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1
p. 115-121
Avanture, [titre d'après la table]
Début :
On dit qu'un bienfait n'est jamais perdu, & cela se justifie [...]
Mots clefs :
Gentilhomme, Cavalier, Valets, Chambre, Campagne, Voyage, Récit, Dispute, Rumeurs, Prison
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texteReconnaissance textuelle : Avanture, [titre d'après la table]
On dit qu'un bienfait n'eft
Kij
116 MERCURE
jamais perdu , & cela ſe juſtifie
par beaucoup d'exemples.
En voicy un auffi récent qu'il
eft remarquable. Un Gentilhomme
qui demeure à la
Campagne , retournant chez
luy un foir , rencontra deux
Cavaliers reformez , qui le
priérent fort civilement de
les fecourir dans le befoin
d'argent où ils fe trouvoient
pour achever leur Voyage.
Le Gentilhomme
les voyant
affez bien faits , & jugeant
de leur naiffance par la maniere
honnefte dont ils luy
parlérent , ne fe contenta
GALANT. 117
pas de leur donner. Il leur
dit qu'il eftoit tard , & qu'ils
feroient bien de venir chez
luy , où ils pafferoient la nuit
plus cómodement que dans
un Village. Le Party fut accepté
, les Cavaliers le fuivirent
, & payérent le Soupé
qu'il leur donna , par
la complaifance
d'écouter le long
récit de quelques Campagnes
qu'il avoit faites pendant
fes jeunes années. Apres
un entretien de trois heures,
il les conduifit dans une
Chambre qui n'eftoit ſéparée
d'une autre que par une
118 MERCURE
Cloifon d'ais. Ils fe couchérent,
mais heureuſement pour
le Gentilhomme , ils ne pûrents'endormir.
Unprofond
filence régnoit dans tout le
Logis, quand la voix de deux
Perfonnes qui parloient à
demy bas dans l'autre Chambre
, commença à les fraper.
Chacun d'eux prefta l'oreille ;
& quoy qu'ils perdiffent plufieurs
mots , ils ne laifferent
pas d'en entendre affez pour
comprendre qu'il y avoit difpute
entre deux Valets, fur le
complot d'aller égorger leur
Maitre. Il avoit vendu de
GALANT. 119
puis peu de jours pour huit
cens écus de Bled , & il s'agiffoit
entr'eux d'avoir cet
argent . L'un trembloit d'eftre
furpris en executant le crime
dont ils eftoient demeurez
d'accord, & l'autre tâchoit de
l'encourager. Enfin , ayant
entendu que ces Miserables
fortoient de leur Chambre,
ils fe leverent le plus doucement
qu'ils pûrent , & ſe jetterent
fur eux lors qu'ils entroient
dans celle du Gentilhomme
. Il s'éveilla à ce bruit,
& demanda ce qu'on luy vouloit
. Toute la Maifon fut en
120 MERCURE
rumeur. On fit aporter de la
lumiere , & les deux Valets
troublez , quoy qu'ils n'avoüaffent
rien , firent affez
voir par leur defordre & par
leur pâleur , qu'ils étoient
coupables . On leur trouva
des rafoirs , & des coût aux
fort tranchans , & on les mit
en lieu feur jufqu'au lendemain,
qu'on les mena en prifon.
Vous pouvez croire que
le Gentilhomme n'auroit pas
fi - toft congedié les Cavaliers
qui luy ont fauvé la vie, quand
leur prefence n'eût pas efté
néceffaire pour l'inftruct on
de
GALANT. 121
de ce Procez criminel . Je
m'informeray de l'évenement
pour vous le faire fçavoir.
Kij
116 MERCURE
jamais perdu , & cela ſe juſtifie
par beaucoup d'exemples.
En voicy un auffi récent qu'il
eft remarquable. Un Gentilhomme
qui demeure à la
Campagne , retournant chez
luy un foir , rencontra deux
Cavaliers reformez , qui le
priérent fort civilement de
les fecourir dans le befoin
d'argent où ils fe trouvoient
pour achever leur Voyage.
Le Gentilhomme
les voyant
affez bien faits , & jugeant
de leur naiffance par la maniere
honnefte dont ils luy
parlérent , ne fe contenta
GALANT. 117
pas de leur donner. Il leur
dit qu'il eftoit tard , & qu'ils
feroient bien de venir chez
luy , où ils pafferoient la nuit
plus cómodement que dans
un Village. Le Party fut accepté
, les Cavaliers le fuivirent
, & payérent le Soupé
qu'il leur donna , par
la complaifance
d'écouter le long
récit de quelques Campagnes
qu'il avoit faites pendant
fes jeunes années. Apres
un entretien de trois heures,
il les conduifit dans une
Chambre qui n'eftoit ſéparée
d'une autre que par une
118 MERCURE
Cloifon d'ais. Ils fe couchérent,
mais heureuſement pour
le Gentilhomme , ils ne pûrents'endormir.
Unprofond
filence régnoit dans tout le
Logis, quand la voix de deux
Perfonnes qui parloient à
demy bas dans l'autre Chambre
, commença à les fraper.
Chacun d'eux prefta l'oreille ;
& quoy qu'ils perdiffent plufieurs
mots , ils ne laifferent
pas d'en entendre affez pour
comprendre qu'il y avoit difpute
entre deux Valets, fur le
complot d'aller égorger leur
Maitre. Il avoit vendu de
GALANT. 119
puis peu de jours pour huit
cens écus de Bled , & il s'agiffoit
entr'eux d'avoir cet
argent . L'un trembloit d'eftre
furpris en executant le crime
dont ils eftoient demeurez
d'accord, & l'autre tâchoit de
l'encourager. Enfin , ayant
entendu que ces Miserables
fortoient de leur Chambre,
ils fe leverent le plus doucement
qu'ils pûrent , & ſe jetterent
fur eux lors qu'ils entroient
dans celle du Gentilhomme
. Il s'éveilla à ce bruit,
& demanda ce qu'on luy vouloit
. Toute la Maifon fut en
120 MERCURE
rumeur. On fit aporter de la
lumiere , & les deux Valets
troublez , quoy qu'ils n'avoüaffent
rien , firent affez
voir par leur defordre & par
leur pâleur , qu'ils étoient
coupables . On leur trouva
des rafoirs , & des coût aux
fort tranchans , & on les mit
en lieu feur jufqu'au lendemain,
qu'on les mena en prifon.
Vous pouvez croire que
le Gentilhomme n'auroit pas
fi - toft congedié les Cavaliers
qui luy ont fauvé la vie, quand
leur prefence n'eût pas efté
néceffaire pour l'inftruct on
de
GALANT. 121
de ce Procez criminel . Je
m'informeray de l'évenement
pour vous le faire fçavoir.
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Résumé : Avanture, [titre d'après la table]
Un gentilhomme, de retour chez lui à la campagne, rencontre deux cavaliers réformés en difficulté financière. Ému par leur apparence et leur honnêteté, il les invite à passer la nuit chez lui. Pendant la nuit, les cavaliers entendent deux valets comploter pour assassiner leur maître afin de voler de l'argent. Ils interviennent et neutralisent les valets, sauvant ainsi la vie du gentilhomme. Reconnaissant, ce dernier ne les congédie pas immédiatement, leur présence étant nécessaire pour instruire le procès des valets. L'auteur mentionne qu'il se renseignera sur l'issue de l'affaire pour en informer les lecteurs.
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2
p. 147-151
Nouveaux Conseillers d'Etat, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Caumartin, & Mr D'Argouges, tous deux Conseillers d'État [...]
Mots clefs :
Conseiller d'État, Mr de Caumartin, Mr d'Argouges, Abbé le Pelletier, Intendant des finances, Conseiller au Parlement, Chambre, Juge, Charges
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texteReconnaissance textuelle : Nouveaux Conseillers d'Etat, [titre d'après la table]
M' de Caumartin , & M
d'Argouges , tous deux Confeillers
d'Etat de Semestre,
ont efté faits Confeillers d'E
tat Ordinaires , en la place de
M ' de Bezons , & de M ' de
Breteuil. M' de Caumartin
a rendu des fervices confiderables
dans la recherche
des Nobles , où il a travaillé
avec beaucoup d'application .
M' d'Argouges , cy- devant
premier Préfident au Parlement
de Bretagne , a efté
long-temps à la feuë Reyne
Mere , qui l'honoroit de fa
bienveillance & de ſon eſtime .
Nij
148 MERCURE
M' l'Abbé le Pelletier ,
Prevoft de Pignans en Provence
, a efté fait Confeiller
d'Etat de Semestre , auffi bien
que M ' de Baville , Maiſtre
des Requeſtes , & M ' de
Breteuil , auffi Maistre des
Requeftes , & Intendant des
Finances. Il eft Frere de M
le Pelletier , Controlleur Ge.
neral des Finances , & a eſté
d'abord Confeiller au Châtelet,
où il a commencé à faire
connoiftre la force de fon
Génie pour les Affaires . Il fut
enfuite Confeiller au Parle
ment , en la premiere des EnGALANT.
149
aux Grands
queftes , & il y fervit avec
tant de réputation & de diftinction
, qu'il fut envoyé
Commiffaire
Jours d'Auvergne , où il in-
Aruifit la plupart des grandes
Affaires. Sa Majesté l'y
renvoya l'année fuivante ,
avec M le Pelletier fon
Frere , Intendant des Finances
, pour faire executer ce
qui avoit cfté ordonné aux
Grands Jours. H monta quel
que temps apres à la Grand
Chambre , où il fert depuis
dix ou douze années , avec
toute la gloire que peut ac-
Nij
150 MERCURE
·
querir un Juge penetrant, judicieux,
parfaitement éclairé,
& de l'integrité la plus exacte.
Il est chaud Amy, & tres effectif.
M Robert eft monté
à la Grand' Chambre en fa
place.
: M de Baville eft Fils de
feu M' le Premier Preſident
de Lamoignon , & Frere de
M ' de Lamoignon , aujourd'huy
Avocat Genéral . Il eft
eftimé par la probité , & par
fon fçavoir , & a fouvent rapporté
des Affaires devant le
Roy,dont il a receu degrands.
applaudiffemens. Il a tres.
GALANT. 151
bien fervy la Religion & l'Etat
dans fes Intendances.
Je ne vous dis rien de M
de Breteuil , vous en ayant
parlé plufieurs fois , & fur
tout lors qu'il fut nommé
pour eftre Intendant des Finances.
Ses fervices doivent
eftre grands , puis qu'ils le
firent choifir par Sa Majesté
pour remplir ce Poſte , fans
qu'il employaft aucune folli,
citation pour l'obtenir.
d'Argouges , tous deux Confeillers
d'Etat de Semestre,
ont efté faits Confeillers d'E
tat Ordinaires , en la place de
M ' de Bezons , & de M ' de
Breteuil. M' de Caumartin
a rendu des fervices confiderables
dans la recherche
des Nobles , où il a travaillé
avec beaucoup d'application .
M' d'Argouges , cy- devant
premier Préfident au Parlement
de Bretagne , a efté
long-temps à la feuë Reyne
Mere , qui l'honoroit de fa
bienveillance & de ſon eſtime .
Nij
148 MERCURE
M' l'Abbé le Pelletier ,
Prevoft de Pignans en Provence
, a efté fait Confeiller
d'Etat de Semestre , auffi bien
que M ' de Baville , Maiſtre
des Requeſtes , & M ' de
Breteuil , auffi Maistre des
Requeftes , & Intendant des
Finances. Il eft Frere de M
le Pelletier , Controlleur Ge.
neral des Finances , & a eſté
d'abord Confeiller au Châtelet,
où il a commencé à faire
connoiftre la force de fon
Génie pour les Affaires . Il fut
enfuite Confeiller au Parle
ment , en la premiere des EnGALANT.
149
aux Grands
queftes , & il y fervit avec
tant de réputation & de diftinction
, qu'il fut envoyé
Commiffaire
Jours d'Auvergne , où il in-
Aruifit la plupart des grandes
Affaires. Sa Majesté l'y
renvoya l'année fuivante ,
avec M le Pelletier fon
Frere , Intendant des Finances
, pour faire executer ce
qui avoit cfté ordonné aux
Grands Jours. H monta quel
que temps apres à la Grand
Chambre , où il fert depuis
dix ou douze années , avec
toute la gloire que peut ac-
Nij
150 MERCURE
·
querir un Juge penetrant, judicieux,
parfaitement éclairé,
& de l'integrité la plus exacte.
Il est chaud Amy, & tres effectif.
M Robert eft monté
à la Grand' Chambre en fa
place.
: M de Baville eft Fils de
feu M' le Premier Preſident
de Lamoignon , & Frere de
M ' de Lamoignon , aujourd'huy
Avocat Genéral . Il eft
eftimé par la probité , & par
fon fçavoir , & a fouvent rapporté
des Affaires devant le
Roy,dont il a receu degrands.
applaudiffemens. Il a tres.
GALANT. 151
bien fervy la Religion & l'Etat
dans fes Intendances.
Je ne vous dis rien de M
de Breteuil , vous en ayant
parlé plufieurs fois , & fur
tout lors qu'il fut nommé
pour eftre Intendant des Finances.
Ses fervices doivent
eftre grands , puis qu'ils le
firent choifir par Sa Majesté
pour remplir ce Poſte , fans
qu'il employaft aucune folli,
citation pour l'obtenir.
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Résumé : Nouveaux Conseillers d'Etat, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs nominations et promotions au sein du gouvernement français. M. de Caumartin et M. d'Argouges ont été nommés conseillers d'État ordinaires, succédant à M. de Bezons et M. de Breteuil. M. de Caumartin a été distingué pour ses services dans la recherche des nobles, tandis que M. d'Argouges, ancien premier président au Parlement de Bretagne, était apprécié par la reine mère. Par ailleurs, l'abbé Le Pelletier, prévôt de Pignans en Provence, ainsi que M. de Baville et M. de Breteuil, maîtres des requêtes, ont été nommés conseillers d'État de semestre. L'abbé Le Pelletier, frère du contrôleur général des finances, a débuté comme conseiller au Châtelet avant de servir au Parlement avec distinction. Il a été envoyé comme commissaire aux Grands Jours d'Auvergne et a ensuite rejoint la Grand' Chambre, où il a servi avec honneur. M. Robert a pris sa place à la Grand' Chambre. M. de Baville, fils du premier président de Lamoignon et frère de l'avocat général, est reconnu pour sa probité et son savoir. M. de Breteuil, nommé intendant des finances, a été choisi pour ses services sans nécessiter de sollicitation.
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3
p. 169-179
Chef-d'oeuvre de Peinture, [titre d'après la table]
Début :
Depuis le soin que le Roy a pris de faire fleurir les Arts [...]
Mots clefs :
Peinture, Chambre, Chaises, Perspectives, Galerie, Point de vue, Marbre, Couleurs, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chef-d'oeuvre de Peinture, [titre d'après la table]
Depuis le foin que le Roy
a pris de faire fleurir les Arts
dans fon Royaume , tous
ceux qui avoient quelques
talens , les ont cultivez , &
la France s'eft trouvée en
peu d'années auffi remplie de
ces heureux Génies qui par
leur Cifeau , leur Burin &
leur Pinceau donnent l'Immortalité
, que la Gréce &
l'Italie l'ont efté autrefois.
Entre les Chef- d'oeuvres de
Fevrier 1685.
P
170 MERCURE
Peinture que l'on y remarque
tous les jours , on a découvert
depuis quelques mois
une Perfpective qui fait
l'admiration de tout Paris,
Elle doit toute fa réputation
à fa beauté ; & ceux qui la
virent par hazard fur la fin
de l'année derniere dans la
Galerie de l'Hoftel de Vendôme
où elle eftoit , en furent
tellement furpris , qu'ils
ne pûrent s'empeſcher de
luy donner de grandes loüanges.
Ce qu'ils en dirent excita
la curiofité de plufieurs
autres ; de forte que tour le
GALANT. 171
4
monde à l'envy voulant voir
ce rare Ouvrage , on a eſté
obligé de conftruire une Galerie
auprés de l'une des Portes
de la Foire pour le mettre au
bout , afin de fatisfaire l'empreffement
du Public . Cette
Perſpective qui repréſente
deux Chambres à treize pieds
de hauteur , & eft large de
feize à dix-fept. Aux deux
coftez de la premiere , il y a
deux Trumeaux embellis de
Quadres , & d'autres Ornemens
tout dorez . On voit
deux grandes Croiſées au devant,
& deux au fond . Au
Pij
172 MERCURE
19
bas des deux premieres font
deux Portes ouvertes , qui
donnent entrée dans des Bal,
cons , & au travers deſquel!
les on découvre des éloigne
mens,avec une partie du Ciel.
Il n'y a perfonne qui ne cruft
que le jour qui éclaire cette
Chambre entre par les deux
Feneftres. Les Volets font de
differente maniére , les uns à
demy fermez , d'autres tout à
fait , & quelques autres ou
verts . Le Verre y eft fi bien
imité , & le jour donné fi à
propos , qu'on y prend tout
pour le naturel. Un Miroir
GALANT. 173
eft entre les croifees , & au
deffus régné zune corniche
autour de la Chambre , bla
quelle oft garnie de Vafes de
Lapis à l'antique. Entre ces
Vafes il ya plufieurs Me
daillons , dont l'un reprefens
re: le Cadran d'une Horloge.
Cette Chabre eft boifée d'un
bois de racine d'Olivier , &
dans des embrafures des
Feneftres , font des panneaux
de diverfe forte où l'om
bre des Volets & du Verre
paroiſt comme lau naturel,
auffi bien que les veines du
bois. Elle eft garnie de Chai-
•
Pij
174 MERCURE
C
fes couvertes de Velours Cramoify,
avec des Franges d'or,
& dune Tableavec fomTapis
de meline . Sept de ces Chaifes
qui font à la gauche de la
Chambre entre des croifées,
n'ont qu'un demy pied en
touté leur étendue , & dans
leur point de veuë , elles paroiffent
avoir un pied & demy
chacune. lly a aupres de
ces Chaifes une Baffe de Viole,
que l'on iroit prendre à fix
pas de là , comme fi c'étoit
un veritable Inftrument . Une
Chaife: borso deurang le dos
tourné aupres de la Table , &
GALANT. 175
une autre couchée qu'on
croiroit hors du pavé , trompent
fi fort la veuë , qu'on ne
peut s'imaginer que ce ne
foient pas de vrayes Chaiſes.
Au fond de la Chambre on
voit une Cheminée avec deux
Chenets d'Argent & au
deffus un Bufte que deux
Amours
accompagnent . Le
Plat-fond à cul de Lápe , avec
fes compartimens
dorez , n'a
que deux pieds & demy dans
toute fon étenduë , & il paroift
en avoir trente - deux
dans fon point de veuë . Son
Pavé qui eft de Marbre à par-
P iiij
176 MERCURE
quetage , paroift de meſme ,
& fi plat qu'il femble qu'on
pourroit marcher deffus . Aux
deux côtez de la Cheminée
font deux portes ouvertes
qui laiffent voir une autre
Chambre , avec trois croisées
de chaque côté , qui éclairent
le Pavé. Il eft de Marbre
de differentes couleurs à
parquetage , & les Chaifes
qu'on y voit font de Velours .
vert. Cette Chambre n'a
qu'un pied de Terrain , &
dans fon point de veuë , elle :
en a cnviron trente- cinq de
longueur. L'union des CouGALANT.
177
leurs eft fi bien obfervée dans
cette merveilleufe Perfpective
, que la veuë en eft char
mée. Elle eft de M' Boyer,
Peintre de la Ville du Puy en
Vellay , & travaillée par luy &
par les deux Fils, fort entédus
dans ces fortes d'ouvrages.
J'auray foin de vous envoyer
celuy- cy gravé dans une de
mes Lettres. Ce qui le fait admirer
n'eft pas feulement l'éloignement
qui fait la beauté
de toutes les Perspectives,
mais ce qui furprend plus
que toutes chofes , ce font
les côtez de la Chambre,
178 MERCURE
1
où font les quatre grandes
Feneftres que l'on ne
croit point de loin cftre fur
la Toile qui fait cette Perfpective
, & qu'on prend pour
les côtez de la Galerie . C'eft
en cela que confifte la grande
nouveauté de ce curieux
Ouvrage. Quand fon A. R.
alla le voir à l'Hôtel de Vendôme,
Elle fut trompée ,quoy
qu'Elle cuft dit en entrant,
que pour les Chaifes , Elle
fçavoit bien qu'elles étoient
Peintes. Ce Prince vit une
Vitre qui luy paroiffoit caffée ,
& il crut prefque d'abord
GALANT. 179
qu'elle étoit de la Maiſon.
Cette Perfpective donna tant
de plaifir à M le Duc du Maine
, qu'en fe retirant , il le fit
à reculons , difant qu'il ne
pouvoit la quitter. Il en fit
enfuite une peinture fort
avantageufe aux Perſonnes
les plus diftinguées de la
Cour, qui ayant eu la meſme
curiofité de la voir , en furent
charmées ainſi que ce jeune
Prince.
a pris de faire fleurir les Arts
dans fon Royaume , tous
ceux qui avoient quelques
talens , les ont cultivez , &
la France s'eft trouvée en
peu d'années auffi remplie de
ces heureux Génies qui par
leur Cifeau , leur Burin &
leur Pinceau donnent l'Immortalité
, que la Gréce &
l'Italie l'ont efté autrefois.
Entre les Chef- d'oeuvres de
Fevrier 1685.
P
170 MERCURE
Peinture que l'on y remarque
tous les jours , on a découvert
depuis quelques mois
une Perfpective qui fait
l'admiration de tout Paris,
Elle doit toute fa réputation
à fa beauté ; & ceux qui la
virent par hazard fur la fin
de l'année derniere dans la
Galerie de l'Hoftel de Vendôme
où elle eftoit , en furent
tellement furpris , qu'ils
ne pûrent s'empeſcher de
luy donner de grandes loüanges.
Ce qu'ils en dirent excita
la curiofité de plufieurs
autres ; de forte que tour le
GALANT. 171
4
monde à l'envy voulant voir
ce rare Ouvrage , on a eſté
obligé de conftruire une Galerie
auprés de l'une des Portes
de la Foire pour le mettre au
bout , afin de fatisfaire l'empreffement
du Public . Cette
Perſpective qui repréſente
deux Chambres à treize pieds
de hauteur , & eft large de
feize à dix-fept. Aux deux
coftez de la premiere , il y a
deux Trumeaux embellis de
Quadres , & d'autres Ornemens
tout dorez . On voit
deux grandes Croiſées au devant,
& deux au fond . Au
Pij
172 MERCURE
19
bas des deux premieres font
deux Portes ouvertes , qui
donnent entrée dans des Bal,
cons , & au travers deſquel!
les on découvre des éloigne
mens,avec une partie du Ciel.
Il n'y a perfonne qui ne cruft
que le jour qui éclaire cette
Chambre entre par les deux
Feneftres. Les Volets font de
differente maniére , les uns à
demy fermez , d'autres tout à
fait , & quelques autres ou
verts . Le Verre y eft fi bien
imité , & le jour donné fi à
propos , qu'on y prend tout
pour le naturel. Un Miroir
GALANT. 173
eft entre les croifees , & au
deffus régné zune corniche
autour de la Chambre , bla
quelle oft garnie de Vafes de
Lapis à l'antique. Entre ces
Vafes il ya plufieurs Me
daillons , dont l'un reprefens
re: le Cadran d'une Horloge.
Cette Chabre eft boifée d'un
bois de racine d'Olivier , &
dans des embrafures des
Feneftres , font des panneaux
de diverfe forte où l'om
bre des Volets & du Verre
paroiſt comme lau naturel,
auffi bien que les veines du
bois. Elle eft garnie de Chai-
•
Pij
174 MERCURE
C
fes couvertes de Velours Cramoify,
avec des Franges d'or,
& dune Tableavec fomTapis
de meline . Sept de ces Chaifes
qui font à la gauche de la
Chambre entre des croifées,
n'ont qu'un demy pied en
touté leur étendue , & dans
leur point de veuë , elles paroiffent
avoir un pied & demy
chacune. lly a aupres de
ces Chaifes une Baffe de Viole,
que l'on iroit prendre à fix
pas de là , comme fi c'étoit
un veritable Inftrument . Une
Chaife: borso deurang le dos
tourné aupres de la Table , &
GALANT. 175
une autre couchée qu'on
croiroit hors du pavé , trompent
fi fort la veuë , qu'on ne
peut s'imaginer que ce ne
foient pas de vrayes Chaiſes.
Au fond de la Chambre on
voit une Cheminée avec deux
Chenets d'Argent & au
deffus un Bufte que deux
Amours
accompagnent . Le
Plat-fond à cul de Lápe , avec
fes compartimens
dorez , n'a
que deux pieds & demy dans
toute fon étenduë , & il paroift
en avoir trente - deux
dans fon point de veuë . Son
Pavé qui eft de Marbre à par-
P iiij
176 MERCURE
quetage , paroift de meſme ,
& fi plat qu'il femble qu'on
pourroit marcher deffus . Aux
deux côtez de la Cheminée
font deux portes ouvertes
qui laiffent voir une autre
Chambre , avec trois croisées
de chaque côté , qui éclairent
le Pavé. Il eft de Marbre
de differentes couleurs à
parquetage , & les Chaifes
qu'on y voit font de Velours .
vert. Cette Chambre n'a
qu'un pied de Terrain , &
dans fon point de veuë , elle :
en a cnviron trente- cinq de
longueur. L'union des CouGALANT.
177
leurs eft fi bien obfervée dans
cette merveilleufe Perfpective
, que la veuë en eft char
mée. Elle eft de M' Boyer,
Peintre de la Ville du Puy en
Vellay , & travaillée par luy &
par les deux Fils, fort entédus
dans ces fortes d'ouvrages.
J'auray foin de vous envoyer
celuy- cy gravé dans une de
mes Lettres. Ce qui le fait admirer
n'eft pas feulement l'éloignement
qui fait la beauté
de toutes les Perspectives,
mais ce qui furprend plus
que toutes chofes , ce font
les côtez de la Chambre,
178 MERCURE
1
où font les quatre grandes
Feneftres que l'on ne
croit point de loin cftre fur
la Toile qui fait cette Perfpective
, & qu'on prend pour
les côtez de la Galerie . C'eft
en cela que confifte la grande
nouveauté de ce curieux
Ouvrage. Quand fon A. R.
alla le voir à l'Hôtel de Vendôme,
Elle fut trompée ,quoy
qu'Elle cuft dit en entrant,
que pour les Chaifes , Elle
fçavoit bien qu'elles étoient
Peintes. Ce Prince vit une
Vitre qui luy paroiffoit caffée ,
& il crut prefque d'abord
GALANT. 179
qu'elle étoit de la Maiſon.
Cette Perfpective donna tant
de plaifir à M le Duc du Maine
, qu'en fe retirant , il le fit
à reculons , difant qu'il ne
pouvoit la quitter. Il en fit
enfuite une peinture fort
avantageufe aux Perſonnes
les plus diftinguées de la
Cour, qui ayant eu la meſme
curiofité de la voir , en furent
charmées ainſi que ce jeune
Prince.
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Résumé : Chef-d'oeuvre de Peinture, [titre d'après la table]
Le texte présente une perspective remarquable découverte à Paris, qui a captivé l'admiration du public. Cette œuvre, initialement exposée dans la galerie de l'Hôtel de Vendôme, a été déplacée vers une galerie proche de la Foire en raison de la demande croissante. La perspective représente deux chambres de treize pieds de hauteur et de seize à dix-sept pieds de largeur. Elle est décorée de trumeaux, de cadres dorés, de fenêtres et de portes ouvrant sur des balcons. Les détails, tels que les volets, les miroirs et les meubles, sont d'une telle précision qu'ils trompent l'œil. La première chambre est boisée de racine d'olivier et garnie de chaises couvertes de velours cramoisi. La seconde chambre, visible à travers des portes ouvertes, est également détaillée avec soin. Cette œuvre est de M. Boyer, peintre de la ville du Puy-en-Velay, et a été réalisée en collaboration avec ses deux fils. La perspective a été admirée par des personnalités notables, dont le Duc du Maine, qui en a fait une description élogieuse à la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 103-109
Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Début :
Je vous dis dans ma Lettre du dernier mois, que Mr [...]
Mots clefs :
Marquis de Chastillon, Gentilhomme, Chambre, Mariage, Mademoiselle , Gouverneur, Chevalier, Altesse royale, Maison de Chastillon, Illustre, Alliances, Croisades, Couvents, Fondation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Je vous dis dans ma Lettre
du dernier mois , que M' le
Marquis de Chaſtillon , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , avoit
épousé Mademoiselle de
Broüilly , ſeconde Fille de
I iiij
104 MERCURE
Meſſire Antoine de Broüilly,
Marquis de Piennes , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Pignerol , Chevalier
des Ordres du Roy , ſecond
Fils de Meffire Charles de
Broüilly , Marquis de Piennes
, Comte de Lancy , Seigneur
de Meſvillers , & de
Dame Renée de Rochefort
de la Croiſette. Ce Mariage
ſe fit dans l'une des Chapelles
du Palais Royal , en preſence
de Monfieur, de Monſieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoiselle. Le foir
Son Alteſſe Royale fit l'hon-
1
GALANT. 105
neur au Marié de luy donner
laChemiſe . Les avantages de
la Maiſon de Chaftillon ;
qu'on appelle le Grand Chaftillon
, pour la diftinguer de
toutes les autres qui portent
ce nom , font extremement
confiderables . Elle l'a
tiré de Chaſtillon furMarne,
Ville de France en Champagne
, entre Epernay , & Chaſteau
- Thierry , qui ſont ſur
cette même Riviere. Guy de
Chaſtillon vivoit en 1076. ce
qui prouve une antiquité de
prés de huit Siecles. Cette illuſtre
Souche a produit plus de
106 MERCURE
vingt- cinq Branches , remplies
de vaillans Chevaliers ,
de pieux Prelats, de puiſlans
Seigneurs , Comtes , Ducs ,
Princes , Souverains , Reines,
&Papes . On trouve en cette
Maiſon un grand nombre
d'Officiers de la Couronne ,
qui ont poſſedéles plus grandes
Charges , comme Conneſtables
, Grands Maiſtres ,
Chanceliers,Amiraux, Grands
Bouteillers , Grands- Maistres
des Arbaleſtriers , Grands
Panetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux & Foreſts , Grand-
Queux de France , Gouver
GALANT . 107
neurs de Villes & de Provinces
, Lieutenans Genéraux,
même des Regens duRoyaume
, & pluſieurs Ambaſſadeurs
. Elle s'eſt alliée jufqu'à
douze fois avec la Maiſon
de France , & auſſi à celles
d'Eſpagne , Lorraine , Brabant,
Flandres , Hainaut, Namur,
Gueldre , Luxembourg,
Barcy ; & en France, à celles
de Saint Paul, Nevers, Blois,
Vendoſme , Bretagne , Lufignan,
Brienne, Roucy, Bourbon
l'ancien , Albret , Montmorency
, Coucy , Beaujeu.
On a remarqué qu'il ne s'eſt
108 MERCURE
point fait de Guerre où il n'y
ait eu des Seigneurs de cette
Maiſon, meſme en toutes les
Croiſades & Voyages de la
Terre- Sainte. Elle a poffedé
quantité de Terres & Seigneuries
& des Souverainetez
, Antioche & Tamaris
dans le Levant , Bretagne
en France , & Gueldre dans
la Baſſe Allemagne ; comme
auſſi les Comtez de Rethel,
Saint-Paul , Nevers , Blois ,
Chartres , Soiffons , Dunois,
Ponthieu , Perigord, Dammartin,
Vicomté de Limoge,
Vidamie de Reims , Laon,
1
GALANT. 109
Châlons. Je ne vous diray
rien d'un grand nombre de
Saints canoniſez, qui en font
fortis , ny de quantité d'Abbayes
& de Convents qu'elle
a fondez .
du dernier mois , que M' le
Marquis de Chaſtillon , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , avoit
épousé Mademoiselle de
Broüilly , ſeconde Fille de
I iiij
104 MERCURE
Meſſire Antoine de Broüilly,
Marquis de Piennes , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Pignerol , Chevalier
des Ordres du Roy , ſecond
Fils de Meffire Charles de
Broüilly , Marquis de Piennes
, Comte de Lancy , Seigneur
de Meſvillers , & de
Dame Renée de Rochefort
de la Croiſette. Ce Mariage
ſe fit dans l'une des Chapelles
du Palais Royal , en preſence
de Monfieur, de Monſieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoiselle. Le foir
Son Alteſſe Royale fit l'hon-
1
GALANT. 105
neur au Marié de luy donner
laChemiſe . Les avantages de
la Maiſon de Chaftillon ;
qu'on appelle le Grand Chaftillon
, pour la diftinguer de
toutes les autres qui portent
ce nom , font extremement
confiderables . Elle l'a
tiré de Chaſtillon furMarne,
Ville de France en Champagne
, entre Epernay , & Chaſteau
- Thierry , qui ſont ſur
cette même Riviere. Guy de
Chaſtillon vivoit en 1076. ce
qui prouve une antiquité de
prés de huit Siecles. Cette illuſtre
Souche a produit plus de
106 MERCURE
vingt- cinq Branches , remplies
de vaillans Chevaliers ,
de pieux Prelats, de puiſlans
Seigneurs , Comtes , Ducs ,
Princes , Souverains , Reines,
&Papes . On trouve en cette
Maiſon un grand nombre
d'Officiers de la Couronne ,
qui ont poſſedéles plus grandes
Charges , comme Conneſtables
, Grands Maiſtres ,
Chanceliers,Amiraux, Grands
Bouteillers , Grands- Maistres
des Arbaleſtriers , Grands
Panetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux & Foreſts , Grand-
Queux de France , Gouver
GALANT . 107
neurs de Villes & de Provinces
, Lieutenans Genéraux,
même des Regens duRoyaume
, & pluſieurs Ambaſſadeurs
. Elle s'eſt alliée jufqu'à
douze fois avec la Maiſon
de France , & auſſi à celles
d'Eſpagne , Lorraine , Brabant,
Flandres , Hainaut, Namur,
Gueldre , Luxembourg,
Barcy ; & en France, à celles
de Saint Paul, Nevers, Blois,
Vendoſme , Bretagne , Lufignan,
Brienne, Roucy, Bourbon
l'ancien , Albret , Montmorency
, Coucy , Beaujeu.
On a remarqué qu'il ne s'eſt
108 MERCURE
point fait de Guerre où il n'y
ait eu des Seigneurs de cette
Maiſon, meſme en toutes les
Croiſades & Voyages de la
Terre- Sainte. Elle a poffedé
quantité de Terres & Seigneuries
& des Souverainetez
, Antioche & Tamaris
dans le Levant , Bretagne
en France , & Gueldre dans
la Baſſe Allemagne ; comme
auſſi les Comtez de Rethel,
Saint-Paul , Nevers , Blois ,
Chartres , Soiffons , Dunois,
Ponthieu , Perigord, Dammartin,
Vicomté de Limoge,
Vidamie de Reims , Laon,
1
GALANT. 109
Châlons. Je ne vous diray
rien d'un grand nombre de
Saints canoniſez, qui en font
fortis , ny de quantité d'Abbayes
& de Convents qu'elle
a fondez .
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre le Marquis de Chastillon, premier Gentilhomme de la Chambre de Monfieur, et Mademoiselle de Broüilly, seconde fille de Messire Antoine de Broüilly, Marquis de Piennes, Gouverneur de la Ville et Citadelle de Pignerol. La cérémonie s'est déroulée dans une chapelle du Palais Royal en présence de Monfieur, du Duc de Chartres et de Mademoiselle. Son Altesse Royale a offert la chemise au marié. La Maison de Chastillon, originaire de Chastillon-sur-Marne, remonte à 1076 et compte près de vingt-cinq branches. Elle a produit de nombreux vaillants chevaliers, prélats, seigneurs, comtes, ducs, princes, souverains, reines et papes. La famille a occupé des charges prestigieuses telles que connétables, grands maîtres, chanceliers, amiraux, et gouverneurs. Elle s'est alliée à la Maison de France à douze reprises et à plusieurs maisons royales européennes. Les membres de cette maison ont participé à des guerres, croisades et voyages en Terre Sainte. Ils ont possédé diverses terres et seigneuries, y compris Antioche, Tamaris, la Bretagne, et la Gueldre. Le texte mentionne également des saints canonisés et des abbayes fondées par cette famille.
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5
p. 296-299
PLACET. DE TROIS DEMOISELLES Pour le terme de Pasques, A MONSIEUR M....... Conseiller au Parlement.
Début :
Les belles Personnes ont des privileges naturels qui les font / Quoy que Juge & Partie, [...]
Mots clefs :
Privilèges, Sortie, Appartement, Maison, Saison, Belles, Magistrats, Chambre
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texteReconnaissance textuelle : PLACET. DE TROIS DEMOISELLES Pour le terme de Pasques, A MONSIEUR M....... Conseiller au Parlement.
Les belles Perſonnes ont
GALANT. 297
des privileges naturels qui
les font venir à bout de tout
ce qu'elles ſouhaitent. Vous
le connoiſtrez par la réponſe
qui a efté faite à ce Placet.
25522-5252552-2555
PLACE T
DE TROIS DEMOISELLES .
Pour le terme de Paſques
A MONSIEUR M.......
Conſeiller au Parlement.
Q
WoyqueFuge& Partie,
Nousvous fupplions bume
Sauenklement
298 MERCURE
Devouloirfairemneforriap 13
Devostrobas Appartement in
SE YA N
Le temps qui conte&qui va viſte,
Faitchercher en cette Saifon,
Quandonn'apas en propre un
As'affeurer d'une Marjonta
25
La Perſonne qui nous engage
A rimertoutes trois fibien,
Ytrouverafon avantage,
GNN
D5
Etvostre Hofteffe aufs le fien
25
٥٠
Deplus encore tout le monde
Admirera voſtre équite
Et votre generosite 1319 18
Charnerala Brune&la Blonde...
01
Déve , du Tillet , &d'orville,
Feroit voir en tous lieux vostre peu
d'interest,
EGADANITI 8299
Etqu'iln'estpointde Jugeen Ville
Qui rendist contre luy,commevous
un Arrest.
Vous ferez l'entretien des Belles,
Et le plaisirfera bien doux ,
Pourun Magistrat comme vous,
D'estretové dans les Ruelles.
S2
Dans vostre Chambre moſmement !
Jeunes&vieux vous ferontfeste,
D'avoirsouscrit figalamment
Aux fins de nostre humble Requeste.
GALANT. 297
des privileges naturels qui
les font venir à bout de tout
ce qu'elles ſouhaitent. Vous
le connoiſtrez par la réponſe
qui a efté faite à ce Placet.
25522-5252552-2555
PLACE T
DE TROIS DEMOISELLES .
Pour le terme de Paſques
A MONSIEUR M.......
Conſeiller au Parlement.
Q
WoyqueFuge& Partie,
Nousvous fupplions bume
Sauenklement
298 MERCURE
Devouloirfairemneforriap 13
Devostrobas Appartement in
SE YA N
Le temps qui conte&qui va viſte,
Faitchercher en cette Saifon,
Quandonn'apas en propre un
As'affeurer d'une Marjonta
25
La Perſonne qui nous engage
A rimertoutes trois fibien,
Ytrouverafon avantage,
GNN
D5
Etvostre Hofteffe aufs le fien
25
٥٠
Deplus encore tout le monde
Admirera voſtre équite
Et votre generosite 1319 18
Charnerala Brune&la Blonde...
01
Déve , du Tillet , &d'orville,
Feroit voir en tous lieux vostre peu
d'interest,
EGADANITI 8299
Etqu'iln'estpointde Jugeen Ville
Qui rendist contre luy,commevous
un Arrest.
Vous ferez l'entretien des Belles,
Et le plaisirfera bien doux ,
Pourun Magistrat comme vous,
D'estretové dans les Ruelles.
S2
Dans vostre Chambre moſmement !
Jeunes&vieux vous ferontfeste,
D'avoirsouscrit figalamment
Aux fins de nostre humble Requeste.
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6
p. 80-89
Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
Début :
On alla le soir coucher à Vincennes. Les Ambassadeurs auroient [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Vincennes, Chambre, Paris, Coucher, Ambassadeurs, Château de Vincennes, Storf, Père de La Chaise, Entrée publique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
On alla
le foir coucher à Vincennes.
Les Ambaſſadeurs
auroient couché dans le
Chaſteau , s'il n'euſt point
eſté remply d'Ouvriers
qui y travailloient à quel.
ques racommodemens .
de Siam. 81
On les logea dans la. Maifon
du lieu qu'on trouva
la plus commode . On avoit
marqué une chambre
pour le troifiéme Ambaſſadeur
au deſſus de
celle du premier . M² Storf
le mena voir cette chambre
, qui luy pleut beaucoup
à cauſe de la veuë.
Aprés qu'il l'eut bien confiderée
, & qu'il eut auffi
regardé Paris , & l'Arc de
Triomphe qui est hors la
Porte de S. Antoine , il
82 Voyage des Amb.
&
s'aviſa de demander qui
eſtoit celuy qui devoit
coucher au deſſous de
cette Chambre. On luy
répondit que c'eſtoit le
premier Ambaffadeur ,
auffi- toft changeant de
viſage , & ne pouvant déguiſer
le trouble qui l'agitoit
, il fortit avec précipitation
comme s'il luy
fuſt arrivé quelque malheur
extraordinaire . On
luy endemanda la cauſe ,
&il dit , Que la Lettre du
de Siam. 83
e
Roy de Siam devoit estre
dans la chambre qui estoit
au deffons de celle que l'on
vouloit luy donner , & que
devant eftre toûjours plus
3 bas que la Lettre, il n'avoit
garde de coucher au deffus
d'unlieu où il ſçavoit bien
qu'on la mettroit. Quoy
Y
10
qu'il ne fuſt pas aifé de
trouver une autre cham-
1. bre dans tout ce logis qui
convinſt à fadignitéd'Ame,
baſſadeur , il aima mieux
eftre incommodé & mal
84 Voyage des Amb.
logé, que de ne pas fatisfaire
à un reſpect qu'il regardoit
comme un devoir
indiſpenſable , & auquel
il ne pouvoit manquer
fans commettre un crime
capital. Le lendemain ils
allerent voir les Animaux
qui font gardez dans le
Parc . Ils virent auſſi le
Chaſteau , & ayant remarqué
d'abord que les
Appartemens en eſtoient
doubles , ils dirent que de
pareils Logemens eſtoient
de Siam. 85
fort commodes. Ils vifiterent
les Tours ,&firent
plufieurs queſtions , fur
tout ce qui leur parut digned'eſtre
examiné. Si toſt
qu'on eut ſçeu icy leur
arrivée à Vincennes , &
quele bruit ſe fut répandu
e qu'ils y devoient paffer
e quelque temps , les plus
curieux s'y rendirent pour
es les voir , croyant qu'il y
at auroit moins de foule
e qu'on n'en trouveroit
quand ils feroient à Paris .
