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1
p. 181-190
A MONSIEUR LE PELLETIER DE SOUZI.
Début :
Je ne vous diray point, pour vous engager à lire l'Ouvrage / Je ne sçaurois m'en empêcher, [...]
Mots clefs :
Amour, Raison, Nature, Querelle, Louis, Seigneur, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE PELLETIER DE SOUZI.
Je ne vous diray point,
pour vous engager à lire l'Ouvrage qui fuit, sur quelle ma*
tiercil aesté fait.vousdiray feulement qu'il eftdcrillustre Madame desHoulierer.,
-- "'ï-"- - Pourriezvousaprès cela .,. n'a-
voir pas d'cmprcflémeotpouf
cccte lecture?
-
AMOSIEUR
LIL EÉr rE-LXJLXIE& -- -,
it
1DEs0uI.
JEnefçaurois m'enempêcher*
Il faut, Seigneur, que jevoùs
gronde.
Jevous cherche avec foin maisfty
beau vùus chercher
, Je
ne jçaaroistous approcher3
j9~<? lors que r»ftre porte ouverte 4
toutlf monde
'Uemrjle avec les gens qu'on Aime
*
dépefeber. ,
Quelque réflexion profonde
Quefajfe là.*de(fus mon ejprit alarme,
Je ne devine point sur qitoycela fc
fonde,
Mtjeriay pas accoutumé
Que dans lafoule onmeconfonde.
Si vous p:JuvleZ ffavoir les affligeansdifeours
..f<!!e me tient en secret le plus insurmontable,
Le plus dangereux de; amourst
Vousferk^moins impraticable.
Vous esses etonm
,
Seigieur,
Mais cjuevoflre cfpritse rassure,
Jcriafpire pointaChonneur
D'aucune galante évanture.
L'amour dont je vous parle à luy~
mefmç efl borné»
Ilsaisi d'un peu d'encens toute si
nourriture.
La raison
,
laJagejp>e* vain font
condamné,
Avec nous cet amour tjl néy
Autant quenouscetamourdure.
C'eftun foible, il ejîvray
,
maistout examiné, -
C'ejf un foible qxe la Nature
Aux plusgrands hommes a
donné,
Terfonne nîejtassiz, PIlCtrt
pour avouer, comme je fais,
Tout ce que faitfoujfrirïamourprù*
pre en colere.
L'un dit, jenen aypoint> l'autre,je
nen ay gutre.
Si detelsdifeours ejfoient vrais,
Les Dames craindroient moins qu'oit
les vist négligées,
De n'avoir plUdorm)ftroiint moinÀ
aflfigées,
Ztn'emprunteraient jointdAt- traits.
Les Amans, les Guerriers ne vontproientjoint la tejîe
De leurbonnefortune,&de tous leurs
hautsfaits.
MtjfitNrs les beaux espritsseferoient
moins de frjleJ
Et quand,ce qu'ilsfont eflmauvais,
Ilsfouffriroientdu moinsenfaix
^u'onfftde leur ouvrage une critique honneste.
Mais que fais-je,& pourquoy dans
ma Lettre entasser
Bagatellesur bagatelle?
Seigneur, en la lisant vous font)en
Uspatfet,
Revenons à noflre querelle.
Comme vojtre bonté jointe a
voftrc
pouvoir
J beaucoupdimportunstous leslu"
vous expoJet
feut-efire crojc^vous queje ne veux,
vous voir,
jguc pour demanderquelquechofe*
En ce cas, ctjlbienfat d'avoirfit
porte close.
Dans un temps de befiins ri d'/1M.
haras tiffk>
Demandeur» quel quilJoitt dottefire
malreceu.
Mais, SeigllCM", un Portier, doit-il
efire barbare,
j^uand on vient pourremercier,
Et d'uncompliment aussi rare,
Doit-on fipeu.sisoucier ?
Ne dtmt'On pas a mentendre
Jgue le malheur du tempsfixe vojbç
bonté» 1
J$*t fourles mmx dautruy vous
devenez moins tendre,
Et tfuun remsrciment'doitfarsa rareté
Agnablementvous furprevdre?
Ah !Ji comme chacun ade difftrens
goufts,
Les rarctex*pouvaientvousflaire,
Ilfaudroitfourvousfattsfaire,
Vous faire voirdesgens qllisi flaU
gnent de vous.
Maisoù les rencontrer, quand chacun
vus honore,
J>)uand de tous cofiez, on n'en..
tend
Jt>ue des gens que l'excès de vos bon-
»
u\,surprend,
J>)uisedifint,per/onne en vain ne
les implore,
Par tout il fait de cœurs une riche
moiffini
Et quoy qui'lserve bien, on ne voie
point encore
De malheureux de sa sason?
Que cet eloge eftgrAnd,Seigneur!
touteId gloire
^uau milieu desfangUns combats
Donne une célébré vtâoire,
A beaucoup prés ne le vaut pas.
D'un siprécieux caraUete
OnA vu 14 nAture Avare en tous les
temps, --
Et mesme dans le cour* des emplois
éclatans,
Un si beau naturel m se confervt
guere.
Cependant>
moy qu'onneverra>
Ny juger brusquement d'une chose
j
future,
Ny mettre volontiers mon bien a Cavanturea 1
Je gageraj ce qu'on voudtd,
.%me lors que de LOVIS
toutepure
Vous placera,Seigneur, augré de mes
Jauhaits»
L'abondance de ftsbitllfAils,
Vontleparfait mérité efi toujours
la mesure,
-
En vous ne corromprajamais
Ce qita mis de bon la nature 7
£t it x*Ç#eray ma rareure>
Eu*attendant cet heureux jour,
Ou par une conduite habile, jujle à"
fige)
Vous ramenerez ce bel âge
tûu le monde naissant, du bien & de
l'amour
--
Fdifoit un innocent usage,
D,nlltZ ordre) Seigneur
>
qu'on ne
me diseplus
,
- Ce qu'en saceouturnea me dire]]
Souffrez, que faille enfin dans v
momensperdus j
pf/Ajflr vojîre ejprit de tout Vennui
qu'attire I
Unpénible travail&desfoins a[j'h
dus•,
-
àmsyfeule«
Je nemenfiemypointàmoy filllt'
drjepense-i
Jguavec ,~_ 4vec moyOJ jeJt vous meneray llJelleYIIJ
Desgens de vostre conuoiJJajtie, si
Horace, Virgile, Terences
Et peut-efîre avec eux je vous antH*
efray.
pour vous engager à lire l'Ouvrage qui fuit, sur quelle ma*
tiercil aesté fait.vousdiray feulement qu'il eftdcrillustre Madame desHoulierer.,
-- "'ï-"- - Pourriezvousaprès cela .,. n'a-
voir pas d'cmprcflémeotpouf
cccte lecture?
-
AMOSIEUR
LIL EÉr rE-LXJLXIE& -- -,
it
1DEs0uI.
JEnefçaurois m'enempêcher*
Il faut, Seigneur, que jevoùs
gronde.
Jevous cherche avec foin maisfty
beau vùus chercher
, Je
ne jçaaroistous approcher3
j9~<? lors que r»ftre porte ouverte 4
toutlf monde
'Uemrjle avec les gens qu'on Aime
*
dépefeber. ,
Quelque réflexion profonde
Quefajfe là.*de(fus mon ejprit alarme,
Je ne devine point sur qitoycela fc
fonde,
Mtjeriay pas accoutumé
Que dans lafoule onmeconfonde.
Si vous p:JuvleZ ffavoir les affligeansdifeours
..f<!!e me tient en secret le plus insurmontable,
Le plus dangereux de; amourst
Vousferk^moins impraticable.
Vous esses etonm
,
Seigieur,
Mais cjuevoflre cfpritse rassure,
Jcriafpire pointaChonneur
D'aucune galante évanture.
L'amour dont je vous parle à luy~
mefmç efl borné»
Ilsaisi d'un peu d'encens toute si
nourriture.
