Auteur du texte (24)
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Destinataire du texte (9)
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Détail
Liste
1
s. p.
PREFACE.
Début :
LE nouveau Mercure François, ayant été établi pour amuser le [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Correspondances, Auteur, Diversité, République des Lettres, Livre, Censure, Poésie, Nouvelles, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREFACE.
PREFAC E.
E nouveau Mercure François
, ayant été établi pour
amufer le Public du ſpéctacle
varié des révolutions politiques,
& des nouvelles , tant civiles
, que litteraires ; la principale
attention de celui qui en eft
chargé , doit être, de fe ménager
des liaifons , & des correfpondances,
par le moyen defquelles,
il foit en état de fatisfaire au devoir
qui lui eft impofé ; c'eſt à
quoi j'ai donné mes prémiers
foins ;mais il s'en faut beaucoup
que je fois tranquile fur la foy de
Fanvier 1717.
a ij
PREFACE.
ces correfpondances . Je fçai
que pour rendre ce Livre digne
de l'eftime publique , il faudroit
que l'Auteur fut foûtenu
d'une Société choisie de Gens
de Lettres , qui vouluſſent perfévéramment
orner fon Recueil
de leurs differents travaux .
Un Ouvrage ainſi diverſifié
par les morceaux qui fe fuccéderoient
les uns aux autres ,
deviendroit fans doute un mélange
très curieux , qui ne pouroit
que plaire.
J'ai fi bien reconnu la néceffitê
d'une liaiſon pareille ,
que pour un Ouvrage pério .
dique , tel que celui - ci , dont
les termes fe touchent de fi
prés ; j'ai crû devoir engager
PREFACE.
quelques amis éclairez à m'ais
der de leurs lumieres .
Mais je croirai y avoir pourvû
encore plus efficacement
fi je puis affocier le Public
dans mon entrepriſe ; fes productions
pour lors deviendroient
les miénes , & par - là
il s'y interrefferoit , non feulement
comme Lecteur , mais
comme Auteur .
En attendant que je puiffe
mettre à profit ce que chacun
aura la bonté de me communiquer
, je lui offre ce premier
effai : quelques perfonnes affés
connues dans la République
des Lettres y ont contribué
généreufement ; & fi partie des
Piéces qui y entrent , a de quoi
aiij
PREFACE.
ne pas déplaîre , j'avouë fincerement
que je le tiens d'eux .
Oferois - je me promettre
,
que leur exemple aura des Imitateurs
, le tems feul m'en inftruira
: C'eft un fond de referve
pour moi , que je n'échangerois
pas contre tous les Porte
- Feuilles des Savants .
J'envifage à préfent l'avenir ,
comme un Livre immenſe ,
dont chaque jour fera comme
une grande feüille , dans laquelle
je trouverai prefque toûjours
écrit , quelque morceau
affés curieux , pour interreffer
mon Lecteur .
J'aurai furtout une attention
particuliere , à ne choifir
que ce qui m'en parroîtra de
PREFACE.
plus raiſonnable & de plus amufant.
›
Que cependant l'on ne s'attende
point, que j'aye affés de docilité
pour fervir les paffions & les
reffentimens de qui que ce foit.
Tout Satyrique perfonel ,
Piéces licentieuſes Portraits
trop reffemblants , Ecrits injurieux
,Applications offenfantes ,
& générallement tout ce que
l'on foupçonnera de trop picquant
, feront , fans nul égard ,
rejettés de ce Livre.
On n'y inférera que ce qui
être communement lû
poura
& entendu .
Sans ces fecours malins , ne
peut - on intereffer la curiofité
par d'autres endroits .
á iiij
PREFACE.
Poëme , Critique , Differtations
, Fables , Contes & Hiftoriettes
; Extrait d'Hiftoires ,
de Romans , de Voyages ,
Aventures , Relations , Lettres
curieuſes , Découvertes nouvelles
, Expériences ; Piéces de
Théatres , Edits , Déclarations ,
Plaidoyers , Factums , Difcours
facrés & profanes , Nouvelles
publiques & particulieres , Piéces
originales , Dialogues , Généalogies
, Morts , Mariages ,
Queſtions , Problêmes jufques
à l'Enigme & la Chanfon ,
font du reffort du Mercure
& entrent naturellement & de
droit dans fon appanage
.
>
De forte que ce Livre , une
fois bien apprécié , eft comme
PREFACE.
un magafin public , où l'on
doit trouver fous la main , toutes
les nouveautez du tems .
Il faut que la vigilance de
l'Auteur à raffembler ce qui
s eft paffé de plus remarquable
pendant le mois , exempte
chaque particulier du foin qu'il
fe donnoit de recueillir les Piéces
fugitives , & qu'il s'en remette
à fa diligence.
On cite encore aujourd'huy
avec éloge l'ancien Mercure
François, compofé par J.Cayer ;
on a raiſon ; on reconnoît que
cet Ecrivain étoit exactement
informé de tous les événemens
les plus confidérables , qu'il a
prefque tous fondés fur des
Piéces originales .
PREFACE.
Je te donne , avertit - il , dans
fa Préface , toutes les chofes les
plusremarquables , avenuësdepuis
Pan 1604 , lesquelles mon Meffager
, que j'appelle Mercure François
, m'a apportees des quatres
parties du monde , en diverfes
langues , & quej'ai faites Frangoifes
à ma mode,le plus fuccinctement
que j'ai pû.
>
L'Ouvrage entier contient
25 vol . in - 8º commençant
depuis l'année 1605 , jufques à
la fin de 1644.
Ces Mémoires ainfi compilés
à la fin de chaque année
, devoient être d'autant
plus recherchés , que l'on ne
connoiffoit point alors les Gazettes
dont on doit l'infti-
>
PREFACE.
.
tution au célébre Monfieur
Renaudot.
Tel eft le Mercure de Victorio
Siri, dont les huit premiers
vol . in-4° intitulés , Memorie
reconditè , c'eft- à dire Mémoires
fécrets , reprennent les affaires
généralles depuis 1601 juſques
en 1640
Ces Mémoires furent fuivis
de quinze autres vol . in- 4® , ſous
le titre de , il Mercurio è vero
hiftoria de tempicorrenti ; c'eſt- à--
dire , l'Hiftoire de fon temps
depuis l'an 1635 , jufques en
1650 , mais ces deux Ouvrages
doivent être plûtôt confidérés ,
comme des corps d'hiftoires
univerfelles de leur fiécle ,
que comme des Journaux femPREFACE.
blables à ce nouveau Mercure
Celui- ci eft un Livre de tous
les mois , qui doit avoir pour
objet principale , d'égayer plûtôt
l'efprit par la légèreté des
matiéres , que de l'accabler
par des narrations hiftoriques
circonftanciées
.
&
trop
C'est ce qui détermina M. de
Vifé à le qualifier du nom de
Mercure Galant : comme le cours
d'une année auroit paru trop
long , pour répondre à l'impatience
de la Nation , il s'impofa
le pénible employ de le donner
au commencement de chaque
mois. Tout concouroit pour
lors à lui rendre ce projet d'une
facile execution ; les beaux efprits
de fon fiécle , tels que le
PREFACE .
*
,
Duc de S. Aignan , les Piliffens ,
Pavillons , Benferade , la Fontaine
, la Comteffe de la Sufe
M. Deshouliers & Mile
Scudery , &c . s'empreffoient
avec émulation à lui fournir
leurs Productions ; & les Armes
de la France profpérants de
toutes parts , il ne falloit pas
faire de grands efforts pour
remplir fon engagement au
terme prefcrit : auffi convienton
que les Recueils des cinq ou
fix premieres années qui ont le
moins couté à cet Auteur ,
font cependant à préfent les
plus recherchés ,
Dans la fuite , l'eftime que
l'on faifoit de ces Collections ,
ayant baiffé infenſiblement par
PREFACE.
l'alliage du mauvais avec le
bon , le bon s'en eft féparé ,
& le mauvais eft refté .
On crût pouvoir s'en paffer ,
en y fubftituant des Amplifi
cations de Gazettes , on pouffoit
les détails juſques aux minuties
; de forte que le Lecteur
inftruit par avance de ce qu'il
alloit lire , n'avoit pas fouvent
le courage d'en voir la fine
Ainfi une fine & délicate
Critique de quelque Livre
nouveau , ou de quelque Piéce
de Théatre , parroiffoit trop
fortir du ton ordinaire , pour
Y être inférée , on trouvoit qu'il
étoit plus à propos d'y placer
des louanges rebatuës & ufées ,
que de flater le goût des honPREFACE.
nêtes
gens , par des morceaux
de recherche .
Cette maniere de procéder ,
rebuta bientôt les perfonnes
à talents , d'hazarder leurs Piéces
au Tribunal du Mercure,
Il n'y eut plus que des Ecrivains
obfcurs & inconnus , qui
follicitaffent les Directeurs de
cet Ouvrage , de leur permettre
d y enregiſtrer leurs fades compofitions.
Il s'eft maintenu juſques à
ce jour dans cet état de décri ,
& je ne fçai fi je dois affez préfumer
de moi même , pour devoir
efpérer que je l'en retirerai.
Si pour le remettre en hon .
neur , il ne faut qu'entretenir
PREFACE.
des correfpondances , tant dans
les Païs Etrangers , que dans les
principalles Villes du Royaume,
inviter les gens de Lettres
à me fournir des fecours , &
furtout m'appliquer à être régulierement
informé de ce qui
fe paffe fur le grand Théatre
de Paris. Je puis prefques répondre
que j'en renderai par
la fuite un fidel compte .
Selon ce plan , à mesure que
ce nouveau Mercure ira en
avant , il doit faire de nouvelles
acquifitions au profit du
Lecteur ; ce fera ma faute , je
l'avoue , s'il décline , au lieu
d'augmenter.
E nouveau Mercure François
, ayant été établi pour
amufer le Public du ſpéctacle
varié des révolutions politiques,
& des nouvelles , tant civiles
, que litteraires ; la principale
attention de celui qui en eft
chargé , doit être, de fe ménager
des liaifons , & des correfpondances,
par le moyen defquelles,
il foit en état de fatisfaire au devoir
qui lui eft impofé ; c'eſt à
quoi j'ai donné mes prémiers
foins ;mais il s'en faut beaucoup
que je fois tranquile fur la foy de
Fanvier 1717.
a ij
PREFACE.
ces correfpondances . Je fçai
que pour rendre ce Livre digne
de l'eftime publique , il faudroit
que l'Auteur fut foûtenu
d'une Société choisie de Gens
de Lettres , qui vouluſſent perfévéramment
orner fon Recueil
de leurs differents travaux .
Un Ouvrage ainſi diverſifié
par les morceaux qui fe fuccéderoient
les uns aux autres ,
deviendroit fans doute un mélange
très curieux , qui ne pouroit
que plaire.
J'ai fi bien reconnu la néceffitê
d'une liaiſon pareille ,
que pour un Ouvrage pério .
dique , tel que celui - ci , dont
les termes fe touchent de fi
prés ; j'ai crû devoir engager
PREFACE.
quelques amis éclairez à m'ais
der de leurs lumieres .
Mais je croirai y avoir pourvû
encore plus efficacement
fi je puis affocier le Public
dans mon entrepriſe ; fes productions
pour lors deviendroient
les miénes , & par - là
il s'y interrefferoit , non feulement
comme Lecteur , mais
comme Auteur .
En attendant que je puiffe
mettre à profit ce que chacun
aura la bonté de me communiquer
, je lui offre ce premier
effai : quelques perfonnes affés
connues dans la République
des Lettres y ont contribué
généreufement ; & fi partie des
Piéces qui y entrent , a de quoi
aiij
PREFACE.
ne pas déplaîre , j'avouë fincerement
que je le tiens d'eux .
Oferois - je me promettre
,
que leur exemple aura des Imitateurs
, le tems feul m'en inftruira
: C'eft un fond de referve
pour moi , que je n'échangerois
pas contre tous les Porte
- Feuilles des Savants .
J'envifage à préfent l'avenir ,
comme un Livre immenſe ,
dont chaque jour fera comme
une grande feüille , dans laquelle
je trouverai prefque toûjours
écrit , quelque morceau
affés curieux , pour interreffer
mon Lecteur .
J'aurai furtout une attention
particuliere , à ne choifir
que ce qui m'en parroîtra de
PREFACE.
plus raiſonnable & de plus amufant.
›
Que cependant l'on ne s'attende
point, que j'aye affés de docilité
pour fervir les paffions & les
reffentimens de qui que ce foit.
Tout Satyrique perfonel ,
Piéces licentieuſes Portraits
trop reffemblants , Ecrits injurieux
,Applications offenfantes ,
& générallement tout ce que
l'on foupçonnera de trop picquant
, feront , fans nul égard ,
rejettés de ce Livre.
On n'y inférera que ce qui
être communement lû
poura
& entendu .
Sans ces fecours malins , ne
peut - on intereffer la curiofité
par d'autres endroits .
á iiij
PREFACE.
Poëme , Critique , Differtations
, Fables , Contes & Hiftoriettes
; Extrait d'Hiftoires ,
de Romans , de Voyages ,
Aventures , Relations , Lettres
curieuſes , Découvertes nouvelles
, Expériences ; Piéces de
Théatres , Edits , Déclarations ,
Plaidoyers , Factums , Difcours
facrés & profanes , Nouvelles
publiques & particulieres , Piéces
originales , Dialogues , Généalogies
, Morts , Mariages ,
Queſtions , Problêmes jufques
à l'Enigme & la Chanfon ,
font du reffort du Mercure
& entrent naturellement & de
droit dans fon appanage
.
>
De forte que ce Livre , une
fois bien apprécié , eft comme
PREFACE.
un magafin public , où l'on
doit trouver fous la main , toutes
les nouveautez du tems .
Il faut que la vigilance de
l'Auteur à raffembler ce qui
s eft paffé de plus remarquable
pendant le mois , exempte
chaque particulier du foin qu'il
fe donnoit de recueillir les Piéces
fugitives , & qu'il s'en remette
à fa diligence.
On cite encore aujourd'huy
avec éloge l'ancien Mercure
François, compofé par J.Cayer ;
on a raiſon ; on reconnoît que
cet Ecrivain étoit exactement
informé de tous les événemens
les plus confidérables , qu'il a
prefque tous fondés fur des
Piéces originales .
PREFACE.
Je te donne , avertit - il , dans
fa Préface , toutes les chofes les
plusremarquables , avenuësdepuis
Pan 1604 , lesquelles mon Meffager
, que j'appelle Mercure François
, m'a apportees des quatres
parties du monde , en diverfes
langues , & quej'ai faites Frangoifes
à ma mode,le plus fuccinctement
que j'ai pû.
>
L'Ouvrage entier contient
25 vol . in - 8º commençant
depuis l'année 1605 , jufques à
la fin de 1644.
Ces Mémoires ainfi compilés
à la fin de chaque année
, devoient être d'autant
plus recherchés , que l'on ne
connoiffoit point alors les Gazettes
dont on doit l'infti-
>
PREFACE.
.
tution au célébre Monfieur
Renaudot.
Tel eft le Mercure de Victorio
Siri, dont les huit premiers
vol . in-4° intitulés , Memorie
reconditè , c'eft- à dire Mémoires
fécrets , reprennent les affaires
généralles depuis 1601 juſques
en 1640
Ces Mémoires furent fuivis
de quinze autres vol . in- 4® , ſous
le titre de , il Mercurio è vero
hiftoria de tempicorrenti ; c'eſt- à--
dire , l'Hiftoire de fon temps
depuis l'an 1635 , jufques en
1650 , mais ces deux Ouvrages
doivent être plûtôt confidérés ,
comme des corps d'hiftoires
univerfelles de leur fiécle ,
que comme des Journaux femPREFACE.
blables à ce nouveau Mercure
Celui- ci eft un Livre de tous
les mois , qui doit avoir pour
objet principale , d'égayer plûtôt
l'efprit par la légèreté des
matiéres , que de l'accabler
par des narrations hiftoriques
circonftanciées
.
&
trop
C'est ce qui détermina M. de
Vifé à le qualifier du nom de
Mercure Galant : comme le cours
d'une année auroit paru trop
long , pour répondre à l'impatience
de la Nation , il s'impofa
le pénible employ de le donner
au commencement de chaque
mois. Tout concouroit pour
lors à lui rendre ce projet d'une
facile execution ; les beaux efprits
de fon fiécle , tels que le
PREFACE .
*
,
Duc de S. Aignan , les Piliffens ,
Pavillons , Benferade , la Fontaine
, la Comteffe de la Sufe
M. Deshouliers & Mile
Scudery , &c . s'empreffoient
avec émulation à lui fournir
leurs Productions ; & les Armes
de la France profpérants de
toutes parts , il ne falloit pas
faire de grands efforts pour
remplir fon engagement au
terme prefcrit : auffi convienton
que les Recueils des cinq ou
fix premieres années qui ont le
moins couté à cet Auteur ,
font cependant à préfent les
plus recherchés ,
Dans la fuite , l'eftime que
l'on faifoit de ces Collections ,
ayant baiffé infenſiblement par
PREFACE.
l'alliage du mauvais avec le
bon , le bon s'en eft féparé ,
& le mauvais eft refté .
On crût pouvoir s'en paffer ,
en y fubftituant des Amplifi
cations de Gazettes , on pouffoit
les détails juſques aux minuties
; de forte que le Lecteur
inftruit par avance de ce qu'il
alloit lire , n'avoit pas fouvent
le courage d'en voir la fine
Ainfi une fine & délicate
Critique de quelque Livre
nouveau , ou de quelque Piéce
de Théatre , parroiffoit trop
fortir du ton ordinaire , pour
Y être inférée , on trouvoit qu'il
étoit plus à propos d'y placer
des louanges rebatuës & ufées ,
que de flater le goût des honPREFACE.
nêtes
gens , par des morceaux
de recherche .
Cette maniere de procéder ,
rebuta bientôt les perfonnes
à talents , d'hazarder leurs Piéces
au Tribunal du Mercure,
Il n'y eut plus que des Ecrivains
obfcurs & inconnus , qui
follicitaffent les Directeurs de
cet Ouvrage , de leur permettre
d y enregiſtrer leurs fades compofitions.
Il s'eft maintenu juſques à
ce jour dans cet état de décri ,
& je ne fçai fi je dois affez préfumer
de moi même , pour devoir
efpérer que je l'en retirerai.
Si pour le remettre en hon .
neur , il ne faut qu'entretenir
PREFACE.
des correfpondances , tant dans
les Païs Etrangers , que dans les
principalles Villes du Royaume,
inviter les gens de Lettres
à me fournir des fecours , &
furtout m'appliquer à être régulierement
informé de ce qui
fe paffe fur le grand Théatre
de Paris. Je puis prefques répondre
que j'en renderai par
la fuite un fidel compte .
Selon ce plan , à mesure que
ce nouveau Mercure ira en
avant , il doit faire de nouvelles
acquifitions au profit du
Lecteur ; ce fera ma faute , je
l'avoue , s'il décline , au lieu
d'augmenter.
Fermer
Résumé : PREFACE.
Le texte est une préface pour un ouvrage intitulé 'Nouveau Mercure François', destiné à informer le public sur les révolutions politiques et les nouvelles civiles et littéraires. L'auteur met en avant l'importance des correspondances pour obtenir des informations variées et pertinentes. Il souhaite créer une société de gens de lettres afin d'enrichir le recueil avec leurs travaux diversifiés, rendant ainsi l'ouvrage plus attrayant. L'auteur a déjà sollicité quelques amis éclairés pour contribuer et espère que le public participera également en envoyant ses propres contributions. Le 'Nouveau Mercure François' inclura divers genres littéraires tels que des poèmes, critiques, fables, contes, extraits d'histoires, pièces de théâtre, édits, lettres, découvertes, expériences, et bien d'autres. L'objectif est de créer un magazine mensuel rassemblant les nouveautés du temps, en évitant les contenus satiriques, licencieux ou injurieux. L'auteur se réfère à des précédents comme le 'Mercure François' de Jean Cayet et les mémoires de Vittorio Siri, tout en soulignant que son ouvrage vise davantage à égayer l'esprit plutôt qu'à fournir des narrations historiques détaillées. Le 'Mercure Galant' de M. de Visé est mentionné comme un modèle, publié mensuellement pour satisfaire l'impatience du public. L'auteur traite de l'évolution d'un recueil périodique connu sous le nom de 'Mercure'. À ses débuts, ce recueil bénéficiait du soutien de nombreux écrivains célèbres tels que le Duc de Saint-Aignan, les Philis, Pavillons, Benferade, La Fontaine, la Comtesse de La Suze, M. Deshouliers et Mlle Scudéry. Avec le temps, la qualité des collections a décliné, conduisant à la séparation du bon et du mauvais contenu. Pour pallier cette baisse de qualité, des amplifications de gazettes et des détails minutieux ont été ajoutés, rendant la lecture moins attrayante. Cette dégradation a découragé les écrivains talentueux de soumettre leurs œuvres, laissant place à des auteurs obscurs et inconnus. L'auteur exprime son intention de restaurer la réputation du 'Mercure' en entretenant des correspondances avec des personnes influentes à l'étranger et dans les principales villes du royaume, en invitant les gens de lettres à contribuer, et en se tenant informé des événements sur la scène théâtrale parisienne. Il espère ainsi offrir un compte rendu fidèle et enrichissant pour les lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 218-220
« Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...] »
Début :
Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...]
Mots clefs :
Chanson, Énigme, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...] »
Si j'avois voulu croire certains
Sçavans bourus , j'aurois retranché
la Chanfon , & l'Enigme ,
comme pieces hors d'oeuvre ; je
n'ai cu garde d'écouter d'auffi
mauvais confeils . Ce feroit un
MERCURE. 219.
attentat impardonnable contre
le droit public. Eh ! de quelle
confideration feroit un Mercure
privé de ces deux lumieres
qui en font comme
les yeux . Qui ne fait , que
par la Chanfon on exerce la
voix , & par l'Enigme on accoûtume
l'efprit à penfer, reflechir ,
& juger. Souvent un petit Air
chanté de goût par une aimable
Iris , peutêtre l'occafion de la
plus belle aventure du monde ;
fouvent la voix achève , ce que
fes charmes n'avoient qu'efleurés
; fi aprés cela elle eft encore
affez heureuſe de deviner l'Enigme
, ne peut-elle pas devenir
Marquife ! A qui en auroit- elle
obligation ? fi ce n'est à ina
Vij
220 LE NOUVEAU
Chanfon ? Je conclus done de
ce fin raifonnement , qu'il eft
neceffaire pour l'établiffement
de celles qui fçavent la Mufique
, que je décore mon Livre
de ce qui peut leur tenir lieu de
dot.
Sçavans bourus , j'aurois retranché
la Chanfon , & l'Enigme ,
comme pieces hors d'oeuvre ; je
n'ai cu garde d'écouter d'auffi
mauvais confeils . Ce feroit un
MERCURE. 219.
attentat impardonnable contre
le droit public. Eh ! de quelle
confideration feroit un Mercure
privé de ces deux lumieres
qui en font comme
les yeux . Qui ne fait , que
par la Chanfon on exerce la
voix , & par l'Enigme on accoûtume
l'efprit à penfer, reflechir ,
& juger. Souvent un petit Air
chanté de goût par une aimable
Iris , peutêtre l'occafion de la
plus belle aventure du monde ;
fouvent la voix achève , ce que
fes charmes n'avoient qu'efleurés
; fi aprés cela elle eft encore
affez heureuſe de deviner l'Enigme
, ne peut-elle pas devenir
Marquife ! A qui en auroit- elle
obligation ? fi ce n'est à ina
Vij
220 LE NOUVEAU
Chanfon ? Je conclus done de
ce fin raifonnement , qu'il eft
neceffaire pour l'établiffement
de celles qui fçavent la Mufique
, que je décore mon Livre
de ce qui peut leur tenir lieu de
dot.
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Résumé : « Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...] »
Le texte met en avant l'importance de deux éléments, la 'Chanfon' (chant) et l''Enigme', dans un contexte musical ou littéraire. L'auteur s'oppose fermement à leur suppression, qu'il qualifie d''attentat impardonnable contre le droit public'. Il considère ces éléments comme essentiels, comparables aux yeux d'un Mercure. La 'Chanfon' permet d'exercer la voix, tandis que l''Enigme' stimule l'esprit à penser, réfléchir et juger. L'auteur illustre son propos par un exemple où une belle voix et la résolution d'une énigme peuvent mener à une belle aventure ou à une promotion sociale, comme devenir marquise. Il conclut que pour les femmes connaissant la musique, il est crucial de décorer leur livre avec des éléments servant de dot, soulignant ainsi l'importance de la 'Chanfon' et de l''Enigme'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Le Lecteur doit être un peu surpris de trouver des [...]
Mots clefs :
Caractères, Impression, Lecteurs, Journaux, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS .
E Lecteur doit être un peufur
pris de trouver des caractères fi
differents de ceux , dont on s'étoit
fervi jufqu'à préfent , pour imprimer
le Mercure. J'espere cependant de
fon indulgence , qu'il entrera aves
bonté , dans les raisons qui m'ont
déterminé à ce changement . Je dois
donc dire pour ma juſtification envers
le Public , que c'est le cri public même
qui m'y a engagé. Auffitôt que mon
premier Recueil parut , je reçû des
Avis de toutes parts , tant de Paris,
que des Provinces ; que l'on s'étoit
attendu que je diminuerois le prix
de ce Livre , en le réduisant à la
moitié que pour cela , je ne devois
pas être plus délicat que les Auteurs
des Journaux de Trevoux , de Hollande
, &c. qui , pour donner un cours
plus aife à leur Ouvrage , avoient
choifis la forme des caracteres , dont
A ij
AVANT- PROPOS.
jufe aujourd' buy. Que perfonne ne
s'en plaignoit ; Que d'ailleurs d'étoit
trop préfumer du mérite de mon
travail , que d'exiger le double du
prix d'un Livre qui ne contenoit pas
plus de matieres que ces fortes d'Ouvrages.
Favoue que ces raisons
m'ont parû fi fenfées , qu'elles m'ont
abfolument emporté ; puifque necesfairement
il doit en résulter plufieurs
avantages. Le premier , la médiocrité
du prix , qui eftant à quinzefols , fera
un puiffant attrait pour l'acheter.
Le fecond eft , que les débitant brochés
, on pourra à la fin de chaque
année , les faire relier en quatre volumes
, qui feront très portatifs. Le
troisième , qu'il paſſera plus aisément
dans les Provinces , & dans les Païs
Etrangers , à cause que le port enfera
moins confiderable , & c. Que l'on ne
croye pas cependant , qu'ils contiendront
moins de matieres que les
precedens au contraire , ils feront
beaucoup plus remplis , & par là , il
ichapera fort peu de Pièces volantes
qui n'y trouvent leur place. Enfin ,
je tacherai de former un Recueil qui
AVANT-PROPOS.
puiffe tenir lieu de quantité d'autres
Ouvrages périodiques , dont le Public
eft furchargé depuis quelque temps ;
eeft là l'inftitution du Mercure ;
les autres ouvrages de cette espéce
n'ayant pas le droit d'embraßer la
varieté des matieres qui fingularifeno
celui- ci. Je declare néantmoins que je
m'abstiendrai d'entrer dans le Secret
du Cabinet des Princes.
Je renvois les eurieux de Reflexions
Politiques au Journal Historique de
Verdun ; il en a trouvé la clef, ainfi
cette partie lui eft reſervée , je la lui
abandonne fans rancune .
E Lecteur doit être un peufur
pris de trouver des caractères fi
differents de ceux , dont on s'étoit
fervi jufqu'à préfent , pour imprimer
le Mercure. J'espere cependant de
fon indulgence , qu'il entrera aves
bonté , dans les raisons qui m'ont
déterminé à ce changement . Je dois
donc dire pour ma juſtification envers
le Public , que c'est le cri public même
qui m'y a engagé. Auffitôt que mon
premier Recueil parut , je reçû des
Avis de toutes parts , tant de Paris,
que des Provinces ; que l'on s'étoit
attendu que je diminuerois le prix
de ce Livre , en le réduisant à la
moitié que pour cela , je ne devois
pas être plus délicat que les Auteurs
des Journaux de Trevoux , de Hollande
, &c. qui , pour donner un cours
plus aife à leur Ouvrage , avoient
choifis la forme des caracteres , dont
A ij
AVANT- PROPOS.
jufe aujourd' buy. Que perfonne ne
s'en plaignoit ; Que d'ailleurs d'étoit
trop préfumer du mérite de mon
travail , que d'exiger le double du
prix d'un Livre qui ne contenoit pas
plus de matieres que ces fortes d'Ouvrages.
Favoue que ces raisons
m'ont parû fi fenfées , qu'elles m'ont
abfolument emporté ; puifque necesfairement
il doit en résulter plufieurs
avantages. Le premier , la médiocrité
du prix , qui eftant à quinzefols , fera
un puiffant attrait pour l'acheter.
Le fecond eft , que les débitant brochés
, on pourra à la fin de chaque
année , les faire relier en quatre volumes
, qui feront très portatifs. Le
troisième , qu'il paſſera plus aisément
dans les Provinces , & dans les Païs
Etrangers , à cause que le port enfera
moins confiderable , & c. Que l'on ne
croye pas cependant , qu'ils contiendront
moins de matieres que les
precedens au contraire , ils feront
beaucoup plus remplis , & par là , il
ichapera fort peu de Pièces volantes
qui n'y trouvent leur place. Enfin ,
je tacherai de former un Recueil qui
AVANT-PROPOS.
puiffe tenir lieu de quantité d'autres
Ouvrages périodiques , dont le Public
eft furchargé depuis quelque temps ;
eeft là l'inftitution du Mercure ;
les autres ouvrages de cette espéce
n'ayant pas le droit d'embraßer la
varieté des matieres qui fingularifeno
celui- ci. Je declare néantmoins que je
m'abstiendrai d'entrer dans le Secret
du Cabinet des Princes.
Je renvois les eurieux de Reflexions
Politiques au Journal Historique de
Verdun ; il en a trouvé la clef, ainfi
cette partie lui eft reſervée , je la lui
abandonne fans rancune .
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Résumé : AVANT-PROPOS.
L'avant-propos annonce un changement dans la présentation du 'Mercure' suite à des critiques après la publication du premier recueil. Les lecteurs espéraient un prix réduit. Des journaux comme ceux de Trévoux et de Hollande ont modifié leurs caractères pour améliorer l'accessibilité. Les principales raisons du changement sont : réduire le prix à quinze sols pour attirer plus d'acheteurs, permettre aux débiteurs de relier les volumes annuellement, faciliter la distribution dans les provinces et à l'étranger, et augmenter la quantité de contenu sans ajouter de pièces volantes. L'objectif est de créer un recueil complet remplaçant plusieurs ouvrages périodiques. L'auteur évitera les secrets des cabinets des princes et renverra les amateurs de réflexions politiques au Journal Historique de Verdun.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
IL est bien difficile que dans un Ouvrage tel que celui-ci, [...]
Mots clefs :
Fautes, Involontaire, Articles, Mercure, Corrections, Messire, Sa Majesté, Amusements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
I
Left bien difficile que dans
que
celui- un Ouvrage tel
ci , dont le Recuëil & l'impreffion
fe fuivent de fi près ,
il n'échape de certaines fautes
involontaires
, que l'on ne peut
reformer que dans le Mercure
fuivant. J'avoue ingénûment
que j'en ai remarqué qui méritent
neceffairement la correction.
Dans celui de Fanvier ,
à l'article des Morts , le mot en
abregé de Me s'eft glißé pref
que par tout , au lieu de elui
de M , le premier fignifiant
Maître & le fecond Meffire.
A l'article des Mariages
,
A ij
AVANT - PROPOS.
+
on a qualifié M. Pavyot de
Procureur general de la
Chambre des Comptes de
Rouen , ce qui eft faux ; il
eft - Procureur general au Parlement
de Rouen.
Dans le Mercure de Février,
page 51 , on auroit dû avertir
dans le Conte de M. Roy , que
la deuxième Adreffe n'eft pas
de cet Auteur , mais d'une
autre main.
Qu'à la page 163 , au lieu
de Meff. les Gentils -hommes de
la Chambre , il faut lire de la
manche. Qu'on s'est également
trompé , lorsque l'on a marqué
que la Cour avoit accordé une
penfion de 710 livres au petit
Furet ; on fait feulement que
Sa Majesté lui fait donner de
tems en tems quelque argent
pourfon entretien.
AVANT-PROPOS.
A la page 166 , il faut changer
le nom de Bigot en celui de
M. Bidault
que
C'est à tort que l'on a dit
le Sieur de Rieux étoit mort
en prifon defes bleffures ; ilfe
porte auffi bien que fon ami ,
que le bruit populaire avoitfait
expirer deux heures aprés , d'un
coup d'épée reçu par derriere .
On aura l'indulgence de me
pardonner quelques autres faures
plus legeres , en faveur du
défir preffant que j'ai de perfectionner
cet Ouvrage , n'afpirant
qu'à le rendre auffi utile
qu'amufant. Je répondrois bien
par avance de fon utilité
pour
les Gens de Lettres , fi j'étois
aẞés heureux que de recevoir
de tems en tems des pièces auſſi
curieufes que celles qui font à
la tête des deux mois précedens,
A iij
AVANT-PROPOS.
1
& la nouvelle Differtation
par laquelle j'entre en maque
tiere.
A l'égard de l'amusement
fi je trouve le fecret de plaire,
j'aurai atteint à la fin que je
me propose.
I
Left bien difficile que dans
que
celui- un Ouvrage tel
ci , dont le Recuëil & l'impreffion
fe fuivent de fi près ,
il n'échape de certaines fautes
involontaires
, que l'on ne peut
reformer que dans le Mercure
fuivant. J'avoue ingénûment
que j'en ai remarqué qui méritent
neceffairement la correction.
Dans celui de Fanvier ,
à l'article des Morts , le mot en
abregé de Me s'eft glißé pref
que par tout , au lieu de elui
de M , le premier fignifiant
Maître & le fecond Meffire.
A l'article des Mariages
,
A ij
AVANT - PROPOS.
+
on a qualifié M. Pavyot de
Procureur general de la
Chambre des Comptes de
Rouen , ce qui eft faux ; il
eft - Procureur general au Parlement
de Rouen.
Dans le Mercure de Février,
page 51 , on auroit dû avertir
dans le Conte de M. Roy , que
la deuxième Adreffe n'eft pas
de cet Auteur , mais d'une
autre main.
Qu'à la page 163 , au lieu
de Meff. les Gentils -hommes de
la Chambre , il faut lire de la
manche. Qu'on s'est également
trompé , lorsque l'on a marqué
que la Cour avoit accordé une
penfion de 710 livres au petit
Furet ; on fait feulement que
Sa Majesté lui fait donner de
tems en tems quelque argent
pourfon entretien.
AVANT-PROPOS.
A la page 166 , il faut changer
le nom de Bigot en celui de
M. Bidault
que
C'est à tort que l'on a dit
le Sieur de Rieux étoit mort
en prifon defes bleffures ; ilfe
porte auffi bien que fon ami ,
que le bruit populaire avoitfait
expirer deux heures aprés , d'un
coup d'épée reçu par derriere .
On aura l'indulgence de me
pardonner quelques autres faures
plus legeres , en faveur du
défir preffant que j'ai de perfectionner
cet Ouvrage , n'afpirant
qu'à le rendre auffi utile
qu'amufant. Je répondrois bien
par avance de fon utilité
pour
les Gens de Lettres , fi j'étois
aẞés heureux que de recevoir
de tems en tems des pièces auſſi
curieufes que celles qui font à
la tête des deux mois précedens,
A iij
AVANT-PROPOS.
1
& la nouvelle Differtation
par laquelle j'entre en maque
tiere.
A l'égard de l'amusement
fi je trouve le fecret de plaire,
j'aurai atteint à la fin que je
me propose.
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Résumé : AVANT-PROPOS.
Dans cet avant-propos, l'auteur reconnaît plusieurs erreurs involontaires présentes dans son ouvrage et souhaite les corriger dans une future édition. Parmi ces erreurs, on note l'utilisation incorrecte du mot 'Me' au lieu de 'M' dans l'article des Morts, ainsi que la mauvaise qualification de M. Pavyot, qui est en réalité Procureur général au Parlement de Rouen et non à la Chambre des Comptes de Rouen. D'autres corrections concernent l'attribution d'une adresse dans un conte, la désignation des Gentils-hommes de la Chambre, et l'information sur une pension accordée à un certain Furet. L'auteur mentionne également des erreurs relatives au nom de Bigot et au décès du Sieur de Rieux. Il exprime son désir de perfectionner l'ouvrage pour le rendre plus utile et amusant, et espère recevoir des pièces curieuses pour améliorer les futures éditions.
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5
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
La Rentrée des Académies des Sciences & de l'Histoire, jointe [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Histoire, Spectacles, Public, Diversité, Uniformité, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT-PROPOS .
L
A Rentrée des Académies
des Sciences &de
l'Hiftoire, jointe à l'ouverture
des Spectacles , me condamne
à renvoyer au mois
prochain la deuxième partie
de l'Apologie , par laquelle
j'entre en matiere. L'ofe ef
pérer que l'Auteur de cette
Piéce agréera ce partage , en
confideration des égards qui
font dûs au Public. En effet
je n'aurois pû unir ces deux
A ij
AVANT-PROPOS.
parties , fans courir le rifque
de n'avoir prefque qu'un
même ton dans l'affemblage
de ce Livre ; ce qui feroit
contre la premiere inftitution
du Mercure , qui doit avoir
pour objet principal de varier
fesfujets , par le mélange des
divers incidents de chaque
mois. C'est ce qui m'a déterminé
à préferer la Diverſité à
l'Uniformité. Encore fuis -je
incertain , fi avec cette précaution
, je parviendrai à
remplir mon projet . Ie prévois
que ne pouvant me difpenfer
de donner les Extraits
des Differtations dont on a
AVANT-PROPOS.
fait la lecture dans les Académies
, & ayant conjointément
à parler des nouvelles
Piéces de Theatre repréſentées
dépuis les Fêtes de Pâques,
je ferai forcé d'abandonner
quantité de fairs finguliers.
l'en uſerai cependant de relle
maniere , que dans le choix
que je me propofe d'enfaire ,
je n'infererai que ce qui ne
peut être remis à un autre
mois , fans perdre les graces
piquantes de la nouveauté...
L'efpere en même – rems
trouver aẞés d'équité chez
les perfonnes qui m'ont fait
la faveur de m'adreffer quel-
A iij
AVANT-PROPOS.
ques paquets , pour devoir me
flarer qu'elles ne prendront
pas en mauvaife part le renvoy
de leursproductionspour
le Iournal fuivant. Ie n'aurois
pû les fatisfaire fans
groffir confiderablement
ce
Volume , & par conſequent
fans en augmenter le prix ,
ce qui me jetteroit dans un
inconvénient beaucoup plus
celui que je vou
grand
que
drois éviter.
L
A Rentrée des Académies
des Sciences &de
l'Hiftoire, jointe à l'ouverture
des Spectacles , me condamne
à renvoyer au mois
prochain la deuxième partie
de l'Apologie , par laquelle
j'entre en matiere. L'ofe ef
pérer que l'Auteur de cette
Piéce agréera ce partage , en
confideration des égards qui
font dûs au Public. En effet
je n'aurois pû unir ces deux
A ij
AVANT-PROPOS.
parties , fans courir le rifque
de n'avoir prefque qu'un
même ton dans l'affemblage
de ce Livre ; ce qui feroit
contre la premiere inftitution
du Mercure , qui doit avoir
pour objet principal de varier
fesfujets , par le mélange des
divers incidents de chaque
mois. C'est ce qui m'a déterminé
à préferer la Diverſité à
l'Uniformité. Encore fuis -je
incertain , fi avec cette précaution
, je parviendrai à
remplir mon projet . Ie prévois
que ne pouvant me difpenfer
de donner les Extraits
des Differtations dont on a
AVANT-PROPOS.
fait la lecture dans les Académies
, & ayant conjointément
à parler des nouvelles
Piéces de Theatre repréſentées
dépuis les Fêtes de Pâques,
je ferai forcé d'abandonner
quantité de fairs finguliers.
l'en uſerai cependant de relle
maniere , que dans le choix
que je me propofe d'enfaire ,
je n'infererai que ce qui ne
peut être remis à un autre
mois , fans perdre les graces
piquantes de la nouveauté...
L'efpere en même – rems
trouver aẞés d'équité chez
les perfonnes qui m'ont fait
la faveur de m'adreffer quel-
A iij
AVANT-PROPOS.
ques paquets , pour devoir me
flarer qu'elles ne prendront
pas en mauvaife part le renvoy
de leursproductionspour
le Iournal fuivant. Ie n'aurois
pû les fatisfaire fans
groffir confiderablement
ce
Volume , & par conſequent
fans en augmenter le prix ,
ce qui me jetteroit dans un
inconvénient beaucoup plus
celui que je vou
grand
que
drois éviter.
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Résumé : AVANT-PROPOS.
