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1
p. 332-334
SONNET.
Début :
Si les Belles de vos Quartiers tombent dans l'embarras que / Je suis (crioit jadis Apollon à Daphné, [...]
Mots clefs :
Apollon, Luth, Dieu des vers
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texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Si les Belles de vos Quartiers tombent dans l'embarras que je prévoy,
elles n'auront qu'à conſulter Apollon.
Parmyſes qualitez qui ſont en grand nombre , il a celle de Devin. Elles
fçavent ſans doute qu'il ne pût autre- fois avoir l'avantage de toucherDaph né ,mais je ne ſcay ſielles en ſcavent:
la raiſon. Elles la trouveront dans ce
Sonnet. Quoy qu'il foit badin ,il ne laiffe pas d'avoir ſa beauté , &je ne doute pointquevousn'en foyez latiss faite..
GALAN T. 227
ややややややややややLYON
SONNET
Efuis (
JE Daphne
*193*
crioit jadis Apollon à
تو
Lorsque tout hors d'haleine il conroit
apres elles Et luy contoit pourtant la longue Ki- rielle
Des rares qualitez dont il eſtoit orné. )
Ieſuis le Dieu des Vers. Ieſuis Bel- Esprit né,
(Mais les Vers n'estoient point le Charmede la Belle )
Ieſçayjoüerdu Lut , arrestez. Bagatelle,
LeLut nepouvoit rien fur ce cœur ob- Stiné.
Je connoy la vertade la moindre Ra- cine
Leſuis n'endoutezpas,DieudelaMo decine.
Kvj
228 LE MERCVRE
Daphnécouroitplus viste apres ce nom fatal..
Mais s'il euftdit , voyez quellé eſt vôtreConqueſte ,
Iefuis un jeune Dien, beau, galantli- ,
beral,
DaphnéSurmmaparole auroit tourné la Teste.
elles n'auront qu'à conſulter Apollon.
Parmyſes qualitez qui ſont en grand nombre , il a celle de Devin. Elles
fçavent ſans doute qu'il ne pût autre- fois avoir l'avantage de toucherDaph né ,mais je ne ſcay ſielles en ſcavent:
la raiſon. Elles la trouveront dans ce
Sonnet. Quoy qu'il foit badin ,il ne laiffe pas d'avoir ſa beauté , &je ne doute pointquevousn'en foyez latiss faite..
GALAN T. 227
ややややややややややLYON
SONNET
Efuis (
JE Daphne
*193*
crioit jadis Apollon à
تو
Lorsque tout hors d'haleine il conroit
apres elles Et luy contoit pourtant la longue Ki- rielle
Des rares qualitez dont il eſtoit orné. )
Ieſuis le Dieu des Vers. Ieſuis Bel- Esprit né,
(Mais les Vers n'estoient point le Charmede la Belle )
Ieſçayjoüerdu Lut , arrestez. Bagatelle,
LeLut nepouvoit rien fur ce cœur ob- Stiné.
Je connoy la vertade la moindre Ra- cine
Leſuis n'endoutezpas,DieudelaMo decine.
Kvj
228 LE MERCVRE
Daphnécouroitplus viste apres ce nom fatal..
Mais s'il euftdit , voyez quellé eſt vôtreConqueſte ,
Iefuis un jeune Dien, beau, galantli- ,
beral,
DaphnéSurmmaparole auroit tourné la Teste.
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Résumé : SONNET.
Le texte traite des qualités d'Apollon et de son échec à séduire Daphne. Apollon, dieu des vers et esprit brillant, est également un devin. Malgré ses nombreux talents, notamment poétiques, il n'a pas réussi à charmer Daphne, qui le fuyait. Apollon reconnaît l'inefficacité de ses vers pour conquérir Daphne, mais affirme connaître la vérité et les secrets de la médecine divine. Le texte suggère que Daphne aurait pu être conquise si Apollon s'était présenté différemment, soulignant l'impact de son nom fatal sur elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 89-116
Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Début :
Je sçay, Madame, que ces témoignages de joye & de [...]
Mots clefs :
Amour, Iris, Apollon, Indifférent, Conversion, Aimer, Livres, Lecture, Vers, Ecolière, Coeur, Madame, Aimable, Apprendre, Esprit, Lettre, Pétrarque, Laure, Amant, Belle
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texteReconnaissance textuelle : Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Je ſçay , Madame , que ces témoignages de joye & de ref- pect rendus à ce grand Mini- ſtre , n'auront rien de ſurpre
Cv
58 LE MERCVRE nant pour vous à qui tout fon merite eſt connu ; mais il vous
de ſera ſans doute d'apprendre la Converfion de l'Indifferent à
qui vous avez tant de fois re- proché l'air tranquille qui pa- roiſt dans toutes ſes actions , &
cette Philofophie ſoit natu- relle , ſoit artificielle dont il
ſe pique , quoy que la plupart des Gens la regardent en luy comme un défaut. Le croirezvous , Madame ? Il aime, & ap- paremment il ne ceſſera pas fi- toſt d'aimer, car quand l'Amour s'eſt une fois rendu maiſtre de
ces cœurs Philoſophes qui luy ont long-temps refifté , comme il ne ſeroit pas aſſuré d'y rentrer quand il voudroit , il n'aban- donne pas aisément la place.
Voicy ce que j'en ay pû décou- vrir. Il voyoit ſouvent une jeu-
GALANT. 59 ne & fort aimable Perfonne , &
n'avoit commencé à la voir que parce qu'elle aime les Livres &
ququ'elle a l'eſprit tres-éclairé.
Aprés luy avoir donné ſes avis ſur les lectures qu'elle
faire pour
devoz ne rien apprendre YON
Juy80%
confuſement , il s'offrit à
ſervir de Maiſtre pour l'Italien
& à force de luy faire dire ,
j'aime , dans une autre langue que la fienne , il ſouhaita d'en eſtre veritablement aimé. Ses
regards parlerent , & comme c'eſtoit un langage que la Belle n'entendoit pas , ou qu'elle fei- gnoit de ne point entendre , il ne put s'empeſcher un jour de buy reprocher ſon peu de fen- fibilité. Elle ſe défendit de ce
reproche ſur l'eſtime particu- liere qu'elle avoit pour luy.
Vous ſçavez , Madame , que Cvj
60 LE MERCVRE
l'eſtime ne ſatisfait point un Amant. Il luy declara qu'il en vouloit à ſon cœur , & qu'il ſe tiendroit malheureux tant qu'- elle luy en refuſeroit la tendref- fe. La Belle détourna ce difcours , & fit fi bien pendant quelque temps , qu'il ne pût trouver aucune occafion favorable de le pourſuivre. Il de- vint chagrin , & rêvoit aux
moyens de faire expliquer celle qu'il aimoit , quand on le vint confulter fur des Vers écrits
d'une main qui luy eſtoit in- connuë. Il eſt du meſtier , &
ceux que vous avez veus de ſa façon , vous donnent afſez lieu de croire qu'on s'en pouvoit rapporter à luy. Il prit le pa- pier qu'on luy donna, &leut ce qui fuit fans s'attacher qu'à la netteté de la Poësie.
{
GALANT. 61
Dourquoym'avoirfait confidence vous en vouliez à mon cœur?
Ilfaut que contre vous il se mette en défense,
Ie dois vous empeſcher d'en estre le vainqueur.
Ienem'estois point apperçeuë Que tous vospetits soins deuſſent m'e- tre suspects ,
Etquand j'enfaifois la revenë ,
Ieles prenoispour des reſpects.
Ah , que nem'avez vouslaiſſée ,
CruelTircis, dans cette douce erreur !
Vous me voyezembarrassée.
On l'est toûjours quand il s'agit du
cœur.
Il faut prendre party , je nedois plus attendre ,
Mais si vous m'attaquez , comment vousrepouffer ?
Quand on fent le besoin qu'on adese défendre,
Il estdéja bien tardde commencer.
62 LE MERCVRE
Ces Vers luy parurent d'un caractere doux & aife. Il le
dit d'abord à celuy qui luy en demandoit ſa penſée , & vous pouvez juger de ſa ſurpriſe quand on l'aſſura que c'eſtoit le début d'une Fille qu'il ap- prouvoit. Ce mot le frapa. II ſe ſouvint de la converſation
qu'il avoit euë avec ſa belle Ecoliere. Tout ce qu'il venoit
de lire s'y appliquoit , & cette penſée le fit entrer dans des tranſports de joye incroyables ;
mais il ceſſoit de ſe les permet- tre , fi- toſt qu'il faiſoit reflexion que ces Vers eſtoient trop bien tournez pour eftre le coupd'ef- ſay d'une Perſonne qui n'en avoit jamais fait , & qui ne ſe piquoit point du tout de s'y connoiſtre. L'incertitude luy faiſant peine, il reſolut d'en for-
GALANT. 63
tir. Il rendit viſite à la Belle, luy parla d'une nouveauté qui fai- foit bruit , leut ces Vers dont il avoit pris une copie , l'obferva en les lifant , & l'en ayant veu fourire, il l'embarafla fi fort,qu'il luy fit enfin avoüer que c'eſtoit elle qui les avoit faits. Elle ne luy fit cet aveu qu'en rougif- ſant , & en luy ordonnant de les regarder comme un fimple divertiſſement que fa Muſe naiſſante s'eſtoit permis , &
dont elle avoit voulu le rendre
Juge def- intereſſé , en luy ca- chant qu'elle s'eſtoit meflée de rimer. La referve ne l'étonna
point , il comprit ſans peine ce qu'on vouloit bien qu'il cruft,
& abandonna ſon cœur à ſa
paffion. Celle qui la cauſe en eft fort digne. Vous eſtes déja convaincuë de ſon eſprit par
64 LE MERCVRE fes Vers , &je ne la flate point en adjoûtant qu'elle eſt aſſez belle pour ſe pouvoir paffer d'eſprit , quoy qu'il ſemble que ce foit eſtre belle & fpirituelle contre les regles , que d'eſtre l'un & l'autre en meſime temps.
Si vous la voulez connoiſtre
plus particulierement , imagi- nez- vous une Brune qui a la taille tres-bien priſe , quoy que mediocre ; le plus bel œil qu'on ait jamais veu , la bouche éga- lement belle, le teint &la gorge admirables , & outre tout cela
un air doux & modefte qui ne vous la rendra nullement fufpecte de faire des Vers. Voila
fon veritable Portrait. Tout ce
qu'onluy reproche pourdéfaut,
c'eſt unpeu tropde mélancolie,
unedéfiance perpetuelle d'elle- meſme , & une_timidité qu'elle
GALAN T. 65
a peine à vaincre , meſme avec ceux dont elle ne doit rien ap- prehender. Les Vers d'une fi aimable Perſonne n'eſtoient pas de nature à demeurer ſans réponſe, &quand noſtre Amant Philoſophe n'auroit pas eſté Poëte il y avoit déja long- tems,
c'eſtoit là une occafion à le devenir. A peine deux ou trois jours s'eſtoient-ils pafſſez , que la Belle reçeut un Pacquet dans lequel elle ne trouva que cette Lettre. Elle estoit dattée du
Parnaffe & avoit pourTitre
APPOLLON,
A LA JEUNE
V
IRIS.
Os Vers aimable Iris, ont fait du
bruit icy
66 LE MERCVRE
Onvous nomme au Parnaffe une petite Muse.
Puisque voſtre début afi bien réüſſy,
Vous irez loin, ou jem'abuse.
NosPoëtes galans l'ont beaucoup ad-.
miré ,
Les Femmes Beaux Esprits ,telle que fut la Suze ,
Pourdire tout,l'ont unpeucenfuré.
Ieſuis ravyque vous soyez des noſtres.
Estre le Dieu des Vers feroit un fort biendoux ,
Si parmy les Autheurs il n'en estoit point d'autres Quedes Autheursfait comme vous.
I'ayfurles beaux Esprits unepuiſſance
9 Tentiere ,
Ils reconnoiſſent tous ma Iurisdiction.
Avous dire le vray c'est une Nation Dontje suis dégoûté d'une étrange ma- niere.
Et meſme quelquefois dans mes bruſques transports ,
GALAN T. 67
Peu s'en faut qu'à jamais je ne les
abandonne;
Mais si les beaux Esprits estoient de
jolis Corps,
Ieme plairois àl'employ qu'on me donne.
Dés que vous me ferez l'honneur de
m'invoquer ,
Fiez-vous-en à moy , je ne tarderay
guerre,
Et lorsque mon secours vousfera neceffaire ,
Affurez- vous qu'il ne vous pent
manquer.
Ie vous diray pourtant un point qui m'embarasse ;
Un certainpetit Dieu fripon ,
(Ienesçayſeulementfi vous sçavezfon
nom,
Ils'appelle l'Amour ) a pouffé son au dace
Iusqu'à meſoûtenir en face ,
Que vos Versſont deſa façon ,
Et pour vous , m'a-t-ildit , conſolez yous de grace',
-
68 LE MERCVRE
Cen'est pas vous dont elle a pris leçon.
Quoy qu'ilse pare envain de cefaux
avantage,
Il aquelqueſujet de dire ce qu'il dit ;
Vous parlez dans vos Vers un affez doux langage,
Etpeut-estre apres tout l'Amant dont ils'agit Iugeroit que ducœur ces Vers seroient l'ouvrage ,
Si parmalheur pour luy vous n'aviez
tropd'esprit.
N'allezpas de l'Amourdevenir l'Eco- liere ,
Ce Maistre dangereux conduit tout de
travers,
Vous ne feriez jamais de Piece regu
liere
Si cepetit Broisillon vous inspiroit vos
Vers.
Adieu, charmante Iris ,j'auray ſoin que la Rime د
GALAN T. 69
Quandvous compoſerez, ne vousrefu- Se rien.
Maisque cesoit moy ſeul au moins qui vous anime,
Autrement tout n'iroit pas bien.
La Belle n'eut pas de peine àdeviner qui eſtoit l'Appollon
de la Lettre , mais elle reſva quelque temps ſur unpetit ſcru- pule délicat qui luy vint. Elle n'euſt pas eſté bien- aiſe qu'on luy euſt fait l'injustice de don- ner à l'Amour tout l'honneur
des Vers qu'elle avoit faits,mais elle nepouvoit d'ailleurs pene- trer par quel intereſt ſon Amant avoit tant de peur qu'on ne les attribuât à l'Amour ; & fi elle
luy avoit defendu de croire qu'ils fufſent autre choſe qu'un jeu d'eſprit où ſon cœur n'a- voit point de part, elle trouvoit qu'il euſt pu ſe diſpenſer de
70 LE MERCVRE luy conſeiller auſſi fortement qu'il faiſoit de ne ſe ſervir ja- mais que des Leçons d'Apol- lon. C'eſtoit luy faire connoiſtre qu'il n'avoit fouhaité que foi- blement d'eſtre aimé ; &le dépit d'avoir répondu trop favo- rablement à ſa premiere decla- ration , luy faifoit relire ſa Let- tre, pour voir ſi elle n'y décou- vriroit point quelque ſens ca- ché qui pût affoiblir le repro- che qu'elle s'en faifoit , quand on luy en apporta une fecon- ded'une autre main. Elle l'ou- vrit avec précipitation, &y lût
cesVers.
GALANT. 71
.
L'AMOUR,
A LA BELLE IRIS.
A
Vez-vous lûmon nom fans chan- gerdecouleur ? :
VostreSurprise , Iris , n'est-elle pas ex- trème?
Raffurez-vous; mon nom fait toûjours plusdepeur Queien'en auroisfait moy-méme.
*
Voftre Ouvrage galant , début affez heureux,
loufie.
Entre Apollon &moy met de la'jaIl s'agit de sçavoir lequel est de nous
deux
Vostre Maistre de Poësie.
Franchement , Apollon n'est pas d'un grandSecours ,
72 LE MERCVRE
En matiere de Vers ie ne le craindrois
guere ,
Et ie le défierois defaire D'auſſi bons Ecoliers que i'enfais tous les jours.
Quels travaux affidus pour former un Poëte ,
Etquel temps ne luyfaut-ilpas ?
On est quitte avec moyde tout cet embarras ;
Qu'on aime unpeu, l'affaire est faite.
Cherchez- vous à vous épargner
Cent preceptes de l'Art , qu'il seroit longd'apprendre ?
Vne rêverie unpeu tendre ,
Enunmoment vousvatout enſeigner.
F'inſtruis d'une maniere affez courte &
facile;
Commencer par l'Esprit c'est un ſoin inutile ,
Fort longdumoins , quand mesme il
réuffit.
Ie
GALANT. 73 Ievais tout droit au Cœur , &fais plus deprofit ,
Carquandle Cœur est unefois docile,
Onfait ce qu'on veut de l'Esprit.
Quand vous fistes vos Vers, dites-le moyſans feinte,
Lesfentiez-vous couler de ſource &
Janscontraintes
Ievousles infpirois , Iris , n'endoutez.
pas..
Si fortant lentement & d'une froide
veine ,
Sillabe aprés fillabe ils marchoient avec
3. peine,
C'estoit Apollon en cecas.
Lequelavoñez- vous , Iris , pour vostre Maistre ?
Ie m'inquiete peu pour qui vous pro- nonciez;
Car enfin ie le pourrois estre - Sans que vous- meſme leſceuſſiez
Ie ne penſerois pas avoir perdu ma cause,
Tome X.
74 LE MERCVRE Quandvous décideriez, enfaveur d'un
Rival ;
Etmesme incognito, fi i'avoisfait la chofe,
Mes affaires chez-vous n'en iroientpas plus mat
Maisquand ie n'aurois point d'autre part à l'Ouvrage,
Sans contestation i'ay donnéleſuiet.
C'eſt toûjours un grand avantage,
Belle Iris, i'ensuisfatisfair.
Cette ſeconde Lettre éclaircit entierement le doute de la
Belle. Elle ne fut pas fâchéede voir que celuy qui avoit fi bien parlé pourApollon , n'euſt pas laiſſé le pauvre Amour indé- fendu , &elle vit bien qu'il ne luy avoit propoſé les raiſons de part &d'autre , que pour l'en- gager à décider lequel des deux avoit plus de part à ſes Vers,
ou de l'Eſprit , ou duCœur, La
GALANT. 75.
Queſtion eſtoit délicate. On la
preſſa long-temps de donner un Jugement. Elle ſe récuſoit toû- jours elle-meſme,&s'eſtant en- fin refoluë à prononcer , voicy un Billetqu'elle fit rendre àfon Amant pourApollon.
SireApollon, ce n'estpas une affaire Que deux ou trois Quatrainsque i'ay faitspar hazard,
Et ie croy qu'apres tout vousn'y per- driezquere Quand l'Amour Sſeut y devroit avoir
part.
Nevousalarmezpoint; s'il faut nom- mer mon Maistre ,
Ieiureray tout haut que mes Versfont devous.
Ilscouloientpourtant, entre nous,
Comme Amour dit qu'il les fait naiſtre.
Je croy , Madame , que fans enexcepterPetrarque, &Laure
:
Dij
76 LE MERCVRE d'amoureuſe memoire , voila
l'intrigue la plus poëtique dont on ait jamais entendu parler ,
car elle l'eſt des deux coſtez .
Nous ne trouvons point les Vers que la belle Laure a faits pour répõdre à ceux de Petrar- que ; mais cette Laure- cy paye ſon Petrarque en même mon- noye, & l'attachement qu'ils ont l'un pour l'autre s'eſt tellement augmétépar cet agreable com- merce dePoëfie, qu'ils ſemblent n'avoir plus de joye qu'en ſe voyant. Je les attens au Sacre- ment, s'ils vont jamais juſques- là; car il n'y a guere de paſſions qu'il n'affoibliſſe , & l'Amour dans l'ordinaire, demeure tellement déconcerté par le Maria- ge , qu'on a quelque raiſon d'af- furerqu'iln'a pointde plus irré- conciliable Ennemy.
Cv
58 LE MERCVRE nant pour vous à qui tout fon merite eſt connu ; mais il vous
de ſera ſans doute d'apprendre la Converfion de l'Indifferent à
qui vous avez tant de fois re- proché l'air tranquille qui pa- roiſt dans toutes ſes actions , &
cette Philofophie ſoit natu- relle , ſoit artificielle dont il
ſe pique , quoy que la plupart des Gens la regardent en luy comme un défaut. Le croirezvous , Madame ? Il aime, & ap- paremment il ne ceſſera pas fi- toſt d'aimer, car quand l'Amour s'eſt une fois rendu maiſtre de
ces cœurs Philoſophes qui luy ont long-temps refifté , comme il ne ſeroit pas aſſuré d'y rentrer quand il voudroit , il n'aban- donne pas aisément la place.
Voicy ce que j'en ay pû décou- vrir. Il voyoit ſouvent une jeu-
GALANT. 59 ne & fort aimable Perfonne , &
n'avoit commencé à la voir que parce qu'elle aime les Livres &
ququ'elle a l'eſprit tres-éclairé.
Aprés luy avoir donné ſes avis ſur les lectures qu'elle
faire pour
devoz ne rien apprendre YON
Juy80%
confuſement , il s'offrit à
ſervir de Maiſtre pour l'Italien
& à force de luy faire dire ,
j'aime , dans une autre langue que la fienne , il ſouhaita d'en eſtre veritablement aimé. Ses
regards parlerent , & comme c'eſtoit un langage que la Belle n'entendoit pas , ou qu'elle fei- gnoit de ne point entendre , il ne put s'empeſcher un jour de buy reprocher ſon peu de fen- fibilité. Elle ſe défendit de ce
reproche ſur l'eſtime particu- liere qu'elle avoit pour luy.
Vous ſçavez , Madame , que Cvj
60 LE MERCVRE
l'eſtime ne ſatisfait point un Amant. Il luy declara qu'il en vouloit à ſon cœur , & qu'il ſe tiendroit malheureux tant qu'- elle luy en refuſeroit la tendref- fe. La Belle détourna ce difcours , & fit fi bien pendant quelque temps , qu'il ne pût trouver aucune occafion favorable de le pourſuivre. Il de- vint chagrin , & rêvoit aux
moyens de faire expliquer celle qu'il aimoit , quand on le vint confulter fur des Vers écrits
d'une main qui luy eſtoit in- connuë. Il eſt du meſtier , &
ceux que vous avez veus de ſa façon , vous donnent afſez lieu de croire qu'on s'en pouvoit rapporter à luy. Il prit le pa- pier qu'on luy donna, &leut ce qui fuit fans s'attacher qu'à la netteté de la Poësie.
{
GALANT. 61
Dourquoym'avoirfait confidence vous en vouliez à mon cœur?
Ilfaut que contre vous il se mette en défense,
Ie dois vous empeſcher d'en estre le vainqueur.
Ienem'estois point apperçeuë Que tous vospetits soins deuſſent m'e- tre suspects ,
Etquand j'enfaifois la revenë ,
Ieles prenoispour des reſpects.
Ah , que nem'avez vouslaiſſée ,
CruelTircis, dans cette douce erreur !
Vous me voyezembarrassée.
On l'est toûjours quand il s'agit du
cœur.
Il faut prendre party , je nedois plus attendre ,
Mais si vous m'attaquez , comment vousrepouffer ?
Quand on fent le besoin qu'on adese défendre,
Il estdéja bien tardde commencer.
62 LE MERCVRE
Ces Vers luy parurent d'un caractere doux & aife. Il le
dit d'abord à celuy qui luy en demandoit ſa penſée , & vous pouvez juger de ſa ſurpriſe quand on l'aſſura que c'eſtoit le début d'une Fille qu'il ap- prouvoit. Ce mot le frapa. II ſe ſouvint de la converſation
qu'il avoit euë avec ſa belle Ecoliere. Tout ce qu'il venoit
de lire s'y appliquoit , & cette penſée le fit entrer dans des tranſports de joye incroyables ;
mais il ceſſoit de ſe les permet- tre , fi- toſt qu'il faiſoit reflexion que ces Vers eſtoient trop bien tournez pour eftre le coupd'ef- ſay d'une Perſonne qui n'en avoit jamais fait , & qui ne ſe piquoit point du tout de s'y connoiſtre. L'incertitude luy faiſant peine, il reſolut d'en for-
GALANT. 63
tir. Il rendit viſite à la Belle, luy parla d'une nouveauté qui fai- foit bruit , leut ces Vers dont il avoit pris une copie , l'obferva en les lifant , & l'en ayant veu fourire, il l'embarafla fi fort,qu'il luy fit enfin avoüer que c'eſtoit elle qui les avoit faits. Elle ne luy fit cet aveu qu'en rougif- ſant , & en luy ordonnant de les regarder comme un fimple divertiſſement que fa Muſe naiſſante s'eſtoit permis , &
dont elle avoit voulu le rendre
Juge def- intereſſé , en luy ca- chant qu'elle s'eſtoit meflée de rimer. La referve ne l'étonna
point , il comprit ſans peine ce qu'on vouloit bien qu'il cruft,
& abandonna ſon cœur à ſa
paffion. Celle qui la cauſe en eft fort digne. Vous eſtes déja convaincuë de ſon eſprit par
64 LE MERCVRE fes Vers , &je ne la flate point en adjoûtant qu'elle eſt aſſez belle pour ſe pouvoir paffer d'eſprit , quoy qu'il ſemble que ce foit eſtre belle & fpirituelle contre les regles , que d'eſtre l'un & l'autre en meſime temps.
Si vous la voulez connoiſtre
plus particulierement , imagi- nez- vous une Brune qui a la taille tres-bien priſe , quoy que mediocre ; le plus bel œil qu'on ait jamais veu , la bouche éga- lement belle, le teint &la gorge admirables , & outre tout cela
un air doux & modefte qui ne vous la rendra nullement fufpecte de faire des Vers. Voila
fon veritable Portrait. Tout ce
qu'onluy reproche pourdéfaut,
c'eſt unpeu tropde mélancolie,
unedéfiance perpetuelle d'elle- meſme , & une_timidité qu'elle
GALAN T. 65
a peine à vaincre , meſme avec ceux dont elle ne doit rien ap- prehender. Les Vers d'une fi aimable Perſonne n'eſtoient pas de nature à demeurer ſans réponſe, &quand noſtre Amant Philoſophe n'auroit pas eſté Poëte il y avoit déja long- tems,
c'eſtoit là une occafion à le devenir. A peine deux ou trois jours s'eſtoient-ils pafſſez , que la Belle reçeut un Pacquet dans lequel elle ne trouva que cette Lettre. Elle estoit dattée du
Parnaffe & avoit pourTitre
APPOLLON,
A LA JEUNE
V
IRIS.
Os Vers aimable Iris, ont fait du
bruit icy
66 LE MERCVRE
Onvous nomme au Parnaffe une petite Muse.
Puisque voſtre début afi bien réüſſy,
Vous irez loin, ou jem'abuse.
NosPoëtes galans l'ont beaucoup ad-.
miré ,
Les Femmes Beaux Esprits ,telle que fut la Suze ,
Pourdire tout,l'ont unpeucenfuré.
Ieſuis ravyque vous soyez des noſtres.
Estre le Dieu des Vers feroit un fort biendoux ,
Si parmy les Autheurs il n'en estoit point d'autres Quedes Autheursfait comme vous.
I'ayfurles beaux Esprits unepuiſſance
9 Tentiere ,
Ils reconnoiſſent tous ma Iurisdiction.
Avous dire le vray c'est une Nation Dontje suis dégoûté d'une étrange ma- niere.
Et meſme quelquefois dans mes bruſques transports ,
GALAN T. 67
Peu s'en faut qu'à jamais je ne les
abandonne;
Mais si les beaux Esprits estoient de
jolis Corps,
Ieme plairois àl'employ qu'on me donne.
Dés que vous me ferez l'honneur de
m'invoquer ,
Fiez-vous-en à moy , je ne tarderay
guerre,
Et lorsque mon secours vousfera neceffaire ,
Affurez- vous qu'il ne vous pent
manquer.
Ie vous diray pourtant un point qui m'embarasse ;
Un certainpetit Dieu fripon ,
(Ienesçayſeulementfi vous sçavezfon
nom,
Ils'appelle l'Amour ) a pouffé son au dace
Iusqu'à meſoûtenir en face ,
Que vos Versſont deſa façon ,
Et pour vous , m'a-t-ildit , conſolez yous de grace',
-
68 LE MERCVRE
Cen'est pas vous dont elle a pris leçon.
Quoy qu'ilse pare envain de cefaux
avantage,
Il aquelqueſujet de dire ce qu'il dit ;
Vous parlez dans vos Vers un affez doux langage,
Etpeut-estre apres tout l'Amant dont ils'agit Iugeroit que ducœur ces Vers seroient l'ouvrage ,
Si parmalheur pour luy vous n'aviez
tropd'esprit.
N'allezpas de l'Amourdevenir l'Eco- liere ,
Ce Maistre dangereux conduit tout de
travers,
Vous ne feriez jamais de Piece regu
liere
Si cepetit Broisillon vous inspiroit vos
Vers.
Adieu, charmante Iris ,j'auray ſoin que la Rime د
GALAN T. 69
Quandvous compoſerez, ne vousrefu- Se rien.
Maisque cesoit moy ſeul au moins qui vous anime,
Autrement tout n'iroit pas bien.
La Belle n'eut pas de peine àdeviner qui eſtoit l'Appollon
de la Lettre , mais elle reſva quelque temps ſur unpetit ſcru- pule délicat qui luy vint. Elle n'euſt pas eſté bien- aiſe qu'on luy euſt fait l'injustice de don- ner à l'Amour tout l'honneur
des Vers qu'elle avoit faits,mais elle nepouvoit d'ailleurs pene- trer par quel intereſt ſon Amant avoit tant de peur qu'on ne les attribuât à l'Amour ; & fi elle
luy avoit defendu de croire qu'ils fufſent autre choſe qu'un jeu d'eſprit où ſon cœur n'a- voit point de part, elle trouvoit qu'il euſt pu ſe diſpenſer de
70 LE MERCVRE luy conſeiller auſſi fortement qu'il faiſoit de ne ſe ſervir ja- mais que des Leçons d'Apol- lon. C'eſtoit luy faire connoiſtre qu'il n'avoit fouhaité que foi- blement d'eſtre aimé ; &le dépit d'avoir répondu trop favo- rablement à ſa premiere decla- ration , luy faifoit relire ſa Let- tre, pour voir ſi elle n'y décou- vriroit point quelque ſens ca- ché qui pût affoiblir le repro- che qu'elle s'en faifoit , quand on luy en apporta une fecon- ded'une autre main. Elle l'ou- vrit avec précipitation, &y lût
cesVers.
GALANT. 71
.
L'AMOUR,
A LA BELLE IRIS.
A
Vez-vous lûmon nom fans chan- gerdecouleur ? :
VostreSurprise , Iris , n'est-elle pas ex- trème?
Raffurez-vous; mon nom fait toûjours plusdepeur Queien'en auroisfait moy-méme.
*
Voftre Ouvrage galant , début affez heureux,
loufie.
Entre Apollon &moy met de la'jaIl s'agit de sçavoir lequel est de nous
deux
Vostre Maistre de Poësie.
Franchement , Apollon n'est pas d'un grandSecours ,
72 LE MERCVRE
En matiere de Vers ie ne le craindrois
guere ,
Et ie le défierois defaire D'auſſi bons Ecoliers que i'enfais tous les jours.
Quels travaux affidus pour former un Poëte ,
Etquel temps ne luyfaut-ilpas ?
On est quitte avec moyde tout cet embarras ;
Qu'on aime unpeu, l'affaire est faite.
Cherchez- vous à vous épargner
Cent preceptes de l'Art , qu'il seroit longd'apprendre ?
Vne rêverie unpeu tendre ,
Enunmoment vousvatout enſeigner.
F'inſtruis d'une maniere affez courte &
facile;
Commencer par l'Esprit c'est un ſoin inutile ,
Fort longdumoins , quand mesme il
réuffit.
Ie
GALANT. 73 Ievais tout droit au Cœur , &fais plus deprofit ,
Carquandle Cœur est unefois docile,
Onfait ce qu'on veut de l'Esprit.
Quand vous fistes vos Vers, dites-le moyſans feinte,
Lesfentiez-vous couler de ſource &
Janscontraintes
Ievousles infpirois , Iris , n'endoutez.
pas..
Si fortant lentement & d'une froide
veine ,
Sillabe aprés fillabe ils marchoient avec
3. peine,
C'estoit Apollon en cecas.
Lequelavoñez- vous , Iris , pour vostre Maistre ?
Ie m'inquiete peu pour qui vous pro- nonciez;
Car enfin ie le pourrois estre - Sans que vous- meſme leſceuſſiez
Ie ne penſerois pas avoir perdu ma cause,
Tome X.
74 LE MERCVRE Quandvous décideriez, enfaveur d'un
Rival ;
Etmesme incognito, fi i'avoisfait la chofe,
Mes affaires chez-vous n'en iroientpas plus mat
Maisquand ie n'aurois point d'autre part à l'Ouvrage,
Sans contestation i'ay donnéleſuiet.
C'eſt toûjours un grand avantage,
Belle Iris, i'ensuisfatisfair.
Cette ſeconde Lettre éclaircit entierement le doute de la
Belle. Elle ne fut pas fâchéede voir que celuy qui avoit fi bien parlé pourApollon , n'euſt pas laiſſé le pauvre Amour indé- fendu , &elle vit bien qu'il ne luy avoit propoſé les raiſons de part &d'autre , que pour l'en- gager à décider lequel des deux avoit plus de part à ſes Vers,
ou de l'Eſprit , ou duCœur, La
GALANT. 75.
Queſtion eſtoit délicate. On la
preſſa long-temps de donner un Jugement. Elle ſe récuſoit toû- jours elle-meſme,&s'eſtant en- fin refoluë à prononcer , voicy un Billetqu'elle fit rendre àfon Amant pourApollon.
SireApollon, ce n'estpas une affaire Que deux ou trois Quatrainsque i'ay faitspar hazard,
Et ie croy qu'apres tout vousn'y per- driezquere Quand l'Amour Sſeut y devroit avoir
part.
Nevousalarmezpoint; s'il faut nom- mer mon Maistre ,
Ieiureray tout haut que mes Versfont devous.
Ilscouloientpourtant, entre nous,
Comme Amour dit qu'il les fait naiſtre.
Je croy , Madame , que fans enexcepterPetrarque, &Laure
:
Dij
76 LE MERCVRE d'amoureuſe memoire , voila
l'intrigue la plus poëtique dont on ait jamais entendu parler ,
car elle l'eſt des deux coſtez .
Nous ne trouvons point les Vers que la belle Laure a faits pour répõdre à ceux de Petrar- que ; mais cette Laure- cy paye ſon Petrarque en même mon- noye, & l'attachement qu'ils ont l'un pour l'autre s'eſt tellement augmétépar cet agreable com- merce dePoëfie, qu'ils ſemblent n'avoir plus de joye qu'en ſe voyant. Je les attens au Sacre- ment, s'ils vont jamais juſques- là; car il n'y a guere de paſſions qu'il n'affoibliſſe , & l'Amour dans l'ordinaire, demeure tellement déconcerté par le Maria- ge , qu'on a quelque raiſon d'af- furerqu'iln'a pointde plus irré- conciliable Ennemy.
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Résumé : Dispute d'Apollon & de l'Amour sur des Vers d'Iris. [titre d'après la table]
Le texte décrit la transformation amoureuse d'un homme initialement connu pour son indifférence et son détachement philosophique. Cet homme rencontre une jeune femme cultivée et aimable, ce qui marque le début de leur relation. Leur lien se renforce à travers des échanges littéraires et des poèmes. La jeune femme, après avoir écrit des vers, reçoit des lettres d'Apollon et d'Amour, chacun affirmant être l'inspirateur de ses poèmes. Après réflexion, elle reconnaît l'influence d'Apollon sur ses vers tout en admettant l'impact d'Amour. Le texte se conclut par une comparaison avec l'histoire de Pétrarque et Laure, soulignant la beauté poétique de cette intrigue amoureuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 131-161
Description de la Galerie de S. Cloud, peinte par M. Mignard de Rome, [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous parlay le Mois passé de la Feste de [...]
Mots clefs :
Saint-Cloud, Tableau, Amour, Apollon, Soleil, Flore, Vertu, Fleurs, Galerie, Nuée, Terre, Figures, Saisons
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Galerie de S. Cloud, peinte par M. Mignard de Rome, [titre d'après la table]
uandjevousparlay leMois
paffé de la Feſte de S. Cloud ,
donnée au Roy , & à toute la
CourparSonAlteſſe Royale, je
vous promis une deſcription de
la Galerie de cette délicieufe
Maiſon,peinteparMonfieurMi
gnarddeRome.L'empreſſement
aveclequel vous medemandez
deseffetsde ma parole ne me
furprend point , puis qu'on par
le de ce grand Chef-d'œuvre
1
danstoute l'Europe, &qu'il ne
vientpointd'Etrangers enFran
ee qui ne foient furpris de ſa
beauté. Ilnefuffit pas de ſçavoir
bien toucher le Pinceau , pour
entre
GALANT. 93
entreprendre un pareilOuvrage.
Il faut que l'eſprit, & la teſtedes
grands Peintres , agiſſent avant
leurmain. Il fautunſujetgene
ral qui enfourniſſe pluſieurs au
tres pourles divers endroits qui
doivent eſtre remplis , & que
ces morceaux , quoyqueſepa
rez , ayent entr'euxdelaliaiſon.
L'Histoire eſt en celad'un moin
dre travail , puis qu'oneſt rare
mentaſſujety à décrire lesHa
bitsquionteſtéenuſagedansle
1
fiecle dont on raconteles évene
mens, & qu'elle neperdriende
ce quiluy eſt eſſentiel,dénüée
de ces fortes de circonstances;
mais danslaPeinture,ilfauttout
marquer. Ainfi il eſtdel'adreſſe
d'unhabilePeintredebien choi
fir ſes ſujets , pour entirer ce
qu'il croitluy devoir eftre leplus
avantageux,ſoit pourleshabille
mens,
MERCURE
94
mens, ſoit pour beaucoup d'a
tions qui donnent lieuàde bel
les attitudes. Il fautqu'il connoif
ſe cequi eſtà éviter cequine
fait point de beautez dans ce
grandArt, &cequi peut en faire
paroiſtre. Enun mot, il fautqu'il
ſcache parfaitement l'Antiquité,
qu'il ait l'imagination vive, qu'il
rencheriſſe ſurle ſujet qu'il en
treprenddetraiter,ſans pourtant
rienmettrequiluyſoitcontraire;
qu'avant qu'on admire ſa pein
ture,on aitſujet d'admirer fon
choix, ſon bongouſt, ſoninven
tion , & lefeu de ſon eſprit , &
qu'on voyequ'il ſçaitautre choſe
quemanierle Pinceau, qui dans
cesoccafions n'eſt qu'une partie
del'ouvrage.C'eſt enquoyon ne
peuttrop donnerde loüanges à
Monfieur Mignard , car quoy
qu'ilfaſſedu fien tout ceque l'on
peut
GALANT. 95
peut attendre d'achevé ,&que
la délicateſſe ,& la force paroif
ſent dansſes Tableaux , on peut
dire que jamaisHomme nepof
ſedamieux l'antiquité , & qu'il
nerepréſenterienfansfairecon
noiſtre en toutes manieres le
tempsdont il eſt tiré.
En entrantdans laGaleriede
S. Cloud, il eſt impoſſibleden'e
ſtre pas ébloüy des diférentes
beautez qui s'offrent de toutes
parts , &dont chacunedeman
deroitunlong examen,ſi onpou
voit s'empeſcherdeles regarder
d'abord toutes à lafois. Legrand
Platfond repreſente le Soleil le
vant que l'on voit fortirde ſon
Palais. Les Heures dujourſont
à ſes coſtez , & femblent pouf
fer &ouvrir la vapeurqui fai
ſoit l'obſcurité. Devant luyeſtun
EnfantquiporteunCornetrem
ply
MERCURE
96
plyde Fleurs. L'Abondance eſt
fignifiée par ceCornet. Plusbas
il y a de petits Zéphirs qui ver
ſentla roſéedumatin, envoyant
briller les premiersrayons de ce
belAftre. L'Aurore paroiſt dans
ſonChar avec unAmour volant
devant elle , & femant des
Fleurs. Une desHeuresdujour
fait la meſme choſe. Au deſſus,
&un peu devant l'Amour,eſt
l'Etoile dumatin. Elleeſt figurée
parun jeune Homme bienfait
quiporte l'Etoile ſur ſa teſte , &
quidans ſamain tientune ver
ge,aveclaquelleilchaſſe laNuit,
&toutes les Conſtellations.Un
peudevant luyvoleuneHiron
delle. Vous ſçavez que cetOy
ſeau chanteavatlepointdujour.
LaNuit ſe voitdans l'exttrémité
duTableau en attitude rapide,
tirant à deux mains ſes Voiles.
Elle
GALANT. 97
Elle est accompagnéedeſesEn
fans qui repréſentent le ſom
meil de la vie ,&leſommeilde
lamort.
Il y aquatre petits Tableaux
autour de la Voûte. Des deux
qui fontaux coſtez,celuy quieſt
ſur la droite vers legrand Plat
fond , fait voirClimene préſen
tant Phaeton à Apollon,afin qu'
il l'avoüe pour eſtre ſon Fils. Sur
la gauche paroiſt le meſime A
pollon volant dansles airs. La
Vertu eſt aſſiſe enbas ſur des
nüées , & ceDieu luymontre
/
fon Siege toutlumineux,comme
le lieuoù il veutluydonnerpla
ce. L'Amourdela Vertu eſt au
pres , affis ainſi qu'elle fur des
nüées , & tenant de grandes
branchesde Laurier qui ne fer
ventquepour ornerleTableau.
Ce ſujetn'eſt pointtiréde laFa
E
Juin 1680.
MERCURE
98
ble.C'eſt une licencedu Peintre,
fondée ſur ce qu'il aleûdansle
Cavalier Marin, oudans le Taf
ſe,qu'Apollon s'eſtoit unjour re
penty du défordreque ſes paſſios
avoientcauſe ſurla Terre,& que
pouren reparer l'emportement,
il avoit promis àJupiter de fui
vrele party de la Vertu. Dans
l'un des bouts du Platfond, on
voitCircé Fille du Soleil , aſſiſe
ſur des nüées. UnAmour quieſt
aupres , luy donne des herbes
pour faire ſesCharmes. Icare eft
repréſentédansl'autre bout,avec
ſes aiflesdont la cire adéjacom
mencédeſefondre. Il eſt en at
titude d'un Homme effrayé,
qui ne ſepouvant plus ſoûtenir
en l'air , voit ſa cheûte inévi
table.
Il neſepeutrien adjoûteràla
beauté des Tableaux qui font
paroî
DE LA
9DON E
GALANT.
paroître les quatre Saifons.
BIBLI
Printemps eſt figuré par les Fer
tes , dont le Mariage de Zéphi
re & de Flore fournit leſujet.
Cette Déeſſe eſtaſſiſeſurun Lit.
Zéphire aupres d'elle, la carreſſe
d'unemain , &tend l'autre vers
des Fleurs qu'une des Heures
dujour apportedans un Cornet
d'abondance. Cette action mar
que le deſſein qu'il a d'en jeter
fur Flore. C'eſt ce que fait un
Amourqui en prenddans une
Corbeille qu'un autre Amour
tient , & qui eneſt toutepleine.
Un autreeſt aſſis aupres d'une
autre Corbeille,&faitdesGuir
landespourla couronner.Au cô
té gauchede Flore , on voittrois
autres Amours. L'unperce une
peaude Bouc furlaquelle il eſt
mõte, &enfaitſortir duVinque
lesdeux autresreçoivet. Ily en a
Eij
100
MERCURE
un qui tendune Taſſed'or , &
l'autre eſt aſſis plusbas tenantun
Vaſe entre ſes jambes. C'eſt dans
ce Vaſe que tombe le Vinen
Arcade, & avecimpetuoſité. Au
coſté droit de la meſme Flore,
paroiſt un Amouravec la Tor
cheallumée. Il repreſente l'Hy
men. Unautre ſejoüe avecun
petit Oyſeau qu'il laiſſe voler.
SurledevantduTableau,eſtune
Figure qui cuëille des Fleurs
pourles préſenter à Flore,&une
autre qui n'eſt veuë que par le
dos , en prendd'unemain dans
une Corbeille , & de l'autre en
répand ſur le Lit de la Déefſſe.
Aupres ſont repréſentez des
Vaſes, avec une Table fur la
quelle on voit la Collation ſer
vie. L'ancienne figure du Sely
eſt employée.Comme elle eſtoit
danstous lesRepas , elle eſt icy,
en
GALANT. 10I
enforme d'unepetite Pyramide,
avec des Gafteaux , & diférens
Fruits. Au fondduTableau ſont
de petites Figures dans le loin
tain , repréſentantdes Bacchan
tes avec des Satyres , qui ſe
viennent réjoüir aux Feſtes de
Flore.
Dans leTableau de l'Eté,ſont
les Festes de Céres. Les Vier--
S
コ
gesquiont accoûtumédeporter
cette Déeſſe parmy les Bleds
pour obtenir la fertilité de la
Terre , yparoiffentarreſtées , a
presqu'elles ontpoſé leur Tre
pié , &menéles Victimes qui
eſtoient la Truye & la Brebis.
Tout eſtdiſposé pourle Sacrifi
ce. La Figurede devant qu'on
nevoitque parderriere , repré
ſente le Boutipe. C'eſtle nom
qu'avoit le Sacrificateur. Il tient
leCoûteaudela maindroite, &
E iij
102
MERCURE
tout preſt à égorger la Victime,
il ſemble n'attendre que la fin
de quelques parolesquelaPref
treffe doitprononcer , & qui font
dansdesTabletesqu'ellea.Dans
ce moment , une de cellesqui
l'accompagnent dans fon mini
ſtere , répanddu Lait&du Vin
fur le feu duTrepié , que l'on
voit fumer. Les Vierges ſont
ſuiviesdeBacchantesavecquel
ques Inſtrumens antiques , &
quand le Sacrifice ſe fait , les
Moiffonneurs viennent fe met
tre à genoux,pour adorer la Sta
tuë de Céres que les Vierges
portent ſur leurs épaules. Il y en
ad'autres qui luy préſententdes
Gerbes de Bled. Le Peintre,
pour faire connoiſtre l'extréme
chaleurdelaSaiſon, areprefen
té la Canicule dans une Nüée.
Cette Canicule eſt un Chien
alteré
GALANT. 103
alteré qui regarde le Soleil
Les Bacchanales fontle ſujet
duTableau qui repréſentel'Au
tomne. Bacchus revenant des
Indes, trouvaAriane inconfola
bledela fuitede Théſée qui a
voit laiſſé cette Princeſſe dans
l'ifle de Naxe. LePeintre faitpa
roiſtre ce Dieu au milieude fon
Tableau. Ariane eſt dans ſon
Char, tiré pardesPantheresque
gouvernent deux Amours. Ces
Amours témoignentpar leurac
tion partagerlajoye qu'elledoit
ſentir,de ſe voiraupresd'unDieu
ſi puiſſant. Une marchedeFau
nes & de Bacchantes qui vont
enordre leTirſe à la main, eſt
repréſentéedansceTableau.Une
d'entr'elles ſonne du Tambour
deBaſque, &ſembles'étredéta
chée dela Marche pourdanſer
devantleChar. Une autreporte
E iiij
104 MERCURE
unpanierdeRaiſins. Cetteder
niere , marque parſon air riant
le plaiſir qu'elle a de voir deux-petits Enfans , l'un endormy par
la forcede laVendange , &l'au
trequiſe ritdeluy. CetteTrou
pecouronnéede feüillesde Vi
gne , &deLierre , eſt ſuiviedu
Pere Silene , porté pardes Fau
nes. Le fonddu Tableaufait voir
12Mer fur lagauche , avec un
petitVaiſſeau en éloignement.
Ariane montre ce Vaiſſeau à
Bacchus comme celuyqui em
mene ſonPerfide. Surla droite
font des Arbres chargez des
Fruits de l'Automne. Des Maf
ques , des Tambours de Baſque,
&des PeauxdeTygres , fontat
tachezà ces Arbres.Ons'en fer
voit dans les Feſtes de Bac
chus.
Le Vent Borée eſt la princi
pale
GALANT. 105
pale Figuredu Tableaude l'Hy
ver. Il eſt ſur une groſſe Nüée,
fon Manteau entortillé dans ſon
bras gauche; volant &fouflantla
neige& la grefle. Zéthés &Ca
laïs ſes deuxFils, volentavec luy,
&vont chaffer le Soleil,quipa
roift preſque offuſqué par une
épaiſſe nüéequi lecouvre.Der
riere Borée ſont ſept Pleiades;
tant en Figures humaines qu'en
Etoilles , qui en ſe fondant en
eau, la verſentpar des Vaſesan
tiques. La Terre qui implore
l'aſſiſtance du Soleil, eſt ſur le
devant duTableau. Vulcain luy
vient offrir ſonſecours , comme
eſtant le ſeul qui luy en puiſſe
donner. On voitunFleuvedans
l'éloignement. Il eſt ſous une
Groteavec ſon Urne , & l'eau
quien fort eſt touteglacée. Le
fond du Tableau fait découvrir
1
E
V
MERCURE
106
une Mer pleine debouraſques,
où quelques Vaiſſeaux font en
péril.Le rivage de cette Mer eſt
glacé, &il ya furles bordsplu
ſieurs Oyſeaux aquatiques.
CommelaGalerie quejevous
décris eſt nommée la Galerie
d'Apollon, elle a un Tableau où
l'on voitce Dieuſurle Parnaſſe.
Il montre un Roffignol , per
ché ſurlabranche d'un Laurier,
comme le Symbole delaMufi
que. LaMuſe quilarepréſente,
écoute tousles tons decet Oy
feau ,&lesnote. Il yadeux En
fans fur le devant du Tableau.
L'un frape d'un Marteau ſurune
Enclume , & l'autre paroiſt en
vouloir prendre undansdesBa
lances afin de fraper auſſi, Cela
marquela Meſure , &les Balan
ces qui fontaubas de l'Enclume
furleterrain marquentlaJuſteſſe.
On
GALANT. 107
Onvoit desCignes ſurlecoſté
gauche. La Voixdes Poëtes eſt
repréſentée par eux.
Il fautvous parlerdes huit bas
Reliefs. Ils font dansdegrandes
Bordures rondes,rehaufféesd'or.
Le premierquieſtſur la droite
dela Galerie en y entrant ,
voir Apollon avec ſon Tre
fait
pié devant le Portique de fon
Temple. Sa Sibille eſt à genoux,
&luy montre une poignée de
ſable dans ſa main , comme le
priant de la faire vivre autant
d'années qu'elle en tient de
grains. Sur la gauche , Apol
lon affis fur une Terraſſe , a le
DieuEſculape ſon Fils à genoux
aupres de luy. Ce Fils s'apuye
ſurun grand Livre qui eſt ſur les
genoux d'Apollon. On voitde
vant eux quantité de Plantes
dont ceDieu,quiveut enſeigner
la
108
MERCURE
la MedecineàEfculape,ſemble
luy apprendrela vertu.
Les deux autres bas Reliefs
qui ſuiventjuſqu'à la moitié de
laGalerie , font plusgrands que
ces premiers. Dans l'un paroiſt
Marſias,difputant àApollon l'a
vantage de mieux joüer de la
Flûte. Midasqu'ils ontprispour
Juge , eſt peint aupres d'eux.
L'autre bas Reliefquieſt vis à
vis , fait voir ce meſime Satyre,
qu'Apollon punit en le faiſant
écorcher.
L'autre moitié de la Galerie
eſtauſſi ornée dequatrebas Re
liefs. Les deux plus grandsre
préſentent le changement de
Daphne enArbre, &celuyde
Coronis en Oyſeau ; &les deux
autres quifontauboutdelaGa
leric , aux deux coſtez du Ta
bleau du Parnaſſe, font voir la
méta
GALANT. 109
métamorphoſe de Cypariſſe en
|.
:
Ciprés , & celle de Clytie en
Tournefol.
Il nereſte plusqu'à expliquer
le Tableau qui eſt ſur la Porte.
Onyvoitla naiſſance d'Apollon
&de Diane. Ovide nousdit,que
Latone n'eut pas plûtoſt mis au
monde ces deuxnouvelles Di
vinitez , que la haine de Junon
l'obligea de fuïr, & de les em
porterhorsde l'iſle de Délos où
elleavoitaccouché. Apresavoir
marché fort longtemps pen
dant les grandes chaleurs , el
le vintdans la Lycie, avec une
foif qu'elle voulut appaiſer en
prenant de l'eaudansun Eſtang;
maisles Payſans troublerent cet
te eaupour l'enempefcher;&fi
rent monter au deſſus la fange
dufond. Jupiterpunit cesinfa
mesPayſans enles changeanten
Gre
MERCURE
110
Grenoüilles , & c'eſt le ſujet de
ce Tableau. Ce Maiſtre des
Dieux y eſt noblementreprefen
téſur unenuë,commepreſt àfai
re éclater ſon reſſentiment. Pour
ne pas rendre leſujet hydeux,le
Peintrenemontrequ'undesPaï
fans changeż. Onne voitdeluy
que ſa teſte de Grenoüille ; mais
ce qui paſſe pour l'expreſſion la
plus vigoureuſe, c'eſt laſurpriſe
d'unautre , devoir ſon Camara
de metamorphofé. Il y en aun
baiſſe qui trouble l'eau , afinque
Latone ne puiſſe boire , & un
autre luy faitla moüe enla me
naçant. Les autres Figures ne
font que pour l'embelliſſement
duTableau.On envoitunecou
chée qui dort & deux au
,
tres d'une petite Payſane,&d'un
petitPayſan Cettepremieretient
unNid deCanes, & le dernier
une
GALANT. III
une Flûte. Le fond du Tableau
repreſente l'Iſle de Délos , avec
une Mer &unegrande Foreft.
Jenedoutepoint,Madame,que
cette deſcription nevous en faf
ſe ſouhaiterde pareilles , de tous
les grands Ouvrages de Mr Mi
gnard. Ilne me fera peut-eſtre
pasmal aifédevousfatisfaire là
deſſus ; mais ces fortes d'Articles
demandent dutemps.
paffé de la Feſte de S. Cloud ,
donnée au Roy , & à toute la
CourparSonAlteſſe Royale, je
vous promis une deſcription de
la Galerie de cette délicieufe
Maiſon,peinteparMonfieurMi
gnarddeRome.L'empreſſement
aveclequel vous medemandez
deseffetsde ma parole ne me
furprend point , puis qu'on par
le de ce grand Chef-d'œuvre
1
danstoute l'Europe, &qu'il ne
vientpointd'Etrangers enFran
ee qui ne foient furpris de ſa
beauté. Ilnefuffit pas de ſçavoir
bien toucher le Pinceau , pour
entre
GALANT. 93
entreprendre un pareilOuvrage.
Il faut que l'eſprit, & la teſtedes
grands Peintres , agiſſent avant
leurmain. Il fautunſujetgene
ral qui enfourniſſe pluſieurs au
tres pourles divers endroits qui
doivent eſtre remplis , & que
ces morceaux , quoyqueſepa
rez , ayent entr'euxdelaliaiſon.
L'Histoire eſt en celad'un moin
dre travail , puis qu'oneſt rare
mentaſſujety à décrire lesHa
bitsquionteſtéenuſagedansle
1
fiecle dont on raconteles évene
mens, & qu'elle neperdriende
ce quiluy eſt eſſentiel,dénüée
de ces fortes de circonstances;
mais danslaPeinture,ilfauttout
marquer. Ainfi il eſtdel'adreſſe
d'unhabilePeintredebien choi
fir ſes ſujets , pour entirer ce
qu'il croitluy devoir eftre leplus
avantageux,ſoit pourleshabille
mens,
MERCURE
94
mens, ſoit pour beaucoup d'a
tions qui donnent lieuàde bel
les attitudes. Il fautqu'il connoif
ſe cequi eſtà éviter cequine
fait point de beautez dans ce
grandArt, &cequi peut en faire
paroiſtre. Enun mot, il fautqu'il
ſcache parfaitement l'Antiquité,
qu'il ait l'imagination vive, qu'il
rencheriſſe ſurle ſujet qu'il en
treprenddetraiter,ſans pourtant
rienmettrequiluyſoitcontraire;
qu'avant qu'on admire ſa pein
ture,on aitſujet d'admirer fon
choix, ſon bongouſt, ſoninven
tion , & lefeu de ſon eſprit , &
qu'on voyequ'il ſçaitautre choſe
quemanierle Pinceau, qui dans
cesoccafions n'eſt qu'une partie
del'ouvrage.C'eſt enquoyon ne
peuttrop donnerde loüanges à
Monfieur Mignard , car quoy
qu'ilfaſſedu fien tout ceque l'on
peut
GALANT. 95
peut attendre d'achevé ,&que
la délicateſſe ,& la force paroif
ſent dansſes Tableaux , on peut
dire que jamaisHomme nepof
ſedamieux l'antiquité , & qu'il
nerepréſenterienfansfairecon
noiſtre en toutes manieres le
tempsdont il eſt tiré.
En entrantdans laGaleriede
S. Cloud, il eſt impoſſibleden'e
ſtre pas ébloüy des diférentes
beautez qui s'offrent de toutes
parts , &dont chacunedeman
deroitunlong examen,ſi onpou
voit s'empeſcherdeles regarder
d'abord toutes à lafois. Legrand
Platfond repreſente le Soleil le
vant que l'on voit fortirde ſon
Palais. Les Heures dujourſont
à ſes coſtez , & femblent pouf
fer &ouvrir la vapeurqui fai
ſoit l'obſcurité. Devant luyeſtun
EnfantquiporteunCornetrem
ply
MERCURE
96
plyde Fleurs. L'Abondance eſt
fignifiée par ceCornet. Plusbas
il y a de petits Zéphirs qui ver
ſentla roſéedumatin, envoyant
briller les premiersrayons de ce
belAftre. L'Aurore paroiſt dans
ſonChar avec unAmour volant
devant elle , & femant des
Fleurs. Une desHeuresdujour
fait la meſme choſe. Au deſſus,
&un peu devant l'Amour,eſt
l'Etoile dumatin. Elleeſt figurée
parun jeune Homme bienfait
quiporte l'Etoile ſur ſa teſte , &
quidans ſamain tientune ver
ge,aveclaquelleilchaſſe laNuit,
&toutes les Conſtellations.Un
peudevant luyvoleuneHiron
delle. Vous ſçavez que cetOy
ſeau chanteavatlepointdujour.
LaNuit ſe voitdans l'exttrémité
duTableau en attitude rapide,
tirant à deux mains ſes Voiles.
Elle
GALANT. 97
Elle est accompagnéedeſesEn
fans qui repréſentent le ſom
meil de la vie ,&leſommeilde
lamort.
Il y aquatre petits Tableaux
autour de la Voûte. Des deux
qui fontaux coſtez,celuy quieſt
ſur la droite vers legrand Plat
fond , fait voirClimene préſen
tant Phaeton à Apollon,afin qu'
il l'avoüe pour eſtre ſon Fils. Sur
la gauche paroiſt le meſime A
pollon volant dansles airs. La
Vertu eſt aſſiſe enbas ſur des
nüées , & ceDieu luymontre
/
fon Siege toutlumineux,comme
le lieuoù il veutluydonnerpla
ce. L'Amourdela Vertu eſt au
pres , affis ainſi qu'elle fur des
nüées , & tenant de grandes
branchesde Laurier qui ne fer
ventquepour ornerleTableau.
Ce ſujetn'eſt pointtiréde laFa
E
Juin 1680.
MERCURE
98
ble.C'eſt une licencedu Peintre,
fondée ſur ce qu'il aleûdansle
Cavalier Marin, oudans le Taf
ſe,qu'Apollon s'eſtoit unjour re
penty du défordreque ſes paſſios
avoientcauſe ſurla Terre,& que
pouren reparer l'emportement,
il avoit promis àJupiter de fui
vrele party de la Vertu. Dans
l'un des bouts du Platfond, on
voitCircé Fille du Soleil , aſſiſe
ſur des nüées. UnAmour quieſt
aupres , luy donne des herbes
pour faire ſesCharmes. Icare eft
repréſentédansl'autre bout,avec
ſes aiflesdont la cire adéjacom
mencédeſefondre. Il eſt en at
titude d'un Homme effrayé,
qui ne ſepouvant plus ſoûtenir
en l'air , voit ſa cheûte inévi
table.
Il neſepeutrien adjoûteràla
beauté des Tableaux qui font
paroî
DE LA
9DON E
GALANT.
paroître les quatre Saifons.
BIBLI
Printemps eſt figuré par les Fer
tes , dont le Mariage de Zéphi
re & de Flore fournit leſujet.
Cette Déeſſe eſtaſſiſeſurun Lit.
Zéphire aupres d'elle, la carreſſe
d'unemain , &tend l'autre vers
des Fleurs qu'une des Heures
dujour apportedans un Cornet
d'abondance. Cette action mar
que le deſſein qu'il a d'en jeter
fur Flore. C'eſt ce que fait un
Amourqui en prenddans une
Corbeille qu'un autre Amour
tient , & qui eneſt toutepleine.
Un autreeſt aſſis aupres d'une
autre Corbeille,&faitdesGuir
landespourla couronner.Au cô
té gauchede Flore , on voittrois
autres Amours. L'unperce une
peaude Bouc furlaquelle il eſt
mõte, &enfaitſortir duVinque
lesdeux autresreçoivet. Ily en a
Eij
100
MERCURE
un qui tendune Taſſed'or , &
l'autre eſt aſſis plusbas tenantun
Vaſe entre ſes jambes. C'eſt dans
ce Vaſe que tombe le Vinen
Arcade, & avecimpetuoſité. Au
coſté droit de la meſme Flore,
paroiſt un Amouravec la Tor
cheallumée. Il repreſente l'Hy
men. Unautre ſejoüe avecun
petit Oyſeau qu'il laiſſe voler.
SurledevantduTableau,eſtune
Figure qui cuëille des Fleurs
pourles préſenter à Flore,&une
autre qui n'eſt veuë que par le
dos , en prendd'unemain dans
une Corbeille , & de l'autre en
répand ſur le Lit de la Déefſſe.
Aupres ſont repréſentez des
Vaſes, avec une Table fur la
quelle on voit la Collation ſer
vie. L'ancienne figure du Sely
eſt employée.Comme elle eſtoit
danstous lesRepas , elle eſt icy,
en
GALANT. 10I
enforme d'unepetite Pyramide,
avec des Gafteaux , & diférens
Fruits. Au fondduTableau ſont
de petites Figures dans le loin
tain , repréſentantdes Bacchan
tes avec des Satyres , qui ſe
viennent réjoüir aux Feſtes de
Flore.
Dans leTableau de l'Eté,ſont
les Festes de Céres. Les Vier--
S
コ
gesquiont accoûtumédeporter
cette Déeſſe parmy les Bleds
pour obtenir la fertilité de la
Terre , yparoiffentarreſtées , a
presqu'elles ontpoſé leur Tre
pié , &menéles Victimes qui
eſtoient la Truye & la Brebis.
Tout eſtdiſposé pourle Sacrifi
ce. La Figurede devant qu'on
nevoitque parderriere , repré
ſente le Boutipe. C'eſtle nom
qu'avoit le Sacrificateur. Il tient
leCoûteaudela maindroite, &
E iij
102
MERCURE
tout preſt à égorger la Victime,
il ſemble n'attendre que la fin
de quelques parolesquelaPref
treffe doitprononcer , & qui font
dansdesTabletesqu'ellea.Dans
ce moment , une de cellesqui
l'accompagnent dans fon mini
ſtere , répanddu Lait&du Vin
fur le feu duTrepié , que l'on
voit fumer. Les Vierges ſont
ſuiviesdeBacchantesavecquel
ques Inſtrumens antiques , &
quand le Sacrifice ſe fait , les
Moiffonneurs viennent fe met
tre à genoux,pour adorer la Sta
tuë de Céres que les Vierges
portent ſur leurs épaules. Il y en
ad'autres qui luy préſententdes
Gerbes de Bled. Le Peintre,
pour faire connoiſtre l'extréme
chaleurdelaSaiſon, areprefen
té la Canicule dans une Nüée.
Cette Canicule eſt un Chien
alteré
GALANT. 103
alteré qui regarde le Soleil
Les Bacchanales fontle ſujet
duTableau qui repréſentel'Au
tomne. Bacchus revenant des
Indes, trouvaAriane inconfola
bledela fuitede Théſée qui a
voit laiſſé cette Princeſſe dans
l'ifle de Naxe. LePeintre faitpa
roiſtre ce Dieu au milieude fon
Tableau. Ariane eſt dans ſon
Char, tiré pardesPantheresque
gouvernent deux Amours. Ces
Amours témoignentpar leurac
tion partagerlajoye qu'elledoit
ſentir,de ſe voiraupresd'unDieu
ſi puiſſant. Une marchedeFau
nes & de Bacchantes qui vont
enordre leTirſe à la main, eſt
repréſentéedansceTableau.Une
d'entr'elles ſonne du Tambour
deBaſque, &ſembles'étredéta
chée dela Marche pourdanſer
devantleChar. Une autreporte
E iiij
104 MERCURE
unpanierdeRaiſins. Cetteder
niere , marque parſon air riant
le plaiſir qu'elle a de voir deux-petits Enfans , l'un endormy par
la forcede laVendange , &l'au
trequiſe ritdeluy. CetteTrou
pecouronnéede feüillesde Vi
gne , &deLierre , eſt ſuiviedu
Pere Silene , porté pardes Fau
nes. Le fonddu Tableaufait voir
12Mer fur lagauche , avec un
petitVaiſſeau en éloignement.
Ariane montre ce Vaiſſeau à
Bacchus comme celuyqui em
mene ſonPerfide. Surla droite
font des Arbres chargez des
Fruits de l'Automne. Des Maf
ques , des Tambours de Baſque,
&des PeauxdeTygres , fontat
tachezà ces Arbres.Ons'en fer
voit dans les Feſtes de Bac
chus.
Le Vent Borée eſt la princi
pale
GALANT. 105
pale Figuredu Tableaude l'Hy
ver. Il eſt ſur une groſſe Nüée,
fon Manteau entortillé dans ſon
bras gauche; volant &fouflantla
neige& la grefle. Zéthés &Ca
laïs ſes deuxFils, volentavec luy,
&vont chaffer le Soleil,quipa
roift preſque offuſqué par une
épaiſſe nüéequi lecouvre.Der
riere Borée ſont ſept Pleiades;
tant en Figures humaines qu'en
Etoilles , qui en ſe fondant en
eau, la verſentpar des Vaſesan
tiques. La Terre qui implore
l'aſſiſtance du Soleil, eſt ſur le
devant duTableau. Vulcain luy
vient offrir ſonſecours , comme
eſtant le ſeul qui luy en puiſſe
donner. On voitunFleuvedans
l'éloignement. Il eſt ſous une
Groteavec ſon Urne , & l'eau
quien fort eſt touteglacée. Le
fond du Tableau fait découvrir
1
E
V
MERCURE
106
une Mer pleine debouraſques,
où quelques Vaiſſeaux font en
péril.Le rivage de cette Mer eſt
glacé, &il ya furles bordsplu
ſieurs Oyſeaux aquatiques.
CommelaGalerie quejevous
décris eſt nommée la Galerie
d'Apollon, elle a un Tableau où
l'on voitce Dieuſurle Parnaſſe.
Il montre un Roffignol , per
ché ſurlabranche d'un Laurier,
comme le Symbole delaMufi
que. LaMuſe quilarepréſente,
écoute tousles tons decet Oy
feau ,&lesnote. Il yadeux En
fans fur le devant du Tableau.
L'un frape d'un Marteau ſurune
Enclume , & l'autre paroiſt en
vouloir prendre undansdesBa
lances afin de fraper auſſi, Cela
marquela Meſure , &les Balan
ces qui fontaubas de l'Enclume
furleterrain marquentlaJuſteſſe.
On
GALANT. 107
Onvoit desCignes ſurlecoſté
gauche. La Voixdes Poëtes eſt
repréſentée par eux.
Il fautvous parlerdes huit bas
Reliefs. Ils font dansdegrandes
Bordures rondes,rehaufféesd'or.
Le premierquieſtſur la droite
dela Galerie en y entrant ,
voir Apollon avec ſon Tre
fait
pié devant le Portique de fon
Temple. Sa Sibille eſt à genoux,
&luy montre une poignée de
ſable dans ſa main , comme le
priant de la faire vivre autant
d'années qu'elle en tient de
grains. Sur la gauche , Apol
lon affis fur une Terraſſe , a le
DieuEſculape ſon Fils à genoux
aupres de luy. Ce Fils s'apuye
ſurun grand Livre qui eſt ſur les
genoux d'Apollon. On voitde
vant eux quantité de Plantes
dont ceDieu,quiveut enſeigner
la
108
MERCURE
la MedecineàEfculape,ſemble
luy apprendrela vertu.
Les deux autres bas Reliefs
qui ſuiventjuſqu'à la moitié de
laGalerie , font plusgrands que
ces premiers. Dans l'un paroiſt
Marſias,difputant àApollon l'a
vantage de mieux joüer de la
Flûte. Midasqu'ils ontprispour
Juge , eſt peint aupres d'eux.
L'autre bas Reliefquieſt vis à
vis , fait voir ce meſime Satyre,
qu'Apollon punit en le faiſant
écorcher.
L'autre moitié de la Galerie
eſtauſſi ornée dequatrebas Re
liefs. Les deux plus grandsre
préſentent le changement de
Daphne enArbre, &celuyde
Coronis en Oyſeau ; &les deux
autres quifontauboutdelaGa
leric , aux deux coſtez du Ta
bleau du Parnaſſe, font voir la
méta
GALANT. 109
métamorphoſe de Cypariſſe en
|.
:
Ciprés , & celle de Clytie en
Tournefol.
Il nereſte plusqu'à expliquer
le Tableau qui eſt ſur la Porte.
Onyvoitla naiſſance d'Apollon
&de Diane. Ovide nousdit,que
Latone n'eut pas plûtoſt mis au
monde ces deuxnouvelles Di
vinitez , que la haine de Junon
l'obligea de fuïr, & de les em
porterhorsde l'iſle de Délos où
elleavoitaccouché. Apresavoir
marché fort longtemps pen
dant les grandes chaleurs , el
le vintdans la Lycie, avec une
foif qu'elle voulut appaiſer en
prenant de l'eaudansun Eſtang;
maisles Payſans troublerent cet
te eaupour l'enempefcher;&fi
rent monter au deſſus la fange
dufond. Jupiterpunit cesinfa
mesPayſans enles changeanten
Gre
MERCURE
110
Grenoüilles , & c'eſt le ſujet de
ce Tableau. Ce Maiſtre des
Dieux y eſt noblementreprefen
téſur unenuë,commepreſt àfai
re éclater ſon reſſentiment. Pour
ne pas rendre leſujet hydeux,le
Peintrenemontrequ'undesPaï
fans changeż. Onne voitdeluy
que ſa teſte de Grenoüille ; mais
ce qui paſſe pour l'expreſſion la
plus vigoureuſe, c'eſt laſurpriſe
d'unautre , devoir ſon Camara
de metamorphofé. Il y en aun
baiſſe qui trouble l'eau , afinque
Latone ne puiſſe boire , & un
autre luy faitla moüe enla me
naçant. Les autres Figures ne
font que pour l'embelliſſement
duTableau.On envoitunecou
chée qui dort & deux au
,
tres d'une petite Payſane,&d'un
petitPayſan Cettepremieretient
unNid deCanes, & le dernier
une
GALANT. III
une Flûte. Le fond du Tableau
repreſente l'Iſle de Délos , avec
une Mer &unegrande Foreft.
Jenedoutepoint,Madame,que
cette deſcription nevous en faf
ſe ſouhaiterde pareilles , de tous
les grands Ouvrages de Mr Mi
gnard. Ilne me fera peut-eſtre
pasmal aifédevousfatisfaire là
deſſus ; mais ces fortes d'Articles
demandent dutemps.
Fermer
4
p. 200-202
A MADEMOISELLE DE SCUDERY, Sur l'Audience que le Roy luy a donnée.
Début :
Le Dieu, de qui l'éclat embellit tout le monde, [...]
Mots clefs :
Sapho, Audience, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE SCUDERY, Sur l'Audience que le Roy luy a donnée.
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY
,
Sur l'Audience que le Roy
luy a donnée.
L
E Dieu , de qui l'éclat embellia
tout le monde,
Unjour eftantforty du vaftefein de
l'onde,
Brillant de millefeux,
Abandonnefon Char, & defcend an
Parnaffe.
Mules, leur dit le Dieu , déguiſezmoy
de
grace,
Oftez-moy ces rayons, bruniſſez
mes cheveux ,
Je veux tromper Sapho, cette
admirable Fille.
GALANT. 201
Une Muſe auffitoft, & l'ajuste , &
l'habille;
Mais cet air tout divin, ces graces,
ces apas,
Quoy que bien déguisé, ne le quitterent
pas.
Alors dans un Palais , brillant &
magnifique,
Apollon enfecret, d'un air doux &
charmant,
Maispourtant héroïque ,
De l'illuftre Sapho reçeut le compliment.
Quellefut defon coeur l'agreable furprife!
Le plus puissant des Dieux, pour la
voir,fe déguife;
pût tromperfesyeux , maisjamais
fon efprit
Ne s'y méprits
D'un plaifir inconnu le charme inexplicable,
202 MERCURE
La fit fe récrier, Mortels audacieux
,
Malheur à vos apas , quand on a
veu les Dieux ,
On ne trouve plus rien d'aimable.
DE SCUDERY
,
Sur l'Audience que le Roy
luy a donnée.
L
E Dieu , de qui l'éclat embellia
tout le monde,
Unjour eftantforty du vaftefein de
l'onde,
Brillant de millefeux,
Abandonnefon Char, & defcend an
Parnaffe.
Mules, leur dit le Dieu , déguiſezmoy
de
grace,
Oftez-moy ces rayons, bruniſſez
mes cheveux ,
Je veux tromper Sapho, cette
admirable Fille.