La raison
,
laJagejp>e* vain font
condamné,
Avec nous cet amour tjl néy
Autant quenouscetamourdure.
C'eftun foible, il ejîvray
,
maistout examiné, -
C'ejf un foible qxe la Nature
Aux plusgrands hommes a
donné,
Terfonne nîejtassiz, PIlCtrt
pour avouer, comme je fais,
Tout ce que faitfoujfrirïamourprù*
pre en colere.
L'un dit, jenen aypoint> l'autre,je
nen ay gutre.
Si detelsdifeours ejfoient vrais,
Les Dames craindroient moins qu'oit
les vist négligées,
De n'avoir plUdorm)ftroiint moinÀ
aflfigées,
Ztn'emprunteraient jointdAt- traits.
Les Amans, les Guerriers ne vontproientjoint la tejîe
De leurbonnefortune,&de tous leurs
hautsfaits.
MtjfitNrs les beaux espritsseferoient
moins de frjleJ
Et quand,ce qu'ilsfont eflmauvais,
Ilsfouffriroientdu moinsenfaix
^u'onfftde leur ouvrage une critique honneste.
Mais que fais-je,& pourquoy dans
ma Lettre entasser
Bagatellesur bagatelle?
Seigneur, en la lisant vous font)en
Uspatfet,
Revenons à noflre querelle.
Comme vojtre bonté jointe a
voftrc
pouvoir
J beaucoupdimportunstous leslu"
vous expoJet
feut-efire crojc^vous queje ne veux,
vous voir,
jguc pour demanderquelquechofe*
En ce cas, ctjlbienfat d'avoirfit
porte close.
Dans un temps de befiins ri d'/1M.
haras tiffk>
Demandeur» quel quilJoitt dottefire
malreceu.
Mais, SeigllCM", un Portier, doit-il
efire barbare,
j^uand on vient pourremercier,
Et d'uncompliment aussi rare,
Doit-on fipeu.sisoucier ?
Ne dtmt'On pas a mentendre
Jgue le malheur du tempsfixe vojbç
bonté» 1
J$*t fourles mmx dautruy vous
devenez moins tendre,
Et tfuun remsrciment'doitfarsa rareté
Agnablementvous furprevdre?
Ah !Ji comme chacun ade difftrens
goufts,
Les rarctex*pouvaientvousflaire,
Ilfaudroitfourvousfattsfaire,
Vous faire voirdesgens qllisi flaU
gnent de vous.
Maisoù les rencontrer, quand chacun
vus honore,
J>)uand de tous cofiez, on n'en..
tend
Jt>ue des gens que l'excès de vos bon-
»
u\,surprend,
J>)uisedifint,per/onne en vain ne
les implore,
Par tout il fait de cœurs une riche
moiffini
Et quoy qui'lserve bien, on ne voie
point encore
De malheureux de sa sason?
Que cet eloge eftgrAnd,Seigneur!
touteId gloire
^uau milieu desfangUns combats
Donne une célébré vtâoire,
A beaucoup prés ne le vaut pas.
D'un siprécieux caraUete
OnA vu 14 nAture Avare en tous les
temps, --
Et mesme dans le cour* des emplois
éclatans,
Un si beau naturel m se confervt
guere.
Cependant>
moy qu'onneverra>
Ny juger brusquement d'une chose
j
future,
Ny mettre volontiers mon bien a Cavanturea 1
Je gageraj ce qu'on voudtd,
.%me lors que de LOVIS
toutepure
Vous placera,Seigneur, augré de mes
Jauhaits»
L'abondance de ftsbitllfAils,
Vontleparfait mérité efi toujours
la mesure,
-
En vous ne corromprajamais
Ce qita mis de bon la nature 7
£t it x*Ç#eray ma rareure>
Eu*attendant cet heureux jour,
Ou par une conduite habile, jujle à"
fige)
Vous ramenerez ce bel âge
tûu le monde naissant, du bien & de
l'amour
--
Fdifoit un innocent usage,
D,nlltZ ordre) Seigneur
>
qu'on ne
me diseplus
,
- Ce qu'en saceouturnea me dire]]
Souffrez, que faille enfin dans v
momensperdus j
pf/Ajflr vojîre ejprit de tout Vennui
qu'attire I
Unpénible travail&desfoins a[j'h
dus•,
-
àmsyfeule«
Je nemenfiemypointàmoy filllt'
drjepense-i
Jguavec ,~_ 4vec moyOJ jeJt vous meneray llJelleYIIJ
Desgens de vostre conuoiJJajtie, si
Horace, Virgile, Terences
Et peut-efîre avec eux je vous antH*
efray.
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Résumé : A MONSIEUR LE PELLETIER DE SOUZI.
L'auteur d'une lettre exprime son désir de rencontrer un seigneur à qui elle est adressée. Il mentionne que son ouvrage est dédié à Madame des Houlières. Il reconnaît la difficulté de se rapprocher du seigneur, malgré l'ouverture de sa porte à tous. L'auteur parle d'un amour secret et insurmontable, partagé par tous les hommes, décrit comme un faible naturel présent même chez les plus grands. L'auteur s'étonne de la fermeture de la porte du seigneur, malgré sa bonté et son pouvoir. Il se plaint de la rudesse du portier et de l'indifférence générale face aux malheurs des autres. Il loue les qualités du seigneur, soulignant que sa bonté et son mérite sont reconnus par tous. Il espère que, lorsque le seigneur sera placé par le roi Louis, il conservera ses qualités naturelles. Enfin, l'auteur demande au seigneur de lui accorder un moment pour discuter, malgré les occupations du seigneur. Il promet de lui faire découvrir des auteurs classiques comme Horace, Virgile et Térence, et de l'accompagner dans ses pensées et ses travaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 26-29
Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est le Soufflet.
Début :
En agitant une de mes oreilles [...]
Mots clefs :
Soufflet, Oreilles, Vent, Feu, Bourreau, Querelle, Orgue, Église, Saint-Eustache
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est le Soufflet.
Parodie de la premiere
Enigme, dont le mot
, est le Soufflet.
En agitant une de mes
oreilles
Soufflet contre le chaud
pourroitfaire mer- veilles. '-'
Souffletsaudos,aunez,
sous levent,àcôté,
Pourroient rafraîchir en
1 été.
Contre lefroid ji-fûts.
utile aussi.
Soufflant le feu vous
l'entendez ainct.
D'unfléau des humains
je donne en racourci
Uneidéeairelle.-
Levent
Des mers c'est le bour- -
reau. Et ce qui de mon nom s'appelle,
Le faufilée sur la jouë a
causémaintquerelle,
r:4..maint brave a causé
la mort.
Si dans certain métal je
fais unjuste effort,
GVft soufflet d'orgue,
ou jeme trompe fort,
C'est quelquefois pour
joüerpiece tri
A Nôtre- Dame de
Liesse
AsaintEujtach,e,àfaint
Gervais':J
Et Dieu sçait le bruit
que j'yfais.
Enigme, dont le mot
, est le Soufflet.
En agitant une de mes
oreilles
Soufflet contre le chaud
pourroitfaire mer- veilles. '-'
Souffletsaudos,aunez,
sous levent,àcôté,
Pourroient rafraîchir en
1 été.
Contre lefroid ji-fûts.
utile aussi.
Soufflant le feu vous
l'entendez ainct.
D'unfléau des humains
je donne en racourci
Uneidéeairelle.-
Levent
Des mers c'est le bour- -
reau. Et ce qui de mon nom s'appelle,
Le faufilée sur la jouë a
causémaintquerelle,
r:4..maint brave a causé
la mort.
Si dans certain métal je
fais unjuste effort,
GVft soufflet d'orgue,
ou jeme trompe fort,
C'est quelquefois pour
joüerpiece tri
A Nôtre- Dame de
Liesse
AsaintEujtach,e,àfaint
Gervais':J
Et Dieu sçait le bruit
que j'yfais.