L'auteur annonce le report de la publication de la deuxième partie d'une Apologie. Ce délai est motivé par la rentrée des Académies des Sciences et de l'Histoire ainsi que par l'ouverture des spectacles, qui requièrent une attention prioritaire. Il souhaite que le public comprenne cette décision. La publication simultanée des deux parties pourrait créer une uniformité contraire à l'objectif du Mercure de varier les sujets mensuellement. L'auteur privilégie donc la diversité. Il prévoit également d'inclure des extraits de différentiations académiques et des critiques de pièces de théâtre récentes, ce qui pourrait obliger à exclure certains sujets intéressants mais non urgents. Il s'engage à sélectionner uniquement les contenus indispensables pour maintenir la fraîcheur de l'information. Enfin, il espère que les contributeurs comprendront le report de leurs productions pour le journal suivant, afin d'éviter d'augmenter le prix du volume.
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6
s. p.
AU TRÈS SERENISSIME ET TRÈS PUISSANT GRAND SEIGNEUR CZAR PIERRE ALEXIEWITZ, Monarque de toute la Grande Mineure & Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie, de Volodimer & de Novogrod, CZAR de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor, de Perme, de Viatka, de Bolgarie, & des autres Duchez, Souverain & Grand Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof, de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de Candinie, & de toute la Côte du Nord ; Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie & de Gruzinie, des Païs de Cabardin, des Princes de Circassie & de Georgie, & de plusieurs autres Etats & Provinces de l'Orient, de l'Occident & du Nord ; Heritier & Successeur Empereur de la Grande Russie.
Début :
SIRE, Je serois trop hûreux, si je pouvois me promettre [...]
Mots clefs :
Majesté, Épître, Tsar, Souverain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU TRÈS SERENISSIME ET TRÈS PUISSANT GRAND SEIGNEUR CZAR PIERRE ALEXIEWITZ, Monarque de toute la Grande Mineure & Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie, de Volodimer & de Novogrod, CZAR de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor, de Perme, de Viatka, de Bolgarie, & des autres Duchez, Souverain & Grand Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof, de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de Candinie, & de toute la Côte du Nord ; Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie & de Gruzinie, des Païs de Cabardin, des Princes de Circassie & de Georgie, & de plusieurs autres Etats & Provinces de l'Orient, de l'Occident & du Nord ; Heritier & Successeur Empereur de la Grande Russie.
AU TRÈS SERENISSIME
ET TRÈS PUISSANT
GRAND SEIGNEUR
CZAR
PIERRE ALEXIEWITZ,
Monarque de toute la Grande Mineure &
Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie,
de Volodimer & de Novogrod, CZAR
de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR
de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand
Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor,
de Perme, de Viatka, de Bolgarie, &
des autres Duchez, Souverain & Grand
Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof,
de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de
Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de
Candinie, & de toute la Côte du Nord ;
Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie
& de Gruzinie, des Païs de Cabardin,
des Princes de Circassie & de
Georgie, & de plusieurs autres Etats &
Provinces de l'Orient, de l'Occident &
du Nord ; Heritier & Successeur Empereur
de la Grande Russie.
SIRE,
Je serois trop hûreux, si je pouvois me promettre
à ij
EPITRE.
de la
part de VOTRE MAJESTE,
pour mon Ouvrage, l'accueil
favorable dont je me tiens
assuré de la part du Public:
Comme les François jouissent
du plaisir de voir le Heros
que la Renommée leur a tant
vanté; ils seront charmés de
trouver dans ce Recieil His-
torique, un Tissu fidele des
Evenemens de son Régne.
VOTRE MAJESTE
peut juger des sentimens qu'
Elle a fait naître dans leurs
coeurs, par le vif empresse-
ment avec lequel ils accourent
à Elle, toutes les fois qu'Elle
EPITRE
a la bonté de se faire voir;
Envain veut-Elle se derober
à leur curiosité, ils surpren-
nent bien- tôt le Roy sous
lhabit du Particulier; ils y
découvrent de cesTraits majes-
tueux, que les Dieux mêmes,
selon les Poëtes, ne pouvoient
tout-à-fait voiler aux yeux
des Mortels.
Ces Dieux de la Fable
furent des Héros de l'Histoire;
des Souverains, comme Vô-
TRE MAJESTE, que
leurs Peuples diviniserent
pour éterniser la Mémoire des
avantages qu'ils avoient
procure: a leurs Etats, en les
älij
EPITRE.
décorant de toutes les Riches-
ses, soit Politiques, soit Mo-
rales, qu ils avoieni recueillies
chez les Nations Etrangéres.
Si VOTRe MAJESTE
fut nee dans ces Tems Héroi-
ques, on lui auroit élevé des
Temples; mais, au défaut d'Au-
tels, l'Histoire & la Tra-
dition feront passer aux sié-
clesles plus reculés, les Mer-
veilles de Votre Régne. Le
Grand Empire que vous avés
pour ainsi dire, degrossi &
forme, n'est pas encore à
beaucoup près, monte au point
de splendeur où Vôtre Sa-
gesse le veut élever. Elle
EPITRE.
mettra sans doute le specta-
cle de la France, au nombre
des plus utiles qui se soient
offerrs à Elle. VOTRE
MAJESTe voit sous le
Prince qui nous gouverne, un
Ministère qui concilie par-
faitement la Douceur & l'Au-
torité : Elle voit des Peuples
moins soummis par la Crainte
que par l'Amour: Elle voit
enfin toutes les Sçiences,
&tous les Arts, portés
à ce haut dégré, qui font
l'objer de l'attention de Vô-
TRE MAJESTE, &
qu'Elle proposera à ses Su-
jets, comme l'Objet de leur
EPITRE.
Emulation. Je suis avec un
trés profond respect,
SIRE,
DE VOS
ESTE
Le trés-humble & trés-
obéissant Serviteur,
BUCHET.
ET TRÈS PUISSANT
GRAND SEIGNEUR
CZAR
PIERRE ALEXIEWITZ,
Monarque de toute la Grande Mineure &
Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie,
de Volodimer & de Novogrod, CZAR
de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR
de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand
Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor,
de Perme, de Viatka, de Bolgarie, &
des autres Duchez, Souverain & Grand
Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof,
de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de
Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de
Candinie, & de toute la Côte du Nord ;
Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie
& de Gruzinie, des Païs de Cabardin,
des Princes de Circassie & de
Georgie, & de plusieurs autres Etats &
Provinces de l'Orient, de l'Occident &
du Nord ; Heritier & Successeur Empereur
de la Grande Russie.
SIRE,
Je serois trop hûreux, si je pouvois me promettre
à ij
EPITRE.
de la
part de VOTRE MAJESTE,
pour mon Ouvrage, l'accueil
favorable dont je me tiens
assuré de la part du Public:
Comme les François jouissent
du plaisir de voir le Heros
que la Renommée leur a tant
vanté; ils seront charmés de
trouver dans ce Recieil His-
torique, un Tissu fidele des
Evenemens de son Régne.
VOTRE MAJESTE
peut juger des sentimens qu'
Elle a fait naître dans leurs
coeurs, par le vif empresse-
ment avec lequel ils accourent
à Elle, toutes les fois qu'Elle
EPITRE
a la bonté de se faire voir;
Envain veut-Elle se derober
à leur curiosité, ils surpren-
nent bien- tôt le Roy sous
lhabit du Particulier; ils y
découvrent de cesTraits majes-
tueux, que les Dieux mêmes,
selon les Poëtes, ne pouvoient
tout-à-fait voiler aux yeux
des Mortels.
Ces Dieux de la Fable
furent des Héros de l'Histoire;
des Souverains, comme Vô-
TRE MAJESTE, que
leurs Peuples diviniserent
pour éterniser la Mémoire des
avantages qu'ils avoient
procure: a leurs Etats, en les
älij
EPITRE.
décorant de toutes les Riches-
ses, soit Politiques, soit Mo-
rales, qu ils avoieni recueillies
chez les Nations Etrangéres.
Si VOTRe MAJESTE
fut nee dans ces Tems Héroi-
ques, on lui auroit élevé des
Temples; mais, au défaut d'Au-
tels, l'Histoire & la Tra-
dition feront passer aux sié-
clesles plus reculés, les Mer-
veilles de Votre Régne. Le
Grand Empire que vous avés
pour ainsi dire, degrossi &
forme, n'est pas encore à
beaucoup près, monte au point
de splendeur où Vôtre Sa-
gesse le veut élever. Elle
EPITRE.
mettra sans doute le specta-
cle de la France, au nombre
des plus utiles qui se soient
offerrs à Elle. VOTRE
MAJESTe voit sous le
Prince qui nous gouverne, un
Ministère qui concilie par-
faitement la Douceur & l'Au-
torité : Elle voit des Peuples
moins soummis par la Crainte
que par l'Amour: Elle voit
enfin toutes les Sçiences,
&tous les Arts, portés
à ce haut dégré, qui font
l'objer de l'attention de Vô-
TRE MAJESTE, &
qu'Elle proposera à ses Su-
jets, comme l'Objet de leur
EPITRE.
Emulation. Je suis avec un
trés profond respect,
SIRE,
DE VOS
ESTE
Le trés-humble & trés-
obéissant Serviteur,
BUCHET.
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Résumé : AU TRÈS SERENISSIME ET TRÈS PUISSANT GRAND SEIGNEUR CZAR PIERRE ALEXIEWITZ, Monarque de toute la Grande Mineure & Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie, de Volodimer & de Novogrod, CZAR de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor, de Perme, de Viatka, de Bolgarie, & des autres Duchez, Souverain & Grand Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof, de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de Candinie, & de toute la Côte du Nord ; Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie & de Gruzinie, des Païs de Cabardin, des Princes de Circassie & de Georgie, & de plusieurs autres Etats & Provinces de l'Orient, de l'Occident & du Nord ; Heritier & Successeur Empereur de la Grande Russie.
L'épître est adressée au tsar Pierre Alexiewitz, souverain de la Grande Russie et d'autres territoires. L'auteur espère que le tsar appréciera son ouvrage historique sur le règne de Pierre. Il souligne l'admiration et l'affection du peuple français pour le tsar, notant leur impatience de le voir, même déguisé. L'auteur compare le tsar à des héros historiques et des souverains vénérés pour leurs contributions. Il mentionne que l'Empire russe, sous la direction sage du tsar, devient splendide. L'auteur admire également le ministère français pour sa douceur et son autorité, ainsi que l'amour du peuple pour son prince. Il loue les progrès des sciences et des arts en France, servant de modèle aux sujets du tsar. L'épître se termine par une expression de profond respect et d'obéissance de la part de l'auteur, Buchet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
AU TRÈS SERENISSIME ET TRÈS PUISSANT GRAND SEIGNEUR CZAR PIERRE ALEXIEWITZ, Monarque de toute la Grande Mineure & Blanche Russie, de Moscowie, de Kiovie, de Volodimer & de Novogrod, CZAR de Casan, CZAR d'Astracan, CZAR de Siberie, Souverain de Pleskof ; Grand Duc de Smolensko, de Twer, de Jugor, de Perme, de Viatka, de Bolgarie, & des autres Duchez, Souverain & Grand Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof, de Resan, de Rostof, de Jaroslavie, de Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de Candinie, & de toute la Côte du Nord ; Souverain d'Ivetie, des Princes de Cartalinie & de Gruzinie, des Païs de Cabardin, des Princes de Circassie & de Georgie, & de plusieurs autres Etats & Provinces de l'Orient, de l'Occident & du Nord ; Heritier & Successeur Empereur de la Grande Russie.
7
s. p.
PREFACE.
Début :
La précipitation avec laquelle j'ai été obligé de former cet [...]
Mots clefs :
Auteur, Lecteur
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texteReconnaissance textuelle : PREFACE.
PREFACE.
La précipitation avec laquelle
j'ai été obligé de former cet
Ouvrage, en même-tems que le
Mercure de May, doit m'attirer
quelque indulgence de la part de
mon Lecteur. Je crois la mériter par
le zele ardent, avec lequel je me
suis porté à correspondre à l'empres-
sement du Public, qui témoignoit
attendre de moi un prompt Détail
des Actions principales de SA
MAIESTE CZARIENNE, &
de son séjour en France. Quelque
difficile que me parût cette entre-
prise, par les bornes étroites dans
lesquelles je suis renfermé: je l'ai
risquée cependant, persuadé que l'on
auroit assés de bonté pour passer
certaines fautes, en faveur du mo-
tif qui m'y a déterminé. Ainsi j'ai
PREFACE.
facrifié la vanité de l'Auteur à l'im-
patience du Lecteur. J'avouë par
exemple de bonne foy, que dans la p.
23. M. Perry Auteur de l'Etat pre-
fent de la Grande Russie, dont j'ai
luivi les Mémoires en certains en-
droits de ce Livre, m'a fait avancer
un Fait qui doit re volter tout homme
judicieux, scavoir que les Monaste-
res, les Grands Seigneurs & un
grand nombre d'Eclesiastiques & non
d'Esclaves, furent taxex à faire batir
à leurs frais chacun, un Vaisseau. Qui
ne voit que c'est une exagération
dont la consequence est ridicule: A
la p. 42. l. 16. au lieu de dire quand
meme on en auroit abatu la quille, ce
que l'on ne comprend pas: il faut
rectifier la phrase de certe maniere;
quand même on auroit abatu le
Vaisse au pour en voir la quille; tout
Marin entendrapour lors ce que cela
signifie: p. 84. l. 5. Amiral de la
Moscovie, il faut dire, de Mo covie
ou de Russie. Au lieu du mot d'Am-
munition, corrigez de Munition.
Je demande grace pour quelques
er
ne
n
07
tir
nd
c8
aut
e
le
but
ela
Die
m-
0n.
les
PREFACE.
autres expressions. Je serai trop con-
tent, si cet aveu sincere de mes
fautes, me tient lieu de justifica-
tion dans l'esprit des honnêtes gens.
La précipitation avec laquelle
j'ai été obligé de former cet
Ouvrage, en même-tems que le
Mercure de May, doit m'attirer
quelque indulgence de la part de
mon Lecteur. Je crois la mériter par
le zele ardent, avec lequel je me
suis porté à correspondre à l'empres-
sement du Public, qui témoignoit
attendre de moi un prompt Détail
des Actions principales de SA
MAIESTE CZARIENNE, &
de son séjour en France. Quelque
difficile que me parût cette entre-
prise, par les bornes étroites dans
lesquelles je suis renfermé: je l'ai
risquée cependant, persuadé que l'on
auroit assés de bonté pour passer
certaines fautes, en faveur du mo-
tif qui m'y a déterminé. Ainsi j'ai
PREFACE.
facrifié la vanité de l'Auteur à l'im-
patience du Lecteur. J'avouë par
exemple de bonne foy, que dans la p.
23. M. Perry Auteur de l'Etat pre-
fent de la Grande Russie, dont j'ai
luivi les Mémoires en certains en-
droits de ce Livre, m'a fait avancer
un Fait qui doit re volter tout homme
judicieux, scavoir que les Monaste-
res, les Grands Seigneurs & un
grand nombre d'Eclesiastiques & non
d'Esclaves, furent taxex à faire batir
à leurs frais chacun, un Vaisseau. Qui
ne voit que c'est une exagération
dont la consequence est ridicule: A
la p. 42. l. 16. au lieu de dire quand
meme on en auroit abatu la quille, ce
que l'on ne comprend pas: il faut
rectifier la phrase de certe maniere;
quand même on auroit abatu le
Vaisse au pour en voir la quille; tout
Marin entendrapour lors ce que cela
signifie: p. 84. l. 5. Amiral de la
Moscovie, il faut dire, de Mo covie
ou de Russie. Au lieu du mot d'Am-
munition, corrigez de Munition.
Je demande grace pour quelques
er
ne
n
07
tir
nd
c8
aut
e
le
but
ela
Die
m-
0n.
les
PREFACE.
autres expressions. Je serai trop con-
tent, si cet aveu sincere de mes
fautes, me tient lieu de justifica-
tion dans l'esprit des honnêtes gens.
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Résumé : PREFACE.
L'auteur présente son ouvrage, publié en même temps que le Mercure de mai, et sollicite l'indulgence du lecteur pour la hâte de sa rédaction. Cette précipitation est motivée par l'impatience du public, qui souhaitait un rapport rapide sur les actions principales du tsar et son séjour en France. Conscient des défis et des limites de son travail, il espère que les lecteurs comprendront ses erreurs en raison de l'urgence de sa tâche. L'auteur admet plusieurs erreurs spécifiques, notamment une exagération sur la construction de vaisseaux par les monastères, les grands seigneurs et les ecclésiastiques, ainsi que des inexactitudes dans la terminologie maritime et géographique. Il demande pardon pour ces erreurs et compte sur la sincérité de ses intentions pour obtenir le pardon du lecteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1-65
ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
Début :
ALEXIS MICHALOVITZ, Pere du CZAR qui arriva le 7. dans [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Roi, Prince, Vaisseaux, Princesse, Sophie Alexeïevna, Mer, Pologne, Suède, Général, Armée, Dessein, Moscovites, Tête, Cou, Troupes, Manière, Trône, Empire, Cour, Couronne, Seigneurs, Moscou, Hommes, Palais, Armes, Pays, Bâtir, Galères
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texteReconnaissance textuelle : ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ABBREGÉ
DE L'HISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce qui s'est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ALEXIS MICHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
Relation
2
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au-
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu-
vitz qui remplit aujour-
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re-
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé-
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en œuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici-
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili-
ce, semblable aux lannissai-
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar-
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en-
suite aux principaux Of-
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri-
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des-
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece-
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet-
toient d'un balcon du Pa-
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu-
sieurs Seigneurs & person-
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au-
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu-
multe, le Prince Bo-
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans-
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met-
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em-
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo-
roit ses pretentions en di-
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou-
verte, & les Auteurs pu-
nis.
On ût l'adresse d'atti-
rer le General des Stre-
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona-
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê-
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû-
jours été gardée fort étroi-
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé-
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer-
mi, on commença par fai-
re une recherche des Au-
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
9
Historique.
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin-
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet-
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu-
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire-
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16
Relation
S. M. l'a toujours eù au-
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre-
quentés , de leurs ri-
chesses, de la discipli-
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com-
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon-
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es-
prit toute extraordinaire;
Historique.
11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma-
thematiques, il voulut ap-
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des-
seins, qu'il a depuis exe-
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima-
ginable. Comme ſa paſ-
sion favorite étoit la Na-
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos-
cou, des Vaisseaux qui a-
voient des Mats, des Voi-
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don-
Relation
12
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti-
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen-
çant par celui d'Ensei-
gne, pour monter à ce-
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira-
tions dont je viens de par-
ler, je me crois obligé d'a-
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri-
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis-
chin qui étoit dans ses in-
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman-
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa-
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithui-
nie, de la
Maison
des Ja-
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre-
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai-
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo-
ment a perdre; Thehelavi-
ran President de la Cham-
bre des Estrelles, fut choi-
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es-
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des-
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
15
Historique.
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros-
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga-
lischin reçût un ordre pa-
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16
Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a-
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre-
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al-
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe-
rial, il ſe fit livrer Thebe-
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique.
17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſ-
ser le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû-
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho-
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin-
cesse Sophie; il se conten-
ta de lui ordonner de sor-
tir du Palais, & de ſe re-
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
Relation
18
ayant fait difficulté
&
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en-
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes-
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em-
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique.
19
haut du degré, & ils se ju-
rerent une amitié recipro-
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti-
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne-
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si-
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em-
parer d'Asoph, Place im-
portante sur la Mer Noi-
1695.
1696.
20
Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom-
mes; il échoua, faute d'a-
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa-
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com-
mandoit lui-meme.
Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren-
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As-
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra-
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'-
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai-
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na-
vale, il déclara aux Sei-
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre-
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I-
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en-
fin toutes les mesures ne-
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua-
rante Vaisseaux de Guer-
re, dix Galiotes à Bom-
bes, vingt grandes Galé-
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique.
23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a-
voient des biens considé-
rables, & un grand nom-
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e-
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar-
chands, les Gentils-Hom-
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet-
tre à cette nouvelle Impo-
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
Relation
24
Conseil, que
pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais-
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, dans le des-
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon-
dans sur plusieurs passa-
ges de l'Ecriture, qui dé-
fendent aux Enfans d'I-
rael, d'avoir aucune com-
munication
Historique.
25
munication avec les Na-
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon-
tens & ceux du Parti dis-
gracié, qui étoient tou-
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite-
ment, formerent de nou-
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû-
tume, il donneroit ses or-
dres pour l'éteindre. Aprés
Relarion
16
quoi ils devoient massa-
crer tous les nouveaux Fa-
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin-
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira-
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin-
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
premédité
ge qu'il avoit
de taire; il prit la réſolu- 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo-
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre-
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac-
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute-
nant General de ses Ar-
mées, & Amiral de sa Flo-
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol-
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu-
sieurs jeunes Gentils-hom-
mes & Favoris de moindre
Historique.
29
consideration. La premie-
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere-
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué-
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re-
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré-
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi-
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de-
lara la Guerre aux Sue-
dois.
Ci
Relation
30
La ſeconde Place im-
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil-
les Maritimes de son pas-
sage, on lui fit des pré-
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli-
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors-
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex-
Historique.
31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com-
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les-
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo-
dément visiter les Vais-
seaux & être moins con-
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
Relation
32
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams-
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par-
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai-
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons-
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par-
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a-
muſoit à voguer & à ra-
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An-
glois, lui ayant plû d'a-
vantage, après avoir de-
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa-
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en-
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en-
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre-
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro-
portions qu'il falloit obser-
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme-
ment; comme il s'est de-
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou-
vent oui dire, que s'il n'é-
toit pas venu en Angleter-
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An-
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra-
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau-
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa-
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As-
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob-
jet.) Pour satisfaire ſa cu-
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit-
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don-
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An-
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer-
cuëils, ausquels il ne fit at-
tention. s'habillant, com-
me nous l'avons dit ail-
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per-
mit de prendre à son ser-
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u-
tiles, il choisit des Ma-
thématiciens, des Archi-
tectes de Vaisseaux, di-
vers Officiers & Bombar-
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien-
ne, où il fut très-bien re-
çû de l'Empereur; il ap-
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la-
quelle etoient entrez plu-
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas-
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique.
32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex-
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me-
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen-
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen-
dant son absence.
Ces derniers, au nom-
bre de plus de 2000, fu-
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou-
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi-
pales Dames qui avoient
Dij
Relation
10
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en-
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem-
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel-
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie-
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con-
41
Historique,
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua-
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol-
landois y avoient bâties en
Diij
A2
Relation.
son absence, & pour fai-
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi-
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru-
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se-
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa-
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos-
cou. Des qu'il y fut arri-
vé, il augmenta le nom-
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a-
bord aux affaires du Gou-
vernement, tant dans l'E-
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com-
mettoient dans les Provin-
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e-
toient des premieres Fa-
milles de Moscovie, ve-
xoient & tirannisoient les
Peuples.
Relation
A 4
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su-
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu-
reau General, où l'on re-
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a-
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com-
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi-
té reconnue, qu'on choi-
parmi les Mar-
sit
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu-
reau, de mettre des Im-
posts ſur tous les Cou-
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a-
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas-
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46
Relation
noient inutils par eux-
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon-
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u-
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois-
son. Le Czar, pour réfor-
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u-
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho-
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu-
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou-
vent les obligea enfin à
Rélation
48
souffrir, qu'on la leur cou-
pât. Les femmes qui trou-
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai-
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han-
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée
de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis-
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha-
bits de galons d'or ou d'ar-
gent, chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en-
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha-
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re-
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien-
droient à ses ordres, se-
roient obligez de se met-
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu-
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban-
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti-
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el-
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte-
noient par ce même or-
dre, la liberté de ſe trou-
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé-
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra-
tique dans lesPays Etran-
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu-
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa-
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil-
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa-
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re-
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou-
lut qu'on ne mariât per-
sonne sans le consente-
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a-
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor-
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a-
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi-
gueur possible: Les com-
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre-
miere Campagne, il per-
dit la moitié de ſon Ar-
mée, & toute son Artil-
lerie dans la fameuſe Ba-
taille de Narva.
Pour réparer cette per-
te, il s'appliqua principa-
lement a faire de nouvel-
les levées, à chorsir lui-
E iij
1700.
Relation
54
même des Officiers
à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho-
ses necessaires dont son Ar-
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con-
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo-
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap-
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar-
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li-
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu-
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo-
nie, sous le General Sli-
penback, celui ci eût d'a-
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce-
der; la Cavalerie Finlan-
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos-
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li-
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a-
prés quinze jours de Sié-
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié-
re de Neve. Par cette der-
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au-
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an-
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y per-
mit le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros-
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex-
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No-
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen-
dant que le Roy de Sué-
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua-
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer-
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czereme-
thoff, qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar-
sovie, fut battu par le Com-
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po-
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta-
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
Relation
60
diverses Places, & d'assi-
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous-
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai-
res: mais, sur les remon-
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene-
raux d'en uſer avec mo-
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
61
Historique.
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus-
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco-
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar-
mes à l'Empire & aux au-
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che-
1709
Relation
62
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs-
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta-
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide-
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour-
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con-
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique.
63
affoiblie par diverses at-
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge-
neral entre les deux Ar-
mées, après une attaque
& une résistance des plus
&
vigoureuses de part
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli-
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a-
voit été forcé par le Roi,
F iij
Relation
64
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta-
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin-
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau-
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma-
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a-
Historique.
65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom-
mes du Parti du Roy Sta-
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par-
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai-
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
DE L'HISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce qui s'est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ALEXIS MICHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
Relation
2
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au-
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu-
vitz qui remplit aujour-
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re-
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé-
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en œuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici-
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili-
ce, semblable aux lannissai-
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar-
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en-
suite aux principaux Of-
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri-
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des-
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece-
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet-
toient d'un balcon du Pa-
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu-
sieurs Seigneurs & person-
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au-
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu-
multe, le Prince Bo-
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans-
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met-
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em-
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo-
roit ses pretentions en di-
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou-
verte, & les Auteurs pu-
nis.
On ût l'adresse d'atti-
rer le General des Stre-
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona-
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê-
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû-
jours été gardée fort étroi-
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé-
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer-
mi, on commença par fai-
re une recherche des Au-
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
9
Historique.
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin-
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet-
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu-
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire-
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16
Relation
S. M. l'a toujours eù au-
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre-
quentés , de leurs ri-
chesses, de la discipli-
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com-
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon-
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es-
prit toute extraordinaire;
Historique.
11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma-
thematiques, il voulut ap-
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des-
seins, qu'il a depuis exe-
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima-
ginable. Comme ſa paſ-
sion favorite étoit la Na-
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos-
cou, des Vaisseaux qui a-
voient des Mats, des Voi-
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don-
Relation
12
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti-
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen-
çant par celui d'Ensei-
gne, pour monter à ce-
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira-
tions dont je viens de par-
ler, je me crois obligé d'a-
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri-
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis-
chin qui étoit dans ses in-
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman-
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa-
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithui-
nie, de la
Maison
des Ja-
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre-
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai-
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo-
ment a perdre; Thehelavi-
ran President de la Cham-
bre des Estrelles, fut choi-
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es-
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des-
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
15
Historique.
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros-
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga-
lischin reçût un ordre pa-
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16
Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a-
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre-
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al-
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe-
rial, il ſe fit livrer Thebe-
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique.
17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſ-
ser le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû-
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho-
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin-
cesse Sophie; il se conten-
ta de lui ordonner de sor-
tir du Palais, & de ſe re-
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
Relation
18
ayant fait difficulté
&
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en-
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes-
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em-
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique.
19
haut du degré, & ils se ju-
rerent une amitié recipro-
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti-
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne-
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si-
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em-
parer d'Asoph, Place im-
portante sur la Mer Noi-
1695.
1696.
20
Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom-
mes; il échoua, faute d'a-
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa-
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com-
mandoit lui-meme.
Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren-
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As-
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra-
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'-
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai-
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na-
vale, il déclara aux Sei-
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre-
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I-
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en-
fin toutes les mesures ne-
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua-
rante Vaisseaux de Guer-
re, dix Galiotes à Bom-
bes, vingt grandes Galé-
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique.
23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a-
voient des biens considé-
rables, & un grand nom-
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e-
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar-
chands, les Gentils-Hom-
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet-
tre à cette nouvelle Impo-
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
Relation
24
Conseil, que
pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais-
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, dans le des-
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon-
dans sur plusieurs passa-
ges de l'Ecriture, qui dé-
fendent aux Enfans d'I-
rael, d'avoir aucune com-
munication
Historique.
25
munication avec les Na-
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon-
tens & ceux du Parti dis-
gracié, qui étoient tou-
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite-
ment, formerent de nou-
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû-
tume, il donneroit ses or-
dres pour l'éteindre. Aprés
Relarion
16
quoi ils devoient massa-
crer tous les nouveaux Fa-
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin-
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira-
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin-
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
premédité
ge qu'il avoit
de taire; il prit la réſolu- 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo-
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre-
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac-
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute-
nant General de ses Ar-
mées, & Amiral de sa Flo-
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol-
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu-
sieurs jeunes Gentils-hom-
mes & Favoris de moindre
Historique.
29
consideration. La premie-
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere-
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué-
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re-
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré-
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi-
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de-
lara la Guerre aux Sue-
dois.
Ci
Relation
30
La ſeconde Place im-
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil-
les Maritimes de son pas-
sage, on lui fit des pré-
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli-
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors-
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex-
Historique.
31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com-
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les-
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo-
dément visiter les Vais-
seaux & être moins con-
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
Relation
32
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams-
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par-
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai-
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons-
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par-
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a-
muſoit à voguer & à ra-
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An-
glois, lui ayant plû d'a-
vantage, après avoir de-
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa-
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en-
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en-
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre-
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro-
portions qu'il falloit obser-
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme-
ment; comme il s'est de-
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou-
vent oui dire, que s'il n'é-
toit pas venu en Angleter-
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An-
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra-
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau-
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa-
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As-
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob-
jet.) Pour satisfaire ſa cu-
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit-
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don-
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An-
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer-
cuëils, ausquels il ne fit at-
tention. s'habillant, com-
me nous l'avons dit ail-
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per-
mit de prendre à son ser-
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u-
tiles, il choisit des Ma-
thématiciens, des Archi-
tectes de Vaisseaux, di-
vers Officiers & Bombar-
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien-
ne, où il fut très-bien re-
çû de l'Empereur; il ap-
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la-
quelle etoient entrez plu-
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas-
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique.
32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex-
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me-
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen-
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen-
dant son absence.
Ces derniers, au nom-
bre de plus de 2000, fu-
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou-
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi-
pales Dames qui avoient
Dij
Relation
10
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en-
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem-
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel-
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie-
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con-
41
Historique,
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua-
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol-
landois y avoient bâties en
Diij
A2
Relation.
son absence, & pour fai-
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi-
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru-
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se-
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa-
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos-
cou. Des qu'il y fut arri-
vé, il augmenta le nom-
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a-
bord aux affaires du Gou-
vernement, tant dans l'E-
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com-
mettoient dans les Provin-
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e-
toient des premieres Fa-
milles de Moscovie, ve-
xoient & tirannisoient les
Peuples.
Relation
A 4
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su-
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu-
reau General, où l'on re-
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a-
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com-
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi-
té reconnue, qu'on choi-
parmi les Mar-
sit
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu-
reau, de mettre des Im-
posts ſur tous les Cou-
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a-
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas-
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46
Relation
noient inutils par eux-
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon-
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u-
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois-
son. Le Czar, pour réfor-
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u-
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho-
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu-
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou-
vent les obligea enfin à
Rélation
48
souffrir, qu'on la leur cou-
pât. Les femmes qui trou-
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai-
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han-
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée
de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis-
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha-
bits de galons d'or ou d'ar-
gent, chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en-
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha-
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re-
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien-
droient à ses ordres, se-
roient obligez de se met-
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu-
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban-
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti-
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el-
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte-
noient par ce même or-
dre, la liberté de ſe trou-
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé-
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra-
tique dans lesPays Etran-
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu-
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa-
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil-
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa-
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re-
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou-
lut qu'on ne mariât per-
sonne sans le consente-
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a-
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor-
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a-
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi-
gueur possible: Les com-
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre-
miere Campagne, il per-
dit la moitié de ſon Ar-
mée, & toute son Artil-
lerie dans la fameuſe Ba-
taille de Narva.
Pour réparer cette per-
te, il s'appliqua principa-
lement a faire de nouvel-
les levées, à chorsir lui-
E iij
1700.
Relation
54
même des Officiers
à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho-
ses necessaires dont son Ar-
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con-
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo-
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap-
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar-
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li-
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu-
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo-
nie, sous le General Sli-
penback, celui ci eût d'a-
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce-
der; la Cavalerie Finlan-
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos-
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li-
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a-
prés quinze jours de Sié-
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié-
re de Neve. Par cette der-
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au-
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an-
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y per-
mit le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros-
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex-
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No-
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen-
dant que le Roy de Sué-
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua-
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer-
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czereme-
thoff, qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar-
sovie, fut battu par le Com-
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po-
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta-
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
Relation
60
diverses Places, & d'assi-
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous-
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai-
res: mais, sur les remon-
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene-
raux d'en uſer avec mo-
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
61
Historique.
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus-
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco-
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar-
mes à l'Empire & aux au-
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che-
1709
Relation
62
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs-
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta-
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide-
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour-
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con-
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique.
63
affoiblie par diverses at-
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge-
neral entre les deux Ar-
mées, après une attaque
& une résistance des plus
&
vigoureuses de part
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli-
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a-
voit été forcé par le Roi,
F iij
Relation
64
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta-
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin-
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau-
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma-
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a-
Historique.
65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom-
mes du Parti du Roy Sta-
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par-
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai-
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
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Résumé : ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
Pierre Alexievits, fils d'Alexis Michalovitz, accéda au trône de Moscovie à l'âge de 11 ans en 1682 après la mort de son frère Théodore. Sa demi-sœur Sophie tenta de le destituer en faveur de leur frère Ivan, mais fut finalement exilée dans un monastère. Passionné par les mathématiques et la navigation, Pierre construisit des vaisseaux et se forma à la marine. Sophie, ayant obtenu la régence, mena des campagnes militaires infructueuses et tenta de renverser Pierre, mais sa conspiration fut découverte. Pierre prit Azov en 1696 et décida de construire une flotte pour sécuriser la région. Malgré l'opposition des boyards et des prêtres, il voyagea en Europe pour apprendre des autres nations, recrutant des experts britanniques pour améliorer sa flotte et son armée. À son retour, il réprima une conspiration et entreprit des réformes majeures. Il imposa une taxe sur les barbes longues, remplaça les vêtements traditionnels par des habits européens, et permit aux femmes de participer à des événements sociaux. Sur le plan militaire, il prolongea une trêve avec l'Empire ottoman et déclara la guerre à la Suède en 1700. Après une défaite initiale à Narva, il réorganisa son armée et remporta des victoires clés en Livonie et à Narva. Les conflits impliquèrent également la Pologne et aboutirent à la victoire russe à la bataille de Poltava en 1709, permettant à Auguste II de reprendre le trône de Pologne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 73-142
« Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Début :
Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Prince, Mer, Armée, Moscou, Amiral, Marine, Général, Ville, Fils, Mort, Saint-Petersbourg, Duc, Tête, Eau, Patriarche, Pays, États, Troupes, Main, Flotte, Princesse, Armes, Suédois, Russie, Cour, Étrangers, Seigneurs, Rang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Cette Victoire fut suivie
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
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Résumé : « Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Après la victoire de Pultava en 1719, plusieurs événements militaires significatifs se produisirent. La ville d'Elbing en Livonie fut conquise après un siège de 12 jours, et Riga fut investie, permettant ainsi la soumission de la majeure partie de la Livonie. Le roi de Danemark obtint réparation à Moscou pour une insulte faite à son ambassadeur à Londres. La victoire de Pultava incita la Porte ottomane à mobiliser ses troupes près des frontières de l'Ukraine. Le tsar affronta les Ottomans près de Iassy le 19 juillet et une trêve fut demandée deux jours plus tard. Un traité de paix fut signé à Falczin, où le tsar rendit les villes d'Azov et de Taganrog aux Ottomans. Le tsar célébra ensuite le mariage de son fils avec la princesse Charlotte Christine Sophie de Brunswick-Wolfenbüttel à Torrau. Un incendie à Moscou détruisit plus de 2000 maisons et tua environ 2000 personnes. Le tsar se déplaça ensuite à Pétersbourg et à Elbing avant de soumettre la Poméranie avec le roi Auguste. Stralsund fut assiégée et le général Steenbock fut capturé. Le tsar établit des postes réguliers entre Moscou et les principales villes de Livonie et renforça sa flotte en achetant des vaisseaux anglais. En 1715, une entrée triomphale fut organisée à Saint-Pétersbourg en l'honneur du tsar Pierre Ier, qui reçut le titre de vice-amiral. Le tsar envoya l'armée russe en Haute-Pologne pour soumettre la noblesse polonaise et établit une Académie de Marine à Saint-Pétersbourg. Les épouses du prince héritier et du tsar accouchèrent chacune d'un fils. Le duc de Mecklembourg-Schwerin épousa la princesse de Moscovie et la ville de Wismar se rendit aux confédérés du Nord. La place de Cuyambourg tomba aux mains des Moscovites. Pierre Ier de Russie, après la victoire de Poltava en 1710, entra triomphalement à Moscou et se fit déclarer lieutenant-général. Il avait précédemment obtenu les titres de contre-amiral, vice-amiral, puis grand amiral. Il utilisa des cérémonies pour rappeler que l'avancement se faisait par mérite. Il remplaça progressivement les officiers étrangers par des nobles russes et recruta des fils de nobles ou d'ecclésiastiques pour la cavalerie. L'infanterie russe était robuste et capable de subsister avec peu de ressources, montrant un grand sang-froid face à la mort. Il reforma l'artillerie en créant un régiment dédié et forma des officiers. Il établit une école de mathématiques à Moscou pour former des experts en artillerie.
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10
p. 142
De l'Origine de la Moscovie.
Début :
La Moscovie est une partie de l'ancienne Sarmatie : Il [...]
Mots clefs :
Moscovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Origine de la Moscovie.
De l'Origine de la Moscovie.
La Moscovie est une
partie de l'ancienne Sarmatie :
Il paroist que cet
Etat étoit divisé en plu-
sieures Seigneuries, qui
ont depuis formé ce grand
Empire, tel que nous le
voyons aujourd'hui.
La Moscovie est une
partie de l'ancienne Sarmatie :
Il paroist que cet
Etat étoit divisé en plu-
sieures Seigneuries, qui
ont depuis formé ce grand
Empire, tel que nous le
voyons aujourd'hui.
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11
p. 142-144
Division de la Moscovie.
Début :
Elle s'étend vers le Septentrion jusqu'à la Mer [...]
Mots clefs :
Moscovie, Mer, Amour, Division
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Division de la Moscovie.
Division de la Moscovie.
Elle s'étend vers le Septentrion
jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tarta-
rie, ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A-
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe-
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
Relation
144
comprendre environ
50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
Elle s'étend vers le Septentrion
jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tarta-
rie, ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A-
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe-
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
Relation
144
comprendre environ
50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
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Résumé : Division de la Moscovie.
La Moscovie s'étend de la mer Glaciale au fleuve Amour, du petit Tanais aux rivières Doma et Piola, et à la petite Tartarie. À l'ouest, elle est limitée par le Boristhène, le Narva, et les terres de Pologne, Suède et Norvège. Sa longueur dépasse 600 lieues de Kola à Astracan, et sa largeur excède 1000 lieues de la Finlande à la mer d'Amour. Elle compte environ 50 provinces, dont certaines sont des royaumes ou duchés.
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12
p. 144-146
Qualitez du Pays.
Début :
L'air de Moscovie est extrémement froid, principalement vers le [...]
Mots clefs :
Pays, Moscovie, Forêts, Loups, Froid, Air
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Qualitez du Pays.
Qualitez du Pays.
L'air de Moscovie est
extrémement froid, principalement
vers le Nord.
Le Pays en general est
rempli & couvert de
Forests, de Marais, de
Lacs & de Rivieres : Les
Terres ne laissent pas d'e-
tre extremement fertiles
sur tout vers la partie Me-
ridionale: Il y croît toute
sorte de legumes, & des
Melons excellents : On
trouve dans le Royaume
de
Historique.
145
de Cassan, une Plante fort
singuliere qui croît com-
me un gros concombre
velu, & qui semble ron-
ger toutes les herbes qui
sont autour de ſa tige; les
Loups la mangent avec a-
vidité, parce qu'elle res-
semble a un petit Agneau.
La Moscovie abonde en
chanvre & en lin, l'on y
découvre tant de Miel &
de Cire, même dans les
Bois, qu'outre la quanti-
te prodigieuse que les Peu-
ples en employent à faire
leur Hydromel, à brûler
des Cierges & Bougies,
ils en vendent plus de 30
Relation
146
mille quintaux, tous
les ans, aux Etrangers.