86 Voyage des Amb.
Cependant le nombre de
ceux dont la curiofité ne
put fouffrir de retardement
ſe trouva fort
grand. Le Pere de la Chaife
, plein de reconnoiffance
de l'eſtime particuliere
que le Roy de Siam fait
de tous ceuxde fonOrdre,
des marques qu'il en a
données aux Jefuites qui
paffoient par ſes Etats
pour ſe rendreà la Chine ,
& de l'honneur qu'il a
fait à leur Societé , en dede
Siam. 87
mandant pluſieurs de
1 leurs Peres pour demeurer
dans fon Royaume ,
avec offre de leur faire
baſtir des Eglifes & des
Maiſons , alla leur faire
compliment à Vincennes.
Lors qu'ils eurent ſceu le
Trang que ce Pere tient en
France ,& fon merite perfonnel,
ils ſe tinrent extremement
honorez de fa
e viſite , & luy firent tous
les honneurs qu'ils purent
s'imaginer . A durnos
88 Voyage des Amb.
Comme les Balots qui
renfermoient leurs Preſens
, ne pouvoient fi- toſt
arriver icy, parce qu'aprés
avoir eſté débarquez , il
avoit falu les mettre à
Roüen dans des Bateaux
qui ſont obligez de remonter
la Riviere de Seine
pour venir à Paris , ce
qui demande beaucoup
de temps , les Ambaſſadeurs
voyant qu'ils ne
pourroient avoir fi promtement
Audience de Sa
de Siam. 89
1
Majesté , à cauſe que ces
Preſens devoient eftre
conduits à Versailles , &
expoſez dans le lieu de
l'Audience , fuivant l'uſage
de leur Pays , furent
bien aiſes de differer leur
Entrée publique à Paris.
le foir coucher à Vincennes.
Les Ambaſſadeurs
auroient couché dans le
Chaſteau , s'il n'euſt point
eſté remply d'Ouvriers
qui y travailloient à quel.
ques racommodemens .
de Siam. 81
On les logea dans la. Maifon
du lieu qu'on trouva
la plus commode . On avoit
marqué une chambre
pour le troifiéme Ambaſſadeur
au deſſus de
celle du premier . M² Storf
le mena voir cette chambre
, qui luy pleut beaucoup
à cauſe de la veuë.
Aprés qu'il l'eut bien confiderée
, & qu'il eut auffi
regardé Paris , & l'Arc de
Triomphe qui est hors la
Porte de S. Antoine , il
82 Voyage des Amb.
&
s'aviſa de demander qui
eſtoit celuy qui devoit
coucher au deſſous de
cette Chambre. On luy
répondit que c'eſtoit le
premier Ambaffadeur ,
auffi- toft changeant de
viſage , & ne pouvant déguiſer
le trouble qui l'agitoit
, il fortit avec précipitation
comme s'il luy
fuſt arrivé quelque malheur
extraordinaire . On
luy endemanda la cauſe ,
&il dit , Que la Lettre du
de Siam. 83
e
Roy de Siam devoit estre
dans la chambre qui estoit
au deffons de celle que l'on
vouloit luy donner , & que
devant eftre toûjours plus
3 bas que la Lettre, il n'avoit
garde de coucher au deffus
d'unlieu où il ſçavoit bien
qu'on la mettroit. Quoy
Y
10
qu'il ne fuſt pas aifé de
trouver une autre cham-
1. bre dans tout ce logis qui
convinſt à fadignitéd'Ame,
baſſadeur , il aima mieux
eftre incommodé & mal
84 Voyage des Amb.
logé, que de ne pas fatisfaire
à un reſpect qu'il regardoit
comme un devoir
indiſpenſable , & auquel
il ne pouvoit manquer
fans commettre un crime
capital. Le lendemain ils
allerent voir les Animaux
qui font gardez dans le
Parc . Ils virent auſſi le
Chaſteau , & ayant remarqué
d'abord que les
Appartemens en eſtoient
doubles , ils dirent que de
pareils Logemens eſtoient
de Siam. 85
fort commodes. Ils vifiterent
les Tours ,&firent
plufieurs queſtions , fur
tout ce qui leur parut digned'eſtre
examiné. Si toſt
qu'on eut ſçeu icy leur
arrivée à Vincennes , &
quele bruit ſe fut répandu
e qu'ils y devoient paffer
e quelque temps , les plus
curieux s'y rendirent pour
es les voir , croyant qu'il y
at auroit moins de foule
e qu'on n'en trouveroit
quand ils feroient à Paris .
86 Voyage des Amb.
Cependant le nombre de
ceux dont la curiofité ne
put fouffrir de retardement
ſe trouva fort
grand. Le Pere de la Chaife
, plein de reconnoiffance
de l'eſtime particuliere
que le Roy de Siam fait
de tous ceuxde fonOrdre,
des marques qu'il en a
données aux Jefuites qui
paffoient par ſes Etats
pour ſe rendreà la Chine ,
& de l'honneur qu'il a
fait à leur Societé , en dede
Siam. 87
mandant pluſieurs de
1 leurs Peres pour demeurer
dans fon Royaume ,
avec offre de leur faire
baſtir des Eglifes & des
Maiſons , alla leur faire
compliment à Vincennes.
Lors qu'ils eurent ſceu le
Trang que ce Pere tient en
France ,& fon merite perfonnel,
ils ſe tinrent extremement
honorez de fa
e viſite , & luy firent tous
les honneurs qu'ils purent
s'imaginer . A durnos
88 Voyage des Amb.
Comme les Balots qui
renfermoient leurs Preſens
, ne pouvoient fi- toſt
arriver icy, parce qu'aprés
avoir eſté débarquez , il
avoit falu les mettre à
Roüen dans des Bateaux
qui ſont obligez de remonter
la Riviere de Seine
pour venir à Paris , ce
qui demande beaucoup
de temps , les Ambaſſadeurs
voyant qu'ils ne
pourroient avoir fi promtement
Audience de Sa
de Siam. 89
1
Majesté , à cauſe que ces
Preſens devoient eftre
conduits à Versailles , &
expoſez dans le lieu de
l'Audience , fuivant l'uſage
de leur Pays , furent
bien aiſes de differer leur
Entrée publique à Paris.
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Résumé : Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée des ambassadeurs de Siam à Vincennes. Initialement destinés à loger au château, ils furent hébergés dans une maison locale en raison des travaux. Le troisième ambassadeur insista pour ne pas loger au-dessus du premier, afin de respecter la hiérarchie imposée par la lettre du roi de Siam. Le lendemain, ils visitèrent les animaux du parc et le château, appréciant les appartements doubles. Leur arrivée suscita la curiosité des habitants. Le Père de la Chaise leur rendit visite, exprimant la gratitude du roi de Siam envers les Jésuites. Les ambassadeurs retardèrent leur entrée publique à Paris en attendant l'arrivée de leurs présents, nécessaires pour l'audience avec le roi de France.
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7
p. 162-180
Les Ambassadeurs sont invités aprés leur Voyage de Flandres à une Feste donnée par Monsieur à Saint Cloud. Description de cette grande Feste. [titre d'après la table]
Début :
Deux jours aprés que les Ambassadeurs furent de retour de [...]
Mots clefs :
Monsieur, Madame, Dauphin, Dauphine, Saint-Cloud, Fête, Salon, Chambre, Ambassadeurs, Temps, Heures, Personnes, Collation, Girandoles, Tables, Appartements, Qualité, Lustres, Duchesses, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs sont invités aprés leur Voyage de Flandres à une Feste donnée par Monsieur à Saint Cloud. Description de cette grande Feste. [titre d'après la table]
Deux jours aprés que les
Ambaſſadeurs furent de retour
de leur Voyage de Flandre
, ils furent invitez à une
Feſte que Monfieur donnoit
dans ſa Maiſon de S. Cloud.
Comme cette Feſte ſe faifoit
au dedans du Château , le
Premier Gentilhomme de la
Chambre y commandoit, de
meſme que le Capitaine des
Gardes à tout ce qui ſe fait
hors desAppartemens, &mêdesAmb.
de Siam. 163
:
me aux Comedies & aux Ва-
lets qui ſe font dans les Sales
deſtinées pour ces fortes de
Spectacles ; car lors qu'on en
donne dans les Appartemens,
c'eſt toûjours du Premier
Gentilhomme de la Chambre
qu'on reçoit les ordres.
Ainfi M le Comte de Tonnerre,
l'un des PremiersGentilshommes
de la Chambre
deMonfieur, & fervant alors
auprés de ce Prince, les donnoit
dans cette Feſte , pour
empeſcher la confufion qui
eft inſeparable des divertiſſemens
de cette nature. Ils
O ij
164 IV. P. du Voyage
commencerent à trois heures
aprés midy , & Monſeigneur
leDauphin,Madame laDauphine,
Monfieur & Madame
qui en faifoient les honneurs,
& les perſonnes de la premiere
qualité qui en avoient
eſté conviées, ayant traversé
toutes les Sales des Gardes,
Anti -Chambres & Cabinets
qui estoient magnifiquement
meublez de trés- belles Tapifferies
& autres meubles
nouvellement arrivez d'Alemagne
, & dont Madame a
herité de feuë Madame l'Electrice
Palatine ſa Mere , ils
des Amb. de Siam 165
paſſerent par le Salon, & par
la Galerie , l'un & l'autre
peints par M Mignard , &
allerent dans le petit Salon
de Diane , qui eſt à l'autre
bout de la Galerie , où il y
avoit un fort beau Concert
composé de Claveſſins, Violes
, Tuorbes , & Deffus de
Violon. On y demeura plus
d'une heure , & pendant ce
temps on fervit une Collation
magnifique des plus
beaux fruits de la Saifon ,
parmy leſquels il y en avoit
de fort rares , parceque leur
faiſon eftoit paffée. Le jour
166 IV. P. du Voyage
commençant à finir, on éclai
ra les Appartemens par lefquels
on venoit de paſſer. Ils
eſtoient tous garnis de Luftres,
Girandoles, Chandeliers
&Flambeaux d'argent , dont
le nombre eſtoit fort grand.
Au fortir du Concert , toute
l'Aſſemblée ſe rendit dans le
Salon où tout avoit eſté dif
posé pour le Bal. Monfeigneur
le Dauphin & Madame
la Dauphine , Monfieur
& Madame le commencerent.
Toutes les Princeſſes &
Ducheſſes formoient un cercle,
dans lequel on dança. Il
des Amb. de Siam. 167
y avoit auſſi beaucoup de
perſonnes de la premiere qualité.
Mrs les Ambaſſadeurs
de Siam eſtoient auprés des
Ducheſſes , à main droite de
Monſeigneur leDauphin. Ce
Prince leur parla ; & comme
pour luy marquer une plus
profonde veneration , ils avoient
les mains jointes ,.
Monſeigneur eut la bonté
de leur dire qu'ils pouvoient
nese point géner en les tenant
en cet état , & que dans un
temps de divertiſſement, ils pouvoient
prendre un air plus libre.
Ils répondirent par de pro168
IV. P. du Voyage
fondes inclinations , puis ils
dirent que quoyqu'ils n'euffent
pas apporté leurs Bonnets de ceremonie
, qu'ils n'oftent jamais,
& qui font mesme attachez,
ceux qu ils avoient apportezpouvoient
leur en tenir lieu , &
meſme qu'ils leur estoient toutà-
fait précieux , puisque c'estoit
un Preſent du Roy.
Ily eut beaucoup de perfonnes
de diftinction qui
vinrent de Paris pour voir ce
divertiſſement. M l'Envoyé
de Baviere , qui estoit venu
en cette Cour pour faire des
Complimens fur l'heureux
AccoudesAmb
de Siam. 169
Accouchement de Madame
laDauphine, eſtoit auſſi placé
derriere les Ducheſſes . On
dança au ſon des Violons
& des Hauts - bois . Il y
avoit environ deux heures
que le Bal eſtoit commencé,
lorſqu'on fervit une Collation
féche dans cinquante
Corbeilles remplies de toutes
fortes de Fruits , de Limes
douces, d'Oranges de la Chine,
de Confitures ſéches, de
Maſſepains, & de toute forte
de petite Patiſſerie. Quand
toute cette Collation eut
paffé devant Monſeigneur le
P
770 IV. P.du Voyage
Dauphin,&Madame laDau
phine , elle fut preſentée aux
Ducheffes , & fit le tour du
Cercle ; aprés quoy chacun
de ceux qui compofoient
l'Aſſemblée eut liberté d'en
prendre. On apporta enſuite
plus de trente petites Tables
de la Chine, que l'on appelle
Cabarets, chargées de huit ou
dix Porcelaines chacune , les
unes remplies de Chocolat,
& les autres de Thé & de
Caffé , dont chacun choiſit
felon fon goût. Toute cette
Collation fut portée par les
Officiers de la Chambre , &
1
des Amb. de Siam. 171
par ceux de la Garderobe
de Monfieur. Aprés que cha
cun eut pris ce qu'il fouhaitoit
, on recommença à dancer.
Tant que leBal dura les
Officiers du Gobelet & d'Echançonnerie
de Monfieur,
ſe tinrent dans un Veſtibule
qui eſt proche du Salon , &
donnerent àboire à tous ceux
qui en voulurent. Dans la
Sale qui eſt au deſſus de ce
Veſtibule, du côté de l'Orangerie
, il y avoit des Tables
pour toutes fortes deJeux, &
les perſonnes de la premiere
qualité, qui ne vouloient pas
Pij
172 IV. P. du Voyage
dancer, s'y divertirent à jouer.
Monſeigneury prit ce divertiffement
quelque temps avant
la fin du Bal, & y joia
au Reverſi . A coſté du lieu
où l'on joüoit , eſtoit une
Chambre où l'on alloit
boire toutes fortes de Liqueurs,
ainſi que du Chocolat,
du Thé & du Caffé, que
l'on offroit mefme à tout le
monde ; de forte que ceux
qui n'eſtoientvenus que pour
voir la Fefte , aufli bien que
ceux qui en estoient , pûrent
autant qu'ils le voulurent fatisfaire
leur forf&leur goût.
desAmb. de Siam. 173
Le Bal finit à ſept heures
&demie, & l'on pafla du Salon
où l'on avoit dancé , &
de la Chambre où l'on avoit
joüé, dans l'Orangerie , qui
eftoit éclairée par une infinité
de Luftres & de Girandoles
garnies de bougies ; &
ces Luftres & ces Girandoles
eſtant ſuſpendus entre lesOrangers,
formoient une grande
Allée toute brillante de
Criſtaux & de lumieres , qui
donnant un vif éclat à la
vetdure,produiſoient un trés
agreable effet. Cependant ce
lieu , quoyque ſi bien orné
Piij
174 IV. P. du Voyage
& fi magnifique , ne ſervoit
que de paſſage pour aller à
la Sale de la Comedie , qui
eftoit encore toute éclatante
de lumieres. On y reprefenta
Bajazet , de Mr Racine,
Treforier de France . Les Ambaſſadeurs
eurent le meſme
rang qu'ils avoient eu au Bal,
& toûjours à la droite de
Monſeigneur le Dauphin . Ils
comprirent fi bien le noeud
de la Piece , par les chofes
qu'on leur expliqua , qu'ils
entrerent dans la beauté du
ſujet, dont ils parlerent juſte,
auffi bien que du jeu des
des Amb de Siam. 175
la
Acteurs ; ce qui fut pluſieurs
fois rapporté à Monſeigneur
le Dauphin , à Madame
Dauphine , à Monfieur & à
Madame , pendant la Comedie
. Cela leur fit donner
beaucoup de loüanges & admirer
la juſteſſe de leur goût,
& la penetration de leur efprit
. La Comedie eſtant finie
à dix heures & demie, on
traverſa l'Orangerie, le grand
Salon & les Appartemens par
où l'on eſtoit venu , & enſuite
l'on entra dans le petit
Appartement de Madame, &
dans l'ancien Salon peint par
Piiij
176 IV. P. du Voyage
feu M Noiret . Le Buffet qui
eſtoit dreſſé en face , frapa
d'abord les yeux. Il avoit 25
pieds de haut fur 30 de large
, & eſtoit tout remply de
trés- beaux Ouvrages d'Argenterie
& de vermeil doré,
& il y en avoit meſme quelques-
uns d'or. Parmy cette
Argenterie on remarquoit
beaucoup de grandes Cuvettes
, de Vaſes , d'Urnes , de
Girandoles & de Flambeaux
d'argent , le tout d'un trésbeau
travail & trés -bien cizelé.
Il y avoit quatre Tables
de pareille grandeur, dans les
desAmb. de Siam. 177
quatre coins du Salon. Elles
eſtoient de 25 Couverts chacune,&
furent toutes quatre
ſervies à quatre Services, également
beaux , & en meſime
temps. Monſeigneur le Dauphin
mangea à la premiere,
Madame la Dauphine à la
ſeconde , Monfieur à la troifiéme
, & Madame à la qua
triéme ; de maniere que tous
ceux qui furent placez à ces
quatre Tables , curent l'honneur
de manger avec l'un de
ces Princes , ou l'une de ces
Princeſſes . LesDames eſtoient
magnifiquement parées , &
178 IV. P. du Voyage
elles avoient toutes enſemble
pour pluſieurs millions de
Pierreries . Les Violons jouërent
pendant le Repas. Les
Ambaſſadeurs de Siam, aprés
avoir vû la difpofition du
lieu,& le foupé, furent conduits
par le Premier Maiſtre
d'Hoſtel de Madame , dans
un lieu où ils trouverent une
Table ſervie auſſi avec beau
coup de magnificence. On
en ſervit en meſme temps
dix ou douze autres , pour
tous les Seigneurs de la Cour,
pour les perſonnes les plus
qualifiées , & pour les Offi-
১
des Amb. de Siam. 179
ciers de la Maiſon Royale.
Ainſi tous ceux qui estoient
de la Feſte, & ceux qui n'en
eſtoient que ſpectateurs , furent
tous ſplendidement regalez
, quoyque l'Affemblée
fuſt trés-nombreuſe. Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur &
Madame , avec toute leur
Cour, retournerent à Verfailles
un peu avant minuit , &
trouverent en ſortant tous
les dehors du Château éclairez
par un nombre infiny de
lumieres, qui avoient eſté posées
en divers endroits , &
180 IV . P. du Voyage
particulierement ſur les Ba
luſtrades, fur les grilles, & fur
tous les lieux élevez . Les Ambaſſadeurs,
aprés avoir confideré
cette illumination , prirent
le chemin de Paris,
pleins de la magnificence,
bontez & de la grandeur de
Monfieur , qui foûtient avec
tout l'éclat poffible le rang
glorieux où la naiſſance l'a
mis.
Ambaſſadeurs furent de retour
de leur Voyage de Flandre
, ils furent invitez à une
Feſte que Monfieur donnoit
dans ſa Maiſon de S. Cloud.
Comme cette Feſte ſe faifoit
au dedans du Château , le
Premier Gentilhomme de la
Chambre y commandoit, de
meſme que le Capitaine des
Gardes à tout ce qui ſe fait
hors desAppartemens, &mêdesAmb.
de Siam. 163
:
me aux Comedies & aux Ва-
lets qui ſe font dans les Sales
deſtinées pour ces fortes de
Spectacles ; car lors qu'on en
donne dans les Appartemens,
c'eſt toûjours du Premier
Gentilhomme de la Chambre
qu'on reçoit les ordres.
Ainfi M le Comte de Tonnerre,
l'un des PremiersGentilshommes
de la Chambre
deMonfieur, & fervant alors
auprés de ce Prince, les donnoit
dans cette Feſte , pour
empeſcher la confufion qui
eft inſeparable des divertiſſemens
de cette nature. Ils
O ij
164 IV. P. du Voyage
commencerent à trois heures
aprés midy , & Monſeigneur
leDauphin,Madame laDauphine,
Monfieur & Madame
qui en faifoient les honneurs,
& les perſonnes de la premiere
qualité qui en avoient
eſté conviées, ayant traversé
toutes les Sales des Gardes,
Anti -Chambres & Cabinets
qui estoient magnifiquement
meublez de trés- belles Tapifferies
& autres meubles
nouvellement arrivez d'Alemagne
, & dont Madame a
herité de feuë Madame l'Electrice
Palatine ſa Mere , ils
des Amb. de Siam 165
paſſerent par le Salon, & par
la Galerie , l'un & l'autre
peints par M Mignard , &
allerent dans le petit Salon
de Diane , qui eſt à l'autre
bout de la Galerie , où il y
avoit un fort beau Concert
composé de Claveſſins, Violes
, Tuorbes , & Deffus de
Violon. On y demeura plus
d'une heure , & pendant ce
temps on fervit une Collation
magnifique des plus
beaux fruits de la Saifon ,
parmy leſquels il y en avoit
de fort rares , parceque leur
faiſon eftoit paffée. Le jour
166 IV. P. du Voyage
commençant à finir, on éclai
ra les Appartemens par lefquels
on venoit de paſſer. Ils
eſtoient tous garnis de Luftres,
Girandoles, Chandeliers
&Flambeaux d'argent , dont
le nombre eſtoit fort grand.
Au fortir du Concert , toute
l'Aſſemblée ſe rendit dans le
Salon où tout avoit eſté dif
posé pour le Bal. Monfeigneur
le Dauphin & Madame
la Dauphine , Monfieur
& Madame le commencerent.
Toutes les Princeſſes &
Ducheſſes formoient un cercle,
dans lequel on dança. Il
des Amb. de Siam. 167
y avoit auſſi beaucoup de
perſonnes de la premiere qualité.
Mrs les Ambaſſadeurs
de Siam eſtoient auprés des
Ducheſſes , à main droite de
Monſeigneur leDauphin. Ce
Prince leur parla ; & comme
pour luy marquer une plus
profonde veneration , ils avoient
les mains jointes ,.
Monſeigneur eut la bonté
de leur dire qu'ils pouvoient
nese point géner en les tenant
en cet état , & que dans un
temps de divertiſſement, ils pouvoient
prendre un air plus libre.
Ils répondirent par de pro168
IV. P. du Voyage
fondes inclinations , puis ils
dirent que quoyqu'ils n'euffent
pas apporté leurs Bonnets de ceremonie
, qu'ils n'oftent jamais,
& qui font mesme attachez,
ceux qu ils avoient apportezpouvoient
leur en tenir lieu , &
meſme qu'ils leur estoient toutà-
fait précieux , puisque c'estoit
un Preſent du Roy.
Ily eut beaucoup de perfonnes
de diftinction qui
vinrent de Paris pour voir ce
divertiſſement. M l'Envoyé
de Baviere , qui estoit venu
en cette Cour pour faire des
Complimens fur l'heureux
AccoudesAmb
de Siam. 169
Accouchement de Madame
laDauphine, eſtoit auſſi placé
derriere les Ducheſſes . On
dança au ſon des Violons
& des Hauts - bois . Il y
avoit environ deux heures
que le Bal eſtoit commencé,
lorſqu'on fervit une Collation
féche dans cinquante
Corbeilles remplies de toutes
fortes de Fruits , de Limes
douces, d'Oranges de la Chine,
de Confitures ſéches, de
Maſſepains, & de toute forte
de petite Patiſſerie. Quand
toute cette Collation eut
paffé devant Monſeigneur le
P
770 IV. P.du Voyage
Dauphin,&Madame laDau
phine , elle fut preſentée aux
Ducheffes , & fit le tour du
Cercle ; aprés quoy chacun
de ceux qui compofoient
l'Aſſemblée eut liberté d'en
prendre. On apporta enſuite
plus de trente petites Tables
de la Chine, que l'on appelle
Cabarets, chargées de huit ou
dix Porcelaines chacune , les
unes remplies de Chocolat,
& les autres de Thé & de
Caffé , dont chacun choiſit
felon fon goût. Toute cette
Collation fut portée par les
Officiers de la Chambre , &
1
des Amb. de Siam. 171
par ceux de la Garderobe
de Monfieur. Aprés que cha
cun eut pris ce qu'il fouhaitoit
, on recommença à dancer.
Tant que leBal dura les
Officiers du Gobelet & d'Echançonnerie
de Monfieur,
ſe tinrent dans un Veſtibule
qui eſt proche du Salon , &
donnerent àboire à tous ceux
qui en voulurent. Dans la
Sale qui eſt au deſſus de ce
Veſtibule, du côté de l'Orangerie
, il y avoit des Tables
pour toutes fortes deJeux, &
les perſonnes de la premiere
qualité, qui ne vouloient pas
Pij
172 IV. P. du Voyage
dancer, s'y divertirent à jouer.
Monſeigneury prit ce divertiffement
quelque temps avant
la fin du Bal, & y joia
au Reverſi . A coſté du lieu
où l'on joüoit , eſtoit une
Chambre où l'on alloit
boire toutes fortes de Liqueurs,
ainſi que du Chocolat,
du Thé & du Caffé, que
l'on offroit mefme à tout le
monde ; de forte que ceux
qui n'eſtoientvenus que pour
voir la Fefte , aufli bien que
ceux qui en estoient , pûrent
autant qu'ils le voulurent fatisfaire
leur forf&leur goût.
desAmb. de Siam. 173
Le Bal finit à ſept heures
&demie, & l'on pafla du Salon
où l'on avoit dancé , &
de la Chambre où l'on avoit
joüé, dans l'Orangerie , qui
eftoit éclairée par une infinité
de Luftres & de Girandoles
garnies de bougies ; &
ces Luftres & ces Girandoles
eſtant ſuſpendus entre lesOrangers,
formoient une grande
Allée toute brillante de
Criſtaux & de lumieres , qui
donnant un vif éclat à la
vetdure,produiſoient un trés
agreable effet. Cependant ce
lieu , quoyque ſi bien orné
Piij
174 IV. P. du Voyage
& fi magnifique , ne ſervoit
que de paſſage pour aller à
la Sale de la Comedie , qui
eftoit encore toute éclatante
de lumieres. On y reprefenta
Bajazet , de Mr Racine,
Treforier de France . Les Ambaſſadeurs
eurent le meſme
rang qu'ils avoient eu au Bal,
& toûjours à la droite de
Monſeigneur le Dauphin . Ils
comprirent fi bien le noeud
de la Piece , par les chofes
qu'on leur expliqua , qu'ils
entrerent dans la beauté du
ſujet, dont ils parlerent juſte,
auffi bien que du jeu des
des Amb de Siam. 175
la
Acteurs ; ce qui fut pluſieurs
fois rapporté à Monſeigneur
le Dauphin , à Madame
Dauphine , à Monfieur & à
Madame , pendant la Comedie
. Cela leur fit donner
beaucoup de loüanges & admirer
la juſteſſe de leur goût,
& la penetration de leur efprit
. La Comedie eſtant finie
à dix heures & demie, on
traverſa l'Orangerie, le grand
Salon & les Appartemens par
où l'on eſtoit venu , & enſuite
l'on entra dans le petit
Appartement de Madame, &
dans l'ancien Salon peint par
Piiij
176 IV. P. du Voyage
feu M Noiret . Le Buffet qui
eſtoit dreſſé en face , frapa
d'abord les yeux. Il avoit 25
pieds de haut fur 30 de large
, & eſtoit tout remply de
trés- beaux Ouvrages d'Argenterie
& de vermeil doré,
& il y en avoit meſme quelques-
uns d'or. Parmy cette
Argenterie on remarquoit
beaucoup de grandes Cuvettes
, de Vaſes , d'Urnes , de
Girandoles & de Flambeaux
d'argent , le tout d'un trésbeau
travail & trés -bien cizelé.
Il y avoit quatre Tables
de pareille grandeur, dans les
desAmb. de Siam. 177
quatre coins du Salon. Elles
eſtoient de 25 Couverts chacune,&
furent toutes quatre
ſervies à quatre Services, également
beaux , & en meſime
temps. Monſeigneur le Dauphin
mangea à la premiere,
Madame la Dauphine à la
ſeconde , Monfieur à la troifiéme
, & Madame à la qua
triéme ; de maniere que tous
ceux qui furent placez à ces
quatre Tables , curent l'honneur
de manger avec l'un de
ces Princes , ou l'une de ces
Princeſſes . LesDames eſtoient
magnifiquement parées , &
178 IV. P. du Voyage
elles avoient toutes enſemble
pour pluſieurs millions de
Pierreries . Les Violons jouërent
pendant le Repas. Les
Ambaſſadeurs de Siam, aprés
avoir vû la difpofition du
lieu,& le foupé, furent conduits
par le Premier Maiſtre
d'Hoſtel de Madame , dans
un lieu où ils trouverent une
Table ſervie auſſi avec beau
coup de magnificence. On
en ſervit en meſme temps
dix ou douze autres , pour
tous les Seigneurs de la Cour,
pour les perſonnes les plus
qualifiées , & pour les Offi-
১
des Amb. de Siam. 179
ciers de la Maiſon Royale.
Ainſi tous ceux qui estoient
de la Feſte, & ceux qui n'en
eſtoient que ſpectateurs , furent
tous ſplendidement regalez
, quoyque l'Affemblée
fuſt trés-nombreuſe. Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur &
Madame , avec toute leur
Cour, retournerent à Verfailles
un peu avant minuit , &
trouverent en ſortant tous
les dehors du Château éclairez
par un nombre infiny de
lumieres, qui avoient eſté posées
en divers endroits , &
180 IV . P. du Voyage
particulierement ſur les Ba
luſtrades, fur les grilles, & fur
tous les lieux élevez . Les Ambaſſadeurs,
aprés avoir confideré
cette illumination , prirent
le chemin de Paris,
pleins de la magnificence,
bontez & de la grandeur de
Monfieur , qui foûtient avec
tout l'éclat poffible le rang
glorieux où la naiſſance l'a
mis.
Fermer
Résumé : Les Ambassadeurs sont invités aprés leur Voyage de Flandres à une Feste donnée par Monsieur à Saint Cloud. Description de cette grande Feste. [titre d'après la table]
Deux jours après le retour des ambassadeurs de Flandre, ceux-ci furent invités à une fête organisée par Monseigneur dans sa maison de Saint-Cloud. La fête se déroula à l'intérieur du château, sous la supervision du Premier Gentilhomme de la Chambre et du Capitaine des Gardes. Le Comte de Tonnerre, Premier Gentilhomme de la Chambre, donna les ordres nécessaires pour éviter toute confusion. Les festivités commencèrent à trois heures de l'après-midi. Le Dauphin, la Dauphine, Monseigneur et Madame accueillirent les invités, qui traversèrent des salles magnifiquement décorées de tapisseries et de meubles récemment arrivés d'Allemagne. Ils se dirigèrent vers le petit Salon de Diane pour un concert, suivi d'une collation de fruits rares. Les appartements furent ensuite éclairés avec des lustres, girandoles, chandeliers et flambeaux en argent. Après le concert, l'assemblée se rendit dans le Salon pour le bal, inauguré par le Dauphin, la Dauphine, Monseigneur et Madame. Les ambassadeurs de Siam, placés près des duchesses, furent invités à se détendre par Monseigneur. Le bal fut suivi d'une collation de fruits, limons, oranges, confitures et pâtisseries. Des tables chargées de porcelaines remplies de chocolat, thé et café furent ensuite apportées. Pendant le bal, des officiers servirent des boissons, et une salle de jeux fut mise à disposition pour ceux qui ne souhaitaient pas danser. Monseigneur joua au reversi. À la fin du bal, l'assemblée se dirigea vers l'orangerie éclairée, puis vers la salle de comédie où fut représentée 'Bajazet' de Racine. Les ambassadeurs apprécièrent la pièce et en discutèrent avec les princes. Après la comédie, les invités traversèrent l'orangerie et le grand Salon pour entrer dans le petit appartement de Madame, où un buffet somptueux fut servi. Les ambassadeurs furent conduits à une table magnifiquement dressée. Tous les invités, y compris les spectateurs, furent splendidement régalés. La fête se termina peu avant minuit, avec une illumination spectaculaire des extérieurs du château. Les ambassadeurs retournèrent à Paris, impressionnés par la magnificence et la grandeur de Monseigneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 108-114
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Nous avons perdu sur la fin du dernier mois quelques [...]
Mots clefs :
Conseiller, Parlement, Paris, Chambre, Secrétaire, Président, Balthazar Phélypeaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Nous avons perdu sur la
fin du dernier mois quelques
Personnes considerables,dont
voicy les noms.
Messire François Gatien.)
receu le 13. Juillet 1685. Conseiller
au Parlement de Paris,
en la feconde Chambre des
Requestes du Palais. Il avoic
esté auparavant Conseiller au
Chastelet.
Messire Louis Rose de
Coye, Secretaire du Cabinet
du Roy, & Conseiller au
Parlement de Mets. lialaisse
des Enfans de Dame de
IluLFilie de Messire Louis
deBailleul, Marquis de Chasteau-
Gontierj & President au
Mortier au Parlement de Paris,
& petite-Fille de Messire
Nicolas de Bailleul
)
aussi President
au Mortier dans le même
Parlement, & Surintendant
des Finances de France.
M. de Coyeestoit Fils de
MessireToussaintRose
,
President
en la Chambre des
Comptes de Paris, & Secrétaire
du Cabinet du Roy.
Ceil: un homme d'un merite
tres distingué; vous sçavez
qu'il est de l'Academie Françoise.
Dame Madeleine Danguechin.
Elle estoitVeuve de
Messire Paul Hay, Marquis
du Chatelet, Conseiller d'Etat
ordinaire
,
qui elloit de
l'Academie Françoise,& d'une
ancienneFamille de Bcetagne.
La Famille des £)a£Lguea
chin a donné divers Officiers
auParlement & plusieurs
Procureurs Generaux à la
Cour des Aides -de Paris3 &
gorte d'argent à trois testes de
Corbeaux, de fable.. •**
MessireBaltazar Phelypèaux
cTH-rbault. Il estoit AumônierduRoy,
AbbédeBourgmoyen
de Blois, & de Saint
Laurent lez Cone, & Fils de
MelEre Baltazar PhelIpeux,
Sieur d'Herbault >mort Confciller-
d'Estac> & de Dame
Marielc Feron,Fille de Raoul
leFeton? Maistredes Comptes,
&deRenée Hennequin.
Son Ayeulestoit Remond
Phelypeaux" S' d'Herbault &
de la Vrilliere, Secretaire
d'Etat, & son A yeule, Claude
Gobelin, Fille deBaltazar
Gobelin, President en la
Chambre des Comptes. Il y
a eu plusieurs Secrétaires d'Etat
de ce nom qui ont trèsfidellement
servy nos Rois,
& se font rendus considerables
par leur merite particulier
, qu'ils ont fait paroistre
en diversesNégociations impl'aovrtaannttaegse)
où *ils ont réfussîà
de cette CouronJile.
Mr l'Abbéd'Herbault
quivient de mourir, estoit
Neveu de feu Messire Louïs
Phelypeaux de la Vrilliere,
Secretaire d'Etat, PeredeMr
deChateauneuf
, digne Succdlèur
de cette Charge. Il
laisseun Frere, Messire François
Phelypeaux, , St d'Herbaulet
Conseiller honoraire
en la Grand Chambre du
Parlement de Paris, dont la
Jïille Marie-AnnePhelypeaux
est morte peu de jours après
[sonOOnnccl-lee.. pPheellypeeaauuxx portrte
JcArtelé auI. 4--aurfcmê
de aiAJLtre feuilles d'argent ail
franc d'Hermines, au 2. & 3.
d'argent à trois lezards de Sinople.
Ils sont alliez aux de Rochechoüart,
deTonnecharante,
du Bléd'Uxelles
,
de
Buade-de Palluau-de Frontenac?
Crevant- d'Humieres,
Garrault, de Beau- harnois-de
Miramion, le Feron, Henncquin,
Loisel, Mangot-de-Villarceau,
Talon
,
Bignon,Habert-
de-Montmort
,
Gobelin,
de Raconis, de Neufville-
Bury
,
de Fourcy, Particelly-
d'Hemery
,
de Hodicqde-
Marly, de Ville bois) &
autres.
fin du dernier mois quelques
Personnes considerables,dont
voicy les noms.
Messire François Gatien.)
receu le 13. Juillet 1685. Conseiller
au Parlement de Paris,
en la feconde Chambre des
Requestes du Palais. Il avoic
esté auparavant Conseiller au
Chastelet.
Messire Louis Rose de
Coye, Secretaire du Cabinet
du Roy, & Conseiller au
Parlement de Mets. lialaisse
des Enfans de Dame de
IluLFilie de Messire Louis
deBailleul, Marquis de Chasteau-
Gontierj & President au
Mortier au Parlement de Paris,
& petite-Fille de Messire
Nicolas de Bailleul
)
aussi President
au Mortier dans le même
Parlement, & Surintendant
des Finances de France.
M. de Coyeestoit Fils de
MessireToussaintRose
,
President
en la Chambre des
Comptes de Paris, & Secrétaire
du Cabinet du Roy.
Ceil: un homme d'un merite
tres distingué; vous sçavez
qu'il est de l'Academie Françoise.
Dame Madeleine Danguechin.
Elle estoitVeuve de
Messire Paul Hay, Marquis
du Chatelet, Conseiller d'Etat
ordinaire
,
qui elloit de
l'Academie Françoise,& d'une
ancienneFamille de Bcetagne.
La Famille des £)a£Lguea
chin a donné divers Officiers
auParlement & plusieurs
Procureurs Generaux à la
Cour des Aides -de Paris3 &
gorte d'argent à trois testes de
Corbeaux, de fable.. •**
MessireBaltazar Phelypèaux
cTH-rbault. Il estoit AumônierduRoy,
AbbédeBourgmoyen
de Blois, & de Saint
Laurent lez Cone, & Fils de
MelEre Baltazar PhelIpeux,
Sieur d'Herbault >mort Confciller-
d'Estac> & de Dame
Marielc Feron,Fille de Raoul
leFeton? Maistredes Comptes,
&deRenée Hennequin.
Son Ayeulestoit Remond
Phelypeaux" S' d'Herbault &
de la Vrilliere, Secretaire
d'Etat, & son A yeule, Claude
Gobelin, Fille deBaltazar
Gobelin, President en la
Chambre des Comptes. Il y
a eu plusieurs Secrétaires d'Etat
de ce nom qui ont trèsfidellement
servy nos Rois,
& se font rendus considerables
par leur merite particulier
, qu'ils ont fait paroistre
en diversesNégociations impl'aovrtaannttaegse)
où *ils ont réfussîà
de cette CouronJile.
Mr l'Abbéd'Herbault
quivient de mourir, estoit
Neveu de feu Messire Louïs
Phelypeaux de la Vrilliere,
Secretaire d'Etat, PeredeMr
deChateauneuf
, digne Succdlèur
de cette Charge. Il
laisseun Frere, Messire François
Phelypeaux, , St d'Herbaulet
Conseiller honoraire
en la Grand Chambre du
Parlement de Paris, dont la
Jïille Marie-AnnePhelypeaux
est morte peu de jours après
[sonOOnnccl-lee.. pPheellypeeaauuxx portrte
JcArtelé auI. 4--aurfcmê
de aiAJLtre feuilles d'argent ail
franc d'Hermines, au 2. & 3.
d'argent à trois lezards de Sinople.
Ils sont alliez aux de Rochechoüart,
deTonnecharante,
du Bléd'Uxelles
,
de
Buade-de Palluau-de Frontenac?
Crevant- d'Humieres,
Garrault, de Beau- harnois-de
Miramion, le Feron, Henncquin,
Loisel, Mangot-de-Villarceau,
Talon
,
Bignon,Habert-
de-Montmort
,
Gobelin,
de Raconis, de Neufville-
Bury
,
de Fourcy, Particelly-
d'Hemery
,
de Hodicqde-
Marly, de Ville bois) &
autres.
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9
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
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Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 196-210
LA PRESENCE d'esprit, Avanture nouvelle.
Début :
Les plaintes soulagent ceux qui souffrent, & sur tout les [...]
Mots clefs :
Femme, Chambre, Garderobe, Aventure, Esprit, Homme, Bougie, Jalousie
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texteReconnaissance textuelle : LA PRESENCE d'esprit, Avanture nouvelle.
LAPESENCE
d'esprit, Avanture nouvelle.
Les plaintes soulagent
ceux qui souffrent, & sur
tout les Dames, quelques
unes même ne iônt pas
faschées que des maux legers leur servent de prétexteau plaisir de se plaindre ; mais les mîux de
l'esprit sont ceux que les
plaintes soulagent le plus.
:'
: Une Dame trés vertueuse estoittourmentée
par la jalousie de [on.mary, & n'avoit d'autreconsolationquecelle de s'en
plaindreàunveritable
amy qui n'estoit point
connu de son tnalY, &
qu'eue n'osoit luy faire
connoistre parce qu'il estoit assez jeune pour luy
donner de l'ombrage,
elle voyoit quelquefois
cet amy dans la chambre
d'une Demoisellequ'elle
avoit & qui estoit d'assez
bonne maison pour qu'elle l'a regardast plustost
comme une amie que
comme une femme à elle.
