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1
p. 205
Feu d'Artifice chez M.le President de Pomereuïl. [titre d'après la table]
Début :
Tout Paris a témoigné beaucoup de joye de la prise [...]
Mots clefs :
Joie, Te Deum, Feu d'artifice
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texteReconnaissance textuelle : Feu d'Artifice chez M.le President de Pomereuïl. [titre d'après la table]
ToucParisa témoigné beaucoup de joye de la pnfe de Valenciennes, mais celle qu’en a
fait voir Monfieur le Prefident
de Pomereüil, Confeiller d’Etat ordinaire, &. Prevoft des
Marchands, a fait beaucoup
d’éclat. Le jour que le Te T)eum
fut chanté, il fit faire un Feu
d’Artifice devant fon Logis : Il
ne faut pas s’en étonner, c’eft
un des plus zelez Serviteurs du
Roy, èc des plus beaux Efprits
que nous ayons.
fait voir Monfieur le Prefident
de Pomereüil, Confeiller d’Etat ordinaire, &. Prevoft des
Marchands, a fait beaucoup
d’éclat. Le jour que le Te T)eum
fut chanté, il fit faire un Feu
d’Artifice devant fon Logis : Il
ne faut pas s’en étonner, c’eft
un des plus zelez Serviteurs du
Roy, èc des plus beaux Efprits
que nous ayons.
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2
p. 185-186
« Le Gouverneur de Cambray n'eut pas plutost fait batre [...] »
Début :
Le Gouverneur de Cambray n'eut pas plutost fait batre [...]
Mots clefs :
Cambrai, Te Deum, Diamants
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texteReconnaissance textuelle : « Le Gouverneur de Cambray n'eut pas plutost fait batre [...] »
Le Gouverneur de Cambray n'eut pas plutôt fait batre la Chamade, que Monfieur le
Comte de Gramont partit pour en apporter la premiere nouvelle à la Reine,qui luy fit preſent quelques jours apres d'une Boëſte de Diamans de
grand prix. Monfieur Mouret Valet de Garderobe du Roy,
vint en ſuite apporter à cette Princeſſe les Particularitez
de ce qui s'eſtoit paſſé depuis ledépartde Monfieurle Com te de Gramont , & les Ordres
pour faire chanter icy le Te Deum.
Comte de Gramont partit pour en apporter la premiere nouvelle à la Reine,qui luy fit preſent quelques jours apres d'une Boëſte de Diamans de
grand prix. Monfieur Mouret Valet de Garderobe du Roy,
vint en ſuite apporter à cette Princeſſe les Particularitez
de ce qui s'eſtoit paſſé depuis ledépartde Monfieurle Com te de Gramont , & les Ordres
pour faire chanter icy le Te Deum.
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3
p. 107-112
Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Début :
Les Augustins Réformez établis au Fauxbourg Saint Germain, ont aussi [...]
Mots clefs :
Augustins réformés, Procession, Vêpres, Vénération, Abbaye, Chasse, Te Deum, Éloge, Martyrs, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Les Auguſtins Réformez
établis au Fauxbourg Saint
Germain , ont auffi commencé
par une Proceffion la So-
# lemnité de l'Octave qu'ils
ont faite cette année de Saint
Feliciffime. Ils firent cette ,
Proceffion à l'iffuë de Vef
pres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digné de la
evenération , qu'on doit avoir
pour ce Saint dont ils ont le
* Corps entier dans une Chaffe
de trois pieds de long & def
deux de large. Quatre Reli-
1
..
108 MERCURE
gieux Preftres revétus d'Au
bes & de Dalmatiques
la
portoient. Ils avoienr à leurs
coftez la Compagnie des Gardes
de M' le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec
leurs Officiers , & eftoient
environnez d'une Troupe de
petits Anges portant des
Flambeaux & des bandero
les . La Proceffion eftant arrivée
à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
Chappe qui l'attendoit avec
fes Religieux à la Porte de
l'Eglife , harangua le Pere
Talon , Prieur des Auguftins,
GALANT. 1og
qui l'avoit premierement harangué
fur le fujet de cette
Sainte Relique , aprés quoy
il fit chanter le Te Deum. On
alla dans l'Eglife des Peres
de la Charité , qui fe trouverent
tous à la Porte poury recevoir
la Proceffion , ce qui
eftant fait , elle retourna à
l'Eglife des Peres Auguſtins,
où la Chaffe fut posée ſur une
Table qui eftoit fur une Eſtrade
autour de laquelle il y
avoit une Baluftrade avec un
Eriche Dais au deffus. On
chanta le Te Deum , & pendant
ce temps les Religieux
To MERCURE
qui eftoient en deux Colomnes
au nombre de cent quatorze
vinrent deux à deux
>
baifer la Chaffe. Le Te Deum
achévé , M' le Curé de Saint
-Sulpice monta en Chaire , &
fit l'Eloge du Saint avec un
zele qui répondoit à ſa pieté.
La Chaffe demeura expofée
toute l'Octave , & beaucoup
de Perfonnes qui font venues
reclamer ce Saint , en ont receu
des foulagemens extraordinaires.
Les Peres Auguftins
Réformez du Faubourg
Saint Germain doiyent
ces préci.ufes Reliques
*
GALANT: III
J
à la pieufe liberalité de Ma
dame la Ducheffe de Crequi.
Elle les tenoit de Madame la
Ducheffe de Bracciane , qui
les luy donna le 10. Decembre
1682. & à laquelle M' le
Cardinal Porto Carrero les
avoit données . Il les avoit
receués de M' le Cardinal
Carpégna pour lequel le
Corps de Saint Feliciffime
: avoit efté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de
Clement X. avec pouvoir de
le garder , ou de le donner à
quelque autre , comme il le
jugeroit à propos.Ce Saint eſt
112 MERCURE
celuy qui eftoit le Diacre de
Sixte II. Pape & Martyr , &
qui fouffrit le Martyre avec
luy & Saint Agapit, fon autre
Diacre,fous l'Empereur Valerien
. L'Eglife celebre la Fefte
de plufieurs autres Saints qui
ont porté le nom de Felicifime
, mais comme il n'y a que
le Diacre de Saint Sixte qui ait
eftéinhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat
, on ne peut
sdouter que ce ne foit ce Mar.
tyr Illuftre , dont le Corps en
a efté tiré de nos jours.
établis au Fauxbourg Saint
Germain , ont auffi commencé
par une Proceffion la So-
# lemnité de l'Octave qu'ils
ont faite cette année de Saint
Feliciffime. Ils firent cette ,
Proceffion à l'iffuë de Vef
pres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digné de la
evenération , qu'on doit avoir
pour ce Saint dont ils ont le
* Corps entier dans une Chaffe
de trois pieds de long & def
deux de large. Quatre Reli-
1
..
108 MERCURE
gieux Preftres revétus d'Au
bes & de Dalmatiques
la
portoient. Ils avoienr à leurs
coftez la Compagnie des Gardes
de M' le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec
leurs Officiers , & eftoient
environnez d'une Troupe de
petits Anges portant des
Flambeaux & des bandero
les . La Proceffion eftant arrivée
à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
Chappe qui l'attendoit avec
fes Religieux à la Porte de
l'Eglife , harangua le Pere
Talon , Prieur des Auguftins,
GALANT. 1og
qui l'avoit premierement harangué
fur le fujet de cette
Sainte Relique , aprés quoy
il fit chanter le Te Deum. On
alla dans l'Eglife des Peres
de la Charité , qui fe trouverent
tous à la Porte poury recevoir
la Proceffion , ce qui
eftant fait , elle retourna à
l'Eglife des Peres Auguſtins,
où la Chaffe fut posée ſur une
Table qui eftoit fur une Eſtrade
autour de laquelle il y
avoit une Baluftrade avec un
Eriche Dais au deffus. On
chanta le Te Deum , & pendant
ce temps les Religieux
To MERCURE
qui eftoient en deux Colomnes
au nombre de cent quatorze
vinrent deux à deux
>
baifer la Chaffe. Le Te Deum
achévé , M' le Curé de Saint
-Sulpice monta en Chaire , &
fit l'Eloge du Saint avec un
zele qui répondoit à ſa pieté.
La Chaffe demeura expofée
toute l'Octave , & beaucoup
de Perfonnes qui font venues
reclamer ce Saint , en ont receu
des foulagemens extraordinaires.
Les Peres Auguftins
Réformez du Faubourg
Saint Germain doiyent
ces préci.ufes Reliques
*
GALANT: III
J
à la pieufe liberalité de Ma
dame la Ducheffe de Crequi.
Elle les tenoit de Madame la
Ducheffe de Bracciane , qui
les luy donna le 10. Decembre
1682. & à laquelle M' le
Cardinal Porto Carrero les
avoit données . Il les avoit
receués de M' le Cardinal
Carpégna pour lequel le
Corps de Saint Feliciffime
: avoit efté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de
Clement X. avec pouvoir de
le garder , ou de le donner à
quelque autre , comme il le
jugeroit à propos.Ce Saint eſt
112 MERCURE
celuy qui eftoit le Diacre de
Sixte II. Pape & Martyr , &
qui fouffrit le Martyre avec
luy & Saint Agapit, fon autre
Diacre,fous l'Empereur Valerien
. L'Eglife celebre la Fefte
de plufieurs autres Saints qui
ont porté le nom de Felicifime
, mais comme il n'y a que
le Diacre de Saint Sixte qui ait
eftéinhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat
, on ne peut
sdouter que ce ne foit ce Mar.
tyr Illuftre , dont le Corps en
a efté tiré de nos jours.
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Résumé : Autres faites à Paris par les Augustins Reformez établis au Fauxbourg Saint Germain. [titre d'après la table]
Le 29 avril, les Augustins Réformés du Faubourg Saint-Germain ont célébré la solennité de l'Octave de Saint Félicissime. Une procession, dirigée par quatre religieux portant une châsse contenant le corps du saint, s'est rendue à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, escortée par la Compagnie des Gardes du Duc de Créqui et des enfants portant des flambeaux et des bannières. À l'arrivée, le prieur de l'abbaye a adressé un discours au père Talon, prieur des Augustins, suivi du chant du Te Deum. La procession a ensuite rejoint l'église des Pères de la Charité avant de revenir à l'église des Pères Augustins, où cent quatorze religieux ont vénéré la châsse. Le curé de Saint-Sulpice a loué le saint. La châsse est restée exposée durant toute l'octave, attirant de nombreux fidèles espérant des miracles. Les reliques, offertes par la Duchesse de Créqui, provenaient de la Duchesse de Bracciano, qui les avait reçues du Cardinal Porto Carrero, lui-même les ayant obtenues du Cardinal Carpégna. Le corps de Saint Félicissime, diacre de Sixte II et martyr sous l'empereur Valérien, avait été exhumé du cimetière de Prétextat par ordre du pape Clément X.
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4
p. 249-[2]59
Ce qu'ils ont fait & dit aux Feuillants le jour qu'ils y ont esté au Te Deum, de la composition de Mr de Lully. [titre d'après la table]
Début :
Vous avez oüy parler du Te Deum de la composition [...]
Mots clefs :
Jean-Baptiste Lully, Te Deum, Pères, France, Cérémonie, Ambassadeur, Personnes, Prince, Musique, Couvent des Feuillants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont fait & dit aux Feuillants le jour qu'ils y ont esté au Te Deum, de la composition de Mr de Lully. [titre d'après la table]
Vous avez oüy parler du
Te Deum de la compofition
de Me de Lully , qui s'eſt
chanté aux Feüillans , pour
rendre graces à Dieu du retour
de la ſanté de Sa Majefté.
Six de ces Peres ayant
efté députez pour prier les
250 IV. P. du Vovaze
Ambaſſadeurs d'aſſiſter àa
cette Ceremonie , fe rendirent
à l'Hoſtel où ils eftoient
logez ; & aprés qu'ils eurent
fait leur compliment, &marqué
le ſujet qui les amenoit,
l'Ambaſſadeur leur répondit
Qu'ils avoient de fi grands
defi justes sujets de s'informer
de laſantéduRoy, qu ils avoient
fçû que Sa Majesté ſe portoit
bien ; mais qu'ils estoient ravis
de l'apprendre par des perſonnes
ne diſoient jamais que la
verité;Qu'ils iroient avec plaifir
chez eux, afin que cettefan
té leurfustconfirméepar la voix
desAmb. de Siam. 251
des Peuples, pour avoir le plaifir
de voir ces Peres , &pour entendre
la Muſique de Mr de
Lully, dont ils avoient déja efté
charmez en d'autres occafions.
Le jour de la Ceremonie, les
Ambafladeurs furent receus
la premiere Porte des Feüil
lans par pluſieurs de ces Religieux
qui les conduifirent
dans une Sale fort propre ,
auprés d'un grand feu, où les
Peres les plus diftinguez du
Convent par leur merite &
par leur employ , les attendoient.
Aprés les premiers
complimens de part & d'au252
IV. P. du Voyage
tre , les Ambaſſfadeurs le leverent
pour voir lesTableaux
qui estoient autour de la Salle,
parmy leſquels on voyoit
ceux de Henry III. de Henry
IV. de Loüis XIII . & de Loüis
le Grand, peints de leur hauteur;
& ce fur à ces Tableaux
qu'ils s'arreſterent, auffi bien
qu'à celuy de Monfieur, qu'ils
reconnurent d'abord , quoyqu'il
fuſt peint il y a plus de
vingt ans. Comme ils s'attacherent
à regarder le Portrait
de Henty III . on leur
dit, qu'il avoit eſté Roy de Pologne
; ce qui ſurprit fort
des Amb . de Siam. 253
l'Ambaſſadeur , qui répondit
Qu'il ne pouvoit concevoir ce
qu'on luy difoit , puiſqu'il n'eftoit
pas vray -femblable qu'on
quittaſt un Royaume comme la
France , pour quelque Royaume
que ce fuft ; deforte qu'il falut
luy expliquer que Henry
IHI. n'eſtoit pas encore Roy
de France, lorſqu'il fut nommé
à la Couronne de Pologne
, qui ſe donne par élection
; mais qu'il revint prendre
celle de France , fi- toft
qu'il y fut appellé par droit
de fucceflion. Une perſonne
de la compagnie luy ayant
254 IV. P. du Voyage
dit lorſqu'il eſtoit attaché a
confiderer le Portrait deHenry
IV. Que s'il n'avoit pas cefsé
d'eftre Huguenot, il n'auroit
pas esté Roy de France , ilrépondit
que c'estoit le Sang, &
non la Religion , qui donnoit la
Couronne de France. Il demanda
par quelle raiſon les quatre
Rois dont il voyoit les
Portraits , avoient des habits
fi differens les uns des autres;
& quelqu'un ayant reparty,
que les François aimoient un peu
le changement en habits , il répondit,
que c'estoit moins une
marque d'inconstance que parcedesAmb.
de Siam. 255
qu'ils cherchoient la perfection
en toutes choses, &que ces changemens
estoient des effais pour la
trouver ; mais quependant qu'on
les voyoit avec tant de fortes
d'habillemens, on ne devoit point
trouver à redire à ceux dont les
autres Nations ſe ſervoient. Ils
retournerent enſuite auprés
du feu , où M le Prince&
Mela Princeſſe de Mekelbourg
eſtant arrivez , ils eurent
une affez longue converſation
, cette Princeſſe
leur ayant fait diverſes
queſtions pleines d'eſprit.
Pluſieurs Perſonnes de la
256 IV. P. du Voyage
premiere qualité qui vinrent
dans cette Sale pour ſe chaufer,
entrerent auſſi en converſation
avec eux ,& ils la foûtinrent
avec beaucoup d'efprit.
Me l'Envoyé de Mantouë
leur parla long-temps .
Monfieur le Prince deConty
qui vouloit voir la Ceremonie
ſans ſe faire connoître ,
parût dans le meſme lieu ainſi
que Ma le grand Prieur ,& fe
fit diftinguer par ſon grand
air. L'Ambaſſadeur marqua
qu'il auroit ſouhaitté de luy parler,
mais qu'il n'ofoit par respect
commencer la conversation avec
des Amb. de Siam . 257
un grand Prince , àmoins qu'il
ne luy parlaſt le premier. Elle ſe
lia neantmoins , mais elle ne
fut pas particuliere. Peu de
temps aprés , chacun fut conduit
aux places qui avoient
elté refervées pour tant d'Illuftres
Perſonnes , les Princes
en bas , & les Ambaſſadeurs
aux feneſtres de la Galerie qui
donnent dans l'Eglife. Ils regarderent,
& écouterent avec
une extréme attention , ils remarquerent
les differentes expreffions
de la Muſique , &
pendantle Domine falvum fac
Regem , qu'on leur expliqua ,
Y
258 IV.P.du Voyage
il ſembloit qu'ils priaffent
auſſi pour le Roy. La Ceremonie
eſtant achevée , ils furent
reconduits dans la même
Sale , où on les avoit d'abord
amenés pour ſe chauffer
, & l'Ambaſſadeur pour
montrer aux Peres l'effet que
ce qu'il venoit de voir avoit
fait fur luy , porta fa main à
ſes yeux , à ſes oreilles ,& fur
fon coeur , & dit queses yeux
avoient efté enchantés , ſes oreilles
charmées , &fon coeur touché.
Il répondit avec une prefence
, & une vivacité d'efprit
inconcevable àbeaucoup
:
des Amb. de Siam. 159
de perſonnes qui luy parle.
rent. Les Peres les firent en
fuite paffer dans une Salle où
ils trouverent une Collation
ſervie. On les pria de ſi bonne
grace de ſe mettre à table,
qu'ils fe crurent obligez d'avoir
cette complaifance pour
ceux qui les en prefferent. Ils
fortirent quelque temps aprés,
& furent reconduits par les
Peres juſques à la porte de la
ruë.
Te Deum de la compofition
de Me de Lully , qui s'eſt
chanté aux Feüillans , pour
rendre graces à Dieu du retour
de la ſanté de Sa Majefté.
Six de ces Peres ayant
efté députez pour prier les
250 IV. P. du Vovaze
Ambaſſadeurs d'aſſiſter àa
cette Ceremonie , fe rendirent
à l'Hoſtel où ils eftoient
logez ; & aprés qu'ils eurent
fait leur compliment, &marqué
le ſujet qui les amenoit,
l'Ambaſſadeur leur répondit
Qu'ils avoient de fi grands
defi justes sujets de s'informer
de laſantéduRoy, qu ils avoient
fçû que Sa Majesté ſe portoit
bien ; mais qu'ils estoient ravis
de l'apprendre par des perſonnes
ne diſoient jamais que la
verité;Qu'ils iroient avec plaifir
chez eux, afin que cettefan
té leurfustconfirméepar la voix
desAmb. de Siam. 251
des Peuples, pour avoir le plaifir
de voir ces Peres , &pour entendre
la Muſique de Mr de
Lully, dont ils avoient déja efté
charmez en d'autres occafions.
Le jour de la Ceremonie, les
Ambafladeurs furent receus
la premiere Porte des Feüil
lans par pluſieurs de ces Religieux
qui les conduifirent
dans une Sale fort propre ,
auprés d'un grand feu, où les
Peres les plus diftinguez du
Convent par leur merite &
par leur employ , les attendoient.
Aprés les premiers
complimens de part & d'au252
IV. P. du Voyage
tre , les Ambaſſfadeurs le leverent
pour voir lesTableaux
qui estoient autour de la Salle,
parmy leſquels on voyoit
ceux de Henry III. de Henry
IV. de Loüis XIII . & de Loüis
le Grand, peints de leur hauteur;
& ce fur à ces Tableaux
qu'ils s'arreſterent, auffi bien
qu'à celuy de Monfieur, qu'ils
reconnurent d'abord , quoyqu'il
fuſt peint il y a plus de
vingt ans. Comme ils s'attacherent
à regarder le Portrait
de Henty III . on leur
dit, qu'il avoit eſté Roy de Pologne
; ce qui ſurprit fort
des Amb . de Siam. 253
l'Ambaſſadeur , qui répondit
Qu'il ne pouvoit concevoir ce
qu'on luy difoit , puiſqu'il n'eftoit
pas vray -femblable qu'on
quittaſt un Royaume comme la
France , pour quelque Royaume
que ce fuft ; deforte qu'il falut
luy expliquer que Henry
IHI. n'eſtoit pas encore Roy
de France, lorſqu'il fut nommé
à la Couronne de Pologne
, qui ſe donne par élection
; mais qu'il revint prendre
celle de France , fi- toft
qu'il y fut appellé par droit
de fucceflion. Une perſonne
de la compagnie luy ayant
254 IV. P. du Voyage
dit lorſqu'il eſtoit attaché a
confiderer le Portrait deHenry
IV. Que s'il n'avoit pas cefsé
d'eftre Huguenot, il n'auroit
pas esté Roy de France , ilrépondit
que c'estoit le Sang, &
non la Religion , qui donnoit la
Couronne de France. Il demanda
par quelle raiſon les quatre
Rois dont il voyoit les
Portraits , avoient des habits
fi differens les uns des autres;
& quelqu'un ayant reparty,
que les François aimoient un peu
le changement en habits , il répondit,
que c'estoit moins une
marque d'inconstance que parcedesAmb.
de Siam. 255
qu'ils cherchoient la perfection
en toutes choses, &que ces changemens
estoient des effais pour la
trouver ; mais quependant qu'on
les voyoit avec tant de fortes
d'habillemens, on ne devoit point
trouver à redire à ceux dont les
autres Nations ſe ſervoient. Ils
retournerent enſuite auprés
du feu , où M le Prince&
Mela Princeſſe de Mekelbourg
eſtant arrivez , ils eurent
une affez longue converſation
, cette Princeſſe
leur ayant fait diverſes
queſtions pleines d'eſprit.
Pluſieurs Perſonnes de la
256 IV. P. du Voyage
premiere qualité qui vinrent
dans cette Sale pour ſe chaufer,
entrerent auſſi en converſation
avec eux ,& ils la foûtinrent
avec beaucoup d'efprit.
Me l'Envoyé de Mantouë
leur parla long-temps .
Monfieur le Prince deConty
qui vouloit voir la Ceremonie
ſans ſe faire connoître ,
parût dans le meſme lieu ainſi
que Ma le grand Prieur ,& fe
fit diftinguer par ſon grand
air. L'Ambaſſadeur marqua
qu'il auroit ſouhaitté de luy parler,
mais qu'il n'ofoit par respect
commencer la conversation avec
des Amb. de Siam . 257
un grand Prince , àmoins qu'il
ne luy parlaſt le premier. Elle ſe
lia neantmoins , mais elle ne
fut pas particuliere. Peu de
temps aprés , chacun fut conduit
aux places qui avoient
elté refervées pour tant d'Illuftres
Perſonnes , les Princes
en bas , & les Ambaſſadeurs
aux feneſtres de la Galerie qui
donnent dans l'Eglife. Ils regarderent,
& écouterent avec
une extréme attention , ils remarquerent
les differentes expreffions
de la Muſique , &
pendantle Domine falvum fac
Regem , qu'on leur expliqua ,
Y
258 IV.P.du Voyage
il ſembloit qu'ils priaffent
auſſi pour le Roy. La Ceremonie
eſtant achevée , ils furent
reconduits dans la même
Sale , où on les avoit d'abord
amenés pour ſe chauffer
, & l'Ambaſſadeur pour
montrer aux Peres l'effet que
ce qu'il venoit de voir avoit
fait fur luy , porta fa main à
ſes yeux , à ſes oreilles ,& fur
fon coeur , & dit queses yeux
avoient efté enchantés , ſes oreilles
charmées , &fon coeur touché.
Il répondit avec une prefence
, & une vivacité d'efprit
inconcevable àbeaucoup
:
des Amb. de Siam. 159
de perſonnes qui luy parle.
rent. Les Peres les firent en
fuite paffer dans une Salle où
ils trouverent une Collation
ſervie. On les pria de ſi bonne
grace de ſe mettre à table,
qu'ils fe crurent obligez d'avoir
cette complaifance pour
ceux qui les en prefferent. Ils
fortirent quelque temps aprés,
& furent reconduits par les
Peres juſques à la porte de la
ruë.
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Résumé : Ce qu'ils ont fait & dit aux Feuillants le jour qu'ils y ont esté au Te Deum, de la composition de Mr de Lully. [titre d'après la table]
Le texte décrit une cérémonie organisée pour célébrer le rétablissement de la santé du roi, au cours de laquelle fut chanté le Te Deum composé par Jean-Baptiste Lully. Six pères Feuillants furent chargés d'inviter les ambassadeurs de Siam à cette cérémonie. L'ambassadeur siamois manifesta sa joie d'apprendre la bonne santé du roi et son désir de participer à la cérémonie pour apprécier la musique de Lully. Le jour de la cérémonie, les ambassadeurs furent accueillis par les pères Feuillants et conduits dans une salle où ils admirèrent des portraits de rois français, notamment Henri III, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Les ambassadeurs posèrent des questions sur ces portraits, s'intéressant particulièrement au fait qu'Henri III ait été roi de Pologne. Ils discutèrent également des différences dans les habits royaux, soulignant la recherche de perfection dans les changements de mode. Pendant la cérémonie, les ambassadeurs observèrent attentivement et prièrent pour le roi. Après la cérémonie, ils furent reconduits dans une salle où une collation leur fut offerte. L'ambassadeur siamois exprima son enchantement en portant la main à ses yeux, ses oreilles et son cœur, indiquant qu'il avait été profondément touché par l'expérience. Les ambassadeurs quittèrent ensuite les lieux, reconduits par les pères Feuillants jusqu'à la porte de la rue.
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5
p. 364-390
« On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
Début :
On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...]
Mots clefs :
Ville, Fusées, Joie, Te Deum, Lumières, Feux, Allumer, Armes, Décharges, France, Illumination, Maison, Nuit, Capucins, Fusées volantes, Tirer, Chanter, Église, Habitants, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
On chanta le 13. à la Rochel-
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
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Résumé : « On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
En juillet 1704, plusieurs célébrations eurent lieu pour marquer un événement royal, probablement la naissance d'un prince. À La Rochelle, le 13 juillet, un Te Deum fut chanté dans la cathédrale en présence du maréchal de Chamilly et de notables. Des feux et illuminations furent allumés, suivis de réjouissances jusqu'au dimanche suivant. À Saint-Hilaire-la-Palu, Mr Chauneau de Sazay organisa un Te Deum et une procession au château de Sazay, avec des fontaines de vin et des festivités pour la noblesse. À Paris et ses environs, des personnalités telles que Mr de Bonny, Mr Chabrot et Mr de Courcy illuminèrent leurs résidences et organisèrent des fêtes avec musique et feux d'artifice. À Tours, le 13 juillet, un Te Deum fut chanté en présence de l'intendant et des notables, suivi de feux d'artifice et d'illuminations. Les Capucins contribuèrent avec une illumination spectaculaire et un feu d'artifice. Le lendemain, un autre Te Deum fut chanté, accompagné de symphonies et d'illuminations. À Blois, le 8 juillet, Mgr de Blois organisa un Te Deum avec feux, fusées et illuminations du palais épiscopal. Les festivités continuèrent avec des feux d'artifice organisés par les Bénédictins et les Capucins. Les Pères Capucins, malgré leur pauvreté, organisèrent des réjouissances impressionnantes. Leur couvent fut illuminé toute la nuit, visible à plusieurs lieues. Un jet d'eau rouge et une roue de lampes illuminèrent une grotte décorée de lauriers et d'inscriptions latines célébrant les victoires royales. Des devises symbolisaient les triomphes du roi Louis, la joie apportée par un prince nouveau-né, le soutien royal et la puissance du héros gouvernant la terre. Le spectacle inclut un dragon volant, des décharges de mousqueterie, et un feu d'artifice final. Les festivités furent renouvelées le lendemain avec des illuminations encore plus spectaculaires.
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6
p. 285-288
Nouvelles de Paris.
Début :
Le 23. Octobre on chanta le Te Deum dans l'Eglise [...]
Mots clefs :
Paris, Te Deum, Carrosse, Église
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris.
Nouvelles de Paris.
Le 2 3. Octobre on chanta
le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine en action
de graces de la prife du
Quefnoy. Le Cardinal de
Noailles , Archevefque de
Paris officia , & les Prelats
qui eftoient à Paris s'y trou
verent , le Chancelier de
France y affifta , de mefme
que les Cours fuperieures
qui y avoient efté invitées
par le fieur des Granges
Maistre des ceremonies le
>
286 MERGURE
27 on fit la mefme ceremonie en action de graces de
la prife de Bouchain.
*
Le fieur Cornelio Bentivoglio , Archeveſque de
Carthage, Nonce ordinaire
du Pape , fit fon entrée pu
blique en cette Ville Di,
manche 23 Octobre.
Le Comte d'Harcourt &
le Chevalier de Sainctor ,
Introducteur des Ambaffadeurs allerent le prendre
dans le Caroffe du Roy au
Monaftere de Picpus , la
marche fe fit en cet ordre.
Le Caroffe de l'Introducteur.
GALANT 287
Celuy du Comte d'HarCourt.
La Livrée du Nonce à
pied , fon Ecuyer & fes
Pages à Cheval.
Le Caroffe du Roy.
Celuy de Monfeigneur
le Duc de Berry.
Celuy de Madame la
Ducheffe de Berry.
Celuy de Madame..
Celuy de Monfieur le
Duc d'Orleans.
Celuy de Madame la
Ducheffe d'Orleans.
Ceux de la Princeffe de
Condé, de la Ducheffe de
288 MERCURE
Bourbon , de la Princeffe
Douairiere de Conty , de la
Princeffe de Conty & du
Prince de Conty.
Ceux de Monfieur le
Duc du Maine , de Madame
la Ducheffe du Maine , de
Madame la Ducheffe de
Vendofme , de Monfieur le
Comte de Touloufe , &
celuy du Marquis de Torcy,
Miniftre & Secretaire d'Etat;
enfuite ceux du Nonce.
Le 25. il fut conduit à
Verfailles par Mr. Sainctor,
oùl'on fit à fon arrivée les
ceremonies accoutumées,
Le 2 3. Octobre on chanta
le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine en action
de graces de la prife du
Quefnoy. Le Cardinal de
Noailles , Archevefque de
Paris officia , & les Prelats
qui eftoient à Paris s'y trou
verent , le Chancelier de
France y affifta , de mefme
que les Cours fuperieures
qui y avoient efté invitées
par le fieur des Granges
Maistre des ceremonies le
>
286 MERGURE
27 on fit la mefme ceremonie en action de graces de
la prife de Bouchain.
*
Le fieur Cornelio Bentivoglio , Archeveſque de
Carthage, Nonce ordinaire
du Pape , fit fon entrée pu
blique en cette Ville Di,
manche 23 Octobre.
Le Comte d'Harcourt &
le Chevalier de Sainctor ,
Introducteur des Ambaffadeurs allerent le prendre
dans le Caroffe du Roy au
Monaftere de Picpus , la
marche fe fit en cet ordre.
Le Caroffe de l'Introducteur.
GALANT 287
Celuy du Comte d'HarCourt.
La Livrée du Nonce à
pied , fon Ecuyer & fes
Pages à Cheval.
Le Caroffe du Roy.
Celuy de Monfeigneur
le Duc de Berry.
Celuy de Madame la
Ducheffe de Berry.
Celuy de Madame..
Celuy de Monfieur le
Duc d'Orleans.
Celuy de Madame la
Ducheffe d'Orleans.
Ceux de la Princeffe de
Condé, de la Ducheffe de
288 MERCURE
Bourbon , de la Princeffe
Douairiere de Conty , de la
Princeffe de Conty & du
Prince de Conty.
Ceux de Monfieur le
Duc du Maine , de Madame
la Ducheffe du Maine , de
Madame la Ducheffe de
Vendofme , de Monfieur le
Comte de Touloufe , &
celuy du Marquis de Torcy,
Miniftre & Secretaire d'Etat;
enfuite ceux du Nonce.
Le 25. il fut conduit à
Verfailles par Mr. Sainctor,
oùl'on fit à fon arrivée les
ceremonies accoutumées,
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Résumé : Nouvelles de Paris.
En octobre, plusieurs événements marquants eurent lieu à Paris. Le 23 octobre, un Te Deum fut célébré à la cathédrale métropolitaine pour commémorer la prise de la ville de Quesnoy. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, présida la cérémonie en présence de prélats, du chancelier de France et des cours supérieures. Le 27 octobre, une cérémonie similaire fut organisée pour la prise de Bouchain. Le 23 octobre, l'archevêque de Carthage, Cornelio Bentivoglio, nonce ordinaire du Pape, fit son entrée publique à Paris. Il fut accueilli par le comte d'Harcourt et le chevalier de Sainctor, qui l'accompagnèrent depuis le monastère de Picpus. La procession inclut les carrosses des dignitaires et des membres de la famille royale, ainsi que la suite du nonce. Le 25 octobre, le nonce fut conduit à Versailles par Monsieur Sainctor, où les cérémonies habituelles furent observées à son arrivée.
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7
p. 73-79
Nouvelles d'Espagne.
Début :
Le Roy a donné la clef de Gentilhomme de la [...]
Mots clefs :
Espagne, Gentilhomme de la Chambre, Divan d'Alger, Te Deum, Lettres de Catalogne, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne.
Nouvellesd'Espagne.
Le Roy a
donné laclef
de Gentilhomme de la
Chambre au Marquis de
Casa Pabon, enconsideration des services de son
pere.
MilordLexington, Ministre d'Angleterre, arriva
le 18. Octobre à Madrid
à
accompagné du Duc de
Popoliqui étoit allé au-devant de luy, & qui le conduisit en une maison qu'on
luy avoit preparée par ordre
Roy, il eue audience particuliere de leurs Majestez le
mesme jour, le lendemain
il futtraité magnifiquement
au dépens de sa Majesté. Il
est aussiarrivé à Madrid un
cuvoyé du Divan 4Alger,
dont on ne sçait pas encore
la commission. Le Roya
fait chanter le Te Dtumm
actions de graces de la prise
du Qnesnoy; on fit des feux
&
desilluminations durant
- deux soirs.
,
On mande de Catalogne
, queleGeneralStatemberg
a
abandonné Cervera,à
cause que les Anglois au
nombre de trois mil cinq
cens &les Portugais au nombre de dix sept cens étoient
sur le point desembarquer,
outre qu'il éroit arrivé des
Troupes Françoises en
Roussillon qui l'avoir obtigé
de se rapprocher de Barcelone pour estre àportée de
couvrir la Ville.
D'autres lettresdeCatalogne portenr que l'armée
devoit le 16. Octobre passer
la Segre pour aller campèr
auxenvirons de Cervera, tÍque les ennemis avoient
abandonne, que le Prince
Tferclas de Tilly ayant été
informé qu'un Régiment
::de Cavalerie de !Electeur
Palatin, reduit à cent cinquante Maires, étoit dans
ilç voisinage de Cervera, fit
un détachement pour l'enlever;il marcha avec tant
de diligence qu'il le joignit
avant le jour, & l'ayant enveloppé de tous côtez, il
prit le Regiment entier sans
luy donner le tems de se
mettre en deffense. Les let-
: de Saragosse portent qu'un
corps composé de Troupes
reglées des hnncmiSjdcVolontaires & deMiquelets
étoit venu se porter sur la
Rivièred'Aragon & de NaVarie :
mais quelques Troupes Espagnolessétant af.
semblées avec un grand
nombre de Volontaires de
ce pais-là avoit attaqué &
battu les ennemis & les
avoit poursuivis fort loin.
On écrit de l'armée de de.
vant Campo- Mayor que le
14.Octobre on avoit commencé à battre la place avec
trois batteries composées de
Vingt
- quatre pieces do1
Canon & d'onze mortiers
le11. au matin les assiegez
firent une sortie avec seize,
Compagnies de Grenadiers
& quatre cens Soldats, ils.
furent repoussez avec tant
de vigueur qu'ils furent obligezde se retirer en si grand
desordre, qu'une partie fut,
coupée; en forte qu'ils ont
cil environ deux cens hom-.
mes tuez, blessez, &
faits
prisonniers. Le 18. la derniere paralelle fut achevée
à six toises du chemin cOU-"
vert & on avoit fait bréche
àla muraille.
LesTioupesAngloiic^
aprèssjëtriefcp^rçps.tj^J'Àrn\£ç dçs Alliez se fon~
vers laMer à Ville Fr^pçho,
Gf Panades, (nue Tarragone & Barcelone,, ouelles,
attendent une Escadre sur
laquelle elles doivent s'embarquer pour retourner en
Angleterre; les Portugais.
(c préparent ayflà pour retourner en Portugal
Le Roy a
donné laclef
de Gentilhomme de la
Chambre au Marquis de
Casa Pabon, enconsideration des services de son
pere.
MilordLexington, Ministre d'Angleterre, arriva
le 18. Octobre à Madrid
à
accompagné du Duc de
Popoliqui étoit allé au-devant de luy, & qui le conduisit en une maison qu'on
luy avoit preparée par ordre
Roy, il eue audience particuliere de leurs Majestez le
mesme jour, le lendemain
il futtraité magnifiquement
au dépens de sa Majesté. Il
est aussiarrivé à Madrid un
cuvoyé du Divan 4Alger,
dont on ne sçait pas encore
la commission. Le Roya
fait chanter le Te Dtumm
actions de graces de la prise
du Qnesnoy; on fit des feux
&
desilluminations durant
- deux soirs.
,
On mande de Catalogne
, queleGeneralStatemberg
a
abandonné Cervera,à
cause que les Anglois au
nombre de trois mil cinq
cens &les Portugais au nombre de dix sept cens étoient
sur le point desembarquer,
outre qu'il éroit arrivé des
Troupes Françoises en
Roussillon qui l'avoir obtigé
de se rapprocher de Barcelone pour estre àportée de
couvrir la Ville.
D'autres lettresdeCatalogne portenr que l'armée
devoit le 16. Octobre passer
la Segre pour aller campèr
auxenvirons de Cervera, tÍque les ennemis avoient
abandonne, que le Prince
Tferclas de Tilly ayant été
informé qu'un Régiment
::de Cavalerie de !Electeur
Palatin, reduit à cent cinquante Maires, étoit dans
ilç voisinage de Cervera, fit
un détachement pour l'enlever;il marcha avec tant
de diligence qu'il le joignit
avant le jour, & l'ayant enveloppé de tous côtez, il
prit le Regiment entier sans
luy donner le tems de se
mettre en deffense. Les let-
: de Saragosse portent qu'un
corps composé de Troupes
reglées des hnncmiSjdcVolontaires & deMiquelets
étoit venu se porter sur la
Rivièred'Aragon & de NaVarie :
mais quelques Troupes Espagnolessétant af.
semblées avec un grand
nombre de Volontaires de
ce pais-là avoit attaqué &
battu les ennemis & les
avoit poursuivis fort loin.
On écrit de l'armée de de.
vant Campo- Mayor que le
14.Octobre on avoit commencé à battre la place avec
trois batteries composées de
Vingt
- quatre pieces do1
Canon & d'onze mortiers
le11. au matin les assiegez
firent une sortie avec seize,
Compagnies de Grenadiers
& quatre cens Soldats, ils.
furent repoussez avec tant
de vigueur qu'ils furent obligezde se retirer en si grand
desordre, qu'une partie fut,
coupée; en forte qu'ils ont
cil environ deux cens hom-.
mes tuez, blessez, &
faits
prisonniers. Le 18. la derniere paralelle fut achevée
à six toises du chemin cOU-"
vert & on avoit fait bréche
àla muraille.
LesTioupesAngloiic^
aprèssjëtriefcp^rçps.tj^J'Àrn\£ç dçs Alliez se fon~
vers laMer à Ville Fr^pçho,
Gf Panades, (nue Tarragone & Barcelone,, ouelles,
attendent une Escadre sur
laquelle elles doivent s'embarquer pour retourner en
Angleterre; les Portugais.
(c préparent ayflà pour retourner en Portugal
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Résumé : Nouvelles d'Espagne.
Le roi d'Espagne a décerné la clé de Gentilhomme de la Chambre au Marquis de Casa Pabon, en reconnaissance des services de son père. Milord Lexington, ministre d'Angleterre, est arrivé à Madrid le 18 octobre, accueilli par le Duc de Popoliqui. Il a eu une audience avec leurs Majestés le même jour et a été traité magnifiquement le lendemain. Un envoyé du Divan d'Alger est également arrivé à Madrid, sans que sa mission soit connue. Le roi a ordonné des actions de grâce pour la prise du Quesnoy, avec des feux et des illuminations durant deux soirs. En Catalogne, le général Statemberg a abandonné Cervera face à l'imminence d'un débarquement de troupes anglaises et portugaises, ainsi que l'arrivée de troupes françaises en Roussillon. L'armée espagnole devait passer la Segre pour camper près de Cervera, abandonnée par les ennemis. Le prince Ferdinand de Tilly a capturé un régiment de cavalerie de l'Électeur Palatin près de Cervera. À Saragosse, des troupes espagnoles ont repoussé une attaque ennemie sur la rivière d'Aragon et de Navarre. À Campo-Mayor, les assiégés ont tenté une sortie le 11 octobre, mais ont été repoussés avec de lourdes pertes. Le 18 octobre, la dernière parallèle a été achevée à six toises du chemin couvert, et une brèche a été faite dans la muraille. Les troupes anglo-portugaises se préparent à embarquer à Villefranche, Panades, Tarragone et Barcelone pour retourner en Angleterre et au Portugal.
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8
p. 284-290
Supplement aux Nouvelles d'Espagne.
Début :
Le Roy a donné la charge de Corregidor des Villes [...]
Mots clefs :
Espagne, Corregidor, Te Deum, Bouchain, Catalogne, Troupes anglaises
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Supplement aux Nouvelles d'Espagne.
Supplement aux Nouvelles
- d'Efyagnc.
: Le Roy a
donné la char-
.,
ge de Corregidor des Villes
de Guadix & de R>ça dans
Je Royaume de Grenade à
Don Diego de Noboa &
Villamarin, Colonel d)Insanterie, en consideration
de ses fervices. Le 3 NoVerrtbre Sa Moellefie
chanter le Te Deumen
a£fciot* de grace de la prise
deBouchain. Le 5. leRoy
jftgnat'aétc de Renonciation
*
à la succession à la Couronne de France, pour luy Se
pour ses descendants, de
fmefme que les Princes dela
Maison de France doivent
renoncer à la succession delà Monarchie d'Espagne, à
jaqucHe le Ducde ,Savoye
& ses descendentsmasles
succederont au defaut de la
posterité de Sa Majesté
Catholique. La principale
;NôbIcfJe :dEfpagÛG,assi(li
,à la ceremonie de cet aâcqui fut figné par les Con
seillers du Conseil d'Etat
:$aric» PiefUejHs^esCoe-
seils, par les grands Officiers
des Maisons Royales, par
le Duc dePopoli, comme
Capitaine des Gardes du
Corps en quartier, par le
Marquis de Valdecannas,
Conseiller de la guerre, &
par le Comte de Condomar
Conseiller d'Etat & de la
Chambre de Castille. Le
mesme jour le Roy fit l'ouverture des Corréesou Etats,
accompagne du President
du Conseil avec les Ministres
de la Chambre comme assistants des Etars, &< le
Secretaire de la Chambre &
Etatde Castiille selon la maniere accoutumée
,
avec
deux Deputez de chacune
des vingt-neuf Citez &
Villes qui representent les
Royaumes de Castille,
d'Arragon & de Valence.
Les lettres d'Estremadurenr portent que la saison
étant fort avancée & que
les pluyes continuelles qui
innondoient les tranc hées
ayant rendu la continuation
du Siege de Campo-Major
très-diiffcile.
Le Marquis de Bay fit
donnes un assaut à la placc
quoyque la bréche ne fut
pas encore perfectionnée.
Le 27 Octobre au matin
il fit avancer 1 les Grenadiers
qui gagnerent le haut de la
brèche,oiï ils furent arrettezpar un retranchement
que les Assiegez avoir fait
derriere
;
il étoit enrré dans
la Ville quelques heures
auparavantunsecours demille
Bommc9, lesAssiegezsim*'si grand feu, que ksaffichans ne pouvantni
avancer ni faire un logementsur la bréche,furent
obligez Lade se«
*
:
Le Marquis de Bay se
maintintdans les attaques,
jusqu'àce qu'on eutçmniené
tousles Canons, les ,mOf,,!
tiers, avec tous lesprépa-*
ratifsduSiège,&ensuite
il décampa
,
ayanteu au
plus dans cetassautenviron
troiscenstrente Jwmmcl
tuez ou blessez.
On mande de Catalogne
<jue l'armée étoit deqtojpéç
d'Agramunt & qu'elle avoic
repasséla Segre sans que les
Ennemis ayent paru. Selon
le rapport des deserteurs,
lrstroubles étoient aug-:
mentez à Un tel point dans
Barcelone, que tout étoit
disposéà une émotion genérait. Depuis quelesEnnemis bnc abandonnéCervera, ils n'ont fait aucun
mouvement nyenvoyéde
détachement dans le Lara-*
pourdan.Onécritqueles
Troupes Angloisess'étoient embarquées
pour aller au Port-Mahon
Nouvelleset & àItalie. Gibraltar
- d'Efyagnc.
: Le Roy a
donné la char-
.,
ge de Corregidor des Villes
de Guadix & de R>ça dans
Je Royaume de Grenade à
Don Diego de Noboa &
Villamarin, Colonel d)Insanterie, en consideration
de ses fervices. Le 3 NoVerrtbre Sa Moellefie
chanter le Te Deumen
a£fciot* de grace de la prise
deBouchain. Le 5. leRoy
jftgnat'aétc de Renonciation
*
à la succession à la Couronne de France, pour luy Se
pour ses descendants, de
fmefme que les Princes dela
Maison de France doivent
renoncer à la succession delà Monarchie d'Espagne, à
jaqucHe le Ducde ,Savoye
& ses descendentsmasles
succederont au defaut de la
posterité de Sa Majesté
Catholique. La principale
;NôbIcfJe :dEfpagÛG,assi(li
,à la ceremonie de cet aâcqui fut figné par les Con
seillers du Conseil d'Etat
:$aric» PiefUejHs^esCoe-
seils, par les grands Officiers
des Maisons Royales, par
le Duc dePopoli, comme
Capitaine des Gardes du
Corps en quartier, par le
Marquis de Valdecannas,
Conseiller de la guerre, &
par le Comte de Condomar
Conseiller d'Etat & de la
Chambre de Castille. Le
mesme jour le Roy fit l'ouverture des Corréesou Etats,
accompagne du President
du Conseil avec les Ministres
de la Chambre comme assistants des Etars, &< le
Secretaire de la Chambre &
Etatde Castiille selon la maniere accoutumée
,
avec
deux Deputez de chacune
des vingt-neuf Citez &
Villes qui representent les
Royaumes de Castille,
d'Arragon & de Valence.
Les lettres d'Estremadurenr portent que la saison
étant fort avancée & que
les pluyes continuelles qui
innondoient les tranc hées
ayant rendu la continuation
du Siege de Campo-Major
très-diiffcile.
Le Marquis de Bay fit
donnes un assaut à la placc
quoyque la bréche ne fut
pas encore perfectionnée.
Le 27 Octobre au matin
il fit avancer 1 les Grenadiers
qui gagnerent le haut de la
brèche,oiï ils furent arrettezpar un retranchement
que les Assiegez avoir fait
derriere
;
il étoit enrré dans
la Ville quelques heures
auparavantunsecours demille
Bommc9, lesAssiegezsim*'si grand feu, que ksaffichans ne pouvantni
avancer ni faire un logementsur la bréche,furent
obligez Lade se«
*
:
Le Marquis de Bay se
maintintdans les attaques,
jusqu'àce qu'on eutçmniené
tousles Canons, les ,mOf,,!
tiers, avec tous lesprépa-*
ratifsduSiège,&ensuite
il décampa
,
ayanteu au
plus dans cetassautenviron
troiscenstrente Jwmmcl
tuez ou blessez.
On mande de Catalogne
<jue l'armée étoit deqtojpéç
d'Agramunt & qu'elle avoic
repasséla Segre sans que les
Ennemis ayent paru. Selon
le rapport des deserteurs,
lrstroubles étoient aug-:
mentez à Un tel point dans
Barcelone, que tout étoit
disposéà une émotion genérait. Depuis quelesEnnemis bnc abandonnéCervera, ils n'ont fait aucun
mouvement nyenvoyéde
détachement dans le Lara-*
pourdan.Onécritqueles
Troupes Angloisess'étoient embarquées
pour aller au Port-Mahon
Nouvelleset & àItalie. Gibraltar
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Résumé : Supplement aux Nouvelles d'Espagne.
Le texte relate plusieurs événements politiques et militaires. Le roi a nommé Don Diego de Noboa et Villamarin corregidor des villes de Guadix et de Baza dans le Royaume de Grenade. Le 3 novembre, un Te Deum a été chanté pour célébrer la prise de Bouchain. Le 5 novembre, le roi a signé un acte de renonciation à la succession à la couronne de France, valable pour lui-même et ses descendants, ainsi que pour les princes de la Maison de France concernant la monarchie d'Espagne. En cas de défaut de postérité, le duc de Savoie et ses descendants mâles succéderont. La cérémonie d'acceptation de cet acte a été signée par divers conseillers et grands officiers. Le même jour, le roi a ouvert les Cortes, accompagné du président du Conseil et des ministres. En Estrémadure, le siège de Campo-Major a été interrompu par des pluies et un assaut infructueux du marquis de Bay, qui a perdu environ trois cents hommes. En Catalogne, l'armée s'est déplacée sans rencontrer l'ennemi, tandis que des troubles augmentaient à Barcelone. Les ennemis ont abandonné Cervera, et des troupes anglaises se sont embarquées pour Port-Mahon et l'Italie. Gibraltar est également mentionné.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 43-45
Réjoüissances faites au sujet de la paix.
Début :
Parmi les empressements des peuples à faire éclater leur joye [...]
Mots clefs :
Paix, Chartes, Célébrations, Consuls, Aumônes, Te Deum, Cathédrale, Acclamations, Juridiction consulaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites au sujet de la paix.
Rêjoüissances faites au sujet
delapaix.
Parmi les empressemens
des peuples à faire éclater
leur joye aux publications
qui se sont faites de la paix
dans toutes les principales
villes du Royaume, par les
actions de graces qu'ils en
ont renduës à Dieu, & par
les réjoüissances publiques
qui ont étéfaites, les habitans
de laville de Chartres
.te. sont fort signalez
,
surtout
les Juges-Consuls &
Corps des Marchands.
Le il. de May ils assemblerent
tous les Membres
qui composent les Corps
de la Juridiction Consulaire,
des Marchands, &
Communautez de la ville.
Après une distribution d'aumônes,
qui fut faire à plus
de trois mille pauvres en
l'Eglise où fut chanté le Te
Deum par le Doyen de la
Cathedrale,ensuite duquel
ils ,allerent à la place publique,
où étoit dresse un
feu d'artifice'," lequel!fut
allumé par le grand Juge
en Charge des Consuls
avec des fréquentés acclamations
de joye, & de
voeux pour la santédu Roy
& de toute: la Famille
Royale.
delapaix.
Parmi les empressemens
des peuples à faire éclater
leur joye aux publications
qui se sont faites de la paix
dans toutes les principales
villes du Royaume, par les
actions de graces qu'ils en
ont renduës à Dieu, & par
les réjoüissances publiques
qui ont étéfaites, les habitans
de laville de Chartres
.te. sont fort signalez
,
surtout
les Juges-Consuls &
Corps des Marchands.
Le il. de May ils assemblerent
tous les Membres
qui composent les Corps
de la Juridiction Consulaire,
des Marchands, &
Communautez de la ville.
Après une distribution d'aumônes,
qui fut faire à plus
de trois mille pauvres en
l'Eglise où fut chanté le Te
Deum par le Doyen de la
Cathedrale,ensuite duquel
ils ,allerent à la place publique,
où étoit dresse un
feu d'artifice'," lequel!fut
allumé par le grand Juge
en Charge des Consuls
avec des fréquentés acclamations
de joye, & de
voeux pour la santédu Roy
& de toute: la Famille
Royale.
