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1
p. 140-159
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Je suis, Monsieur, un vrai Diego Lucifuge. Consolez-vous [...]
Mots clefs :
Dame, Carosse, Aventures, Inconnus, Nuit, Journal, Mercure, Manuscrit, Impression
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texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Jesuis, Monfieur, un vrai
Diego Lucifuge. Conſolezvous
, Meſdames , voila à
peu prés vôtre affaire. Continuons.
Far naturellement un penchant
extraordinaire pour les
avantures nocturnes. Juſqu'ici
cethomme- là ne reſſemble
pas malàunvoleur de nuit.
Mon nom &mafamille n'ont
rien à démêler avec le recit que
je vais vous faire. Et que
GALANT.
141
m'importe ? De grace,Monſieur
Lucifuge , laiſſez là
vos digreſſions , & achevez
vôtre hiſtoire.
Rien n'eſt plus extraordinaire
que la varieté pref.
que infinie d'évenemens ,
que le forta , pour ainſi
dire , fait naître ſous mes
pas. Je vous en donnerai le
détail quand il vous plaira.
Contentez - vous en attendant,
pour aujourd'hui , de
la derniere de mes avantures.
Il y a environ fix mois
que retournant par le ba142
MERCURE
teau de Melun à Paris , je
me trouvai par hazard auprésdedeux
hommes, dont
l'un dit à l'autre : Toute la
proviſion que nous avions
faite eft , grace à Dieu ,
consommée. Nous voila
bien guedez ; dormons ,
mon ami , auſſi bien je croy
que cette nuit nous nefongerons
guere à nous repofer
. En effet ils s'endormirent
de leur côté , & moy
du mien. Vers les ſept heures
du ſoir ils ſe reparlerent,
&j'entendis enfin qu'-
ils fe diſoient tout bas :Mais
GALANT. 143
ſi le Portier de l'Hôtel de*...
s'eſt enyvré aujourd'hui
comme à ſon ordinaire ,
nous ne tenons rien. A te
dire vrai , reprit l'un d'eux,
je n'en ſerois pas faché , &
il faut que tu fois bien fou
pour expoſer une fi belle
femme à de ſi grands rifques.
Je ſuis inconftant &
fidele felon l'occaſion :mais
amoureux à la rage , quand
je memêle d'aimer. J'aime ,
&malgré les excés dont je
ſuis capable, je ne voudrois
pas , comme toy , mettre
l'objet qui me feroit le plus
144 MERCURE
cher à une ſi terrible épreu
ve. Bon , répondit l'autre ,
tu te moques , ton imagination
timide s'effraye d'une
bagatelle ; & de deux
choſes l'une , ou tu comprends
mal la facilité que
je trouve à executer ce que
j'entreprends , ou tu veux
retirer la parole que tu m'as
donnée de me ſervir de ſecond
juſqu'à la fin de cette
avanture. Mais écoute. A
minuit juſte elle ſortira de
fa chambre fans faire de
bruit ; elle montera au gre
nier ,
GALANT. 145
nier , elle ſe fera une ceinture
de la corde qui ſert à
monter le foin. Le portier ,
qui enrage de ne pas avoir
la clefde ſa maiſon la nuit,
& qui m'a promis de me
rendretous les ſervices imaginables,
ladeſcendra doucement
, avec l'aide de la
poulie qui eſt au deſſus de
la fenêtre du grenier ; je la
recevrai dans mes bras , &
je la mettrai dans un lieu ſi
fecret , & fi propre à ſa ſu
reté , que tout m'y répondra
d'elle. Mais ſonges tu ,
reprit l'ami ſage , aux ſuites
Octob. 1714. N
146 MERCURE
d'une affaire fi dangereuſe
Quels diſcours ne va-t-on
pas tenir ? Quels bruits ne
va-t- on pas répandre contre
cette malheureuſe femme?
N'at- elle pas un mari ,
des parens àredouter?Voila
juſtement , dit l'autre en
colere , les bourreaux des
mains de qui je veux l'arracher.
Enun mot veux tu
me ſeconder , ou non ? Je
veux tout ce que tu voudras
, reprit le donneur d'a .
vis : mais j'ai mauvaile opinion
de tout ceci , & je lerai
bien furpris ſi le ſuccés
*
GALANT. 147
répond à mon attente.
Je connoiſſois indifferemment&
la maiſon & la Dame
dont ces Meſſieurs venoient
de parler ; j'étois
pourtant alors mediocrement
touché de ſa beauté:
mais au diſcours de ces
:
1
inconnus , la bonne grace
avec laquelle il me parut
qu'elledonnoitdans l'avanture
, m'en rendit ſur le
champ éperdûment amoureux.
Je conçus enfin le
deſſeinde leur enlever leur
proye , & toutes mes reflexions
faites , voici com
Nij
148 MERCURE
me je m'y pris.
Je devois en arrivant à
Paris ſouper avec deux Piemontois
, qui le lendemain
matin étoient obligez de
s'embarquer dans la diligence
de Lyon pour retourner
dans leur pays. Dés
que je fus prés des Jeſuites
de la rue ſaint Antoine, j'entrai
chez un loüeur de caroffes
de remiſe , oùj'en pris
un , qui me mena chez un
Traiteur qui demeure au
prés de l'Abbaye ſaint Germain.
C'étoit là où mes
deux étrangers m'avoient
GALANT. 149
donné rendez - vous. Les
affaires qu'ils avoient à me
communiquer les avoient
diſpenſez d'inviter d'autre
tiers , ni de quarts à fouper
avec eux Je leur abandonnai
plufieurs articles confiderables
des choſes dont il
étoit queſtion entre nous ,
en faveur de la partie que
jemeditois , &dont je voulois
qu'ils fuſſent avecmoy.
D'ailleurs j'étois für d'eux ,
& quoique je ne fois point
timide , je doutois moins
de leur courage que de
ma refolution. Cepen
Niij
150 MERCURE
je
dant , ſans leur faire part
du deſſein que j'avois fur la
Dame dont il s'agiffoit ,
-1-leur dis que je comprois
qu'ils m'alloient rendre
dans une heure un ſervice
d'où dépendoit tout le repos
de ma vie ; qu'il y avoit
à deux cens pas de la mai
fon où nous foupions une
ruë que je leur nommai , &
qu'au coin de cette ruë
deux hommesdevoient defcendre
de caroffe pour ſe
mettre en embuſcade dans
le voiſinage ; qu'il n'étoit
en un mot queſtion que
1 .
GALANT. 151
d'arriver dans ce quartierlà
avant eux , de les enveloper
, & de les ſaifir commedes
malfaicteurs au nom
de la justice & du Roy,dans
le moment qu'ils deſcendroient
de caroffe ; que
rien enfin n'étoit plus facile
que cette propoſition,pourveu
qu'elle fût executée
1 avec toute la diligence poffible;
qu'il faloit ſeulement
faire provifion de cordes
pour les lier aprés les avoir
defarmez , les promener ,
& les laiſſer dans un quartier
perdu; que pendant le
Nilij
152 MERCURE
temps qu'ils les retiendroient
, juſqu'à ce qu'ils
les miſſent en liberté ,j'aurois
le loiſir de faire à mon
aiſe une autre affaire , dont
le ſecret étoit pour moy
d'une conſequence infinie.
Nous ſcavons trop , me
dirent - ils tous deux , juf
qu'où s'étendent les droits
de l'amitié , pour vouloir
vous l'arracher , & nous
ſommes prêts à faire aveu
glément tout ce qu'il vous
plaira exiger de nous. Partons
, leur dis-je, mes amis ,
nous n'avons pas de temps
GALANT. 153
àperdre,& contentez-vous
ſeulement d'apprendre que
lesamans ne ſont point chiches
des momens qu'ils
conſacrent à l'amour.