GALANT. 201
Une Muſe auffitoft, & l'ajuste , &
l'habille;
Mais cet air tout divin, ces graces,
ces apas,
Quoy que bien déguisé, ne le quitterent
pas.
Alors dans un Palais , brillant &
magnifique,
Apollon enfecret, d'un air doux &
charmant,
Maispourtant héroïque ,
De l'illuftre Sapho reçeut le compliment.
Quellefut defon coeur l'agreable furprife!
Le plus puissant des Dieux, pour la
voir,fe déguife;
pût tromperfesyeux , maisjamais
fon efprit
Ne s'y méprits
D'un plaifir inconnu le charme inexplicable,
202 MERCURE
La fit fe récrier, Mortels audacieux
,
Malheur à vos apas , quand on a
veu les Dieux ,
On ne trouve plus rien d'aimable.
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5
p. 100-106
A Mlle DE SCUDERY.
Début :
Le croiras-tu, Sapho ? L'on veut que je m'engage [...]
Mots clefs :
Esprit, Vers, Épître, Sapho, Muse, Apollon, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle DE SCUDERY.
A Mile DE SCUDERY.
Le queje
m'engage
E croiras - tu, Sapha ? L'on veut
A l'écrire une Epitre ; en ay je le
courage?
Ay je quelque Parterre, oùje trouve
des Fleurs .
Quifoientpeintes pour toy d'affez
vives couleurs ?
En ces Lieux reculez pres de la barbarie
,
Puis -je faire des Vers dignes de ton
génie?
En vain mon efprit rêve à quelques
traits nouveaux
A
Aux bords d'une Fontaine, au murmure
des Eaux.
1
GALANT. IOI
Loin du monde & du bruit, en vain
dans un Boisfombre
Ie confulte ma Muſe àla fraîcheur
de l'ombre,
Tous ces foins ne fçauroientfervir à
mon deffein.
Ce Bois eft éloigné de ceux de Sains
Germain,
Et les Eaux que répand cette claire
Fontaine,
Nefe vont pas mêler aux ondes de
la Seine.
Ainfi dois-je, Sapho, fans qu'il en 2
foit befoin,
Fatiguer mon efprit d'un inutile
Join ?
Pour lower tes vertus qu'Apollon
mesme chante,
Dois -je employer ma voix & grof
fiere & tremblante?
Non, je ne prétens pas d'un efprit
égaré
102 MERCURE
Faire aupied du Parnaffe un naufrage
affuré.
C'est ainsi que fur Mer un Nocher
iémeraire
Rend,feachant le danger, faperte
volontaire.
De mesfoibles efforts mon efprit
prévenu,
N'a garde de donner contre un écueil
connu .
Puis -je, aidéfoiblement des Filles
de Mémoire,
Toucher à tant d'endroits qui foùtiennent
la gloire?
Ce n'est paspar les voeux d'unefoule
d'Amans
,
Que ton Sexe reçoitfesplus beaux
ornemenss
Je ne compte pourrien qu'il tire par
fes charmes
Lefrivole tribut desfoupirs & des
larmes.
GALANT 103
Que ce Sexe eft orné defolides honneurs,
Quand lafeule vertu faitfes Adorateurs!
Que nete doit- il pas quand ta vertus
Sublime
T'auire des Sçavans le refpect légi
time?
< P >
Leurs efprits admirant tes Ouvrages
divers,
Sontinftruits par ta Profe, & charmez
par des Vers.
Quet eftten noblefeu ! quelle eft tare
politeffe !
La délicate Rome , & L'éloquente
Gréce ,
Ont elles plus montré d'attraits dans
Leur difcours
Qu'on en voit dans les tiens qui
brilléront toûjours?
Nom veux-tu prudemment remettre
en la mémoire
104 MERCURE
Lesplusgrands des Héros que célebre
l'Hiftoire
,
Ils ont dans tes Ecrits & leur air,
& leur tons
Céfarparle en Céfar, Caton parle en›
Caton.
Enfin quand il te plaift, ton efpritz
nous rameine
Et la vertu des Grecs, & la grandeur
Romaine.
Tu fais encore plus ; tes Ecrits im
martels
Sont dignes de LOVIS , ils parent
fes Autels.
Si tu veux quelquefois par une main
habile
Bedrefferde nos moeurs la route dif- ››
ficiles
Si tu veux, t'éloignant d'un fi grave,
projet,
De mille traits fleuris embellir un
Sujet,
GALANT 10
En quelques tours divèrs que tons
efprit fe plie,
Tu montres ton folide & fertile
génie,
Ilfe répand par tout, &ſon cours eft
heureux,
Semblable en cet état à ce FleuvC
fameux
Qui nefort defon litque pour rendre ,
féconde
Par le cours de fes eaux la Plaine
qu'il inonde..
Toute l'Europe fçait , Sapho, ce que
tu vaux.
Dois-je t'importuner par mes foibles:
travaux?
Le les connois affez ; n'est- ce pas à
bon titre
Queje n'ay pas voulu t'adreffer une
Epitre ?
Cependant jefinis, &je m'apperçois,
bien
106 MERCURE
Qu'ilfaut à ton efprit unplus noble
entretien.
Je n'ay tracé ces Vers, que pour te
pouvoir dire,poti bub
Mon illuftre Sapho , que je n'ofois
d'écrire.
Le queje
m'engage
E croiras - tu, Sapha ? L'on veut
A l'écrire une Epitre ; en ay je le
courage?
Ay je quelque Parterre, oùje trouve
des Fleurs .
Quifoientpeintes pour toy d'affez
vives couleurs ?
En ces Lieux reculez pres de la barbarie
,
Puis -je faire des Vers dignes de ton
génie?
En vain mon efprit rêve à quelques
traits nouveaux
A
Aux bords d'une Fontaine, au murmure
des Eaux.
1
GALANT. IOI
Loin du monde & du bruit, en vain
dans un Boisfombre
Ie confulte ma Muſe àla fraîcheur
de l'ombre,
Tous ces foins ne fçauroientfervir à
mon deffein.
Ce Bois eft éloigné de ceux de Sains
Germain,
Et les Eaux que répand cette claire
Fontaine,
Nefe vont pas mêler aux ondes de
la Seine.
Ainfi dois-je, Sapho, fans qu'il en 2
foit befoin,
Fatiguer mon efprit d'un inutile
Join ?
Pour lower tes vertus qu'Apollon
mesme chante,
Dois -je employer ma voix & grof
fiere & tremblante?
Non, je ne prétens pas d'un efprit
égaré
102 MERCURE
Faire aupied du Parnaffe un naufrage
affuré.
C'est ainsi que fur Mer un Nocher
iémeraire
Rend,feachant le danger, faperte
volontaire.
De mesfoibles efforts mon efprit
prévenu,
N'a garde de donner contre un écueil
connu .
Puis -je, aidéfoiblement des Filles
de Mémoire,
Toucher à tant d'endroits qui foùtiennent
la gloire?
Ce n'est paspar les voeux d'unefoule
d'Amans
,
Que ton Sexe reçoitfesplus beaux
ornemenss
Je ne compte pourrien qu'il tire par
fes charmes
Lefrivole tribut desfoupirs & des
larmes.
GALANT 103
Que ce Sexe eft orné defolides honneurs,
Quand lafeule vertu faitfes Adorateurs!
Que nete doit- il pas quand ta vertus
Sublime
T'auire des Sçavans le refpect légi
time?
< P >
Leurs efprits admirant tes Ouvrages
divers,
Sontinftruits par ta Profe, & charmez
par des Vers.
Quet eftten noblefeu ! quelle eft tare
politeffe !
La délicate Rome , & L'éloquente
Gréce ,
Ont elles plus montré d'attraits dans
Leur difcours
Qu'on en voit dans les tiens qui
brilléront toûjours?
Nom veux-tu prudemment remettre
en la mémoire
104 MERCURE
Lesplusgrands des Héros que célebre
l'Hiftoire
,
Ils ont dans tes Ecrits & leur air,
& leur tons
Céfarparle en Céfar, Caton parle en›
Caton.
Enfin quand il te plaift, ton efpritz
nous rameine
Et la vertu des Grecs, & la grandeur
Romaine.
Tu fais encore plus ; tes Ecrits im
martels
Sont dignes de LOVIS , ils parent
fes Autels.
Si tu veux quelquefois par une main
habile
Bedrefferde nos moeurs la route dif- ››
ficiles
Si tu veux, t'éloignant d'un fi grave,
projet,
De mille traits fleuris embellir un
Sujet,
GALANT 10
En quelques tours divèrs que tons
efprit fe plie,
Tu montres ton folide & fertile
génie,
Ilfe répand par tout, &ſon cours eft
heureux,
Semblable en cet état à ce FleuvC
fameux
Qui nefort defon litque pour rendre ,
féconde
Par le cours de fes eaux la Plaine
qu'il inonde..
Toute l'Europe fçait , Sapho, ce que
tu vaux.
Dois-je t'importuner par mes foibles:
travaux?
Le les connois affez ; n'est- ce pas à
bon titre
Queje n'ay pas voulu t'adreffer une
Epitre ?
Cependant jefinis, &je m'apperçois,
bien
106 MERCURE
Qu'ilfaut à ton efprit unplus noble
entretien.
Je n'ay tracé ces Vers, que pour te
pouvoir dire,poti bub
Mon illuftre Sapho , que je n'ofois
d'écrire.
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6
p. 143-144
SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
Début :
L'Apollon de nos jours, dont la fertile Veine, [...]
Mots clefs :
Apollon, Couleurs, Mouvement, Spectacles, Corneille, Poètes, Admirateur, Hommage, Gloire, Mémoire, Pierre Corneille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
SUR LA MORT
DE M' DE CORNEILLE.
L'
'Apollon de nos jours , dont la
fertile Veine
Par fes vives couleurs , par fes raifonnemens
,
Marqua fi bien du coeur les divers
mouvemens ;
Le grand Corneille , hélas n'eft plus
qu'une Ombre vaine .
Que dis-je? Il vit toûjours dans nôtre
illuftre Scene ;
Toujours y regneront ces Spectacles
charmáns ,
Où l'esprit enchanté découvre à tous
momens
Mille nouveaux appas, dont la force
l'entraîne.
144
MERCURE
O vous, Hiftoriens, Poètes, Orateurs,
Ou jaloux de fon nom , ou fes admi .
rateurs ,
Rende luy voftre hommage , honorezSa
memoire.
vous Non; qui que vous soyeZtaisez vo
Ecrivains ;
Ses Ouvrages fans vous éternifent
Sa gloire ,
Et l'ont mis audeffus des Grecs &
des Romains.
DE M' DE CORNEILLE.
L'
'Apollon de nos jours , dont la
fertile Veine
Par fes vives couleurs , par fes raifonnemens
,
Marqua fi bien du coeur les divers
mouvemens ;
Le grand Corneille , hélas n'eft plus
qu'une Ombre vaine .
Que dis-je? Il vit toûjours dans nôtre
illuftre Scene ;
Toujours y regneront ces Spectacles
charmáns ,
Où l'esprit enchanté découvre à tous
momens
Mille nouveaux appas, dont la force
l'entraîne.
144
MERCURE
O vous, Hiftoriens, Poètes, Orateurs,
Ou jaloux de fon nom , ou fes admi .
rateurs ,
Rende luy voftre hommage , honorezSa
memoire.
vous Non; qui que vous soyeZtaisez vo
Ecrivains ;
Ses Ouvrages fans vous éternifent
Sa gloire ,
Et l'ont mis audeffus des Grecs &
des Romains.
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Résumé : SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
Le texte rend hommage à Pierre Corneille après sa mort, soulignant que son œuvre continue de captiver sur scène. Il appelle historiens, poètes et orateurs à honorer sa mémoire. Les écrits de Corneille assurent son immortalité, le plaçant au-dessus des auteurs grecs et romains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 170-172
Autre sur le nom de M. le Marquis de Dangeau, [titre d'après la table]
Début :
La premiere de ces deux Enigmes a esté expliquée sur le nom de Mr le / Quelle nouvelle Aritmétique, [...]
Mots clefs :
Arithmétique, Esprits, Pythagore, Ennemis, Diadème, Apôtres, Nom, Apollon, Muse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre sur le nom de M. le Marquis de Dangeau, [titre d'après la table]
La premiere de ces deux Enigmes
a efté expliquée fur le nom de M le
Marquis de Dangeau , par M Bonvallon
du Limofin. Ie croy vous obliger
en vousfaifant part de cette Explication.
Q
Velle nouvelle Aritmétique,
Pour embarraffer les Efprits,
Vicnt fe mefler, Mercure, aux Enigmes
fans prix
De ta galante République?
Trois & quatrefont ſept, ce calcul eſt aiſe;
Les fept parts font le tout, je le comprens
encore
Sans les Nombres divins du profond Py
thagore,
Je ne m'y fuis pas abufé;
Maislors qu'il s'agit de décrire
Quellesfont ces fept parts, quel enfin eft
ce tout,
Mon Art de déchiffrer eſt tout àfait àbout,
Et je n'ay nul deffein de rire.....
du Mercure Galant.
171
Tudis quela part du milieu
Parmy nos Ennemis occupe un triple lieu.
Ces Ennemis, feroit- ce point l'Espagne,
Génesfuperbe, & la fiere Allemagne?
Mais dans ces Nations qu'eft- ce donc que
AM tu agis.IN
Troisfois?
De l' Alphabet c'est la Lettrefeptième,
Nombre mistérieux qui vaut un Diademe.
O Dieux ! fi je pouvois, toin du Peuple
Etranger,
Délivrerdu péril trois qui font en danger,
Tirer du Tombeau les trois autres
Enfevelie's fous lesflots
Au plus profonddes Eaux,
Ne meprendroit-on pas pour quelqu'un
des Apoftres?
Apoftre ou non, le miracle en eft fait.
Venez Dan, fortez eau, vous, Lettre mitoyenne
,
Placez- vous entre deux, vous formerez
fans peine
L'heureux Nom de Dangeau , qui ne
craint en effet
Pij
172
Extraordinaire
Ny périls de Fortune,
Ny la Parque commune.
Son Maistre eftantfavory d'Apollon,
Et des plus honorez dans le facré Vallon,
D'un Pinceau délicat il tracerafa gloire
Sur les mefmes Autels du Temple de Mémoire,
Et fes traits animeż
Dont nousfommes charmez,
Donneurs de vie, & de vie immortelle
L'éternifent auffi parfa Mufe fidelle.
a efté expliquée fur le nom de M le
Marquis de Dangeau , par M Bonvallon
du Limofin. Ie croy vous obliger
en vousfaifant part de cette Explication.
Q
Velle nouvelle Aritmétique,
Pour embarraffer les Efprits,
Vicnt fe mefler, Mercure, aux Enigmes
fans prix
De ta galante République?
Trois & quatrefont ſept, ce calcul eſt aiſe;
Les fept parts font le tout, je le comprens
encore
Sans les Nombres divins du profond Py
thagore,
Je ne m'y fuis pas abufé;
Maislors qu'il s'agit de décrire
Quellesfont ces fept parts, quel enfin eft
ce tout,
Mon Art de déchiffrer eſt tout àfait àbout,
Et je n'ay nul deffein de rire.....
du Mercure Galant.
171
Tudis quela part du milieu
Parmy nos Ennemis occupe un triple lieu.
Ces Ennemis, feroit- ce point l'Espagne,
Génesfuperbe, & la fiere Allemagne?
Mais dans ces Nations qu'eft- ce donc que
AM tu agis.IN
Troisfois?
De l' Alphabet c'est la Lettrefeptième,
Nombre mistérieux qui vaut un Diademe.
O Dieux ! fi je pouvois, toin du Peuple
Etranger,
Délivrerdu péril trois qui font en danger,
Tirer du Tombeau les trois autres
Enfevelie's fous lesflots
Au plus profonddes Eaux,
Ne meprendroit-on pas pour quelqu'un
des Apoftres?
Apoftre ou non, le miracle en eft fait.
Venez Dan, fortez eau, vous, Lettre mitoyenne
,
Placez- vous entre deux, vous formerez
fans peine
L'heureux Nom de Dangeau , qui ne
craint en effet
Pij
172
Extraordinaire
Ny périls de Fortune,
Ny la Parque commune.
Son Maistre eftantfavory d'Apollon,
Et des plus honorez dans le facré Vallon,
D'un Pinceau délicat il tracerafa gloire
Sur les mefmes Autels du Temple de Mémoire,
Et fes traits animeż
Dont nousfommes charmez,
Donneurs de vie, & de vie immortelle
L'éternifent auffi parfa Mufe fidelle.
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Résumé : Autre sur le nom de M. le Marquis de Dangeau, [titre d'après la table]
Le texte présente une énigme et son explication, attribuée à M. Bonvallon du Limosin, concernant le nom du Marquis de Dangeau. Cette énigme, publiée dans le Mercure Galant, utilise des nombres et des lettres pour décrire une situation politique. Elle mentionne 'trois & quatrefont sept' et parle des 'fept parts' et du 'tout', sans que l'auteur comprenne ces 'fept parts' sans les nombres divins de Pythagore. L'énigme évoque également des ennemis potentiels comme l'Espagne, Gênes et l'Allemagne, et une lettre de l'alphabet, la septième, qui vaut un diadème. L'auteur souhaite délivrer des périls trois personnes en danger et trois autres ensevelies sous les flots. Il mentionne un miracle accompli et la formation du nom 'Dangeau' à partir de lettres. Le Marquis de Dangeau est décrit comme ne craignant ni les périls de la fortune ni la mort commune. Son maître, favori d'Apollon et honoré dans un vallon sacré, tracera sa gloire avec un pinceau délicat sur les autels du Temple de Mémoire. Les traits animés du Marquis, sources de charme, donnent la vie et l'immortalité, éternisés par une muse fidèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 89-91
BOUTSRIMEZ POUR MADAME DE R...
Début :
Tout le monde est si fort charmé du Roy, que ceux / Ne soyez pas surprise, adorable Cliemene, [...]
Mots clefs :
Climène, Louis, Prince, Hélicon, Apollon, Armes, Lois
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texteReconnaissance textuelle : BOUTSRIMEZ POUR MADAME DE R...
Tout le monde eft fi fort
charmé du Roy , que ceux
meſme qui ne s'occupoient
qu'à des Vers galans , femblent
n'en pouvoir plus faire
que pour luy. Ce Sonnet de
M' de
Grammont
de Ric
lieu en eft une preuve, fleft:
fur des Bouts- rimez, envoyez
par la Dame mefme à qui il
s'adreffe. (oyyay
May 1685.
H
90 MERCURE
andlocco ab englaM
BOUTS RIMEZ
POUR MADAME DE R ...
N
E foyez pas furprife , adorable
Climene , troT
De n'avoir plus de moy nyfonnet ny
Chanfon .
Le moyen d'approcher maintenant
-Hypocrene za up
LOVI'S occupefeul tout le facté
Vallon, vul
SS
cup
Jay millefoispour vousfollicitéma
31 Veine
onu fie na wol
Etpour vous mille fous monté fur 】
/
Heliconsom
Autant de foispour may l'entreprise
fut vaine;
De ce Prince on n'y peut séparer
Apollon,
،ܐ،
2 bed 11
GALANT. gr
$2
Aujourd'huy, par unfort quejenepuis
comprendre ,
Ce Sonnet que pour vous je voulois
entreprendre, un sk
Se va trouver encor tout entierpour ↑
mon Roy.
Sa
·Ne vous enfachez pas ; &fongez que
fes charmes
Triomphant en tous lieux auffi - bienquefes
Armes,
Et que ce Prince est népour nous don
nerla Loyol
charmé du Roy , que ceux
meſme qui ne s'occupoient
qu'à des Vers galans , femblent
n'en pouvoir plus faire
que pour luy. Ce Sonnet de
M' de
Grammont
de Ric
lieu en eft une preuve, fleft:
fur des Bouts- rimez, envoyez
par la Dame mefme à qui il
s'adreffe. (oyyay
May 1685.
H
90 MERCURE
andlocco ab englaM
BOUTS RIMEZ
POUR MADAME DE R ...
N
E foyez pas furprife , adorable
Climene , troT
De n'avoir plus de moy nyfonnet ny
Chanfon .
Le moyen d'approcher maintenant
-Hypocrene za up
LOVI'S occupefeul tout le facté
Vallon, vul
SS
cup
Jay millefoispour vousfollicitéma
31 Veine
onu fie na wol
Etpour vous mille fous monté fur 】
/
Heliconsom
Autant de foispour may l'entreprise
fut vaine;
De ce Prince on n'y peut séparer
Apollon,
،ܐ،
2 bed 11
GALANT. gr
$2
Aujourd'huy, par unfort quejenepuis
comprendre ,
Ce Sonnet que pour vous je voulois
entreprendre, un sk
Se va trouver encor tout entierpour ↑
mon Roy.
Sa
·Ne vous enfachez pas ; &fongez que
fes charmes
Triomphant en tous lieux auffi - bienquefes
Armes,
Et que ce Prince est népour nous don
nerla Loyol
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Résumé : BOUTSRIMEZ POUR MADAME DE R...
En mai 1685, le roi Louis XIV suscitait une admiration telle que même les poètes galants semblaient ne pouvoir écrire que pour lui. Un sonnet de Monsieur de Grammont, adressé à une dame, illustrait ce phénomène. Intitulé 'Bouts-rimés', le poème exprimait la difficulté de créer des vers pour une autre personne alors que le roi occupait toutes les pensées. L'auteur confessait avoir en vain tenté de solliciter sa muse pour composer un sonnet dédié à une certaine Climène. Il expliquait que Louis XIV monopolisait toute son inspiration, rendant impossible toute autre entreprise poétique. Le sonnet se concluait par l'idée que les charmes de la dame triomphaient partout, tout comme les armes du roi, et que ce dernier était né pour inspirer loyauté et admiration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 105
Description du Bassin d'Apollon, [titre d'après la table]
Début :
Avant que de monter sur le Canal, ils virent le [...]
Mots clefs :
Bassin d'Apollon, Apollon, Jets d'eau
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texteReconnaissance textuelle : Description du Bassin d'Apollon, [titre d'après la table]
Avant que de
monter ſur le Canal , ils virent
le baſſin d'Apollon qui
eſt au bout de la grande Allée
qui y conduit. Il eſt octogone
, & a 36. pieds de large
dans fon milieu. Apollon y
eft repréſenté dans un Char
tiré par quatre Chevaux
Quatre Vents font à ſes côtez
, & fouflent dans leurs
Conques , d'où ſortent autant
de Jets d'eau.
monter ſur le Canal , ils virent
le baſſin d'Apollon qui
eſt au bout de la grande Allée
qui y conduit. Il eſt octogone
, & a 36. pieds de large
dans fon milieu. Apollon y
eft repréſenté dans un Char
tiré par quatre Chevaux
Quatre Vents font à ſes côtez
, & fouflent dans leurs
Conques , d'où ſortent autant
de Jets d'eau.
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10
p. 30-38
EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
Début :
Le Dieu couronné de pavots [...]
Mots clefs :
Gloire, Apollon, Philisbourg, Louis, Valeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
EPITRE.
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
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Résumé : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
L'épître de Madame des Houlières à Monsieur le Duc de Montaufier célèbre les exploits militaires du duc, en particulier la prise de Philisbourg. Madame des Houlières décrit une vision où Apollon lui apparaît pour lui demander de chanter les glorieux exploits du duc. Elle exprime son admiration pour le jeune héros dont les lois seront suivies par tous. Le duc est comparé à Louis XIV, et ses actions sont décrites comme surhumaines, rappelant celles d'Achille. Madame des Houlières loue également la bravoure et la sagesse du duc, soulignant qu'il a su conquérir de nombreux États en peu de temps. Elle mentionne les villes conquises, telles que Philisbourg, Frankendal, Mayence et Trèves, et exprime sa joie et son admiration pour ses victoires. Elle conclut en affirmant que son amitié et son estime pour le duc sont profondes et partagées par toute la France.
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11
p. 73-93
Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, quelle grande contestation s'est émeuë / Nous nous jettons, Seigneur, toutes à vos genoux, [...]
Mots clefs :
Apollon, Polimnie, Temps, Perrault, Gloire, Génie, Montmor, Esprits, Parnasse, Beau sexe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
Vous fçavez , Madame ,
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques années entre les Sçavans
Novembre 1690. G
74 MERCURE
aufujet d'un Poëme intirulé,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes du Paralelle des Anciens
des Modernes, du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic, qui parle au
nom de toutes les autres.
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux,
Etnous vous demandonsjuſtice.
APOLLON.
Relevez-vous , mes Sœurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mesyeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour enfinir
le cours
Que l'offre de vostre fecours.
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous faitdepuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave Climat,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Paysfombre , & tou-
' jours ingrat,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
Ne ;
s'enfert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs, cette politeffe,
Ce gouftfin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beaufeu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
'dbuy
S'endormiroit fur le Parnaffe.
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , &fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Etfe vangentpar là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ontfaits.
Cependant fi leur medifance
Dans le monde unefois trouve quelque créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'onpuife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher unfecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
vœux ,
Et des beaux Arts ( quel coup! j'en
tremble, j'enfriffonne ) 1
Peut-eftre que chacun fe fera d'autres Dieux.
Il me femble déja que l'on nous
abandonne,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu foli- taire ,
Sans Encens fans Autels, n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups.
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encorfi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Sœurs , Montwow mor, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla ruine , C
Ils nefont pasfi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace m'offenfe,
Etje les traiterois comme des MarSyas
GALANT. 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Maisplein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desjafenty ce quepefent fes
coups ;
•
Sa plume &polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur& l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours &vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins , des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles, & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop beuOn ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT.
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leurplaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et quejamais l'efprit dans cet heureux Climat
Nefutplus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Romefe trouva-t-elle
Plus docte, plus polie, &plus Spiri- tuelle
Quefous les deux premiers Cefars ?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & leFils * eurentpour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar.
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide ,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit enProfe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Filsfurtout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86 MRECURE
Onfçait enfin que dans la France
Louis que le Cielaime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ontfait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grandqu'il eft , &plus qu'Alexandre & Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'iljette fur l'Academie ,
N-a-t-il pas des François porté le
beau genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les Molieres,
GALANT: 87
LesVoitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNIE.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font-ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLON.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE
•
L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a pour elle que peu de genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.
•
Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe- t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
من que la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
Des Racines , des Despréaux + ,
Des Patrus , des Le-Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov. 1690.
H
90 MERCURE
Sans , dis je- , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence ,
Perrault écrit pour Nous, & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
Wepeut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT. 91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace, le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçaAvante vante richeffe ,
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut legrand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue &dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustrefort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT 93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques années entre les Sçavans
Novembre 1690. G
74 MERCURE
aufujet d'un Poëme intirulé,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes du Paralelle des Anciens
des Modernes, du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic, qui parle au
nom de toutes les autres.
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux,
Etnous vous demandonsjuſtice.
APOLLON.
Relevez-vous , mes Sœurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mesyeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour enfinir
le cours
Que l'offre de vostre fecours.
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous faitdepuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave Climat,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Paysfombre , & tou-
' jours ingrat,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
Ne ;
s'enfert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs, cette politeffe,
Ce gouftfin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beaufeu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
'dbuy
S'endormiroit fur le Parnaffe.
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , &fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Etfe vangentpar là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ontfaits.
Cependant fi leur medifance
Dans le monde unefois trouve quelque créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'onpuife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher unfecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
vœux ,
Et des beaux Arts ( quel coup! j'en
tremble, j'enfriffonne ) 1
Peut-eftre que chacun fe fera d'autres Dieux.
Il me femble déja que l'on nous
abandonne,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu foli- taire ,
Sans Encens fans Autels, n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups.
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encorfi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Sœurs , Montwow mor, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla ruine , C
Ils nefont pasfi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace m'offenfe,
Etje les traiterois comme des MarSyas
GALANT. 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Maisplein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desjafenty ce quepefent fes
coups ;
•
Sa plume &polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur& l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours &vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins , des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles, & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop beuOn ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT.
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leurplaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et quejamais l'efprit dans cet heureux Climat
Nefutplus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Romefe trouva-t-elle
Plus docte, plus polie, &plus Spiri- tuelle
Quefous les deux premiers Cefars ?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & leFils * eurentpour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar.
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide ,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit enProfe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Filsfurtout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86 MRECURE
Onfçait enfin que dans la France
Louis que le Cielaime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ontfait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grandqu'il eft , &plus qu'Alexandre & Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'iljette fur l'Academie ,
N-a-t-il pas des François porté le
beau genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les Molieres,
GALANT: 87
LesVoitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNIE.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font-ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLON.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE
•
L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a pour elle que peu de genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.
•
Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe- t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
من que la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
Des Racines , des Despréaux + ,
Des Patrus , des Le-Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov. 1690.
H
90 MERCURE
Sans , dis je- , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence ,
Perrault écrit pour Nous, & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
Wepeut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT. 91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace, le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçaAvante vante richeffe ,
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut legrand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue &dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustrefort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT 93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
Fermer
Résumé : Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
En novembre 1690, une controverse majeure a éclaté entre les savants à propos du poème 'Le Siècle de Louis le Grand' de Charles Perrault. Ce poème, publié par le libraire Coignard, a suscité des critiques, notamment de la part d'un poète hollandais se faisant appeler Montmor. Cette critique a incité M. de Vin à écrire un dialogue intitulé 'Le Galant Dialogue', impliquant Apollon et la Muse Polymnie. Dans ce dialogue, les Muses se plaignent à Apollon des attaques dont elles sont victimes, notamment de la part de Montmor, qui les accuse de froide éloquence et de vieillesse. Elles expriment leur frustration face à l'ingratitude des Pays-Bas, malgré leurs efforts pour y apporter la lumière. Apollon les rassure en leur affirmant que leurs ennemis ne sont pas aussi puissants qu'ils le croient et que leur talent est toujours vivant. Apollon mentionne également que Perrault, un de ses favoris, travaille à défendre les Muses et à prouver que la littérature moderne peut égaler l'antiquité. Il cite des exemples de grands écrivains et artistes anciens et modernes pour illustrer la persistance de la créativité et du génie. Apollon souligne également le soutien des grands souverains, comme Alexandre, César et Auguste, aux arts, et compare leur patronage à celui de Louis XIV en France. Le dialogue se termine par une défense vigoureuse de la littérature moderne et une critique des préjugés en faveur de l'antiquité. Apollon encourage les Muses à mépriser les critiques de Montmor et à continuer de briller par leur talent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
s. p.
PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
Début :
Plaise au Roy, par Brevet, vouloir autoriser, [...]
Mots clefs :
Roi, Apollon, Mercure, Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
PLACET
AUROY.
POUR LE PRIVILEGE
du Mercure Galant.
Plaije auRoy,parBrt
'Vtt, vouloirautoriser,
LePrivilege ancien que
fay de tamufer.
Tlai/e à ma Mufe au/fi
d'être badine&fage.
Plaist à moy3 me bornant
auprudentbadinagef
De nepasressemblerà ces
fouxferieux,
Qui veulentpenetrerjufqu'auxfecretsdesDieux.
De louersansjlater3 de
blâmersans médire,
D*êtrelibresansmoubier
,Polnt ridicule enfaisant
rtre
Etserieuxsansennuyer.
Enunmotplaife au Roy,
quejetâche a luyplaire,
Maissur tout plaise au
Boy mon desir de bien
faire.
slassè auRoy mon Mer
cure,& de-las'enjitivra
Qtiauxgens de bon cJPrit
mon Mercureplaira.
Ilaplûà saMajesté
de m'accorder le Privilege
que je luy demandois
; plaise à Apollon
m'inspirer quelques vers
dignes de ma reconnois
sance & de mon zele.
Hier me promenant
dans les Bosquets de
Marly, je les pris pour
ceux du Parnasse. Je crus
y voir Apollon, je m'imaginay
estre Mercure,
& voicy la Scene qui fè
passa entre Apollon &
moy.
AUROY.
POUR LE PRIVILEGE
du Mercure Galant.
Plaije auRoy,parBrt
'Vtt, vouloirautoriser,
LePrivilege ancien que
fay de tamufer.
Tlai/e à ma Mufe au/fi
d'être badine&fage.
Plaist à moy3 me bornant
auprudentbadinagef
De nepasressemblerà ces
fouxferieux,
Qui veulentpenetrerjufqu'auxfecretsdesDieux.
De louersansjlater3 de
blâmersans médire,
D*êtrelibresansmoubier
,Polnt ridicule enfaisant
rtre
Etserieuxsansennuyer.
Enunmotplaife au Roy,
quejetâche a luyplaire,
Maissur tout plaise au
Boy mon desir de bien
faire.
slassè auRoy mon Mer
cure,& de-las'enjitivra
Qtiauxgens de bon cJPrit
mon Mercureplaira.
Ilaplûà saMajesté
de m'accorder le Privilege
que je luy demandois
; plaise à Apollon
m'inspirer quelques vers
dignes de ma reconnois
sance & de mon zele.
Hier me promenant
dans les Bosquets de
Marly, je les pris pour
ceux du Parnasse. Je crus
y voir Apollon, je m'imaginay
estre Mercure,
& voicy la Scene qui fè
passa entre Apollon &
moy.
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Résumé : PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
L'auteur demande au roi un privilège pour le Mercure Galant, souhaitant un ton badin et sage. Il veut louer sans flatter, blâmer sans médire, être libre sans ridicule et sérieux sans ennui. Le roi accorde le privilège. Inspiré par Marly, l'auteur imagine une rencontre avec Apollon, se voyant comme Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
s. p.
MERCURE ET APOLLON.
Début :
Dans un Bois Apollon [...]
Mots clefs :
Mercure, Apollon
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texteReconnaissance textuelle : MERCURE ET APOLLON.
MERCURE,
ET APOLLON.
Dans un BoisApollon
revoit profondementy
SaLyresursonbraspenchoit
negligemment.
Mercure la ruoit/adejire,
Ilmédite un larcins quel
enferalefruit?
Ils'avance à petit bruit,
Voilasa mainsur la Lyre;
Mais Apollon séveille3
& luyprenant la main9
Arrefie3 quel efiton dep
(ein ?
Mondelein?je voulois
chanterce Royfifage,
Ce Roy dont les 'vertus
font refietter les Loix.
Alors d'un airsevere A*
pollon tenviflge :
Comment doncpetit personnage
>
Dît-UyCeifbien à toy dattentersur
mes droits:
Cesi bien à toy vraiment
(Toserchanterles Roy,
Dieu des Marchandsfo
rains, va borne ton au..
dace
Atrafiquertant bien que
mal
Faiftnt courir déplacé en
place
Le Sonnet &le Adadrij
gai
)
Ensidele Marchandfais
ton LivreJournal
9 SanstromperniJurfaire*
ornesta Marchandisè,
SoisplaisantJitupeux st
tu veuxmoralise>
Sauve-toy par leferieux
Lorjque tu ne pourras
mieuxfaire
Guy
y
l'on te permettra
memed'êtreennujeux,
Tant-p*upour toy ceftton
affaires
Maùsi ton vol audacieux
VajufouauxRots oujuf*
quauxDieux
Etsi tu prens l'tffir en
portanttes Nouvelles
Legrand DieuJupiter te
rognera lesailes.
Par ce ton menaçAntJ
Mercure ejl allarmé,
Honteux, confus
9
isse dl.
monte
Et tâchant de cacherfk
honte
AbaissesurJesyeux Jorz
bonnet emplumé.,
,Tournc le aos1Tve~utfuïr;
mais audace nouvelle,
Vnredoublementde Z-Jcte
Lefait encore insister.
Non Apolion, dit-il9je
nepuis resister
Parquelques Vers ilfaut
queje mefatisface9
LeRoy mafaitunegrâce.
Jepuissans témérité
Chanter au moinssabonté?
Je dois par reconnoieaizce.
Tais-toy, dit Apolton
le rejpect
)
lefitence,
Sont les Remerciemcns
qu'onexigedetoy,
Faire du bien gratis,c'est
leplaifrduRoy.
ET APOLLON.
Dans un BoisApollon
revoit profondementy
SaLyresursonbraspenchoit
negligemment.
Mercure la ruoit/adejire,
Ilmédite un larcins quel
enferalefruit?
Ils'avance à petit bruit,
Voilasa mainsur la Lyre;
Mais Apollon séveille3
& luyprenant la main9
Arrefie3 quel efiton dep
(ein ?
Mondelein?je voulois
chanterce Royfifage,
Ce Roy dont les 'vertus
font refietter les Loix.
Alors d'un airsevere A*
pollon tenviflge :
Comment doncpetit personnage
>
Dît-UyCeifbien à toy dattentersur
mes droits:
Cesi bien à toy vraiment
(Toserchanterles Roy,
Dieu des Marchandsfo
rains, va borne ton au..
dace
Atrafiquertant bien que
mal
Faiftnt courir déplacé en
place
Le Sonnet &le Adadrij
gai
)
Ensidele Marchandfais
ton LivreJournal
9 SanstromperniJurfaire*
ornesta Marchandisè,
SoisplaisantJitupeux st
tu veuxmoralise>
Sauve-toy par leferieux
Lorjque tu ne pourras
mieuxfaire
Guy
y
l'on te permettra
memed'êtreennujeux,
Tant-p*upour toy ceftton
affaires
Maùsi ton vol audacieux
VajufouauxRots oujuf*
quauxDieux
Etsi tu prens l'tffir en
portanttes Nouvelles
Legrand DieuJupiter te
rognera lesailes.
Par ce ton menaçAntJ
Mercure ejl allarmé,
Honteux, confus
9
isse dl.
monte
Et tâchant de cacherfk
honte
AbaissesurJesyeux Jorz
bonnet emplumé.,
,Tournc le aos1Tve~utfuïr;
mais audace nouvelle,
Vnredoublementde Z-Jcte
Lefait encore insister.
Non Apolion, dit-il9je
nepuis resister
Parquelques Vers ilfaut
queje mefatisface9
LeRoy mafaitunegrâce.
Jepuissans témérité
Chanter au moinssabonté?
Je dois par reconnoieaizce.
Tais-toy, dit Apolton
le rejpect
)
lefitence,
Sont les Remerciemcns
qu'onexigedetoy,
Faire du bien gratis,c'est
leplaifrduRoy.
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Résumé : MERCURE ET APOLLON.
Le texte relate une rencontre entre Apollon et Mercure dans un bois. Apollon, jouant de la lyre, est interrompu par Mercure qui tente de voler son instrument. Apollon réveillé, attrape la main de Mercure et l'interroge. Mercure explique vouloir chanter les vertus d'un roi. Apollon, sévère, rappelle à Mercure ses droits divins et lui conseille de se concentrer sur ses domaines, comme le commerce et la morale. Il met en garde Mercure contre les conséquences de ses actions, évoquant l'intervention de Jupiter. Mercure, alarmé, essaie de se justifier en mentionnant une grâce royale. Apollon insiste sur le respect et la déférence, soulignant que faire du bien gratuitement est le plaisir du roi.
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14
p. 47-55
APOLLON ET L'AMOUR. Par Mr ROY. DIALOGUE.
Début :
Si matin au Parnasse, Amour, qu'y viens-tu faire ? [...]
Mots clefs :
Amour, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOLLON ET L'AMOUR. Par Mr ROY. DIALOGUE.
APOLLON
ET
L'AMOUR,
Par M' ROY.
DIALOGUE.
APOLLON.
Si matin au Parnasse, Amour
, qu'y vienstufaire?
L'AMOUR.
J'y vienscuëillirun Boti.-
quet pour Cloris
APOLLON.
UnBouquetpourCloris!
ehj'enfais mon affaire
Va va, retourne vers
Cypris,
Les fleurs entre mes
mains deviennentimmortelles,
Dans les tiennes,Amour,
qu'ont-elles à
durer?
Seuljesçayfaçonner les
Guirlandes nouvelles
Dont les Heros ont droit
de separer,
Efi-ce
Est-ce à d'autres qu'à
moy de couronner les
Bellesl
L'AMOUR.
Ma Mere ne vapoints
parer de vosfleurs,
MJeserseClorriseco.mme ma
APOLLON.
Si Venus connoist mal le
prix de mesfaveurs
Clorisfaitmieux, Cloris àl'Amour meprefere.
L'AMOUR.
EptlCaloirirseme.ddooiittIl"'aarrtt*ddee
APOLLON.
Atoy! Quoy donc, l'air
gracieux,Lesourireplein ddeeffiînneefjffee,1?
Lebaâinageingénieux
5 Art où Cloris ejïfi maitresse.
Tout cela ne vient pas
du plusbrillant dis
Dieux?
Quel autre, s'il vous
plaist, auroit mis dans
fisyeux
Cette prompte vertu de
guerir la tristesse ?
Maistu l'entenschanter,
parle de bonnefoy,
Enadmirant les sons
cette aimablecadence,
Seroit-cepas luyfaire offense
Que de croirequ'elle eût
d'autre Maistre que
moy?
Songe à l'Hiverpassé,
qu'un moment te rapelle
Le Bal avec tousses ap-
PtU,
Cloris dansoit,sa danse
teplut-elle?
Je luy montray les pre- mierspas.
Enfin cejlmoyfeulquelle
aime.
Veux-tu la voir dans un
Festin
Je lU) mets le verre en
main,
Bacchus en convient luymême.
•
L'AMOUR.
C'est donc de messuccés
quetu tefais honneur?
Tu parles de sa voix &
tu m'en dis merveille,
Maisjy donne un charmevainqueur,
Par toy les Chants neflattent
quel'oreille
Et , c'est par moy qu'ils
1-vontaucoeur.
Quefais-tu dansun Bah
tuprepares les Festes,
Moy j'y regne>fy jÙis
Clorissansla quitter,
Je luy sers chaque jour 4"
faire des Conquestes, Et tu n'és bon qu'à les
chanter.
Les repassont grossiers
avec le Dieu des Treilles,
Ilssontserieux avectoy,
Cloris à tespropos sen*
dormiroitsans moy Et renvoyroit bien des
Bouteilles.
APOLLON.
J'en ay trop dit, tu 'VtUX
mepiquerà ton tour,
Faisonsmieux, souffre
unyartage*)
Mêle ton nom au mien,
faisons-luy nostre cour,
Qu'elle reçoivethomma.
ge,
D'Apollon & de
mour.
ET
L'AMOUR,
Par M' ROY.
DIALOGUE.
APOLLON.
Si matin au Parnasse, Amour
, qu'y vienstufaire?
L'AMOUR.
J'y vienscuëillirun Boti.-
quet pour Cloris
APOLLON.
UnBouquetpourCloris!
ehj'enfais mon affaire
Va va, retourne vers
Cypris,
Les fleurs entre mes
mains deviennentimmortelles,
Dans les tiennes,Amour,
qu'ont-elles à
durer?
Seuljesçayfaçonner les
Guirlandes nouvelles
Dont les Heros ont droit
de separer,
Efi-ce
Est-ce à d'autres qu'à
moy de couronner les
Bellesl
L'AMOUR.
Ma Mere ne vapoints
parer de vosfleurs,
MJeserseClorriseco.mme ma
APOLLON.
Si Venus connoist mal le
prix de mesfaveurs
Clorisfaitmieux, Cloris àl'Amour meprefere.
L'AMOUR.
EptlCaloirirseme.ddooiittIl"'aarrtt*ddee
APOLLON.
Atoy! Quoy donc, l'air
gracieux,Lesourireplein ddeeffiînneefjffee,1?
Lebaâinageingénieux
5 Art où Cloris ejïfi maitresse.
Tout cela ne vient pas
du plusbrillant dis
Dieux?
Quel autre, s'il vous
plaist, auroit mis dans
fisyeux
Cette prompte vertu de
guerir la tristesse ?
Maistu l'entenschanter,
parle de bonnefoy,
Enadmirant les sons
cette aimablecadence,
Seroit-cepas luyfaire offense
Que de croirequ'elle eût
d'autre Maistre que
moy?
Songe à l'Hiverpassé,
qu'un moment te rapelle
Le Bal avec tousses ap-
PtU,
Cloris dansoit,sa danse
teplut-elle?
Je luy montray les pre- mierspas.
Enfin cejlmoyfeulquelle
aime.
Veux-tu la voir dans un
Festin
Je lU) mets le verre en
main,
Bacchus en convient luymême.
•
L'AMOUR.
C'est donc de messuccés
quetu tefais honneur?
Tu parles de sa voix &
tu m'en dis merveille,
Maisjy donne un charmevainqueur,
Par toy les Chants neflattent
quel'oreille
Et , c'est par moy qu'ils
1-vontaucoeur.
Quefais-tu dansun Bah
tuprepares les Festes,
Moy j'y regne>fy jÙis
Clorissansla quitter,
Je luy sers chaque jour 4"
faire des Conquestes, Et tu n'és bon qu'à les
chanter.
Les repassont grossiers
avec le Dieu des Treilles,
Ilssontserieux avectoy,
Cloris à tespropos sen*
dormiroitsans moy Et renvoyroit bien des
Bouteilles.
APOLLON.
J'en ay trop dit, tu 'VtUX
mepiquerà ton tour,
Faisonsmieux, souffre
unyartage*)
Mêle ton nom au mien,
faisons-luy nostre cour,
Qu'elle reçoivethomma.
ge,
D'Apollon & de
mour.
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Résumé : APOLLON ET L'AMOUR. Par Mr ROY. DIALOGUE.
Le texte relate un dialogue entre Apollon et l'Amour sur le mont Parnasse. Apollon, étonné de voir l'Amour, apprend que ce dernier cueille des fleurs pour Cloris. Apollon affirme que les fleurs deviennent immortelles entre ses mains et qu'il est le seul à pouvoir créer des guirlandes dignes des héros et à couronner les belles. L'Amour rétorque que sa mère, Vénus, et Cloris préfèrent ses dons. Apollon revendique divers talents de Cloris, tels que sa grâce, son sourire et ses danses, qu'il attribue à son influence. L'Amour conteste ces prétentions, affirmant que ses chants et sa présence sont essentiels pour toucher le cœur de Cloris et rendre les festins agréables. Reconnaissant la pertinence des arguments de l'Amour, Apollon propose de faire ensemble leur cour à Cloris, en mêlant leurs noms et leurs hommages.
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15
p. 55-56
RÉPONSE de Cloris aux quatre derniers Vers du Bouquet.
Début :
Je reçois d'Apollon le Bouquet & l'hommage, [...]
Mots clefs :
Bouquet, Apollon, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Cloris aux quatre derniers Vers du Bouquet.
REPONSE
de Cloris aux quatrederniers
Vers du Bouquet,
Je reçoisd'Apollon le
Bouquet & l'hommage,
AIais qu'Amour porte
ailleurslesien;
Un present d'Apollon à
quelques Vers m'engage;
Les voila bien-tostfaits;
ils ne me coûtent rien,
Maisl'Amour voudroit
davantage.
C'ejl unTyran, je le
sias bien.-
de Cloris aux quatrederniers
Vers du Bouquet,
Je reçoisd'Apollon le
Bouquet & l'hommage,
AIais qu'Amour porte
ailleurslesien;
Un present d'Apollon à
quelques Vers m'engage;
Les voila bien-tostfaits;
ils ne me coûtent rien,
Maisl'Amour voudroit
davantage.
C'ejl unTyran, je le
sias bien.-
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16
p. 7-9
SONNET, A M. le Chevalier de S. Gilles.
Début :
Apollon au Parnasse hier s'estant rendu, [...]
Mots clefs :
Apollon, Auteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET, A M. le Chevalier de S. Gilles.
SONNET,
4 M. le Chevalier de S. Gilles. APollon au Parnasse
hier s'estant
rendu,
tuteurs vieux &nouveaux
vinrent de
compagnie,
Etdisputoient entr'eux
avec telle manie,
Que le Dieumême à
peine était-il entendu.
Entre autres Sarrazin
crioit comme un
perdu.,
Se plaignant queSaint
Gillesavoit pris son
genie.
-
Non, Meilleurs, disoitil,
ce n'est point
ironie,
Et s'il ne me le rend,
je veux estrependu.
Un genieeft là-baschole
si familiere; j
Que ne prend-il celuy
de Pie, de Frontinierel
Lors Apollon luy dit:
ah! tu fais le fâché,
Eh bien, pour te montrer
a quel point je
l'honnore,
Il gardera le tien, & je
luy donne encore
Celuy d'Anacreon pardessus
le marché.
4 M. le Chevalier de S. Gilles. APollon au Parnasse
hier s'estant
rendu,
tuteurs vieux &nouveaux
vinrent de
compagnie,
Etdisputoient entr'eux
avec telle manie,
Que le Dieumême à
peine était-il entendu.
Entre autres Sarrazin
crioit comme un
perdu.,
Se plaignant queSaint
Gillesavoit pris son
genie.
-
Non, Meilleurs, disoitil,
ce n'est point
ironie,
Et s'il ne me le rend,
je veux estrependu.
Un genieeft là-baschole
si familiere; j
Que ne prend-il celuy
de Pie, de Frontinierel
Lors Apollon luy dit:
ah! tu fais le fâché,
Eh bien, pour te montrer
a quel point je
l'honnore,
Il gardera le tien, & je
luy donne encore
Celuy d'Anacreon pardessus
le marché.
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Résumé : SONNET, A M. le Chevalier de S. Gilles.
Au Parnasse, Apollon reçoit des tuteurs discutant avec animation. Sarrazin accuse Saint-Gilles d'avoir pris son génie. Apollon apaise Sarrazin en lui montrant l'honneur fait à Saint-Gilles, qui conserve son génie et reçoit celui d'Anacréon.
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17
p. 28-84
SUITE DE L'ABREGÉ de l'Iliade.
Début :
ARGUMENT du quatrième Livre. AVERTISSEMENT. On a mis dans la suite [...]
Mots clefs :
Troyens, Minerve, Grecs, Combat, Courage, Roi, Jupiter, Iliade, Bataille, Armes, Guerre, Dieu, Général, Junon, Javelot, Pandare, Diomède, Ménélas, Corps, Ordres, Char, Nestor, Chefs, Apollon, Fils, Armée, Agamemnon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'ABREGÉ de l'Iliade.
SUITE DE L'ABREGE
de tjÜadc.
ARGUMENT
du quatrième Livre.
AVERTISSEMENT.
On A mis dans la suite de
cet Extrait des cedilles ainsi
marquées",,Ellessignifient
dans les endroits où elles se
trouvent,que. le Poëtey fait
parler ses Heros.
LES Dieux estanc à Table
tiennent conseil sur les
affaires de Troyes, vers
I. 4.
Jupiter raille Junon &
Minerve, de ce que de
grandes Déesses. comme
elles se tiennent à l'écart
t
loin des combats, pendant
que Venus qui n'aime que
les jeux& les plaisirs - accompagne
son favori dans
tous les penIs. Il met en
délibération s'il faut rallumer
la guerre entre les
Troyens & les Grecs, ou
les reconcilier par l'exe-
-
cution du traité qu'ils ont
_aIt,,, 'Vers. 5.
19.
Cette proposicion cause
un violent dépit aux deux
Déesses qui préparoient les
plus grands malheurs aux
Troyens. Minerve dissimule
par prudence. Junon
éclatte, & a déclaré, quelque
resolution que l'on
prenne, qu'elle ne consentira
point à la paix.,,
vers 1o. 2. 9.
Jupiter a reproché à
Junon la cruauté avec laquelle
elle poursuit les
Troyens. Ilseplaintdela
violence qu'e lleluy fait en
le forçant de luy abandonner
une Ville qu'il a honorée
sur toutes les autres.
Il l'avertit qu'en revanche,
si jamais dans sa fureur
il veut détruire quelque
Ville qu'elle ait prise
fous sa protection
,
c'est
inutilement qu'elle voudra
s'y opposer.„ vers 30.49.
Junon luy dit qu'il
peut,quandilvoudra,dit
poser d'Argos, de Mycenes
)
& de Sparte; mais
qu'il n'est pas juste qu'elle
perde le fruit de toutes ses
peines. Que tout puissant
qu'il est, il doit avoir pour
elle des égards & de la
complaisance,puisqu'elle
est sa femme & sa soeur.
Enfin elle luy demande
-
qu'il ordonne à Minerve
de descendre dans l'armée
des Troyens pour les exciter
à enfraindre le fraite.
& à insulter les Grecs.,,
vers 50. 67.
Jupiter donne cet ordre
à Minerve.„La Déesse
descend, & dansla course
rapide elle paroist fous la
forme d'une exhalaison
qui s'allume dans l'air, &
qui se partage en mille
feux. Cesigne qui est veu
dans les deuxarmées est
interprété comme un préfage
ou de la fin ou de la
continuation de la - guerre.
35 vers 68. 85.
Minerve prend la réf.
semblance de Laodocus.
fils d'Antenor. Vatrouver
Pandarus fils de Lycaon.
Luy propose « de tirer une
fleche à Menelas. L'encourage
par la gloire qu'il
aura d'avoir abbattu un si
grand guerrier, & par la
recom pense qu'il doit attendre
de Paris. Elle luy
conseille de s'addreffer auparavant
à Apollon Lycien
pour le prier de diriger
le trait.» vers 86. 103.
L'intense Pandarus se
laisse persuader. Peinture
naïve de l'action de Pandarus,
& desmesuresqu'il
prend pour frapper juste
à son but. (Son arc estoit
fait des cornes d'unechevre
sauvage qu'il avoit tuée
à l'affust; chaque corne
avoit seize paumes, c'està-
dire cinq pieds & quatre
pouces.) Il promet une
Hecatombe à Apollon. Il
tire. Le trait part avec impetuosité,
perce le baudrier
,la cuirasse & la lame
de Menelas; entre dans la
chair sans penetrer bien
avant,(car Minerve avoit
pris foin d'affoiblir le coup,
semblable à une mere qui
voyant dormir son enfant,
détourne une mouche opiniastre
qui voudroit le piquer.)
Le fang qui coule
le longdesjambes de Menejas,
compare à la pourpre
dont une femme de
Meonie a peint l'yvoire le
plus blanc, pour en faire
les boffetes d'un mords qui
fait l'admiration & le desir
des plus braves Cavaliers,
filais qui est destiné pour
un Roy. "vers 104. 119.
Agamemnon est effraié
aussi bien que Menelas.
Menelas reprend courage.
Agamemnon éclate contre
la perfidie des Troyens.
Dit que Jupiter ne la laisfera
pas impunie. Prédit
la ruine deTroye. Il s'attendrit,
& ne peut cacher
à son frere la crainte qu'il
a de le perdre - vers 120.
182.
Menelas lera ssure&le
prie de ne point allarmer
les Grecs. n Agamemnon
luy dit « qu'il faut appeller
un Medecin.» Donne ordre
à Talthybius de faire
venir Machaon fils d'Esculape.
Le Herault obeït.
Trouve Machaon & « luy
parle.» Machaon vient.
Visite la playe, & succe
le sang,& y met un appareil
que le Centaure Chiron
avoit autrefois enseigné
à Esculape. vers 183.
ii9*
Cependant les Troyens
s'avancent en bataille. Les
Grecs reprennent leurs armes
, & ne respirent plus
que lecombat. Agamemnon
laissesonchar à Eurymedon
, avec ordre de ne
le pas tenir trop éloigné.
Il parcourt à pied toute
l'armée. « Anime par ses
discours ceux qu'il trouve
disposez à bien faire».
« Réprimandé les autres,»'
les compare à des faons de
biche Arrive prés de la
Gend'armerie Cretoise, la
trouve en bon estat, Idomenée
à la teste, Merion
à la queue.» IllouëIdomenée,
le fait ressouvenir
que dans toutes les occasions;
à la guerre, dans les
festins, il l'atousjours traité
avec distinction". Idomenée
respond « qu'illuy
fera tousjours fidelle».
Agamemnoncontinue son
chemin. Il trouve les deux
Ajax deja armez au milieu
de leurs bataillons; ( ces
bataillons comparez à des
troupeaux assemblez fous
leur pasteur, qui leur cherche
un asile contre l'orage
qu'il prévoit. ) Agamemnon
louë ces deux chefs,
& leur dit qu'il n'a pas besoin
de les exhorter». Il
passe au quartier du vieux
Nestor. Le trouve qui range
ses trou pes en bataille,
& qui encourage leurs
chefs. Noms de ces chefs.
De quelle manière Nestor
disposoit sa cavalerie &son.
infanterie.« Quels conseils
il donnoit à ses cavaliers
». «Sage vieillard,
dit Agamemnon transporté
de joye, plust aux Dieux
que vos forces respondissent
à vostre grand courage
ge, &c.» Nestor respond
» qu'il n'est plus au temps
où il tua de sa main le vaillant
Ereuthalion; mais que
tout vieux qu'il est on le
verra à la teste de ses ECcadrons,
LXquïl serautile
au moins par ses ordres &
par ses conseils
, que cest
là le partage des vieillards
». Agamemnonavance.
Trouve Peteus fils de
Menefthée & Ulysse qui
ne faisoient aucun mouvement
, parce que le bruit
de ce qui estoit arrivé dans
les deux armées n'estoit pas
encore venu jusqu'à eux-
« Il leur fait de sanglants
reproches de leur inaction
». «Ulyflc respond
avec fierte». Le Roy qui
le voitirrité, change de
ton, &«luy parle obligeamment
». Il poursuit
son chemin.VoitDiomede
sur son char avec Sthelenus
fils de Capancé. Diomedene
donnoit aucun
ordre pour le combat. Agamemnon
cc
luy reproche
d'avoir degeneré dela
vertu de son pere Tydée,
luy rappelle une occasion
d'éclat, ou Tydée signala
son courage contre les
Thebains». Diomede par
respect pour le Roy ne respond
rien.Sthelenus prend
la parole & dit(( qu'ils ne
meritent ny l'unny l'autre
ie reproche qu'on leur fait,
se piquent tous deux avec
raison d'estre plus braves
encore que leur pere».
Diomede represente à
Sthelcnus que le Roy qui a
le principal interest à tout
ce qui se passe, est en droit
de leur parler comme il
fait.„ Diomede en mef-
1
me temps faute de dessus
son char. - "veys 421. 419.
On voit marcher au
combat les nonbreufes
Phalanges des Grecs, semblables
à des flots amoncelez
par les vents. Elles
suivent leurschefs dans un
profond filen-ce, pour entendre
leurs ordres. Ilsemble
3
dit le Poëre, que cette
multitude innombrable de peuples
n'ait point de njoïx. Les
Troyens au contraire,
comme des brebis qui bêlent
dans un grand patu-
Tage, sont un bruit confus
qui resulte du mélange de
leurs voix & de la diversité
des langues de toure sorte
de peuples qui forment
leurarmée, vers411.438.
Les Troyens sont animez
par le Dieu Mars, &
les Grecs par la Déesse Minerve.
Ces deux Divinitez
font suivies de la Terreur,
de la Fuite & de l'insatiable
Discorde, Image poëtique
de la Discorde. Son
progrez. Ses effets. vers
43""45.
Les deux armées se joignent
J
& en viennent aux
mains. Description de leur
choc. Le bruit des guerriers
comparé à celuy que
font d'impetueux torrens
grossis par les pluyes. vers
446, 456.
Antiloque le premier tuë
Echepolus,un des plus braves
Troyens. Elephenor
General des Abantes, voulant
le dépouiller de ses
armes,est rué par Agenor.
Il se fait en cet endroit
une cruelle boucherie des
Grecs & des Troyens qui
se jettent les uns sur les autres
comme des loups affaniez.
Simoïsius (ainsi nom.
me parce que Ía mere accoucha
de luy sur les rives
du Simoïs) est tué à la fleur
de son âge par Ajax fils
de Telamon. Il tombe sur
la poussiere comme un jeune
peuplier abbattu par le
fer d'une coignée. Antiphus
un des filsdePriam,
veut venger la mort deSimoïsius.
illance son javelot
contre Ajax; mais il
rencontre au lieu de luy
Leucus compagnond'Ulysse.
Leucus tombe sur le
corps de Simoïssus qu'il entraisnoit.
Ulysseaffligéde
cette perte, s'approche des
Troyens d'un air terrible.
Regarde autour de luy
pour chercher sa victime.
Il lance son dard. Les
Troyens effrayez se retirent
en desordre. Le javelot
va frapper Democoon
fils naturel de Priam, &
lerenverse mort. Les Troyens
reculent. Hectorluymesmeestépouventé.
Les
Grecs enflez de ces avanta
ges vont chercher les
corps morts jusqu'au milieu
de la meslée pour les
entraisner.
entraisner. Apollon irrité
de leur audace se fait entendre
aux Troyens du
hautde la forteressed'Ilion,
les exhorte & les encourage
; leur represente sur
tout qu'Achille ne combat
point„. Minerve de son
colté anime les Grecs. Pi-,
roüs General des Thraces
tuë Diorés chefdes Epéens
aprés l'avoir blessé d'un
coup de pierre. Thoas General
des Etoliens lance
son javelot contre Piroiis,
& l'acheve de son épée. Ils
vont le dépoüiller de fe$
armes, mais il en est empesché
par les Thraces qui
tombent sur luy à coups
de piques,& l'obligent de
seretirer. vers 457. 539.
-
Homere parle des ex-
FJqics de cette journée
comme d'un grand sujet
d'admiration pour un homme
que Minerve auroic
conduit par la main, & à
qui elle auroit fait parcourir
sans danger tous les endroits
de la bataille. Il auroit
veu les Troyens&les
Grecs estendus les uns prés
des autres à la mesme place
où ils avoient combat-
EU. vers544.
AKGVMENT
du cinquièmeLivre.
La jour de cette action
Minerve augmente le courage
deDiomede. Deson
calque & de son bouclier
forcoitcontinuellementun
fçjXrfemblable à celuy de
Veftoitle qui paroistà lafin
àçl'Eflre'.LaDéessè pousse
ÇÇignprr-ier au milieu dela ~n~~ j, vers 1. 8.
o.
~~q~Phesep tous deux
fils de Darés Sacrificateur
deVulcain,poussent leur
char contreDiomede qui
estoit à pied. Phegée le
premier lance ion dard
contre luy sans le blesser.
Diomede le perce de son
javelot
, ôc l'estend mort
surla place. Idée n'ayant
pas le courage de sauver
le corps de son frere, prend
la suite. Vulcain le couvre
d'un nuage & le dérobe
aux poursuites de Diomede
j pour épargner àDarés
le chagrin de perdre Ces
deui filsenun jour. Diomede
fait emmener leurs
chevaux. Les Troyens
commencent à plier. Minerve
pour augmenter leur
desordre,ditàMars«qu'il
faut laisser combattre les
Troyens & les Grecs, &
ne plus resister aux ordres
de Ju piter.„ Elle le retire
du combat, & le fait repofer
sur les rives du Scamandre.
Les Grecs enfoncent
lesTroyens. * a/fw9.37,
Odius chef des Alizoniens
est tué par Agamenvnon.
Phestus par Idomenée.
Scamandrius par Me.
nelas. (Ce Scamandrius
estoit fort entendu dans
tout ce qui concerne la
charte, & avoit esté instruit
par Minerve.) Phereclus
est tué par Merion.
( Phereclus fils d'un habile
charpentier, avoir bâti les
vaisseaux que Pâris mena
en Grece.) Pedée fils naturel
d'Antenor
,
est tué
par Megés. Eurypile blesse
Hypsenor.(Hypsenorestoit
filsde Dolophionqui
estoit Sacrificateur du Scamandre.)
rUers Î7- 83-
Idomenéesemblable à
un fleuve, qui dans ion débordement
emporte tout
ce qui s'oppose à son passage,
renverse les barait.
lons des Troyens;rien ne
luy resiste. vers 85. 94.
Pandarus, pour arrester
son audace, luy tire une
flèche qui luy traverse l'épaule
droite, & croyant
l'avoir blessé mortellement
il s'en glorifie,,, Sthele*-
jius, ( à la prière deDiomede
) luy oste cette fléche.
Diomede prie Pallas
<c de luy prester son secours
pour se venger de
Pandarus
5
& le punir de
son orguëll.,,Pallas l'exauce.
Luy redonne toutes
ses forces & route sa
legereté.Elle luy dit,
qu'il peut aller hardiment
contre les Troyens;qu'elle
a dissipé le nuage qui
l'auroit empesché de discerner
les Dieux d'avec les
hommes
:
qu'il se garde
bien de combattre contre
les Immortels, si ce n'est
contre Venus sur qui elle
luy permet de tirer.„
vers 95. 132.
Minerve se retire. Diomede
qui se sent trois fois
plus fort qu'à l'ordinaire,
se jette au milieu des ennemis.
Est comparé à un
lion qu'un berger ablesse,
& qui devenu plus furieux;
se lance sur les brebis effrayées
qui se tapissent les
unes fous les autres pendant
que le berger se cache.
Diomedetuë d'abord
Astynoüs & Hypenor.
Ensuite Abas & Poluïde,
tous deux fils du vieux Eurydamas
qui estoit Interprete
des songes. Il marcheversThoon
&Xanthe
enfans de Phenops,prive
ce pere malheureux de ses
deux filsàla fois, &luy
laisse la douleur de voir que
sa successiondoitpassèrà
des collateraux esloignez.
Diomede., comme un lion
qui se jette surun troupeau
de boeufs, tombe encore surEchemon & Chromius
enfans de Priam, les préçipite
de leur char ,les dépoüille
de leurs armes, &
prend leurs chevaux.vers
133. 16s.
Enée qui voit tous ces
ravages, cherche Pandarus
a travers les picqucs &
les javelots. Ille joint de
l'exhorte à se servir encore
deson arc& de ses
traitscontre un homme
qui cause tant de defor-
-.
dres
, ( si ce n'est que ce
guerrier dangereux soit
quelqu'un des Immortels
irrité contre lesi Grecs) ,,.
Pandarus respond qu4»I
croit reconnoistreDiomede
à sa raille & à ses armes*
Que si ce guerrier n'est pas
un Dieu,aumoinsDiomede
ne peut faire tant de
prodiges sans le secours
d'une Divinité toute puisfante.
Se repent d'avoir
laissé chez luy, contre l'avis
de son pere, onze chars
inutiles par la crainte que
ses chevaux ne souffrissent
trop dans une ville affiegée.
Se plaintd'avoir desjablessé
deux des plusvaillans
hommes, sans autre
effet que de les avoir rendus
plus furieux. Jure que
s'il revoit sa patrie, il commencera
par bruler cet
arc & ces fléches qui l'ont
si mal servi.,, Enée luy
dit cC de monter sur son
char qui est tiré par cTcxcellens
chevaux, & luy
laisse le choix ou de tenir
les resnes, ou de combattre
contre Diomede. 9%
Pandarustc conseille à Enée
de conduire luy -
mesme
ses chevaux qui connoissent
savoix & sa main;
que pourluy il recevra
Diomede avec sa lance.
Ils montent tous deux sur
le char,& vont à toute
bride contre Diomede
(quiestà pied.) Sthelenus
qtuiitles voit venir, en aver- Diomede,&" luy conseille
de les éviter.,, Diomede
'c respond qu'il n'est
pas capable de fuir, & que
ces deuxennemis si redoutables
ne retournerons
point àTroye ;luy recommande
seulement dem*
mener les chevaux d'Eiree
aussitost qu'il fera vaincu; les chevaux d'Enée ef.,
toient de la race de ceux
dont Jupiter fit presentà
Tros. ),., 0tvers16(3.zyj,
Pandarus & Enée sont
en presence. de Diomede;
Pandarus-ile, premierdità
Diomede qu'iln'a peule
vaincre avec sa fléche,
mais qu'il fera peutestre
plus heureux avec son javelot.„
En mesme temps
il lance son dard qui perce
le bouclier jusqu'à la cuirasse.
Pandarus~s'écrie~
glorieux decesuccez. Diomede
luy dit qu'il a manqué
son coup. Le frappe
de son javelot que Minerve
conduisoit
, & qui traverse
depuis l'oeil jusqu'à
la gorge. Pandarus tombe
de son char. Enée se met
en devoir de deffendre: le
corps de sonamy. Diomede
prend une grosse pierre,
telle que deux hommes à
- peinel'auroient peu lever.
Il l'a jette contre Enée, &
luy brife la cuisse. Enée
tombe sur ces genoux &
s'affoiblit. Venus le prend
entre ses bras, le couvre
de sa robe, & l'emporte.
Sthelenus, qui se souvient
des ordres de Diomede 9
prend les chevaux d'Enée
les emmeine, les remetà
son amy Deïphilus, & va
rejoindre Diomede. Diomede
,qui a reconnu Venus
,
la poursuit avec un
-
dard
dard,&la blesse à la main.
Le fang immortel coule de
sa playe. Le fang desDieux
different de celuy des hommes,
& pourquoy.Venus
laisse tomber Enée,Apollon
le releve, le couvre
d'un nuage & l'emporte,
Diomede parle en termes
picquans à Venus qui se
retire tres-affligée. Iris l'a
soustient. Elles trouvent
Mars. Venus le conjure
de luyprester ses chevaux
pour s'en retourner dans
l'Olympe.„Mars luy donna
son char. Iris le conduit.
Elles arrivent en un
moment. Iris dérelle les
chevaux, & en prend soin-
Venus se laisse tomber sur
les genoux de Dioné sa
mere. Dipné luy demande
cc qui luy a fait cette
blesseure.,, Venus respond
ic que Diomede a eu cette
audace, & que ce nretl: plus
icy une guerre des Grecs
contre les Troyens,mais
desGrecscontre les Dieux.
Dioné la console
,
luy dit
que ce n'est pas la - première
fois que les Dieux
ont esté insu Irez. par leshommes.
( Exemples, de
Mars, de Junon, &de Pluton;)
Que Diomede doit
craindre de porter quelque
jour la peine de sa temerité.„
Dionéessuye le
fang qui coule de la blesseure
de sa fille. Venus est
guene en un moment. 'Vers
275- 417.
Junon & Minerve entretiennent
Jupiter de ce qui
vient d'arriver à Venus.
Ce Plaisanterie de Minerve
a ce sujer. Jupiter foufritsappelle
Venus & u. luy recommande
de ne plus s' exposer.
4, Diomede par trois fois
se jette sur Enée.) quoy
gqnapollon l'ait pris fous
sa protection. A la quatriéme
fois ce Dieu irrité
cc luy parle d'un ton
menaçant." Diomede se
retire. Apollon porte Enée
dans son Temple sur la Citadelle
de Pergame. Latone&
Diane ont foin ellesmesmes
de le panser. ven
432. 44^
Apollon voyant que le
combat s'echauffe autour
d'un phantofme qu'il avoit
formé ressemblant à Enéc
pour tromper les Grecs,
demande à Mars, «
s'il n'y
a pas moyen d'arrester ce
Diomede qui porte sa fureur
jusqu'a poursuivre les
Dieux,,,. Ensuiteilseretire
sur la Citadelle. Mars
prend la reffernblance d'Acamas
General des Thraces.
Va de rang en rang..
«Se fait entendreaux Tro..
yens & les anime.» Sarpedon
picque le courage de
Hector par le reproche
qu'il luy fait de son inaction
, & de la lascheté de
ses freres qui tremblent
,
comme des chiens timides
en presencedun lion.»
Hector, sans repliquer
faute de son char, un jave.
lot à la main, exhorte les
Troupes. LesTroyens se
rallient. LesEscadrons des
Grecs viennent fondre sur
eux. La poussiere qu'ils élevent,&
dontilssont tout
blanchis, comparée a celle
qui couvre ces monceaux
de paille que des vanneurs
ont separée d'avec le grain.
Le combat recommence.
Enée, qu'Apollon a retiré
du Temple où il l'avoit
mis, reparoist à la reste de
ses.troupes avec toute sa
vigueur. Les soldatstransl
portezdejoyefontsurpris
en meme tem ps de le revoir
siicst ; mais l'ardeur
du combatne leur permet
pas de l'interrogersur une
si prompte guerison. ira
449.518.
: Les Grecs animez, par
lpes dIeuxlAja.x, parUlysse, attendent
les Troyens de pied ferme
,SemblablesÀ desnuages:
aÍfemblez:, qui n'attendent
que le reveil des
vents endormis pourestre
mis en mouvement. vers
Jr9. J17-
Agamemnon donne (es
ordres « Exhorte ses soldats
» Ensuite il lance son
javelot & tueDeïcoon le
pluscher compagnon d'Enée.
Enée de son costé tue
Crethon & Orsiloqueensans
de Dioclés, qui avoir
pour ayeul le' fjeuve Alphée.
Crethon & Crbiloque
com parez à deux jeunes
lions, qui aprèsavoir
laisse par tout des marques
de
de leur furie , succombent
enfin fous l'effort des pasteurs.
Ces deux jeunes
guerriers tombent fous les
coups d'Enée comme les
plus hauts sapins abbattus
par les vents. Menelas,
pour les venger, s'avance
au milieu des combattansf
pouffé par le Dieu Mars,
qui ne cherche qu'à le faire
perir de la main d'Enée.
Antiloque voyant le peril
où Menelas s'expose, court
se joindre à luy. Enée qui
voit ces deux guerriers
unis, seretire. Ilsenlevent
les corps de Crethon &
d'Orsiloque;ensuite ils retournent
dans lameslée.
Menelas tue Pylemenés
qui commandoit les Paphiagoniens.
Antiloque
blesse Mydon d'un coup
de pierre, l'acheve de Ton
épée, & emmene ses chevaux.
vers528.589
Hector ayant apperceu
Menelas & Antiloque
inarche à , eux avec impetuosiré.
Les Troyens le
suivent. Mars & Bellone
sontà leur reste.Mars accompagne
par tout Hector.
Diomede voyant ce
Dieu terrible) est saisi de
frayeur. Son estonnement
comparé à celuy d'un voyageur
qui, après avoir
traversé de vastes campagnes,
voit tout d'un coup
un grand fleuve, & retourne
sur ses pas. Diomede
se retire en disant aux
Grecs,M qu'il faut ceder
auxDieux.» WJ590.606.
LesTroyensondent sur
les Grecs. Hector tue de
sa main Menofthés & Anchiale.