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Résumé : Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est le Soufflet.
Le texte explore diverses utilisations et métaphores du mot 'soufflet'. Il est décrit comme utile pour rafraîchir en été, lutter contre le froid et agiter une oreille. Associé au vent, le soufflet est aussi lié à des querelles et des morts. Le soufflet d'orgue, utilisé dans des églises, produit un bruit notable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 130-133
A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Je me flate que M. le Chevalier de Saint Jory ne / Un jour à la Table des Dieux, [...]
Mots clefs :
Muse, Parnasse, Berger, Amour, Apollon, Querelle, Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Je me flate que M. le Chevalier
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
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4
p. 87-99
AVANT-PROPOS. DU TÉOPHRASTE MODERNE.
Début :
La quantité des Matiéres que je traite icy, leur variété, le mélange [...]
Mots clefs :
Peuple, Paris, Union, Querelle, Caractère, Vices, Relations, Colère, Population, Moeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS. DU TÉOPHRASTE MODERNE.
AVANT - PROPOS .
DU TEOPHRASTE MODERNE.
LA quantité des Matiéres que je
traite icy , leur varicté , le mélange
alternatifdu Serieux & du Gay dans les
réflexions , pourront faire plaifir à ceux
qui liront cet Ouvrage.Je n'ai point prétendu
établir d'ordre dans la diſtributioń
des Sujets , celam'a paru fort indiffe
rent. J'adreffe cette Relation à une Dame
qui me l'avoit demandée , & j'ai tâ
chéde ne rien oublier de tout ce qui peut
inſtruire ou divertir un Esprit juste &
délicat , tel qu'est le sien. Je commence
par lui parler des choses quifepaſſoient
Hij
83 LE MERCURE
quandje fis cette Rélation. Je continueau
bazard & je finis quand il me plaift.
Cet Ouvrage , enun mot , est la produ-
Etion d'un esprit libertin , qui nese refaſe
rien de ce qui peut l'amuser en chewin
faisant. J'espere que le Lecteur n'y
perdra rien.
Je vous tiens parole , Madame , ou
plûtôt jevous obéis ; car ce qu'unAmant
prommet à ce qu'il aime , vaut unde.
voir d'obéiffance envers ſon Maître.
Vous avez raiſon de vouloir être inftruite
des Moeurs & du Caractere des
Habitans de Paris , & de tout ce qui ſe
pratique dans cet Abregé du Monde.
PARIS eſt le centre des Vertus & des
Vices , c'eſt le lieu où ſes Méchans
développent leur iniquité ; l'endroit où
ſemanifeſte toute leur capacité de malfaire
. La raifon de cela , Madame , eft
qu'ils ont abondance d'occafions &
que l'exercice met en oeuvre & perfectionne
leurs mauvaiſes diſpoſitions.
Les Vertus n'y regnent pas moins que
les Vices ; mais elles y regnent fans
bruit & fécretement . Les Juſtes y compoſent
un Party ignoré de la foule dés
hommes . On y voit encore un troifiéme
Ordre de perſonnes ; ce ſont d'honnêtes
D'AOUST. 89
gens d'une probité morale qui n'a
pour principe , ou qu'un hûreux Caractere
qui les porte à vivre avec honneur
, ou qu'un goût de fageſſe philofophique
, qui les maintient dansun ef
prit de justice & d'union avec les hom
mes. Ce,ſont de ces gens , qui bornez
à fatisfaire leurs petits plaiſirs , tâ
chent , autant qu'ils peuvent , de ne
troubler ceux de perſonne ;de ces gens
en un mot , qui adoptent le frein des
Loix , moins, fi vous voulez,par reſpea
pour elles , que par ménagement pour
le préjugé public.
Cette Secte , Madame , ne laiffe pas
que d'êtreun peu pyrrhonienne;car elle
n'a de Vertus que par convention ;
mais vivre bien avec les hommes &
penſer autrement qu'eux , eſt une choſe
qui paroît fi belle & fi diftinguée ,
que dans biendes endroits à Paris,vous
ne paſſez pour homme d'eſprit , qu'au
tant qu'on vous croit confirmé dans
cette impieté philoſophique.
1
Je m'érendrois là-deſſus d'avantage ,
fi jene prevpyois que dans la fuite de
cette Relation , l'occaſion ſe préfentera
d'en parler encore : Venons à d'autres
matières.
Hiil
90 LE MERCURE
CHAPITRE I.
T
Il eſt difficile de définir la Populace .
de Paris , je vais pourtant tâcher de
vous endonner quelque idée.
Imaginez- vous une eſpèce de Monftre
remié par ün inſtinct& compoſe de
toutes les bonnes &mauvaiſes qualitez
enſemble; prenez la Fureur & l'Emporrement,
la Folie , l'Ingratitude , l'Infolence
, la Trahifon &la Lâcheté ; ajuf
tez tout cela , fi vous le pouvez , avec
la Compaſſion tendre , la Fidelité , las
Bonté, l'Empreffement obligeant , la
Reconnoiffance & la Bonne foi , la Prudence
même , en un mot, formés vôtre
Monftre de toutes ces contrarietez ;
voilà le Peuple , voilà ſon génie.
Pour en achever le Portrait , il faut
Jui fuppofer encore une néceffité machinale
, de paſſer en un inſtant du bon
mouvement au mauvais : Déraillons à
préſent ce Caractere .
Le Peupleeſt une portion d'hommes ,
qu'une égalité de baſſeſle dans la condition
reünit : Ils ſe querellent, ils fe
battent , ſe tendent la main , ſe rendent
fervice& ſe deſſervent : Un mo
D'AOUST. gb
T
ment voit renaître & mourir leur
amitié ; ils ſe raccommodent & fe
broüillent , fans s entendre. Le Peuple
a des fougues de ſoûmiffion & de refpect
pour le grand Seigneur ,& des
faillies de mépris& d'inſolence contre
lui: Un denier donnépar-deſſus ſon falaire
, vous en attire un dévoiement
fans referve ; ce denier retranché
vous en attire mille outrages : Quand
il eſt bon , vous en auriez ſon fang ;
quand il eſt mauvais , il vous ôreroit
tout le vôtre : Sa malice lui fournit des
moyens de nuire , que l'homme d'efprit
n'imagineroir jamais. Tel eſt le pathétique
de ſes diſcours , qu'il laiffer
parmi les plus honnêtes gens , une per->
ſuafionde bien ou de mal qui vous
muit ou qui vous fert.
Le Peuple à Paris , a tous les vices
qu'il ſe reproche dans ſes querelles.
Une choſe m'a toûjours ſurpris :Deux
femmes s'accuſent de mauvaiſe vie ,
citent les lieux & les circonstances : Les
Affiftans croyenttout ; la querelle fi
nit& ne leur a fait aucun tort.
Les femmes entr'elles , ne rougiffent
pas de l'opprobre dont elles ſe chargent;
leur motif de honte eſt d'avoir
Hiij
92 LE MERCURE
été vaincu ps ou en injures.s
Plus une fera a voux vigoure
fe, &pluscelle qui elizare que- ,
relle, adekor ..
Flus une querelle a de témoins , plus
elle s'échauffe : Ce n'est plus tant alors
une vraye colere qui anime les Combattantes
, qu'une émulation d'Invectives.
Perſonne ne caractériſe plus éloquemment
que le Peuple.
Onlui inſpire aifément de la confiance
; mais quand il la perd,il des-honore.
Toute belle que vous êtes , Madame;
fi le hazard vous avoit attiré le
courroux d'une femme du Peuple ;
elle vous feroit rougir de vos propres
charmes. L'union des gens mariez parmi
le Peuple , eſt la choſe du monde
la plus divertiſſante ; vous diriez à les
entendre ſe parler & ſe répondre, qu'
ils ne peuvent ſe ſupporter & qu'ils
fouffrentde ſe voir.
