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1
p. 205
Feu d'Artifice chez M.le President de Pomereuïl. [titre d'après la table]
Début :
Tout Paris a témoigné beaucoup de joye de la prise [...]
Mots clefs :
Joie, Te Deum, Feu d'artifice
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texteReconnaissance textuelle : Feu d'Artifice chez M.le President de Pomereuïl. [titre d'après la table]
ToucParisa témoigné beaucoup de joye de la pnfe de Valenciennes, mais celle qu’en a
fait voir Monfieur le Prefident
de Pomereüil, Confeiller d’Etat ordinaire, &. Prevoft des
Marchands, a fait beaucoup
d’éclat. Le jour que le Te T)eum
fut chanté, il fit faire un Feu
d’Artifice devant fon Logis : Il
ne faut pas s’en étonner, c’eft
un des plus zelez Serviteurs du
Roy, èc des plus beaux Efprits
que nous ayons.
fait voir Monfieur le Prefident
de Pomereüil, Confeiller d’Etat ordinaire, &. Prevoft des
Marchands, a fait beaucoup
d’éclat. Le jour que le Te T)eum
fut chanté, il fit faire un Feu
d’Artifice devant fon Logis : Il
ne faut pas s’en étonner, c’eft
un des plus zelez Serviteurs du
Roy, èc des plus beaux Efprits
que nous ayons.
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2
p. 198-200
La Reyne envoye Monsieur le Vicomte de Nantiac au Roy & à Monsieur, pour leur témoigner la part qu'elle prend à la Victoire de son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Début :
Elle fut suivie quelques jours apres de celle de la [...]
Mots clefs :
Monsieur, Plaisir, Joie
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texteReconnaissance textuelle : La Reyne envoye Monsieur le Vicomte de Nantiac au Roy & à Monsieur, pour leur témoigner la part qu'elle prend à la Victoire de son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Elle fut ſuivie quelques iours apres de cellede laReyne , qui avoit envoyé d'abord au Roy & à Son AlteſſeRoya- le , Monfieur le Vicomte de
Nantiac , pour leur témoigner la joyequ'elle reſſentoitdecet- te importante Victoire. Celle
de Madame a paru ſigrande ,
qu'il eſt impoſſible del'expri- | mer , auſſi bien que les divers
mouvemens qui l'ont agitée - pendant deux jours. Elle verſoit des larmes qu'elle don -
144 LE MERCURE noit avec plaiſir à l'heureuſe nouvelle de cegrand fuccés,&
dans le plus fort de ſa joye, il y
avoitdes momens où la crainte la tourmentoit. Elle vouloit
croire que le combat n'eſtoit pas finy,&que Monfieur étoit encor au milieu des ennemis ;
&dans ce mélange de frayeur &de joye , de trouble & de
plaiſir,pourſentirtropdecho- ſes àla fois , elle ne ſçavoit pas nien cequ'elle ſentoit. L'eſprit deMademoiselleeſtoitde mê
me , & fon agitation la faiſoit courir juſques ſur l'eſcalier au devantde tous ceux qui arri- voientde l'Armée.
Nantiac , pour leur témoigner la joyequ'elle reſſentoitdecet- te importante Victoire. Celle
de Madame a paru ſigrande ,
qu'il eſt impoſſible del'expri- | mer , auſſi bien que les divers
mouvemens qui l'ont agitée - pendant deux jours. Elle verſoit des larmes qu'elle don -
144 LE MERCURE noit avec plaiſir à l'heureuſe nouvelle de cegrand fuccés,&
dans le plus fort de ſa joye, il y
avoitdes momens où la crainte la tourmentoit. Elle vouloit
croire que le combat n'eſtoit pas finy,&que Monfieur étoit encor au milieu des ennemis ;
&dans ce mélange de frayeur &de joye , de trouble & de
plaiſir,pourſentirtropdecho- ſes àla fois , elle ne ſçavoit pas nien cequ'elle ſentoit. L'eſprit deMademoiselleeſtoitde mê
me , & fon agitation la faiſoit courir juſques ſur l'eſcalier au devantde tous ceux qui arri- voientde l'Armée.
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Résumé : La Reyne envoye Monsieur le Vicomte de Nantiac au Roy & à Monsieur, pour leur témoigner la part qu'elle prend à la Victoire de son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Après une victoire militaire, la Reine envoya le Vicomte de Nantiac pour exprimer sa joie au Roi et à Son Altesse Royale. Madame éprouva des émotions intenses, oscillant entre joie et crainte pour la sécurité de Monsieur. Mademoiselle partageait cette agitation et attendait les messagers de l'armée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 234-236
Réponse de la main du Roy, à Monsieur le Duc de S Aignan.
Début :
Voyons la réponse du Roy, & remarquons en passant que / Mon Cousin, je connois trop bien le fonds de vôtre [...]
Mots clefs :
Joie, Devoir
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texteReconnaissance textuelle : Réponse de la main du Roy, à Monsieur le Duc de S Aignan.
Voyons la réponſeduRoy, &remarquons en paſſant que c'eſt la ſeconde
dont en moins d'un mois Sa
Majesté à honoré Monfieur le
Ducde S. Aignan.
Hij
174: LE MERCURE
Réponſe delamain du Roy', à Mon. ſieur le Duc de S' Aignan .
M
On Cousin,
bienlefonds
ieconnoistrop
devôtre cœur,
pour douter de voſtre joye dans lesfavorablesfuccés dont ilplaiſt àDieudebenirmes Armes. lene
Suispasmoins persuadé devos in- quietudespourles fatigues &les accidens où l'on est obligéde s'expoler en des expeditions comme celle cy. Mais vous iugez bien qu'on nepeut reüſfir autrement ;
&apres tout vous conviendrez
qu'ilfaut toûjoursfairefon devoir,
Odurestese recommander àDieu.
Le lepriede vous avoir, mon Cou- fin,enſaſainte&digne garde.. A Dunkerquele 27. d'Avril.
1677 .
Signe , LOVIS.
dont en moins d'un mois Sa
Majesté à honoré Monfieur le
Ducde S. Aignan.
Hij
174: LE MERCURE
Réponſe delamain du Roy', à Mon. ſieur le Duc de S' Aignan .
M
On Cousin,
bienlefonds
ieconnoistrop
devôtre cœur,
pour douter de voſtre joye dans lesfavorablesfuccés dont ilplaiſt àDieudebenirmes Armes. lene
Suispasmoins persuadé devos in- quietudespourles fatigues &les accidens où l'on est obligéde s'expoler en des expeditions comme celle cy. Mais vous iugez bien qu'on nepeut reüſfir autrement ;
&apres tout vous conviendrez
qu'ilfaut toûjoursfairefon devoir,
Odurestese recommander àDieu.
Le lepriede vous avoir, mon Cou- fin,enſaſainte&digne garde.. A Dunkerquele 27. d'Avril.
1677 .
Signe , LOVIS.
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Résumé : Réponse de la main du Roy, à Monsieur le Duc de S Aignan.
Le roi Louis écrit au Duc de Saint-Aignan le 27 avril 1677. Il reconnaît la joie du duc face aux succès militaires et ses inquiétudes sur les dangers des expéditions. Le roi insiste sur la nécessité de poursuivre le devoir malgré les risques. La lettre se conclut par une recommandation à la protection divine. C'est la seconde missive en moins d'un mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 95-99
AU SOUVERAIN PONTIFE.
Début :
Il y a pour subscription à la Lettre que ce Roy a écrite / Lettre de la Royale Ambassade du grand Roy de Siam, [...]
Mots clefs :
Pape, Lettre, Chrétiens, Mérites, Joie, Ambassadeurs
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texteReconnaissance textuelle : AU SOUVERAIN PONTIFE.
HIlyy a pour ſubſcription à
la Lettre que ceRoy a écrite
auPape,
1
96 MERCURE
AU
SOUVERAIN PONTIFE..
Ettre de la Royale Ambaf-
Wade du grandRoy de Siam
qu'il envoye au S. Pape , qui
est le Premier&le Pere de tous
les Chrétiens , dont ilfoûtient la
Religion, pour luy donner de l'éclat
,&la gouverner, afin que
tous les. Chrétiensy demeurent
fermes ,&ſuivent ce que laReligion
& la Justice demandent..
D'autantqu'il a eftéde touttemps
uſité, que les grands Roys
Princes qui excellent en mérites
1
GALANT. 97
enforces , ont ſoin &defirent
ardemment étendre leurs Royales
amitiez par toutes les Parties du
Monde, parles diverſesNations
qui l'habitent , &fçavoir
les choses qui s'y paffent. C'est
pourquoy quand le S. Pape nous
aicy envoyé en Royale AmbasfadeDom
François Evesque,cela
nous donna unetres-grande joyes
apres avoir vû le contenu de
la Lettre dont il eſtoit Porteur,
remplie de civilitez , nostre coeur
Royalfut remply d'une joye tresgrande.
Pour ces raiſons nous
avons résolu d'envoyer tels &
tels, pour porter au S. Pape les
Juin1684.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
I
۱
98 MERCURE
Lettres de noftre Royale Ambas
fade dont ils font chargez, à
deffein qu'il y ait une Royale
Amitiéentre Nous,&un mutuel
amour qui dure jusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs
auront achevé ce dont ils font
chargez, je vous priede les laiffer
revenir , afin qu'ils m'appor
tent des Nouvelles du S. Pape,
qui mefont tres-cheres , &que
j'eftimeray infiniment. Jeprie
auſſi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs , &que nosAmbaffadeurs
puiffent aller&venir
fans interruption, afin qu'une fi
excellente,siprécieuse fiillustre
GALANT 99
amitiépuiſſe durer éternellement.
Enfin je ſouhaite que le S.Pape
joüiffe de toutesfortes de biens&
defélicitezdans la Loydes Chrétiens,
&qu'il vive pluſieurs an
néespleines de mérites, joye,fainteté&
repos.
la Lettre que ceRoy a écrite
auPape,
1
96 MERCURE
AU
SOUVERAIN PONTIFE..
Ettre de la Royale Ambaf-
Wade du grandRoy de Siam
qu'il envoye au S. Pape , qui
est le Premier&le Pere de tous
les Chrétiens , dont ilfoûtient la
Religion, pour luy donner de l'éclat
,&la gouverner, afin que
tous les. Chrétiensy demeurent
fermes ,&ſuivent ce que laReligion
& la Justice demandent..
D'autantqu'il a eftéde touttemps
uſité, que les grands Roys
Princes qui excellent en mérites
1
GALANT. 97
enforces , ont ſoin &defirent
ardemment étendre leurs Royales
amitiez par toutes les Parties du
Monde, parles diverſesNations
qui l'habitent , &fçavoir
les choses qui s'y paffent. C'est
pourquoy quand le S. Pape nous
aicy envoyé en Royale AmbasfadeDom
François Evesque,cela
nous donna unetres-grande joyes
apres avoir vû le contenu de
la Lettre dont il eſtoit Porteur,
remplie de civilitez , nostre coeur
Royalfut remply d'une joye tresgrande.
Pour ces raiſons nous
avons résolu d'envoyer tels &
tels, pour porter au S. Pape les
Juin1684.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
I
۱
98 MERCURE
Lettres de noftre Royale Ambas
fade dont ils font chargez, à
deffein qu'il y ait une Royale
Amitiéentre Nous,&un mutuel
amour qui dure jusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs
auront achevé ce dont ils font
chargez, je vous priede les laiffer
revenir , afin qu'ils m'appor
tent des Nouvelles du S. Pape,
qui mefont tres-cheres , &que
j'eftimeray infiniment. Jeprie
auſſi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs , &que nosAmbaffadeurs
puiffent aller&venir
fans interruption, afin qu'une fi
excellente,siprécieuse fiillustre
GALANT 99
amitiépuiſſe durer éternellement.
Enfin je ſouhaite que le S.Pape
joüiffe de toutesfortes de biens&
defélicitezdans la Loydes Chrétiens,
&qu'il vive pluſieurs an
néespleines de mérites, joye,fainteté&
repos.
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Résumé : AU SOUVERAIN PONTIFE.
Le roi de Siam adresse une lettre au pape pour exprimer sa joie et son admiration après avoir reçu une missive portée par l'ambassadeur Dom François. Il met en avant l'importance des relations diplomatiques et de l'amitié entre les nations. Le roi décide d'envoyer des ambassadeurs au pape afin de renforcer cette amitié et sollicite l'envoi réciproque d'ambassadeurs. Il souhaite que les échanges diplomatiques se poursuivent sans interruption pour maintenir une amitié durable. Le roi formule également des vœux de bonheur et de prospérité pour le pape et la communauté chrétienne.
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5
p. 99-100
XI.
Début :
Amis, que nostre joye éclate, [...]
Mots clefs :
Joie, Amour, Vigne, Cerise, Attraits
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texteReconnaissance textuelle : XI.
XI.
AMis,que noftre joye éclate,
Que noftrefoye enfin de plaifirfe d late,
Pour folemnifer l'heureuxjour
Dans lequel le Seigneur Mercure
Nous vient donner de fon amour
Unedes marques la pluspure.
Ce Dien, quifait tres bien que pour entretenir
L'amitié qui nousfait unir,
Il nous faut lefecours de la Liqueur Bachique,
Luy -mefmefe donne lesfoins
De fatisfaire à nos befoins
Avec un air tout magnifique.
Il veut nous apporter des Cieux
Une Vigne quiporte un Fruit délicieux,
Un Raifin dont le grain cauſe de laſurprife,
Poureftre quatre fois plus gros qu'une
Cerife ,
100
Extraordinaire
Propre à faire du Vin d'un gouft fortfucculent,
Et de beaucoup plus excellent
Que tous ceux que l'on boit, & d'Espagne
& de France.
Puis donc que c'est l'unique attrait
Qui de nousbien unirfemble avoir le fecret,
Marguons-en à ce Dien noftre reconnoif
Sance,
Par une ample réjouiſſance.
LA PETITE ASSEMBLEE A
du Havre.
AMis,que noftre joye éclate,
Que noftrefoye enfin de plaifirfe d late,
Pour folemnifer l'heureuxjour
Dans lequel le Seigneur Mercure
Nous vient donner de fon amour
Unedes marques la pluspure.
Ce Dien, quifait tres bien que pour entretenir
L'amitié qui nousfait unir,
Il nous faut lefecours de la Liqueur Bachique,
Luy -mefmefe donne lesfoins
De fatisfaire à nos befoins
Avec un air tout magnifique.
Il veut nous apporter des Cieux
Une Vigne quiporte un Fruit délicieux,
Un Raifin dont le grain cauſe de laſurprife,
Poureftre quatre fois plus gros qu'une
Cerife ,
100
Extraordinaire
Propre à faire du Vin d'un gouft fortfucculent,
Et de beaucoup plus excellent
Que tous ceux que l'on boit, & d'Espagne
& de France.
Puis donc que c'est l'unique attrait
Qui de nousbien unirfemble avoir le fecret,
Marguons-en à ce Dien noftre reconnoif
Sance,
Par une ample réjouiſſance.
LA PETITE ASSEMBLEE A
du Havre.
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Résumé : XI.
Un groupe d'amis célèbre un événement heureux en rendant hommage à Mercure, le dieu de l'amour et de l'amitié. Mercure leur offre un raisin exceptionnel, quatre fois plus gros qu'une cerise, capable de produire un vin supérieur à ceux d'Espagne et de France. Ils organisent une réjouissance pour reconnaître ce don.
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6
p. 72-76
Lettre en Vers, [titre d'après la table]
Début :
L'autre Lettre a esté écrite par l'Autheur à un de ses Amis, / Mon cher Lisis, j'ay receu le Billet [...]
Mots clefs :
Naissance, Mardi gras, Coeur, Joie, Père, Fils, Enfant, Honneur, Festin, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : Lettre en Vers, [titre d'après la table]
L'autre Lettre a efté écrite.
par l'Autheur à un de fes
Amis,
GALANT. 73
Amis , de qui la Femme accoucha
d'un Garçon le jour
du Mardy Gras.
On cher Lifis , j'ay receu le
Billet
Mo
Que m'aporta ton verdoyant Valet;
Et quoy qu'ennuy de tous coffez m'aboye,
Moncoeur pourtant a treffailly de joye,
Pour avoirfçu que ta chere Moitié,
Apres douleurs qui font moult grand
pitié,
Enfin t'avoit de rechefrendu Père.
l'heureux Fils ! ©fortune profpere!
o Cielbenin , que de contentement
Vous promettez à ce nouvel Enfant!
Un Mardy- Gras éclairefa naiſſances
Les Ieux, les ris, les Feftins, & la
Dance,
Semblent par tout venirfaire la cour
Mars 1685. G
74 MERCURE
Au bel Enfant qui par toy voit lejour.
O qu'ilfera grand amateur d'Epices!
Langues de Boeuf, Saucissons & San
ciffes,
Iambonsfumez, gros & courts Cervelas
Feront unjour l'honneur de fes Repas?
Goute de vin ne lairra dans fa Couppe,
Agrosmonceaux mettra lefel en Soupe,
Et neferajamais dansfon Tonneau,
Pour le remplir,y répandre de l'eau.
Plante, croy-moy , pour cet Enfant infigne
Le meilleurplan de la meilleure Vigne
O quel transport ! O quel plaifant
foulas,
Quand ii verra courber les Echalas
Sous le fardeau de mainte & mainte
Grappe,
Etgros Flacons arangezfur la Nappe!
Mais garde- toy que celle qui nourrit
GALANT. 75
Cet Enfançon à qui Mardy- Grasrit,
Faffe Carefme, & mange de Molüe.
Prens les Chapons les plus gras de la
Müe,
Iarret de Veau, longe, éclanche &
roignon,
Fais fairefauce, ou d'Ail , ou - bien
d'Oignon,
Et
Et fois certain que cette nourriture
Aide beaucoup à la bonne nature,
que l'Enfant qui fucce de ce lait ,
Un temps viendraferamaître Poulet,
Etneferapar amour d'abftinence,
Affront aujour qui luy donna naif-
Sance.
Mais j'en dis trop pour un Homme
chagrin,
Quipourrimer n'eft pas en trop bon
train.
Un malde dents, douleur des plus
cruelle,
Gij
76 MERCURE
Quejour, que nuit me devore & bou
relle .
Atends ; adicu. Si j'obtiens guériſon,
I'iray te voir en ta belle Maifon,
M'yfaluft - il courre à beaupiedfans
Lance;
Onquesje n'eus tant de réjouissance,
Quej'en auray de prendre entre mes
... bras
Ce bel Enfant, ce Fils du Mardy-
Gras.
par l'Autheur à un de fes
Amis,
GALANT. 73
Amis , de qui la Femme accoucha
d'un Garçon le jour
du Mardy Gras.
On cher Lifis , j'ay receu le
Billet
Mo
Que m'aporta ton verdoyant Valet;
Et quoy qu'ennuy de tous coffez m'aboye,
Moncoeur pourtant a treffailly de joye,
Pour avoirfçu que ta chere Moitié,
Apres douleurs qui font moult grand
pitié,
Enfin t'avoit de rechefrendu Père.
l'heureux Fils ! ©fortune profpere!
o Cielbenin , que de contentement
Vous promettez à ce nouvel Enfant!
Un Mardy- Gras éclairefa naiſſances
Les Ieux, les ris, les Feftins, & la
Dance,
Semblent par tout venirfaire la cour
Mars 1685. G
74 MERCURE
Au bel Enfant qui par toy voit lejour.
O qu'ilfera grand amateur d'Epices!
Langues de Boeuf, Saucissons & San
ciffes,
Iambonsfumez, gros & courts Cervelas
Feront unjour l'honneur de fes Repas?
Goute de vin ne lairra dans fa Couppe,
Agrosmonceaux mettra lefel en Soupe,
Et neferajamais dansfon Tonneau,
Pour le remplir,y répandre de l'eau.
Plante, croy-moy , pour cet Enfant infigne
Le meilleurplan de la meilleure Vigne
O quel transport ! O quel plaifant
foulas,
Quand ii verra courber les Echalas
Sous le fardeau de mainte & mainte
Grappe,
Etgros Flacons arangezfur la Nappe!
Mais garde- toy que celle qui nourrit
GALANT. 75
Cet Enfançon à qui Mardy- Grasrit,
Faffe Carefme, & mange de Molüe.
Prens les Chapons les plus gras de la
Müe,
Iarret de Veau, longe, éclanche &
roignon,
Fais fairefauce, ou d'Ail , ou - bien
d'Oignon,
Et
Et fois certain que cette nourriture
Aide beaucoup à la bonne nature,
que l'Enfant qui fucce de ce lait ,
Un temps viendraferamaître Poulet,
Etneferapar amour d'abftinence,
Affront aujour qui luy donna naif-
Sance.
Mais j'en dis trop pour un Homme
chagrin,
Quipourrimer n'eft pas en trop bon
train.
Un malde dents, douleur des plus
cruelle,
Gij
76 MERCURE
Quejour, que nuit me devore & bou
relle .
Atends ; adicu. Si j'obtiens guériſon,
I'iray te voir en ta belle Maifon,
M'yfaluft - il courre à beaupiedfans
Lance;
Onquesje n'eus tant de réjouissance,
Quej'en auray de prendre entre mes
... bras
Ce bel Enfant, ce Fils du Mardy-
Gras.
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Résumé : Lettre en Vers, [titre d'après la table]
L'auteur écrit à un ami pour célébrer la naissance de son fils, survenue le jour du Mardi Gras. Il exprime sa joie malgré un certain ennui et anticipe une vie prospère pour l'enfant. Il imagine un avenir où le garçon sera entouré de festins et de danses, savourant des mets délicats et des vins fins. L'auteur conseille à son ami de bien nourrir l'enfant pour qu'il devienne robuste et évite les privations. Cependant, il mentionne une douleur dentaire persistante qui l'empêche de se réjouir pleinement. Il espère se rétablir pour rendre visite à son ami et voir l'enfant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 343-348
Harangue des Ambassadeurs au Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Compliment fut precedé d'un prélude fort court, dans [...]
Mots clefs :
Harangue, Ambassadeurs, Premier ambassadeur, Roi, Joie, Troupes, Roi de Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue des Ambassadeurs au Roy, [titre d'après la table]
Le Compliment fut precedé
d'un prélude fort court ,
dans lequel le premier Ambaſſadeur
( ſuivant l'uſage de
fon Païs ) demanda au Roy la
permiſſion de parler. Il commença
enſuite ſon Difcours ,
328 Suite du Voyages
&dit, Qu'ilsse prefentoient avec
d'autant plus de joye devant St
Majesté,qu' Elle en estoit Elle-mefme
comblée par la naiſſance de
Monseigneur le Duc de Berry.
Aprés cela , fon Difcours roula
fur ce que le Roy de Siam
eſtoit pleinement informé de
lagrandeur du Roy , dont il
fit une vive peinture. Il parla
des Places conquiſes par Sa
Majesté , de fes grands Travaux
dont Elle tiroit une gloire
ſi folide , & fi univerſellement
reconnuë ; & s'étendit
fur ces articles, auffi- bien que
fur le nombre & la beauté
des Troupes de ce Monarque,
des Amb. de Siam. 329
dont il loüa le Gouvernement
, en faiſant connoiſtre
qu'une ſi grande ſageſſe ne
ſe rencontroit pas toûjours
avec un ſi grand pouvoir. Il
parla enſuite des grandes qualitez
de l'Ame du Roy , du
merite des Seigneurs de ſa
Cour , de l'intelligence & de
l'eſprit de ſes miniſtres , qu'il
avoit rendus capables d'executer
ſes ordres , & à qui rien.
de ce qu'il leur commandoit
n'eſtoit impoſſible. Enfin
aprés avoir fait voir que le
Roy s'eſt acquis le nom de
Grand par fon propre merite,
par la poſſeſſion d'un Royau330
Suite du Voyage
1
me floriſſant , par le nombre
de ſes Victoires & de ſes Conquêres,
par celuy des Seigneurs
qui compoſent ſa Cour , &
dont la valeur eſt ſi connuë ,
par des Troupes toûjours victorieuſes
& toujours preftes
à vaincre, & par des Miniftres
vigilans , zelez & habiles ; il
conclut de toutes ces chofes ,
que le Roy de Siam avoit une
ſenſible joye d'apprendre la
fincere amitié qu'avoit pour
luy un monarque fi veritablement
Grand, &par luy-même,
& par tout ce qui peut marquer
la Grandeur humaine. Il
ajoûta, Que pour ce qui regardoit
des Amb, de Siam. 331
leurs Personnes , celles des
Mandarins qui les accompagnoient
ils avonoient à Sa Majesté qu'ils
avoient d'abord reffinty quelque
triſteſſe de quitter leur Patrie pour
entreprendre unfi long Voyage,parce
qu'ils ne ſont pas accoûtumez à
ces fortes de Navigations ; mais
qu'ayant l'avantage de voir de
leurs propres yeux l'éclat qui environnoit
Sa Majesté , & de reconnoiſtre
eux- mêmes que tout ce que
la Renommée publioit deſes Grandeurs
& de ses Qualitez heroïques,
estoit encore au dessous de la
verité , ce bonheur diffipoit toute
leur triſteſſe , & qu'ils goûtoient
une paix & une joye außi entiere ;
332 Suite du Voyage
que s'ils estoient auprés du Roy
leur Maître à recevoir les témoignages
lesplus touchans deſa bonté.
Ils marquerent enſuite que
le Roy de Siam avoit moins
cherché à faire de riches Preſens
auRoy , qu'à luy en faire
d'agreables , & qu'il avoit
ſeulement envoyé des choſes
qui ſe trouvoient dans les
Indes. Aprés quoy ils finirent
, en suppliant tres-humblement
Sa Maiefté de les prendre
Sous sa Royale protection tout le
temps qu'ils auroient l'honneur
de demeurer dans ſon Royaume.
d'un prélude fort court ,
dans lequel le premier Ambaſſadeur
( ſuivant l'uſage de
fon Païs ) demanda au Roy la
permiſſion de parler. Il commença
enſuite ſon Difcours ,
328 Suite du Voyages
&dit, Qu'ilsse prefentoient avec
d'autant plus de joye devant St
Majesté,qu' Elle en estoit Elle-mefme
comblée par la naiſſance de
Monseigneur le Duc de Berry.
Aprés cela , fon Difcours roula
fur ce que le Roy de Siam
eſtoit pleinement informé de
lagrandeur du Roy , dont il
fit une vive peinture. Il parla
des Places conquiſes par Sa
Majesté , de fes grands Travaux
dont Elle tiroit une gloire
ſi folide , & fi univerſellement
reconnuë ; & s'étendit
fur ces articles, auffi- bien que
fur le nombre & la beauté
des Troupes de ce Monarque,
des Amb. de Siam. 329
dont il loüa le Gouvernement
, en faiſant connoiſtre
qu'une ſi grande ſageſſe ne
ſe rencontroit pas toûjours
avec un ſi grand pouvoir. Il
parla enſuite des grandes qualitez
de l'Ame du Roy , du
merite des Seigneurs de ſa
Cour , de l'intelligence & de
l'eſprit de ſes miniſtres , qu'il
avoit rendus capables d'executer
ſes ordres , & à qui rien.
de ce qu'il leur commandoit
n'eſtoit impoſſible. Enfin
aprés avoir fait voir que le
Roy s'eſt acquis le nom de
Grand par fon propre merite,
par la poſſeſſion d'un Royau330
Suite du Voyage
1
me floriſſant , par le nombre
de ſes Victoires & de ſes Conquêres,
par celuy des Seigneurs
qui compoſent ſa Cour , &
dont la valeur eſt ſi connuë ,
par des Troupes toûjours victorieuſes
& toujours preftes
à vaincre, & par des Miniftres
vigilans , zelez & habiles ; il
conclut de toutes ces chofes ,
que le Roy de Siam avoit une
ſenſible joye d'apprendre la
fincere amitié qu'avoit pour
luy un monarque fi veritablement
Grand, &par luy-même,
& par tout ce qui peut marquer
la Grandeur humaine. Il
ajoûta, Que pour ce qui regardoit
des Amb, de Siam. 331
leurs Personnes , celles des
Mandarins qui les accompagnoient
ils avonoient à Sa Majesté qu'ils
avoient d'abord reffinty quelque
triſteſſe de quitter leur Patrie pour
entreprendre unfi long Voyage,parce
qu'ils ne ſont pas accoûtumez à
ces fortes de Navigations ; mais
qu'ayant l'avantage de voir de
leurs propres yeux l'éclat qui environnoit
Sa Majesté , & de reconnoiſtre
eux- mêmes que tout ce que
la Renommée publioit deſes Grandeurs
& de ses Qualitez heroïques,
estoit encore au dessous de la
verité , ce bonheur diffipoit toute
leur triſteſſe , & qu'ils goûtoient
une paix & une joye außi entiere ;
332 Suite du Voyage
que s'ils estoient auprés du Roy
leur Maître à recevoir les témoignages
lesplus touchans deſa bonté.
Ils marquerent enſuite que
le Roy de Siam avoit moins
cherché à faire de riches Preſens
auRoy , qu'à luy en faire
d'agreables , & qu'il avoit
ſeulement envoyé des choſes
qui ſe trouvoient dans les
Indes. Aprés quoy ils finirent
, en suppliant tres-humblement
Sa Maiefté de les prendre
Sous sa Royale protection tout le
temps qu'ils auroient l'honneur
de demeurer dans ſon Royaume.
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Résumé : Harangue des Ambassadeurs au Roy, [titre d'après la table]
Un ambassadeur de Siam prononce un discours devant un roi, débutant par une demande de permission de parler et une expression de joie pour la naissance du Duc de Berry. Il vante ensuite la grandeur du roi, mentionnant ses conquêtes, ses travaux glorieux et ses troupes. L'ambassadeur loue également le gouvernement du roi de Siam, soulignant sa sagesse et son pouvoir. Il met en avant les qualités du roi, la valeur de sa cour, l'intelligence de ses ministres et la vaillance de ses troupes. L'ambassadeur conclut en exprimant la joie du roi de Siam d'apprendre l'amitié sincère du roi. Les ambassadeurs avouent initialement une tristesse de quitter leur patrie, mais cette tristesse est dissipée par la grandeur et les qualités héroïques du roi. Ils précisent que les présents offerts au roi sont choisis pour leur agrément plutôt que pour leur richesse et demandent la protection royale pour la durée de leur séjour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 132-151
Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Début :
Je croyois ne devoir plus vous parler d'aucune des Villes [...]
Mots clefs :
Dunkerque, Gravelines, Lille, Ville, Harangues, Roi, Ambassadeurs, Lieutenant, Compliment, Joie, Invincible monarque, Magistrat, Échevins, Amitié, Vin, Seigneurs, Troupes, Fortifications, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Je croyois ne devoir plus
vous parler d'aucune des Vil
les de Flandre où les Ambaſ
fadeurs ont eſté ; cependant
je ne puis me difpenferdevous
entretenir encore de Gravelines
, de Dunquerque & de
l'Iſle , dont il me reſte pluſieurs
chofes à vous dire, &
les harangues àvous envoyer,
le defir que j'ay eu de fatisfaire
voſtre curioſité , ayant
eſté cauſe que je vous ay écrit
avant que tous mes me-
1
des Amb de Siam. 133
moires ſuſſent arrivez . Ainfi
pour rendre juſtice à tous
ceux qui le meritent , je vais
encore vous apprendre quelques
particularitez de ce qui
s'eſt fait dans ces troisVilles,
mais ſans vous rien repeter
de ce que je vous ay déja dit.
Quoique Gravelines ne fuft
point du nombre de celles
que les Ambaſſadeurs devoient
voir , & qu'elle n'ait
fçû qu'ils y devoient dîner
que deux heures avant qu'ils
y arrivaſſent, comme on n'eſt
jamais ſurpris dans lesPlaces
duRoy, tout s'eſt paffé dans
134 IV. P. du Voyage
د
cette Ville là de la même ma
niere que dans les autres.
M Benoist Lieutenant
de Roy , reçût les Ambafſadeurs
avec l'Etat Major.
Les Troupes qui eſtoient en
haye eſtoient le Regimentde
Foreft, commandé parMde
Cleran , & les Compagnies
de Meuſnier & de Manuel ,
du Regiment d'Erlac. M. de
la Puiſade avec un Lieutenant
, & so hommes eſtoit
de garde au logis qui leur
avoit eſté preparé . M.le Prevoſt
Bailly à la teſte de Mles
Mayeur & Eſchevins , leur
A
des Amb. de Siam. 135
offrit les Vins de Ville, & leur
fit le compliment que je vous
envoye , auquel il avoit eſté
obligé de ſe preparer pref
que fur le champ.
MESSEIGNEVRS ,
Les Magistrats , aussi bien que
tout le Peuplede Graveline, reffentant
une joye extrême de ce qu'il
a plû à vos Excellences , d'honorer
cette ville de leurs illuftres presences
,
vous viennent en donner
des marques, en vous afſeurant qu'-
ils en auront une eternelle reconnoiffance
. Ils souhaiteroient avec
paffion, pouvoirpar un difcours accomply,
&par des Presens magnifiques,
témoigner les respects qu'ils
136 IV. P. du Voyage
ont pour vos Excellences, qui com
me Ambassadeurs reprefentent la
Majesté d'un grand Roy , pourlequel
ils auront toûjours toute la
veneration , qui est deuë à un Allié
de nostre Auguste &Invincible
Monarque ; mais n'ayant rien quż
Soit digne de vos Excellences , ils
leur offrent leurs coeurs pour leur
faire voir combien ils fontſenſibles
à la grace qu'ils reçoivent & ces
Vins de Ville , pour un effet de
leur Zele.
Mrs du Clergé les haranguerent
enſuite. Tous ces
compliments eftant finis , les
Ambaſſadeurs dirent , qu'ils
avoient trouvé les Troupes fi
desAmb. de Siam. 137
leftes &fi belles , qu'ilsfouhaitoient
de les revoir. On ordonna
à Mª de Cleran , Lieutenant
Colonel de Foreft , de
les faire défiler. Tous les OfficiersFrançois&
Suiffes,faluerent
de la Pique avec beaucoup
de grace, & un air qui
furprit les Ambaſſadeurs ,
quoiqu'ils fuſſent accoûtumez
à recevoir tous les jours
de pareils faluts. Comme
le temps eſtoit fort vilain, &
que d'ailleurs ils eſtoient preffez
de partir , ils ne purent
viſiter les Fortifications de la
Place; mais ils en demande-
M
138 IV. P. du Voyage
rent le Plan, qu'ils regarde
rent avec beaucoup de plaifir
& d'attention , juſqu'à ce
qu'ils ſe miſſent à table. Ils
dirent en l'examinant , que
s'estoit avecjustice que cettePlace
avoit une fi grande reputation.
ParmylesDames deBourbourg
qui estoient venues
pour les voir dîner, & celles
de Gravelines qui eurent la
même curiofité, ils en trouverent
de trés-belles , du
nombre deſquelles furent
Meſdemoiselles Charpentier
& de Seine ; auffi reçûrentelles
de grandes honeſtere,z
des Amb. de Siam. 139
des Ambaſſadeurs , qui leur
donnerent des fruits.
J'adjoûteray peu de choſes
à ce que je vous ay déja
dit de leur séjour àDunkerque.
Ils furent conduits dans
la grande Chambre deJuſtice
de l'Hôtel de Ville , où Mrs
du Magiftrat les vinrent
complimenter . A la teſte
anarchoient les quatre Sergens
du Baillage , vêtus de
leurs Caſaques de ceremonie,
& ayant leurs Halebardes fur
leurs épaules. Aprés eux entrerent
leBailly , le Bourguemeſtre,
les Echevins, les trois
міj
140 IV. P. du Voyage
t
Penſionnaires de la Ville , le
Greffier , le Treforier & les
Conſeillers; ceux qui compofent
le Corps du Magiſtrat les
fuivoient en robbes &
avoient aprés eux les quatre
Huiffiers de la Chambre du
Magiftrat , reveſtus auſſi de
leurs Manteaux de ceremonie.
Aprés que le Magiftrat
eut fait les reverences ordinaires
, le ſieur Alonſe Laurent
de Briſe , l'un des trois
Penſionnaires , prononça ce
compliment par ordre de M
Coppens,Bourguemeſtre, fuivant
l'ancien uſage du Païs,
r
desAmb. de Siam. 141
MESSEIGNEVRS ,
Les Bailly , Bourguemestre , Echevins
& Conseillers de cette ville
de Dunkerque ,sçachant aussi bien
que tous les Peuples de l'Europe,
avec combien de joye le Roy Louis
le Grand noftre trés-Auguste &Invincible
Monarque, vous a recens
enſesEtats, &l'eftime trés-particuliere
qu'il fait de l'amitié du puiffant
Royde Siam voſtre Souverain,
ont voulu s'aquiter de leur devoir,
en presentant à vos Excellences
leurs trés-humbles respects &fervices,
avec offre de Vin de Ville.
1
L'Ambaſſadeur répondit ,
qu'ils estoient fort obligez à
Ms du Magistrat , de leurs
142 IV. P. du Voyage
civilitez, &que leur Present
leur feroit fort agreable. Ils
fouperent en public , & M*
Coppens leur députa MSOmair
& Blomme , Echevins
qui leur preſenterent de la
part duMagiſtrat fix douzai
nes de bouteilles du plus excellent
Vin de Champagne,
qu'on euſt pû trouver , pour
Preſent du Vin de Ville.
Les Ambaſſadeurs ayant veu
les Ouvrages de la Marine
qui font àDunkerque, le Fort
du Rifban , & les Fortifications
de la Ville, come je vous
l'ay marqué dans la troifié
desAmb. de Siam. 143
me partie de cette Relation ,
partirent le 31. Octobre au
bruit du Canon , & au fon
des Cloches qui carrillonnerent
tant qu'ils les purent entendre.
Ils prirent leur route
par le Canal de Bergues pour
aller à Ypres, & l'on fit marcher
leurs Carroſſes vuides
par la Digue le long du Canal.
Le Magiſtrat avoit commandé
la Barque ou Yack de
laVille, pour les conduire par
caujuſqu'àlaVilledeBergues.
Cette Barque eft fort propre
&baſtie en forme de Fregate.
Je vous aydéja parlé fi am
144 IV. P.du Voyage
plement de la reception qui
leur a eſté faite à Lifle , que
ne retouchant cet article
que pour la harangue , tout
ce que j'y puis adjouter, c'eſt
que les principaux Officiers
de la Garniſon allerent environ
une lieuë au devant d'eux
avec les Gardes de M.le Marêchal
de Humiere , le reſte
ſe paſſa.comme je vous l'ay
déja maqué à l'égard de la
Gendarmerie. Voicy le compliment
que leur fit au nom
de la VilleM de Broide, Seigneur
de Gondecourt, & pre
mierConfeiller Penſionnaire.
ILLVS
des Amb. de Siam. 145
ILLYSTRES SEIGNEURS,
Les augustes qualitez , & les
triomphes de nôtre trés Haut, trés-
Magnanime & trés - Invincible Monarque
, ne vous avoient parû que
par ce que vous en avoit appris lakenommée
en publiant ses heroïques
exploits ; mais depuis que vous avez
eu l'honneur de ſes Audiences , que
vous avez veu la magnificence de
Sa Cour, la grandeur desa Puiſſance
& l'étendue de ſon Empire, &deſes
glorieuses conquêtes , vous aurez reconnu
au dessus de cette reputation
tout ce que vous aviezconceu de la
personne de cet Auguste Conquerant,
unegrandeurdAme incomparable une
Sageſſe ſurprenante en toutes choses,
& une prudence qui na pono d'é
N
146 IV. P. du Voyage
gale dons le Gouvernement de fes
Etats. Les penibles fatigues & les
travaux que vous avez effuyez dans
ce long trajet de vastes Mers ; l'inconstance
des vents &le dangerdes
écueils où vous vous estes exposez
pour luy rendre les honneurs qui luy
font dûs , & pour rechercher Son
amitié, nous font connoître l'admiration
où vous eſtes de le voir comblé
de gloire. Le commandement que
SaMajesténous afaitde vous recevoir
avec tous leshonneurs qu'on doit aux
personnes de vôtre caractere, marque
l'estime qu'Elle fait de la persoune
des merites du très- Puiſſant & tres-
Excellent Prince le Roy de Siam.
Nous ne doutons point, Illuftres Seigneurs
, que vous n'ayez receu tous
les temoignages que vous attendiez
du Zele de la France, pour la réuffite
des Amb. de Siam. 147
de l'union que vous désirez . Ce zele
n'est point particulier; il est commun
à tous les bons&fideles Suiets do
Roy , & principalement aux Magistrats
& au Peuple de cette ville de
Lifle, qui ne peuvent affez exprimer
la joye qu'ils reçoiventde l'honneur
de vôtre presence. Ils admirent
estiment , Meffeigneurs, vôtre generositéde
paſſer des extrêmitez de l'Ovient
dans ces contrées au peril de
vôtre vie, & ils tiennentcettefera
veur pour une preuve aſſurée de la
finceritéde vos affections. Cette inf
piration de l'Auguste Roy de Siam,
à rechercher l'amitié de ſa Majesté,
preferablement à tous autres , leur
paroit un effet de la Divine Provi
dence , qui leur preſage que cette
union perfuadera plus fortement le
Roy votre Maitre , d'embrasfer la
Nij
148 IV.P du Voyage
même creance, &de sefaire instruire
de la veritéde laReligion Chreftienne.
Noussouhaitons , Meſſeigneurs, que
cette penséefuit lafin heureuse &le
fruit de vôtre Voyage & de vosglorieux
travaux , à l'exemple de ce
Roy très- Pieux&très- Chieſtien, qui
apres avoir heureusement foûtenu la
Guerre ,& donné glorieusement la
Paix à l'Europe , s'applique avec
tous les soins imaginables , à faire
regnersouverainementla Loy du vray
Dieu. Enfin nous souhaitons au Roy
de Siam fous les auspices de cette
Divinité infinie & éternelle , l'accroiſſement
de sa grandeur &prof
perité, & que vous soyez auffi heureux
sous son Regne, que nous le
Sommes fous celuy du plus Sage , du
plus luſte & du plus parfait de tous
les Rois. Aggreez, Illustres Seigneurs,
des Amb. de Siam. 149
tes voeux de vos très-humbles &
três- obeiſſans Serviteurs ."
Pendant le ſéjour que les
Ambaffadeurs firent à Lifle,
ils eurent cent Hommes de
garde à leur logis , & les ruës
furent éclairées le ſoir & toute
la nuit. Ils allerent viſiter
l'Eglife Collegiale de S. Pierre
, & celle des Dominicains,
qui eſt une des plus belles
Eglifes de la Ville , & qu'ils
examinerent avec beaucoup
de ſoin. Je vous ay déja par- .
lé de l'Hôpital Comteſſe, où
ces Ambaſſadeurs allerent
Ninj
150 IV. P. du Voyage
auſſi ; mais je ne vous ay pas
dit qu'il eft ainſi nommé
parcequ'il a eſté fondé par
une Comteffe de Flandres .
Lorſque la Prieure leur preſenta
des Bouquets de Fleurs
de ſoye , comme je vous l'ay
marqué dans ma Relation
précedente , elle leur dit que
la couleur n'en changeroit ja
mais , & garderoit toûjours le
mesme éclat ; & les pria en
meſme temps de ſe ſouvenir
d'elle. Aquoy l'Ambaſſadeur
répondit qu'il s'enfſouviendroit
auſſi longtemps que les Fleurs
qu'elle leur avoit preſentées
des Amb de Siam. 151
garderoient leur couleur.
vous parler d'aucune des Vil
les de Flandre où les Ambaſ
fadeurs ont eſté ; cependant
je ne puis me difpenferdevous
entretenir encore de Gravelines
, de Dunquerque & de
l'Iſle , dont il me reſte pluſieurs
chofes à vous dire, &
les harangues àvous envoyer,
le defir que j'ay eu de fatisfaire
voſtre curioſité , ayant
eſté cauſe que je vous ay écrit
avant que tous mes me-
1
des Amb de Siam. 133
moires ſuſſent arrivez . Ainfi
pour rendre juſtice à tous
ceux qui le meritent , je vais
encore vous apprendre quelques
particularitez de ce qui
s'eſt fait dans ces troisVilles,
mais ſans vous rien repeter
de ce que je vous ay déja dit.
Quoique Gravelines ne fuft
point du nombre de celles
que les Ambaſſadeurs devoient
voir , & qu'elle n'ait
fçû qu'ils y devoient dîner
que deux heures avant qu'ils
y arrivaſſent, comme on n'eſt
jamais ſurpris dans lesPlaces
duRoy, tout s'eſt paffé dans
134 IV. P. du Voyage
د
cette Ville là de la même ma
niere que dans les autres.
M Benoist Lieutenant
de Roy , reçût les Ambafſadeurs
avec l'Etat Major.
Les Troupes qui eſtoient en
haye eſtoient le Regimentde
Foreft, commandé parMde
Cleran , & les Compagnies
de Meuſnier & de Manuel ,
du Regiment d'Erlac. M. de
la Puiſade avec un Lieutenant
, & so hommes eſtoit
de garde au logis qui leur
avoit eſté preparé . M.le Prevoſt
Bailly à la teſte de Mles
Mayeur & Eſchevins , leur
A
des Amb. de Siam. 135
offrit les Vins de Ville, & leur
fit le compliment que je vous
envoye , auquel il avoit eſté
obligé de ſe preparer pref
que fur le champ.
MESSEIGNEVRS ,
Les Magistrats , aussi bien que
tout le Peuplede Graveline, reffentant
une joye extrême de ce qu'il
a plû à vos Excellences , d'honorer
cette ville de leurs illuftres presences
,
vous viennent en donner
des marques, en vous afſeurant qu'-
ils en auront une eternelle reconnoiffance
. Ils souhaiteroient avec
paffion, pouvoirpar un difcours accomply,
&par des Presens magnifiques,
témoigner les respects qu'ils
136 IV. P. du Voyage
ont pour vos Excellences, qui com
me Ambassadeurs reprefentent la
Majesté d'un grand Roy , pourlequel
ils auront toûjours toute la
veneration , qui est deuë à un Allié
de nostre Auguste &Invincible
Monarque ; mais n'ayant rien quż
Soit digne de vos Excellences , ils
leur offrent leurs coeurs pour leur
faire voir combien ils fontſenſibles
à la grace qu'ils reçoivent & ces
Vins de Ville , pour un effet de
leur Zele.
Mrs du Clergé les haranguerent
enſuite. Tous ces
compliments eftant finis , les
Ambaſſadeurs dirent , qu'ils
avoient trouvé les Troupes fi
desAmb. de Siam. 137
leftes &fi belles , qu'ilsfouhaitoient
de les revoir. On ordonna
à Mª de Cleran , Lieutenant
Colonel de Foreft , de
les faire défiler. Tous les OfficiersFrançois&
Suiffes,faluerent
de la Pique avec beaucoup
de grace, & un air qui
furprit les Ambaſſadeurs ,
quoiqu'ils fuſſent accoûtumez
à recevoir tous les jours
de pareils faluts. Comme
le temps eſtoit fort vilain, &
que d'ailleurs ils eſtoient preffez
de partir , ils ne purent
viſiter les Fortifications de la
Place; mais ils en demande-
M
138 IV. P. du Voyage
rent le Plan, qu'ils regarde
rent avec beaucoup de plaifir
& d'attention , juſqu'à ce
qu'ils ſe miſſent à table. Ils
dirent en l'examinant , que
s'estoit avecjustice que cettePlace
avoit une fi grande reputation.
ParmylesDames deBourbourg
qui estoient venues
pour les voir dîner, & celles
de Gravelines qui eurent la
même curiofité, ils en trouverent
de trés-belles , du
nombre deſquelles furent
Meſdemoiselles Charpentier
& de Seine ; auffi reçûrentelles
de grandes honeſtere,z
des Amb. de Siam. 139
des Ambaſſadeurs , qui leur
donnerent des fruits.
J'adjoûteray peu de choſes
à ce que je vous ay déja
dit de leur séjour àDunkerque.
Ils furent conduits dans
la grande Chambre deJuſtice
de l'Hôtel de Ville , où Mrs
du Magiftrat les vinrent
complimenter . A la teſte
anarchoient les quatre Sergens
du Baillage , vêtus de
leurs Caſaques de ceremonie,
& ayant leurs Halebardes fur
leurs épaules. Aprés eux entrerent
leBailly , le Bourguemeſtre,
les Echevins, les trois
міj
140 IV. P. du Voyage
t
Penſionnaires de la Ville , le
Greffier , le Treforier & les
Conſeillers; ceux qui compofent
le Corps du Magiſtrat les
fuivoient en robbes &
avoient aprés eux les quatre
Huiffiers de la Chambre du
Magiftrat , reveſtus auſſi de
leurs Manteaux de ceremonie.
Aprés que le Magiftrat
eut fait les reverences ordinaires
, le ſieur Alonſe Laurent
de Briſe , l'un des trois
Penſionnaires , prononça ce
compliment par ordre de M
Coppens,Bourguemeſtre, fuivant
l'ancien uſage du Païs,
r
desAmb. de Siam. 141
MESSEIGNEVRS ,
Les Bailly , Bourguemestre , Echevins
& Conseillers de cette ville
de Dunkerque ,sçachant aussi bien
que tous les Peuples de l'Europe,
avec combien de joye le Roy Louis
le Grand noftre trés-Auguste &Invincible
Monarque, vous a recens
enſesEtats, &l'eftime trés-particuliere
qu'il fait de l'amitié du puiffant
Royde Siam voſtre Souverain,
ont voulu s'aquiter de leur devoir,
en presentant à vos Excellences
leurs trés-humbles respects &fervices,
avec offre de Vin de Ville.
1
L'Ambaſſadeur répondit ,
qu'ils estoient fort obligez à
Ms du Magistrat , de leurs
142 IV. P. du Voyage
civilitez, &que leur Present
leur feroit fort agreable. Ils
fouperent en public , & M*
Coppens leur députa MSOmair
& Blomme , Echevins
qui leur preſenterent de la
part duMagiſtrat fix douzai
nes de bouteilles du plus excellent
Vin de Champagne,
qu'on euſt pû trouver , pour
Preſent du Vin de Ville.
Les Ambaſſadeurs ayant veu
les Ouvrages de la Marine
qui font àDunkerque, le Fort
du Rifban , & les Fortifications
de la Ville, come je vous
l'ay marqué dans la troifié
desAmb. de Siam. 143
me partie de cette Relation ,
partirent le 31. Octobre au
bruit du Canon , & au fon
des Cloches qui carrillonnerent
tant qu'ils les purent entendre.
Ils prirent leur route
par le Canal de Bergues pour
aller à Ypres, & l'on fit marcher
leurs Carroſſes vuides
par la Digue le long du Canal.
Le Magiſtrat avoit commandé
la Barque ou Yack de
laVille, pour les conduire par
caujuſqu'àlaVilledeBergues.
Cette Barque eft fort propre
&baſtie en forme de Fregate.
Je vous aydéja parlé fi am
144 IV. P.du Voyage
plement de la reception qui
leur a eſté faite à Lifle , que
ne retouchant cet article
que pour la harangue , tout
ce que j'y puis adjouter, c'eſt
que les principaux Officiers
de la Garniſon allerent environ
une lieuë au devant d'eux
avec les Gardes de M.le Marêchal
de Humiere , le reſte
ſe paſſa.comme je vous l'ay
déja maqué à l'égard de la
Gendarmerie. Voicy le compliment
que leur fit au nom
de la VilleM de Broide, Seigneur
de Gondecourt, & pre
mierConfeiller Penſionnaire.
ILLVS
des Amb. de Siam. 145
ILLYSTRES SEIGNEURS,
Les augustes qualitez , & les
triomphes de nôtre trés Haut, trés-
Magnanime & trés - Invincible Monarque
, ne vous avoient parû que
par ce que vous en avoit appris lakenommée
en publiant ses heroïques
exploits ; mais depuis que vous avez
eu l'honneur de ſes Audiences , que
vous avez veu la magnificence de
Sa Cour, la grandeur desa Puiſſance
& l'étendue de ſon Empire, &deſes
glorieuses conquêtes , vous aurez reconnu
au dessus de cette reputation
tout ce que vous aviezconceu de la
personne de cet Auguste Conquerant,
unegrandeurdAme incomparable une
Sageſſe ſurprenante en toutes choses,
& une prudence qui na pono d'é
N
146 IV. P. du Voyage
gale dons le Gouvernement de fes
Etats. Les penibles fatigues & les
travaux que vous avez effuyez dans
ce long trajet de vastes Mers ; l'inconstance
des vents &le dangerdes
écueils où vous vous estes exposez
pour luy rendre les honneurs qui luy
font dûs , & pour rechercher Son
amitié, nous font connoître l'admiration
où vous eſtes de le voir comblé
de gloire. Le commandement que
SaMajesténous afaitde vous recevoir
avec tous leshonneurs qu'on doit aux
personnes de vôtre caractere, marque
l'estime qu'Elle fait de la persoune
des merites du très- Puiſſant & tres-
Excellent Prince le Roy de Siam.
Nous ne doutons point, Illuftres Seigneurs
, que vous n'ayez receu tous
les temoignages que vous attendiez
du Zele de la France, pour la réuffite
des Amb. de Siam. 147
de l'union que vous désirez . Ce zele
n'est point particulier; il est commun
à tous les bons&fideles Suiets do
Roy , & principalement aux Magistrats
& au Peuple de cette ville de
Lifle, qui ne peuvent affez exprimer
la joye qu'ils reçoiventde l'honneur
de vôtre presence. Ils admirent
estiment , Meffeigneurs, vôtre generositéde
paſſer des extrêmitez de l'Ovient
dans ces contrées au peril de
vôtre vie, & ils tiennentcettefera
veur pour une preuve aſſurée de la
finceritéde vos affections. Cette inf
piration de l'Auguste Roy de Siam,
à rechercher l'amitié de ſa Majesté,
preferablement à tous autres , leur
paroit un effet de la Divine Provi
dence , qui leur preſage que cette
union perfuadera plus fortement le
Roy votre Maitre , d'embrasfer la
Nij
148 IV.P du Voyage
même creance, &de sefaire instruire
de la veritéde laReligion Chreftienne.