Il étoit environ onze
heures & demie lorſque
nous arrivâmes au gîte. Un
inſtant aprés nous enten.
dîmes un caroſſe qui venoit
au pas des chevaux ; c'étoit
juſtement celui que nous
attendions. Dés qu'il fut
arrêté , & que les deux inconnus
en furent defcendus
, nous nous jettâmes fur
eux à la faveur de la nuit,
154 MERCURE
nous les deſarmâmes ſans
bruit , nous les fimes remonter
dans le même caroffe
; & un coquin de laquais
de l'un de mes Piemontois
, qui avoit une
grande épée , ſe plaçaà côté
du cocher , à qui il dit de
foüetter droit à la Baſtille .
Cependant j'attendis tranquilement
qu'on fit joüer
la poulie , qui joüa enfin à
minuit ſonné. Je reçus la
Dame dans mes bras , je la
partai dans mon caroſſe , où
mon valet m'attendoit , &
je me fis mener auprés de
GALANT . 155
la Place des Victoires , où
je demeure , aprés avoir eu
neanmoins la précaution de
faire arrêter mon cocher à
quelques pas de ma maifon.
Un inſtant aprés que la
Dame fut entrée dans le
caroffe, elle reconnut bien
que je n'étois point l'homme
à qui elle avoit donné
le rendez- vous : mais commeil
ne lui importoit guere
entre les mains de qui elle
combat , & qu'elle auroit
mieux aimé aller en enfer
que retourner avec ſon ma-
:
156 MERCURE
ri , elle ne me parut que
mediocrement alarmée de
la mépriſe.
Cependant dés que nous
fûnies chez moy , & qu'elle
y eut un peu repris ſes efprits
, je lui contai tout ce
qui m'étoit arrivé avec mes
avanturiers du bateau.Mon
recit la fit rire , & elle m'avoüa
un moment aprés ,
qu'elle n'étoit point fachée
du ſuccés qu'avoit cu leur
indifcretion ; qu'au con
traire elle s'imaginoit être
beaucoup plus en fûreté
chez moy , de qui perſonne
GALANT. 157
一
de fa famille n'avoit lieu de
ſe méfier ; au lieu que les
premiers foupçons de ceux
qui s'intereſſoient en elle
ne manqueroient pas de
tomber ſur l'un de ces deux
inconnus,que mes Piemontoisvenoientde
laiſſer àdemi
morts & à pied entre la
Place Royale & la Baſtille.
Elle me conta enſuite l'hiſ
toire de ſa deſunion avec
ſon mari, ſes emportemens,
ſes brutalitez , ſes jaloufies ;
elle ſoûpira , pleura , gemit,
& m'attendrit tout mon
faoul. Je lui fis à mon tour
158 MERCURE
les plus belles proteſtations
dumonde , je lui promis de
la ſervir , & de l'aimer juſqu'au
tombeau. Enfin elle
ſe deshabilla , ſe coucha &
dormit. J'eus l'honneur de
la délaſſer. Elle reſta huit
jours chez moy , au bout
deſquels elle commença à
s'ennuyer : elle me dit qu'-
elle étoit rebutée de la vie
qu'elle menoit , & qu'elle
vouloit ſe retirer dans une
Communauté à quelques
lieuës d'ici , où elle eſt
maintenant en paix , en
lieſſe & en ſanté , que je
GALANT. 159
prie Dieu de lui conſerver
long-temps.
Si quelques douzaines
d'avantures , àpeuprés auſſi
originales que celle ci,font
de vôtre goût, aſſurez m'en
dans votre premier Journal
, & vous verrez dans la
ſuite comme vous ferez
fervi.
Oui , Monfieur Diego Lucifuge
, j'ai lu avec plaifir vôtre
manuscrit , &je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion.
MERCURE.
Diego Lucifuge. Conſolezvous
, Meſdames , voila à
peu prés vôtre affaire. Continuons.
Far naturellement un penchant
extraordinaire pour les
avantures nocturnes. Juſqu'ici
cethomme- là ne reſſemble
pas malàunvoleur de nuit.
Mon nom &mafamille n'ont
rien à démêler avec le recit que
je vais vous faire. Et que
GALANT.
141
m'importe ? De grace,Monſieur
Lucifuge , laiſſez là
vos digreſſions , & achevez
vôtre hiſtoire.
Rien n'eſt plus extraordinaire
que la varieté pref.
que infinie d'évenemens ,
que le forta , pour ainſi
dire , fait naître ſous mes
pas. Je vous en donnerai le
détail quand il vous plaira.
Contentez - vous en attendant,
pour aujourd'hui , de
la derniere de mes avantures.
Il y a environ fix mois
que retournant par le ba142
MERCURE
teau de Melun à Paris , je
me trouvai par hazard auprésdedeux
hommes, dont
l'un dit à l'autre : Toute la
proviſion que nous avions
faite eft , grace à Dieu ,
consommée. Nous voila
bien guedez ; dormons ,
mon ami , auſſi bien je croy
que cette nuit nous nefongerons
guere à nous repofer
. En effet ils s'endormirent
de leur côté , & moy
du mien. Vers les ſept heures
du ſoir ils ſe reparlerent,
&j'entendis enfin qu'-
ils fe diſoient tout bas :Mais
GALANT. 143
ſi le Portier de l'Hôtel de*...
s'eſt enyvré aujourd'hui
comme à ſon ordinaire ,
nous ne tenons rien. A te
dire vrai , reprit l'un d'eux,
je n'en ſerois pas faché , &
il faut que tu fois bien fou
pour expoſer une fi belle
femme à de ſi grands rifques.
Je ſuis inconftant &
fidele felon l'occaſion :mais
amoureux à la rage , quand
je memêle d'aimer. J'aime ,
&malgré les excés dont je
ſuis capable, je ne voudrois
pas , comme toy , mettre
l'objet qui me feroit le plus
144 MERCURE
cher à une ſi terrible épreu
ve. Bon , répondit l'autre ,
tu te moques , ton imagination
timide s'effraye d'une
bagatelle ; & de deux
choſes l'une , ou tu comprends
mal la facilité que
je trouve à executer ce que
j'entreprends , ou tu veux
retirer la parole que tu m'as
donnée de me ſervir de ſecond
juſqu'à la fin de cette
avanture. Mais écoute. A
minuit juſte elle ſortira de
fa chambre fans faire de
bruit ; elle montera au gre
nier ,
GALANT. 145
nier , elle ſe fera une ceinture
de la corde qui ſert à
monter le foin. Le portier ,
qui enrage de ne pas avoir
la clefde ſa maiſon la nuit,
& qui m'a promis de me
rendretous les ſervices imaginables,
ladeſcendra doucement
, avec l'aide de la
poulie qui eſt au deſſus de
la fenêtre du grenier ; je la
recevrai dans mes bras , &
je la mettrai dans un lieu ſi
fecret , & fi propre à ſa ſu
reté , que tout m'y répondra
d'elle. Mais ſonges tu ,
reprit l'ami ſage , aux ſuites
Octob. 1714. N
146 MERCURE
d'une affaire fi dangereuſe
Quels diſcours ne va-t-on
pas tenir ? Quels bruits ne
va-t- on pas répandre contre
cette malheureuſe femme?
N'at- elle pas un mari ,
des parens àredouter?Voila
juſtement , dit l'autre en
colere , les bourreaux des
mains de qui je veux l'arracher.