Voici la réflexion que je fais là-deſſus,
Madame: Un mot plus haut que l'autre
broüille des Epoux honnêtes gens ;
pourquoi cela? C'eſt que leur commerce
est ordinairement honnête : Cette
D'AQUST.. 23
honnêteté ceffle- t-elle un moment?L'union
s'altére. Les gens mariez d'entre
le Peuple, ſe parlent toujours comme
s'ils s'alloientbattre ; celales accoûtume
àune rudeſſe de maniere qui ne fait
pas grand effet, quand elle eſt ſérienſe
&qu'ily entre de la colere : Une femme
ne s'allarme pas de s'entendre dire
unbon gros mot , elle y eſt faite en
tems de paix comme en tems de guerre
; le mari de ſon côté n'est point furpris
d'une réplique brutale ; ſes oreillesn'ytrouvent
rien d'étrange ; le coup
de poing feulement avertit que la Querelle
eit ſérieuſe ; & leur façon de ſe
parler en eſt toûjours ſi voiſine , que ce
coup depoingne fait pasun grand dé
rangement.
Sçavez -vous bien , Madame , qu'à
tout prendre , il y a plus de gain dans
certe façonde ſe traitter,que dans celle
des honnêtes gens .
Je compare l'union de ces derniers à
une Mer calme: Les deux Epoux y voguent
en paix; vienet il un ſeul coup de
vent? Il porte l'allarme dansla Barque,
&nosEpoux accoûtumez àune longue
bonace, ne fe remettent que long- tems
aprés ,de leur frayeur.
-
94 LE MERCURE
La même comparaiſon me ſervira
pour figurer l'union des gens du Peuple.
CetteMen pour eux,eſt toûjours agitée;
les Vents & les Eclairs y regnent
fans interruption,la Barque va fon
train,fans s'en appercevoir: La Tempête
lui eft familiere , la Foudre tombe
quelquefois ; mais elle eſt une ſuire
ſi naturelle de l'orage , que la Barque
tâchede ſe réparer ſans en avoirfremi.
Manie de politeſſe à part , la Mer agitée
me paroît calme .
Je n'aurois jamais fait, ſi je ne voulois
rien obmettre dans le Portrait du
génie du Peuple inconſtant par nature,
vertueux ou vicieux par accident; c'eft
un vrai Cameleon qui reçoit toutes les
impreffions des objets qui l'environnent.
Là-deſſus , vous vous imaginez que
le Peuple eſt méchant ; vous avez raifon;
mais il n'a point une méchanceté
de réflexion ; c'eſt, pour ainſi dire , une
méchanceté d'imitation fur ce que le
Public penſe de ceux qui ſont donnez
en ſpectacle.
Il exprimera par exemple des cris de
malédiction contre lesgens d'affaires ;
D'AQUST. 95
nonpas qu'il ait conclu qu'ils le méritent,
mais la Voix publique les annonce
haïflables : Voilà le Peuple irrité
contr'eux.
On alloitun jour faire mourir deux
voleurs de grands chemins ; je vis une
foule de Peuple quiles ſuivoit ; je lui
remarquai deux mouvemens qui n'appartiennent
,je penſe, qu'à la populace
deParis.
CePeuple courroit à ce triſte Spectacle
avec une avidité curieuſe, qui ſe
joignoit àun ſentiment de compaſſion
pour ces Malheureux ; je vis même une
femme , qui la larme à l'oeil , courroit
tour autant qu'elle pouvoit,pour ne rien
perdre d'une exécution dont la penſée
lui moüilloit les yeuxdepleurs.
Que penſez-vous de ces deux mouvemens
? Pour moi , je ne les appellerai
ni Dureté ni Pitié. Je regarde en
cette occaſion l'Ame du Peuple , commeune
eſpece de Machine incapable
de ſentir & de penſerpar elle-même,
&comme eſclave de tous les objets
qui la frapent.
Par ce Syſteme, je vois clair comme
le jour , la raiſonde ces deux mouvemens
contraires : On va faire mourir
A
96 LE MERCURE
:
deux hommes ; l'appareil de leur mort
elt fort triſte : Voilà la Machine frap .
pée d'un mouvement affortiffant;voilà
le Peuple qui pleure ou qui ſe contrifte
L'exécution de ces hommes a quel-.
que choſe de ſingulier : Voilà la Machine
devenuë curieuſe.
Je gagerois que le Peuple pourroit
en même -tems plaindre un homme
deſtiné à la mort , avoir du plaifir en le
voyant mourir , & lui donner mille
malédictions .
Que dirons-nous encore de lui ? Il
eſt de certains endroits à Paris , Mada
me , où le Peuple eſt en poffeffion
d'une liberté deſpotique dans leLangage
& ſouvent dans les Actions : Hy
regne fouverainement ; il y parle de
tout & n'y craint perſonne : Acherez-
vous quelque choſe aux Marchez
publics , par exemple ; vôtre honneur ,
vôtre taille, vôtre viſage y font à la difcretion
desmarchandes: 11 faut opter ou
d'être dupé ou d'êtremaltraitté,dans les
endroits qu'on pourroit appeller l'Empire
des Amazones : Vous avez autant
de Juges & de Parties , qu'il y a de
femmes; fi la colere d'une d'entre elles
vous déclare coupable, c'en est fait;
toutes
D'AOUST .
toutes les autres yous condamnent fans
97.
conſultation & vous exécuttent à la
même heure : Toute la liberté qu'on
vous laiſſe , c'eſt de vous fauver ; &
vous reſſemblez en ce cas à ces Soldats
qui paflent par les baguettes en courant.
Jé connois un de mes amis , homme
d'eſprit & de bon fens , qui
me diſoit un jour , en parlant du genie
du Peuple : Le moyen le plus feur de
connoître ſes deffauts & fon ridicule.,
ſeroit de familiariſer quelque tems
avec lui & de lui chercher Quérelle
après. On a trouvé l'inventionde
ſe voir le viſage par les Miroirs :
Une querelle avec le Peuple feroit la
meilleure invention du monde,pour fe
voit l'Eſprit & le Corps enſemble. Une
aimable Fille entendant parler ainfi
mon Ami, nous dit , en badinant : Tous
mes Amans me diſent Belie ;ma glace
&mon amour propre m'en difent autant
; mais, pour en avoir le coeur net ,
quelque jour en Carnaval j'uſerai de
l'invention dont vous parlez .
Qu'ajoûterai - je encore fur le caractere
du Peuple ?
Les Devots d'entre le Peuple, le font
Aoust 1717. I
98 LE MERCURE
infiniment dans la forme: La vrayepiété
eſt au deſſus de la portée de leur
ecoeur& de leur eſprit.
Une groſſe Voix dans un Prédicateur
leur tient lieu d'intelligence ; ils ne
comprennent rien à ce qu'il dit, mais il
crie beaucoup & les voilà pénétrez.
Ainfi ,je ne conſeillerois à perſonne,
de compter beaucoup fur la Religion
du plus devot perſonnage d'entre le
Peuple : De là vient auſſi qu'il eſt aiſé
d'en corrompre le plus honnête
homme ; car,pour l'engager au crime ,
il ne s'agit pas de gagner ſon eſprit ,
on a bon marché de cette piéce ; il faut
ſeulement effacer une impreffion par
une autre : Celle du céremonial de la
Religion qui les a rendu pieux , s'efface
par l'impreſſion d'une offre qui les chatoüille
.
Vous m'avoierez qu'on peut faire
tout ce qu'on veut d'un homme qu'il
ne s'agit que de toucher ſenſiblement;
l'impreſſion la plus fraîche eſt toûjours
la victorieuſe.
Ne vous attendez pas , Madame ,
que j'épuiſe la Matiére la-deſſus ; je
n'en dirai plus qu'un mot .
Le Peuple dans les Provinces ,recond
d
D'AOUST. 99
noît autant de Maîtres , qu'il eſt de
gens au-deſſus de lui .