Cette Demoiselle « estoit
bien faite, Se le mary jaloux en devint amoureux. Un soir voulant
entrer dans sa chambre
il tourna la clef',.& s'aperçut qu'elle estoit fermée au verrouil
,
& dans
lemesme temps entendit
la voix d'un homme ;'.
-
*•
donc il fut allarmé sur le.
compte de la Demoiselle, mais aprés avoir un
peu pressé l'oreille qu'il
avoit trèsfine, comme
l'ont ord inairement les
jaloux, il entendit la voix
de sa fCfilineJ il fut. frappé d'un double coup, je
vous laisse à juger lequel
luy fut le plus rude: il
resva quelque temps au
party qu'il prendrait,ensuite il fermadoucemeat
la P&tc à double tour
,
afin que pas un des trois
ne pust sortir de la chambre
,
& prist le grand tour
pour aller gagner une
garderobe qui estoit de
l'autre costé de cette
chambre &qui dégageoit
un corridor, où il laissa
le flambeau qu'il tenoit
afin de se glisser sansmicre dans la garderobe,
&de pouvoirentendre
ce qui ledisoit entre l'amy la femme & la Demoiselle
,
à peine estoit il
entré-dans la garderobe,
que la femme qui s'en
aperceut feignantde
vouloirmoucher la bougie ;
réteignit avec les
mouchetes pour donner
le loisir à l'amyd'ouvrir
la porte doucement& de
se sauver,elle cria aussitost à la Demoiselle d'aller ralumer sa boucrie
pendant ce temps là l'amy ayant /- tenté vainement d'ouvrir la porte dit
tousbas à la femme qu'il
alloit tascher de se sauver
par la garderobe
,
parce
qu'apparammentle mary
estoitence momentdaus^
la chambre
,
ilsy estoient
en effet alors tous quatre
bien intriguez iàns, dire
mot,&marchant tous
sur la pointe du pied je
ne puis pas bien vous décrire la marthe de cette
scene nocturne QU; chacun tendoit à son but,
celuy du mary estoit de
si:; mettre en un endroit
d'où il pust voir sans ettre veu, car ilne s'estoit
point apperceuqu'ilestoit
découvert ;..-& la Demoiselle, pouis donner le loisir à sa maistresse & à l'amy de s'échapper, feignoit de battre le fusil en
un coinde la chambre, &
de vouloir rallumer la
bougie, ce que le mary
attendoit, s'estant porté
proche la.porte de sa
garderobe; A l'égard de
l'amy - il cherchoità taA
•
tons cette porte pour se
sauver, & ne la trouva
pas sitost que la femme
,
qui en mefrre tempstrouva par hasard le bras de
sonmary quelle prit pour
celuy de son ami; les
premières paroles qu'elle
luy dit tout basneroulerent par bonheur que -sur
des plaintes de la jalousie
de son mari
,
& ne marquerent aucun autrecommerce avec l'ami
,
parce
qu'eneffet je dois estre
persuade que toutes les
femmesdont on met les
avantures dans le Mercure,
sont dans la regle des
bonnesmœurs. Celle-cy
après aVOIr) comme j'ay
dit, fait quelques plaintes de son mari à ion mari
mesme qu'ellecroyoitson
ami, reconnut sa méprise, premierement parct
qu'il ne répondoit point,
&C de plus parce qu'il traversoit la garderobe & le
corridor plus lentement
*
qu'elle ne vouloir
, voulant entendre la confes
sion de sa femme le plus
longtemps qu'ilpourrait,
& craignant d'arriver à
l'endroit où il avoit lai/Té
la bougie, la femme s'ef
tantdonc apperceuë qu
elle parloità
sonmari,continua son discours avec
une presence d'esprit admirable
,
car elle fit succeder aux plaintes sur le
mari, une exhortation vive d'épouser le plustost
qu'il pourroit cette Demoifdie quiestoit de bonne maison ,&que s'il
tardoit davantage, ellene
pourroit se dispenser de
la mettre dehors parce
qu'elle feroit perduë si jamais son mari lerencontroitchez elle. Quand
elle en eut assez dit pour
se * disculper, elle feignit
dene s'appercevoir qu'en
ce moment de sa méprise
à la lueur de la bougie
dontils estoientproche.
alors elle fit un cri de furprise
,
où elle joignit enfuite des mouvemens de
colere si bien contrefaits
contre l'ami, que sans
donner le tempsau mari
de se reconnoistre ni de
répondre, elleprit le flam-
-
beau & courut comme
transportée de rage faire
millereprochesîux deux
amants prétendus qui
l'avoient exposée à une
pareille avanture , l'ami
-
qui avoit de l'esprit fut
0
d'abord
d'abordau fait, & se jettaaux pieds de la femme
ses lui demanda retardemens, pardon &pro-de
mit
l'épouser àla,dès Demoiselle lelende- de
main&del'emmeneren
Province
,
ce fut la le
coup de mailire, car le
mariamoureuxalarméde lapertedesamaiitrdïcr,.
en oublia tous les Coupçons contre sa femme, St lerestede la soirée fut
employé de la part du
mari à trouver sinement
les moyens de retarder ce
mariage, & de la part
de la femme a feindre de
vouloir le haster. Je n'ay
point sceu ce qui fut decidé
)
la femme justifiée
par sa presence d'esprit,
efl: le point unique que
ay voulu traiter, & par
consequent cette avanture doit finir parlà.
d'esprit, Avanture nouvelle.
Les plaintes soulagent
ceux qui souffrent, & sur
tout les Dames, quelques
unes même ne iônt pas
faschées que des maux legers leur servent de prétexteau plaisir de se plaindre ; mais les mîux de
l'esprit sont ceux que les
plaintes soulagent le plus.
:'
: Une Dame trés vertueuse estoittourmentée
par la jalousie de [on.mary, & n'avoit d'autreconsolationquecelle de s'en
plaindreàunveritable
amy qui n'estoit point
connu de son tnalY, &
qu'eue n'osoit luy faire
connoistre parce qu'il estoit assez jeune pour luy
donner de l'ombrage,
elle voyoit quelquefois
cet amy dans la chambre
d'une Demoisellequ'elle
avoit & qui estoit d'assez
bonne maison pour qu'elle l'a regardast plustost
comme une amie que
comme une femme à elle.
Cette Demoiselle « estoit
bien faite, Se le mary jaloux en devint amoureux. Un soir voulant
entrer dans sa chambre
il tourna la clef',.& s'aperçut qu'elle estoit fermée au verrouil
,
& dans
lemesme temps entendit
la voix d'un homme ;'.
-
*•
donc il fut allarmé sur le.
compte de la Demoiselle, mais aprés avoir un
peu pressé l'oreille qu'il
avoit trèsfine, comme
l'ont ord inairement les
jaloux, il entendit la voix
de sa fCfilineJ il fut. frappé d'un double coup, je
vous laisse à juger lequel
luy fut le plus rude: il
resva quelque temps au
party qu'il prendrait,ensuite il fermadoucemeat
la P&tc à double tour
,
afin que pas un des trois
ne pust sortir de la chambre
,
& prist le grand tour
pour aller gagner une
garderobe qui estoit de
l'autre costé de cette
chambre &qui dégageoit
un corridor, où il laissa
le flambeau qu'il tenoit
afin de se glisser sansmicre dans la garderobe,
&de pouvoirentendre
ce qui ledisoit entre l'amy la femme & la Demoiselle
,
à peine estoit il
entré-dans la garderobe,
que la femme qui s'en
aperceut feignantde
vouloirmoucher la bougie ;
réteignit avec les
mouchetes pour donner
le loisir à l'amyd'ouvrir
la porte doucement& de
se sauver,elle cria aussitost à la Demoiselle d'aller ralumer sa boucrie
pendant ce temps là l'amy ayant /- tenté vainement d'ouvrir la porte dit
tousbas à la femme qu'il
alloit tascher de se sauver
par la garderobe
,
parce
qu'apparammentle mary
estoitence momentdaus^
la chambre
,
ilsy estoient
en effet alors tous quatre
bien intriguez iàns, dire
mot,&marchant tous
sur la pointe du pied je
ne puis pas bien vous décrire la marthe de cette
scene nocturne QU; chacun tendoit à son but,
celuy du mary estoit de
si:; mettre en un endroit
d'où il pust voir sans ettre veu, car ilne s'estoit
point apperceuqu'ilestoit
découvert ;..-& la Demoiselle, pouis donner le loisir à sa maistresse & à l'amy de s'échapper, feignoit de battre le fusil en
un coinde la chambre, &
de vouloir rallumer la
bougie, ce que le mary
attendoit, s'estant porté
proche la.porte de sa
garderobe; A l'égard de
l'amy - il cherchoità taA
•
tons cette porte pour se
sauver, & ne la trouva
pas sitost que la femme
,
qui en mefrre tempstrouva par hasard le bras de
sonmary quelle prit pour
celuy de son ami; les
premières paroles qu'elle
luy dit tout basneroulerent par bonheur que -sur
des plaintes de la jalousie
de son mari
,
& ne marquerent aucun autrecommerce avec l'ami
,
parce
qu'eneffet je dois estre
persuade que toutes les
femmesdont on met les
avantures dans le Mercure,
sont dans la regle des
bonnesmœurs. Celle-cy
après aVOIr) comme j'ay
dit, fait quelques plaintes de son mari à ion mari
mesme qu'ellecroyoitson
ami, reconnut sa méprise, premierement parct
qu'il ne répondoit point,
&C de plus parce qu'il traversoit la garderobe & le
corridor plus lentement
*
qu'elle ne vouloir
, voulant entendre la confes
sion de sa femme le plus
longtemps qu'ilpourrait,
& craignant d'arriver à
l'endroit où il avoit lai/Té
la bougie, la femme s'ef
tantdonc apperceuë qu
elle parloità
sonmari,continua son discours avec
une presence d'esprit admirable
,
car elle fit succeder aux plaintes sur le
mari, une exhortation vive d'épouser le plustost
qu'il pourroit cette Demoifdie quiestoit de bonne maison ,&que s'il
tardoit davantage, ellene
pourroit se dispenser de
la mettre dehors parce
qu'elle feroit perduë si jamais son mari lerencontroitchez elle. Quand
elle en eut assez dit pour
se * disculper, elle feignit
dene s'appercevoir qu'en
ce moment de sa méprise
à la lueur de la bougie
dontils estoientproche.
alors elle fit un cri de furprise
,
où elle joignit enfuite des mouvemens de
colere si bien contrefaits
contre l'ami, que sans
donner le tempsau mari
de se reconnoistre ni de
répondre, elleprit le flam-
-
beau & courut comme
transportée de rage faire
millereprochesîux deux
amants prétendus qui
l'avoient exposée à une
pareille avanture , l'ami
-
qui avoit de l'esprit fut
0
d'abord
d'abordau fait, & se jettaaux pieds de la femme
ses lui demanda retardemens, pardon &pro-de
mit
l'épouser àla,dès Demoiselle lelende- de
main&del'emmeneren
Province
,
ce fut la le
coup de mailire, car le
mariamoureuxalarméde lapertedesamaiitrdïcr,.
en oublia tous les Coupçons contre sa femme, St lerestede la soirée fut
employé de la part du
mari à trouver sinement
les moyens de retarder ce
mariage, & de la part
de la femme a feindre de
vouloir le haster. Je n'ay
point sceu ce qui fut decidé
)
la femme justifiée
par sa presence d'esprit,
efl: le point unique que
ay voulu traiter, & par
consequent cette avanture doit finir parlà.
Fermer
Résumé : LA PRESENCE d'esprit, Avanture nouvelle.
Le texte relate une intrigue complexe impliquant une dame vertueuse et son mari jaloux. La dame, tourmentée par la jalousie de son mari, se confie à un ami secret qu'elle ne peut révéler à son époux en raison de son jeune âge. Un soir, le mari jaloux surprend des voix dans la chambre de la demoiselle, amie de sa femme. Il découvre alors que sa femme et son ami sont présents, ainsi que la demoiselle et son propre amant. Une scène confuse s'ensuit, où chacun tente de se sauver sans être découvert. La femme, feignant de vouloir rallumer une bougie, aide son ami à s'échapper. Elle reconnaît ensuite son mari et continue de parler pour se disculper, allant même jusqu'à exhorter son mari à épouser la demoiselle. Finalement, elle feint la colère contre les deux amants prétendus. L'ami, comprenant la situation, propose d'épouser la demoiselle sur-le-champ. Le mari, alarmé par cette perspective, passe le reste de la soirée à chercher des moyens de retarder le mariage, tandis que la femme feint de vouloir le hâter. L'histoire se termine par la justification de la femme grâce à sa présence d'esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 95-100
Nouvelles d'Angleterre.
Début :
La Reine a donné au Duc d'Ormond le gouvernement [...]
Mots clefs :
Reine, Gouverneur, Chambre, Gardes, Garnison, Officiers, Projet, Milices, Impôts, Émeute
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Angleterre.
,
La Reine a donné au Duc
Ormond lc gouverneent
des 5. Ports, qui est
n des plus considerables
u Royaume, que possedoit
i devant le Comte de Dor-
°t,La Lieutenace a été donée
à Milord Ashburnam
endre du Duc d'Ormond,.
Le Chevalier Henry Bel-
LfIìs a ete fait Gouverneur
e la ville de Bervvick sur
es frontieres d'Ecosse. La
:harnbre en grand comité
; resolu d'accorder 832.81.liv.
sterlin pour l'entrerien des
gardes & des garnisons de
la grande Bretagne ;
29095
liv. pour la garnison de Minorque;
18771. liv. pour la
garnison deGibraltar; 38964.
pour ceUe deDunkerque;&
9300.liv. pour ce qui est du
auxtroupes de Saxe-Gotha.
On a présence une adresse
à la Reine, pour la prier de
faire communiquer à la
Chambre une estimation
des sommes necessaires
pour donner la demi-paye
aux Officiers de terre qui
ont été reformez.
La
La Chambre a ordonné
le dresser un projet d'acte
pour donner pouvoir aux
Commissaires chargez de
áíre construire cinquante
nouvelles Eglises, d'acheer
du terrain pour les Eglies,
pour les cemetieres,&
pour les maisons des Mi-*
nistres.
Le 28. May les Communes
lûrent un projec da£te
pour lever cette année les
milices, & elles resolurent
le presenter une adresse à
a Reine, pour la prier de
eur faire communiquer
une estimation de la demi
paye qui doit etre donnei
aux Officiers & aux
Chapelains
de l'artillerie qui
ont servi en Flandres, e
Espagne & ailleurs ; a
prés quoy la Chambre e
grand comité travailla au
moyens de lever le subside
& il fut resolu de mettre
une imposition de deux
schelins par aune sur lc
roiles a faire des voiles, cm
[crone aportees durant sep
ans des paysetrangers;&
qu'au contraire on diminueraun
schelin par autM
sur les mêmes toiles fabriquées
dans le Royaume, &
qui [crone transportées aux
pays étrangers ;qu'on fera
la même grace aux tabacs
gâtez dans les magasins.
Les lettres d'Edimbourg
du 30. Juin portent qu'il y
a eu un grand tumulte,á
cause que les Officiers de
la Doüane avoient consisque
des marchandises qu'-
on faisoit entrer en fraude.
La populace se soûleva, enfonça
les portes de la Doüane
, jetta deux des Officiers
dans la riviere, qui ne furent
pas noyez, & enleva
les marchandises. Le Commandant
du château fut
obligé d'envoyer un detachement
de la garnison
pour appaiser ce desordre.
,
La Reine a donné au Duc
Ormond lc gouverneent
des 5. Ports, qui est
n des plus considerables
u Royaume, que possedoit
i devant le Comte de Dor-
°t,La Lieutenace a été donée
à Milord Ashburnam
endre du Duc d'Ormond,.
Le Chevalier Henry Bel-
LfIìs a ete fait Gouverneur
e la ville de Bervvick sur
es frontieres d'Ecosse. La
:harnbre en grand comité
; resolu d'accorder 832.81.liv.
sterlin pour l'entrerien des
gardes & des garnisons de
la grande Bretagne ;
29095
liv. pour la garnison de Minorque;
18771. liv. pour la
garnison deGibraltar; 38964.
pour ceUe deDunkerque;&
9300.liv. pour ce qui est du
auxtroupes de Saxe-Gotha.
On a présence une adresse
à la Reine, pour la prier de
faire communiquer à la
Chambre une estimation
des sommes necessaires
pour donner la demi-paye
aux Officiers de terre qui
ont été reformez.
La
La Chambre a ordonné
le dresser un projet d'acte
pour donner pouvoir aux
Commissaires chargez de
áíre construire cinquante
nouvelles Eglises, d'acheer
du terrain pour les Eglies,
pour les cemetieres,&
pour les maisons des Mi-*
nistres.
Le 28. May les Communes
lûrent un projec da£te
pour lever cette année les
milices, & elles resolurent
le presenter une adresse à
a Reine, pour la prier de
eur faire communiquer
une estimation de la demi
paye qui doit etre donnei
aux Officiers & aux
Chapelains
de l'artillerie qui
ont servi en Flandres, e
Espagne & ailleurs ; a
prés quoy la Chambre e
grand comité travailla au
moyens de lever le subside
& il fut resolu de mettre
une imposition de deux
schelins par aune sur lc
roiles a faire des voiles, cm
[crone aportees durant sep
ans des paysetrangers;&
qu'au contraire on diminueraun
schelin par autM
sur les mêmes toiles fabriquées
dans le Royaume, &
qui [crone transportées aux
pays étrangers ;qu'on fera
la même grace aux tabacs
gâtez dans les magasins.
Les lettres d'Edimbourg
du 30. Juin portent qu'il y
a eu un grand tumulte,á
cause que les Officiers de
la Doüane avoient consisque
des marchandises qu'-
on faisoit entrer en fraude.
La populace se soûleva, enfonça
les portes de la Doüane
, jetta deux des Officiers
dans la riviere, qui ne furent
pas noyez, & enleva
les marchandises. Le Commandant
du château fut
obligé d'envoyer un detachement
de la garnison
pour appaiser ce desordre.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre.
Le document décrit plusieurs décisions politiques en Angleterre. La Reine a confié au Duc d'Ormond le gouvernement des Cinq Ports, précédemment sous l'autorité du Comte de Dorset. Milord Ashburnam a été nommé lieutenant sous les ordres du Duc d'Ormond. Le Chevalier Henry Bellasis a été nommé Gouverneur de Berwick. Le Parlement a alloué des fonds pour l'entretien des gardes et garnisons en Grande-Bretagne, à Minorque, Gibraltar, Dunkerque, et pour les troupes de Saxe-Gotha. Une adresse à la Reine a été présentée pour estimer les sommes nécessaires à la demi-paye des officiers réformés. La Chambre des Communes a ordonné la rédaction d'un projet de loi pour construire cinquante nouvelles églises et acquérir des terrains. Le 28 mai, les Communes ont lu un projet de loi pour lever les milices et ont résolu de présenter une adresse à la Reine pour la demi-paye des officiers et aumôniers de l'artillerie. Le Parlement a décidé d'imposer deux schelins par aune sur les toiles importées et de réduire d'un schelin par aune l'impôt sur les toiles exportées. Des troubles ont éclaté à Édimbourg le 30 juin contre les officiers des douanes, obligeant le commandant du château à envoyer des troupes pour rétablir l'ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 3-41
LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
Début :
Une veuve de condition mediocre, assez bonne, passablement bête, & [...]
Mots clefs :
Mère, Marquis, Thérèse, Dorimont, Amants, Fortune, Riche, Conseiller, Mariage, Chambre, Premier président, Amis, Lettre, Femme de chambre, Faux commissaire
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texteReconnaissance textuelle : LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
LES DOUZE AMANS.
Avanittre nouvelle.
Ne veuve de
condition mediocre,
assez bonne,
passablement bête,
& fort ambitieuse, fondoit
sa fortune sur la
beauté de sa fille unique.
Cette fille avoit
toutes les bonnes qualitez
qu'on peut joindre à
une beauté parfaite, &
meritoit la prévention
que sa mere avoit pour
elle.Peu après que cette
mere l'eut retirée du
Convent,il se presenta
un parti trés-convenable
: un jeune homme
aimable, qui avoit autant
de bien Se de naissance
qu'il en saloir, la
fit demander par Tes parens.
Lamere, à qui on
en fit la proposition, ne
put trouver d'autre raison
pour le refuser, finon
que cetoitdommage
de donner une fille
comme la tienne au premier
amant oui le presentoit,
&C que peut-être
s'en preicncefoit-il
de plus riche; enfinque
quand sa fille seroit une
fois pourvuë, elle ne
pourroit plus courir le
hazard d'une :', grande
fortune: qu'il faloit du
moins attendrequelques
années, après quoy elle
pourroit penser à lui si
elle ne trouvoit pas
mieux.
Pareils discours auroient
sans doute rebuté
l'amant, que nous appellerons
Doritnont : mais
il étoit devenu vcritablement
amant, &Thevese
( c'était le nom de
la fille) l'aima réciproquement
> & ils prirent
ensemble la resolution
de tromper innocemment
la mere, pour la
faire consentir à un marriage
qui lui étoit avantageux.
Dorimont soupant
un foiravec deux
de ses amis chez une
soeur mariée qu'il avoit,
setoit plaint à eux de
son malheur ; ce cette
soeur,qui avoitl'esprit
inventis& plaisant, concerra
avec les deux amis
& son frere ce que vous
allez voir dans la fuite.
Dés le lendemain l'un
de les amis
,
qui éroit un
jeune Conseiller à marier
&: plus riche que
Dorimonc, alla trouver
la mere, dont safamille
& ses biens étoient connus
, & luy demanda
Thereseen mariage. La
mere se tournant aussitôt
du côté de sa fille,
lui dit : Eh bien, ma
fille, tu vois qu'une fille
ne perd rien pour attendre.
Vous avez bien raison,
ma mere,répondit
Therese, & si nous àvions
acceptél'autre parti,
celui -ci, qui vaut
mieux, ne se feroit pas
presenté. C'est pourquoy,
reprit la mercen
parlant au Conseiller,
vous me permettrez de
vous faire attendrequelquesannées.
Je vous entends,
répondit le Conseiller,
s'il sepresente un
President, vous le prefcrerez
à moy qui ne fuis
que Conseiller : je ne
veux point attendre un
refus, &, jeme le tiens
pour dit, je n'y penserai
plus.
Le lendemainl'autre
ami deDorimont, qui
étoir d'une riche maison,
vintoffrir desbiens considerables
à la mere de
Therese,quis'applaudit
fort d'avoir refusé la
veille le Conseiller. Le
:
Chevalier fut reçû beaucoup
mieux que le Conseiller,
& on ne lui demanda
à lui que laclau-
: se des six mois; a près
quoy, s'il ne se pre sentoit
rien de mieux, on
se feroit honneur de l'aciCCPter
pour gendre.
Quelques jours après
Dorimont, quela veuven'avoit
presque point
vû,parcequ'ilavoirfait
demander Therese par
safamille,sefitdeblond
qu'il éroit, un brun à -
sourcilsreceints, & em- -
pruntant le nom & le-N
quipage d'unriche Marquis
qui étoit brun, .&
connu même par quelques
Dames fous le nom
du brun vif du Fauxbourg
saint Germain, il
alla faire le passionné de
Therese, se trouva à
quelques bals & autres
endroits, pour obliger
la mere à avoir quelque
ombrage des poursuites
qu'il faisoit sans parler
de mariage.Therefeun
jour en fit la fausse considenceà
sa mere , qui
étoit prête à lui en faire
des reproches, & Therese
lui promit de faire
expliquer le Marquis
brun à la premiere occation.
Cette premiere
occasion se presenta
quand Therese jugea à
propos deld'ire à sa mere, r- 1 quellesetoitpresentée,
& feignant d'être fort
affligée,elle, lui dit la
larme à I'oeil,qu'elle aimoit,
le Marquis, &qu'-
elle craignoit bien qu'il
- ne fut accepte que comme
les autres ,
à.conditiond'êtrelepis-
aller;
que ce Marquis étoit sier
& n'avait point voulu se
presenter qu'il ne fût
sur, d'autant qu'un pareil
refus lui feroit tort
dans le monde. Je m'en
çonsole, répondit la merc
car onma parlé ce
matin d'un Comte qui
eU bien plus riche que
lui. En effet, on avoit
fait parler par quelque
femme du quartier d'un
Comte Allemand, qui
etoit devenu amoureux,
disoit-on, de Thercfe à
un concerta & tout cela
étoit un jeu joué comme
te reste. Voila donc
déja sur les rangs le véritable
amànt Dorimont
Sele Marquisqû'ilreprefencoit
incognito;. le
Chevalier, le Conleiller
& le Comtey cela fait
déjàcinq amans que la
mere croit avoir à son
choix : voyons les autres.
La soeur de Dorimont
s'habilla en veuve, &
en grand équipage de
deuil alla trouver la mere
deTherese,& laconjura
de ne lui point donner
lechagrindaccepri
ter pour gendre un fils
uniunique
, riche héritier
de feu sonmari,& en
âge de se marier malgré
elle,&quidevoitluidcmander
sa fille en mariage
> & ce fut la fille
de chambre de la soeur
qui avec un habit d'heritier
en grand deüil fit
son personnage le foir
même, 8c lefit de façon
à faire presque consentir
sans delay la mere
: mais dans cemême
soirelle reçut une lettre
de Province, par laquelle
le premier President
de. qui avoit vû
safille au Convent, la
lui demandoiten mariage.
Cetétablissementsolide
la fit renoncer à la
poursuite de l'autre, &
elle attendit des nouvelles
du premier President
huit jours entiers, pendant
lesquels plusieurs
autres épouseurs,. tous
partant de la mêmesabrique,&£
tous enchetifTanî:
les uns sur les autres
en biens & en fortune.
Ils pen serent faire
tourner la tête à la mere
, &C la firent resoudre
à refuser cous ceux qui
se presenteroient, ne
doutant point que le
dernier quiviendroit ne
fût un Duc ou quelque
Prince étranger, & ne
voulant plus se determinerqu'à
ce prix.
:
Elle attendit le Prince
Se le Duc pendant
quinze jours, qui penserent
la faire mourir
d'inquietude & d'embarras;
cartous les amans
qui étoient, à ce qu'elle
croyoit, au nombre de
douze, se mirent à faire
des pourfuires si vives,
qu'à chaque heure du
jour, & même de lanuit,
elle recevoit une lettre
par des laquais de differentes
livrées , & chacun
envoyant aussi des
presens, non assez grands
pour lui faire plaisir,
mais en assez grand nombre
pour la fatiguer,
comme fruits, confitures,
gibier; & tous ces
valets de pied, pages,
laquais, gentilshommes
même la réveillant dés
la pointe du jour, elle
fut bientôt aussi laffedes
amans de sa fille, qu'un
homme à bonne fortune
affecte de l'estre de fcs
maîtresses.
Enfin elle resolut de
fermer sa porte,d'autant
plus que le Marquis
brun, dont elle
commençoit à se défier
beaucoup pour l'honneur
de sa fille, se servoit
de toutes ces allées
& venuës pour voir sa
fille dans les momens
dérobez 5 k Therese,
trés-reservée au fond
pourDorimont, feignoit
de ne l'estre pas
tant pour le Marquis
brun, dontDorimont
joüoit, le rôlepour arriver
au dénoûment que
nous verrons dans la
suite.
La galante fiétion du
Marquis brun allasiloin
auxyeux de la mere,
qu'elle le vit sortit un
jour avant l'aurore de la
chambre de sa fille 5 car
ayant eu de violens sou pçons
par degrcz
,
elle se
resolut àguetter le ga- lant, qui afFcéla de se
glisser mysterieusement
lenez dans un manteau,
pour aller gagner une petite
porte qui donnoit
d1ans.u.ne cour par où il étoit entré1 un quartd'heure
devant. Lamere
crut donc qu'il avoit pa la nuit dans la
chambre de sa fille
,
où
elle entra outrée de colere,
pour la maltraiter
du moins de paroles:
mais elle ne trouva point
sa fille dans sa chambre,
elle avoit pris la précaution
tion de passer la nuit
dans un appartement
voisin qu'occupoit une
Dame fort vertueufc
dans ce même logis,&
la fille prouva par alibi
qu'elle n'avoit point vû
l'amant à bonne fortune.
Cette preuve étoit suffisante
pour prouver un
jour à sa mere que tout
ce qu'elle avoit vû &
devoit voir dans la suite
n'étoit qu'une feinte innocente:
mais cette preuve
ne passa alors que pour
une fausse justification
d'une faute réelle; k
quelque bête que fùt
cette merc, elle crut
voir clairement qu'il étoit
temps de marier sa
fille avant qu'une pareille
avanture eût fait
éclat. Cela fit qu'elle
borna son ambition au
premier President de
Province, & lui écrivit
une lettre à l'adresse qui
lui avoit été donnée
dans la pretenduëlettre
quelle avoit reçûë de
lui. Cette lettre partie,
elle fut huit jours sans
avoir réponse, & voici
le jeu qu'on joüa pendant
ces huit jours.
l, La femme de chambre
de la iceur de Dorimont
s'habilla en devote
à grande manche, un
chapelet à sa ceinture
,
8c ses heures dans son
manchon, fuivic d'une
petite servante de la même
parure. Ellealla demander
à parler en particulierà
la mere deTherese
> & aprés tous les
préambules necessaires à
cellesqui veulent calomnier
par charité chrétienlie)
elle lui donna avis de
'iintrigue du Marquis
-
orun, & conseil en mê-
- me temps de marier sa
fille avant que la chose
ik sçûë de gens qui ne
seroient pas si discrets
u'elle.
Le même matin la mere
ayant mené Thercfc
à la3elle entendit
parler un peu haut deux
Dames qui
-
s'entretenoient
enfembie de l'intrigue
de sa fille, &disoient
l'avoir apprise de
la fausse devote. Vous
devinez bien que ces
deux femmes étoient la
soeur de Dorimont&sa
femme de chambre, qui
prirent bien garde de se
posterde maniereauprès
de la mere,que personne
qu'elle ne pût entendre
une conversation qui
eût fait tort à la fille.
Toutes deux retournerent
au logis fort desolées
,
la mere l'étant
réellement, &la hIIeaffectant
de l'estre, &
priant sa mere de presser
le President de Province,
parce quedés qu'-
une devote &deux fem-
Bles du monde sçavoient
son histoire, elle deviendroit
bientôt publique.
La mere n'eut pas
pour cette alarme seules;
on lui en donna de toutes
parts, & toutcela
partoit toûjours du petit
nombre d'amis de Dorimont
déguisez en plusieurs
façons. L'un des
amis enfin s'habilla en
Commissaire, & alla
- trouver la mere, pour
lui donner avis qu'on alloit
plaider une affaire
qui perdroit sa fille
d'honneur; qu'ily avoit
eu un homme blessé à !
mort par le Marquis
brun à bonne fortune,
dans le temps qu'il fortoit
de chez sa fille &
qu'un autre y vouloit
entrer. A ce rapport la
mere fût morte enfin de
saisissement aprés toutes
les autres alarmes dont
elle étoit troublée:mais
le faux Commissaire promit
de traîner cette affaire,
& de l'empescher
d'éclater pendant quelques
jours, afinqu'elle
cftc le loisir de marier sa
fillç avec toute sa bonne
renommée, SC que l'affaire
n'éc latant qu'aprés
le mariage, elle seroit
alors sur le compte du
mari.
La mere remercia le
faux Commissaire, qui
lui fit mesme voir, pour
combler la mesure,quelques
vaudevilles faits sur
cette avanture, & qu'il
avoit étouffez dés leur
naissance.
La mere alors serieusement
pressée, & n'entendant
point de nouvelles
du riche President,
on pressa tort l'amant le
plus riche après lui, duquel
n'ayant pas réponse
prompte, on alla au devant
de celui qui valoit
mieux que le Comte,
& du Comte au Chevalier.
Enfin les douze amans
furent par gradation
de richesses sollicitez
par les mesmes canaux
par où ils avoient
fait demander Therese
en mariage : mais point
de réponse ni des uns ni
des autres.
Cette mere abandonnée
par tous ceux qui la
recherchoient, crut bien
deviner la cause de la
retraite &du silence des
douze amans; elle crut
sa filleperduë d'honneur
publiquement, &nefortoit
point de chez elle
qu'elle ne crust que tous
ceux qui regardoient sa
fille parce qu'elle étoit
belle,ne la regardassent
pour en médire. On la
laissa quelques jours das
ce supplice, & Therese
la prioit incessamment
de la remettre dans le
Convent pour toute sa
vie: mais la mere ne
pouvant s'y resoudre,
prit un jour la resolution
d'aller chercher dans un
- pays étranger la fortune
qu'elle ne pouvoit plus
esperer en France; &
pe qui lui fit prendre ce
parti defcfperé, ce fut
le dernier jour de cette
Comedie, qui fut pour
elle le pluscruel de tous:
car tous ces messagers de
lifferentes livrées qui
l'avoient importunée par
des presens, vinrent en
un seul jour l'accabler de
lettres trés- polies, qui
lui enfonçoient autant
de fois le poignard dans
le sein,en lui faisant sentir
que les douze amans
cedoient Therese au
Marquis brun, qui envoya
aussi sa lettre de
refus, alleguant ses bonnes
fortunes pour excuse.
On laissa la mere desolée
vingt- quatre heures
dans cette situation
> & le lendemain parut le
fidele Dorimont, à qui
on n'avoit osé recourir,
parce qu'ilavoir paru le
plus offensé des preferences.
Il arriva donc,
comme ayant paffé tout
le mois en solitude à la
campagne,& comme ne
sçachant rien de tout ce
qui s'étoit passé, & n'accusant
que la mere d'infidelité.
Therefc affectant
une impatience vive
de prendre pour dupe
cet amant unique,
conseilla à sa mere de
ne le pas laisser sortir
sans conclure. Le contrat
se fit ce même soir,
on les maria la nuit, &
il demanda en grace
qu'il n'y eust au dîner
qu'on fit le lendemain
chez lui que ceux 6C
celles qui avoient été de
son complot; & ce fut
a ce dîner où tournant
en plaisanterie les douze
amans, il se declara le
Marquis brun, & la mère
ravie de retrouver sa
fille blanchecomme neigc.
ge, pardonna le tour
qu'on lui avoit jcüé pour
la guerir de sa folle ambition.,
Avanittre nouvelle.
Ne veuve de
condition mediocre,
assez bonne,
passablement bête,
& fort ambitieuse, fondoit
sa fortune sur la
beauté de sa fille unique.
Cette fille avoit
toutes les bonnes qualitez
qu'on peut joindre à
une beauté parfaite, &
meritoit la prévention
que sa mere avoit pour
elle.Peu après que cette
mere l'eut retirée du
Convent,il se presenta
un parti trés-convenable
: un jeune homme
aimable, qui avoit autant
de bien Se de naissance
qu'il en saloir, la
fit demander par Tes parens.
Lamere, à qui on
en fit la proposition, ne
put trouver d'autre raison
pour le refuser, finon
que cetoitdommage
de donner une fille
comme la tienne au premier
amant oui le presentoit,
&C que peut-être
s'en preicncefoit-il
de plus riche; enfinque
quand sa fille seroit une
fois pourvuë, elle ne
pourroit plus courir le
hazard d'une :', grande
fortune: qu'il faloit du
moins attendrequelques
années, après quoy elle
pourroit penser à lui si
elle ne trouvoit pas
mieux.
Pareils discours auroient
sans doute rebuté
l'amant, que nous appellerons
Doritnont : mais
il étoit devenu vcritablement
amant, &Thevese
( c'était le nom de
la fille) l'aima réciproquement
> & ils prirent
ensemble la resolution
de tromper innocemment
la mere, pour la
faire consentir à un marriage
qui lui étoit avantageux.
Dorimont soupant
un foiravec deux
de ses amis chez une
soeur mariée qu'il avoit,
setoit plaint à eux de
son malheur ; ce cette
soeur,qui avoitl'esprit
inventis& plaisant, concerra
avec les deux amis
& son frere ce que vous
allez voir dans la fuite.
Dés le lendemain l'un
de les amis
,
qui éroit un
jeune Conseiller à marier
&: plus riche que
Dorimonc, alla trouver
la mere, dont safamille
& ses biens étoient connus
, & luy demanda
Thereseen mariage. La
mere se tournant aussitôt
du côté de sa fille,
lui dit : Eh bien, ma
fille, tu vois qu'une fille
ne perd rien pour attendre.
Vous avez bien raison,
ma mere,répondit
Therese, & si nous àvions
acceptél'autre parti,
celui -ci, qui vaut
mieux, ne se feroit pas
presenté. C'est pourquoy,
reprit la mercen
parlant au Conseiller,
vous me permettrez de
vous faire attendrequelquesannées.
Je vous entends,
répondit le Conseiller,
s'il sepresente un
President, vous le prefcrerez
à moy qui ne fuis
que Conseiller : je ne
veux point attendre un
refus, &, jeme le tiens
pour dit, je n'y penserai
plus.
Le lendemainl'autre
ami deDorimont, qui
étoir d'une riche maison,
vintoffrir desbiens considerables
à la mere de
Therese,quis'applaudit
fort d'avoir refusé la
veille le Conseiller. Le
:
Chevalier fut reçû beaucoup
mieux que le Conseiller,
& on ne lui demanda
à lui que laclau-
: se des six mois; a près
quoy, s'il ne se pre sentoit
rien de mieux, on
se feroit honneur de l'aciCCPter
pour gendre.
Quelques jours après
Dorimont, quela veuven'avoit
presque point
vû,parcequ'ilavoirfait
demander Therese par
safamille,sefitdeblond
qu'il éroit, un brun à -
sourcilsreceints, & em- -
pruntant le nom & le-N
quipage d'unriche Marquis
qui étoit brun, .&
connu même par quelques
Dames fous le nom
du brun vif du Fauxbourg
saint Germain, il
alla faire le passionné de
Therese, se trouva à
quelques bals & autres
endroits, pour obliger
la mere à avoir quelque
ombrage des poursuites
qu'il faisoit sans parler
de mariage.Therefeun
jour en fit la fausse considenceà
sa mere , qui
étoit prête à lui en faire
des reproches, & Therese
lui promit de faire
expliquer le Marquis
brun à la premiere occation.
Cette premiere
occasion se presenta
quand Therese jugea à
propos deld'ire à sa mere, r- 1 quellesetoitpresentée,
& feignant d'être fort
affligée,elle, lui dit la
larme à I'oeil,qu'elle aimoit,
le Marquis, &qu'-
elle craignoit bien qu'il
- ne fut accepte que comme
les autres ,
à.conditiond'êtrelepis-
aller;
que ce Marquis étoit sier
& n'avait point voulu se
presenter qu'il ne fût
sur, d'autant qu'un pareil
refus lui feroit tort
dans le monde. Je m'en
çonsole, répondit la merc
car onma parlé ce
matin d'un Comte qui
eU bien plus riche que
lui. En effet, on avoit
fait parler par quelque
femme du quartier d'un
Comte Allemand, qui
etoit devenu amoureux,
disoit-on, de Thercfe à
un concerta & tout cela
étoit un jeu joué comme
te reste. Voila donc
déja sur les rangs le véritable
amànt Dorimont
Sele Marquisqû'ilreprefencoit
incognito;. le
Chevalier, le Conleiller
& le Comtey cela fait
déjàcinq amans que la
mere croit avoir à son
choix : voyons les autres.
La soeur de Dorimont
s'habilla en veuve, &
en grand équipage de
deuil alla trouver la mere
deTherese,& laconjura
de ne lui point donner
lechagrindaccepri
ter pour gendre un fils
uniunique
, riche héritier
de feu sonmari,& en
âge de se marier malgré
elle,&quidevoitluidcmander
sa fille en mariage
> & ce fut la fille
de chambre de la soeur
qui avec un habit d'heritier
en grand deüil fit
son personnage le foir
même, 8c lefit de façon
à faire presque consentir
sans delay la mere
: mais dans cemême
soirelle reçut une lettre
de Province, par laquelle
le premier President
de. qui avoit vû
safille au Convent, la
lui demandoiten mariage.
Cetétablissementsolide
la fit renoncer à la
poursuite de l'autre, &
elle attendit des nouvelles
du premier President
huit jours entiers, pendant
lesquels plusieurs
autres épouseurs,. tous
partant de la mêmesabrique,&£
tous enchetifTanî:
les uns sur les autres
en biens & en fortune.
Ils pen serent faire
tourner la tête à la mere
, &C la firent resoudre
à refuser cous ceux qui
se presenteroient, ne
doutant point que le
dernier quiviendroit ne
fût un Duc ou quelque
Prince étranger, & ne
voulant plus se determinerqu'à
ce prix.
:
Elle attendit le Prince
Se le Duc pendant
quinze jours, qui penserent
la faire mourir
d'inquietude & d'embarras;
cartous les amans
qui étoient, à ce qu'elle
croyoit, au nombre de
douze, se mirent à faire
des pourfuires si vives,
qu'à chaque heure du
jour, & même de lanuit,
elle recevoit une lettre
par des laquais de differentes
livrées , & chacun
envoyant aussi des
presens, non assez grands
pour lui faire plaisir,
mais en assez grand nombre
pour la fatiguer,
comme fruits, confitures,
gibier; & tous ces
valets de pied, pages,
laquais, gentilshommes
même la réveillant dés
la pointe du jour, elle
fut bientôt aussi laffedes
amans de sa fille, qu'un
homme à bonne fortune
affecte de l'estre de fcs
maîtresses.
Enfin elle resolut de
fermer sa porte,d'autant
plus que le Marquis
brun, dont elle
commençoit à se défier
beaucoup pour l'honneur
de sa fille, se servoit
de toutes ces allées
& venuës pour voir sa
fille dans les momens
dérobez 5 k Therese,
trés-reservée au fond
pourDorimont, feignoit
de ne l'estre pas
tant pour le Marquis
brun, dontDorimont
joüoit, le rôlepour arriver
au dénoûment que
nous verrons dans la
suite.
