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Détail
Liste
1
p. 28-54
Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday la derniere fois qu'on devoit avoir bientost [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Constantin Phaulkon, Français, Enfants, Royaume, Religion, Bangkok, Siamois, France, Forteresse, Vaisseau, Lettres de naturalité, Siamoise, Mandarins, Mandarin, Hollandais, Secours, Mourir, Hommes, Troupes, Usurpateur, Assiégés, Canon, Côte, Vivres
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texteReconnaissance textuelle : Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
Je vous manday la derniere
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
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Résumé : Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
En mai de l'année précédente, le roi de Siam tomba gravement malade, ce qui permit à Opra Petrarcha, un mandarin influent, de tenter de prendre le pouvoir avec le soutien des grands, des talapoins et du peuple. Profitant de la coutume qui enferme les principaux du royaume dans le palais lors de la maladie du roi, Opra Petrarcha obtint la garde de ces mandarins avec une armée de quinze mille hommes. Monsieur Constance demanda l'aide de Monsieur des Farges, gouverneur de Bangkok, mais ce dernier refusa. Opra Petrarcha fit alors assassiner le fils adoptif du roi, Monsieur Constance et les frères du roi. Madame Constance, catholique et japonaise, fut torturée avant d'être sauvée par un officier français. Les rebelles pillèrent les biens des chrétiens. Le roi, impuissant et prisonnier, distribua de l'argent aux jésuites et mourut peu après. En décembre 1689, des conflits éclatèrent entre les Français, les Anglais et les alliés du nouveau roi de Siam. Les Français et les Anglais furent assiégés dans une forteresse à Bangkok pendant cinq mois avant de capituler. Les Français quittèrent Bangkok après avoir rendu inutilisables une partie de leurs canons. Parallèlement, M. de Bruan réussit à s'échapper après un siège à Mergui. Plusieurs officiers français furent capturés. M. des Farges envoya M. de Beauchamp en France pour informer le roi de la situation, mais celui-ci fut capturé par les Hollandais. Le roi de France envoya six vaisseaux pour rapatrier les troupes françaises. Un acte royal de février 1689 accorda des privilèges aux enfants du sieur Constance et à leurs descendants, leur permettant de s'établir en France avec les mêmes droits que les sujets originaires. Ils furent dispensés de toute finance ou taxe liée à leur statut d'étranger. L'acte ordonna aux autorités de garantir l'application perpétuelle de ces dispositions.
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2
p. 114-118
NOUVELLES d'Allemagne.
Début :
L'Archiduc a donné au Comte Nicolas Palsi la Charge de [...]
Mots clefs :
Juge, Chancelier, Bohême, Vivres, Allemagne, Hongrie, Vizir
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Allemagne.
NOUVELLES
d'Allemagne.
L'Archiduc
a donne au
Comte Nicolas Palsi la
Çharge de grand Juge de
Hongrie, vacante par la
mort du Comte George
Erdedi ,& le gouvernement
du Comté d'Arva
que le mesme Comte Erdedi
possedoit, a esté donné
au Comte de Sinmaningh
Vice -
Président de
la Chambre de Hongrie.
On apeuré mesme que
l'Archiduc a nommé le
Comte de Thaun à la Viceroyauté
de Naples) &
qu'il a aussidonnéau Comte
SchileK la Charge de
grand Chancelier de Boheme
J
& celle de Commissaire
general des guerres
au Comte de Thierheim.
On a envoyé des ordres
en Hongrie pour reparer&
augmenter les fortifications
des places, &
pour remplir les magasins.
On fait à Vienne de grands
préparatifs pour la, campagne
prochaine quoyqu'on
parle fort d'une paix
generale. On asseure que
l'Archiduchesse doit bientost
revenir en cette Cour.
Les Lettres de Constantinople
du commencement
de Janvier confirment les
grands préparatifs de guerre
que font les Turcs pour
l'ouverture de la campagne
; elles adjoustent qu'il
y avoir ordre d'armer un
grand nombre de Galeres,
de Tartanes & de Bastïmens
de transport, qui do&
vent estre employez sur le
Danube, afin de conduire
les provisions pour la fub-?
sistance de l'armée, & pour
remplir les magasinsqui
sont establis à Silistrie
,
à
Thessalonique,& end'autres
endroits
y on juge par
le grand amas de vivres
que la principalearmée
fera tres- nombreuse. Depuis
l'arrivée du Grand
Seigneur à Andrinople, il
a fait depescher un Aga
avec de nouvelles instructions
pour aller en Pologne
expliquer au corps
de la Republique les intentions
de ce Prince touj
chant la declaration de la
guerre contre les Moscovites,&
au retour du Roy
de Suede. Les mesmes Lettres
portent que le Visir
avoit eu une conference
sur le mesme sujet avec le
Palatin de Mafovie.
d'Allemagne.
L'Archiduc
a donne au
Comte Nicolas Palsi la
Çharge de grand Juge de
Hongrie, vacante par la
mort du Comte George
Erdedi ,& le gouvernement
du Comté d'Arva
que le mesme Comte Erdedi
possedoit, a esté donné
au Comte de Sinmaningh
Vice -
Président de
la Chambre de Hongrie.
On apeuré mesme que
l'Archiduc a nommé le
Comte de Thaun à la Viceroyauté
de Naples) &
qu'il a aussidonnéau Comte
SchileK la Charge de
grand Chancelier de Boheme
J
& celle de Commissaire
general des guerres
au Comte de Thierheim.
On a envoyé des ordres
en Hongrie pour reparer&
augmenter les fortifications
des places, &
pour remplir les magasins.
On fait à Vienne de grands
préparatifs pour la, campagne
prochaine quoyqu'on
parle fort d'une paix
generale. On asseure que
l'Archiduchesse doit bientost
revenir en cette Cour.
Les Lettres de Constantinople
du commencement
de Janvier confirment les
grands préparatifs de guerre
que font les Turcs pour
l'ouverture de la campagne
; elles adjoustent qu'il
y avoir ordre d'armer un
grand nombre de Galeres,
de Tartanes & de Bastïmens
de transport, qui do&
vent estre employez sur le
Danube, afin de conduire
les provisions pour la fub-?
sistance de l'armée, & pour
remplir les magasinsqui
sont establis à Silistrie
,
à
Thessalonique,& end'autres
endroits
y on juge par
le grand amas de vivres
que la principalearmée
fera tres- nombreuse. Depuis
l'arrivée du Grand
Seigneur à Andrinople, il
a fait depescher un Aga
avec de nouvelles instructions
pour aller en Pologne
expliquer au corps
de la Republique les intentions
de ce Prince touj
chant la declaration de la
guerre contre les Moscovites,&
au retour du Roy
de Suede. Les mesmes Lettres
portent que le Visir
avoit eu une conference
sur le mesme sujet avec le
Palatin de Mafovie.
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Résumé : NOUVELLES d'Allemagne.
Le texte décrit plusieurs nominations et préparatifs militaires en Europe et en Turquie. En Hongrie, l'Archiduc a nommé le Comte Nicolas Palsi grand Juge, remplaçant le Comte George Erdedi décédé. Le gouvernement du Comté d'Arva a été confié au Comte de Sinmaningh. Le Comte de Thaun a été nommé Vice-roi de Naples, le Comte Schilek grand Chancelier de Bohême et Commissaire général des guerres, et le Comte de Thierheim Commissaire général des guerres. Des ordres ont été envoyés pour renforcer les fortifications et remplir les magasins en Hongrie. À Vienne, des préparatifs pour la prochaine campagne sont en cours, malgré les rumeurs de paix générale. L'Archiduchesse est attendue à la cour. À Constantinople, les préparatifs de guerre des Turcs sont confirmés, avec l'armement de nombreux navires pour transporter des provisions sur le Danube. L'armée turque devrait être nombreuse. Le Grand Seigneur a envoyé un Aga en Pologne pour expliquer ses intentions de guerre contre les Moscovites et le retour du Roi de Suède. Le Visir a également eu une conférence avec le Palatin de Masovie sur le même sujet.
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3
p. 270-275
Supplement aux Nouvelles.
Début :
Les Lettres de Hambourg du 16. portent que les Habitans [...]
Mots clefs :
Garnison, Vivres, Colonel, Canon, Tönning
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Supplement aux Nouvelles.