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Résumé : Réjoüissances faites au sujet de la paix.
Le 11 mai, Chartres a célébré la paix avec enthousiasme. Les Juges-Consuls et le Corps des Marchands ont distribué des aumônes à trois mille pauvres et chanté le Te Deum. Un feu d'artifice a été allumé sur la place publique, accompagné d'acclamations pour le Roi et la Famille Royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 174-208
JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
Début :
On a cru devoir assembler dans un seul article tout ce qui concerne [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XV, Duc, Feu, Te Deum, Musique, Feu d'artifice, Chambre, Ville, Chanter, François de Neufville de Villeroy, Soir, Fête, Église, Fleur, Majesté, Palais, Santé, Messe, Zèle, Août, Joie, Duc d'Orléans, Paris, Cour, Louvre, Fusées, Peuple, Rétablissement, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
JOURNAL
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
Fermer
Résumé : JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
Le roi tomba malade le 31 juillet après avoir ressenti un frisson et une forte fièvre pendant la messe. Plusieurs médecins, dont M. Dodart et M. Bachelier, le soignèrent. Après deux opérations chirurgicales, son état s'améliora progressivement. Le 4 août, il reçut des félicitations pour son rétablissement. Le duc d'Orléans et les princes de la maison de Bourbon montrèrent une grande dévotion en restant à ses côtés. Pendant sa maladie, l'Église et le peuple prièrent pour sa santé. Le cardinal de Noailles ordonna des prières de quarante heures à Notre-Dame, et le Parlement découvrit la châsse de Sainte Geneviève. Le 6 août, un Te Deum fut chanté à Paris en présence de nombreux dignitaires. Les célébrations pour le rétablissement du roi commencèrent par un Te Deum à la Sainte-Chapelle, suivies de réjouissances publiques et privées. Des spectacles, comme un feu d'artifice aux Tuileries et des combats nautiques sur la Seine, furent organisés. Les poissonnières de la Halle offrirent un esturgeon au roi. Après le Te Deum à Notre-Dame, diverses églises et corporations organisèrent des actions de grâce. Toutes les classes sociales célébrèrent la convalescence du roi, avec des illuminations et des contributions financières. Du 17 au 22 octobre, des cérémonies et festivités célébrèrent la convalescence du roi. Le 17 octobre, le roi fut reçu par le Chapitre et le Cardinal de Noailles, assista à une messe à Notre-Dame, et fut acclamé jusqu'au Louvre. Le 18 octobre, diverses institutions comme le Parlement et la Chambre des Comptes lui rendirent hommage. Le 19 octobre, Danchet récita une idylle, et les Pages de la grande écurie organisèrent un Te Deum et un feu d'artifice. Le 20 octobre, un Te Deum fut chanté à l'église des Augustins, suivi d'un concert et d'hommages à Jean-Baptiste Lully. Le roi chassa l'après-midi et fut salué par les régiments des Gardes Françaises et Suisses. Le 22 octobre, le roi assista à une messe à Sainte-Geneviève et fut acclamé à son retour au Louvre. Les villes et villages de la banlieue célébrèrent également cet événement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 179-181
A Marennes ce 27 Août 1721.
Début :
Toute la France justement allarmée de la maladie de notre digne Monarque, a [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Feu, Amour, Vin, Te Deum, Chanson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Marennes ce 27 Août 1721.
A Marennes ce 27 Août 1721.
Thamaladie de notre digne Monarque , a
Oute la France juftement allarmée de
fait des prieres à Dieu pour fa confervation,
qu'il
280
LE MERCURE
qu'il lui a plû d'exaucer ; les Peuples ont
à l'envi manifefté leur joye fur l'heureux
retour de fa précieufe fanté , & le moindre
Hameau a donné en cette occafion des
marques de fon zele . Ce lieu qui n'eſt
qu'un Bourg a fait tout ce qu'on pouvoit
attendre des grandes Villes : la Milice du
Païs , tant Dragons qu'Infanterie , fut fous
les armes tout le jour 24 de ce mois , le
Te Deum fut chanté à la Parroiffe , enfuite
grand feu à la Place publique , illuminations
à toutes les fenêtres , artifice en campagne
de toutes parts , & feu devant chaque
maifon ; tout cela a continué pendant
trois jours , & on a propoté de recommencer
, dans le repas qui le fit à cette occafion
le 24 , duquel étoit M. de la Chauvrie ,
Lieutenant de Roy de la Ville & Gouvernement
de Brouage ; M. Binaud Procureur
du Roy , de cette Election , & Docteur en
Medecine , fit impromptu la Chanfon qui
fuit.
SUR L'AIR DU MENUET
Regne Amour dans ce beau fejour.
Ç'a qu'on verfe par tour du vin ,
Que la trifteffe
Cede à l'allegreffe ;
Ç'a qu'on verfe par tout du vin ,
Quand il eft bon
C'est l'ame du feftis. Beuvons
DE SEPTEMBRE. 18#
Beuvons à la fanté d'un Roy ,
Qu'éleve pour nous Villeroy ,
Heureux mille fois vous & moy
De vivre & de mourir fous fa loy ;
De la France
La réjoüiffance
Fait voir chaque jour
Qu'il regne par amour .
Thamaladie de notre digne Monarque , a
Oute la France juftement allarmée de
fait des prieres à Dieu pour fa confervation,
qu'il
280
LE MERCURE
qu'il lui a plû d'exaucer ; les Peuples ont
à l'envi manifefté leur joye fur l'heureux
retour de fa précieufe fanté , & le moindre
Hameau a donné en cette occafion des
marques de fon zele . Ce lieu qui n'eſt
qu'un Bourg a fait tout ce qu'on pouvoit
attendre des grandes Villes : la Milice du
Païs , tant Dragons qu'Infanterie , fut fous
les armes tout le jour 24 de ce mois , le
Te Deum fut chanté à la Parroiffe , enfuite
grand feu à la Place publique , illuminations
à toutes les fenêtres , artifice en campagne
de toutes parts , & feu devant chaque
maifon ; tout cela a continué pendant
trois jours , & on a propoté de recommencer
, dans le repas qui le fit à cette occafion
le 24 , duquel étoit M. de la Chauvrie ,
Lieutenant de Roy de la Ville & Gouvernement
de Brouage ; M. Binaud Procureur
du Roy , de cette Election , & Docteur en
Medecine , fit impromptu la Chanfon qui
fuit.
SUR L'AIR DU MENUET
Regne Amour dans ce beau fejour.
Ç'a qu'on verfe par tour du vin ,
Que la trifteffe
Cede à l'allegreffe ;
Ç'a qu'on verfe par tout du vin ,
Quand il eft bon
C'est l'ame du feftis. Beuvons
DE SEPTEMBRE. 18#
Beuvons à la fanté d'un Roy ,
Qu'éleve pour nous Villeroy ,
Heureux mille fois vous & moy
De vivre & de mourir fous fa loy ;
De la France
La réjoüiffance
Fait voir chaque jour
Qu'il regne par amour .
Fermer
12
p. 183-189
A Compiegne ce 5 Septembre.
Début :
Pour satisfaire, Monsieur, l'envie que vous avés de sçavoir les rejoüissances [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Ville, Hôtel de ville, Gouverneurs-attournés, Feu, Tambours, Trompettes, Violons, Hautbois, Chevaliers de l'Arquebuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Compiegne ce 5 Septembre.
A Compiegne ces Septembre.
Ourfatisfaire , Monfieur , l'envie que
vous avés de fçavoir les rejoüiffances
faites pour le rétabliffement de la fanté du
Roy dans notre Ville,je vous diray qu'elles
n'ont
184 LE MERCURE
.
n'ont pas commencé fitôt qu'on l'auroit
fouhaité , à caufe de l'utage où l'on eft
d'attendre les ordres du Gouverneur de la
Province & de l'Evêque , pour pouvoir
affembler le Clergé. Dès que M. le Gouverneur
eut envoyé les fiens , on écrivit à
M. l'Evêque de Soiffons : cependant le
II d'Aouft M. de Chambodon Avocat
en Parlement , & Subdelegué de M. l'Intendant
, invita à fouper chés lui toute fa
famille , & une partie des Officiers de la
Garnifon ; il fit faire devant fa porte un
grand feu , illumina fa maiſon , diftribua
du vin à fes voifins , & donna un grand
Bal qui dura toute la nuit. Le Samedy
16 on reçut réponſe de M. l'Evêque de
Soiffons , & auffi - tôt Mrs les Gouver
neurs Attournés ayant choifi pour la folemnité
le Lundi 18 , le firent annoncer dans
toute la Ville par les Tambours , Trompettes
; Violons & Hautbois , ordonnerent
de tenir ce jour là les Boutiques fermées
, de faire des feux , d'illuminer les
maifons , & d'obéir aux Capitaines des
Quartiers qui avoient ordre de mettre la
Bourgeoifie fous les armes. Le Dimanche .
fur les cinq heures du foir Mrs les Gouverneurs
Attournés fitent faire une feconde
publication comme le jour precedent.
Sur les fix heures ils allerent à la defcente
J
des Coches d'eau des Rivieres d'Oife &
d'Aifne ,
DE SEPTEMBRE. 185
3
2
d'Aifne , qui après s'être réunies à une
demie lieue de cette Ville , en viennent
battre les murs , ils firent boire à la fanté
du Roy tous ceux qui fe trouvèrent dans
ces Voitures , pendant que les Tambours,
Trompettes , Violons & Hautbois , qui
étoient le long de la Riviere , joüoient
des fanfares. Sur les huit heures toutes
les cloches de la Ville , la cloche de Triomphe
de l'Hôtel de Ville , & trois décharges
du canon des remparts annoncerent le
Te Deum pour le lendemain . Ce même
jour plufieurs perfonnes illuminerent leuc.
maiſon , ſouperent à leur porte ,
& firent
boire les paffans à la fanté du Roy. Le
Lundy à la pointe du jour le canon recommença
, & l'on n'entendit plus que le
bruit des Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , chaque Compagnie
Bourgeoife fe mit fous les armes à lá
porte de fon Capitaine. Les Chevaliers de
l'Arquebufe , de l'Arbalêtre & de l'Arc
s'affemblerent à leurs jeux , & toutes enfuite
fe vinrent , ranger en bataille fur la
grande Place , vis - à- vis l'Hôtel de Ville ,
qui étoit orné de riches tapis & du portrait
du Roy , placé entre quatre Deviles
compofées pour la fête.
Dans la première , pour faire voir la terreur
qu'avoit jettée dans les efprits la maladie
de Sa Majefté , on avoit peint un
foleil
186 LE MERCURE
foleil éclipfé & une terre dans les tenebres ,
avec cette Legende , Deliquium tellus patifur
tecum.
La feconde , pour montrer la joye qu'a•
voit caufée fa guerifon , reprefentoit un
foleil qui fe dégage des te ebres qui l'obfcurciffent
, avec cette Infcription , Que
tibi , lux redit orbi.
La troiſième , pour exprimer la promp
titude de fa guerifon reprefentoit un fleuve
qui après s'être precipité fous terre , en
fort peu après plus tranquille & plus pur
autour étoient ces mots , Pulcrior exurgit..
La quatrième , pour marquer que rien
ne devoit moins allarmer les Peuples que
la delicateffe de fon temperament , étoit
un jeune chefne qui croît & fe fortifie
le foufle des vents qui l'agitent , avec
ces mots , Sic robora crefcunt.
par
Sous le portrait du Roy étoit cette In,
fcription :
Reftitutam Regi fanitatem ,,
Affertam Gallia [alutem.
Gratulatur
Civitas Compendienfis.
Sur les quatre heures , temps marqué
pour
le Te Deum , les Compagnies Bourgeoiles
ayant formé une double haye de
puis la porte de l'Hôtel de Ville jufqu'au
Portail
DE SEPTEMBRE.
187:
1
Portail de Saint Corneille, la marche commença
par les Compagnies des Chevaliers.
de l'Arc & de l'Arbalètre , après eux marchoient
les Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , les Valets de Ville ent
Cafaques , les Gardes de M. le Comte d'Evreux
, Gouverneur de la Province ; ceux
du Duc d'Humieres , Gouverneur de la
Ville & du Château ; M. de Gaya Com--
mandant de la Place ; Mrs de Ville , en
habits de ceremonie , & les Chevaliers de
l'Arquebufe. Les trois Compagnies , dont
deux commençoient la marche , la troifiéme
la terminoit , étoient vêtuës d'habitsuniformes
& magnifiques. Au retour du
Te Deum Mrs les Gouverneurs Attournés -
donnerent un grand repas aux trois Com--
pagnies & aux Officiers des Quartiers..
M. Conftant, l'un des Gouverneurs Attournés
, jetta en differentes fois de l'argent au
peuple. Sur les huit heures toutes les Com
pagnies s'étant rendues à leur pofte autour
du feu , vis- à- vis de l'Hôtel de Ville , Mrs
les Gouverneurs Attournés , précedés de
M. de Gaya , allumerent le feu au fon de :
toutes les cloches de la Ville , au bruite
des décharges de la moufqueterie & du
canon . Dans ce moment toute la façade
de l'Hôtel de Ville , toute remplie de pors
à feu parut enflammée jufqu'au haut du
Beffroy, Ce jour là la fête finit par un
Qij grand
288
MERCURE LE
grand Bal , qui dura toute la nuit dans
la grande Salle de l'Hôtel de Ville.
Les Bourgeois engagés par l'exemple des
Mrs de Ville , & encore plus par le zele &
l'affection refpectueule qu'ils ont pour le
Roy, non feulement ne manquerent en rien
aux ordres qui leur étoient donnés , mais
encore y ajouterent beaucoup. Les femines
même voulurent montrer leur zele , on en
vit plufieurs habillées en Amazones , le mê
ler parmi les Compagnies Bourgeoifes , &
faire retentir toute la Ville des coups de
moufquet qu'elles tiroient continuellement.
Le foir auffi-tôt que le feu de la Ville fut
allumé , on ne vit dans toutes les ruës que
tables dreffées , on n'entendit plus que le
bruit des moufquets & celui des canons.
Le lendemain les Chevaliers de l'Arquebule
, qui avoient fait tout préparer pour
leur Te Deum dans l'Eglife Paroitiale de
Saint Jacques , où eft leuri Chapelle , fe
rendirent dans cette Eglife fur les onze.
heures du matin , précedés des Tambours ,
Trompettes , Violons & Hautbois , & entendirent
une grande Meffe , qui fut accom
pagnée de décharges de moufqueterie , &
fuivie de l'Exaudiat. Le foir fur les cinq
heures ils fe rendirent dans la même Eglife
& dans le même ordre , avec le Corps de
Ville & le Commandant à leur tête ; on
chanta le Te Deum en musique , au bruit
dc
DE SEPTEMBRE. 189-
#
de l'artillerie & de la moniqueterie . Ce
jour là les divertiffemens recommencerent,
on dreffa des tables , & les maifons furent
illuminées comme la veille . Il faut dire à la
louange des Gouverneurs Attournés , qu'ils
montrerent l'exemple par leurs liberalitez
. Mrs de Beauval , le Caron, Levesque,
& Conftant , l'on emporté fur les autres
par leurs illuminations . Les Chevaliers de
l'Arc firent chanter leur Te Deum dans
l'Abbaye de Saint Corneille ; les Jefuites ,.
les Minimes , les Capucins , & les Dames
Chanoineffes de Saint Nicolas , celebreient
la même fête avec le même zele. M. le
Parquet , Curé de la Paroiffe de Saint Jac-'
ques , fe diftingua par une grande folemnité
; il fit chanter dans fon Eglife , Matines
, grande Meffe , Vêpres , Salut , &
pendant le Salut le Te Deum en Mufique..
Les Pelerins de Saint Jacques , les Officiers
du Bailliage , le Doyen de la Collegiale de
Saint Maurice ; enfin tous les Corps de la
Ville s'acquitterent avec empreffement de
ce devoir.
Ourfatisfaire , Monfieur , l'envie que
vous avés de fçavoir les rejoüiffances
faites pour le rétabliffement de la fanté du
Roy dans notre Ville,je vous diray qu'elles
n'ont
184 LE MERCURE
.
n'ont pas commencé fitôt qu'on l'auroit
fouhaité , à caufe de l'utage où l'on eft
d'attendre les ordres du Gouverneur de la
Province & de l'Evêque , pour pouvoir
affembler le Clergé. Dès que M. le Gouverneur
eut envoyé les fiens , on écrivit à
M. l'Evêque de Soiffons : cependant le
II d'Aouft M. de Chambodon Avocat
en Parlement , & Subdelegué de M. l'Intendant
, invita à fouper chés lui toute fa
famille , & une partie des Officiers de la
Garnifon ; il fit faire devant fa porte un
grand feu , illumina fa maiſon , diftribua
du vin à fes voifins , & donna un grand
Bal qui dura toute la nuit. Le Samedy
16 on reçut réponſe de M. l'Evêque de
Soiffons , & auffi - tôt Mrs les Gouver
neurs Attournés ayant choifi pour la folemnité
le Lundi 18 , le firent annoncer dans
toute la Ville par les Tambours , Trompettes
; Violons & Hautbois , ordonnerent
de tenir ce jour là les Boutiques fermées
, de faire des feux , d'illuminer les
maifons , & d'obéir aux Capitaines des
Quartiers qui avoient ordre de mettre la
Bourgeoifie fous les armes. Le Dimanche .
fur les cinq heures du foir Mrs les Gouverneurs
Attournés fitent faire une feconde
publication comme le jour precedent.
Sur les fix heures ils allerent à la defcente
J
des Coches d'eau des Rivieres d'Oife &
d'Aifne ,
DE SEPTEMBRE. 185
3
2
d'Aifne , qui après s'être réunies à une
demie lieue de cette Ville , en viennent
battre les murs , ils firent boire à la fanté
du Roy tous ceux qui fe trouvèrent dans
ces Voitures , pendant que les Tambours,
Trompettes , Violons & Hautbois , qui
étoient le long de la Riviere , joüoient
des fanfares. Sur les huit heures toutes
les cloches de la Ville , la cloche de Triomphe
de l'Hôtel de Ville , & trois décharges
du canon des remparts annoncerent le
Te Deum pour le lendemain . Ce même
jour plufieurs perfonnes illuminerent leuc.
maiſon , ſouperent à leur porte ,
& firent
boire les paffans à la fanté du Roy. Le
Lundy à la pointe du jour le canon recommença
, & l'on n'entendit plus que le
bruit des Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , chaque Compagnie
Bourgeoife fe mit fous les armes à lá
porte de fon Capitaine. Les Chevaliers de
l'Arquebufe , de l'Arbalêtre & de l'Arc
s'affemblerent à leurs jeux , & toutes enfuite
fe vinrent , ranger en bataille fur la
grande Place , vis - à- vis l'Hôtel de Ville ,
qui étoit orné de riches tapis & du portrait
du Roy , placé entre quatre Deviles
compofées pour la fête.
Dans la première , pour faire voir la terreur
qu'avoit jettée dans les efprits la maladie
de Sa Majefté , on avoit peint un
foleil
186 LE MERCURE
foleil éclipfé & une terre dans les tenebres ,
avec cette Legende , Deliquium tellus patifur
tecum.
La feconde , pour montrer la joye qu'a•
voit caufée fa guerifon , reprefentoit un
foleil qui fe dégage des te ebres qui l'obfcurciffent
, avec cette Infcription , Que
tibi , lux redit orbi.
La troiſième , pour exprimer la promp
titude de fa guerifon reprefentoit un fleuve
qui après s'être precipité fous terre , en
fort peu après plus tranquille & plus pur
autour étoient ces mots , Pulcrior exurgit..
La quatrième , pour marquer que rien
ne devoit moins allarmer les Peuples que
la delicateffe de fon temperament , étoit
un jeune chefne qui croît & fe fortifie
le foufle des vents qui l'agitent , avec
ces mots , Sic robora crefcunt.
par
Sous le portrait du Roy étoit cette In,
fcription :
Reftitutam Regi fanitatem ,,
Affertam Gallia [alutem.
Gratulatur
Civitas Compendienfis.
Sur les quatre heures , temps marqué
pour
le Te Deum , les Compagnies Bourgeoiles
ayant formé une double haye de
puis la porte de l'Hôtel de Ville jufqu'au
Portail
DE SEPTEMBRE.
187:
1
Portail de Saint Corneille, la marche commença
par les Compagnies des Chevaliers.
de l'Arc & de l'Arbalètre , après eux marchoient
les Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , les Valets de Ville ent
Cafaques , les Gardes de M. le Comte d'Evreux
, Gouverneur de la Province ; ceux
du Duc d'Humieres , Gouverneur de la
Ville & du Château ; M. de Gaya Com--
mandant de la Place ; Mrs de Ville , en
habits de ceremonie , & les Chevaliers de
l'Arquebufe. Les trois Compagnies , dont
deux commençoient la marche , la troifiéme
la terminoit , étoient vêtuës d'habitsuniformes
& magnifiques. Au retour du
Te Deum Mrs les Gouverneurs Attournés -
donnerent un grand repas aux trois Com--
pagnies & aux Officiers des Quartiers..
M. Conftant, l'un des Gouverneurs Attournés
, jetta en differentes fois de l'argent au
peuple. Sur les huit heures toutes les Com
pagnies s'étant rendues à leur pofte autour
du feu , vis- à- vis de l'Hôtel de Ville , Mrs
les Gouverneurs Attournés , précedés de
M. de Gaya , allumerent le feu au fon de :
toutes les cloches de la Ville , au bruite
des décharges de la moufqueterie & du
canon . Dans ce moment toute la façade
de l'Hôtel de Ville , toute remplie de pors
à feu parut enflammée jufqu'au haut du
Beffroy, Ce jour là la fête finit par un
Qij grand
288
MERCURE LE
grand Bal , qui dura toute la nuit dans
la grande Salle de l'Hôtel de Ville.
Les Bourgeois engagés par l'exemple des
Mrs de Ville , & encore plus par le zele &
l'affection refpectueule qu'ils ont pour le
Roy, non feulement ne manquerent en rien
aux ordres qui leur étoient donnés , mais
encore y ajouterent beaucoup. Les femines
même voulurent montrer leur zele , on en
vit plufieurs habillées en Amazones , le mê
ler parmi les Compagnies Bourgeoifes , &
faire retentir toute la Ville des coups de
moufquet qu'elles tiroient continuellement.
Le foir auffi-tôt que le feu de la Ville fut
allumé , on ne vit dans toutes les ruës que
tables dreffées , on n'entendit plus que le
bruit des moufquets & celui des canons.
Le lendemain les Chevaliers de l'Arquebule
, qui avoient fait tout préparer pour
leur Te Deum dans l'Eglife Paroitiale de
Saint Jacques , où eft leuri Chapelle , fe
rendirent dans cette Eglife fur les onze.
heures du matin , précedés des Tambours ,
Trompettes , Violons & Hautbois , & entendirent
une grande Meffe , qui fut accom
pagnée de décharges de moufqueterie , &
fuivie de l'Exaudiat. Le foir fur les cinq
heures ils fe rendirent dans la même Eglife
& dans le même ordre , avec le Corps de
Ville & le Commandant à leur tête ; on
chanta le Te Deum en musique , au bruit
dc
DE SEPTEMBRE. 189-
#
de l'artillerie & de la moniqueterie . Ce
jour là les divertiffemens recommencerent,
on dreffa des tables , & les maifons furent
illuminées comme la veille . Il faut dire à la
louange des Gouverneurs Attournés , qu'ils
montrerent l'exemple par leurs liberalitez
. Mrs de Beauval , le Caron, Levesque,
& Conftant , l'on emporté fur les autres
par leurs illuminations . Les Chevaliers de
l'Arc firent chanter leur Te Deum dans
l'Abbaye de Saint Corneille ; les Jefuites ,.
les Minimes , les Capucins , & les Dames
Chanoineffes de Saint Nicolas , celebreient
la même fête avec le même zele. M. le
Parquet , Curé de la Paroiffe de Saint Jac-'
ques , fe diftingua par une grande folemnité
; il fit chanter dans fon Eglife , Matines
, grande Meffe , Vêpres , Salut , &
pendant le Salut le Te Deum en Mufique..
Les Pelerins de Saint Jacques , les Officiers
du Bailliage , le Doyen de la Collegiale de
Saint Maurice ; enfin tous les Corps de la
Ville s'acquitterent avec empreffement de
ce devoir.
Fermer
13
p. 189-194
De Châlons, ce 6 Septembre.
Début :
M. l'Abbé le Maître de Paradis, Abbé de l'Abbaye de Toussaint dans l'Isle [...]
Mots clefs :
Feu, Roi, Abbé, Ville, Santé, Te Deum, Abbaye, Église, Jardin, Palais abbatial, Chevaliers de l'Arquebuse, Chevaliers de Reims
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Châlons, ce 6 Septembre.
De Châlons , ce G Septembre.
ael
. l'Abbé le Maître de Paradis , Abbé
de l'Abbaye de Touffaint dans l'ifle
de Châlons en Champagne , Chanoine
de la Cathedrale de la même Ville , & Vicaire
170 LE MERCURE
caire General du Diocéfe , voulant donner
des marques publiques de la joye qu'il a
reffentie du Rétabliffement de la Santé du
Roy, fir chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Eglife de fon Abbaye , le 24 Août
dernier , veille de la Fête de S. Louis , à.
fept heures du foir.
İl invita à cette ceremonie les Officiers du
Confeil de la Ville , qui y affifterent en
Corps, precedés & fuivis de leurs Archers;
M. l'Abbé le Maître y officia , & aprés que
les Prieres furent finies , & qu'il ent quitté
les habits de l'Eglife , il vint en long manreau
fe mettre à la tête du Confeil de
Ville , dont il eft Prefident en la qualité
d'Abbé de Touffaint , qui le rend auffi
Seigneur de la Ville , il alla avec ces Melfieurs
allumer un feu de joye qu'il avoit
fait élever dans la Place devant le Portail
de l'Eglife , les Bourgeois fes Vaffaux .
étant fous les armes.
Il entra enfuite avec Meffieurs du Con--
feil de Ville dans fon Palais Abbatial , où
il leur donna un fouper compoté de deux
grandes tables qui furent fervies avec toute
P'abondance , la delicateffe & la propreté
les plus recherchées.
Tout le contour exterieur de l'Eglife de
l'Abbaye étoit illuminé par une grande:
quantité de pots à feu.
Les façades du Palais Abbatial & tous .
les.
DE SEPTEMBRE. 10%
les murs de clôture , qui font d'une vaite
étendue , étoient pareillement illuminées.
Pendant le Te Deum & le Repas on fit.
dans les Jardins de l'Abbaye plufieurs falves
de canon & de boëtes , & il y en eut
une particuliere annoncée par les tambours .
lorfque M. l'Abbé le Maître porta la Santé
1 du Roy , qui fut buë , chacun étant debout
& découvert , avec de grandes acclama→
tions de Vive le Roy.
A l'iffue du fouper fur les onze heures
du foir , M. l'Abbé pour rendre la fête
complette , fit tirer au fond du jardin un
Feu d'artifice fur un theatre preparé à cet
effet.
Ce theatre de quatre toifes en quarré
étoit élevé au niveau des murs du jardin,
faifant face au Palais Abbatial d'un côté,.
& des autres côtés aux Ports & aux diffe
rens Quais qui regnent le long de la Ri-.
viere de Marne , dont les eaux paffent au
bas des murs de l'Abbaye.
On avoit conftruit fur ce theatre une
bâtiment de deux toifes en quarré , qui
formoit quatre grands portiques , ornés de
peintures des chiffres du Roy & d'em
blêmes..
Sur ces portiques regnoit une gallerie ,,
qui étoit bordée de petites gerbes & de :
lances à feu. ;, on voyoit aux quatre en--
cognures
192 LE MERCURE
Cognures huit Statues qui embrasfoient de
groffes gerbes de feu.
Au deffus paroiffoit une Piramide à huit
faces de quinze pieds de haut , pofée fur
fon piédeltal , garnie d'une infinité de lampions
, & terminée par un Soleil de feu ,
& le piédeftal garni de quatre grandes
roues de feu aux quatre faces.
·
Tout ce Feu d'artifice fut tiré avec beaucoup
d'ordre & d'adreffe , & produifit un
fpectacle très brillant ; aprés quoi M,
l'Abbé le Maître fit tirer dans un coin du
jardin une prodigieufe quantité de fufées ,
qui amuferent le Peuple une partie de la
nuit.
Les Dames de la Ville , qui étoient en
grand nombre dans les appartemens , & les
jardins de l'Abbaye , firent ufage des beaux
fruits & des rafraichiffemens que M. l'Ab
bé leur fit prefenter .
Les Chevaliers de l'Arquebuſe de Châlons
s'étant affemblez le 9 d'Août refolu
rent de faire chanter le Te Deum , & priérent
les Chevaliers de Reims , qui étoient
arrivez à Châlons pour un défi , de vouloir
bien les accompagner dans cette Ceremonie.
Le Dimanche fur les quatre heures
après midy , les deux Compagnies fe mirent
en marche , Meffieurs les Chevaliers
de Reims à la tête , & fe rendirent aux
RR. PP. Auguftins . Le Te Deum y fur
chanté
DE SEPTEMBRE. 193
chanté en Mufique au bruit des tambours
& d'une décharge continuelle d'artillerie.
Enfuite les deux Compagnies retournerent
à l'Hôtel des Arquebufiers de Châlons ,
où on voyoit fur la Porte un Tableau ,
reprefentant le Génie Tutelaire de la
France , qui d'une main couvre le Roy
d'un bouclier , pendant que de l'autre il
menace & repouffe la Parque Atropos ,
tenant fes cifeaux à la main. Le Dieu ELculape
, ou le Génie de la Santé prend le
jeune Prince entre les bras , & femble le
tirer hors du lit , auprès duquel Minerve
veille à fa confervation ; la France eft aux
pieds de ce lit , & par fon attitude exprime
fa joye , & les Actions de Graces qu'elle
rend à Dieu pour le Rétabliſſement de la
Santé de fon Roy. Ce Tableau étoit entouré
de lampions & de pots à feu , ainfi que
toutes les autres Portes & murailles du
jardin. Là fe fit ungrand repas , ou Mrs. les
Chevaliers de Reims avoient été invités ,
avec le Grand-Bailly de Châlons , & unebonne
partie de la Nobleffe. Ce Repas fur
precedé d'une décharge d'artillerie , & d'un
Feu d'artifice . L'on y but à la Santé dư
Roy au bruit des violons , des tambours
& des acclamations de Vive le Roy.
Dès que le Rétabliſſement de la Santé
du Roy fut fçû dans les Provinces , Madame
de Gaillarbois Marcouville , Prieure
R dat
194 LE MERCURE
du Prieuré Royal de l'Hôpital S. Jacques
du Petit- Andely en Normandie , fit prier
M. le Lieutenant General de cette Ville ,
avec toutes les Dames les plus diftinguées ,
de fe trouver au Te Deum qu'elle fit chanter
dans fa Maifon , qui fut fuivi d'un trèsgrand
feu devant la Porte du Couvent ,
& de quelques tonneaux de Vin pour le
Peuple.
ael
. l'Abbé le Maître de Paradis , Abbé
de l'Abbaye de Touffaint dans l'ifle
de Châlons en Champagne , Chanoine
de la Cathedrale de la même Ville , & Vicaire
170 LE MERCURE
caire General du Diocéfe , voulant donner
des marques publiques de la joye qu'il a
reffentie du Rétabliffement de la Santé du
Roy, fir chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Eglife de fon Abbaye , le 24 Août
dernier , veille de la Fête de S. Louis , à.
fept heures du foir.
İl invita à cette ceremonie les Officiers du
Confeil de la Ville , qui y affifterent en
Corps, precedés & fuivis de leurs Archers;
M. l'Abbé le Maître y officia , & aprés que
les Prieres furent finies , & qu'il ent quitté
les habits de l'Eglife , il vint en long manreau
fe mettre à la tête du Confeil de
Ville , dont il eft Prefident en la qualité
d'Abbé de Touffaint , qui le rend auffi
Seigneur de la Ville , il alla avec ces Melfieurs
allumer un feu de joye qu'il avoit
fait élever dans la Place devant le Portail
de l'Eglife , les Bourgeois fes Vaffaux .
étant fous les armes.
Il entra enfuite avec Meffieurs du Con--
feil de Ville dans fon Palais Abbatial , où
il leur donna un fouper compoté de deux
grandes tables qui furent fervies avec toute
P'abondance , la delicateffe & la propreté
les plus recherchées.
Tout le contour exterieur de l'Eglife de
l'Abbaye étoit illuminé par une grande:
quantité de pots à feu.
Les façades du Palais Abbatial & tous .
les.
DE SEPTEMBRE. 10%
les murs de clôture , qui font d'une vaite
étendue , étoient pareillement illuminées.
Pendant le Te Deum & le Repas on fit.
dans les Jardins de l'Abbaye plufieurs falves
de canon & de boëtes , & il y en eut
une particuliere annoncée par les tambours .
lorfque M. l'Abbé le Maître porta la Santé
1 du Roy , qui fut buë , chacun étant debout
& découvert , avec de grandes acclama→
tions de Vive le Roy.
A l'iffue du fouper fur les onze heures
du foir , M. l'Abbé pour rendre la fête
complette , fit tirer au fond du jardin un
Feu d'artifice fur un theatre preparé à cet
effet.
Ce theatre de quatre toifes en quarré
étoit élevé au niveau des murs du jardin,
faifant face au Palais Abbatial d'un côté,.
& des autres côtés aux Ports & aux diffe
rens Quais qui regnent le long de la Ri-.
viere de Marne , dont les eaux paffent au
bas des murs de l'Abbaye.
On avoit conftruit fur ce theatre une
bâtiment de deux toifes en quarré , qui
formoit quatre grands portiques , ornés de
peintures des chiffres du Roy & d'em
blêmes..
Sur ces portiques regnoit une gallerie ,,
qui étoit bordée de petites gerbes & de :
lances à feu. ;, on voyoit aux quatre en--
cognures
192 LE MERCURE
Cognures huit Statues qui embrasfoient de
groffes gerbes de feu.
Au deffus paroiffoit une Piramide à huit
faces de quinze pieds de haut , pofée fur
fon piédeltal , garnie d'une infinité de lampions
, & terminée par un Soleil de feu ,
& le piédeftal garni de quatre grandes
roues de feu aux quatre faces.
·
Tout ce Feu d'artifice fut tiré avec beaucoup
d'ordre & d'adreffe , & produifit un
fpectacle très brillant ; aprés quoi M,
l'Abbé le Maître fit tirer dans un coin du
jardin une prodigieufe quantité de fufées ,
qui amuferent le Peuple une partie de la
nuit.
Les Dames de la Ville , qui étoient en
grand nombre dans les appartemens , & les
jardins de l'Abbaye , firent ufage des beaux
fruits & des rafraichiffemens que M. l'Ab
bé leur fit prefenter .
Les Chevaliers de l'Arquebuſe de Châlons
s'étant affemblez le 9 d'Août refolu
rent de faire chanter le Te Deum , & priérent
les Chevaliers de Reims , qui étoient
arrivez à Châlons pour un défi , de vouloir
bien les accompagner dans cette Ceremonie.
Le Dimanche fur les quatre heures
après midy , les deux Compagnies fe mirent
en marche , Meffieurs les Chevaliers
de Reims à la tête , & fe rendirent aux
RR. PP. Auguftins . Le Te Deum y fur
chanté
DE SEPTEMBRE. 193
chanté en Mufique au bruit des tambours
& d'une décharge continuelle d'artillerie.
Enfuite les deux Compagnies retournerent
à l'Hôtel des Arquebufiers de Châlons ,
où on voyoit fur la Porte un Tableau ,
reprefentant le Génie Tutelaire de la
France , qui d'une main couvre le Roy
d'un bouclier , pendant que de l'autre il
menace & repouffe la Parque Atropos ,
tenant fes cifeaux à la main. Le Dieu ELculape
, ou le Génie de la Santé prend le
jeune Prince entre les bras , & femble le
tirer hors du lit , auprès duquel Minerve
veille à fa confervation ; la France eft aux
pieds de ce lit , & par fon attitude exprime
fa joye , & les Actions de Graces qu'elle
rend à Dieu pour le Rétabliſſement de la
Santé de fon Roy. Ce Tableau étoit entouré
de lampions & de pots à feu , ainfi que
toutes les autres Portes & murailles du
jardin. Là fe fit ungrand repas , ou Mrs. les
Chevaliers de Reims avoient été invités ,
avec le Grand-Bailly de Châlons , & unebonne
partie de la Nobleffe. Ce Repas fur
precedé d'une décharge d'artillerie , & d'un
Feu d'artifice . L'on y but à la Santé dư
Roy au bruit des violons , des tambours
& des acclamations de Vive le Roy.
Dès que le Rétabliſſement de la Santé
du Roy fut fçû dans les Provinces , Madame
de Gaillarbois Marcouville , Prieure
R dat
194 LE MERCURE
du Prieuré Royal de l'Hôpital S. Jacques
du Petit- Andely en Normandie , fit prier
M. le Lieutenant General de cette Ville ,
avec toutes les Dames les plus diftinguées ,
de fe trouver au Te Deum qu'elle fit chanter
dans fa Maifon , qui fut fuivi d'un trèsgrand
feu devant la Porte du Couvent ,
& de quelques tonneaux de Vin pour le
Peuple.
Fermer
14
p. 196-197
A Saint-Omer, ce 7. Septembre.
Début :
LE 21 du mois passé, on fit de grandes réjouïssances dans la Ville de Saint-Omer [...]
Mots clefs :
Ville, Cathédrale, Te Deum, Repas, Jean-Baptiste Lully
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Saint-Omer, ce 7. Septembre.
A Saint-Omer ,ce 7. septembre,
Er du mois paffé , on fit de grandes
réjouïffances dans la Ville de Saint-
Omer en Artois , au fujet de la convalefcence
de Sa Majeſté, L'on chanta dans
PEglife Cathedrale le Te Deum de Lully ,
qui futexcellemment executé ; cette Eglife
étoit très-bien illuminée , la decoration
magnifique , les Devifes , les Emblé
mes & les Cronographes étoient des plus
heureux , & avoient été imaginez par M.
PAbbé Charlet , Licentié de la Faculté de
Paris, & Chanoine de la Cathedrale . Après
le Te Deum , auquel affifterent tous les
Corps de la Ville , le Magiftrat fit tirer
fur la grande Place un fort beau Feu d'aɛrifice
, qui fut fuivi d'un grand repas ,
pendant
DE SEPTEMBRE. 197
pendant lequel on fit trois falves de boetes
& de l'artillerie de la Ville , du Château
& des remparts. On n'oublia point à ce
repas de boire à la Santé de Sa Majesté ;
les Habitans de la Ville marquerent leur
joye par des illuminations aux fenêtres ;
des feftins dans les rues , & des danfes qui
durerent jufqu'au jour le Cloître de
Mrs. du Chapitre fut auffi trés bien illus
miné ; on trouva l'illumination de cette
partie de la Ville des plus brillantes &
des mieux entendues , celle fur- tout du
Doyenné merita l'attention du Public .
Er du mois paffé , on fit de grandes
réjouïffances dans la Ville de Saint-
Omer en Artois , au fujet de la convalefcence
de Sa Majeſté, L'on chanta dans
PEglife Cathedrale le Te Deum de Lully ,
qui futexcellemment executé ; cette Eglife
étoit très-bien illuminée , la decoration
magnifique , les Devifes , les Emblé
mes & les Cronographes étoient des plus
heureux , & avoient été imaginez par M.
PAbbé Charlet , Licentié de la Faculté de
Paris, & Chanoine de la Cathedrale . Après
le Te Deum , auquel affifterent tous les
Corps de la Ville , le Magiftrat fit tirer
fur la grande Place un fort beau Feu d'aɛrifice
, qui fut fuivi d'un grand repas ,
pendant
DE SEPTEMBRE. 197
pendant lequel on fit trois falves de boetes
& de l'artillerie de la Ville , du Château
& des remparts. On n'oublia point à ce
repas de boire à la Santé de Sa Majesté ;
les Habitans de la Ville marquerent leur
joye par des illuminations aux fenêtres ;
des feftins dans les rues , & des danfes qui
durerent jufqu'au jour le Cloître de
Mrs. du Chapitre fut auffi trés bien illus
miné ; on trouva l'illumination de cette
partie de la Ville des plus brillantes &
des mieux entendues , celle fur- tout du
Doyenné merita l'attention du Public .
Fermer
15
p. 197-201
A Lyon, le 7 Septembre.
Début :
ON s'est trompé lorsqu'on a mis dans le precedent Mercure que l'Academie [...]
Mots clefs :
Académie, Académiciens, Archevêque, Assemblée, Maréchal de Villeroy, Te Deum, Intendante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Lyon, le 7 Septembre.
A Lyon le 7 Septembre.
N s'eft trompé lorſqu'on a mis dans
le precedent Mercure que l'Acade
mie des beaux Arts de Lyon , qui eft ſous
la protection de M. le Maréchal Duc de
Villeroy , & dont il eft le Chef, a donné
une Fête à Madame Poullettier , Intendante
de cette Ville. C'eft la feconde Academie
qui l'a donnée , laquelle a été établie depuis
peu d'années fous la protection , &
les foins de Madame l'Intendante , &
plufieurs années après l'établiffement de "
la premiere , qui commença en 1713 .
M. le Maréchal de Villeroy , Gouverneur
de cette Province , étant venu à Lyon en
1714, honora non feulement cette premiere
Riij Academie
par
198
LE MERCURE
Academie de fa prefence & de fa protection
, mais encore il voulut que fon
nom parut dans la Lifte des Academiciens .
Il fouhaita auffi que l'on fit des Reglemens
pour rendre cet établiffement plus
folide , qu'il eut la bonté de figner. Cette
Affemblée a lenom d'Academie des beaux
Arts , qu'elle a merité par plufieurs Piéces
de Poëfie & de Mutique qui s'y font
faites , quoique fes exercices les plus frequens
ayent pour objet la Mufique , qui
y eft exercée d'une maniere également
noble & agreable. Cette premiere Academie
eft compofée de perfonnes choilies de
P'un & l'autre fexe , parmi lesquelles il y a
plufieurs Mrs. & Dames de la Cour des
Monnoyes , qui forment un magnifique
concert chaque femaine , dans lequel l'on
n'admet pour Auditeurs que quelques
Etrangers en petit nombre , & la compagnie
d'une feule perfonne de la Ville
avec chaque Damne de l'Academie. M.
l'Archevêque a honoré l'Affemblée dès
qu'il a été Archevêque de Lyon des mêmes
faveurs que M. le Maréchal fon
pere lui avoit faites . Cette Academie
n'a pû retenir fa joye fur la convalefcence
du Roy. Elle en a voulu donner des marques
par un Te Deum qu'elle a chanté à
huis clos aux Carmelites , dont le Montere
eft fondé par la Maifon de Villeroy , &
où
DE SEPTEMBRE. 199
où Madame de Villeroy , fille de M. le Maréchal
, eft Superieure. L'Academie s'y rendit
en Corps le matin duDimanche 17 Août,
ce fut avec un empreffement fimgulier , &
chacun fe fit un devoir de n'y pas manquer.
Le Concert fut compofé de quatrevingt
- dix perfonnes , outre les Academiciens
honoraires , parmi lefquels étoient
M. le Premier Prefident de la Cour des
Monnoyes , & M. le Prevôt des Marchands
, comme Membres de l'Academie.
La Melle tut celebrée par M. l'Abbé
de la Croix Obéancier de Saint Juft ,
P'un des Academiciens on chanta un
tres - beau Motet de la compofition de
M. l'Archevêque , après quoi le Te Deum
compoté par Monticur Bernier , fut
chanté dans tout fon luftre , & fans prévention
avec une execution digne de fa
beauté. Le Te Deum fut precedé &
fuivi des falves ordinaires de la Ville
& de celles de la moufqueterie de plufieurs
Quartiers de la Bourgeoifie, qui s'y étoient
rendus fous les armes , dont les Capitaines
font Academiciens . Au fortir M. l'Archevêque
retint toute l'Affemblée pour la regaler
d'un fuperbe ambigu , qu'il avoit fait
preparer d'une maniere digne de fa Grandeur
& de fa generofité. Le foir , les
Academiciens s'affemblerent dans leurs
Salles pour celebrer la Santé du Roy par
R iiij
un
200 LE MERCURE
un magnifique fouper , pendant lequel on
entendit un bruit d'artillerie & de moufquetterie
des mêmes Quartiers , qui s'étoient
trouvés le matin devant les Carmelites
, & qui fe rendirent le foir fur le
Quay devant l'Academie , pour empêcher
la confufion du Peuple , qui y étoit
accouru . Ce bruit fut accompagné de
plufieurs acclamations de Vive le Roy , formées
par les Academiciens , & par le
Peuple qui y répondit avec une joye finguliere.
M. l'Archevêque honora de fa prefence
l'Affemblée fur la fin du Repas , pour
partager avec l'Academie la joie qu'elle reffentoit.
La façade de la Maifon de l'Academie
étoit illuminée d'une façon trèsbrillante
, & tout le Quay de S. Clair l'étoit
auffi par nombre de pots à feu. Le
fouper fut fuivi d'un Feu d'artifice , après
lequel M. l'Archevêque s'étant retiré , on
commença un très- beau bal , qui ne finit
qu'au jour , où quantité de perfonnes diftinguées
de la Ville fe rendirent , & où
les rafraichiffemens furent fervis à profufion
à toute l'Affemblée,
Le Dimanche fuivant , la feconde Academie
, qui eft la même qui avoit donné
fur la Riviere la brillante Fête à Madame
Poulettier Intendante , chanta à fon tour
dans la Chapelle des Dames Religieufes
de
DE SEPTEMBRE. 201
de Blie , le Te Deum , à portes ouvertes ,
fuivant la coutume.
N s'eft trompé lorſqu'on a mis dans
le precedent Mercure que l'Acade
mie des beaux Arts de Lyon , qui eft ſous
la protection de M. le Maréchal Duc de
Villeroy , & dont il eft le Chef, a donné
une Fête à Madame Poullettier , Intendante
de cette Ville. C'eft la feconde Academie
qui l'a donnée , laquelle a été établie depuis
peu d'années fous la protection , &
les foins de Madame l'Intendante , &
plufieurs années après l'établiffement de "
la premiere , qui commença en 1713 .
M. le Maréchal de Villeroy , Gouverneur
de cette Province , étant venu à Lyon en
1714, honora non feulement cette premiere
Riij Academie
par
198
LE MERCURE
Academie de fa prefence & de fa protection
, mais encore il voulut que fon
nom parut dans la Lifte des Academiciens .
Il fouhaita auffi que l'on fit des Reglemens
pour rendre cet établiffement plus
folide , qu'il eut la bonté de figner. Cette
Affemblée a lenom d'Academie des beaux
Arts , qu'elle a merité par plufieurs Piéces
de Poëfie & de Mutique qui s'y font
faites , quoique fes exercices les plus frequens
ayent pour objet la Mufique , qui
y eft exercée d'une maniere également
noble & agreable. Cette premiere Academie
eft compofée de perfonnes choilies de
P'un & l'autre fexe , parmi lesquelles il y a
plufieurs Mrs. & Dames de la Cour des
Monnoyes , qui forment un magnifique
concert chaque femaine , dans lequel l'on
n'admet pour Auditeurs que quelques
Etrangers en petit nombre , & la compagnie
d'une feule perfonne de la Ville
avec chaque Damne de l'Academie. M.
l'Archevêque a honoré l'Affemblée dès
qu'il a été Archevêque de Lyon des mêmes
faveurs que M. le Maréchal fon
pere lui avoit faites . Cette Academie
n'a pû retenir fa joye fur la convalefcence
du Roy. Elle en a voulu donner des marques
par un Te Deum qu'elle a chanté à
huis clos aux Carmelites , dont le Montere
eft fondé par la Maifon de Villeroy , &
où
DE SEPTEMBRE. 199
où Madame de Villeroy , fille de M. le Maréchal
, eft Superieure. L'Academie s'y rendit
en Corps le matin duDimanche 17 Août,
ce fut avec un empreffement fimgulier , &
chacun fe fit un devoir de n'y pas manquer.
Le Concert fut compofé de quatrevingt
- dix perfonnes , outre les Academiciens
honoraires , parmi lefquels étoient
M. le Premier Prefident de la Cour des
Monnoyes , & M. le Prevôt des Marchands
, comme Membres de l'Academie.
La Melle tut celebrée par M. l'Abbé
de la Croix Obéancier de Saint Juft ,
P'un des Academiciens on chanta un
tres - beau Motet de la compofition de
M. l'Archevêque , après quoi le Te Deum
compoté par Monticur Bernier , fut
chanté dans tout fon luftre , & fans prévention
avec une execution digne de fa
beauté. Le Te Deum fut precedé &
fuivi des falves ordinaires de la Ville
& de celles de la moufqueterie de plufieurs
Quartiers de la Bourgeoifie, qui s'y étoient
rendus fous les armes , dont les Capitaines
font Academiciens . Au fortir M. l'Archevêque
retint toute l'Affemblée pour la regaler
d'un fuperbe ambigu , qu'il avoit fait
preparer d'une maniere digne de fa Grandeur
& de fa generofité. Le foir , les
Academiciens s'affemblerent dans leurs
Salles pour celebrer la Santé du Roy par
R iiij
un
200 LE MERCURE
un magnifique fouper , pendant lequel on
entendit un bruit d'artillerie & de moufquetterie
des mêmes Quartiers , qui s'étoient
trouvés le matin devant les Carmelites
, & qui fe rendirent le foir fur le
Quay devant l'Academie , pour empêcher
la confufion du Peuple , qui y étoit
accouru . Ce bruit fut accompagné de
plufieurs acclamations de Vive le Roy , formées
par les Academiciens , & par le
Peuple qui y répondit avec une joye finguliere.
M. l'Archevêque honora de fa prefence
l'Affemblée fur la fin du Repas , pour
partager avec l'Academie la joie qu'elle reffentoit.
La façade de la Maifon de l'Academie
étoit illuminée d'une façon trèsbrillante
, & tout le Quay de S. Clair l'étoit
auffi par nombre de pots à feu. Le
fouper fut fuivi d'un Feu d'artifice , après
lequel M. l'Archevêque s'étant retiré , on
commença un très- beau bal , qui ne finit
qu'au jour , où quantité de perfonnes diftinguées
de la Ville fe rendirent , & où
les rafraichiffemens furent fervis à profufion
à toute l'Affemblée,
Le Dimanche fuivant , la feconde Academie
, qui eft la même qui avoit donné
fur la Riviere la brillante Fête à Madame
Poulettier Intendante , chanta à fon tour
dans la Chapelle des Dames Religieufes
de
DE SEPTEMBRE. 201
de Blie , le Te Deum , à portes ouvertes ,
fuivant la coutume.
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16
p. 201-202
A Orleans le 7 Septembre.
Début :
A present que je croy Mercure un peu delassé d'un travail qui lui a fait [...]
Mots clefs :
Roi, Ville, Coquillards, Fête, Rivière, Joie, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Orleans le 7 Septembre.
A Orleans le 7 Septembre .
