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451
p. 252-260
ODE A Messieurs de l'Académie Françoise, prononcée dans l'Académie le jour de la distribution des Prix. Par M. ROY.
Début :
Quel jour ! mon bonheur m'étonne [...]
Mots clefs :
Académie française, Gloire, Dieux, Roi, Louis
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texteReconnaissance textuelle : ODE A Messieurs de l'Académie Françoise, prononcée dans l'Académie le jour de la distribution des Prix. Par M. ROY.
ODE
A Meſſieurs de l'Académie
Françoile , prononcée dans
l'Académie le jour de la
diſtribution des Prix.
Par M. ROY.
Quel jour! mon bonheur m'é-
•tonne
L'espoir m'en paroiffoit vain.
Quoy! Minerve me couronne
Del'une ,&de l'autre main.
Voicy le champ de la gloire
GALANT. 253
Oùjadis une victoire
elles:
Marqua mes premiers eſſais. *
Minerve tu m'y rappelles :
Dans tes Annales fidelles
Efcri mes nouveaux fuccez.
Attens .. Il est unfilence
Enfant d'un orgueil ingrat.
Laiffe ma reconnoiſſance
Se monstrer avec éclat.
MesJuges furent mes guides ;
Déslongtems mesyeux avides
S'ouvrirentfur leurs Efcrits :
* Prix d'Eloquence en 1711 .
254 MERCURE
FaySurpris quelque éuncelle
De la lumiere immortelle ,
Qu'ils verfent dans les efprits.
ॐ
L'Eloquence à Demosthenes
Mitles foudres à la main ,
Elle tranſporta d'Athenes
Son throne chez le Romain.
Mais la Raifon ny les Graces
Neſuivirent pointſes traces
Cheznos rustiques ayeux :
Elleyparut derangée
Ou trop nue,ou trop chargée,
D'un fard qui bleſſoit lesyeux.
GALANT. 255
Quels nobles Efprits oferent
Luyprefenter lemiroir ?
Tousfes défauts s'éclipferent ,
Si toft qu'elle putles voir
La voix d'ARMAND
qu'elle implore
Ou rassemble , oufait éclore
Des Demofthenes nouveaux:
L'Art de parler,&d'écrire
Devint digne de l'Empire
Aggrandi parſes travaux.
AuxVertus,chafteEloquence,
Donned'illuftres amants
Touche,plais,àta puiſſance
256 MERCURE
Joins defacrez ornements.
Que les Cieux t'en applaudißent;
Quede tes foins retentißent
Les Thrones les Autels :
Rend nous les divins oracles ,
Ou nous vante les miracles
D'unRoy, l'honneur des mortels.
Mais la Muſe de lalyre ,
Qui des chants donne le prix ,
S'offre àmesyeux , &m'attire
Aux pieds de ſes favoris.
Enchantereße nouvelle
Parquel art évoque- telle
Les premiers fils d' Apollon ?
Icy
GALANT. 257
Icy reparoist Catulle ;
Pindare , Horace , Tibulle
N'ontfait que changer de nom.
C'est l'Auguste de la Seine
Qu'ils celebrent. Quels accords!
Autour d'eux plus d'un Mecene
Eſchauffe encor leurs tranſports.
Je vois ceux , que la naiſſance ,
La dignité,la puiſſance
Approchent de ſes regards :
Je vois ceux,qui dans la guerre ,
Firentà toute la Terre
Respecterſes Etendards.
Octobre 1715 . Y
158 MERCURE
Zele ardent , inépuisable !
Tribut qu'on doit aux bons Rois
Ace concert refpectable
On invite d'autres voix.
Fobéïs ... Paix renaiſſante
C'est ta Feste que je chante ,
Quelpouvoir brifa tes fers ?
Répons ,nomme en aßeurance
Le Bienfaicteur de la France ,
Et celuy de l'Univers.
C'est lay.Voilàson image
Quels traits ! quelleMajesté!
Que j'aime ce fier courage
Temperéparlabonté!
1
GALANT. 259
Autrefois , vainqueur rapide ,
Infatigable, intrepide ,
C'étoit Achille à nosyeux :
C'est Neftor,dont la vicilleſſe
N'est qu'une longue jeuneße ,
Egate à celle des Dieux.
Qu'ay-je dit ? Icy mon zele
Defoibles couleurs le peint.
LOUIS prend pourfon modele
Deſes ayeux le plus faint. *
Rois de noftrefang avares ,
deux, des duels barbares
4
Tous
* S. Louis.
Y ij
260 MERCURE
Defarmerent lafureur.
De leur peuple tendres Peres
Dela Foy vangeursfeveres
Tous deux chaßerent l'erreur.
3
Princes , mes Dieux tutelaires
Vos Portraitsfont mes threſors : *
Et desfignesfalutaires
Pour enbardir mes efforts.
Unjour..mais l'ofay je croire,
Que desFuges de la gloire
Vous m'attiriez les regards ?
Ainsi Romefortunée
Attachoitsa destinée
Aux Images des Cefars.
*Medailles du Roy &de S. Loüis.
A Meſſieurs de l'Académie
Françoile , prononcée dans
l'Académie le jour de la
diſtribution des Prix.
Par M. ROY.
Quel jour! mon bonheur m'é-
•tonne
L'espoir m'en paroiffoit vain.
Quoy! Minerve me couronne
Del'une ,&de l'autre main.
Voicy le champ de la gloire
GALANT. 253
Oùjadis une victoire
elles:
Marqua mes premiers eſſais. *
Minerve tu m'y rappelles :
Dans tes Annales fidelles
Efcri mes nouveaux fuccez.
Attens .. Il est unfilence
Enfant d'un orgueil ingrat.
Laiffe ma reconnoiſſance
Se monstrer avec éclat.
MesJuges furent mes guides ;
Déslongtems mesyeux avides
S'ouvrirentfur leurs Efcrits :
* Prix d'Eloquence en 1711 .
254 MERCURE
FaySurpris quelque éuncelle
De la lumiere immortelle ,
Qu'ils verfent dans les efprits.
ॐ
L'Eloquence à Demosthenes
Mitles foudres à la main ,
Elle tranſporta d'Athenes
Son throne chez le Romain.
Mais la Raifon ny les Graces
Neſuivirent pointſes traces
Cheznos rustiques ayeux :
Elleyparut derangée
Ou trop nue,ou trop chargée,
D'un fard qui bleſſoit lesyeux.
GALANT. 255
Quels nobles Efprits oferent
Luyprefenter lemiroir ?
Tousfes défauts s'éclipferent ,
Si toft qu'elle putles voir
La voix d'ARMAND
qu'elle implore
Ou rassemble , oufait éclore
Des Demofthenes nouveaux:
L'Art de parler,&d'écrire
Devint digne de l'Empire
Aggrandi parſes travaux.
AuxVertus,chafteEloquence,
Donned'illuftres amants
Touche,plais,àta puiſſance
256 MERCURE
Joins defacrez ornements.
Que les Cieux t'en applaudißent;
Quede tes foins retentißent
Les Thrones les Autels :
Rend nous les divins oracles ,
Ou nous vante les miracles
D'unRoy, l'honneur des mortels.
Mais la Muſe de lalyre ,
Qui des chants donne le prix ,
S'offre àmesyeux , &m'attire
Aux pieds de ſes favoris.
Enchantereße nouvelle
Parquel art évoque- telle
Les premiers fils d' Apollon ?
Icy
GALANT. 257
Icy reparoist Catulle ;
Pindare , Horace , Tibulle
N'ontfait que changer de nom.
C'est l'Auguste de la Seine
Qu'ils celebrent. Quels accords!
Autour d'eux plus d'un Mecene
Eſchauffe encor leurs tranſports.
Je vois ceux , que la naiſſance ,
La dignité,la puiſſance
Approchent de ſes regards :
Je vois ceux,qui dans la guerre ,
Firentà toute la Terre
Respecterſes Etendards.
Octobre 1715 . Y
158 MERCURE
Zele ardent , inépuisable !
Tribut qu'on doit aux bons Rois
Ace concert refpectable
On invite d'autres voix.
Fobéïs ... Paix renaiſſante
C'est ta Feste que je chante ,
Quelpouvoir brifa tes fers ?
Répons ,nomme en aßeurance
Le Bienfaicteur de la France ,
Et celuy de l'Univers.
C'est lay.Voilàson image
Quels traits ! quelleMajesté!
Que j'aime ce fier courage
Temperéparlabonté!
1
GALANT. 259
Autrefois , vainqueur rapide ,
Infatigable, intrepide ,
C'étoit Achille à nosyeux :
C'est Neftor,dont la vicilleſſe
N'est qu'une longue jeuneße ,
Egate à celle des Dieux.
Qu'ay-je dit ? Icy mon zele
Defoibles couleurs le peint.
LOUIS prend pourfon modele
Deſes ayeux le plus faint. *
Rois de noftrefang avares ,
deux, des duels barbares
4
Tous
* S. Louis.
Y ij
260 MERCURE
Defarmerent lafureur.
De leur peuple tendres Peres
Dela Foy vangeursfeveres
Tous deux chaßerent l'erreur.
3
Princes , mes Dieux tutelaires
Vos Portraitsfont mes threſors : *
Et desfignesfalutaires
Pour enbardir mes efforts.
Unjour..mais l'ofay je croire,
Que desFuges de la gloire
Vous m'attiriez les regards ?
Ainsi Romefortunée
Attachoitsa destinée
Aux Images des Cefars.
*Medailles du Roy &de S. Loüis.
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452
p. 5-13
ODE Sur les avantages de la Paix, & l'obligation que nous avons au Roy de nous l'avoir procurée.
Début :
Quel attrait pour toucher ma Lyre [...]
Mots clefs :
Roi, Paix, Terre, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur les avantages de la Paix, & l'obligation que nous avons au Roy de nous l'avoir procurée.
O DE
Sur les avantages de la Paix ,
& l'obligation que nous
avons au Roy de nous l'a
voir procurée.
Quel attrait pour toucher ma
Lyre
Aimable
Paix je te
revoy
Et ton retour dans cet empire
Remplit
les deflins
de mon Roy.
A iij
6 MERCURE
Que tu dois nous paroistre belle
Lors
que d'une gloire nouvelle
Tu couvres ce Roy genereux :
A quelque prix que de laguerre.
Taprefence affianchift la terre
Tu meriterois tous nos voeux.
Dés
que la Difcorde inhumaine
LOV
Arallumé les feux de Mars ,
Quelle affreufe & tragique Scene
S'offre à mesyeux de toutes parts.
Je voy des campagnes détruites ,
DesVilles en cendre réduites ,
Des tas de cadavres fanglants ;
Les Arts , les Sciences languiffent
Les Vertus & les Loixgemiffent,
GALANT. 7
Et les Trônesfont chancelants.
Les Nation, s'entre- détruiſent
Leurrage égale leur terreur ,
Leurs champs font déferts ou
s'épuifent
Pour nourrir l'avidefureur.
La focieté qui leur refte
N'eftplus qu'un commercefuncfte
De pleurs , de meurtres , de débris :
Leurs biens , leur éclat , leurpuiffance
De l'orguëil & de la vengeance
Sont ou l'inftrument ou le prix .
Tu diffipes tous ces orages
Amj
8 MERCURE
Douce Paix , mere des plaifirs
Tu repares tous nos naufrages ,
Tu combles nos plus chers defirs ;
Sous tonRegne tout rit, tout brille,
Ainfi qu'unefeulefamille
Tu réunis tous les humains :
Les feuls combats où l'induſtrie
Triomphe des maux de la vie
Deformais exercent nos mains .
Par toy le feul efpoir réveille
Le Laboureur dans nos hameaux,
Sans crainte le Berger fommeille
Tandis quepaiffentfes troupeaux,
La terre avec plaifir féconde
S'empreffe à prodiguer au monde
Ses dons chaque jour renaiaiffants :
GALANT.
Trop heureufe que fa richeſſe
Soit de plaifir & de tendreffe
Un lien entre fes enfants.
O gloire pure e legitime
·Des Heros amis des mortels ,
Vous à qui feule noftre estime
Doit de l'encens & des Autels.
Le peuple , les Princes , les fages
Vous donnent icy leurs fuffrages
Plus contents encor qu'éblouis ;
La Paix qui finit nos allarmes
Etale en ce jour tous vos charmes
Dans l'éclat dont brille Louis .
Ce font fes vertus & fon zele
Superieurs même aux revers ,
10 MERCURE
Par qui la Difcorde cruelle
Eft rentrée au fein des enfers.
Son coeur par un effort fuprême
A vaincu fa fortune même
Et celle de fes ennemis
(
Et ce grand Roy comblé de gloire
Parfafagiffe & la Victoire
Les force d'eftre fes amis .
C'est ainsi que Dieu récompenfe
Ce Heros qui dansfes projets
A fes enfants , à fa puißance
Ofoit préferer fes fujets .
Sur fon fangfeul & fur fa tête
Sa main attirant la tempête
Se plaifoit à nous mettre au Port.
GALANT **
Non quelque ardeur qui nous
anime
Nos voix d'un ton affez fublime
Ne pourroient chanter cet effort.
Mais ta deftinée éclatante
a
Louis doit fuffire à ton coeur,
Ton peuple au gré de fon attente
Te revoit pa fible & vainqueur,
Tu n'as point perdu l'avantage
Qu'un Regne glorieux &fage
Te donneur fur les plus grands
Rois,
La terre encor furpriſe admire
Et tes vertus & ton empire
Et ton bonheur & tes exploits.
Tel eft l'agréable partage
12 MERCURE
Que dans fesfruits t'offre laPaix,
Tu vois fur le Throne du Tage
Ton fang affermy pourjamais ,"
L'H- refie impie & perfide
De tes malheurs toujours avide
Contre toy n'efpere plus rien
Du couchant jufques à l'aurore,
Des Etats la France eft encore
Lepluspu fant, leplus Chrêtien.
Otium è tanto fubitum tumultu
quis Deus fecit . Sen.
Trag.
PRIERE POUR LE ROY.
Conferve nous Louis , prolonge
fa carriere,
GALANT. 1
Dien tout puẞant la terre
entiere ,
Prend part aux voeux que je te
fais ,
Elle doit trop cherir un Roy jufte
A Ver modifte I
Dont le pouvoir propice & fécond
en bien-faits 150
Ainfi que ton pouvoir celefte
Dans fon éclat vainqueur n'enfante
que la Paix.
Sur les avantages de la Paix ,
& l'obligation que nous
avons au Roy de nous l'a
voir procurée.
Quel attrait pour toucher ma
Lyre
Aimable
Paix je te
revoy
Et ton retour dans cet empire
Remplit
les deflins
de mon Roy.
A iij
6 MERCURE
Que tu dois nous paroistre belle
Lors
que d'une gloire nouvelle
Tu couvres ce Roy genereux :
A quelque prix que de laguerre.
Taprefence affianchift la terre
Tu meriterois tous nos voeux.
Dés
que la Difcorde inhumaine
LOV
Arallumé les feux de Mars ,
Quelle affreufe & tragique Scene
S'offre à mesyeux de toutes parts.
Je voy des campagnes détruites ,
DesVilles en cendre réduites ,
Des tas de cadavres fanglants ;
Les Arts , les Sciences languiffent
Les Vertus & les Loixgemiffent,
GALANT. 7
Et les Trônesfont chancelants.
Les Nation, s'entre- détruiſent
Leurrage égale leur terreur ,
Leurs champs font déferts ou
s'épuifent
Pour nourrir l'avidefureur.
La focieté qui leur refte
N'eftplus qu'un commercefuncfte
De pleurs , de meurtres , de débris :
Leurs biens , leur éclat , leurpuiffance
De l'orguëil & de la vengeance
Sont ou l'inftrument ou le prix .
Tu diffipes tous ces orages
Amj
8 MERCURE
Douce Paix , mere des plaifirs
Tu repares tous nos naufrages ,
Tu combles nos plus chers defirs ;
Sous tonRegne tout rit, tout brille,
Ainfi qu'unefeulefamille
Tu réunis tous les humains :
Les feuls combats où l'induſtrie
Triomphe des maux de la vie
Deformais exercent nos mains .
Par toy le feul efpoir réveille
Le Laboureur dans nos hameaux,
Sans crainte le Berger fommeille
Tandis quepaiffentfes troupeaux,
La terre avec plaifir féconde
S'empreffe à prodiguer au monde
Ses dons chaque jour renaiaiffants :
GALANT.
Trop heureufe que fa richeſſe
Soit de plaifir & de tendreffe
Un lien entre fes enfants.
O gloire pure e legitime
·Des Heros amis des mortels ,
Vous à qui feule noftre estime
Doit de l'encens & des Autels.
Le peuple , les Princes , les fages
Vous donnent icy leurs fuffrages
Plus contents encor qu'éblouis ;
La Paix qui finit nos allarmes
Etale en ce jour tous vos charmes
Dans l'éclat dont brille Louis .
Ce font fes vertus & fon zele
Superieurs même aux revers ,
10 MERCURE
Par qui la Difcorde cruelle
Eft rentrée au fein des enfers.
Son coeur par un effort fuprême
A vaincu fa fortune même
Et celle de fes ennemis
(
Et ce grand Roy comblé de gloire
Parfafagiffe & la Victoire
Les force d'eftre fes amis .
C'est ainsi que Dieu récompenfe
Ce Heros qui dansfes projets
A fes enfants , à fa puißance
Ofoit préferer fes fujets .
Sur fon fangfeul & fur fa tête
Sa main attirant la tempête
Se plaifoit à nous mettre au Port.
GALANT **
Non quelque ardeur qui nous
anime
Nos voix d'un ton affez fublime
Ne pourroient chanter cet effort.
Mais ta deftinée éclatante
a
Louis doit fuffire à ton coeur,
Ton peuple au gré de fon attente
Te revoit pa fible & vainqueur,
Tu n'as point perdu l'avantage
Qu'un Regne glorieux &fage
Te donneur fur les plus grands
Rois,
La terre encor furpriſe admire
Et tes vertus & ton empire
Et ton bonheur & tes exploits.
Tel eft l'agréable partage
12 MERCURE
Que dans fesfruits t'offre laPaix,
Tu vois fur le Throne du Tage
Ton fang affermy pourjamais ,"
L'H- refie impie & perfide
De tes malheurs toujours avide
Contre toy n'efpere plus rien
Du couchant jufques à l'aurore,
Des Etats la France eft encore
Lepluspu fant, leplus Chrêtien.
Otium è tanto fubitum tumultu
quis Deus fecit . Sen.
Trag.
PRIERE POUR LE ROY.
Conferve nous Louis , prolonge
fa carriere,
GALANT. 1
Dien tout puẞant la terre
entiere ,
Prend part aux voeux que je te
fais ,
Elle doit trop cherir un Roy jufte
A Ver modifte I
Dont le pouvoir propice & fécond
en bien-faits 150
Ainfi que ton pouvoir celefte
Dans fon éclat vainqueur n'enfante
que la Paix.
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453
p. 13-14
« L'Ode qu'on vient de lire fut faite, comme on l'a dit, [...] »
Début :
L'Ode qu'on vient de lire fut faite, comme on l'a dit, [...]
Mots clefs :
Roi
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texteReconnaissance textuelle : « L'Ode qu'on vient de lire fut faite, comme on l'a dit, [...] »
L'Ode qu'on vient de lire
fut faire , comme on l'a dit
fur les avantages de la Paix , &
fur l'obligation que nous
avons à Louis le Grand de nous
14 MERCURE
l'avoir procurée : celle cy eft
une des meilleures qu'on ait
faires fur la mort de ce grand.
Roy.
fut faire , comme on l'a dit
fur les avantages de la Paix , &
fur l'obligation que nous
avons à Louis le Grand de nous
14 MERCURE
l'avoir procurée : celle cy eft
une des meilleures qu'on ait
faires fur la mort de ce grand.
Roy.
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454
p. 25-64
Extrait de l'Oraison funébre du Roy, que le R. Pere Porée a pronconé le 12. de camons dans le College des Jesuites. [titre d'après la table]
Début :
Le 12. de ce mois les Jesuites du College de Loüis le [...]
Mots clefs :
Roi, Orateur, Oraison funèbre, Collège des Jésuites, Soleil, Prince, Religion, Paix, Guerre, Corps, Succès, Vertus, Mort, Gloire, Ennemis, Père, Public, Deuil, Éloge, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Oraison funébre du Roy, que le R. Pere Porée a pronconé le 12. de camons dans le College des Jesuites. [titre d'après la table]
Le 12. de ce mois les Jefuites
du College de Lours le
Grandrendirent les devoirs funebres
au feu Roy , avecitout
l'appareil & toute la magnificence
,qu'on avoit droit d'atrendre
de leur reconnoiffance
envers la facrée Perfonne de
leur Fondateur.
La Ceremonie commença le
matin par un Service folemnel.
Outre plufieurs perfonnes de
confideration qui compofoient
l'Affemblée , on avoit
fait choix de cent Penfionnai
res d'une qualité diſtinguée ,
qui tous en grand deüil rem-
Novembre 1715. C
26 MERCURE
pliffoient la Nefde la Chapelle,
ayant à leur tefte le Chevalier
-d'Orleans , qui menoir le deuil .
Le reste au nombre de trois
cens farent obligez de demeui.
terb dans les Tribunes , parce
que le Cataphalque occupoit
une grande partie du terrain.
Le foir le P. Porrée , l'un
des Profeffeurs de la Rherorique
, prononça l'Eloge funebre
du feu Roy avec l'applau
diffement general de la plus
nombreuſe & de la plus au
gufteraſſemblée qui ſe ſoir vûë
depuis long- temps dans leur
College : Les Cardinaux de
GALANT . 27
Polignac & de Biffy , trente
Prélats tant Archevêques
qu'Evêques , plufieurs Abbez
de diftinction , des Confillers
d'Etat , Meffieurs les Avo
cats generaux , plufieurs Préfidens
& Confeillers du Parle
ment , & des autres Cours Superieures
honorerent de leur
prefence la Cérémonie.qnɔar
Pri Lorfque tous ces Meffieurs
curent pris chacun leurs places ,
le Pere Porrée prononça en La
tin l'Oraifon funebre du Roy.
Le nom de Orateur fait
F'Eloge de fa piece , & la réputation
pouvoit feule répondre
diq chim Gijimas
28
MERCURE
du fuccés. On n'a pas oublié
celle qu'il fit il y a quelques
années à la mort de Monfeigneur
le Dauphin. On y admira
dés lors , ces rares talens
pour l'Eloquence qui le font
regarder comme un des premiers
Orateurs de noftre fiecle.
C'est peu de dire qu'on
reconnoift le même Auteur
dans la picce dont nous parlons
icy. Il a fallu qu'il fe furpaffar
luy- même, pour remplir toute
l'idée que des vertus heroïques
& lesplus beau de tous les
Regnes avoient fait concevoir
du Prince qu'il avoir à reprefenter.
Rien de plus heureux
GALANT. 29
& de plus noble que le deffein
que fourniffoit naturellement
le furnom de Grand que toutes
les Nations n'ont pû refuſer
aux éminentes qualitez de
Louis XIV. L'Orateur s'y atta
chant , a montré dans les trois
parties de fon difcours que ce
Prince a merité un furnom fi
glorieux , parce qu'il a efté
Grand dans la guerre , plus
grand dans la Paix , & tres
grand par tout ce qu'il a fait
en faveur de la Religion.
Dans la premiere partie
l'Orateur commence par re-
* Divifion .
C iij
30 MERCURE
connoiftre trois fources de
grandeur pour les Princes obligez
de faire la guerre , foit
qu'on la faffe avec fuccés fous
leurs aufpices , foit qu'on la
faffe fous leurs aufpices & par
leur confeil , foit enfin qu'ils
contribuent perfonnellement
au fuccés de la guerre qui fe
fait par leur confeil & fous
leur conduite . Enfuite , paffant
fous filence routes les entreprifes
glorieufes à la France
fous les aufpices de fon Roy
encore jeune , l'Orateur vient
tout d'un coup à celles que de
Prince a fait reüffir par fes con--
"
GALANT 31
feils ou par la valeur . Là il dépeine
tout ce qui peut rendre
un Roy grand dans l'art militaire
, à fçavoir de grandes
guerres 3 de grandes vertus
de grandes actions , de grands
évenemens
, & il conclut que
toutes ces chofes qu'on voit
féparement dans les autres .
regnes fe trouvant réunies
enſemble dans celuy du feu
Roy, ont juftifié le furnom de
grand qu'il a porté.5
An conçoit aifément quel
vafte champ s'ouvre icy à l'Orateur
; un feul mot qu'il ditfournit
plufieurs pensées à
C iiij
32 MERCURE
l'Auditeur . Quelques momens
d'attention qu'on luy donne
ne laiffent rien ignorer des
exploits belliqueux d'un regner
auffi fertile en évenemens qu'il
eft fingulier dans fa longue
durée; l'énergie de l'expreflion
fupplée à la précifion du ftile
pour ne rien omettre de confi,
derable , prefqu'au même inf¬1
tant on fe trouve tranſportés
à la fuite de fon heros en Flan
dre,en Espagne, en Savoye , en
Italie , en Allemagne , en Aftique
, en Amerique fur Mery
& fur Terre pour y admirer
des prodiges de fageffe dans
GALANT. 33.
C
les confeils & de valeur dans
l'execution ; & l'on eft furpris
d'appercevoir fous le même
point de vûë ,batailles gagnées ,
fieges de Villes prifes , armees
nombreuſes mifes en déroute,
Provinces conquifes , guerres
domestiques , étrangères , heu
reuſement terminées cent
peuples jaloux humilicz , au
rant de Nations ennemies cont
traintes dimplorer la clemence
our der folliciter l'alliance d'un
Roy prefque toûjours victo
rieux , & mille autres faits merveilleux
que l'antiquité fabu
leafe n'ofarmême inventer
34 MERCURE
en faveur de fes Heros , tanti
elle les crût éloignez du vrayfemblable
, mais que la verité
de l'histoire fçaura dépeindre
dans la vie de Louis le Grand,
fans craindre le foupçon der
farterie oued infideléssivos
Tant de faits memorables
réunis enſemble nelaiffent plus :
aucun doute que Louis XIV.
n'ait eftergrand dans la guerre ; ”
mais où trouver quelque cho
fe de plus heroïque, pour mon
trer qu'il a efté encore plus .
grand dans la Paix tout autre ?
Orateur auroit peut etre té
choüé à cette ſeconde propol
GALANT 35
fition;le Pere Porréé l'a prouvé
invinciblement dans fa fecon.
de partie , en faifant voir qu'il
cft plus glorieux à un Prince
de réparer ou d'augmenter les
forces de fon Empire que d'en
étendre bien loin les limites !
de reformer par de fages loix
les abus qui fe font gliffez par
mi les peuples , que d'impofer
la loy aux étrangers ; de faire
fleurir les beaux Arts dans le
fein du Royaume , que de
porter audehors la terreur de
fon nom & d'étonner l'Univers
par le nombre & la rapidité
de fes conqueftes ; ce que Louis
*
36 MERCURE
le Grand a cu le bonheur de
faire pendant la Paix , que le
bien de l'Etat & l'amour de
fes fujets luy ont fait quelquefois
rechercher aux dépens
même de fa propre gloire , &
plus fouvent accorder à fes
ennemis auffi charmez de, fa
moderation au milieu de fes
triomphes , qu'ils avoient été
effrayez de la puiffance durant
tout le cours de les victoires.F
L'Orateur parcoure enfuire
les fruits précieux de la Paix
que la fageffe & laa vigilance
de Lous le Grand ont fait
goûter à fes fujets , la facilité
GALANT. 37
du commerce & Fabondance
établies dans le Royaume par
tous les moyens imaginables ,
la fureur des Duels reprimée ,
moins par de fanglantes exécutions
, que par la feule crainte
de déplaire au Prince qui s'engage
par ferment à punir les
coupables , les frequentes divifions
de la nobleffe & dù¹peuple
affoupies , en adouciffint
d'un cofte la fiere domination ,
& en humiliant de l'autre l'infolente
revolte ; la faveur ou
Pavarice qui s'étoient gliffez
dans quelques Tribunaux ,
bannies les foins du Prince
par
38 MERGURE
& par les confeils de cet auguſte
Senat , où l'on trouve
la Juftice toûjours voilée ,
& tou ours prête à employer
fon autorité à la défenfe de
la vertu , pu fes vives lumieres
à prononcer d'équitables
Arrefts qui peuvent fervir
de regles à tous les Juges de
la terre ; les fçavans & les letcheris
, favorifez des regards
bien - faifants de la Majefté
Royale ; les beaux arts
mis en honneur & portez dans
la France à leur derniere perfection
, par les frequentes.
largeffes que le Prince répand
tres
GALANT (39
avec profufion: fur tous ceux
quiy excellent ; ce font autant
de monumensi.confacrezo à
l'immortalité
pour éternifer
-le fouvenir d'un Roy encore
plus grand dans la Paix que
dans la guerregautanelde rémoignages
incontestables qui
fervent de preuve à cette fe
sconde Partie.god a: lavor-ob
¿ Que ne puis - je au moins
emprunter de l'Orateur des
grands traits & les nobles expreffions
qu'il a fçû y mettre
en oeuvre pour faire un parfait
caractere du Prince que les
droits de fon fang , les befoins
40 MERCURE
preffans del Etat, la fuperiorité
du merito perfonnel , tous les
voeux des grands & du peuple
appelloient également au Gou
vernement de la France ; ce fé-
Toit en faifant de ce Prince le
plus betsEloge qu'on puiffe
imaginer, le dépeindre tel qu'il
eft dans l'efprit & dans le coeur
de tous les bons François , &
& en même temps procurer à
l'Orateur toutes les louanges
qu'il merite
Refte til encore quelque
chofe de plus confiderable
pour faire voir que Louis
XIV. grand dans la guerre ,
i djang
plus
GALANT
plus grand dans la paix , a efté
tres grand par ce qu'il a fait en
faveur de la Religion ? oüy ,
lOrateur le montre dans fa
troifiéme partie en difant d'a- .
bord que la Paix & la Guerre
partageants fucceffivement
la vie des Princes , leur laiffent
moins le loifir de faire de gran- 1
des chofes dans l'un ou dans
l'autre au licu que la Reli
gion qui releve les actions dess
Princes , & qui doit les accom
pagner par tout jusqu'au tom - 1
beau , les met en état d'entreprendre
& d'executer pour
elle de tres grandes chofts
Novembre 1715ach Dawab
44 MERCURE
durant tout le cours de leur:
vie ; il fait aprés cela l'applica
tion de ce principe à ſon ſujet,
en avançant que Louis XIV.
a executé de tres grandes chofes
pendant tout le temps de
fa vie en faveur de la Religion ,
foit en la vangeant par fes
Edits des infultes qu'elle a re
ceu de fes ennemis ; foit en
contribuant , de fes bienfaits
à l'amplifier & à l'établir dans
toutes les parties du monde¹¹
foit en l'honorant & la faifant !
refpecter de les fujets par l'édification
de fes exemples.
L'impieté & l'herefie font
deux ennemis puiffants qui le
GALANT . 43
*
font élévez de tout temps contre
la Religion ; l'Orateur nous
fait remarquer quela pieré d'un
Roy tres - cheftien , qui portoit
avec juftice le titre glorieux
de fils aîné de l'Eglife , confa
cra le premier de fes Edits à la
deftruction des blafphêmes .
que des langues impies ofoient
proferer contre la Divinité.
L'Orateur nous fait voir enfuite
les foins du Roy à extirper
le Calvinifme , le Fantenime
& le Quictifme, que le zele de
ce Prince , le plus religieux qui
fot jamais , combattit en dif
ferents temps.
molinique
Dij
44 MERCURE
Je palle fous filence tant
de Temples fuperbes érigez
au Seigneur fur les ruines
de l'herefie détruite tant
d'afyles de la charité ou fon,
dez avec une magnificence
Royale , ou plus amplement
pourvûs pour fournir aux be
foins differens des miferes pur
bliques & particulières ; rant
de Miffions Etrangeres foûrenuës
de fa protection & de fes,
bienfaits chez les Nations infideles
, qui n'ont fouvent per
mis la Prédication de l'Evan
gile , ou reçû favorablement
Its Miniftres de la fainte Pa
GALANT 45
role , qu'à la recommandation
de ce grand Monarque dont
elles avoient conçu une fi haute
idée.
11010
?
Elt il aucune partie du mon
de , ajoûte Orateur , où
par ordre du Prince religieux
dont nous pleurons la pette
les intencfs de la`Religión
n'ayent pas roûjours cfté preferezà
ceux du Prince même2
Mais je ne puis omettre en,
finiflanc se que Orateur rap
porte des grands exemples de
vertus Chrêtiennes qui ont
fajt honneur à la Religion &
qui rendent ſi précieuſe devant i
2
46 - MERCURE
Dieu & devant les hommes la *
memoire du Prince qui les a
donnez pendant ſa vie & juſ
qu'à fa mort . Exemples de reconnoiffance
& de réfpect,
pour Dieu dans le temps de
la profperité ; exemples de fermeté
& de pemtence dans
l'adverfice , qui met ſouvent
les plus grands Heros au nîveau
des autres hommes"
cxemples de fidélité & de fóûmillion
aux ordres de la Pho
vidence dans l'éclypfe de la
victoire ou dans la perte de fes
chfans; exemplesde tranquillis ?
té d'efprit & de détachement?
GALANT: 47
du monde aux approches du
dernier moment qui nous ravic
un Prince digne de l'immortalité
fur la terre , fi fes vertus
morales & chrétiennes ne luy!
en avoient merité une plus
glorieufe dans le Ciel .
L'Orateur, fait voir en cet
endroit que chez luy le coeur
parle encore plus éloquemment
que l'efprit . Rien de plus
beau que les fentimens chre
tiens qu'il a cû foin de recueillir
de la bouche du Roy mourant
, qui s'attendriffant fur les
larmes qu'il voit couler autour
de lay , confole luy même les
48 MERCURE
Princes de fon fang de la mort
prochaine d'un fi bon pere ,,
& les Grands de fa Cour les fidelles
fujets , de la perte irreparable
d'un fi grand Roy
rien de plus touchant que les,
vox ardens que l'Orateur
adreffe au Cichen faveur du
jeune Roy , feul refte , mais,
refte précieux d'une Famille
augufte , fi nombreuſe il y a
quelques années , & maintenant
prefque toute, enleve teenfevelie
dans la pouffiere du tombeau ;
enfin rien de plus achevé que
l'éloge que l'Orateur fait encore
icy de Monfeigneur le
Regent ,
GALANT. 49
Regent , en qui il dit que le
jeune Roy retrouvera les
grands exemples de fon Pere ,
la tendreffe de fon Aycul , &
les fages inftructions qu'un
grand genie & une longue
experience pouvoient luy faire
attendre de fon Bifayeul .
Il n'eft pas étonnant aprés
cela que l'Orateur ait réüni en
fa faveur tous les fuffrages d'une
illuftre & nombreufe affemblée
composée de Cardinaux ,
de Prelats , & de plufieurs perfonnes
diftinguées dans la robe
& dans l'épée . Il me pardonnera
fi je n'ay pas donné icy
Novembre 1715.. E
50 MERCURE
•
une idée affez avantageufe de
fa piece. J'avoue de bonne
foy que je n'ay pû exprimer
toutes les beautez que j'y ay
remarqué ; mais peut eltre
auray je au moins excité la
curiofité du public qui s'empreffera
de la lire fi toft qu'elle
paroiftra , & cela feul me fait
efperer que l'Orateur & le
public me fçauront bon gré
demes bonnes intentions.
On diftribua un grand
nombre de pieces de Vers
Latins & François à la loüange
du feu Roy , meflez des plus
juftes regrets, qui ne peuvent
GALANT si
eftre adoucis que par les efperances
que donne le jeune Monarque
fous la conduite du
Prince , qui , pour le bonheur
de la France , eft chargé de ſon
éducation & du gouvernement
du Royaume pendant
la minorité.
Le lieu où fur prononcé le
difcours étoit auffi fuperbement
décoré que le peu d'efpace
qu'il renferme , & la trifteffe
du fujet le pouvoient permettre.
L'obscurité generale caufée
par la tenture de deuil étoit
relevée par trois lez de velours
femez de fleurs de lys d'or &
E ij
52 MERCURE
de larmes d'argent , au deffus
defquels regnoit un contour
de feftons formez par des toilles
herminées , qui faifoient un
bel effet.
Sur une corniche élevée de
huit pieds de terre étoient pofées
huit grandes pyramides
decorées de riches Ecuffons de
France & de Navarre , dont
l'extrêmité portoit jufqu'au
plafond. Les entre deux de ces
pyramides étoient occupez de
magnifiques cartouches où la
vie de Louis le Grand étoit reprefentée
fous des fymboles
heroïques qui compofoient
GALANT. 53
autant de Deviles ; qui toutes
avoient pour corps le Soleil
que le feu Roy avoit adopté
pour fon fymbole.
La premiere Devife reprefentoit
fa Naiffance , d'autant
plus admirable, qu'elle fut plus
longtemps attendue & plus ardemment
defirée . Le corps
de la Devife
étoit
un Soleil
qui
commence
à paroître
fur l'ho- rizon
, avec
ces paroles
Italien- nes
: MARABIL
' . SUBITOQUE
NASCE
; Dés
fa naiſſance
il a de
quoy
charmer
.
La feconde marquoit les
commencements
heureux de
E iij
$ 4 MERCURE
la
fon Regne , fignalez par
force & la fagefle avec laquelle
il diffipa les troubles & les diffenfions
domeftiques , & furmonta
les efforts des Ennemis
Etrangers. Cette Deviſe avoit
pour corps le Soleil , qui paroît
entier fur l'horizon , & qui
écarte les nuages formez par
les vapeurs de la nuit ; ces deux
mots Latins: OBSTANTIA VIN
CIT , luy fervoient d'Ame ,qui
fignifient : Rien ne s'oppose à luy
dont il ne vienne à bout.
La troifiéme exprimoit les
premieres Conqueftes du Roy
Grapides & fi impreveuës qu'-
GALANT. SS
elles jetterent dans toute l'Europe
la crainte & l'épouvante.
Le Soleil au milieu des nuages ,
dont il forme les éclairs & la
foudre,failoit le corps de cette
Devife , qui avoit pour Ame
C ces paroles : INCERTUM CUI
TELA PARET , Qui fçait où porteront
fes traits ?
y
es
La quatriéme defignoit lat
triple Alliance contre la France
, & qui tourna à la gloire du
Roy par le fuccés avec lequel
il fçût confondre certe Ligue
formidable . On avoit peint des
Vents , qui par leuts fouffles
impetueux s'efforcent d'obf
E iiij
56
MERCURE
curcir le Soleil , avec cette Infcription
: NEQUIT VIS CONJURATA
NOCERE ; Tous leurs
efforts unis n'ont pû nuire à fa
gloire.
La cinquième fignifioit l'élevation
de la Maifon de Bourbon
à la Monarchie d'Espagne
dans la perfonne de Philippes
de France Duc d'Anjou , qui
fut accordé par Louis le Grand
aux voeux empreffèz de toute
la Nation. C'est l'Aftre de las
nuit dans fon plein , qui reçoit
du Soleil la lumiere , dont il
brille , avec ces paroles pour
Ame : QUOD REGNAT , REGALANT.
57
GNAT AB ILLO , S'il regne c'est
à luy qu'il en eft redevable
La fixiéme marquoit ce qu'il
y a de plus grand & de plus
fingulier dans la vie du feu
Roy,qui n'a fait fervir toute
fa puiffance & toute la gloire
que pour faire briller la Religion
avec plus d'éclat Le corps
de cette Devife eft une riche &
haute Montagne, fymbole naturel
de la Religion , comme
le marquent les Saintes Lettres ,
& qui paroit d'autant plus
éclairée , que leSoleil approche
de plus prés de fon Midy L'Ame
de cette Devife étoient ces:
58 MERCURE
paroles Italiennes : Piùs'INALZA
, PIÙ M'ILLUSTRA ; Plus il
s'élever plus je brille.
ᏃᎪ
La feptiéme faifoit voir que
le Roy avoit efté un modele
parfait de pieté qu'on pouvoir
fuivre fans crainte d'être trompé.
C'eftoit le Soleil , & plufieurs
fortes de Cadrans &
d'Horloges , dont tous les
mouvements pour être justes
doivent être reglez par ceux
du Soleil . Ces paroles que Vir,!
gile a dites du Soleil même fervoient
d'Ame à cette Devife :
QUIS DICERE FALSUM AUDEAT
? Oferoit- on le condamner
de faux ?
GALANT . 19
La huitième étoit faite fur
la derniere maladie du Roy ,
que toute la France a fi vivement
reffentic . Elle reprefentoit
le Soleil échpfé & des fleurs
penchées & fermées ; ces paroles
fervoient d'ame à ces
Q corps UNIUS LANGOR IN
OMNES , La foibleffe d'un feul
fe fait fentir à tous.
La neuviéme exprimoit la
mort du Roy, dont la Religion
& la Pieté donnent de
juftes affeurances , qu'il n'eft
forti de ce monde que pour
aller briller dans un autre.
C'eft le Soleil dans fon couGO
MERCURE
chant accompagné de ces
paroles : NON UNi debitus
ORBI ; Il fe devoit à plus d'un
monde.
La derniere fignifioit , que
la Memoire du Roy vivra dans
tous les Siecles : c'est ce que
vouloir dire le Soleil couché ,
des ardeurs duquel l'horifon
paroift encore embrazé avec
ces paroles pour ame : NON
TOTUS PERIIT ; Il n'eft pas
peri tout entier.
Monfieur le Duc d'Orleans
a trop de rapport avec la perfonne
du feu Roy , par les
lumieres & la fagelle qu'il fait
GALANT.
GI
paroistre dans le Gouvernement
du Royaume , & avec
celle du jeune Prince qu'il
inftruit par ſes exemples à
regner un jour avec fuccés ,
pour n'avoir pas de place dans
les Devifes qui reprefentent la
vie de Louis le Grand. Le
Symbole dont on a fait choix
pour exprimer ce double rapport
a paru fi heureux , qu'on
a déja une partie du public
pour garant qu'il ne déplaira
pas . C'eft le Phofphore qui
brille entre le Soleil , qui s'éleve
d'un cofté de l'Hemifphere
, & qui fe couche de l'autre.
62 MERGURE
Les paroles qui fervent d'ame
à cette Devife fe font mieux
entendre en latin , qu'elles ne
peuvent eftre rendues en
noftre langue. Les voicy :
SURGENTEM INTER MEDIUS
QUE CADENTEM . Elles veulent
dire ; Il tient fa place entre celui
qui s'éleve & celui qui difparoît.
Dans le fond de la falle étoit
un trophée composé de tous
les inftrumens des Sciences &
des Arts , dans la bafe duquel
on hifoit certe Infcription
:
LUDOVICO MAGNO
ARTIUM NOSTRARUM
PATRONO .
GALANT. 63
Les Jefuites ont voulu exprimer
par là qu'ils regardoient
leur College comme
un bien fait qu'ils tenoient de
la main Royale de Louis le
Grand , & par le nom glorieux
dont il a honoré cette Maifon,
& par les bien faits qu'ils en
ont reçûs.
Tout l'appareil de cette décoration
étoit éclairé d'un trésgrand
nombre de lumieres ,
qui augmentoient la Pompe &
la magnificence.
On donnera bien- toft au
public la Harangue larine ,
pour dédommager ceux qui
64 MERCURE
n'ont pas eu le plaifir de Pentendre
prononcer
.
du College de Lours le
Grandrendirent les devoirs funebres
au feu Roy , avecitout
l'appareil & toute la magnificence
,qu'on avoit droit d'atrendre
de leur reconnoiffance
envers la facrée Perfonne de
leur Fondateur.
La Ceremonie commença le
matin par un Service folemnel.
Outre plufieurs perfonnes de
confideration qui compofoient
l'Affemblée , on avoit
fait choix de cent Penfionnai
res d'une qualité diſtinguée ,
qui tous en grand deüil rem-
Novembre 1715. C
26 MERCURE
pliffoient la Nefde la Chapelle,
ayant à leur tefte le Chevalier
-d'Orleans , qui menoir le deuil .
Le reste au nombre de trois
cens farent obligez de demeui.
terb dans les Tribunes , parce
que le Cataphalque occupoit
une grande partie du terrain.
Le foir le P. Porrée , l'un
des Profeffeurs de la Rherorique
, prononça l'Eloge funebre
du feu Roy avec l'applau
diffement general de la plus
nombreuſe & de la plus au
gufteraſſemblée qui ſe ſoir vûë
depuis long- temps dans leur
College : Les Cardinaux de
GALANT . 27
Polignac & de Biffy , trente
Prélats tant Archevêques
qu'Evêques , plufieurs Abbez
de diftinction , des Confillers
d'Etat , Meffieurs les Avo
cats generaux , plufieurs Préfidens
& Confeillers du Parle
ment , & des autres Cours Superieures
honorerent de leur
prefence la Cérémonie.qnɔar
Pri Lorfque tous ces Meffieurs
curent pris chacun leurs places ,
le Pere Porrée prononça en La
tin l'Oraifon funebre du Roy.
Le nom de Orateur fait
F'Eloge de fa piece , & la réputation
pouvoit feule répondre
diq chim Gijimas
28
MERCURE
du fuccés. On n'a pas oublié
celle qu'il fit il y a quelques
années à la mort de Monfeigneur
le Dauphin. On y admira
dés lors , ces rares talens
pour l'Eloquence qui le font
regarder comme un des premiers
Orateurs de noftre fiecle.
