 27-28
RÉPONSE à la lettre insérée dans le Mercure du mois d'avril 1768, page 16. « Savoir si les malheurs d'autrui sont » un motif de consolation pour les » malheureux » ?
Début :
Il y a long-temps que l'on a fait la réponse ci-jointe à la présente question [...]
Mots clefs :
Malheureux, Malheur, Consolation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la lettre insérée dans le Mercure du mois d'avril 1768, page 16. « Savoir si les malheurs d'autrui sont » un motif de consolation pour les » malheureux » ?
RÉPONSE à la lettre inférée dans le Mercure
du mois d'avril 1768 , page 16,
« Savoir fi les
malheurs d'autrui font
» un motif de
confolation pour les
»
malheureux » ?
Il y a long - temps que l'on a fait la
réponſe ci-jointe à la préfente queſtion
que l'on demande , & qui a paffé en proverbe
: « la
confolation des
malheureux eft
Bij
MERCURE DE FRANCE.
» d'avoir des femblables ». Il femble que
les malheurs d'autrui adouciffent les nôtres
lorfqu'on les enviſage avec les fentimens
de la religion chrétienne , & que l'on peut
apporter quelque fecours aux malheureux ,
foit par fes confeils , ou par fes largeffes.
La fituation des malheureux nous touche ,
& nous fommes heureux dans nos malheurs
en penfant que nous pouvons les
adoucir , ce qui eft pour nous une grande
confolation. Les malheureux peuvent fe
confoler enſemble par les rapports que
leurs âmes ont entre elles. L'on croit qu'il
eft inutile d'en dire davantage à ce fujet ,
parce que l'on ne feroit que répéter ce
qui a déja été dit.
D. D. N. abonné au Mercure.
du mois d'avril 1768 , page 16,
« Savoir fi les
malheurs d'autrui font
» un motif de
confolation pour les
»
malheureux » ?
Il y a long - temps que l'on a fait la
réponſe ci-jointe à la préfente queſtion
que l'on demande , & qui a paffé en proverbe
: « la
confolation des
malheureux eft
Bij
MERCURE DE FRANCE.
» d'avoir des femblables ». Il femble que
les malheurs d'autrui adouciffent les nôtres
lorfqu'on les enviſage avec les fentimens
de la religion chrétienne , & que l'on peut
apporter quelque fecours aux malheureux ,
foit par fes confeils , ou par fes largeffes.
La fituation des malheureux nous touche ,
& nous fommes heureux dans nos malheurs
en penfant que nous pouvons les
adoucir , ce qui eft pour nous une grande
confolation. Les malheureux peuvent fe
confoler enſemble par les rapports que
leurs âmes ont entre elles. L'on croit qu'il
eft inutile d'en dire davantage à ce fujet ,
parce que l'on ne feroit que répéter ce
qui a déja été dit.
D. D. N. abonné au Mercure.
Fermer
3250
p. 29-32
AUTRE réponse à la même lettre.
Début :
J'IGNORE, Monsieur, ce que l'esprit décidera sur la question proposée, page [...]
Mots clefs :
Malheur, Malheureux, Tendresse, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE réponse à la même lettre.
AUTRE réponse à la même lettre.
J'IGNORE , Monfieur , ce que l'efprit
décidera fur la question propofée , page
17 du Mercure de ce mois : files malheurs
d'autrui font un motif de confolation pour
les malheureux ? mais je puis vous affurer
que cette queſtion n'en eft pas une pour
mon coeur.
Quelques faits vrais & fimples , & ma
façon de penfer rapprochée de ces faite
déterminent mon jugement fur la thèfe
dont il s'agit.
J'ai été , Monfieur , pendant fix ans
un des plus heureux de tous les hommes.
Je vivois au milieu d'une famille qui
m'étoit bien chère , & dont j'étois tendrement
aimé.
Mon père , vieillard aimable , & qui
fembloit ne defirer la vie que pour faire
notre bonheur , eft mort entre mes bras
au moment où j'efpérois fa convalefcence.
Ses dernières paroles furent des expreffions
de fa tendreffe pour moi.
Il y avoit alors cinq ans que j'avois
époufé une jeune perfonne que j'aimois
depuis long - temps ; elle étoit ma pre-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mière & mon unique inclination : mon
amour pour elle , loin de s'affoiblir par
la jouiffance , fembloit s'accroître de jour
en jour. Mon père étoit pour cette jeune
& aimable femme , l'objet du plus vif
attachement ; fa douleur fut extrême , &
je n'étois pas en fituation de la calmer.