Prefent que je croy Mercure un
peu delaffé d'un travail qui lui a fait
& fera toujours plaifir , lors qu'il s'agira
de parler de notre Roy ; je le prie d'annoncer
à toute la terre que la Ville d'Orleans
a été des premieres à fignaler fon
zele , & même qu'elle a furpaffé les autres
Villes par les voeux finceres , ardents ,
tendres & refpectueux qu'elle a pouffés
au Ciel pour la confervation de la fanté
de fon Maître. Les feux & les illuminations
n'ont pas manqué , & pour échantillon
j'auray l'honneur de vous dire ce
qu'a fait un quartier fous la protection de
Saint Jacques , dont pour cette raiſon les
Habitans font nommez Coquillards . Le
17 Août ils annoncerent leur fête au Public,
par un carillon de cloches magnifique
, & firent chanter un Te Deum par
les meilleurs Muficiens de la Ville , qui
fut executé dans leur Chapelle avec tout
le fuccès & l'aplaudiffement poffible . M.
leur Paſteur & fon nombreux Clergé y
affifterent avec grande devotion. Quand
on eut remercié Dieu de bon coeur , il
fallut aller boire & fe réjouir auffi de bon
coeur :
202 LE MERCURE
coeur : Vous connoiffez , Seigneur Mercure
, l'Orleanois là deffus , & de peur
d'être fatigué par l'affluence du peuple &
par la chaleur , Meffieurs les Coquillards,
gens agiffans avec prudence , gagnerent
la Riviere. Quelle joye pour eux , quand
ils aborderent un grand bâtiment couvert,
illuminé par un grand nombre de lampions
& de bougies , au milieu defquelles
paroiffoit le portrait du Roy. La Mufique
entonna une feconde fois unDominefalvum
fac Regem, & les affiftans celebrerent enfuite
cette fête par plufieurs razades , accompagnées
des cris de Vive le Roy , qui turent
redoublez pendant le repas , où le
peuple accourut en plufieurs batteaux , &
où le vin ne lui fut pas épargné. Enfin
la fête finit par deux feux d'artifice , l'un
fur le fable de la Riviere , & l'autre fur
la Riviere même. Jugez , Monfieur Mercure
, fi pour des Coquillards on peut
mieux témoigner fa joye pour une fanté
auffi précieufe que celle de leur Maître‣
Toute la Ville en a fait de même.
Prefent que je croy Mercure un
peu delaffé d'un travail qui lui a fait
& fera toujours plaifir , lors qu'il s'agira
de parler de notre Roy ; je le prie d'annoncer
à toute la terre que la Ville d'Orleans
a été des premieres à fignaler fon
zele , & même qu'elle a furpaffé les autres
Villes par les voeux finceres , ardents ,
tendres & refpectueux qu'elle a pouffés
au Ciel pour la confervation de la fanté
de fon Maître. Les feux & les illuminations
n'ont pas manqué , & pour échantillon
j'auray l'honneur de vous dire ce
qu'a fait un quartier fous la protection de
Saint Jacques , dont pour cette raiſon les
Habitans font nommez Coquillards . Le
17 Août ils annoncerent leur fête au Public,
par un carillon de cloches magnifique
, & firent chanter un Te Deum par
les meilleurs Muficiens de la Ville , qui
fut executé dans leur Chapelle avec tout
le fuccès & l'aplaudiffement poffible . M.
leur Paſteur & fon nombreux Clergé y
affifterent avec grande devotion. Quand
on eut remercié Dieu de bon coeur , il
fallut aller boire & fe réjouir auffi de bon
coeur :
202 LE MERCURE
coeur : Vous connoiffez , Seigneur Mercure
, l'Orleanois là deffus , & de peur
d'être fatigué par l'affluence du peuple &
par la chaleur , Meffieurs les Coquillards,
gens agiffans avec prudence , gagnerent
la Riviere. Quelle joye pour eux , quand
ils aborderent un grand bâtiment couvert,
illuminé par un grand nombre de lampions
& de bougies , au milieu defquelles
paroiffoit le portrait du Roy. La Mufique
entonna une feconde fois unDominefalvum
fac Regem, & les affiftans celebrerent enfuite
cette fête par plufieurs razades , accompagnées
des cris de Vive le Roy , qui turent
redoublez pendant le repas , où le
peuple accourut en plufieurs batteaux , &
où le vin ne lui fut pas épargné. Enfin
la fête finit par deux feux d'artifice , l'un
fur le fable de la Riviere , & l'autre fur
la Riviere même. Jugez , Monfieur Mercure
, fi pour des Coquillards on peut
mieux témoigner fa joye pour une fanté
auffi précieufe que celle de leur Maître‣
Toute la Ville en a fait de même.
Fermer
17
p. 202-206
A Bordeaux ce 8 Septembre.
Début :
Les Jesuites du College de Bourdeaux, pour témoigner de la part singuliere qu'ils [...]
Mots clefs :
Corps de logis, Cour, Ville, Lumières, Roi, Nuit, Illumination, Étages, Feu d'artifice, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Bordeaux ce 8 Septembre.
A Bordeaux ce 8 Septembre.
LEs
Jo
Es Jefuites du College de Bourdeaux ,
pour témoigner la part finguliere qu'ils
prenoient au rétabliffement de la fanté
du Roy , donnerent la nuit du 31 dư
mois
DE SEPTEMBRE. 203
X
mois d'Aouft un fpectacle des mieux entendus
, & dont la noble & agréable ſimplicité
charma tous les fpectateurs , qui
avouerent n'avoir jamais vu un coup
d'oeil fi beau & fi frappant.
Ce fut l'illumination de la cour de
leurs Claffes elle donne fur la plus belle
& la plus large ruë de la Ville ; l'entrée
en eft magnifique , les corniches & frontons
du frontispice , élevé de quatre étages
, furent illuminez , comme pour inviter
le monde à entrer dans la cour : elle
eft des plus longues & des plus larges ,
entourée de trois corps de logis , où il y
a plus de cinquante fenêtres à niveau les
unes des autres, à differens étages ; elles
furent toutes garnies de lumieres , & la
plupart à deux rangs élevez l'un -fur l'autre
; tous les toits en étoient auffi bordez,
& le comble du corps de logis du fond
de la cour , fur lequel on avoit mis un
autre rang de lumieres , conduifoit infenfiblement
l'ail à un autre corps de logis
qui le domine...
Sur le bord du toit de ce dernier corps de
logis , & fur le comble , étoient pofez a
égale diftance 6o pots enflâmez , qui jettoient
auloin une clarté ébloüiffante ; ainfi
voyoit d'abord en entrant , comme un am→
phiteatre de neuf rangs de lumieres , què
paroiffoienɛ
204 LE MERCURE
paroiffoient être preſque à égales diſtances
les unes des autres.
L'illumination des deux Corps de Logis
des côtez de la cour , étoient comme ter
minez par l'illumination de deux pavillons
à fix étages , qui font aux extremitez du
dernier corps de logis ; les bords de ces
pavillons , les quatre diagonales ou arrêtiers
, étoient éclairez jufqu'aux deux
éguilles , du milieu defquelles fortoit de
chaque côté une grande flamme furmontée
par des fanaux qu'on avoit attachés au
haut des quatre girouettes , qui pouvoient
être vûs de plus de dix lieuës.
Sur le toit de ce grand Corps de logis ,
étoit attaché au milieu un grand cartou
che couronné, & tout refplendiffant de
lumiere , avec ces mots , Vive le Roy , en
fi gros caractere qu'on pouvoit les lire de
toute la Ville ; les mêmes mots étoient
écrits en moindres caracteres dans une infinité
d'autres endroits , & on les lifoit
ailément du bas de la cour.
De derriere le grand Cartouche , au
bruit des Trompettes , de la moufqueterie
, & de plufieurs petits canons de bronze,
on jetta pendant une heute & demie une
multitude de fufées de toutes efpeces , qui
s'éleverent d'une hauteur prodigieufe , &
amuferent agreablement une multitude in
finic
DE SEPTEMBRE.
205
finie de peuple , & de gens de qualité ,
que le fpectacle avoit attirés.
Au milieu du Corps de logis du fond de
la cour eft un dôme de charpente appliqué
à la muraille , il êtoit environné de lumieres
, & autour étoient artiſtement rangés
plufieurs rouës , lances à feu, carrelets , &c,
Sur les onze heures on alluma le feu d'artifice
, qui eut tout l'effet qu'on pouvoit
fouhaitter : la nuit fut très tranquille , &
Pillumination qui avoit commencé à huit
heures & demie , dura en grande partie
jufqu'à une heure après minuit.
La Ville de Bordeaux a , je croi, ſurpaffé
toutes les autres Provinces par les fêtes
trois & quatre fois réiterées ; le Parlement
fit dreffer dans la grande Salle un Autel ,
où le chanta le Te Deum de la Mufique du
Sieur Abeille , le concours y fut prodigieux
; toutes les Chambres y affifterent en
robes rouges , chacun fit enfuite des illuminations
; ce fut le prélude de toutes celles
qui ont fuivi avec autant de magnificence
que de joye pour le fujet qui les a caufées ;
chaque Corps des autres Cours ont fuivi
cet exemple , comme la Cour des Aydes ,
la Monnoye , les Treforiers , l'Amirauté ,
& fur- tout l'Univerfité qui fit tirer fon feu
d'artifice fur le clocher des Carmes , fituez
fur les foffez de la Maifon de Ville , avec
un
206 LE MERCURE
un aplaudiffement univerfel qui dura toute
la nuit par un feu continuel d'artillerie ,
futées , & au fon des Trompettes qui jouërent
tout le tems , aux cris redoublez des
Vive le Roy. M. d'Albeffar Lieutenant General
au Senechal de Guyenne , & Recteur
de ladite Univerfité , fit le matin chanter
le Te Deum , affifté de tous les Docteurs
& Profeffeurs , revêtus des marques de leur
Doctorat, à l'iffuë de la Meffe ; fon merite
fingulier demanderoit des éloges que tout
le monde lui donne , à la tête de fon illuftre
Corps ; il fait chaque jour paroître
des lumieres dans ces decifions, qui ne font
dûës qu'à lui ; fon zele pour Sa Majesté
s'eft manifefté particulierement dans trois
jours de fêtes qu'il a données.
Le Parlement redoubla fes réjoüiffances
lors du Te Deum chanté dans la Cathedrale,
où il alla en robes rouges , fuivi de toutes
les Cours ; il fe fit le foir des feux par toute
la Ville , avec des illuminations , & à toutes
les Places des feux d'artifice , décharges
d'artillerie & fontaines de vin. Les
Vaiffeaux furent illuminez auffi , & firent
des décharges de leur artillerie .
LEs
Jo
Es Jefuites du College de Bourdeaux ,
pour témoigner la part finguliere qu'ils
prenoient au rétabliffement de la fanté
du Roy , donnerent la nuit du 31 dư
mois
DE SEPTEMBRE. 203
X
mois d'Aouft un fpectacle des mieux entendus
, & dont la noble & agréable ſimplicité
charma tous les fpectateurs , qui
avouerent n'avoir jamais vu un coup
d'oeil fi beau & fi frappant.
Ce fut l'illumination de la cour de
leurs Claffes elle donne fur la plus belle
& la plus large ruë de la Ville ; l'entrée
en eft magnifique , les corniches & frontons
du frontispice , élevé de quatre étages
, furent illuminez , comme pour inviter
le monde à entrer dans la cour : elle
eft des plus longues & des plus larges ,
entourée de trois corps de logis , où il y
a plus de cinquante fenêtres à niveau les
unes des autres, à differens étages ; elles
furent toutes garnies de lumieres , & la
plupart à deux rangs élevez l'un -fur l'autre
; tous les toits en étoient auffi bordez,
& le comble du corps de logis du fond
de la cour , fur lequel on avoit mis un
autre rang de lumieres , conduifoit infenfiblement
l'ail à un autre corps de logis
qui le domine...
Sur le bord du toit de ce dernier corps de
logis , & fur le comble , étoient pofez a
égale diftance 6o pots enflâmez , qui jettoient
auloin une clarté ébloüiffante ; ainfi
voyoit d'abord en entrant , comme un am→
phiteatre de neuf rangs de lumieres , què
paroiffoienɛ
204 LE MERCURE
paroiffoient être preſque à égales diſtances
les unes des autres.
L'illumination des deux Corps de Logis
des côtez de la cour , étoient comme ter
minez par l'illumination de deux pavillons
à fix étages , qui font aux extremitez du
dernier corps de logis ; les bords de ces
pavillons , les quatre diagonales ou arrêtiers
, étoient éclairez jufqu'aux deux
éguilles , du milieu defquelles fortoit de
chaque côté une grande flamme furmontée
par des fanaux qu'on avoit attachés au
haut des quatre girouettes , qui pouvoient
être vûs de plus de dix lieuës.
Sur le toit de ce grand Corps de logis ,
étoit attaché au milieu un grand cartou
che couronné, & tout refplendiffant de
lumiere , avec ces mots , Vive le Roy , en
fi gros caractere qu'on pouvoit les lire de
toute la Ville ; les mêmes mots étoient
écrits en moindres caracteres dans une infinité
d'autres endroits , & on les lifoit
ailément du bas de la cour.
De derriere le grand Cartouche , au
bruit des Trompettes , de la moufqueterie
, & de plufieurs petits canons de bronze,
on jetta pendant une heute & demie une
multitude de fufées de toutes efpeces , qui
s'éleverent d'une hauteur prodigieufe , &
amuferent agreablement une multitude in
finic
DE SEPTEMBRE.
205
finie de peuple , & de gens de qualité ,
que le fpectacle avoit attirés.
Au milieu du Corps de logis du fond de
la cour eft un dôme de charpente appliqué
à la muraille , il êtoit environné de lumieres
, & autour étoient artiſtement rangés
plufieurs rouës , lances à feu, carrelets , &c,
Sur les onze heures on alluma le feu d'artifice
, qui eut tout l'effet qu'on pouvoit
fouhaitter : la nuit fut très tranquille , &
Pillumination qui avoit commencé à huit
heures & demie , dura en grande partie
jufqu'à une heure après minuit.
La Ville de Bordeaux a , je croi, ſurpaffé
toutes les autres Provinces par les fêtes
trois & quatre fois réiterées ; le Parlement
fit dreffer dans la grande Salle un Autel ,
où le chanta le Te Deum de la Mufique du
Sieur Abeille , le concours y fut prodigieux
; toutes les Chambres y affifterent en
robes rouges , chacun fit enfuite des illuminations
; ce fut le prélude de toutes celles
qui ont fuivi avec autant de magnificence
que de joye pour le fujet qui les a caufées ;
chaque Corps des autres Cours ont fuivi
cet exemple , comme la Cour des Aydes ,
la Monnoye , les Treforiers , l'Amirauté ,
& fur- tout l'Univerfité qui fit tirer fon feu
d'artifice fur le clocher des Carmes , fituez
fur les foffez de la Maifon de Ville , avec
un
206 LE MERCURE
un aplaudiffement univerfel qui dura toute
la nuit par un feu continuel d'artillerie ,
futées , & au fon des Trompettes qui jouërent
tout le tems , aux cris redoublez des
Vive le Roy. M. d'Albeffar Lieutenant General
au Senechal de Guyenne , & Recteur
de ladite Univerfité , fit le matin chanter
le Te Deum , affifté de tous les Docteurs
& Profeffeurs , revêtus des marques de leur
Doctorat, à l'iffuë de la Meffe ; fon merite
fingulier demanderoit des éloges que tout
le monde lui donne , à la tête de fon illuftre
Corps ; il fait chaque jour paroître
des lumieres dans ces decifions, qui ne font
dûës qu'à lui ; fon zele pour Sa Majesté
s'eft manifefté particulierement dans trois
jours de fêtes qu'il a données.
Le Parlement redoubla fes réjoüiffances
lors du Te Deum chanté dans la Cathedrale,
où il alla en robes rouges , fuivi de toutes
les Cours ; il fe fit le foir des feux par toute
la Ville , avec des illuminations , & à toutes
les Places des feux d'artifice , décharges
d'artillerie & fontaines de vin. Les
Vaiffeaux furent illuminez auffi , & firent
des décharges de leur artillerie .
Fermer
18
p. 207-209
A Montpelier le 8 Septembre.
Début :
Vous serez bien aise, MONSIEUR, de sçavoir ce qui s'est passé dans la Province [...]
Mots clefs :
Ville, Bureau des finances, Roi, Te Deum, Province, Cérémonie, Cathédrale, Terrasse, Illumination, Dames, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Montpelier le 8 Septembre.
A Montpelier le 8 Septembre.
Ous ferez bien aife , MONSIEUR , de
fçavoir ce qui s'eft paffé dans la Province
du Languedoc , & fur tout dans la
Ville de Montpellier , où tout à retenti de
joye & d'acclamations fur le rétabliſſement
de la fanté du Roy.
Meffieurs les Treforiers de France de
la Generalité de Montpellier, & Intendant
des Gabelles du Languedoc , le 16 du
mois , fête de Saint Roch , firent dire une
Meffe dans leur Chapelle ; ils s'y rendirent
avec leurs robes de ceremonie , la Meffe
finie il fut chanté un Te Deum magnifique ,
par la Mufique de la Cathedrale , qu'on
peut dire une des meilleures dé France ,
étant compofée des meilleures voix de la
Mufique des Etats de la Province ; la
cour du Bureau , qui eft affez vafte , avoit
peine à contenir les fpectateurs. On avoit
donné des ordres pour placer les perfonnes
de diftinction .
M. de Reverffat , Prefident du Bureau
des Finances , qui loge dans la Maiſon du
Roy , voulut donner des marques en particulier
de fon z le pour le retour de la ſanté
de S. M. Il fit faite un feu & une illumina.
tion fur une grande Terraffe qui regne
fur l'Efplanade , de laquelle on d.couvre
la
208 LE MERCURE
la Mer à perte de vûë. Cette illumination
â
qui fut la feule ce jour - là , parut à l'entrée
de la nuit la plus calme & la plus obſcure
du monde , dans le temps que prefque
toute la Ville étoit à la promenade Yinterieur
du Bureau étoit éclairé de même.
Enfin on fit renaître le jour au milieu des
tenebres ; les Hautbois & les Trompettes
faifoient entendre des fanfares réiterées
fur cette Terraffe , où la plupart des Dames
du voisinage fe rendirent avec les
Officiers , pour y danfer. Cette illumination
& le bruit des inftruments attira la
jeuneffe ; le Bal dura bien avant dans la
nuit, & fut varié par toutes fortes de danſes
du païs , fans defordre ni confufion ; on
donna des rafraîchiffements y , &c.
M. l'Evêque de Montpellier voulant
donner en fon particulier des marques de
fon attachement & de fon zele pour la
fanté du Roy , pria les Compagnies de
vouloir affifter le Dimanche dix-feptiéme
à un Te Deum qu'on chanta dans la Cathedrale
: Toutes les Compagnies s'y rendirent
en robe de ceremonie ; il y eut le
foir des feux & des illuminations par toute
la Ville ; la Terraffe & le Bureau des Finances
ne fut pas moins éclairé que la premiere
fois.
M. le Duc de Roquelaure , Commandant
en chef dans la Province , reçut la
Lettre
DE SEPTEMBRE. ་ 209
Lettre du Roy pour le re Deum , dans
le temps qu'il étoit dans le Gevaudan avec
M. l'Intendant où il donne fes ordres avec
des attentions extraordinaires pour empê
cher les progrès du mal contagieux ; à fon
retour on chanta le 3 1 d'Aouſt un Te Deum
dans la Cathedrale , où toutes les Compagnies
affifterent en ceremonie ; le foir on
fit des feux & des illuminations par toute
la Ville ; M. le Duc de Roquelaure fie
illuminer fon Hôtel d'une maniere fuperbe;
il donna au public un feu d'artifice très
beau , & qui réuffit parfaitement. Prefque
toutes les Dames de la Ville furent priées
à ce fpectacle , auffi bien qu'à un magnifique
fouper , où il y eur nombre de tables
fervies également , pour les Dames &
pour les gens de diftinction qui s'y trouverent
en grand nombre. Le Bureau des
Finances fit ce jour- là une troifiéme illumination.
Ous ferez bien aife , MONSIEUR , de
fçavoir ce qui s'eft paffé dans la Province
du Languedoc , & fur tout dans la
Ville de Montpellier , où tout à retenti de
joye & d'acclamations fur le rétabliſſement
de la fanté du Roy.
Meffieurs les Treforiers de France de
la Generalité de Montpellier, & Intendant
des Gabelles du Languedoc , le 16 du
mois , fête de Saint Roch , firent dire une
Meffe dans leur Chapelle ; ils s'y rendirent
avec leurs robes de ceremonie , la Meffe
finie il fut chanté un Te Deum magnifique ,
par la Mufique de la Cathedrale , qu'on
peut dire une des meilleures dé France ,
étant compofée des meilleures voix de la
Mufique des Etats de la Province ; la
cour du Bureau , qui eft affez vafte , avoit
peine à contenir les fpectateurs. On avoit
donné des ordres pour placer les perfonnes
de diftinction .
M. de Reverffat , Prefident du Bureau
des Finances , qui loge dans la Maiſon du
Roy , voulut donner des marques en particulier
de fon z le pour le retour de la ſanté
de S. M. Il fit faite un feu & une illumina.
tion fur une grande Terraffe qui regne
fur l'Efplanade , de laquelle on d.couvre
la
208 LE MERCURE
la Mer à perte de vûë. Cette illumination
â
qui fut la feule ce jour - là , parut à l'entrée
de la nuit la plus calme & la plus obſcure
du monde , dans le temps que prefque
toute la Ville étoit à la promenade Yinterieur
du Bureau étoit éclairé de même.
Enfin on fit renaître le jour au milieu des
tenebres ; les Hautbois & les Trompettes
faifoient entendre des fanfares réiterées
fur cette Terraffe , où la plupart des Dames
du voisinage fe rendirent avec les
Officiers , pour y danfer. Cette illumination
& le bruit des inftruments attira la
jeuneffe ; le Bal dura bien avant dans la
nuit, & fut varié par toutes fortes de danſes
du païs , fans defordre ni confufion ; on
donna des rafraîchiffements y , &c.
M. l'Evêque de Montpellier voulant
donner en fon particulier des marques de
fon attachement & de fon zele pour la
fanté du Roy , pria les Compagnies de
vouloir affifter le Dimanche dix-feptiéme
à un Te Deum qu'on chanta dans la Cathedrale
: Toutes les Compagnies s'y rendirent
en robe de ceremonie ; il y eut le
foir des feux & des illuminations par toute
la Ville ; la Terraffe & le Bureau des Finances
ne fut pas moins éclairé que la premiere
fois.
M. le Duc de Roquelaure , Commandant
en chef dans la Province , reçut la
Lettre
DE SEPTEMBRE. ་ 209
Lettre du Roy pour le re Deum , dans
le temps qu'il étoit dans le Gevaudan avec
M. l'Intendant où il donne fes ordres avec
des attentions extraordinaires pour empê
cher les progrès du mal contagieux ; à fon
retour on chanta le 3 1 d'Aouſt un Te Deum
dans la Cathedrale , où toutes les Compagnies
affifterent en ceremonie ; le foir on
fit des feux & des illuminations par toute
la Ville ; M. le Duc de Roquelaure fie
illuminer fon Hôtel d'une maniere fuperbe;
il donna au public un feu d'artifice très
beau , & qui réuffit parfaitement. Prefque
toutes les Dames de la Ville furent priées
à ce fpectacle , auffi bien qu'à un magnifique
fouper , où il y eur nombre de tables
fervies également , pour les Dames &
pour les gens de diftinction qui s'y trouverent
en grand nombre. Le Bureau des
Finances fit ce jour- là une troifiéme illumination.
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19
p. 209-210
« Le corps de la Marine de Brest fit chanter le 24 d'Aoust dans la Chapelle du Roy [...] »
Début :
Le corps de la Marine de Brest fit chanter le 24 d'Aoust dans la Chapelle du Roy [...]
Mots clefs :
Marine, Te Deum, Brest
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le corps de la Marine de Brest fit chanter le 24 d'Aoust dans la Chapelle du Roy [...] »
Le corps de la Marine de Breft fit chanter
le 14 d'Aouft dans la Chapelle du Roy
un Te Deum pour le rétabliffement de la
fanté de S. M. Après le Te Deum les Compagnies
de la Marine de ce Port frrent
trois décharges de moufqueterie , qui fu
rént fuivies de celles des boettes & de
tous les canons du Port & de la Rade.
Il y eut le foir une magnifique illumination
à l'Intendance , un grand louper >
$ &
210
LE MERCURE
& un Bal qui dura jufqu'au jour. Le len
demain jour de la fête du Roy , les Offi
ciers de Marine , qui font de l'Ordre de
Saint Louis , firent chanter le Te Deum
fuivant la coutume , & fe rendirent enfuite
chez le Commandant de la Marine ,
qui leur donna un grand repas.
le 14 d'Aouft dans la Chapelle du Roy
un Te Deum pour le rétabliffement de la
fanté de S. M. Après le Te Deum les Compagnies
de la Marine de ce Port frrent
trois décharges de moufqueterie , qui fu
rént fuivies de celles des boettes & de
tous les canons du Port & de la Rade.
Il y eut le foir une magnifique illumination
à l'Intendance , un grand louper >
$ &
210
LE MERCURE
& un Bal qui dura jufqu'au jour. Le len
demain jour de la fête du Roy , les Offi
ciers de Marine , qui font de l'Ordre de
Saint Louis , firent chanter le Te Deum
fuivant la coutume , & fe rendirent enfuite
chez le Commandant de la Marine ,
qui leur donna un grand repas.
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20
p. 210-211
« Le 12 Aoust, les Chevaliers Voyageurs & Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de [...] »
Début :
Le 12 Aoust, les Chevaliers Voyageurs & Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de [...]
Mots clefs :
Confrérie, Sieur du Val, Te Deum, Paris, Roi, Contribution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 12 Aoust, les Chevaliers Voyageurs & Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de [...] »
Le 12 Aouft , les Chevaliers Voyageurs &
Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de
Jerufalem , firent chanter dans leur Chapelle de
I'Eglife des RR . PP. Cordeliers du grand Cou
vent de Paris , une Meffe folemnelle , qui fut
celebrée par M. l'Evêque de Perigueux ; il entonna
enfuite l'Exaudiat & le Te Deum pour
l'heureux Rétabliffement de la Santé du Roy.
Le lendemain le fieur du Val Adminiftrateur
le fieur Etienne Sindic , les fieurs de la Val &
du Plain , Anciens ; les fleurs de Raye , Petit
Vifiteurs ; Jarry , Guillain , Bernard & Laurent,
Deputez , furent prefentez à Sa Majesté par M. le
Maréchal de Villeroy. Le fieur Louis Polycarpe
Jarry, Marchand Epicier Juré Contrôleur de la
Marchandife de Foin porta la parole au Roy
au nom de fes Confreres , & lui demanda fa
protection, pour la Confrerie , à l'imitation des
Roi fes predeceffeurs : Sa Majefté la lui promit
, & Elle agréa la Palme qui lui fut prefentée
par le fieur du Val
Dans
DE SEPTEMBRE 21I
Dans le tems que tout Paris retentifoit de la
Mufique des Te Deum & du bruit des boëtes
& des fulées tirées par toutes les Paroiffes &
Communautés de la Ville , M. le Curé de S. Benoift
s'eft diftingué par une dépenfe finguliere .
Il dit à tous fes Paroiffiens qu'il falloit pour
fignaler leur zéle au fujet de la Convalescence
de Sa Majefté faire une contribution un peu
forte. Chacun ne fe fit pas exhorter long tems ,
la recolte fut ample. Quand M le Curé de S.
Benoist eut ramaffe toutes les fommes qu'on lui
apporta pour affembler un grand Choeur de Mu
fique , & pour fournir aux frais d'un brillant artifice
, il partagea d'abord cet argent entre tous
les Pauvres de fa Paroiffe . Nouvelle forte de
fête dont l'idée n'eſt point pillée .
Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de
Jerufalem , firent chanter dans leur Chapelle de
I'Eglife des RR . PP. Cordeliers du grand Cou
vent de Paris , une Meffe folemnelle , qui fut
celebrée par M. l'Evêque de Perigueux ; il entonna
enfuite l'Exaudiat & le Te Deum pour
l'heureux Rétabliffement de la Santé du Roy.
Le lendemain le fieur du Val Adminiftrateur
le fieur Etienne Sindic , les fieurs de la Val &
du Plain , Anciens ; les fleurs de Raye , Petit
Vifiteurs ; Jarry , Guillain , Bernard & Laurent,
Deputez , furent prefentez à Sa Majesté par M. le
Maréchal de Villeroy. Le fieur Louis Polycarpe
Jarry, Marchand Epicier Juré Contrôleur de la
Marchandife de Foin porta la parole au Roy
au nom de fes Confreres , & lui demanda fa
protection, pour la Confrerie , à l'imitation des
Roi fes predeceffeurs : Sa Majefté la lui promit
, & Elle agréa la Palme qui lui fut prefentée
par le fieur du Val
Dans
DE SEPTEMBRE 21I
Dans le tems que tout Paris retentifoit de la
Mufique des Te Deum & du bruit des boëtes
& des fulées tirées par toutes les Paroiffes &
Communautés de la Ville , M. le Curé de S. Benoift
s'eft diftingué par une dépenfe finguliere .
Il dit à tous fes Paroiffiens qu'il falloit pour
fignaler leur zéle au fujet de la Convalescence
de Sa Majefté faire une contribution un peu
forte. Chacun ne fe fit pas exhorter long tems ,
la recolte fut ample. Quand M le Curé de S.
Benoist eut ramaffe toutes les fommes qu'on lui
apporta pour affembler un grand Choeur de Mu
fique , & pour fournir aux frais d'un brillant artifice
, il partagea d'abord cet argent entre tous
les Pauvres de fa Paroiffe . Nouvelle forte de
fête dont l'idée n'eſt point pillée .
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21
p. 10-16
Lettre écrite de Toulou[s]e, le 14 Septembre.
Début :
JE puis vous assurer, Monsieur, que si les Peuples n'ont jamais eu tant de sujet [...]
Mots clefs :
Roi, Te Deum, Compagnie, Joie, Chapelle, Illumination, Parlement, Chanter, Église, Acclamations, Fenêtres, Bougies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite de Toulou[s]e, le 14 Septembre.
Lettre écrite de Toulou e , le 14 Septembre.
J
E puis vous affurer , Monfieur , que fi
les Peuples n'ont jamais eu tant de fujer
de faire des réjouiffances , jamais auffi ils
n'en ont fait en plus grand nombre, ni avec
tant d'acclamations. Il y a près d'un mois
que la joye des Touloufains fournit
tous les jours des fpectacles auffi agréables
que variés. Je n'ay pas deffein de les
faire tous paffer fous vos yeux ; ceux même
dont je parlerai perdront beaucoup , car
je ne fuis propre ni à leur prérer les charmes
d'une vive deſcription ,ni d'humeur à prendre
dans mon imagination de quoi les embellir.
Après avoir reçu l'heureufe nouvelle
qui a réjoui toutes les Nations , le Parlement
s'affembla & fit chanter le Te Deum
dans la Salle du Palais . La Maifon de Ville
imita le même jour l'exemple du Parle
ment, qui le tranfinit , fi j'ofe ainfi parler ,
à tous les autres Corps . Les Magiftrats ,
les Capitouls & quantité de Particuliers
éclairerent à l'entrée de la nuit les portes
& les fenêtres de leurs maifons avec des
falors , des lanternes de papier & des bougies
, en forte que prefque toute la Ville fe
trouva illuminée.
Le 20 d'Août on chanta le Te Deum à
>
l'Eglife
D'OCTOBRE.
I
Eglife Metropolitaine de S. Etienne , à
laquelle on fit le foir des illuminations qui
durerent plufieurs nuits .
Le 21 , le Corps des Marchands fit chanter
un Te Deum ; la Bourfe fut magnifiquement
illuminée. Le Prevôt des Marchands
mit le feu au bucher au bruit des
tambours & des fanfarres , ce qui fut fuivi
de plufieurs décharges de moufqueterie
& de quantité de fufées volantes.
La Royale Compagnie des Penitens
Bleus à Touloufe , eft compofée des perfonnes
les plus qualifiées de la Ville & de
la Province. M. Cortade , Docteur ès
Droits , Avocat au Parlement , Syndic de la
Compagnie, fit ce Difcours à l'Affemblée ,
convoquée extraordinairement le 18 Aouft .
MESSIEURS ,
La joye commune , que je vois répandue fur
chacun de nous , annonce le fujet qui nous affemble
, & exprime mieux ce qu'elle m'empêche
prefque de dire. Si c'eftun foulagement de par.
ler des malheurs qu'on a évitez , je puis vous.
rappeller les jours plus longs que des années , où
à la premiere nouvelle de la maladie du Roy
tout le Royaume fut faifi & accablé d'une fi vive
douleur . Dans cet abbatement general ; nos
coeurs ont crié vers le Ciel , leur voix a été
écoute ; le Roy eft gueri. Reconnoillons que
D'eu a voulu nous apprendre par les grands
Princes qu'il nous a ôrez , à cherir de plus en
plus le une Prince qu'il nous laiffe . Aimons
donc
12 LE MERCURE
donc encore davantage , s'il eft poffible , un Roy ,
que tout nous affure devoir être le digne fuc
ceffeur de tant d'Auguftes Princes , dont le nom
eft bien mieux gravé dans nos coeurs , que dans
nos Regiſtres. En lui fe trouvent toutes les
vertus & les grandes qualitez qui , avec l'amour
des Sujets , attirent l'eftime & l'admiration de
PUnivers. Puiffe cet aimable Prince , faire longtems
notre bonheur ,& être les delices du monde !
Puiffe-t'il vivre , outre fes années , celles qui ont
manqué à fon Pere & à fon Ayeul , nez pour le
bonheur des hommes , & trop tôt enlevez à la
France. Je laiffe , Meffieurs , à des perfonnes
plus dignes de louer un fi grand Roy , à faire
fon éloge , où mon amour m'avoit indifcretement
engagé. Je ne dois vous parler que des
témoignages de joye que nous devons mêler
dans les chants d'allegreffe dont toute la
France retentit , & c.
A peine le Sindic eut fini fon Difcours
que fur les propofitions , il fut deliberé
unanimement & par acclamation , qu'un
Te Deum folemnel feroit chanté dans la
Chapelle Rayale le Vendredi 22 Août .
Qu'il y auroit enfuite Feu de joye & illumination
; que chaque Officier & Confrere
de la Compagnie donneroit en fon particulier
dans fa maifon des marques de fon
attachement à la Perfonne du Roy. Que
les Compagnies Superieures feroient invi-
1
* Louis XIII fit l'honneur à la Compagnie de s'infcrire
fur fes Regiftres le 23 Novembre 1621. Louis XIV .
le 19 O&obre 1659. M. le Duc de Bourgogne le 16 Fevrier
170 , & M. le Duc de Berri le 1 Fevrier de la
même année.
tées
D'OCTOBRE .
tées d'affifter au Te Deum ; que le quatriéme
jour du mois d'Août jour heureux
auquel le Roy s'eft trouvé guéri , feroit
ajouté au nombre des jours folemnels
de la Compagnie ; & qu'à perpetuité il
feroit chanté un Te Deum tous les ans dans
la Chapelle Royale, Nos defcendaņs ne
peuvent apprendre par trop de monumens,
quel a toujours été l'amour de leurs Peres
pour leur Prince. Il est beau d'ailleurs que
nous les engagions à partager encore après
plufieurs fiècles , la joye que nous reffentons
aujourd'hui , & à rendre à Dieu d'immortelles
Actions de graces pour l'éclatant
témoignage que nous venons de recevoir
de la bonté.
Mrs. Niquet & Aimar , Confeillers au <
Parlement , Maîtres de Chapelle , & M. le
Şindic , furent chargez du foin & de l'ordre
de la Fête , où tout s'eft paffé fort heureufement,
M. Lanes fit chanter par plus de cent
voix ou inftrumens un beau Te Deum de
fa compofition . M. Boyer , Chanoine
Theologal de l'Eglife de Toulouze , Confeiller
-Clerc au Parlement , & Prieur
nommé de la Compagnie , officia . On entendit
pendant & après le Te Deum diverſes
décharges de moufqueterie du Guet à pied ,
& dans les intervales un bruit de trompettes
, de timbales & de hautbois.
L'Illumination
14
LE MERCURE
L'illumination , des deux côtez de la
grande rue des Penitens Bleus dans toute
fa longueur , commença à huit heures du
foir. Elle étoit compofée de plus de 20000
lampions , bougies ou flambeaux de cire
blanche , & des falors qui formoient les
Armes du Roy & celles de la Royale Chapelle
, qui font un Lion d'or en champ
d'azur , avec ces mots autour : Sana me
Domine.
La couverture de la Chapelle , les fenêtres
& les murs étoient chargez de lampions
qui formoient diverfes figures. La
grande Porte , fur laquelle on avoit mis le
Portrait du Roy , étoit magnifiquement
ornée , & entourée de flambeaux de cire
blanche.
-
Les Chanoines Reguliers de S. Antoine,
affociez à la Royale Compagnie , qui ont
leur Maifon dans cette grande rue , avec
une très belle façade l'illuminerent
magnifiquement , ainfi que M. d'Arexis ,
Officier de la Compagnie , qui eft fur la
même ligne.
>
Vers les 9 heures , Mrs. le Sindic & le
Maître de Chapelle , allumerent le Feu qui
avoit été preparé , ayant chacun un flambeau
orné de fleurs de lys d'or fur un fond
bleu. La moufqueterie fe fit entendre , &
plus encore les acclamations réiterées de
Vive le Roy. Ils entrerent enfuite dans la
Salle
-D'OCTOBRE.
"IS
Salle de l'Opera , qui eſt vis à - vis , où il y
eut un magnifique fouper à quatre fervices.
Plufieurs tables furent fervies en même
tems. Le Sindic commença le repas par la
fanté du Roy, que tous les convives burent
debout & découverts . Cette Santé fut celebrée
par trois décharges des Soldats du
Guet , par un nombre infini de fulées , &
par les fanfarres .
Après le repas toute la Compagnie fe
rendit chez M. Niquet , & enfuite chez
M. Cortade , precedée des trompettes &
des hautbois , où l'on trouva encore des
Feux de joye , des illuminations , & des
rafraîchiffemens en très - grande abondance .
Le 23. Août il y eut Te Deum & illumination
à l'Eglife Abbatiale de S. Sernin
, & le lendemain l'Univerfité donna
les mêmes marques de joye .
;
Le 25 , jour de la Fête de Sa Majeſté
les Jefuites firent chanter le Te Deum à
leur Maiſon Profeffe , où il y eut le foir
illumination , ainfi qu'à leur Noviciat ,
à leur Seminaire & à plufieurs Maiſons
Religieufes qui font fous leur direction ;
Mais la principale fe fit à leur College,
Le toit des bâtimens des trois cours étoit
bordé de falots , auffi près qu'ils le pouvoient
être. Les fenêtres étoient garnies
de lanternes de papier & de plufieurs
rangs de bougies. Les portes étoient auffi
ornées
16 LE MERCURE
1
>
ornées de quantité de lampions , dont la
difference difpofition étoit fort agreable.
Rien n'étoit plus beau que de voir les
trois cours dont les bâtimens font
uniformes , fi bien illuminées. Au haut
de la tour qui domine fur tous les lieux
les plus élevez du voifinage , on voyoit
une belle Piramide de lumieres , & c'eft
de cet endroit que partoient les fufées
volantes qu'on tiroit fans ceffe.
Les jeunes Penfionnaires firent /merveille
; Les uns faifoient retentir la maiſon
de frequentes acclamations de Vive le Roy ;
les autres danfoient en rond des Chanfons
, compofées à la louange de Sa Majefté
, & le tefte avec de petits ferpenteaux
caufoient un defordre fort réjouiffant dans
la marche trop unie du Peuple , qui traverfoit
en foule les trois cours. Au furplus
, on admiroit deux grands Tableaux
artiftement découpez & placez entre un
grand nombre de lumieres & l'oeil des
fpectateurs qui prefentoient chacun un
Diftique Latin , écrit en caracteres brillans ,
& entouré d'ornemens que la lumiere
en paffant à travers des papiers de differentes
couleurs , diverfifioit très - agreablement.
>
Je finirai cet article par une petite Piéce,
34.
dont un de ces Penfionnaires eft l'Auteur.-
J
E puis vous affurer , Monfieur , que fi
les Peuples n'ont jamais eu tant de fujer
de faire des réjouiffances , jamais auffi ils
n'en ont fait en plus grand nombre, ni avec
tant d'acclamations. Il y a près d'un mois
que la joye des Touloufains fournit
tous les jours des fpectacles auffi agréables
que variés. Je n'ay pas deffein de les
faire tous paffer fous vos yeux ; ceux même
dont je parlerai perdront beaucoup , car
je ne fuis propre ni à leur prérer les charmes
d'une vive deſcription ,ni d'humeur à prendre
dans mon imagination de quoi les embellir.
Après avoir reçu l'heureufe nouvelle
qui a réjoui toutes les Nations , le Parlement
s'affembla & fit chanter le Te Deum
dans la Salle du Palais . La Maifon de Ville
imita le même jour l'exemple du Parle
ment, qui le tranfinit , fi j'ofe ainfi parler ,
à tous les autres Corps . Les Magiftrats ,
les Capitouls & quantité de Particuliers
éclairerent à l'entrée de la nuit les portes
& les fenêtres de leurs maifons avec des
falors , des lanternes de papier & des bougies
, en forte que prefque toute la Ville fe
trouva illuminée.
Le 20 d'Août on chanta le Te Deum à
>
l'Eglife
D'OCTOBRE.
I
Eglife Metropolitaine de S. Etienne , à
laquelle on fit le foir des illuminations qui
durerent plufieurs nuits .
Le 21 , le Corps des Marchands fit chanter
un Te Deum ; la Bourfe fut magnifiquement
illuminée. Le Prevôt des Marchands
mit le feu au bucher au bruit des
tambours & des fanfarres , ce qui fut fuivi
de plufieurs décharges de moufqueterie
& de quantité de fufées volantes.
La Royale Compagnie des Penitens
Bleus à Touloufe , eft compofée des perfonnes
les plus qualifiées de la Ville & de
la Province. M. Cortade , Docteur ès
Droits , Avocat au Parlement , Syndic de la
Compagnie, fit ce Difcours à l'Affemblée ,
convoquée extraordinairement le 18 Aouft .
MESSIEURS ,
La joye commune , que je vois répandue fur
chacun de nous , annonce le fujet qui nous affemble
, & exprime mieux ce qu'elle m'empêche
prefque de dire. Si c'eftun foulagement de par.
ler des malheurs qu'on a évitez , je puis vous.
rappeller les jours plus longs que des années , où
à la premiere nouvelle de la maladie du Roy
tout le Royaume fut faifi & accablé d'une fi vive
douleur . Dans cet abbatement general ; nos
coeurs ont crié vers le Ciel , leur voix a été
écoute ; le Roy eft gueri. Reconnoillons que
D'eu a voulu nous apprendre par les grands
Princes qu'il nous a ôrez , à cherir de plus en
plus le une Prince qu'il nous laiffe . Aimons
donc
12 LE MERCURE
donc encore davantage , s'il eft poffible , un Roy ,
que tout nous affure devoir être le digne fuc
ceffeur de tant d'Auguftes Princes , dont le nom
eft bien mieux gravé dans nos coeurs , que dans
nos Regiſtres. En lui fe trouvent toutes les
vertus & les grandes qualitez qui , avec l'amour
des Sujets , attirent l'eftime & l'admiration de
PUnivers. Puiffe cet aimable Prince , faire longtems
notre bonheur ,& être les delices du monde !
Puiffe-t'il vivre , outre fes années , celles qui ont
manqué à fon Pere & à fon Ayeul , nez pour le
bonheur des hommes , & trop tôt enlevez à la
France. Je laiffe , Meffieurs , à des perfonnes
plus dignes de louer un fi grand Roy , à faire
fon éloge , où mon amour m'avoit indifcretement
engagé. Je ne dois vous parler que des
témoignages de joye que nous devons mêler
dans les chants d'allegreffe dont toute la
France retentit , & c.
A peine le Sindic eut fini fon Difcours
que fur les propofitions , il fut deliberé
unanimement & par acclamation , qu'un
Te Deum folemnel feroit chanté dans la
Chapelle Rayale le Vendredi 22 Août .
Qu'il y auroit enfuite Feu de joye & illumination
; que chaque Officier & Confrere
de la Compagnie donneroit en fon particulier
dans fa maifon des marques de fon
attachement à la Perfonne du Roy. Que
les Compagnies Superieures feroient invi-
1
* Louis XIII fit l'honneur à la Compagnie de s'infcrire
fur fes Regiftres le 23 Novembre 1621. Louis XIV .
le 19 O&obre 1659. M. le Duc de Bourgogne le 16 Fevrier
170 , & M. le Duc de Berri le 1 Fevrier de la
même année.
tées
D'OCTOBRE .
tées d'affifter au Te Deum ; que le quatriéme
jour du mois d'Août jour heureux
auquel le Roy s'eft trouvé guéri , feroit
ajouté au nombre des jours folemnels
de la Compagnie ; & qu'à perpetuité il
feroit chanté un Te Deum tous les ans dans
la Chapelle Royale, Nos defcendaņs ne
peuvent apprendre par trop de monumens,
quel a toujours été l'amour de leurs Peres
pour leur Prince. Il est beau d'ailleurs que
nous les engagions à partager encore après
plufieurs fiècles , la joye que nous reffentons
aujourd'hui , & à rendre à Dieu d'immortelles
Actions de graces pour l'éclatant
témoignage que nous venons de recevoir
de la bonté.
Mrs. Niquet & Aimar , Confeillers au <
Parlement , Maîtres de Chapelle , & M. le
Şindic , furent chargez du foin & de l'ordre
de la Fête , où tout s'eft paffé fort heureufement,
M. Lanes fit chanter par plus de cent
voix ou inftrumens un beau Te Deum de
fa compofition . M. Boyer , Chanoine
Theologal de l'Eglife de Toulouze , Confeiller
-Clerc au Parlement , & Prieur
nommé de la Compagnie , officia . On entendit
pendant & après le Te Deum diverſes
décharges de moufqueterie du Guet à pied ,
& dans les intervales un bruit de trompettes
, de timbales & de hautbois.
L'Illumination
14
LE MERCURE
L'illumination , des deux côtez de la
grande rue des Penitens Bleus dans toute
fa longueur , commença à huit heures du
foir. Elle étoit compofée de plus de 20000
lampions , bougies ou flambeaux de cire
blanche , & des falors qui formoient les
Armes du Roy & celles de la Royale Chapelle
, qui font un Lion d'or en champ
d'azur , avec ces mots autour : Sana me
Domine.
La couverture de la Chapelle , les fenêtres
& les murs étoient chargez de lampions
qui formoient diverfes figures. La
grande Porte , fur laquelle on avoit mis le
Portrait du Roy , étoit magnifiquement
ornée , & entourée de flambeaux de cire
blanche.
-
Les Chanoines Reguliers de S. Antoine,
affociez à la Royale Compagnie , qui ont
leur Maifon dans cette grande rue , avec
une très belle façade l'illuminerent
magnifiquement , ainfi que M. d'Arexis ,
Officier de la Compagnie , qui eft fur la
même ligne.
>
Vers les 9 heures , Mrs. le Sindic & le
Maître de Chapelle , allumerent le Feu qui
avoit été preparé , ayant chacun un flambeau
orné de fleurs de lys d'or fur un fond
bleu. La moufqueterie fe fit entendre , &
plus encore les acclamations réiterées de
Vive le Roy. Ils entrerent enfuite dans la
Salle
-D'OCTOBRE.
"IS
Salle de l'Opera , qui eſt vis à - vis , où il y
eut un magnifique fouper à quatre fervices.
Plufieurs tables furent fervies en même
tems. Le Sindic commença le repas par la
fanté du Roy, que tous les convives burent
debout & découverts . Cette Santé fut celebrée
par trois décharges des Soldats du
Guet , par un nombre infini de fulées , &
par les fanfarres .
Après le repas toute la Compagnie fe
rendit chez M. Niquet , & enfuite chez
M. Cortade , precedée des trompettes &
des hautbois , où l'on trouva encore des
Feux de joye , des illuminations , & des
rafraîchiffemens en très - grande abondance .
Le 23. Août il y eut Te Deum & illumination
à l'Eglife Abbatiale de S. Sernin
, & le lendemain l'Univerfité donna
les mêmes marques de joye .
;
Le 25 , jour de la Fête de Sa Majeſté
les Jefuites firent chanter le Te Deum à
leur Maiſon Profeffe , où il y eut le foir
illumination , ainfi qu'à leur Noviciat ,
à leur Seminaire & à plufieurs Maiſons
Religieufes qui font fous leur direction ;
Mais la principale fe fit à leur College,
Le toit des bâtimens des trois cours étoit
bordé de falots , auffi près qu'ils le pouvoient
être. Les fenêtres étoient garnies
de lanternes de papier & de plufieurs
rangs de bougies. Les portes étoient auffi
ornées
16 LE MERCURE
1
>
ornées de quantité de lampions , dont la
difference difpofition étoit fort agreable.
Rien n'étoit plus beau que de voir les
trois cours dont les bâtimens font
uniformes , fi bien illuminées. Au haut
de la tour qui domine fur tous les lieux
les plus élevez du voifinage , on voyoit
une belle Piramide de lumieres , & c'eft
de cet endroit que partoient les fufées
volantes qu'on tiroit fans ceffe.
Les jeunes Penfionnaires firent /merveille
; Les uns faifoient retentir la maiſon
de frequentes acclamations de Vive le Roy ;
les autres danfoient en rond des Chanfons
, compofées à la louange de Sa Majefté
, & le tefte avec de petits ferpenteaux
caufoient un defordre fort réjouiffant dans
la marche trop unie du Peuple , qui traverfoit
en foule les trois cours. Au furplus
, on admiroit deux grands Tableaux
artiftement découpez & placez entre un
grand nombre de lumieres & l'oeil des
fpectateurs qui prefentoient chacun un
Diftique Latin , écrit en caracteres brillans ,
& entouré d'ornemens que la lumiere
en paffant à travers des papiers de differentes
couleurs , diverfifioit très - agreablement.
>
Je finirai cet article par une petite Piéce,
34.
dont un de ces Penfionnaires eft l'Auteur.-
Fermer
22
p. 19-23
« Le même jour 25 Août, les Tresoriers de France, apres les Actions de graces renduës [...] »
Début :
Le même jour 25 Août, les Tresoriers de France, apres les Actions de graces renduës [...]
Mots clefs :
Te Deum, Place, Académie de musique, Joie, Roi, Ville, Peuple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le même jour 25 Août, les Tresoriers de France, apres les Actions de graces renduës [...] »
Le même jour as Août , les Treforiers
de France , après les Actions de graces ren-
* Le Roi ayant fait fçavoir fa guériſon aux Penſion
naires , ils lui envoyerent pour le remercier une Chanfon
impromptue
Bij dues
10 LE MERCURES
dues au Tout-puiffant,illuminerent magnifiquement
la Place du Salin , où l'on tira
quantité de lances à feu , au bruit des tambours
, des trompettes & des décharges de
moufquererie.
Le 27 fut remarquable par les réjouïlfances
de la nouvelle Academie de Mufique
, formée fur le modele de celle de
Montpellier. Elle doit fa naiffance à quelques
jeunes gens , qui en ayant conçu
l'idée lorqu'ils mangeoient un Alloyau ,
s'affemblerent les jours fuivans autour d'un
pareil mets , pour en dreffer les Statuts. Ils
prirent le titre d'Academiciens de l'Aloyaus.
de crainte fans doute qu'on ne le leur
donnât. Cette Academie eft à prefent com
pofée de tout ce qu'il y a de gens de merite
& de confideration dans la Ville . Ceux
qui y font reçûs donnent cent livres par
an ; moyennant quoi ils ont place pour
eux & pour deux de leurs amis , aux Con
certs qu'on donne deux fois la femaine.
Ces Meffieurs firent chanter le Te Deum
de Lully , d'une maniere à n'y rien defirer
; avec les plus excellentes voix & les
meilleurs Symphoniſtes de la Ville , les
perfonnes les plus diftinguées dans la Robe
& dans l'Epée qui s'appliquent à la Mufique
, y chanterent ou y jouérent des inftrumens.