Supplement aux Nouvelles.
Les Lettres de Hambourg
du 16. portent que les Habitans
& la Garnison de Tonningen estant
réduits à la dernicre
extremité faute de vivres
, le Colonel Wolf qui y
commandoit, fut obligé d'envoyer
le 7. à Tottembuttel,
au Brigadier Kneil qui commandent
le Blocus de la Place,
pour demander à capituler.
Que la Capitulation fut
regléele 8. en pluficurs Articles.
Sçavoir :
Que la Garnison fortiroit
, avec toutes les marques d'honneur
deux picces de canon de
six livres de bale & des munitions
pour tirer douze coups; Qu'on lui fourniroit quatrevingt
un Chariots à quatre
chevaux, pour porter les
bagages;
Qu'elle seroit conduite à
Eurin, ne faisant que deux
lieuës par jour, & séjournant
le troisiéme.
Qu'aucun soldat ne seroit
forcé à prendre parti.
Qu'on fourniroit en payant
des remedes aux Officiers &
aux solatsmalades jusquàleur
entiere guerison.
Que les personnes qui sont
au fcrvice du Duc de Hostein
pourront librement se retirer
de la Ville, ou y rester.
Que les effets qui ont esté
retirez dans la Ville seront
rendus de bonne foy.
Que la Ville & son diftrict
conservera les priviléges
& seraexemte de contributions,
& les Bourgeois pareillement;
& que ceux qui sont
prisonniers feront relaschez
sans payer rançon, &c.
Le 1o, la Garnison sortit
au nombre de trois cent cinquante
hommes portans armes,
outre plus de quatre
cent malades restez dans la
place, dont le Colonel Arnoldi
a esté fait Commandant.
On y a trouvez cent quarante
pieces de canon, vingt-cinq
mortiers, & cent soixantefcize
milliers de poudre; mais
si peu de vivres qu'il n'y restoit
que seize mesures de farine.
On mande de Stokholm
que les Erats de Suede continuent
leurs séances avec
beaucoup d'union, qu'ils travailloient
à augmenterl'Arméejusqu'à
soixante ou soixante-
dix mille hommes, &à
faire prendre les armes aux
Ministres pour estre en état
de repousser les Danois & les
Moscovites qui se préparent
à attaquer la Suede en même
tems du costé du Pays de la
Finlande.
On écrit de Vienne que le
Ministre du Roy de Sicile a
esté congédié, & qu'il se prépare
à partir incessamment
pour retourner en Italie, &
qu'on a envoyé un Mandement
à Ausbourg au Comte
de Borgole, Ministre du
même Prince, avec ordre de
forcir de la Ville dans deux
jours, & dans quinze jours
des Terres de l'Empire.
Les Lettres de Hambourg
du 16. portent que les Habitans
& la Garnison de Tonningen estant
réduits à la dernicre
extremité faute de vivres
, le Colonel Wolf qui y
commandoit, fut obligé d'envoyer
le 7. à Tottembuttel,
au Brigadier Kneil qui commandent
le Blocus de la Place,
pour demander à capituler.
Que la Capitulation fut
regléele 8. en pluficurs Articles.
Sçavoir :
Que la Garnison fortiroit
, avec toutes les marques d'honneur
deux picces de canon de
six livres de bale & des munitions
pour tirer douze coups; Qu'on lui fourniroit quatrevingt
un Chariots à quatre
chevaux, pour porter les
bagages;
Qu'elle seroit conduite à
Eurin, ne faisant que deux
lieuës par jour, & séjournant
le troisiéme.
Qu'aucun soldat ne seroit
forcé à prendre parti.
Qu'on fourniroit en payant
des remedes aux Officiers &
aux solatsmalades jusquàleur
entiere guerison.
Que les personnes qui sont
au fcrvice du Duc de Hostein
pourront librement se retirer
de la Ville, ou y rester.
Que les effets qui ont esté
retirez dans la Ville seront
rendus de bonne foy.
Que la Ville & son diftrict
conservera les priviléges
& seraexemte de contributions,
& les Bourgeois pareillement;
& que ceux qui sont
prisonniers feront relaschez
sans payer rançon, &c.
Le 1o, la Garnison sortit
au nombre de trois cent cinquante
hommes portans armes,
outre plus de quatre
cent malades restez dans la
place, dont le Colonel Arnoldi
a esté fait Commandant.
On y a trouvez cent quarante
pieces de canon, vingt-cinq
mortiers, & cent soixantefcize
milliers de poudre; mais
si peu de vivres qu'il n'y restoit
que seize mesures de farine.
On mande de Stokholm
que les Erats de Suede continuent
leurs séances avec
beaucoup d'union, qu'ils travailloient
à augmenterl'Arméejusqu'à
soixante ou soixante-
dix mille hommes, &à
faire prendre les armes aux
Ministres pour estre en état
de repousser les Danois & les
Moscovites qui se préparent
à attaquer la Suede en même
tems du costé du Pays de la
Finlande.
On écrit de Vienne que le
Ministre du Roy de Sicile a
esté congédié, & qu'il se prépare
à partir incessamment
pour retourner en Italie, &
qu'on a envoyé un Mandement
à Ausbourg au Comte
de Borgole, Ministre du
même Prince, avec ordre de
forcir de la Ville dans deux
jours, & dans quinze jours
des Terres de l'Empire.
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Résumé : Supplement aux Nouvelles.
Le document relate des événements militaires et diplomatiques. À Tonningen, la garnison et les habitants, affamés, ont capitulé. Le colonel Wolf a négocié avec le brigadier Kneil, commandant le blocus. Les termes incluaient une sortie honorable, des chariots pour les bagages, une marche vers Eurin à rythme modéré, et la liberté pour les soldats de ne pas prendre parti. Les malades recevraient des soins jusqu'à guérison. Les privilèges de la ville et des bourgeois seraient maintenus, et les prisonniers libérés sans rançon. La garnison, composée de 350 hommes armés et plus de 400 malades, a quitté la ville, laissant des armements mais peu de vivres. En Suède, les États se préparent à augmenter leur armée pour repousser les Danois et les Moscovites. À Vienne, le ministre du roi de Sicile a été congédié et doit retourner en Italie, tandis que le comte de Borgole a reçu l'ordre de quitter Augsbourg et les terres de l'Empire.
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4
p. 140-152
Suite du Journal de Hongrie [titre d'après la table]
Début :
Batteries; l'une de 4 piéces de Canon & l'autre de deux ; la [...]
Mots clefs :
Canon, Camp, Armée ottomane, Ennemis, Turcs, Troupes, Grand vizir, Attaques, Mouvements des troupes, Prince, Capitaine, Soldats, Cavalerie, Garnison, Cadavres, Assiégés, Vivres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Hongrie [titre d'après la table]
Batteries ; l'une de 4 piéces de Ca
non & l'autre de deux ; la premiere ,
pour démonter cinq Canons que les
Înfidéles ont placé dans les embrazures
de la partie ſupérieure du Donjon ;
& la deuxieme , pour battre la groffe
Tour d'Eau ſituée ſur le bord du Danube
: On acheva le même jour la ligne
de communication , qui prend depuis
Semlinjuſqu'à notre Pontde la Save.
On fait état qu'il y a encore pour
quinze jours de fourage dans notre
Camp, & de farine pour 30. On a
jetté un ſecond Pont ſur la Save , afin,
de faciliter davantage nôtre commu-;
nication avec le Duché de Sirmium..
Le 27. fur les avis uniformes que,
l'Armée Ottomane étoit arrivée le 26
à Semendria & qu'elle s'avançoit dans
le deſſein de ſecourir Belgrade ; on redoubla
le travail , afin de mettre en érat,
les Plattes- Formes pour y placer l'Ar→→
tillerie .Tout leCampeſt ſurle qui vive...
Oi doute cependant que l'Armée Ennemie
, quelque nombreuſe qu'elle foit
& quelque ordre qu'elle ait du grand
Seigneur , de nous forcer derriere nos
Retranchemens , oſe le mettre en exé
cution.
2
De
P
P
Σ
V
D
T
P
C
M
P
Π
d
D'AOUST.
