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1
p. 23-37
ODE. Sur un Procez gagné par une Dame.
Début :
Quels nouveaux concerts d'allegresse [...]
Mots clefs :
Procès, Dame, Lumière, Déesse, Ciel, Thémis, Impunité
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texteReconnaissance textuelle : ODE. Sur un Procez gagné par une Dame.
ODE.
Sur un Procès gagné
paruneDame.
QUels nouveaux concerts
d'allegresse
Retentissent de toutes
parts?
Quelle lumineuse Dé-
,
esse,
Attireicy tous mes re:
gards?
C'est Themis qui vient,
de descendre,
Themis ernpreffée à défendre
L'honneur de son sexe
outragé,
Et qui surl'envieétouffée
Vientélever un beau
Trosée
Au merite qu'elle a
vengé.
Par la nature & la fortune
Tous,
Tous nos destins sont
compassez,
Mais toûjours les bienfaits
de l'une
Par l'autre ontété traversez.
O Déesses,une mortelle
Seule à vôtre longue
querelle
Fit succeder d'heureux
accords.
Vous voulûtes à sa naissance
Signaler vôtre intelligence
En la comblant de vos
tresors.
Mais, que vois-je?la
noire Envie
Agitantson serpentaffreux,
Pour tenir l'éclat de-là
vie
Sort de son antre ténebreux.
L'avarice lui. sert de
guide,
Lamaliceausouris perfide,
-
L'impostureaux yeux
essrotez,
Del'ertfê^filtcs-iiiflciti-
, blesPI S^coiiaHclëur^: flambeaux
terribles
Marchent ta.ns ordrce"à,
ses côtez.
[L'innocence fiere
,-.
& tranquille - -
rVqit leurs exploits sans. s'ébranler, .,,,, )011 croit que leur fureur
sterile
EEnnvvaaininssécc'cllaattssvvaass'e'lxhaler.
Son esperance futtrompée,
De Themisalors oc-
.,cupee
Les secours furent -differez,
Et par l'impunité plus
forte
Leur audace frappoit
aux portes
Des tribunaux les plus
sacrez.
ElnafinnDtievin,ité bril-
Par toyleur orgueil est
détruit,
Et ta lumière étincelante
Dissîpe cette affreusè
1
nuit.
Déja leur troupe confondue,
A ton aspect tombe
éperdue,
Leur espoir. meurt
anéanti,
Et le noirdémon du
Dlênionge
Fuit, disparoît, & se
replonge
Dans l'ombre dont il
est forti..
Quille tes vêtemens
funèbres,
FiHç du Ciel,noble
pudeur,
La lumiere fort des
tenebres,
Reprends ta premier
fplcndeur.
D~ çmc divine mpr-
'{ t. V.
telle.
Dont tu fus la guidefidelle
Nos loïx ont été le foutien.
Reviens de palmes cou*
ronnée)
Etdeplaisirs enviroii-,
; née,
Chanter son triomphe
&le tien.
Assezla fraude & Finjustice,
Que sa gloire avoient
fçublesser,
Dans les pièges de l'artifice
Ont tâché de rembarasser.
Fuyez, jalousie obstinée,
De vôtre haleine erapoifonnée
Cessezd'offusquer les
vertus,
Regardez la haine impuissante
Et la discorde gemiffante,
Monstres fous ses pieds
abbatus.
Pour chanter leur joye
& sa gloire,
Combien d'immortelles
chansons
Les chastes filles de mémoire
Vont ditrer à leurs
nourrissons ?
Oh ! qu'après la triste
froidure
Nos yeux amis de la
verdure
font enchantez de son
retour.
Qu'aprèsles frayeursdu
naufrage,
On oublie aisément l'orage
Qui cede à l'éclat d'un
beau jour.
Tel souvent un nuage
sombre
Du sein de la terre exhalé
Tient fous l'épaisseur:
de son ombre
Le celesteflambeau
voilé,
La nature en tA cons- 1 temee~
Florelanguit abandonnée,
Philomcle u'a plus de
sons.
Et tremblant à ce noir
présage
Cerés pleure l'affreux
ravage.
Qui menace ses nourriflbns.
Mais bien-tôt, - vengeantleurinjure,
Je vois mille traits enââmez
Qui forcent la prison
obscure
Qui les retenoit enfermez.