La maifon de l'Affemblée , où
les Academiciens fouperent , fut ornée
en
D'OCTOBRE. 21
en dehors de quantité de Buftes & de Tableaux
, & parfaitement illuminée. Deux
fontaines de Vin coulerent toute la nuit.
Le 28 on chanta le Te Deum dans la
Metropole par ordre de la Cour. Le Parlement
, les Capitouls , l'Univerfité y affifterent.
Il y eut le foir dans la Ville illumination
generale , des feux de joye
dans toutes les rues , au tour defquels on
voyoit le Peuple danfer , & c.
Le 29 , les Notaires & l'Academie des
Jeux Floraux donnerent aufli des marques
de leur joye après la Meffe , le Te Deum ,
& c .
Le 30 & les jours fuivans , il y eut encore
d'autres fêtes & folemnitez . Le Peuple
affiftoit en foule à ces ceremonies , &
on peut affurer que la devotion y en attiroit
beaucoup plus que la curiofité. Je
fus fur-tour fort édifié d'une bonne vieille ,
auprès de qui je me trouvai à un de ces Te
Deum ; elle fe profternoit plufieurs fois la
face contre terre , en parcourant fon Chapelet
, & en difant avec ferveur fur chaque
grain Vive le Roy , Amen.
Les PP. de l'Oratoire ont pris part à la
joye publique de la maniere du monde la
plus Chrétienne. Adorant la main du
Très- Haut dans la confervation de S. M.
ils lui ont témoigné leur reconnoiffance
en la perfonne de fes ineinbres fouffrans
aufquels
22 LE MERCURE
aufquels ils diftribuérent une fomme d'ar
gent très-confiderable , eu égard au grand
nombre de befoins qu'elle foulagea.
Le 2 Septembre Mrs. de la Monnoye ſe
fignalerent en fomptuofitez , & le 4 le Te
Deum & Fillumination fut chez les Peni
tens Gris , qui découvrirent une partie
du toit de leur Chapelle pour le mieux
illuminer ; & felon le génie propre aux
Artifans ils drefferent fur la Porte un
grand échafaut , où l'on voyoit fur un dais
de papier doré , la reprefentation du Roy
tenant fon Lit de Juftice .
Le s5, la
Confrerie
des
Penitens
Noirs
,
prefque
entierement
compofée
de
riches
Marchands
, fit
des
réjouiffances
dignes
de
terminer
toutes
les
autres
.
Le
dehors
de
leur
magnifique
Chapelle
, fut
après
le
Te
Deum
très
- ingenieufement
illuminé
par
plufieurs
rangées
de
lanternes
, de
bougies
, de
falots
& de
flambeaux
de
cire
blanche
, qui
éclairoient
nombre
de
Devifes
, au
milieu
defquelles
le
Portrait
du
Roy
étoit
placé
fous
un
Dais
. Voici
deux
de
ces
Devifes
que
j'ai
retenues
. Un
Soleil
fortant
d'un
nuage
, &
pour
ame
ces
mots
,
Nunc
illuftrabit
omnia
. Le
Soleil
qui
fort
de
l'Eclipfe
, &
Terruit
orbem
. Les
maifons
autour
de
la
place
étoient
illuminées
;
on
avoit
élevé
des
Arcs
de
Triomphe
au
bout
des
quatre
rues
qui
y aboutiffent
,
*
22
qui
D'OCTOBRE. 23
qui faifoient face au Feu d'artifice conftruit
au milieu de la place en forme d'o .
belifque , & qui fut très - heureulement
executé. Je fuis , & c.
de France , après les Actions de graces ren-
* Le Roi ayant fait fçavoir fa guériſon aux Penſion
naires , ils lui envoyerent pour le remercier une Chanfon
impromptue
Bij dues
10 LE MERCURES
dues au Tout-puiffant,illuminerent magnifiquement
la Place du Salin , où l'on tira
quantité de lances à feu , au bruit des tambours
, des trompettes & des décharges de
moufquererie.
Le 27 fut remarquable par les réjouïlfances
de la nouvelle Academie de Mufique
, formée fur le modele de celle de
Montpellier. Elle doit fa naiffance à quelques
jeunes gens , qui en ayant conçu
l'idée lorqu'ils mangeoient un Alloyau ,
s'affemblerent les jours fuivans autour d'un
pareil mets , pour en dreffer les Statuts. Ils
prirent le titre d'Academiciens de l'Aloyaus.
de crainte fans doute qu'on ne le leur
donnât. Cette Academie eft à prefent com
pofée de tout ce qu'il y a de gens de merite
& de confideration dans la Ville . Ceux
qui y font reçûs donnent cent livres par
an ; moyennant quoi ils ont place pour
eux & pour deux de leurs amis , aux Con
certs qu'on donne deux fois la femaine.
Ces Meffieurs firent chanter le Te Deum
de Lully , d'une maniere à n'y rien defirer
; avec les plus excellentes voix & les
meilleurs Symphoniſtes de la Ville , les
perfonnes les plus diftinguées dans la Robe
& dans l'Epée qui s'appliquent à la Mufique
, y chanterent ou y jouérent des inftrumens.
La maifon de l'Affemblée , où
les Academiciens fouperent , fut ornée
en
D'OCTOBRE. 21
en dehors de quantité de Buftes & de Tableaux
, & parfaitement illuminée. Deux
fontaines de Vin coulerent toute la nuit.
Le 28 on chanta le Te Deum dans la
Metropole par ordre de la Cour. Le Parlement
, les Capitouls , l'Univerfité y affifterent.
Il y eut le foir dans la Ville illumination
generale , des feux de joye
dans toutes les rues , au tour defquels on
voyoit le Peuple danfer , & c.
Le 29 , les Notaires & l'Academie des
Jeux Floraux donnerent aufli des marques
de leur joye après la Meffe , le Te Deum ,
& c .
Le 30 & les jours fuivans , il y eut encore
d'autres fêtes & folemnitez . Le Peuple
affiftoit en foule à ces ceremonies , &
on peut affurer que la devotion y en attiroit
beaucoup plus que la curiofité. Je
fus fur-tour fort édifié d'une bonne vieille ,
auprès de qui je me trouvai à un de ces Te
Deum ; elle fe profternoit plufieurs fois la
face contre terre , en parcourant fon Chapelet
, & en difant avec ferveur fur chaque
grain Vive le Roy , Amen.
Les PP. de l'Oratoire ont pris part à la
joye publique de la maniere du monde la
plus Chrétienne. Adorant la main du
Très- Haut dans la confervation de S. M.
ils lui ont témoigné leur reconnoiffance
en la perfonne de fes ineinbres fouffrans
aufquels
22 LE MERCURE
aufquels ils diftribuérent une fomme d'ar
gent très-confiderable , eu égard au grand
nombre de befoins qu'elle foulagea.
Le 2 Septembre Mrs. de la Monnoye ſe
fignalerent en fomptuofitez , & le 4 le Te
Deum & Fillumination fut chez les Peni
tens Gris , qui découvrirent une partie
du toit de leur Chapelle pour le mieux
illuminer ; & felon le génie propre aux
Artifans ils drefferent fur la Porte un
grand échafaut , où l'on voyoit fur un dais
de papier doré , la reprefentation du Roy
tenant fon Lit de Juftice .
Le s5, la
Confrerie
des
Penitens
Noirs
,
prefque
entierement
compofée
de
riches
Marchands
, fit
des
réjouiffances
dignes
de
terminer
toutes
les
autres
.
Le
dehors
de
leur
magnifique
Chapelle
, fut
après
le
Te
Deum
très
- ingenieufement
illuminé
par
plufieurs
rangées
de
lanternes
, de
bougies
, de
falots
& de
flambeaux
de
cire
blanche
, qui
éclairoient
nombre
de
Devifes
, au
milieu
defquelles
le
Portrait
du
Roy
étoit
placé
fous
un
Dais
. Voici
deux
de
ces
Devifes
que
j'ai
retenues
. Un
Soleil
fortant
d'un
nuage
, &
pour
ame
ces
mots
,
Nunc
illuftrabit
omnia
. Le
Soleil
qui
fort
de
l'Eclipfe
, &
Terruit
orbem
. Les
maifons
autour
de
la
place
étoient
illuminées
;
on
avoit
élevé
des
Arcs
de
Triomphe
au
bout
des
quatre
rues
qui
y aboutiffent
,
*
22
qui
D'OCTOBRE. 23
qui faifoient face au Feu d'artifice conftruit
au milieu de la place en forme d'o .
belifque , & qui fut très - heureulement
executé. Je fuis , & c.
Fermer
23
p. 164-165
« On mande de Valognes du 14 Septembre, que le Samedy 30 Août les Ecoliers representerent [...] »
Début :
On mande de Valognes du 14 Septembre, que le Samedy 30 Août les Ecoliers representerent [...]
Mots clefs :
Musique, Feux, Communautés, Te Deum, Valognes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Valognes du 14 Septembre, que le Samedy 30 Août les Ecoliers representerent [...] »
On mande de Valogues du 14 Septembre
que le Samely 30 Août les Ecoliers reprefen- .
terent la Tragedie du Cid , entre mêlée de Batlets
, de Simphonie & de Mufique , qui fut fuivie
de
'D'OCTOBRE. 169
de la Comedie du Bourgeois Gentilhomme
très bien executée par les foins de M. l'Abbé
Boquet , dont tout le Prologue rouloit fur la
convalefcence de Sa Ma té.
Le lendemain qui étoit deftiné pour les feux
de joye, la fête fut annoncée dès la pointe du
jour par tous les Tambours.
A Pilue des Vêpres , où avoient affifté les
Corps du Bailliage & Vicomté , Mr. le Gou-
• verneur à leur tête , & toutes les Communautés
tant Seculieres que Regulieres , le Te Deum y
fut entonné par Mr. Delailly Archidiacre & Curé
de la Ville , & continué en Mufique avec fim-.
phonie , & au bruit des c'oches qui compofent
fans contredit la plus belle fonnerie de la
Province. L'Exaudiar fut auffi chanté. On fe
rendit enfuite à la place du Château , où étoit
préparé un grand bûcher , qui fut allumé par
le Gouverneur , & les Maire & Echevins ; toute
la Bourgeoise étant fous les armes . Sur les
neuf heures la Ville parut toute en feu , par la
quantité de lampions & chandelles qui furent
placés jufques fur les toicts L'on tira toute
la nuit des fufées volantes , boëttes , & autres
feux d'artifices . Toutes les Communautés ont
fuivi cet exemple ; l'Abbaye Royale de Protection
, dout Madame de Saint Pierre , four
de Mr. le Comte de Saint Pierre , premier
Ecuyer de Madame la Regente , eft Abelle, s'eſt
diftinguée par la Mufique, les illuminations , &c.
que le Samely 30 Août les Ecoliers reprefen- .
terent la Tragedie du Cid , entre mêlée de Batlets
, de Simphonie & de Mufique , qui fut fuivie
de
'D'OCTOBRE. 169
de la Comedie du Bourgeois Gentilhomme
très bien executée par les foins de M. l'Abbé
Boquet , dont tout le Prologue rouloit fur la
convalefcence de Sa Ma té.
Le lendemain qui étoit deftiné pour les feux
de joye, la fête fut annoncée dès la pointe du
jour par tous les Tambours.
A Pilue des Vêpres , où avoient affifté les
Corps du Bailliage & Vicomté , Mr. le Gou-
• verneur à leur tête , & toutes les Communautés
tant Seculieres que Regulieres , le Te Deum y
fut entonné par Mr. Delailly Archidiacre & Curé
de la Ville , & continué en Mufique avec fim-.
phonie , & au bruit des c'oches qui compofent
fans contredit la plus belle fonnerie de la
Province. L'Exaudiar fut auffi chanté. On fe
rendit enfuite à la place du Château , où étoit
préparé un grand bûcher , qui fut allumé par
le Gouverneur , & les Maire & Echevins ; toute
la Bourgeoise étant fous les armes . Sur les
neuf heures la Ville parut toute en feu , par la
quantité de lampions & chandelles qui furent
placés jufques fur les toicts L'on tira toute
la nuit des fufées volantes , boëttes , & autres
feux d'artifices . Toutes les Communautés ont
fuivi cet exemple ; l'Abbaye Royale de Protection
, dout Madame de Saint Pierre , four
de Mr. le Comte de Saint Pierre , premier
Ecuyer de Madame la Regente , eft Abelle, s'eſt
diftinguée par la Mufique, les illuminations , &c.
Fermer
24
p. 165-166
« Les Prieres & les réjoüissances ont été faites à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglise [...] »
Début :
Les Prieres & les réjoüissances ont été faites à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglise [...]
Mots clefs :
Étampes, Église, Bourgeois, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Prieres & les réjoüissances ont été faites à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglise [...] »
Les Prieres & les réjouiffances ont été faites
à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglife
Royale & Collegiale Notre - Dame.
Le lendemain 25 fête de Saint Louis , les
Bourgeois de la rue de la Juiverie fe font auli
figna'és en particulier à leur ordinaire ; car:
après avoir affifté au Te Deum chanté dans
l'Eglife
166 LE MERCURE
l'Eglife de Saint Bafile leur Paroiffe , & avor
mis des illuminations aux fenêtres ; ils ont fait
tirer un feu dreffé au milieu de la ruë , précedé
d'un petit Difcours prononcé par l'un d'eux ,
au fujet de la convalefcence du Roy , qui fut
fuivi des acclamations de Vive le Roy , & de
toutes les autres marques de joie que peuvent
donner de bons & fidelles Sujets.
à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglife
Royale & Collegiale Notre - Dame.
Le lendemain 25 fête de Saint Louis , les
Bourgeois de la rue de la Juiverie fe font auli
figna'és en particulier à leur ordinaire ; car:
après avoir affifté au Te Deum chanté dans
l'Eglife
166 LE MERCURE
l'Eglife de Saint Bafile leur Paroiffe , & avor
mis des illuminations aux fenêtres ; ils ont fait
tirer un feu dreffé au milieu de la ruë , précedé
d'un petit Difcours prononcé par l'un d'eux ,
au fujet de la convalefcence du Roy , qui fut
fuivi des acclamations de Vive le Roy , & de
toutes les autres marques de joie que peuvent
donner de bons & fidelles Sujets.
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25
p. 166-167
« Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre Eglise Metropolitaine & Primatialle de Sens, [...] »
Début :
Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre Eglise Metropolitaine & Primatialle de Sens, [...]
Mots clefs :
Sens, Église métropolitaine, Officiers, Chanoines, Corps de ville, Chapitre, Te Deum, Feu de joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre Eglise Metropolitaine & Primatialle de Sens, [...] »
Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre
Eglife Metropolitaine & Primatialle de Sens ,
une Meffe folemne le avec les plus magnifiques
ornemens : la Table d'Or enrichie de Pierreries
étoit expofée , ce qui n'a coutume de ſe faire
qu'aux deux Fêtes de S. Etienne notre Patron ;
Mrs. du Prefidial , le Corps de Ville , l'Election ,
les Officiers de notre garnifon & les autres Compagnies
y affifterent . Mrs. nos Chanoines étoient
revêtus de leurs Soutannes rouges, comme aux
Fêtes annuelles.
Après Vêpres le Te Deum fut chanté , auquel,
de même qu'à la Meffe , affifterent toutes les
Compagnies enfuite le Corps de Ville fit allamer
un Feu de joye dans la grande Place de
S. Etienne , la Bourgeoifie étoit fous les armes
rangée fous fes Enfeignes , les Officiers des
Quartiers à leur tête , il fe fit une décharge generale
, & on tira les canons de la Ville , qui
retentit d'acclamations jufqu'au Lundi matin.
Le Chapitre donna à fon tour des marques
de fon zéle. Sur les fix heures du foir on expofa
le S. Sacrement dans l'Eglife Metropolitaine
, & après la Benediction , Mrs. les Chanoines
fortirent proceffionnellement de l'Eglife ,
revêtus de leurs habits de Ceremonie ils fe
rendirent dans leur Cloître en chantant des
Pleaumes & des Antienues convenables les.
principales Dignitez & les plus anciens Cha-
Y
noines
D'OCTOBRE. 167
noines allumerent enfemble le feu qu'ils avoient
fait preparer , pendant lequel on fonna toutes
les cloches des deux Tours ; enfuite Mr Fenel ,
Doyen , donna un magnifique fouper au Chapitre.
Le reste da jour & pendant toute la nuit on
alluma des feux particuliers dans les Places pu
bliques , Carrefours & autres endroits convenables
, toutes les maifons étoient illuminées ;
plufieurs Bourgeois avoient fait dreffer des Tables
devant leurs portes , & les paffans étoient
invités à boire la fanté de Sa Majesté.
Le Sr Gibier de Serbois , Vicomte de Sens ,
s'eft diftingué plus que perfonne ; pendant deux
nuits entieres toure fa maiſon été illuminée ,
plufieurs fontaines de Vin couloient aux coins
de fa cour ; un grand nombre de fufées de toutes
façons , & qu'il avoit lui - même preparées , ont
fait admirer fon zéle & fa liberalité.
Eglife Metropolitaine & Primatialle de Sens ,
une Meffe folemne le avec les plus magnifiques
ornemens : la Table d'Or enrichie de Pierreries
étoit expofée , ce qui n'a coutume de ſe faire
qu'aux deux Fêtes de S. Etienne notre Patron ;
Mrs. du Prefidial , le Corps de Ville , l'Election ,
les Officiers de notre garnifon & les autres Compagnies
y affifterent . Mrs. nos Chanoines étoient
revêtus de leurs Soutannes rouges, comme aux
Fêtes annuelles.
Après Vêpres le Te Deum fut chanté , auquel,
de même qu'à la Meffe , affifterent toutes les
Compagnies enfuite le Corps de Ville fit allamer
un Feu de joye dans la grande Place de
S. Etienne , la Bourgeoifie étoit fous les armes
rangée fous fes Enfeignes , les Officiers des
Quartiers à leur tête , il fe fit une décharge generale
, & on tira les canons de la Ville , qui
retentit d'acclamations jufqu'au Lundi matin.
Le Chapitre donna à fon tour des marques
de fon zéle. Sur les fix heures du foir on expofa
le S. Sacrement dans l'Eglife Metropolitaine
, & après la Benediction , Mrs. les Chanoines
fortirent proceffionnellement de l'Eglife ,
revêtus de leurs habits de Ceremonie ils fe
rendirent dans leur Cloître en chantant des
Pleaumes & des Antienues convenables les.
principales Dignitez & les plus anciens Cha-
Y
noines
D'OCTOBRE. 167
noines allumerent enfemble le feu qu'ils avoient
fait preparer , pendant lequel on fonna toutes
les cloches des deux Tours ; enfuite Mr Fenel ,
Doyen , donna un magnifique fouper au Chapitre.
Le reste da jour & pendant toute la nuit on
alluma des feux particuliers dans les Places pu
bliques , Carrefours & autres endroits convenables
, toutes les maifons étoient illuminées ;
plufieurs Bourgeois avoient fait dreffer des Tables
devant leurs portes , & les paffans étoient
invités à boire la fanté de Sa Majesté.
Le Sr Gibier de Serbois , Vicomte de Sens ,
s'eft diftingué plus que perfonne ; pendant deux
nuits entieres toure fa maiſon été illuminée ,
plufieurs fontaines de Vin couloient aux coins
de fa cour ; un grand nombre de fufées de toutes
façons , & qu'il avoit lui - même preparées , ont
fait admirer fon zéle & fa liberalité.
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26
p. 167-168
« A Caudebec, le 19 Août 1721. Je vous ai promis, Monsieur, de vous mander la fête que [...] »
Début :
A Caudebec, le 19 Août 1721. Je vous ai promis, Monsieur, de vous mander la fête que [...]
Mots clefs :
Canon, M. de Francheville, Fête, Roi, Église, Bruit, Santé, Feu, Cidre, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A Caudebec, le 19 Août 1721. Je vous ai promis, Monsieur, de vous mander la fête que [...] »
A Caudebec , le 19 Août 1721. Je vous ai
promis , Monfieur , de vous mander la fête que
M. de Francheville , Gentilhomme fervant de
Sa Majefté , a donné pour le rétabliſſement de la
fanté du Roy tout y a été magnifique , bien
ordonné & bien executé. Le 17 dès que le feu
de joye de la Ville fut fait il fit tirer trois
coups de canon pour annoncer fa fête pour le
lendemain & commença par envoyer de la
vande aux Religieufes , aux Capucins , & à
l'Hôpital , avec du Cidre , & à chacun un fac
de bled , & aux pauvres Prifonniers de l'argent.
Le 18 à fix heures du matin il fit tirer le canon,
& à dix tous les principaux Mrs. & Dames de
la Ville fe rendirent chez lui pour aller à l'Eglife
, qui étoit tendue magnifiquement. La
grande Meffe fut chantée , & enfuite le Te Deum
au bruit du canon & de la moufqueterie. On
forcie
168 LE MERCURE
>
fortit de la cour de M. de Francheville dans
cet ordre ; la Compagnie des Archers du Prevôt
à cheval , l'épée à la main un Trompette a
lear têtes enfuite une Compagnie de Bourgeois
avec fix Tambours , fix Violons & deux Baffes ;
après M. & Madame de Francheville & tous les
conviés , & une infinité de Peuple qui crioit
Vive le Roy. On revint de la même maniere de
l'Eglife ; il y eut trois tables fervies à midy ;
& fur les fept heures on fut dans le même or
dre qu'à l'Eglife , allumer le feu fur le Quay ,
où il y avoit un tonneau de Cidre pour le
Peuple. Cette Ceremonie fe fit au bruit de plufeurs
décharges de canon & de moufqueterie.
On rentra enfuite dans la maifon , qui étoit il
luminée de routes parts , où le bal commença ;
il fut interrompu à dix heures pour fervi les
tables, On but cent fois la fanté du Roy , toujours
au bruit du canon . La fête dura jufqu'à
fix heures du matin ; j'oubliois de vous dire que
M, de Francheville donna so fols par tête à tours
les Fuzeliers , qu'il y eut le foir une table pour
les Archers du Prevôt , &c.
promis , Monfieur , de vous mander la fête que
M. de Francheville , Gentilhomme fervant de
Sa Majefté , a donné pour le rétabliſſement de la
fanté du Roy tout y a été magnifique , bien
ordonné & bien executé. Le 17 dès que le feu
de joye de la Ville fut fait il fit tirer trois
coups de canon pour annoncer fa fête pour le
lendemain & commença par envoyer de la
vande aux Religieufes , aux Capucins , & à
l'Hôpital , avec du Cidre , & à chacun un fac
de bled , & aux pauvres Prifonniers de l'argent.
Le 18 à fix heures du matin il fit tirer le canon,
& à dix tous les principaux Mrs. & Dames de
la Ville fe rendirent chez lui pour aller à l'Eglife
, qui étoit tendue magnifiquement. La
grande Meffe fut chantée , & enfuite le Te Deum
au bruit du canon & de la moufqueterie. On
forcie
168 LE MERCURE
>
fortit de la cour de M. de Francheville dans
cet ordre ; la Compagnie des Archers du Prevôt
à cheval , l'épée à la main un Trompette a
lear têtes enfuite une Compagnie de Bourgeois
avec fix Tambours , fix Violons & deux Baffes ;
après M. & Madame de Francheville & tous les
conviés , & une infinité de Peuple qui crioit
Vive le Roy. On revint de la même maniere de
l'Eglife ; il y eut trois tables fervies à midy ;
& fur les fept heures on fut dans le même or
dre qu'à l'Eglife , allumer le feu fur le Quay ,
où il y avoit un tonneau de Cidre pour le
Peuple. Cette Ceremonie fe fit au bruit de plufeurs
décharges de canon & de moufqueterie.
On rentra enfuite dans la maifon , qui étoit il
luminée de routes parts , où le bal commença ;
il fut interrompu à dix heures pour fervi les
tables, On but cent fois la fanté du Roy , toujours
au bruit du canon . La fête dura jufqu'à
fix heures du matin ; j'oubliois de vous dire que
M, de Francheville donna so fols par tête à tours
les Fuzeliers , qu'il y eut le foir une table pour
les Archers du Prevôt , &c.
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27
p. 168-169
« A Bar-sur-Aube. Le Chapitre, la Maison de Ville, les Juridictions, Mrs les Officiers du [...] »
Début :
A Bar-sur-Aube. Le Chapitre, la Maison de Ville, les Juridictions, Mrs les Officiers du [...]
Mots clefs :
Ville, Bonheur, Joie, Te Deum, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A Bar-sur-Aube. Le Chapitre, la Maison de Ville, les Juridictions, Mrs les Officiers du [...] »
A Barfur Aube. Le Chapitre , la Maifon de
Ville , les Jurifdictions , Mrs les Officiers du
Grenier à Sel , les rs . des Aydes , & generalemene
toute la Ville , fans en exclure même
les enfans , ont celebré en general & en particu
lier la memoire d'un fi grand bonheur , avec
des marques de piété & de joye les plus vives
& les plus finceres. Les Te Deu & toutes les
autres Prieres & Actions de graces , les illuminations
, les cris d'allegreffe , les feux de jove
& d'artifice , les fontaines de Vin , les affem.
blées de Bourgeois , des Artifans , Voifins , les
Repas dans les rues , & les tables ouvertes ,
les Symphonies , les Danfes & les autres mar-
"
ques
D'OCTOBRE.. 169
ques de joye que produit une auffi heureufe
nouvelle que celle du proint rétabliſſement d'un
Roy comme celui que la France a le bonheur
d'avoir , ont certainement diftingué la Ville de
Bar-fur Aube dans le devoir qu'elle a rendu à
fon aimable Prince dans cette occafion , La
Compagnie du Jeu de l'Arquebu´e s'eſt fur - tout
fignalée. M. le Marquis d'Eftain , Colonel du
Regiment de Foreft , fils de M. le Comte d'Eftain
, Lieutenant General des Armées de Sa Majeſté
, fut par eux invité à leurs réjoüiflances ,
& y parut à leur tête .
Ville , les Jurifdictions , Mrs les Officiers du
Grenier à Sel , les rs . des Aydes , & generalemene
toute la Ville , fans en exclure même
les enfans , ont celebré en general & en particu
lier la memoire d'un fi grand bonheur , avec
des marques de piété & de joye les plus vives
& les plus finceres. Les Te Deu & toutes les
autres Prieres & Actions de graces , les illuminations
, les cris d'allegreffe , les feux de jove
& d'artifice , les fontaines de Vin , les affem.
blées de Bourgeois , des Artifans , Voifins , les
Repas dans les rues , & les tables ouvertes ,
les Symphonies , les Danfes & les autres mar-
"
ques
D'OCTOBRE.. 169
ques de joye que produit une auffi heureufe
nouvelle que celle du proint rétabliſſement d'un
Roy comme celui que la France a le bonheur
d'avoir , ont certainement diftingué la Ville de
Bar-fur Aube dans le devoir qu'elle a rendu à
fon aimable Prince dans cette occafion , La
Compagnie du Jeu de l'Arquebu´e s'eſt fur - tout
fignalée. M. le Marquis d'Eftain , Colonel du
Regiment de Foreft , fils de M. le Comte d'Eftain
, Lieutenant General des Armées de Sa Majeſté
, fut par eux invité à leurs réjoüiflances ,
& y parut à leur tête .
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28
p. 169-170
Lettre écrite de Vendôme par M. Rigault ancien Lieutenant General, & Echevin de la Ville, à M. le Duc de...
Début :
Nous avons reçû, Monseigneur, avec autant de joye que de soumission les ordres qu'il [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Général, Officiers, Roi, Joie, Te Deum, Milice, Cloches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite de Vendôme par M. Rigault ancien Lieutenant General, & Echevin de la Ville, à M. le Duc de...
Lettre écrite de Vendôme par M. Rigault ancien
Lieutenant General , & Echevin de la Ville
à M. le Duc de . •
Ous avons reçû , Monfeigneur , avec autant
joye que
vous a plû nous adreffer au ſujet de la conyalefcence
du Roy.
La Lettre de S. M. & la vôtre furent d'abord
notifices , & le feu general annoncé au fon des
trompettes & des tambours ... Le jour de S. Louis,
auquel devoit éclater notre joye , la Milice
Bourgeoise rangée fous quatre Drapeaux vint
fur les deux heures nous prendre à l'Hôtel de
de Ville ; de - là nous nous rendîmes en ordre
à l'Eglife Collegiale Royale de S. Georges , où
le Te Deum fut chanté par la Mufique au bruit
de toutes les cloches de la Ville , & de plufieurs
décharges de moufqueterie faites par la Milice
Bourgeoife , & quatre Compagnies du Regiment
du Colonel General Cavalerie. Le Clergé , les
Religieux Mandians , les Officiers du Bailliage ,
& Prevôté Royale , ceux des Elections & du
Grenier à Sel convoqués fuivant l'uſage , y affifterent
en ceremonie... Après le Te Deum on
P allum
170 LE MERCURE
alluma le grand bucher qui avoit été preparé...
Vis -à- vis on avoit placé deux tonneaux de Vin,
entourés de pampres & de lauriers , avec dés
Infcriptions convenables à la fête.. Après que
les Officiers , à l'exemple du Lieutenant General
& des Echevins , eurent bû la fanté du Roy,
& caffé leurs verres , tout retentit des acclamations
de Vive le Roy , repetées par les échos de
la montagne , & de tous les coeurs ouverts
à la joye on ne vit, plus dans les Places publiques
que feftins & que danfes... Sur le foir il y
eut un grand repas dans la Sale de l'Hôtel de
Ville , & jufques bien avant dans la nuit des ca
rillons de toutes les cloches , & par tout des il-
Juminations .
•
Depuis les differens Quartiers de la Ville ong
celebré la fanté du Roy par des feux d'artifice,
& des Te Deum chantés en Mufique , les Bour
geois étant toujours fous les armes , & commandés
par des Officiers richement vêtus . Chacun
d'eux a regalé fa Compagnie , & toutes ont
reçu des rafraîchiffemens dans l'Abbaye Cardinale...
Enfin les Officiers du Colonel General
& les Chanoines ont tiré des feux & fait des
illuminations pendant plufieurs jours : chacun
d'eux penfant terminer les fêtes publiques,. Heureux
, Monfeigneur , fi par- là nous pouvions témoigner
une partie de notre zéle pour la Perfonne
Sacrée du Roy , & meriter votre prorection
pour une Ville qui a l'honneur d'être
f'ancien Patrimoine , & la dépofitaire des cendres
de fes Ayeux , & qui par ces titres particuliers
, unis à ceux qui lui font communs avec
Les autres Villes du Royaume , fe croit mieux
fondée à efperer en fes bontés , & plus étroitement
obligée à faire des voeux pour fa confervation,
Lieutenant General , & Echevin de la Ville
à M. le Duc de . •
Ous avons reçû , Monfeigneur , avec autant
joye que
vous a plû nous adreffer au ſujet de la conyalefcence
du Roy.
La Lettre de S. M. & la vôtre furent d'abord
notifices , & le feu general annoncé au fon des
trompettes & des tambours ... Le jour de S. Louis,
auquel devoit éclater notre joye , la Milice
Bourgeoise rangée fous quatre Drapeaux vint
fur les deux heures nous prendre à l'Hôtel de
de Ville ; de - là nous nous rendîmes en ordre
à l'Eglife Collegiale Royale de S. Georges , où
le Te Deum fut chanté par la Mufique au bruit
de toutes les cloches de la Ville , & de plufieurs
décharges de moufqueterie faites par la Milice
Bourgeoife , & quatre Compagnies du Regiment
du Colonel General Cavalerie. Le Clergé , les
Religieux Mandians , les Officiers du Bailliage ,
& Prevôté Royale , ceux des Elections & du
Grenier à Sel convoqués fuivant l'uſage , y affifterent
en ceremonie... Après le Te Deum on
P allum
170 LE MERCURE
alluma le grand bucher qui avoit été preparé...
Vis -à- vis on avoit placé deux tonneaux de Vin,
entourés de pampres & de lauriers , avec dés
Infcriptions convenables à la fête.. Après que
les Officiers , à l'exemple du Lieutenant General
& des Echevins , eurent bû la fanté du Roy,
& caffé leurs verres , tout retentit des acclamations
de Vive le Roy , repetées par les échos de
la montagne , & de tous les coeurs ouverts
à la joye on ne vit, plus dans les Places publiques
que feftins & que danfes... Sur le foir il y
eut un grand repas dans la Sale de l'Hôtel de
Ville , & jufques bien avant dans la nuit des ca
rillons de toutes les cloches , & par tout des il-
Juminations .
•
Depuis les differens Quartiers de la Ville ong
celebré la fanté du Roy par des feux d'artifice,
& des Te Deum chantés en Mufique , les Bour
geois étant toujours fous les armes , & commandés
par des Officiers richement vêtus . Chacun
d'eux a regalé fa Compagnie , & toutes ont
reçu des rafraîchiffemens dans l'Abbaye Cardinale...
Enfin les Officiers du Colonel General
& les Chanoines ont tiré des feux & fait des
illuminations pendant plufieurs jours : chacun
d'eux penfant terminer les fêtes publiques,. Heureux
, Monfeigneur , fi par- là nous pouvions témoigner
une partie de notre zéle pour la Perfonne
Sacrée du Roy , & meriter votre prorection
pour une Ville qui a l'honneur d'être
f'ancien Patrimoine , & la dépofitaire des cendres
de fes Ayeux , & qui par ces titres particuliers
, unis à ceux qui lui font communs avec
Les autres Villes du Royaume , fe croit mieux
fondée à efperer en fes bontés , & plus étroitement
obligée à faire des voeux pour fa confervation,
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29
p. 171-172
« Les Officiers & Chevaliers du noble Jeu de l'Arquebuse de Reims, toujours zélés & très-fideles [...] »
Début :
Les Officiers & Chevaliers du noble Jeu de l'Arquebuse de Reims, toujours zélés & très-fideles [...]
Mots clefs :
Roi, Cartouche, Armes, Château de l'Arquebuse, Reims, Te Deum, Feu d'artifice, Effet merveilleux, Devise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Officiers & Chevaliers du noble Jeu de l'Arquebuse de Reims, toujours zélés & très-fideles [...] »
Les Officiers & Chevaliers du noble Jeu de
Arquebufe de Reims , toujours zélés & trèsfideles
Sujets de S. M. viennent de donner une
marque éclatante de leur joye pour le rétabliſfement
de la fanté du Roy , par un Te Deum
qu'ils ont fait chanter en actions de graces ,
chez les RR. PP . Cordeliers , qui fut fuivi d'un
Feu d'artifice tiré dans la grande Place de la
Couture , qui fait face à leur Château de l'Arquebufe.
Ce feu étoit fur un échafaut à quatre faces ,
où étoient les armes du Roy, au milieu on voyoit
un piedestal de cinq pieds de hauteur , au- deffus
duquel s'élevoit une Piramide très haute remplie
d'artifice , qui produifit un effet merveilleux.
Au premier Cartouche du piédeſtal étoit une
Devife qui avoit pour corps des ciprès de differente
hauteur , avec deux troncs d'arbres , an
dernier defquels étoit un rejetton , cette Deviſe
avoit pour ame ces paroles ;
Vivat & aquabit.
Et au-deffous de la Devife le Quatrain fuis
vant ,
Ceux qu'entre eux le plus on eftime
Dignement il remplacera ,
Quelque haute que foit leur cime ,
Qu'il vive il les égalera.
Au fecond Cartouche étoit peint un Soleit
prefque éclipfé , lançant le refte de ſes rayons
fur la Ville de Reims ,
Gratior inde redit.
Si cette nuit trop redoutable
• A jetté l'effroy dans les coeurs ,
Après l'orage & fes rigueurs ,
Mon retour eft plus agreable.
Pij Au
172
MERCURE LE
Au troifiéme Cartouche étoit peinte une Ruche
, de laquelle fortoient quantité d'abeilles
qui fuivoient leur Roy,
Illo incolumi , mens omnibus una .
De ce Peuple à mes Loix foumis ,
Mon falut ranime le zéle ,
Et dans tous les coeurs réunis
La joye en eft univerſelle .
Au quatriéme Cartouche , le corps de la De
vife étoit un Laurier menacé par la foudre,
Minatur tantum.
1 Non , point d'allarmes , point de crainte ,
La foudre qu'on voit s'élancer
Sans me donner aucune atteinte
S
Ne fera que me menacer.
Aux quatre coins de l'Appareil du Feu étoient
pofées les Armes de M. le Prince de Rohan
Gouverneur de la Province ; celles de M. le
Cardinal de Mailly , celles de la Ville, & celles
de la Compagnie de l'Arquebufe , au deffous def
quelles étoient quatre fontaines de Vin. Il y
avoit à chacun des quatre coins des Vive le
Roy.
La facade du Château de l'Arquebule étoit
illuminée par 300 lampions , qui faifoient un
effet merveilleux autour du Portrait du Roy
placé au-deffus de la Porte du Château , faus un
Dais magnifique , avec cette infcription ;
Multos ut vivat in annos .
?
Le tout fut terminé par un grand Repas , où
furent invitées plufieurs perfonnes de diſtinction .
Arquebufe de Reims , toujours zélés & trèsfideles
Sujets de S. M. viennent de donner une
marque éclatante de leur joye pour le rétabliſfement
de la fanté du Roy , par un Te Deum
qu'ils ont fait chanter en actions de graces ,
chez les RR. PP . Cordeliers , qui fut fuivi d'un
Feu d'artifice tiré dans la grande Place de la
Couture , qui fait face à leur Château de l'Arquebufe.
Ce feu étoit fur un échafaut à quatre faces ,
où étoient les armes du Roy, au milieu on voyoit
un piedestal de cinq pieds de hauteur , au- deffus
duquel s'élevoit une Piramide très haute remplie
d'artifice , qui produifit un effet merveilleux.
Au premier Cartouche du piédeſtal étoit une
Devife qui avoit pour corps des ciprès de differente
hauteur , avec deux troncs d'arbres , an
dernier defquels étoit un rejetton , cette Deviſe
avoit pour ame ces paroles ;
Vivat & aquabit.
Et au-deffous de la Devife le Quatrain fuis
vant ,
Ceux qu'entre eux le plus on eftime
Dignement il remplacera ,
Quelque haute que foit leur cime ,
Qu'il vive il les égalera.
Au fecond Cartouche étoit peint un Soleit
prefque éclipfé , lançant le refte de ſes rayons
fur la Ville de Reims ,
Gratior inde redit.
Si cette nuit trop redoutable
• A jetté l'effroy dans les coeurs ,
Après l'orage & fes rigueurs ,
Mon retour eft plus agreable.
Pij Au
172
MERCURE LE
Au troifiéme Cartouche étoit peinte une Ruche
, de laquelle fortoient quantité d'abeilles
qui fuivoient leur Roy,
Illo incolumi , mens omnibus una .
De ce Peuple à mes Loix foumis ,
Mon falut ranime le zéle ,
Et dans tous les coeurs réunis
La joye en eft univerſelle .
Au quatriéme Cartouche , le corps de la De
vife étoit un Laurier menacé par la foudre,
Minatur tantum.
1 Non , point d'allarmes , point de crainte ,
La foudre qu'on voit s'élancer
Sans me donner aucune atteinte
S
Ne fera que me menacer.
Aux quatre coins de l'Appareil du Feu étoient
pofées les Armes de M. le Prince de Rohan
Gouverneur de la Province ; celles de M. le
Cardinal de Mailly , celles de la Ville, & celles
de la Compagnie de l'Arquebufe , au deffous def
quelles étoient quatre fontaines de Vin. Il y
avoit à chacun des quatre coins des Vive le
Roy.
La facade du Château de l'Arquebule étoit
illuminée par 300 lampions , qui faifoient un
effet merveilleux autour du Portrait du Roy
placé au-deffus de la Porte du Château , faus un
Dais magnifique , avec cette infcription ;
Multos ut vivat in annos .
?
Le tout fut terminé par un grand Repas , où
furent invitées plufieurs perfonnes de diſtinction .
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30
p. 173-180
« Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...] »
Début :
Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...]
Mots clefs :
Ville, Roi, Échevins, Hôtel de ville, Feu, Joie, Hôtel, M. le bailli de Langeron, Bruit, Boîtes, Marseille, Galères, Santé, Pyramides, Vive le roi, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...] »
Les réjouiffances faites à Marseille , meritent
de terminer ces Relations. Rien ne
marque plus vivement l'amour des Peuples
pour leur Prince , que de trouver des fentimens
de joye auffi vifs dans une Ville
qui a été fi cruellement affligée on fe
gardera bien d'en affoiblir le tableau ; on
va le voir prefque tel qu'il nous a été envoyé
de Marfeille.
La nouvelle du rétabliffement de la fanté du
Roy ne fut pas plutôt fçûë à Marseille , qu'elle
y fit entierement oublier tous les maux & tous
les ravages que la contagion y a faits , & cette
Ville qui fembloit n'être plus confacrée qu'à
la trittelle & an deüil , parut dans un état de
joye fi extraordinaire , que l'on vit ce que peur
fur les cens d'uffi bons & fideles Sujets
l'amour refpectueux dont is brûlent pour la
Perfonne Augulte de Sa Majesté.
M. le Bailly de Langeron , Commandant
dans cette Ville , & à la fage & vigilante conduite
duquel ( fecondée du foin de Mrs, les
Ecnevins ) elle eft ridevable de fon falut , n'eut
pas befoin d'infpiser par fes ordres de l'ému
Iation à des Sujets fi bien difpoiés , & qu'i
faloit plutôt contenir qu'exciter 250
Mrs les Echevins firent avec empreffement
mille projets de fête & de réjouifiance ; Mis
du Corps des Galeres animés de la même ar
deur n'en fient pas moins , & chacun dans fon
département travailla pour faire éclater four
zele.
La Ville retentiffoit par tout des acclamas
tions & des Cris de Vive le Roy , les Eglifes
Pij
274 LE MERCURE
toure
qui par l'entiere ceflation du mal , y font ou
vertes depuis quelque temps , étoient remplies
d'une foule de peuple , qui y couroit de
part , pour rendre graces à Dieu , non de l'avoir
prefervé de la contagion , mais d'avoir établi
la fanté du Roy , comme leur étant infiniment:
plus chere & plus précieufe que la leur.
1
M. l'Evêque de Marfeille touché d'un empreffement,
fi conforme à fes fentimens , convint
avec M. le Bailly. de Langeron & avec
Mrs les Echevins de ne pas differer les réjouiffances
auffi long tems qu'il eût fallu pour mettre
à execution tous les préparatifs qu'on
avoit commencés , & on choifit le 15 du mois.
de Septembre pour faire chanter le Te Deum,
"T
Qui auroit dit qu'après une année entere
de calamités , on verroit dans cette Ville infortunée
un jour fi agréable ? chacun fembloit
chercher à fe dédommager de la trifteffe paflée ,.
Tur le bonheur prefent ; les fentimens de joyefe
répandoient par des tranfports d'autant plus.
grands , qu'ils avoient été plus long tems fufpendus
par une affreufe trifteffe.
M.. l'Evêque donna dans fon Palais à M. le
Bailly de Langeron , à Mrs les Echevins , & à
un grand nombre de perfonnes diftinguées , un
Tomptueux & magnifique dîner .
Sur les quatre heures tous les principaux.
Citoyens & Negociants s'étant rendus à l'Hôtel
de Ville pour accompagner Meffieurs les Echevins
, ces Magiftrats en fortirent en robes
rouges , précedés de leurs Gardes & gens de
Livrée , d'une nombreuſe bande de Violons &
Hautbois , & de quatre Compagnies de Soldats
qui marchoient en bon ordre , ayant tous à
leurs chapeaux des noeuds de rubans aux couleurs
de la Ville , conduits par les Capitainesde
Quartier , très richement vêtus. Ils étoient
1
précedéss
D'OCTOBRE 179
précédés par les Trompettes de la Ville à cheval ,
par un grand nombre de Tambours & Fiffres ,
& par plus de mille jeunes enfans. portants
des
Banderolles aux Armes du Roy , dont les cris
de Vive le Roy qu'ils redoubloient à tout moment
, joint au bruit des Fanfares & des Violons,
faifoient une harmonie cent fois plus belle &
plus réjouiffante que toutes celles qu'on ménage
par les regles de l'art.
Ils marcherent dans cet ordre vers l'Hôtel de
M. le Bailly de Langeron , qui ayant joint"
ces Magiftrats , fe mit à leur tête , précedé
de fes Gardes & de toute la Nobleffe qui
s'étoit renduë chés lui pour l'accompagner.
La marche continua dans le même ordre julqu'à
la Cathedrale , où ils arriverent au bruit des
boëtes & de la moufqueterie , à travers d'un
peuple infini qui bordoit par tout les paffages.
1
Le Te Deum y fut chanté folemnellement
par deux Choeurs de Mufique , M. l'Evêque y
officia pontificalement , & les actions de graces
rendues à Dieu , au bruit réiteré des boetes ,
ils fortirent pour fe rendre au Cours , où Mrs
les Echevins avoient fait élever un grand bucher,
& un feu d'artifice : la nuit qui commençoit
d'être clofe , ne fit qu'augmenter l'éclat de leur
marche , qui fut éclairée par trois cens flam
Beaux de cire blanche.
A leur approche du Cours une falve de 400
boëtes rangées le long de la Canebiere , fit
retentir les airs , & les accompagna jufqu'à la
place où le feu étoit préparé. L'étendue & la
beauté de cette Place , la fimetrie égale des maifons
, les illuminations qui regnoient à l'entour
fur toutes les façades , la multitude de peuples
de tout fexe & de tout âge , les cris d'alle
greffe qui étoieut pouffés parmi le bruit des
inftruments de guerre , faifoient un de ces mer-
Piiij . veilleux
176 LE MERCURE
veilleux effets qui enchantent , & qui font que
l'on eft tranfporté par des mouvements extraordinaires
.
A peine M. le Bailly de Langeron & Mrs
les Echevins eurent allumé le feu , que de fix
groffes colonnes d'artifice de quatorze pieds
de hauteur , qui étoient pofées autour pour
former des portiques , & dont les bafes & les
chapiteaux étoient d'or feint ; on vit partir fucceffivement
une fi prodigieufe quantité de gerbes
& de fufées , que l'air en parut tout à
Coup
embrafé, lefquelles tombant enfuite en pluye d'or,
en Cometes & en étoilles brillantes , remplifoient
tout ce vafte lieu de feux & deflammes , qui faifant
reculer Précipitamment la foule qui étoit à l'entour,
excitoient un agreable defor tre qui redoubla
la joye publique & les cris de Vive le Roy.
On conduifit dans le même ordre de marche
M. le Bailly de Langeron jufqu'à fon Hôtel ,
où en arrivant on entendit encore le bruit de
300 boëtes , & où l'on vit un appareil éclatant
qui annonçoit des magnificences qui ne de
voient terminer que bien tard cette grande
fête. Mrs les Echevins & toute la Nobleffe s'y
étant arrêtés , les Capitaines de Quartier avec
leur Compagnies , firent pendant ce temps tout
le tour de Ville , marchant en bon ordre , &c.
Dans ce même temps le Port de Marſeille
étoit tout en feu , & ce fpectacle plus brillant
& plus admirable que tout ce qu'on en peut ,
imaginer , y faifoit accourir tout le monde"
en foule tous les femparts , les tours de la
Ville , les deux Citadelles , le Fort de Notre-
Dame de la Garde , tout l'Arcenal , l'Hôtel de
Ville , l'Abbaye faint Victor , toutes les maifons
tant du côté de la Ville que de la Rive - neuve ;
enfin toutes les Galeres du Roy , illuminées "
d'une maniere extraordinaire , paroiffoient embrafées
D'OCTOBRE. 177
brafées par le moyen de plus d'un million de
bougies dont elles étoient couvertes.
1
Mais plus que tout , la façade de l'Hôtel de
Ville attiroit les yeux de tout le monde ; chacun
couroit fur la Place qui eft au devant ,
pour admirer de près tant d'éclatans & d'ingenieux
ouvrages , dont Mrs les Echevins l'avoient
faite orner ; plufieurs s'écartoient enfuite dans
le Port , dans des batteaux , pour admirer le
fpectacle brillant que cette façade prefentot
de loin à la vûë .
A cette façade fuperbe , qui eft d'une Architecture
d'ordre Compofite , & fur l'Attique que
porte le grand balcon de marbre blanc , étoient
élevées entre les colonnes de marbre rouge
jaſpé , trois piramides de feu de 28 pieds de hauteur
fur une bafe de 16 de largeur , qui s'apuyoie
fur la balustrade du balcon .
Celle du milieu étoit terminée par un groupe
de Genies qui portoient un écuffon magnifique
aux Armes du Roy , dont les trophées & fupports
éto ent rehauffez d'or . Sur le fronton de
ce, pompeux édifice , on voyoit un foleil brillant
, qui s'élevoit hos de la corniche.
Les deux autres piramides de feu étoient terminées
chacune par un tmpan chargé d'un
groupe de Genies portant des banderolles,
Du fommet du timpan s'élevoit une Renommée
qui avoit fur la tête une Couronne de lys &
de laurier , tenant d'une main deux palmes , &
de l'autre une trompette dont elle fembloit
fonner pour annoncer la joye & l'allegreffe de
Maríeille.
Dans les entrecolonnemens des portiques
étoient élevées les piramides de lampions &
falots, fous des feftons formés par des lampions ,
étoient de magnifiques Cartouches dans des
bordures de palmes & de laurier dorez , dans
l'un
978 LE MERCURE
F'un defquels étoit peinte en camayeu la pro
meffe que Dieu fit à Salomon dans le Livre
roifiéme des Rois , fur la durée de fon Regne.
Dans un autre étoit ce diſtique :
Quot feftos, Lodoice, tibi domus excitat ignes ,
Tot tibi corda ardent , tot tibi corda micant.
Et dans un troifiéme cet autre diſtique
où Marfeille qui fut honnorée autrefois du
titre de Soeur de Rome , eft entendue par
Altera Roma :
Ridet humus , rider Zephiris fpirantibus ather,
It tota in plaufus altera Roma novos.
A chaque bout du Balcon on avoit placé deux
lions en relief qui foutenoient les Armes de la
Ville , & de la gueule defquels couloient deuxfontaines
de vin..
Sur le fuperbe Ecuffon de marbre blanc aux
Armes du Roy , chef d'oeuvre du fameux Puget
de Marfeille , étoit expofé le portrait de Sa
Majefté , fous un fuperbe dais de velours cra
moifi , orné de franges d'or , éclairé de luftress
& d'une infinité de bougies.
1
Tout le monde étoit ainfi ravi , lorfque les
Citadelles , les Forts , & les Galeres ayant faic
leur décharges du canon , on vit s'élever de la
proue de chaque Galere une quantité prodigicufe
de gerbes & de fufées qui partirent tou
tes à la foist
L'Hôtel de M. le Bailly de Langeron étoit alors
illuminé d'une maniere finguliere , l'illuminations
du jardin qui eft fur le derriere , & qu'on découvroitdu
grand Portail de la Cour à travers les appartemens,
furprenoit d'abord les yeux. On voioit
au bout de ce jardin deux piramides de feu
de:
D'OCTOBRE. 179
de plus de trente pieds de hauteur , aux côtés
d'un grand portique terminé par un foleil brillant
, qui portoit dans un lointain où paroiffoit
fous des grands arbres une efpece de cafcade
de flammes tous les berceaux , terraffes , portiques
, arcades , compartiments de gazons ,
bordures de baffins , & tout ce qui figuroit dans
ce jardin , étoit marqué par des lampions.