La galante fiétion du
Marquis brun allasiloin
auxyeux de la mere,
qu'elle le vit sortit un
jour avant l'aurore de la
chambre de sa fille 5 car
ayant eu de violens sou pçons
par degrcz
,
elle se
resolut àguetter le ga- lant, qui afFcéla de se
glisser mysterieusement
lenez dans un manteau,
pour aller gagner une petite
porte qui donnoit
d1ans.u.ne cour par où il étoit entré1 un quartd'heure
devant. Lamere
crut donc qu'il avoit pa la nuit dans la
chambre de sa fille
,
où
elle entra outrée de colere,
pour la maltraiter
du moins de paroles:
mais elle ne trouva point
sa fille dans sa chambre,
elle avoit pris la précaution
tion de passer la nuit
dans un appartement
voisin qu'occupoit une
Dame fort vertueufc
dans ce même logis,&
la fille prouva par alibi
qu'elle n'avoit point vû
l'amant à bonne fortune.
Cette preuve étoit suffisante
pour prouver un
jour à sa mere que tout
ce qu'elle avoit vû &
devoit voir dans la suite
n'étoit qu'une feinte innocente:
mais cette preuve
ne passa alors que pour
une fausse justification
d'une faute réelle; k
quelque bête que fùt
cette merc, elle crut
voir clairement qu'il étoit
temps de marier sa
fille avant qu'une pareille
avanture eût fait
éclat. Cela fit qu'elle
borna son ambition au
premier President de
Province, & lui écrivit
une lettre à l'adresse qui
lui avoit été donnée
dans la pretenduëlettre
quelle avoit reçûë de
lui. Cette lettre partie,
elle fut huit jours sans
avoir réponse, & voici
le jeu qu'on joüa pendant
ces huit jours.
l, La femme de chambre
de la iceur de Dorimont
s'habilla en devote
à grande manche, un
chapelet à sa ceinture
,
8c ses heures dans son
manchon, fuivic d'une
petite servante de la même
parure. Ellealla demander
à parler en particulierà
la mere deTherese
> & aprés tous les
préambules necessaires à
cellesqui veulent calomnier
par charité chrétienlie)
elle lui donna avis de
'iintrigue du Marquis
-
orun, & conseil en mê-
- me temps de marier sa
fille avant que la chose
ik sçûë de gens qui ne
seroient pas si discrets
u'elle.
Le même matin la mere
ayant mené Thercfc
à la3elle entendit
parler un peu haut deux
Dames qui
-
s'entretenoient
enfembie de l'intrigue
de sa fille, &disoient
l'avoir apprise de
la fausse devote. Vous
devinez bien que ces
deux femmes étoient la
soeur de Dorimont&sa
femme de chambre, qui
prirent bien garde de se
posterde maniereauprès
de la mere,que personne
qu'elle ne pût entendre
une conversation qui
eût fait tort à la fille.
Toutes deux retournerent
au logis fort desolées
,
la mere l'étant
réellement, &la hIIeaffectant
de l'estre, &
priant sa mere de presser
le President de Province,
parce quedés qu'-
une devote &deux fem-
Bles du monde sçavoient
son histoire, elle deviendroit
bientôt publique.
La mere n'eut pas
pour cette alarme seules;
on lui en donna de toutes
parts, & toutcela
partoit toûjours du petit
nombre d'amis de Dorimont
déguisez en plusieurs
façons. L'un des
amis enfin s'habilla en
Commissaire, & alla
- trouver la mere, pour
lui donner avis qu'on alloit
plaider une affaire
qui perdroit sa fille
d'honneur; qu'ily avoit
eu un homme blessé à !
mort par le Marquis
brun à bonne fortune,
dans le temps qu'il fortoit
de chez sa fille &
qu'un autre y vouloit
entrer. A ce rapport la
mere fût morte enfin de
saisissement aprés toutes
les autres alarmes dont
elle étoit troublée:mais
le faux Commissaire promit
de traîner cette affaire,
& de l'empescher
d'éclater pendant quelques
jours, afinqu'elle
cftc le loisir de marier sa
fillç avec toute sa bonne
renommée, SC que l'affaire
n'éc latant qu'aprés
le mariage, elle seroit
alors sur le compte du
mari.
La mere remercia le
faux Commissaire, qui
lui fit mesme voir, pour
combler la mesure,quelques
vaudevilles faits sur
cette avanture, & qu'il
avoit étouffez dés leur
naissance.
La mere alors serieusement
pressée, & n'entendant
point de nouvelles
du riche President,
on pressa tort l'amant le
plus riche après lui, duquel
n'ayant pas réponse
prompte, on alla au devant
de celui qui valoit
mieux que le Comte,
& du Comte au Chevalier.
Enfin les douze amans
furent par gradation
de richesses sollicitez
par les mesmes canaux
par où ils avoient
fait demander Therese
en mariage : mais point
de réponse ni des uns ni
des autres.
Cette mere abandonnée
par tous ceux qui la
recherchoient, crut bien
deviner la cause de la
retraite &du silence des
douze amans; elle crut
sa filleperduë d'honneur
publiquement, &nefortoit
point de chez elle
qu'elle ne crust que tous
ceux qui regardoient sa
fille parce qu'elle étoit
belle,ne la regardassent
pour en médire. On la
laissa quelques jours das
ce supplice, & Therese
la prioit incessamment
de la remettre dans le
Convent pour toute sa
vie: mais la mere ne
pouvant s'y resoudre,
prit un jour la resolution
d'aller chercher dans un
- pays étranger la fortune
qu'elle ne pouvoit plus
esperer en France; &
pe qui lui fit prendre ce
parti defcfperé, ce fut
le dernier jour de cette
Comedie, qui fut pour
elle le pluscruel de tous:
car tous ces messagers de
lifferentes livrées qui
l'avoient importunée par
des presens, vinrent en
un seul jour l'accabler de
lettres trés- polies, qui
lui enfonçoient autant
de fois le poignard dans
le sein,en lui faisant sentir
que les douze amans
cedoient Therese au
Marquis brun, qui envoya
aussi sa lettre de
refus, alleguant ses bonnes
fortunes pour excuse.
On laissa la mere desolée
vingt- quatre heures
dans cette situation
> & le lendemain parut le
fidele Dorimont, à qui
on n'avoit osé recourir,
parce qu'ilavoir paru le
plus offensé des preferences.
Il arriva donc,
comme ayant paffé tout
le mois en solitude à la
campagne,& comme ne
sçachant rien de tout ce
qui s'étoit passé, & n'accusant
que la mere d'infidelité.
Therefc affectant
une impatience vive
de prendre pour dupe
cet amant unique,
conseilla à sa mere de
ne le pas laisser sortir
sans conclure. Le contrat
se fit ce même soir,
on les maria la nuit, &
il demanda en grace
qu'il n'y eust au dîner
qu'on fit le lendemain
chez lui que ceux 6C
celles qui avoient été de
son complot; & ce fut
a ce dîner où tournant
en plaisanterie les douze
amans, il se declara le
Marquis brun, & la mère
ravie de retrouver sa
fille blanchecomme neigc.
ge, pardonna le tour
qu'on lui avoit jcüé pour
la guerir de sa folle ambition.,
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Résumé : LES DOUZE AMANS. Avanture nouvelle.
Le texte 'Les Douze Amans' relate l'histoire d'une veuve ambitieuse qui souhaite marier sa fille unique, Thérèse, à un parti riche et prestigieux. Thérèse, belle et vertueuse, reçoit une demande en mariage de Dorimont, un jeune homme aimable, mais sa mère refuse, espérant un parti plus fortuné. Dorimont et Thérèse décident alors de tromper la mère pour obtenir son consentement. Ils mettent en scène plusieurs prétendants, tous interprétés par les amis de Dorimont, incluant un conseiller, un chevalier, un marquis brun, un comte, et même un président de province. La mère, submergée par les demandes et les rumeurs, finit par accepter le premier président de province. Cependant, les amis de Dorimont continuent de semer la confusion avec des lettres et des visites, poussant la mère à croire que Thérèse est compromise. Désespérée, la mère décide de fuir à l'étranger. Finalement, Dorimont réapparaît et ils se marient. Lors d'un dîner, le personnage principal révèle son identité en plaisantant sur les douze amants. Le Marquis Brun se déclare, et la mère, ravie de retrouver sa fille, pardonne la ruse qui lui avait été jouée pour la guérir de sa folle ambition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 12-128
HISTOIRE nouvelle.
Début :
La peste qui exerce souvent de furieux ravages dans les [...]
Mots clefs :
Amour, Monde, Veuve, Coeur, Dames, Dame, Cavalier, Chambre, Mort, Gentilhomme, Charmes, Affaires, Esprit, Comte, Rome, Pologne, Femmes, Roi, Ambassadeur, Tendresse, Hymen, Valet de chambre, Paris, Comte, Cavalier français, Aventures, Connaissances, Duc, Fête, Veuve, Yeux, Beauté, Maison, Récit, Amis, Compagnie, Voyage, Mariage, Province, Étrangers, Peste, Curiosité, Honneur, Bosquet, Hommes, Varsovie
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE nouvelle.
HISTOIRE
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
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Résumé : HISTOIRE nouvelle.
La peste à Varsovie pousse de nombreux habitants à fuir vers les campagnes. La Palatine et plusieurs dames de la haute société, dont Madame Belzesca, se réfugient à Dantzic, accueillies par le Marquis de Canop. Madame Belzesca, connue pour son charme malgré son âge avancé, a déjà eu trois maris et de nombreux amants tout en conservant une réputation irréprochable. Originaire de Touraine, elle est élevée secrètement après une prédiction d'un berger. À douze ans, elle est ramenée chez elle et devient l'objet de l'admiration locale. Pelagie, de son vrai nom, reçoit une éducation soignée à Tours et rencontre le Chevalier de Versan lors d'un sauvetage dramatique sur la Loire. Ils se marient et vivent cinq ans de bonheur avant de se séparer. Pelagie devient veuve et hérite de la fortune de son mari. Elle s'installe à Paris avec son fils et devient célèbre pour sa beauté et son charme. À Paris, Pelagie attire l'attention de nombreux nobles et étrangers, notamment pendant le séjour du roi Casimir en France. Sa maison devient un lieu de rencontre pour les personnes distinguées. Un seigneur polonais, épris de Pelagie, planifie son enlèvement mais est déjoué par le duc de... et le cavalier français, amant de Pelagie. Le comte Pioski, jaloux, tente de tuer le cavalier français lors d'un duel mais se blesse gravement et se retire dans un monastère. Madame Belzesca, veuve, traverse une période de deuil intense mais se rétablit grâce à des prières et des promesses religieuses. Elle entreprend un voyage à Lorette et visite des villes italiennes. À Rome, elle rencontre un gentilhomme italien ébloui par sa beauté mais reste réservée. L'ambassadeur polonais à Rome, épris de la veuve, la retrouve et obtient son consentement. Ils se marient secrètement et retournent en Pologne, où ils vivent heureux pendant vingt-cinq ans. L'ambassadeur est mortellement blessé lors d'une chasse au sanglier. Madame Belzesca pleure sa perte depuis plus de six ans et est devenue l'amie inséparable de Madame la Palatine. À soixante ans, elle est encore respectée et aimée, et on envisage de la remarier à un homme de grande distinction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 2085-2109
MORTS, NAISSANCES et Mariages.
Début :
Antoine Paris, Ecuyer, Conseiller d'Etat, cy-devant Trésorier général [...]
Mots clefs :
Marquis de Mirepoix, Gaston Pierre de Lévis-Mirepoix, Anne-Gabrielle-Henriette Bernard de Rieux, Roi, Fille unique, Paris, Seigneur, Marquis, Comte, Épouser, Mariée , Chambre, Salle, Finances, Brigadier des armées du roi, Parlement de Paris, Lampions, Terrines, Rez-de-chaussée, Fer à cheval, Façade, Fronton, Pourtour, Pilastres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
MORTS , NAISSANCES
et Mariages.
Ntoine Paris , Ecuyer , Confeiller
Ad'Etat , cy- devant Tréforier géné
ral des Finances de la Province de Dauphiné
, mourut en sa Terre de Sampigny,
près de Commercy , en Loraine , le
29 Juillet 1733. Il étoit veuf de Marie-
Elizabeth - Jeanne de la Roche , fille de
Geoffroi de la Roche , vivant Ecuyer ,
Commandant les Gardes des Plaifirs du
Roy , dans les Parcs de Verfailles , & de
feué Élizibeth Hérault, de laquelle il n'a
laissé qu'une fille unique mariée avec
Jean Paris de Montmartel , son oncle
Ecuyer , Confeiller d'Etat et Garde du
Tréſor Royal , cy- devant Tréforier General
des Ponts et Chaussées , qui avoit
épousé en premieres nôces Marguerite-
Françoiſe Megret , foeur de Jean -Nicolas
Mégret de Sérilly , Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy.
Le 25 Août , Dame Sufanne de Louvat
,veuve de Meffire Raoul des Champs,
Chevalier, Seigneur de Boishebert , qu'elle
it épousé le 23 Juillet 1691. mourut
gée d'environ 61 ans. Elle étoit fille de
Clau
100% MERCURE DE FRANCE
Claude de Louvat , Maréchal des Champs
& Armées du Roy , Gouverneur de Bellc-
Isle , & de Geneviève Robert de Lay.
Le même jour Chrétien - Nicolas de
Lamoignon , Seigneur de Bournau , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy depuis 1728. et auparavant Confeiller
au Parlement de Paris, où il avoit été
reçu le 23 Juillet 1721. mourut d'une
fiévre maligne à Paris , dans sa 33 année,
étant né le 25 Decembre 1700. fans avoir
été marié. Il étoit fecond fils d'Urbain-
Guillaume de Lamoignon , Comte de
Launay Courfon & de Montrevaux ,
Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil
Royal des Finances , et de D. Marie-
Françoife Méliand , fon épouſe.
-
Le 30 Août , Jean - François- Paul le Févre
de Caumartin , Evêque de Blois , Abbé
commandataire de l'Abbaïe de Buzai
-de l'Ordre de Circaux , Diocèse de Nantes
, Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris, l'un des quarante de l'Académie
Françoise , et Honoraire de celle des Infcriptions
et Belles- Lettres , mourut d'une
attaque d'Apoplexie , dans la 65 année
de fon âge, étant né le 16 Decemb.1668 .
Ce Prélat qui eft univerfellement regretté
à caufe de ses belles qualitez,avoit han
bord été deftiné à l'Ordre de Malthe 8 .
reçu
SEPTEMBRE. 1732. 2087
·
reçu de minorité au grand Prieuré deFrance
en 1669. Depuis il embrassa l'état Ecclésiastique
, et fut pourvu de l'Abbaïe
de Buzai , par la démiffion de Jean François-
Paul de Gondi , Cardinal de Retz ,
fon parain.Il fut reçu à l'Académie Françoise
le May 1694. reçut le Bonnet de
Docteur en Théologie le 7 Février 1697.
et fut admis au mois d'Août 1701. au
nombre des Honoraires de l'Académie
des Inscriptions et Belles Lettres . Etant
Doyen de l'Eglife Métropolitaine de
Tours; et l'un des grands Vicaires du Siége
vacant , il fut nommé à l'Evêché de
Vannes le 17 Septembre 1717. et après
avoir été facré le 17 Juillet 1718. à Dinant
par l'Evêque de S. Malo , en préfence
des Etats de Bretagne , il préta ferrent
de fidélité entre les mains du Roy
le 11 Decembre fuivant. Il fut transféré
à l'Evêché de Blois le 27 Août 1719. et
prêta un nouveau serment de fidélité le
17 Juillet 1720.Il assista au Sacre du Roy
le 25 Octobre 1722. ayant été un des Prélats
qui y furent invitez .
e1 Septembre , Charles de Y de
Seraucourt , cy-devant Capitaine au Ré
ciment des Gardes Françoises , mourut à
is , ágé de 78 ans. Il étoit fils d'Antoi
e Y , sieur de Seraucourt, Lieutenant
Cri2088
MERCURE DE FRANCE
Criminel du Bailli de Vermandois , au
Siége Préfidial de Reims , et d'Isabelle
P'Epagnol.
Le. 8. Jean le Boulanger , Maître ordinaire
en la Chambre des Comtes de Paris
, où il avoit été reçû le 28. Mars 1686.
et auparavant Conseiller au Châtelet ,
mourut septuagenaire ; il avoit épousé au
mois de Février 1695. Marie- Agnès Soulet
, soeur de Nicolas Soulet , Conseil
1er en la Grand'Chambre du Parlement
'de Paris , et fille de Nicolas Soulet , Con
seiller - Secretaire du Roy , et d'Agnès
Gaillard. Il a laissé un fils , reçû Maître
en la même Chambre des Comptes en
1729. et une fille , mariée au mois d'Avril
1727. avec Pierre Charpentier , Scigneur
de Royennes , aussi Maître des
Comptes aàllParis.
2
t
Le 11. D. Marie- Christine- Victoire de
Prougent , Epouse d'Anne- François de
Vandeuil , Chevalier , Seigneur d'Estel
fay, Ecuyer de la grande Ecurie du Roy
et Chef d'Académie Royale à Paris , mourut
âgée d'environ 48. ans ; elle avoit été
mariée le 16. May 1715. et étoit fille
unique de Marie Joseph de Prougent
Ecuyer, Seigneur de Mongivroux , Întendant
des Maisons et Finances de feües
leurs Altesses Sérenissimes la Prince orae
SEPTEMBRE, 1738. 2089
Condé et la Duchesse de Brunswik Ha
nover , mort le 26. Avril dernier , et de
D. Catherine Davy de la Pailleterie , sa
femme, auparavant Chanoinesse et Dame
de Remiremont , morte le 2. Décembre
1729. âgée de 81. ans.
Le 12. de ce mois , Dame Françoise le
Gendre , Epouse de M. Jean Baptiste.
Bosc , Seigneur de Souscarriere , Conseiller
du Roy en ses Conseils , Secretaire.
de la Chambre et du Cabinet de S M.
Procureur Géneral en la Cour des Aydes
de Paris , Commandeur et Chancelier ,
des Ordres Royaux , Militaires et Hospitaliers
de N. D. du Mont- Carmel et de
S. Lazare de Jérusalem , mourut à Paris
après une longue, maladie , âgée de 49 .
15 ; elle étoit fille de feu François le
Gendre , Ecuyer , Fermier Géneral des.
Fermes du Roy , mort le 11 , Juin 1696.
t de feüe D, Marguerite le Roux , morte,
' e 11.Décembre 1726. et avoit pour soeurs
înées la D. Crozat , la D. Doublet et la
D. Présidente Durey ; elle avoit été mariée
au mois de Janvier 1704. et n'a laissé
que deux filles , qui sont la D. de Sourrière
et Marguerite Bosc , mariée le 9 .
évrier 1728. avec Bertrand - Cesar du
Guesclin , Seigneur de la Roberie, Colo-
Infanterie, Chevalier de l'Ordre Militaire
6
2090 MERCURE DE FRANCE
litaire de S. Louis , et Gentilhomme de
la Chambre du Duc d'Orleans.
Le 13. D. Marie Elizabeth Daret de
Chevry , Veuve depuis le 18. Juin dernier
, d'Antoine - François de la Trémoille
de Noirmontier , Duc de Royan , dont
on a rapporté la mort dans le Mercure
de Juin dernier , premier vol . p . 1246.
mourut à Paris , âgée de 61. ans , sans posterité
; elle étoit fille de feu Charles François
Duret , Seigneur de Villefranche et
de Chevry , qui avoit été Mestre de Camp
d'un Régiment d'Infanterie pour le service
du Roy en Portugal , et de feüe D.
Marie - Elizabeth Bellier de Platbuisson
et avoit été mariée le 22. Mars 1700.
·· Le 19. D. Henriette Louise Col-"
bert , Duchesse de Beauvillier , qui avoit
été Dame du Palais de la Reine Marie-
Thérese d'Autriche , mourut en son Hôtel
rue sainte Avoye à Paris , âgée de 76.
ans , 9. mois , et le 21. son corps fut
transporté à Montargis , pour y être inhumé
dans le Monastere des Benedictines
auprès du feu Duc son Mary . Elle étoit
seconde fille de Jean- Baptiste Colbert
Marquis de Seignelay de Château - Neufsur
- Cher , et de Blainville , Baron de
Monétau de Chény , d'Ormoy , de
Sceaux , de Linieres , &c. Conseiller
dinal...
SEPTEMBRE . 1733 2091
dinaire du Roy en tous ses Conseils : et
au Conseil Royal des Finances , Ministre
et Secretaire d'Etat , Contrôleur General
des Finances , Commandeur et Grand-
Trésorier des Ordres du Roy , Sur- Intendant
et Ordonnateur general des Bâ →
timens de S. M. Jardins , Arts et Manufactures
de France , &c. mort le 6. Septembre
1683. et de D. Marie Charron ,
morte le 7. Avril 1687. elle avoit été
mariée le 21. Janvier 1671. avec Paul de.
Beauvillier , Duc de S. Aignan , Pair de
France , Grand d'Espagne , Comte de
Busançois et de Palluan , Seigneur des
Terres et Baronies de la Ferté saint
Aignan , la Salle , les Cléri , Lucè en
Beauce , et des Terres et Châtellenies
des Aix , d'Angillon , Séri , Humbligni ,
Chemeri , la Grange , Montigny , haut
et bas Foullé, Chanterennes et Neufvres,
Vicomte de Valognes, Chevalier des Ordres
du Roy, et cy -devant Premier Gentilhomme
de fa Chambre ,Brigadier de fest
Armées , Ministre d'Etat , Chef du Confeil
Royal des Finances , Gouverneur des
nfans de France , Premier Gentilhomme
de leur Chambre , et Maître de leur
Warde-robe, Gouverneur pour le Roy des
Ville et Citadelle du Havre de Grace et
as en dépendans , Gouverneur et Bailli
des
2092 MERCURE DE FRANCE
,
des Villes et Chateau de Loches et Beaulieu,
mort le 31 Août 1714 Elle en avoit
eu plusieurs enfans , dont il n'y a cu
qu'une seule fille de mariée, qui étoit feuë .
Marie-Henriette de Beauvillier , morte le
4 Septembre 1718. laissant de Louis de
Rochechouart , Duc de Mortemart , Pair
de France , Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy, Chevalier de ses Ordres,
et Lieutenant Général de ſes Armées,
son cousin germain maternel , qu'elle avoit
épousé le 20 Décembre 1703. deux fils
et trois filles , l'aîné des fils mourut
en 1731. sans enfans; le second est Charles
- Auguste Duc de Rochechouart, premier
Gentilhomme de la Chambre du
Roy , né le 11 Octobre 1714- qui n'est
pas encore marié,
>
Le 20. D. Charlotte de Rohan , Epouse
depuis 1729 , de Jean Antoine de Créqui
, Comte de Canaples , et auparavant
veuve depuis le 14 Mars 1720 d'Antoine-
François de Colins , Comte de Mortaigne
, Seigneur de Justingue et d'Ham
premier Ecuyer de feuë Elizabeth-Charlotte
de Baviere , Duchesse Doüairiere
d'Orleans, et auparavant Capitaine- Lieutenant
de la Compagnie des Gens d'Armes
de Bourgogne , qu'elle avoit épousé
au mois de Mars 1717 , mourut d'une
ApoSEPTEMBRE
. 1733. 2093 .
Apoplexie de sang en son Château de
Beaumont au Perche , dans la 53 année
de son âge , étant née le 20 Decembre
1680. Elle étoit fille de Charles de Rohan,
Prince de Guimené, Duc de Montbazon ,
Pair de France mort le 10 Octobre 1727,
et de Charlotte Elizabeth de Cochefilet
de Vauvineux , morte le 24 Décembre
1719. Elle a laissé de son premier mari
Loüise Elizabeth de Colins de Mortaigne,
fille unique ,née au mois de Février 1713.
et mariée le 6 May 1733 , avec le Comte
de Montboissier , Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de Clermont , Prince ,
Cavalerie , fils aîné de Philippe Claude ,
Marquis de Montboissier Canilliac , Capitaine
Lieutenant de la seconde Compagnie
des Mousquetaires de la Garde du
Roy.
·
Le 21. D. Marie- Anne Tronçon, veuve
depuis le 17 Novembre 1704. de Mathieu
Garnier, Seigneur de Monthereau ,
Président au Parlement de Metz , et fille.
d'Ennemond Tronçon , Seigneur de Chaumontel
- la- Ville , et du Preslay , Maître
d'Hôtel ordinaire du Roy , et Trésorier
de France à Orleans , et d'Anne Boyer ,
mourut à Paris , âgée d'environ 89 ans ,
laissant une fille unique , qui est D.Marie-
Jeanne Garnier de Monthereau , ma-
I riéc
2094 MERCURE DE FRANCE .
›
riée le 20 Avril 1689 , avec Etienne Canaye
, Seigneur de Malval , des Roches ,
&c . Conseiller en la Grand'Chambce du
Parlement de Paris.
و
Le 28 , François le Maistre , Seigneur
de Persac en Poitou , de Belloc , et en
partie du Marquisat de Ferrieres , Conseiller
Honoraire au Parlement de Paris ,
où il avoit été reçu le 2 Juillet 1692. fils
de François le Maistre , Seigneur des mê
mes Lieux, mort Conseiller en la Grand-
Chambre du même Parlement , le 14 Septembre
1685. et de D. Marie le Feron , fa
seconde femme , morte le 4 Decembre
1720 femme alors en secondes nôces de
Claude de Thyard , Comte de Bissy , frere
du Cardinal de ce nom mourut au
Chateau de Mont rouge , près de Paris,
âgé d'environ 65 ans , et le lendemain au
soir son corps fut apporté à Paris , et inhumé
aux Cordeliers , dans la fépulture
de fa famille. Il desaendoit du celebre
Gilles le Maistre , premier Président au
Parlement de Paris , qui étoit son 4 aïeul,
et qui mourut le 5 Decembre 1562. François
le Maistre qui vient de mourir ,avoit
été marié le 1 Août 1695 , avec Marie-
Marguerite Boucher , morte le 2 Avril
1721.dans la 47 année de son âge,fille de
Nicolas Boucher , vivant Secretaire du
Roy ,
J
SEPTEMBRE. 1733. 2095
Roy , Grand Audiancier de France, et de
Mario Bannelier. Il n'en a laissé que Marie-
Anne le Maistre ,née le 27 Mars 1700.
et mariée le 22 Décembre 1722. avec Nicolas
le Camus , premier Président en la
Cour des Aydes de Paris , et Seigneur de
Mont-rouge , qui avoit épousé en premieres
nôces Magdeleine- Charlotte Baugier
, morte le 2 Decembre 1722 .
Le 25. Août , est née Augustine-Julie , fille
d'Anne- Gabriel de Cugnac , Chevalier , Baron de
Reuilly , Sous - Lieutenant au Régiment des Gar
des Françoises , et de D. Jeanne Marie - Joseph
Guyon de Disier , son Epouse. Ses Parains et
Maraines ont été Antoine- Hiacinte de Mainville
, Comte de Marigny , Brigadier des Armées
du Roy et Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux- Legers d'Orleans , et Dlle Ju-
Tie- Augustine Hurault de Vibraye.
Le 13. Septembre , fut baptisée Marie - Charlotte-
Dorothée , née le jour précedent , fille de
Michel - Charles - Dorothée de Roncherolles ,
Chevalier , Comte du Pont S. Pierre , Mestre de
Camp du Régiment Royal des Cravates, Cavalerie
, de D. Charlotte - Marguerite de Romilley de
la Chesnelaye , son Epouse , qui ont été mariez
le 25. May 1728. elle a eu pour Parain Adolphe
Charles de Romilley , Chevalier , Marquis de la
Chesnelaye et d'Amy , Comte de Mausson , Seigneur
de la Chaise , d'Ardesne, & c. Brigadier des
Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , et Gouverneur des Ville et Château
de Fougeres en Bretagne , son Ayeul maternel
et pour Maraine , D. Marie- Anne Dorothée
Erard
I ij.
1
2016 MERCURE DE FRANCE
Erard le Gris,Marquise d'Echauffour et de Montreuil
, Comtesse de Cisey , &c. Epouse de Mi
chel de Roncherolles, Marquis du Pont S. Pierre,
premier Baron de Normandie , et Conseiller
'honneur-né au Parlement de Roücn , son Ayeu
le paternelle. Nous avons parlé de cette Maison
de Roncherolles , aussi bien que de celle de Romilley
, dans le Mercure de Juin 1728. premier
vol.p. 1255. à l'occasion tant du Mariage des Pere
et Mere de P'Enfant qui vient de naître , que de
celui de D. Marie - Catherine de Roncherolles,
soeur du Comte du Pont S. Pierre , avec François
de Rivoire , Marquis du Palais , Brigadier
des Armées du Roy , Lieutenant des Gardes du
Corps de S. M. qui fut celebré le 3. Juin 1728 .
Le 15. il est né un fils à Louis - François de
Laurens , Comte de Montserin , de son Mariage
avec Françoise Louise de Laurens , qui a été
nommé au Baptême par Thomas Rivier , et par
D. Joseph de Rebé , veuve de Leonor du Maine
Marquis du Bourg,
-Le 12. Septembre , Charles- Guillaume- Louis
de Broglio , âgé de 17. à 18. ans , seul fils de
Charles Guillaume , Marquis de Broglio , Lieu
tenant General des Armées du Roy , et Gouver
neur de Graveline , cy- devant Directeur general
d'Infanterie , et de feue D. Marie Magdeleine
Voysin , son Epouse , fille du Chancelier de
France de ce nom , morte le 11. Janvier 1722,
fut marié avec Dlle Theodore - Elizabeth de Besenval
de Bronstat , fille de Jean- Victor Baron
de Besenval Bronstat , du Canton de Soleure ,
Lieutenant General des Armées du Roy, et Colo
nel des Gardes Suisses de S. M. et de D, Cathe
ine , née Comtesse de Biclinski.
Le 15. Pierre- Jacques - Louis de Becdelievre ,
Marquis
Marquis de Quevilly , fils de Louis de Becdelievre,
Baron de Cany , et de feüe D. Anne- Henriette
Catherine Toustaing d'Herbeville , épousa Dlle
Charlotte Paulmier de la Bucaille , fille de Pierre
Paulmier de la Bucaille , Seigneur de Prestreval ,
et de D. Genoviéve Marette.
-
>
La nuit du Dimanche au Lundi 17.
d'Août dernier , Charles Pierre Gaston
de Lévis de Lomagne , Maréchal hé
reditaire de la Foy , Chevalier , Marquis
de Mirepoix , Comte de Terrides , Vicomte
de Gimoix , Baron de Mont- Fourcaul
, &c. Colonel du Régiment de Saintonge
; fils de feu Charles- Pierre de Lévis
, Marquis de Mirepoix , Prince de
Pescheseul , Comte de Terredes , Maréchal
héréditaire de la Foy , et de feüe
Dame Gabrielle d'Olivier , épousa Anne-
Gabrielle-Henriette Bernard , fille de Gabriel
. Bernard . Comte de Rieux , Baron
et Seigneur de la Liviniere , Ferals , Fief-
Madame , &c. Conseiller du Roy en ses
Conseils , Président au Parlement , Deu
xiéme Chambre des Enquêtes , et de Dame
Suzanne-Marie- Henriette de Boulainvilliers
, petite fille du côté Paternel de Samuel
Bernard , Chevalier de l'un des Ordres
du Roy , Conseiller d'État , Comte
de Coubert , Marquis de Merry , &c. en
du côté Maternel , de feu Henry de Boulainvilliers
, Comte de S. Saire , si celebret
1 ii
par
L
par le grand nombre de ses Ouvrages
dont la plupart ont été rendus publics
depuis sa mort.
On ne s'étendra pas sur la grandeur
de la Maison de Lévis , dont le Marquis
de Mirepoix est l'aîné. Ce ne seroit rien
apprendre au Public ; personne n'ignore
qu'elle est une des plus anciennes et des
plus illustres du Royaume . On en trouve
la Généalogie détaillée dans le 4. volume
de l'Histoire Généalogique du P.
Anselme , page 15 .
11 suffira d'observer que Guy de Lévis
I. du nom , Chef de toutes les Branches
de cette Maison , qui subsistent au→
jourd'hui , fit paroître tant de valeur et
de zele pour la Religion dans la guerre
contre les Albigeois , où il commandoit
en qualité de Maréchal des Croisez , au
commencement du 13. siecle , qu'il y
mérita pour lui et pour l'aîné de ses Enfans
mâles , à perpétuité , le Titre de Maréchal
de la Foy Titre que nos Rois
ont depuis confirmé en plusieurs occa
sions , entre autres , par un Arrêt du
Grand Conseil du 10.Juin 1651. et c'est
en qualité de Maréchal héréditaire de la
Foy , que le Marquis de Mirepoix porte
derriere l'Ecu de ses Armes , qui sont
d'or à trois chevrons de sable , deux Bâtons
SEPTEMBRE. 1733 2099
tons d'azur en sautoir , semez de Croix
et de Fleurs de Lys d'or.
Le Chevalier Bernard , toujours magnifique
dans ce qu'il fait , donna à l'occasion
de ce Mariage dans son Hôtel ,
ruë neuve Notte -Dame des Victoires
une Fête qui a fait l'étonnement et l'ad
miration de tous ceux qui y ont assisté.
Le matin du Dimanche 16. Août , un
grand nombre de Suisses furent postez
aux portes de l'Hôtel et des Apparte
mens , et un détachement d'autres Suisses
fut chargé de la garde des Cour, Jar
dins , Passages , &c.
La Fête commença sur les 6. heures
du soir , par un Concert , qui ne pouvoit
manquer d'être parfaitement bien
executé , M. Bernard ayant eu soin d'y
rassembler en grand nombre les plus belles
Voix et les meilleurs Instrumens , et
l'on peut dire de ces excellens Sujets ,
que le zele se joignant à leurs talens , ils
se surpasserent pour répondre aux intentions
de M. Bernard .
Sur les 7. heures du soir , toutes les
façades de l'Hôtel furent illuminées d'u
ne quantité prodigieuse de Lampions et
de Terrines , qui profiloient toutes les
Corniches , les Croisées , les Plintes et
les autres principaux Membres de l'Ar-
I iiij
chi2100
MERCURE DE FRANCE
chitecture , depuis le faîte jusqu'au rezde
- chaussée. La principale façade de la
Cour , étoit surmontée d'une Etoite de
Lampions , si grande et si brillante que
les yeux avoient peine à en soutenir l'éclat.
L'Illumination qui décoroit le devant
de l'Hôtel sur la ruë , formoit plusieurs
Pilastres , et le pourtour de la
Porte Cochere , au haut de laquelle étoit
un Fronton entre deux grandes Pirami
des de Lampions , qui jettoient une lumiere
très-agréable ; et pour éclairer de
plus loin les Carosses , on avoit garni le
mur du Jardin des Petits - Peres de la
Place des Victoires , de terrines posées
sur des Consoles , depuis l'Eglise jusqu'à
l'angle et très-avant dans la ruë neuve
S. Augustin. On n'aura pas de peine à
s'imaginier le brillant de cette Illumina
tion , quand on sçaura que tous les lampions
et les terrines étoient en cire blanche
, précaution que l'on a crû devoir
prendre pour éviter la mauvaise odeur
et pour garantir les habits des Dames
et des autres Conviez qui étoient obligez
de passer sous des Arcades illuminées .
Après le Concert , vers les neuf heures
, toute la Compagnie descendit et traversa
une enfilade d'Appartement à rezde-
chaussée , pour se rendre dans une
Sale
Echelle
de
Le Roux inv.
PEL
618 wifes
P
C
LIBRARY
.
A, LENOX
AND
TELEEN
FOUNDATIONS
.
pou endre dans une
Sale
DRAKY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
TEMPLE DE MARS
Mademoifelle
uis de
Mirepoix avec
Bernard
Comte de Coubert .
DEO NT
REG
REGI
SEPTEMBRE. 1733. 2102
Sale , où l'on avoit servi un Repas des
plus somptueux. C'est ici qu'a parû dans
tout son éclat , le goût et la magnificence
du Chevalier Bernard ,
Cette Sale , dont tout le monde a
admiré la grandeur et les proportions ,
avoit été construite dans le Jardin par
les soins et sur les Desseins de M. le Roux,
Architecte du Roy et de l'Académie
Royale d'Architecture , qui a employé
avec succès son Art et ses talens pour
executer les idées de M. Bernard .
L'étendue de la Sale étoit de 12. toises
de longueur , sur sept de largeur , et elle
avoit 22. pieds et demi d'élevation depuis
le plancher jusqu'au Plafond. 1. a
La décoration du Frontispice repré
sentoit en camayeu le Temple de Mars ,
dont une Porte cintrée formoit la prin
cipale Entrée. Aux deux côtez étoient
quatre grands Pilastres d'une très- belle
Architecture, ornez de Trophées de
guerre , et entre les Pilastres , deux grandes
Arcades vitrées , qui laissoient jouir
un grand nombre de Spectateurs du coup
d'oeil de la Sale , et donnoient aux Conviez
le plaisir de voir la Façade illuminée
du dedans de l'Hôtel. Au - dessus
de ces deux Arcades , on voyoit des
Trophées d'Amour et les Chiffres des
21
I y now
1102 MERCURE DE FRANCE
nouveaux Epoux , sous une Corniche
feinte de pierre de taille , surmontée d'un
grand Fronton de la largeur de l'Edifice;
dans le Timpan duquel étoient les Ar
mes du Marquis de Mirepoix , accolées
avec celles de sa nouvelle Epouse , dans.un
Cartouche , avec la Couronne Ducale,
un Griphon et un Lion pour supports ,
et les Bâtons de Maréchal de la Foy
mis en sautoir derriere les deux Ecus
le tout peint et très bien exprimé en
bas - relief, par les clairs et les ombres.
Sur un des cô ez du Fronton et à la
droite du Cartouche , on lisoit dans une
Banderole la Devise : Aide Dieu an second
Chrétien Lévis , à la gauche dans
une autre Banderole : Deo ut Regi , Regi
ut Deo ; et au- dessous des Armes , Callar
Vale Mas. Ces trois Devises appartiennent
depuis un temps immémorial à la
Branche aînée de Lévis , et ne sont pas
moins des marques de son ancienneté ,
que des grands services qu'elle a rendus
au Roy et à la Religion .
Enfin , aux deux extrémitez du Fron
ton , sur la Corniche , s'élevoient deux
bouts de balustrade , chargez de deux
Trophées d'Armes en ronde-bosse.
Au fond de cette Sale , en face de la
grande Porte , on avoit pratiqué un enfonSEPTEMBRE.
1733 . 2103
foncement pour un grand Buffet d'appa
rat , aux côtez duquel il y en avoit
deux autres. Au - dessus de ces deux Buf
fers étoient deux Tribunes spacieuses ,
destinées pour la Symphonie.
Au pourtour du bas de la Sale regnoit
un Lambris de quatre pieds de hauteur ;
le Plafond étoit soutenu d'un Frise et Cor
niche , interrompuës au- dessus du grand
Buffet , des Armes groupées des Mariez,
entre deux Emblêmes, peints en camayeu
gris-de- lin ; et du côté opposé , c'est - àdire
, au- dessus de la grande Porte , on
voyoit les Armes de M. Bernard , placées
entre deux Chiffres dans des Čartouches.
Le reste de la Frise , le long des
deux grands côtez,étoit orné de Cartouches
et de Devises .
Outre la principale Porte d'entrée dont
nous avons parlé, il y en avoit encore
4.autres de 15. pieds de hauteur sur 8. de
largeur dans les grands côtez de la Sale;
et à la premiere à droite , aboutissoit une
Galerie couverte , longue de 4. toises et
demie , et large d'environ 2. toises , qui
communiquoit aux Appartemens du rezde-
chaussée , par le moyen de laquelle
la Compagnie passa des Appartemens
dans la Sale, sans être exposée à la pluye
ni au mauvais temps.
I vj Dans
2104 MERCURE DE FRANCE
Dans le milieu de la Sale étoit une Table
en fer à cheval , qui avoit 150. pieds
de pourtour par les dehors , pout 70.
Couverts. Il y en avoit encore quatre au
tres de 9. pieds de long dans les encoignures
du côté de la grande Entrée , qui
servoient de Buffet pour poser les Services
, avant que de les porter sur la grande
Table. La Sale étoit décorée avec tout
l'art possible ; un grand nombre de Lustres
et de Girandoles dans les plus ingénieux
arrangemens , y répandoit une lumiere
très- éclatante.
Le Fer à cheval étoit entouré par- dehors
de 70, tant chaises que fauteuils , de
même parure , en velours cramoisi , chamaré
en or et argent , les chaises placées.
alternativement entre les fauteuils.
L'arrivée des Conviez dans la Sale fut
annoncée par un bruit de Timbales et
de Trompettes , qui ne cessa que quand
tout le monde fut à table. Les nouveaux
Epoux étoient placez au milieu du Fer à.
cheval ; les fauteuils étoient occupez par
les Dames et les chaises par les Messieurs. ,
Il n'étoit guére possible de voir une.
Assemblée plus brillante , ni un Spectacle
plus magnifique . Cette Table reünissoit
sous un seul point de vûë un grand.
nombre de personnes des plus qualifiées .
et:
SEPTEMBR E. 1753. 210
et des plus considérables du Royaume.
Nous nous croyons dispensez d'entrer
dans le détail du Festin ; on n'aura pas
de peine à imaginer qu'il étoit des plus
somptueux et des mieux servis ; M. Bernard
fit éclarer en cette occasion sa magnificence
ordinaire . 7
Nous observerons seulement , pour
donner une idée de l'ordre établi , que
les Plats et Services étoient apportez par
des Suisses et remis entre les mains d'un
grand nombre d'Officiers , qui les posoient
sur la Table par le milieu du fer
à cheval.
Rien n'étoit plus beau à voir que le
Service du fruit , la Table se trouva en
un instant métamorphosée en une espece
de Jardin délicieux , où les yeux et le
goût trouvoient également de quoi se sa
tisfaire , par l'abondance des fleurs et des
fruits de toute espece qui couvroient
toute l'étendue de la Table ; sans parler
des formes variées et de la délicatesse des
mets , & c.