Ajax fils de Telamon
s'avance pour les
Ranger, & tue Amphiusde ioix
javelot. Il accourt ensuite pour
le dépouillerj mais les Troyens
font pleuvoir sur luy une gresle
de traits, & l'obligent de se- retirer. Vers 607. 616*
Sarpedon filsde Jupiter, &
General des Lyciens, & Tle-*
poleme fils d'Hercule se ren..,
contrent.« Ils se parlent quelque
temps au sujet du parjurede
Laoimedon que Tlepoleme
reproche à Sarpedon:» Ces
deux guerriers après« s'estre
menacez fierement» lancent
leurs dards lun contre l'autre.
Les traits partent ensemble,
Sarpedonest blesséà la clÜiTe
Le dard y demeure attaché.
Tlepoleme tombe sans vie.
On emporte Sarpedon. Les
Grecs enlevent le corps de
Tlepoleme. Ulysse
, pour le
venger, tourne les armes contre
les Lyciens & en tuë un
grand nombre. Noms des Lyciens
tuez par Ulvsse. Hector
s'avance contre luy pour arrester
ses desordres.. Srrpedon
voyant Hector le prie de ne le
pas laisser en proye à ses ennemis.
» Hector passe rapidement
pour aller charger les
Grecs. Les amis de Sarpedon
le mettent fous un grand chefne.
Pelagon luy tire le javelot
de sa playe. Sarpedon s'évanouit.
Borée le rafraifchit
de son [ouille) & le ranime.
Les Grecs qui ne peuvent fouflenir
le choc du Dieu Mars
& d'Hector, se battent en re..
traite sans prendre la suite,
Noms de plusieurs braves Capitaines
tuez a cette attaque..
vers 628. 710.
Junon voyant ce qui sepasse,
dit à Minerve" qu'ilest temps
d'arrester les ravages de Mars,
& de secourir les Grecs. » Junon
prepare elle
-
mesme ses
chevaux. La Déesse Hebé luy
appresteun char superbe. Description
de ce char. Minerve
quitte ses habits pour s'armer.
Quelles font ses armes. Son
Egide. Son casque. Sa pique.
Les deux Déesses montées sur
leur char éclatant, vont à toute
bride au palais de Jupiter.
Les portes de l'Olympe,qui
font gardées par les Heures,
s'ouvrent d'elles-mesmes avec
un grand bruit. Junon parle à
Jupiter & luy demande" s'il
veut permettre de reprimer les
fureurs de Mars , & de blesser
cet insensé qui ne reconnoist
d'autre droit que la force
,,, Jupiter luy dit" de donner ce
soin à Minerve qui est accoustuméeà
le vaincre." vers 711. 766..
Junon accompagnée de Minerve
pousse ses chevaux qui
courent avec impetuositéentre
le Ciel & la terre. ( Les
chevaux des Dieux franchissent
d'un seul fault autant d'espace
qu'un homme assis sur un
cap eslevé au bord de la mer
en peutdécouvrir sur cette va- se étendue.) Les Déesses arrivent
prés de Troye. Junon
dételle les chevaux. Les environne
d'un nuage. Le Simoïs
fait naistre l'ambrosie sur ses
rives pour leur pature. Les
Déesses marchent ensemble
comme deux colombes&vont
secourir les Grecs, vers 767.
779.
Elles trouvent Diomede entouré
des plus braves guerriers
semblables aux plus frers lions,
& aux sangliers les plus terribles.
Junon s'arreste. Prend
la ressemblance de Stentor dont la , voix d'airain estoit plus
forte que celle de cinquante
hommes ensemble. Elle parle
aux Grecs, &Il les anime.,,
Minerve de son costé s'approche
de Diomedequi s'estoit retiré
un peu à l'écart pour rafraifchir
la playe que Pandarus
luy avoit faite. Elle luy
reproche de s'affoiblir quand
il faut agir, 5c de ne ressembler
gueres à son pere Tydée qu'-
elle protegeoit auAi bien que
luy
, & dont elle ne pouvoit
retenir le courage Elle luy rappelle
l'aventure de Tydée avec
les Dépendants de Cadmus.
Diomede respond
(c
qu'il ne
manque ny de force ny de resolution
,
mais qu'il se souvient
des deffenses qu'elle luy a faites
de combattre contre les
Dieux : Que Mars est maintenant
à la teste des Troyens. » Minerve luy dit de ne point
craindre Mars, 8c de le frapper
hardiment s'il vient à sa
rencontre; qu'audi bien celt
un perfide qui prend le party
des Troyens contre la promes-.
se qu'illuy avoit faite & à Junon
, de favoriser les Grecs.»
Elle fait descendre Sthelenus
& monte à sa place auprès de
Diomede sur son char. Elle
prend le casque de Pluton pour
n'estre point veuë. Pouffe les
chevaux contre Mars. Mars,,
qui vient de tuer Persphas ,
voyant Diomede
3
s'avance, &
luy veut porter un coup de sa
pique. Minervedétourne le
coup, conduit celle de Diornede
contre Mars, & la kiy fait
entrer bien avant dans les costes.
Mars la retire, & jette
un cry semblable à celuy d'une
armée de neuf ou dix mille
hommes. LesTroyens & les
Grecs en font épouvantez.
Mars retourne dans l'Olympe.
Diomede le voir s'élever comme
un nuage obscur. vers 780. 867** - Mars montrant à Jupiter le
fang qui coule de sa playe, luy
dit « qu'il a engendré une fille
pernicieusè qui se croit tout
permis, parce qu'il ne la corrige
pas pendant qu'il traite
avec severité les autres Dieux.
Que c'est Minervequi a inspiré
à Diomede l'audace debiesfer
Venus & luy ensuite.» Jupiter
rejette sa plainte, & luy
dit qu'ilest luy - mesme un
inconstant & un furieux qui
n'aime que les querelles,& que
s'il n'estoit pas son fils il y a
long-temps qu'ill'auroit precipité
dans les abylmesavec les
Titans,» Jupiter cependant
donne ordre à"'Pæon"de le guérir.
Pæonobéît& le guerit sur
le champ avec un baume exquis
qui fait sur la playe le mesme
effet & aussi promptement
que la presure sur le lait. Hebé
après avoir preparé un bain
pour Mars, luy donne des habits
magnifiques. Mars se place
auprès de Jupiter. Junon &
Minerve ne sont pas longtemps
sans remonter au Ciel.
de tjÜadc.
ARGUMENT
du quatrième Livre.
AVERTISSEMENT.
On A mis dans la suite de
cet Extrait des cedilles ainsi
marquées",,Ellessignifient
dans les endroits où elles se
trouvent,que. le Poëtey fait
parler ses Heros.
LES Dieux estanc à Table
tiennent conseil sur les
affaires de Troyes, vers
I. 4.
Jupiter raille Junon &
Minerve, de ce que de
grandes Déesses. comme
elles se tiennent à l'écart
t
loin des combats, pendant
que Venus qui n'aime que
les jeux& les plaisirs - accompagne
son favori dans
tous les penIs. Il met en
délibération s'il faut rallumer
la guerre entre les
Troyens & les Grecs, ou
les reconcilier par l'exe-
-
cution du traité qu'ils ont
_aIt,,, 'Vers. 5.
19.
Cette proposicion cause
un violent dépit aux deux
Déesses qui préparoient les
plus grands malheurs aux
Troyens. Minerve dissimule
par prudence. Junon
éclatte, & a déclaré, quelque
resolution que l'on
prenne, qu'elle ne consentira
point à la paix.,,
vers 1o. 2. 9.
Jupiter a reproché à
Junon la cruauté avec laquelle
elle poursuit les
Troyens. Ilseplaintdela
violence qu'e lleluy fait en
le forçant de luy abandonner
une Ville qu'il a honorée
sur toutes les autres.
Il l'avertit qu'en revanche,
si jamais dans sa fureur
il veut détruire quelque
Ville qu'elle ait prise
fous sa protection
,
c'est
inutilement qu'elle voudra
s'y opposer.„ vers 30.49.
Junon luy dit qu'il
peut,quandilvoudra,dit
poser d'Argos, de Mycenes
)
& de Sparte; mais
qu'il n'est pas juste qu'elle
perde le fruit de toutes ses
peines. Que tout puissant
qu'il est, il doit avoir pour
elle des égards & de la
complaisance,puisqu'elle
est sa femme & sa soeur.
Enfin elle luy demande
-
qu'il ordonne à Minerve
de descendre dans l'armée
des Troyens pour les exciter
à enfraindre le fraite.
& à insulter les Grecs.,,
vers 50. 67.
Jupiter donne cet ordre
à Minerve.„La Déesse
descend, & dansla course
rapide elle paroist fous la
forme d'une exhalaison
qui s'allume dans l'air, &
qui se partage en mille
feux. Cesigne qui est veu
dans les deuxarmées est
interprété comme un préfage
ou de la fin ou de la
continuation de la - guerre.
35 vers 68. 85.
Minerve prend la réf.
semblance de Laodocus.
fils d'Antenor. Vatrouver
Pandarus fils de Lycaon.
Luy propose « de tirer une
fleche à Menelas. L'encourage
par la gloire qu'il
aura d'avoir abbattu un si
grand guerrier, & par la
recom pense qu'il doit attendre
de Paris. Elle luy
conseille de s'addreffer auparavant
à Apollon Lycien
pour le prier de diriger
le trait.» vers 86. 103.
L'intense Pandarus se
laisse persuader. Peinture
naïve de l'action de Pandarus,
& desmesuresqu'il
prend pour frapper juste
à son but. (Son arc estoit
fait des cornes d'unechevre
sauvage qu'il avoit tuée
à l'affust; chaque corne
avoit seize paumes, c'està-
dire cinq pieds & quatre
pouces.) Il promet une
Hecatombe à Apollon. Il
tire. Le trait part avec impetuosité,
perce le baudrier
,la cuirasse & la lame
de Menelas; entre dans la
chair sans penetrer bien
avant,(car Minerve avoit
pris foin d'affoiblir le coup,
semblable à une mere qui
voyant dormir son enfant,
détourne une mouche opiniastre
qui voudroit le piquer.)
Le fang qui coule
le longdesjambes de Menejas,
compare à la pourpre
dont une femme de
Meonie a peint l'yvoire le
plus blanc, pour en faire
les boffetes d'un mords qui
fait l'admiration & le desir
des plus braves Cavaliers,
filais qui est destiné pour
un Roy. "vers 104. 119.
Agamemnon est effraié
aussi bien que Menelas.
Menelas reprend courage.
Agamemnon éclate contre
la perfidie des Troyens.
Dit que Jupiter ne la laisfera
pas impunie. Prédit
la ruine deTroye. Il s'attendrit,
& ne peut cacher
à son frere la crainte qu'il
a de le perdre - vers 120.
182.
Menelas lera ssure&le
prie de ne point allarmer
les Grecs. n Agamemnon
luy dit « qu'il faut appeller
un Medecin.» Donne ordre
à Talthybius de faire
venir Machaon fils d'Esculape.
Le Herault obeït.
Trouve Machaon & « luy
parle.» Machaon vient.
Visite la playe, & succe
le sang,& y met un appareil
que le Centaure Chiron
avoit autrefois enseigné
à Esculape. vers 183.
ii9*
Cependant les Troyens
s'avancent en bataille. Les
Grecs reprennent leurs armes
, & ne respirent plus
que lecombat. Agamemnon
laissesonchar à Eurymedon
, avec ordre de ne
le pas tenir trop éloigné.
Il parcourt à pied toute
l'armée. « Anime par ses
discours ceux qu'il trouve
disposez à bien faire».
« Réprimandé les autres,»'
les compare à des faons de
biche Arrive prés de la
Gend'armerie Cretoise, la
trouve en bon estat, Idomenée
à la teste, Merion
à la queue.» IllouëIdomenée,
le fait ressouvenir
que dans toutes les occasions;
à la guerre, dans les
festins, il l'atousjours traité
avec distinction". Idomenée
respond « qu'illuy
fera tousjours fidelle».
Agamemnoncontinue son
chemin. Il trouve les deux
Ajax deja armez au milieu
de leurs bataillons; ( ces
bataillons comparez à des
troupeaux assemblez fous
leur pasteur, qui leur cherche
un asile contre l'orage
qu'il prévoit. ) Agamemnon
louë ces deux chefs,
& leur dit qu'il n'a pas besoin
de les exhorter». Il
passe au quartier du vieux
Nestor. Le trouve qui range
ses trou pes en bataille,
& qui encourage leurs
chefs. Noms de ces chefs.
De quelle manière Nestor
disposoit sa cavalerie &son.
infanterie.« Quels conseils
il donnoit à ses cavaliers
». «Sage vieillard,
dit Agamemnon transporté
de joye, plust aux Dieux
que vos forces respondissent
à vostre grand courage
ge, &c.» Nestor respond
» qu'il n'est plus au temps
où il tua de sa main le vaillant
Ereuthalion; mais que
tout vieux qu'il est on le
verra à la teste de ses ECcadrons,
LXquïl serautile
au moins par ses ordres &
par ses conseils
, que cest
là le partage des vieillards
». Agamemnonavance.
Trouve Peteus fils de
Menefthée & Ulysse qui
ne faisoient aucun mouvement
, parce que le bruit
de ce qui estoit arrivé dans
les deux armées n'estoit pas
encore venu jusqu'à eux-
« Il leur fait de sanglants
reproches de leur inaction
». «Ulyflc respond
avec fierte». Le Roy qui
le voitirrité, change de
ton, &«luy parle obligeamment
». Il poursuit
son chemin.VoitDiomede
sur son char avec Sthelenus
fils de Capancé. Diomedene
donnoit aucun
ordre pour le combat. Agamemnon
cc
luy reproche
d'avoir degeneré dela
vertu de son pere Tydée,
luy rappelle une occasion
d'éclat, ou Tydée signala
son courage contre les
Thebains». Diomede par
respect pour le Roy ne respond
rien.Sthelenus prend
la parole & dit(( qu'ils ne
meritent ny l'unny l'autre
ie reproche qu'on leur fait,
se piquent tous deux avec
raison d'estre plus braves
encore que leur pere».
Diomede represente à
Sthelcnus que le Roy qui a
le principal interest à tout
ce qui se passe, est en droit
de leur parler comme il
fait.„ Diomede en mef-
1
me temps faute de dessus
son char. - "veys 421. 419.
On voit marcher au
combat les nonbreufes
Phalanges des Grecs, semblables
à des flots amoncelez
par les vents. Elles
suivent leurschefs dans un
profond filen-ce, pour entendre
leurs ordres. Ilsemble
3
dit le Poëre, que cette
multitude innombrable de peuples
n'ait point de njoïx. Les
Troyens au contraire,
comme des brebis qui bêlent
dans un grand patu-
Tage, sont un bruit confus
qui resulte du mélange de
leurs voix & de la diversité
des langues de toure sorte
de peuples qui forment
leurarmée, vers411.438.
Les Troyens sont animez
par le Dieu Mars, &
les Grecs par la Déesse Minerve.
Ces deux Divinitez
font suivies de la Terreur,
de la Fuite & de l'insatiable
Discorde, Image poëtique
de la Discorde. Son
progrez. Ses effets. vers
43""45.
Les deux armées se joignent
J
& en viennent aux
mains. Description de leur
choc. Le bruit des guerriers
comparé à celuy que
font d'impetueux torrens
grossis par les pluyes. vers
446, 456.
Antiloque le premier tuë
Echepolus,un des plus braves
Troyens. Elephenor
General des Abantes, voulant
le dépouiller de ses
armes,est rué par Agenor.
Il se fait en cet endroit
une cruelle boucherie des
Grecs & des Troyens qui
se jettent les uns sur les autres
comme des loups affaniez.
Simoïsius (ainsi nom.
me parce que Ía mere accoucha
de luy sur les rives
du Simoïs) est tué à la fleur
de son âge par Ajax fils
de Telamon. Il tombe sur
la poussiere comme un jeune
peuplier abbattu par le
fer d'une coignée. Antiphus
un des filsdePriam,
veut venger la mort deSimoïsius.
illance son javelot
contre Ajax; mais il
rencontre au lieu de luy
Leucus compagnond'Ulysse.
Leucus tombe sur le
corps de Simoïssus qu'il entraisnoit.
Ulysseaffligéde
cette perte, s'approche des
Troyens d'un air terrible.
Regarde autour de luy
pour chercher sa victime.
Il lance son dard. Les
Troyens effrayez se retirent
en desordre. Le javelot
va frapper Democoon
fils naturel de Priam, &
lerenverse mort. Les Troyens
reculent. Hectorluymesmeestépouventé.
Les
Grecs enflez de ces avanta
ges vont chercher les
corps morts jusqu'au milieu
de la meslée pour les
entraisner.
entraisner. Apollon irrité
de leur audace se fait entendre
aux Troyens du
hautde la forteressed'Ilion,
les exhorte & les encourage
; leur represente sur
tout qu'Achille ne combat
point„. Minerve de son
colté anime les Grecs. Pi-,
roüs General des Thraces
tuë Diorés chefdes Epéens
aprés l'avoir blessé d'un
coup de pierre. Thoas General
des Etoliens lance
son javelot contre Piroiis,
& l'acheve de son épée. Ils
vont le dépoüiller de fe$
armes, mais il en est empesché
par les Thraces qui
tombent sur luy à coups
de piques,& l'obligent de
seretirer. vers 457. 539.
-
Homere parle des ex-
FJqics de cette journée
comme d'un grand sujet
d'admiration pour un homme
que Minerve auroic
conduit par la main, & à
qui elle auroit fait parcourir
sans danger tous les endroits
de la bataille. Il auroit
veu les Troyens&les
Grecs estendus les uns prés
des autres à la mesme place
où ils avoient combat-
EU. vers544.
AKGVMENT
du cinquièmeLivre.
La jour de cette action
Minerve augmente le courage
deDiomede. Deson
calque & de son bouclier
forcoitcontinuellementun
fçjXrfemblable à celuy de
Veftoitle qui paroistà lafin
àçl'Eflre'.LaDéessè pousse
ÇÇignprr-ier au milieu dela ~n~~ j, vers 1. 8.
o.
~~q~Phesep tous deux
fils de Darés Sacrificateur
deVulcain,poussent leur
char contreDiomede qui
estoit à pied. Phegée le
premier lance ion dard
contre luy sans le blesser.
Diomede le perce de son
javelot
, ôc l'estend mort
surla place. Idée n'ayant
pas le courage de sauver
le corps de son frere, prend
la suite. Vulcain le couvre
d'un nuage & le dérobe
aux poursuites de Diomede
j pour épargner àDarés
le chagrin de perdre Ces
deui filsenun jour. Diomede
fait emmener leurs
chevaux. Les Troyens
commencent à plier. Minerve
pour augmenter leur
desordre,ditàMars«qu'il
faut laisser combattre les
Troyens & les Grecs, &
ne plus resister aux ordres
de Ju piter.„ Elle le retire
du combat, & le fait repofer
sur les rives du Scamandre.
Les Grecs enfoncent
lesTroyens. * a/fw9.37,
Odius chef des Alizoniens
est tué par Agamenvnon.
Phestus par Idomenée.
Scamandrius par Me.
nelas. (Ce Scamandrius
estoit fort entendu dans
tout ce qui concerne la
charte, & avoit esté instruit
par Minerve.) Phereclus
est tué par Merion.
( Phereclus fils d'un habile
charpentier, avoir bâti les
vaisseaux que Pâris mena
en Grece.) Pedée fils naturel
d'Antenor
,
est tué
par Megés. Eurypile blesse
Hypsenor.(Hypsenorestoit
filsde Dolophionqui
estoit Sacrificateur du Scamandre.)
rUers Î7- 83-
Idomenéesemblable à
un fleuve, qui dans ion débordement
emporte tout
ce qui s'oppose à son passage,
renverse les barait.
lons des Troyens;rien ne
luy resiste. vers 85. 94.
Pandarus, pour arrester
son audace, luy tire une
flèche qui luy traverse l'épaule
droite, & croyant
l'avoir blessé mortellement
il s'en glorifie,,, Sthele*-
jius, ( à la prière deDiomede
) luy oste cette fléche.
Diomede prie Pallas
<c de luy prester son secours
pour se venger de
Pandarus
5
& le punir de
son orguëll.,,Pallas l'exauce.
Luy redonne toutes
ses forces & route sa
legereté.Elle luy dit,
qu'il peut aller hardiment
contre les Troyens;qu'elle
a dissipé le nuage qui
l'auroit empesché de discerner
les Dieux d'avec les
hommes
:
qu'il se garde
bien de combattre contre
les Immortels, si ce n'est
contre Venus sur qui elle
luy permet de tirer.„
vers 95. 132.
Minerve se retire. Diomede
qui se sent trois fois
plus fort qu'à l'ordinaire,
se jette au milieu des ennemis.
Est comparé à un
lion qu'un berger ablesse,
& qui devenu plus furieux;
se lance sur les brebis effrayées
qui se tapissent les
unes fous les autres pendant
que le berger se cache.
Diomedetuë d'abord
Astynoüs & Hypenor.
Ensuite Abas & Poluïde,
tous deux fils du vieux Eurydamas
qui estoit Interprete
des songes. Il marcheversThoon
&Xanthe
enfans de Phenops,prive
ce pere malheureux de ses
deux filsàla fois, &luy
laisse la douleur de voir que
sa successiondoitpassèrà
des collateraux esloignez.
Diomede., comme un lion
qui se jette surun troupeau
de boeufs, tombe encore surEchemon & Chromius
enfans de Priam, les préçipite
de leur char ,les dépoüille
de leurs armes, &
prend leurs chevaux.vers
133. 16s.
Enée qui voit tous ces
ravages, cherche Pandarus
a travers les picqucs &
les javelots. Ille joint de
l'exhorte à se servir encore
deson arc& de ses
traitscontre un homme
qui cause tant de defor-
-.
dres
, ( si ce n'est que ce
guerrier dangereux soit
quelqu'un des Immortels
irrité contre lesi Grecs) ,,.
Pandarus respond qu4»I
croit reconnoistreDiomede
à sa raille & à ses armes*
Que si ce guerrier n'est pas
un Dieu,aumoinsDiomede
ne peut faire tant de
prodiges sans le secours
d'une Divinité toute puisfante.
Se repent d'avoir
laissé chez luy, contre l'avis
de son pere, onze chars
inutiles par la crainte que
ses chevaux ne souffrissent
trop dans une ville affiegée.
Se plaintd'avoir desjablessé
deux des plusvaillans
hommes, sans autre
effet que de les avoir rendus
plus furieux. Jure que
s'il revoit sa patrie, il commencera
par bruler cet
arc & ces fléches qui l'ont
si mal servi.,, Enée luy
dit cC de monter sur son
char qui est tiré par cTcxcellens
chevaux, & luy
laisse le choix ou de tenir
les resnes, ou de combattre
contre Diomede. 9%
Pandarustc conseille à Enée
de conduire luy -
mesme
ses chevaux qui connoissent
savoix & sa main;
que pourluy il recevra
Diomede avec sa lance.
Ils montent tous deux sur
le char,& vont à toute
bride contre Diomede
(quiestà pied.) Sthelenus
qtuiitles voit venir, en aver- Diomede,&" luy conseille
de les éviter.,, Diomede
'c respond qu'il n'est
pas capable de fuir, & que
ces deuxennemis si redoutables
ne retournerons
point àTroye ;luy recommande
seulement dem*
mener les chevaux d'Eiree
aussitost qu'il fera vaincu; les chevaux d'Enée ef.,
toient de la race de ceux
dont Jupiter fit presentà
Tros. ),., 0tvers16(3.zyj,
Pandarus & Enée sont
en presence. de Diomede;
Pandarus-ile, premierdità
Diomede qu'iln'a peule
vaincre avec sa fléche,
mais qu'il fera peutestre
plus heureux avec son javelot.„
En mesme temps
il lance son dard qui perce
le bouclier jusqu'à la cuirasse.
Pandarus~s'écrie~
glorieux decesuccez. Diomede
luy dit qu'il a manqué
son coup. Le frappe
de son javelot que Minerve
conduisoit
, & qui traverse
depuis l'oeil jusqu'à
la gorge. Pandarus tombe
de son char. Enée se met
en devoir de deffendre: le
corps de sonamy. Diomede
prend une grosse pierre,
telle que deux hommes à
- peinel'auroient peu lever.
Il l'a jette contre Enée, &
luy brife la cuisse. Enée
tombe sur ces genoux &
s'affoiblit. Venus le prend
entre ses bras, le couvre
de sa robe, & l'emporte.
Sthelenus, qui se souvient
des ordres de Diomede 9
prend les chevaux d'Enée
les emmeine, les remetà
son amy Deïphilus, & va
rejoindre Diomede. Diomede
,qui a reconnu Venus
,
la poursuit avec un
-
dard
dard,&la blesse à la main.
Le fang immortel coule de
sa playe. Le fang desDieux
different de celuy des hommes,
& pourquoy.Venus
laisse tomber Enée,Apollon
le releve, le couvre
d'un nuage & l'emporte,
Diomede parle en termes
picquans à Venus qui se
retire tres-affligée. Iris l'a
soustient. Elles trouvent
Mars. Venus le conjure
de luyprester ses chevaux
pour s'en retourner dans
l'Olympe.„Mars luy donna
son char. Iris le conduit.
Elles arrivent en un
moment. Iris dérelle les
chevaux, & en prend soin-
Venus se laisse tomber sur
les genoux de Dioné sa
mere. Dipné luy demande
cc qui luy a fait cette
blesseure.,, Venus respond
ic que Diomede a eu cette
audace, & que ce nretl: plus
icy une guerre des Grecs
contre les Troyens,mais
desGrecscontre les Dieux.
Dioné la console
,
luy dit
que ce n'est pas la - première
fois que les Dieux
ont esté insu Irez. par leshommes.
( Exemples, de
Mars, de Junon, &de Pluton;)
Que Diomede doit
craindre de porter quelque
jour la peine de sa temerité.„
Dionéessuye le
fang qui coule de la blesseure
de sa fille. Venus est
guene en un moment. 'Vers
275- 417.
Junon & Minerve entretiennent
Jupiter de ce qui
vient d'arriver à Venus.
Ce Plaisanterie de Minerve
a ce sujer. Jupiter foufritsappelle
Venus & u. luy recommande
de ne plus s' exposer.
4, Diomede par trois fois
se jette sur Enée.) quoy
gqnapollon l'ait pris fous
sa protection. A la quatriéme
fois ce Dieu irrité
cc luy parle d'un ton
menaçant." Diomede se
retire. Apollon porte Enée
dans son Temple sur la Citadelle
de Pergame. Latone&
Diane ont foin ellesmesmes
de le panser. ven
432. 44^
Apollon voyant que le
combat s'echauffe autour
d'un phantofme qu'il avoit
formé ressemblant à Enéc
pour tromper les Grecs,
demande à Mars, «
s'il n'y
a pas moyen d'arrester ce
Diomede qui porte sa fureur
jusqu'a poursuivre les
Dieux,,,. Ensuiteilseretire
sur la Citadelle. Mars
prend la reffernblance d'Acamas
General des Thraces.
Va de rang en rang..
«Se fait entendreaux Tro..
yens & les anime.» Sarpedon
picque le courage de
Hector par le reproche
qu'il luy fait de son inaction
, & de la lascheté de
ses freres qui tremblent
,
comme des chiens timides
en presencedun lion.»
Hector, sans repliquer
faute de son char, un jave.
lot à la main, exhorte les
Troupes. LesTroyens se
rallient. LesEscadrons des
Grecs viennent fondre sur
eux. La poussiere qu'ils élevent,&
dontilssont tout
blanchis, comparée a celle
qui couvre ces monceaux
de paille que des vanneurs
ont separée d'avec le grain.
Le combat recommence.
Enée, qu'Apollon a retiré
du Temple où il l'avoit
mis, reparoist à la reste de
ses.troupes avec toute sa
vigueur. Les soldatstransl
portezdejoyefontsurpris
en meme tem ps de le revoir
siicst ; mais l'ardeur
du combatne leur permet
pas de l'interrogersur une
si prompte guerison. ira
449.518.
: Les Grecs animez, par
lpes dIeuxlAja.x, parUlysse, attendent
les Troyens de pied ferme
,SemblablesÀ desnuages:
aÍfemblez:, qui n'attendent
que le reveil des
vents endormis pourestre
mis en mouvement. vers
Jr9. J17-
Agamemnon donne (es
ordres « Exhorte ses soldats
» Ensuite il lance son
javelot & tueDeïcoon le
pluscher compagnon d'Enée.
Enée de son costé tue
Crethon & Orsiloqueensans
de Dioclés, qui avoir
pour ayeul le' fjeuve Alphée.
Crethon & Crbiloque
com parez à deux jeunes
lions, qui aprèsavoir
laisse par tout des marques
de
de leur furie , succombent
enfin fous l'effort des pasteurs.
Ces deux jeunes
guerriers tombent fous les
coups d'Enée comme les
plus hauts sapins abbattus
par les vents. Menelas,
pour les venger, s'avance
au milieu des combattansf
pouffé par le Dieu Mars,
qui ne cherche qu'à le faire
perir de la main d'Enée.
Antiloque voyant le peril
où Menelas s'expose, court
se joindre à luy. Enée qui
voit ces deux guerriers
unis, seretire. Ilsenlevent
les corps de Crethon &
d'Orsiloque;ensuite ils retournent
dans lameslée.
Menelas tue Pylemenés
qui commandoit les Paphiagoniens.
Antiloque
blesse Mydon d'un coup
de pierre, l'acheve de Ton
épée, & emmene ses chevaux.
vers528.589
Hector ayant apperceu
Menelas & Antiloque
inarche à , eux avec impetuosiré.
Les Troyens le
suivent. Mars & Bellone
sontà leur reste.Mars accompagne
par tout Hector.
Diomede voyant ce
Dieu terrible) est saisi de
frayeur. Son estonnement
comparé à celuy d'un voyageur
qui, après avoir
traversé de vastes campagnes,
voit tout d'un coup
un grand fleuve, & retourne
sur ses pas. Diomede
se retire en disant aux
Grecs,M qu'il faut ceder
auxDieux.» WJ590.606.
LesTroyensondent sur
les Grecs. Hector tue de
sa main Menofthés & Anchiale.
Ajax fils de Telamon
s'avance pour les
Ranger, & tue Amphiusde ioix
javelot. Il accourt ensuite pour
le dépouillerj mais les Troyens
font pleuvoir sur luy une gresle
de traits, & l'obligent de se- retirer. Vers 607. 616*
Sarpedon filsde Jupiter, &
General des Lyciens, & Tle-*
poleme fils d'Hercule se ren..,
contrent.« Ils se parlent quelque
temps au sujet du parjurede
Laoimedon que Tlepoleme
reproche à Sarpedon:» Ces
deux guerriers après« s'estre
menacez fierement» lancent
leurs dards lun contre l'autre.
Les traits partent ensemble,
Sarpedonest blesséà la clÜiTe
Le dard y demeure attaché.
Tlepoleme tombe sans vie.
On emporte Sarpedon. Les
Grecs enlevent le corps de
Tlepoleme. Ulysse
, pour le
venger, tourne les armes contre
les Lyciens & en tuë un
grand nombre. Noms des Lyciens
tuez par Ulvsse. Hector
s'avance contre luy pour arrester
ses desordres.. Srrpedon
voyant Hector le prie de ne le
pas laisser en proye à ses ennemis.
» Hector passe rapidement
pour aller charger les
Grecs. Les amis de Sarpedon
le mettent fous un grand chefne.
Pelagon luy tire le javelot
de sa playe. Sarpedon s'évanouit.
Borée le rafraifchit
de son [ouille) & le ranime.
Les Grecs qui ne peuvent fouflenir
le choc du Dieu Mars
& d'Hector, se battent en re..
traite sans prendre la suite,
Noms de plusieurs braves Capitaines
tuez a cette attaque..
vers 628. 710.
Junon voyant ce qui sepasse,
dit à Minerve" qu'ilest temps
d'arrester les ravages de Mars,
& de secourir les Grecs. » Junon
prepare elle
-
mesme ses
chevaux. La Déesse Hebé luy
appresteun char superbe. Description
de ce char. Minerve
quitte ses habits pour s'armer.
Quelles font ses armes. Son
Egide. Son casque. Sa pique.
Les deux Déesses montées sur
leur char éclatant, vont à toute
bride au palais de Jupiter.
Les portes de l'Olympe,qui
font gardées par les Heures,
s'ouvrent d'elles-mesmes avec
un grand bruit. Junon parle à
Jupiter & luy demande" s'il
veut permettre de reprimer les
fureurs de Mars , & de blesser
cet insensé qui ne reconnoist
d'autre droit que la force
,,, Jupiter luy dit" de donner ce
soin à Minerve qui est accoustuméeà
le vaincre." vers 711. 766..
Junon accompagnée de Minerve
pousse ses chevaux qui
courent avec impetuositéentre
le Ciel & la terre. ( Les
chevaux des Dieux franchissent
d'un seul fault autant d'espace
qu'un homme assis sur un
cap eslevé au bord de la mer
en peutdécouvrir sur cette va- se étendue.) Les Déesses arrivent
prés de Troye. Junon
dételle les chevaux. Les environne
d'un nuage. Le Simoïs
fait naistre l'ambrosie sur ses
rives pour leur pature. Les
Déesses marchent ensemble
comme deux colombes&vont
secourir les Grecs, vers 767.
779.
Elles trouvent Diomede entouré
des plus braves guerriers
semblables aux plus frers lions,
& aux sangliers les plus terribles.
Junon s'arreste. Prend
la ressemblance de Stentor dont la , voix d'airain estoit plus
forte que celle de cinquante
hommes ensemble. Elle parle
aux Grecs, &Il les anime.,,
Minerve de son costé s'approche
de Diomedequi s'estoit retiré
un peu à l'écart pour rafraifchir
la playe que Pandarus
luy avoit faite. Elle luy
reproche de s'affoiblir quand
il faut agir, 5c de ne ressembler
gueres à son pere Tydée qu'-
elle protegeoit auAi bien que
luy
, & dont elle ne pouvoit
retenir le courage Elle luy rappelle
l'aventure de Tydée avec
les Dépendants de Cadmus.
Diomede respond
(c
qu'il ne
manque ny de force ny de resolution
,
mais qu'il se souvient
des deffenses qu'elle luy a faites
de combattre contre les
Dieux : Que Mars est maintenant
à la teste des Troyens. » Minerve luy dit de ne point
craindre Mars, 8c de le frapper
hardiment s'il vient à sa
rencontre; qu'audi bien celt
un perfide qui prend le party
des Troyens contre la promes-.
se qu'illuy avoit faite & à Junon
, de favoriser les Grecs.»
Elle fait descendre Sthelenus
& monte à sa place auprès de
Diomede sur son char. Elle
prend le casque de Pluton pour
n'estre point veuë. Pouffe les
chevaux contre Mars. Mars,,
qui vient de tuer Persphas ,
voyant Diomede
3
s'avance, &
luy veut porter un coup de sa
pique. Minervedétourne le
coup, conduit celle de Diornede
contre Mars, & la kiy fait
entrer bien avant dans les costes.
Mars la retire, & jette
un cry semblable à celuy d'une
armée de neuf ou dix mille
hommes. LesTroyens & les
Grecs en font épouvantez.
Mars retourne dans l'Olympe.
Diomede le voir s'élever comme
un nuage obscur. vers 780. 867** - Mars montrant à Jupiter le
fang qui coule de sa playe, luy
dit « qu'il a engendré une fille
pernicieusè qui se croit tout
permis, parce qu'il ne la corrige
pas pendant qu'il traite
avec severité les autres Dieux.
Que c'est Minervequi a inspiré
à Diomede l'audace debiesfer
Venus & luy ensuite.» Jupiter
rejette sa plainte, & luy
dit qu'ilest luy - mesme un
inconstant & un furieux qui
n'aime que les querelles,& que
s'il n'estoit pas son fils il y a
long-temps qu'ill'auroit precipité
dans les abylmesavec les
Titans,» Jupiter cependant
donne ordre à"'Pæon"de le guérir.
Pæonobéît& le guerit sur
le champ avec un baume exquis
qui fait sur la playe le mesme
effet & aussi promptement
que la presure sur le lait. Hebé
après avoir preparé un bain
pour Mars, luy donne des habits
magnifiques. Mars se place
auprès de Jupiter. Junon &
Minerve ne sont pas longtemps
sans remonter au Ciel.
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Résumé : SUITE DE L'ABREGÉ de l'Iliade.
Le quatrième livre de l'Iliade relate un conseil des dieux concernant la guerre de Troie. Jupiter critique Junon et Minerve pour leur absence des combats, contrairement à Vénus qui soutient son favori. Junon refuse la paix et demande à Minerve d'inciter les Troyens à rompre le traité. Minerve, déguisée en Laodocus, persuade Pandarus de tirer une flèche sur Ménélas, le blessant légèrement. Agamemnon, alarmé, appelle un médecin pour soigner Ménélas. Les Troyens avancent en bataille, et les Grecs se préparent au combat. Agamemnon encourage les soldats et réprimande les lâches. Les deux armées se rejoignent, et le combat commence, marqué par des scènes de violence et de mort. Mars soutient les Troyens, tandis que Minerve aide les Grecs. Diomède, encouragé par Minerve, se distingue par sa bravoure et tue plusieurs Troyens. Pandarus blesse Diomède, mais Minerve le guérit et l'encourage à continuer. La journée se termine par des combats acharnés, avec des pertes des deux côtés. Diomède, comparé à un lion, attaque et vainc Échémon et Chromius, fils de Priam, s'emparant de leurs armes et chevaux. Enée, voyant les ravages causés par Diomède, cherche Pandarus pour l'exhorter à utiliser son arc contre ce guerrier. Pandarus reconnaît Diomède et regrette de ne pas avoir pris plus de chars. Il jure de brûler son arc s'il revient à Troie. Enée propose à Pandarus de monter sur son char pour affronter Diomède. Pandarus conseille à Enée de conduire ses propres chevaux et se prépare à affronter Diomède avec sa lance. Diomède, malgré les conseils de Sthelenus de se retirer, décide de rester et de combattre. Pandarus lance un dard contre Diomède, qui riposte en le blessant mortellement. Enée tente de défendre le corps de Pandarus, mais Diomède le frappe à la cuisse avec une pierre, le blessant gravement. Vénus, la mère d'Enée, vient à son secours et le transporte, blessée à la main par Diomède. Apollon prend ensuite Enée sous sa protection. Diomède, encouragé par Minerve, continue de combattre avec fureur. Les dieux interviennent de manière plus directe : Junon et Minerve décident d'arrêter les ravages de Mars et de secourir les Grecs. Minerve, déguisée, incite Diomède à affronter Mars, qu'elle blesse ensuite. Mars, blessé, retourne dans l'Olympe où Jupiter le guérit. La scène se termine par la préparation des dieux pour continuer à influencer le cours de la bataille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 151-168
Dissertation sur l'Oracle de Delphes, par M. Hardion. [titre d'après la table]
Début :
Mr Hardion a leu une troisiéme Dissertation sur l'Oracle de Delphes [...]
Mots clefs :
Pythie, Oracle, Apollon, Prophétique, Découverte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dissertation sur l'Oracle de Delphes, par M. Hardion. [titre d'après la table]
Mr Hardion a leu une
troifiélne Dissertation sur
l'Oracle de Delphes. Dans
les deux premieresil avoic
parle de l'origine & de la
découverte de cet Oracle,
desDivinitezquiy avoient
présidé successivement, des
Temples qu'on leur avoit
bastis, & enfin de la situa-;
tion de la villedeDelphes.
La découverte de l'Oracle
eitoicdeuëentièrement au
hasard. Des chevres, en
rodant, sapprocherenc
d'un abysme qui s'estoit
ouvert sur le mont Parnasse
, ôc respirerent une vapeur
maligne qui en sortoit,&
qui les jetta dans
des mouvemens convulsifs.
Le pastre de ces chévres
& les autres habitants du
lieu receurent les mesmes
imprellions de cette vapeur.
Dans eur délire qu'-
ils prirent pour une fureur
divine, pour un tranfpore
d'ent houfiafme,ilstinrentr
quelques difeours pareils à
ceux des malades qui exrravagent
,
& comme leur
imagination estoit rem plie
d'idées de divination, leurs
discours ne roulerent que
sur l'avenir. Ils attribuerent
l'Oracle successîvement
à la Terre,à Neptune
;à Themis
,
& enfin à
Apollon qui en devine l'unique
possesseur. L'antre
d'où sortoic la vapeur prophétique
estoit situé à micoste
du mont Parnassedu
costé du Midy. Lesmaisons
que l'on bastit autour
de cet antre, prirent insensiblement
la forme d'une
Ville,& remplirent un
circuit de seize stades
J c'est à dire de deux mille
pas geometriques. On
n'eust pû donner plus d'étenduë
a la ville de Delphesàcausedes
rochers &
des précipices qui la bordoient.
- En recherchant l'origine
du nom de Pytho que l'on
donnoit communément à
laville deDelphes,MrHardion
sJefi jettédansl'hifioixc
du Serpent Python. Aprés
avoir ramasse ce que
les anciens Poëtes ont dit
de ce monflre que Junon
ou la Terre avoient enfanté
pour estre le lféau des
mortels
,
il a fait voirque
ce monstre prétendu avoit
cite un tyran de Delphes,
qui après sa more avoit esté
métamorphosé en dragon
suivant le privilege que
s'eftoienc donné les anciens
Poetes
,
d'ériger en
demi- Dieux &en Heros
les Princes sacres & vertueux
qui s'cftotcnt fair aimer
par leurmodération
, & de transformer au contraire
en monstres & en
dragons ceux qui s'enoienc
rendus odieux par leurs
mechancetez. Letyran fut
privé des honneurs funèbres
,
& fut abandonné à
la pourriture dans le lieu
où il avoit esté tué.C'est
pour cela qu'il fut appellé
Python de l'ancien verbe
Pythesthai qui signifioit
la mesme chose que le mot
latin pU/err.C'efl: delàquela
ville de Delphesaestéappellée
Pytho,qu'Apollon a
esté surnommé Pythien, &
que la Propheresse d'Apol-
Ion à Delphesa eu lenom
de Pythie. C'est cette Prophetesse
qui fait le sujet de
la troisiéme dissertation de
M. Hardion.
Il la divise en deux parties
: dans la premiere il se
propose d'examiner ce qui
regarde la personnedela
Pythie, dans la seconde ce qui regarde ses fondions.
Il remonte à la premiere
institution de cette Prestresse
qu'il tire de Diodore
de Sicile. Dans le premier
temps de la découverte de
l'Oracle, selon cet Historien
, devint prophete qui
voulut, les habitants du
Parnasse n'avoient besoin
pour acquerir le don de
? Prophetie que de respirer
la vapeur qu'exhaloit l'antre
de Delphes. Maisenfin
plusieurs de ces phrenetiques
dans l'accez de leur
fureur s'estant précipicez
dans l'abysme & s'y estant
perdus, on dressa sur leA
trou une machine qui fut
appelléetrepied,parce qu'
elleavoit trois bâtes> & l'on
commit une femme pour
monter sur ce trepied d'où
elle pouvoit sans aucun
risque recevoir texhahison
prophetique.
M.Hardionremarque que
l'on choisitd'abord pour
1 monter sur le trepied de
jeunes filles encore vierges,
àcause de leur pureté principalement.
Il falloit qu'-
elles fussent nées legitimement,
qu'elles eussent clic
éleveessimplement, & que
cette simplicite parustjufques
dans leurs habits. On
les cherchoit pour l'ordinaire
dans des maisons
pauvres où elles eussent
vescu dans l'obscurite &
dans une ignorance entiere
de toutes choses. Pourveu
que la Pythie sceust
parler & repeter ce que le
Dieu luy dictoit elle en sçavoit
voit assez. Apollon se servoit
de sa personne comme
d'un organe pour te
communiquer aux \îbm»
mes,illui donnoit le mouvement
selon qu'elle étoit
disposée à le recevoir, &
elle ne paroissoit point
mieux disposée que lorsque
son imagination n'avoit
point encore donné d'entrée
aux objets qui eussent
pû changer la détermination
de ce mouvement.
La coustume de choisir
les Pythies jeunes dura trèslong-
temps;mais une d'entre
elles ayant eilé enlevee
par un jeune Thessalien
nomme Echecrates
lepeuple de Delphes , pour
prévenir de pareilsattentats
ordonna qu'àl'avenir
on n'éliroit pour monter
sur le trépied que des femmes
au dessus de cinquante
ans,qui feroient habillées
comme de jeunes filles
, afin de conserver au
moins la memoire de l'ancienne
pratique.
On se contenta d'une
seulePythie dans le premier
temps de l'Oracle, dans la
fuite on en élut jusquà
trois; dans ladécadence
de l'Oracle iln'y en eut
plus qu'une.
M. Hardion avertit qu'il ne
faut pas confondre la Pythie
avec la Sibylle de Delphes.
Cette derniere n'avoit
pas besoin pour prophetiser
du secours de la vapeur
qu'exhaloit l'antre de
Delphes. La Pythie au contraire
ne pouvoir prophetiser
qu'elle n'eustesté enyvrée
par cette vapeur. M.
Hardion passe à sa seconde
partie. Il y remarque que
dans le commencement
la Pythie ne montoit sur le
trépied qu'une fois l'année
le septieme jour du mois
que les habitans de Delphes
appelloienc Busion.
C'estoit le premier mois
duPrintemps. Dans la fuite
on obtint d'Apollon qu'il
infpireroit la Pythie une
fois lemois. Il y avoit dans
chaque mois des jours appelIezApophradesjours
malheureux
où il estoit deffendu
à la Pythie d'entrer au
sanctuaire fous peine de la
vie. La plus grande partie
du mois s'employoit à préparer
tout ce qui estoit necessaire
pour l'installation
de la Pythie sur le trépied.
Les sacrifices faisoient la
principale partie de la préparation.
La Pythie avoit
sa préparation particuliere.
Elle se baignoit dans de
l'eau de la fontaine de Castalie;
elle avalloit une certaine
quantité d'eau de la
mesme fontaine. Après cela
on luy faisoit mascher
quelques feüilles de laurier
cuëillies encore prés de
cette fontaine de Castalie.
Les Grands Prestres appellez
Prophetes
)
la conduifoientau
trépied sur lequel
elle s'affeyoit dans la situation
la plus commode pour
recevoir l'exhalaison prophetique.
Nous si nironscet
extrait par la description
que Mr Hardion a donnée
de la fureur & des transports
de la Pythie.
Dés que la vapeur divine
, comme un feu pénétrant
, s'estoit répanduë
dans ses entrailles, on voyoir
sescheveux se dresser
sur sa teste, son regard estoit
farouche, sa bouche
écumoit, un tremblement
subit & violent s'emparoit
de tout ton corps. Elle veut
s'arracher aux Propheres
qui la retiennent par force
sur le trépied. Ses cris, ses
hurlemens font retentir le
Temple,& jettent une fainte
frayeur dans l'ame des
assistans. Elle ne peut plus
uffire au Dieu qui l'a gite.
Elle s'abandonne à luy
toutte entiere. Desja tout
ce qu'elle a de mortel s'est
éclipsé. Elle sçait desja
nombrer les grains de fable,
elle peut mesurer l'immensité
des mers. Tous
les siecles, tous les tem ps,
toutes les dessinées se rassemblent
en foule dans son
sein,&luy ferment lepas.
sage de la voix & de la respiration.
Elle profere par
intervalles quelques paroles
mal articulées que les
Prophetes recueillentavec
soin:ils les arrangent, &
leur donnent la liaison &
la structure qu'il leur faut.
Ensuite Mr Blanchart lut
un discours sur les ceremonies
qui se pratiquoient
aux fondations des Villes.
troifiélne Dissertation sur
l'Oracle de Delphes. Dans
les deux premieresil avoic
parle de l'origine & de la
découverte de cet Oracle,
desDivinitezquiy avoient
présidé successivement, des
Temples qu'on leur avoit
bastis, & enfin de la situa-;
tion de la villedeDelphes.
La découverte de l'Oracle
eitoicdeuëentièrement au
hasard. Des chevres, en
rodant, sapprocherenc
d'un abysme qui s'estoit
ouvert sur le mont Parnasse
, ôc respirerent une vapeur
maligne qui en sortoit,&
qui les jetta dans
des mouvemens convulsifs.
Le pastre de ces chévres
& les autres habitants du
lieu receurent les mesmes
imprellions de cette vapeur.
Dans eur délire qu'-
ils prirent pour une fureur
divine, pour un tranfpore
d'ent houfiafme,ilstinrentr
quelques difeours pareils à
ceux des malades qui exrravagent
,
& comme leur
imagination estoit rem plie
d'idées de divination, leurs
discours ne roulerent que
sur l'avenir. Ils attribuerent
l'Oracle successîvement
à la Terre,à Neptune
;à Themis
,
& enfin à
Apollon qui en devine l'unique
possesseur. L'antre
d'où sortoic la vapeur prophétique
estoit situé à micoste
du mont Parnassedu
costé du Midy. Lesmaisons
que l'on bastit autour
de cet antre, prirent insensiblement
la forme d'une
Ville,& remplirent un
circuit de seize stades
J c'est à dire de deux mille
pas geometriques. On
n'eust pû donner plus d'étenduë
a la ville de Delphesàcausedes
rochers &
des précipices qui la bordoient.
- En recherchant l'origine
du nom de Pytho que l'on
donnoit communément à
laville deDelphes,MrHardion
sJefi jettédansl'hifioixc
du Serpent Python. Aprés
avoir ramasse ce que
les anciens Poëtes ont dit
de ce monflre que Junon
ou la Terre avoient enfanté
pour estre le lféau des
mortels
,
il a fait voirque
ce monstre prétendu avoit
cite un tyran de Delphes,
qui après sa more avoit esté
métamorphosé en dragon
suivant le privilege que
s'eftoienc donné les anciens
Poetes
,
d'ériger en
demi- Dieux &en Heros
les Princes sacres & vertueux
qui s'cftotcnt fair aimer
par leurmodération
, & de transformer au contraire
en monstres & en
dragons ceux qui s'enoienc
rendus odieux par leurs
mechancetez. Letyran fut
privé des honneurs funèbres
,
& fut abandonné à
la pourriture dans le lieu
où il avoit esté tué.C'est
pour cela qu'il fut appellé
Python de l'ancien verbe
Pythesthai qui signifioit
la mesme chose que le mot
latin pU/err.C'efl: delàquela
ville de Delphesaestéappellée
Pytho,qu'Apollon a
esté surnommé Pythien, &
que la Propheresse d'Apol-
Ion à Delphesa eu lenom
de Pythie. C'est cette Prophetesse
qui fait le sujet de
la troisiéme dissertation de
M. Hardion.
Il la divise en deux parties
: dans la premiere il se
propose d'examiner ce qui
regarde la personnedela
Pythie, dans la seconde ce qui regarde ses fondions.
Il remonte à la premiere
institution de cette Prestresse
qu'il tire de Diodore
de Sicile. Dans le premier
temps de la découverte de
l'Oracle, selon cet Historien
, devint prophete qui
voulut, les habitants du
Parnasse n'avoient besoin
pour acquerir le don de
? Prophetie que de respirer
la vapeur qu'exhaloit l'antre
de Delphes. Maisenfin
plusieurs de ces phrenetiques
dans l'accez de leur
fureur s'estant précipicez
dans l'abysme & s'y estant
perdus, on dressa sur leA
trou une machine qui fut
appelléetrepied,parce qu'
elleavoit trois bâtes> & l'on
commit une femme pour
monter sur ce trepied d'où
elle pouvoit sans aucun
risque recevoir texhahison
prophetique.
M.Hardionremarque que
l'on choisitd'abord pour
1 monter sur le trepied de
jeunes filles encore vierges,
àcause de leur pureté principalement.
Il falloit qu'-
elles fussent nées legitimement,
qu'elles eussent clic
éleveessimplement, & que
cette simplicite parustjufques
dans leurs habits. On
les cherchoit pour l'ordinaire
dans des maisons
pauvres où elles eussent
vescu dans l'obscurite &
dans une ignorance entiere
de toutes choses. Pourveu
que la Pythie sceust
parler & repeter ce que le
Dieu luy dictoit elle en sçavoit
voit assez. Apollon se servoit
de sa personne comme
d'un organe pour te
communiquer aux \îbm»
mes,illui donnoit le mouvement
selon qu'elle étoit
disposée à le recevoir, &
elle ne paroissoit point
mieux disposée que lorsque
son imagination n'avoit
point encore donné d'entrée
aux objets qui eussent
pû changer la détermination
de ce mouvement.
La coustume de choisir
les Pythies jeunes dura trèslong-
temps;mais une d'entre
elles ayant eilé enlevee
par un jeune Thessalien
nomme Echecrates
lepeuple de Delphes , pour
prévenir de pareilsattentats
ordonna qu'àl'avenir
on n'éliroit pour monter
sur le trépied que des femmes
au dessus de cinquante
ans,qui feroient habillées
comme de jeunes filles
, afin de conserver au
moins la memoire de l'ancienne
pratique.
On se contenta d'une
seulePythie dans le premier
temps de l'Oracle, dans la
fuite on en élut jusquà
trois; dans ladécadence
de l'Oracle iln'y en eut
plus qu'une.
M. Hardion avertit qu'il ne
faut pas confondre la Pythie
avec la Sibylle de Delphes.
Cette derniere n'avoit
pas besoin pour prophetiser
du secours de la vapeur
qu'exhaloit l'antre de
Delphes. La Pythie au contraire
ne pouvoir prophetiser
qu'elle n'eustesté enyvrée
par cette vapeur. M.
Hardion passe à sa seconde
partie. Il y remarque que
dans le commencement
la Pythie ne montoit sur le
trépied qu'une fois l'année
le septieme jour du mois
que les habitans de Delphes
appelloienc Busion.
C'estoit le premier mois
duPrintemps. Dans la fuite
on obtint d'Apollon qu'il
infpireroit la Pythie une
fois lemois. Il y avoit dans
chaque mois des jours appelIezApophradesjours
malheureux
où il estoit deffendu
à la Pythie d'entrer au
sanctuaire fous peine de la
vie. La plus grande partie
du mois s'employoit à préparer
tout ce qui estoit necessaire
pour l'installation
de la Pythie sur le trépied.
Les sacrifices faisoient la
principale partie de la préparation.
La Pythie avoit
sa préparation particuliere.
Elle se baignoit dans de
l'eau de la fontaine de Castalie;
elle avalloit une certaine
quantité d'eau de la
mesme fontaine. Après cela
on luy faisoit mascher
quelques feüilles de laurier
cuëillies encore prés de
cette fontaine de Castalie.
Les Grands Prestres appellez
Prophetes
)
la conduifoientau
trépied sur lequel
elle s'affeyoit dans la situation
la plus commode pour
recevoir l'exhalaison prophetique.
Nous si nironscet
extrait par la description
que Mr Hardion a donnée
de la fureur & des transports
de la Pythie.
Dés que la vapeur divine
, comme un feu pénétrant
, s'estoit répanduë
dans ses entrailles, on voyoir
sescheveux se dresser
sur sa teste, son regard estoit
farouche, sa bouche
écumoit, un tremblement
subit & violent s'emparoit
de tout ton corps. Elle veut
s'arracher aux Propheres
qui la retiennent par force
sur le trépied. Ses cris, ses
hurlemens font retentir le
Temple,& jettent une fainte
frayeur dans l'ame des
assistans. Elle ne peut plus
uffire au Dieu qui l'a gite.
Elle s'abandonne à luy
toutte entiere. Desja tout
ce qu'elle a de mortel s'est
éclipsé. Elle sçait desja
nombrer les grains de fable,
elle peut mesurer l'immensité
des mers. Tous
les siecles, tous les tem ps,
toutes les dessinées se rassemblent
en foule dans son
sein,&luy ferment lepas.
sage de la voix & de la respiration.
Elle profere par
intervalles quelques paroles
mal articulées que les
Prophetes recueillentavec
soin:ils les arrangent, &
leur donnent la liaison &
la structure qu'il leur faut.
Ensuite Mr Blanchart lut
un discours sur les ceremonies
qui se pratiquoient
aux fondations des Villes.
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Résumé : Dissertation sur l'Oracle de Delphes, par M. Hardion. [titre d'après la table]
M. Hardion a présenté une dissertation sur l'Oracle de Delphes, en abordant son origine, sa découverte et les divinités qui y ont présidé successivement. La découverte de l'Oracle est attribuée au hasard, lorsque des chèvres, en s'approchant d'un abysse sur le mont Parnasse, inhalèrent une vapeur maligne qui les jeta dans des mouvements convulsifs. Les habitants du lieu, affectés de la même vapeur, interprétèrent leurs délires comme une fureur divine et attribuèrent l'Oracle à diverses divinités, notamment Apollon, qui en devint le possesseur unique. La ville de Delphes se développa autour de l'antre prophétique, atteignant une étendue de seize stades. M. Hardion a également exploré l'origine du nom 'Pytho' donné à Delphes, lié au serpent Python, un tyran de Delphes métamorphosé en dragon après sa mort. Ce tyran fut privé d'honneurs funèbres et abandonné à la pourriture, d'où le nom 'Python' dérivé du verbe signifiant 'pourrir'. Apollon, surnommé Pythien, et la prophétesse d'Apollon à Delphes, appelée Pythie, tirent leur nom de ce mythe. La dissertation sur la Pythie est divisée en deux parties : la première examine la personne de la Pythie, et la seconde ses fonctions. Initialement, toute femme pouvait devenir prophétesse en respirant la vapeur de l'antre. Pour éviter les accidents, une machine appelée trépied fut installée, et une femme y montait pour recevoir l'exhalaison prophétique. Les Pythies étaient choisies parmi des jeunes filles vierges, nées légitimement et élevées simplement. Après un enlèvement, le peuple de Delphes décida de choisir des femmes de plus de cinquante ans pour éviter de tels incidents. La Pythie ne pouvait prophétiser qu'en étant enivrée par la vapeur de l'antre. Elle montait sur le trépied une fois l'année initialement, puis une fois par mois. La préparation incluait des bains dans l'eau de la fontaine de Castalie, l'ingestion de cette eau et la mastication de feuilles de laurier. Les transports de la Pythie étaient marqués par des convulsions, des cris et des hurlements, et les paroles qu'elle prononçait étaient recueillies et arrangées par les Grands Prêtres.
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19
p. 32-44
L'AMOUR POETE. ALLEGORIE. Par M. de la F...
Début :
Deux jours y a que sur le Mont Parnasse [...]
Mots clefs :
Iris, Amour, Sujet, Vers, Parnasse, Lyre, Apollon, Rimeurs, Laurier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR POETE. ALLEGORIE. Par M. de la F...
Le lecteur doit être d'autant plus
favorable à la Piece Luivante , qu'elle
a été composée par un auteur de dixhuit
ans. Il eft natif de Dijon..
C iiij
32 MERCURE
L'AMOUR
POETE.
ALLEGORIE.
Par M. de la F...
DEux jours y a que
fur le Mont Par
naffe
Fut convoqué le Confeil
d'Apollon ,
"Pour inftaler ( lors váquoit
une place)
Un Candidat dans le
GALANT.
33
Sacré Vallon.
Or , comme
on fçait , felon
le vieux adage
,
Que l'ouvrier
fe connoît
à
l'ouvrage
,
Decidé
fut que fur fujet
donné
Les pretendans exerceroient
leur veine ;
Que le vainqueur des
mains de Melpomene
Seroitfoudain de laurier
couronné.
34
MERCURE
De cet arrêt content ne
fut Horace :
Quoy je verrai , dit- il ,
en nôtre rang
Fades rimeurs éleve
fur Parnaffe ?
Point ne fera , de ce je
fuis garant.
Le fort voulut , comme
il donnait carriere
A fon chagrin , qu'Apollon
juftement
Le deputa pour donner
la matiere
Auxpretendans . Defon
"
GALANT.
35
reffentiment
Rien ne fçavoit s car le
rusé Lyrique
Feignoit toujours d'approuver
le projet.
Bon , dit Horace , ils auront
tel fujet
Que pour traiter de tout
l'art poëtique
Befoin fera. Sitôt il def
cendit
Dans le Valon , où prés
de
l'Hipocrene ,
Gens de tout ordre
de tout acabit
36 MERCURE
Par mille voeux fatiguoient
Melpomene.
Vous , leur dit - il , qui
de la gloire épris ,
Sur l'Helicon voulezoccuper
place ,
Je viens ici , juge de
vos écrits
Fournir un champ à vôtre
noble audace :
Sur deux fujets
pouvez
vous exercer >
Ou contre Iris écrire une
Satyre ,
Et dans vos vers aigreGALANT.
37
ment la vexer ,
Ou pour Doris accorder
vôtre lyre
.
Il dit. Soudain rimeurs
de s'efcrimer ,
Ronger leurs doigts , fe
mondre leur Minerve
En cent façons fe poindre
, s'animer.
Rien
n'opera
étoit la ver-
Vei
retive
Bref, pour neant aucun
ne put rimer
38
MERCURE
En cet état avint qu'ils
remarquerent
L'Enfant ailé riant de
leurs efforts
Les exceder , troubler
tous leurs accords ;
Dont vers Phebus un
d'entr'eux deputerent
Qui par detail l'avanture
conta .
De leur fujet Apollon
s'enquêta i
Puis dit foudain : Certes
je ne m'étonne
GALANT.
39
De ce mechef,
moymême
en perfonne
Je n'euffe osé , je ne veux
me brouiller
Avec l'Amours il y va
trop du nôtre.
Rimeurs fans luy ne
font que barbouiller
,
Et de Parnaffe il fut
toûjours l'Apotre
.
Vous avez mal vôtre
fujet compris ,
40 MERCURE
F
L'Amour n'a tort à ceftoit
contre Doris
Que vous deviel lancer
traits de fatyre
,
Et pour Iris accorder
vôtre lyre.
Phebusparlaidont l'Enfant
de Cypris
S'ebaudiffant defa gloire
nouvelle ,
Ores chantoit gavote &
vilanelle i
Ores frifoit l'onde du
bout de l'aile ,
Puis
GALANT.
Puis retournoit nicher ès
yeux d'Iris ,
D'où decochant flamboyantes
fagettes
,
De feu vermeil animoit
les Poëtes..
Bientôt auffi Balades ,
Virelais
D'entrer en jeu ; bien- ·
tôt euffiez vû naître
Fleurs d'Helicon , Rondeaux
& Triolets.
'Mars 1714.
D
42 MERCURE
}
L'aurois juré , ne
ne fut
onque tel Maitre
.
Defes leçons fi bienfeus
profiter ,
Que je croyois déja fur
le Parnaffe
Prés de Pindare aller
prendre ma place ,
Quandparces mots Phebus
vint m'arrêter.
Ami , n'attens guerdon
de ton
ouvrages
GALANT.
43
Le Mont facré n'eft ou
vert aux amans ,
Qui des neufSoeurs empruntant
le langage,
Pouffent en vers leurs
tendres fentimens
.
Or fi ta verve a rendu
fon hommage
Aton Iris , n'attens point
monfuffrage ,
C'est à l'Amour à te
larier.
Sa-
Adieu vous dis ,je quitte
Dij
44 MERCURE
le métier ,
Repris -je enfeusfi ma
lyre fredonne ,
C'eftpour Iris ,je ne puis
varier:
Or reprenez
& laurier
couronne ,
Mon choix eft fait , le
myrthe qu'Amour ·
donne
Meft mille fois plus
cher
que
le laurier.
favorable à la Piece Luivante , qu'elle
a été composée par un auteur de dixhuit
ans. Il eft natif de Dijon..
C iiij
32 MERCURE
L'AMOUR
POETE.
ALLEGORIE.
Par M. de la F...
DEux jours y a que
fur le Mont Par
naffe
Fut convoqué le Confeil
d'Apollon ,
"Pour inftaler ( lors váquoit
une place)
Un Candidat dans le
GALANT.
33
Sacré Vallon.
Or , comme
on fçait , felon
le vieux adage
,
Que l'ouvrier
fe connoît
à
l'ouvrage
,
Decidé
fut que fur fujet
donné
Les pretendans exerceroient
leur veine ;
Que le vainqueur des
mains de Melpomene
Seroitfoudain de laurier
couronné.
34
MERCURE
De cet arrêt content ne
fut Horace :
Quoy je verrai , dit- il ,
en nôtre rang
Fades rimeurs éleve
fur Parnaffe ?
Point ne fera , de ce je
fuis garant.
Le fort voulut , comme
il donnait carriere
A fon chagrin , qu'Apollon
juftement
Le deputa pour donner
la matiere
Auxpretendans . Defon
"
GALANT.
35
reffentiment
Rien ne fçavoit s car le
rusé Lyrique
Feignoit toujours d'approuver
le projet.
Bon , dit Horace , ils auront
tel fujet
Que pour traiter de tout
l'art poëtique
Befoin fera. Sitôt il def
cendit
Dans le Valon , où prés
de
l'Hipocrene ,
Gens de tout ordre
de tout acabit
36 MERCURE
Par mille voeux fatiguoient
Melpomene.
Vous , leur dit - il , qui
de la gloire épris ,
Sur l'Helicon voulezoccuper
place ,
Je viens ici , juge de
vos écrits
Fournir un champ à vôtre
noble audace :
Sur deux fujets
pouvez
vous exercer >
Ou contre Iris écrire une
Satyre ,
Et dans vos vers aigreGALANT.
37
ment la vexer ,
Ou pour Doris accorder
vôtre lyre
.
Il dit. Soudain rimeurs
de s'efcrimer ,
Ronger leurs doigts , fe
mondre leur Minerve
En cent façons fe poindre
, s'animer.
Rien
n'opera
étoit la ver-
Vei
retive
Bref, pour neant aucun
ne put rimer
38
MERCURE
En cet état avint qu'ils
remarquerent
L'Enfant ailé riant de
leurs efforts
Les exceder , troubler
tous leurs accords ;
Dont vers Phebus un
d'entr'eux deputerent
Qui par detail l'avanture
conta .
De leur fujet Apollon
s'enquêta i
Puis dit foudain : Certes
je ne m'étonne
GALANT.
39
De ce mechef,
moymême
en perfonne
Je n'euffe osé , je ne veux
me brouiller
Avec l'Amours il y va
trop du nôtre.
Rimeurs fans luy ne
font que barbouiller
,
Et de Parnaffe il fut
toûjours l'Apotre
.
Vous avez mal vôtre
fujet compris ,
40 MERCURE
F
L'Amour n'a tort à ceftoit
contre Doris
Que vous deviel lancer
traits de fatyre
,
Et pour Iris accorder
vôtre lyre.
Phebusparlaidont l'Enfant
de Cypris
S'ebaudiffant defa gloire
nouvelle ,
Ores chantoit gavote &
vilanelle i
Ores frifoit l'onde du
bout de l'aile ,
Puis
GALANT.
Puis retournoit nicher ès
yeux d'Iris ,
D'où decochant flamboyantes
fagettes
,
De feu vermeil animoit
les Poëtes..
Bientôt auffi Balades ,
Virelais
D'entrer en jeu ; bien- ·
tôt euffiez vû naître
Fleurs d'Helicon , Rondeaux
& Triolets.
'Mars 1714.
D
42 MERCURE
}
L'aurois juré , ne
ne fut
onque tel Maitre
.
Defes leçons fi bienfeus
profiter ,
Que je croyois déja fur
le Parnaffe
Prés de Pindare aller
prendre ma place ,
Quandparces mots Phebus
vint m'arrêter.
Ami , n'attens guerdon
de ton
ouvrages
GALANT.
43
Le Mont facré n'eft ou
vert aux amans ,
Qui des neufSoeurs empruntant
le langage,
Pouffent en vers leurs
tendres fentimens
.
Or fi ta verve a rendu
fon hommage
Aton Iris , n'attens point
monfuffrage ,
C'est à l'Amour à te
larier.
Sa-
Adieu vous dis ,je quitte
Dij
44 MERCURE
le métier ,
Repris -je enfeusfi ma
lyre fredonne ,
C'eftpour Iris ,je ne puis
varier:
Or reprenez
& laurier
couronne ,
Mon choix eft fait , le
myrthe qu'Amour ·
donne
Meft mille fois plus
cher
que
le laurier.
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Résumé : L'AMOUR POETE. ALLEGORIE. Par M. de la F...
Un concours poétique est organisé par Apollon sur le Mont Parnasse pour attribuer une place parmi les poètes. Les candidats doivent choisir entre écrire une satire contre Iris ou un poème en l'honneur de Doris. Aucun poète ne parvient à composer un vers. Un jeune garçon ailé et rieur surpasse les efforts des candidats, intriguant Apollon. Ce dernier révèle que l'Amour est essentiel à la poésie et que les poètes sans inspiration amoureuse ne peuvent réussir. Le jeune garçon, originaire de Dijon et âgé de dix-huit ans, a composé une pièce intitulée 'L'Amour Poète' qui a été bien accueillie. Apollon explique que le Mont Parnasse n'est pas destiné aux amants, mais qu'il peut être couronné par l'Amour. Le jeune poète décide alors de quitter le métier poétique pour se consacrer à l'amour, préférant le myrthe donné par l'Amour au laurier du Parnasse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 266-268
SONNET.
Début :
Pour celuy cy il me paroît assez bien raisonné jusqu'au / Entreprendre un Sonnet c'est tirer à la .. herse [...]
Mots clefs :
Apollon, Sonnet, Grand Louis, Ambassadeur de Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Pour celuy cy il me paroît
affez bien raiſonné juſqu'au
premier Tiercet , où il commence
à s'embroüiller : les Rimes
difficiles l'embarraſſent :
mais il finitbien.
GALANT . 167
SONNET.
Entreprendre un Sonnet c'eft tirer
àla herfe
De l'eau de mes fueurs onrempliroit
un bain
Effet de l'incendie allumé dans
mon fein
O de l'art d'Apollon la penible
traverſet
Pourpayer ceux quifont exceller
ce commerce
Cent fois plus fatiguant que l'employde
• Vulcain ,
Seroit peu des tresors que d'unpays
lointain
Apporte au Grand Louis , l'Am
baffadeur de Perfe
Zij
268 MERCURE
Maisdanscefiecle ingrat ilsvivent
Razibus
Ils n'ont que peu depart aux plaifirs
de Venus.
On les verra bientoft Disciples
d' Origene.
C'est en vain qu'un Rimeurfoupire
pour Laïs ,
que Paris ,
Quand ilferoit encor plus galant
Sans argent il n'est point de Laïs
ni d. Helene.
affez bien raiſonné juſqu'au
premier Tiercet , où il commence
à s'embroüiller : les Rimes
difficiles l'embarraſſent :
mais il finitbien.
GALANT . 167
SONNET.
Entreprendre un Sonnet c'eft tirer
àla herfe
De l'eau de mes fueurs onrempliroit
un bain
Effet de l'incendie allumé dans
mon fein
O de l'art d'Apollon la penible
traverſet
Pourpayer ceux quifont exceller
ce commerce
Cent fois plus fatiguant que l'employde
• Vulcain ,
Seroit peu des tresors que d'unpays
lointain
Apporte au Grand Louis , l'Am
baffadeur de Perfe
Zij
268 MERCURE
Maisdanscefiecle ingrat ilsvivent
Razibus
Ils n'ont que peu depart aux plaifirs
de Venus.
On les verra bientoft Disciples
d' Origene.
C'est en vain qu'un Rimeurfoupire
pour Laïs ,
que Paris ,
Quand ilferoit encor plus galant
Sans argent il n'est point de Laïs
ni d. Helene.
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21
p. 214-218
ARREST DU CONSEIL d'Apollon rendu au sujet du Procés d'entre M. de la Motte Houdart, & Madame Dacier.
Début :
Veu par le blond Phoebus étant en son Conseil, [...]
Mots clefs :
Procès, Madame Dacier, M. de la Motte Houdart, Apollon, Arrêt, Auteur
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texteReconnaissance textuelle : ARREST DU CONSEIL d'Apollon rendu au sujet du Procés d'entre M. de la Motte Houdart, & Madame Dacier.
ARREST DU CONSEIL
d'Apollon rendu au sujet
du Procès d'entre M. de la
Motte Houdart, & Madame
Dacier.
Veupar le blondPhoebus étant
en sonConseil,
L'Iliaded'Homere~& celle de la
-
Motte :
Lepremierestimé Poëte sans pareil,
Quoyqu'à nenpoint mentir ,
fort
souvent il radotte.
Lesecond regardé comme un an~
dacieux
Qui de l'art, n'eut jamais la moindre
connoissance,
Bien que par des écrits solides,
précieux,
Saplumetrès-souventaitenchanté
la France. -
Veu de même à loisir & non en
unseul jour,
Leprolixe Faélum de l'Avocat
femelle
Qui contrecet Auteur,maisd'un
fiile ajjèzc lourd,
Débité chaquepage une injure
nouvelle.
Entendu le rapport, le tout confideré,
-
Et voulant decider cette. importante
affaire
Sans attendrequ'Houdart à ce
fadenarré
Aitfait une réponse, en cas qu'il
daigneenfaire;
Phoebus en son Conseil jugeant
les deux Auteurs,
A dit que l'Iliade étoit tres-mal
ecrite.,
Et que malgré les cris deses adorateurs,
Ses trois mille ans faisoientpresque
toutsonmérité.
Que la Motte pouvoitjouir dés à
present
Des honneurs decernez aux Poë-
'; tessublimes)
Et
Et devoit mépdriseir lse caaqunet mtE.
Del'Auteurféminin qui censure
sesrimes.
Etpour punitiorn diueLivureinxju-
Composé contre luy par ladite
Femelle,
Où,pat m attentat aussï grand
, j. >J qu'odieux
Elle J noozeudu bvon geoût flailreeleç.on LeditSeigneurPhoebus
,
seul
ayant qualité
Pour juger les procès mûs sur
cette matiere
Descejourl'acondamne,àperpe:
tuité 'i
De ne parler que GREC
même à sa Chambriere
d'Apollon rendu au sujet
du Procès d'entre M. de la
Motte Houdart, & Madame
Dacier.
Veupar le blondPhoebus étant
en sonConseil,
L'Iliaded'Homere~& celle de la
-
Motte :
Lepremierestimé Poëte sans pareil,
Quoyqu'à nenpoint mentir ,
fort
souvent il radotte.
