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1
p. 128-135
« TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...] »
Début :
TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...]
Mots clefs :
Vers, Traduction, Poème, Chant, Traducteur, Notes, Louis Racine, Religion, Étienne Bréard, Menuisier, Vers latins
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texteReconnaissance textuelle : « TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...] »
TRADUCTION du Poëme de la Religion
de M. Racine .
On nous a communiqué une traduction
manufcrite en vers Latins des fix Chants
du Poëme de la Religion de M. Racine ,
& cette traduction a excité notre curiofité,
parce qu'elle eft faite par un Menuifier de
la Ville du Mans , qui fe nomme Etienne
Bréard. Il paroît fort éloigné de l'ambition
de faire connoître au Public . fon nom &
fon ouvrage , & même il ignore qu'on
nous en ait fait part. Edifiés de fa moDECEMBRE.
1748. 129
deftie & de la maniere dont il fe délaffe de
fes trayaux ordinaires , nous rapporterons
quelques endroits de fa traduction .
M. Racine a dit , Chant I.
Des chagrins dévorans , attachés fur Tibere ,
La Cour de ſes flateurs veut envain le diftraire ;
Maître du monde entier , qui peut l'inquietter
Quel Juge fur la terre a -t'il à redouter ?
Cependant il fe plaint , il gémit , & fes vices
Sont fes accufateurs , fes juges , fes fupplices.
Toujours yvre de fang , & toujours altéré ,
Il cede au defeſpoir dont il eft dévoré ,
Et lui -même il envoye au Sénat , qui l'outrage ,
De fon coeur déchiré la déplorable image ;
I périt chaque jour , confumé de regrêts ,
Tyran plus malheureux que les triftes ſujets .
Le Menuifier du Mans a rendu ainfi
ces vers.
Horrida Tiberium cruciant tormenta doloris
Quærit adulator fruftra diffolvere caufas.
Anxius unde timor ? Terræ moderator habenas
Solus in orbe regit , folus fine judice judex :
Ingemit attonitus , lachrymas effundit , & ipfum
Arguit impietas , dijudicat , increpat , urget.
Ebrius , & fitiens humano fanguine , tandem
Territus , & fremitu percuffus criminis ipfe ,
·
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Patribus infultans , accenfus & ora furore ,
Sordida dinumerat lacerati vulnera cordis.
Quolibet inftanti contritus membra dolore ;
Deteriore perit miferorum forte Tyrannus..
M. Racine , Chant V. ( nous choififfons:
à deffein un endroit qui a dû coûter du
travail au Traducteur ) parle ainfi de la
digeftion & de la fiévre.
'Au fortir d'un repas , dans notre ſein paifible-
Quel ordre renouvelle un combat inviſible ,
Et quel heureux vainqueur a pû fi promptement:
Chercher , faifir , dompter , broyer cet aliment ,
Qui bien-tôt , liqueur douce, ira de veine en veine,
Se confondre en fon cours dans le fang qui l'entraîne
?
Dans un autre combat , non moins cher à nos
voeux ,
Comment peut une écorce, efpoir d'un malheureur,
Attaquer , conquérir , enchaîner l'ennemie ,
Qui tantôt en fureur , & tantôt endormie ,
A fait tréve avec nous le jour de fon fommeil ,
Mais au jour de colere, exacte à fon réveil ,
Bientôt rallume un feu qui dans nos yeux pétille,
Tous nos efprits fubtils , vagabonde famille ,
S'égarent dans leur courfe : en défordre comme
eux.
DECEMBRE.
1748. 13
*
L'ame même s'oublie , & dans ce trouble affreux,
La mort prête à frapper , déja leve fa foudre ;
Que d'allarmes , quels maux appaile un peu de
poudre !
Ces vers font ainfi rendus par notre Traducteur.
Expletis de more epulis , in ventre quieto ,
Quis jubet occultas renovans fignacula pugnas ;
Aut quibus armorum bellator viribus audax ,
Corripuit , fubitoque terens alimenta , redegit
Lactea , quæ , fuaves fluido de fonte liquores ,
Inflatura ruunt rapido cum fanguine venas !
Altera pugna datur noftris cariffima votis.
Dic , quibus auxiliis miferi fpes ultima , cortex
Pulvureus domitor frænatam diruit hoftem ,
Quæ dum vixit ovans , vigili mox læfa furore ,
Interdumque brevi filuit placata ſopore.
Dura fed evigilans , fomni ceffantibus horis ,
Duplicat accenfos oculis crepitantibus ignes.
Spirituum turbata fugit concordia curfu ;
Nulla datur tremulis requies , mens fracta dolore
Immemor ipfa , dolet moribunda in fede fepulta.
Qui motus , qui terrores , quantique dolores ,
Pulveris exigui fubitò virtute quiefcunt !
Cette traduction nous donne occafion
de parler d'une autre traduction en vers
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Allemands du même Poëme , imprimée
l'année derniere à Francfort , avec la
traduction du Poëme de la Grace du même
Auteur . Ces deux Ouvrages réunis
font un volume in- 12 , dans lequel les
vers François font imprimés à côté des vers
Allemands , & qu'on a orné d'un frontif
pice à chaque Poëme , & d'une vignette à
chaque Chant.
Le Traducteur du Poëme de la Religion
a ajouté plufieurs notes , dans lefquelles
on trouve des réflexions curicuſes ;
nous nous contenterons de donner ici la
traduction de quelques endroits de fa
Préface fur ce Poëme.