Ces Forests nourrissent un
nombre infini d'Ours, de
Loups, de Linx, de Ti-
gres, de Renards, de Mar-
tres & de Zibelines, dont
les fourures produisent
plus d'un million d'or
chaque année.
La Langue de ces Peu-
ples, est un Dialecte de
l'Esclavone.
L'air de Moscovie est
extrémement froid, principalement
vers le Nord.
Le Pays en general est
rempli & couvert de
Forests, de Marais, de
Lacs & de Rivieres : Les
Terres ne laissent pas d'e-
tre extremement fertiles
sur tout vers la partie Me-
ridionale: Il y croît toute
sorte de legumes, & des
Melons excellents : On
trouve dans le Royaume
de
Historique.
145
de Cassan, une Plante fort
singuliere qui croît com-
me un gros concombre
velu, & qui semble ron-
ger toutes les herbes qui
sont autour de ſa tige; les
Loups la mangent avec a-
vidité, parce qu'elle res-
semble a un petit Agneau.
La Moscovie abonde en
chanvre & en lin, l'on y
découvre tant de Miel &
de Cire, même dans les
Bois, qu'outre la quanti-
te prodigieuse que les Peu-
ples en employent à faire
leur Hydromel, à brûler
des Cierges & Bougies,
ils en vendent plus de 30
Relation
146
mille quintaux, tous
les ans, aux Etrangers.
Ces Forests nourrissent un
nombre infini d'Ours, de
Loups, de Linx, de Ti-
gres, de Renards, de Mar-
tres & de Zibelines, dont
les fourures produisent
plus d'un million d'or
chaque année.
La Langue de ces Peu-
ples, est un Dialecte de
l'Esclavone.
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Résumé : Qualitez du Pays.
Le texte présente les caractéristiques géographiques et naturelles de la Moscovie, actuelle Russie. Le climat y est extrêmement froid, notamment au nord. Le territoire est principalement constitué de forêts, de marais, de lacs et de rivières. Les terres du sud sont très fertiles, permettant la culture de divers légumes et de melons de qualité. Une plante particulière, semblable à un gros concombre velu et appréciée des loups, pousse dans le royaume de Cassan. La Moscovie est riche en chanvre et en lin, et produit une grande quantité de miel et de cire, dont une partie est exportée. Les forêts abritent divers animaux sauvages tels que des ours, des loups, des lynx, des tigres, des renards, des martres et des zibelines, dont les fourrures génèrent un revenu annuel important. La langue parlée par les habitants est un dialecte de l'esclavon.
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13
p. 146-150
Remarques sur quelques Points de la Religion des Moscovites.
Début :
Ils sont dans l'opinion qu'il n'y a qu'eux de veritables [...]
Mots clefs :
Prêtre, Religion, Communion, Moscovites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques sur quelques Points de la Religion des Moscovites.
Remarques sur quelques Points
de la Religion des
Moscovites.
Ils sont dans l'opinion qu'il
n'y a qu'eux de veritables
Chrêtiens, puisqu'ils
Historique.
147
sont les seuls, disent-ils,
qui ayent éte baptisez, tous
les autres n'ayant été qu'
arrosez: Auſsi le Pretre
plonge-t il trois fois l'en-
fant nud dans l'eau, pro-
nonçant les Paroles ordi-
naires du Sacrement, je
te baptise, &c.
Pourles perfonnes agées
qui embrassent la Religion
Grecque ou Moscovite,
elles reçoivent le bapté
me dans une Riviere où
on les plonge par dessus la
tête, quelque froid qu'il
fasse, de forte que bien
ſouvent on est contraint
de casser la glace pour
Nij
Relarion
1
cette Cérémonie. Les Pro-
totopes ou ſimples Prè-
tres sont obligez de ſe ma-
rier, mais ils ne peuvent
passer a de secondes No-
ces, sans renoncer à laPre-
trise.
Les Perfonnes en âge de
raison, apres s'etre confes-
fées au milieu de l'Eglise,
Communient ordinaire-
ment la veille de Pâques,
ſous les deux Especes; le
Prêtre mélant de l'eau a-
vec le vin : Le pain doit
avoir été paitri & cuit
par la veuve d'un Pretre.
On le consacre le jour de
la Communion, ou le Jeu-
Historique.
149
dy avant Pâques; l'un,
pour les Communians qui
se presentent, & l'autre,
pour les Malades. Les plus
devots dorment apres la
Communion, afin de ne
point pêcher ce jour là;
car, pourles autres Fêtes, ils
ne croiroient pas les avoir
bien solennisées, s'ils ne
s'en yvroient; ce n'est pas
meme une grande honte
aux femmes, non plus qu-
auxPopas d'être vus yvres
au milieu des ruës; &
lorsque des femmes de
Qualité ont fait un repas
ensemble, celle qui la
donné, envoye le lende
Nii
Relation
150
main le principal de ſes
Domestiques a ses Amies
du soir, pour s'informer
comment elles ont passe
la nuit, leur réponse or-
dinaire, c'est de la remer-
cier de sa bonne chere, qui
les avoit rendu ſi gayes,
quelles ne sçavent pas
comment elles ont pu re-
trouver leur logis ; tant
elles avoient bû.
de la Religion des
Moscovites.
Ils sont dans l'opinion qu'il
n'y a qu'eux de veritables
Chrêtiens, puisqu'ils
Historique.
147
sont les seuls, disent-ils,
qui ayent éte baptisez, tous
les autres n'ayant été qu'
arrosez: Auſsi le Pretre
plonge-t il trois fois l'en-
fant nud dans l'eau, pro-
nonçant les Paroles ordi-
naires du Sacrement, je
te baptise, &c.
Pourles perfonnes agées
qui embrassent la Religion
Grecque ou Moscovite,
elles reçoivent le bapté
me dans une Riviere où
on les plonge par dessus la
tête, quelque froid qu'il
fasse, de forte que bien
ſouvent on est contraint
de casser la glace pour
Nij
Relarion
1
cette Cérémonie. Les Pro-
totopes ou ſimples Prè-
tres sont obligez de ſe ma-
rier, mais ils ne peuvent
passer a de secondes No-
ces, sans renoncer à laPre-
trise.
Les Perfonnes en âge de
raison, apres s'etre confes-
fées au milieu de l'Eglise,
Communient ordinaire-
ment la veille de Pâques,
ſous les deux Especes; le
Prêtre mélant de l'eau a-
vec le vin : Le pain doit
avoir été paitri & cuit
par la veuve d'un Pretre.
On le consacre le jour de
la Communion, ou le Jeu-
Historique.
149
dy avant Pâques; l'un,
pour les Communians qui
se presentent, & l'autre,
pour les Malades. Les plus
devots dorment apres la
Communion, afin de ne
point pêcher ce jour là;
car, pourles autres Fêtes, ils
ne croiroient pas les avoir
bien solennisées, s'ils ne
s'en yvroient; ce n'est pas
meme une grande honte
aux femmes, non plus qu-
auxPopas d'être vus yvres
au milieu des ruës; &
lorsque des femmes de
Qualité ont fait un repas
ensemble, celle qui la
donné, envoye le lende
Nii
Relation
150
main le principal de ſes
Domestiques a ses Amies
du soir, pour s'informer
comment elles ont passe
la nuit, leur réponse or-
dinaire, c'est de la remer-
cier de sa bonne chere, qui
les avoit rendu ſi gayes,
quelles ne sçavent pas
comment elles ont pu re-
trouver leur logis ; tant
elles avoient bû.
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Résumé : Remarques sur quelques Points de la Religion des Moscovites.
Le texte décrit diverses pratiques religieuses des Moscovites, qui se considèrent comme les seuls vrais chrétiens en raison de leur baptême par immersion totale, contrairement aux autres chrétiens. Ce baptême des adultes se déroule dans une rivière, même en hiver, nécessitant parfois de briser la glace. Les prêtres doivent être mariés mais ne peuvent pas se remarier sans quitter leur fonction. La communion, prise sous les deux espèces (pain et vin mélangé à de l'eau), est généralement administrée la veille de Pâques. Le pain utilisé doit être préparé par la veuve d'un prêtre et est consacré le jour même ou la veille. Les plus dévots dorment après la communion pour éviter de pécher. Lors des fêtes, il est courant de s'enivrer, y compris pour les femmes de qualité, sans que cela soit perçu comme honteux. Après un repas entre femmes de qualité, une domestique vérifie comment elles ont passé la nuit, et elles répondent souvent qu'elles étaient trop ivres pour retrouver leur chemin.
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14
p. 150-159
Des Enterremens.
Début :
Les Enterremens se font avec beaucoup de cérémonie, [...]
Mots clefs :
Enterrements, Archevêque, Métropolitain, Ecclésiastique, Défunt, Moscovites, Justice, Nativité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Des Enterremens.
Des Enterremens.
Les Enterremens se font
avec beaucoup de cérémonie,
comme toutes les
autres actions publiques.
Aussi tost que le Malade
eſt décédé, on envoye
Historique.
151
chercher les Parens & les
Amis du deffunt, qui se
rangent autour du Corps,
s'excitans à pleurer, afin
d'en donner l'exemple aux
femmes; ils demandent
au Mort, pourquoi il s'est
laiſſé mourir: Si ses affai-
res n'étoient pas en bon é-
tat, s'il manquoit de man-
ger & de boire, si sa fem-
me n'étoit pas assez belle
& assez jeune, si elle lui
a manqué de fidelité, &c.
On l'enterre enfin, aprés
bien des Cérémonies; on
retourne ensuite au logis
du deffunt ou on noye
l'affliction dans l'hydro-
152
Relation
mel & dans l'eau-de-vie.
Quoique les Moscovites
ne paroissent pas croire au
Pur gatoire, ils reconnois-
sent cependant deux lieux
où les ames se retirent;
les unes, dans un séjour
plaisant, & les autres, dans
un ténébreux; les premie-
res ont la conversation
des Anges, les autres, cel-
le des Diables.
Il n'y a point de Peuples
qui aiet plus de veneratio
pour leur Souverain, que
les Moſcovites; ils appre-
nent même à leurs Enfans
a parler du Czar, comme
de Dieu même, non -seu-
Historique.
153
lement dans leurs festins,
mais encore dans leurs
discours ordinaires.
Ils lui obéissent avec une
si grande déference, que
bien loin de s'opposer
à ſa volonté, ils disent au
contraire, que la Justice
& la parole de leur Prin-
ce est sacrée & inviolable.
Si le tems me l'avoit per-
mis, j'aurois pù donner la
Genealogie des Czars avec
un Abbrege de leur vie; j'au-
rois parlé des familles les plus
illustres de Moscovie, des
differens ordres, tant de la
Noblesse, de l'Eglise, de la
Iustice, que des Officiers de
Relation
154
la Cour, jajouterai seulement
aux Remarques historiques
précédentes, les Observations
suivantes.
La Religion Grecque est
la dominante dans toure la
Moscovie, & on peut dire,
qu'il n'y en a presque poim
d'autres.
Etat de l'Ordre du Gou-
venement Ecclesiastique.
Le Patriarche de Mos-
cou.
Le Métropolitain de
Novogrod.
Le Métropolitain de
Rostoff.
Le Métropolitain
de
Casan & Svviat.
Historique.
155
de
Le Métropolitain
Sarſek & Podons.
Ces Metropolitains soni,
comme les Primats en Fran-
ce. Aprés les Primars, sui-
vent les Archevêques, ensui-
te les Eveques & les Archi-
mandrites.
L'Archevêque, de Wo-
logda & Welike.
L'Archevêque de Resau
& Marou.
L'Archeveque de Suf-
dal & Taraſk.
L'Archevêque de Tuer
& Casan.
L'Archevêque de Sibe-
rie & Tobolsk.
L'Archevêque d'Af-
156
Relation
trackan & Terki.
L'Archevêque de Psousk
& Sbotbh.
L'Archevêque d'Ar-
changel.
L'Archevêque de Kiovy
L'Archevêque de Smo-
lensko.
Il y a de plus, outre les
Métropolitains & Arche-
vêques.
L'Evêque de Columna.
L'Eveque de Wiatka.
Il y a encore plus de 50
Archimandrites, qui sont
comme on voit en France,
les Abbez & Prieurs. Plu.
sieurs Prevosts, qu'on appel-
le Proto-Papas, & un trés-
grand
Historique.
157
grand nombre de Papas
Dans la seule Ville de Mos-
cou, on en compte plus de
4000.
Le Patriarche de Moscou,
pour le Reglement des affai-
res Ecclesiastiques, avoit
autrefois trois Pricas ou
Chancelleries; la premiere
est Roserad, qui est, comme
l'Archive Ecclesiastique; la
seconde, nommee Sudny, qui
est la Iustice Ecclesiastique;
la troisième, Kazennoy,
ou on régle les affaires. Les
Moscovites sont fort Reli-
gieux, sur tout à l'égard
des Images pour lesquelles ils
ont une grande vénération
158
Relation
Ils en ontdans leurs maisons,
& dans les coins de leurs
Chambres, ou de leurs Salles,
ornées d'or, d'argent, ou
de perles; selon les moyens
que chacun peur avoir. Ils
celebrent quantité de Fetes,
dont voici les principales.
La Nativite de la Vier-
ge le 8. de Septembre.
L'Exaltation de la Croix
le 14 de Septembre.
L'Oblation de la Sainte
Vierge, le 21 de Novem-
bre.
La Nativité du Sauveur,
le 15 de Decembre.
L'Epiphanie, ou laF ête
des Rois, le 6 de Janvier.
159
Historique.
La Chandeleur, le 21
Février.
L'Annonciation de la
Vierge, le 25 de Mars.
Pâques Fleurie, ou le
Dimanche des Rameaux.
Lejour de Pâques, ou
la Resurrection de J. C.
La Pentecôte ou l'Envoi
du Saint Esprit sur les A-
pôtres.
La manifestation de J.
C. sur la Montagne, le 6.
Aoust.
L'Ascension de la Mere
du Sauveur le 13 Aoust.
Les Enterremens se font
avec beaucoup de cérémonie,
comme toutes les
autres actions publiques.
Aussi tost que le Malade
eſt décédé, on envoye
Historique.
151
chercher les Parens & les
Amis du deffunt, qui se
rangent autour du Corps,
s'excitans à pleurer, afin
d'en donner l'exemple aux
femmes; ils demandent
au Mort, pourquoi il s'est
laiſſé mourir: Si ses affai-
res n'étoient pas en bon é-
tat, s'il manquoit de man-
ger & de boire, si sa fem-
me n'étoit pas assez belle
& assez jeune, si elle lui
a manqué de fidelité, &c.
On l'enterre enfin, aprés
bien des Cérémonies; on
retourne ensuite au logis
du deffunt ou on noye
l'affliction dans l'hydro-
152
Relation
mel & dans l'eau-de-vie.
Quoique les Moscovites
ne paroissent pas croire au
Pur gatoire, ils reconnois-
sent cependant deux lieux
où les ames se retirent;
les unes, dans un séjour
plaisant, & les autres, dans
un ténébreux; les premie-
res ont la conversation
des Anges, les autres, cel-
le des Diables.
Il n'y a point de Peuples
qui aiet plus de veneratio
pour leur Souverain, que
les Moſcovites; ils appre-
nent même à leurs Enfans
a parler du Czar, comme
de Dieu même, non -seu-
Historique.
153
lement dans leurs festins,
mais encore dans leurs
discours ordinaires.
Ils lui obéissent avec une
si grande déference, que
bien loin de s'opposer
à ſa volonté, ils disent au
contraire, que la Justice
& la parole de leur Prin-
ce est sacrée & inviolable.
Si le tems me l'avoit per-
mis, j'aurois pù donner la
Genealogie des Czars avec
un Abbrege de leur vie; j'au-
rois parlé des familles les plus
illustres de Moscovie, des
differens ordres, tant de la
Noblesse, de l'Eglise, de la
Iustice, que des Officiers de
Relation
154
la Cour, jajouterai seulement
aux Remarques historiques
précédentes, les Observations
suivantes.
La Religion Grecque est
la dominante dans toure la
Moscovie, & on peut dire,
qu'il n'y en a presque poim
d'autres.
Etat de l'Ordre du Gou-
venement Ecclesiastique.
Le Patriarche de Mos-
cou.
Le Métropolitain de
Novogrod.
Le Métropolitain de
Rostoff.
Le Métropolitain
de
Casan & Svviat.
Historique.
155
de
Le Métropolitain
Sarſek & Podons.
Ces Metropolitains soni,
comme les Primats en Fran-
ce. Aprés les Primars, sui-
vent les Archevêques, ensui-
te les Eveques & les Archi-
mandrites.
L'Archevêque, de Wo-
logda & Welike.
L'Archevêque de Resau
& Marou.
L'Archeveque de Suf-
dal & Taraſk.
L'Archevêque de Tuer
& Casan.
L'Archevêque de Sibe-
rie & Tobolsk.
L'Archevêque d'Af-
156
Relation
trackan & Terki.
L'Archevêque de Psousk
& Sbotbh.
L'Archevêque d'Ar-
changel.
L'Archevêque de Kiovy
L'Archevêque de Smo-
lensko.
Il y a de plus, outre les
Métropolitains & Arche-
vêques.
L'Evêque de Columna.
L'Eveque de Wiatka.
Il y a encore plus de 50
Archimandrites, qui sont
comme on voit en France,
les Abbez & Prieurs. Plu.
sieurs Prevosts, qu'on appel-
le Proto-Papas, & un trés-
grand
Historique.
157
grand nombre de Papas
Dans la seule Ville de Mos-
cou, on en compte plus de
4000.
Le Patriarche de Moscou,
pour le Reglement des affai-
res Ecclesiastiques, avoit
autrefois trois Pricas ou
Chancelleries; la premiere
est Roserad, qui est, comme
l'Archive Ecclesiastique; la
seconde, nommee Sudny, qui
est la Iustice Ecclesiastique;
la troisième, Kazennoy,
ou on régle les affaires. Les
Moscovites sont fort Reli-
gieux, sur tout à l'égard
des Images pour lesquelles ils
ont une grande vénération
158
Relation
Ils en ontdans leurs maisons,
& dans les coins de leurs
Chambres, ou de leurs Salles,
ornées d'or, d'argent, ou
de perles; selon les moyens
que chacun peur avoir. Ils
celebrent quantité de Fetes,
dont voici les principales.
La Nativite de la Vier-
ge le 8. de Septembre.
L'Exaltation de la Croix
le 14 de Septembre.
L'Oblation de la Sainte
Vierge, le 21 de Novem-
bre.
La Nativité du Sauveur,
le 15 de Decembre.
L'Epiphanie, ou laF ête
des Rois, le 6 de Janvier.
159
Historique.
La Chandeleur, le 21
Février.
L'Annonciation de la
Vierge, le 25 de Mars.
Pâques Fleurie, ou le
Dimanche des Rameaux.
Lejour de Pâques, ou
la Resurrection de J. C.
La Pentecôte ou l'Envoi
du Saint Esprit sur les A-
pôtres.
La manifestation de J.
C. sur la Montagne, le 6.
Aoust.
L'Ascension de la Mere
du Sauveur le 13 Aoust.
Fermer
Résumé : Des Enterremens.
Le texte traite des rites funéraires et des croyances religieuses des Moscovites. Après un décès, les proches entourent le corps et expriment leur chagrin en posant symboliquement des questions au défunt sur ses affaires, sa subsistance et la fidélité de son épouse. L'enterrement suit diverses cérémonies, après quoi les proches retournent au domicile du défunt pour noyer leur affliction dans l'hydromel et l'eau-de-vie. Les Moscovites croient que les âmes se dirigent soit vers un séjour plaisant avec les anges, soit vers un lieu ténébreux avec les démons. Les Moscovites vouent une profonde vénération à leur souverain, le Czar, qu'ils considèrent presque comme une divinité. Ils lui obéissent avec une grande déférence, respectant sa justice et sa parole comme sacrées et inviolables. La religion dominante en Moscovie est la religion grecque. L'organisation ecclésiastique est dirigée par le Patriarche de Moscou, assisté par plusieurs métropolitains et archevêques. Le Patriarche supervise les affaires ecclésiastiques via trois chancelleries : Roserad (archive), Sudny (justice) et Kazennoy (administration). Les Moscovites sont très religieux et particulièrement dévots envers les icônes, qu'ils ornent précieusement dans leurs maisons. Ils célèbrent plusieurs fêtes religieuses, notamment la Nativité de la Vierge, l'Exaltation de la Croix, la Nativité du Sauveur, l'Épiphanie, la Chandeleur, l'Annonciation, Pâques, la Pentecôte, la manifestation de Jésus-Christ sur la montagne, et l'Ascension de la Mère du Sauveur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 159-165
L'Ordre de la Noblesse des Officiers pour l'Etat.
Début :
Le Czar, qui est le souverain de tous les Etats, & [...]
Mots clefs :
Cour, Tsar, Boyard, Boïar, Chanceliers, Chambellans, Gentilshommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Ordre de la Noblesse des Officiers pour l'Etat.
L'Ordre de la Noblesse des
Officiers pour l'Etat.
Oij
160
Relation
Le Czar, qui est le souverain de tous les Etats, &
qui dispose de tout à sa vo-
lonté, est un Prince absolu
& Despotique; il est le Mai-
tre de la vie & de tout le
bien de ses Sujers.
Les Premiers en dignité, a-
prés le Czar, sont les Prin-
ces; des Sujets de ceux-ci
sont leurs Esclaves, mais ils
ne les peuvent condamner à
mort; a moins que le Cxar
ny consenre : Les autres sont
Seigneurs & Gentils-Hom-
mes; il ya ensuire les Sin-
bojares, ou les fils de Bojares,
& les Marchands qui com-
posent un Etat du Royaume.
On a beaucoup d'égard pour
Historique.
161
eux, mais il ne leur est pas
permis de negocier hors du
Royaume, sans la permission
du Czar.
Les Bojares sont, comme
les Conseillers du Royau-
me & de l'Etat; ils sont
ordinairement au nombre
de 30.
Les Okonits suivent ceux-
ci; ils ne possedent point
de titre d'honneur; mais
ils sont élus d'entre les
Bojares, & Envoyez dans
les Palatinats ou Gouver-
nemens pour commander.
Les Dumnyi Dubranie, ou
les Chambellans, suivent
ceux-cy.
Oiij
Relation
162
Les Dumnyi Diceki ou trois
Chanceliers, dont l'un
est le Grand, & les deux
autres, Vice-Chanceliers,
sont les troisièmes en or-
dre.
Ce sont la les trois Ordres
du Rang des principaux Sei-
gneurs de la Cour de S. M.
Cx.
Les Principaux Officiers de
sa Cour, sont
Le Grand Ecuyer, qui
a la même authorite que
le Connêtable en France;
mais cette Charge est su-
primée depuis peu.
Le Grand Maistre d'Hô-
tel qui gouverne la Cour.
Historique.
163
Le Maître d'Artillerie
qui a soin des Armes &
des Chevaux du Czar.
Les Bojeares.
Les Okolnitzen.
Les Chambellans.
Les 3 Chanceliers.
Celui qui fait le lit.
Le Valet de Chambre.
L'Ecuyer Tranchant.
L'Echanson.
Le Porte-Viand sur Ta-
ble.
Les Gentils-Hommes qui
suivent la Cour en voia-
ge.
Les Pages.
L'Ecrivain ou Poicassen,
ou Chancelier & divers
162
Relation
autres.
Les Gentils-Hommes de
Cour.
Les Charges cy-dessus &
quantité d'autres, commen-
cent peu à peu a être abolies,
le Czar en créant d'autres,
à l'imitarion des principales
Cours de l'Europe, ainsi qu'il
vient d'ériger une Cour
qu'on appelle le Senat de
l'Empire, qui juge toutes les
affaires d'Etat en dernier
ressort, pendant son absence.
Il en fait de même a l'égard
des Charges Militaires &
d'Etat: Pour la Iustice, autre-
fois ils ecrivoient leurs pro-
ces sur des longs rouleaux de
Historique.
165
papier; presentement cetre
maniere est abolie, & on se
sert de papier timbre, ainsi
qu'on le pratique dans la
plupart des autres Cours de
l'Europe.
Officiers pour l'Etat.
Oij
160
Relation
Le Czar, qui est le souverain de tous les Etats, &
qui dispose de tout à sa vo-
lonté, est un Prince absolu
& Despotique; il est le Mai-
tre de la vie & de tout le
bien de ses Sujers.
Les Premiers en dignité, a-
prés le Czar, sont les Prin-
ces; des Sujets de ceux-ci
sont leurs Esclaves, mais ils
ne les peuvent condamner à
mort; a moins que le Cxar
ny consenre : Les autres sont
Seigneurs & Gentils-Hom-
mes; il ya ensuire les Sin-
bojares, ou les fils de Bojares,
& les Marchands qui com-
posent un Etat du Royaume.
On a beaucoup d'égard pour
Historique.
161
eux, mais il ne leur est pas
permis de negocier hors du
Royaume, sans la permission
du Czar.
Les Bojares sont, comme
les Conseillers du Royau-
me & de l'Etat; ils sont
ordinairement au nombre
de 30.
Les Okonits suivent ceux-
ci; ils ne possedent point
de titre d'honneur; mais
ils sont élus d'entre les
Bojares, & Envoyez dans
les Palatinats ou Gouver-
nemens pour commander.
Les Dumnyi Dubranie, ou
les Chambellans, suivent
ceux-cy.
Oiij
Relation
162
Les Dumnyi Diceki ou trois
Chanceliers, dont l'un
est le Grand, & les deux
autres, Vice-Chanceliers,
sont les troisièmes en or-
dre.
Ce sont la les trois Ordres
du Rang des principaux Sei-
gneurs de la Cour de S. M.
Cx.
Les Principaux Officiers de
sa Cour, sont
Le Grand Ecuyer, qui
a la même authorite que
le Connêtable en France;
mais cette Charge est su-
primée depuis peu.
Le Grand Maistre d'Hô-
tel qui gouverne la Cour.
Historique.
163
Le Maître d'Artillerie
qui a soin des Armes &
des Chevaux du Czar.
Les Bojeares.
Les Okolnitzen.
Les Chambellans.
Les 3 Chanceliers.
Celui qui fait le lit.
Le Valet de Chambre.
L'Ecuyer Tranchant.
L'Echanson.
Le Porte-Viand sur Ta-
ble.
Les Gentils-Hommes qui
suivent la Cour en voia-
ge.
Les Pages.
L'Ecrivain ou Poicassen,
ou Chancelier & divers
162
Relation
autres.
Les Gentils-Hommes de
Cour.
Les Charges cy-dessus &
quantité d'autres, commen-
cent peu à peu a être abolies,
le Czar en créant d'autres,
à l'imitarion des principales
Cours de l'Europe, ainsi qu'il
vient d'ériger une Cour
qu'on appelle le Senat de
l'Empire, qui juge toutes les
affaires d'Etat en dernier
ressort, pendant son absence.
Il en fait de même a l'égard
des Charges Militaires &
d'Etat: Pour la Iustice, autre-
fois ils ecrivoient leurs pro-
ces sur des longs rouleaux de
Historique.
165
papier; presentement cetre
maniere est abolie, & on se
sert de papier timbre, ainsi
qu'on le pratique dans la
plupart des autres Cours de
l'Europe.
Fermer
Résumé : L'Ordre de la Noblesse des Officiers pour l'Etat.
Sous le règne du Czar, souverain absolu, la hiérarchie de l'État est bien définie. Le Czar détient le pouvoir de vie ou de mort sur ses sujets et contrôle leurs biens. Les Princes suivent, possédant des esclaves mais nécessitant l'accord du Czar pour les condamner à mort. Viennent ensuite les Seigneurs, Gentilshommes, Sinbojares, et Marchands, ces derniers ne pouvant négocier hors du Royaume sans autorisation. Les Bojares, environ 30, servent de conseillers. Les Okonits, élus parmi eux, commandent dans les Palatinats. Les Dumnyi Dubranie et les Dumnyi Diceki (trois Chanceliers) occupent des positions élevées. La cour du Czar comprend des officiers comme le Grand Écuyer, le Grand Maître d'Hôtel, et le Maître d'Artillerie. Certaines charges sont abolies au profit de nouvelles inspirées des cours européennes, comme l'érection d'un Sénat pour juger les affaires d'État. Les procédures judiciaires évoluent vers l'utilisation de papier timbré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 170-176
« Avant que de donner le détail de l'Entrée du Cz. [...] »
Début :
Avant que de donner le détail de l'Entrée du Cz. [...]
Mots clefs :
Prince, Hollande, Amsterdam, Complimenter, Maison, Ville, Tsar, Pierre Ier de Russie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Avant que de donner le détail de l'Entrée du Cz. [...] »
Avant que de donner le
détail de l'Entrée du Cz.
en France & de son ar-
rivée à Paris, je crois que,
pour la ſatisfaction du Le-
cteur, il ne ſera pas hors
de propos que je suive les
démarches de ce Prince
depuis l'expedition de
Scanie on S.honen.
Historique.
171
Le Czar étant parti de Copenhague
le 26 d'Octobre 1716 avec la Czarl-
ne ſon Epouſe, arriva le 2 Novemb. à
Fredericstad, de là ce Prince s'érant
rendu à Havelberg le 23 du même
mois, où le Roy de Pruſse le joignit,
ils confererent ensemble le 24 &
le 25. Le 26. s'étant embarque sur
un Bâtiment à Voiles & à Rames
il aborda à Altena, le premier De-
cembre; il y reçût les Complimens
des Deputez de Hambourg. Le 7.
s'étunt mis en chemin pour son
Voyage de Hollande, ce Monar-
que arriva le 17 à Amsterdam, le
18. il fut complimenté par les Dé-
putez des Etats Generaux, le Com-
te d'Albermale portant la Parole.
Le 20. il alla voir la Maison de
Ville & dina chez le Prince Kura-
kin son Ambassadeur en Hollande,
en Angleterre, & son Plenipoten-
tiaire au Congrez de Brunsvick; le
ſoir, il eût le ſpectacle de la Come-
die où il fut regalé de toute sorte
de rafraschissemens; les jours sui-
vans, il s'occupa à voir ce qu'il y
PI)
172
Relation
a deplus remarquable, particuliere-
ment ce qui concerne la Navi-
gation; ce Prince y ayant reçu
la nouvelle que la Czarine étoit
accouchée le 13 d'un Prince, à Vve-
fel, il pria les Etats d'en être Pa-
rains, mais l'Enfant mourut le soir
même: Cette Princesse étant réta-
blie de ses couches, arriva, le
13 de Février à Amsterdam; où el-
le ſut ſaluée de tout le Canon de
la Ville & complimentée par les
Députés des Etats de Hollande. Le
19 de Mars, le Czar, aprés avoir ob-
servé tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Amsterdam, en partit a-
vec la Czarine pour la Haye, où il
prit son logement chez le Prince
Kurakin. Le 20. les Etats Generaux
nommerent des Deputés, au nom
des Provinces de Gueldres, de Hol-
lande, de Zelande, dUtrecht, de
Frise, d'Overyssel & de Groningue,
pour aller complimenter leurs
Majestez. Le Baron de Vvelderen
Deputé de Gueldres, adreſſa la pa-
role. S. M. Cz. aiant visité plu-
Historique.
173
sieures maisons de Campagne & les
Principales Villes de ces Provinces,
où on lui fit tous les honneurs possi-
bles, elle débarqua le 11 d'Avril à
Anvers dans un grand Yacht, ac-
compagné de trois autres, qui s'ar-
reterent devant le Chateau; ce
Prince ſe tranſpotta à l'Abbaye de
S. Michel, où son logemenr étoit
preparé, il fut complimenté par le
Duc de Holstein-Ploen, par le Prin-
ce de la Tour Tavis, & le Prince
Esquilaché; ensuite par le Corps
de la Ville, dont il a visité les
principales Eglises, la Bourse, la
Chambre des Peintres & des Arts,
& la maison des Jesuites: Le 13 é-
tant parti sur le soir, il arriva le
14. à Bruxelles, au bruit de trois de-
charges du Canon, on le condui-
sit au Palais de l'Empereur où il fut
complimenté par le Marquis de
Prié, & par les Principaux de la
Nobleſse, il coucha dans le beau
lit de l'Empereur Charles-Quint,
qu'on lui avoit dresse. Le 17. il fut
ttaſté à dinerpar le Duc de Hol-
Piij
Relation
176
stein Ploen, il soupa ensuite chez
le Prince de la Tour, dont il admi-
ri la belle maison & les curiositez
qui s'y trouvent; à son retour il fut
regalé au Parc, d'un trés-beau feu
d'artifice : En étant parti le 18. il
alla coucher à Gand ; le 19. il
s'embarqua sur un Yacht à la Por-
te de Brages d'où il a continué ſa
route vers Ostende pour entrer en
Fance.
détail de l'Entrée du Cz.
en France & de son ar-
rivée à Paris, je crois que,
pour la ſatisfaction du Le-
cteur, il ne ſera pas hors
de propos que je suive les
démarches de ce Prince
depuis l'expedition de
Scanie on S.honen.
Historique.
171
Le Czar étant parti de Copenhague
le 26 d'Octobre 1716 avec la Czarl-
ne ſon Epouſe, arriva le 2 Novemb. à
Fredericstad, de là ce Prince s'érant
rendu à Havelberg le 23 du même
mois, où le Roy de Pruſse le joignit,
ils confererent ensemble le 24 &
le 25. Le 26. s'étant embarque sur
un Bâtiment à Voiles & à Rames
il aborda à Altena, le premier De-
cembre; il y reçût les Complimens
des Deputez de Hambourg. Le 7.
s'étunt mis en chemin pour son
Voyage de Hollande, ce Monar-
que arriva le 17 à Amsterdam, le
18. il fut complimenté par les Dé-
putez des Etats Generaux, le Com-
te d'Albermale portant la Parole.
Le 20. il alla voir la Maison de
Ville & dina chez le Prince Kura-
kin son Ambassadeur en Hollande,
en Angleterre, & son Plenipoten-
tiaire au Congrez de Brunsvick; le
ſoir, il eût le ſpectacle de la Come-
die où il fut regalé de toute sorte
de rafraschissemens; les jours sui-
vans, il s'occupa à voir ce qu'il y
PI)
172
Relation
a deplus remarquable, particuliere-
ment ce qui concerne la Navi-
gation; ce Prince y ayant reçu
la nouvelle que la Czarine étoit
accouchée le 13 d'un Prince, à Vve-
fel, il pria les Etats d'en être Pa-
rains, mais l'Enfant mourut le soir
même: Cette Princesse étant réta-
blie de ses couches, arriva, le
13 de Février à Amsterdam; où el-
le ſut ſaluée de tout le Canon de
la Ville & complimentée par les
Députés des Etats de Hollande. Le
19 de Mars, le Czar, aprés avoir ob-
servé tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Amsterdam, en partit a-
vec la Czarine pour la Haye, où il
prit son logement chez le Prince
Kurakin. Le 20. les Etats Generaux
nommerent des Deputés, au nom
des Provinces de Gueldres, de Hol-
lande, de Zelande, dUtrecht, de
Frise, d'Overyssel & de Groningue,
pour aller complimenter leurs
Majestez. Le Baron de Vvelderen
Deputé de Gueldres, adreſſa la pa-
role. S. M. Cz. aiant visité plu-
Historique.
173
sieures maisons de Campagne & les
Principales Villes de ces Provinces,
où on lui fit tous les honneurs possi-
bles, elle débarqua le 11 d'Avril à
Anvers dans un grand Yacht, ac-
compagné de trois autres, qui s'ar-
reterent devant le Chateau; ce
Prince ſe tranſpotta à l'Abbaye de
S. Michel, où son logemenr étoit
preparé, il fut complimenté par le
Duc de Holstein-Ploen, par le Prin-
ce de la Tour Tavis, & le Prince
Esquilaché; ensuite par le Corps
de la Ville, dont il a visité les
principales Eglises, la Bourse, la
Chambre des Peintres & des Arts,
& la maison des Jesuites: Le 13 é-
tant parti sur le soir, il arriva le
14. à Bruxelles, au bruit de trois de-
charges du Canon, on le condui-
sit au Palais de l'Empereur où il fut
complimenté par le Marquis de
Prié, & par les Principaux de la
Nobleſse, il coucha dans le beau
lit de l'Empereur Charles-Quint,
qu'on lui avoit dresse. Le 17. il fut
ttaſté à dinerpar le Duc de Hol-
Piij
Relation
176
stein Ploen, il soupa ensuite chez
le Prince de la Tour, dont il admi-
ri la belle maison & les curiositez
qui s'y trouvent; à son retour il fut
regalé au Parc, d'un trés-beau feu
d'artifice : En étant parti le 18. il
alla coucher à Gand ; le 19. il
s'embarqua sur un Yacht à la Por-
te de Brages d'où il a continué ſa
route vers Ostende pour entrer en
Fance.
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Résumé : « Avant que de donner le détail de l'Entrée du Cz. [...] »
Le tsar Pierre Ier de Russie et son épouse Catherine quittèrent Copenhague le 26 octobre 1716 pour un voyage en Europe. Ils arrivèrent à Amsterdam le 17 novembre 1716, où ils furent reçus par les députés des États Généraux. Le tsar visita des attractions liées à la navigation et apprit la naissance puis le décès rapide d'un prince, fils de la tsarine. Catherine rejoignit Pierre à Amsterdam le 13 février 1717. Ils se rendirent ensuite à La Haye le 19 mars, accueillis par des députés des provinces néerlandaises. Le tsar visita plusieurs maisons de campagne et villes avant d'arriver à Anvers le 11 avril, où il fut accueilli par divers dignitaires. Le 14 avril, il se rendit à Bruxelles, reçu par le marquis de Prié et la noblesse locale. Il poursuivit ensuite vers Gand et s'embarqua pour Ostende afin d'entrer en France.
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p. 176-210
ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
Début :
LE 20 d'Avril un Officier du Czar se rendit à Dunkerque, [...]
Mots clefs :
Entrée, France, Roi, Tsar, Prince, Duc, Pierre Ier de Russie, Maréchal, Gardes, Carosse, Chambre, Officiers, Seigneurs moscovites, Chambre, René de Froulay de Tessé, Matin, Porte, Portière, Régent, Corps, Monarque, Suisses, Visite, Boris Ivanovitch Kourakine, François de Neufville de Villeroy, Marche, Carrosses, Duchesse, Dunkerque, Palais
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texteReconnaissance textuelle : ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
ENTRÉE
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
Fermer
Résumé : ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
Du 20 avril au 21 mai, le tsar de Russie effectua une visite officielle en France. Il débarqua à Dunkerque, où il inspecta les ouvrages de défense, les troupes et les fortifications. Après avoir traversé plusieurs villes, il arriva à Paris le 7 mai. À Paris, il fut impressionné par les illuminations et la foule. Il rencontra le duc d'Orléans et manifesta de la courtoisie envers le jeune roi de France. Le tsar visita divers lieux parisiens, tels que l'Arsenal, la Place Royale et la Place des Victoires, montrant un intérêt marqué pour les arts et les techniques françaises. Il reçut les hommages des autorités parisiennes et visita des manufactures comme celle des Gobelins. Du 19 au 21 mai, il effectua plusieurs visites officielles, incluant le Palais Royal, les Invalides et l'observatoire astronomique. Il admira les œuvres d'art et les curiosités parisiennes, notamment celles de Rubens. Le tsar visita également le cabinet de curiosités de M. Pajot d'Osambré, des artisans, Saint-Cloud et Versailles. Il rencontra le roi Louis XV incognito pour discuter de stratégies militaires et visita la Monnaie. Accompagné du maréchal de Tessé, il participa à des chasses à Fontainebleau. Le tsar, âgé de 45 ans, portait des habits simples et avait une routine régulière. Il était accompagné de plusieurs seigneurs moscovites, dont des ambassadeurs et généraux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Les personnes accoûtumées à me voir entrer en matiere, par une Piéce [...]
Mots clefs :
Pièces littéraires, Récit historique, Dissertation, Mémoires, Cardinal de Retz, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT-PROPOS.
L ESpersonnes accoutumées «
me voir entrer en mâture,
parunePièce
1
Lnttraiu,uo,y,~
nontpeut-êtreàredirequejedébute
par
un
RécIt Hlftoï!que. J'<'-
viens uefînsde rai (:JÍ:'
jen'auroispas , ordinaire.Cednéc'heasngteprmasonap*la^nsa n
oJ"din,;!!re.Cen'eFpt!S a:£ ï;--:oi;¡s
)
manque de Dissertations nuerrejfaites:
Mais,commeil\nae décile,
que
p" placer dans le
mêmevolume Jeuxmorceauxdune
trop grande étendue, H*d ne
m'étoit pas permis de faire aucun
retranchement dans l'un
,
ni dans
l'autre, sans altération;,*t dor-
NélA préférence el14 curieux 6~ dCïmer
Extrait des Mémoires du
Cardinal de Retz, , que l'en a ûla
bonté de me communiquer. ¡efuis
-HOr., ,.Jj /Hlt>
celui-etnsimulera
A V A NT-FROPOS.
pasmoinsca:grrié.iabbllcermace-n,ittqquueelleesspré- -vj;c~ é- qu'ilfera déjireravec irnr,:
t!encc J >:>t:prefj}cnd'une-Hijtoire
*~rf•'/:vari-.'equecelledela derniere
J..;.:c, c.iLO(;,-V' deisSpLremEieresannées du GRAND.
ferc;:afvr.>:*i-ttr que les pofj<"-.
rrsd.un si telOuvrage le
A'jsr.tbtez-tet en inrniere : Ils
cr-t rede.,]i!csenversle Public
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!-:,/ .",'.: 'C;! Tr/jor,pu court Toujours
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Résumé : AVANT-PROPOS.