Le ciel de toutes parts
s'allume
L'air s'échauffe, la terre
fume,
Lenuagecreve &pâlit,
Et dans un gouffre de
lumière
Savapeur humide & grossiere
Se dissipe &cs'ensevelit.
Sur un Procès gagné
paruneDame.
QUels nouveaux concerts
d'allegresse
Retentissent de toutes
parts?
Quelle lumineuse Dé-
,
esse,
Attireicy tous mes re:
gards?
C'est Themis qui vient,
de descendre,
Themis ernpreffée à défendre
L'honneur de son sexe
outragé,
Et qui surl'envieétouffée
Vientélever un beau
Trosée
Au merite qu'elle a
vengé.
Par la nature & la fortune
Tous,
Tous nos destins sont
compassez,
Mais toûjours les bienfaits
de l'une
Par l'autre ontété traversez.
O Déesses,une mortelle
Seule à vôtre longue
querelle
Fit succeder d'heureux
accords.
Vous voulûtes à sa naissance
Signaler vôtre intelligence
En la comblant de vos
tresors.
Mais, que vois-je?la
noire Envie
Agitantson serpentaffreux,
Pour tenir l'éclat de-là
vie
Sort de son antre ténebreux.
L'avarice lui. sert de
guide,
Lamaliceausouris perfide,
-
L'impostureaux yeux
essrotez,
Del'ertfê^filtcs-iiiflciti-
, blesPI S^coiiaHclëur^: flambeaux
terribles
Marchent ta.ns ordrce"à,
ses côtez.
[L'innocence fiere
,-.
& tranquille - -
rVqit leurs exploits sans. s'ébranler, .,,,, )011 croit que leur fureur
sterile
EEnnvvaaininssécc'cllaattssvvaass'e'lxhaler.
Son esperance futtrompée,
De Themisalors oc-
.,cupee
Les secours furent -differez,
Et par l'impunité plus
forte
Leur audace frappoit
aux portes
Des tribunaux les plus
sacrez.
ElnafinnDtievin,ité bril-
Par toyleur orgueil est
détruit,
Et ta lumière étincelante
Dissîpe cette affreusè
1
nuit.
Déja leur troupe confondue,
A ton aspect tombe
éperdue,
Leur espoir. meurt
anéanti,
Et le noirdémon du
Dlênionge
Fuit, disparoît, & se
replonge
Dans l'ombre dont il
est forti..
Quille tes vêtemens
funèbres,
FiHç du Ciel,noble
pudeur,
La lumiere fort des
tenebres,
Reprends ta premier
fplcndeur.
D~ çmc divine mpr-
'{ t. V.
telle.
Dont tu fus la guidefidelle
Nos loïx ont été le foutien.
Reviens de palmes cou*
ronnée)
Etdeplaisirs enviroii-,
; née,
Chanter son triomphe
&le tien.
Assezla fraude & Finjustice,
Que sa gloire avoient
fçublesser,
Dans les pièges de l'artifice
Ont tâché de rembarasser.
Fuyez, jalousie obstinée,
De vôtre haleine erapoifonnée
Cessezd'offusquer les
vertus,
Regardez la haine impuissante
Et la discorde gemiffante,
Monstres fous ses pieds
abbatus.
Pour chanter leur joye
& sa gloire,
Combien d'immortelles
chansons
Les chastes filles de mémoire
Vont ditrer à leurs
nourrissons ?
Oh ! qu'après la triste
froidure
Nos yeux amis de la
verdure
font enchantez de son
retour.
Qu'aprèsles frayeursdu
naufrage,
On oublie aisément l'orage
Qui cede à l'éclat d'un
beau jour.
Tel souvent un nuage
sombre
Du sein de la terre exhalé
Tient fous l'épaisseur:
de son ombre
Le celesteflambeau
voilé,
La nature en tA cons- 1 temee~
Florelanguit abandonnée,
Philomcle u'a plus de
sons.
Et tremblant à ce noir
présage
Cerés pleure l'affreux
ravage.
Qui menace ses nourriflbns.
Mais bien-tôt, - vengeantleurinjure,
Je vois mille traits enââmez
Qui forcent la prison
obscure
Qui les retenoit enfermez.