Lesecond regardé comme un an~
dacieux
Qui de l'art, n'eut jamais la moindre
connoissance,
Bien que par des écrits solides,
précieux,
Saplumetrès-souventaitenchanté
la France. -
Veu de même à loisir & non en
unseul jour,
Leprolixe Faélum de l'Avocat
femelle
Qui contrecet Auteur,maisd'un
fiile ajjèzc lourd,
Débité chaquepage une injure
nouvelle.
Entendu le rapport, le tout confideré,
-
Et voulant decider cette. importante
affaire
Sans attendrequ'Houdart à ce
fadenarré
Aitfait une réponse, en cas qu'il
daigneenfaire;
Phoebus en son Conseil jugeant
les deux Auteurs,
A dit que l'Iliade étoit tres-mal
ecrite.,
Et que malgré les cris deses adorateurs,
Ses trois mille ans faisoientpresque
toutsonmérité.
Que la Motte pouvoitjouir dés à
present
Des honneurs decernez aux Poë-
'; tessublimes)
Et
Et devoit mépdriseir lse caaqunet mtE.
Del'Auteurféminin qui censure
sesrimes.
Etpour punitiorn diueLivureinxju-
Composé contre luy par ladite
Femelle,
Où,pat m attentat aussï grand
, j. >J qu'odieux
Elle J noozeudu bvon geoût flailreeleç.on LeditSeigneurPhoebus
,
seul
ayant qualité
Pour juger les procès mûs sur
cette matiere
Descejourl'acondamne,àperpe:
tuité 'i
De ne parler que GREC
même à sa Chambriere
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22
p. 95-96
SONNET.
Début :
C'est-là que d'Apollon méprisant l' . . attelage, [...]
Mots clefs :
Auteur, Apollon, Vers galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
SONNET.
c'tjl-/J que d'Apollonmtarifant
il attelage,
Bacchus à nos esprits flrvirlt. de 0-» parain>
Alors on nous verr4 d'un visare
fer.in
Fixer en bien buvant U fortune
volage.
VAuteurdu Vert Galantferamis
-
AU pillage,
Auxsottises du tems lID/U donnerons
un frain,
Et dussons-nous toujours chanter
meAme resfirain
Houdart sera paré d'unglorieux
: feuillage.
Des affaires des Grands nous ne farterons brin,
Le Turc & le Danois peuvent fie frendre au crin,
Nos coeurs nauront pour eux ni
cruauté,ni tendre.
Leplaifir avec nous n*irapas moins
fin train
jipresavoir flus bu que nrfume
un marin;
.Zuel charmesi l'Amour vient encorenous
surprendre.
-
Il me paroît que nous sympathiserions
afllz volontiers,
ce Monsieur & moy ,
& je ne
me scay en vérité pas mauvais
gré d'être du pieme goût que
luy.
c'tjl-/J que d'Apollonmtarifant
il attelage,
Bacchus à nos esprits flrvirlt. de 0-» parain>
Alors on nous verr4 d'un visare
fer.in
Fixer en bien buvant U fortune
volage.
VAuteurdu Vert Galantferamis
-
AU pillage,
Auxsottises du tems lID/U donnerons
un frain,
Et dussons-nous toujours chanter
meAme resfirain
Houdart sera paré d'unglorieux
: feuillage.
Des affaires des Grands nous ne farterons brin,
Le Turc & le Danois peuvent fie frendre au crin,
Nos coeurs nauront pour eux ni
cruauté,ni tendre.
Leplaifir avec nous n*irapas moins
fin train
jipresavoir flus bu que nrfume
un marin;
.Zuel charmesi l'Amour vient encorenous
surprendre.
-
Il me paroît que nous sympathiserions
afllz volontiers,
ce Monsieur & moy ,
& je ne
me scay en vérité pas mauvais
gré d'être du pieme goût que
luy.
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23
p. 151-155
APOLLON INTERROMPU par l'Amour. FABLE.
Début :
En un Vallon, vray séjour du Printems, [...]
Mots clefs :
Apollon, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOLLON INTERROMPU par l'Amour. FABLE.
APOLLON INTERROMPU
par l'Amour.
FABLE.
En un Vallon3<vrayféjoiir du
Printems,
Vient Apollonlas de courses lointaines;
Ases regardss'offrent bofJuets
rians,
Côteaux lfeuris
, "vers galons,
&fontaines;
S'offrent aujjileursHabitans
Jeunes , SzlvAins, Nymphesjolies;
Hôtes des bois formoient à qui
mieux mieux
Concerts mignons, & vives
symphonies;
Zephirs sy promenant comme en
leurs galeries,
c Faisoientregner fraîcheur en ces
beaux lieux.
D'objetssi variez^ admirantl'affdemblage
Nôtre Dieuflmblc être enchante.
Chaque coup. doeil a sa beauté3
Quefait le Sire. Ilveut,en - haut langage
Celebrer les bcautez, que nature
ajpmbia
Dans ce (éjour. Silencej levoila
Quifait parlersa lyre enchantercfje.
Or Philomele d'écouter,
Or blanche Nymphe defauter,
Et tous d'admirerson adreff,
Et de vanter ses accords pleinï
J'attraits.
C'ejlluy,cess ApoUon
,
dit l'un
venez l'entendre;
Il chante nos ruifJrauxJ & leursrivages
frais.
IVos innoccm piafin, enfin cet
Amour tendre
Qjdiponr demeure a pris nos an.
ires, nosforPfis.
Qjuls fons!prés de Sylvie ilpeint
theureux Titire
Mais (jutfi cecif quelsoudain
changementf
Phoebus se plaint, Phoebusfoupire,
De ses mains Rechape la lyre;
Il pArle. Alnour, du il
>
cruel
Tyran
,
Que tontfait ces Bergers? chez
eux pointd'inhumaine!
Tout est heureux Amant ?
Au moinssi tu ne veux soulager
mon tourment,
Enchangeant le cceur dt Climene,
Rend moy la liberté que me ravit
ta chaîne.
L'aveugleenfant fut sourd , Apollon détala.
Tout ainji que FortuneyAmour
ases capricesj
Afedorria quefaveurs>Roland
ria quefltpplicesï
,
BSaanndke.Atuu) non sfans ratfon
x
luy
metonfourcela.
par l'Amour.
FABLE.
En un Vallon3<vrayféjoiir du
Printems,
Vient Apollonlas de courses lointaines;
Ases regardss'offrent bofJuets
rians,
Côteaux lfeuris
, "vers galons,
&fontaines;
S'offrent aujjileursHabitans
Jeunes , SzlvAins, Nymphesjolies;
Hôtes des bois formoient à qui
mieux mieux
Concerts mignons, & vives
symphonies;
Zephirs sy promenant comme en
leurs galeries,
c Faisoientregner fraîcheur en ces
beaux lieux.
D'objetssi variez^ admirantl'affdemblage
Nôtre Dieuflmblc être enchante.
Chaque coup. doeil a sa beauté3
Quefait le Sire. Ilveut,en - haut langage
Celebrer les bcautez, que nature
ajpmbia
Dans ce (éjour. Silencej levoila
Quifait parlersa lyre enchantercfje.
Or Philomele d'écouter,
Or blanche Nymphe defauter,
Et tous d'admirerson adreff,
Et de vanter ses accords pleinï
J'attraits.
C'ejlluy,cess ApoUon
,
dit l'un
venez l'entendre;
Il chante nos ruifJrauxJ & leursrivages
frais.
IVos innoccm piafin, enfin cet
Amour tendre
Qjdiponr demeure a pris nos an.
ires, nosforPfis.
Qjuls fons!prés de Sylvie ilpeint
theureux Titire
Mais (jutfi cecif quelsoudain
changementf
Phoebus se plaint, Phoebusfoupire,
De ses mains Rechape la lyre;
Il pArle. Alnour, du il
>
cruel
Tyran
,
Que tontfait ces Bergers? chez
eux pointd'inhumaine!
Tout est heureux Amant ?
Au moinssi tu ne veux soulager
mon tourment,
Enchangeant le cceur dt Climene,
Rend moy la liberté que me ravit
ta chaîne.
L'aveugleenfant fut sourd , Apollon détala.
Tout ainji que FortuneyAmour
ases capricesj
Afedorria quefaveurs>Roland
ria quefltpplicesï
,
BSaanndke.Atuu) non sfans ratfon
x
luy
metonfourcela.
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24
s. p.
DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Début :
Aprés un Avant-propos jugé aussi necessaire, j'ose me / Je laisse à Madame Dacier le soin de soûtenir, comme [...]
Mots clefs :
Poète, Pièces en vers et en prose, Apollon, Muses, Parnasse, Illusion, Abbé de Pons, Variété, Danse, Orateur, Rime, Cadence, Versification, Auteurs, Arrangement, Sensible, Imagination, Théorie, Racine, Ronsard, Despréaux, Didactique, Bizarrerie, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Aprés un Avant-propos jugé auffi
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
Fermer
25
p. 45-49
LETTRE DE M*** A M***
Début :
J'avois résisté, Monsieur, jusques ici à toutes vos Coquéteries ; mais [...]
Mots clefs :
Coquetterie, Amour propre, Beauté, Imprudence , Silence, Décadence, Intempérance, Apollon, Badinage, Délicatesse, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M*** A M***
LETTRE
DE M ***
A M ***
Jjufq
A v 015 réſiſté , Monfieur ,
jufques ici à toutes vos Coqué
teries ; mais il faut avoüer fa foi
bleffe ; ' je n'ai jamais pû tenir con
tre le paté de Perdrix , dont vous
m'annoncez l'agréable arrivée par
votre Lettre. J'ai fenti avec plaifir
que mon appétit , & mon efto .
mach étoient en moi plus forts , que
l'amour propre ; tranfporté d'une
reconnoiffance gloutonne , qui m'a
tenu lieu d'entoufiafme ; je me
fuis écrié :
Vous dont le teint fleury respecté des
années
›
Fit toujours les fouhaits des beautés
furannées ,
46 LE NOUVEAU
Convive aimable Abbé .......
Qui veut,quelque cher qu'ilt'en coute
It toujours répandre du vin
Et toujours te donner la goute ,
Qui jamais ainfi n'aura fin :
Quand arriva l'Epitre votre ,
F'étois gizant fur le grabat ,
Et le Rhume qui tout abat ,
Tenoit Palaprat dans un autre ,
Gizant , comme moi , tout à plat,
Avonez que fans imprudence ,
Rimeurs en état fi piteux ,
Ne doivent rompre le filence ;
Car d'un corps foible , & langonren
L'efprit reffent la désadence,
Et le chagrin de la fouffrance ,
Eteint le brillant de ces feux
Qu'allument la fanté , les plaifirs
& les jeux,
་
Dans le fein de l'Intemperance :
Et puis Meffieurs les beaux efprits ,
Qui veut vous faire une réponse
Pus d'une fois fur fes Ecrits ;
Doit paffer la pierre de Ponce ,
Ainfi point ne ferai ſurpris ,
Que ces contretemps , ces obftacles
Ayent fait ceffer les Oracles ,
Que Bacchus rendoit an pourpris
MERCURE. 47
Du Temple ou fe faifoient miracles ,
Autant qu'à Temple de Paris .
N'allez pas croire au moins
Meffieurs , que j'aye voulu vous
faire une réponse en forme , ni méditée
, pour achever de me guéric
d'une fluxion horrible que j'ai eu
depuis un mois. Car , comme a tres
bien dit Mr Arroüet , Maudit eft
de Dieu , & bien malade , qui toujours
verfifie ; fi faut - il bien pour
tant , que je réponde deux mots à
ce favory d'Apollon.
Qui fous l'ombre d'une fleurette ,
Nous a tiré tout doucement ,
En badinant , une aiguillette,
Mais le tout avec agréement.
Pour vous , fucceffeur de Villon ,
Dont la Mufe toujours aimable ,
Fait de Sully, ce beau Vallon
Que nous a tant vanté la Fable:
Seachez que fi dans nos repas ,
Par quelque gentil Vaudeville
Nous avons reprimé les fats
Qui Jans nous innondoient la Ville į
famais notre malignité
-48 LE NOUVEAU
Ne fentit l'aigreur de la bile ;
Et jamais toute la gayeté
De noire Troupe encline à rire ,
Ne paffa jufqu'à l'aprété ,
De la plus legere fatire ;
Suivez ces utiles leçons
Et toujours occupè de plaire ;
Cueille au Jardin de Cythere ,
Des fleurs pour orner vos chansons
C'est là qu'Amour avec fa mere ,
Tient Ecole de fentiment !
Et répand certain enjoüement
Sur nos vers , & cette moleffe :
Ou ni les briliants , ni les traits
Ni toute la délicateße
De l'efprit , n'atteindra jamais ;
Et dont votre Muſo badine ,
De jours en jours plus libertine ,
Nous fait fentir tous les attraits,
En voilà trop pour un malade , &
même alfez pour un convalescent .
Quand à noftre Pere Prieur ,
Qui fans avertir fouvent pince
Fufqu'à fon bumble ferviteur ,
MERCURE . 49
Il ne veut plus être Rimeur ;
Et s'eft mis à faire le Prince
De fa table , qui n'eft pas mince,
A de joyeux compotateurs.
Il fait lui - même les honneurs
Mieux , qu'aucun Seigneur de
Province.
Il ne me refte qu'à prendre congé
de vous , Meffieurs , & à vous don
ner falut & benediction.
Dans votre fejour enchanté
Buvez frais , faites chere lie
Dieu vous donne prospérité ,
Son Paradis en l'autre vie
Dans celle- cy ,joie , & Santé ,
Goutez - bien votre oifiveté ,
Et bornez aux plaifirs , votre
Philofophie.
DE M ***
A M ***
Jjufq
A v 015 réſiſté , Monfieur ,
jufques ici à toutes vos Coqué
teries ; mais il faut avoüer fa foi
bleffe ; ' je n'ai jamais pû tenir con
tre le paté de Perdrix , dont vous
m'annoncez l'agréable arrivée par
votre Lettre. J'ai fenti avec plaifir
que mon appétit , & mon efto .
mach étoient en moi plus forts , que
l'amour propre ; tranfporté d'une
reconnoiffance gloutonne , qui m'a
tenu lieu d'entoufiafme ; je me
fuis écrié :
Vous dont le teint fleury respecté des
années
›
Fit toujours les fouhaits des beautés
furannées ,
46 LE NOUVEAU
Convive aimable Abbé .......
Qui veut,quelque cher qu'ilt'en coute
It toujours répandre du vin
Et toujours te donner la goute ,
Qui jamais ainfi n'aura fin :
Quand arriva l'Epitre votre ,
F'étois gizant fur le grabat ,
Et le Rhume qui tout abat ,
Tenoit Palaprat dans un autre ,
Gizant , comme moi , tout à plat,
Avonez que fans imprudence ,
Rimeurs en état fi piteux ,
Ne doivent rompre le filence ;
Car d'un corps foible , & langonren
L'efprit reffent la désadence,
Et le chagrin de la fouffrance ,
Eteint le brillant de ces feux
Qu'allument la fanté , les plaifirs
& les jeux,
་
Dans le fein de l'Intemperance :
Et puis Meffieurs les beaux efprits ,
Qui veut vous faire une réponse
Pus d'une fois fur fes Ecrits ;
Doit paffer la pierre de Ponce ,
Ainfi point ne ferai ſurpris ,
Que ces contretemps , ces obftacles
Ayent fait ceffer les Oracles ,
Que Bacchus rendoit an pourpris
MERCURE. 47
Du Temple ou fe faifoient miracles ,
Autant qu'à Temple de Paris .
N'allez pas croire au moins
Meffieurs , que j'aye voulu vous
faire une réponse en forme , ni méditée
, pour achever de me guéric
d'une fluxion horrible que j'ai eu
depuis un mois. Car , comme a tres
bien dit Mr Arroüet , Maudit eft
de Dieu , & bien malade , qui toujours
verfifie ; fi faut - il bien pour
tant , que je réponde deux mots à
ce favory d'Apollon.
Qui fous l'ombre d'une fleurette ,
Nous a tiré tout doucement ,
En badinant , une aiguillette,
Mais le tout avec agréement.
Pour vous , fucceffeur de Villon ,
Dont la Mufe toujours aimable ,
Fait de Sully, ce beau Vallon
Que nous a tant vanté la Fable:
Seachez que fi dans nos repas ,
Par quelque gentil Vaudeville
Nous avons reprimé les fats
Qui Jans nous innondoient la Ville į
famais notre malignité
-48 LE NOUVEAU
Ne fentit l'aigreur de la bile ;
Et jamais toute la gayeté
De noire Troupe encline à rire ,
Ne paffa jufqu'à l'aprété ,
De la plus legere fatire ;
Suivez ces utiles leçons
Et toujours occupè de plaire ;
Cueille au Jardin de Cythere ,
Des fleurs pour orner vos chansons
C'est là qu'Amour avec fa mere ,
Tient Ecole de fentiment !
Et répand certain enjoüement
Sur nos vers , & cette moleffe :
Ou ni les briliants , ni les traits
Ni toute la délicateße
De l'efprit , n'atteindra jamais ;
Et dont votre Muſo badine ,
De jours en jours plus libertine ,
Nous fait fentir tous les attraits,
En voilà trop pour un malade , &
même alfez pour un convalescent .
Quand à noftre Pere Prieur ,
Qui fans avertir fouvent pince
Fufqu'à fon bumble ferviteur ,
MERCURE . 49
Il ne veut plus être Rimeur ;
Et s'eft mis à faire le Prince
De fa table , qui n'eft pas mince,
A de joyeux compotateurs.
Il fait lui - même les honneurs
Mieux , qu'aucun Seigneur de
Province.
Il ne me refte qu'à prendre congé
de vous , Meffieurs , & à vous don
ner falut & benediction.
Dans votre fejour enchanté
Buvez frais , faites chere lie
Dieu vous donne prospérité ,
Son Paradis en l'autre vie
Dans celle- cy ,joie , & Santé ,
Goutez - bien votre oifiveté ,
Et bornez aux plaifirs , votre
Philofophie.
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26
p. 51-56
EPITRE DE Mr AROUET A M***
Début :
Ayant reconnu que l'ordre que je me suis prescrit dans / O Vous l'Anacreon du Temple ! [...]
Mots clefs :
Temple, Volupté, Vers, Château, Esprits, Dieux, Apollon, Oraison, Chapelle, Coeur, Ombre, Épicurien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE Mr AROUET A M***
AYant reconnu que l'ordre que
je me fuis preferit dans le Mercure
de Mars , n'a point été improuvé ;
je continuerai volontiers à m'y conformer
dans celui -ci. C'est ce qui
m'engage à faire fucceder à l'Apologie
que l'on vient de lire
trois Piéces de Vers fuivantes . La
premiere qui eft de Mr Arouet, a été
écrite de Sully , où il avoit été relegué
par ordre de Mgr le Duc Régent
. On ne s'apperçoit point du
rout que la Mufe fleurie de ce jeune
Poëte , ait perdu dans la folitude
aucune des graces légères , qui le
mettent à côté de Mrs de la Chapelle
& de Bachaumont.
EPITRE DE M AROUET
A M ***
O
Vous l'Anacreon du Temple!
O vous le fage fi vanté !
Qui nous préchez la volupté
E ij
521 LE MERCURE
Par vos Vers, & par vôtre exenple
:
Vous , dont leLuth délicieux ,
Quand la goute au lit vous
condamne ,
Rend des fons auffi gratieux ,
Que quand vous chantés la To-
CANE ,
Affis à la Table des Dieux.
Je vous écris , Monfieur , du féjour
du monde le plus aimable , fi
je n'y étois point éxilé , & dans lequel
il ne me manque , pour être
hûreux , que d'en pouvoir fortir
c'est ici que CHAPELLE a demeuré
deux ans de fuite : Mais
il n'y étoit point par ordre du Roy ;
je voudrois bien qu'il eut laiffé
dans ce Château , un peu de fon
génie ; cela accommoderoit fort
un homme qui veut vous écrire ;
mais comme on affûre qu'il vous
l'a légué tout entier , j'ay été obligé
de recourir à lui -même.
Et dans une Tour affez fombre
D'AVRIL. 53
Du Château qu'habita jadis
Le plus badin des beaux Efprits ,
Uubeaufoir j'évoquai fon ombre .
Aux Déitez des fombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ût fait un Prêtre des
Dieux ,
Ou quelque vieille PITONISSE.
Il n'y faut pas tant de façon
Pour uneOmbre aimable &légere,
C'est bien affez d'une Chanfon ;
Et c'est tout ce que je puis faire.
En impromptu je lui dis donc ,
Eh ! de grace , Monfieur Chapelle
,
Quittez le Manoir de Pluton ,
Pour un Rimeur qui vous apelle.
Mais non fur la Voute éternelle
Les Dieux vous ont reçûs , dit-on ,
Et vous ont mis entre Apollon ,
Et le fils jouflu de SEMELLE.
Du haut de ce divin Canton
Defcendez donc Monfieur Chapelle.
Cette familiere oraiſon
Dans la demeure fortunée
Reçûr quelque approbation ,
E iij
54 LE MERCURE
•
.
Car enfin , quoique mal tournée ,
Elle fut faite en vôtre nom.
Chapelle en ce moment- là donc ,
M'aparut par la cheminée ,
Je fus bien-tôt , à fon aproche,
Saifi d'un mouvement divin ,
Car il avoit fa Lire en main ,
Et fon Gaffendi dans fa poche.
Il s'apuyoit fur BACHAUMONT ,
Dont il fe fervit pour fecond
Dans le recit de ce voyage ,
Qui du plus charmant badinage
Eft la plus charmante Leçon.
Je vous diray pourtant en confidence
, & fi la poſte ne me preffoit
pas , je vous le rimerois ; CE
BACHAUMONT , n'eft pas trop
content de CHAPELLE , il fe
plaint qu'aprés avoir travaillé tout
deux au même ouvrage ; Chapelle
lui a volé la moitié de la réputation
qui lui en revenoit & prétend
que c'est à tort , que le nom de fon
Compagnon a étouffé le fien ; car
c'eft moy, me dit - il tout bas, qui
ai fait les plus jolies choſes du Voyage
témoins ces Vers.
D'AVRIL .
SS
» Sous ce Berceau qu'Amour ex-
">
"
""
"9
"
"
"
prés
Fit pour toucher quelque Inhumaine
,
L'un de nous deux un jour au
frais ,
Affis prés de cette Fontaine ,
Le coeur percé de mille traits ,
D'une main qu'il portoit à peine
Grava ces Vers fur un Ciprés.
Hélas que l'on feroit heureux
Dans ce beau Lieu digne d'envie,
Si toûjours aimé de Silvie ,
L'on pouvoit toûjours amoureux
Avec Elle paffer la vie!
Mais il ne s'agit pas ici de rendre
juftice à ces deux Meffieurs :
Il fuffit de vous dire que je m'adreffay
à Chapelle , pour lui demander
comme s'y prenoit dans
le monde autrefois.
.
Pour chantertoujours fur la Lire
Ces Vers ailés , ces Vers coulans ,
De la Nature heureux Enfans ,
Où l'art ne trouva rien à dirė .
56
LE
MERCURE
L'Amour , me dit - il , & le vin
Autrefois me firent connoître
Les graces de cet Art divin ;
Puis à * * * l'Epicurien
Je fervis quelque tems de Maître ,
Il faut que CHAULIEU foit le tien.
Vous voilà donc engagé , Monfieur
, à avoir de la bonté pour moi,
en faveur d'une Ombre dont la
Recommandation doit être excellente
auprés de vous.
je me fuis preferit dans le Mercure
de Mars , n'a point été improuvé ;
je continuerai volontiers à m'y conformer
dans celui -ci. C'est ce qui
m'engage à faire fucceder à l'Apologie
que l'on vient de lire
trois Piéces de Vers fuivantes . La
premiere qui eft de Mr Arouet, a été
écrite de Sully , où il avoit été relegué
par ordre de Mgr le Duc Régent
. On ne s'apperçoit point du
rout que la Mufe fleurie de ce jeune
Poëte , ait perdu dans la folitude
aucune des graces légères , qui le
mettent à côté de Mrs de la Chapelle
& de Bachaumont.
EPITRE DE M AROUET
A M ***
O
Vous l'Anacreon du Temple!
O vous le fage fi vanté !
Qui nous préchez la volupté
E ij
521 LE MERCURE
Par vos Vers, & par vôtre exenple
:
Vous , dont leLuth délicieux ,
Quand la goute au lit vous
condamne ,
Rend des fons auffi gratieux ,
Que quand vous chantés la To-
CANE ,
Affis à la Table des Dieux.
Je vous écris , Monfieur , du féjour
du monde le plus aimable , fi
je n'y étois point éxilé , & dans lequel
il ne me manque , pour être
hûreux , que d'en pouvoir fortir
c'est ici que CHAPELLE a demeuré
deux ans de fuite : Mais
il n'y étoit point par ordre du Roy ;
je voudrois bien qu'il eut laiffé
dans ce Château , un peu de fon
génie ; cela accommoderoit fort
un homme qui veut vous écrire ;
mais comme on affûre qu'il vous
l'a légué tout entier , j'ay été obligé
de recourir à lui -même.
Et dans une Tour affez fombre
D'AVRIL. 53
Du Château qu'habita jadis
Le plus badin des beaux Efprits ,
Uubeaufoir j'évoquai fon ombre .
Aux Déitez des fombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ût fait un Prêtre des
Dieux ,
Ou quelque vieille PITONISSE.
Il n'y faut pas tant de façon
Pour uneOmbre aimable &légere,
C'est bien affez d'une Chanfon ;
Et c'est tout ce que je puis faire.
En impromptu je lui dis donc ,
Eh ! de grace , Monfieur Chapelle
,
Quittez le Manoir de Pluton ,
Pour un Rimeur qui vous apelle.
Mais non fur la Voute éternelle
Les Dieux vous ont reçûs , dit-on ,
Et vous ont mis entre Apollon ,
Et le fils jouflu de SEMELLE.
Du haut de ce divin Canton
Defcendez donc Monfieur Chapelle.
Cette familiere oraiſon
Dans la demeure fortunée
Reçûr quelque approbation ,
E iij
54 LE MERCURE
•
.
Car enfin , quoique mal tournée ,
Elle fut faite en vôtre nom.
Chapelle en ce moment- là donc ,
M'aparut par la cheminée ,
Je fus bien-tôt , à fon aproche,
Saifi d'un mouvement divin ,
Car il avoit fa Lire en main ,
Et fon Gaffendi dans fa poche.
Il s'apuyoit fur BACHAUMONT ,
Dont il fe fervit pour fecond
Dans le recit de ce voyage ,
Qui du plus charmant badinage
Eft la plus charmante Leçon.
Je vous diray pourtant en confidence
, & fi la poſte ne me preffoit
pas , je vous le rimerois ; CE
BACHAUMONT , n'eft pas trop
content de CHAPELLE , il fe
plaint qu'aprés avoir travaillé tout
deux au même ouvrage ; Chapelle
lui a volé la moitié de la réputation
qui lui en revenoit & prétend
que c'est à tort , que le nom de fon
Compagnon a étouffé le fien ; car
c'eft moy, me dit - il tout bas, qui
ai fait les plus jolies choſes du Voyage
témoins ces Vers.
D'AVRIL .
SS
» Sous ce Berceau qu'Amour ex-
">
"
""
"9
"
"
"
prés
Fit pour toucher quelque Inhumaine
,
L'un de nous deux un jour au
frais ,
Affis prés de cette Fontaine ,
Le coeur percé de mille traits ,
D'une main qu'il portoit à peine
Grava ces Vers fur un Ciprés.
Hélas que l'on feroit heureux
Dans ce beau Lieu digne d'envie,
Si toûjours aimé de Silvie ,
L'on pouvoit toûjours amoureux
Avec Elle paffer la vie!
Mais il ne s'agit pas ici de rendre
juftice à ces deux Meffieurs :
Il fuffit de vous dire que je m'adreffay
à Chapelle , pour lui demander
comme s'y prenoit dans
le monde autrefois.
.
Pour chantertoujours fur la Lire
Ces Vers ailés , ces Vers coulans ,
De la Nature heureux Enfans ,
Où l'art ne trouva rien à dirė .
56
LE
MERCURE
L'Amour , me dit - il , & le vin
Autrefois me firent connoître
Les graces de cet Art divin ;
Puis à * * * l'Epicurien
Je fervis quelque tems de Maître ,
Il faut que CHAULIEU foit le tien.
Vous voilà donc engagé , Monfieur
, à avoir de la bonté pour moi,
en faveur d'une Ombre dont la
Recommandation doit être excellente
auprés de vous.
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27
p. 44-45
EPIGRAMME, A M. D. F.
Début :
Mordant mes doigts au metier de la Rime, [...]
Mots clefs :
Rime, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME, A M. D. F.
EPIGRAMME ,
A M. D. F.
Mordant mes doigts au metier de
la kime,
Vint Appollon pour mefolacier ,
En me diſant; si tu veux faire efcrime
,
Asôtre fils il faut t'aſſocier ;
Lors, dis-je en moi , pourme fortifier,
Quel est ce fils?N'est-ce point FONTENELLE
?
DE JUILLET. 45
1
3
Tôt je le prens pour guide & pour
modelle;
Puis, à Phébus vais montrer mes
écrits ,
Oh ! Oh ! dit-il, en lifant mon Libelle
,
As tudéja pris leçon de mon fils ?
A M. D. F.
Mordant mes doigts au metier de
la kime,
Vint Appollon pour mefolacier ,
En me diſant; si tu veux faire efcrime
,
Asôtre fils il faut t'aſſocier ;
Lors, dis-je en moi , pourme fortifier,
Quel est ce fils?N'est-ce point FONTENELLE
?
DE JUILLET. 45
1
3
Tôt je le prens pour guide & pour
modelle;
Puis, à Phébus vais montrer mes
écrits ,
Oh ! Oh ! dit-il, en lifant mon Libelle
,
As tudéja pris leçon de mon fils ?
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28
p. 130-133
A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Je me flate que M. le Chevalier de Saint Jory ne / Un jour à la Table des Dieux, [...]
Mots clefs :
Muse, Parnasse, Berger, Amour, Apollon, Querelle, Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Je me flate que M. le Chevalier
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
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29
p. 2022-2032
Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Août, veille de la Fête de Saint Louis, l'Opera Comique donna une petite [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Amour, Paris, Dieu, Reine, Province, Roi, Apollon, Vaudeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 24. Août , veille de la Fête de Saint
Louis , l'Opera Comique donna une petite
Piece nouvelle d'un Acte , en Vaudeville
, intitulée Le Bouquet du Roi , à la
quelle on a fait depuis quelques augmentations
à l'occafion de la Ñaiffance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , Cette Piéce
eft de M. Panard , & la Mufique de M.
Gillier: en voici en peu de mots le Sujet.
Premiere Entrée,
La Ville de Paris perſonifiée , accom→
pagnée de fa fuite , invite fes habitans à
celebrer la Fête du Roi , & chante fur
l'Air : F'entends déja le bruit des armes,
A chanter un fi digne Maître
Tout doit nous porter aujourd'hui ;
Les Dieux même nous font connoître
Qu'ils
SEPTEMBRE. 1730. 2023
Qu'ils fe font déclarés pour lui ,
Et le Prince qui vient de naître
Eft un gage de leur appui.
C'est là le Bouquet que le Ciel lui refer
voit , ajoûte la Ville de Paris ; après quoi
on chante':
Que des Dieux la bonté fouveraine
A fur nous répandu de bienfaits !
D'un Roi charmant , d'une charmante Reine
Nous fommes les enfans plutôt que les Sujets.
Les coeurs , dès qu'on le voit , font à lui fans reſerve
;
Chez elle les vertus ont fixé leur féjour ;
Elle eft l'image de Minerve ;
Il eft l'image de l'Amour.
Les Habitans de Paris forment enfuite
le Divertiſſement , & expriment leur joye
par des danfes & c.
Seconde Entrée.
Les Députés des principales Provinces
de France viennent fe joindre à la Ville
de Paris pour mêler leur joye à la fienne,
& forment chacune un nouveau Balet
dans leur different caractere ; après quoi
le Député de la Normandie chante le
Couplet fuivant , fur l'Air : Pierre Bagnolet
Fij Heu
2024 MERCURE DE FRANCE
Heureux qui fera l'apanage
Du nouveau fils de notre Roi.
La Gascogne,
N'efperez pas cet avantage ;
Vous ne l'aurez pas fur ma foi ;
Ce fera moi.
La Ville de Paris voyant arriver le Député
de la Province d'Anjou , acheve de
chanter l'Air,
Ne conteftez pas davantage ,
Cedez à celui que je voi .
Ce Député chante ces paroles avec ur
Accompagnement de Fanfares.
Triomphe , victoire ;
Honneur à l'Anjou ;
D'ici jufqu'au Perou ,
Que tout chante ma gloire,
Triomphe Victoire &c.
Votre difpute eft vaïne ,
Vous perdez votre peine ;
C'eſt à moi qu'eft deſtiné
Le Prince nouveau né.
Triomphe Victoire &c.
Les autres Provinces paroiffent fort
confternées de cette préference ; la Ville
de Paris leur dit de ne pas s'en allarmer
&
SEPTEMBRE . 1730. 2025
& chante fur l'Air , O reguinqué :
Le Ciel qui vous protege tous
Ne veut point faire de jaloux ;
Allez , allez , raffurez-vous ;
Vous verrez que chaque Province
L'une après l'autre aura fon Prince.
Le Député de la Gascogne répond , Oh!
pour moi je lui cede volontiers le pas , &
chante fur l'Air : Ma raifon s'en va beau
train :
Me
Un deſtin plus rare un jour
payera de mon amour.
*
Toi qui t'applaudis
Des fils de Louis ,
Tu n'as que le deuxième ,
Pour ma Province , Cadedis ,
On garde le douziéme ,
Lon la ,
On garde le douziéme.
Toutes les Provinces fe retirent après
le Divertiffement .
Troifiéme Entrée des Arts.
Cette Entrée eft précedée de trois Scenes.
Dans la premiere , l'Opera Comique
fe plaint à la Ville de ce qu'elle ne l'hos
nore plus de fes vifites dans le Fauxbourg,
* Regardant l'Anjou,
F iij la
2026 MERCURE DE FRANCE
la Ville lui répond qu'elle a de plus juftes
reproches à lui faire , & chante fur l'Air
de foconde :
Tandis que tous mes habitans
Pour un Roi qu'ils cheriffent
Font voir des tranſports éclatans
Dont les Cieux retentiffent ,
L'Opera Comique fe tait ;
It eft dans l'indolence ;
Lui que j'ai vu le premier prêt :
D'où vient donc ce filence
J
L'Opera Comique lui répond qu'il ne
mérite point ce reproche , & qu'il n'a
jamais eu tant de zele : Jugez en , dit-il
par ce que j'ai fait ; s'agiffant d'une matiere
auffi importante ,j'ai cru ... & chante fur
l'Air : M. le Prevêt des Marchands :
Qu'il falloit au facré Valon
Chercher le fecours d'Apollon ;
J'ai choifi pour cette Ambaffade
De mes Acteurs le plus cheri ,
Quoique mon Théatre malade
Ait peine à fe paffer de lui.
Pierot arrive , & fait un recit Comique
de fa reception au Parnaffe , & dit qu'Apollon
étoit fi fort occupé à chaffer la
Profe qui inondoit le facré Valon , qu'il
n'a
SEPTEMBRE. 1730. 2027
n'a pû tirer aucun fecours de lui : A qui
donc auraisje recours ? dit l'Opera Comi
que : A moi , répond l'Amour , qui en
tre dans ce moment fur la ſcene , & chante
fur l'Air : Les filles font fi fottes , lon la :
D'Apollon eft-ce là l'emploi ?
Non , ne vous addreffez qu'à moi ,
Seul je puis vous fuffire.
Tout ce qu'on fait pour votre Roi ,
C'est l'Amour qui l'inſpire ,
Lon la ,
C'est l'Amour & c.
Pourquoi chercher d'autre fecours que le
mien ?dit l'Amour à Pierot , avez - vous
oublié ce que j'ai fait pour vous l'année paf
fe , & chante fur l'Air des Triolets :
N'eft- ce pas moi qui l'an paffé
Pour un Maitre fi débonaire
Vous fit rifquer un coup d'effai
N'est-ce pas moi qui l'an paffé ,
Rechaufai votre coeur glacé ,
Par la crainte de lui déplaire.
N'eft-ce pas moi qui l'an paffé
Dictai l'Hopegué , ma Comere.
L'Amour promet enfuite à Pierot d'aller
prefenter au Roi leurs voeux & leurs
hommages après qu'il aura affifté à la
Fiiij Fête
2028 MERCURE DE FRANCE
Fête que les Arts vont donner , à laquelle
il doit préfider , & chante fnr un Air
nouveau :
L'Amour par ma voix vous appelle ,
Beaux Arts , fignalez votre zele ,
Formez un Monument qui de ce jour heureux
Confacre la mémoire ;
Difputez-vous la gloire
De feconder nos foins & d'embellir nos jeux."
L'Amour fe met à la tête des Arts qui
font une marche , après laquelle ils élevent
un Trophée à la gloire du Roi . C'eſt
une espece d'Obelifque de 12. piés de haut,
terminé par deux Lys , figurant le Roi
& la Reine , & cinq boutons de Lys , figurant
la Famille Royale. Au deffous eft
un Globe tranfparent, avec ces mots, Non
deerunt. Le pied de l'Obelifque forme un
Entablement fur lequel les Arts pofent
chacun leurs Attributs , & au milieu on
voit deux riches bordures , garnies de
toiles , fur lesquelles la Peinture fait peindre
les Portraits du Roi & de la Reine.
Après qu'ils font finis , la Ville de Paris
chante ces paroles fur l'Air d'un Menuet
nouveau :
De ceux qui regnent ſur nous
Voyez vous
L'auSEPTEMBRE.
1730. 2829.
·
L'augufte & brillante image.
Que chacun dans ce beau jour,
¡ Afon tour
Vienne lui rendre hommage..
De ces Aftres les doux regards
Vous font un heureux partage ;
Leur regne eft celui des beaux Arts.
La Décoration du Trophée a été trouvée
très bien imaginée , & parfaitement
bien executée.
Tous les Arts forment un Balet
general
; il eft fuivi d'un Vaudeville , dont
voici quelques Couplets.
La Mufique
Je fuis cet Art mélodietix
Qui forme l'harmonie ;
Souvent les Heros & les Dieux
Occupent mon génie ;
Mais jamais avec tant d'ardeur ,
Je n'exerce ma Lyre
Que quand je chante la douceur
Reine , de votre Empire.
La Peinture.
C'eft moi dont l'Art ingénieux
Imite la Nature ;
De tout ce qu'on voit fous les Cieux
Je trace la figure ;
F Souvent
2030 MERCURE DE FRANCE
Souvent pour peindre votre Roi ,
Je me mets à l'ouvrage ;
Mais l'Amour encor mieux que
En fçait graver l'image.
L'Aftrologie.
Dans les Aftres je lis fans fin,
C'eft moi qui les confulte ;
Ils m'ont appris que le Dauphin
Caufera du tumulte ;
moi
Rempli des charmes les plus dour
Je prévoi qu'il doit rendre
La moitié du monde jaloux
Et l'autre moitié tendre.
La Navigation.
Mon partage eft de naviguer ,
C'eſt à quoi je préfide ,
Jeunes Marins , venez voguer ,
Je ferai votre guide ,
Vous ne payerez point le tribut
Aux caprices d'Eole ,
Et pour vous mener droit au bur
Je porte la Boufole.
L'Art Militaire.
Servez un Prince aimé des Dieux ,
Venez , Jeuneffe aimable ,
Autant qu'il eft charmant , je veux
La
SEPTEMBRE. 1730. 2031
Le rendre redoutable ;
Si tôt que je vois l'Ennemi
Ma contenance eft fiere ,
Et mon oeil jamais endormi
Garde bien la Frontiere.
L'Art de plaire.
Du fecret de parler au coeur
Je fuis dépofitaire ;
Par un regard doux & flatteur
Je montre l'Art de plaire ;
Mais je croi que de mes Leçons
On n'aura point affaire ;
Car ce bel Art eft aux Bourbons
Un Art hereditaire.
Pierrot an Partere.
Si le Prince que nous chantons ,
Meffieurs , vous intereffe ,
Pour le prouver dans nos Cantons
Faites voir plus de preffe ;
Venez, & qu'un fi beau fujet
Pour nos jeux vous reveille ;
Nous vous faifons voir fon Portrait ,
Rendez-nous la pareille,
On trouvera l'Air noté avec la Chanfon
page 2020.
Le premier Septembre on donna ce
F vj
fpecta2032
MERCURE DE FRANCE
fpectacle gratis à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc D'ANJOU
On joija la Comédie des Deux Suivantes
dont il a été parlé , & le Bouquet du Roi
Il y eut le même jour Bal dans l'enclos de
la Foire , & des Illuminations . Tout s'y
pafla fans defordre , & au grand contentement
d'une multitude de peuples
que ces Réjouiffances avoient attires , tant
de la Ville , que du Fauxbourg.
Le 5. le même Opera Comique donna
la premiere Repréſentation de deux Piéces
nouvelles en un Acte chacune ; la
premiere a pour titre L'Amour Marin ,
& l'autre L'Esperance , en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , de la compofition
de M. Gillier,
Louis , l'Opera Comique donna une petite
Piece nouvelle d'un Acte , en Vaudeville
, intitulée Le Bouquet du Roi , à la
quelle on a fait depuis quelques augmentations
à l'occafion de la Ñaiffance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , Cette Piéce
eft de M. Panard , & la Mufique de M.
Gillier: en voici en peu de mots le Sujet.
Premiere Entrée,
La Ville de Paris perſonifiée , accom→
pagnée de fa fuite , invite fes habitans à
celebrer la Fête du Roi , & chante fur
l'Air : F'entends déja le bruit des armes,
A chanter un fi digne Maître
Tout doit nous porter aujourd'hui ;
Les Dieux même nous font connoître
Qu'ils
SEPTEMBRE. 1730. 2023
Qu'ils fe font déclarés pour lui ,
Et le Prince qui vient de naître
Eft un gage de leur appui.
C'est là le Bouquet que le Ciel lui refer
voit , ajoûte la Ville de Paris ; après quoi
on chante':
Que des Dieux la bonté fouveraine
A fur nous répandu de bienfaits !
D'un Roi charmant , d'une charmante Reine
Nous fommes les enfans plutôt que les Sujets.
Les coeurs , dès qu'on le voit , font à lui fans reſerve
;
Chez elle les vertus ont fixé leur féjour ;
Elle eft l'image de Minerve ;
Il eft l'image de l'Amour.
Les Habitans de Paris forment enfuite
le Divertiſſement , & expriment leur joye
par des danfes & c.
Seconde Entrée.
Les Députés des principales Provinces
de France viennent fe joindre à la Ville
de Paris pour mêler leur joye à la fienne,
& forment chacune un nouveau Balet
dans leur different caractere ; après quoi
le Député de la Normandie chante le
Couplet fuivant , fur l'Air : Pierre Bagnolet
Fij Heu
2024 MERCURE DE FRANCE
Heureux qui fera l'apanage
Du nouveau fils de notre Roi.
La Gascogne,
N'efperez pas cet avantage ;
Vous ne l'aurez pas fur ma foi ;
Ce fera moi.
La Ville de Paris voyant arriver le Député
de la Province d'Anjou , acheve de
chanter l'Air,
Ne conteftez pas davantage ,
Cedez à celui que je voi .
Ce Député chante ces paroles avec ur
Accompagnement de Fanfares.
Triomphe , victoire ;
Honneur à l'Anjou ;
D'ici jufqu'au Perou ,
Que tout chante ma gloire,
Triomphe Victoire &c.
Votre difpute eft vaïne ,
Vous perdez votre peine ;
C'eſt à moi qu'eft deſtiné
Le Prince nouveau né.
Triomphe Victoire &c.
Les autres Provinces paroiffent fort
confternées de cette préference ; la Ville
de Paris leur dit de ne pas s'en allarmer
&
SEPTEMBRE . 1730. 2025
& chante fur l'Air , O reguinqué :
Le Ciel qui vous protege tous
Ne veut point faire de jaloux ;
Allez , allez , raffurez-vous ;
Vous verrez que chaque Province
L'une après l'autre aura fon Prince.
Le Député de la Gascogne répond , Oh!
pour moi je lui cede volontiers le pas , &
chante fur l'Air : Ma raifon s'en va beau
train :
Me
Un deſtin plus rare un jour
payera de mon amour.
*
Toi qui t'applaudis
Des fils de Louis ,
Tu n'as que le deuxième ,
Pour ma Province , Cadedis ,
On garde le douziéme ,
Lon la ,
On garde le douziéme.
Toutes les Provinces fe retirent après
le Divertiffement .
Troifiéme Entrée des Arts.
Cette Entrée eft précedée de trois Scenes.
Dans la premiere , l'Opera Comique
fe plaint à la Ville de ce qu'elle ne l'hos
nore plus de fes vifites dans le Fauxbourg,
* Regardant l'Anjou,
F iij la
2026 MERCURE DE FRANCE
la Ville lui répond qu'elle a de plus juftes
reproches à lui faire , & chante fur l'Air
de foconde :
Tandis que tous mes habitans
Pour un Roi qu'ils cheriffent
Font voir des tranſports éclatans
Dont les Cieux retentiffent ,
L'Opera Comique fe tait ;
It eft dans l'indolence ;
Lui que j'ai vu le premier prêt :
D'où vient donc ce filence
J
L'Opera Comique lui répond qu'il ne
mérite point ce reproche , & qu'il n'a
jamais eu tant de zele : Jugez en , dit-il
par ce que j'ai fait ; s'agiffant d'une matiere
auffi importante ,j'ai cru ... & chante fur
l'Air : M. le Prevêt des Marchands :
Qu'il falloit au facré Valon
Chercher le fecours d'Apollon ;
J'ai choifi pour cette Ambaffade
De mes Acteurs le plus cheri ,
Quoique mon Théatre malade
Ait peine à fe paffer de lui.
Pierot arrive , & fait un recit Comique
de fa reception au Parnaffe , & dit qu'Apollon
étoit fi fort occupé à chaffer la
Profe qui inondoit le facré Valon , qu'il
n'a
SEPTEMBRE. 1730. 2027
n'a pû tirer aucun fecours de lui : A qui
donc auraisje recours ? dit l'Opera Comi
que : A moi , répond l'Amour , qui en
tre dans ce moment fur la ſcene , & chante
fur l'Air : Les filles font fi fottes , lon la :
D'Apollon eft-ce là l'emploi ?
Non , ne vous addreffez qu'à moi ,
Seul je puis vous fuffire.
Tout ce qu'on fait pour votre Roi ,
C'est l'Amour qui l'inſpire ,
Lon la ,
C'est l'Amour & c.
Pourquoi chercher d'autre fecours que le
mien ?dit l'Amour à Pierot , avez - vous
oublié ce que j'ai fait pour vous l'année paf
fe , & chante fur l'Air des Triolets :
N'eft- ce pas moi qui l'an paffé
Pour un Maitre fi débonaire
Vous fit rifquer un coup d'effai
N'est-ce pas moi qui l'an paffé ,
Rechaufai votre coeur glacé ,
Par la crainte de lui déplaire.
N'eft-ce pas moi qui l'an paffé
Dictai l'Hopegué , ma Comere.
L'Amour promet enfuite à Pierot d'aller
prefenter au Roi leurs voeux & leurs
hommages après qu'il aura affifté à la
Fiiij Fête
2028 MERCURE DE FRANCE
Fête que les Arts vont donner , à laquelle
il doit préfider , & chante fnr un Air
nouveau :
L'Amour par ma voix vous appelle ,
Beaux Arts , fignalez votre zele ,
Formez un Monument qui de ce jour heureux
Confacre la mémoire ;
Difputez-vous la gloire
De feconder nos foins & d'embellir nos jeux."
L'Amour fe met à la tête des Arts qui
font une marche , après laquelle ils élevent
un Trophée à la gloire du Roi . C'eſt
une espece d'Obelifque de 12. piés de haut,
terminé par deux Lys , figurant le Roi
& la Reine , & cinq boutons de Lys , figurant
la Famille Royale. Au deffous eft
un Globe tranfparent, avec ces mots, Non
deerunt. Le pied de l'Obelifque forme un
Entablement fur lequel les Arts pofent
chacun leurs Attributs , & au milieu on
voit deux riches bordures , garnies de
toiles , fur lesquelles la Peinture fait peindre
les Portraits du Roi & de la Reine.
Après qu'ils font finis , la Ville de Paris
chante ces paroles fur l'Air d'un Menuet
nouveau :
De ceux qui regnent ſur nous
Voyez vous
L'auSEPTEMBRE.
1730. 2829.
·
L'augufte & brillante image.
Que chacun dans ce beau jour,
¡ Afon tour
Vienne lui rendre hommage..
De ces Aftres les doux regards
Vous font un heureux partage ;
Leur regne eft celui des beaux Arts.
La Décoration du Trophée a été trouvée
très bien imaginée , & parfaitement
bien executée.
Tous les Arts forment un Balet
general
; il eft fuivi d'un Vaudeville , dont
voici quelques Couplets.
La Mufique
Je fuis cet Art mélodietix
Qui forme l'harmonie ;
Souvent les Heros & les Dieux
Occupent mon génie ;
Mais jamais avec tant d'ardeur ,
Je n'exerce ma Lyre
Que quand je chante la douceur
Reine , de votre Empire.
La Peinture.
C'eft moi dont l'Art ingénieux
Imite la Nature ;
De tout ce qu'on voit fous les Cieux
Je trace la figure ;
F Souvent
2030 MERCURE DE FRANCE
Souvent pour peindre votre Roi ,
Je me mets à l'ouvrage ;
Mais l'Amour encor mieux que
En fçait graver l'image.
L'Aftrologie.
Dans les Aftres je lis fans fin,
C'eft moi qui les confulte ;
Ils m'ont appris que le Dauphin
Caufera du tumulte ;
moi
Rempli des charmes les plus dour
Je prévoi qu'il doit rendre
La moitié du monde jaloux
Et l'autre moitié tendre.
La Navigation.
Mon partage eft de naviguer ,
C'eſt à quoi je préfide ,
Jeunes Marins , venez voguer ,
Je ferai votre guide ,
Vous ne payerez point le tribut
Aux caprices d'Eole ,
Et pour vous mener droit au bur
Je porte la Boufole.
L'Art Militaire.
Servez un Prince aimé des Dieux ,
Venez , Jeuneffe aimable ,
Autant qu'il eft charmant , je veux
La
SEPTEMBRE. 1730. 2031
Le rendre redoutable ;
Si tôt que je vois l'Ennemi
Ma contenance eft fiere ,
Et mon oeil jamais endormi
Garde bien la Frontiere.
L'Art de plaire.
Du fecret de parler au coeur
Je fuis dépofitaire ;
Par un regard doux & flatteur
Je montre l'Art de plaire ;
Mais je croi que de mes Leçons
On n'aura point affaire ;
Car ce bel Art eft aux Bourbons
Un Art hereditaire.
Pierrot an Partere.
Si le Prince que nous chantons ,
Meffieurs , vous intereffe ,
Pour le prouver dans nos Cantons
Faites voir plus de preffe ;
Venez, & qu'un fi beau fujet
Pour nos jeux vous reveille ;
Nous vous faifons voir fon Portrait ,
Rendez-nous la pareille,
On trouvera l'Air noté avec la Chanfon
page 2020.
Le premier Septembre on donna ce
F vj
fpecta2032
MERCURE DE FRANCE
fpectacle gratis à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc D'ANJOU
On joija la Comédie des Deux Suivantes
dont il a été parlé , & le Bouquet du Roi
Il y eut le même jour Bal dans l'enclos de
la Foire , & des Illuminations . Tout s'y
pafla fans defordre , & au grand contentement
d'une multitude de peuples
que ces Réjouiffances avoient attires , tant
de la Ville , que du Fauxbourg.
Le 5. le même Opera Comique donna
la premiere Repréſentation de deux Piéces
nouvelles en un Acte chacune ; la
premiere a pour titre L'Amour Marin ,
& l'autre L'Esperance , en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , de la compofition
de M. Gillier,
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30
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Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, Extrait [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Août, veille de la Fête de Saint Louis, l'Opera Comique donna une petite [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Amour, Paris, Dieu, Reine, Province, Roi, Apollon, Vaudeville
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texteReconnaissance textuelle : Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, Extrait [titre d'après la table]
Le 24. Août , veille de la Fête de Saint
Louis , l'Opera Comique donna une petite
Piece nouvelle d'un Acte , en Vaudeville
, intitulée Le Bouquet du Roi , à la
quelle on a fait depuis quelques augmentations
à l'occafion de la Ñaiffance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , Cette Piéce
eft de M. Panard , & la Mufique de M.
Gillier: en voici en peu de mots le Sujet.
Premiere Entrée,
La Ville de Paris perſonifiée , accom→
pagnée de fa fuite , invite fes habitans à
celebrer la Fête du Roi , & chante fur
l'Air : F'entends déja le bruit des armes,
A chanter un fi digne Maître
Tout doit nous porter aujourd'hui ;
Les Dieux même nous font connoître
Qu'ils
SEPTEMBRE. 1730. 2023
Qu'ils fe font déclarés pour lui ,
Et le Prince qui vient de naître
Eft un gage de leur appui.
C'est là le Bouquet que le Ciel lui refer
voit , ajoûte la Ville de Paris ; après quoi
on chante':
Que des Dieux la bonté fouveraine
A fur nous répandu de bienfaits !
D'un Roi charmant , d'une charmante Reine
Nous fommes les enfans plutôt que les Sujets.
Les coeurs , dès qu'on le voit , font à lui fans reſerve
;
Chez elle les vertus ont fixé leur féjour ;
Elle eft l'image de Minerve ;
Il eft l'image de l'Amour.
Les Habitans de Paris forment enfuite
le Divertiſſement , & expriment leur joye
par des danfes & c.
Seconde Entrée.
Les Députés des principales Provinces
de France viennent fe joindre à la Ville
de Paris pour mêler leur joye à la fienne,
& forment chacune un nouveau Balet
dans leur different caractere ; après quoi
le Député de la Normandie chante le
Couplet fuivant , fur l'Air : Pierre Bagnolet
Fij Heu
2024 MERCURE DE FRANCE
Heureux qui fera l'apanage
Du nouveau fils de notre Roi.
La Gascogne,
N'efperez pas cet avantage ;
Vous ne l'aurez pas fur ma foi ;
Ce fera moi.
La Ville de Paris voyant arriver le Député
de la Province d'Anjou , acheve de
chanter l'Air,
Ne conteftez pas davantage ,
Cedez à celui que je voi .
Ce Député chante ces paroles avec ur
Accompagnement de Fanfares.
Triomphe , victoire ;
Honneur à l'Anjou ;
D'ici jufqu'au Perou ,
Que tout chante ma gloire,
Triomphe Victoire &c.
Votre difpute eft vaïne ,
Vous perdez votre peine ;
C'eſt à moi qu'eft deſtiné
Le Prince nouveau né.
Triomphe Victoire &c.
Les autres Provinces paroiffent fort
confternées de cette préference ; la Ville
de Paris leur dit de ne pas s'en allarmer
&
SEPTEMBRE . 1730. 2025
& chante fur l'Air , O reguinqué :
Le Ciel qui vous protege tous
Ne veut point faire de jaloux ;
Allez , allez , raffurez-vous ;
Vous verrez que chaque Province
L'une après l'autre aura fon Prince.
Le Député de la Gascogne répond , Oh!
pour moi je lui cede volontiers le pas , &
chante fur l'Air : Ma raifon s'en va beau
train :
Me
Un deſtin plus rare un jour
payera de mon amour.
*
Toi qui t'applaudis
Des fils de Louis ,
Tu n'as que le deuxième ,
Pour ma Province , Cadedis ,
On garde le douziéme ,
Lon la ,
On garde le douziéme.
Toutes les Provinces fe retirent après
le Divertiffement .
Troifiéme Entrée des Arts.
Cette Entrée eft précedée de trois Scenes.
Dans la premiere , l'Opera Comique
fe plaint à la Ville de ce qu'elle ne l'hos
nore plus de fes vifites dans le Fauxbourg,
* Regardant l'Anjou,
F iij la
2026 MERCURE DE FRANCE
la Ville lui répond qu'elle a de plus juftes
reproches à lui faire , & chante fur l'Air
de foconde :
Tandis que tous mes habitans
Pour un Roi qu'ils cheriffent
Font voir des tranſports éclatans
Dont les Cieux retentiffent ,
L'Opera Comique fe tait ;
It eft dans l'indolence ;
Lui que j'ai vu le premier prêt :
D'où vient donc ce filence
J
L'Opera Comique lui répond qu'il ne
mérite point ce reproche , & qu'il n'a
jamais eu tant de zele : Jugez en , dit-il
par ce que j'ai fait ; s'agiffant d'une matiere
auffi importante ,j'ai cru ... & chante fur
l'Air : M. le Prevêt des Marchands :
Qu'il falloit au facré Valon
Chercher le fecours d'Apollon ;
J'ai choifi pour cette Ambaffade
De mes Acteurs le plus cheri ,
Quoique mon Théatre malade
Ait peine à fe paffer de lui.
Pierot arrive , & fait un recit Comique
de fa reception au Parnaffe , & dit qu'Apollon
étoit fi fort occupé à chaffer la
Profe qui inondoit le facré Valon , qu'il
n'a
SEPTEMBRE. 1730. 2027
n'a pû tirer aucun fecours de lui : A qui
donc auraisje recours ? dit l'Opera Comi
que : A moi , répond l'Amour , qui en
tre dans ce moment fur la ſcene , & chante
fur l'Air : Les filles font fi fottes , lon la :
D'Apollon eft-ce là l'emploi ?
Non , ne vous addreffez qu'à moi ,
Seul je puis vous fuffire.
Tout ce qu'on fait pour votre Roi ,
C'est l'Amour qui l'inſpire ,
Lon la ,
C'est l'Amour & c.
Pourquoi chercher d'autre fecours que le
mien ?dit l'Amour à Pierot , avez - vous
oublié ce que j'ai fait pour vous l'année paf
fe , & chante fur l'Air des Triolets :
N'eft- ce pas moi qui l'an paffé
Pour un Maitre fi débonaire
Vous fit rifquer un coup d'effai
N'est-ce pas moi qui l'an paffé ,
Rechaufai votre coeur glacé ,
Par la crainte de lui déplaire.
N'eft-ce pas moi qui l'an paffé
Dictai l'Hopegué , ma Comere.
L'Amour promet enfuite à Pierot d'aller
prefenter au Roi leurs voeux & leurs
hommages après qu'il aura affifté à la
Fiiij Fête
2028 MERCURE DE FRANCE
Fête que les Arts vont donner , à laquelle
il doit préfider , & chante fnr un Air
nouveau :
L'Amour par ma voix vous appelle ,
Beaux Arts , fignalez votre zele ,
Formez un Monument qui de ce jour heureux
Confacre la mémoire ;
Difputez-vous la gloire
De feconder nos foins & d'embellir nos jeux."
L'Amour fe met à la tête des Arts qui
font une marche , après laquelle ils élevent
un Trophée à la gloire du Roi . C'eſt
une espece d'Obelifque de 12. piés de haut,
terminé par deux Lys , figurant le Roi
& la Reine , & cinq boutons de Lys , figurant
la Famille Royale. Au deffous eft
un Globe tranfparent, avec ces mots, Non
deerunt. Le pied de l'Obelifque forme un
Entablement fur lequel les Arts pofent
chacun leurs Attributs , & au milieu on
voit deux riches bordures , garnies de
toiles , fur lesquelles la Peinture fait peindre
les Portraits du Roi & de la Reine.
Après qu'ils font finis , la Ville de Paris
chante ces paroles fur l'Air d'un Menuet
nouveau :
De ceux qui regnent ſur nous
Voyez vous
L'auSEPTEMBRE.
1730. 2829.
·
L'augufte & brillante image.
Que chacun dans ce beau jour,
¡ Afon tour
Vienne lui rendre hommage..
De ces Aftres les doux regards
Vous font un heureux partage ;
Leur regne eft celui des beaux Arts.
La Décoration du Trophée a été trouvée
très bien imaginée , & parfaitement
bien executée.
Tous les Arts forment un Balet
general
; il eft fuivi d'un Vaudeville , dont
voici quelques Couplets.
La Mufique
Je fuis cet Art mélodietix
Qui forme l'harmonie ;
Souvent les Heros & les Dieux
Occupent mon génie ;
Mais jamais avec tant d'ardeur ,
Je n'exerce ma Lyre
Que quand je chante la douceur
Reine , de votre Empire.
La Peinture.
C'eft moi dont l'Art ingénieux
Imite la Nature ;
De tout ce qu'on voit fous les Cieux
Je trace la figure ;
F Souvent
2030 MERCURE DE FRANCE
Souvent pour peindre votre Roi ,
Je me mets à l'ouvrage ;
Mais l'Amour encor mieux que
En fçait graver l'image.
L'Aftrologie.
Dans les Aftres je lis fans fin,
C'eft moi qui les confulte ;
Ils m'ont appris que le Dauphin
Caufera du tumulte ;
moi
Rempli des charmes les plus dour
Je prévoi qu'il doit rendre
La moitié du monde jaloux
Et l'autre moitié tendre.
La Navigation.
Mon partage eft de naviguer ,
C'eſt à quoi je préfide ,
Jeunes Marins , venez voguer ,
Je ferai votre guide ,
Vous ne payerez point le tribut
Aux caprices d'Eole ,
Et pour vous mener droit au bur
Je porte la Boufole.
L'Art Militaire.
Servez un Prince aimé des Dieux ,
Venez , Jeuneffe aimable ,
Autant qu'il eft charmant , je veux
La
SEPTEMBRE. 1730. 2031
Le rendre redoutable ;
Si tôt que je vois l'Ennemi
Ma contenance eft fiere ,
Et mon oeil jamais endormi
Garde bien la Frontiere.
L'Art de plaire.
Du fecret de parler au coeur
Je fuis dépofitaire ;
Par un regard doux & flatteur
Je montre l'Art de plaire ;
Mais je croi que de mes Leçons
On n'aura point affaire ;
Car ce bel Art eft aux Bourbons
Un Art hereditaire.
Pierrot an Partere.
Si le Prince que nous chantons ,
Meffieurs , vous intereffe ,
Pour le prouver dans nos Cantons
Faites voir plus de preffe ;
Venez, & qu'un fi beau fujet
Pour nos jeux vous reveille ;
Nous vous faifons voir fon Portrait ,
Rendez-nous la pareille,
On trouvera l'Air noté avec la Chanfon
page 2020.
Le premier Septembre on donna ce
F vj
fpecta2032
MERCURE DE FRANCE
fpectacle gratis à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc D'ANJOU
On joija la Comédie des Deux Suivantes
dont il a été parlé , & le Bouquet du Roi
Il y eut le même jour Bal dans l'enclos de
la Foire , & des Illuminations . Tout s'y
pafla fans defordre , & au grand contentement
d'une multitude de peuples
que ces Réjouiffances avoient attires , tant
de la Ville , que du Fauxbourg.
Le 5. le même Opera Comique donna
la premiere Repréſentation de deux Piéces
nouvelles en un Acte chacune ; la
premiere a pour titre L'Amour Marin ,
& l'autre L'Esperance , en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , de la compofition
de M. Gillier,
Louis , l'Opera Comique donna une petite
Piece nouvelle d'un Acte , en Vaudeville
, intitulée Le Bouquet du Roi , à la
quelle on a fait depuis quelques augmentations
à l'occafion de la Ñaiffance de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , Cette Piéce
eft de M. Panard , & la Mufique de M.
Gillier: en voici en peu de mots le Sujet.
Premiere Entrée,
La Ville de Paris perſonifiée , accom→
pagnée de fa fuite , invite fes habitans à
celebrer la Fête du Roi , & chante fur
l'Air : F'entends déja le bruit des armes,
A chanter un fi digne Maître
Tout doit nous porter aujourd'hui ;
Les Dieux même nous font connoître
Qu'ils
SEPTEMBRE. 1730. 2023
Qu'ils fe font déclarés pour lui ,
Et le Prince qui vient de naître
Eft un gage de leur appui.
C'est là le Bouquet que le Ciel lui refer
voit , ajoûte la Ville de Paris ; après quoi
on chante':
Que des Dieux la bonté fouveraine
A fur nous répandu de bienfaits !
D'un Roi charmant , d'une charmante Reine
Nous fommes les enfans plutôt que les Sujets.
Les coeurs , dès qu'on le voit , font à lui fans reſerve
;
Chez elle les vertus ont fixé leur féjour ;
Elle eft l'image de Minerve ;
Il eft l'image de l'Amour.
Les Habitans de Paris forment enfuite
le Divertiſſement , & expriment leur joye
par des danfes & c.
Seconde Entrée.
Les Députés des principales Provinces
de France viennent fe joindre à la Ville
de Paris pour mêler leur joye à la fienne,
& forment chacune un nouveau Balet
dans leur different caractere ; après quoi
le Député de la Normandie chante le
Couplet fuivant , fur l'Air : Pierre Bagnolet
Fij Heu
2024 MERCURE DE FRANCE
Heureux qui fera l'apanage
Du nouveau fils de notre Roi.
La Gascogne,
N'efperez pas cet avantage ;
Vous ne l'aurez pas fur ma foi ;
Ce fera moi.
La Ville de Paris voyant arriver le Député
de la Province d'Anjou , acheve de
chanter l'Air,
Ne conteftez pas davantage ,
Cedez à celui que je voi .
Ce Député chante ces paroles avec ur
Accompagnement de Fanfares.
Triomphe , victoire ;
Honneur à l'Anjou ;
D'ici jufqu'au Perou ,
Que tout chante ma gloire,
Triomphe Victoire &c.
Votre difpute eft vaïne ,
Vous perdez votre peine ;
C'eſt à moi qu'eft deſtiné
Le Prince nouveau né.
Triomphe Victoire &c.
Les autres Provinces paroiffent fort
confternées de cette préference ; la Ville
de Paris leur dit de ne pas s'en allarmer
&
SEPTEMBRE . 1730. 2025
& chante fur l'Air , O reguinqué :
Le Ciel qui vous protege tous
Ne veut point faire de jaloux ;
Allez , allez , raffurez-vous ;
Vous verrez que chaque Province
L'une après l'autre aura fon Prince.
Le Député de la Gascogne répond , Oh!
pour moi je lui cede volontiers le pas , &
chante fur l'Air : Ma raifon s'en va beau
train :
Me
Un deſtin plus rare un jour
payera de mon amour.
*
Toi qui t'applaudis
Des fils de Louis ,
Tu n'as que le deuxième ,
Pour ma Province , Cadedis ,
On garde le douziéme ,
Lon la ,
On garde le douziéme.
Toutes les Provinces fe retirent après
le Divertiffement .
Troifiéme Entrée des Arts.
Cette Entrée eft précedée de trois Scenes.
Dans la premiere , l'Opera Comique
fe plaint à la Ville de ce qu'elle ne l'hos
nore plus de fes vifites dans le Fauxbourg,
* Regardant l'Anjou,
F iij la
2026 MERCURE DE FRANCE
la Ville lui répond qu'elle a de plus juftes
reproches à lui faire , & chante fur l'Air
de foconde :
Tandis que tous mes habitans
Pour un Roi qu'ils cheriffent
Font voir des tranſports éclatans
Dont les Cieux retentiffent ,
L'Opera Comique fe tait ;
It eft dans l'indolence ;
Lui que j'ai vu le premier prêt :
D'où vient donc ce filence
J
L'Opera Comique lui répond qu'il ne
mérite point ce reproche , & qu'il n'a
jamais eu tant de zele : Jugez en , dit-il
par ce que j'ai fait ; s'agiffant d'une matiere
auffi importante ,j'ai cru ... & chante fur
l'Air : M. le Prevêt des Marchands :
Qu'il falloit au facré Valon
Chercher le fecours d'Apollon ;
J'ai choifi pour cette Ambaffade
De mes Acteurs le plus cheri ,
Quoique mon Théatre malade
Ait peine à fe paffer de lui.
Pierot arrive , & fait un recit Comique
de fa reception au Parnaffe , & dit qu'Apollon
étoit fi fort occupé à chaffer la
Profe qui inondoit le facré Valon , qu'il
n'a
SEPTEMBRE. 1730. 2027
n'a pû tirer aucun fecours de lui : A qui
donc auraisje recours ? dit l'Opera Comi
que : A moi , répond l'Amour , qui en
tre dans ce moment fur la ſcene , & chante
fur l'Air : Les filles font fi fottes , lon la :
D'Apollon eft-ce là l'emploi ?
Non , ne vous addreffez qu'à moi ,
Seul je puis vous fuffire.
Tout ce qu'on fait pour votre Roi ,
C'est l'Amour qui l'inſpire ,
Lon la ,
C'est l'Amour & c.
Pourquoi chercher d'autre fecours que le
mien ?dit l'Amour à Pierot , avez - vous
oublié ce que j'ai fait pour vous l'année paf
fe , & chante fur l'Air des Triolets :
N'eft- ce pas moi qui l'an paffé
Pour un Maitre fi débonaire
Vous fit rifquer un coup d'effai
N'est-ce pas moi qui l'an paffé ,
Rechaufai votre coeur glacé ,
Par la crainte de lui déplaire.
N'eft-ce pas moi qui l'an paffé
Dictai l'Hopegué , ma Comere.
L'Amour promet enfuite à Pierot d'aller
prefenter au Roi leurs voeux & leurs
hommages après qu'il aura affifté à la
Fiiij Fête
2028 MERCURE DE FRANCE
Fête que les Arts vont donner , à laquelle
il doit préfider , & chante fnr un Air
nouveau :
L'Amour par ma voix vous appelle ,
Beaux Arts , fignalez votre zele ,
Formez un Monument qui de ce jour heureux
Confacre la mémoire ;
Difputez-vous la gloire
De feconder nos foins & d'embellir nos jeux."
L'Amour fe met à la tête des Arts qui
font une marche , après laquelle ils élevent
un Trophée à la gloire du Roi . C'eſt
une espece d'Obelifque de 12. piés de haut,
terminé par deux Lys , figurant le Roi
& la Reine , & cinq boutons de Lys , figurant
la Famille Royale. Au deffous eft
un Globe tranfparent, avec ces mots, Non
deerunt. Le pied de l'Obelifque forme un
Entablement fur lequel les Arts pofent
chacun leurs Attributs , & au milieu on
voit deux riches bordures , garnies de
toiles , fur lesquelles la Peinture fait peindre
les Portraits du Roi & de la Reine.
Après qu'ils font finis , la Ville de Paris
chante ces paroles fur l'Air d'un Menuet
nouveau :
De ceux qui regnent ſur nous
Voyez vous
L'auSEPTEMBRE.
1730. 2829.
·
L'augufte & brillante image.
Que chacun dans ce beau jour,
¡ Afon tour
Vienne lui rendre hommage..
De ces Aftres les doux regards
Vous font un heureux partage ;
Leur regne eft celui des beaux Arts.
La Décoration du Trophée a été trouvée
très bien imaginée , & parfaitement
bien executée.
Tous les Arts forment un Balet
general
; il eft fuivi d'un Vaudeville , dont
voici quelques Couplets.
La Mufique
Je fuis cet Art mélodietix
Qui forme l'harmonie ;
Souvent les Heros & les Dieux
Occupent mon génie ;
Mais jamais avec tant d'ardeur ,
Je n'exerce ma Lyre
Que quand je chante la douceur
Reine , de votre Empire.
La Peinture.
C'eft moi dont l'Art ingénieux
Imite la Nature ;
De tout ce qu'on voit fous les Cieux
Je trace la figure ;
F Souvent
2030 MERCURE DE FRANCE
Souvent pour peindre votre Roi ,
Je me mets à l'ouvrage ;
Mais l'Amour encor mieux que
En fçait graver l'image.
L'Aftrologie.
Dans les Aftres je lis fans fin,
C'eft moi qui les confulte ;
Ils m'ont appris que le Dauphin
Caufera du tumulte ;
moi
Rempli des charmes les plus dour
Je prévoi qu'il doit rendre
La moitié du monde jaloux
Et l'autre moitié tendre.
La Navigation.
Mon partage eft de naviguer ,
C'eſt à quoi je préfide ,
Jeunes Marins , venez voguer ,
Je ferai votre guide ,
Vous ne payerez point le tribut
Aux caprices d'Eole ,
Et pour vous mener droit au bur
Je porte la Boufole.
L'Art Militaire.
Servez un Prince aimé des Dieux ,
Venez , Jeuneffe aimable ,
Autant qu'il eft charmant , je veux
La
SEPTEMBRE. 1730. 2031
Le rendre redoutable ;
Si tôt que je vois l'Ennemi
Ma contenance eft fiere ,
Et mon oeil jamais endormi
Garde bien la Frontiere.
L'Art de plaire.
Du fecret de parler au coeur
Je fuis dépofitaire ;
Par un regard doux & flatteur
Je montre l'Art de plaire ;
Mais je croi que de mes Leçons
On n'aura point affaire ;
Car ce bel Art eft aux Bourbons
Un Art hereditaire.
Pierrot an Partere.
Si le Prince que nous chantons ,
Meffieurs , vous intereffe ,
Pour le prouver dans nos Cantons
Faites voir plus de preffe ;
Venez, & qu'un fi beau fujet
Pour nos jeux vous reveille ;
Nous vous faifons voir fon Portrait ,
Rendez-nous la pareille,
On trouvera l'Air noté avec la Chanfon
page 2020.
Le premier Septembre on donna ce
F vj
fpecta2032
MERCURE DE FRANCE
fpectacle gratis à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc D'ANJOU
On joija la Comédie des Deux Suivantes
dont il a été parlé , & le Bouquet du Roi
Il y eut le même jour Bal dans l'enclos de
la Foire , & des Illuminations . Tout s'y
pafla fans defordre , & au grand contentement
d'une multitude de peuples
que ces Réjouiffances avoient attires , tant
de la Ville , que du Fauxbourg.