Sous la Terraffe il y avoit de grands buffets
à divers gradins , garnis de toutes fortes de
vins & de liqueurs , dont les Officiers de ce
Commandant s'empreffoient de prefenter à tour
le monde. Les portes furent ouvertes pendant
toute la nuit on y fervit cinq tables d'une
delicateffe & d'une fumptuofité furprenante . La
fanté du Roy , qu'on eut l'honneur d'y boire,
fut accompagnée du bruit de 200 boètes & des
eris de Vive le Roy. Il y avoit Bal cependant
dans tous les appartemens- ; jamais on n'a vu
plus de joye & plus de magnificence. Cette
fuperbe fête ne fut terminée que le lendemain
à cinq heures du matin.
L'Hôtel de M. le Marquis de Pilles , Gou--
verneur Viguier de Marfeille , étoit auffi parfaitement
bien illuminé ; il y fit allumer au
devant un très beau feu , & jetter quantité de
fufées , deux. fontaines de vin exquis couloient
abondamment pour le peuple , il y eut un très
magnifique fouper , il fir diftribuer beaucoupd'argent
aux pauvres , & donna toutes les marques
poffibles de l'attachement & du zele qu'il
a toujours cu pour tout ce qui regarde Sat
Majefte.
M. de Vaucreffon Intendant des Galeres ,
regala ce même foir avec magnificence: les
principaux Officiers de cet illuftre Corps , dans
la maifon du Roy , qu'il avoit fait illuminer
d'une maniere admirable , aufli bien que tout
Arcenal
180 LE MERCURE
l'Arcenal. M. De Barras Commandant des Galeres
, avoit commencé le matin par un feſtin
qu'il donna dans fon Hôtel .
Chaque Citoyen dans fa maifon marquoit la
joye qu'il faifoit paroître au dehors. On voyoit
à l'éclat de celles de chacun de Mrs les Echevins
, par les grands feux qui brûloient devant ,
& aux aumônes qu'on y diftribua , l'ardeur de
ces zelés Magiftrats , qui ont fi genereufement
expofé leur vie pour la confervation de la Patrie
, & qui font toujours prêts de s'immoler
pour le fervice & pour la gloire du Roy.
Le Batiment des Infirmeries , dont l'aspect
a été fi long tempssaffreux , charmoit d'autant
plus tout le monde par l'illumination qui y
brilloit , & par le bruit des boêtes qu'on y
tiroit , que l'on jugeoit de là qu'il n'y reftoit
plus aucune idée du mal pafié , & que la fanté
y étant parfaite , rien ne détournoit les Officiers
de prendre part à la joye publique,
de terminer ces Relations. Rien ne
marque plus vivement l'amour des Peuples
pour leur Prince , que de trouver des fentimens
de joye auffi vifs dans une Ville
qui a été fi cruellement affligée on fe
gardera bien d'en affoiblir le tableau ; on
va le voir prefque tel qu'il nous a été envoyé
de Marfeille.
La nouvelle du rétabliffement de la fanté du
Roy ne fut pas plutôt fçûë à Marseille , qu'elle
y fit entierement oublier tous les maux & tous
les ravages que la contagion y a faits , & cette
Ville qui fembloit n'être plus confacrée qu'à
la trittelle & an deüil , parut dans un état de
joye fi extraordinaire , que l'on vit ce que peur
fur les cens d'uffi bons & fideles Sujets
l'amour refpectueux dont is brûlent pour la
Perfonne Augulte de Sa Majesté.
M. le Bailly de Langeron , Commandant
dans cette Ville , & à la fage & vigilante conduite
duquel ( fecondée du foin de Mrs, les
Ecnevins ) elle eft ridevable de fon falut , n'eut
pas befoin d'infpiser par fes ordres de l'ému
Iation à des Sujets fi bien difpoiés , & qu'i
faloit plutôt contenir qu'exciter 250
Mrs les Echevins firent avec empreffement
mille projets de fête & de réjouifiance ; Mis
du Corps des Galeres animés de la même ar
deur n'en fient pas moins , & chacun dans fon
département travailla pour faire éclater four
zele.
La Ville retentiffoit par tout des acclamas
tions & des Cris de Vive le Roy , les Eglifes
Pij
274 LE MERCURE
toure
qui par l'entiere ceflation du mal , y font ou
vertes depuis quelque temps , étoient remplies
d'une foule de peuple , qui y couroit de
part , pour rendre graces à Dieu , non de l'avoir
prefervé de la contagion , mais d'avoir établi
la fanté du Roy , comme leur étant infiniment:
plus chere & plus précieufe que la leur.
1
M. l'Evêque de Marfeille touché d'un empreffement,
fi conforme à fes fentimens , convint
avec M. le Bailly. de Langeron & avec
Mrs les Echevins de ne pas differer les réjouiffances
auffi long tems qu'il eût fallu pour mettre
à execution tous les préparatifs qu'on
avoit commencés , & on choifit le 15 du mois.
de Septembre pour faire chanter le Te Deum,
"T
Qui auroit dit qu'après une année entere
de calamités , on verroit dans cette Ville infortunée
un jour fi agréable ? chacun fembloit
chercher à fe dédommager de la trifteffe paflée ,.
Tur le bonheur prefent ; les fentimens de joyefe
répandoient par des tranfports d'autant plus.
grands , qu'ils avoient été plus long tems fufpendus
par une affreufe trifteffe.
M.. l'Evêque donna dans fon Palais à M. le
Bailly de Langeron , à Mrs les Echevins , & à
un grand nombre de perfonnes diftinguées , un
Tomptueux & magnifique dîner .
Sur les quatre heures tous les principaux.
Citoyens & Negociants s'étant rendus à l'Hôtel
de Ville pour accompagner Meffieurs les Echevins
, ces Magiftrats en fortirent en robes
rouges , précedés de leurs Gardes & gens de
Livrée , d'une nombreuſe bande de Violons &
Hautbois , & de quatre Compagnies de Soldats
qui marchoient en bon ordre , ayant tous à
leurs chapeaux des noeuds de rubans aux couleurs
de la Ville , conduits par les Capitainesde
Quartier , très richement vêtus. Ils étoient
1
précedéss
D'OCTOBRE 179
précédés par les Trompettes de la Ville à cheval ,
par un grand nombre de Tambours & Fiffres ,
& par plus de mille jeunes enfans. portants
des
Banderolles aux Armes du Roy , dont les cris
de Vive le Roy qu'ils redoubloient à tout moment
, joint au bruit des Fanfares & des Violons,
faifoient une harmonie cent fois plus belle &
plus réjouiffante que toutes celles qu'on ménage
par les regles de l'art.
Ils marcherent dans cet ordre vers l'Hôtel de
M. le Bailly de Langeron , qui ayant joint"
ces Magiftrats , fe mit à leur tête , précedé
de fes Gardes & de toute la Nobleffe qui
s'étoit renduë chés lui pour l'accompagner.
La marche continua dans le même ordre julqu'à
la Cathedrale , où ils arriverent au bruit des
boëtes & de la moufqueterie , à travers d'un
peuple infini qui bordoit par tout les paffages.
1
Le Te Deum y fut chanté folemnellement
par deux Choeurs de Mufique , M. l'Evêque y
officia pontificalement , & les actions de graces
rendues à Dieu , au bruit réiteré des boetes ,
ils fortirent pour fe rendre au Cours , où Mrs
les Echevins avoient fait élever un grand bucher,
& un feu d'artifice : la nuit qui commençoit
d'être clofe , ne fit qu'augmenter l'éclat de leur
marche , qui fut éclairée par trois cens flam
Beaux de cire blanche.
A leur approche du Cours une falve de 400
boëtes rangées le long de la Canebiere , fit
retentir les airs , & les accompagna jufqu'à la
place où le feu étoit préparé. L'étendue & la
beauté de cette Place , la fimetrie égale des maifons
, les illuminations qui regnoient à l'entour
fur toutes les façades , la multitude de peuples
de tout fexe & de tout âge , les cris d'alle
greffe qui étoieut pouffés parmi le bruit des
inftruments de guerre , faifoient un de ces mer-
Piiij . veilleux
176 LE MERCURE
veilleux effets qui enchantent , & qui font que
l'on eft tranfporté par des mouvements extraordinaires
.
A peine M. le Bailly de Langeron & Mrs
les Echevins eurent allumé le feu , que de fix
groffes colonnes d'artifice de quatorze pieds
de hauteur , qui étoient pofées autour pour
former des portiques , & dont les bafes & les
chapiteaux étoient d'or feint ; on vit partir fucceffivement
une fi prodigieufe quantité de gerbes
& de fufées , que l'air en parut tout à
Coup
embrafé, lefquelles tombant enfuite en pluye d'or,
en Cometes & en étoilles brillantes , remplifoient
tout ce vafte lieu de feux & deflammes , qui faifant
reculer Précipitamment la foule qui étoit à l'entour,
excitoient un agreable defor tre qui redoubla
la joye publique & les cris de Vive le Roy.
On conduifit dans le même ordre de marche
M. le Bailly de Langeron jufqu'à fon Hôtel ,
où en arrivant on entendit encore le bruit de
300 boëtes , & où l'on vit un appareil éclatant
qui annonçoit des magnificences qui ne de
voient terminer que bien tard cette grande
fête. Mrs les Echevins & toute la Nobleffe s'y
étant arrêtés , les Capitaines de Quartier avec
leur Compagnies , firent pendant ce temps tout
le tour de Ville , marchant en bon ordre , &c.
Dans ce même temps le Port de Marſeille
étoit tout en feu , & ce fpectacle plus brillant
& plus admirable que tout ce qu'on en peut ,
imaginer , y faifoit accourir tout le monde"
en foule tous les femparts , les tours de la
Ville , les deux Citadelles , le Fort de Notre-
Dame de la Garde , tout l'Arcenal , l'Hôtel de
Ville , l'Abbaye faint Victor , toutes les maifons
tant du côté de la Ville que de la Rive - neuve ;
enfin toutes les Galeres du Roy , illuminées "
d'une maniere extraordinaire , paroiffoient embrafées
D'OCTOBRE. 177
brafées par le moyen de plus d'un million de
bougies dont elles étoient couvertes.
1
Mais plus que tout , la façade de l'Hôtel de
Ville attiroit les yeux de tout le monde ; chacun
couroit fur la Place qui eft au devant ,
pour admirer de près tant d'éclatans & d'ingenieux
ouvrages , dont Mrs les Echevins l'avoient
faite orner ; plufieurs s'écartoient enfuite dans
le Port , dans des batteaux , pour admirer le
fpectacle brillant que cette façade prefentot
de loin à la vûë .
A cette façade fuperbe , qui eft d'une Architecture
d'ordre Compofite , & fur l'Attique que
porte le grand balcon de marbre blanc , étoient
élevées entre les colonnes de marbre rouge
jaſpé , trois piramides de feu de 28 pieds de hauteur
fur une bafe de 16 de largeur , qui s'apuyoie
fur la balustrade du balcon .
Celle du milieu étoit terminée par un groupe
de Genies qui portoient un écuffon magnifique
aux Armes du Roy , dont les trophées & fupports
éto ent rehauffez d'or . Sur le fronton de
ce, pompeux édifice , on voyoit un foleil brillant
, qui s'élevoit hos de la corniche.
Les deux autres piramides de feu étoient terminées
chacune par un tmpan chargé d'un
groupe de Genies portant des banderolles,
Du fommet du timpan s'élevoit une Renommée
qui avoit fur la tête une Couronne de lys &
de laurier , tenant d'une main deux palmes , &
de l'autre une trompette dont elle fembloit
fonner pour annoncer la joye & l'allegreffe de
Maríeille.
Dans les entrecolonnemens des portiques
étoient élevées les piramides de lampions &
falots, fous des feftons formés par des lampions ,
étoient de magnifiques Cartouches dans des
bordures de palmes & de laurier dorez , dans
l'un
978 LE MERCURE
F'un defquels étoit peinte en camayeu la pro
meffe que Dieu fit à Salomon dans le Livre
roifiéme des Rois , fur la durée de fon Regne.
Dans un autre étoit ce diſtique :
Quot feftos, Lodoice, tibi domus excitat ignes ,
Tot tibi corda ardent , tot tibi corda micant.
Et dans un troifiéme cet autre diſtique
où Marfeille qui fut honnorée autrefois du
titre de Soeur de Rome , eft entendue par
Altera Roma :
Ridet humus , rider Zephiris fpirantibus ather,
It tota in plaufus altera Roma novos.
A chaque bout du Balcon on avoit placé deux
lions en relief qui foutenoient les Armes de la
Ville , & de la gueule defquels couloient deuxfontaines
de vin..
Sur le fuperbe Ecuffon de marbre blanc aux
Armes du Roy , chef d'oeuvre du fameux Puget
de Marfeille , étoit expofé le portrait de Sa
Majefté , fous un fuperbe dais de velours cra
moifi , orné de franges d'or , éclairé de luftress
& d'une infinité de bougies.
1
Tout le monde étoit ainfi ravi , lorfque les
Citadelles , les Forts , & les Galeres ayant faic
leur décharges du canon , on vit s'élever de la
proue de chaque Galere une quantité prodigicufe
de gerbes & de fufées qui partirent tou
tes à la foist
L'Hôtel de M. le Bailly de Langeron étoit alors
illuminé d'une maniere finguliere , l'illuminations
du jardin qui eft fur le derriere , & qu'on découvroitdu
grand Portail de la Cour à travers les appartemens,
furprenoit d'abord les yeux. On voioit
au bout de ce jardin deux piramides de feu
de:
D'OCTOBRE. 179
de plus de trente pieds de hauteur , aux côtés
d'un grand portique terminé par un foleil brillant
, qui portoit dans un lointain où paroiffoit
fous des grands arbres une efpece de cafcade
de flammes tous les berceaux , terraffes , portiques
, arcades , compartiments de gazons ,
bordures de baffins , & tout ce qui figuroit dans
ce jardin , étoit marqué par des lampions.
Sous la Terraffe il y avoit de grands buffets
à divers gradins , garnis de toutes fortes de
vins & de liqueurs , dont les Officiers de ce
Commandant s'empreffoient de prefenter à tour
le monde. Les portes furent ouvertes pendant
toute la nuit on y fervit cinq tables d'une
delicateffe & d'une fumptuofité furprenante . La
fanté du Roy , qu'on eut l'honneur d'y boire,
fut accompagnée du bruit de 200 boètes & des
eris de Vive le Roy. Il y avoit Bal cependant
dans tous les appartemens- ; jamais on n'a vu
plus de joye & plus de magnificence. Cette
fuperbe fête ne fut terminée que le lendemain
à cinq heures du matin.
L'Hôtel de M. le Marquis de Pilles , Gou--
verneur Viguier de Marfeille , étoit auffi parfaitement
bien illuminé ; il y fit allumer au
devant un très beau feu , & jetter quantité de
fufées , deux. fontaines de vin exquis couloient
abondamment pour le peuple , il y eut un très
magnifique fouper , il fir diftribuer beaucoupd'argent
aux pauvres , & donna toutes les marques
poffibles de l'attachement & du zele qu'il
a toujours cu pour tout ce qui regarde Sat
Majefte.
M. de Vaucreffon Intendant des Galeres ,
regala ce même foir avec magnificence: les
principaux Officiers de cet illuftre Corps , dans
la maifon du Roy , qu'il avoit fait illuminer
d'une maniere admirable , aufli bien que tout
Arcenal
180 LE MERCURE
l'Arcenal. M. De Barras Commandant des Galeres
, avoit commencé le matin par un feſtin
qu'il donna dans fon Hôtel .
Chaque Citoyen dans fa maifon marquoit la
joye qu'il faifoit paroître au dehors. On voyoit
à l'éclat de celles de chacun de Mrs les Echevins
, par les grands feux qui brûloient devant ,
& aux aumônes qu'on y diftribua , l'ardeur de
ces zelés Magiftrats , qui ont fi genereufement
expofé leur vie pour la confervation de la Patrie
, & qui font toujours prêts de s'immoler
pour le fervice & pour la gloire du Roy.
Le Batiment des Infirmeries , dont l'aspect
a été fi long tempssaffreux , charmoit d'autant
plus tout le monde par l'illumination qui y
brilloit , & par le bruit des boêtes qu'on y
tiroit , que l'on jugeoit de là qu'il n'y reftoit
plus aucune idée du mal pafié , & que la fanté
y étant parfaite , rien ne détournoit les Officiers
de prendre part à la joye publique,
Fermer
31
p. 382-388
ESPAGNE.
Début :
On a chanté à Cadix un Te Deum solemnel, et on a fait des Prieres publiques pour remercier [...]
Mots clefs :
Te Deum, Prières publiques, Cessation, Maladie, Cadix, Málaga
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
et on a fait des Prieres públiques pour re--
mercier Dieu de la cessation de la derniere maladiè
qui avoit tous les simptomes d'une maladie
contagieuse.
Le bruit court qu'on va établir à Malaga une:
nouvelle Compagnie de Commerce , dont les Directeurs
feront leur sejour ordinaire â Cadix .
et on a fait des Prieres públiques pour re--
mercier Dieu de la cessation de la derniere maladiè
qui avoit tous les simptomes d'une maladie
contagieuse.
Le bruit court qu'on va établir à Malaga une:
nouvelle Compagnie de Commerce , dont les Directeurs
feront leur sejour ordinaire â Cadix .
Fermer
32
p. 786-792
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire tenu le 3. Mars, le Cardinal Otthoboni [...]
Mots clefs :
Église, Infant, Don Carlos, Te Deum, Sénateurs, Venise, Amnistie générale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITA LIE!
Ddinal Choist roposa 3. Mars,le Cant dinal Otthoboni proposa l'Abbaye de saint
Per-en-Vallée , Diocèse de Chartres , pour l'Ab
bé de la Farre- Lopis; il préconisa l'Evêque d'Autun pour l'Archevêché de Besançon ; l'Abbé de
Premeaux , pour l'Evêché de Perigueux ; l'Abbé
de Fruquelay de Kervers , pour celui de Treguier.
Le 13. Mars , vers les heures du soir , le
Duc de S. Aignan , Ambassadeur Extraordinaire
du Roy Tr.Ch. arriva à Rome avec la Duchesse
son Epouse , et alla descendre au Palais du Cardinal de Polignac , qui le lendemain fit donner
part au Sacré College de l'arrivée de cet Ambassadeur , et le lendemain le Cardinal de Polignac
mena le Duc de S. Aignan chez le Cardinal Se- cretaire d'Etat.
Le 1. ce Cardinal eut une Audience particuliere du Pape , dans laquelle il lui présenta les
Officiers des Galeres de France , qui ont accompagné
AVRI L. 1732. 787
pagné à Rome l'Ambassadeur de S.M. T. Chr.
Le Roy de Porttugal a fait présent d'un Diamant du poids de 35. grains au Cardinal Cienfuegos , et de quatre barres ou lingots d'or à
M. d'Acquilla , Auditeur de ce Cardinal , qui a
remis depuis peu aux Prêtres Portugais l'administration de leur Eglise Nationale de S. Antoine.
Les Religieux Dominicains ont obtenu du
Pape la permission de faire exhumer le Corps du
feu Pape Benoît XIII. qui est dans l'Eglise de
S. Pierre , pour le faire transporter dans leur
Eglise de sainte Marie sur la Minerve.
Le 31. Mars , on reçut avis que le Cardinal
Coscia étoit parti de Naples à bord d'une Galere qui l'avoit conduit à Procida , d'où il se rendra dans peu à Nettuno , pour aller ensuie à Rome se soumettre aux ordres du Pape.
L'Infant Don Carlos , qui étoit parti de Pise
le 3. Mars , accompagné dans son Carrosse du Comte de San-Estévan et du Prince Corsini , arriva vers les onze heures du matin à Pontadere
où il dina , et à cinq heures du soir à l'Ambro
giana , Maison de Plaisance du Grand- Duc. Il se rendit d'abord à PEglise , dite des Espagnols ,
où l'on chanta le Te Deum , et ensuite il se promena dans les Jardins.
Le 4. ce Prince donna audiance aux Secretaires
d'Etat du Grand- Duc , qui étoient venus le complimenter de sa part.
200
Le s . un Détachement de la Garnison du Fort
de S. Jean-Baptiste se rendit au Palais pour monter la garde.
Le 9. jour qu'on attendoit l'Infant à Florence,
on sonna toutes les cloches de la Ville dès le
point du jour. A sept heures , le Grand- Prieur
Del- Bene , les Secretaires d'Etat, le Prieur Garaldi
788 MERCURE DE FRANCE
di , le Marquis de Monteleon et le Duc de Tursis, se rendirent à Montepulci pour complimen
ter l'Infant , qni vers les 6. heures du soir arriva et fit son Entrée dans l'ordre suivant.
Les Cuirassiers et les Grenadiers Allemands du
Grand-Duc, commencerent la marche ; ils étoient
suivis de 40. Trabans , ayant leurs Officiers à
leur tête , de 6. Carrosses à 6. Chevaux qui pré,
cedoient le Carrosse de l'Infant , lequel étoit suivi de 80. de ses Gardes à Cheval , ayant leur
Etendart , Timbales et Trompettes, Ce Prince se
rendit d'abord à l'Eglise Métropolitaine , au bruit
des salves generales de l'Artillerie des deux Citadelles. Il fut reçû par les Sénateurs en habit de
ceremonie , à l'enrrée de l'Eglise , et en dedans
par l'Archevêque , à la tête de son Chapitre ; on chanta le Te Deum à huit Chœurs de Musique ,
et après le Te Deum ; S. A. R. remonta en Car- resse et se rendit dans le même ordre au Palais
Ducal , où elle fut saluée d'une salve Royale de
l'Artillerie du Château de S. George , l'Electrice
Douairiere Palatine , Gouvernante de Sienne,
reçut ce Prince à l'entrée de l'Appartement qui
lui étoit destiné et après l'avoir embrassé et
complimenté , elle se retira dans son Apparte- ment , où peu de temps après elle reçut la visite
de l'Infant , qu'elle conduisit ensuite chez le
Grand- Duc , avec lequel il resta plus d'une heure. Après cette entrevûe , l'Infant Don Carlos
reconduisit la Princesse dans son Appartement ,
où il trouva un cercle de plus de 60 Dames avec
lesquelles il resta quelque temps. Lors qu'il fut
retiré dans son Appartement , il donna audiance
à l'Archevêque de Florence et à l'Evêque de Fiesole. Le soir on tira des Feux d'artifice dans diverses Places ; toute la Ville fut illuminée , et les
Ré-
A V RI L. 017325 789.
Réjouissances publiques durerent jusqu'à quatre
heures du matin.
Le 10. Les Sénateurs , accompagnez du Corps,
de Ville , se rendirent à l'Eglise Métropolitaine
où la Messe du S, Esprit tut celebrée pontificalement par Archevêque, après la Messe , les Sé- nateurs allerent en corps complimenter S. A. R.
sur son arrivée , M. Gaetani , Lieutenant du Sénat , portant la parole ; les Députez de Sienne ,
de Parme et de Plaisance eurent ensuite audience
de l'Infant.
Le 11.l'Infant reçut les Complimens des Chanoines de l'Eglise Métropolitaine , ces Députez
de plusieurs Vill´s de la Toscane et de la princi
pale Nobicsse de Florence,
Le 12. Ce Prince après avoir écrit la à L. M.
Cath. alla voir les Ecuries du Grand Duc , après
quoi il prit le divertissement de la Chasse.
Le 13. il rendit visite à l'Electric Douairiere Palatine.
Le if. il alla avec toute sa Cour entendre la
Messe dans l'Eglise des Religieuses de l'Annon- .
ciade.
- L'execution des ordres de l'Empereur pour le
dénom rement des Familles dans le Royaume de
Naples , continue d'exciter le mécontentement de la Noblesse et du Peuple. Les Seigneurs des anciennes Baronies prétendant avoir des exemp
tions particulieres par lesquelles ils sont dispensez
de s'y soumettre , ont refusé de donner leurs Déclarations ; et s'étant assemblez , ils ont dressé
un Mémoire qu'ils ont envoye à Vienne et au
Conseil Collateral de Naples.
On écrit de Milan , qu'il en étoit parti pour
Genes un Corps de Troupes de 6500. hommes
qui doivent être suivis incessamment par le Prin-
790 MERCURE DE FRANCE
ce Louis de Wirtemberg ; par le Prince de Culmbach et par le General Smettaw , nommez pour
commander les Troupes de l'Empereur dans l'Ife.
de Corse pendant la Campagne prochaine.
On apprend de Venise , que le 25. Mars , le
'Doge , accompagné du Nonce du Pape et de la
Seigneurie , alla tenir Chapelle dans l'Eglise Ducale de S. Marc , où on chanta le Te Deum , en
memoire de la Fondation de cette Ville , qu'on
dit avoir été commencée à pareil jour de l'année
421. suivant quelques Auteurs , et selon d'autres de l'année 450.
On a appris par plusieurs Lettres de l'Ile de
Corse du commencement du mois de Mars , que 1200. Rebelles , commandez par Chiaffero , Pun
de leurs Chefs , ayant été renforcez par un plus grand nombre , étoient entrez dans la Plaine
d'Almetta ; que le Gouverneur d'Ajaccio en ayant
été informé , avoit envoyé contre eux le Colonel Arnaud avec une partie de sa Garnison , qui
'avoit contraint les Rebelles à prendre la fuite
après un leger combat; que ce Colonel étoit entré ensuite dans le Bourg de Bactelia , où il avoir
brulé plusieurs Granges pleines de grains , et enlevé plus de soo. Bêtes à corne.
On a reçû avis depuis de la Bastia , que les Re
belles étoient revenus en plus grand nombre dans
la Plaine d'Almetta ; qu'ils avoient pris la petite
Ville de ce nom , et qu'ils assiegoient actuellefement celle de Sarsaine qu'on ne croyoit paspouvoir secourir ; qu'une partie s'étant détachée
avoit tenté d'enlever le poste de San- Pelegrino
mais inutilement ; que les Rebelles avoient passé
quelques jours après le Torrent de Plincho, dans
le dessein d'assieger Biguglia ; que le Baron de Wachtendonc étoit allé au secours de cette Place
"
A V RIL. 1732. 791
que les ayant rencontrez dans une Vallée à la
portée du fusil , il les avoit fait attaquer par tous les Grenadiers du Détachement qu'il commandoit, par deux Bataillons des Régimens de Zum- jungen et de Culmbach , et par trois Bataillons
de ceux de Lewingstein , de Walsegg et de Wachtendonc.; que les Rebelles étant dans un poste avantageux , avoient fait d'abord quelque résistance; mais qu'après deux heures de combat assez
opiniâtre , ils avoient été contraints de prendre la fuite et de se retirer par des défilez impraticables et inconnus aux Troupes Allemandes ; de- sortequ'on n'avoit pas jugé à propos de les pour
suivre , de crainte de quelque embuscade. Le Baron Wachtendonc n'a perdu dans cette occasion
que trois Hussarts et cinq Soldats.
·
Depuis ces nouvelles, la République de Gennes
a fait publier une Amnistie generale pour engager les Rebelles à rentrer dans leur devoir ; mais
on a appris qu'ils ont refusé l'Amnistie , quoique Leurs Chefs y fussent compris ; desorte que n'y
ayant plus d'esperance de les ramener à leur de
voir par la voye de la négociation , on a fait partir une partie des Troupes de l'Empereur à bord
de plusieurs Bâtimens de transport , escortez par
deux Galeres de la République , et le General
Schmettau s'est embarqué depuis pour aller reconnoître les principaux défilez de l'Ile de Cor se , où le Prince Louis de Wirtemberg se rendra
avec le reste du secours des Troupes Imperiales
qu'on attend avec quelques Officiers Prussiens
qui vont servir en qualité de Volontaires.
On apprend de Villefranche , que les Galeres
du Roy de Sardaigne y étoient arrivées avec plu- sieurs Bâtimens de transport , pour y prendre les
Troupes que ce Prince a résolu d'envoyer dans
H la
792 MERCURE DE FRANCE
la Sardaigne , sous les ordres du General de
Schulembourg.
Ddinal Choist roposa 3. Mars,le Cant dinal Otthoboni proposa l'Abbaye de saint
Per-en-Vallée , Diocèse de Chartres , pour l'Ab
bé de la Farre- Lopis; il préconisa l'Evêque d'Autun pour l'Archevêché de Besançon ; l'Abbé de
Premeaux , pour l'Evêché de Perigueux ; l'Abbé
de Fruquelay de Kervers , pour celui de Treguier.
Le 13. Mars , vers les heures du soir , le
Duc de S. Aignan , Ambassadeur Extraordinaire
du Roy Tr.Ch. arriva à Rome avec la Duchesse
son Epouse , et alla descendre au Palais du Cardinal de Polignac , qui le lendemain fit donner
part au Sacré College de l'arrivée de cet Ambassadeur , et le lendemain le Cardinal de Polignac
mena le Duc de S. Aignan chez le Cardinal Se- cretaire d'Etat.
Le 1. ce Cardinal eut une Audience particuliere du Pape , dans laquelle il lui présenta les
Officiers des Galeres de France , qui ont accompagné
AVRI L. 1732. 787
pagné à Rome l'Ambassadeur de S.M. T. Chr.
Le Roy de Porttugal a fait présent d'un Diamant du poids de 35. grains au Cardinal Cienfuegos , et de quatre barres ou lingots d'or à
M. d'Acquilla , Auditeur de ce Cardinal , qui a
remis depuis peu aux Prêtres Portugais l'administration de leur Eglise Nationale de S. Antoine.
Les Religieux Dominicains ont obtenu du
Pape la permission de faire exhumer le Corps du
feu Pape Benoît XIII. qui est dans l'Eglise de
S. Pierre , pour le faire transporter dans leur
Eglise de sainte Marie sur la Minerve.
Le 31. Mars , on reçut avis que le Cardinal
Coscia étoit parti de Naples à bord d'une Galere qui l'avoit conduit à Procida , d'où il se rendra dans peu à Nettuno , pour aller ensuie à Rome se soumettre aux ordres du Pape.
L'Infant Don Carlos , qui étoit parti de Pise
le 3. Mars , accompagné dans son Carrosse du Comte de San-Estévan et du Prince Corsini , arriva vers les onze heures du matin à Pontadere
où il dina , et à cinq heures du soir à l'Ambro
giana , Maison de Plaisance du Grand- Duc. Il se rendit d'abord à PEglise , dite des Espagnols ,
où l'on chanta le Te Deum , et ensuite il se promena dans les Jardins.
Le 4. ce Prince donna audiance aux Secretaires
d'Etat du Grand- Duc , qui étoient venus le complimenter de sa part.
200
Le s . un Détachement de la Garnison du Fort
de S. Jean-Baptiste se rendit au Palais pour monter la garde.
Le 9. jour qu'on attendoit l'Infant à Florence,
on sonna toutes les cloches de la Ville dès le
point du jour. A sept heures , le Grand- Prieur
Del- Bene , les Secretaires d'Etat, le Prieur Garaldi
788 MERCURE DE FRANCE
di , le Marquis de Monteleon et le Duc de Tursis, se rendirent à Montepulci pour complimen
ter l'Infant , qni vers les 6. heures du soir arriva et fit son Entrée dans l'ordre suivant.
Les Cuirassiers et les Grenadiers Allemands du
Grand-Duc, commencerent la marche ; ils étoient
suivis de 40. Trabans , ayant leurs Officiers à
leur tête , de 6. Carrosses à 6. Chevaux qui pré,
cedoient le Carrosse de l'Infant , lequel étoit suivi de 80. de ses Gardes à Cheval , ayant leur
Etendart , Timbales et Trompettes, Ce Prince se
rendit d'abord à l'Eglise Métropolitaine , au bruit
des salves generales de l'Artillerie des deux Citadelles. Il fut reçû par les Sénateurs en habit de
ceremonie , à l'enrrée de l'Eglise , et en dedans
par l'Archevêque , à la tête de son Chapitre ; on chanta le Te Deum à huit Chœurs de Musique ,
et après le Te Deum ; S. A. R. remonta en Car- resse et se rendit dans le même ordre au Palais
Ducal , où elle fut saluée d'une salve Royale de
l'Artillerie du Château de S. George , l'Electrice
Douairiere Palatine , Gouvernante de Sienne,
reçut ce Prince à l'entrée de l'Appartement qui
lui étoit destiné et après l'avoir embrassé et
complimenté , elle se retira dans son Apparte- ment , où peu de temps après elle reçut la visite
de l'Infant , qu'elle conduisit ensuite chez le
Grand- Duc , avec lequel il resta plus d'une heure. Après cette entrevûe , l'Infant Don Carlos
reconduisit la Princesse dans son Appartement ,
où il trouva un cercle de plus de 60 Dames avec
lesquelles il resta quelque temps. Lors qu'il fut
retiré dans son Appartement , il donna audiance
à l'Archevêque de Florence et à l'Evêque de Fiesole. Le soir on tira des Feux d'artifice dans diverses Places ; toute la Ville fut illuminée , et les
Ré-
A V RI L. 017325 789.
Réjouissances publiques durerent jusqu'à quatre
heures du matin.
Le 10. Les Sénateurs , accompagnez du Corps,
de Ville , se rendirent à l'Eglise Métropolitaine
où la Messe du S, Esprit tut celebrée pontificalement par Archevêque, après la Messe , les Sé- nateurs allerent en corps complimenter S. A. R.
sur son arrivée , M. Gaetani , Lieutenant du Sénat , portant la parole ; les Députez de Sienne ,
de Parme et de Plaisance eurent ensuite audience
de l'Infant.
Le 11.l'Infant reçut les Complimens des Chanoines de l'Eglise Métropolitaine , ces Députez
de plusieurs Vill´s de la Toscane et de la princi
pale Nobicsse de Florence,
Le 12. Ce Prince après avoir écrit la à L. M.
Cath. alla voir les Ecuries du Grand Duc , après
quoi il prit le divertissement de la Chasse.
Le 13. il rendit visite à l'Electric Douairiere Palatine.
Le if. il alla avec toute sa Cour entendre la
Messe dans l'Eglise des Religieuses de l'Annon- .
ciade.
- L'execution des ordres de l'Empereur pour le
dénom rement des Familles dans le Royaume de
Naples , continue d'exciter le mécontentement de la Noblesse et du Peuple. Les Seigneurs des anciennes Baronies prétendant avoir des exemp
tions particulieres par lesquelles ils sont dispensez
de s'y soumettre , ont refusé de donner leurs Déclarations ; et s'étant assemblez , ils ont dressé
un Mémoire qu'ils ont envoye à Vienne et au
Conseil Collateral de Naples.
On écrit de Milan , qu'il en étoit parti pour
Genes un Corps de Troupes de 6500. hommes
qui doivent être suivis incessamment par le Prin-
790 MERCURE DE FRANCE
ce Louis de Wirtemberg ; par le Prince de Culmbach et par le General Smettaw , nommez pour
commander les Troupes de l'Empereur dans l'Ife.
de Corse pendant la Campagne prochaine.
On apprend de Venise , que le 25. Mars , le
'Doge , accompagné du Nonce du Pape et de la
Seigneurie , alla tenir Chapelle dans l'Eglise Ducale de S. Marc , où on chanta le Te Deum , en
memoire de la Fondation de cette Ville , qu'on
dit avoir été commencée à pareil jour de l'année
421. suivant quelques Auteurs , et selon d'autres de l'année 450.
On a appris par plusieurs Lettres de l'Ile de
Corse du commencement du mois de Mars , que 1200. Rebelles , commandez par Chiaffero , Pun
de leurs Chefs , ayant été renforcez par un plus grand nombre , étoient entrez dans la Plaine
d'Almetta ; que le Gouverneur d'Ajaccio en ayant
été informé , avoit envoyé contre eux le Colonel Arnaud avec une partie de sa Garnison , qui
'avoit contraint les Rebelles à prendre la fuite
après un leger combat; que ce Colonel étoit entré ensuite dans le Bourg de Bactelia , où il avoir
brulé plusieurs Granges pleines de grains , et enlevé plus de soo. Bêtes à corne.
On a reçû avis depuis de la Bastia , que les Re
belles étoient revenus en plus grand nombre dans
la Plaine d'Almetta ; qu'ils avoient pris la petite
Ville de ce nom , et qu'ils assiegoient actuellefement celle de Sarsaine qu'on ne croyoit paspouvoir secourir ; qu'une partie s'étant détachée
avoit tenté d'enlever le poste de San- Pelegrino
mais inutilement ; que les Rebelles avoient passé
quelques jours après le Torrent de Plincho, dans
le dessein d'assieger Biguglia ; que le Baron de Wachtendonc étoit allé au secours de cette Place
"
A V RIL. 1732. 791
que les ayant rencontrez dans une Vallée à la
portée du fusil , il les avoit fait attaquer par tous les Grenadiers du Détachement qu'il commandoit, par deux Bataillons des Régimens de Zum- jungen et de Culmbach , et par trois Bataillons
de ceux de Lewingstein , de Walsegg et de Wachtendonc.; que les Rebelles étant dans un poste avantageux , avoient fait d'abord quelque résistance; mais qu'après deux heures de combat assez
opiniâtre , ils avoient été contraints de prendre la fuite et de se retirer par des défilez impraticables et inconnus aux Troupes Allemandes ; de- sortequ'on n'avoit pas jugé à propos de les pour
suivre , de crainte de quelque embuscade. Le Baron Wachtendonc n'a perdu dans cette occasion
que trois Hussarts et cinq Soldats.
·
Depuis ces nouvelles, la République de Gennes
a fait publier une Amnistie generale pour engager les Rebelles à rentrer dans leur devoir ; mais
on a appris qu'ils ont refusé l'Amnistie , quoique Leurs Chefs y fussent compris ; desorte que n'y
ayant plus d'esperance de les ramener à leur de
voir par la voye de la négociation , on a fait partir une partie des Troupes de l'Empereur à bord
de plusieurs Bâtimens de transport , escortez par
deux Galeres de la République , et le General
Schmettau s'est embarqué depuis pour aller reconnoître les principaux défilez de l'Ile de Cor se , où le Prince Louis de Wirtemberg se rendra
avec le reste du secours des Troupes Imperiales
qu'on attend avec quelques Officiers Prussiens
qui vont servir en qualité de Volontaires.
On apprend de Villefranche , que les Galeres
du Roy de Sardaigne y étoient arrivées avec plu- sieurs Bâtimens de transport , pour y prendre les
Troupes que ce Prince a résolu d'envoyer dans
H la
792 MERCURE DE FRANCE
la Sardaigne , sous les ordres du General de
Schulembourg.
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Résumé : ITALIE.
Le 3 mars, le cardinal Otthoboni proposa plusieurs nominations ecclésiastiques, notamment l'Abbaye de Saint-Père-en-Vallée pour l'Abbé de la Fare-Lopis, l'Évêque d'Autun pour l'Archevêché de Besançon, l'Abbé de Prémaux pour l'Évêché de Périgueux, et l'Abbé de Fruquelay de Kervers pour celui de Tréguier. Le 13 mars, le Duc de Saint-Aignan, Ambassadeur Extraordinaire du Roi Très Chrétien, arriva à Rome avec la Duchesse son épouse et descendit au Palais du Cardinal de Polignac. Le Cardinal de Polignac informa le Sacré Collège de l'arrivée de cet Ambassadeur et le mena ensuite chez le Cardinal Secrétaire d'État. Le 1er avril, le Cardinal de Polignac eut une audience particulière avec le Pape, durant laquelle il présenta les Officiers des Galères de France accompagnant l'Ambassadeur. Le Roi de Portugal fit don d'un diamant de 35 grains au Cardinal Cienfuegos et de quatre lingots d'or à M. d'Acquilla, Auditeur de ce Cardinal. Les Religieux Dominicains obtinrent la permission du Pape d'exhumer le corps du Pape Benoît XIII pour le transférer dans leur église de Sainte-Marie-sur-la-Minerve. Le 31 mars, on apprit que le Cardinal Coscia avait quitté Naples pour se rendre à Rome afin de se soumettre aux ordres du Pape. L'Infant Don Carlos, parti de Pise le 3 mars, arriva à Pontedera où il dina, puis à l'Ambrogiana, Maison de Plaisance du Grand-Duc. Il se rendit à l'église des Espagnols où le Te Deum fut chanté, puis se promena dans les jardins. Le 4 avril, il donna audience aux Secrétaires d'État du Grand-Duc. Le 9 avril, à Florence, des festivités furent organisées pour son arrivée, incluant des salves d'artillerie, des chants du Te Deum, et des feux d'artifice. Les jours suivants, il reçut des compliments de divers dignitaires et visita les écuries du Grand-Duc. En Italie, l'exécution des ordres de l'Empereur concernant le dénombrement des familles dans le Royaume de Naples suscitait le mécontentement de la noblesse et du peuple. À Milan, un corps de troupes de 6500 hommes partit pour Gênes. À Venise, des célébrations eurent lieu pour l'anniversaire de la fondation de la ville. En Corse, des rebelles menés par Chiaffero attaquèrent plusieurs localités, mais furent repoussés par les troupes impériales commandées par le Baron de Wachtendonc. La République de Gênes publia une amnistie générale, refusée par les rebelles, conduisant à l'envoi de troupes impériales pour les combattre. Les galères du Roi de Sardaigne arrivèrent à Villefranche pour transporter des troupes en Sardaigne sous les ordres du Général de Schulenburg.
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33
p. 1648-1653
« Le 14, le Prévôt des Marchands et Echevins descendirent la [...] »
Début :
Le 14, le Prévôt des Marchands et Echevins descendirent la [...]
Mots clefs :
Prévôt des marchands, Conversion religieuse, Te Deum, Collège royal de Navarre, Camargo, Mademoiselle Sallé, Ballet, Loterie de la Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 14, le Prévôt des Marchands et Echevins descendirent la [...] »
Le 14 , le Prévôt des Marchands et
Echevins descendirent la Riviere de Seine dans leur Gondole , et firent faire , selon la coûtume , par des Plorgeurs , la
visite des Ponts et des Quays de Paris.
On a eu avis de Toulouse que le 31.
Mai dernier , veille de la Pentecôte , le
sieur Hain Petit , Juif de la Syna- gogue d'Avignon ayant été converti
à la foi par les soins de l'Abbé de La-
-
و
rocque ,
JUILLET. 1732. 1649
rocque , Conseiller Clerc au Parlement
de Toulouse , et Doyen des Enquêtes , et
après avoir été par lui instruit des principes de la Religion , y avoit reçû le Baptême dans l'Eglise Métropolitaine , par
les mains de M. l'Archevêque de Toulause , qui fit à cette occasion un Discours très-éloquent , et rempli d'érudition. Le nouveau Chrétien eut pour
Parrain M. de Maniban , Premier Prési
dent du Parlement de Toulouse , et pour
Maraine Mad. le Mazuyer , épouse
du Procureur Géneral du même Parlement. On lui donna les noms de JosephMarie Gaspard. Après les cérémonies da
-Baptême , l'Archevêque de Toulouse lui
donna le Sacrement de Confirmation , et
ayant ensuite célebré la Messe , il donna
Eucharistie à ce Neophite , qui avoit été
pareillement disposé à recevoir ces Sacremens , par les soins de l'Abbé de Laroque.
Le 19.de ce mois , M. le Grand-Prieur
fit chanter sur le soir dans l'Eglise du
Temple un Te Deum en musique à grand
Choeur , pour la convalescence de Mademoiselle Son Altesse Royale y assista
avec cette Princesse.
3
L'Eglise étoit magnifiquement ornée
et
1650 MERCURE DE FRANCE
et éclairée ; on avoit élevé dans la Nef
une Tribune pour y placer la Musique
le Te Deum de la composition de M. de
Blamont , Sur-Intendant de la Musique
du Roi , y fut éxecuté sous ses ordres et
applaudi d'un grand nombre de personnes de considération qui s'y trouverent.
Après le Te Deum il se fit une décharge
de quantité de Boëtes , et S. A. R. fut
conduite aux Appartemens du Palais
Prieural , où l'on servit des rafraîchissemens.
A l'entrée de la nuit on tira du haut
des Tours des Fusées avec d'autres artifices , dont l'Assemblée qui s'étoit repandue dans le Jardin,pût voir agréablement
tout l'effet.
Le TeDeum fut admirablement éxecuté
par 80. Musiciens des plus célebres , avec
un Motet à voix seule et simphonie , aussi de la composition de M. de Blamont
ainsi que plusieurs grandes Simphonies
à Trompettes et Timbales. Les principaux
qui réciterent furent les Dlles le Maure
Petitpas , Courvassier , Ducroc er Bourbonnois l'aînée ; les Sieurs le Prince
Ducroc , le Baigue , Hardouin , Petitot ,
Cuvillier , Sautier , et les Abbez Benoît
et Maline , qui tous à l'envie se surpasserent ,
JUILLET. 1732. 1651
•
=
tent , ensorte qu'il n'y avoit rien à désirer pour la beauté de l'éxécution et l'effet
de la Musique , dont l'Auteur reçût des
complimens très-gracieux.
,
Le 20. il y eut un Acte considérable au
College Royal de Navarre. M. de Bauffremont , Chevalier de Malthe ay sou
tint des Theses de Mathematiques en présence d'une illustre et nombreuse Assemblée , depuis trois heures jusqu'à six heures du soir. Les Theses étoient sur la
Géometrie spéculative et pratique , sur la
Trigonométrie Rectiligne , sur la Longi
métrie , et sur la Mécanique. Jamais Répondant ne mérita mieux des applaudissemens que ceux que fûrent donnez à
M. de Bauffremont par quantité de Connoisseurs , par ceux même qui disputerent
contre lui, ou qui lui proposerent des difficultez capables d'embarasser des personnes très-avancées dans cette Science.
dans
Il y eut dans cet Exercice une singularité ; c'est pour la premiere fois que
le Pays Latin on a imprimé et distribué
des Theses de Mathematiques en François.
M. le Recteur a bien voulu le permettre ,
à cause que l'usage étant que les Objections , les Demandes et les Réponses ne
se fassent qu'en François dans le tems de
l'Exer
r52 MERCURE DE FRANCE
Exercice , on a crû qu'il y auroit plus
d'uniformité à imprimer aussi les Theses
en François , et que cela donneroit lieu
de proposer les Objections avec plus de
justesse. Il y a lieu de croire que ce premier exemple sera suivi.
Le 24. de ce mois , il y eut une trèsgrande et très-illustre Assemblée au PaLais de Bourbon , chez Madame la Duchesse Douairiere. On y representa , dans
la grande Gallerie , sur un Théatre trèsbien disposé , ainsi que le reste de la Gallerie , la Tragédie de Venceslas , et ensuite une petite Comédie de la composition
de M. de Moncrif , intitulée les Abderites , qui fut extrêmement applaudie : elle
fut terminée par un Balet , dans lequel
les Diles Camargo et Sallé danserent.
Quelques Seigneurs de la Cour ne craignirent point de paroître sous le masque aux
côtez de ces illustres Danseuses , et firent
admirer leur grace et leur noblesse. D'autres Seigneurs joüerent avec beaucoup
d'intelligence les principaux Rôles dans
les deux Piéces dont on vient de parler.
Le 24. Juillet , la Lotterie de la Compagnie des Indes , établie pour le remboursement des Actions , fut tirée en la maniere
JUILLET. 17320 1653
maniere accoûtumée à l'Hôtel de la Com
pagnie. La Liste des Numeros gagnans
des Actions et dixièmes d'Actions qui doivent être remboursées a été renduë publique ,
faisant en tout le nombre de 319.
Actions.
Le 27. de ce mois , l'Abbé de Valras
nommé par le Roi à l'Evêché de Mâcon
fut sacré dans la Chapelle du Seminaire
de S. Sulpice par l'Archevêque de Cambray , assisté de l'Evêque d'Uzès , et de
l'Evêque de Bayeux
Echevins descendirent la Riviere de Seine dans leur Gondole , et firent faire , selon la coûtume , par des Plorgeurs , la
visite des Ponts et des Quays de Paris.
On a eu avis de Toulouse que le 31.
Mai dernier , veille de la Pentecôte , le
sieur Hain Petit , Juif de la Syna- gogue d'Avignon ayant été converti
à la foi par les soins de l'Abbé de La-
-
و
rocque ,
JUILLET. 1732. 1649
rocque , Conseiller Clerc au Parlement
de Toulouse , et Doyen des Enquêtes , et
après avoir été par lui instruit des principes de la Religion , y avoit reçû le Baptême dans l'Eglise Métropolitaine , par
les mains de M. l'Archevêque de Toulause , qui fit à cette occasion un Discours très-éloquent , et rempli d'érudition. Le nouveau Chrétien eut pour
Parrain M. de Maniban , Premier Prési
dent du Parlement de Toulouse , et pour
Maraine Mad. le Mazuyer , épouse
du Procureur Géneral du même Parlement. On lui donna les noms de JosephMarie Gaspard. Après les cérémonies da
-Baptême , l'Archevêque de Toulouse lui
donna le Sacrement de Confirmation , et
ayant ensuite célebré la Messe , il donna
Eucharistie à ce Neophite , qui avoit été
pareillement disposé à recevoir ces Sacremens , par les soins de l'Abbé de Laroque.
Le 19.de ce mois , M. le Grand-Prieur
fit chanter sur le soir dans l'Eglise du
Temple un Te Deum en musique à grand
Choeur , pour la convalescence de Mademoiselle Son Altesse Royale y assista
avec cette Princesse.
3
L'Eglise étoit magnifiquement ornée
et
1650 MERCURE DE FRANCE
et éclairée ; on avoit élevé dans la Nef
une Tribune pour y placer la Musique
le Te Deum de la composition de M. de
Blamont , Sur-Intendant de la Musique
du Roi , y fut éxecuté sous ses ordres et
applaudi d'un grand nombre de personnes de considération qui s'y trouverent.
Après le Te Deum il se fit une décharge
de quantité de Boëtes , et S. A. R. fut
conduite aux Appartemens du Palais
Prieural , où l'on servit des rafraîchissemens.
A l'entrée de la nuit on tira du haut
des Tours des Fusées avec d'autres artifices , dont l'Assemblée qui s'étoit repandue dans le Jardin,pût voir agréablement
tout l'effet.
Le TeDeum fut admirablement éxecuté
par 80. Musiciens des plus célebres , avec
un Motet à voix seule et simphonie , aussi de la composition de M. de Blamont
ainsi que plusieurs grandes Simphonies
à Trompettes et Timbales. Les principaux
qui réciterent furent les Dlles le Maure
Petitpas , Courvassier , Ducroc er Bourbonnois l'aînée ; les Sieurs le Prince
Ducroc , le Baigue , Hardouin , Petitot ,
Cuvillier , Sautier , et les Abbez Benoît
et Maline , qui tous à l'envie se surpasserent ,
JUILLET. 1732. 1651
•
=
tent , ensorte qu'il n'y avoit rien à désirer pour la beauté de l'éxécution et l'effet
de la Musique , dont l'Auteur reçût des
complimens très-gracieux.
,
Le 20. il y eut un Acte considérable au
College Royal de Navarre. M. de Bauffremont , Chevalier de Malthe ay sou
tint des Theses de Mathematiques en présence d'une illustre et nombreuse Assemblée , depuis trois heures jusqu'à six heures du soir. Les Theses étoient sur la
Géometrie spéculative et pratique , sur la
Trigonométrie Rectiligne , sur la Longi
métrie , et sur la Mécanique. Jamais Répondant ne mérita mieux des applaudissemens que ceux que fûrent donnez à
M. de Bauffremont par quantité de Connoisseurs , par ceux même qui disputerent
contre lui, ou qui lui proposerent des difficultez capables d'embarasser des personnes très-avancées dans cette Science.
dans
Il y eut dans cet Exercice une singularité ; c'est pour la premiere fois que
le Pays Latin on a imprimé et distribué
des Theses de Mathematiques en François.
M. le Recteur a bien voulu le permettre ,
à cause que l'usage étant que les Objections , les Demandes et les Réponses ne
se fassent qu'en François dans le tems de
l'Exer
r52 MERCURE DE FRANCE
Exercice , on a crû qu'il y auroit plus
d'uniformité à imprimer aussi les Theses
en François , et que cela donneroit lieu
de proposer les Objections avec plus de
justesse. Il y a lieu de croire que ce premier exemple sera suivi.