Dans cet avant-propos, l'auteur explique son choix de débuter par un récit historique plutôt qu'une œuvre littéraire. Habituellement, il commence par une œuvre littéraire, mais cette fois-ci, il opte pour un extrait des Mémoires du Cardinal de Retz pour des raisons pratiques. Inclure deux morceaux de grande envergure dans un même volume aurait altéré leur qualité. L'auteur est convaincu que cet extrait captivera les lecteurs autant que les précédents et éveillera leur intérêt pour l'histoire de la dernière Régence et des premières années du règne de Louis XIV. Il encourage les possesseurs d'un bel ouvrage à le publier rapidement, soulignant les dangers pour un manuscrit non publié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
s. p.
AVIS AU LECTEUR.
Début :
Deux de mes amis qui se devoüoient, l'un à la Chaire, [...]
Mots clefs :
Profession, Réflexions, Sollicitation, Savants, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU LECTEUR.
AVIS AU LECTEUR.
D
Eux de mès amis qui se devoüoient
, l'un à la Chaire ,
l'autre au Barreau , m'engagérent il
y a quelques années , à écrire cecy :
Je prétendois bien moins leur donner
des avis , que m'instruire moi-même
dans une Profeſſion : Qurique
ces Reflexions ayent été écrites comme
elles se sont présentées à mon
imagination , & qu'elles soient fort
précises &fort abbregées , elles ne
laiſſentpas de renfermer tout l'Art
de la Déclamation. Ce petit Traité
que je n'avois fait , qu'à la follicitation
de mes amis , ayant été par
eux rendu public , ût le bonheur de
ne pas déplaire à quelques Perſonnes
Illustres dans la Republique des
Lettres ; & même on me fit l'hon
neur ( Sans m'en rien communi-
Aij
quer) de l'inferer dans l'Histoire
des Ouvrages des Sçavans , au mois
deJuin 1709. Je l'offre icifort augmenté
, corrigé& en meilleur état
qu'il n'a paru en Hollande : J'ai
Suivi pour cela les conseils de plufieurs
personnes qui connoissent la
Déclamation , & j'ai profité, autant
qu'il m'a été poſſible , des lumieres
des Aiteurs de la Troupe du Roy ,
qui ont bien voulu m'honorer de
leurs avis.
D
Eux de mès amis qui se devoüoient
, l'un à la Chaire ,
l'autre au Barreau , m'engagérent il
y a quelques années , à écrire cecy :
Je prétendois bien moins leur donner
des avis , que m'instruire moi-même
dans une Profeſſion : Qurique
ces Reflexions ayent été écrites comme
elles se sont présentées à mon
imagination , & qu'elles soient fort
précises &fort abbregées , elles ne
laiſſentpas de renfermer tout l'Art
de la Déclamation. Ce petit Traité
que je n'avois fait , qu'à la follicitation
de mes amis , ayant été par
eux rendu public , ût le bonheur de
ne pas déplaire à quelques Perſonnes
Illustres dans la Republique des
Lettres ; & même on me fit l'hon
neur ( Sans m'en rien communi-
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quer) de l'inferer dans l'Histoire
des Ouvrages des Sçavans , au mois
deJuin 1709. Je l'offre icifort augmenté
, corrigé& en meilleur état
qu'il n'a paru en Hollande : J'ai
Suivi pour cela les conseils de plufieurs
personnes qui connoissent la
Déclamation , & j'ai profité, autant
qu'il m'a été poſſible , des lumieres
des Aiteurs de la Troupe du Roy ,
qui ont bien voulu m'honorer de
leurs avis.
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Résumé : AVIS AU LECTEUR.
L'auteur a été incité par deux amis, un professeur et un avocat, à rédiger un traité sur la déclamation. Ce traité, initialement écrit pour un usage privé, a été publié à la demande de ces amis et a été bien accueilli par des personnalités littéraires. Il a été mentionné dans l'Histoire des Ouvrages des Savants en juin 1709. Pour cette nouvelle édition, l'auteur a intégré les conseils de plusieurs experts en déclamation et les avis des acteurs de la troupe royale afin d'améliorer et d'enrichir le contenu. Les réflexions du traité, bien que rédigées spontanément et de manière concise, couvrent l'art de la déclamation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
L'Accueil favorable que l'on a fait aux Extraits des Mémoires [...]
Mots clefs :
Mémoires, Cardinal de Retz, Copie, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
Accueil favorable que l'on afait
aux Extraits des Mémoires du
Cardinal de Retz , qui m'avoient été envoyés
de Lorraine & inférés dans les
Mercures d'Avril , May & Juin ,
a été , àmon égard , un motif trop
preſſant , pour ne pas tâcher de recouvrer
l'Ouvrage entier. Après bien
des récherches , j'ai eu l'avantage d'en
découvrir une Copie , je l'ai lûë avec
empreſſement. Entre les Piéces qui
peuventse détacher,&étre en même tems
du goût du Public , j'ai fait choix de
l'Histoire du Conclave dans lequel
fut élû Alexandre VII. J'avois dabord
deſſein de la partager en deux
Parties , de remettre la seconde
au mois prochain ; mais tout bien
apprécié , j'ai crû qu'il en reviendroit
encore plus de plaisir à mon
Arij
AVANT - PROPOS.
Lecteur , de la donner de ſuite , que
d'en interrompre le fil. Onen vajuger.
Accueil favorable que l'on afait
aux Extraits des Mémoires du
Cardinal de Retz , qui m'avoient été envoyés
de Lorraine & inférés dans les
Mercures d'Avril , May & Juin ,
a été , àmon égard , un motif trop
preſſant , pour ne pas tâcher de recouvrer
l'Ouvrage entier. Après bien
des récherches , j'ai eu l'avantage d'en
découvrir une Copie , je l'ai lûë avec
empreſſement. Entre les Piéces qui
peuventse détacher,&étre en même tems
du goût du Public , j'ai fait choix de
l'Histoire du Conclave dans lequel
fut élû Alexandre VII. J'avois dabord
deſſein de la partager en deux
Parties , de remettre la seconde
au mois prochain ; mais tout bien
apprécié , j'ai crû qu'il en reviendroit
encore plus de plaisir à mon
Arij
AVANT - PROPOS.
Lecteur , de la donner de ſuite , que
d'en interrompre le fil. Onen vajuger.
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Résumé : AVANT-PROPOS.
L'avant-propos traite des 'Extraits des Mémoires du Cardinal de Retz', bien reçus en avril, mai et juin. L'auteur, encouragé, a retrouvé l'œuvre complète et choisi de publier l'Histoire du Conclave d'élection d'Alexandre VII. Initialement prévu en deux parties, il a opté pour une publication unique afin de ne pas interrompre le récit.
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21
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Comme on ne peut vérifier trop exactement une Découverte aussi [...]
Mots clefs :
Invention , Eau potable, Eau de mer, Attestations, Objections
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
Comme
Omme on ne peut vérifier trop
exactement une Découverte ausse
avantageuse au Public , qu'est celle de
l'Eau de la Mer rendue potable ; j'ai
crû que je ne pouvois employer plus uti
lement mes recherches , qu'à recueillir
avec ſoin tout ce qui concerne cette importante
matiere. Dans le Mercure
d'Aoust , j'ai donné les Procez verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Port de l'Orient, par des Commiffaires
nommés pour les examiner. Ge
mois-cy , je commencerai mon Recučilpar
toutes les objections qui ont été proposées
à M. Gautier Auteur de l'ingénieuse
Machine , à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préſentſi considérable .
J'y joindrai en même tems les Répon
Sesfatisfaisantes qu'il y a données , afin
defixer les sentimens des moins crédules
: Mais comme l'approbation de Meffieurs
de l' Académie des Sciences est d'un
grand poids enfait d'expériences nouvel
Aij
1
AVANT - PROPOS.
les , de Lecteur mefaura grésans doute =
queje produiſe l'attestation qu'ils ontac
cordée à l' Inventeur.
Comme
Omme on ne peut vérifier trop
exactement une Découverte ausse
avantageuse au Public , qu'est celle de
l'Eau de la Mer rendue potable ; j'ai
crû que je ne pouvois employer plus uti
lement mes recherches , qu'à recueillir
avec ſoin tout ce qui concerne cette importante
matiere. Dans le Mercure
d'Aoust , j'ai donné les Procez verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Port de l'Orient, par des Commiffaires
nommés pour les examiner. Ge
mois-cy , je commencerai mon Recučilpar
toutes les objections qui ont été proposées
à M. Gautier Auteur de l'ingénieuse
Machine , à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préſentſi considérable .
J'y joindrai en même tems les Répon
Sesfatisfaisantes qu'il y a données , afin
defixer les sentimens des moins crédules
: Mais comme l'approbation de Meffieurs
de l' Académie des Sciences est d'un
grand poids enfait d'expériences nouvel
Aij
1
AVANT - PROPOS.
les , de Lecteur mefaura grésans doute =
queje produiſe l'attestation qu'ils ontac
cordée à l' Inventeur.
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Résumé : AVANT-PROPOS.
Le texte décrit une découverte significative concernant la transformation de l'eau de mer en eau potable, considérée comme très avantageuse pour le public. L'auteur a compilé soigneusement toutes les informations pertinentes sur ce sujet. Dans le Mercure d'Août, il a publié les rapports des expériences menées au Port de l'Orient par des commissaires chargés de les évaluer. En septembre, il aborde les objections contre M. Gautier, inventeur d'une machine permettant cette transformation. Cette invention est destinée à offrir un bénéfice considérable aux nations maritimes. L'auteur inclut également les réponses de M. Gautier pour rassurer les sceptiques. Il insiste sur l'importance de l'approbation de l'Académie des Sciences pour valider de futures expériences et mentionne qu'il fournira l'attestation accordée à l'inventeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
On ne sçauroit trop se préter à la curiosité publique, quand [...]
Mots clefs :
Eau de mer, Machine, Invention , Découverte, M. Gautier, Navigation, Distillation, Vaisseau
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texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT- PROPOS.
Nne sçauroit trop se prêter à la
curiofitépublique , quand il s'agit
d'une Recherche auffi utile qu'est celle
de l'Eau de la Mer renduë potable .
Les Piéces juftificatives que nous avons
produites dans les Mercures précédents
touchant cette Découverte , n'ont ſervi
qu'à exciter de plus en plus le défir de
connoître tous les moyens employez pour
parvenir à la consommation de ce grand
Oeuvre Il femble après cela , que ce
feroit naturellement ici la place de donner
la defcription de la Machine avec
laquelle l'ingénieux Auteur a operé
cette Merveille. On n'auroit pas manqué
de remplir l'attente du Public , en
la faifant graver , fi M. Gautier à qui
Seul appartient l'honneur de l'Invention
, n'avoit reçû des ordres précis de
Monfeigneur le Duc Régent & du
Confeil de Marine , de n'en pas révé-
:
Aij
AVANT - PROPOS.
.
ler fitôt le Mécanisme : On a jugé à prode
la mettre en évidence
pos
avant que
de faire embarquer l'Auteur fur unVaiffeau
du Roy deftiné pour l'Amérique ;
afin d'éprouver files Equipages qui refpirent
en Mer un air falé , & qui ne
mangent que des viandes altérantes , fe
trouveront auffi bien de l'ufage de cette
Eau , que ceux qui en ont bû , étant à terre,
dans un état tranquile & dans un air plus
doux .
2. On veut voir , fi la Machine eft
à l'épreuve des agitations & desfeconfes
violentes de la Mer. Comme l'Inventeur
eft feul capable de remédier à ces Inconvéniens
, c'est ce qui l'a engagé à demander
au Confeil de Marine , de courir les
rifques d'une Navigation de long cours ;
afin d'être toujours prêt à réparer les
défordres de fa Machine, au cas qu'il en
arrivât ; & par la même occafion , de la
rectifier ou de la perfectionner , chemin
faifant : Ce qui ne lui étoit pas poſſible
d'exécuter au Port de l'Orient , où il a fait
fes expériences fur une Mer calme : Il
eft vray que l'Auteur , par Ordre de S.
A. R. en a fait un modéle en Cartons
qui a mérité L'approbation de ce Prince
1
-AVANT - PROPOS.
pas
>
celle de Meffieurs de l'Académie
des Sciences ; mais on ne craindra,
d'avancer › que ce modéle ne fuffit
pas pour donner une idée complette de
la chofe , & für lequel on puiffe tenter
des expériences avec fuccès ; l'Auteur
déclarant qu'il ne s'eft point encore expliqué
fur les Proportions , fur les Matieres
convenables & fur la Maniere de
travailler: Il affure même que la nouvelle
Machine qu'il vafaire conftruire pourfon
voyage , ne ferapas précisément la même
que le Modèle ; elle ne perdra cependant
rien de fa fimplicité , puiſqu'il ne fera que
changer la figure du Tambour. Alors,
le même feu fervira en même temps .
pour différens befoins trés néceffaires
à tout l'Equipage du Vaiffean , fans
néanmoins interrompre fon effet princi
pal qui doit être par préférence , la
diftillation de l'Eau de Mer. On y rôtira
par exemple , les Viandes & l'on
Le paffera de Fours pour cuire le pain
des Officiers : On y pourra joindre une
Chaudiere fabriquée fuivant les principes
de cette Découverte dont le Sieur
Gaultier a fait ici l'expérience , aprés
en avoir préſenté le Modéle à S. A.
ཞ་
-
A iij
AVANT - PROPOS.
Monfeigneur le Comte de Toulouſe qui
a fort approuvée . Cette Chaudiere eft
propre à toutes fortes d'ufages , foit pour
faire cuire des Pois , Fêves , &c. Ce
qu'il y a de furprenant , c'est que pour
toutes ces différentes Opérations , it
fandra fi peu confommer de matiére
combustible , de quelque nature qu'elle
foit ,, que ce ne fera plus un objet pour
la dépenfe ; fans compter que le Faif
feau en fera beaucoup moins embaraſſé.
Les Nations Maritimes qui auroient
un interêt prochain qu'on en donnât.
an plûtôt une exacte Defcription , doivent
attendre de la libéralité de S. A.
R. que non seulement elle n'en fera
point un Secret , mais que , lorfque les
Expériences feront confommées , elle
préviendra leurs fouhaits : Elle a
même û la bonté de témoigner par
Avance , la fatisfaction qu'elle aurois
de leur en faire préfent , lorsqu'on n'aura
plus rien à défirer. L'espérance
de profiter bien-tôt de l'avantage d'une
fi hurense Découverte , dont ce Prince a
entrepris de poursuivre avec tant de générofité
& de dépense la perfection ,
doit animer les Puiffances à favorifer
AVANT- PROPOS.
,
-
*
toutes les perfounes éclairées qui ne
font occupées que de travaux utiles
à la République ; afin de tirer du fruit
de leurs veilles , des avantages qui aillent
au bien commun de la Societé des
Hommes ; mais , cette même prudence
qui doit les porter à protéger les
Arts & à examiner avec foin toutes
les Découvertes de cette nature
doit auffi les tenir en même temps ,
en garde contre ceux qui dans leurs
Systèmes entreprennent de forcer
Art & la Nature an lien de
lui obéir & de s'y plier felon les
circonftances : C'est le principe qu'à
Suivi conftamment Monfieur Gautier ,
& qui l'a conduit à ſurpaſſer la Nature
même en l'imitant ; ayant été
obligé de trouver l'Art en multipliant
les furfaces , d'en multiplier auſſi l'effet
fous trés pen de furface apparente ;
Parce que en Suivant les régles feules
de la Nature , la Machine ent été
d'un f grand volume , pour en tirer
quelque avantage , quelle feroit devenuë
impraticable.
En attendant que nous puissions mettre
au jour le deffein de fa Machine
?
A iiij
AVANT- PROPOS.
en donner un Plan exact ; j'espére
que le Leiteur fera bien- aife de trou
ver ici les Lettres qui m'ont été communiquées
touchant les premieres épreuves
de cette fameuſe expérience .
Nne sçauroit trop se prêter à la
curiofitépublique , quand il s'agit
d'une Recherche auffi utile qu'est celle
de l'Eau de la Mer renduë potable .
Les Piéces juftificatives que nous avons
produites dans les Mercures précédents
touchant cette Découverte , n'ont ſervi
qu'à exciter de plus en plus le défir de
connoître tous les moyens employez pour
parvenir à la consommation de ce grand
Oeuvre Il femble après cela , que ce
feroit naturellement ici la place de donner
la defcription de la Machine avec
laquelle l'ingénieux Auteur a operé
cette Merveille. On n'auroit pas manqué
de remplir l'attente du Public , en
la faifant graver , fi M. Gautier à qui
Seul appartient l'honneur de l'Invention
, n'avoit reçû des ordres précis de
Monfeigneur le Duc Régent & du
Confeil de Marine , de n'en pas révé-
:
Aij
AVANT - PROPOS.
.
ler fitôt le Mécanisme : On a jugé à prode
la mettre en évidence
pos
avant que
de faire embarquer l'Auteur fur unVaiffeau
du Roy deftiné pour l'Amérique ;
afin d'éprouver files Equipages qui refpirent
en Mer un air falé , & qui ne
mangent que des viandes altérantes , fe
trouveront auffi bien de l'ufage de cette
Eau , que ceux qui en ont bû , étant à terre,
dans un état tranquile & dans un air plus
doux .
2. On veut voir , fi la Machine eft
à l'épreuve des agitations & desfeconfes
violentes de la Mer. Comme l'Inventeur
eft feul capable de remédier à ces Inconvéniens
, c'est ce qui l'a engagé à demander
au Confeil de Marine , de courir les
rifques d'une Navigation de long cours ;
afin d'être toujours prêt à réparer les
défordres de fa Machine, au cas qu'il en
arrivât ; & par la même occafion , de la
rectifier ou de la perfectionner , chemin
faifant : Ce qui ne lui étoit pas poſſible
d'exécuter au Port de l'Orient , où il a fait
fes expériences fur une Mer calme : Il
eft vray que l'Auteur , par Ordre de S.
A. R. en a fait un modéle en Cartons
qui a mérité L'approbation de ce Prince
1
-AVANT - PROPOS.
pas
>
celle de Meffieurs de l'Académie
des Sciences ; mais on ne craindra,
d'avancer › que ce modéle ne fuffit
pas pour donner une idée complette de
la chofe , & für lequel on puiffe tenter
des expériences avec fuccès ; l'Auteur
déclarant qu'il ne s'eft point encore expliqué
fur les Proportions , fur les Matieres
convenables & fur la Maniere de
travailler: Il affure même que la nouvelle
Machine qu'il vafaire conftruire pourfon
voyage , ne ferapas précisément la même
que le Modèle ; elle ne perdra cependant
rien de fa fimplicité , puiſqu'il ne fera que
changer la figure du Tambour. Alors,
le même feu fervira en même temps .
pour différens befoins trés néceffaires
à tout l'Equipage du Vaiffean , fans
néanmoins interrompre fon effet princi
pal qui doit être par préférence , la
diftillation de l'Eau de Mer. On y rôtira
par exemple , les Viandes & l'on
Le paffera de Fours pour cuire le pain
des Officiers : On y pourra joindre une
Chaudiere fabriquée fuivant les principes
de cette Découverte dont le Sieur
Gaultier a fait ici l'expérience , aprés
en avoir préſenté le Modéle à S. A.
ཞ་
-
A iij
AVANT - PROPOS.
Monfeigneur le Comte de Toulouſe qui
a fort approuvée . Cette Chaudiere eft
propre à toutes fortes d'ufages , foit pour
faire cuire des Pois , Fêves , &c. Ce
qu'il y a de furprenant , c'est que pour
toutes ces différentes Opérations , it
fandra fi peu confommer de matiére
combustible , de quelque nature qu'elle
foit ,, que ce ne fera plus un objet pour
la dépenfe ; fans compter que le Faif
feau en fera beaucoup moins embaraſſé.
Les Nations Maritimes qui auroient
un interêt prochain qu'on en donnât.
an plûtôt une exacte Defcription , doivent
attendre de la libéralité de S. A.
R. que non seulement elle n'en fera
point un Secret , mais que , lorfque les
Expériences feront confommées , elle
préviendra leurs fouhaits : Elle a
même û la bonté de témoigner par
Avance , la fatisfaction qu'elle aurois
de leur en faire préfent , lorsqu'on n'aura
plus rien à défirer. L'espérance
de profiter bien-tôt de l'avantage d'une
fi hurense Découverte , dont ce Prince a
entrepris de poursuivre avec tant de générofité
& de dépense la perfection ,
doit animer les Puiffances à favorifer
AVANT- PROPOS.
,
-
*
toutes les perfounes éclairées qui ne
font occupées que de travaux utiles
à la République ; afin de tirer du fruit
de leurs veilles , des avantages qui aillent
au bien commun de la Societé des
Hommes ; mais , cette même prudence
qui doit les porter à protéger les
Arts & à examiner avec foin toutes
les Découvertes de cette nature
doit auffi les tenir en même temps ,
en garde contre ceux qui dans leurs
Systèmes entreprennent de forcer
Art & la Nature an lien de
lui obéir & de s'y plier felon les
circonftances : C'est le principe qu'à
Suivi conftamment Monfieur Gautier ,
& qui l'a conduit à ſurpaſſer la Nature
même en l'imitant ; ayant été
obligé de trouver l'Art en multipliant
les furfaces , d'en multiplier auſſi l'effet
fous trés pen de furface apparente ;
Parce que en Suivant les régles feules
de la Nature , la Machine ent été
d'un f grand volume , pour en tirer
quelque avantage , quelle feroit devenuë
impraticable.
En attendant que nous puissions mettre
au jour le deffein de fa Machine
?
A iiij
AVANT- PROPOS.
en donner un Plan exact ; j'espére
que le Leiteur fera bien- aife de trou
ver ici les Lettres qui m'ont été communiquées
touchant les premieres épreuves
de cette fameuſe expérience .
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Résumé : AVANT-PROPOS.
Le texte décrit une découverte significative concernant la transformation de l'eau de mer en eau potable, une innovation d'une grande utilité publique. Les méthodes employées ont suscité un intérêt marqué, mais la description de la machine inventée par M. Gautier ne peut être divulguée. En effet, M. Gautier a reçu des instructions du Duc Régent et du Conseil de Marine de ne pas révéler le mécanisme de sa machine avant un voyage en Amérique. Ce voyage vise à tester l'efficacité de la machine sur des équipages en mer, qui sont exposés à un air salé et à des aliments altérés, et à vérifier sa résistance aux conditions marines. M. Gautier a demandé à participer à cette expédition pour réparer et perfectionner la machine en cours de route. Un modèle en cartons a été approuvé par le Prince et l'Académie des Sciences, mais il est jugé insuffisant pour des expériences complètes. La nouvelle machine, destinée au voyage, sera améliorée tout en conservant sa simplicité. Elle servira également à d'autres besoins de l'équipage, comme la cuisson des aliments, avec une faible consommation de combustible. Les nations maritimes devront attendre la fin des expériences pour obtenir une description exacte de la machine. Le texte insiste sur l'importance de protéger les arts et d'examiner les découvertes avec prudence, tout en encourageant les travaux utiles à la société. M. Gautier a suivi un principe de respect de la nature tout en la surpassant par l'art. En attendant, les lecteurs peuvent consulter les lettres concernant les premières épreuves de cette expérience.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 153-155
« Je donnai le mois de May dernier, une Epitre en Vers de Mlle [...] »
Début :
Je donnai le mois de May dernier, une Epitre en Vers de Mlle [...]
Mots clefs :
Épître, Mythologie, Dieux, Sagesse, Raison, Philosophe, Usurpateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je donnai le mois de May dernier, une Epitre en Vers de Mlle [...] »
E donnai le mois de May dernier ,
une Epitre en Vers de Mile de Lu
fur la Pareffe. Le favorable accueil que
le Public fit à cette Piéce , m'eft garant
du fuccez d'un nouvel ouvrage.
de fa façon, dont elle veut bien parer ce
Mercure. C'est une fable mithologique
où elle attaque avec grace & enjoüement
, le préjugé qui donna autre - fois
naiffance au culte infenfé des faux
Dieux .
154 LE MERCURE
Les Payens adoroient Pallas fille de
Jupiter , & atribuoient à cette Déeffe
une naiffance toute merveilleufe : Ils
prétendoient donc que le bon Jupiter
voulant faire dépit à Junon , s'eftoit
mis en tête d'engendrer fans elle , & fans
le fecours d'aucune femme : Qu'un beau
jour , ce Dieu avoit exécuté ce projet à
la vue de tous les Immortels ; que l'af
femblée célelte avoit tout à coup vâ
Pallas furnommée la Sageffe , fortir du
Cerveau de fon Pere , vetuë d'une Cuiraffe
, le Cafque en tête,& la lance à la
main.
C'eft de ce trait de la Theologie Payenne
que Mile de Lu prend droit d'ériger
le Prejugé en Docteur , mais en
Docteur ridicule ,& de feindre qu'il eft
né du Cerveau deJupiter yvre. Il s'en
faut beaucoup que le prejugé nous gouverne
aujourd'hui ,comme il regentoit
nos Ayeux dans ces tems.reculés dont
parle Mlle de Lu. Il tenoit alors école
de Réligion & de Philofophie tout enfemble
; mais , il ceffa d'être Theologien
, lorfque la vraye Réligion fut embraffée
par les Gentils . La raifon & la
foy s'emparerent de cette partie de fon
ancien domaine ; & depuis, il ne fe mêla
DE NOVEMBRE. 753
pour
plus que d'être Philofophe . Retranché
dans les Colleges , il y profeffa fierement
& fans aucun trouble ,les Sciences
naturelles jufques au commencement
du dernier fiécle : Epoque fatale
lui . En effet, ce fut alors que la Raifon
commença à faire guerre ouverte au
faux Docteur, & à revendiquer contre
lui , les Ecoles dont il s'étoit emparé
Il fit valoir durant quelque tems fa longue
poffeffion , & prétendit qu'elle devoit
preferire contre les droits de la raifon
; mais , tandis que les Difciples zélés
du prejugé tenoient ferme pour lui ,
la raifon de fon côté formoit un nouveau
Peuple & le difciplinoit de maniere,
que bientôt elle fe vit en êtat de parler
imperieufement à l'Ufurpateur.
Il est vrai que la Raifon n'eft pas
encore aujourd'hui rentrée dans tous
fes droits ; mais, la Génération qui nous
fuit , achevera ce que nous avons commencé
en fa faveur.
une Epitre en Vers de Mile de Lu
fur la Pareffe. Le favorable accueil que
le Public fit à cette Piéce , m'eft garant
du fuccez d'un nouvel ouvrage.
de fa façon, dont elle veut bien parer ce
Mercure. C'est une fable mithologique
où elle attaque avec grace & enjoüement
, le préjugé qui donna autre - fois
naiffance au culte infenfé des faux
Dieux .
154 LE MERCURE
Les Payens adoroient Pallas fille de
Jupiter , & atribuoient à cette Déeffe
une naiffance toute merveilleufe : Ils
prétendoient donc que le bon Jupiter
voulant faire dépit à Junon , s'eftoit
mis en tête d'engendrer fans elle , & fans
le fecours d'aucune femme : Qu'un beau
jour , ce Dieu avoit exécuté ce projet à
la vue de tous les Immortels ; que l'af
femblée célelte avoit tout à coup vâ
Pallas furnommée la Sageffe , fortir du
Cerveau de fon Pere , vetuë d'une Cuiraffe
, le Cafque en tête,& la lance à la
main.
C'eft de ce trait de la Theologie Payenne
que Mile de Lu prend droit d'ériger
le Prejugé en Docteur , mais en
Docteur ridicule ,& de feindre qu'il eft
né du Cerveau deJupiter yvre. Il s'en
faut beaucoup que le prejugé nous gouverne
aujourd'hui ,comme il regentoit
nos Ayeux dans ces tems.reculés dont
parle Mlle de Lu. Il tenoit alors école
de Réligion & de Philofophie tout enfemble
; mais , il ceffa d'être Theologien
, lorfque la vraye Réligion fut embraffée
par les Gentils . La raifon & la
foy s'emparerent de cette partie de fon
ancien domaine ; & depuis, il ne fe mêla
DE NOVEMBRE. 753
pour
plus que d'être Philofophe . Retranché
dans les Colleges , il y profeffa fierement
& fans aucun trouble ,les Sciences
naturelles jufques au commencement
du dernier fiécle : Epoque fatale
lui . En effet, ce fut alors que la Raifon
commença à faire guerre ouverte au
faux Docteur, & à revendiquer contre
lui , les Ecoles dont il s'étoit emparé
Il fit valoir durant quelque tems fa longue
poffeffion , & prétendit qu'elle devoit
preferire contre les droits de la raifon
; mais , tandis que les Difciples zélés
du prejugé tenoient ferme pour lui ,
la raifon de fon côté formoit un nouveau
Peuple & le difciplinoit de maniere,
que bientôt elle fe vit en êtat de parler
imperieufement à l'Ufurpateur.
Il est vrai que la Raifon n'eft pas
encore aujourd'hui rentrée dans tous
fes droits ; mais, la Génération qui nous
fuit , achevera ce que nous avons commencé
en fa faveur.
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Résumé : « Je donnai le mois de May dernier, une Epitre en Vers de Mlle [...] »
Mademoiselle de Lu a écrit une épître en vers en mai dernier, acclamée par le public. Cette œuvre critique le préjugé à travers une fable mythologique, illustrant comment les païens adoraient Pallas, née du cerveau de Jupiter ivre, personnifiant ainsi le préjugé. Autrefois, le préjugé dominait la religion et la philosophie des ancêtres. Avec l'adoption de la vraie religion par les Gentils, la raison et la foi prirent le contrôle. Le préjugé se retira alors dans les collèges pour enseigner les sciences naturelles jusqu'au début du XVIIIe siècle. À cette époque, la raison commença à contester le préjugé, réclamant les écoles qu'il occupait. Malgré la résistance du préjugé, la raison forma un nouveau peuple et finit par dominer. Aujourd'hui, bien que la raison n'ait pas encore récupéré tous ses droits, la génération actuelle devrait achever ce processus.
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24
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Me voici enfin arrivé au bout d'une carriere, que j'ai [...]
Mots clefs :
Courage, Succès, Audace, Public, Zèle, Recueil, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT-PROPOS . '
ME voici enfin arrivé
au bout d'une carriere,
que j'ai peut - être fournie
avec plus de courage que de
fuccés. Ily a un an que de mois
en mois , je publie un nouveau
Livre : F'ai peine à concevoir,
comment j'ai pu contracter un
pareil engagement. Mais , pour
fçavoir, fi je dois aujourd'huy
me reprocher cette Audace ,
m'en applaudir 3 il faudroit que
lesjugemens que le Public a porté
de mon travail, me pûffent être
révelés. Or , un Auteur eft ra-
си
Aij
AVANT-PROPOS.
rement informé de l'opinion que
fon Ouvrage a donnée de lui
dans le monde. Les Perfonnes
qui m'honorent de leur amitié
félicitent en vain ; j'ai raiſon
decraindre, que la bien- veillance
ne leurfaffe trop d'illufion en ma
faveur. Mais , oferai-je le dire ;
les Perfonnes d'un rang & d'un
mérite trés diftingué me font garants,
que mon Ouvrage n'apas
êté defagréable au Public : En
m'engageant à le continuer , je
céde à leurs confeils : Je me complais
même à les confidérer comme
des ordres : Voilà mon Bail
renouvellé.
a
Je promets au Public,fur lafoy
Zele , queje me rendrai
de
mon
de plus en plus digne de fon indulgence
AVANT-PROPOS. *
,
grace
Je meflare , que quelques Per
fonnes connues dans la Littera
ture continueront d'enrichir
mes Recueils de ces Differtations
utilles, où l'on trouve des vérités
neuves , dévelopées dévelopées avec gr
des Principes Philofophiques préfentés
à l'efprit fans aucune of
tentation Pédantefque . Le R.
P. D. C. continuera pendant
quelques mois,à donnerpar morceaux
dis - joints , fon Systême
complet fur la Poefie Françoife.
Je n'ai pas été malhûreux jufqu'à
préfent en Piéces de Vers.
Fe ferai enforte que rien ne m'échape
à l'avenir , de ce que nôtre
Parnaffe produira de bon .
A l'égard des Nouvelles , foir
de France ou des Païs Etrangers;
A iij
AVANT- PROPOS .
elles ne peuvent être " également
abondantes & fingulieres . Les
Evenemens mémorables, les Révolutions
intérreffantes nefe dif
tribuans pas à proportion égale
dans tousles mois. Ainfi,pourvû
quejefache recueillirpar la voye
de mes
qui fera arrivé de remarquable
dans l'Europe, & que je ne perde
pas de vue l'Hiftoire Parifienne ;
je croirai avoir fait tout mon
devoir.
correfpondances , tout ce
Fe demande , à titre de juftice,
qu'on on me faffe grace de quelques .
fautes , qui êchapent néceſſairement
à quiconque corrige les
Epreuves imprimées . Je promets
de donner toute l'attention que
demande ce foin particulier.
ME voici enfin arrivé
au bout d'une carriere,
que j'ai peut - être fournie
avec plus de courage que de
fuccés. Ily a un an que de mois
en mois , je publie un nouveau
Livre : F'ai peine à concevoir,
comment j'ai pu contracter un
pareil engagement. Mais , pour
fçavoir, fi je dois aujourd'huy
me reprocher cette Audace ,
m'en applaudir 3 il faudroit que
lesjugemens que le Public a porté
de mon travail, me pûffent être
révelés. Or , un Auteur eft ra-
си
Aij
AVANT-PROPOS.
rement informé de l'opinion que
fon Ouvrage a donnée de lui
dans le monde. Les Perfonnes
qui m'honorent de leur amitié
félicitent en vain ; j'ai raiſon
decraindre, que la bien- veillance
ne leurfaffe trop d'illufion en ma
faveur. Mais , oferai-je le dire ;
les Perfonnes d'un rang & d'un
mérite trés diftingué me font garants,
que mon Ouvrage n'apas
êté defagréable au Public : En
m'engageant à le continuer , je
céde à leurs confeils : Je me complais
même à les confidérer comme
des ordres : Voilà mon Bail
renouvellé.
a
Je promets au Public,fur lafoy
Zele , queje me rendrai
de
mon
de plus en plus digne de fon indulgence
AVANT-PROPOS. *
,
grace
Je meflare , que quelques Per
fonnes connues dans la Littera
ture continueront d'enrichir
mes Recueils de ces Differtations
utilles, où l'on trouve des vérités
neuves , dévelopées dévelopées avec gr
des Principes Philofophiques préfentés
à l'efprit fans aucune of
tentation Pédantefque . Le R.
P. D. C. continuera pendant
quelques mois,à donnerpar morceaux
dis - joints , fon Systême
complet fur la Poefie Françoife.
Je n'ai pas été malhûreux jufqu'à
préfent en Piéces de Vers.
Fe ferai enforte que rien ne m'échape
à l'avenir , de ce que nôtre
Parnaffe produira de bon .
A l'égard des Nouvelles , foir
de France ou des Païs Etrangers;
A iij
AVANT- PROPOS .
elles ne peuvent être " également
abondantes & fingulieres . Les
Evenemens mémorables, les Révolutions
intérreffantes nefe dif
tribuans pas à proportion égale
dans tousles mois. Ainfi,pourvû
quejefache recueillirpar la voye
de mes
qui fera arrivé de remarquable
dans l'Europe, & que je ne perde
pas de vue l'Hiftoire Parifienne ;
je croirai avoir fait tout mon
devoir.
correfpondances , tout ce
Fe demande , à titre de juftice,
qu'on on me faffe grace de quelques .
fautes , qui êchapent néceſſairement
à quiconque corrige les
Epreuves imprimées . Je promets
de donner toute l'attention que
demande ce foin particulier.
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Résumé : AVANT-PROPOS.
L'auteur clôture une année de publication mensuelle d'un livre, soulignant son étonnement face à cet engagement mais le justifiant par les retours positifs du public et les encouragements reçus. Il s'engage à continuer de mériter l'indulgence du public en enrichissant ses œuvres de dissertations utiles et de principes philosophiques, sans pédanterie. Le R.P.D.C. poursuivra la publication de son système complet sur la poésie française en plusieurs parties. L'auteur se consacre également à surveiller les productions poétiques françaises et à recueillir les nouvelles marquantes en Europe et en France, malgré les variations dans l'abondance et la singularité des événements. Il demande indulgence pour les éventuelles fautes dans les épreuves imprimées et promet d'y prêter toute l'attention nécessaire.
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1
p. 173-177
Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Début :
On pouroit presque comparer un Mercure à un habit d'Arlequin ; [...]
Mots clefs :
Arlequin, Lyre, Récit, Muses, Plaisirs, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Npouroit prefque comparer
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
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Résumé : Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Le texte est une lettre intégrée dans un recueil, comparé à un costume d'Arlequin par sa diversité. L'auteur justifie l'inclusion de cette lettre par sa qualité littéraire et son anonymat, souhaitant ainsi obtenir une reconnaissance publique. Il avoue une prédilection pour la poésie et désire partager ses œuvres afin d'établir une relation amicale et collaborative avec le destinataire. L'auteur détaille ses compétences poétiques, capables d'exprimer les sentiments amoureux, de célébrer les plaisirs et les chagrins, ainsi que de produire des satires et des critiques. Il exprime aussi sa volonté de varier les sujets et de se taire si ses vers ne plaisent pas.
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2
p. 224-230
Lettre Anonime, écrite à l'Auteur, [titre d'après la table]
Début :
Dans le tems que j'étois le plus intrigué pour découvrir des nouvelles [...]
Mots clefs :
Pitié , Embarras, Pièces littéraires, Public, Gazettes, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : Lettre Anonime, écrite à l'Auteur, [titre d'après la table]
Dans le tems que j'étois le
plus intrigué pour découvrir des
nouvelles, dont les Gazettes ne
fe
MERCURE. 225
fe fuffent pas encore emparées ,
j'ai été affez heureux que de recevoir
un pacquet d'une main
étrangere, qui m'a tout- à- fait tiré
de l'inquiétude où j'étois fur
cet article. Aprés avoir parcouru
tout ce qu'il contenoit , il
m'a paru, que l'obligeant incon
nu étoit au fait de tout ce qui fe
paffoit de plus nouveau ; &
que le choix qu'il en a fait , ne
déplairoit pas. C'est ce qui m'a
fixé à rendre public ce qu'il m'à
adreffé .
Vous me faites pitié , mon
pauvre Mercure , & cette pitié
fait que quelque inconnu que je
vous fois, j'entre cependant dans
l'embarras où je foupçonne que
Fanvier 1717.
X
226 LE NOUVEAU
de
vous vous trouvez par rapport
au peu de tems qui vous refte
pour la compofition de votre
Recueil. Je fuppoſe par avance
que vous ne manquez pas
Pieces Litteraires,mais je crains
fort qu'il n'en foit pas de même
de ce que l'on appelle Nouvelles.
Il faudroit pour cela s'être
preparé de longuemain des correfpondances
& s'être deftiné
en quelque façon à un commerce
mutuel de Relations dans
toutes les Cours de l'Europe ;
ç'aura étéaparemmentvôtre premiere
attention , enattendant que
ces fources coulent jufqu'à vous ;
nevous tiendricz vous pas obligé
envers une perfonne qui vous
délivreroit en partie de cette
MERCURE . 227
rech erche . Sans doute , me direz-
vous . Eh bien , voilà votre
Nouvelifte tout trouvé ? puifque
c'eft moi- même qui veut vous
épargner ce travail & vous dégager
envers le Public de la né
ceffité où vous êtes de le fatis
faire fur ce point.
J'avois d'abord eu deffein de
rapporter les faits dans l'ordre
qu'ils fe préfenteroient à ma
memoire , mais j'ai jugé à pro
pos de féparer les évenemens étrangers
d'avec ceux de la Cour
& de la Ville . J'ai même divifé
chaque matiere par autant d'arricles
, afin que l'on pût cho fir
celle qui agréeroit davantage.
J'ai été tenté plufieurs fois d appliquerdes
Reflexions à l'Hifto-
Xij
228 LE NOUVEAU
rique ; cependant tout bien examiné
, j'ai cru qu'il valloit
mieux abandonner cette partie
à fon Lecteurs que ce feroit gêner
fes vûës fur les conféquences
qu'il pourroit tirer lui même
; contentés vous de lui préfenter
nettement , tout ce que
vous lui décrirés en détail ; il
fera bien le refte fans vous .