141
LesTurcs ayant formé un Camp fur
Ia hauteur de Saback,qui pourroit donner
la main à la gauche de leur Armée,
le Baron de Petraſch a fait les difpoſitions
néceſſaires pour occuper un
poſte,vis- à-vis; afin d'affûrer notre communication
& de les empêcher detraverſer
la Save,
Les Affiegez ſebattent en deſeſperez :
Dans toutes les forties qu'ils font , ils
viennent fondre ſur nos Troupes, comme
des Bêtes féroces , & ne donnent
preſque aucun quartier.
Les Troupes ramaſſées des Turcsde
Coczim , des Hongrois Rebelles , des
Moldaves& des Valaques ont pris pour
pluſieursjours,du pain, avec ordred'allerjoindre
l'Armée du Grand Vizir.
Le G. Vizir a laiſſe ſes gros bagages
àSemendria.
Un gros Corps de Cavalerie des Ennemis,
a paflé le Danube prés d'Orfova,
pour entrer dans le Bannat : On préfume
que c'eſt pour attaquer Meadia ,
dont la priſe placeroit les Turcs à la
tête du Temeſvar.
Le 28 , on continua à dreſſer des Canons
ſur les Batteries ; le matin , les
Muſulmans vinrent avec 4 à goo che
1
142
LE MERCURE
vaux,reconnoiſtre nôtre Camp ; mais
nôtre Canon les fir bien-tôt retirer:Nos
Hufars ayant rapporté que les Janiffaires
co.nmençoient à paroiſtre à Hil
fargik on Krotzca , à une demie- lieiie
de nos retranchemens ; on diftribua les
Munitions pour toute l'Armée & l'on
fit toutes les diſpoſitions néceſſaires ,
pour s'oppoſer à tout evenement, aux
forces de l'Ennemi .
Le 29. le Grand Viſir détacha 400
Chevaux pour nous venir reconnoiſtre;
mais ils furent bien tôt pouffés par nos
Huffars & Volontaires qui les obligerent
de ſe retirer : Deux heures aprés,
deux mille Chevaux Turcs s'approcherent
du front de nôtre aîle gauche ; nos
Huffars &Rafciens mêlés de Volontaires
, allerent voltiger contr'eux & faire
le coup de piſtolet. Pendant cette eſcarmouche,
plufieurs Officiers Turcs firent
le tour de nôtre premiere ligne de circonvallation
pour la reconnoître , à
chaque volée de Canon qu'on leur tiroit
, ils avoient la précaution de ſe retirer
en arriere : Les Affiegez ayant fait
en même tems une fortie à Cheval du
côté de la Save , le feu de nôtre Artillerie
& le Regiment de Bareith les
DAOUST. 145
- obligea de regagner promptement la
Ville avec une perte confiderable.
L'Armée des Ennemis eſt depuis ce
matin en mouvement, & on voit de la
crête de nos Retranchemens, leurs Ingenieurs
tracer un Camp. Nos Hufſſars
&nos Volontaires ſont continuellement
aux mains avec les Tartares & les Spahis,
toutes les fois qu'ils veulent s'approcher
de trop prés de nos tetranchemens.
Les Ennemis ne ſont preſentement
qu'à la diſtance d'un quart de
lieüe de nous. Nôtre Cavalerie armée
de Faux , occupe les Parapets & nôtre
Infanterie eſt munie de Chevaux de
friſe en cas de beſoin : Les Affiegez ont
témoigné une grande joye de l'appro
che du grand Vizir.
Le PrinceEugene a eſté un peu incommodé
; mais , malgré ſon indifpoſition
il s'eſt trouvé par tout & il a
eſté auſſi actif qu'auparavant. Il ya
dans notre Camp des diſſenteries& des
fiévres cauſées en partie,par la mauvaiſe
qualité des eaux du Danube .
Un Capitaine des Hongrois mécontens
, qui s'eſt venu tendre à nosgens,a
rapporté que les Ennemis avoient 80
piéces de gros Canon , & go autres de
i
144 LE MERCURE
Campagne, avec 60 Mortiers qu'ils ont
tiré d'Afie ; qu'ils font plus de 300
mille hommes ; mais, qu'à l'exception
des Janiflaires & des Spahis , il y a
beaucoup de Troupes mal diſciplinées
parmi eux , fur-tout dans la Cavalerie,
où il y a quantité de jeunes gens de 15.
à 16. ans. Toutes les forces Impériales
conſiſtent à preſent en 83 bataillons ,
en 66 Compagnies de Grenadiers, 122
Eſcadrons de Cuiraffiers , 137. de Dragons
& 72 Compagnies de Volontaires
, fans comprendre cequi eſt ſur les
Batteaux , ni ce qui est avec le Baron
dePetraſch . Le Prince Eugene n'eſt pas
cependant fatisfait de l'Infanterie
quin'apas eſté recrutée , comme il faut.
Nos lignes font en bon étatde deffenſe
&on n'a rien à craindre .
Le détachement de l'Armée Ottomane,
qui avoit pafle le Danube à Orfoya
, compofé de plus de 20000 hommes
, s'eſt rendu Maître du Fort conftruit
par les Nôtres , l'hyver dernier , à
Meadia: Ils y ont donné quatre aflauts :
Dans les trois premiers , ils ont été repouffé
; mais au quatrième , la Garnifon
a eſté forcéede ſe rendre par capiculation
, en exécution de laquelle elle
2
DAOUST. 145
1.
a été eſcortée à Temeſvar avec 60
-Chariots , 400 hommes en ſanté , 300
bleſſez & environ 250 tuez. On fait
monter la perte des Turcs à prés de
5000 hommes.
Le 30 ſur les 6. heures du matin , nous
avons diftingué l'avant-garde Ennemie,
&deux heures aprés , nous avons vûen
marche toute l'Armée du Grand Vizir :
Elle a commencé par occuper toutes les
hauteurs & vallons,depuis Viſnitza jufqu'à
la haute Save , embraſſant par là
nos retranchemens. Dans la crainte que
lesTurcs ne tentaſſent le paſſage de
la Save à Saback , ou ne vouluflent infultet
la tête de nôtre Pont, le Prince
Eugene a ordonné au Comte de Martigni
Général de la Cavalerie,de marcher
avec çing Régiments de Cavalerie&
huit Bataillonsdu Corps campés à
Semlim , &de ſe potter auprés du Pont
de la Save , afin de le mettre hors d'infulte:
Pour plus de fûreté, on a dreſſe
une nouvelle Batterie au- delà de cette
Riviere qui en deffendra l'approche.
Le 31,un grosCorps de Cavalerie s'étant
avancé à la portée du piſtolet de
hos retranchemens , fut vivement re-
Aoust 1717. N
146 LE MERCURE
pouflé parnos Volontai es& nos Chaf
ſeurs , qui , aprés en avoir renversé un
grand nombre , les dépoüillérent à la
faveurduCanon de nos retranchemens,
&ramenérent pluſieurs chevauxde prix
au Camp. La Garniſon fit defcendre
la même nuit 7 ou 8. Brulots remplis
de Grenades & de Pots à feu ; mais
par l'intrépidité & l'adreſſe de nosGens
qui étoient poſté ſur les Ponts de nos
deux Vaiſſeaux de Guerre , ils furent
coulé à fond ; à la réſerve de trois
qui ſe firent paflage deſſous nôtre Pont ,
fans y caufer aucun dommage.
د
Le 1 Août, à 6 heures du matin , les
Ennemis au nombre de plus de 20000
Chevaux , ſe préſentérent devant nos
retranchemens, à la portée du Fufil ,
comme pour les envelopper : Les décharges
à Cartouche que l'on fit fur
cux les contraignirent bien vite de
s'éloigner & de gagner en confufion ,
un Vallon pour ſe couvrir. Comme
lesTurcs ſe font une gloire & un profit
en même tems , d'emporter à la pointe
du Sabre , les Têtes de nos gens qu'ils
tuent , deſquelles ils reçoivent unDucat
pour chacune qu'ils expoſent
furdespieux , à la vuë de nôtre Camp;
D'AOUST.
147
nos Soldats ont encore enchéri fur
cette barbare Coûtume; car , non contens
d'enlever par imitation , aurant
de Têtes des Infidétes qu'ils peuvent
ils écorchent encore les Troncs ; ce
qui préſenté un ſpectacle doublement
affreux , tant par les Têtes dont la
Créte de nos Rectanchemens eft garnie
, que par les Cadavres fans peau'
qui font étendus devant nos Retranchemens.