Noussouhaitons , Meſſeigneurs, que
cette penséefuit lafin heureuse &le
fruit de vôtre Voyage & de vosglorieux
travaux , à l'exemple de ce
Roy très- Pieux&très- Chieſtien, qui
apres avoir heureusement foûtenu la
Guerre ,& donné glorieusement la
Paix à l'Europe , s'applique avec
tous les soins imaginables , à faire
regnersouverainementla Loy du vray
Dieu. Enfin nous souhaitons au Roy
de Siam fous les auspices de cette
Divinité infinie & éternelle , l'accroiſſement
de sa grandeur &prof
perité, & que vous soyez auffi heureux
sous son Regne, que nous le
Sommes fous celuy du plus Sage , du
plus luſte & du plus parfait de tous
les Rois. Aggreez, Illustres Seigneurs,
des Amb. de Siam. 149
tes voeux de vos très-humbles &
três- obeiſſans Serviteurs ."
Pendant le ſéjour que les
Ambaffadeurs firent à Lifle,
ils eurent cent Hommes de
garde à leur logis , & les ruës
furent éclairées le ſoir & toute
la nuit. Ils allerent viſiter
l'Eglife Collegiale de S. Pierre
, & celle des Dominicains,
qui eſt une des plus belles
Eglifes de la Ville , & qu'ils
examinerent avec beaucoup
de ſoin. Je vous ay déja par- .
lé de l'Hôpital Comteſſe, où
ces Ambaſſadeurs allerent
Ninj
150 IV. P. du Voyage
auſſi ; mais je ne vous ay pas
dit qu'il eft ainſi nommé
parcequ'il a eſté fondé par
une Comteffe de Flandres .
Lorſque la Prieure leur preſenta
des Bouquets de Fleurs
de ſoye , comme je vous l'ay
marqué dans ma Relation
précedente , elle leur dit que
la couleur n'en changeroit ja
mais , & garderoit toûjours le
mesme éclat ; & les pria en
meſme temps de ſe ſouvenir
d'elle. Aquoy l'Ambaſſadeur
répondit qu'il s'enfſouviendroit
auſſi longtemps que les Fleurs
qu'elle leur avoit preſentées
des Amb de Siam. 151
garderoient leur couleur.
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Résumé : Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite des ambassadeurs de Siam dans plusieurs villes de Flandre. À Gravelines, les ambassadeurs furent accueillis par M. Benoist, lieutenant du roi. Les troupes présentes comprenaient le régiment de Forezt, commandé par M. de Cleran, ainsi que les compagnies de Meusnier et de Manuel du régiment d'Erlac. Les magistrats et le peuple exprimèrent leur joie et leur reconnaissance. Les ambassadeurs admirèrent les troupes et demandèrent à voir les fortifications, mais en raison du mauvais temps, ils se contentèrent d'examiner le plan de la place. Ils furent également impressionnés par les dames présentes. À Dunkerque, les ambassadeurs furent conduits à l'Hôtel de Ville où ils reçurent les compliments du magistrat. Ils visitèrent les ouvrages de la marine et les fortifications avant de partir pour Ypres via le canal de Bergues. Le magistrat de Dunkerque leur offrit du vin de Champagne. À Lille, les ambassadeurs furent accueillis par les principaux officiers de la garnison et reçurent une harangue de M. de Broide, seigneur de Gondecourt. La ville fut illuminée pendant leur séjour. Ils visitèrent plusieurs églises et l'hôpital Comtesse, fondé par une comtesse de Flandres. La prieure de l'hôpital leur offrit des bouquets de fleurs en soie et leur demanda de se souvenir d'elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 189-214
Tout ce qui s'est passé au Seminaire des Missions Etrangeres, le jour que les Ambassadeurs y ont esté regalez, avec les cinq Harangues qui leur ont esté faites dans ce Seminaire. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs ayant témoigné plusieurs fois à Mr l'Abbé [...]
Mots clefs :
Séminaire des Missions étrangères, Ambassadeurs, Harangues, Séminaire, Roi de Siam, Admirer, Vrai dieu, Compliments, Joie, Personnes, Monde, Langue, Artus de Lionne, Abbé, Compliment, Hébreu, Hommes, Maison, Devoir, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé au Seminaire des Missions Etrangeres, le jour que les Ambassadeurs y ont esté regalez, avec les cinq Harangues qui leur ont esté faites dans ce Seminaire. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs ayant
témoigné pluſieurs fois à M
l'Abbé de Lionne , & à r
de Brifacier, Superieur du Seminaire
des miſſions Eftrangeres
, le deſir qu'ils avoient
depuis longtemps de leur
rendre viſite dans leur mаі
fon, en fixerent enfin le jour
190 IV. P. du Voyage
au 10. Decembre . Comme le
premier Ambaſſadeur eſtoit
allé ce jour là ſeul avec M
Torf à Versailles , pour conferer
avec Mle Marquis de
Seignelay, on alla fur les trois
heures aprés midy, propoſer
aux deux autres de venir voir
la Maiſon des Incurables. Ils
répondirent ſans hefiter qu'ils
ne vouloient point ſe partager ce
jour-là , qu'ils ne fortiroient que
pour aller au Seminaire, o que
s'ils avoient ſuivy leur inclination
, ils ſe ſeroient acquittez
beaucoup pluſtoſt de ce devoir .
Si-tôt qu'on apprit qu'ils ardes
Amb . de Siam. 191
rivoient , on alla les recevoir
à la defcente de leur Carroffes
, & on les conduiſit dans
un lieu où M l'Abbé de
Choiſi leur preſenta du Thé
dans les petits Vaſes d'or &
d'argent , que M Conſtance
luy a donnez à Siam , & fit
brûler du bois d'Aquila qui
parfuma l'air enun moment.
Il eſtoit fix heures lorſque le
Premier Ambaſſadeur revint
de Verſailles ; il les trouva
en converſation avec M'PEvêque
Duc de Laon , qu'ils
avoient veu à la Fére où , ce
Prelat estoit allé exprés pour
192 IV.P.du Voyage
les ſaluer au retour de leur
Voyage deFlandre.M leMarquis
de Coeuvres ſon Frere,
qu'ils ſçavoient eſtre le beaufrere
deM l'Abbé deLionne,
eſtoit auſſi avec eux, ainſi que
-M¹ d'Aligre, Ms lesAbbez le
Pelletier & de Neſmond , les
Peres Couplet & Spinola Jefuîtes
, &quelques autres perſonnes
de merite que l'on
avoit eu ſoin d'inviter.
La converſation ayant eſté
interrompuë, il ſe fit d'abord
un peu de filence , & M² de
Brifacier accompagné des
Eccleſiaſtiques de fa maiſon,
prit
des Amb. de Siam. 193
prit cet intervalle pour faire
un compliment fort court ,
qui prepara l'eſprit des Ambaſſadeurs
à en entendre quatre
autres en diverſesLangues.
Voicy les termes de ce com
pliment.
MESSEIGNEVRS,
Vn meriteauſſi univerſel & auſſi
univerſellement reconnu que levôtre,
devroit estre publié en toutes for
tes de Langues , & nous souhaiterions
pouvoir aſſembler icy les differentes
Nations de l'Europe ,pour honorer
par leur bouche vôtre Grand
Roy dans vos Excellences , de mème
que ce puiſſant Prince a honoré
R
194 IV. P. duVoyage
à Siampar la deputation des divers
Peuples de l'Orient nôtre Incompaparable
Monarque dans la personne
defon Ambassadeur extraordinaire.
Mais fansformerde vains deſirs &
Sans rien emprunter des Royaumes
étrangers , fouffrez, Meffeigneurs ,
que plusieurs Prestres de cette Maifon
, qui vous vont complimenter
aprés moy ,se partagent entre eux
pour lover en plus d'une maniere
les talents& la conduiteque tout le
monde admire en vous , &qu'ils employent
ce que l'Hebreu a desçavant,
ce que leGrec a de poly , ce que le Latin
a de grave , & ce que le Siamois
doit avoir d'agréable à vôtre égard,
pour rendre Séparement & diverſement
à vos Eminentes qualitezles
profonds refpects qui leur font dûs ,
pour repondre à l'honneur de vôdes
Amb. de Siam. 195
tre visite , & aux marques de vos
bontez par les témoignages finceres
d'une estime & d'une reconnoiſſance
éternelle.
Ils furent enſuite compli
mentez en Hebreu au nom
des Penſionnaires du Seminaire
, & à la fin de chaque
compliment , on liſoit la traduction
Siamoiſe qui en a
voit eſté faite , partie par le
ſieur Antoine Pinto , Acolyte
du Seminaire de Siam , & partie
par le ſieur Gervaiſe , l'un
des Ecclefiaftiques François ,
que feu Me l'Eveſque d'Heliopolis
avoit menez avec luy
Rij
196 IV. P. du Voyage
dans fon dernier voyage aux
Indes. Voicy la traduction
de ce compliment Hebreu
en nôtre Langue.
MESSEIGNEVRS ,
Cette maison reçoit aujourd'huy un
honneur qu'elle n'eût jamais ofé efperer.
Elle est établie pour envoyer
des hommes Apostoliques dans les
Royaumes les plus éloignez, & c'est
ce qu'elle a toûjours fait depuis fon
établiſſement. Mais qu'elle dût recevoirjamais
trois Illuftres Ambaffadeurs
venus des extremitez de la
terre , c'est ce qu'elle apeine à croire ,
quand même elle le voit. Dans l'excez
delajoye qui la transporte , elle.
ne peut , Meſſeigneurs , que vous
des Amb. de Siam. 197
:
conjurer d'être tres-perfuadez de ſa
reconnoiſſance respectueuse , & de
Pardeur continuelle qu'elle a à prier
Le Dieu du Ciel & de la Terre , qu'il
ajoûte aux biens dont il a déja comblé
vos Excellences la parfaite connoiſſance
de celuy qui les leur afaits .
L'Hebreu fut ſuivy du
Grec , & on leur fit ce troifiéme
compliment au nom de
ceux qu'on éleve dans cette
Maiſon pour les Miſſions étrangeres
. Voicy comme il a
eſté rendu en nôtre Langue,
MESSEIGNEURS,
Entre toutes les Perſonnes qui de-
Riij
198 IV. P. du Voyage
meurent dans cetteMaison que vous
avezbien voulu honorer aujourd'hui
devotre prefence, nous croyons que
nul n'a reſſenti plus de joye quenous
qui y sommes pour nous rendre dignes
depoffer dans votre Païs,quand
nos Supericurs voudrontbien nous y
envoyer. Ce qui nousy porte , c'est le
defir de procurer au Royaume de
Siam qui a toutes les autres richeßes,
daseule qui luy manque , &fans laquelle
toutes les autres luy seroient
inutiles , c'est la connoiffance & l'aour
du vray Dieu, Createur du Ciel
& de la Terre ; & rien ne pourroit
nous donner plus de joye & d'efpevance
de réüſſir dans ce deffein que
toutes ces excellentes qualitez que
la France admire en vos perſonnes.
Cette douceur & cette affabilité que
Vous aveztémoignée envers tout le
des Amb. de Siam. 199
monde, ne nous laiſſe pas lieu de douter
que les Peuples de Siam ne reçoi
ventfavorablement ceux qui confacreront
leur vie & leurs travaux
pour leur porter les lumieres de l'Evangile
de I. C. & cette merveilleuſe
penetration d'esprit que vous
avez faitparoître en toutes fortes de
rencontres nous fait concevoir la facilité
, avec laquelle ces mêmes Peuplesse
laiſſeront perfuader des veritez
que nous deprons leur enfeigner.
Votre équité , vôtre modération
, vôtreſageſſe , &toutes vos autres
vertus jointes à celles- cy , nous
rempliſſent de veneration pour vos
Excellentces , aussi bien que de joye
en nous mêmes ; & nous portent
avec encore plus d'ardeur à demander
inceffamment au vray Dieu tout
puiſſant,&infinimentbon, de vous
>
Rimj
200 IV P. du Voyage
conferver toûjoursdans uneparfaite
Santé, de vous accorder un heureux
retour dans votre Patrie ,& la joye
de retrouver'le Roy de Siam comblé
d'un nouvel excés de gloire. Mais
fur tout, nous ne ceſſerons jamais de
demander à ce Dieu éternel , & qui
diſpoſe des coeurs des hommes comme
il luy plaiſt , qu'il vousfaffe la grace
dele connoître&de l'aimer ,&d'étre
éternellement comblez de joye
avec luy.
Aprés cela , ils furent com
plimentez en Latin au nom
des Eccleſiaſtiques du Seminaire
qui doivent partir avant
les Ambaſſadeurs. Comme la
Langue Latine eſt entenduë
preſque de tout le monde,j'ay
des Amb. de Siam. 201
crû devoir mettre ce compli
compil
ment tel qu'il a eſté pronon
cé.
Viex hâcdomoquam nuncveftrâ
preſentiâfummoperè illuf
tratis, Viri Excellentiffimi, Siamum
vobiscum profecturi sunt , eandemquè
Claffem , vel fortè etiam eandemNavim
confcenfuri, precipuam
fibi hodiè , tùm erga Excellentias
veftras Reverentiam , tum pre cateris
latitiam exhibendam effe ar
bitrantur. Habent etenim in hodierno
, quo nos afficitis , honore , velut
pignus quoddam future veftra in
ipsos benignitatis : dulciffima converfationis
in via : fortiffime tuitionis
in Patria : ubique benevolentia
fingularis. Latantur autem
202 IV. P. du Voyage
maximè , cum mente pertractant,
jam-jamquepreripiunt, quam egregia,
quàm grandia de vobis vel invitis
, in Regno Siamensi poterunt
nuntiare ; palàm nempè faciendo
meritis extollendo laudibus quicquid
alioquin veftra modeftia reticuiffet
: fummam , quam apud nos
oftendiftis , ingenj magnitudinem,
-aquabilitatem animi, in tuendo Siamenfi
nomine dignitatem : ut fuiftis
in tractandis negotijs folertes ,
in extricandis difficultatibus dexteri,
in folvendis quæftionibus prudentes,
in reſponſis mille, velferid,
vel jocosè dandis , prout res poftulabat,
femperparatiffimi : ut noftis
denique vivere cum Optimatibus
comitèr , cum Plebeijs humaniter,
cum Regijs Ministris ſapienter, cum
Principibus dignè & magnifice, &
desAmb. de Siam. 203
(quod omnium fummum eft | LVDOVICI
MAGNI laudem &gratiam
demereri . Ita ut duobus tantum
Gens Siamensis & Gallica jam
inter se diſtare videantur , Patriâ
fcilicet &Religione ; quarum altera,
perfædus initum inter potentiffimos
Reges, deinceps communis erit,
altera verò ( faxit Deus Optimus
Maximus ) prorsus una.
M l'Abbé de Lionne finit
en Siamois, au nom des Ouvriers
Apoftoliques qui travaillent
à Siam , & dans les
Royaumes voiſins . Voicy ce
qu'il dit en certe Langue.
Vſqu'icy, MESSEIGNEVRS,
j'ay vû avec une extrême joie,
204 IV. P. du Voyage
L'empressement extraordinaire que
toute la France a fait paroître à vous
témoigner l'estime,le refpest l'admiration
qu'elle a pour le très-Puif-
Sant Roy, votre Maître, &pour vous
en particulier , qui foûtenez icy fi
excellemment faDignité. Voicy l'unique
occasion où j'aye pû mêler ma
voix aux applaudſſemens publics,&
vous marquer quelque chose de mes
Sentimensfur cesujet. l'ofe dire qu'ils
Surpaffint ceux de tout le reſte des
hommes; &pour en convenir, vous
n'avez qu'à faire reflexion aux vaifons
fingulieres & personnelles que
j'ay de parler ainsi. Les autres connoiſſent
à la verité le Roy de Siam ,
Sur ce que la Renommée a publiéde
fes grandes qualitez ; mais quoiqu'-
elle ait dit du rang éminent qu'il
tient entre tous les Princes de l'o-
4
desAmb. de Siam. 205
1
ment ,
vient , de la richeſſe de ſes tresors .
de la penetration étonnante deſon efprit,
de la ſageſſe de ſon Gouvernede
l'application infatigable
qu'ildonne aux affaires de son Etat,
deson difcernement &de son amour
pour le veritable merite , de cette
merveilleuse ardeur qu'il a de tout
connoître & de tout sçavoir, de cette
affabilité qui , sans rien diminuer
de sa grandeur , luy apprend à se
proportionner à toutle monde, &qui
attire chez lay ce prodigieux nom.
bre d'Etrangers ; & ce qui nous touche
de plus prés , de cette bontépar
ticuliere qu'il a pour les Ministres
du Vray Dieu ; tout cela, dis-je, quelque
grand qu'il soit , n'est- il pas
encore au deſſous de ce que découvrent
dansſa perſonne Royale, tous ceux qui
ont le bonheur de l'approcher , & ce
206 IV. P. du Voyage
que j'y ay découvert tant de fois
moy- même ? Il en est ainsi à proporsion
des jugemens avantageux que
l'on a portez icy de vos Excellences.
On a admiré , par exemple , & l'on
n'oubliera jamais la juſteſſe&lasubtilité
de vos reponses ; cependant on
na souvent connu que la moindre
partie de leur beautè , elles en perdoient
beaucoup dans le paſſage d'une
langue à l'autre , & moy-méme
j'avois une espece d'indignation de
me voir dans l'impoſſibilité de leur
donner tout leur agrément & toute
Leur force. On a admiré ce fond de
politeſſe , qui vous rend capables
d'entrer (i aiſement dans les manieres
particulieres de chaque Nation,
quelques differentes que toutes les
Nations foient entre elles. On a admiré
cette prodigieuse égalité d'ame
• des Amb de Siam. 207
& cette Paix qui ne se trouble jamais
de rien ; on a admiré enfin cent
autres qualitez excellentes qui éclatent
tous les jours dans vos perſonnes
; cependant ceux qui en ont
esté touchez, ne vous ont vû que
comme en paſſant; qu'auroit- ce esté,
s'ils avoient eu le moyen de vous
confiderer plus à loiſir&deplus près ?
Les ordres du tres-Grand Roy de
Siam m'ont procure cét avantage ,
lorſqu'il a joint à tous les témoignages
de bonté qu'il m'avoit déja donnez
, celuy de ſouhaiter que je vous
accompagnaſſe en France . Vous y avez
ajouſté mille marques touchanres
de vôtre amitié , & la Nature
Seule qui inſpire à tous les hommes
la reconnoiſſance , suffiroit pour me
donner les fentimens les plus reſpectueux
pour votre Grand Prince,les
208 IV . P.du Voyage
plus tendres pour vos personnes , &
les plus Zelez pour votre Nation :
mais Dieu , dont la Providence conduit
tout avec une fageffe & une
bonte admirable, a pris foin luy-meme
de fortifier infiniment ces fentimens
dans mon coeur , en me confirmant
dans le defſſein de paſſer ma
vie avec vous, &de la consacrer à
vôtre ſervice, pour tâcher de contri
buer à vôtre bonheur eternel.
La lecture de tous ces
Complimens eftant finie , te
premier Ambaſſadeur dit ,
qu'ils estoient trés - obligez au
Seminaire des honneſtetez qu'il
leurfaifoit ; qu'ils luy donnoient
avec plaifir par leur viſite une
nouvelle marque de leur eftimes
des Amb. de Siam. 209
que le Roy leur Maistre , leur
avoit ordonné de prendre confiance
en ceux qui gouvernoient
cette Maison ; qu'ils rendroient
un compte exact à Sa Majesté,
des ſervices importans qu'ils recevoient
d'eux tous les jours depuis
leur arrivée à Paris ; qu'ils
n'avoient eſté en aucun lieuplus
volontiers que chez eux ; &que
s'ilspouvoient quelque jour dans
Ieur Pays donner à leurs Miffionnaires
des témoignages effectifs
de leur affection & de leur
reconnoiffance, ils le feroient avec
la plus grande joye du monde.
Apeine eut-il ceffé de par-
S
210 IV. P. du Voyage
/
ler, qu'on vint avertir que la
Table eſtoit ſervie . C'eſtoit
uneTable ovale à vingt couverts,
placez dans un Refectoire
qui estoit fort éclairé
de bougies. Le Repas fut un
Ambigu , où il y eut , pour
marque de distinction
double Service devant les
,
un
Ambaſſadeurs , & où l'abondance,
la delicateffe &la propreté
parurent également par
tout. La dépenſe en fut faite
par une Perſonne de pieté,
qui ayant appris l'honneur
que les Ambaſſadeurs vouloient
faire au Seminaire de
des Amb. de Siam . 211
le vifiter , & l'embarras où ſe
trouvoit le Superieur fur la
maniere de les recevoir ( parcequ'il
ne croyoit pas que
ſelon leurs idées il convinſt à
l'humilité de ſa profeffion,
ny à la pauvreté de ſa Maifon
, de faire un Repas qui
répondiſt à la grandeur de
leur caractere , & au merite
de leurs perſonnes ) le pri
de ne ſe mettre en peine de
rien , & fe chargea genereufement
de pourvoir à tout.
Chaque Ambaſſadeur & chaque
Mandarin avoit derriere
luy un Homme appliqué u-
Sij
212 IV. P. du Voyage
niquement à le ſervir , & on
donna de ſi bons ordres pour
tout le reſte, que tout ſe paffa
fans confufion & fans bruit.
Ainſi la tranquilité qui regna
toûjours , fit affez voir qu'on
eſtoit dans une Communauté
reglée. M¹ deBrifacier qui
n'ignoroit pas combien les
Ambaſſadeurs font choquez
des dépenses que font des
Preftres , jugea qu'il eſtoit à
propos de leur declarer de
bonne foy la chofe comme
elle eſtoit , & de leur dire,
pour les prévenir, en les conduiſant
au Refectoire,que s'ils
des Amb. de Siam. 213
trouvoient dans la Collation
qu'on leur alloit faire , quelque
forte de magnificence , ils n'en
devoient pas estre ſcandalisez
comme d'un excezcondamnable
dans une Maison Eccleſiaſtique,
mais qu ils devoient pluſtoſt l'agréer
comme un effet loüable du
Zele d'une Perſonne dont il n'avoit
pas crû devoir borner la generofité
dans une occafion, où il
ne penſoit pas qu'on pûst trop
faire pour eux. Pendant que
les Maiſtres estoient àTable,
on en ſervit une autre à fix
couverts , dans un lieu tout
proche , pour les Interpretes
274 IV. P. du Voyage
& les Secretaires . Les Gens
mangerent enfuite , & avant
dix heures les Ambaſſadeurs
ſe retirerent dans leur Hoſtel
avec de grandes marques de
fatisfaction .
témoigné pluſieurs fois à M
l'Abbé de Lionne , & à r
de Brifacier, Superieur du Seminaire
des miſſions Eftrangeres
, le deſir qu'ils avoient
depuis longtemps de leur
rendre viſite dans leur mаі
fon, en fixerent enfin le jour
190 IV. P. du Voyage
au 10. Decembre . Comme le
premier Ambaſſadeur eſtoit
allé ce jour là ſeul avec M
Torf à Versailles , pour conferer
avec Mle Marquis de
Seignelay, on alla fur les trois
heures aprés midy, propoſer
aux deux autres de venir voir
la Maiſon des Incurables. Ils
répondirent ſans hefiter qu'ils
ne vouloient point ſe partager ce
jour-là , qu'ils ne fortiroient que
pour aller au Seminaire, o que
s'ils avoient ſuivy leur inclination
, ils ſe ſeroient acquittez
beaucoup pluſtoſt de ce devoir .
Si-tôt qu'on apprit qu'ils ardes
Amb . de Siam. 191
rivoient , on alla les recevoir
à la defcente de leur Carroffes
, & on les conduiſit dans
un lieu où M l'Abbé de
Choiſi leur preſenta du Thé
dans les petits Vaſes d'or &
d'argent , que M Conſtance
luy a donnez à Siam , & fit
brûler du bois d'Aquila qui
parfuma l'air enun moment.
Il eſtoit fix heures lorſque le
Premier Ambaſſadeur revint
de Verſailles ; il les trouva
en converſation avec M'PEvêque
Duc de Laon , qu'ils
avoient veu à la Fére où , ce
Prelat estoit allé exprés pour
192 IV.P.du Voyage
les ſaluer au retour de leur
Voyage deFlandre.M leMarquis
de Coeuvres ſon Frere,
qu'ils ſçavoient eſtre le beaufrere
deM l'Abbé deLionne,
eſtoit auſſi avec eux, ainſi que
-M¹ d'Aligre, Ms lesAbbez le
Pelletier & de Neſmond , les
Peres Couplet & Spinola Jefuîtes
, &quelques autres perſonnes
de merite que l'on
avoit eu ſoin d'inviter.
La converſation ayant eſté
interrompuë, il ſe fit d'abord
un peu de filence , & M² de
Brifacier accompagné des
Eccleſiaſtiques de fa maiſon,
prit
des Amb. de Siam. 193
prit cet intervalle pour faire
un compliment fort court ,
qui prepara l'eſprit des Ambaſſadeurs
à en entendre quatre
autres en diverſesLangues.
Voicy les termes de ce com
pliment.
MESSEIGNEVRS,
Vn meriteauſſi univerſel & auſſi
univerſellement reconnu que levôtre,
devroit estre publié en toutes for
tes de Langues , & nous souhaiterions
pouvoir aſſembler icy les differentes
Nations de l'Europe ,pour honorer
par leur bouche vôtre Grand
Roy dans vos Excellences , de mème
que ce puiſſant Prince a honoré
R
194 IV. P. duVoyage
à Siampar la deputation des divers
Peuples de l'Orient nôtre Incompaparable
Monarque dans la personne
defon Ambassadeur extraordinaire.
Mais fansformerde vains deſirs &
Sans rien emprunter des Royaumes
étrangers , fouffrez, Meffeigneurs ,
que plusieurs Prestres de cette Maifon
, qui vous vont complimenter
aprés moy ,se partagent entre eux
pour lover en plus d'une maniere
les talents& la conduiteque tout le
monde admire en vous , &qu'ils employent
ce que l'Hebreu a desçavant,
ce que leGrec a de poly , ce que le Latin
a de grave , & ce que le Siamois
doit avoir d'agréable à vôtre égard,
pour rendre Séparement & diverſement
à vos Eminentes qualitezles
profonds refpects qui leur font dûs ,
pour repondre à l'honneur de vôdes
Amb. de Siam. 195
tre visite , & aux marques de vos
bontez par les témoignages finceres
d'une estime & d'une reconnoiſſance
éternelle.
Ils furent enſuite compli
mentez en Hebreu au nom
des Penſionnaires du Seminaire
, & à la fin de chaque
compliment , on liſoit la traduction
Siamoiſe qui en a
voit eſté faite , partie par le
ſieur Antoine Pinto , Acolyte
du Seminaire de Siam , & partie
par le ſieur Gervaiſe , l'un
des Ecclefiaftiques François ,
que feu Me l'Eveſque d'Heliopolis
avoit menez avec luy
Rij
196 IV. P. du Voyage
dans fon dernier voyage aux
Indes. Voicy la traduction
de ce compliment Hebreu
en nôtre Langue.
MESSEIGNEVRS ,
Cette maison reçoit aujourd'huy un
honneur qu'elle n'eût jamais ofé efperer.
Elle est établie pour envoyer
des hommes Apostoliques dans les
Royaumes les plus éloignez, & c'est
ce qu'elle a toûjours fait depuis fon
établiſſement. Mais qu'elle dût recevoirjamais
trois Illuftres Ambaffadeurs
venus des extremitez de la
terre , c'est ce qu'elle apeine à croire ,
quand même elle le voit. Dans l'excez
delajoye qui la transporte , elle.
ne peut , Meſſeigneurs , que vous
des Amb. de Siam. 197
:
conjurer d'être tres-perfuadez de ſa
reconnoiſſance respectueuse , & de
Pardeur continuelle qu'elle a à prier
Le Dieu du Ciel & de la Terre , qu'il
ajoûte aux biens dont il a déja comblé
vos Excellences la parfaite connoiſſance
de celuy qui les leur afaits .
L'Hebreu fut ſuivy du
Grec , & on leur fit ce troifiéme
compliment au nom de
ceux qu'on éleve dans cette
Maiſon pour les Miſſions étrangeres
. Voicy comme il a
eſté rendu en nôtre Langue,
MESSEIGNEURS,
Entre toutes les Perſonnes qui de-
Riij
198 IV. P. du Voyage
meurent dans cetteMaison que vous
avezbien voulu honorer aujourd'hui
devotre prefence, nous croyons que
nul n'a reſſenti plus de joye quenous
qui y sommes pour nous rendre dignes
depoffer dans votre Païs,quand
nos Supericurs voudrontbien nous y
envoyer. Ce qui nousy porte , c'est le
defir de procurer au Royaume de
Siam qui a toutes les autres richeßes,
daseule qui luy manque , &fans laquelle
toutes les autres luy seroient
inutiles , c'est la connoiffance & l'aour
du vray Dieu, Createur du Ciel
& de la Terre ; & rien ne pourroit
nous donner plus de joye & d'efpevance
de réüſſir dans ce deffein que
toutes ces excellentes qualitez que
la France admire en vos perſonnes.
Cette douceur & cette affabilité que
Vous aveztémoignée envers tout le
des Amb. de Siam. 199
monde, ne nous laiſſe pas lieu de douter
que les Peuples de Siam ne reçoi
ventfavorablement ceux qui confacreront
leur vie & leurs travaux
pour leur porter les lumieres de l'Evangile
de I. C. & cette merveilleuſe
penetration d'esprit que vous
avez faitparoître en toutes fortes de
rencontres nous fait concevoir la facilité
, avec laquelle ces mêmes Peuplesse
laiſſeront perfuader des veritez
que nous deprons leur enfeigner.
Votre équité , vôtre modération
, vôtreſageſſe , &toutes vos autres
vertus jointes à celles- cy , nous
rempliſſent de veneration pour vos
Excellentces , aussi bien que de joye
en nous mêmes ; & nous portent
avec encore plus d'ardeur à demander
inceffamment au vray Dieu tout
puiſſant,&infinimentbon, de vous
>
Rimj
200 IV P. du Voyage
conferver toûjoursdans uneparfaite
Santé, de vous accorder un heureux
retour dans votre Patrie ,& la joye
de retrouver'le Roy de Siam comblé
d'un nouvel excés de gloire. Mais
fur tout, nous ne ceſſerons jamais de
demander à ce Dieu éternel , & qui
diſpoſe des coeurs des hommes comme
il luy plaiſt , qu'il vousfaffe la grace
dele connoître&de l'aimer ,&d'étre
éternellement comblez de joye
avec luy.
Aprés cela , ils furent com
plimentez en Latin au nom
des Eccleſiaſtiques du Seminaire
qui doivent partir avant
les Ambaſſadeurs. Comme la
Langue Latine eſt entenduë
preſque de tout le monde,j'ay
des Amb. de Siam. 201
crû devoir mettre ce compli
compil
ment tel qu'il a eſté pronon
cé.
Viex hâcdomoquam nuncveftrâ
preſentiâfummoperè illuf
tratis, Viri Excellentiffimi, Siamum
vobiscum profecturi sunt , eandemquè
Claffem , vel fortè etiam eandemNavim
confcenfuri, precipuam
fibi hodiè , tùm erga Excellentias
veftras Reverentiam , tum pre cateris
latitiam exhibendam effe ar
bitrantur. Habent etenim in hodierno
, quo nos afficitis , honore , velut
pignus quoddam future veftra in
ipsos benignitatis : dulciffima converfationis
in via : fortiffime tuitionis
in Patria : ubique benevolentia
fingularis. Latantur autem
202 IV. P. du Voyage
maximè , cum mente pertractant,
jam-jamquepreripiunt, quam egregia,
quàm grandia de vobis vel invitis
, in Regno Siamensi poterunt
nuntiare ; palàm nempè faciendo
meritis extollendo laudibus quicquid
alioquin veftra modeftia reticuiffet
: fummam , quam apud nos
oftendiftis , ingenj magnitudinem,
-aquabilitatem animi, in tuendo Siamenfi
nomine dignitatem : ut fuiftis
in tractandis negotijs folertes ,
in extricandis difficultatibus dexteri,
in folvendis quæftionibus prudentes,
in reſponſis mille, velferid,
vel jocosè dandis , prout res poftulabat,
femperparatiffimi : ut noftis
denique vivere cum Optimatibus
comitèr , cum Plebeijs humaniter,
cum Regijs Ministris ſapienter, cum
Principibus dignè & magnifice, &
desAmb. de Siam. 203
(quod omnium fummum eft | LVDOVICI
MAGNI laudem &gratiam
demereri . Ita ut duobus tantum
Gens Siamensis & Gallica jam
inter se diſtare videantur , Patriâ
fcilicet &Religione ; quarum altera,
perfædus initum inter potentiffimos
Reges, deinceps communis erit,
altera verò ( faxit Deus Optimus
Maximus ) prorsus una.
M l'Abbé de Lionne finit
en Siamois, au nom des Ouvriers
Apoftoliques qui travaillent
à Siam , & dans les
Royaumes voiſins . Voicy ce
qu'il dit en certe Langue.
Vſqu'icy, MESSEIGNEVRS,
j'ay vû avec une extrême joie,
204 IV. P. du Voyage
L'empressement extraordinaire que
toute la France a fait paroître à vous
témoigner l'estime,le refpest l'admiration
qu'elle a pour le très-Puif-
Sant Roy, votre Maître, &pour vous
en particulier , qui foûtenez icy fi
excellemment faDignité. Voicy l'unique
occasion où j'aye pû mêler ma
voix aux applaudſſemens publics,&
vous marquer quelque chose de mes
Sentimensfur cesujet. l'ofe dire qu'ils
Surpaffint ceux de tout le reſte des
hommes; &pour en convenir, vous
n'avez qu'à faire reflexion aux vaifons
fingulieres & personnelles que
j'ay de parler ainsi. Les autres connoiſſent
à la verité le Roy de Siam ,
Sur ce que la Renommée a publiéde
fes grandes qualitez ; mais quoiqu'-
elle ait dit du rang éminent qu'il
tient entre tous les Princes de l'o-
4
desAmb. de Siam. 205
1
ment ,
vient , de la richeſſe de ſes tresors .
de la penetration étonnante deſon efprit,
de la ſageſſe de ſon Gouvernede
l'application infatigable
qu'ildonne aux affaires de son Etat,
deson difcernement &de son amour
pour le veritable merite , de cette
merveilleuse ardeur qu'il a de tout
connoître & de tout sçavoir, de cette
affabilité qui , sans rien diminuer
de sa grandeur , luy apprend à se
proportionner à toutle monde, &qui
attire chez lay ce prodigieux nom.
bre d'Etrangers ; & ce qui nous touche
de plus prés , de cette bontépar
ticuliere qu'il a pour les Ministres
du Vray Dieu ; tout cela, dis-je, quelque
grand qu'il soit , n'est- il pas
encore au deſſous de ce que découvrent
dansſa perſonne Royale, tous ceux qui
ont le bonheur de l'approcher , & ce
206 IV. P. du Voyage
que j'y ay découvert tant de fois
moy- même ? Il en est ainsi à proporsion
des jugemens avantageux que
l'on a portez icy de vos Excellences.
On a admiré , par exemple , & l'on
n'oubliera jamais la juſteſſe&lasubtilité
de vos reponses ; cependant on
na souvent connu que la moindre
partie de leur beautè , elles en perdoient
beaucoup dans le paſſage d'une
langue à l'autre , & moy-méme
j'avois une espece d'indignation de
me voir dans l'impoſſibilité de leur
donner tout leur agrément & toute
Leur force. On a admiré ce fond de
politeſſe , qui vous rend capables
d'entrer (i aiſement dans les manieres
particulieres de chaque Nation,
quelques differentes que toutes les
Nations foient entre elles. On a admiré
cette prodigieuse égalité d'ame
• des Amb de Siam. 207
& cette Paix qui ne se trouble jamais
de rien ; on a admiré enfin cent
autres qualitez excellentes qui éclatent
tous les jours dans vos perſonnes
; cependant ceux qui en ont
esté touchez, ne vous ont vû que
comme en paſſant; qu'auroit- ce esté,
s'ils avoient eu le moyen de vous
confiderer plus à loiſir&deplus près ?
Les ordres du tres-Grand Roy de
Siam m'ont procure cét avantage ,
lorſqu'il a joint à tous les témoignages
de bonté qu'il m'avoit déja donnez
, celuy de ſouhaiter que je vous
accompagnaſſe en France . Vous y avez
ajouſté mille marques touchanres
de vôtre amitié , & la Nature
Seule qui inſpire à tous les hommes
la reconnoiſſance , suffiroit pour me
donner les fentimens les plus reſpectueux
pour votre Grand Prince,les
208 IV . P.du Voyage
plus tendres pour vos personnes , &
les plus Zelez pour votre Nation :
mais Dieu , dont la Providence conduit
tout avec une fageffe & une
bonte admirable, a pris foin luy-meme
de fortifier infiniment ces fentimens
dans mon coeur , en me confirmant
dans le defſſein de paſſer ma
vie avec vous, &de la consacrer à
vôtre ſervice, pour tâcher de contri
buer à vôtre bonheur eternel.
La lecture de tous ces
Complimens eftant finie , te
premier Ambaſſadeur dit ,
qu'ils estoient trés - obligez au
Seminaire des honneſtetez qu'il
leurfaifoit ; qu'ils luy donnoient
avec plaifir par leur viſite une
nouvelle marque de leur eftimes
des Amb. de Siam. 209
que le Roy leur Maistre , leur
avoit ordonné de prendre confiance
en ceux qui gouvernoient
cette Maison ; qu'ils rendroient
un compte exact à Sa Majesté,
des ſervices importans qu'ils recevoient
d'eux tous les jours depuis
leur arrivée à Paris ; qu'ils
n'avoient eſté en aucun lieuplus
volontiers que chez eux ; &que
s'ilspouvoient quelque jour dans
Ieur Pays donner à leurs Miffionnaires
des témoignages effectifs
de leur affection & de leur
reconnoiffance, ils le feroient avec
la plus grande joye du monde.
Apeine eut-il ceffé de par-
S
210 IV. P. du Voyage
/
ler, qu'on vint avertir que la
Table eſtoit ſervie . C'eſtoit
uneTable ovale à vingt couverts,
placez dans un Refectoire
qui estoit fort éclairé
de bougies. Le Repas fut un
Ambigu , où il y eut , pour
marque de distinction
double Service devant les
,
un
Ambaſſadeurs , & où l'abondance,
la delicateffe &la propreté
parurent également par
tout. La dépenſe en fut faite
par une Perſonne de pieté,
qui ayant appris l'honneur
que les Ambaſſadeurs vouloient
faire au Seminaire de
des Amb. de Siam . 211
le vifiter , & l'embarras où ſe
trouvoit le Superieur fur la
maniere de les recevoir ( parcequ'il
ne croyoit pas que
ſelon leurs idées il convinſt à
l'humilité de ſa profeffion,
ny à la pauvreté de ſa Maifon
, de faire un Repas qui
répondiſt à la grandeur de
leur caractere , & au merite
de leurs perſonnes ) le pri
de ne ſe mettre en peine de
rien , & fe chargea genereufement
de pourvoir à tout.
Chaque Ambaſſadeur & chaque
Mandarin avoit derriere
luy un Homme appliqué u-
Sij
212 IV. P. du Voyage
niquement à le ſervir , & on
donna de ſi bons ordres pour
tout le reſte, que tout ſe paffa
fans confufion & fans bruit.
Ainſi la tranquilité qui regna
toûjours , fit affez voir qu'on
eſtoit dans une Communauté
reglée. M¹ deBrifacier qui
n'ignoroit pas combien les
Ambaſſadeurs font choquez
des dépenses que font des
Preftres , jugea qu'il eſtoit à
propos de leur declarer de
bonne foy la chofe comme
elle eſtoit , & de leur dire,
pour les prévenir, en les conduiſant
au Refectoire,que s'ils
des Amb. de Siam. 213
trouvoient dans la Collation
qu'on leur alloit faire , quelque
forte de magnificence , ils n'en
devoient pas estre ſcandalisez
comme d'un excezcondamnable
dans une Maison Eccleſiaſtique,
mais qu ils devoient pluſtoſt l'agréer
comme un effet loüable du
Zele d'une Perſonne dont il n'avoit
pas crû devoir borner la generofité
dans une occafion, où il
ne penſoit pas qu'on pûst trop
faire pour eux. Pendant que
les Maiſtres estoient àTable,
on en ſervit une autre à fix
couverts , dans un lieu tout
proche , pour les Interpretes
274 IV. P. du Voyage
& les Secretaires . Les Gens
mangerent enfuite , & avant
dix heures les Ambaſſadeurs
ſe retirerent dans leur Hoſtel
avec de grandes marques de
fatisfaction .
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé au Seminaire des Missions Etrangeres, le jour que les Ambassadeurs y ont esté regalez, avec les cinq Harangues qui leur ont esté faites dans ce Seminaire. [titre d'après la table]
Le 10 décembre, les ambassadeurs de Siam visitèrent le Séminaire des Missions Étrangères. Initialement, ils souhaitaient rencontrer l'abbé de Lionne et M. de Brifacier, mais ces derniers étaient occupés à Versailles. À leur retour, les ambassadeurs furent accueillis par l'abbé de Choisi, qui leur offrit du thé et brûla du bois d'Aquila pour parfumer l'air. Ils rencontrèrent également plusieurs personnalités, dont le duc de Laon et le marquis de Coeuvres. M. de Brifacier, accompagné d'ecclésiastiques, prononça un compliment préparatoire, suivi de compliments en hébreu, grec, latin et siamois. Chaque compliment soulignait l'honneur de recevoir les ambassadeurs et exprimait des vœux de santé et de succès pour leur mission. Le compliment en latin fut prononcé en entier, tandis que les autres furent traduits en siamois par Antoine Pinto et Gervaise. L'abbé de Lionne conclut en siamois, exprimant la joie de la France et son admiration pour le roi de Siam et les ambassadeurs. Il souligna les qualités exceptionnelles des ambassadeurs et leur capacité à représenter dignement leur roi. Les ambassadeurs exprimèrent leur gratitude pour l'accueil et les honneurs reçus, promettant de rendre compte au roi de Siam des services rendus par le Séminaire. Lors du repas, les missionnaires témoignèrent de leur affection et de leur reconnaissance. La table, ovale et pouvant accueillir vingt convives, était placée dans un réfectoire bien éclairé. Le repas, qualifié d'ambigu, se distinguait par un double service pour les ambassadeurs et se caractérisait par son abondance, sa délicatesse et sa propreté. La dépense fut prise en charge par une personne pieuse, qui avait appris la visite des ambassadeurs et l'embarras du supérieur du séminaire concernant la manière de les recevoir. Chaque ambassadeur et mandarin avait un serviteur dédié, et tout se déroula sans confusion ni bruit, démontrant l'ordre de la communauté. Monsieur de Brifacier expliqua aux ambassadeurs que la magnificence du repas était due à la générosité d'une personne et non à un excès condamnable. Pendant que les maîtres étaient à table, un autre repas fut servi aux interprètes et secrétaires. Les ambassadeurs se retirèrent satisfaits avant dix heures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 235-249
Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs s'estant fait faire des habits noirs pour [...]
Mots clefs :
Monsieur le Prince, Louis II de Bourbon-Condé, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Roi de Siam, Mort, Deuil, Visite, Rois, Témoigner, Vérité, Père, Entretenir, Joie, Tristesse, Perte, France, Chantilly, Mauvais chemins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs s'eſtant
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
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Résumé : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, vêtus de noir en signe de deuil pour la mort de Monsieur le Prince, rendirent visite à son fils, désormais Monsieur le Prince. Ils exprimèrent leur tristesse et leur soutien, malgré les coutumes de leur pays qui ne prévoyaient pas de tels habits. Monsieur le Prince les remercia et souligna l'estime qu'il avait pour eux, bien qu'il n'ait pas connu leur père. Les ambassadeurs assurèrent que le roi de Siam serait profondément affecté par cette perte, rappelant un précédent épisode où un faux bruit de la mort du prince avait suscité une grande émotion à Siam. Ils regrettèrent de ne pas avoir pu rendre hommage au prince défunt en raison de divers imprévus. Monsieur le Prince exprima son désir de mieux connaître le roi de Siam et ses qualités. Les ambassadeurs discutèrent également des fortifications en France et à Siam, notant des similitudes et des différences. Ils admirèrent particulièrement les places fortifiées de Dunkerque et Lille. La visite se conclut par des échanges sur les relations diplomatiques et l'amitié entre les deux royaumes, avec des promesses de maintenir et renforcer cette union. Les ambassadeurs se rendirent ensuite chez Madame la Princesse pour lui témoigner leur douleur.
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11
p. 107-113
LA JOYE à Madame B....
Début :
Parmi les Dieux que la Fable revere [...]
Mots clefs :
Joie
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texteReconnaissance textuelle : LA JOYE à Madame B....
LA J O Y E
à Madame B.
Parmi les Dieux que te-
Fable revere
2/1onp-ortrait nese trou-
V"Pas
LaJoye cJff njïvt& si
legere
Sj£auxpinceauxlesplus
promptséchapentses
appas.
Cependant mon pouvoir
n'estpoint imaginaire
CesDieuxsicelebrezsont
tous aneantis,
Je leur ay survecu. Ce
temps cy m'est contraire
Ilmojîc des amis, ilme
changeilm'altere
> Meshommagessont ralentis,
A toute autre qu'a vous
Climene
Il faudroit décl,inermon
nom,
Maisvous meremetrez,
sanspeine;
Je vous quittesipeu,même
avec la raisons
Vous m'avez mise en
liaison
,
Chezlesfillesjesuisgênée,
Laseinte,l'airconcerté,
M'y tient en captivité
PourlePays à,Hjmenêe>
L'aj-je jamais habité ?
Ce n'est qu'un lieu de
passage,
Hymen lespremiersjours
mefera bon visage
Et , nous en restonslà. Vive
l'heureux veuvage,
Des plaisirs leseul appanage,
usyledela liberté,
Precieux avantage,
Dontles Dieuxsontexclus
par l'Immortalité.
furons nous donc , vewve
aimable>
Une alliancedurable
Aunom des ris, desjeux,
tant dansans,quechantans,
Ceux dujour
, de la nuit,
ceux du bal
,
de la
table.
Car j'en tiens prés de
rvous un cortege in -
nombrable,
Vous en a-vez, pour tous
les temps, Je garderay la porte~&
veilleray sans cesse
9 Pour empêcher l'ennuy
d'entrer,
Sousquelqueforme qu'il
parojffe
, De Prudes du quartier,
cherchantacensurer,
De compteurs de tristes
nouvelles ,
Gens en deuilpour tout
l'Univers,
Ou d'Auteursempressez
de reciter leurs Vers
Ou de ces vieilles Damoiselles
Quitrouventsigrossier le
siecle d'aujourd'huy;
Sous ces masques divers
nous connoiflronsl'en»
nU),
NOUJ leferons bien fuir.
UAmour, l'Amour
lui-même,
J'ilprenoitunairserieux,
Un ton languissant &
blême,
Un ton trop imperieux,
A vostreavis le traiterions
nous mieux?
A propos de joye,il faut
encore en dire un mot.
à Madame B.
Parmi les Dieux que te-
Fable revere
2/1onp-ortrait nese trou-
V"Pas
LaJoye cJff njïvt& si
legere
Sj£auxpinceauxlesplus
promptséchapentses
appas.
Cependant mon pouvoir
n'estpoint imaginaire
CesDieuxsicelebrezsont
tous aneantis,
Je leur ay survecu. Ce
temps cy m'est contraire
Ilmojîc des amis, ilme
changeilm'altere
> Meshommagessont ralentis,
A toute autre qu'a vous
Climene
Il faudroit décl,inermon
nom,
Maisvous meremetrez,
sanspeine;
Je vous quittesipeu,même
avec la raisons
Vous m'avez mise en
liaison
,
Chezlesfillesjesuisgênée,
Laseinte,l'airconcerté,
M'y tient en captivité
PourlePays à,Hjmenêe>
L'aj-je jamais habité ?
Ce n'est qu'un lieu de
passage,
Hymen lespremiersjours
mefera bon visage
Et , nous en restonslà. Vive
l'heureux veuvage,
Des plaisirs leseul appanage,
usyledela liberté,
Precieux avantage,
Dontles Dieuxsontexclus
par l'Immortalité.
furons nous donc , vewve
aimable>
Une alliancedurable
Aunom des ris, desjeux,
tant dansans,quechantans,
Ceux dujour
, de la nuit,
ceux du bal
,
de la
table.
Car j'en tiens prés de
rvous un cortege in -
nombrable,
Vous en a-vez, pour tous
les temps, Je garderay la porte~&
veilleray sans cesse
9 Pour empêcher l'ennuy
d'entrer,
Sousquelqueforme qu'il
parojffe
, De Prudes du quartier,
cherchantacensurer,
De compteurs de tristes
nouvelles ,
Gens en deuilpour tout
l'Univers,
Ou d'Auteursempressez
de reciter leurs Vers
Ou de ces vieilles Damoiselles
Quitrouventsigrossier le
siecle d'aujourd'huy;
Sous ces masques divers
nous connoiflronsl'en»
nU),
NOUJ leferons bien fuir.
UAmour, l'Amour
lui-même,
J'ilprenoitunairserieux,
Un ton languissant &
blême,
Un ton trop imperieux,
A vostreavis le traiterions
nous mieux?
A propos de joye,il faut
encore en dire un mot.
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Résumé : LA JOYE à Madame B....
La lettre poétique adressée à Madame B. est écrite par une personne incarnant 'La Joie'. La Joie se décrit comme légère et capable de surpasser les dieux, mais affaiblie par le temps. Elle souhaite rester avec Madame B., se sentant mal à l'aise parmi les filles et captive de la sainteté et de l'air concerté. La Joie évoque le pays de l'Hymen comme un lieu de passage et préfère le veuvage pour ses plaisirs et sa liberté. Elle propose à Madame B. une alliance durable basée sur les rires, les jeux et les plaisirs. La Joie promet de veiller sans cesse pour empêcher l'ennui d'entrer, sous quelque forme que ce soit, qu'il s'agisse de prudes du quartier, de porteurs de tristes nouvelles, de gens en deuil, d'auteurs récitant leurs vers, ou de vieilles dames trouvant le siècle grossier. Elle affirme qu'elles reconnaîtront et feront fuir l'ennui sous tous ses masques. Enfin, elle mentionne brièvement l'amour, suggérant qu'il serait traité de la même manière si nécessaire.
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12
p. 145-202
PROCEZ D'UNE PETITE FILLE reclamée par deux meres.
Début :
Ce Procez se poursuit presentement à Lyon ; mais je prendray [...]
Mots clefs :
Femme, Joie, Mari, Mariage, Grossesse, Amour, Aventure, Bon bourgeois, Grimaces, Procès, Lyon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROCEZ D'UNE PETITE FILLE reclamée par deux meres.
PROCEZ
D'UNE PETITE FILLE
reclamée par deuxmeres.
Ce Procez sepoursuit
presentement à
Lyon ; mais je prendray
l'histoire de plus
loin, car on vient de
m'envoyer des Mémoires
secrets sur l'origine
de cette Avanture.
Ce sont les amours
d'un jeune Lyonnois
& d'une jeune Lyon.,-
noise. Je tairay le nom
de ces deux Amants;
l'histoire est pourtant
publique. Tout Lyon
les connoist
, toute la
Ville les nomme;je ne
les nommeray point ,
je veux estre plus difcret
qu'uneVille entiere.
Leurs noms de
1 galanterie
-
seront , si
vous voulez, Cleonte
& Angelique; & sans
rien changer au fond
de l'Avanture
,
je déguiseray
feulement les
noms, & les qualitez
des principauxActeurs.
Angelique & Cleonte
se rencontrerent par
hazard dans uneAssemblée.
Angelique fille
sage & modeste regarda
tant Cleonte dés la
premiere fois ,-que dés
la seconde ellen'osoit
plus le regarder; mais
C leonte moinstimide
fixasi tendrement ses
yeux sur elle qu'il en
devint passionnement
amoureux.
,-. SiAngeliqueestbrune
ou blonde,si Cleonte
a beaucoup d'esprit
: ous'ilenapeu je n'en
sçay rien. On ne m'a
pas fait le détail de
leurs perfections; mais
j'ay sçuqu'ilss'entr'aimerent
comme s'ils
eussentesté parfaits.
Cleonte trouva un
jour l'occasion de parleren
particulier à Angélique;
d'abord'illuy
fitune déclaration d'amour
à la françoise, &
sans s'amuserà luy apprendre
qu'il l'aimoit,
il commença par luy
jurer qu'il l'aimeroit
toute savie; mais Angelique
le conjura de
ne la point aimer,parce
que des raisons defamille
l'empescheroient
de pouvoir jamais estre
àluy.