Il me reste préfentement une
petite difficulté fur le triage
que vous ferés des nouvelles ,
Car quelque bien informé que
vous foyés , il vous fera prefqu'
impoffible de ne point répeter
les Gazettes en bien des endroits
; les faits ne'varient point,
cela est vrai , mais par où vo- eſt
vre Livre doit primer ſur elles ;
MERCURE. 229
>
c'eft que les Gazettes ne donnans
les nouvelles que par parties
interrompuës , il vous eft
permis de lier ces parties les
unes aux autres -& d'en faire
un tout qui enchaîné par
de nouvelles circonftances , ne
fera pas indifférent; femblable à
ces Hiftoires du tems
quoique formées fur différents
Mémoires que l'on a lû , ne
laiffent pas de faire un nouveau
plaifir par le mérite de l'arangement
que l'Auteur y a
mis .
qui
Voilà Mr bien des libertés pour
un inconnu ; j'efpére que vous
me les pafferés en faveur de mes
bonnes intentions ; d'ailleurs
n'êtes- vous pas le maître d'y
Xiij
230 LE NOUVEAU
apporter telle modification que
-vous le jugerés à propos , c'eft
votre affaire , & la mienne de
tenir ma parole.
plus intrigué pour découvrir des
nouvelles, dont les Gazettes ne
fe
MERCURE. 225
fe fuffent pas encore emparées ,
j'ai été affez heureux que de recevoir
un pacquet d'une main
étrangere, qui m'a tout- à- fait tiré
de l'inquiétude où j'étois fur
cet article. Aprés avoir parcouru
tout ce qu'il contenoit , il
m'a paru, que l'obligeant incon
nu étoit au fait de tout ce qui fe
paffoit de plus nouveau ; &
que le choix qu'il en a fait , ne
déplairoit pas. C'est ce qui m'a
fixé à rendre public ce qu'il m'à
adreffé .
Vous me faites pitié , mon
pauvre Mercure , & cette pitié
fait que quelque inconnu que je
vous fois, j'entre cependant dans
l'embarras où je foupçonne que
Fanvier 1717.
X
226 LE NOUVEAU
de
vous vous trouvez par rapport
au peu de tems qui vous refte
pour la compofition de votre
Recueil. Je fuppoſe par avance
que vous ne manquez pas
Pieces Litteraires,mais je crains
fort qu'il n'en foit pas de même
de ce que l'on appelle Nouvelles.
Il faudroit pour cela s'être
preparé de longuemain des correfpondances
& s'être deftiné
en quelque façon à un commerce
mutuel de Relations dans
toutes les Cours de l'Europe ;
ç'aura étéaparemmentvôtre premiere
attention , enattendant que
ces fources coulent jufqu'à vous ;
nevous tiendricz vous pas obligé
envers une perfonne qui vous
délivreroit en partie de cette
MERCURE . 227
rech erche . Sans doute , me direz-
vous . Eh bien , voilà votre
Nouvelifte tout trouvé ? puifque
c'eft moi- même qui veut vous
épargner ce travail & vous dégager
envers le Public de la né
ceffité où vous êtes de le fatis
faire fur ce point.
J'avois d'abord eu deffein de
rapporter les faits dans l'ordre
qu'ils fe préfenteroient à ma
memoire , mais j'ai jugé à pro
pos de féparer les évenemens étrangers
d'avec ceux de la Cour
& de la Ville . J'ai même divifé
chaque matiere par autant d'arricles
, afin que l'on pût cho fir
celle qui agréeroit davantage.
J'ai été tenté plufieurs fois d appliquerdes
Reflexions à l'Hifto-
Xij
228 LE NOUVEAU
rique ; cependant tout bien examiné
, j'ai cru qu'il valloit
mieux abandonner cette partie
à fon Lecteurs que ce feroit gêner
fes vûës fur les conféquences
qu'il pourroit tirer lui même
; contentés vous de lui préfenter
nettement , tout ce que
vous lui décrirés en détail ; il
fera bien le refte fans vous .
Il me reste préfentement une
petite difficulté fur le triage
que vous ferés des nouvelles ,
Car quelque bien informé que
vous foyés , il vous fera prefqu'
impoffible de ne point répeter
les Gazettes en bien des endroits
; les faits ne'varient point,
cela est vrai , mais par où vo- eſt
vre Livre doit primer ſur elles ;
MERCURE. 229
>
c'eft que les Gazettes ne donnans
les nouvelles que par parties
interrompuës , il vous eft
permis de lier ces parties les
unes aux autres -& d'en faire
un tout qui enchaîné par
de nouvelles circonftances , ne
fera pas indifférent; femblable à
ces Hiftoires du tems
quoique formées fur différents
Mémoires que l'on a lû , ne
laiffent pas de faire un nouveau
plaifir par le mérite de l'arangement
que l'Auteur y a
mis .
qui
Voilà Mr bien des libertés pour
un inconnu ; j'efpére que vous
me les pafferés en faveur de mes
bonnes intentions ; d'ailleurs
n'êtes- vous pas le maître d'y
Xiij
230 LE NOUVEAU
apporter telle modification que
-vous le jugerés à propos , c'eft
votre affaire , & la mienne de
tenir ma parole.
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Résumé : Lettre Anonime, écrite à l'Auteur, [titre d'après la table]
Un individu reçoit un paquet contenant des nouvelles destinées à enrichir son recueil, 'Mercure'. Il exprime sa gratitude envers un inconnu pour ces informations récentes, soulageant ainsi son inquiétude face au manque de nouvelles. Bien que des œuvres littéraires soient disponibles, les nouvelles nécessitent des correspondances étendues à travers l'Europe. L'auteur propose de structurer les nouvelles en séparant les événements étrangers de ceux de la cour et de la ville, et en divisant chaque matière en articles distincts pour faciliter la lecture. Il choisit de ne pas ajouter de réflexions personnelles, laissant aux lecteurs le soin de tirer leurs propres conclusions. L'auteur mentionne la difficulté d'éviter les répétitions avec les gazettes, mais souligne que son livre peut offrir une présentation plus cohérente et complète des événements. Il espère que ses suggestions seront acceptées et modifiables selon les besoins de l'éditeur du 'Mercure'.
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3
p. 179-180
EXTRAIT D'UNE LETTRE
Début :
Aprés vous avoir entretenu, Mr de ce qu'il y a à Paris [...]
Mots clefs :
Bagatelles, Comédie italienne, Acteurs, Langue, Troupes, Éloge, Élégance, Fable, Arlequin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE
EXTRAIT D'UNE LETTRE
Après vous avoir entretenu , Mr
de ce qu'il y a à Paris de nouvelles
importantes ; il eft jufte que pour
vous égayer , je paffe à quelques
bagatelles qui puillent vous inter-
Lefler ; fi l'on doit donner le nom de
bagatelles à ce qui peut faire plaifir
. Je fçais l'eftime que vous faites
de la plupart des Acteurs qui compolent
la Comedie Italienne. Vous
entendés leur langue ; vous avez
178 LENOU VE AU
demeurez longtemps dans leur Pays,
& vous êtes plus capable qu'un autre
d'en juger. Vous avez aperçû
une troupe entiére dans les yeux ,
& fur le vifage de Lelio ; en effet
on y voit fon coeur & fon efprit ;
& quoiqu'on ne Sçache pas l'Italien ,
on ne perd prefque rien de tout ce
ce qu'il dit. C'est l'éloge qu'en a
fait une grande Princefle ; & ce fuffrage
lui fait d'autant plus d'honneur
qu'il s'accorde avec celui du
Public. Je ne vous parleray point
de lélegance de Flaminia , de la naïveté
de Siria , de l'abondante facilité
de Mario , du jeu fçavant du
Docteur du naturel de Pantalon , de
la vivacité de Violette , ni du Jeu
fenfé de Scapin. C'eſt à nôtre charmant
Arlequin , que je m'arête :
vous fçavez qu'elles font les graces
de ce Pantomime. Qu'elle aimable
Balourdile , qu'elle variété de
tons , qu'elle abondance de lazis ;
vous ignorez ce que nous voyons
avec un plaifir infini ; c'eft qu'il fe
perfectionne tous les jours; la nature
l'aMERCURE.
179
mit à côté de ce que nous avons
vû de meilleur en ce genre , & il
y a apparence que l'étude , & l'exercice
l'éléveront jufqu'au premier
dégré de fon art .
Dernierement aprés la reprefentation
du Boufon à la Cour , il s'avança
fur le bord du Theatre , & fe fervant
d'un jargon moitié François &
moitié Italien qui fait plaifir dans fa
bouche . Meffieurs , dit- il , je veux
vous dire una piciolé Fable , que j'ai
lûe ce matin : car il me prend quelque
fois envie de diventer Sçavant :
Mais la diro en Italien ; & ceux qui
l'entenderanno , l'expliqueranno à
ceux qui ne l'entendent . Alors il conta
fort comiquement la Fable du
Meunier , de fon fils & de l'Ane. -
Comme cet Apologue eft fçu d'un
chacun je ne la rapporterai point ,
en tout cas on peut avoir recours à
M. de la Fontaine .
Il feroit à fouhaiter que je puffe
rendre ici les geftes dont Arlequin
accompagna cette fable il defcendoit
de l'Afne avec le meunier , il y mon13.0
NOUVEAU
›
toit avec le jeune homme , il trotoit
devant eux il prenoit le ton des
Controlleurs , & celui des Controlleufes
; & aprés fon recit , il ajouta
en François ; venons Meffieurs à
l'application ; je fuis le bon homme
& je fuis fon fils , je fuis encore l'Ane.
Plufieurs perfonnes me difent, Arlequin
faut parler François , les Dames
ne vous entendent point , &
bien des hommes ne vous entendent
gueres , lorfque je les ay remercié
de leurs avis ; je me portai d'un autre
côté , où des Seigneurs me dirent.
Arlegun , vous ne devez pas parler
François , vous ruinerez voftre feu .
Je fuis bien embaraflé , parlerai-je
Italien , parlerai - je François . Je vous
le demande ,Meffieurs , alors un homme
du parterre qui avoit apparemment
recueilli les voix , répondit
parlez comme il vous plaira , vous
ferez toûjours plaifir ; Arlequin fr
une grande reverence , avec un ferviteur
trés humble , Meffieurs . On
battit des mains , & chacun s'en alla
content,
Après vous avoir entretenu , Mr
de ce qu'il y a à Paris de nouvelles
importantes ; il eft jufte que pour
vous égayer , je paffe à quelques
bagatelles qui puillent vous inter-
Lefler ; fi l'on doit donner le nom de
bagatelles à ce qui peut faire plaifir
. Je fçais l'eftime que vous faites
de la plupart des Acteurs qui compolent
la Comedie Italienne. Vous
entendés leur langue ; vous avez
178 LENOU VE AU
demeurez longtemps dans leur Pays,
& vous êtes plus capable qu'un autre
d'en juger. Vous avez aperçû
une troupe entiére dans les yeux ,
& fur le vifage de Lelio ; en effet
on y voit fon coeur & fon efprit ;
& quoiqu'on ne Sçache pas l'Italien ,
on ne perd prefque rien de tout ce
ce qu'il dit. C'est l'éloge qu'en a
fait une grande Princefle ; & ce fuffrage
lui fait d'autant plus d'honneur
qu'il s'accorde avec celui du
Public. Je ne vous parleray point
de lélegance de Flaminia , de la naïveté
de Siria , de l'abondante facilité
de Mario , du jeu fçavant du
Docteur du naturel de Pantalon , de
la vivacité de Violette , ni du Jeu
fenfé de Scapin. C'eſt à nôtre charmant
Arlequin , que je m'arête :
vous fçavez qu'elles font les graces
de ce Pantomime. Qu'elle aimable
Balourdile , qu'elle variété de
tons , qu'elle abondance de lazis ;
vous ignorez ce que nous voyons
avec un plaifir infini ; c'eft qu'il fe
perfectionne tous les jours; la nature
l'aMERCURE.
179
mit à côté de ce que nous avons
vû de meilleur en ce genre , & il
y a apparence que l'étude , & l'exercice
l'éléveront jufqu'au premier
dégré de fon art .
Dernierement aprés la reprefentation
du Boufon à la Cour , il s'avança
fur le bord du Theatre , & fe fervant
d'un jargon moitié François &
moitié Italien qui fait plaifir dans fa
bouche . Meffieurs , dit- il , je veux
vous dire una piciolé Fable , que j'ai
lûe ce matin : car il me prend quelque
fois envie de diventer Sçavant :
Mais la diro en Italien ; & ceux qui
l'entenderanno , l'expliqueranno à
ceux qui ne l'entendent . Alors il conta
fort comiquement la Fable du
Meunier , de fon fils & de l'Ane. -
Comme cet Apologue eft fçu d'un
chacun je ne la rapporterai point ,
en tout cas on peut avoir recours à
M. de la Fontaine .
Il feroit à fouhaiter que je puffe
rendre ici les geftes dont Arlequin
accompagna cette fable il defcendoit
de l'Afne avec le meunier , il y mon13.0
NOUVEAU
›
toit avec le jeune homme , il trotoit
devant eux il prenoit le ton des
Controlleurs , & celui des Controlleufes
; & aprés fon recit , il ajouta
en François ; venons Meffieurs à
l'application ; je fuis le bon homme
& je fuis fon fils , je fuis encore l'Ane.
Plufieurs perfonnes me difent, Arlequin
faut parler François , les Dames
ne vous entendent point , &
bien des hommes ne vous entendent
gueres , lorfque je les ay remercié
de leurs avis ; je me portai d'un autre
côté , où des Seigneurs me dirent.
Arlegun , vous ne devez pas parler
François , vous ruinerez voftre feu .
Je fuis bien embaraflé , parlerai-je
Italien , parlerai - je François . Je vous
le demande ,Meffieurs , alors un homme
du parterre qui avoit apparemment
recueilli les voix , répondit
parlez comme il vous plaira , vous
ferez toûjours plaifir ; Arlequin fr
une grande reverence , avec un ferviteur
trés humble , Meffieurs . On
battit des mains , & chacun s'en alla
content,
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Résumé : EXTRAIT D'UNE LETTRE
L'auteur d'une lettre exprime ses impressions sur la Comédie Italienne à Paris, mettant en avant la performance exceptionnelle d'Arlequin. Ce dernier est décrit comme un pantomime remarquable, doté de grâce, de variété de tons et d'une grande richesse de lazzi. Arlequin se distingue également par sa capacité à s'améliorer continuellement. Lors d'une représentation à la cour, il raconte la fable du Meunier, de son fils et de l'âne en italien, laissant aux spectateurs le soin de la traduire. Il utilise des gestes appropriés pour imiter divers personnages de la fable. À la fin de son récit, il demande au public s'il doit continuer en italien ou en français, obtenant l'approbation de poursuivre comme il le souhaite. La lettre se conclut par l'approbation unanime du public, satisfait par la performance d'Arlequin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 191-192
Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
Début :
Vous n'ignorez pas M. que dans la distribution des graces, il [...]
Mots clefs :
Grâces, Régent, Marquis, Maréchal, Régiment, Compagnie, Mousquetaires, Corrections
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texteReconnaissance textuelle : Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
Fragment d'une Lettre à l'Auteur
du Mercure , repris d'une faute
confiderable d'impreffion , qui s'eft
gliffée dans le Mercure de Février:
Vous n'ignorez pas M. que dans
192 LE NOUVEAU
•
la diftribution des graces , il eit des
regles que Mer le Regent, à l'exemple
du feu Roy, s'est prefcrites : il n'y
a certainement pas manqué à l'égard
de M. le Marquis de Montefquiour
fils du Maréchal de ce nom ; puifqu'outre
que ce jeune Seigneur,à qui
M. fon pere a acheté le Regiment
d'Ifenghien , eft dans fa 17. année
& non dans fa 8e. comme il eſt marqué
dans voftre Journal de Février;
il a encore fatisfait à ces regles , en
fervant le Roy dans fa premiere
Compagnie des Moufquetaires commandée
par M. d'Artagnan fon oncle
à la mode de Bretagne , & forti
comme lui, de la maifon de Montelquiou
, l'une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume. Ayez
pour agréable de corriger cette erreur.
Je fuis , &c.
du Mercure , repris d'une faute
confiderable d'impreffion , qui s'eft
gliffée dans le Mercure de Février:
Vous n'ignorez pas M. que dans
192 LE NOUVEAU
•
la diftribution des graces , il eit des
regles que Mer le Regent, à l'exemple
du feu Roy, s'est prefcrites : il n'y
a certainement pas manqué à l'égard
de M. le Marquis de Montefquiour
fils du Maréchal de ce nom ; puifqu'outre
que ce jeune Seigneur,à qui
M. fon pere a acheté le Regiment
d'Ifenghien , eft dans fa 17. année
& non dans fa 8e. comme il eſt marqué
dans voftre Journal de Février;
il a encore fatisfait à ces regles , en
fervant le Roy dans fa premiere
Compagnie des Moufquetaires commandée
par M. d'Artagnan fon oncle
à la mode de Bretagne , & forti
comme lui, de la maifon de Montelquiou
, l'une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume. Ayez
pour agréable de corriger cette erreur.
Je fuis , &c.
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Résumé : Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
L'auteur écrit au rédacteur du Mercure pour corriger deux erreurs sur le marquis de Montescourt. Il a 17 ans et non 8, et sert dans la première compagnie des Mousquetaires sous M. d'Artagnan, son oncle. La famille Montescourt est parmi les plus anciennes et illustres du royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 93-95
A CONSTANTINOPLE, le 1r. Avril 1717.
Début :
M. Vous aurez sans doute apris, que le Capitan Bacha Janum [...]
Mots clefs :
Capitaine, Place, Vaisseau de guerre, Marchands, Navire, Corsaire, Servitude, Ennemi, Flotte ottomane
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texteReconnaissance textuelle : A CONSTANTINOPLE, le 1r. Avril 1717.
M le 1r.Avril1717.
.¡. Vous aurez sans doute apris,que
le Capitan BachaJanum Codja, a
été déposé,mis aux sept Tours,
ensuite étranglé; & que
le
Capitan
Ray lui a succedé dans cette Place.
J'ajouteraià cette Nouvelle publique,
les particularitez suivantes:
Que ce dernierest Angloisd'Origgminee),
aayyant commencéppaarrêtertree
Bossemand'unVaisseau de Guerre
Anglois; puis,Çontre-Maître d'un
NavireMarchand appelléleSucez.
Quelque tems après, des
Marchands Florentins lui ayant
confié le Commandement d'un
Bâtiment à Livourne, d'où il fit
voile pour Malte, il fut pris avec
tout son Equipage par un Corsaire
de Tripoli, & faitEsclave. Après
quelques annéesde servitude,
s'étant fait Mahometan, il devinu
lui-même un fameux Pirate, & :
parvint par degrez à être Capitai—
ne d'une Sultane de 80. pieces de
Canon, dans la Flote desTurcs;
employée la Campagne derniere
:
contre Corfou: Ayant reproché
hardiment au Capitan Bacha d'avoirmanqué
l'occasion debattre la
FlotteVenitienedevant cettePlace;
celuicy outré de cette insulte, le fit
mettre aux fers, & les ordres
étoient donnezpour l'étrangler
lorsqu'il , trouva le moyen pendant
la nuit, de rompre ses chaînes: &
s'étant jette à la Mer,il fut assés
heureux pour gagner àla nagé, la
Terre, & d'être reçû dans Corfou,
comme un Esclave Chrétien qui se
-fauve. Il n'y fut pas long tems sans
s'échaper, & sans retourner à
Constantinople. Ayant porté ses
plaintes au Nouveau Vizir,du rifque
où il avoit été de perdre-là vie,
& l'ayant en même-temsiliftrùitdo lamauvaisemanoeuvre du Capitan
- Bacha. Il a û le bonheur d'en être
si favorablement écouté,qu'il a
rfuppidnce son Ennemi, & qu'il se
trouve à present Grand Amirall de
la Flotte Ottomane.
.¡. Vous aurez sans doute apris,que
le Capitan BachaJanum Codja, a
été déposé,mis aux sept Tours,
ensuite étranglé; & que
le
Capitan
Ray lui a succedé dans cette Place.
J'ajouteraià cette Nouvelle publique,
les particularitez suivantes:
Que ce dernierest Angloisd'Origgminee),
aayyant commencéppaarrêtertree
Bossemand'unVaisseau de Guerre
Anglois; puis,Çontre-Maître d'un
NavireMarchand appelléleSucez.
Quelque tems après, des
Marchands Florentins lui ayant
confié le Commandement d'un
Bâtiment à Livourne, d'où il fit
voile pour Malte, il fut pris avec
tout son Equipage par un Corsaire
de Tripoli, & faitEsclave. Après
quelques annéesde servitude,
s'étant fait Mahometan, il devinu
lui-même un fameux Pirate, & :
parvint par degrez à être Capitai—
ne d'une Sultane de 80. pieces de
Canon, dans la Flote desTurcs;
employée la Campagne derniere
:
contre Corfou: Ayant reproché
hardiment au Capitan Bacha d'avoirmanqué
l'occasion debattre la
FlotteVenitienedevant cettePlace;
celuicy outré de cette insulte, le fit
mettre aux fers, & les ordres
étoient donnezpour l'étrangler
lorsqu'il , trouva le moyen pendant
la nuit, de rompre ses chaînes: &
s'étant jette à la Mer,il fut assés
heureux pour gagner àla nagé, la
Terre, & d'être reçû dans Corfou,
comme un Esclave Chrétien qui se
-fauve. Il n'y fut pas long tems sans
s'échaper, & sans retourner à
Constantinople. Ayant porté ses
plaintes au Nouveau Vizir,du rifque
où il avoit été de perdre-là vie,
& l'ayant en même-temsiliftrùitdo lamauvaisemanoeuvre du Capitan
- Bacha. Il a û le bonheur d'en être
si favorablement écouté,qu'il a
rfuppidnce son Ennemi, & qu'il se
trouve à present Grand Amirall de
la Flotte Ottomane.
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Résumé : A CONSTANTINOPLE, le 1r. Avril 1717.
Le 1er avril 1717, à Constantinople, le Capitain Bacha Janum Codja a été destitué, emprisonné et exécuté. Le Capitain Ray lui a succédé. Originaire d'Angleterre, Ray a commencé comme bosco sur un vaisseau de guerre anglais, puis comme contre-maître sur le navire marchand 'Sucez'. Capturé par un corsaire de Tripoli à Livourne, il fut réduit en esclavage. Après plusieurs années, il se convertit à l'islam et devint un pirate renommé, commandant une sultane de 80 canons dans la flotte turque. Lors de la campagne contre Corfou, Ray accusa Bacha d'avoir manqué une opportunité de vaincre la flotte vénitienne. Bacha le fit alors emprisonner et condamner à mort, mais Ray s'évada et rejoignit Corfou. De retour à Constantinople, il porta plainte auprès du nouveau vizir, qui le nomma Grand Amiral de la flotte ottomane.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 121-123
A L ... le 10 Juillet 1717.
Début :
Il faut que je vous communique, M. une Nouvelle qui, je crois, [...]
Mots clefs :
Réparations, Église, Chanoines, Sculpteur, Archevêque, Purgatoire, Flammes
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texteReconnaissance textuelle : A L ... le 10 Juillet 1717.
A L ... le 10. Juillet 1717.
Il faut queje vous communique,M.
une Nouvellequi , je crois , mérite
d'avoir part dans vôtre Mercure.
Meffieurs les Chanoines de Saint ..
ont fait réparer dans leur Eglise une
Chapelle , dediée aux Ames détenues
dansles Flames du Purgatoire ,
Juillet 1717. L
121 LE MERCURE
le Sculpteur qui en a fait la repré
Sentation en bas relief , a placé directement
au milieu de ſes Figures
l'Effigie du Pere Prieur du Couvent
des .... tellement ressemblant ,
qu'iln'y a ûpersonne qui s'y ſoit mépris:
Le Pere s'y étant reconnu luimême
, en a étéportersesplaintes à
Messieurs les Chanoines , qui ont
fait venir le Sculpteur , pour l'obliger
à délivrer le Pere , des Flames
du Purgatoire ; mais s'en étant excufé,
sous prétexte qu'il ne poн-
voitpas toucher àſon Ouvrage,ſans
legâter,le R. P. peu content de
cette défaite , crut qu'il y alloit de
Son honneur de s'en plaindre à M.
l'Archevêque. Le Sculpteur interrogépar
Monseigneur , fi cette Ref-
Semblance étoit un effet du hazard ,
ou deſa volonté , répond que le hazard
n'y avoit aucune part. Sur cela
le R. P. demandejustice à Sa Grandeur,
&prétend en avoir une Reparation
digne de l'Offense : M. l'Archevêque
ne voulant point condamner
l'Accusé , Sans entendre ſes
1
123
-
DE JUILLET.
raiſons , lui ordonne de ſe défendre ,
ce qu'il fit en ces termes,
Monseigneurl, eCarême passé, le
..... Pere.... préchant à Saint ..
dit , que ceux qui retiendroient le
Biendd''aautrui,seroient déterusdans
les Flames du Purgatoire , jusqu'à
ce qu'ils úſſent payéleurs dettes : II
ya, Monseigneur , plus de deux
ans , qu'il me doit 300. livres , dont
je ne puis rien tirer c'est ce qui
m'a détermine à l'y mettre &
à l'y laiſſer ; à moins que Votre
Grandeurn'en ordonne autrement :
L'Archevêque trouvant la réponſe
du Sculpteur fondée sur l'équité ,
condamna le Moine , honteux &
confus, à rester en Purgatoirejusqu'à
ce qu'il ût acquité entierementfon
Créancier. Je suis ,
Monfieur ,
Votre affectionné Serviteur,
Le Chevalier de Lorme.
Il faut queje vous communique,M.
une Nouvellequi , je crois , mérite
d'avoir part dans vôtre Mercure.
Meffieurs les Chanoines de Saint ..
ont fait réparer dans leur Eglise une
Chapelle , dediée aux Ames détenues
dansles Flames du Purgatoire ,
Juillet 1717. L
121 LE MERCURE
le Sculpteur qui en a fait la repré
Sentation en bas relief , a placé directement
au milieu de ſes Figures
l'Effigie du Pere Prieur du Couvent
des .... tellement ressemblant ,
qu'iln'y a ûpersonne qui s'y ſoit mépris:
Le Pere s'y étant reconnu luimême
, en a étéportersesplaintes à
Messieurs les Chanoines , qui ont
fait venir le Sculpteur , pour l'obliger
à délivrer le Pere , des Flames
du Purgatoire ; mais s'en étant excufé,
sous prétexte qu'il ne poн-
voitpas toucher àſon Ouvrage,ſans
legâter,le R. P. peu content de
cette défaite , crut qu'il y alloit de
Son honneur de s'en plaindre à M.
l'Archevêque. Le Sculpteur interrogépar
Monseigneur , fi cette Ref-
Semblance étoit un effet du hazard ,
ou deſa volonté , répond que le hazard
n'y avoit aucune part. Sur cela
le R. P. demandejustice à Sa Grandeur,
&prétend en avoir une Reparation
digne de l'Offense : M. l'Archevêque
ne voulant point condamner
l'Accusé , Sans entendre ſes
1
123
-
DE JUILLET.
raiſons , lui ordonne de ſe défendre ,
ce qu'il fit en ces termes,
Monseigneurl, eCarême passé, le
..... Pere.... préchant à Saint ..
dit , que ceux qui retiendroient le
Biendd''aautrui,seroient déterusdans
les Flames du Purgatoire , jusqu'à
ce qu'ils úſſent payéleurs dettes : II
ya, Monseigneur , plus de deux
ans , qu'il me doit 300. livres , dont
je ne puis rien tirer c'est ce qui
m'a détermine à l'y mettre &
à l'y laiſſer ; à moins que Votre
Grandeurn'en ordonne autrement :
L'Archevêque trouvant la réponſe
du Sculpteur fondée sur l'équité ,
condamna le Moine , honteux &
confus, à rester en Purgatoirejusqu'à
ce qu'il ût acquité entierementfon
Créancier. Je suis ,
Monfieur ,
Votre affectionné Serviteur,
Le Chevalier de Lorme.
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Résumé : A L ... le 10 Juillet 1717.
Le 10 juillet 1717, une lettre mentionne que les chanoines de Saint.. à A... ont restauré une chapelle dédiée aux âmes du purgatoire. Le sculpteur a inclus l'effigie du père prieur du couvent des... dans un bas-relief, suscitant la plainte de ce dernier auprès des chanoines. Ces derniers ont alors convoqué le sculpteur pour retirer l'effigie, mais celui-ci a refusé, arguant que cela détériorerait son œuvre. Le père prieur a donc porté plainte auprès de l'archevêque. Interrogé, le sculpteur a révélé que la ressemblance était intentionnelle, motivée par une dette impayée de 300 livres depuis plus de deux ans. L'archevêque a jugé cette explication valide et a condamné le moine à rester représenté dans le purgatoire jusqu'au paiement complet de sa dette. La lettre est signée par le Chevalier de Lorme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 20-23
LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
De mon autorité privée, j'avois imposé le nom de Théophraste Moderne / Je vous suis obligé, Mr, d'avoir trouvé mes Réflexions dignes d'avoir [...]
Mots clefs :
Moeurs, Caractère, Parisiens, Auteur, Réflexions, Querelle, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
DE
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
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Résumé : LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre adressée à l'auteur du Mercure, Marivaux exprime sa reconnaissance pour la publication de ses réflexions. Il apprécie la sélection des œuvres mais conteste l'utilisation du pseudonyme 'Théophraste Moderne', le jugeant trop honorifique et inadapté à son travail, issu du caprice plutôt que de la raison. Marivaux affirme ne pas mériter un tel nom et préfère conserver l'anonymat. Il souhaite se délester de cette appellation pour continuer à écrire librement, sans contraintes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 71-84
Lettre à Monsieur Buchet : Contenant la Traduction de quelques endroits d'un Livre Anglois intitulé : Le Causeur, ou les Veilles du sieur Isaac Bixerstaff.
Début :
MONSIEUR, Je vous envoye ce que vous m'avez demandé, [...]
Mots clefs :
Homme, Bien, Vie, Rire, Café, Traduction, Mort, Public, Mari, Amis, Anglais, Style, Neige, Ridicule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à Monsieur Buchet : Contenant la Traduction de quelques endroits d'un Livre Anglois intitulé : Le Causeur, ou les Veilles du sieur Isaac Bixerstaff.
Lettre à Monfieur Buchet :
Contenant la Traduction de quelques en
droits d'un Livre Anglois intitulé : Le
Caufeur , ou les Veilles du fieur Iſaac
Bixerſtaff.
MONSIEUR ,
Je vous envoye ce que vous m'avez de
mmandé , mais je crains que vous n'en foyés
pas auffi content que vous avés cru. Vous
allez trouver de longues phrafes , des expreffions
hazardées , & peut- être des Anglicifmes
Ce n'eft pas tout , la maniere
de penfer vous paroîtra même bizarre.
Vous ferez choqué de l'Original & de la
Traduction , à moins que vous ne vous
prêtiez à tout ce que je m'en vais vous
dire.
L'Auteur,qui eft M. le Chevalier Steele,
celui à qui nous devons le Spectateur,
fe donne ici pour un vieux Aftrologue
Devin de profeffion , de plus Jurifconfulte ,
& Medecin. Un homme de cette efpece
doit parler d'une maniere peu commune ;
il eft impoffible de s'éloigner de la façon
de vivre de la plufpart des hommes , fans
72 LE MERCURE
2-
s'éloigner de leur façon de parler.
Voila pour l'Auteur , voici pour moi
Le ftile du Caufeur , eft tiffu d'expreffions
fertes & chargées , avec des mots hazardez
même en Anglois , la plus libre de toutes
les Langues. Il ne faut pas auffi vous déguifer
que tout cela a trés-bien réuffi en
Angleterre , & que fi ma Traduction n'eſt
pas goûtée en France , ce ne fera pas une
veritable Traduction . Cependant , il a
fallu traduire & non pas compofer . C'est
pourquoi j'ai cru devoir prendre un ftile
approchant du fien. A l'égard des Anglicifmes
, s'il y en a , je voudrois qu'ils fuffent
des fautes heureufes , & qu'on pûr
furmonter la mauvaife honte qui nous empêche
de prendre chez nos voifins ce qui
nous accommode , dans le tems qu'ils fe
font un merite de s'approprier ce que nous.
avons à leur bienféance.
J'ai peut -être imité de certaines negligences
qu'on ne me paffera point ; mais je fuis
perfuadé que le fens ne fçauroit être trop à
fon aife dans nos paroles , & que la trop
grande exactitude le gêne fouvent .
2
Entrons maintenant dans les vûës de M.
Ifaac Bickerstaff: Vous fçaurez d'abord
qu'il paroiffoit une demie feuille de fes
Veilles , trois fois la femaine , & qu'on les
diftribuoit dans les Caffez comme les Ga-'
zettes .
Dés l'entrée de fon Ouvrage , il approu
ve
DE SEPTEMBRE. 73
ve beaucoup les Gazettes ; mais , ajoutet'il
, comme il y a plufieurs bons Citoyens
à qui le zele du bien public fait negliger
leurs affaires, pour aller raifonner fur celles.
de l'Etat , il femble que ces Journaux
devroient être faits pour eux preferablement:
aux autres . Et d'autant que ces Meffieurs
ont d'ordinaire beaucoup de zele & peu de
connoiffance , c'est une oeuvie également
charitable & neceffaire, que de leur fournir
de quoi penfer aprés avoir lu. C'eft le deffein
de ce Journal , qui traittera de toutes
les matieres qui me tomberont fous la main.
Il promet d'y en inferer pour le beau
Sexe , puifque c'eft en fon honneur qu'il
a pris le titre de Caufeur.
Enfuite il dit , que tous les articles de
Galanterie feront datez du Caffé de White:
Ceux qui regardent la Poëfie , du Caffé
de Will: Ceux d'érudition , du Caffé
Grec : Qu'à l'égard des Nouvelles étrangeres
& domeftiques , elles viendront du
Caffé de S. James ; & que tout ce qu'il
aura à dire fur d'autres matieres , fera daté
de fon appartement.
Il finit en badinant fur les frais qu'il eft
obligé de faire en liqueurs & en tabac
d'Elpagne , pour entretenir de bonnes
correfpondances dans tous ces Caffez ; &
fur le don de prédire les chofes futures ,
dont il n'ofe faire que trés peu d'ufage ,
peur d'offenfer fes Superieurs.
Septembre 1719.
de
G
$4
LE
MERCURE
Aprés cette petite préparation , il ne me
refte qu'une chofe à dire , c'eſt que je n'ai
pas prétendu vous donner ici les plus beaux
endroits ; ce font les premiers morceaux
détachez que j'ai trouvé en parcourant le
Livre , & même j'ai été obligé d'y retran
cher bien des chofes . Dans la fuite je
pourrai vous en envoyer d'autres .
Si l'on condamne l'Auteur fur ma Traduction
, on aura tort ; fi l'on approuve
P'un & l'autre , je n'y veux d'autre gloire
que celle de vous avoir fait plaifir , &
d'être reputé , Monfieur , V.T. H. &
T. O. ferviteur L ***
Au Caffé de White.
Une Dame inconnuë me fit l'autre jour
l'honneur de me venir voir. Elle paroiffoit
âgée d'environ trente ans ; brune , mais
trés agreable : La fanté brilloit fur fon
vifage , & fes yeux avoient une certaine
vivacité qui ne convenoit guéres , felon
moi , au ton plaintif dont elle commençoit
à me parler. Je ne fçai fi elle s'en apperçut
, mais tout à coup elle baiffa la vue &
me dit , Monfieur Bickerstaff, vous voyez
devant vous la plus malheureufe de toutes
les Femmes . Comme vous avez la reputa
tion d'être auffi grand Jurifconfulte qu'Af
trologue ou Medecin , je viens implorer
Nos confeils & votre fecours , pour me
DE SEPTEMBRE. -75
faire obtenir la caffation d'un Mariage qui
doit être nul par toutes les loix du monde.
Madame , répondis -je , fi vous attendez
quelque fecours de moi , ayez la bonté de
vous expliquer nettement fur tous vos
griefs . Je ne croyois pas , Monfieur , repliqua-
t'elle , qu'il fût befoin de la moitié
de votre fcience , pour deviner ce qui
peut porter une Femme à fe feparer de fon
Mari. Cela eft vrai , Madame , repartisje,
mais il n'eft pas ici queftion de deviner,
on n'établit pas un Procés fur des conjec
tures : Quand on fçauroit même tout ce
que vous avez à dire , cela ne vous avavanroit
de rien , à moins que vous ne le difiez
vous- même. Alors , fe cachant le vifage
de fon éventail , mon Mari , dit- elle , n'eft
pas plus Mari ( ici elle ne put retenir fes
larmes ) que les Italiens qui chantent à
l'Opera.
Madame , lui dis- je , les Loix peuvent
apporter du remede à vôtre affliction ;
mais envifagez les mortifications que vous
aurez à effuyer , fi vous la rendez publique.
Pourrez - vous foûtenir la rifée de toute
une Cour , les reflexions licentieufes
des Avocats , & fur tout les couleurs qu'on
donnera dans le monde à votre conduite ?
. Combien peu , dira-t'on , cette Dame
fçavoit moderer fes defirs ! J'allois continuer
, mais elle me dit avec quelque émotion
, Monfieur Bickerftaff , je vous ai
Gij
76 LE MERCURE
donné demie Guinée en entrant , afin de
fçavoir vôtre avis fur la maniere dont je
dois m'y prendre, pour obtenir un divorce,
& afin d'apprendre ce qui me doit arriver :
C'eft à vous de voir . Oh , Madame , interrompis-
je ! vous ferez fatisfaite dites
moi , s'il vous plaît , quel âge a vôtre Mari
Ila , répondit la belle affligée , cinquante
ans & il y en a quinze que nous
fommes mariez. Mais , Madame , lui disje
, il auroit fallu vous plaindre plûtôt ,
n'aviez-vous pas des Parens , des Parens , des Amis
aufquels vous puiffiez vous fier ? Helas ,
répondit- elle , il n'a été ainfi que depuis
quinze jours !
Je vous avoue que ma gravité fut démontée
à cette fois , & que je ne pus
m'empêcher de rite. Je lui dis que les
Loix ne pouvoient remedier à de tefs malheurs
; mais cela ne la fatisfit point ; elle
fortit en me difant qu'elle s'adrefferoit à
un jeune Legifte d'Oxford , qui a cent fois
plus de fçavoir que moi , & que toute ma
Famille enfemble. C'eft ainfi que j'ai
perdu ma Cliente. Cependant , fi cette ennuyeufe
narration pouvoit empêcher Paftorella
d'époufer un homme qui eft plus
vieux qu'elle de vingt ans , je confentirois
volontiers , & cela, pour le falut d'une belle
perfonne , que mon fçavoir fût decrié, &
qu'on reliât mes Prédictions avec l'Almamach
de Milan.
DE SEPTEMBRE. 77
Au Caffé de Will.
Je me fuis fouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui pis eft , ils rendent
public ce qui ne vaut rien en particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé jufques
chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amis abfens de fort
рей
de profit & d'inftruction . C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'écrire
de maniere à me faire fouhaiter d'être
avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde , qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir , autant
que les plantes qui y croiffent. Un de
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres , qui ne me déplait pas trop .
"
Mon cher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pour ne pas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommet de la plus haute Montagne de Suiffe,
fur laquelle je friffonne maintenant au milieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE
MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre , quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft . Mon encre gele au fort de la Canicule.
En recompenfe j'ai le plaifir de voir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre ; me voici fur un tas qui
s'éboula du tems de Charlemagne ou de Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans ne font pas une des moindres
curiofitez du Païs . Dans leurjeuneffe ,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cinquante
ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont de refte,
achever leurs jours parmi leurs Montagnes
natales. Un des Gentilshommes du lien , qui en a été quitte
pour
un oeil , m'a dit par
maniere
de vanterie
, qu'il y avoit
à prefent
Sept jambes
de bois dans fa Famille
, &
que depuis
fept generations
, on n'avoit
enterré
aucun
mâle
de fa branche
tout à la fois. Vous
trouverez
peut-être mon ftile
auffi
extraordinaire
que tout cela ; mais
Souvenez
- vous qu'il eft dit dans une de nos Comedies
, que les gens
qui parlent
fur les
nuages
, ne doivent
pas être affervi
à mettre
du fens dans leurs
difcours
. Je me croi en droit
d'ufer
du même
privilege
, moi qui
voy les nuages
au deßous
de moi. En quelque
lieu que je fois , je ferai toûjours
, &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes , on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte-
Fité la plus éloignée.
Au Caffé de Will.