Enun mot veux tu
me ſeconder , ou non ? Je
veux tout ce que tu voudras
, reprit le donneur d'a .
vis : mais j'ai mauvaile opinion
de tout ceci , & je lerai
bien furpris ſi le ſuccés
*
GALANT. 147
répond à mon attente.
Je connoiſſois indifferemment&
la maiſon & la Dame
dont ces Meſſieurs venoient
de parler ; j'étois
pourtant alors mediocrement
touché de ſa beauté:
mais au diſcours de ces
:
1
inconnus , la bonne grace
avec laquelle il me parut
qu'elledonnoitdans l'avanture
, m'en rendit ſur le
champ éperdûment amoureux.
Je conçus enfin le
deſſeinde leur enlever leur
proye , & toutes mes reflexions
faites , voici com
Nij
148 MERCURE
me je m'y pris.
Je devois en arrivant à
Paris ſouper avec deux Piemontois
, qui le lendemain
matin étoient obligez de
s'embarquer dans la diligence
de Lyon pour retourner
dans leur pays. Dés
que je fus prés des Jeſuites
de la rue ſaint Antoine, j'entrai
chez un loüeur de caroffes
de remiſe , oùj'en pris
un , qui me mena chez un
Traiteur qui demeure au
prés de l'Abbaye ſaint Germain.
C'étoit là où mes
deux étrangers m'avoient
GALANT. 149
donné rendez - vous. Les
affaires qu'ils avoient à me
communiquer les avoient
diſpenſez d'inviter d'autre
tiers , ni de quarts à fouper
avec eux Je leur abandonnai
plufieurs articles confiderables
des choſes dont il
étoit queſtion entre nous ,
en faveur de la partie que
jemeditois , &dont je voulois
qu'ils fuſſent avecmoy.
D'ailleurs j'étois für d'eux ,
& quoique je ne fois point
timide , je doutois moins
de leur courage que de
ma refolution. Cepen
Niij
150 MERCURE
je
dant , ſans leur faire part
du deſſein que j'avois fur la
Dame dont il s'agiffoit ,
-1-leur dis que je comprois
qu'ils m'alloient rendre
dans une heure un ſervice
d'où dépendoit tout le repos
de ma vie ; qu'il y avoit
à deux cens pas de la mai
fon où nous foupions une
ruë que je leur nommai , &
qu'au coin de cette ruë
deux hommesdevoient defcendre
de caroffe pour ſe
mettre en embuſcade dans
le voiſinage ; qu'il n'étoit
en un mot queſtion que
1 .
GALANT. 151
d'arriver dans ce quartierlà
avant eux , de les enveloper
, & de les ſaifir commedes
malfaicteurs au nom
de la justice & du Roy,dans
le moment qu'ils deſcendroient
de caroffe ; que
rien enfin n'étoit plus facile
que cette propoſition,pourveu
qu'elle fût executée
1 avec toute la diligence poffible;
qu'il faloit ſeulement
faire provifion de cordes
pour les lier aprés les avoir
defarmez , les promener ,
& les laiſſer dans un quartier
perdu; que pendant le
Nilij
152 MERCURE
temps qu'ils les retiendroient
, juſqu'à ce qu'ils
les miſſent en liberté ,j'aurois
le loiſir de faire à mon
aiſe une autre affaire , dont
le ſecret étoit pour moy
d'une conſequence infinie.
Nous ſcavons trop , me
dirent - ils tous deux , juf
qu'où s'étendent les droits
de l'amitié , pour vouloir
vous l'arracher , & nous
ſommes prêts à faire aveu
glément tout ce qu'il vous
plaira exiger de nous. Partons
, leur dis-je, mes amis ,
nous n'avons pas de temps
GALANT. 153
àperdre,& contentez-vous
ſeulement d'apprendre que
lesamans ne ſont point chiches
des momens qu'ils
conſacrent à l'amour.
Il étoit environ onze
heures & demie lorſque
nous arrivâmes au gîte. Un
inſtant aprés nous enten.
dîmes un caroſſe qui venoit
au pas des chevaux ; c'étoit
juſtement celui que nous
attendions. Dés qu'il fut
arrêté , & que les deux inconnus
en furent defcendus
, nous nous jettâmes fur
eux à la faveur de la nuit,
154 MERCURE
nous les deſarmâmes ſans
bruit , nous les fimes remonter
dans le même caroffe
; & un coquin de laquais
de l'un de mes Piemontois
, qui avoit une
grande épée , ſe plaçaà côté
du cocher , à qui il dit de
foüetter droit à la Baſtille .
Cependant j'attendis tranquilement
qu'on fit joüer
la poulie , qui joüa enfin à
minuit ſonné. Je reçus la
Dame dans mes bras , je la
partai dans mon caroſſe , où
mon valet m'attendoit , &
je me fis mener auprés de
GALANT . 155
la Place des Victoires , où
je demeure , aprés avoir eu
neanmoins la précaution de
faire arrêter mon cocher à
quelques pas de ma maifon.
Un inſtant aprés que la
Dame fut entrée dans le
caroffe, elle reconnut bien
que je n'étois point l'homme
à qui elle avoit donné
le rendez- vous : mais commeil
ne lui importoit guere
entre les mains de qui elle
combat , & qu'elle auroit
mieux aimé aller en enfer
que retourner avec ſon ma-
:
156 MERCURE
ri , elle ne me parut que
mediocrement alarmée de
la mépriſe.
Cependant dés que nous
fûnies chez moy , & qu'elle
y eut un peu repris ſes efprits
, je lui contai tout ce
qui m'étoit arrivé avec mes
avanturiers du bateau.Mon
recit la fit rire , & elle m'avoüa
un moment aprés ,
qu'elle n'étoit point fachée
du ſuccés qu'avoit cu leur
indifcretion ; qu'au con
traire elle s'imaginoit être
beaucoup plus en fûreté
chez moy , de qui perſonne
GALANT. 157
一
de fa famille n'avoit lieu de
ſe méfier ; au lieu que les
premiers foupçons de ceux
qui s'intereſſoient en elle
ne manqueroient pas de
tomber ſur l'un de ces deux
inconnus,que mes Piemontoisvenoientde
laiſſer àdemi
morts & à pied entre la
Place Royale & la Baſtille.
Elle me conta enſuite l'hiſ
toire de ſa deſunion avec
ſon mari, ſes emportemens,
ſes brutalitez , ſes jaloufies ;
elle ſoûpira , pleura , gemit,
& m'attendrit tout mon
faoul. Je lui fis à mon tour
158 MERCURE
les plus belles proteſtations
dumonde , je lui promis de
la ſervir , & de l'aimer juſqu'au
tombeau. Enfin elle
ſe deshabilla , ſe coucha &
dormit. J'eus l'honneur de
la délaſſer. Elle reſta huit
jours chez moy , au bout
deſquels elle commença à
s'ennuyer : elle me dit qu'-
elle étoit rebutée de la vie
qu'elle menoit , & qu'elle
vouloit ſe retirer dans une
Communauté à quelques
lieuës d'ici , où elle eſt
maintenant en paix , en
lieſſe & en ſanté , que je
GALANT. 159
prie Dieu de lui conſerver
long-temps.
Si quelques douzaines
d'avantures , àpeuprés auſſi
originales que celle ci,font
de vôtre goût, aſſurez m'en
dans votre premier Journal
, & vous verrez dans la
ſuite comme vous ferez
fervi.
Oui , Monfieur Diego Lucifuge
, j'ai lu avec plaifir vôtre
manuscrit , &je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion.
MERCURE.