C'est peu de dire qu'on
reconnoift le même Auteur
dans la picce dont nous parlons
icy. Il a fallu qu'il fe furpaffar
luy- même, pour remplir toute
l'idée que des vertus heroïques
& lesplus beau de tous les
Regnes avoient fait concevoir
du Prince qu'il avoir à reprefenter.
Rien de plus heureux
GALANT. 29
& de plus noble que le deffein
que fourniffoit naturellement
le furnom de Grand que toutes
les Nations n'ont pû refuſer
aux éminentes qualitez de
Louis XIV. L'Orateur s'y atta
chant , a montré dans les trois
parties de fon difcours que ce
Prince a merité un furnom fi
glorieux , parce qu'il a efté
Grand dans la guerre , plus
grand dans la Paix , & tres
grand par tout ce qu'il a fait
en faveur de la Religion.
Dans la premiere partie
l'Orateur commence par re-
* Divifion .
C iij
30 MERCURE
connoiftre trois fources de
grandeur pour les Princes obligez
de faire la guerre , foit
qu'on la faffe avec fuccés fous
leurs aufpices , foit qu'on la
faffe fous leurs aufpices & par
leur confeil , foit enfin qu'ils
contribuent perfonnellement
au fuccés de la guerre qui fe
fait par leur confeil & fous
leur conduite . Enfuite , paffant
fous filence routes les entreprifes
glorieufes à la France
fous les aufpices de fon Roy
encore jeune , l'Orateur vient
tout d'un coup à celles que de
Prince a fait reüffir par fes con--
"
GALANT 31
feils ou par la valeur . Là il dépeine
tout ce qui peut rendre
un Roy grand dans l'art militaire
, à fçavoir de grandes
guerres 3 de grandes vertus
de grandes actions , de grands
évenemens
, & il conclut que
toutes ces chofes qu'on voit
féparement dans les autres .
regnes fe trouvant réunies
enſemble dans celuy du feu
Roy, ont juftifié le furnom de
grand qu'il a porté.5
An conçoit aifément quel
vafte champ s'ouvre icy à l'Orateur
; un feul mot qu'il ditfournit
plufieurs pensées à
C iiij
32 MERCURE
l'Auditeur . Quelques momens
d'attention qu'on luy donne
ne laiffent rien ignorer des
exploits belliqueux d'un regner
auffi fertile en évenemens qu'il
eft fingulier dans fa longue
durée; l'énergie de l'expreflion
fupplée à la précifion du ftile
pour ne rien omettre de confi,
derable , prefqu'au même inf¬1
tant on fe trouve tranſportés
à la fuite de fon heros en Flan
dre,en Espagne, en Savoye , en
Italie , en Allemagne , en Aftique
, en Amerique fur Mery
& fur Terre pour y admirer
des prodiges de fageffe dans
GALANT. 33.
C
les confeils & de valeur dans
l'execution ; & l'on eft furpris
d'appercevoir fous le même
point de vûë ,batailles gagnées ,
fieges de Villes prifes , armees
nombreuſes mifes en déroute,
Provinces conquifes , guerres
domestiques , étrangères , heu
reuſement terminées cent
peuples jaloux humilicz , au
rant de Nations ennemies cont
traintes dimplorer la clemence
our der folliciter l'alliance d'un
Roy prefque toûjours victo
rieux , & mille autres faits merveilleux
que l'antiquité fabu
leafe n'ofarmême inventer
34 MERCURE
en faveur de fes Heros , tanti
elle les crût éloignez du vrayfemblable
, mais que la verité
de l'histoire fçaura dépeindre
dans la vie de Louis le Grand,
fans craindre le foupçon der
farterie oued infideléssivos
Tant de faits memorables
réunis enſemble nelaiffent plus :
aucun doute que Louis XIV.
n'ait eftergrand dans la guerre ; ”
mais où trouver quelque cho
fe de plus heroïque, pour mon
trer qu'il a efté encore plus .
grand dans la Paix tout autre ?
Orateur auroit peut etre té
choüé à cette ſeconde propol
GALANT 35
fition;le Pere Porréé l'a prouvé
invinciblement dans fa fecon.
de partie , en faifant voir qu'il
cft plus glorieux à un Prince
de réparer ou d'augmenter les
forces de fon Empire que d'en
étendre bien loin les limites !
de reformer par de fages loix
les abus qui fe font gliffez par
mi les peuples , que d'impofer
la loy aux étrangers ; de faire
fleurir les beaux Arts dans le
fein du Royaume , que de
porter audehors la terreur de
fon nom & d'étonner l'Univers
par le nombre & la rapidité
de fes conqueftes ; ce que Louis
*
36 MERCURE
le Grand a cu le bonheur de
faire pendant la Paix , que le
bien de l'Etat & l'amour de
fes fujets luy ont fait quelquefois
rechercher aux dépens
même de fa propre gloire , &
plus fouvent accorder à fes
ennemis auffi charmez de, fa
moderation au milieu de fes
triomphes , qu'ils avoient été
effrayez de la puiffance durant
tout le cours de les victoires.F
L'Orateur parcoure enfuire
les fruits précieux de la Paix
que la fageffe & laa vigilance
de Lous le Grand ont fait
goûter à fes fujets , la facilité
GALANT. 37
du commerce & Fabondance
établies dans le Royaume par
tous les moyens imaginables ,
la fureur des Duels reprimée ,
moins par de fanglantes exécutions
, que par la feule crainte
de déplaire au Prince qui s'engage
par ferment à punir les
coupables , les frequentes divifions
de la nobleffe & dù¹peuple
affoupies , en adouciffint
d'un cofte la fiere domination ,
& en humiliant de l'autre l'infolente
revolte ; la faveur ou
Pavarice qui s'étoient gliffez
dans quelques Tribunaux ,
bannies les foins du Prince
par
38 MERGURE
& par les confeils de cet auguſte
Senat , où l'on trouve
la Juftice toûjours voilée ,
& tou ours prête à employer
fon autorité à la défenfe de
la vertu , pu fes vives lumieres
à prononcer d'équitables
Arrefts qui peuvent fervir
de regles à tous les Juges de
la terre ; les fçavans & les letcheris
, favorifez des regards
bien - faifants de la Majefté
Royale ; les beaux arts
mis en honneur & portez dans
la France à leur derniere perfection
, par les frequentes.
largeffes que le Prince répand
tres
GALANT (39
avec profufion: fur tous ceux
quiy excellent ; ce font autant
de monumensi.confacrezo à
l'immortalité
pour éternifer
-le fouvenir d'un Roy encore
plus grand dans la Paix que
dans la guerregautanelde rémoignages
incontestables qui
fervent de preuve à cette fe
sconde Partie.god a: lavor-ob
¿ Que ne puis - je au moins
emprunter de l'Orateur des
grands traits & les nobles expreffions
qu'il a fçû y mettre
en oeuvre pour faire un parfait
caractere du Prince que les
droits de fon fang , les befoins
40 MERCURE
preffans del Etat, la fuperiorité
du merito perfonnel , tous les
voeux des grands & du peuple
appelloient également au Gou
vernement de la France ; ce fé-
Toit en faifant de ce Prince le
plus betsEloge qu'on puiffe
imaginer, le dépeindre tel qu'il
eft dans l'efprit & dans le coeur
de tous les bons François , &
& en même temps procurer à
l'Orateur toutes les louanges
qu'il merite
Refte til encore quelque
chofe de plus confiderable
pour faire voir que Louis
XIV. grand dans la guerre ,
i djang
plus
GALANT
plus grand dans la paix , a efté
tres grand par ce qu'il a fait en
faveur de la Religion ? oüy ,
lOrateur le montre dans fa
troifiéme partie en difant d'a- .
bord que la Paix & la Guerre
partageants fucceffivement
la vie des Princes , leur laiffent
moins le loifir de faire de gran- 1
des chofes dans l'un ou dans
l'autre au licu que la Reli
gion qui releve les actions dess
Princes , & qui doit les accom
pagner par tout jusqu'au tom - 1
beau , les met en état d'entreprendre
& d'executer pour
elle de tres grandes chofts
Novembre 1715ach Dawab
44 MERCURE
durant tout le cours de leur:
vie ; il fait aprés cela l'applica
tion de ce principe à ſon ſujet,
en avançant que Louis XIV.
a executé de tres grandes chofes
pendant tout le temps de
fa vie en faveur de la Religion ,
foit en la vangeant par fes
Edits des infultes qu'elle a re
ceu de fes ennemis ; foit en
contribuant , de fes bienfaits
à l'amplifier & à l'établir dans
toutes les parties du monde¹¹
foit en l'honorant & la faifant !
refpecter de les fujets par l'édification
de fes exemples.
L'impieté & l'herefie font
deux ennemis puiffants qui le
GALANT . 43
*
font élévez de tout temps contre
la Religion ; l'Orateur nous
fait remarquer quela pieré d'un
Roy tres - cheftien , qui portoit
avec juftice le titre glorieux
de fils aîné de l'Eglife , confa
cra le premier de fes Edits à la
deftruction des blafphêmes .
que des langues impies ofoient
proferer contre la Divinité.
L'Orateur nous fait voir enfuite
les foins du Roy à extirper
le Calvinifme , le Fantenime
& le Quictifme, que le zele de
ce Prince , le plus religieux qui
fot jamais , combattit en dif
ferents temps.
molinique
Dij
44 MERCURE
Je palle fous filence tant
de Temples fuperbes érigez
au Seigneur fur les ruines
de l'herefie détruite tant
d'afyles de la charité ou fon,
dez avec une magnificence
Royale , ou plus amplement
pourvûs pour fournir aux be
foins differens des miferes pur
bliques & particulières ; rant
de Miffions Etrangeres foûrenuës
de fa protection & de fes,
bienfaits chez les Nations infideles
, qui n'ont fouvent per
mis la Prédication de l'Evan
gile , ou reçû favorablement
Its Miniftres de la fainte Pa
GALANT 45
role , qu'à la recommandation
de ce grand Monarque dont
elles avoient conçu une fi haute
idée.
11010
?
Elt il aucune partie du mon
de , ajoûte Orateur , où
par ordre du Prince religieux
dont nous pleurons la pette
les intencfs de la`Religión
n'ayent pas roûjours cfté preferezà
ceux du Prince même2
Mais je ne puis omettre en,
finiflanc se que Orateur rap
porte des grands exemples de
vertus Chrêtiennes qui ont
fajt honneur à la Religion &
qui rendent ſi précieuſe devant i
2
46 - MERCURE
Dieu & devant les hommes la *
memoire du Prince qui les a
donnez pendant ſa vie & juſ
qu'à fa mort . Exemples de reconnoiffance
& de réfpect,
pour Dieu dans le temps de
la profperité ; exemples de fermeté
& de pemtence dans
l'adverfice , qui met ſouvent
les plus grands Heros au nîveau
des autres hommes"
cxemples de fidélité & de fóûmillion
aux ordres de la Pho
vidence dans l'éclypfe de la
victoire ou dans la perte de fes
chfans; exemplesde tranquillis ?
té d'efprit & de détachement?
GALANT: 47
du monde aux approches du
dernier moment qui nous ravic
un Prince digne de l'immortalité
fur la terre , fi fes vertus
morales & chrétiennes ne luy!
en avoient merité une plus
glorieufe dans le Ciel .
L'Orateur, fait voir en cet
endroit que chez luy le coeur
parle encore plus éloquemment
que l'efprit . Rien de plus
beau que les fentimens chre
tiens qu'il a cû foin de recueillir
de la bouche du Roy mourant
, qui s'attendriffant fur les
larmes qu'il voit couler autour
de lay , confole luy même les
48 MERCURE
Princes de fon fang de la mort
prochaine d'un fi bon pere ,,
& les Grands de fa Cour les fidelles
fujets , de la perte irreparable
d'un fi grand Roy
rien de plus touchant que les,
vox ardens que l'Orateur
adreffe au Cichen faveur du
jeune Roy , feul refte , mais,
refte précieux d'une Famille
augufte , fi nombreuſe il y a
quelques années , & maintenant
prefque toute, enleve teenfevelie
dans la pouffiere du tombeau ;
enfin rien de plus achevé que
l'éloge que l'Orateur fait encore
icy de Monfeigneur le
Regent ,
GALANT. 49
Regent , en qui il dit que le
jeune Roy retrouvera les
grands exemples de fon Pere ,
la tendreffe de fon Aycul , &
les fages inftructions qu'un
grand genie & une longue
experience pouvoient luy faire
attendre de fon Bifayeul .
Il n'eft pas étonnant aprés
cela que l'Orateur ait réüni en
fa faveur tous les fuffrages d'une
illuftre & nombreufe affemblée
composée de Cardinaux ,
de Prelats , & de plufieurs perfonnes
diftinguées dans la robe
& dans l'épée . Il me pardonnera
fi je n'ay pas donné icy
Novembre 1715.. E
50 MERCURE
•
une idée affez avantageufe de
fa piece. J'avoue de bonne
foy que je n'ay pû exprimer
toutes les beautez que j'y ay
remarqué ; mais peut eltre
auray je au moins excité la
curiofité du public qui s'empreffera
de la lire fi toft qu'elle
paroiftra , & cela feul me fait
efperer que l'Orateur & le
public me fçauront bon gré
demes bonnes intentions.
On diftribua un grand
nombre de pieces de Vers
Latins & François à la loüange
du feu Roy , meflez des plus
juftes regrets, qui ne peuvent
GALANT si
eftre adoucis que par les efperances
que donne le jeune Monarque
fous la conduite du
Prince , qui , pour le bonheur
de la France , eft chargé de ſon
éducation & du gouvernement
du Royaume pendant
la minorité.
Le lieu où fur prononcé le
difcours étoit auffi fuperbement
décoré que le peu d'efpace
qu'il renferme , & la trifteffe
du fujet le pouvoient permettre.
L'obscurité generale caufée
par la tenture de deuil étoit
relevée par trois lez de velours
femez de fleurs de lys d'or &
E ij
52 MERCURE
de larmes d'argent , au deffus
defquels regnoit un contour
de feftons formez par des toilles
herminées , qui faifoient un
bel effet.
Sur une corniche élevée de
huit pieds de terre étoient pofées
huit grandes pyramides
decorées de riches Ecuffons de
France & de Navarre , dont
l'extrêmité portoit jufqu'au
plafond. Les entre deux de ces
pyramides étoient occupez de
magnifiques cartouches où la
vie de Louis le Grand étoit reprefentée
fous des fymboles
heroïques qui compofoient
GALANT. 53
autant de Deviles ; qui toutes
avoient pour corps le Soleil
que le feu Roy avoit adopté
pour fon fymbole.
La premiere Devife reprefentoit
fa Naiffance , d'autant
plus admirable, qu'elle fut plus
longtemps attendue & plus ardemment
defirée . Le corps
de la Devife
étoit
un Soleil
qui
commence
à paroître
fur l'ho- rizon
, avec
ces paroles
Italien- nes
: MARABIL
' . SUBITOQUE
NASCE
; Dés
fa naiſſance
il a de
quoy
charmer
.
La feconde marquoit les
commencements
heureux de
E iij
$ 4 MERCURE
la
fon Regne , fignalez par
force & la fagefle avec laquelle
il diffipa les troubles & les diffenfions
domeftiques , & furmonta
les efforts des Ennemis
Etrangers. Cette Deviſe avoit
pour corps le Soleil , qui paroît
entier fur l'horizon , & qui
écarte les nuages formez par
les vapeurs de la nuit ; ces deux
mots Latins: OBSTANTIA VIN
CIT , luy fervoient d'Ame ,qui
fignifient : Rien ne s'oppose à luy
dont il ne vienne à bout.
La troifiéme exprimoit les
premieres Conqueftes du Roy
Grapides & fi impreveuës qu'-
GALANT. SS
elles jetterent dans toute l'Europe
la crainte & l'épouvante.
Le Soleil au milieu des nuages ,
dont il forme les éclairs & la
foudre,failoit le corps de cette
Devife , qui avoit pour Ame
C ces paroles : INCERTUM CUI
TELA PARET , Qui fçait où porteront
fes traits ?
y
es
La quatriéme defignoit lat
triple Alliance contre la France
, & qui tourna à la gloire du
Roy par le fuccés avec lequel
il fçût confondre certe Ligue
formidable . On avoit peint des
Vents , qui par leuts fouffles
impetueux s'efforcent d'obf
E iiij
56
MERCURE
curcir le Soleil , avec cette Infcription
: NEQUIT VIS CONJURATA
NOCERE ; Tous leurs
efforts unis n'ont pû nuire à fa
gloire.
La cinquième fignifioit l'élevation
de la Maifon de Bourbon
à la Monarchie d'Espagne
dans la perfonne de Philippes
de France Duc d'Anjou , qui
fut accordé par Louis le Grand
aux voeux empreffèz de toute
la Nation. C'est l'Aftre de las
nuit dans fon plein , qui reçoit
du Soleil la lumiere , dont il
brille , avec ces paroles pour
Ame : QUOD REGNAT , REGALANT.
57
GNAT AB ILLO , S'il regne c'est
à luy qu'il en eft redevable
La fixiéme marquoit ce qu'il
y a de plus grand & de plus
fingulier dans la vie du feu
Roy,qui n'a fait fervir toute
fa puiffance & toute la gloire
que pour faire briller la Religion
avec plus d'éclat Le corps
de cette Devife eft une riche &
haute Montagne, fymbole naturel
de la Religion , comme
le marquent les Saintes Lettres ,
& qui paroit d'autant plus
éclairée , que leSoleil approche
de plus prés de fon Midy L'Ame
de cette Devife étoient ces:
58 MERCURE
paroles Italiennes : Piùs'INALZA
, PIÙ M'ILLUSTRA ; Plus il
s'élever plus je brille.
ᏃᎪ
La feptiéme faifoit voir que
le Roy avoit efté un modele
parfait de pieté qu'on pouvoir
fuivre fans crainte d'être trompé.
C'eftoit le Soleil , & plufieurs
fortes de Cadrans &
d'Horloges , dont tous les
mouvements pour être justes
doivent être reglez par ceux
du Soleil . Ces paroles que Vir,!
gile a dites du Soleil même fervoient
d'Ame à cette Devife :
QUIS DICERE FALSUM AUDEAT
? Oferoit- on le condamner
de faux ?
GALANT . 19
La huitième étoit faite fur
la derniere maladie du Roy ,
que toute la France a fi vivement
reffentic . Elle reprefentoit
le Soleil échpfé & des fleurs
penchées & fermées ; ces paroles
fervoient d'ame à ces
Q corps UNIUS LANGOR IN
OMNES , La foibleffe d'un feul
fe fait fentir à tous.
La neuviéme exprimoit la
mort du Roy, dont la Religion
& la Pieté donnent de
juftes affeurances , qu'il n'eft
forti de ce monde que pour
aller briller dans un autre.
C'eft le Soleil dans fon couGO
MERCURE
chant accompagné de ces
paroles : NON UNi debitus
ORBI ; Il fe devoit à plus d'un
monde.
La derniere fignifioit , que
la Memoire du Roy vivra dans
tous les Siecles : c'est ce que
vouloir dire le Soleil couché ,
des ardeurs duquel l'horifon
paroift encore embrazé avec
ces paroles pour ame : NON
TOTUS PERIIT ; Il n'eft pas
peri tout entier.
Monfieur le Duc d'Orleans
a trop de rapport avec la perfonne
du feu Roy , par les
lumieres & la fagelle qu'il fait
GALANT.
GI
paroistre dans le Gouvernement
du Royaume , & avec
celle du jeune Prince qu'il
inftruit par ſes exemples à
regner un jour avec fuccés ,
pour n'avoir pas de place dans
les Devifes qui reprefentent la
vie de Louis le Grand. Le
Symbole dont on a fait choix
pour exprimer ce double rapport
a paru fi heureux , qu'on
a déja une partie du public
pour garant qu'il ne déplaira
pas . C'eft le Phofphore qui
brille entre le Soleil , qui s'éleve
d'un cofté de l'Hemifphere
, & qui fe couche de l'autre.
62 MERGURE
Les paroles qui fervent d'ame
à cette Devife fe font mieux
entendre en latin , qu'elles ne
peuvent eftre rendues en
noftre langue. Les voicy :
SURGENTEM INTER MEDIUS
QUE CADENTEM . Elles veulent
dire ; Il tient fa place entre celui
qui s'éleve & celui qui difparoît.
Dans le fond de la falle étoit
un trophée composé de tous
les inftrumens des Sciences &
des Arts , dans la bafe duquel
on hifoit certe Infcription
:
LUDOVICO MAGNO
ARTIUM NOSTRARUM
PATRONO .
GALANT. 63
Les Jefuites ont voulu exprimer
par là qu'ils regardoient
leur College comme
un bien fait qu'ils tenoient de
la main Royale de Louis le
Grand , & par le nom glorieux
dont il a honoré cette Maifon,
& par les bien faits qu'ils en
ont reçûs.
Tout l'appareil de cette décoration
étoit éclairé d'un trésgrand
nombre de lumieres ,
qui augmentoient la Pompe &
la magnificence.
On donnera bien- toft au
public la Harangue larine ,
pour dédommager ceux qui
64 MERCURE
n'ont pas eu le plaifir de Pentendre
prononcer
.
Fermer
455
p. 104-106
AUTRE Sur la mort du Roy Loüis le Grand, imité d'un Vers & demy du Xe Livre de l'Eneïde de Virgile.
Début :
Ettam sua Regem Fata vocant, metasque dati pervenit ad aevi. [...]
Mots clefs :
Mort, Louis le Grand, Gloire, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE Sur la mort du Roy Loüis le Grand, imité d'un Vers & demy du Xe Livre de l'Eneïde de Virgile.
AUTRE
Sur la mort du Roy Loüis le
Grand , imité d'un Vers &
demy du X Livre de l'Eneïde
de Virgile .
Etiam fua Regem
Fata vocant , metafque dati pervenit
ad ævi.
La Parque égale tout &la
mort équitable
Ne faifant aucun choix du merite
ou du rang ,
GALANT. 105
Enferme dans fon fein un riche ,
un miferable , L
Les Sujets les Rois , le petit
& le grand.
* 23D Ch´{
Louis que tant d'exploits ren
doient recommandable ;
Loüis de tous les Rois quifaifoit
Pornements O
Louis qui n'avoit pas icy bas
fon femblable;
Ce Roy fi glorieux n'eſt plus le
Roy regnant.
Louis toujours brillant dans la
S paix dans la guerre.
Enfin Louis le Grand n'est plus
106 MERCURE
dans
qu'un peu de serre.
Là , tous pauvres bumains vous
conduira le fort.
Gravez- vous dans l'efprit , &
dans voſtre memoire
Que fi l'on doit paffer de la gloire
à la mort
›
On doit auffi paffer de la mort
à la gloire.
QUERUDO LE VERGER.
Sur la mort du Roy Loüis le
Grand , imité d'un Vers &
demy du X Livre de l'Eneïde
de Virgile .
Etiam fua Regem
Fata vocant , metafque dati pervenit
ad ævi.
La Parque égale tout &la
mort équitable
Ne faifant aucun choix du merite
ou du rang ,
GALANT. 105
Enferme dans fon fein un riche ,
un miferable , L
Les Sujets les Rois , le petit
& le grand.
* 23D Ch´{
Louis que tant d'exploits ren
doient recommandable ;
Loüis de tous les Rois quifaifoit
Pornements O
Louis qui n'avoit pas icy bas
fon femblable;
Ce Roy fi glorieux n'eſt plus le
Roy regnant.
Louis toujours brillant dans la
S paix dans la guerre.
Enfin Louis le Grand n'est plus
106 MERCURE
dans
qu'un peu de serre.
Là , tous pauvres bumains vous
conduira le fort.
Gravez- vous dans l'efprit , &
dans voſtre memoire
Que fi l'on doit paffer de la gloire
à la mort
›
On doit auffi paffer de la mort
à la gloire.
QUERUDO LE VERGER.
Fermer
456
p. 130-146
Extrait d'un Poëme Latin sur la mort de Loüis XIV. [titre d'après la table]
Début :
Il a paru au commencement de Novembre un Poëme intitulé / Subita ex alto Vox reddita Caelo est ; [...]
Mots clefs :
Héros, Poème, Vertus, Voix, Prince, Poète, Religion, Nature, Régence, Louis XIV, Mort de Louis XIV, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Poëme Latin sur la mort de Loüis XIV. [titre d'après la table]
Il a paru au commenceGALANT
. 131
•
ment de Novembre un Poëme
intitulé : Ludovicus moriens
qui a efté generalement applaudi.
Ce Poëme , quoyque
tres court par fa qualité , renferme
toutes les regles du Poëme
Epique , & un abregé de
l'hiftoire du Roy. Le fujet en
eft grand , & bien choifi : Le
titre l'annonce. C'est le Roy
mourant ; mais un Roy, un
Heros invincible , que l'amour
de la Religion qu'il a toûjours
protegée , fait en mourant
triompher de la mort même.
L'unité d'action fi recommandée
& fi peu pratiquée ,
132 MERCURE
fe trouve exactement gardée
dans ce Poëme . La fable qui
en eft l'ame , eft un tableau
naturel de la verité Le noeud ,
le dénouement , les épisodes
naiffent les uns des autres. Les
moeurs femblent peintes d'aprés
nature , & les fentimens
font pleins d'élévation . La
verfification n'en eft pas moins
pure que magnifique, la vivacité
, le feu poëtique y regne
depuis le commencement juf
qu'à la fin , & l'art , quoyque
caché , ne le cede point à la
nature , ni la nature à l'art ; la
facilité & la clarté , qui pres
GALANT 133
fentent enfemble comme dans
un point une infinité de chofes
merveilleufes , font un vrai
plaifir .
Le Poëte , qui paroît par
tout animé de l'efprit de fon
Heros , ne le perd de vûë , que
lorfque ce même Heros , accompagné
de toutes les vertus ,
& couronné par les mains de
la victoire , eft aprés une cour
te priere enlevé au Ciel qui
s'ouvre pour reprendre un
Monarque qu'il avoit accordé
aprés 23. ans aux voeux ardens
de la France .
Les Portraits de Monfei134
MERGURE
1
gneur & de Madame la Ducheffe
de Berri font peints en
moins de cinq vers , avec les
plus vives couleurs.
Les malheurs qui ont affligé
la France , fur tout dans la
derniere guerre , ne paroiffent
dans le nocud que pour relever
davantage la gloire du Monarque
& celle de la Monarchic.
Si la France & la Religion y
femblent comme mourantes
avec le Roy , ce n'eft que pour
revivre & refleurir avec plus
d'éclat fous le nouveau Regne
& la Regence. C'est là où
GALANT. 135
commence le dénouement , &
où le Poëte reprenant de nouvelles
forces,reprefente toutes
les vertus qui font le bonheur
parfait d'un Empire , affifes
fur le Throfne de Louis XV.
Monfeigneur le Duc d'Orleans
foûtient ce Throfne , &
y place les Vertus .
On voit entr'autres , briller
la Prudence , la Force , la Foy,
la Fidelité , la Pieté , la Juſtice ,
qui peſe tout , la balance en
main ; & c'eft la Paix qui en
eft comme le lien inféparable.
Alors le Poëte hors de luymême
, & ſaiſi tout à coup du
136 MERCURE
nouveau Heros, prend fon vol
rapide vers les Cieux , où une
voix fe fait entendre à la Fran
ce & à la Religion ; mais une
voix éternelle , permanente
& gravée en caracteres ineffaçables
fur le diamant le plus
folide. Cette voix prédit le
bonheur de la Monarchie fous
la Regence de Son Alteffe
Royale.
C'est ce Prince qui né pour
la Patrie & pour les Sceptres ,
& qui étant au - deffus des mor .
tels par la fuperiorité
d'un génie
univerfel , & par les autres
rares qualitez , apprendra
au
jeune
GALANT. 137
}
jeune LOUIS le veritable art
de
regner.
Ceft ce Prince feul , qui
par la vigilance infatigable ré .
tablira la France dans fon ancienne
fplendeur.
+
C'eft ce Prince , qui ramenant
les beaux jours de l'Empercur
Titus , & qui faifant
voir en réalité cet âge d'or ,
que les Anciens ont tant vante
, & qu'ils n'ont peut- eftre
jamais vu qu'en idée , confolera
les François fous fon augufte
Regence .
Le Parlement de Paris n'eft
3 pas oublié , & doit bien toft
Novembre
1715. M
138 MERCURE
recevoir les benignes influences
de cet Aftre lumineux &
favorable.
En cet endroit le Poëte reprefente
Monfeigneur le Duc
d'Orleans prenant les rênes de
l'Empire dans des temps durs
& difficiles , & effuyant les
larmes de la France."
Que les ennemis de l'augufte
nom de Bourbon trèm
blent & fe gardent d'irriter
par leur imprudence un Heros
dont ils doivent redouter la
foudre.
C'eft ce Heros , c'eft luymême
qui a porté deux fois
GALANT. 139
fes armes victorieufes juſques
dans le coeur de la Catalogne,
& qui bravant les perils & la
mort , reduifit Lerida en poudre.
Tel eft ce Heros , & il s'étoit
déja montré tel dés fa premiere
jeuneffe , dans les Sieges,
dans les Batailles , contre le
Prince d'Orange , où il avoit
moiffonné des lauriers dignes
de fa valeur &de fes autres vertus
militaires ; c'eft toûjours la
voix qui parle.
Je ne donne qu'une legere
idée de l'original latin, pour
éviter la prolixité , & j'y ren-
Mij
140 MERGURE
voye le lecteur , qui cependant
ne fera peut- eftre pas fâché de
voir le dénouement de cette
Piece .
Le voicy.
Subita ex alto Vox reddita Calo
eft ;
Vox æterna
æterna , manens , folidoque
adamante notata :
Implevit LODOIX pulchrum
virtutibus avum ,
Debetur fuperis. LODOICI è
Sanguine Princeps ,
Illuftrem Proavum factis ac nomine
reddens ,
Ibit in imperium magnum ,foliaque
fedebunt
GALANT . 141
Affidua Regis comites ,Prudentia,
Virtus
,
Incorrupta Fides , Pietas , &
fingulalibra
Fuftitia expendens , juncta fibi
Pace forores.
Scilicet hunc natus Patriæ , fceptrifque
PHILIPPUS
,
Ingentique animo coelum complexus
, orbem ,
Urgebit rapido laudum ad faftigia
greffu
Veraque regnandi præcepta docebit
Alumnum ...
Ille unus Gallis vigilando reſtituet
rem ;
Ille dies Titi
referens , atque
142 MERCURE
aurea condens
Secula , gaudebit populum relevarejacentem
,
Felicem populum tanto fub Principe
natum ;
Ille Senatores in priftina jura remißos
Confilio admittens ,facilis dignabitur
Aula :
Etjam difficiles Regni moderatur
habenas ,
Abftergitque tuos , chariffima Gallia
, fletus.
Borbonii paveant , quotquot funt
nominis hoftes ,
Nec magnum exacuant infano
Marte PHILIPPUM.
GALANT. 143
Hic vir , hic eft , quem bis Catalania
fenfit apertis
Limitibus , quem tela inter , direptaque
figna ,
Eraque continuas paffim jaculantia
mortes ,
Horruit ad muros , acfenfullerda
tonantem
.
Qualis in Auriacum primis praluferat
armis ,
Mercatus dignas proprio, difcrimine
lauros.
Hac ubi dictà , Dei Verbum , irrevocabile
Verbum ,
atris induta
Hora refert
colori.
is
sound
bus .
bus
Hora
Ingenti LODOICO. Altum ca144
MERCURE
put ardua Virtus
Indeffa comes , pectus Conftantia
fulcit.
Relligio complexa manus morientis
,
ora ,
Procumbitfuper, & lacrymis af
pergit amaris.
Auratas fursùm extendens Victoria
pennas
,
A tergo merita pracingit tempora
lauro.
Intereà Delphinus adeft , juxtaque
PHILIPPUS ,
Borbonidaque alii , genus alio à
Sanguine Regum,
Flentes. At LODOIXoculos ad
Lydera tollens ,
ComGALANT
145
Commendanfque Deo Patriam ,
parvumque Nepotem :
Accipio mandatum , inquit , nos
pofcit Olympus.
Vixi ; nec vixiffe piget,fi Gallica
Semper
Sceptra gerat , dilecta comes , fidiffima
cuftos ,
Relligio , purifque Fides rutilantia
flammis
Lilia facundet. Noftrorum bec
meta laborum
Sic tu , fic radios totum diffunde
perorbem
Alma Fides !fic nunc animis illabere
noftris !
Sic tandem liceat fperatum attin-
Novembre 1715 .. N
146 MERCURE
gere portum ,
Optatamque diu poft nubila cernere
lucem:
Terra vale ,feror in coelum , fedefque
beatas
Afpicio. Cælum in partes hîc
fcinditur ambas
Illuftremque animam plaudentibus
excipit aftris.
. 131
•
ment de Novembre un Poëme
intitulé : Ludovicus moriens
qui a efté generalement applaudi.
Ce Poëme , quoyque
tres court par fa qualité , renferme
toutes les regles du Poëme
Epique , & un abregé de
l'hiftoire du Roy. Le fujet en
eft grand , & bien choifi : Le
titre l'annonce. C'est le Roy
mourant ; mais un Roy, un
Heros invincible , que l'amour
de la Religion qu'il a toûjours
protegée , fait en mourant
triompher de la mort même.
L'unité d'action fi recommandée
& fi peu pratiquée ,
132 MERCURE
fe trouve exactement gardée
dans ce Poëme . La fable qui
en eft l'ame , eft un tableau
naturel de la verité Le noeud ,
le dénouement , les épisodes
naiffent les uns des autres. Les
moeurs femblent peintes d'aprés
nature , & les fentimens
font pleins d'élévation . La
verfification n'en eft pas moins
pure que magnifique, la vivacité
, le feu poëtique y regne
depuis le commencement juf
qu'à la fin , & l'art , quoyque
caché , ne le cede point à la
nature , ni la nature à l'art ; la
facilité & la clarté , qui pres
GALANT 133
fentent enfemble comme dans
un point une infinité de chofes
merveilleufes , font un vrai
plaifir .
Le Poëte , qui paroît par
tout animé de l'efprit de fon
Heros , ne le perd de vûë , que
lorfque ce même Heros , accompagné
de toutes les vertus ,
& couronné par les mains de
la victoire , eft aprés une cour
te priere enlevé au Ciel qui
s'ouvre pour reprendre un
Monarque qu'il avoit accordé
aprés 23. ans aux voeux ardens
de la France .
Les Portraits de Monfei134
MERGURE
1
gneur & de Madame la Ducheffe
de Berri font peints en
moins de cinq vers , avec les
plus vives couleurs.
Les malheurs qui ont affligé
la France , fur tout dans la
derniere guerre , ne paroiffent
dans le nocud que pour relever
davantage la gloire du Monarque
& celle de la Monarchic.
Si la France & la Religion y
femblent comme mourantes
avec le Roy , ce n'eft que pour
revivre & refleurir avec plus
d'éclat fous le nouveau Regne
& la Regence. C'est là où
GALANT. 135
commence le dénouement , &
où le Poëte reprenant de nouvelles
forces,reprefente toutes
les vertus qui font le bonheur
parfait d'un Empire , affifes
fur le Throfne de Louis XV.
Monfeigneur le Duc d'Orleans
foûtient ce Throfne , &
y place les Vertus .
On voit entr'autres , briller
la Prudence , la Force , la Foy,
la Fidelité , la Pieté , la Juſtice ,
qui peſe tout , la balance en
main ; & c'eft la Paix qui en
eft comme le lien inféparable.
Alors le Poëte hors de luymême
, & ſaiſi tout à coup du
136 MERCURE
nouveau Heros, prend fon vol
rapide vers les Cieux , où une
voix fe fait entendre à la Fran
ce & à la Religion ; mais une
voix éternelle , permanente
& gravée en caracteres ineffaçables
fur le diamant le plus
folide. Cette voix prédit le
bonheur de la Monarchie fous
la Regence de Son Alteffe
Royale.
C'est ce Prince qui né pour
la Patrie & pour les Sceptres ,
& qui étant au - deffus des mor .
tels par la fuperiorité
d'un génie
univerfel , & par les autres
rares qualitez , apprendra
au
jeune
GALANT. 137
}
jeune LOUIS le veritable art
de
regner.
Ceft ce Prince feul , qui
par la vigilance infatigable ré .
tablira la France dans fon ancienne
fplendeur.
+
C'eft ce Prince , qui ramenant
les beaux jours de l'Empercur
Titus , & qui faifant
voir en réalité cet âge d'or ,
que les Anciens ont tant vante
, & qu'ils n'ont peut- eftre
jamais vu qu'en idée , confolera
les François fous fon augufte
Regence .
Le Parlement de Paris n'eft
3 pas oublié , & doit bien toft
Novembre
1715. M
138 MERCURE
recevoir les benignes influences
de cet Aftre lumineux &
favorable.
En cet endroit le Poëte reprefente
Monfeigneur le Duc
d'Orleans prenant les rênes de
l'Empire dans des temps durs
& difficiles , & effuyant les
larmes de la France."
Que les ennemis de l'augufte
nom de Bourbon trèm
blent & fe gardent d'irriter
par leur imprudence un Heros
dont ils doivent redouter la
foudre.
C'eft ce Heros , c'eft luymême
qui a porté deux fois
GALANT. 139
fes armes victorieufes juſques
dans le coeur de la Catalogne,
& qui bravant les perils & la
mort , reduifit Lerida en poudre.
Tel eft ce Heros , & il s'étoit
déja montré tel dés fa premiere
jeuneffe , dans les Sieges,
dans les Batailles , contre le
Prince d'Orange , où il avoit
moiffonné des lauriers dignes
de fa valeur &de fes autres vertus
militaires ; c'eft toûjours la
voix qui parle.
Je ne donne qu'une legere
idée de l'original latin, pour
éviter la prolixité , & j'y ren-
Mij
140 MERGURE
voye le lecteur , qui cependant
ne fera peut- eftre pas fâché de
voir le dénouement de cette
Piece .
Le voicy.
Subita ex alto Vox reddita Calo
eft ;
Vox æterna
æterna , manens , folidoque
adamante notata :
Implevit LODOIX pulchrum
virtutibus avum ,
Debetur fuperis. LODOICI è
Sanguine Princeps ,
Illuftrem Proavum factis ac nomine
reddens ,
Ibit in imperium magnum ,foliaque
fedebunt
GALANT . 141
Affidua Regis comites ,Prudentia,
Virtus
,
Incorrupta Fides , Pietas , &
fingulalibra
Fuftitia expendens , juncta fibi
Pace forores.
Scilicet hunc natus Patriæ , fceptrifque
PHILIPPUS
,
Ingentique animo coelum complexus
, orbem ,
Urgebit rapido laudum ad faftigia
greffu
Veraque regnandi præcepta docebit
Alumnum ...
Ille unus Gallis vigilando reſtituet
rem ;
Ille dies Titi
referens , atque
142 MERCURE
aurea condens
Secula , gaudebit populum relevarejacentem
,
Felicem populum tanto fub Principe
natum ;
Ille Senatores in priftina jura remißos
Confilio admittens ,facilis dignabitur
Aula :
Etjam difficiles Regni moderatur
habenas ,
Abftergitque tuos , chariffima Gallia
, fletus.
Borbonii paveant , quotquot funt
nominis hoftes ,
Nec magnum exacuant infano
Marte PHILIPPUM.
GALANT. 143
Hic vir , hic eft , quem bis Catalania
fenfit apertis
Limitibus , quem tela inter , direptaque
figna ,
Eraque continuas paffim jaculantia
mortes ,
Horruit ad muros , acfenfullerda
tonantem
.
Qualis in Auriacum primis praluferat
armis ,
Mercatus dignas proprio, difcrimine
lauros.
Hac ubi dictà , Dei Verbum , irrevocabile
Verbum ,
atris induta
Hora refert
colori.
is
sound
bus .
bus
Hora
Ingenti LODOICO. Altum ca144
MERCURE
put ardua Virtus
Indeffa comes , pectus Conftantia
fulcit.
Relligio complexa manus morientis
,
ora ,
Procumbitfuper, & lacrymis af
pergit amaris.
Auratas fursùm extendens Victoria
pennas
,
A tergo merita pracingit tempora
lauro.
Intereà Delphinus adeft , juxtaque
PHILIPPUS ,
Borbonidaque alii , genus alio à
Sanguine Regum,
Flentes. At LODOIXoculos ad
Lydera tollens ,
ComGALANT
145
Commendanfque Deo Patriam ,
parvumque Nepotem :
Accipio mandatum , inquit , nos
pofcit Olympus.
Vixi ; nec vixiffe piget,fi Gallica
Semper
Sceptra gerat , dilecta comes , fidiffima
cuftos ,
Relligio , purifque Fides rutilantia
flammis
Lilia facundet. Noftrorum bec
meta laborum
Sic tu , fic radios totum diffunde
perorbem
Alma Fides !fic nunc animis illabere
noftris !
Sic tandem liceat fperatum attin-
Novembre 1715 .. N
146 MERCURE
gere portum ,
Optatamque diu poft nubila cernere
lucem:
Terra vale ,feror in coelum , fedefque
beatas
Afpicio. Cælum in partes hîc
fcinditur ambas
Illuftremque animam plaudentibus
excipit aftris.
Fermer
457
p. 148-150
« Le 23. du mois passé, Madame de Mailly, Abbesse de [...] »
Début :
Le 23. du mois passé, Madame de Mailly, Abbesse de [...]
Mots clefs :
Abbesse, Oraison funèbre, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 23. du mois passé, Madame de Mailly, Abbesse de [...] »
Le
23. du
mois
paffé
, Madame
de
Mailly
, Abbeffe
de
l'Abbaye
Royale
de
Poiffy
,
fit
faire
un
Service
folemnel
à l'honneur
du
Roy
. Toute
fon
Eglife
fut
tenduë
de
noir
jufqu'à
la voute
; & les
cartouches
des
armes
& des
chif
res
du
Monarque
deffunt
y
GALANT. 142
"
eftoient diftribuez avec beaucoup
de goût & de fymerrie.
La Repreſentation y eftoit entourée
d'un grand nombre de
cierges & de chandeliers d'argent.
La Pompe funebre y fut
Loûtenue par tout avec une
magnificence digne du lieu ,
du fujet & de l'illuftte Abbeffe
qui l'ordonnoit. L'Oraiſon
funebre y fut prononcée par
M. I Abbé Maffon qui s'atti
ra les applaudiffemens d'une
affemblée nombreufe & choifie.
Il fit voir que le feu Roy:
ayoit cfté victorieux comme
David , auffi fage que Salo
·
Niij
150 MERCURE
mon , & auffi pieux que S.
Lous ; trois grands fujets d'Eloge
dont l'Orateur fit,comme
trois grands tableaux où il reprefenta
toute la vie du Roy
en abregé , & en détail tous
les plus beaux traits de fa valeur
, de fa fageffe & de la Re-i
ligion . Madame de Mailly a
圈
Refprit fi jufte & le goût fi
exquis joints à une naiffance
illuftre , qu'on entrevoit natu
rellement dans fes actions les
plus indifferentes, comme dans
celles qui exigent plus d'attention
d'elle , la grandeur de fon
ame , & l'éclat de fon nom ,
23. du
mois
paffé
, Madame
de
Mailly
, Abbeffe
de
l'Abbaye
Royale
de
Poiffy
,
fit
faire
un
Service
folemnel
à l'honneur
du
Roy
. Toute
fon
Eglife
fut
tenduë
de
noir
jufqu'à
la voute
; & les
cartouches
des
armes
& des
chif
res
du
Monarque
deffunt
y
GALANT. 142
"
eftoient diftribuez avec beaucoup
de goût & de fymerrie.
La Repreſentation y eftoit entourée
d'un grand nombre de
cierges & de chandeliers d'argent.
La Pompe funebre y fut
Loûtenue par tout avec une
magnificence digne du lieu ,
du fujet & de l'illuftte Abbeffe
qui l'ordonnoit. L'Oraiſon
funebre y fut prononcée par
M. I Abbé Maffon qui s'atti
ra les applaudiffemens d'une
affemblée nombreufe & choifie.
Il fit voir que le feu Roy:
ayoit cfté victorieux comme
David , auffi fage que Salo
·
Niij
150 MERCURE
mon , & auffi pieux que S.
Lous ; trois grands fujets d'Eloge
dont l'Orateur fit,comme
trois grands tableaux où il reprefenta
toute la vie du Roy
en abregé , & en détail tous
les plus beaux traits de fa valeur
, de fa fageffe & de la Re-i
ligion . Madame de Mailly a
圈
Refprit fi jufte & le goût fi
exquis joints à une naiffance
illuftre , qu'on entrevoit natu
rellement dans fes actions les
plus indifferentes, comme dans
celles qui exigent plus d'attention
d'elle , la grandeur de fon
ame , & l'éclat de fon nom ,
Fermer
458
p. 164-185
Premier article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Si toutes les Genealogies ressembloient à celle cy, le Lecteur [...]
Mots clefs :
Roi, Mort, Gouverneur, Maréchal, Seigneur, Régiment, Général, Capitaine, Gouverneur, Lieutenant, Chevalier, Armée du roi, Mousquetaire, Parlement, Vie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Premier article des Morts. [titre d'après la table]
Si toutes les Genealogies reffembloient
à celle cy , le Lecteur
ne craindroit jamais de´
s'ennuyer de la lecture de cet
article , & la vie d'un homme
illuftre fa
naiffance & par
par
fes actions , foit pour hono .
rer fes manes , foit pour faire
fon éloge pendant la vie , eſt
toûjours une hiftoire agréable
à lire.