Elle prit fur elle ; & m'abandonnant
pour ainfi dire à la force de mon fexe
de mon âge & de mon tempérament , elle
ellaya de me conferver ma mère , qui étoie
inconfolable , & qui exigeoit les foins les
plus tendres & les plus affidus.
J'ai été affez malheureux pour perdre
ma femme avant que le deuil de mon
père fût fini . Mes regrets ne font point
l'objet de cette lettre , je l'aimois , Monfieur
, ce mot dit tout. Il y a fix ans que
je la regrette , & que l'idée de tout autre
engagement m'eft odieufe & fa réalité
impoffible.
Ma mère me reftoit ; elle n'a pu
furvivre à cette feconde perte : les foins
de fes enfans , leur tendreffe , rien n'a
pu foulager fa douleur ; & nous avons
eu celle de ne pouvoir nous diffimuler à
nous - mêmes , quoiqu'elle nous le cachât
foigneufement , que le chagrin étoit le
poifon qui terminoit les jours de la meil
leure & de la plus aimée des mères .
41
JUIN 1768 . jt
En moins de trois ans j'ai effuyé tous
ces malheurs. Je les regarde comme les
plus réels , & parce qu'ils touchent directement
le coeur , & parce qu'ils font fans
remèdes.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai éprouvé.
Voici ce que j'ai ſenti.
Lorfque depuis ces événemens j'ai vu
de mes amis perdre des parens dont ils
étoient chéris , des époufes dignes de leur
tendreffe , loin d'éprouver de la confolation
, j'ai frémi , mes plaies ont faigné ,
mon coeur a été déchiré .
Lorfqu'au contraire je vois un père
inftruire avec tendreſſe fon enfant ; lorfque
fa mère vient le preffer contre fon
fein ; lorfque je vois des époux heureux
fe regarder avec une tendreffe naïve ;
quand je vois dans leurs yeux humides
cette douce langueur qui annonce l'amourhonnête
& fatisfait , je me rappelle les
momens de mon bonheur... Ah , Mon
fieur ! ce fouvenir et une jouiffance précieufe
aux malheureux .
Voilà ce que mon coeur me dicte. Jé
finis pour aller féliciter un jeune parent
qui eft fur le point de fe marier avec uné
Demoiſelle aimable . Je ne lui fouhaiterai
autre chofe que d'être auffi heureux que
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
je l'ai été moi - même , & de l'être plus
long- temps.
Če fouhait , Monfieur , vous annonce
ma façon de penfer fur la queftion propofée
Je ne fuis point auteur , je n'ai
pas les talens néceffaires pour tenter avec
fuccès de le devenir.
Les faits dont je viens d'avoir l'honneur
de vous rendre compte font fi exactement
vrais que , quoique je garde l'anonyme
, fi vous trouvez ma lettre digne
d'être inférée dans le Mercure , je ferai
vraisemblablement reconnu par toutes les
perfonnes de ma connoiffance qui le liront.
Au refte , Monfieur , je vous prie de
ne la rendre publique qu'autant que vous
la croirez capable de faire revenir du préjugé
peu honorable pour l'humanité , que
c'est une confolation pour les malheureux
d'avoir des femblables. Je crois ce proverbe
aufli peu fondé en françois qu'en
latin ; & je ne pense pas que fon ancienneté
foit un titre affez refpectable pour
le mettre à l'abri de la cenfure des âmes
honnêtes & des coeurs fenfibles.
J'ai l'honneur d'être avec les fentimens
les plus diftingués , Monfieur , votre , &c.
Paris , 27 avril 1768.
D.
J'IGNORE , Monfieur , ce que l'efprit
décidera fur la question propofée , page
17 du Mercure de ce mois : files malheurs
d'autrui font un motif de confolation pour
les malheureux ? mais je puis vous affurer
que cette queſtion n'en eft pas une pour
mon coeur.
Quelques faits vrais & fimples , & ma
façon de penfer rapprochée de ces faite
déterminent mon jugement fur la thèfe
dont il s'agit.
J'ai été , Monfieur , pendant fix ans
un des plus heureux de tous les hommes.