Le 24. de ce mois , il y eut une trèsgrande et très-illustre Assemblée au PaLais de Bourbon , chez Madame la Duchesse Douairiere. On y representa , dans
la grande Gallerie , sur un Théatre trèsbien disposé , ainsi que le reste de la Gallerie , la Tragédie de Venceslas , et ensuite une petite Comédie de la composition
de M. de Moncrif , intitulée les Abderites , qui fut extrêmement applaudie : elle
fut terminée par un Balet , dans lequel
les Diles Camargo et Sallé danserent.
Quelques Seigneurs de la Cour ne craignirent point de paroître sous le masque aux
côtez de ces illustres Danseuses , et firent
admirer leur grace et leur noblesse. D'autres Seigneurs joüerent avec beaucoup
d'intelligence les principaux Rôles dans
les deux Piéces dont on vient de parler.
Le 24. Juillet , la Lotterie de la Compagnie des Indes , établie pour le remboursement des Actions , fut tirée en la maniere
JUILLET. 17320 1653
maniere accoûtumée à l'Hôtel de la Com
pagnie. La Liste des Numeros gagnans
des Actions et dixièmes d'Actions qui doivent être remboursées a été renduë publique ,
faisant en tout le nombre de 319.
Actions.
Le 27. de ce mois , l'Abbé de Valras
nommé par le Roi à l'Evêché de Mâcon
fut sacré dans la Chapelle du Seminaire
de S. Sulpice par l'Archevêque de Cambray , assisté de l'Evêque d'Uzès , et de
l'Evêque de Bayeux
Fermer
Résumé : « Le 14, le Prévôt des Marchands et Echevins descendirent la [...] »
En juillet 1732, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Paris et en France. Le 14 juillet, le Prévôt des Marchands et les Échevins ont inspecté les ponts et les quais de Paris selon la tradition. À Toulouse, le 31 mai précédent, le sieur Hain Petit, un Juif de la synagogue d'Avignon, s'est converti au christianisme grâce à l'Abbé de La Roque. Il a été baptisé dans l'église métropolitaine de Toulouse, avec pour parrain M. de Maniban, Premier Président du Parlement, et pour marraine Madame le Mazuyer, épouse du Procureur Général. Après le baptême, l'Archevêque de Toulouse lui a administré les sacrements de confirmation et d'eucharistie. Le 19 juillet, un Te Deum a été chanté dans l'église du Temple pour célébrer la convalescence de Mademoiselle, fille de Son Altesse Royale. L'église était somptueusement décorée et éclairée, et le Te Deum, composé par M. de Blamont, a été interprété par 80 musiciens renommés. Des feux d'artifice et des rafraîchissements ont suivi au Palais Prieural. Le 20 juillet, M. de Bauffremont a soutenu des thèses de mathématiques au Collège Royal de Navarre devant une assemblée nombreuse. Les thèses portaient sur la géométrie, la trigonométrie, la longimétrie et la mécanique. Pour la première fois, les thèses ont été imprimées et distribuées en français. Le 24 juillet, une grande assemblée s'est tenue au Palais de Bourbon chez Madame la Duchesse Douairière. La tragédie de Venceslas et la comédie 'Les Abderites' ont été représentées, suivies d'un ballet où les danseuses Camargo et Sallé ont excellé. Le même jour, la loterie de la Compagnie des Indes a été tirée à l'Hôtel de la Compagnie, avec 319 actions gagnantes. Enfin, le 27 juillet, l'Abbé de Valras, nommé par le Roi à l'évêché de Mâcon, a été sacré dans la chapelle du Séminaire de Saint-Sulpice par l'Archevêque de Cambrai, assisté des évêques d'Uzès et de Bayeux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 1864-1866
ESPAGNE.
Début :
On apprend de Madrid, que tous les COnseils, les Paroisses et les Communautez Religieuses [...]
Mots clefs :
Espagne, Te Deum, Mascarade, Conquête d'Oran, Détachement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNI.
Napprend de Madrid, que tous les Conseils,
les Paroisses et les Communautez Religieuses de certe Ville , ont fait chanter le Te Deum
en action de graces de la Prise d'Oran et de Mazarquibir. Le 15. Juillet il y eut une nombreuse
Mascarade qui se rendit à la petite Place du Palais , et qui traversant une partie de la Ville ,
revint à la Place de l'Hôtel de Ville. L'après midy
on représenta la Comédie dans la grande Sale de
cet Hôtel , et le soir on tira dans la Place un trèsbeau Feu d'artifice , par lequel les Réjouissances
publiques ont été terminées.
On a appris par le Patron d'une Barque arrivée des Côtes de Barbarie , que le Comte de Montemar , General de l'Armée du Roy d'Espagne ,
qui a fait la conquête d'Oran , ayant envoyé un Détachement considerable pour attaquer les Maures dans quelques Montagnes peu éloignées de la
Ville , où ils s'étoient retirez , ce Détachement
avoit été surpris dans un défilé , où les Maures
s'étoient mis en embuscade ; que le Duc de Saint
Blas avoit été tué dans cette rencontre , et que
malgré ce petit avantage remporté par les Maures , le General Espagnol se préparoit à les faire attaquer de nouveau.
Des Lettres d'Oran , portent que les Peuples
de 15. à 20. lieuës des environs de cette Place
étoient venus se soumettre au Roy et demander
sa protection.
Ôn écrit de Madrid , qu'on y avoit appris
'Afrique qu'un Détachement de mille Grenadiers , placez dans une Embuscade , où il y avoit seize pieces de Canon , chargées à cartouche
1
1
AOUST. 17༣2. 1865
touche , avoit tué près de 800. Maures , qu'un
Cautre Détachement de Cavalerie Espagnole avoit
attiré des Montagnes dans un défilé ; que le Comte de Cecil, qui commandoit ce Détachement ,
les avoit poursuivis jusqu'à une Colline où il
avoit trouvé un Convoi de mille Chameaux ,
chargez de froment et d'orge,
>
D'autres Lettres arrivées depuis , portent
qu'il est venu au Camp un Pacha d'une Province voisine d'Orau , accompagné de son fils ,
pour offrir au Comte de Montemar de mettre
35000. Maures en campagne au service de S.M.C.
à condition qu'on assureroit le Gouvernement de
cette Province à son fils , et qu'on établiroit avec
lui un Commerce de Bestiaux et de denrées , offrant de laisser son fils en ôtage pour sureté de
sa parole , et de fournir d'avance.200. mille mesures de froment. Le bruit court que cè Pacha
doit arriver à Madrid incessamment avec une
suite de 30. Maurės. 1
On inande de Ceuta , qu'on y avoit arrêté un
homme qui se disoit Domestique du Duc de
Riperda, et qu'on a sçû depuis être un Ingenieur
qu'il avoit chargé de lever le plan des Fortifica- tions de cette Place. On a appris aussi par ce Pri
sonnier , que le Duc de Riperda s'étoit fait Mahometan , et qu'il étoit actuellement au service
du Roy de Maroc. Cette déclaration ayant été confirmée par d'autres Lettres , que le Roy a
donné ordre au Conseil de Castille , de rayer le
nom de ce Renegat dans tous les Registres où il avoit été inscrit dans le temps de sa faveur en
Espagne.
On vient de recevoir des Lettres du Comte de
Montemar , par lesquelles on apprend que ce
General avoit fait un détachement de souo. hom- 13 I mes
1866 MERCURE DE FRANCE
mes d'Infanterie et de 2000. Chevaux , qui de- ,
voient être commandez par le Marquis de VillaDarias , pour aller faire le Siege de la petite Ville
de Mazangran , située à l'Embouchure de la Ri
viere de Chilef, à 15. lieues d'Oran , où il avoit
envoyé en même temps deux Vaisseaux de guerre
et 7. Galeres , qui devoient l'attaquer par Mer.
Napprend de Madrid, que tous les Conseils,
les Paroisses et les Communautez Religieuses de certe Ville , ont fait chanter le Te Deum
en action de graces de la Prise d'Oran et de Mazarquibir. Le 15. Juillet il y eut une nombreuse
Mascarade qui se rendit à la petite Place du Palais , et qui traversant une partie de la Ville ,
revint à la Place de l'Hôtel de Ville. L'après midy
on représenta la Comédie dans la grande Sale de
cet Hôtel , et le soir on tira dans la Place un trèsbeau Feu d'artifice , par lequel les Réjouissances
publiques ont été terminées.
On a appris par le Patron d'une Barque arrivée des Côtes de Barbarie , que le Comte de Montemar , General de l'Armée du Roy d'Espagne ,
qui a fait la conquête d'Oran , ayant envoyé un Détachement considerable pour attaquer les Maures dans quelques Montagnes peu éloignées de la
Ville , où ils s'étoient retirez , ce Détachement
avoit été surpris dans un défilé , où les Maures
s'étoient mis en embuscade ; que le Duc de Saint
Blas avoit été tué dans cette rencontre , et que
malgré ce petit avantage remporté par les Maures , le General Espagnol se préparoit à les faire attaquer de nouveau.
Des Lettres d'Oran , portent que les Peuples
de 15. à 20. lieuës des environs de cette Place
étoient venus se soumettre au Roy et demander
sa protection.
Ôn écrit de Madrid , qu'on y avoit appris
'Afrique qu'un Détachement de mille Grenadiers , placez dans une Embuscade , où il y avoit seize pieces de Canon , chargées à cartouche
1
1
AOUST. 17༣2. 1865
touche , avoit tué près de 800. Maures , qu'un
Cautre Détachement de Cavalerie Espagnole avoit
attiré des Montagnes dans un défilé ; que le Comte de Cecil, qui commandoit ce Détachement ,
les avoit poursuivis jusqu'à une Colline où il
avoit trouvé un Convoi de mille Chameaux ,
chargez de froment et d'orge,
>
D'autres Lettres arrivées depuis , portent
qu'il est venu au Camp un Pacha d'une Province voisine d'Orau , accompagné de son fils ,
pour offrir au Comte de Montemar de mettre
35000. Maures en campagne au service de S.M.C.
à condition qu'on assureroit le Gouvernement de
cette Province à son fils , et qu'on établiroit avec
lui un Commerce de Bestiaux et de denrées , offrant de laisser son fils en ôtage pour sureté de
sa parole , et de fournir d'avance.200. mille mesures de froment. Le bruit court que cè Pacha
doit arriver à Madrid incessamment avec une
suite de 30. Maurės. 1
On inande de Ceuta , qu'on y avoit arrêté un
homme qui se disoit Domestique du Duc de
Riperda, et qu'on a sçû depuis être un Ingenieur
qu'il avoit chargé de lever le plan des Fortifica- tions de cette Place. On a appris aussi par ce Pri
sonnier , que le Duc de Riperda s'étoit fait Mahometan , et qu'il étoit actuellement au service
du Roy de Maroc. Cette déclaration ayant été confirmée par d'autres Lettres , que le Roy a
donné ordre au Conseil de Castille , de rayer le
nom de ce Renegat dans tous les Registres où il avoit été inscrit dans le temps de sa faveur en
Espagne.
On vient de recevoir des Lettres du Comte de
Montemar , par lesquelles on apprend que ce
General avoit fait un détachement de souo. hom- 13 I mes
1866 MERCURE DE FRANCE
mes d'Infanterie et de 2000. Chevaux , qui de- ,
voient être commandez par le Marquis de VillaDarias , pour aller faire le Siege de la petite Ville
de Mazangran , située à l'Embouchure de la Ri
viere de Chilef, à 15. lieues d'Oran , où il avoit
envoyé en même temps deux Vaisseaux de guerre
et 7. Galeres , qui devoient l'attaquer par Mer.
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Résumé : ESPAGNE.
Le texte décrit la prise d'Oran et de Mazarquivir par les Espagnols. À Madrid, des Te Deum et des réjouissances publiques ont célébré ces victoires. Le Comte de Montemar a envoyé un détachement attaquer des Maures, mais une embuscade a causé la mort du Duc de Saint Blas. Malgré cette défaite, les Espagnols se préparaient à une nouvelle attaque. Des populations locales se sont soumises au roi d'Espagne. Un détachement de grenadiers a tué près de 800 Maures, et la cavalerie espagnole a capturé un convoi de chameaux. Un pacha voisin a proposé de mettre 35 000 Maures au service du roi d'Espagne en échange de privilèges. À Ceuta, un ingénieur a été arrêté pour trahison. Le Duc de Riperda, devenu mahométan, a été rayé des registres espagnols. Le Comte de Montemar a envoyé un détachement commandé par le Marquis de Villadarias pour assiéger Mazangran, avec le soutien naval de deux vaisseaux et sept galères.
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35
p. 2480-2485
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le 1 Octobre, le Cardinal Otthoboni proposa [...]
Mots clefs :
Italie, Cardinal Ottoboni, Congrégation, Jurisconsule, Te Deum, Don Carlos, Infant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Ans le Consistoire secret que le Pape tint
le 1 Octobre , le Cardinal Otthoboni proEvêché de Lodeve pour l'Abbé de Souil lac; il préconisa ensuite l'Evêque de Lomber
pour l'Abbaye de S. Pierre de Lézat , Diocèse de
Rieux.
On,assure qu'il a été résolu que les 4 Cardinaux que le Pape a nommez pour être de la Cóngrégation de Non nullis , assisteront aux nou veaux Interrogatoires que le Cardinal Coscia
doit subir pour l'éclaircissement de quelques faits qu'il n'a pas niez ; qu'on lui donnera le terme de
2 mois pour travailler à ses deffenfes ; qu'il lui
sera permis de choisir un Jurisconsulte étranger
pour plaider sa cause devant la Congrégation ; mais que ce Jurisconsulte sera as- isté d'un Audireur-Romain ; que M. Fiorelli , Secretaire de la Congrégation , sera tenu de fournir au Card. Coscia toutes les Pieces du Procès , dont il aura
besoin pour sa deffense , .en prenant les précau tions
NOVEMBRE. 1732. 248€
2
tions necessaires pour empêcher qu'elles ne soient
soustraites ; et qu'il ira de la part du Pape renou- veller à ce Cardinal la deffense de sortir de Rome
sous quelque prétexte et par quelque moyen que ce puisse être , à peine d'être privé de son Titre
de Cardinal , de tous ses Benefices et Revenus
Ecclesiastiques et de confiscation de tous ses autres biens , qui , en cas de fuite , seront dévolus
à la Chambre Apostolique. Cependant le 6 Oc tobre , on leva la Garde du Cardinal de Coscia
et il eut la permission de recevoir des visites et
de reprendre un certain nombre de ses anciens
Domestiques. Il a depuis obtenu du Pape la permission de sortir de temps en temps du Convent où il fait sa résidence , et il alla le 28 Octobre
se promener du côté de sainte Croix en Jeru- salem.
-
On apprend- de Florence , que le 4 Octobre l'Infant Don Carlos alla visiter le Grand Duc
et l'Electrice Palatine Douairiere ; il partit le 6 .
pour se rendre à Parme , accompagné du Comte
de Sant-Estevan. S. A. R. coucha le 7. à Bo
logne , d'où il partit le 8. pour continuer sa route. Elle a choisi pour Gentilshommes de sa
Chambre le Comte de San- Severin , Milanois
et le Comte Bologini de Plaisance , et pour son
Majordome de Semaine; le Comte Tarafoni de
Parme.
Ce Prince arriva à Parme le 9. Octobre vers
les 3. heures après midi. Il se rendit d'abord à
P'Eglise du Dôme où on chanta le Te Deum, en
actions de graces de son heureuse arrivée ; après
quoi S.A. R. fut conduite au Palais par un nombreux Cortege de Noblesse et aux acclamations,
réiterées du peuple, qui fit le soir des Feux de joye et des Illuminations dans toutes les Rues de la
le.
Spe
Hviij D'aut
2482 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent, que la veille de son départ de Florence il avoit été visité par le Grand
Duc ,qui lui avoit [envoyé le matin un tres- beau
Tableau,peint par Marc Tuscher de Nuremberg,
représentant la Cérémonie de l'hommage des
Etats du Grand Duché de Toscane , que S.A.R.
a reçu cette année au nom du Grand Duc , le
24 juin dernier , Fête de S. Jean- Baptiste.
L'Infant Don Carlos étant arrivé le 6 Octobre à la Scarperie , y fut salué par une decharge générale de l'Artillerie du Fort de S. Martin.
Le soir il arriva à Firenzuola , d'où il congédia
les Carabiniers et autres Troupes que le Grand
Duc avoit fait partir avec lui pour l'escorter
jusqu'à la Frontiere de ses Etats.
Le 7 , ce Prince dîna dans le Convent des
Cordeliers de Lojano , et le soir il alla coucher
dans celui des Religieux Olivetains de S. Michel
in Bosco , hors des Portes de la Ville de Bologne,
où il fut complimenté par le Comte Marc-Antoine Ranuzzi , de la part du Grand Duc , et de l'Electrice Doüairiere Palatine.
Le 8 , S. A. R. étant entrée dans le Duché de
Modéne,trouva sur la Frontiere le Marquis Rangoni , qui la complimenta au nom du Duc de
Modéne , lequel lui avoit enyoyé trois Carosses
à six Chevaux , dont l'Infant Don Carlos le remercia. Aussi- tôt qu'il fut à la vûë de Modéne il
fut salué de cent coups de Canon, tant de la Ville que de la Forteresse. Le chemin qui conduit à
cette Ville , avoit été arrosé par ordre du Duc de
Modéne , afin d'abbatrre la poussiere.
Le Duc de Modéne vint audevant de ce Prince,
étant accompagné d'une nombreuse suite de Seigneurs de sa Cour , pour l'engager à entrer dans
la Ville et à faire quelque séjour dans son Palais.
Ils
NOVEMBRE. 1732. 2493
Ils se donnerent réciproquement de grandes marques de tendresse ; mais l'Infant Don Carlos:
n'ayant pas accepté l'offre du Duc de Modéne ,
ils se séparerent , et S. A. R. continua sa route
par les dehors de la Ville.
Etant arrivée à la Rubiera , elle envoya un des
Gentilhommes de sa Chambre complimenter le Duc de Modéne de sa part.
L'Infant Don Carlos se rendit l'après midi à
Pantaro , Maison de plaisance de la Comtesse
Borri , où il trouva un tres-grand nombre de Gentilhommes des Duchez de Parme et de Plaisance , qui étoient venus pour lui rendre leurs
respects. La Duchesse Dorothée, Duchesse Douairiere de Parme et Ayeule maternelle de S. A. R. y
arriva peu de temps après pour le complimenter..
L'Infant Don Carlos alla la recevoir à la portè de
sa Chambre et demeura avec elle pendant une
heure. Cette Princesse lui presenta les Dames de
sa suite , qui eurent l'honneur de baiser la main de S. A. R.
Le , l'Infant alla dîner au Convent de
la Certosa , à un mille de Parme ; après le
diné , ayant pris un habit magnifique, il mon ta à Cheval pour faire son Entrée publique dans
cette Ville, à la porte de laquelle on avoit dressé
un Autel , où il fut reçu par le Chapitre de l'Eglise Cathédrale de S.Michel, le plus ancien Cha
noine lui ayant presenté l'Eau-benite et un Crucifix à baiser. S. A R.se plaça ensuite dans un Fau
teuil , sous un Dais magnifique , du côté de l'E
vangile où le Gouverneur lui presenta les Clefs
de la Ville , que ce Prince lui rendit. Après les Prières ordinaires , l'Infant Don Carlos remonta
à Cheval et entra dans la Ville au bruit des Salves réiterées de l'Artillerie , du son de toutes les
2 Hiiij Clos
2484 MERCURE DE FRANCE
Cloches et des acclamations de joïe du Peuple.
La marche se fit dans l'ordre suivant :
Une Compagnie d'Infanterie Irlandoise , deux
Compagnies des Cuirassiers de Parme et de Plaisance , et deux Compagnies de Carabiniers préacedoient 54 Gentilhommes des deux Duchez, habillez magnifiquement , et montez sur des Chevaux richement harnachez ; ils étoient suivis des
Majord'hommes de semaine de S. A. R. et des
Gentilhommes de sa Chambre aussi à Cheval ,
des Ordres Mandians , des grandes Confrairies ,
- du Clergé Séculier des Paroisses , et de celui de
'Eglise Cathédrale.
L'Infant Don Carlos marchoit ensuite , monté
sur un tres- beau Cheval d'Espagne et sous un
Dais d'Etoffe d'argent , dont les douze Cordons
étoient tenus par douze Députez , représentant les Etats des deux Duchez.
S. A. R. étoit suivie du Comte de Sant Estevan,Grand Maître de sa Maison, du Prince Corsi
ni , son Grand-Ecuyer , de Don Lélio Caraffe ,
Capitaine de ses Gardes du Corps , et de trois autres des principaux Officiers de sa Garde , et la
marche étoit fermée par un détachement d'Infanterie de 400 hommes , qui étoient habillez de
neuf, ainsi que toutes les autres Troupes qui s'é- toient mises en haye et sous les Armes , dans
toutes les rues de son passage.
S.A. R. fut reçue dans le Parvis de l'Eglise
Cathedrale par les principaux Magistrats , et à la
porte de l'Eglise par l'Abbé de Castromonte ,
Grand-Chapelain, qui lui présenta l'Eau -benite ,
et le conduisit dans le Choeur, où le Te Deumfut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique. Après le
Te Deum , l'Infant monta en Carosse avec le
Comte de Sant- Estevan, et le Pr. Corsini. H
trouva
NOVEMBRE. 1732. 2485
trouva au Palais la Duchesse Doüairiere Dorothée , qui le conduisit dans l'appartement qu'on
lui avoit préparé , et une heure après il donna audience au Chevalier Antinori, qui vint le com
plimenter de la part du Grand Duc , et de l'Electrice Douairiere Palatine,
On écrit de Génes que le grand Conseil n'a voit encore rien déterminé touchant la liberté
des quatre Chefs des Mécontens de l'Isle de Corse; que Don Louis Giafferi , l'un de ces Chefsétoit dangereusement malade ; que le P. Certa
zini , Capucin , autrefois Prédicateur des Mécon
tens, et qui avoit été conduit à Génes il y a 3 ou
4 mois, avoit été remis entre les mains de ses Supérieurs qui l'avoient condamné au painet à l'eau
pour le reste de ses jours , et l'avoient renfermé
dans la Prison de leur Convent.
On apprend en dernier lieu que les 4 Chefs avoient été transferez à Savonne ; qu'on les y
traitoit avec beaucoup de douceur et d'humanité;
qu'ils avoient été visitez par le Gouverneur de cette Ville , qui leur avoit dit , de la part du
Grand- Conseil , qu'ils avoient la liberté de s'y promener . et qu'on avoit renvoyé chez eux les
Otages des Mécontens retenus jusqu'à present à />
la Bastia.
On mande de Naples , que le 24 Septembre
plusieurs-Dames de distinction , commencerent
à faire une quête chez tous les habitans de cette
Ville , pour rassembler 3000 Ducats , qu'on doit employer à faire en argent une Statuë de Ste Iré- ne , Vierge , que le peuple a choisie pour être
la Patrone particuliere de cette Ville , contre les offers du Tonnerre »
Ans le Consistoire secret que le Pape tint
le 1 Octobre , le Cardinal Otthoboni proEvêché de Lodeve pour l'Abbé de Souil lac; il préconisa ensuite l'Evêque de Lomber
pour l'Abbaye de S. Pierre de Lézat , Diocèse de
Rieux.
On,assure qu'il a été résolu que les 4 Cardinaux que le Pape a nommez pour être de la Cóngrégation de Non nullis , assisteront aux nou veaux Interrogatoires que le Cardinal Coscia
doit subir pour l'éclaircissement de quelques faits qu'il n'a pas niez ; qu'on lui donnera le terme de
2 mois pour travailler à ses deffenfes ; qu'il lui
sera permis de choisir un Jurisconsulte étranger
pour plaider sa cause devant la Congrégation ; mais que ce Jurisconsulte sera as- isté d'un Audireur-Romain ; que M. Fiorelli , Secretaire de la Congrégation , sera tenu de fournir au Card. Coscia toutes les Pieces du Procès , dont il aura
besoin pour sa deffense , .en prenant les précau tions
NOVEMBRE. 1732. 248€
2
tions necessaires pour empêcher qu'elles ne soient
soustraites ; et qu'il ira de la part du Pape renou- veller à ce Cardinal la deffense de sortir de Rome
sous quelque prétexte et par quelque moyen que ce puisse être , à peine d'être privé de son Titre
de Cardinal , de tous ses Benefices et Revenus
Ecclesiastiques et de confiscation de tous ses autres biens , qui , en cas de fuite , seront dévolus
à la Chambre Apostolique. Cependant le 6 Oc tobre , on leva la Garde du Cardinal de Coscia
et il eut la permission de recevoir des visites et
de reprendre un certain nombre de ses anciens
Domestiques. Il a depuis obtenu du Pape la permission de sortir de temps en temps du Convent où il fait sa résidence , et il alla le 28 Octobre
se promener du côté de sainte Croix en Jeru- salem.
-
On apprend- de Florence , que le 4 Octobre l'Infant Don Carlos alla visiter le Grand Duc
et l'Electrice Palatine Douairiere ; il partit le 6 .
pour se rendre à Parme , accompagné du Comte
de Sant-Estevan. S. A. R. coucha le 7. à Bo
logne , d'où il partit le 8. pour continuer sa route. Elle a choisi pour Gentilshommes de sa
Chambre le Comte de San- Severin , Milanois
et le Comte Bologini de Plaisance , et pour son
Majordome de Semaine; le Comte Tarafoni de
Parme.
Ce Prince arriva à Parme le 9. Octobre vers
les 3. heures après midi. Il se rendit d'abord à
P'Eglise du Dôme où on chanta le Te Deum, en
actions de graces de son heureuse arrivée ; après
quoi S.A. R. fut conduite au Palais par un nombreux Cortege de Noblesse et aux acclamations,
réiterées du peuple, qui fit le soir des Feux de joye et des Illuminations dans toutes les Rues de la
le.
Spe
Hviij D'aut
2482 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent, que la veille de son départ de Florence il avoit été visité par le Grand
Duc ,qui lui avoit [envoyé le matin un tres- beau
Tableau,peint par Marc Tuscher de Nuremberg,
représentant la Cérémonie de l'hommage des
Etats du Grand Duché de Toscane , que S.A.R.
a reçu cette année au nom du Grand Duc , le
24 juin dernier , Fête de S. Jean- Baptiste.
L'Infant Don Carlos étant arrivé le 6 Octobre à la Scarperie , y fut salué par une decharge générale de l'Artillerie du Fort de S. Martin.
Le soir il arriva à Firenzuola , d'où il congédia
les Carabiniers et autres Troupes que le Grand
Duc avoit fait partir avec lui pour l'escorter
jusqu'à la Frontiere de ses Etats.
Le 7 , ce Prince dîna dans le Convent des
Cordeliers de Lojano , et le soir il alla coucher
dans celui des Religieux Olivetains de S. Michel
in Bosco , hors des Portes de la Ville de Bologne,
où il fut complimenté par le Comte Marc-Antoine Ranuzzi , de la part du Grand Duc , et de l'Electrice Doüairiere Palatine.
Le 8 , S. A. R. étant entrée dans le Duché de
Modéne,trouva sur la Frontiere le Marquis Rangoni , qui la complimenta au nom du Duc de
Modéne , lequel lui avoit enyoyé trois Carosses
à six Chevaux , dont l'Infant Don Carlos le remercia. Aussi- tôt qu'il fut à la vûë de Modéne il
fut salué de cent coups de Canon, tant de la Ville que de la Forteresse. Le chemin qui conduit à
cette Ville , avoit été arrosé par ordre du Duc de
Modéne , afin d'abbatrre la poussiere.
Le Duc de Modéne vint audevant de ce Prince,
étant accompagné d'une nombreuse suite de Seigneurs de sa Cour , pour l'engager à entrer dans
la Ville et à faire quelque séjour dans son Palais.
Ils
NOVEMBRE. 1732. 2493
Ils se donnerent réciproquement de grandes marques de tendresse ; mais l'Infant Don Carlos:
n'ayant pas accepté l'offre du Duc de Modéne ,
ils se séparerent , et S. A. R. continua sa route
par les dehors de la Ville.
Etant arrivée à la Rubiera , elle envoya un des
Gentilhommes de sa Chambre complimenter le Duc de Modéne de sa part.
L'Infant Don Carlos se rendit l'après midi à
Pantaro , Maison de plaisance de la Comtesse
Borri , où il trouva un tres-grand nombre de Gentilhommes des Duchez de Parme et de Plaisance , qui étoient venus pour lui rendre leurs
respects. La Duchesse Dorothée, Duchesse Douairiere de Parme et Ayeule maternelle de S. A. R. y
arriva peu de temps après pour le complimenter..
L'Infant Don Carlos alla la recevoir à la portè de
sa Chambre et demeura avec elle pendant une
heure. Cette Princesse lui presenta les Dames de
sa suite , qui eurent l'honneur de baiser la main de S. A. R.
Le , l'Infant alla dîner au Convent de
la Certosa , à un mille de Parme ; après le
diné , ayant pris un habit magnifique, il mon ta à Cheval pour faire son Entrée publique dans
cette Ville, à la porte de laquelle on avoit dressé
un Autel , où il fut reçu par le Chapitre de l'Eglise Cathédrale de S.Michel, le plus ancien Cha
noine lui ayant presenté l'Eau-benite et un Crucifix à baiser. S. A R.se plaça ensuite dans un Fau
teuil , sous un Dais magnifique , du côté de l'E
vangile où le Gouverneur lui presenta les Clefs
de la Ville , que ce Prince lui rendit. Après les Prières ordinaires , l'Infant Don Carlos remonta
à Cheval et entra dans la Ville au bruit des Salves réiterées de l'Artillerie , du son de toutes les
2 Hiiij Clos
2484 MERCURE DE FRANCE
Cloches et des acclamations de joïe du Peuple.
La marche se fit dans l'ordre suivant :
Une Compagnie d'Infanterie Irlandoise , deux
Compagnies des Cuirassiers de Parme et de Plaisance , et deux Compagnies de Carabiniers préacedoient 54 Gentilhommes des deux Duchez, habillez magnifiquement , et montez sur des Chevaux richement harnachez ; ils étoient suivis des
Majord'hommes de semaine de S. A. R. et des
Gentilhommes de sa Chambre aussi à Cheval ,
des Ordres Mandians , des grandes Confrairies ,
- du Clergé Séculier des Paroisses , et de celui de
'Eglise Cathédrale.
L'Infant Don Carlos marchoit ensuite , monté
sur un tres- beau Cheval d'Espagne et sous un
Dais d'Etoffe d'argent , dont les douze Cordons
étoient tenus par douze Députez , représentant les Etats des deux Duchez.
S. A. R. étoit suivie du Comte de Sant Estevan,Grand Maître de sa Maison, du Prince Corsi
ni , son Grand-Ecuyer , de Don Lélio Caraffe ,
Capitaine de ses Gardes du Corps , et de trois autres des principaux Officiers de sa Garde , et la
marche étoit fermée par un détachement d'Infanterie de 400 hommes , qui étoient habillez de
neuf, ainsi que toutes les autres Troupes qui s'é- toient mises en haye et sous les Armes , dans
toutes les rues de son passage.
S.A. R. fut reçue dans le Parvis de l'Eglise
Cathedrale par les principaux Magistrats , et à la
porte de l'Eglise par l'Abbé de Castromonte ,
Grand-Chapelain, qui lui présenta l'Eau -benite ,
et le conduisit dans le Choeur, où le Te Deumfut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique. Après le
Te Deum , l'Infant monta en Carosse avec le
Comte de Sant- Estevan, et le Pr. Corsini. H
trouva
NOVEMBRE. 1732. 2485
trouva au Palais la Duchesse Doüairiere Dorothée , qui le conduisit dans l'appartement qu'on
lui avoit préparé , et une heure après il donna audience au Chevalier Antinori, qui vint le com
plimenter de la part du Grand Duc , et de l'Electrice Douairiere Palatine,
On écrit de Génes que le grand Conseil n'a voit encore rien déterminé touchant la liberté
des quatre Chefs des Mécontens de l'Isle de Corse; que Don Louis Giafferi , l'un de ces Chefsétoit dangereusement malade ; que le P. Certa
zini , Capucin , autrefois Prédicateur des Mécon
tens, et qui avoit été conduit à Génes il y a 3 ou
4 mois, avoit été remis entre les mains de ses Supérieurs qui l'avoient condamné au painet à l'eau
pour le reste de ses jours , et l'avoient renfermé
dans la Prison de leur Convent.
On apprend en dernier lieu que les 4 Chefs avoient été transferez à Savonne ; qu'on les y
traitoit avec beaucoup de douceur et d'humanité;
qu'ils avoient été visitez par le Gouverneur de cette Ville , qui leur avoit dit , de la part du
Grand- Conseil , qu'ils avoient la liberté de s'y promener . et qu'on avoit renvoyé chez eux les
Otages des Mécontens retenus jusqu'à present à />
la Bastia.
On mande de Naples , que le 24 Septembre
plusieurs-Dames de distinction , commencerent
à faire une quête chez tous les habitans de cette
Ville , pour rassembler 3000 Ducats , qu'on doit employer à faire en argent une Statuë de Ste Iré- ne , Vierge , que le peuple a choisie pour être
la Patrone particuliere de cette Ville , contre les offers du Tonnerre »
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Résumé : ITALIE.
En octobre 1732, le pape organisa un Consistoire secret où le cardinal Otthoboni nomma l'abbé de Souilac à l'évêché de Lodève et l'évêque de Lombez à l'abbaye de Saint-Pierre de Lézat, diocèse de Rieux. Quatre cardinaux furent désignés pour assister aux interrogatoires du cardinal Coscia afin d'éclaircir certains faits. Coscia disposa de deux mois pour préparer sa défense, avec l'aide d'un jurisconsulte étranger et d'un auditeur romain. Le secrétaire de la Congrégation, M. Fiorelli, devait fournir toutes les pièces du procès nécessaires à la défense de Coscia. Le 6 octobre, la garde du cardinal Coscia fut levée, lui permettant de recevoir des visites et de sortir occasionnellement du couvent où il résidait. À Florence, l'infant Don Carlos visita le grand-duc et l'électrice palatine douairière le 4 octobre, avant de partir pour Parme le 6 octobre, accompagné du comte de Sant-Estevan. Il fut accueilli par divers dignitaires et nobles lors de son passage à Bologne et Modène. Le 9 octobre, il arriva à Parme, où il fut reçu par une procession solennelle et des festivités publiques. Il fut accueilli par la duchesse Dorothée, duchesse douairière de Parme, et reçut les hommages des nobles des duchés de Parme et Plaisance. En Corse, le grand Conseil de Gênes n'avait pas encore décidé du sort des quatre chefs des mécontents de l'île. Don Louis Giafferi était gravement malade, et le père Certa zini, capucin, avait été condamné au pain et à l'eau pour le reste de ses jours. Les chefs furent transférés à Savone, où ils furent traités avec humanité, et les otages des mécontents furent renvoyés chez eux. À Naples, le 24 septembre, plusieurs dames de distinction commencèrent une quête pour rassembler 3000 ducats afin de faire une statue en argent de Sainte Irène, choisie par le peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 2497-2501
MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
Début :
Tout le monde sçait que la pieté de M. le Duc d'Orleans, Premier Prince du Sang, le [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Guérison, Maladie, Actions de grâce, Convalescence, Petite vérole, Te Deum, Église, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
MALADIE de Monseigneur le Due
d'Orleans , et Actions de Gracès renduës
pourson heureuseguérison.
Out le monde sçait que la pieté de M. le TDucd'Orleans ,Fremier Prince du Sang , le
porte à faire des Retraites dans l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Ce Prince venoit de finir
une de ces Retraites , qui avoit duré 17 jours ,
lorsque M. le Duc de Chartres fut attaqué de la
petite
2498 MERCURE DE FRANCE
à
petite verole. M. le Duc d'Orleans , en vrai Pere,
ne le quitta pas d'un moment. Aussi- tôt qu'il le vît en convalescence , il pensa se retirer de
nouveau à sainte Geneviève. Il y arriva le Jeudi
matin 30 Octobre , ayant déja eu un accès de
fiévre , une diete rigoureuse n'empêcha pas le
mal d'augmenter. Le vendredi 31. on conclut à
la saignée du bras , ce qui fut éxecuté par le
sieur Marsolan , premier Chirurgien de S. A.-S.
qui avoit été de cet avis
La petite verole déclarée , le Prince résolut de
rester à Sainte Geneviève. S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans, accourut promptement : dans
Cette visite et dans celles qui suivirent , on la vûe des heures entieres devant le S. Sacrement. La
Reine d'Espagne vint le Samedi , Fête de la Toussaints , et les jours suivans , employant chaque
fois beaucoup de tems à la priere , pour implorer
le secours du Ciel. Ces Augustes et pieuses Prin-.
cesses faisoient distribuer en sortant des aumônes considérables.
Le Dimanche matin 2 Novembre , M. l'Arche◄
vêque de Paris vint à Sainte Geneviève , y celébra
la Messe , et salua M. le Duc d'Orleans, malgré
les instances réïterées de S. A. S. qui lui fit représenter poliment qu'un Archevêque , obligé de
communiquer avec toutes sortes de personnes, ne
pouvoit prendre à cet égard trop de précau tions.
Déja les grands Officiers de S. A. S. et les personnes qui en pareil cas deviennent absolument
necessaires , s'étoient rendues du Palais Royal à
Sainte Geneviève. Du nombre de ces derniers
sont le sieur Terre , premier Medecin , et le sieur
Vernage Medecin , le sieur Marsolan , premier
Chirurgien , et le sieur Imbert , Apotiquaire, qui
our
DE
LA
VILLE
NOVEMBRE HOTHEQUE
. 1732.
1732. 249 .
ent conduit la maladie avec prudence et tout
succès possible. On pourroit croire que ce concours auroit causé quelque dérangement dans la
Communauté , mais il n'y en a point eu par la
sagesse de tous ces Officiers.
ger
La maladie qui n'avoit eu aucun mauvais symp
tôme, n'a pas été sujette à des crises fâcheuses , il
n'y a eu de fiévre qu'autant qu'il en falloit pour
faciliter l'éruption , et la fiévre n'étoit pas même
accompagnée de mal de tête. La vie toute frugale
que mene S. A. S. a infiniment contribué à abrela maladie. L'unique attention des Medecins
étoit d'empêcher quele Prince ne s'appliquât trops
il ne voulut cependant pas interrompre ses lectures de pieté , il se faisoit lire assidûment quelques endroits choisis de l'Ecriture-Sainte et des
Peres , et comme on prit la liberté de lui représenter que cela lui pourroit nuire , l'ame , répon
dit-il, est préferable au corps. Accoûtumé à suivre
ce grand principe en santé , il l'a genereusement
suivi dans la maladie. Si- tôt qu'il pût aller à sa
Tribune , qui est de plein pied à son Appartement , et qui donne sur le Sanctuaire , il y assis
ta aux Offices divins. Le peuple en étant informé s'empressa de tourner les yeux vers cette
Tribune , et attira une foule qui ne cessoit d'applaudir et d'admirer.
Le Vendredi 14 Novembre › M. le Duc de
Chartres , à peine sorti de convalescence , vint rendre ses devoirs à S. A. S. son Pere , la conso❤
lation fut entiere de part et d'autre. Le jeune.
Prince marqua des sentimens superieurs à son
âge. Il monta ensuite à la Bibliotheque , et prit
plaisir à voir les curiositez qui s'y conser- vent.
LYON
$
1893
Les Chanoines Réguliers de sainte Genevieve chez
1
2500 MERCURE DE FRANCE
C
2
p
chez qui tout cela s'est passé , ont crû ne pou-"
voir trop faire éclater leur joye. Le Lundi 17
Novembre, ils chanterent une Messe Solemnelle
d'Actions de graces , celebrée pontificalement
par l'Abbé. Le Te Deum suivit la Messe. Dans
cette grande Cerémonie parurent pour la premiere fois les Ornemens faits de l'Etoffe prétieuse dont M. le Duc d'Orleans fit présent quand il nomma la premiere des nouvelles Cloches. Au
Chant on joignit l'Orgue , accompagnée d'Ins trumens.
L'Eglise ornée de Tapisseries magnifiques ,
comme dans là solemnité de sainte Genevieve ,
sembloit avoir perdu cet air de vetusté qui lui
est propre. Des Lustres disposez avec cimetrie ,
et garnis de Bougies , faisoient un fort bel effet :
mais ce qui frappoit davantage étoit la Châsse
de sainte Geneviève , qu'on avoit découverte par
devant , ce qui se fait très-rarement. La Châsse
devenue ainsi plus visible , étoit entourée d'une
quantité de Cierges avantageusement distribués
par differens étages , ce qui faisoit briller les riches pierreries du devant. M. le Duc d'Orleans
assista à la cerémonie dans sa Tribune. M. le
Duc de Chartres vint l'y joindre , et pendant le
Te Deum il-édifia extrêmement par sa pieté , qui
exprimoit une vive reconnoissance.
LaReine d'Espagne étoit dans sa Tribune ordinaire,parée deDamas cramoisi;unTapis deVelours
à Galons et Crepine d'or en paroit le dehors. Visà-vis on voyoit la Tribune de S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orleans , et des Princesses de la Maison d'Orleans. Dans l'avant- Sanctuaire orné de Tapis , et dans le Chœur étoient placez
plusieurs Seigneurs et d'autres personnes de disTinc
NOVEMBRE. 1732. 2500
tinction Le Rondpoint et les Chapelles se remplirent également d'Ecclesiastiques , de Gentilshommes , d'Officiers , &c. La Nef le fût d'un
monde infini que la joye de la guérison du Prin- ee avoit attiré. L'Action de Graces fut terminée
par la Benediction pontificale de l'Abbé de sainte Geneviève.
Le soir de la veille de la cerémonie , la Tour
de sainte Geneviève qui par sa situation et par sa
hauteur est apperçue de tout Paris et de la Cam-
·pagne , fut illuminée d'une infinité de Lampions,
et les nouvelles Cloches récemment posées dans
la Tour se firent long- tems entendre. Pareilles illuminations et sonnerie se firent le Lundy au soir,
jour de la Cerémonie. 14
Le 12. de Novembre le Gouverneur du Château de S. Cloud , fit chanter dans la Chapelle du
Château un Te Deum en Musique, en Actions de
graces du parfait rétablissement de la santé de
M le Duc d'Orleans et de M. leDuc deChartres:
le Te Deum auquel M. le Duc de Chartres assis- "ta , fut suivi d'un grand Feu d'artifice et de quantité d'illuminations ; des Fontaines de vin et des
Violons attirerent tous les habitans de S. Cloud
et des environs qui passerent toute la nuit en réjouissances.
d'Orleans , et Actions de Gracès renduës
pourson heureuseguérison.
Out le monde sçait que la pieté de M. le TDucd'Orleans ,Fremier Prince du Sang , le
porte à faire des Retraites dans l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Ce Prince venoit de finir
une de ces Retraites , qui avoit duré 17 jours ,
lorsque M. le Duc de Chartres fut attaqué de la
petite
2498 MERCURE DE FRANCE
à
petite verole. M. le Duc d'Orleans , en vrai Pere,
ne le quitta pas d'un moment. Aussi- tôt qu'il le vît en convalescence , il pensa se retirer de
nouveau à sainte Geneviève. Il y arriva le Jeudi
matin 30 Octobre , ayant déja eu un accès de
fiévre , une diete rigoureuse n'empêcha pas le
mal d'augmenter. Le vendredi 31. on conclut à
la saignée du bras , ce qui fut éxecuté par le
sieur Marsolan , premier Chirurgien de S. A.-S.
qui avoit été de cet avis
La petite verole déclarée , le Prince résolut de
rester à Sainte Geneviève. S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans, accourut promptement : dans
Cette visite et dans celles qui suivirent , on la vûe des heures entieres devant le S. Sacrement. La
Reine d'Espagne vint le Samedi , Fête de la Toussaints , et les jours suivans , employant chaque
fois beaucoup de tems à la priere , pour implorer
le secours du Ciel. Ces Augustes et pieuses Prin-.
cesses faisoient distribuer en sortant des aumônes considérables.
Le Dimanche matin 2 Novembre , M. l'Arche◄
vêque de Paris vint à Sainte Geneviève , y celébra
la Messe , et salua M. le Duc d'Orleans, malgré
les instances réïterées de S. A. S. qui lui fit représenter poliment qu'un Archevêque , obligé de
communiquer avec toutes sortes de personnes, ne
pouvoit prendre à cet égard trop de précau tions.
Déja les grands Officiers de S. A. S. et les personnes qui en pareil cas deviennent absolument
necessaires , s'étoient rendues du Palais Royal à
Sainte Geneviève. Du nombre de ces derniers
sont le sieur Terre , premier Medecin , et le sieur
Vernage Medecin , le sieur Marsolan , premier
Chirurgien , et le sieur Imbert , Apotiquaire, qui
our
DE
LA
VILLE
NOVEMBRE HOTHEQUE
. 1732.
1732. 249 .
ent conduit la maladie avec prudence et tout
succès possible. On pourroit croire que ce concours auroit causé quelque dérangement dans la
Communauté , mais il n'y en a point eu par la
sagesse de tous ces Officiers.
ger
La maladie qui n'avoit eu aucun mauvais symp
tôme, n'a pas été sujette à des crises fâcheuses , il
n'y a eu de fiévre qu'autant qu'il en falloit pour
faciliter l'éruption , et la fiévre n'étoit pas même
accompagnée de mal de tête. La vie toute frugale
que mene S. A. S. a infiniment contribué à abrela maladie. L'unique attention des Medecins
étoit d'empêcher quele Prince ne s'appliquât trops
il ne voulut cependant pas interrompre ses lectures de pieté , il se faisoit lire assidûment quelques endroits choisis de l'Ecriture-Sainte et des
Peres , et comme on prit la liberté de lui représenter que cela lui pourroit nuire , l'ame , répon
dit-il, est préferable au corps. Accoûtumé à suivre
ce grand principe en santé , il l'a genereusement
suivi dans la maladie. Si- tôt qu'il pût aller à sa
Tribune , qui est de plein pied à son Appartement , et qui donne sur le Sanctuaire , il y assis
ta aux Offices divins. Le peuple en étant informé s'empressa de tourner les yeux vers cette
Tribune , et attira une foule qui ne cessoit d'applaudir et d'admirer.
Le Vendredi 14 Novembre › M. le Duc de
Chartres , à peine sorti de convalescence , vint rendre ses devoirs à S. A. S. son Pere , la conso❤
lation fut entiere de part et d'autre. Le jeune.
Prince marqua des sentimens superieurs à son
âge. Il monta ensuite à la Bibliotheque , et prit
plaisir à voir les curiositez qui s'y conser- vent.
LYON
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1893
Les Chanoines Réguliers de sainte Genevieve chez
1
2500 MERCURE DE FRANCE
C
2
p
chez qui tout cela s'est passé , ont crû ne pou-"
voir trop faire éclater leur joye. Le Lundi 17
Novembre, ils chanterent une Messe Solemnelle
d'Actions de graces , celebrée pontificalement
par l'Abbé. Le Te Deum suivit la Messe. Dans
cette grande Cerémonie parurent pour la premiere fois les Ornemens faits de l'Etoffe prétieuse dont M. le Duc d'Orleans fit présent quand il nomma la premiere des nouvelles Cloches. Au
Chant on joignit l'Orgue , accompagnée d'Ins trumens.
L'Eglise ornée de Tapisseries magnifiques ,
comme dans là solemnité de sainte Genevieve ,
sembloit avoir perdu cet air de vetusté qui lui
est propre. Des Lustres disposez avec cimetrie ,
et garnis de Bougies , faisoient un fort bel effet :
mais ce qui frappoit davantage étoit la Châsse
de sainte Geneviève , qu'on avoit découverte par
devant , ce qui se fait très-rarement. La Châsse
devenue ainsi plus visible , étoit entourée d'une
quantité de Cierges avantageusement distribués
par differens étages , ce qui faisoit briller les riches pierreries du devant. M. le Duc d'Orleans
assista à la cerémonie dans sa Tribune. M. le
Duc de Chartres vint l'y joindre , et pendant le
Te Deum il-édifia extrêmement par sa pieté , qui
exprimoit une vive reconnoissance.
LaReine d'Espagne étoit dans sa Tribune ordinaire,parée deDamas cramoisi;unTapis deVelours
à Galons et Crepine d'or en paroit le dehors. Visà-vis on voyoit la Tribune de S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orleans , et des Princesses de la Maison d'Orleans. Dans l'avant- Sanctuaire orné de Tapis , et dans le Chœur étoient placez
plusieurs Seigneurs et d'autres personnes de disTinc
NOVEMBRE. 1732. 2500
tinction Le Rondpoint et les Chapelles se remplirent également d'Ecclesiastiques , de Gentilshommes , d'Officiers , &c. La Nef le fût d'un
monde infini que la joye de la guérison du Prin- ee avoit attiré. L'Action de Graces fut terminée
par la Benediction pontificale de l'Abbé de sainte Geneviève.
Le soir de la veille de la cerémonie , la Tour
de sainte Geneviève qui par sa situation et par sa
hauteur est apperçue de tout Paris et de la Cam-
·pagne , fut illuminée d'une infinité de Lampions,
et les nouvelles Cloches récemment posées dans
la Tour se firent long- tems entendre. Pareilles illuminations et sonnerie se firent le Lundy au soir,
jour de la Cerémonie. 14
Le 12. de Novembre le Gouverneur du Château de S. Cloud , fit chanter dans la Chapelle du
Château un Te Deum en Musique, en Actions de
graces du parfait rétablissement de la santé de
M le Duc d'Orleans et de M. leDuc deChartres:
le Te Deum auquel M. le Duc de Chartres assis- "ta , fut suivi d'un grand Feu d'artifice et de quantité d'illuminations ; des Fontaines de vin et des
Violons attirerent tous les habitans de S. Cloud
et des environs qui passerent toute la nuit en réjouissances.
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Résumé : MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
Le texte relate la maladie et la guérison du Duc d'Orléans, premier Prince du Sang, qui contracta la petite vérole après une retraite de 17 jours à l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Son fils, le Duc de Chartres, fut également atteint. Malgré sa propre maladie, le Duc d'Orléans resta à Sainte Geneviève pour être auprès de son fils. La Duchesse d'Orléans et la Reine d'Espagne vinrent lui rendre visite, priant pour sa guérison et distribuant des aumônes. La maladie du Duc d'Orléans fut soignée avec prudence par ses médecins et chirurgiens, notamment le sieur Marsolan et le sieur Terre. La maladie évolua favorablement sans symptômes graves, facilitée par le mode de vie frugal du Duc. Il continua ses lectures de piété malgré les recommandations médicales. Le 2 novembre, l'Archevêque de Paris vint célébrer la messe à Sainte Geneviève. Le 14 novembre, le Duc de Chartres, convalescent, rendit visite à son père. Le 17 novembre, les Chanoines de Sainte Geneviève célébrèrent une messe solennelle d'actions de grâces, accompagnée d'un Te Deum et d'une illumination de la tour de Sainte Geneviève. La cérémonie fut marquée par la présence de nombreuses personnalités et l'ornementation somptueuse de l'église. Le soir du 17 novembre, des illuminations et des sonneries de cloches eurent lieu. Le 12 novembre, un Te Deum et un feu d'artifice furent organisés au Château de Saint-Cloud pour célébrer le rétablissement des deux Ducs.