Que je fuis malheureux
! s'écria Cleonte,
un Pere avare que j'ay
m'empeschera aussi
d'estre à vous. Ils se
conterent l'un à autre
toutes les raisons de samille
qui s'oppoloienç
à leurunion, & là dessus
ils resolurenttresprudemment
de ne se
plus voir. Angélique
s'en alloit, mais par un
excez de prudence elle
revint sur ses pas pour
défendre à Cleonte de
penjferjamais à elle,,
Ouy ,dit-elle
, pour
vostre repos je vous defends
de maimer. Que
vous estes cruelle! s'é.
cria Cleonte, de soup-.
çonner feulement que
je puisse vous obéir !
ah ! me défendre de
vous aimer c'est me
prouver que vous ne
m'aimez P"ueres.Enfui.
te il se plaignit de [on
malheur en des termes
si tendres, si passionnez
qu'Angelique en soupira,
& luy dit en
voulant fuir
,
he bien
Cleonte aimez moy
donc; mais jevous deffends
de me voir jamais.
Cleonte l'arreste,
se jette à ses genoux, se
desespere;vousaimer
sans vous voir , vous
voulez donc que je
meure. Helas! luy répond-
elle, (croyant
déja le voir mourant)
helas voyez-moy donc;
mais ne me parlez plus
de vostreamour.Autre
dcfefpoir : autres menaces
de mourir.He
bien (dit Angelique
toute troublée ) vous
me parlerez donc; mais
que personne n'en sçacherien
;car si j'y con*
sens,c'est dans fefpe*
rance qu'il arrivera
quelque changement
dans nos affaires.Il en
arrivera sans doute, reprit
Cleonte ; mon amour
m'enassure.~urf
Ils se quitterent dans
l'esperance de pouvoir
obtenir par leurs soins leconsentement de
leurs parents, &C se virent
plusieurs fois pour
se rendre compte des
facilitez qu'ils se fia-,
toient d'avoir trouvées.
Cependant les
obstacles estoient tousjours
lesmesmes; ilsne
diminuoient qu'à leurs
yeux; mais ils se 1es
diminuoient l'unà l'autreàmesure
que Ie.de-!
sir. de les surmonter
augmentent dans tous
les deux. En un mot
leur amour les aveugla
si fort qu'en peu de
jourstoutesles difficultez
di sparurent. Ils se
persuaderent fermement
que rien ne pouvoit
plus s'opposer à
leur Mariage, & qu'ils
n'avoientcontreeux
qu'un peu de temps à»
attendre. Ils remirent
donc lesformalitezà
ce temps- là;mais dés ce
mesme jour la foy de
Mariage fut donnéereciproquement.
UnAnneau
fut mis au doigt
de l'Epouse, & tous
deux convaincus que
lafoy mutuelle& l'anneau
nuptial suffisoient,
tous deux enfin
dans l'aveuglement &
dans la bonne foy s'imaginerent
estrsassez
mariez pour pouvoir
s'assurer qu'ilsl'estoient..
Le Pere de Cieonte
estoit pour lorsà Paris.
SonconsentementcC*
toit necessaire, & nos
Epouxestoient convenus
que c'estoit par la,
qu'il falloitcommencer.
AinsiCieonteresolut
de partir au plustost.
Les adieux furent:
plus tendres que tristes,
parce que Cleorite
estoit seur, disoit-il,
de rapporter le con fen^
tement de son pere. Il
ne quittoit Angélique
que pour aller saffurer
le bonheur de passer avec
elle le reste de la
vie. Il part enfin, 84
laisse Angelique fort
triste de son dépare,
mais tres - persuadée
que le mariage se confirmeroit
à ion retour.
Quelques semaines
secoulerent: Angéliqueentrela
tristesse &
l'esperance n'estoit pas
tant à plaindre qu'elle
le fut dans lafuite. Les
reflexions commencèrentà
la troubler:elle
envisage sa faute, elle
en a honte; maiselle
se flate quecette honte
seratousjours Ignoree, ,
ne sedoutant point jusques-
là
ques-là quelle portoit
dans son sein une preuve
qu'on ne peut tenir
cachée qu'env iron huit
ou neuf mois. Elle ne
connoissoitencore quune
partie du mal qu'-
elleaveit fait: ainsielle
n'en estoit qu'à demi
repentante. Ses regrets
estoient moderez par
un souvenir agréable ;
les regrets sinceres ne
luy vinrentqu'avec les
maux de coeur. ;
Imaginez-vous ses
allarmes & sa douleur;
joignez à cela l'absence
de san Amant : elle
n'en recevoit aucunes
nouvelles; elle se crut
oubliée, trahie, abandonnée.
A quis'en
plaindre? à qui se con- «
sier dans une situation
si cruelle?elle ne trouve
de sou lagement que
dans ses larmes. Laifsons-
la pleurer à loisir
pendantque nous parlerons
des autres personnes
qui ont part à
cette avanture.
Une femme debien,
avoit épousédepuis
quelques années un
bon Bourgeois fortcurieux
d'avoir lignée
,
& fort mal intentionné
pour ses heritiers
collateraux. Cette femme
que je nommeray
Donmene ,va fraire icy
un personnage tout Opt
posé à celuy d'Angelique,
Dorimene avoit le
malheur d'estre sterile,
& c'est ce qui la de[c!:
peroit, car cette sterilité
la faisoit presque,
haïr de son Mary. Le
bon. Bourgeois qui se
preparoit pour lors à
faire un long voyage,
estoit au desespoir de
partir sans sestre assuré
un ,
héritier. Un soir
qu'il rentroit chez luy
triste & rêveur, sa sens"
me qui avoit médité
tout le jour la maniéré
dont ellele recevroit,
attend le momentqu'il
rentre dans sachambre,
court, à luy comme
une femme transportée
de joye
y
se jette à son
col encriant d'unevoix
entrecoupée
,
bonne
nouvelle mon cherMary
! bonne nouve lle !
j'ay tant de joye que je
ne puis parler. Quelle
joye?dit le Mary,de
quoy s'agit-il?Elle, au
lieu de repondre
, recule
quelques pas comme
une femme qui
chancelle, & se laiflc
tomber sur un fauteüil
, en feignant de sévanouir.
Le bon homme
allarmé s'empresse à la
fairerevei-iirellerevient
un peu, le regain
de tendrement, & luy
dit d'une voix soible
ah mon cher maryî
voicy la troisiéme fois
que je m'évanouisdepuis
ce matin
,
& ce
font ces cvanoiiilïcments
qui j-ont ma
joye. Elle recommence
à lembrasser:nouvelle
joye; nouveaux transports.
Estes-vousfolle?
dit leMary Je vous le
repete répliquala femme
, ce sont ces éva- nouiflèments,& ces
maux decoeurqui me
charment, car ils confirment
les doutes que
j'aydepuis quelque
temps. Oïïy mon cher
Mary,jecroisqu'enfin
je suis en estat de vous
donner un gcag9e v0ivant de ma tendresseconjugale.
Ah Ciel! s'écrie
le
le bon Bourgeois3quoy
vous feriez enceinte ?
-cfc-ilpossible?Ellejure
qu'ellele croie. Il
-cmbra& à on tour cetle
qu'ilcroit fécondé;
il est plus charmé qu'-
elle ne seignait de l'estre.
Ce n'e st plus entr'eux
que"mnfports,
que larmes de joye
feintes & veritables.
En un mot depuis ce
moment jusqu'à son
dépare elle joua cette
alternative de joye Se
d'évanoüissement. Et
il partit convaincu qu'-
il trouveroit à Ion retour
Je fils aisné de plusieurs
autresqu'elle luy
promit en iuy disant
adieu.
Dés que leMary fut
parti, Dorimene ne
s'occupa plus que du
foin de paroistre grosse
aux yeux de ses voisiÎIGS
)
& de terminer
cette grossesse comme
si elle eust esté veritable.
Pourcela-ilfalloit
un Enfant d'emprunt;
il falloit confier son
dessein à quelqu'un qui
pust l'aider. Elle fut
trouve£r uneJSage-fem- me qui avoit été autrefois
sa Servante, femme
habile, inventive,
une intriguante enfin,
qui s'appelloit Nerine.
Aprésavoir promis
- une grosse recompense
à cette Nerine
,
Dorimene
luy dit en deux
mots que son dessein
estoit dedonner un fils
à son Mary.
Nerine pleine de ze- lecommenceà luy faire
l'éloge du plus dis-
* cret de tous les jeunes
Lyonnois qu'elle connoissoit.
Dorimenel'interrompt
avec coleré.
Estes-vous folle? ne
po. ,,>
me., connoissez * pas?Jevous - vous pas? Je vous ccoonnnnooiiss
de reste, dit Nerine ;
mais pour faire plaisir à
son Mary,une honneste
femme ne pourroitelle
pas Taisezvous
Nerine. Mais
comment faire donc
Madame ? Comment
faire? reprit Dorimen-
e, je vais vous expliquer
mon dessein,
Dorimene & Nerine
eurent ensemble une
conversation fort
longue. Pour conclure
en deux mots ,
qu'il
fcilloit chercher dansla
Villequelque femme
ou fillequi craignift autant
de paroistreMere
que Dorimene souhaitoit
de lcHre,afin qu'-
elle voulust bien luy
cederson droit de male
ternité.
rendant que nostre
intriguante va cher- ,
cher cet enfant de hazard
chez les plus jolies
personnes de la
Ville,quoyquecela se
trouve aussi chez les
plus laides, Dorimene
commence à joüer toutes
les affectations &
les grimaces d'une premiere
grossesse. Propose-
t-on à Dorimene
une Promenade , elle
l'accepteroit, dit-elle ;
mais la difficulté c'est
la voiture. Le Carosse
la blesserois ; la Chaise
à Porteurs luy souleve
lecoeur; elleapeuren
Batteau ; à pied on fait
des faux pas, le plus
leurest de rester chez
elle; mais elle craint
d'y donner à joüer. Les
grimaces & les contorfions
des Joüeurs luy
sont horreur;elle ne
veut voir que des femmes
gracieuses &C de
beaux hommes. Point
de Spectacles, surtout
I ni Comed ies niOperai,
elle accoucheroit d'un
Neptune ou d'un Arlel.
quin. Elle se reduit
donc au plaisir de la
bonne chere ; elle s'y
dédommagé en se jettant
sur les plus friands
morceaux. Elle les arrache
à ses voisins de
Table: tout permis,
dit-elle,c'est une envie
de femme grosse ; elle
veut mangerde tout ce
qu'elle voit, & dire
tout ce qui luy vient
en pensée,jusqu'à des
médisances, de crainte
que son Enfantn'en
foit marqué.
Parmy toutes ces
feintes, elle n'oublie
pas la principale; il
sautfigurerpar laceinture.
Elle applique
fous un large Corcet
un Coussinet de satinbien
matclasséferriblable
à ceux dont les femmes
maigresse font des
hanches majestueuses.
Dorimene s'en garnit,
& prend foin d'augmenterdemoisenmois
cette grossesse de cotton.
En un mot ,
elle
joüe son rolle si naturellement
que les plus
sins y sont trompez.,
Retournons à la pauvre
Angélique qu_i- prend a*utant de peine,<,
àcacher les défauts de
1 la taille, que celle-cy.
etnipreendnpounr gaester.la
Angélique estoit ro.
peu prés sur son septicme
mois lorsqu'elle sucj
contrainte par une mere
imperieuses qu'elle^
avoit dalleravecelle,
misiter une voisine,&
cette voisine effoit
stement Dorimene.
Cette Mere dd''AAnnggecil'il--
que estoit scrupuleuse
sur Je cérémonial des
visites. Elle '- en devoit
,
une à Dorimene;elle
veut absolument que
[1. fille l'accompagne
dans ce devoir indis-
I pensable. Angelique obéït,&
les voilà chez
I Dorimeneoù plusieurs
autres voisines scitoientassemblées.
;:;.
Angelique souffre 8c
gémit de se voir emprisonnée
dans un habit
serieux ; son corps
la ferre cruellement
quoyqu'il foit lassé
.bien lasche.Ellesetient
droite & se guinde en
hauteur pour tenir
gmoines deuplaceren.lar- Dorimene au coiw
traire estale la grossesse
avec ostentation, bien
à son aise, sans ceinture,
sa Robbe ouverte
à deux battans , appuyant
nonchalemment
ses deux bras
croisez sur l'honorable
fardeau dont chacun
la selicite. Quel crevercoeur
pour Angelique!
quel contraste ! Helas!
dit-elleenellemesme,
que cette femme effc
.t.Jcureu!e de pouvoir
ainsi fairegloire de ce
qui fera ma honte
,
si
l'on s'en apperçoit.
La Sage-femme eCtoit
pour lors dans la
chambre de Dorimene
qui affeotoit de la tenir
prés d'elle depeurd'accident.
Dés qu'Angeliqueavoit
paru cette
rusée avoit remarque
sa taille renforcée &
contrainte
,
sa démarche
che pesante&embarxaffée;
il n'en falloitpas
davantage pour donner
des soupçons à une
connoisseuse. Elle observe
de plus unvisage
affligé & maigri dont
les traitss'a longent. -
Angélique s'apperçoit
qu'on l'examine;elle
est troublée
,
il n'enfaut
pas davantage
pour mettre Nerineau
fait. Cette intriguante
s'approche de Dorimene,
& luydit à l'oreille
: voilà une fille qui
a bien la mine d'avoir
de trop de ce qui
vous manque.
Angeliqua la voyant
parler bas ne douta
plus du jugement
qu'on faisoit d'elle, 8c
pour surcroist de malheur
quelqu'un s'avisa
de dire à Dorimene
qu'elle cfkoit en de boa*
nes mains davoir Nerine
pour Sage-femme.
Au mot de Sage - femme
Angelique paslit
comme un Criminel
qui voit son Juge. La
Mere crut quelle se
trouvoit mal. Nerine
officieuse courut la secourir
par avance, &
c'est ce qui acheva de
lu troubler. Dés que la
Sage-femme a mis la
main sur elle se croit à
terme; lapeurlasaisit;
- elle tombe en foiblesse.
Onla porte sur un lit}-
dans une chambre voisineoù
fous prétexte de
la laisser rcpofcr
,
sa
Mere& lesautres femmes
qui avoientaidé à
la faire revenir de sa
foiblesse, la laisserent
feuleavec Nerine.
Ce fut là le premici:
moment de bonheur
pour Angéliquedepuis
le départde sonAmant,
car Nerine, aprés toutes
les façons que vous
pouvez vous imaginer,
luy fit tout avoüer,
devint sa Confidente ,
& luy promit de la ri.
rer d'affaire sans que sa
Mere mesme puft s'en
appercevoir. En effet,
depuis ce jour-là Ntri,
ne & Angélique prirent
secretement des
mesures.Angélique avoit
une Tante qu'elle
aimoitfort;elle resolut
de luy confier son secret.
Cette Tante avoit
une Maison de Campagne
fort prés de la
Ville. Àinsï quand Nerine
jugea qu'il estoit
temps, la Tante obtint
de la Mere que sa filfe"
iroit passer quelques
jours avec elle à la campagne.
-
Ce fut là qu'Angelique,
parle lecours de
Nerine, se debarassa de
ce qui pouvoit nuire a
sa réputation. Elle retourna
bientost aprés à
la Ville où elle parut
plusbelle, plus fraische,
& plus fille que
jamais.
--
Voicy où comment
cele sujet du Procez.
LaTante& laNièce,
à la sollicitation de Ne- Il-le, conv inrent qu-):-
elle se chargeroit de
l'Enfant qu'elle pro-
~,
mitparunBilletdereprefencerroutes
les fois
que l'amour maternel
d'Angelique la presseroit
de voir en secret
cette petite fille, car
c'eneftoitune, 6L qui
ressembloit parfaitement
à saMere.
Nerine part avec la
petite fille, & court
d'abord chez Dorimene
nequi n'attendoit que
l'heure d'accoucher de
l'Enfant d'Angelique.
Elle s'estoit mise depuis
quelques jours au
lit, oùplusieurs voisiries
la venoient voir.
Les témoins luy efc
toient necessaires afin
qu'on ne pust dans la
fuite luy chicaner la
proprieté de l'Enfant
qui alloit paroistre. Il
falloit donc que ces
voilines vissent & ne
vissent pas; c'e st ce qui
l'embarassoit; car elles
estoient trop curieuses
& trop empressées à la
secourir. Ilestoitdifficile
d'éluder leurs curiositez
ind iscretes.
D'un autre côté Nerineestoitarrivée
avec
l'Enfant parune petite
ruë destournée oùdonnoit
un Jardin de la
maison.Ellegagnapar
un degré dérobe une
Garderobeoù ellelaissa
l'Enfant. Cette Garderobe
donnoit dans la
ruelle du lit de Dorimene
; Nerine entra
seule dans la chambre a donnalesignal.Ausc?
si-tost Dorimene pria
lesvoisines delalaisser
reposer.Elless'éloignèrenttoutesjusqu'à
l'autre
bout de la chambre
,
& bien ditDorimene
impatiente, a
-
quoy en sommes nous.
Tout va bien répond
tout bas Nerine;nous
avons tiré d'affaire nostre
pauvre fille enceinte,
& je vais vous faire
acoucher de l'Enfant
de cette fille-là.
Pendant qu'elles parloient
bas de la maniere
dont elles alloient
joüerdes gobelets l'Enfant
quis'ennuyoitseul
dans la Garderobese
mità crier comme un
Enfant déjà né; lesvoisines
entendirent ces
cris, prématurez
,
6c
tout estoit perdu si Dorimene
n'eu a eu la prefence
d'esprit de couvrir
les cris de l'Enfant
par les siens.Nerine
crioitaussi
, courage,
Madame, courage, &
cela fit un chorus pareil
à celuy que firent
jadis les Corybantespour
cacher àSaturne
les cris du jeuneJupi- ter.
Dans ce moment
Nerine escamota siadroitement
l'Enfant,
que l'ayant glissé sur le
bord du lit, elle l'en
tira comme s'ilfustvenu
de plus loin,& le fit
voir à ces connoisseuses
qui s'estoient avancées.
Elles admirerent sa
beauté, le trouvant
pourtant un peu trop
fort pour sonâge. Nerine
leur figne que la
malade avoit un grand
mal de teste.Elles sortirent
doucement sur
la pointe du pied en
attendant le Baptesme
qui se fit le lendemain
soletnnel lement.
Voila un Enfant
bienvrayemblablement
establidans lafamille
deDorimene.Il y
fut élevépendantquel:
que temps sans qu'Angelique
sceutque c'efroit
le sien. On ne m'a
point dit comment eJ-*
Je en fut in struite;mais
faites attention icy à
ia circonstance la plus
eftonnante de toute
l'histoire. Vous avez
veu la timide Angelique
cacher en tremblant
les fuites de son
mariagesecret, &C on
la voit à present reclamer
publiquement le
témoin de sa faute. Ellenecraint
plus de publier
sa honte: cechangement
neparoist pas
vraysemblable ; c'est
cependant un fait public
, dC qui, comme
j'ay dit, fait à present à
Lion lesujet d'un
grandProcez. L'Avocat
dit que l'amour, matemelseul
la déterminéeàfaireuntel
éclat;
maiselle a eu des raisons
particulières que
je ne puis encore reveler
au public, quand le
Procez sera jugé
,
il
me fera permis dedire
ce que je sçai de ce dé..
nouement,quinerouleencoreà
Lyon, que
sur ladéclaration de la
Sâge- femme.
D'UNE PETITE FILLE
reclamée par deuxmeres.
Ce Procez sepoursuit
presentement à
Lyon ; mais je prendray
l'histoire de plus
loin, car on vient de
m'envoyer des Mémoires
secrets sur l'origine
de cette Avanture.
Ce sont les amours
d'un jeune Lyonnois
& d'une jeune Lyon.,-
noise. Je tairay le nom
de ces deux Amants;
l'histoire est pourtant
publique. Tout Lyon
les connoist
, toute la
Ville les nomme;je ne
les nommeray point ,
je veux estre plus difcret
qu'uneVille entiere.
Leurs noms de
1 galanterie
-
seront , si
vous voulez, Cleonte
& Angelique; & sans
rien changer au fond
de l'Avanture
,
je déguiseray
feulement les
noms, & les qualitez
des principauxActeurs.
Angelique & Cleonte
se rencontrerent par
hazard dans uneAssemblée.
Angelique fille
sage & modeste regarda
tant Cleonte dés la
premiere fois ,-que dés
la seconde ellen'osoit
plus le regarder; mais
C leonte moinstimide
fixasi tendrement ses
yeux sur elle qu'il en
devint passionnement
amoureux.
,-. SiAngeliqueestbrune
ou blonde,si Cleonte
a beaucoup d'esprit
: ous'ilenapeu je n'en
sçay rien. On ne m'a
pas fait le détail de
leurs perfections; mais
j'ay sçuqu'ilss'entr'aimerent
comme s'ils
eussentesté parfaits.
Cleonte trouva un
jour l'occasion de parleren
particulier à Angélique;
d'abord'illuy
fitune déclaration d'amour
à la françoise, &
sans s'amuserà luy apprendre
qu'il l'aimoit,
il commença par luy
jurer qu'il l'aimeroit
toute savie; mais Angelique
le conjura de
ne la point aimer,parce
que des raisons defamille
l'empescheroient
de pouvoir jamais estre
àluy.
Que je fuis malheureux
! s'écria Cleonte,
un Pere avare que j'ay
m'empeschera aussi
d'estre à vous. Ils se
conterent l'un à autre
toutes les raisons de samille
qui s'oppoloienç
à leurunion, & là dessus
ils resolurenttresprudemment
de ne se
plus voir. Angélique
s'en alloit, mais par un
excez de prudence elle
revint sur ses pas pour
défendre à Cleonte de
penjferjamais à elle,,
Ouy ,dit-elle
, pour
vostre repos je vous defends
de maimer. Que
vous estes cruelle! s'é.
cria Cleonte, de soup-.
çonner feulement que
je puisse vous obéir !
ah ! me défendre de
vous aimer c'est me
prouver que vous ne
m'aimez P"ueres.Enfui.
te il se plaignit de [on
malheur en des termes
si tendres, si passionnez
qu'Angelique en soupira,
& luy dit en
voulant fuir
,
he bien
Cleonte aimez moy
donc; mais jevous deffends
de me voir jamais.
Cleonte l'arreste,
se jette à ses genoux, se
desespere;vousaimer
sans vous voir , vous
voulez donc que je
meure. Helas! luy répond-
elle, (croyant
déja le voir mourant)
helas voyez-moy donc;
mais ne me parlez plus
de vostreamour.Autre
dcfefpoir : autres menaces
de mourir.He
bien (dit Angelique
toute troublée ) vous
me parlerez donc; mais
que personne n'en sçacherien
;car si j'y con*
sens,c'est dans fefpe*
rance qu'il arrivera
quelque changement
dans nos affaires.Il en
arrivera sans doute, reprit
Cleonte ; mon amour
m'enassure.~urf
Ils se quitterent dans
l'esperance de pouvoir
obtenir par leurs soins leconsentement de
leurs parents, &C se virent
plusieurs fois pour
se rendre compte des
facilitez qu'ils se fia-,
toient d'avoir trouvées.
Cependant les
obstacles estoient tousjours
lesmesmes; ilsne
diminuoient qu'à leurs
yeux; mais ils se 1es
diminuoient l'unà l'autreàmesure
que Ie.de-!
sir. de les surmonter
augmentent dans tous
les deux. En un mot
leur amour les aveugla
si fort qu'en peu de
jourstoutesles difficultez
di sparurent. Ils se
persuaderent fermement
que rien ne pouvoit
plus s'opposer à
leur Mariage, & qu'ils
n'avoientcontreeux
qu'un peu de temps à»
attendre. Ils remirent
donc lesformalitezà
ce temps- là;mais dés ce
mesme jour la foy de
Mariage fut donnéereciproquement.
UnAnneau
fut mis au doigt
de l'Epouse, & tous
deux convaincus que
lafoy mutuelle& l'anneau
nuptial suffisoient,
tous deux enfin
dans l'aveuglement &
dans la bonne foy s'imaginerent
estrsassez
mariez pour pouvoir
s'assurer qu'ilsl'estoient..
Le Pere de Cieonte
estoit pour lorsà Paris.
SonconsentementcC*
toit necessaire, & nos
Epouxestoient convenus
que c'estoit par la,
qu'il falloitcommencer.
AinsiCieonteresolut
de partir au plustost.
Les adieux furent:
plus tendres que tristes,
parce que Cleorite
estoit seur, disoit-il,
de rapporter le con fen^
tement de son pere. Il
ne quittoit Angélique
que pour aller saffurer
le bonheur de passer avec
elle le reste de la
vie. Il part enfin, 84
laisse Angelique fort
triste de son dépare,
mais tres - persuadée
que le mariage se confirmeroit
à ion retour.
Quelques semaines
secoulerent: Angéliqueentrela
tristesse &
l'esperance n'estoit pas
tant à plaindre qu'elle
le fut dans lafuite. Les
reflexions commencèrentà
la troubler:elle
envisage sa faute, elle
en a honte; maiselle
se flate quecette honte
seratousjours Ignoree, ,
ne sedoutant point jusques-
là
ques-là quelle portoit
dans son sein une preuve
qu'on ne peut tenir
cachée qu'env iron huit
ou neuf mois. Elle ne
connoissoitencore quune
partie du mal qu'-
elleaveit fait: ainsielle
n'en estoit qu'à demi
repentante. Ses regrets
estoient moderez par
un souvenir agréable ;
les regrets sinceres ne
luy vinrentqu'avec les
maux de coeur. ;
Imaginez-vous ses
allarmes & sa douleur;
joignez à cela l'absence
de san Amant : elle
n'en recevoit aucunes
nouvelles; elle se crut
oubliée, trahie, abandonnée.
A quis'en
plaindre? à qui se con- «
sier dans une situation
si cruelle?elle ne trouve
de sou lagement que
dans ses larmes. Laifsons-
la pleurer à loisir
pendantque nous parlerons
des autres personnes
qui ont part à
cette avanture.
Une femme debien,
avoit épousédepuis
quelques années un
bon Bourgeois fortcurieux
d'avoir lignée
,
& fort mal intentionné
pour ses heritiers
collateraux. Cette femme
que je nommeray
Donmene ,va fraire icy
un personnage tout Opt
posé à celuy d'Angelique,
Dorimene avoit le
malheur d'estre sterile,
& c'est ce qui la de[c!:
peroit, car cette sterilité
la faisoit presque,
haïr de son Mary. Le
bon. Bourgeois qui se
preparoit pour lors à
faire un long voyage,
estoit au desespoir de
partir sans sestre assuré
un ,
héritier. Un soir
qu'il rentroit chez luy
triste & rêveur, sa sens"
me qui avoit médité
tout le jour la maniéré
dont ellele recevroit,
attend le momentqu'il
rentre dans sachambre,
court, à luy comme
une femme transportée
de joye
y
se jette à son
col encriant d'unevoix
entrecoupée
,
bonne
nouvelle mon cherMary
! bonne nouve lle !
j'ay tant de joye que je
ne puis parler. Quelle
joye?dit le Mary,de
quoy s'agit-il?Elle, au
lieu de repondre
, recule
quelques pas comme
une femme qui
chancelle, & se laiflc
tomber sur un fauteüil
, en feignant de sévanouir.
Le bon homme
allarmé s'empresse à la
fairerevei-iirellerevient
un peu, le regain
de tendrement, & luy
dit d'une voix soible
ah mon cher maryî
voicy la troisiéme fois
que je m'évanouisdepuis
ce matin
,
& ce
font ces cvanoiiilïcments
qui j-ont ma
joye. Elle recommence
à lembrasser:nouvelle
joye; nouveaux transports.
Estes-vousfolle?
dit leMary Je vous le
repete répliquala femme
, ce sont ces éva- nouiflèments,& ces
maux decoeurqui me
charment, car ils confirment
les doutes que
j'aydepuis quelque
temps. Oïïy mon cher
Mary,jecroisqu'enfin
je suis en estat de vous
donner un gcag9e v0ivant de ma tendresseconjugale.
Ah Ciel! s'écrie
le
le bon Bourgeois3quoy
vous feriez enceinte ?
-cfc-ilpossible?Ellejure
qu'ellele croie. Il
-cmbra& à on tour cetle
qu'ilcroit fécondé;
il est plus charmé qu'-
elle ne seignait de l'estre.
Ce n'e st plus entr'eux
que"mnfports,
que larmes de joye
feintes & veritables.
En un mot depuis ce
moment jusqu'à son
dépare elle joua cette
alternative de joye Se
d'évanoüissement. Et
il partit convaincu qu'-
il trouveroit à Ion retour
Je fils aisné de plusieurs
autresqu'elle luy
promit en iuy disant
adieu.
Dés que leMary fut
parti, Dorimene ne
s'occupa plus que du
foin de paroistre grosse
aux yeux de ses voisiÎIGS
)
& de terminer
cette grossesse comme
si elle eust esté veritable.
Pourcela-ilfalloit
un Enfant d'emprunt;
il falloit confier son
dessein à quelqu'un qui
pust l'aider. Elle fut
trouve£r uneJSage-fem- me qui avoit été autrefois
sa Servante, femme
habile, inventive,
une intriguante enfin,
qui s'appelloit Nerine.
Aprésavoir promis
- une grosse recompense
à cette Nerine
,
Dorimene
luy dit en deux
mots que son dessein
estoit dedonner un fils
à son Mary.
Nerine pleine de ze- lecommenceà luy faire
l'éloge du plus dis-
* cret de tous les jeunes
Lyonnois qu'elle connoissoit.
Dorimenel'interrompt
avec coleré.
Estes-vous folle? ne
po. ,,>
me., connoissez * pas?Jevous - vous pas? Je vous ccoonnnnooiiss
de reste, dit Nerine ;
mais pour faire plaisir à
son Mary,une honneste
femme ne pourroitelle
pas Taisezvous
Nerine. Mais
comment faire donc
Madame ? Comment
faire? reprit Dorimen-
e, je vais vous expliquer
mon dessein,
Dorimene & Nerine
eurent ensemble une
conversation fort
longue. Pour conclure
en deux mots ,
qu'il
fcilloit chercher dansla
Villequelque femme
ou fillequi craignift autant
de paroistreMere
que Dorimene souhaitoit
de lcHre,afin qu'-
elle voulust bien luy
cederson droit de male
ternité.
rendant que nostre
intriguante va cher- ,
cher cet enfant de hazard
chez les plus jolies
personnes de la
Ville,quoyquecela se
trouve aussi chez les
plus laides, Dorimene
commence à joüer toutes
les affectations &
les grimaces d'une premiere
grossesse. Propose-
t-on à Dorimene
une Promenade , elle
l'accepteroit, dit-elle ;
mais la difficulté c'est
la voiture. Le Carosse
la blesserois ; la Chaise
à Porteurs luy souleve
lecoeur; elleapeuren
Batteau ; à pied on fait
des faux pas, le plus
leurest de rester chez
elle; mais elle craint
d'y donner à joüer. Les
grimaces & les contorfions
des Joüeurs luy
sont horreur;elle ne
veut voir que des femmes
gracieuses &C de
beaux hommes. Point
de Spectacles, surtout
I ni Comed ies niOperai,
elle accoucheroit d'un
Neptune ou d'un Arlel.
quin. Elle se reduit
donc au plaisir de la
bonne chere ; elle s'y
dédommagé en se jettant
sur les plus friands
morceaux. Elle les arrache
à ses voisins de
Table: tout permis,
dit-elle,c'est une envie
de femme grosse ; elle
veut mangerde tout ce
qu'elle voit, & dire
tout ce qui luy vient
en pensée,jusqu'à des
médisances, de crainte
que son Enfantn'en
foit marqué.
Parmy toutes ces
feintes, elle n'oublie
pas la principale; il
sautfigurerpar laceinture.
Elle applique
fous un large Corcet
un Coussinet de satinbien
matclasséferriblable
à ceux dont les femmes
maigresse font des
hanches majestueuses.
Dorimene s'en garnit,
& prend foin d'augmenterdemoisenmois
cette grossesse de cotton.
En un mot ,
elle
joüe son rolle si naturellement
que les plus
sins y sont trompez.,
Retournons à la pauvre
Angélique qu_i- prend a*utant de peine,<,
àcacher les défauts de
1 la taille, que celle-cy.
etnipreendnpounr gaester.la
Angélique estoit ro.
peu prés sur son septicme
mois lorsqu'elle sucj
contrainte par une mere
imperieuses qu'elle^
avoit dalleravecelle,
misiter une voisine,&
cette voisine effoit
stement Dorimene.
Cette Mere dd''AAnnggecil'il--
que estoit scrupuleuse
sur Je cérémonial des
visites. Elle '- en devoit
,
une à Dorimene;elle
veut absolument que
[1. fille l'accompagne
dans ce devoir indis-
I pensable. Angelique obéït,&
les voilà chez
I Dorimeneoù plusieurs
autres voisines scitoientassemblées.
;:;.
Angelique souffre 8c
gémit de se voir emprisonnée
dans un habit
serieux ; son corps
la ferre cruellement
quoyqu'il foit lassé
.bien lasche.Ellesetient
droite & se guinde en
hauteur pour tenir
gmoines deuplaceren.lar- Dorimene au coiw
traire estale la grossesse
avec ostentation, bien
à son aise, sans ceinture,
sa Robbe ouverte
à deux battans , appuyant
nonchalemment
ses deux bras
croisez sur l'honorable
fardeau dont chacun
la selicite. Quel crevercoeur
pour Angelique!
quel contraste ! Helas!
dit-elleenellemesme,
que cette femme effc
.t.Jcureu!e de pouvoir
ainsi fairegloire de ce
qui fera ma honte
,
si
l'on s'en apperçoit.
La Sage-femme eCtoit
pour lors dans la
chambre de Dorimene
qui affeotoit de la tenir
prés d'elle depeurd'accident.
Dés qu'Angeliqueavoit
paru cette
rusée avoit remarque
sa taille renforcée &
contrainte
,
sa démarche
che pesante&embarxaffée;
il n'en falloitpas
davantage pour donner
des soupçons à une
connoisseuse. Elle observe
de plus unvisage
affligé & maigri dont
les traitss'a longent. -
Angélique s'apperçoit
qu'on l'examine;elle
est troublée
,
il n'enfaut
pas davantage
pour mettre Nerineau
fait. Cette intriguante
s'approche de Dorimene,
& luydit à l'oreille
: voilà une fille qui
a bien la mine d'avoir
de trop de ce qui
vous manque.
Angeliqua la voyant
parler bas ne douta
plus du jugement
qu'on faisoit d'elle, 8c
pour surcroist de malheur
quelqu'un s'avisa
de dire à Dorimene
qu'elle cfkoit en de boa*
nes mains davoir Nerine
pour Sage-femme.
Au mot de Sage - femme
Angelique paslit
comme un Criminel
qui voit son Juge. La
Mere crut quelle se
trouvoit mal. Nerine
officieuse courut la secourir
par avance, &
c'est ce qui acheva de
lu troubler. Dés que la
Sage-femme a mis la
main sur elle se croit à
terme; lapeurlasaisit;
- elle tombe en foiblesse.
Onla porte sur un lit}-
dans une chambre voisineoù
fous prétexte de
la laisser rcpofcr
,
sa
Mere& lesautres femmes
qui avoientaidé à
la faire revenir de sa
foiblesse, la laisserent
feuleavec Nerine.
Ce fut là le premici:
moment de bonheur
pour Angéliquedepuis
le départde sonAmant,
car Nerine, aprés toutes
les façons que vous
pouvez vous imaginer,
luy fit tout avoüer,
devint sa Confidente ,
& luy promit de la ri.
rer d'affaire sans que sa
Mere mesme puft s'en
appercevoir. En effet,
depuis ce jour-là Ntri,
ne & Angélique prirent
secretement des
mesures.Angélique avoit
une Tante qu'elle
aimoitfort;elle resolut
de luy confier son secret.
Cette Tante avoit
une Maison de Campagne
fort prés de la
Ville. Àinsï quand Nerine
jugea qu'il estoit
temps, la Tante obtint
de la Mere que sa filfe"
iroit passer quelques
jours avec elle à la campagne.
-
Ce fut là qu'Angelique,
parle lecours de
Nerine, se debarassa de
ce qui pouvoit nuire a
sa réputation. Elle retourna
bientost aprés à
la Ville où elle parut
plusbelle, plus fraische,
& plus fille que
jamais.
--
Voicy où comment
cele sujet du Procez.
LaTante& laNièce,
à la sollicitation de Ne- Il-le, conv inrent qu-):-
elle se chargeroit de
l'Enfant qu'elle pro-
~,
mitparunBilletdereprefencerroutes
les fois
que l'amour maternel
d'Angelique la presseroit
de voir en secret
cette petite fille, car
c'eneftoitune, 6L qui
ressembloit parfaitement
à saMere.
Nerine part avec la
petite fille, & court
d'abord chez Dorimene
nequi n'attendoit que
l'heure d'accoucher de
l'Enfant d'Angelique.
Elle s'estoit mise depuis
quelques jours au
lit, oùplusieurs voisiries
la venoient voir.
Les témoins luy efc
toient necessaires afin
qu'on ne pust dans la
fuite luy chicaner la
proprieté de l'Enfant
qui alloit paroistre. Il
falloit donc que ces
voilines vissent & ne
vissent pas; c'e st ce qui
l'embarassoit; car elles
estoient trop curieuses
& trop empressées à la
secourir. Ilestoitdifficile
d'éluder leurs curiositez
ind iscretes.
D'un autre côté Nerineestoitarrivée
avec
l'Enfant parune petite
ruë destournée oùdonnoit
un Jardin de la
maison.Ellegagnapar
un degré dérobe une
Garderobeoù ellelaissa
l'Enfant. Cette Garderobe
donnoit dans la
ruelle du lit de Dorimene
; Nerine entra
seule dans la chambre a donnalesignal.Ausc?
si-tost Dorimene pria
lesvoisines delalaisser
reposer.Elless'éloignèrenttoutesjusqu'à
l'autre
bout de la chambre
,
& bien ditDorimene
impatiente, a
-
quoy en sommes nous.
Tout va bien répond
tout bas Nerine;nous
avons tiré d'affaire nostre
pauvre fille enceinte,
& je vais vous faire
acoucher de l'Enfant
de cette fille-là.
Pendant qu'elles parloient
bas de la maniere
dont elles alloient
joüerdes gobelets l'Enfant
quis'ennuyoitseul
dans la Garderobese
mità crier comme un
Enfant déjà né; lesvoisines
entendirent ces
cris, prématurez
,
6c
tout estoit perdu si Dorimene
n'eu a eu la prefence
d'esprit de couvrir
les cris de l'Enfant
par les siens.Nerine
crioitaussi
, courage,
Madame, courage, &
cela fit un chorus pareil
à celuy que firent
jadis les Corybantespour
cacher àSaturne
les cris du jeuneJupi- ter.
Dans ce moment
Nerine escamota siadroitement
l'Enfant,
que l'ayant glissé sur le
bord du lit, elle l'en
tira comme s'ilfustvenu
de plus loin,& le fit
voir à ces connoisseuses
qui s'estoient avancées.
Elles admirerent sa
beauté, le trouvant
pourtant un peu trop
fort pour sonâge. Nerine
leur figne que la
malade avoit un grand
mal de teste.Elles sortirent
doucement sur
la pointe du pied en
attendant le Baptesme
qui se fit le lendemain
soletnnel lement.
Voila un Enfant
bienvrayemblablement
establidans lafamille
deDorimene.Il y
fut élevépendantquel:
que temps sans qu'Angelique
sceutque c'efroit
le sien. On ne m'a
point dit comment eJ-*
Je en fut in struite;mais
faites attention icy à
ia circonstance la plus
eftonnante de toute
l'histoire. Vous avez
veu la timide Angelique
cacher en tremblant
les fuites de son
mariagesecret, &C on
la voit à present reclamer
publiquement le
témoin de sa faute. Ellenecraint
plus de publier
sa honte: cechangement
neparoist pas
vraysemblable ; c'est
cependant un fait public
, dC qui, comme
j'ay dit, fait à present à
Lion lesujet d'un
grandProcez. L'Avocat
dit que l'amour, matemelseul
la déterminéeàfaireuntel
éclat;
maiselle a eu des raisons
particulières que
je ne puis encore reveler
au public, quand le
Procez sera jugé
,
il
me fera permis dedire
ce que je sçai de ce dé..
nouement,quinerouleencoreà
Lyon, que
sur ladéclaration de la
Sâge- femme.
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Résumé : PROCEZ D'UNE PETITE FILLE reclamée par deux meres.
Le texte relate une histoire complexe impliquant plusieurs personnages à Lyon. L'intrigue commence par une jeune fille, Angélique, qui est réclamée par deux mères lors d'un procès. Angélique et Cleonte, deux jeunes Lyonnais, tombent amoureux malgré les obstacles familiaux. Ils échangent des anneaux et se considèrent mariés, attendant le consentement de leurs parents. Cleonte part à Paris pour obtenir l'accord de son père. Pendant son absence, Angélique, enceinte, est tourmentée par la honte et l'absence de nouvelles de Cleonte, se croyant trahie et abandonnée. Parallèlement, Dorimene, une femme stérile, simule une grossesse pour satisfaire son mari. Elle cherche une femme ou une fille enceinte pour adopter son enfant. Nerine, une sage-femme, remarque Angélique chez Dorimene et suspecte sa grossesse. Cette découverte conduit au procès où deux mères réclament la jeune fille. L'histoire se poursuit avec Angélique, enceinte de son amant secret, perturbée par l'annonce de la venue d'une sage-femme. Nerine, une servante, devient la confidente d'Angélique et l'aide à cacher sa grossesse. Elles élaborent un plan avec la tante d'Angélique, qui possède une maison de campagne où Angélique accouche en secret. Nerine emmène ensuite l'enfant chez Dorimene, qui est sur le point d'accoucher publiquement pour dissimuler la véritable identité de l'enfant. Nerine introduit l'enfant dans la chambre de Dorimene de manière discrète, malgré la curiosité des voisines. Dorimene et Nerine parviennent à tromper les voisines en faisant croire que l'enfant est le sien. L'enfant est élevé dans la famille de Dorimene sans qu'Angélique en soit informée pendant un certain temps. Plus tard, Angélique décide de révéler publiquement sa maternité, ce qui conduit à un procès à Lyon. L'avocat d'Angélique invoque l'amour maternel comme motif de cette révélation, mais des raisons particulières, non encore divulguées, expliquent ce changement de comportement. Le dénouement de l'histoire reste en suspens, dépendant de la déclaration de la sage-femme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
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texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
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Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. [1]-52
SUITE ET FIN de l'Histoire Espagnole.
Début :
Le Prince de Murcie reprit enfin ses esprits, & pour [...]
Mots clefs :
Prince, Duc de Grenade, Grenade, Princesse, Solitaire, Amour, Seigneur, Malheurs, Temps, Bonheur, Joie, Malheur, Fortune, Coeur, Ciel, Époux, Lieu, Cabane, Traître, Infidélité, Surprise, Soupçon, Rival, Amants, Forêt, Solitude, Doute
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE ET FIN de l'Histoire Espagnole.
~* SUITE ETFIN
de ïHtjloirc Espagnole. LE Prince de Murciereprit
enfinles
esprits, & pour lors le lolitaire
lui dit :Seigneur,
si j'avois pu prévoir la su.
neste impression qu'a fait
sur vous la nouvelle que
je vous ai apprise, croyez
qduoeulelouirn, d'irriter vostre
je n'aurois pen.
fé qu'à la soulager; l'experience
que j'ai faite des
revers de la fortune m'apprend
à plaindre ceux quV
ellerend malheureux. Ah
pourquoi ne sçavois-je pas
là'intérêt que vous prenez Leonore? je ne me reprocherais
pas du moins
les tourmens que vous louffre. Je ne vous les
reproche point, Seigneur,
repondit le Prince, non
plus qu'à Leonore; si elle
a épousé Dom Juan elle a
dû l'épouser, ôc si elle m'a
rendu le plus malheureux
des hommes, il faut que
je l'aye mérité:Non le
plus affreux desespoir ne
me forcera jamais à la
traitter d'infidelle mais
je n en mourraipas moins
malheureux.
Ah!Seigneur, repritle
solitaire,si Leonoren'est
point infidelle, il est des
amans plus malheureux
que vous j'ai perdu comme
vous l'esperance de
posseder jamais celle que
jaime,je ne puisdouter de
son inconstance,&j'en
reçoisJes plus forcéspreuves
au moment mêmequi
devoit assurer mon bonheur;
queldesespoirest
égal au mien ? amant dui^e
Princefk-,,,nôçre mariage
étoitconclu duconfentement
de son frère,&l'infîdelie
se
.,
fait enleverce
our-là même par rflôa
rival
,
sans ce trait de la
plus noireinfîdçlitç je seroisencore
a Grepaçlçj
&: vous ue m'auriez point
trouve dans cettesolitude
où nos communs malheurs
nous ont conduit. Le Prince comprit aisément
que cette Princesse,
que le solitaire avoir aiméen'étoit
autre qu'Eli
vire, il en avoit souvent
oui parler à Dom Pedre
son frere, & comme il
sçavoit la violence que
Dom Garcie avoit faire à
Elvire, il crut devoir réparer
le tort que le solitaire
lui faisoit par ses soupçons;
ilme semble
,
Seigneur,
lui dit-il, que vous
condamnez trop aisement
la Princesse que vous aimez
; pourquoi rapporter
àson inconstance un éloignement
dont elle gémit
peut-être autant que vous?-
si vôtre rival l'a enlevée,
le tort que vous lui faites
est irreparable, mais quoiqu'il
en soit, ce n'est point
ainsi qu'il faut juger de ce
qu'on aime. Ah ! je ne
ferois pas si malheureux
si je pouvoissoupçonner
Leonore d'inconfiance. Si
je condamne la Princesse
Elvire, reprit lesolicaire,
c'estque je ne puis douter
qu'elle ne me soit infidelle
y
après cet enlevement
je la cherchai dans
tout le Duché de Grenade
; & dans quelqueslieux
que mon rival lait conduite
,
je l'aurois sans dou-
.re découverte,si ellen'eût
été d'accord avec lui pour
rendre mes recherches
inutiles. Ah ! je l'ay trop
aimée pour ne pas me
plaindre de son changement,
& je vois bien que
nos malheurs font differens
3
quoiqu'ils partent
du même principe. C'est
ainsi que le solitaire die.
putoit au Prince la triste
floired'être le plus maleureux
de tous les horn;.
mes; si c'cft. un dédommagement
pour ceux qui
souffrent
,
ils pouvoient
tous deux y prérendre)
l'un étoit réduit à accuser
sa maîtresse, qui lui étoit
pourtant fidelle, & l'autre
a s'acculer lui-même, lui
qui n'avait jamais eu d'autre
regle de ses adtions
quesa gloire & son amour.
Cependant Elvirepassoit
sa vie dans de mortelles
inquiétudes auuibien
que Leonore,la convention
que ces deux
Princesses avoient eûë
leur étoit également funeste
,
& si Leonore avoit
lieu de soupçonner un
Prince, qu'Elvire avoit
nommé son amant, Elvire
soupçonnoit avec raison
un amant dont le nom
avoir produit un si violent,
effet sur Leonore;ellesavoient
un égal intérêt de se
retrouver. pour éclaircir
un doute si cruel,mais il
ne fut pas permis à Leonore
d'aller feule dans le
jardin,& Elviren'y voyant
plus que la curieuse tante,.
fut contrainte de choisir,
pour le lieu de sa promenade
,
la Forest de Gades;
c'est là que ces deux Princesses
le retrouverent dans
le temps qu'elles ne l'esperoient
plus. Le Duc d'Andalousie,
content de l'obeissance
de sa fille, l'avoit
enfin délivrée des
importunitez de sa vieille
secur
y
elle alloit souvent
se promener dans cette
Forest là elle pouvoit
joüir de la solitude-, & se
livrer à toute sa douleur
Le hazard la conduisit un
jour dans l'endroit où Etvire
avoit coutume d'aller
se plaindre de ses malheurs,
aussitôt elle court
vers elle avec empressement,,
& lui dit: il y a
long-temps que je vous
cherche, Madame, pour
vous apprendre une nouvelle
qui doit vous interesser
: Le Prince de Murcie
est Duc. de Grenade
par les soins de Dom Pedre
vôtre frere & son ami.
Madame,répondit Leonore,
vous sçavez la part
que j'y dois prendre, mais
je devine aussi celle que
vous y prenez, ce n'est
point moi qui dois ressentir
la joye de cette nouvelle.
Ah! qui doit donc
la ressentir ? reprit Leonore,
le Prince de Murcie
vous aime, Ôc. n'a fait
une si, grande démarche
que pour vous meriter.
Ah! Madame,répondit
Elvire, pourquoi insultez.
vousàmon malheur? Je
sçai que je ne suis point
aimée,c'est en vain que
je voudrois vous disputer
le coeur du Prince: de
Murcie.Ces deux Princelles
entraientinsensiblement
au pointd'unéclaircissement
qui leur étoitsi
necessaire,lorsqueDom
Juan &DomGarcievinrent
troubler leur entrer
tien: sitôtqu'Elvire eut
EÇÊonnu>fon persecuteur,
qgif n'étoitpasfort loin
d'elle,elle prit la fuite, &
Leonore> que la presence
de Dom Juan auroit embarrassée
dans une pareille
circonstance., prit une
autre allée dans le dessein
del'evicer; Dom Garcie
avoit cru reconnoîtreElvire
& l'avoit suivie des
yeux;l'occasion lui parut
trop bellepour la négliger
: Seigneur, dit-il à D.
Juan, vous voulez sans
doute aborder Leonore?
je vous laisse seul de peur
de troubler un entretien
si doux pour l'un & pour
l'autre, je ferai toujours à
portée de vous rejoindre;
en même temps il fuit la
routequ'il avoit vu prendre
à Elvire, & aprés
l'avoir assez long-temps
cherchée,il la découvrit
dans le lieule plus écarté
de la forest.Quelle fut la
surprise&la crainte de
cette Princessè? elle con,
noissoit le perfide Dom
Garcie.,irrité de ses refus
& de ses mépris,il étoit
capable de se porter aux
plus violentes extremitez;
Elvire dans un si grand
péril n'eut d'autrereilburce
quecelle de faire em*
tendre des cris horribles,
quipussent lui attirer du
secours, & ses cris en effet
la sauverent. Le solitaire,
quile promenoit assez près
de la, les entendit; aussitôt
il court vers le lieu où
les cris d'Elvire le con- duisent , & tout d'un , toup: il voit celle qu'il
croyoit infidelle à Grenade
, qui
-
se jettedansses
bras,en lui disant: Seigneur
,sauvez-moi des fureurs
d'un scelerat, & dans
le moment Dom Garcie
parut. Je n'entreprendrai
point
point d'exprimer les divers.
mouvemens de surprise
d'amour & de colere
donc le solitaire futsaisi ;
Dom Garcie voulut prosiser
du moment pour se
défaire de son rival avant
qu'il fût en défense, mais
lescelerat meritoitla
mort,le solitairel'étendii
à ses pieds; après le peu de resistance qu'on doit
attendre d'un lâche & d'un
traître,ensuite s'abandonnant
à d'autres transports,
il s'approcha d'Elvire:
quel bonheur luidit-il
y
Madame?la fortunevous?;
rend à mon amour, & livre
mon rival à ma vengeance
; que le perfide
nous a causé de maux r
que n'ai-je point souffert
pendant vôtre absence!
Jen'oublierai jamais,,
Prince, répondit Elvire,
le service que vôtre pitié
vient de me rendre, mais
je ferois plus heureuse si
je le devois à vôtre amour.
Ah!Ciel,s'écrialesolitaire,
comment expliquer
ces cruels reproches? jesuis
donc un amantinfidele.
Prince, je voudrois
pouvoir en douter,
rien ne troubleroit la joye
- que j'ai de vous revoir;
Ah! je serois trop heureuse.
Grand Dieu,s'ecriatil
encore une fois,il est
donc vrai que vous m'accufèz
d'inconstance> Ahj
Madame,quel démon envieux
de nôtre bonheur,
vous donne ces injustes
soupçons ;quoi je vous
revois! le plaisir que je
sens me persuade que tous
mes maux sont finis, & je
retrouve au même instant
des malheurs plus grands
encore que ceux que j'ai
fouffers
; ma chere Elvire
voyez cette trille retraite,
cetteaffreuse solitude!
font-ce la des preuves de
mon inconstance ? Oui,
Prince, cest le choix de
cette solitude qui confirme
mes tristessoupçons.
Ah! Seigneur, est-ce dans
la forestde Gades que
vôtre. confiance devoit
éclater? Le solitaire, qui
ne pouvoit rien compren- dre au discours d'Elvire,
ne sçavoit comment calnler.,
les soupçons ;nia
Princesse, lui disoit-il, daignez
medire le sujet de
vos reproches,je fuis Ulr
de me justifier, jenesuis
pas surpris que vous me
foupçonniez., le moindre
accidentpeut allarmer
une amante {enfible3 j'ai
moi-même eprouve combien
il elt aisé de craindre
le changement dece qu'
onaime
)
jevous ai crû
moi-même moins fidelle
que je ne vous retrouve,
mais si l'heureuse avanture
quinous réunit ne m'avoit
détrompé, loin de vous en
faire un mystere,je me
ferois plaint à vous, je
vous aurois découvert le
sujet de mesdouleurs, ôc
je n'aurois rien tant fouhaitté
que de vous voir
bien justifiée
; pourquoy
n'en usez-vous pas ainsi,
ma Princesse ? l'amour
peut-il prendre un autre
parti? Que me servira-t-il,
reprit El vire, de vous convaincred'inconstance
? je
ne vous en aimerai pas
moins, & vous n'en aimerez
pas moins Leonore.