>>
On voit peu d'ouvrages qui raffem-
» blent dans un fi petit volume un auffi
» grand nombre de vérités folides & tou-
» chantes , qu'on en trouve dans ce Traité
» de la Religion. La lecture en feroit éga-
»lement agréable & fatisfaifante , quand
» il feroit dépourvû des ornemens de la
» Poefic. Mais les expreffions de M. Racine
font tellement conformes à l'im-
»portance de fon fujet , que la vivacité
» des images touche autant , que la force
>> des raifonnemens perfuade. On trouve
» le vrai beau dans fa diction , & dans fes
»argumens la précifion & la clarté. Ce
n'eft pas que fon ouvrage foit fans dé-
»
DECEMBRE . 1748. 139
» fauts ; l'efprit poëtique eft un volatil
qui s'exhale & s'évapore aifément , &
» comme dit M. Halles , le bon fens fe nove
quelquefois dans les ornemens de la Poëfie :
mais le lecteur ébloui de l'éclat de tant
» de beautés , dont eft rempli le Poëme de
» M. Racine , peut à peine en appercevoir
» les petites imperfections.
"
>>
moi
» J'ai toujours aimé la Poëfie. Quelques
Cantiques furent les fruits de ma jeuneffe ,
» mais lorsque j'entendis d'autres que
chanter fur un ton plus fublime , ne fongeant
plus qu'à les écouter , je pris le
parti du filence. A la lecture de la belle
Poëfie de M. Racine , j'ai été faifi d'une
» eſpèce d'entoufiaſme , qui m'a entraîné
à rimer d'après lui . Je ne me fuis pas
toujours attaché fervilement à mon tex-
- te . Certains endroits m'ont tellement
» échauffé l'imagination , que je n'ai pâ
» me retenir d'y ajouter quelque chofe du
» mien... Je conviens que tout ce qu'il y
» a de beau dans ma traduction appartient
à M. Racine , & fi j'y ai inferé quelques
penfées , bonnes à ce que j'efpére , je les
» dois à fes propres réflexions.
:
»
» J'ai ajouté des notes , dans lesquelles
on verra que je ne pense pas toujours
» comme lui. C'eft une imperfection attachée
à l'humanité , de ne pas tous voir
134 MERCURE DE FRANCE .
»de même les mêmes vérités ; le préjugé ,
» la Patrie , l'éducation , & l'Eglife dans
laquelle on a reçu fes premieres inftruc-
» tions , en font la caufe.
33
29
» J'ai retranché quelques vers de mon
original , & en voici la raifon . J'écris
pour mes compatriotes , prefque tous
»Proteftans , & l'attachement que , M. Ra
>> cine fait paroître pour fon Eglife , pourroit
en quelques endroits faire auprès
>> d'eux beaucoup de tort à fon excellente
» Poëfic. Il pouvoit fe difpenfer de parler
» de la difference des Sectes , puifque
" l'Eglife Chrétienne eft par tout , où le
» Chrift eft regardé comme le vrai & uni-
» que Grand Prêtre , & c .
Le même Poëme de M. Racine a été
traduit en vers Italiens par M. l'Abbé Venuti
, Correfpondant Honoraire de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Membre
de celle de Bordeaux , & de plufieurs
Académies d'Italie. Aux notes de M. Racine,
qu'il a toutes traduites , il en a ajouté
plufieurs , dans lesquelles on reconnoît fon
érudition. Cet ouvrage , imprimé à Avignon
cette année , & dédié à Monfeigneur
le Dauphin , fut préfenté , il y a quelque
tems , au Pape qui le reçut très- favorablément.
On admire l'exactitude avec laquelle
L.V.a rendu les vers de fon original ,
DECEMBRE. 174S. r35
& l'harmonie des fiens ; elle eft fenfible à
tous ceux qui connoiffent l'harmonie de
ces vers , appellés par les Italiens verfi
fciolti. M. Antonini , qui eftime beauconp
cette traduction , en confeille la lectureà
ceux qui veulent apprendre la Langue
Italienne.
M. l'Abbé Venuti dit à la fin de fa Préface
qu'il eût mieux fait , s'il eût travaillé
cet ouvrage dans fa Patrie , fur les bords:
de ce fleuve fi favorifé des Mufes ; mais
que pouvois-je faire , ajoute-t'il , exilé „
comme je lefuis depuis huit ans , & affis fur.
les rives de la Garonne ? Il s'applique ces.
vers du Dante ,
Se mai continga che il Poëma facro ;
Al quale fià pofto mano e Cielo e Terra ,
Sieche m'ha fatto per più anni macro ,
Vinca la crudelta che fuor mi ferra
Del bel ovile , ove i dormi agnello
Nemico ai lupi che gli danno guerra ,
Con altra voce omai , con altro vello
Ritornerò Poëta , &c.
Il eft trifte pour les Mufes , & pour
les Lettres , que M. l'Abbé Venuti n'ait
pas un fort auffi heureux qu'il le mé
xite..
de M. Racine .
On nous a communiqué une traduction
manufcrite en vers Latins des fix Chants
du Poëme de la Religion de M. Racine ,
& cette traduction a excité notre curiofité,
parce qu'elle eft faite par un Menuifier de
la Ville du Mans , qui fe nomme Etienne
Bréard. Il paroît fort éloigné de l'ambition
de faire connoître au Public . fon nom &
fon ouvrage , & même il ignore qu'on
nous en ait fait part. Edifiés de fa moDECEMBRE.
1748. 129
deftie & de la maniere dont il fe délaffe de
fes trayaux ordinaires , nous rapporterons
quelques endroits de fa traduction .
M. Racine a dit , Chant I.
Des chagrins dévorans , attachés fur Tibere ,
La Cour de ſes flateurs veut envain le diftraire ;
Maître du monde entier , qui peut l'inquietter
Quel Juge fur la terre a -t'il à redouter ?
Cependant il fe plaint , il gémit , & fes vices
Sont fes accufateurs , fes juges , fes fupplices.
Toujours yvre de fang , & toujours altéré ,
Il cede au defeſpoir dont il eft dévoré ,
Et lui -même il envoye au Sénat , qui l'outrage ,
De fon coeur déchiré la déplorable image ;
I périt chaque jour , confumé de regrêts ,
Tyran plus malheureux que les triftes ſujets .
Le Menuifier du Mans a rendu ainfi
ces vers.