Le ciel de toutes parts
s'allume
L'air s'échauffe, la terre
fume,
Lenuagecreve &pâlit,
Et dans un gouffre de
lumière
Savapeur humide & grossiere
Se dissipe &cs'ensevelit.
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Résumé : ODE. Sur un Procez gagné par une Dame.
Le poème 'ODE. Sur un Procès gagné par une Dame' célèbre la victoire d'une femme dans un procès, symbolisée par la déesse Themis. Themis descend pour défendre l'honneur féminin outragé et élève un trophée au mérite vengé. Le poème souligne que les destins humains sont influencés par la nature et la fortune, mais que les bienfaits de l'une peuvent être traversés par l'autre. Une mortelle a réussi à mettre fin à une longue querelle entre les déesses en les réconciliant. La noire Envie, guidée par l'avarice, la malice et l'imposture, tente de ternir la vie de la dame. Cependant, l'innocence de la dame reste inébranlable face à ces attaques. Themis intervient, et l'impunité des méchants est brisée par la lumière de la justice. La troupe malfaisante est confondue et disparaît, permettant à la noble pudeur de reprendre sa place. Le poème se termine en célébrant la victoire de la dame, comparant sa situation à celle de la nature qui se régénère après une tempête. Les chastes filles de mémoire chanteront sa gloire, et la nature se réjouira de son retour, comme après une période de froid et de ténèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 857-862
JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
Début :
C'etoit fait de vos jours, ô divine Uranie ; [...]
Mots clefs :
Mort, Thémis, Rage, Apollon, Phébus, Jours, Paix, Dieu, Mortels, Rétablissement, Jugement, Santé
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texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
JUGEMENT DE THEMIS.
A MADAME DE * * *
1
Sur le rétablissement de sa santé.
C'Etoit fait de vos jours , ô divine Uranie;
De son double ciseau la cruelle Atropos ,
Alloit trancher le fil de la plus belle vie.
Bij
.
Mettre
858 MERCURE DE FRANCE
Mettre le comble à tous nos maux ,
Et d'un seul coup , hélas ! ouvrir mille tom
beaux.
On implore à grands cris la Déesse infléxible ;
Mais d'un air indigné , méprisant , insensible
Elle insulte aux soupits des foibles Orphelins ,
Soulagez tant de fois par vos puissantes mains.
Son oeil plein de rage et de joye ,
Contemple avidement ces restes malheureux ,
Qui par vous échappez à ses coups rigoureux
Bien- tôt en vous perdant vont devenir sa proye
Elle avance en couroux ; on fuit de toutes parts ,
Le poison meurtrier de ses affreux regards.
Une illustre famille où regnent la Sagesse ,
L'Honneur , la Probité , l'Union , la Tendresse ,
Prosternée et tremblante , offre inutilement
Ses plus précieuses années ,
Pour prolonger vos destinées ;
Rien ne peut retarder le funeste moment ,
Le Monstre impitoyable approche fierement :
Mais tout à coup sous un heureux auspice ,
Une Divinité propice ,
La celeste Thémis précipitant ses pas ,
Vint arracher vos jours aux horreurs du trépas
Fatale Mort , s'écria - t'elle ,
Arrêté de ton bras l'audace criminelle ,
Respecte les Mortels à tes pieds abattus ;
Apprends à choisir tes victimes ,
TE
MAY. 1733 855
Tu ne dois foudroyer que le vice et les crimes ,
Et c'est ici l'Empire des Vertus .
Set Arrêt prononcé d'une voix formidable ,
De la Déesse inexorable ,
Arrêta les premiers accès ;
Soudain un murmure agréable ,
Annonça par tout le succès ,
D'un jugement si favorable ,
La seule Mort étoit inconsolable ,
D'avoir perdu sa peine et son procès.
. Mais elle eut beau gémir et se deffendre ,
Vanter ses droits et follement prétendre ,
Qu'on trahissoit l'équité , la raison ;
On écouta la froide Demoiselle ,
Puis on siffla sa lugubre Oraison ;
Point d'Orateur ne soutint sa querelle ;
Et pour punir sa noire trahison ,
On opinoit à proceder contre elle ,
A lui donner pour demeure éternelle ,
L'affreux cachot d'une obscure prison ,
Ou renvoyer la hideuse Fémelle ,
Dans le Manoir de la sombre Alecton.