Meffire Daniel de Montef
quiou , Chevalier Seigneur de
Prechac , Galiax , Mauhic &
GALANT. 165
du Bedat , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur
de Scheleſtat , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis ,
Senechal d'Armagnac, & Capitaine
Châtelain de Lectoure,
decedé d'une maniere auffi
chrêtienne qu'il avoit toû¦ours
vêcu , le 25. Juillet 175A à
Scheleftat , où il a toûjours
refidé depuis qu'il avoit eſté
nommé Gouverneur de cette
Place ; étoit de l'illuftre Maifon
de Montefquiou , qui a
donné à l'Etat des Maréchaux
de France , & à l'Eglife des
Cardinaux , des Evêques , &c.
166
MERCURE
Eile a tité fon nom de la Terre
de Montefquiou , ſeconde
Baronnie d'Armagnac , dont
le Seigneur eft Chanoine né à
l'Eglife Cathedrale d'Auch
& y a rang au Choeur aprés les
dignitez , & avant les Chanoines.
Auriane de Lamothe fut mariée
dans l'onziéme ficcle avec
Raymond Aymoric , fecond
fils d'Aymeric , Comte de Fezenfac
, d'où font iffuës plufieurs
familles du nom de
Montefquiou qui fubfiftent
encore aujourd'huy avec éclat,
y ayant un Maréchal de FranGALANT.
167
ce & des Lieutenans Generaux.
Decembre 1634 ..
Le
137
M. de Prechac nâquit au
Château de Galiax en Armagnac
fon pere s'appelloit
Meffire Jean Paul de Montef
quiou , Chevalier Seigneur de
Prechac & de Galiax , fa mere
Catherine de Laas de Lurbe ,
d'une ancienne Maifon de
Bearn .
Feu Monfieur de Baas , Capitaine
- Lieutenant de la
premiere
Compagnie des Moufquetaires
, coufin germain de
fon pere , l'ayant attiré à Paris,
voulut qu'à l'exemple de plu168
MERCURE
fieurs autres Gentilshommes , il
fervit d'abord en qualité de
volontaire au Regiment, des
Gardes Françoifes pendant les
années 1654. 1655 & 16 56.
d'où il paffa en 1657. dans la
premiere Compagnie des
Moufquetaires , où it fur Sous-
Brigadier. Le Roy , dont il
avoit l'honneur d'eftre connu
particulierement , l'envoya
pout affaires fecretes en Eſpagne
, & à fon retour fa Majefté
luy donna le 16. Octobre
1665. une Compagnie au Regiment
de Champagne , où il
cut le brevet de Major le premier
GALANT. 169
mier Septembre 1675. & fervit
depuis en cette qualité , &
comme Major de Brigade, jufqu'au
16. Janvier 1678. qu'il
fut nommé Inspecteur General
de l'Infanterie.
Le 28. Novembre 1681.
il fut faitColonel du Regiment
de Champagne , le 24. Aouſt
1688. Brigadier des Armées
du Roy , le 30. Mars 1693 .
Maréchal de Camp , le 13 .
Juin de la même année Gouverneur
de Rofes , le 20. Octobre
1699. Gouverneur de
Scheleftat , le premier Mars
1704 Senéchal d'Armagnac ,
Novembre 1715 . 1715. P
170 MERCURE
& Capitaine Châtelain deLectoure
, le 26. d'O&obre de la
même année , Lieutenant General
des Armées du Roy .
Il avoit eu fucceffivement
les Commanderies de S Omer
& d Ypres , lesquelles ayant
efté réunies à l'Ordre de S.
Lazare , il fut nommé Commandeur
de l'Ordre des Louis,
lorfque cet Ordre fut inftitué.
Pendant qu'il étoit dans les
Moufquetaires, il ſe troùva en
l'année 1657. aux Sieges de
Montmedy, Herbemont, Vifton
, & Neufchatel , & en
1658. au fiege de Dunkerque.
GALANT. 171
En 1672. étant Capitaine
au Regiment de Champagne ,
il fe trouva au fameux paffage
de Tholus fur le Rhin , où le
Roy commandoit en perſonno,
& en dix fieges , entr'autres
celuy de Nimegue & celuy
du Fort de Schenk.
En 1674. il fe trouva au
combat de Turqueim en Alface
, & au fiege d'Antoin , où
il fut bleffé dangereufement
au pied gauche.
En 1675. il fe diftingua au
combat d'Altheneim en Brifchaw
, où il eut un cheval tué
fous luy & le talon droit percé
Pij
172 •
MERCURE
d'un coup de moufquer
.
En 1677. il fe trouva au
fiege de Fribourg C 1678 .
aux fieges de Hombourg & de
Botſche.
basta nou v
En 1689. au fiegede Campredon
en Catalogne , où il
commandoit l'Infanterie en
qualité de Brigadier.
En 1691 aux fleges de la
Seu d'Urgel , & des Châteaux
deValence & de Sor, où il commandoit
en Chefing daiq an
En 1693. au fiege de Rofes ,
où il fe fignala en qualité de
Maréchal de Camp , & le
Gouvernement de cette Place
GALANT 173
luy fut donné aprés qu'elle eût
été prife.Main
En 1694. au Combat du
paffage du Ter où l'Armée
d'Espagne retranchée de l'autre
côté de lariviere , & fupe .
rieure en nombre à celle de
France , fut défaite par M. le
Maréchal de Noailles , & enfuite
aux fieges de Palamos , de
Girone , d'Oltalric , & de Caf
telfoüillet . En voulant faire entrer
un convoy en 1695 ilfut
bleffe d'un coup de mouſquer
à la cuiffe , ce qui n'empêcha
pas qu'il n'y fic entrer le Convoye
a kupeƆ vyplat
Piij
174 MERCURE
En 1697, au fameux fiegel
de Barcelone fous M. le Duc
de Vendofme.
7
* 0 :
• Quoyqu'il fut Gouverneur
de Rofes depuis 1695 ) il he
laiffoit pas de fervir Hyver &
Efté ,en qualité de Maréchal de
Camp ; ila même commandé
divers Camps volants . Ce n'eſt
que depuis qu'il a efté Gouver
neur de Scheleftat qu'il a pref .
que toûjours efté obligé de
demeurer dans cetre Place. 113
Jamais Officier n'a efté plus
attaché à fon devoir & à l'ob
fervation de la difcipline militaire
, que luy. Ce qu'il a por
GALANT . 175
té fi loin que pendant . 61. ans
de fervice,il n'eft allé que trois
fois fur les terres en fon pays
& trois fois à la Cour. Lors
qu'il y vint en 1699. craignant
que le Roy , dont il avoit autrefois
efté particulierement
connu , pendant qu'il fervoit
dans les Moufquetaires , ne
l'eut oublié , il pria M. le Maréchal
de Noailles de le prefenter
, de quoy Sa Majeſté
s'étant apperceuë , elle dit
en fouriant : Prechac croit
que
je ne le connois plus ,parce qu'il ne -
vient point à la Cour; & en luy
mettant la main fur l'épaule
P iiij
176 MERGURE
que
gauche luy dit. Ily a longtemps
Tous nous connoiffons.
Dans tous les emplois qu'il
a cu , il s'eft toûjours contenté
de les appointemens, ſans mê→
me vouloir ufer de certains
droits établis par la Coûtume,
ni recevoir les prefens qu'on
luy offroit.
Il n'a jamais rien demandé
à la Cour , & s'il a eu des
cimplois , ce n'eſt que fur le
rapport des Generaux fous
lefquels il a fervi . Feu M. le
Prince de Condé , M. de Tu-
Meffieurs les Maré- renne
chaux de Luxembourg & de
GALANT. 177
*
Noailles , & M. le Duc de
Vendofme. Il eût feulement
l'honneur d'écrire en 1692. à
Sa Majefté, pour la fupplier de
ſe ſouvenir des bontez qu'elle
luy avoit autrefois temoignée,
&des fervices qu'il rendoit de
puis prés de 40 ans , & c'eft
Meffire Clement de Montef
quiou de Prechac fon frere ,
Abbé de Berdoüe , & de Valbone,
& Prieur de Saint Feliou,
qui fe trouvant à Paris en 1704 .
fit demander de luy même la
Charge de Senéchal d'Armagnac
qui venoit de vacquer
par la mort de M. le Marquis
d'Hautmont .
178 MERCURE
En l'année 1681. il refufa
d'accepter la Lieutenance Colonelle
du Regiment deChampagne,
que M. de Louvois luy
écrivit que
le Roy luy donnoit
, difant qu'il y avoit trois
Capitaines plus anciens que
luy , & qu'il ne leur donneroit
jamais la mortification d'être
commandez par leur cadet. Le
Miniftre approuva cette delicateffe
, fit placer ces trois Ca
pitaines , & ainfi M. de Prechac
étant demeuré plus ancien
Capitaine , fut fait Lieutenant
Colonel .
Ce fut auffi en ce temps - là
GALANT. 179
qu'étant Inspecteur General
d'Infanterie
à Pignerol & en
Dauphiné , il eut ordre d'envoyer
à la Cour un état de tous
les Officiers de fon Départe
ment , de leurs Pays , de leurs
fervices , des occafions où ils
s'étoient trouvez & den leurs
bleffures: De quoy il s'acquita
avec exactitude à l'égard de
tous les autres ; il n'oublia que
luy- même. Ce qui obligea M.
de Louvois à luy écrire en ces
termes :Fay fait voir au Roy
l'état que vous m'avez envoyé.
Sa Majesté en aété fort contente,
a admiré voftre modeftie de ne
180 MERGURE
pas vous
vous
mettre
mettre
au nnombre
des
bleſſez
, n'ignorant
pas que vous l'avez
été à Antoin
& à Altheneim
;
c'est pour
cela qu'elle
vous
donne
la Commanderie
de
S.Omero
quel
ab . mm
Enfin
M. de Prechac
chargé
d'honneurs
& d'années
ayant
eu une
attaque
d'apoplexie
peu aprés
Pâques
, regarda
cela
comme
un avis
que la mort
étoit
prochaine
, & redoubla
les difpofitions
qu'il
y avoit
apportées
toute
la vie , ayant
vecu
d'une
maniere
auffiregu
liere
que s'il eût été dans
un
Cloître
. Il regla
tout
ce qui
GALANT. 181
pouvoit concerner ſon Gouvernement
, en ayant fait un
état qu'il remit au Lieutenant
de Roy , & continua neanmoins
de faire les fonctions de
Gouverneur jufqu'au dernier
moment de fa vie , ayant n
core donné les ordres en cette
qualité la veille de fa mort.
Il eftoit marié avec Madame
Claire Marguerite de Lau ,
Dame de Mauhic & du Bedat,
fille & heritiere du Comte de
Lau , Chef d'une ancienne
Maiſon en Armagnac , dont
il n'a point eu d'enfans .
3 Meffire Eftienne Bouchu
182 MERCURE
Sieur de Leffart , Confeiller
d'Etat , cy - devant Intendant
de Grenoble & des Armées
d'Italie & de Dauphiné , pere
de Madame la Comteffe de
Teffé qu'il laiffe pour la feule
& unique heritiere , & neveu
de Mcffice Pierre Bouchu,
premier Préfident du Parle
ment de Dijon , dont je vous
appris la mort dans le Mercure
du mois paffé mourut à
Tournus le Octobre
1715. Il eftoit fils de M. Bouchu,
Intendant de Bourgogne,
mort en 1683 & petit fils de
Meffire Jean Bouchu , & de
P
GALANT . 183
Dame Marie de Montholon ,
Préfident à Mortier du Parle
ment de Dijon , & reçû en
1644. premier Préfident du
même Parlement : cette famille
qui eft originaire de la Viile
de Monbard en Bourgogne, &
qui depuis prés de cent années,
rempliffoit les premieres dignitez
de la Robe dans le Parlement
de fa Province , ne fubfifte
plus & fon nom & fa famille
fe trouvera éteinte aprés
la mort de Dom Pierre Bouchu
, Abbé & Chef General
de Clairvaux , & de N. Bouchu
, Abbé d'Ambournay.
184 MERCURE
Mcffire Jean de Berbify ,
Chevalier Seigneur & Baron
de Vantoux , Préfident à
Mortier au Parlement de Dijon,
dont la famille depuis plus
de 200. ans a fourni dans le
même Parlement plufieurs
Confeillers & des Prefidens ,
fuccede à la dignité de premier
Préfident , vacante par la mort
de Mr Bouchu .
Meffire Henry Jules Duguay
, Chevalier Confeiller du
Roy , cy- devant Intendant de
la Marine à Dunkerque, mourut
le 10 Novembre 1715. âgé
d'environ 60 , ans Il eftoit fils
de
GALANT 185
de Meffire Nicolas Benigne
Duguay , Seigneur de Beffey,
Baron de Chizans , premier
Prefident de la Chambre des
Comptes de Dijon , & Inten
dane de Marine enBourgogne,
& de Dame Marie Chapelain.
Il fervoir dans la Marine depuis
plus de trente années avec
beaucoup de merite & de diftinction.
Il laiffe trois fils qui y
fervent , dont l'aifné a efté
fait au Siege de Douay Enfei
ghe de Vaiffeaux . Cefar Duguay
, Baron de Chazans , l'un
de fes freres,mourut en 1708. à
Breft , Lieutenant de Vaiffeaux .
à celle cy , le Lecteur
ne craindroit jamais de´
s'ennuyer de la lecture de cet
article , & la vie d'un homme
illuftre fa
naiffance & par
par
fes actions , foit pour hono .
rer fes manes , foit pour faire
fon éloge pendant la vie , eſt
toûjours une hiftoire agréable
à lire.
Meffire Daniel de Montef
quiou , Chevalier Seigneur de
Prechac , Galiax , Mauhic &
GALANT. 165
du Bedat , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur
de Scheleſtat , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis ,
Senechal d'Armagnac, & Capitaine
Châtelain de Lectoure,
decedé d'une maniere auffi
chrêtienne qu'il avoit toû¦ours
vêcu , le 25. Juillet 175A à
Scheleftat , où il a toûjours
refidé depuis qu'il avoit eſté
nommé Gouverneur de cette
Place ; étoit de l'illuftre Maifon
de Montefquiou , qui a
donné à l'Etat des Maréchaux
de France , & à l'Eglife des
Cardinaux , des Evêques , &c.
166
MERCURE
Eile a tité fon nom de la Terre
de Montefquiou , ſeconde
Baronnie d'Armagnac , dont
le Seigneur eft Chanoine né à
l'Eglife Cathedrale d'Auch
& y a rang au Choeur aprés les
dignitez , & avant les Chanoines.
Auriane de Lamothe fut mariée
dans l'onziéme ficcle avec
Raymond Aymoric , fecond
fils d'Aymeric , Comte de Fezenfac
, d'où font iffuës plufieurs
familles du nom de
Montefquiou qui fubfiftent
encore aujourd'huy avec éclat,
y ayant un Maréchal de FranGALANT.
167
ce & des Lieutenans Generaux.
Decembre 1634 ..
Le
137
M. de Prechac nâquit au
Château de Galiax en Armagnac
fon pere s'appelloit
Meffire Jean Paul de Montef
quiou , Chevalier Seigneur de
Prechac & de Galiax , fa mere
Catherine de Laas de Lurbe ,
d'une ancienne Maifon de
Bearn .
Feu Monfieur de Baas , Capitaine
- Lieutenant de la
premiere
Compagnie des Moufquetaires
, coufin germain de
fon pere , l'ayant attiré à Paris,
voulut qu'à l'exemple de plu168
MERCURE
fieurs autres Gentilshommes , il
fervit d'abord en qualité de
volontaire au Regiment, des
Gardes Françoifes pendant les
années 1654. 1655 & 16 56.
d'où il paffa en 1657. dans la
premiere Compagnie des
Moufquetaires , où it fur Sous-
Brigadier. Le Roy , dont il
avoit l'honneur d'eftre connu
particulierement , l'envoya
pout affaires fecretes en Eſpagne
, & à fon retour fa Majefté
luy donna le 16. Octobre
1665. une Compagnie au Regiment
de Champagne , où il
cut le brevet de Major le premier
GALANT. 169
mier Septembre 1675. & fervit
depuis en cette qualité , &
comme Major de Brigade, jufqu'au
16. Janvier 1678. qu'il
fut nommé Inspecteur General
de l'Infanterie.
Le 28. Novembre 1681.
il fut faitColonel du Regiment
de Champagne , le 24. Aouſt
1688. Brigadier des Armées
du Roy , le 30. Mars 1693 .
Maréchal de Camp , le 13 .
Juin de la même année Gouverneur
de Rofes , le 20. Octobre
1699. Gouverneur de
Scheleftat , le premier Mars
1704 Senéchal d'Armagnac ,
Novembre 1715 . 1715. P
170 MERCURE
& Capitaine Châtelain deLectoure
, le 26. d'O&obre de la
même année , Lieutenant General
des Armées du Roy .
Il avoit eu fucceffivement
les Commanderies de S Omer
& d Ypres , lesquelles ayant
efté réunies à l'Ordre de S.
Lazare , il fut nommé Commandeur
de l'Ordre des Louis,
lorfque cet Ordre fut inftitué.
Pendant qu'il étoit dans les
Moufquetaires, il ſe troùva en
l'année 1657. aux Sieges de
Montmedy, Herbemont, Vifton
, & Neufchatel , & en
1658. au fiege de Dunkerque.
GALANT. 171
En 1672. étant Capitaine
au Regiment de Champagne ,
il fe trouva au fameux paffage
de Tholus fur le Rhin , où le
Roy commandoit en perſonno,
& en dix fieges , entr'autres
celuy de Nimegue & celuy
du Fort de Schenk.
En 1674. il fe trouva au
combat de Turqueim en Alface
, & au fiege d'Antoin , où
il fut bleffé dangereufement
au pied gauche.
En 1675. il fe diftingua au
combat d'Altheneim en Brifchaw
, où il eut un cheval tué
fous luy & le talon droit percé
Pij
172 •
MERCURE
d'un coup de moufquer
.
En 1677. il fe trouva au
fiege de Fribourg C 1678 .
aux fieges de Hombourg & de
Botſche.
basta nou v
En 1689. au fiegede Campredon
en Catalogne , où il
commandoit l'Infanterie en
qualité de Brigadier.
En 1691 aux fleges de la
Seu d'Urgel , & des Châteaux
deValence & de Sor, où il commandoit
en Chefing daiq an
En 1693. au fiege de Rofes ,
où il fe fignala en qualité de
Maréchal de Camp , & le
Gouvernement de cette Place
GALANT 173
luy fut donné aprés qu'elle eût
été prife.Main
En 1694. au Combat du
paffage du Ter où l'Armée
d'Espagne retranchée de l'autre
côté de lariviere , & fupe .
rieure en nombre à celle de
France , fut défaite par M. le
Maréchal de Noailles , & enfuite
aux fieges de Palamos , de
Girone , d'Oltalric , & de Caf
telfoüillet . En voulant faire entrer
un convoy en 1695 ilfut
bleffe d'un coup de mouſquer
à la cuiffe , ce qui n'empêcha
pas qu'il n'y fic entrer le Convoye
a kupeƆ vyplat
Piij
174 MERCURE
En 1697, au fameux fiegel
de Barcelone fous M. le Duc
de Vendofme.
7
* 0 :
• Quoyqu'il fut Gouverneur
de Rofes depuis 1695 ) il he
laiffoit pas de fervir Hyver &
Efté ,en qualité de Maréchal de
Camp ; ila même commandé
divers Camps volants . Ce n'eſt
que depuis qu'il a efté Gouver
neur de Scheleftat qu'il a pref .
que toûjours efté obligé de
demeurer dans cetre Place. 113
Jamais Officier n'a efté plus
attaché à fon devoir & à l'ob
fervation de la difcipline militaire
, que luy. Ce qu'il a por
GALANT . 175
té fi loin que pendant . 61. ans
de fervice,il n'eft allé que trois
fois fur les terres en fon pays
& trois fois à la Cour. Lors
qu'il y vint en 1699. craignant
que le Roy , dont il avoit autrefois
efté particulierement
connu , pendant qu'il fervoit
dans les Moufquetaires , ne
l'eut oublié , il pria M. le Maréchal
de Noailles de le prefenter
, de quoy Sa Majeſté
s'étant apperceuë , elle dit
en fouriant : Prechac croit
que
je ne le connois plus ,parce qu'il ne -
vient point à la Cour; & en luy
mettant la main fur l'épaule
P iiij
176 MERGURE
que
gauche luy dit. Ily a longtemps
Tous nous connoiffons.
Dans tous les emplois qu'il
a cu , il s'eft toûjours contenté
de les appointemens, ſans mê→
me vouloir ufer de certains
droits établis par la Coûtume,
ni recevoir les prefens qu'on
luy offroit.
Il n'a jamais rien demandé
à la Cour , & s'il a eu des
cimplois , ce n'eſt que fur le
rapport des Generaux fous
lefquels il a fervi . Feu M. le
Prince de Condé , M. de Tu-
Meffieurs les Maré- renne
chaux de Luxembourg & de
GALANT. 177
*
Noailles , & M. le Duc de
Vendofme. Il eût feulement
l'honneur d'écrire en 1692. à
Sa Majefté, pour la fupplier de
ſe ſouvenir des bontez qu'elle
luy avoit autrefois temoignée,
&des fervices qu'il rendoit de
puis prés de 40 ans , & c'eft
Meffire Clement de Montef
quiou de Prechac fon frere ,
Abbé de Berdoüe , & de Valbone,
& Prieur de Saint Feliou,
qui fe trouvant à Paris en 1704 .
fit demander de luy même la
Charge de Senéchal d'Armagnac
qui venoit de vacquer
par la mort de M. le Marquis
d'Hautmont .
178 MERCURE
En l'année 1681. il refufa
d'accepter la Lieutenance Colonelle
du Regiment deChampagne,
que M. de Louvois luy
écrivit que
le Roy luy donnoit
, difant qu'il y avoit trois
Capitaines plus anciens que
luy , & qu'il ne leur donneroit
jamais la mortification d'être
commandez par leur cadet. Le
Miniftre approuva cette delicateffe
, fit placer ces trois Ca
pitaines , & ainfi M. de Prechac
étant demeuré plus ancien
Capitaine , fut fait Lieutenant
Colonel .
Ce fut auffi en ce temps - là
GALANT. 179
qu'étant Inspecteur General
d'Infanterie
à Pignerol & en
Dauphiné , il eut ordre d'envoyer
à la Cour un état de tous
les Officiers de fon Départe
ment , de leurs Pays , de leurs
fervices , des occafions où ils
s'étoient trouvez & den leurs
bleffures: De quoy il s'acquita
avec exactitude à l'égard de
tous les autres ; il n'oublia que
luy- même. Ce qui obligea M.
de Louvois à luy écrire en ces
termes :Fay fait voir au Roy
l'état que vous m'avez envoyé.
Sa Majesté en aété fort contente,
a admiré voftre modeftie de ne
180 MERGURE
pas vous
vous
mettre
mettre
au nnombre
des
bleſſez
, n'ignorant
pas que vous l'avez
été à Antoin
& à Altheneim
;
c'est pour
cela qu'elle
vous
donne
la Commanderie
de
S.Omero
quel
ab . mm
Enfin
M. de Prechac
chargé
d'honneurs
& d'années
ayant
eu une
attaque
d'apoplexie
peu aprés
Pâques
, regarda
cela
comme
un avis
que la mort
étoit
prochaine
, & redoubla
les difpofitions
qu'il
y avoit
apportées
toute
la vie , ayant
vecu
d'une
maniere
auffiregu
liere
que s'il eût été dans
un
Cloître
. Il regla
tout
ce qui
GALANT. 181
pouvoit concerner ſon Gouvernement
, en ayant fait un
état qu'il remit au Lieutenant
de Roy , & continua neanmoins
de faire les fonctions de
Gouverneur jufqu'au dernier
moment de fa vie , ayant n
core donné les ordres en cette
qualité la veille de fa mort.
Il eftoit marié avec Madame
Claire Marguerite de Lau ,
Dame de Mauhic & du Bedat,
fille & heritiere du Comte de
Lau , Chef d'une ancienne
Maiſon en Armagnac , dont
il n'a point eu d'enfans .
3 Meffire Eftienne Bouchu
182 MERCURE
Sieur de Leffart , Confeiller
d'Etat , cy - devant Intendant
de Grenoble & des Armées
d'Italie & de Dauphiné , pere
de Madame la Comteffe de
Teffé qu'il laiffe pour la feule
& unique heritiere , & neveu
de Mcffice Pierre Bouchu,
premier Préfident du Parle
ment de Dijon , dont je vous
appris la mort dans le Mercure
du mois paffé mourut à
Tournus le Octobre
1715. Il eftoit fils de M. Bouchu,
Intendant de Bourgogne,
mort en 1683 & petit fils de
Meffire Jean Bouchu , & de
P
GALANT . 183
Dame Marie de Montholon ,
Préfident à Mortier du Parle
ment de Dijon , & reçû en
1644. premier Préfident du
même Parlement : cette famille
qui eft originaire de la Viile
de Monbard en Bourgogne, &
qui depuis prés de cent années,
rempliffoit les premieres dignitez
de la Robe dans le Parlement
de fa Province , ne fubfifte
plus & fon nom & fa famille
fe trouvera éteinte aprés
la mort de Dom Pierre Bouchu
, Abbé & Chef General
de Clairvaux , & de N. Bouchu
, Abbé d'Ambournay.
184 MERCURE
Mcffire Jean de Berbify ,
Chevalier Seigneur & Baron
de Vantoux , Préfident à
Mortier au Parlement de Dijon,
dont la famille depuis plus
de 200. ans a fourni dans le
même Parlement plufieurs
Confeillers & des Prefidens ,
fuccede à la dignité de premier
Préfident , vacante par la mort
de Mr Bouchu .
Meffire Henry Jules Duguay
, Chevalier Confeiller du
Roy , cy- devant Intendant de
la Marine à Dunkerque, mourut
le 10 Novembre 1715. âgé
d'environ 60 , ans Il eftoit fils
de
GALANT 185
de Meffire Nicolas Benigne
Duguay , Seigneur de Beffey,
Baron de Chizans , premier
Prefident de la Chambre des
Comptes de Dijon , & Inten
dane de Marine enBourgogne,
& de Dame Marie Chapelain.
Il fervoir dans la Marine depuis
plus de trente années avec
beaucoup de merite & de diftinction.
Il laiffe trois fils qui y
fervent , dont l'aifné a efté
fait au Siege de Douay Enfei
ghe de Vaiffeaux . Cefar Duguay
, Baron de Chazans , l'un
de fes freres,mourut en 1708. à
Breft , Lieutenant de Vaiffeaux .
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459
p. 198-205
Second Chapitre des Morts.
Début :
Messire Nicolas Lesdo, Chevalier Seigneur de Digulville, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Fils, Parlement, Roi, Dame, Maître des requêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Second Chapitre des Morts.
Second Chapitre des Morts.
Meffire Nicolas Leído , Chevalier
Seigneur de Digulville ,
Brigadier des Armées du Roy,
Infpecteur general d'Infanteric
, & Chevalier de l'Ordre
de S. Louis , mourut le 26. Octobre
dernier : il étoit frere de
Melfice Jean Baptifte de Lefdo
, Seigneur de la Riviere , &
Digulville , Premier Préfidenc
de la Chambre des Comptes
de Normandie , & fortoit d'une
Famille diftinguée dans la
Vicomté de Valogne.
GALANT (199
DE
Meffire Etienne Maignart ,
Marquis de Bernieres , Confeiller
honoraire auParlement,
mourut le 26. Octobre dernier.
Il avoit épousé en 1666 .
Magdelaine Faucon , fille de
Jean Paul Faucon , Seigneur
de Ris , Premier Préfident au
Parlement de Rouen , dont il
a laiffe pour fils unique Mel
fite Charles Etienne Maignart,
Seigneur de Bernieres , Maître
des Requêtes , & cy devant Intendant
du Haynault : il étoit´
fils de Charles Maignart , Scigneur
de Bernieres Maître
desRequêtes , & d'Anne Ame-
Riiij
200 MERGURE
lot , petit fils de Charles Maignat
, Seigneur de Bernieres ,
Préfident au Parlement de
Rouen , & de Françoiſe Puchot
, arriere petit fils deCharles
Maignart, Seigneur de Bernieres
, Maître des Requêtes ,
puis Préfident au Parlement de
Roüen , & Confeiller d'Etat ,
& de Magdelaine Voyfin , lequel
Charles Maignart étoit
fils de Jean de Maignart , Scigneur
de Bernieres , Préfidenc
en la Cour des Aydes de Nor
mandie l'an 1574 & de Marie
de Croixmart , petit fils de
Thomas Maignart , Seigneur
GALANT. 201
de Bernieres , General en la
Cour des Aydes de Normandie
, & arriere petit fils de Guillaume
Maignart , Seigneur de
Bernieres , Confeiller auParlement
de Rouen , lequel étoit
fils de Richard Maignart , Seigneur
du Fief de la Reine , lequel
fe fignala contre les Anglois
pour le fervice du Roy
Charles VII. fous l'obéiffince
duquel iliremit la Ville de Ver
non l'an1454 Pat tous ces de
grez remóntez , il le voir que
la Famille de Maignart de Bernieres
', originaire dé Normandie
, eft une des plus illuftres ,
202
MERCURE
& des plus anciennes de la Ro
be : M. de Bernieres qui donne
lieu à cet article , avoit pour
neveu Meffire . Maignart de
Bernieres , Seigneur de Beaurotz,
encore à prefent Préfident
à Mortier au Parlement de
Normandie .
Gafpard le Moyne , Ecuyer
Sieur de Baron , Premier Cornette
de la feconde Compagnie
des Moufquetaires du
Roy , & Mettre de Camp de
Cavaleric , mourut le 31. Octobre
dernier , & fa place a été
donnée à M. de Canhillac .
Dame Geneviève le Duc ,
GALANT. 203
veuve de Meffire François Talon
, ancien Maître d'Hôtel du
Roy , mourut le 26. Octobre
dernier , laiffant plufieurs enfans
M.Talon fon mary étoit
de même Famille , & tress
- proche
parent de Meffieurs Talon,
Avocats Generaux , & Préfi .
dent à Mortier au Parlement
de Paris.
Dame Geneviève de Turmenyes
, femme de Moffire
Français des Reaulx , Seigneur
de Coquelin , qu'elle avoit
époufé en 1697. mourut le.....
Octobre 1715. Elle étoit four
de Meffire Jean de Turme
204 MERCURE
nyes , Seigneur de Nointel, cydevant
Maître des Requêtes ,
& à prefent Garde du Trefor
Royal ; de M. de Turmenyes ,
cy- devant Colonel du Regi
ment du Vexin , de Dame Marie
Marguerite de Turmenyes ,
femme de Meffire Alphonfe
Denis Huguet , Confeiller au
Parlement , & mere de Madame
la Comteffe de Roucy , &
de Dame ... de Turmenyes ,
femme de Meffire .... de la
Rochefoucault
, Marquis de
Bayeres ils font tous enfans
de feu Jean de Turmenyes ,
Seigneur de Nointel , Garde
•
GALANT. 205
du Trefor Royal , & de Dame
Marie Anne le Bel ; M. des
Reaulx eft fils de feu Meffire
René des Reaulx , Seigneur de
Grify , &c. Lieutenant des Gardes
du Corps du Roy , & Maréchal
de les Camps & Armées
, & d'Anne de Rochereau
.
Les Familles des Reaulx , &
de Rochereau font rapportées
dans le Nobiliaire de Champagne.
Meffire Nicolas Leído , Chevalier
Seigneur de Digulville ,
Brigadier des Armées du Roy,
Infpecteur general d'Infanteric
, & Chevalier de l'Ordre
de S. Louis , mourut le 26. Octobre
dernier : il étoit frere de
Melfice Jean Baptifte de Lefdo
, Seigneur de la Riviere , &
Digulville , Premier Préfidenc
de la Chambre des Comptes
de Normandie , & fortoit d'une
Famille diftinguée dans la
Vicomté de Valogne.
GALANT (199
DE
Meffire Etienne Maignart ,
Marquis de Bernieres , Confeiller
honoraire auParlement,
mourut le 26. Octobre dernier.
Il avoit épousé en 1666 .
Magdelaine Faucon , fille de
Jean Paul Faucon , Seigneur
de Ris , Premier Préfident au
Parlement de Rouen , dont il
a laiffe pour fils unique Mel
fite Charles Etienne Maignart,
Seigneur de Bernieres , Maître
des Requêtes , & cy devant Intendant
du Haynault : il étoit´
fils de Charles Maignart , Scigneur
de Bernieres Maître
desRequêtes , & d'Anne Ame-
Riiij
200 MERGURE
lot , petit fils de Charles Maignat
, Seigneur de Bernieres ,
Préfident au Parlement de
Rouen , & de Françoiſe Puchot
, arriere petit fils deCharles
Maignart, Seigneur de Bernieres
, Maître des Requêtes ,
puis Préfident au Parlement de
Roüen , & Confeiller d'Etat ,
& de Magdelaine Voyfin , lequel
Charles Maignart étoit
fils de Jean de Maignart , Scigneur
de Bernieres , Préfidenc
en la Cour des Aydes de Nor
mandie l'an 1574 & de Marie
de Croixmart , petit fils de
Thomas Maignart , Seigneur
GALANT. 201
de Bernieres , General en la
Cour des Aydes de Normandie
, & arriere petit fils de Guillaume
Maignart , Seigneur de
Bernieres , Confeiller auParlement
de Rouen , lequel étoit
fils de Richard Maignart , Seigneur
du Fief de la Reine , lequel
fe fignala contre les Anglois
pour le fervice du Roy
Charles VII. fous l'obéiffince
duquel iliremit la Ville de Ver
non l'an1454 Pat tous ces de
grez remóntez , il le voir que
la Famille de Maignart de Bernieres
', originaire dé Normandie
, eft une des plus illuftres ,
202
MERCURE
& des plus anciennes de la Ro
be : M. de Bernieres qui donne
lieu à cet article , avoit pour
neveu Meffire . Maignart de
Bernieres , Seigneur de Beaurotz,
encore à prefent Préfident
à Mortier au Parlement de
Normandie .
Gafpard le Moyne , Ecuyer
Sieur de Baron , Premier Cornette
de la feconde Compagnie
des Moufquetaires du
Roy , & Mettre de Camp de
Cavaleric , mourut le 31. Octobre
dernier , & fa place a été
donnée à M. de Canhillac .
Dame Geneviève le Duc ,
GALANT. 203
veuve de Meffire François Talon
, ancien Maître d'Hôtel du
Roy , mourut le 26. Octobre
dernier , laiffant plufieurs enfans
M.Talon fon mary étoit
de même Famille , & tress
- proche
parent de Meffieurs Talon,
Avocats Generaux , & Préfi .
dent à Mortier au Parlement
de Paris.
Dame Geneviève de Turmenyes
, femme de Moffire
Français des Reaulx , Seigneur
de Coquelin , qu'elle avoit
époufé en 1697. mourut le.....
Octobre 1715. Elle étoit four
de Meffire Jean de Turme
204 MERCURE
nyes , Seigneur de Nointel, cydevant
Maître des Requêtes ,
& à prefent Garde du Trefor
Royal ; de M. de Turmenyes ,
cy- devant Colonel du Regi
ment du Vexin , de Dame Marie
Marguerite de Turmenyes ,
femme de Meffire Alphonfe
Denis Huguet , Confeiller au
Parlement , & mere de Madame
la Comteffe de Roucy , &
de Dame ... de Turmenyes ,
femme de Meffire .... de la
Rochefoucault
, Marquis de
Bayeres ils font tous enfans
de feu Jean de Turmenyes ,
Seigneur de Nointel , Garde
•
GALANT. 205
du Trefor Royal , & de Dame
Marie Anne le Bel ; M. des
Reaulx eft fils de feu Meffire
René des Reaulx , Seigneur de
Grify , &c. Lieutenant des Gardes
du Corps du Roy , & Maréchal
de les Camps & Armées
, & d'Anne de Rochereau
.
Les Familles des Reaulx , &
de Rochereau font rapportées
dans le Nobiliaire de Champagne.
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460
p. 205-208
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Sur la démission que M. le Comte de Pontchartrain a faite [...]
Mots clefs :
Comte, Roi, Duc de Berry, Duchesse de Berry
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Sur la démiffion que M. le
Comte de Pontchartrain a faire
entre les mains du Roy de
206 MERCURE
faCharge de Secretaire d'Etat,
Sa Majesté en a pourveu le
Comte de Maurepas fon fils
aîné âgé de 14. ans feulement,
& en attendant qu'il ait atteint
l'âge de 25 ans le Marquis de
la Vrilliere fera cette Charge ,
dont le Comte de Maurepas à
prêté le ferment entre les
mains de Sa Majesté à Vincennes
le 13.de ce mois LeComte
de Maurepas eft le neuvième
Secretaire d'Etat de ſaMaiſon.
M.le Chevalier de Roye ,
cy-devant Capitaine des Gardes
du Corps de Monfeigneur
GALANT. 207
le Duc de Berry , a été faic Ca.
pitaine des Gardes du Corps
de Madame la Ducheffe de
Berry. Le Comte de Rion a
été faic Lieutenant , le Cheval
lier de Courtemer , neveu du
Duc de la Force , a été fait Enfeigne,
& le Marquis de Sabran
Exempt de cette Compagnie.
M.le Chevalier de Roye a tiré
de la Gendarmerie douze hommes
des mieux faits pour les
incorporer dans faCompagnie
qui eft une des plus belles
qu'on ait jamais veuë.
On donnera le mois prochain
un état prefent & entier
de tous les Officiers qui come
208 MERCURE
pofent la Maiſon du Roy.
De ceux de la Maifon du
Regent.
De la Maifon de Madame
la Ducheffe de Berry ; de celle
de Madame , & de celle deMadame
la Duchefle d'Orleans.
Comte de Pontchartrain a faire
entre les mains du Roy de
206 MERCURE
faCharge de Secretaire d'Etat,
Sa Majesté en a pourveu le
Comte de Maurepas fon fils
aîné âgé de 14. ans feulement,
& en attendant qu'il ait atteint
l'âge de 25 ans le Marquis de
la Vrilliere fera cette Charge ,
dont le Comte de Maurepas à
prêté le ferment entre les
mains de Sa Majesté à Vincennes
le 13.de ce mois LeComte
de Maurepas eft le neuvième
Secretaire d'Etat de ſaMaiſon.
M.le Chevalier de Roye ,
cy-devant Capitaine des Gardes
du Corps de Monfeigneur
GALANT. 207
le Duc de Berry , a été faic Ca.
pitaine des Gardes du Corps
de Madame la Ducheffe de
Berry. Le Comte de Rion a
été faic Lieutenant , le Cheval
lier de Courtemer , neveu du
Duc de la Force , a été fait Enfeigne,
& le Marquis de Sabran
Exempt de cette Compagnie.
M.le Chevalier de Roye a tiré
de la Gendarmerie douze hommes
des mieux faits pour les
incorporer dans faCompagnie
qui eft une des plus belles
qu'on ait jamais veuë.
On donnera le mois prochain
un état prefent & entier
de tous les Officiers qui come
208 MERCURE
pofent la Maiſon du Roy.
De ceux de la Maifon du
Regent.
De la Maifon de Madame
la Ducheffe de Berry ; de celle
de Madame , & de celle deMadame
la Duchefle d'Orleans.
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461
p. 209-297
Extrait de la Tragedie nouvelle, intitulée Marius.
Début :
La Tragedie de Marius qu'on represente encore avec / Le 15. de ce mois on joua pour la première fois la Tragedie [...]
Mots clefs :
Roi, Père, Scène, Fils, Seigneur, Marius, Sylla, Princesse, Romains, Péril, Sénat, Mort, Force, Demande, Pouvoir, Fuite , Devoir, Honte, Douleur, Vengeance, Tragédie, Théâtre, Mains, Yeux, Horreur, Crime, Extrait, Auteur, Protection, Conseils, Ennemi, Assassin, Malheur, Protection, Patrie, Vertu, Tribun, Sang, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Tragedie nouvelle, intitulée Marius.
La Tragedie de Marius
qu'on reprefente encore avec
fuccés , verroit fon extrait &
fa critique trop tard , fi je
m'expofois à attendre qu'on
ne la jouâr plus pour en parler..
Extrait de la Tragedie nouvelle ,
intitulée Marius. '
Le
15. de ce mois on joua
pour la premiere fois la Tragedie
de Marius.
Ce Poëme s'eft montré au
Theâtre, fier d'une reputation
illuftre qu'il s'étoit déja faite.
Novembre 1715. S
210
MERCURE
dans plufieurs affemblées fçavantes
, il n'a pas mal foûtenu
fes titres , & le public luy donne
enfin une place honorable
entre nos pieces modernes.
Je fouhaiterois pouvoir faire
à cette Tragedie toute la
juftice qu'elle merite en l'annonçant
icy dans un extrait fidele
qui en retraçât l'idée à
ceux qui luy ont applaudie , &
qui la fic defirer à ceux qui ne
l'ont point encore vûë ; mais
comme elle n'est pas
' mée , & qu'elle ne m'eft connuë
que par la repreſentation ,
je rendray compte feulement
impriGALANT.
FI
*
pû
de ce que ma memoire en a
recueillir . Je rapporteray dan's
cet extrait tous les vers que je
pourray me rappeller pour en
faire honneur à l'Auteur , je
les melleray confufément avec
la Profe que je fupplée pour
rendre au moins le fens du
dialogue Aprés avoir donné
de cette piece l'idée la plus
vraye qu'il me fera poſſible ,
J'en hazarderay la critique , je
rendray compte de mes jugcmens
, avec tous les égards
dûs à un Auteur qui a merité
Teftime publique. Une criti
que moderée eft fouvent
Sij
212 MERCURE
moins nuifible à un bon ouvrage
qu'une exceffive apologie
; le public fe revolte con.
tre un examen trop indulgent,
& fa malignité ne manque jamais
de fe dedommager avec
excésdes droits legitimes qu'on
Juy refuſe . Monfieur de Caux
n'a pas befoin qu'on luy faffe
grace , je compte même que
fije luy decelois par hazard
quelques fautes échapées à fes
recherches , il m'en fçauroit
quelque gré, d'autant plus qu'il
fent que fa piece eft dans le
cas de ces beautez fingulieres
qui , fûres de tous les coeurs ,
GALANT. 213
foutiennent fans honte le reproche
de quelques défauts
rachetez par des graces fupericures
.
SUJET.
Marius chaffe de Rome par
la faction de Sylla , fe retira en
Afrique , fon fils qui l'accom
pagnoir, tomba entre les mains
d'Hiempfal Roy de Numidie,
qui le retint prifonnier ; une
des femmes de ce Roy, amoureule
du jeune Marius , eût la
generofité de luy procurer des
moyens de fortir de fa prifon,
quoyque par fon évafion elle
le perdit pour jamais.
214 MERCURE
Monfieur de Fontenelles a
tiré de ce trait d'hiftoire le fu
jet d'une Epître heroïque , qui
a pour titre , Arbe au jeune
Marius , it fuppole qu'Arifbe
écrit à Marius aprés qu'elle luy
a rendu la liberté , & qu'il a
rejoint fon pere.
Le même trait hiftorique
qui a donné occafion à cette
magnifique Epire , eft le germe
, pour ainfi dire , de notre
Tragedie : voyons comment
ce germe fe develope dans la
marche de l'ouvrage .
GALANT. 215
ACTEURS.
Hiempfal , Roy de Numidic .
Arfbe , deftinée à l'hymen
du Roy , Amante du jeune
Marius .
Le jeune Marius , Prifonnier
à la Cour d'Hiempfal
.
Le pere de Marius , fous le
faux nom d'Envoyé de Sylla .
Nerbal, Confident duRoy.
Phoenice , Confidente de la
Princeffe.
Cethegus , Confident du
jeune Matius.
Numerius
Marius , pere.
Confident de
La Scene eft dans une Salle du
Palais
d'Hiempfal.
216 MERCURE
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE.
Le jeune Marius , Cethegus.
Cethegus ouvre le Dialogue
par ces Vers.
Qui peut vous retenir, Seigneur ,
fur cette rive ,
UnRomain doit rougir d'une douleur
oifive ,
Perfecuté du fort , fans en être
abattu ,
Il faut
que fa difgrace
ajoute
à fa vertu.
Pourriez-vous. oublier le
Heros illuftre que les deftins
poursuivent,
GALANT.
217
"
pourfuivent ,fericz vous fourd
à la voix d'un Pere infortuné
qui vous appelle à fon fecours ;
il a cfté un temps où privé de
refſources
, vous ne pouviez
donner que des pleurs à la difgrace
mais aujourd'huy vous
éprouvez une heureuſe révolution
; le Roy vous offre ſa
protection verifiez la promeffe
des Dieux qui ont annoncé
qu'un Roy de Numidie vangeroit
deux Romains opprimez
par leurs Concitoyens
.
Marius s'enflame
à ces genereux
confeils ; mais il demande
comment
il pourra fe-
Novembre
1715 . T
218 MERCURE
courir ce pere malheureux ,
puifqu'il ignore en quel climat
il s'eft réfugié.
A cela Cethegus répond .
Non , non , quelques deferts qui
Le puißm cacher,
C'est à Rome , Seigneur , qu'il
vous le faut chercher.
Affemblez y una Armée en
fon nom , lorfqu'il ſe verra
un party puiffant , il ofera ſc
montrer à fon ingrate Patrie ,
le peuple impatient du joug
de Sylla , n'attend que ces infrant
pour prendre les armes .
Il finit fon exhortation par
ces mots .
GALANT. 219
Faut-il qu'on delibere ,
Quand on va fecourirfa Patrie
&fon Pere ,
Le Roy jufqu'à ce jour paroiſſoit
incertain ,
Mais enfin il vous met les armes.