Les deux Buffets étoient servis par de
hors, ct il y avoit à chacun plusieurs Officiers
qui n'étoient occupez qu'à donner
les Vins les plus rares et les plus exquis. ཏ མ ཉི
A. la Musique guerriere , succeda une
Symphonic mélodieuse , placée dans les
Tri
1
&
2106 MERCURE DE FRANCE
Tribunes , qui dura pendant tout le souper
, interrompuë par intervales par les
Fanfares des Trompettes et des Timbales,
placées sur un Théatre hors de la Sale
du côté de la Galerie couverte. Les sieurs
Charpentier et Danguy , dont tout le
monde connoît les talens ,
l'un pour
la
Musette et l'autre pour la Viele , vinrent
pendant le Souper au milieu du fer
à cheval , et y joüerent ensemble avec
tous les agrémens comiques dont on les
sçait capables ; ce qui fit un intermede
des plus amusants.
Au sortir de table à minuit , toute
la Compagnie monta en carosse pour se
rendre à S. Eutsache Paroisse de la
Mariée .
>
Le devant de l'Hôtel étoit bordé de
plusieurs Escoüades de Guet à pied , et
l'on trouvoit des Brigades de Guet à che
val à chaque coin des rues aboutissant à
celles par où passoit la suite des Carosses.'
Il y en avoit encore un plus grand nom-'
bre au grand Portail de l'Eglise pour
empêcher le tumulte et la confusion.
L'attention de M. Bernard s'étoit éten
due jusqu'à faire éclairer toute la Place
qui est vis-à- vis l'Eglise ; elle étoit en
tourée de quantité de Terrines , dont la
grande lumiere dissipoit entierement les
énebres de la nuit.
SEPTEMBRE. 1733. 2107
P
Le grand Autel et le Choeur étoient surbement
décorés * et éclairés d'une si
grande quantité de Cierges et de Bougies,
po ées sur Candelabres et des Girandoles,
qu'on avoit peine à s'imaginer que l'on
fût au milieu de la nuit. Une longue suite
de Lustres , suspendus au milieu de
la Nef, accompagnez de Bras à plusieurs
branches , attachez à chaque Pilier , n'y
produisoient pas une clarté moins brillante.
Mais la plus belle Décoration de l'Eglise
, et celle qui devoit le plus flatter
M. Bernard , c'étoit la multitude prodigieuse
de monde, de tout rang et de tout
etat qui s'y rendit de tous les quartiers
de Paris , pour prendre part et voir cette
pompeuse Nôce. Jamais Ceremonie de
cette espece n'attira en effet tant de
Spectateurs. Le Choeur er la Nef étoient
templis de personnes de la premiere distinction
, qui cependant n'étoient pas de
la Noce. Il y avoir dans le reste de l'Eglise
un peuple aussi nombreux qu'aux
jours des plus grandes Fêtes . Une foule
de Carosses occupoir , à une très-grande
distance , toutes les rues qui aboutissent
à S. Eustache.
Par le sieur Guilleaumon , Tapissier ordinaire
de la Ville , qui avoit aussi décoré et illuminé la
Sale.
2708 MERCURE DE FRANCE
Tous ceux qui ont assité à cette sainte
et éclatante Ceremonie , ont parû en être
pleinement satisfaits . Le Marquis de Mirepoix
est un des Seigneurs les mieux
faits et des plus polis de la Cour , et
rien n'est plus charmant que sa jeune
Epouse , qui dans cette occasion ajoûta
aux graces de sa personne , une douceur
et une modestie , qui firent l'admiration
de tout le monde.
M. le Curé de S. Eustache fit la Célebration
du Mariage dans le Choeur de
son Eglise et dit ensuite la Messe , pendant
laquelle M. Forcroy toucha POr
gue.
Quelque étonnante que soit la magnificence
que M. le Chevalier Bernard ait
fait paroître à l'occasion de ce Mariage,
on sera encore plus surpris de la rapidité
avec laquelle tous les préparatifs de la
Fête ont été faits.. La construction et la
décoration de la Sale , toutes les Illumi
nations au dedans et au dehors de l'Hô
tel , tout le travail des Cuisines et des
Offices , tout cela a été l'ouvrage de cinq
jours , pendant lesquels on a vû près de
deux mille Ouvriers travailler à des opé
rations differentes , sans trouble ni confusion.
Le jour de la Fête se passa avec le même
SEPTEMBRE. 1733. 2109
me ordre , quoique toute la Maison fût
dans un grand mouvement , et entierementeremplie
de monde ; mais par le
bon ordre , il n'y eut ni accident , ni
cohue ni embarras , ce qui est assez rare
dans de pareilles circonstances .
Nous joignons ici à cette Description
un Plan gravé , tant de l'Hôtel de M. Bernard
, que de la grande Sale , et une
élevation ou façade du Temple.
et Mariages.
Ntoine Paris , Ecuyer , Confeiller
Ad'Etat , cy- devant Tréforier géné
ral des Finances de la Province de Dauphiné
, mourut en sa Terre de Sampigny,
près de Commercy , en Loraine , le
29 Juillet 1733. Il étoit veuf de Marie-
Elizabeth - Jeanne de la Roche , fille de
Geoffroi de la Roche , vivant Ecuyer ,
Commandant les Gardes des Plaifirs du
Roy , dans les Parcs de Verfailles , & de
feué Élizibeth Hérault, de laquelle il n'a
laissé qu'une fille unique mariée avec
Jean Paris de Montmartel , son oncle
Ecuyer , Confeiller d'Etat et Garde du
Tréſor Royal , cy- devant Tréforier General
des Ponts et Chaussées , qui avoit
épousé en premieres nôces Marguerite-
Françoiſe Megret , foeur de Jean -Nicolas
Mégret de Sérilly , Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy.
Le 25 Août , Dame Sufanne de Louvat
,veuve de Meffire Raoul des Champs,
Chevalier, Seigneur de Boishebert , qu'elle
it épousé le 23 Juillet 1691. mourut
gée d'environ 61 ans. Elle étoit fille de
Clau
100% MERCURE DE FRANCE
Claude de Louvat , Maréchal des Champs
& Armées du Roy , Gouverneur de Bellc-
Isle , & de Geneviève Robert de Lay.
Le même jour Chrétien - Nicolas de
Lamoignon , Seigneur de Bournau , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy depuis 1728. et auparavant Confeiller
au Parlement de Paris, où il avoit été
reçu le 23 Juillet 1721. mourut d'une
fiévre maligne à Paris , dans sa 33 année,
étant né le 25 Decembre 1700. fans avoir
été marié. Il étoit fecond fils d'Urbain-
Guillaume de Lamoignon , Comte de
Launay Courfon & de Montrevaux ,
Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil
Royal des Finances , et de D. Marie-
Françoife Méliand , fon épouſe.
-
Le 30 Août , Jean - François- Paul le Févre
de Caumartin , Evêque de Blois , Abbé
commandataire de l'Abbaïe de Buzai
-de l'Ordre de Circaux , Diocèse de Nantes
, Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris, l'un des quarante de l'Académie
Françoise , et Honoraire de celle des Infcriptions
et Belles- Lettres , mourut d'une
attaque d'Apoplexie , dans la 65 année
de fon âge, étant né le 16 Decemb.1668 .
Ce Prélat qui eft univerfellement regretté
à caufe de ses belles qualitez,avoit han
bord été deftiné à l'Ordre de Malthe 8 .
reçu
SEPTEMBRE. 1732. 2087
·
reçu de minorité au grand Prieuré deFrance
en 1669. Depuis il embrassa l'état Ecclésiastique
, et fut pourvu de l'Abbaïe
de Buzai , par la démiffion de Jean François-
Paul de Gondi , Cardinal de Retz ,
fon parain.Il fut reçu à l'Académie Françoise
le May 1694. reçut le Bonnet de
Docteur en Théologie le 7 Février 1697.
et fut admis au mois d'Août 1701. au
nombre des Honoraires de l'Académie
des Inscriptions et Belles Lettres . Etant
Doyen de l'Eglife Métropolitaine de
Tours; et l'un des grands Vicaires du Siége
vacant , il fut nommé à l'Evêché de
Vannes le 17 Septembre 1717. et après
avoir été facré le 17 Juillet 1718. à Dinant
par l'Evêque de S. Malo , en préfence
des Etats de Bretagne , il préta ferrent
de fidélité entre les mains du Roy
le 11 Decembre fuivant. Il fut transféré
à l'Evêché de Blois le 27 Août 1719. et
prêta un nouveau serment de fidélité le
17 Juillet 1720.Il assista au Sacre du Roy
le 25 Octobre 1722. ayant été un des Prélats
qui y furent invitez .
e1 Septembre , Charles de Y de
Seraucourt , cy-devant Capitaine au Ré
ciment des Gardes Françoises , mourut à
is , ágé de 78 ans. Il étoit fils d'Antoi
e Y , sieur de Seraucourt, Lieutenant
Cri2088
MERCURE DE FRANCE
Criminel du Bailli de Vermandois , au
Siége Préfidial de Reims , et d'Isabelle
P'Epagnol.
Le. 8. Jean le Boulanger , Maître ordinaire
en la Chambre des Comtes de Paris
, où il avoit été reçû le 28. Mars 1686.
et auparavant Conseiller au Châtelet ,
mourut septuagenaire ; il avoit épousé au
mois de Février 1695. Marie- Agnès Soulet
, soeur de Nicolas Soulet , Conseil
1er en la Grand'Chambre du Parlement
'de Paris , et fille de Nicolas Soulet , Con
seiller - Secretaire du Roy , et d'Agnès
Gaillard. Il a laissé un fils , reçû Maître
en la même Chambre des Comptes en
1729. et une fille , mariée au mois d'Avril
1727. avec Pierre Charpentier , Scigneur
de Royennes , aussi Maître des
Comptes aàllParis.
2
t
Le 11. D. Marie- Christine- Victoire de
Prougent , Epouse d'Anne- François de
Vandeuil , Chevalier , Seigneur d'Estel
fay, Ecuyer de la grande Ecurie du Roy
et Chef d'Académie Royale à Paris , mourut
âgée d'environ 48. ans ; elle avoit été
mariée le 16. May 1715. et étoit fille
unique de Marie Joseph de Prougent
Ecuyer, Seigneur de Mongivroux , Întendant
des Maisons et Finances de feües
leurs Altesses Sérenissimes la Prince orae
SEPTEMBRE, 1738. 2089
Condé et la Duchesse de Brunswik Ha
nover , mort le 26. Avril dernier , et de
D. Catherine Davy de la Pailleterie , sa
femme, auparavant Chanoinesse et Dame
de Remiremont , morte le 2. Décembre
1729. âgée de 81. ans.
Le 12. de ce mois , Dame Françoise le
Gendre , Epouse de M. Jean Baptiste.
Bosc , Seigneur de Souscarriere , Conseiller
du Roy en ses Conseils , Secretaire.
de la Chambre et du Cabinet de S M.
Procureur Géneral en la Cour des Aydes
de Paris , Commandeur et Chancelier ,
des Ordres Royaux , Militaires et Hospitaliers
de N. D. du Mont- Carmel et de
S. Lazare de Jérusalem , mourut à Paris
après une longue, maladie , âgée de 49 .
15 ; elle étoit fille de feu François le
Gendre , Ecuyer , Fermier Géneral des.
Fermes du Roy , mort le 11 , Juin 1696.
t de feüe D, Marguerite le Roux , morte,
' e 11.Décembre 1726. et avoit pour soeurs
înées la D. Crozat , la D. Doublet et la
D. Présidente Durey ; elle avoit été mariée
au mois de Janvier 1704. et n'a laissé
que deux filles , qui sont la D. de Sourrière
et Marguerite Bosc , mariée le 9 .
évrier 1728. avec Bertrand - Cesar du
Guesclin , Seigneur de la Roberie, Colo-
Infanterie, Chevalier de l'Ordre Militaire
6
2090 MERCURE DE FRANCE
litaire de S. Louis , et Gentilhomme de
la Chambre du Duc d'Orleans.
Le 13. D. Marie Elizabeth Daret de
Chevry , Veuve depuis le 18. Juin dernier
, d'Antoine - François de la Trémoille
de Noirmontier , Duc de Royan , dont
on a rapporté la mort dans le Mercure
de Juin dernier , premier vol . p . 1246.
mourut à Paris , âgée de 61. ans , sans posterité
; elle étoit fille de feu Charles François
Duret , Seigneur de Villefranche et
de Chevry , qui avoit été Mestre de Camp
d'un Régiment d'Infanterie pour le service
du Roy en Portugal , et de feüe D.
Marie - Elizabeth Bellier de Platbuisson
et avoit été mariée le 22. Mars 1700.
·· Le 19. D. Henriette Louise Col-"
bert , Duchesse de Beauvillier , qui avoit
été Dame du Palais de la Reine Marie-
Thérese d'Autriche , mourut en son Hôtel
rue sainte Avoye à Paris , âgée de 76.
ans , 9. mois , et le 21. son corps fut
transporté à Montargis , pour y être inhumé
dans le Monastere des Benedictines
auprès du feu Duc son Mary . Elle étoit
seconde fille de Jean- Baptiste Colbert
Marquis de Seignelay de Château - Neufsur
- Cher , et de Blainville , Baron de
Monétau de Chény , d'Ormoy , de
Sceaux , de Linieres , &c. Conseiller
dinal...
SEPTEMBRE . 1733 2091
dinaire du Roy en tous ses Conseils : et
au Conseil Royal des Finances , Ministre
et Secretaire d'Etat , Contrôleur General
des Finances , Commandeur et Grand-
Trésorier des Ordres du Roy , Sur- Intendant
et Ordonnateur general des Bâ →
timens de S. M. Jardins , Arts et Manufactures
de France , &c. mort le 6. Septembre
1683. et de D. Marie Charron ,
morte le 7. Avril 1687. elle avoit été
mariée le 21. Janvier 1671. avec Paul de.
Beauvillier , Duc de S. Aignan , Pair de
France , Grand d'Espagne , Comte de
Busançois et de Palluan , Seigneur des
Terres et Baronies de la Ferté saint
Aignan , la Salle , les Cléri , Lucè en
Beauce , et des Terres et Châtellenies
des Aix , d'Angillon , Séri , Humbligni ,
Chemeri , la Grange , Montigny , haut
et bas Foullé, Chanterennes et Neufvres,
Vicomte de Valognes, Chevalier des Ordres
du Roy, et cy -devant Premier Gentilhomme
de fa Chambre ,Brigadier de fest
Armées , Ministre d'Etat , Chef du Confeil
Royal des Finances , Gouverneur des
nfans de France , Premier Gentilhomme
de leur Chambre , et Maître de leur
Warde-robe, Gouverneur pour le Roy des
Ville et Citadelle du Havre de Grace et
as en dépendans , Gouverneur et Bailli
des
2092 MERCURE DE FRANCE
,
des Villes et Chateau de Loches et Beaulieu,
mort le 31 Août 1714 Elle en avoit
eu plusieurs enfans , dont il n'y a cu
qu'une seule fille de mariée, qui étoit feuë .
Marie-Henriette de Beauvillier , morte le
4 Septembre 1718. laissant de Louis de
Rochechouart , Duc de Mortemart , Pair
de France , Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy, Chevalier de ses Ordres,
et Lieutenant Général de ſes Armées,
son cousin germain maternel , qu'elle avoit
épousé le 20 Décembre 1703. deux fils
et trois filles , l'aîné des fils mourut
en 1731. sans enfans; le second est Charles
- Auguste Duc de Rochechouart, premier
Gentilhomme de la Chambre du
Roy , né le 11 Octobre 1714- qui n'est
pas encore marié,
>
Le 20. D. Charlotte de Rohan , Epouse
depuis 1729 , de Jean Antoine de Créqui
, Comte de Canaples , et auparavant
veuve depuis le 14 Mars 1720 d'Antoine-
François de Colins , Comte de Mortaigne
, Seigneur de Justingue et d'Ham
premier Ecuyer de feuë Elizabeth-Charlotte
de Baviere , Duchesse Doüairiere
d'Orleans, et auparavant Capitaine- Lieutenant
de la Compagnie des Gens d'Armes
de Bourgogne , qu'elle avoit épousé
au mois de Mars 1717 , mourut d'une
ApoSEPTEMBRE
. 1733. 2093 .
Apoplexie de sang en son Château de
Beaumont au Perche , dans la 53 année
de son âge , étant née le 20 Decembre
1680. Elle étoit fille de Charles de Rohan,
Prince de Guimené, Duc de Montbazon ,
Pair de France mort le 10 Octobre 1727,
et de Charlotte Elizabeth de Cochefilet
de Vauvineux , morte le 24 Décembre
1719. Elle a laissé de son premier mari
Loüise Elizabeth de Colins de Mortaigne,
fille unique ,née au mois de Février 1713.
et mariée le 6 May 1733 , avec le Comte
de Montboissier , Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de Clermont , Prince ,
Cavalerie , fils aîné de Philippe Claude ,
Marquis de Montboissier Canilliac , Capitaine
Lieutenant de la seconde Compagnie
des Mousquetaires de la Garde du
Roy.
·
Le 21. D. Marie- Anne Tronçon, veuve
depuis le 17 Novembre 1704. de Mathieu
Garnier, Seigneur de Monthereau ,
Président au Parlement de Metz , et fille.
d'Ennemond Tronçon , Seigneur de Chaumontel
- la- Ville , et du Preslay , Maître
d'Hôtel ordinaire du Roy , et Trésorier
de France à Orleans , et d'Anne Boyer ,
mourut à Paris , âgée d'environ 89 ans ,
laissant une fille unique , qui est D.Marie-
Jeanne Garnier de Monthereau , ma-
I riéc
2094 MERCURE DE FRANCE .
›
riée le 20 Avril 1689 , avec Etienne Canaye
, Seigneur de Malval , des Roches ,
&c . Conseiller en la Grand'Chambce du
Parlement de Paris.
و
Le 28 , François le Maistre , Seigneur
de Persac en Poitou , de Belloc , et en
partie du Marquisat de Ferrieres , Conseiller
Honoraire au Parlement de Paris ,
où il avoit été reçu le 2 Juillet 1692. fils
de François le Maistre , Seigneur des mê
mes Lieux, mort Conseiller en la Grand-
Chambre du même Parlement , le 14 Septembre
1685. et de D. Marie le Feron , fa
seconde femme , morte le 4 Decembre
1720 femme alors en secondes nôces de
Claude de Thyard , Comte de Bissy , frere
du Cardinal de ce nom mourut au
Chateau de Mont rouge , près de Paris,
âgé d'environ 65 ans , et le lendemain au
soir son corps fut apporté à Paris , et inhumé
aux Cordeliers , dans la fépulture
de fa famille. Il desaendoit du celebre
Gilles le Maistre , premier Président au
Parlement de Paris , qui étoit son 4 aïeul,
et qui mourut le 5 Decembre 1562. François
le Maistre qui vient de mourir ,avoit
été marié le 1 Août 1695 , avec Marie-
Marguerite Boucher , morte le 2 Avril
1721.dans la 47 année de son âge,fille de
Nicolas Boucher , vivant Secretaire du
Roy ,
J
SEPTEMBRE. 1733. 2095
Roy , Grand Audiancier de France, et de
Mario Bannelier. Il n'en a laissé que Marie-
Anne le Maistre ,née le 27 Mars 1700.
et mariée le 22 Décembre 1722. avec Nicolas
le Camus , premier Président en la
Cour des Aydes de Paris , et Seigneur de
Mont-rouge , qui avoit épousé en premieres
nôces Magdeleine- Charlotte Baugier
, morte le 2 Decembre 1722 .
Le 25. Août , est née Augustine-Julie , fille
d'Anne- Gabriel de Cugnac , Chevalier , Baron de
Reuilly , Sous - Lieutenant au Régiment des Gar
des Françoises , et de D. Jeanne Marie - Joseph
Guyon de Disier , son Epouse. Ses Parains et
Maraines ont été Antoine- Hiacinte de Mainville
, Comte de Marigny , Brigadier des Armées
du Roy et Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux- Legers d'Orleans , et Dlle Ju-
Tie- Augustine Hurault de Vibraye.
Le 13. Septembre , fut baptisée Marie - Charlotte-
Dorothée , née le jour précedent , fille de
Michel - Charles - Dorothée de Roncherolles ,
Chevalier , Comte du Pont S. Pierre , Mestre de
Camp du Régiment Royal des Cravates, Cavalerie
, de D. Charlotte - Marguerite de Romilley de
la Chesnelaye , son Epouse , qui ont été mariez
le 25. May 1728. elle a eu pour Parain Adolphe
Charles de Romilley , Chevalier , Marquis de la
Chesnelaye et d'Amy , Comte de Mausson , Seigneur
de la Chaise , d'Ardesne, & c. Brigadier des
Armées du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , et Gouverneur des Ville et Château
de Fougeres en Bretagne , son Ayeul maternel
et pour Maraine , D. Marie- Anne Dorothée
Erard
I ij.
1
2016 MERCURE DE FRANCE
Erard le Gris,Marquise d'Echauffour et de Montreuil
, Comtesse de Cisey , &c. Epouse de Mi
chel de Roncherolles, Marquis du Pont S. Pierre,
premier Baron de Normandie , et Conseiller
'honneur-né au Parlement de Roücn , son Ayeu
le paternelle. Nous avons parlé de cette Maison
de Roncherolles , aussi bien que de celle de Romilley
, dans le Mercure de Juin 1728. premier
vol.p. 1255. à l'occasion tant du Mariage des Pere
et Mere de P'Enfant qui vient de naître , que de
celui de D. Marie - Catherine de Roncherolles,
soeur du Comte du Pont S. Pierre , avec François
de Rivoire , Marquis du Palais , Brigadier
des Armées du Roy , Lieutenant des Gardes du
Corps de S. M. qui fut celebré le 3. Juin 1728 .
Le 15. il est né un fils à Louis - François de
Laurens , Comte de Montserin , de son Mariage
avec Françoise Louise de Laurens , qui a été
nommé au Baptême par Thomas Rivier , et par
D. Joseph de Rebé , veuve de Leonor du Maine
Marquis du Bourg,
-Le 12. Septembre , Charles- Guillaume- Louis
de Broglio , âgé de 17. à 18. ans , seul fils de
Charles Guillaume , Marquis de Broglio , Lieu
tenant General des Armées du Roy , et Gouver
neur de Graveline , cy- devant Directeur general
d'Infanterie , et de feue D. Marie Magdeleine
Voysin , son Epouse , fille du Chancelier de
France de ce nom , morte le 11. Janvier 1722,
fut marié avec Dlle Theodore - Elizabeth de Besenval
de Bronstat , fille de Jean- Victor Baron
de Besenval Bronstat , du Canton de Soleure ,
Lieutenant General des Armées du Roy, et Colo
nel des Gardes Suisses de S. M. et de D, Cathe
ine , née Comtesse de Biclinski.
Le 15. Pierre- Jacques - Louis de Becdelievre ,
Marquis
Marquis de Quevilly , fils de Louis de Becdelievre,
Baron de Cany , et de feüe D. Anne- Henriette
Catherine Toustaing d'Herbeville , épousa Dlle
Charlotte Paulmier de la Bucaille , fille de Pierre
Paulmier de la Bucaille , Seigneur de Prestreval ,
et de D. Genoviéve Marette.
-
>
La nuit du Dimanche au Lundi 17.
d'Août dernier , Charles Pierre Gaston
de Lévis de Lomagne , Maréchal hé
reditaire de la Foy , Chevalier , Marquis
de Mirepoix , Comte de Terrides , Vicomte
de Gimoix , Baron de Mont- Fourcaul
, &c. Colonel du Régiment de Saintonge
; fils de feu Charles- Pierre de Lévis
, Marquis de Mirepoix , Prince de
Pescheseul , Comte de Terredes , Maréchal
héréditaire de la Foy , et de feüe
Dame Gabrielle d'Olivier , épousa Anne-
Gabrielle-Henriette Bernard , fille de Gabriel
. Bernard . Comte de Rieux , Baron
et Seigneur de la Liviniere , Ferals , Fief-
Madame , &c. Conseiller du Roy en ses
Conseils , Président au Parlement , Deu
xiéme Chambre des Enquêtes , et de Dame
Suzanne-Marie- Henriette de Boulainvilliers
, petite fille du côté Paternel de Samuel
Bernard , Chevalier de l'un des Ordres
du Roy , Conseiller d'État , Comte
de Coubert , Marquis de Merry , &c. en
du côté Maternel , de feu Henry de Boulainvilliers
, Comte de S. Saire , si celebret
1 ii
par
L
par le grand nombre de ses Ouvrages
dont la plupart ont été rendus publics
depuis sa mort.
On ne s'étendra pas sur la grandeur
de la Maison de Lévis , dont le Marquis
de Mirepoix est l'aîné. Ce ne seroit rien
apprendre au Public ; personne n'ignore
qu'elle est une des plus anciennes et des
plus illustres du Royaume . On en trouve
la Généalogie détaillée dans le 4. volume
de l'Histoire Généalogique du P.
Anselme , page 15 .
11 suffira d'observer que Guy de Lévis
I. du nom , Chef de toutes les Branches
de cette Maison , qui subsistent au→
jourd'hui , fit paroître tant de valeur et
de zele pour la Religion dans la guerre
contre les Albigeois , où il commandoit
en qualité de Maréchal des Croisez , au
commencement du 13. siecle , qu'il y
mérita pour lui et pour l'aîné de ses Enfans
mâles , à perpétuité , le Titre de Maréchal
de la Foy Titre que nos Rois
ont depuis confirmé en plusieurs occa
sions , entre autres , par un Arrêt du
Grand Conseil du 10.Juin 1651. et c'est
en qualité de Maréchal héréditaire de la
Foy , que le Marquis de Mirepoix porte
derriere l'Ecu de ses Armes , qui sont
d'or à trois chevrons de sable , deux Bâtons
SEPTEMBRE. 1733 2099
tons d'azur en sautoir , semez de Croix
et de Fleurs de Lys d'or.
Le Chevalier Bernard , toujours magnifique
dans ce qu'il fait , donna à l'occasion
de ce Mariage dans son Hôtel ,
ruë neuve Notte -Dame des Victoires
une Fête qui a fait l'étonnement et l'ad
miration de tous ceux qui y ont assisté.
Le matin du Dimanche 16. Août , un
grand nombre de Suisses furent postez
aux portes de l'Hôtel et des Apparte
mens , et un détachement d'autres Suisses
fut chargé de la garde des Cour, Jar
dins , Passages , &c.
La Fête commença sur les 6. heures
du soir , par un Concert , qui ne pouvoit
manquer d'être parfaitement bien
executé , M. Bernard ayant eu soin d'y
rassembler en grand nombre les plus belles
Voix et les meilleurs Instrumens , et
l'on peut dire de ces excellens Sujets ,
que le zele se joignant à leurs talens , ils
se surpasserent pour répondre aux intentions
de M. Bernard .
Sur les 7. heures du soir , toutes les
façades de l'Hôtel furent illuminées d'u
ne quantité prodigieuse de Lampions et
de Terrines , qui profiloient toutes les
Corniches , les Croisées , les Plintes et
les autres principaux Membres de l'Ar-
I iiij
chi2100
MERCURE DE FRANCE
chitecture , depuis le faîte jusqu'au rezde
- chaussée. La principale façade de la
Cour , étoit surmontée d'une Etoite de
Lampions , si grande et si brillante que
les yeux avoient peine à en soutenir l'éclat.
L'Illumination qui décoroit le devant
de l'Hôtel sur la ruë , formoit plusieurs
Pilastres , et le pourtour de la
Porte Cochere , au haut de laquelle étoit
un Fronton entre deux grandes Pirami
des de Lampions , qui jettoient une lumiere
très-agréable ; et pour éclairer de
plus loin les Carosses , on avoit garni le
mur du Jardin des Petits - Peres de la
Place des Victoires , de terrines posées
sur des Consoles , depuis l'Eglise jusqu'à
l'angle et très-avant dans la ruë neuve
S. Augustin. On n'aura pas de peine à
s'imaginier le brillant de cette Illumina
tion , quand on sçaura que tous les lampions
et les terrines étoient en cire blanche
, précaution que l'on a crû devoir
prendre pour éviter la mauvaise odeur
et pour garantir les habits des Dames
et des autres Conviez qui étoient obligez
de passer sous des Arcades illuminées .
Après le Concert , vers les neuf heures
, toute la Compagnie descendit et traversa
une enfilade d'Appartement à rezde-
chaussée , pour se rendre dans une
Sale
Echelle
de
Le Roux inv.
PEL
618 wifes
P
C
LIBRARY
.
A, LENOX
AND
TELEEN
FOUNDATIONS
.
pou endre dans une
Sale
DRAKY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
TEMPLE DE MARS
Mademoifelle
uis de
Mirepoix avec
Bernard
Comte de Coubert .
DEO NT
REG
REGI
SEPTEMBRE. 1733. 2102
Sale , où l'on avoit servi un Repas des
plus somptueux. C'est ici qu'a parû dans
tout son éclat , le goût et la magnificence
du Chevalier Bernard ,
Cette Sale , dont tout le monde a
admiré la grandeur et les proportions ,
avoit été construite dans le Jardin par
les soins et sur les Desseins de M. le Roux,
Architecte du Roy et de l'Académie
Royale d'Architecture , qui a employé
avec succès son Art et ses talens pour
executer les idées de M. Bernard .
L'étendue de la Sale étoit de 12. toises
de longueur , sur sept de largeur , et elle
avoit 22. pieds et demi d'élevation depuis
le plancher jusqu'au Plafond. 1. a
La décoration du Frontispice repré
sentoit en camayeu le Temple de Mars ,
dont une Porte cintrée formoit la prin
cipale Entrée. Aux deux côtez étoient
quatre grands Pilastres d'une très- belle
Architecture, ornez de Trophées de
guerre , et entre les Pilastres , deux grandes
Arcades vitrées , qui laissoient jouir
un grand nombre de Spectateurs du coup
d'oeil de la Sale , et donnoient aux Conviez
le plaisir de voir la Façade illuminée
du dedans de l'Hôtel. Au - dessus
de ces deux Arcades , on voyoit des
Trophées d'Amour et les Chiffres des
21
I y now
1102 MERCURE DE FRANCE
nouveaux Epoux , sous une Corniche
feinte de pierre de taille , surmontée d'un
grand Fronton de la largeur de l'Edifice;
dans le Timpan duquel étoient les Ar
mes du Marquis de Mirepoix , accolées
avec celles de sa nouvelle Epouse , dans.un
Cartouche , avec la Couronne Ducale,
un Griphon et un Lion pour supports ,
et les Bâtons de Maréchal de la Foy
mis en sautoir derriere les deux Ecus
le tout peint et très bien exprimé en
bas - relief, par les clairs et les ombres.
Sur un des cô ez du Fronton et à la
droite du Cartouche , on lisoit dans une
Banderole la Devise : Aide Dieu an second
Chrétien Lévis , à la gauche dans
une autre Banderole : Deo ut Regi , Regi
ut Deo ; et au- dessous des Armes , Callar
Vale Mas. Ces trois Devises appartiennent
depuis un temps immémorial à la
Branche aînée de Lévis , et ne sont pas
moins des marques de son ancienneté ,
que des grands services qu'elle a rendus
au Roy et à la Religion .
Enfin , aux deux extrémitez du Fron
ton , sur la Corniche , s'élevoient deux
bouts de balustrade , chargez de deux
Trophées d'Armes en ronde-bosse.
Au fond de cette Sale , en face de la
grande Porte , on avoit pratiqué un enfonSEPTEMBRE.
1733 . 2103
foncement pour un grand Buffet d'appa
rat , aux côtez duquel il y en avoit
deux autres. Au - dessus de ces deux Buf
fers étoient deux Tribunes spacieuses ,
destinées pour la Symphonie.
Au pourtour du bas de la Sale regnoit
un Lambris de quatre pieds de hauteur ;
le Plafond étoit soutenu d'un Frise et Cor
niche , interrompuës au- dessus du grand
Buffet , des Armes groupées des Mariez,
entre deux Emblêmes, peints en camayeu
gris-de- lin ; et du côté opposé , c'est - àdire
, au- dessus de la grande Porte , on
voyoit les Armes de M. Bernard , placées
entre deux Chiffres dans des Čartouches.
Le reste de la Frise , le long des
deux grands côtez,étoit orné de Cartouches
et de Devises .
Outre la principale Porte d'entrée dont
nous avons parlé, il y en avoit encore
4.autres de 15. pieds de hauteur sur 8. de
largeur dans les grands côtez de la Sale;
et à la premiere à droite , aboutissoit une
Galerie couverte , longue de 4. toises et
demie , et large d'environ 2. toises , qui
communiquoit aux Appartemens du rezde-
chaussée , par le moyen de laquelle
la Compagnie passa des Appartemens
dans la Sale, sans être exposée à la pluye
ni au mauvais temps.
I vj Dans
2104 MERCURE DE FRANCE
Dans le milieu de la Sale étoit une Table
en fer à cheval , qui avoit 150. pieds
de pourtour par les dehors , pout 70.
Couverts. Il y en avoit encore quatre au
tres de 9. pieds de long dans les encoignures
du côté de la grande Entrée , qui
servoient de Buffet pour poser les Services
, avant que de les porter sur la grande
Table. La Sale étoit décorée avec tout
l'art possible ; un grand nombre de Lustres
et de Girandoles dans les plus ingénieux
arrangemens , y répandoit une lumiere
très- éclatante.
Le Fer à cheval étoit entouré par- dehors
de 70, tant chaises que fauteuils , de
même parure , en velours cramoisi , chamaré
en or et argent , les chaises placées.
alternativement entre les fauteuils.
L'arrivée des Conviez dans la Sale fut
annoncée par un bruit de Timbales et
de Trompettes , qui ne cessa que quand
tout le monde fut à table. Les nouveaux
Epoux étoient placez au milieu du Fer à.
cheval ; les fauteuils étoient occupez par
les Dames et les chaises par les Messieurs. ,
Il n'étoit guére possible de voir une.
Assemblée plus brillante , ni un Spectacle
plus magnifique . Cette Table reünissoit
sous un seul point de vûë un grand.
nombre de personnes des plus qualifiées .
et:
SEPTEMBR E. 1753. 210
et des plus considérables du Royaume.
Nous nous croyons dispensez d'entrer
dans le détail du Festin ; on n'aura pas
de peine à imaginer qu'il étoit des plus
somptueux et des mieux servis ; M. Bernard
fit éclarer en cette occasion sa magnificence
ordinaire . 7
Nous observerons seulement , pour
donner une idée de l'ordre établi , que
les Plats et Services étoient apportez par
des Suisses et remis entre les mains d'un
grand nombre d'Officiers , qui les posoient
sur la Table par le milieu du fer
à cheval.
Rien n'étoit plus beau à voir que le
Service du fruit , la Table se trouva en
un instant métamorphosée en une espece
de Jardin délicieux , où les yeux et le
goût trouvoient également de quoi se sa
tisfaire , par l'abondance des fleurs et des
fruits de toute espece qui couvroient
toute l'étendue de la Table ; sans parler
des formes variées et de la délicatesse des
mets , & c.
Les deux Buffets étoient servis par de
hors, ct il y avoit à chacun plusieurs Officiers
qui n'étoient occupez qu'à donner
les Vins les plus rares et les plus exquis. ཏ མ ཉི
A. la Musique guerriere , succeda une
Symphonic mélodieuse , placée dans les
Tri
1
&
2106 MERCURE DE FRANCE
Tribunes , qui dura pendant tout le souper
, interrompuë par intervales par les
Fanfares des Trompettes et des Timbales,
placées sur un Théatre hors de la Sale
du côté de la Galerie couverte. Les sieurs
Charpentier et Danguy , dont tout le
monde connoît les talens ,
l'un pour
la
Musette et l'autre pour la Viele , vinrent
pendant le Souper au milieu du fer
à cheval , et y joüerent ensemble avec
tous les agrémens comiques dont on les
sçait capables ; ce qui fit un intermede
des plus amusants.
Au sortir de table à minuit , toute
la Compagnie monta en carosse pour se
rendre à S. Eutsache Paroisse de la
Mariée .
>
Le devant de l'Hôtel étoit bordé de
plusieurs Escoüades de Guet à pied , et
l'on trouvoit des Brigades de Guet à che
val à chaque coin des rues aboutissant à
celles par où passoit la suite des Carosses.'
Il y en avoit encore un plus grand nom-'
bre au grand Portail de l'Eglise pour
empêcher le tumulte et la confusion.
L'attention de M. Bernard s'étoit éten
due jusqu'à faire éclairer toute la Place
qui est vis-à- vis l'Eglise ; elle étoit en
tourée de quantité de Terrines , dont la
grande lumiere dissipoit entierement les
énebres de la nuit.
SEPTEMBRE. 1733. 2107
P
Le grand Autel et le Choeur étoient surbement
décorés * et éclairés d'une si
grande quantité de Cierges et de Bougies,
po ées sur Candelabres et des Girandoles,
qu'on avoit peine à s'imaginer que l'on
fût au milieu de la nuit. Une longue suite
de Lustres , suspendus au milieu de
la Nef, accompagnez de Bras à plusieurs
branches , attachez à chaque Pilier , n'y
produisoient pas une clarté moins brillante.
Mais la plus belle Décoration de l'Eglise
, et celle qui devoit le plus flatter
M. Bernard , c'étoit la multitude prodigieuse
de monde, de tout rang et de tout
etat qui s'y rendit de tous les quartiers
de Paris , pour prendre part et voir cette
pompeuse Nôce. Jamais Ceremonie de
cette espece n'attira en effet tant de
Spectateurs. Le Choeur er la Nef étoient
templis de personnes de la premiere distinction
, qui cependant n'étoient pas de
la Noce. Il y avoir dans le reste de l'Eglise
un peuple aussi nombreux qu'aux
jours des plus grandes Fêtes . Une foule
de Carosses occupoir , à une très-grande
distance , toutes les rues qui aboutissent
à S. Eustache.
Par le sieur Guilleaumon , Tapissier ordinaire
de la Ville , qui avoit aussi décoré et illuminé la
Sale.
2708 MERCURE DE FRANCE
Tous ceux qui ont assité à cette sainte
et éclatante Ceremonie , ont parû en être
pleinement satisfaits . Le Marquis de Mirepoix
est un des Seigneurs les mieux
faits et des plus polis de la Cour , et
rien n'est plus charmant que sa jeune
Epouse , qui dans cette occasion ajoûta
aux graces de sa personne , une douceur
et une modestie , qui firent l'admiration
de tout le monde.
M. le Curé de S. Eustache fit la Célebration
du Mariage dans le Choeur de
son Eglise et dit ensuite la Messe , pendant
laquelle M. Forcroy toucha POr
gue.
Quelque étonnante que soit la magnificence
que M. le Chevalier Bernard ait
fait paroître à l'occasion de ce Mariage,
on sera encore plus surpris de la rapidité
avec laquelle tous les préparatifs de la
Fête ont été faits.. La construction et la
décoration de la Sale , toutes les Illumi
nations au dedans et au dehors de l'Hô
tel , tout le travail des Cuisines et des
Offices , tout cela a été l'ouvrage de cinq
jours , pendant lesquels on a vû près de
deux mille Ouvriers travailler à des opé
rations differentes , sans trouble ni confusion.
Le jour de la Fête se passa avec le même
SEPTEMBRE. 1733. 2109
me ordre , quoique toute la Maison fût
dans un grand mouvement , et entierementeremplie
de monde ; mais par le
bon ordre , il n'y eut ni accident , ni
cohue ni embarras , ce qui est assez rare
dans de pareilles circonstances .
Nous joignons ici à cette Description
un Plan gravé , tant de l'Hôtel de M. Bernard
, que de la grande Sale , et une
élevation ou façade du Temple.