M. Dactile a déployé fon éloquence ce
foir fur le talent de tourner les chofes en
ridicule. Il difoit trés juftement qu'il s'y
feucontroit d'ordinaire quelque chofe de
trop bas pour la focieté des honnêtes gens
à moins qu'on ne le modifiât felon les circonftances
des perfonnes , du tems & du
lieu. Un honnête homme , continua- t'il ,
doit fe fervir de ce talent comme de fon
épée , pour fa feule défeufe , & jamais offenfivement
, à moins que ce ne foit pour
dévoiler l'impofture & l'affectation . Mais
on a fi fort méconnu cette faculté , que le
burlefque dans lequel eft travefti Virgile ,
a paffé de nos jours pour de l'efprit , &
que les plus nobles penſées qui foient jamais
entrées dans le coeur de l'homme , ont été
miſes au niveau de la groffiereté & de la
bouffonnerie . Suivant les regles de la juftice
aucun homme ne devroit être tourné en ridicule
, à caufe de fes imperfections , s'il
ne veut se faire valoir par les qualitez qui
lui manquent. C'eft ainfi que les Poltrons
Giiij
LE MERCURE
qui fe cachent fous un air fier & infolent,
& les Pedans qui penſent montrer la profondeur
de leur fçavoir par une fombre
gravité , font également les dignes objets
de nôtre rifée : Non qu'ils foient en euxmêmes
ridicules par leur manque de coura
ge ou par la foibleffe de leur entendement ,
mais à caufe qu'ils femblent ne pas fentir
le rang qu'ils tiennent dans la vie , & qu'ils
fe placent malheureuſement avec ceux dont
le merite répand trop de jour fur leurs défauts.
Il faut obſerver d'un autre côté que le rire
êtant l'effet de la raiſon , on devroit chaffer
des honnêtes compagnies ceux qui rient
fans raifon.... Ha , ha , dit Guillaume
Truby , qui étoit auprés de nous , eft- ce
qu'on voudra me faire rire par regle & par
methode ? Voyez - vous , répondit Homphroy
Finet , c'est que vous êtes grandement
trompé : Vous pouvez à la verité
faire beaucoup de bruit , & perfonne ne
peut empêcher un Gentilhomme Anglois
de mouvoir fon vifage à fa fantaifie ; mais
fur ma parole , ce bruit que vous faites -là
en ouvrant la bouche , cette agitation d'ef
tomac que vous foulagez en vous tenant les
côtez tout cela n'eft point tire. Le rire
eft de plus grande importance que vous ne
penfez , & je vous dirai en fecret , que
vous n'avez ri de vôtre vie › que je crains
même que vous ne riez jamais , à moins
DE SEPTEMBRE.
de vous faire guérir de ces convulfions.
Truby nous quitta , & quand il fut à deux
pas de nous fort bien , dit-il , vous êtes
d'étranges perfonnes ; en même tems il fit
un autre éclat de rire.
Les Trubys font gens benevoles , ils
rient de gure amitié avec autant de plaifir
que ceux qui rient malicieufement .
Ainfi quand on les voit prendre la figure
d'un homme qui rit ; cela ne vient que de
cette bienveillance generale qui eft née
avec eux. Les Finets ne font que fourire
des chofes les plus plaifantes , & les fentent
bien plus vivement. Je fçai que La
Hargne enrage quand Truby luirit au nez;
mais queTruby eclate de rire en me voyant,
je connois que ce rire , ou fi vous voulez
ce bruit inanimé , qui en d'autres feroit
rire , ne vient que de l'abondante joye
qu'il a de me voir . Mais j'examinerai plus
au long cette matiere dans mon Traité de
fofcitation , du rire & du ridicule.
De mon Apartement.
, Il m'en a coûté bien des foins & des
meditations pour ranger les gens fous les
dénominations qui leur font propres , &
felon leurs caracteres refpectifs . Mon travail
, d'un côté , a eû un fuccés inefperé
& de l'autre , il a été fort negligé . Car ,
quoique j'aye beaucoup de Lecteurs , j'ai
82 LE MERCURE
trés peu de Profelytes. Il faut certaine
ment que cela vienne de la fauffe opinion
qu'on a que mes écrits font plûtôt deſtinez
à l'amufement , qu'à l'inftruction du Public.
J'ai commencé mes EEffflaayyss par décla
rer que je voulois reprefenter le genre humain
tout autrement qu'on n'a fait jufqu'ici
; & j'ai avancé que toute vie inutile
ne feroit plus appellée vie dans mes écrits .
Mais de peur que ma doctrine ne paroiſſe
frivole & fantalque aux gens non lettrez ,
& que ce ne foit peut- être la cauſe du peu
de progrés qu'elle a fait ; qu'on me permette
de developer l'antiquité & la fageffe de
ma premiere propofition , à fçavoir , que
tout homme fans merite , e un homme
mort. Cette notion eft auffi ancienne que
Pitagore. Dés qu'un de fes Difciples fe
laffoit d'étudier l'art de fe rendre utile
11
144471
aux hommes & qu'il abandonnoit fon
Ecole , pour aller vivre dans Poifiver
les autres Difciples le tenoient pour mort
on devoit faire fes funerailles, lui élever un
tombeau avec des infcriptions qui fiffent
fouvenir les compagnons qu'ils étoient
mortels comme lui . Je pourrois appuyer
cette doctrine par l'exemple même des Hebreux
, & par des autorités facrées que je
laiffe à mediter à mes lecteurs , ils pourront
voir aisément dans quel fens on applique
les termes de mort & de vivant aux
hommes, felon qu'ils font bons ou mauvais .
DE SEPTEMBRE. 83'
C'eft là-deffus que j'ai dreffé mon ſyſtême
de l'exiftence , que l'on va voir ici , à
l'ufage des vivans & des morts ; mais furtout
des derniers que j'exhorte à y faire
toute l'attention poffible , fupofé qu'ils
foient capables d'attention .
و
?
Au nombre des morts font compriſes .
toutes perfonnes de quelque rang ou quali
té qu'elles foient , qui employent la plus
grande partie de leur tems à manger & à
boire afin d'entretenir cette existence imaginaire
qu'ils nomment leur vie , ou à
decorer ces ombres , ces apparitions que
le vulgaire prend pour des vrais hommes
& de vraies femmes. En un mot quiconque
refide dans ce bas monde fans y avoir
des affaires , & qui ne fonge point à quel
propos il y a été envoyé , eft felon moi
bien & dûment trepaffe , & je fouhaite
qu'on l'eftime tel. Les vivans font ceux
feulement qui s'appliquent à fe perfec
tionner l'efprit & le coeur , encore ne leur
compterai-je pour moment de vie que ceux
qu'ils auront employez ainfi . Par là nous
trouverons que les plus longues vies ne
confiftent qu'en très peu de mois , & que
la plus grande partie de la Terre eft entierement
depeuplée. Selon ce Syftême ,
il y
a des gens qui font nez à l'âge de vingt
ans , d'autres à trente , d'autres à foixante ,
& d'autres environ une heure avant mou¬
rir. Bien plus nous en verrons des multi84
LE MERCURE
>
tudes qui meurent avant que de naître
nous verrons plufieurs morts fe fourer parmi
les vivans, & figurer aux yeux des ignorans
mieux que ceux qui font pleins de
vie & de fante. Cependant , comme il peut
y avoir beaucoup de bons fujets , payant
les taxes , & vivant paisiblement chez
eux , qui ne font pas encore nez ou qui
font morts depuis longtemps , j'exhorte les
premiers à venir au monde , & je laiffe
aux autres la voye de la refurrection . Je
dis ceci en partie pour l'amour d'une perfonne
qui a publié depuis peu un avertif
fement , dans lequel elle fe fert de certaines
expreffions qu'il n'eft pas de la bienfeance à
un Mort de proferer , c'eft mon défunt
ami Jean Partridge, qui conclut l'avertiffe
ment de fon Almanac pour l'année pro
chaine par la note fuivante.
D'autant qu'il a été induftrieufement repandu
dans le Public par le nommé Ifaac
Bickerstaff , & autres , pour prevenir le'
debit de cet Almanac, que Jean Patridge,
étoit mört , cecy eft pour informer Tes
bons Compatriotes qu'il eft encore en vie
& en fanté , & que ceux qui avoient faic
courir ce bruit, font des Fripons
Contenant la Traduction de quelques en
droits d'un Livre Anglois intitulé : Le
Caufeur , ou les Veilles du fieur Iſaac
Bixerſtaff.
MONSIEUR ,
Je vous envoye ce que vous m'avez de
mmandé , mais je crains que vous n'en foyés
pas auffi content que vous avés cru. Vous
allez trouver de longues phrafes , des expreffions
hazardées , & peut- être des Anglicifmes
Ce n'eft pas tout , la maniere
de penfer vous paroîtra même bizarre.
Vous ferez choqué de l'Original & de la
Traduction , à moins que vous ne vous
prêtiez à tout ce que je m'en vais vous
dire.
L'Auteur,qui eft M. le Chevalier Steele,
celui à qui nous devons le Spectateur,
fe donne ici pour un vieux Aftrologue
Devin de profeffion , de plus Jurifconfulte ,
& Medecin. Un homme de cette efpece
doit parler d'une maniere peu commune ;
il eft impoffible de s'éloigner de la façon
de vivre de la plufpart des hommes , fans
72 LE MERCURE
2-
s'éloigner de leur façon de parler.
Voila pour l'Auteur , voici pour moi
Le ftile du Caufeur , eft tiffu d'expreffions
fertes & chargées , avec des mots hazardez
même en Anglois , la plus libre de toutes
les Langues. Il ne faut pas auffi vous déguifer
que tout cela a trés-bien réuffi en
Angleterre , & que fi ma Traduction n'eſt
pas goûtée en France , ce ne fera pas une
veritable Traduction . Cependant , il a
fallu traduire & non pas compofer . C'est
pourquoi j'ai cru devoir prendre un ftile
approchant du fien. A l'égard des Anglicifmes
, s'il y en a , je voudrois qu'ils fuffent
des fautes heureufes , & qu'on pûr
furmonter la mauvaife honte qui nous empêche
de prendre chez nos voifins ce qui
nous accommode , dans le tems qu'ils fe
font un merite de s'approprier ce que nous.
avons à leur bienféance.
J'ai peut -être imité de certaines negligences
qu'on ne me paffera point ; mais je fuis
perfuadé que le fens ne fçauroit être trop à
fon aife dans nos paroles , & que la trop
grande exactitude le gêne fouvent .
2
Entrons maintenant dans les vûës de M.
Ifaac Bickerstaff: Vous fçaurez d'abord
qu'il paroiffoit une demie feuille de fes
Veilles , trois fois la femaine , & qu'on les
diftribuoit dans les Caffez comme les Ga-'
zettes .
Dés l'entrée de fon Ouvrage , il approu
ve
DE SEPTEMBRE. 73
ve beaucoup les Gazettes ; mais , ajoutet'il
, comme il y a plufieurs bons Citoyens
à qui le zele du bien public fait negliger
leurs affaires, pour aller raifonner fur celles.
de l'Etat , il femble que ces Journaux
devroient être faits pour eux preferablement:
aux autres . Et d'autant que ces Meffieurs
ont d'ordinaire beaucoup de zele & peu de
connoiffance , c'est une oeuvie également
charitable & neceffaire, que de leur fournir
de quoi penfer aprés avoir lu. C'eft le deffein
de ce Journal , qui traittera de toutes
les matieres qui me tomberont fous la main.
Il promet d'y en inferer pour le beau
Sexe , puifque c'eft en fon honneur qu'il
a pris le titre de Caufeur.
Enfuite il dit , que tous les articles de
Galanterie feront datez du Caffé de White:
Ceux qui regardent la Poëfie , du Caffé
de Will: Ceux d'érudition , du Caffé
Grec : Qu'à l'égard des Nouvelles étrangeres
& domeftiques , elles viendront du
Caffé de S. James ; & que tout ce qu'il
aura à dire fur d'autres matieres , fera daté
de fon appartement.
Il finit en badinant fur les frais qu'il eft
obligé de faire en liqueurs & en tabac
d'Elpagne , pour entretenir de bonnes
correfpondances dans tous ces Caffez ; &
fur le don de prédire les chofes futures ,
dont il n'ofe faire que trés peu d'ufage ,
peur d'offenfer fes Superieurs.
Septembre 1719.
de
G
$4
LE
MERCURE
Aprés cette petite préparation , il ne me
refte qu'une chofe à dire , c'eſt que je n'ai
pas prétendu vous donner ici les plus beaux
endroits ; ce font les premiers morceaux
détachez que j'ai trouvé en parcourant le
Livre , & même j'ai été obligé d'y retran
cher bien des chofes . Dans la fuite je
pourrai vous en envoyer d'autres .
Si l'on condamne l'Auteur fur ma Traduction
, on aura tort ; fi l'on approuve
P'un & l'autre , je n'y veux d'autre gloire
que celle de vous avoir fait plaifir , &
d'être reputé , Monfieur , V.T. H. &
T. O. ferviteur L ***
Au Caffé de White.
Une Dame inconnuë me fit l'autre jour
l'honneur de me venir voir. Elle paroiffoit
âgée d'environ trente ans ; brune , mais
trés agreable : La fanté brilloit fur fon
vifage , & fes yeux avoient une certaine
vivacité qui ne convenoit guéres , felon
moi , au ton plaintif dont elle commençoit
à me parler. Je ne fçai fi elle s'en apperçut
, mais tout à coup elle baiffa la vue &
me dit , Monfieur Bickerstaff, vous voyez
devant vous la plus malheureufe de toutes
les Femmes . Comme vous avez la reputa
tion d'être auffi grand Jurifconfulte qu'Af
trologue ou Medecin , je viens implorer
Nos confeils & votre fecours , pour me
DE SEPTEMBRE. -75
faire obtenir la caffation d'un Mariage qui
doit être nul par toutes les loix du monde.
Madame , répondis -je , fi vous attendez
quelque fecours de moi , ayez la bonté de
vous expliquer nettement fur tous vos
griefs . Je ne croyois pas , Monfieur , repliqua-
t'elle , qu'il fût befoin de la moitié
de votre fcience , pour deviner ce qui
peut porter une Femme à fe feparer de fon
Mari. Cela eft vrai , Madame , repartisje,
mais il n'eft pas ici queftion de deviner,
on n'établit pas un Procés fur des conjec
tures : Quand on fçauroit même tout ce
que vous avez à dire , cela ne vous avavanroit
de rien , à moins que vous ne le difiez
vous- même. Alors , fe cachant le vifage
de fon éventail , mon Mari , dit- elle , n'eft
pas plus Mari ( ici elle ne put retenir fes
larmes ) que les Italiens qui chantent à
l'Opera.
Madame , lui dis- je , les Loix peuvent
apporter du remede à vôtre affliction ;
mais envifagez les mortifications que vous
aurez à effuyer , fi vous la rendez publique.
Pourrez - vous foûtenir la rifée de toute
une Cour , les reflexions licentieufes
des Avocats , & fur tout les couleurs qu'on
donnera dans le monde à votre conduite ?
. Combien peu , dira-t'on , cette Dame
fçavoit moderer fes defirs ! J'allois continuer
, mais elle me dit avec quelque émotion
, Monfieur Bickerftaff , je vous ai
Gij
76 LE MERCURE
donné demie Guinée en entrant , afin de
fçavoir vôtre avis fur la maniere dont je
dois m'y prendre, pour obtenir un divorce,
& afin d'apprendre ce qui me doit arriver :
C'eft à vous de voir . Oh , Madame , interrompis-
je ! vous ferez fatisfaite dites
moi , s'il vous plaît , quel âge a vôtre Mari
Ila , répondit la belle affligée , cinquante
ans & il y en a quinze que nous
fommes mariez. Mais , Madame , lui disje
, il auroit fallu vous plaindre plûtôt ,
n'aviez-vous pas des Parens , des Parens , des Amis
aufquels vous puiffiez vous fier ? Helas ,
répondit- elle , il n'a été ainfi que depuis
quinze jours !
Je vous avoue que ma gravité fut démontée
à cette fois , & que je ne pus
m'empêcher de rite. Je lui dis que les
Loix ne pouvoient remedier à de tefs malheurs
; mais cela ne la fatisfit point ; elle
fortit en me difant qu'elle s'adrefferoit à
un jeune Legifte d'Oxford , qui a cent fois
plus de fçavoir que moi , & que toute ma
Famille enfemble. C'eft ainfi que j'ai
perdu ma Cliente. Cependant , fi cette ennuyeufe
narration pouvoit empêcher Paftorella
d'époufer un homme qui eft plus
vieux qu'elle de vingt ans , je confentirois
volontiers , & cela, pour le falut d'une belle
perfonne , que mon fçavoir fût decrié, &
qu'on reliât mes Prédictions avec l'Almamach
de Milan.
DE SEPTEMBRE. 77
Au Caffé de Will.
Je me fuis fouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui pis eft , ils rendent
public ce qui ne vaut rien en particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé jufques
chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amis abfens de fort
рей
de profit & d'inftruction . C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'écrire
de maniere à me faire fouhaiter d'être
avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde , qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir , autant
que les plantes qui y croiffent. Un de
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres , qui ne me déplait pas trop .
"
Mon cher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pour ne pas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommet de la plus haute Montagne de Suiffe,
fur laquelle je friffonne maintenant au milieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE
MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre , quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft . Mon encre gele au fort de la Canicule.
En recompenfe j'ai le plaifir de voir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre ; me voici fur un tas qui
s'éboula du tems de Charlemagne ou de Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans ne font pas une des moindres
curiofitez du Païs . Dans leurjeuneffe ,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cinquante
ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont de refte,
achever leurs jours parmi leurs Montagnes
natales. Un des Gentilshommes du lien , qui en a été quitte
pour
un oeil , m'a dit par
maniere
de vanterie
, qu'il y avoit
à prefent
Sept jambes
de bois dans fa Famille
, &
que depuis
fept generations
, on n'avoit
enterré
aucun
mâle
de fa branche
tout à la fois. Vous
trouverez
peut-être mon ftile
auffi
extraordinaire
que tout cela ; mais
Souvenez
- vous qu'il eft dit dans une de nos Comedies
, que les gens
qui parlent
fur les
nuages
, ne doivent
pas être affervi
à mettre
du fens dans leurs
difcours
. Je me croi en droit
d'ufer
du même
privilege
, moi qui
voy les nuages
au deßous
de moi. En quelque
lieu que je fois , je ferai toûjours
, &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes , on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte-
Fité la plus éloignée.
Au Caffé de Will.
M. Dactile a déployé fon éloquence ce
foir fur le talent de tourner les chofes en
ridicule. Il difoit trés juftement qu'il s'y
feucontroit d'ordinaire quelque chofe de
trop bas pour la focieté des honnêtes gens
à moins qu'on ne le modifiât felon les circonftances
des perfonnes , du tems & du
lieu. Un honnête homme , continua- t'il ,
doit fe fervir de ce talent comme de fon
épée , pour fa feule défeufe , & jamais offenfivement
, à moins que ce ne foit pour
dévoiler l'impofture & l'affectation . Mais
on a fi fort méconnu cette faculté , que le
burlefque dans lequel eft travefti Virgile ,
a paffé de nos jours pour de l'efprit , &
que les plus nobles penſées qui foient jamais
entrées dans le coeur de l'homme , ont été
miſes au niveau de la groffiereté & de la
bouffonnerie . Suivant les regles de la juftice
aucun homme ne devroit être tourné en ridicule
, à caufe de fes imperfections , s'il
ne veut se faire valoir par les qualitez qui
lui manquent. C'eft ainfi que les Poltrons
Giiij
LE MERCURE
qui fe cachent fous un air fier & infolent,
& les Pedans qui penſent montrer la profondeur
de leur fçavoir par une fombre
gravité , font également les dignes objets
de nôtre rifée : Non qu'ils foient en euxmêmes
ridicules par leur manque de coura
ge ou par la foibleffe de leur entendement ,
mais à caufe qu'ils femblent ne pas fentir
le rang qu'ils tiennent dans la vie , & qu'ils
fe placent malheureuſement avec ceux dont
le merite répand trop de jour fur leurs défauts.
Il faut obſerver d'un autre côté que le rire
êtant l'effet de la raiſon , on devroit chaffer
des honnêtes compagnies ceux qui rient
fans raifon.... Ha , ha , dit Guillaume
Truby , qui étoit auprés de nous , eft- ce
qu'on voudra me faire rire par regle & par
methode ? Voyez - vous , répondit Homphroy
Finet , c'est que vous êtes grandement
trompé : Vous pouvez à la verité
faire beaucoup de bruit , & perfonne ne
peut empêcher un Gentilhomme Anglois
de mouvoir fon vifage à fa fantaifie ; mais
fur ma parole , ce bruit que vous faites -là
en ouvrant la bouche , cette agitation d'ef
tomac que vous foulagez en vous tenant les
côtez tout cela n'eft point tire. Le rire
eft de plus grande importance que vous ne
penfez , & je vous dirai en fecret , que
vous n'avez ri de vôtre vie › que je crains
même que vous ne riez jamais , à moins
DE SEPTEMBRE.
de vous faire guérir de ces convulfions.
Truby nous quitta , & quand il fut à deux
pas de nous fort bien , dit-il , vous êtes
d'étranges perfonnes ; en même tems il fit
un autre éclat de rire.
Les Trubys font gens benevoles , ils
rient de gure amitié avec autant de plaifir
que ceux qui rient malicieufement .
Ainfi quand on les voit prendre la figure
d'un homme qui rit ; cela ne vient que de
cette bienveillance generale qui eft née
avec eux. Les Finets ne font que fourire
des chofes les plus plaifantes , & les fentent
bien plus vivement. Je fçai que La
Hargne enrage quand Truby luirit au nez;
mais queTruby eclate de rire en me voyant,
je connois que ce rire , ou fi vous voulez
ce bruit inanimé , qui en d'autres feroit
rire , ne vient que de l'abondante joye
qu'il a de me voir . Mais j'examinerai plus
au long cette matiere dans mon Traité de
fofcitation , du rire & du ridicule.
De mon Apartement.
, Il m'en a coûté bien des foins & des
meditations pour ranger les gens fous les
dénominations qui leur font propres , &
felon leurs caracteres refpectifs . Mon travail
, d'un côté , a eû un fuccés inefperé
& de l'autre , il a été fort negligé . Car ,
quoique j'aye beaucoup de Lecteurs , j'ai
82 LE MERCURE
trés peu de Profelytes. Il faut certaine
ment que cela vienne de la fauffe opinion
qu'on a que mes écrits font plûtôt deſtinez
à l'amufement , qu'à l'inftruction du Public.
J'ai commencé mes EEffflaayyss par décla
rer que je voulois reprefenter le genre humain
tout autrement qu'on n'a fait jufqu'ici
; & j'ai avancé que toute vie inutile
ne feroit plus appellée vie dans mes écrits .
Mais de peur que ma doctrine ne paroiſſe
frivole & fantalque aux gens non lettrez ,
& que ce ne foit peut- être la cauſe du peu
de progrés qu'elle a fait ; qu'on me permette
de developer l'antiquité & la fageffe de
ma premiere propofition , à fçavoir , que
tout homme fans merite , e un homme
mort. Cette notion eft auffi ancienne que
Pitagore. Dés qu'un de fes Difciples fe
laffoit d'étudier l'art de fe rendre utile
11
144471
aux hommes & qu'il abandonnoit fon
Ecole , pour aller vivre dans Poifiver
les autres Difciples le tenoient pour mort
on devoit faire fes funerailles, lui élever un
tombeau avec des infcriptions qui fiffent
fouvenir les compagnons qu'ils étoient
mortels comme lui . Je pourrois appuyer
cette doctrine par l'exemple même des Hebreux
, & par des autorités facrées que je
laiffe à mediter à mes lecteurs , ils pourront
voir aisément dans quel fens on applique
les termes de mort & de vivant aux
hommes, felon qu'ils font bons ou mauvais .
DE SEPTEMBRE. 83'
C'eft là-deffus que j'ai dreffé mon ſyſtême
de l'exiftence , que l'on va voir ici , à
l'ufage des vivans & des morts ; mais furtout
des derniers que j'exhorte à y faire
toute l'attention poffible , fupofé qu'ils
foient capables d'attention .
و
?
Au nombre des morts font compriſes .
toutes perfonnes de quelque rang ou quali
té qu'elles foient , qui employent la plus
grande partie de leur tems à manger & à
boire afin d'entretenir cette existence imaginaire
qu'ils nomment leur vie , ou à
decorer ces ombres , ces apparitions que
le vulgaire prend pour des vrais hommes
& de vraies femmes. En un mot quiconque
refide dans ce bas monde fans y avoir
des affaires , & qui ne fonge point à quel
propos il y a été envoyé , eft felon moi
bien & dûment trepaffe , & je fouhaite
qu'on l'eftime tel. Les vivans font ceux
feulement qui s'appliquent à fe perfec
tionner l'efprit & le coeur , encore ne leur
compterai-je pour moment de vie que ceux
qu'ils auront employez ainfi . Par là nous
trouverons que les plus longues vies ne
confiftent qu'en très peu de mois , & que
la plus grande partie de la Terre eft entierement
depeuplée. Selon ce Syftême ,
il y
a des gens qui font nez à l'âge de vingt
ans , d'autres à trente , d'autres à foixante ,
& d'autres environ une heure avant mou¬
rir. Bien plus nous en verrons des multi84
LE MERCURE
>
tudes qui meurent avant que de naître
nous verrons plufieurs morts fe fourer parmi
les vivans, & figurer aux yeux des ignorans
mieux que ceux qui font pleins de
vie & de fante. Cependant , comme il peut
y avoir beaucoup de bons fujets , payant
les taxes , & vivant paisiblement chez
eux , qui ne font pas encore nez ou qui
font morts depuis longtemps , j'exhorte les
premiers à venir au monde , & je laiffe
aux autres la voye de la refurrection . Je
dis ceci en partie pour l'amour d'une perfonne
qui a publié depuis peu un avertif
fement , dans lequel elle fe fert de certaines
expreffions qu'il n'eft pas de la bienfeance à
un Mort de proferer , c'eft mon défunt
ami Jean Partridge, qui conclut l'avertiffe
ment de fon Almanac pour l'année pro
chaine par la note fuivante.
D'autant qu'il a été induftrieufement repandu
dans le Public par le nommé Ifaac
Bickerstaff , & autres , pour prevenir le'
debit de cet Almanac, que Jean Patridge,
étoit mört , cecy eft pour informer Tes
bons Compatriotes qu'il eft encore en vie
& en fanté , & que ceux qui avoient faic
courir ce bruit, font des Fripons
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Résumé : Lettre à Monsieur Buchet : Contenant la Traduction de quelques endroits d'un Livre Anglois intitulé : Le Causeur, ou les Veilles du sieur Isaac Bixerstaff.
La lettre adressée à Monsieur Buchet présente la traduction de passages du livre anglais 'Le Caufeur, ou les Veilles du sieur Isaac Bixerstaff' écrit par le Chevalier Steele. L'auteur exprime des préoccupations concernant la qualité de la traduction, soulignant des phrases longues, des expressions maladroites et des anglicismes, justifiés par la fidélité au style dense et chargé de l'original. Ce livre, rédigé par un astrologue, juriste et médecin, a rencontré un grand succès en Angleterre. Les critiques en France pourraient être attribuées aux différences culturelles. La lettre détaille les intentions de Monsieur Isaac Bickerstaff, qui publie des veilles trois fois par semaine et les distribue dans les cafés. Bickerstaff critique les gazettes existantes et propose un journal couvrant divers sujets, y compris des contenus destinés au beau sexe, et daté selon différents cafés de Londres. Il mentionne également les frais engagés pour maintenir ses correspondances. Deux récits sont narrés : le premier concerne une femme demandant le divorce après quinze ans de mariage. Le second critique les lettres de compliment insincères, privilégiant les lettres personnelles et authentiques. Le texte aborde également la distinction entre les personnes 'vivantes' et 'mortes', critiquant celles qui ne contribuent pas à la société. L'auteur encourage les 'vivants' à s'engager davantage et les 'mortes' à se ressusciter. Enfin, la lettre dément une rumeur selon laquelle Jean Patridge serait décédé, propagée par Isaac Bickerstaff pour nuire à la vente de l'almanach de Patridge. La déclaration affirme que Jean Patridge est toujours en vie et en bonne santé, dénonçant les malhonnêtetés de ceux ayant répandu cette fausse information.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 86-117
LETTRE CRITIQUE Ecrite à l'Auteur du Mercure, sur la Comedie qui a pour titre, Momus Fabuliste, ou les Nôces de Vulcain.
Début :
C'EST un coup assez hardi, Monsieur, pour un homme de Province, [...]
Mots clefs :
Momus, Fables, Fable, Jupiter, Vénus, Pièce, Comédie, Auteur, Fabuliste, Vulcain, Dieux, Théâtre, Satire, Caractère, Tuteur, Dieu, Esprit, Public, Déesse, Destin, Plutus, Neptune, Singe, Petit maître, Succès, Arrangement, Liberté, Scène, Animaux, Jean de La Fontaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE CRITIQUE Ecrite à l'Auteur du Mercure, sur la Comedie qui a pour titre, Momus Fabuliste, ou les Nôces de Vulcain.
LETTRE CRITIQUE
Ecrite à l'Auteur du Mercure , fur la
Comedie qui a pour titre , Momus
Fabulifte , on les Nôces de Vulcain.
'EST un coup affez hardi , Monfieur
, pour un homme de Province
, que de trouver à reprendre
dans ce que Paris a honoré
de fon approbation. Les applaudiffemens
extraordinaires que Momus Fabulifte avoit
reçûs fur le Théatre , durant une longue
fuite de repreſentations , s'étoient fait entendre
jufques dans nos contrées , & je ne
me ferois pas confolé de me voir par ma
fituation , privé du plaifir d'entendre une
piece que le fuccès rendoit fi fameufe , fi
je n'avois efperé que l'impreffion fuppléroit
pour nous en quelque forte à ce que
notre éloignement nous faifoit perdre du
côté de la reprefentation . Heureuſement
notre efperance n'a pas été vaine ; & comme
je fuis affez bien fervi par rapport aux
*
DE JANVIER. 87
nouveautez qui fortent de Paris , je n'ay
pas attendu long- temps après celle - cy. Je
l'ay reçue avec tranfport , & je l'ay lue
avec empreffement. La reputation de la
piece , & l'idée que je m'en étois faite ,
me foutinrent dans la premiere lecture ; ce
ne fut pas la même chofe dans la feconde ;
j'y trouvai du déchet. L'ayant voulu relire
le lendemain , je me furpris moi- même
baillant ; je m'en fçûs mauvais gré , & je
me dis , fauf reſpect , je fuis un grand animal
de bâiller à la lecture d'une piece qui a
charmé toutParis:car je ne pouvois pas douter
d'un fuccès que je trouvois autentiquement
attefté par l'Auteur même de la Préface
, où il le croit obligé à quelque forte de
reconnoiffance envers le Public , fur une
Comedie qu'il a fi extrordinairement favorifée.
Je me donnai bien de garde de me
laiffer penétrer fur cela , aux beaux efprits
mes compatriotes , qui m'auroient unanimement
fiftlé fur mon mauvais goût : car
vous ne fçauriez croire , Monfieur , jufqu'où
va la déference qu'on a en Province
pour les decifions de Paris . Une piece y a
été bien reçûë ? elle eft donc bonne. Une
autre n'a pas été goûtée ? elle ne vaut donc
rien. Voilà les regles de notre Logique ,
elle ne va pas plus loin. Momus Fabulifte
a donc été reçû ici avec les mêmes applau
diffemens qu'il avoit eûs dans la Capitale.
B8
LE MERCURE
;
On l'a lue publiquement en plufieurs com-.
pagnies ; chacun fe récrioit aux beaux endroits
; je me fuis récrié moy même : mais
* avec vous , Monfieur , j'en uferay plus fincerement.
Le Mercure eft toûjours difcret
& quand il le feroit moins qu'il ne l'eft ,
comme vous ne me connoiffez pas , & que
je n'ay nulle envie de me faire connoître ,
je ne rifque rien à vous faire part de mes
remarques , & de mes reflexions , dont
vous ferez tel ufage qu'il vous plaira , foit
pour leur donner place dans votre Livre ,
fi vous les en jugez dignes , foit pour les
mettre au rebut , fi vous ne les trouvez
pas d'alloy ; du moins je me ferai fatisfait ;
car je n'y puis plus tenir , il faut que je
m'explique , ou je diray comme Pafquin ,
à qui on avoit mis un bâillon : io crepo.
Je ne fuis pas 'du nombre de ceux que
M. Fuzelier accufe de juger d'une piece
par le nom de l'Auteur. Si je jugeois de
la fienne par cet endroit , je porterois un
jugement bien plus avantageux que je ne
fais . Je ne connois point M. Fuzelier par
lui-même , mais je le connois fort par fes
ouvrages , c'est- à -dire , par
differentes petites
pieces detachées qui font venuës jufqu'à
nous en Province , & qui m'ont paru
d'un fort bon goût , on y trouve de l'efprit
, de l'imagination , de la fécondité ,
de la delicateffe & du naturel , c'eſt- à- dire ,
que
DE JANVIER
1
89
ay
que je le regarde fort au deffus de fon
Momus Fabulifte , que j'enviſage feul ; &
indépendamment de l'Auteur , dans l'examen
critique que je vais en faire , & que je
feray fans partialité & fans paffion. Ce leroit
dommage qu'un génie auffi facile s'endormit
fur le fuccès de fa Comedie . Rien
n'eft fi équivoque en certaines occafions
que le faccès d'une piece . Il y a des fuccès
qu'on doit à la brigue & à la protection ;
il y en a qu'on doit à la fatyre , & il y en
a qu'on doit à la conjoncture , foit des .
temps , foit des lieux , foit des chofes. Le
fuccès de Momus Fabulifte me paroît être
de cette troifiéme efpece , & tenir même
quelque chofe de la feconde . On étoit
dans le goût des Fables . Les nouvelles Fables
qui venoient de paroître , avoient reveillé
fur ce genre de Poëfie l'attention du
Public ; on annonce fur cela Momus Fabuliſte
, voilà ce qui s'appelle une fituation.
Sur l'etiquete feule , on y courts on y
croit trouver le Phenomene potager , le
Greffier folaire , & autres termes des Fables
nouvelles malignement mifes en oeuvre .
Voilà le fel de la fatyre ; il n'en faut pas
davantage pour amorcer le Public. Il vient
en foule , il applaudit ; mais fi dans un
an , que le goût des Fables fera apparemment
furanné , on lui redonnoit Momus
Fabulite , je fuis perfuadé que ce même
H
90 LE MERCURE
Public qui l'a couru cet hyver , le fiffleroit
l'hyver prochain. La conjoncture ne
feroit plus la même , & la fatyre feroit
ufée. Que vous ôtiez à Momus Fabulifte
ces deux appuis , & que vous le reduifiez
à lui-même , il faut qu'il tombe neceſſairement.
Vous demanderez pourquoy ? en
voici la raiſon ; c'eft que dans cette piece
on ne vous donne rien de ce qu'on nous
promet ; on nous promet une Comedie ;
& cette Comedie pretenduë n'eft rien
moins qu'une Comedie ; Momus Fabulifte
nous promet des Fables , & fes Fables ne
font point du tout des Fables , au moins
pour la plupart. Voilà , Monfieur , ce que
je me fais fort de vous rendre fenfible , en
vous développant la piece.
En effet , de quoi s'agit-il ? de Venus qui
eft à marier , & à laquelle tous les Dieux
prétendent de maniere ou d'autre ; à com
mencer par Jupiter , comme il ne peutl'époufer
, parce qu'apparemment la Poli
gamie eft un cas pendable auffi bien chez
les Dieux que chez les hommes bien policcz
, il feroit bien aiſe qu'elle reſtât fille ,
fans s'éloigner d'auprès de lui ; mais fi
l'ordre du Deſtin veut abſolument qu'elle
fe marie il s'arrange pour lui faire époufer
fon fils . Voilà le projet de Jupiter ;
voilà la fin où doit tendre cette Comedie ,
où doit aboutir le dénouement. Il abou
DE JANVIER.
tit là en effet , car la piece finit par le mariage
de Venus & de Vulcain que la Déeffe
prefere à tous les rivaux. Mais , quoique
la piece aboutiſſe là , elle eſt neanmoins
fans dénouëment , & il ne peut même y
en avoir , puifqu'il n'y a point de noeud.
Le commencement & la fin de la piece
fe répondent en quelque chofe , puifque
Venus époufe Vulcain , & que c'étoit ce
que Jupiter s'étoit propofé ; mais nous ne
voyons rien qui lie ce commencement à
la fin ; nous ne voyons point d'intrigue
formée , pour ménager cet évenement &
amener Venus au but que Jupiter fe propofoit.
Il est bien vrai que ce grand Jupiter
, qui jouë ici le perſonnage d'un vrai
Jocriffe , dit dès la premiere fcene , qu'il
s'arrange pour faire époufer Vulcain à Venus
; mais on ne voit point dans le refte
de la piece comment il s'arrange pour y
arriver , ni en quoi confifte ce prétendu .
arrangement. S'il avoit pris des mefures
pour empêcher le Deftin de fe méler de
Paffaire , ou pour l'engager à le laiffer en
qualité de Souverain des Dieux , arbitre du
fort de Venus , il y auroit là quelque forte
d'arrangement ; mais le bon Jupiter ne
porte pas fes vies fi loin . Le Deftin le mande
pour lui donner les ordres ; il s'arrange ;
il va le recevoir en toute humilité. Il apprend
que le Deftin laiffe à Venus la liberté.
Hij
92 LE MERCURE
du choix pour fe donner un mari . Venus
ne dépend donc plus que d'elle- même ;
voilà matiere à un nouvel arrangement.
Il ne s'agit que de gagner Venus ; & de la
degoûter des autres Dieux , pour la porter
à le déterminer en faveur de Vulcain. Que
fait pour cela Jupiter ? luy, parle- t- il fur
ce ton ? ou lui fait- il parler par quelqu'un ?
rien moins. S'il s'étoit intrigué pour infpirer
à Venus de mauvaiſes préventions contre
les autres Dieux , qu'il eût trouvé moyen
de les commettre enfemble , & à les engager
de fe décrier les uns les autres auprés
d'elle , qu'il lui cût fait infinuer adroitement
que le fejour de la Mer étoit trop
trifte pour
elle ; que Mars n'avoit pas l'air
d'être un mari commode , qu'Apollon n'étoit
qu'un Pedant , que Plutus avec toutes
fes richeffes étoit toûjours enfeveli dans un
fond de melancolie dont l'enjoüement de
la Déeffe ne s'accommoderoit pas , & que
Mercure enfin étoit trop rufe , & en fçayoit
trop long pour une femme qui étoit
bien aife d'avoir les coudées franches ; &
qu'aprés cela , il eût produit Vulcain comme
un bon Garçon qui n'avoit point de
malice , qui étoit d'humeur pacifique , &
qui vivoit bien avec tout le monde , on
pouroit dire alors que ce ne feroit pas en
vain que Jupiter fe feroit arangé , pour engager
Venus à préferer Vulcain aux autres
DE JANVIER. 93
Dieux dans le choix d'un mari. Mais Jupiter
ne fait rien de tout cela : à quoi donc
va fon arangement ? à affembler les Dieux ,
à leur fignifier l'ordre du Deftin ; il le déclare
à Vénus même. Allons , dit il , aimable
Venus ; nè balancez pas davantage ,
choififfez un mari & une demeure ; & il en
refte là fans pouffer l'arangement plus loin.
Sur quoi il faut lui rendre cette juſtice ,
qu'on ne peut pas executer les ordres du
Deftin avec moins de partialité qu'il le fait.
Un autre à fa place auroit pu en fignifiant
ces ordres , y mêler quelques reflexions
adroites fur l'importance dont il étoit pour
Venus de choifir un mari fortable à fes
manieres & à fon humeur , & qui fut d'un
caractere à ne fe pas effaroucher mal à propos
: mais l'arangement de Jupiter ne va
pas jufqués là ; il fe tient renfermé dans
une neutralité parfaite , il eft vrai qu'il n'a
pas lieu de s'en repentir , & que Venus
choifit Vulcain comme il le fouhaitoit ; mais
il n'en a l'obligation qu'au bon efprit & à
la politique de la Déeffe coquette , & non
aux arangemens qu'il auroit pu prendre,
pour l'amener là , & qu'il n'a pas pris.
Voilà comment Jupiter s'arange : s'il n'en
fçait pas plus long dans les autres arangemens
qu'il prend , c'eft un pauvre Sire.
Il paroît donc que les parties de cette
prétendue Comedie n'ont nulle fiaifon en94
LE MERCURE
1
.
tre elle , qu'elle eft fans noeud & fans dénouement
, que l'évenement qui la termine
dans la vingtiéme Scene , n'eft point l'effet
d'une intrigue qui l'ait préparé ; que tout
ce qui a précedé jufques là , n'a contribué
en rien à déterminer Venus au choix qu'elle
fait qu'elle choifit Vulcain par principe
de coqueterie , qu'elle l'auroit choifi également
, quand les Dieux & les Déeffes qui
ont occupé le Theatre durant la piece , n'auroient
point parlé ; que les Scenes qui la
compofent , font pour la plupart fi independantes
les unes des autres , qu'on pouroit les
difpofer au hazard , fans que la Piece en
fouffrit ; n'y ayant point de raiſon qui oblige
Neptune & Mercure à paroître fur le
Theatre avant Plutus & Apollon , ou avant.