Phébus jugea la peine trop cruelle :
Bannir la Mort ! eh ! que seront les Dieux ,
Si les Humains sont immortels comme eux !
Bien- tôt peut- être une orgueilleuse audace ,
Reproduira de superbes Titans ,
Qui par des coups encor plus éclatants ,
Biij Scauront
860 MERCURE DE FRANCE
Sçauront vanger l'ancienne disgrace ,
Et les malheurs de leur coupable race ,
De Typheus iront briser les fers ,
Et troubleront le Ciel et les Enfers .
Ainsi parla d'un ton fier et sévere ,
Le Dieu brillant qu'à Délos on révere ,
Thémis sourit et loüa gravement ,
Du blond Phébus le discours véhement,
Puis expliquant la raison singuliere ,
Pourquoi le Dieu qui produit la lumiere ,
Parloit si haut pour une Déïté ,
Fille du Stix et de l'obscurité :
Messieurs , dit- elle , avec un air rigide ,
Trahi cent fois par un soûris malin ,
Vous le sçavez , Phébus est Medecin ,
Et doit chérir la Déesse homicide.
Ils sont tous deux l'un pour l'autre formez ;
Ils sont tous deux l'un de l'autre charmez.
Si quelquefois Apollon se déchaîne ,
Traite la Mort d'injuste , d'inhumaine ,
N'en croyez pas ses discours animez ,
C'est pour dupper les Mortels allarmeż ;
Il l'aime au fond et son coeur est sans haine ,
Malgré le feu de ses yeux allumez ,
Bien plus d'amour que de rage enflâmez.
Mêmes projets , même fin , même Empire ,
Et même droit sur tout ce qui respire ,
Unit leurs coeurs et leur funebre Cour ,
It
MAY 1733.
861
Et l'interêt cimente leur amour ;
Car sans la Mort , dont on craint les empreintes,
L'Art d'Apollon seroit moins respecté:
Sans Apollon et son Art si vanté ,
Peu de la Mort sentiroient les atteintes.
Or en faveur du Dieu de la santé ,
Nous épargnons à son illustre amie ,
Un sort cruel , une juste infamie ,
Et maint affront que sa témerité ,
merité.
A plus d'un titre avoit trop
Alors la Deïté des mortelles allarmes ,
Laissant de rage échapper quelques larmes,
Et l'oeil étincelant de colere et de feu :
Fuyons , dit- elle , un triste lieu ,
De la Paix le séjour tranquile ,
Et de Thémis le redoutable azile ,
Sortons pour ne rentrer jamais .
A ces mots elle fuit . Le Dépit et la Honte ,
D'une aîle obéissante et prompte ,
Volerent sur ses pas , suivis des vains regrets ,
Et des soucis cuisans ennemis de la Paix .
Ah ! si le Roy des Dieux , Maître des destinées ,
Ecoutoit les voeux que j'ai faits !
Si par des Loix justes et fortunées ,
Il mésuroit le cours de vos années ,
Sur vos vertus et vos bienfaits !
Deslors vos jours serains, sombres, et sans nuages,
Biiij Cou
862 MERCURE DE FRANCE
Couleroient dans la gloire et verroient tous l
âges ;
Et la solide Verité ,
Sur votre Palais respecté ,
Graveroit d'une main hardie ,
Ces Vers l'effroi da Temps et de la noire Envie
De ce brillant séjour par Themis habité ,
La jalouse Mort est bannie ;
Le Cielpour couronner de la sage
L'inestimable pieté ,
Uranie ,
Veut qu'elle mene en paix une tranquille vie,
Dans le sein glorieux de l'Immortalité.
A MADAME DE * * *
1
Sur le rétablissement de sa santé.
C'Etoit fait de vos jours , ô divine Uranie;
De son double ciseau la cruelle Atropos ,
Alloit trancher le fil de la plus belle vie.
Bij
.
Mettre
858 MERCURE DE FRANCE
Mettre le comble à tous nos maux ,
Et d'un seul coup , hélas ! ouvrir mille tom
beaux.
On implore à grands cris la Déesse infléxible ;
Mais d'un air indigné , méprisant , insensible
Elle insulte aux soupits des foibles Orphelins ,
Soulagez tant de fois par vos puissantes mains.