Le 5. le même Opera Comique donna
la premiere Repréſentation de deux Piéces
nouvelles en un Acte chacune ; la
premiere a pour titre L'Amour Marin ,
& l'autre L'Esperance , en Vaudevilles ,
& des Divertiffemens , de la compofition
de M. Gillier,
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Résumé : Le Bouquet du Roi, Piece en Vaudeville, Extrait [titre d'après la table]
Le 24 août 1730, veille de la Fête de Saint Louis, l'Opéra Comique a présenté une pièce en vaudeville intitulée 'Le Bouquet du Roi' en l'honneur de la naissance du Duc d'Anjou. Cette pièce, écrite par M. Panard et accompagnée de la musique de M. Gillier, se compose de trois entrées. Dans la première entrée, la Ville de Paris, personnifiée et accompagnée de sa suite, invite ses habitants à célébrer la fête du roi. Elle chante les bienfaits du ciel et la joie apportée par la naissance du prince. Les habitants expriment leur allégresse par des danses. Dans la seconde entrée, les députés des principales provinces de France rejoignent la Ville de Paris pour partager leur joie. Chaque province forme un ballet et exprime son désir de voir le nouveau prince comme héritier. La Normandie et la Gascogne rivalisent pour cet honneur, mais la Ville de Paris assure que chaque province aura son prince. La troisième entrée est précédée de trois scènes. L'Opéra Comique se plaint à la Ville de Paris de ne plus être visité dans le faubourg. La Ville répond en reprochant à l'Opéra Comique son silence. L'Opéra Comique rétorque qu'il a toujours été zélé et raconte une visite au Parnasse où Apollon était occupé. L'Amour intervient alors, affirmant qu'il est le seul à pouvoir aider. Il promet d'aller présenter les vœux au roi après une fête des Arts. Les Arts, dirigés par l'Amour, élèvent un trophée à la gloire du roi, représentant la famille royale. La Ville de Paris chante ensuite l'image auguste et brillante des souverains. La décoration du trophée est bien imaginée et exécutée. Les Arts forment un ballet général suivi d'un vaudeville où chaque art exprime son rôle et son admiration pour le roi. Le 1er septembre, ce spectacle a été donné gratuitement à l'occasion de la naissance du Duc d'Anjou. La journée a également inclus une comédie, un bal et des illuminations, se déroulant sans désordre et au grand contentement du public. Le 5 septembre, l'Opéra Comique a présenté deux nouvelles pièces en un acte : 'L'Amour Marin' et 'L'Espérance'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 2273-2277
Le Caprice d'Erato, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 28. Septembre, l'Académie Royale de Musique reprit l'Opera d'Alcione, [...]
Mots clefs :
Apollon, Académie royale de musique, Chants, Erato
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Caprice d'Erato, &c. [titre d'après la table]
SPECTACLES.
E 28. Septembre , l'Académie Royale
de Mufique reprit l'Opera d'Alcione
dont on a donné l'Extrait dans le premier
volume du mois de Juin dernier ,
& le 8. de ce mois on en retrancha le Prologue,
& on donna à la place, à la fin de
la Piece , un Divertiffement d'un Acte ,
intitulé , Le Caprice d'Erato , lequel avoiť
été compofé l'année paffée à l'occafion
de la Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN.
Ce Divertiffement a été exccuté
plufieurs fois avec fuccès à la Cour , en
prefence de Leurs Majeftez : Les paroles
font de la compofition de M. Fufelier ,
& la Mufique de M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Mufique du Roi ; voici en
peu de mots le Sujet :
Erato & fes Eleves font entendre leurs
Chants dans des lieux que le Heros de la
France honore fouvent de fa prefence ;
Apollon même anime leurs Concerts,
Minerve vient leur annoncer un nouveau
fujet de fête ; c'eft la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin . Elle s'exprime ainfi :
Louis, à vos Concerts offre un objet nouveau ;
Il
2274 MERCURE DE FRANCE
Il vous donne un Dauphin ; tous les Dieux-l'environnent
;
Les Vertus gardent fon Berceau ;
Les Graces le couronnent .
Apollon ranime Erato & fes Eleves par
ces deux Vers :
Chantez ; de votre fort celebrez les appas ;
Mortels , tous les plaiſirs vont voler fur vos pas.
Minerve fe joint à Apollon , & fait une
feconde Invitation ; le Choeur repete les
deux Vers qu'Apollon a chantez. Erato
commence la Fête par ces Vers , qu'elle
adreffe à fes Eleves.
+3
Par mille Chants nouveaux,fignalons notre hom
mage ;
C'eft ainfi qu'Erato peut exprimer fes voeux
Terpficore , venez , embelliffez nos jeux.
De cent objets divers traçons ici l'image ;
Exprimons nos tranſports dans un caprice heu
reux .
Ces derniers Vers font l'expofition du
Divertiffement ; Terpficore feconde les
Chants d'Erato par fes Danfes legeres.
Erato.
De la faifon nouvelle ,
Je vais vous peindre le retour;
´
De
OCTOBRE. 1730. 2275
De Bergers amoureux , qu'une Troupe fidele ,
Vienne avec moi celebrer ce beau jour.
Après quelques Chants & quelques
Danfes, une Bergere chante cet Air :
Le Printems regne enfin dans ce charmant féjour;
En faveur des plaiſirs il ranime l'ombrage ;
Et déja l'Amant ſuit l'Amour
Qui l'appelle fous le feuillage.
>
Le caprice d'Erato s'étend jufqu'aux Enfers
; mais comme cette Mufe juge bien
qu'une Fête infernale ne convient pas au
fujet qu'elle veut celebrer , elle dit :
Reftez, Monftres affreux , dans le fond des En
fers ;
Refpectez les plaisirs qui charment l'Univers.
Ce bruit infernal lui donne occafion"
de faire regner le fommeil qui doit fervir
à le calmer. Au fommeil fuccedent des
Bacchantes ; une Eleve d'Erato chante ces
quatre Vers :
Bacchus , ne tarde pas ; regne , viens nous faifir ,
De ta douce folie , heureux qui fent les charmes ,
A la trifte Raifon tu ne ravis les armes ,
Que pour les donner au Plaifir .
Erato ordonne une Symphonie qui imi-
το
2276 MERCURE DE FRANCE
te le chant des Oifeaux : elle chante ces
quatre Vers :
Oifeaux , que vos Concerts m'enchantent fur ces
bords !
Vous chantez le Dieu qui m'engage ;
Lorfqu'on a de l'Amour éprouvé les tranſports ,
On entend bien votre langage.
Diane vient le joindre à la Fête ; on entend
une Fanfare de Cors de Chaffe ; on
chante ces deux Couplets :
Diane , tes Jeux ont fçu plaire ,
Au plus charmant des Rois ;
Depuis qu'on le voit dans les Bois ,
Il a fait oublier Adonis dans Cythere.
Amour , vous volez fur les traces ,
Du plus charmant des Rois :
Depuis qu'on le voit dans les Bois ,
Venus dans fes Jardins ne trouve plus les Graces:
Apollon invite Erato & fes Eleves à
fignaler toujours leur zele pour le Roi .
La Fête finit par ces Vers que Minerve
chante :
Zéphirs , quittez la Cour de Flore ,
Pour le beau Lys qui vient d'éclores
L'éclat de ce Lys précieux ,
Dans
OCTOBRE . 1730. 2277
2.
Dans cent climats va fe répandre ;
La terre pouvoit- elle attendre ,
Un plus riche préfent des Cieux ?
Zéphirs , &c.
Auprès de cette aimable Fleur ,
Volez fur les bords de la Seine
Et que votre plus douce haleine
Conferve à jamais fa fraîcheur;
Zéphirs , &c.
Ces Couplets font fuivis d'un Choeur
dont Apollon fournit le fujet.
E 28. Septembre , l'Académie Royale
de Mufique reprit l'Opera d'Alcione
dont on a donné l'Extrait dans le premier
volume du mois de Juin dernier ,
& le 8. de ce mois on en retrancha le Prologue,
& on donna à la place, à la fin de
la Piece , un Divertiffement d'un Acte ,
intitulé , Le Caprice d'Erato , lequel avoiť
été compofé l'année paffée à l'occafion
de la Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN.
Ce Divertiffement a été exccuté
plufieurs fois avec fuccès à la Cour , en
prefence de Leurs Majeftez : Les paroles
font de la compofition de M. Fufelier ,
& la Mufique de M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Mufique du Roi ; voici en
peu de mots le Sujet :
Erato & fes Eleves font entendre leurs
Chants dans des lieux que le Heros de la
France honore fouvent de fa prefence ;
Apollon même anime leurs Concerts,
Minerve vient leur annoncer un nouveau
fujet de fête ; c'eft la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin . Elle s'exprime ainfi :
Louis, à vos Concerts offre un objet nouveau ;
Il
2274 MERCURE DE FRANCE
Il vous donne un Dauphin ; tous les Dieux-l'environnent
;
Les Vertus gardent fon Berceau ;
Les Graces le couronnent .
Apollon ranime Erato & fes Eleves par
ces deux Vers :
Chantez ; de votre fort celebrez les appas ;
Mortels , tous les plaiſirs vont voler fur vos pas.
Minerve fe joint à Apollon , & fait une
feconde Invitation ; le Choeur repete les
deux Vers qu'Apollon a chantez. Erato
commence la Fête par ces Vers , qu'elle
adreffe à fes Eleves.
+3
Par mille Chants nouveaux,fignalons notre hom
mage ;
C'eft ainfi qu'Erato peut exprimer fes voeux
Terpficore , venez , embelliffez nos jeux.
De cent objets divers traçons ici l'image ;
Exprimons nos tranſports dans un caprice heu
reux .
Ces derniers Vers font l'expofition du
Divertiffement ; Terpficore feconde les
Chants d'Erato par fes Danfes legeres.
Erato.
De la faifon nouvelle ,
Je vais vous peindre le retour;
´
De
OCTOBRE. 1730. 2275
De Bergers amoureux , qu'une Troupe fidele ,
Vienne avec moi celebrer ce beau jour.
Après quelques Chants & quelques
Danfes, une Bergere chante cet Air :
Le Printems regne enfin dans ce charmant féjour;
En faveur des plaiſirs il ranime l'ombrage ;
Et déja l'Amant ſuit l'Amour
Qui l'appelle fous le feuillage.
>
Le caprice d'Erato s'étend jufqu'aux Enfers
; mais comme cette Mufe juge bien
qu'une Fête infernale ne convient pas au
fujet qu'elle veut celebrer , elle dit :
Reftez, Monftres affreux , dans le fond des En
fers ;
Refpectez les plaisirs qui charment l'Univers.
Ce bruit infernal lui donne occafion"
de faire regner le fommeil qui doit fervir
à le calmer. Au fommeil fuccedent des
Bacchantes ; une Eleve d'Erato chante ces
quatre Vers :
Bacchus , ne tarde pas ; regne , viens nous faifir ,
De ta douce folie , heureux qui fent les charmes ,
A la trifte Raifon tu ne ravis les armes ,
Que pour les donner au Plaifir .
Erato ordonne une Symphonie qui imi-
το
2276 MERCURE DE FRANCE
te le chant des Oifeaux : elle chante ces
quatre Vers :
Oifeaux , que vos Concerts m'enchantent fur ces
bords !
Vous chantez le Dieu qui m'engage ;
Lorfqu'on a de l'Amour éprouvé les tranſports ,
On entend bien votre langage.
Diane vient le joindre à la Fête ; on entend
une Fanfare de Cors de Chaffe ; on
chante ces deux Couplets :
Diane , tes Jeux ont fçu plaire ,
Au plus charmant des Rois ;
Depuis qu'on le voit dans les Bois ,
Il a fait oublier Adonis dans Cythere.
Amour , vous volez fur les traces ,
Du plus charmant des Rois :
Depuis qu'on le voit dans les Bois ,
Venus dans fes Jardins ne trouve plus les Graces:
Apollon invite Erato & fes Eleves à
fignaler toujours leur zele pour le Roi .
La Fête finit par ces Vers que Minerve
chante :
Zéphirs , quittez la Cour de Flore ,
Pour le beau Lys qui vient d'éclores
L'éclat de ce Lys précieux ,
Dans
OCTOBRE . 1730. 2277
2.
Dans cent climats va fe répandre ;
La terre pouvoit- elle attendre ,
Un plus riche préfent des Cieux ?
Zéphirs , &c.
Auprès de cette aimable Fleur ,
Volez fur les bords de la Seine
Et que votre plus douce haleine
Conferve à jamais fa fraîcheur;
Zéphirs , &c.
Ces Couplets font fuivis d'un Choeur
dont Apollon fournit le fujet.
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Résumé : Le Caprice d'Erato, &c. [titre d'après la table]
Le 28 septembre, l'Académie Royale de Musique a repris l'opéra 'Alcione'. Le 8 octobre, le prologue de cet opéra a été supprimé et remplacé par un divertissement intitulé 'Le Caprice d'Erato'. Ce divertissement avait été composé l'année précédente pour célébrer la naissance du Dauphin et avait déjà été exécuté avec succès à la cour en présence du roi et de la reine. Les paroles étaient de M. Fuzelier et la musique de M. de Blamont, surintendant de la musique du roi. Le sujet du divertissement met en scène Erato et ses élèves chantant dans des lieux honorés par le héros de la France. Apollon anime leurs concerts, tandis que Minerve annonce la naissance du Dauphin. Elle déclare que Louis offre un Dauphin, entouré de tous les dieux, avec les Vertus gardant son berceau et les Grâces le couronnant. Apollon et Minerve invitent à célébrer cet événement. Erato commence la fête en exprimant ses vœux et en invitant Terpsichore à embellir leurs jeux. Le divertissement inclut des chants et des danses, une bergère chantant un air sur le printemps, et une référence aux Enfers, rapidement écartée pour revenir aux plaisirs. Des Bacchantes apparaissent, suivies d'une symphonie imitant le chant des oiseaux. Diane rejoint la fête, et Apollon invite Erato et ses élèves à continuer leur zèle pour le roi. La fête se termine par des couplets chantés par Minerve, célébrant la naissance du Dauphin et invitant les Zéphyrs à protéger cette 'aimable Fleur'.
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32
p. 2614-2616
A MONSIEUR M. D. M. BOUQUET.
Début :
Illustre & cher ami, c'est aujourd'hui ta fête ; [...]
Mots clefs :
Ami, Amante, Coeur, Apollon
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR M. D. M. BOUQUET.
A MONSIEUR M. D. M.
B O V QV E T.
I Lluftre & cher ami , c'eft aujourd'hui ta fête ;
Faudra - t - il feulement la chomer dans nos
coeurs ?
A célébrer ce jour il faut que je m'apprête ;
Mais je ne puis t'offrir que des vers ou des
Aeurs.
1. Vola L'Amante
DECEMBRE . 1730. 2615
L'Amante de Zéphire accorde à ma requête
Ce qu'elle a de plus beau dans fes jardins charmans
;
Aufſi -tôt Apollon m'arrête :
Pourquoi , dit - il , des fleurs laiffe - les aux
Amans ;
Leur éclat eft fujet à l'empire du temps ;
Mes Lauriers immortels doivent orner la tête,
Et des Héros & des Sçavans.
Grand Apollon que je révére ,
Plus que la Déité qu'on adore à Cythére
;
Inſpirez moi done en ce jour ,
Des Vers dignes de vous , & dignes de M.... our
As-tu fur le Parnaffe acquis affez de gloire ?
M'a répondu , le Dieu de l'Hélicon
Pour chanter dignement un nom ,
Que j'ai gravé moi-même au Temple de Mé
moire
Tes foins deviendroient fuperflus ;
Contente- toy d'admirer fes ouvrages ,
Ingénieux , galans & fages ;
Car enfin il n'eſt point de ces Sçavans en Us
Difcoureurs ennuyeux , & pédans infipides ,
Dont les Graces jamais n'éclairciffent les rides.
Il fait fouvent fa cour à Minerve , à Venus ,
Et dans l'un & dans l'autre empire
On le recherche , on le défire.
I. Vol. Les
2616 MERCURE DE FRANCE
Les Mufes mieux que toy publieront ſes vertus.
Ami , pour n'être téЛnéraire ,
Il faut donc en fecret te louer & me taire
Souffre au moins
efprit ,
que mon coeur acquitte mon
Et qu'il te rendre un légitime hommage ,
Un coeur fincere te fuffit .
Le mien du moins a l'avantage ,
De fentir toujours ce qu'il dit.
PONCY DE NEUVILLE.
B O V QV E T.
I Lluftre & cher ami , c'eft aujourd'hui ta fête ;
Faudra - t - il feulement la chomer dans nos
coeurs ?
A célébrer ce jour il faut que je m'apprête ;
Mais je ne puis t'offrir que des vers ou des
Aeurs.
1. Vola L'Amante
DECEMBRE . 1730. 2615
L'Amante de Zéphire accorde à ma requête
Ce qu'elle a de plus beau dans fes jardins charmans
;
Aufſi -tôt Apollon m'arrête :
Pourquoi , dit - il , des fleurs laiffe - les aux
Amans ;
Leur éclat eft fujet à l'empire du temps ;
Mes Lauriers immortels doivent orner la tête,
Et des Héros & des Sçavans.
Grand Apollon que je révére ,
Plus que la Déité qu'on adore à Cythére
;
Inſpirez moi done en ce jour ,
Des Vers dignes de vous , & dignes de M.... our
As-tu fur le Parnaffe acquis affez de gloire ?
M'a répondu , le Dieu de l'Hélicon
Pour chanter dignement un nom ,
Que j'ai gravé moi-même au Temple de Mé
moire
Tes foins deviendroient fuperflus ;
Contente- toy d'admirer fes ouvrages ,
Ingénieux , galans & fages ;
Car enfin il n'eſt point de ces Sçavans en Us
Difcoureurs ennuyeux , & pédans infipides ,
Dont les Graces jamais n'éclairciffent les rides.
Il fait fouvent fa cour à Minerve , à Venus ,
Et dans l'un & dans l'autre empire
On le recherche , on le défire.
I. Vol. Les
2616 MERCURE DE FRANCE
Les Mufes mieux que toy publieront ſes vertus.
Ami , pour n'être téЛnéraire ,
Il faut donc en fecret te louer & me taire
Souffre au moins
efprit ,
que mon coeur acquitte mon
Et qu'il te rendre un légitime hommage ,
Un coeur fincere te fuffit .
Le mien du moins a l'avantage ,
De fentir toujours ce qu'il dit.
PONCY DE NEUVILLE.
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Résumé : A MONSIEUR M. D. M. BOUQUET.
L'auteur adresse une lettre poétique à son ami M. D. M. pour célébrer sa fête. Incapable de lui offrir autre chose, il propose des vers ou des chants. Une amante et Apollon, le dieu des arts, lui suggèrent d'offrir des lauriers immortels plutôt que des fleurs éphémères. Apollon reconnaît la gloire de l'ami et ses qualités littéraires, le décrivant comme ingénieux, galant et sage, apprécié par Minerve et Vénus. L'auteur affirme que les Muses publieront mieux les vertus de son ami et préfère louer cet ami en secret, laissant son cœur exprimer sa sincérité.
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33
p. 48-49
EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
Début :
N'Allez point vous fâcher de ce qu'un inconnu [...]
Mots clefs :
Épître, Mlle de Malcrais de la Vigne, Hirondelles, Idylle, Parnasse, Apollon
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
EPITRE
A Mile de Malcrais de la Vigne , du
Croisic en Bretagne , sur son Idille des
Hirondelles , inserée dans le premier Volume
du Mercure de Decembre 1730 .
N'Allez point vous facher de ce qu'un inconnu
Sans quelque aveu de vous ose ainsi vous écrire ,
Donnez - vous la peine de lire ,
Vous lui pardonnerez quand vous aurez tout lû..
On est zelé quand on estime ;
Clidamis vous l'apprit ; le dirai - je en passant >-
Votre Hirondelle nous l'apprend .
C'est par vous que l'amour avec la raison rime
Ah ! que l'on aime la raison
-
Quand ce Dieu lui fait sa leçon !
Mais je reviens bien vîte au motif qui m'anime
Il vous regarde de trop près.
Je crains qu'en ce moment sur vos jours on n'át→
tente ;
Votre Hirondelle , helas ! cette Idille charmante
Vous fait sur le Parnasse un terrible procés..
Vous
JANVIER. 1731. 49
Vous sçaurez qu'elle est parvenuë
En droite ligne au Mont facré ;.
Apollon après l'avoir luë
Aux doctes Soeurs a déclaré
Qu'il nommoit sa dixiéme Muse:
L'aimable & digne de Malcrais ;
C'est le plus juste des Arrêts ..
Chacune cependant est comme une „ Méduse ;;
On ne voit plus que des serpens
En place des lauriers qui leur ceignoient la tête ,
Et j'ai lû sur leurs fronts et dans leurs yeux ar
dens
Contre vous tout ce qui s'apprête.
La jalouse fureur porte par tout leurs pas ;
Une femme est alors capable de tout faire ;
Plus d'un Neftor l'a dit ; mais je ne le crois pas,
Quoiqu'il en soit , on doit prevenir leur colere :
L'avis est important ; voyez ce qu'il faut faire ; .
Mais s'il y falloit joindre & mon zele & mes
soins ,
De mon foible pouvoir je romprois la limite
Pour rendre vos yeux les témoins
Du cas que je fais du mérite.
Carrelet d'Hauteculle.
A Mile de Malcrais de la Vigne , du
Croisic en Bretagne , sur son Idille des
Hirondelles , inserée dans le premier Volume
du Mercure de Decembre 1730 .
N'Allez point vous facher de ce qu'un inconnu
Sans quelque aveu de vous ose ainsi vous écrire ,
Donnez - vous la peine de lire ,
Vous lui pardonnerez quand vous aurez tout lû..
On est zelé quand on estime ;
Clidamis vous l'apprit ; le dirai - je en passant >-
Votre Hirondelle nous l'apprend .
C'est par vous que l'amour avec la raison rime
Ah ! que l'on aime la raison
-
Quand ce Dieu lui fait sa leçon !
Mais je reviens bien vîte au motif qui m'anime
Il vous regarde de trop près.
Je crains qu'en ce moment sur vos jours on n'át→
tente ;
Votre Hirondelle , helas ! cette Idille charmante
Vous fait sur le Parnasse un terrible procés..
Vous
JANVIER. 1731. 49
Vous sçaurez qu'elle est parvenuë
En droite ligne au Mont facré ;.
Apollon après l'avoir luë
Aux doctes Soeurs a déclaré
Qu'il nommoit sa dixiéme Muse:
L'aimable & digne de Malcrais ;
C'est le plus juste des Arrêts ..
Chacune cependant est comme une „ Méduse ;;
On ne voit plus que des serpens
En place des lauriers qui leur ceignoient la tête ,
Et j'ai lû sur leurs fronts et dans leurs yeux ar
dens
Contre vous tout ce qui s'apprête.
La jalouse fureur porte par tout leurs pas ;
Une femme est alors capable de tout faire ;
Plus d'un Neftor l'a dit ; mais je ne le crois pas,
Quoiqu'il en soit , on doit prevenir leur colere :
L'avis est important ; voyez ce qu'il faut faire ; .
Mais s'il y falloit joindre & mon zele & mes
soins ,
De mon foible pouvoir je romprois la limite
Pour rendre vos yeux les témoins
Du cas que je fais du mérite.
Carrelet d'Hauteculle.
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Résumé : EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
L'épître est adressée à Mile de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, et traite de son œuvre 'Idille des Hirondelles' publiée dans le premier volume du Mercure de décembre 1730. L'auteur inconnu exprime son admiration pour le travail de Mile de Malcrais, soulignant l'harmonie entre l'amour et la raison. Il manifeste une inquiétude pour la sécurité de Mile de Malcrais, craignant des menaces en raison du succès de son œuvre. L'auteur rapporte que l''Idille des Hirondelles' a été acclamée par Apollon, qui l'a déclarée digne d'être sa dixième Muse, suscitant ainsi la jalousie des autres Muses. Comparées à Méduse, elles voient des serpents à la place de lauriers. L'auteur met en garde contre la fureur jalouse des femmes et offre son soutien pour protéger Mile de Malcrais. L'épître est datée de janvier 1731 et signée Carrelet d'Hauteculle.
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34
p. 457-458
NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
Début :
Des le matin sur le sacré Vallon, [...]
Mots clefs :
Cythère, Apollon, Portrait, Déesse, Vengeance, Mépris, Couleurs
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
NOUVELLES DE CYTHERE.
du 14 Décembre 1730. addressées à
Maden D. L. G. à Auch , par M. le
Chevalier D. N. D. M.
DEEs le matin sur le sacré Vallon ,
Pour ton Portrait que je prétendois faire ,
J'allai prier le Seigneur Apollon ,
De m'inspirer ; ce n'est petite affaire ,
Me dit le Dieu , renonce à ton Projet ,
Je la connois , cette fille charmante ,
Je ne sçaurois répondre à ton attente ,
Et l'Amour seul peut peindre cet Objet.
Lors vers l'Amour je courus à Cythere ;
Lui raconter quel étoit mon dessein ,
Il s'occupoit à consoler sa Mere ,
Que tes appas devorent de chagrin ,
Ils étoient seuls ; je n'y vis point les Graces;
Ni les Plaisirs , ni les Jeux , ni les Ris ,
De tout cela je ne fus point surpris ,
Qui ne sçait pas qu'ils volent sur tes traces ?
Et c'est de quoi Cypris versoit des pleurs :
Je
58 MERCURE DE FRANCE
Je m'approchai , par une ample Requête ,
Je crus pouvoir obtenir des couleurs .
Pour ton Portrait , l'Enfant tourna la tête ,
Que sert , dit - il , d'accroître mes douleurs ,
De peindre aux yeux les appas de la Belle ,
Ils sont pour moi dans tous les coeurs;
gravez
L'ingrate , helas ! n'en est pas moins rebelle ,
Sur elle en vain j'émousse tous mes Traits ,
Mais ses mépris excitent ma vengeance ,
Et vient le tems prescrit dans mes Decrets ,
Que ses soupirs vengeront cette offense.
Pour qui ? ... C'est trop , respecte mes secrets ,
Il dit : soudain frappant trois fois la terre,
Il disparut sur les pas de sa Mere ;
Et moi j'ai crû devoir sans differer ,
Vous rapporter en sortant de Cythere ,
L'Arrêt du Dieu , pour vous y préparer ,
Ou prévenir l'effet de sa colere,
du 14 Décembre 1730. addressées à
Maden D. L. G. à Auch , par M. le
Chevalier D. N. D. M.
DEEs le matin sur le sacré Vallon ,
Pour ton Portrait que je prétendois faire ,
J'allai prier le Seigneur Apollon ,
De m'inspirer ; ce n'est petite affaire ,
Me dit le Dieu , renonce à ton Projet ,
Je la connois , cette fille charmante ,
Je ne sçaurois répondre à ton attente ,
Et l'Amour seul peut peindre cet Objet.
Lors vers l'Amour je courus à Cythere ;
Lui raconter quel étoit mon dessein ,
Il s'occupoit à consoler sa Mere ,
Que tes appas devorent de chagrin ,
Ils étoient seuls ; je n'y vis point les Graces;
Ni les Plaisirs , ni les Jeux , ni les Ris ,
De tout cela je ne fus point surpris ,
Qui ne sçait pas qu'ils volent sur tes traces ?
Et c'est de quoi Cypris versoit des pleurs :
Je
58 MERCURE DE FRANCE
Je m'approchai , par une ample Requête ,
Je crus pouvoir obtenir des couleurs .
Pour ton Portrait , l'Enfant tourna la tête ,
Que sert , dit - il , d'accroître mes douleurs ,
De peindre aux yeux les appas de la Belle ,
Ils sont pour moi dans tous les coeurs;
gravez
L'ingrate , helas ! n'en est pas moins rebelle ,
Sur elle en vain j'émousse tous mes Traits ,
Mais ses mépris excitent ma vengeance ,
Et vient le tems prescrit dans mes Decrets ,
Que ses soupirs vengeront cette offense.
Pour qui ? ... C'est trop , respecte mes secrets ,
Il dit : soudain frappant trois fois la terre,
Il disparut sur les pas de sa Mere ;
Et moi j'ai crû devoir sans differer ,
Vous rapporter en sortant de Cythere ,
L'Arrêt du Dieu , pour vous y préparer ,
Ou prévenir l'effet de sa colere,
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Résumé : NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
Le 14 décembre 1730, M. le Chevalier D. N. D. M. écrit à Maden D. L. G. à Auch pour relater sa quête de peindre le portrait d'une femme charmante. Apollon lui conseille de renoncer, affirmant que seul l'Amour peut peindre cette femme. L'auteur se rend alors à Cythère pour consulter l'Amour, qu'il trouve en train de consoler Vénus, souffrante à cause des charmes de la femme. Les Grâces, les Plaisirs, les Jeux et les Rires sont absents, car ils suivent la femme. L'Amour refuse de fournir des couleurs pour le portrait, expliquant que peindre les appas de la belle augmenterait ses douleurs, car elle reste rebelle malgré ses efforts. L'Amour mentionne une vengeance imminente et disparaît. L'auteur rapporte cet arrêt divin à son destinataire pour le préparer à la colère de l'Amour.
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35
p. 980-988
METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
Début :
Avant que de m'engager dans la lecture de cette Métamorphose, je crois / Au monde il n'est plages si reculées [...]
Mots clefs :
Métamorphose, Histoire poétique, Histoire fabuleuse, Muses, Apollon, Joconde, Amant, Zéphyrs, Asile
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texteReconnaissance textuelle : METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE.
Par M. de Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles Lettres de Caen , lûë dans l'Académie
le 18. Janvier 1731.
A
ir
Vant que de m'engager dans la lecture
de cette Métamorphose , je crois
qu'il ne sera pas inutile de la faire préceder
de quelques Remarques qui pourront servir
à l'intelligence du sujet.
L'Enlevement de la Nimphe Orithie par
Borée , est un point de l'Histoire fabuleuse
si généralement connu , que je croirois blesser
les lumieres des personnes qui m'écoutent
, si j'entrois là- dessus dans le moindre
détail. Je dis même les lumieres des Dames.
Je dois croire que celles qui honorent aujour-
A
1
AVRIL. 1731. 981
jourd'hui l'Académie de leur présence ont
du goût pour les Lettres , et qu'au moins
ne sont elles pas ignorantes dans les Sciences
légeres. C'est ainsi que j'appelle les Sciences
où elles peuvent entrer par des lectures
simplement amusantes ; des lectures , disje
, détachées de ces Sciences abstraites , où
f'on trouve à chaque pas des ronces des
épines , et des terres immenses à défricher ,
avant que de jouir de son travail.
L'Histoire Poëtique, et les Métamorphoses
d'Ovide sont entre les mains de tout le
monde. A la verité elles n'ont pas tout dit.
Quand on veut pousser ses recherches dans
'Histoire fabuleuse , on trouve encore à glaner
abondamment dans d'autres Auteurs .
La Métamorphose dont je viens de lire le
titre est une preuve. Si l'Héroine est géné
ralement connue , il n'en est peut-être pas
de même du Héros . On le chercheroit envain
chez les Grecs et les Romains , source
ordinaire où l'on a recours pour les faits anciens.
Caulo étoit d'un Païs où les uns ni les
autres ne pénetrerent jamais . Le Nord leur
étoit inconnu , et pour leur honneur ils auroient
mieux fait de s'en taire , que d'en rapporter
le peur qu'ils en ont dit sur des Mémoires
qui se refutoient d'eux-mêmes par le
merveilleux incroyable dont ils étoient remplis.
A la verité je dirois peut-être trop , si
Passurois que les peuples de ces Païs glacés
Gvj
ont
982 MERCURE DE FRANCE
1 ont de tout tems cultivé les Sciences : mais au
moins avoient ils soin de ne pas laisser dans
P'oubli les faits mémorables de leur tems
Ils les gravoient sur des rochers pour les
garantir de l'injure des siecles , et les transmettre
à la posterité. Les monumens qui en
restent dans le Nord, en font foi . Ils les
écrivoient en Vers , préjugé favorable pour
eux. Apollon ne dédaignoit pas d'éclairer
ces Climats sauvages , et les Muses y trou
voient des Sectateurs de leur culte. Que
penserai- je de ces Peuples ? L'augure en ess
facile à tirer : Capables de Science , malheu
reux de n'être pas éclairés par des lumieres
supérieures , il ne leur manquoit qu'un Pro+
tecteur éloquent , judicieux , poli , zélé pour
les Lettres , tel enfin que le nôtre , pour
disputer peut-être de prééminence avec l'Académie
si vantée d'Athénes:
Je ne balance point à prendre ici l'affir
mative : Puis- je moins faire pour la mémoi
re de nos ayeux : je dis nos ayeux ; ils le sont
sans doute , et n'est- ce pas de ces Peuples
que nous tirons notre origine ? N'est-ce pas
d'eux qu'est descendu jusqu'à nous ce génie
si propre à cultiver les Muses , et dont la
Province , et cette Ville en particulier , ont
donné tant de grands exemples .
Les Chroniques d'Iflande remontent aux
tems les plus reculés . Elles ont leurs differens
âges , ainsi que l'Histoire des Grecs
avoir
AVRIL. 1731. 983
avoit les siens. Age fabuleux , âge historique.
Il étoit des Herodotes , des Diodores
en Norvege , en Laponie , et dans la fameu
se Thulé , comme il en étoit en Grece et en
Sicile : Ces Chroniques , quoiqu'en partie
défectueuses , subsistent encore , et c'est où
j'ai puisé.mon sujet.
XXXXXXXXXXXXXX**
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE
A
U monde il n'est plages si reculées
Qui de l'Amour ne sentent les ardeurs :
Torrens glacés , neiges amoncelées ,
Ne sont remparts.contre ses traits vainqueurs
Sa chaleur n'est par le froid amartie ,
D'un seul regard il fondroit un glaçon.
Témoin le Dieu qui par rapt fait moisson
Des doux appas de la belle ORITHIE.
Ce fut BORE'E. En des Climats déserts
Il conduisit son amoureuse Proye ,
Climats affreux d'où ce Dieu nous envoye!
Et les frimats et les tristes hivers,
984 MERCURE
DE FRANCE .
Là , par raisons que l'Amour lui dictoit ,
Il essayoit d'aprivoiser la Belle ;
?
Mais sur ce point guéres ne profitoit
Assez galant , ni jeune assez n'étoit
Pour adoucir fillette un peu cruelle
Et sa Captive à ses soupirs rebelle ,
Du rapt commis , toujours se lamentoit.
Tant fit oüir clameurs sur ce rivage ,
A ce's clameurs tant l'Echo répondit
Que l'Heritier d'un Roi du voisinage
Par un beau jour enfin les entendit .
CAULO , c'étoit le nom du personnage :
En son maintien , en sa taille , en son air ,
Caulo n'avoit les graces de JocoNDE ;
Mais sur un corps d'embonpoint peu couvert,
Son col portoit tête massive et ronde ,
3
De coeur au reste et noble et genereux ,
Sensible aussi , trop bien le sçut apprendre ,
Sensible , dis-je , aux tourmens amoureux ,
Plus fortuné s'il eut pû s'en défendre.´
Aux tons plaintifs , aux douloureux accens
Dont bien au loin retentistoit la Rive >
Caulo s'avance , il voit notre Captive ,
Poussant au Ciel mille cris languissans.
L'Amour alors , de la froide Scythie
D'un vol leger traversant les hauts Monts ,
Alloit sous l'Ourse enflammer les Lampons ::
Il voit Caulo contemplant Orithie.
A
AVRIL.
1731. 985
A cet aspect il s'arrête soudain ,
Puis méditant un moment en soi-même, ..
Sur ce mortel essayons notre main ,
Pour Orithie embrasons- lui le sein ,
Qu'il rende homage à mon pouvoir suprême.
Il dit : un trait à l'instant fut lancé.
Du trait fatal déja Caulo blessé ,
Se sent ému de pitié pour la Belle :
Il s'intéresse au sujet de fes pleurs ,
Il s'attendrit , il s'afflige avec elle.
Tandis qu'il plaint son destin , ses malheurs ,
Un feu brûlant qu'il ne peut plus contraindre
Déja l'agite , et trouble son repos :
Son propre mal le force de se plaindre ,
Et pour lui-même il s'explique en ces mots :
Quand trop touché de votre peine extrême ,
Je prens sur moi de vos maux la moitié,
Vos yeux , helas ! me contraignent moi-même
A demander pour moi votre pitié.
Un feu cuisant dans mes veines s'allume ,
Ce feu pour vous me brûle , et me consume
Jusqu'en mon coeur sa flâme s'est fait jour ;
Je sens déja mille ardeurs inquiétes ::
J'ai plaint vós maux , daignez à votre tour
Etre sensible à ceux que vous me faites.
A ce début la Belle resta court
>
Tant se trouva du compliment surprise
Caulo n'étoit formé de telle guise
Là
186 MERCURE DE FRANCE
A faire tôt goûter propos d'Amour.
L'objet cruel de sa pudeur blessée
Par les efforts de son premier Amant ,
Revint d'abord s'offrir à sa pensée ,
Et sans lui dire un adieu seulement ,
Caulo la vit , d'une course empressée j
Bien loin de lui s'enfuir légerement.
Par de longs cris envain il la rapelle ,
Envain il veut par ses pleurs l'arrêter ,
Pour mieux courir , loin de les écouter
Elle reprend une force nouvelle .
Loin d'Orithie , une triste langueur
Saisit Caulo , lui dévore le coeur;'
Tous les matins il venoit sur la rive
Où de la Nimphe il avoit vû les yeux ,
Recommencer en ces sauvages lieux ,
De ses tourmens la légende plaintive.
Que ne peut point une ardeur jeune et vive ,
Quand un Amant sçait se plaindre à propos ›
Caulo croyoit ne parler qu'aux Echos ,
Mais Orithie à ses cris attentive ,
Tout entendoit. Tant et tant en ouit
Que de son coeur la trempe s'amollit.
Comme au hazard elle s'offre à sa vuë
Un vif éclat qui sur son tein brilloit
Effet certain du feu qui la brûloit ,
D'attraits nouveaux sembloit l'avoir pourvûë.
D'un air timide où son amour est peint ,
Caule
AVRIL. 173.1.
Canlo s'approche , à ses genoux il tombe ,
Pressé du mal dont son coeur est atteint :
Est-ce pitié des maux où je succombe ,
Dit cet Amant , qui guide ici vos pas ?
Où venez-vous , peu sensible à mes larmes ,
N'offrir encore à mes yeux tant de charmes
Que pour hâter l'instant de mon trépas.
A ces doux mots plus ne fuit Orithie ;
D'une union par l'Amour assortie ,
: Leurs coeurs déja pressentoient les plaisirs
Lorsque Borée à travers un nuage ,
Dont il venoit de chasser les Zéphirs ,
Jusques aux bords de l'Affriquain rivage ,
Vit nos Amans ,, entendit leurs soupirs.
Dans la fureur dont cet objet l'anime
Ce fier Rival si prompt à s'irriter ,
Fond sur un Chêne , en releve la cime ,
Et mesurant le coup qu'il va porter ,
Prend ORITHIE et CAULO pour
Le bruit fut tel qu'au loin il s'épandit.
Du haut des Cieux Appollon l'entendit
Sur nos Amans ce Dieu jette la vûë.
Ce triste objet sa course suspendit.
Pour eux enfin sa pitié fut émuë.
Des noeuds , dit- il , qui sçurent les unir
Ne laissons pas éteindre la mémoire ,
Par mes bienfaits conservons - en l'histoire ,
t la portons aux siécles à venir,
victime
Que
988 MERCURE DE FRANCE
Qué , chacun d'eux devenu plante utile ,
Ils soient l'honneur des Jardins potagers
Et que tous deux n'ayant qu'un même azile ,
Bravent toujours Borée et ses dangers.
Il dit alors leurs corps se retrécissent
De longs filets leurs jambes se hérissent.
Caulo déja n'est plus en ce moment
Qu'un tronc grossier surmonté pésammen
D'un lourd amas de feuilles entassées ;
Par cent replis entr'elles enlassées.
Aux mêmes loix soumise également ,
La tendre Nimphe encor peu
rassurée
Contre le coup qui vient de l'accabler
Erre sous terre , et và s'y receler ,
Ponr éviter les fureurs de Borée.
Là , de frayeur s'enfonçant jusqu'au cou ,
Tandis que l'autre à ses côtez s'éleve ,
Dans le moment que leur destin s'acheve ,
L'une devient CAROTTE , et l'autre CHOU.
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE.
Par M. de Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles Lettres de Caen , lûë dans l'Académie
le 18. Janvier 1731.
A
ir
Vant que de m'engager dans la lecture
de cette Métamorphose , je crois
qu'il ne sera pas inutile de la faire préceder
de quelques Remarques qui pourront servir
à l'intelligence du sujet.
L'Enlevement de la Nimphe Orithie par
Borée , est un point de l'Histoire fabuleuse
si généralement connu , que je croirois blesser
les lumieres des personnes qui m'écoutent
, si j'entrois là- dessus dans le moindre
détail. Je dis même les lumieres des Dames.
Je dois croire que celles qui honorent aujour-
A
1
AVRIL. 1731. 981
jourd'hui l'Académie de leur présence ont
du goût pour les Lettres , et qu'au moins
ne sont elles pas ignorantes dans les Sciences
légeres. C'est ainsi que j'appelle les Sciences
où elles peuvent entrer par des lectures
simplement amusantes ; des lectures , disje
, détachées de ces Sciences abstraites , où
f'on trouve à chaque pas des ronces des
épines , et des terres immenses à défricher ,
avant que de jouir de son travail.
L'Histoire Poëtique, et les Métamorphoses
d'Ovide sont entre les mains de tout le
monde. A la verité elles n'ont pas tout dit.
Quand on veut pousser ses recherches dans
'Histoire fabuleuse , on trouve encore à glaner
abondamment dans d'autres Auteurs .
La Métamorphose dont je viens de lire le
titre est une preuve. Si l'Héroine est géné
ralement connue , il n'en est peut-être pas
de même du Héros . On le chercheroit envain
chez les Grecs et les Romains , source
ordinaire où l'on a recours pour les faits anciens.
Caulo étoit d'un Païs où les uns ni les
autres ne pénetrerent jamais . Le Nord leur
étoit inconnu , et pour leur honneur ils auroient
mieux fait de s'en taire , que d'en rapporter
le peur qu'ils en ont dit sur des Mémoires
qui se refutoient d'eux-mêmes par le
merveilleux incroyable dont ils étoient remplis.
A la verité je dirois peut-être trop , si
Passurois que les peuples de ces Païs glacés
Gvj
ont
982 MERCURE DE FRANCE
1 ont de tout tems cultivé les Sciences : mais au
moins avoient ils soin de ne pas laisser dans
P'oubli les faits mémorables de leur tems
Ils les gravoient sur des rochers pour les
garantir de l'injure des siecles , et les transmettre
à la posterité. Les monumens qui en
restent dans le Nord, en font foi . Ils les
écrivoient en Vers , préjugé favorable pour
eux. Apollon ne dédaignoit pas d'éclairer
ces Climats sauvages , et les Muses y trou
voient des Sectateurs de leur culte. Que
penserai- je de ces Peuples ? L'augure en ess
facile à tirer : Capables de Science , malheu
reux de n'être pas éclairés par des lumieres
supérieures , il ne leur manquoit qu'un Pro+
tecteur éloquent , judicieux , poli , zélé pour
les Lettres , tel enfin que le nôtre , pour
disputer peut-être de prééminence avec l'Académie
si vantée d'Athénes:
Je ne balance point à prendre ici l'affir
mative : Puis- je moins faire pour la mémoi
re de nos ayeux : je dis nos ayeux ; ils le sont
sans doute , et n'est- ce pas de ces Peuples
que nous tirons notre origine ? N'est-ce pas
d'eux qu'est descendu jusqu'à nous ce génie
si propre à cultiver les Muses , et dont la
Province , et cette Ville en particulier , ont
donné tant de grands exemples .
Les Chroniques d'Iflande remontent aux
tems les plus reculés . Elles ont leurs differens
âges , ainsi que l'Histoire des Grecs
avoir
AVRIL. 1731. 983
avoit les siens. Age fabuleux , âge historique.
Il étoit des Herodotes , des Diodores
en Norvege , en Laponie , et dans la fameu
se Thulé , comme il en étoit en Grece et en
Sicile : Ces Chroniques , quoiqu'en partie
défectueuses , subsistent encore , et c'est où
j'ai puisé.mon sujet.
XXXXXXXXXXXXXX**
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE
A
U monde il n'est plages si reculées
Qui de l'Amour ne sentent les ardeurs :
Torrens glacés , neiges amoncelées ,
Ne sont remparts.contre ses traits vainqueurs
Sa chaleur n'est par le froid amartie ,
D'un seul regard il fondroit un glaçon.
Témoin le Dieu qui par rapt fait moisson
Des doux appas de la belle ORITHIE.
Ce fut BORE'E. En des Climats déserts
Il conduisit son amoureuse Proye ,
Climats affreux d'où ce Dieu nous envoye!
Et les frimats et les tristes hivers,
984 MERCURE
DE FRANCE .
Là , par raisons que l'Amour lui dictoit ,
Il essayoit d'aprivoiser la Belle ;
?
Mais sur ce point guéres ne profitoit
Assez galant , ni jeune assez n'étoit
Pour adoucir fillette un peu cruelle
Et sa Captive à ses soupirs rebelle ,
Du rapt commis , toujours se lamentoit.
Tant fit oüir clameurs sur ce rivage ,
A ce's clameurs tant l'Echo répondit
Que l'Heritier d'un Roi du voisinage
Par un beau jour enfin les entendit .
CAULO , c'étoit le nom du personnage :
En son maintien , en sa taille , en son air ,
Caulo n'avoit les graces de JocoNDE ;
Mais sur un corps d'embonpoint peu couvert,
Son col portoit tête massive et ronde ,
3
De coeur au reste et noble et genereux ,
Sensible aussi , trop bien le sçut apprendre ,
Sensible , dis-je , aux tourmens amoureux ,
Plus fortuné s'il eut pû s'en défendre.´
Aux tons plaintifs , aux douloureux accens
Dont bien au loin retentistoit la Rive >
Caulo s'avance , il voit notre Captive ,
Poussant au Ciel mille cris languissans.
L'Amour alors , de la froide Scythie
D'un vol leger traversant les hauts Monts ,
Alloit sous l'Ourse enflammer les Lampons ::
Il voit Caulo contemplant Orithie.
A
AVRIL.
1731. 985
A cet aspect il s'arrête soudain ,
Puis méditant un moment en soi-même, ..
Sur ce mortel essayons notre main ,
Pour Orithie embrasons- lui le sein ,
Qu'il rende homage à mon pouvoir suprême.
Il dit : un trait à l'instant fut lancé.
Du trait fatal déja Caulo blessé ,
Se sent ému de pitié pour la Belle :
Il s'intéresse au sujet de fes pleurs ,
Il s'attendrit , il s'afflige avec elle.
Tandis qu'il plaint son destin , ses malheurs ,
Un feu brûlant qu'il ne peut plus contraindre
Déja l'agite , et trouble son repos :
Son propre mal le force de se plaindre ,
Et pour lui-même il s'explique en ces mots :
Quand trop touché de votre peine extrême ,
Je prens sur moi de vos maux la moitié,
Vos yeux , helas ! me contraignent moi-même
A demander pour moi votre pitié.
Un feu cuisant dans mes veines s'allume ,
Ce feu pour vous me brûle , et me consume
Jusqu'en mon coeur sa flâme s'est fait jour ;
Je sens déja mille ardeurs inquiétes ::
J'ai plaint vós maux , daignez à votre tour
Etre sensible à ceux que vous me faites.
A ce début la Belle resta court
>
Tant se trouva du compliment surprise
Caulo n'étoit formé de telle guise
Là
186 MERCURE DE FRANCE
A faire tôt goûter propos d'Amour.
L'objet cruel de sa pudeur blessée
Par les efforts de son premier Amant ,
Revint d'abord s'offrir à sa pensée ,
Et sans lui dire un adieu seulement ,
Caulo la vit , d'une course empressée j
Bien loin de lui s'enfuir légerement.
Par de longs cris envain il la rapelle ,
Envain il veut par ses pleurs l'arrêter ,
Pour mieux courir , loin de les écouter
Elle reprend une force nouvelle .
Loin d'Orithie , une triste langueur
Saisit Caulo , lui dévore le coeur;'
Tous les matins il venoit sur la rive
Où de la Nimphe il avoit vû les yeux ,
Recommencer en ces sauvages lieux ,
De ses tourmens la légende plaintive.
Que ne peut point une ardeur jeune et vive ,
Quand un Amant sçait se plaindre à propos ›
Caulo croyoit ne parler qu'aux Echos ,
Mais Orithie à ses cris attentive ,
Tout entendoit. Tant et tant en ouit
Que de son coeur la trempe s'amollit.
Comme au hazard elle s'offre à sa vuë
Un vif éclat qui sur son tein brilloit
Effet certain du feu qui la brûloit ,
D'attraits nouveaux sembloit l'avoir pourvûë.
D'un air timide où son amour est peint ,
Caule
AVRIL. 173.1.
Canlo s'approche , à ses genoux il tombe ,
Pressé du mal dont son coeur est atteint :
Est-ce pitié des maux où je succombe ,
Dit cet Amant , qui guide ici vos pas ?
Où venez-vous , peu sensible à mes larmes ,
N'offrir encore à mes yeux tant de charmes
Que pour hâter l'instant de mon trépas.
A ces doux mots plus ne fuit Orithie ;
D'une union par l'Amour assortie ,
: Leurs coeurs déja pressentoient les plaisirs
Lorsque Borée à travers un nuage ,
Dont il venoit de chasser les Zéphirs ,
Jusques aux bords de l'Affriquain rivage ,
Vit nos Amans ,, entendit leurs soupirs.
Dans la fureur dont cet objet l'anime
Ce fier Rival si prompt à s'irriter ,
Fond sur un Chêne , en releve la cime ,
Et mesurant le coup qu'il va porter ,
Prend ORITHIE et CAULO pour
Le bruit fut tel qu'au loin il s'épandit.
Du haut des Cieux Appollon l'entendit
Sur nos Amans ce Dieu jette la vûë.
Ce triste objet sa course suspendit.
Pour eux enfin sa pitié fut émuë.
Des noeuds , dit- il , qui sçurent les unir
Ne laissons pas éteindre la mémoire ,
Par mes bienfaits conservons - en l'histoire ,
t la portons aux siécles à venir,
victime
Que
988 MERCURE DE FRANCE
Qué , chacun d'eux devenu plante utile ,
Ils soient l'honneur des Jardins potagers
Et que tous deux n'ayant qu'un même azile ,
Bravent toujours Borée et ses dangers.
Il dit alors leurs corps se retrécissent
De longs filets leurs jambes se hérissent.
Caulo déja n'est plus en ce moment
Qu'un tronc grossier surmonté pésammen
D'un lourd amas de feuilles entassées ;
Par cent replis entr'elles enlassées.
Aux mêmes loix soumise également ,
La tendre Nimphe encor peu
rassurée
Contre le coup qui vient de l'accabler
Erre sous terre , et và s'y receler ,
Ponr éviter les fureurs de Borée.
Là , de frayeur s'enfonçant jusqu'au cou ,
Tandis que l'autre à ses côtez s'éleve ,
Dans le moment que leur destin s'acheve ,
L'une devient CAROTTE , et l'autre CHOU.
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Résumé : METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
Le texte 'Métamorphose du Prince Caulo et de la Nymphe Orithie' de M. de Verrières, présenté à l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen le 18 janvier 1731, aborde l'enlèvement de la nymphe Orithie par Borée, un thème classique de la mythologie. L'auteur présume que son public, y compris les dames présentes, est familier avec les sciences légères et les métamorphoses d'Ovide. Il introduit ensuite Caulo, un héros méconnu des Grecs et des Romains, originaire du Nord, une région peu connue des anciens. L'histoire narre comment Borée enlève Orithie et tente de l'apprivoiser dans des climats déserts. Les plaintes d'Orithie attirent l'attention de Caulo, un prince au cœur noble et généreux. Ému par la souffrance d'Orithie, Caulo s'éprend d'elle. Après plusieurs tentatives infructueuses pour la séduire, Orithie finit par céder à ses avances. Leur union est interrompue par Borée, jaloux, qui les transforme en plantes. Apollon, touché par leur sort, décide de les métamorphoser en carotte et en chou, leur permettant ainsi de braver les dangers de Borée et de devenir utiles dans les jardins potagers.
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36
p. 2124-2126
A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
Début :
Jeune C *** vous exigés [...]
Mots clefs :
Honneur, Muse, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
A Mc C ***
Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit
fon Mari.
J
Eune C *** vous exigés
Qu'à votre honneur ma Muse rime
Hélas ! à quoi vous m'engagez !
Vous avez un droit légitime
Sur l'Encens du sacré Vallon ;
Je le sçai fort bien , les Catules ,
Les Ovides et les Tibules ,
Solliciteroient Apollon
Pour obtenir la préférence
Qu'à ma veine vous accordez ;
J'en ai de la reconnoissance ,
Plus que vous ne m'en demandez ,
Mais réfléchissez-y , ma chere ,
Me sieroit-il à moi de faire
Le Portrait de ces doux appas
Qui sçavent fixer sur vos pas
L'Amour quittant pour vous sa Mere ?
Me sieroit-il pareillement
De craioner votre enjoument,
Cette humeur folichone et vive
Que suit toujours l'Amusement ,
Sans
SEPTEMBRE 1731. 2125
Sans que jamais l'ennui le suive
Si j'avois fait un tel Tableau
D'abord les Plaisans de Cithere
Apostrophans de mon Pinceau
La complaisance débonnaire
D'un Brevet ou d'un Petpouri ,
( Calotinique Récompense )
Auroient pour moi fait la Dépense ;
Sur-tout Amour auroit bien ri,
En s'écriant , ho ! la bonne ame !
Il fait l'Eloge de sa femme !
Est-ce là l'Emploi d'un Mari ›
Ce n'est son fait que la louange ;
Abandonne ce ton étrange ;
L'Hymen n'est pas Complimenteur.
Quand par hazard peu vrai-semblable ,
Un Epoux , rare Adorateur ,,
Ose vanter sa femme aimable ,
Er persuade l'Auditeur ,
C'est lui que
par notre Orateur
De son récit déraisonnable
Est bien-tôt justement puni.
Le Roi ( * ) GANDAULE en a fourni
Un Exemple assez mémorable.
Et nous apprend qu'il faut céler "'
* Candaule , Roi impudent. Ilperdit le Throne
et la vie , pour avoir fait voir dans le Bain la
Reine sa femme à un Seigneur de sa Cour , qui
en devint amoureux,
Diij
Un
2126 MERCURE DE FRANCE
; Un bonheur souvent rédoutable
Oui , plus l'Epouse est adorable
Et moins l'Epoux en doit parler.
Lá Maxime est sage et discrete ,
Si tu la suis exactement ,
Tu vas garder parfaitement
Un silence d'Anacorette.
Renguaine donc ton compliment :
Ta moitié doit être éxaltéc
Par la Plume de quelque Amant
Qui s'en acquite galament ; ..... 2
Que la Belle sera fêtée ,
Si tous les coeurs qu'elle a surpris
De ses Attraits chantent le prix !
Pour elle tu verras éclore
Plus de Vers qu'à Petrarque épris
Je n'en ai dictés pour sa ( * ) Laure.
* Laure , Beauté mille et mille fois célébrés
dans les Sonnets de Petrarque.
Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit
fon Mari.
J
Eune C *** vous exigés
Qu'à votre honneur ma Muse rime
Hélas ! à quoi vous m'engagez !
Vous avez un droit légitime
Sur l'Encens du sacré Vallon ;
Je le sçai fort bien , les Catules ,
Les Ovides et les Tibules ,
Solliciteroient Apollon
Pour obtenir la préférence
Qu'à ma veine vous accordez ;
J'en ai de la reconnoissance ,
Plus que vous ne m'en demandez ,
Mais réfléchissez-y , ma chere ,
Me sieroit-il à moi de faire
Le Portrait de ces doux appas
Qui sçavent fixer sur vos pas
L'Amour quittant pour vous sa Mere ?
Me sieroit-il pareillement
De craioner votre enjoument,
Cette humeur folichone et vive
Que suit toujours l'Amusement ,
Sans
SEPTEMBRE 1731. 2125
Sans que jamais l'ennui le suive
Si j'avois fait un tel Tableau
D'abord les Plaisans de Cithere
Apostrophans de mon Pinceau
La complaisance débonnaire
D'un Brevet ou d'un Petpouri ,
( Calotinique Récompense )
Auroient pour moi fait la Dépense ;
Sur-tout Amour auroit bien ri,
En s'écriant , ho ! la bonne ame !
Il fait l'Eloge de sa femme !
Est-ce là l'Emploi d'un Mari ›
Ce n'est son fait que la louange ;
Abandonne ce ton étrange ;
L'Hymen n'est pas Complimenteur.
Quand par hazard peu vrai-semblable ,
Un Epoux , rare Adorateur ,,
Ose vanter sa femme aimable ,
Er persuade l'Auditeur ,
C'est lui que
par notre Orateur
De son récit déraisonnable
Est bien-tôt justement puni.
Le Roi ( * ) GANDAULE en a fourni
Un Exemple assez mémorable.
Et nous apprend qu'il faut céler "'
* Candaule , Roi impudent. Ilperdit le Throne
et la vie , pour avoir fait voir dans le Bain la
Reine sa femme à un Seigneur de sa Cour , qui
en devint amoureux,
Diij
Un
2126 MERCURE DE FRANCE
; Un bonheur souvent rédoutable
Oui , plus l'Epouse est adorable
Et moins l'Epoux en doit parler.
Lá Maxime est sage et discrete ,
Si tu la suis exactement ,
Tu vas garder parfaitement
Un silence d'Anacorette.
Renguaine donc ton compliment :
Ta moitié doit être éxaltéc
Par la Plume de quelque Amant
Qui s'en acquite galament ; ..... 2
Que la Belle sera fêtée ,
Si tous les coeurs qu'elle a surpris
De ses Attraits chantent le prix !
Pour elle tu verras éclore
Plus de Vers qu'à Petrarque épris
Je n'en ai dictés pour sa ( * ) Laure.
* Laure , Beauté mille et mille fois célébrés
dans les Sonnets de Petrarque.
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Résumé : A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
Dans une lettre poétique adressée à une femme surnommée 'Mc C ***', l'auteur exprime sa gratitude pour la préférence qu'elle lui accorde, la comparant à la reconnaissance que les grands poètes classiques sollicitaient d'Apollon. Il hésite à décrire les charmes de cette femme, craignant que cela ne soit inapproprié pour un mari. Il évoque les risques de moqueries et de réprimandes, notamment celle de l'Amour, qui pourrait trouver étrange qu'un mari loue sa femme. L'auteur cite l'exemple de Candaule, un roi qui perdit son trône et sa vie pour avoir montré sa femme nue à un seigneur de sa cour. Il conclut que plus une épouse est admirable, moins son époux doit en parler. Il conseille à l'époux de laisser à un amant le soin de célébrer les mérites de sa femme, afin qu'elle soit fêtée par tous les cœurs qu'elle a conquis. Il compare cette situation à celle de Pétrarque, qui écrivit de nombreux sonnets pour Laure.
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37
p. 2327-2328
STANCES, Sur les Enigmes et les Logogryphes.
Début :
Auteurs malins, qui chaque mois [...]
Mots clefs :
Auteurs malins, Énigmes et logogriphes, Apollon, Lyre, Inutiles rimes, Amours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES, Sur les Enigmes et les Logogryphes.
STANCES,
Surles Enigmes et les Logogryphes.
AUUteurs malins , qui chaque mois
Mettez mon Esprit à la gêne ,
Et me faites mordre les doigts
Je sens qu'il faut à cette fois
Que, pour coup d'essai de ma Veire,
Contre vous elle se déchaine.
Sans doute un funeste Demon
Sous la figure d'Apollon
De ce misterieux ouvrage
Donna la premiere leçon..
Qui de fruits ou de fleurs ne porte l'avantage
Est banni du sacré Vallon.
Du Maître de la Lyre oubliant les maximes
A forger d'inutiles rimes
Vous perdez vos rares talens :
Du Dieu des sçavantes Çimes
Vous vous rendez par Vos crimes
Indignes d'être les Enfans.
Cvj Que
2328 MERCURE DE FRANCE
Que cette nouvelle manie
Puisse à jamais être bannie
De l'Empire du Dieu des Vers :
Les chants de la Poësie
Ne doivent frapper les airs
Que pour avec plaisir instruire l'Univers,
Par une vive et noble Image
De la félicité du sage
Elle doit charmer les Mortels :
Voilà son véritable usage ,
Voilà le véritable hommage
Que d'Apollon demandent les Autels.
Celebrés quelquefois les beautez de Sylvie ;
D'une saine Philosophie
Empruntant l'utile secours
Poëtes , montrez -nous le bonheur de la vie
Montrez- nous la douce harmonie
De la raison et des amours.
Pouget , Avocat à Montpellier.
Surles Enigmes et les Logogryphes.
AUUteurs malins , qui chaque mois
Mettez mon Esprit à la gêne ,
Et me faites mordre les doigts
Je sens qu'il faut à cette fois
Que, pour coup d'essai de ma Veire,
Contre vous elle se déchaine.
Sans doute un funeste Demon
Sous la figure d'Apollon
De ce misterieux ouvrage
Donna la premiere leçon..
Qui de fruits ou de fleurs ne porte l'avantage
Est banni du sacré Vallon.
Du Maître de la Lyre oubliant les maximes
A forger d'inutiles rimes
Vous perdez vos rares talens :
Du Dieu des sçavantes Çimes
Vous vous rendez par Vos crimes
Indignes d'être les Enfans.
Cvj Que
2328 MERCURE DE FRANCE
Que cette nouvelle manie
Puisse à jamais être bannie
De l'Empire du Dieu des Vers :
Les chants de la Poësie
Ne doivent frapper les airs
Que pour avec plaisir instruire l'Univers,
Par une vive et noble Image
De la félicité du sage
Elle doit charmer les Mortels :
Voilà son véritable usage ,
Voilà le véritable hommage
Que d'Apollon demandent les Autels.
Celebrés quelquefois les beautez de Sylvie ;
D'une saine Philosophie
Empruntant l'utile secours
Poëtes , montrez -nous le bonheur de la vie
Montrez- nous la douce harmonie
De la raison et des amours.
Pouget , Avocat à Montpellier.
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Résumé : STANCES, Sur les Enigmes et les Logogryphes.
Le poème 'Stances' critique les auteurs de logogryphes et d'énigmes, que l'auteur qualifie d''auteurs malins' le mettant à l'épreuve chaque mois. Il décide de réagir en utilisant sa 'veine' poétique contre eux. Il accuse un 'funeste Demon' de les avoir initiés à ces œuvres mystérieuses et inutiles, les comparant à des fruits ou des fleurs sans avantage. Il les blâme de négliger les enseignements d'Apollon et de gaspiller leurs talents en créant des rimes inutiles, les rendant indignes d'être les enfants du dieu des savoirs. L'auteur souhaite que cette 'nouvelle manie' soit bannie de l'empire du dieu des vers. Il affirme que la poésie doit instruire l'univers avec plaisir et montrer la félicité du sage. Elle doit charmer les mortels et rendre hommage à Apollon. Il encourage les poètes à célébrer les beautés de Sylvie et à montrer le bonheur de la vie à travers une saine philosophie, en harmonisant la raison et les amours. L'auteur se présente comme Pouget, avocat à Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 2964-2969
COMBAT DE LA PROSE ET DE LA RIME. Donné sur le Parnasse, le 2 Juin 1730.
Début :
Dans le fond du sacré Vallon [...]
Mots clefs :
Prose, Rime, Parnasse, Apollon, Orateurs, Romanciers, Terreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMBAT DE LA PROSE ET DE LA RIME. Donné sur le Parnasse, le 2 Juin 1730.
COMBAT DE LA PROSE
ET DE LA RIME.
Donné sur le Parnasse , le 2 Juin 1730.
Dans le fond du sacré Vallon
Se donna bataille importante ,
Sous le bon plaisir d'Apollon :
Ce fut en l'an mil sept cens trente.
La Prose n'étoit pas contente >
dit-on :
Et la Rime encor moins ,
Prose vouloit que de la Tragedie
Fussent chassés les Vers rimés ;
Rime vouloit qu'elle en fut toute ourdie :
L'une étoit fiere , et l'autre étoit hardie ,
Voilà deux coeurs bien animés !
Coeurs feminins ne sont si-tôt calmés. -
Chacune d'elles se provoque ,
Tant qu'enfin pour un prompt combat ,
Gens Prosateurs , gens de rime on convoque
Pour terminer ce 'grand débat.
De son côté Prose range en Bataille
Les Orateurs , les Romanciers ,
? Tant modernes que devanciers ;
t
II. Vol.
No
DECEMBRE. 1731. 2969
Ne furent pris que ceux de haute taille ,
Comme le sont les Houdarts , les Flechiers ,
Acoutrés de leur jacquemaille
Avec les Balzacs , les Daciers ,
Et le reste vaille que vaille ,
Tels que Goujats furent mis les derniers.
Fier Don Quichot , d'avantures avide ,
La pris pour leur Chef , pour leur guide
Bien se flattoit , monté sur son Grison.
De mettre Rime à la raison.
De l'autre part , on voit aussi la rime:
De ses Héros la troupe rassembler.
Cet Escadron faisoit trembler ,
Tant il avoit l'air à l'escrime !
La plume en main , le nez au vent ,
Chaque rimeur sur son Pegaze ,
Plein du saint dépit qui l'embraze ,
Court , galope et vole en avant ;,,
On n'avoit pris des rimeurs que l'élite ,
Tous gens qu'un tel débat irrite
On avoit laissé les Pradons ,.
Les Martignacs , les Duriers , les Gacons
Aux rangs derniers , lieu d'où prennent la fuite
Bien plus aisément les Poltrons ,
S'étoient offerts de la fiere Angleterre.
Quelques Poëtes Prosateurs ,
Mais on craignit qu'en cette Guerre
H..Vol. Ciij
Ils
2966 MERCURE DEFRANCE
Ils ne dévinssent déserteurs.
Donc l'Escadron des rimeurs s'achemine ;
Pour Chefs il avoit deux Guerriers
Déja couverts de cent lauriers
C'étoit et Corneille et Racine ;
La Prose pálit , à la mine
De ces deux Paladins si fiers.
Sur front Cornelien éclate
Je ne sçai quoi de sublime et de grand ;
Là pour son Pompée on le prend ,
Racine , pour son Mitridate ,
Tant ils ont l'air et tendre et conquerant.
Voilà donc que nos deux armées
Sont en presence et déja sous le feu ,
La Prose tremblotoit un peu ,
La Rime voit , comme pigmées ,
Ses Ennemis , s'en fait un jeu .
C'est donc alors qu'on entre en danse
Que de part et d'autre on se lance
Un million des plus terribles traits ;
Corneille frappant de fort près ,
Faisoit réculer l'éloquence :
Rime le battoit en cadence.
Bien assenoit ses coups , Prose jamais ;
Corneille visoit à la tête ,
Et Racine donnoit au coeur :
inspiroient la pitié , la terreur ;
1, Vol.
Jamais
DECEMBRE 1731. 2967
Jamais on ne vêt télle fête ,
Tel carillon , telle rumeur :
Alors la Prose épouvantée ,
Et par la Rime à demi culbutée ,
Au Dieu du Parnasse a recours.
Ah ! prête - moi , dit- elle , ton secours !
Le Dieu vient , la sauve , il exige ,
Pour maintenir et la paix , et leurs droits ,
Que très-pomptement on rédige
Sur Parchemin , par articles , ses loix :
Je le veux , dit- il , qu'on transige
Or , ces articles. Les voicy.
Rapportons - les en racourcy ;
Je prétends , dit- il , que la Prose
Pas ne se mêle d'autre chose ,
Que de la Chaire et du Barreau ;
Et qu'au Théatre elle ait la bouche close
Condamnons le projet nouveau ,
De prosaïser Tragedie -
Voulons , pour garder l'ancien us ,
Que seulement en Comédie.
Elle conserve cet abus ? 41
Voulons aussi , qu'au Barreau ni qu'en Chaire
Rimeurs ne soient si témeraires
Que de rimer Sermons et Plaidoyers •
Si non passer pour Pradons , pour Boyers ,
Ou pour Tragiques à l'Angloise
H. Vol..
Ciiij
> -
Qui
1968 MERCURE DE FRANCE
Qui trop cruels de la moitié ,
Négligeant l'Art , ne leur déplaise ,
Inspirent plus d'horreur que de pitié”,
Font en Vers blancs enrager Melpomene ,
De voir le vice revêtu
Sur leur licentieuse scene
Des parures de la vertu ..
Laissons - les donc cothurner à leur guise
Et seulement , de peur qu'on prosaïse
La Tragedie , agissons vivement
Four Substitut contre cette entreprise ,
Prenons Voltaire ... afin que promptement
S'éxecute mon réglement ? »
Et pour qu'il use de main mise.
Contre qui trop avidement
Embrasseroit aveuglement
Le préjugé de la Tamise ?
Dorc , enjoignons au Tragique Arroüet-
D'amener sur la double cime ,
Qui conque écrit contre la Rime ? .
que des Muses le joüet Pour
Sa honte lave au moins son crime.
our qu'y voyant le noble et juste pri
Que Melpomene offre à Voltaire ,
Il rime , comme il le sçait faire ,
Et que de même ardeur épris ,
sçache l'art d'éffrayer et de plaire ,
II. Vol.
D'ate
DECEMBRE 1731. 2969
D'attendrir la Cour et Paris ;
Qu'enfin quittant un parti témeraire ,
Il force la Prose à se taire
Dans tous les Tragiques Ecrits..
Datté du Camp près l'hypocrène ,
Signé, du sang des morts et des blessés ,
Pleurés les pauvres Trépassés ,
Quoi que Turbateurs de la scene ::
Fait ce deux Juin , et paraffé
Jour , où la Rime a triomphé..
ET DE LA RIME.
Donné sur le Parnasse , le 2 Juin 1730.
Dans le fond du sacré Vallon
Se donna bataille importante ,
Sous le bon plaisir d'Apollon :
Ce fut en l'an mil sept cens trente.
La Prose n'étoit pas contente >
dit-on :
Et la Rime encor moins ,
Prose vouloit que de la Tragedie
Fussent chassés les Vers rimés ;
Rime vouloit qu'elle en fut toute ourdie :
L'une étoit fiere , et l'autre étoit hardie ,
Voilà deux coeurs bien animés !
Coeurs feminins ne sont si-tôt calmés. -
Chacune d'elles se provoque ,
Tant qu'enfin pour un prompt combat ,
Gens Prosateurs , gens de rime on convoque
Pour terminer ce 'grand débat.
De son côté Prose range en Bataille
Les Orateurs , les Romanciers ,
? Tant modernes que devanciers ;
t
II. Vol.
No
DECEMBRE. 1731. 2969
Ne furent pris que ceux de haute taille ,
Comme le sont les Houdarts , les Flechiers ,
Acoutrés de leur jacquemaille
Avec les Balzacs , les Daciers ,
Et le reste vaille que vaille ,
Tels que Goujats furent mis les derniers.
Fier Don Quichot , d'avantures avide ,
La pris pour leur Chef , pour leur guide
Bien se flattoit , monté sur son Grison.
De mettre Rime à la raison.
De l'autre part , on voit aussi la rime:
De ses Héros la troupe rassembler.
Cet Escadron faisoit trembler ,
Tant il avoit l'air à l'escrime !
La plume en main , le nez au vent ,
Chaque rimeur sur son Pegaze ,
Plein du saint dépit qui l'embraze ,
Court , galope et vole en avant ;,,
On n'avoit pris des rimeurs que l'élite ,
Tous gens qu'un tel débat irrite
On avoit laissé les Pradons ,.
Les Martignacs , les Duriers , les Gacons
Aux rangs derniers , lieu d'où prennent la fuite
Bien plus aisément les Poltrons ,
S'étoient offerts de la fiere Angleterre.
Quelques Poëtes Prosateurs ,
Mais on craignit qu'en cette Guerre
H..Vol. Ciij
Ils
2966 MERCURE DEFRANCE
Ils ne dévinssent déserteurs.
Donc l'Escadron des rimeurs s'achemine ;
Pour Chefs il avoit deux Guerriers
Déja couverts de cent lauriers
C'étoit et Corneille et Racine ;
La Prose pálit , à la mine
De ces deux Paladins si fiers.
Sur front Cornelien éclate
Je ne sçai quoi de sublime et de grand ;
Là pour son Pompée on le prend ,
Racine , pour son Mitridate ,
Tant ils ont l'air et tendre et conquerant.
Voilà donc que nos deux armées
Sont en presence et déja sous le feu ,
La Prose tremblotoit un peu ,
La Rime voit , comme pigmées ,
Ses Ennemis , s'en fait un jeu .
C'est donc alors qu'on entre en danse
Que de part et d'autre on se lance
Un million des plus terribles traits ;
Corneille frappant de fort près ,
Faisoit réculer l'éloquence :
Rime le battoit en cadence.
Bien assenoit ses coups , Prose jamais ;
Corneille visoit à la tête ,
Et Racine donnoit au coeur :
inspiroient la pitié , la terreur ;
1, Vol.
Jamais
DECEMBRE 1731. 2967
Jamais on ne vêt télle fête ,
Tel carillon , telle rumeur :
Alors la Prose épouvantée ,
Et par la Rime à demi culbutée ,
Au Dieu du Parnasse a recours.
Ah ! prête - moi , dit- elle , ton secours !
Le Dieu vient , la sauve , il exige ,
Pour maintenir et la paix , et leurs droits ,
Que très-pomptement on rédige
Sur Parchemin , par articles , ses loix :
Je le veux , dit- il , qu'on transige
Or , ces articles. Les voicy.
Rapportons - les en racourcy ;
Je prétends , dit- il , que la Prose
Pas ne se mêle d'autre chose ,
Que de la Chaire et du Barreau ;
Et qu'au Théatre elle ait la bouche close
Condamnons le projet nouveau ,
De prosaïser Tragedie -
Voulons , pour garder l'ancien us ,
Que seulement en Comédie.