à la main
Dans nos communs malheurs
Arifbe s'intereße.
Marius fe rend aux confeils
de Cethegus ; mais aprés avoir
pris fon parti , il le fouvient
d'Aufbe & ces mots luy échapent.
Princeffe infortunée
Que je te vais couter de foupirs
de pleurs.
Tij
220 MERCURE
Cethegus demande à Marius
pourquoy il plaint le fort de
la Princelle.
Elle vange un Romain , un Roy
puiſſant l'adore ,
Que luy refteroit il à fouhaiter
encore ,
Déja pourfon hymen tout femble
preparé.
Marius répond
.
Helas ? que ne peut il être encor
thedifferé.
Cethegus penetre alors le
myftere , il s'efforce de faire
fentir à Marius tout le peril de
fa paffion pour Arifbe.
Ouvrez les yeux , voyez que de
GALANT.
221
malheurs enfemble ,
Que de crimes , Seigneur , un tel
projet raẞemble ;
Ce Roy , dont les bontez ont confervé
vos jours ,
Ce Roy , qui vous peutfeul af
feurer du fecours ,
C'eft luy que vous bravez.
Mais , d'ailleurs , quel espoir peut
vous avoirflatté?
Penfez- vous , qu'expofant &fa
gloire &&fa vie
Au fort d'un fugitif la Princeße
fe lie ?
Ah, croyez moy , Seigneur, vous
prenez pour amour
Tiij
222 MERCURE
La pitié, que pour vous elle montre
en ce jour.
Marius apprend à Cethegus
qu'il eft en effet tendrement
aimé de la Princeffe .
Cethegus luy reprefente
combien il eft honteux à un
Romain d'aimer une Numide.
Marius fe deffend de ce reproche
en traçant le caractere
de la Princeffe , dont la vertu a
fçû commander à ſa paffion
au point qu'elle a la force de
hafter fon départ.
Quoy donc répond Cethegus
, une Aftiquaine vous
dicte voſtre devoir ? eh bien ,
GALANT. 223
Seigneur , fuivez les genereux
confeils , & lors que vous aurez
mis la Mer entre elle &
vous , je n'hefiteray plus à la
croire digne de Marius.
Marius infifte , & demande
où il pourra trouver du fecours
:
Cethegus répond d'abord
que les Dieux feront pour Marius
, qu'il eft cheri des Afriquains
, qu'il tirera de grands
fecours en Lybie & en Mauritanic
, enfuite il luy trace fa
route . Nous nous embarquerons
fur le Ruber , quand nos
Vaiffeaux feront arrivez à la
Tij
224 MERCURE
Mer , nous pourrons en deux
jours aborder à Terracine &
bientoft aprés au Port de Te-`
lamon. C'est là que Cinna
profcrit par l'ennemy communs'eſt
réfugié. Vous attendrez-
là une armée que je ne
tarderay pas à vous conduire ,
vous inftruirez par des avis fecrets
nos amis découragez
qui partiront de Rome pour
fe raffembler à Telamon. Ce
beau deffein ainfi détaillé , la
Princeffe arrive. Cethegus fe
retire en difant ces mots.
La Princeffe vient, à vos devoirs
fidele
GALANT. 225
1
34
Seigneur , fongez toujours qu'un
pere vous appelle.
SCENE II.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius aborde. Anfbe , &
aprés luy avoir annoncé qu'il
va fe féparer d'elle , il s'interrompt
pour luy demander la
caufe de l'extrême douleur
qu'il remarque fur fon vifage .
Arisbe luy répond qu'elle
va luy annoncer un grand malheur.
Marius demand file Roy auroit
changé de fentiments à
fon égard. Preparez - vous ,
226 MERCURE
luy dit elle , à une plus funefte
nouvelle. Alors Marius n'hefite
pas à foupçonner qu'on
luy vá annoncer la mort de
fon
pere.
Arisbe confirme fon foupçon
, & luy apprend qu'en effet
un Tribun ayant commiffion
du Senat a affaffiné
fon pere®,
que cet affaffin eft à la Cour
d'Hiempfal' , qu'il a prefenté
au Roy l'ordre du Senat par
lequel il exige qu'on livre le
jeune Marius à la vengeance
de Sylla.
Matius faifi d'horreur fc.
livre aux tranſports les plus
GALANT. 227
violents , & jure la perte de
l'execrable meurtrier de fon
pere.
*
Arisbe calme les tranfports,
de Marius, en luy apprenant
qu'il a affaire à un ennemy redoutable
, qu'elle a envisagé
cet infamne affffin , & que
malgré l'horreur dont fon
crime l'avoit prevenuë , elle
avoit cfté frappée de veneration
à la vûë des vertus dont
il portoit l'image fur fon front;
elle ajoûte que le Roy n'a point
encore expliqué fes intentions,
& qu'elle va employer fes bons
offices en faveur de Márius
228
MERCURE
•
Marius quitte la Scene en
difant ces paroles .
De vôtre main j'attends tout mon
Secours.
SCENE III.
Arifbe , Phænice.
Arisbe dit à fa Confidente .
qu'elle va folliciter le Roy ,
pour fon Amant.
Phoenice luy confeille de
diff rer , de peur que fon trou ;
diffrer
,
ble ne revele fa paffion à
Hiempfal.
Arisbe perfifte par la confideration
du peril eminent , &
fort en difant :
GALANT. 229
L'amour doit tout ofer , quand
il a tout à craindre.
Fin du premier Acte .
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Marius le pere ... .Numerius.
Numerius ayant appris aux
extrêmitez de l'Italic les dernieres
revolutions de la Repu
blique , la défaite de Marius
& fa fuite en Afrique , fuivit
fon amy & tomba dans la
Courd Hiempfal ; là il apprend
la détention du jeune Marius
, il y refte dans la vûë d'art
230 MERCURE
racher ce Heros à la paffion
qui luy fait oublier ce qu'il
doit à fon pere ... au commencement
du fecond Acte
Numerius rencontre à la Cour
Marius le pere qui l'inftruic
des motifs iniques de fa profcription
, il luy apprend que
le Senat l'ayant honoré du
Commandement de l'armée
contre Mithridate , Sylla , loin
de luy remettre, fuivant le decret
du Senat , les troupes qu'il
commandoit , l'eftoit venu
charger avec ces mêmes troupes
, qu'aprés la défaite entiere
par Sylla il avoit cfté forcé
GALANT . ` 231
de chercher fon falut dans la
fuite , & que fa deſtinée l'avoit
enfin conduit à la Cour
d Hiempfal... Numerius lui apprend
qu'il ett en extrême pe
il chez ce Roy barbare, qu'un
Tribun chargé des ordres
de Sylla y vient exiger qu'on
luy livre le jeune Marius ...
Marius le raffeure en lui difant
qu'il attend fon falut de cet
Envoyé même de Sylla ..
Numerius demande , quel eft
donc ce Tribun infidele à Sylla ...
Marius répond. Moy ... Numerius
furpris , infifte & dit ,
comment ? Sylla voſtre Emule
232 MERCURE
Vous charge d'un ordre contre
voltre propre fils ... alors Marius
dévelope ainfi l'énigme .
Sylla depuis ma defaite força
le Senat à profcrire ma tefte ,
un Tribun chargé de ce décret
me vint affaillit à Minturne
avec des forces fuperieures ,
mon génie m'arrachi à ce pefil
, je tuay ce Tribun même
qui avoit ofé promettre ma
refte à Sylla , je m'emparay du
Sceau du Senat dont il effort
porteur , je trouvay dans fes
dépefches un ordre de Sylla à
Hempfal de livrer le jeune
Marius refugié chez lay. Je
compris
GALANT. 233
compris que cette commiffion
pouvoit eſtre dans mes mains.
un moïen fûr de tirer mon
fils de cette Cour dangereuſe
où il eft retenu par un fol
amour.
Fay fçû que trop fenſible à de
funeftes charmes
Mon fils à mes malheurs n'accor
doit
que
des larmes.
J'ay befoin de ce fils pour
encourager mes amis & leur.
faire embraffer avec confiance
de vaftes projets que mon
grand âge femble ne pouvoir
Loûtenir. Je me fais annoncer
icy fous le nom de l'affaffin
Novembre 1715. V
234 MERCURE
même de Marius , & j'éxige
au nom du Senat qu'il me
livre l'autre victime ; peuteftre
que mon fils qui s'eft cru
libre icy , y eftoit captif en
effet ; le Roy , fous de feintes
carreffes a peut - cftre caché à
mon fils fa fervitude ; mais il
n'importe , il faut que fes vûës
perfides cedent à la terreur que
luy va imprimer le nom de
Sylla ; j'ay honte , Numerius ,
de me voir forcé de paroiftre
icy fous une autorité auffi
Fontcufe , que dis je , je feray
contraint de louer le lâche ,
l'ingrat Sylla ? Il faudra le
GALANT. 239
peindre au Roy avec les traits
de la vertu & de la veritable
grandeur ? Le Roy arrive pour
donner audiance à l'Envoyé
de Rome , Numerius ſe retire .
དང་ ཚུ་༦༩
SCENE II.
Marius le Pere , fous le faux
nom d'Envoyé de Sylla ,
le Roy , Nerbal.
L'Envoyé de Sylla expofe
fa Commiffion au Roy, & le
fomme de livrer le jeune Ma
fius aux voeux du Senat.
Le Roy répond , qu'il eft
furpris que l'affaffin d'un homme
dont la valeur fauva tant
V ij
236 MERGURE
de fois les Romains , vienne
demander au nom de ces Romains
même , qu'on livre encore
le fils à leur ingrate fureur.
Vous ofez dans nos murs nous
traiter de barbares ,
Vous l'êtes plus que nous , jamais
nos mains avares
Secondant les fureurs d'un injufte
Senat,
N'ont encore à prix d'or vendu
l'affaffinat.
Ne vous imaginez donc
pas , continue-t il , que je fois
jamais tenté d'entrer dans aucune
Confederation avec l'un
GALANT. 237
ou l'autre Emule.
Marius & Sylla tout eſt égal
pour moy ,
Et mon coeur entr'eux deux eft
maître de fafoy.
Il eft vray que mes Ayeux
s'acquirent autrefois la protection
des Romains par une perfidie
pareille à celle que vous
exigez de moy mais je détefte
leur politique..
Je renonce à leur gloire & la tiens
pour honteuse ,
Je garde dans ma Cour le jeune
31
Marius ,
Et Rome peut de vous apprendre
mes refus
238 MERCURE
Marius veut intimider le
Roy , en luy exagerant la puiffance
des Romains que fon refus
armera contre luy.
Rome commande aux Rois ,
Et la terre en tremblant fe foumet
àfes loix.pu
Le Roy répond
ces faftueufes
menaces qu'il n'a point
encore receu la loy des Romains
& qu'il regne auffi bien
que Mithridate , enfuite il luy
declare que fon refus ne part
pas de fon affection pour Ma
rius , depuis qu'il s'eft refugié
chez moy , pourſuit- il , j'ay
compté fur une victime que le
GALANT. 239
fort m'envoyoit , j'ay penſé
que la détention d'un Romain
délivroit Univers d'un ennemy
dangereux , je fais fuivre
en fecret les pas , & à force de
bons traitemens je luy ay caché
fa captivité , plût aux
Dieux que le pere eût accompagné
fon fils en ma Cour.
Et croyez que mes voeux auroient
été remplis
,
Si lepere en ma Cour avoitfuivi
le fils,
Lejeune Marius arrive .
240 MERGURE
SCENE III.
Marius le pere , le Roy , le jeune
Marius , Nerbal.
Le jeune Marius fçachant
qu'Hiemplal donne Audiance
à l'Envoyé de Rome , vient
pour le poignarder à la vûë du
Roy même.
Je vais le poignarder entre les
bras du Roy.
En approchant Hiempfal ,
il luy reproche avec menaces
l'audiance dont il honore le
meurtrier de fon pere..
Vous ofez le voir, & luy
__parler ?
Enfuite
GALANT. 241
Enfuite fans attendre la réponſe
du Roy , il fond fur l'ennemy
& reconnoiſt ſon
pere ,
dans le moment qu'il eſt preſt
à frapper... A cette vûë il demeure
immobile & fon faififfement
lay ofte la parole.
Marius pere , maistre de
fon trouble , prendfon parti ,
& dit avec infulte à fon fils :
Ton immobilité vient de ta
furprife , tu reconnois dans le
meurtrier de ton pere ſon ami
le plus tendre ; mais apprends
qu'il n'y a rien de facré pour
un vrai Romain , lorfqu'il s'agit
du falut de la Patrie .
Novembre
1715.
• X
242 MERCURE
Le jeune Marius ne revient
point de fon trouble , & ne
peut feconder l'artifice de fon
pere , qui , pour fauver le peril
d'un plus long filence , reprend
la parole en infultant de nouveau
à fon fils , & fe retire en
avertiffant le Roy qu'il doit
avoir pour fufpecte la protection
qu'Arifbe accorde
Marius.
SCENE IV .
Le jeune Marius , le Roy ,
Nerbal.
Le Roy fait éclater fon indignation
contre l'Envoyé de
GALANT. 243
Rome , & promet la protection
à Marius.
Quoy? montrer à mes yeux une
telle infolence ?
•
N'en craignez rien , Seigneur,
je prends vôtre dffence
Mon bras pour le punir
Ces dernieres paroles du
Roy font trembler Marius ,
Hiempfal qui remarque fon
trouble ,lui en demande la caufe
; Marius répond que la mort
de fon pere , prefente à ſon
fouvenir, le fait fremir.
Le Roy le renvoye par ces
paroles.
Je vous réponds de tout , laiſſez-
Xij
244 MERCURE
nous un moment ,
Seigneur , foyez tranquille.
Le Roy demeure fur la
Scene avec Nerbal.
SCENE V.
Le Roy , Nerbal.
Le Roy revele à fon Confident
les confeils de fa politique.
Enfin je deviens maistre
De deux grands ennemis que
Tibre a vû naiſtre ,
le
Ce Miniftre infolent quife livre
en nos mains ,
Ne rendra pas fi tôt fa réponse
aux Romains ;
GALANT . 245
Que ne puis-je , Nerbal , au défaut
du tonnerre ,
De Rome , dans ma Cour vanger
toute la terre.
Nerbal infinue au Roy qu'il
y a grand peril à violer ainfi
le droit des gens , que les Romains
ne manqueront pas de
venir les armes à la main tirer
vengeance de cette infulte.
Le Roy répond :
Je ne crains point Sylla , les troubles
d'Italie
Ont dequoy l'occuper le reste de
Sa vie.
Enfuite il decouvre à Nerbal
les foupçons jaloux , qui
-
X jij
246 MERCURE
s'élevent dans fon ame , il fe
fouvient de l'avis que l'Envoyé
de Sylla luy a donné dans la
troifiéme Scene .
Arifbe a pris pitié de cet infortuné
,
Elle croit que , fans elle , il étoit
condamné ;
Je voulois luy donner , pour preu
ve de mon zele ,
C
que
mon interêt m'avoit dicté
fans elle ;
Mais au fonds de mon coeur s'éleve
un noir foupçon .
Nerbal dir au Roy , que
puifque Marius lui eft fufpect ,
il ne doit pas s'obſtiner à le
GALANT 247
retenir dans la Cour ; le Roy
ſe refuſe à cette confideration,
il infiſte ſur l'interêt qu'il a à
verifier ou démentir les foupçons
.
Allons trouver l'ingrate ,
Arrachons fon fecret par l'espoir
qui la flatte ,
Et,fi de cet amourj'ay des avis
certains
,
Malheur à qui m'outrage , &
malheur aux Romains.
Fin du fecond Acte.
Xiiij
248 MERCURE
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Marius;père,feul.
Marius n'a point vû ſon
fils depuis le fecond Acte , il
reflêchit au peril de
trevue,
dont Hiempfal a efté témoin ,
il excufe le filence & l'immobilité
de fon fils par le trouble
qu'il a reffenti lui même , &
par la violence qu'il s'eft faite
pour le furmonter. Son fils
arrive.
GALANT. 249
Rઉલ્યુ છે
SCENE II.
Marius , fon Fils.
li- Lejeune Marius arrive fur
la Scene , fon pere vole à fa
rencontre ils s'embraffent
avec les demonſtrations
Iles
plus tendres le pere demande .
au fils , file Roy n'a rien foupa
çonné de leur embarras commun.
Le fils répond que non
que le Roy detefte dans Ma-l
Fius , d'aflaffino de Marius mê
me Aprés cet éclairciflement
,
Matius reproche avec bonté à
fon fi's fa paffion pour! Arisbe,
paffion qui l'a jufqu'ici foaf
250 MERCURE
trait à fon devoir.
Fe fçais que vostre coeur répond
àfa tendreffe.
•
Un coeur Romain peut-il
fans honte recevoir les loix
d'une Numide ?
Le coupable s'excufe ici , à
peu prés , comme il s'eft excafé
du même reproche dans
la premiere Scene du premier
Acte , c'eſt à dire , qu'il offre
les vertus éminentes d'Arisbe
en compenſation de ſa naif
fance.
Marius pere répond. C'eſt
donc à la Princeffe à juft fier
par unc action d'éclat la pâſGALANT
250
fion qu'elle vous a infpirée à
exigez d'elle , mon fils , qu'elle
facilite vôtre évafion , qu'elle
vous ménage des moyens feurs
d'échaper la nuit prochaine à
Hiempfal ; faites lui craindre
que le Roy déferant à des vûës
vraïement politiques , ne fente
enfin le peril de refufer aux
Romains la victime qu'ils exienfin
que le même
gent ,
amour
qui faifoit
voftre
hon.
te , devienne
l'inftrument
de
vôtre gloire & de ma vengeance
. Après
avoir dicté à fon fils
fon devoir
, il fe retire , en lui
recommandant
de cacher
font
252 MERCURE
déguiſement a la Princeffe.
SCENE III.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius declare à Arisbe
qu'il ne compte point fur la
foi des promeffes d'Hiempfal,
que les menaces du Senat lui .
feront rétracter fes premiers ;
fentiments lorfqu'il aura medité
mûrement fur fon peril ,
qu'il ne voit qu'un moïen d'échaper
au fort qui le menace ,
ce moien , c'eft que la Princeffe
facilite fon évafion la nuit prochains,
o
Arisbe rejette la propofi- :
GALANT. 253
tion de Marius ; lors que vostre
pere vivoit encore , vous vous
deviez entier à ſa vengeance
je hâtois voſtre fuite fans me
laiffer ébranler à la vûë de ma
perte & de vôtre propre peril ;
aujourd'huy que vôtre fort a
changé de face , ma conduite
doit s'accommoder à fa révo .
lution , vôtre pere eft mort
avec luy tombent toutes vos
efperances , avec luy tombe
le courage des amis que fa dif
grace n'avoir pu luy enlever ,
la vengeance de Sylla n'eft
point encore affouvie , il demande
vôtre fang. Tout PU254
MERCURE
,
nivers femble avoir confpiré
vôtre perte , cette Cour eft le
feut alyle qui raffeure Arisbe
allarmée , cile y veille au foin
de vos jours ... Ce foin vous
importune , cruel voilà le
peril auquel vous voulez échaper...
à ce reproche tendre
Marius répond qu'il ne fe fent
pas la force de voir fon hymenée
qui doit fe celebrer le lendemain
avec le Roy.Arisbe lui
reproche fon injuſtice
croyez vous donc , ingrat , que
je fois capable de donner ma
foy à Hiempfal , non , Marius,
que cette crainte n'entre pour
•
GALANT . 255
rien dans vos deflcins .
Marius eft forcé de ramener
la Princefle au peril que le
Roy n'cxauce enfia l'Envoyé
de Sylla.
Arisbe répond , ne crains
rien , Marius , de cet execrable
affaflin , j'ay pourvû à fon
fupplice il fera égorgé par
mon ordre la nuit prochaine,
Marius fremit du peril de
fon pere , il rappelle les efprits
& s'efforce de détourner la
Princeffe de ce meurtre. Arisbe
furpriſe , confuſe , impure
à lâcheté les fentiments
de Marius , je voulois , luy
256 MERCURE
dit - elle prendre fur mon
compte ton propre devoir ,
je voulois te cacher mon projet
& te donner la joye de la
furpriſe , lors qu'il auroit eſté
confommé , tu m'as forcé de
te confier mon , deflein & au
lieu d'en envier la gloire , tis
l'envifages avec horreur ; mais
n'importe , je fuppleray à ta
foibleffe &je n'écoute plus tes
répugnances.
Qui doit ne te plus voir , n'arien
a minager! To
Marius fe trouve alors forcé
pour fauver fon pere de réveler
à la Princeffe le fecret qui
luy
GALANT. 257
luy avoit efté impoſé à la ſeconde
Scene de cet Acte. Le
Roy paroift au fonds du Theâtre.
SCENE IV.
Le Roy , Arifbe , Marius .
Le Roy arrive pour éclaircir
fes foupçons jaloux avec la
Princeffe. Il prie Marius de fer
retirer & refte feul avec Arisbe.
SCENE V.
Le Roy , Arifbe.
Hiempfal dit à la Princeffe
qu'il commence à fentir que la
protection qu'il accorde à Ma-
Novembre 1715. Y
258 MERCURE
rius luy peut devenit fatale
il luy demande enfuite ce que
penfe Marius dans ces triftes ,
conjonctures .
La
Princeffe répond que
Marius fent toute la rigueur
de la deſtinée ; mais que la generofité
du Royle raffûre contre
la perfecution de Sylla icy
il luy échape quelques pleurs.
Le Roy marquant ces
pleurs , lui dit .
Vous partagez les maux
qu'auroit- il à craindre ,
eb
Quelque foitfon malheur , je ne
faurois le plaindre ,
Madame , & quand on peut être
GALANT. 259
écouté de
vous ,
Prêt à perdre la vie on fait mille
jaloux :
Ah ! dans lefort affreux qui caufe
mes allarmes
Ponvoit- il être plaint par de plus
belles larmes ;
Vous vous troublez ?
Anfbe répond:
Qui , moy , Seigneur , quoy vous
pensez ...
Le Roy:
Oui vous l'aimez , perfide , &
vous me trahiffez.
Non , Seigneur , reprend
Arifbe , vous n'eftes point trahi
, je fais gloire d'avoir efté
Y ij
260 MERCURE'
fenfible aux malheurs d'unHeros
digne d'un autre fort , our ,
la haine ingrate des Romains
liguez contre lui , m'irrite , j'aimois
en lui l'illuftre ennemy de
ces tirans abhorrez de tout l'U
nivers ...mais les Dieux l'ont
condamné ; puiſqu'il vous de
vient fufpect ,je l'abandonne à
toute l'horreur de fa difgrace ,
ouï , Seigneur , qu'il foit la
victime de ma gloire & de
voftre repos , livrez Marius
la fureur de Sylla.
Le Roy hefite à croire
qu'Anbe parle icy fincerement
, mais elle appuye fur le
GALANT . 261
confeil de livrer Marius , &
declare qu'elle va annoncer à
l'Envoyé de Sylla que le Royluy
abandonne fa victime.
Le Roy adopte ce confeil .
C'eft affez , y confens , qu'en
partant de ces lieux ,
Il emporte avec luy des foupçons
odieux.
Arisbe fort pour s'acquitter
de la commiffion dont elle
vient de fe charger , le Roy
refte feul fur la Scene.
SCENE V.
Le Roy feul.
Hiempfal dans un mono262
MERCURE
M..
logue d'environ vingt vers fe
juſtifie de fon mieux du crime
de manquer de foy à Marius.
Rome à fon gré de fes
enfans difpofe,
Ah!
que
N'allons point reveiller fafureur
qui repofe
Laiſſons-là s'afforblir & tomber
par fes coups ,
Je me vangeray d'elle en fervant
fon courroux.
Nerbal arrive.
SCENE VI.
Le Roy , Nerbal.
Nerbal en arrivant dit avec
émotion :
GALANT . 263
Ah Seigneur croirez vous ce que
je viens vous dire ,
Le Roy... quoy donc ?
Neibal ... Marius n'eft point
mort.
Le Roy , il refpire ? ....
mais comment pouvoir douter
de la mort de Marius , elle
m'eft atteſtée par fon affaffin
niême ... Seigneur , répond
Netbal , défiez vous de l'Envoyé
de Sylla .
Tout ce qu'il vous a dit n'eft
qu'un vain stratagême ,
Cet affaffin ....
Le Roy. Eh bien !
T
Netbal. C'eftMarius lui - même.
264 MERCURE
Le Roy. Mais cet Envoïe
de Sylla , que tu prétends être
Marius lui même , m'a remis
la Lettre de Sylla avec le Sceau
du Senat ?
Nerbal ... Seigneur , je fuis
certain que cet Envoïé n'eft
autre que Marius , il a été reconnu
ici par un Soldat , qui l'a
connu dans le temps qu'il
commandoit lesRomains contre
Jugurtha ; le témoignage
de ce Soldat ne m'eft point fufpect
, il a vû durant plufieurs
Campagnes ce Romain dans
nos contrées , & d'ailleurs Marius
eft un de ces hommes dont
les
GALANT 265
les traits font trop marquez
pour pouvoir être confondus..
Ses traits font trop marquez pour
pouvoir s'y méprendre.
Le Roy aprés cet avis renvoie
Nerbal.
C'en eft affez , Nerbal , dans
Labs cette obſcurité
• Firay jusqu'à son coeur chercher
la verité.
7
Fin du troifiéme Acte.
ACTE QUATRIÈME,
།
SCENE PREMIERE.
Arifbe , le jeune Marius.
Arisbe apprend à Marius
Novembre 1715. Z
266 MERCURE
qu'il va enfin eftre livré à fon
pere ,que le Roy par un fen
timent jaloux l'abandonne à
la vengeance de Sylla.
Ilfauve la vertu par le motif
du crime.
Marius fe refufe à la joye
& fe donne entier à la douleur
de perdre Arisbe , il ofe enfuite
lui propofer de fuir avec
lui. Arisbe detefte ce confeil.
Je reffens , lui dit elle , toute
l'horreur de la perte que je
fais en te fauvant ; mais ma
douleur toute profonde qu'
elle eft , ne me fera rien faire
indigne & de Marius
quic
& d'Arisbe.
GALANT. 269
·
Marius lui demande comment
elle pourra échaper au
devoir qui la condamne à
époufer le Roy... laiſſez moy,
réponder elle , laiſſez moy le
foin d'accorder ma gloire &
mon repos , je fçauray me
dérober à cet hymenée fans
intereffer ma vertu.
Marius comprend que la
Princeffe medite de fe donner
la mort aprés lui avoir accordé
fa liberté, il fe livre à la douleur
la plus defefperée.
Arisbe lehenappelle à des
fentiments plus conformes à
fes deftinées prefentes , elle lui
Zij
$68 MERCURE
mot
retraces les devoirs qui llaftachent
à la fortune de fon perez
elle allume dans fon coeur tou
te la fureur de la vengeance }
& quitte enfin Marius à qui
elle dit pour adieux :
Je vous aime je fuis, vous m'aiz
mez frieze mosdərba
Tandis queda Princeffe fort
par un côté dy Theatre , Maius
percentre par l'autrening
Sbrocas nove tulebyr 100
SCENE +
Marius , fon Filsaq ul
Marius qntnetidnodlom fils
du grand fpectacle que fa ventgeance
va donner à l'Univers
GALANT 269
il luy montre à la fuite de fes
itriomphes la dignité de Conful
que les Dieux lui promertent
pour la feptième fois ,
jouit par avance du fang de
Sylla & de fes Confederez ; ces
images n'enflament point le
jeune Heros, il n'eft occupé que
do crime de s'armer contre fa
fon
propre
Patrie
, pere com
bat fon fcrupule
par la- maxime
fuivante
, a bea
Quand on voitfur le Trône un
injuste pouvoir ,
La revolte eftpermifé & devient
un devoir.
-Le jeune Marius, amuſé en-
Z iij
270 MERCURE
fuite fon pere des interefts
d'Arisbe , le pere aprés lui
avoir fait honte de fa foibleffe
lui donne fes derniers ordres
par ces paroles.
Songe à Rome , au Tyran qui luy
donne la loy.
Le Roy paroiſt au fonds du
Theâtre , Marius renvoïe fon
fils.
Sors , nous fommes perdus , le
Roy nous trouve enfemble.
SCENE III.
Le Roy , Marius , Envoyé de
Sylla
Le Roy trouvant icy l'EnGALANT.
271
voyé de Sylla en bonne intelligence
avec Marius , a raiſon
d'ajoûter quelque foy à l'avis
que Nerbal luy a donné à la
fin de l'Acte precedent , il
veut donc penetrer ce mystere;
voicy comme il s'y prend .
Le Roy ... De voſtre cruauté,
Seigneur , je fuis furpris ,
Teint du fang paternal s'offrir
aux yeux du fils ?
Marius répond que chargé
par le Senat de conduire le
profcrit à Rome , ils doivent
s'accoûtumer à la vûe l'un de
l'autre.
Le Roy...Il ne vous verraplus,
Z iiij
272 MERCURE
Seigneur , & dés demain or
Vous ne fortez d'icy que fa tefte
à la main, i
Marius . Que dites - vous
*Seigneurs
Le Roy .. D'où vient cette
furpriſe !
Lorfque dans vos deßeins ma
main vous favorife,
Les Romains, continue til,
exigent que je leur livre Marius
, ils ont juré la mortelle
leur coûteroit un cime , je
prends fur moy la honte de
ce crime .
Venez donc , Suivez may , Sei
gneur,foyez témoin i
CALANT * 73
Que je fais quelquefois fervir
Rome au besoins sula
Le Roy remarque le trou
ble de Mariusiu tave diom
Vous fremißez ? quelle terreux
fondaine portal
Peut faire en moins d'un jouk
chanceler votre haine.
Marius reprend toute fa
dignité , & die au Roy qu'il
ne penetre pas fes vrais fentimens
, qu'il eft bien éloigné
de compatir au fort d'un Romain
qui a merité la haine de
La Patrie , mais qu'il eft indigné
qu'an Roy ofe penſer à
vanger Rome . Sçachez qu'elle
174 MERGURE
eft jalouſe de ſes decrets , fçachez
qu'un Romain.condamné
par la Patric doit être immolé
avec pompe dans fon
propre fein , & que la victime
illustre reçoit le tribut confolant
de fes pleurs.
Elle en reffent une douleur
profonde ,
Et la mort d'un Romain doit un
exemple au monde.
Le Roy .. vous trahiffez ,
Seigneur , les intentions de Sylla
, il a fait choix en vous d'un
Miniftre infidele ; pour moy ,
je fçaurai le fervir au gré de
fes fouhaits.
GALANT 275
Etpar un Envoyéplusfidele que
evousy .
L'inftruite que mon bras afervi
fon courroux.
Marius Ah , Seigneur ,
arrêtez ?
Le Roy ... C'est trop longtemps
attendre.
Marius .. Je perirai moi - même ,
ou fçaurai le deffendre.
Le Roy.. Seigneur , j'ouvre les
yeux je fuis aff-z inftruit ,
Et par un bruit trompeur on ne
m'a pas féduit.
Le jeune Marius vous eftcher.
Marius ...Moy je l'aime.
Le Roy...Vous deffende um
fils ?
176 MERCURE
Marius ...Moyfun pere?
Le Roy... Quy vous - même.
Su Marius vorant que tour cft
découvert , & que la feinte devient
inutile , die au Roys
Oly , je fuis Marius
Et mon nom eſt trop beaupour le
difavoiter.
Voyodes fimires dans lèlt.
quelles j'ai refferrentes Etats
autrefois fi vaftes , effaic ton
pouvoir fur deux hommes illuftres
qui tiennent ferme çontre
l'Univers armé ,
Mais crains encor le fort daiFugurtha
, pubi A
Aprés ces courageufesind
CADANI 177
naces , Marius quitte la Scene
le Roy,ordonne à fes Gardes
dele livro. A such ran2
Gardes , fuinez fes pas , quel orto
gubil & quelle andace
Arrefté dans mes fers , l'infolent
51 lí , abimpe menace uplo
Il mounequal sub 12 6 sivil
CONA SCENE IV, 10.V
LaRyYoul
alle Le Roy obvie me gjht
Marius lui a donné à la troifiéme
Scene du fecond Acte
des foupçons contre Arisbe.
Le perfide ? il ofoit accufer ce que
J'aime
278 MERGURE
Ab !je vois les détours de fon
vain ftratagême ,
Sans doute il fperoit que més
Joupçons aigris
Dans fes bras à l'inftant alloient
livrerfonfils.
Quelques vers aprés , il fe
livre à un autre foupçon.
Mais quel auire foupçon
Vient jetter dans mon ame un
funefte poison ,
Dufort de Marius Arisbe eft-elle
As inftruite ?
Cherchoit elle du fils , ou la mort,
adar ou lafuite ? A
Ah !
fanstrop
éclaircir
unodieux
GALANT. 279
mysteres
Faifons couler le fang & dufils
du pere ,
Pourquoi chercher entr'çux tant
de prétextes vains
Tous deux font criminels , tous
deux ils font Romains .
Point de pitié , fuivons le tranf
port qui m'anime , an
Et nous verrons aprés fi c'eftjuf
tice , ou crimejmong a li
2017 M xush est
Fin du quatriémo Actenos
* MERCURE
ACTE CINQUIEME
SCENE PREMIERE,
2023 202 Arisbe feule,
28 Dans l'entre -temps du quatriems
Acte au cinquième
Arisbea santé la foy d'Amin
tas , Capitaine des Gardes du
Roy.ll's'aft livré à fes deffeins ,
il a promis de faciliter l'évaſion
des deux Marius , il a déja
comfileursgardes deslol.
dats fur lefquels if croit pouvoir
compter.
Arisbe troublée s'occupe
icy du grand évenement.
qu'elle
GALANT. 281
qu'elle vient de preparer .
Amintas me fera il fidele
aurat ille courage de fauver
au Roy , le crime qu'il médite ;
il a peut eftre , le perfide , il a
peut - eftre déja trahi mon fecret
. mais , non on ne me
trahit point , Amintas m'eſt
filele , il fauve Marius ch
quel coeur grands Dieux ,
feroit affez baibare pour lui
manquer de foy …… . Phoenice
arrive. M
•
25 SCENE IL
Arisbe , Phoenice.
Phoenice vient dire à la Prin-
Novembre 1715.
A a
282 MERCURE
ceffe , que la Barque eft fur le
rivage , en état de recevoir les
deux Romains ... Cethegus
paroift.
SCENE III.
Arisbe,Phanice , Cethegus.
Cethegus apprend à la Princeffe
qu'Amintas a rétracté les
engagements , que la réflexion
la ramené à fon devoir envers
le Roy , qu'il vient de changer
la garde des deux Marius &
qu'ils font tres étroitement
refferrez.
Le remords s'eftfaifi de cette ame
vulgaire ,
GALANT . 283
Il a changé la garde , & du fils
du pere ,
Taus ceux qu'auprés de nous vos
foins avoient placez
Parfon ordre cruel viennent d'être
chaſſez.
Céthégus fe retire aprés
avoir annoncé cette funefte
nouvelle , Arisbe de fofperée
renvoye Phoenice pour obſerver
tout ce qui fe paffe , &
luy en venir rendre compte.
Le jeune Marius arrive fur la
Scene.
A a ij
284 MERGURE
SCENE
IV
a 'I
13
Arifbe , le jeune Marius. T
Ces malheureux Amans s'entretiennent
douloureufement
de leur peril commun . Marius
qui voit la mort certaine ,
fupplie Arisbe de luy fauver la
honte de perit par les mains
d'Hiempfal , il exige avec inftance
qu'elle luy donne fon
poignard ... d'abord Arisbe
a horreur du deffein de Marius
; mais comme il infifte en
juftifiant fon defefpoir , elle
code , mais animée du même
courage,ouï, dit - elle , infultons
GALANT 288
au fort qui nous menace , tu
recevras ce poignard de la
main d'Arisbe , mais teint de
fon fang ... le pere de Marius
qui arrive fur lay Scene fuivi
de Céthégus fufpend le defef.
poir des Amans.
IV SXB2
SCENE V.
Arifbe , Marius , fon Fili.
Marius vient annoncer à
fon fils qu'enfin tout est prest e .
pour le départ Qu'Amyntas
n'eft rien moins qu'infidele ,
qu'il avoit change la premiere
garde pour en fubftituer une
d'une fidelité plus, éprouvét ,
286 MERCURE
Céthégus prefente une épée
au jeune Marius qui demeure
immobile les yeux fixez fur
Arisbe. Marius pere foûtenu
des genereux confeils d'Arisbe
même emmene enfin fon fils.
SCENE VI.
Arifbe feule.
Arisbe dans une Monologue
Elegiaque , fe livre aux
mouvemens variez de ſa douleur
... Phoenice arrive.
SCENE VII.
Arifbe ,Phænice.
Phoenice vient dire à la PrinGALANT
287
"1
•
ceffe que le Roy inftruit de la
fuite des Romains les fait pour
fuivro, à peine a t'elle dit cette
nouvelle que le Roy paroift
au fonds du Theâtre donnant
cet ordre à Nerbal.min
Ils mourroient glorieux en mourant
fous les armes ,
Qu'on deffende leurs jours de tout
fanglant effort ,
Soldats , je veux leur honte encor
leur mort.
plus
que
Le Roy
aprés
avoir
donné
cet ordre avance fur le devant
du Theâtre.
188 MERCURE
SCENE
VIII
$1150 Le Roy , Arifbeit
Le Roy ... Quoy , Madame, en çes
* lieux vous devancez kaurores
Qui pourra m'expliquer des proz
-Lois ta jets, que j'ignorewho medi
Que cherchez vous icy , dans
20h l'instant précieux voy
Où le fommeil encor devroit ferwasto
mer vos yeux;
I
Vous ne répondez rien ? on me
danobutrabit cruelle.
- Atisbé répond au Roy qu'ch .
le fe juftifiera mieux qu'il ne
voudra luy même des foupçons
qu'il a conçû contre elle.
-Je
GALANT . 289
Je me juftifieray mieux que vous
ne voudrez .
Le Roy .. Ah je vous aime encor,
tâchez d'eftre innocente ,
Madame ……….
Nerbal arrive.
SCENE IX.
Le Roy , Arifbe , Nerbal.
Nerbal vient apprendre au
Roy , que les deux Romains à
force de courage, ont échapez
aux affaillans , qu'aprés en avoir
fait un grand carnage , ils ont
paffez le Ruber à la nage , &
ont laiffez les troupes du Roy
fpectatrices de leur fuite.
Novembre
1715 . Bb
290 MERCURE
Le Roy entre en fureur &
s'adteffant à Nerbal , dit ...
Tu te plais à vanter les efforts
de leur bras ,
C'eft toy qui m'a trahi , perfide
tu mourras.
Arisbe alors revele au Roy,
que c'est elle qui a fauvé l'un
& l'autre Marius , de fes mains
barbares ; que le feul Amintas
eft entré dans fa confpiration.
Elle avoue fa paffion pour le
jeune Martus . Voila tous mes
forfaits , dit - elle , & fe frappant
d'un poignard, ajoûte : Et voila
ta victime.
GALANT. 291
Le Roy. Ah , Madame ; elle expire',
belas ! Dieux inhumains
Faut- il payer fi cher le falut des
Romains.
Fin du cinquiéme & dernier
dAcc. dam.b
L'Auteur de l'extrait a fouhaité
, que je transferaffe au
mois prochain l'impreffion de
fon examen critique. Il m'a dit
pour raifon , que , quoy que
Les remarques ne doivent entrer
en aucune confideration
dans le fort de la Piece , il luy
fembloit du devoir étroit d'un
galant homme , de ne les faire
Bb ij
292 MERCURE
paroiftre , que quand l'Auteur
aura recueilli tous fes droits.
Cette Tragedie, en lui fuppofant
même le plus grand fuccés
, fera dévolue aux Comediens
le mois prochain , & fera
imprimée , alors la critique
aura d'autant meilleure grace
à le montrer , qu'elle fera contradictoire
avec la Piece , com
Pendant que nous fommes
fur le chapitre de la Comedie ,
il eft à propos de dire en paffant
un mot des Comediens , non
pas que je croye le Lecteur fort
intereffé à lire ce qui les reGALANT
293
garde ; mais parce qu'érant
membres d'une Troupe publique,
& expofée tous les jours à
la vue de tout le monde, il peut
fe trouver des gens curieux
d'apprendre de leurs nouvelles
& c'est justement pour ceuxlà
que je dis que Meffieurs Poif
fons pere fils font rentrez à
la Comedie , qu'ils y ont joücz
avec fuccés , & reçû mille applaudiffements
; mais que malgré
cette juftice dont le Public
les honore, les Spectateurs font
rebutez de fe les entendre annoncer
& de voir tous les
jours les affiches ornées du fafte
Bb iij
194 MERCURE
de leur nom .. @ matt
C'eft en leur faveur qu'on
a été obligé de faire une reforme
,Maadame la Ducheffe de
Berry ne voulant point , par
ún excés d'indulgence , charger
la Troupe d'un nombre
furnumeraire d'Acteurs . Le
fieur Moligny a eu le malheur
d'être compris dans cette reforme
, fans que fa difgrace aie
été une fuite de fa negligence
ou de fon incapacité ; mais feulement
parce que le fieur Dumirail
qui faifoit les mêmes
rolles que luy , a eu fur luy l'avantage
d'eftre propre aux BalGALANT
295
ces
lets & autres divertiffements
qui ont lieu dans plufieurs picla
Comedie n'ayant pas
d'ailleurs la liberté de prendre
hors de fa Troupe , des Acteurs
pour fervir à l'execution
de ces divertiffements . Voila
le motif de fon exclufion ; mais
un grand nombre de fuffrages
illuftres luy donne lieu d'efperer
la rentrée à la Comedie.
J'ajoûte à cet article que les
Comediens nous menacent
, ou
plûtôt qu'ils ont refolu de mettre
les places de leur Amphitheâtre
à trois livres douze
fols. Si on les laiffe les Maîtres
Bb iiij
296 MERCURE
de cette vexation , à qui en appeller
de leur tyrannie ? c'eſt
auPublic luy même , à s'en venger
, & il eft trop fage , pour
daigner honorer de fa prefence
, les Tyrans de fes plaifirs.
On continuë a joüer Marius
,M. Ponteüil y fait le rôle
d'Hiempfal & M. Beaubours
celui de Marius le Pere , &
quoyque l'Auteur juge , que
le rôle de Marius eft le rôle
fuperieur, M Ponteüil a trouvé
le fecret de faire primer le
fien. Pour le rôle du jeune
Marius , reprefenté par M.
Quinaut , les fpectateurs ont
GALANT. 297
eûlieu d'en eftre fort contents.
Le rôle d'Arisbe a efté parfaitement
rempli , Mademoifelle
Duclos en étoit chargé,
qu'on reprefente encore avec
fuccés , verroit fon extrait &
fa critique trop tard , fi je
m'expofois à attendre qu'on
ne la jouâr plus pour en parler..
Extrait de la Tragedie nouvelle ,
intitulée Marius. '
Le
15. de ce mois on joua
pour la premiere fois la Tragedie
de Marius.
Ce Poëme s'eft montré au
Theâtre, fier d'une reputation
illuftre qu'il s'étoit déja faite.
Novembre 1715. S
210
MERCURE
dans plufieurs affemblées fçavantes
, il n'a pas mal foûtenu
fes titres , & le public luy donne
enfin une place honorable
entre nos pieces modernes.
Je fouhaiterois pouvoir faire
à cette Tragedie toute la
juftice qu'elle merite en l'annonçant
icy dans un extrait fidele
qui en retraçât l'idée à
ceux qui luy ont applaudie , &
qui la fic defirer à ceux qui ne
l'ont point encore vûë ; mais
comme elle n'est pas
' mée , & qu'elle ne m'eft connuë
que par la repreſentation ,
je rendray compte feulement
impriGALANT.
FI
*
pû
de ce que ma memoire en a
recueillir . Je rapporteray dan's
cet extrait tous les vers que je
pourray me rappeller pour en
faire honneur à l'Auteur , je
les melleray confufément avec
la Profe que je fupplée pour
rendre au moins le fens du
dialogue Aprés avoir donné
de cette piece l'idée la plus
vraye qu'il me fera poſſible ,
J'en hazarderay la critique , je
rendray compte de mes jugcmens
, avec tous les égards
dûs à un Auteur qui a merité
Teftime publique. Une criti
que moderée eft fouvent
Sij
212 MERCURE
moins nuifible à un bon ouvrage
qu'une exceffive apologie
; le public fe revolte con.
tre un examen trop indulgent,
& fa malignité ne manque jamais
de fe dedommager avec
excésdes droits legitimes qu'on
Juy refuſe . Monfieur de Caux
n'a pas befoin qu'on luy faffe
grace , je compte même que
fije luy decelois par hazard
quelques fautes échapées à fes
recherches , il m'en fçauroit
quelque gré, d'autant plus qu'il
fent que fa piece eft dans le
cas de ces beautez fingulieres
qui , fûres de tous les coeurs ,
GALANT. 213
foutiennent fans honte le reproche
de quelques défauts
rachetez par des graces fupericures
.
SUJET.
Marius chaffe de Rome par
la faction de Sylla , fe retira en
Afrique , fon fils qui l'accom
pagnoir, tomba entre les mains
d'Hiempfal Roy de Numidie,
qui le retint prifonnier ; une
des femmes de ce Roy, amoureule
du jeune Marius , eût la
generofité de luy procurer des
moyens de fortir de fa prifon,
quoyque par fon évafion elle
le perdit pour jamais.