Son oeil plein de rage et de joye ,
Contemple avidement ces restes malheureux ,
Qui par vous échappez à ses coups rigoureux
Bien- tôt en vous perdant vont devenir sa proye
Elle avance en couroux ; on fuit de toutes parts ,
Le poison meurtrier de ses affreux regards.
Une illustre famille où regnent la Sagesse ,
L'Honneur , la Probité , l'Union , la Tendresse ,
Prosternée et tremblante , offre inutilement
Ses plus précieuses années ,
Pour prolonger vos destinées ;
Rien ne peut retarder le funeste moment ,
Le Monstre impitoyable approche fierement :
Mais tout à coup sous un heureux auspice ,
Une Divinité propice ,
La celeste Thémis précipitant ses pas ,
Vint arracher vos jours aux horreurs du trépas
Fatale Mort , s'écria - t'elle ,
Arrêté de ton bras l'audace criminelle ,
Respecte les Mortels à tes pieds abattus ;
Apprends à choisir tes victimes ,
TE
MAY. 1733 855
Tu ne dois foudroyer que le vice et les crimes ,
Et c'est ici l'Empire des Vertus .
Set Arrêt prononcé d'une voix formidable ,
De la Déesse inexorable ,
Arrêta les premiers accès ;
Soudain un murmure agréable ,
Annonça par tout le succès ,
D'un jugement si favorable ,
La seule Mort étoit inconsolable ,
D'avoir perdu sa peine et son procès.
. Mais elle eut beau gémir et se deffendre ,
Vanter ses droits et follement prétendre ,
Qu'on trahissoit l'équité , la raison ;
On écouta la froide Demoiselle ,
Puis on siffla sa lugubre Oraison ;
Point d'Orateur ne soutint sa querelle ;
Et pour punir sa noire trahison ,
On opinoit à proceder contre elle ,
A lui donner pour demeure éternelle ,
L'affreux cachot d'une obscure prison ,
Ou renvoyer la hideuse Fémelle ,
Dans le Manoir de la sombre Alecton.
Phébus jugea la peine trop cruelle :
Bannir la Mort ! eh ! que seront les Dieux ,
Si les Humains sont immortels comme eux !
Bien- tôt peut- être une orgueilleuse audace ,
Reproduira de superbes Titans ,
Qui par des coups encor plus éclatants ,
Biij Scauront
860 MERCURE DE FRANCE
Sçauront vanger l'ancienne disgrace ,
Et les malheurs de leur coupable race ,
De Typheus iront briser les fers ,
Et troubleront le Ciel et les Enfers .
Ainsi parla d'un ton fier et sévere ,
Le Dieu brillant qu'à Délos on révere ,
Thémis sourit et loüa gravement ,
Du blond Phébus le discours véhement,
Puis expliquant la raison singuliere ,
Pourquoi le Dieu qui produit la lumiere ,
Parloit si haut pour une Déïté ,
Fille du Stix et de l'obscurité :
Messieurs , dit- elle , avec un air rigide ,
Trahi cent fois par un soûris malin ,
Vous le sçavez , Phébus est Medecin ,
Et doit chérir la Déesse homicide.
Ils sont tous deux l'un pour l'autre formez ;
Ils sont tous deux l'un de l'autre charmez.
Si quelquefois Apollon se déchaîne ,
Traite la Mort d'injuste , d'inhumaine ,
N'en croyez pas ses discours animez ,
C'est pour dupper les Mortels allarmeż ;
Il l'aime au fond et son coeur est sans haine ,
Malgré le feu de ses yeux allumez ,
Bien plus d'amour que de rage enflâmez.
Mêmes projets , même fin , même Empire ,
Et même droit sur tout ce qui respire ,
Unit leurs coeurs et leur funebre Cour ,
It
MAY 1733.
861
Et l'interêt cimente leur amour ;
Car sans la Mort , dont on craint les empreintes,
L'Art d'Apollon seroit moins respecté:
Sans Apollon et son Art si vanté ,
Peu de la Mort sentiroient les atteintes.
Or en faveur du Dieu de la santé ,
Nous épargnons à son illustre amie ,
Un sort cruel , une juste infamie ,
Et maint affront que sa témerité ,
merité.