Horrida Tiberium cruciant tormenta doloris
Quærit adulator fruftra diffolvere caufas.
Anxius unde timor ? Terræ moderator habenas
Solus in orbe regit , folus fine judice judex :
Ingemit attonitus , lachrymas effundit , & ipfum
Arguit impietas , dijudicat , increpat , urget.
Ebrius , & fitiens humano fanguine , tandem
Territus , & fremitu percuffus criminis ipfe ,
·
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Patribus infultans , accenfus & ora furore ,
Sordida dinumerat lacerati vulnera cordis.
Quolibet inftanti contritus membra dolore ;
Deteriore perit miferorum forte Tyrannus..
M. Racine , Chant V. ( nous choififfons:
à deffein un endroit qui a dû coûter du
travail au Traducteur ) parle ainfi de la
digeftion & de la fiévre.
'Au fortir d'un repas , dans notre ſein paifible-
Quel ordre renouvelle un combat inviſible ,
Et quel heureux vainqueur a pû fi promptement:
Chercher , faifir , dompter , broyer cet aliment ,
Qui bien-tôt , liqueur douce, ira de veine en veine,
Se confondre en fon cours dans le fang qui l'entraîne
?
Dans un autre combat , non moins cher à nos
voeux ,
Comment peut une écorce, efpoir d'un malheureur,
Attaquer , conquérir , enchaîner l'ennemie ,
Qui tantôt en fureur , & tantôt endormie ,
A fait tréve avec nous le jour de fon fommeil ,
Mais au jour de colere, exacte à fon réveil ,
Bientôt rallume un feu qui dans nos yeux pétille,
Tous nos efprits fubtils , vagabonde famille ,
S'égarent dans leur courfe : en défordre comme
eux.
DECEMBRE.
1748. 13
*
L'ame même s'oublie , & dans ce trouble affreux,
La mort prête à frapper , déja leve fa foudre ;
Que d'allarmes , quels maux appaile un peu de
poudre !
Ces vers font ainfi rendus par notre Traducteur.
Expletis de more epulis , in ventre quieto ,
Quis jubet occultas renovans fignacula pugnas ;
Aut quibus armorum bellator viribus audax ,
Corripuit , fubitoque terens alimenta , redegit
Lactea , quæ , fuaves fluido de fonte liquores ,
Inflatura ruunt rapido cum fanguine venas !
Altera pugna datur noftris cariffima votis.
Dic , quibus auxiliis miferi fpes ultima , cortex
Pulvureus domitor frænatam diruit hoftem ,
Quæ dum vixit ovans , vigili mox læfa furore ,
Interdumque brevi filuit placata ſopore.
Dura fed evigilans , fomni ceffantibus horis ,
Duplicat accenfos oculis crepitantibus ignes.
Spirituum turbata fugit concordia curfu ;
Nulla datur tremulis requies , mens fracta dolore
Immemor ipfa , dolet moribunda in fede fepulta.
Qui motus , qui terrores , quantique dolores ,
Pulveris exigui fubitò virtute quiefcunt !
Cette traduction nous donne occafion
de parler d'une autre traduction en vers
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Allemands du même Poëme , imprimée
l'année derniere à Francfort , avec la
traduction du Poëme de la Grace du même
Auteur . Ces deux Ouvrages réunis
font un volume in- 12 , dans lequel les
vers François font imprimés à côté des vers
Allemands , & qu'on a orné d'un frontif
pice à chaque Poëme , & d'une vignette à
chaque Chant.
Le Traducteur du Poëme de la Religion
a ajouté plufieurs notes , dans lefquelles
on trouve des réflexions curicuſes ;
nous nous contenterons de donner ici la
traduction de quelques endroits de fa
Préface fur ce Poëme.
>>
On voit peu d'ouvrages qui raffem-
» blent dans un fi petit volume un auffi
» grand nombre de vérités folides & tou-
» chantes , qu'on en trouve dans ce Traité
» de la Religion. La lecture en feroit éga-
»lement agréable & fatisfaifante , quand
» il feroit dépourvû des ornemens de la
» Poefic. Mais les expreffions de M. Racine
font tellement conformes à l'im-
»portance de fon fujet , que la vivacité
» des images touche autant , que la force
>> des raifonnemens perfuade. On trouve
» le vrai beau dans fa diction , & dans fes
»argumens la précifion & la clarté. Ce
n'eft pas que fon ouvrage foit fans dé-
»
DECEMBRE . 1748. 139
» fauts ; l'efprit poëtique eft un volatil
qui s'exhale & s'évapore aifément , &
» comme dit M. Halles , le bon fens fe nove
quelquefois dans les ornemens de la Poëfie :
mais le lecteur ébloui de l'éclat de tant
» de beautés , dont eft rempli le Poëme de
» M. Racine , peut à peine en appercevoir
» les petites imperfections.
"
>>
moi
» J'ai toujours aimé la Poëfie. Quelques
Cantiques furent les fruits de ma jeuneffe ,
» mais lorsque j'entendis d'autres que
chanter fur un ton plus fublime , ne fongeant
plus qu'à les écouter , je pris le
parti du filence. A la lecture de la belle
Poëfie de M. Racine , j'ai été faifi d'une
» eſpèce d'entoufiaſme , qui m'a entraîné
à rimer d'après lui . Je ne me fuis pas
toujours attaché fervilement à mon tex-
- te . Certains endroits m'ont tellement
» échauffé l'imagination , que je n'ai pâ
» me retenir d'y ajouter quelque chofe du
» mien... Je conviens que tout ce qu'il y
» a de beau dans ma traduction appartient
à M. Racine , & fi j'y ai inferé quelques
penfées , bonnes à ce que j'efpére , je les
» dois à fes propres réflexions.