Fermer
Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Diego Lucifuge relate une aventure nocturne survenue lors d'un trajet en bateau de Melun à Paris. Il surprend deux hommes discutant d'un enlèvement. Intrigué, Lucifuge décide d'agir et organise une embuscade à Paris avec deux Piemontois pour capturer les ravisseurs. À Paris, ils interceptent une dame en attente d'un rendez-vous nocturne et neutralisent deux inconnus, qu'ils livrent à la Bastille. Lucifuge ramène ensuite la dame chez lui. Bien que surprise, elle choisit de rester avec lui plutôt que de retourner auprès de son mari violent et jaloux. Elle révèle alors son histoire de désunion conjugale marquée par des brutalités et des soupçons incessants. Lucifuge la réconforte et lui propose son aide. La dame séjourne huit jours chez lui avant de se retirer dans une communauté religieuse pour y trouver la paix. Lucifuge exprime son désir de voir cette communauté prospérer. Le récit se termine par la mention de la lecture et de l'approbation d'un manuscrit par Diego Lucifuge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Le Lecteur doit être un peu surpris de trouver des [...]
Mots clefs :
Caractères, Impression, Lecteurs, Journaux, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS .
E Lecteur doit être un peufur
pris de trouver des caractères fi
differents de ceux , dont on s'étoit
fervi jufqu'à préfent , pour imprimer
le Mercure. J'espere cependant de
fon indulgence , qu'il entrera aves
bonté , dans les raisons qui m'ont
déterminé à ce changement . Je dois
donc dire pour ma juſtification envers
le Public , que c'est le cri public même
qui m'y a engagé. Auffitôt que mon
premier Recueil parut , je reçû des
Avis de toutes parts , tant de Paris,
que des Provinces ; que l'on s'étoit
attendu que je diminuerois le prix
de ce Livre , en le réduisant à la
moitié que pour cela , je ne devois
pas être plus délicat que les Auteurs
des Journaux de Trevoux , de Hollande
, &c. qui , pour donner un cours
plus aife à leur Ouvrage , avoient
choifis la forme des caracteres , dont
A ij
AVANT- PROPOS.
jufe aujourd' buy. Que perfonne ne
s'en plaignoit ; Que d'ailleurs d'étoit
trop préfumer du mérite de mon
travail , que d'exiger le double du
prix d'un Livre qui ne contenoit pas
plus de matieres que ces fortes d'Ouvrages.
Favoue que ces raisons
m'ont parû fi fenfées , qu'elles m'ont
abfolument emporté ; puifque necesfairement
il doit en résulter plufieurs
avantages. Le premier , la médiocrité
du prix , qui eftant à quinzefols , fera
un puiffant attrait pour l'acheter.
Le fecond eft , que les débitant brochés
, on pourra à la fin de chaque
année , les faire relier en quatre volumes
, qui feront très portatifs. Le
troisième , qu'il paſſera plus aisément
dans les Provinces , & dans les Païs
Etrangers , à cause que le port enfera
moins confiderable , & c. Que l'on ne
croye pas cependant , qu'ils contiendront
moins de matieres que les
precedens au contraire , ils feront
beaucoup plus remplis , & par là , il
ichapera fort peu de Pièces volantes
qui n'y trouvent leur place. Enfin ,
je tacherai de former un Recueil qui
AVANT-PROPOS.
puiffe tenir lieu de quantité d'autres
Ouvrages périodiques , dont le Public
eft furchargé depuis quelque temps ;
eeft là l'inftitution du Mercure ;
les autres ouvrages de cette espéce
n'ayant pas le droit d'embraßer la
varieté des matieres qui fingularifeno
celui- ci. Je declare néantmoins que je
m'abstiendrai d'entrer dans le Secret
du Cabinet des Princes.
Je renvois les eurieux de Reflexions
Politiques au Journal Historique de
Verdun ; il en a trouvé la clef, ainfi
cette partie lui eft reſervée , je la lui
abandonne fans rancune .
E Lecteur doit être un peufur
pris de trouver des caractères fi
differents de ceux , dont on s'étoit
fervi jufqu'à préfent , pour imprimer
le Mercure. J'espere cependant de
fon indulgence , qu'il entrera aves
bonté , dans les raisons qui m'ont
déterminé à ce changement . Je dois
donc dire pour ma juſtification envers
le Public , que c'est le cri public même
qui m'y a engagé. Auffitôt que mon
premier Recueil parut , je reçû des
Avis de toutes parts , tant de Paris,
que des Provinces ; que l'on s'étoit
attendu que je diminuerois le prix
de ce Livre , en le réduisant à la
moitié que pour cela , je ne devois
pas être plus délicat que les Auteurs
des Journaux de Trevoux , de Hollande
, &c. qui , pour donner un cours
plus aife à leur Ouvrage , avoient
choifis la forme des caracteres , dont
A ij
AVANT- PROPOS.
jufe aujourd' buy. Que perfonne ne
s'en plaignoit ; Que d'ailleurs d'étoit
trop préfumer du mérite de mon
travail , que d'exiger le double du
prix d'un Livre qui ne contenoit pas
plus de matieres que ces fortes d'Ouvrages.
Favoue que ces raisons
m'ont parû fi fenfées , qu'elles m'ont
abfolument emporté ; puifque necesfairement
il doit en résulter plufieurs
avantages. Le premier , la médiocrité
du prix , qui eftant à quinzefols , fera
un puiffant attrait pour l'acheter.
Le fecond eft , que les débitant brochés
, on pourra à la fin de chaque
année , les faire relier en quatre volumes
, qui feront très portatifs. Le
troisième , qu'il paſſera plus aisément
dans les Provinces , & dans les Païs
Etrangers , à cause que le port enfera
moins confiderable , & c. Que l'on ne
croye pas cependant , qu'ils contiendront
moins de matieres que les
precedens au contraire , ils feront
beaucoup plus remplis , & par là , il
ichapera fort peu de Pièces volantes
qui n'y trouvent leur place. Enfin ,
je tacherai de former un Recueil qui
AVANT-PROPOS.
puiffe tenir lieu de quantité d'autres
Ouvrages périodiques , dont le Public
eft furchargé depuis quelque temps ;
eeft là l'inftitution du Mercure ;
les autres ouvrages de cette espéce
n'ayant pas le droit d'embraßer la
varieté des matieres qui fingularifeno
celui- ci. Je declare néantmoins que je
m'abstiendrai d'entrer dans le Secret
du Cabinet des Princes.
Je renvois les eurieux de Reflexions
Politiques au Journal Historique de
Verdun ; il en a trouvé la clef, ainfi
cette partie lui eft reſervée , je la lui
abandonne fans rancune .
Fermer
3
p. 98-123
Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
Début :
La Comedie intitulée la Vie est un Songe, a été si favorablement reçûë [...]
Mots clefs :
Prince, Acte, Arlequin, Songe, Père, Pièce, Coeur, Théâtre, Discours, Prédictions, Parole, Illusion, Sceptre, Impression, Voix, Troupes, Vertus, Vengeance, Outrage, Conseils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
La Comedie intitulée la Vie eft
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
Fermer
4
p. 1413
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, le Mercure de France du premier [...]
Mots clefs :
Garde des sceaux, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du premier
volume du mois de fuin , où je n'ai rien trouvé
qui puisse en empêcher l'impression, Fait à Paris
ce 29 Juin mil sept cent trente-un.
HARDIO N.
Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du premier
volume du mois de fuin , où je n'ai rien trouvé
qui puisse en empêcher l'impression, Fait à Paris
ce 29 Juin mil sept cent trente-un.
HARDIO N.
Fermer
5
p. 2914
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux , le premier volume du Mercure de [...]