214 MERCURE
Monfieur de Fontenelles a
tiré de ce trait d'hiftoire le fu
jet d'une Epître heroïque , qui
a pour titre , Arbe au jeune
Marius , it fuppole qu'Arifbe
écrit à Marius aprés qu'elle luy
a rendu la liberté , & qu'il a
rejoint fon pere.
Le même trait hiftorique
qui a donné occafion à cette
magnifique Epire , eft le germe
, pour ainfi dire , de notre
Tragedie : voyons comment
ce germe fe develope dans la
marche de l'ouvrage .
GALANT. 215
ACTEURS.
Hiempfal , Roy de Numidic .
Arfbe , deftinée à l'hymen
du Roy , Amante du jeune
Marius .
Le jeune Marius , Prifonnier
à la Cour d'Hiempfal
.
Le pere de Marius , fous le
faux nom d'Envoyé de Sylla .
Nerbal, Confident duRoy.
Phoenice , Confidente de la
Princeffe.
Cethegus , Confident du
jeune Matius.
Numerius
Marius , pere.
Confident de
La Scene eft dans une Salle du
Palais
d'Hiempfal.
216 MERCURE
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE.
Le jeune Marius , Cethegus.
Cethegus ouvre le Dialogue
par ces Vers.
Qui peut vous retenir, Seigneur ,
fur cette rive ,
UnRomain doit rougir d'une douleur
oifive ,
Perfecuté du fort , fans en être
abattu ,
Il faut
que fa difgrace
ajoute
à fa vertu.
Pourriez-vous. oublier le
Heros illuftre que les deftins
poursuivent,
GALANT.
217
"
pourfuivent ,fericz vous fourd
à la voix d'un Pere infortuné
qui vous appelle à fon fecours ;
il a cfté un temps où privé de
refſources
, vous ne pouviez
donner que des pleurs à la difgrace
mais aujourd'huy vous
éprouvez une heureuſe révolution
; le Roy vous offre ſa
protection verifiez la promeffe
des Dieux qui ont annoncé
qu'un Roy de Numidie vangeroit
deux Romains opprimez
par leurs Concitoyens
.
Marius s'enflame
à ces genereux
confeils ; mais il demande
comment
il pourra fe-
Novembre
1715 . T
218 MERCURE
courir ce pere malheureux ,
puifqu'il ignore en quel climat
il s'eft réfugié.
A cela Cethegus répond .
Non , non , quelques deferts qui
Le puißm cacher,
C'est à Rome , Seigneur , qu'il
vous le faut chercher.
Affemblez y una Armée en
fon nom , lorfqu'il ſe verra
un party puiffant , il ofera ſc
montrer à fon ingrate Patrie ,
le peuple impatient du joug
de Sylla , n'attend que ces infrant
pour prendre les armes .
Il finit fon exhortation par
ces mots .
GALANT. 219
Faut-il qu'on delibere ,
Quand on va fecourirfa Patrie
&fon Pere ,
Le Roy jufqu'à ce jour paroiſſoit
incertain ,
Mais enfin il vous met les armes.
à la main
Dans nos communs malheurs
Arifbe s'intereße.
Marius fe rend aux confeils
de Cethegus ; mais aprés avoir
pris fon parti , il le fouvient
d'Aufbe & ces mots luy échapent.
Princeffe infortunée
Que je te vais couter de foupirs
de pleurs.
Tij
220 MERCURE
Cethegus demande à Marius
pourquoy il plaint le fort de
la Princelle.
Elle vange un Romain , un Roy
puiſſant l'adore ,
Que luy refteroit il à fouhaiter
encore ,
Déja pourfon hymen tout femble
preparé.
Marius répond
.
Helas ? que ne peut il être encor
thedifferé.
Cethegus penetre alors le
myftere , il s'efforce de faire
fentir à Marius tout le peril de
fa paffion pour Arifbe.
Ouvrez les yeux , voyez que de
GALANT.
221
malheurs enfemble ,
Que de crimes , Seigneur , un tel
projet raẞemble ;
Ce Roy , dont les bontez ont confervé
vos jours ,
Ce Roy , qui vous peutfeul af
feurer du fecours ,
C'eft luy que vous bravez.
Mais , d'ailleurs , quel espoir peut
vous avoirflatté?
Penfez- vous , qu'expofant &fa
gloire &&fa vie
Au fort d'un fugitif la Princeße
fe lie ?
Ah, croyez moy , Seigneur, vous
prenez pour amour
Tiij
222 MERCURE
La pitié, que pour vous elle montre
en ce jour.
Marius apprend à Cethegus
qu'il eft en effet tendrement
aimé de la Princeffe .
Cethegus luy reprefente
combien il eft honteux à un
Romain d'aimer une Numide.
Marius fe deffend de ce reproche
en traçant le caractere
de la Princeffe , dont la vertu a
fçû commander à ſa paffion
au point qu'elle a la force de
hafter fon départ.
Quoy donc répond Cethegus
, une Aftiquaine vous
dicte voſtre devoir ? eh bien ,
GALANT. 223
Seigneur , fuivez les genereux
confeils , & lors que vous aurez
mis la Mer entre elle &
vous , je n'hefiteray plus à la
croire digne de Marius.
Marius infifte , & demande
où il pourra trouver du fecours
:
Cethegus répond d'abord
que les Dieux feront pour Marius
, qu'il eft cheri des Afriquains
, qu'il tirera de grands
fecours en Lybie & en Mauritanic
, enfuite il luy trace fa
route . Nous nous embarquerons
fur le Ruber , quand nos
Vaiffeaux feront arrivez à la
Tij
224 MERCURE
Mer , nous pourrons en deux
jours aborder à Terracine &
bientoft aprés au Port de Te-`
lamon. C'est là que Cinna
profcrit par l'ennemy communs'eſt
réfugié. Vous attendrez-
là une armée que je ne
tarderay pas à vous conduire ,
vous inftruirez par des avis fecrets
nos amis découragez
qui partiront de Rome pour
fe raffembler à Telamon. Ce
beau deffein ainfi détaillé , la
Princeffe arrive. Cethegus fe
retire en difant ces mots.
La Princeffe vient, à vos devoirs
fidele
GALANT. 225
1
34
Seigneur , fongez toujours qu'un
pere vous appelle.
SCENE II.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius aborde. Anfbe , &
aprés luy avoir annoncé qu'il
va fe féparer d'elle , il s'interrompt
pour luy demander la
caufe de l'extrême douleur
qu'il remarque fur fon vifage .
Arisbe luy répond qu'elle
va luy annoncer un grand malheur.
Marius demand file Roy auroit
changé de fentiments à
fon égard. Preparez - vous ,
226 MERCURE
luy dit elle , à une plus funefte
nouvelle. Alors Marius n'hefite
pas à foupçonner qu'on
luy vá annoncer la mort de
fon
pere.
Arisbe confirme fon foupçon
, & luy apprend qu'en effet
un Tribun ayant commiffion
du Senat a affaffiné
fon pere®,
que cet affaffin eft à la Cour
d'Hiempfal' , qu'il a prefenté
au Roy l'ordre du Senat par
lequel il exige qu'on livre le
jeune Marius à la vengeance
de Sylla.
Matius faifi d'horreur fc.
livre aux tranſports les plus
GALANT. 227
violents , & jure la perte de
l'execrable meurtrier de fon
pere.
*
Arisbe calme les tranfports,
de Marius, en luy apprenant
qu'il a affaire à un ennemy redoutable
, qu'elle a envisagé
cet infamne affffin , & que
malgré l'horreur dont fon
crime l'avoit prevenuë , elle
avoit cfté frappée de veneration
à la vûë des vertus dont
il portoit l'image fur fon front;
elle ajoûte que le Roy n'a point
encore expliqué fes intentions,
& qu'elle va employer fes bons
offices en faveur de Márius
228
MERCURE
•
Marius quitte la Scene en
difant ces paroles .
De vôtre main j'attends tout mon
Secours.
SCENE III.
Arifbe , Phænice.
Arisbe dit à fa Confidente .
qu'elle va folliciter le Roy ,
pour fon Amant.
Phoenice luy confeille de
diff rer , de peur que fon trou ;
diffrer
,
ble ne revele fa paffion à
Hiempfal.
Arisbe perfifte par la confideration
du peril eminent , &
fort en difant :
GALANT. 229
L'amour doit tout ofer , quand
il a tout à craindre.
Fin du premier Acte .
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Marius le pere ... .Numerius.
Numerius ayant appris aux
extrêmitez de l'Italic les dernieres
revolutions de la Repu
blique , la défaite de Marius
& fa fuite en Afrique , fuivit
fon amy & tomba dans la
Courd Hiempfal ; là il apprend
la détention du jeune Marius
, il y refte dans la vûë d'art
230 MERCURE
racher ce Heros à la paffion
qui luy fait oublier ce qu'il
doit à fon pere ... au commencement
du fecond Acte
Numerius rencontre à la Cour
Marius le pere qui l'inftruic
des motifs iniques de fa profcription
, il luy apprend que
le Senat l'ayant honoré du
Commandement de l'armée
contre Mithridate , Sylla , loin
de luy remettre, fuivant le decret
du Senat , les troupes qu'il
commandoit , l'eftoit venu
charger avec ces mêmes troupes
, qu'aprés la défaite entiere
par Sylla il avoit cfté forcé
GALANT . ` 231
de chercher fon falut dans la
fuite , & que fa deſtinée l'avoit
enfin conduit à la Cour
d Hiempfal... Numerius lui apprend
qu'il ett en extrême pe
il chez ce Roy barbare, qu'un
Tribun chargé des ordres
de Sylla y vient exiger qu'on
luy livre le jeune Marius ...
Marius le raffeure en lui difant
qu'il attend fon falut de cet
Envoyé même de Sylla ..
Numerius demande , quel eft
donc ce Tribun infidele à Sylla ...
Marius répond. Moy ... Numerius
furpris , infifte & dit ,
comment ? Sylla voſtre Emule
232 MERCURE
Vous charge d'un ordre contre
voltre propre fils ... alors Marius
dévelope ainfi l'énigme .
Sylla depuis ma defaite força
le Senat à profcrire ma tefte ,
un Tribun chargé de ce décret
me vint affaillit à Minturne
avec des forces fuperieures ,
mon génie m'arrachi à ce pefil
, je tuay ce Tribun même
qui avoit ofé promettre ma
refte à Sylla , je m'emparay du
Sceau du Senat dont il effort
porteur , je trouvay dans fes
dépefches un ordre de Sylla à
Hempfal de livrer le jeune
Marius refugié chez lay. Je
compris
GALANT. 233
compris que cette commiffion
pouvoit eſtre dans mes mains.
un moïen fûr de tirer mon
fils de cette Cour dangereuſe
où il eft retenu par un fol
amour.
Fay fçû que trop fenſible à de
funeftes charmes
Mon fils à mes malheurs n'accor
doit
que
des larmes.
J'ay befoin de ce fils pour
encourager mes amis & leur.
faire embraffer avec confiance
de vaftes projets que mon
grand âge femble ne pouvoir
Loûtenir. Je me fais annoncer
icy fous le nom de l'affaffin
Novembre 1715. V
234 MERCURE
même de Marius , & j'éxige
au nom du Senat qu'il me
livre l'autre victime ; peuteftre
que mon fils qui s'eft cru
libre icy , y eftoit captif en
effet ; le Roy , fous de feintes
carreffes a peut - cftre caché à
mon fils fa fervitude ; mais il
n'importe , il faut que fes vûës
perfides cedent à la terreur que
luy va imprimer le nom de
Sylla ; j'ay honte , Numerius ,
de me voir forcé de paroiftre
icy fous une autorité auffi
Fontcufe , que dis je , je feray
contraint de louer le lâche ,
l'ingrat Sylla ? Il faudra le
GALANT. 239
peindre au Roy avec les traits
de la vertu & de la veritable
grandeur ? Le Roy arrive pour
donner audiance à l'Envoyé
de Rome , Numerius ſe retire .
དང་ ཚུ་༦༩
SCENE II.
Marius le Pere , fous le faux
nom d'Envoyé de Sylla ,
le Roy , Nerbal.
L'Envoyé de Sylla expofe
fa Commiffion au Roy, & le
fomme de livrer le jeune Ma
fius aux voeux du Senat.
Le Roy répond , qu'il eft
furpris que l'affaffin d'un homme
dont la valeur fauva tant
V ij
236 MERGURE
de fois les Romains , vienne
demander au nom de ces Romains
même , qu'on livre encore
le fils à leur ingrate fureur.
Vous ofez dans nos murs nous
traiter de barbares ,
Vous l'êtes plus que nous , jamais
nos mains avares
Secondant les fureurs d'un injufte
Senat,
N'ont encore à prix d'or vendu
l'affaffinat.
Ne vous imaginez donc
pas , continue-t il , que je fois
jamais tenté d'entrer dans aucune
Confederation avec l'un
GALANT. 237
ou l'autre Emule.
Marius & Sylla tout eſt égal
pour moy ,
Et mon coeur entr'eux deux eft
maître de fafoy.
Il eft vray que mes Ayeux
s'acquirent autrefois la protection
des Romains par une perfidie
pareille à celle que vous
exigez de moy mais je détefte
leur politique..
Je renonce à leur gloire & la tiens
pour honteuse ,
Je garde dans ma Cour le jeune
31
Marius ,
Et Rome peut de vous apprendre
mes refus
238 MERCURE
Marius veut intimider le
Roy , en luy exagerant la puiffance
des Romains que fon refus
armera contre luy.
Rome commande aux Rois ,
Et la terre en tremblant fe foumet
àfes loix.pu
Le Roy répond
ces faftueufes
menaces qu'il n'a point
encore receu la loy des Romains
& qu'il regne auffi bien
que Mithridate , enfuite il luy
declare que fon refus ne part
pas de fon affection pour Ma
rius , depuis qu'il s'eft refugié
chez moy , pourſuit- il , j'ay
compté fur une victime que le
GALANT. 239
fort m'envoyoit , j'ay penſé
que la détention d'un Romain
délivroit Univers d'un ennemy
dangereux , je fais fuivre
en fecret les pas , & à force de
bons traitemens je luy ay caché
fa captivité , plût aux
Dieux que le pere eût accompagné
fon fils en ma Cour.
Et croyez que mes voeux auroient
été remplis
,
Si lepere en ma Cour avoitfuivi
le fils,
Lejeune Marius arrive .
240 MERGURE
SCENE III.
Marius le pere , le Roy , le jeune
Marius , Nerbal.
Le jeune Marius fçachant
qu'Hiemplal donne Audiance
à l'Envoyé de Rome , vient
pour le poignarder à la vûë du
Roy même.
Je vais le poignarder entre les
bras du Roy.
En approchant Hiempfal ,
il luy reproche avec menaces
l'audiance dont il honore le
meurtrier de fon pere..
Vous ofez le voir, & luy
__parler ?
Enfuite
GALANT. 241
Enfuite fans attendre la réponſe
du Roy , il fond fur l'ennemy
& reconnoiſt ſon
pere ,
dans le moment qu'il eſt preſt
à frapper... A cette vûë il demeure
immobile & fon faififfement
lay ofte la parole.
Marius pere , maistre de
fon trouble , prendfon parti ,
& dit avec infulte à fon fils :
Ton immobilité vient de ta
furprife , tu reconnois dans le
meurtrier de ton pere ſon ami
le plus tendre ; mais apprends
qu'il n'y a rien de facré pour
un vrai Romain , lorfqu'il s'agit
du falut de la Patrie .
Novembre
1715.
• X
242 MERCURE
Le jeune Marius ne revient
point de fon trouble , & ne
peut feconder l'artifice de fon
pere , qui , pour fauver le peril
d'un plus long filence , reprend
la parole en infultant de nouveau
à fon fils , & fe retire en
avertiffant le Roy qu'il doit
avoir pour fufpecte la protection
qu'Arifbe accorde
Marius.
SCENE IV .
Le jeune Marius , le Roy ,
Nerbal.
Le Roy fait éclater fon indignation
contre l'Envoyé de
GALANT. 243
Rome , & promet la protection
à Marius.
Quoy? montrer à mes yeux une
telle infolence ?
•
N'en craignez rien , Seigneur,
je prends vôtre dffence
Mon bras pour le punir
Ces dernieres paroles du
Roy font trembler Marius ,
Hiempfal qui remarque fon
trouble ,lui en demande la caufe
; Marius répond que la mort
de fon pere , prefente à ſon
fouvenir, le fait fremir.
Le Roy le renvoye par ces
paroles.
Je vous réponds de tout , laiſſez-
Xij
244 MERCURE
nous un moment ,
Seigneur , foyez tranquille.
Le Roy demeure fur la
Scene avec Nerbal.
SCENE V.
Le Roy , Nerbal.
Le Roy revele à fon Confident
les confeils de fa politique.
Enfin je deviens maistre
De deux grands ennemis que
Tibre a vû naiſtre ,
le
Ce Miniftre infolent quife livre
en nos mains ,
Ne rendra pas fi tôt fa réponse
aux Romains ;
GALANT . 245
Que ne puis-je , Nerbal , au défaut
du tonnerre ,
De Rome , dans ma Cour vanger
toute la terre.
Nerbal infinue au Roy qu'il
y a grand peril à violer ainfi
le droit des gens , que les Romains
ne manqueront pas de
venir les armes à la main tirer
vengeance de cette infulte.
Le Roy répond :
Je ne crains point Sylla , les troubles
d'Italie
Ont dequoy l'occuper le reste de
Sa vie.
Enfuite il decouvre à Nerbal
les foupçons jaloux , qui
-
X jij
246 MERCURE
s'élevent dans fon ame , il fe
fouvient de l'avis que l'Envoyé
de Sylla luy a donné dans la
troifiéme Scene .
Arifbe a pris pitié de cet infortuné
,
Elle croit que , fans elle , il étoit
condamné ;
Je voulois luy donner , pour preu
ve de mon zele ,
C
que
mon interêt m'avoit dicté
fans elle ;
Mais au fonds de mon coeur s'éleve
un noir foupçon .
Nerbal dir au Roy , que
puifque Marius lui eft fufpect ,
il ne doit pas s'obſtiner à le
GALANT 247
retenir dans la Cour ; le Roy
ſe refuſe à cette confideration,
il infiſte ſur l'interêt qu'il a à
verifier ou démentir les foupçons
.
Allons trouver l'ingrate ,
Arrachons fon fecret par l'espoir
qui la flatte ,
Et,fi de cet amourj'ay des avis
certains
,
Malheur à qui m'outrage , &
malheur aux Romains.
Fin du fecond Acte.
Xiiij
248 MERCURE
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Marius;père,feul.
Marius n'a point vû ſon
fils depuis le fecond Acte , il
reflêchit au peril de
trevue,
dont Hiempfal a efté témoin ,
il excufe le filence & l'immobilité
de fon fils par le trouble
qu'il a reffenti lui même , &
par la violence qu'il s'eft faite
pour le furmonter. Son fils
arrive.
GALANT. 249
Rઉલ્યુ છે
SCENE II.
Marius , fon Fils.
li- Lejeune Marius arrive fur
la Scene , fon pere vole à fa
rencontre ils s'embraffent
avec les demonſtrations
Iles
plus tendres le pere demande .
au fils , file Roy n'a rien foupa
çonné de leur embarras commun.
Le fils répond que non
que le Roy detefte dans Ma-l
Fius , d'aflaffino de Marius mê
me Aprés cet éclairciflement
,
Matius reproche avec bonté à
fon fi's fa paffion pour! Arisbe,
paffion qui l'a jufqu'ici foaf
250 MERCURE
trait à fon devoir.
Fe fçais que vostre coeur répond
àfa tendreffe.
•
Un coeur Romain peut-il
fans honte recevoir les loix
d'une Numide ?
Le coupable s'excufe ici , à
peu prés , comme il s'eft excafé
du même reproche dans
la premiere Scene du premier
Acte , c'eſt à dire , qu'il offre
les vertus éminentes d'Arisbe
en compenſation de ſa naif
fance.
Marius pere répond. C'eſt
donc à la Princeffe à juft fier
par unc action d'éclat la pâſGALANT
250
fion qu'elle vous a infpirée à
exigez d'elle , mon fils , qu'elle
facilite vôtre évafion , qu'elle
vous ménage des moyens feurs
d'échaper la nuit prochaine à
Hiempfal ; faites lui craindre
que le Roy déferant à des vûës
vraïement politiques , ne fente
enfin le peril de refufer aux
Romains la victime qu'ils exienfin
que le même
gent ,
amour
qui faifoit
voftre
hon.
te , devienne
l'inftrument
de
vôtre gloire & de ma vengeance
. Après
avoir dicté à fon fils
fon devoir
, il fe retire , en lui
recommandant
de cacher
font
252 MERCURE
déguiſement a la Princeffe.
SCENE III.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius declare à Arisbe
qu'il ne compte point fur la
foi des promeffes d'Hiempfal,
que les menaces du Senat lui .
feront rétracter fes premiers ;
fentiments lorfqu'il aura medité
mûrement fur fon peril ,
qu'il ne voit qu'un moïen d'échaper
au fort qui le menace ,
ce moien , c'eft que la Princeffe
facilite fon évafion la nuit prochains,
o
Arisbe rejette la propofi- :
GALANT. 253
tion de Marius ; lors que vostre
pere vivoit encore , vous vous
deviez entier à ſa vengeance
je hâtois voſtre fuite fans me
laiffer ébranler à la vûë de ma
perte & de vôtre propre peril ;
aujourd'huy que vôtre fort a
changé de face , ma conduite
doit s'accommoder à fa révo .
lution , vôtre pere eft mort
avec luy tombent toutes vos
efperances , avec luy tombe
le courage des amis que fa dif
grace n'avoir pu luy enlever ,
la vengeance de Sylla n'eft
point encore affouvie , il demande
vôtre fang. Tout PU254
MERCURE
,
nivers femble avoir confpiré
vôtre perte , cette Cour eft le
feut alyle qui raffeure Arisbe
allarmée , cile y veille au foin
de vos jours ... Ce foin vous
importune , cruel voilà le
peril auquel vous voulez échaper...
à ce reproche tendre
Marius répond qu'il ne fe fent
pas la force de voir fon hymenée
qui doit fe celebrer le lendemain
avec le Roy.Arisbe lui
reproche fon injuſtice
croyez vous donc , ingrat , que
je fois capable de donner ma
foy à Hiempfal , non , Marius,
que cette crainte n'entre pour
•
GALANT . 255
rien dans vos deflcins .
Marius eft forcé de ramener
la Princefle au peril que le
Roy n'cxauce enfia l'Envoyé
de Sylla.
Arisbe répond , ne crains
rien , Marius , de cet execrable
affaflin , j'ay pourvû à fon
fupplice il fera égorgé par
mon ordre la nuit prochaine,
Marius fremit du peril de
fon pere , il rappelle les efprits
& s'efforce de détourner la
Princeffe de ce meurtre. Arisbe
furpriſe , confuſe , impure
à lâcheté les fentiments
de Marius , je voulois , luy
256 MERCURE
dit - elle prendre fur mon
compte ton propre devoir ,
je voulois te cacher mon projet
& te donner la joye de la
furpriſe , lors qu'il auroit eſté
confommé , tu m'as forcé de
te confier mon , deflein & au
lieu d'en envier la gloire , tis
l'envifages avec horreur ; mais
n'importe , je fuppleray à ta
foibleffe &je n'écoute plus tes
répugnances.
Qui doit ne te plus voir , n'arien
a minager! To
Marius fe trouve alors forcé
pour fauver fon pere de réveler
à la Princeffe le fecret qui
luy
GALANT. 257
luy avoit efté impoſé à la ſeconde
Scene de cet Acte. Le
Roy paroift au fonds du Theâtre.
SCENE IV.
Le Roy , Arifbe , Marius .
Le Roy arrive pour éclaircir
fes foupçons jaloux avec la
Princeffe. Il prie Marius de fer
retirer & refte feul avec Arisbe.
SCENE V.
Le Roy , Arifbe.
Hiempfal dit à la Princeffe
qu'il commence à fentir que la
protection qu'il accorde à Ma-
Novembre 1715. Y
258 MERCURE
rius luy peut devenit fatale
il luy demande enfuite ce que
penfe Marius dans ces triftes ,
conjonctures .
La
Princeffe répond que
Marius fent toute la rigueur
de la deſtinée ; mais que la generofité
du Royle raffûre contre
la perfecution de Sylla icy
il luy échape quelques pleurs.
Le Roy marquant ces
pleurs , lui dit .
Vous partagez les maux
qu'auroit- il à craindre ,
eb
Quelque foitfon malheur , je ne
faurois le plaindre ,
Madame , & quand on peut être
GALANT. 259
écouté de
vous ,
Prêt à perdre la vie on fait mille
jaloux :
Ah ! dans lefort affreux qui caufe
mes allarmes
Ponvoit- il être plaint par de plus
belles larmes ;
Vous vous troublez ?
Anfbe répond:
Qui , moy , Seigneur , quoy vous
pensez ...
Le Roy:
Oui vous l'aimez , perfide , &
vous me trahiffez.
Non , Seigneur , reprend
Arifbe , vous n'eftes point trahi
, je fais gloire d'avoir efté
Y ij
260 MERCURE'
fenfible aux malheurs d'unHeros
digne d'un autre fort , our ,
la haine ingrate des Romains
liguez contre lui , m'irrite , j'aimois
en lui l'illuftre ennemy de
ces tirans abhorrez de tout l'U
nivers ...mais les Dieux l'ont
condamné ; puiſqu'il vous de
vient fufpect ,je l'abandonne à
toute l'horreur de fa difgrace ,
ouï , Seigneur , qu'il foit la
victime de ma gloire & de
voftre repos , livrez Marius
la fureur de Sylla.
Le Roy hefite à croire
qu'Anbe parle icy fincerement
, mais elle appuye fur le
GALANT . 261
confeil de livrer Marius , &
declare qu'elle va annoncer à
l'Envoyé de Sylla que le Royluy
abandonne fa victime.
Le Roy adopte ce confeil .
C'eft affez , y confens , qu'en
partant de ces lieux ,
Il emporte avec luy des foupçons
odieux.
Arisbe fort pour s'acquitter
de la commiffion dont elle
vient de fe charger , le Roy
refte feul fur la Scene.
SCENE V.
Le Roy feul.
Hiempfal dans un mono262
MERCURE
M..
logue d'environ vingt vers fe
juſtifie de fon mieux du crime
de manquer de foy à Marius.
Rome à fon gré de fes
enfans difpofe,
Ah!
que
N'allons point reveiller fafureur
qui repofe
Laiſſons-là s'afforblir & tomber
par fes coups ,
Je me vangeray d'elle en fervant
fon courroux.
Nerbal arrive.
SCENE VI.
Le Roy , Nerbal.
Nerbal en arrivant dit avec
émotion :
GALANT . 263
Ah Seigneur croirez vous ce que
je viens vous dire ,
Le Roy... quoy donc ?
Neibal ... Marius n'eft point
mort.
Le Roy , il refpire ? ....
mais comment pouvoir douter
de la mort de Marius , elle
m'eft atteſtée par fon affaffin
niême ... Seigneur , répond
Netbal , défiez vous de l'Envoyé
de Sylla .
Tout ce qu'il vous a dit n'eft
qu'un vain stratagême ,
Cet affaffin ....
Le Roy. Eh bien !
T
Netbal. C'eftMarius lui - même.
264 MERCURE
Le Roy. Mais cet Envoïe
de Sylla , que tu prétends être
Marius lui même , m'a remis
la Lettre de Sylla avec le Sceau
du Senat ?
Nerbal ... Seigneur , je fuis
certain que cet Envoïé n'eft
autre que Marius , il a été reconnu
ici par un Soldat , qui l'a
connu dans le temps qu'il
commandoit lesRomains contre
Jugurtha ; le témoignage
de ce Soldat ne m'eft point fufpect
, il a vû durant plufieurs
Campagnes ce Romain dans
nos contrées , & d'ailleurs Marius
eft un de ces hommes dont
les
GALANT 265
les traits font trop marquez
pour pouvoir être confondus..
Ses traits font trop marquez pour
pouvoir s'y méprendre.
Le Roy aprés cet avis renvoie
Nerbal.
C'en eft affez , Nerbal , dans
Labs cette obſcurité
• Firay jusqu'à son coeur chercher
la verité.
7
Fin du troifiéme Acte.
ACTE QUATRIÈME,
།
SCENE PREMIERE.
Arifbe , le jeune Marius.
Arisbe apprend à Marius
Novembre 1715. Z
266 MERCURE
qu'il va enfin eftre livré à fon
pere ,que le Roy par un fen
timent jaloux l'abandonne à
la vengeance de Sylla.
Ilfauve la vertu par le motif
du crime.
Marius fe refufe à la joye
& fe donne entier à la douleur
de perdre Arisbe , il ofe enfuite
lui propofer de fuir avec
lui. Arisbe detefte ce confeil.
Je reffens , lui dit elle , toute
l'horreur de la perte que je
fais en te fauvant ; mais ma
douleur toute profonde qu'
elle eft , ne me fera rien faire
indigne & de Marius
quic
& d'Arisbe.
GALANT. 269
·
Marius lui demande comment
elle pourra échaper au
devoir qui la condamne à
époufer le Roy... laiſſez moy,
réponder elle , laiſſez moy le
foin d'accorder ma gloire &
mon repos , je fçauray me
dérober à cet hymenée fans
intereffer ma vertu.
Marius comprend que la
Princeffe medite de fe donner
la mort aprés lui avoir accordé
fa liberté, il fe livre à la douleur
la plus defefperée.
Arisbe lehenappelle à des
fentiments plus conformes à
fes deftinées prefentes , elle lui
Zij
$68 MERCURE
mot
retraces les devoirs qui llaftachent
à la fortune de fon perez
elle allume dans fon coeur tou
te la fureur de la vengeance }
& quitte enfin Marius à qui
elle dit pour adieux :
Je vous aime je fuis, vous m'aiz
mez frieze mosdərba
Tandis queda Princeffe fort
par un côté dy Theatre , Maius
percentre par l'autrening
Sbrocas nove tulebyr 100
SCENE +
Marius , fon Filsaq ul
Marius qntnetidnodlom fils
du grand fpectacle que fa ventgeance
va donner à l'Univers
GALANT 269
il luy montre à la fuite de fes
itriomphes la dignité de Conful
que les Dieux lui promertent
pour la feptième fois ,
jouit par avance du fang de
Sylla & de fes Confederez ; ces
images n'enflament point le
jeune Heros, il n'eft occupé que
do crime de s'armer contre fa
fon
propre
Patrie
, pere com
bat fon fcrupule
par la- maxime
fuivante
, a bea
Quand on voitfur le Trône un
injuste pouvoir ,
La revolte eftpermifé & devient
un devoir.
-Le jeune Marius, amuſé en-
Z iij
270 MERCURE
fuite fon pere des interefts
d'Arisbe , le pere aprés lui
avoir fait honte de fa foibleffe
lui donne fes derniers ordres
par ces paroles.
Songe à Rome , au Tyran qui luy
donne la loy.
Le Roy paroiſt au fonds du
Theâtre , Marius renvoïe fon
fils.
Sors , nous fommes perdus , le
Roy nous trouve enfemble.
SCENE III.
Le Roy , Marius , Envoyé de
Sylla
Le Roy trouvant icy l'EnGALANT.
271
voyé de Sylla en bonne intelligence
avec Marius , a raiſon
d'ajoûter quelque foy à l'avis
que Nerbal luy a donné à la
fin de l'Acte precedent , il
veut donc penetrer ce mystere;
voicy comme il s'y prend .
Le Roy ... De voſtre cruauté,
Seigneur , je fuis furpris ,
Teint du fang paternal s'offrir
aux yeux du fils ?
Marius répond que chargé
par le Senat de conduire le
profcrit à Rome , ils doivent
s'accoûtumer à la vûe l'un de
l'autre.
Le Roy...Il ne vous verraplus,
Z iiij
272 MERCURE
Seigneur , & dés demain or
Vous ne fortez d'icy que fa tefte
à la main, i
Marius . Que dites - vous
*Seigneurs
Le Roy .. D'où vient cette
furpriſe !
Lorfque dans vos deßeins ma
main vous favorife,
Les Romains, continue til,
exigent que je leur livre Marius
, ils ont juré la mortelle
leur coûteroit un cime , je
prends fur moy la honte de
ce crime .
Venez donc , Suivez may , Sei
gneur,foyez témoin i
CALANT * 73
Que je fais quelquefois fervir
Rome au besoins sula
Le Roy remarque le trou
ble de Mariusiu tave diom
Vous fremißez ? quelle terreux
fondaine portal
Peut faire en moins d'un jouk
chanceler votre haine.
Marius reprend toute fa
dignité , & die au Roy qu'il
ne penetre pas fes vrais fentimens
, qu'il eft bien éloigné
de compatir au fort d'un Romain
qui a merité la haine de
La Patrie , mais qu'il eft indigné
qu'an Roy ofe penſer à
vanger Rome . Sçachez qu'elle
174 MERGURE
eft jalouſe de ſes decrets , fçachez
qu'un Romain.condamné
par la Patric doit être immolé
avec pompe dans fon
propre fein , & que la victime
illustre reçoit le tribut confolant
de fes pleurs.
Elle en reffent une douleur
profonde ,
Et la mort d'un Romain doit un
exemple au monde.
Le Roy .. vous trahiffez ,
Seigneur , les intentions de Sylla
, il a fait choix en vous d'un
Miniftre infidele ; pour moy ,
je fçaurai le fervir au gré de
fes fouhaits.
GALANT 275
Etpar un Envoyéplusfidele que
evousy .
L'inftruite que mon bras afervi
fon courroux.
Marius Ah , Seigneur ,
arrêtez ?
Le Roy ... C'est trop longtemps
attendre.
Marius .. Je perirai moi - même ,
ou fçaurai le deffendre.
Le Roy.. Seigneur , j'ouvre les
yeux je fuis aff-z inftruit ,
Et par un bruit trompeur on ne
m'a pas féduit.
Le jeune Marius vous eftcher.
Marius ...Moy je l'aime.
Le Roy...Vous deffende um
fils ?
176 MERCURE
Marius ...Moyfun pere?
Le Roy... Quy vous - même.
Su Marius vorant que tour cft
découvert , & que la feinte devient
inutile , die au Roys
Oly , je fuis Marius
Et mon nom eſt trop beaupour le
difavoiter.
Voyodes fimires dans lèlt.
quelles j'ai refferrentes Etats
autrefois fi vaftes , effaic ton
pouvoir fur deux hommes illuftres
qui tiennent ferme çontre
l'Univers armé ,
Mais crains encor le fort daiFugurtha
, pubi A
Aprés ces courageufesind
CADANI 177
naces , Marius quitte la Scene
le Roy,ordonne à fes Gardes
dele livro. A such ran2
Gardes , fuinez fes pas , quel orto
gubil & quelle andace
Arrefté dans mes fers , l'infolent
51 lí , abimpe menace uplo
Il mounequal sub 12 6 sivil
CONA SCENE IV, 10.V
LaRyYoul
alle Le Roy obvie me gjht
Marius lui a donné à la troifiéme
Scene du fecond Acte
des foupçons contre Arisbe.
Le perfide ? il ofoit accufer ce que
J'aime
278 MERGURE
Ab !je vois les détours de fon
vain ftratagême ,
Sans doute il fperoit que més
Joupçons aigris
Dans fes bras à l'inftant alloient
livrerfonfils.
Quelques vers aprés , il fe
livre à un autre foupçon.
Mais quel auire foupçon
Vient jetter dans mon ame un
funefte poison ,
Dufort de Marius Arisbe eft-elle
As inftruite ?
Cherchoit elle du fils , ou la mort,
adar ou lafuite ? A
Ah !
fanstrop
éclaircir
unodieux
GALANT. 279
mysteres
Faifons couler le fang & dufils
du pere ,
Pourquoi chercher entr'çux tant
de prétextes vains
Tous deux font criminels , tous
deux ils font Romains .
Point de pitié , fuivons le tranf
port qui m'anime , an
Et nous verrons aprés fi c'eftjuf
tice , ou crimejmong a li
2017 M xush est
Fin du quatriémo Actenos
* MERCURE
ACTE CINQUIEME
SCENE PREMIERE,
2023 202 Arisbe feule,
28 Dans l'entre -temps du quatriems
Acte au cinquième
Arisbea santé la foy d'Amin
tas , Capitaine des Gardes du
Roy.ll's'aft livré à fes deffeins ,
il a promis de faciliter l'évaſion
des deux Marius , il a déja
comfileursgardes deslol.
dats fur lefquels if croit pouvoir
compter.
Arisbe troublée s'occupe
icy du grand évenement.
qu'elle
GALANT. 281
qu'elle vient de preparer .
Amintas me fera il fidele
aurat ille courage de fauver
au Roy , le crime qu'il médite ;
il a peut eftre , le perfide , il a
peut - eftre déja trahi mon fecret
. mais , non on ne me
trahit point , Amintas m'eſt
filele , il fauve Marius ch
quel coeur grands Dieux ,
feroit affez baibare pour lui
manquer de foy …… . Phoenice
arrive. M
•
25 SCENE IL
Arisbe , Phoenice.
Phoenice vient dire à la Prin-
Novembre 1715.
A a
282 MERCURE
ceffe , que la Barque eft fur le
rivage , en état de recevoir les
deux Romains ... Cethegus
paroift.
SCENE III.
Arisbe,Phanice , Cethegus.
Cethegus apprend à la Princeffe
qu'Amintas a rétracté les
engagements , que la réflexion
la ramené à fon devoir envers
le Roy , qu'il vient de changer
la garde des deux Marius &
qu'ils font tres étroitement
refferrez.
Le remords s'eftfaifi de cette ame
vulgaire ,
GALANT . 283
Il a changé la garde , & du fils
du pere ,
Taus ceux qu'auprés de nous vos
foins avoient placez
Parfon ordre cruel viennent d'être
chaſſez.
Céthégus fe retire aprés
avoir annoncé cette funefte
nouvelle , Arisbe de fofperée
renvoye Phoenice pour obſerver
tout ce qui fe paffe , &
luy en venir rendre compte.
Le jeune Marius arrive fur la
Scene.
A a ij
284 MERGURE
SCENE
IV
a 'I
13
Arifbe , le jeune Marius. T
Ces malheureux Amans s'entretiennent
douloureufement
de leur peril commun . Marius
qui voit la mort certaine ,
fupplie Arisbe de luy fauver la
honte de perit par les mains
d'Hiempfal , il exige avec inftance
qu'elle luy donne fon
poignard ... d'abord Arisbe
a horreur du deffein de Marius
; mais comme il infifte en
juftifiant fon defefpoir , elle
code , mais animée du même
courage,ouï, dit - elle , infultons
GALANT 288
au fort qui nous menace , tu
recevras ce poignard de la
main d'Arisbe , mais teint de
fon fang ... le pere de Marius
qui arrive fur lay Scene fuivi
de Céthégus fufpend le defef.
poir des Amans.
IV SXB2
SCENE V.
Arifbe , Marius , fon Fili.
Marius vient annoncer à
fon fils qu'enfin tout est prest e .
pour le départ Qu'Amyntas
n'eft rien moins qu'infidele ,
qu'il avoit change la premiere
garde pour en fubftituer une
d'une fidelité plus, éprouvét ,
286 MERCURE
Céthégus prefente une épée
au jeune Marius qui demeure
immobile les yeux fixez fur
Arisbe. Marius pere foûtenu
des genereux confeils d'Arisbe
même emmene enfin fon fils.
SCENE VI.
Arifbe feule.
Arisbe dans une Monologue
Elegiaque , fe livre aux
mouvemens variez de ſa douleur
... Phoenice arrive.
SCENE VII.
Arifbe ,Phænice.
Phoenice vient dire à la PrinGALANT
287
"1
•
ceffe que le Roy inftruit de la
fuite des Romains les fait pour
fuivro, à peine a t'elle dit cette
nouvelle que le Roy paroift
au fonds du Theâtre donnant
cet ordre à Nerbal.min
Ils mourroient glorieux en mourant
fous les armes ,
Qu'on deffende leurs jours de tout
fanglant effort ,
Soldats , je veux leur honte encor
leur mort.
plus
que
Le Roy
aprés
avoir
donné
cet ordre avance fur le devant
du Theâtre.
188 MERCURE
SCENE
VIII
$1150 Le Roy , Arifbeit
Le Roy ... Quoy , Madame, en çes
* lieux vous devancez kaurores
Qui pourra m'expliquer des proz
-Lois ta jets, que j'ignorewho medi
Que cherchez vous icy , dans
20h l'instant précieux voy
Où le fommeil encor devroit ferwasto
mer vos yeux;
I
Vous ne répondez rien ? on me
danobutrabit cruelle.
- Atisbé répond au Roy qu'ch .
le fe juftifiera mieux qu'il ne
voudra luy même des foupçons
qu'il a conçû contre elle.
-Je
GALANT . 289
Je me juftifieray mieux que vous
ne voudrez .
Le Roy .. Ah je vous aime encor,
tâchez d'eftre innocente ,
Madame ……….
Nerbal arrive.
SCENE IX.
Le Roy , Arifbe , Nerbal.
Nerbal vient apprendre au
Roy , que les deux Romains à
force de courage, ont échapez
aux affaillans , qu'aprés en avoir
fait un grand carnage , ils ont
paffez le Ruber à la nage , &
ont laiffez les troupes du Roy
fpectatrices de leur fuite.
Novembre
1715 . Bb
290 MERCURE
Le Roy entre en fureur &
s'adteffant à Nerbal , dit ...
Tu te plais à vanter les efforts
de leur bras ,
C'eft toy qui m'a trahi , perfide
tu mourras.
Arisbe alors revele au Roy,
que c'est elle qui a fauvé l'un
& l'autre Marius , de fes mains
barbares ; que le feul Amintas
eft entré dans fa confpiration.
Elle avoue fa paffion pour le
jeune Martus . Voila tous mes
forfaits , dit - elle , & fe frappant
d'un poignard, ajoûte : Et voila
ta victime.
GALANT. 291
Le Roy. Ah , Madame ; elle expire',
belas ! Dieux inhumains
Faut- il payer fi cher le falut des
Romains.
Fin du cinquiéme & dernier
dAcc. dam.b
L'Auteur de l'extrait a fouhaité
, que je transferaffe au
mois prochain l'impreffion de
fon examen critique. Il m'a dit
pour raifon , que , quoy que
Les remarques ne doivent entrer
en aucune confideration
dans le fort de la Piece , il luy
fembloit du devoir étroit d'un
galant homme , de ne les faire
Bb ij
292 MERCURE
paroiftre , que quand l'Auteur
aura recueilli tous fes droits.
Cette Tragedie, en lui fuppofant
même le plus grand fuccés
, fera dévolue aux Comediens
le mois prochain , & fera
imprimée , alors la critique
aura d'autant meilleure grace
à le montrer , qu'elle fera contradictoire
avec la Piece , com
Pendant que nous fommes
fur le chapitre de la Comedie ,
il eft à propos de dire en paffant
un mot des Comediens , non
pas que je croye le Lecteur fort
intereffé à lire ce qui les reGALANT
293
garde ; mais parce qu'érant
membres d'une Troupe publique,
& expofée tous les jours à
la vue de tout le monde, il peut
fe trouver des gens curieux
d'apprendre de leurs nouvelles
& c'est justement pour ceuxlà
que je dis que Meffieurs Poif
fons pere fils font rentrez à
la Comedie , qu'ils y ont joücz
avec fuccés , & reçû mille applaudiffements
; mais que malgré
cette juftice dont le Public
les honore, les Spectateurs font
rebutez de fe les entendre annoncer
& de voir tous les
jours les affiches ornées du fafte
Bb iij
194 MERCURE
de leur nom .. @ matt
C'eft en leur faveur qu'on
a été obligé de faire une reforme
,Maadame la Ducheffe de
Berry ne voulant point , par
ún excés d'indulgence , charger
la Troupe d'un nombre
furnumeraire d'Acteurs . Le
fieur Moligny a eu le malheur
d'être compris dans cette reforme
, fans que fa difgrace aie
été une fuite de fa negligence
ou de fon incapacité ; mais feulement
parce que le fieur Dumirail
qui faifoit les mêmes
rolles que luy , a eu fur luy l'avantage
d'eftre propre aux BalGALANT
295
ces
lets & autres divertiffements
qui ont lieu dans plufieurs picla
Comedie n'ayant pas
d'ailleurs la liberté de prendre
hors de fa Troupe , des Acteurs
pour fervir à l'execution
de ces divertiffements . Voila
le motif de fon exclufion ; mais
un grand nombre de fuffrages
illuftres luy donne lieu d'efperer
la rentrée à la Comedie.
J'ajoûte à cet article que les
Comediens nous menacent
, ou
plûtôt qu'ils ont refolu de mettre
les places de leur Amphitheâtre
à trois livres douze
fols. Si on les laiffe les Maîtres
Bb iiij
296 MERCURE
de cette vexation , à qui en appeller
de leur tyrannie ? c'eſt
auPublic luy même , à s'en venger
, & il eft trop fage , pour
daigner honorer de fa prefence
, les Tyrans de fes plaifirs.
On continuë a joüer Marius
,M. Ponteüil y fait le rôle
d'Hiempfal & M. Beaubours
celui de Marius le Pere , &
quoyque l'Auteur juge , que
le rôle de Marius eft le rôle
fuperieur, M Ponteüil a trouvé
le fecret de faire primer le
fien. Pour le rôle du jeune
Marius , reprefenté par M.
Quinaut , les fpectateurs ont
GALANT. 297
eûlieu d'en eftre fort contents.
Le rôle d'Arisbe a efté parfaitement
rempli , Mademoifelle
Duclos en étoit chargé,
Fermer
462
p. 9-25
INVITATION aux Poëtes à faire l'Eloge de Loüis le Grand.