Quoi!j'aime Leonore, reprit
vivement le solitaire?
Ah! je vois maintenant le
sujet de vos qsoupconsy.
vous avez crû que, charmé
de cette Princesse,je
n'habite cette solitude
-
que pour lui prouver mon
amour , mais non,ma
chere Elvire,rendez-moimon
innocence, rendezmoi
tout vôtre amour:je
n'ai jamais vû Leonore,,,
je suis dans un lieu tout
plein de sa beauté & de
les vertus & je n'ai jamais
penséqu'à vous, c'est pour
vous feule que je fuis réduit
dans l'état où vous -
me voyez. Ah! Prince., dit
Elvire,que ne vous puisje
croiremaisnon vous
me trompez;voyez vousmême
si je dois être convaincue
; je racontois a
Leonore nos communs
malheurs, elle me demanda
vôtre nom, je lui nommai
le Prince de Murcie,
&: soudain elle tombaévanouie
dans mes bras;
jouiuez. Prince, de vôtre
gloire, après ce coup rien
ne peut môterma douleur.
leur. Elvire voulut s'éloi.
gnerdu solitaice pour lui
cacher ses larmes.; arrêtez
ma Princene, s'écria-t-il
,
non je
-,
n'ai jamais vu Leonore,
ilest un autre Prince
de Murcie,vous le devez
sçavoir: Ah! pouvezvousme
soupçonner? mais
rnachere Elvire,venez me
voir tout-à-faitjustisié, j'ai
laissé dans ma cabane un
inconnu qui aime Leonore,
l'état où la nouvelle
de son mariage avec Dom
Juan la réduit, m'a découvert
son secret: il est
sans doute ce Prince de
Murcie amant de Leonore,
venezJe lui demanderai
son nom, il ne pourra
me resuser cet ecfairciuement,
qui importe tant a
vôtre bonheur& au mien.
Ils n'eurent pasgrand chemin
à faire pour arriver à
la petite cabane;le cours
de leur conversation les y
avoit insensiblement conduits,
ils y entrent, mais
quel spectacle s'offrit tout
d'un coup à leurs yeuxils
virent deux hommes étendus
dans la cabane, qui
perissoient dansleursang.
Ah Ciel! s'écria Elvire,
saisie d'horreur .& de sur-
,
prise.Qui sont ces malheureux
?Que je plains là
fort de l'un d'eux, repondit
le solitaire; c'est cet
étranger qui étoit venu
chercher ici un azile, nous
déplorions ensemblenos
communs malheurs, il alloit
fininles miens. Elvire
revenue de sa premiere
terreur s'approcha 8c reconnut
Dom Juan, Le
Prince après s'être separé
de D. Garcie avoit longtemps
erré dans la forêt,
occupe destrilles idées qui
les avoient conduits:malygré
ce que la fortune faisoitpour
luiy il nelaissoit
pas d'avoir ses chagrins;
il avoit apperçu lacabane
du soliraire, .& y étoit entré
attiré par sa simpie curiosite
:
les' soupirs de cet
inconnul'avoit redoublée
enexcitant sa compas.
sion. Mais quelle surprise!,
à peineces deux hommes
se furent envilagezdqu'un
premier mouvement de
rage & devengeance leur
étant tout loisir de s'expliquer
: Ah te voila,traître.,
s'écria l'un; perside, tu
mourras, secria l'autre :
& à l'instant ils se lancent
furieux l'un sur l'autre, &
se battent avec tant de
haine & tant d'acharnement,
que sans recevoir
aucun coupmorcel ils se
ercerent enplusieurs endroits,
ils tomberent l'un
& l'autre affoiblis par la
perte de leur sang,&par
la longueur du combar.Ce
fut dans cet état que les
trouvèrent Elvire & fou
amant, ils leur donnrent
tous les secours possibles,&
se retirèrent a l'écart dans
l'esperance de tirer quelque
éclaircisement de ce
que se diroient ces deux
rivaux. Ils reprirent peu
de temps après leurs sorces
& leurs ressentimens,.
& le Prince de Murcie
tournant vers Dom Juan
des yeux pleins d'indignation:
Quoy tu vis encore
le Ciel ne peur donc consentir
à la mort du digne
époux de Leonore, ni la
forc,ni l'amournilahaine
îije peuventrien sur de si
beauxjours?Le Ciel,répondit,
Dom Juan, veut que
j'admire encor cet illuitre
conquerant, qui vient de
joindre ,à tant de hauts titres
celuy de Duc de Grenade
: Quel regret pour
moy de mourir sans voir
regner un Prince si genereux
?Peux-tu le voir sans
rougir,persideyreprit le
Prince Non dit Dom
Juan.le rougis de t'avoir
il rpal connu. Les traîtres,
répliqua le Prince, ne rougissent
du crime qu'après
qu'ils l'ont commis. - Il est
vray, répondit D. Juan
y s'ils n'en rougissoient pas
si tard,je ferois Duc de
Grenade, & vous ne seriez
encore que le Prince de
Murcie. Poursuis,indigne
amy ,
reprit le Prince,
cherche un pretexte à ton
horrible persidie; tu n'es
donc l'époux de Leonore
que parce que je luis un
Tyran?Non', traître, repondit
Dom Juan, puiss
qu'il faut enfin éclatter, je
ne t'ai point trahi,je mefuis
yengé de l'ennemi commun
de toute l'Espagne;
d'un usurpateur qui elt en
abomination dans toute
l'Europe: Renonce àLeonore,
qui tesereste autant
quelle t'a autrefois aimé.
Grand Dieu,s'ecria-t-il,où
fùis-je?non,, Leonorenaura
pas pu le croire; tes
derniers mots te convainquentd'imposture,
tu peux
m'avoir pris pour unusurpateur,
mais non pas cette
genereule Princesse. Il est
vray, répondit D. Juan,.
tu l'avois seduite par ta
fausse vertu: maisqu'avoir
elle a repondre a D. Garcie,.
dont la fidelité rend
ta perfidie certaine ? Le
Prince vit dés ce moment
la trahison de D. Garcie
y,
& parla ainsi à sonrival:
Dom Juan,je fuis forcé de
vous rendre vôtre innocence,
Dom Garcie vous
a trahis tous deux: loin
d'usupervosEtats,je les
aysoustraits à la tyrannie,
dans le seul dessein de vous
les rendre
:,- En abordant
Tille de Gadcs je trouvay
Dom Pedre qui vous cherchoit
par tout, jem'offris
à prendre vôtre place, &
je fis pour vous ce que je
n'aurois pas fait pour moymême,
je me privay du
plaisir de revoir Leonore
pour vous remettre dans
vos Estats ; j'en ai chassé
Dom Garcie qui les usurpoit:
pour prix de mon secours
Ôc de mon amitié
vous épousez ce que j'ainle,
sans que j'en puisse
accuser que la fortune-,
vous n eres point coupable
: mais cependant Leonore
eIl: à vous & je la
perds pourjamais.
Le Prince de Murcie
parloit d'un air si couchant
que Dom Juan lui-même
commençoitàs'attendrir.
On peut juger de laJitua.
tion des deu x spectateurs;
Elvire étoit sûre du coeur
de son amant,& cetamant
voyoit dans les yeux d'El..
vire, & la justice qu'elle
rendoit à son amour, &la
joye avec laquelle elle la
lui rendoit,il ne manquoit
plus au Prince qu'une
occasion de confirmer
ces diccours qui faisoient
déja tant d'impression;
hazard la sit naître prefqu'au
même instant.Un
des domestiques de Dom
Juan,qui avoitsuivi Dom
Garcie, entra dans laca~
bane, attiré par le bruit
qu'il avoit entendu. Approchez,
lui dit D. Juan,
pourquoy m'avez
- vous
trahi? pourquoiêtes-vous
entré dans lecomplot du
traître Dom Garcie? Fernandez
( c'étoit le nom
du domestique ) interdit
d'une questionà laquelle
il ne s'attendoit pas, &
déjà surpris de la réunion
à
des deux Princes, prit le
parti de se jetter aux
pieds de son Maître, 8c
de lui découvrir tout le
mystere d'une sinoire trahison.
Ah! quel secret venez-
vous de me reveler.,
s'écria Dom Juan, saisi
d'une juste horreur,confus
desa credulité
)
deses
peré d'avoir fîiivi les mouvemens
de sa haine contre
celui à qui il devoit tout?
Ah! Seigneur,s'écria-t-il,
se tournant vers le Prince
de Murcie, que puisje
vous dire? je ne suis point
l'époux de Leonore. Vous
n'êtes point son époux,
répondit le Prince? Ah!
Dom Juan pourquoi voulez-
vousme flatter? croyez-
vous par là conserver
ma vie? Non, je meurs
mal-heureux amant de
Leonore& fidele ami de
D. Juan.C'est moi qui dois
mourir,reprit Dom Juan,
je ne fuis plus digne de
la vie; vivez, Prince,
pour posseder Leonore,
j'aiassez d'autres crunes
à me reprocher sans me
charger- encore de celui
d'être son époux; non.,
je ne le fuis point, & l'unique
consolation qui me
reste, après tous les maux
queje vous ai causez, c'est
d'être encor plus malheureuxquejene
fuis coupable.
En mêmetemps il lui
apprit comment ce mariageavoit
été retardé par
une violente maladie de
Leonore
, que ses chagrins
avoient apparemment
causée. Dom Juan
ne borna pas là les foins
.qu'il devoir au Prince
lui promit de fléchir le
Duc
Duc d'Andalousiey & fit
renaître
,
dans son coeur
l'esperance que tant. de
malheurs en avoient ôtée.
Quelchangement de situation
pour le Prince de
Murcie, à peine croyoit- iltout ce qu'il entendait
partageentre la joye de
ravoir Leonore fidelle,
& l'impatience, de la revoir
telle que l'amour la
lui conservoit
,
à peine
pouvoit-il suffire à ressentir
tout son bonheur. Elvire
& le solitaire de leur
côté jouissoient du bonheur
de se trouver fîdeles,
exempts des soins &de l'inquietude
qui troubloient
depuis si long-temps leur
amour; le spectacle dont
ils étoient témoinsaugi
mentoit encore leur tendresse.
Après qu'ilsse furent
dit tout ce qu'un bonheur
mutuel peut inspirer,
ils s'aprocherent des deux
Princes. Dés que le Prince
deMurcie eut apperçû le
solitaire, il luy dit: Vous
- me trouvez,Seigneur,dans
unesituation- bien- différente
de celle ou vous,
m'aviez laissé, vous voyez
qu'il ne faut qu'un moment
pour terminer les
plus grands malheurs, j'espere
que celuy qui doit
finir les vôtres- n'est pas
bien éloigné, &pour lors
ma joye sera parfaite. Seigneur,.
répondit le solitaire,
le Ciel nous a réunis
pour nous rendre tous heureux,
vous allez- revoir
Leonore,,, jeretrouve El
vire fidellé
; cette avanture
finittous lesmalheuts
qui sembloient attachez
aunom que nous portons
l'un & l'autre. Il lui apprit
en même temps qu'il étoit
un cadet de la maison,
dont la branche separée
depuis long-temps estoit
presque inconnuë enEspagne,
il luy raconta les
soupçons d'Elvire à l'occasson
de la conformité
de leur nom; les momens
surent employez à des détails
capables d'interesser
du moins des amans:mais
lorsqu'Elvire luy rendit
compte àsontour de Son
entrevue a\*ecLectfi0rcv&
de tout cequi l'avoirluivie
:Ah, s'écria,le Prince,,
quela fortune, est cruelle
quand ellenouspourluit:
c'érait l'unique moyen de
rendrema fidélité suspecte
à Leonore:mais non, cette
Princesse connoîtbien
mon coeur,elle n'aura
point
-
fait cette injustice à
mon- amour. Cependant
Fernandezqui avoit ete
témoin; de redaircinement
entre le Prince de
Murcie & son malfire".
plein de tout cequ'ilavoit
entenducourut le publier
dans le Palais du Duc, il
trouva Leonore quiquittoit
la forêt pour retourner
à son appartement, &
elle en sur instruite la premiere.
Son récit étoit aisez
interessant pour que Leonore
voulût le justifier,
elle ': sè fit incontinentconduire
à la cabane;dés
qu'elle parut sa présence
produisit un profond silence
,
le Prince étoit celuy
qui avoit le plus de
choses à dire, il fut aussi
celuy qui eut moins la
force de parler: mais sa
joye n'en éclattoit que
mieux dans ses regards, ôc
Leonore qui l'y. voyoit
toute entiere,ne marquoit,
pas moins vivement le.
plaisir qu'elle ressentoit..
Elvire enfin prit la parole,.
&montrant le solitaire,elle
luy apprit son nom, & lui
donna un éclaircissement
qui manquoit encore à son.
repos.
Dom Juan marquoit le
plus vif repentir,ilcedoit
tous ses droits au Prince
de Murcie: ces amans
se voyoient, délivrez d'un
dangereux persecuteur;que
ne se dirent-ils point dans
de pareils transports ? Ah
,
Madame,s'écria le Prince,
vous m'aimez encore? les
noms d'usurpateur &d'infidele
qu'on m'a tant donnez
n'ont point changé
vôtre coeur? à ce trait je
reconnois Leonore. Ouy,
Seigneur,réponditla Princesse,
je vous ay toûjours
aimé
, & je luis toûjours,
cette Leonore, dont vous
connoissez si bien les sentimens;
les raisons qui sembloient
persuader vostre
inconstance,n'ont pu prévaloir
valoir sur le souvenir de
vos verrus: Prince,j'ay
souffert de vôtre absence
) & de la cruauré avec laquelle
on a voulu flétrir
vôtre nom:mais je ne vous
ay jamais condamné, de
ne pouvant être à vous,
j'allois me donner la mort,
si la fortune ne nous eût
enfin réunis. Je n'entreprendrai
point de rapporter
ici le cours de leur entretien;
pour peu qu'on
connoisse l'amour, on en
imaginera plus que je n'en
pourroisdire: mais enfin
il n'est pointde réünion
plus touchante que celle
de deux amans qui ont eu
tant d'obstacles à surmonter
,qu'ils se protestent
qu'ils ne se sont jamais crus
infidelles
,
parmi tant de
raisons qui sembloient
marquer leur infidélité ;
la haute idée qu'ils avoient
l'un de l'autre avoit toûjours
éloignélajalousieinseparablede
l'amour moins
heroïque, & s'ils n'avoient
pas eu les chagrins de cette
espece,ceux de l'absence
en étoient plusviolens
pour eux.
Les sentimens que tant
de disgraces n'avoient pû
chasser de leur coeur firent
leur gloire & leur felicité;
leur confiance attendrit
enfin le Duc d'Andalousie
, que tant de
nouvelles raisons forçoient
d'estimer le Prince
de Murcie: Ces illustres
Amans furent bientost
unis pour toujours
; cet
heureux mariage fut suivy
de celuy du solitaire
avec Elvire, & comme
la fortune les avoit tous
associez dans les malheurs
qu'elle leur avoit suscitez,
ils jurerent de ne se separerjamais,
FIN.
de ïHtjloirc Espagnole. LE Prince de Murciereprit
enfinles
esprits, & pour lors le lolitaire
lui dit :Seigneur,
si j'avois pu prévoir la su.
neste impression qu'a fait
sur vous la nouvelle que
je vous ai apprise, croyez
qduoeulelouirn, d'irriter vostre
je n'aurois pen.
fé qu'à la soulager; l'experience
que j'ai faite des
revers de la fortune m'apprend
à plaindre ceux quV
ellerend malheureux. Ah
pourquoi ne sçavois-je pas
là'intérêt que vous prenez Leonore? je ne me reprocherais
pas du moins
les tourmens que vous louffre. Je ne vous les
reproche point, Seigneur,
repondit le Prince, non
plus qu'à Leonore; si elle
a épousé Dom Juan elle a
dû l'épouser, ôc si elle m'a
rendu le plus malheureux
des hommes, il faut que
je l'aye mérité:Non le
plus affreux desespoir ne
me forcera jamais à la
traitter d'infidelle mais
je n en mourraipas moins
malheureux.
Ah!Seigneur, repritle
solitaire,si Leonoren'est
point infidelle, il est des
amans plus malheureux
que vous j'ai perdu comme
vous l'esperance de
posseder jamais celle que
jaime,je ne puisdouter de
son inconstance,&j'en
reçoisJes plus forcéspreuves
au moment mêmequi
devoit assurer mon bonheur;
queldesespoirest
égal au mien ? amant dui^e
Princefk-,,,nôçre mariage
étoitconclu duconfentement
de son frère,&l'infîdelie
se
.,
fait enleverce
our-là même par rflôa
rival
,
sans ce trait de la
plus noireinfîdçlitç je seroisencore
a Grepaçlçj
&: vous ue m'auriez point
trouve dans cettesolitude
où nos communs malheurs
nous ont conduit. Le Prince comprit aisément
que cette Princesse,
que le solitaire avoir aiméen'étoit
autre qu'Eli
vire, il en avoit souvent
oui parler à Dom Pedre
son frere, & comme il
sçavoit la violence que
Dom Garcie avoit faire à
Elvire, il crut devoir réparer
le tort que le solitaire
lui faisoit par ses soupçons;
ilme semble
,
Seigneur,
lui dit-il, que vous
condamnez trop aisement
la Princesse que vous aimez
; pourquoi rapporter
àson inconstance un éloignement
dont elle gémit
peut-être autant que vous?-
si vôtre rival l'a enlevée,
le tort que vous lui faites
est irreparable, mais quoiqu'il
en soit, ce n'est point
ainsi qu'il faut juger de ce
qu'on aime. Ah ! je ne
ferois pas si malheureux
si je pouvoissoupçonner
Leonore d'inconfiance. Si
je condamne la Princesse
Elvire, reprit lesolicaire,
c'estque je ne puis douter
qu'elle ne me soit infidelle
y
après cet enlevement
je la cherchai dans
tout le Duché de Grenade
; & dans quelqueslieux
que mon rival lait conduite
,
je l'aurois sans dou-
.re découverte,si ellen'eût
été d'accord avec lui pour
rendre mes recherches
inutiles. Ah ! je l'ay trop
aimée pour ne pas me
plaindre de son changement,
& je vois bien que
nos malheurs font differens
3
quoiqu'ils partent
du même principe. C'est
ainsi que le solitaire die.
putoit au Prince la triste
floired'être le plus maleureux
de tous les horn;.
mes; si c'cft. un dédommagement
pour ceux qui
souffrent
,
ils pouvoient
tous deux y prérendre)
l'un étoit réduit à accuser
sa maîtresse, qui lui étoit
pourtant fidelle, & l'autre
a s'acculer lui-même, lui
qui n'avait jamais eu d'autre
regle de ses adtions
quesa gloire & son amour.
Cependant Elvirepassoit
sa vie dans de mortelles
inquiétudes auuibien
que Leonore,la convention
que ces deux
Princesses avoient eûë
leur étoit également funeste
,
& si Leonore avoit
lieu de soupçonner un
Prince, qu'Elvire avoit
nommé son amant, Elvire
soupçonnoit avec raison
un amant dont le nom
avoir produit un si violent,
effet sur Leonore;ellesavoient
un égal intérêt de se
retrouver. pour éclaircir
un doute si cruel,mais il
ne fut pas permis à Leonore
d'aller feule dans le
jardin,& Elviren'y voyant
plus que la curieuse tante,.
fut contrainte de choisir,
pour le lieu de sa promenade
,
la Forest de Gades;
c'est là que ces deux Princesses
le retrouverent dans
le temps qu'elles ne l'esperoient
plus. Le Duc d'Andalousie,
content de l'obeissance
de sa fille, l'avoit
enfin délivrée des
importunitez de sa vieille
secur
y
elle alloit souvent
se promener dans cette
Forest là elle pouvoit
joüir de la solitude-, & se
livrer à toute sa douleur
Le hazard la conduisit un
jour dans l'endroit où Etvire
avoit coutume d'aller
se plaindre de ses malheurs,
aussitôt elle court
vers elle avec empressement,,
& lui dit: il y a
long-temps que je vous
cherche, Madame, pour
vous apprendre une nouvelle
qui doit vous interesser
: Le Prince de Murcie
est Duc. de Grenade
par les soins de Dom Pedre
vôtre frere & son ami.
Madame,répondit Leonore,
vous sçavez la part
que j'y dois prendre, mais
je devine aussi celle que
vous y prenez, ce n'est
point moi qui dois ressentir
la joye de cette nouvelle.
Ah! qui doit donc
la ressentir ? reprit Leonore,
le Prince de Murcie
vous aime, Ôc. n'a fait
une si, grande démarche
que pour vous meriter.
Ah! Madame,répondit
Elvire, pourquoi insultez.
vousàmon malheur? Je
sçai que je ne suis point
aimée,c'est en vain que
je voudrois vous disputer
le coeur du Prince: de
Murcie.Ces deux Princelles
entraientinsensiblement
au pointd'unéclaircissement
qui leur étoitsi
necessaire,lorsqueDom
Juan &DomGarcievinrent
troubler leur entrer
tien: sitôtqu'Elvire eut
EÇÊonnu>fon persecuteur,
qgif n'étoitpasfort loin
d'elle,elle prit la fuite, &
Leonore> que la presence
de Dom Juan auroit embarrassée
dans une pareille
circonstance., prit une
autre allée dans le dessein
del'evicer; Dom Garcie
avoit cru reconnoîtreElvire
& l'avoit suivie des
yeux;l'occasion lui parut
trop bellepour la négliger
: Seigneur, dit-il à D.
Juan, vous voulez sans
doute aborder Leonore?
je vous laisse seul de peur
de troubler un entretien
si doux pour l'un & pour
l'autre, je ferai toujours à
portée de vous rejoindre;
en même temps il fuit la
routequ'il avoit vu prendre
à Elvire, & aprés
l'avoir assez long-temps
cherchée,il la découvrit
dans le lieule plus écarté
de la forest.Quelle fut la
surprise&la crainte de
cette Princessè? elle con,
noissoit le perfide Dom
Garcie.,irrité de ses refus
& de ses mépris,il étoit
capable de se porter aux
plus violentes extremitez;
Elvire dans un si grand
péril n'eut d'autrereilburce
quecelle de faire em*
tendre des cris horribles,
quipussent lui attirer du
secours, & ses cris en effet
la sauverent. Le solitaire,
quile promenoit assez près
de la, les entendit; aussitôt
il court vers le lieu où
les cris d'Elvire le con- duisent , & tout d'un , toup: il voit celle qu'il
croyoit infidelle à Grenade
, qui
-
se jettedansses
bras,en lui disant: Seigneur
,sauvez-moi des fureurs
d'un scelerat, & dans
le moment Dom Garcie
parut. Je n'entreprendrai
point
point d'exprimer les divers.
mouvemens de surprise
d'amour & de colere
donc le solitaire futsaisi ;
Dom Garcie voulut prosiser
du moment pour se
défaire de son rival avant
qu'il fût en défense, mais
lescelerat meritoitla
mort,le solitairel'étendii
à ses pieds; après le peu de resistance qu'on doit
attendre d'un lâche & d'un
traître,ensuite s'abandonnant
à d'autres transports,
il s'approcha d'Elvire:
quel bonheur luidit-il
y
Madame?la fortunevous?;
rend à mon amour, & livre
mon rival à ma vengeance
; que le perfide
nous a causé de maux r
que n'ai-je point souffert
pendant vôtre absence!
Jen'oublierai jamais,,
Prince, répondit Elvire,
le service que vôtre pitié
vient de me rendre, mais
je ferois plus heureuse si
je le devois à vôtre amour.
Ah!Ciel,s'écrialesolitaire,
comment expliquer
ces cruels reproches? jesuis
donc un amantinfidele.
Prince, je voudrois
pouvoir en douter,
rien ne troubleroit la joye
- que j'ai de vous revoir;
Ah! je serois trop heureuse.
Grand Dieu,s'ecriatil
encore une fois,il est
donc vrai que vous m'accufèz
d'inconstance> Ahj
Madame,quel démon envieux
de nôtre bonheur,
vous donne ces injustes
soupçons ;quoi je vous
revois! le plaisir que je
sens me persuade que tous
mes maux sont finis, & je
retrouve au même instant
des malheurs plus grands
encore que ceux que j'ai
fouffers
; ma chere Elvire
voyez cette trille retraite,
cetteaffreuse solitude!
font-ce la des preuves de
mon inconstance ? Oui,
Prince, cest le choix de
cette solitude qui confirme
mes tristessoupçons.
Ah! Seigneur, est-ce dans
la forestde Gades que
vôtre. confiance devoit
éclater? Le solitaire, qui
ne pouvoit rien compren- dre au discours d'Elvire,
ne sçavoit comment calnler.,
les soupçons ;nia
Princesse, lui disoit-il, daignez
medire le sujet de
vos reproches,je fuis Ulr
de me justifier, jenesuis
pas surpris que vous me
foupçonniez., le moindre
accidentpeut allarmer
une amante {enfible3 j'ai
moi-même eprouve combien
il elt aisé de craindre
le changement dece qu'
onaime
)
jevous ai crû
moi-même moins fidelle
que je ne vous retrouve,
mais si l'heureuse avanture
quinous réunit ne m'avoit
détrompé, loin de vous en
faire un mystere,je me
ferois plaint à vous, je
vous aurois découvert le
sujet de mesdouleurs, ôc
je n'aurois rien tant fouhaitté
que de vous voir
bien justifiée
; pourquoy
n'en usez-vous pas ainsi,
ma Princesse ? l'amour
peut-il prendre un autre
parti? Que me servira-t-il,
reprit El vire, de vous convaincred'inconstance
? je
ne vous en aimerai pas
moins, & vous n'en aimerez
pas moins Leonore.
Quoi!j'aime Leonore, reprit
vivement le solitaire?
Ah! je vois maintenant le
sujet de vos qsoupconsy.
vous avez crû que, charmé
de cette Princesse,je
n'habite cette solitude
-
que pour lui prouver mon
amour , mais non,ma
chere Elvire,rendez-moimon
innocence, rendezmoi
tout vôtre amour:je
n'ai jamais vû Leonore,,,
je suis dans un lieu tout
plein de sa beauté & de
les vertus & je n'ai jamais
penséqu'à vous, c'est pour
vous feule que je fuis réduit
dans l'état où vous -
me voyez. Ah! Prince., dit
Elvire,que ne vous puisje
croiremaisnon vous
me trompez;voyez vousmême
si je dois être convaincue
; je racontois a
Leonore nos communs
malheurs, elle me demanda
vôtre nom, je lui nommai
le Prince de Murcie,
&: soudain elle tombaévanouie
dans mes bras;
jouiuez. Prince, de vôtre
gloire, après ce coup rien
ne peut môterma douleur.
leur. Elvire voulut s'éloi.
gnerdu solitaice pour lui
cacher ses larmes.; arrêtez
ma Princene, s'écria-t-il
,
non je
-,
n'ai jamais vu Leonore,
ilest un autre Prince
de Murcie,vous le devez
sçavoir: Ah! pouvezvousme
soupçonner? mais
rnachere Elvire,venez me
voir tout-à-faitjustisié, j'ai
laissé dans ma cabane un
inconnu qui aime Leonore,
l'état où la nouvelle
de son mariage avec Dom
Juan la réduit, m'a découvert
son secret: il est
sans doute ce Prince de
Murcie amant de Leonore,
venezJe lui demanderai
son nom, il ne pourra
me resuser cet ecfairciuement,
qui importe tant a
vôtre bonheur& au mien.
Ils n'eurent pasgrand chemin
à faire pour arriver à
la petite cabane;le cours
de leur conversation les y
avoit insensiblement conduits,
ils y entrent, mais
quel spectacle s'offrit tout
d'un coup à leurs yeuxils
virent deux hommes étendus
dans la cabane, qui
perissoient dansleursang.
Ah Ciel! s'écria Elvire,
saisie d'horreur .& de sur-
,
prise.Qui sont ces malheureux
?Que je plains là
fort de l'un d'eux, repondit
le solitaire; c'est cet
étranger qui étoit venu
chercher ici un azile, nous
déplorions ensemblenos
communs malheurs, il alloit
fininles miens. Elvire
revenue de sa premiere
terreur s'approcha 8c reconnut
Dom Juan, Le
Prince après s'être separé
de D. Garcie avoit longtemps
erré dans la forêt,
occupe destrilles idées qui
les avoient conduits:malygré
ce que la fortune faisoitpour
luiy il nelaissoit
pas d'avoir ses chagrins;
il avoit apperçu lacabane
du soliraire, .& y étoit entré
attiré par sa simpie curiosite
:
les' soupirs de cet
inconnul'avoit redoublée
enexcitant sa compas.
sion. Mais quelle surprise!,
à peineces deux hommes
se furent envilagezdqu'un
premier mouvement de
rage & devengeance leur
étant tout loisir de s'expliquer
: Ah te voila,traître.,
s'écria l'un; perside, tu
mourras, secria l'autre :
& à l'instant ils se lancent
furieux l'un sur l'autre, &
se battent avec tant de
haine & tant d'acharnement,
que sans recevoir
aucun coupmorcel ils se
ercerent enplusieurs endroits,
ils tomberent l'un
& l'autre affoiblis par la
perte de leur sang,&par
la longueur du combar.Ce
fut dans cet état que les
trouvèrent Elvire & fou
amant, ils leur donnrent
tous les secours possibles,&
se retirèrent a l'écart dans
l'esperance de tirer quelque
éclaircisement de ce
que se diroient ces deux
rivaux. Ils reprirent peu
de temps après leurs sorces
& leurs ressentimens,.
& le Prince de Murcie
tournant vers Dom Juan
des yeux pleins d'indignation:
Quoy tu vis encore
le Ciel ne peur donc consentir
à la mort du digne
époux de Leonore, ni la
forc,ni l'amournilahaine
îije peuventrien sur de si
beauxjours?Le Ciel,répondit,
Dom Juan, veut que
j'admire encor cet illuitre
conquerant, qui vient de
joindre ,à tant de hauts titres
celuy de Duc de Grenade
: Quel regret pour
moy de mourir sans voir
regner un Prince si genereux
?Peux-tu le voir sans
rougir,persideyreprit le
Prince Non dit Dom
Juan.le rougis de t'avoir
il rpal connu. Les traîtres,
répliqua le Prince, ne rougissent
du crime qu'après
qu'ils l'ont commis. - Il est
vray, répondit D. Juan
y s'ils n'en rougissoient pas
si tard,je ferois Duc de
Grenade, & vous ne seriez
encore que le Prince de
Murcie. Poursuis,indigne
amy ,
reprit le Prince,
cherche un pretexte à ton
horrible persidie; tu n'es
donc l'époux de Leonore
que parce que je luis un
Tyran?Non', traître, repondit
Dom Juan, puiss
qu'il faut enfin éclatter, je
ne t'ai point trahi,je mefuis
yengé de l'ennemi commun
de toute l'Espagne;
d'un usurpateur qui elt en
abomination dans toute
l'Europe: Renonce àLeonore,
qui tesereste autant
quelle t'a autrefois aimé.
Grand Dieu,s'ecria-t-il,où
fùis-je?non,, Leonorenaura
pas pu le croire; tes
derniers mots te convainquentd'imposture,
tu peux
m'avoir pris pour unusurpateur,
mais non pas cette
genereule Princesse. Il est
vray, répondit D. Juan,.
tu l'avois seduite par ta
fausse vertu: maisqu'avoir
elle a repondre a D. Garcie,.
dont la fidelité rend
ta perfidie certaine ? Le
Prince vit dés ce moment
la trahison de D. Garcie
y,
& parla ainsi à sonrival:
Dom Juan,je fuis forcé de
vous rendre vôtre innocence,
Dom Garcie vous
a trahis tous deux: loin
d'usupervosEtats,je les
aysoustraits à la tyrannie,
dans le seul dessein de vous
les rendre
:,- En abordant
Tille de Gadcs je trouvay
Dom Pedre qui vous cherchoit
par tout, jem'offris
à prendre vôtre place, &
je fis pour vous ce que je
n'aurois pas fait pour moymême,
je me privay du
plaisir de revoir Leonore
pour vous remettre dans
vos Estats ; j'en ai chassé
Dom Garcie qui les usurpoit:
pour prix de mon secours
Ôc de mon amitié
vous épousez ce que j'ainle,
sans que j'en puisse
accuser que la fortune-,
vous n eres point coupable
: mais cependant Leonore
eIl: à vous & je la
perds pourjamais.
Le Prince de Murcie
parloit d'un air si couchant
que Dom Juan lui-même
commençoitàs'attendrir.
On peut juger de laJitua.
tion des deu x spectateurs;
Elvire étoit sûre du coeur
de son amant,& cetamant
voyoit dans les yeux d'El..
vire, & la justice qu'elle
rendoit à son amour, &la
joye avec laquelle elle la
lui rendoit,il ne manquoit
plus au Prince qu'une
occasion de confirmer
ces diccours qui faisoient
déja tant d'impression;
hazard la sit naître prefqu'au
même instant.Un
des domestiques de Dom
Juan,qui avoitsuivi Dom
Garcie, entra dans laca~
bane, attiré par le bruit
qu'il avoit entendu. Approchez,
lui dit D. Juan,
pourquoy m'avez
- vous
trahi? pourquoiêtes-vous
entré dans lecomplot du
traître Dom Garcie? Fernandez
( c'étoit le nom
du domestique ) interdit
d'une questionà laquelle
il ne s'attendoit pas, &
déjà surpris de la réunion
à
des deux Princes, prit le
parti de se jetter aux
pieds de son Maître, 8c
de lui découvrir tout le
mystere d'une sinoire trahison.
Ah! quel secret venez-
vous de me reveler.,
s'écria Dom Juan, saisi
d'une juste horreur,confus
desa credulité
)
deses
peré d'avoir fîiivi les mouvemens
de sa haine contre
celui à qui il devoit tout?
Ah! Seigneur,s'écria-t-il,
se tournant vers le Prince
de Murcie, que puisje
vous dire? je ne suis point
l'époux de Leonore. Vous
n'êtes point son époux,
répondit le Prince? Ah!
Dom Juan pourquoi voulez-
vousme flatter? croyez-
vous par là conserver
ma vie? Non, je meurs
mal-heureux amant de
Leonore& fidele ami de
D. Juan.C'est moi qui dois
mourir,reprit Dom Juan,
je ne fuis plus digne de
la vie; vivez, Prince,
pour posseder Leonore,
j'aiassez d'autres crunes
à me reprocher sans me
charger- encore de celui
d'être son époux; non.,
je ne le fuis point, & l'unique
consolation qui me
reste, après tous les maux
queje vous ai causez, c'est
d'être encor plus malheureuxquejene
fuis coupable.
En mêmetemps il lui
apprit comment ce mariageavoit
été retardé par
une violente maladie de
Leonore
, que ses chagrins
avoient apparemment
causée. Dom Juan
ne borna pas là les foins
.qu'il devoir au Prince
lui promit de fléchir le
Duc
Duc d'Andalousiey & fit
renaître
,
dans son coeur
l'esperance que tant. de
malheurs en avoient ôtée.
Quelchangement de situation
pour le Prince de
Murcie, à peine croyoit- iltout ce qu'il entendait
partageentre la joye de
ravoir Leonore fidelle,
& l'impatience, de la revoir
telle que l'amour la
lui conservoit
,
à peine
pouvoit-il suffire à ressentir
tout son bonheur. Elvire
& le solitaire de leur
côté jouissoient du bonheur
de se trouver fîdeles,
exempts des soins &de l'inquietude
qui troubloient
depuis si long-temps leur
amour; le spectacle dont
ils étoient témoinsaugi
mentoit encore leur tendresse.
Après qu'ilsse furent
dit tout ce qu'un bonheur
mutuel peut inspirer,
ils s'aprocherent des deux
Princes. Dés que le Prince
deMurcie eut apperçû le
solitaire, il luy dit: Vous
- me trouvez,Seigneur,dans
unesituation- bien- différente
de celle ou vous,
m'aviez laissé, vous voyez
qu'il ne faut qu'un moment
pour terminer les
plus grands malheurs, j'espere
que celuy qui doit
finir les vôtres- n'est pas
bien éloigné, &pour lors
ma joye sera parfaite. Seigneur,.
répondit le solitaire,
le Ciel nous a réunis
pour nous rendre tous heureux,
vous allez- revoir
Leonore,,, jeretrouve El
vire fidellé
; cette avanture
finittous lesmalheuts
qui sembloient attachez
aunom que nous portons
l'un & l'autre. Il lui apprit
en même temps qu'il étoit
un cadet de la maison,
dont la branche separée
depuis long-temps estoit
presque inconnuë enEspagne,
il luy raconta les
soupçons d'Elvire à l'occasson
de la conformité
de leur nom; les momens
surent employez à des détails
capables d'interesser
du moins des amans:mais
lorsqu'Elvire luy rendit
compte àsontour de Son
entrevue a\*ecLectfi0rcv&
de tout cequi l'avoirluivie
:Ah, s'écria,le Prince,,
quela fortune, est cruelle
quand ellenouspourluit:
c'érait l'unique moyen de
rendrema fidélité suspecte
à Leonore:mais non, cette
Princesse connoîtbien
mon coeur,elle n'aura
point
-
fait cette injustice à
mon- amour. Cependant
Fernandezqui avoit ete
témoin; de redaircinement
entre le Prince de
Murcie & son malfire".
plein de tout cequ'ilavoit
entenducourut le publier
dans le Palais du Duc, il
trouva Leonore quiquittoit
la forêt pour retourner
à son appartement, &
elle en sur instruite la premiere.
Son récit étoit aisez
interessant pour que Leonore
voulût le justifier,
elle ': sè fit incontinentconduire
à la cabane;dés
qu'elle parut sa présence
produisit un profond silence
,
le Prince étoit celuy
qui avoit le plus de
choses à dire, il fut aussi
celuy qui eut moins la
force de parler: mais sa
joye n'en éclattoit que
mieux dans ses regards, ôc
Leonore qui l'y. voyoit
toute entiere,ne marquoit,
pas moins vivement le.
plaisir qu'elle ressentoit..
Elvire enfin prit la parole,.
&montrant le solitaire,elle
luy apprit son nom, & lui
donna un éclaircissement
qui manquoit encore à son.
repos.
Dom Juan marquoit le
plus vif repentir,ilcedoit
tous ses droits au Prince
de Murcie: ces amans
se voyoient, délivrez d'un
dangereux persecuteur;que
ne se dirent-ils point dans
de pareils transports ? Ah
,
Madame,s'écria le Prince,
vous m'aimez encore? les
noms d'usurpateur &d'infidele
qu'on m'a tant donnez
n'ont point changé
vôtre coeur? à ce trait je
reconnois Leonore. Ouy,
Seigneur,réponditla Princesse,
je vous ay toûjours
aimé
, & je luis toûjours,
cette Leonore, dont vous
connoissez si bien les sentimens;
les raisons qui sembloient
persuader vostre
inconstance,n'ont pu prévaloir
valoir sur le souvenir de
vos verrus: Prince,j'ay
souffert de vôtre absence
) & de la cruauré avec laquelle
on a voulu flétrir
vôtre nom:mais je ne vous
ay jamais condamné, de
ne pouvant être à vous,
j'allois me donner la mort,
si la fortune ne nous eût
enfin réunis. Je n'entreprendrai
point de rapporter
ici le cours de leur entretien;
pour peu qu'on
connoisse l'amour, on en
imaginera plus que je n'en
pourroisdire: mais enfin
il n'est pointde réünion
plus touchante que celle
de deux amans qui ont eu
tant d'obstacles à surmonter
,qu'ils se protestent
qu'ils ne se sont jamais crus
infidelles
,
parmi tant de
raisons qui sembloient
marquer leur infidélité ;
la haute idée qu'ils avoient
l'un de l'autre avoit toûjours
éloignélajalousieinseparablede
l'amour moins
heroïque, & s'ils n'avoient
pas eu les chagrins de cette
espece,ceux de l'absence
en étoient plusviolens
pour eux.
Les sentimens que tant
de disgraces n'avoient pû
chasser de leur coeur firent
leur gloire & leur felicité;
leur confiance attendrit
enfin le Duc d'Andalousie
, que tant de
nouvelles raisons forçoient
d'estimer le Prince
de Murcie: Ces illustres
Amans furent bientost
unis pour toujours
; cet
heureux mariage fut suivy
de celuy du solitaire
avec Elvire, & comme
la fortune les avoit tous
associez dans les malheurs
qu'elle leur avoit suscitez,
ils jurerent de ne se separerjamais,
FIN.
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Résumé : SUITE ET FIN de l'Histoire Espagnole.
Le texte relate une série d'événements impliquant plusieurs personnages en proie à des dilemmes amoureux et politiques. Le Prince de Murcie et un solitaire, tous deux malheureux en amour, se rencontrent dans une forêt. Le Prince de Murcie apprend que Leonore, qu'il aime, a épousé Dom Juan. Le solitaire, quant à lui, est désespéré car il croit qu'Elvire, la femme qu'il aime, lui est infidèle. Ils découvrent ensuite Elvire, poursuivie par Dom Garcie, qui est sauvée par le solitaire. Elvire accuse le solitaire d'inconstance, croyant qu'il aime Leonore, mais il nie et explique qu'il n'a jamais vu Leonore. Dans une cabane, ils trouvent Dom Juan et un autre homme blessés, chacun accusant l'autre de trahison. Le Prince de Murcie et Elvire tentent de les secourir. Une confrontation éclate entre Dom Juan et le Prince de Murcie concernant la princesse Leonore. Le Prince de Murcie accuse Dom Juan de trahison et d'usurpation, mais Dom Juan révèle que Dom Garcie est le véritable traître. Dom Juan explique qu'il a agi pour protéger l'Espagne et nie toute trahison envers le Prince. Le Prince de Murcie reconnaît l'innocence de Dom Juan et la trahison de Dom Garcie. Dom Juan avoue qu'il n'est pas l'époux de Leonore et exprime son repentir, promettant d'aider le Prince de Murcie à récupérer ses États et à reconquérir Leonore. Le solitaire, ami d'Elvire, se révèle être un cadet de la maison du Prince de Murcie. Elvire et le solitaire se retrouvent fidèles l'un à l'autre. Leonore, informée des événements, se réconcilie avec le Prince de Murcie, exprimant leur amour inébranlable. Le Duc d'Andalousie, ému par les preuves de leur amour et de leur loyauté, estime le Prince de Murcie. Les amants se marient, ainsi qu'Elvire et le solitaire, jurant de ne jamais se séparer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
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Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 50-92
Erudition sur le vin.
Début :
Que le vin soit l'appas le plus doux de la vie, [...]
Mots clefs :
Vin, Chagrin, Esprit, Courage, Joie, Amour, Santé, Médecine, Compagnon, Festivités, Société, Divinité, Poésie, Guerre, Alcool, Humeur, Vieillesse, Guérison, Mélancolie, Nature
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texteReconnaissance textuelle : Erudition sur le vin.
Eruditionsur le vin.
Que le vin soit l'appas
leplusdouxdela vie,1
Qa'il^ bannisse l'ennui,
dissipe le chagrin,
2,
3 Enchante les esprits,
charme le coeur ,;
humain,
Enlevé tous les sens,rende
l'ameravie;
Qu'il fournisse au bûveur
du coeur & de
Feipric, 4
1.
1 Non ejl vivere jfed
valerevita. Martial.
2. Date vinum his qui
amarosuntanimo. Prov.
c. 31.
3 Ex bonovinoplusquam
ex alio quocumque
potu generantur e5 multiplicanturspiritus
fenues.
Avicen.
4 Ingenium acuit.Scola
Saler. '-
Qu'il épanche l'odeur du
plusfin ambre-gris, 5
6 Qu'il inspire la joye,
augmente le courage,
7.
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge, 8
Qu'il soit de tous les
5 Vinum priusquam
degustetur quintâ parte
suinectarisprocessus mamillares
jam imbuit.
Tl"uf Rem.
6 Vinum e5 musica
latificant cor hominis-
Eccl. 40.
7; Vina parant anitnos.
Ovid. Add;, cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur e5 prisci
Catonis sæpe mero caluissevirtus.
Idem.
dons que Dieu fait
aux mortels
Leplusprecieux, leplus
digne 9
Que par une faveur in-
.,
signe
Il destine pour les autels:
C'cft une verité que la
Sagessemême.
Nous a laissée empreinte
en ses divins écrits.
Un homme de bon sens ,
de bon goût&d'esprit
9 Natura nihilquicquam
eJito penu largita
est præstantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
Peut-il ia recevoir comme
un nouveau problême?
C'est nier de sens froid
un principearrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité,
Comme de la sçavante
Grece.
C'est l'aimable lien de
la societé, Il
Charmantauteurdel'allegresse
;
Il fournit les bons mots,
10 Ire contra omnes in*
sanire est.
11 Non habet amaritudinemconversatio
illius,
nec tædium cowviitus illius,
sed lætitiam (S?gaule
sel, l'urbanité;
C'est le grand sceau des
mariages,
C'efl l'ame des fefiins..
des bals, des comperages,
12
L'ennemi du divorce &
des divisions,
L'arc-boutant des reünions;
Agreable tyran, puissant
moteur de l'ame,
Qui d'un vieillard usé
, sçait ranimer la
flame. ri
dium. Sap.c.8.
12Revera voluptas
mensarum atque delitiæ
semper habitus estvini
potus , ex cujus suavitate
convivii festivitas
omnis Qf elegantiavenit
æstimanda. Gunter.
15 Vino sublato non
Voulez-vous dissiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obsedent jour
&nuit,
Et mettre fin à vos disgraces,
14
Bûvez du vin à pleines
tasses.
Infortuné client, qui
crains que ce procés
Ne te fasse dans peu tonv
ber en decadence,
D'un vin delicieux tâte
sans faire exees, is
fjl tpenUi. Eurip.
14 Dissipatcujuscuras
edales. Horat. FiniþJ.
re memento tristitiam
molli mero. Idem.
IS Hute calix tnul;
Et laisse agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
succés.
Languissante beauté
J
- donc l'humeur hif-
-, terique,
indigeûe,mélancolique16
Agice un petit corps a
chaque lunaison,
Laissez poudre ,.eau ,bolus
& sel diureyrvôusprdnrets-
d^Vin
impingendus est, utplorare
desinat. Cic. Tusc.
3.
16 Vis vinipræcipua
ad crassos humores
,
ad
obstructiones,ad morbos
frigidos
, ac diuturnos
ad , quæ quovis syrupo
vel medicato liquore præftantius.
Fernel. Meentiere
guerison;
Contre les douleurs de
colique,
D'un rhumatisme affreux
ou goutte sciatiq
ue,
Il vaut mieux que les
eauxnid'Aix ni de
Bourbon:
Car pour brifer l'acide il
est seur,il est bon.
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle;
thod.
thod. lib. 4. c. 11.
-
17 Tenuenjinumcien*
dæ urinæ magis idoneum
capitinullaminsert noC'est
un doux vehicule
, aalf) insinuant,
18.
A qui cedent Aix,Spa-
Plombiere & saint
Amand.
Pauvre convalescent ,
veux-tu que l'on rabatte
Par un moyen facile Se
doux
Les grossieres vapeurs
du foye& de la ratte,
Qui frapant le cerveau
yfont'/e-ntir coups, kurs - :
xam. Galen. lib. 1. de
euchym.
18 Qjtmm vinum sit
naturæ jucundum acfamiliare,
per omnia JeJe
insinuansvires in ßn84
gulas 'Ell abilitissimas
corporis partes diffundit
atque impertit, estque
optimum medicinæ vin.
culum. Ferel ibid.
Congedie à presentGalien,
Hippocrate,
19Avicene& Fernel > le
bon vin mieux qu'eux
tous,
Sitôt qu'il a changé sa
nature de moût,
Sçauradesopiler
,
bannir
l'humeur ingrate.
Vous qui devenus languissans
Par l'effort imprévud'une
paralysie,
20 Ne goutez qu'à demi
lesplaisirsdelavie,
19Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus uuU
gi, eò quòd vinomorbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
20 Vis vinipræcipua
ad morbosfrigidos. Fernel.
Le vin ranimera tous
les nerfs im puissans.
21 Beau sexe, rejettez
ces boissons meurtrieres
Qui changean,t vôtre
teint,retranchent le
beau cours
Du printemps fleuride
vos jours;
Brifez tasses & caffetieres,
22 Et d'un vin petillant
emplissez vos aiguieres:
Vina omnia 'Vircs roborant.
Gal.
21 Centis ociosæ nugamenta.
22 Bibat t'[}inum in jUcunditate.
Judith c. 12.
Il accroîtra le feu de vos
vivespaupieres,
23 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours.
Il purge les humeurs que
dans la solitude
24 Contractent les hommes
d'étude,
Et d'un flegme importun
sçait les débarasser:
Avecque son secours ils
sçavent retracer
Tant de traits enchassez
tj Son
23 Son jus pris par
compas redonne la con*
leur. Dubaitois.
24 Muniteadhibe vim
fàpientiæ. Hor.
Sapientium curas fu«
gat. Idem.
dans leur vaftc memoire
Et de politique & d'hiss"-'
roire.
z5 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux?
x6 Et si nous en croyons
Horace,
Lut-on jamais sur le Parnasle
25 Nam si bono 'vino
moderatè utantur,longè
seipsis CJr ad excogitandum
acutiores
, f5 ad explicandum
orandumque
uberiores
,
FlJ ad memoriam
denique firmores
evadunt. Moreau.
2.6 Carmina vino ingeniumfaciente
canunt.
Ovid.
2.7 Des xtth faits par un
buveur d'eau
Qui valussent ceux de
Boileau?
28Nos zelezOrateurs
tonnent mieux dans
les chaires,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion,
Qui boivent par compas
<
6C sans81ffettion)
29 Gardantles voeux les
27 Sanèmagnus equeis
lepidosunt vinaPoëtæ,
2S Foecundi cælices non
feceredisertum. Horat.
19 Severioris est virplus
austeres
A saine Thierry
,
saint
Bâle,Hautvillers&
Cumicres,
Sententcroître la voix,
la force & 30l'onction,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient sur leurs
terres.
Les Dames en beguin
de Reims & d'Avenay
tutis calcar 69 stimulus
vinum. Thes. Rem.
30 Vatasti nos rvino
compunctionis. Ps. 59.
31iVfl/z ille, quan.
quam Socraticis madet
sermonibus
j te negligit
horridus. Horat.
31, Sentent ceder d'abord
-
à la liq ueurdivine
Qui croît sur leurs côteaux
ou bienà Verzenay,
Foiblesse d'estomach, ftbriibniefeïc de poi- , I
33 Qui les tourmente si
souvent,
Et qui levur ientenrdittle. Enfin quiconque veut l
dans l'extreme vieil-
Je/Iè,
32 Stomachitædia diF
€Uttt. Thes. Rem.
33
Vinumin ventriculo
perfusum ciborum cofiionem
f5 distributionent
juvat.
Lacsenum.
Libre d'esprit & sain de
corps
54 Braver les horreurs de
la mort,
Et seconserver en liesse,
Qu'il ait en son cellier
un foudre de fin vin,
- t un recipé tout divin.
jj Avecque lui le pauvre
oublie ses disgraces
;
( Quatre rasades les effacent)
L'artïsan son travail, le
34Vinum remedium
adversùssenectutis duritiem.
Plato de kg,
35 Bibant obliviscantur
egestatis j'uæ. Eccles.
soldat tous ses
maux, 36
Le pelerin ses pas,le gasantsesrivaux,
L'homme convalescent
la douleur si cruelle
Que lui causa l'effortd'une
fievrerebelle, 37
Le prude sourcilleux les
rides de son front,38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'est le tombeau
de toutes les miseres,
Des chagrins, des ennuis
qu'ici nous desesperent
;
36 Vinum laborum
pharmacumest. Limpid*
in Troad.
37 Etdoloris sui non
recordenturampliùs. Eccles.
38 PrAceliens est antipharmacum
; siquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitsuave clarumque
vinum. Rhodig.
C'est l'ame des plus doux
desirs,
Et l'innocent objet des
Colides.plaisirs.39
Sur ce pied je soûtiens,
& contre la Sorbonne,
Que le vin fut toujours
une chose trés
bonne.40
Le vin, me direz-vous,
est l'auteur des querelles.
Oui, quand il s'introduit
dansde foibles
cervelles,
39 Tristissobrietas est
remo'venda. Senec.
40 Tanturn vino crtditur
attribuisse Æfèulapius
, ut aqua id cum
numinibus,lance latHe-
,rif, Rhodig.
Qu'ilrencontre un bûveur
chagrin ou rioteux,
41
Ou quelque jeune furieux,
42, Qui boitavec excès &C
se plaît à l'yvresse,
Que le moindre mot
choque &C blesse. 43
44 Quoy? parce que
Noëenyvra saraison,
Le vin passera pour poi-
Ion?
41 Fel
41 Fel draconum wnumcorum.
Deuter.
42 Vinum multum
meracum infaniæcauft.
Hippoc.
43 Natis in usum latitiæ
Sapphis pugnare
Thracum ejl.Horat.
-
44 Vinum in jucunditatem
ereaturnejl, non inebrietatem ab initio.
hdt ce principe vain la
beauté, les attraits,
Les charmes de l'esprit,
le feu de 1éloquence,
L'érudition
,
la science
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais.
Point depresent du Ciel
dont le méchant n'abufe;
La prudence en lui de"
vient ruse
Pour surprendre les innocens
; L'éloquence mondaine
avec ses doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le mensonge
;
La politique prend la vé- ritépour songe:
Avecque les atours cette
femme au filet
Prend l'homme comme
on fait un timide
oiselet,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
estime.