A plus d'un titre avoit trop
Alors la Deïté des mortelles allarmes ,
Laissant de rage échapper quelques larmes,
Et l'oeil étincelant de colere et de feu :
Fuyons , dit- elle , un triste lieu ,
De la Paix le séjour tranquile ,
Et de Thémis le redoutable azile ,
Sortons pour ne rentrer jamais .
A ces mots elle fuit . Le Dépit et la Honte ,
D'une aîle obéissante et prompte ,
Volerent sur ses pas , suivis des vains regrets ,
Et des soucis cuisans ennemis de la Paix .
Ah ! si le Roy des Dieux , Maître des destinées ,
Ecoutoit les voeux que j'ai faits !
Si par des Loix justes et fortunées ,
Il mésuroit le cours de vos années ,
Sur vos vertus et vos bienfaits !
Deslors vos jours serains, sombres, et sans nuages,
Biiij Cou
862 MERCURE DE FRANCE
Couleroient dans la gloire et verroient tous l
âges ;
Et la solide Verité ,
Sur votre Palais respecté ,
Graveroit d'une main hardie ,
Ces Vers l'effroi da Temps et de la noire Envie
De ce brillant séjour par Themis habité ,
La jalouse Mort est bannie ;
Le Cielpour couronner de la sage
L'inestimable pieté ,
Uranie ,
Veut qu'elle mene en paix une tranquille vie,
Dans le sein glorieux de l'Immortalité.
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Résumé : JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
Le poème 'Jugement de Thémis' relate la guérison miraculeuse d'une dame anonyme. La Mort, personnifiée, est sur le point de mettre fin à la vie de cette femme, mais Thémis, la déesse de la justice, intervient pour la sauver. Thémis arrête la Mort, affirmant que celle-ci ne doit frapper que le vice et les crimes, et non les vertueux. La Mort, en colère, tente de se justifier, mais Thémis la condamne à être bannie ou emprisonnée. Phébus, le dieu du soleil et de la médecine, intervient alors pour adoucir la peine. Il explique que la Mort et lui sont liés, car la médecine est respectée grâce à la crainte de la Mort. Thémis accepte cette argumentation et épargne la Mort, qui quitte les lieux enragée. Le poème se conclut par un vœu pour que la vie de la dame soit prolongée et honorée, avec la Vertu régnant sur la Mort.
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3
p. [1715]-1720
ODE, Sur la Police perfectionnée sous le Regne de LOUIS LE GRAND.
Début :
C'est à toi, Muse, que j'adresse [...]
Mots clefs :
Police, Louis, Thémis, Justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE, Sur la Police perfectionnée sous le Regne de LOUIS LE GRAND.
ODE ,
Sur la Police perfectionnée fous le Regne
C
de LOUIS LE GRAND.
4
'Eft à toi , Mufe , que j'adreſſe
Aujourd'hui mes nobles tranſports.
Mon Sujet ici t'intéreffe ;
Infpire-moi d'heureux accords ,
Et toi , Police , dont les charmes
Ont cent fois calmé nos allarmes ,
Dis moi quel Prince , aimé des Cieux ,
Tu fis le témoin de tes veilles ,
A ij Et
1716 MERCURE DEFRANCE
Et raconte-moi des merveilles
Qui brillent encore à nos yeux.
+3x+
Ceffez , fameux Aréopage ,
Ceffez de nous vanter vos Loix.
A LOUIS venez rendre hommage ;
Soyez attentif à ſa voix ;
Venez admirer fa prudence ;
De Thémis il tient la balance ;
Admirez fon integrité.
Voyez comme il rend la juftice ,
Et comme il tend un bras propice
A l'indigent perfecuté.
Quel eft ce Héros plein de gloire ?
Quel eft cet Hercule nouveau
Accompagné de la Victoire ,
Qui Pa fuivi dès le berceau ?
?
Ce Vainqueur eft armé de ( a) foudre ,
Pour frapper & réduire en poudre
D'aveugles & cruels Sujets ,
Qui ,fur des riens toûjours en guerre ,
De leur fang arrefent la terre ,
Souvent pour les plus vils objets .
*3**
Fuyez, induftrieux Dédales ;
(a) Edit contre les Duels.
Sortez
A O UST. 1744.