Début :
Favoris d'Apollon, dont les doctes ouvrages [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Poètes, Majesté, Louis, Éloge, Roi, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INVITATION aux Poëtes à faire l'Eloge de Loüis le Grand.
INVITATION
aux Poëtes à faire l'Eloge
de Loüis le Grand..
Favoris d'Apollon , dont les
doctes ouvrages
Sçavent braver des sems,les funoftes
racinges;
Vous qui poßedez l'art de tracer
21 Joucesportraitsup odabi
Dont les vives douleurs ne s'effacent
jamais Le
10 MERCURE
Grands , fublimes efprits ,fi feconds
en miracles
Qui dufacré Vallon nous dictez
les oracles, comul
Poëtes ! de LOUIS fi les faits
Téclatans IVHI
Ontfervi tantdefois de matiere
alvos chantejo ob
Etfide jour en jourl'on vitavec
Deſes bienfaus fur vous , augmenter
la mesured, o
Ilfaut enfafuorur, malgrél'ar-
Montrer que vousfauvez les
Hiros dela mom.201 ANOCI
Chargez du noble employ d'éterGALANT
niferfa gloire ,
Jusqu'auxfieclesfuturs transmettez
sa memoireid
Dépeignez en vos vers cet air
majestueux
Ce maintien de Heros ceport
digne des Dieux
De cet auguste front la majesté
Suprême
Si propre àfoutenir l'éclat du
diadema hivi ?
Mettez dans tout leur jour fes
rares qualitez
Son coeur&fon esprit si juſte-
Ce courage indompté, cette haute
prudence
12 MERCURE
Safolide vertu ,sa vaste intelli
101.3
gence,
par cent Ce long regne illustré
fameux exploits ,
Qui l'ont fait le modele
T
le
foûtiendes Rois.
Tantôt faites - le voir, dans
un âge encor tendre ,
Marchant en Conquerantfurles
pas d'Alexandre ,
Suivi des escadrons d'intrepides
guerriers,
Cüeillir au champ de Mars de
penibles lauriers.
La Victoire en volant le couvre
cakede fes altes ,
Et le conduit toûjours par des
GALANT.
routes nouvelles.
Qu'on le voye, en dépit desfou.n.
gueux aquilons
Atravers les frimats menerfes
bataillons,
ヤ
Fondreſur l'ennemi plus prompt
que n'estlafoudre
Renwerferſes remparts,mettreſes
murs en poudre ,
Par les plus obſtinezfaire acceppeterfarloy
Etporter dans les coeurs la terreur
&l'effroy
Mais ensuite changeant&de
ton destile
Peignez-le toûjours grand, mais
déja plus tranquile ,
*4 MERCURE
Agissant de la tête encor plus que
du bras ,
Soûtenantfeul le poids deſes daf-
છું છે : હું tesEtats.
Ici deſes arrests la rigueurfalutaire
Reprime des duels lafureurfan-
2
guinaires
Et contre l'ennemi détournant la
valeur,
Sur le pied du devoir , regle le
point d'honneur,
D'une autre part Themis , avec
fa faur Aftrée ,
Préferantfon Empireàla voûte
azurée,
Reviennent parses foins préſider
GALANT
aux Aniels
Que leur fait redreffer le plus
suitgrand des Mornalsme
La chicane àleur vûë, & l'infame
quarice
L'inique oppreffion &l'horrible
Enfans inceſtueux de cent monfsopres
divers d
Rentrent en fremiſſant dans le
quên mua sin des enfers.aldo W
Puis fur d'autres objets rappellant
noire que
Deſes vaſtes projets marquez
bien kétenduö
Dites parquel prodige enſes def-
Seins centfois, τα
16 MERCURE
Ilſcut aßujettir la natureàfes
-
toix
Comment , comptantpour rienles
plus fach ux obstacles ,
Ilsembla laforceràfairedes mirades.
Témoin ce grand projet qu'admira
l'univers ,
Quand malgré la distance il réunit
deux mers
N'oubliezpasfur- toutpourvotre
propre gloire , I
Combien il protegea les Filles de
Si malgré le tumulte , & lesfa
reurs de Mars and
Nous vîmes parmi nous triompher
GALANT. 17
pher les beaux Arts ,
Etfi tout lefracas desplus rudes
tempêtes ,
DuParnaßejamaisn'interrompit
lesfêtes
Muſes , vous le sçavez, ce n'est
qu'àla faveur
Que vous fçûtes joüir d'un fi rare
bonheur:
Tandis que parcourant une noble
carriere
Ses vertusà vos chants,fournisfoient
la matierez q
Ses bienfaits animans vos tendres
nourriffons,
Les rendoit atentifs à vos doctes
Merlegons
Decembre 1715. B
18 MERCURE
Mais je croy vous oüir ,Religion
facrée !
Déeffe, deLOUIS, en tout tems
reverée ,
Vous dont il fut toûjours le plus
folide appui
Craignez- vous que nos verss'en
taiſent aujourd'hui ?
Pourrions- nous oublier que pour
vôtre défenſe
Ilſignala cent fois de fon brasla
Narvik puißances
Que plus souvent encor, docileà
Il mépriſa pour vous la victoire
fes droits.
Offert àvos autels,presque avant
C
GALANT 19:
zenia i que de naître
Son attache pour vousſefitbientôt
connoître
Ilcrut que le pouvoirn'étoit mis
agram les mains
Que pour vous affervir le reste des
humains.
C'est pour vous qu'animéde l'ardour
d'unfaintzela,
De vos auguſtes droits confervateur
fidele
On lui vit conſommer tant de
nobles projets
Pour ramener à vous , de rebeles
ben føjets
L'Univers admira des nations
Bij
20 MERCURE
Ouvrirenfin lesyeux aux divines
a's lumierengqua
Et les peuples affis aux regions
2. des Morts
Revoir un jour plus purparfes
ach fages efforts, en
Viton , tant qu'il vécut , le
demon du blafpheme 10
Braver impunément la Majesté
Supreme al
L'impicen ſes fureurs , ofa-t- il
Etle crimefans masque,àſesyeux
Ye montrer ?
Que de Temples batis!que d'illuftres
Frophées
Monumens éternels , des erreurs
GALANT. 7 21
sétouffées !
Que d'aziles ſacrez où la chafte
pudeur
Acouvert des dangers
Sonhonneur!
Poëtes ,c'est Loüis
conferve
ffaauutt llee dépeindre ;
tel qu'il
Heureux en ce tableau de n'avoir
- rienàfeindresul
Mais auffi prenez garde , en
traçant ceportrait ,
Qu'un trop foible pinceau n'en
dérobe aucun trait
Faites voirfes vertus égalantfa
puiffance ,
Son merite plus grand, encorque
wafanaissance
22 MERCURE
Humble , malgré l'éclat d'une
bante ſplendent
Sçachantparsa bonté tempererſa
grandeur ,
Poßedant fans orguëil la majesté
Supreme
Maistre deſesſujets , plus encor
deluy même 2.19.201
Exact&vigilant ,fobre , labo-
Faisant tout par ses mains ,
voyant tout parfesyeux
Liberal genereux , profand ,
impenetrables esti
Du crime&de l'erreur wangeur
inexorable to no
Le défenseur des bons le fleau
GALANT. 23
! des méchans ,
Leprotecteur des Arts ,lefoûtien
des Sçavans ;
Le coeurfincere &droit , vaſte ,
conftant,folide,
Fermedans les dangers , coura
geux , intrepide ,
Toûjours égalàlui,dans lesfuccés
divers,
Grand, lors qu'il fut heureux,
plusgrand, dans les revers
Confervant jusqu'au bout d'une
Longue carriere
Desplus pures vertus lefacré
caractere.
Plein d'amour pour ſon Dieu ,
Soumis àfes decrets
14 MERCURE
Dans l'excésdeses maux, benif-
Santfes arrests,
Offrantfans murmureraux coups
८ defa justice
De ſes jours glorieux l'auguſte
facrifice ;
Montrantjusqu'au tombeau qu'il
ne lui manqua rien
DuRoy, ni du Heros,du Grand,
ni duChrétien.
:
Mais tandis que nos vers traceront
ces peintures ,
Illuftres monumens pour les races
futures,
PHILIPPES , digne appui du
trône de Loüis ,
Sur les traits de l'Ayeulformez
le Petit Fils ; De
GALANT 25
DuMonarque Françoisfoûtenez
Qu'il écoute dans vous la voix
de la Sageße : 10.01
Inſtruisez- le dans l'art de ces charmes
vainqueurs ,
Qui du Peuple des Grands
vous attirent les coeurs.
Quede Dous il apprenne àregler
Son courage,
Qu'il puiße à votre exemple être
vaillant &ſage;
Que de Loüis mourant il rempliffe
les voeux , :
Et qu'unjour comme vous ilfaſſe
des heureux.
J. MARGAT , D. L. C. D. J.
Decembre 1715.
aux Poëtes à faire l'Eloge
de Loüis le Grand..
Favoris d'Apollon , dont les
doctes ouvrages
Sçavent braver des sems,les funoftes
racinges;
Vous qui poßedez l'art de tracer
21 Joucesportraitsup odabi
Dont les vives douleurs ne s'effacent
jamais Le
10 MERCURE
Grands , fublimes efprits ,fi feconds
en miracles
Qui dufacré Vallon nous dictez
les oracles, comul
Poëtes ! de LOUIS fi les faits
Téclatans IVHI
Ontfervi tantdefois de matiere
alvos chantejo ob
Etfide jour en jourl'on vitavec
Deſes bienfaus fur vous , augmenter
la mesured, o
Ilfaut enfafuorur, malgrél'ar-
Montrer que vousfauvez les
Hiros dela mom.201 ANOCI
Chargez du noble employ d'éterGALANT
niferfa gloire ,
Jusqu'auxfieclesfuturs transmettez
sa memoireid
Dépeignez en vos vers cet air
majestueux
Ce maintien de Heros ceport
digne des Dieux
De cet auguste front la majesté
Suprême
Si propre àfoutenir l'éclat du
diadema hivi ?
Mettez dans tout leur jour fes
rares qualitez
Son coeur&fon esprit si juſte-
Ce courage indompté, cette haute
prudence
12 MERCURE
Safolide vertu ,sa vaste intelli
101.3
gence,
par cent Ce long regne illustré
fameux exploits ,
Qui l'ont fait le modele
T
le
foûtiendes Rois.
Tantôt faites - le voir, dans
un âge encor tendre ,
Marchant en Conquerantfurles
pas d'Alexandre ,
Suivi des escadrons d'intrepides
guerriers,
Cüeillir au champ de Mars de
penibles lauriers.
La Victoire en volant le couvre
cakede fes altes ,
Et le conduit toûjours par des
GALANT.
routes nouvelles.
Qu'on le voye, en dépit desfou.n.
gueux aquilons
Atravers les frimats menerfes
bataillons,
ヤ
Fondreſur l'ennemi plus prompt
que n'estlafoudre
Renwerferſes remparts,mettreſes
murs en poudre ,
Par les plus obſtinezfaire acceppeterfarloy
Etporter dans les coeurs la terreur
&l'effroy
Mais ensuite changeant&de
ton destile
Peignez-le toûjours grand, mais
déja plus tranquile ,
*4 MERCURE
Agissant de la tête encor plus que
du bras ,
Soûtenantfeul le poids deſes daf-
છું છે : હું tesEtats.
Ici deſes arrests la rigueurfalutaire
Reprime des duels lafureurfan-
2
guinaires
Et contre l'ennemi détournant la
valeur,
Sur le pied du devoir , regle le
point d'honneur,
D'une autre part Themis , avec
fa faur Aftrée ,
Préferantfon Empireàla voûte
azurée,
Reviennent parses foins préſider
GALANT
aux Aniels
Que leur fait redreffer le plus
suitgrand des Mornalsme
La chicane àleur vûë, & l'infame
quarice
L'inique oppreffion &l'horrible
Enfans inceſtueux de cent monfsopres
divers d
Rentrent en fremiſſant dans le
quên mua sin des enfers.aldo W
Puis fur d'autres objets rappellant
noire que
Deſes vaſtes projets marquez
bien kétenduö
Dites parquel prodige enſes def-
Seins centfois, τα
16 MERCURE
Ilſcut aßujettir la natureàfes
-
toix
Comment , comptantpour rienles
plus fach ux obstacles ,
Ilsembla laforceràfairedes mirades.
Témoin ce grand projet qu'admira
l'univers ,
Quand malgré la distance il réunit
deux mers
N'oubliezpasfur- toutpourvotre
propre gloire , I
Combien il protegea les Filles de
Si malgré le tumulte , & lesfa
reurs de Mars and
Nous vîmes parmi nous triompher
GALANT. 17
pher les beaux Arts ,
Etfi tout lefracas desplus rudes
tempêtes ,
DuParnaßejamaisn'interrompit
lesfêtes
Muſes , vous le sçavez, ce n'est
qu'àla faveur
Que vous fçûtes joüir d'un fi rare
bonheur:
Tandis que parcourant une noble
carriere
Ses vertusà vos chants,fournisfoient
la matierez q
Ses bienfaits animans vos tendres
nourriffons,
Les rendoit atentifs à vos doctes
Merlegons
Decembre 1715. B
18 MERCURE
Mais je croy vous oüir ,Religion
facrée !
Déeffe, deLOUIS, en tout tems
reverée ,
Vous dont il fut toûjours le plus
folide appui
Craignez- vous que nos verss'en
taiſent aujourd'hui ?
Pourrions- nous oublier que pour
vôtre défenſe
Ilſignala cent fois de fon brasla
Narvik puißances
Que plus souvent encor, docileà
Il mépriſa pour vous la victoire
fes droits.
Offert àvos autels,presque avant
C
GALANT 19:
zenia i que de naître
Son attache pour vousſefitbientôt
connoître
Ilcrut que le pouvoirn'étoit mis
agram les mains
Que pour vous affervir le reste des
humains.
C'est pour vous qu'animéde l'ardour
d'unfaintzela,
De vos auguſtes droits confervateur
fidele
On lui vit conſommer tant de
nobles projets
Pour ramener à vous , de rebeles
ben føjets
L'Univers admira des nations
Bij
20 MERCURE
Ouvrirenfin lesyeux aux divines
a's lumierengqua
Et les peuples affis aux regions
2. des Morts
Revoir un jour plus purparfes
ach fages efforts, en
Viton , tant qu'il vécut , le
demon du blafpheme 10
Braver impunément la Majesté
Supreme al
L'impicen ſes fureurs , ofa-t- il
Etle crimefans masque,àſesyeux
Ye montrer ?
Que de Temples batis!que d'illuftres
Frophées
Monumens éternels , des erreurs
GALANT. 7 21
sétouffées !
Que d'aziles ſacrez où la chafte
pudeur
Acouvert des dangers
Sonhonneur!
Poëtes ,c'est Loüis
conferve
ffaauutt llee dépeindre ;
tel qu'il
Heureux en ce tableau de n'avoir
- rienàfeindresul
Mais auffi prenez garde , en
traçant ceportrait ,
Qu'un trop foible pinceau n'en
dérobe aucun trait
Faites voirfes vertus égalantfa
puiffance ,
Son merite plus grand, encorque
wafanaissance
22 MERCURE
Humble , malgré l'éclat d'une
bante ſplendent
Sçachantparsa bonté tempererſa
grandeur ,
Poßedant fans orguëil la majesté
Supreme
Maistre deſesſujets , plus encor
deluy même 2.19.201
Exact&vigilant ,fobre , labo-
Faisant tout par ses mains ,
voyant tout parfesyeux
Liberal genereux , profand ,
impenetrables esti
Du crime&de l'erreur wangeur
inexorable to no
Le défenseur des bons le fleau
GALANT. 23
! des méchans ,
Leprotecteur des Arts ,lefoûtien
des Sçavans ;
Le coeurfincere &droit , vaſte ,
conftant,folide,
Fermedans les dangers , coura
geux , intrepide ,
Toûjours égalàlui,dans lesfuccés
divers,
Grand, lors qu'il fut heureux,
plusgrand, dans les revers
Confervant jusqu'au bout d'une
Longue carriere
Desplus pures vertus lefacré
caractere.
Plein d'amour pour ſon Dieu ,
Soumis àfes decrets
14 MERCURE
Dans l'excésdeses maux, benif-
Santfes arrests,
Offrantfans murmureraux coups
८ defa justice
De ſes jours glorieux l'auguſte
facrifice ;
Montrantjusqu'au tombeau qu'il
ne lui manqua rien
DuRoy, ni du Heros,du Grand,
ni duChrétien.
:
Mais tandis que nos vers traceront
ces peintures ,
Illuftres monumens pour les races
futures,
PHILIPPES , digne appui du
trône de Loüis ,
Sur les traits de l'Ayeulformez
le Petit Fils ; De
GALANT 25
DuMonarque Françoisfoûtenez
Qu'il écoute dans vous la voix
de la Sageße : 10.01
Inſtruisez- le dans l'art de ces charmes
vainqueurs ,
Qui du Peuple des Grands
vous attirent les coeurs.
Quede Dous il apprenne àregler
Son courage,
Qu'il puiße à votre exemple être
vaillant &ſage;
Que de Loüis mourant il rempliffe
les voeux , :
Et qu'unjour comme vous ilfaſſe
des heureux.
J. MARGAT , D. L. C. D. J.
Decembre 1715.
Fermer
463
p. 26-36
ODE sur la mort du Roy.
Début :
Quelle douleur succede à tes vives allarmes ? [...]
Mots clefs :
France, Règne, Mort du roi, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE sur la mort du Roy.
ODE 200
fur la mort du Roy
Quelle douleur fuccede à tes
vives allarmes ?
France, tupers Lois ton appui
dans tes maux
Qu'àtes pleurs l'univers vienne
د meslerſes Larmes
Lamort lui ravitſon Heros.
Son regne dont l'éclat plus de
deux foisſept lustres
GALANT. 27
Jusqu'aux climats brulans fit refpecter
les Lys
Fut moins long par les ans , que
par les faits illuftres
Dontſesfastesferontremplis.
CeHerosenluiſeul a réüni la
gloire
Dont la guerre & la paix ont
couvertſes ayeux ;
Etfon regne àjamais
3
vir d'histoire
pourrafer.
De tous les regnesglorieux.
Lepenchant genereux qu'il reçut
en partage
Des Rois & des Etats lefit le
protecteur ;
Etfon grand nom le fruit de fon
Cij
28 MERCURE
noble courage ,
٦٠
L'enfit malgré luy la terreur.
Tout àses coups alors cedafans
resistance ,
La victoireſembloit aßervic afes
loix,
Ettantdefois vainqueur jamais
asapuißance
Loüis n'égala ſes exploits.
A bornerses progrés il trouva
plus de charmes ;
Au coeur de ce Monarque il en
pent trop coûté 2.
Defignater encor la force de ſes
rmes
Aux dépens de ſon équité.
Maisfoit qu'il triomphât de la
GALANT. 29
fortune altiere ,
Soit qu'il la vit partoutſeconder
ſes projets ,
Il fut plus grand dans l'une &
dans l'autre carriere
Quefa gloire &quefesfuccés.
En vain pour nous punir le
Ciebdans fa colere
Trancha le cours heureux de nos
profperitez;
Lois qu'il nous laiſſoit dans un
fort fi contraire
Nous répondoit deſes bontez.
Contre tous les reversfa grande
ame affermie
Dans l'excés de nos maux fut
nêtre unique appuy ,
Ciij
30 MERCURE
Et ce que nous oſtoit la fortune
ennemie
Nous le retrouvions tout en
luy.
Sa vertufçut bientoſt diſſiper
ces tempêtes ,
Et nous faire admirer ces beaux
jours retracez
Où l'avenir verra par unmois
de conquêtes
Des regnes fameux effacez.
Loin d'icy ces guerriers qu'on
voit toûjours extrêmes
Fougueux dans les perils, laches
dans le repos ;
Illeur faut des combats , trop
foibles par cux mêmes
GALANT. 31
Pour pouvoir mourir en Heros.
Louis de ses beaux jours fent
approcher leperme
Tel qu'on le vit cent fois affronviouti
par le trépas :
Tout tremble &s'attendrit,Louis
٢٠
tranquile&ferme
il
Louis feul ne s'allarme pas.
Rien n'échape à ſes ſoins
parle,erfa fagiſſe
Datrône au jeuneRoy peint les
vécueils divers ;
Aux leçons quepour toy luy dicte
לייfa tendreffe ,
France, connois ce que tupers.
Pourquoyparſes leçons luy dé.
couvrir l'usage
Ciij
32 MERCURE
Que doit faire un grand coeur du
Souverain pouvoir
Qu'à ses yeux pour l'inftruire il
retrace l'image ১৯২
Du regne qu'il nous afaitvoir.
Pour la Religion que ne fit
ploaintfonzele?
C'est elle qui luy rend ce qu'elle
tient de luy;
Il fut fon protecteur , par un
retourfidele
Il trouve en elle unferme appuy.
Il meurt,mais plus beros qu'en
cesjours qu'on admire
Où Maîtreffe du fort de tousſes
ennemis
La France triomphantea vûfous
GALANT. 33.
for empire
L'Univers tremblantoufoumis.
Sagloire qu'il porta juſqu'au
degré fuprême
L'avoir mis au-deſſus du reſte des
humains ,
La mort pour s'élever au- deſſus
de luy- même
A fçûluyfrayer les chemins.
Des temps les plus heureux
découvrons les vestiges,
Quelfiecle raffembla tantde traits
Quel fiecle a- t- il du noftre égalé
les prodiges ?
Quand il n'eût produit que Loüis.
Mais deviez- vous belasfourdà
34 MERCURE
noftre priere
Acette épreuve encor , ô Ciel ,
nous referver ?
Falloit il nous montrerſa vertu
24 toute entiere
Si vouliez nous l'enlever.
Vains efforts il n'est plus ,ô
tristeße mortelle !
Pout foûtenir nos coeurs par ce
coup abbatus ,
Confervons-y toûjours leſouvenir
fidelle
De ſes heroïques vertus.
Souvenir accablant , impuif-
Santereffource,
Dans l'excés de nos maux foible
Soulagement,
GALANT. 35
Qui de nôtre douleur nous découvrant
lasource
En irrite leſentiment.
Dignefang de Louis ,aprés ce
coup funeste ,
Vous estes aujourd'huy nôtre espoir
le plus doux :
Profitezdes bienfaits de la bonté
celeste
Pourlefaire revivre envous.
Recueillez les vertusde vôtre
auguste race,
D'unpere &d'un ayeulles regnes
nous font dûs :
Prince ,il faut que ſous vous un
feul regne remplace
Tous ceux que nous avons perdus.
36 MERCURE
Duberos dont les loix reglent
nos destinées,
Et que de mille dans le Ciel prit
Soin d'orner
Les exemplessçauront bien mieux
que les années
Vous montrer l'art degouverner.
A. BARRY , D. L C. D J.
fur la mort du Roy
Quelle douleur fuccede à tes
vives allarmes ?
France, tupers Lois ton appui
dans tes maux
Qu'àtes pleurs l'univers vienne
د meslerſes Larmes
Lamort lui ravitſon Heros.
Son regne dont l'éclat plus de
deux foisſept lustres
GALANT. 27
Jusqu'aux climats brulans fit refpecter
les Lys
Fut moins long par les ans , que
par les faits illuftres
Dontſesfastesferontremplis.
CeHerosenluiſeul a réüni la
gloire
Dont la guerre & la paix ont
couvertſes ayeux ;
Etfon regne àjamais
3
vir d'histoire
pourrafer.
De tous les regnesglorieux.
Lepenchant genereux qu'il reçut
en partage
Des Rois & des Etats lefit le
protecteur ;
Etfon grand nom le fruit de fon
Cij
28 MERCURE
noble courage ,
٦٠
L'enfit malgré luy la terreur.
Tout àses coups alors cedafans
resistance ,
La victoireſembloit aßervic afes
loix,
Ettantdefois vainqueur jamais
asapuißance
Loüis n'égala ſes exploits.
A bornerses progrés il trouva
plus de charmes ;
Au coeur de ce Monarque il en
pent trop coûté 2.
Defignater encor la force de ſes
rmes
Aux dépens de ſon équité.
Maisfoit qu'il triomphât de la
GALANT. 29
fortune altiere ,
Soit qu'il la vit partoutſeconder
ſes projets ,
Il fut plus grand dans l'une &
dans l'autre carriere
Quefa gloire &quefesfuccés.
En vain pour nous punir le
Ciebdans fa colere
Trancha le cours heureux de nos
profperitez;
Lois qu'il nous laiſſoit dans un
fort fi contraire
Nous répondoit deſes bontez.
Contre tous les reversfa grande
ame affermie
Dans l'excés de nos maux fut
nêtre unique appuy ,
Ciij
30 MERCURE
Et ce que nous oſtoit la fortune
ennemie
Nous le retrouvions tout en
luy.
Sa vertufçut bientoſt diſſiper
ces tempêtes ,
Et nous faire admirer ces beaux
jours retracez
Où l'avenir verra par unmois
de conquêtes
Des regnes fameux effacez.
Loin d'icy ces guerriers qu'on
voit toûjours extrêmes
Fougueux dans les perils, laches
dans le repos ;
Illeur faut des combats , trop
foibles par cux mêmes
GALANT. 31
Pour pouvoir mourir en Heros.
Louis de ses beaux jours fent
approcher leperme
Tel qu'on le vit cent fois affronviouti
par le trépas :
Tout tremble &s'attendrit,Louis
٢٠
tranquile&ferme
il
Louis feul ne s'allarme pas.
Rien n'échape à ſes ſoins
parle,erfa fagiſſe
Datrône au jeuneRoy peint les
vécueils divers ;
Aux leçons quepour toy luy dicte
לייfa tendreffe ,
France, connois ce que tupers.
Pourquoyparſes leçons luy dé.
couvrir l'usage
Ciij
32 MERCURE
Que doit faire un grand coeur du
Souverain pouvoir
Qu'à ses yeux pour l'inftruire il
retrace l'image ১৯২
Du regne qu'il nous afaitvoir.
Pour la Religion que ne fit
ploaintfonzele?
C'est elle qui luy rend ce qu'elle
tient de luy;
Il fut fon protecteur , par un
retourfidele
Il trouve en elle unferme appuy.
Il meurt,mais plus beros qu'en
cesjours qu'on admire
Où Maîtreffe du fort de tousſes
ennemis
La France triomphantea vûfous
GALANT. 33.
for empire
L'Univers tremblantoufoumis.
Sagloire qu'il porta juſqu'au
degré fuprême
L'avoir mis au-deſſus du reſte des
humains ,
La mort pour s'élever au- deſſus
de luy- même
A fçûluyfrayer les chemins.
Des temps les plus heureux
découvrons les vestiges,
Quelfiecle raffembla tantde traits
Quel fiecle a- t- il du noftre égalé
les prodiges ?
Quand il n'eût produit que Loüis.
Mais deviez- vous belasfourdà
34 MERCURE
noftre priere
Acette épreuve encor , ô Ciel ,
nous referver ?
Falloit il nous montrerſa vertu
24 toute entiere
Si vouliez nous l'enlever.
Vains efforts il n'est plus ,ô
tristeße mortelle !
Pout foûtenir nos coeurs par ce
coup abbatus ,
Confervons-y toûjours leſouvenir
fidelle
De ſes heroïques vertus.
Souvenir accablant , impuif-
Santereffource,
Dans l'excés de nos maux foible
Soulagement,
GALANT. 35
Qui de nôtre douleur nous découvrant
lasource
En irrite leſentiment.
Dignefang de Louis ,aprés ce
coup funeste ,
Vous estes aujourd'huy nôtre espoir
le plus doux :
Profitezdes bienfaits de la bonté
celeste
Pourlefaire revivre envous.
Recueillez les vertusde vôtre
auguste race,
D'unpere &d'un ayeulles regnes
nous font dûs :
Prince ,il faut que ſous vous un
feul regne remplace
Tous ceux que nous avons perdus.
36 MERCURE
Duberos dont les loix reglent
nos destinées,
Et que de mille dans le Ciel prit
Soin d'orner
Les exemplessçauront bien mieux
que les années
Vous montrer l'art degouverner.
A. BARRY , D. L C. D J.
Fermer
464
p. 48-58
CHAPITRE I. DES EVENEMENS curieux qui ont precedé la Mission de Mehemet Riza Beg, en France.
Début :
Lorsque M. Fabre fut envoyé de Constantinople en Perse, pa [...]
Mots clefs :
Mehmet Riza Beg, Ambassadeur de Perse, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE I. DES EVENEMENS curieux qui ont precedé la Mission de Mehemet Riza Beg, en France.
CHAPITRE I.
DESEVENEMENS
curieux qui ont precedé la
Mission de Mehmet Riza
Bigen France.
Lorſque M. Fabre fut envoyé
de Conſtantinople en
Perfe , pa M. de Feriol , Ambafladeur
à la Porte , & qu'il
cût
GALANT. 49
cût receu de luy ics Lettres
d'Envoyé Extraordinaire &
les Preſens du Royde France,
pour le Roy de Perſe , il tomba
malade à Erivan .
,
Une jeune & belle fille de
Dijon qu'il avoit eû la précaution
de mener avec luy , pour
ne pas s'ennuyer en chemin
employa tous ſes ſoins pour
luy fauver la vie; mais la mort
qui l'enleva , la rendit en peu
dejours , veuvede ſonAmant.
Alors elle tint un petitConſeil
dans ſamaiſon , les enfans du
deffunt ,& fes domeſtiques qui
avoient une grande opinion
Decembre 1715 . E
رم MERCURE
de ſon eſprit , ſe déclarerent
tous pour elle Leurs fuffrages
&leurs foumiſſions la raffeurerent
contre tous les perils ,
que ſans leur ſecours , ella
pouvoit courir dans une Contrée
auffi éloignée des lieux où
elle avoit receu le jour. Mademoiſelle
P. ( c'eſt le nom de
cette belle perſonne , qui eſt
maintenant à Paris ) ſe ſaiſit
alors des papiers&des inftruc ,
tions de M. Fabre , & forma
le projet de remettre elle-même
dans les mains du Sophi de
Perfe ,les preſens deſtinez pour
Sa Hautefle , &dont la Cour
GALANT. SE
de France avoit chargé fon
Amant. Elle prit en même
temps caractere ,& en veritable
Ambaſladrice de France ,
elle déclara à Fars Ali , alors
* Kan d'Erivan , les ordres
qu'elle avoit du Roy Loüis
XIV. ſon Maître ,de ſe rendre
inceſſamment à Hifpahan.
Pluſieurs Courriers furent auffitoſt
dépêchez pour aller
annoncer aux Miniſtres du
Roy de Perſe , l'arrivée de
Madame l'Ambaſſadrice de
France àErivan , Mademoiſelle
P. auroitjoüé fon rôle àmer-
Gouverneur.
E ij
52 MERCURE
veille , ( car elle a beaucoup
d'eſprit ) fi malheureuſement
Fars Ali n'étoit devenu amoureux
d'elle. La paſſion du Kan
qui l'embarraſſa prodigieute,
ment , fufpendit l'execution
de ſes projets & les ruïna mê,
me entiérement , parce que ,
fur ces entrefaites M. de Feriol
fut inſtruit des grands
deſſeins de Madame l'Ambafſadrice
, & prie de juſtes meſures
pour en empêcher l'effer.
Mehemet Riza Beg qui eſt le
Heros de cette hiſtoire ,& qui
n'étoit alors * qu'un chétifCen-
* Parod. d'Heraclius ,Trag, de Cor.
neille...
.
1
GALANT. 53
tenier des Troupes d' Armenie , la
vit un jour qu'elle faiſoitune
Cavalcade dans la Ville d'Erivan
, ſuiviede tous ſes domef
tiques ; il la trouva fi belle
qu'ilne pût deffendre ſoncoeur
du feu de ſes beaux yeux , &
fon amour prenant chaque
jour de nouvelles forces dans
l'éclat des charmes qu'il adoroit
, il eût enfin l'inſolence de
luy déclarer fa paſſion ; mais
il en fut receu de la même
maniere que la plus brillante
coquette de France recevroit
unProcureur Fiſcal qui oferoit
devenir amoureux d'elle,&luy
E iij
54 MERCURE
faire le temeraire aveu de fon
amour. Elle vit bien qu'il n'y
avoit pas de l'eauà boire avec
unAmantde cette eſpece, ſes
yeux dédaignant même le
Kin qui brûloit pour elle , avoient
réſolu de n'eſſayer leurs
traits que fur le coeur du Sophi,
Ce Prince alors s'approchant
d'Erivan , ſur la nouvelle
qu'il receut de la qualité , des
beautez & de l'arrivée de cette
grande Damedans la Capitale
de l'Armenie , luy envoya des
Eſclaves , des chevaux & des
chameaux chargez de vivres
& de prefens , clcortez d'un
GALANT. SS
gros de Cavaleric , qui avoit
ordre de l'eſcorter elle même ,
juſques dans la Ville où il avoit
réſoluderecevoir cette illuftre
Ambaſſadrice ; mais le fuccés
ne répondit pas à fon attente ,
&des Lettres qui luy furent
envoyées de Conſtantinople ,
le détromperent au milieu des
grands préparatifs qu'il failoit
pour cette pompeufe ceremonic.
Il s'indigna de la fupercheriede
cette fille,dont l'hiſtoire
luy fut écrite , affez fidelement
pour le dégoûter de l'envie
de la voir , & il envoya fur
le champ au Kan d'Erivan ,
,
Eijij
56 MERCURE
ordrede la chaſſer des terres de
fon Empire. Alors ce Kan
voyant renaître ſes eſperances
par le malheur de cette belle &
infortunée victime de la colere
du Sultan , forma le defſein
de l'enfermer dans ſon
Serrail , de renvoyer ſes domeſtiques
en Europe , & d'écrire
auffitôt àſon Maître qu'il
avoit executé l'ordre de Sa
Hauteſſe. Je ne ſçay par quelle
voye le jaloux Mehemet fut
inftruit des deſſeins du Kan ,
mais je ſçay de bonne part que
la frayeur qu'il eûr qu'elle ne
fut à jamais la proye de cet
GALANT. 57
homme violent , le détermina
àl'avertir (quoiqu'il en coutât
infiniment àſon repos )du funeſte
projet qu'il avoit formé
contre elle. Elle profita de l'avis
,& revint enfin en Europe,
aux dépens de tout ce qu'elle
avoit pû ménager d'argent ,&
à la faveur de mille déguiſes
ments dont le détail ſeroit d'une
longueur prodigieuſe , &
peut être même ennuyeuſe ,
malgré le grand fuccés dont ſe
fatte celuy qui a pris la peine
d'écrire toutes les circonſtances
de cette merveilleuſe Hil
toire , qu'il promet de rendre
38 MERCURE
inceſſamment pubique tous le
nom del Heroine de Perfe , qui
a depuis peu , par parenthefe ,
eſlayé de donner à Paris des
marques de fa reconnoiffance ,
à fon liberateur;mais dés qu'on
ſçût qu'elle s'acharnoit à luy
rendre des viſites , on eût foin
de la mettre ſous la garde d'un
Moger d Erat , qui a répondu
d'elle , pendant tout le féjour
que cet Ambaſſadeur a
fait icy. Revenons maintenant
al'Hintone de ſon Ambaſlade.
DESEVENEMENS
curieux qui ont precedé la
Mission de Mehmet Riza
Bigen France.
Lorſque M. Fabre fut envoyé
de Conſtantinople en
Perfe , pa M. de Feriol , Ambafladeur
à la Porte , & qu'il
cût
GALANT. 49
cût receu de luy ics Lettres
d'Envoyé Extraordinaire &
les Preſens du Royde France,
pour le Roy de Perſe , il tomba
malade à Erivan .
,
Une jeune & belle fille de
Dijon qu'il avoit eû la précaution
de mener avec luy , pour
ne pas s'ennuyer en chemin
employa tous ſes ſoins pour
luy fauver la vie; mais la mort
qui l'enleva , la rendit en peu
dejours , veuvede ſonAmant.
Alors elle tint un petitConſeil
dans ſamaiſon , les enfans du
deffunt ,& fes domeſtiques qui
avoient une grande opinion
Decembre 1715 . E
رم MERCURE
de ſon eſprit , ſe déclarerent
tous pour elle Leurs fuffrages
&leurs foumiſſions la raffeurerent
contre tous les perils ,
que ſans leur ſecours , ella
pouvoit courir dans une Contrée
auffi éloignée des lieux où
elle avoit receu le jour. Mademoiſelle
P. ( c'eſt le nom de
cette belle perſonne , qui eſt
maintenant à Paris ) ſe ſaiſit
alors des papiers&des inftruc ,
tions de M. Fabre , & forma
le projet de remettre elle-même
dans les mains du Sophi de
Perfe ,les preſens deſtinez pour
Sa Hautefle , &dont la Cour
GALANT. SE
de France avoit chargé fon
Amant. Elle prit en même
temps caractere ,& en veritable
Ambaſladrice de France ,
elle déclara à Fars Ali , alors
* Kan d'Erivan , les ordres
qu'elle avoit du Roy Loüis
XIV. ſon Maître ,de ſe rendre
inceſſamment à Hifpahan.
Pluſieurs Courriers furent auffitoſt
dépêchez pour aller
annoncer aux Miniſtres du
Roy de Perſe , l'arrivée de
Madame l'Ambaſſadrice de
France àErivan , Mademoiſelle
P. auroitjoüé fon rôle àmer-
Gouverneur.
E ij
52 MERCURE
veille , ( car elle a beaucoup
d'eſprit ) fi malheureuſement
Fars Ali n'étoit devenu amoureux
d'elle. La paſſion du Kan
qui l'embarraſſa prodigieute,
ment , fufpendit l'execution
de ſes projets & les ruïna mê,
me entiérement , parce que ,
fur ces entrefaites M. de Feriol
fut inſtruit des grands
deſſeins de Madame l'Ambafſadrice
, & prie de juſtes meſures
pour en empêcher l'effer.
Mehemet Riza Beg qui eſt le
Heros de cette hiſtoire ,& qui
n'étoit alors * qu'un chétifCen-
* Parod. d'Heraclius ,Trag, de Cor.
neille...
.
1
GALANT. 53
tenier des Troupes d' Armenie , la
vit un jour qu'elle faiſoitune
Cavalcade dans la Ville d'Erivan
, ſuiviede tous ſes domef
tiques ; il la trouva fi belle
qu'ilne pût deffendre ſoncoeur
du feu de ſes beaux yeux , &
fon amour prenant chaque
jour de nouvelles forces dans
l'éclat des charmes qu'il adoroit
, il eût enfin l'inſolence de
luy déclarer fa paſſion ; mais
il en fut receu de la même
maniere que la plus brillante
coquette de France recevroit
unProcureur Fiſcal qui oferoit
devenir amoureux d'elle,&luy
E iij
54 MERCURE
faire le temeraire aveu de fon
amour. Elle vit bien qu'il n'y
avoit pas de l'eauà boire avec
unAmantde cette eſpece, ſes
yeux dédaignant même le
Kin qui brûloit pour elle , avoient
réſolu de n'eſſayer leurs
traits que fur le coeur du Sophi,
Ce Prince alors s'approchant
d'Erivan , ſur la nouvelle
qu'il receut de la qualité , des
beautez & de l'arrivée de cette
grande Damedans la Capitale
de l'Armenie , luy envoya des
Eſclaves , des chevaux & des
chameaux chargez de vivres
& de prefens , clcortez d'un
GALANT. SS
gros de Cavaleric , qui avoit
ordre de l'eſcorter elle même ,
juſques dans la Ville où il avoit
réſoluderecevoir cette illuftre
Ambaſſadrice ; mais le fuccés
ne répondit pas à fon attente ,
&des Lettres qui luy furent
envoyées de Conſtantinople ,
le détromperent au milieu des
grands préparatifs qu'il failoit
pour cette pompeufe ceremonic.
Il s'indigna de la fupercheriede
cette fille,dont l'hiſtoire
luy fut écrite , affez fidelement
pour le dégoûter de l'envie
de la voir , & il envoya fur
le champ au Kan d'Erivan ,
,
Eijij
56 MERCURE
ordrede la chaſſer des terres de
fon Empire. Alors ce Kan
voyant renaître ſes eſperances
par le malheur de cette belle &
infortunée victime de la colere
du Sultan , forma le defſein
de l'enfermer dans ſon
Serrail , de renvoyer ſes domeſtiques
en Europe , & d'écrire
auffitôt àſon Maître qu'il
avoit executé l'ordre de Sa
Hauteſſe. Je ne ſçay par quelle
voye le jaloux Mehemet fut
inftruit des deſſeins du Kan ,
mais je ſçay de bonne part que
la frayeur qu'il eûr qu'elle ne
fut à jamais la proye de cet
GALANT. 57
homme violent , le détermina
àl'avertir (quoiqu'il en coutât
infiniment àſon repos )du funeſte
projet qu'il avoit formé
contre elle. Elle profita de l'avis
,& revint enfin en Europe,
aux dépens de tout ce qu'elle
avoit pû ménager d'argent ,&
à la faveur de mille déguiſes
ments dont le détail ſeroit d'une
longueur prodigieuſe , &
peut être même ennuyeuſe ,
malgré le grand fuccés dont ſe
fatte celuy qui a pris la peine
d'écrire toutes les circonſtances
de cette merveilleuſe Hil
toire , qu'il promet de rendre
38 MERCURE
inceſſamment pubique tous le
nom del Heroine de Perfe , qui
a depuis peu , par parenthefe ,
eſlayé de donner à Paris des
marques de fa reconnoiffance ,
à fon liberateur;mais dés qu'on
ſçût qu'elle s'acharnoit à luy
rendre des viſites , on eût foin
de la mettre ſous la garde d'un
Moger d Erat , qui a répondu
d'elle , pendant tout le féjour
que cet Ambaſſadeur a
fait icy. Revenons maintenant
al'Hintone de ſon Ambaſlade.
Fermer
465
p. 129-130
« Aprés avoir promis le mois passé de donner un Etat des [...] »
Début :
Aprés avoir promis le mois passé de donner un Etat des [...]
Mots clefs :
Roi
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texteReconnaissance textuelle : « Aprés avoir promis le mois passé de donner un Etat des [...] »
Aprés avoir promis le mois
paffe de donner un Etat des
Principaux Officiers de laMaifon
du Roy , de celle du Regenti,
de Madamela Dacheffe
deBerryy delMud me,& de
Midamela Ducheffe d'Or
leans , en confideration, des
changements qui y font arrivez
depuis la mort du Roy ,
130 MERCURE
il eft juſte que jevtienne ama
parole ce mois cy en vous en
donnantune Lifte que j'ayrem
due auffi exacte qu'il m'a eſté
poſſiblede le faire, à quoy je
ne me fetois certainement
pas engagé,ſij'en avois preveu
Jes difficultez. Au reftes'il y a
quelques omiffions ,comme
jay lieu de l'apprehender , je
prie le lecteur d'avoir l'indul
gence d'attendre que je lesré
pare, ce que je feray à la pre
miere occafionqui s'en prefentera.
paffe de donner un Etat des
Principaux Officiers de laMaifon
du Roy , de celle du Regenti,
de Madamela Dacheffe
deBerryy delMud me,& de
Midamela Ducheffe d'Or
leans , en confideration, des
changements qui y font arrivez
depuis la mort du Roy ,
130 MERCURE
il eft juſte que jevtienne ama
parole ce mois cy en vous en
donnantune Lifte que j'ayrem
due auffi exacte qu'il m'a eſté
poſſiblede le faire, à quoy je
ne me fetois certainement
pas engagé,ſij'en avois preveu
Jes difficultez. Au reftes'il y a
quelques omiffions ,comme
jay lieu de l'apprehender , je
prie le lecteur d'avoir l'indul
gence d'attendre que je lesré
pare, ce que je feray à la pre
miere occafionqui s'en prefentera.
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466
p. 131-175
ETAT contenant les noms des Officiers de la Maison du Roy LOUIS XV. à present regnant ; ceux de Madame, Fille de France Duchesse de Berry, de Madame, de M. le Duc d'Orleans, Regent du Royaume, & de Madame la Duchesse d'Orleans.
Début :
La Chapelle du Roy est composée du grand Aumônier de France. [...]
Mots clefs :
Louis XV, Duc d'Orléans, Régent du Royaume, Duchesse de Berry, Officiers de la Maison du roi Louis XV, Officiers de la Maison du roi, Roi, Abbé, Marquis, Chanoine, Chapelle, Aumônier, Chevalier, Écuyers, Gouverneur, Gentilshommes, Prince, Clercs, Chapelain, Écurie, Marquise , Duchesse, Chirurgien, Médecin
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texteReconnaissance textuelle : ETAT contenant les noms des Officiers de la Maison du Roy LOUIS XV. à present regnant ; ceux de Madame, Fille de France Duchesse de Berry, de Madame, de M. le Duc d'Orleans, Regent du Royaume, & de Madame la Duchesse d'Orleans.
ETAT contenant les noms
des Officiers de la Maiſon
du Roy Louis XV. à
preſent regnant ; ceux de
Madame , Fille de France
Ducheffe de Berry , de Madame
, de M. le Duc d'Orleans,
Regentdu Royaume,
&de Madame la Ducheſſe
d'Orleans.
La Chapelle du Roy est compofée
-du grandAumônier de France.
M. le Cardinal de Rohan
Commandeur né des Ordres
du Roy , Evêque &Prince de
Strasbourg.
132 MERCURE
Du premier Aumônier , &
autres Aumôniers de quartier.
Le premier Aumonier.
M.le Duc de Coiflin, Evêque
&Prince de Metz , Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit ,
Le Maistre del'Oratoire.