Lui fervent d'échelons
au crime.
Faudra-t-il pour cela
proscrire ces talens
Qui font les hommes
excellens?
Que le vin soit l'appas
leplusdouxdela vie,1
Qa'il^ bannisse l'ennui,
dissipe le chagrin,
2,
3 Enchante les esprits,
charme le coeur ,;
humain,
Enlevé tous les sens,rende
l'ameravie;
Qu'il fournisse au bûveur
du coeur & de
Feipric, 4
1.
1 Non ejl vivere jfed
valerevita. Martial.
2. Date vinum his qui
amarosuntanimo. Prov.
c. 31.
3 Ex bonovinoplusquam
ex alio quocumque
potu generantur e5 multiplicanturspiritus
fenues.
Avicen.
4 Ingenium acuit.Scola
Saler. '-
Qu'il épanche l'odeur du
plusfin ambre-gris, 5
6 Qu'il inspire la joye,
augmente le courage,
7.
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge, 8
Qu'il soit de tous les
5 Vinum priusquam
degustetur quintâ parte
suinectarisprocessus mamillares
jam imbuit.
Tl"uf Rem.
6 Vinum e5 musica
latificant cor hominis-
Eccl. 40.
7; Vina parant anitnos.
Ovid. Add;, cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur e5 prisci
Catonis sæpe mero caluissevirtus.
Idem.
dons que Dieu fait
aux mortels
Leplusprecieux, leplus
digne 9
Que par une faveur in-
.,
signe
Il destine pour les autels:
C'cft une verité que la
Sagessemême.
Nous a laissée empreinte
en ses divins écrits.
Un homme de bon sens ,
de bon goût&d'esprit
9 Natura nihilquicquam
eJito penu largita
est præstantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
Peut-il ia recevoir comme
un nouveau problême?
C'est nier de sens froid
un principearrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité,
Comme de la sçavante
Grece.
C'est l'aimable lien de
la societé, Il
Charmantauteurdel'allegresse
;
Il fournit les bons mots,
10 Ire contra omnes in*
sanire est.
11 Non habet amaritudinemconversatio
illius,
nec tædium cowviitus illius,
sed lætitiam (S?gaule
sel, l'urbanité;
C'est le grand sceau des
mariages,
C'efl l'ame des fefiins..
des bals, des comperages,
12
L'ennemi du divorce &
des divisions,
L'arc-boutant des reünions;
Agreable tyran, puissant
moteur de l'ame,
Qui d'un vieillard usé
, sçait ranimer la
flame. ri
dium. Sap.c.8.
12Revera voluptas
mensarum atque delitiæ
semper habitus estvini
potus , ex cujus suavitate
convivii festivitas
omnis Qf elegantiavenit
æstimanda. Gunter.
15 Vino sublato non
Voulez-vous dissiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obsedent jour
&nuit,
Et mettre fin à vos disgraces,
14
Bûvez du vin à pleines
tasses.
Infortuné client, qui
crains que ce procés
Ne te fasse dans peu tonv
ber en decadence,
D'un vin delicieux tâte
sans faire exees, is
fjl tpenUi. Eurip.
14 Dissipatcujuscuras
edales. Horat. FiniþJ.
re memento tristitiam
molli mero. Idem.
IS Hute calix tnul;
Et laisse agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
succés.
Languissante beauté
J
- donc l'humeur hif-
-, terique,
indigeûe,mélancolique16
Agice un petit corps a
chaque lunaison,
Laissez poudre ,.eau ,bolus
& sel diureyrvôusprdnrets-
d^Vin
impingendus est, utplorare
desinat. Cic. Tusc.
3.
16 Vis vinipræcipua
ad crassos humores
,
ad
obstructiones,ad morbos
frigidos
, ac diuturnos
ad , quæ quovis syrupo
vel medicato liquore præftantius.
Fernel. Meentiere
guerison;
Contre les douleurs de
colique,
D'un rhumatisme affreux
ou goutte sciatiq
ue,
Il vaut mieux que les
eauxnid'Aix ni de
Bourbon:
Car pour brifer l'acide il
est seur,il est bon.
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle;
thod.
thod. lib. 4. c. 11.
-
17 Tenuenjinumcien*
dæ urinæ magis idoneum
capitinullaminsert noC'est
un doux vehicule
, aalf) insinuant,
18.
A qui cedent Aix,Spa-
Plombiere & saint
Amand.
Pauvre convalescent ,
veux-tu que l'on rabatte
Par un moyen facile Se
doux
Les grossieres vapeurs
du foye& de la ratte,
Qui frapant le cerveau
yfont'/e-ntir coups, kurs - :
xam. Galen. lib. 1. de
euchym.
18 Qjtmm vinum sit
naturæ jucundum acfamiliare,
per omnia JeJe
insinuansvires in ßn84
gulas 'Ell abilitissimas
corporis partes diffundit
atque impertit, estque
optimum medicinæ vin.
culum. Ferel ibid.
Congedie à presentGalien,
Hippocrate,
19Avicene& Fernel > le
bon vin mieux qu'eux
tous,
Sitôt qu'il a changé sa
nature de moût,
Sçauradesopiler
,
bannir
l'humeur ingrate.
Vous qui devenus languissans
Par l'effort imprévud'une
paralysie,
20 Ne goutez qu'à demi
lesplaisirsdelavie,
19Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus uuU
gi, eò quòd vinomorbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
20 Vis vinipræcipua
ad morbosfrigidos. Fernel.
Le vin ranimera tous
les nerfs im puissans.
21 Beau sexe, rejettez
ces boissons meurtrieres
Qui changean,t vôtre
teint,retranchent le
beau cours
Du printemps fleuride
vos jours;
Brifez tasses & caffetieres,
22 Et d'un vin petillant
emplissez vos aiguieres:
Vina omnia 'Vircs roborant.
Gal.
21 Centis ociosæ nugamenta.
22 Bibat t'[}inum in jUcunditate.
Judith c. 12.
Il accroîtra le feu de vos
vivespaupieres,
23 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours.
Il purge les humeurs que
dans la solitude
24 Contractent les hommes
d'étude,
Et d'un flegme importun
sçait les débarasser:
Avecque son secours ils
sçavent retracer
Tant de traits enchassez
tj Son
23 Son jus pris par
compas redonne la con*
leur. Dubaitois.
24 Muniteadhibe vim
fàpientiæ. Hor.
Sapientium curas fu«
gat. Idem.
dans leur vaftc memoire
Et de politique & d'hiss"-'
roire.
z5 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux?
x6 Et si nous en croyons
Horace,
Lut-on jamais sur le Parnasle
25 Nam si bono 'vino
moderatè utantur,longè
seipsis CJr ad excogitandum
acutiores
, f5 ad explicandum
orandumque
uberiores
,
FlJ ad memoriam
denique firmores
evadunt. Moreau.
2.6 Carmina vino ingeniumfaciente
canunt.
Ovid.
2.7 Des xtth faits par un
buveur d'eau
Qui valussent ceux de
Boileau?
28Nos zelezOrateurs
tonnent mieux dans
les chaires,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion,
Qui boivent par compas
<
6C sans81ffettion)
29 Gardantles voeux les
27 Sanèmagnus equeis
lepidosunt vinaPoëtæ,
2S Foecundi cælices non
feceredisertum. Horat.
19 Severioris est virplus
austeres
A saine Thierry
,
saint
Bâle,Hautvillers&
Cumicres,
Sententcroître la voix,
la force & 30l'onction,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient sur leurs
terres.
Les Dames en beguin
de Reims & d'Avenay
tutis calcar 69 stimulus
vinum. Thes. Rem.
30 Vatasti nos rvino
compunctionis. Ps. 59.
31iVfl/z ille, quan.
quam Socraticis madet
sermonibus
j te negligit
horridus. Horat.
31, Sentent ceder d'abord
-
à la liq ueurdivine
Qui croît sur leurs côteaux
ou bienà Verzenay,
Foiblesse d'estomach, ftbriibniefeïc de poi- , I
33 Qui les tourmente si
souvent,
Et qui levur ientenrdittle. Enfin quiconque veut l
dans l'extreme vieil-
Je/Iè,
32 Stomachitædia diF
€Uttt. Thes. Rem.
33
Vinumin ventriculo
perfusum ciborum cofiionem
f5 distributionent
juvat.
Lacsenum.
Libre d'esprit & sain de
corps
54 Braver les horreurs de
la mort,
Et seconserver en liesse,
Qu'il ait en son cellier
un foudre de fin vin,
- t un recipé tout divin.
jj Avecque lui le pauvre
oublie ses disgraces
;
( Quatre rasades les effacent)
L'artïsan son travail, le
34Vinum remedium
adversùssenectutis duritiem.
Plato de kg,
35 Bibant obliviscantur
egestatis j'uæ. Eccles.
soldat tous ses
maux, 36
Le pelerin ses pas,le gasantsesrivaux,
L'homme convalescent
la douleur si cruelle
Que lui causa l'effortd'une
fievrerebelle, 37
Le prude sourcilleux les
rides de son front,38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'est le tombeau
de toutes les miseres,
Des chagrins, des ennuis
qu'ici nous desesperent
;
36 Vinum laborum
pharmacumest. Limpid*
in Troad.
37 Etdoloris sui non
recordenturampliùs. Eccles.
38 PrAceliens est antipharmacum
; siquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitsuave clarumque
vinum. Rhodig.
C'est l'ame des plus doux
desirs,
Et l'innocent objet des
Colides.plaisirs.39
Sur ce pied je soûtiens,
& contre la Sorbonne,
Que le vin fut toujours
une chose trés
bonne.40
Le vin, me direz-vous,
est l'auteur des querelles.
Oui, quand il s'introduit
dansde foibles
cervelles,
39 Tristissobrietas est
remo'venda. Senec.
40 Tanturn vino crtditur
attribuisse Æfèulapius
, ut aqua id cum
numinibus,lance latHe-
,rif, Rhodig.
Qu'ilrencontre un bûveur
chagrin ou rioteux,
41
Ou quelque jeune furieux,
42, Qui boitavec excès &C
se plaît à l'yvresse,
Que le moindre mot
choque &C blesse. 43
44 Quoy? parce que
Noëenyvra saraison,
Le vin passera pour poi-
Ion?
41 Fel
41 Fel draconum wnumcorum.
Deuter.
42 Vinum multum
meracum infaniæcauft.
Hippoc.
43 Natis in usum latitiæ
Sapphis pugnare
Thracum ejl.Horat.
-
44 Vinum in jucunditatem
ereaturnejl, non inebrietatem ab initio.
hdt ce principe vain la
beauté, les attraits,
Les charmes de l'esprit,
le feu de 1éloquence,
L'érudition
,
la science
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais.
Point depresent du Ciel
dont le méchant n'abufe;
La prudence en lui de"
vient ruse
Pour surprendre les innocens
; L'éloquence mondaine
avec ses doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le mensonge
;
La politique prend la vé- ritépour songe:
Avecque les atours cette
femme au filet
Prend l'homme comme
on fait un timide
oiselet,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
estime.
Lui fervent d'échelons
au crime.
Faudra-t-il pour cela
proscrire ces talens
Qui font les hommes
excellens?
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Résumé : Erudition sur le vin.
Le texte 'Eruditionsur le vin' met en avant les nombreux bienfaits du vin. Il est décrit comme un remède contre l'ennui et le chagrin, capable d'enchanter les esprits et de charmer le cœur humain. Le vin est présenté comme un moyen de fournir du courage et de la joie, et de dissiper les rigoureux ennuis. Il est également loué pour ses vertus médicinales, aidant à traiter diverses maladies telles que les douleurs de colique, les rhumatismes, et les affections du foie. Le vin est considéré comme un lien social, charmant auteur d'allégresse, et grand sceau des mariages. Il est également vu comme un ennemi du divorce et des divisions, et un moteur puissant de l'âme. Le vin est recommandé pour les convalescents, les personnes mélancoliques, et ceux souffrant de paralysie. Il est également vanté pour ses effets bénéfiques sur les arts libéraux et l'éloquence. Cependant, le texte avertit contre les dangers de l'abus du vin, notamment chez les personnes à l'esprit faible ou les jeunes furieux. Malgré ces mises en garde, le vin est globalement présenté comme une chose très bonne, capable de dissiper les misères et les chagrins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 49-75
RÉJOUISSANCES faites à Djon. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Début :
Nous apprimes l'heureuse nouvelle le 7. de Septembre ; elle n'eut pas été plutôt [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Dijon, Ville, Instruments, Église, Vin, Tambours, Hautbois, Joie, Nuit, Musiciens, Fête, Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites à Djon. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
ME'JOVl S S ANCES faites k Òijon.
Extrait d'une Lettre écrite de cettfi
rnu*
NOus apprîmes l'heureuse nouvelle le 77
de Septembre» elle n'eut pas été plu
tôt annoncée par une triple décharge de l' Ar
tillerie de la Ville & du Château , qu'on"
entendit de toutes parts le son des Cloches
& les acclammations des Hábitans. Il n'est'
pas possible de vous décrire les transports"
que produisit ce grand événement. On fortoit
des maisons en foule ; on couroit dé
porte en porte pour apprendre à son pa
rent , à son ami une nouvelle qu'il sçavoie
déja , & qu'il avoicla même passion de dé
biter.
Le Comte de Tavanes qui commande dans"
la Province , ne pouvoit manquer une fi'
belle occasion de- faire éclater son zele , &
l'ardeur héréditaire qu'il a pour le service
de Sa Majesté. Son spacieux Hôtel parut tout
en feu dès l'entrée de la nuit ; la porte &
h façade ornées deRstons, de Dauphins, dé
Fleurs de Lys , les bougies & les Lampions
étoient répandus par fout , & principale
ment fur la belle Terrasse fur la rrtë. Grand
feu au milieu de.Ja Place , grand festin dans
l'interieur de la maison, fonraines de via
su dedans Se au dehors de la Cour , Bal
Ì>our les personnes qualifiées , danses parmt
e Peuple &c.
Eeno#)t les «ois semaines, 4e nos princf-
. .. ' gales
ço MERCURE OE FRANCE,
pales Réjouissances , ce Seigneur a fçu va
rier tous les repas qu'il a donnés ; & lotî
tes les illuminations ; on étoit sûr de trou-
Ver toujours chez lui quelque chose de bril
lant & de nouveau nous appellerions cela.,
des Fêtes dans toutes les formes y. ce n'étoic
pourtant que lc prélude de celle qu'il taéditoit.
Le Parlement étant séparé à cause des va
cations , il ne pût se rassembler que le Sa*'
riiedi. cette illustre Compagnie parut aussi
complète que dans le tems des pleines fean—-
ces. M. de Berbiscy » Premier Président étoit
à la tê'-e ; les Huissiers le précedoient com
me à l'ordinaire , les Avocats & les Procu*
reurs en grand nombre faifoient cortège *
la Maréchaussée bordoit les rangs ; le 2>
T3eum fut chanté dans laSale du Palais.L'Abbá
Bouhîer , Doyen de la Sainte Chapelle, déíigné
pour être notre premier Evêque , offi
cia y la symphonie fut merveilleuse , la Mu
sique excellente, & M. Michel , Maître de la
même Sinte Chapelle , se surpassa.
Les Musiciens qu'il avoit. employez conti
nuèrent ce jour là à se donner mutuellement
des Concerts comme ils avoient fait les jour*
précedens ; ils- illuminèrent les lieux où il»
se régaloient ; & si l'on doit en juger par lesÉfréquentes
décha ges d'une douzaine de pe
tites piéces de Canons dont ils s'étoient pour
vus , & aiisque's on mecroit le feu toutes
les fois q 'ils celébroient lu santé du Rqi
ou de quelque Prince de la Maison Royale»-
en ne peut douter qu'ils ne s'y jíKeressaliene;
infiniment. x~ j
Le Dimanche suivant , les erdres, de las
Geur aiiivs.íûîj & cc foc alors que. la joye
, monta
JANVIE Ft. \7j<s: <v
irsonta ï son comble ; pendant trois jottrs con-:
sécutifs les Cloches sonnèrent , le Canon tli
ra j il y eut des feux devant toutes les por*
tes i des lumières fur toutes les Fenêtres ,
lès Clochers mêmes furent éclaires. Le Lun
di on rit tous les Ouvriers occupés, à sus
pendre des Guirlandes , ì attachtr des A . moi
nes > à élever des Loges de verdure de cent"
figures différentes . tout le Peuple enfin se
livrer à la joye. Nos Comédiens joiierent
pour lui gratis.
mu vM.j —— 1« , w ..y «.f'Srfi^noiv ....
les Boëtes , ni les Fusées , rri les Han-beaux,
ni tous ces autres agrémens que le coeur'
& le bon goût peuvent inspirer ; le détait
de tout cela feroit immense , & j'ai d'ailléurs
à ouvrir une scène plus grande & plus
pompeuse.
C'est M. le Premier Président du Parlement '
qui donna la première Fêre solemnelle le
Lundi m Septembre. El'e commença par une
illumination générale de tcut son quartier »
&■ particulièrement de son Hôtel , non seu
lement la fact.' , mais les Cours, Us Appartemens
& les Jardins ; il y eut un Concert
exécuté par des Musiciens du premier ordre,
un repas splendirie oû les personnes de la
première considération se trouvèrent. II fit
distribuer , ou plutôt prodiguer au Peuple
le pain , le vin & la viande . & il disposa
en differens endroits des Inlîrumens , au son
desquels on dansa jusqu'au jour. En un mor,
on peut dire qu'il n'omit rien de ce que
son inclination pouvoir, demander & s„ Dignité
permetue.
ft MERCURE^ DE FRANCE.
Le lendemain > on chanta , sur les cinq
Beures du soir, à la Sainte Chapelle , un "tt
Deum qui fut annoncé par le Ion des Clo
ches & par le bruit du Canon ; le Parlement
& la Chambre des Comptes y assistèrent en
Robes de cérémonie, avec toutes les Com
pagnies qui ont droit de s'y trouver ; M.
de Tavanes s'y rendit aussi. La plupart des
Communautés Ecclésiastiques , en consé
quence du Mandement de M. l'Evêque de
íangres , firent la même cérémonie ce jourlá.
Les Chevaliers de l'Arbalête firent chanter
le lendemain aux Carmes un Te Deum en
Musique, au bruit des. Boètes •• & quoique là
Ville eut renouvelle le soir ses Illuminations
& ses Feux , ils remportèrent íur tous les
autres , en- éclairant leurs Maisons , jus
qu'aux Jardins , de Bougies , de Lampions-,
&c. & ils donnèrent un grand Repas.
les dehors de leur magnifique Collège fu
ient ornés & éclairés avec gout > mais Ië
plus bel aspect fut celui du seu qu'ils allu
mèrent au milieu de leur grande Cour en
tourée de Bâtimens à tross étages , dont les
Fenêtres étoient également chargées de lu.
mieres. Ge qu'ils eurent de plus singulier %
fut une Armée de nouvelle levée , ce fiic
une Milice brillante, qui fit plusieurs évolutions
dans cette Cour , s'y rangea en bataille > &
y fit des décharges. Oh eut le plaisir de
voir pendant trois jours /Cette belle jeunefle
parcourir les lieux les plus apparens de la
Ville , portant 3e maniant les_armes avec au-
Leí Jésuites se distinguèrent
jÁNVfER- 171^.
te 14. les Bouchers qui ont toujours pr-i»
parc aux Réjouissances publiques > mêlèrent
les Musettes aux Tambours . les uns passè
rent la journée- fous les armes ; les autres
ayant choisi deux jeunes filles , les habillè
rent en Bergères , & au son des Instrumens,
les conduisirent en grand cortège chez la
Comte de Tavanes , à qui elles eurent l'honneur.
de présenter un Agneau , orné de ru^
bans & de guirlandes , qui. fut très- gracieu
sement & très- noblement reçu. Us s'apliquerent
ensuite à embellis les Loges qu'ils svoient
déja construites , à tapifler leurs Boutiques
à décorer d'arbustes , de Festons , de Gui
dons & d'armoiries les Ponts qu'ils avoient
jettes fur leur ruë , & qu'ils illuminoient tous
ícs soirs
Cependant dés Veaux & des Moutons en
tiers se rotissoient au milieu des Places aux
dépens des mêmes Bouchers ; les Hautbois
& les Tambours retentissoient de toutes parts»
les Tables étoient dressées , & parurent trèsbien
servies. M. de Tavanes voulut être té
moin de leurs plaisirs ; Madame de Tavanes
y mit le comble , en les animant elle-mê*
me , & c'est principalement à fa présence &
à îexcellent vin qu'elle envoyoit avec pro
fusion , que ceux qui se donnoient en spec
tacle durent la vivacité de leurs Réjoúi£
sances.
M. Baudor, notre Vicomte- Mayeur , qui
fa vigilance portoit de cous côtés , crut que
la Police même étoit intéressée à entretenir
cette ardeur » son bon vin de Champagne &
de Bourgogne le suivoit par tout , & c'est"
de cette source féconde que coulèrent tane'
d'heureux impromptus à fa louange &c
MERCURE t)Ê FRANCE.
Ce même jour 14. Septembre fut marqliér
par Tune des plus belles Fêtes: que nous
ayons vûës ; je veux parler de celre- d& M. le*
Comte deTavanes; comme il delìroit que touc
répondit à la grandeur de ses idées, íbri Hôtels
tout vaste qu'il est , lui parut trop resserré,-
& il se détermina pour le jeu de l'Arquebuse.
C'est un Bâtiment de 30. toises d'éten
due , íìtué à la Porte de la Ville , Sí
Composé de deux grandes Galeries l'une fut
l'autre , terminées par deux Pavillons quartés.
On y anive par une avenue de ioo.'
pas de longueur , bordée de chaque côté par
deux raogs d'arbres 1 avec un fossé , fur le*
bords duquel règnent des charmiiles à hau
teur d'apui;on entre par une grande porte de fer
placée au milieu de la galerie d'en bai, q^ur
du côté du Jardin est ouverte en peristile.
Ce Jardin est un quarré long , clos de mu«
railles couvertes par tout d'une palissade cîe
Charmes de s ro. pieds d'élévation 5 bV
est coupé en deux portions égales par un
canal , & acompagné de deux grandes allées*
d'Arbres en Berceau , dont le rang exté
rieur a son apui de Charmilles ausli-bien'
que l'avenaë. Les retours qui font au bout
des Allées forment quatre beaux quarrés
pareillerríent enfermés- d'Arbres & de Char
milles ; derrière le canal de cent toises de
longueur , est une esplanade qui fait face â
une niche adossée au mur de' clôture , per
cée par les côtés , & couverte d'une demiè
coupole , fous laquelle est le Buste de M. le
Duc. La distance entre les Allées & lesr
murs de côté est d'environ quarante pas ,
& c'est dans ces vuides qu'on a coutume
de placer les buts pour l'exeicice de l'Ar
quebuse». Devant
JAtfVfER. 1729. ff
Devant la Porte de fer, dans ('endroit ouV"
l'avenuë forme une demi- lune, on avoir
élevé fur des Pillièrs de 1 f. pieds de hau
teur un Edifice de charpente , dont l'Enta-*
blement étoit orné des Ecussons des Armes*
du Roi , de la Reine , de Monseigneur les
Dauphin & du Duc de Bourbon ;-ces Arnioiries
étoient ornées de fleurs , dont 1er
Guirlandes defeendoient jusqu'à terre , St
tournoient autour des Pillieis de l'Edifice.
Sur la Plate forme étoit un petit Acrotêre'
ou Piédestal & cinq Piramides soutenues par
des Dauphins , décorées de Devises & de
Cartouches ; la plus haute de ces Piramides'
portoit un Soleil rempli d'artifice ; les qua
tre autres Piramides étoient surmontées d'au-'
tant de Grenades.
Quatre rangs de Terrines on de lampions
f;arnissoient toute la longueur de l' A venue j
e premier rang étoit posé sur le terrain ,
Te fécond à hauteur d'ápuî"; dans le Jardins'
il y en avoit trois étages 5 !es premiers étoient
rangés le long du canal , les seconds fur les
Charmilles d'apui , & les troisièmes fur les
palissades. Tout fut allumé avec une promtitude
inconcevable ; la Niche parut toute
hérissée de.Bougies ; ses deux côtés- en étoient
pareillement garnis pour termii.er les Allées,
ainsi que toutes les Fenêtres de- la Gallerie
& des Pavillons & le Cordon du Bâtiment
des quatre faces 5 c'étoit un coup d'ceif
charmant , & aussi surprenant de loin qu'il'
paroissoit galant & magnifique de près; la
réflexion de Peau faifoit fur tout un effet
admirable, en multipliant les objets.
Cependant l'illustre Compagnie s'étant as
semblée dans la Gallerie haute ,; on lui donrià*
une
■f4 MERCURE DE FRANCÊ.
une Cantate à grand Choeur , dont les sca
roles avoient été composées par le P. Adam,"
de la Compagnie de Jésus , & la Musique
par le S. Leplivet. Ce Divertissement duraune
heure , & fut reçû avec beaucoup de
satisfaction.
A peine étoit-il fini qu'or» donna le signât
pour tirer le Feu d'artifice par une salve de
vingt pieces de Canon rangées au bas des»
Pilliers de l'Edifice ; aussi tôt Madame l'Intendante
, au bruit des timbales & des trom-:
pettes , mit le feu à la mèche , & fit partirun
Dauphin enflams , qui courant avecrapidité
à l'une des faces , communiqua sesflammes
à trois autres Dauphins qui s'éle
vèrent en même-tem:s des trois autres faces,-
& y revinrent avec la même impétuosité p
tout s'enflamma- à leur retour ; ce ne fut plus
que tonnerre & que feu ; les Serpentau*
Voioient fur la terre , les Fusées s'élevoienc
dans l'air &c. Le Ciel devint en mêmetems
fort obscur, & son obscurité contri
bua encore à rendre le feu- plus éclatant St
^Illumination plus brillante.- On ne vit ja«*
mais rien en ce genre de mieux exécuté, &£■
de plus iultement. applaudi.
On servit ensuite le souper. Il y avoît
quatre Tables , une de 40. Couverts dans
l'un des Pavillons , trois de 30. Couverts cha
cune dans la Gallerie d'en haut , toutes
quatre servies avec un ordre, une abondan
ce . une délicatesse , une propreté qui paíîê
toute expression } cent sortes de ragoûts
nouveaux & recherchés , viandes exquises ,
Vins de tous les Climats , liqueurs de tou
tes les sortes ; on epargnok aux Convives la
peine de demander ï on prívcnoit , on devinoie
JANVIER. 1730.
ío'it les souhaits. Ce qu'on admira fur tout
ce fut le Fruit, & principalement celui qui
étoit destiné pour les Dames ; il n'est pas
possible d'imaginer comment on avoit pè
ramatìér tant de fruits délicieux , tant de
confitures exquises ; l'-ceil , l' odorat , le
gouc , tout y étoit satisfait. 80. pieces de
porcelaines & de cristaux qui contenoient ce
Dessert j rangées avec une simétrie & un art
infini , faisojent dire à tout le monde que
c'étoit dommage d'y toucher. Un de nos
Poètes qui a assisté à toute cette Fête l'a
dépeinte par les Vers que voici :
Vulcain, sans doute, avoit cùniuit les feux;
Apollon avoit fait les Vers & la Musique i
JBacchus se trouva bienheureux
Pe faire les honneurs d'un Busftt magnifique;
Diane & Pan qni fournirent les mets ,
jivoient épuisé les Forés Si
Cornus mime d' intelligence,
~ùt ee Banquet superbe avoit fris Vintindanee
,
Pour donner tant de fleurs , pour donner tant
de fruits ,
fleurs de toutes faisons , fruits d'Eté , fruits
d?Automne ,
flore avec son Zephir , Vertumne avec Ptu
tnone
Avoient pasié plut d'une nuit.
Le Peuple eut part à la somptuosité d«
M. de Tavanes ; on lui fit de grandes distri
butions depwn &dc viande» ; pour le vmi
3 8 MERCURE DE FRANCE,
il n'y avoit qu'à prendre, on en avoit 3iC~
posé six fontaines en six endroits differens./
deux A côté des Pilaltres qui font le com-
.mencement de l' Avenue , les quatre autre*
au commencement Si au bout des Allées da
Jardin ; outre cette profusion , on en donnait
„«ncore à tous ceux qui en demandoient %
de forte qu'il n'étoit pas plus rare que l'eatt
,jqui remplit le canal.
Dès qu'on eut fait guelqu&s tours de proçtnenade
pour voir ^Illumination de plus près»
& ce nombre infini de gens de tous étages,
.:qui dansoient en vingt endroits difíerens j,
au son des tambours & des -hautbois ; on
enleva les Tables , & le Comte de Tavanes
-remontant à la GaUerie , ouvrit un Bal , où
les RafraîchiíTemens furent prodigués ; ce
,Bal dura lì long-tems que le Soleil en vint
éclairer une partie. • *
Le Jeudi t 5 Septembre , les Chevaliers
du Jeu de l' Arquebuse , precedés de leurs
.trompettes & de leurs timballes > allèrent
prendre M. le Comte de Saulx , qu'ils ont
l'honneur d'avoir pour Capitaine , & i'ao
xompagnerent aux Jacobins , où en pré
sence de M. le Comte de Tavanes son pere^
& de M. Baudot , Vicomte - Mayeur , Se
•Chef des Armes , il fit chanter avec matnificence
un Te Deum par un grand nombre
e Musiciens ; il se trouva aussi quelques
-jours après au grand repas qui fut donné
dans u;i Salon de verdure , élevé exprès à
«ôté du .canal dont -on a parlé:; tous les
Bâtimens & le Jardin même furent illumi
nés.
Le i4. les Trésoriers de France celebre-
SH|t Jeux Fête ; ïk n'eoeploycreBi pas cette
: • grande
f AN VIE R. 1730. 59
grande foule de Musiciens qui se trouvè
rent aux autres solemnirez ; leur Chapelle
•n'auroit pas pû les con tenir ; mais ils a voient
,d£S voix & des Instrumens d'élite , & s'il*
■n'eurenf pas la gloire de la magnificence»
jls eurent celle du goût & de ia délica
tesse. _ Ô
, í-e Dimanche pg. fut marqué par une Pro
cession generale du Clergé Séculier & Ré
gulier de la Ville , à laquelle lev Doyen de
Ja Sainte Chapelle présida ; le Parlement r
assista en Robes rouges , & M. de Tavanejs
marcha conjointement cn habit de ceremo-
,»ie.
Les Chevaliers de l'Arc firent les hon»
jieurs du lendemain ; le Te D eu m à grand
choeur qu'ils chantèrent aux Cordeliers , lc
repas qui succéda , & la parure des lieuy
où ils tiennent leur Assemblée ont fait hon
neur à la Ville.
M M. de la Chamòre des Comptes qui
■n'avoiént Ras moins cfe zele & d'empresse
ment .que les autres Corps, choisirent le u.
du mime mois , & la Sainte Chapelle pour
ie lieu de leur Cérémonie; la face de l'Eglisc
fut dscorée & éclairée , la Nef & les
deux Tribunes furent tapissées comme aux
jours les plus folemnels 5 on éleva dans ce
Choeur jusqu'aux premières Galleries trois
rangs de festons de verdures &c.
L'Autel étoit paré des ornemens les plus
précieux j l'Mumination repondoit à la pa
rure j car outre le grand nombre de cierges
dont le Maître- Autel étoit chargé , outre
la multitude de Lustres qui étoient diíhi»
Jbuez dans toute l'étenduè de l'Eglise , les
deux Galleries da Choeur, le* deu*. Tribu
nes
v
MERCURE DE FRANCF.
mes & la Balustrade qui règne le long des
tìtales étoient bordées de Bougies. Les pre
mières Galleries de la Nef étoient garnies
d'une infinité de Pots à feu , où pour évi
ter l'incommodité de la fumée > il n'étoie.
Srefque entré que de Ja cire. C'-e'toit un brilint
inconcevable . & toutes ces lumières que
ia tapisserie & renfoncement des Galleries
faisoienc sortir , parurent d'un gout nou
veau , qui satisfit; également & ceux qui se
piquent, de se connoître en ces choses , 8c
ceux qui ne s'y connoissent pas.
•M M. de la Chambre des Comptes vinrent
à l'Eglise» precedez de leurs Huissiers , &
suivis d'un grand nombre deComptables qu'ils
avoient appeíiés à la Cérémonie. Le Comte
de Tavanes qui s'étoit rendu dans leur Salle
d'Assemblée . marchoit entre le Premier 8e
l'ancien Président . precedé de la Maréchausfée
& de ses Gardes. On entra au bruic
des timbales & des trompettes , & M. Mi
chel donna un troisième TeDeum, qui quoi
que d'un gouc diffèrent» ne parut pas.moins
beau que les deux autres > la Musique
fut exécutée avec la derniere précision j
on ne s'étoit pas contenté des Musiciens
de la Ville , quoiqu'ils soient très - nom.
breux > on en avoir fait venir d'Etrangers,
M. le Doyen de la Sainte Chapelle fitl'Office
, & on finit par la Prière pour le Roi &
pour le Dauphin.
Le ii, notre Vicomte- Mayeur , qui avoir,
envoyé de grandes aumônes aux Hôpitaux,
aux Prisonniers , aux Pauvres honteux , &
même aux Religieux Mendians j se rendicavec
toute la Magistrature & les Officiers
des Paioifics chez M. le Comte de Tavanes >
: •• pour
JANVIER. i7?o. 6i
Çavtt raccompagner au Te Deum de la Villes
oici Tordre de la marche.
Les deux Sergens de Bande , revêtus de
leurs casaques d'écarlate , galonées d'argent,
la hallebarde à la main. Les Sergens des
sept Paroisses, tous en uniforme i luivoienc
deux à deux , pareillement avec des halle
bardes qu'ils porcoient fur Tépaule. Les Offi
ciers de la Milice Bourgeoise » distingues
suivant leurs Paroisses , ayant chacun leurs
Tambours leur Fifre , leurs Hautbois 8c
leur Drapeau. Les Capitaines , Lieutenans ,
Majors & Dizeniers marchoient lts premiers,
avec TEiponton ; les Apointtz étoitnt derjiere
avec la Pertuiíàne. Nous appelions
Apointez certains 'Officiers subalternes qui
fervent fous les Dizeniers. Ils faiíoient un
Corps d'environ roo. hommes , tous trèslestes
& ttès proprement habillez. Les Trem
pettes de la Ville , puis les Gardes de M. de
Tavanes d'un côté , & les Sergens de Mairie
de l'autre. M. de Tavanes vêtu d'un habit de
drap «i'or , avec un manteau noir , doublé pajeillement
de drap d'or , étoit acompagné de
M- le Maire, qui étoit revêtu de fa Robe de
.velours violet ,, doublée de velours cramoisi,
bordée d'une fourure blanche ; les Echevins
avoient aussi leurs Robes de cérémonie, de
moire violette. Le Procureur Syndic étoit à
la fuite avec la même parure , en tête de
les Substituts , &de tout ce qui compose le
Corps dé Ville. La marche étoit fermée par
un Détachement des Sergens des Paroisles ,
pour empêcher la foule.
La grande Porte des Jacobins étoît -ornée
de tapis , de festons &c. & éclairée de bou
ffies ; leur vaste £oui l'itoit des deux cô-
D «B
<Í2 MERCURE DE FRANCE,
tez par des Terrines & des Pots à feu »
Portail étoit aussi illumine ,& on avoit éle
vé fur la principale Porte le tableau d'un
Peintre fameux .représentant le Dauphin de
Viennois, qui cède fa Principauté au Ros
PhiKpcs VI. Tout étoit éclairé en Lustres
& en Girandoles dans i'Eglise. Le Grand-
Autel i de même que ceux des Chapelles ,
étoit fi chargé de cierges , qu'on n'auroit ja
mais p& en augmenter le nombre ; les hauts
fieges du Choeur étoient pareillement cou
ronnez de cierges > mêlez de Grenadiers 8f
"d'Orangers On enrra dans I'Eglise au (on
des Cloches & des Trompettes , & au bruit
d'une décharge genevale de 1" Artillerie de la
Ville & du Château. M., le Comte de Ta>.
vanes prit fa place fur un Prie-Djeu qu'on
lui avoit préparé a ia droite du Chceur.
M. le Vicomte- Mayeur étoit ì droite daps
les hauts fieges , ayant devant lui un tapis
de velours cramoisi ayee deux carreaux ;
tout ce qui compofoit l'Hòtel de Ville ft
"plaça à droite & à gauche dans les mêmes
fieges qu'occupent ordinairement les Reli»
gieux.
Les Pères Jacobins , les uns revêtus de
Chapes , les autres en Tuniques , entonne»
rent le Te Dtum , qui fut chanté par les
mêmes Musiciens qui avoient exécuté celui
de la Chambre des Comptes , & qu'on avoit
placez fur un Amphithéâtre dressé au mi
lieu de I'Eglise , & tout illuminé. La fin d*
la Cérémonie fut marquée comme le com
mencement par le bruit des Instrumens , le foa
des Cloches & par une salve de l' Artillerie.
De I'Eglise des Jacobins on marcha à la
fliçc Royale ; cite a la figure d'un Arc „
donc
JANVIER. 17 î o. *ï
Sont la Maison du Roi fait la corde > le de
mi cercle est composé de 41. Portiques d'une
tr.es b;-lie exécution , & surmontez d'une Ba
lustrade de pierre fort bien travaillée , la
quelle règne auili sur les murs de la Terîasle
du «Louvre. On .avoir, élevé í'Edifice
destiné pour le Feu entre les deux rnës qui
aboutissent à la Place Royale. •
Cet Edifice «toit un Arc de triomphe â
quatre Portiqaes de .a. y. piés de hauteur st*r
10 de laigtur ,, dont les quaire angles exté
rieurs étoient coupez pour -recevoir des Pi
lastres d'Ordre Ionique & autant de col orn
ées isolées à .Baies & Chapiteaux dorez ,
posées iur des Piédestaux élevez fur de*
.Zocles. L' entablement répondoit à Tordre ,
Sc le milieu des Architraves étoit eouvetï
de Cartouches aux Armes de Sa Majesté.
Sur cec Entablement regnoit une Balustrade
avec quatre auctes Piédestaux à l'aplomb
des colomnes qui portoient des urnes feintes
de porphire. Sur la première Plateforme étoit
élevé un .Zocle de sept pieds & demi de
hauteur , & de douze de diamètre , qui formoit
la seconde Plateforme , de laquelle
sortoit un Baldaquin circulaire , & d'Ordre
Corinthien, à huit colomnes grouppées , dont
les Bases & les Chapiteaux étoient pareil
lement dorez , & qui portoient huit Dau
phins surmontez d'un Soleil. Sous le Dôme
étoient placées plusieurs Statues ; celle de la
Félicité qui fe faisoit un plaisir de donner un
Dauphin à la France , celle de Ja France
-qui le recevort avec respect , celle de la
Ville de Dijon qui y applaudissent avec ad
miration. Au dessus de ces Figures voioit le
Génie de la France» qui femoit des lau-
D ij riers
*4 MERCURE DE FRANCE;
ciers fur le nouveau Prince. Toutes les par»
ties de cet Edifice étoient peintes en marr
bre & ornées de Devises & d'Inscriptions,
En arrivant: à la Place s toutes les Trou
pes formèrent un grand cercle autour du '
Théâtre > laissant entre ' elles & ce même
Théâtre un assez grand espace pour que le
Comte de Tavanes & tous ceux qui com
posent la Magistrature, fisient les trois tours
ordinaires avant que de mettre le feu aux
mèches. Plus de cinquante instrumens de
toutes les façons , place* fur la Terrafle qui
ferme le logis du Roi, se mêlèrent au bruit
des tambours , des hautbois & des Fifres •
qui étoient i la tête des Troupes.
Après les trois tours , M. le Comte de
Tavanes & M. le Vicomte- Mayeur , mirent
le feu aux deux mèches qu'on avoit prepar
rées ; le feu se communiqua par tout dans
l'instant , les Fusées, les Lances à feu , les
Saucissons , les Soleils , les Dragons > les
Grenades éclatèrent de toutes parts , & don
nèrent lieu à cet autre Enthousiasme Pojétjque.
■
La veille pendant mon repos
0n m avoit transporté dam Piste de Lemnosi
Là , du milieu des fournaises ardentes
Coulaient des torrens de métaux ,
Et les enclumes gémissantes
Tlioient fous tesson des marteaux.
Ze Cycbpe attentif k l'ordre de son Maître ,
Mêle avec le charbon le souphre & le salpêtre.
Joint au feu , joint au vent h huit & le
fracas ,
Et
Janvier. 1730. g)
$f itút te qui du foudre anime les éclats i
Mais il n'y mêle peint la mort éf les allar*
mes ,
Jl ne le trempe peint dans le sang , dans let
larmes ;
L'ouvrage n est point fait pour nuire (y peut
troubler i
U est fait pour surprendre , il est fait pour
briller,
Ên effet > quoique le vacarme fût grand ,
te qu'il redoublât encore par l'écho de cette
Place spacieuse , quoique les flammes nous
enyelopaflTent de tous côtez , non feulement
nous n'eûmeS point de mal , mais on n'eut
pas même |a moindre peur.
Le feu fini , on continua 1* marche jus
qu'à l'Hôtel de Ville » qui étoit entièrement
illuminé ; fur la Porte on avoit placé le por
trait du Roi fous un Dais. Cependant on
avoit distribué du pain à plusieurs reprises
pendant la journée , les Fontaines de via
li'avoicnt ceflé de couler. Un festin splen
dide attendoit la Compagnie , pour laquelle
on avoit préparé trois Tables dans la grande
Salle de cet Hôtel , une au fond où e'toic
M. de Tavanes avec M. le Vicomte- Mayeuc
& les personnes les plus qualifiées , les deux
autres en long & à côté pour les Eche
vins , les Citoyens & les Etrangers qui
avoient été invites j il y eut plusieurs íer~
vices differens , tous également bien four
nis , & ceux qui aiment l'abondance eu
rent autant de lieu d'être satisfaits que ceux
qui ne demandent que de la propreté & de
D iij la
€6 MERCURE DE FRANCE:
fa delicateste. M. de Tavanes porta la santi'
du Roi , de la Reine , du Dauphin & de M.
• Jc Duc, & ces santez furent accompagnéesde
plusieurs salves.
Les Instrumens qu'on avoit placez fur la
gallerie du Logis du Roi , donnèrent pendant
plus d'une heure une simphonie vive & har
monieuse > les illuminations étoient generáles.-
De quelque côté qu'on tournât dans la Ville,
dans lés rues les plus étroites, dans les quar
tiers les plus éloignez, on ne voyoir que lu
mières , figurées de cent manières différentes
chacun se faisoit honneur de renchérir sur ses
voisins.
Le plus grand spectacle parut dans la Place
Royale ; le Théâtre avoit changé de face, au
lieu de Feux d'artifice PEdifice de charpente
parut chargé dé Lampions Se de Pots à feu;
Ce n'étoit plus des Portiques ni des Balda
quins de marbres-, c'étoient des Portiques &
de? Baldaquins de lumières» Cette Illumina
tion avoir d'ailleurs des accompagnement
merveilleux i les deux Fontaines de vin qui
coulèrent le jour & la nuit , étoient ornées
de lumières & de feuillages : on avoit porté
une gran le quantité de Pots à feu fur la haute
Tour du Louvre , qui est la piece la plus éle
vée de la Ville & qui s'apperçoit de plus d*une
lieue : toute la façade de ce Palais étoit illu
minée , tout le tour de la Place décoré d'un
cordon de verdure qui descendoit en festons
aux côtez des Portiques; deux rangs de ter
rines garnissoient les Ceintres & la Bilustrade
dont ils font couronnez, des Pots à feu ex
traordinaires & placez de distante en distan
ce , en relevoient encore l'éclat ; les rues,
& fur tout les deux grandes rues qui traver
sent
JANVIER; 1730. 6%
íént la Place Royale > avoient une apparence
d'autant plus riche & plus agréable , que tou
tes les fenêtres y sont de même symétrie Sc
qu'elles étoient e'galement éclairées ;on avoit
encore an point 3e vûë' qui l'emportoit fur
tout cela ; le somptueux Portail de l'Eglise de
S. Michel , de dirserens ordres d' Architecture
l'un fur l'autre , étoit totalement illuminé ; la
plateforme étoic bordée de Pot? à feu , les galleries
da milieu & routes les ouvertures des
Tours e» étoient remplies.
Pour peu qu'on s'avaneic dans la Place de
S. Etienne, qui n'eíì qu'à quelque? pas dff
l'autre, on trouvoit d'autres ctartez; on voyoit
en perspective la maison de M. le Vicomte-
Mayeur au bout de la grande ruë qui entre
dans cette Place : pendant tout le jour on y.
avoit fourni du pain & fait couler nnc Fon»
«aine de vin ; fur tout la populace s'étoit fort"
amafée d'un jeune enfant habillé en Bacchus
, qui passa plusieurs heures aflîs fur la
tonneau d'où jaillissoit la Fontaine : pendant
ía nuit on ne reconnut plus ni maison ni porte,
on ne vie qu'une lumière universelle qui en»
velopoit & absorboit entièrement les autre*
objets-.
Toute la Ville à la fin se rassembla dans la
Place , tout y dansoit, touty fautoit; les Instrumens
ne Cessèrent qu'au jour , & on ne cessa
de danser tant qu'ils continuèrent ; enfin certe
nuit si charmante fut pour nous un augure du
bonheur que la naissance du Prince nous pro
met » ce qu'un autre de nos Poètes a tâché
d'exprimer ainsi :
Après une trop longue & trop cruelle absence ,
La Félicité de retour ,
T> iiij E*
rf$ MERCURE DE FRANCE.
En accordant un Dauphin k la Francs
Nous marque qu'elle veut y fix-erfon fejottrí.
Recevons cejirefent de ses mains btenfaìjhnti^t
Ne doutons plus de son secours ;
Si les nuits font pour nous fi belles, fi brillant ex>
§luels seront. déformais, nos jours f
Cependant lés Officiers dé notre Milice Bout>
geoise ne crurent pas avoir marqué leur joye
assez vivement. Le if.de Septembre ils firens
chanter dans TEglise des Jacobins , un Te
Deum aufli magnifique que celui de la Ville »
M. de Tavanne leur fit l'honneur d'y affilier;
M. Ie Vicomte-Mayeur se mit à leur tête. Lx
Troupe n'étoit composée précisément que des
Capitaines, Lieutenans , Enseignes, Major*
& Dizeniers des Paroisses , précédez des Sergens
& des Tambours.. La marche parut d'au
tant plus pompeuse . qu'à commencer par le
Maire, tous les Officiers jusqu'au dernier *
avoient des habits uniformes , la veste galon
née, le justaucorps d'un beau Camelot écarlate,
le chapeau bordé . avec le plumet blanc Se
la coquarde de même ; ils allèrent ensuite au
Jeu de 1* Arbalète . dont ils avoient illuminé
les Bâtimens-&- les Jardins d'une manière trèsriante
& t ès-agréable. La Salle haute & la
Gallerie d'en bas, quoique très-érendi ë , ne le
furent pas trop pout les tables ; M. le Vicomte-
Mayeur tint la première . M. le Comte de Tavanes
n'ayant pû s'y trouver, à cause de I" il—
lustre Compagnie, à qui ce soir là même il
dpnnoit à manger ; mais il s'y rendit fur les
onze heures da soir , & fa présence redoubla
la joye qui ctoit déja bien vive ; on recom
mença
Janvier.
. Aença, au bruit des Canons > â boire la santé
du Roi , de la Reine , de Monseigneur le Dau
phin & de M. le Duc.
Les Bénédictins avoient fait ce même jour
une Procession íbíemnelie & chanté le Te Deum
& l'Exaudiat, avec beaucoup de pompe; 8c
pour rendre leur joye plus sensible ■ ils firent
aux pauvres_ de grandes distributions de paio ,
de vin , de viande & d'argent.
J'ajoûterai que notre Université se trouva
chez les Jacobins pour une pareille cérémo
nie le 8. du- mois a Octobre ; comme elle ne
.fait que de naître» elle a encore tout son
premier zele & toute son ardeur pour le Roi >
toute sa reconnoissance pour M. le Duc, son>
Protecteur. Le Doyen de la Sainte Chapelle ,
Chancelier, se trouva à cette solemnité » con
duit par les Massiers & les Bedeaux , les-Profesteurs
l'accompagnoient en Robes rouges ,
les Ag^regez en Robes noires avec le Chape
ron d'écarlate; ils ne cédèrent en rien à ceux
.qui avoient paru devant eux- dans la même
Eglise. Tous les Corps de Métiers générale
ment quelconques ont rempli les mêmes de
voirs avec un empreíîement & une joye que
je ne puis vous représenter.
La Cérémonie de nos Marchands eut quel
que chose de noble ; la belle Eglise de Notre-
Dame , où ils se rendirent » étoit tapissée ,
ornée & illuminée à faire plaisir; leur* Musique
fut d'un très-bon gout , & les Instrumens en
rehauflèrent le prix ; le Canon n'y manqua
point» &' pendant toute k nuit' suivante ils
étalèrent, à l'envi les uns des autres , tout ce
eui pouvoit rendre leurs maisons plus ornées
Se plus brillantes.
M, de laBfifïe, Inondant de. Bourgogne. *
7o MERCURE DE FR ANCE,
■
n'ayant pû être de retour à Dijon que le ifl.
Septembre , il fixa fa Fête au Dimanche t.
Octobre. M. l'Intendant occupe la Maison Ab
batiale de S Bénigne ; il y a devant la porte
une petite Place qtiarrée.des plus jolies; la
Cour est en arc & d'une étendue plus que rai
sonnable ; les Appartemens font beaux & bien
.suivis. Le Jardin est orné d'un très- beau Par
terre &r de quelques Bassins ; il est terminé par
sept Portiques d'un treiflage très riche , dont
il y en a trois, qui ont plus d'élévation que:
les autres, & qui font décorez de Statués
de part & d'autre font plantez des arbres &
sù-dclïous des Charmilles à hauteur d'apui ;
à droite: derrière ces Charmilles , s'élève
une Ternste qui donne fur l'aliée; à gauche
ce font des Bâtimens couverts de verdure , au
bout desquels on a ménagé une issue pour
monter à la grande Terratle qui tient toutela
largeur- du Jardin : du coté de la Mailorv
cette Terratle est cachée par les- Portiques i.
de l'autre côté elle donne fur le folïé de la,
Ville entre deux Bastions qui la débordent ,
& die a un aspect très gracieux , dont le prin
cipal point de vùë.dt le Jeu de l' Arquebuse 8s.
la Chartreuse.
On s'aflëmbU d'assez bonne heure , & cha
cun s'amusa jusqu'à six heures du soir., la,-
Compagnie attirée par le son des Instrumens,.
fè ren.iit dans la première Salle : on préludí .
par des Concertos; on vint ensuite au Di
vertissement particulier , dont les parole»,
avoient été faites exprès pour lé fuiet , & la
Musique compjsée par le sieur Bourgeois.
La Place que j'ai décrite étoit entourée delanternes;
elle tiroit un grand jour & des
maisons fitutes à 1'oposite , où on n'avoú rienentièrement
illuminé , & de la façade du Palais
Abbatial gui répondoit à tout cela. Le Peu
ple y avoit son Concert & ses Inlhumens ,
Sc des Fontaines de vin qui couloient fans
cesse. Une double ceinture de bougies regnoit
jdans toute l'écenduë de la cour. -Les Bassins
& le Parterre du Jardin éroient profilez &
bordez de Lampions i la petite Terrasie & les
Charmilles écoient chargées de terrines \ les
sept Portiques étoient en bougies qui en
avoient pris les ceintres. C'étoit proprement
un Jardin de lumières1, dont les éclats éblouis
sants avoient été substituez á la place des Buis»
des Charmilles & des Treillages.-
Un très beau Feu d'artifice , placé fur le
chemin couvert-, en vûë de la grande Terrasse
dévoie faire partie de cette Fête ; on s'occupa
encore de lTlluìnínation , qui du haut de cette
Terrassé, faiíbk un spectacle nouveau & rra-
Paiterre lumineux, un Portail & des Tour*
enflammées ; du côté dé la Campagne on
avoit en face le Jeu de l'Arquebuse , d©ac
les Bâtimens étoient éclairez , & fur les co
tez deux, grands Bastions bordez dé lumieKS'
& garnis d'artillerie qui commença à se faine
entendre ; après quoi Madame la Comtesse
dé Tavane & Madame la Marquise de Chajoû
, après avoir long- temps disputé de po
litesse , firent enfin partir en commun un
«Dragon enflammé, qui étoit venu prendre leurs
ordres fur la Terrasse ; i! ne ìes eut pas plutôt
portez fur le Théâtre » que les Piramides s'al-
Jumerent , les Moulinets tournèrent , les Fu
sées partirent, les Lances à feu fuivireiKi ce--
iUc UQ feu continuel & un bruit étonnant ;
Ptj, lie»'»
yi MFRCUHE DE FRANCE,
rien n'étoit plus beau que de voir lts Grenade»,
vomir des milliers de Serpenteaux fur la Po
pulace > qui n'est jamais trop près à son gré ;
mais rien n'étoit plus plaisant que les mouvemens
qu'elle se donnoic pour les éviter ;
ces feux voioient de cent manières différentes-,
les uns sembloient se plonger & se précipiter
fur la terre , les autres sprès cent tours 8c cene
retours remontoient avec vivacité au lieu d'oà
is étoient sortis, la plupart serpentoient vé
ritablement & poursui voient ceux qui vouloient
s'en détourner ; fur la fin on jetta quel*-
ques douzaines de Fusées choisies , qui rem
plirent l'Air de gerbes & d'étoiles.