L'Interrêt ſeul ici, fait la vraye dépendance
du peuple. Le Cordonnier y va
de pair avec le Duc & le Marquis : Si
l'on ne veut pas qu'il manque de refpect
pour ces grands Noms , il faut acheter
fon hommage. L'argent eſt le
feul Titre de grandeur qu'il révére : Le
Peuple eſt comme un gros Matin ; le
Mâtin aboye aprés tout ce qui paſſe ;
jettez-lui un morceau de pain , il vous
carrefle.
Ainfi , Madame , fi vous venez jamais
à Paris ; en cas que vous ayez
affaire au Peuple , prenez avec luy des
meſures qui mettent vos charmes à l'abry
de la correction.
DU TEOPHRASTE MODERNE.
LA quantité des Matiéres que je
traite icy , leur varicté , le mélange
alternatifdu Serieux & du Gay dans les
réflexions , pourront faire plaifir à ceux
qui liront cet Ouvrage.Je n'ai point prétendu
établir d'ordre dans la diſtributioń
des Sujets , celam'a paru fort indiffe
rent. J'adreffe cette Relation à une Dame
qui me l'avoit demandée , & j'ai tâ
chéde ne rien oublier de tout ce qui peut
inſtruire ou divertir un Esprit juste &
délicat , tel qu'est le sien. Je commence
par lui parler des choses quifepaſſoient
Hij
83 LE MERCURE
quandje fis cette Rélation. Je continueau
bazard & je finis quand il me plaift.
Cet Ouvrage , enun mot , est la produ-
Etion d'un esprit libertin , qui nese refaſe
rien de ce qui peut l'amuser en chewin
faisant. J'espere que le Lecteur n'y
perdra rien.
Je vous tiens parole , Madame , ou
plûtôt jevous obéis ; car ce qu'unAmant
prommet à ce qu'il aime , vaut unde.
voir d'obéiffance envers ſon Maître.
Vous avez raiſon de vouloir être inftruite
des Moeurs & du Caractere des
Habitans de Paris , & de tout ce qui ſe
pratique dans cet Abregé du Monde.
PARIS eſt le centre des Vertus & des
Vices , c'eſt le lieu où ſes Méchans
développent leur iniquité ; l'endroit où
ſemanifeſte toute leur capacité de malfaire
. La raifon de cela , Madame , eft
qu'ils ont abondance d'occafions &
que l'exercice met en oeuvre & perfectionne
leurs mauvaiſes diſpoſitions.
Les Vertus n'y regnent pas moins que
les Vices ; mais elles y regnent fans
bruit & fécretement . Les Juſtes y compoſent
un Party ignoré de la foule dés
hommes . On y voit encore un troifiéme
Ordre de perſonnes ; ce ſont d'honnêtes
D'AOUST. 89
gens d'une probité morale qui n'a
pour principe , ou qu'un hûreux Caractere
qui les porte à vivre avec honneur
, ou qu'un goût de fageſſe philofophique
, qui les maintient dansun ef
prit de justice & d'union avec les hom
mes. Ce,ſont de ces gens , qui bornez
à fatisfaire leurs petits plaiſirs , tâ
chent , autant qu'ils peuvent , de ne
troubler ceux de perſonne ;de ces gens
en un mot , qui adoptent le frein des
Loix , moins, fi vous voulez,par reſpea
pour elles , que par ménagement pour
le préjugé public.
Cette Secte , Madame , ne laiffe pas
que d'êtreun peu pyrrhonienne;car elle
n'a de Vertus que par convention ;
mais vivre bien avec les hommes &
penſer autrement qu'eux , eſt une choſe
qui paroît fi belle & fi diftinguée ,
que dans biendes endroits à Paris,vous
ne paſſez pour homme d'eſprit , qu'au
tant qu'on vous croit confirmé dans
cette impieté philoſophique.
1
Je m'érendrois là-deſſus d'avantage ,
fi jene prevpyois que dans la fuite de
cette Relation , l'occaſion ſe préfentera
d'en parler encore : Venons à d'autres
matières.
Hiil
90 LE MERCURE
CHAPITRE I.
T
Il eſt difficile de définir la Populace .
de Paris , je vais pourtant tâcher de
vous endonner quelque idée.
Imaginez- vous une eſpèce de Monftre
remié par ün inſtinct& compoſe de
toutes les bonnes &mauvaiſes qualitez
enſemble; prenez la Fureur & l'Emporrement,
la Folie , l'Ingratitude , l'Infolence
, la Trahifon &la Lâcheté ; ajuf
tez tout cela , fi vous le pouvez , avec
la Compaſſion tendre , la Fidelité , las
Bonté, l'Empreffement obligeant , la
Reconnoiffance & la Bonne foi , la Prudence
même , en un mot, formés vôtre
Monftre de toutes ces contrarietez ;
voilà le Peuple , voilà ſon génie.
Pour en achever le Portrait , il faut
Jui fuppofer encore une néceffité machinale
, de paſſer en un inſtant du bon
mouvement au mauvais : Déraillons à
préſent ce Caractere .
Le Peupleeſt une portion d'hommes ,
qu'une égalité de baſſeſle dans la condition
reünit : Ils ſe querellent, ils fe
battent , ſe tendent la main , ſe rendent
fervice& ſe deſſervent : Un mo
D'AOUST. gb
T
ment voit renaître & mourir leur
amitié ; ils ſe raccommodent & fe
broüillent , fans s entendre. Le Peuple
a des fougues de ſoûmiffion & de refpect
pour le grand Seigneur ,& des
faillies de mépris& d'inſolence contre
lui: Un denier donnépar-deſſus ſon falaire
, vous en attire un dévoiement
fans referve ; ce denier retranché
vous en attire mille outrages : Quand
il eſt bon , vous en auriez ſon fang ;
quand il eſt mauvais , il vous ôreroit
tout le vôtre : Sa malice lui fournit des
moyens de nuire , que l'homme d'efprit
n'imagineroir jamais. Tel eſt le pathétique
de ſes diſcours , qu'il laiffer
parmi les plus honnêtes gens , une per->
ſuafionde bien ou de mal qui vous
muit ou qui vous fert.
Le Peuple à Paris , a tous les vices
qu'il ſe reproche dans ſes querelles.
Une choſe m'a toûjours ſurpris :Deux
femmes s'accuſent de mauvaiſe vie ,
citent les lieux & les circonstances : Les
Affiftans croyenttout ; la querelle fi
nit& ne leur a fait aucun tort.
Les femmes entr'elles , ne rougiffent
pas de l'opprobre dont elles ſe chargent;
leur motif de honte eſt d'avoir
Hiij
92 LE MERCURE
été vaincu ps ou en injures.s
Plus une fera a voux vigoure
fe, &pluscelle qui elizare que- ,
relle, adekor ..
Flus une querelle a de témoins , plus
elle s'échauffe : Ce n'est plus tant alors
une vraye colere qui anime les Combattantes
, qu'une émulation d'Invectives.
Perſonne ne caractériſe plus éloquemment
que le Peuple.
Onlui inſpire aifément de la confiance
; mais quand il la perd,il des-honore.
Toute belle que vous êtes , Madame;
fi le hazard vous avoit attiré le
courroux d'une femme du Peuple ;
elle vous feroit rougir de vos propres
charmes. L'union des gens mariez parmi
le Peuple , eſt la choſe du monde
la plus divertiſſante ; vous diriez à les
entendre ſe parler & ſe répondre, qu'
ils ne peuvent ſe ſupporter & qu'ils
fouffrentde ſe voir.