Fermer
Résumé : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
En 1733, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Ntoine Paris, Écuyer et Conseiller d'État, ancien Trésorier général des Finances de la Province de Dauphiné, est décédé le 29 juillet à Sampigny, près de Commercy, en Lorraine. Il était veuf de Marie-Elisabeth Jeanne de la Roche et avait une fille unique mariée à Jean Paris de Montmartel, son oncle. Le 25 août, Dame Suzanne de Louvat, veuve de Raoul des Champs, Chevalier et Seigneur de Boishebert, est décédée à l'âge d'environ 61 ans. Elle était fille de Claude de Louvat, Maréchal des Champs et Armées du Roy, et de Geneviève Robert de Lay. Le même jour, Chrétien-Nicolas de Lamoignon, Seigneur de Bournau et Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy, est décédé à Paris à l'âge de 33 ans. Il était fils d'Urbain-Guillaume de Lamoignon, Comte de Launay Courfon et de Montrevaux, et de Marie-Françoise Méliand. Le 30 août, Jean-François-Paul Le Fèvre de Caumartin, Évêque de Blois et Abbé commandataire de l'Abbaye de Buzai, est décédé d'une attaque d'apoplexie à l'âge de 65 ans. Il avait embrassé l'état ecclésiastique après avoir été destiné à l'Ordre de Malthe. Le 1er septembre, Charles de Y de Seraucourt, ancien Capitaine au Régiment des Gardes Françoises, est décédé à l'âge de 78 ans. Il était fils d'Antoine de Y, sieur de Seraucourt, et d'Isabelle d'Epagnol. Le 8 septembre, Jean Le Boulanger, Maître ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris, est décédé septuagénaire. Il avait épousé Marie-Agnès Soulet et laissé un fils et une fille. Le 11 septembre, Marie-Christine-Victoire de Prougent, épouse d'Anne-François de Vandeuil, Chevalier et Seigneur d'Estelfay, est décédée à l'âge d'environ 48 ans. Elle était fille unique de Marie-Joseph de Prougent et de Catherine Davy de la Pailleterie. Le 12 septembre, Dame Françoise Le Gendre, épouse de Jean-Baptiste Bosc, Seigneur de Souscarriere, est décédée à Paris après une longue maladie à l'âge de 49 ans. Elle avait deux filles, Marguerite Bosc et la Dame de Sourrière. Le 13 septembre, Marie-Elisabeth Daret de Chevry, veuve d'Antoine-François de La Trémoille de Noirmontier, Duc de Royan, est décédée à Paris à l'âge de 61 ans sans postérité. Elle était fille de Charles-François Duret et de Marie-Elisabeth Bellier de Platbuisson. Le 19 septembre, Henriette-Louise Colbert, Duchesse de Beauvillier, est décédée à Paris à l'âge de 76 ans. Elle était seconde fille de Jean-Baptiste Colbert, Marquis de Seignelay, et de Marie Charron. Le 20 septembre, Charlotte de Rohan, épouse de Jean-Antoine de Créqui, Comte de Canaples, est décédée d'une apoplexie à l'âge de 53 ans. Elle était fille de Charles de Rohan, Prince de Guimené, et de Charlotte-Elisabeth de Cochefilet de Vauvineux. Le 21 septembre, Marie-Anne Tronçon, veuve de Mathieu Garnier, Seigneur de Monthereau, est décédée à Paris à l'âge d'environ 89 ans. Elle avait une fille unique, Marie-Jeanne Garnier de Monthereau. Le 28 septembre, François Le Maistre, Seigneur de Persac et Conseiller honoraire au Parlement de Paris, est décédé à l'âge d'environ 65 ans. Il était marié à Marie-Marguerite Boucher et avait une fille, Marie-Anne Le Maistre. En termes de naissances, le 25 août, Augustine-Julie, fille d'Anne-Gabriel de Cugnac et de Jeanne-Marie-Joseph Guyon de Disier, est née. Ses parrains et marraines étaient Antoine-Hiacinte de Mainville, Comte de Marigny, et Mademoiselle Julie-Augustine Hurault de Vibraye. Le 13 septembre, Marie-Charlotte-Dorothée, fille de Michel-Charles-Dorothée de Roncherolles et de Charlotte-Marguerite de Romilley de la Chesnelaye, a été baptisée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 2296-2310
MORTS ET MARIAGES.
Début :
Le 18 Septembre 1733. Armand-Jean de la Vove de Tourouvre, Evêque [...]
Mots clefs :
Chambre, Épouse, Conseiller au Parlement, Brigadier, Armées du roi, Conseiller secrétaire du roi, Maison, Gardes du corps, Maître des requêtes, Paroisse, Capitaine des chasses, Jean-Armand de la Vove de Tourouvre, Léon Le Cirier, Anne-Thérèse Hébert, Marc-Roger de Noé, Magdelaine Susanne Gigault de Bellefonds, Nicolas Guyot de Chesne, Baltasar Patiño y Rosales, Anne-Charles Goislard de Montsabert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS ET MARIAGES.
MORTS ET MARIAGES.
LE
E 18 Septembre 1733. Armand-Jean
de la Vove de Tourouvre , Evêque
et Comte de Rodez en Rouergue , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris,
du 12 Août 1702. mourut dans son
Diocèse âgé d'environ 60 ans. Il étoit
filleul de celebre Armand Jean Bouthillier
de Rancé , Abbé de la Trappe , et
fils
OCTOBRE. 1733 . 2297
fils puîné d'Antoine de la Vove , Marquis
de Tourouvre , Seigneur de la Guimandiere
, Auteuil , Randonnay , &c . Gentilhomme
du Perche , d'une Maison
dont l'ancien nom étoit Louel , et de
Marie de Ramefort , Dame de la Grilliere.
Il avoit été d'abord Chanoine et
Grand- Archidiacre de l'Eglise Metropolitaine
de Rouen , et Vicaire general du
même Diocèse. Il fut nommé à l'Evêché
de Rodez au mois de May 1716. et après.
avoir reçu ses Bulles de Rome ; il fut sacré
le 10 Juillet 1718. dans la Chapelle
de l'Archevêché de Paris , par feu le Cardinal
de Noailles ; assisté des Evêques
d'Auxerre , et de Sécz . Il prêta serment
de fidelité au Roy le 7 Août de la même
année. Il fut reçu Conseiller au Parlement
de Toulouse le 12 Juillet 1723. et .
assista aux Assemblées Generales du Clergé
de France de 1725. et 1735. en qualité
de député de la Province d'Albi .
Le 29 , Leon le Cirier, Seigneur Marquis
de Neuchelles , le Plessis , Ville-
Neuve , Riviere, Maréchal de Camp des
armées du Roy , Gouverneur des Ville
et Château de Sainte Menehoud , et Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
mourut à Paris , âgé d'environ 72 ans.
Il étoit Fils de Louis le Cirier , Seigneur
da
2298 MERCURE DE FRANCE
de Neuchelles , qui étant Lieutenant des
Gardes du Corps du Roy , fut fait Gouverneur
de Ste Menehoud en 1677. Brigadier
de Cavalerie au mois de Janvier
1678. et Maréchal de Camp , le 24 Août
1688. et qui fut tué au Combat de la
Cattoire près de Leuze , le 19 Septembre
1691. et de Marie de Bucy , morte
gée de 76 ans , les Février 1714. Il
avoit été élevé Page de la Chambre du
Roy en 1679. Il eut au mois d'Octobre
1691. le Gouvernement de Sainte Me--
nehoud , vacant par la mort de son pere.
Il étoit alors depuis quelques années
Exempt des Gardes du Corps du Roy
dont il fut fait Enseigne au mois de Mars
1705. et ensuite Lieutenant. Il fut fait
aussi Chevalier de S. Louis en 1705. Brigadier
le 29 Janvier 1709. et enfin Maréchal
de Camp le premier Février 1719 .
Il s'étoit retiré du service à cause de ses
infirmités avec une Pension du Roy de
6000 livres. au mois de Février 1727. Il
avoit épousé Marie- Louise le Menestrel
de Hauguel soeur de la Maréchale de Besons
, et Fille d'Antoine le Menestrel du
Hauguel , Seigneur de S. Germain de
Laxis , des Granges , de Marsilly , & c.
Grand Audiencier de France , mort le 22
Decembre 1700.et de Marguerite Barbier
da
OCTOBRE. 1733 2299
du Metz . Il en a laissé pour fille unique
Marte- Gabrielle le Cirier de Neuchelles ,
née le 18 Decembre 17c6, et matiée le 27
Juin 1725. avec Samuel - Jacques le
Clerc , Marquis de Juigné , et de Verdelles
Baron de Champagne , et de
la Lande , Colonel Lieutenant du Regiment
d'Orleans Infanterie .
:
,
•
و
Le 3 Octobre , Dame Anne Thérese
Hébert épouse d'Antoine - François
Talon Colonel d'Infanterie , et ancien
Capitaine au Regiment des Gardes
Erançoises , avec lequel elle avoit été
mariée le 23 Novembre 1718. mourut à
Paris , dans la 51 année de son âge, étane
née le 15 Avril 1683. elle étoit fille d'André-
Pierre Hébert , Seigneur du Bue , et
de Villiers , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , mort le 22
Mars 1707. et d'Anne -Françoise le Gendre
sa deuxième femme , et elle avoit
épousé en premiere nôces le 27 Avril
1705. Pierre Larcher , Seigneur de Po
cancy, Conseiller au Parlement de Paris,
mort le 19 Fevrier 1706. à l'âge de 25 ans
duquel elle a en Anne Larcher de Pocancy,
son unique héritiere , née posthume
le 6 Avril 1706. et mariée le 24 May
1719. avec Marc Pierre de Voyer de
Paulmy Comte d'Argenson , Conseiller
·
+
2300 MERCURE DE FRANCE
,
et d'Etat Grand - Croix , Chancelier
Garde des Sceaux de l'Ordre Royalet
Militaire de S. Louis , Chancelier , Garde
des Sceaux , Chef du Conseil , et Sur-
Intendant des Finances du Due d'Orleans.
,
- Le sept Octobre Dame Anne-
Genevieve Brochet , fille de Philippe
Brochet , Sr de Pontcharost , Tresorier
General des Ponts et chaussées de France ,
et épouse de Jean - Simon Mouffe , Conseiller
Secretaire du Roy , Maison Cou--
ronne de France , et de ses Finances , et
Receveur General des Finances à Amiens,
avec lequel elle avoit été mariée le 29
Avril 1726. mourut en couches à Paris ,
âgée d'environ 24 ans
Le même jour , Dame Magdelaine-
Elizabeth de Baron de Cottinville , veuve
depuis le 10 Avril 1728. de Charles de
Dienne de Cheyladet , Seigneur de Chennevieres,
Lieutenant General des Armées
du Roy , Premier Lieutenant de la Compagnie
Ecossoise des Gardes du Corps de
S. M. Gouverneur de la Ville d'Agde
et des Fort , et Port de Brescou , mourut
à Paris dans la 75 année de son âge , et
fut inhumée le lendemain à S. Eustache :
sa Paroisse , elle étoit fille d'Antoine Baron
, vivant Seigneur de Châtenay , de .
Pucey ,
OCTOBRE. 1733. 2301
,
Pucey , et de Cottinville , et d'Adrienne
de Maupeou d'Ableiges , qui avoit épousé
en premieres Nôces Michel de Marescot
Seigneur de Thoiry , Maître des
Requêtes , et qui mourut le vingt- deux
Janvier 1706. âgée de quatre vingtquatre
ans. la Dame de Cheyladet avoit
été mariée le 8 May 1702. mais elle n'a
point eu d'enfans.
Le 12 Octobre la Dame Chauveton de
Voiet de S. Leger , mourut en couches
à Paris . Elle étoit troisiéme fille de Louis-
Alexandre Bontemps , Premier Valet de
Chambre du Roy , Bailli , et Capitaine
des Chasses de la Varenne du Louvre
et de feuë Dame Charlotte le Vasseur de
S. Urain , sa femme.
Le 13 Octobre , Marc Roger, Marquis
de Noé , Baron de l'Ifle en Armagnac
Seigneur de Pouy , Stancarbon , & c.
Senéchal , et Gouverneur des quatre vallées
en la Generalité de Montauban , Brigadier
des Armées du Roy , et Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
mourut subitemenr à Fontainebleau
dans la 59 année da son âge , étant né
le premier Fevrier 1675. Il avoit été reçu
en 1689. Page du Roy en sa petite Ecurie
, d'où en sortant il entra dans la
miere Compagnie des Mousquetaires. Il
prefut
2302 MERCURE DE FRANCE
fut fait en 1692. Enseigne au Regiment
des Gardes Françoises , eut depuis un
Regiment d'Infanterie de son nom , qui
fut reformé après la Paix d'Utrecht , et
fut créé Brigadier le premier Fevrier
1719. Il avoit été marié le 2 May 1714.
avec Charlotte Colbert fille de François
Colbert , Seigneur de S. Mars , alors
Capitaine de Vaisseau , et depuis Chef
d'Escadre des Armées Navales du Roy ,
mort le 22 Janvier 1722. et de feue
Charlotte- Reyne de Lée, Irlandoise d'origine.
Il en a laissé des enfans . Il étoit
frere d'Urbain de Noé,Prêtre du Diocèse
d'Auch , Docteur en Theologie , Chinoine
de l'Eglise Métropolitaine et Primatiale
d'Auch , qui fut deputé de la
Province d'Auch , à l'Assemblée Generale
du Clergé de France tenue à Paris en
1725. et qui a obtenu du Roy au mois
de Mars dernier le Prieuré de S. Maurice
de Senlis , s'étant démis en même
temps de l'Abbaye de N. D. de Villelongne
. Diocèse de Carcassonne , qui lui
avoit été donnée au mois de Novembre
1733. la Généalogie de la Maison de Noé,
qui est de la Province de Languedoc , est
rapportée dans le 8 tome des Grands Officiers
de la Couronne ch . 15 des Grands
Ecuyers de France. p. 473.
Le
OCTOBRE 1733. 2303
Le 13 Dame Magdelaine - Susanne
,
Gigault de Bellefonds , Marquise du
Chastelet , mourut âgée de 66 ans , elle
étoit fille de Bernardin Gigault, Marquis
de Bellefonds, Maréchal de France , Che
valier des Ordres du Roy ,Premier Ecuyer
de Madame la Dauphine , Ayeule du
Roy Regnant , et Gouverneur des Ville
et Château de Valognes , mort le 4
Decembre 1694. et de Dame Magdelaine
Fouquet morte le vingt May 1716.
Elle avoit été mariée le huit Janvier
1688. avec Antoine - Charles da
Chastelet , Marquis d'Aubigny , Comte
de Clefinont, Baron de Thous , &c . Mort
au mois de Septembre 1720. étant Lieutenant
General des Armées du Roy
Gouverneur du Château , et Capitaine des
Chasses du bois de Vincennes . Elle a
Jaissé entr'autres enfans François- Bernardin
du Chastelet , Marquis d'Aubigny ,
Comte de Clefmont , Mestre de Camp
de Cavalerie , Brigadier des Armées du
Roy , du premier Fevrier 1719. et Gouverneur
, et Capitaine des Chasses de
Vincennes ; qui fut marié le 24 Avril
1714. avec Catherine Armande de Vignerot
du Plessis Richelieu , fille de feu
Armand Jean de Vignerot du Plessis
Duc de Richelieu et de Fronsac , Pair
·
3
de
2304 MERCURE DE FRANC ™
de France , mort le 10 May 1715. et d
feue Anne Marguerite d'Acigné , sa
deuxième femme , morte le 19 Août
1698.
-
Le 16 , M. Jean- Louis Héron , Receveur
des Finances en Champagne, Lieutenant
de la Capitainerie des Chasses de
Fontainebleau , et Intendant des Maison
et Affaires de Mademoiselle de Clermont,
Sur- Intendante de la Maison de la Reine,
mourut à sa Terre , laissant une Veuve
sans enfans.
,
Le Octobre M. Nicolas Guyot , Seigneur
de Chesne , Conseiller Secretaire
du Roy , Maison Couronne de France et
de ses Finances , reçu en cette Charge
en 1719. Ancien Avocat au Parlement
Immatriculé le 30 Juillet 1675. et Bailli
de la Justice du Chapitre de l'Eglise de
Paris mourut âgé d'environ 78 ans.
ayant été dans son temps un des premie's
du Barreau. Il avoit eu d'Antoinette
Pelletier son épouse , une fille unique ,
Catherine-Angelique Guyot de Chesne ,
mariée au mois d'Octobre 1725. avec
Noël Arnaud , Seigneur de Boüeix , et
de Meré , Conseiller au Parlement de
Paris , puis Maître des Requêtes . Elle
est du Roy morte en couches à Angoulême
en 1729 , laissant des enfans.
,
Lc
OCTOBRE . 1733. 2305
Le 17 Octobre , Hercule- Joseph de
Lu , Marquis Titulaire de Saluce,Comte
d'Usa , &c. Mestre de Camp de Cavalerie
, cy- devant Maréchal General des Logis
de la Cavalerie de l'Armée du Roy
en Espagne , mourut , âgé de 65 ans.
Le 19 , D. Baltazar Patiño , Marquis
de Castellar , Commandeur d'Alange de
l'Ordre de S.Jacques, Gentilhomme de la
Chambre du Roy d'Espagne , son Conseiiler
au Conseil de Guerre , Secretaire
d'Etat, et des Dépêches universelles de la
Guerre , Ambassadeur Extraordinaire et
Plénipotentiaire de S. M. C. auprès du
Roy , mourut à Paris , âgé de 63 ans . Il
ayoit été nommé à l'Ambassade de France
au mois d'Août 1730. et étant arrivé à
Paris le 23 Oct. suivant, il eut à Versailles
sa premiereAudience particuliere du Roi,
le 29 du même mois. Il étoit frere de Don
Jo eph Patiño, Commandeur d'Alevisoa,
de Ordre de S. Jacques , Gouverneur
du Conseil des Finances et des Tribu
naux endépendans ; Sur Intendant General
des Routes generales et Secretaire
d'Etat du Roy Cath.ct des dépêches universelles
de la Marine , des Indes et du
Commerce, l'un des principaux Ministres
de la Courd Espagne. Son Corps fut porté
en l'Eglise de S. Sulpice sa Paroisse , et
I CRSU
>
-
2306 MERCURE DE FRANCE
ensuite transporté en grand Convoi ,
dans l'Eglise des PP. Carmes Déchaussez ,
où il fut inhumé.
→
Le 25 , Jacques Joseph du Guet , Pretre
, natif de Monsbrison en Forêts, connu
par un grand nombre d'Ouvrages de
piété , qu'il a donnez au public , mourut
à Paris subitement, en prenant un Bouillon
, dans la 84 année de son âge , étanc
né le 19 Decembre 1649. Il fut inhumé
le 27 , sur le midi, en l'Eglise de S. Médard
sa Paroisse, avec un grand concours
de toutes sortes de personnes. Son éloge
est rapporté avec le détail de ses Ouvra
dans la derniere Edition du Dictionnaire
universel de 1732. dans le Tom. 3 .
sous la Lettre G.
ges
Le même jour , François- Nicolas Aubourg
, Conseiller , Secretaire du Roy ;
Maison , Couronne de France et de ses
Finances , et Trésorier General des Bâtimens
de S. M. Jardins , Arts et Manufactures
de France , mourut d'accident à
Paris , laissant de Marie Poupard sa femme
, N. Aubourg , Conseiller Clerc au
Parlement , Barbe Charlotte Aubourg ,
mariée avec GuillaumeAubourg,Marquis
de Boury , Garde des Rôles des Offices
de France , son cousin germain, N. Aubourg
, femme de N. Perar , &c.
OCTOBRE 1733. 2307
Le 27 , D. Marguerite le Long , épouse
de Claude- Pierre Boucher , Ecuyer, Conseiller
, Secretaire du Roy , Maison ,
Couronne de France et de ses Finances,
ancien Procureur en la Chambre des
Comptes, mourut d'apoplexie ; âgée d'environ
de 60 ans , laissant pour fils unique
Claude- Olivier Boucher , reçu Conseiller
au Châtelet en 1719. puis au Parlement
de Paris , le 24 May 1730.et marié
le 7 Decembre suivant avec la fille
aînée de feu Jean Antoine Noblet , Seigneur
de Romery , Conseiller au même
Parlement de Paris, mort le 9 Avril 1728 .
et de D. Louise- Catherine de la Salle , sa
veuve.
Le M. Pijart , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Lieutenant
Colonel d'un des 5 Bataillons du Régiment
Royal Artillerie , et Brigadier des
Armées du Roy , du 4 Avril 1721. mourut
à Perpignan , mois de septembre
1733 , âgé de près de 30 ans.
Le 30 du même mois D. Anne Geoffroi
de Coiffy , veuve depuis le 4 Octobre
1713 , de Henri Pajot , Seigneur du
Bouchet , Conseiller , Secretaire du Roy,
Maison , Couronne de France et de ses
Finances , qu'elle avoit épousé le 4 Août
1694. mourut d'une fiévre maligne à No-
I ij zay
2308 MERCURE DE FRANCE
zay en Champagne,Terre de feu Jacques
Geoffroi de Coiffy, son frere dont la mort
arrivée le 28 Juillet dernier , est rappor
tée dans le Mercure du mois d'Août, page
1893 elle a laissé deux fils et une fille qui
a été mariée le 7 Juillet 173 2, avec Jean-
Baptiste Robert Auget , Seigneur et Baron
de Monthyon , Jossigny , &c. Maître
ordinaire en la Chambre des Comptes
de Paris , veuf de Catherine-Marie- Fran
çoise Surirey de Saint Remy.
Le 20 Octobre , Anne - Charles Goislard
, Seigneur de Mont- Sabert , Baron et
Patton de Toureil , et de Richebourg ,
Conseiller en la Grand- Chambre du
Parlement , s'étant blessé en allant à sa
Terre de Mont- Sabert en Anjou , en se
jertant hors de son Carosse dont les
Chevaux avoient pris le mords aux dents,
en est mort quelques jours après à cette
Terre , âgé d'environ 55 ans. Il étoit fils
de Marc- Anne Goislard , Baron et Patron
de Toureil et de Richebourg , Conseiller
au Parlement de Paris , Doyen de
la premiere Chambre des Enquêtes , mort
le to Novembre 171 2. et d'Anne le Maître
, Dame de Mont- Sabert , morte le 26
Juillet 1711. Il avoit été d'abord Avocat
du Roy au Châtelet , et ensuite reçu
Con
OCTOBRE. 1733 230
Conseiller au Parlement en la 4 Chambre
des Enquêtes , le 22 Juin 1701. et il
monta à la Grand Chambre le 11 Février
1730. Il étoit Juge éclairé et intégre , ce
qui le fait beaucoup regretter. Il avoić
été marié en premieres nôces au mois
d'Octobre 1704. avec Marie-Louise de
Riants , morte le 16 Mars 1717 , fille unique
de Charles de Riants , Comte de
Remalart , et Baron de Vauré au Perche,
et de Thérèse - Angélique de Bourlon , de
laquelle il laisse Anne - Louis Goislard
Seigneur de Mont - Sabert, né le 12 Mars
1758.et reçu Conseiller au Parlement en
las des Enquêtes , le 16 Juillet 1732 .
Anne Jean - Baptiste Goislard , sieur de
Baillé , né le 4 Avril 1709. et reçu Constiller
au Parlement , en la 4 des Enquêtés
, le 4 Mars 1733. Marie- Anne Goislard
, néé le 31 Mai 1715. et mariée au
mois de Septembre 1731. avec M. Philibert
Rulault , aussi Conseiller au Parlement
de Paris , et une seconde fille à marier.
Il avoit épousé en secondes nôces la
fille aînée de Philippe Patu , Conseiller,
Honoraire en la Cour des Aydes de Paris
, et de feuë Loüie- Claude de Launay. '
Il laisse de ce mariage trois filles en bas
âge. André Goislard, Seigneur de la Gravelle
, Maître des Comptes à Paris, ayeul
I iij
de
2310 MERCURE DE FRANCE
de celui dont on rapporte la mort , mourút
aussi d'accident , s'étant noyé malheureusement
dans la Riviere de Seine ,
le 5 Septembre 1661 en voulant y abreuver
son Cheval, en revenant des environs
de Paris .
LE
E 18 Septembre 1733. Armand-Jean
de la Vove de Tourouvre , Evêque
et Comte de Rodez en Rouergue , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris,
du 12 Août 1702. mourut dans son
Diocèse âgé d'environ 60 ans. Il étoit
filleul de celebre Armand Jean Bouthillier
de Rancé , Abbé de la Trappe , et
fils
OCTOBRE. 1733 . 2297
fils puîné d'Antoine de la Vove , Marquis
de Tourouvre , Seigneur de la Guimandiere
, Auteuil , Randonnay , &c . Gentilhomme
du Perche , d'une Maison
dont l'ancien nom étoit Louel , et de
Marie de Ramefort , Dame de la Grilliere.
Il avoit été d'abord Chanoine et
Grand- Archidiacre de l'Eglise Metropolitaine
de Rouen , et Vicaire general du
même Diocèse. Il fut nommé à l'Evêché
de Rodez au mois de May 1716. et après.
avoir reçu ses Bulles de Rome ; il fut sacré
le 10 Juillet 1718. dans la Chapelle
de l'Archevêché de Paris , par feu le Cardinal
de Noailles ; assisté des Evêques
d'Auxerre , et de Sécz . Il prêta serment
de fidelité au Roy le 7 Août de la même
année. Il fut reçu Conseiller au Parlement
de Toulouse le 12 Juillet 1723. et .
assista aux Assemblées Generales du Clergé
de France de 1725. et 1735. en qualité
de député de la Province d'Albi .
Le 29 , Leon le Cirier, Seigneur Marquis
de Neuchelles , le Plessis , Ville-
Neuve , Riviere, Maréchal de Camp des
armées du Roy , Gouverneur des Ville
et Château de Sainte Menehoud , et Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
mourut à Paris , âgé d'environ 72 ans.
Il étoit Fils de Louis le Cirier , Seigneur
da
2298 MERCURE DE FRANCE
de Neuchelles , qui étant Lieutenant des
Gardes du Corps du Roy , fut fait Gouverneur
de Ste Menehoud en 1677. Brigadier
de Cavalerie au mois de Janvier
1678. et Maréchal de Camp , le 24 Août
1688. et qui fut tué au Combat de la
Cattoire près de Leuze , le 19 Septembre
1691. et de Marie de Bucy , morte
gée de 76 ans , les Février 1714. Il
avoit été élevé Page de la Chambre du
Roy en 1679. Il eut au mois d'Octobre
1691. le Gouvernement de Sainte Me--
nehoud , vacant par la mort de son pere.
Il étoit alors depuis quelques années
Exempt des Gardes du Corps du Roy
dont il fut fait Enseigne au mois de Mars
1705. et ensuite Lieutenant. Il fut fait
aussi Chevalier de S. Louis en 1705. Brigadier
le 29 Janvier 1709. et enfin Maréchal
de Camp le premier Février 1719 .
Il s'étoit retiré du service à cause de ses
infirmités avec une Pension du Roy de
6000 livres. au mois de Février 1727. Il
avoit épousé Marie- Louise le Menestrel
de Hauguel soeur de la Maréchale de Besons
, et Fille d'Antoine le Menestrel du
Hauguel , Seigneur de S. Germain de
Laxis , des Granges , de Marsilly , & c.
Grand Audiencier de France , mort le 22
Decembre 1700.et de Marguerite Barbier
da
OCTOBRE. 1733 2299
du Metz . Il en a laissé pour fille unique
Marte- Gabrielle le Cirier de Neuchelles ,
née le 18 Decembre 17c6, et matiée le 27
Juin 1725. avec Samuel - Jacques le
Clerc , Marquis de Juigné , et de Verdelles
Baron de Champagne , et de
la Lande , Colonel Lieutenant du Regiment
d'Orleans Infanterie .
:
,
•
و
Le 3 Octobre , Dame Anne Thérese
Hébert épouse d'Antoine - François
Talon Colonel d'Infanterie , et ancien
Capitaine au Regiment des Gardes
Erançoises , avec lequel elle avoit été
mariée le 23 Novembre 1718. mourut à
Paris , dans la 51 année de son âge, étane
née le 15 Avril 1683. elle étoit fille d'André-
Pierre Hébert , Seigneur du Bue , et
de Villiers , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , mort le 22
Mars 1707. et d'Anne -Françoise le Gendre
sa deuxième femme , et elle avoit
épousé en premiere nôces le 27 Avril
1705. Pierre Larcher , Seigneur de Po
cancy, Conseiller au Parlement de Paris,
mort le 19 Fevrier 1706. à l'âge de 25 ans
duquel elle a en Anne Larcher de Pocancy,
son unique héritiere , née posthume
le 6 Avril 1706. et mariée le 24 May
1719. avec Marc Pierre de Voyer de
Paulmy Comte d'Argenson , Conseiller
·
+
2300 MERCURE DE FRANCE
,
et d'Etat Grand - Croix , Chancelier
Garde des Sceaux de l'Ordre Royalet
Militaire de S. Louis , Chancelier , Garde
des Sceaux , Chef du Conseil , et Sur-
Intendant des Finances du Due d'Orleans.
,
- Le sept Octobre Dame Anne-
Genevieve Brochet , fille de Philippe
Brochet , Sr de Pontcharost , Tresorier
General des Ponts et chaussées de France ,
et épouse de Jean - Simon Mouffe , Conseiller
Secretaire du Roy , Maison Cou--
ronne de France , et de ses Finances , et
Receveur General des Finances à Amiens,
avec lequel elle avoit été mariée le 29
Avril 1726. mourut en couches à Paris ,
âgée d'environ 24 ans
Le même jour , Dame Magdelaine-
Elizabeth de Baron de Cottinville , veuve
depuis le 10 Avril 1728. de Charles de
Dienne de Cheyladet , Seigneur de Chennevieres,
Lieutenant General des Armées
du Roy , Premier Lieutenant de la Compagnie
Ecossoise des Gardes du Corps de
S. M. Gouverneur de la Ville d'Agde
et des Fort , et Port de Brescou , mourut
à Paris dans la 75 année de son âge , et
fut inhumée le lendemain à S. Eustache :
sa Paroisse , elle étoit fille d'Antoine Baron
, vivant Seigneur de Châtenay , de .
Pucey ,
OCTOBRE. 1733. 2301
,
Pucey , et de Cottinville , et d'Adrienne
de Maupeou d'Ableiges , qui avoit épousé
en premieres Nôces Michel de Marescot
Seigneur de Thoiry , Maître des
Requêtes , et qui mourut le vingt- deux
Janvier 1706. âgée de quatre vingtquatre
ans. la Dame de Cheyladet avoit
été mariée le 8 May 1702. mais elle n'a
point eu d'enfans.
Le 12 Octobre la Dame Chauveton de
Voiet de S. Leger , mourut en couches
à Paris . Elle étoit troisiéme fille de Louis-
Alexandre Bontemps , Premier Valet de
Chambre du Roy , Bailli , et Capitaine
des Chasses de la Varenne du Louvre
et de feuë Dame Charlotte le Vasseur de
S. Urain , sa femme.
Le 13 Octobre , Marc Roger, Marquis
de Noé , Baron de l'Ifle en Armagnac
Seigneur de Pouy , Stancarbon , & c.
Senéchal , et Gouverneur des quatre vallées
en la Generalité de Montauban , Brigadier
des Armées du Roy , et Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
mourut subitemenr à Fontainebleau
dans la 59 année da son âge , étant né
le premier Fevrier 1675. Il avoit été reçu
en 1689. Page du Roy en sa petite Ecurie
, d'où en sortant il entra dans la
miere Compagnie des Mousquetaires. Il
prefut
2302 MERCURE DE FRANCE
fut fait en 1692. Enseigne au Regiment
des Gardes Françoises , eut depuis un
Regiment d'Infanterie de son nom , qui
fut reformé après la Paix d'Utrecht , et
fut créé Brigadier le premier Fevrier
1719. Il avoit été marié le 2 May 1714.
avec Charlotte Colbert fille de François
Colbert , Seigneur de S. Mars , alors
Capitaine de Vaisseau , et depuis Chef
d'Escadre des Armées Navales du Roy ,
mort le 22 Janvier 1722. et de feue
Charlotte- Reyne de Lée, Irlandoise d'origine.
Il en a laissé des enfans . Il étoit
frere d'Urbain de Noé,Prêtre du Diocèse
d'Auch , Docteur en Theologie , Chinoine
de l'Eglise Métropolitaine et Primatiale
d'Auch , qui fut deputé de la
Province d'Auch , à l'Assemblée Generale
du Clergé de France tenue à Paris en
1725. et qui a obtenu du Roy au mois
de Mars dernier le Prieuré de S. Maurice
de Senlis , s'étant démis en même
temps de l'Abbaye de N. D. de Villelongne
. Diocèse de Carcassonne , qui lui
avoit été donnée au mois de Novembre
1733. la Généalogie de la Maison de Noé,
qui est de la Province de Languedoc , est
rapportée dans le 8 tome des Grands Officiers
de la Couronne ch . 15 des Grands
Ecuyers de France. p. 473.
Le
OCTOBRE 1733. 2303
Le 13 Dame Magdelaine - Susanne
,
Gigault de Bellefonds , Marquise du
Chastelet , mourut âgée de 66 ans , elle
étoit fille de Bernardin Gigault, Marquis
de Bellefonds, Maréchal de France , Che
valier des Ordres du Roy ,Premier Ecuyer
de Madame la Dauphine , Ayeule du
Roy Regnant , et Gouverneur des Ville
et Château de Valognes , mort le 4
Decembre 1694. et de Dame Magdelaine
Fouquet morte le vingt May 1716.
Elle avoit été mariée le huit Janvier
1688. avec Antoine - Charles da
Chastelet , Marquis d'Aubigny , Comte
de Clefinont, Baron de Thous , &c . Mort
au mois de Septembre 1720. étant Lieutenant
General des Armées du Roy
Gouverneur du Château , et Capitaine des
Chasses du bois de Vincennes . Elle a
Jaissé entr'autres enfans François- Bernardin
du Chastelet , Marquis d'Aubigny ,
Comte de Clefmont , Mestre de Camp
de Cavalerie , Brigadier des Armées du
Roy , du premier Fevrier 1719. et Gouverneur
, et Capitaine des Chasses de
Vincennes ; qui fut marié le 24 Avril
1714. avec Catherine Armande de Vignerot
du Plessis Richelieu , fille de feu
Armand Jean de Vignerot du Plessis
Duc de Richelieu et de Fronsac , Pair
·
3
de
2304 MERCURE DE FRANC ™
de France , mort le 10 May 1715. et d
feue Anne Marguerite d'Acigné , sa
deuxième femme , morte le 19 Août
1698.
-
Le 16 , M. Jean- Louis Héron , Receveur
des Finances en Champagne, Lieutenant
de la Capitainerie des Chasses de
Fontainebleau , et Intendant des Maison
et Affaires de Mademoiselle de Clermont,
Sur- Intendante de la Maison de la Reine,
mourut à sa Terre , laissant une Veuve
sans enfans.
,
Le Octobre M. Nicolas Guyot , Seigneur
de Chesne , Conseiller Secretaire
du Roy , Maison Couronne de France et
de ses Finances , reçu en cette Charge
en 1719. Ancien Avocat au Parlement
Immatriculé le 30 Juillet 1675. et Bailli
de la Justice du Chapitre de l'Eglise de
Paris mourut âgé d'environ 78 ans.
ayant été dans son temps un des premie's
du Barreau. Il avoit eu d'Antoinette
Pelletier son épouse , une fille unique ,
Catherine-Angelique Guyot de Chesne ,
mariée au mois d'Octobre 1725. avec
Noël Arnaud , Seigneur de Boüeix , et
de Meré , Conseiller au Parlement de
Paris , puis Maître des Requêtes . Elle
est du Roy morte en couches à Angoulême
en 1729 , laissant des enfans.
,
Lc
OCTOBRE . 1733. 2305
Le 17 Octobre , Hercule- Joseph de
Lu , Marquis Titulaire de Saluce,Comte
d'Usa , &c. Mestre de Camp de Cavalerie
, cy- devant Maréchal General des Logis
de la Cavalerie de l'Armée du Roy
en Espagne , mourut , âgé de 65 ans.
Le 19 , D. Baltazar Patiño , Marquis
de Castellar , Commandeur d'Alange de
l'Ordre de S.Jacques, Gentilhomme de la
Chambre du Roy d'Espagne , son Conseiiler
au Conseil de Guerre , Secretaire
d'Etat, et des Dépêches universelles de la
Guerre , Ambassadeur Extraordinaire et
Plénipotentiaire de S. M. C. auprès du
Roy , mourut à Paris , âgé de 63 ans . Il
ayoit été nommé à l'Ambassade de France
au mois d'Août 1730. et étant arrivé à
Paris le 23 Oct. suivant, il eut à Versailles
sa premiereAudience particuliere du Roi,
le 29 du même mois. Il étoit frere de Don
Jo eph Patiño, Commandeur d'Alevisoa,
de Ordre de S. Jacques , Gouverneur
du Conseil des Finances et des Tribu
naux endépendans ; Sur Intendant General
des Routes generales et Secretaire
d'Etat du Roy Cath.ct des dépêches universelles
de la Marine , des Indes et du
Commerce, l'un des principaux Ministres
de la Courd Espagne. Son Corps fut porté
en l'Eglise de S. Sulpice sa Paroisse , et
I CRSU
>
-
2306 MERCURE DE FRANCE
ensuite transporté en grand Convoi ,
dans l'Eglise des PP. Carmes Déchaussez ,
où il fut inhumé.
→
Le 25 , Jacques Joseph du Guet , Pretre
, natif de Monsbrison en Forêts, connu
par un grand nombre d'Ouvrages de
piété , qu'il a donnez au public , mourut
à Paris subitement, en prenant un Bouillon
, dans la 84 année de son âge , étanc
né le 19 Decembre 1649. Il fut inhumé
le 27 , sur le midi, en l'Eglise de S. Médard
sa Paroisse, avec un grand concours
de toutes sortes de personnes. Son éloge
est rapporté avec le détail de ses Ouvra
dans la derniere Edition du Dictionnaire
universel de 1732. dans le Tom. 3 .
sous la Lettre G.
ges
Le même jour , François- Nicolas Aubourg
, Conseiller , Secretaire du Roy ;
Maison , Couronne de France et de ses
Finances , et Trésorier General des Bâtimens
de S. M. Jardins , Arts et Manufactures
de France , mourut d'accident à
Paris , laissant de Marie Poupard sa femme
, N. Aubourg , Conseiller Clerc au
Parlement , Barbe Charlotte Aubourg ,
mariée avec GuillaumeAubourg,Marquis
de Boury , Garde des Rôles des Offices
de France , son cousin germain, N. Aubourg
, femme de N. Perar , &c.
OCTOBRE 1733. 2307
Le 27 , D. Marguerite le Long , épouse
de Claude- Pierre Boucher , Ecuyer, Conseiller
, Secretaire du Roy , Maison ,
Couronne de France et de ses Finances,
ancien Procureur en la Chambre des
Comptes, mourut d'apoplexie ; âgée d'environ
de 60 ans , laissant pour fils unique
Claude- Olivier Boucher , reçu Conseiller
au Châtelet en 1719. puis au Parlement
de Paris , le 24 May 1730.et marié
le 7 Decembre suivant avec la fille
aînée de feu Jean Antoine Noblet , Seigneur
de Romery , Conseiller au même
Parlement de Paris, mort le 9 Avril 1728 .
et de D. Louise- Catherine de la Salle , sa
veuve.
Le M. Pijart , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Lieutenant
Colonel d'un des 5 Bataillons du Régiment
Royal Artillerie , et Brigadier des
Armées du Roy , du 4 Avril 1721. mourut
à Perpignan , mois de septembre
1733 , âgé de près de 30 ans.
Le 30 du même mois D. Anne Geoffroi
de Coiffy , veuve depuis le 4 Octobre
1713 , de Henri Pajot , Seigneur du
Bouchet , Conseiller , Secretaire du Roy,
Maison , Couronne de France et de ses
Finances , qu'elle avoit épousé le 4 Août
1694. mourut d'une fiévre maligne à No-
I ij zay
2308 MERCURE DE FRANCE
zay en Champagne,Terre de feu Jacques
Geoffroi de Coiffy, son frere dont la mort
arrivée le 28 Juillet dernier , est rappor
tée dans le Mercure du mois d'Août, page
1893 elle a laissé deux fils et une fille qui
a été mariée le 7 Juillet 173 2, avec Jean-
Baptiste Robert Auget , Seigneur et Baron
de Monthyon , Jossigny , &c. Maître
ordinaire en la Chambre des Comptes
de Paris , veuf de Catherine-Marie- Fran
çoise Surirey de Saint Remy.
Le 20 Octobre , Anne - Charles Goislard
, Seigneur de Mont- Sabert , Baron et
Patton de Toureil , et de Richebourg ,
Conseiller en la Grand- Chambre du
Parlement , s'étant blessé en allant à sa
Terre de Mont- Sabert en Anjou , en se
jertant hors de son Carosse dont les
Chevaux avoient pris le mords aux dents,
en est mort quelques jours après à cette
Terre , âgé d'environ 55 ans. Il étoit fils
de Marc- Anne Goislard , Baron et Patron
de Toureil et de Richebourg , Conseiller
au Parlement de Paris , Doyen de
la premiere Chambre des Enquêtes , mort
le to Novembre 171 2. et d'Anne le Maître
, Dame de Mont- Sabert , morte le 26
Juillet 1711. Il avoit été d'abord Avocat
du Roy au Châtelet , et ensuite reçu
Con
OCTOBRE. 1733 230
Conseiller au Parlement en la 4 Chambre
des Enquêtes , le 22 Juin 1701. et il
monta à la Grand Chambre le 11 Février
1730. Il étoit Juge éclairé et intégre , ce
qui le fait beaucoup regretter. Il avoić
été marié en premieres nôces au mois
d'Octobre 1704. avec Marie-Louise de
Riants , morte le 16 Mars 1717 , fille unique
de Charles de Riants , Comte de
Remalart , et Baron de Vauré au Perche,
et de Thérèse - Angélique de Bourlon , de
laquelle il laisse Anne - Louis Goislard
Seigneur de Mont - Sabert, né le 12 Mars
1758.et reçu Conseiller au Parlement en
las des Enquêtes , le 16 Juillet 1732 .
Anne Jean - Baptiste Goislard , sieur de
Baillé , né le 4 Avril 1709. et reçu Constiller
au Parlement , en la 4 des Enquêtés
, le 4 Mars 1733. Marie- Anne Goislard
, néé le 31 Mai 1715. et mariée au
mois de Septembre 1731. avec M. Philibert
Rulault , aussi Conseiller au Parlement
de Paris , et une seconde fille à marier.
Il avoit épousé en secondes nôces la
fille aînée de Philippe Patu , Conseiller,
Honoraire en la Cour des Aydes de Paris
, et de feuë Loüie- Claude de Launay. '
Il laisse de ce mariage trois filles en bas
âge. André Goislard, Seigneur de la Gravelle
, Maître des Comptes à Paris, ayeul
I iij
de
2310 MERCURE DE FRANCE
de celui dont on rapporte la mort , mourút
aussi d'accident , s'étant noyé malheureusement
dans la Riviere de Seine ,
le 5 Septembre 1661 en voulant y abreuver
son Cheval, en revenant des environs
de Paris .
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Résumé : MORTS ET MARIAGES.