M. l'Intendant donna ensuite à souper à prèsde
cent personnes distinguées. Quand ily en
auroit eu le double on se seroit loué de l'a>
bondjncej la propreté & la délicatesse en fu
rent Rassortiment. Après le souper il y eut un .
Bal magnifique»
I,a Fête de M"S les Elus a mis , pour ainfidire.
le sceau à- toutes les autres Réjouissance*,
elle a réuni en quelque forte: toutes les Fêtes
qui a voient precedé.Je n'entrerai là dessus dans
aucun détail , ma Lettre n'ttant déja que trop
longue , & le Mercure en ayant déja parlé dans
le premier volume de Décembre, page ^S6é,
Je ne puis, cependant me dispenser de vous
parlei enco e de deux traits qui regardent d'autres
nerfonneí , & qui .méritent de n'être pas
oubliez , & je finis par 'à ma Narration.
Une vingraine de Bourgeois , las d'être
Confondus lans la foule, ont eu recours à une •
nouvelle invention pour fe tirer du nair. Ils
avoient élevé fur quatre roues un Char Ba
chique de i». pieds de long fur 8 de large,
fetm« 4"unc kftrriMC d'envùoo i, pieds de haa-
■-4,..
JANVIER. t7ío, jf
teur , ornée de Tapis & de Peintures. II étoir
couvert d'une riche ImpeiialcenbcrCcau.íoutenuë
par desColomnes cntouréts de Pampre^
à laquelle étoient suspendus plufieurs Lustres.
&• dont les pentes écoient décorées de Tableaux
& d'Ecussons de différentes Armoiries. Les
Hautbois 6c les Ballons étoient plaaz fur le
devant du Ghar $ une table bien servie &
bien arrêtée , chargée de bougies & d'une
grande quantité de plats cris-bien remplis, .&
un Buffet ou plutôt une Boutique de verres
& de bouteilles , ne faiioit pas la moindre par
tie du spectacle. Toute cette Machine étoit
traînée par huit puissants chevaux, enduits,
par quatre Postillons & precedée par un Tin*,
bilier 6c par deux.Trompettes. â cheval, escor
tée par une Compagnie de Gardes à pied, &C'
environnée de flambeaux..
On a voit pris pour quartier d'aflemblée la'
Porte Guillaume , qui est celle par où noussortons
pour aller à Paris. Elle étoit illuminée
de haut en ba^ ; Us Ceintrts , les Pilast.es , les •
cotez , marquez , pour ainsi dire d'aprez. de
Lampions & de Terrines ; toutes lts fenêtres
de la longue rue- qui y aboutit , avoitnt auífi'
leurs lumières , ce qui joint -rJx,Lanternrs<les
rues qu'on allume tous les soirs , vendoit une
clarté égale à. celle du jour. La marche com.»
menca fur les sept heures du soir & elle con
tinua jusqu'à minuit : on s'arrêta dans la Place
Royale & dans tous les lieux où font placez
les Hôtels de ceux qui ent quelque autorité
dans la Ville : là les cris de joye redoubloient ,
r Jes Instrumens se mêloient , la petite Artillerie
se faisoit entendre, mais la poudre n'etoit pas •
|a munition dont un coníumoit le plus.
Uflc.nwlwwdec»nrjaiiu de peuple suivit ce
festia ;
7+ MERCURE DE FRANCE,
festin ambulant pendant toute la nuit , marr
quant par ses acclamacions le gré qu'elle fçavoic
à ceux à qui leur zele íèul avoit inspiré ce'
dessein. Les personnes, les plus considérablesy
applaudirent & les reçurent avecaccueil.lorsqu'ilsse
présentèrent devant leurs Hôtels: touslés
Habitans s'empressèrent de leur faire hon
neur > en chargeant leurs fenêtres de lumières ,>
en jettant des Musées & faisant tirer des Boëtes
& du Canons enfin cette Réjouissance parti
culière devint en un instant une Fête generale
par la part que tout le monde y voulut pren«-
dre. L'autre trait est un peu plus grave.
Les Enfans deChoeur de la Sainte Chapelle,,
à'qui on avoic accordé un jour dè congé , afinqu'ils
se ressentissent- de la joye Duplique, de
mandèrent è le palier Jans un Hérmitage situé,
à une portée de mmisqa<.'t de la Ville , & dont
la Chamelle déiiée soas le noa*de,S. Martin
a set vt autrefois d'Eglise au Village de Fon
taine . lieu de la naissance de S. Bernard. Onne
pen-tra point leur dessein, & on ne les
soupçonna pas de songer â autre chose qu'à'
'une simple promenade : ils avoient néanmoins
des pensées plus sérieuses. Avec le secours de
l'Harmite , ils trouvèrent le secret d'aproprier
là Chapelle, d'en illuminer les dehors & lesdedans
, même de couronner les murs du Jar
din de Lampes à plusieurs lumignons , qui ré
pandirent un éclat d'autant plus étonnant qu'on ■
n'en connoissoit point la cause. Cette clarté
subite , jointe aux Cantiques & aux Motets de
leur composition , qu'ils chantèrent avec une
dévotion touchante & avec beaucoup d'ait,.
charmèrent tout le monde ; on prit part à des
Prières que Dieu exaucera fans doute , puis
qu'elles lui ont été adtefsecs par l'iaaocence
JANVIER. i7? oi 7t
& par le bon coeur. Nos Musiciens & Simphonistfs
qui avoient été invitez secrètement1,,
iè firent un meiite de les leconder. II y eusensuite
un petit régal » où l' enjouement ne nui
sit point à Immodestie, ni la modtíìie à l'enjouëment;
on chanta en panie diverses Cban»
Ions lur la naiflance du Dauphin j le bruit du -
Canon se mêla- au son des Instrumens & ì
l'harmonie des voix , 8c tout s'y paíla d'une
manière fi tendre & fi convenable > que je me
serois íait un reproche de ne vous en avoir
ras rendu cofnpte. Je n'âi plus , pour finir,
heureusement , qu'à ajouter ici le voeu gênerai
de tous nos Citoyens.» vous y soulcriuL de
bon coeur.
Grand Dieu , prene^ soin de la Mere ,
Conservez, nous £r l' Enfant & i* Pert i ;
Qtie pendant des siécles entiers >
lis règnent toiu les trois dans une paix pro
fonde : .
Vous les ave^donne^ pourdt bonheur du mondtì ■
Ghf'ils en joiiijfent Us, premiers.
Extrait d'une Lettre écrite de cettfi
rnu*
NOus apprîmes l'heureuse nouvelle le 77
de Septembre» elle n'eut pas été plu
tôt annoncée par une triple décharge de l' Ar
tillerie de la Ville & du Château , qu'on"
entendit de toutes parts le son des Cloches
& les acclammations des Hábitans. Il n'est'
pas possible de vous décrire les transports"
que produisit ce grand événement. On fortoit
des maisons en foule ; on couroit dé
porte en porte pour apprendre à son pa
rent , à son ami une nouvelle qu'il sçavoie
déja , & qu'il avoicla même passion de dé
biter.
Le Comte de Tavanes qui commande dans"
la Province , ne pouvoit manquer une fi'
belle occasion de- faire éclater son zele , &
l'ardeur héréditaire qu'il a pour le service
de Sa Majesté. Son spacieux Hôtel parut tout
en feu dès l'entrée de la nuit ; la porte &
h façade ornées deRstons, de Dauphins, dé
Fleurs de Lys , les bougies & les Lampions
étoient répandus par fout , & principale
ment fur la belle Terrasse fur la rrtë. Grand
feu au milieu de.Ja Place , grand festin dans
l'interieur de la maison, fonraines de via
su dedans Se au dehors de la Cour , Bal
Ì>our les personnes qualifiées , danses parmt
e Peuple &c.
Eeno#)t les «ois semaines, 4e nos princf-
. .. ' gales
ço MERCURE OE FRANCE,
pales Réjouissances , ce Seigneur a fçu va
rier tous les repas qu'il a donnés ; & lotî
tes les illuminations ; on étoit sûr de trou-
Ver toujours chez lui quelque chose de bril
lant & de nouveau nous appellerions cela.,
des Fêtes dans toutes les formes y. ce n'étoic
pourtant que lc prélude de celle qu'il taéditoit.
Le Parlement étant séparé à cause des va
cations , il ne pût se rassembler que le Sa*'
riiedi. cette illustre Compagnie parut aussi
complète que dans le tems des pleines fean—-
ces. M. de Berbiscy » Premier Président étoit
à la tê'-e ; les Huissiers le précedoient com
me à l'ordinaire , les Avocats & les Procu*
reurs en grand nombre faifoient cortège *
la Maréchaussée bordoit les rangs ; le 2>
T3eum fut chanté dans laSale du Palais.L'Abbá
Bouhîer , Doyen de la Sainte Chapelle, déíigné
pour être notre premier Evêque , offi
cia y la symphonie fut merveilleuse , la Mu
sique excellente, & M. Michel , Maître de la
même Sinte Chapelle , se surpassa.
Les Musiciens qu'il avoit. employez conti
nuèrent ce jour là à se donner mutuellement
des Concerts comme ils avoient fait les jour*
précedens ; ils- illuminèrent les lieux où il»
se régaloient ; & si l'on doit en juger par lesÉfréquentes
décha ges d'une douzaine de pe
tites piéces de Canons dont ils s'étoient pour
vus , & aiisque's on mecroit le feu toutes
les fois q 'ils celébroient lu santé du Rqi
ou de quelque Prince de la Maison Royale»-
en ne peut douter qu'ils ne s'y jíKeressaliene;
infiniment. x~ j
Le Dimanche suivant , les erdres, de las
Geur aiiivs.íûîj & cc foc alors que. la joye
, monta
JANVIE Ft. \7j<s: <v
irsonta ï son comble ; pendant trois jottrs con-:
sécutifs les Cloches sonnèrent , le Canon tli
ra j il y eut des feux devant toutes les por*
tes i des lumières fur toutes les Fenêtres ,
lès Clochers mêmes furent éclaires. Le Lun
di on rit tous les Ouvriers occupés, à sus
pendre des Guirlandes , ì attachtr des A . moi
nes > à élever des Loges de verdure de cent"
figures différentes . tout le Peuple enfin se
livrer à la joye. Nos Comédiens joiierent
pour lui gratis.
mu vM.j —— 1« , w ..y «.f'Srfi^noiv ....
les Boëtes , ni les Fusées , rri les Han-beaux,
ni tous ces autres agrémens que le coeur'
& le bon goût peuvent inspirer ; le détait
de tout cela feroit immense , & j'ai d'ailléurs
à ouvrir une scène plus grande & plus
pompeuse.
C'est M. le Premier Président du Parlement '
qui donna la première Fêre solemnelle le
Lundi m Septembre. El'e commença par une
illumination générale de tcut son quartier »
&■ particulièrement de son Hôtel , non seu
lement la fact.' , mais les Cours, Us Appartemens
& les Jardins ; il y eut un Concert
exécuté par des Musiciens du premier ordre,
un repas splendirie oû les personnes de la
première considération se trouvèrent. II fit
distribuer , ou plutôt prodiguer au Peuple
le pain , le vin & la viande . & il disposa
en differens endroits des Inlîrumens , au son
desquels on dansa jusqu'au jour. En un mor,
on peut dire qu'il n'omit rien de ce que
son inclination pouvoir, demander & s„ Dignité
permetue.
ft MERCURE^ DE FRANCE.
Le lendemain > on chanta , sur les cinq
Beures du soir, à la Sainte Chapelle , un "tt
Deum qui fut annoncé par le Ion des Clo
ches & par le bruit du Canon ; le Parlement
& la Chambre des Comptes y assistèrent en
Robes de cérémonie, avec toutes les Com
pagnies qui ont droit de s'y trouver ; M.
de Tavanes s'y rendit aussi. La plupart des
Communautés Ecclésiastiques , en consé
quence du Mandement de M. l'Evêque de
íangres , firent la même cérémonie ce jourlá.
Les Chevaliers de l'Arbalête firent chanter
le lendemain aux Carmes un Te Deum en
Musique, au bruit des. Boètes •• & quoique là
Ville eut renouvelle le soir ses Illuminations
& ses Feux , ils remportèrent íur tous les
autres , en- éclairant leurs Maisons , jus
qu'aux Jardins , de Bougies , de Lampions-,
&c. & ils donnèrent un grand Repas.
les dehors de leur magnifique Collège fu
ient ornés & éclairés avec gout > mais Ië
plus bel aspect fut celui du seu qu'ils allu
mèrent au milieu de leur grande Cour en
tourée de Bâtimens à tross étages , dont les
Fenêtres étoient également chargées de lu.
mieres. Ge qu'ils eurent de plus singulier %
fut une Armée de nouvelle levée , ce fiic
une Milice brillante, qui fit plusieurs évolutions
dans cette Cour , s'y rangea en bataille > &
y fit des décharges. Oh eut le plaisir de
voir pendant trois jours /Cette belle jeunefle
parcourir les lieux les plus apparens de la
Ville , portant 3e maniant les_armes avec au-
Leí Jésuites se distinguèrent
jÁNVfER- 171^.
te 14. les Bouchers qui ont toujours pr-i»
parc aux Réjouissances publiques > mêlèrent
les Musettes aux Tambours . les uns passè
rent la journée- fous les armes ; les autres
ayant choisi deux jeunes filles , les habillè
rent en Bergères , & au son des Instrumens,
les conduisirent en grand cortège chez la
Comte de Tavanes , à qui elles eurent l'honneur.
de présenter un Agneau , orné de ru^
bans & de guirlandes , qui. fut très- gracieu
sement & très- noblement reçu. Us s'apliquerent
ensuite à embellis les Loges qu'ils svoient
déja construites , à tapifler leurs Boutiques
à décorer d'arbustes , de Festons , de Gui
dons & d'armoiries les Ponts qu'ils avoient
jettes fur leur ruë , & qu'ils illuminoient tous
ícs soirs
Cependant dés Veaux & des Moutons en
tiers se rotissoient au milieu des Places aux
dépens des mêmes Bouchers ; les Hautbois
& les Tambours retentissoient de toutes parts»
les Tables étoient dressées , & parurent trèsbien
servies. M. de Tavanes voulut être té
moin de leurs plaisirs ; Madame de Tavanes
y mit le comble , en les animant elle-mê*
me , & c'est principalement à fa présence &
à îexcellent vin qu'elle envoyoit avec pro
fusion , que ceux qui se donnoient en spec
tacle durent la vivacité de leurs Réjoúi£
sances.
M. Baudor, notre Vicomte- Mayeur , qui
fa vigilance portoit de cous côtés , crut que
la Police même étoit intéressée à entretenir
cette ardeur » son bon vin de Champagne &
de Bourgogne le suivoit par tout , & c'est"
de cette source féconde que coulèrent tane'
d'heureux impromptus à fa louange &c
MERCURE t)Ê FRANCE.
Ce même jour 14. Septembre fut marqliér
par Tune des plus belles Fêtes: que nous
ayons vûës ; je veux parler de celre- d& M. le*
Comte deTavanes; comme il delìroit que touc
répondit à la grandeur de ses idées, íbri Hôtels
tout vaste qu'il est , lui parut trop resserré,-
& il se détermina pour le jeu de l'Arquebuse.
C'est un Bâtiment de 30. toises d'éten
due , íìtué à la Porte de la Ville , Sí
Composé de deux grandes Galeries l'une fut
l'autre , terminées par deux Pavillons quartés.
On y anive par une avenue de ioo.'
pas de longueur , bordée de chaque côté par
deux raogs d'arbres 1 avec un fossé , fur le*
bords duquel règnent des charmiiles à hau
teur d'apui;on entre par une grande porte de fer
placée au milieu de la galerie d'en bai, q^ur
du côté du Jardin est ouverte en peristile.
Ce Jardin est un quarré long , clos de mu«
railles couvertes par tout d'une palissade cîe
Charmes de s ro. pieds d'élévation 5 bV
est coupé en deux portions égales par un
canal , & acompagné de deux grandes allées*
d'Arbres en Berceau , dont le rang exté
rieur a son apui de Charmilles ausli-bien'
que l'avenaë. Les retours qui font au bout
des Allées forment quatre beaux quarrés
pareillerríent enfermés- d'Arbres & de Char
milles ; derrière le canal de cent toises de
longueur , est une esplanade qui fait face â
une niche adossée au mur de' clôture , per
cée par les côtés , & couverte d'une demiè
coupole , fous laquelle est le Buste de M. le
Duc. La distance entre les Allées & lesr
murs de côté est d'environ quarante pas ,
& c'est dans ces vuides qu'on a coutume
de placer les buts pour l'exeicice de l'Ar
quebuse». Devant
JAtfVfER. 1729. ff
Devant la Porte de fer, dans ('endroit ouV"
l'avenuë forme une demi- lune, on avoir
élevé fur des Pillièrs de 1 f. pieds de hau
teur un Edifice de charpente , dont l'Enta-*
blement étoit orné des Ecussons des Armes*
du Roi , de la Reine , de Monseigneur les
Dauphin & du Duc de Bourbon ;-ces Arnioiries
étoient ornées de fleurs , dont 1er
Guirlandes defeendoient jusqu'à terre , St
tournoient autour des Pillieis de l'Edifice.
Sur la Plate forme étoit un petit Acrotêre'
ou Piédestal & cinq Piramides soutenues par
des Dauphins , décorées de Devises & de
Cartouches ; la plus haute de ces Piramides'
portoit un Soleil rempli d'artifice ; les qua
tre autres Piramides étoient surmontées d'au-'
tant de Grenades.
Quatre rangs de Terrines on de lampions
f;arnissoient toute la longueur de l' A venue j
e premier rang étoit posé sur le terrain ,
Te fécond à hauteur d'ápuî"; dans le Jardins'
il y en avoit trois étages 5 !es premiers étoient
rangés le long du canal , les seconds fur les
Charmilles d'apui , & les troisièmes fur les
palissades. Tout fut allumé avec une promtitude
inconcevable ; la Niche parut toute
hérissée de.Bougies ; ses deux côtés- en étoient
pareillement garnis pour termii.er les Allées,
ainsi que toutes les Fenêtres de- la Gallerie
& des Pavillons & le Cordon du Bâtiment
des quatre faces 5 c'étoit un coup d'ceif
charmant , & aussi surprenant de loin qu'il'
paroissoit galant & magnifique de près; la
réflexion de Peau faifoit fur tout un effet
admirable, en multipliant les objets.
Cependant l'illustre Compagnie s'étant as
semblée dans la Gallerie haute ,; on lui donrià*
une
■f4 MERCURE DE FRANCÊ.
une Cantate à grand Choeur , dont les sca
roles avoient été composées par le P. Adam,"
de la Compagnie de Jésus , & la Musique
par le S. Leplivet. Ce Divertissement duraune
heure , & fut reçû avec beaucoup de
satisfaction.
A peine étoit-il fini qu'or» donna le signât
pour tirer le Feu d'artifice par une salve de
vingt pieces de Canon rangées au bas des»
Pilliers de l'Edifice ; aussi tôt Madame l'Intendante
, au bruit des timbales & des trom-:
pettes , mit le feu à la mèche , & fit partirun
Dauphin enflams , qui courant avecrapidité
à l'une des faces , communiqua sesflammes
à trois autres Dauphins qui s'éle
vèrent en même-tem:s des trois autres faces,-
& y revinrent avec la même impétuosité p
tout s'enflamma- à leur retour ; ce ne fut plus
que tonnerre & que feu ; les Serpentau*
Voioient fur la terre , les Fusées s'élevoienc
dans l'air &c. Le Ciel devint en mêmetems
fort obscur, & son obscurité contri
bua encore à rendre le feu- plus éclatant St
^Illumination plus brillante.- On ne vit ja«*
mais rien en ce genre de mieux exécuté, &£■
de plus iultement. applaudi.
On servit ensuite le souper. Il y avoît
quatre Tables , une de 40. Couverts dans
l'un des Pavillons , trois de 30. Couverts cha
cune dans la Gallerie d'en haut , toutes
quatre servies avec un ordre, une abondan
ce . une délicatesse , une propreté qui paíîê
toute expression } cent sortes de ragoûts
nouveaux & recherchés , viandes exquises ,
Vins de tous les Climats , liqueurs de tou
tes les sortes ; on epargnok aux Convives la
peine de demander ï on prívcnoit , on devinoie
JANVIER. 1730.
ío'it les souhaits. Ce qu'on admira fur tout
ce fut le Fruit, & principalement celui qui
étoit destiné pour les Dames ; il n'est pas
possible d'imaginer comment on avoit pè
ramatìér tant de fruits délicieux , tant de
confitures exquises ; l'-ceil , l' odorat , le
gouc , tout y étoit satisfait. 80. pieces de
porcelaines & de cristaux qui contenoient ce
Dessert j rangées avec une simétrie & un art
infini , faisojent dire à tout le monde que
c'étoit dommage d'y toucher. Un de nos
Poètes qui a assisté à toute cette Fête l'a
dépeinte par les Vers que voici :
Vulcain, sans doute, avoit cùniuit les feux;
Apollon avoit fait les Vers & la Musique i
JBacchus se trouva bienheureux
Pe faire les honneurs d'un Busftt magnifique;
Diane & Pan qni fournirent les mets ,
jivoient épuisé les Forés Si
Cornus mime d' intelligence,
~ùt ee Banquet superbe avoit fris Vintindanee
,
Pour donner tant de fleurs , pour donner tant
de fruits ,
fleurs de toutes faisons , fruits d'Eté , fruits
d?Automne ,
flore avec son Zephir , Vertumne avec Ptu
tnone
Avoient pasié plut d'une nuit.
Le Peuple eut part à la somptuosité d«
M. de Tavanes ; on lui fit de grandes distri
butions depwn &dc viande» ; pour le vmi
3 8 MERCURE DE FRANCE,
il n'y avoit qu'à prendre, on en avoit 3iC~
posé six fontaines en six endroits differens./
deux A côté des Pilaltres qui font le com-
.mencement de l' Avenue , les quatre autre*
au commencement Si au bout des Allées da
Jardin ; outre cette profusion , on en donnait
„«ncore à tous ceux qui en demandoient %
de forte qu'il n'étoit pas plus rare que l'eatt
,jqui remplit le canal.
Dès qu'on eut fait guelqu&s tours de proçtnenade
pour voir ^Illumination de plus près»
& ce nombre infini de gens de tous étages,
.:qui dansoient en vingt endroits difíerens j,
au son des tambours & des -hautbois ; on
enleva les Tables , & le Comte de Tavanes
-remontant à la GaUerie , ouvrit un Bal , où
les RafraîchiíTemens furent prodigués ; ce
,Bal dura lì long-tems que le Soleil en vint
éclairer une partie. • *
Le Jeudi t 5 Septembre , les Chevaliers
du Jeu de l' Arquebuse , precedés de leurs
.trompettes & de leurs timballes > allèrent
prendre M. le Comte de Saulx , qu'ils ont
l'honneur d'avoir pour Capitaine , & i'ao
xompagnerent aux Jacobins , où en pré
sence de M. le Comte de Tavanes son pere^
& de M. Baudot , Vicomte - Mayeur , Se
•Chef des Armes , il fit chanter avec matnificence
un Te Deum par un grand nombre
e Musiciens ; il se trouva aussi quelques
-jours après au grand repas qui fut donné
dans u;i Salon de verdure , élevé exprès à
«ôté du .canal dont -on a parlé:; tous les
Bâtimens & le Jardin même furent illumi
nés.
Le i4. les Trésoriers de France celebre-
SH|t Jeux Fête ; ïk n'eoeploycreBi pas cette
: • grande
f AN VIE R. 1730. 59
grande foule de Musiciens qui se trouvè
rent aux autres solemnirez ; leur Chapelle
•n'auroit pas pû les con tenir ; mais ils a voient
,d£S voix & des Instrumens d'élite , & s'il*
■n'eurenf pas la gloire de la magnificence»
jls eurent celle du goût & de ia délica
tesse. _ Ô
, í-e Dimanche pg. fut marqué par une Pro
cession generale du Clergé Séculier & Ré
gulier de la Ville , à laquelle lev Doyen de
Ja Sainte Chapelle présida ; le Parlement r
assista en Robes rouges , & M. de Tavanejs
marcha conjointement cn habit de ceremo-
,»ie.
Les Chevaliers de l'Arc firent les hon»
jieurs du lendemain ; le Te D eu m à grand
choeur qu'ils chantèrent aux Cordeliers , lc
repas qui succéda , & la parure des lieuy
où ils tiennent leur Assemblée ont fait hon
neur à la Ville.
M M. de la Chamòre des Comptes qui
■n'avoiént Ras moins cfe zele & d'empresse
ment .que les autres Corps, choisirent le u.
du mime mois , & la Sainte Chapelle pour
ie lieu de leur Cérémonie; la face de l'Eglisc
fut dscorée & éclairée , la Nef & les
deux Tribunes furent tapissées comme aux
jours les plus folemnels 5 on éleva dans ce
Choeur jusqu'aux premières Galleries trois
rangs de festons de verdures &c.
L'Autel étoit paré des ornemens les plus
précieux j l'Mumination repondoit à la pa
rure j car outre le grand nombre de cierges
dont le Maître- Autel étoit chargé , outre
la multitude de Lustres qui étoient diíhi»
Jbuez dans toute l'étenduè de l'Eglise , les
deux Galleries da Choeur, le* deu*. Tribu
nes
v
MERCURE DE FRANCF.
mes & la Balustrade qui règne le long des
tìtales étoient bordées de Bougies. Les pre
mières Galleries de la Nef étoient garnies
d'une infinité de Pots à feu , où pour évi
ter l'incommodité de la fumée > il n'étoie.
Srefque entré que de Ja cire. C'-e'toit un brilint
inconcevable . & toutes ces lumières que
ia tapisserie & renfoncement des Galleries
faisoienc sortir , parurent d'un gout nou
veau , qui satisfit; également & ceux qui se
piquent, de se connoître en ces choses , 8c
ceux qui ne s'y connoissent pas.
•M M. de la Chambre des Comptes vinrent
à l'Eglise» precedez de leurs Huissiers , &
suivis d'un grand nombre deComptables qu'ils
avoient appeíiés à la Cérémonie. Le Comte
de Tavanes qui s'étoit rendu dans leur Salle
d'Assemblée . marchoit entre le Premier 8e
l'ancien Président . precedé de la Maréchausfée
& de ses Gardes. On entra au bruic
des timbales & des trompettes , & M. Mi
chel donna un troisième TeDeum, qui quoi
que d'un gouc diffèrent» ne parut pas.moins
beau que les deux autres > la Musique
fut exécutée avec la derniere précision j
on ne s'étoit pas contenté des Musiciens
de la Ville , quoiqu'ils soient très - nom.
breux > on en avoir fait venir d'Etrangers,
M. le Doyen de la Sainte Chapelle fitl'Office
, & on finit par la Prière pour le Roi &
pour le Dauphin.
Le ii, notre Vicomte- Mayeur , qui avoir,
envoyé de grandes aumônes aux Hôpitaux,
aux Prisonniers , aux Pauvres honteux , &
même aux Religieux Mendians j se rendicavec
toute la Magistrature & les Officiers
des Paioifics chez M. le Comte de Tavanes >
: •• pour
JANVIER. i7?o. 6i
Çavtt raccompagner au Te Deum de la Villes
oici Tordre de la marche.
Les deux Sergens de Bande , revêtus de
leurs casaques d'écarlate , galonées d'argent,
la hallebarde à la main. Les Sergens des
sept Paroisses, tous en uniforme i luivoienc
deux à deux , pareillement avec des halle
bardes qu'ils porcoient fur Tépaule. Les Offi
ciers de la Milice Bourgeoise » distingues
suivant leurs Paroisses , ayant chacun leurs
Tambours leur Fifre , leurs Hautbois 8c
leur Drapeau. Les Capitaines , Lieutenans ,
Majors & Dizeniers marchoient lts premiers,
avec TEiponton ; les Apointtz étoitnt derjiere
avec la Pertuiíàne. Nous appelions
Apointez certains 'Officiers subalternes qui
fervent fous les Dizeniers. Ils faiíoient un
Corps d'environ roo. hommes , tous trèslestes
& ttès proprement habillez. Les Trem
pettes de la Ville , puis les Gardes de M. de
Tavanes d'un côté , & les Sergens de Mairie
de l'autre. M. de Tavanes vêtu d'un habit de
drap «i'or , avec un manteau noir , doublé pajeillement
de drap d'or , étoit acompagné de
M- le Maire, qui étoit revêtu de fa Robe de
.velours violet ,, doublée de velours cramoisi,
bordée d'une fourure blanche ; les Echevins
avoient aussi leurs Robes de cérémonie, de
moire violette. Le Procureur Syndic étoit à
la fuite avec la même parure , en tête de
les Substituts , &de tout ce qui compose le
Corps dé Ville. La marche étoit fermée par
un Détachement des Sergens des Paroisles ,
pour empêcher la foule.
La grande Porte des Jacobins étoît -ornée
de tapis , de festons &c. & éclairée de bou
ffies ; leur vaste £oui l'itoit des deux cô-
D «B
<Í2 MERCURE DE FRANCE,
tez par des Terrines & des Pots à feu »
Portail étoit aussi illumine ,& on avoit éle
vé fur la principale Porte le tableau d'un
Peintre fameux .représentant le Dauphin de
Viennois, qui cède fa Principauté au Ros
PhiKpcs VI. Tout étoit éclairé en Lustres
& en Girandoles dans i'Eglise. Le Grand-
Autel i de même que ceux des Chapelles ,
étoit fi chargé de cierges , qu'on n'auroit ja
mais p& en augmenter le nombre ; les hauts
fieges du Choeur étoient pareillement cou
ronnez de cierges > mêlez de Grenadiers 8f
"d'Orangers On enrra dans I'Eglise au (on
des Cloches & des Trompettes , & au bruit
d'une décharge genevale de 1" Artillerie de la
Ville & du Château. M., le Comte de Ta>.
vanes prit fa place fur un Prie-Djeu qu'on
lui avoit préparé a ia droite du Chceur.
M. le Vicomte- Mayeur étoit ì droite daps
les hauts fieges , ayant devant lui un tapis
de velours cramoisi ayee deux carreaux ;
tout ce qui compofoit l'Hòtel de Ville ft
"plaça à droite & à gauche dans les mêmes
fieges qu'occupent ordinairement les Reli»
gieux.
Les Pères Jacobins , les uns revêtus de
Chapes , les autres en Tuniques , entonne»
rent le Te Dtum , qui fut chanté par les
mêmes Musiciens qui avoient exécuté celui
de la Chambre des Comptes , & qu'on avoit
placez fur un Amphithéâtre dressé au mi
lieu de I'Eglise , & tout illuminé. La fin d*
la Cérémonie fut marquée comme le com
mencement par le bruit des Instrumens , le foa
des Cloches & par une salve de l' Artillerie.
De I'Eglise des Jacobins on marcha à la
fliçc Royale ; cite a la figure d'un Arc „
donc
JANVIER. 17 î o. *ï
Sont la Maison du Roi fait la corde > le de
mi cercle est composé de 41. Portiques d'une
tr.es b;-lie exécution , & surmontez d'une Ba
lustrade de pierre fort bien travaillée , la
quelle règne auili sur les murs de la Terîasle
du «Louvre. On .avoir, élevé í'Edifice
destiné pour le Feu entre les deux rnës qui
aboutissent à la Place Royale. •
Cet Edifice «toit un Arc de triomphe â
quatre Portiqaes de .a. y. piés de hauteur st*r
10 de laigtur ,, dont les quaire angles exté
rieurs étoient coupez pour -recevoir des Pi
lastres d'Ordre Ionique & autant de col orn
ées isolées à .Baies & Chapiteaux dorez ,
posées iur des Piédestaux élevez fur de*
.Zocles. L' entablement répondoit à Tordre ,
Sc le milieu des Architraves étoit eouvetï
de Cartouches aux Armes de Sa Majesté.
Sur cec Entablement regnoit une Balustrade
avec quatre auctes Piédestaux à l'aplomb
des colomnes qui portoient des urnes feintes
de porphire. Sur la première Plateforme étoit
élevé un .Zocle de sept pieds & demi de
hauteur , & de douze de diamètre , qui formoit
la seconde Plateforme , de laquelle
sortoit un Baldaquin circulaire , & d'Ordre
Corinthien, à huit colomnes grouppées , dont
les Bases & les Chapiteaux étoient pareil
lement dorez , & qui portoient huit Dau
phins surmontez d'un Soleil. Sous le Dôme
étoient placées plusieurs Statues ; celle de la
Félicité qui fe faisoit un plaisir de donner un
Dauphin à la France , celle de Ja France
-qui le recevort avec respect , celle de la
Ville de Dijon qui y applaudissent avec ad
miration. Au dessus de ces Figures voioit le
Génie de la France» qui femoit des lau-
D ij riers
*4 MERCURE DE FRANCE;
ciers fur le nouveau Prince. Toutes les par»
ties de cet Edifice étoient peintes en marr
bre & ornées de Devises & d'Inscriptions,
En arrivant: à la Place s toutes les Trou
pes formèrent un grand cercle autour du '
Théâtre > laissant entre ' elles & ce même
Théâtre un assez grand espace pour que le
Comte de Tavanes & tous ceux qui com
posent la Magistrature, fisient les trois tours
ordinaires avant que de mettre le feu aux
mèches. Plus de cinquante instrumens de
toutes les façons , place* fur la Terrafle qui
ferme le logis du Roi, se mêlèrent au bruit
des tambours , des hautbois & des Fifres •
qui étoient i la tête des Troupes.
Après les trois tours , M. le Comte de
Tavanes & M. le Vicomte- Mayeur , mirent
le feu aux deux mèches qu'on avoit prepar
rées ; le feu se communiqua par tout dans
l'instant , les Fusées, les Lances à feu , les
Saucissons , les Soleils , les Dragons > les
Grenades éclatèrent de toutes parts , & don
nèrent lieu à cet autre Enthousiasme Pojétjque.
■
La veille pendant mon repos
0n m avoit transporté dam Piste de Lemnosi
Là , du milieu des fournaises ardentes
Coulaient des torrens de métaux ,
Et les enclumes gémissantes
Tlioient fous tesson des marteaux.
Ze Cycbpe attentif k l'ordre de son Maître ,
Mêle avec le charbon le souphre & le salpêtre.
Joint au feu , joint au vent h huit & le
fracas ,
Et
Janvier. 1730. g)
$f itút te qui du foudre anime les éclats i
Mais il n'y mêle peint la mort éf les allar*
mes ,
Jl ne le trempe peint dans le sang , dans let
larmes ;
L'ouvrage n est point fait pour nuire (y peut
troubler i
U est fait pour surprendre , il est fait pour
briller,
Ên effet > quoique le vacarme fût grand ,
te qu'il redoublât encore par l'écho de cette
Place spacieuse , quoique les flammes nous
enyelopaflTent de tous côtez , non feulement
nous n'eûmeS point de mal , mais on n'eut
pas même |a moindre peur.
Le feu fini , on continua 1* marche jus
qu'à l'Hôtel de Ville » qui étoit entièrement
illuminé ; fur la Porte on avoit placé le por
trait du Roi fous un Dais. Cependant on
avoit distribué du pain à plusieurs reprises
pendant la journée , les Fontaines de via
li'avoicnt ceflé de couler. Un festin splen
dide attendoit la Compagnie , pour laquelle
on avoit préparé trois Tables dans la grande
Salle de cet Hôtel , une au fond où e'toic
M. de Tavanes avec M. le Vicomte- Mayeuc
& les personnes les plus qualifiées , les deux
autres en long & à côté pour les Eche
vins , les Citoyens & les Etrangers qui
avoient été invites j il y eut plusieurs íer~
vices differens , tous également bien four
nis , & ceux qui aiment l'abondance eu
rent autant de lieu d'être satisfaits que ceux
qui ne demandent que de la propreté & de
D iij la
€6 MERCURE DE FRANCE:
fa delicateste. M. de Tavanes porta la santi'
du Roi , de la Reine , du Dauphin & de M.
• Jc Duc, & ces santez furent accompagnéesde
plusieurs salves.
Les Instrumens qu'on avoit placez fur la
gallerie du Logis du Roi , donnèrent pendant
plus d'une heure une simphonie vive & har
monieuse > les illuminations étoient generáles.-
De quelque côté qu'on tournât dans la Ville,
dans lés rues les plus étroites, dans les quar
tiers les plus éloignez, on ne voyoir que lu
mières , figurées de cent manières différentes
chacun se faisoit honneur de renchérir sur ses
voisins.
Le plus grand spectacle parut dans la Place
Royale ; le Théâtre avoit changé de face, au
lieu de Feux d'artifice PEdifice de charpente
parut chargé dé Lampions Se de Pots à feu;
Ce n'étoit plus des Portiques ni des Balda
quins de marbres-, c'étoient des Portiques &
de? Baldaquins de lumières» Cette Illumina
tion avoir d'ailleurs des accompagnement
merveilleux i les deux Fontaines de vin qui
coulèrent le jour & la nuit , étoient ornées
de lumières & de feuillages : on avoit porté
une gran le quantité de Pots à feu fur la haute
Tour du Louvre , qui est la piece la plus éle
vée de la Ville & qui s'apperçoit de plus d*une
lieue : toute la façade de ce Palais étoit illu
minée , tout le tour de la Place décoré d'un
cordon de verdure qui descendoit en festons
aux côtez des Portiques; deux rangs de ter
rines garnissoient les Ceintres & la Bilustrade
dont ils font couronnez, des Pots à feu ex
traordinaires & placez de distante en distan
ce , en relevoient encore l'éclat ; les rues,
& fur tout les deux grandes rues qui traver
sent
JANVIER; 1730. 6%
íént la Place Royale > avoient une apparence
d'autant plus riche & plus agréable , que tou
tes les fenêtres y sont de même symétrie Sc
qu'elles étoient e'galement éclairées ;on avoit
encore an point 3e vûë' qui l'emportoit fur
tout cela ; le somptueux Portail de l'Eglise de
S. Michel , de dirserens ordres d' Architecture
l'un fur l'autre , étoit totalement illuminé ; la
plateforme étoic bordée de Pot? à feu , les galleries
da milieu & routes les ouvertures des
Tours e» étoient remplies.
Pour peu qu'on s'avaneic dans la Place de
S. Etienne, qui n'eíì qu'à quelque? pas dff
l'autre, on trouvoit d'autres ctartez; on voyoit
en perspective la maison de M. le Vicomte-
Mayeur au bout de la grande ruë qui entre
dans cette Place : pendant tout le jour on y.
avoit fourni du pain & fait couler nnc Fon»
«aine de vin ; fur tout la populace s'étoit fort"
amafée d'un jeune enfant habillé en Bacchus
, qui passa plusieurs heures aflîs fur la
tonneau d'où jaillissoit la Fontaine : pendant
ía nuit on ne reconnut plus ni maison ni porte,
on ne vie qu'une lumière universelle qui en»
velopoit & absorboit entièrement les autre*
objets-.
Toute la Ville à la fin se rassembla dans la
Place , tout y dansoit, touty fautoit; les Instrumens
ne Cessèrent qu'au jour , & on ne cessa
de danser tant qu'ils continuèrent ; enfin certe
nuit si charmante fut pour nous un augure du
bonheur que la naissance du Prince nous pro
met » ce qu'un autre de nos Poètes a tâché
d'exprimer ainsi :
Après une trop longue & trop cruelle absence ,
La Félicité de retour ,
T> iiij E*
rf$ MERCURE DE FRANCE.
En accordant un Dauphin k la Francs
Nous marque qu'elle veut y fix-erfon fejottrí.
Recevons cejirefent de ses mains btenfaìjhnti^t
Ne doutons plus de son secours ;
Si les nuits font pour nous fi belles, fi brillant ex>
§luels seront. déformais, nos jours f
Cependant lés Officiers dé notre Milice Bout>
geoise ne crurent pas avoir marqué leur joye
assez vivement. Le if.de Septembre ils firens
chanter dans TEglise des Jacobins , un Te
Deum aufli magnifique que celui de la Ville »
M. de Tavanne leur fit l'honneur d'y affilier;
M. Ie Vicomte-Mayeur se mit à leur tête. Lx
Troupe n'étoit composée précisément que des
Capitaines, Lieutenans , Enseignes, Major*
& Dizeniers des Paroisses , précédez des Sergens
& des Tambours.. La marche parut d'au
tant plus pompeuse . qu'à commencer par le
Maire, tous les Officiers jusqu'au dernier *
avoient des habits uniformes , la veste galon
née, le justaucorps d'un beau Camelot écarlate,
le chapeau bordé . avec le plumet blanc Se
la coquarde de même ; ils allèrent ensuite au
Jeu de 1* Arbalète . dont ils avoient illuminé
les Bâtimens-&- les Jardins d'une manière trèsriante
& t ès-agréable. La Salle haute & la
Gallerie d'en bas, quoique très-érendi ë , ne le
furent pas trop pout les tables ; M. le Vicomte-
Mayeur tint la première . M. le Comte de Tavanes
n'ayant pû s'y trouver, à cause de I" il—
lustre Compagnie, à qui ce soir là même il
dpnnoit à manger ; mais il s'y rendit fur les
onze heures da soir , & fa présence redoubla
la joye qui ctoit déja bien vive ; on recom
mença
Janvier.
. Aença, au bruit des Canons > â boire la santé
du Roi , de la Reine , de Monseigneur le Dau
phin & de M. le Duc.
Les Bénédictins avoient fait ce même jour
une Procession íbíemnelie & chanté le Te Deum
& l'Exaudiat, avec beaucoup de pompe; 8c
pour rendre leur joye plus sensible ■ ils firent
aux pauvres_ de grandes distributions de paio ,
de vin , de viande & d'argent.
J'ajoûterai que notre Université se trouva
chez les Jacobins pour une pareille cérémo
nie le 8. du- mois a Octobre ; comme elle ne
.fait que de naître» elle a encore tout son
premier zele & toute son ardeur pour le Roi >
toute sa reconnoissance pour M. le Duc, son>
Protecteur. Le Doyen de la Sainte Chapelle ,
Chancelier, se trouva à cette solemnité » con
duit par les Massiers & les Bedeaux , les-Profesteurs
l'accompagnoient en Robes rouges ,
les Ag^regez en Robes noires avec le Chape
ron d'écarlate; ils ne cédèrent en rien à ceux
.qui avoient paru devant eux- dans la même
Eglise. Tous les Corps de Métiers générale
ment quelconques ont rempli les mêmes de
voirs avec un empreíîement & une joye que
je ne puis vous représenter.
La Cérémonie de nos Marchands eut quel
que chose de noble ; la belle Eglise de Notre-
Dame , où ils se rendirent » étoit tapissée ,
ornée & illuminée à faire plaisir; leur* Musique
fut d'un très-bon gout , & les Instrumens en
rehauflèrent le prix ; le Canon n'y manqua
point» &' pendant toute k nuit' suivante ils
étalèrent, à l'envi les uns des autres , tout ce
eui pouvoit rendre leurs maisons plus ornées
Se plus brillantes.
M, de laBfifïe, Inondant de. Bourgogne. *
7o MERCURE DE FR ANCE,
■
n'ayant pû être de retour à Dijon que le ifl.
Septembre , il fixa fa Fête au Dimanche t.
Octobre. M. l'Intendant occupe la Maison Ab
batiale de S Bénigne ; il y a devant la porte
une petite Place qtiarrée.des plus jolies; la
Cour est en arc & d'une étendue plus que rai
sonnable ; les Appartemens font beaux & bien
.suivis. Le Jardin est orné d'un très- beau Par
terre &r de quelques Bassins ; il est terminé par
sept Portiques d'un treiflage très riche , dont
il y en a trois, qui ont plus d'élévation que:
les autres, & qui font décorez de Statués
de part & d'autre font plantez des arbres &
sù-dclïous des Charmilles à hauteur d'apui ;
à droite: derrière ces Charmilles , s'élève
une Ternste qui donne fur l'aliée; à gauche
ce font des Bâtimens couverts de verdure , au
bout desquels on a ménagé une issue pour
monter à la grande Terratle qui tient toutela
largeur- du Jardin : du coté de la Mailorv
cette Terratle est cachée par les- Portiques i.
de l'autre côté elle donne fur le folïé de la,
Ville entre deux Bastions qui la débordent ,
& die a un aspect très gracieux , dont le prin
cipal point de vùë.dt le Jeu de l' Arquebuse 8s.
la Chartreuse.
On s'aflëmbU d'assez bonne heure , & cha
cun s'amusa jusqu'à six heures du soir., la,-
Compagnie attirée par le son des Instrumens,.
fè ren.iit dans la première Salle : on préludí .
par des Concertos; on vint ensuite au Di
vertissement particulier , dont les parole»,
avoient été faites exprès pour lé fuiet , & la
Musique compjsée par le sieur Bourgeois.
La Place que j'ai décrite étoit entourée delanternes;
elle tiroit un grand jour & des
maisons fitutes à 1'oposite , où on n'avoú rienentièrement
illuminé , & de la façade du Palais
Abbatial gui répondoit à tout cela. Le Peu
ple y avoit son Concert & ses Inlhumens ,
Sc des Fontaines de vin qui couloient fans
cesse. Une double ceinture de bougies regnoit
jdans toute l'écenduë de la cour. -Les Bassins
& le Parterre du Jardin éroient profilez &
bordez de Lampions i la petite Terrasie & les
Charmilles écoient chargées de terrines \ les
sept Portiques étoient en bougies qui en
avoient pris les ceintres. C'étoit proprement
un Jardin de lumières1, dont les éclats éblouis
sants avoient été substituez á la place des Buis»
des Charmilles & des Treillages.-
Un très beau Feu d'artifice , placé fur le
chemin couvert-, en vûë de la grande Terrasse
dévoie faire partie de cette Fête ; on s'occupa
encore de lTlluìnínation , qui du haut de cette
Terrassé, faiíbk un spectacle nouveau & rra-
Paiterre lumineux, un Portail & des Tour*
enflammées ; du côté dé la Campagne on
avoit en face le Jeu de l'Arquebuse , d©ac
les Bâtimens étoient éclairez , & fur les co
tez deux, grands Bastions bordez dé lumieKS'
& garnis d'artillerie qui commença à se faine
entendre ; après quoi Madame la Comtesse
dé Tavane & Madame la Marquise de Chajoû
, après avoir long- temps disputé de po
litesse , firent enfin partir en commun un
«Dragon enflammé, qui étoit venu prendre leurs
ordres fur la Terrasse ; i! ne ìes eut pas plutôt
portez fur le Théâtre » que les Piramides s'al-
Jumerent , les Moulinets tournèrent , les Fu
sées partirent, les Lances à feu fuivireiKi ce--
iUc UQ feu continuel & un bruit étonnant ;
Ptj, lie»'»
yi MFRCUHE DE FRANCE,
rien n'étoit plus beau que de voir lts Grenade»,
vomir des milliers de Serpenteaux fur la Po
pulace > qui n'est jamais trop près à son gré ;
mais rien n'étoit plus plaisant que les mouvemens
qu'elle se donnoic pour les éviter ;
ces feux voioient de cent manières différentes-,
les uns sembloient se plonger & se précipiter
fur la terre , les autres sprès cent tours 8c cene
retours remontoient avec vivacité au lieu d'oà
is étoient sortis, la plupart serpentoient vé
ritablement & poursui voient ceux qui vouloient
s'en détourner ; fur la fin on jetta quel*-
ques douzaines de Fusées choisies , qui rem
plirent l'Air de gerbes & d'étoiles.
M. l'Intendant donna ensuite à souper à prèsde
cent personnes distinguées. Quand ily en
auroit eu le double on se seroit loué de l'a>
bondjncej la propreté & la délicatesse en fu
rent Rassortiment. Après le souper il y eut un .
Bal magnifique»
I,a Fête de M"S les Elus a mis , pour ainfidire.
le sceau à- toutes les autres Réjouissance*,
elle a réuni en quelque forte: toutes les Fêtes
qui a voient precedé.Je n'entrerai là dessus dans
aucun détail , ma Lettre n'ttant déja que trop
longue , & le Mercure en ayant déja parlé dans
le premier volume de Décembre, page ^S6é,
Je ne puis, cependant me dispenser de vous
parlei enco e de deux traits qui regardent d'autres
nerfonneí , & qui .méritent de n'être pas
oubliez , & je finis par 'à ma Narration.
Une vingraine de Bourgeois , las d'être
Confondus lans la foule, ont eu recours à une •
nouvelle invention pour fe tirer du nair. Ils
avoient élevé fur quatre roues un Char Ba
chique de i». pieds de long fur 8 de large,
fetm« 4"unc kftrriMC d'envùoo i, pieds de haa-
■-4,..
JANVIER. t7ío, jf
teur , ornée de Tapis & de Peintures. II étoir
couvert d'une riche ImpeiialcenbcrCcau.íoutenuë
par desColomnes cntouréts de Pampre^
à laquelle étoient suspendus plufieurs Lustres.
&• dont les pentes écoient décorées de Tableaux
& d'Ecussons de différentes Armoiries. Les
Hautbois 6c les Ballons étoient plaaz fur le
devant du Ghar $ une table bien servie &
bien arrêtée , chargée de bougies & d'une
grande quantité de plats cris-bien remplis, .&
un Buffet ou plutôt une Boutique de verres
& de bouteilles , ne faiioit pas la moindre par
tie du spectacle. Toute cette Machine étoit
traînée par huit puissants chevaux, enduits,
par quatre Postillons & precedée par un Tin*,
bilier 6c par deux.Trompettes. â cheval, escor
tée par une Compagnie de Gardes à pied, &C'
environnée de flambeaux..
On a voit pris pour quartier d'aflemblée la'
Porte Guillaume , qui est celle par où noussortons
pour aller à Paris. Elle étoit illuminée
de haut en ba^ ; Us Ceintrts , les Pilast.es , les •
cotez , marquez , pour ainsi dire d'aprez. de
Lampions & de Terrines ; toutes lts fenêtres
de la longue rue- qui y aboutit , avoitnt auífi'
leurs lumières , ce qui joint -rJx,Lanternrs<les
rues qu'on allume tous les soirs , vendoit une
clarté égale à. celle du jour. La marche com.»
menca fur les sept heures du soir & elle con
tinua jusqu'à minuit : on s'arrêta dans la Place
Royale & dans tous les lieux où font placez
les Hôtels de ceux qui ent quelque autorité
dans la Ville : là les cris de joye redoubloient ,
r Jes Instrumens se mêloient , la petite Artillerie
se faisoit entendre, mais la poudre n'etoit pas •
|a munition dont un coníumoit le plus.
Uflc.nwlwwdec»nrjaiiu de peuple suivit ce
festia ;
7+ MERCURE DE FRANCE,
festin ambulant pendant toute la nuit , marr
quant par ses acclamacions le gré qu'elle fçavoic
à ceux à qui leur zele íèul avoit inspiré ce'
dessein. Les personnes, les plus considérablesy
applaudirent & les reçurent avecaccueil.lorsqu'ilsse
présentèrent devant leurs Hôtels: touslés
Habitans s'empressèrent de leur faire hon
neur > en chargeant leurs fenêtres de lumières ,>
en jettant des Musées & faisant tirer des Boëtes
& du Canons enfin cette Réjouissance parti
culière devint en un instant une Fête generale
par la part que tout le monde y voulut pren«-
dre. L'autre trait est un peu plus grave.
Les Enfans deChoeur de la Sainte Chapelle,,
à'qui on avoic accordé un jour dè congé , afinqu'ils
se ressentissent- de la joye Duplique, de
mandèrent è le palier Jans un Hérmitage situé,
à une portée de mmisqa<.'t de la Ville , & dont
la Chamelle déiiée soas le noa*de,S. Martin
a set vt autrefois d'Eglise au Village de Fon
taine . lieu de la naissance de S. Bernard. Onne
pen-tra point leur dessein, & on ne les
soupçonna pas de songer â autre chose qu'à'
'une simple promenade : ils avoient néanmoins
des pensées plus sérieuses. Avec le secours de
l'Harmite , ils trouvèrent le secret d'aproprier
là Chapelle, d'en illuminer les dehors & lesdedans
, même de couronner les murs du Jar
din de Lampes à plusieurs lumignons , qui ré
pandirent un éclat d'autant plus étonnant qu'on ■
n'en connoissoit point la cause. Cette clarté
subite , jointe aux Cantiques & aux Motets de
leur composition , qu'ils chantèrent avec une
dévotion touchante & avec beaucoup d'ait,.
charmèrent tout le monde ; on prit part à des
Prières que Dieu exaucera fans doute , puis
qu'elles lui ont été adtefsecs par l'iaaocence
JANVIER. i7? oi 7t
& par le bon coeur. Nos Musiciens & Simphonistfs
qui avoient été invitez secrètement1,,
iè firent un meiite de les leconder. II y eusensuite
un petit régal » où l' enjouement ne nui
sit point à Immodestie, ni la modtíìie à l'enjouëment;
on chanta en panie diverses Cban»
Ions lur la naiflance du Dauphin j le bruit du -
Canon se mêla- au son des Instrumens & ì
l'harmonie des voix , 8c tout s'y paíla d'une
manière fi tendre & fi convenable > que je me
serois íait un reproche de ne vous en avoir
ras rendu cofnpte. Je n'âi plus , pour finir,
heureusement , qu'à ajouter ici le voeu gênerai
de tous nos Citoyens.» vous y soulcriuL de
bon coeur.