Junon & Venus ; c'eft à dire qu'il refulte
de tout cecy que cette Comedie n'eft point
une Comedie . Qu'est ce donc ? C'est une
fuite de Dialogues dans le goût de Lucien
qu'on a mis les uns aprés les autres , en
faifant dire à Jupiter dans le premier Dialogue,
qu'il s'arrange pour faire épouferVulcain
à Venus , & en faifant qu'elle l'époufeen
effet dans le dernier , fans que tout ce
qui fe dit entre deux , contribue en rien
à l'évenement . Si une Piece de cette nature
eft une Comedie , les Comediens pouront
, quand il leur plaira , nous reciter les
Dialogues de Lucien , fans qu'il leur en
DE JANVIER. 956
coûte autre choſe que de donner un mariage
au bout .
·
On me dira que dans ces fortes de
Pieces d'un Acte fimple , on ne doit pas
exiger tant de regularité. Aufli ne demande
t'on pas que tout y foit compaffé
avec la même exactitude , que dans .
une Piece complette & de cinq Actes ; mais
du moins , faut- il qu'une Comedie ſoit une
Comedie ; qu'elle ait un but , qu'il y ait
une intrigue & un dénoücment ; tout cela
fe trouve dans les plus petites Pieces de Moliere
, & devroit le trouver dans celle cy ,
puifqu'on nous la donne pour Comedie ;
& dés que ces parties effentielles ne s'y
rencontrent pas , je croi être en droit de
dire que ce n'eft pas une Comedie.
Il paroît que le Public a fait fur , cela
grace à l'Auteur avec un peu trop d'indulgence
; qu'on s'eft plus attaché à Momus
Fabulifte & Cauftique , qu'aux nôces
de Vulcain : mais Momus Fabuliſte n'eft
pas plus Comedie que le refte. On lui interdit
la raillerie dés les premieres Scenes ,
on ne lui rend pas fur cela la liberté dans la
derniere
. Quoi qu'il
ait la place d'honneur
dans les deux titres qu'on donne à
cette prétendue Comedie , il n'y elt cependant
qu'en fecond. Jupiter fe fâche
de quelques petits traits de raillerie
que lui lance Momus. Il la lui in96
LE MERCURE
vent ,
terdit pour tout ce jour- là. Momus. fur
cette défenſe s'avife de fe fervir du voile de
la Fable , pour infinuer des veritez qu'il
n'oſe plus dite ouvertement ; & afin d'exercer
fon talent , il va attendre au paffage
les Dieux fes Confreres , fur le chemin du
Temple du Deftin , où à mesure qu'ils arriil
dit à chacun fa Fable ; je ne vois
pas qu'il y ait beaucoup d'art ni d'inven ·
tion dans cette difpofition ; cela paroît bien
uni , & je crois qu'on auroit pû imaginer
quelque chofe de plus naturel & de plus
vrai-femblable , pour occafionner la rencontre
du Momus avec tous ces Dieux &
ces Déeffes , qu'il femble qu'on n'amene
là l'un après l'autre que pour en avoir des
nazardes. Je ne trouve pas d'ailleurs que
leurs caracteres pour la plupart foient affez
mefurez ; & pour commencer par Jupiter ,
qui eft lepremier & le fouverain des Dieux,
il est un peu trop de mauvaiſe humeur , &
il fe fâche contre Momus affez à contretemps.
Car fur quoi le fâche-t-il ? fur ce
qu'ayant dit qu'il aimeroit mieux que la
Déeffe reftat fille : Momus répond , refter
fille & eftre maîtreſſe de Jupiter ! Pourquoi
s'aigrit -il plus de ce trait que de plufieurs
autres du moins auffi piquants que Momus
lui avoit déja fait effuyer dans la mê ne
fcene, & qu'il avoit avalez fort doucement ?
Momus le raille fur le joug d'un mariage
d'une
DE JANVIER . $7
d'une éternité , & appelle cela ingenieulement
lesgaleres perpetuelles ; il lui demande
s'il ne vient point plaider en feparation devant
le Deftin ; il lui dit tout net qu'à la formalité
prés , la pauvre Junon est trés repudiée
; Et fur ce que Jupiter lui fait enten .
dre que s'il faut abfolument que la Deeffe
fe marie , il s'arrange pour lui faire époufer
Vulcain ; Momus fe recrie , oh le fage
arrangement ! on vous y reconnoît. Jupiter
écoute tout cela avec toute la debonaireté
poffible , il ne fe fâche que lorfque Momus
dit , refterfille & Maitreffe de Jupiter ! qui
n'eft proprement que l'explication de ce
qu'il venoit de lui dire d'une maniere moins
groffiere, & par confequent plus picquante
dans le fage arrangement , fur lequel il s'étoit
recrié: mais enfin , Jupiter eft à bout;
ce trait le déconcerte , & il s'en trouve ſi
picqué , qu'il déclare à Momus qu'il eſt
furieufement las de fes plaifanteries.En verité
le bon Jupiter ne fe connoît gueres en plaifanteries
. Le fage arrangement que Momus
venoit de relever , en étoit une ; Jupiter
ne s'en choque point ; refter fille être
Maitreffe de Jupiter ! étoit dans la bouche
de Momus une groffiereté plûtôt qu'une
raillerie fine. Jupiter s'en offenfe. Il commence
à s'appercevoir que Momus le turlupine
depuis une infinité de fiecles ; & il
ne veut plus être turlupiné. Il devoit ,
I
ce
98 LE MERCURE
me femble , y être fait , on n'attend pas
fi tard à s'en choquer ; mais enfin , il perd
patience aprés tant de fiecles & moi ,
Monfieur , je la pers auffi , lors que j'entens
raifonner d'une maniere fi indigne de
la Majefté de ce Souverain des Dieux , qui
en fronçant feulement les fourcils fait
trembler le Ciel & la Terre.
"
>
Mais , me dira-t-on , ce qui le rend de
plus mauvaiſe humeur dans cette rencontre
, n'eft pas tant ce que lui dit Momus ,
que la conjoncture où il le lui dit. Jupiter
eft amoureux de Venus , & dans l'impof
fibilité où il fe voit de l'époufer fon
amour fe tourne en chagrin , & le rend plus
aifé à choquer ; à la bonne heure : j'aurois
donc voulu que la querelle qu'il fait à
Momus , fut un effet de ſa paſſion ; & pour
cela , j'aurois fuppofé que Momus ayant
lâché quelque trait malin contre cetté
Déeffe , elle en fait fes plaintes à Jupiter ,
celui- ci amoureux au point qu'il l'étoit ,
auroit été en droit de prendre feu là - deffus ,
& d'interdire à Momus une liberté dont
il auroit abufé à l'égard d'une Décffe qui
étoit fi chere au Souverain des Dieux. Jupiter
pouvoit ouvrir le Theatre en fulminant
contre Momus , en difant qu'il ne l'a
fouffert , tant qu'il ne s'eft attaqué qu'à lui ;
mais qu'ayant l'audace de s'attaquer à Ve- *
nus même , qui lui en a fait fes plaintes , &z
DE JANVIER. 99
pour qui il n'ignore pas les égards qu'il veut
qu'on ait , il ne laiffera pas l'offenfe impunie
, & fur cela ordonner à Mercure de le
faire venir ; il me paroît qu'en prenant ce
l'interdiction de Momus feroit bien
mieux fondée dans la piece , où l'on ne voit
point pourquoi Jupiter s'avife de s'offenſer
d'une liberté à laquelle Momus avoit depuis
une infinité de fiecles pris ſoin de l'y
accoûtumer. Le debut vaudroit mieux , ce
me femble , que le perfonnage de Benest que
Pon fait faire à Jupiter , en lui faiſant crier
à deux repriſes , ô Junon ! ô Venus ! pour
nous dire pourquoi fuis je marié avec la
premiere , & hors d'état d'époufer la feconde
! Mais laiffons- là le pauvre Jupiter ;
c'eft bien le plus Dadais de tous les Dieux
qu'on introduit dans cette Piece.
Quant à Neptune , Monfieur fon frere ,
s'il n'eft pas tout- à - fait fi fot que fon aîné ,
il ne lui en doit de gueres , & foutient affez
dignement le ftile de la famille , lorfqu'il
trouve à redire que Jupiter faffe mauvais
ménage avec ſa femme , & galantiſe Venus,
qui doit eftre la mienne , dit - il , felon les
apparences , & cela fondé fur certains égards
qu'elle a pour lui. Il ne s'explique pas davantage
; car les Dieux marins font diſcrets,
¿ il feroit joly que le Dieu des Poiffons ne
Seut pas le taire. Mercure voudroit le piquer
pourle faire jafer ; mais à qui fe jouë-
I jj
80015
160 LE MERCURE
t-il ? ahlah ! vous voulez me tirer les vers du
nez ; vous êtes un fripon , mon neven . Cela
eft bien vrai pour le neveu & toute l'antiquité
en convient ; mais il me femble que ce
n'étoit pas à l'oncle à nous l'apprendre ; &
que quand il auroit un peu plus fardé les
neveux , il n'y auroit rien eu en cela contre
la bienfeance . A l'égard de celui- cy ,
je m'en tiens à ce qu'en dit Neptune , &
je n'ay rien à ajouter à ce portrait que
l'oncle fait du neveu ; fi ce n'eſt que tout
fripon & fourbe fieffé qu'on nous le reprefente
, on ne lui donne pas un caractere de
friponrerie auffi fin & auffi delié qu'il convient
à Mercure .
A ces deux Meffieurs , fuccedent Plutus
& Vulcain , qui entrent tous deux fur la
fcene , non que l'ordre de la Piece l'exige
ainfi , mais parce qu'il l'a plu de la forte
à l'Auteur, uniquement de fa pure grace
& de fon bon plaifir. Ils debutent d'abord
par fe reprocher leurs defauts naturels ,
fur ce que l'un eft aveugle , & que l'autre
boite. Cela eft paffablement groffier , &
convient à peu près à l'un & à l'autre. Je
youdrois feulement qu'on eût foutenu ce
caractere dans Vulcain , & qu'on n'eût paş
mis dans la bouche d'un Forgeron qui a
Ja phifionomie affez épaiffe , des traits de
fatyre auffi ingenieux que ceux qu'on lui
prête , comme quand Plutus dit qu'il eſt
DE JANVIER.
Tot
affiegé de toutes les belles , Vulcain ajoûte ,
quifçavent l'arithmetique . Quand le premier
dit que fon porte- feüille vaut mieux
que celui d'Appollon ; l'autre remarque
qu'en difant cela , il ne couche pas gross
& qu'il lui dit un moment après , on voit
bien que l'efprit vous coûte , & que vous ne
le prodiguez pas. Je ne me ferois pas attendu
, je vous l'avoue , à trouver tant d'efprit
dans Vulcain ; auffi femble- t - il qu'il
en ait honte ; & c'eft pour rentrer dans
fon naturel , que lorfque Momus lui pro
pofe une Fable , il commence à fe défier
de fa pénétration , & le prie que cela foit
intelligible.
Pour Mars , qui paroît enfuite couplé
avec Apollon , je n'ay rien à en dire , &
il foutient affez bien fon caractere de petit
Maître. Dès qu'on en veut faire un petit
Maître , il eft tel qu'il doit être , mais je
ne fçai s'il étoit à propos qu'on lui donnât
ce caractere ; fon Antagoniſte peut auffi
paffer abfolument ; mais quand on lui auroit
donné un peu plus d'efprit & de delicateffe
, cela n'auroit rien gâté , & j'ay
peine à digerer que le Dieu des beaux efprits
dife des chofes moins fpirituelles &
moins brillantes , que celles qu'on fait dire
à Vulcain. Que dirons- nous de la mere
de celui- ci , la Dame Junon , & de la belle
Venus ? la premiere eft une prude acariâtre,
1- iij
102 LE MERCURE
à qui je voudrois qu'on eût donné dans fa
pruderie un peu plus de dignité ? car dans
la feverité de fa vertu , elle le prend fur
un ton qui conviendroit mieux dans les
Halles que dans l'Olympe .
Pour Venus , c'est une coquette tirant
un peu fur la Pimpefouée. Je lui voudrois.
quelque chofe de plus vif & de plus picquant
dans fon caractere. Il faut que fes
charmes pour lefquels on voit tous les Dieux
unanimement foupirer , fe reduifent à fa
feule beauté : car , dans le reste de fa Perfonne
, je ne vois rien qui doive caufer
rant de fracas ; ce qu'elle dit , & la maniere
dont elle le dit , tient quelque chofe
d'une certaine langueur indolente & minaudiere
, qui affadit à la langue.
J'oubliois prefque la jeune Æglé , & il
n'y auroit pas eu grand mal , fans la fable
de la Dragée qu'elle occafione ; car on
ne voit pas pourquoi elle paroît ici plùtôt
qu'Hebé la Maîtreffe mais , comme
le refte des Perſonnages n'eft gueres plus
effentiel à la Piece que le fien, il ne faut pas
lui faire un procés là deffus ; je ne ditay
rien de fon caractere ; cette Nimphe et
fi peu connue , qu'on a pû nous la dépeindre
comme on a voulu mais il faut
admirer ici l'adreffe de l'Auteur , qui , pour
amener cette Scene , fait reprocher à Venus
par Junon dans la Scene précedente , qu'el
:
DE JANVIER 103
le avoit furpris , la veille , cette Déeffe avec
Zephire dans un cabinet de verdure ; car,
comme Zephire étoit amant d'Æglé , cela
lui donne lieu d'entrer fur la Scene pour fe
plaindre à Momus de l'inconftance de ce
petit Volage.
Il me reste à parler de Momus que j'ay
refervé pour le dernier , comme le plus important
Perfonnage & le Heros de la Piece
, dont on peut dire qu'il eft en même
temps le bel efprit. Auffi lui en donnet'on
plus qu'à un autre ; il glofe , il pointille
fur tout , & ne perd point d'occafion
de briller ; mais je ne fçai fi on ne peutroit
pas l'accufer quelquefois de ne faire
que la moitié de fa befogne. Comme il domine
dans toute la Piece , & qu'il y tient
le Dé à tout venant ; il feroit long d'examiner
en détail tout ce qu'il dit , ce n'eft
pas même dequoi il eft ici queftion . Son
principal caractere eft de faire des Fables ;
il s'agit de Momus Fabulifte. Si les Fables
font bonnes , il n'y a rien à lui dire ; fi
elles ne font pas dans les regles , il pêche
dans le point le plus effentiel ; c'eſt donc à
quoi il faut nous reduire , & ce que nous
avons à examiner.
Quand Momus ne nous apprendroit pas,
comme il fait , qu'il n'eft qu'un Fabu.ifte
de hazard ( p 16 ) & que les Fables qu'il
donne ici , ne font que fon coup d'effai ,
I iiij.
104 LE MERCURE
on s'en feroit bien apperçû , & il n'y a rien
qui n'y paroiffe . Apollon lui avoit prédit
que fi jamais il les faifoit imprimer , il feroit
bien houfpillé ( p. 37 ) La prédiction
d'un Dieu dont les Oracles ont eu autrefois
tant de vogue , devoit ce femble , le
tenir en refpect , & le faire aller bride
en main pour l'impreffion : cependant elles
paroiffent. Et , comme toute la grace qu'il
a demandée eft qu'on ne fifle point ſes Fables
qu'elles ne foient imprimées ; il ne peut
point trouver mauvais à prefent qu'elles
le font , qu'on prene la liberté de dire fon
avis .
S'il étoit auffi aifé de faire de bonnes
Fables , que de dire , inventons des Fables,
devenons Fabulifte ( p . 8 ) , on pouroit en
quelque forte excufer Momus d'avoir hazarde
les fienes ; mais il devoit fçavoir lui,
qui eft fi alerte à relever ce qu'il croit ridicule
en autrui , qu'on donne foi-méme
dans le ridicule , quand on veut fe mêler
d'un metier qu'on n'entend pas ; & il n'eft
pas difficile de montrer que Momus n'entend
rien à celui de Fabulifte . Je ne ferai
point pour cela de longue differtation ; car
je ne prétends point, non plus que l'Auteur
de la Piece , m'ériger en faiſeur de diſcours .
Je n'avancerai que des principes trés- fimples
, & des regles trés- connues , fur lefquelles
le Public poura juger fi les Fables
DE JANVIER. 105
que
Momus nous donne , le mettoient en
droit de s'ériger en faiſeur de Fables .
Ceux qui s'imaginent que ce qu'on ap
pelle Fable , confiite à faire raiſonner enfemble
des animaux , & que , pourvu que
l'on mette fur la Scene un Loup & un Renard
, ún Chat & un Singe , on a fait une
Fable, font bien loin de compte. La Fable eft
une forte de fimilitude & de comparaiſon,
ou par ce qu'on fait faire , ou dire à des
animaux , & qu'on a lieu de préfumer qu'ils
feroient & qu'ils diroient en certaines conjonctures
, s'ils avoient l'ufage de la raiſon
& de la parole ; on apprend à l'homme
ce qu'il doit penſer & faire dans des rencontres
femblables. Or qui dit comparaifon
, dit deux chofes , qui , quoique differentes
entre elles , ont neanmoins un
rapport de convenances qui les unit
dans un point. Qu'eft ce que la Fable
de la Cigale , qui aprés s'être amusée
à chanter tout PEté , au lieu de préparer
des proviſions pour l'Hyver , eft rebutée
de la Fourmi , lorfqu'elle va chez elle
crier famine ? C'eft une fimilitude qui nous
apprend que quand , au lieu de travailler
dans fa jeuneffe , on n'a fongé qu'à fes plai
firs , on eft en danger de mourir de faim
dans fa vieilleffe . La Cigale repreſente
l'homme qui s'amufe à la bagatelle , &
PEté marque le temps de la jeuneffe , com
106 LE MERCURE
n'eft
me l'hyver celui de la vieilleffe . De forte que
c'eft comme fi on difoit ; de même que la
Cigale qui ne s'amufe qu'à chanter durant
l'Eté , court rifque de mourir de faim l’Hyver
, de même l'homme qui ne fonge qu'au
plaifir durant l'Eté de fon âge , fe trouve-
La miferable quand il viendra fur le déclin.
Toute Fable qui ne peut pas fe reduire à
une comparaison de cette nature
point une Fable. Il faut donc que la chofe
que l'on compare , foit differente de celle
à laquelle on la compare , & ce n'est plus
comparaiſon , fi on la compare à elle- mêine.
Que doit-on penfer fur ce pied là de
la Fable du Saumon Tuteur ? je n'examine
point ici fi le Saumon eft bien apparié
avec l'Anguille legere , & fi le Loup Marin
qui le dit Procureur des Poiffons , eft
fondé en bonne procuration , pour figurer
là plûtôt que tout autre Poiffon d'une ef
pece plus connue ; c'eft une attention que
ne doit pas negliger un Fabulifte qui ne
fçauroit prêter trop de vraifemblance à la
fiction. Je m'arrête feulement à ce qui
rouche la comparaifon.
Neptune prétend être en droit d'efperer
que Venus lui donnera la préference fur fes
Rivaux , parce qu'il eft fon Tuteur ; & Momus
pour lui faire fentir qu'il fe trompe ,
Lui recite fa Fable du Saumon Tuteur : Neptune
trouve la Fable fort, impertinente (P
DE JANVIER 107
•
3
13 ) & il n'a pas tort. Car , comme le
nom de Neptune & celui de Saumon , ne
font rien à l'affaire , c'est à peu prés, comme
s'il lui difoit ;, de même qu'un Tuteur n'eft
pas toûjours aimé de fa Pupille , de même
il n'eſt pas fûr que pour être Tuteur
de Venus , votre Pupille vous prefere aux
autres ; ce qui eft , comparer les droits.
d'un Tuteur aux droits d'un Tuteur , c'eft
à dire , comparer une chofe à elle- même :
car , que ce Tuteur foit Dieu , ou qu'il
foit Poiffon , cette alternative ne change
rien aux choles , puifque ce n'eft que fur
la qualité de Tuteur , commune à l'un & à
l'autre , que tombe la comparaiſon & par
confequent la Fable. Voilà une forte de défauts
fur un point effentiel & capital qu'on
ne trouvera pas dans les Fables de M. de
lá Motte , malgré tout le mal qu'en dit Momus.
Je ne prétends point faire l'apologie
des Fables nouvelles , mais il me paroît
que le Dieu Fabulifte auroit grand befoin
d'aller quelque temps à l'école de l'Academicien
, tant pour ce qui regarde l'inven--
tion , que pour les autres parties qui entrent
dans une Fable. Un autre que
auroit imaginé une Fable où il fe fut contenté
de montrer en general que l'amour
ne fe regle pas fur les obligations & fur
les devoirs , d'où il auroit été ailé de con
clure que les obligations qu'un Pupille peut
lui
108 LE MERCURE
avoir pour fon Tuteur > ne font pas un
droit pour en être aimé. C'eſt ce qu'on au
roit pu faire entendre à Neptune d'une maniere
délicate , & dont il n'auroit pû fe
choquer au lieu que Momus lui dit lạ
choſe fi cruement , & avec fi peu de ménagement,
dans fa Fable prétenduë , qu'autant
vaudroit-il qu'il parlât dans fon naturel
, puifque la Fable, qu'il employe ,
n'eft rien moins qu'un voile qui ferve à
déguifer ce qu'il veut dire : Voilà ce qu'on
peut appeller juftement des Satires àl'eau
de vie ( p. 21. ) Si ce nouveau Fabuliſte
en fait louvent de cette tournure là , je ne
lui, confeille pas de les faire imprimer ( P.
5o. ) Mais , comme il dit , on aura peutêtre
de l'indulgence pour fon coup d'effay
( p . 62. ) C'eſt ſa premiere Fable ; & il
n'en eft qu'à fon apprentiffage . Les Animaux
polis , Fable employée dans la Préface
, péchent encore par le même endroit,
auffi-bien qu'une partie de la Piece , comme
il fera aifé de le voir à quiconque les
examinera de' prés.
Pour le Singe dépouillé , qui tient auſſi
du même defaut , il péche de plus du côté
de la juſteffe , ce qui rend fa comparaifon
fauffe. Momus , pour faire entendre à
Plutus qu'il ne doit pas compter fur l'appas
de fes richeffes pour réuffir auprés de Venus
, lui allegue la Fable du Singe thefan
DE JANVIER. 109
rifeur , qui recherché & courtiſé tant qu'il
fut riche , fe vit abandonné & méprifé
dès qu'il eut perdu fes trefors. La Fable
çût été juſte , & la comparaiſon bonne , ſi
- Plutus eût couru rifque de perdre les fiens
de même que le Singe ; mais comme il
ne peut perdre fes richeffes qui font attachées
à la divinité fa , comme fon appanage,
la Fable ne prouve rien contre lui , & il
auroit pû répondre à Momus , tu ne dis
rien qui vaille , mon ami ; car , fi je plais
à venus , tant que j'auray des trefors , je
fuis fûr de lui plaire toûjours. Tant que le
singe fut riche , on l'accabla , felon toy ,
de prefens & de careffes , les belles fonpiroient
pourluy ou ppoouurr les beaux yeux defa
Caffette ; mais enfin que la Caſſette en fut
le motif, c'étoit toûjours à lui qu'alloient
Les foupirs ; ainfi ta Fable prouve que j'ay
tout à efperer.de Venus. Voilà comme le
Dieu des richeſſes auroit pû prouver à
Momus , non pas que fon cheval , comme
dit le Proverbe , mais que fon Singe n'étoit
qu'une bête ; mais le bon Plutus eft
gros Caiffier , dont la penetration ne va
pas jufques là.
La Fable du Lion petit Maître , renferme
de même un autre defaut de jufteffe
qui n'eft pas moins reprehenfible. Mars
fe vante que tout le monde le lonë , & qu'on
Se relaye pour l'admirer ( p. 30 ) Momus
710
LE MERCURE
pour lui faire entendre que c'eft moins à
la fincerité qu'il doit ces demonftrations
d'eftime & ces louanges , qu'à la crainte
que fa force imprime , introduit un Lion
petit Maître. Pour le Lion , paffe , le per-
Tonnage convenoit ; mais pour le petit
Maître il n'y vient pas , un petit Maître
n'eft pas fait pour être craint , on rit de
fes façons & de fes airs ; mais fa griffe ne
fait peur à perfonne : pourquoi donc faire
de ce Lion un petit Maître ? on a cru qu'il
en reviendroit du relief à la Fable ; mais
en voulant lui en donner , on l'a gâtée.
,
La Poule prude feroit de mile , fi un
Cocq le contentoit d'une Poule pour femmais
comme la loy contre la Polygamie
, n'eft pas faite pour les Cocqs , &
qu'on n'en met qu'un pour plufieurs Poules
, il a droit de les fervir toutes , fans
pouvoir être accufé d'aller au change. Je
ne fçais pas d'où vient que l'Auteur ayant
une Fable à faire fur une Prude , va choifir
precifément l'efpece de tous les animaux qui
eft le moins en droit d'exiger que fon måle
garde la fidelité conjugale
ne fçai ſi c'eſt ma faute , mais je n'ai
point compris la fin de la Fable de Pot felé.
Si Momus eft un Fabulifte tiré au clair
(p. 22 ) comme il s'en vante , ce n'eft pas
du moins dans cette Fable qui eft des plus
obfcures ; auffi ne l'avoit- il pas encore faite,
DE JANVIER.
lorfqu'il le fatte dans le même endroit
qu'il n'aura jamais l'affront d'être commenté-;
mais c'eft un affront d'avoir befoin d'un
Commentaire pour être entendu , & le be-
Loin paroît ici tout viſible.
Je n'entreray pas dans un plus grand
détail fur les Fables , ſoit de la Preface
foit de la Piece , it fuffit de dire qu'à
celle de la Dragée près , qui eft fort ingenieufe
& fort jolie ; toutes les autres , pour
la plupart , péchent par quelque endroit
effentiel , & qu'à prendre les chofes exacte
ment, ce ne font pas des Fables. On s'ap
perçoit affez que Momus fait tout ce
qu'il peut pour pouvoir égaïer fes Fables, &
leur donner quelque chofe de cet enjouëment
qui charme dans celles de la Fontaine ;
mais le pauvre garçon n'y entend rien , &
le Dieu des bons mots n'eſt rien moins dans
cette Piece , que ce qu'il devroit être. La
Fontaine pouroit dire ici de Momus , ce
que le Singe dit du Leopard , dans la Fable
de ces deux animaux,
Cette diverfité dont on vous parle tant ,
Mon voifin Leopard l'a ſur ſoyſeulement ;
Moy, je l'ay dans l'efprit:
C'est-à- dire que l'enjouement de la Fontaine
eft dans la naïveté de la narration ,
& que celui de Momus ne confifte que
dans la recherche de certaines expreflions
I 1.2 LE MERCURE
détournées , qu'il a voulu tranfplanter du
Theatre des Danfeurs de corde à celui de
la Comedie . De là viennent toutes ces gentilleffes
qu'il debite tout à la franquette ,
un attrait poftiche , des Iris guenons . Le
Termometre de la finance , c'eſt par où il
defigne l'infolence ; le Cheval qui vit en
homme , pour dire qui dans fes amours étoit
inconftant & volage , comme les hommes ;
Soupirer à l'uniffon , un cercle chien , & autres
expreffions femblables , qui n'ont rien
à reprocher au Phenomene potager , & au
Greffier folaire . Que fi après avoir examiné
fes Fables pour le fond & pour la tournure
, on vient à les examiner encore du
côté de la verfification , on y trouvera
beaucoup de negligence pour le ftile , fouvent
lâche , & plein de vers plutôt jettez ,
que maniez avec art. De forte que fi l'Auteur
ne les avoit avoüez dans la Preface ,
j'aurois prefque été tenté d'être du fentiinent
de ces Differtateurs , c'est le nom
dont il fe fert , qui ont crû qu'il avoit
fait faire fes Fables en Ville ; car je n'ay
gueres vû de Vers de fa façon qui ne fuffent
beaucoup mieux tournez que ceux-cy.
Pourquoi donc toutes defectueufes que
font ces Fables par tant d'endroits , ontelles
réuffi fur le Theatre ? peut - être que
l'habileté du Momus qui les recitoit , n'y
aura pas nuit , & que l'Auteur aura été
affez
DE JANVIER. Iz
affez heureux pour rencontrer un de ces
gofiers harmonieux & feducteurs dont il
parle dans fa Preface , qui fervent des
Poëtes , bien mieux que leur plume.
Rien n'eſt plus ordinaire que de voir des
Pieces qui ont charmé dans le recit , faire
pitié fur le papier. Ajoutons à cela que la
fatyre , delicate ounon , entraîne toujours
le plus grand nombre . Or , Momus a prerendu
que fes Fables ne fuffent que fatyriques.
Faffe , dit- il , des Fables purement
morales qui le jugera à propos ; pour moy,
je me garderay bien de prendre ce ton-là ,
il ne réuffit pas.
Avant que d'examiner fi ce que dit Mo
mus des Fables purement morales , eft vrai,
je ne puis m'empêcher de faire une refle
xion , fur une faute de jugement qu'on
fait faire à ce Dieu railleur. Je fuis , luy
fait- on dire , l'inventeur des Fables ....
rien n'eft fi commode que de n'avoir point
de modele. Il est donc le premier qui ait
fait des Fables , & il ne s'en eft point fait
qui puiffent lui fervir de modele. D'où at-
il donc pris que les Fables purement morales
, ne réuffiffoient pas ? le bon Momus
n'y a pas fait attention , & prouve en cela
que le jugement fert bien dans la compofition
, ainfi que dans la lecture. Dame
Memoire & Demoiſelle Imagination qu'on
relevé fi fort dans cette Comedie , l'ont
K
1.14 LE MERCURE
, emporté pour cette fois fur Dom jugement
qui fe beloufe ici vilainement , & pour
la conjoncture du tems & pour le fond de
la chofe, Car où eft-ce que Momus a pris
que les Fables purement morales ne réuffiffoient
pas ? les Fables de la Fontaine
font des Fables purement morales. Dirat-
on qu'elles n'ayent pas réuffi. Momus
nous auroit fait grand plaifir , fi au lieu
de ces Fables groffierement fatyriques , il
nous en eût donné de finement Morales
dans le goût du celebre la Fontaine .
D'ailleurs , que veut- il nous dire par la
diftinction des Fables morales & des fables
fatyriques ? Toute Fable eft effentielement
morale , & par là , renferme toujours quel
que chofe du fatyrique , par le ridicule
qu'elle decouvre à la faveur de fa fiction ,
& qu'elle y rend fenfible comme un Tableau.
Il eft vrai que la fatyre qu'elle renferme
, n'eft qu'une fatyre generale , &
qui ne tombe fur perfonne en particulier,.
une fatyre moderée , adoucie , égayée , innocente
, & non une fatyre à l'eau de vie ,
( p. 21. ) telle qu'en renferment les Fa
bles de Momus qui font prefque toutes à
bout portant , & plus propres à choquer
ceux à qui on les adreffe , qu'à les inf
truire ; mais c'eft de cette moderation même
que la Fable tire fon principal merite.
Des Fables perfonnellement fatyriques ,
DE JANVIER. FIS
telles que les Fables du Dieu Fabulifte , font
plutoft des Satyres que des Fables .
Mais il faloit faire cette mauvaiſe dif
tinction , pour tomber fur les fables de
M. de la Motte , & les turlupiner fur le
Theatre . Je l'ai déja dit , & je le dis encore
; je ne pretends point en faire l'apologie
, quoiqu'il fut peut- être plus facile
qu'on ne le penfe , d'en faire une raiſonnable
; mais du moins , un Auteur de cette
reputation meritoit - il quelque menagement
? Et en verité , il n'eſt pas un home
me à être tourné en ridicule fur le Theatre.
Je ne fçai fi j'ai tort de paroître fi delicat
fur ce point ; mais nous autres Provinciaux,
nous fommes gens du vieux chrême , &
qui ne pouvons nous defaire de certaines
idées de bienfeance , contre lefquelles on
n'a point encore profcrit en Province ; car
quelque approbation que mes compatriores
ayent donné à Momus fabulifte fur la
fin du fuccez de Paris , ils n'ont pas été
choqués moins que moy de la liberté qu'on
s'y eft donnée contre M. de la Morte . Que
dans une differtation critique , on attaque
un ouvrage , & qu'on y releve ce qu'il a
de mauvais , pourvû que la chofe fe faffe
dans les regles , & avec les égards qu'on
doit d'ailleurs au merite perfonnel de
Auteur , cela elt permis , & perfonne
ne peut y trouver à redire ; mais qu'on
1
Kij
116
LE MERCURE
1
mette un honnête homme fur le Theatre
qu'on l'immole publiquement à la rifée du
Parterre , en dechirant fes ouvrages par
lambeaux , & en le turlupinant , pour me
fervir des termes de Momus Fabuliſte ;
voilà ce que la bienfeance ne permet point
& qui doit intereffer tous les honnêtes
gens Jupiter n'eft pas le feul qui n'aime
pas à être turlupiné ; tous les honnêtes
gens font fort d'humeur fur ce point , &
fi une pareille licence fe tolere , qui eft- ce
qui n'aura pas à craindre pour foy-même.
Je ne fçaurois m'ôter de l'efprit que ce qui
a empêché l'Auteur de fe declarer d'abord
, a été la crainte des reproches qu'il
auroit à effuyer de ce côté là. Le fuccés
l'a enhardi , & comme il a vû que le Public
qui ne fongeoit qu'à rire , ne relevoit
point cette indecence , il a cru qu'il pourroit
, fans rifquer beaucoup , fe faire connoître
, & le demaſquer ; mais il n'a pas.
fait attention que le Spectateur qui ne
penfe qu'à rire , tandis qu'il eft dans le
Parterre , fait des réflexions , quand il eſt
de retour chez lui ; & que pour s'être rejoui
à la Piece de l'Auteur , il n'en eſtime
pas plus la perfonne , s'ils ne font d'un caractere
à facrifier un honnête homme à
un bon mot . Eloigné de Paris , comme je.
Le fuis , je ne puis fçavoir fur quel pied
PAuteur des Fables nouvelles , & l'Auteur
DE JANVIER. 117
de Momus Fabuliſte , font enſemble. Le
Premier m'eſt beaucoup plus connu que
l'autre ; & outre qu'il eft de l'Academie
Françoife , il paroît tenir dans la Republique
des Lettres , par la reputation de
Les ouvrages , un rang fort au-deffus de celui
de fon Antagoniſte. Mais celui cy futil
ennemi de l'autre , ce n'étoit pas fur le
Theatre qu'il faloit l'attaquer , & c'eſt à
mon fens un endroit , qui , quelque ingenieux
que fut d'ailleurs la Comedie de
Momus Fabuliſte , ne fçauroit faire honneur
à l'Auteur. Je finirai par là , Monfieur,
une critique qui eft prefque auffi lon
gue que la Piece même qui en fait le fujet.
Mais fut- elle plus longue , je ne fçai
fi je ne ferois point en droit de dire ici
comme Momus le dit à Jupiter à la fin de.
la premiere Scene , que je n'ai pas encore.
fait la moitié de ma befogne..
Ecrite à l'Auteur du Mercure , fur la
Comedie qui a pour titre , Momus
Fabulifte , on les Nôces de Vulcain.
'EST un coup affez hardi , Monfieur
, pour un homme de Province
, que de trouver à reprendre
dans ce que Paris a honoré
de fon approbation. Les applaudiffemens
extraordinaires que Momus Fabulifte avoit
reçûs fur le Théatre , durant une longue
fuite de repreſentations , s'étoient fait entendre
jufques dans nos contrées , & je ne
me ferois pas confolé de me voir par ma
fituation , privé du plaifir d'entendre une
piece que le fuccès rendoit fi fameufe , fi
je n'avois efperé que l'impreffion fuppléroit
pour nous en quelque forte à ce que
notre éloignement nous faifoit perdre du
côté de la reprefentation . Heureuſement
notre efperance n'a pas été vaine ; & comme
je fuis affez bien fervi par rapport aux
*
DE JANVIER. 87
nouveautez qui fortent de Paris , je n'ay
pas attendu long- temps après celle - cy. Je
l'ay reçue avec tranfport , & je l'ay lue
avec empreffement. La reputation de la
piece , & l'idée que je m'en étois faite ,
me foutinrent dans la premiere lecture ; ce
ne fut pas la même chofe dans la feconde ;
j'y trouvai du déchet. L'ayant voulu relire
le lendemain , je me furpris moi- même
baillant ; je m'en fçûs mauvais gré , & je
me dis , fauf reſpect , je fuis un grand animal
de bâiller à la lecture d'une piece qui a
charmé toutParis:car je ne pouvois pas douter
d'un fuccès que je trouvois autentiquement
attefté par l'Auteur même de la Préface
, où il le croit obligé à quelque forte de
reconnoiffance envers le Public , fur une
Comedie qu'il a fi extrordinairement favorifée.
Je me donnai bien de garde de me
laiffer penétrer fur cela , aux beaux efprits
mes compatriotes , qui m'auroient unanimement
fiftlé fur mon mauvais goût : car
vous ne fçauriez croire , Monfieur , jufqu'où
va la déference qu'on a en Province
pour les decifions de Paris . Une piece y a
été bien reçûë ? elle eft donc bonne. Une
autre n'a pas été goûtée ? elle ne vaut donc
rien. Voilà les regles de notre Logique ,
elle ne va pas plus loin. Momus Fabulifte
a donc été reçû ici avec les mêmes applau
diffemens qu'il avoit eûs dans la Capitale.
B8
LE MERCURE
;
On l'a lue publiquement en plufieurs com-.
pagnies ; chacun fe récrioit aux beaux endroits
; je me fuis récrié moy même : mais
* avec vous , Monfieur , j'en uferay plus fincerement.
Le Mercure eft toûjours difcret
& quand il le feroit moins qu'il ne l'eft ,
comme vous ne me connoiffez pas , & que
je n'ay nulle envie de me faire connoître ,
je ne rifque rien à vous faire part de mes
remarques , & de mes reflexions , dont
vous ferez tel ufage qu'il vous plaira , foit
pour leur donner place dans votre Livre ,
fi vous les en jugez dignes , foit pour les
mettre au rebut , fi vous ne les trouvez
pas d'alloy ; du moins je me ferai fatisfait ;
car je n'y puis plus tenir , il faut que je
m'explique , ou je diray comme Pafquin ,
à qui on avoit mis un bâillon : io crepo.
Je ne fuis pas 'du nombre de ceux que
M. Fuzelier accufe de juger d'une piece
par le nom de l'Auteur. Si je jugeois de
la fienne par cet endroit , je porterois un
jugement bien plus avantageux que je ne
fais . Je ne connois point M. Fuzelier par
lui-même , mais je le connois fort par fes
ouvrages , c'est- à -dire , par
differentes petites
pieces detachées qui font venuës jufqu'à
nous en Province , & qui m'ont paru
d'un fort bon goût , on y trouve de l'efprit
, de l'imagination , de la fécondité ,
de la delicateffe & du naturel , c'eſt- à- dire ,
que
DE JANVIER
1
89
ay
que je le regarde fort au deffus de fon
Momus Fabulifte , que j'enviſage feul ; &
indépendamment de l'Auteur , dans l'examen
critique que je vais en faire , & que je
feray fans partialité & fans paffion. Ce leroit
dommage qu'un génie auffi facile s'endormit
fur le fuccès de fa Comedie . Rien
n'eft fi équivoque en certaines occafions
que le faccès d'une piece . Il y a des fuccès
qu'on doit à la brigue & à la protection ;
il y en a qu'on doit à la fatyre , & il y en
a qu'on doit à la conjoncture , foit des .
temps , foit des lieux , foit des chofes. Le
fuccès de Momus Fabulifte me paroît être
de cette troifiéme efpece , & tenir même
quelque chofe de la feconde . On étoit
dans le goût des Fables . Les nouvelles Fables
qui venoient de paroître , avoient reveillé
fur ce genre de Poëfie l'attention du
Public ; on annonce fur cela Momus Fabuliſte
, voilà ce qui s'appelle une fituation.
Sur l'etiquete feule , on y courts on y
croit trouver le Phenomene potager , le
Greffier folaire , & autres termes des Fables
nouvelles malignement mifes en oeuvre .
Voilà le fel de la fatyre ; il n'en faut pas
davantage pour amorcer le Public. Il vient
en foule , il applaudit ; mais fi dans un
an , que le goût des Fables fera apparemment
furanné , on lui redonnoit Momus
Fabulite , je fuis perfuadé que ce même
H
90 LE MERCURE
Public qui l'a couru cet hyver , le fiffleroit
l'hyver prochain. La conjoncture ne
feroit plus la même , & la fatyre feroit
ufée. Que vous ôtiez à Momus Fabulifte
ces deux appuis , & que vous le reduifiez
à lui-même , il faut qu'il tombe neceſſairement.
Vous demanderez pourquoy ? en
voici la raiſon ; c'eft que dans cette piece
on ne vous donne rien de ce qu'on nous
promet ; on nous promet une Comedie ;
& cette Comedie pretenduë n'eft rien
moins qu'une Comedie ; Momus Fabulifte
nous promet des Fables , & fes Fables ne
font point du tout des Fables , au moins
pour la plupart. Voilà , Monfieur , ce que
je me fais fort de vous rendre fenfible , en
vous développant la piece.