Elle conserve cet abus ? 41
Voulons aussi , qu'au Barreau ni qu'en Chaire
Rimeurs ne soient si témeraires
Que de rimer Sermons et Plaidoyers •
Si non passer pour Pradons , pour Boyers ,
Ou pour Tragiques à l'Angloise
H. Vol..
Ciiij
> -
Qui
1968 MERCURE DE FRANCE
Qui trop cruels de la moitié ,
Négligeant l'Art , ne leur déplaise ,
Inspirent plus d'horreur que de pitié”,
Font en Vers blancs enrager Melpomene ,
De voir le vice revêtu
Sur leur licentieuse scene
Des parures de la vertu ..
Laissons - les donc cothurner à leur guise
Et seulement , de peur qu'on prosaïse
La Tragedie , agissons vivement
Four Substitut contre cette entreprise ,
Prenons Voltaire ... afin que promptement
S'éxecute mon réglement ? »
Et pour qu'il use de main mise.
Contre qui trop avidement
Embrasseroit aveuglement
Le préjugé de la Tamise ?
Dorc , enjoignons au Tragique Arroüet-
D'amener sur la double cime ,
Qui conque écrit contre la Rime ? .
que des Muses le joüet Pour
Sa honte lave au moins son crime.
our qu'y voyant le noble et juste pri
Que Melpomene offre à Voltaire ,
Il rime , comme il le sçait faire ,
Et que de même ardeur épris ,
sçache l'art d'éffrayer et de plaire ,
II. Vol.
D'ate
DECEMBRE 1731. 2969
D'attendrir la Cour et Paris ;
Qu'enfin quittant un parti témeraire ,
Il force la Prose à se taire
Dans tous les Tragiques Ecrits..
Datté du Camp près l'hypocrène ,
Signé, du sang des morts et des blessés ,
Pleurés les pauvres Trépassés ,
Quoi que Turbateurs de la scene ::
Fait ce deux Juin , et paraffé
Jour , où la Rime a triomphé..
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Résumé : COMBAT DE LA PROSE ET DE LA RIME. Donné sur le Parnasse, le 2 Juin 1730.
Le 2 juin 1730, un affrontement littéraire entre la Prose et la Rime se déroula sur le Parnasse sous la supervision d'Apollon. La Prose, mécontente, cherchait à exclure les vers rimés des tragédies, tandis que la Rime voulait les y intégrer. Chaque camp rassembla ses partisans : la Prose réunit des orateurs et des romanciers, et la Rime mobilisa ses meilleurs poètes, dirigés par Corneille et Racine. Les deux armées s'affrontèrent dans un échange intense. Corneille et Racine, chefs des rimeurs, impressionnèrent par leur maîtrise. La Prose, effrayée, fit appel à Apollon, qui intervint pour rétablir la paix. Il édicta des lois stipulant que la Prose devait se limiter à la chaire et au barreau, et ne pas interférer avec les tragédies. La Rime, quant à elle, ne devait pas rimer sermons ou plaidoyers. Voltaire fut désigné pour faire respecter ces règles, et Jean-Baptiste Rousseau fut puni pour avoir écrit contre la Rime. Le combat se conclut par la victoire de la Rime, officialisée par un document signé du sang des blessés et des morts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 2991-2992
ÉTRENNES.
Début :
Pour vous trouver de brillantes Etrennes, [...]
Mots clefs :
Apollon, Interprètes, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTRENNES.
ETRENNE S.
& & & &
Our vous trouver de brillantes Etrennes ,
J'allai chercher Plutus , j'implorai sa faveur.
Ah! que tu connois peu Marianne et son coeur
Me dit-il , tu perdrois mon offrande et tes peines
Très -loin de -là dans le sacré Valon ,
Je me rendis chez Apollon ,
Je lui proposai ma pensée ;
Elle fut long- temps ressassée.
Crois-tu , me répondit le Maître des neuf Soeurs:
Qu'Hypocrene à mon gré répande ses douceurs!
Je voudrois bien chanter l'Objet qui t'interesse ,
Sur cent tons choisis er divers ,
Mais sur les Rives du Permesse ,
La bonne intention ne fait pas les bons Vers.
Il faut l'avouer à ma honte ,
Quelquefois pour encens je présente l'ennui ::
Va plutôt du Dieu d'Amathonte
1.1. Kob
2.
Diiij
In2992
MERCURE DE FRANCE
Invoquer le grand nom, et demander l'appui
Tu veux un Présent sûr de plaire è
Cupidon fera ton affaire.
L'avis me parut de bon sens ,
Quoiqu'issu du cerveau du Patron des Poëtes..
Je courus à Paphos , où mille voeux pressans ,
De mon juste dessein furent les Interpretes .
Quoi , s'écria l'Amour ! ch quoi !
C'est ta voix que j'entends ! qu'exiges - tu de moi
Sçais- tu pour qui tu viens m'adresser ta priere?
Ta jeune Marianne a pillé dans Cithere
Mes trésors les plus doux ; les biens les plus char
mans ,
Elle a fait son profit de tous mes agrémens ;
::
Et même sans Ceinture elle a laissé ma Mere.
Il ne me reste rien quel don puis - je lui faire,
L'Amour enfin n'a plus que lui -même à donne■ -
A celle qui sans cesse usurpe son Empire :
Sans doute elle dira que c'est mal l'étrenner ...
Je sçai pourtant quelqu'un qui , quoiqu'elle pú
dire ,
Voudroit bien la forcer d'accepter un tel don .
Heureux qui commettroit pareille violence !
Vaincre une Belle , est une offense ,
Non- seulement très digne de pardon ,
Mais encore de récompense.
& & & &
Our vous trouver de brillantes Etrennes ,
J'allai chercher Plutus , j'implorai sa faveur.
Ah! que tu connois peu Marianne et son coeur
Me dit-il , tu perdrois mon offrande et tes peines
Très -loin de -là dans le sacré Valon ,
Je me rendis chez Apollon ,
Je lui proposai ma pensée ;
Elle fut long- temps ressassée.
Crois-tu , me répondit le Maître des neuf Soeurs:
Qu'Hypocrene à mon gré répande ses douceurs!
Je voudrois bien chanter l'Objet qui t'interesse ,
Sur cent tons choisis er divers ,
Mais sur les Rives du Permesse ,
La bonne intention ne fait pas les bons Vers.
Il faut l'avouer à ma honte ,
Quelquefois pour encens je présente l'ennui ::
Va plutôt du Dieu d'Amathonte
1.1. Kob
2.
Diiij
In2992
MERCURE DE FRANCE
Invoquer le grand nom, et demander l'appui
Tu veux un Présent sûr de plaire è
Cupidon fera ton affaire.
L'avis me parut de bon sens ,
Quoiqu'issu du cerveau du Patron des Poëtes..
Je courus à Paphos , où mille voeux pressans ,
De mon juste dessein furent les Interpretes .
Quoi , s'écria l'Amour ! ch quoi !
C'est ta voix que j'entends ! qu'exiges - tu de moi
Sçais- tu pour qui tu viens m'adresser ta priere?
Ta jeune Marianne a pillé dans Cithere
Mes trésors les plus doux ; les biens les plus char
mans ,
Elle a fait son profit de tous mes agrémens ;
::
Et même sans Ceinture elle a laissé ma Mere.
Il ne me reste rien quel don puis - je lui faire,
L'Amour enfin n'a plus que lui -même à donne■ -
A celle qui sans cesse usurpe son Empire :
Sans doute elle dira que c'est mal l'étrenner ...
Je sçai pourtant quelqu'un qui , quoiqu'elle pú
dire ,
Voudroit bien la forcer d'accepter un tel don .
Heureux qui commettroit pareille violence !
Vaincre une Belle , est une offense ,
Non- seulement très digne de pardon ,
Mais encore de récompense.
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Résumé : ÉTRENNES.
Le narrateur cherche un cadeau d'Étrennes pour Marianne. Il invoque d'abord Plutus, qui prédit que Marianne ne valorisera pas son offrande. Ensuite, il consulte Apollon, qui refuse d'aider, estimant que l'intention ne suffit pas pour créer de bons vers, et suggère de voir le dieu d'Amathonte, probablement Vénus. Le narrateur décide alors d'invoquer Cupidon. Cupidon, étonné, affirme que Marianne a déjà reçu ses meilleurs trésors et même volé la ceinture de sa mère. Il déclare ne plus avoir rien à offrir, sauf lui-même. Cependant, il connaît quelqu'un capable de forcer Marianne à accepter ce don, soulignant que vaincre une belle est une offense pardonnable et même récompensable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 525-534
La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA CRITIQUE, Comédie de M. de Boissi, représentée pour la [...]
Mots clefs :
Critique, Comédie, Comédiens-Italiens, Prologue, Faiblesses superstitieuses, Apollon, Chrisante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
LA CRITIQUE, Comédie de M. de
Boissi , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens Italiens le 9. Fevrier
1732. A Paris, chez P. Prault , Quay de
Gesures, 1732. prix 24. sols.
Nous croyons que cette Piece sera luë
avec
26 MERCURE DE FRANCE
avec autant de plaisir qu'on en a vû les
Représentations. Elle est pleine d'esprit
et bien versifiée ; mais comme ce n'est
pas une Comédie réguliere , et que beau
coup de Scenes pourroient s'en détacher
aisément , sans nuire au progrès de l'action , nous n'en donnerons pas un Extrait
bien regulier , quoiqu'il y ait de quoi en
faire un fort long , si nous voulions y
faire entrer tout ce qui a été applaudi.
Cette Piece est precédée d'un Prologue
intitulé , L'Auteur Superstitieux. Dans la
Représentation , le sieur Romagnesi ,
sous le nom de Clitandre , entre très- bien
dans ce caractere. Il dit à son ami Damon
qui combat ses foiblesses superstitieuses.
L'Interêt , la gloire avec l'Amour ;
Ils m'occupent tous trois , et dans ce même jour,
Onjuge mon affaire , on doit jouer ma Piece ,
Et je suis sur le point d'épouser ma Maîtresse....
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible.
Pour l'interêt , amis , je suis très -peu sensible.
Si je perds mon procès , comme je le crois fort ,
Je m'en consolerai sans faire un grand effort.
Pour l'Amour et la gloire il n'en est pas de même,
Tous deux mé font sentir leur ascendant suprême ,
Tous deux d'un feu pareil enflâment mon desir ,
Et sont enmême temps ma peine et mon plaisir.
Dans
7
MARS. 1732. 527
Dans mes sens agitez leur cruelle puissance ,
Fait succeder la peur sans cesse à l'esperance.
Plaire à l'objet que j'aime, et mevoir son époux
Offreà moncœur sensible un triomphe bien doux;
Mais la crainte de perdre un bien si plein de
charmes,
Y porte au même instant les plus vives allarmes.
Par un brillant Ouvrage assembler tout Paris ,
Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits ,
Malgré tous les efforts que tente la Critique ,
Captiver par son Art l'attention publique ,
Forcer deux mille mains d'applaudir à la fois ,
Et s'entendre loüer d'une commune voix ,
Presente à mon esprit la plus haute victoire
D'un Guerrier qui triomphe on égale la gloire :
Mais si l'honneur est grand le revers est affreux;
DuParterre indigné , les cris tumultueux,
Sa fureur qui maudit et l'Auteur et l'Ouvrage ,
La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage,
Tous les brocards malins qu'on vous donne en
1
:
sortant ,
Et votre nom en butte au mépris éclatant.
Le desert qui succede à la foule écartée ,
Accablent à leur tour mon ame épouventée ;
Je crains de deux côtez d'avoir un sort fâcheux ,
D'être Amant traversé comme Auteur malheu reux.
Il ajoûte en répondant à Damon.
Tout
28, MERCURE DE FRANCE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ;
Et pour finir le cours d'un pareil entretien ,
Né superstitieux , je ne suis pas mon Maître ,
Je pense commevous qu'il est honteux de l'être.
Ma raison me le dit , mais elle perd ses soins ;
J'en sens le ridicule et ne le suis pas moins.
Contre les préjugez en vain on se rebelle ,
Lasuperstition à l'homme est naturelle ,
Et le hazard malin pour la fortifier >
Se plaît incessamment à la justifier.
Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence
La raison ne tient pas contre l'experience;
Et votre cœur peut- être auroit le même effroi ,
Si vous étiez, Monsieur, sur le point comme moi,
D'attirer du Public la loüange ou le blâme ,
De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flame.
La Scene du Prologue se passe chezClitandre.
Les Acteurs de la Piece , dont la Scene
est au Parnasse , sont Apollon , Thalie ,
la Critique.Un Auteur satyrique , le sieur
Dominique, Chrisante, homme singulier,
le sieur Romagnesi. La Médisance , la
Dlle Sylvia. Le Vaudeville , le sieur Thévenot. Coxesus, Arlequin.La Contredanse,
le Tambourin , le Menuet , &c.
Apollon et Thalie ouvrent la Scene ;
la Muse commence ainsi.
Seigneur,
MARS. 1732 5299
Seigneur , malgré la brigue et la clameur pu
blique , 1
Parmi les doctes Sœurs vous venez de placer
La juste et la saine Critique.
Elle vient s'établir dans l'Etat Poëtique,
Pour y maintenir l'ordre et pour le policer.
Je ne sçaurois, pour moi qui préside au Comique,
Et qui tiens de ses traits mon plus grand agré ment ,
Donner à votre choix trop d'applaudissement.
Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse
Elle qui par le vrai se regle uniquement ,
Et ne fait à personne injustice ni grace,
Apollon.
Dans le monde on a d'elle une autre opinion
Par un injuste effet de la prévention
De tout le Genre humain on la croit l'ennemie
On croit que sans égard et sans distinction ,
Elle condamne tout par une basse envie.
Pour détruire les faux Portraits ,
Qu'a fait d'elle en tous lieux la noire calomnie ,
Il faut aux yeux de tous qu'elle se justifie ,
Et dévoile an grand jour ses veritables traits.
Chacun viendra lui rendre hommage
Et la feliciter sur ses honneurs nouveaux ;
Elle doit faire voir que son goût toûjours sage,
Scait approuver le vrai , comme blâmer le faux;
Qu'elle
530 MERCURE DE FRANCE
Qu'elle reprend sans fiel , et que son badinage ,
Sans blesser la personne , attaque les deffauts ;
Elle ne prétend plus sur tout qu'on la confonde ,
Avec la Satyre , sa sœur ,
Qui sous son nom , s'affichant dans le
monde ,
Lui fair partager sa nóirceur ;
Elle sent trop qu'il est de son honneur,
De démasquer cette même Satyre ,
Qui dans sa maligne fureur
Ne reprend point par le désir d'instruire ,
Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire
Et de désavoüer tous ces Auteurs obscurs
Dont la plume anonyme,
Jusques sur la vertu , répand ses traits impurs
Et qu'inspire en secret , sa scœur illégitime.
t Je dois moi-même les punir ,
.Et pour jamais bannir
Cette engeance coupable ,
Pour la gloire de l'Art qu'elle rend méprisable,
Dans la troisiéme Scene , Chrisante
s'applaudit d'un ouvrage qu'il a entrepris ; c'est la Critique du Public. Ce Tableau présenté au Public lui - même ,
sous les traits les plus ressemblans , est un
morceau
MARS. 17320 535
morceau que nous n'avons pas cru devoir
ometre.
Apollon.
mais voudriez- vous bien Le projet est nouveau ,
Me détailler et m'apprendre
Ce que dans le Public vous trouvez à reprendre
Soit dans ses actions , ou dans son entretien ?
Chrisante.
Mille travers , mille bévuës ,
Son gout pour le Clinquant , dont il est le sou tien ,
Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nuës,
Ou qu'il met au dessous du rien ;
Carjamais il ne garde un milieu raisonnable
Chez lui tout est divin , ou tout est misérable.
Sa fureur pour la mode et pour tout Charlatan 7
Tous les usages foux dont il est partisan ,
Toutes ses politesses fades ,
Ses visites , ses embrassades ,
Et ses saluts du premier jour de l'an,
Du Carnaval ses Mascarades ,
Du Mardy Gras son transport Calotin ,
Et son air sot le lendemain ;
Son exercice aux Thuileries',
Ses caracols , ses lorgneries ;
'Aux Spectacles , ses flots , ses vertiges frequens ,
Ses battemens de mains donnez à contre- temps :
£ Tous
32 MERCURE DE FRANCE
Toutes ses moucheries ,
Ses baillemens , ses crachemens
Aux endroits les plus beaux , les plus interes sans ;
Son ridicule étrange
De recevoir avidement
La plus insipide louange ,
d'applaudir toujours le banal compliment ;
Qu'on lui retourne incessament ;
Sa rage opiniatre ,
De crier presqu'à tout moment ,
Place aux Dames , place au Théatre;
Parlez plus haut ; l'habit noir , chapeau bas ♬
Paix , Monsieur l'Abbé , haut les bras ;
Annoncez ; bis , la Capriole,
Et pour tout dire , enfin , l'insupportable Rôle
Qu'il fair , dès qu'au Parterre il se trouve pressé ,
Ce qui révolte l'ame , et fait hausser l'épaule
A tout homme de gout , છેà. tout homme sensé,
Apollon.
Vous peignez là la multitude ,
Mere du tumulte et du bruit ,
Que n'arrête aucun frein , que l'exemple séduit
Qu'entraîne la coutume , ou l'aveugle habitude
Et non le vrai Public que la raison conduit ,
?
D'où part ce grand corps de lumiere ,
Qui me guide moi - même , et sans cesse m³é—
Claire Ce
MARS. 17320 333
Ce Public, en un mot , avec choix assemblé
Tel qu'on le voit paroître
Aux yeux d'un Théatre réglé.
Quand il écoute en Sage , et qu'il prononce es
Maître
Ses Arrêts qui le font si dignement connoître,
Et dont nul , avant vous , n'a jamais appellé.
Pour mettre le Lecteur en état de juger
du Dialoguede cette Piece , voici le commencement de la 6* Scene , entre la Critique et la Médisance.
Madame , je prens part , comme votre parenté
A votre fortune éclatante.
La Critique.
Pardon, j'ai de la peine à remettre vos traits
J'ai beau vous regarder de près.
La Médisance.
J'ai poutant avec vous assez de ressemblance
La Critique ne devroit pas
Méconnoître la Médisance.
Et de moi dans le monde on fait assez de cas ;
Pour m'avouer d'abord sans nulle repugnance.
La Critique.
Si je vous méconnois , il n'est pas surprenant;
Le chemin que je tiens , est different du vôtre ;
Fij La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Raison et le Vrai , me guident constam
ment,
Et vous plaisés le plus souvent ,
Aux dépens de l'un et de l'autre , &c.
Les dernieres Scenes se passent entre la
Critique , le Vaudeville , la Contredanse ,
le Menuet , &c. et la Piéce finit par un
diverti
Boissi , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens Italiens le 9. Fevrier
1732. A Paris, chez P. Prault , Quay de
Gesures, 1732. prix 24. sols.
Nous croyons que cette Piece sera luë
avec
26 MERCURE DE FRANCE
avec autant de plaisir qu'on en a vû les
Représentations. Elle est pleine d'esprit
et bien versifiée ; mais comme ce n'est
pas une Comédie réguliere , et que beau
coup de Scenes pourroient s'en détacher
aisément , sans nuire au progrès de l'action , nous n'en donnerons pas un Extrait
bien regulier , quoiqu'il y ait de quoi en
faire un fort long , si nous voulions y
faire entrer tout ce qui a été applaudi.
Cette Piece est precédée d'un Prologue
intitulé , L'Auteur Superstitieux. Dans la
Représentation , le sieur Romagnesi ,
sous le nom de Clitandre , entre très- bien
dans ce caractere. Il dit à son ami Damon
qui combat ses foiblesses superstitieuses.
L'Interêt , la gloire avec l'Amour ;
Ils m'occupent tous trois , et dans ce même jour,
Onjuge mon affaire , on doit jouer ma Piece ,
Et je suis sur le point d'épouser ma Maîtresse....
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible.
Pour l'interêt , amis , je suis très -peu sensible.
Si je perds mon procès , comme je le crois fort ,
Je m'en consolerai sans faire un grand effort.
Pour l'Amour et la gloire il n'en est pas de même,
Tous deux mé font sentir leur ascendant suprême ,
Tous deux d'un feu pareil enflâment mon desir ,
Et sont enmême temps ma peine et mon plaisir.
Dans
7
MARS. 1732. 527
Dans mes sens agitez leur cruelle puissance ,
Fait succeder la peur sans cesse à l'esperance.
Plaire à l'objet que j'aime, et mevoir son époux
Offreà moncœur sensible un triomphe bien doux;
Mais la crainte de perdre un bien si plein de
charmes,
Y porte au même instant les plus vives allarmes.
Par un brillant Ouvrage assembler tout Paris ,
Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits ,
Malgré tous les efforts que tente la Critique ,
Captiver par son Art l'attention publique ,
Forcer deux mille mains d'applaudir à la fois ,
Et s'entendre loüer d'une commune voix ,
Presente à mon esprit la plus haute victoire
D'un Guerrier qui triomphe on égale la gloire :
Mais si l'honneur est grand le revers est affreux;
DuParterre indigné , les cris tumultueux,
Sa fureur qui maudit et l'Auteur et l'Ouvrage ,
La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage,
Tous les brocards malins qu'on vous donne en
1
:
sortant ,
Et votre nom en butte au mépris éclatant.
Le desert qui succede à la foule écartée ,
Accablent à leur tour mon ame épouventée ;
Je crains de deux côtez d'avoir un sort fâcheux ,
D'être Amant traversé comme Auteur malheu reux.
Il ajoûte en répondant à Damon.
Tout
28, MERCURE DE FRANCE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ;
Et pour finir le cours d'un pareil entretien ,
Né superstitieux , je ne suis pas mon Maître ,
Je pense commevous qu'il est honteux de l'être.
Ma raison me le dit , mais elle perd ses soins ;
J'en sens le ridicule et ne le suis pas moins.
Contre les préjugez en vain on se rebelle ,
Lasuperstition à l'homme est naturelle ,
Et le hazard malin pour la fortifier >
Se plaît incessamment à la justifier.
Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence
La raison ne tient pas contre l'experience;
Et votre cœur peut- être auroit le même effroi ,
Si vous étiez, Monsieur, sur le point comme moi,
D'attirer du Public la loüange ou le blâme ,
De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flame.
La Scene du Prologue se passe chezClitandre.
Les Acteurs de la Piece , dont la Scene
est au Parnasse , sont Apollon , Thalie ,
la Critique.Un Auteur satyrique , le sieur
Dominique, Chrisante, homme singulier,
le sieur Romagnesi. La Médisance , la
Dlle Sylvia. Le Vaudeville , le sieur Thévenot. Coxesus, Arlequin.La Contredanse,
le Tambourin , le Menuet , &c.
Apollon et Thalie ouvrent la Scene ;
la Muse commence ainsi.
Seigneur,
MARS. 1732 5299
Seigneur , malgré la brigue et la clameur pu
blique , 1
Parmi les doctes Sœurs vous venez de placer
La juste et la saine Critique.
Elle vient s'établir dans l'Etat Poëtique,
Pour y maintenir l'ordre et pour le policer.
Je ne sçaurois, pour moi qui préside au Comique,
Et qui tiens de ses traits mon plus grand agré ment ,
Donner à votre choix trop d'applaudissement.
Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse
Elle qui par le vrai se regle uniquement ,
Et ne fait à personne injustice ni grace,
Apollon.
Dans le monde on a d'elle une autre opinion
Par un injuste effet de la prévention
De tout le Genre humain on la croit l'ennemie
On croit que sans égard et sans distinction ,
Elle condamne tout par une basse envie.
Pour détruire les faux Portraits ,
Qu'a fait d'elle en tous lieux la noire calomnie ,
Il faut aux yeux de tous qu'elle se justifie ,
Et dévoile an grand jour ses veritables traits.
Chacun viendra lui rendre hommage
Et la feliciter sur ses honneurs nouveaux ;
Elle doit faire voir que son goût toûjours sage,
Scait approuver le vrai , comme blâmer le faux;
Qu'elle
530 MERCURE DE FRANCE
Qu'elle reprend sans fiel , et que son badinage ,
Sans blesser la personne , attaque les deffauts ;
Elle ne prétend plus sur tout qu'on la confonde ,
Avec la Satyre , sa sœur ,
Qui sous son nom , s'affichant dans le
monde ,
Lui fair partager sa nóirceur ;
Elle sent trop qu'il est de son honneur,
De démasquer cette même Satyre ,
Qui dans sa maligne fureur
Ne reprend point par le désir d'instruire ,
Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire
Et de désavoüer tous ces Auteurs obscurs
Dont la plume anonyme,
Jusques sur la vertu , répand ses traits impurs
Et qu'inspire en secret , sa scœur illégitime.
t Je dois moi-même les punir ,
.Et pour jamais bannir
Cette engeance coupable ,
Pour la gloire de l'Art qu'elle rend méprisable,
Dans la troisiéme Scene , Chrisante
s'applaudit d'un ouvrage qu'il a entrepris ; c'est la Critique du Public. Ce Tableau présenté au Public lui - même ,
sous les traits les plus ressemblans , est un
morceau
MARS. 17320 535
morceau que nous n'avons pas cru devoir
ometre.
Apollon.
mais voudriez- vous bien Le projet est nouveau ,
Me détailler et m'apprendre
Ce que dans le Public vous trouvez à reprendre
Soit dans ses actions , ou dans son entretien ?
Chrisante.
Mille travers , mille bévuës ,
Son gout pour le Clinquant , dont il est le sou tien ,
Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nuës,
Ou qu'il met au dessous du rien ;
Carjamais il ne garde un milieu raisonnable
Chez lui tout est divin , ou tout est misérable.
Sa fureur pour la mode et pour tout Charlatan 7
Tous les usages foux dont il est partisan ,
Toutes ses politesses fades ,
Ses visites , ses embrassades ,
Et ses saluts du premier jour de l'an,
Du Carnaval ses Mascarades ,
Du Mardy Gras son transport Calotin ,
Et son air sot le lendemain ;
Son exercice aux Thuileries',
Ses caracols , ses lorgneries ;
'Aux Spectacles , ses flots , ses vertiges frequens ,
Ses battemens de mains donnez à contre- temps :
£ Tous
32 MERCURE DE FRANCE
Toutes ses moucheries ,
Ses baillemens , ses crachemens
Aux endroits les plus beaux , les plus interes sans ;
Son ridicule étrange
De recevoir avidement
La plus insipide louange ,
d'applaudir toujours le banal compliment ;
Qu'on lui retourne incessament ;
Sa rage opiniatre ,
De crier presqu'à tout moment ,
Place aux Dames , place au Théatre;
Parlez plus haut ; l'habit noir , chapeau bas ♬
Paix , Monsieur l'Abbé , haut les bras ;
Annoncez ; bis , la Capriole,
Et pour tout dire , enfin , l'insupportable Rôle
Qu'il fair , dès qu'au Parterre il se trouve pressé ,
Ce qui révolte l'ame , et fait hausser l'épaule
A tout homme de gout , છેà. tout homme sensé,
Apollon.
Vous peignez là la multitude ,
Mere du tumulte et du bruit ,
Que n'arrête aucun frein , que l'exemple séduit
Qu'entraîne la coutume , ou l'aveugle habitude
Et non le vrai Public que la raison conduit ,
?
D'où part ce grand corps de lumiere ,
Qui me guide moi - même , et sans cesse m³é—
Claire Ce
MARS. 17320 333
Ce Public, en un mot , avec choix assemblé
Tel qu'on le voit paroître
Aux yeux d'un Théatre réglé.
Quand il écoute en Sage , et qu'il prononce es
Maître
Ses Arrêts qui le font si dignement connoître,
Et dont nul , avant vous , n'a jamais appellé.
Pour mettre le Lecteur en état de juger
du Dialoguede cette Piece , voici le commencement de la 6* Scene , entre la Critique et la Médisance.
Madame , je prens part , comme votre parenté
A votre fortune éclatante.
La Critique.
Pardon, j'ai de la peine à remettre vos traits
J'ai beau vous regarder de près.
La Médisance.
J'ai poutant avec vous assez de ressemblance
La Critique ne devroit pas
Méconnoître la Médisance.
Et de moi dans le monde on fait assez de cas ;
Pour m'avouer d'abord sans nulle repugnance.
La Critique.
Si je vous méconnois , il n'est pas surprenant;
Le chemin que je tiens , est different du vôtre ;
Fij La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Raison et le Vrai , me guident constam
ment,
Et vous plaisés le plus souvent ,
Aux dépens de l'un et de l'autre , &c.
Les dernieres Scenes se passent entre la
Critique , le Vaudeville , la Contredanse ,
le Menuet , &c. et la Piéce finit par un
diverti
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Résumé : La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
La pièce 'La Critique' de M. de Boissi a été représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens le 9 février 1732 à Paris. Cette comédie est décrite comme pleine d'esprit et bien versifiée, mais elle ne suit pas une structure régulière. Le texte mentionne un prologue intitulé 'L'Auteur Superstitieux', dans lequel le personnage Clitandre, interprété par le sieur Romagnesi, exprime ses angoisses avant la représentation de sa pièce et son mariage imminent. Il parle de ses craintes concernant le jugement du public, l'amour et la gloire. La scène principale se déroule au Parnasse et met en scène plusieurs personnages, dont Apollon, Thalie, la Critique, et divers autres acteurs. Apollon et Thalie discutent de l'importance de la Critique, qui doit maintenir l'ordre et la justice dans le domaine poétique. La Critique se défend contre les préjugés qui la présentent comme une ennemie, affirmant qu'elle juge avec sagesse et sans partialité. Chrisante critique le public pour ses travers et ses comportements ridicules, comme son goût pour la mode, ses politesses excessives, et ses réactions exagérées lors des spectacles. Apollon distingue ce public superficiel du véritable public guidé par la raison. La pièce se termine par une interaction entre la Critique et la Médisance, où la Critique affirme qu'elle est guidée par la raison et la vérité, contrairement à la Médisance. Les dernières scènes impliquent la Critique, le Vaudeville, la Contredanse, et le Menuet.
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41
p. 1515-1517
APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
Début :
Sur le Mont Helicon les Filles de Mémoire [...]
Mots clefs :
Apollon, Mont Hélicon, Académie d'Arles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
APOLLON.
A M. le Chevalier de Romieu , sur le
dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
SurUr le Mont Helicon les Filles de Mémoire
Se livrent aux plus doux transports ,
Ciiij Depuis
1516 MERCURE DE FRANCE
Depuis que tu parois , pour accroître leur.
gloire
Faire de genereux efforts,
Dans Arles autrefois , aux neuf sçavantes Fées ,
Plusieurs brûlerent de l'Encens ;
Aux Nymphes , aux Tritons , ces célebres Or
phées
Faisoient admirer leurs accens
Elles voyoient alors dans un loisir tranquille
Leurs Autels toujours fréquentez ;
On étoit occupé dans cet aimable azile
Du soin d'étaler leurs beautez.
De leurs Lyres bien- tôt , tremblantes , allax mées ;
Elles emportent les débris :
Et le débordement des barbares armées
Fait percer le Ciel de leurs cris.
Tes soins ont pû calmer cette Troupe sçavante ,.
Tu vaux toi seul vingt nourrissons ,
Tu veux encor former une école brillante
Qui soit docile à leurs leçons.
Les Muses ont promis d'inspirer les Poëtes ,
Qu'en leur Temple on rassemblera : .
Euter-
>
JUILLET. 1732. 1514
terpe à quelques - uns présentant ses Mu- settes
A Segrais les égalera.-
Calliope prétend que sa charmante LyreRésonne seule sous vos doigts.
Polymnie ajuré qu'en un fougueux délireSes favoris suivront ses Loix.
Melpomene en ces lieux étalerá ses charmes ,
Ses nobles Vers nous toucheront ,
Si Sophocle ; Euripide ont fait verser des lar
mes ,
Les Morands en arracheront,
Comme on vit autrefois un Lyriqué célebre ·
Arrêter la course des eaux ,
Lorsque vous chanterez , le Rône ainsi que l'Ebre ,
Ecoutera des sons nouveaux.
Par M.Chaband.
A M. le Chevalier de Romieu , sur le
dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
SurUr le Mont Helicon les Filles de Mémoire
Se livrent aux plus doux transports ,
Ciiij Depuis
1516 MERCURE DE FRANCE
Depuis que tu parois , pour accroître leur.
gloire
Faire de genereux efforts,
Dans Arles autrefois , aux neuf sçavantes Fées ,
Plusieurs brûlerent de l'Encens ;
Aux Nymphes , aux Tritons , ces célebres Or
phées
Faisoient admirer leurs accens
Elles voyoient alors dans un loisir tranquille
Leurs Autels toujours fréquentez ;
On étoit occupé dans cet aimable azile
Du soin d'étaler leurs beautez.
De leurs Lyres bien- tôt , tremblantes , allax mées ;
Elles emportent les débris :
Et le débordement des barbares armées
Fait percer le Ciel de leurs cris.
Tes soins ont pû calmer cette Troupe sçavante ,.
Tu vaux toi seul vingt nourrissons ,
Tu veux encor former une école brillante
Qui soit docile à leurs leçons.
Les Muses ont promis d'inspirer les Poëtes ,
Qu'en leur Temple on rassemblera : .
Euter-
>
JUILLET. 1732. 1514
terpe à quelques - uns présentant ses Mu- settes
A Segrais les égalera.-
Calliope prétend que sa charmante LyreRésonne seule sous vos doigts.
Polymnie ajuré qu'en un fougueux délireSes favoris suivront ses Loix.
Melpomene en ces lieux étalerá ses charmes ,
Ses nobles Vers nous toucheront ,
Si Sophocle ; Euripide ont fait verser des lar
mes ,
Les Morands en arracheront,
Comme on vit autrefois un Lyriqué célebre ·
Arrêter la course des eaux ,
Lorsque vous chanterez , le Rône ainsi que l'Ebre ,
Ecoutera des sons nouveaux.
Par M.Chaband.
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Résumé : APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
Le poème de M. Chaband, daté de juillet 1732, est dédié au Chevalier de Romieu, qui souhaite rétablir l'Académie d'Arles. Il commence par une évocation des Muses sur le Mont Helicon, célébrant les efforts passés pour honorer les arts et les lettres. Depuis 1516, des savants et des poètes ont rendu hommage aux Muses et aux divinités marines. Cependant, les troubles et les invasions barbares ont perturbé cette paix culturelle. Le Chevalier de Romieu est loué pour ses efforts à apaiser et à rassembler à nouveau les savants. Les Muses promettent d'inspirer les poètes qui se rassembleront dans le temple de l'Académie. Chaque Muse exprime son soutien : Euterpe pour la musique, Calliope pour la poésie épique, Polymnie pour la poésie lyrique, et Melpomène pour la tragédie. Le poème se termine par une comparaison avec les grands tragédiens grecs et une vision où les fleuves Rhône et Èbre écouteraient les nouveaux chants des poètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 857-862
JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
Début :
C'etoit fait de vos jours, ô divine Uranie ; [...]
Mots clefs :
Mort, Thémis, Rage, Apollon, Phébus, Jours, Paix, Dieu, Mortels, Rétablissement, Jugement, Santé
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texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
JUGEMENT DE THEMIS.
A MADAME DE * * *
1
Sur le rétablissement de sa santé.
C'Etoit fait de vos jours , ô divine Uranie;
De son double ciseau la cruelle Atropos ,
Alloit trancher le fil de la plus belle vie.
Bij
.
Mettre
858 MERCURE DE FRANCE
Mettre le comble à tous nos maux ,
Et d'un seul coup , hélas ! ouvrir mille tom
beaux.
On implore à grands cris la Déesse infléxible ;
Mais d'un air indigné , méprisant , insensible
Elle insulte aux soupits des foibles Orphelins ,
Soulagez tant de fois par vos puissantes mains.
Son oeil plein de rage et de joye ,
Contemple avidement ces restes malheureux ,
Qui par vous échappez à ses coups rigoureux
Bien- tôt en vous perdant vont devenir sa proye
Elle avance en couroux ; on fuit de toutes parts ,
Le poison meurtrier de ses affreux regards.
Une illustre famille où regnent la Sagesse ,
L'Honneur , la Probité , l'Union , la Tendresse ,
Prosternée et tremblante , offre inutilement
Ses plus précieuses années ,
Pour prolonger vos destinées ;
Rien ne peut retarder le funeste moment ,
Le Monstre impitoyable approche fierement :
Mais tout à coup sous un heureux auspice ,
Une Divinité propice ,
La celeste Thémis précipitant ses pas ,
Vint arracher vos jours aux horreurs du trépas
Fatale Mort , s'écria - t'elle ,
Arrêté de ton bras l'audace criminelle ,
Respecte les Mortels à tes pieds abattus ;
Apprends à choisir tes victimes ,
TE
MAY. 1733 855
Tu ne dois foudroyer que le vice et les crimes ,
Et c'est ici l'Empire des Vertus .
Set Arrêt prononcé d'une voix formidable ,
De la Déesse inexorable ,
Arrêta les premiers accès ;
Soudain un murmure agréable ,
Annonça par tout le succès ,
D'un jugement si favorable ,
La seule Mort étoit inconsolable ,
D'avoir perdu sa peine et son procès.
. Mais elle eut beau gémir et se deffendre ,
Vanter ses droits et follement prétendre ,
Qu'on trahissoit l'équité , la raison ;
On écouta la froide Demoiselle ,
Puis on siffla sa lugubre Oraison ;
Point d'Orateur ne soutint sa querelle ;
Et pour punir sa noire trahison ,
On opinoit à proceder contre elle ,
A lui donner pour demeure éternelle ,
L'affreux cachot d'une obscure prison ,
Ou renvoyer la hideuse Fémelle ,
Dans le Manoir de la sombre Alecton.
Phébus jugea la peine trop cruelle :
Bannir la Mort ! eh ! que seront les Dieux ,
Si les Humains sont immortels comme eux !
Bien- tôt peut- être une orgueilleuse audace ,
Reproduira de superbes Titans ,
Qui par des coups encor plus éclatants ,
Biij Scauront
860 MERCURE DE FRANCE
Sçauront vanger l'ancienne disgrace ,
Et les malheurs de leur coupable race ,
De Typheus iront briser les fers ,
Et troubleront le Ciel et les Enfers .
Ainsi parla d'un ton fier et sévere ,
Le Dieu brillant qu'à Délos on révere ,
Thémis sourit et loüa gravement ,
Du blond Phébus le discours véhement,
Puis expliquant la raison singuliere ,
Pourquoi le Dieu qui produit la lumiere ,
Parloit si haut pour une Déïté ,
Fille du Stix et de l'obscurité :
Messieurs , dit- elle , avec un air rigide ,
Trahi cent fois par un soûris malin ,
Vous le sçavez , Phébus est Medecin ,
Et doit chérir la Déesse homicide.
Ils sont tous deux l'un pour l'autre formez ;
Ils sont tous deux l'un de l'autre charmez.
Si quelquefois Apollon se déchaîne ,
Traite la Mort d'injuste , d'inhumaine ,
N'en croyez pas ses discours animez ,
C'est pour dupper les Mortels allarmeż ;
Il l'aime au fond et son coeur est sans haine ,
Malgré le feu de ses yeux allumez ,
Bien plus d'amour que de rage enflâmez.
Mêmes projets , même fin , même Empire ,
Et même droit sur tout ce qui respire ,
Unit leurs coeurs et leur funebre Cour ,
It
MAY 1733.
861
Et l'interêt cimente leur amour ;
Car sans la Mort , dont on craint les empreintes,
L'Art d'Apollon seroit moins respecté:
Sans Apollon et son Art si vanté ,
Peu de la Mort sentiroient les atteintes.
Or en faveur du Dieu de la santé ,
Nous épargnons à son illustre amie ,
Un sort cruel , une juste infamie ,
Et maint affront que sa témerité ,
merité.
A plus d'un titre avoit trop
Alors la Deïté des mortelles allarmes ,
Laissant de rage échapper quelques larmes,
Et l'oeil étincelant de colere et de feu :
Fuyons , dit- elle , un triste lieu ,
De la Paix le séjour tranquile ,
Et de Thémis le redoutable azile ,
Sortons pour ne rentrer jamais .
A ces mots elle fuit . Le Dépit et la Honte ,
D'une aîle obéissante et prompte ,
Volerent sur ses pas , suivis des vains regrets ,
Et des soucis cuisans ennemis de la Paix .
Ah ! si le Roy des Dieux , Maître des destinées ,
Ecoutoit les voeux que j'ai faits !
Si par des Loix justes et fortunées ,
Il mésuroit le cours de vos années ,
Sur vos vertus et vos bienfaits !
Deslors vos jours serains, sombres, et sans nuages,
Biiij Cou
862 MERCURE DE FRANCE
Couleroient dans la gloire et verroient tous l
âges ;
Et la solide Verité ,
Sur votre Palais respecté ,
Graveroit d'une main hardie ,
Ces Vers l'effroi da Temps et de la noire Envie
De ce brillant séjour par Themis habité ,
La jalouse Mort est bannie ;
Le Cielpour couronner de la sage
L'inestimable pieté ,
Uranie ,
Veut qu'elle mene en paix une tranquille vie,
Dans le sein glorieux de l'Immortalité.
A MADAME DE * * *
1
Sur le rétablissement de sa santé.
C'Etoit fait de vos jours , ô divine Uranie;
De son double ciseau la cruelle Atropos ,
Alloit trancher le fil de la plus belle vie.
Bij
.
Mettre
858 MERCURE DE FRANCE
Mettre le comble à tous nos maux ,
Et d'un seul coup , hélas ! ouvrir mille tom
beaux.
On implore à grands cris la Déesse infléxible ;
Mais d'un air indigné , méprisant , insensible
Elle insulte aux soupits des foibles Orphelins ,
Soulagez tant de fois par vos puissantes mains.
Son oeil plein de rage et de joye ,
Contemple avidement ces restes malheureux ,
Qui par vous échappez à ses coups rigoureux
Bien- tôt en vous perdant vont devenir sa proye
Elle avance en couroux ; on fuit de toutes parts ,
Le poison meurtrier de ses affreux regards.
Une illustre famille où regnent la Sagesse ,
L'Honneur , la Probité , l'Union , la Tendresse ,
Prosternée et tremblante , offre inutilement
Ses plus précieuses années ,
Pour prolonger vos destinées ;
Rien ne peut retarder le funeste moment ,
Le Monstre impitoyable approche fierement :
Mais tout à coup sous un heureux auspice ,
Une Divinité propice ,
La celeste Thémis précipitant ses pas ,
Vint arracher vos jours aux horreurs du trépas
Fatale Mort , s'écria - t'elle ,
Arrêté de ton bras l'audace criminelle ,
Respecte les Mortels à tes pieds abattus ;
Apprends à choisir tes victimes ,
TE
MAY. 1733 855
Tu ne dois foudroyer que le vice et les crimes ,
Et c'est ici l'Empire des Vertus .
Set Arrêt prononcé d'une voix formidable ,
De la Déesse inexorable ,
Arrêta les premiers accès ;
Soudain un murmure agréable ,
Annonça par tout le succès ,
D'un jugement si favorable ,
La seule Mort étoit inconsolable ,
D'avoir perdu sa peine et son procès.
. Mais elle eut beau gémir et se deffendre ,
Vanter ses droits et follement prétendre ,
Qu'on trahissoit l'équité , la raison ;
On écouta la froide Demoiselle ,
Puis on siffla sa lugubre Oraison ;
Point d'Orateur ne soutint sa querelle ;
Et pour punir sa noire trahison ,
On opinoit à proceder contre elle ,
A lui donner pour demeure éternelle ,
L'affreux cachot d'une obscure prison ,
Ou renvoyer la hideuse Fémelle ,
Dans le Manoir de la sombre Alecton.
Phébus jugea la peine trop cruelle :
Bannir la Mort ! eh ! que seront les Dieux ,
Si les Humains sont immortels comme eux !
Bien- tôt peut- être une orgueilleuse audace ,
Reproduira de superbes Titans ,
Qui par des coups encor plus éclatants ,
Biij Scauront
860 MERCURE DE FRANCE
Sçauront vanger l'ancienne disgrace ,
Et les malheurs de leur coupable race ,
De Typheus iront briser les fers ,
Et troubleront le Ciel et les Enfers .
Ainsi parla d'un ton fier et sévere ,
Le Dieu brillant qu'à Délos on révere ,
Thémis sourit et loüa gravement ,
Du blond Phébus le discours véhement,
Puis expliquant la raison singuliere ,
Pourquoi le Dieu qui produit la lumiere ,
Parloit si haut pour une Déïté ,
Fille du Stix et de l'obscurité :
Messieurs , dit- elle , avec un air rigide ,
Trahi cent fois par un soûris malin ,
Vous le sçavez , Phébus est Medecin ,
Et doit chérir la Déesse homicide.
Ils sont tous deux l'un pour l'autre formez ;
Ils sont tous deux l'un de l'autre charmez.
Si quelquefois Apollon se déchaîne ,
Traite la Mort d'injuste , d'inhumaine ,
N'en croyez pas ses discours animez ,
C'est pour dupper les Mortels allarmeż ;
Il l'aime au fond et son coeur est sans haine ,
Malgré le feu de ses yeux allumez ,
Bien plus d'amour que de rage enflâmez.
Mêmes projets , même fin , même Empire ,
Et même droit sur tout ce qui respire ,
Unit leurs coeurs et leur funebre Cour ,
It
MAY 1733.
861
Et l'interêt cimente leur amour ;
Car sans la Mort , dont on craint les empreintes,
L'Art d'Apollon seroit moins respecté:
Sans Apollon et son Art si vanté ,
Peu de la Mort sentiroient les atteintes.
Or en faveur du Dieu de la santé ,
Nous épargnons à son illustre amie ,
Un sort cruel , une juste infamie ,
Et maint affront que sa témerité ,
merité.
A plus d'un titre avoit trop
Alors la Deïté des mortelles allarmes ,
Laissant de rage échapper quelques larmes,
Et l'oeil étincelant de colere et de feu :
Fuyons , dit- elle , un triste lieu ,
De la Paix le séjour tranquile ,
Et de Thémis le redoutable azile ,
Sortons pour ne rentrer jamais .
A ces mots elle fuit . Le Dépit et la Honte ,
D'une aîle obéissante et prompte ,
Volerent sur ses pas , suivis des vains regrets ,
Et des soucis cuisans ennemis de la Paix .
Ah ! si le Roy des Dieux , Maître des destinées ,
Ecoutoit les voeux que j'ai faits !
Si par des Loix justes et fortunées ,
Il mésuroit le cours de vos années ,
Sur vos vertus et vos bienfaits !
Deslors vos jours serains, sombres, et sans nuages,
Biiij Cou
862 MERCURE DE FRANCE
Couleroient dans la gloire et verroient tous l
âges ;
Et la solide Verité ,
Sur votre Palais respecté ,
Graveroit d'une main hardie ,
Ces Vers l'effroi da Temps et de la noire Envie
De ce brillant séjour par Themis habité ,
La jalouse Mort est bannie ;
Le Cielpour couronner de la sage
L'inestimable pieté ,
Uranie ,
Veut qu'elle mene en paix une tranquille vie,
Dans le sein glorieux de l'Immortalité.
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Résumé : JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
Le poème 'Jugement de Thémis' relate la guérison miraculeuse d'une dame anonyme. La Mort, personnifiée, est sur le point de mettre fin à la vie de cette femme, mais Thémis, la déesse de la justice, intervient pour la sauver. Thémis arrête la Mort, affirmant que celle-ci ne doit frapper que le vice et les crimes, et non les vertueux. La Mort, en colère, tente de se justifier, mais Thémis la condamne à être bannie ou emprisonnée. Phébus, le dieu du soleil et de la médecine, intervient alors pour adoucir la peine. Il explique que la Mort et lui sont liés, car la médecine est respectée grâce à la crainte de la Mort. Thémis accepte cette argumentation et épargne la Mort, qui quitte les lieux enragée. Le poème se conclut par un vœu pour que la vie de la dame soit prolongée et honorée, avec la Vertu régnant sur la Mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 1353-1355
VERS à S. A. S. Madame la Duchesse du Maine, par M. Clement, Receveur des Tailles de Dreux.
Début :
En qualité de Suivant d'Apollon, [...]
Mots clefs :
Princesse, Muse, Voltaire, Vers, Goût, Apollon
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texteReconnaissance textuelle : VERS à S. A. S. Madame la Duchesse du Maine, par M. Clement, Receveur des Tailles de Dreux.
VERS à S. A. S. Madame la Duchesse
du Maine , par M. Clement , Receveur
des Tailles de Dreux.
EN qualité de Suivant d'Apollon
Je vous dois , Illustre PRINCESSE,
II. Vol.
E ij Un
1354 MERCURE DE FRANCE
Un compliment où regne la finesse ,
Et le feu du sacré Vallon.
Elevé loin du Sanctuaire,
Où le bon goût seul est admis ,
Je sçai trop qu'il ne m'est permis ,
Que d'admirer et de me taire ;
Mais quoiqu'infiniment soumis ,
Ne peut on sans être Voltaire ,
Par un effort digne de plaire ,
S'offrir à vos regards surpris.
Je gouverne aisément ma Muse ,
Et malgré sa legereté ,
Pour empêcher qu'on ne l'accuse ,
D'imprudente vivacité ,
J'arrête ici sa témeraire audace ,
Et je l'avertis sagement ,
De paroître avec enjoüement ,
Et d'éviter le jargon tout de glace ,
D'éloges rebattus , exprimez foiblement.
Je désire donc simplement ,
Qu'elle se présente avec grace ,
Et que du moins , PRINCESSE , ce moment ,
Şoit pour vous un amusement.
Qu'au milieu d'une Cour délicate et paisible;
Vous vous souveniez quelquefois ,
Qu'asservi sous vos douces Loix ,
Le Druide le moins sensible ,
Se ranime , et déja des accens de sa voix ,
II. Vol.
De
JUIN. 1733. 1355
ल
+
Du grand nom de Condé fait retentir nos bois.
Tout beau , Muse , qu'allez - vous dire
Est-ce donc là le souverain Empire ,
De ma raison sur vous jusqu'à ce jour.
Imitez La Fontaine , et des traits de l'Amour,
Chantez seulement la puissance ;
Si je flattois votre imprudence ,
Bien -tôt de ma Princesse adorant les vertus ,
Vous parleriez des divins attributs ,
Dont Apollon honora sa naissance.
De tels objets respectez la grandeur ;
Et ne rompez votre silence ,
Que pour annoncer le bonheur,
Qui doit bien- tôt ramener sa présence.
Peignez aussi le Plaisir enchanteur ,
Revolant vers Annet , et de Fêtes charmantes ,
Lui-même être l'ordonnateur
Recherchez , Muse , sa faveur ,
Tout brille sous ses mains sçavantes ,
Et sans craindre Voltaire , allez dire par tout ,
Qu'en ces dieux seulement est le Temple du
Goût.
du Maine , par M. Clement , Receveur
des Tailles de Dreux.
EN qualité de Suivant d'Apollon
Je vous dois , Illustre PRINCESSE,
II. Vol.
E ij Un
1354 MERCURE DE FRANCE
Un compliment où regne la finesse ,
Et le feu du sacré Vallon.
Elevé loin du Sanctuaire,
Où le bon goût seul est admis ,
Je sçai trop qu'il ne m'est permis ,
Que d'admirer et de me taire ;
Mais quoiqu'infiniment soumis ,
Ne peut on sans être Voltaire ,
Par un effort digne de plaire ,
S'offrir à vos regards surpris.
Je gouverne aisément ma Muse ,
Et malgré sa legereté ,
Pour empêcher qu'on ne l'accuse ,
D'imprudente vivacité ,
J'arrête ici sa témeraire audace ,
Et je l'avertis sagement ,
De paroître avec enjoüement ,
Et d'éviter le jargon tout de glace ,
D'éloges rebattus , exprimez foiblement.
Je désire donc simplement ,
Qu'elle se présente avec grace ,
Et que du moins , PRINCESSE , ce moment ,
Şoit pour vous un amusement.
Qu'au milieu d'une Cour délicate et paisible;
Vous vous souveniez quelquefois ,
Qu'asservi sous vos douces Loix ,
Le Druide le moins sensible ,
Se ranime , et déja des accens de sa voix ,
II. Vol.
De
JUIN. 1733. 1355
ल
+
Du grand nom de Condé fait retentir nos bois.
Tout beau , Muse , qu'allez - vous dire
Est-ce donc là le souverain Empire ,
De ma raison sur vous jusqu'à ce jour.
Imitez La Fontaine , et des traits de l'Amour,
Chantez seulement la puissance ;
Si je flattois votre imprudence ,
Bien -tôt de ma Princesse adorant les vertus ,
Vous parleriez des divins attributs ,
Dont Apollon honora sa naissance.
De tels objets respectez la grandeur ;
Et ne rompez votre silence ,
Que pour annoncer le bonheur,
Qui doit bien- tôt ramener sa présence.
Peignez aussi le Plaisir enchanteur ,
Revolant vers Annet , et de Fêtes charmantes ,
Lui-même être l'ordonnateur
Recherchez , Muse , sa faveur ,
Tout brille sous ses mains sçavantes ,
Et sans craindre Voltaire , allez dire par tout ,
Qu'en ces dieux seulement est le Temple du
Goût.
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Résumé : VERS à S. A. S. Madame la Duchesse du Maine, par M. Clement, Receveur des Tailles de Dreux.
Le poème est adressé à Madame la Duchesse du Maine par M. Clément, Receveur des Tailles de Dreux, qui se présente comme Suivant d'Apollon. L'auteur reconnaît l'illustre statut de la Duchesse et exprime son admiration et sa soumission. Il souhaite que sa muse se présente avec grâce, évitant les éloges rebattus, et que ses vers soient un amusement pour la Duchesse. L'auteur espère qu'elle se souviendra de lui, même au sein de sa cour délicate et paisible. Il mentionne le nom prestigieux de Condé et invite sa muse à imiter La Fontaine en chantant la puissance de l'amour. Le poème se conclut par une évocation du plaisir enchanteur et des fêtes charmantes, soulignant que le véritable goût réside dans ces moments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 1502-1505
EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
Début :
Si jusques à ce jour, dans ma verve lyrique, [...]
Mots clefs :
Tavannes, Apollon, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
EPITRE ,
A M. le Come de TAVANES , Brigadier
des Armées du Roy , et son premier Lieutenant
General en Bourgogne.
Si jusques à ce jour , dans ma verve lyrique ;
Je ne t'ai point offert un encens poëtique ,
Tavanes , ce n'est pas que pour chanter ton nom ,
Ma Muse n'ait souvent rêvé sur l'Hélicon.
Cent fois , quand j'ai formé le plan d'un long
Poëme ;
Pour
JUILLET. 1733. 1503
Pour mon premier Héros je t'ai choisi toi - même ;
Mais à ce noble emploi j'avois beau destiner ,
La Lyre qu'on entend sous mes doigts raisonner,
Aussi-tôt Apollon et sa Troupe immortelle ,
Condamnoient mon audace en approuvant mon
zele.
Laisse , me disoient - ils , à de's Auteurs fameux
Le soin de celebrer un Mortel digne d'eux.
Pour Chantre , un Mécenas doit avoir un Horace,
Voltaire peut chanter ton Héros avec grace ,
Cet Aigle , du Soleil soutiendroit les rayons ;
Mais toi que parmi nous rarement nous voyons,
Quand tu veux t'élever aussi haut que Pindare ,
Dans la profonde Mer tu tombes comme Icare.
Ainsi dans mes projets interrompu toujours ,T
Demon travail pour toi j'ai suspendu le cours ,
Et sur d'autres sujets moins grands et plus faciles,
Employant quelquefois des momens ' inutiles ,
Tavanes , j'attendois que pour te bien louer ,
Phébus et les neuf Soeurs daignassent m'avouer.
Toutefois , puisqu'enfin ma Muse a pú te plaire' ,
Je me crois maintenant séparé du vulgaire.
D'un suffrage si beau , content et glorfeux ,
Je sens que je puis prendre un essor jusqu'aux
Cieux . KurzbĮ alum.5295 30591
13
Non, je n'ai plus besoin des Filles de Mémoire ,
Mon zele me suffit pour celebrer ta gloire.
I! K
Dieux avec quel plaisir je dirai dans mes Vers ,
E
504 MERCURE DE FRANCE
Et des rares vertus et tes exploits divers !
En vain ta modestie au silence m'invite ..
Plus on fuit la louange et plus on la mérite ;
Et les Fils d'Apollon aux génereux Mortels ,
Doivent dans leurs Ecrits ériger des Autels.
Eh ! qui fut plus que toi digne de notre hommage!
N'est-on pas informé qu'aussi vaillant que sage ,
Tu sçais dans les horreurs du plus sanglant
combat ,
Etre tout à la fois Capitaine et Soldat ?
Que depuis qu'au Laurier a succedé l'Olive ,
Ton ardeur pour ton Roi n'en est pas moins
active ?
Que ton coeur vertueux , toujours grand , toû
jours droit ,
Pouvant tout ce qu'il veut , ne veut que ce qu'il
doir. ?
Que par les dons divers que ta main liberale,
Répand de toutes parts dans cette Capitale ;
Tu cherches, non l'honneur d'être crû génereux,
Mais l'unique plaisir de faire des heureux ?
Qu'aux beaux Arts qu'Apollon tient sous sa dé
pendance ,
Tu prêtes un appui digne de ta.naissance ?
Que quand je n'osois pas m'élever jusqu'à toi ,
Ta facile bonté descendit jusqu'à moi ?
Que contraire à ces Grands de qui l'ame com
mune ,
I
N'offre rien à nos yeux de grand que leur fortune,
Affable sans bassesse , et fier sans vanité ;
JUILLET. 1733. 1505
On te voit en tous lieux aimé, craint, respecté ,
Que charmé que Louis t'ait placé sur nos têtes,
Le Peuple en prenant part à tes superbes Fêtes ,
Dit que toûjours la gloire excitant tes désirs ,
Tu te montres Héros jusques dans tes plaisirs.
Mais quoi ! je m'apperçois que frappant la barriere
,
Mon Pégase est tout prêt d'entrer dans la carriere;
Eh bien ! sans differer , il la lui faut ouvrir ;
Sur le Pinde avec lui je brûle de courir ,
Et dans l'heureux transport où mon coeur s'a→
bandonne ,
Je vais chercher des fleurs pour former ta Couronne.
Par M.COCQUARD, Avoc. au Parlement de Dijon.
A M. le Come de TAVANES , Brigadier
des Armées du Roy , et son premier Lieutenant
General en Bourgogne.
Si jusques à ce jour , dans ma verve lyrique ;
Je ne t'ai point offert un encens poëtique ,
Tavanes , ce n'est pas que pour chanter ton nom ,
Ma Muse n'ait souvent rêvé sur l'Hélicon.
Cent fois , quand j'ai formé le plan d'un long
Poëme ;
Pour
JUILLET. 1733. 1503
Pour mon premier Héros je t'ai choisi toi - même ;
Mais à ce noble emploi j'avois beau destiner ,
La Lyre qu'on entend sous mes doigts raisonner,
Aussi-tôt Apollon et sa Troupe immortelle ,
Condamnoient mon audace en approuvant mon
zele.
Laisse , me disoient - ils , à de's Auteurs fameux
Le soin de celebrer un Mortel digne d'eux.
Pour Chantre , un Mécenas doit avoir un Horace,
Voltaire peut chanter ton Héros avec grace ,
Cet Aigle , du Soleil soutiendroit les rayons ;
Mais toi que parmi nous rarement nous voyons,
Quand tu veux t'élever aussi haut que Pindare ,
Dans la profonde Mer tu tombes comme Icare.
Ainsi dans mes projets interrompu toujours ,T
Demon travail pour toi j'ai suspendu le cours ,
Et sur d'autres sujets moins grands et plus faciles,
Employant quelquefois des momens ' inutiles ,
Tavanes , j'attendois que pour te bien louer ,
Phébus et les neuf Soeurs daignassent m'avouer.
Toutefois , puisqu'enfin ma Muse a pú te plaire' ,
Je me crois maintenant séparé du vulgaire.
D'un suffrage si beau , content et glorfeux ,
Je sens que je puis prendre un essor jusqu'aux
Cieux . KurzbĮ alum.5295 30591
13
Non, je n'ai plus besoin des Filles de Mémoire ,
Mon zele me suffit pour celebrer ta gloire.
I! K
Dieux avec quel plaisir je dirai dans mes Vers ,
E
504 MERCURE DE FRANCE
Et des rares vertus et tes exploits divers !
En vain ta modestie au silence m'invite ..
Plus on fuit la louange et plus on la mérite ;
Et les Fils d'Apollon aux génereux Mortels ,
Doivent dans leurs Ecrits ériger des Autels.
Eh ! qui fut plus que toi digne de notre hommage!
N'est-on pas informé qu'aussi vaillant que sage ,
Tu sçais dans les horreurs du plus sanglant
combat ,
Etre tout à la fois Capitaine et Soldat ?
Que depuis qu'au Laurier a succedé l'Olive ,
Ton ardeur pour ton Roi n'en est pas moins
active ?
Que ton coeur vertueux , toujours grand , toû
jours droit ,
Pouvant tout ce qu'il veut , ne veut que ce qu'il
doir. ?
Que par les dons divers que ta main liberale,
Répand de toutes parts dans cette Capitale ;
Tu cherches, non l'honneur d'être crû génereux,
Mais l'unique plaisir de faire des heureux ?
Qu'aux beaux Arts qu'Apollon tient sous sa dé
pendance ,
Tu prêtes un appui digne de ta.naissance ?
Que quand je n'osois pas m'élever jusqu'à toi ,
Ta facile bonté descendit jusqu'à moi ?
Que contraire à ces Grands de qui l'ame com
mune ,
I
N'offre rien à nos yeux de grand que leur fortune,
Affable sans bassesse , et fier sans vanité ;
JUILLET. 1733. 1505
On te voit en tous lieux aimé, craint, respecté ,
Que charmé que Louis t'ait placé sur nos têtes,
Le Peuple en prenant part à tes superbes Fêtes ,
Dit que toûjours la gloire excitant tes désirs ,
Tu te montres Héros jusques dans tes plaisirs.
Mais quoi ! je m'apperçois que frappant la barriere
,
Mon Pégase est tout prêt d'entrer dans la carriere;
Eh bien ! sans differer , il la lui faut ouvrir ;
Sur le Pinde avec lui je brûle de courir ,
Et dans l'heureux transport où mon coeur s'a→
bandonne ,
Je vais chercher des fleurs pour former ta Couronne.
Par M.COCQUARD, Avoc. au Parlement de Dijon.
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Résumé : EPITRE, A M. le Comte de TAVANES, Brigadier des Armées du Roy, et son premier Lieutenant General en Bourgogne.
L'épître est adressée à M. le Comte de Tavanes, Brigadier des Armées du Roy et son premier Lieutenant Général en Bourgogne. Le poète auteur de l'épître explique qu'il n'a pas encore célébré Tavanes dans ses œuvres, non par manque de désir, mais parce qu'il se sentait inapte à cette tâche. Apollon et les Muses lui ont conseillé de laisser cette mission à des auteurs plus célèbres, comme Voltaire. Cependant, l'auteur décide finalement de louer Tavanes, se sentant désormais capable de le faire grâce à l'inspiration. Le poète énumère les qualités et les actions de Tavanes : son courage et sa sagesse sur le champ de bataille, son dévouement au roi même en temps de paix, sa générosité, son soutien aux arts, et sa bonté envers les autres. Il souligne également la modestie de Tavanes, qui fuit la louange malgré ses mérites. Le peuple, charmé par Tavanes, le voit comme un héros même dans ses plaisirs. L'auteur conclut en exprimant son désir de composer une œuvre en l'honneur de Tavanes, prêt à s'élancer dans cette entreprise poétique.
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45
p. 2120-2134
CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
Début :
Depuis que les hommes, foibles par eux-mêmes, et malheureusement [...]
Mots clefs :
Rats, Rat, Animaux, Gravure antique, Préservatif, Amulette, Apollon, Guerre, Coq, Pauvres, Autel, Ténédos, Temple, Médailles, Peuples
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texteReconnaissance textuelle : CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
CONJECTURES sur une Gravûre
antique , qu'on croit avoir servi d'Amulete
an de Préservatif contre les Rats:
D
Epuis que
les hommes , foibles par
cux- mêmes , et malheureusement
esclaves de leur cupidité ,se furent écartez
de la vraye Religion
, ils eurent recours
à des Divinitez
arbitraires
ausquelles ils
assignetent
des fonctions
à proportion
de leurs besoins . Elles étoient chargées de
les garantir
de tout ce qui pouvoit leur
nuire. Les Nations entieres livrées à la superstition
la plus grossiere
, attribuerent
à
des Talismans
,à des Amuletes,à des Pierres
gravées
OCTOBRE. 1733 2123
gravées , des Vertus occultes et prétendues
efficaces contre les malheurs et les
maladies qui les menaçoient , et contre
les Animaux et les Insectes qui leur faisoient
la guerre. La multitude si aisée à
séduire par les apparences les plus foibles
d'un merveilleux , dont elle est.
toujours avide, s'empressoit d'attester les
effets de ces prétendus préservatifs. De
là ces Monumens de leur crédulité se
multiplierent à l'infini , et plusieurs d'entre'eux
se sont conservez jusqu'à nous.
C'est dans cette Classe que j'ai crû devoir
ranger la Gravûre singuliere qu'un
illustre Magistrat ( a ) vient d'ajouter à
la magnifique collection de tout ce que
' Antiquité peut fournir de plus rare et
de plus curieux en fait de Médailles et
de Gravûres antiques . C'est une Agathe
Sardonyx rouge et blanche , gravée en
relief , plus remarquable par la singu
larité du Type , que par la beauté du
Dessein et la délicatesse du travail . Elle
représente un Autel ou Cippus , sur lequel
on voit un Rat qu'un Cocq prend
par la queue pour l'attirer à soy et pour
le faire tomber au bas de l'Autel . Il paroît
résister ; et il semble tenir quelque
(a ) M. LE BRET , Premier Président , Inten--
ant et Commandant pour S. M. en Provence.
A. Y chose
2122 MERCURE DE FRANCE
chose à la bouche avec ses deux pattes.
De l'autre côté un autre Cocq tient un
second Rat de la même façon. Il a été
mis hors de combat , et amené par force au
pied de l'Autel . On lit au haut CYCKhne
BOHOI , et au bas ou à l'Exergue KPA-
ΤΟΥΜΕ. (4)
HNEBOHOT
ΚΡΑΤΟΥ ΜΕ
Grandeur
de
la Pierre
(a) On atrouvé à propos de faire graver ici sur la
même Planche le Dessein d'une Cornaline du Ca
binet de M. le P. Président Bon , de Montpellier ,
enchassée dans une Bague d'or antique , dont le Type
est singulier et a du rapport avec l'Agathe du Ca
binet de M. le Bret.
OCTOBR E. 1733
2123
C'est en supposant que cette Gravûre
est incontestablement antique , que je me
suis déterminé à en donner l'explication.
Je n'ose cependant rien prononcer à cet
égard. Qui ne sçait les moyens dont on
s'est servi et dont on se sert encore de
nos jours , pour en imposer aux Antiquaires
, et combien il est mal- aisé d'établir
, sur tout en fait de Pierres gravées ,
des preuves d'Antiquité qui ne puissent
être contestées et renduës problématiques?
Je crois pouvoir regarder cette Pierre
comme un Préservatif ou Amulete pour
détruire les Rats qui infectent si souvent
les Campagnes et les Maisons. L'Autel
est dédié à Apollon , les deux Cocqs en
font foy. Pausanias , in Eliac. Cap. xxv.
assure que cet Oiseau domestique , qui
annonce l'arrivée du jour , lui est consacré
; ainsi (a) ne faisons aucune difficulté
de le regarder comme un des attributs
de cette Divinité , qui sous le
nom d'Apollon Smynthien , ( b ) avoit
(a) Nostras hasce Gemmulas percurrendo , em
ferè omnes ad Mithram et solem spectare inveniniemus.
Fabretti , c. 7. pag. 531 ... Gallum inter
solaria animantia reposuit Antiquitas . Ibid .
(b) ΙΕΡΟΝ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΣΜΙΝΘΕΩΣ . Cujus
nominis Etymon deducit à Muribus . Strabo. L. 13
Apollo Sminthiorum pernicies Murium Arnob.
advers. Gentes. L. 3.P. 15No
A vi
Ran
2124 MERCURE DE FRANCE .
un Temple dans l'Ifle de Tenedos :
>
C'est sans doute en memoire de ce
culte que les Puples de Tenedos firent
frapper deux Médailles , l'une rapportée
par Goltzius où se voyent deux Rats
à côté d'une Hâche à doublé tranchant;
et l'autre où l'on voit la tête radiée d'A
pollon avec un Mulot ou Rat de Campagne
, et lå Hache ou Bipennis de Tenedos
au revers . Ce sont- là des symboles
caracteristiques de la Divinité Tutelaire.
de
Cette Ifle , et de l'inflexiblé séverité
de ceux qui y administroient la Justice.
Elien raconte que les Rats faisoient de
si grands dégâts dans les champs des
Troyens.ct des Eoliens , que l'on eut
recours à l'Oracle de Delphes , qui re
pondit que ces Peuples en seroient dêlivrez
s'ils sacrifioient à Apollon Smynthien.
Ce Dieu avoit aussi un Temple
scus le même nom dans la Ville de Chry
sa , qui étoit située dans la Troade , presque
vis - à- vis l'Ifle de Tenedos. On y
voyoit la Staruë d'Apollon avec un Rat
à ses pieds. C'étoit l'Ouvrage du fameux
Scopas de Paros. Ce fut en mémoire d'un
évenement assez singulier , que je crois
devoir rapporter
.
Certains Peuples (a) de l'Ifle de Crete
(a) Strab. L. XIII. Vide G. Cuperi , Mónu
vinren
OCTOBRE. TOB 1733. 22 J
vinrent aborder dans cette contrée , cherchant
à s'y établir. Incertains du lieu
où i´s devoient fixer leur demeure, ils s'adresserent
à l'Oracle , qui leur dit de
s'arrêter dans l'endroit où les Enfans de
la Terre viendroient les attaquer. Pendant
la nuit une prodigieuse multitude
de Rats survint près de la Ville d'Amaxitus
, et rongea les cordes de leurs Arcs ,
feurs Harnois et autres ustanciles de cuir.
Ce peuple crédule , jugeant l'Oracle accompli
, s'établit précisément dans cet
endrait.Un ancien Auteur, cité par Stra
bon , prétend qu'il y avoit un grand
nombre de Rats aux environs de ce
Temple , et qu'on les y regardoit avec
une espece de vénération . Chrises , dont
parle Homere au commencement de l'Iliade
, en étoit le Sacrificateur , et c'é oit
lui , sans doute , qui en dirigeoit le culte
dans la Ville de Chrysa.
ment. Antiq. post Harpocratem p. 209.nummum.
refert in quo conspicitur Apollo laurea coronatus ,.
in altera vero area , idem Deus stans , Arcum
manu tenens , pharetra à terga pendente et ab an-·
teriore corporis parte АПOÂúÑƆƐ , cam_litteris ›
ΣΔΕ , a posteriore vero nota aliqua e : ΤΜΙΘΕΩΣ,
infra vero ΑΛΕΞΑΝΔΡΕΩΝ .... Μ ΔΡ ..
Lege EXAMANAPON . Sic et ex alio simili nummo
apud March. Scipionem Maffeium in Verona il
lustrata , pag. 355
Le
2126 MERCURE DE FRANCE
Le Scholiaste d'Homere, raporte L.I.de
l'Iliade , qu'Apollon envoya une prodigieuse
quantité de Rats dans les Champs
de Crinis , son Prêtre , qui avoit encouru
son indignation.Ces Animaux ravagerent
tous ses fruits. Le Dieu s'appaisa , se mit
en devoir de les détruire , et les tua tous
en effet à coups de fleches. Ce fut en
reconnoissance que Crinis fit bâtir un
Temple à Apollon sous le nom de Smynthien.
-
Les deux Rats représentez sur cette
Pierre , sont de pauvres victimes dévoüées
à la colere d'Apollon. Ils publient
eux mêmes leur défaite. L'un d'eux
réduit aux abois par les violens efforts
de son Adversaire , s'écrie CYCKHNEBOHO
I. CONTUBERNALIS SUCCURRE
A l'aide Camarade . Le Rat enlevé par
l'autre Cocq , n'a pas la force de lui répondre
autrement que par ce mot KPA-
ΤΟΥΜΕ , mis pour ΚΡΑΤΟΥΜΕΘΑ., par
une abreviation forcée put-être par le
défaut de la couche blanche , qui seule
pouvoit donner aux Caracteres le relief
nécessaire pour les faire paroître. VINCIMUR
; C'est fait de nous , nous sommes
vaincus. On peut dire aussi , si l'on veut,
que le Graveur , trop servilement attaché
à certaine prononciation locale , a
mis
OCTOBR E. 1733. 2127
mis ΚΡΑΤΟΥΜΕ pour ΚΡΑΤΟΥΜΑΙ , qui
signitie VINCOR , je suis vaincu ; en ce
cas - là c'est un des Rats qui parle , comme
se trouvant hors d'état de secourir
son Camarade , qui reclame son assistance.
Je sçais qu'on pourroit objecter quelqu'autre
défaut dans la construction de
cette Légende , et dire qu'il devroit y
avoir BOHOEI , au lieu de BOHOI ; mais
sans vouloir entrer dans une discussion
grammaticale , qui n'est gueres de mon
ressort,il me seroit aisé de citer d´s exemples
dans les ( a ) Inscriptions Grecques
sur les Médailles et Gravures antiques, où
l'Epsilon se trouve supprimé . D'ailleurs il
me paroît qu'on peut aussi attribuer cette
omission à l'ignorance ou au peu d'exactitude
du Graveur , sur tout dans les Monumens
postérieurs au siécle d'Auguste.