Mots clefs :
Ordre, Le garde des sceaux, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le premier volume du Mercure de
France du mois de Decembre , et j'ay crâ qu'on
pouvoit en permettre l'impression. A Paris , le
huit Janvier 1732.
HARDION.
Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le premier volume du Mercure de
France du mois de Decembre , et j'ay crâ qu'on
pouvoit en permettre l'impression. A Paris , le
huit Janvier 1732.
HARDION.
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6
p. 3102
APPROBATION.
Début :
J'Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, le second volume du Mercure de [...]
Mots clefs :
Ordre, Le garde des sceaux, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION
.
'Ay la par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le second volume du Mercure de
France du mois de Decembre , et j'ay crâ qu'on
pouvoit en permettre l'impression . A Paris ,
quinze Janvier 1732.
le
HARDION.
.
'Ay la par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le second volume du Mercure de
France du mois de Decembre , et j'ay crâ qu'on
pouvoit en permettre l'impression . A Paris ,
quinze Janvier 1732.
le
HARDION.
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7
p. 1611-1612
Nouvelle Edition de Robert Etienne, [titre d'après la table]
Début :
On nous écrit d'Angleterre, qu'on y prépare une tres-belle Edition du grand Dictionnaire [...]
Mots clefs :
Dictionnaire latin, Robert Estienne, Angleterre, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Edition de Robert Etienne, [titre d'après la table]
On nous écrit d'Angleterre, qu'on y prépare
une tres belle Edition du grand Dictionnaire
Latin , de Robert Etienne , avec des corrections
et des augmentations considérables , qui sont
dues aux soins de plusieurs Membres de l'Université
de Cambridge, C'est Samuel Harding, Libraire
à Londres , rue S. Martin , qui en a entrepris
l'impression par souscription , sous le titre
ordinaire : Roberti Stephani , Thesaurus Lingue
Latina; en 4 vol . in fol.
Cette impression sera faite sur du tres beau
Papier et avec des Caracteres nouvellement fondus
exprès. L'Ouvrage entier contiendra au
moins mille feuilles. Les Souscripteurs payeront
deux Guinées en souscrivant , deux Guinées en
recevant les deux premiers Tomes , dans l'hyver
prochain ; et deux autres Guinées , lorsqu'on
leur délivrera les deux derniers Tomes , quelques
mois après . Ceux qui n'auront pas souscrit
payeront sept Guinées. En faveur des Curieux
, il y aura un petit nombre d'Exemplaires,
imprimez sur du grand Papier , dont le prix sera
de dix Guinées. On pourra souscrire chez les
Gij prin162
MERCURE DE FRANCE
principaux Libraires d'Angleterre , et chez ceux
des autres Païs .
une tres belle Edition du grand Dictionnaire
Latin , de Robert Etienne , avec des corrections
et des augmentations considérables , qui sont
dues aux soins de plusieurs Membres de l'Université
de Cambridge, C'est Samuel Harding, Libraire
à Londres , rue S. Martin , qui en a entrepris
l'impression par souscription , sous le titre
ordinaire : Roberti Stephani , Thesaurus Lingue
Latina; en 4 vol . in fol.
Cette impression sera faite sur du tres beau
Papier et avec des Caracteres nouvellement fondus
exprès. L'Ouvrage entier contiendra au
moins mille feuilles. Les Souscripteurs payeront
deux Guinées en souscrivant , deux Guinées en
recevant les deux premiers Tomes , dans l'hyver
prochain ; et deux autres Guinées , lorsqu'on
leur délivrera les deux derniers Tomes , quelques
mois après . Ceux qui n'auront pas souscrit
payeront sept Guinées. En faveur des Curieux
, il y aura un petit nombre d'Exemplaires,
imprimez sur du grand Papier , dont le prix sera
de dix Guinées. On pourra souscrire chez les
Gij prin162
MERCURE DE FRANCE
principaux Libraires d'Angleterre , et chez ceux
des autres Païs .
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Résumé : Nouvelle Edition de Robert Etienne, [titre d'après la table]
En Angleterre, une nouvelle édition du grand Dictionnaire Latin de Robert Étienne est en préparation. Intitulée 'Roberti Stephani, Thesaurus Lingue Latina', elle sera publiée en quatre volumes in-folio. Cette édition inclura des corrections et des augmentations significatives, réalisées par des membres de l'Université de Cambridge. L'impression, dirigée par Samuel Harding, libraire à Londres, se fera par souscription et utilisera un papier de haute qualité ainsi que des caractères nouvellement fondus. L'ouvrage complet comptera au moins mille feuilles. Les souscripteurs devront payer deux Guinées lors de la souscription, deux autres Guinées à la réception des deux premiers tomes, et deux Guinées supplémentaires à la livraison des deux derniers tomes. Les non-souscripteurs paieront sept Guinées. Un petit nombre d'exemplaires sur grand papier sera également disponible au prix de dix Guinées. Les souscriptions peuvent être faites auprès des principaux libraires en Angleterre et dans d'autres pays.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1612-1615
Projet et Souscription sur un grand Ouvrage qui regarde les Monumens antiques [titre d'après la table]
Début :
Nous venons de recevoir une feüille volante, imprimée en Langue Italienne, par laquelle on [...]
Mots clefs :
Écus romains, Figures, Public, Impression, Souscripteurs, Dés, Antiquité, Monuments antiques, Italie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Projet et Souscription sur un grand Ouvrage qui regarde les Monumens antiques [titre d'après la table]
Nous venons de recevoir une feuille volante ,
imprimée en Langue Italienne , par laquelle on
annonce au Public le Projet d'un Ouvrage , de
la composition de M. François Ficoroni , Antiquaire
Romain , Membre de quelques ( a) Académies
d'Italie.
Cet ouvrage a pour objet principal , les Monumens
d'Antiquité qui ont été découverts en
Italie depuis environ trente ans , et sur lesquels
l'Autheur a composé de sçavantes Dissertations.
Il s'est enfin déterminé à donner au Public ses
Dissertations et à les enrichir de quantité de
gravures et d'autres ornemens instructifs , qui
satisferont les connoisseurs. La voie des souscriptions
lui ayant parue propre à l'exécution de
son dessein , il avertit te Public que l'impression
sera commencée à Rome dans le mois de Juin
1733. et qu'elle sera finie dans l'espace d'une
année , ajoutant que l'Ouvrage entier contiendra
quatre volumes. Ceux qui voudront souscrie
feront tenir leur argent aux Libraires suivans
; sçavoir , à Livourne , au sieur George de
Jactson ; à Venise , au sieur Joseph Smith ; et à
Marseille , au sieur Cary l'aîné. L'Auteur aura
soin de son côté d'envoier aux mêmes Libraires
les Feuilles d'impression , et les Figures en
Taille douce , à mesure qu'elles seront tirées
pour les distribuer aux Souscripteurs. On rece
(a ) Della Peloritana de Pereclitanti di Messina.
Promator generale della Colonia Esquilina de
Inculti detto Acemeto,
vra
JUILLET. 1733. 1613
vra les Souscriptions jusqu'au premier d'Octobre
1733.