Voici la réflexion que je fais là-deſſus,
Madame: Un mot plus haut que l'autre
broüille des Epoux honnêtes gens ;
pourquoi cela? C'eſt que leur commerce
est ordinairement honnête : Cette
D'AQUST.. 23
honnêteté ceffle- t-elle un moment?L'union
s'altére. Les gens mariez d'entre
le Peuple, ſe parlent toujours comme
s'ils s'alloientbattre ; celales accoûtume
àune rudeſſe de maniere qui ne fait
pas grand effet, quand elle eſt ſérienſe
&qu'ily entre de la colere : Une femme
ne s'allarme pas de s'entendre dire
unbon gros mot , elle y eſt faite en
tems de paix comme en tems de guerre
; le mari de ſon côté n'est point furpris
d'une réplique brutale ; ſes oreillesn'ytrouvent
rien d'étrange ; le coup
de poing feulement avertit que la Querelle
eit ſérieuſe ; & leur façon de ſe
parler en eſt toûjours ſi voiſine , que ce
coup depoingne fait pasun grand dé
rangement.
Sçavez -vous bien , Madame , qu'à
tout prendre , il y a plus de gain dans
certe façonde ſe traitter,que dans celle
des honnêtes gens .
Je compare l'union de ces derniers à
une Mer calme: Les deux Epoux y voguent
en paix; vienet il un ſeul coup de
vent? Il porte l'allarme dansla Barque,
&nosEpoux accoûtumez àune longue
bonace, ne fe remettent que long- tems
aprés ,de leur frayeur.
-
94 LE MERCURE
La même comparaiſon me ſervira
pour figurer l'union des gens du Peuple.
CetteMen pour eux,eſt toûjours agitée;
les Vents & les Eclairs y regnent
fans interruption,la Barque va fon
train,fans s'en appercevoir: La Tempête
lui eft familiere , la Foudre tombe
quelquefois ; mais elle eſt une ſuire
ſi naturelle de l'orage , que la Barque
tâchede ſe réparer ſans en avoirfremi.
Manie de politeſſe à part , la Mer agitée
me paroît calme .
Je n'aurois jamais fait, ſi je ne voulois
rien obmettre dans le Portrait du
génie du Peuple inconſtant par nature,
vertueux ou vicieux par accident; c'eft
un vrai Cameleon qui reçoit toutes les
impreffions des objets qui l'environnent.
Là-deſſus , vous vous imaginez que
le Peuple eſt méchant ; vous avez raifon;
mais il n'a point une méchanceté
de réflexion ; c'eſt, pour ainſi dire , une
méchanceté d'imitation fur ce que le
Public penſe de ceux qui ſont donnez
en ſpectacle.
Il exprimera par exemple des cris de
malédiction contre lesgens d'affaires ;
D'AQUST. 95
nonpas qu'il ait conclu qu'ils le méritent,
mais la Voix publique les annonce
haïflables : Voilà le Peuple irrité
contr'eux.
On alloitun jour faire mourir deux
voleurs de grands chemins ; je vis une
foule de Peuple quiles ſuivoit ; je lui
remarquai deux mouvemens qui n'appartiennent
,je penſe, qu'à la populace
deParis.
CePeuple courroit à ce triſte Spectacle
avec une avidité curieuſe, qui ſe
joignoit àun ſentiment de compaſſion
pour ces Malheureux ; je vis même une
femme , qui la larme à l'oeil , courroit
tour autant qu'elle pouvoit,pour ne rien
perdre d'une exécution dont la penſée
lui moüilloit les yeuxdepleurs.
Que penſez-vous de ces deux mouvemens
? Pour moi , je ne les appellerai
ni Dureté ni Pitié. Je regarde en
cette occaſion l'Ame du Peuple , commeune
eſpece de Machine incapable
de ſentir & de penſerpar elle-même,
&comme eſclave de tous les objets
qui la frapent.
Par ce Syſteme, je vois clair comme
le jour , la raiſonde ces deux mouvemens
contraires : On va faire mourir
A
96 LE MERCURE
:
deux hommes ; l'appareil de leur mort
elt fort triſte : Voilà la Machine frap .
pée d'un mouvement affortiffant;voilà
le Peuple qui pleure ou qui ſe contrifte
L'exécution de ces hommes a quel-.
que choſe de ſingulier : Voilà la Machine
devenuë curieuſe.
Je gagerois que le Peuple pourroit
en même -tems plaindre un homme
deſtiné à la mort , avoir du plaifir en le
voyant mourir , & lui donner mille
malédictions .
Que dirons-nous encore de lui ? Il
eſt de certains endroits à Paris , Mada
me , où le Peuple eſt en poffeffion
d'une liberté deſpotique dans leLangage
& ſouvent dans les Actions : Hy
regne fouverainement ; il y parle de
tout & n'y craint perſonne : Acherez-
vous quelque choſe aux Marchez
publics , par exemple ; vôtre honneur ,
vôtre taille, vôtre viſage y font à la difcretion
desmarchandes: 11 faut opter ou
d'être dupé ou d'êtremaltraitté,dans les
endroits qu'on pourroit appeller l'Empire
des Amazones : Vous avez autant
de Juges & de Parties , qu'il y a de
femmes; fi la colere d'une d'entre elles
vous déclare coupable, c'en est fait;
toutes
D'AOUST .
toutes les autres yous condamnent fans
97.
conſultation & vous exécuttent à la
même heure : Toute la liberté qu'on
vous laiſſe , c'eſt de vous fauver ; &
vous reſſemblez en ce cas à ces Soldats
qui paflent par les baguettes en courant.
Jé connois un de mes amis , homme
d'eſprit & de bon fens , qui
me diſoit un jour , en parlant du genie
du Peuple : Le moyen le plus feur de
connoître ſes deffauts & fon ridicule.,
ſeroit de familiariſer quelque tems
avec lui & de lui chercher Quérelle
après. On a trouvé l'inventionde
ſe voir le viſage par les Miroirs :
Une querelle avec le Peuple feroit la
meilleure invention du monde,pour fe
voit l'Eſprit & le Corps enſemble. Une
aimable Fille entendant parler ainfi
mon Ami, nous dit , en badinant : Tous
mes Amans me diſent Belie ;ma glace
&mon amour propre m'en difent autant
; mais, pour en avoir le coeur net ,
quelque jour en Carnaval j'uſerai de
l'invention dont vous parlez .
Qu'ajoûterai - je encore fur le caractere
du Peuple ?
Les Devots d'entre le Peuple, le font
Aoust 1717. I
98 LE MERCURE
infiniment dans la forme: La vrayepiété
eſt au deſſus de la portée de leur
ecoeur& de leur eſprit.
Une groſſe Voix dans un Prédicateur
leur tient lieu d'intelligence ; ils ne
comprennent rien à ce qu'il dit, mais il
crie beaucoup & les voilà pénétrez.
Ainfi ,je ne conſeillerois à perſonne,
de compter beaucoup fur la Religion
du plus devot perſonnage d'entre le
Peuple : De là vient auſſi qu'il eſt aiſé
d'en corrompre le plus honnête
homme ; car,pour l'engager au crime ,
il ne s'agit pas de gagner ſon eſprit ,
on a bon marché de cette piéce ; il faut
ſeulement effacer une impreffion par
une autre : Celle du céremonial de la
Religion qui les a rendu pieux , s'efface
par l'impreſſion d'une offre qui les chatoüille
.
Vous m'avoierez qu'on peut faire
tout ce qu'on veut d'un homme qu'il
ne s'agit que de toucher ſenſiblement;
l'impreſſion la plus fraîche eſt toûjours
la victorieuſe.
Ne vous attendez pas , Madame ,
que j'épuiſe la Matiére la-deſſus ; je
n'en dirai plus qu'un mot .
Le Peuple dans les Provinces ,recond
d
D'AOUST. 99
noît autant de Maîtres , qu'il eſt de
gens au-deſſus de lui .
L'Interrêt ſeul ici, fait la vraye dépendance
du peuple. Le Cordonnier y va
de pair avec le Duc & le Marquis : Si
l'on ne veut pas qu'il manque de refpect
pour ces grands Noms , il faut acheter
fon hommage. L'argent eſt le
feul Titre de grandeur qu'il révére : Le
Peuple eſt comme un gros Matin ; le
Mâtin aboye aprés tout ce qui paſſe ;
jettez-lui un morceau de pain , il vous
carrefle.