Des Transfuges de l'Armée
Ennemie' nous ont confirmé que la
plûpart de leurs nouvelles Levées ap
préhendoient fi fort d'en venir aux
mains avec les Nôtres , qu'elles ſe
ſauvoient toutes les nuits par bandes,
de leur Camp,pour s'en retourner chez
cux .
Les Infidéles ſe ſont emparé d'une
Eminence , fur laquelle avec is Piécés
de Canon , ils ont intrigué le Prince
Eugene& l'ont obligé de changer
de Quartier.
Les Affiégez encouragez par la
préſence du Grand Vifir , font de continuelles
forties qui nouscoutent toû
jours quelque monde. On ne peut les
empêcher de communiquer avec
l'Armée du Sultan , par le moyen de
leursBarques. Nij
A
3
148 LE MERCURE
:
Le 2, à 3 heures après midi , on ut
le plaiſir de voir le Camp Ennemi, qui
s'étend depuis le Danube juſqu'à la
la portée du Canon de la Save , tout
rendu de Tentes neuves , rouges &
vertes : Comme ce Camp eſt preſque
en forme d'Ataphiteatre , il ne ſe peut
rien offrir à la vûëde plus beau& de
plus ſuperbe,lesSoldats ſe montrans les
uns aux autres. Les Turcs,malgré leur
grand nombre , ont commencé à ſe
retrancher & à faire feu de leur Canon
fur nos Ouvrages. Ils ſe ſont emparé
de quelques hauteurs qui commandent
une partie de notre Camp ; ce
qui nous incoinmode beaucoup & nous
tue quelque monde. Le Comte de
Régal Général de l'Artillerie & Commandant
de Bude , a üle malheur d'avoir
la jambe gauche emportée d'un
boulet de Canon,dont il eſt mort deux
heures après . On ne diſcontinuë pas
de l'autre côré de la Save , de canoner
&de bombarder la Ville d'Eau & le
Château. Nous avons été affez hûreux
pour qu'une de nos Bombes ait fait
fauter un Magazin de Grénades &
ait détruit un autre Magazin de Faxine.
Le même jour , les Turcs firent
de
B
D'AOUST. 149
de nouveau, une tentative contre nôtre
Pont du Danube ; mais , ils furent repouffé
avec perte.
Nôtre Camp n'eſt pas bien fourni
de Vivres ni de Fourages ; la Cavale
rie qui vaut bien mieux que celle des
Turcs , dépétit par la difette & l'Infanterie
s'affoiblit par les maladies.
On convient que les Ottomans ont
130 Piéces de Canon qui folierent nos
retranchemens , fans nous endommager
beaucoup ; parce que la créte étant
formée de Faſcines entre- laſſées, le Canon
n'y peut faire que ſon trou. Cette
nombreuſe Artillerie ne nous a tué
juſqu'à préſent , que cent hommes
&environ 30 Officiers tuez ou bleſſez;
parmi leſquels ſe trouvent M. le Comte
d'Eftrade Lieutenant Général de
France , qui a û une jambe emportée
d'un coup de Canon. Le Prince Eugene
ne répond preſque rien à toutes
les queſtions qu'on lui fait , pourquoi
it demeure dans ſon Camp : Il dit fimplement
que c'eſt pourbattre les Turcs
& enſuite prendre la Ville , ou bien
prendre d'abord la Ville & battre enfuite
les Turcs. On continuë de ſe caoner
de part & d'autre: Nos Partis onet
Niij
150
LE MERCURE
é é aſſez hûreux juſqu'à préſent ,pour
battre ceux des Ennemis dans toutes
leurs courſes ; en une deſquelles Ibra- -
him Bacha plus conſidéré par les Janiffaires
, que le Grand Vifir même ,
a été tué avec pluſieurs Officiers de
distinction .
Le 3 , on a appris que le Comte de
Draſcovitz étoit entré avec sooo Impériaux
dans la Croatie Turque,qu'il a
paffé au fil de l'épée tout ce qu'il y a
trouvé d'Infidéles a ravagé tous les
Bleds , brûlé tous les Fourages &
a emmené une très grande quantité de
Bêtesà cornes .
Le 4. on prit une Palanque du côté
de la Save , où le Prince Eugene fir
établir huit Bataillons & huit compagnies
de Grenadiers , fans perte d'un
ſeul homme. Il y fait conſtruire une
Redoute & y élever un Cavalier , ſur
lequel on a monté trente Mortiers &
vingt - quatre pieces de gros Canon
pour battre la Haute-Ville , toute la
Baffe étant entierement rafée.
Depuis que ſes Magaſins ont été détruits,
ellemanquede tantde chofes,
que les Janiffaires qui font en grand
nombre, outre leurs femmes & leurs
e
1
D'AOUST.
enfans , ont declaré au Seraskiet qu'il
falloit ſe rendre , mais un Etranger
homme de Condition des plus accredirez
& des plus braves quil y ait
dans les Troupes du Sultan , trouva
lemoyen de les appaiſer ; les affûrant
que dans quelques jours , Belgrade
feroitdelivré .
Le 5. & le 6. les Afliegez ont tiré
des Fuſées , qui font le ſignal pour
preffer le ſecours. On a d'autant plus
ſujet de le croire , qu'un Deſerteur a
confirmé que les vivies devenoient
fort rares&qu'ils n'uſoient point d'au.
tre viande , que de celle de Chameau
& de Cheval ; que la premiere s'y
vendoit livre & la derniere 12. f. Un
Transfuge de la grande Armée
auſſi raporté que le fourage commençoit
à manquer aux Turcs & que le
Grand Vizir avoit ordonné une nouvelle
Batterie de 60. piéces de Canon
&de so . Mortiers , pour tirer encore
fur notre Camp : Ainſi l'on peut dire
qu'il y a 2. Sièges à la fois . Les
Imperiaux Affiégeants les Turcs &
ceux-cy les Imperiaux.
a
Ce fut le s. qu'Ibrahim Bacha , qui
tient le ſecond rang dans l'Armée
152 LE MERCURE
aprés le Grand Vizir , a été tué en venant
réconnoitre nos rétranchemens ,
à la Tête de 2000 Chevaux ; ce qu'ilsfirent
avec toute l'audace imaginable ,
malgré le feu de nôtre Artillerie qui .
les a fort éclairci.
On a interceptéune lettre daGrand
Vizir au Gouverneur de Belgrade, par
laquelle il lui marque qu'il alloit attaquer
le Prince Eugene par 4 en
droits differents , & qu'il ût à faire.
une fortie avec toute ſaGarniſon , afinde
mettre l'Armée des Chretiens en-.
tre deux feux .
Mar le Comte de Charolois a été at---
taqué d'une eſpéce de diſſenterie ;mais
il s'en eſt delivré par l'Ipécacuanha...
non & l'autre de deux ; la premiere ,
pour démonter cinq Canons que les
Înfidéles ont placé dans les embrazures
de la partie ſupérieure du Donjon ;
& la deuxieme , pour battre la groffe
Tour d'Eau ſituée ſur le bord du Danube
: On acheva le même jour la ligne
de communication , qui prend depuis
Semlinjuſqu'à notre Pontde la Save.
On fait état qu'il y a encore pour
quinze jours de fourage dans notre
Camp, & de farine pour 30. On a
jetté un ſecond Pont ſur la Save , afin,
de faciliter davantage nôtre commu-;
nication avec le Duché de Sirmium..
Le 27. fur les avis uniformes que,
l'Armée Ottomane étoit arrivée le 26
à Semendria & qu'elle s'avançoit dans
le deſſein de ſecourir Belgrade ; on redoubla
le travail , afin de mettre en érat,
les Plattes- Formes pour y placer l'Ar→→
tillerie .Tout leCampeſt ſurle qui vive...
Oi doute cependant que l'Armée Ennemie
, quelque nombreuſe qu'elle foit
& quelque ordre qu'elle ait du grand
Seigneur , de nous forcer derriere nos
Retranchemens , oſe le mettre en exé
cution.
2
De
P
P
Σ
V
D
T
P
C
M
P
Π
d
D'AOUST.