En octobre 1733, plusieurs décès et mariages notables ont été enregistrés. Armand-Jean de la Vove de Tourouvre, Évêque et Comte de Rodez, est décédé à l'âge d'environ 60 ans. Il était fils d'Antoine de la Vove, Marquis de Tourouvre, et de Marie de Ramefort. Léon le Cirier, Marquis de Neuchelles et Maréchal de Camp, est mort à Paris à l'âge de 72 ans. Il était fils de Louis le Cirier et de Marie de Bucy, et avait épousé Marie-Louise le Menestrel de Hauguel. Anne-Thérèse Hébert, épouse d'Antoine-François Talon, est décédée à Paris à l'âge de 51 ans. Elle était fille d'André-Pierre Hébert et d'Anne-Françoise le Gendre. Anne-Geneviève Brochet, épouse de Jean-Simon Mouffe, est morte en couches à Paris à l'âge de 24 ans. Magdelaine-Élisabeth de Baron de Cottinville, veuve de Charles de Dienne de Cheyladet, est décédée à Paris à l'âge de 75 ans. La Dame Chauveton de Voiet de Saint-Léger est morte en couches à Paris. Marc Roger, Marquis de Noé, est décédé subitement à Fontainebleau à l'âge de 59 ans. Il était marié à Charlotte Colbert. Magdelaine-Susanne Gigault de Bellefonds, Marquise du Chastelet, est morte à l'âge de 66 ans. Elle était fille de Bernardin Gigault et de Magdelaine Fouquet. Jean-Louis Héron, Receveur des Finances en Champagne, est décédé en laissant une veuve sans enfants. Nicolas Guyot, Seigneur de Chesne, est mort à l'âge de 78 ans. Il avait une fille unique, Catherine-Angélique Guyot de Chesne. Hercule-Joseph de Lu, Marquis de Saluce, est décédé à l'âge de 65 ans. Baltazar Patiño, Marquis de Castellar, est mort à Paris à l'âge de 63 ans. Il était Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire du Roi d'Espagne. Jacques-Joseph du Guet, prêtre et auteur d'ouvrages de piété, est décédé subitement à Paris à l'âge de 84 ans. François-Nicolas Aubourg, Trésorier Général des Bâtiments de Sa Majesté, est mort accidentellement à Paris. Marguerite le Long, épouse de Claude-Pierre Boucher, est décédée d'apoplexie à l'âge de 60 ans. Le Chevalier Pijart, Lieutenant-Colonel et Brigadier des Armées du Roi, est mort à Perpignan à l'âge de près de 30 ans. Anne Geoffroi de Coiffy, veuve de Henri Pajot, est décédée à l'âge de 60 ans. Le texte mentionne également d'autres événements familiaux. Une femme, dont le nom n'est pas mentionné, épouse Jacques Geoffroi de Coiffy le 4 août 1694 et décède d'une fièvre maligne à Nozay en Champagne le 23 août 1732. Elle laisse deux fils et une fille, mariée le 7 juillet 1732 à Jean-Baptiste Robert Auget, Seigneur de Monthyon et Jossigny. Le 20 octobre 1732, Anne-Charles Goislard, Seigneur de Mont-Sabert, décède à l'âge d'environ 55 ans après s'être blessé en sortant de son carrosse. Il était Conseiller au Parlement de Paris et fils de Marc-Anne Goislard et Anne le Maître. Goislard avait été marié à Marie-Louise de Riants, décédée en 1717, et avait plusieurs enfants, dont Anne-Louis Goislard et Anne-Jean-Baptiste Goislard, tous deux Conseillers au Parlement. Il s'était remarié avec la fille de Philippe Patu, avec qui il avait trois filles en bas âge. Par ailleurs, André Goislard, Seigneur de la Gravelle, décède noyé dans la Seine le 5 septembre 1661.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 190-200
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 16 Août, M. le Comte de Bestuchef, Ambassadeur Extraordinaire de l'Impératrice [...]
Mots clefs :
Comtes, Corsaires , Roi, Charges, Magistrats, Conseillers, Cérémonies, Florentin, Soumission, Chambre, Famille royale, Ducs, Finances, Marchandises, Tonneaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LB16 B 16 d'Août , M. le Comte de Beftuchef , Amballadeur
Extraordinaire de l'Impératrice de Ruffie
, eut audience de Madame la Dauphine , de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfeigneur le
Comte de Provence . Il y fut conduit par le fieur
de la Live , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roi alla le même jour ſouper à Montrouge
chez M. le Duc de la Valliere.
Le Roi ayant écrit à M. l'Archevêque de Paris ,
pour faire rendre à Dieu de folemnelles actions
de graces , à l'occafion de la victoire remportée
à Haftembecke , on chanta le 14 du même mois
dans l'Eglife Métropolitaine de cette Ville le Te
Deum, auquel M. l'Abbé de Saint- Exupery, Doyen
du Chapitre , officia. M. le Chancelier de France ,
accompagné de plufieurs Confeillers d'Etat &
Maîtres des Requêtes , y affifta , ainfi que le Cler
gé , le Parlement , la Chambre des Comptes ,
La Cour des Aides , & le Corps de Ville , qui y
OCTOBRE. 1757. 191
avoient été invités de la part
du Roi par M. de
Gifeux , Maître des Cérémonies .
On tira le même jour dans la Place de l'Hôtel
de Ville , par ordre de MM. Ics Prevôt des Marchands
& Echevins , un feu d'artifice , dont l'exé
cution ne laiffa rien à defirer.
Au feu d'artifice fuccéda une magnifique illu
mination , tant à la façade de l'Hôtel de Ville ,
que dans l'enceinte de la Place. Il y eut auffi de
très-belles illuminations aux hôtels de M. le Duc de
Gefvres & du Prevôt des Marchands , & des maifons
des Echevins & des principaux Officiers de
l'Hôtel de Ville. Des fontaines de vin coulerent
dans la Place de cet Hôtel , de même que dans
celle de Louis XV , & l'on y diftribua du pain
& des viandes au peuple. On y avoit mis des orcheftres
, & le peuple témoigna fon alégreffe
par fes danfes pendant la plus grande partie de
la nuit.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la Sainte
Vierge , la Proceffion folemnelle qui ſe fait tous
les ans à pareil jour en exécution du voeu de
Louis XIII , fe fit avec les cérémonies accoutumées.
M. l'Abbé de Saint-Exupery y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aides , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de
Ville tint le 16 , MM. Brallet & Vernay y ont
été élus Echevins.
Un Paylan , travaillant dans fon champ , à
deux lieues de Toulon , a découvert une cavité ,
par laquelle à la faveur d'une corde il eft defcendu
dans une grotte extrêmement profonde . Plufieurs
perfonnes depuis ont vifité cette grotte. On
y voit diverfes fortes de plantes & de fruits pétrifiés
, & des pierres tranfparentes de toutes cou192
MERCURE DE FRANCE.
leurs. L'extrême fraîcheur qu'on y éprouve , ne
permet pas de s'y arrêter longtemps.
On mande de Manfeille , que le 21 Août un
Navire François , venant de Smirne , ayant été
chaffé pendant deux jours par un Vaiffeau de
guerre Anglois , de 74 canons , a été obligé de
fe jetter fur la côte de Sardaigne , où il s'eft
amarré à terre. Les ennemis fans égard pour une
côte neutre , ont continué de canonner le bâtiment
, dans la vue de le couler à fond. Impatiens
de le détruire , ils ont envoyé leurs Chaloupes
avec cent cinquante hommes , pour y
mettre le feu ; ce qu'ayant exécuté , ils ont affailli
l'équipage François qui n'avoit ofé s'éloigner du
rivage. Ils ont tué cinq hommes , en ont bleffé
plufieurs , & ont dépouillé fans aucune diſtinction
matelots & paffagers.
Le Comte de Starhenberg , Confeiller d'Etat ,
Chambellan de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & Ambaſſadeur
de Leurs Majeftés Impériales , a eu fa premiere
audience particuliere du Roi , dans laquelle
il a préfenté à Sa Majefté fes Lettres de Créance.
Il a été conduit à cette audience , ainfi qu'à
celles de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine , de Monseigneur le
Duc de Bourgogne , de Monfeigneur le Duc de ;
Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence ,
de Madame & de Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , par M. de la Live , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 24 d'Août , les Députés des Etats de Langue
doc eurent audience du Roi . Ils furent préfentés
par M. le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province ,
& par M. le Comte de Saint- Florentin , Miniftre &
Secretaire d'Etat , & conduits par M. de Gizeux
Maître de Cérémonie en furvivance, La
OCTOBRE . 1757. 193
Le 21 d'Août , M. le Marquis de Paulmy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Guerre , & Grand Croix Chancelier Garde
des Sceaux de l'Ordre de Saint Louis , fut reçu
Chevalier des Ordres Royaux , Militaires & Hofpitaliers
de Notre - Dame du Mont - Carmel , & de
Saint Lazare de Jérufalem. M. le Comte de Saint
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , Gérent
& Adminiftrateur de ces Ordres , fit la cérémonie
dans l'appartement & en préfence de Monfeigneur
le Duc de Berry , Grand- Maître. Enfuite
M. le Marquis de Paulmy prêta ferment pour la
dignité de Chancelier Garde des Sceaux desdits
Ordres . Les Grands Officiers & plufieurs Chevaliers
affifterent à cette cérémonie .
Le Corps de Ville alla le 25 d'Août à Verſailles
, & il eut audience du Roi . Il fut préſenté à
Sa Majefté par M. le Comte de Saint-Florentin ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par le
fieur de Gizeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance. Les fieurs Brallet & Vernay , nouveaux
Echevins , prêterent entre les mains du
Roi le ferment de fidélité , dont M. le Comte de
Saint- Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
, qui fut préſenté par le fieur de Pomereu ,
Confeiller au grand Confeil.
Après cette audience , le Corps de Ville eut
l'honneur de rendre fes refpects à la Reine & à la
Famille Royale.
Le jour de la Fête de Saint Louis , la Procef
fion des Carmes du Grand Couvent , à laquelle
le Corps de Ville aflifta , fe rendit , felon la coutume
, à la Chapelle du Palais des Tuilerics ,
où ces Religieux chanterent la Meffe .
L'Académie Françoife célébra cette Fête dans
la Chapelle du Louvre. On exécuta un Motet
I.Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
pendant la Meffe , après laquelle le Panégyrique
du Saint fut prononcé par l'Abbé Rouveyre- Duplan
, Chanoine de l'Eglife de Valence.
La même Fête fut célébrée par l'Académie
Royale des Belles - Lettres , & par celle des Sciences
, dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire . Le
Pere de Neufville , de la Compagnie de Jeſus ,
prononça le Panégyrique du Saint.
On célébra le de Septembre , dans l'Eglife de
l'Abbaye royale de Saint Denis , le Service folemnel
, qui s'y fait tous les ans pour le repos de
l'ame de Louis XIV. L'Evêque de Dol y officia
pontificalement. Le Comte d'Eu & le Duc de
Penthievre y affifterent , ainfi que plufieurs perfonnes
de diftinction .
Sur la démiffion que le fieur Peyrene de Moras
, Miniftre & Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Marine , a donnée de la place
de Contrôleur Général des Finances , le Roi en
a difpofé en faveur du ficar de Boullongne. La
charge d'Intendant des Finances , qu'avoit le fieur
de Boullongne , paffe au fieur de Boullongne fon
fils , qui en avoir la furvivance .
Le Roi ayant jugé à propos de raſſembler fon
Parlement le premier Septembre , les Gens du Roi
entrerent aux Chambres affemblées , & y apporterent
l'ordre de Sa Majefté aux Préfidens du Parlement
aux quatorze anciens Confeillers de la
Grand'Chambre , & aux quatorze anciens Confeillers
des Enquêtes & Requêtes , de fe rendre
fur le champ à Verfailles pour recevoir les ordres ;
ce qui fut exécuté. Le Roi donna audience aux
Députés du Parlement , qui furent préfentés par
M.le Comte de Saint- Florentin , Secretaire d'Etat
ayant le Département de Paris , & conduits à l'ordinaire
par les Officiers des Cérémonies. Le Roi
OCTOBRE. 1757 195
lear dit que fon Chancelier alloit leur expliquer
fes intentions. Sur quoi M. de Lamoignon , Chancelier
de France , prit la parole , & dit :
« Les fentimens qui animoient vos prédécel
» feurs ne leur auroient pas permis de faire la dé-
» marche à laquelle s'eft portée la plus grande
» partie des Officiers du Parlement.
» Le Roi vous ordonne d'avoir toujours préfentes
les obligations que votre ferment vous impo-
» fe : nul motifne peut vous difpenfer de rendre la
» juftice que vous devez aux Sujets de Sa Majeſté.
Les Magiftrats , prépofés pour l'adminiftrer ,
» ne peuvent la refufer , fans être refponfables de
» tous les maux qui font la fuite néceſſaire de ce
> refus.
» Sur les témoignages répétés qui ont été don-
» nés à Sa Majesté de votre foumiffion & de votre
fidélité , Elle veut bien n'interroger aujourd'hui
D que vos coeurs , & chercher dans vos fenti-
> mens des motifs de confiance pour l'avenir .
>> Elle efface donc pour jamais le fouvenir de
» ce qui lui a déplu dans votre conduite paflée
> en regardant comme non-avenues toutes les démiffions
qui lui ont été données. Sa Majeſté vous
» a appris Elle-même par les Lettres qui vous ont
» été adreffées , qu'Elle veut bien conferver dans
>> leurs Offices tous ceux qui s'en étoient démis.
A l'égard de ceux de vos Confreres qu'Elle a
crudevoir éloigner pour des raifons particulieres,
» Sa Majefté , en les confervant dans leur état ,
»n'a pas encore fixé le temps de leur rappel .
» Quand le Roi fera obéi , quand vous aurez
» repris l'exercice entier de vos fonctions ordinaires
, & que Sa Majeſté ſera fatisfaite de la fa-
» geffe de votre conduite , Elle écoutera favorablement
vos inftances à cet égard.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
» Pour ce qui concerne la feconde déclaration ,
»le Roi defire que l'ufage en devienne auffi inutile,
qu'il l'avoit jugé néceflaire ; mais avant tout ,
» Sa Majefté ne refufera point d'écouter ce que
» fon Parlement croira devoir lui repréſenter fur
» cet objet . Elle veut que la fuppreffion ordonnée
» par fon édit du mois de Décembre dernier foit
» exécutée & Elle enverra à fon Parlement
>> une déclaration interprétative , à l'enrégiftre-
» ment de laquelle Elle vous ordonne de procéder
>> fans délai .
» Le Roi vous ordonne de reprendre vos foncntions
ordinaires : conformez - vous à les inten-
» tions.
» Sa Majeſté n'a rien tant à coeur que de faire
» régner dans fon Royaume le filence qu'Elle a
» préferit de part & d'autre ; & la paix qu'Elle
» defire depuis fi long-temps de voir rétablie.
Si Sa Majefté , par des raifons fupérieures , &
» dans la vue du bien général , a cru devoir s'éle-
» ver au deffus de regles ordinaires , fon Parle-
>> ment ne doit point en appréhender lesfuites pour
> l'avenir.
» Le Roi vous ordonne donc de faire exécuter
conformément aux
» fa premiere déclaration ,
>> Canons reçus dans le Royaume , aux Loix & aux
» Ordonnances.
» C'eſt en entrant dans ces vues , que vous de-
» vez toujours vous fouvenir qu'il eft des confidérations
de fagefle & de modération , ſur leſ-
» quelles vous devez régler vos démarches.
» Donnez vous - mêmes l'exemple du refpect que
» Sa Majefté veut qui foit rendu à la Religion & à
» fes Miniftres. C'eſt ainfi que vous ferez un ufa-
» ge légitime de l'autorité que le Roi a bien vou-
>> lu vous confier,
OCTOBRE . 1757. 197
» Que ces fentimens demeurent toujours gra-
» vés dans vos coeurs , & fouvenez - vous que
» votre Souverain vous traite en ce moment en
>> Pere » .
" Le lendemain 2 les Dépurés de retour rendirent
compte aux Chambres affemblées de ce qui
s'étoit paſſé à Verſailles ; & les Officiers du Parlement
, qui avoient donné l'année derniere la démiffion
de leurs Offices , ayant déclaré qu'ils en
reprenoient les fonctions , le Parlement procéda
à l'enrégiftrement de la déclaration interprétative
de l'Edit du mois de Décembre dernier , & arrêta
une députation pour remercier le Roi , & pour
lui demander le retour de fes Confreres , qui font
éloignés par des ordres particuliers.
Le Roi a reçu le 3 Septembre cette députation ,
& a fait aux Députés la réponſe fuivante.
« Je reçois avec fatisfaction les témoignages que
> vous venez de me donner de votre zele , de votre
» fidélité & de votre foumiffion à mes volontés.
>> Jouiffez du bonheur de plaire à un Maître qui
» vous aime , & de l'avantage de contribuer au
>> bien de mes sujets , en rempliffant vos devoirs.
» Achevez de répondre aux vues & aux inten-
» tions que je vous ai fait connoître pour le ré-
» tabliffement de la Paix , & je ne tarderai pas à
» réaliſer les espérances que je vous ai données
par rapport à ceux de vos Confrères , dont vous
» follicitez le retour . ,
» Ayez une entiere confiance en més bontés :
> fi vous pouviez en douter , vous cefferiez d'en
» être dignes ».
Le 5 Septembre , les Chambres affemblées ont
rendu un Arrêt , pour faire exécuter la Déclarátion
du 10 Décembre dernier , concernant les affaires
de l'Eglife , & ce conformément aux explica
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
tions portées aux réponses du Roi.
Elles ont auffi chargé le premier Préfident , &
deux Préfidens , de fe rendre à Choify , pour remercier
de nouveau le Roi , & l'affurer de l'entiere
confiance du Parlement dans les bontés de Sa
Majesté .
Le Roi a répondu en ces termes à cette derniere
députation : « Je crois que je puis compter fur les
» nouvelles affurances que vous donnez de votre
foumiffion & de votre zele , par la promptitude
» avec laquelle vous m'avez obéi , par la reconnoiffance
refpectueufe dont vous êtes pénétrés ,
»& par votre confiance dans ma Pertonne.
» Continuez à remplir vos fonctions avec cet
» eſprit de paix , de fageſſe & de modération , que
» je vous ai fi ſouvent & très - expreffément recom-
> mandé.
Vos Confreres vous feront rendus pour la
Saint-Martin ; & je vous difpenfe de me donner
à leur égard de nouveaux témoignages de
la reconnoiffance que vous devez à mes bontés .»
On avoit, dès le sau matin, enrégiftré la commiffion
pour la Chambre des Vacations , qui fera
tenwe par quatorze Conſeillers de la Grand Chambre
, & douze Confeillers des Enquêtes. M. Turgot
, Préfident du Parlement , eft nommé par le
Roi poury préfider.
Le Roi a tenu le Sceau pour la douzieme &
treizieme fois.
Madame Ducheffe de Parme arriva d'Italie à
Choify le 3 de Septembre , & à Versailles le 4.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont reçu cette.
Princeffe avec les démonftrations de la plus vive
endreffe. 1
Le Roi fe rendit le 4 à Choify , avec Madame
Ducheffe de Parme & Mefdames de France.
OCTOBRE . 1757. 199
Le même jour , la Reine eft arrivée de Verſailles .
Les , le Roi de Pologne Duc de Lorraine &
de Bar eft parti de ce dernier Château , pour retourner
à Luneville .
On mande de Fécamp , que le Corfaire l'Hirondelle
, de Dunkerque , a fait conduire dans ce
premier port un quatrieme Navire Anglois , appellé
le Lyon , de Liverpool , de 250 tonneaux
armé de 4 canons , 25 efpingolles , & chargé de
bled & de ballotteries.
Le Brigantin Anglois le Marmaid, chargé d'hui
le , pris par le Corfaire le Vainqueur , de Marfeille
, est arrivé en ce port .
Les fieurs Chevalier de Glandevez & de Graſſe ,
qui commandent les Galeres la Brave & la Du→
cheffe , fe font rendus maîtres d'un Corfaire Anglois
, armé de 16 canons & de 110 hommes d'équipage
, qu'ils ont fait conduire à Cette .
Il est arrivé à Boulogne un Brigantin Anglois ,
de 120 tonneaux , chargé d'avoine , de cidre ,
de brai , & de plufieurs ballots de marchandifes.
Cette prife a été faite par le Corſaire la Marquife
de Beringhen.
Le Corfaire la Princeffe de Soubize a pris &
conduit à Brest le Navire Anglois le Duc d'Argile ,
de 250 tonneaux , armé de 4 canons & 4 pierriers
, allant de Liverpool à la Caroline avec un
chargement compofé de draps , d'étoffes , de toiles
& de quincaillerie .
Le Navire Anglois le Pacquet de Porto , de 80
tonneaux , chargé de fel , & qui a été pris par le
Corfaire la Mutine , de S. Jean -de-Luz , eft arrivé.
par relâche à Vigo en Galice.
Le Corfaire le Comte de Saint -Germain , de
Dunkerque , s'eft emparé des Navires Anglois le
Crownpoint chargé de toiles , de fucre en pain , &.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'autres marchandiſes , & l'Arlequin dont le chargement
eft compofé de fucre , de café , de thubarbe
, de cacao , de bois de Campeche. Ces
deux prifes ont été conduites , l'une à Eggrefund ,
l'autre à Bergues en Norwege.
Le même Corfaire a rançonné pour 15240 livres
trois autres Bâtimens Anglois , dont il s'étoit
rendu maître ; & il en a remis les ôtages à
Dunkerque.
Le Navire Anglois l'Ofgood , de 300 tonneaux ,
armé de 12 canons , allant de la Jamaïque à Londres
avec une cargaifon compofée de fucre , de
taffia , de maniguette & de bois rouge , a été pris
par le Corfaire la Victoire , de Saint - Malo , où
il a été conduit.
Il est arrivé dans la rade de l'Ile de Bas un Navire
de 450 tonneaux , pris par le Corfaire le
Comte d'Herouville , de Bordeaux , & qui eft
chargé de fix cens milliers de poudre à tirer , de
boulets , d'armes , & d'autres munitions de guerre.
LB16 B 16 d'Août , M. le Comte de Beftuchef , Amballadeur
Extraordinaire de l'Impératrice de Ruffie
, eut audience de Madame la Dauphine , de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfeigneur le
Comte de Provence . Il y fut conduit par le fieur
de la Live , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roi alla le même jour ſouper à Montrouge
chez M. le Duc de la Valliere.
Le Roi ayant écrit à M. l'Archevêque de Paris ,
pour faire rendre à Dieu de folemnelles actions
de graces , à l'occafion de la victoire remportée
à Haftembecke , on chanta le 14 du même mois
dans l'Eglife Métropolitaine de cette Ville le Te
Deum, auquel M. l'Abbé de Saint- Exupery, Doyen
du Chapitre , officia. M. le Chancelier de France ,
accompagné de plufieurs Confeillers d'Etat &
Maîtres des Requêtes , y affifta , ainfi que le Cler
gé , le Parlement , la Chambre des Comptes ,
La Cour des Aides , & le Corps de Ville , qui y
OCTOBRE. 1757. 191
avoient été invités de la part
du Roi par M. de
Gifeux , Maître des Cérémonies .
On tira le même jour dans la Place de l'Hôtel
de Ville , par ordre de MM. Ics Prevôt des Marchands
& Echevins , un feu d'artifice , dont l'exé
cution ne laiffa rien à defirer.
Au feu d'artifice fuccéda une magnifique illu
mination , tant à la façade de l'Hôtel de Ville ,
que dans l'enceinte de la Place. Il y eut auffi de
très-belles illuminations aux hôtels de M. le Duc de
Gefvres & du Prevôt des Marchands , & des maifons
des Echevins & des principaux Officiers de
l'Hôtel de Ville. Des fontaines de vin coulerent
dans la Place de cet Hôtel , de même que dans
celle de Louis XV , & l'on y diftribua du pain
& des viandes au peuple. On y avoit mis des orcheftres
, & le peuple témoigna fon alégreffe
par fes danfes pendant la plus grande partie de
la nuit.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la Sainte
Vierge , la Proceffion folemnelle qui ſe fait tous
les ans à pareil jour en exécution du voeu de
Louis XIII , fe fit avec les cérémonies accoutumées.
M. l'Abbé de Saint-Exupery y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aides , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de
Ville tint le 16 , MM. Brallet & Vernay y ont
été élus Echevins.
Un Paylan , travaillant dans fon champ , à
deux lieues de Toulon , a découvert une cavité ,
par laquelle à la faveur d'une corde il eft defcendu
dans une grotte extrêmement profonde . Plufieurs
perfonnes depuis ont vifité cette grotte. On
y voit diverfes fortes de plantes & de fruits pétrifiés
, & des pierres tranfparentes de toutes cou192
MERCURE DE FRANCE.
leurs. L'extrême fraîcheur qu'on y éprouve , ne
permet pas de s'y arrêter longtemps.
On mande de Manfeille , que le 21 Août un
Navire François , venant de Smirne , ayant été
chaffé pendant deux jours par un Vaiffeau de
guerre Anglois , de 74 canons , a été obligé de
fe jetter fur la côte de Sardaigne , où il s'eft
amarré à terre. Les ennemis fans égard pour une
côte neutre , ont continué de canonner le bâtiment
, dans la vue de le couler à fond. Impatiens
de le détruire , ils ont envoyé leurs Chaloupes
avec cent cinquante hommes , pour y
mettre le feu ; ce qu'ayant exécuté , ils ont affailli
l'équipage François qui n'avoit ofé s'éloigner du
rivage. Ils ont tué cinq hommes , en ont bleffé
plufieurs , & ont dépouillé fans aucune diſtinction
matelots & paffagers.
Le Comte de Starhenberg , Confeiller d'Etat ,
Chambellan de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & Ambaſſadeur
de Leurs Majeftés Impériales , a eu fa premiere
audience particuliere du Roi , dans laquelle
il a préfenté à Sa Majefté fes Lettres de Créance.
Il a été conduit à cette audience , ainfi qu'à
celles de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine , de Monseigneur le
Duc de Bourgogne , de Monfeigneur le Duc de ;
Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence ,
de Madame & de Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , par M. de la Live , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 24 d'Août , les Députés des Etats de Langue
doc eurent audience du Roi . Ils furent préfentés
par M. le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province ,
& par M. le Comte de Saint- Florentin , Miniftre &
Secretaire d'Etat , & conduits par M. de Gizeux
Maître de Cérémonie en furvivance, La
OCTOBRE . 1757. 193
Le 21 d'Août , M. le Marquis de Paulmy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Guerre , & Grand Croix Chancelier Garde
des Sceaux de l'Ordre de Saint Louis , fut reçu
Chevalier des Ordres Royaux , Militaires & Hofpitaliers
de Notre - Dame du Mont - Carmel , & de
Saint Lazare de Jérufalem. M. le Comte de Saint
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , Gérent
& Adminiftrateur de ces Ordres , fit la cérémonie
dans l'appartement & en préfence de Monfeigneur
le Duc de Berry , Grand- Maître. Enfuite
M. le Marquis de Paulmy prêta ferment pour la
dignité de Chancelier Garde des Sceaux desdits
Ordres . Les Grands Officiers & plufieurs Chevaliers
affifterent à cette cérémonie .
Le Corps de Ville alla le 25 d'Août à Verſailles
, & il eut audience du Roi . Il fut préſenté à
Sa Majefté par M. le Comte de Saint-Florentin ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par le
fieur de Gizeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance. Les fieurs Brallet & Vernay , nouveaux
Echevins , prêterent entre les mains du
Roi le ferment de fidélité , dont M. le Comte de
Saint- Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
, qui fut préſenté par le fieur de Pomereu ,
Confeiller au grand Confeil.
Après cette audience , le Corps de Ville eut
l'honneur de rendre fes refpects à la Reine & à la
Famille Royale.
Le jour de la Fête de Saint Louis , la Procef
fion des Carmes du Grand Couvent , à laquelle
le Corps de Ville aflifta , fe rendit , felon la coutume
, à la Chapelle du Palais des Tuilerics ,
où ces Religieux chanterent la Meffe .
L'Académie Françoife célébra cette Fête dans
la Chapelle du Louvre. On exécuta un Motet
I.Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
pendant la Meffe , après laquelle le Panégyrique
du Saint fut prononcé par l'Abbé Rouveyre- Duplan
, Chanoine de l'Eglife de Valence.
La même Fête fut célébrée par l'Académie
Royale des Belles - Lettres , & par celle des Sciences
, dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire . Le
Pere de Neufville , de la Compagnie de Jeſus ,
prononça le Panégyrique du Saint.
On célébra le de Septembre , dans l'Eglife de
l'Abbaye royale de Saint Denis , le Service folemnel
, qui s'y fait tous les ans pour le repos de
l'ame de Louis XIV. L'Evêque de Dol y officia
pontificalement. Le Comte d'Eu & le Duc de
Penthievre y affifterent , ainfi que plufieurs perfonnes
de diftinction .
Sur la démiffion que le fieur Peyrene de Moras
, Miniftre & Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Marine , a donnée de la place
de Contrôleur Général des Finances , le Roi en
a difpofé en faveur du ficar de Boullongne. La
charge d'Intendant des Finances , qu'avoit le fieur
de Boullongne , paffe au fieur de Boullongne fon
fils , qui en avoir la furvivance .
Le Roi ayant jugé à propos de raſſembler fon
Parlement le premier Septembre , les Gens du Roi
entrerent aux Chambres affemblées , & y apporterent
l'ordre de Sa Majefté aux Préfidens du Parlement
aux quatorze anciens Confeillers de la
Grand'Chambre , & aux quatorze anciens Confeillers
des Enquêtes & Requêtes , de fe rendre
fur le champ à Verfailles pour recevoir les ordres ;
ce qui fut exécuté. Le Roi donna audience aux
Députés du Parlement , qui furent préfentés par
M.le Comte de Saint- Florentin , Secretaire d'Etat
ayant le Département de Paris , & conduits à l'ordinaire
par les Officiers des Cérémonies. Le Roi
OCTOBRE. 1757 195
lear dit que fon Chancelier alloit leur expliquer
fes intentions. Sur quoi M. de Lamoignon , Chancelier
de France , prit la parole , & dit :
« Les fentimens qui animoient vos prédécel
» feurs ne leur auroient pas permis de faire la dé-
» marche à laquelle s'eft portée la plus grande
» partie des Officiers du Parlement.
» Le Roi vous ordonne d'avoir toujours préfentes
les obligations que votre ferment vous impo-
» fe : nul motifne peut vous difpenfer de rendre la
» juftice que vous devez aux Sujets de Sa Majeſté.
Les Magiftrats , prépofés pour l'adminiftrer ,
» ne peuvent la refufer , fans être refponfables de
» tous les maux qui font la fuite néceſſaire de ce
> refus.
» Sur les témoignages répétés qui ont été don-
» nés à Sa Majesté de votre foumiffion & de votre
fidélité , Elle veut bien n'interroger aujourd'hui
D que vos coeurs , & chercher dans vos fenti-
> mens des motifs de confiance pour l'avenir .
>> Elle efface donc pour jamais le fouvenir de
» ce qui lui a déplu dans votre conduite paflée
> en regardant comme non-avenues toutes les démiffions
qui lui ont été données. Sa Majeſté vous
» a appris Elle-même par les Lettres qui vous ont
» été adreffées , qu'Elle veut bien conferver dans
>> leurs Offices tous ceux qui s'en étoient démis.
A l'égard de ceux de vos Confreres qu'Elle a
crudevoir éloigner pour des raifons particulieres,
» Sa Majefté , en les confervant dans leur état ,
»n'a pas encore fixé le temps de leur rappel .
» Quand le Roi fera obéi , quand vous aurez
» repris l'exercice entier de vos fonctions ordinaires
, & que Sa Majeſté ſera fatisfaite de la fa-
» geffe de votre conduite , Elle écoutera favorablement
vos inftances à cet égard.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
» Pour ce qui concerne la feconde déclaration ,
»le Roi defire que l'ufage en devienne auffi inutile,
qu'il l'avoit jugé néceflaire ; mais avant tout ,
» Sa Majefté ne refufera point d'écouter ce que
» fon Parlement croira devoir lui repréſenter fur
» cet objet . Elle veut que la fuppreffion ordonnée
» par fon édit du mois de Décembre dernier foit
» exécutée & Elle enverra à fon Parlement
>> une déclaration interprétative , à l'enrégiftre-
» ment de laquelle Elle vous ordonne de procéder
>> fans délai .
» Le Roi vous ordonne de reprendre vos foncntions
ordinaires : conformez - vous à les inten-
» tions.
» Sa Majeſté n'a rien tant à coeur que de faire
» régner dans fon Royaume le filence qu'Elle a
» préferit de part & d'autre ; & la paix qu'Elle
» defire depuis fi long-temps de voir rétablie.
Si Sa Majefté , par des raifons fupérieures , &
» dans la vue du bien général , a cru devoir s'éle-
» ver au deffus de regles ordinaires , fon Parle-
>> ment ne doit point en appréhender lesfuites pour
> l'avenir.
» Le Roi vous ordonne donc de faire exécuter
conformément aux
» fa premiere déclaration ,
>> Canons reçus dans le Royaume , aux Loix & aux
» Ordonnances.
» C'eſt en entrant dans ces vues , que vous de-
» vez toujours vous fouvenir qu'il eft des confidérations
de fagefle & de modération , ſur leſ-
» quelles vous devez régler vos démarches.
» Donnez vous - mêmes l'exemple du refpect que
» Sa Majefté veut qui foit rendu à la Religion & à
» fes Miniftres. C'eſt ainfi que vous ferez un ufa-
» ge légitime de l'autorité que le Roi a bien vou-
>> lu vous confier,
OCTOBRE . 1757. 197
» Que ces fentimens demeurent toujours gra-
» vés dans vos coeurs , & fouvenez - vous que
» votre Souverain vous traite en ce moment en
>> Pere » .
" Le lendemain 2 les Dépurés de retour rendirent
compte aux Chambres affemblées de ce qui
s'étoit paſſé à Verſailles ; & les Officiers du Parlement
, qui avoient donné l'année derniere la démiffion
de leurs Offices , ayant déclaré qu'ils en
reprenoient les fonctions , le Parlement procéda
à l'enrégiftrement de la déclaration interprétative
de l'Edit du mois de Décembre dernier , & arrêta
une députation pour remercier le Roi , & pour
lui demander le retour de fes Confreres , qui font
éloignés par des ordres particuliers.
Le Roi a reçu le 3 Septembre cette députation ,
& a fait aux Députés la réponſe fuivante.
« Je reçois avec fatisfaction les témoignages que
> vous venez de me donner de votre zele , de votre
» fidélité & de votre foumiffion à mes volontés.
>> Jouiffez du bonheur de plaire à un Maître qui
» vous aime , & de l'avantage de contribuer au
>> bien de mes sujets , en rempliffant vos devoirs.
» Achevez de répondre aux vues & aux inten-
» tions que je vous ai fait connoître pour le ré-
» tabliffement de la Paix , & je ne tarderai pas à
» réaliſer les espérances que je vous ai données
par rapport à ceux de vos Confrères , dont vous
» follicitez le retour . ,
» Ayez une entiere confiance en més bontés :
> fi vous pouviez en douter , vous cefferiez d'en
» être dignes ».
Le 5 Septembre , les Chambres affemblées ont
rendu un Arrêt , pour faire exécuter la Déclarátion
du 10 Décembre dernier , concernant les affaires
de l'Eglife , & ce conformément aux explica
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
tions portées aux réponses du Roi.
Elles ont auffi chargé le premier Préfident , &
deux Préfidens , de fe rendre à Choify , pour remercier
de nouveau le Roi , & l'affurer de l'entiere
confiance du Parlement dans les bontés de Sa
Majesté .
Le Roi a répondu en ces termes à cette derniere
députation : « Je crois que je puis compter fur les
» nouvelles affurances que vous donnez de votre
foumiffion & de votre zele , par la promptitude
» avec laquelle vous m'avez obéi , par la reconnoiffance
refpectueufe dont vous êtes pénétrés ,
»& par votre confiance dans ma Pertonne.
» Continuez à remplir vos fonctions avec cet
» eſprit de paix , de fageſſe & de modération , que
» je vous ai fi ſouvent & très - expreffément recom-
> mandé.
Vos Confreres vous feront rendus pour la
Saint-Martin ; & je vous difpenfe de me donner
à leur égard de nouveaux témoignages de
la reconnoiffance que vous devez à mes bontés .»
On avoit, dès le sau matin, enrégiftré la commiffion
pour la Chambre des Vacations , qui fera
tenwe par quatorze Conſeillers de la Grand Chambre
, & douze Confeillers des Enquêtes. M. Turgot
, Préfident du Parlement , eft nommé par le
Roi poury préfider.
Le Roi a tenu le Sceau pour la douzieme &
treizieme fois.
Madame Ducheffe de Parme arriva d'Italie à
Choify le 3 de Septembre , & à Versailles le 4.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont reçu cette.
Princeffe avec les démonftrations de la plus vive
endreffe. 1
Le Roi fe rendit le 4 à Choify , avec Madame
Ducheffe de Parme & Mefdames de France.
OCTOBRE . 1757. 199
Le même jour , la Reine eft arrivée de Verſailles .
Les , le Roi de Pologne Duc de Lorraine &
de Bar eft parti de ce dernier Château , pour retourner
à Luneville .
On mande de Fécamp , que le Corfaire l'Hirondelle
, de Dunkerque , a fait conduire dans ce
premier port un quatrieme Navire Anglois , appellé
le Lyon , de Liverpool , de 250 tonneaux
armé de 4 canons , 25 efpingolles , & chargé de
bled & de ballotteries.
Le Brigantin Anglois le Marmaid, chargé d'hui
le , pris par le Corfaire le Vainqueur , de Marfeille
, est arrivé en ce port .
Les fieurs Chevalier de Glandevez & de Graſſe ,
qui commandent les Galeres la Brave & la Du→
cheffe , fe font rendus maîtres d'un Corfaire Anglois
, armé de 16 canons & de 110 hommes d'équipage
, qu'ils ont fait conduire à Cette .
Il est arrivé à Boulogne un Brigantin Anglois ,
de 120 tonneaux , chargé d'avoine , de cidre ,
de brai , & de plufieurs ballots de marchandifes.
Cette prife a été faite par le Corſaire la Marquife
de Beringhen.
Le Corfaire la Princeffe de Soubize a pris &
conduit à Brest le Navire Anglois le Duc d'Argile ,
de 250 tonneaux , armé de 4 canons & 4 pierriers
, allant de Liverpool à la Caroline avec un
chargement compofé de draps , d'étoffes , de toiles
& de quincaillerie .
Le Navire Anglois le Pacquet de Porto , de 80
tonneaux , chargé de fel , & qui a été pris par le
Corfaire la Mutine , de S. Jean -de-Luz , eft arrivé.
par relâche à Vigo en Galice.
Le Corfaire le Comte de Saint -Germain , de
Dunkerque , s'eft emparé des Navires Anglois le
Crownpoint chargé de toiles , de fucre en pain , &.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'autres marchandiſes , & l'Arlequin dont le chargement
eft compofé de fucre , de café , de thubarbe
, de cacao , de bois de Campeche. Ces
deux prifes ont été conduites , l'une à Eggrefund ,
l'autre à Bergues en Norwege.
Le même Corfaire a rançonné pour 15240 livres
trois autres Bâtimens Anglois , dont il s'étoit
rendu maître ; & il en a remis les ôtages à
Dunkerque.
Le Navire Anglois l'Ofgood , de 300 tonneaux ,
armé de 12 canons , allant de la Jamaïque à Londres
avec une cargaifon compofée de fucre , de
taffia , de maniguette & de bois rouge , a été pris
par le Corfaire la Victoire , de Saint - Malo , où
il a été conduit.
Il est arrivé dans la rade de l'Ile de Bas un Navire
de 450 tonneaux , pris par le Corfaire le
Comte d'Herouville , de Bordeaux , & qui eft
chargé de fix cens milliers de poudre à tirer , de
boulets , d'armes , & d'autres munitions de guerre.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En août 1757, plusieurs événements significatifs se déroulèrent à la cour de France. Le comte de Bestuchef, ambassadeur extraordinaire de l'impératrice de Russie, fut reçu par la dauphine et divers princes français. Le roi se rendit à Montrouge chez le duc de La Vallière. À la suite de la victoire à Hastenbeck, un Te Deum fut chanté à la cathédrale de Paris en présence du chancelier de France et de diverses autorités. Des feux d'artifice et des illuminations furent organisés à l'Hôtel de Ville et dans d'autres lieux emblématiques de Paris. Le 15 août, la procession solennelle de l'Assomption de la Sainte Vierge eut lieu avec les cérémonies habituelles. En Provence, un paysan découvrit une grotte contenant des plantes et des fruits pétrifiés. À Manille, un navire français fut attaqué et incendié par un vaisseau anglais malgré la neutralité de la côte. Le comte de Starhemberg, ambassadeur des empereurs d'Autriche, présenta ses lettres de créance au roi et à la famille royale. Les députés des États de Languedoc furent reçus par le roi, et le marquis de Paulmy fut nommé chevalier des Ordres royaux militaires et hospitaliers. Le corps de ville de Paris se rendit à Versailles pour prêter serment de fidélité au roi, et le 25 août, il rendit hommage à la reine et à la famille royale. À la fête de Saint Louis, des processions et des cérémonies religieuses furent organisées par diverses académies et ordres religieux. Le 1er septembre, le roi rassembla le Parlement et lui ordonna de reprendre ses fonctions, effaçant les démissions précédentes et promettant de réintégrer les magistrats éloignés. Le Parlement enregistra une déclaration interprétative concernant les affaires de l'Église et envoya une députation pour remercier le roi. Le roi exprima sa satisfaction et sa confiance dans le Parlement, promettant de réintégrer les magistrats éloignés. Le 5 septembre, le Parlement rendit un arrêt pour exécuter la déclaration du 10 décembre précédent et envoya une nouvelle députation à Choisy pour remercier le roi. En septembre et octobre 1757, divers événements et communications officielles eurent lieu. Un message royal exprima la satisfaction du roi envers un destinataire pour son zèle et sa promptitude, l'encourageant à continuer ses fonctions avec esprit de paix, sagesse et modération. Le roi tint le Sceau pour la douzième et treizième fois, et une commission pour la Chambre des Vacations fut enregistrée, composée de conseillers de la Grand Chambre et des Enquêtes, présidée par M. Turgot. La Duchesse de Parme arriva d'Italie et fut accueillie avec enthousiasme par la famille royale. Plusieurs prises de navires anglais par des corsaires français furent également mentionnées, incluant des détails sur les navires capturés, leurs cargaisons et leurs destinations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 190-191
De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
Début :
Suivant les nouvelles de Wetzlar, le 8 de ce mois, à deux heures du matin, [...]