:
»
» J'ai ajouté des notes , dans lesquelles
on verra que je ne pense pas toujours
» comme lui. C'eft une imperfection attachée
à l'humanité , de ne pas tous voir
134 MERCURE DE FRANCE .
»de même les mêmes vérités ; le préjugé ,
» la Patrie , l'éducation , & l'Eglife dans
laquelle on a reçu fes premieres inftruc-
» tions , en font la caufe.
33
29
» J'ai retranché quelques vers de mon
original , & en voici la raifon . J'écris
pour mes compatriotes , prefque tous
»Proteftans , & l'attachement que , M. Ra
>> cine fait paroître pour fon Eglife , pourroit
en quelques endroits faire auprès
>> d'eux beaucoup de tort à fon excellente
» Poëfic. Il pouvoit fe difpenfer de parler
» de la difference des Sectes , puifque
" l'Eglife Chrétienne eft par tout , où le
» Chrift eft regardé comme le vrai & uni-
» que Grand Prêtre , & c .
Le même Poëme de M. Racine a été
traduit en vers Italiens par M. l'Abbé Venuti
, Correfpondant Honoraire de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Membre
de celle de Bordeaux , & de plufieurs
Académies d'Italie. Aux notes de M. Racine,
qu'il a toutes traduites , il en a ajouté
plufieurs , dans lesquelles on reconnoît fon
érudition. Cet ouvrage , imprimé à Avignon
cette année , & dédié à Monfeigneur
le Dauphin , fut préfenté , il y a quelque
tems , au Pape qui le reçut très- favorablément.
On admire l'exactitude avec laquelle
L.V.a rendu les vers de fon original ,
DECEMBRE. 174S. r35
& l'harmonie des fiens ; elle eft fenfible à
tous ceux qui connoiffent l'harmonie de
ces vers , appellés par les Italiens verfi
fciolti. M. Antonini , qui eftime beauconp
cette traduction , en confeille la lectureà
ceux qui veulent apprendre la Langue
Italienne.
M. l'Abbé Venuti dit à la fin de fa Préface
qu'il eût mieux fait , s'il eût travaillé
cet ouvrage dans fa Patrie , fur les bords:
de ce fleuve fi favorifé des Mufes ; mais
que pouvois-je faire , ajoute-t'il , exilé „
comme je lefuis depuis huit ans , & affis fur.
les rives de la Garonne ? Il s'applique ces.
vers du Dante ,
Se mai continga che il Poëma facro ;
Al quale fià pofto mano e Cielo e Terra ,
Sieche m'ha fatto per più anni macro ,
Vinca la crudelta che fuor mi ferra
Del bel ovile , ove i dormi agnello
Nemico ai lupi che gli danno guerra ,
Con altra voce omai , con altro vello
Ritornerò Poëta , &c.
Il eft trifte pour les Mufes , & pour
les Lettres , que M. l'Abbé Venuti n'ait
pas un fort auffi heureux qu'il le mé
xite..
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Résumé : « TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...] »
Le texte traite de plusieurs traductions du poème 'La Religion' de Jean Racine. La première traduction est une version manuscrite en vers latins réalisée par Étienne Bréard, un menuisier du Mans. Cette traduction est reconnue pour sa fidélité et sa qualité, malgré la modestie de son auteur. Des extraits comparent les versions latines aux originaux français, notamment un passage du Chant I sur les tourments de Tibère et un autre du Chant V sur la digestion et la fièvre. Une autre traduction en vers allemands, publiée à Francfort, inclut également 'La Grâce' de Racine. Le traducteur allemand ajoute des notes personnelles, soulignant la richesse et la vivacité du traité de Racine. Un traducteur anonyme a également traduit 'La Religion', ajoutant des éléments personnels et des notes exprimant des opinions divergentes de celles de Racine. Cet anonyme justifie ces ajouts par les différences culturelles et religieuses, supprimant certains vers pour éviter d'offenser ses compatriotes protestants. Enfin, une traduction en vers italiens par l'abbé Venuti est imprimée à Avignon et dédiée au Dauphin. Cette version est appréciée pour son exactitude et l'harmonie de ses vers, qualifiés de 'vers sciolti'. Venuti exprime sa tristesse de travailler en exil, citant Dante pour illustrer son regret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 145-153
« Lorsque dans le Mercure du mois de Décembre dernier, vol. I. nous avons [...] »
Début :
Lorsque dans le Mercure du mois de Décembre dernier, vol. I. nous avons [...]
Mots clefs :
Religion, Vers, Traduction, Poème, Étienne Bréard, Profession, Le Mans, Chancelier, Récompense, Ouvriers, Vers latins, Louis Racine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Lorsque dans le Mercure du mois de Décembre dernier, vol. I. nous avons [...] »
Lorfque dans le Mercure du moisde
Décembre dernier , vol. I. nous avons
rendu compte d'une Traduction en vers
Latins , du Poëme de la Religion de M.
Racine , faite par le Sr Etienne Bréard , que
nous difions être Menuifier dans la Ville
G
146 MERCURE DE FRANCE .
du Mans , les morceaux de cette Traduction
, que nous avons rapportés, ont excité
la curiofité de plufieurs perfonnes , & ont
en même tems donné lieu à quelques doutes.
On a demandé fi le Traducteur ne s'étoit
point caché fous un nom fuppofé ,
parce qu'on a eu peine à croire un artifan ,
capable d'avoir entrepris & exécuté la Traduction
entiere d'un Poëme de cette nature.
M. le Chancelier , ayant entendu parler
de ce prodige littéraire , & voulant en
fçavoir la vérité , s'eft donné la peine d'écrire
au Lieutenant Général de la Ville du
Mans , qui d'abord furpris lui- même d'entendre
parler d'un Poëte de fa Ville , qu'il
ne connoiffoit pas , le fit chercher , & le
trouva parmi les ouvriers qui travaillent à
la journée dans les fabfiques d'étamine .
Le Sr Etienne Bréard n'eft donc point Menuifier
, comme nous l'avions dit d'abord ,
parce qu'on ne nous avoit pas exactement
informés ; il eft du nombre de ces ouvriers
qu'il appelle dans la pièce de vers , que
nous allons rapporter , Pannorum artifices
leviorum.