Ce qu'il y a de positif, c'est que les Grecs
modernes ont conservé cette prononciation
qui pouvoit avoir lieu anciennement
dans certains Païs de la Grece.
Le Pois a fait graver une Agathe Onyx,
qui a quelque rapport avec celle que je
viens d'expliquer. On y voit un Cocq ,
un Rat et une Corbeille ouverte , avec le
mot Aprilis.
( a) Fabretti , pag. 740. n. 802.
Les
2128 MERCURE DE FRANCE
Les Rats que nous regardons avec me
pris , et que nous nous contentons de li
vrer à l'antipathie de certains animaux
d'une espece differente , étoient redoutables
dans divers Païs. Nous en avons un
témoignage précis dans l'Ecriture Sainte,
au 1 Liv. des Rois , où il est dit : Il sortit
tout d'un coup des Champs et des Villages
une multitude de Rats , et on vit dans
toute la Ville une confusion de mourans
et de morts. Les Philistins ne furent délivrez
de cette espece de fléau , que lorsqu'ils
eurent renvoyé l'Arche du Seigneur
avec cinq Rats d'or , selon le nombre de
feurs Provinces .
Les gros Rats s'étoient tellement empa
rez de l'Isle de ( a ) foura , qui est le lieu
le plus sterile et le plus désagréable de
tout l'Archipel , qu'ils obligerent les habitans
de l'abandonner , et s'il en faut
croire Théophraste , ces pauvres bêtes au
défaut de tout autre aliment , se virent
obligées de ronger le Fer , tel qu'il est
lorsqu'il sort des Mines. •
Les Romains tiroient des présages de la
vûë de ces animaux . Pline , liv. 8. ch.57.
nous apprend que de son temps la rencon
tre d'un Rat blanc étoit de bon Augure:
La Guerre des Marses ,selon le même
{ 3 ) ΓΥΑΡΟΣ,
Au
OCTOBRE. 1733. 2129
Auteur , fut annoncée par l'événement
bizaree que je vais raconter.Les Boucliers,
qui étoient à Lanuvium , se trouverent
rongez par les Rats ; et delà il fut conclu
qu'il se préparoit quelque funeste évenement
pour la République. La Guerre survint
bien tôt après; il n'en fallut pas
d'a
vantage pour justifier les frivoles conjectures
d'un Peuple superstitieux.
Ciceron , qui sur ces matieres pensoit
bien différemment de la multitude,se
moque avec esprit de la crédulité des Romains.
» Les Aruspices , dit- il liv. 11. de
Divinat. criérent au miracle , sur ce
que les Rats avoient rongé les Boucliers
» de Lanuvium , peu de temps avant la
» Guerre des Marses , comme s'il étoit
» bien important de sçavoir qu'un ani-
» mal , occupé nuit et jour à ronger tout
» ce qui se présente à lui , se fut attaché
» à des Boucliers, plutôt qu'à toute autre
» chose. En suivant leurs fausses idées ,
» ai- je dû craindre pour le sort de Rome,
lorsque les Rats ont rongé chez moi le
» Livre de la République de Platon , et
» s'ils eussent attaqué le Traité d'Epicure
sur la volupté , serois - je plus raison-
» nable de prédire sur cet événement la
>> cherté de toutes les Denrées qui se ven-
» dent au marché ?.
Pline
2130 MERCURE DE FRANCE
Pline rapporte , liv. 10. chap . 65. des
choses qui me paroissent incroïables sur
la prodigieuse propagation des Rats ; et
c'est en conséquence qu'il prétend qu'ils
parurent autrefois en si grand nombre
dans certain Païs de la Grece , qu'après en
avoir ravagé les moissons , ils en firent
déserter les habitans. ( a ) Un Auteur du
siécle passé prétend qu'à peu près la même
avanture est arrivée en Angleterre ,
en la Province d'Essex , en 1580 et 1648.
C'est dans de telles circonstances que les
Peuples ont pû recourir à des moyens
surnaturels pour être délivrez d'une engeance
si pernicieuse .
Gregoire de Tours , cet Historien qu'on
accuse , peut- être , avec raison , d'avoir.
inséré dans son Ouvrage un grand nombre
de faits fabuleux et d'opinions populaires
, ausquelles il paroît ajouter foy,fait
mention , liv . 8. ch. 14. de son Histoire
de deux figures de Bronze , trouvées à
Paris , vers la fin du sixième siècle , l'une
représentoit un Serpent , et l'autre un
Loir, qui est une espece de Rat velu , qui
habite dans les Bois . A peine furent - elles
enlevées de l'endroit où l'on prétendoit
qu'elles avoient une vertu de Talisman
( a ) Childreyus , lib. de Mirab . Natura in Anglia
Citat, in Ephem . Erud. ann. 1667. pag.113 ,
pour -
OCTOBRE . 1732. 2137
pour éloigner de la contrée les animaux
qu'elles représentoient , qu'on vit paroître
un nombre infini de Serpens et de
Loirs dans la Ville et dans les Campagnes
voisines.
Quoique l'Histoire que je vais rapporter
, ait l'air d'une Fable , elle convient
trop à mon sujet pour la passer sous silence.
La voici telle qu'on la trouve chez
les Centuriateurs de Magdebourg , vol. 3 .
Cent. 10 ch. 10.
Hatton , surnommé Bonosus , de Moine
de Fulde devint Archevêque de Mayence.
Il étoit dur envers les Pauvres , et au
lieu de les secourir pendant la famine , il
leur fit sentir les effets les plus cruels de
son avarice . Il fit assembler quantité de
Pauvres dans une Grange où il les fit brûler
, en disant que c'étoit une engeance
inutile, et qui n'étoit bonne qu'à manger
le pain necessaire aux autres. Fruges con
sumere nati. Il en fut bien- tôt puni. Les
Rats l'assaillirent de tous côtez et lui déclarerent
une guerre mortelle. Il eût beau
se retirer dans une Tour , bâtie au milieu
du Rhin , qu'on appelle encore à present
la Tour des Rats . ( Mausthuun ) Les Rats
l'y suivirent et passerent le Fleuve à la
nage ; ils entrerent dans la Tour , et firent
mourir l'Archevêque . On ajoute
qu'a2132
MERCURE DE FRANCE
qu'après la mort de ce Prélat, ces animaux
devenus les Instrumens de la Justice divine.
, rongerent tout jusqu'à son nom ,
qui étoit gravé sur le Marbre ou Ecrit
dans les Registres publics.
M. de Thou , liv. 5. pag 161. de son
Histoire , prétend que Barthelemi Chasseneuz
, devenu ensuite premier Président
du Parlement de Provence , se trouvant à
Autun , les habitans de quelques Villages
des environs demanderent qu'il plût à
l'Evêque Diocésain d'excommunier les
Rats qui désoloient cette contrée ; que ce
fameux Jurisconsulte se chargea de la défense
de ces animaux , et représenta que
le terme qui leur avoit été accordé étoit
trop court , d'autant mieux qu'ils risquoient
de se mettre en chemin , tous les
Chats des Villages voisins étant aux
aguets pour les arrêter en passant™, sur
quoi Chasseneuz obrint un plus long délai
pour venir répondre à la citation .
Quelques- uns révoquent en doute un
fait si singulier ; mais il me paroît que
le témoignage d'un Auteur aussi grave ,
et d'ailleurs presque contemporain , doit
prévaloir sur tout ce qu'on peut avancer
pour le détruire dans toutes ses circonstances
, d'autant mieux que la premiere
conOCTOBRE.
1733. 2133
consultation de ( a ) Chassencuz roule sur
tout ce qui s'observoit de son temps en
Bourgogne , au sujet de l'excommunication
des Animaux et des Insectes nuisi
bles , ausquels il assure qu'on donnoit un
Avocat pour les deffendre. Il y fait mention
de tout ce qui s'y pratiquoit de son
temps , avant que de proceder à leur excommunication
; et c'est peut être ce détail
qui a donné lieu à M, de Thou de
dire que Chasseneuz avoit rempli les
fonctions de leur Avocat en pareille occasion
.
Je dois parler aussi d'un Préservatif
contre les Rats , pieusement introduit
dans un siècle plein d'ignorance , par les
Moines de S. Hubert , dans les Ardennes.
On suppose que dans le Territoire de
cette Abbaye on ne voit aucun Rat ; et
on attribuë çette singularité aux mérites
de S. V lalric , Evêque d'Ausbourg ( b ) ,
( a ) Nonnulla Animalia immunda in formam
murium urbanorum existentia Grisei coloris , à nemoribus
circum vicinis exeuntia... Post modum
distribuitur Advocatus pro consilio dictorum Animalium
, qui respondet pradictam maledictionem ,
Anathematisationem , et Excommunicationem fieri
non debere, &c. Barth. à Chassaneo,Cons. 1.p.17.
(b ) Joan. Eusebius Nierem Bergius de Miracul
Nat. in Europâ . lib. 2. cap. 6. , ... Effecis
idem Episcopus (S. Udalricus) ut nulli magni Mu.
dont
2134 MERCURE DE FRANCE
dont cette Eglise possede les Reliques .
On rapporte à ce sujet des pratiques superstieuses
et des usages indécens ( c) qui
font tort à la Religion , qui leur sert de
prétexte ; et qu'on auroit dû abolir dans
un siècle aussi éclairé que le nôtre.
antique , qu'on croit avoir servi d'Amulete
an de Préservatif contre les Rats:
D
Epuis que
les hommes , foibles par
cux- mêmes , et malheureusement
esclaves de leur cupidité ,se furent écartez
de la vraye Religion
, ils eurent recours
à des Divinitez
arbitraires
ausquelles ils
assignetent
des fonctions
à proportion
de leurs besoins . Elles étoient chargées de
les garantir
de tout ce qui pouvoit leur
nuire. Les Nations entieres livrées à la superstition
la plus grossiere
, attribuerent
à
des Talismans
,à des Amuletes,à des Pierres
gravées
OCTOBRE. 1733 2123
gravées , des Vertus occultes et prétendues
efficaces contre les malheurs et les
maladies qui les menaçoient , et contre
les Animaux et les Insectes qui leur faisoient
la guerre. La multitude si aisée à
séduire par les apparences les plus foibles
d'un merveilleux , dont elle est.
toujours avide, s'empressoit d'attester les
effets de ces prétendus préservatifs. De
là ces Monumens de leur crédulité se
multiplierent à l'infini , et plusieurs d'entre'eux
se sont conservez jusqu'à nous.
C'est dans cette Classe que j'ai crû devoir
ranger la Gravûre singuliere qu'un
illustre Magistrat ( a ) vient d'ajouter à
la magnifique collection de tout ce que
' Antiquité peut fournir de plus rare et
de plus curieux en fait de Médailles et
de Gravûres antiques . C'est une Agathe
Sardonyx rouge et blanche , gravée en
relief , plus remarquable par la singu
larité du Type , que par la beauté du
Dessein et la délicatesse du travail . Elle
représente un Autel ou Cippus , sur lequel
on voit un Rat qu'un Cocq prend
par la queue pour l'attirer à soy et pour
le faire tomber au bas de l'Autel . Il paroît
résister ; et il semble tenir quelque
(a ) M. LE BRET , Premier Président , Inten--
ant et Commandant pour S. M. en Provence.
A. Y chose
2122 MERCURE DE FRANCE
chose à la bouche avec ses deux pattes.
De l'autre côté un autre Cocq tient un
second Rat de la même façon. Il a été
mis hors de combat , et amené par force au
pied de l'Autel . On lit au haut CYCKhne
BOHOI , et au bas ou à l'Exergue KPA-
ΤΟΥΜΕ. (4)
HNEBOHOT
ΚΡΑΤΟΥ ΜΕ
Grandeur
de
la Pierre
(a) On atrouvé à propos de faire graver ici sur la
même Planche le Dessein d'une Cornaline du Ca
binet de M. le P. Président Bon , de Montpellier ,
enchassée dans une Bague d'or antique , dont le Type
est singulier et a du rapport avec l'Agathe du Ca
binet de M. le Bret.
OCTOBR E. 1733
2123
C'est en supposant que cette Gravûre
est incontestablement antique , que je me
suis déterminé à en donner l'explication.
Je n'ose cependant rien prononcer à cet
égard. Qui ne sçait les moyens dont on
s'est servi et dont on se sert encore de
nos jours , pour en imposer aux Antiquaires
, et combien il est mal- aisé d'établir
, sur tout en fait de Pierres gravées ,
des preuves d'Antiquité qui ne puissent
être contestées et renduës problématiques?
Je crois pouvoir regarder cette Pierre
comme un Préservatif ou Amulete pour
détruire les Rats qui infectent si souvent
les Campagnes et les Maisons. L'Autel
est dédié à Apollon , les deux Cocqs en
font foy. Pausanias , in Eliac. Cap. xxv.
assure que cet Oiseau domestique , qui
annonce l'arrivée du jour , lui est consacré
; ainsi (a) ne faisons aucune difficulté
de le regarder comme un des attributs
de cette Divinité , qui sous le
nom d'Apollon Smynthien , ( b ) avoit
(a) Nostras hasce Gemmulas percurrendo , em
ferè omnes ad Mithram et solem spectare inveniniemus.
Fabretti , c. 7. pag. 531 ... Gallum inter
solaria animantia reposuit Antiquitas . Ibid .
(b) ΙΕΡΟΝ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΣΜΙΝΘΕΩΣ . Cujus
nominis Etymon deducit à Muribus . Strabo. L. 13
Apollo Sminthiorum pernicies Murium Arnob.
advers. Gentes. L. 3.P. 15No
A vi
Ran
2124 MERCURE DE FRANCE .
un Temple dans l'Ifle de Tenedos :
>
C'est sans doute en memoire de ce
culte que les Puples de Tenedos firent
frapper deux Médailles , l'une rapportée
par Goltzius où se voyent deux Rats
à côté d'une Hâche à doublé tranchant;
et l'autre où l'on voit la tête radiée d'A
pollon avec un Mulot ou Rat de Campagne
, et lå Hache ou Bipennis de Tenedos
au revers . Ce sont- là des symboles
caracteristiques de la Divinité Tutelaire.
de
Cette Ifle , et de l'inflexiblé séverité
de ceux qui y administroient la Justice.
Elien raconte que les Rats faisoient de
si grands dégâts dans les champs des
Troyens.ct des Eoliens , que l'on eut
recours à l'Oracle de Delphes , qui re
pondit que ces Peuples en seroient dêlivrez
s'ils sacrifioient à Apollon Smynthien.
Ce Dieu avoit aussi un Temple
scus le même nom dans la Ville de Chry
sa , qui étoit située dans la Troade , presque
vis - à- vis l'Ifle de Tenedos. On y
voyoit la Staruë d'Apollon avec un Rat
à ses pieds. C'étoit l'Ouvrage du fameux
Scopas de Paros. Ce fut en mémoire d'un
évenement assez singulier , que je crois
devoir rapporter
.
Certains Peuples (a) de l'Ifle de Crete
(a) Strab. L. XIII. Vide G. Cuperi , Mónu
vinren
OCTOBRE. TOB 1733. 22 J
vinrent aborder dans cette contrée , cherchant
à s'y établir. Incertains du lieu
où i´s devoient fixer leur demeure, ils s'adresserent
à l'Oracle , qui leur dit de
s'arrêter dans l'endroit où les Enfans de
la Terre viendroient les attaquer. Pendant
la nuit une prodigieuse multitude
de Rats survint près de la Ville d'Amaxitus
, et rongea les cordes de leurs Arcs ,
feurs Harnois et autres ustanciles de cuir.
Ce peuple crédule , jugeant l'Oracle accompli
, s'établit précisément dans cet
endrait.Un ancien Auteur, cité par Stra
bon , prétend qu'il y avoit un grand
nombre de Rats aux environs de ce
Temple , et qu'on les y regardoit avec
une espece de vénération . Chrises , dont
parle Homere au commencement de l'Iliade
, en étoit le Sacrificateur , et c'é oit
lui , sans doute , qui en dirigeoit le culte
dans la Ville de Chrysa.
ment. Antiq. post Harpocratem p. 209.nummum.
refert in quo conspicitur Apollo laurea coronatus ,.
in altera vero area , idem Deus stans , Arcum
manu tenens , pharetra à terga pendente et ab an-·
teriore corporis parte АПOÂúÑƆƐ , cam_litteris ›
ΣΔΕ , a posteriore vero nota aliqua e : ΤΜΙΘΕΩΣ,
infra vero ΑΛΕΞΑΝΔΡΕΩΝ .... Μ ΔΡ ..
Lege EXAMANAPON . Sic et ex alio simili nummo
apud March. Scipionem Maffeium in Verona il
lustrata , pag. 355
Le
2126 MERCURE DE FRANCE
Le Scholiaste d'Homere, raporte L.I.de
l'Iliade , qu'Apollon envoya une prodigieuse
quantité de Rats dans les Champs
de Crinis , son Prêtre , qui avoit encouru
son indignation.Ces Animaux ravagerent
tous ses fruits. Le Dieu s'appaisa , se mit
en devoir de les détruire , et les tua tous
en effet à coups de fleches. Ce fut en
reconnoissance que Crinis fit bâtir un
Temple à Apollon sous le nom de Smynthien.
-
Les deux Rats représentez sur cette
Pierre , sont de pauvres victimes dévoüées
à la colere d'Apollon. Ils publient
eux mêmes leur défaite. L'un d'eux
réduit aux abois par les violens efforts
de son Adversaire , s'écrie CYCKHNEBOHO
I. CONTUBERNALIS SUCCURRE
A l'aide Camarade . Le Rat enlevé par
l'autre Cocq , n'a pas la force de lui répondre
autrement que par ce mot KPA-
ΤΟΥΜΕ , mis pour ΚΡΑΤΟΥΜΕΘΑ., par
une abreviation forcée put-être par le
défaut de la couche blanche , qui seule
pouvoit donner aux Caracteres le relief
nécessaire pour les faire paroître. VINCIMUR
; C'est fait de nous , nous sommes
vaincus. On peut dire aussi , si l'on veut,
que le Graveur , trop servilement attaché
à certaine prononciation locale , a
mis
OCTOBR E. 1733. 2127
mis ΚΡΑΤΟΥΜΕ pour ΚΡΑΤΟΥΜΑΙ , qui
signitie VINCOR , je suis vaincu ; en ce
cas - là c'est un des Rats qui parle , comme
se trouvant hors d'état de secourir
son Camarade , qui reclame son assistance.
Je sçais qu'on pourroit objecter quelqu'autre
défaut dans la construction de
cette Légende , et dire qu'il devroit y
avoir BOHOEI , au lieu de BOHOI ; mais
sans vouloir entrer dans une discussion
grammaticale , qui n'est gueres de mon
ressort,il me seroit aisé de citer d´s exemples
dans les ( a ) Inscriptions Grecques
sur les Médailles et Gravures antiques, où
l'Epsilon se trouve supprimé . D'ailleurs il
me paroît qu'on peut aussi attribuer cette
omission à l'ignorance ou au peu d'exactitude
du Graveur , sur tout dans les Monumens
postérieurs au siécle d'Auguste.
Ce qu'il y a de positif, c'est que les Grecs
modernes ont conservé cette prononciation
qui pouvoit avoir lieu anciennement
dans certains Païs de la Grece.
Le Pois a fait graver une Agathe Onyx,
qui a quelque rapport avec celle que je
viens d'expliquer. On y voit un Cocq ,
un Rat et une Corbeille ouverte , avec le
mot Aprilis.
( a) Fabretti , pag. 740. n. 802.
Les
2128 MERCURE DE FRANCE
Les Rats que nous regardons avec me
pris , et que nous nous contentons de li
vrer à l'antipathie de certains animaux
d'une espece differente , étoient redoutables
dans divers Païs. Nous en avons un
témoignage précis dans l'Ecriture Sainte,
au 1 Liv. des Rois , où il est dit : Il sortit
tout d'un coup des Champs et des Villages
une multitude de Rats , et on vit dans
toute la Ville une confusion de mourans
et de morts. Les Philistins ne furent délivrez
de cette espece de fléau , que lorsqu'ils
eurent renvoyé l'Arche du Seigneur
avec cinq Rats d'or , selon le nombre de
feurs Provinces .
Les gros Rats s'étoient tellement empa
rez de l'Isle de ( a ) foura , qui est le lieu
le plus sterile et le plus désagréable de
tout l'Archipel , qu'ils obligerent les habitans
de l'abandonner , et s'il en faut
croire Théophraste , ces pauvres bêtes au
défaut de tout autre aliment , se virent
obligées de ronger le Fer , tel qu'il est
lorsqu'il sort des Mines. •
Les Romains tiroient des présages de la
vûë de ces animaux . Pline , liv. 8. ch.57.
nous apprend que de son temps la rencon
tre d'un Rat blanc étoit de bon Augure:
La Guerre des Marses ,selon le même
{ 3 ) ΓΥΑΡΟΣ,
Au
OCTOBRE. 1733. 2129
Auteur , fut annoncée par l'événement
bizaree que je vais raconter.Les Boucliers,
qui étoient à Lanuvium , se trouverent
rongez par les Rats ; et delà il fut conclu
qu'il se préparoit quelque funeste évenement
pour la République. La Guerre survint
bien tôt après; il n'en fallut pas
d'a
vantage pour justifier les frivoles conjectures
d'un Peuple superstitieux.
Ciceron , qui sur ces matieres pensoit
bien différemment de la multitude,se
moque avec esprit de la crédulité des Romains.
» Les Aruspices , dit- il liv. 11. de
Divinat. criérent au miracle , sur ce
que les Rats avoient rongé les Boucliers
» de Lanuvium , peu de temps avant la
» Guerre des Marses , comme s'il étoit
» bien important de sçavoir qu'un ani-
» mal , occupé nuit et jour à ronger tout
» ce qui se présente à lui , se fut attaché
» à des Boucliers, plutôt qu'à toute autre
» chose. En suivant leurs fausses idées ,
» ai- je dû craindre pour le sort de Rome,
lorsque les Rats ont rongé chez moi le
» Livre de la République de Platon , et
» s'ils eussent attaqué le Traité d'Epicure
sur la volupté , serois - je plus raison-
» nable de prédire sur cet événement la
>> cherté de toutes les Denrées qui se ven-
» dent au marché ?.
Pline
2130 MERCURE DE FRANCE
Pline rapporte , liv. 10. chap . 65. des
choses qui me paroissent incroïables sur
la prodigieuse propagation des Rats ; et
c'est en conséquence qu'il prétend qu'ils
parurent autrefois en si grand nombre
dans certain Païs de la Grece , qu'après en
avoir ravagé les moissons , ils en firent
déserter les habitans. ( a ) Un Auteur du
siécle passé prétend qu'à peu près la même
avanture est arrivée en Angleterre ,
en la Province d'Essex , en 1580 et 1648.
C'est dans de telles circonstances que les
Peuples ont pû recourir à des moyens
surnaturels pour être délivrez d'une engeance
si pernicieuse .
Gregoire de Tours , cet Historien qu'on
accuse , peut- être , avec raison , d'avoir.
inséré dans son Ouvrage un grand nombre
de faits fabuleux et d'opinions populaires
, ausquelles il paroît ajouter foy,fait
mention , liv . 8. ch. 14. de son Histoire
de deux figures de Bronze , trouvées à
Paris , vers la fin du sixième siècle , l'une
représentoit un Serpent , et l'autre un
Loir, qui est une espece de Rat velu , qui
habite dans les Bois . A peine furent - elles
enlevées de l'endroit où l'on prétendoit
qu'elles avoient une vertu de Talisman
( a ) Childreyus , lib. de Mirab . Natura in Anglia
Citat, in Ephem . Erud. ann. 1667. pag.113 ,
pour -
OCTOBRE . 1732. 2137
pour éloigner de la contrée les animaux
qu'elles représentoient , qu'on vit paroître
un nombre infini de Serpens et de
Loirs dans la Ville et dans les Campagnes
voisines.
Quoique l'Histoire que je vais rapporter
, ait l'air d'une Fable , elle convient
trop à mon sujet pour la passer sous silence.
La voici telle qu'on la trouve chez
les Centuriateurs de Magdebourg , vol. 3 .
Cent. 10 ch. 10.
Hatton , surnommé Bonosus , de Moine
de Fulde devint Archevêque de Mayence.
Il étoit dur envers les Pauvres , et au
lieu de les secourir pendant la famine , il
leur fit sentir les effets les plus cruels de
son avarice . Il fit assembler quantité de
Pauvres dans une Grange où il les fit brûler
, en disant que c'étoit une engeance
inutile, et qui n'étoit bonne qu'à manger
le pain necessaire aux autres. Fruges con
sumere nati. Il en fut bien- tôt puni. Les
Rats l'assaillirent de tous côtez et lui déclarerent
une guerre mortelle. Il eût beau
se retirer dans une Tour , bâtie au milieu
du Rhin , qu'on appelle encore à present
la Tour des Rats . ( Mausthuun ) Les Rats
l'y suivirent et passerent le Fleuve à la
nage ; ils entrerent dans la Tour , et firent
mourir l'Archevêque . On ajoute
qu'a2132
MERCURE DE FRANCE
qu'après la mort de ce Prélat, ces animaux
devenus les Instrumens de la Justice divine.
, rongerent tout jusqu'à son nom ,
qui étoit gravé sur le Marbre ou Ecrit
dans les Registres publics.
M. de Thou , liv. 5. pag 161. de son
Histoire , prétend que Barthelemi Chasseneuz
, devenu ensuite premier Président
du Parlement de Provence , se trouvant à
Autun , les habitans de quelques Villages
des environs demanderent qu'il plût à
l'Evêque Diocésain d'excommunier les
Rats qui désoloient cette contrée ; que ce
fameux Jurisconsulte se chargea de la défense
de ces animaux , et représenta que
le terme qui leur avoit été accordé étoit
trop court , d'autant mieux qu'ils risquoient
de se mettre en chemin , tous les
Chats des Villages voisins étant aux
aguets pour les arrêter en passant™, sur
quoi Chasseneuz obrint un plus long délai
pour venir répondre à la citation .
Quelques- uns révoquent en doute un
fait si singulier ; mais il me paroît que
le témoignage d'un Auteur aussi grave ,
et d'ailleurs presque contemporain , doit
prévaloir sur tout ce qu'on peut avancer
pour le détruire dans toutes ses circonstances
, d'autant mieux que la premiere
conOCTOBRE.
1733. 2133
consultation de ( a ) Chassencuz roule sur
tout ce qui s'observoit de son temps en
Bourgogne , au sujet de l'excommunication
des Animaux et des Insectes nuisi
bles , ausquels il assure qu'on donnoit un
Avocat pour les deffendre. Il y fait mention
de tout ce qui s'y pratiquoit de son
temps , avant que de proceder à leur excommunication
; et c'est peut être ce détail
qui a donné lieu à M, de Thou de
dire que Chasseneuz avoit rempli les
fonctions de leur Avocat en pareille occasion
.
Je dois parler aussi d'un Préservatif
contre les Rats , pieusement introduit
dans un siècle plein d'ignorance , par les
Moines de S. Hubert , dans les Ardennes.
On suppose que dans le Territoire de
cette Abbaye on ne voit aucun Rat ; et
on attribuë çette singularité aux mérites
de S. V lalric , Evêque d'Ausbourg ( b ) ,
( a ) Nonnulla Animalia immunda in formam
murium urbanorum existentia Grisei coloris , à nemoribus
circum vicinis exeuntia... Post modum
distribuitur Advocatus pro consilio dictorum Animalium
, qui respondet pradictam maledictionem ,
Anathematisationem , et Excommunicationem fieri
non debere, &c. Barth. à Chassaneo,Cons. 1.p.17.
(b ) Joan. Eusebius Nierem Bergius de Miracul
Nat. in Europâ . lib. 2. cap. 6. , ... Effecis
idem Episcopus (S. Udalricus) ut nulli magni Mu.
dont
2134 MERCURE DE FRANCE
dont cette Eglise possede les Reliques .
On rapporte à ce sujet des pratiques superstieuses
et des usages indécens ( c) qui
font tort à la Religion , qui leur sert de
prétexte ; et qu'on auroit dû abolir dans
un siècle aussi éclairé que le nôtre.
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Résumé : CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
Dans l'Antiquité, les superstitions et l'utilisation de talismans et d'amulettes étaient courantes pour se protéger contre divers maux, y compris les rats. Les hommes, éloignés de la véritable religion, recouraient à des divinités arbitraires pour se garantir des dangers. Les nations attribuaient des vertus occultes à des objets gravés, croyant qu'ils pouvaient les protéger contre les malheurs et les animaux nuisibles. Une gravure antique, une agate sardonyx rouge et blanche, représente un autel avec des rats et des coqs. Cette gravure est considérée comme un préservatif ou amulette contre les rats. Les coqs, dédiés à Apollon, sont représentés en train de capturer les rats, symbolisant la protection divine. Apollon, sous le nom de Smynthien, était connu pour protéger contre les rats, comme le montrent divers récits et monuments anciens. Les rats ont causé des ravages dans l'histoire, comme dans les champs des Troyens et des Éoliens, ou sur l'île de Foura. Les Romains tiraient des présages de la vue de ces animaux, et des auteurs comme Cicéron et Pline ont commenté la superstition entourant les rats. Des figures de bronze trouvées à Paris étaient censées protéger contre les serpents et les loirs. Des événements historiques impliquent des rats. Un archevêque, après avoir fait brûler des pauvres en les qualifiant d' 'engeance inutile', fut puni par des rats qui l'attaquèrent et le tuèrent, même après qu'il se soit réfugié dans une tour sur le Rhin, connue sous le nom de 'Tour des Rats'. Après sa mort, les rats détruisirent toute trace de son nom. Jacques Auguste de Thou mentionne que Barthélemi Chasseneuz, futur premier Président du Parlement de Provence, défendit des rats à Autun. Les habitants avaient demandé à l'évêque d'excommunier les rats qui ravageaient la région. Chasseneuz obtint un délai supplémentaire pour les rats afin qu'ils puissent répondre à la citation, arguant que les chats des villages voisins étaient prêts à les attaquer. Les moines de Saint-Hubert dans les Ardennes prétendaient que les rats étaient absents de leur territoire grâce aux mérites de Saint-Udalric, évêque d'Augsbourg. Cette pratique est critiquée pour ses aspects indécents et superstitieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 2189-2191
A Me FELICITÉ, A Soissons.
Début :
O Toi, qui d'Apollon éprouvant les faveurs, [...]
Mots clefs :
Félicité, Apollon, Favoris, Prix, Malcrais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Me FELICITÉ, A Soissons.
A Me FELICITE' ,
A Soissons.
Toi, qui d'Apollon éprouvant les faveurs,
Voles d'un pas leger au sommet du Parnasse ,
Et vas bientôt parmi les doctes Soeurs ,
Occuper une illustre place ;
Diij Felicité ,
2190 MERCURE DE FRANCE
Félicité , c'est à toi qu'aujourd'hui ,
S'adresse une Muse naissante ,
Elle a besoin de ton appui ,
Pour faire un choix qui la contente.
S'il faut pour t'engager à répondre à mes voeux,
Relever les beautez 'que l'avare Nature ,
Par un caprice aimable et merveilleux ,
Fait briller sur toi sans mesure ;
Dépeindre cet esprit dont le puissant éclat ,
Egale de Malcrais l'air noble et délicat ,
Et donne à tes appas une grace nouvelle ;
Malgré moi je renonce à mon nouveau projet ;
Non , le Pinceau le plus parfait ,
Fut- ce celui du grand Apelle ,
Ne sçauroit approcher d'un si charmant modele.
Mais sensible aux desirs d'un jeune ambitieux,
Tu pourras lui prêter une main secourable ,
Ou lui défendre un Art capricieux ,
Quijour et nuit le tourmente et l'accable.
Je sens qu'une fureur , en idée agréable ,
M'engage à vivre sous les loix
De la Celeste Poësie ;
Et cette passion depuis plus de six mois ,
M'empêche de goûter les douceurs de la vie ;
En vain à la raison je veux avoir recours ,
Pour éloigner loin de moi cette envie ,
Elle fuit, la cruelle , et m'évite toujours.
Hélas !
OCTOB R E. 1733. 2195
Hélas ! chaque moment voit augmenter ma
paine ;
Sur tout depuis qu'on sçait qu'animant leurs travaux
,
Tes Favoris ont sçû terrasser leurs Rivaux ,
Sur la Garone et sur la Seine.
Ton amitié leur vaut les plus glorieux prix ;
"Quoique quelques malins Esprits ,
Disent que le premier reçoit son influence ,.
De quelque Apollon de Provence.
Félicité , tu vois quel est mon embarras ;
Daigne conduire un jeune témeraire ,
Explique lui ce qu'il doit faire ,
Et guide ses timides pas.
Ah ! si mes Vers peuvent te plaire ,
Et me donner un rang parmi tes Favoris ,
Je ne vois rien au-dessus de ce prix .
: Par M. P. A. H. R. * * **.
A Soissons.
Toi, qui d'Apollon éprouvant les faveurs,
Voles d'un pas leger au sommet du Parnasse ,
Et vas bientôt parmi les doctes Soeurs ,
Occuper une illustre place ;
Diij Felicité ,
2190 MERCURE DE FRANCE
Félicité , c'est à toi qu'aujourd'hui ,
S'adresse une Muse naissante ,
Elle a besoin de ton appui ,
Pour faire un choix qui la contente.
S'il faut pour t'engager à répondre à mes voeux,
Relever les beautez 'que l'avare Nature ,
Par un caprice aimable et merveilleux ,
Fait briller sur toi sans mesure ;
Dépeindre cet esprit dont le puissant éclat ,
Egale de Malcrais l'air noble et délicat ,
Et donne à tes appas une grace nouvelle ;
Malgré moi je renonce à mon nouveau projet ;
Non , le Pinceau le plus parfait ,
Fut- ce celui du grand Apelle ,
Ne sçauroit approcher d'un si charmant modele.
Mais sensible aux desirs d'un jeune ambitieux,
Tu pourras lui prêter une main secourable ,
Ou lui défendre un Art capricieux ,
Quijour et nuit le tourmente et l'accable.
Je sens qu'une fureur , en idée agréable ,
M'engage à vivre sous les loix
De la Celeste Poësie ;
Et cette passion depuis plus de six mois ,
M'empêche de goûter les douceurs de la vie ;
En vain à la raison je veux avoir recours ,
Pour éloigner loin de moi cette envie ,
Elle fuit, la cruelle , et m'évite toujours.
Hélas !
OCTOB R E. 1733. 2195
Hélas ! chaque moment voit augmenter ma
paine ;
Sur tout depuis qu'on sçait qu'animant leurs travaux
,
Tes Favoris ont sçû terrasser leurs Rivaux ,
Sur la Garone et sur la Seine.
Ton amitié leur vaut les plus glorieux prix ;
"Quoique quelques malins Esprits ,
Disent que le premier reçoit son influence ,.
De quelque Apollon de Provence.
Félicité , tu vois quel est mon embarras ;
Daigne conduire un jeune témeraire ,
Explique lui ce qu'il doit faire ,
Et guide ses timides pas.
Ah ! si mes Vers peuvent te plaire ,
Et me donner un rang parmi tes Favoris ,
Je ne vois rien au-dessus de ce prix .
: Par M. P. A. H. R. * * **.
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Résumé : A Me FELICITÉ, A Soissons.
Dans une lettre poétique datée d'octobre 1733, une 'Muse naissante' s'adresse à Félicité, exprimant son admiration et son besoin de guidance. L'auteur compare l'esprit de Félicité à celui de Malcrais et affirme que même le plus parfait des artistes ne pourrait capturer sa beauté. Tourmenté par une passion pour la poésie depuis plus de six mois, l'auteur mentionne les succès récents des favoris de Félicité, qui ont triomphé sur la Garonne et la Seine et reçu des récompenses grâce à l'amitié de Félicité. L'auteur sollicite l'aide de Félicité pour surmonter ses doutes et espère que ses vers lui plairont, lui permettant de rejoindre ses favoris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 2581-2585
LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
Début :
MONSIEUR, La Renommée nous a apporté la description de votre [...]
Mots clefs :
Parnasse, Parnasse français, Titon du Tillet, Mérite, Noms, Bronze, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
LETTRE d'un Habitant du Parnasse,
à M. Titon du Tillet
ONSIEUR,.
La Renommée nous a apporté la description
de votre Parnasse. Ce Livre a
fait à nos illustres Compatriotes , autant
de plaisir que le Parnasse même. Les Anciens
, pour lesquels leurs. Mecènes et
1. Vol.
leurs
2582 MERCURE DE FRANCE
leurs Pollions n'ont jamais rien imaginé
d'aussi honorable , ont parû souffrir forc
impatiemment cet avantage des Modernes
. On a même été sur le point de renouveller
à cette occasion les anciennes
disputes ; mais Apollon a sur le champ
appaisé le bruit par ces paroles :
O vous , qui les premiers en Grece , en Ausonie,
Favoris des doctes Soeurs ,
Sçûtes gouter les douceurs
De la divine harmonie ,
Si dé nobles Rivaux du même zele épris ,
Osent vous disputer le Prix ,
S'ils sçavent dans leurs Vers faire couler vos
Graces ,
Vos accords , vos sons les plus doux ,
Grecs et Romains n'en soyez point jaloux ,
Ce n'est qu'en marchant sur vos traces
Qu'ils s'élevent jusques à vous.
Un compliment si flateur dans la bouche
d'Apollon , contenta ceux des Anciens
dont les Ecrits sont parvenus jusqu'à
nos tems , et nous ont servi de modele;
mais il en restoit un assez grand nombre
dont les noms et les Ouvrages sont absolument
inconnus , et qui sans être comparables
aux grands Maîtres , avoient cependant
un mérite réel. Ceux-là parois-
J. Vol. soient
DECEMBR E. 1733. 2583
soient les plus échauffez et se plaignoient
amérement de l'injustice du Destin , qui
avoit réservé aux Modernes un honneur
qu'ils croyoient eux - mêmes avoir bien
mérité. Ils avoient quelque raison .
Leur siecle en beaux Esprits fertile ,
Ne vit point pour leur gloire un Amateur des
Arts ,
Un homme tel que vous , qui d'une main habile
Sçut avec choix dans un Ouvrage utile
Rassembler tous leurs noms épars.
Si les Muses alors moins avares de gloire ,
Pour éterniser leur memoire ,
Dans les Fastes sçavans les avoient consacrez ,
On y verroit encor paroître ,
dévorez ,
Des noms par le temps
Noms dans leur siecle reverez ,
Et dignes sans doute de l'être.
Vous voyez , Monsieur , que je suis
'de votre avis sur les places qu'occupent
au Parnasse bien des Poëtes , qui sans
être du premier mérite , ne sont pourtant
point méprisables.
Apollon est un Dieu sévere ;
Cependant sur le Mont sacré ,
Il est encor plus d'un degré
Au-dessous de Sapho , de Virgile et d'Homere.
I. Vol. Je
2584 MERCURE DE FRANCE
*
Je reviens aux François , qui pendant
ce temps - là , déliberoient entre eux sur
la maniere de vous témoigner leur reconnoissance.
Quelqu'un se leva et dit :
De GARNIER * la sçavante main
Asçû l'Art d'animer et le Marbre et l'Airain ;
Mais dans sa course journaliere ,
Par sa seule mobilité ,
Le temps peut réduire en poussiere ,
Le Monument le plus vanté.
Bien mieux que sur le Bronze , en ses charmans
Ouvrages ,
TITON à notre gloire éleve un Monument ,
Qui jusques au dernier moment
Du Temps bravera les outrages.
pa- Dès qu'il eut fini un autre prit la
role,et s'exprima à peu près en ces termes ::
Garnier , des Héros de notre âge ,.
Sur le Bronze docile à gravé le visage ;.
Et Du Tillet en ses Ecrits
A fait revivre leurs esprits.
Cependant on ne concluoit rien , quelqu'un
le fit remarquer à la Compagnie ,
* Le Sculpteur qui a executé le Parnasse Fran- -
feis en Bronze sur le Dessein et les ordres de
M. Titon du Tillet.
I. Vol.
qui
DECEMBRE. 1733. 2585
qui voyant que l'immortalité étoit le seul
bien dont pussent disposer les Poëtes ,
s'écria aussi - tôt :
Titon sans doute a merité
Que notre Lyre l'éternise ;
Mais déja son Ouvrage et sa noble Entreprise
L'opt assuré sans nous de l'immortalité.
Tout le monde en convint , et cette
illustre Compagnie se sépara sur le champ.
Pour moi , Monsieur , j'ai crû vous faire
plaisir de vous mander ce qui s'étoit
passé sur le Parnasse à l'occasion de votre
Livre. Je suis avec toute l'estime la plus
parfaite , &c.
Le P. R ** J.
Sur le Parnasse ce 6. Septembre 1733 .
à M. Titon du Tillet
ONSIEUR,.
La Renommée nous a apporté la description
de votre Parnasse. Ce Livre a
fait à nos illustres Compatriotes , autant
de plaisir que le Parnasse même. Les Anciens
, pour lesquels leurs. Mecènes et
1. Vol.
leurs
2582 MERCURE DE FRANCE
leurs Pollions n'ont jamais rien imaginé
d'aussi honorable , ont parû souffrir forc
impatiemment cet avantage des Modernes
. On a même été sur le point de renouveller
à cette occasion les anciennes
disputes ; mais Apollon a sur le champ
appaisé le bruit par ces paroles :
O vous , qui les premiers en Grece , en Ausonie,
Favoris des doctes Soeurs ,
Sçûtes gouter les douceurs
De la divine harmonie ,
Si dé nobles Rivaux du même zele épris ,
Osent vous disputer le Prix ,
S'ils sçavent dans leurs Vers faire couler vos
Graces ,
Vos accords , vos sons les plus doux ,
Grecs et Romains n'en soyez point jaloux ,
Ce n'est qu'en marchant sur vos traces
Qu'ils s'élevent jusques à vous.
Un compliment si flateur dans la bouche
d'Apollon , contenta ceux des Anciens
dont les Ecrits sont parvenus jusqu'à
nos tems , et nous ont servi de modele;
mais il en restoit un assez grand nombre
dont les noms et les Ouvrages sont absolument
inconnus , et qui sans être comparables
aux grands Maîtres , avoient cependant
un mérite réel. Ceux-là parois-
J. Vol. soient
DECEMBR E. 1733. 2583
soient les plus échauffez et se plaignoient
amérement de l'injustice du Destin , qui
avoit réservé aux Modernes un honneur
qu'ils croyoient eux - mêmes avoir bien
mérité. Ils avoient quelque raison .
Leur siecle en beaux Esprits fertile ,
Ne vit point pour leur gloire un Amateur des
Arts ,
Un homme tel que vous , qui d'une main habile
Sçut avec choix dans un Ouvrage utile
Rassembler tous leurs noms épars.
Si les Muses alors moins avares de gloire ,
Pour éterniser leur memoire ,
Dans les Fastes sçavans les avoient consacrez ,
On y verroit encor paroître ,
dévorez ,
Des noms par le temps
Noms dans leur siecle reverez ,
Et dignes sans doute de l'être.
Vous voyez , Monsieur , que je suis
'de votre avis sur les places qu'occupent
au Parnasse bien des Poëtes , qui sans
être du premier mérite , ne sont pourtant
point méprisables.
Apollon est un Dieu sévere ;
Cependant sur le Mont sacré ,
Il est encor plus d'un degré
Au-dessous de Sapho , de Virgile et d'Homere.
I. Vol. Je
2584 MERCURE DE FRANCE
*
Je reviens aux François , qui pendant
ce temps - là , déliberoient entre eux sur
la maniere de vous témoigner leur reconnoissance.
Quelqu'un se leva et dit :
De GARNIER * la sçavante main
Asçû l'Art d'animer et le Marbre et l'Airain ;
Mais dans sa course journaliere ,
Par sa seule mobilité ,
Le temps peut réduire en poussiere ,
Le Monument le plus vanté.
Bien mieux que sur le Bronze , en ses charmans
Ouvrages ,
TITON à notre gloire éleve un Monument ,
Qui jusques au dernier moment
Du Temps bravera les outrages.
pa- Dès qu'il eut fini un autre prit la
role,et s'exprima à peu près en ces termes ::
Garnier , des Héros de notre âge ,.
Sur le Bronze docile à gravé le visage ;.
Et Du Tillet en ses Ecrits
A fait revivre leurs esprits.
Cependant on ne concluoit rien , quelqu'un
le fit remarquer à la Compagnie ,
* Le Sculpteur qui a executé le Parnasse Fran- -
feis en Bronze sur le Dessein et les ordres de
M. Titon du Tillet.
I. Vol.
qui
DECEMBRE. 1733. 2585
qui voyant que l'immortalité étoit le seul
bien dont pussent disposer les Poëtes ,
s'écria aussi - tôt :
Titon sans doute a merité
Que notre Lyre l'éternise ;
Mais déja son Ouvrage et sa noble Entreprise
L'opt assuré sans nous de l'immortalité.
Tout le monde en convint , et cette
illustre Compagnie se sépara sur le champ.
Pour moi , Monsieur , j'ai crû vous faire
plaisir de vous mander ce qui s'étoit
passé sur le Parnasse à l'occasion de votre
Livre. Je suis avec toute l'estime la plus
parfaite , &c.
Le P. R ** J.
Sur le Parnasse ce 6. Septembre 1733 .
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Résumé : LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
Une lettre d'un habitant du Parnasse célèbre la publication du 'Parnasse' de M. Titon du Tillet, qui a suscité l'admiration des illustres compatriotes. Les Anciens, initialement jaloux, ont été apaisés par Apollon, reconnaissant que les Modernes s'élèvent en suivant leurs traces. Cependant, certains Anciens inconnus se sont plaints de ne pas être honorés. Le siècle des Anciens, riche en beaux esprits, manquait d'un amateur des arts pour rassembler et perpétuer leurs noms. Sur le Mont Parnasse, les Français ont débattu de la reconnaissance à accorder à Titon du Tillet. Garnier, le sculpteur, a souligné que les œuvres de Titon, contrairement aux monuments de marbre ou de bronze, braveront les outrages du temps. Un autre a ajouté que Titon a fait revivre les esprits des héros de leur âge. Tous ont convenu que l'ouvrage de Titon lui assurait déjà l'immortalité. L'habitant du Parnasse conclut en partageant ces événements avec Titon du Tillet, exprimant son estime et son admiration.
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48
p. 2678-2692
L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique a remis pour la quatriéme fois au Théatre [...]
Mots clefs :
Issé, Amour, Apollon, Hilas, Coeur, Philémon, Nymphe, Fête, Vers, Académie royale de musique, Théâtre, Gloire, Dragon, Pastorale, Berger
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texteReconnaissance textuelle : L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique a res
mis pour la quatrième fois au Théatre
Issé , Pastorale Héroïque . Depuis l'année
1697. qu'elle parut pour la premiere
fois , on l'a reprise en 1708. et en 17194
et toujours avec plus de succès , cette
derniere reprise est des plus brillantes.
C'est le premier Ouvrage de deux jeunes
Auteurs , qui semblent se disputer
à qui entrera avec plus de vivacité dans
une carriere qu'ils ont depuis remplie
avec beaucoup d'éclat. M. de la Mothe
qui a fait le Poëme , qu'on croit antérieur
à celui de l'Europe Galante , n'y
dément pas le nom dejeune Homere , qu'il
se donne dans son Epitre Dédicatoire ,
où il choisit Monseigneur le Duc de
Bourgogne pour son Achille ; la gloire
qu'il s'est acquise depuis , a justifié son
ambition naissante ; on remarque que
son stile dans Issé n'est pas tout- à- fait
aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup
d'autres Ouvrages qui lui ont assuré l'im
mortalité qu'il se proposoit pour prix
de ses travaux ; mais on en esr dédom
1. Vol
magt
DECEMBRE. 1733. 2679
magé par le plus beau feu qu'Apollon
puisse inspirer à un jeune Eleve.
M. Destouches , Auteur de la Musique ,
non moins avide de gloire , fait voir
dans cette Pastorale , qu'on peut dès
le premier pas faire douter si l'on pourra
se surpasser dans la suite ; son génie et
son goût s'y déployent tout entiers
rien de plus naturel que son chant , rien
de plus vif que ses peintures , sur tout
rien de plus flatteur que son récitatif.
Voilà le témoignage que la voix publique
nous excite à rendre , sur le mérite
des deux Auteurs de cette Pastorales
en voici l'Extrait .
La Fable du Jardin des Hesperides a
fourni à l'ingénieux Auteur de cette Pastorale
, le sujet d'un Prologue Allegorique.
La Paix que LOUIS LE GRAND
accorda à l'Europe , en est l'objet ; nous
ne pouvons donner une plus juste intelligence
de l'allégorie en question ,
qu'en nous servant des propres termes
de M. de, la Mothe . Les voicy.
Ce Prologue est une allégorie dont il est
aisé de découvrir les rapports. Le Jardin
des Hesperides représente l'Abondance ; le
Dragon qui en deffend l'entrée , y signifie
la Guerre , qui , suspendant le Commerce,
ferme aux Peuples qu'elle divise la voye
1. Vol.
do
2680 MERCURE DE FRANCE
de l'Abondance ; enfin Hercule , qui par
la
défaite du Dragon , rend ce Fardin accessible
à tout le monde , est l'image exacte du
Roy , qui n'a vaincu tant de fois que pour
pouvoir terminer la Guerre et rendre à ses
Peuples et à ses Voisrns , l'abondance qu'ils
souhaitoient.
Passons à l'action Théatrale.
Le Théatre représente le Jardin des Hesperides
; les Arbres sont chargez de fruits
d'or; et l'on découvre dans le fonds l'en
trée de ce Jardin deffendue par un Dragon
qui vomit incessamment des flammes.
La premiere Hesperide expose le sujet
par ces Vers :
Nous jouissons ici d'une douceur profonde ;
L'abondance en ces lieux regne de toutes parts;
Nos Bois et nos Vergers offrent à nos regards
Les seuls biens qu'adore le monde ;
Leurs fruits sont enviez du reste des Humains ;
Mais nous ne craignons rien du désir qui les
presse ;
Et ce Dragon veille sans cesse ,
Pour sauver nos trésors de leurs profanes mains.
Elle invite ses soeurs et tous les Habitans
de ce Jardin précieux à chanter le
bonheur dont ils jouissent. On entend
un bruit de guerre ; la premiere Hespeide
excite le Dragon à mettre en pieces
I. Vol. la
DECEMBRE . 1733. 268 i
téméraire Mortel qui vient chercher
La mort; Hercule combat le Dragon , et
en triomphe ; il rassure les Hesperides
par ces Vers :
Craignez-vous que mon bras vienne vous asservir,
Et faire de vos fruits un injuste pillage ?
Non ; je ne viens pas les ravir ;
Mais je veux que le monde avec vous les partage,
Jupiter vient confirmer la promesse
d'Hercule et lui parle ainsi :
Que ton bras se repose, ainsi que mon Tonnerre
Mon fils , termine tes travaux ;
Jouis toi- même du repos
Que ta valeur donne à la Terre.
Il rassemble les Peuples effrayez , qui
témoignent leur joye par ane Féte éclatante.
Jupiter termine ce charmant Pro
logue par ces Vers adressez à Hercule ,
c'est-à- dire au Héros de la France .
Alcide , ce grand jour marqué par la Victoire ,
Assure à l'Univers le sort le plus charmant ;
Plus d'un heureux évenement ,
En doit à l'avenir consacrer la memoire ,
Quand par un effort genereux ,
Ton bras vient aux Mortels rendre une Paix
profonde
5. Vol.
L'Hymenés
2682 MERCURE DE FRANCE
L'Hymenée et l'Amour joignant des plus beaux
noeuds ,
Deux coeurs formez pour le bonheur du monde.
De cette auguste Fête Apollon prend le soin ;
Viens avec tous les Dieux en être le témoin.
Tout le monde sent bien que Jupiter
annonce ici l'Hymen glorieux auquel
nous devons notre auguste Maître.
AU PREMIER ACTE , Apollon sous le
nom de Philemon , se plaint de l'Amour
qui ne l'a jamais blessé de ses Traits que
pour le rendre malheureux ; il se rappelle
la rigueur de Daphné et se reproche
de gémir encore sous de mêmes loix .
Pan , déguisé en Berger , lui conseille
de ne plus cacher sa Divinité aux yeux
d'Issé dont il est épris ; Apollon lui
répond qu'il ne veut devoir le coeur de
cette Nymphe qu'à son amour ; voyant
venir Issé , il se retire pour surprendre
son secret sans être apperçû . Issé , dans
un tendre Monologue , regrette la perte
de son heureuse indifference.
>
Doris soupçonne Issé d'aimer Hylas;
la Nymphe la laisse dans son erreur et
lui fait entendre la nouvelle situation
de son coeur par ces Vers :
Mes jours couloient dans les plaisirs ;
Je goûtois à la fois la paix et l'innocence ,
1. Vol et
DECEMBRE. 1733 2683
Et mon coeur satisfait de son indifference ,
Vivoit sans crainte et sans desirs ;
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible,
Les plaisirs l'ont abandonné ;
Quel changement ! ô Ciel ! est- il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content , si paisible;
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
On entend un bruit d'Instrumens s
Doris apprend à Issé que c'est une Fête
qu'Hilas a fair préparer pour elle.
La Suite d'Hilas représente les Néreïdes
et les Nymphes de Diane , conduites
par l'Amour et les Plaisirs, Hilas déclare
son amour à Issé par ces Vers :
L'Amour a tout soumis à ses loix souveraines ;
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour ;
Il blesse de ses traits , il charge de ses chaînes ,
La fiere Diane à son tour ;
Mais il n'est pas content de sa victoire ;
Le coeur d'Issé manque à sa gloire,
L'objet de cette Fête c'est d'inviter
Issé à aimer. Après la Fête la Nymphe
répond à Hilas :
Autant que je le puis , je résiste aux Amours ;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte ;
Heureuse si ma crainte
2. Vol. M'an
2684 MERCURE DE FRANCE
M'en deffendoit toujours.
Cette réponse équivoque laisse un peu
d'esperance à Hilas .
Le Théatre représente au second Acte,
le Palais d'Issé et ses Jardins ; Issé se plaint
de l'Amour , et le prie de s'adresser à
d'autres coeurs qui se feroient un plaisir
de se rendre. Doris l'avertit que Philemon
s'avance.
Issé voudroit fuir la présence de Philemon
; mais ce Dieu , transformé en Berger,
Parrête. Cette Scene est très interessante
et très - bien dialoguée ; voici les
Vers qui la terminent.
Issé.
Cessez une ardeur si pressante ;
Je ne veux plus vous écouter .
Apollon.
'Arrêtez, Nymphe trop charmante,
Issé.
Non ; laissez - moi vous éviter.
Apollon.
Vous me fuyez et je vous aime !
Issé.
Je fuis l'Amour quand je vous fuis.
Apollon.
Dissipez le trouble où je suis,
I. Vol.
Issér
1
DECEMBRE. 1733. 2685
Issé.
N'augmentez pas celui qui m'agite moi- même.
Apollon.
Rendez-vous à mes feux.
Issé.
Ne tentez plus mon coeux,
Apollon.
Pourquoi craindre d'aimer.
Issé.
On doit craindre un
Vainqueur.
Apollon suit Issé , qui se retire. L'Acte
Eniroir ici , s'il n'y falloit une Fête ; l'Au
teur y supplée par un Episode ; Pan arrête
Doris , et lui parle d'amour , mais
sur un ton bien different de celui dont
Apellon vient d'en parler à Issé ; il sagit
d'un amour volage ; des Bergers , des
Bergeres et des Pâtres , viennent par
son ordre celebrer le plaisir d'être in ,
constans.
Au troisiéme Acte , Apollon dit à
Pan , que, tout aimé qu'il se croit de la
tendre Issé , il n'est pas encore parfaitement
heureux; il exprime ainsi ce qu'il
souhaite :
Je ne borne point mes desirs ,
A l'imparfait bonheur d'une flamme vulgaire ;
1. Vol.
G. Acheve
2686 MERCURE DE FRANCE
Acheve, acheve, Amour , de combler mes plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire,
Il dit à Pan, qui paroît surpris de voir
la celebre Forêt de Dodone , dont les
Arbres rendent des Oracles , qu'Issé doit
les consulter , et que par l'Oracle qu'ils
vont rendre , il sçaura si cette Nymphe
est digne de son amour. Il se retire avec
Pan à l'approche d'Hilas.
Hilas se plaint de l'Amour dont Issé
lui ; voici com- brûle pour un autre que
ment il s'exprime :
Sombres Déserts, témoins de mes tristes regrets;
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces Forêts ,
De la froideur d'une inhumaine ;
Hélas ! que n'est- ce encor le sujet qui m'amenę?
L'ingrate , de l'Amour ressent enfin les traits ;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres Déserts , &c.
Issé qui vient consulter Dodone , veut
éviter la présence d'Hilas ; ce Berger l'arrête
pour se plaindre de l'amour qu'elle
sent pour un autre ; le Monologue et
le Dialogue font également honneur au
Poëte et au Musicien ; les plaintes d'Hilas
obligent Issé de se retirer , il la suit ,
Et le Théare resteroit vuide sans le se-
I. Vol. Cours
DECEMBRE. 1733. 2687
cours de l'Episode ; Pan et Doris se parlent
toujours sur le même ton ; ils conviennent
enfin de s'engager l'un à l'autre
le moins qu'ils pourront , ce qu'ils
font connoître par ce Duo :
Cédons à nos tendres désirs ;
Qu'un heureux penchant nous entraîne ;
Et que l'Amour laisse aux plaisirs
Le soin de serrer notre chaîne.
Leur convention étant faite, on reprend'
le fil de l'action principale ; les Prêtres
et les Prêtresses de Dodone viennent celebrer
leurs sacrez mysteres , et satisfaire le
desir curieux d'Issé , qui vient avec eux ,
et qui leur a déja fait entendre ce qu'el.e
souhaite. Rien n'est si beau que l'invccation
de Dodone ; le Poëte et le Musicien
s'y sont également surpassez ; " lcs
Rameaux mysterieux rendent enfin cet
Oracle :
3
Issé doit s'enflammer de l'ardeur la plus belle ;
Apollon veut être aimé d'elle.
Cet Oracle porte un coup fatal à l'a
mour que la Nymphe sent pour le faux
Philemon ; elle ne laisse pas d'assister à
la Fête qu'on celebre en l'honneur da
choix d'Apollon .
1. Vol. Gi
Le
1688 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une Grotte . Issé vient se plaindre
de la Loi fatale que l'Oracle de Dodone
vient de lui imposer ; ce Monologue.est
des plus touchants , tant par les paroles
que par la Musique ; il finit par cette
résolution d'Issé :
Vainement , Apollon , votre grandeur suprême
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changerai pas pour vous ,
Le fidelle Berger que j'aime,
Le sommeil , accompagné des Songes ;
de Zephirs et de Nymphes , vient inviter
Issé au repos ; elle s'endort ; après
les danses , le Sommeil parle ainsi aux
Songes ;
Songes , pour Apollon , signalez votre zele ;
Il veut de cette Nymphe , éprouver tout l'amour,
Tracez à ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour,
Hilas vient déplorer son sort par un
Monologue , qui exprime tout l'amour
qu'il a pour Issé , qu'il trouve endormie ;
après ce récit , dont tous les Spectateurs
sont justement enchantez , Issé se reveil
le en sursaut , et dit ;
I.Vola
Qu'ai-je
DECEMBRE.
17332689
Qu'ai- je pensé quel songe est venu me séduire
?
J'ai cru voir Apollon quitter les cieux pour
moi ;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire #
Un mutuel amour engageoit notre foy ,
Hélas ! cher Philemon , pour qui seul je sou
pire ,
Ne me reprochez point ces songes impuissans
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Hilas frappé de la victoire que Philemon
remporte sur Apollon même dans
le coeur d'Issé , quitte cette Nymphe
pour jamais. Pan vient apprendre à İssé
que Philemon , instruit de l'Oracle de
Dodonne , se livre au désespoir ; Issé lui
demande où elle pourra le trouver pour
le rassurer ; Pan lui répond qu'il l'alaissé
dans le prochain Bocage . Issé part
sur le champ , pour aller secourir son
Amant, et finit ce bel Acte par ce Vers :
Vole , Amour , sui mes pas, et vien le rassurer.
Le Théatre représente au cinquième
'Acte , une Solitude. Doris commence
l'Acte , et Pan en remplit la seconde Scece
avec elle ; mais comme cela coupe l'action
dans l'endroit le plus interressant ,
nos Lecteurs ne trouveront pas mauvais
I.Vol. Giij que
2690 MERCURE DE FRANCE
que nous ne suivions pas exactement ce
Poëme ; nous passons donc à Appollon
et à Issé , pour qui tous les coeurs s'inté
ressent. Apollon jouit pleinement de la
victoire qu'il remporte sur lui - même ;
Issé n'oublie rien pour détruire les feintes
allarmes de son cher Philemon ; il
lui fait entendre ses frayeurs secrettes ,
par ces Vers :
Les noeuds
que l'Amour a formez ,
Vont être brisez par la gloire ;
Pardonnez mes transporss jaloux , &c.
La tendre Issé lui répond :
Je ne la connois point cette gloire fatale ;
Mon coeur ne reconnoit que vous ,
Ils se disent ensemble :
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement ;
Si vous m'aimiez de même ;
Mon sort seroit charmant.
&c.
On trouve que ce Duo étoit mieux
amené dans la premiere Edition ; il venoit
après ces Vers qu'Issé adressoit à son
cher Philemon :
Un vain espoir vous séduit et vous charme §
Et moi , je crains incessamment ,
I. Vol. Votre
DECEMBRE . 1733 2694
"
Votre amour espere aisément ,
Et le mien aisément s'allarme ,
Que nous aimons différemment !
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement.
Apollon fait enfin la derniere épreuve
du coeur d'Issé ; le Théatre change et représente
un Palais magnifique. On voit
les Heures qui descendent des Cieux sur
des nuages; Issé ne peut soûtenir ce spectacle
; elle tremble pour son Amant, elle
le presse de fuir avec elle , pour se dérober
à la fureur d'un Dieu jaloux ; Apollon
ne peut plus tenir contre des preuves
si éclatantes d'une fidelité inébranlable
; il se jette aux pieds d'Issé et lui
fait connoître que le Dieu qu'elle craint ',
et le Berger qu'elle aime , ne sont qu'une
même personne ; les Heures forment la
fête de ce dernier Acte , et cette aimable
Pastorale finit par un Choeur des plus
brillans.
On auroit souhaité qu'une action si interessante
ne fut pas coupée par un
Episode dont elle pourroit se passer absolument.
On doit même présumer que
M. de la Mothe s'est défié de lui- même,
quand il a appellé ce galant hors d'auvre
à son secours ; on croit même que s'il
1. Vol. Giiij avoit
2692 MERCURE DE FRANCE
avoit d'abord mis sa Pastorale en cinq
Actes , il l'auroit traitée plus séricusement
, et n'auroit pas rappellé hors de
saison ,une forme de Poëme Lyrique , dont
les Italiens sont les créateurs , que leur
premier imitateur avoit d'abord adoptée
; mais à laquelle il renonça après son
troisiéme Opera , parce qu'il s'apperçut
bien que les François ne s'en accommodoient
pas. Au reste cette Pastotale est
generalement approuvée ; et l'exécution
répond parfaitement à la bonté de l'Ouvrage.
La Dlle le Maure ne brille pas
moins dans le Rôle d'Issé , qu'elle avoit
fait dans celui d'Oriane , dans Amadis .
mis pour la quatrième fois au Théatre
Issé , Pastorale Héroïque . Depuis l'année
1697. qu'elle parut pour la premiere
fois , on l'a reprise en 1708. et en 17194
et toujours avec plus de succès , cette
derniere reprise est des plus brillantes.
C'est le premier Ouvrage de deux jeunes
Auteurs , qui semblent se disputer
à qui entrera avec plus de vivacité dans
une carriere qu'ils ont depuis remplie
avec beaucoup d'éclat. M. de la Mothe
qui a fait le Poëme , qu'on croit antérieur
à celui de l'Europe Galante , n'y
dément pas le nom dejeune Homere , qu'il
se donne dans son Epitre Dédicatoire ,
où il choisit Monseigneur le Duc de
Bourgogne pour son Achille ; la gloire
qu'il s'est acquise depuis , a justifié son
ambition naissante ; on remarque que
son stile dans Issé n'est pas tout- à- fait
aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup
d'autres Ouvrages qui lui ont assuré l'im
mortalité qu'il se proposoit pour prix
de ses travaux ; mais on en esr dédom
1. Vol
magt
DECEMBRE. 1733. 2679
magé par le plus beau feu qu'Apollon
puisse inspirer à un jeune Eleve.
M. Destouches , Auteur de la Musique ,
non moins avide de gloire , fait voir
dans cette Pastorale , qu'on peut dès
le premier pas faire douter si l'on pourra
se surpasser dans la suite ; son génie et
son goût s'y déployent tout entiers
rien de plus naturel que son chant , rien
de plus vif que ses peintures , sur tout
rien de plus flatteur que son récitatif.
Voilà le témoignage que la voix publique
nous excite à rendre , sur le mérite
des deux Auteurs de cette Pastorales
en voici l'Extrait .
La Fable du Jardin des Hesperides a
fourni à l'ingénieux Auteur de cette Pastorale
, le sujet d'un Prologue Allegorique.
La Paix que LOUIS LE GRAND
accorda à l'Europe , en est l'objet ; nous
ne pouvons donner une plus juste intelligence
de l'allégorie en question ,
qu'en nous servant des propres termes
de M. de, la Mothe . Les voicy.
Ce Prologue est une allégorie dont il est
aisé de découvrir les rapports. Le Jardin
des Hesperides représente l'Abondance ; le
Dragon qui en deffend l'entrée , y signifie
la Guerre , qui , suspendant le Commerce,
ferme aux Peuples qu'elle divise la voye
1. Vol.
do
2680 MERCURE DE FRANCE
de l'Abondance ; enfin Hercule , qui par
la
défaite du Dragon , rend ce Fardin accessible
à tout le monde , est l'image exacte du
Roy , qui n'a vaincu tant de fois que pour
pouvoir terminer la Guerre et rendre à ses
Peuples et à ses Voisrns , l'abondance qu'ils
souhaitoient.
Passons à l'action Théatrale.
Le Théatre représente le Jardin des Hesperides
; les Arbres sont chargez de fruits
d'or; et l'on découvre dans le fonds l'en
trée de ce Jardin deffendue par un Dragon
qui vomit incessamment des flammes.
La premiere Hesperide expose le sujet
par ces Vers :
Nous jouissons ici d'une douceur profonde ;
L'abondance en ces lieux regne de toutes parts;
Nos Bois et nos Vergers offrent à nos regards
Les seuls biens qu'adore le monde ;
Leurs fruits sont enviez du reste des Humains ;
Mais nous ne craignons rien du désir qui les
presse ;
Et ce Dragon veille sans cesse ,
Pour sauver nos trésors de leurs profanes mains.
Elle invite ses soeurs et tous les Habitans
de ce Jardin précieux à chanter le
bonheur dont ils jouissent. On entend
un bruit de guerre ; la premiere Hespeide
excite le Dragon à mettre en pieces
I. Vol. la
DECEMBRE . 1733. 268 i
téméraire Mortel qui vient chercher
La mort; Hercule combat le Dragon , et
en triomphe ; il rassure les Hesperides
par ces Vers :
Craignez-vous que mon bras vienne vous asservir,
Et faire de vos fruits un injuste pillage ?
Non ; je ne viens pas les ravir ;
Mais je veux que le monde avec vous les partage,
Jupiter vient confirmer la promesse
d'Hercule et lui parle ainsi :
Que ton bras se repose, ainsi que mon Tonnerre
Mon fils , termine tes travaux ;
Jouis toi- même du repos
Que ta valeur donne à la Terre.
Il rassemble les Peuples effrayez , qui
témoignent leur joye par ane Féte éclatante.
Jupiter termine ce charmant Pro
logue par ces Vers adressez à Hercule ,
c'est-à- dire au Héros de la France .
Alcide , ce grand jour marqué par la Victoire ,
Assure à l'Univers le sort le plus charmant ;
Plus d'un heureux évenement ,
En doit à l'avenir consacrer la memoire ,
Quand par un effort genereux ,
Ton bras vient aux Mortels rendre une Paix
profonde
5. Vol.
L'Hymenés
2682 MERCURE DE FRANCE
L'Hymenée et l'Amour joignant des plus beaux
noeuds ,
Deux coeurs formez pour le bonheur du monde.
De cette auguste Fête Apollon prend le soin ;
Viens avec tous les Dieux en être le témoin.
Tout le monde sent bien que Jupiter
annonce ici l'Hymen glorieux auquel
nous devons notre auguste Maître.
AU PREMIER ACTE , Apollon sous le
nom de Philemon , se plaint de l'Amour
qui ne l'a jamais blessé de ses Traits que
pour le rendre malheureux ; il se rappelle
la rigueur de Daphné et se reproche
de gémir encore sous de mêmes loix .
Pan , déguisé en Berger , lui conseille
de ne plus cacher sa Divinité aux yeux
d'Issé dont il est épris ; Apollon lui
répond qu'il ne veut devoir le coeur de
cette Nymphe qu'à son amour ; voyant
venir Issé , il se retire pour surprendre
son secret sans être apperçû . Issé , dans
un tendre Monologue , regrette la perte
de son heureuse indifference.
>
Doris soupçonne Issé d'aimer Hylas;
la Nymphe la laisse dans son erreur et
lui fait entendre la nouvelle situation
de son coeur par ces Vers :
Mes jours couloient dans les plaisirs ;
Je goûtois à la fois la paix et l'innocence ,
1. Vol et
DECEMBRE. 1733 2683
Et mon coeur satisfait de son indifference ,
Vivoit sans crainte et sans desirs ;
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible,
Les plaisirs l'ont abandonné ;
Quel changement ! ô Ciel ! est- il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content , si paisible;
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
On entend un bruit d'Instrumens s
Doris apprend à Issé que c'est une Fête
qu'Hilas a fair préparer pour elle.
La Suite d'Hilas représente les Néreïdes
et les Nymphes de Diane , conduites
par l'Amour et les Plaisirs, Hilas déclare
son amour à Issé par ces Vers :
L'Amour a tout soumis à ses loix souveraines ;
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour ;
Il blesse de ses traits , il charge de ses chaînes ,
La fiere Diane à son tour ;
Mais il n'est pas content de sa victoire ;
Le coeur d'Issé manque à sa gloire,
L'objet de cette Fête c'est d'inviter
Issé à aimer. Après la Fête la Nymphe
répond à Hilas :
Autant que je le puis , je résiste aux Amours ;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte ;
Heureuse si ma crainte
2. Vol. M'an
2684 MERCURE DE FRANCE
M'en deffendoit toujours.
Cette réponse équivoque laisse un peu
d'esperance à Hilas .
Le Théatre représente au second Acte,
le Palais d'Issé et ses Jardins ; Issé se plaint
de l'Amour , et le prie de s'adresser à
d'autres coeurs qui se feroient un plaisir
de se rendre. Doris l'avertit que Philemon
s'avance.
Issé voudroit fuir la présence de Philemon
; mais ce Dieu , transformé en Berger,
Parrête. Cette Scene est très interessante
et très - bien dialoguée ; voici les
Vers qui la terminent.
Issé.
Cessez une ardeur si pressante ;
Je ne veux plus vous écouter .
Apollon.
'Arrêtez, Nymphe trop charmante,
Issé.
Non ; laissez - moi vous éviter.
Apollon.
Vous me fuyez et je vous aime !
Issé.
Je fuis l'Amour quand je vous fuis.
Apollon.
Dissipez le trouble où je suis,
I. Vol.
Issér
1
DECEMBRE. 1733. 2685
Issé.
N'augmentez pas celui qui m'agite moi- même.
Apollon.
Rendez-vous à mes feux.
Issé.
Ne tentez plus mon coeux,
Apollon.
Pourquoi craindre d'aimer.
Issé.
On doit craindre un
Vainqueur.
Apollon suit Issé , qui se retire. L'Acte
Eniroir ici , s'il n'y falloit une Fête ; l'Au
teur y supplée par un Episode ; Pan arrête
Doris , et lui parle d'amour , mais
sur un ton bien different de celui dont
Apellon vient d'en parler à Issé ; il sagit
d'un amour volage ; des Bergers , des
Bergeres et des Pâtres , viennent par
son ordre celebrer le plaisir d'être in ,
constans.
Au troisiéme Acte , Apollon dit à
Pan , que, tout aimé qu'il se croit de la
tendre Issé , il n'est pas encore parfaitement
heureux; il exprime ainsi ce qu'il
souhaite :
Je ne borne point mes desirs ,
A l'imparfait bonheur d'une flamme vulgaire ;
1. Vol.
G. Acheve
2686 MERCURE DE FRANCE
Acheve, acheve, Amour , de combler mes plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire,
Il dit à Pan, qui paroît surpris de voir
la celebre Forêt de Dodone , dont les
Arbres rendent des Oracles , qu'Issé doit
les consulter , et que par l'Oracle qu'ils
vont rendre , il sçaura si cette Nymphe
est digne de son amour. Il se retire avec
Pan à l'approche d'Hilas.
Hilas se plaint de l'Amour dont Issé
lui ; voici com- brûle pour un autre que
ment il s'exprime :
Sombres Déserts, témoins de mes tristes regrets;
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces Forêts ,
De la froideur d'une inhumaine ;
Hélas ! que n'est- ce encor le sujet qui m'amenę?
L'ingrate , de l'Amour ressent enfin les traits ;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres Déserts , &c.
Issé qui vient consulter Dodone , veut
éviter la présence d'Hilas ; ce Berger l'arrête
pour se plaindre de l'amour qu'elle
sent pour un autre ; le Monologue et
le Dialogue font également honneur au
Poëte et au Musicien ; les plaintes d'Hilas
obligent Issé de se retirer , il la suit ,
Et le Théare resteroit vuide sans le se-
I. Vol. Cours
DECEMBRE. 1733. 2687
cours de l'Episode ; Pan et Doris se parlent
toujours sur le même ton ; ils conviennent
enfin de s'engager l'un à l'autre
le moins qu'ils pourront , ce qu'ils
font connoître par ce Duo :
Cédons à nos tendres désirs ;
Qu'un heureux penchant nous entraîne ;
Et que l'Amour laisse aux plaisirs
Le soin de serrer notre chaîne.