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37
p. 2704-2708
Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 6. Decembre, les Officiers de la Chambre de M. le Duc d'Orleans, voulant [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Convalescence, Musique, Arcade, Fleurs, Église, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Le 6. Decembre , les Officiers de la
Chambre de M. le Duc d'Orleans , voulant donner des marques publiques de
leur attachement et de leur zele au sujet
de l'heureuse convalescence de ce Prince
et du Duc de Chartres , son fils unique ,
firent chanter solemnellement dans l'Eglise des Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , un Te Deum de la composi
tion de M. Gervais , Maître de Musique
de la Chapelle du Roi et de M. le Duc
d'Orleans , qu'il fit éxecuter par un excellent Choeur de Musique composé des
meilleurs sujets de chez le Roi , de l'Académie Royale de Musique , et de Paris.
Le Te Deumfut précedé du Salut et de
PExaudiat,auquel l'Archevêque deRouen officia. S. A. R. assista à cette cerémonie
I. Vol. ac
DECEMBRE. 1732. 2709
accompagnée du Duc de Chartres , de
Mademoiselle , du Prince et de la Princesse de Conty , et d'un très grand nombre de personnes de distinction. M. le
Bailly de Confland , Premier Gentilhomme de la Chambre de M. le Duc d'Orleans , reçût S. A. R. à la premiere Porte
de l'Eglise , à la tête de tous les Officiers
de la Chambre de ce Prince. La Communauté des Prêtres de l'Oratoire , ayant à
leur tête le R. P. General , alla recevoir
cette Princesse à la seconde Porte , et luk
présenta l'Eau benite. Elle fut reconduite
de la même maniere après la cerémonie.
Comme l'Eglise des Peres de l'Oratoire
est ornée d'une belle Architecture , on ne
crut pas devoir ajoûter beaucoup d'ornemens pour la décorer , on avoit placé
seulement un couronnement sur l'Arcade
du Maître- Aute!, formé par deux Conso
les qui suportoient un grand Cartouche
dans lequel on avoit peint symboliquement en Camayeu , la Convalescence du
Prince. Elle étoit représentée par une femme à genoux , priant au pied d'un Autel ,
et tenant à sa main un bâton entouré d'un
Serpent , et un Coq à ses pieds. Ce Cartouche étoit surmonté d'une grande Couronne en aigrette , et portant dans son
I.Vol. con
706 MERCURE DE FRANCE
contour dix Girandoles à huit lumieres
chacune , qui se lioient avec les lumieres
des Pilastres des côrez ; le tout supporté
sur une Balustrade feinte , tres-riche , sur
laquelle on voyoit un Tapis de Turquie,
rehaussé d'or, et drappé pitoresquement.
Cette Arcade et celles des deux côtez
étoient drapées avec des Rideaux de Damas cramoisi , galonnez d'or, surmontez
d'une Pente festonnée , feinte d'étofes
d'or à gros glands. Ces Rideaux festonnez aussi au pourtour , tomboient négligemment sur les côtez. On avoit placé
au milieu de chacune de ces trois Arcades
un Lustre de 12 lumieres. Les deux Pi
lastres placez aux côtez de l'Arcade du
milieu , étoient décorez de grandes chu
tes de Fleurs , de Palmes et de Lyres. On
voyoit dans le milieu des deux Arcades
des côtez , deux Cartouches , dans lesquels on avoit representé en Camayeu ,
rehaussé d'or , la Religion et la Force
avec leurs Symboles. Ces chutes étoient
disposées de façon à pouvoir poser sur
les Cartouches , trofs Bras , portant s lumieres chacun. En haut et au bas de la
chute , on avoit posé au pied des Pilastres,au Rez de chaussée , deux Torches
portant chacune une Girandole de Cristal à sept lumieres.
I. Vol. Tous
DECEMBR E. 1732 2707
L
Tous les autres Pilastres de l'Eglise
toient décorez de la même façon , avec
cette difference que dans les Cartouches
du milieu il n'y avoit point de Figures
mais seulement des Ecussons aux Armes
d'Orleans , et des Chiffres qui se repetoient alternativement ; et vis- à- vis de
chacune des autres Arcades, on avoit placé un Lustre de 12 lumieres.
On voyoit aussi sur les deux petites
Portes de la croisée de l'Eglise , deux especes de Piramides, en bleu et or , ornées
de Palmes et de Lauriers , portant chacune trois Bras à cinq lumieres.
Toutes ces lumieres étoient disposées
de maniere qu'elles ne formoient point
de lignes droites , elles serpentoient seulement , ce qui produit toujours un effet
éclatant dans toute sorte d'illuminations.
Toute cette Décoration , qui a été trouvée d'une tres- belle ordonnance , a été
faite sur les desseins du sieur le Grand
Architecte du Roy , et Intendant des Bâ
timens de M. le Duc d'Orleans,
Une grande Maison , vis-à- vis l'Eglise
de l'Orataire , occupée par les Sieurs Stocard et Piet , tous deux Marchands de S.
A. R. fut illuminée d'une maniere fort
ingénieuse , par des Lustres garnis de
Bougies , et par de gros Flambeaux de
I. Val. cire
1708 MERCURE DE FRANCE.
cire blanche, placez sur l'appui du Balcon,
par des Girandoles et par une Piramide
garnie de Lampion, posée sur la même ligne , ce qui produisoit une illumination
tres-brillante,
Le 8. on chanta encore un Te Deum
solemnel , à l'Eglise S. Eustache , Paroisse du Palais Royal , en ' actions de grace
de la convalescence du Duc d'Orleans et
du Duc de Chartres , auquel l'Archevêque de Cambrai officia pontificalement.
CetteEglise étoit magnifiquement décorée
et éclairée d'une grande quantité de Lustres , garnis d'une infinité de Bougies.
S. A. R. y assista , accompagnée de Mademoiselle,de la jeune Princesse de Conty, et de plusieurs Personnes de la premiere distinction.
Chambre de M. le Duc d'Orleans , voulant donner des marques publiques de
leur attachement et de leur zele au sujet
de l'heureuse convalescence de ce Prince
et du Duc de Chartres , son fils unique ,
firent chanter solemnellement dans l'Eglise des Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , un Te Deum de la composi
tion de M. Gervais , Maître de Musique
de la Chapelle du Roi et de M. le Duc
d'Orleans , qu'il fit éxecuter par un excellent Choeur de Musique composé des
meilleurs sujets de chez le Roi , de l'Académie Royale de Musique , et de Paris.
Le Te Deumfut précedé du Salut et de
PExaudiat,auquel l'Archevêque deRouen officia. S. A. R. assista à cette cerémonie
I. Vol. ac
DECEMBRE. 1732. 2709
accompagnée du Duc de Chartres , de
Mademoiselle , du Prince et de la Princesse de Conty , et d'un très grand nombre de personnes de distinction. M. le
Bailly de Confland , Premier Gentilhomme de la Chambre de M. le Duc d'Orleans , reçût S. A. R. à la premiere Porte
de l'Eglise , à la tête de tous les Officiers
de la Chambre de ce Prince. La Communauté des Prêtres de l'Oratoire , ayant à
leur tête le R. P. General , alla recevoir
cette Princesse à la seconde Porte , et luk
présenta l'Eau benite. Elle fut reconduite
de la même maniere après la cerémonie.
Comme l'Eglise des Peres de l'Oratoire
est ornée d'une belle Architecture , on ne
crut pas devoir ajoûter beaucoup d'ornemens pour la décorer , on avoit placé
seulement un couronnement sur l'Arcade
du Maître- Aute!, formé par deux Conso
les qui suportoient un grand Cartouche
dans lequel on avoit peint symboliquement en Camayeu , la Convalescence du
Prince. Elle étoit représentée par une femme à genoux , priant au pied d'un Autel ,
et tenant à sa main un bâton entouré d'un
Serpent , et un Coq à ses pieds. Ce Cartouche étoit surmonté d'une grande Couronne en aigrette , et portant dans son
I.Vol. con
706 MERCURE DE FRANCE
contour dix Girandoles à huit lumieres
chacune , qui se lioient avec les lumieres
des Pilastres des côrez ; le tout supporté
sur une Balustrade feinte , tres-riche , sur
laquelle on voyoit un Tapis de Turquie,
rehaussé d'or, et drappé pitoresquement.
Cette Arcade et celles des deux côtez
étoient drapées avec des Rideaux de Damas cramoisi , galonnez d'or, surmontez
d'une Pente festonnée , feinte d'étofes
d'or à gros glands. Ces Rideaux festonnez aussi au pourtour , tomboient négligemment sur les côtez. On avoit placé
au milieu de chacune de ces trois Arcades
un Lustre de 12 lumieres. Les deux Pi
lastres placez aux côtez de l'Arcade du
milieu , étoient décorez de grandes chu
tes de Fleurs , de Palmes et de Lyres. On
voyoit dans le milieu des deux Arcades
des côtez , deux Cartouches , dans lesquels on avoit representé en Camayeu ,
rehaussé d'or , la Religion et la Force
avec leurs Symboles. Ces chutes étoient
disposées de façon à pouvoir poser sur
les Cartouches , trofs Bras , portant s lumieres chacun. En haut et au bas de la
chute , on avoit posé au pied des Pilastres,au Rez de chaussée , deux Torches
portant chacune une Girandole de Cristal à sept lumieres.
I. Vol. Tous
DECEMBR E. 1732 2707
L
Tous les autres Pilastres de l'Eglise
toient décorez de la même façon , avec
cette difference que dans les Cartouches
du milieu il n'y avoit point de Figures
mais seulement des Ecussons aux Armes
d'Orleans , et des Chiffres qui se repetoient alternativement ; et vis- à- vis de
chacune des autres Arcades, on avoit placé un Lustre de 12 lumieres.
On voyoit aussi sur les deux petites
Portes de la croisée de l'Eglise , deux especes de Piramides, en bleu et or , ornées
de Palmes et de Lauriers , portant chacune trois Bras à cinq lumieres.
Toutes ces lumieres étoient disposées
de maniere qu'elles ne formoient point
de lignes droites , elles serpentoient seulement , ce qui produit toujours un effet
éclatant dans toute sorte d'illuminations.
Toute cette Décoration , qui a été trouvée d'une tres- belle ordonnance , a été
faite sur les desseins du sieur le Grand
Architecte du Roy , et Intendant des Bâ
timens de M. le Duc d'Orleans,
Une grande Maison , vis-à- vis l'Eglise
de l'Orataire , occupée par les Sieurs Stocard et Piet , tous deux Marchands de S.
A. R. fut illuminée d'une maniere fort
ingénieuse , par des Lustres garnis de
Bougies , et par de gros Flambeaux de
I. Val. cire
1708 MERCURE DE FRANCE.
cire blanche, placez sur l'appui du Balcon,
par des Girandoles et par une Piramide
garnie de Lampion, posée sur la même ligne , ce qui produisoit une illumination
tres-brillante,
Le 8. on chanta encore un Te Deum
solemnel , à l'Eglise S. Eustache , Paroisse du Palais Royal , en ' actions de grace
de la convalescence du Duc d'Orleans et
du Duc de Chartres , auquel l'Archevêque de Cambrai officia pontificalement.
CetteEglise étoit magnifiquement décorée
et éclairée d'une grande quantité de Lustres , garnis d'une infinité de Bougies.
S. A. R. y assista , accompagnée de Mademoiselle,de la jeune Princesse de Conty, et de plusieurs Personnes de la premiere distinction.
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Résumé : Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Le 6 décembre 1732, les officiers de la Chambre du Duc d'Orléans organisèrent un Te Deum à l'église des Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré pour célébrer la convalescence du Duc d'Orléans et de son fils, le Duc de Chartres. Ce Te Deum, composé par M. Gervais, fut exécuté par un chœur exceptionnel incluant des musiciens du Roi, de l'Académie Royale de Musique et de Paris. La cérémonie fut précédée du Salut et de l'Exaudiat, avec l'Archevêque de Rouen officiant. Le Duc d'Orléans, accompagné de sa famille et de nombreuses personnes de distinction, assista à l'événement. L'église, ornée d'une belle architecture, fut décorée sobrement avec des éléments symbolisant la convalescence du Prince. Une maison en face de l'église fut également illuminée de manière ingénieuse. Le 8 décembre, un autre Te Deum fut chanté à l'église Saint-Eustache, paroisse du Palais Royal, en actions de grâce pour la convalescence des deux princes. L'Archevêque de Cambrai officia cette cérémonie, à laquelle assistèrent le Duc d'Orléans, Mademoiselle, la jeune Princesse de Conti et plusieurs personnes de haute distinction.
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38
p. 2741-2743
Te Deum, chantez, [titre d'après la table]
Début :
En conséquence de la Lettre du Roy, pour faire rendre à Dieu des actions de graces solemnelles [...]
Mots clefs :
Roi, Te Deum, Dieu, Église, Actions de grâce, Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Henri-Pons de Thiard de Bissy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum, chantez, [titre d'après la table]
En conséquence de la Lettre du Roy , pou
faire rendre à Dieu des actions de
pelles de Benedictions qu'il a répandues le
I. Vol. Lore
2742 MERCURE
DE FRANCE
1
Entreprises de S. M. et des heureux succès de seg
Armes , on chanta à Paris , le 23 , après midy
dans l'Eglise Métropolitaine , le Te Deum , auquel
M. P'Archevêque officia Pontificalement.
Le Chancelier de France et le Garde des Sceaux ,
accompagnez de plusieurs Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes , y assisterent , ainsi que le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes et le Corps de Ville , qui y avoient été
invitez de la part du Roy , par le Marquis de
Brézé , Grand- Maître des Ceremonies.
Le 23 Décembre , le Cardinal de Bissy , Abbé
de S. Germain des Prez , donna aussi un Mandement
, qui contenoit ce qui suit :
HENRY DE THIARD DE BISSY ,
par la grace de Dieu , et du Saint Siége Apostolique,
Cardinal dela sainte Eglise Romaine, du Titre
de S. Bernard , Evêque de Meaux , Comman-
Yeur de l'Ordre du S. Esprit , Abbé Commandataire
de l'Abbaye Royale de S. Germain des Prez :
A tous ceux qui sont soumis à notre Jurisdiction :
SALUT ET BENEDICTION : Toute l'Europe est téshoin
des mesures pacifiques que Sa Majesté Tres-
Chrêtienne a prises pour maintenir la tranquillité
•publique , pour ôtor tout prétexte de jalousie aux
Princes ses Voisins , et pour procurer un juste équili
bre dans les Etats. Dieu qui connoît la droiture du
soeur de notre pieux Monarque , a beni ses entreprises.
Dès que ses Drapeaux ont paru dans les Pais
Ennemis , la Victoire a suivi leur arrivée. Les
Canquêtes déja faites nous sont un présage beuneux
de celles qui par la protection de Dieu , suirent
de près. Ne differons donc pas d'en rendre nos
tres-humbles actions de graces à la Majesté Divi-
I. Vol.
DECEMBRE . 1733 743
-
se. Réunissons nos coeurs et nos esprits pour implorer
son secours tout puissant . A ces causes , Nous
ordonnons que Samedi , 26 du présent mois , à l'is- "
sue des Vepres , le Te Deum sera chanté dans notre
Eglise Abba iale , en actions de graces des Bénédictions
que Dieu a répandues sur les entreprises
du Roy. Donné à Paris , en notre Palais Abbatial
, le 23 Decembro 1733. Signé , HENRY ,
Cardinal de Bissy.
Le Samedi 26 , seconde fête de Noël , en conséquence
de ce Mandement , on chanta dans l’Eglise
de l'Abbaye S. Germain le Te Deum , avec
beaucoup de solemnité, suivi du Pseaume Exaudiat
, et des autres Prieres accoutumées. Les Of
ficiers de la Justice de l'Abbaye , et plusieurs Personnes
distinguées assisterent à cette Cérémonie,
pendant laquelle on fit plusieurs décharges de
Coulevrines, et de Boëtes ; placées dans les Cours
et dans les Jardins. Le soir il y eut des Feux et
des Illuminations , tant dans la Cour et les Bâ-'
timens du Palais Abbatial , que dans la Cour et
dans l'Enclos extérieur du Monastere.
Le 23. pendant la Messe du Roy , on chanta
dans la Chapelle du Château de Versailles , le Te
Deum , pour remercier Dieu des heureux succès
des Armes de S. M.
faire rendre à Dieu des actions de
pelles de Benedictions qu'il a répandues le
I. Vol. Lore
2742 MERCURE
DE FRANCE
1
Entreprises de S. M. et des heureux succès de seg
Armes , on chanta à Paris , le 23 , après midy
dans l'Eglise Métropolitaine , le Te Deum , auquel
M. P'Archevêque officia Pontificalement.
Le Chancelier de France et le Garde des Sceaux ,
accompagnez de plusieurs Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes , y assisterent , ainsi que le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes et le Corps de Ville , qui y avoient été
invitez de la part du Roy , par le Marquis de
Brézé , Grand- Maître des Ceremonies.
Le 23 Décembre , le Cardinal de Bissy , Abbé
de S. Germain des Prez , donna aussi un Mandement
, qui contenoit ce qui suit :
HENRY DE THIARD DE BISSY ,
par la grace de Dieu , et du Saint Siége Apostolique,
Cardinal dela sainte Eglise Romaine, du Titre
de S. Bernard , Evêque de Meaux , Comman-
Yeur de l'Ordre du S. Esprit , Abbé Commandataire
de l'Abbaye Royale de S. Germain des Prez :
A tous ceux qui sont soumis à notre Jurisdiction :
SALUT ET BENEDICTION : Toute l'Europe est téshoin
des mesures pacifiques que Sa Majesté Tres-
Chrêtienne a prises pour maintenir la tranquillité
•publique , pour ôtor tout prétexte de jalousie aux
Princes ses Voisins , et pour procurer un juste équili
bre dans les Etats. Dieu qui connoît la droiture du
soeur de notre pieux Monarque , a beni ses entreprises.
Dès que ses Drapeaux ont paru dans les Pais
Ennemis , la Victoire a suivi leur arrivée. Les
Canquêtes déja faites nous sont un présage beuneux
de celles qui par la protection de Dieu , suirent
de près. Ne differons donc pas d'en rendre nos
tres-humbles actions de graces à la Majesté Divi-
I. Vol.
DECEMBRE . 1733 743
-
se. Réunissons nos coeurs et nos esprits pour implorer
son secours tout puissant . A ces causes , Nous
ordonnons que Samedi , 26 du présent mois , à l'is- "
sue des Vepres , le Te Deum sera chanté dans notre
Eglise Abba iale , en actions de graces des Bénédictions
que Dieu a répandues sur les entreprises
du Roy. Donné à Paris , en notre Palais Abbatial
, le 23 Decembro 1733. Signé , HENRY ,
Cardinal de Bissy.
Le Samedi 26 , seconde fête de Noël , en conséquence
de ce Mandement , on chanta dans l’Eglise
de l'Abbaye S. Germain le Te Deum , avec
beaucoup de solemnité, suivi du Pseaume Exaudiat
, et des autres Prieres accoutumées. Les Of
ficiers de la Justice de l'Abbaye , et plusieurs Personnes
distinguées assisterent à cette Cérémonie,
pendant laquelle on fit plusieurs décharges de
Coulevrines, et de Boëtes ; placées dans les Cours
et dans les Jardins. Le soir il y eut des Feux et
des Illuminations , tant dans la Cour et les Bâ-'
timens du Palais Abbatial , que dans la Cour et
dans l'Enclos extérieur du Monastere.
Le 23. pendant la Messe du Roy , on chanta
dans la Chapelle du Château de Versailles , le Te
Deum , pour remercier Dieu des heureux succès
des Armes de S. M.
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Résumé : Te Deum, chantez, [titre d'après la table]
Le 23 décembre 1733, un Te Deum fut chanté à Paris dans l'Église Métropolitaine pour célébrer les succès militaires du roi. Cette cérémonie, dirigée par l'Archevêque, réunit des dignitaires tels que le Chancelier de France, le Garde des Sceaux, des Conseillers d'État, et des représentants du Parlement. Le même jour, le Cardinal de Bissy, Abbé de Saint-Germain-des-Prés, publia un mandement louant les mesures pacifiques du roi et ses victoires militaires. Il ordonna un Te Deum le 26 décembre dans l'église abbatiale, qui fut chanté avec solennité, accompagné de prières et de salves d'artillerie. Le soir, des feux et des illuminations eurent lieu dans les cours et bâtiments du Palais Abbatial et du monastère. Par ailleurs, un Te Deum fut également chanté dans la chapelle du Château de Versailles pendant la messe du roi.
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39
p. 179-180
LETTRE DU ROY, dattée de Marly le 10. Janvier 1734. écrite à M. l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le Te Deum, en actions de graces de la Prise du Château de Milan.
Début :
MON COUSIN, la conquête du Château de Milan, augmente encore la gloire [...]
Mots clefs :
Prise du château de Milan, Lettre, Roi, Chanter, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU ROY, dattée de Marly le 10. Janvier 1734. écrite à M. l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le Te Deum, en actions de graces de la Prise du Château de Milan.
LETTRE DU ROY , dattée de
Marly le 10. Janvier 1734. écrite à
M. l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le Te Deum , en actions de
graces de la Prise du Château de Milan.
Mc
ON COUSIN, la conquête du Châ→
teau de Milan , augmente encore la gloire
de mes Armes en Italie , cette Place connue dans
toute l'Europe pour une des mieux fortifiées ,
s'est rendue le 30. du mois dernier , après 13 .
jours de tranchée ouverte , en six semaines de
temps tout le Pays qui est entre des Rivieres du
Tesin et de l'Oglio a été soumis par mes Trou
I ij pes
180 MERCURE DE FRANCE
pes unies à celles de mon Frere et Oncle le Roy
de Sardaigne . C'est à Dieu que je dois rapporter
des succès si rapides ; c'est lui qui a donné à
mes Soldats la force de surmonter les obstacles
des chemins et de la saison , et qui les soutient
encore dans une nouvelle entreprise qui est commencée.
Tant de faveurs exigent que je continue
à lui rendre des actions de graces des marques
de la Protection qu'il ne cesse de m'accorder. Je
yous écris donc cette Lettre pour vous dire que
mon intention est que vous fassiez chanter le
Te Deum dans votre Eglise Métropolitaine et
autres de votre Diocèse , avec les solemnitez requises,
et que vous y invitiez tous ceux à qui il
Conviendra d'y assister . Sur ce je prie Dieu qu'il
yous ait , mon Cousin , en sa sainte et digne
garde , &c.
Marly le 10. Janvier 1734. écrite à
M. l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le Te Deum , en actions de
graces de la Prise du Château de Milan.
Mc
ON COUSIN, la conquête du Châ→
teau de Milan , augmente encore la gloire
de mes Armes en Italie , cette Place connue dans
toute l'Europe pour une des mieux fortifiées ,
s'est rendue le 30. du mois dernier , après 13 .
jours de tranchée ouverte , en six semaines de
temps tout le Pays qui est entre des Rivieres du
Tesin et de l'Oglio a été soumis par mes Trou
I ij pes
180 MERCURE DE FRANCE
pes unies à celles de mon Frere et Oncle le Roy
de Sardaigne . C'est à Dieu que je dois rapporter
des succès si rapides ; c'est lui qui a donné à
mes Soldats la force de surmonter les obstacles
des chemins et de la saison , et qui les soutient
encore dans une nouvelle entreprise qui est commencée.
Tant de faveurs exigent que je continue
à lui rendre des actions de graces des marques
de la Protection qu'il ne cesse de m'accorder. Je
yous écris donc cette Lettre pour vous dire que
mon intention est que vous fassiez chanter le
Te Deum dans votre Eglise Métropolitaine et
autres de votre Diocèse , avec les solemnitez requises,
et que vous y invitiez tous ceux à qui il
Conviendra d'y assister . Sur ce je prie Dieu qu'il
yous ait , mon Cousin , en sa sainte et digne
garde , &c.
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Résumé : LETTRE DU ROY, dattée de Marly le 10. Janvier 1734. écrite à M. l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le Te Deum, en actions de graces de la Prise du Château de Milan.
Le roi Louis XV informe l'archevêque de Paris, par une lettre du 10 janvier 1734, de la prise du château de Milan le 30 décembre précédent. Cette victoire a été obtenue après 13 jours de tranchées et six semaines de campagne, durant lesquelles les troupes françaises, alliées à celles du roi de Sardaigne, ont soumis la région entre les rivières du Tessin et de l'Oglio. Louis XV attribue ces succès à la protection divine et au courage de ses soldats, qui ont surmonté les difficultés des chemins et de la saison. Il ordonne que le Te Deum soit chanté dans l'église métropolitaine et dans les autres églises du diocèse, avec les solennités appropriées, et invite toutes les personnes concernées à y assister. La lettre se conclut par une prière pour la protection divine de l'archevêque.
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40
p. 182
« Le 14, après midi, on chanta dans l'Eglise Métropolitaine, le Te Deum, en [...] »
Début :
Le 14, après midi, on chanta dans l'Eglise Métropolitaine, le Te Deum, en [...]
Mots clefs :
Prise du château de Milan, Te Deum, Église métropolitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 14, après midi, on chanta dans l'Eglise Métropolitaine, le Te Deum, en [...] »
Le 14 , après midi , on chanta dans
l'Eglise Métropolitaine , le Te Deum , en
actions de graces de la prise du Château
de Milan, et l'Archevêque de Paris y of
ficia pontificalement. Le Chancelier de
France et le Garde des Sceaux , accompa
gnez de plusieurs Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes , y assisterent , ainsi
que le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes, et le Corps
de Ville , qui y avoient été invitez en la
maniere accoutumée .
Le soir il y eur des Feux de joïe et d'autres
marques de réjouissances dans toutes
les rues de la Ville.
l'Eglise Métropolitaine , le Te Deum , en
actions de graces de la prise du Château
de Milan, et l'Archevêque de Paris y of
ficia pontificalement. Le Chancelier de
France et le Garde des Sceaux , accompa
gnez de plusieurs Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes , y assisterent , ainsi
que le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes, et le Corps
de Ville , qui y avoient été invitez en la
maniere accoutumée .
Le soir il y eur des Feux de joïe et d'autres
marques de réjouissances dans toutes
les rues de la Ville.
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Résumé : « Le 14, après midi, on chanta dans l'Eglise Métropolitaine, le Te Deum, en [...] »
Le 14 juillet, un Te Deum fut chanté à l'Église Métropolitaine pour célébrer la prise du Château de Milan. L'Archevêque de Paris officia. Des personnalités officielles, dont le Chancelier de France et des Conseillers d'État, assistèrent à la cérémonie. En soirée, des feux de joie et des réjouissances eurent lieu dans les rues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 182-183
Mandement du Cardinal de Bissi, et Te Deum sur le même sujet, [titre d'après la table]
Début :
Le 15. on chanta pareillement le Te Deum, avec beaucoup de solemnité, dans l'Eglise [...]
Mots clefs :
Église, Abbaye royale de Saint-Germain-des-Prés, Cardinal de Bissy, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement du Cardinal de Bissi, et Te Deum sur le même sujet, [titre d'après la table]
Le 15.on chanta pareillement le Te Deum ,
avec beaucoup de solemnité , dans l'Eglise
de l'Abbaye Royale de S. Germain , en
con
JANVIER. 1734
183
conséquence d'un Mandement du Cardinal
de Bissy , dont voici la teneur :
Henry de Thiard de Bissy , par le grace de
Dieu , et du S. Siege Apostolique, Cardinal de la
farnte Eglise Romaine , du Titre de S. Bernard,
Evêque de Meaux , Commandeur de l'Orûre du
S. Esprit , Abbé Commandataire de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez : A tous ceux qui
sont soumis à notre Jurisdiction : Salut e Benediction
. Le Seigneur , Dieu des Armées , a répandu
ses nouvelles Benedictions sur les Armes
du Roy , et sur celles de ses Augustes Alliez.
Milan , une des principales Villes d'Italie ,
ouvert ses Portes aux approches de l'Armée
Royale Son Château , après 13 -jours de tranchées
, a été forcé de se rendre, Tout le Païs
renfermé entre les Rivieres du Tessin et de l'Oglio
est à present soumis à la Puissance de Sa
Majesté. Un cours si heureux et si rapide de tant
de succès , exige de nous la plus vive reconnoissance
envers le Souverain Arbitre des Etats qui
fait pancher la Victoire où il lui plaît , et qui
dispose de tout l'Univers avec poids , sagesse et
mesure. Continuons à faire des voeux les plus ardens
pnur la prosperité de notre auguste Monarque
, qui n'attaque ses ennimis que pour procurer
à l'Europe une Paix solide , et pour maintenir
les différens Princes qui y regnent dans leurs
juftes et légitimes droits. A ces causes : Nous
ordonnons que Vendredy , 15 du présent mois ,
à l'issue des Vêpres , le Te Deum sera chanté
dans notre Eglise Abbatiale , en actions de graces
des Benedictions que Dieu a répandues sur les
Armes du Roy. Donné à Paris , dans notre Pa-
Tais Abbatial , ce 13 Janvier 1734.
Signê, HENRY , Cardinal de Bissy.
avec beaucoup de solemnité , dans l'Eglise
de l'Abbaye Royale de S. Germain , en
con
JANVIER. 1734
183
conséquence d'un Mandement du Cardinal
de Bissy , dont voici la teneur :
Henry de Thiard de Bissy , par le grace de
Dieu , et du S. Siege Apostolique, Cardinal de la
farnte Eglise Romaine , du Titre de S. Bernard,
Evêque de Meaux , Commandeur de l'Orûre du
S. Esprit , Abbé Commandataire de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez : A tous ceux qui
sont soumis à notre Jurisdiction : Salut e Benediction
. Le Seigneur , Dieu des Armées , a répandu
ses nouvelles Benedictions sur les Armes
du Roy , et sur celles de ses Augustes Alliez.
Milan , une des principales Villes d'Italie ,
ouvert ses Portes aux approches de l'Armée
Royale Son Château , après 13 -jours de tranchées
, a été forcé de se rendre, Tout le Païs
renfermé entre les Rivieres du Tessin et de l'Oglio
est à present soumis à la Puissance de Sa
Majesté. Un cours si heureux et si rapide de tant
de succès , exige de nous la plus vive reconnoissance
envers le Souverain Arbitre des Etats qui
fait pancher la Victoire où il lui plaît , et qui
dispose de tout l'Univers avec poids , sagesse et
mesure. Continuons à faire des voeux les plus ardens
pnur la prosperité de notre auguste Monarque
, qui n'attaque ses ennimis que pour procurer
à l'Europe une Paix solide , et pour maintenir
les différens Princes qui y regnent dans leurs
juftes et légitimes droits. A ces causes : Nous
ordonnons que Vendredy , 15 du présent mois ,
à l'issue des Vêpres , le Te Deum sera chanté
dans notre Eglise Abbatiale , en actions de graces
des Benedictions que Dieu a répandues sur les
Armes du Roy. Donné à Paris , dans notre Pa-
Tais Abbatial , ce 13 Janvier 1734.
Signê, HENRY , Cardinal de Bissy.
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Résumé : Mandement du Cardinal de Bissi, et Te Deum sur le même sujet, [titre d'après la table]
Le 15 janvier 1734, un Te Deum fut chanté solennellement à l'Église de l'Abbaye Royale de Saint-Germain-des-Prés, conformément à un mandement du Cardinal de Bissy daté du 13 janvier. Ce mandement célébrait les récentes victoires militaires du roi de France et de ses alliés. Milan, une ville majeure d'Italie, avait été conquise après la reddition de son château, et la région entre les rivières Tessin et Oglio était désormais sous la domination française. Le Cardinal de Bissy exprimait sa reconnaissance envers Dieu pour ces succès et appelait à prier pour la prospérité du monarque, qui combattait pour une paix durable en Europe et pour la défense des droits légitimes des princes. Le Te Deum fut chanté en actions de grâce pour les bénédictions divines accordées aux armes du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 388-394
« Le premier de ce mois, la Reine entendit la Messe dans la Chapelle [...] »
Début :
Le premier de ce mois, la Reine entendit la Messe dans la Chapelle [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Château de Versailles, Officiers, Duc, Concert, Te Deum, Chanter, Messe, Cierge, Chasser, Château de Tortone, Château de Milan, Opéra, Motets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier de ce mois, la Reine entendit la Messe dans la Chapelle [...] »
LE
E premier de ce mois ' , la Reine
entendit la Messe dans la Chapelle
du Château de Versailles , et S. M. y
comFEVRIER
1734. 389
communia
par les mains du Cardinal de
Fleury son Grand Aumonier.
Le même jour M. Gilbert , Recteur de
l'Université , accompagné des Doyens
des Facultez et des Promoteurs des Nations
, eut l'honneur , suivant l'ancien
usage , de présenter un Cierge au Roy ',
et un à la Reine .
Le même jour , le Pere Braban , Commandeur
du Couvent du Marais des
Religieux de la Mercy , accompagné de
trois Religieux de cette Maison eut
l'honneur de présenter un Cierge à la
Reine,pour satisfaire à une condition de
leur Etablissement fait à Paris en l'année
1615. par la Reine Marie de Medicis.
Le 2 Février >, Fête de la Purification
de la Ste Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
, et Officiers de l'Ordre du
S. Esprit , s'étant assemblez dans le
Cabinet du Roy , S. M. se rendit à la
Chapelle,étant précédé du Duc d'Orleans
du Duc de Bourbon , du Prince de Conty ,,
du Duc du Maine , du Comte d'Eu , du
Comte de Toulouse , et des Chevaliers
Commandeurs et Officiers de l'Ordre..
Le Roy assista à la Bénédiction des
I Cier390
MERCURE DE FRANCE
Cierges , à la Procession et à la Grand'
Messe qui fut célébrée par l'Archevêque
de Vienne , Prélat Commandeur de
l'Ordre. Après la Messe , S. M. fut reconduite
à son Appartement avec les
cérémonies ordinaires. La Reine entendit
la même Messe dans sa Tribune.
L'après midy , L. M. entendirent le
Sermon du Pere Tainturier , de la Compagnie
de Jesus , et ensuite les Vêpres
qui furent chantées par la Musique.
›
Le 4 , le Roy partit du Château de
la Meute pour aller chasser à Ecoüen ,
Maison de M. le Duc qui s'y étoit rendu
le jour précédent pour y recevoir S. M.
Il y eut une batue considérable où l'on
prit toute sorte de Gibier ; le Roy dina
et soupa dans le Château avec quantité
de Seigneurs de sa Cour ; S. M. y dîna
encore le lendemain , et partit l'après midy
pour aller coucher au Château de
Versailles .
• Le II le Duc de la Tremoüille
Premier Gentilhomme
de la Chambre du
Roy , arriva de l'Armée d'Italie , et apporta
à S. M. la nouvelle de la Prise du
Château de Tortone,
HoFEVRIER
1734 391
Honoré Armand ' , Marquis de Villars ,
né le 4. Octobre 1702. Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , et Gouverneur
de Provence , en survivance du
Maréchal Duc de Villars son Pere 2
été fait Brigadier des Armées du Roy.
C'est lui qui a apporté au Roy le 4.
Janvier dernier la nouvelle de la réduc
tion du Château de Milan.
>
Le 23 de ce mois ,l'ouverture solemnelle
de l'Assemblée generale du Clergé de
France se fit dans l'Eglise des GrandsAugustins,
par laMesse du S.Esprit, à laquelle
les Prélats et les autres Députez qui composent
l'Assemblée,communiérent ; l'Archevêque
de Paris y officia pontificalement
, et l'Evêque de Bazas y prêcha
avec beaucoup d'éloquence .
Le 2. Février , Fête de la Chandeleur , il
Yeut un Concert Spirituel au Château
des Thuilleries , M. Mouret y fit chanter le
Credidi propter ,, Motet de M. de la Lande , qui
fut suivi d'un autre de la composition de M. de
Monteclair, les Dlles Erremens et Petitpas chanterent
différents récits avec applaudissement, et
après plusieurs Concerto très - bien exécutez , le
Concert fut terminé par le Te Deum de M. de
la Lande.
Le 3
il y eut
un
Concert
à Versailles
. On
y
chanta
devant
la Reine
le
Prologue
, et le
pre-
I ij ,
392 MERCURE
DE FRANCE
·
mier Acte de l'Opéra d'Hipolite et Aricie , qui
fut continué le 8 et le to , dont l'exécution fut
très brillante. Les Dlles Pelissier et Petitpas
jouerent les principaux rolles , et le Sr Jeliot
chanta avec succès celui d'Hipolite ; la Dlle Rømeau
, épouse de l'Auteur de la Musique , doubla
le rolle d'Aricie ; la Reine loua beaucoup
sa voix et son gout pour le chant.
Le 13 la Cour étant à Marly , la Reine entendit
le Prologue et le premier Acte de l'Opéra
de Callirhoé , de la composition de M. Destouches,
Sur- Intendant de la Musique du Roy , qui
fut continué le 15 et le 17. La Dlle d'Aigremont
chanta le principal rolle d'une maniere
très touchante , et le Sr Chassé celui de Corésus
avec beaucoup de sentiment ; le St Jeliot rendit
le rolle d'Agenor avec tout le gout possible
; sa belle voix fait beaucoup de plaisir , de
même que les Choeurs et toutes les Simphonies.
Le 20 on chanta
l'Opéra
d'Issé
, du même
'Auteur
. Il fut continué
le 22 et le 27. La
Dlle
le Maure
fit le rolle
d'Issé
, et la Dile
Petitpas
celui
de Doris
. Les Srs Chassé
et Tribou
furent
très applaudis
dans
les rolles
d'Hylas
et de Philemon
, le reste
de l'Opéra
fut
zendu
avec
toute
la précision
et la vivacité
dont
il est susceptible
.
Nous avons appris un peu tard , par rapport
au Mercure de Janvier , qui étoit déja imprimé,
que le 1.0. du même mois le Te Deum en actions
de graces pour l'heureux succès des Armes dų
Roy , fut chanté solemnellement à Aix , dans
1'Eglise Métropolitaine S. Sauveur. Le Parlement
, la Cour des Comptes et des Aydes , les
Trésoriers
FEVRIER 1734. 393
Trésoriers de France , les Officiers de lá Sénechaussée
, et les Consuls et Officiers de Ville
assisterent à cette ceremonie. Après le Te Deum ,
les Consuls et leurs Officiers se rendirent à la
grande Place des Prescheurs , où ils allumerent
le Feu de joye qui y avoit été dressé .
M. le Bret , Premier Président du Parlement ,
Intendant et Commandant de la Province , donna
un magnifique soupé à la Compagnie respectable
, dont il est le digne Chef.
Le Dimanche suivant M. de la Vieuville , Brigadier
des Armées du Roy d'Espagne , Colonel
des Carabiniers , qui ont séjourné à Aix pendant
quelque temps , fit chanter par les Musiciens
qui marchent toujours à sa suite , un Te Deum
de la composition de M. l'Abbé Pellegrin , connu
par ses excellens Motets . On avoit choisi
cette Ceremonie l'Eglise des Dominicains , qui
est fort vaste. M. l'Archevêque y officia .
pour
M. le Bret , qui avoit été prié d'y assister , s'y
rendit , précedé de ses Gardes , accompagné des
Consuls et de toute la Noblesse ; toutes les Dames
y avoient été invitées , ainsi l'Assemblée
fut très -belle et très - nombreuse. Pendant le Te
Deum on fit une triple salve de Boëtes , et les Carabiniers
qui étoient en bataille sur la même
Place , firent trois décharges de Mousqueterie.
Après la Ceremonie les Dames se rendirent à
l'Hôtel de Ville où il y eut un Concert qui fut
très- bien executé par les mêmes Musiciens de
M. de la Vieuville . Au Concert succeda un fort
beau Soupé , et au Soupé le Bal , qui dura jusqu'au
jour. Toute cette Fête est dûë au même
M.de la Vieuville , dont on loue beaucoup la magnificence,
la politesse et le goût pour les Beaux-
Arts.Le même jour Mile Bret avoit donné à dîné
I iij -ma394
MERCURE DE
FRANCE
magnifiquement à tous les Officiers
Espagnols
qui se trouvoient dans cette Ville.
E premier de ce mois ' , la Reine
entendit la Messe dans la Chapelle
du Château de Versailles , et S. M. y
comFEVRIER
1734. 389
communia
par les mains du Cardinal de
Fleury son Grand Aumonier.
Le même jour M. Gilbert , Recteur de
l'Université , accompagné des Doyens
des Facultez et des Promoteurs des Nations
, eut l'honneur , suivant l'ancien
usage , de présenter un Cierge au Roy ',
et un à la Reine .
Le même jour , le Pere Braban , Commandeur
du Couvent du Marais des
Religieux de la Mercy , accompagné de
trois Religieux de cette Maison eut
l'honneur de présenter un Cierge à la
Reine,pour satisfaire à une condition de
leur Etablissement fait à Paris en l'année
1615. par la Reine Marie de Medicis.
Le 2 Février >, Fête de la Purification
de la Ste Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
, et Officiers de l'Ordre du
S. Esprit , s'étant assemblez dans le
Cabinet du Roy , S. M. se rendit à la
Chapelle,étant précédé du Duc d'Orleans
du Duc de Bourbon , du Prince de Conty ,,
du Duc du Maine , du Comte d'Eu , du
Comte de Toulouse , et des Chevaliers
Commandeurs et Officiers de l'Ordre..
Le Roy assista à la Bénédiction des
I Cier390
MERCURE DE FRANCE
Cierges , à la Procession et à la Grand'
Messe qui fut célébrée par l'Archevêque
de Vienne , Prélat Commandeur de
l'Ordre. Après la Messe , S. M. fut reconduite
à son Appartement avec les
cérémonies ordinaires. La Reine entendit
la même Messe dans sa Tribune.
L'après midy , L. M. entendirent le
Sermon du Pere Tainturier , de la Compagnie
de Jesus , et ensuite les Vêpres
qui furent chantées par la Musique.
›
Le 4 , le Roy partit du Château de
la Meute pour aller chasser à Ecoüen ,
Maison de M. le Duc qui s'y étoit rendu
le jour précédent pour y recevoir S. M.
Il y eut une batue considérable où l'on
prit toute sorte de Gibier ; le Roy dina
et soupa dans le Château avec quantité
de Seigneurs de sa Cour ; S. M. y dîna
encore le lendemain , et partit l'après midy
pour aller coucher au Château de
Versailles .
• Le II le Duc de la Tremoüille
Premier Gentilhomme
de la Chambre du
Roy , arriva de l'Armée d'Italie , et apporta
à S. M. la nouvelle de la Prise du
Château de Tortone,
HoFEVRIER
1734 391
Honoré Armand ' , Marquis de Villars ,
né le 4. Octobre 1702. Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , et Gouverneur
de Provence , en survivance du
Maréchal Duc de Villars son Pere 2
été fait Brigadier des Armées du Roy.
C'est lui qui a apporté au Roy le 4.
Janvier dernier la nouvelle de la réduc
tion du Château de Milan.
>
Le 23 de ce mois ,l'ouverture solemnelle
de l'Assemblée generale du Clergé de
France se fit dans l'Eglise des GrandsAugustins,
par laMesse du S.Esprit, à laquelle
les Prélats et les autres Députez qui composent
l'Assemblée,communiérent ; l'Archevêque
de Paris y officia pontificalement
, et l'Evêque de Bazas y prêcha
avec beaucoup d'éloquence .
Le 2. Février , Fête de la Chandeleur , il
Yeut un Concert Spirituel au Château
des Thuilleries , M. Mouret y fit chanter le
Credidi propter ,, Motet de M. de la Lande , qui
fut suivi d'un autre de la composition de M. de
Monteclair, les Dlles Erremens et Petitpas chanterent
différents récits avec applaudissement, et
après plusieurs Concerto très - bien exécutez , le
Concert fut terminé par le Te Deum de M. de
la Lande.
Le 3
il y eut
un
Concert
à Versailles
. On
y
chanta
devant
la Reine
le
Prologue
, et le
pre-
I ij ,
392 MERCURE
DE FRANCE
·
mier Acte de l'Opéra d'Hipolite et Aricie , qui
fut continué le 8 et le to , dont l'exécution fut
très brillante. Les Dlles Pelissier et Petitpas
jouerent les principaux rolles , et le Sr Jeliot
chanta avec succès celui d'Hipolite ; la Dlle Rømeau
, épouse de l'Auteur de la Musique , doubla
le rolle d'Aricie ; la Reine loua beaucoup
sa voix et son gout pour le chant.
Le 13 la Cour étant à Marly , la Reine entendit
le Prologue et le premier Acte de l'Opéra
de Callirhoé , de la composition de M. Destouches,
Sur- Intendant de la Musique du Roy , qui
fut continué le 15 et le 17. La Dlle d'Aigremont
chanta le principal rolle d'une maniere
très touchante , et le Sr Chassé celui de Corésus
avec beaucoup de sentiment ; le St Jeliot rendit
le rolle d'Agenor avec tout le gout possible
; sa belle voix fait beaucoup de plaisir , de
même que les Choeurs et toutes les Simphonies.
Le 20 on chanta
l'Opéra
d'Issé
, du même
'Auteur
. Il fut continué
le 22 et le 27. La
Dlle
le Maure
fit le rolle
d'Issé
, et la Dile
Petitpas
celui
de Doris
. Les Srs Chassé
et Tribou
furent
très applaudis
dans
les rolles
d'Hylas
et de Philemon
, le reste
de l'Opéra
fut
zendu
avec
toute
la précision
et la vivacité
dont
il est susceptible
.
Nous avons appris un peu tard , par rapport
au Mercure de Janvier , qui étoit déja imprimé,
que le 1.0. du même mois le Te Deum en actions
de graces pour l'heureux succès des Armes dų
Roy , fut chanté solemnellement à Aix , dans
1'Eglise Métropolitaine S. Sauveur. Le Parlement
, la Cour des Comptes et des Aydes , les
Trésoriers
FEVRIER 1734. 393
Trésoriers de France , les Officiers de lá Sénechaussée
, et les Consuls et Officiers de Ville
assisterent à cette ceremonie. Après le Te Deum ,
les Consuls et leurs Officiers se rendirent à la
grande Place des Prescheurs , où ils allumerent
le Feu de joye qui y avoit été dressé .
M. le Bret , Premier Président du Parlement ,
Intendant et Commandant de la Province , donna
un magnifique soupé à la Compagnie respectable
, dont il est le digne Chef.
Le Dimanche suivant M. de la Vieuville , Brigadier
des Armées du Roy d'Espagne , Colonel
des Carabiniers , qui ont séjourné à Aix pendant
quelque temps , fit chanter par les Musiciens
qui marchent toujours à sa suite , un Te Deum
de la composition de M. l'Abbé Pellegrin , connu
par ses excellens Motets . On avoit choisi
cette Ceremonie l'Eglise des Dominicains , qui
est fort vaste. M. l'Archevêque y officia .
pour
M. le Bret , qui avoit été prié d'y assister , s'y
rendit , précedé de ses Gardes , accompagné des
Consuls et de toute la Noblesse ; toutes les Dames
y avoient été invitées , ainsi l'Assemblée
fut très -belle et très - nombreuse. Pendant le Te
Deum on fit une triple salve de Boëtes , et les Carabiniers
qui étoient en bataille sur la même
Place , firent trois décharges de Mousqueterie.
Après la Ceremonie les Dames se rendirent à
l'Hôtel de Ville où il y eut un Concert qui fut
très- bien executé par les mêmes Musiciens de
M. de la Vieuville . Au Concert succeda un fort
beau Soupé , et au Soupé le Bal , qui dura jusqu'au
jour. Toute cette Fête est dûë au même
M.de la Vieuville , dont on loue beaucoup la magnificence,
la politesse et le goût pour les Beaux-
Arts.Le même jour Mile Bret avoit donné à dîné
I iij -ma394
MERCURE DE
FRANCE
magnifiquement à tous les Officiers
Espagnols
qui se trouvoient dans cette Ville.
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Résumé : « Le premier de ce mois, la Reine entendit la Messe dans la Chapelle [...] »
En février 1734, plusieurs événements significatifs se déroulèrent à la cour de France. Le 1er février, la Reine participa à la messe dans la Chapelle du Château de Versailles et communia. M. Gilbert, Recteur de l'Université, et le Père Braban, Commandeur du Couvent du Marais, offrirent des cierges au Roi et à la Reine. Le 2 février, à la fête de la Purification de la Sainte Vierge, les Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit se rassemblèrent pour la bénédiction des cierges, une procession et une grand-messe célébrée par l'Archevêque de Vienne. Le Roi et la Reine furent reconduits à leurs appartements avec les cérémonies ordinaires. Le 4 février, le Roi partit chasser à Écouen, où il fut accueilli par le Duc. Le 11 février, le Duc de la Trémoille arriva de l'armée d'Italie et annonça la prise du Château de Tortone. Le 23 février, l'Assemblée générale du Clergé de France s'ouvrit solennellement à l'Église des Grands-Augustins, avec une messe du Saint-Esprit et un sermon de l'Évêque de Bazas. Des concerts spirituels furent organisés le 2 février aux Tuileries et le 3 février à Versailles, avec des motets et des opéras interprétés par des musiciens renommés. La Reine assista à des représentations d'opéras tels que 'Hippolyte et Aricie', 'Callirhoé' et 'Issé' au Château de Versailles et à Marly. Le 10 janvier, un Te Deum fut chanté à Aix pour célébrer les succès des armes du Roi, suivi de feux de joie et de réceptions. Le même jour, M. de la Vieuville organisa un Te Deum et un concert à Aix, avec un souper et un bal.
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43
p. 1215-1216
ITALIE.
Début :
On a appris de Rome, que la nuit du 5. au 6. May, quelques Enfans ayant mis le feu [...]
Mots clefs :
Nuit, Palais, Incendie, Prince, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
IT A LIE.
N a appris de Rome , que la nuit du 5. au
6. May, quelques Enfans ayant mis le feu
à un amas de paille , les flammes gagnerent un
Chantier voisin , et que le vent violent qui regnoit
cette nuit , fut cause que malgré le prompt
secours qu'on apporta , plus de 80. maisons ' , du
nombre desquelles est le Palais della Penna , appartenant
au Prince Borghese , furent entierement
brulces, et qu'il fallut en at a re plusieurs à
coups de Canon pour arrêter l'incendie.
Les difficultez qui empêchoient la Chambre
Apostolique d'accepter les sûretez offertes par le
I. Vol.
H Car
1216 MERCURE DE FRANCE
son Entrée solemnelle au bruit des acclamations
réiterées du Peuple et de plusieurs salves de
l'Artillerie des Remparts et des Châteaux , et de
la Mousqueterie de la Bourgeoisie qui étoit sous
les aimes
Il descendit à la Cathédrale , à la porte de laquelle
il fut reçû par le Cardinal Archevêque à la
tête du Chapitre , et après avoir assisté au Te
Deum , qui fut chanté à plusieurs Choeurs de
Musique , il alla faire sa Priere devant la Relique
du Sang de S. Janvier , Patron du Royaume;
et il mit à la Châsse dans laquelle il est conservé
une attache de treize Diamants , et de
six Rubis d'un grand prix.
L'Infant se rendit ensuite au Palais , où il admit
la Noblesse et les Tribunaux à lui baiser la
main. Les rues par lesquelles ce Prince passa
étoient magnifiquement ornées, et l'on avoit éle
vé en plusieurs endroits des Arcs de triomphe
chargez de Devises et d'Inscriptions,
N a appris de Rome , que la nuit du 5. au
6. May, quelques Enfans ayant mis le feu
à un amas de paille , les flammes gagnerent un
Chantier voisin , et que le vent violent qui regnoit
cette nuit , fut cause que malgré le prompt
secours qu'on apporta , plus de 80. maisons ' , du
nombre desquelles est le Palais della Penna , appartenant
au Prince Borghese , furent entierement
brulces, et qu'il fallut en at a re plusieurs à
coups de Canon pour arrêter l'incendie.