M. le Chancelier, inftruit de l'état d'infirmité
& d'indigence de cet ouvrier , &
édifié de l'emploi qu'il fait de fes momens
de loifir , lui a fait donner une preuve de
FEVRIER. 1749 .
147
fa bienveillance par une gratification . Le
Poëte , furpris d'une récompenfe à laquelle
il s'attendoit fi peu , a dans fon transport
de reconnoiffance , invoqué fon Apollon ,
qui lui a infpiré la Piéce fuivante. Nous
y joindrons la Lettre qu'il a écrite à M.Racine
, & c'est avec plaifir que nous faisons
connoître un homme, qui n'ajamais fongé
à être connu .
O
Illuftriffimo Galliarum Cancellario
Grates.
Uid dubitas , liber , è manibus prodire
dolorum
Filius es , genuit te in fletibus ægra fenectus.
I , proper , & genitus pro Relligionis amore ,
Patris in extremis , ieris quocunque , memento:
Infignem pietate virum , meritifque nitentem,
Ultorem fceleris , folidæ pietatis amicum ,
Cujus confilio regitur fuprema poteftas ,
Confpice follicitum patris puerique patronum .
Pannorum artifices leviorum , attendite ; noftro
Præfectura favet tenui fuprema labori :
Hic non de mifero tentoris pectine res eft,
Non de lanifico fubigenti vellera fabro ;
Condita fed tumulojampridem Mufa refurgens ;
Candidior poftquam tondenti barba cadebar ,
Ingemuit longos fruftrà fenuiffe per annos,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Quid faciet Spretos Heliconis fcandere montes
Nititur , antiqui revocans elementa laboris .
Nec te poeniteat ( præfagiit una fororum )
Infolitus tentare vias , pro viribus aude.
Cynthius ad fuperos breviter te ducet honores
Eft liber in manibus faciâ de lege canentis
Racinii , divinum opus. Hunc divina canentem
Infequere , & vertas latiali carmine carmen.
Macte fenex animo , generofum imitare Poëtam ,
Dixit , & Aonio ftillans de fonte liquorem.
Fundit Apollineos , agitatâ mente, furores .
Relligionis amans , de Relligione peritum
Racinii aggredior vigili fudore Poema.
Quanta molis opus ! tremulo fed quanta voluptas:
In latium vatis reddenti carmina , cujus
Gallica Virgilium refonant redolentque Poetam !
Racinio placuit veftitum more latino
Carmen , & immodicâ celebravit laude Camoenas!
Sed quid plura loquor ? Merces & quanta laboris
Dagueffæus adeft , Francorum Regis amicus
Omnia Regali firmans decreta figillo :
Immemor ipfe fui , celsâ de fede Minifter
Largus , ámat noftram,quamvis fit ruftica , mufam.
Scripfit , & immeritas dat munificentia laudes.
Nec mora , largitur lapfis folatia rebus.
SummeTogatorum Princeps , clariffima Regni
FEVRIER . 149 1749.
Lumina , quale tuum dicant mea carmina nomen
Indulgere fenis vigilans dignare diebus ,
Æternas memori folvam modulamine grates.
Amplitudinis tue humillimus & obfequens
tiffimus Stephanus Bréard.
COPIE de la Lettre écrite par le Sr Etienne
Bréard , à M. Racine.
CC
מ
Onfieur , s'il eft vrai que
la Tra+
Mduction de vos fublimes Chants
» fur la Religion ait pû trouver auprès de
» vous un accueil favorable , c'eft à l'Au-
» teur de cette même Religion , que j'en
» dois rendre graces. Sans fon fecours aurois-
je pû réuffit , furtout dans le tems
qu'une paralyfie m'avoit jetté dans un
état digne de compaffion ? Ce malheur
cependant a été favorable pour moi ,
" puifqu'en m'arrachant à la profeffion
» méchanique que j'exerçois , il m'a rappellé
à mes études de mes premieres an-
» nées..
» Né d'un pere fabriquant en étamine ,
» je fus mis d'abord au Collége des Peres
» de l'Oratoire de cette Ville ; j'y fus affez
» bon Ecolier. Je remportai plufieurs fois
» des prix en particulier , & dans les diftri-
" butions publiques. Après ma Philofophie,
» je fis deux ans de Théologie , & j'ai
Giij
ajo MERCURE DE FRANCE .
toujours eû de, mes Maîtres des atteſta-
»tions favorables. A vingt deux ans , j'al
lai à la Trappe , où je paffai quatre mois
en habit de Novice. J'abandonnai enfuite
ce lieu très-faint , mais trop auftére
" pour moi , & je me fouviens que le
» Maître des Novices , en me donnant le
» baifer de paix , me dit, quoique vous nous
» abandonniez , confervez toujours les fentimens
de Religion que nous vous avons infpirés.
Je fortis en pleurant , & je retour-
" nai au Mans , où je fus quelque tems
» Maître d'Ecole . J'avois l'ambition d'ê-
» tre Prêtre , mais ne pouvant efperer
» d'avoir un titre , & d'ailleurs étant un
» peu volage , je renonçai à toute idée de
l'état Eccléfiaftique , & j'embraffai la
" profeffion paternelle , dans laquelle ,
comme fils d'ouvrier , je fus reçu à peu
» de frais . J'ai exercé cette profeffion depuis
l'âge de vingt- quatre ans , & je dois
» remercier Dieu de n'y avoir jamais perdu
de vûe les fentimens de Religion que
j'avois puifés à la Trappe.