141
LesTurcs ayant formé un Camp fur
Ia hauteur de Saback,qui pourroit donner
la main à la gauche de leur Armée,
le Baron de Petraſch a fait les difpoſitions
néceſſaires pour occuper un
poſte,vis- à-vis; afin d'affûrer notre communication
& de les empêcher detraverſer
la Save,
Les Affiegez ſebattent en deſeſperez :
Dans toutes les forties qu'ils font , ils
viennent fondre ſur nos Troupes, comme
des Bêtes féroces , & ne donnent
preſque aucun quartier.
Les Troupes ramaſſées des Turcsde
Coczim , des Hongrois Rebelles , des
Moldaves& des Valaques ont pris pour
pluſieursjours,du pain, avec ordred'allerjoindre
l'Armée du Grand Vizir.
Le G. Vizir a laiſſe ſes gros bagages
àSemendria.
Un gros Corps de Cavalerie des Ennemis,
a paflé le Danube prés d'Orfova,
pour entrer dans le Bannat : On préfume
que c'eſt pour attaquer Meadia ,
dont la priſe placeroit les Turcs à la
tête du Temeſvar.
Le 28 , on continua à dreſſer des Canons
ſur les Batteries ; le matin , les
Muſulmans vinrent avec 4 à goo che
1
142
LE MERCURE
vaux,reconnoiſtre nôtre Camp ; mais
nôtre Canon les fir bien-tôt retirer:Nos
Hufars ayant rapporté que les Janiffaires
co.nmençoient à paroiſtre à Hil
fargik on Krotzca , à une demie- lieiie
de nos retranchemens ; on diftribua les
Munitions pour toute l'Armée & l'on
fit toutes les diſpoſitions néceſſaires ,
pour s'oppoſer à tout evenement, aux
forces de l'Ennemi .
Le 29. le Grand Viſir détacha 400
Chevaux pour nous venir reconnoiſtre;
mais ils furent bien tôt pouffés par nos
Huffars & Volontaires qui les obligerent
de ſe retirer : Deux heures aprés,
deux mille Chevaux Turcs s'approcherent
du front de nôtre aîle gauche ; nos
Huffars &Rafciens mêlés de Volontaires
, allerent voltiger contr'eux & faire
le coup de piſtolet. Pendant cette eſcarmouche,
plufieurs Officiers Turcs firent
le tour de nôtre premiere ligne de circonvallation
pour la reconnoître , à
chaque volée de Canon qu'on leur tiroit
, ils avoient la précaution de ſe retirer
en arriere : Les Affiegez ayant fait
en même tems une fortie à Cheval du
côté de la Save , le feu de nôtre Artillerie
& le Regiment de Bareith les
DAOUST. 145
- obligea de regagner promptement la
Ville avec une perte confiderable.
L'Armée des Ennemis eſt depuis ce
matin en mouvement, & on voit de la
crête de nos Retranchemens, leurs Ingenieurs
tracer un Camp. Nos Hufſſars
&nos Volontaires ſont continuellement
aux mains avec les Tartares & les Spahis,
toutes les fois qu'ils veulent s'approcher
de trop prés de nos tetranchemens.
Les Ennemis ne ſont preſentement
qu'à la diſtance d'un quart de
lieüe de nous. Nôtre Cavalerie armée
de Faux , occupe les Parapets & nôtre
Infanterie eſt munie de Chevaux de
friſe en cas de beſoin : Les Affiegez ont
témoigné une grande joye de l'appro
che du grand Vizir.
Le PrinceEugene a eſté un peu incommodé
; mais , malgré ſon indifpoſition
il s'eſt trouvé par tout & il a
eſté auſſi actif qu'auparavant. Il ya
dans notre Camp des diſſenteries& des
fiévres cauſées en partie,par la mauvaiſe
qualité des eaux du Danube .
Un Capitaine des Hongrois mécontens
, qui s'eſt venu tendre à nosgens,a
rapporté que les Ennemis avoient 80
piéces de gros Canon , & go autres de
i
144 LE MERCURE
Campagne, avec 60 Mortiers qu'ils ont
tiré d'Afie ; qu'ils font plus de 300
mille hommes ; mais, qu'à l'exception
des Janiflaires & des Spahis , il y a
beaucoup de Troupes mal diſciplinées
parmi eux , fur-tout dans la Cavalerie,
où il y a quantité de jeunes gens de 15.
à 16. ans. Toutes les forces Impériales
conſiſtent à preſent en 83 bataillons ,
en 66 Compagnies de Grenadiers, 122
Eſcadrons de Cuiraffiers , 137. de Dragons
& 72 Compagnies de Volontaires
, fans comprendre cequi eſt ſur les
Batteaux , ni ce qui est avec le Baron
dePetraſch . Le Prince Eugene n'eſt pas
cependant fatisfait de l'Infanterie
quin'apas eſté recrutée , comme il faut.
Nos lignes font en bon étatde deffenſe
&on n'a rien à craindre .
Le détachement de l'Armée Ottomane,
qui avoit pafle le Danube à Orfoya
, compofé de plus de 20000 hommes
, s'eſt rendu Maître du Fort conftruit
par les Nôtres , l'hyver dernier , à
Meadia: Ils y ont donné quatre aflauts :
Dans les trois premiers , ils ont été repouffé
; mais au quatrième , la Garnifon
a eſté forcéede ſe rendre par capiculation
, en exécution de laquelle elle
2
DAOUST. 145
1.
a été eſcortée à Temeſvar avec 60
-Chariots , 400 hommes en ſanté , 300
bleſſez & environ 250 tuez. On fait
monter la perte des Turcs à prés de
5000 hommes.
Le 30 ſur les 6. heures du matin , nous
avons diftingué l'avant-garde Ennemie,
&deux heures aprés , nous avons vûen
marche toute l'Armée du Grand Vizir :
Elle a commencé par occuper toutes les
hauteurs & vallons,depuis Viſnitza jufqu'à
la haute Save , embraſſant par là
nos retranchemens. Dans la crainte que
lesTurcs ne tentaſſent le paſſage de
la Save à Saback , ou ne vouluflent infultet
la tête de nôtre Pont, le Prince
Eugene a ordonné au Comte de Martigni
Général de la Cavalerie,de marcher
avec çing Régiments de Cavalerie&
huit Bataillonsdu Corps campés à
Semlim , &de ſe potter auprés du Pont
de la Save , afin de le mettre hors d'infulte:
Pour plus de fûreté, on a dreſſe
une nouvelle Batterie au- delà de cette
Riviere qui en deffendra l'approche.
Le 31,un grosCorps de Cavalerie s'étant
avancé à la portée du piſtolet de
hos retranchemens , fut vivement re-
Aoust 1717. N
146 LE MERCURE
pouflé parnos Volontai es& nos Chaf
ſeurs , qui , aprés en avoir renversé un
grand nombre , les dépoüillérent à la
faveurduCanon de nos retranchemens,
&ramenérent pluſieurs chevauxde prix
au Camp. La Garniſon fit defcendre
la même nuit 7 ou 8. Brulots remplis
de Grenades & de Pots à feu ; mais
par l'intrépidité & l'adreſſe de nosGens
qui étoient poſté ſur les Ponts de nos
deux Vaiſſeaux de Guerre , ils furent
coulé à fond ; à la réſerve de trois
qui ſe firent paflage deſſous nôtre Pont ,
fans y caufer aucun dommage.
د
Le 1 Août, à 6 heures du matin , les
Ennemis au nombre de plus de 20000
Chevaux , ſe préſentérent devant nos
retranchemens, à la portée du Fufil ,
comme pour les envelopper : Les décharges
à Cartouche que l'on fit fur
cux les contraignirent bien vite de
s'éloigner & de gagner en confufion ,
un Vallon pour ſe couvrir. Comme
lesTurcs ſe font une gloire & un profit
en même tems , d'emporter à la pointe
du Sabre , les Têtes de nos gens qu'ils
tuent , deſquelles ils reçoivent unDucat
pour chacune qu'ils expoſent
furdespieux , à la vuë de nôtre Camp;
D'AOUST.
147
nos Soldats ont encore enchéri fur
cette barbare Coûtume; car , non contens
d'enlever par imitation , aurant
de Têtes des Infidétes qu'ils peuvent
ils écorchent encore les Troncs ; ce
qui préſenté un ſpectacle doublement
affreux , tant par les Têtes dont la
Créte de nos Rectanchemens eft garnie
, que par les Cadavres fans peau'
qui font étendus devant nos Retranchemens.