En effet , de quoi s'agit-il ? de Venus qui
eft à marier , & à laquelle tous les Dieux
prétendent de maniere ou d'autre ; à com
mencer par Jupiter , comme il ne peutl'époufer
, parce qu'apparemment la Poli
gamie eft un cas pendable auffi bien chez
les Dieux que chez les hommes bien policcz
, il feroit bien aiſe qu'elle reſtât fille ,
fans s'éloigner d'auprès de lui ; mais fi
l'ordre du Deſtin veut abſolument qu'elle
fe marie il s'arrange pour lui faire époufer
fon fils . Voilà le projet de Jupiter ;
voilà la fin où doit tendre cette Comedie ,
où doit aboutir le dénouement. Il abou
DE JANVIER.
tit là en effet , car la piece finit par le mariage
de Venus & de Vulcain que la Déeffe
prefere à tous les rivaux. Mais , quoique
la piece aboutiſſe là , elle eſt neanmoins
fans dénouëment , & il ne peut même y
en avoir , puifqu'il n'y a point de noeud.
Le commencement & la fin de la piece
fe répondent en quelque chofe , puifque
Venus époufe Vulcain , & que c'étoit ce
que Jupiter s'étoit propofé ; mais nous ne
voyons rien qui lie ce commencement à
la fin ; nous ne voyons point d'intrigue
formée , pour ménager cet évenement &
amener Venus au but que Jupiter fe propofoit.
Il est bien vrai que ce grand Jupiter
, qui jouë ici le perſonnage d'un vrai
Jocriffe , dit dès la premiere fcene , qu'il
s'arrange pour faire époufer Vulcain à Venus
; mais on ne voit point dans le refte
de la piece comment il s'arrange pour y
arriver , ni en quoi confifte ce prétendu .
arrangement. S'il avoit pris des mefures
pour empêcher le Deftin de fe méler de
Paffaire , ou pour l'engager à le laiffer en
qualité de Souverain des Dieux , arbitre du
fort de Venus , il y auroit là quelque forte
d'arrangement ; mais le bon Jupiter ne
porte pas fes vies fi loin . Le Deftin le mande
pour lui donner les ordres ; il s'arrange ;
il va le recevoir en toute humilité. Il apprend
que le Deftin laiffe à Venus la liberté.
Hij
92 LE MERCURE
du choix pour fe donner un mari . Venus
ne dépend donc plus que d'elle- même ;
voilà matiere à un nouvel arrangement.
Il ne s'agit que de gagner Venus ; & de la
degoûter des autres Dieux , pour la porter
à le déterminer en faveur de Vulcain. Que
fait pour cela Jupiter ? luy, parle- t- il fur
ce ton ? ou lui fait- il parler par quelqu'un ?
rien moins. S'il s'étoit intrigué pour infpirer
à Venus de mauvaiſes préventions contre
les autres Dieux , qu'il eût trouvé moyen
de les commettre enfemble , & à les engager
de fe décrier les uns les autres auprés
d'elle , qu'il lui cût fait infinuer adroitement
que le fejour de la Mer étoit trop
trifte pour
elle ; que Mars n'avoit pas l'air
d'être un mari commode , qu'Apollon n'étoit
qu'un Pedant , que Plutus avec toutes
fes richeffes étoit toûjours enfeveli dans un
fond de melancolie dont l'enjoüement de
la Déeffe ne s'accommoderoit pas , & que
Mercure enfin étoit trop rufe , & en fçayoit
trop long pour une femme qui étoit
bien aife d'avoir les coudées franches ; &
qu'aprés cela , il eût produit Vulcain comme
un bon Garçon qui n'avoit point de
malice , qui étoit d'humeur pacifique , &
qui vivoit bien avec tout le monde , on
pouroit dire alors que ce ne feroit pas en
vain que Jupiter fe feroit arangé , pour engager
Venus à préferer Vulcain aux autres
DE JANVIER. 93
Dieux dans le choix d'un mari. Mais Jupiter
ne fait rien de tout cela : à quoi donc
va fon arangement ? à affembler les Dieux ,
à leur fignifier l'ordre du Deftin ; il le déclare
à Vénus même. Allons , dit il , aimable
Venus ; nè balancez pas davantage ,
choififfez un mari & une demeure ; & il en
refte là fans pouffer l'arangement plus loin.
Sur quoi il faut lui rendre cette juſtice ,
qu'on ne peut pas executer les ordres du
Deftin avec moins de partialité qu'il le fait.
Un autre à fa place auroit pu en fignifiant
ces ordres , y mêler quelques reflexions
adroites fur l'importance dont il étoit pour
Venus de choifir un mari fortable à fes
manieres & à fon humeur , & qui fut d'un
caractere à ne fe pas effaroucher mal à propos
: mais l'arangement de Jupiter ne va
pas jufqués là ; il fe tient renfermé dans
une neutralité parfaite , il eft vrai qu'il n'a
pas lieu de s'en repentir , & que Venus
choifit Vulcain comme il le fouhaitoit ; mais
il n'en a l'obligation qu'au bon efprit & à
la politique de la Déeffe coquette , & non
aux arangemens qu'il auroit pu prendre,
pour l'amener là , & qu'il n'a pas pris.
Voilà comment Jupiter s'arange : s'il n'en
fçait pas plus long dans les autres arangemens
qu'il prend , c'eft un pauvre Sire.
Il paroît donc que les parties de cette
prétendue Comedie n'ont nulle fiaifon en94
LE MERCURE
1
.
tre elle , qu'elle eft fans noeud & fans dénouement
, que l'évenement qui la termine
dans la vingtiéme Scene , n'eft point l'effet
d'une intrigue qui l'ait préparé ; que tout
ce qui a précedé jufques là , n'a contribué
en rien à déterminer Venus au choix qu'elle
fait qu'elle choifit Vulcain par principe
de coqueterie , qu'elle l'auroit choifi également
, quand les Dieux & les Déeffes qui
ont occupé le Theatre durant la piece , n'auroient
point parlé ; que les Scenes qui la
compofent , font pour la plupart fi independantes
les unes des autres , qu'on pouroit les
difpofer au hazard , fans que la Piece en
fouffrit ; n'y ayant point de raiſon qui oblige
Neptune & Mercure à paroître fur le
Theatre avant Plutus & Apollon , ou avant.
Junon & Venus ; c'eft à dire qu'il refulte
de tout cecy que cette Comedie n'eft point
une Comedie . Qu'est ce donc ? C'est une
fuite de Dialogues dans le goût de Lucien
qu'on a mis les uns aprés les autres , en
faifant dire à Jupiter dans le premier Dialogue,
qu'il s'arrange pour faire épouferVulcain
à Venus , & en faifant qu'elle l'époufeen
effet dans le dernier , fans que tout ce
qui fe dit entre deux , contribue en rien
à l'évenement . Si une Piece de cette nature
eft une Comedie , les Comediens pouront
, quand il leur plaira , nous reciter les
Dialogues de Lucien , fans qu'il leur en
DE JANVIER. 956
coûte autre choſe que de donner un mariage
au bout .
·
On me dira que dans ces fortes de
Pieces d'un Acte fimple , on ne doit pas
exiger tant de regularité. Aufli ne demande
t'on pas que tout y foit compaffé
avec la même exactitude , que dans .
une Piece complette & de cinq Actes ; mais
du moins , faut- il qu'une Comedie ſoit une
Comedie ; qu'elle ait un but , qu'il y ait
une intrigue & un dénoücment ; tout cela
fe trouve dans les plus petites Pieces de Moliere
, & devroit le trouver dans celle cy ,
puifqu'on nous la donne pour Comedie ;
& dés que ces parties effentielles ne s'y
rencontrent pas , je croi être en droit de
dire que ce n'eft pas une Comedie.
Il paroît que le Public a fait fur , cela
grace à l'Auteur avec un peu trop d'indulgence
; qu'on s'eft plus attaché à Momus
Fabulifte & Cauftique , qu'aux nôces
de Vulcain : mais Momus Fabuliſte n'eft
pas plus Comedie que le refte. On lui interdit
la raillerie dés les premieres Scenes ,
on ne lui rend pas fur cela la liberté dans la
derniere
. Quoi qu'il
ait la place d'honneur
dans les deux titres qu'on donne à
cette prétendue Comedie , il n'y elt cependant
qu'en fecond. Jupiter fe fâche
de quelques petits traits de raillerie
que lui lance Momus. Il la lui in96
LE MERCURE
vent ,
terdit pour tout ce jour- là. Momus. fur
cette défenſe s'avife de fe fervir du voile de
la Fable , pour infinuer des veritez qu'il
n'oſe plus dite ouvertement ; & afin d'exercer
fon talent , il va attendre au paffage
les Dieux fes Confreres , fur le chemin du
Temple du Deftin , où à mesure qu'ils arriil
dit à chacun fa Fable ; je ne vois
pas qu'il y ait beaucoup d'art ni d'inven ·
tion dans cette difpofition ; cela paroît bien
uni , & je crois qu'on auroit pû imaginer
quelque chofe de plus naturel & de plus
vrai-femblable , pour occafionner la rencontre
du Momus avec tous ces Dieux &
ces Déeffes , qu'il femble qu'on n'amene
là l'un après l'autre que pour en avoir des
nazardes. Je ne trouve pas d'ailleurs que
leurs caracteres pour la plupart foient affez
mefurez ; & pour commencer par Jupiter ,
qui eft lepremier & le fouverain des Dieux,
il est un peu trop de mauvaiſe humeur , &
il fe fâche contre Momus affez à contretemps.
Car fur quoi le fâche-t-il ? fur ce
qu'ayant dit qu'il aimeroit mieux que la
Déeffe reftat fille : Momus répond , refter
fille & eftre maîtreſſe de Jupiter ! Pourquoi
s'aigrit -il plus de ce trait que de plufieurs
autres du moins auffi piquants que Momus
lui avoit déja fait effuyer dans la mê ne
fcene, & qu'il avoit avalez fort doucement ?
Momus le raille fur le joug d'un mariage
d'une
DE JANVIER . $7
d'une éternité , & appelle cela ingenieulement
lesgaleres perpetuelles ; il lui demande
s'il ne vient point plaider en feparation devant
le Deftin ; il lui dit tout net qu'à la formalité
prés , la pauvre Junon est trés repudiée
; Et fur ce que Jupiter lui fait enten .
dre que s'il faut abfolument que la Deeffe
fe marie , il s'arrange pour lui faire époufer
Vulcain ; Momus fe recrie , oh le fage
arrangement ! on vous y reconnoît. Jupiter
écoute tout cela avec toute la debonaireté
poffible , il ne fe fâche que lorfque Momus
dit , refterfille & Maitreffe de Jupiter ! qui
n'eft proprement que l'explication de ce
qu'il venoit de lui dire d'une maniere moins
groffiere, & par confequent plus picquante
dans le fage arrangement , fur lequel il s'étoit
recrié: mais enfin , Jupiter eft à bout;
ce trait le déconcerte , & il s'en trouve ſi
picqué , qu'il déclare à Momus qu'il eſt
furieufement las de fes plaifanteries.En verité
le bon Jupiter ne fe connoît gueres en plaifanteries
. Le fage arrangement que Momus
venoit de relever , en étoit une ; Jupiter
ne s'en choque point ; refter fille être
Maitreffe de Jupiter ! étoit dans la bouche
de Momus une groffiereté plûtôt qu'une
raillerie fine. Jupiter s'en offenfe. Il commence
à s'appercevoir que Momus le turlupine
depuis une infinité de fiecles ; & il
ne veut plus être turlupiné. Il devoit ,
I
ce
98 LE MERCURE
me femble , y être fait , on n'attend pas
fi tard à s'en choquer ; mais enfin , il perd
patience aprés tant de fiecles & moi ,
Monfieur , je la pers auffi , lors que j'entens
raifonner d'une maniere fi indigne de
la Majefté de ce Souverain des Dieux , qui
en fronçant feulement les fourcils fait
trembler le Ciel & la Terre.
"
>
Mais , me dira-t-on , ce qui le rend de
plus mauvaiſe humeur dans cette rencontre
, n'eft pas tant ce que lui dit Momus ,
que la conjoncture où il le lui dit. Jupiter
eft amoureux de Venus , & dans l'impof
fibilité où il fe voit de l'époufer fon
amour fe tourne en chagrin , & le rend plus
aifé à choquer ; à la bonne heure : j'aurois
donc voulu que la querelle qu'il fait à
Momus , fut un effet de ſa paſſion ; & pour
cela , j'aurois fuppofé que Momus ayant
lâché quelque trait malin contre cetté
Déeffe , elle en fait fes plaintes à Jupiter ,
celui- ci amoureux au point qu'il l'étoit ,
auroit été en droit de prendre feu là - deffus ,
& d'interdire à Momus une liberté dont
il auroit abufé à l'égard d'une Décffe qui
étoit fi chere au Souverain des Dieux. Jupiter
pouvoit ouvrir le Theatre en fulminant
contre Momus , en difant qu'il ne l'a
fouffert , tant qu'il ne s'eft attaqué qu'à lui ;
mais qu'ayant l'audace de s'attaquer à Ve- *
nus même , qui lui en a fait fes plaintes , &z
DE JANVIER. 99
pour qui il n'ignore pas les égards qu'il veut
qu'on ait , il ne laiffera pas l'offenfe impunie
, & fur cela ordonner à Mercure de le
faire venir ; il me paroît qu'en prenant ce
l'interdiction de Momus feroit bien
mieux fondée dans la piece , où l'on ne voit
point pourquoi Jupiter s'avife de s'offenſer
d'une liberté à laquelle Momus avoit depuis
une infinité de fiecles pris ſoin de l'y
accoûtumer. Le debut vaudroit mieux , ce
me femble , que le perfonnage de Benest que
Pon fait faire à Jupiter , en lui faiſant crier
à deux repriſes , ô Junon ! ô Venus ! pour
nous dire pourquoi fuis je marié avec la
premiere , & hors d'état d'époufer la feconde
! Mais laiffons- là le pauvre Jupiter ;
c'eft bien le plus Dadais de tous les Dieux
qu'on introduit dans cette Piece.
Quant à Neptune , Monfieur fon frere ,
s'il n'eft pas tout- à - fait fi fot que fon aîné ,
il ne lui en doit de gueres , & foutient affez
dignement le ftile de la famille , lorfqu'il
trouve à redire que Jupiter faffe mauvais
ménage avec ſa femme , & galantiſe Venus,
qui doit eftre la mienne , dit - il , felon les
apparences , & cela fondé fur certains égards
qu'elle a pour lui. Il ne s'explique pas davantage
; car les Dieux marins font diſcrets,
¿ il feroit joly que le Dieu des Poiffons ne
Seut pas le taire. Mercure voudroit le piquer
pourle faire jafer ; mais à qui fe jouë-
I jj
80015
160 LE MERCURE
t-il ? ahlah ! vous voulez me tirer les vers du
nez ; vous êtes un fripon , mon neven . Cela
eft bien vrai pour le neveu & toute l'antiquité
en convient ; mais il me femble que ce
n'étoit pas à l'oncle à nous l'apprendre ; &
que quand il auroit un peu plus fardé les
neveux , il n'y auroit rien eu en cela contre
la bienfeance . A l'égard de celui- cy ,
je m'en tiens à ce qu'en dit Neptune , &
je n'ay rien à ajouter à ce portrait que
l'oncle fait du neveu ; fi ce n'eſt que tout
fripon & fourbe fieffé qu'on nous le reprefente
, on ne lui donne pas un caractere de
friponrerie auffi fin & auffi delié qu'il convient
à Mercure .
A ces deux Meffieurs , fuccedent Plutus
& Vulcain , qui entrent tous deux fur la
fcene , non que l'ordre de la Piece l'exige
ainfi , mais parce qu'il l'a plu de la forte
à l'Auteur, uniquement de fa pure grace
& de fon bon plaifir. Ils debutent d'abord
par fe reprocher leurs defauts naturels ,
fur ce que l'un eft aveugle , & que l'autre
boite. Cela eft paffablement groffier , &
convient à peu près à l'un & à l'autre. Je
youdrois feulement qu'on eût foutenu ce
caractere dans Vulcain , & qu'on n'eût paş
mis dans la bouche d'un Forgeron qui a
Ja phifionomie affez épaiffe , des traits de
fatyre auffi ingenieux que ceux qu'on lui
prête , comme quand Plutus dit qu'il eſt
DE JANVIER.
Tot
affiegé de toutes les belles , Vulcain ajoûte ,
quifçavent l'arithmetique . Quand le premier
dit que fon porte- feüille vaut mieux
que celui d'Appollon ; l'autre remarque
qu'en difant cela , il ne couche pas gross
& qu'il lui dit un moment après , on voit
bien que l'efprit vous coûte , & que vous ne
le prodiguez pas. Je ne me ferois pas attendu
, je vous l'avoue , à trouver tant d'efprit
dans Vulcain ; auffi femble- t - il qu'il
en ait honte ; & c'eft pour rentrer dans
fon naturel , que lorfque Momus lui pro
pofe une Fable , il commence à fe défier
de fa pénétration , & le prie que cela foit
intelligible.
Pour Mars , qui paroît enfuite couplé
avec Apollon , je n'ay rien à en dire , &
il foutient affez bien fon caractere de petit
Maître. Dès qu'on en veut faire un petit
Maître , il eft tel qu'il doit être , mais je
ne fçai s'il étoit à propos qu'on lui donnât
ce caractere ; fon Antagoniſte peut auffi
paffer abfolument ; mais quand on lui auroit
donné un peu plus d'efprit & de delicateffe
, cela n'auroit rien gâté , & j'ay
peine à digerer que le Dieu des beaux efprits
dife des chofes moins fpirituelles &
moins brillantes , que celles qu'on fait dire
à Vulcain. Que dirons- nous de la mere
de celui- ci , la Dame Junon , & de la belle
Venus ? la premiere eft une prude acariâtre,
1- iij
102 LE MERCURE
à qui je voudrois qu'on eût donné dans fa
pruderie un peu plus de dignité ? car dans
la feverité de fa vertu , elle le prend fur
un ton qui conviendroit mieux dans les
Halles que dans l'Olympe .
Pour Venus , c'est une coquette tirant
un peu fur la Pimpefouée. Je lui voudrois.
quelque chofe de plus vif & de plus picquant
dans fon caractere. Il faut que fes
charmes pour lefquels on voit tous les Dieux
unanimement foupirer , fe reduifent à fa
feule beauté : car , dans le reste de fa Perfonne
, je ne vois rien qui doive caufer
rant de fracas ; ce qu'elle dit , & la maniere
dont elle le dit , tient quelque chofe
d'une certaine langueur indolente & minaudiere
, qui affadit à la langue.
J'oubliois prefque la jeune Æglé , & il
n'y auroit pas eu grand mal , fans la fable
de la Dragée qu'elle occafione ; car on
ne voit pas pourquoi elle paroît ici plùtôt
qu'Hebé la Maîtreffe mais , comme
le refte des Perſonnages n'eft gueres plus
effentiel à la Piece que le fien, il ne faut pas
lui faire un procés là deffus ; je ne ditay
rien de fon caractere ; cette Nimphe et
fi peu connue , qu'on a pû nous la dépeindre
comme on a voulu mais il faut
admirer ici l'adreffe de l'Auteur , qui , pour
amener cette Scene , fait reprocher à Venus
par Junon dans la Scene précedente , qu'el
:
DE JANVIER 103
le avoit furpris , la veille , cette Déeffe avec
Zephire dans un cabinet de verdure ; car,
comme Zephire étoit amant d'Æglé , cela
lui donne lieu d'entrer fur la Scene pour fe
plaindre à Momus de l'inconftance de ce
petit Volage.
Il me reste à parler de Momus que j'ay
refervé pour le dernier , comme le plus important
Perfonnage & le Heros de la Piece
, dont on peut dire qu'il eft en même
temps le bel efprit. Auffi lui en donnet'on
plus qu'à un autre ; il glofe , il pointille
fur tout , & ne perd point d'occafion
de briller ; mais je ne fçai fi on ne peutroit
pas l'accufer quelquefois de ne faire
que la moitié de fa befogne. Comme il domine
dans toute la Piece , & qu'il y tient
le Dé à tout venant ; il feroit long d'examiner
en détail tout ce qu'il dit , ce n'eft
pas même dequoi il eft ici queftion . Son
principal caractere eft de faire des Fables ;
il s'agit de Momus Fabulifte. Si les Fables
font bonnes , il n'y a rien à lui dire ; fi
elles ne font pas dans les regles , il pêche
dans le point le plus effentiel ; c'eſt donc à
quoi il faut nous reduire , & ce que nous
avons à examiner.
Quand Momus ne nous apprendroit pas,
comme il fait , qu'il n'eft qu'un Fabu.ifte
de hazard ( p 16 ) & que les Fables qu'il
donne ici , ne font que fon coup d'effai ,
I iiij.
104 LE MERCURE
on s'en feroit bien apperçû , & il n'y a rien
qui n'y paroiffe . Apollon lui avoit prédit
que fi jamais il les faifoit imprimer , il feroit
bien houfpillé ( p. 37 ) La prédiction
d'un Dieu dont les Oracles ont eu autrefois
tant de vogue , devoit ce femble , le
tenir en refpect , & le faire aller bride
en main pour l'impreffion : cependant elles
paroiffent. Et , comme toute la grace qu'il
a demandée eft qu'on ne fifle point ſes Fables
qu'elles ne foient imprimées ; il ne peut
point trouver mauvais à prefent qu'elles
le font , qu'on prene la liberté de dire fon
avis .
S'il étoit auffi aifé de faire de bonnes
Fables , que de dire , inventons des Fables,
devenons Fabulifte ( p . 8 ) , on pouroit en
quelque forte excufer Momus d'avoir hazarde
les fienes ; mais il devoit fçavoir lui,
qui eft fi alerte à relever ce qu'il croit ridicule
en autrui , qu'on donne foi-méme
dans le ridicule , quand on veut fe mêler
d'un metier qu'on n'entend pas ; & il n'eft
pas difficile de montrer que Momus n'entend
rien à celui de Fabulifte . Je ne ferai
point pour cela de longue differtation ; car
je ne prétends point, non plus que l'Auteur
de la Piece , m'ériger en faiſeur de diſcours .
Je n'avancerai que des principes trés- fimples
, & des regles trés- connues , fur lefquelles
le Public poura juger fi les Fables
DE JANVIER. 105
que
Momus nous donne , le mettoient en
droit de s'ériger en faiſeur de Fables .
Ceux qui s'imaginent que ce qu'on ap
pelle Fable , confiite à faire raiſonner enfemble
des animaux , & que , pourvu que
l'on mette fur la Scene un Loup & un Renard
, ún Chat & un Singe , on a fait une
Fable, font bien loin de compte. La Fable eft
une forte de fimilitude & de comparaiſon,
ou par ce qu'on fait faire , ou dire à des
animaux , & qu'on a lieu de préfumer qu'ils
feroient & qu'ils diroient en certaines conjonctures
, s'ils avoient l'ufage de la raiſon
& de la parole ; on apprend à l'homme
ce qu'il doit penſer & faire dans des rencontres
femblables. Or qui dit comparaifon
, dit deux chofes , qui , quoique differentes
entre elles , ont neanmoins un
rapport de convenances qui les unit
dans un point. Qu'eft ce que la Fable
de la Cigale , qui aprés s'être amusée
à chanter tout PEté , au lieu de préparer
des proviſions pour l'Hyver , eft rebutée
de la Fourmi , lorfqu'elle va chez elle
crier famine ? C'eft une fimilitude qui nous
apprend que quand , au lieu de travailler
dans fa jeuneffe , on n'a fongé qu'à fes plai
firs , on eft en danger de mourir de faim
dans fa vieilleffe . La Cigale repreſente
l'homme qui s'amufe à la bagatelle , &
PEté marque le temps de la jeuneffe , com
106 LE MERCURE
n'eft
me l'hyver celui de la vieilleffe . De forte que
c'eft comme fi on difoit ; de même que la
Cigale qui ne s'amufe qu'à chanter durant
l'Eté , court rifque de mourir de faim l’Hyver
, de même l'homme qui ne fonge qu'au
plaifir durant l'Eté de fon âge , fe trouve-
La miferable quand il viendra fur le déclin.
Toute Fable qui ne peut pas fe reduire à
une comparaison de cette nature
point une Fable. Il faut donc que la chofe
que l'on compare , foit differente de celle
à laquelle on la compare , & ce n'est plus
comparaiſon , fi on la compare à elle- mêine.
Que doit-on penfer fur ce pied là de
la Fable du Saumon Tuteur ? je n'examine
point ici fi le Saumon eft bien apparié
avec l'Anguille legere , & fi le Loup Marin
qui le dit Procureur des Poiffons , eft
fondé en bonne procuration , pour figurer
là plûtôt que tout autre Poiffon d'une ef
pece plus connue ; c'eft une attention que
ne doit pas negliger un Fabulifte qui ne
fçauroit prêter trop de vraifemblance à la
fiction. Je m'arrête feulement à ce qui
rouche la comparaifon.
Neptune prétend être en droit d'efperer
que Venus lui donnera la préference fur fes
Rivaux , parce qu'il eft fon Tuteur ; & Momus
pour lui faire fentir qu'il fe trompe ,
Lui recite fa Fable du Saumon Tuteur : Neptune
trouve la Fable fort, impertinente (P
DE JANVIER 107
•
3
13 ) & il n'a pas tort. Car , comme le
nom de Neptune & celui de Saumon , ne
font rien à l'affaire , c'est à peu prés, comme
s'il lui difoit ;, de même qu'un Tuteur n'eft
pas toûjours aimé de fa Pupille , de même
il n'eſt pas fûr que pour être Tuteur
de Venus , votre Pupille vous prefere aux
autres ; ce qui eft , comparer les droits.
d'un Tuteur aux droits d'un Tuteur , c'eft
à dire , comparer une chofe à elle- même :
car , que ce Tuteur foit Dieu , ou qu'il
foit Poiffon , cette alternative ne change
rien aux choles , puifque ce n'eft que fur
la qualité de Tuteur , commune à l'un & à
l'autre , que tombe la comparaiſon & par
confequent la Fable. Voilà une forte de défauts
fur un point effentiel & capital qu'on
ne trouvera pas dans les Fables de M. de
lá Motte , malgré tout le mal qu'en dit Momus.
Je ne prétends point faire l'apologie
des Fables nouvelles , mais il me paroît
que le Dieu Fabulifte auroit grand befoin
d'aller quelque temps à l'école de l'Academicien
, tant pour ce qui regarde l'inven--
tion , que pour les autres parties qui entrent
dans une Fable. Un autre que
auroit imaginé une Fable où il fe fut contenté
de montrer en general que l'amour
ne fe regle pas fur les obligations & fur
les devoirs , d'où il auroit été ailé de con
clure que les obligations qu'un Pupille peut
lui
108 LE MERCURE
avoir pour fon Tuteur > ne font pas un
droit pour en être aimé. C'eſt ce qu'on au
roit pu faire entendre à Neptune d'une maniere
délicate , & dont il n'auroit pû fe
choquer au lieu que Momus lui dit lạ
choſe fi cruement , & avec fi peu de ménagement,
dans fa Fable prétenduë , qu'autant
vaudroit-il qu'il parlât dans fon naturel
, puifque la Fable, qu'il employe ,
n'eft rien moins qu'un voile qui ferve à
déguifer ce qu'il veut dire : Voilà ce qu'on
peut appeller juftement des Satires àl'eau
de vie ( p. 21. ) Si ce nouveau Fabuliſte
en fait louvent de cette tournure là , je ne
lui, confeille pas de les faire imprimer ( P.
5o. ) Mais , comme il dit , on aura peutêtre
de l'indulgence pour fon coup d'effay
( p . 62. ) C'eſt ſa premiere Fable ; & il
n'en eft qu'à fon apprentiffage . Les Animaux
polis , Fable employée dans la Préface
, péchent encore par le même endroit,
auffi-bien qu'une partie de la Piece , comme
il fera aifé de le voir à quiconque les
examinera de' prés.
Pour le Singe dépouillé , qui tient auſſi
du même defaut , il péche de plus du côté
de la juſteffe , ce qui rend fa comparaifon
fauffe. Momus , pour faire entendre à
Plutus qu'il ne doit pas compter fur l'appas
de fes richeffes pour réuffir auprés de Venus
, lui allegue la Fable du Singe thefan
DE JANVIER. 109
rifeur , qui recherché & courtiſé tant qu'il
fut riche , fe vit abandonné & méprifé
dès qu'il eut perdu fes trefors. La Fable
çût été juſte , & la comparaiſon bonne , ſi
- Plutus eût couru rifque de perdre les fiens
de même que le Singe ; mais comme il
ne peut perdre fes richeffes qui font attachées
à la divinité fa , comme fon appanage,
la Fable ne prouve rien contre lui , & il
auroit pû répondre à Momus , tu ne dis
rien qui vaille , mon ami ; car , fi je plais
à venus , tant que j'auray des trefors , je
fuis fûr de lui plaire toûjours. Tant que le
singe fut riche , on l'accabla , felon toy ,
de prefens & de careffes , les belles fonpiroient
pourluy ou ppoouurr les beaux yeux defa
Caffette ; mais enfin que la Caſſette en fut
le motif, c'étoit toûjours à lui qu'alloient
Les foupirs ; ainfi ta Fable prouve que j'ay
tout à efperer.de Venus. Voilà comme le
Dieu des richeſſes auroit pû prouver à
Momus , non pas que fon cheval , comme
dit le Proverbe , mais que fon Singe n'étoit
qu'une bête ; mais le bon Plutus eft
gros Caiffier , dont la penetration ne va
pas jufques là.
La Fable du Lion petit Maître , renferme
de même un autre defaut de jufteffe
qui n'eft pas moins reprehenfible. Mars
fe vante que tout le monde le lonë , & qu'on
Se relaye pour l'admirer ( p. 30 ) Momus
710
LE MERCURE
pour lui faire entendre que c'eft moins à
la fincerité qu'il doit ces demonftrations
d'eftime & ces louanges , qu'à la crainte
que fa force imprime , introduit un Lion
petit Maître. Pour le Lion , paffe , le per-
Tonnage convenoit ; mais pour le petit
Maître il n'y vient pas , un petit Maître
n'eft pas fait pour être craint , on rit de
fes façons & de fes airs ; mais fa griffe ne
fait peur à perfonne : pourquoi donc faire
de ce Lion un petit Maître ? on a cru qu'il
en reviendroit du relief à la Fable ; mais
en voulant lui en donner , on l'a gâtée.
,
La Poule prude feroit de mile , fi un
Cocq le contentoit d'une Poule pour femmais
comme la loy contre la Polygamie
, n'eft pas faite pour les Cocqs , &
qu'on n'en met qu'un pour plufieurs Poules
, il a droit de les fervir toutes , fans
pouvoir être accufé d'aller au change. Je
ne fçais pas d'où vient que l'Auteur ayant
une Fable à faire fur une Prude , va choifir
precifément l'efpece de tous les animaux qui
eft le moins en droit d'exiger que fon måle
garde la fidelité conjugale
ne fçai ſi c'eſt ma faute , mais je n'ai
point compris la fin de la Fable de Pot felé.
Si Momus eft un Fabulifte tiré au clair
(p. 22 ) comme il s'en vante , ce n'eft pas
du moins dans cette Fable qui eft des plus
obfcures ; auffi ne l'avoit- il pas encore faite,
DE JANVIER.
lorfqu'il le fatte dans le même endroit
qu'il n'aura jamais l'affront d'être commenté-;
mais c'eft un affront d'avoir befoin d'un
Commentaire pour être entendu , & le be-
Loin paroît ici tout viſible.
Je n'entreray pas dans un plus grand
détail fur les Fables , ſoit de la Preface
foit de la Piece , it fuffit de dire qu'à
celle de la Dragée près , qui eft fort ingenieufe
& fort jolie ; toutes les autres , pour
la plupart , péchent par quelque endroit
effentiel , & qu'à prendre les chofes exacte
ment, ce ne font pas des Fables. On s'ap
perçoit affez que Momus fait tout ce
qu'il peut pour pouvoir égaïer fes Fables, &
leur donner quelque chofe de cet enjouëment
qui charme dans celles de la Fontaine ;
mais le pauvre garçon n'y entend rien , &
le Dieu des bons mots n'eſt rien moins dans
cette Piece , que ce qu'il devroit être. La
Fontaine pouroit dire ici de Momus , ce
que le Singe dit du Leopard , dans la Fable
de ces deux animaux,
Cette diverfité dont on vous parle tant ,
Mon voifin Leopard l'a ſur ſoyſeulement ;
Moy, je l'ay dans l'efprit:
C'est-à- dire que l'enjouement de la Fontaine
eft dans la naïveté de la narration ,
& que celui de Momus ne confifte que
dans la recherche de certaines expreflions
I 1.2 LE MERCURE
détournées , qu'il a voulu tranfplanter du
Theatre des Danfeurs de corde à celui de
la Comedie . De là viennent toutes ces gentilleffes
qu'il debite tout à la franquette ,
un attrait poftiche , des Iris guenons . Le
Termometre de la finance , c'eſt par où il
defigne l'infolence ; le Cheval qui vit en
homme , pour dire qui dans fes amours étoit
inconftant & volage , comme les hommes ;
Soupirer à l'uniffon , un cercle chien , & autres
expreffions femblables , qui n'ont rien
à reprocher au Phenomene potager , & au
Greffier folaire . Que fi après avoir examiné
fes Fables pour le fond & pour la tournure
, on vient à les examiner encore du
côté de la verfification , on y trouvera
beaucoup de negligence pour le ftile , fouvent
lâche , & plein de vers plutôt jettez ,
que maniez avec art. De forte que fi l'Auteur
ne les avoit avoüez dans la Preface ,
j'aurois prefque été tenté d'être du fentiinent
de ces Differtateurs , c'est le nom
dont il fe fert , qui ont crû qu'il avoit
fait faire fes Fables en Ville ; car je n'ay
gueres vû de Vers de fa façon qui ne fuffent
beaucoup mieux tournez que ceux-cy.
Pourquoi donc toutes defectueufes que
font ces Fables par tant d'endroits , ontelles
réuffi fur le Theatre ? peut - être que
l'habileté du Momus qui les recitoit , n'y
aura pas nuit , & que l'Auteur aura été
affez
DE JANVIER. Iz
affez heureux pour rencontrer un de ces
gofiers harmonieux & feducteurs dont il
parle dans fa Preface , qui fervent des
Poëtes , bien mieux que leur plume.
Rien n'eſt plus ordinaire que de voir des
Pieces qui ont charmé dans le recit , faire
pitié fur le papier. Ajoutons à cela que la
fatyre , delicate ounon , entraîne toujours
le plus grand nombre . Or , Momus a prerendu
que fes Fables ne fuffent que fatyriques.
Faffe , dit- il , des Fables purement
morales qui le jugera à propos ; pour moy,
je me garderay bien de prendre ce ton-là ,
il ne réuffit pas.
Avant que d'examiner fi ce que dit Mo
mus des Fables purement morales , eft vrai,
je ne puis m'empêcher de faire une refle
xion , fur une faute de jugement qu'on
fait faire à ce Dieu railleur. Je fuis , luy
fait- on dire , l'inventeur des Fables ....
rien n'eft fi commode que de n'avoir point
de modele. Il est donc le premier qui ait
fait des Fables , & il ne s'en eft point fait
qui puiffent lui fervir de modele. D'où at-
il donc pris que les Fables purement morales
, ne réuffiffoient pas ? le bon Momus
n'y a pas fait attention , & prouve en cela
que le jugement fert bien dans la compofition
, ainfi que dans la lecture. Dame
Memoire & Demoiſelle Imagination qu'on
relevé fi fort dans cette Comedie , l'ont
K
1.14 LE MERCURE
, emporté pour cette fois fur Dom jugement
qui fe beloufe ici vilainement , & pour
la conjoncture du tems & pour le fond de
la chofe, Car où eft-ce que Momus a pris
que les Fables purement morales ne réuffiffoient
pas ? les Fables de la Fontaine
font des Fables purement morales. Dirat-
on qu'elles n'ayent pas réuffi. Momus
nous auroit fait grand plaifir , fi au lieu
de ces Fables groffierement fatyriques , il
nous en eût donné de finement Morales
dans le goût du celebre la Fontaine .
D'ailleurs , que veut- il nous dire par la
diftinction des Fables morales & des fables
fatyriques ? Toute Fable eft effentielement
morale , & par là , renferme toujours quel
que chofe du fatyrique , par le ridicule
qu'elle decouvre à la faveur de fa fiction ,
& qu'elle y rend fenfible comme un Tableau.
Il eft vrai que la fatyre qu'elle renferme
, n'eft qu'une fatyre generale , &
qui ne tombe fur perfonne en particulier,.
une fatyre moderée , adoucie , égayée , innocente
, & non une fatyre à l'eau de vie ,
( p. 21. ) telle qu'en renferment les Fa
bles de Momus qui font prefque toutes à
bout portant , & plus propres à choquer
ceux à qui on les adreffe , qu'à les inf
truire ; mais c'eft de cette moderation même
que la Fable tire fon principal merite.
Des Fables perfonnellement fatyriques ,
DE JANVIER. FIS
telles que les Fables du Dieu Fabulifte , font
plutoft des Satyres que des Fables .
Mais il faloit faire cette mauvaiſe dif
tinction , pour tomber fur les fables de
M. de la Motte , & les turlupiner fur le
Theatre . Je l'ai déja dit , & je le dis encore
; je ne pretends point en faire l'apologie
, quoiqu'il fut peut- être plus facile
qu'on ne le penfe , d'en faire une raiſonnable
; mais du moins , un Auteur de cette
reputation meritoit - il quelque menagement
? Et en verité , il n'eſt pas un home
me à être tourné en ridicule fur le Theatre.
Je ne fçai fi j'ai tort de paroître fi delicat
fur ce point ; mais nous autres Provinciaux,
nous fommes gens du vieux chrême , &
qui ne pouvons nous defaire de certaines
idées de bienfeance , contre lefquelles on
n'a point encore profcrit en Province ; car
quelque approbation que mes compatriores
ayent donné à Momus fabulifte fur la
fin du fuccez de Paris , ils n'ont pas été
choqués moins que moy de la liberté qu'on
s'y eft donnée contre M. de la Morte . Que
dans une differtation critique , on attaque
un ouvrage , & qu'on y releve ce qu'il a
de mauvais , pourvû que la chofe fe faffe
dans les regles , & avec les égards qu'on
doit d'ailleurs au merite perfonnel de
Auteur , cela elt permis , & perfonne
ne peut y trouver à redire ; mais qu'on
1
Kij
116
LE MERCURE
1
mette un honnête homme fur le Theatre
qu'on l'immole publiquement à la rifée du
Parterre , en dechirant fes ouvrages par
lambeaux , & en le turlupinant , pour me
fervir des termes de Momus Fabuliſte ;
voilà ce que la bienfeance ne permet point
& qui doit intereffer tous les honnêtes
gens Jupiter n'eft pas le feul qui n'aime
pas à être turlupiné ; tous les honnêtes
gens font fort d'humeur fur ce point , &
fi une pareille licence fe tolere , qui eft- ce
qui n'aura pas à craindre pour foy-même.
Je ne fçaurois m'ôter de l'efprit que ce qui
a empêché l'Auteur de fe declarer d'abord
, a été la crainte des reproches qu'il
auroit à effuyer de ce côté là. Le fuccés
l'a enhardi , & comme il a vû que le Public
qui ne fongeoit qu'à rire , ne relevoit
point cette indecence , il a cru qu'il pourroit
, fans rifquer beaucoup , fe faire connoître
, & le demaſquer ; mais il n'a pas.
fait attention que le Spectateur qui ne
penfe qu'à rire , tandis qu'il eft dans le
Parterre , fait des réflexions , quand il eſt
de retour chez lui ; & que pour s'être rejoui
à la Piece de l'Auteur , il n'en eſtime
pas plus la perfonne , s'ils ne font d'un caractere
à facrifier un honnête homme à
un bon mot . Eloigné de Paris , comme je.
Le fuis , je ne puis fçavoir fur quel pied
PAuteur des Fables nouvelles , & l'Auteur
DE JANVIER. 117
de Momus Fabuliſte , font enſemble. Le
Premier m'eſt beaucoup plus connu que
l'autre ; & outre qu'il eft de l'Academie
Françoife , il paroît tenir dans la Republique
des Lettres , par la reputation de
Les ouvrages , un rang fort au-deffus de celui
de fon Antagoniſte. Mais celui cy futil
ennemi de l'autre , ce n'étoit pas fur le
Theatre qu'il faloit l'attaquer , & c'eſt à
mon fens un endroit , qui , quelque ingenieux
que fut d'ailleurs la Comedie de
Momus Fabuliſte , ne fçauroit faire honneur
à l'Auteur. Je finirai par là , Monfieur,
une critique qui eft prefque auffi lon
gue que la Piece même qui en fait le fujet.
Mais fut- elle plus longue , je ne fçai
fi je ne ferois point en droit de dire ici
comme Momus le dit à Jupiter à la fin de.
la premiere Scene , que je n'ai pas encore.
fait la moitié de ma befogne..
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