M. l'Evêque de S Omer.
Le Confeffeur duRoy.
: Ily a buit Aumoniers , deux
àchaque Quartier.
M. l'Abbé Morel , Chanoi
ne de l'Eglise de Paris &Confeiller
au Parlement......
Mal'Abbé de Maulevrier,
Chanoine& Comte de Lyon.
pandane
GALANT
M'Abbéd Entragues ,
Abbé de Valence, couro sb
M.l'Abbé du Cambour,
M. l'Abbé d'Argentre, Abbéde
Sainte CROIXIM
M. l'Abbé de Choiſeul
M. l'Abbé de Rochebonne,
Grand Vicaire de Lyon
M. l'Abbé de Froulay ,
Grand Vicairede Toulouſe.
Ily a huit Chapelains dequartier
un ordinaire .
M Salomongod of M
M. Henrion.
M. Fauvel ; Chanoine de S.
Quentin& Abbé deClairfay.
M. de la Croix , Docteur
deSorbonne.
134 MERCURE
M. de Varcanes Docteur
de Sorbonne.
M. Traboüiller , Chanoine
deMeaux.I
M. Poiffon ,Abbé deBournet
.
MGoüault.
Un Chapelain ordinaire
&Sacristain.
M. Archon , Abbé de S.
Gilbert.
Ily a huit Clercs deChapelle.
M. Pothonier , Docteur en
Theologie
M. Pelliffier .
M. Buffon, Chanoined'Or-
Jeansd
:
1
GALANT. 135
M. Pernoſt , Prieur d'Ef-
い
pointed
2010
Ob MoHazon J.M
M. Bezançon, Chanoine de
Methonian M
M. Maupoint.
M. Johor 1 1
Le Maistre de la Chapelle-
Musique.
M. leCardinal de Polignac.
Cette Chapelle est composée des
Chapelains pour les grandes Meffes,
quifont:
M. Jouilhac
Dubais . 2.
NG
136 MERCURE
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Bourgain ,Chanoine de
Reims papa sud.M
M. Caillet , Principal du
College des Craffins.
M. Tiſſu , Chanoine de S.
Nicolas du Louvre.
M. Poitevin Chanoine de
Reims.
Un Clerc ordinaire.
1
M. Favart , Chanoine de
Reims.
Cette Chapelle comprend tous
les Muſiciens & Symphonistes ,
quifont en tres-grand nombre.
Du
1
GALANT. 137
DuGrandMaistre de laMaiſon
du Roy
M. le Duc, Princedu Sang.
Surintendant à l'éducation
du Roy.
M. le Duc du Maine , Prince
Souverain de Dombes .
Le Gouverneur du Roy
M. le Maréchal de Villeroy.
Le Sous-Gouverneur.
M. le Comte de Ruffey.
Trois. Gentilshommes de la
Manche.
M. Dauffi .
M. Darcis .
M. de Pezé.
Decembre 1715. M
٤
138 MERCURE
4 Une Gouvernante...
Me la Ducheffe de Ventadour.
2
Une Sous-Gouvernante.
Me de la Lande .
7
Le premier Maistre d'Hostel.
M. le Marquis de Livry.
900
Douze Maistres d'Hostelfervantsparquartiers
, unMaiftre
d'Hoftel ordinaire. Mol 24
M. leComte d'Igny.
M.Dappoigny.
M. de la Godiniere.20
M. de Francine.
Mde laMeſangere.
M.Dumans.
M. Darzilliers.
GALANT 139
MadeMalegre M
Maade Cambraya
Ma de Montman l
-M.D'Herouvillo
N.... andmed
VaAdaifore d'Hostelordinaire.
M. de Vauvré , Intendant,
&du Conſeil de laRegence.
Du grand RannetierANT
-Mille Duc de Briffac.
Trente fix Gentilshommes
Servants / T
LG Le grandChambellan )
M. le Duc d'Albret
Quatre premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Duc de Threſmes.
4
Mij
140 MERCURE
M. le Duc d'Aumohrl
M. le Duc delaTremoille-
M. le DucdeMordemalt.
Quatre premiers Valers-de-
Chambre.....
M leMarquis deGambais,
Gouverneur de LimogesM
M.Bontemps
Mile Marquis de Chance-
?
Trente - deux Valets - de-
Chambre , fervans hoit par
quartierend Ahsulot M
Grand Maistre de la Garde-robe
M. lo Duc de la Rochefoucaatmida
ob sul sl .M
M
GALANT. 141
Deux Mailtresde la Garderobe:
salepМ М
M. le Marquis de la Salle
M. le Marquis de Mailleboisparovi
of of M
1 Premier Medecin.IM
M. Poirier. 71023
Huit Medecins fervans par
quartiersbou
Sous PremierChirurgien.
M. Maréchal.
M
M
Huit Chirurgiens forvans
par quartier, ashxis
Un Apotiquaire & quatre
aides , mob M
Un Directeur General des Ba
timensupig
M. le DuodAntid...
142 MERCURE
Le grand Maréchal des Logis.
M. le Marquis de Cany
Quatre Capitaines des Gardes
du Corps.
M. le Duc de Noaillesand
M. le Maréchal Duc d'Harcourt
.
M. le Duc de Villeroy.
4
M. le Duc de Charroft
M.fonFils reccuen ſurvivance.
Un Major. 11
MDavignono H
DeuxAydes Majorso q
CM. deBruzac.iroga att
M. de Parıfontaine.
12. Lieutenants fervants
par quartier.
12. Enfeignos
GALANT. 143
Capitaine des Cent- Suiffes .
M. le Marquis de Courtanvaux.
MO
Le Capitaine des Gardes
dela Porde
M. leMarquis de laChaife.
Le Capitaine des Gardos de la
Prevofté de l'Hostel.
M.leComtede Montſoreaus
Le Capitaine- Lieutenanti11
desGendarmes.
M. le Prince deRohana
Le Capitaine Litutenam
des Chevaux- Legers
M le Duc deChaulnes.
T
-LeColoneldesGardes Françoises.
M. le Duc de Guiche.
...11
144 MERCURE
Le Colonel General des Suiffes.
M.leDucduMaine,Prince
Souverain de Dombes.v
Le Colonel du Regiment
des Gardes Swiffes .
Mide Raynold.
Le GrandEcuyer.
M. le Comte d'Armagnac,
Chevalier de l'Ordre du Saint
Efpritai
Trois Ecuyers Cavalcadours.
Mode Vaux
M.de Romance.DA
M. de la Magdelaine.
Frois Ordinaires . LI
M. de Neuville.
MdAvricourt.1 M
Ν... Le
GALANT 145
Le Premier Ecuyer.
M. de Beringhen ,Chevalier
de l'Ordre du Roy.
Vingt Ecuyers ſervants par
quartier.
د. Ilyagrand nombre desPages
de la grande&petite Ecurie
, fans compter ceux de la
Chambre.
AMLe Grand Fauconnier.
Male Comte des Marets,
Le Grand Louvetier.
M. leMarquisd'Heudicourt.
LeJuge de la Cour.
LeGrand Prevoſt de France.
LeGrand-Maître desCeremonies.
M. le Marquis de Dreux.
Decembre 1715. N
146 MERCURE
Un Maître desCeremonies.
M. Deſgranges. " sh.M
Deux Introducteurs des Ambaf
Sadeurs .
M.le Marquis de Magni .
M. le Chevalier deSanctor,
MAISON DE MADAME ,
Fille de France , Duchéſſe
de Berry.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'AbbédeCaſtriez,Abbé
deValmagne ,& deMonaftier.
GALANT . 147
i
Quatre Aumoniers.
M. l'Abbé de Berny.
M. l'Abbé de Rouget ,
GrandVicaire d'Alby.
M. l'Abbé du Tremblay.
• M. l'Abbé Danglade.
Un Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé d'Avejan, Prieur
du Vigan.
Quatre Chapelains.
M. Dupleffis , Chanoine de
S. Quentin.
M. Levouë , Chanoine du
Mans .
M. Girard , Chanoine de
Clermont.
Nij
148 MERCURE
M. Rafy , Chanoine d'Auxerre.
Un Chapelain ordinaire.
M. Capet.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Rabeuf , Principal du
Prin
College de Preſſes.
M. Francfort,
M Lucas .
M. Guinot , Chanoine de
Beaun
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Bayo.
The Un Copfefleur. L
Ν...
Un Confeffeur du commun.
M. Avenel.
८
GALANT. 149
Un Sommier de Chapelle.
M. Dupuis.
CHAMBRE.
DAMES.
Une Dame d'Honneur.
Me la Duchefſſe de S. Simon.
Une Dame d'Atour.
Me la Marquifede Pons
S. Maurice.
131 Dames du Palais
&
MelaMarquiſe de Brancas.
Me la Comteſſe de Clermont.
Me la Marquiſe d'Armen
tieres.
Niij
150 MERCURE
Me la Marquiſe deBeauvau.
Une premiere Femme de
Chambre.
Mlic. Davaiſe... d
Douze Femmes de Chambre.
Quatre Huifiers de la
Chambre.
Un ordinaire .
Quatre Huiffiers du Cabinet.
Quatre Huiffiers de l'Antichambres
HUuDp M.M
Huit Valets deChambre.
Unordinaire.
Officiers de Santé.
Un premier Medecinis
M. Douté.
GALANT 151
Un Chirurgien du Corps .
M. Lardy.
Un Apoticaire du Corps.
M. Imbert.
Garderobe.
Quatre Valets de Garde-
Qua
robe.
Un ordinaire.
UnPorte- Manteau .
M. Jolly.
Chambre aux Deniers.
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Goëtenfao
, Lieutenant general des
Armées du Roy...M
Un premier Maistre d'Hostel.
M. le Comte de Saumery.
Niij
152 MERCURE
QuatreMaistres d'Hostel.
M. de la Marc..
M. Tourole. BRO
M. Juffan . admi.M
M. de la Valette.
1
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Bertin.
Doux Controlleurs generaux.
M. Levesque.
IN
M. le Baſtier.T.M
Huit Gentilshommesfervants.
M. Champion.S
M.Pingré.
Mol M
MdeCourcelles.pilo
M. Deſenelos.chsmA
M.de Bertun.
M.Larconcau.M
GALANT. 153
M. Porot.
M. de la Girardiere.
Un Gentilhomme ſervant
simordinaire M
M. deLaverdina LŨ
Un Controlleur Clercd'Office.
M. Pezier.
QuatreControlleursClercs
2000
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Chevalier d'Hautefort
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy.
ໂຄວ
Quatre Ecuyers.
M. de Makan
M. Boubée , Capitaine de
Cavalcric.
154 MERCURE
2 M. de Suzanges .
M. du Faure.05.11
Un Ecuyer Cavalcadour.
M. de la Vaſſorerie .
Un Maréchal des Logis
Un Fourier.RODU
Un Controlleur generaldes
Un Secretaire des Commandemens,
Maison, Finances.
M. deMontgelas
Un Surintendant des Maiſons
Finances, 1101 t
M. de Maynon.
Un Intendant des Maiſons
Finances. M
th Mi Paulmier, deng.M
A
رک
GALANT. ISS
Six Secretaires de Finances.
Un Secretaire ordinaire.
Un Treforier General de la
maison.
M. de Merandon .
UnGouverneur & un ſous-
Gouverneur des Pages.
Un Chapelain & Precepteur.
M. Stephanel , Chanoine
dePignetol.
Do Gardes duCorps François.
M. de Roye,Marquis dela
Rochefoucault, Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Capitaine LieutenantdesGen
darmes Flamands.
156 MERCURE
:
Vn Lieutenant.
M. le Comte de Rion.
Vn Enseigne.
M. le Chevalier deCourtemer.
DeuxExempts.
M. le Marquis de Sabran.
M. le Marquis deBriquemaure.
Doux Maréchaux de Logis.
M. du Coudray.
N.
Un Officier des Gardes du
Corps Suiffes.ов М
CinquanteGardesduCorps.
UnTrompette.
Un Tymbalieriσμο
Vn Treforier
M. de S. Bonet.
GALANT. 157
********
MAISON DE MADAME ,
Ducheffe d Orleans .
Un premier Aumônier,
M. l'Abbé de Magnas.
Quatre Aumonters, M
M. l'Abbé Berthet , Prieur
de S. Leonard de Dreux!
M.I Abbé de Verthamont,
Grand Vicaire de Nantes.
A M. l'Abbé de Belle Fontaine.
M. l'Abbé Dubuc
Un Aumônier ordinaire.
M ! Abbé de Lagors,Chanoine
de Metz. ;
158 MERCURE
Quaire Chapelains..
M. Mouchet.
M Cornuo.
M. Roblattre.
Ν....
Un Chapelain ordinaire.
M. Refſeguier.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. de Lamothe Vilbray.
M. de Maumonet.
M. Bloüin .
M. de S. Martin , Archidiacre
de S. Brieuc.
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Maillard.
Confeßeur ordinaire.
Le R. P. de Linieres,Jeſuite.
GALANT 139
- Un Aumômerdu Commun.
M Coſtel , Chanoine de
SainteOpportuni
Un Confeßeur du Commun.
M.Morlet .
Un Sommier de Chapelle.
M Prevons dou
CHAMBRE.
DA ME
Dame d'Honneur
Madame la Ducheffe de
- Brancas.
Dame d'Atour.
Madame de Chaſteautiers.
12. Femmes de Chambre.
160 MERCURE)
Premier Medecin.
MoTered biob M
Un Chirurgien du Corps.2
M. Carrere.
Vn Apoticairedu Corps.M
M. Bolduc. eine 2
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Soliers.
DeuxpremiersMaistres d'Hôtel.
M. de Collins,Seigneur de
Lucante.
M. Leauthier ,Capitaine de
Vaificau .
Quatre Maistres d'Hostel
M. Boüillerot.
M. Chapotin.
M. Aubert.
Μ.
1
GALANT. 161
M. Dazy.
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Hardy.
Deux Controlleurs Generaux.
M. de la Fonſtiere.
M. Le Grand..
Huit Gentilshommes fervants.
Quatre Controlleurs.
Un Controlleur ordinaire.
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Comte de Simianes.
Quatres Ecuyers..
M. le Roy
M. de Leſcure.
Decembre 17.15.
:
A
162 MERCURE
M. Moët.
N. !
Vn Ecuyer ordinaire.
M. de Balenne.
Deux Ecuyers Cavalcadours.
M. de Vaux..
- M. Sevin.
Un Secretaire des Comman
licdemens.
M. de Baudry , Maître des
Requeſtes , & du Conſeil de
Regence.
Vn Treforier de la maison.
MidaPigisaree of M
Vn Gouverneur des Pages.
M. de Grandchamp.
Vn Precepteur &Aumônier.
M. Baſtide.
GALANT. 163
MAISON DE MONSIEUR
le Duc d'Orleans , Petit Fils
de France , Regent du
Royaume.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'Abbé de Treſſan ,
Comte de Lyon , Abbé de
Longpont & de Lepau.
Le R. P. Confeffeur.
Le R. P. du Trevou, Jeſuite.
Vn Maistre de l'Oratoire,
M. l'Abbé de Simiane.
Vn Maistre de la Chapelle &
Mufique.
M. l'Abbé Pajot. Oij
164 MERCURE
Quatre Aumôniers.
M. Abbé Mallet
M. l'Abbé Dionis .......
M. l'Abbé Sonning , Abbé
deBaugency.
M'Abbé de Ruaudě.
Vn Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé de Rabines, Abbé
de S. Jean en Vallée &
Chanoine du Mans
Quatre Chapelains.nod
M. Larcher , Chanoine de
Clery.c
4
M. de Bremond
M. Caper.
M. Bayo.
AM
Quatre Clercs de Chapelle.
M.Domino.CATM
GALANT. 165
M. Gervais , Chanoine de
Clery.
Ν. Ν.
Vn Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Harcourt! TO
Vn Aumônier & Confeffeur de
laMaison.
* M. Seiguenor.
LaChambre.
Deux premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Marquis d'Armentieres.
M. le Marquis de Simiane.
Quatre Chambellans.
M. le Marquis de la Guierthe
intent o
166 MERCURE
M. Cabre.
M. Fargis.
M. Maſparo.
Vn Chambellan ordinaire.
M. de Turmenyes.
Plufieurs Gentilshommes
de la Chambre.
Vn Introducteur des Ambaſladeurs
.
M Marpre scars Cl
Vn Gouverneur des Pages.
لا
Officiers de Santé.
.201
Vn premier Medecin .
M. de Chirac , Profeſſeur
en l'Univerſité de Montpellier
& de l'Académie des
Sciences.
د
GALANT. 167
Quatre Medecins.
M. Helvetius.
M. Vignon.
M. Seignette.
M Imbert .
Vn premier Chirurgien.
M. Hardy.
Quatre Chirurgiens.
M.Batıffier.
M. Franchet.
M. Lemoine.
M. Creſpin.
2
Vn Chirurgien ordinaire.
M. Dumont...
QuatrepremiersValetsde-Chambres
ordinaires...
M. Coche.
168 MERCURE
M. de S. Leger.
M. Imbert.
M. Deſnots.
Pluſieurs Huiffiers pour la
Chambre ,, anti Chambre &
Cabinet.
Huit Valetsde Chambre.
Un ordinaire..
Garderobe.
10
Deux Maistres de la Garderobe..
M. le Marquis de Pluvaut.
M. le Comte deBreauté.
Vn premier Maistre d'Hoſtel.
M. de Matarel. JM
Quatre Maistres d'Hostel
' M. Gaillard.
M. lc Febvre.
M
GALANT .. 169
M. Maupoint.
M. Coufin
Deux Controlleurs Generaux.
M. de Lurel.
M. de Freſquiere. M
Huit Gentilshommesfervans.
Ecurie.
1
Un premier Ecuyer.
M. leMarquis Deffiat, Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit.
Quatre Ecuyers.
M. le Caron.
M. Dombrer.de
M. Duchefne.
Ν. TM
Decembre 1715 . P
170 MERCURE
Un Capitaine des Gardes de la
Porte.
A
M. de Longeville.
Un Lieutenant.
M. Torfe. A
Gens du Confeil.
Un Chancelier & garde des
Sceaux.
M. Terat , Marquis de
Chantôme , Officier de l'Ordre
du S. Eíprit.
Deux Secretaires des Commandemens.
M. l'Abbé de Theſut .
M. Doublet.
Un Sur- Intendant des Finances.
M. Terat.
GALANT. 171
Deux Intendans.
M. de S. Jorry.
M. Baille.
Un Aumônier pour l'Ecurie.
M. Boüillerot
Un premier Veneur.
M. le Marquis d'Effiar .
Gardes du Corps Francois.
Deux Capitaines.
M. le Marquis d'Etampes ,
Chevalier de l'Ordre du S.
Eſprit .
M. le Marquis de la Fare.
Deux Lieutenans.
M. de Lagni .
M. de Marolles.
Pij
172 MERCURE
Deux Enseignes .
M. de S. Germain,
M. de la Bachelerie.
Gardes du Corps Suißes.
Un Capitaine .
M. le Marquis de Nancré.
Deux Lieutenans.
M. de Chevry.
M. de Filtz .
Un Sur-Intendant des Bastimens.
M. de Terat...
Un Intendant.
M. Girard.
GALANT. 173
********
MAISON DE MADAME
la Ducheſſe d'Orleans .
Officiers Ecclefiaftiques.
M. l'Abbé Genais de l'Académie
Françoiſe .
M. l'Abbé Boulanger.
Un Chapelain.
M. le Page.
-Un Clerc de Chapelle .
M. le Page.
DAMES .
La Dame d'Honneur.
Madame la Maréchale de
Rochefort.
Piij
174 MERCURE
La Dame d'Atour.
Madame la Marquiſe de
Caftriez .
1
Dames du Palais.
Madame la Marquiſe de
Conflans . :
Madame la Comteffe de
Tonnerre.
Madame la Comteſſe de
Poitiers .
Madame la Marquiſe d'Epinay.
Premiere Femme de Chambre.
Madame Imbert .
Onze Femmes de Chambre.
•Le Chevalier d'Honneur.
M le Marquis deCaſtriez.
GALANT. 175
e
Maistres d'Hostel.c
Un ControlleurGeneral.
11
M. Fronton de Vaugelas.
ном за Есuries DO 2109
Premier Ecuyer
1: Male Comte de S. Pierre.
Dlux Ecuyers.
Ma de la Serre Panat
MaGirautis
Eruyers Cavalcadours.
Made Buffe
LM.xDurand vanaiol !
Un Secretaire des Commande;
ios mensol sh 1
M. de S. Preſtros
des Officiers de la Maiſon
du Roy Louis XV. à
preſent regnant ; ceux de
Madame , Fille de France
Ducheffe de Berry , de Madame
, de M. le Duc d'Orleans,
Regentdu Royaume,
&de Madame la Ducheſſe
d'Orleans.
La Chapelle du Roy est compofée
-du grandAumônier de France.
M. le Cardinal de Rohan
Commandeur né des Ordres
du Roy , Evêque &Prince de
Strasbourg.
132 MERCURE
Du premier Aumônier , &
autres Aumôniers de quartier.
Le premier Aumonier.
M.le Duc de Coiflin, Evêque
&Prince de Metz , Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit ,
Le Maistre del'Oratoire.
M. l'Evêque de S Omer.
Le Confeffeur duRoy.
: Ily a buit Aumoniers , deux
àchaque Quartier.
M. l'Abbé Morel , Chanoi
ne de l'Eglise de Paris &Confeiller
au Parlement......
Mal'Abbé de Maulevrier,
Chanoine& Comte de Lyon.
pandane
GALANT
M'Abbéd Entragues ,
Abbé de Valence, couro sb
M.l'Abbé du Cambour,
M. l'Abbé d'Argentre, Abbéde
Sainte CROIXIM
M. l'Abbé de Choiſeul
M. l'Abbé de Rochebonne,
Grand Vicaire de Lyon
M. l'Abbé de Froulay ,
Grand Vicairede Toulouſe.
Ily a huit Chapelains dequartier
un ordinaire .
M Salomongod of M
M. Henrion.
M. Fauvel ; Chanoine de S.
Quentin& Abbé deClairfay.
M. de la Croix , Docteur
deSorbonne.
134 MERCURE
M. de Varcanes Docteur
de Sorbonne.
M. Traboüiller , Chanoine
deMeaux.I
M. Poiffon ,Abbé deBournet
.
MGoüault.
Un Chapelain ordinaire
&Sacristain.
M. Archon , Abbé de S.
Gilbert.
Ily a huit Clercs deChapelle.
M. Pothonier , Docteur en
Theologie
M. Pelliffier .
M. Buffon, Chanoined'Or-
Jeansd
:
1
GALANT. 135
M. Pernoſt , Prieur d'Ef-
い
pointed
2010
Ob MoHazon J.M
M. Bezançon, Chanoine de
Methonian M
M. Maupoint.
M. Johor 1 1
Le Maistre de la Chapelle-
Musique.
M. leCardinal de Polignac.
Cette Chapelle est composée des
Chapelains pour les grandes Meffes,
quifont:
M. Jouilhac
Dubais . 2.
NG
136 MERCURE
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Bourgain ,Chanoine de
Reims papa sud.M
M. Caillet , Principal du
College des Craffins.
M. Tiſſu , Chanoine de S.
Nicolas du Louvre.
M. Poitevin Chanoine de
Reims.
Un Clerc ordinaire.
1
M. Favart , Chanoine de
Reims.
Cette Chapelle comprend tous
les Muſiciens & Symphonistes ,
quifont en tres-grand nombre.
Du
1
GALANT. 137
DuGrandMaistre de laMaiſon
du Roy
M. le Duc, Princedu Sang.
Surintendant à l'éducation
du Roy.
M. le Duc du Maine , Prince
Souverain de Dombes .
Le Gouverneur du Roy
M. le Maréchal de Villeroy.
Le Sous-Gouverneur.
M. le Comte de Ruffey.
Trois. Gentilshommes de la
Manche.
M. Dauffi .
M. Darcis .
M. de Pezé.
Decembre 1715. M
٤
138 MERCURE
4 Une Gouvernante...
Me la Ducheffe de Ventadour.
2
Une Sous-Gouvernante.
Me de la Lande .
7
Le premier Maistre d'Hostel.
M. le Marquis de Livry.
900
Douze Maistres d'Hostelfervantsparquartiers
, unMaiftre
d'Hoftel ordinaire. Mol 24
M. leComte d'Igny.
M.Dappoigny.
M. de la Godiniere.20
M. de Francine.
Mde laMeſangere.
M.Dumans.
M. Darzilliers.
GALANT 139
MadeMalegre M
Maade Cambraya
Ma de Montman l
-M.D'Herouvillo
N.... andmed
VaAdaifore d'Hostelordinaire.
M. de Vauvré , Intendant,
&du Conſeil de laRegence.
Du grand RannetierANT
-Mille Duc de Briffac.
Trente fix Gentilshommes
Servants / T
LG Le grandChambellan )
M. le Duc d'Albret
Quatre premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Duc de Threſmes.
4
Mij
140 MERCURE
M. le Duc d'Aumohrl
M. le Duc delaTremoille-
M. le DucdeMordemalt.
Quatre premiers Valers-de-
Chambre.....
M leMarquis deGambais,
Gouverneur de LimogesM
M.Bontemps
Mile Marquis de Chance-
?
Trente - deux Valets - de-
Chambre , fervans hoit par
quartierend Ahsulot M
Grand Maistre de la Garde-robe
M. lo Duc de la Rochefoucaatmida
ob sul sl .M
M
GALANT. 141
Deux Mailtresde la Garderobe:
salepМ М
M. le Marquis de la Salle
M. le Marquis de Mailleboisparovi
of of M
1 Premier Medecin.IM
M. Poirier. 71023
Huit Medecins fervans par
quartiersbou
Sous PremierChirurgien.
M. Maréchal.
M
M
Huit Chirurgiens forvans
par quartier, ashxis
Un Apotiquaire & quatre
aides , mob M
Un Directeur General des Ba
timensupig
M. le DuodAntid...
142 MERCURE
Le grand Maréchal des Logis.
M. le Marquis de Cany
Quatre Capitaines des Gardes
du Corps.
M. le Duc de Noaillesand
M. le Maréchal Duc d'Harcourt
.
M. le Duc de Villeroy.
4
M. le Duc de Charroft
M.fonFils reccuen ſurvivance.
Un Major. 11
MDavignono H
DeuxAydes Majorso q
CM. deBruzac.iroga att
M. de Parıfontaine.
12. Lieutenants fervants
par quartier.
12. Enfeignos
GALANT. 143
Capitaine des Cent- Suiffes .
M. le Marquis de Courtanvaux.
MO
Le Capitaine des Gardes
dela Porde
M. leMarquis de laChaife.
Le Capitaine des Gardos de la
Prevofté de l'Hostel.
M.leComtede Montſoreaus
Le Capitaine- Lieutenanti11
desGendarmes.
M. le Prince deRohana
Le Capitaine Litutenam
des Chevaux- Legers
M le Duc deChaulnes.
T
-LeColoneldesGardes Françoises.
M. le Duc de Guiche.
...11
144 MERCURE
Le Colonel General des Suiffes.
M.leDucduMaine,Prince
Souverain de Dombes.v
Le Colonel du Regiment
des Gardes Swiffes .
Mide Raynold.
Le GrandEcuyer.
M. le Comte d'Armagnac,
Chevalier de l'Ordre du Saint
Efpritai
Trois Ecuyers Cavalcadours.
Mode Vaux
M.de Romance.DA
M. de la Magdelaine.
Frois Ordinaires . LI
M. de Neuville.
MdAvricourt.1 M
Ν... Le
GALANT 145
Le Premier Ecuyer.
M. de Beringhen ,Chevalier
de l'Ordre du Roy.
Vingt Ecuyers ſervants par
quartier.
د. Ilyagrand nombre desPages
de la grande&petite Ecurie
, fans compter ceux de la
Chambre.
AMLe Grand Fauconnier.
Male Comte des Marets,
Le Grand Louvetier.
M. leMarquisd'Heudicourt.
LeJuge de la Cour.
LeGrand Prevoſt de France.
LeGrand-Maître desCeremonies.
M. le Marquis de Dreux.
Decembre 1715. N
146 MERCURE
Un Maître desCeremonies.
M. Deſgranges. " sh.M
Deux Introducteurs des Ambaf
Sadeurs .
M.le Marquis de Magni .
M. le Chevalier deSanctor,
MAISON DE MADAME ,
Fille de France , Duchéſſe
de Berry.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'AbbédeCaſtriez,Abbé
deValmagne ,& deMonaftier.
GALANT . 147
i
Quatre Aumoniers.
M. l'Abbé de Berny.
M. l'Abbé de Rouget ,
GrandVicaire d'Alby.
M. l'Abbé du Tremblay.
• M. l'Abbé Danglade.
Un Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé d'Avejan, Prieur
du Vigan.
Quatre Chapelains.
M. Dupleffis , Chanoine de
S. Quentin.
M. Levouë , Chanoine du
Mans .
M. Girard , Chanoine de
Clermont.
Nij
148 MERCURE
M. Rafy , Chanoine d'Auxerre.
Un Chapelain ordinaire.
M. Capet.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Rabeuf , Principal du
Prin
College de Preſſes.
M. Francfort,
M Lucas .
M. Guinot , Chanoine de
Beaun
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Bayo.
The Un Copfefleur. L
Ν...
Un Confeffeur du commun.
M. Avenel.
८
GALANT. 149
Un Sommier de Chapelle.
M. Dupuis.
CHAMBRE.
DAMES.
Une Dame d'Honneur.
Me la Duchefſſe de S. Simon.
Une Dame d'Atour.
Me la Marquifede Pons
S. Maurice.
131 Dames du Palais
&
MelaMarquiſe de Brancas.
Me la Comteſſe de Clermont.
Me la Marquiſe d'Armen
tieres.
Niij
150 MERCURE
Me la Marquiſe deBeauvau.
Une premiere Femme de
Chambre.
Mlic. Davaiſe... d
Douze Femmes de Chambre.
Quatre Huifiers de la
Chambre.
Un ordinaire .
Quatre Huiffiers du Cabinet.
Quatre Huiffiers de l'Antichambres
HUuDp M.M
Huit Valets deChambre.
Unordinaire.
Officiers de Santé.
Un premier Medecinis
M. Douté.
GALANT 151
Un Chirurgien du Corps .
M. Lardy.
Un Apoticaire du Corps.
M. Imbert.
Garderobe.
Quatre Valets de Garde-
Qua
robe.
Un ordinaire.
UnPorte- Manteau .
M. Jolly.
Chambre aux Deniers.
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Goëtenfao
, Lieutenant general des
Armées du Roy...M
Un premier Maistre d'Hostel.
M. le Comte de Saumery.
Niij
152 MERCURE
QuatreMaistres d'Hostel.
M. de la Marc..
M. Tourole. BRO
M. Juffan . admi.M
M. de la Valette.
1
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Bertin.
Doux Controlleurs generaux.
M. Levesque.
IN
M. le Baſtier.T.M
Huit Gentilshommesfervants.
M. Champion.S
M.Pingré.
Mol M
MdeCourcelles.pilo
M. Deſenelos.chsmA
M.de Bertun.
M.Larconcau.M
GALANT. 153
M. Porot.
M. de la Girardiere.
Un Gentilhomme ſervant
simordinaire M
M. deLaverdina LŨ
Un Controlleur Clercd'Office.
M. Pezier.
QuatreControlleursClercs
2000
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Chevalier d'Hautefort
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy.
ໂຄວ
Quatre Ecuyers.
M. de Makan
M. Boubée , Capitaine de
Cavalcric.
154 MERCURE
2 M. de Suzanges .
M. du Faure.05.11
Un Ecuyer Cavalcadour.
M. de la Vaſſorerie .
Un Maréchal des Logis
Un Fourier.RODU
Un Controlleur generaldes
Un Secretaire des Commandemens,
Maison, Finances.
M. deMontgelas
Un Surintendant des Maiſons
Finances, 1101 t
M. de Maynon.
Un Intendant des Maiſons
Finances. M
th Mi Paulmier, deng.M
A
رک
GALANT. ISS
Six Secretaires de Finances.
Un Secretaire ordinaire.
Un Treforier General de la
maison.
M. de Merandon .
UnGouverneur & un ſous-
Gouverneur des Pages.
Un Chapelain & Precepteur.
M. Stephanel , Chanoine
dePignetol.
Do Gardes duCorps François.
M. de Roye,Marquis dela
Rochefoucault, Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Capitaine LieutenantdesGen
darmes Flamands.
156 MERCURE
:
Vn Lieutenant.
M. le Comte de Rion.
Vn Enseigne.
M. le Chevalier deCourtemer.
DeuxExempts.
M. le Marquis de Sabran.
M. le Marquis deBriquemaure.
Doux Maréchaux de Logis.
M. du Coudray.
N.
Un Officier des Gardes du
Corps Suiffes.ов М
CinquanteGardesduCorps.
UnTrompette.
Un Tymbalieriσμο
Vn Treforier
M. de S. Bonet.
GALANT. 157
********
MAISON DE MADAME ,
Ducheffe d Orleans .
Un premier Aumônier,
M. l'Abbé de Magnas.
Quatre Aumonters, M
M. l'Abbé Berthet , Prieur
de S. Leonard de Dreux!
M.I Abbé de Verthamont,
Grand Vicaire de Nantes.
A M. l'Abbé de Belle Fontaine.
M. l'Abbé Dubuc
Un Aumônier ordinaire.
M ! Abbé de Lagors,Chanoine
de Metz. ;
158 MERCURE
Quaire Chapelains..
M. Mouchet.
M Cornuo.
M. Roblattre.
Ν....
Un Chapelain ordinaire.
M. Refſeguier.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. de Lamothe Vilbray.
M. de Maumonet.
M. Bloüin .
M. de S. Martin , Archidiacre
de S. Brieuc.
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Maillard.
Confeßeur ordinaire.
Le R. P. de Linieres,Jeſuite.
GALANT 139
- Un Aumômerdu Commun.
M Coſtel , Chanoine de
SainteOpportuni
Un Confeßeur du Commun.
M.Morlet .
Un Sommier de Chapelle.
M Prevons dou
CHAMBRE.
DA ME
Dame d'Honneur
Madame la Ducheffe de
- Brancas.
Dame d'Atour.
Madame de Chaſteautiers.
12. Femmes de Chambre.
160 MERCURE)
Premier Medecin.
MoTered biob M
Un Chirurgien du Corps.2
M. Carrere.
Vn Apoticairedu Corps.M
M. Bolduc. eine 2
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Soliers.
DeuxpremiersMaistres d'Hôtel.
M. de Collins,Seigneur de
Lucante.
M. Leauthier ,Capitaine de
Vaificau .
Quatre Maistres d'Hostel
M. Boüillerot.
M. Chapotin.
M. Aubert.
Μ.
1
GALANT. 161
M. Dazy.
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Hardy.
Deux Controlleurs Generaux.
M. de la Fonſtiere.
M. Le Grand..
Huit Gentilshommes fervants.
Quatre Controlleurs.
Un Controlleur ordinaire.
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Comte de Simianes.
Quatres Ecuyers..
M. le Roy
M. de Leſcure.
Decembre 17.15.
:
A
162 MERCURE
M. Moët.
N. !
Vn Ecuyer ordinaire.
M. de Balenne.
Deux Ecuyers Cavalcadours.
M. de Vaux..
- M. Sevin.
Un Secretaire des Comman
licdemens.
M. de Baudry , Maître des
Requeſtes , & du Conſeil de
Regence.
Vn Treforier de la maison.
MidaPigisaree of M
Vn Gouverneur des Pages.
M. de Grandchamp.
Vn Precepteur &Aumônier.
M. Baſtide.
GALANT. 163
MAISON DE MONSIEUR
le Duc d'Orleans , Petit Fils
de France , Regent du
Royaume.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'Abbé de Treſſan ,
Comte de Lyon , Abbé de
Longpont & de Lepau.
Le R. P. Confeffeur.
Le R. P. du Trevou, Jeſuite.
Vn Maistre de l'Oratoire,
M. l'Abbé de Simiane.
Vn Maistre de la Chapelle &
Mufique.
M. l'Abbé Pajot. Oij
164 MERCURE
Quatre Aumôniers.
M. Abbé Mallet
M. l'Abbé Dionis .......
M. l'Abbé Sonning , Abbé
deBaugency.
M'Abbé de Ruaudě.
Vn Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé de Rabines, Abbé
de S. Jean en Vallée &
Chanoine du Mans
Quatre Chapelains.nod
M. Larcher , Chanoine de
Clery.c
4
M. de Bremond
M. Caper.
M. Bayo.
AM
Quatre Clercs de Chapelle.
M.Domino.CATM
GALANT. 165
M. Gervais , Chanoine de
Clery.
Ν. Ν.
Vn Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Harcourt! TO
Vn Aumônier & Confeffeur de
laMaison.
* M. Seiguenor.
LaChambre.
Deux premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Marquis d'Armentieres.
M. le Marquis de Simiane.
Quatre Chambellans.
M. le Marquis de la Guierthe
intent o
166 MERCURE
M. Cabre.
M. Fargis.
M. Maſparo.
Vn Chambellan ordinaire.
M. de Turmenyes.
Plufieurs Gentilshommes
de la Chambre.
Vn Introducteur des Ambaſladeurs
.
M Marpre scars Cl
Vn Gouverneur des Pages.
لا
Officiers de Santé.
.201
Vn premier Medecin .
M. de Chirac , Profeſſeur
en l'Univerſité de Montpellier
& de l'Académie des
Sciences.
د
GALANT. 167
Quatre Medecins.
M. Helvetius.
M. Vignon.
M. Seignette.
M Imbert .
Vn premier Chirurgien.
M. Hardy.
Quatre Chirurgiens.
M.Batıffier.
M. Franchet.
M. Lemoine.
M. Creſpin.
2
Vn Chirurgien ordinaire.
M. Dumont...
QuatrepremiersValetsde-Chambres
ordinaires...
M. Coche.
168 MERCURE
M. de S. Leger.
M. Imbert.
M. Deſnots.
Pluſieurs Huiffiers pour la
Chambre ,, anti Chambre &
Cabinet.
Huit Valetsde Chambre.
Un ordinaire..
Garderobe.
10
Deux Maistres de la Garderobe..
M. le Marquis de Pluvaut.
M. le Comte deBreauté.
Vn premier Maistre d'Hoſtel.
M. de Matarel. JM
Quatre Maistres d'Hostel
' M. Gaillard.
M. lc Febvre.
M
GALANT .. 169
M. Maupoint.
M. Coufin
Deux Controlleurs Generaux.
M. de Lurel.
M. de Freſquiere. M
Huit Gentilshommesfervans.
Ecurie.
1
Un premier Ecuyer.
M. leMarquis Deffiat, Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit.
Quatre Ecuyers.
M. le Caron.
M. Dombrer.de
M. Duchefne.
Ν. TM
Decembre 1715 . P
170 MERCURE
Un Capitaine des Gardes de la
Porte.
A
M. de Longeville.
Un Lieutenant.
M. Torfe. A
Gens du Confeil.
Un Chancelier & garde des
Sceaux.
M. Terat , Marquis de
Chantôme , Officier de l'Ordre
du S. Eíprit.
Deux Secretaires des Commandemens.
M. l'Abbé de Theſut .
M. Doublet.
Un Sur- Intendant des Finances.
M. Terat.
GALANT. 171
Deux Intendans.
M. de S. Jorry.
M. Baille.
Un Aumônier pour l'Ecurie.
M. Boüillerot
Un premier Veneur.
M. le Marquis d'Effiar .
Gardes du Corps Francois.
Deux Capitaines.
M. le Marquis d'Etampes ,
Chevalier de l'Ordre du S.
Eſprit .
M. le Marquis de la Fare.
Deux Lieutenans.
M. de Lagni .
M. de Marolles.
Pij
172 MERCURE
Deux Enseignes .
M. de S. Germain,
M. de la Bachelerie.
Gardes du Corps Suißes.
Un Capitaine .
M. le Marquis de Nancré.
Deux Lieutenans.
M. de Chevry.
M. de Filtz .
Un Sur-Intendant des Bastimens.
M. de Terat...
Un Intendant.
M. Girard.
GALANT. 173
********
MAISON DE MADAME
la Ducheſſe d'Orleans .
Officiers Ecclefiaftiques.
M. l'Abbé Genais de l'Académie
Françoiſe .
M. l'Abbé Boulanger.
Un Chapelain.
M. le Page.
-Un Clerc de Chapelle .
M. le Page.
DAMES .
La Dame d'Honneur.
Madame la Maréchale de
Rochefort.
Piij
174 MERCURE
La Dame d'Atour.
Madame la Marquiſe de
Caftriez .
1
Dames du Palais.
Madame la Marquiſe de
Conflans . :
Madame la Comteffe de
Tonnerre.
Madame la Comteſſe de
Poitiers .
Madame la Marquiſe d'Epinay.
Premiere Femme de Chambre.
Madame Imbert .
Onze Femmes de Chambre.
•Le Chevalier d'Honneur.
M le Marquis deCaſtriez.
GALANT. 175
e
Maistres d'Hostel.c
Un ControlleurGeneral.
11
M. Fronton de Vaugelas.
ном за Есuries DO 2109
Premier Ecuyer
1: Male Comte de S. Pierre.
Dlux Ecuyers.
Ma de la Serre Panat
MaGirautis
Eruyers Cavalcadours.
Made Buffe
LM.xDurand vanaiol !
Un Secretaire des Commande;
ios mensol sh 1
M. de S. Preſtros
Fermer
467
p. 200-207
De Madrid. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Madrid le 25. Novembre 1715. que le [...]
Mots clefs :
Madrid, Roi, Vaisseaux
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texteReconnaissance textuelle : De Madrid. [titre d'après la table]
On écrit de Madrid le
25. Novembre 1715. que le
19. le jour de Sainte Elifabeth,
qui eſt la feſte de la Reine ,
les Seigneurs allerent le matin
luy baifer la main , & les Dames
l'apreſdinée. Le 24 on
celebra dans l'Eghſe du ColleGALANT
2018
ge Imperial des Jefuitestes
obfeques desOfficiers ,&Soldats
morts au ſerviceduRoy.
LesGrands, les Officiers Militaires
,& les principaux Miniftres
y affifterent. Le 21. le
Roy fit publier uncOrdonnance
, par laquelleal elt enjoint à
tous les Officiers réformez del
ſe preſenteravec leurs Patentes
devant les CommiffairesGeneraux
,pour eltreenregiſtrez,
& eſtre employez quand l'occafion
s'en preſentera , ſelon
leurs ſervices ,&leurs merites."
On aeſté confolé par les nouvelles
qu'on a receuës do ta
202 MERCURE
Flottede lanouvelle Eſpagne,
pas leſquelles on afeeu qu'il
ne s'en estoit perdu que deux
Bâtimens, que d'autresavoient
échoüez ſur les Coſtes de la
Floride ; mais qu'on en avoit
retirétoutl'or ,&tout l'argent
&la plupart des marchandifes.
Sur ces avis , le Roy a
envoyé ordre à Cadis d'équi
- peravectoute la diligence pol
fible , quatre Valleaux qui y
font , &il a ordonné au Mar
quis de Valero , nommé à la
Viceroyauté de la nouvelleEfpagne,
de partir incellamment
pour aller àCadis s'y embarGALANT.
203
$
quer, Ses mitructions portent
qu'il ſe rendra en droiture à
la Havane, où ces quatre Vaif
ſeaux débarqueront les marchandiſes
qu'ils portent & ils
feront chargez des effets de la
Flotte ,qui vont à douze millions
d'écus en or& en argent
ſeulement.Onvouloit donner
la conduite de ces Vaſſeaux à
l'Amiral Don Andrezde Pezs
mais comme il s'eft excuſe ſur
fon grand âge ,on croit qu'on
nommera en ſa place le ſicur
AreſtiquetaBiſcain , qui a fait
pluſieurs fois le voyage des In
des Occidentales . En même
204 MERCURE
temps le Roy a donné le
Gouvernement de BuenosYa
rés au Brigadier Don Bruno
deZabala , la Lieutenance de
Roy ,& du Païs quien dépend
au Colonel Don Dionifio
Martinez de laVéga ,le Gouvernement
de la Havane , au
Brigadier Don Vincente de
Rexa , & la Lieutenance de
Roy de Portobelo , à Don
Manuel Rodriguez Carbonel,
Colonel du Regiment de Santiago.
Les dernieres Lettres
de Cadis portent que les quatre
Vanfeaux qui doivent por-
1
ter à Carthagene le Prince de
م
GALANT. 205
Santo Buono , Viceroy du
Perou ,avoient fait voile le 14.
eſcortez juſqu'aux,Canaries ,
pat un. Vaiſſeau François ,&
par les trois du ſieur Martinet.
Comme on travaille àlaug
menter les forces de laMarine,
tant pour la garde des Coſtes,
que pour envoyer plus ſouvent
des Flottes en Amerique , on
a publié dans tout le Royau
me , que toutes les perſonnes
experimentées dans la Marine
ayent à le preſenter dans les
Ports , pour eftre employées.
On écrit de Lisbonne du 11.
decemois ,que le PrinceDon
206 MERCURE
:
Manuël , frere du Roy , étoit
fortile4. ſous prétexte d'aller
àla challe versBelem , qu'aprés
yavoir fait ſes dévotions , il
s'étoit mis dans uneChaloupe
qu'il avoit fait preparer ,&
qu'il éroit allé s'embarquer fur
un Vaiſſeau Anglois qui l'attendoit
,& qui partit auſſitoſt
avecun vent favorable. Il n'avoit
avec luyqueDon Manuel
Telles de Sylva , fils du Comte
de Tarouca ,&deux domeſtiques.