Les difficultez qui empêchoient la Chambre
Apostolique d'accepter les sûretez offertes par le
I. Vol.
H Car
1216 MERCURE DE FRANCE
son Entrée solemnelle au bruit des acclamations
réiterées du Peuple et de plusieurs salves de
l'Artillerie des Remparts et des Châteaux , et de
la Mousqueterie de la Bourgeoisie qui étoit sous
les aimes
Il descendit à la Cathédrale , à la porte de laquelle
il fut reçû par le Cardinal Archevêque à la
tête du Chapitre , et après avoir assisté au Te
Deum , qui fut chanté à plusieurs Choeurs de
Musique , il alla faire sa Priere devant la Relique
du Sang de S. Janvier , Patron du Royaume;
et il mit à la Châsse dans laquelle il est conservé
une attache de treize Diamants , et de
six Rubis d'un grand prix.
L'Infant se rendit ensuite au Palais , où il admit
la Noblesse et les Tribunaux à lui baiser la
main. Les rues par lesquelles ce Prince passa
étoient magnifiquement ornées, et l'on avoit éle
vé en plusieurs endroits des Arcs de triomphe
chargez de Devises et d'Inscriptions,
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Résumé : ITALIE.
Le texte décrit deux événements distincts. Le premier est un incendie à Rome la nuit du 5 au 6 mai. Des enfants ayant mis le feu à un amas de paille, les flammes se propagèrent à un chantier voisin. Un vent violent compliqua l'extinction, entraînant la destruction de plus de 80 maisons, dont le Palais della Penna appartenant au Prince Borghese. Des coups de canon furent nécessaires pour maîtriser l'incendie. Le second événement relate l'entrée solennelle d'un prince dans une ville. Accueilli par des acclamations et des salves d'artillerie, il se rendit à la cathédrale où il assista à un Te Deum et pria devant la relique du Sang de Saint Janvier. Il offrit une attache de treize diamants et six rubis à la châsse contenant la relique. Ensuite, il se rendit au palais où il reçut la noblesse et les tribunaux. Les rues étaient ornées et des arcs de triomphe étaient érigés avec des devises et des inscriptions.
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44
p. 1216-1217
Entrée solemnelle de D. Carlos à Naples, [titre d'après la table]
Début :
Le 15. May, un Courrier dépêché de Madrid apporta à l'Infant Don Carlos le Diplôme par [...]
Mots clefs :
Roi d'Espagne, Roi de Naples, Naples, Dépêche, Habitants, Te Deum, Entrée solennelle, Infant Don Carlos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée solemnelle de D. Carlos à Naples, [titre d'après la table]
Le 15. May , un Courrier dépêché de Madrid
apporta à l'Infant Don Carlos le Diplôme par
lequel le Roy d'Espagne le déclare Roy de Naples
, et enjoint à tous les Seigneurs , Barons et
autres Habitans du Royaume , de le reconnoître
en cette qualité , et aux Magistrats des Villes
qui n'ont pas encore nommé des Députez pour
lui prêter serment de fidelité de lui en envoyer
incessamment , sous peine d'être regardez comme
rebelles et traitez selon toutes les rigueurs de
la guerre.
Ce Diplôme fut affiché et publié le même jour ,
et tous les Tribunaux en corps allerent rendre
hommage à leur nouveau Souverain qui fit ou
vrir les prisons , accorda la grace aux Criminels
2
I. Vol.
et
JUIN. 1734.: 1217
er ordonna qu'on distribuât de l'argent au
Peuple.
On chanta le Te Deum ; le soir il y eut des
Feux et des Illuminations dans toutes les rues ,
et les Habitans donnerent les plus grandes démonstrations
de joye.
Le Gouvernement a donné ordre qu'on frappât
de la Monnoye d'or et d'argent pour des
sommes considerables , au coin du nouveau Roy
de Naples.
Sa Majesté , qui étoit allée le 27. May dîner
à Baye , y reçut par le Marquis de Castellar ,
que le Comte de Montemar a dépêché au Roy
d'Espagne , la premiere nouvelle de la victoire
remportée le à Bitonto dans la Pouille , par
les Troupes Espagnoles sur celles de l'Empereur ,
commandées par le Comte de Viscomti.
*
25.
Le Roy revint aussi - tôt à Naples , où il trouva
un grand concours de Peuple qui cherchoit à lui,
marquer par ses acclamations , la part qu'il prenoit
à cet évenement, S M fit chanter ce jour là
le Te Deum dans sa Chapelle , et le lendemain il
alla en ceremonie à l'Eglise de S. Janvier , où il
fit rendre à Dieu de solemnelles actions de graces
de cette victoire , à l'occasion de laquelle il
y a cû dans la Ville pendant trois jours des Illu
minations et d'autres marques de réjouissance.
apporta à l'Infant Don Carlos le Diplôme par
lequel le Roy d'Espagne le déclare Roy de Naples
, et enjoint à tous les Seigneurs , Barons et
autres Habitans du Royaume , de le reconnoître
en cette qualité , et aux Magistrats des Villes
qui n'ont pas encore nommé des Députez pour
lui prêter serment de fidelité de lui en envoyer
incessamment , sous peine d'être regardez comme
rebelles et traitez selon toutes les rigueurs de
la guerre.
Ce Diplôme fut affiché et publié le même jour ,
et tous les Tribunaux en corps allerent rendre
hommage à leur nouveau Souverain qui fit ou
vrir les prisons , accorda la grace aux Criminels
2
I. Vol.
et
JUIN. 1734.: 1217
er ordonna qu'on distribuât de l'argent au
Peuple.
On chanta le Te Deum ; le soir il y eut des
Feux et des Illuminations dans toutes les rues ,
et les Habitans donnerent les plus grandes démonstrations
de joye.
Le Gouvernement a donné ordre qu'on frappât
de la Monnoye d'or et d'argent pour des
sommes considerables , au coin du nouveau Roy
de Naples.
Sa Majesté , qui étoit allée le 27. May dîner
à Baye , y reçut par le Marquis de Castellar ,
que le Comte de Montemar a dépêché au Roy
d'Espagne , la premiere nouvelle de la victoire
remportée le à Bitonto dans la Pouille , par
les Troupes Espagnoles sur celles de l'Empereur ,
commandées par le Comte de Viscomti.
*
25.
Le Roy revint aussi - tôt à Naples , où il trouva
un grand concours de Peuple qui cherchoit à lui,
marquer par ses acclamations , la part qu'il prenoit
à cet évenement, S M fit chanter ce jour là
le Te Deum dans sa Chapelle , et le lendemain il
alla en ceremonie à l'Eglise de S. Janvier , où il
fit rendre à Dieu de solemnelles actions de graces
de cette victoire , à l'occasion de laquelle il
y a cû dans la Ville pendant trois jours des Illu
minations et d'autres marques de réjouissance.
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Résumé : Entrée solemnelle de D. Carlos à Naples, [titre d'après la table]
Le 15 mai, un courrier de Madrid informe l'Infant Don Carlos qu'il est proclamé roi de Naples par le roi d'Espagne. Un diplôme ordonne à tous les seigneurs, barons et habitants du royaume de reconnaître Don Carlos comme roi et aux magistrats des villes de lui prêter serment de fidélité sous peine de rébellion. Le diplôme est affiché et publié le même jour. Les tribunaux rendent hommage à Don Carlos, qui libère les prisonniers, accorde la grâce aux criminels et distribue de l'argent au peuple. Des célébrations, incluant le chant du Te Deum et des illuminations, ont lieu. Le gouvernement ordonne la frappe de monnaie au nom du nouveau roi. Le 27 mai, Don Carlos apprend la victoire espagnole à Bitonto contre les troupes de l'empereur. À son retour à Naples, il fait chanter le Te Deum et organise des réjouissances publiques pour célébrer cette victoire.
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45
p. 1884-1885
Le Te Deum chanté à N. D. [titre d'après la table]
Début :
S. M. ayant écrit à l'Archevêque de Paris, pour faire rendre à Dieu des actions de graces [...]
Mots clefs :
Roi, Archevêque de Paris, Te Deum
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texteReconnaissance textuelle : Le Te Deum chanté à N. D. [titre d'après la table]
S. M. ayant écrit à l'Archevêque de Paris ,
pour faire rendre à Dieu des actions de graces
folemnelles des avantages remportés par
les armées de France & d'Efpagne fur les
troupes du Roi de Sardaigne , on chanta le
12 après-midi dans l'Eglife Métropolitaine
le Te Deum , auquel l'Archevêque de Paris
officia pontificalement. Le Chancelier de
France , accompagné de plufieursConfeillers
d'Etat & Maîtres des Requêtes , y affifta
ainfi
AOUST. 1744. 1885
ainfi que le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes & le Corps
de Ville , qui y avoient été invités de la
part du Roi par M. Defgranges , Maître des
Cérémonies . Voici la teneur de la Lettre du
Roi & du Mandement de M. l'Archevêque
de Paris , en conféquence defquels on a
chanté le Te Deum.
pour faire rendre à Dieu des actions de graces
folemnelles des avantages remportés par
les armées de France & d'Efpagne fur les
troupes du Roi de Sardaigne , on chanta le
12 après-midi dans l'Eglife Métropolitaine
le Te Deum , auquel l'Archevêque de Paris
officia pontificalement. Le Chancelier de
France , accompagné de plufieursConfeillers
d'Etat & Maîtres des Requêtes , y affifta
ainfi
AOUST. 1744. 1885
ainfi que le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes & le Corps
de Ville , qui y avoient été invités de la
part du Roi par M. Defgranges , Maître des
Cérémonies . Voici la teneur de la Lettre du
Roi & du Mandement de M. l'Archevêque
de Paris , en conféquence defquels on a
chanté le Te Deum.
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Résumé : Le Te Deum chanté à N. D. [titre d'après la table]
Le roi a ordonné à l'archevêque de Paris d'organiser un Te Deum pour célébrer les victoires françaises et espagnoles contre le roi de Sardaigne. Le 12 août 1744, cette cérémonie a eu lieu à l'église métropolitaine de Paris, présidée par l'archevêque en habits pontificaux. Plusieurs dignitaires et représentants d'institutions parisiennes y ont assisté sur invitation du roi.
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46
p. 1885-1886
LETTRE du Roi, écrite à M. l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le Te Deum en actions de graces des avantages remportés par les Armées de France & d'Espagne sur les Troupes du Roi de Sardaigne.
Début :
MON Cousin, après la perte que le Roi de Sardaigne a faite du Comté [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Te Deum, Actions de grâces
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Roi, écrite à M. l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le Te Deum en actions de graces des avantages remportés par les Armées de France & d'Espagne sur les Troupes du Roi de Sardaigne.
LETTRE du Roi , écrite à M. l'Arche
vêque de Paris , pour faire chanter le Te
Deum en actions de graces des avantages
remportés par les Armées de France &
d'Espagne fur les Troupes du Roi de Sardaigne.
ON COUSIN , après la perte que le
M Roi de Sardaigne a faire du Comté
de Nice , il avoit raffemblé toutes fes forces
pour fermer l'entrée du Piedmont à mon
Frere , Coufin & Gendre l'Infant Dom Philippe
, & pour l'empêcher de pénétrer dans
les Etats qui lui font dévolus par les droits
du Sang. Mais mon Armée réunie à celle
d'Espagne , fous le commandement de mondit
Frere & de mon Coufin le Prince de
Conty , vient de furmonter tous les obſtacles
, que la nature & l'art oppofoient à ce
paffage. Les Retranchemens des Vallées de
Sture & du Château Dauphin ont été forcés
les 18 & 19 du mois dernier ; les Trou-
H iij pes
1886 MERCURE DE FRANCE.
pes qui les défendoient ont été défaites ,
leurs principaux Officiers tués ou faits prifonniers
, & le Château Dauphin abandonné
, avec l'Artillerie dont il étoit muni. Les
avantages qui réfultent de cette operation ,
en ouvrant à nos Armées les débouchés de
la Plaine de Piedmont , font une fuite de la
protection que Dieu accorde à la juftice de
mes armes ; & voulant lui rendre les actions
de graces qui lui en font dûës , je vous
écris cette Lettre pour vous dire , que mon
intention eft , que vous faffiez chanter le
Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine de ma
bonne Ville de Paris , & autres de votre
Diocéfe , avec les folemnités requifes , au
jour & à l'heure que le Grand-Maître , ou
le Maître des Cérémonies vous dira de ma
part , & invitiez tous ceux qu'il que vous y
conviendra d'y affifter . Sur ce , je prie Dieu ,
qu'il vous ait , MON COUSIN , en fa fainte
& digne garde. Ecrit à Metz les Août
1744. Signé , LOUIS ; Et plus bas , PHELYPEAUX
.
vêque de Paris , pour faire chanter le Te
Deum en actions de graces des avantages
remportés par les Armées de France &
d'Espagne fur les Troupes du Roi de Sardaigne.
ON COUSIN , après la perte que le
M Roi de Sardaigne a faire du Comté
de Nice , il avoit raffemblé toutes fes forces
pour fermer l'entrée du Piedmont à mon
Frere , Coufin & Gendre l'Infant Dom Philippe
, & pour l'empêcher de pénétrer dans
les Etats qui lui font dévolus par les droits
du Sang. Mais mon Armée réunie à celle
d'Espagne , fous le commandement de mondit
Frere & de mon Coufin le Prince de
Conty , vient de furmonter tous les obſtacles
, que la nature & l'art oppofoient à ce
paffage. Les Retranchemens des Vallées de
Sture & du Château Dauphin ont été forcés
les 18 & 19 du mois dernier ; les Trou-
H iij pes
1886 MERCURE DE FRANCE.
pes qui les défendoient ont été défaites ,
leurs principaux Officiers tués ou faits prifonniers
, & le Château Dauphin abandonné
, avec l'Artillerie dont il étoit muni. Les
avantages qui réfultent de cette operation ,
en ouvrant à nos Armées les débouchés de
la Plaine de Piedmont , font une fuite de la
protection que Dieu accorde à la juftice de
mes armes ; & voulant lui rendre les actions
de graces qui lui en font dûës , je vous
écris cette Lettre pour vous dire , que mon
intention eft , que vous faffiez chanter le
Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine de ma
bonne Ville de Paris , & autres de votre
Diocéfe , avec les folemnités requifes , au
jour & à l'heure que le Grand-Maître , ou
le Maître des Cérémonies vous dira de ma
part , & invitiez tous ceux qu'il que vous y
conviendra d'y affifter . Sur ce , je prie Dieu ,
qu'il vous ait , MON COUSIN , en fa fainte
& digne garde. Ecrit à Metz les Août
1744. Signé , LOUIS ; Et plus bas , PHELYPEAUX
.
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Résumé : LETTRE du Roi, écrite à M. l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le Te Deum en actions de graces des avantages remportés par les Armées de France & d'Espagne sur les Troupes du Roi de Sardaigne.
Le roi a écrit à l'archevêque de Paris pour ordonner le chant du Te Deum afin de célébrer les victoires des armées françaises et espagnoles contre les troupes du roi de Sardaigne. Après la perte du comté de Nice, le roi de Sardaigne avait rassemblé ses forces pour empêcher l'Infant Dom Philippe d'accéder à ses États légitimes. Les armées alliées, dirigées par le frère du roi et le prince de Conti, ont surmonté divers obstacles, y compris les retranchements des vallées de Sture et du château Dauphin, conquis les 18 et 19 du mois précédent. Les défenseurs ont été vaincus, leurs principaux officiers tués ou capturés, et le château Dauphin abandonné avec son artillerie. Ces succès permettent aux armées alliées d'accéder à la plaine du Piémont, prouvant la protection divine accordée à la justice des armes du roi. Le roi souhaite exprimer sa gratitude par le chant du Te Deum dans l'église métropolitaine de Paris et dans d'autres églises du diocèse, avec les solennités appropriées, à une date et heure déterminées par le Grand-Maître ou le Maître des Cérémonies.
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47
p. 1894-1895
Le Te Deum chanté à Metz, [titre d'après la table]
Début :
On chanta le 8 après midi dans l'Eglise Cathédrale le Te Deum en action de graces [...]
Mots clefs :
Roi, Te Deum, Fièvre
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texteReconnaissance textuelle : Le Te Deum chanté à Metz, [titre d'après la table]
On chanta le 8 après midi dans l'Eglife
Cathédrale le Te Deum en action de graces
de la priſe du Château Dauphin & des retranchemens
de la Vallée de Sture , & l'Evêque
de Metz y officia pontificalement.
Toutes les Maifons de cette Ville furent
illuminées pendant la nuit , & il y eut des
feux & des réjouiffances publiques.
Le Roi ne put aflifter au Te Deum , parce
qu'il s'étoit trouvé incommodé pendant la
nuit pécédente. S. M. ayant de la fievre , accomAOUST.
1744. 1895
compagnée d'une douleur de tête , fut faignée
au bras dans l'après midi . La fiévre
étant très- médiocre le 9 au matin , S. M.
prit une médecine , dont l'effet lui procura
beaucoup de foulagement par la diminution
des accidens de la maladie , ce qui donnoit
lieu d'efpérer que le Roi feroit bien- tôt entierement
rétabli.
Cathédrale le Te Deum en action de graces
de la priſe du Château Dauphin & des retranchemens
de la Vallée de Sture , & l'Evêque
de Metz y officia pontificalement.
Toutes les Maifons de cette Ville furent
illuminées pendant la nuit , & il y eut des
feux & des réjouiffances publiques.
Le Roi ne put aflifter au Te Deum , parce
qu'il s'étoit trouvé incommodé pendant la
nuit pécédente. S. M. ayant de la fievre , accomAOUST.
1744. 1895
compagnée d'une douleur de tête , fut faignée
au bras dans l'après midi . La fiévre
étant très- médiocre le 9 au matin , S. M.
prit une médecine , dont l'effet lui procura
beaucoup de foulagement par la diminution
des accidens de la maladie , ce qui donnoit
lieu d'efpérer que le Roi feroit bien- tôt entierement
rétabli.
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Résumé : Le Te Deum chanté à Metz, [titre d'après la table]
Le 8 août 1744, un Te Deum fut chanté à Metz pour célébrer la prise du Château Dauphin et des retranchements de la Vallée de Sture. L'évêque de Metz officia. La ville fut illuminée et des réjouissances eurent lieu. Le roi, souffrant de fièvre et de maux de tête, ne put assister à la cérémonie. Le 9 août, sa fièvre légère lui permit de prendre un médicament apaisant.
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48
p. 1914-1916
TE DEUM chanté à la Chapelle du Palais à Paris, pour la Convalescence du Roi.
Début :
LE Parlement ayant été informé de la maladie du Roi, s'assembla le 17 Août & arrêta que M. [...]
Mots clefs :
Parlement, Roi, Chapelle, Cour, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TE DEUM chanté à la Chapelle du Palais à Paris, pour la Convalescence du Roi.
TEDEUM chanté à la Chapelle du Palais
à Paris , pour la Convalescence du Roi,
L
E Parlement été informé de la maladie ayant
du Roi , s'affembla le 17 Août & arrêta que M.
Dufranc , le plus ancien des quatre Sécretaires du
Roi , fervant près la Cour de Parlement , feroit député
en cette qualité pour aller à Metz s'informer
au nom de la Cour de la fanté du Roi , & témoigner
à S. M. la part que fon Parlement prenoit à fa maladie.
M. Dufranc ,étant parti le lendemain 18 , arriva
à Metz le 19 , & fat introduit dans la chanbre
du Roi par le Duc de Bouillon , Grand Chambellan
de France. Il rendit compte à S. M. du fujer
de fa députation . Le Roi répondit qu'il étoit trèsfenfible
aux inquiétudes de fon Parlement , que gra
ces à Dieu , fa fanté étoit beaucoup meilleure , &
& qu'il pouvoit en affûrer le Parlement. M. Dufranc
, étant de retour à Paris le 21 au foir , M.
le Premier Préfident fut auffi - tôt avertir le Corps
`du Parlement , de fe trouver le lendemain à l'affem .
blée des Chambres.
Le 22 à 10 heures du matin, les Chambres étant
affemblées , M. Dufranc rendit compte de fa députation
& de la réponſe du Roi , dont il fut fait regiftre
, & il fut arrêté que la Cour feroit chanter
fur le champ un Te Deum en la Chapelle de la
grand'Salle du Palais , en actions de graces de la
Convalescence du Roi : les ordres ayant été donnés
auffiA
OUST. 17.44. 1915
auffi - tôt pour faire les difpofitions néceffaires & tout
étant prêt vers l'heure de midi , Mrs du Parlement
fortirent de la Grand'Chambre en Corps de Cour
précédés du premier Huiffier , & de huit autres Huif
fiers de fervice & du Greffier , qui tenoit ce jour la
plume à la Grand'Chambre.
M. le Premier Préſident & MM . les Préſidens à
Mortier fe placerent fur lesBanquettes qui étoient à
gauche du côté de l'Evangile , enfuite MM. les
Confeillers d'honneur , quatre de MM . les Maîtres
des Requêtes , MM. les Préfidens des Enquêtes &
Requêtes , & Mrs les Confeillers de Grand- Chambre
des Enquêtes & des Requêtes fe placerent du
même côté fur le refte des Banquettes , & fur celles
qui étoient du côté de l'Epitre . L'affemblée étant
fort nombreuſe , on fut obligé de doubler & de tripler
les rangs.
Les Avocats étoient fur un Banc à gauche , der
riere M. le Premier Préfident & Mrs les autres Préfidens
& Confeillers.
M. Feydeau de Marville , Lieutenant Général de
Police , affifta à cette cérémonie & prit place parmi
MM. du Parlement , en qualité de Maître des Requêtes
.
Sur un Banc , dans le fond de la Salle , en face de
la Chapelle, étoient Mrs les Gens du Roi , & à côté
d'eux , MM . les Sécretaires de la Cour . Sur deux
autres Bancs derriere celui - ci , étoient les Subſtituts
de M. le Procureur Général , & fur un quatrième
Banc plufieurs Greffiers du Parlement .
Les Huiffiers du Parlement étoient fur un Banc à
gauche , proche la Chapelle , le premier Huiffier
ayant un Siége à part pour lui & un Prie - Dieu.
M. Duval , Commandant du Guet , qui étoit préfent
à cette cérémonie , avoit pofé derriere les Bancs,
depuis la Chapelle jufqu'à la porte de la Grand-
I vj Cham-
+
1916 MERCURE DE FRANCE.
Chambre , un double rang de Soldats du Guet pour
empêcher la confufion.
Lorfque le Parlement fut arrivé , le Clergé de la
Ste Chapelle , qui avoit été invité pour venir chanter
le Te Deum , vint proceffionnellement ; M. de
Vichy de Chanron , qui en eft le Tréforier , étant
revêtu de les habits Pontificaux , entonna le Te
Deum , qui fut continué par le Choeur de Mufique
de la Ste Chapelle, auquel s'étoient joints beaucoup
d'autres Chantres , Muticiens , & quantité d'Inftruimens.
Après le Te Deum, on chanta Domine falvum
fac Regem auffi en Mufique ; ces deux morceaux
qui étoient l'un & l'autre de la compofition de
l'Abbé de la Croix , Maître de Mufique de la Ste
Chapelle , furent très - bien exécutés. M. le Tréfo-
Tier ayant dit les Oraifons & Pricres accoutumées
& donné la Bénédiction , s'en retourna avec fon
Clergé dans le même ordre qu'il étoit venu .
à Paris , pour la Convalescence du Roi,
L
E Parlement été informé de la maladie ayant
du Roi , s'affembla le 17 Août & arrêta que M.
Dufranc , le plus ancien des quatre Sécretaires du
Roi , fervant près la Cour de Parlement , feroit député
en cette qualité pour aller à Metz s'informer
au nom de la Cour de la fanté du Roi , & témoigner
à S. M. la part que fon Parlement prenoit à fa maladie.
M. Dufranc ,étant parti le lendemain 18 , arriva
à Metz le 19 , & fat introduit dans la chanbre
du Roi par le Duc de Bouillon , Grand Chambellan
de France. Il rendit compte à S. M. du fujer
de fa députation . Le Roi répondit qu'il étoit trèsfenfible
aux inquiétudes de fon Parlement , que gra
ces à Dieu , fa fanté étoit beaucoup meilleure , &
& qu'il pouvoit en affûrer le Parlement. M. Dufranc
, étant de retour à Paris le 21 au foir , M.
le Premier Préfident fut auffi - tôt avertir le Corps
`du Parlement , de fe trouver le lendemain à l'affem .
blée des Chambres.
Le 22 à 10 heures du matin, les Chambres étant
affemblées , M. Dufranc rendit compte de fa députation
& de la réponſe du Roi , dont il fut fait regiftre
, & il fut arrêté que la Cour feroit chanter
fur le champ un Te Deum en la Chapelle de la
grand'Salle du Palais , en actions de graces de la
Convalescence du Roi : les ordres ayant été donnés
auffiA
OUST. 17.44. 1915
auffi - tôt pour faire les difpofitions néceffaires & tout
étant prêt vers l'heure de midi , Mrs du Parlement
fortirent de la Grand'Chambre en Corps de Cour
précédés du premier Huiffier , & de huit autres Huif
fiers de fervice & du Greffier , qui tenoit ce jour la
plume à la Grand'Chambre.
M. le Premier Préſident & MM . les Préſidens à
Mortier fe placerent fur lesBanquettes qui étoient à
gauche du côté de l'Evangile , enfuite MM. les
Confeillers d'honneur , quatre de MM . les Maîtres
des Requêtes , MM. les Préfidens des Enquêtes &
Requêtes , & Mrs les Confeillers de Grand- Chambre
des Enquêtes & des Requêtes fe placerent du
même côté fur le refte des Banquettes , & fur celles
qui étoient du côté de l'Epitre . L'affemblée étant
fort nombreuſe , on fut obligé de doubler & de tripler
les rangs.
Les Avocats étoient fur un Banc à gauche , der
riere M. le Premier Préfident & Mrs les autres Préfidens
& Confeillers.
M. Feydeau de Marville , Lieutenant Général de
Police , affifta à cette cérémonie & prit place parmi
MM. du Parlement , en qualité de Maître des Requêtes
.
Sur un Banc , dans le fond de la Salle , en face de
la Chapelle, étoient Mrs les Gens du Roi , & à côté
d'eux , MM . les Sécretaires de la Cour . Sur deux
autres Bancs derriere celui - ci , étoient les Subſtituts
de M. le Procureur Général , & fur un quatrième
Banc plufieurs Greffiers du Parlement .
Les Huiffiers du Parlement étoient fur un Banc à
gauche , proche la Chapelle , le premier Huiffier
ayant un Siége à part pour lui & un Prie - Dieu.
M. Duval , Commandant du Guet , qui étoit préfent
à cette cérémonie , avoit pofé derriere les Bancs,
depuis la Chapelle jufqu'à la porte de la Grand-
I vj Cham-
+
1916 MERCURE DE FRANCE.
Chambre , un double rang de Soldats du Guet pour
empêcher la confufion.
Lorfque le Parlement fut arrivé , le Clergé de la
Ste Chapelle , qui avoit été invité pour venir chanter
le Te Deum , vint proceffionnellement ; M. de
Vichy de Chanron , qui en eft le Tréforier , étant
revêtu de les habits Pontificaux , entonna le Te
Deum , qui fut continué par le Choeur de Mufique
de la Ste Chapelle, auquel s'étoient joints beaucoup
d'autres Chantres , Muticiens , & quantité d'Inftruimens.
Après le Te Deum, on chanta Domine falvum
fac Regem auffi en Mufique ; ces deux morceaux
qui étoient l'un & l'autre de la compofition de
l'Abbé de la Croix , Maître de Mufique de la Ste
Chapelle , furent très - bien exécutés. M. le Tréfo-
Tier ayant dit les Oraifons & Pricres accoutumées
& donné la Bénédiction , s'en retourna avec fon
Clergé dans le même ordre qu'il étoit venu .
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Résumé : TE DEUM chanté à la Chapelle du Palais à Paris, pour la Convalescence du Roi.
Le Parlement de Paris, informé de la maladie du roi, s'est réuni le 17 août et a envoyé M. Dufranc à Metz pour évaluer son état de santé. M. Dufranc a rencontré le roi le 19 août et a rapporté une amélioration. De retour à Paris le 21 août, il a informé le Parlement, qui a décidé de célébrer un Te Deum en action de grâce. Le 22 août, les chambres du Parlement se sont assemblées pour écouter le compte rendu de M. Dufranc. La cérémonie religieuse a eu lieu dans la chapelle de la grand'salle du Palais, dirigée par M. de Vichy de Chanron, avec la participation du chœur de la Sainte-Chapelle et d'autres musiciens. Après le Te Deum, le 'Domine salvum fac Regem' a été chanté, suivi de prières et d'une bénédiction.
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49
p. 1922-1923
« M. Dufranc, Sécretaire du Roi, servant près de la Cour de Parlement, & que cette Compagnie [...] »
Début :
M. Dufranc, Sécretaire du Roi, servant près de la Cour de Parlement, & que cette Compagnie [...]
Mots clefs :
Parlement, Roi, Paris, Te Deum, Sainte-Chapelle
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texteReconnaissance textuelle : « M. Dufranc, Sécretaire du Roi, servant près de la Cour de Parlement, & que cette Compagnie [...] »
M. Dufranc , Sécretaire du Roi , fervant près de
la Cour de Parlement , & que cette Compagnie
avoit envoyé à Metz , pour fçavoir des nouvelles
de
A O UST. 1744 . 1923
de la fanté de S. M. étant revenu à Paris , & ayant
informé le Parlement , que tous les accidens de la
maladie du Roi étoient entierement ceffés , le Parlement
fe rendit le 23 au matin dans l'Eglife de la
Ste Chapelle pour remercier Dieu d'avoir rendu S.
M. aux voeux de la France , & il Y affifta au Te
Deum , auquel le Tréforier de la Ste Chapelle officia
pontificalement.
Le même jour au foir , il y eut à Paris des réjoäiffances
publiques , par ordre du Parlement , à l'oc
cafion de la Convalefcence du Roi , & toutes les
rues furent illuminées. Il feroit difficile d'exprimer
en combien de manieres le Peuple témoigna fa
joye. La Ville fut en mouvement pendant toute la
nuit , & peu d'événemens ont été célébrés par des
acclamations fi générales & fi réitérées.
la Cour de Parlement , & que cette Compagnie
avoit envoyé à Metz , pour fçavoir des nouvelles
de
A O UST. 1744 . 1923
de la fanté de S. M. étant revenu à Paris , & ayant
informé le Parlement , que tous les accidens de la
maladie du Roi étoient entierement ceffés , le Parlement
fe rendit le 23 au matin dans l'Eglife de la
Ste Chapelle pour remercier Dieu d'avoir rendu S.
M. aux voeux de la France , & il Y affifta au Te
Deum , auquel le Tréforier de la Ste Chapelle officia
pontificalement.
Le même jour au foir , il y eut à Paris des réjoäiffances
publiques , par ordre du Parlement , à l'oc
cafion de la Convalefcence du Roi , & toutes les
rues furent illuminées. Il feroit difficile d'exprimer
en combien de manieres le Peuple témoigna fa
joye. La Ville fut en mouvement pendant toute la
nuit , & peu d'événemens ont été célébrés par des
acclamations fi générales & fi réitérées.
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Résumé : « M. Dufranc, Sécretaire du Roi, servant près de la Cour de Parlement, & que cette Compagnie [...] »
En 1744, M. Dufranc, secrétaire du Roi, rapporta au Parlement la guérison du Roi après une mission à Metz. Le 23, le Parlement pria à la Sainte-Chapelle et organisa des réjouissances publiques. Paris s'illumina, et le peuple célébra la convalescence du Roi toute la nuit avec des acclamations.
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50
p. 2096-2101
Te Deum chanté à Metz pour la guérison du Roi, [titre d'après la table]
Début :
Le 3 de ce mois après midi, la Reine, Monseigneur le Dauphin & Mesdames de [...]
Mots clefs :
Roi, Armée, Metz, Cour, Ennemis, Maréchal Comte de Saxe, Troupes, Lieutenant, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Metz pour la guérison du Roi, [titre d'après la table]
Le Maréchal de Noailles envoya ordre
aux deux autres Détachemens que commandoient
le Chevalier de Belle - Ifle & leComte
de Berchiny , de paffer la Mautern à Kalkenhaufen
, & de marcher du côté du Fort-
Louis par Schiren & par Suffelsheim . Vers
le midi , le Chevalier de Belle-Ifle lui manda
que les ennemis occupoient ce dernier Pofte
, & qu'ils y avoient un Corps de troupes ,
retranché derriere des abbatis d'Arbres , &
fur cet avis , le Maréchal de Noailles détacha
auffi-tôt fous les ordres du Comte d'Eu
& du Marquis de Clermont-Tonnerre
Lieutenans-Généraux , 16 Bataillons à la
tête defquels étoit la Brigade de Champagne
, & 16 Eſcadrons , avec fix piéces de
canon , pour foutenir le Chevalier de Belle-
Ifle , qui s'étant joint au Comte de Berchiny
, attaqua les retranchemens conſtruits
par les ennemis en deçà de Suffelsheim , &
dans lefquels il y avoit 4 à 5000 hommes ,
commandés par le Prince de Bade-Dourlach.
Ces retranchemens furent emportés l'épée à
la main , après une réſiſtance d'environ une
heure , & les troupes , qui les gardoient ,
furent pourfuivies jufqu'à l'entrée de la petite
SEPTEMBRE. 1744 2091
C
tite Plaine , qui eft entre la Forêt de Haguenau
& Suffelsheim .
Le Chevalier de Belle-lfle , après avoir
rallié fes troupes , attaqua auffi ce Village ,
qui étoit paliffadé, & dans lequel les ennemis
étoient en grand nombre , & il s'en empara.
Les ennemis , fuivant le rapport de tous
les prifonniers , ont perdu environ 1500
hommes dans ces deux actions , & il n'y a
eû , du côté des François , que 170 hommes
tués ou bleffés.
Le Comte de Lowendalh , qui étoit à une
lieuë fur la droite , ayant trouvé les ennemis
retranchés dans le Village d'Angenheim
, & jugeant qu'ils lui étoient trop fupericurs,
pour qu'il pût entreprendre de les
y forcer avec fon Détachement , il en donna
avis au Maréchal de Noailles , qui fit
avancer le Duc de Gramont à la tête de la
Brigade des Gardes Françoifes , avec ordre
de gagner la grande chauffée du Fort-Louis.
Le Maréchal de Noailles fit marcher en même-
tems de ce côté une Brigade d'artillerie
& dix piéces de canon , & ayant appris que
l'armée ennemie étoit campée , fa gauche à
fes Ponts de Benheim , & fa droite à Rechvangle
, Village fitué vis-à-vis du Fort-
Louis , il ordonna à toute l'armée , de joindre
le Détachement du Comte de Lowendalh
,
2092 MERCURE DE FRANCE
dalh , ce qui s'exécuta avec tant d'activité ,
que les troupes firent cette marche en trois
heures.
La Brigade des Gardes Françoifes s'étoit
renduë quelque-tems auparavant à Drufenheim
, & elle fe difpofoit à attaquer Angenheim
, lorfqu'elle s'apperçût que ce Village
étoit tout en feu . On y marcha fur le champ,
& comme il étoit prefque nuit , on ne penfoit
à fe former qu'au de là du Village. En
arrivant près d'un Ruiffeau bordé de Prai
ries marécageufes , & qui fe jette dans le
Rhin , un peu au- deffus du Fort- Louis , on
rencontra 32 Compagnies de Grenadiers ,
& un pareil nombre de Compagnies de Fufiliers
des ennemis , avec leurs troupes irregulieres
, qui étoient placées fur les aîles
dans les bois , & qui firent une décharge
fur nos troupes.
Les Grenadiers de l'armée du Roi franchirent
le Ruiffeau & le Foffé fur lequel les
ennemis avoient un retranchement ; ils
s'emparerent de deux redoutes ; ils pénétrerent
dans le retranchement , & ayant mis
les ennemis en fuite , il les pourfuivirent
jufqu'à dix heures du foir. La trop grande
obfcurité obligea les troupes de S. M. de
faire halte , & elles demeurerent en bataille
toute la nuit.
Le lendemain , à la pointe du jour , l'armée
SEPTEMBRE . 1744. 209
mée ayant commencé à paffer le Défilé , pour
marcher à Benheim , on reçût avis que le
Prince Charles avoit repaffé le Rhin , &
qu'il avoit brûlé fes Ponts.
Les troupes dans l'action du 23 au foir
& dans les deux attaques des retranchemens
& du Village de Suffelsheim , ont fait des
prodiges de valeur , & elles ont combattu
avec autant de bonheur que d'intrépidité
les ennemis ne nous ayant tué ou bleflé
qu'environ 200 hommes. Le Grand Prieur
de France a reçû un coup de fufil dans la
cuiffe ; M. de Fremur , Maréchal de Camp ,
a été bleffé dangereufement , ainfi que M.
Quenaut de Clermont , Maréchal de Camp
& Ingénieur , lequel eft mort depuis de fes
bleffures. M. de la Serre , Lieutenant Colonel
du Régiment du Roi , Infanterie , eft
bleffé à la jambe. M. du Tillet , Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes , M. d'Amfreville , Lieutenant
de Grenadiers dans ce Régiment , & le Che
valier de la Cofte Meffeliere , Officier dans
le même Régiment , ont été tués.
La perte des ennemis monte à 3000 hommes
, tués ou bleffés , fans y comprendre les
prifonniers , dont le nombre augmentoir
tous les jours , beaucoup de Soldats ennemis
, qui n'avoient pû rejoindre leur armée ,
fortant des bois où ils s'étoient réfugiés , &
venant fe rendre à difcrétion. On
2094 MERCURE DE FRANCE.
On fit paffer le 24 une partie de l'armée
du Roi dans l'Ifle du Marquifat , & l'armée
Impériale marcha vers Germersheim , où elle
devoit paffer le Rhin fur les Ponts de Bâteaux
qu'on avoit laiffés à Philifbourg.
Le 25 & le 26 , on travailla à jetter des
Ponts vis-à- vis du Fort-Louis.
Le Chevalier de Belle Ifle fut détaché le
27 avec 22 Compagnies de Grenadiers
cinq Régimens de Dragons , trois de Huffards
, & toutes les Compagnies Franches ,
aller à la pourfuite de l'arriere-garde
pour
des ennemis.
•
Le Maréchal de Seckendorf a fait un Détachement
de l'armée Impériale , lequel devoit
joindre le 29 celui du Chevalier de
Belle - Ifle au-delà de Philifbourg.
Le Marquis de Croiffy a été nommé Lieutenant
Général des armées du Roi , & le
Comte de Montmorency , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Flandre , a été fait
Brigadier.
,
Le premier Septembre , on célébra avec
les cérémonies accoûtumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les ans
pour le repos de l'Ame du feu Roi LOUIS
XIV , & l'Evêque de Meaux y officia pontificalement.
On
SEPTEMBRE. 1744.
2095
On mande de Strasbourg du S de ce
mois , que le Maréchal de Noailles ayant
fait jetter au Fort-Louis deux Ponts fur le
Rhin , l'armée du Roi paffa ce Fleuve depuis
le vingt-fix jufqu'au 29 du mois dernier , &
qu'ayant marché en plufieurs Divifions elle
a campé dans differens Poftes fur la route de
Stoloffen à Mulberg.
La premiere Divifion , compofée de 22
Compagnies de Grenadiers , de 36 Efca--
drons de Dragons & de Huffards , & des
Compagnies Franches , partit le 31 de Staf- ,
furt fous les ordres du Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général , pour tâcher de
joindre l'arriere-garde des troupes de la
Reine de Hongrie.
,
L'armée Impériale , à laquelle fe font
joints les Régimens Allemands , qui font au
fervice du Roi , a paffé le Rhin à Germerfheim
, & le Comte de Seckendorf en a détaché
4000 hommes d'Infanterie & 2000,
de Cavalerie , qui font commandés par le
Comte de Piofafque , Général de Cavalerie
des troupes de l'Empereur , & par le Comte
de Segur , Lieutenant Général de celles du
Roi . Če Détachement arriva le 31 à Bretten
, & fur l'avis que les ennemis s'étoient
retirés le matin de Phortzheim , & , étoient
allés à Cauftadt , il dirigea fa marche , pour
aller paffer la Riviere d'Entz à Bietigheim.
Un
96 MERCURE DE FRANCE.
Un grand nombre de Déferreurs de l'armée
des ennemis s'eft rendu à celle du
Roi.
Le Maréchal de Noailles a paffé par Strafbourg
, en allant à Metz , où il devoit arriver
les de ce mois.
-On apprend de Metz du 8 du même mois,
que le progrès du rétabliſſement de la ſanté
du Roi étoit plus marqué depuis quelques
jours , qu'il ne l'avoit été dans ceux qui ont
fuivi les momens de la guérifon de S. M.
le Roi fe levoit vers le midi , fe promenoit
dans fon appartement , & ne ſe recouchoit
qu'à dix heures du foir,
que
S. M. dormit très-bien la nuit du 7 ; elle
s'habilla le 8 , & elle étoit dans l'état de
convalefcenee , le plus favorable qu'on pût
defirer ; ainfi l'on comptoit qu'elle fortiroit
inceffamment , & qu'en prenant l'air , elle
avanceroit beaucoup l'entier recouvrement
'de fes forces.
aux deux autres Détachemens que commandoient
le Chevalier de Belle - Ifle & leComte
de Berchiny , de paffer la Mautern à Kalkenhaufen
, & de marcher du côté du Fort-
Louis par Schiren & par Suffelsheim . Vers
le midi , le Chevalier de Belle-Ifle lui manda
que les ennemis occupoient ce dernier Pofte
, & qu'ils y avoient un Corps de troupes ,
retranché derriere des abbatis d'Arbres , &
fur cet avis , le Maréchal de Noailles détacha
auffi-tôt fous les ordres du Comte d'Eu
& du Marquis de Clermont-Tonnerre
Lieutenans-Généraux , 16 Bataillons à la
tête defquels étoit la Brigade de Champagne
, & 16 Eſcadrons , avec fix piéces de
canon , pour foutenir le Chevalier de Belle-
Ifle , qui s'étant joint au Comte de Berchiny
, attaqua les retranchemens conſtruits
par les ennemis en deçà de Suffelsheim , &
dans lefquels il y avoit 4 à 5000 hommes ,
commandés par le Prince de Bade-Dourlach.
Ces retranchemens furent emportés l'épée à
la main , après une réſiſtance d'environ une
heure , & les troupes , qui les gardoient ,
furent pourfuivies jufqu'à l'entrée de la petite
SEPTEMBRE. 1744 2091
C
tite Plaine , qui eft entre la Forêt de Haguenau
& Suffelsheim .
Le Chevalier de Belle-lfle , après avoir
rallié fes troupes , attaqua auffi ce Village ,
qui étoit paliffadé, & dans lequel les ennemis
étoient en grand nombre , & il s'en empara.
Les ennemis , fuivant le rapport de tous
les prifonniers , ont perdu environ 1500
hommes dans ces deux actions , & il n'y a
eû , du côté des François , que 170 hommes
tués ou bleffés.
Le Comte de Lowendalh , qui étoit à une
lieuë fur la droite , ayant trouvé les ennemis
retranchés dans le Village d'Angenheim
, & jugeant qu'ils lui étoient trop fupericurs,
pour qu'il pût entreprendre de les
y forcer avec fon Détachement , il en donna
avis au Maréchal de Noailles , qui fit
avancer le Duc de Gramont à la tête de la
Brigade des Gardes Françoifes , avec ordre
de gagner la grande chauffée du Fort-Louis.
Le Maréchal de Noailles fit marcher en même-
tems de ce côté une Brigade d'artillerie
& dix piéces de canon , & ayant appris que
l'armée ennemie étoit campée , fa gauche à
fes Ponts de Benheim , & fa droite à Rechvangle
, Village fitué vis-à-vis du Fort-
Louis , il ordonna à toute l'armée , de joindre
le Détachement du Comte de Lowendalh
,
2092 MERCURE DE FRANCE
dalh , ce qui s'exécuta avec tant d'activité ,
que les troupes firent cette marche en trois
heures.
La Brigade des Gardes Françoifes s'étoit
renduë quelque-tems auparavant à Drufenheim
, & elle fe difpofoit à attaquer Angenheim
, lorfqu'elle s'apperçût que ce Village
étoit tout en feu . On y marcha fur le champ,
& comme il étoit prefque nuit , on ne penfoit
à fe former qu'au de là du Village. En
arrivant près d'un Ruiffeau bordé de Prai
ries marécageufes , & qui fe jette dans le
Rhin , un peu au- deffus du Fort- Louis , on
rencontra 32 Compagnies de Grenadiers ,
& un pareil nombre de Compagnies de Fufiliers
des ennemis , avec leurs troupes irregulieres
, qui étoient placées fur les aîles
dans les bois , & qui firent une décharge
fur nos troupes.
Les Grenadiers de l'armée du Roi franchirent
le Ruiffeau & le Foffé fur lequel les
ennemis avoient un retranchement ; ils
s'emparerent de deux redoutes ; ils pénétrerent
dans le retranchement , & ayant mis
les ennemis en fuite , il les pourfuivirent
jufqu'à dix heures du foir. La trop grande
obfcurité obligea les troupes de S. M. de
faire halte , & elles demeurerent en bataille
toute la nuit.
Le lendemain , à la pointe du jour , l'armée
SEPTEMBRE . 1744. 209
mée ayant commencé à paffer le Défilé , pour
marcher à Benheim , on reçût avis que le
Prince Charles avoit repaffé le Rhin , &
qu'il avoit brûlé fes Ponts.
Les troupes dans l'action du 23 au foir
& dans les deux attaques des retranchemens
& du Village de Suffelsheim , ont fait des
prodiges de valeur , & elles ont combattu
avec autant de bonheur que d'intrépidité
les ennemis ne nous ayant tué ou bleflé
qu'environ 200 hommes. Le Grand Prieur
de France a reçû un coup de fufil dans la
cuiffe ; M. de Fremur , Maréchal de Camp ,
a été bleffé dangereufement , ainfi que M.
Quenaut de Clermont , Maréchal de Camp
& Ingénieur , lequel eft mort depuis de fes
bleffures. M. de la Serre , Lieutenant Colonel
du Régiment du Roi , Infanterie , eft
bleffé à la jambe. M. du Tillet , Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes , M. d'Amfreville , Lieutenant
de Grenadiers dans ce Régiment , & le Che
valier de la Cofte Meffeliere , Officier dans
le même Régiment , ont été tués.
La perte des ennemis monte à 3000 hommes
, tués ou bleffés , fans y comprendre les
prifonniers , dont le nombre augmentoir
tous les jours , beaucoup de Soldats ennemis
, qui n'avoient pû rejoindre leur armée ,
fortant des bois où ils s'étoient réfugiés , &
venant fe rendre à difcrétion. On
2094 MERCURE DE FRANCE.
On fit paffer le 24 une partie de l'armée
du Roi dans l'Ifle du Marquifat , & l'armée
Impériale marcha vers Germersheim , où elle
devoit paffer le Rhin fur les Ponts de Bâteaux
qu'on avoit laiffés à Philifbourg.
Le 25 & le 26 , on travailla à jetter des
Ponts vis-à- vis du Fort-Louis.
Le Chevalier de Belle Ifle fut détaché le
27 avec 22 Compagnies de Grenadiers
cinq Régimens de Dragons , trois de Huffards
, & toutes les Compagnies Franches ,
aller à la pourfuite de l'arriere-garde
pour
des ennemis.
•
Le Maréchal de Seckendorf a fait un Détachement
de l'armée Impériale , lequel devoit
joindre le 29 celui du Chevalier de
Belle - Ifle au-delà de Philifbourg.
Le Marquis de Croiffy a été nommé Lieutenant
Général des armées du Roi , & le
Comte de Montmorency , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Flandre , a été fait
Brigadier.
,
Le premier Septembre , on célébra avec
les cérémonies accoûtumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les ans
pour le repos de l'Ame du feu Roi LOUIS
XIV , & l'Evêque de Meaux y officia pontificalement.
On
SEPTEMBRE. 1744.
2095
On mande de Strasbourg du S de ce
mois , que le Maréchal de Noailles ayant
fait jetter au Fort-Louis deux Ponts fur le
Rhin , l'armée du Roi paffa ce Fleuve depuis
le vingt-fix jufqu'au 29 du mois dernier , &
qu'ayant marché en plufieurs Divifions elle
a campé dans differens Poftes fur la route de
Stoloffen à Mulberg.
La premiere Divifion , compofée de 22
Compagnies de Grenadiers , de 36 Efca--
drons de Dragons & de Huffards , & des
Compagnies Franches , partit le 31 de Staf- ,
furt fous les ordres du Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général , pour tâcher de
joindre l'arriere-garde des troupes de la
Reine de Hongrie.
,
L'armée Impériale , à laquelle fe font
joints les Régimens Allemands , qui font au
fervice du Roi , a paffé le Rhin à Germerfheim
, & le Comte de Seckendorf en a détaché
4000 hommes d'Infanterie & 2000,
de Cavalerie , qui font commandés par le
Comte de Piofafque , Général de Cavalerie
des troupes de l'Empereur , & par le Comte
de Segur , Lieutenant Général de celles du
Roi . Če Détachement arriva le 31 à Bretten
, & fur l'avis que les ennemis s'étoient
retirés le matin de Phortzheim , & , étoient
allés à Cauftadt , il dirigea fa marche , pour
aller paffer la Riviere d'Entz à Bietigheim.
Un
96 MERCURE DE FRANCE.
Un grand nombre de Déferreurs de l'armée
des ennemis s'eft rendu à celle du
Roi.
Le Maréchal de Noailles a paffé par Strafbourg
, en allant à Metz , où il devoit arriver
les de ce mois.
-On apprend de Metz du 8 du même mois,
que le progrès du rétabliſſement de la ſanté
du Roi étoit plus marqué depuis quelques
jours , qu'il ne l'avoit été dans ceux qui ont
fuivi les momens de la guérifon de S. M.
le Roi fe levoit vers le midi , fe promenoit
dans fon appartement , & ne ſe recouchoit
qu'à dix heures du foir,
que
S. M. dormit très-bien la nuit du 7 ; elle
s'habilla le 8 , & elle étoit dans l'état de
convalefcenee , le plus favorable qu'on pût
defirer ; ainfi l'on comptoit qu'elle fortiroit
inceffamment , & qu'en prenant l'air , elle
avanceroit beaucoup l'entier recouvrement
'de fes forces.
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Résumé : Te Deum chanté à Metz pour la guérison du Roi, [titre d'après la table]
En septembre 1744, le Maréchal de Noailles mena des opérations militaires en Allemagne. Il ordonna aux troupes du Chevalier de Belle-Isle et du Comte de Berchiny de traverser la Mautern et de se diriger vers le Fort-Louis. Face à la résistance ennemie à Suffelsheim, Noailles envoya des renforts dirigés par le Comte d'Eu et le Marquis de Clermont-Tonnerre. Après une heure de combat, les Français prirent les retranchements ennemis et poursuivirent les troupes adverses. Le Chevalier de Belle-Isle captura Suffelsheim, infligeant environ 1500 pertes aux ennemis contre 170 pertes françaises. Le Comte de Lowendahl signala des ennemis retranchés à Angenheim, ce qui amena Noailles à envoyer le Duc de Gramont avec les Gardes Françaises. Ces derniers attaquèrent Angenheim, mirent en fuite les ennemis et capturèrent deux redoutes. Le lendemain, ils apprirent que le Prince Charles avait repassé le Rhin. Parallèlement, un service solennel fut organisé à l'Abbaye Royale de Saint-Denis pour le roi Louis XIV. À Strasbourg, Noailles fit construire deux ponts sur le Rhin, permettant à l'armée française de traverser du 25 au 29 septembre. L'armée se déplaça en plusieurs divisions et campa entre Stoloffen et Mulberg. La première division, sous les ordres du Chevalier de Belle-Isle, rejoignit l'arrière-garde des troupes de la reine de Hongrie. L'armée impériale, renforcée par des régiments allemands, traversa le Rhin à Germersheim. Le Maréchal de Noailles se dirigea ensuite vers Metz, où l'on rapporta une amélioration significative de la santé du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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