Des Transfuges de l'Armée
Ennemie' nous ont confirmé que la
plûpart de leurs nouvelles Levées ap
préhendoient fi fort d'en venir aux
mains avec les Nôtres , qu'elles ſe
ſauvoient toutes les nuits par bandes,
de leur Camp,pour s'en retourner chez
cux .
Les Infidéles ſe ſont emparé d'une
Eminence , fur laquelle avec is Piécés
de Canon , ils ont intrigué le Prince
Eugene& l'ont obligé de changer
de Quartier.
Les Affiégez encouragez par la
préſence du Grand Vifir , font de continuelles
forties qui nouscoutent toû
jours quelque monde. On ne peut les
empêcher de communiquer avec
l'Armée du Sultan , par le moyen de
leursBarques. Nij
A
3
148 LE MERCURE
:
Le 2, à 3 heures après midi , on ut
le plaiſir de voir le Camp Ennemi, qui
s'étend depuis le Danube juſqu'à la
la portée du Canon de la Save , tout
rendu de Tentes neuves , rouges &
vertes : Comme ce Camp eſt preſque
en forme d'Ataphiteatre , il ne ſe peut
rien offrir à la vûëde plus beau& de
plus ſuperbe,lesSoldats ſe montrans les
uns aux autres. Les Turcs,malgré leur
grand nombre , ont commencé à ſe
retrancher & à faire feu de leur Canon
fur nos Ouvrages. Ils ſe ſont emparé
de quelques hauteurs qui commandent
une partie de notre Camp ; ce
qui nous incoinmode beaucoup & nous
tue quelque monde. Le Comte de
Régal Général de l'Artillerie & Commandant
de Bude , a üle malheur d'avoir
la jambe gauche emportée d'un
boulet de Canon,dont il eſt mort deux
heures après . On ne diſcontinuë pas
de l'autre côré de la Save , de canoner
&de bombarder la Ville d'Eau & le
Château. Nous avons été affez hûreux
pour qu'une de nos Bombes ait fait
fauter un Magazin de Grénades &
ait détruit un autre Magazin de Faxine.
Le même jour , les Turcs firent
de
B
D'AOUST. 149
de nouveau, une tentative contre nôtre
Pont du Danube ; mais , ils furent repouffé
avec perte.
Nôtre Camp n'eſt pas bien fourni
de Vivres ni de Fourages ; la Cavale
rie qui vaut bien mieux que celle des
Turcs , dépétit par la difette & l'Infanterie
s'affoiblit par les maladies.
On convient que les Ottomans ont
130 Piéces de Canon qui folierent nos
retranchemens , fans nous endommager
beaucoup ; parce que la créte étant
formée de Faſcines entre- laſſées, le Canon
n'y peut faire que ſon trou. Cette
nombreuſe Artillerie ne nous a tué
juſqu'à préſent , que cent hommes
&environ 30 Officiers tuez ou bleſſez;
parmi leſquels ſe trouvent M. le Comte
d'Eftrade Lieutenant Général de
France , qui a û une jambe emportée
d'un coup de Canon. Le Prince Eugene
ne répond preſque rien à toutes
les queſtions qu'on lui fait , pourquoi
it demeure dans ſon Camp : Il dit fimplement
que c'eſt pourbattre les Turcs
& enſuite prendre la Ville , ou bien
prendre d'abord la Ville & battre enfuite
les Turcs. On continuë de ſe caoner
de part & d'autre: Nos Partis onet
Niij
150
LE MERCURE
é é aſſez hûreux juſqu'à préſent ,pour
battre ceux des Ennemis dans toutes
leurs courſes ; en une deſquelles Ibra- -
him Bacha plus conſidéré par les Janiffaires
, que le Grand Vifir même ,
a été tué avec pluſieurs Officiers de
distinction .
Le 3 , on a appris que le Comte de
Draſcovitz étoit entré avec sooo Impériaux
dans la Croatie Turque,qu'il a
paffé au fil de l'épée tout ce qu'il y a
trouvé d'Infidéles a ravagé tous les
Bleds , brûlé tous les Fourages &
a emmené une très grande quantité de
Bêtesà cornes .
Le 4. on prit une Palanque du côté
de la Save , où le Prince Eugene fir
établir huit Bataillons & huit compagnies
de Grenadiers , fans perte d'un
ſeul homme. Il y fait conſtruire une
Redoute & y élever un Cavalier , ſur
lequel on a monté trente Mortiers &
vingt - quatre pieces de gros Canon
pour battre la Haute-Ville , toute la
Baffe étant entierement rafée.
Depuis que ſes Magaſins ont été détruits,
ellemanquede tantde chofes,
que les Janiffaires qui font en grand
nombre, outre leurs femmes & leurs
e
1
D'AOUST.
enfans , ont declaré au Seraskiet qu'il
falloit ſe rendre , mais un Etranger
homme de Condition des plus accredirez
& des plus braves quil y ait
dans les Troupes du Sultan , trouva
lemoyen de les appaiſer ; les affûrant
que dans quelques jours , Belgrade
feroitdelivré .
Le 5. & le 6. les Afliegez ont tiré
des Fuſées , qui font le ſignal pour
preffer le ſecours. On a d'autant plus
ſujet de le croire , qu'un Deſerteur a
confirmé que les vivies devenoient
fort rares&qu'ils n'uſoient point d'au.
tre viande , que de celle de Chameau
& de Cheval ; que la premiere s'y
vendoit livre & la derniere 12. f. Un
Transfuge de la grande Armée
auſſi raporté que le fourage commençoit
à manquer aux Turcs & que le
Grand Vizir avoit ordonné une nouvelle
Batterie de 60. piéces de Canon
&de so . Mortiers , pour tirer encore
fur notre Camp : Ainſi l'on peut dire
qu'il y a 2. Sièges à la fois . Les
Imperiaux Affiégeants les Turcs &
ceux-cy les Imperiaux.
a
Ce fut le s. qu'Ibrahim Bacha , qui
tient le ſecond rang dans l'Armée
152 LE MERCURE
aprés le Grand Vizir , a été tué en venant
réconnoitre nos rétranchemens ,
à la Tête de 2000 Chevaux ; ce qu'ilsfirent
avec toute l'audace imaginable ,
malgré le feu de nôtre Artillerie qui .
les a fort éclairci.
On a interceptéune lettre daGrand
Vizir au Gouverneur de Belgrade, par
laquelle il lui marque qu'il alloit attaquer
le Prince Eugene par 4 en
droits differents , & qu'il ût à faire.
une fortie avec toute ſaGarniſon , afinde
mettre l'Armée des Chretiens en-.
tre deux feux .
Mar le Comte de Charolois a été at---
taqué d'une eſpéce de diſſenterie ;mais
il s'en eſt delivré par l'Ipécacuanha...
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5
p. 206-208
Extrait du Journal de l'Escadre des Indes, commandée par le Comte Daché, Chef d'Escadre des Armées Navales.
Début :
Le 27 Janvier de l'année dernière, l'Escadre commandée par le Comte Daché, [...]
Mots clefs :
Comte Daché, Escadre des Indes, Vaisseaux, Forts, Frégates, Combats, Pondichéry, Vivres, Commandant, Blessés, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Journal de l'Escadre des Indes, commandée par le Comte Daché, Chef d'Escadre des Armées Navales.
Extrait du Journal de l'Efcadre des Indes ;
commandée par le Comte Daché , Chef d'Eſcadre
des Armées Navales .
Le 27 Janvier de l'année derniere , l'Eſcadre
commandée par le Comte Daché , partit de l'lflede-
France pour fe rendre dans l'Inde. Elle étoit
alors compofée d'un Vaiffeau du Roi , de huit
Vaiffeaux de la Compagnie des Indes & de deux
Frégates.