Ainfi , Madame , fi vous venez jamais
à Paris ; en cas que vous ayez
affaire au Peuple , prenez avec luy des
meſures qui mettent vos charmes à l'abry
de la correction.
Fermer
5
p. 20-23
LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
De mon autorité privée, j'avois imposé le nom de Théophraste Moderne / Je vous suis obligé, Mr, d'avoir trouvé mes Réflexions dignes d'avoir [...]
Mots clefs :
Moeurs, Caractère, Parisiens, Auteur, Réflexions, Querelle, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
DE
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
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6
p. 1254-1256
EXTRAIT d'une Lettre de M. Miget, ancien Avocat du Roy à Pontarlier en Franche-Comté, le 15. May, contenant un Fait singulier et un Avis aux Gens de Lettres.
Début :
Aggréez, Monsieur, que je vous envoye la longueur et la grosseur (a) [...]
Mots clefs :
Lame d'épée, Tête, Querelle, Acousmate, Volumes, Manuscrits, Érudition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. Miget, ancien Avocat du Roy à Pontarlier en Franche-Comté, le 15. May, contenant un Fait singulier et un Avis aux Gens de Lettres.
EXT AIT d'une Lettre de M. Miget ;
ancien Avocat du Roy à Pontarlier en
Franche- Comté , le 15. May , contenant
un Fait singulier et un Avis aux Gens
1
de Lettres.
A
Ggréez , Monsieur , que je vous en
voye la longueur et la grosseur (a)
d'une pointe de lame d'épée en carrelet ,
(a) Ce tronçon de l
mi de longueur , et
sposé à la pointe. 7
-is pouces et de
**ge du côté
I. Vol.
qui
JUI N. 1731
1255
qui est restée dant la tête d'un de nos
Bourgeois , dépuis la S. Martin derniere
jusqu'au 4. de May, sans en ressentir au
cune incommodité. Dans une querelle
qu'il eût à Besançon , on luy porta un
coup qu'il tâcha de parer avec le bras :
mais ce ne fut que pour le recevoir dans
le côté gauche du nez , entre l'os et le car
tilage , entre lesquels l'épée se rompit ,
sans pouvoir deviner pour lors ce que cet
te pointe étoit devenuë. Si cet évenement
qui a paru trés singulier , merite l'atten
tion des Curieux , je vous enverray un.
détail bien circonstancié de cet accident ;
et si dans la suite vous le trouvés bon
je vous informeray de tout ce qui arri
vera d'extraordinaire dans ces montagnes,
et dans le pays voisin .
Je viens d'apprendre , qu'à une journée
de cette Ville , on parle d'un Evênement
aussi incroyable , et pour le moins aussi
curieux que l'Akousmate dont vous avez
fait mention ; si la relation que j'en de
mande à gens dignes de foy se trouve
conforme à tout ce qu'on m'en a conté
je ne manquerai pas de vous la commu
niquer.
>
J'ajoute , avant que de finir , que j'ay
vingt volumes en petit in folio , ou en
grand in 4° . partie manuscrits , et partie
1. Vol.
Ciij imprimés,
1256 MERCURE DE FRANCE
imprimés , des ouvrages d'un de mes On
cles , Chanoine du Chapitre de la Metro
politaine de Bezançon , qui , en qualité
d'Avocat des Saints , travailloit en son
tems à Rome avec le fameux Pierre de
Rossi , Fiscal de la Rote , connu sous le
nom de Petrus de Rubeis. La plupart de
ces Pieces n'ont jamais vû le jour; et com
me je présume que vôtre travail ne peut
Vous dispenser de quelque liaison avec
les personnes d'érudition , et les princi
paux Libraires , j'ai cru que vous ne
désaprouverez pas que je m'addresse à vous
pour leur faire entendre que je suis dans
le dessein de m'en defaire , pour les rem
placer par d'autres livres de mon goût
et au cas que quelqu'un ait la pensée d'en
connoître le sujet et les matieres . je vous
serai trés obligé de vouloir bien donner
mon adresse ; et lorsqu'on le desirera , je
donnerai les éclaircissemens nécessaires »
par un extrait du contenu en chacun de
ces volumes..
ancien Avocat du Roy à Pontarlier en
Franche- Comté , le 15. May , contenant
un Fait singulier et un Avis aux Gens
1
de Lettres.
A
Ggréez , Monsieur , que je vous en
voye la longueur et la grosseur (a)
d'une pointe de lame d'épée en carrelet ,
(a) Ce tronçon de l
mi de longueur , et
sposé à la pointe. 7
-is pouces et de
**ge du côté
I. Vol.
qui
JUI N. 1731
1255
qui est restée dant la tête d'un de nos
Bourgeois , dépuis la S. Martin derniere
jusqu'au 4. de May, sans en ressentir au
cune incommodité. Dans une querelle
qu'il eût à Besançon , on luy porta un
coup qu'il tâcha de parer avec le bras :
mais ce ne fut que pour le recevoir dans
le côté gauche du nez , entre l'os et le car
tilage , entre lesquels l'épée se rompit ,
sans pouvoir deviner pour lors ce que cet
te pointe étoit devenuë. Si cet évenement
qui a paru trés singulier , merite l'atten
tion des Curieux , je vous enverray un.
détail bien circonstancié de cet accident ;
et si dans la suite vous le trouvés bon
je vous informeray de tout ce qui arri
vera d'extraordinaire dans ces montagnes,
et dans le pays voisin .
Je viens d'apprendre , qu'à une journée
de cette Ville , on parle d'un Evênement
aussi incroyable , et pour le moins aussi
curieux que l'Akousmate dont vous avez
fait mention ; si la relation que j'en de
mande à gens dignes de foy se trouve
conforme à tout ce qu'on m'en a conté
je ne manquerai pas de vous la commu
niquer.
>
J'ajoute , avant que de finir , que j'ay
vingt volumes en petit in folio , ou en
grand in 4° . partie manuscrits , et partie
1. Vol.
Ciij imprimés,
1256 MERCURE DE FRANCE
imprimés , des ouvrages d'un de mes On
cles , Chanoine du Chapitre de la Metro
politaine de Bezançon , qui , en qualité
d'Avocat des Saints , travailloit en son
tems à Rome avec le fameux Pierre de
Rossi , Fiscal de la Rote , connu sous le
nom de Petrus de Rubeis. La plupart de
ces Pieces n'ont jamais vû le jour; et com
me je présume que vôtre travail ne peut
Vous dispenser de quelque liaison avec
les personnes d'érudition , et les princi
paux Libraires , j'ai cru que vous ne
désaprouverez pas que je m'addresse à vous
pour leur faire entendre que je suis dans
le dessein de m'en defaire , pour les rem
placer par d'autres livres de mon goût
et au cas que quelqu'un ait la pensée d'en
connoître le sujet et les matieres . je vous
serai trés obligé de vouloir bien donner
mon adresse ; et lorsqu'on le desirera , je
donnerai les éclaircissemens nécessaires »
par un extrait du contenu en chacun de
ces volumes..
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de M. Miget, ancien Avocat du Roy à Pontarlier en Franche-Comté, le 15. May, contenant un Fait singulier et un Avis aux Gens de Lettres.
Dans une lettre datée du 15 mai 1731, M. Miget, ancien avocat du roi à Pontarlier en Franche-Comté, décrit un événement inhabituel : un bourgeois de la région a reçu un coup d'épée lors d'une querelle à Besançon. La lame, mesurant sept pouces de long et deux pouces de large, s'est logée dans sa tête sans lui causer de gêne apparente, restant en place depuis la Saint-Martin jusqu'au 4 mai. M. Miget mentionne également un autre événement extraordinaire près de la ville. Par ailleurs, il possède vingt volumes, certains manuscrits et d'autres imprimés, écrits par un de ses oncles, chanoine du Chapitre de la Métropolitaine de Besançon, qui avait collaboré avec Pierre de Rossi, fiscal de la Rote à Rome. M. Miget souhaite vendre ces ouvrages pour les remplacer par d'autres de son goût et demande de l'aide pour entrer en contact avec des érudits et des libraires intéressés. Il propose de fournir des extraits et des éclaircissements sur le contenu des ouvrages.