»
» En 1744 , étant attaqué d'une påralyfie
qui me laiffoit quelques intervalles ,
» dans lefquels je pouvois lire & m'appli
quer , je trouvai dans le Journal de Ver-
» dun une pièce de vers de M. Roi , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , fur
FEVRIER. 1749. 151
» la convalefcence du Roi. Je voulus voir
» fi , quoiqu'âgé de près de foixante ans ,
»je ferois encore capable de quelque cho-
» fe ; je traduifis cette piéce en vers Lå-
» tins , & je traduifis encore quelques au-
» tres piéces du même Chevalier , com-
» me un Poëme fur le retour du Roi ; &
» un autre fait pour la Maifon de Saint
» Cyr , un autre enfin , que je doute être
» de lui , fur la bataille de Fontenoi . Un
39
jour que je me fentis quelques forces ,
» je me fis mener à l'Abbaye de Saint Vin
» cent , pour rendre vifite à D. Dodart
» & à D. Rivet , célébre par fes vertus &
» fon Hiftoire Littéraire des Gaules , & je
» leur fis voir mes Traductions , qu'ils
» n'attendoient pas d'un homme de inon
âge & de ma profeffion. Ces deux bons
» Religieux , après m'avoir félicité fur ces
» ouvrages , qui ne méritoient pas leur at-
≫tention , me donnerent votre Poëme fur
» la Religion , & m'exhorterent à le tra-
» duire . Je tremblai à cette propofition,
Cependant , me fentant animé intérieu-
» rement , j'entrepris l'ouvrage , & avec
» le fecours de cette grace que vous avez
chantée , je fuis parvenu à achever la
» Traduction entiere. M. l'Abbé de Paris
» a cû la bonté de vous la remettre , & la
» maniere avantageufe , dont vous en
»
G iiij
52. MERCURE DE FRANCE
» avez parlé , m'a infpiré une reconnoif
« fance qui durera toute ma vie. Vous êtes
caufe , fans doute , que la connoiffance ,
» de cette Traduction a été jufqu'à M. le
Chancelier , qui a bien voulu me faire
» affurer , par le premier Magiftrat de no-
» tre Ville , de fa protection , dont il m'a
fait reffentir les effets , par une gratifica-
» tion à laquelle je n'aurois jamais crû
" devoir penfer. Il me reste à vous prier
d'être perfuadé , Monfieur , du refpect , » &c.
Réponse de M. Racine..
»Vous me faites des remerciemens ,
» Monfieur , lorfque c'eft à moi à vous en
faire. Vous ignorez , fans doute , l'hon-
» neur que votre ouvrage fait au mien , &
» parce que vous êtes fort éloigné de pen-.
» fer qu'il foit pour vous un fujet d'amour.
"propre, vous ne foupçonnez pas qu'il en
22
puiffe être un pour moi. La peine qu'on
" a eue à vous découvrir dans votre Ville ; .
» l'indifference que vous avez pour un ta-
» lent , que vous avez toujours facrifié à
» des travaux , aufquels l'efprit n'a point
de part ; une vie obfcure & laborieuſe ,
qu'affligent l'indigence & l'infirmité; en-
» fin les momens les moins douloureux .
que vous laiffe la maladie, employés par
.
FEVRIER . 1749. 153
»
vous à mettre en vers les vérités dont
» vous êtes pénétré. Que de raifons me
» perfuadent , Monfieur , que vous êtes
» bien plus digne que moi de chanter la
Religion , & que fi dans la carriere Poëtique
vous croyez ne marcher qu'après
→ moi comme mon Traducteur , je ne
» marche que bien loin après vous , dans
» le chemin qui conduit à l'objet de nos
vers ! Par le .peu d'empreffement que
» vous avez eu à les faire connoître , il
»paroît affez que ce n'eft
n'eft pas des hommes
» que vous en avez attendu la récompenfe
..
>> Elle vous a cependant
cherché malgré
و ر
fi
vous , & quelle récompenfe ! Vous ne
» vous attendiez pas que votre nom , fi
»peu connu dans votre Ville , dût tout à
coup pénétrer jufqu'à la Cour. Aipfi
lorfque vous voyez celui , qui par fa
» dignité & fes lumieres tient un rang
» élevé , jetter fur vous des regards bien-
" faifans , parce qu'il a été édifié de vos
» faintes occupations , & attendri fur vo
» tre trifte état , vous pouvez bien vous
wécrier ,
y
Sunt hic etiam fua premia laudi ,
Sunt lachryma rerum…….
Je fuis , Monfieur , & c.
Décembre dernier , vol. I. nous avons
rendu compte d'une Traduction en vers
Latins , du Poëme de la Religion de M.
Racine , faite par le Sr Etienne Bréard , que
nous difions être Menuifier dans la Ville
G
146 MERCURE DE FRANCE .
du Mans , les morceaux de cette Traduction
, que nous avons rapportés, ont excité
la curiofité de plufieurs perfonnes , & ont
en même tems donné lieu à quelques doutes.
On a demandé fi le Traducteur ne s'étoit
point caché fous un nom fuppofé ,
parce qu'on a eu peine à croire un artifan ,
capable d'avoir entrepris & exécuté la Traduction
entiere d'un Poëme de cette nature.
M. le Chancelier , ayant entendu parler
de ce prodige littéraire , & voulant en
fçavoir la vérité , s'eft donné la peine d'écrire
au Lieutenant Général de la Ville du
Mans , qui d'abord furpris lui- même d'entendre
parler d'un Poëte de fa Ville , qu'il
ne connoiffoit pas , le fit chercher , & le
trouva parmi les ouvriers qui travaillent à
la journée dans les fabfiques d'étamine .
Le Sr Etienne Bréard n'eft donc point Menuifier
, comme nous l'avions dit d'abord ,
parce qu'on ne nous avoit pas exactement
informés ; il eft du nombre de ces ouvriers
qu'il appelle dans la pièce de vers , que
nous allons rapporter , Pannorum artifices
leviorum.
M. le Chancelier, inftruit de l'état d'infirmité
& d'indigence de cet ouvrier , &
édifié de l'emploi qu'il fait de fes momens
de loifir , lui a fait donner une preuve de
FEVRIER. 1749 .