1717
Sortez du Temple de Thémis ;
Bien-tôt vos trames infernales
Sentiront les coups de L O U I S.
Je le vois ; il parle ; il s'avance ;
Il va déployer ſa (b) puiſſance
Sur l'avarice des I'laideurs ;
Et le Démon de la chicane ,
Qui de l'injuftice eft l'organe ,
N'aura plus aucuns défenſeurs,
炒菜
Venez , lumieres éclatantes ;
Venez , célebres Magiftrats ;
Prenez vos armes foudroyantes ,
Pour réprimer les attentats.
C'eft votre éloquence divine ,
C'est elle qui feule ruine
Ea plus noire malignité.
Docte Sénat , (c) c'eft ta prudence
Qui prend fans cele la défenfe
De l'honneur & de l'équité.
O vous , dont l'intérêt renvcrfe
Arts & talens & probité;
Vous , qui du précieux Commerce
Banniffez la fidélité ,
(b) Abus de la Juftice réformés.
(c) Le Parlement de Paris.
!
A iij No
1718 MERCURE DE FRANCE.
Ne craignez -vous point la colere
D'un Roi , qui fut toujours le Pere
Et le vengeur des opprimés ?
Mais fur vous fon ( d) Tonnerre éclate,
Et vous n'avez plus rien qui flate
Les vains projets que vous formez.
L'ordre, par tout fi néceffaire ,
Vient de rentrer dans tous les droits ,
Et la licence Militaire
Se foumet enfin à fes Loix .
Par des Reglemens (e ) très- folides
On retient les mains trop avides
De nos redoutables Soldats.
On leur apprend que les Provinces.
Ne font pas moins cheres aux Princes ,
Que la valeur dans les combats.
Si de plus d'un Roi, dans l'Hiftoire ,
Nous admirons la pieté ;
Dans LOUIS admirons la gloire
De venger la Divinité.
Tantôt , comme un autre Moïle ,
Il foûtient fortement l'Eglife
Contre des Dogmes ( f) odieux ;
(d) Reglemens faits fur le Commerce.
(e) Cole Militaire de Louis XIV.
(f ) L'Hérefic.
Tanta
A O
UST. 1744.
1719
Tantôt il chaffe l'Héréfie ,
Qui tombe avec ignominie
Sous fes efforts victorieux .
**
Que vois- je ? Sont -ce les Etoiles (g)
Qui nous fuivent de toutes parts ?
La nuit , avec les fombres voiles ,
N'ofe approcher de nos remparts.
Il n'eft plus de Monftres perfides ,
Armés de poignards homicides
Pour attaquer tous les paffans.
Une attentive (h) ſentinelle ,
A nous garder toujours fidelle ,
Les défend contre ces Brigans.
炒茶
Triomphe , admirable Police ;
Que chacun fente ton pouvoir ,
Et fais toujours la guerre au vice ,
Pour le ranger à fon devoir.
C'eft par toi , Police charmante ,
Qu'un de tes Favoris ( i ) invente
Mille moyens de nous fervir.
(g) Les Lanternes dans les ruës de Paris .
(h) Le Guet à pied à cheval.
1
i ) M. d'Argenfon , qui fous Louis XIV . exerça
la Charge de Lieutenant Genéral de Police , avec une
intégrité & une application dignes des plus grands
éloges.
A iiij
1720 MERCURE DE FRANCE
11 fçait par un art fecourable ,
Et par un zéle infatigable ,
De tout péril nous garantir.
Sur la Police perfectionnée fous le Regne
C
de LOUIS LE GRAND.
4
'Eft à toi , Mufe , que j'adreſſe
Aujourd'hui mes nobles tranſports.
Mon Sujet ici t'intéreffe ;
Infpire-moi d'heureux accords ,
Et toi , Police , dont les charmes
Ont cent fois calmé nos allarmes ,
Dis moi quel Prince , aimé des Cieux ,
Tu fis le témoin de tes veilles ,
A ij Et
1716 MERCURE DEFRANCE
Et raconte-moi des merveilles
Qui brillent encore à nos yeux.
+3x+
Ceffez , fameux Aréopage ,
Ceffez de nous vanter vos Loix.