Le 28 Avril cette Eſcadre parut à la côte de Coromandel
, devant la Ville de Gondelour & le Fort
Saint-David à quatre lieues de Pondichery . Deux
Frégates Angloiles qui étoient à l'ancre , le jetterent
à la côte & s'y brûlerent. ( On a reçu depuis
que ces deux Frégates étoient le Brigdwater & le
Triton , chacune de 20 canons. )
Quoique l'Escadre eût befoin de rafraîchiffement
& d'eau , il fut réfolu de profiter de la confternation
que fon arrivée devant Gondelour mettoit
dans la Ville , pour la bloquer par mer ,
tandis que le fieur de Lally qui pafferoit à Pondichery,
y prendroit des Troupes , pour venir l'inveftir
par terre ; & en conféquence le Vaiffeau le
Comte de Provence , avec la frégate la Diligente ,
furent détachés à Pondichery avec le fieur de
Lally.
44 ,
Le lendemain 29 , la frégate la Silphyde , qui
faifoit la découverte , fit fignal d'une Efcadre de
neuf vaiffeaux. Elle étoit compofée de quatre
vaiffeaux de 70 canons , de trois de 60 , d'un de
& d'un de 20. Le combat fut engagé à
deux heures après - midi. Il fut très - vif de parc
& d'autre jusqu'à la nuit , fans que le vailleau le
Comte de Provence & la frégate la Diligente , qui
<arriverent alors de Pondichery ,, ayent pû être
d'aucun renfort. On s'attendoit le lendemain à
+
AVRIL 1759. 207
un fecond combat ; mais l'Efcadre Angloife maltraitée
s'étoit retirée vers Madras pour s'y réparer.
L'Eſcadre Françoiſe fe trouva le 30 Avril devant
Alemparvé , à fept lieues de Pondichery. Le
vaiffeau le Bien-Aimé , dont le cable fe rompit
dans la nuit , fut obligé de faire côte , & le perdit
; mais tout l'équipage fut fauvé.
Le 7 Mai l'Efcadre arriva à Pondichery , & y
débarqua les troupes , les munitions de guerre ,
& l'argent dont elle étoit chargée ; elle fe rendit
le lendemain 2 Juin devant Goudelour & le
Fort Saint- David , qui n'étant point fecouru par
l'Eſcadre Angloife , fut réduit à capituler.
L'Eſcadre parut le 4 Juin devant Divicottey ,
dont le Fort le rendit fans faire de réfiſtance.
Du 9 au 17 Juin , que l'Eſcadre revint à Pondichery
, elle a croifé fur l'Ifle de Ceylan & devant
Negapatnam & Karical . Elle s'eft emparée
dans fa croifiere d'un brigantin Anglois nommé
l'Expériment , Capitaine Whiteway , qui fut tout
de fuite envoyé à Pondichery.
Du 17 au 27 Juillet l'Eſcadre eft reſtée devant,
Pondichery à le réparer & ſe pourvoir de vivres.
Mais l'Ecadre Angloiſe ayant paru , le Comte Daché
fe mit fous voile, ayant avec lui le même nombre
de Vaiffeaux que dans le premier combat;
fi ce n'eft qu'au lieu du Vaiffeau le Bien- Aimé
qui avoit péri , & de la Frégate la Silphyde qui
étoit défarmée , il avoit pris le Vaiffeau le Comte
de Provence & la Frégate la Diligente.
Le 3 Août : ce jour - là le combat s'eft enga
gé avec la plus grande vivacité à une heure
après-midi , & a duré de la même force pendant
plus de deux heures . L'Eſcadre Angloife étoit
très-maltraitée ; & le Comte Daché auroit eu
tout l'avantage dans le fecond combat fans les
accidens qui furvinrent fur fon vaiffeau & fug
208 MERCURE DE FRANCE.
le Comte de Provence , par des artifices que les'
Anglois y jettèrent contre toutes les régles
& ufages de la guerre. Le Vaiffeau le Comte de
Provence en fur le premier maltraité ; le feu
prit à toutes les voiles & au mât d'artimon ; il
gagnoit la dunette , & auroit confumé le vaiffeau ,
fipar une manoeuvre hardie du fieur Bouvet, Commandant
le Duc de Bourgogne , celui - ci ne fût
venu le placer entre le Comte de Provence & le
vaiffeau Anglois , qui après lui avoir jetté les artifices
, continuoit de lui tirer fes bordées . Ce n'eſt
qu'avec des peines infinies que le fieur la Chaife
a pu parvenir à éteindre le feu des artifices. Il
en a été de même fur le Zodiaque ; avec cette
différence que les artifices des Anglois ayant
gagné la route aux poudres , le vaiffeau a été fur
le point de fauter en l'air. Les foins des Officiers,
& ceux du fieur Guillemain , Ecrivain , ont fauvé
le vaiffeau du danger où il étoit : mais après ces
accidens , l'Efcadre a été forcée de faire retraite ,
le Zodiaque formant l'arriere- garde ; & l'Eſcadre
étant venue mouiller le 4 devant Pondichery ,
s'y eſt emboffée en ligne , fans que les Anglois
foient venus l'attaquer de nouveau.
Les Vaiffeaux s'étant réparés dans le courant du
mois d'Août , le Comte Daché , a mis à la voile
de Pondichery le 3 Septembre , & eft arrivé le
13 Novembre à l'Ile de France , où il a trouvé
les Vaiffeaux du Roi le Minotaure , l'Illuftre &
Actifcommandés par les fieurs Froger de l'Eguille
, Chevalier de Ruis , & d'Ifle- Beauchaine ,
Lefquels fe font joints à l'Eſcadre.
*
Le Comte Daché a dépêché en France la Frégate
la Diligente , avec le fieur Earhantel , Enfeigne
de Vaiffeau , fur le Zodiaque , qui a ap
porté ce détail . Il y a eu fur l'Eſcadre 251 hom
imes tués , & 602 bleffés,
commandée par le Comte Daché , Chef d'Eſcadre
des Armées Navales .
Le 27 Janvier de l'année derniere , l'Eſcadre
commandée par le Comte Daché , partit de l'lflede-
France pour fe rendre dans l'Inde. Elle étoit
alors compofée d'un Vaiffeau du Roi , de huit
Vaiffeaux de la Compagnie des Indes & de deux
Frégates.
Le 28 Avril cette Eſcadre parut à la côte de Coromandel
, devant la Ville de Gondelour & le Fort
Saint-David à quatre lieues de Pondichery . Deux
Frégates Angloiles qui étoient à l'ancre , le jetterent
à la côte & s'y brûlerent. ( On a reçu depuis
que ces deux Frégates étoient le Brigdwater & le
Triton , chacune de 20 canons. )
Quoique l'Escadre eût befoin de rafraîchiffement
& d'eau , il fut réfolu de profiter de la confternation
que fon arrivée devant Gondelour mettoit
dans la Ville , pour la bloquer par mer ,
tandis que le fieur de Lally qui pafferoit à Pondichery,
y prendroit des Troupes , pour venir l'inveftir
par terre ; & en conféquence le Vaiffeau le
Comte de Provence , avec la frégate la Diligente ,
furent détachés à Pondichery avec le fieur de
Lally.
44 ,
Le lendemain 29 , la frégate la Silphyde , qui
faifoit la découverte , fit fignal d'une Efcadre de
neuf vaiffeaux. Elle étoit compofée de quatre
vaiffeaux de 70 canons , de trois de 60 , d'un de
& d'un de 20. Le combat fut engagé à
deux heures après - midi. Il fut très - vif de parc
& d'autre jusqu'à la nuit , fans que le vailleau le
Comte de Provence & la frégate la Diligente , qui
<arriverent alors de Pondichery ,, ayent pû être
d'aucun renfort. On s'attendoit le lendemain à
+
AVRIL 1759. 207
un fecond combat ; mais l'Efcadre Angloife maltraitée
s'étoit retirée vers Madras pour s'y réparer.
L'Eſcadre Françoiſe fe trouva le 30 Avril devant
Alemparvé , à fept lieues de Pondichery. Le
vaiffeau le Bien-Aimé , dont le cable fe rompit
dans la nuit , fut obligé de faire côte , & le perdit
; mais tout l'équipage fut fauvé.
Le 7 Mai l'Efcadre arriva à Pondichery , & y
débarqua les troupes , les munitions de guerre ,
& l'argent dont elle étoit chargée ; elle fe rendit
le lendemain 2 Juin devant Goudelour & le
Fort Saint- David , qui n'étant point fecouru par
l'Eſcadre Angloife , fut réduit à capituler.