Leur convention étant faite, on reprend'
le fil de l'action principale ; les Prêtres
et les Prêtresses de Dodone viennent celebrer
leurs sacrez mysteres , et satisfaire le
desir curieux d'Issé , qui vient avec eux ,
et qui leur a déja fait entendre ce qu'el.e
souhaite. Rien n'est si beau que l'invccation
de Dodone ; le Poëte et le Musicien
s'y sont également surpassez ; " lcs
Rameaux mysterieux rendent enfin cet
Oracle :
3
Issé doit s'enflammer de l'ardeur la plus belle ;
Apollon veut être aimé d'elle.
Cet Oracle porte un coup fatal à l'a
mour que la Nymphe sent pour le faux
Philemon ; elle ne laisse pas d'assister à
la Fête qu'on celebre en l'honneur da
choix d'Apollon .
1. Vol. Gi
Le
1688 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une Grotte . Issé vient se plaindre
de la Loi fatale que l'Oracle de Dodone
vient de lui imposer ; ce Monologue.est
des plus touchants , tant par les paroles
que par la Musique ; il finit par cette
résolution d'Issé :
Vainement , Apollon , votre grandeur suprême
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changerai pas pour vous ,
Le fidelle Berger que j'aime,
Le sommeil , accompagné des Songes ;
de Zephirs et de Nymphes , vient inviter
Issé au repos ; elle s'endort ; après
les danses , le Sommeil parle ainsi aux
Songes ;
Songes , pour Apollon , signalez votre zele ;
Il veut de cette Nymphe , éprouver tout l'amour,
Tracez à ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour,
Hilas vient déplorer son sort par un
Monologue , qui exprime tout l'amour
qu'il a pour Issé , qu'il trouve endormie ;
après ce récit , dont tous les Spectateurs
sont justement enchantez , Issé se reveil
le en sursaut , et dit ;
I.Vola
Qu'ai-je
DECEMBRE.
17332689
Qu'ai- je pensé quel songe est venu me séduire
?
J'ai cru voir Apollon quitter les cieux pour
moi ;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire #
Un mutuel amour engageoit notre foy ,
Hélas ! cher Philemon , pour qui seul je sou
pire ,
Ne me reprochez point ces songes impuissans
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Hilas frappé de la victoire que Philemon
remporte sur Apollon même dans
le coeur d'Issé , quitte cette Nymphe
pour jamais. Pan vient apprendre à İssé
que Philemon , instruit de l'Oracle de
Dodonne , se livre au désespoir ; Issé lui
demande où elle pourra le trouver pour
le rassurer ; Pan lui répond qu'il l'alaissé
dans le prochain Bocage . Issé part
sur le champ , pour aller secourir son
Amant, et finit ce bel Acte par ce Vers :
Vole , Amour , sui mes pas, et vien le rassurer.
Le Théatre représente au cinquième
'Acte , une Solitude. Doris commence
l'Acte , et Pan en remplit la seconde Scece
avec elle ; mais comme cela coupe l'action
dans l'endroit le plus interressant ,
nos Lecteurs ne trouveront pas mauvais
I.Vol. Giij que
2690 MERCURE DE FRANCE
que nous ne suivions pas exactement ce
Poëme ; nous passons donc à Appollon
et à Issé , pour qui tous les coeurs s'inté
ressent. Apollon jouit pleinement de la
victoire qu'il remporte sur lui - même ;
Issé n'oublie rien pour détruire les feintes
allarmes de son cher Philemon ; il
lui fait entendre ses frayeurs secrettes ,
par ces Vers :
Les noeuds
que l'Amour a formez ,
Vont être brisez par la gloire ;
Pardonnez mes transporss jaloux , &c.
La tendre Issé lui répond :
Je ne la connois point cette gloire fatale ;
Mon coeur ne reconnoit que vous ,
Ils se disent ensemble :
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement ;
Si vous m'aimiez de même ;
Mon sort seroit charmant.
&c.
On trouve que ce Duo étoit mieux
amené dans la premiere Edition ; il venoit
après ces Vers qu'Issé adressoit à son
cher Philemon :
Un vain espoir vous séduit et vous charme §
Et moi , je crains incessamment ,
I. Vol. Votre
DECEMBRE . 1733 2694
"
Votre amour espere aisément ,
Et le mien aisément s'allarme ,
Que nous aimons différemment !
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement.
Apollon fait enfin la derniere épreuve
du coeur d'Issé ; le Théatre change et représente
un Palais magnifique. On voit
les Heures qui descendent des Cieux sur
des nuages; Issé ne peut soûtenir ce spectacle
; elle tremble pour son Amant, elle
le presse de fuir avec elle , pour se dérober
à la fureur d'un Dieu jaloux ; Apollon
ne peut plus tenir contre des preuves
si éclatantes d'une fidelité inébranlable
; il se jette aux pieds d'Issé et lui
fait connoître que le Dieu qu'elle craint ',
et le Berger qu'elle aime , ne sont qu'une
même personne ; les Heures forment la
fête de ce dernier Acte , et cette aimable
Pastorale finit par un Choeur des plus
brillans.
On auroit souhaité qu'une action si interessante
ne fut pas coupée par un
Episode dont elle pourroit se passer absolument.
On doit même présumer que
M. de la Mothe s'est défié de lui- même,
quand il a appellé ce galant hors d'auvre
à son secours ; on croit même que s'il
1. Vol. Giiij avoit
2692 MERCURE DE FRANCE
avoit d'abord mis sa Pastorale en cinq
Actes , il l'auroit traitée plus séricusement
, et n'auroit pas rappellé hors de
saison ,une forme de Poëme Lyrique , dont
les Italiens sont les créateurs , que leur
premier imitateur avoit d'abord adoptée
; mais à laquelle il renonça après son
troisiéme Opera , parce qu'il s'apperçut
bien que les François ne s'en accommodoient
pas. Au reste cette Pastotale est
generalement approuvée ; et l'exécution
répond parfaitement à la bonté de l'Ouvrage.
La Dlle le Maure ne brille pas
moins dans le Rôle d'Issé , qu'elle avoit
fait dans celui d'Oriane , dans Amadis .
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Résumé : L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique a représenté pour la quatrième fois l'œuvre 'Issé, Pastorale Héroïque' au Théâtre. Cette pastorale, créée en 1697, a été reprise en 1708 et 1719, chaque représentation rencontrant un succès croissant. La dernière reprise est particulièrement brillante. 'Issé' est le premier ouvrage de deux jeunes auteurs, M. de la Mothe et M. Destouches, qui ont tous deux brillamment entamé leur carrière. M. de la Mothe, auteur du poème, est comparé à un jeune Homère dans son épître dédicatoire à Monseigneur le Duc de Bourgogne. Son style dans 'Issé' n'est pas aussi correct que dans d'autres œuvres, mais il est marqué par un 'beau feu' inspiré par Apollon. M. Destouches, compositeur de la musique, démontre dès cette œuvre un génie et un goût remarquables, avec un chant naturel, des peintures vives et un récitatif flatteur. L'intrigue de 'Issé' s'inspire de la fable du Jardin des Hespérides, symbolisant l'abondance accordée par Louis le Grand à l'Europe après la paix. Le prologue allégorique représente le jardin défendu par un dragon (la guerre) et Hercule (le roi) qui vainc le dragon pour rendre l'abondance accessible. L'action se déroule dans le jardin des Hespérides, où les nymphes jouissent d'une abondance protégée par un dragon. Hercule combat et vainc le dragon, permettant à tous de partager les fruits du jardin. Jupiter confirme la promesse d'Hercule et annonce une fête pour célébrer la paix. Dans le premier acte, Apollon, sous le nom de Philemon, se plaint de l'amour qui le rend malheureux. Pan lui conseille de révéler son identité à Issé, dont il est épris. Issé, dans un monologue, regrette la perte de son indifférence. Doris, une amie, soupçonne Issé d'aimer Hylas. Hylas organise une fête pour déclarer son amour à Issé, mais elle résiste à ses avances. Le deuxième acte se déroule dans le palais d'Issé et ses jardins. Issé se plaint de l'amour et prie de ne pas être visée. Apollon, déguisé en berger, la retient et lui déclare son amour. Issé tente de fuir, mais Apollon la suit. Un épisode avec Pan et Doris interrompt la scène. Dans le troisième acte, Apollon exprime son désir de voir Issé partager son amour. Il consulte l'oracle de Dodone pour connaître les sentiments d'Issé. Hylas, désespéré, se plaint de l'amour non partagé d'Issé. L'oracle révèle qu'Issé doit aimer Apollon, ce qui la contrarie. Le quatrième acte montre Issé se plaindre de la loi imposée par l'oracle. Elle s'endort et rêve d'Apollon. À son réveil, elle trouve Hylas qui se lamente. Pan informe Issé du désespoir de Philemon, et elle part le rassurer. Le cinquième acte se déroule dans une solitude. Apollon et Issé expriment leurs sentiments. Issé rassure Philemon sur ses frayeurs secrètes, et ils se réconcilient. Dans la scène finale, Apollon teste la fidélité d'Issé. Un palais magnifique apparaît sur scène, avec les Heures descendant des cieux. Issé, inquiète pour son amant, le presse de fuir. Apollon, convaincu de sa fidélité, révèle qu'il est à la fois le dieu qu'elle craint et le berger qu'elle aime. Les Heures célèbrent cette révélation, et la pastorale se termine par un chœur brillant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
49
p. 322-335
Les Dons des Enfans de Latone, &c. [titre d'après la table]
Début :
LES DONS DES ENFANS DE LATONE, la Musique est la Chasse du Cerf, Poëmes [...]
Mots clefs :
Musique, Apollon, Dieux, Chant, Amour, Auteur, Voix, Épître, Bergers, Chants, Inventer, Genre, Mortels, Latone, Enfants
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texteReconnaissance textuelle : Les Dons des Enfans de Latone, &c. [titre d'après la table]
LES DONS DES ENFANS DE LATONE ,
la Musique et la Chasse du Cerf, Poëmes
dédiez au Roy. A Paris , Quay de Gêvres
, ruë S. Jean de Beauvais , et Quay
des Augustins , chez Prault , Desaint , et
Guerin , 1734. in 8. de 330. pages , sans
l'Epitre et la Préface , et sans les Tons
de Chasse et Fanfares , à une et deux
Trompes , dont la Lettre et la Musique
sont gravées en 32. pages.
Epitre
FEVRIER 1734- 323
L'Epître au Roy commence ainsi .
Digne présent des Dieux , doux fruit de leur
Largesse ,
Grand Roy , dont la bonté , la grace , la Sa
gesse ,
Enchantent des François les regards et le coeur,
Pendant que ton nom vole et seme la terreur ,
Avant d'entrer au Char que t'aprête Bellone ,
Reçoi les dons flatteurs des Enfans de Latone,
Mais que ne dois- tu pas au zele d'Apollon ?
Est-il quelque détour dans le sacré Vallon,
Où de ses feux féconds la lumineuse trace ,
N'ait ouvert à tes yeux les trésors du Parnasse ›
Un guide que ce Dieu lui même t'a donné , -
Dans le champ des Beaux Arts longtemps t'a
promené ;
Il porta devant toi ce flambeau qui t'éclaire ,
Ta sagesse est son bien, ta gloire est son salaire.
Sans doute dans le cours de ses doctes leçons
Il ne fit point entrer la science des sons.
Phoebus se reservoit le droit de t'en instruire :
Ecoute les accents que vient t'offrir sa Lyre ;
D'une Muse empressée il soutient les efforts ,
Pour t'annoncer les Loix de ses divins accords.
Le premier Poëme est celui d'Apollon
ou de l'origine des Spectacles en Musi-
Fiiij que,
324
MERCURE DE FRANCE
que rien n'est plus ingenieux et mieux
conduit que la Fable dont l'Auteur s'est
servi pour établir les principes de la
Musique , la création successive de divers
Instrumens , quelques regles de la
composition ; et pour parvenir enfin à
l'établissement des Opéras , il a sçu mettre
en action tous les Dieux , dont Apollon
est le Héros, et dans une matiere qui
sembloit ne devoir étre que Didactique
il y met un mouvement si interessant
avec tant de clarté et rempli de tant
d'images agréables , qu'on ne s'apperçoit
plus qu'on s'instruit d'un art difficile.
Dans le premier Chant après avoir établi
les trois dons ; de voir , de parler et
d'entendre , accordez à l'homme par la
nature, dont on fait une description aussi
noble que singuliere , l'Auteur suppose
qu'Apollon déguisé en Berger d'Admete
trouvant les Bergers de l'Amphrise attroupez
pour entendre le concert des
Oyseaux , et se plaignant des Dieux d'avoir
refusé à l'homme un talent si merveilleux
, leur reproche leur injustice ,
et leur apprend que le don de la voix a
été accordé aux hommes d'une maniere
infiniment supérieure aux chants des Oiseaux
, qu'il ne leur manque que la connoissance
d'un art inventé pour les Dieux
СЕ
FEVRIER. 1734- 3.25
et dont il offre de leur faire part .
On ne sera pas fâché de voir ici comment
s'exprime l'Auteur dans les premieres
pages de son premier Chant .
"
L'air dans un sein fecond est à peine reçû ,
Que le son aussitôt repoussé que conçû ,
D'un flexible gosier s'ouvrant la trace humide
Se fait entendre du gré ûu souffle qui le guide ;
Des muscles , des tendons au passage attachez
En bordent les contours plus ou moins relâchez ;
S'ils se serrent , le son avec éclat s'élance ;
S'ils s'ouvrent , il grossit : de cette différence ,
Du grave ou de l'aigu nait le genre opposé ;
Entr'eux se forme encore un ordre composé ,
Dont les accens suivis , s'élevent ou descendent ;
Se détachent par bonds , voltigent , ou s'étendent
.
Pour l'homme c'étoit peu de parler et de voir ,
Si de s'oüir soi - même il n'eût eu le pouvoir :
Trois osselets legers que cet étuy renferme, ( a )
L'un par l'autre frappez , trouvent un nerfpour
terme.
Si-tôt que pénétrant ces tortueux détours ,
La voix jusques au fond a prolongé son cours ,
Du même mouvement dont elle fût poussée
Elle heurte des os la suite compassée.
か
(( a ); Latête,.
F * Le
326 MERCURE DE FRANCE
"Le premier sous la forme et le nom d'un mar,
1
teau ,
N'est pas plutôt frappé d'un froissement ˝nouvcau
,
Qu'il le rend à l'instant dans le même volume ,
Au second qui le suit et qui lui sert d'enclume.
Cette enclume à son tour fait frémir son sou
tien :
Là le nerf attaché par un leger lien ,
De cette impulsion sentant la violence ,
Du son dans le cerveau porte la connoissance ;
Qui tel qu'en une voute ou d'yvoire ou d'airain
,
Retentit et des voix forme l'écho certain.
Dans quarante Vers l'Auteur fait ensuite
un précis des principaux Elemens
de la Musique ; il les borne cependant
à la seule connoissance des modes naturels
, leur cache les transpositions par les
diezes et par les B. mols , et toutes les
fausses dissonances dont la sensibilité luf
paroît dangereuse , et pourroit troo
amollir: il dit :
Les Dieux seuls à leur gré vertueux , invincibles ,
Se reservent pour eux ces délices sensibles, &c.
C'est cette réserve qui fait le noud
du Poëme ; après les avoir suffisamment
instruits Apollon se fait connoître et
paroît
FEVRIER. 1734 327.
paroît aux Bergers revêtu de son éclat.
Ce Chant a du coûter à l'Auteur pour
rendre avec netteté les Elemens de la
Musique aussi est-ce le seul où on
trouve plus de didactique ; les trois
autres Chants sont en action , et
ne représentent que des images amusantes.
>
SECOND CHANT.
Les Bergers reconnoissans des bienfaits
d'Apollon , ne s'occupent plus qu'à
mettre en pratique leurs nouvelles connoissances
; Minerve devient jalouse du
culte rendu à Apollon , et , pour attirer
au sien les Bergers , elle imagine de former
un instrument des rozeaux qui se
trouvent sous sa main ; elle donne les
commencemens de la Flute à bec ; mais
elle s'apperçoit bien - tôt que les traits
de son visage en sont alterez .
Elle en rougit de honte , et quittant le rivage ,
Abandonne aux mortels le fruit de son ouvrage.
Pan l'apperçoit, en étudie les positions,
les découvre , et en fait usage avec succès
; en voicy la description.
Le Canal qui le perce , également concave ,
Sous l'empire des mains , y tient le son'esclave ;
F vj Sc
328 MERCURE DE FRANCE
Sa tête s’extenuë , en courbe finissant ;
L'autre bout évasé , Louvre en s'arrondiss ant ;
· Ses trous , daps un long ordre, arrangez par me-
..sure ,
Divisent de ce corps l'harmonique figure ;
Le premier plus ouvert , des autres détaché ,
Rend tout l'air qu'il reçoit et n'est jamais bouché.
Cette description finit par l'effet qu'elle
produit dans les Campagnes .
Il module avec art une chanson nouvelle ;
Non content de l'apprendre aux Echos des For
rêts ,
Il en veut dans les Champs étaler les attraits ;
A l'éclat de ses sons , les timides Bergeres ,
Les Faunes , les Sylvains , et les Nimphes légeres
Volent autour de lui , le suivent en tous lieux
Et forment , en dansant , un cercle gracieux.
L'Email , de mille fleurs , sous leurs pas se déploye
,
Et la terre paroît en tressaillir de joye..
Apollon devient jaloux à son tour de
Minerve , et pour la surpasser il invente
la Lyre ou le Violon toutes les parties:
en sont exprimées avec bien de la netteté
et de la précision . Le Lecteur en va juger.
DonFEVRIER.
1734 329
Donnons la voix aux Nerfs , et que le Bois
resonne.
T Ildit : Et le Laurier qu'un nouvel art façonne
D'un Instrument nouveau , prend la forme soudain
,
Deux Tables de ce bois , qu'a refendu sa main .
Répondent l'une à l'autre , et leur mesure égale,
A la vue , offriroit l'image d'un ovale ,
Si le trait transversal de deux cintres rentrans ,
De son juste milieu , ne recourboit les flancs,
Quatre Nerfs que Latone elle-même a filez ;
Inégaux en grosseur , par dégré redoublez ,
se roulent sur leurs Clefs , dociles à s'étendre ,
Et prompts à se prêter aux sons qu'ils doivent :
rendre.
Un Archet manque encor qu'il naisse du Lau
rier ,
Die Phoebus ; que Pégaze accoure y déployer ,.
Be son col argenté , l'étincelante Soye.
Icy on voit une brillante image de tous
les Dieux descendus du Ciel, pour enten →
dre jouer Apollon ; l'Amour s'en approche
de plus près , et le
de lui appresse
prendre et la Musique et l'Art de jouer
du Violon . Cette peinture est trop charmante
pour n'en pas mettre icy quelques.
raits.
330 MERCURE DE FRANCE
Sous un nuage épais , le Tiran de Cithere ,
L'Amour dormoit panché sur le sein de sa înere,
A ce bruit il s'éveille , et dessillant ses yeux ,
Va porter de plus près ses regards curieux.
Phoebus impatient , souffre à regret sa vuë ,
Il connoît d'un enfant , la main peu retenuë ;'
Il le fuit , mais en vain ; l'Amour pose cent
fois ,
Sur les Nerfs résonnans , ses téméraires doigts ;
Il interrompt le cours des divines cadences ,
L'accable imprudemment d'importunes instances
.
&c.
Phébus lui refuse les secrets de son Art,
et lui parle en ces termes :
La Lyre , répond-t - il, n'est point faite à Pusage
,
D'un Dieu , qui des humains , amollit le courage
;.
Elle ne doit servir qu'à chanter les Héros ,
Vainqueurs de la mollesse , ennemis du repos ,
Dont les noms sont gravez au Temple de mémoire
,
Ou , qu'à chanter des Dieux , les bienfaits et la
gloire .
Comme Apollon joüant devant les
Dieux, n'avoit rien caché de tous les mys
teres de son Art, qu'il avoit jusques-là jugé
FEVRIER 1734. 331
gé à propos de celer aux Mortels , l'Amour
se taît , et s'applique à en décou
vrir toute la finesse ; il apprend toutes les
transpositions par les Dièses et par les B
mols , et toutes les Dissonnances. Apollon
ne s'en apperçoit point ; les Dieux se
séparent , et l'Amour chargé de son nou
veau larcin , se prépare à s'en servir pour
augmenter ses conquêtes.
TROISIEME CHANT.
L'Amour va trouver Pan dans l'Arcadie,
il l'instruit de tous ses secrets , lui
apprend le different usage qu'on doit faire
des Dièzes et des B mols , pour remuer
, étonner ou amollir les coeurs des
Mortels , selon les passions différentes
qu'on leur veut inspirer.Leur union produit
bien- tôt un effet surprenant; tout cede
,tout se rend auxChansons amoureuses.
Minerve reparoît et indignée de la corruption
générale que font dans la Grece
les Chants effeminez de Pan et de l'Amour
, elle va trouver Apollon , lui expose
l'abus qu'on fait de son Art ; ils concertent
les moyens d'y remédier. Apollon
invente la Trompette , et la fait emboucher
par Bellone.
Bellonne vient , l'embouche , et court de toutes
parts
Ras
332 MERCURE DE FRANCE
Rassembler sur ses pas tous les peuples épars.
Tout céde aux sentimens que la Déesse inspire
Il n'est plus de Mortel qui d'un fatal dêlire ,
Par de cuisans remords , reconnoissant l'erreur
Ne brûle de donner des marques de valeur.
:
Tout est changé , l'Amour ne reçoit plus de
Fêtes ,
Il voit évanouir ses nouvelles conquêtes ,
V
Ses Autels sont déserts , il part ; et furieux ,
Au deffaut des Mortels va corrompre les Dieux.
Les Syrenes , filles d'Achelaüs , sont les
seules qui s'obstinent à ne point renoncer
aux Chansons amoureuses.
QUATRIEME CHANT.
Minerve irritée de l'obstination des Syrenes,
résout de les corriger ou de les perdre
; elle prend le temps d'un jour qu'elles
se promenoient sur la Mer , dans un
Esquif, où se croyant seules , elles se livróient
au plaisir de chanter des Chansons
libres et prophanes. Sous ; la forme
d'une Matrône Minerve les aborde dans
un pareil Esquif, leur reproche leur indécence
; elle est bien- tôt l'objet de leur
mépris; elle soûrit ; et changeant de forme
, d'un coup de sa Lance elle renverse
- leux:
FEVRIER. 1734. 333
leur Esquif. Les Syrenes reparoissent encore
, mais c'est pour être des Monstres ,
avec la tête seule d'une femme ; elles se
précipitent de honte dans les Flots , où
après avoir parcouru l'immensité des
Mers pendant long temps , elles fixent.
leur course et s'arrêtent aux bords de l'orageux
Pélore ; depuis plusieurs siècles
elles y avoient perdu la voix , lorsqu'Appollon
prend pitié de leur malheur : leur
pardonne leurs impiétez , leur rend la voix ,
mais leur prescrit l'usage qu'il faut faire
des Chants et de la Musique .
Il pousse plus loin sa bienveillance , il
forme le dessein de se servir d'elles pour
l'établissement d'un Théatre Lyrique ,
soumis aux Loix de Melpomene ; il leur
ordonne d'apprendre l'art du Chant aux
Tritons et aux Naïades ; il charge Circé sa
fille , d'offrir sur les Eaux un Spectacle
magnifique , orné de machines et de décorations
, et mêlé de toutes sortes de
danses , de caracteres différents Circé
fait d'abord paroître pour le Prologue le
sacré Vallon ; ce Prologue est fait à l'honneur
d'Appollon ; il est suivi d'une nouvelle
décoration , qui représente le Palais
de Proserpine où l'on doit celebrer son
enlevement par Pluton .
On choisit ce sujet préférablement à un
antre
334 MERCURE DE FRANCE
tre pour flatter les peuples de Sicile , qui
d'abord en sont les spectateurs,parce que
les Poëtes ont feint que Proserpine avoit
été enlevée dans cette Isle. C'est là qu'on
voit un détail exact et ingénieux de toutes
les différentes parties qui composent
l'Opéra.
Les peuples de Sicile en paroissent peu
enchantés , ils prennent bien - tôt la résolution
d'imiter ce genre de Spectacles
et de le porter dans leurs Villes , c'est
en imitation de ce premier Opera , representé
sur les Eaux que les Italiens ont
inventé et établi ce Spectacle pompeux.
Dans la suite des temps Lully étant né
parmi eux en a apporté l'idée en France
et c'est par lui qu'on a vû triompher
ce nouveau Spectacle dont il est regardé
comme second inventeur.
L'Epître sur la Musique est la troisiéme
Edition d'un Ouvrage déja reçu du Public
avec un applaudissement general.
Le premier Chant contient l'Histoire
de la Musique en France depuis 80 ans
l'Eloge détaillé de tous les Operas de
Lully et de Quinaut , dont les descriptions
ont reçu de grands Eloges de tous
les connoisseurs et par les Journaux et
par les Mercures.
Le
FEVRIER 1734- 335
Le deuxième, après avoir donné quelques
préceptes sur la Poësie et la Musique
des Operas, entre dans le détail de
tous les Operas nouveaux qui ont été faits
depuis Lully et avec une grande impartialité
porte de justes decisions sur le mérite
de chaque ouvrage.
Le troisiéme Chant expose en quoi
consiste le mérite des Operas d'Italie ,
quelle est la nature de leur bonne Musique
, leurs beautez , leurs deffauts et le
nom des Maîtres qui y ont le plus
excellé.
Le quatrième Chant parle du nouveau
genre de Musique que nous avons goûté
et imité des Italiens depuis quelques
années ; sçavoir , les Sonnates , et les
Cantates , on nomme les Auteurs qui
ont le mieux réussi dans ce genre , et
l'Auteur finit en proposant de réunir les
deux gouts ensemble pour donner à l'Art
de la Musique toute la perfection qu'elle
peut trouver dans les graces Françoises
et dans la science Italienne.
la Musique et la Chasse du Cerf, Poëmes
dédiez au Roy. A Paris , Quay de Gêvres
, ruë S. Jean de Beauvais , et Quay
des Augustins , chez Prault , Desaint , et
Guerin , 1734. in 8. de 330. pages , sans
l'Epitre et la Préface , et sans les Tons
de Chasse et Fanfares , à une et deux
Trompes , dont la Lettre et la Musique
sont gravées en 32. pages.
Epitre
FEVRIER 1734- 323
L'Epître au Roy commence ainsi .
Digne présent des Dieux , doux fruit de leur
Largesse ,
Grand Roy , dont la bonté , la grace , la Sa
gesse ,
Enchantent des François les regards et le coeur,
Pendant que ton nom vole et seme la terreur ,
Avant d'entrer au Char que t'aprête Bellone ,
Reçoi les dons flatteurs des Enfans de Latone,
Mais que ne dois- tu pas au zele d'Apollon ?
Est-il quelque détour dans le sacré Vallon,
Où de ses feux féconds la lumineuse trace ,
N'ait ouvert à tes yeux les trésors du Parnasse ›
Un guide que ce Dieu lui même t'a donné , -
Dans le champ des Beaux Arts longtemps t'a
promené ;
Il porta devant toi ce flambeau qui t'éclaire ,
Ta sagesse est son bien, ta gloire est son salaire.
Sans doute dans le cours de ses doctes leçons
Il ne fit point entrer la science des sons.
Phoebus se reservoit le droit de t'en instruire :
Ecoute les accents que vient t'offrir sa Lyre ;
D'une Muse empressée il soutient les efforts ,
Pour t'annoncer les Loix de ses divins accords.
Le premier Poëme est celui d'Apollon
ou de l'origine des Spectacles en Musi-
Fiiij que,
324
MERCURE DE FRANCE
que rien n'est plus ingenieux et mieux
conduit que la Fable dont l'Auteur s'est
servi pour établir les principes de la
Musique , la création successive de divers
Instrumens , quelques regles de la
composition ; et pour parvenir enfin à
l'établissement des Opéras , il a sçu mettre
en action tous les Dieux , dont Apollon
est le Héros, et dans une matiere qui
sembloit ne devoir étre que Didactique
il y met un mouvement si interessant
avec tant de clarté et rempli de tant
d'images agréables , qu'on ne s'apperçoit
plus qu'on s'instruit d'un art difficile.
Dans le premier Chant après avoir établi
les trois dons ; de voir , de parler et
d'entendre , accordez à l'homme par la
nature, dont on fait une description aussi
noble que singuliere , l'Auteur suppose
qu'Apollon déguisé en Berger d'Admete
trouvant les Bergers de l'Amphrise attroupez
pour entendre le concert des
Oyseaux , et se plaignant des Dieux d'avoir
refusé à l'homme un talent si merveilleux
, leur reproche leur injustice ,
et leur apprend que le don de la voix a
été accordé aux hommes d'une maniere
infiniment supérieure aux chants des Oiseaux
, qu'il ne leur manque que la connoissance
d'un art inventé pour les Dieux
СЕ
FEVRIER. 1734- 3.25
et dont il offre de leur faire part .
On ne sera pas fâché de voir ici comment
s'exprime l'Auteur dans les premieres
pages de son premier Chant .
"
L'air dans un sein fecond est à peine reçû ,
Que le son aussitôt repoussé que conçû ,
D'un flexible gosier s'ouvrant la trace humide
Se fait entendre du gré ûu souffle qui le guide ;
Des muscles , des tendons au passage attachez
En bordent les contours plus ou moins relâchez ;
S'ils se serrent , le son avec éclat s'élance ;
S'ils s'ouvrent , il grossit : de cette différence ,
Du grave ou de l'aigu nait le genre opposé ;
Entr'eux se forme encore un ordre composé ,
Dont les accens suivis , s'élevent ou descendent ;
Se détachent par bonds , voltigent , ou s'étendent
.
Pour l'homme c'étoit peu de parler et de voir ,
Si de s'oüir soi - même il n'eût eu le pouvoir :
Trois osselets legers que cet étuy renferme, ( a )
L'un par l'autre frappez , trouvent un nerfpour
terme.
Si-tôt que pénétrant ces tortueux détours ,
La voix jusques au fond a prolongé son cours ,
Du même mouvement dont elle fût poussée
Elle heurte des os la suite compassée.
か
(( a ); Latête,.
F * Le
326 MERCURE DE FRANCE
"Le premier sous la forme et le nom d'un mar,
1
teau ,
N'est pas plutôt frappé d'un froissement ˝nouvcau
,
Qu'il le rend à l'instant dans le même volume ,
Au second qui le suit et qui lui sert d'enclume.
Cette enclume à son tour fait frémir son sou
tien :
Là le nerf attaché par un leger lien ,
De cette impulsion sentant la violence ,
Du son dans le cerveau porte la connoissance ;
Qui tel qu'en une voute ou d'yvoire ou d'airain
,
Retentit et des voix forme l'écho certain.
Dans quarante Vers l'Auteur fait ensuite
un précis des principaux Elemens
de la Musique ; il les borne cependant
à la seule connoissance des modes naturels
, leur cache les transpositions par les
diezes et par les B. mols , et toutes les
fausses dissonances dont la sensibilité luf
paroît dangereuse , et pourroit troo
amollir: il dit :
Les Dieux seuls à leur gré vertueux , invincibles ,
Se reservent pour eux ces délices sensibles, &c.
C'est cette réserve qui fait le noud
du Poëme ; après les avoir suffisamment
instruits Apollon se fait connoître et
paroît
FEVRIER. 1734 327.
paroît aux Bergers revêtu de son éclat.
Ce Chant a du coûter à l'Auteur pour
rendre avec netteté les Elemens de la
Musique aussi est-ce le seul où on
trouve plus de didactique ; les trois
autres Chants sont en action , et
ne représentent que des images amusantes.
>
SECOND CHANT.
Les Bergers reconnoissans des bienfaits
d'Apollon , ne s'occupent plus qu'à
mettre en pratique leurs nouvelles connoissances
; Minerve devient jalouse du
culte rendu à Apollon , et , pour attirer
au sien les Bergers , elle imagine de former
un instrument des rozeaux qui se
trouvent sous sa main ; elle donne les
commencemens de la Flute à bec ; mais
elle s'apperçoit bien - tôt que les traits
de son visage en sont alterez .
Elle en rougit de honte , et quittant le rivage ,
Abandonne aux mortels le fruit de son ouvrage.
Pan l'apperçoit, en étudie les positions,
les découvre , et en fait usage avec succès
; en voicy la description.
Le Canal qui le perce , également concave ,
Sous l'empire des mains , y tient le son'esclave ;
F vj Sc
328 MERCURE DE FRANCE
Sa tête s’extenuë , en courbe finissant ;
L'autre bout évasé , Louvre en s'arrondiss ant ;
· Ses trous , daps un long ordre, arrangez par me-
..sure ,
Divisent de ce corps l'harmonique figure ;
Le premier plus ouvert , des autres détaché ,
Rend tout l'air qu'il reçoit et n'est jamais bouché.
Cette description finit par l'effet qu'elle
produit dans les Campagnes .
Il module avec art une chanson nouvelle ;
Non content de l'apprendre aux Echos des For
rêts ,
Il en veut dans les Champs étaler les attraits ;
A l'éclat de ses sons , les timides Bergeres ,
Les Faunes , les Sylvains , et les Nimphes légeres
Volent autour de lui , le suivent en tous lieux
Et forment , en dansant , un cercle gracieux.
L'Email , de mille fleurs , sous leurs pas se déploye
,
Et la terre paroît en tressaillir de joye..
Apollon devient jaloux à son tour de
Minerve , et pour la surpasser il invente
la Lyre ou le Violon toutes les parties:
en sont exprimées avec bien de la netteté
et de la précision . Le Lecteur en va juger.
DonFEVRIER.
1734 329
Donnons la voix aux Nerfs , et que le Bois
resonne.
T Ildit : Et le Laurier qu'un nouvel art façonne
D'un Instrument nouveau , prend la forme soudain
,
Deux Tables de ce bois , qu'a refendu sa main .
Répondent l'une à l'autre , et leur mesure égale,
A la vue , offriroit l'image d'un ovale ,
Si le trait transversal de deux cintres rentrans ,
De son juste milieu , ne recourboit les flancs,
Quatre Nerfs que Latone elle-même a filez ;
Inégaux en grosseur , par dégré redoublez ,
se roulent sur leurs Clefs , dociles à s'étendre ,
Et prompts à se prêter aux sons qu'ils doivent :
rendre.
Un Archet manque encor qu'il naisse du Lau
rier ,
Die Phoebus ; que Pégaze accoure y déployer ,.
Be son col argenté , l'étincelante Soye.
Icy on voit une brillante image de tous
les Dieux descendus du Ciel, pour enten →
dre jouer Apollon ; l'Amour s'en approche
de plus près , et le
de lui appresse
prendre et la Musique et l'Art de jouer
du Violon . Cette peinture est trop charmante
pour n'en pas mettre icy quelques.
raits.
330 MERCURE DE FRANCE
Sous un nuage épais , le Tiran de Cithere ,
L'Amour dormoit panché sur le sein de sa înere,
A ce bruit il s'éveille , et dessillant ses yeux ,
Va porter de plus près ses regards curieux.
Phoebus impatient , souffre à regret sa vuë ,
Il connoît d'un enfant , la main peu retenuë ;'
Il le fuit , mais en vain ; l'Amour pose cent
fois ,
Sur les Nerfs résonnans , ses téméraires doigts ;
Il interrompt le cours des divines cadences ,
L'accable imprudemment d'importunes instances
.
&c.
Phébus lui refuse les secrets de son Art,
et lui parle en ces termes :
La Lyre , répond-t - il, n'est point faite à Pusage
,
D'un Dieu , qui des humains , amollit le courage
;.
Elle ne doit servir qu'à chanter les Héros ,
Vainqueurs de la mollesse , ennemis du repos ,
Dont les noms sont gravez au Temple de mémoire
,
Ou , qu'à chanter des Dieux , les bienfaits et la
gloire .
Comme Apollon joüant devant les
Dieux, n'avoit rien caché de tous les mys
teres de son Art, qu'il avoit jusques-là jugé
FEVRIER 1734. 331
gé à propos de celer aux Mortels , l'Amour
se taît , et s'applique à en décou
vrir toute la finesse ; il apprend toutes les
transpositions par les Dièses et par les B
mols , et toutes les Dissonnances. Apollon
ne s'en apperçoit point ; les Dieux se
séparent , et l'Amour chargé de son nou
veau larcin , se prépare à s'en servir pour
augmenter ses conquêtes.
TROISIEME CHANT.
L'Amour va trouver Pan dans l'Arcadie,
il l'instruit de tous ses secrets , lui
apprend le different usage qu'on doit faire
des Dièzes et des B mols , pour remuer
, étonner ou amollir les coeurs des
Mortels , selon les passions différentes
qu'on leur veut inspirer.Leur union produit
bien- tôt un effet surprenant; tout cede
,tout se rend auxChansons amoureuses.
Minerve reparoît et indignée de la corruption
générale que font dans la Grece
les Chants effeminez de Pan et de l'Amour
, elle va trouver Apollon , lui expose
l'abus qu'on fait de son Art ; ils concertent
les moyens d'y remédier. Apollon
invente la Trompette , et la fait emboucher
par Bellone.
Bellonne vient , l'embouche , et court de toutes
parts
Ras
332 MERCURE DE FRANCE
Rassembler sur ses pas tous les peuples épars.
Tout céde aux sentimens que la Déesse inspire
Il n'est plus de Mortel qui d'un fatal dêlire ,
Par de cuisans remords , reconnoissant l'erreur
Ne brûle de donner des marques de valeur.
:
Tout est changé , l'Amour ne reçoit plus de
Fêtes ,
Il voit évanouir ses nouvelles conquêtes ,
V
Ses Autels sont déserts , il part ; et furieux ,
Au deffaut des Mortels va corrompre les Dieux.
Les Syrenes , filles d'Achelaüs , sont les
seules qui s'obstinent à ne point renoncer
aux Chansons amoureuses.
QUATRIEME CHANT.
Minerve irritée de l'obstination des Syrenes,
résout de les corriger ou de les perdre
; elle prend le temps d'un jour qu'elles
se promenoient sur la Mer , dans un
Esquif, où se croyant seules , elles se livróient
au plaisir de chanter des Chansons
libres et prophanes. Sous ; la forme
d'une Matrône Minerve les aborde dans
un pareil Esquif, leur reproche leur indécence
; elle est bien- tôt l'objet de leur
mépris; elle soûrit ; et changeant de forme
, d'un coup de sa Lance elle renverse
- leux:
FEVRIER. 1734. 333
leur Esquif. Les Syrenes reparoissent encore
, mais c'est pour être des Monstres ,
avec la tête seule d'une femme ; elles se
précipitent de honte dans les Flots , où
après avoir parcouru l'immensité des
Mers pendant long temps , elles fixent.
leur course et s'arrêtent aux bords de l'orageux
Pélore ; depuis plusieurs siècles
elles y avoient perdu la voix , lorsqu'Appollon
prend pitié de leur malheur : leur
pardonne leurs impiétez , leur rend la voix ,
mais leur prescrit l'usage qu'il faut faire
des Chants et de la Musique .
Il pousse plus loin sa bienveillance , il
forme le dessein de se servir d'elles pour
l'établissement d'un Théatre Lyrique ,
soumis aux Loix de Melpomene ; il leur
ordonne d'apprendre l'art du Chant aux
Tritons et aux Naïades ; il charge Circé sa
fille , d'offrir sur les Eaux un Spectacle
magnifique , orné de machines et de décorations
, et mêlé de toutes sortes de
danses , de caracteres différents Circé
fait d'abord paroître pour le Prologue le
sacré Vallon ; ce Prologue est fait à l'honneur
d'Appollon ; il est suivi d'une nouvelle
décoration , qui représente le Palais
de Proserpine où l'on doit celebrer son
enlevement par Pluton .
On choisit ce sujet préférablement à un
antre
334 MERCURE DE FRANCE
tre pour flatter les peuples de Sicile , qui
d'abord en sont les spectateurs,parce que
les Poëtes ont feint que Proserpine avoit
été enlevée dans cette Isle. C'est là qu'on
voit un détail exact et ingénieux de toutes
les différentes parties qui composent
l'Opéra.
Les peuples de Sicile en paroissent peu
enchantés , ils prennent bien - tôt la résolution
d'imiter ce genre de Spectacles
et de le porter dans leurs Villes , c'est
en imitation de ce premier Opera , representé
sur les Eaux que les Italiens ont
inventé et établi ce Spectacle pompeux.
Dans la suite des temps Lully étant né
parmi eux en a apporté l'idée en France
et c'est par lui qu'on a vû triompher
ce nouveau Spectacle dont il est regardé
comme second inventeur.
L'Epître sur la Musique est la troisiéme
Edition d'un Ouvrage déja reçu du Public
avec un applaudissement general.
Le premier Chant contient l'Histoire
de la Musique en France depuis 80 ans
l'Eloge détaillé de tous les Operas de
Lully et de Quinaut , dont les descriptions
ont reçu de grands Eloges de tous
les connoisseurs et par les Journaux et
par les Mercures.
Le
FEVRIER 1734- 335
Le deuxième, après avoir donné quelques
préceptes sur la Poësie et la Musique
des Operas, entre dans le détail de
tous les Operas nouveaux qui ont été faits
depuis Lully et avec une grande impartialité
porte de justes decisions sur le mérite
de chaque ouvrage.
Le troisiéme Chant expose en quoi
consiste le mérite des Operas d'Italie ,
quelle est la nature de leur bonne Musique
, leurs beautez , leurs deffauts et le
nom des Maîtres qui y ont le plus
excellé.
Le quatrième Chant parle du nouveau
genre de Musique que nous avons goûté
et imité des Italiens depuis quelques
années ; sçavoir , les Sonnates , et les
Cantates , on nomme les Auteurs qui
ont le mieux réussi dans ce genre , et
l'Auteur finit en proposant de réunir les
deux gouts ensemble pour donner à l'Art
de la Musique toute la perfection qu'elle
peut trouver dans les graces Françoises
et dans la science Italienne.
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Résumé : Les Dons des Enfans de Latone, &c. [titre d'après la table]
Le document présente une œuvre poétique intitulée 'Les Dons des Enfants de Latone', dédiée au roi de France et publiée en 1734. Cette œuvre comprend deux poèmes, 'La Musique' et 'La Chasse du Cerf', et se compose de 330 pages, excluant l'épître, la préface et les partitions de chasse et fanfares. L'épître, adressée au roi, loue sa bonté, sa grâce et sa sagesse, et lui offre les dons des enfants de Latone, Apollon et Diane. Le poème 'La Musique' raconte l'origine des spectacles musicaux et l'invention successive des instruments. Apollon, déguisé en berger, reproche aux dieux d'avoir refusé à l'homme le talent de chanter comme les oiseaux et lui apprend que le don de la voix est supérieur à celui des oiseaux. Le premier chant décrit les dons naturels de l'homme : voir, parler et entendre. Apollon explique les éléments de la musique, réservant certaines subtilités aux dieux. Les chants suivants narrent l'invention de la flûte par Minerve et de la lyre par Apollon. L'Amour, après avoir observé Apollon jouer, apprend les secrets de la musique et les utilise pour corrompre les cœurs. Minerve et Apollon réagissent en inventant la trompette pour inspirer la valeur et la vertu. Le troisième chant relate comment l'Amour enseigne ses secrets à Pan, corrompant ainsi la Grèce. Minerve et Apollon interviennent pour rétablir l'ordre. Le quatrième chant décrit la punition des Sirènes, qui persistaient à chanter des chansons amoureuses. Apollon leur pardonne et les charge d'enseigner l'art du chant aux Tritons et aux Naïades pour établir un théâtre lyrique. Circé organise un spectacle magnifique sur les eaux, marquant l'origine des opéras italiens. Le texte traite également de l'évolution de la musique en France et de l'influence de Jean-Baptiste Lully, considéré comme le second inventeur d'un nouveau spectacle musical. L'Épître sur la Musique, dans sa troisième édition, est acclamée par le public. Le premier chant de cet ouvrage retrace l'histoire de la musique en France au cours des 80 dernières années, en louant les opéras de Lully et de Quinault, qui ont reçu des éloges unanimes. Le deuxième chant offre des préceptes sur la poésie et la musique des opéras, et évalue de manière impartiale les opéras récents. Le troisième chant analyse le mérite des opéras italiens, leurs beautés et défauts, ainsi que les maîtres italiens les plus éminents. Le quatrième chant discute du nouveau genre de musique importé d'Italie, comme les sonates et les cantates, et propose de fusionner les goûts français et italiens pour perfectionner l'art musical.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 368-379
Comedie à l'Arcenal, Prologue &c. [titre d'après la table]
Début :
Le goût pour la Comédie, si en vogue depuis quelque temps, ne s'est point rallenti [...]
Mots clefs :
Apollon, Mercure, Thalie, Momus, Melpomène, Déesse, Princesse, Duchesse du Maine, Prologue, Plaisir, Arts, Cour, Jeux, Théâtre de l'Arsenal, Comédie, Pierre de Morand
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texteReconnaissance textuelle : Comedie à l'Arcenal, Prologue &c. [titre d'après la table]
Le goût pour la Comédie , si en vogue
depuis quelque temps , ne s'est point rallenti
du tout à Paris ; on voit tous les
jours des Compagnies , où l'on se fait un
plaisir de représenter des Fiéces de Théatre
, et où elles sont , pour l'ordinaire
jouées avec applaudissement. Parmi ces
sortes de Sociétez , celle qui étoit à l'Hôtel
de Brancas , et ensuite à l'Hôtel de
Lauzun , est une de celles parmi lesquelles
il y a de meilleurs sujets . Nous en avons
parlé dans le Mercure de Mars 1732. Des
Personnes de distinction , et des connoisseurs
éclaircz ont vû leurs Représentations
FEVRIER . 1734. 369
tions avec plaisir ;et ces Mrs ont été souvent
honorez de la présence de plusieurs
Princes et Princesses , entr'autres Madame
la Duchesse du Maine y a assisté plusieurs
fois , et en a paru satisfaite . C'est
ce qui les a engagez à demander à cette
Princesse une Salle propre à jour la Comédie
. Ils lui ont présentez le Placet
qu'on va lire :
Toi , qui toujours des Arts , fus le plus ferme
appui ;
Toi , dont l'auguste Cour , est ce fameux Parnasse
,
Dont on ne trouve ailleurs que quelque foible
trace ,
Princesse , sois sensible à notre juste ennui.
Tantôt de Melpomene , et tantôt de Thalie ,
Nous avons autrefois osé former les jeux ;
Et du plus beau succès notre audace suivie ,
Leur mérita l'honneur de paroître à tes yeux.
Par ton aveu flateur , devenu moins timides ,
De ce doux souvenir , sans relâche frappez ,
Nos coeurs , depuis long - temqs , ne sont plus
occupez ,
Qu'à chercher un bonheur dont ils sont plus
avides.
H iij Mais
370 MERCURE DE FRANCE
Mais , quoique redoublez , nos soins sont sans
effets ;
Nos Muses sans secours , errantes , désolées ,
N'ont presque plus d'espoir de se voir rassem
blées ;
Elles ne trouvent plus ni Temples , ni Palais.
Princesse , c'est à toi de finir leur disgrace ,
Daigne les recevoir au milieu de ta Cour ,
Assure leur , toi -même , un tranquile séjour :
Ta nouvelle bonté , ranimant leur audace ,
Elles te donneront un innocent plaisir ,
Digne , peut- être encor d'occuper ton loisir.
Ce Placer fut reçu favorablement de
la Princesse , qui a eu la bonté de donner
à ces Mrs , une Salle dans l'Arsenal , où
ils ont fait dresser leur Théatre , et sur
lequel ils ont représenté pour la premiere
fois , le 21 Février , en présence de
Madame la Duchesse du Maine, et d'une
Compagnie choisie , la Tragédie de
Manlius Capitolinus , de M. de la Fosse ,
suivie de la petite Comédie des trois Freres
Rivaux , à laquelle ils ont ajouté un
Divertissement de Chants et de Danses
dont les paroles sont de M. Parfait , et la
Musique de M. Bouvar. Le tout précédé
d'un Prologue , fait à la loüange de la
Princesse, qui après la Représentation , eut
la
FEVRIER. 1734 377
la bonté d'en témoigner sa satisfaction à
l'Auteur.
Les Acteurs de ce Prologue sont , Apol
lon , Mercure, Momus , Me'pomene et Thar
lie. Melpomene seule ouvre la Scene par
ces Vers :
Mes yeux , préparez- vous à répandre des larmes,
Si vous voulez avoir des charmes ,
Pour cette aimable Cour ,
Où le bon goût se mêle à la délicatesse ,
Où dans cet heureux jour ,
M'appelle une Déesse ;
Où je vois auprès d'elle une Auguste Princesse .
Dont les vertus illustrent ce séjour .
Autant que ses appas , ses graces , sa jeunesse.
;
Thalie arrive en ordonnant aux Jeux ,
aux Ris , et aux Graces de la suivre les
deux Muses sont également surprises de
se trouver ensemble , et se disputent la
préférence de leur Art ; chacune veut
avoir la gloire d'amuser la Déesse ; elles
prennent Apollon pour Juge.Ce Dieu les
rassure , en leur annonçant que la Déesse
veut voir les Jeux de l'une et de l'autre.
Il dit à Melpomene qu'elle aura so'n
de toucher son coeur ; et qu'ensuite Th -
lie viendra dissiper les tristes impression s
de la Muse Tragique ; il a oute que i
Hiiij elles
372 MERCURE DE FRANCE
elles veulent lui plaire , elles doivent précisément
se renfermer dans le caractere
de leur Art. Songez , leur dit il :
Que vous , ( 1 ) en gémissant , il faut encore
instruire ;
Et que vous , ( 2 ) en raillant , vous ne devez
pas nuire .
Que le vice par vous ( 3 ) sans cesse combattu ,
Ne doit jamais accabler la vertu
Que vous , ( 4 ) sans crainte , sans scru
pule ,
Livrant la Guerre au Ridicule ,
Sous des traits généraux ,
Vous devez le faire paroître ,
Mais que l'on ne doit reconnoître
Aucun particulier trop peint dans vos Tableaux >
En un mor , que la Tragédie ,
De toucher les grands coeurs doit tirer tout son
prix ,
Et que la Comédie ,
Doit tirer tout le sien de plaire aux bons esprits.
Melpoméne répond à Apollon que telles
sont les loix que ses favoris observe,
rent dans Athénes , et qu'elle n'a jamais
approuvé ces écrits fastueux , où l'on
( 1 ) A Melpomene.
( 2 ) A Thalie.-
( 3 ) A Melpomene.
(4 )A Thalie.
veut
FEVRIER. 1734. 373
veut la dépouiller de ses premieres graces
, qu'elle préfére la conduite et les
moeurs à toute autre beauté. Thalie assure
à son tour Apollon , qu'elle n'a jamais
dicté ces traits grossiers de l'envie ,
qui attaquent la probité , et que lorsque
la raillerie n'est pas accompagnée d'une
utile leçon , ce n'est point là son 、ouvra
ge. Apollon leur dit qu'il est charmé de
les voir penser ainsi qu'on pense dans la
Cour où elles paroissent.
Mercure en arrivant est fort surpris à
l'aspect d'Apollon et des deux Muses.
Apollon lui en demande la cause. Mercure
répond qu'il ne s'attendoit pas de
les trouver tous trois dans ces mêines
lieux , où Mars tient la foudre de Jupiter
en dépôt. Il ajoute :
Pour achever de mettre en poudre
Les Titans orgueilleux ,.
Qui bravoient , sans trembler , le Souverain des
Cieux ;
Je venois au Dieu de la Guerre
Porter l'ordre nouveau du Maître du Tonnerre ,
Et je ne croyois pas ce terrible séjour
Un lieu trop propre à tenir votre Cour.
Apollon répond qu'il a lieu d'être surpris
à son tour, et dit : Mercure ignore- til
H v
que
374 MERCURE DE FRANCE
que Minerve suit toujours Mars dans ces
lieux , et que sur les pas de la Déesse ,
Apollon conduit les Muses et les beaux
Arts ?
Qu'à son gré , Jupiter signale sa vengeance
Contre ses ennemis jaloux ;
Que Mars seconde son courroux ;
Que deux jeunes Héros qui reçûrent naissance
Du terrible Dieu des Combats
Fassent sentir par tout la force de leurs bras ,
Sur les pas de Minerve
Apollon toujours se reserve
Le soin de célébrer les Dieux et les Héros
Et de les délasser de leurs nobles travaux.
Quand sur les Enfans de la terre
Jupiter lance le tonnerre
Son Empire est- il ébranlé ?
Sa fureur , des beaux Arts , détruit- elle l'azyle ♬
Dans mes travaux suis je troublé ?
Et le séjour des Cieux devient- il moins tranquile
, Non , les rebelles seuls doivent trembler
d'effroi , et Mercure [ dit à Apollon
qu'il ne craint pas que le tegne des Arts
périsse sous le regne de Jupiter ; qu'il a
lui-même trop d'interêt à les favoriser, et
que ce seroit en vain qu'il triompheroit
de
FEVRIER . 1734- 375
de ses ennemis , si Apollon et les Muses
n'immortalisoient ses exploits.
Oui, ( dit-il ) les Lauriers que la Victoire
donne ,
Şont d'eux - mêmes bien - tôt Alétris ;
Ils ne sont toujours verds qu'autant qu'à leur
Couronne
Vous ajoutez , vous - même , un nouveau
prix.
Par ce Dieu triomphant une vaste Carriere
Vient d'être ouverte à vos efforts ;
Bien- tôt il va fournir la plus ample matiere
A des accents plus brillants et plus forts ;
Préparez - vous sous les loix de Minerve ,
A faire ouir des sons dignes d'elle et de lui ;
Et lorsque par vos soins , la Déesse aujourd'hui
Prendra les seuls plaisirs que son coeur se réserve
,
Songez qu'elle est du sang du Souverain des
Dieux ;
Et que d'en celebrer les Exploits glorieux ,
C'est- là Pexalter elle- même ;
Que quand mille vertus en elle se font voir ,
Le seul encens qu'elle veut recevoir
Est d'entendre louer son Empire suprême.
Mercure quitte Apollon en lui disane
qu'il court où Jupiter l'envoye , et qu'il
H vj
Ie376
MERCURE DE FRANCE
reviendra prendre part aux plaisirs qu'il
prépare à la Déesse . Apollon invite les
Muses de hâter leurs Jeux , & c. Momus
arrive en riant , on lui en demande la
cause , il répond :
Peut-on le demander ? J'apprens que dans ces
lieux
Vous préparez tous trois des jeux
Pour amuser une Déesse
Dont les hautes vertus
L'Esprit , le Sçavoir , la Sagesse ,
Furent toujours respectez de Momus ,
Je crois d'abord que votre zéle ,
Ne lui présentera qu'un plaisir digne d'elle,
Que rassemblant de toutes parts
Les plus renommez dans vos Arts ,
Vous pourrez mériter l'honneur de sa présence →
Point du tout : Quel objet a frappé mes regards!
Je ne puls m'empêcher d'en rire , quand j'y
pense ,)
J'ai vû que vous aviez fait choix
D'un tas d'Acteurs sans art et sans expérience
Et qui n'ont du Théatre aucune connoissance ;
Dont les gestes , les tons de voix ,
Le jeu , le peu d'intelligence
Vont gâter les plus beaux endroits.
Ah ! quel excès d'extravagance.
Apollon répond que c'est la coutume
des
FEVRIER 1734 377
des Critiques du tems de décider de tout
par prévention et sans avoir vû un Ouvrage.
Momus soutient qu'on se trompet
rarement en décidant ainsi , et que le
succès de toute chose vient du premier
coup d'oeil dont on l'envisage ; et il ajoute :
Quand le public s'accorde à prononcer
Que ce qu'on lui promet doit êrre détestable ,
Aussi- tôt cet Arrêt rend la chose exécrable ;
Fut- elle bonne , ensuite on doit sans balancer ,
Soutenir constamment qu'elle est abominable ,
Tel sst votre Spectacle , il sera pitoyable.
Thalie dit à Momus qu'il gagne infiniment
à frequenter certains lieux , d'où
partent des traits si justes. Melpomene
interrompt Thalie , en lui disant qu'il est
inutile de vouloir faire entendre raison
au caustique Momus ; mais qu'il leur importe
peu qu'il approuve où qu'il blâme
leur dessein :
Pourvu que la Déesse à qui nous voulons plaire
Approuve les Acteurs dont nous avons fait
choix ,
Et que même elle les préfére
A ceux qui nous vendant leur voix .
Pour leur interêt seul sont soumis à nos laix ,
Et n'ont d'objet que le salaire.
File
378 MERCURE DE FRANCE
Elle ajoute que le zéle dont ils brûlent
leur tiendra lieu de tout mérite.
L'indulgence est le prix de si nobles objets.
Momus replique qu'il est persuadé que
leurs Acteurs ne manquent pas de zéle
mais que cela ne suffit pas pour faire de
bons Comédiens . Autrefois , dit il , Melpoméne
avoit trouvé l'art de m'attendrir
, mais je rentre plus que jamais dans
mes droits ; et je crains seulement que ce
ne soit le tour de Thalie de me faire pleu
rer. Thalie s'offense beaucoup de cette
raillerie; et Momus dit , que rire à la Tragédie
, et pleurer à la Comédie est un plaisir
bien digne de lui. Melpomene quitte
la partie. Thalie la suit , en menaçant
Momus. Apollon reste seul avec lui et lui
représente que le triste fruit qu'on retire
de mordre toujours est d'être fuy et détesté
d'un chacunsà quoi Momus répond:
De donner des leçons vous voulez vous mêler ;
Je veux aussi vous en faire une
Vous êtes un Pédant , d'espece non commune
Fade, ennuyeux , de tout voulant toujours parler ;
Et que l'on ne sçauroit enter dre sans bâiller :
Adieu .
"
Il sort et Apollon se récrie sur le caraçtere
FEVRIER 379 1734.
tere de ces sortes d'esprits ; il dit qu'en
voulant leur contredire , on s'attire leur
mépris. Le Prologue finit par ces quatre
Vers .
Princesse , tu connois l'écücil qui nous menace ,
Et nous mêmes trop tard nous sentons le danger
Mais ta bonté pour nous doit nous encourager
L'espoir de l'obtenir nous rendra notre audace.
Le Prologue est de M. de Morand,dans
lequel il jouoit lui- même le Rôle d'Apollon.
Nous apprenons que ces Mrs se
préparent à donner sur le même Théatre
une Tragédie nouvelle du même Au
teur , dont nous parlerons en son temps.
C'est de lui dont il est parlé dans le
Mercure de Février 1732. au sujet d'un
pareil Spectacle , représenté à Nîmes, & c.
depuis quelque temps , ne s'est point rallenti
du tout à Paris ; on voit tous les
jours des Compagnies , où l'on se fait un
plaisir de représenter des Fiéces de Théatre
, et où elles sont , pour l'ordinaire
jouées avec applaudissement. Parmi ces
sortes de Sociétez , celle qui étoit à l'Hôtel
de Brancas , et ensuite à l'Hôtel de
Lauzun , est une de celles parmi lesquelles
il y a de meilleurs sujets . Nous en avons
parlé dans le Mercure de Mars 1732. Des
Personnes de distinction , et des connoisseurs
éclaircz ont vû leurs Représentations
FEVRIER . 1734. 369
tions avec plaisir ;et ces Mrs ont été souvent
honorez de la présence de plusieurs
Princes et Princesses , entr'autres Madame
la Duchesse du Maine y a assisté plusieurs
fois , et en a paru satisfaite . C'est
ce qui les a engagez à demander à cette
Princesse une Salle propre à jour la Comédie
. Ils lui ont présentez le Placet
qu'on va lire :
Toi , qui toujours des Arts , fus le plus ferme
appui ;
Toi , dont l'auguste Cour , est ce fameux Parnasse
,
Dont on ne trouve ailleurs que quelque foible
trace ,
Princesse , sois sensible à notre juste ennui.
Tantôt de Melpomene , et tantôt de Thalie ,
Nous avons autrefois osé former les jeux ;
Et du plus beau succès notre audace suivie ,
Leur mérita l'honneur de paroître à tes yeux.
Par ton aveu flateur , devenu moins timides ,
De ce doux souvenir , sans relâche frappez ,
Nos coeurs , depuis long - temqs , ne sont plus
occupez ,
Qu'à chercher un bonheur dont ils sont plus
avides.
H iij Mais
370 MERCURE DE FRANCE
Mais , quoique redoublez , nos soins sont sans
effets ;
Nos Muses sans secours , errantes , désolées ,
N'ont presque plus d'espoir de se voir rassem
blées ;
Elles ne trouvent plus ni Temples , ni Palais.
Princesse , c'est à toi de finir leur disgrace ,
Daigne les recevoir au milieu de ta Cour ,
Assure leur , toi -même , un tranquile séjour :
Ta nouvelle bonté , ranimant leur audace ,
Elles te donneront un innocent plaisir ,
Digne , peut- être encor d'occuper ton loisir.
Ce Placer fut reçu favorablement de
la Princesse , qui a eu la bonté de donner
à ces Mrs , une Salle dans l'Arsenal , où
ils ont fait dresser leur Théatre , et sur
lequel ils ont représenté pour la premiere
fois , le 21 Février , en présence de
Madame la Duchesse du Maine, et d'une
Compagnie choisie , la Tragédie de
Manlius Capitolinus , de M. de la Fosse ,
suivie de la petite Comédie des trois Freres
Rivaux , à laquelle ils ont ajouté un
Divertissement de Chants et de Danses
dont les paroles sont de M. Parfait , et la
Musique de M. Bouvar. Le tout précédé
d'un Prologue , fait à la loüange de la
Princesse, qui après la Représentation , eut
la
FEVRIER. 1734 377
la bonté d'en témoigner sa satisfaction à
l'Auteur.
Les Acteurs de ce Prologue sont , Apol
lon , Mercure, Momus , Me'pomene et Thar
lie. Melpomene seule ouvre la Scene par
ces Vers :
Mes yeux , préparez- vous à répandre des larmes,
Si vous voulez avoir des charmes ,
Pour cette aimable Cour ,
Où le bon goût se mêle à la délicatesse ,
Où dans cet heureux jour ,
M'appelle une Déesse ;
Où je vois auprès d'elle une Auguste Princesse .
Dont les vertus illustrent ce séjour .
Autant que ses appas , ses graces , sa jeunesse.
;
Thalie arrive en ordonnant aux Jeux ,
aux Ris , et aux Graces de la suivre les
deux Muses sont également surprises de
se trouver ensemble , et se disputent la
préférence de leur Art ; chacune veut
avoir la gloire d'amuser la Déesse ; elles
prennent Apollon pour Juge.Ce Dieu les
rassure , en leur annonçant que la Déesse
veut voir les Jeux de l'une et de l'autre.
Il dit à Melpomene qu'elle aura so'n
de toucher son coeur ; et qu'ensuite Th -
lie viendra dissiper les tristes impression s
de la Muse Tragique ; il a oute que i
Hiiij elles
372 MERCURE DE FRANCE
elles veulent lui plaire , elles doivent précisément
se renfermer dans le caractere
de leur Art. Songez , leur dit il :
Que vous , ( 1 ) en gémissant , il faut encore
instruire ;
Et que vous , ( 2 ) en raillant , vous ne devez
pas nuire .
Que le vice par vous ( 3 ) sans cesse combattu ,
Ne doit jamais accabler la vertu
Que vous , ( 4 ) sans crainte , sans scru
pule ,
Livrant la Guerre au Ridicule ,
Sous des traits généraux ,
Vous devez le faire paroître ,
Mais que l'on ne doit reconnoître
Aucun particulier trop peint dans vos Tableaux >
En un mor , que la Tragédie ,
De toucher les grands coeurs doit tirer tout son
prix ,
Et que la Comédie ,
Doit tirer tout le sien de plaire aux bons esprits.
Melpoméne répond à Apollon que telles
sont les loix que ses favoris observe,
rent dans Athénes , et qu'elle n'a jamais
approuvé ces écrits fastueux , où l'on
( 1 ) A Melpomene.
( 2 ) A Thalie.-
( 3 ) A Melpomene.
(4 )A Thalie.
veut
FEVRIER. 1734. 373
veut la dépouiller de ses premieres graces
, qu'elle préfére la conduite et les
moeurs à toute autre beauté. Thalie assure
à son tour Apollon , qu'elle n'a jamais
dicté ces traits grossiers de l'envie ,
qui attaquent la probité , et que lorsque
la raillerie n'est pas accompagnée d'une
utile leçon , ce n'est point là son 、ouvra
ge. Apollon leur dit qu'il est charmé de
les voir penser ainsi qu'on pense dans la
Cour où elles paroissent.
Mercure en arrivant est fort surpris à
l'aspect d'Apollon et des deux Muses.
Apollon lui en demande la cause. Mercure
répond qu'il ne s'attendoit pas de
les trouver tous trois dans ces mêines
lieux , où Mars tient la foudre de Jupiter
en dépôt. Il ajoute :
Pour achever de mettre en poudre
Les Titans orgueilleux ,.
Qui bravoient , sans trembler , le Souverain des
Cieux ;
Je venois au Dieu de la Guerre
Porter l'ordre nouveau du Maître du Tonnerre ,
Et je ne croyois pas ce terrible séjour
Un lieu trop propre à tenir votre Cour.
Apollon répond qu'il a lieu d'être surpris
à son tour, et dit : Mercure ignore- til
H v
que
374 MERCURE DE FRANCE
que Minerve suit toujours Mars dans ces
lieux , et que sur les pas de la Déesse ,
Apollon conduit les Muses et les beaux
Arts ?
Qu'à son gré , Jupiter signale sa vengeance
Contre ses ennemis jaloux ;
Que Mars seconde son courroux ;
Que deux jeunes Héros qui reçûrent naissance
Du terrible Dieu des Combats
Fassent sentir par tout la force de leurs bras ,
Sur les pas de Minerve
Apollon toujours se reserve
Le soin de célébrer les Dieux et les Héros
Et de les délasser de leurs nobles travaux.
Quand sur les Enfans de la terre
Jupiter lance le tonnerre
Son Empire est- il ébranlé ?
Sa fureur , des beaux Arts , détruit- elle l'azyle ♬
Dans mes travaux suis je troublé ?
Et le séjour des Cieux devient- il moins tranquile
, Non , les rebelles seuls doivent trembler
d'effroi , et Mercure [ dit à Apollon
qu'il ne craint pas que le tegne des Arts
périsse sous le regne de Jupiter ; qu'il a
lui-même trop d'interêt à les favoriser, et
que ce seroit en vain qu'il triompheroit
de
FEVRIER . 1734- 375
de ses ennemis , si Apollon et les Muses
n'immortalisoient ses exploits.
Oui, ( dit-il ) les Lauriers que la Victoire
donne ,
Şont d'eux - mêmes bien - tôt Alétris ;
Ils ne sont toujours verds qu'autant qu'à leur
Couronne
Vous ajoutez , vous - même , un nouveau
prix.
Par ce Dieu triomphant une vaste Carriere
Vient d'être ouverte à vos efforts ;
Bien- tôt il va fournir la plus ample matiere
A des accents plus brillants et plus forts ;
Préparez - vous sous les loix de Minerve ,
A faire ouir des sons dignes d'elle et de lui ;
Et lorsque par vos soins , la Déesse aujourd'hui
Prendra les seuls plaisirs que son coeur se réserve
,
Songez qu'elle est du sang du Souverain des
Dieux ;
Et que d'en celebrer les Exploits glorieux ,
C'est- là Pexalter elle- même ;
Que quand mille vertus en elle se font voir ,
Le seul encens qu'elle veut recevoir
Est d'entendre louer son Empire suprême.
Mercure quitte Apollon en lui disane
qu'il court où Jupiter l'envoye , et qu'il
H vj
Ie376
MERCURE DE FRANCE
reviendra prendre part aux plaisirs qu'il
prépare à la Déesse . Apollon invite les
Muses de hâter leurs Jeux , & c. Momus
arrive en riant , on lui en demande la
cause , il répond :
Peut-on le demander ? J'apprens que dans ces
lieux
Vous préparez tous trois des jeux
Pour amuser une Déesse
Dont les hautes vertus
L'Esprit , le Sçavoir , la Sagesse ,
Furent toujours respectez de Momus ,
Je crois d'abord que votre zéle ,
Ne lui présentera qu'un plaisir digne d'elle,
Que rassemblant de toutes parts
Les plus renommez dans vos Arts ,
Vous pourrez mériter l'honneur de sa présence →
Point du tout : Quel objet a frappé mes regards!
Je ne puls m'empêcher d'en rire , quand j'y
pense ,)
J'ai vû que vous aviez fait choix
D'un tas d'Acteurs sans art et sans expérience
Et qui n'ont du Théatre aucune connoissance ;
Dont les gestes , les tons de voix ,
Le jeu , le peu d'intelligence
Vont gâter les plus beaux endroits.
Ah ! quel excès d'extravagance.
Apollon répond que c'est la coutume
des
FEVRIER 1734 377
des Critiques du tems de décider de tout
par prévention et sans avoir vû un Ouvrage.
Momus soutient qu'on se trompet
rarement en décidant ainsi , et que le
succès de toute chose vient du premier
coup d'oeil dont on l'envisage ; et il ajoute :
Quand le public s'accorde à prononcer
Que ce qu'on lui promet doit êrre détestable ,
Aussi- tôt cet Arrêt rend la chose exécrable ;
Fut- elle bonne , ensuite on doit sans balancer ,
Soutenir constamment qu'elle est abominable ,
Tel sst votre Spectacle , il sera pitoyable.
Thalie dit à Momus qu'il gagne infiniment
à frequenter certains lieux , d'où
partent des traits si justes. Melpomene
interrompt Thalie , en lui disant qu'il est
inutile de vouloir faire entendre raison
au caustique Momus ; mais qu'il leur importe
peu qu'il approuve où qu'il blâme
leur dessein :
Pourvu que la Déesse à qui nous voulons plaire
Approuve les Acteurs dont nous avons fait
choix ,
Et que même elle les préfére
A ceux qui nous vendant leur voix .
Pour leur interêt seul sont soumis à nos laix ,
Et n'ont d'objet que le salaire.
File
378 MERCURE DE FRANCE
Elle ajoute que le zéle dont ils brûlent
leur tiendra lieu de tout mérite.
L'indulgence est le prix de si nobles objets.
Momus replique qu'il est persuadé que
leurs Acteurs ne manquent pas de zéle
mais que cela ne suffit pas pour faire de
bons Comédiens . Autrefois , dit il , Melpoméne
avoit trouvé l'art de m'attendrir
, mais je rentre plus que jamais dans
mes droits ; et je crains seulement que ce
ne soit le tour de Thalie de me faire pleu
rer. Thalie s'offense beaucoup de cette
raillerie; et Momus dit , que rire à la Tragédie
, et pleurer à la Comédie est un plaisir
bien digne de lui. Melpomene quitte
la partie. Thalie la suit , en menaçant
Momus. Apollon reste seul avec lui et lui
représente que le triste fruit qu'on retire
de mordre toujours est d'être fuy et détesté
d'un chacunsà quoi Momus répond:
De donner des leçons vous voulez vous mêler ;
Je veux aussi vous en faire une
Vous êtes un Pédant , d'espece non commune
Fade, ennuyeux , de tout voulant toujours parler ;
Et que l'on ne sçauroit enter dre sans bâiller :
Adieu .
"
Il sort et Apollon se récrie sur le caraçtere
FEVRIER 379 1734.
tere de ces sortes d'esprits ; il dit qu'en
voulant leur contredire , on s'attire leur
mépris. Le Prologue finit par ces quatre
Vers .
Princesse , tu connois l'écücil qui nous menace ,
Et nous mêmes trop tard nous sentons le danger
Mais ta bonté pour nous doit nous encourager
L'espoir de l'obtenir nous rendra notre audace.
Le Prologue est de M. de Morand,dans
lequel il jouoit lui- même le Rôle d'Apollon.
Nous apprenons que ces Mrs se
préparent à donner sur le même Théatre
une Tragédie nouvelle du même Au
teur , dont nous parlerons en son temps.
C'est de lui dont il est parlé dans le
Mercure de Février 1732. au sujet d'un
pareil Spectacle , représenté à Nîmes, & c.
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Résumé : Comedie à l'Arcenal, Prologue &c. [titre d'après la table]
Le texte relate la montée en popularité de la comédie à Paris, avec plusieurs compagnies connaissant le succès. Parmi elles, la société de l'Hôtel de Brancas, puis de l'Hôtel de Lauzun, se distingue particulièrement. Cette compagnie a été appréciée par des personnes de haut rang et des connaisseurs, et a souvent accueilli des princes et princesses, notamment la Duchesse du Maine. En février 1734, la compagnie a sollicité l'aide de la Duchesse du Maine pour obtenir une salle de représentation. Ils lui ont présenté un placet poétique, la suppliant de les aider à trouver un lieu approprié. La Duchesse du Maine a accepté et leur a fourni une salle dans l'Arsenal. La première représentation dans cette nouvelle salle a eu lieu le 21 février 1734, en présence de la Duchesse du Maine et d'une compagnie choisie. Ils ont joué la tragédie 'Manlius Capitolinus' de M. de la Fosse, suivie de la comédie 'Les trois Frères Rivaux' et d'un divertissement musical. Le prologue, écrit par M. de Morand, louait la princesse et était interprété par des personnages mythologiques tels qu'Apollon, Mercure, Momus, Melpomène et Thalie. Le prologue discutait des rôles de la tragédie et de la comédie, et de leur importance dans l'art. La compagnie prévoit de présenter une nouvelle tragédie du même auteur.
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