Voici les Titres des 4 vol , en question , avec le
précis et le prix de chaque volume . Le premier sera
intitulé : Dissertation sur les Dez à jouer , des anciens
Romains , recueillis par l'Auteur,en Cristal
de Roche, en Agathe Orientale &c. Sur quoi il
fait mention d'une Statue , qui représente un
Joueur de Dez dans l'action du jeu , et une Médaille
tres - singuliére; où l'on voit d'un côté , une
Tête , sans Inscription; et sur le Revers, 4 Dez ;
Médaille que notre Autheur prétend être de Julie
, Fille d'Auguste & c . Le prix de ce volume
sera d'un Séquin , pour le commun des Acheteurs
, les Souscripteurs n'en payeront qu'un
Ecu Romain. Le second volume comprendra un
Traité des Masques antiques , tant pour l'usage
du Théatre, que pour les Fêtes Baccanales , &c.
avec les différentes Figures d'Histrions , de Mimes
, &c. au nombre de 300. et toutes différentes
, que l'Autheur a recueillies pendant l'espace
de 30 années , en Camayeux , en Pierres
gravées , en Bronze , en Marbre , en Lampes antiques
, &c. Il rapportera dans le même Livre ,
les Eloges et les Epitaphes des Histrions , des
Mimes , des Pantomimes , des Poëtes , et des
autres Personnages fameux de l'Antiquité en ce
genre- la . On payera ce volume , enrichi au
moins de 300 figures , six Ecus Romains , et on
Je donnera aux Souscripteurs pour la moitié de
ce prix.
Le troisiéme volume traitera des Plombs Antiques
, recueillis par le même Autheur , avec
beaucoup de soin et de dépense , au nombre d'environ
400. Quelques- uns de ces Flombs ont servi,
dit-il , aux Diplomes des anciens Empereurs
Giij Ro16.14
MERCURE DE FRANCE
Romains , depuis Trajan jusqu'à Justinien ;
d'autres , aux Bulles et autres Expéditions des
Papes , depuis le v jusqu'au x11 siécle. Il y en a
aussi un bon nombre qui ont servi de Sceau aux
premiers Prélats , Prêtres et Moines de l'Eglise
Orientale , outre ceux des Exarques , desGouverneurs,
des Notaires Impériaux . &c. On trouvera
dans le même volume et par rapport au
même sujet , la gravure de plusieurs petites Médailles
de Plomb , qui étoient en usage chez les
Romains , dans leurs Fêtes publiques . leurs
Jeux , leurs Triomphes , &c. Ce volume enrichi
de 400 figures, sera vendu six Ecus Romains,
et la moitié moins à ceux qui auront souscrit .
Le quatrième et dernier volume traitera des
Monumens trouvez dans les ruines de l'ancienne,
Rome, qui n'ont pas encore été publiez . Ils sont
au nombre de 40 , sur chacun desquels il y a
une Dissertation de l'Autheur qui en contient
l'explication . Les Dissertations sont addressées
à différens Sçavans d'Italie. Ce Livre contien
dra quantité de Figures en Taille- douce , gravées
avec soin , et on le vendra 4 Ecus Romains
dans le public ; les Souscripteurs ne payeront
que la moitié de ce prix. •
On avertit encore le Public , que d'abord
après l'impression des 4 vol. dont on vient de
parler , l'Autheur fera imprimer un autre Ouvrage
, intitulé : Roma Antica , dont les preuves .
seront les Monumens qui nous restent de l'Antiquité
Romaine , Médailles , Pierres gravées ,
Bas Reliefs , avec une exacte Description de l'état
présent des anciens Temples , Thermes
Cirques , Théatres, Amphithéatres, Naumachies,
Palais , &c. A quoi il ajoutera une Description
des raretez de Rome moderne. Cet Ouvrage sera
enrit
JUILLET. 1733. 1615
enrichi d'un tres- grand nombre de figures, gravées
par le fameux Pietro Santi Bartoli, par Venturini,
et autres excellent Maîtres. Il formera un
in 4. dont on commencera l'impression au mois
de Juillet 1734. et sera vendu six Ecus ; et la
moitié moins à ceux qui auront souscrit .
imprimée en Langue Italienne , par laquelle on
annonce au Public le Projet d'un Ouvrage , de
la composition de M. François Ficoroni , Antiquaire
Romain , Membre de quelques ( a) Académies
d'Italie.
Cet ouvrage a pour objet principal , les Monumens
d'Antiquité qui ont été découverts en
Italie depuis environ trente ans , et sur lesquels
l'Autheur a composé de sçavantes Dissertations.
Il s'est enfin déterminé à donner au Public ses
Dissertations et à les enrichir de quantité de
gravures et d'autres ornemens instructifs , qui
satisferont les connoisseurs. La voie des souscriptions
lui ayant parue propre à l'exécution de
son dessein , il avertit te Public que l'impression
sera commencée à Rome dans le mois de Juin
1733. et qu'elle sera finie dans l'espace d'une
année , ajoutant que l'Ouvrage entier contiendra
quatre volumes. Ceux qui voudront souscrie
feront tenir leur argent aux Libraires suivans
; sçavoir , à Livourne , au sieur George de
Jactson ; à Venise , au sieur Joseph Smith ; et à
Marseille , au sieur Cary l'aîné. L'Auteur aura
soin de son côté d'envoier aux mêmes Libraires
les Feuilles d'impression , et les Figures en
Taille douce , à mesure qu'elles seront tirées
pour les distribuer aux Souscripteurs. On rece
(a ) Della Peloritana de Pereclitanti di Messina.
Promator generale della Colonia Esquilina de
Inculti detto Acemeto,
vra
JUILLET. 1733. 1613
vra les Souscriptions jusqu'au premier d'Octobre
1733.
Voici les Titres des 4 vol , en question , avec le
précis et le prix de chaque volume . Le premier sera
intitulé : Dissertation sur les Dez à jouer , des anciens
Romains , recueillis par l'Auteur,en Cristal
de Roche, en Agathe Orientale &c. Sur quoi il
fait mention d'une Statue , qui représente un
Joueur de Dez dans l'action du jeu , et une Médaille
tres - singuliére; où l'on voit d'un côté , une
Tête , sans Inscription; et sur le Revers, 4 Dez ;
Médaille que notre Autheur prétend être de Julie
, Fille d'Auguste & c . Le prix de ce volume
sera d'un Séquin , pour le commun des Acheteurs
, les Souscripteurs n'en payeront qu'un
Ecu Romain. Le second volume comprendra un
Traité des Masques antiques , tant pour l'usage
du Théatre, que pour les Fêtes Baccanales , &c.
avec les différentes Figures d'Histrions , de Mimes
, &c. au nombre de 300. et toutes différentes
, que l'Autheur a recueillies pendant l'espace
de 30 années , en Camayeux , en Pierres
gravées , en Bronze , en Marbre , en Lampes antiques
, &c. Il rapportera dans le même Livre ,
les Eloges et les Epitaphes des Histrions , des
Mimes , des Pantomimes , des Poëtes , et des
autres Personnages fameux de l'Antiquité en ce
genre- la . On payera ce volume , enrichi au
moins de 300 figures , six Ecus Romains , et on
Je donnera aux Souscripteurs pour la moitié de
ce prix.
Le troisiéme volume traitera des Plombs Antiques
, recueillis par le même Autheur , avec
beaucoup de soin et de dépense , au nombre d'environ
400. Quelques- uns de ces Flombs ont servi,
dit-il , aux Diplomes des anciens Empereurs
Giij Ro16.14
MERCURE DE FRANCE
Romains , depuis Trajan jusqu'à Justinien ;
d'autres , aux Bulles et autres Expéditions des
Papes , depuis le v jusqu'au x11 siécle. Il y en a
aussi un bon nombre qui ont servi de Sceau aux
premiers Prélats , Prêtres et Moines de l'Eglise
Orientale , outre ceux des Exarques , desGouverneurs,
des Notaires Impériaux . &c. On trouvera
dans le même volume et par rapport au
même sujet , la gravure de plusieurs petites Médailles
de Plomb , qui étoient en usage chez les
Romains , dans leurs Fêtes publiques . leurs
Jeux , leurs Triomphes , &c. Ce volume enrichi
de 400 figures, sera vendu six Ecus Romains,
et la moitié moins à ceux qui auront souscrit .