A LOUIS venez rendre hommage ;
Soyez attentif à ſa voix ;
Venez admirer fa prudence ;
De Thémis il tient la balance ;
Admirez fon integrité.
Voyez comme il rend la juftice ,
Et comme il tend un bras propice
A l'indigent perfecuté.
Quel eft ce Héros plein de gloire ?
Quel eft cet Hercule nouveau
Accompagné de la Victoire ,
Qui Pa fuivi dès le berceau ?
?
Ce Vainqueur eft armé de ( a) foudre ,
Pour frapper & réduire en poudre
D'aveugles & cruels Sujets ,
Qui ,fur des riens toûjours en guerre ,
De leur fang arrefent la terre ,
Souvent pour les plus vils objets .
*3**
Fuyez, induftrieux Dédales ;
(a) Edit contre les Duels.
Sortez
A O UST. 1744.
1717
Sortez du Temple de Thémis ;
Bien-tôt vos trames infernales
Sentiront les coups de L O U I S.
Je le vois ; il parle ; il s'avance ;
Il va déployer ſa (b) puiſſance
Sur l'avarice des I'laideurs ;
Et le Démon de la chicane ,
Qui de l'injuftice eft l'organe ,
N'aura plus aucuns défenſeurs,
炒菜
Venez , lumieres éclatantes ;
Venez , célebres Magiftrats ;
Prenez vos armes foudroyantes ,
Pour réprimer les attentats.
C'eft votre éloquence divine ,
C'est elle qui feule ruine
Ea plus noire malignité.
Docte Sénat , (c) c'eft ta prudence
Qui prend fans cele la défenfe
De l'honneur & de l'équité.
O vous , dont l'intérêt renvcrfe
Arts & talens & probité;
Vous , qui du précieux Commerce
Banniffez la fidélité ,
(b) Abus de la Juftice réformés.
(c) Le Parlement de Paris.
!
A iij No
1718 MERCURE DE FRANCE.
Ne craignez -vous point la colere
D'un Roi , qui fut toujours le Pere
Et le vengeur des opprimés ?
Mais fur vous fon ( d) Tonnerre éclate,
Et vous n'avez plus rien qui flate
Les vains projets que vous formez.
L'ordre, par tout fi néceffaire ,
Vient de rentrer dans tous les droits ,
Et la licence Militaire
Se foumet enfin à fes Loix .
Par des Reglemens (e ) très- folides
On retient les mains trop avides
De nos redoutables Soldats.
On leur apprend que les Provinces.
Ne font pas moins cheres aux Princes ,
Que la valeur dans les combats.
Si de plus d'un Roi, dans l'Hiftoire ,
Nous admirons la pieté ;
Dans LOUIS admirons la gloire
De venger la Divinité.
Tantôt , comme un autre Moïle ,
Il foûtient fortement l'Eglife
Contre des Dogmes ( f) odieux ;
(d) Reglemens faits fur le Commerce.
(e) Cole Militaire de Louis XIV.
(f ) L'Hérefic.
Tanta
A O
UST. 1744.
1719
Tantôt il chaffe l'Héréfie ,
Qui tombe avec ignominie
Sous fes efforts victorieux .
**
Que vois- je ? Sont -ce les Etoiles (g)
Qui nous fuivent de toutes parts ?
La nuit , avec les fombres voiles ,
N'ofe approcher de nos remparts.
Il n'eft plus de Monftres perfides ,
Armés de poignards homicides
Pour attaquer tous les paffans.
Une attentive (h) ſentinelle ,
A nous garder toujours fidelle ,
Les défend contre ces Brigans.
炒茶
Triomphe , admirable Police ;
Que chacun fente ton pouvoir ,
Et fais toujours la guerre au vice ,
Pour le ranger à fon devoir.
C'eft par toi , Police charmante ,
Qu'un de tes Favoris ( i ) invente
Mille moyens de nous fervir.
(g) Les Lanternes dans les ruës de Paris .
(h) Le Guet à pied à cheval.
1
i ) M. d'Argenfon , qui fous Louis XIV . exerça
la Charge de Lieutenant Genéral de Police , avec une
intégrité & une application dignes des plus grands
éloges.
A iiij
1720 MERCURE DE FRANCE
11 fçait par un art fecourable ,
Et par un zéle infatigable ,
De tout péril nous garantir.
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