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7
p. 2570-2573
MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Début :
L'Enfant gâté de Melpomene, [...]
Mots clefs :
Berger, Esprit, Infante de Malcrais, Figure d'ange, Querelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
MISSIVE du Chevalier de Leucotece,
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
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Résumé : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Le Chevalier de Leucotece écrit à l'Infante de Malcrais pour annoncer sa volonté de défendre son honneur contre trois rivaux. Il ne compte pas utiliser ses écrits mais ses compétences de chevalier. Les rivaux sont l'Enfant gâté de Melpomène, le Berger habitant les rives de la Seine, et un Rimeur Marseillois. Le Chevalier prévoit d'envoyer un messager pour réparer les torts causés à l'Infante et au sexe féminin. Il défiera le Rimeur Marseillois au Croisil pour qu'il reconnaisse les qualités de l'Infante. Il met en garde l'Infante contre les chants enchanteurs du Berger, qu'il compare à des philtres magiques dangereux. Concernant le troisième rival, identifié comme M. de Voltaire, le Chevalier lui envoie un cartel, respectueusement, laissant le choix des armes et du champ de bataille, tout en excluant le Parnasse.
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8
p. 229-230
DU LEVANT.
Début :
Ali Pacha Ekim Oglou étant parti pour l'isle de Chypre, [...]
Mots clefs :
Constantinople, Ali Pacha Ekim Oglou, Exil, Envoyé extraordinaire, Sa Majesté de Sicile, Église grecque, Querelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 6 Juillet.
A
LI Pacha Ekim Oglou étant parti pour l'ifle de
Chypre, lieu de fon exil , la galere fur laquelle
il s'eft embarqué , a été obligée de relâcher à l'ifle
de Scio. Il à demandé la permiffion d'y paffer le
tems du Ramazan ou Carême des Mahométans ,
& le Grand Seigneur la lui a accordée . Sa Hauteffe
a difpofé du Gouvernement de la Morée en
faveur de Muftapha Pacha , qui rempliffoit avant
Ali Pacha la dignité de Grand Vifir. M. de Ludolf
, chargé ici des affaires du Roi des Deux Siciles
, vient d'apprendre que Sa Majesté Sicilienne
l'a nommé fon Envoyé extraordinaire , pour
complimenter le Grand Seigneur fur fon avénement
au trône. Il est arrivé un courier du Miniftre
, qui eft allé de la part de Sa Hauteffe à Peterbourg.
Un vailleau de guerre Vénitien , qui
étoit ici depuis quelque tems , a remis à la voile
pour retourner en Italie . Conféquemment aux
ordres de l'Ambaffadeur de Venife , il a pris fous
fon convoi tous les navires Hollandois qui ont
voulu profiter de fon eſcorte .
Il s'eft élevé daus l'Eglife Grecque un grand
différend . Un Prêtre ayant foutenu que le feul
Baptême par immerfion étoit valide , une partie
du Clergé attaque cette propofition comme hé
Kétique , & l'autre partie en embraffe la défenſe.
230 MERCURE DE FRANCE.
Les fuites de cette oppofition de fentimens font
allées fi loin, qu'on a craint que la tranquillité de
cetre capitale n'en fût troublée . Pour prévenir cet
inconvénient , le Grand Seigneur a ordonné , que
tous les Evêques qui ne penfoient pas comme le
Patriarche de Conftantinople fur l'objet de la difpute
, fe retiraffent dans leurs fièges repectifs.
DE CONSTANTINOPLE , le 6 Juillet.
A
LI Pacha Ekim Oglou étant parti pour l'ifle de
Chypre, lieu de fon exil , la galere fur laquelle
il s'eft embarqué , a été obligée de relâcher à l'ifle
de Scio. Il à demandé la permiffion d'y paffer le
tems du Ramazan ou Carême des Mahométans ,
& le Grand Seigneur la lui a accordée . Sa Hauteffe
a difpofé du Gouvernement de la Morée en
faveur de Muftapha Pacha , qui rempliffoit avant
Ali Pacha la dignité de Grand Vifir. M. de Ludolf
, chargé ici des affaires du Roi des Deux Siciles
, vient d'apprendre que Sa Majesté Sicilienne
l'a nommé fon Envoyé extraordinaire , pour
complimenter le Grand Seigneur fur fon avénement
au trône. Il est arrivé un courier du Miniftre
, qui eft allé de la part de Sa Hauteffe à Peterbourg.
Un vailleau de guerre Vénitien , qui
étoit ici depuis quelque tems , a remis à la voile
pour retourner en Italie . Conféquemment aux
ordres de l'Ambaffadeur de Venife , il a pris fous
fon convoi tous les navires Hollandois qui ont
voulu profiter de fon eſcorte .
Il s'eft élevé daus l'Eglife Grecque un grand
différend . Un Prêtre ayant foutenu que le feul
Baptême par immerfion étoit valide , une partie
du Clergé attaque cette propofition comme hé
Kétique , & l'autre partie en embraffe la défenſe.
230 MERCURE DE FRANCE.
Les fuites de cette oppofition de fentimens font
allées fi loin, qu'on a craint que la tranquillité de
cetre capitale n'en fût troublée . Pour prévenir cet
inconvénient , le Grand Seigneur a ordonné , que
tous les Evêques qui ne penfoient pas comme le
Patriarche de Conftantinople fur l'objet de la difpute
, fe retiraffent dans leurs fièges repectifs.
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Résumé : DU LEVANT.
Le 6 juillet, depuis Constantinople, il est rapporté qu'Ali Pacha Ekim Oglou, en exil à Chypre, a dû s'arrêter à l'île de Scio pour observer le Ramazan, avec la permission du Grand Seigneur. Muftapha Pacha a été nommé gouverneur de la Morée et succédé à Ali Pacha en tant que Grand Vizier. M. de Ludolf, représentant du Roi des Deux Siciles, a été nommé Envoyé extraordinaire pour féliciter le Grand Seigneur. Un courrier du ministre est arrivé de Saint-Pétersbourg. Un vaisseau de guerre vénitien, escortant des navires hollandais, a quitté Constantinople pour l'Italie. Un différend au sein de l'Église Grecque, concernant la validité du baptême par immersion, a menacé la tranquillité de Constantinople. Le Grand Seigneur a ordonné aux évêques dissidents de se retirer dans leurs sièges respectifs pour prévenir les troubles.
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9
p. 208
DE LA HAYE, le 27 janvier.
Début :
Tout annonce ici les dispositions pacifiques du gouvernement, & on en peut inférer le [...]
Mots clefs :
Gouvernement, Querelle, Europe, Dispositions pacifiques, Décès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 27 janvier.
De LA HAYE , le 27 Janvier.
Tout annonce ici les difpofitions pacifiques du
gouvernement, & on en peut inférer le peu de
fondement des bruits répandus de toutes parts ,
que nous allions être entraînés dans la querelle
qui divife toute l'Europe.
Il est mort en cette ville , la femaine derniere,
une femme âgée de cent quinze ans & quelques
mois. Elle a confervé fa raifon &.la vuë juſqu'à
la fin .
Tout annonce ici les difpofitions pacifiques du
gouvernement, & on en peut inférer le peu de
fondement des bruits répandus de toutes parts ,
que nous allions être entraînés dans la querelle
qui divife toute l'Europe.
Il est mort en cette ville , la femaine derniere,
une femme âgée de cent quinze ans & quelques
mois. Elle a confervé fa raifon &.la vuë juſqu'à
la fin .
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