Grand Dieu , prene^ soin de la Mere ,
Conservez, nous £r l' Enfant & i* Pert i ;
Qtie pendant des siécles entiers >
lis règnent toiu les trois dans une paix pro
fonde : .
Vous les ave^donne^ pourdt bonheur du mondtì ■
Ghf'ils en joiiijfent Us, premiers.
Fermer
Résumé : RÉJOUISSANCES faites à Djon. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Le texte relate les célébrations qui ont suivi une nouvelle importante annoncée le 7 septembre. Cette nouvelle fut accueillie avec enthousiasme, des salves d'artillerie et des cloches sonnèrent, et les habitants exprimèrent leur joie. Le Comte de Tavanes, commandant de la province, organisa des festivités dans son hôtel, décoré de symboles royaux et illuminé. Des feux d'artifice, des fontaines de vin, des bals et des danses furent organisés. Pendant les semaines suivantes, les réjouissances se poursuivirent avec des illuminations et des repas somptueux chez le Comte de Tavanes. Le Parlement, réuni après les vacances, organisa une cérémonie avec un Te Deum chanté par l'Abbé Bouhier. Les musiciens et les communautés ecclésiastiques participèrent également aux célébrations. Le dimanche suivant, des loges de verdure furent érigées, et les comédiens jouèrent gratuitement pour le peuple. Les festivités inclurent des illuminations, des feux d'artifice et des danses. Le Premier Président du Parlement organisa une fête solennelle avec illumination, concert, repas somptueux et distributions de nourriture au peuple. Le lendemain, un Te Deum fut chanté à la Sainte Chapelle, avec la participation du Parlement et des compagnies autorisées. Les Chevaliers de l'Arbalête organisèrent également une cérémonie avec un Te Deum et des illuminations. Les Jésuites, les Bouchers et d'autres corporations participèrent aux réjouissances avec des défilés, des musiques et des décorations. Le 14 septembre, une fête mémorable fut organisée par le Comte de Tavanes au jeu de l'Arquebuse. Le bâtiment fut décoré de symboles royaux et illuminé. Une cantate fut interprétée, suivie d'un feu d'artifice spectaculaire. Un souper somptueux fut servi avec une grande variété de mets et de boissons. Les festivités se poursuivirent avec des illuminations et des danses jusqu'au matin. Le texte décrit également les festivités organisées à Dijon en septembre 1730. Les événements commencèrent par une nuit de festivités somptueuses organisées par M. de Tavanes, avec des distributions de viande et des fontaines de vin dans divers endroits de la ville. Le lendemain, les Chevaliers du Jeu de l'Arquebuse accompagnèrent M. le Comte de Saulx aux Jacobins pour un Te Deum, suivi d'un grand repas dans un salon de verdure illuminé. Le 14 septembre, les Trésoriers de France célébrèrent leurs jeux et fêtes avec des musiciens d'élite. Le dimanche suivant, une procession générale du clergé séculier et régulier eut lieu, présidée par le Doyen de la Sainte-Chapelle, avec la participation du Parlement en robes rouges et de M. de Tavanes en habit de cérémonie. Les Chevaliers de l'Arc organisèrent des honneurs le lendemain, avec un Te Deum aux Cordeliers et un repas somptueux. La Chambre des Comptes choisit le 21 septembre pour sa cérémonie à la Sainte-Chapelle, décorée et illuminée de manière grandiose. Le 22 septembre, le Vicomte-Mayeur conduisit la magistrature au Te Deum de la ville, suivi d'un feu d'artifice spectaculaire à la Place Royale. La ville était entièrement illuminée, et un festin splendide fut servi à l'Hôtel de Ville, avec des salves et des symphonies en l'honneur du Roi, de la Reine, du Dauphin et du Duc. Le texte mentionne également les festivités organisées à Dijon en janvier 1730 pour célébrer la naissance du Dauphin. La ville était illuminée de manière somptueuse, avec des décorations de verdure, des terrines, des pots à feu et des fenêtres éclairées. La Place Royale et l'église Saint-Michel étaient particulièrement mises en valeur. La Place Saint-Étienne offrait également des spectacles, avec des distributions de pain et de vin, et un enfant habillé en Bacchus. Toute la ville se rassembla pour danser et célébrer jusqu'au matin. Les officiers de la milice bourgeoise organisèrent un Te Deum à l'église des Jacobins, suivis d'un jeu de l'arbalète illuminé. Les Bénédictins firent une procession et distribuèrent des aumônes aux pauvres. L'Université et les corps de métiers participèrent également aux cérémonies avec pompe et joie. M. de la Billiarderie, Intendant de Bourgogne, organisa une fête à la Maison Abbatiale de Saint-Bénigne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1672-1678
EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
Début :
Madame la Princesse de Conti, accompagnée du Prince son Fils ainé, [...]
Mots clefs :
Prince de Conti, Princesse de Conti, Joie, Grandeur, Peuple, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
EXTRAIT d'une Lettre , au sujet du
de L. A. S. Madame la Princeffe
voyage
& M. le Prince de Conti.
la Princeffe de Conti , ace
Mcompagnée duPrince fon Fils ainé ,
arriva le 4. Juin à la Ville de Pezenas ,
Chef de la Comté de ce nom ; elle fut
reçûë aux acclammations publiques
n'ayant pas voulu permettre qu'on tirât
le Canon. Elle entra par la Porte appellée
de Conti , où commence une ruë fort ſpacieuſe
, au bout de laquelle on voit une
vafte Hale , couverte d'ardoifes de differentes
couleurs , fi artiftement rangées
qu'elle attire l'admiration des Etrangers.
A l'extrémité de cette Hale , on voit
une Place d'une étenduë & d'une beauté
qui fatisfait la vûë ; elle aboutit à un Quai
d'une longueur & d'une largeur confiderable
, dont le terrain eſt élevé d'environ
6 à 7. piés aux ; deux côtés regnent deux
grandes rues , formées par une longue
fuite de belles maifons d'une même fimetrie
, avec des Balcons. Les deux extrémi
tés duQuai font terminées par deux belleş
Fontaines de forme piramidale , à plufieurs
tuyaux , difpofés en rond , qui jettent
abondamment dans un grand baffin
une eau excellente , & dont la fource n'a
jamais
,
JUILLET. 1730. 1673
jamais fenfiblement diminuée , même dans
les tems des plus grandes fechereffes.
Deux Feux d'artifice furent conftruits
aux deux bouts du Quai , avec des Infcriptions
& des Emblêmes à l'honneur de
la Princeffe & du jeune Prince. Leur logement
fut préparé par les Confuls dans
des maifons fituées au milieu du Quai , &
ils y furent conduits par des Compagnies
de gens à cheval & à pied , compofées de
fa plus belle jeuneffe de la Ville , propremént
habillée .
Sur les 8. heures du foir , on commença
à tirer les deux Feux d'Artifice , ce qui
fut executé avec beaucoup de fuccès , au
bruit de plufieurs falves réïterées de Petards
& de Moufqueterie . Enfuite les Confals
, accompagnés de tout le Corps de
Ville , mirent le feu à un Bucher qui avoit
été preparé à l'une des extremités du Quai ,
les Bourgeois étant fous les armes . On n'a
jamais vu de plus belles illuminations ni
un plus grand concours d'Etrangers , dont
les uns furent attirés par le defir de voir
la Princeffe & le jeune Prince , les autres
par le devoir qui les engageoit à leur venir
rendre leurs hommages , & tous enfemble
par le zele qui leur faifoit prendre part à
la joye publique .
A quatre heures du foir de cette journée,
qui fut une des plus belles de la faifon ;
I iij
La
1674 MERCURE DE FRANCE
Ja Princeffe & le Prince donnerent audience
aux Deputés des Villes & lieux de
la Comté , qui les complimenterent au
nom de leurs Corps , auffi - bien que tous
les Ordres de la Ville. Le lendemain à
-deux heures du matin , la Princeffe ſe mit
en chemin avec le Prince & la Ducheffe
de Grillon qui l'accompagnoit, ayant laiffé
dans le coeur du peuple un grand regret
de la perdre fi tôt . Entre les differens com
plimens , on en a choifi deux que le fieur
Julien , Juge Royal de la Ville de Monblanc
, fit à la Princeffe & au Prince , au
Į nom de la même Ville & du Corps de la
Juftice.
MADAME ,
S'il n'eft rien de plus ordinaire que de voir
redoubler notre joye à la vie des Perfonnes
que nous avons long- tems defirées , & que
nous jugeons dignes de notre estime par leur
naiffance , par leur merite & par leurs bienfaits.
Quels feront aujourd'hui nos tranfports
à la vue d'une grande Princeffe qui fut tou
jours l'objet de nos plus ardens defirs ; iſſuë
de Heros & de Monarques , ornée de toutes
les perfections , & dont la bonté & la magnificence
égalent la grandeur& la dignité de
Jon rang.
Oui , MADAME , notre joye eft extréme ,
JUILLET. 1730. 1673
& nous devons la faire éclater , lorsque
V. A. S. quitte le fejour de la Cour pour ve
nir dans nos Provinces combler de fatisfac
tion & de bonheur les peuples qui lui font
foumis: femblables à ces Aftres doux & bienfaifans
qui ne fe montrent fur l'Horifon que
pour y augmenter la lumiere & y répandre de
falutaires influences.
ن م
Heureux les Païs que V. A. S. a daigné
vifiter dans le cours de ce long & penible
voyage ! heureux vos Sujets de la Principauté
d'Orange , à qui elle vient de faire
voir de fi grands , de fi doux & de fi aimables
maitres mais plus heureux encore ,
mille fois plus heureux les peuples de votre
Comte de Pezenas,fi après avoir joui ce pen
de momens de votre préfence , ils pouvoient
meriter de vous poffeder à l'avenir auſſi longtems
que leurs Peres & leurs Ayeux poffederent
autrefois Noffeigneurs les Princes vos
illuftres & incomparables Predeceffeurs .
Mais il eft tems , MADAME , de finir un
Difcours fi peu digne de la favorable atten
tion que V. A. S. me donne ; & n'eft-il pas
jufte d'ailleurs de ceder la place au langage
du coeur qui fçaura bien mieux fe faire entendre
par les cris de joye & les acclamations
publiques, qu'on ne peut s'exprimerpar
les traits de la plus vive éloquence. Agréez
donc , MADAME , la très humble proteftation
que votre Ville de Monblanc & le Siége de
I iiij Sa
1676 MERCURE DE FRANCE
fa Fuftice , dont j'ai l'honneur d'être le Chef,
font aujourd'hui à V. A. S. d'une profonde
foumiffion & d'une fidelité inviolable &c.
Le St Julien alla enfuite complimenter
le Prince dans fon Appartement , en ces
termes :
MONSEIGNEU NSEIGNEUR ,
La bonté avec laquelle S. A. S. Mada→
me la Princeffe vient de recevoir nos trèsbumbles
hommages , nous eft un préfage affuré
de la vôtres auffifommes nous certains qu'ils
ne vousferont pas défagréables , la grandeur
d'ame fi naturelle à la Maison de Bourbon
étant comme la fource ou plutôt comme l'affemblage
de toutes les vertus Royales. Il n'eft rien
de grand , de glorieux & de louable qu'on
ne doive attendre des Princes qui naiffent
d'un fi noble Sang , &pour en être convaincu
on n'a qu'à jetter les yeux fur nos Hiftoires.
On y verra des Rois dont les vertus n'ont
le
pas
été moins reverées de toute la terre que
leur puiffance ; des Conquerans qui ont pris
des Villes & conquis des Provinces par
feul bruit de leur nom , & des Heros à qui
l'ancienne Rome & la Grece euffent dreffé
des Autels. N'en déplaife au Vainqueur de
l'Afie , on l'eut vû, ce fameux Guerrier, bornerfes
vaftesdeffeins à la deffenfe de la Ma
eedoine,
JUILLET . 1730. 1677
edoine , fi au lieu des Rois de Perſe & des
Generaux des Grecs , il eut rencontré des
Condés : qu'ai-je dit ? il eut rencontré des
Bourbons fur fes pas.
2
Tant de vrai mérite , tant de valeur , tant
d'exemples domestiques firares & fi éclatans
nous permettent-ils , MONSEIGNEUR, de douter
que V. A. S. ne monte bientôt aux plus hauts
degrés des perfections Héroïques ? & la Na-`
ture elle-même qui a tant pris de foin de graver
fur votre visage , où brillent tant de gra
ces , tous les traits de la grandeur & de la
beauté des Heros , ne femble- t'elle pas nous le
promettre ? Oui , MONSEIGNEUR , ces qualités
auguftes que votre tendre jeuneffe nous
représentefi vivement , feront l'admiration de
toute la terre , lorsque la gloire vous aura appellé
dans ces vaftes plaines de Mars
les lauriers toujours d'accord avec les lys ,
vous préparent déja une abondante moiffon.
&C..
on
La Princeffe n'ayant pas jugé à propos
d'accorder aux vives inftances du Peuple
de Pezenas un jour entier de féjour le
fieur Julien fit à ce fujet le Rondeau
fuivant , au nom du Peuple de la Comté
Seroit - c
Pour appaiſer la jufte impatience ,,
D'un Peuple heureux, dont la noble ferveur
Eroit - ce trop'un jour de réfidence ; -
Ly
›
Vient
1678 MERCURE DE FRANCE
Vient publier la joye & le bonheur ,
Que dans ces lieux répand votre prefence ,
Le cas n'eft pas de petite importance ;
S'il ne faifoit qu'honorer l'éminence ,
De ce haut rang où brille la grandeur ,
Seroit -ce tropa
Mais fi par cas , la vertu , la clémence
La Majeſté , l'air , la magnificence ,
Le charme enfin féduiſant notre coeur
Y faifoit naître une difcrete ardeur ,
Dont ne puffions furmonter la puiffance.
Seroit- ce trop ?
de L. A. S. Madame la Princeffe
voyage
& M. le Prince de Conti.
la Princeffe de Conti , ace
Mcompagnée duPrince fon Fils ainé ,
arriva le 4. Juin à la Ville de Pezenas ,
Chef de la Comté de ce nom ; elle fut
reçûë aux acclammations publiques
n'ayant pas voulu permettre qu'on tirât
le Canon. Elle entra par la Porte appellée
de Conti , où commence une ruë fort ſpacieuſe
, au bout de laquelle on voit une
vafte Hale , couverte d'ardoifes de differentes
couleurs , fi artiftement rangées
qu'elle attire l'admiration des Etrangers.
A l'extrémité de cette Hale , on voit
une Place d'une étenduë & d'une beauté
qui fatisfait la vûë ; elle aboutit à un Quai
d'une longueur & d'une largeur confiderable
, dont le terrain eſt élevé d'environ
6 à 7. piés aux ; deux côtés regnent deux
grandes rues , formées par une longue
fuite de belles maifons d'une même fimetrie
, avec des Balcons. Les deux extrémi
tés duQuai font terminées par deux belleş
Fontaines de forme piramidale , à plufieurs
tuyaux , difpofés en rond , qui jettent
abondamment dans un grand baffin
une eau excellente , & dont la fource n'a
jamais
,
JUILLET. 1730. 1673
jamais fenfiblement diminuée , même dans
les tems des plus grandes fechereffes.
Deux Feux d'artifice furent conftruits
aux deux bouts du Quai , avec des Infcriptions
& des Emblêmes à l'honneur de
la Princeffe & du jeune Prince. Leur logement
fut préparé par les Confuls dans
des maifons fituées au milieu du Quai , &
ils y furent conduits par des Compagnies
de gens à cheval & à pied , compofées de
fa plus belle jeuneffe de la Ville , propremént
habillée .
Sur les 8. heures du foir , on commença
à tirer les deux Feux d'Artifice , ce qui
fut executé avec beaucoup de fuccès , au
bruit de plufieurs falves réïterées de Petards
& de Moufqueterie . Enfuite les Confals
, accompagnés de tout le Corps de
Ville , mirent le feu à un Bucher qui avoit
été preparé à l'une des extremités du Quai ,
les Bourgeois étant fous les armes . On n'a
jamais vu de plus belles illuminations ni
un plus grand concours d'Etrangers , dont
les uns furent attirés par le defir de voir
la Princeffe & le jeune Prince , les autres
par le devoir qui les engageoit à leur venir
rendre leurs hommages , & tous enfemble
par le zele qui leur faifoit prendre part à
la joye publique .
A quatre heures du foir de cette journée,
qui fut une des plus belles de la faifon ;
I iij
La
1674 MERCURE DE FRANCE
Ja Princeffe & le Prince donnerent audience
aux Deputés des Villes & lieux de
la Comté , qui les complimenterent au
nom de leurs Corps , auffi - bien que tous
les Ordres de la Ville. Le lendemain à
-deux heures du matin , la Princeffe ſe mit
en chemin avec le Prince & la Ducheffe
de Grillon qui l'accompagnoit, ayant laiffé
dans le coeur du peuple un grand regret
de la perdre fi tôt . Entre les differens com
plimens , on en a choifi deux que le fieur
Julien , Juge Royal de la Ville de Monblanc
, fit à la Princeffe & au Prince , au
Į nom de la même Ville & du Corps de la
Juftice.
MADAME ,
S'il n'eft rien de plus ordinaire que de voir
redoubler notre joye à la vie des Perfonnes
que nous avons long- tems defirées , & que
nous jugeons dignes de notre estime par leur
naiffance , par leur merite & par leurs bienfaits.
Quels feront aujourd'hui nos tranfports
à la vue d'une grande Princeffe qui fut tou
jours l'objet de nos plus ardens defirs ; iſſuë
de Heros & de Monarques , ornée de toutes
les perfections , & dont la bonté & la magnificence
égalent la grandeur& la dignité de
Jon rang.
Oui , MADAME , notre joye eft extréme ,
JUILLET. 1730. 1673
& nous devons la faire éclater , lorsque
V. A. S. quitte le fejour de la Cour pour ve
nir dans nos Provinces combler de fatisfac
tion & de bonheur les peuples qui lui font
foumis: femblables à ces Aftres doux & bienfaifans
qui ne fe montrent fur l'Horifon que
pour y augmenter la lumiere & y répandre de
falutaires influences.
ن م
Heureux les Païs que V. A. S. a daigné
vifiter dans le cours de ce long & penible
voyage ! heureux vos Sujets de la Principauté
d'Orange , à qui elle vient de faire
voir de fi grands , de fi doux & de fi aimables
maitres mais plus heureux encore ,
mille fois plus heureux les peuples de votre
Comte de Pezenas,fi après avoir joui ce pen
de momens de votre préfence , ils pouvoient
meriter de vous poffeder à l'avenir auſſi longtems
que leurs Peres & leurs Ayeux poffederent
autrefois Noffeigneurs les Princes vos
illuftres & incomparables Predeceffeurs .
Mais il eft tems , MADAME , de finir un
Difcours fi peu digne de la favorable atten
tion que V. A. S. me donne ; & n'eft-il pas
jufte d'ailleurs de ceder la place au langage
du coeur qui fçaura bien mieux fe faire entendre
par les cris de joye & les acclamations
publiques, qu'on ne peut s'exprimerpar
les traits de la plus vive éloquence. Agréez
donc , MADAME , la très humble proteftation
que votre Ville de Monblanc & le Siége de
I iiij Sa
1676 MERCURE DE FRANCE
fa Fuftice , dont j'ai l'honneur d'être le Chef,
font aujourd'hui à V. A. S. d'une profonde
foumiffion & d'une fidelité inviolable &c.
Le St Julien alla enfuite complimenter
le Prince dans fon Appartement , en ces
termes :
MONSEIGNEU NSEIGNEUR ,
La bonté avec laquelle S. A. S. Mada→
me la Princeffe vient de recevoir nos trèsbumbles
hommages , nous eft un préfage affuré
de la vôtres auffifommes nous certains qu'ils
ne vousferont pas défagréables , la grandeur
d'ame fi naturelle à la Maison de Bourbon
étant comme la fource ou plutôt comme l'affemblage
de toutes les vertus Royales. Il n'eft rien
de grand , de glorieux & de louable qu'on
ne doive attendre des Princes qui naiffent
d'un fi noble Sang , &pour en être convaincu
on n'a qu'à jetter les yeux fur nos Hiftoires.
On y verra des Rois dont les vertus n'ont
le
pas
été moins reverées de toute la terre que
leur puiffance ; des Conquerans qui ont pris
des Villes & conquis des Provinces par
feul bruit de leur nom , & des Heros à qui
l'ancienne Rome & la Grece euffent dreffé
des Autels. N'en déplaife au Vainqueur de
l'Afie , on l'eut vû, ce fameux Guerrier, bornerfes
vaftesdeffeins à la deffenfe de la Ma
eedoine,
JUILLET . 1730. 1677
edoine , fi au lieu des Rois de Perſe & des
Generaux des Grecs , il eut rencontré des
Condés : qu'ai-je dit ? il eut rencontré des
Bourbons fur fes pas.
2
Tant de vrai mérite , tant de valeur , tant
d'exemples domestiques firares & fi éclatans
nous permettent-ils , MONSEIGNEUR, de douter
que V. A. S. ne monte bientôt aux plus hauts
degrés des perfections Héroïques ? & la Na-`
ture elle-même qui a tant pris de foin de graver
fur votre visage , où brillent tant de gra
ces , tous les traits de la grandeur & de la
beauté des Heros , ne femble- t'elle pas nous le
promettre ? Oui , MONSEIGNEUR , ces qualités
auguftes que votre tendre jeuneffe nous
représentefi vivement , feront l'admiration de
toute la terre , lorsque la gloire vous aura appellé
dans ces vaftes plaines de Mars
les lauriers toujours d'accord avec les lys ,
vous préparent déja une abondante moiffon.
&C..
on
La Princeffe n'ayant pas jugé à propos
d'accorder aux vives inftances du Peuple
de Pezenas un jour entier de féjour le
fieur Julien fit à ce fujet le Rondeau
fuivant , au nom du Peuple de la Comté
Seroit - c
Pour appaiſer la jufte impatience ,,
D'un Peuple heureux, dont la noble ferveur
Eroit - ce trop'un jour de réfidence ; -
Ly
›
Vient
1678 MERCURE DE FRANCE
Vient publier la joye & le bonheur ,
Que dans ces lieux répand votre prefence ,
Le cas n'eft pas de petite importance ;
S'il ne faifoit qu'honorer l'éminence ,
De ce haut rang où brille la grandeur ,
Seroit -ce tropa
Mais fi par cas , la vertu , la clémence
La Majeſté , l'air , la magnificence ,
Le charme enfin féduiſant notre coeur
Y faifoit naître une difcrete ardeur ,
Dont ne puffions furmonter la puiffance.
Seroit- ce trop ?
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
Le 4 juin, la princesse de Conti et son fils aîné, le prince de Conti, arrivèrent à Pezenas, chef-lieu de la comté du même nom. Ils furent accueillis par des acclamations publiques, la princesse refusant que le canon soit tiré en son honneur. Ils entrèrent par la porte de Conti et traversèrent une rue spacieuse menant à une vaste halle aux ardoises colorées. Cette halle débouchait sur une place magnifique aboutissant à un quai long et large, bordé de belles maisons symétriques avec des balcons. Le quai était terminé par deux fontaines pyramidales offrant une eau abondante et constante. Des feux d'artifice furent allumés aux extrémités du quai, accompagnés d'inscriptions et d'emblèmes en l'honneur de la princesse et du jeune prince. Leur logement fut préparé par les consuls dans des maisons situées au milieu du quai. Le soir, les feux d'artifice furent tirés avec succès, suivis d'un bûcher allumé par les consuls et les bourgeois armés. La ville fut illuminée, attirant un grand nombre d'étrangers venus rendre hommage à la princesse et au prince. Le lendemain matin, la princesse et le prince quittèrent Pezenas, laissant le peuple attristé. Le juge royal de la ville de Monblanc, Julien, adressa des compliments à la princesse et au prince, soulignant leur dignité et leur bonté. Il exprima également le regret du peuple de voir la princesse partir si tôt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 1221-1224
STANCES.
Début :
Cephise en dois-je croire au rapport d'un Enfant ? [...]
Mots clefs :
Céphise, Fable, Bonheur, Amour, Cœur, Joie, Récompense
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texteReconnaissance textuelle : STANCES.
STANCES.
Ephise en dois- je croire au rapport d'us
Enfant
Où dois - je le traiter de fable ?
Fft- ce de votre part qu'il m'a fait compliment ?
Plus ce bonheur me paroît grand ,
Et moins il me paroît croyable !:
Mon coeur , un tel espoir a droit de vous saisir
Ne vous refusez pas à cette joye extrême ;
Il est doux de s'aider à se tromper soi -même
Lorse l'erreur eft un plaisir..
L'Enfant a t'il dit vrai suis - je heureux ? suis -je
à plaindre ?
I. Vol Qui
1222 MERCURE DE FRANCE
Qui pourra m'assurer de sa sincerité ?
Cet âge ne sçait il ni feindre ,
Ni déguiser la verité ?
Non , ce n'est point une imposture ;
Je le crois , j'en ai pour garant
Le petit Dieu qui met mon ame à la torture ;
Il n'eft lui-même qu'un enfant :
Amour , je te ferois injure :
Ji je me défiois de ton âge innocent.
Mais mon doute toûjours revient et m'embarasse,
Dois-je ne point songer aux adieux qu'on m'a
faits ?
Ou remercier d'une grace ,
A laquelle peut-être on ne songea jamais ≥
A chaque inftant mille scrupules ,
De mon esprit flotant redoublent l'embarras ;
S'il faut choisir enfin, ah ! paroissons credules ,
Plûtôt que de paroître ingrats..
Mais je me flatte trop d'une grace incertaine ,
Moy qu'on vit rarement près de vous s'arrêter ,
Moi que vous connoissez à peine ,
Qu'ay-je fait pour la meriter
<
52
TO
D
I. Vala
Sei
JUIN. 1731. 1223
Seroient- ce mes regards , dont l'éloquent silence,
A sans doute trahi les secrets de mon coeur ;
Seroient- ce mon respect , ma timide conſtance
Qui m'ont attiré ce bonheur ?
Seroit- ce qu'entendant quelques flutes plaintives
Troubler pendant la nuit le silence des Airs ,
Vous connussiez la voix de mes ardeurs crain
tives.
Qui s'expliquoient par ces concerts ?
Vous auroit-on appris que mon coeur équitable
Faisoit gloire par tout d'être en bute à vos traits
Auriez- vous sçû combien je vous trouvois ai
mable ?
Et comment en tout lieu je vantois vos attraits ?
D'un éloge sans fard ; est- ce la récompense ?
Cephise , avez-vous crû lui devoir ce retour ?
Je le vois , je dois tout à la reconnoissance ,
Et je ne dois rien à l'amour.
Helas ! peut- être encore la pitié s'y joint- elle ;
Prévoyant la douleur mortelle ,
Dont votre prompt départ accableroit mes sens ,
Vous devintes sensible à ma peine cruelle ,
Et sçûtes l'addoucir par deux mots obligeans.
I. Vol. Oui
224 MERCURE DE FRANCE
Oui , même en apprenant que vous étiez partie
Ces mots sçurent me réjouir :
Mais quel chagrin alors dans mon ame ravie !
Quels transports opposés s'en vinrent me saisir!
Dans le même moment je crus perdre la vie ,
Et de douleur & de plaisir.
Je ne m'expose point , Cephise , à vous déplaire;
En découvrant mes sentimens ;
L'aveu de mon amour n'a rien de téméraire ,
Si l'enfant par votre ordre a fait les complimens
Si la grace eft imaginaire ,
Vous ne sçaurez de qui sont les remerciemens
Ephise en dois- je croire au rapport d'us
Enfant
Où dois - je le traiter de fable ?
Fft- ce de votre part qu'il m'a fait compliment ?
Plus ce bonheur me paroît grand ,
Et moins il me paroît croyable !:
Mon coeur , un tel espoir a droit de vous saisir
Ne vous refusez pas à cette joye extrême ;
Il est doux de s'aider à se tromper soi -même
Lorse l'erreur eft un plaisir..
L'Enfant a t'il dit vrai suis - je heureux ? suis -je
à plaindre ?
I. Vol Qui
1222 MERCURE DE FRANCE
Qui pourra m'assurer de sa sincerité ?
Cet âge ne sçait il ni feindre ,
Ni déguiser la verité ?
Non , ce n'est point une imposture ;
Je le crois , j'en ai pour garant
Le petit Dieu qui met mon ame à la torture ;
Il n'eft lui-même qu'un enfant :
Amour , je te ferois injure :
Ji je me défiois de ton âge innocent.
Mais mon doute toûjours revient et m'embarasse,
Dois-je ne point songer aux adieux qu'on m'a
faits ?
Ou remercier d'une grace ,
A laquelle peut-être on ne songea jamais ≥
A chaque inftant mille scrupules ,
De mon esprit flotant redoublent l'embarras ;
S'il faut choisir enfin, ah ! paroissons credules ,
Plûtôt que de paroître ingrats..
Mais je me flatte trop d'une grace incertaine ,
Moy qu'on vit rarement près de vous s'arrêter ,
Moi que vous connoissez à peine ,
Qu'ay-je fait pour la meriter
<
52
TO
D
I. Vala
Sei
JUIN. 1731. 1223
Seroient- ce mes regards , dont l'éloquent silence,
A sans doute trahi les secrets de mon coeur ;
Seroient- ce mon respect , ma timide conſtance
Qui m'ont attiré ce bonheur ?
Seroit- ce qu'entendant quelques flutes plaintives
Troubler pendant la nuit le silence des Airs ,
Vous connussiez la voix de mes ardeurs crain
tives.
Qui s'expliquoient par ces concerts ?
Vous auroit-on appris que mon coeur équitable
Faisoit gloire par tout d'être en bute à vos traits
Auriez- vous sçû combien je vous trouvois ai
mable ?
Et comment en tout lieu je vantois vos attraits ?
D'un éloge sans fard ; est- ce la récompense ?
Cephise , avez-vous crû lui devoir ce retour ?
Je le vois , je dois tout à la reconnoissance ,
Et je ne dois rien à l'amour.
Helas ! peut- être encore la pitié s'y joint- elle ;
Prévoyant la douleur mortelle ,
Dont votre prompt départ accableroit mes sens ,
Vous devintes sensible à ma peine cruelle ,
Et sçûtes l'addoucir par deux mots obligeans.
I. Vol. Oui
224 MERCURE DE FRANCE
Oui , même en apprenant que vous étiez partie
Ces mots sçurent me réjouir :
Mais quel chagrin alors dans mon ame ravie !
Quels transports opposés s'en vinrent me saisir!
Dans le même moment je crus perdre la vie ,
Et de douleur & de plaisir.
Je ne m'expose point , Cephise , à vous déplaire;
En découvrant mes sentimens ;
L'aveu de mon amour n'a rien de téméraire ,
Si l'enfant par votre ordre a fait les complimens
Si la grace eft imaginaire ,
Vous ne sçaurez de qui sont les remerciemens
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Résumé : STANCES.
Le texte relate les doutes et les émotions d'un individu face à un rapport concernant un enfant. L'auteur oscille entre bonheur et incrédulité, se demandant s'il doit croire à ce rapport ou le considérer comme une fable. Il exprime des scrupules et des doutes sur la sincérité de l'enfant, tout en reconnaissant l'innocence de l'amour. Il se questionne sur la possibilité d'une imposture et sur les raisons pour lesquelles il pourrait mériter ce bonheur, mentionnant ses regards, son respect et sa constance. L'auteur se demande si ses sentiments ont pu être trahis par des flûtes plaintives ou des éloges. Il reconnaît que ce bonheur pourrait être dû à la reconnaissance ou à la pitié. Il évoque également les sentiments contradictoires ressentis lors du départ de Cephise, mêlant douleur et plaisir. L'auteur affirme ne pas chercher à déplaire à Cephise en révélant ses sentiments et ne pas considérer l'aveu de son amour comme téméraire, surtout si la grâce est imaginaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 249-258
EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
Début :
On trouve communément dans Hadrien une Médaille de grand Bronze, [...]
Mots clefs :
Hadrien, Médaille, Hilaritas, Enfants, Femme, Aelius, Empire, Prince, Joie, Adoption
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
EXPLICATION
D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
N trouve communément dans Ha
drien une Médaille de grand Bronze
, où d'un côté est la tête de ce Prince ;
sans Couronne, avec HADRIANUS AUGUS
TUS pour Légende ; et dont le Revers est
chargé d'une femme debout , tenant de
la main droite une longue Palme , apd
Ciij puyés
250 MERCURE DE FRANCE
puyée contre terre , et de la main gauche
une Corne d'abondance ; à ses pieds sont
deux petites figures d'enfans ; la Légende
HILARITAS. P. R.Dans l'Exergue . cos. III .
et dans le Champ de la Médaille , s . c.
Tristan i et Angelloni 2 qui nous ont
donné cette Médaille , l'ont expliquée
diversement,
Le premier , fondé sur un Passage d'Artemidore
, où il est dit que les Palmes
veuës en songe sont des Pronostics
d'une heureuse fécondité , a cru que le
Senat en faisant frapper une Médaille à
Hadrien, avec la Déesse HILARITAS , dont
le Symbole ordinaire est une Palme, avoit
voulu marquer la joie du Peuple Romain
, dans l'esperance où tout l'Empire
étoit que Sabine , femme de ce Prince ,
lui donneroit des Heritiers. Les deux enfans
qu'on voit dans la Médaille , appuyent
ce sentiment ; mais comme cette
Médaille n'est pas du commencement
du Regne d'Hadrien , ce qui se reconnoit
par le titre uni d'HADRIANUS
AUGUSTUS , qu'on y lit , et par la Note
de son troisiéme Consulat pour peu
qu'on fasse d'attention à la maniere dont
1 Comment. Histor. pag. 480. du Tom. 1
La Historia Augusta , pag. 140. de l'Edit. de
Rome, 1631 .
Hadrien
FEVRIER. 1733. 257
Hadrien et Sabine vivoient ensemble , il
n'y a pas beaucoup d'apparence qu'on le
flatat sur ce sujet . Hadrien regardoit Sabine,
comme une femme fâcheuse 1 , dont
l'humeur lui étoit insupportable, et qu'îl
eut répudiée s'il n'eut été que simple particulier.
On prétend même que cette
Princesse ne mourut que du 2 Poison que
son mari lui fit donner. Elle de son côté
lui rendoit bien le change ; on en peut
juger par ce qu'elle disoit elle-même pu
bliquement : 3 Qu'elle avoit toujours fait
tous ses efforts pour n'avoir aucuns, enfans
de son mari , le fruit de pareils embrassemens
ne pouvant être que funeste à
l'Empire. Dans de pareilles conjoncttires
il n'y a pas lieu de croire que le Senat
ait voulu faire frapper une Médaille, qui ,
à l'expliquer comme fait Tristan , auroit
pu passer pour une Satire véritable , ou ,
qui du moins , n'auroit pas manqué d'ap
prêter à rire aux Courtisans assez enclins
déja à la raillerie.
Angelloni n'a gueres mieux réussi . Selon
lui , la Médaille est un monument
dia
I Uxorem etiam ut morosam et asperam
missurus , ut ipse dicebat , si privatusfuisset.Ælius
Spartian. in vita Hadriani .
2 Spartien.
3 Aurel. Victor,
Ciiij de
252 MERCURE DE FRANCE.
de la joie que tout Rome ressentit lorsqu'Hadrien
revint dans cette Ville , après
avoir parcouru toutes les Provinces de
l'Empire. Mais , 1 °.ce retour d'Hadrien est
marqué d'une maniere assez distincte sur
d'autres Médailles . ADVENTUS . AUG . ADVENTUI
AUG. ITALIA , pour ne pas en
chercher des monumens ailleurs . 2 °.Il est
difficile de trouver quelque rapport entre
ces Enfans , gravez sur la Médaille , et
l'arrivée d'un Prince. Angelloni a beau
dire que la joie étant plus particuliere
aux Enfans , on a pu par ce motif les representericy
: Come pure stanno i fanciulli
sempre allegri. Son explication est trop
generale ; et comme elle peut convenir à
tous les succès favorables , elle ne convient
à aucun en particulier.
Pour dire donc quelque chose de plus
précis , je ferai observer qu'HILARITAS ,
avec l'adjonction de P. R. Populi Romani,
ne se trouve que sur les Médailles d'Hadrien
, et sur celles d'Elius - César son
fils adoptif , avec néanmoins quelque
difference dans le Type . La Déesse HILARITAS
, sur les Médailles de ce dernier ,
portant une branche de quelque arbre
au lieu d'une Palme , et n'ayant point
d'Enfans à ses côtez . Cette différence, que
je tâcherai néanmoins d'expliquer , n'a
rapFEVRIER.
1733. 253
rapport qu'à quelques circonstances qui
ne font rien au motif qui a fait frapper
ces Médailles , que je crois toutes les
deux,avoir été pour l'adoption d'Ælius ; er
pour le prouver,je commence par la Médaille
de ce Prince , dont la connoissance
entraînera aisément celle de la Médaille
d'Hadrien.
Les fatigues qu'Hadrien avoit essuiées
dans ses longs voyages , sur tout mar
chant toujours la tête nue dans les saisons
même les plus rigoureuses de l'année
, affoiblirent extrêmement sa santé ;
il tomba dans une maladie , qui diminuant
tous les jours ses forces , le fit
. penser à se choisir un Successeur . Après
avoir jetté les yeux sur plusieurs , que sa
politique lui fit immoler ensuite , lorsque
sa maladie paroissoit moins dangeil
s'arrêta enfin sur Ceionius Com-
´modus , qu'il adoptat , le fit César et lui
changea son nom en celui d'Alius. Ce
dernier ne jouit pas long- temps de ces
écoulé une ne s'étant pas
année depuis son adoption jusqu'à sa
mort ; encore dans ce peu de temps futil
toujours si incommodé , qu'il ne put
pas même remercier Hadrien en plein
Sénat , de l'honneur qu'il lui avoit fait.
Dans un si court espace , ce Prince ma-
Cv Ladif
reuse ,
avantages ,
A
254 MERCURE DE FRANCE
ladif ne put gueres fournir de sujets qui
méritassent d'être consacrez sur les Monnoies.
Aussi toutes celles de ce Prince
ont - elles rapport à son adoption. Qu'y
voit-on en effet , sinon la bonne intelligence
du nouveau César , avec l'Empereur
? CONCORDIA. Son soin à rendre graces
aux Dieux de son élevation ? PIETAS.
TR. L'esperance que les Peuples avoient
conçue de lui , et le bonheur qu'ils attendoient
de son Regne , dans la Médaille
où ces deux Divinitez sont représentées ?
Enfin le Symbole de la Pannonie , Province
dont il avoit eu le Gouvernement,
et qui semble le féliciter sur son avenement
à l'Empire ? PANNONIA . Parmi toutes
ces Médailles , y en a- t-il quelqu'une
qui convienne mieux à son adoption , que
celle où la joie du Peuple Romain est
marquée : HILARITAS. P. R. Les largesses
qu'Hadrien fit à cette occasion au Peuple
et aux Soldats ; les Fêtes qu'il donna dans
le Cirque , en font foy. Dans ces Fêtes ,
dit Spartien , rien ne fut oublié de tout
ce qui pouvoit contribuer à la joie puplique
: Neque quicquam prætermissum quod
posset letitiam publicam frequentare.Ce Passage
semble fait pour la Médaille et fait
connoître , à n'en point douter , que le
motif qui la fit frappér , fut la joie de
tout
FEVRIER. 1733. 255
tout le Peuple Romain pour l'adoption
d'Elius, qui en assurant un Successeur à
l'Empire , assuroit en même temps la
Paix et la tranquillité de ce vaste Corps.
· La Médaille d'Ælius expliquée , celle
d'Hadrien se la trouve aussi; la même occasion
les a fait naître toutes deux , il ne s'a
git que de la difference qui se trouve dans
le Type dont je vais rendre raison .
Hadrien , à son avenement à l'Empire
après la mort de Trajan , fut obligé
avant même de se rendre à Rome,de
que
faire mourir quelques Personnages Consulaires.
Ces éxécutions , quoique justes et
necessaires , indisposerent extrêmement
cette Capitale contre lui. Aussi son premier
soin après s'être rendu au plutôt
dans cette Ville , fut de tâcher par toute
sorte de moyens de dissiper les mauvaises
impressions qu'on avoit conçûës. Pour cet
effet il fit de grandes liberalitez , et entr'autres
Spartien remarque , qu'il augmenta
les sommes que Trajan avoit assi
gnées aux Enfans. Pueris ac puellis quibus
etiam Trajanus alimenta detulerat incrementa
liberalitatis adjecit, Il y a beaucoup d'apparence
, que dans l'adoption d'Elius , où
l'on voit les mêmes Fêtes et les mêmes liberalitez
, Hadrien songea pareillement
aux Enfans , ces largesses étoient nous
Cvj velles
256 MERCURE DE FRANCE
velles , Trajan étoit le premier qui les eut
faites , et elles étoient trop agréables aut
peuple pour les negliger.
Quoi donc de plus naturel , que de fai
re paroître ces Enfans dans une Médaille
frappée pour conserver la mémoire de ces
largesses ? et s'ils ne paroissent point dans
la Médaille d'Ælius , c'est que les largesses
étant faites par Hadrien en vue de ce
Prince , c'étoit à Hadrien que toute la reconnoissance
devoit s'en rapporter ; mais
la joye du Peuple Romain pour l'adoption
d'Ælius éclatoit également en faveur
de ces deux Princes , et devoit par consé
quent paroître également sur les Monnoyes
de l'un et de l'autre , HILARItas.
P. R.
La difference d'un Rameau à une lon
gue palme on branche de quelque arbre ,
ne peut arrêter en aucune maniere ; l'un
et l'autre conviennent parfaitement à la
joye , ainsi qu'on le peut voir par ces
deux Vers , l'un de Rutilius et l'autre de
Juvenal :
Exornent virides communia gaudia Rami į
Ornentur postes , et grandi janua Lauro.
On peut me faire deux Objections aus
quelles je vais répondre.
La
FEVRIER. 1733. 257
La premiere est , qu'il se trouve une
Médaille de Lucille , femme d'Ælius , avec
HILARITAS au revers , qu'on ne peut expliquer
autrement qu'en la rapportant à
la fécondité de cette Princesse , ainsi qu'on
fait de toutes les Médailles des autres impératrices
où cette Legendè se rencontre.
Que l'explication de la Médaille de la
femme emporte l'explication de celle du
mari , et par une conséquence celle d'Hadrien
. Pour répondre à ce raisonnement ,
Outre le que PR qui donne aux Médailles
d'Hadrien et d'Elius quelque chose de
particulier et de relatif entr'elles , ne se
rencontre point sur celles de Lucille , les
Médailles qu'on nous donne pour être
de la femme d'Ælius , sont toutes de Lucille
, femme de L. Vere , ainsi qu'il est
aisé de s'en convaincre si l'on veut se
donner la peine de lire ce que j'ai écrit
sur ce sujet dans le Mercure du mois
d'Août dernier , ainsi l'Objection tombe
d'elle- même.
La seconde Objection est par rapport
à une Médaille d'Hadrien qu'on trouve
gravée dans Oiselius et dans Ant. Augustin
, où l'on voit sous la Legende HILARITAS
. P. R. une femme debout te
nant avec ses deux mains un voile qu'elle
a sur la tête. Ce Type ne peut avoir aus
cune
258 MERCURE DE FRÂNCE
cune convenance avec l'explication que
je donne. Il est vrai que ce revers est extraordinaire
, et que la figure qui y est
représentée , a beaucoup plus de rapport
avec la Pudeur ou la Pieté qu'avec la
Déesse de la Joye ; mais au lieu que cet
emblême peut avoir rapport à quelque
usage , quelque cerémonie qui se pratiquoit
dans les Fêtes publiques , et que
nous ignorons. Il me suffit que la Legende
HILARITAS. P. R. s'y rencontre, puisque
c'est cette joye universelle du Peuple
Romain que j'explique , et non pas toutes
les differentes manieres dont il se servoit
pour la représenter sur ses Monnoyes.
D. P.
A Orleans , ce & Novembre 1732.
D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
N trouve communément dans Ha
drien une Médaille de grand Bronze
, où d'un côté est la tête de ce Prince ;
sans Couronne, avec HADRIANUS AUGUS
TUS pour Légende ; et dont le Revers est
chargé d'une femme debout , tenant de
la main droite une longue Palme , apd
Ciij puyés
250 MERCURE DE FRANCE
puyée contre terre , et de la main gauche
une Corne d'abondance ; à ses pieds sont
deux petites figures d'enfans ; la Légende
HILARITAS. P. R.Dans l'Exergue . cos. III .
et dans le Champ de la Médaille , s . c.
Tristan i et Angelloni 2 qui nous ont
donné cette Médaille , l'ont expliquée
diversement,
Le premier , fondé sur un Passage d'Artemidore
, où il est dit que les Palmes
veuës en songe sont des Pronostics
d'une heureuse fécondité , a cru que le
Senat en faisant frapper une Médaille à
Hadrien, avec la Déesse HILARITAS , dont
le Symbole ordinaire est une Palme, avoit
voulu marquer la joie du Peuple Romain
, dans l'esperance où tout l'Empire
étoit que Sabine , femme de ce Prince ,
lui donneroit des Heritiers. Les deux enfans
qu'on voit dans la Médaille , appuyent
ce sentiment ; mais comme cette
Médaille n'est pas du commencement
du Regne d'Hadrien , ce qui se reconnoit
par le titre uni d'HADRIANUS
AUGUSTUS , qu'on y lit , et par la Note
de son troisiéme Consulat pour peu
qu'on fasse d'attention à la maniere dont
1 Comment. Histor. pag. 480. du Tom. 1
La Historia Augusta , pag. 140. de l'Edit. de
Rome, 1631 .
Hadrien
FEVRIER. 1733. 257
Hadrien et Sabine vivoient ensemble , il
n'y a pas beaucoup d'apparence qu'on le
flatat sur ce sujet . Hadrien regardoit Sabine,
comme une femme fâcheuse 1 , dont
l'humeur lui étoit insupportable, et qu'îl
eut répudiée s'il n'eut été que simple particulier.
On prétend même que cette
Princesse ne mourut que du 2 Poison que
son mari lui fit donner. Elle de son côté
lui rendoit bien le change ; on en peut
juger par ce qu'elle disoit elle-même pu
bliquement : 3 Qu'elle avoit toujours fait
tous ses efforts pour n'avoir aucuns, enfans
de son mari , le fruit de pareils embrassemens
ne pouvant être que funeste à
l'Empire. Dans de pareilles conjoncttires
il n'y a pas lieu de croire que le Senat
ait voulu faire frapper une Médaille, qui ,
à l'expliquer comme fait Tristan , auroit
pu passer pour une Satire véritable , ou ,
qui du moins , n'auroit pas manqué d'ap
prêter à rire aux Courtisans assez enclins
déja à la raillerie.
Angelloni n'a gueres mieux réussi . Selon
lui , la Médaille est un monument
dia
I Uxorem etiam ut morosam et asperam
missurus , ut ipse dicebat , si privatusfuisset.Ælius
Spartian. in vita Hadriani .
2 Spartien.
3 Aurel. Victor,
Ciiij de
252 MERCURE DE FRANCE.
de la joie que tout Rome ressentit lorsqu'Hadrien
revint dans cette Ville , après
avoir parcouru toutes les Provinces de
l'Empire. Mais , 1 °.ce retour d'Hadrien est
marqué d'une maniere assez distincte sur
d'autres Médailles . ADVENTUS . AUG . ADVENTUI
AUG. ITALIA , pour ne pas en
chercher des monumens ailleurs . 2 °.Il est
difficile de trouver quelque rapport entre
ces Enfans , gravez sur la Médaille , et
l'arrivée d'un Prince. Angelloni a beau
dire que la joie étant plus particuliere
aux Enfans , on a pu par ce motif les representericy
: Come pure stanno i fanciulli
sempre allegri. Son explication est trop
generale ; et comme elle peut convenir à
tous les succès favorables , elle ne convient
à aucun en particulier.
Pour dire donc quelque chose de plus
précis , je ferai observer qu'HILARITAS ,
avec l'adjonction de P. R. Populi Romani,
ne se trouve que sur les Médailles d'Hadrien
, et sur celles d'Elius - César son
fils adoptif , avec néanmoins quelque
difference dans le Type . La Déesse HILARITAS
, sur les Médailles de ce dernier ,
portant une branche de quelque arbre
au lieu d'une Palme , et n'ayant point
d'Enfans à ses côtez . Cette différence, que
je tâcherai néanmoins d'expliquer , n'a
rapFEVRIER.
1733. 253
rapport qu'à quelques circonstances qui
ne font rien au motif qui a fait frapper
ces Médailles , que je crois toutes les
deux,avoir été pour l'adoption d'Ælius ; er
pour le prouver,je commence par la Médaille
de ce Prince , dont la connoissance
entraînera aisément celle de la Médaille
d'Hadrien.
Les fatigues qu'Hadrien avoit essuiées
dans ses longs voyages , sur tout mar
chant toujours la tête nue dans les saisons
même les plus rigoureuses de l'année
, affoiblirent extrêmement sa santé ;
il tomba dans une maladie , qui diminuant
tous les jours ses forces , le fit
. penser à se choisir un Successeur . Après
avoir jetté les yeux sur plusieurs , que sa
politique lui fit immoler ensuite , lorsque
sa maladie paroissoit moins dangeil
s'arrêta enfin sur Ceionius Com-
´modus , qu'il adoptat , le fit César et lui
changea son nom en celui d'Alius. Ce
dernier ne jouit pas long- temps de ces
écoulé une ne s'étant pas
année depuis son adoption jusqu'à sa
mort ; encore dans ce peu de temps futil
toujours si incommodé , qu'il ne put
pas même remercier Hadrien en plein
Sénat , de l'honneur qu'il lui avoit fait.
Dans un si court espace , ce Prince ma-
Cv Ladif
reuse ,
avantages ,
A
254 MERCURE DE FRANCE
ladif ne put gueres fournir de sujets qui
méritassent d'être consacrez sur les Monnoies.
Aussi toutes celles de ce Prince
ont - elles rapport à son adoption. Qu'y
voit-on en effet , sinon la bonne intelligence
du nouveau César , avec l'Empereur
? CONCORDIA. Son soin à rendre graces
aux Dieux de son élevation ? PIETAS.
TR. L'esperance que les Peuples avoient
conçue de lui , et le bonheur qu'ils attendoient
de son Regne , dans la Médaille
où ces deux Divinitez sont représentées ?
Enfin le Symbole de la Pannonie , Province
dont il avoit eu le Gouvernement,
et qui semble le féliciter sur son avenement
à l'Empire ? PANNONIA . Parmi toutes
ces Médailles , y en a- t-il quelqu'une
qui convienne mieux à son adoption , que
celle où la joie du Peuple Romain est
marquée : HILARITAS. P. R. Les largesses
qu'Hadrien fit à cette occasion au Peuple
et aux Soldats ; les Fêtes qu'il donna dans
le Cirque , en font foy. Dans ces Fêtes ,
dit Spartien , rien ne fut oublié de tout
ce qui pouvoit contribuer à la joie puplique
: Neque quicquam prætermissum quod
posset letitiam publicam frequentare.Ce Passage
semble fait pour la Médaille et fait
connoître , à n'en point douter , que le
motif qui la fit frappér , fut la joie de
tout
FEVRIER. 1733. 255
tout le Peuple Romain pour l'adoption
d'Elius, qui en assurant un Successeur à
l'Empire , assuroit en même temps la
Paix et la tranquillité de ce vaste Corps.
· La Médaille d'Ælius expliquée , celle
d'Hadrien se la trouve aussi; la même occasion
les a fait naître toutes deux , il ne s'a
git que de la difference qui se trouve dans
le Type dont je vais rendre raison .
Hadrien , à son avenement à l'Empire
après la mort de Trajan , fut obligé
avant même de se rendre à Rome,de
que
faire mourir quelques Personnages Consulaires.
Ces éxécutions , quoique justes et
necessaires , indisposerent extrêmement
cette Capitale contre lui. Aussi son premier
soin après s'être rendu au plutôt
dans cette Ville , fut de tâcher par toute
sorte de moyens de dissiper les mauvaises
impressions qu'on avoit conçûës. Pour cet
effet il fit de grandes liberalitez , et entr'autres
Spartien remarque , qu'il augmenta
les sommes que Trajan avoit assi
gnées aux Enfans. Pueris ac puellis quibus
etiam Trajanus alimenta detulerat incrementa
liberalitatis adjecit, Il y a beaucoup d'apparence
, que dans l'adoption d'Elius , où
l'on voit les mêmes Fêtes et les mêmes liberalitez
, Hadrien songea pareillement
aux Enfans , ces largesses étoient nous
Cvj velles
256 MERCURE DE FRANCE
velles , Trajan étoit le premier qui les eut
faites , et elles étoient trop agréables aut
peuple pour les negliger.
Quoi donc de plus naturel , que de fai
re paroître ces Enfans dans une Médaille
frappée pour conserver la mémoire de ces
largesses ? et s'ils ne paroissent point dans
la Médaille d'Ælius , c'est que les largesses
étant faites par Hadrien en vue de ce
Prince , c'étoit à Hadrien que toute la reconnoissance
devoit s'en rapporter ; mais
la joye du Peuple Romain pour l'adoption
d'Ælius éclatoit également en faveur
de ces deux Princes , et devoit par consé
quent paroître également sur les Monnoyes
de l'un et de l'autre , HILARItas.
P. R.
La difference d'un Rameau à une lon
gue palme on branche de quelque arbre ,
ne peut arrêter en aucune maniere ; l'un
et l'autre conviennent parfaitement à la
joye , ainsi qu'on le peut voir par ces
deux Vers , l'un de Rutilius et l'autre de
Juvenal :
Exornent virides communia gaudia Rami į
Ornentur postes , et grandi janua Lauro.