147
fa bienveillance par une gratification . Le
Poëte , furpris d'une récompenfe à laquelle
il s'attendoit fi peu , a dans fon transport
de reconnoiffance , invoqué fon Apollon ,
qui lui a infpiré la Piéce fuivante. Nous
y joindrons la Lettre qu'il a écrite à M.Racine
, & c'est avec plaifir que nous faisons
connoître un homme, qui n'ajamais fongé
à être connu .
O
Illuftriffimo Galliarum Cancellario
Grates.
Uid dubitas , liber , è manibus prodire
dolorum
Filius es , genuit te in fletibus ægra fenectus.
I , proper , & genitus pro Relligionis amore ,
Patris in extremis , ieris quocunque , memento:
Infignem pietate virum , meritifque nitentem,
Ultorem fceleris , folidæ pietatis amicum ,
Cujus confilio regitur fuprema poteftas ,
Confpice follicitum patris puerique patronum .
Pannorum artifices leviorum , attendite ; noftro
Præfectura favet tenui fuprema labori :
Hic non de mifero tentoris pectine res eft,
Non de lanifico fubigenti vellera fabro ;
Condita fed tumulojampridem Mufa refurgens ;
Candidior poftquam tondenti barba cadebar ,
Ingemuit longos fruftrà fenuiffe per annos,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Quid faciet Spretos Heliconis fcandere montes
Nititur , antiqui revocans elementa laboris .
Nec te poeniteat ( præfagiit una fororum )
Infolitus tentare vias , pro viribus aude.
Cynthius ad fuperos breviter te ducet honores
Eft liber in manibus faciâ de lege canentis
Racinii , divinum opus. Hunc divina canentem
Infequere , & vertas latiali carmine carmen.
Macte fenex animo , generofum imitare Poëtam ,
Dixit , & Aonio ftillans de fonte liquorem.
Fundit Apollineos , agitatâ mente, furores .
Relligionis amans , de Relligione peritum
Racinii aggredior vigili fudore Poema.
Quanta molis opus ! tremulo fed quanta voluptas:
In latium vatis reddenti carmina , cujus
Gallica Virgilium refonant redolentque Poetam !
Racinio placuit veftitum more latino
Carmen , & immodicâ celebravit laude Camoenas!
Sed quid plura loquor ? Merces & quanta laboris
Dagueffæus adeft , Francorum Regis amicus
Omnia Regali firmans decreta figillo :
Immemor ipfe fui , celsâ de fede Minifter
Largus , ámat noftram,quamvis fit ruftica , mufam.
Scripfit , & immeritas dat munificentia laudes.
Nec mora , largitur lapfis folatia rebus.
SummeTogatorum Princeps , clariffima Regni
FEVRIER . 149 1749.
Lumina , quale tuum dicant mea carmina nomen
Indulgere fenis vigilans dignare diebus ,
Æternas memori folvam modulamine grates.
Amplitudinis tue humillimus & obfequens
tiffimus Stephanus Bréard.
COPIE de la Lettre écrite par le Sr Etienne
Bréard , à M. Racine.
CC
מ
Onfieur , s'il eft vrai que
la Tra+
Mduction de vos fublimes Chants
» fur la Religion ait pû trouver auprès de
» vous un accueil favorable , c'eft à l'Au-
» teur de cette même Religion , que j'en
» dois rendre graces. Sans fon fecours aurois-
je pû réuffit , furtout dans le tems
qu'une paralyfie m'avoit jetté dans un
état digne de compaffion ? Ce malheur
cependant a été favorable pour moi ,
" puifqu'en m'arrachant à la profeffion
» méchanique que j'exerçois , il m'a rappellé
à mes études de mes premieres an-
» nées..
» Né d'un pere fabriquant en étamine ,
» je fus mis d'abord au Collége des Peres
» de l'Oratoire de cette Ville ; j'y fus affez
» bon Ecolier. Je remportai plufieurs fois
» des prix en particulier , & dans les diftri-
" butions publiques. Après ma Philofophie,
» je fis deux ans de Théologie , & j'ai
Giij
ajo MERCURE DE FRANCE .
toujours eû de, mes Maîtres des atteſta-
»tions favorables. A vingt deux ans , j'al
lai à la Trappe , où je paffai quatre mois
en habit de Novice. J'abandonnai enfuite
ce lieu très-faint , mais trop auftére
" pour moi , & je me fouviens que le
» Maître des Novices , en me donnant le
» baifer de paix , me dit, quoique vous nous
» abandonniez , confervez toujours les fentimens
de Religion que nous vous avons infpirés.
Je fortis en pleurant , & je retour-
" nai au Mans , où je fus quelque tems
» Maître d'Ecole . J'avois l'ambition d'ê-
» tre Prêtre , mais ne pouvant efperer
» d'avoir un titre , & d'ailleurs étant un
» peu volage , je renonçai à toute idée de
l'état Eccléfiaftique , & j'embraffai la
" profeffion paternelle , dans laquelle ,
comme fils d'ouvrier , je fus reçu à peu
» de frais . J'ai exercé cette profeffion depuis
l'âge de vingt- quatre ans , & je dois
» remercier Dieu de n'y avoir jamais perdu
de vûe les fentimens de Religion que
j'avois puifés à la Trappe.