Je vivois au milieu d'une famille qui
m'étoit bien chère , & dont j'étois tendrement
aimé.
Mon père , vieillard aimable , & qui
fembloit ne defirer la vie que pour faire
notre bonheur , eft mort entre mes bras
au moment où j'efpérois fa convalefcence.
Ses dernières paroles furent des expreffions
de fa tendreffe pour moi.
Il y avoit alors cinq ans que j'avois
époufé une jeune perfonne que j'aimois
depuis long - temps ; elle étoit ma pre-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mière & mon unique inclination : mon
amour pour elle , loin de s'affoiblir par
la jouiffance , fembloit s'accroître de jour
en jour. Mon père étoit pour cette jeune
& aimable femme , l'objet du plus vif
attachement ; fa douleur fut extrême , &
je n'étois pas en fituation de la calmer.
Elle prit fur elle ; & m'abandonnant
pour ainfi dire à la force de mon fexe
de mon âge & de mon tempérament , elle
ellaya de me conferver ma mère , qui étoie
inconfolable , & qui exigeoit les foins les
plus tendres & les plus affidus.
J'ai été affez malheureux pour perdre
ma femme avant que le deuil de mon
père fût fini . Mes regrets ne font point
l'objet de cette lettre , je l'aimois , Monfieur
, ce mot dit tout. Il y a fix ans que
je la regrette , & que l'idée de tout autre
engagement m'eft odieufe & fa réalité
impoffible.
Ma mère me reftoit ; elle n'a pu
furvivre à cette feconde perte : les foins
de fes enfans , leur tendreffe , rien n'a
pu foulager fa douleur ; & nous avons
eu celle de ne pouvoir nous diffimuler à
nous - mêmes , quoiqu'elle nous le cachât
foigneufement , que le chagrin étoit le
poifon qui terminoit les jours de la meil
leure & de la plus aimée des mères .
41
JUIN 1768 . jt
En moins de trois ans j'ai effuyé tous
ces malheurs. Je les regarde comme les
plus réels , & parce qu'ils touchent directement
le coeur , & parce qu'ils font fans
remèdes.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai éprouvé.
Voici ce que j'ai ſenti.
Lorfque depuis ces événemens j'ai vu
de mes amis perdre des parens dont ils
étoient chéris , des époufes dignes de leur
tendreffe , loin d'éprouver de la confolation
, j'ai frémi , mes plaies ont faigné ,
mon coeur a été déchiré .
Lorfqu'au contraire je vois un père
inftruire avec tendreſſe fon enfant ; lorfque
fa mère vient le preffer contre fon
fein ; lorfque je vois des époux heureux
fe regarder avec une tendreffe naïve ;
quand je vois dans leurs yeux humides
cette douce langueur qui annonce l'amourhonnête
& fatisfait , je me rappelle les
momens de mon bonheur... Ah , Mon
fieur ! ce fouvenir et une jouiffance précieufe
aux malheureux .
Voilà ce que mon coeur me dicte. Jé
finis pour aller féliciter un jeune parent
qui eft fur le point de fe marier avec uné
Demoiſelle aimable . Je ne lui fouhaiterai
autre chofe que d'être auffi heureux que
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
je l'ai été moi - même , & de l'être plus
long- temps.
Če fouhait , Monfieur , vous annonce
ma façon de penfer fur la queftion propofée
Je ne fuis point auteur , je n'ai
pas les talens néceffaires pour tenter avec
fuccès de le devenir.
Les faits dont je viens d'avoir l'honneur
de vous rendre compte font fi exactement
vrais que , quoique je garde l'anonyme
, fi vous trouvez ma lettre digne
d'être inférée dans le Mercure , je ferai
vraisemblablement reconnu par toutes les
perfonnes de ma connoiffance qui le liront.
Au refte , Monfieur , je vous prie de
ne la rendre publique qu'autant que vous
la croirez capable de faire revenir du préjugé
peu honorable pour l'humanité , que
c'est une confolation pour les malheureux
d'avoir des femblables. Je crois ce proverbe
aufli peu fondé en françois qu'en
latin ; & je ne pense pas que fon ancienneté
foit un titre affez refpectable pour
le mettre à l'abri de la cenfure des âmes
honnêtes & des coeurs fenfibles.
J'ai l'honneur d'être avec les fentimens
les plus diftingués , Monfieur , votre , &c.
Paris , 27 avril 1768.
D.
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