Le quatrième et dernier volume traitera des
Monumens trouvez dans les ruines de l'ancienne,
Rome, qui n'ont pas encore été publiez . Ils sont
au nombre de 40 , sur chacun desquels il y a
une Dissertation de l'Autheur qui en contient
l'explication . Les Dissertations sont addressées
à différens Sçavans d'Italie. Ce Livre contien
dra quantité de Figures en Taille- douce , gravées
avec soin , et on le vendra 4 Ecus Romains
dans le public ; les Souscripteurs ne payeront
que la moitié de ce prix. •
On avertit encore le Public , que d'abord
après l'impression des 4 vol. dont on vient de
parler , l'Autheur fera imprimer un autre Ouvrage
, intitulé : Roma Antica , dont les preuves .
seront les Monumens qui nous restent de l'Antiquité
Romaine , Médailles , Pierres gravées ,
Bas Reliefs , avec une exacte Description de l'état
présent des anciens Temples , Thermes
Cirques , Théatres, Amphithéatres, Naumachies,
Palais , &c. A quoi il ajoutera une Description
des raretez de Rome moderne. Cet Ouvrage sera
enrit
JUILLET. 1733. 1615
enrichi d'un tres- grand nombre de figures, gravées
par le fameux Pietro Santi Bartoli, par Venturini,
et autres excellent Maîtres. Il formera un
in 4. dont on commencera l'impression au mois
de Juillet 1734. et sera vendu six Ecus ; et la
moitié moins à ceux qui auront souscrit .
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Résumé : Projet et Souscription sur un grand Ouvrage qui regarde les Monumens antiques [titre d'après la table]
Le document annonce la publication d'un ouvrage de François Ficoroni, antiquaire romain et membre de plusieurs académies italiennes. Cet ouvrage, intitulé 'Dissertations sur les monuments d'antiquité découverts en Italie depuis environ trente ans', se composera de quatre volumes. Le premier volume se concentre sur les dés à jouer des anciens Romains, incluant des descriptions de statues et de médailles. Le second volume traite des masques antiques utilisés au théâtre et lors des fêtes baccanales, avec des illustrations de diverses figures d'histrions et de mimes. Le troisième volume aborde les plombs antiques, utilisés pour les diplômes des empereurs romains, les bulles papales, et les sceaux des prélats et moines. Le quatrième volume présente des monuments récemment découverts dans les ruines de l'ancienne Rome, accompagnés de dissertations explicatives. La publication débutera en juin 1733 et sera achevée en un an. Les souscriptions sont ouvertes jusqu'au 1er octobre 1733, avec des réductions de prix pour les souscripteurs. Après cette série, Ficoroni prévoit publier un autre ouvrage intitulé 'Roma Antica', décrivant les monuments romains et les curiosités de Rome moderne, enrichi de nombreuses gravures.
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9
p. 213
AVIS aux Souscripteurs du Dictionnaire universel des Sciences Ecclésiastiques.
Début :
Le Sieur Jombert, Imprimeur-Libraire du Roi, rue Dauphine, à Paris, [...]
Mots clefs :
Imprimeur libraire, Dictionnaire des Sciences Ecclésiastiques, Impression, Souscripteurs, Brochure
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texteReconnaissance textuelle : AVIS aux Souscripteurs du Dictionnaire universel des Sciences Ecclésiastiques.
Avis aux. Souferipteurs du Dictionnaire univerfel
des Sciences Eccléfiaftiques,
Le Sieur Jombert , Imprimeur- Libraire du Roi,
rue Dauphine, à Paris, commencera à délivrer les
deux premiers volumes , en feuilles , du Dictionnaire
des Sciences Eccléfiaftiques , dans les premiers:
jours du mois de Mai . Ceux des Soufcripteurs qui
jugeront à propos de fe procurer ces deux volu
mes brochés pourront les lui demanden , en lui
en payant la brochure : mais il ne fe chargera
point de les faire relier , l'impreffion étant ene
core trop fraiche .
des Sciences Eccléfiaftiques,
Le Sieur Jombert , Imprimeur- Libraire du Roi,
rue Dauphine, à Paris, commencera à délivrer les
deux premiers volumes , en feuilles , du Dictionnaire
des Sciences Eccléfiaftiques , dans les premiers:
jours du mois de Mai . Ceux des Soufcripteurs qui
jugeront à propos de fe procurer ces deux volu
mes brochés pourront les lui demanden , en lui
en payant la brochure : mais il ne fe chargera
point de les faire relier , l'impreffion étant ene
core trop fraiche .
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Résumé : AVIS aux Souscripteurs du Dictionnaire universel des Sciences Ecclésiastiques.
Le Sieur Jombert, Imprimeur-Libraire du Roi, annonce la publication du 'Dictionnaire des Sciences Ecclésiastiques'. Les deux premiers volumes seront disponibles en feuilles dès mai. Les souscripteurs peuvent les acheter brochés en les demandant à Jombert, mais la reliure ne sera pas assurée par lui.
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10
p. 210-211
Heureuse découverte pour la Peinture.
Début :
M. le Lieutenant de Police, avant que de faire la faveur de donner [...]
Mots clefs :
Auteur, Impression, Tableau, Peinture, Certificat, Vernis, Couleurs, Vivacité
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texteReconnaissance textuelle : Heureuse découverte pour la Peinture.
Heureufe découverte pour la Peinture.
M. le Lieutenant de Police , avant que de faire
la faveur de donner à l'Auteur la permiſſion d'imprimer
, a eu la bonté d'envoyer à M. Cochin ,
Garde des Deffeins du Cabinet du Roi , aux Galeries
du Louvre , un petit Tableau pour fçavoir
de lui ce qu'il penferoit de ce furprenant vernis
afin que les curieux en Peinture ne fuffent pas
trompés davantage . M. Cochin l'ayant approuvé ,
M. Bachelier, Peintre ordinaire du Roi & de fon
Académie , en a fait l'analyfe & en a donné fon
Certificat comme on le verra ci- deffous. Il feroit
inutile d'en dire davantage : l'on fçait trop bien
les dommages que les Tableaux ont reçus des
vernis ordinaires que l'on ne fçauroit enlever fans
gâter les foibles touches qui font toutes les graces
du Tableau & font écailler la peinture . Ce vernis
que nous annonçons, redonne aux couleurs toute
leur vivacité ; il fait reparoître à nos yeux tout ce
qui s'étoit perdu , & avec un éclar fans pareil . Il
s'enleve ailément,après nombre d'années, avec une
éponge, & laiffe la peinture dans fa beauté fans
jamais rien gâter . L'Auteur fe fait gloire d'offrir
fes fervices aux Curieux. Il ne vend point fon
vernis , il l'employe lui-même ; on ne dérangepien
dans les appartemens : il vernit les Tableaux
OCTOBRE . 1760. 211
à leur place, comme il a fait en Angleterre , ou
if a demeuré 35 ans.
M. Burel , demeure rue S. Honoré , au coin
de celle du Chantre , Maiſon neuve , au troifiéme
étage.