»
» En 1744 , étant attaqué d'une påralyfie
qui me laiffoit quelques intervalles ,
» dans lefquels je pouvois lire & m'appli
quer , je trouvai dans le Journal de Ver-
» dun une pièce de vers de M. Roi , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , fur
FEVRIER. 1749. 151
» la convalefcence du Roi. Je voulus voir
» fi , quoiqu'âgé de près de foixante ans ,
»je ferois encore capable de quelque cho-
» fe ; je traduifis cette piéce en vers Lå-
» tins , & je traduifis encore quelques au-
» tres piéces du même Chevalier , com-
» me un Poëme fur le retour du Roi ; &
» un autre fait pour la Maifon de Saint
» Cyr , un autre enfin , que je doute être
» de lui , fur la bataille de Fontenoi . Un
39
jour que je me fentis quelques forces ,
» je me fis mener à l'Abbaye de Saint Vin
» cent , pour rendre vifite à D. Dodart
» & à D. Rivet , célébre par fes vertus &
» fon Hiftoire Littéraire des Gaules , & je
» leur fis voir mes Traductions , qu'ils
» n'attendoient pas d'un homme de inon
âge & de ma profeffion. Ces deux bons
» Religieux , après m'avoir félicité fur ces
» ouvrages , qui ne méritoient pas leur at-
≫tention , me donnerent votre Poëme fur
» la Religion , & m'exhorterent à le tra-
» duire . Je tremblai à cette propofition,
Cependant , me fentant animé intérieu-
» rement , j'entrepris l'ouvrage , & avec
» le fecours de cette grace que vous avez
chantée , je fuis parvenu à achever la
» Traduction entiere. M. l'Abbé de Paris
» a cû la bonté de vous la remettre , & la
» maniere avantageufe , dont vous en
»
G iiij
52. MERCURE DE FRANCE
» avez parlé , m'a infpiré une reconnoif
« fance qui durera toute ma vie. Vous êtes
caufe , fans doute , que la connoiffance ,
» de cette Traduction a été jufqu'à M. le
Chancelier , qui a bien voulu me faire
» affurer , par le premier Magiftrat de no-
» tre Ville , de fa protection , dont il m'a
fait reffentir les effets , par une gratifica-
» tion à laquelle je n'aurois jamais crû
" devoir penfer. Il me reste à vous prier
d'être perfuadé , Monfieur , du refpect , » &c.
Réponse de M. Racine..
»Vous me faites des remerciemens ,
» Monfieur , lorfque c'eft à moi à vous en
faire. Vous ignorez , fans doute , l'hon-
» neur que votre ouvrage fait au mien , &
» parce que vous êtes fort éloigné de pen-.
» fer qu'il foit pour vous un fujet d'amour.
"propre, vous ne foupçonnez pas qu'il en
22
puiffe être un pour moi. La peine qu'on
" a eue à vous découvrir dans votre Ville ; .
» l'indifference que vous avez pour un ta-
» lent , que vous avez toujours facrifié à
» des travaux , aufquels l'efprit n'a point
de part ; une vie obfcure & laborieuſe ,
qu'affligent l'indigence & l'infirmité; en-
» fin les momens les moins douloureux .
que vous laiffe la maladie, employés par
.
FEVRIER . 1749. 153
»
vous à mettre en vers les vérités dont
» vous êtes pénétré. Que de raifons me
» perfuadent , Monfieur , que vous êtes
» bien plus digne que moi de chanter la
Religion , & que fi dans la carriere Poëtique
vous croyez ne marcher qu'après
→ moi comme mon Traducteur , je ne
» marche que bien loin après vous , dans
» le chemin qui conduit à l'objet de nos
vers ! Par le .peu d'empreffement que
» vous avez eu à les faire connoître , il
»paroît affez que ce n'eft
n'eft pas des hommes
» que vous en avez attendu la récompenfe
..
>> Elle vous a cependant
cherché malgré
و ر
fi
vous , & quelle récompenfe ! Vous ne
» vous attendiez pas que votre nom , fi
»peu connu dans votre Ville , dût tout à
coup pénétrer jufqu'à la Cour. Aipfi
lorfque vous voyez celui , qui par fa
» dignité & fes lumieres tient un rang
» élevé , jetter fur vous des regards bien-
" faifans , parce qu'il a été édifié de vos
» faintes occupations , & attendri fur vo
» tre trifte état , vous pouvez bien vous
wécrier ,
y
Sunt hic etiam fua premia laudi ,
Sunt lachryma rerum…….
Je fuis , Monfieur , & c.
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Résumé : « Lorsque dans le Mercure du mois de Décembre dernier, vol. I. nous avons [...] »
En décembre précédent, le Mercure de France avait publié un compte rendu de la traduction en vers latins du poème 'La Religion' de Jean Racine, réalisée par Étienne Bréard. Cette traduction avait suscité des interrogations sur l'identité du traducteur, certains suspectant un pseudonyme. Le Chancelier, intrigué, a découvert que Bréard était un ouvrier des fabriques d'étamine au Mans, et non un menuisier comme initialement mentionné. Le Chancelier, apprenant la situation difficile de Bréard, lui a accordé une gratification. Touché par cette reconnaissance, Bréard a écrit un poème de remerciement et une lettre à Racine. Dans cette lettre, Bréard raconte son parcours : fils d'un fabricant d'étamine, il a étudié au Collège des Pères de l'Oratoire, remporté des prix académiques, et passé quatre mois à la Trappe avant de devenir maître d'école au Mans. Incapable d'accéder à la prêtrise, il a repris la profession de son père. En 1744, atteint de paralysie, il a trouvé dans la traduction de l'œuvre de Racine une source de réconfort et de continuité dans ses études religieuses. Malgré sa paralysie, Bréard trouvait des moments de répit pour lire et travailler. Il a traduit plusieurs œuvres de M. Roi, Chevalier de l'Ordre de Saint Michel, notamment des poèmes sur la convalescence du roi et la bataille de Fontenoy. Lors d'une visite à l'Abbaye de Saint Vincent, il a montré ses traductions à D. Dodart et D. Rivet, qui lui ont suggéré de traduire 'La Religion'. Après une hésitation, il a entrepris cette traduction avec succès. L'abbé de Paris a remis cette traduction à son destinataire, qui a exprimé sa reconnaissance. Le Chancelier, informé, a offert sa protection et une gratification inattendue. Racine a exprimé son admiration pour le dévouement et la piété de Bréard, soulignant que ce dernier était plus digne de chanter la religion que lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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