On peut me faire deux Objections aus
quelles je vais répondre.
La
FEVRIER. 1733. 257
La premiere est , qu'il se trouve une
Médaille de Lucille , femme d'Ælius , avec
HILARITAS au revers , qu'on ne peut expliquer
autrement qu'en la rapportant à
la fécondité de cette Princesse , ainsi qu'on
fait de toutes les Médailles des autres impératrices
où cette Legendè se rencontre.
Que l'explication de la Médaille de la
femme emporte l'explication de celle du
mari , et par une conséquence celle d'Hadrien
. Pour répondre à ce raisonnement ,
Outre le que PR qui donne aux Médailles
d'Hadrien et d'Elius quelque chose de
particulier et de relatif entr'elles , ne se
rencontre point sur celles de Lucille , les
Médailles qu'on nous donne pour être
de la femme d'Ælius , sont toutes de Lucille
, femme de L. Vere , ainsi qu'il est
aisé de s'en convaincre si l'on veut se
donner la peine de lire ce que j'ai écrit
sur ce sujet dans le Mercure du mois
d'Août dernier , ainsi l'Objection tombe
d'elle- même.
La seconde Objection est par rapport
à une Médaille d'Hadrien qu'on trouve
gravée dans Oiselius et dans Ant. Augustin
, où l'on voit sous la Legende HILARITAS
. P. R. une femme debout te
nant avec ses deux mains un voile qu'elle
a sur la tête. Ce Type ne peut avoir aus
cune
258 MERCURE DE FRÂNCE
cune convenance avec l'explication que
je donne. Il est vrai que ce revers est extraordinaire
, et que la figure qui y est
représentée , a beaucoup plus de rapport
avec la Pudeur ou la Pieté qu'avec la
Déesse de la Joye ; mais au lieu que cet
emblême peut avoir rapport à quelque
usage , quelque cerémonie qui se pratiquoit
dans les Fêtes publiques , et que
nous ignorons. Il me suffit que la Legende
HILARITAS. P. R. s'y rencontre, puisque
c'est cette joye universelle du Peuple
Romain que j'explique , et non pas toutes
les differentes manieres dont il se servoit
pour la représenter sur ses Monnoyes.
D. P.
A Orleans , ce & Novembre 1732.
Fermer
Résumé : EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
Le texte décrit une médaille de bronze de l'empereur Hadrien. Sur une face, la tête d'Hadrien est représentée sans couronne, accompagnée de la légende 'HADRIANUS AUGUSTUS'. Sur l'autre face, une femme debout tient une palme et une corne d'abondance, avec deux enfants à ses pieds. La légende indique 'HILARITAS P. R.' et 'cos. III' dans l'exergue, ainsi que 's. c.' dans le champ. Deux historiens, Tristan et Angelloni, ont proposé des interprétations différentes de cette médaille. Tristan suggère que la médaille célèbre la joie du peuple romain à l'idée que Sabine, femme d'Hadrien, pourrait donner des héritiers à l'empereur. Cependant, cette hypothèse est remise en question par les relations conflictuelles entre Hadrien et Sabine. Angelloni propose que la médaille commémore le retour d'Hadrien à Rome après ses voyages dans les provinces de l'Empire. Toutefois, cette interprétation est également contestée, notamment en raison de la présence des enfants sur la médaille, qui ne semble pas directement liée à un retour triomphal. L'auteur du texte avance une autre explication : la médaille célèbre l'adoption d'Ælius César, fils adoptif d'Hadrien. Cette adoption a suscité une grande joie parmi le peuple romain, car elle assurait la continuité de l'Empire et la paix. Les largesses et les fêtes organisées par Hadrien à cette occasion sont mentionnées comme des éléments de cette célébration. La présence des enfants sur la médaille est justifiée par les libéralités accordées aux enfants par Hadrien, une pratique initiée par Trajan et poursuivie par Hadrien pour renforcer la popularité de son fils adoptif.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 1352-1361
RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
Début :
M. le Duc de Valentinois ayant mandé qu'il partiroit de Paris le troisiéme [...]
Mots clefs :
Monaco, Honoré III, Prince de Monaco, Duc de Valentinois, Prince, Place, Ville, Palais, Principauté, Église, Joie, Peuple, Garnison, Cure
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
RELATION de ce qui s'est passé
à Monaco à l'occasion de l'arrivée de
S. A. Honoré III. Princ: de Monaco ,
et de son Avenement à la Souveraineté,
sous l'Administration de M. le Duc de
Valentinois , Pair de France , son Pere,
M
le Duc de Valentinois ayant mandé
qu'il partiroit de Paris le troisiéme
du mois de May pour se rendre
à Monaco avec M. le Prince son fils ,
M. le Chevalier de Grimaldi , Gouverneur
General de la Principauté , envoya
le 21 May à Cannes , Ville Maritime de
Provence , les deux Chalouppes de S. A.
magnifiquement équippées , avec son
Capitaine des Gardes pour les y recevoir;
il fit embarq er aussi quelques Musiciens
et Symphonistes pour amuser le
I k Vol. jeune
JUIN. 1734 1353
Jeune Prince , pendant le petit trajet de
Mer qu'il avoit à faire pour la premiere
fois.
Le treizième , les Chalouppes ayant
paru à la hauteur de la Place , le Canon
commença à tirer et continua par une
salve de 130 coups , au bruit de laquelle
S. A. entra dans les Appartemens de son
Palais.
Tous les Bâtimens qui se trouverent
dans le Port , firent aussi une décharge
de leur Artillerie, lorsque les Chalouppes
y entrérent.
Le Corps qui compo e le Magistrat
et les Principaux de la Ville , suivis d'un
nombre infini d'autres personnes , accoururent
en foule pour se trouver au débarquement
: il se fit aux acclamations de
tout le Peuple qui marquoit son contentement
par les démonstrations de la joye
la plus parfaite.
A la premiere Barriere de la Ville le
Prince trouva M. de Mongremier , Lieutenant
pour le Roy dans la Place , avec
le Comte d'Aunay , Colonel du Regiment
de Vexin , et les Officiers de la
Garnison qui s'étoient avancez pour le
recevoir , et qui le complimenterent sur
son arrivée. On entra ensuite dans la
Place où toute la Garnison
II. Vol.
و
E
qui étoit
Sous
· 1354 MERCURE DE FRANCE
sous les armes , rendit les honneurs dûs
au Souverain de Monaco .
,
Le soir du même jour il y eut dans
toute la Ville de grandes illuminations ,
des feux de joye , beaucoup de déchar
ges d'Artillerie , et de feu d'artifice ;
tout le Peuple accourut en même tems
sur la Place d'Armes au - dessous des
fenêtres du Palais , applaudissant par de
nouvelles acclamations, mêlées de danses,
à l'heureuse arrivée de son Prince.
>
Le lendemain 14. le Magistrat s'étant
rendu à l'heure marquée au Palais en
habit de cérémonie eut l'honneur de
haranguer S. A , au nom de la Ville . Le
Curé de l'Eglise principale , à la tête de
son Clergé, fic la même chose . Toutes les
Dames se présentérent ensuite pour saluer
le Prince .
Pendant la journée ce ne furent que
Fêtes , Danses et continuelles acclamations
de la part du peuple assemblé
dans la grande Place,vis à - vis les Appartemens
du Prince. Les feux , les illuminations
et les réjouissances continuerent
tout le Samedy 15. jusqu'à minuit.
Le 16 , jour destiné pour l'Entrée publique
, S. A. sortit de la Ville sur les
cinq heures du soir ; et après avoir fait
un tour de promenade , il revint sur ses
pas. PenJUIN.
1734 1355
Pendant ce tems- là M. le Chevalier
de Grimaldi , Gouverneur General de la
Principauté , le Magistrat avec tout le
Clergé précedé par la Croix , les Prêtres
en surplis , le Curé et ses deux Assi tans
revêtus de Chappes , allerent à la rencontre
de S. A. ju ques à la premiere
Barriere . Dès qu'el.e y fat arrivée, le Che
valier de G.inaldi , en a qualité , lui présenta
les Clefs de la Ville dans un bassin
de vermeil . M. l'Auditeur , Juge Principal
et Chef du Magis rat , la complimenta
sur son Avénement à la Principauré.
Après ce cérémonial S. A. se mit
genoux sur un Prie Dieu préparé ;
M. le Curé s'étant avancé avec ses Assistans
lui présenta la Croix à baiser ; et
après qu'il eut recité les prieres prescrites
par le Rituel Romain , S. A. se leva
et se mit sous le Diis , porté par les Officiers
de la Magistrature .
à
·
Dans le même tems le Clergé entonna
le Pseaume Benedictus Dominu Deus meus
&c. et S. A. se mit en marche , entourée
de ses Gardes duCorps et des Gens de sa
Cour , pour se rendre à la grande Eglise.
Toutes les Maisons des Rues par où
se faisoit la marche ; étoient ornées de
tapisseries Il y avoit aussi trois gran.is
Arcs de triomphe à des di tance pro-
Eij por II. Vol.
135 MERCURE DE FRANCE
portionnées , ornez de figures Allegoriques
, d'Emblêmes, de Festons &c . éclairez
de quantité de flambeaux , et d'une
infinité de bougies. La Garnison sous les
armes étoit en haye , à droite et à gauche,
de puisle premier Corps de Garde jusques
aux Portes de la grande Eglise.
Cette Eglise étoit richement ornée par
des Tapisseries de brocard d'or, de damas
et de velours cramoisy qui alloient jusqu'à
la voûte. Les illuminations répondoient à
tout le reste ; outre les Lustres de cristal
et la quantité de cierges dont toutes les
Chapelles étoient illuminées , on en avoit
placé trois cent sur le grand Autel .
S. A. étant entrée dans l'Eglise s'avança
jusqu'au milieu du choeur et se mit à genoux
sur un Prie - Dieu , placé sous un
Dais qui étoit suspendu . Le Pseaume
Benedictus étant achevé, le Curé officiant
chanta le verset , O Salutaris Hostia ;
et dans le même temps on fit l'Exposition
du Saint Sacrement ; il entonna
ensuite le Te Deum , et la Place fit aussitôt
une nouvelle salve de 24 piéces de
canon. Après le Te Deum le même Officiant
donna la Bénédiction par laquelle
la cérémonie Ecclesiastique fut terminée.
Le Prince ayant alors quitté son Prie-
Dieu , se mit de nouveau sous le Dais
II Vol
porté
JUIN. 1734 1357
porté par les Magistrats et marcha ainsi
jusqu'aux Portes de l'Eglise précedé par
tout le Clergé , et après avoir reçu un
autre compliment de M. le Curé , il se
rendit au Palais , entouré de ses Gardes du
Corps et suivi par les Gens de sa Cour ,
aux acclamations réïterées de tout le Peuple.
Il passa au milieu des Troupes de
la Garnison qui continuoient à border la
haye à droite et à gauche , et il reçut le
salut accoutumé de la part des Offi
ciers.
Dans ce tems- là , Mrs de la Ville firent
couler quatre fontaines de vin deux
sur la Place et deux à chaque côté du
premier Arc de triomphe. S. A. fit jetter
de l'argent au Peuple , et en fit en
même tems distribuer aux Troupes et aux
Pauvres de la Ville.
Le soir du même jour , les illuminations
, les feux de joye et d'artifice furent
renouvellez dans toute la Ville
fit une autre salve de canon . La Fête
et on
finit par un grand repas donné au Palais ,
où les Officiers Majors de la Place et ceux
de la Garnison furent invitez , ainsi que
les principaux Habitans de Monaco . Ce
jour- là se trouvoit heureusement celui
de la Fête de S. Honoré , dont le Prince
porte le nom.
II. Vol.
E iij Le
1358 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , sur les cinq heures du soir
S. A. assise sous un Dais reçut dans la
grande Sale de son Palais le serment de
fidelité de la part de ses sujets de la Principauté
de Monaco .
Le soir toute la jeunesse de la Ville,
pour marquer plus particulierement sa
joye , fit dresser trois tables sur la grande
Place au de sous des fenêtres des Appartemens
du Prince , et donna un grand
souper qui fut accompagné de salves
réïterées , de boëtes , de concerts , de voix
d'instruments , de danses , avec un concours
extraordinaire de Peuple.
Le 18 au soir , il y eut pareillement
une grande réjouissance au Port . Le Bâtiment
armé qui sert de Garde- côte parut
tout illuminé, tant le longde son bord,
que sur ses vergues , ornées de flammes
et de banderoles : plusieurs autres moin
dres Batimens , Chaloupes , Bâteaux & c.
illuminez par des feux godronnez , firent
entr'eux une espece de combat naval par
des décharges de leur Mousqueterie, tandis
que le gros Vaisseau répondoit de
son Artillerie. Les fux de joye et d'artifices
et les décharges de quantité de boëtes
continuerent une grande partie de la nuit,
le tout par un tems calme et à souhait.
Le 19 au soir le Prince donna un .
II. Vol. grand
JUIN. £734. 1359
grand Bal au Palais , accompagné d'une
magnifique colation .
Il se propose
de faire également son
Entrée publique à Menton , autre Ville
de la même Principauté . Par les préparatif
qui s'y font , il est à présumer que
S. A. n'aura pas moins lieu d'être satisfaite
de sa réception , qu'elle vient de
l'être à Monaco.
INSCRIPTIONS
des Arcs de
Triomphe , érigez dans Monaco à
l'occasion de cette Entrée.
HONORATO III.
Monaci Principi optimo,
In ipso adolescentiaflore
Maturo, augusti genitoris judicio,
Supremi Principatûs gubernaculis admoto ,
Populus Monacensis
·Paterna providentia applaudens
In signum grati animi dulcisque sui amor
Hunc triumphalem Arcum
Erexit.
Die xxvi. Maii M. DCC. XXXIV.
HONORATUS.
Tertius Nomine ,
Sed nobilitate , ingenio , ac animi dotibus,
Nemini secundus
II. Vol. E iilj
Prin
1360 MERCURE DE FRANCE
Principatus dignitatempaternâ liberalitate collatan
Prematurè adeptus
Longam Populorum felicitatem promittit ,
Si justa magnarum rerum spei
Ab egregia ejus indole in omnibus excitata ,
Anni juxtà communem votum
Respondeant.
HONORATUS III.
Primitias amoris Paterni
Non tam natura beneficio ,
Quam excelsis animi Dotibus
Et corporis formá imperio digná
Promeritus
Supremam Principis dignitatem
Ab optimo piissimoque Parente ,
Antè diem ultrò sibi delatam ,
·Populorum felicitati ac gaudio ante diem
Studens
Triumphali pompâ non invitus
Ostentat.
TRADUCTION.
Les Habitans de Monaco applaudissant à la
sage prévoyance paternelle , ont érigé cet Arc
de Triomphe en l'honneur du très- excellent
Prince de Monaco , HONORE' III. qui par
le jugement reflechi d'un illustre Pere , est parvenu
à la souveraine Principauté à la fleur de son
âge , le 16. May, 1734 .
II. Vol. Honoré
JUIN.
1261 1734.
Honoré III. du nom , mais qui ne le cede.
à personne en noblesse , en esprit et par les
belles qualitez de son coeur , parvenu avant le
temps à la Principauté , par la pure liberalité
d'un aimable Pere , promet à ses Peuples un
bonheur constant et durable , si les années répondent
aux grandes esperances que la beauté de
son caractere a fait concevoir à tout le monde.
Honoré III. qui a mérité les prémices de
P'amour paternel , moins par un bienfait de la
Nature , que par les belles qualitez de son coeur ,
et par celles du corps , dignes du Trône , travaillant
au bonheur des Peuples et occupé de
leur prosperité , fair remarquer avec joye dans
sa marche triomphale la dignité de Prince dont
il est revétu , par la faveur et la grace du meilleur
et du plus tendre de tous les Peres.
à Monaco à l'occasion de l'arrivée de
S. A. Honoré III. Princ: de Monaco ,
et de son Avenement à la Souveraineté,
sous l'Administration de M. le Duc de
Valentinois , Pair de France , son Pere,
M
le Duc de Valentinois ayant mandé
qu'il partiroit de Paris le troisiéme
du mois de May pour se rendre
à Monaco avec M. le Prince son fils ,
M. le Chevalier de Grimaldi , Gouverneur
General de la Principauté , envoya
le 21 May à Cannes , Ville Maritime de
Provence , les deux Chalouppes de S. A.
magnifiquement équippées , avec son
Capitaine des Gardes pour les y recevoir;
il fit embarq er aussi quelques Musiciens
et Symphonistes pour amuser le
I k Vol. jeune
JUIN. 1734 1353
Jeune Prince , pendant le petit trajet de
Mer qu'il avoit à faire pour la premiere
fois.
Le treizième , les Chalouppes ayant
paru à la hauteur de la Place , le Canon
commença à tirer et continua par une
salve de 130 coups , au bruit de laquelle
S. A. entra dans les Appartemens de son
Palais.
Tous les Bâtimens qui se trouverent
dans le Port , firent aussi une décharge
de leur Artillerie, lorsque les Chalouppes
y entrérent.
Le Corps qui compo e le Magistrat
et les Principaux de la Ville , suivis d'un
nombre infini d'autres personnes , accoururent
en foule pour se trouver au débarquement
: il se fit aux acclamations de
tout le Peuple qui marquoit son contentement
par les démonstrations de la joye
la plus parfaite.
A la premiere Barriere de la Ville le
Prince trouva M. de Mongremier , Lieutenant
pour le Roy dans la Place , avec
le Comte d'Aunay , Colonel du Regiment
de Vexin , et les Officiers de la
Garnison qui s'étoient avancez pour le
recevoir , et qui le complimenterent sur
son arrivée. On entra ensuite dans la
Place où toute la Garnison
II. Vol.
و
E
qui étoit
Sous
· 1354 MERCURE DE FRANCE
sous les armes , rendit les honneurs dûs
au Souverain de Monaco .
,
Le soir du même jour il y eut dans
toute la Ville de grandes illuminations ,
des feux de joye , beaucoup de déchar
ges d'Artillerie , et de feu d'artifice ;
tout le Peuple accourut en même tems
sur la Place d'Armes au - dessous des
fenêtres du Palais , applaudissant par de
nouvelles acclamations, mêlées de danses,
à l'heureuse arrivée de son Prince.
>
Le lendemain 14. le Magistrat s'étant
rendu à l'heure marquée au Palais en
habit de cérémonie eut l'honneur de
haranguer S. A , au nom de la Ville . Le
Curé de l'Eglise principale , à la tête de
son Clergé, fic la même chose . Toutes les
Dames se présentérent ensuite pour saluer
le Prince .
Pendant la journée ce ne furent que
Fêtes , Danses et continuelles acclamations
de la part du peuple assemblé
dans la grande Place,vis à - vis les Appartemens
du Prince. Les feux , les illuminations
et les réjouissances continuerent
tout le Samedy 15. jusqu'à minuit.
Le 16 , jour destiné pour l'Entrée publique
, S. A. sortit de la Ville sur les
cinq heures du soir ; et après avoir fait
un tour de promenade , il revint sur ses
pas. PenJUIN.
1734 1355
Pendant ce tems- là M. le Chevalier
de Grimaldi , Gouverneur General de la
Principauté , le Magistrat avec tout le
Clergé précedé par la Croix , les Prêtres
en surplis , le Curé et ses deux Assi tans
revêtus de Chappes , allerent à la rencontre
de S. A. ju ques à la premiere
Barriere . Dès qu'el.e y fat arrivée, le Che
valier de G.inaldi , en a qualité , lui présenta
les Clefs de la Ville dans un bassin
de vermeil . M. l'Auditeur , Juge Principal
et Chef du Magis rat , la complimenta
sur son Avénement à la Principauré.
Après ce cérémonial S. A. se mit
genoux sur un Prie Dieu préparé ;
M. le Curé s'étant avancé avec ses Assistans
lui présenta la Croix à baiser ; et
après qu'il eut recité les prieres prescrites
par le Rituel Romain , S. A. se leva
et se mit sous le Diis , porté par les Officiers
de la Magistrature .
à
·
Dans le même tems le Clergé entonna
le Pseaume Benedictus Dominu Deus meus
&c. et S. A. se mit en marche , entourée
de ses Gardes duCorps et des Gens de sa
Cour , pour se rendre à la grande Eglise.
Toutes les Maisons des Rues par où
se faisoit la marche ; étoient ornées de
tapisseries Il y avoit aussi trois gran.is
Arcs de triomphe à des di tance pro-
Eij por II. Vol.
135 MERCURE DE FRANCE
portionnées , ornez de figures Allegoriques
, d'Emblêmes, de Festons &c . éclairez
de quantité de flambeaux , et d'une
infinité de bougies. La Garnison sous les
armes étoit en haye , à droite et à gauche,
de puisle premier Corps de Garde jusques
aux Portes de la grande Eglise.
Cette Eglise étoit richement ornée par
des Tapisseries de brocard d'or, de damas
et de velours cramoisy qui alloient jusqu'à
la voûte. Les illuminations répondoient à
tout le reste ; outre les Lustres de cristal
et la quantité de cierges dont toutes les
Chapelles étoient illuminées , on en avoit
placé trois cent sur le grand Autel .
S. A. étant entrée dans l'Eglise s'avança
jusqu'au milieu du choeur et se mit à genoux
sur un Prie - Dieu , placé sous un
Dais qui étoit suspendu . Le Pseaume
Benedictus étant achevé, le Curé officiant
chanta le verset , O Salutaris Hostia ;
et dans le même temps on fit l'Exposition
du Saint Sacrement ; il entonna
ensuite le Te Deum , et la Place fit aussitôt
une nouvelle salve de 24 piéces de
canon. Après le Te Deum le même Officiant
donna la Bénédiction par laquelle
la cérémonie Ecclesiastique fut terminée.
Le Prince ayant alors quitté son Prie-
Dieu , se mit de nouveau sous le Dais
II Vol
porté
JUIN. 1734 1357
porté par les Magistrats et marcha ainsi
jusqu'aux Portes de l'Eglise précedé par
tout le Clergé , et après avoir reçu un
autre compliment de M. le Curé , il se
rendit au Palais , entouré de ses Gardes du
Corps et suivi par les Gens de sa Cour ,
aux acclamations réïterées de tout le Peuple.
Il passa au milieu des Troupes de
la Garnison qui continuoient à border la
haye à droite et à gauche , et il reçut le
salut accoutumé de la part des Offi
ciers.
Dans ce tems- là , Mrs de la Ville firent
couler quatre fontaines de vin deux
sur la Place et deux à chaque côté du
premier Arc de triomphe. S. A. fit jetter
de l'argent au Peuple , et en fit en
même tems distribuer aux Troupes et aux
Pauvres de la Ville.
Le soir du même jour , les illuminations
, les feux de joye et d'artifice furent
renouvellez dans toute la Ville
fit une autre salve de canon . La Fête
et on
finit par un grand repas donné au Palais ,
où les Officiers Majors de la Place et ceux
de la Garnison furent invitez , ainsi que
les principaux Habitans de Monaco . Ce
jour- là se trouvoit heureusement celui
de la Fête de S. Honoré , dont le Prince
porte le nom.
II. Vol.
E iij Le
1358 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , sur les cinq heures du soir
S. A. assise sous un Dais reçut dans la
grande Sale de son Palais le serment de
fidelité de la part de ses sujets de la Principauté
de Monaco .
Le soir toute la jeunesse de la Ville,
pour marquer plus particulierement sa
joye , fit dresser trois tables sur la grande
Place au de sous des fenêtres des Appartemens
du Prince , et donna un grand
souper qui fut accompagné de salves
réïterées , de boëtes , de concerts , de voix
d'instruments , de danses , avec un concours
extraordinaire de Peuple.
Le 18 au soir , il y eut pareillement
une grande réjouissance au Port . Le Bâtiment
armé qui sert de Garde- côte parut
tout illuminé, tant le longde son bord,
que sur ses vergues , ornées de flammes
et de banderoles : plusieurs autres moin
dres Batimens , Chaloupes , Bâteaux & c.
illuminez par des feux godronnez , firent
entr'eux une espece de combat naval par
des décharges de leur Mousqueterie, tandis
que le gros Vaisseau répondoit de
son Artillerie. Les fux de joye et d'artifices
et les décharges de quantité de boëtes
continuerent une grande partie de la nuit,
le tout par un tems calme et à souhait.
Le 19 au soir le Prince donna un .
II. Vol. grand
JUIN. £734. 1359
grand Bal au Palais , accompagné d'une
magnifique colation .
Il se propose
de faire également son
Entrée publique à Menton , autre Ville
de la même Principauté . Par les préparatif
qui s'y font , il est à présumer que
S. A. n'aura pas moins lieu d'être satisfaite
de sa réception , qu'elle vient de
l'être à Monaco.
INSCRIPTIONS
des Arcs de
Triomphe , érigez dans Monaco à
l'occasion de cette Entrée.
HONORATO III.
Monaci Principi optimo,
In ipso adolescentiaflore
Maturo, augusti genitoris judicio,
Supremi Principatûs gubernaculis admoto ,
Populus Monacensis
·Paterna providentia applaudens
In signum grati animi dulcisque sui amor
Hunc triumphalem Arcum
Erexit.
Die xxvi. Maii M. DCC. XXXIV.
HONORATUS.
Tertius Nomine ,
Sed nobilitate , ingenio , ac animi dotibus,
Nemini secundus
II. Vol. E iilj
Prin
1360 MERCURE DE FRANCE
Principatus dignitatempaternâ liberalitate collatan
Prematurè adeptus
Longam Populorum felicitatem promittit ,
Si justa magnarum rerum spei
Ab egregia ejus indole in omnibus excitata ,
Anni juxtà communem votum
Respondeant.
HONORATUS III.
Primitias amoris Paterni
Non tam natura beneficio ,
Quam excelsis animi Dotibus
Et corporis formá imperio digná
Promeritus
Supremam Principis dignitatem
Ab optimo piissimoque Parente ,
Antè diem ultrò sibi delatam ,
·Populorum felicitati ac gaudio ante diem
Studens
Triumphali pompâ non invitus
Ostentat.
TRADUCTION.
Les Habitans de Monaco applaudissant à la
sage prévoyance paternelle , ont érigé cet Arc
de Triomphe en l'honneur du très- excellent
Prince de Monaco , HONORE' III. qui par
le jugement reflechi d'un illustre Pere , est parvenu
à la souveraine Principauté à la fleur de son
âge , le 16. May, 1734 .
II. Vol. Honoré
JUIN.
1261 1734.
Honoré III. du nom , mais qui ne le cede.
à personne en noblesse , en esprit et par les
belles qualitez de son coeur , parvenu avant le
temps à la Principauté , par la pure liberalité
d'un aimable Pere , promet à ses Peuples un
bonheur constant et durable , si les années répondent
aux grandes esperances que la beauté de
son caractere a fait concevoir à tout le monde.
Honoré III. qui a mérité les prémices de
P'amour paternel , moins par un bienfait de la
Nature , que par les belles qualitez de son coeur ,
et par celles du corps , dignes du Trône , travaillant
au bonheur des Peuples et occupé de
leur prosperité , fair remarquer avec joye dans
sa marche triomphale la dignité de Prince dont
il est revétu , par la faveur et la grace du meilleur
et du plus tendre de tous les Peres.
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Résumé : RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
Le texte décrit l'arrivée et l'accession au trône d'Honoré III, Prince de Monaco, sous la régence de son père, le Duc de Valentinois. Le 21 mai, le Chevalier de Grimaldi, Gouverneur Général de la Principauté, envoya des chaloupes à Cannes pour accueillir le Duc de Valentinois et le jeune Prince. Le 13 juin, à l'arrivée des chaloupes à Monaco, une salve de 130 coups de canon fut tirée, et le Prince fut accueilli par des acclamations et des démonstrations de joie du peuple. Ce soir-là, des illuminations, des feux de joie et des feux d'artifice furent allumés dans toute la ville. Le lendemain, le Magistrat et le Clergé haranguèrent le Prince, et des fêtes et des danses continuèrent toute la journée. Le 16 juin, jour de l'entrée publique, le Prince fut accueilli par le Chevalier de Grimaldi et le Magistrat, qui lui présentèrent les clefs de la ville. Après une cérémonie religieuse à l'église, le Prince distribua de l'argent au peuple et aux troupes. Les célébrations inclurent des fontaines de vin, des illuminations et un grand repas au Palais. Le 17 juin, le Prince reçut le serment de fidélité de ses sujets. Les réjouissances se poursuivirent avec des bals, des concerts et des feux d'artifice. Le Prince prévoyait également une entrée publique à Menton. Des arcs de triomphe furent érigés à Monaco, portant des inscriptions en latin célébrant les qualités et l'accession au trône d'Honoré III.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 47-48
L'AVARE ET L'INDIGENT. CONTE MORAL. Par M. BAILLET de Saint-Julien.
Début :
Au fond d'un bois, certain riche usuraire [...]
Mots clefs :
Bonheur, Joie, Avare, Indigent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AVARE ET L'INDIGENT. CONTE MORAL. Par M. BAILLET de Saint-Julien.
L'AVARE ET L'INDIGENT.
CONTE MORA L.
Par M. BAILLET de Saint- Julien .
Au fond d'un bois , certain riche ufuraire
Avoit un foir enterré fon argent ;
Un malheureux qu'obſédoit ſa miſere
Y fut conduit par le fort indulgent :
Il terminoit fon deſtin outrageant ,
Il s'alloit pendre , & la barque étoit prête
A le paffer ; quand tout à coup l'arrête
Certain éclat qui vient frapper fes yeux :
Il fouille , il trouve un tréfor précieux.
Ravi , Dieu fçait ! vous le charge , & l'emporte.
L'inftant d'après arrive fans eſcorte
Feffe-Mathieu , mais c'étoit un peu tard;
De tréfor plus. Comment plus ! pas un liard
N'étoit refté ; complette étoit la proie
Du laronneau ; rien n'étoit excepté
De fon butin. Qu'on juge de fa joie !
Uniquement à l'arbre étoit refté
Un bout de corde en guiſe de monnoie.
Matthieu Feffard voulut bien s'en payer ,
Et haut & court fe pendit fans quartier.
48 MERCURE DE FRANCE.
Souvent le fort a plus d'un bon caprice ,
Et pour changer , fe mêle de juftice :
Le mérite eft par lui récompenſé ;
Lorfque fon bras s'abuſe ou s'eſt laffè,
Si notre joie enfin n'eft pas durable ,
Nul n'eft auffi conftamment miférable .
Sans nous laffer à chercher des témoins ;
Voyez celui dont parle cette Fable :
Le bonheur vient quand on l'attend le moins,
C'est là fon tic . O bonheur ſecourable !
Nous t'éloignons fouvent par trop de ſoins .
CONTE MORA L.
Par M. BAILLET de Saint- Julien .
Au fond d'un bois , certain riche ufuraire
Avoit un foir enterré fon argent ;
Un malheureux qu'obſédoit ſa miſere
Y fut conduit par le fort indulgent :
Il terminoit fon deſtin outrageant ,
Il s'alloit pendre , & la barque étoit prête
A le paffer ; quand tout à coup l'arrête
Certain éclat qui vient frapper fes yeux :
Il fouille , il trouve un tréfor précieux.
Ravi , Dieu fçait ! vous le charge , & l'emporte.
L'inftant d'après arrive fans eſcorte
Feffe-Mathieu , mais c'étoit un peu tard;
De tréfor plus. Comment plus ! pas un liard
N'étoit refté ; complette étoit la proie
Du laronneau ; rien n'étoit excepté
De fon butin. Qu'on juge de fa joie !
Uniquement à l'arbre étoit refté
Un bout de corde en guiſe de monnoie.
Matthieu Feffard voulut bien s'en payer ,
Et haut & court fe pendit fans quartier.
48 MERCURE DE FRANCE.
Souvent le fort a plus d'un bon caprice ,
Et pour changer , fe mêle de juftice :
Le mérite eft par lui récompenſé ;
Lorfque fon bras s'abuſe ou s'eſt laffè,
Si notre joie enfin n'eft pas durable ,
Nul n'eft auffi conftamment miférable .
Sans nous laffer à chercher des témoins ;
Voyez celui dont parle cette Fable :
Le bonheur vient quand on l'attend le moins,
C'est là fon tic . O bonheur ſecourable !
Nous t'éloignons fouvent par trop de ſoins .
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Résumé : L'AVARE ET L'INDIGENT. CONTE MORAL. Par M. BAILLET de Saint-Julien.
Le conte 'L'Avare et l'Indigent' de M. Baillet de Saint-Julien relate l'histoire de Mathieu Feffard, un riche avare qui a caché son argent dans un bois. Un indigente, désespéré par sa pauvreté, se rend au même endroit pour se pendre et découvre par hasard le trésor enterré. Il s'en empare. Peu après, Mathieu Feffard arrive mais ne trouve plus rien, sauf un bout de corde. Désespéré, il se pend avec cette corde. Le conte met en lumière la justice imprévisible du sort, où le mérite est parfois récompensé de manière inattendue. Le bonheur survient souvent lorsque l'on s'y attend le moins, et les excès de prudence peuvent éloigner cette chance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 133-140
Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
Début :
Vous avez pris, Monsieur, une trop grande part à l'établissement du College [...]
Mots clefs :
Collège, Collège du Belley, Belley, Marquis de Paulmy, Ministre, Honneur, Province, Coeur, Joie, Chanoine, Guerre, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
Lettre écrite de Belley , à l'occafion du paſſage
de M. le Marquis de Paulmy par cette
ville.
Ous avez pris , Monfieur , une trop
grande part à l'établiffement
du Cotlege
du Belley , dont j'eus l'honneur de
vous entretenir , il y a quelques mois ( 1 ) ,
pour vous laiffer ignorer fes actions d'éclat
& fes fuccés , dans les occafions furtout
qui intéreffent particulierement
la ville
& la province. Vous conviendrez
aifément
que le paffage de M. le Marquis de
Paulmy par Belley , eft un de ces momens
précieux également propres à s'attirer
l'attention de nos Mufes , & à exciter la
joie dans le coeur de nos citoyens .
Ce Miniftre arriva ici le famedi s Juil- S
let dernier fur les dix heures du foir. La
porte de la ville par laquelle il fit fon entrée
, étoit illuminée avec gout , & chargée
d'un cartouche , où on lifoit cette infcription
, qui étoit de M. Vinfon , Chanoine
Régulier de S. Antoine , Syndic du
College.
( 1 ) Voyez le Mercure d'Avril de cette année,
Page 147.
134 MERCURE DE FRANCE.
Felici Adventui
Supremi Bellorum Moderatoris
Tanto exultans hofpite
Bellicenfis Civitas
Plaudit.
L'écuffon des armes de M. le Marquis
de Paulmy faifoit partie de la décoration
de la porte. Vous fçavez que ce font deux
lions d'or paffans fur un fond d'azur . M.
Vinfon y avoit fait ajouter ce mot , Defenfuri
incedunt ; allufion noble , qui caracrerife
heureufement les fonctions du Miniftre
occupé pour lors à la vifite de nos
places de guerre.
L'infcription qui étoit placée fur la façade
de l'Hôtel de ville , pareillement illuminée
, eft de la même main , & elle exprime
la même penfée avec plus de développement
:
Vigilantiffimo
Belli Adminiftro ,
Provincias Tutanti Prafentiá ,
Hoftes Providentia Continenti ,
Gratulatur Bellicium.
Le lendemain de fon arrivée , M. le
Marquis de Paulniy reçut les complimens
des Syndics de la province, & des Corps
DECEMBRE. 1755. 135.
de la ville. Voici celui qui fut prononcé
par M. Granier , Chanoine Régulier de S.
Antoine , Profeffeur de Rhétorique , &
qui fut également gouté du Miniftre &
du Public.
Monfeigneur , votre arrivée eft l'é-
" poque de la joie publique , & vous êtes ,
» Monfeigneur , le digne objet de notre
» admiration & de nos hommages . La na-
» ture , en vous comblant de fes dons les
plus rares , vous infpira l'ardeur de les
» cultiver. Aux talens fupérieurs vous
» joignîtes bientôt les connoiffances les
plus vaftes , les plus fublimes vertus ,
» & vous fçûtes toujours tempérer leur
» éclat par le voile attrayant des qualités
» fociables. Dans un âge encore tendre
» vous fixâtes les regards du Monarque &
" les fuffrages du public. La carriere eft
» d'abord ouverte aux grands hommes.
» Leur mérite en marque l'étendue . Une
nation prudente & notre ancienne alliée
» vous vit menager auprès d'elle les in-
" térêts de notre Monarchie . Elle eut tout
» lieu d'être furprife de trouver dans un
» Ambaſſadeur auffi jeune la pénétration
» la plus vive , la circonfpection la plus
» réfléchie , la prudence la plus confom-
» mée. Devenu depuis l'arbitre de la guer-
» re , on vous voit , Monfeigneur , avec
و ر
"
136 MERCURE DE FRANCE.
, ر
» une activité furprenante , parcourir le
» Royaume de l'une à l'autre extrêmité ,
examiner tout par vous-même , pour-
»voir à la fûreté de nos frontieres , &
faire paffer dans le coeur de nos enne-
»mis cette crainte pleine d'égards , que
la vigilance du gouvernement ne man-
" que jamais d'infpirer. Il convenoit à un
Roi conquerant & pacifique d'avoir un
Miniftre également jaloux de prévenir
» la guerre & de la faire avec fuccès . Plus
» la foudre , dont vous êtes dépofitaire ,
» caufe de terreur , moins vous aimez à
» la faire éclater. C'eft à vos foins & à vo-
» tre prudence que nos provinces doivent
» leur repos. Veuille le ciel conferver
» long - tems une vie fi précieuſe à la France
! Puiffent nos fentimens & nos voeux
» mériter au College de Belley l'honneur
»de votre protection !
Les Penfionnaires du College fignalerent
leur zele par un compliment en vers ,
de la compofition de M. Sutaine , auffi
Chanoine Régulier de S. Antoine , & Profeffeur
de Rhétorique. Ce fut M. Dugaz ,
de Lyon , l'un de ces penfionnaires , qui
devint l'interprete des fentimens communs
, qu'il exprima avec autant d'aflurance
que de bonne grace , en ces termes :
Quelle divinité puiſſante
DECEMBRE. 1755 137
Favorife ces lieux ?
Jamais fous le regne des Dieux ,
L'Univers gouta- t'il de grace plus touchante !
Nous te voyons , Paulmy , nos voeux font fatisfaits.
Le Ciel pouvoit -il mieux feconder nos fouhaits ,
Qu'en accordant à notre impatience
Le bonheur d'admirer le foutien de la France ?
Qui feroit infenfible à tes tendres égards ,
Miniftre du Dieu de la guerre ?
Pour venir dans ces lieux tu quittes ton tonnerre ;
Tu craindrois d'effrayer nos timides regards.
Autour de toi , les jeux , les ris , les
Viennent folâtrer tour à tour;
Et nous ne voyons fur tes traces ,
graces ,
Que des coeurs pénétrés de refpect & d'amour.
Sous l'ordre du plus grand des Princes ,
Ta prévoyante activité
Affure à nos riches Provinces
Une douce tranquillité.
Oui , c'eſt partes bienfaits , qu'aux bords de l'Hyppocrêne
,
Jaloux des faveurs d'Apollon ,
Nous allons cultiver dans le facré vallon
Les fruits heureux d'une innocente veine.
Tu t'en fouviens , Phoebus & les neuf Soeurs
Te répétoient encor leurs chanfons immortelles ,
Quand le plus grand des Rois , par de juftes faveurs
>
138 MERCURE DE FRANCE.
Remit entre tes mains fidelles
Le noble emploi d'aller chez des peuples prudens
( 1 )
Faire briller l'éclat qui t'environne ,
Et foutenir les droits de fa couronne.
Qui n'admira dès -lors les refforts tout puiffans
De ta fage induſtrie ›
A peine revenu dans ta chere Patrie ,
On vit de généreux rivaux , ( 2 )
On vit un corps illuftre , où regnent la ſageſſe ,
Le bon goût , les talens & le dieu du Permeffe ,
Admirer tes nobles travaux ;
Ceindre ton front du laurier de la gloire ,
Partager avec toi fes foins laborieux ;
Graver ton nom au Temple de Mémoire ,
Et t'élever au rang des Dieux.
Sans doute les neuf foeurs firent naître en ton ame
Ce feu divin dont la céleste flamme
Anime ton grand coeur.
Daigne voir leurs enfans avec un oeil flatteur ,
Reçois nos voeux & notre hommage ,
Ce fera de notre bonheur
Le garand le plus fûr , le plus précieux gage .
Ce n'eft point là l'unique témoignage
de la joie qu'a donné le College pendant
le féjour de M. le Marquis de Paulmy à
( 1 ) Ambaſſade de M. de Paulmi en Suiffe.
(2) Réception de M. de Paulmy à l'Académie
Françoile.
DECEMBRE . 1755. 139
Belley ; il a taché de l'amufer , & de le
retenir le plus longtemps qu'il étoit poffible
, par la repréfentation d'une Comédie ;
fpectacle d'autant plus agréable à nos Citoyens
, qu'il paroiffoit pour la premiere
fois dans cette ville. Pour peu que ce coup
d'effai pique votre curiofité , je me ferai
un plaifir de vous envoyer une autrefois
l'analyſe de la piece , à laquelle nous avons
unanimement accordé nos fuffrages.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Belley , le 15 Juillet , 1755 .
Duchefne , Libraire à Paris , rue S. Jacques
, au Temple du Gout , vient de mettre
en vente l'Année Musicale , ouvrage
périodique. Cet ouvrage d'agrément fe
diftribue toutes les femaines par une feuille
grand in 8 °. de quatre pages , contenant
des Ariettes & Vaudevilles nouveaux , &
des petits airs choifis par les plus habiles
Muficiens , tant Italiens que François.
Chaque feuille fe vend fix fols . Les amateurs
qui fouhaiteront s'abonner , payeront
pour Paris quinze livres
par année
& on les leur apportera chez eux au moment
qu'elles fortiront de deffous preffe ;
& pour la province on payera dix- huit livres
par an. Le Libraire fe charge de les
140 MERCURE DE FRANCE.
faire rendre à leur deftination , francs de
port. La premiere feuille a paru le premier
Août 1755.
de M. le Marquis de Paulmy par cette
ville.
Ous avez pris , Monfieur , une trop
grande part à l'établiffement
du Cotlege
du Belley , dont j'eus l'honneur de
vous entretenir , il y a quelques mois ( 1 ) ,
pour vous laiffer ignorer fes actions d'éclat
& fes fuccés , dans les occafions furtout
qui intéreffent particulierement
la ville
& la province. Vous conviendrez
aifément
que le paffage de M. le Marquis de
Paulmy par Belley , eft un de ces momens
précieux également propres à s'attirer
l'attention de nos Mufes , & à exciter la
joie dans le coeur de nos citoyens .
Ce Miniftre arriva ici le famedi s Juil- S
let dernier fur les dix heures du foir. La
porte de la ville par laquelle il fit fon entrée
, étoit illuminée avec gout , & chargée
d'un cartouche , où on lifoit cette infcription
, qui étoit de M. Vinfon , Chanoine
Régulier de S. Antoine , Syndic du
College.
( 1 ) Voyez le Mercure d'Avril de cette année,
Page 147.
134 MERCURE DE FRANCE.
Felici Adventui
Supremi Bellorum Moderatoris
Tanto exultans hofpite
Bellicenfis Civitas
Plaudit.
L'écuffon des armes de M. le Marquis
de Paulmy faifoit partie de la décoration
de la porte. Vous fçavez que ce font deux
lions d'or paffans fur un fond d'azur . M.
Vinfon y avoit fait ajouter ce mot , Defenfuri
incedunt ; allufion noble , qui caracrerife
heureufement les fonctions du Miniftre
occupé pour lors à la vifite de nos
places de guerre.
L'infcription qui étoit placée fur la façade
de l'Hôtel de ville , pareillement illuminée
, eft de la même main , & elle exprime
la même penfée avec plus de développement
:
Vigilantiffimo
Belli Adminiftro ,
Provincias Tutanti Prafentiá ,
Hoftes Providentia Continenti ,
Gratulatur Bellicium.
Le lendemain de fon arrivée , M. le
Marquis de Paulniy reçut les complimens
des Syndics de la province, & des Corps
DECEMBRE. 1755. 135.
de la ville. Voici celui qui fut prononcé
par M. Granier , Chanoine Régulier de S.
Antoine , Profeffeur de Rhétorique , &
qui fut également gouté du Miniftre &
du Public.
Monfeigneur , votre arrivée eft l'é-
" poque de la joie publique , & vous êtes ,
» Monfeigneur , le digne objet de notre
» admiration & de nos hommages . La na-
» ture , en vous comblant de fes dons les
plus rares , vous infpira l'ardeur de les
» cultiver. Aux talens fupérieurs vous
» joignîtes bientôt les connoiffances les
plus vaftes , les plus fublimes vertus ,
» & vous fçûtes toujours tempérer leur
» éclat par le voile attrayant des qualités
» fociables. Dans un âge encore tendre
» vous fixâtes les regards du Monarque &
" les fuffrages du public. La carriere eft
» d'abord ouverte aux grands hommes.
» Leur mérite en marque l'étendue . Une
nation prudente & notre ancienne alliée
» vous vit menager auprès d'elle les in-
" térêts de notre Monarchie . Elle eut tout
» lieu d'être furprife de trouver dans un
» Ambaſſadeur auffi jeune la pénétration
» la plus vive , la circonfpection la plus
» réfléchie , la prudence la plus confom-
» mée. Devenu depuis l'arbitre de la guer-
» re , on vous voit , Monfeigneur , avec
و ر
"
136 MERCURE DE FRANCE.
, ر
» une activité furprenante , parcourir le
» Royaume de l'une à l'autre extrêmité ,
examiner tout par vous-même , pour-
»voir à la fûreté de nos frontieres , &
faire paffer dans le coeur de nos enne-
»mis cette crainte pleine d'égards , que
la vigilance du gouvernement ne man-
" que jamais d'infpirer. Il convenoit à un
Roi conquerant & pacifique d'avoir un
Miniftre également jaloux de prévenir
» la guerre & de la faire avec fuccès . Plus
» la foudre , dont vous êtes dépofitaire ,
» caufe de terreur , moins vous aimez à
» la faire éclater. C'eft à vos foins & à vo-
» tre prudence que nos provinces doivent
» leur repos. Veuille le ciel conferver
» long - tems une vie fi précieuſe à la France
! Puiffent nos fentimens & nos voeux
» mériter au College de Belley l'honneur
»de votre protection !
Les Penfionnaires du College fignalerent
leur zele par un compliment en vers ,
de la compofition de M. Sutaine , auffi
Chanoine Régulier de S. Antoine , & Profeffeur
de Rhétorique. Ce fut M. Dugaz ,
de Lyon , l'un de ces penfionnaires , qui
devint l'interprete des fentimens communs
, qu'il exprima avec autant d'aflurance
que de bonne grace , en ces termes :
Quelle divinité puiſſante
DECEMBRE. 1755 137
Favorife ces lieux ?
Jamais fous le regne des Dieux ,
L'Univers gouta- t'il de grace plus touchante !
Nous te voyons , Paulmy , nos voeux font fatisfaits.
Le Ciel pouvoit -il mieux feconder nos fouhaits ,
Qu'en accordant à notre impatience
Le bonheur d'admirer le foutien de la France ?
Qui feroit infenfible à tes tendres égards ,
Miniftre du Dieu de la guerre ?
Pour venir dans ces lieux tu quittes ton tonnerre ;
Tu craindrois d'effrayer nos timides regards.
Autour de toi , les jeux , les ris , les
Viennent folâtrer tour à tour;
Et nous ne voyons fur tes traces ,
graces ,
Que des coeurs pénétrés de refpect & d'amour.
Sous l'ordre du plus grand des Princes ,
Ta prévoyante activité
Affure à nos riches Provinces
Une douce tranquillité.
Oui , c'eſt partes bienfaits , qu'aux bords de l'Hyppocrêne
,
Jaloux des faveurs d'Apollon ,
Nous allons cultiver dans le facré vallon
Les fruits heureux d'une innocente veine.
Tu t'en fouviens , Phoebus & les neuf Soeurs
Te répétoient encor leurs chanfons immortelles ,
Quand le plus grand des Rois , par de juftes faveurs
>
138 MERCURE DE FRANCE.
Remit entre tes mains fidelles
Le noble emploi d'aller chez des peuples prudens
( 1 )
Faire briller l'éclat qui t'environne ,
Et foutenir les droits de fa couronne.
Qui n'admira dès -lors les refforts tout puiffans
De ta fage induſtrie ›
A peine revenu dans ta chere Patrie ,
On vit de généreux rivaux , ( 2 )
On vit un corps illuftre , où regnent la ſageſſe ,
Le bon goût , les talens & le dieu du Permeffe ,
Admirer tes nobles travaux ;
Ceindre ton front du laurier de la gloire ,
Partager avec toi fes foins laborieux ;
Graver ton nom au Temple de Mémoire ,
Et t'élever au rang des Dieux.
Sans doute les neuf foeurs firent naître en ton ame
Ce feu divin dont la céleste flamme
Anime ton grand coeur.
Daigne voir leurs enfans avec un oeil flatteur ,
Reçois nos voeux & notre hommage ,
Ce fera de notre bonheur
Le garand le plus fûr , le plus précieux gage .
Ce n'eft point là l'unique témoignage
de la joie qu'a donné le College pendant
le féjour de M. le Marquis de Paulmy à
( 1 ) Ambaſſade de M. de Paulmi en Suiffe.
(2) Réception de M. de Paulmy à l'Académie
Françoile.
DECEMBRE . 1755. 139
Belley ; il a taché de l'amufer , & de le
retenir le plus longtemps qu'il étoit poffible
, par la repréfentation d'une Comédie ;
fpectacle d'autant plus agréable à nos Citoyens
, qu'il paroiffoit pour la premiere
fois dans cette ville. Pour peu que ce coup
d'effai pique votre curiofité , je me ferai
un plaifir de vous envoyer une autrefois
l'analyſe de la piece , à laquelle nous avons
unanimement accordé nos fuffrages.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Belley , le 15 Juillet , 1755 .
Duchefne , Libraire à Paris , rue S. Jacques
, au Temple du Gout , vient de mettre
en vente l'Année Musicale , ouvrage
périodique. Cet ouvrage d'agrément fe
diftribue toutes les femaines par une feuille
grand in 8 °. de quatre pages , contenant
des Ariettes & Vaudevilles nouveaux , &
des petits airs choifis par les plus habiles
Muficiens , tant Italiens que François.
Chaque feuille fe vend fix fols . Les amateurs
qui fouhaiteront s'abonner , payeront
pour Paris quinze livres
par année
& on les leur apportera chez eux au moment
qu'elles fortiront de deffous preffe ;
& pour la province on payera dix- huit livres
par an. Le Libraire fe charge de les
140 MERCURE DE FRANCE.
faire rendre à leur deftination , francs de
port. La premiere feuille a paru le premier
Août 1755.
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Résumé : Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
La lettre, rédigée à Belley, célèbre la visite du Marquis de Paulmy dans cette ville. L'auteur exprime sa reconnaissance envers le Marquis pour son rôle dans la création du Collège de Belley et souligne l'importance de sa venue. Le Marquis est arrivé à Belley le samedi 3 juillet vers dix heures du matin. Il a été accueilli par une porte illuminée et décorée d'un cartouche portant l'inscription 'Felici Adventui Supremi Bellorum Moderatoris' et les armes du Marquis. Le lendemain, le Marquis a reçu les compliments des syndics de la province et de la ville. M. Granier, chanoine régulier de Saint-Antoine et professeur de rhétorique, a prononcé un discours en l'honneur du Marquis, mettant en avant ses talents, ses connaissances et ses vertus, ainsi que son rôle dans la diplomatie et la défense du royaume. Les pensionnaires du Collège ont également exprimé leur admiration par un compliment en vers composé par M. Sutaine. Pour marquer la joie de cette visite, le Collège a organisé une représentation théâtrale, un événement rare pour la ville. L'auteur propose d'envoyer une analyse de la pièce jouée. La lettre se conclut par une mention de la publication de l'Année Musicale par le libraire Duchefne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 206-209
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Début :
Monsieur, N'ayant nullement l'avantage de vous être connu, je n'aurois pas pris [...]
Mots clefs :
Russie, Impératrice, Maison d'enfants, Joie, Établissement, Souverain, Honneur, Humanité, Patrie, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
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Résumé : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Un auteur anonyme écrit au Général Betski à Pétersbourg pour exprimer son admiration et son soutien à la création d'une Maison des Enfants trouvés et des Orphelins à Moscou, initiée par l'Impératrice Catherine II. L'auteur a appris cette initiative par un ami ayant des correspondances en Russie. L'Impératrice a financé le projet avec une somme initiale de cinq cent mille livres et une allocation annuelle de vingt-cinq mille livres, tandis que le Grand Duc a contribué cent mille livres. Les compatriotes de Betski ont également apporté des donations annuelles, rendant cet établissement l'un des mieux fondés en Europe. L'auteur souligne que Betski a adapté les meilleures pratiques des établissements publics au gouvernement, aux mœurs et au climat de la Russie. Il exprime sa joie et son admiration pour cette initiative humanitaire et offre une contribution financière via M. Clifford. L'auteur encourage Betski à persévérer malgré les obstacles et les difficultés inévitables dans les débuts de telles entreprises. La lettre se conclut par des vœux de succès et de reconnaissance pour l'œuvre entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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