M. le Lieutenant de Police , avant que de faire
la faveur de donner à l'Auteur la permiſſion d'imprimer
, a eu la bonté d'envoyer à M. Cochin ,
Garde des Deffeins du Cabinet du Roi , aux Galeries
du Louvre , un petit Tableau pour fçavoir
de lui ce qu'il penferoit de ce furprenant vernis
afin que les curieux en Peinture ne fuffent pas
trompés davantage . M. Cochin l'ayant approuvé ,
M. Bachelier, Peintre ordinaire du Roi & de fon
Académie , en a fait l'analyfe & en a donné fon
Certificat comme on le verra ci- deffous. Il feroit
inutile d'en dire davantage : l'on fçait trop bien
les dommages que les Tableaux ont reçus des
vernis ordinaires que l'on ne fçauroit enlever fans
gâter les foibles touches qui font toutes les graces
du Tableau & font écailler la peinture . Ce vernis
que nous annonçons, redonne aux couleurs toute
leur vivacité ; il fait reparoître à nos yeux tout ce
qui s'étoit perdu , & avec un éclar fans pareil . Il
s'enleve ailément,après nombre d'années, avec une
éponge, & laiffe la peinture dans fa beauté fans
jamais rien gâter . L'Auteur fe fait gloire d'offrir
fes fervices aux Curieux. Il ne vend point fon
vernis , il l'employe lui-même ; on ne dérangepien
dans les appartemens : il vernit les Tableaux
OCTOBRE . 1760. 211
à leur place, comme il a fait en Angleterre , ou
if a demeuré 35 ans.
M. Burel , demeure rue S. Honoré , au coin
de celle du Chantre , Maiſon neuve , au troifiéme
étage.
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Résumé : Heureuse découverte pour la Peinture.
Le texte présente une découverte significative dans le domaine de la peinture. Un tableau a été envoyé au Lieutenant de Police, qui l'a transmis à M. Cochin, Garde des Dessins du Cabinet du Roi, pour évaluer un nouveau vernis. M. Cochin a validé ce vernis, et M. Bachelier, Peintre ordinaire du Roi, a effectué une analyse et fourni un certificat. Le vernis traditionnel endommage les tableaux en altérant les touches délicates et en provoquant des écaillures. Le nouveau vernis, en revanche, restaure la vivacité des couleurs, révèle les détails perdus et peut être retiré facilement avec une éponge sans abîmer la peinture. L'auteur, M. Burel, propose ses services aux amateurs de peinture et précise qu'il n'est pas un vendeur de vernis. Il applique lui-même le vernis sur place, comme il l'a fait en Angleterre où il a duré 35 ans. M. Burel réside rue Saint-Honoré, au coin de la rue du Chantre, dans une maison neuve, au troisième étage.
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11
p. 214-215
TANCREDE, TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PAR M. DE VOLTAIRE. Représentée, pour la premiere fois, par les Comédiens François ordinaires du Roi, le 3 Septembre 1760. AVIS AU PUBLIC.
Début :
Cette Piéce, actuellement sous presse avec la Préface, les corrections, additions [...]
Mots clefs :
Pièce, Voltaire, Estampes, Édition, Auteur, Impression
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texteReconnaissance textuelle : TANCREDE, TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PAR M. DE VOLTAIRE. Représentée, pour la premiere fois, par les Comédiens François ordinaires du Roi, le 3 Septembre 1760. AVIS AU PUBLIC.
TANCREDE ,
TRAGEDIE EN CINQ ACTES.
Par M. DE VOLTAIRE.
Repréfentée , pour la premiere fois , par les Comédiens
François ordinaires du Roi , te 3
Septembre 1760.
AVIS AU PUBLIC.
Cette Piéce , actuellement fous preſſe avec la
Préface , les corrections , additions & changemens
de M. de Voltaire , va paroître incellamment
; elle fera ornée du Portrait de l'Auteur , &
d'Estampes repréfentant les fituations les plus intéreffantes
de cette Tragédie . Le prix fera le
même que celui ordinaire des Piéces de Théâtre.
On croit devoir avertir le Public de fe donner de
garde d'acheter aucune édition de cette Piéce imprimée
furtivement , & conféquemment pleine de
fautes. On reconnoîtra la bonne édition à ces
mêmes corrections , additions & gravûres , qui
eft la feule avouée de l'Auteur : Elle le vendra
à Paris chez Prault , petit-fils , Libraire , Quái
des Auguftins , la deuxième boutique au - deflus
de la rue Gît-le -coeur , à l'immortalité . Avec
Permiflion.
OCTOBRE. 1760. 215
Madame Helvetius eft accouchée le de
de mois , d'une fille qui a été baptifée à S. Roch.
Elle a eu pour Parrain M. le Duc de Choifeul ,
& pour Marraine , Madame la Duchelle de Grammont
, & a été nommée Béatrix -Henriette .
TRAGEDIE EN CINQ ACTES.
Par M. DE VOLTAIRE.
Repréfentée , pour la premiere fois , par les Comédiens
François ordinaires du Roi , te 3
Septembre 1760.
AVIS AU PUBLIC.
Cette Piéce , actuellement fous preſſe avec la
Préface , les corrections , additions & changemens
de M. de Voltaire , va paroître incellamment
; elle fera ornée du Portrait de l'Auteur , &
d'Estampes repréfentant les fituations les plus intéreffantes
de cette Tragédie . Le prix fera le
même que celui ordinaire des Piéces de Théâtre.
On croit devoir avertir le Public de fe donner de
garde d'acheter aucune édition de cette Piéce imprimée
furtivement , & conféquemment pleine de
fautes. On reconnoîtra la bonne édition à ces
mêmes corrections , additions & gravûres , qui
eft la feule avouée de l'Auteur : Elle le vendra
à Paris chez Prault , petit-fils , Libraire , Quái
des Auguftins , la deuxième boutique au - deflus
de la rue Gît-le -coeur , à l'immortalité . Avec
Permiflion.
OCTOBRE. 1760. 215
Madame Helvetius eft accouchée le de
de mois , d'une fille qui a été baptifée à S. Roch.
Elle a eu pour Parrain M. le Duc de Choifeul ,
& pour Marraine , Madame la Duchelle de Grammont
, & a été nommée Béatrix -Henriette .
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Résumé : TANCREDE, TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PAR M. DE VOLTAIRE. Représentée, pour la premiere fois, par les Comédiens François ordinaires du Roi, le 3 Septembre 1760. AVIS AU PUBLIC.
Le texte annonce la pièce de théâtre 'Tancrede' de Voltaire, une tragédie en cinq actes représentée pour la première fois par les Comédiens Français le 3 septembre 1760. La pièce est actuellement en cours d'impression avec des corrections, des additions et des changements apportés par Voltaire. L'édition officielle inclura le portrait de l'auteur et des gravures des scènes les plus marquantes. Le prix sera identique à celui des pièces de théâtre ordinaires. Le public est mis en garde contre les éditions pirates, qui contiennent des fautes. La bonne édition se distinguera par ses corrections, additions et gravures et sera disponible à Paris chez Prault, petit-fils, libraire au quai des Augustins. Par ailleurs, Madame Helvetius a accouché le 20 octobre 1760 d'une fille, Béatrix-Henriette, baptisée à Saint-Roch. Les parrain et marraine sont respectivement le Duc de Choiseul et la Duchesse de Grammont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 211
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de Février 1763, & je n'y ai rien [...]
Mots clefs :
Chancelier, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Chancelier ,
le Mercure de Février 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 31 Janvier 1763. GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Chancelier ,
le Mercure de Février 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 31 Janvier 1763. GUIROY.
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13
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu , par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de Mars 1763 , & je n'y ai rien [...]
Mots clefs :
Chancelier, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBAT 10 N.
J'ai lu , par ordre de Mónſeigneur le Chancelier, ' AI
le Mercure de Mars 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , ce 28 Février 1763. GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Mónſeigneur le Chancelier, ' AI
le Mercure de Mars 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , ce 28 Février 1763. GUIROY.
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