L'Eſcadre parut le 4 Juin devant Divicottey ,
dont le Fort le rendit fans faire de réfiſtance.
Du 9 au 17 Juin , que l'Eſcadre revint à Pondichery
, elle a croifé fur l'Ifle de Ceylan & devant
Negapatnam & Karical . Elle s'eft emparée
dans fa croifiere d'un brigantin Anglois nommé
l'Expériment , Capitaine Whiteway , qui fut tout
de fuite envoyé à Pondichery.
Du 17 au 27 Juillet l'Eſcadre eft reſtée devant,
Pondichery à le réparer & ſe pourvoir de vivres.
Mais l'Ecadre Angloiſe ayant paru , le Comte Daché
fe mit fous voile, ayant avec lui le même nombre
de Vaiffeaux que dans le premier combat;
fi ce n'eft qu'au lieu du Vaiffeau le Bien- Aimé
qui avoit péri , & de la Frégate la Silphyde qui
étoit défarmée , il avoit pris le Vaiffeau le Comte
de Provence & la Frégate la Diligente.
Le 3 Août : ce jour - là le combat s'eft enga
gé avec la plus grande vivacité à une heure
après-midi , & a duré de la même force pendant
plus de deux heures . L'Eſcadre Angloife étoit
très-maltraitée ; & le Comte Daché auroit eu
tout l'avantage dans le fecond combat fans les
accidens qui furvinrent fur fon vaiffeau & fug
208 MERCURE DE FRANCE.
le Comte de Provence , par des artifices que les'
Anglois y jettèrent contre toutes les régles
& ufages de la guerre. Le Vaiffeau le Comte de
Provence en fur le premier maltraité ; le feu
prit à toutes les voiles & au mât d'artimon ; il
gagnoit la dunette , & auroit confumé le vaiffeau ,
fipar une manoeuvre hardie du fieur Bouvet, Commandant
le Duc de Bourgogne , celui - ci ne fût
venu le placer entre le Comte de Provence & le
vaiffeau Anglois , qui après lui avoir jetté les artifices
, continuoit de lui tirer fes bordées . Ce n'eſt
qu'avec des peines infinies que le fieur la Chaife
a pu parvenir à éteindre le feu des artifices. Il
en a été de même fur le Zodiaque ; avec cette
différence que les artifices des Anglois ayant
gagné la route aux poudres , le vaiffeau a été fur
le point de fauter en l'air. Les foins des Officiers,
& ceux du fieur Guillemain , Ecrivain , ont fauvé
le vaiffeau du danger où il étoit : mais après ces
accidens , l'Efcadre a été forcée de faire retraite ,
le Zodiaque formant l'arriere- garde ; & l'Eſcadre
étant venue mouiller le 4 devant Pondichery ,
s'y eſt emboffée en ligne , fans que les Anglois
foient venus l'attaquer de nouveau.
Les Vaiffeaux s'étant réparés dans le courant du
mois d'Août , le Comte Daché , a mis à la voile
de Pondichery le 3 Septembre , & eft arrivé le
13 Novembre à l'Ile de France , où il a trouvé
les Vaiffeaux du Roi le Minotaure , l'Illuftre &
Actifcommandés par les fieurs Froger de l'Eguille
, Chevalier de Ruis , & d'Ifle- Beauchaine ,
Lefquels fe font joints à l'Eſcadre.
*
Le Comte Daché a dépêché en France la Frégate
la Diligente , avec le fieur Earhantel , Enfeigne
de Vaiffeau , fur le Zodiaque , qui a ap
porté ce détail . Il y a eu fur l'Eſcadre 251 hom
imes tués , & 602 bleffés,
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Résumé : Extrait du Journal de l'Escadre des Indes, commandée par le Comte Daché, Chef d'Escadre des Armées Navales.
En janvier de l'année précédente, l'escadre commandée par le Comte Daché quitta l'île de France pour se rendre en Inde. Elle était composée d'un vaisseau du Roi, de huit vaisseaux de la Compagnie des Indes et de deux frégates. Le 28 avril, l'escadre arriva devant la côte de Coromandel, près de Gondelour et du Fort Saint-David, à quatre lieues de Pondichéry. Deux frégates anglaises, le Brigdwater et le Triton, se jetèrent à la côte et s'y brûlèrent. Malgré le besoin de rafraîchissement et d'eau, il fut décidé de bloquer Gondelour par mer, tandis que le sieur de Lally, à Pondichéry, rassemblait des troupes pour investir la ville par terre. Le vaisseau le Comte de Provence et la frégate la Diligente furent envoyés à Pondichéry avec le sieur de Lally. Le 29 avril, la frégate la Sylphide signala une escadre anglaise de neuf vaisseaux. Un combat s'engagea à deux heures de l'après-midi et dura jusqu'à la nuit. L'escadre anglaise, maltraitée, se retira vers Madras. Le 30 avril, l'escadre française se trouva devant Alemparvé, à sept lieues de Pondichéry. Le vaisseau le Bien-Aimé fut perdu après que son câble se rompit, mais l'équipage fut sauvé. Le 7 mai, l'escadre arriva à Pondichéry et débarqua les troupes, les munitions et l'argent. Le 2 juin, elle se rendit devant Gondelour et le Fort Saint-David, qui capitulèrent. Le 4 juin, l'escadre apparut devant Divicottey, dont le fort se rendit sans résistance. Du 9 au 17 juin, l'escadre croisa devant l'île de Ceylan et les côtes de Negapatnam et Karical, capturant un brigantin anglais, l'Expériment. Du 17 au 27 juillet, l'escadre resta à Pondichéry pour se réparer et se ravitailler. Le 3 août, un second combat s'engagea avec l'escadre anglaise. Malgré les dommages causés par des artifices jetés par les Anglais, l'escadre française dut se retirer. Les vaisseaux se réparèrent en août, et le Comte Daché mit à la voile le 3 septembre, arrivant à l'île de France le 13 novembre. La frégate la Diligente fut envoyée en France avec des détails sur les combats, signalant 251 hommes tués et 602 blessés.
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6
p. 205
Du Journal de l'Armée Autrichienne, le premier Septembre.
Début :
Le Général Haddick avoit été chargé d'attaquer la Forteresse de Peitz sur la Sprée. [...]
Mots clefs :
Général Haddick, Forteresse, Commandant, Menace , Capitulation, Garnison, Artillerie, Vivres, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Journal de l'Armée Autrichienne, le premier Septembre.
Du Journal de l'Armée Autrichienne , lepremier
Septembre.
Le Général Haddick avoit été chargé d'atta-
quer la Fortereffe de Peitz fur la Sprée. Le 26
il fit fommer le Commandant de fe rendre , en
le menaçant de faire brûler la Ville & les Faux-
bourgs , s'il entreprenoit de lui réſiſter. Cette
menace fit impreffion , & la Garniſon capitula
le lendemain. Il fut réglé qu'elle fortiroit le 28
avec les honneurs de la guerre , & qu'elle feroit
conduite à Berlin ; que les habitans conferve-
roient leurs priviléges , & le libre exercice de leur
religion ; & que la Fortereffe feroit livrée avec
toute l'artillerie , tous les vivres & toutes les mu-
'nitions.
Septembre.
Le Général Haddick avoit été chargé d'atta-
quer la Fortereffe de Peitz fur la Sprée. Le 26
il fit fommer le Commandant de fe rendre , en
le menaçant de faire brûler la Ville & les Faux-
bourgs , s'il entreprenoit de lui réſiſter. Cette
menace fit impreffion , & la Garniſon capitula
le lendemain. Il fut réglé qu'elle fortiroit le 28
avec les honneurs de la guerre , & qu'elle feroit
conduite à Berlin ; que les habitans conferve-
roient leurs priviléges , & le libre exercice de leur
religion ; & que la Fortereffe feroit livrée avec
toute l'artillerie , tous les vivres & toutes les mu-
'nitions.
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Résumé : Du Journal de l'Armée Autrichienne, le premier Septembre.
Le 26 septembre, le Général Haddick a ordonné la reddition de la forteresse de Peitz. Il a menacé de détruire la ville en cas de résistance. La garnison a capitulé le 27 septembre. Les termes incluaient le départ avec les honneurs de la guerre vers Berlin, la conservation des privilèges des habitants et la remise de la forteresse avec son artillerie et ses munitions.
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