Mots clefs :
Corps de troupes, Arrivée imprévue, Alarme, Régiments, Infanterie, Bataillons, Landgrave, Députés, Conclusion de paix, Garnison, Officiers, Magistrats, Chambre, Séance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
De RATISBONNE , le 10 Juin 1763.
Suivant les nouvelles de Wetzlar , lé 8 de
ce mois , à deux heures du matin , il y eut dans
cette Ville une allarme générale caufée par l'ar
rivée imprévue d'un corps de troupes au fervice
de Heffe- Darmstadt. Ce corps , compofé del
deux Régimens d'Infanterie de troupes réglées .
de quatre Bataillóns de Milice & de cinq cens
hommes , tant Cavaliers que Dragon's & Huf
fards , aprés avoir enfoncé les potres de la Ville ,
JUILLET. 1763. 191
& s'être affurés de fes principales avenues , entra
de force dans les mailons des Bourgue-Maître ,
Sénateurs & Bourgeois , & fe faifit de feize Magiftrats
qui furent obligés de répondre devant
les Députés commis à cet effet par le Land
grave. Cet événement a répandu ici la plus
grande confternation . Toute la Ville eft remplie
de troupes qui ont amené avec elles trente
pieces de canons chargés à cartouches , Il y a
dans plufieurs maifons foixante - dix à quatrevingt
hommes , & à l'exception de la pofte ,
perfonne n'ofe fortir de la Ville . On attribue les
motifs de cette éxécution à l'événement fuivant.
Après la conclufion de la Paix , les troupes
alliées , au nombre de fix cens hommes , ayant
dirigé leur marche par cette Ville , attaquérent ,
avec le fecours de la Garnifon & de quelques
Bourgeois , les troupes de Heffe - Darmstadt ,
qui furent repouffées & dont l'Officier Com
mandant fut maltraité par le Bourge- Maître &
par quelques Sénateurs . Le Landgrave demanda
fatisfaction de cette injure au Magiftrat
mais n'ayant pu l'obtenir , ce refus le détermina
à en venir à des voies de fait . Il y a eu
à ce fujet , ce matin entre huit & neuf heures.
une féance extraordinaire des Affelleurs de la
Chambre ; mais on n'en fçait point encore le
réfultat.
Suivant les nouvelles de Wetzlar , lé 8 de
ce mois , à deux heures du matin , il y eut dans
cette Ville une allarme générale caufée par l'ar
rivée imprévue d'un corps de troupes au fervice
de Heffe- Darmstadt. Ce corps , compofé del
deux Régimens d'Infanterie de troupes réglées .
de quatre Bataillóns de Milice & de cinq cens
hommes , tant Cavaliers que Dragon's & Huf
fards , aprés avoir enfoncé les potres de la Ville ,
JUILLET. 1763. 191
& s'être affurés de fes principales avenues , entra
de force dans les mailons des Bourgue-Maître ,
Sénateurs & Bourgeois , & fe faifit de feize Magiftrats
qui furent obligés de répondre devant
les Députés commis à cet effet par le Land
grave. Cet événement a répandu ici la plus
grande confternation . Toute la Ville eft remplie
de troupes qui ont amené avec elles trente
pieces de canons chargés à cartouches , Il y a
dans plufieurs maifons foixante - dix à quatrevingt
hommes , & à l'exception de la pofte ,
perfonne n'ofe fortir de la Ville . On attribue les
motifs de cette éxécution à l'événement fuivant.
Après la conclufion de la Paix , les troupes
alliées , au nombre de fix cens hommes , ayant
dirigé leur marche par cette Ville , attaquérent ,
avec le fecours de la Garnifon & de quelques
Bourgeois , les troupes de Heffe - Darmstadt ,
qui furent repouffées & dont l'Officier Com
mandant fut maltraité par le Bourge- Maître &
par quelques Sénateurs . Le Landgrave demanda
fatisfaction de cette injure au Magiftrat
mais n'ayant pu l'obtenir , ce refus le détermina
à en venir à des voies de fait . Il y a eu
à ce fujet , ce matin entre huit & neuf heures.
une féance extraordinaire des Affelleurs de la
Chambre ; mais on n'en fçait point encore le
réfultat.
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Résumé : De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
Le 10 juin 1763, à Ratisbonne, une alarme générale a été déclenchée à deux heures du matin par l'arrivée inattendue de troupes au service du landgrave de Hesse-Darmstadt. Composées de deux régiments d'infanterie, quatre bataillons de milice et environ cinq cents cavaliers, dragons et hussards, ces troupes ont forcé les portes de la ville et pris le contrôle des principales avenues. Elles ont investi les maisons des bourgmestres, sénateurs et bourgeois, contraignant plusieurs magistrats à répondre devant des députés nommés par le landgrave. La ville est maintenant remplie de troupes armées de trente pièces de canon, et les habitants sont confinés chez eux, sauf pour les postes de garde. Cet événement est attribué à une altercation précédente où des troupes alliées, soutenues par la garnison et quelques bourgeois, ont attaqué les troupes de Hesse-Darmstadt après la conclusion de la paix. Le landgrave a demandé réparation pour l'affront subi mais, n'ayant pas obtenu satisfaction, a décidé d'agir par la force. Une séance extraordinaire des assemblées de la Chambre a eu lieu ce matin, mais son résultat n'est pas encore connu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 195-204
De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
Début :
Le Vendredi 27 du mois dernier, la Cour a pris un deuil de huit [...]
Mots clefs :
Cour, Deuil, Margrave, Chevaliers, Officiers, Audience, Prince, Comte, Duc, Roi, Chambre, Ministre plénipotentiaire de Naples, Famille royale, Nominations, Représentations, Ambassadeur, Serment, Cérémonie, Contrat de mariage, Marquis, Colonel, Abbaye, Diocèse, Ordre, Famille royale, Ouvrages, Nouvelles parutions, Ordonnances du roi, Promotion, Lieutenant-colonel, Régiments, Infanterie, Cavalerie, Dragons, Pensions, Fonctions, Gratification
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
De VERSAILLES , le 22 Juin 1763.
Le Vendredi 27 du mois dernier , la Cour a pris
un deuil de huit jours , pour le Margrave Frédéric
de Brandebourg Culmback , mort à Bareith , le
26 Février dernier .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés , le 22
du mois dernier vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
Appartement, pour aller à la Chapelle : Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de la
Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthieyre ,
du Prince de Lamballe , & des Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre. Sa Majefté , de
vant qui les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardeffus , ainfi que celui de la Toiſon
d'or. L'Evêque d'Orléans , Commandeur de
l'Ordre , officia ; & après la Melle chantée par la
Mufique du Roi, Sa Majefté fut reconduite à fon
appartement , en la maniere accoutumée.
Le 24 , le Comte de Cantillana , Ambaffa deur
Extraordinaire du Roi des Deux-Siciles , eut une
Audience particuliere du Roi , dans la quelle il
préfenta à Sa Majefté le Prince Sanfeverino , Miniftre
Plénipotentaire de Naples à la Cour de
Portugal. Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par le fieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Duc de Nivernois , de retour de fon Ambaffade
à la Cour de Londres , s'eft rendu ici le
29, & a été préſenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par le Duc de Praflin .
Le même jour , la Ducheffe de Bedfort a pris
congé du Roi , de la Reine & de la Famille Royale.
Le 30 , la Comteffe de Henneberg , après
avoir pris congé de la Cour , eft partie pour le
rendre à Luneville , & de là à Plombières.
Le 7 de ce mois , le Duc de Bedford , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Cour de Londres , eur
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit fes Lettres de Rappel & prit congé de Sa
Majefté.
Le fieurTiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , en eut auffi une particulière , dans
laquelle il préfenta à Sa Majefté les fieurs Morofini
& Guerini , Ambaffadeurs de la même République
, revenans de la Cour de Londres. Le Duc de
Bedfort & le fieur de Tiepolo furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Amballadeurs.
Le même jour , le Comte Dubois de la Mothe
prêta ferment entre les mains de Sa Majesté en
qualité de Vice - Amiral ..
Les Députés des Etats d'Artois eurent le 9 audience
du Roi. Ils furent préfentés à Sa Majefté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province
, & par le Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire
d'État de la Guerre & de la Marine , ayant
le Département de cette Province ; & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
, & par le fieur Deſgranges , Maître
JUILLET. 1763. 197
des Cérémonies. La Députation étoit composée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Grény , pour la
Nobleffe ; du fieur Decanchy pour le Tiers - Erat.
Le même jour , la Comteffe de Sade fut préſentée
à Leurs Majeftés , ainfi qu'à la Famille Royale,
par Mademoiſelle de Sens ; la Comtelle de Vogué ,
par la Marquife de Sourches , & la Marquise de
Miran , par la Comtelle de Marfan.
Le fieur de la Caze , fils , qui vient d'obtenir la
furvivance de la place de la première Préfidence de
Pau , a fait , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le 12, Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Duc de la Trémoille
avec la Princelle Marie de Salm .
Celui du Marquis du Tillet , Colonel du Régiment
Royal , avec la Dile de Pellar de Bebbral ;
le 13 , celui du Marquis de Montmirel avec la
Dame de Lanmary ; & le^ 21 , celui du Comte
d'Avrimenil avec la Demoiſelle de Furgen.
Le 13 , l'Evêque de Condom prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , & l'Evêque de
Lefcar le 18.
Le Roi a donné le Prieuré de S. Thomas de la
Bloutière , Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de
Coutance , à l'Abbé d'Audiftret , ancien Vicaire-
Général & Official du Cardinal Ottoboni.
La Cour a pris le Deuil pour 8 jours à l'occaſion
de la mort de Marie- Victoire - Anne de Savoye ,
Princeffe de Carignan.
Le fieur Paffemant , Ingénieur du Roi , déja
connu par plufieurs ouvrages de Méchanique d'une
invention heureufe & d'un travail précieux , a eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté deux globes ,
Bun célefte d'un fond d'azur parfemé d'étoiles d'or,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'autre terreftre , & tous deux montés fur des ho
rizons & des confoles dorés ; avec un autre Ouvrage
de Méchanique éxécuté par les Diles Paffemant
fes filles , & repréfentant un Château élevé
fur une montagne couverte de divers objets , où
l'on remarque trente- deux figures mouvantes.
Le fieur de Saintfoix eut l'honneur de préfenter
, le 21 du nrois dernier , à Leurs Majeſtés , ainfi
qu'à la Famille Royale , une nouvelle Edition de
les Effais hiftoriques fur Paris.
. Le fieur Puget de Saint-Pierre a eu l'honneur
de préfenter , le 24 , à Monfeigneur le Duc de
Berry & à Monseigneur le Comte d'Artois l'Hif
toire des Drufes , Peuple du Liban , formé par une
Colonie de François , Ouvrage dont Monteigneur
le Duc de Berry a bien voulu accepter la Dédicace .
Le 29 , le fieur de Neuve- Eglife , ancien Officier
de Cavalerie , & le fieur Delagrange , Directeur
de l'Entreprife générale de l'Armée , Dépu
tés de la Société qui s'eft chargée de la compofi
tion du Corps complet de l' Agriculture , du Com-
& des Arts & Métiers de France , dédié au
Roi ; ont eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
& à Monfeigneur le Dauphin , le fecond Volume
de la partie de l'Agriculture & de celle du Corps
d'Obfervations de cette Société . Ces deux Volumes
font les derniers des fix qui doivent être donnés
au Public pour 1762 , fous le titre de l'Agronomie
& de l'Induftrie , & la Société ſe prépare à
faire faire la diftribution des neuf Volumes pour
1763.
merce ,
· Le même jour , le fils du feur Delpon , ancien
Capitaine de Dragons , âgé de cinq ans , & neveu
de l'un des Auteurs de l'Agronomie , a eu l'honneur
de préfenter à Monfeigneur le Comte d'Artois
les deux Volumes de cet Ouvrage , & ce
Prince a bien voulu lui permettre de faire , fous
JUILLET. 1763. 199
fon commandement les évolutions militaires.
L'Abbé de Burle de Réal de Curbon , a eu l'honneur
de présenter à Leurs Majeftés , à Monseigneur
le Dauphin & à Madame Adélaide , la troifiéme
partie de la Science du Gouvernement , contenant le
droit public, Quvrage dédié à Monſeigneur le
Dauphin.
Le fieur de Vilevaulo , Maître des Requêtes , &
le fieur de Brequigny , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , ont préſenté à Sa
Majefté le dixiéme Volume des Ordonnances des
Rois de France de la troifiéme Race , recueillies
par ordre , chronologique. Ce Volume contient
les Ordonnances de Charles VI. données depuis
le commencement de l'année 1411 ,juſqu'à la fin
de l'année 14 18%.
" Le 19, de ce mois , l'Abbé Coyer a eu l'honneur
de préfenter à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
& à Meldames , un Difcours qu'il a prononcé
le & Mai dernier pour fa réception à l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres de Nancy.
>
Sa Majefté , par fupplément à la derniere!
Promotion vient de nommer au grade de
Maréchal de Camp , le feur Thomaflin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; le Mar
quis d'Efquelbecq , Sous-Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le fieur de la Roque , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Chartres ;
le fieur de Roquemore , Lieutenant- Colonel du
Régiment d'Infanterie de la Reine ; le Chevalier
de Montreuil , Lieutenant Colonel d'Infanterie ;
le fieur de Luberfac , Sous- Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le Marquis de Tracy ,
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandre :
le Marquis de Torcy , Capitaine- Lieutenant des
Chevaux - Légers de Monfeigneur le Dauphin :
I iv
200 MERCURE DE FRANCE :
le Marquis de Clermont-Tonnerre , Meftre- de
Camp- Commandant du Régiment du Meftrede-
Camp-Général de la Cavalerie : le fieur de
la Source , Major du Régiment de Cavalerie
d'Artois ; le Comte de Jaucourt , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans ; Ïe Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine ; le Comte de Sommievre ;
Capitaine-Lieutenant des Chevaux-Légers de la
Reine ; le Comte de Puyfegur Colonel du
Régiment de Normandie ; le Marquis de Timbrune
, Colonel du Régiment de Vermandois ;
le Comte de la Tour-du Pin -Paulin , Colonel
lu Régiment de Piémont ; le Comte de Chabrillant
, Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le Marquis de Villeroy , Colonel du
Régiment de Lyonnois ; le Comte de Chabot ,
Meftre-de Camp du Régiment Royal- Etranger
le Marquis de Boufflers , ci- devant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Monfeigneur le Dau
phin ; le Comte de Conflans , Colonel d'un Régiment
de Dragons , Chaffeurs ; le Comte de
Durfort , Colonel du Régiment de Picardie ; le
Comte de Schonberg , Meftre- de-Camp d'un
Régiment de Dragons ; le Comte de Choifeulla-
Baume , Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le fieur de Valliere , Colonel de la
Légion Royale ; le fieur Charpentier d'Ennery ,
Meftre- de- Camp de Dragons ; le Chevalier de
Sarasfield , Meftre - de- Camp réformé de Cava-.
lerie ; le feur de Grand- Maiſon , Colonel des>
Volontaires du Haynault.
Le Roi a difpofé des Régimens vacans de la
maniere fuivante.
INFANTERIE .
Picardie le Comte " de Lévis , Colonel de
JUILLET. 1763 . 201
Royal-Rouffillon . Piémont , le Comte de Grave ,
Colonel du Régiment de Provence . Normandie,
le Comte de Hautefeuille , Colonel de Rouergue.
Lyonnois , le Marquis de Bouzols , Colonel
de Bourgogne . Royal-Rouffillon , le fieur
de Villeneuve de Trans , Capitaine au Régiment
du Roi. Rouergue , le fieur de Bloffet ,
Capitaine au Régiment du Roi . Vermandois , le
fieur de Malartic , Major de Royal - Comtois.
Provence , le Chevalier de Virieu , Exempt des
Gardes du Corps . Bourgogne , le fieur de Luker
Capitaine du Regiment de Fitz -James.
TROUPES LÉGÉRES.
Légion Royale , le Marquis de Nicolay- Dolny,
Meftre-de- Camp de Dragons. Légion du Hay
nault , le Baron de Viomefnil , ci- devant Colomel
du Régiment des Volontaires du Dauphiné.
CAVALERIE.
Royal- Etranger, le fieur de Vernaſſal , Capitaine
réformé du. Régiment de Languedoc , Dragons.
DRAGON´S
Choifeul , le Comte de Cuftine , Capitaine de
Schonberg. Chabrillant , le Chevalier de Mont
recler , Capitaine de Bauffremont . Nicolay , le
Chevalier de Lanans , Capitaine de Schonberg.
›
Le Roi a rendu une Ordonnance , du ƒ de ce
moi concernant la Gendarmerie. Suivant les
difpofitions qu'elle renferme, les dix Compagnies
des Gendarmes Ecoffois , Anglois , Bourguignons ,
de,Flandre , de la Reine , Dauphin , de Berry, de
Provence , d'Artois & d'Orléans feront confervées
fur pied & dans le même rang dont elles jouiffent
actuellement. Les fix Compagnies de Chevaux-
Légers de la Reine, Dauphin , de Berry , de Pro
Iv
262 MERCURE DE FRANCE .
vence , d'Artois & d'Orléans feront fupprimées &
incorporées dans les fix Compagnies de Gendarmes
qui font fous le même titre. Comme'il y aura
deux Officiers de chaque grade dans chacune des
fix Compagnies qui auront reçu cette incorporation,
le moins ancien de chaque grade fera réformé
. Chacune defdites Compagnies de Gendarmes
confervées formera à l'avenir un Efcadron ,
& continuera d'être commandée par un Capitaine-
Lieutenant, un Sous- Lieutenant & un Guidon ; il
fera établi trois Fourriers & douze places de Gendarmes
Appointés ; au moyen de quoi chaque
Compagnie fera compofée de trois Brigadiers ,
trois Sous- Brigadiers , un Porte- Etendard , trois
Fouriers , douze Gendarmes Appointés , quatrevingt-
quatre Gendarmes & trois Trompettes. Il
fera établi dans l'Etat-Major deux Sous-Aides-
Majors de plus , qui auront rang de prémiers Maréchaux
des Logis , & deux places de Fourriers-
Majors , lefquels auront rang de derniers Maréchaux
des Logis. L'Etat- Major fera compofé d'un
Major- Inspecteur du Corps , d'un Aide-Major ,
de quatre Sous- Aides-Majors , deux Fourriers-
Majors , deux Aumôniers & d'un Timbalier, Sa
Majefté a auffi réglé de la maniere fuivante une
paye , qui fera la même en temps de paix & en
tems de guerre. A chaque Capitaine- Lieutenant ,
9500 livres par an ; à chaque Sous- Lieutenant
6500 liv . à chaque Enfeigne , 4000 liv . à chaque
Guidon , 3000 liv. à chaque Maréchal des Logis ,
1230 liv. à chaque Brigadier ou Sous- Brigadier,
648 liv . à chaque Porte- Etendard , 540 livres à
chaque Fourrier , 480 liv. à chaque Gendanine
Appointé , 378 liv , à chaque Gendarme , 324 liv.
à chaque Trompette, 396 liv. ETAT- MAJOR.
Au Major , pour tout traitement & frais d'inſpec- -
"
JUILLET. 1763. 2.03
tion , 12000 liv ; l'Aide-Major , 6000 liv, à chacun
des deux premiers Sous-Aides- Majors , 2000
liv. à chacun des feconds Sous-Aides-Majors ,
1600 liv. à chacun des deux Fourriers- Majors ,
1200 liv. au premier Aumônier , en fupprimant
la retenue qui fe faifoit en la faveur pour le
port
de la Chapelle , 1200 liv . au fecond Aumônier
720 liv. au Timbalier , 396 liv.
eux ,
"
Au moyen de ce traitement , toutes les penfions
attachées aux charges d'Officiers fupérieurs , de
ceux de l'Etat- Major & aux places d'anciens Maréchaux
des Logis , Brigadiers & Gendarmes.
ainsi que les gratifications accordées pour le détail
aux Officiers de l'Etat- Major, feront fupprimées ,
à commencer du jour de la nouvelle compofition.
Les Gendarmes qui auront fervi vingt ans , &
qui fe trouveront hors d'état de continuer leurs
fervices , auront le choix , ou d'être reçus à l'Hôtel
Royal des Invalides , comme Lieutenans de
Cavalerie , ou de fe retirer chez & non ailleurs
, avec leur folde entiere . Ceux qui n'auront
pas vingt ans de fervice , mais qui , pour raifon
de bleffures confidérables reçues à la guerre , feroient
hors d'état de continuer , feront auffi reçus
dans le mênte Hôtel comme Lieutenans , ou ſe
retireront chez eux avec la moitié de leur folde.
Ceux enfin qui n'auront vingt ans de fervice qu'au
moyen du temps qu'ils auront paffé antérieurement
dans d'autres Corps, pourront dans le même
cas être reçus dans le même Hôtel , comme Bas-
Officiers , ou fe retirer chez eux avec la moitié de
leur folde. Les Gendarmes excédans le nombre
fixé feront réformés , & il leur fera donné des
congés pour fe retirer chez eux , avec leurs habit ,
chapeau & épée , & 36 liv . de gratification . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
relatives aux fonctions & au choix des Officiers
& Gendarmes , au prix des charges des Officiers
ſupérieurs , à l'habillement , au taux & au rembourſement
des brevets de retenue , &c.
Le Vendredi 27 du mois dernier , la Cour a pris
un deuil de huit jours , pour le Margrave Frédéric
de Brandebourg Culmback , mort à Bareith , le
26 Février dernier .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés , le 22
du mois dernier vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
Appartement, pour aller à la Chapelle : Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de la
Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthieyre ,
du Prince de Lamballe , & des Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre. Sa Majefté , de
vant qui les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardeffus , ainfi que celui de la Toiſon
d'or. L'Evêque d'Orléans , Commandeur de
l'Ordre , officia ; & après la Melle chantée par la
Mufique du Roi, Sa Majefté fut reconduite à fon
appartement , en la maniere accoutumée.
Le 24 , le Comte de Cantillana , Ambaffa deur
Extraordinaire du Roi des Deux-Siciles , eut une
Audience particuliere du Roi , dans la quelle il
préfenta à Sa Majefté le Prince Sanfeverino , Miniftre
Plénipotentaire de Naples à la Cour de
Portugal. Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par le fieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Duc de Nivernois , de retour de fon Ambaffade
à la Cour de Londres , s'eft rendu ici le
29, & a été préſenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par le Duc de Praflin .
Le même jour , la Ducheffe de Bedfort a pris
congé du Roi , de la Reine & de la Famille Royale.
Le 30 , la Comteffe de Henneberg , après
avoir pris congé de la Cour , eft partie pour le
rendre à Luneville , & de là à Plombières.
Le 7 de ce mois , le Duc de Bedford , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Cour de Londres , eur
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit fes Lettres de Rappel & prit congé de Sa
Majefté.
Le fieurTiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , en eut auffi une particulière , dans
laquelle il préfenta à Sa Majefté les fieurs Morofini
& Guerini , Ambaffadeurs de la même République
, revenans de la Cour de Londres. Le Duc de
Bedfort & le fieur de Tiepolo furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Amballadeurs.
Le même jour , le Comte Dubois de la Mothe
prêta ferment entre les mains de Sa Majesté en
qualité de Vice - Amiral ..
Les Députés des Etats d'Artois eurent le 9 audience
du Roi. Ils furent préfentés à Sa Majefté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province
, & par le Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire
d'État de la Guerre & de la Marine , ayant
le Département de cette Province ; & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
, & par le fieur Deſgranges , Maître
JUILLET. 1763. 197
des Cérémonies. La Députation étoit composée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Grény , pour la
Nobleffe ; du fieur Decanchy pour le Tiers - Erat.
Le même jour , la Comteffe de Sade fut préſentée
à Leurs Majeftés , ainfi qu'à la Famille Royale,
par Mademoiſelle de Sens ; la Comtelle de Vogué ,
par la Marquife de Sourches , & la Marquise de
Miran , par la Comtelle de Marfan.
Le fieur de la Caze , fils , qui vient d'obtenir la
furvivance de la place de la première Préfidence de
Pau , a fait , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le 12, Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Duc de la Trémoille
avec la Princelle Marie de Salm .
Celui du Marquis du Tillet , Colonel du Régiment
Royal , avec la Dile de Pellar de Bebbral ;
le 13 , celui du Marquis de Montmirel avec la
Dame de Lanmary ; & le^ 21 , celui du Comte
d'Avrimenil avec la Demoiſelle de Furgen.
Le 13 , l'Evêque de Condom prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , & l'Evêque de
Lefcar le 18.
Le Roi a donné le Prieuré de S. Thomas de la
Bloutière , Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de
Coutance , à l'Abbé d'Audiftret , ancien Vicaire-
Général & Official du Cardinal Ottoboni.
La Cour a pris le Deuil pour 8 jours à l'occaſion
de la mort de Marie- Victoire - Anne de Savoye ,
Princeffe de Carignan.
Le fieur Paffemant , Ingénieur du Roi , déja
connu par plufieurs ouvrages de Méchanique d'une
invention heureufe & d'un travail précieux , a eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté deux globes ,
Bun célefte d'un fond d'azur parfemé d'étoiles d'or,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'autre terreftre , & tous deux montés fur des ho
rizons & des confoles dorés ; avec un autre Ouvrage
de Méchanique éxécuté par les Diles Paffemant
fes filles , & repréfentant un Château élevé
fur une montagne couverte de divers objets , où
l'on remarque trente- deux figures mouvantes.
Le fieur de Saintfoix eut l'honneur de préfenter
, le 21 du nrois dernier , à Leurs Majeſtés , ainfi
qu'à la Famille Royale , une nouvelle Edition de
les Effais hiftoriques fur Paris.
. Le fieur Puget de Saint-Pierre a eu l'honneur
de préfenter , le 24 , à Monfeigneur le Duc de
Berry & à Monseigneur le Comte d'Artois l'Hif
toire des Drufes , Peuple du Liban , formé par une
Colonie de François , Ouvrage dont Monteigneur
le Duc de Berry a bien voulu accepter la Dédicace .
Le 29 , le fieur de Neuve- Eglife , ancien Officier
de Cavalerie , & le fieur Delagrange , Directeur
de l'Entreprife générale de l'Armée , Dépu
tés de la Société qui s'eft chargée de la compofi
tion du Corps complet de l' Agriculture , du Com-
& des Arts & Métiers de France , dédié au
Roi ; ont eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
& à Monfeigneur le Dauphin , le fecond Volume
de la partie de l'Agriculture & de celle du Corps
d'Obfervations de cette Société . Ces deux Volumes
font les derniers des fix qui doivent être donnés
au Public pour 1762 , fous le titre de l'Agronomie
& de l'Induftrie , & la Société ſe prépare à
faire faire la diftribution des neuf Volumes pour
1763.
merce ,
· Le même jour , le fils du feur Delpon , ancien
Capitaine de Dragons , âgé de cinq ans , & neveu
de l'un des Auteurs de l'Agronomie , a eu l'honneur
de préfenter à Monfeigneur le Comte d'Artois
les deux Volumes de cet Ouvrage , & ce
Prince a bien voulu lui permettre de faire , fous
JUILLET. 1763. 199
fon commandement les évolutions militaires.
L'Abbé de Burle de Réal de Curbon , a eu l'honneur
de présenter à Leurs Majeftés , à Monseigneur
le Dauphin & à Madame Adélaide , la troifiéme
partie de la Science du Gouvernement , contenant le
droit public, Quvrage dédié à Monſeigneur le
Dauphin.
Le fieur de Vilevaulo , Maître des Requêtes , &
le fieur de Brequigny , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , ont préſenté à Sa
Majefté le dixiéme Volume des Ordonnances des
Rois de France de la troifiéme Race , recueillies
par ordre , chronologique. Ce Volume contient
les Ordonnances de Charles VI. données depuis
le commencement de l'année 1411 ,juſqu'à la fin
de l'année 14 18%.
" Le 19, de ce mois , l'Abbé Coyer a eu l'honneur
de préfenter à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
& à Meldames , un Difcours qu'il a prononcé
le & Mai dernier pour fa réception à l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres de Nancy.
>
Sa Majefté , par fupplément à la derniere!
Promotion vient de nommer au grade de
Maréchal de Camp , le feur Thomaflin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; le Mar
quis d'Efquelbecq , Sous-Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le fieur de la Roque , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Chartres ;
le fieur de Roquemore , Lieutenant- Colonel du
Régiment d'Infanterie de la Reine ; le Chevalier
de Montreuil , Lieutenant Colonel d'Infanterie ;
le fieur de Luberfac , Sous- Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le Marquis de Tracy ,
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandre :
le Marquis de Torcy , Capitaine- Lieutenant des
Chevaux - Légers de Monfeigneur le Dauphin :
I iv
200 MERCURE DE FRANCE :
le Marquis de Clermont-Tonnerre , Meftre- de
Camp- Commandant du Régiment du Meftrede-
Camp-Général de la Cavalerie : le fieur de
la Source , Major du Régiment de Cavalerie
d'Artois ; le Comte de Jaucourt , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans ; Ïe Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine ; le Comte de Sommievre ;
Capitaine-Lieutenant des Chevaux-Légers de la
Reine ; le Comte de Puyfegur Colonel du
Régiment de Normandie ; le Marquis de Timbrune
, Colonel du Régiment de Vermandois ;
le Comte de la Tour-du Pin -Paulin , Colonel
lu Régiment de Piémont ; le Comte de Chabrillant
, Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le Marquis de Villeroy , Colonel du
Régiment de Lyonnois ; le Comte de Chabot ,
Meftre-de Camp du Régiment Royal- Etranger
le Marquis de Boufflers , ci- devant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Monfeigneur le Dau
phin ; le Comte de Conflans , Colonel d'un Régiment
de Dragons , Chaffeurs ; le Comte de
Durfort , Colonel du Régiment de Picardie ; le
Comte de Schonberg , Meftre- de-Camp d'un
Régiment de Dragons ; le Comte de Choifeulla-
Baume , Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le fieur de Valliere , Colonel de la
Légion Royale ; le fieur Charpentier d'Ennery ,
Meftre- de- Camp de Dragons ; le Chevalier de
Sarasfield , Meftre - de- Camp réformé de Cava-.
lerie ; le feur de Grand- Maiſon , Colonel des>
Volontaires du Haynault.
Le Roi a difpofé des Régimens vacans de la
maniere fuivante.
INFANTERIE .
Picardie le Comte " de Lévis , Colonel de
JUILLET. 1763 . 201
Royal-Rouffillon . Piémont , le Comte de Grave ,
Colonel du Régiment de Provence . Normandie,
le Comte de Hautefeuille , Colonel de Rouergue.
Lyonnois , le Marquis de Bouzols , Colonel
de Bourgogne . Royal-Rouffillon , le fieur
de Villeneuve de Trans , Capitaine au Régiment
du Roi. Rouergue , le fieur de Bloffet ,
Capitaine au Régiment du Roi . Vermandois , le
fieur de Malartic , Major de Royal - Comtois.
Provence , le Chevalier de Virieu , Exempt des
Gardes du Corps . Bourgogne , le fieur de Luker
Capitaine du Regiment de Fitz -James.
TROUPES LÉGÉRES.
Légion Royale , le Marquis de Nicolay- Dolny,
Meftre-de- Camp de Dragons. Légion du Hay
nault , le Baron de Viomefnil , ci- devant Colomel
du Régiment des Volontaires du Dauphiné.
CAVALERIE.
Royal- Etranger, le fieur de Vernaſſal , Capitaine
réformé du. Régiment de Languedoc , Dragons.
DRAGON´S
Choifeul , le Comte de Cuftine , Capitaine de
Schonberg. Chabrillant , le Chevalier de Mont
recler , Capitaine de Bauffremont . Nicolay , le
Chevalier de Lanans , Capitaine de Schonberg.
›
Le Roi a rendu une Ordonnance , du ƒ de ce
moi concernant la Gendarmerie. Suivant les
difpofitions qu'elle renferme, les dix Compagnies
des Gendarmes Ecoffois , Anglois , Bourguignons ,
de,Flandre , de la Reine , Dauphin , de Berry, de
Provence , d'Artois & d'Orléans feront confervées
fur pied & dans le même rang dont elles jouiffent
actuellement. Les fix Compagnies de Chevaux-
Légers de la Reine, Dauphin , de Berry , de Pro
Iv
262 MERCURE DE FRANCE .
vence , d'Artois & d'Orléans feront fupprimées &
incorporées dans les fix Compagnies de Gendarmes
qui font fous le même titre. Comme'il y aura
deux Officiers de chaque grade dans chacune des
fix Compagnies qui auront reçu cette incorporation,
le moins ancien de chaque grade fera réformé
. Chacune defdites Compagnies de Gendarmes
confervées formera à l'avenir un Efcadron ,
& continuera d'être commandée par un Capitaine-
Lieutenant, un Sous- Lieutenant & un Guidon ; il
fera établi trois Fourriers & douze places de Gendarmes
Appointés ; au moyen de quoi chaque
Compagnie fera compofée de trois Brigadiers ,
trois Sous- Brigadiers , un Porte- Etendard , trois
Fouriers , douze Gendarmes Appointés , quatrevingt-
quatre Gendarmes & trois Trompettes. Il
fera établi dans l'Etat-Major deux Sous-Aides-
Majors de plus , qui auront rang de prémiers Maréchaux
des Logis , & deux places de Fourriers-
Majors , lefquels auront rang de derniers Maréchaux
des Logis. L'Etat- Major fera compofé d'un
Major- Inspecteur du Corps , d'un Aide-Major ,
de quatre Sous- Aides-Majors , deux Fourriers-
Majors , deux Aumôniers & d'un Timbalier, Sa
Majefté a auffi réglé de la maniere fuivante une
paye , qui fera la même en temps de paix & en
tems de guerre. A chaque Capitaine- Lieutenant ,
9500 livres par an ; à chaque Sous- Lieutenant
6500 liv . à chaque Enfeigne , 4000 liv . à chaque
Guidon , 3000 liv. à chaque Maréchal des Logis ,
1230 liv. à chaque Brigadier ou Sous- Brigadier,
648 liv . à chaque Porte- Etendard , 540 livres à
chaque Fourrier , 480 liv. à chaque Gendanine
Appointé , 378 liv , à chaque Gendarme , 324 liv.
à chaque Trompette, 396 liv. ETAT- MAJOR.
Au Major , pour tout traitement & frais d'inſpec- -
"
JUILLET. 1763. 2.03
tion , 12000 liv ; l'Aide-Major , 6000 liv, à chacun
des deux premiers Sous-Aides- Majors , 2000
liv. à chacun des feconds Sous-Aides-Majors ,
1600 liv. à chacun des deux Fourriers- Majors ,
1200 liv. au premier Aumônier , en fupprimant
la retenue qui fe faifoit en la faveur pour le
port
de la Chapelle , 1200 liv . au fecond Aumônier
720 liv. au Timbalier , 396 liv.
eux ,
"
Au moyen de ce traitement , toutes les penfions
attachées aux charges d'Officiers fupérieurs , de
ceux de l'Etat- Major & aux places d'anciens Maréchaux
des Logis , Brigadiers & Gendarmes.
ainsi que les gratifications accordées pour le détail
aux Officiers de l'Etat- Major, feront fupprimées ,
à commencer du jour de la nouvelle compofition.
Les Gendarmes qui auront fervi vingt ans , &
qui fe trouveront hors d'état de continuer leurs
fervices , auront le choix , ou d'être reçus à l'Hôtel
Royal des Invalides , comme Lieutenans de
Cavalerie , ou de fe retirer chez & non ailleurs
, avec leur folde entiere . Ceux qui n'auront
pas vingt ans de fervice , mais qui , pour raifon
de bleffures confidérables reçues à la guerre , feroient
hors d'état de continuer , feront auffi reçus
dans le mênte Hôtel comme Lieutenans , ou ſe
retireront chez eux avec la moitié de leur folde.
Ceux enfin qui n'auront vingt ans de fervice qu'au
moyen du temps qu'ils auront paffé antérieurement
dans d'autres Corps, pourront dans le même
cas être reçus dans le même Hôtel , comme Bas-
Officiers , ou fe retirer chez eux avec la moitié de
leur folde. Les Gendarmes excédans le nombre
fixé feront réformés , & il leur fera donné des
congés pour fe retirer chez eux , avec leurs habit ,
chapeau & épée , & 36 liv . de gratification . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
relatives aux fonctions & au choix des Officiers
& Gendarmes , au prix des charges des Officiers
ſupérieurs , à l'habillement , au taux & au rembourſement
des brevets de retenue , &c.
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Résumé : De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
En juin 1763, la cour de Versailles observa plusieurs événements marquants. Le 22 juin, un deuil de huit jours fut décrété en mémoire du Margrave Frédéric de Brandebourg Culmback, décédé en février précédent. Le 22 mai, les membres de l'Ordre du Saint-Esprit se réunirent pour une messe à la chapelle, où le roi, accompagné de princes et dignitaires, portait les insignes des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d'or. Le 24 mai, le Comte de Cantillana présenta le Prince Sanfeverino, ministre plénipotentiaire de Naples à la cour du Portugal, et le Duc de Nivernois, de retour de Londres, fut présenté aux souverains. La Duchesse de Bedford prit congé le même jour. Le 30 mai, la Comtesse de Henneberg quitta la cour pour se rendre à Luneville puis à Plombières. Le 7 juin, le Duc de Bedford remit ses lettres de rappel au roi, et l'ambassadeur de Venise présenta les ambassadeurs Morosini et Guerini. Le Comte Dubois de la Mothe prêta serment en tant que Vice-Amiral, et les députés des États d'Artois furent reçus par le roi le 9 juin. Plusieurs contrats de mariage furent signés, notamment celui du Duc de la Trémoille avec la Princesse Marie de Salm. Un deuil de huit jours fut également observé pour la Princesse Marie-Victoire-Anne de Savoie. Différents ouvrages furent présentés au roi, tels que des globes et mécanismes par l'ingénieur Passemant, une nouvelle édition des 'Essais historiques sur Paris' par Saint-Foix, et l''Histoire des Druzes' par Puget de Saint-Pierre. La Société d'Agriculture, du Commerce et des Arts et Métiers de France présenta des volumes sur l'agriculture et les arts. Le roi nomma plusieurs officiers au grade de Maréchal de Camp et disposa des régiments vacants. Une ordonnance concernant la gendarmerie fut publiée, précisant les compagnies conservées et supprimées, ainsi que les nouvelles structures et paies. Les gendarmes ayant servi vingt ans et incapables de continuer leurs services pouvaient choisir entre être reçus à l'Hôtel Royal des Invalides ou se retirer chez eux avec leur solde entière. Ceux ayant moins de vingt ans de service mais blessés pouvaient également être reçus comme Lieutenants ou se retirer avec la moitié de leur solde. Les gendarmes atteignant vingt ans de service grâce à leur temps passé dans d'autres corps pouvaient être reçus comme Bas-Officiers ou se retirer avec la moitié de leur solde. Les gendarmes excédant le nombre fixé étaient réformés et recevaient des congés avec leurs habits, chapeau, épée et une gratification de 36 livres.
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19
p. 187-188
DE BRUXELLES, le 3 Novembre 1763.
Début :
L'Empereur a adressé au Chapitre de Liége un Rescrit [...]
Mots clefs :
Chapitre de Liège, Rescrit, Empereur, Offense, Constitution, Chambre, Évêque
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texteReconnaissance textuelle : DE BRUXELLES, le 3 Novembre 1763.
DE BRUXELLES , le 3 Novembre 1763 .
L'Empereur a adreffé au Chapitre de Liége un
Refcrit , en date du o de ce mois , par lequel Sa
Majeſté Impériale , juſtement offenféc de ce que ,
contre les Conftitutions du Pays & l'ordre qui leur
étoit prefcrit , les feize Chambres avoient violé
leur ferment & les règles établies , en prenant la
réfolution de remercier formellement le Chapitre
188 MERCURE DE FRANCE.
du choix qu'il avoit fait d'un Evêque dans la per
fonne du Comte d'Outremont , annulle tout ce
qui a été fait & conclu alors par le Chapitre ; lui
défend de s'écarter en rien à l'avenir des formes
prefcrites par les Conftitutions ; & lui enjoint de
gérer , fans innovation pendant la vacance du Siége
Epifcopal , l'Adminiſtration du Temporel de la
Principauté de Liége.
L'Empereur a adreffé au Chapitre de Liége un
Refcrit , en date du o de ce mois , par lequel Sa
Majeſté Impériale , juſtement offenféc de ce que ,
contre les Conftitutions du Pays & l'ordre qui leur
étoit prefcrit , les feize Chambres avoient violé
leur ferment & les règles établies , en prenant la
réfolution de remercier formellement le Chapitre
188 MERCURE DE FRANCE.
du choix qu'il avoit fait d'un Evêque dans la per
fonne du Comte d'Outremont , annulle tout ce
qui a été fait & conclu alors par le Chapitre ; lui
défend de s'écarter en rien à l'avenir des formes
prefcrites par les Conftitutions ; & lui enjoint de
gérer , fans innovation pendant la vacance du Siége
Epifcopal , l'Adminiſtration du Temporel de la
Principauté de Liége.
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Résumé : DE BRUXELLES, le 3 Novembre 1763.
Le 3 novembre 1763, l'Empereur a adressé un récrit au Chapitre de Liège, exprimant son offense face à la violation des Constitutions du Pays et des règles des seize Chambres. Il annule les décisions du Chapitre concernant le choix de l'Évêque, le Comte d'Outremont, et interdit toute nouvelle pratique administrative pendant la vacance du Siège Épiscopal.
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