Oncroit que le deſſein
de ce Prince eſt de voyager ,
ou d'aller en Hongrie pour
ſo trouver à la guerre contre
CALANI. 207
les Tures . Le même jour14.
une partiende la Flone du
Brefil entta dans le Tage fuivie
des autres Vaiſſeaux. On
affûrequ'elle est tres riche ,&
qu'elle eft chargée entr'autres
devingt millions de livres en
or. On ajoûte que les Corfaires
de Salé avoient pris fur les
cottes deux Vaiſſeaux François
, trois Hollandois ,& dix
Anglois.
25. Novembre 1715. que le
19. le jour de Sainte Elifabeth,
qui eſt la feſte de la Reine ,
les Seigneurs allerent le matin
luy baifer la main , & les Dames
l'apreſdinée. Le 24 on
celebra dans l'Eghſe du ColleGALANT
2018
ge Imperial des Jefuitestes
obfeques desOfficiers ,&Soldats
morts au ſerviceduRoy.
LesGrands, les Officiers Militaires
,& les principaux Miniftres
y affifterent. Le 21. le
Roy fit publier uncOrdonnance
, par laquelleal elt enjoint à
tous les Officiers réformez del
ſe preſenteravec leurs Patentes
devant les CommiffairesGeneraux
,pour eltreenregiſtrez,
& eſtre employez quand l'occafion
s'en preſentera , ſelon
leurs ſervices ,&leurs merites."
On aeſté confolé par les nouvelles
qu'on a receuës do ta
202 MERCURE
Flottede lanouvelle Eſpagne,
pas leſquelles on afeeu qu'il
ne s'en estoit perdu que deux
Bâtimens, que d'autresavoient
échoüez ſur les Coſtes de la
Floride ; mais qu'on en avoit
retirétoutl'or ,&tout l'argent
&la plupart des marchandifes.
Sur ces avis , le Roy a
envoyé ordre à Cadis d'équi
- peravectoute la diligence pol
fible , quatre Valleaux qui y
font , &il a ordonné au Mar
quis de Valero , nommé à la
Viceroyauté de la nouvelleEfpagne,
de partir incellamment
pour aller àCadis s'y embarGALANT.
203
$
quer, Ses mitructions portent
qu'il ſe rendra en droiture à
la Havane, où ces quatre Vaif
ſeaux débarqueront les marchandiſes
qu'ils portent & ils
feront chargez des effets de la
Flotte ,qui vont à douze millions
d'écus en or& en argent
ſeulement.Onvouloit donner
la conduite de ces Vaſſeaux à
l'Amiral Don Andrezde Pezs
mais comme il s'eft excuſe ſur
fon grand âge ,on croit qu'on
nommera en ſa place le ſicur
AreſtiquetaBiſcain , qui a fait
pluſieurs fois le voyage des In
des Occidentales . En même
204 MERCURE
temps le Roy a donné le
Gouvernement de BuenosYa
rés au Brigadier Don Bruno
deZabala , la Lieutenance de
Roy ,& du Païs quien dépend
au Colonel Don Dionifio
Martinez de laVéga ,le Gouvernement
de la Havane , au
Brigadier Don Vincente de
Rexa , & la Lieutenance de
Roy de Portobelo , à Don
Manuel Rodriguez Carbonel,
Colonel du Regiment de Santiago.
Les dernieres Lettres
de Cadis portent que les quatre
Vanfeaux qui doivent por-
1
ter à Carthagene le Prince de
م
GALANT. 205
Santo Buono , Viceroy du
Perou ,avoient fait voile le 14.
eſcortez juſqu'aux,Canaries ,
pat un. Vaiſſeau François ,&
par les trois du ſieur Martinet.
Comme on travaille àlaug
menter les forces de laMarine,
tant pour la garde des Coſtes,
que pour envoyer plus ſouvent
des Flottes en Amerique , on
a publié dans tout le Royau
me , que toutes les perſonnes
experimentées dans la Marine
ayent à le preſenter dans les
Ports , pour eftre employées.
On écrit de Lisbonne du 11.
decemois ,que le PrinceDon
206 MERCURE
:
Manuël , frere du Roy , étoit
fortile4. ſous prétexte d'aller
àla challe versBelem , qu'aprés
yavoir fait ſes dévotions , il
s'étoit mis dans uneChaloupe
qu'il avoit fait preparer ,&
qu'il éroit allé s'embarquer fur
un Vaiſſeau Anglois qui l'attendoit
,& qui partit auſſitoſt
avecun vent favorable. Il n'avoit
avec luyqueDon Manuel
Telles de Sylva , fils du Comte
de Tarouca ,&deux domeſtiques.
Oncroit que le deſſein
de ce Prince eſt de voyager ,
ou d'aller en Hongrie pour
ſo trouver à la guerre contre
CALANI. 207
les Tures . Le même jour14.
une partiende la Flone du
Brefil entta dans le Tage fuivie
des autres Vaiſſeaux. On
affûrequ'elle est tres riche ,&
qu'elle eft chargée entr'autres
devingt millions de livres en
or. On ajoûte que les Corfaires
de Salé avoient pris fur les
cottes deux Vaiſſeaux François
, trois Hollandois ,& dix
Anglois.
Fermer
468
p. 215-218
De Paris, le 14.
Début :
Le 6. de ce mois, le Bailly de Mesmes, Ambassadeur Extraordinaire [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris, le 14.
DeParis ,le 14 17
Le 6. de ce mois , leBailly
de Meſmes , Ambaſſadeur Extraordinaire
de la Religion de
Malthe,eut audience publique
deMonfieur leDucd Orleans;
deMadame , &de Madamela
Ducheffed'Orleans, qu'il com
plimenta fur la mort du feu
Roy , & preſenta des lettres
du grand Maistre.
A
{
Le 19. du mois dernier , on
celebra dans l'EglifeCathedra
lede Saint Jean de Lyon ,un
Service folemnel pour le feu
216 MERCURE
1
1
1
1
Roy,& 1Oratfon Fanebre fut
prononcée par le ſieur duTeil.
Lett. de ce mois , l'Univerfité
celebra un Service folennel
dansla Chapelle de Sorbonne,
pour le repos de l'ame du feu
Roy Le Cardinal de Noailles,
Archevelquede Paris , Provi
ſeurde Sorbonne , celebrala
Meffe , & le fieur Grenant ,
Profeffeur au College deHarcourt,
prononçal'Eloge Funebreen
Latin Le ſieur deMon
tempuys Recteur , les Procureurs
des Nations , les Facultez,
leurs Doyens à lateſte,y affife!
terent en habits de ceremonie,
ainfi
GALANT. 217
ainſi que le premier Préſident,
pluſieurs Préſidents & Confeillers
du Parlement , les Gens
du Roy , &d'autres perſonnes
de distinction .
Le 12. les Jefuites de la
Maiſon Profefle , en celebre.
rent un dansleur Eglife , & le
Pere de la Ferté prononça
l'OraiſonFunebre.
On en celebra le 2. de ce
mois un à Grenoble , où l'Evêque
officia pontificalement ,
le Parlement , & la Chambre
desComptes y aſſiſterenr.
Le 14. l'Evêque Comte de
Chaalons , en fit celebrer un
Decembre 1715. T
218 MERCURE
dans ſa Cathedrale.
Le 6. de ce mois , leBailly
de Meſmes , Ambaſſadeur Extraordinaire
de la Religion de
Malthe,eut audience publique
deMonfieur leDucd Orleans;
deMadame , &de Madamela
Ducheffed'Orleans, qu'il com
plimenta fur la mort du feu
Roy , & preſenta des lettres
du grand Maistre.
A
{
Le 19. du mois dernier , on
celebra dans l'EglifeCathedra
lede Saint Jean de Lyon ,un
Service folemnel pour le feu
216 MERCURE
1
1
1
1
Roy,& 1Oratfon Fanebre fut
prononcée par le ſieur duTeil.
Lett. de ce mois , l'Univerfité
celebra un Service folennel
dansla Chapelle de Sorbonne,
pour le repos de l'ame du feu
Roy Le Cardinal de Noailles,
Archevelquede Paris , Provi
ſeurde Sorbonne , celebrala
Meffe , & le fieur Grenant ,
Profeffeur au College deHarcourt,
prononçal'Eloge Funebreen
Latin Le ſieur deMon
tempuys Recteur , les Procureurs
des Nations , les Facultez,
leurs Doyens à lateſte,y affife!
terent en habits de ceremonie,
ainfi
GALANT. 217
ainſi que le premier Préſident,
pluſieurs Préſidents & Confeillers
du Parlement , les Gens
du Roy , &d'autres perſonnes
de distinction .
Le 12. les Jefuites de la
Maiſon Profefle , en celebre.
rent un dansleur Eglife , & le
Pere de la Ferté prononça
l'OraiſonFunebre.
On en celebra le 2. de ce
mois un à Grenoble , où l'Evêque
officia pontificalement ,
le Parlement , & la Chambre
desComptes y aſſiſterenr.
Le 14. l'Evêque Comte de
Chaalons , en fit celebrer un
Decembre 1715. T
218 MERCURE
dans ſa Cathedrale.
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469
p. 220-234
AUTRES NOUVELLES. MORTS.
Début :
Messire de Poitiers, Comte de Poitiers, mourut le ..... Novembre [...]
Mots clefs :
Marquis, Comte, Gouverneur, Roi, Fille, Chevalier, Mariage, Lieutenant, Commandeur, Chancelier, Seigneur, Enfants, Archevêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES NOUVELLES. MORTS.
AUTRES NOUVELLES.
MORTS.
2
Meffire de Poitiers,
Comte de Poitiers , mourut
le ..... Novembre. Il étoit
d'une des plus anciennes &
GALANT. 221
des plus illuftres Maiſons du
Royaume , & fur laquelle je
vous ay entretenu affez au
long dans mon Journal du
mois de Février dernier à
l'occafion de fonMariage avec
MademoiselledeBourbonMalaufe.
د
Meffire Michel Chauvin ,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais , où il fut reçû le 1.
Juillet , 1705. mourut le 20.
Novembre : laiſſant une fille
unique de ſon Mariage ,avec
feuë Dame Marie-Catherine
de Bragelogne , morte le 7.
Tiij
222 MERCURE
Janvier 1711. fille de Pierre
de Bragelogne , Préſident és
Enquestes du Parlement de
Bretagne , & de Marie de
Gaumont : il eſtoit fils unique
d'Antoine Chauvin , Maiſtre
des Comptes , & d'Elifabeth
Charlote Guillois , & petit fils
de Simon Chauvin , ſieur de
Meridou , reçû Secretaire du
Roy en 1633. d'Anne - MargueriteRoujault:
Cette famille
de Chauvin eft originaire de
la Ville d'Estampes , où elle eſt
connuë depuis longtemps entre
les premieres. ھت
DameMaric Genevieve de
:
GALANT. 223
Chambes,Comteſſe de Montforeau
en Anjou , épouſe de
Meffire François Loüis du
Boucher ,Marquis de Sourches
, ancien Prevoſt de l'Hôtel
du Roy , grand Prevoſt de
France ,& cy- devant Gouverneur
des Provinces du Maine
&Perche , & Comte de Laval,
mourut le ... Novembre, laiffant
pour enfans Loüis du
Boucher , Comte de Montforeau
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & grand
Prevoſt de l'Hoſtel du Roy
&de France; Jean Loüis du
Bouchet , Eveſque de Dol ;
Tiiij
224 MERCURE
Loüis - François du Bouchet ,
Comte de Sourches ; Vincent-
Loüis duBouchet,Chevalier de
Malthe , dit le Chevalier de
Montſoreau; Marie- Louſe du
Bouchet, femme de Loüis Colbert,
Marquis deLinieres ; Marie.
Loü ſe Genevieve du Bouchet
, femme de Jean Baptiste
NicolasDeſméde laChefnaye,
Comte de Rougemont, grand
Trenchant & Porte- Cornette
blanche de France , & Gouverneur
deMeulant : Madame
de Sourches eſtoit fille de Bernard
de Chambes , Seigneur
de la Frelonniere ,&de Geneviéve
Boyvin , & petite fille
GALANT. 225
de René de Chambes , Comte
de Montſoreau Marquis
d'Avoir &de Marie de Fortia.
5
/
La Maiſon de Chambes eft
une des plus anciennes du
Royaume , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons de Chabot ,
d'Amboiſe, de Polignac, d'Aftarac
, de Commez , de Chafteau
Briant , de la Rochefoucault&
de Laval , &c. Pour
la Maiſon du Bouchet je vous
en ay parlé le mois paflé , à
Poccafion du Mariage de M.
de Comte de Sourches , avec
Mademoiselle de Thierfault.
Meffire Hardoüin Fortin
1
226 MERCURE
de laHoguette ,Docteurdela
Maiſon & Société de Sorbonne
, Abbé de Samblanceaux &
Archevêque de Sens , mourut
àSens le 28. Novembre : il
avoit eſtéChanoine de l'Egliſe
de Paris , & Archidiacre de
Johas ,Agent du Clergé de
France , nommé Evêque de
faint Brien en 1675. facré en
1676. transferé à Poitiers en
1680, nommé Archevêque
de Sens en 1685. & Confeiller
d'Etatd'Eglife en 1704. Il
étoit fils de Philippes Fortin
Seigneur de la Hoguette,&
de Loüife de Perefixe , foeur
GALANT. 227
de M. Hardoüin de Perefixe ,
Archevêque de Paris , Commandeur&
Chancelier desOrdres
du Roy , mort en 1671 .
&il étoit frere de feu Meffice
Charles Fortin Seigneur dela
Hoguette , Sous Lieutenant
de la premiere Compagnie
des Mouſquetaires du Roy,
Lieutenant General de fes Armées
, Gouverneur des Villes
& Chasteaux de Mezieres &
-de Niort , tué à la bataille de
la Marſaille en 1693. laiſſant
de Dame Marie Bonneau de
Rubelles ,une fille unique mariée
à M. le Marquis deNan228
MERCURE
gis de la Maiſon de Brichanteau.
MadameCatherine deNeufville
deVilleroy,Superieure des
Religieuſes du Calvaire au
Marais , mourut de da petite
verole le 30. Novembre , âgée
de 4r. ans , elle étoit fille de
M. le Maréchal Duc de Villeroy.
Dame Anne de Souvré ,
veuve de Meffire François Michel
le Tellier , Marquis de
Louvois& de Barbezieux , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
Commandeur & Chancelier
desOrdres du Roy , mourut
/
GALANT. 229
le deux Decembre 1715. âgée
de 69. ans un jour , ayant cû
pour enfans Michel- François
leTellier,Marquis de Courten-
Vaux
, Capitaine des Cent
Suiſſes de la Garde du Roy ,
marié avec Marie- Anne Catherine
d'Eſtrées , ſoeur de M.
le Maréchal d'Eſtrées , de laquelle
il a des enfans ; Louis
Nicolas le Tellier , Marquis
de Souvré , Maître de la Garderobe
du Roy , marié avec
.... de Pas Feuquieres Dame
de Rebenac ; Louis François
Marie le Tellier Marquis de
Barbezieux, Miniftre & Secre230
MERCURE
taire d'Etat , Commandeur &
Chancelier des Ordres duRoy,
marié enpremieres noces avec
Catherine Loüiſe de Cruſſfol
d'Uzés , & en ſecondes avec
Marie- Thereſe - Dauphine-
Eustache d'Alegre , mort le .
5. Janvier 1701. laiſſantde ſon
premier mariage , une fille
unique mariée avec le Duc
d'Olonne , de la Maiſon de
Montmorency, la plus illuſtre
du Royaume; Camille le Tellier,
Abbé de Vauluifant & de
Bourgueil,Garde de la Bibliotheque
duRoi;Charlote Magdelaine
le Tellier , femmede
GALANT. 231
François de la Rochefoucault
Duc de la Rocheguyon , puis
della Rochefoucauld, Pair de
France , Grand Maître de la
Garderobedu Roy , & ci -devantgrand
Veneurde France,
& fenë Marguerite leTollier ,
femme de François de Neufville
Duc de Villeroy ,Pair de
France, LieutenantGeneraldes
Armées du Roy ,& Capitaine
d'une Compagnie des Gardes
du Corps de Sa Majeſté. Feuë
Madame de Louvois étoit fille
unique& heritiere de Charles
deSouvré ,Marquis de Courrenvaux
, premier Gentilhom
232 MERCURE
mede laChambre du Roy , &
deMarguerite Barentin,petite
fille de Jean de Souvré Marquis
deCourtenvaux , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy , Chevalier de ſes Ordres&
Gouverneur de Touraine&
deCatherine de Neufville
Villeroy , &artiere petite
fille de Gilles de Souvré Marquis
de Courtenvaux , Gouverneur
de Touraine , Grand
Maiſtre de la Garderobe du
Roy, depuis Gouverneur du
Roy Loüis XIII . premier
Gentilhomme de ſa Chambre,
Chevalier de ſes Ordres,
&
GALANT. 233
& Maréchal de France , ſortie
d'une Maiſon originaire du
Maine , également diftinguée
par ſon ancienneté & par ſes
alliances comme on le peut
voir par la Genealogie qui en
eſt rapportée dans l'Histoire
des grands Officiers de la
Couronne , au Chapitre des
Maréchaux de France.
M. Jacques Holdier , Scigneur
deBloffiere& de la Varenne
,premier Préſident dela
Cour des Monnoyes , mourut
le 25. Novembre : il étoit fils
de feu M. Hoſdier , Secretaire
du Roy ,& il laiſſe entr'autres
Decembre 1715 . V
234 MERCURE
enfants , un fils qui luy fuccededans
ſa Charge de premier
Préfident de la Cour des
Monnoyes.
M. Jacques de Moras , ori
ginaire de Lisbonne , l'un des
plus integres & des plus renommez
Banquiers de l'Europe
, & établi depuis ungrand
nombre d'années à Paris , y
mourut le 9. de ce mois.
MORTS.
2
Meffire de Poitiers,
Comte de Poitiers , mourut
le ..... Novembre. Il étoit
d'une des plus anciennes &
GALANT. 221
des plus illuftres Maiſons du
Royaume , & fur laquelle je
vous ay entretenu affez au
long dans mon Journal du
mois de Février dernier à
l'occafion de fonMariage avec
MademoiselledeBourbonMalaufe.
د
Meffire Michel Chauvin ,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais , où il fut reçû le 1.
Juillet , 1705. mourut le 20.
Novembre : laiſſant une fille
unique de ſon Mariage ,avec
feuë Dame Marie-Catherine
de Bragelogne , morte le 7.
Tiij
222 MERCURE
Janvier 1711. fille de Pierre
de Bragelogne , Préſident és
Enquestes du Parlement de
Bretagne , & de Marie de
Gaumont : il eſtoit fils unique
d'Antoine Chauvin , Maiſtre
des Comptes , & d'Elifabeth
Charlote Guillois , & petit fils
de Simon Chauvin , ſieur de
Meridou , reçû Secretaire du
Roy en 1633. d'Anne - MargueriteRoujault:
Cette famille
de Chauvin eft originaire de
la Ville d'Estampes , où elle eſt
connuë depuis longtemps entre
les premieres. ھت
DameMaric Genevieve de
:
GALANT. 223
Chambes,Comteſſe de Montforeau
en Anjou , épouſe de
Meffire François Loüis du
Boucher ,Marquis de Sourches
, ancien Prevoſt de l'Hôtel
du Roy , grand Prevoſt de
France ,& cy- devant Gouverneur
des Provinces du Maine
&Perche , & Comte de Laval,
mourut le ... Novembre, laiffant
pour enfans Loüis du
Boucher , Comte de Montforeau
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & grand
Prevoſt de l'Hoſtel du Roy
&de France; Jean Loüis du
Bouchet , Eveſque de Dol ;
Tiiij
224 MERCURE
Loüis - François du Bouchet ,
Comte de Sourches ; Vincent-
Loüis duBouchet,Chevalier de
Malthe , dit le Chevalier de
Montſoreau; Marie- Louſe du
Bouchet, femme de Loüis Colbert,
Marquis deLinieres ; Marie.
Loü ſe Genevieve du Bouchet
, femme de Jean Baptiste
NicolasDeſméde laChefnaye,
Comte de Rougemont, grand
Trenchant & Porte- Cornette
blanche de France , & Gouverneur
deMeulant : Madame
de Sourches eſtoit fille de Bernard
de Chambes , Seigneur
de la Frelonniere ,&de Geneviéve
Boyvin , & petite fille
GALANT. 225
de René de Chambes , Comte
de Montſoreau Marquis
d'Avoir &de Marie de Fortia.
5
/
La Maiſon de Chambes eft
une des plus anciennes du
Royaume , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons de Chabot ,
d'Amboiſe, de Polignac, d'Aftarac
, de Commez , de Chafteau
Briant , de la Rochefoucault&
de Laval , &c. Pour
la Maiſon du Bouchet je vous
en ay parlé le mois paflé , à
Poccafion du Mariage de M.
de Comte de Sourches , avec
Mademoiselle de Thierfault.
Meffire Hardoüin Fortin
1
226 MERCURE
de laHoguette ,Docteurdela
Maiſon & Société de Sorbonne
, Abbé de Samblanceaux &
Archevêque de Sens , mourut
àSens le 28. Novembre : il
avoit eſtéChanoine de l'Egliſe
de Paris , & Archidiacre de
Johas ,Agent du Clergé de
France , nommé Evêque de
faint Brien en 1675. facré en
1676. transferé à Poitiers en
1680, nommé Archevêque
de Sens en 1685. & Confeiller
d'Etatd'Eglife en 1704. Il
étoit fils de Philippes Fortin
Seigneur de la Hoguette,&
de Loüife de Perefixe , foeur
GALANT. 227
de M. Hardoüin de Perefixe ,
Archevêque de Paris , Commandeur&
Chancelier desOrdres
du Roy , mort en 1671 .
&il étoit frere de feu Meffice
Charles Fortin Seigneur dela
Hoguette , Sous Lieutenant
de la premiere Compagnie
des Mouſquetaires du Roy,
Lieutenant General de fes Armées
, Gouverneur des Villes
& Chasteaux de Mezieres &
-de Niort , tué à la bataille de
la Marſaille en 1693. laiſſant
de Dame Marie Bonneau de
Rubelles ,une fille unique mariée
à M. le Marquis deNan228
MERCURE
gis de la Maiſon de Brichanteau.
MadameCatherine deNeufville
deVilleroy,Superieure des
Religieuſes du Calvaire au
Marais , mourut de da petite
verole le 30. Novembre , âgée
de 4r. ans , elle étoit fille de
M. le Maréchal Duc de Villeroy.
Dame Anne de Souvré ,
veuve de Meffire François Michel
le Tellier , Marquis de
Louvois& de Barbezieux , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
Commandeur & Chancelier
desOrdres du Roy , mourut
/
GALANT. 229
le deux Decembre 1715. âgée
de 69. ans un jour , ayant cû
pour enfans Michel- François
leTellier,Marquis de Courten-
Vaux
, Capitaine des Cent
Suiſſes de la Garde du Roy ,
marié avec Marie- Anne Catherine
d'Eſtrées , ſoeur de M.
le Maréchal d'Eſtrées , de laquelle
il a des enfans ; Louis
Nicolas le Tellier , Marquis
de Souvré , Maître de la Garderobe
du Roy , marié avec
.... de Pas Feuquieres Dame
de Rebenac ; Louis François
Marie le Tellier Marquis de
Barbezieux, Miniftre & Secre230
MERCURE
taire d'Etat , Commandeur &
Chancelier des Ordres duRoy,
marié enpremieres noces avec
Catherine Loüiſe de Cruſſfol
d'Uzés , & en ſecondes avec
Marie- Thereſe - Dauphine-
Eustache d'Alegre , mort le .
5. Janvier 1701. laiſſantde ſon
premier mariage , une fille
unique mariée avec le Duc
d'Olonne , de la Maiſon de
Montmorency, la plus illuſtre
du Royaume; Camille le Tellier,
Abbé de Vauluifant & de
Bourgueil,Garde de la Bibliotheque
duRoi;Charlote Magdelaine
le Tellier , femmede
GALANT. 231
François de la Rochefoucault
Duc de la Rocheguyon , puis
della Rochefoucauld, Pair de
France , Grand Maître de la
Garderobedu Roy , & ci -devantgrand
Veneurde France,
& fenë Marguerite leTollier ,
femme de François de Neufville
Duc de Villeroy ,Pair de
France, LieutenantGeneraldes
Armées du Roy ,& Capitaine
d'une Compagnie des Gardes
du Corps de Sa Majeſté. Feuë
Madame de Louvois étoit fille
unique& heritiere de Charles
deSouvré ,Marquis de Courrenvaux
, premier Gentilhom
232 MERCURE
mede laChambre du Roy , &
deMarguerite Barentin,petite
fille de Jean de Souvré Marquis
deCourtenvaux , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy , Chevalier de ſes Ordres&
Gouverneur de Touraine&
deCatherine de Neufville
Villeroy , &artiere petite
fille de Gilles de Souvré Marquis
de Courtenvaux , Gouverneur
de Touraine , Grand
Maiſtre de la Garderobe du
Roy, depuis Gouverneur du
Roy Loüis XIII . premier
Gentilhomme de ſa Chambre,
Chevalier de ſes Ordres,
&
GALANT. 233
& Maréchal de France , ſortie
d'une Maiſon originaire du
Maine , également diftinguée
par ſon ancienneté & par ſes
alliances comme on le peut
voir par la Genealogie qui en
eſt rapportée dans l'Histoire
des grands Officiers de la
Couronne , au Chapitre des
Maréchaux de France.
M. Jacques Holdier , Scigneur
deBloffiere& de la Varenne
,premier Préſident dela
Cour des Monnoyes , mourut
le 25. Novembre : il étoit fils
de feu M. Hoſdier , Secretaire
du Roy ,& il laiſſe entr'autres
Decembre 1715 . V
234 MERCURE
enfants , un fils qui luy fuccededans
ſa Charge de premier
Préfident de la Cour des
Monnoyes.
M. Jacques de Moras , ori
ginaire de Lisbonne , l'un des
plus integres & des plus renommez
Banquiers de l'Europe
, & établi depuis ungrand
nombre d'années à Paris , y
mourut le 9. de ce mois.
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470
p. 248-269
MARIAGES.
Début :
Messire Jean, Comte de Polastron, Brigadier des Armées du Roy [...]
Mots clefs :
Marquis, Lieutenant, Dame, Chevalier, Armées du roi, Fils, Fille, Roi, Mariage, Régiment, Comte, Régiment, Lieutenant général, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Meffire Jean , Comte de
Polaftron , Brigadier des Armées
du Roy , & Colonel du
Regiment de la Couronne ,
épouſa le 26. Novembre
Dame Françoiſe Jeanne de
Violan de Miraman , veuve
de François d'Arennes , Lieutenant
General des Armées
du Roy : Mr de Polaſtron eft
d'une des plus nobles & des
plus anciennes Maiſons de
Guyenne : Elle prend ſon nom
de la Terre de Poláſtron, dans
GALANT. 249
leDioceſe de Lombez,laquelle
eſt encore poffedée en partie
par les aînez de cette Maiſon.
Meffire deMatignon
, Comte de Thorigny ,
fils de Meffire Jacques deMa--
tignon,Marquis deMatignon,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General au Gouvernement
de Baſſe Norman
die,&de Dame Charlotte de
Matignon,Comteſſe de Tho
rigny , a époufé le Novembre
Damoiſeile Grimaldi
, fille unique & heritiere
d'Antoine Grimaldi , Prince
ſouverain de Monaco , Duc
250 MERCURE
deValentinois, Pair de France;
&de Marie de Lorraine Armagnac:
par ce Mariage Mr
le Comte de Thorigny a pris
le titre de Ducde Valentinois
avec les Armesde la Maiſonde
Grimaldi , l'une des plus an.
ciennes, des plusilluftres&des
plus puiſſantes Maiſons de
Genes: Pour celle de Matignon
, dont le veritable nom
eſt Goyon, elle eſt une des
plus anciennes & des plus illuftres
du Royaume , & elle
s'eſt de tout temps alliée aux
plus grandes Maiſons,comme
on le peut voir dans laGeneaGALANT.
251
logiequi en eitrapportée dans
l'Histoire des grands Officiers
delaCouronne, auxChapitres
des Maréchaux de France &
des grands Ecuyers a
Meffire deMaulde,
Marquis de la Buiffiere , Capitaine
de Carabiniers , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de
S. Loüis , a épousé le Damoiselle
Anne de Monceaux
d'Auxi , fi'e de Meffire François,
de Monceaux d'Auxis
Marquis d'Auxi , & de Dame
Marie Magdelaine Jubert du
Thal : La Maiſon de Maulde ,
dont eſt Mr de la Buifliere, eft
252 MERCURE
originaire de Haynault; elle
eft également diftinguée par
fon ancienneté & par ſes alliances
, & elle s'elt diviſée en
pluſieurs branches établies en
Artois & en Picardie : pour la
Maiſon d'Auxi de Monceaux
je vous en aydonné un filong
détail dans l'un de mes pre
iniers Journaux , à l'occafion
du Mariage de Mr le Marquis
d'Auxi , frere deMadamedela
Buiffiere , ci-devant Capitaine
du Regiment des GardesFrançoiſes
, puis Colonel du Regiment
Royal Comtois , avec
Mademoiselle de la Grange
GALANT. 253
:
Trianon , que je me contenteray
icy de vous dire qu'elle tire
fon origine des anciens Sires &
Barons d'Auxi , connus il y a
plus de soo . ans , & qu'elle
s'eſt toûjours alliée aux Maifons
les plus illuftres duRoyaume,
comme Meleun , Pecquigny,
la Tremoille , Ailly , Ef.
toutteville , Rambures , Crevecoeur
, Trafigny , Hallwin
Saveuſe , Mailly , Hangeſt , la
¡Vicuville , la Chaſtre , Vieux-
Pont , d'O , Rochechouard ,
Tiercelin de Broſſe , Breauté ,
Etendart Bully , Boufflers د
Rouvroy, S. Simon,Crequy ,
&c.
254 MERCURE
Le 4. de Novembre 1715.
M.le Marquis de Pleumartin
épouſa Mademoiſfelle de Villemaré
, le Mariage fut celebré
par M. l'Archevêque de Tours
à Gouffainville chez M. de
Nicolaï, premier Preſident de
la Chambre des Comptes ,
parent de M. de Pleumartin,
&qui avoit eſté fon Tuteur
honoraire ; il eft fils de Meffire
Georges Yſoré d'Hervault ,
Marquis de Pleumartin , qui
gagnât le prix auCarroufel de
Madame la Dauphine
1682. & de Geneviève Rol-
د
en
Jand ſon époufc. Et George
この
GALANT. 255
Yſoré étoit fils de René Yſoré
d'Hervault Marquis de Pleumartin
, Lieutenant de Roy
de Touraine , Poitou , Pays
d'Aulnis & Chaſtelleraudois
qui avoit épousé en 1662.
Marie -Gabrielle Chataignier
de la Rochepozay , de l'ancienne
Maiſon de Chataignier
dont Ducheſne a fait une
hiſtoire particuliere ; elle étoit
fille de Charles deChataignier
Marquis de la Rochepozay ,
auffi Lieutenant de Roy du
Haut Poitou : René Yforé
étoit fils de Georges Yſoré
Marquis d'Hervault & de
J
د
256 MERCURE
,
Pleumartın , Chevalier des Ordres
du Roy& fon Lieutenant
en Touraine , qui avoit épouſé
Marie de Roncherolles , file
de Pierre de Roncherolles Baron
du Pont S. Pierre , premier
Baton de Normandie
duquel mariage étoit venu
RenéYſoré cy-deſſus nommé,
&pluſieurs autres enfans , entr'autresGeorgesYſoré
d'Hervault
, Chevalier de Malthe ,
Major general des Armées
Navalles , & Mathieu Yſoré
d'Hervault, à preſent Archevêque
de Tours , M. le Marquis
de Pleumartın qui vient
de
GALANT. 257
de ſe marier a cû deux freres
tuez au ſervice , l'un en Italie ,
P'autre àla bataille de Ramilli,
ce dernier avoit eſté Page de
laChambre du Roy ,& farfoit
ſa premiere campagne dans
lès Mouſquetaires , & par
leur morts il eſt devenu feul
heritier de cette Maiſon ; ce
qui luy a fait quitter l'état Eccleſiaſtique
auquel on l'avoit
deſtiné pour la foûtenir. H
feroit inutile pour faire cont
noître l'ancienneté de la Mais
fon d'Yforé d'Hervault , d'ınferer
icyune longue genealo
gie, ceux qui en voudront ſça
Decembre 1715 . Y
258 MERCURE
voir davantage auront recours
au Pere Anfelme dans ſon
Palais d'honneur , il ſuffira de
dire qu'elle eſt connuë depuis
la fin du dixiéme fiecle, qu'elle
efttres illuftre par ſes grandes
alliances , fa fidelité & ſes fervices
rendus aux Rois de France;
un Honorat Yloré fut Vice-
Amiral de Guienne , Aulnis
& Poitou ; René Yſoré
fon pere Chevalier des Ordres
du Roy , Commandant les Enfans
perdus à la bataille de
Moncontour , où il perdit une
jambe ; Jean Yſoré fut fait
Chevalier avec le Comte de
GALANT. 259
Nevers au fiége de Rouen l'an
1449. par Charles VII. puis
en 1476. fait Chambellan de
Louis XI . Leon Yſoré ſon pe.
tit. fils fut Chambellan duRoy
Charles VIII . & le ſuivit à la
conqueſte de Naples en 1494.
La Maiſon d'Yſoré eſt alliée
par celle des Chaſtaigner de la
Rochepozay à celles de laRochefoucault
Mortemart
Chamberg ; par celle de Pont
S. Pierre à celles de Luxembourg
, Clermont Tonnerre,
Gouffier&Nicolaï, & par ellemême
à celles de Montaufier ,
Bethune , Rohan Chabot , &
Richelieu.
Yij
260 MERCURE
Mademoiselle de Villemaré
eſt fille de Meſſire Jean Bonaventure
Lelay , Seigneur de
Villemaré, Lieutenant de Mef
fieurs les Maréchaux de France
en Bretagne. Les Lelay font
fort anciens Gentilshommes
de Bretagne, l'Histoire de cette
Province par le Pere Lobineau
en parle en differens endroits ,
&fur tout elle dit qu'en 1380 .
Alain Lelay figna à la ratification
de la Paix entre Jean Duc
de Bretagne &le Roy de France
; elle en parle encore enplufieurs
occafions comme reveuës
de Troupes & voyages
GALANT. 261
des Ducs de Bretagne au fervice
deſquels ils ont toûjours
eſté:
Meffire Jean - Loüis d'Uffon
, Marquis de Bonac a
épousé le 22. Damoiſelle ...
Magdelaine - Françoiſe de
Gontaut de Biron , fille aînée
de Mr le Marquis de Biron ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Conſeiller
au Conſeil de Guerre. Le ſeul
nom de Biron fuffit pour faire
l'éloge de la Maiſon delaDamoiselle
Il y a longtemps que celuy
d'Uffon que le Marquis de
262 MERCURE
Bonac porte eſt connu dans
le Comté de Foix & dans le
Royaume d'Arragon. Il s'eſt
foûtenu anciennement par diverſes
alliances avec la Maifon
de Foix , & de nos jours
par les ſervices de Mrs de Bonrepaus
&d'Uffon ſes oncles, le
dernier mort Lieutenant General
des Armées du Roy , &
le premier connu par divers
emplois , tant audedans qu'au
dehors du Royaume, & actuellement
par la place que le
Regent luy a donné dans le
Conſeil de Marine : pour le
Marquis de Bonac qui vient de
GALANT. 263
ſe marier , quoyque jeune encore
, il a ſervi le Roy à la
guerre ,& dans preſque toutes
les Cours del'Europe. J'ay,&
j'auray toure ma vie une fi
parfaite reconnoiffance,des
bontez qu'il a cûës pourmoy,
en Eſpagne , où j'ay cû l'honneur
d'eſtre fon Gentilhomme
pendant le ſéjour qu'il ya
fait en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , qu'il
faut que j'aye une confideration
extrême pour l'Auteur de
la Gazette d'Hollande , pour
luy pardonner ſon obftination
à vouloir l'envoyer à Conftan264
MERCURE
tinople avec le titre d'Ambaf
fadeur dont le feu Roy l'avoit
honoré , pendant que le Regent
qui ne peut rien faire
qu'avec grande connoiffance
de cauſe , a bien plus prés-
Beſoinde ſes ſervices . J'aurois
fait affürément ſur ſon Ma
riage , le plus bel Epithalame
du monde , fi pendant plus de
deux ans , il n'avoir pas cû là
bonté de me guetir de la
rage que j'avois de faire des
Vers .
M. leMarquis de Gontaut,
fils de M. le Marquis deBiron ,
Lieutenant General des Ar
mées
GALANT . 265
mées du Roy , & de Dame
.... Bautru de Vaubrun , a
épouséMademoiselle.deGrammont
, fille de M. le Duc de
Guiche , Lieutenant General
des Armées du Roy , & de
Dame Marie - Chriſtine de
Noailles : Les Maiſons deGon.
taut & de Grammont ſont ſi
generalement connuës pour
eſtre des premieres & des plus
illuftres du Royaume que je
me contenteray icy de renvoyer
les curieux à la derniere
Hiſtoire des grands Officiers
de la Couronne , dans laquelle
au Chapitre des Maréchaux
Decembre 1715. Z
266 MERCURE
1
de France , ils en trouveront
les Genealogies amplement
déduites.
1
M. le Chevalier de Royede
laMaiſon de laRochefoucault ,
une des plus anciennes & des
plus illuſtres du Royaume ,
Capitaine Lieutenant des
Gendarmes Flamans , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy & Capitaine de la Compagnie
des Gardes du Corps
de Madame la Ducheſſe de
Berry , a époufé Mademoiselle
Prondre,fille deMeffire Paulin
Prondre ,Conſeiller du Roy
en fesConfcils, Préſident de la
GALANT. 267
Chambre des Comptes de Paris
,& de Dame Anne Marguerite
Petit de Ravannes.
Meffire Hilaire Roüillé du
Coudray , Conſeiller au Parlement
de Paris , fils de Meffire
Hilaire Roüillé , Seigneur du
Coudray , Conſeiller d'Etat
ordinaire , & Confeiller du
Conſeil Royal des Finances, &
de Dame Deniſe Coquille , a
épousé le Novembre Damoiſellele
Feron, fille
de Meffire Jean Baptiste de
•Feron , Conſeiller du Ropien
ſes Conſeils , Grand Maifire
des Eaux & ForenAu Dépar-
ג
Zij
268 MERCURE
tement de l'Ifle de France , &
de Dame Geneviève Titon ,
&fortie d'une des premieres
familles de la Robe : pour
celle de Roüillé de laquelle
font encore Mrs de la Grandcour
, de Meſlay & de Marbeuf,
elle eſt auſſi une des plus
grandes , des plus étenduës &
des mieux alliées de la Robe ,
& n'a rien de commun que le
nom avecla famille de Roüillé,
Seigneurs de Fontaines , de
Joüy , de Beauvoir & de Fillerieres
, originaire de la Ville de
Tours & de laquelle estoit
Dame Anne Roüillé , femme
S
GALANT . 269
de Meſſire Lacques Olivian Ja
OME DE
LYON
268 MERCURE
Nevi
GALANT . 269
de Meſſire Jacques Olivier de
Vigny, Seigneur de Courquetaine
, de Cervoles & de Villepayen
, Maistre des Comptes ,
morte le de ce mois.
Meffire Jean , Comte de
Polaftron , Brigadier des Armées
du Roy , & Colonel du
Regiment de la Couronne ,
épouſa le 26. Novembre
Dame Françoiſe Jeanne de
Violan de Miraman , veuve
de François d'Arennes , Lieutenant
General des Armées
du Roy : Mr de Polaſtron eft
d'une des plus nobles & des
plus anciennes Maiſons de
Guyenne : Elle prend ſon nom
de la Terre de Poláſtron, dans
GALANT. 249
leDioceſe de Lombez,laquelle
eſt encore poffedée en partie
par les aînez de cette Maiſon.
Meffire deMatignon
, Comte de Thorigny ,
fils de Meffire Jacques deMa--
tignon,Marquis deMatignon,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General au Gouvernement
de Baſſe Norman
die,&de Dame Charlotte de
Matignon,Comteſſe de Tho
rigny , a époufé le Novembre
Damoiſeile Grimaldi
, fille unique & heritiere
d'Antoine Grimaldi , Prince
ſouverain de Monaco , Duc
250 MERCURE
deValentinois, Pair de France;
&de Marie de Lorraine Armagnac:
par ce Mariage Mr
le Comte de Thorigny a pris
le titre de Ducde Valentinois
avec les Armesde la Maiſonde
Grimaldi , l'une des plus an.
ciennes, des plusilluftres&des
plus puiſſantes Maiſons de
Genes: Pour celle de Matignon
, dont le veritable nom
eſt Goyon, elle eſt une des
plus anciennes & des plus illuftres
du Royaume , & elle
s'eſt de tout temps alliée aux
plus grandes Maiſons,comme
on le peut voir dans laGeneaGALANT.
251
logiequi en eitrapportée dans
l'Histoire des grands Officiers
delaCouronne, auxChapitres
des Maréchaux de France &
des grands Ecuyers a
Meffire deMaulde,
Marquis de la Buiffiere , Capitaine
de Carabiniers , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de
S. Loüis , a épousé le Damoiselle
Anne de Monceaux
d'Auxi , fi'e de Meffire François,
de Monceaux d'Auxis
Marquis d'Auxi , & de Dame
Marie Magdelaine Jubert du
Thal : La Maiſon de Maulde ,
dont eſt Mr de la Buifliere, eft
252 MERCURE
originaire de Haynault; elle
eft également diftinguée par
fon ancienneté & par ſes alliances
, & elle s'elt diviſée en
pluſieurs branches établies en
Artois & en Picardie : pour la
Maiſon d'Auxi de Monceaux
je vous en aydonné un filong
détail dans l'un de mes pre
iniers Journaux , à l'occafion
du Mariage de Mr le Marquis
d'Auxi , frere deMadamedela
Buiffiere , ci-devant Capitaine
du Regiment des GardesFrançoiſes
, puis Colonel du Regiment
Royal Comtois , avec
Mademoiselle de la Grange
GALANT. 253
:
Trianon , que je me contenteray
icy de vous dire qu'elle tire
fon origine des anciens Sires &
Barons d'Auxi , connus il y a
plus de soo . ans , & qu'elle
s'eſt toûjours alliée aux Maifons
les plus illuftres duRoyaume,
comme Meleun , Pecquigny,
la Tremoille , Ailly , Ef.
toutteville , Rambures , Crevecoeur
, Trafigny , Hallwin
Saveuſe , Mailly , Hangeſt , la
¡Vicuville , la Chaſtre , Vieux-
Pont , d'O , Rochechouard ,
Tiercelin de Broſſe , Breauté ,
Etendart Bully , Boufflers د
Rouvroy, S. Simon,Crequy ,
&c.
254 MERCURE
Le 4. de Novembre 1715.
M.le Marquis de Pleumartin
épouſa Mademoiſfelle de Villemaré
, le Mariage fut celebré
par M. l'Archevêque de Tours
à Gouffainville chez M. de
Nicolaï, premier Preſident de
la Chambre des Comptes ,
parent de M. de Pleumartin,
&qui avoit eſté fon Tuteur
honoraire ; il eft fils de Meffire
Georges Yſoré d'Hervault ,
Marquis de Pleumartin , qui
gagnât le prix auCarroufel de
Madame la Dauphine
1682. & de Geneviève Rol-
د
en
Jand ſon époufc. Et George
この
GALANT. 255
Yſoré étoit fils de René Yſoré
d'Hervault Marquis de Pleumartin
, Lieutenant de Roy
de Touraine , Poitou , Pays
d'Aulnis & Chaſtelleraudois
qui avoit épousé en 1662.
Marie -Gabrielle Chataignier
de la Rochepozay , de l'ancienne
Maiſon de Chataignier
dont Ducheſne a fait une
hiſtoire particuliere ; elle étoit
fille de Charles deChataignier
Marquis de la Rochepozay ,
auffi Lieutenant de Roy du
Haut Poitou : René Yforé
étoit fils de Georges Yſoré
Marquis d'Hervault & de
J
د
256 MERCURE
,
Pleumartın , Chevalier des Ordres
du Roy& fon Lieutenant
en Touraine , qui avoit épouſé
Marie de Roncherolles , file
de Pierre de Roncherolles Baron
du Pont S. Pierre , premier
Baton de Normandie
duquel mariage étoit venu
RenéYſoré cy-deſſus nommé,
&pluſieurs autres enfans , entr'autresGeorgesYſoré
d'Hervault
, Chevalier de Malthe ,
Major general des Armées
Navalles , & Mathieu Yſoré
d'Hervault, à preſent Archevêque
de Tours , M. le Marquis
de Pleumartın qui vient
de
GALANT. 257
de ſe marier a cû deux freres
tuez au ſervice , l'un en Italie ,
P'autre àla bataille de Ramilli,
ce dernier avoit eſté Page de
laChambre du Roy ,& farfoit
ſa premiere campagne dans
lès Mouſquetaires , & par
leur morts il eſt devenu feul
heritier de cette Maiſon ; ce
qui luy a fait quitter l'état Eccleſiaſtique
auquel on l'avoit
deſtiné pour la foûtenir. H
feroit inutile pour faire cont
noître l'ancienneté de la Mais
fon d'Yforé d'Hervault , d'ınferer
icyune longue genealo
gie, ceux qui en voudront ſça
Decembre 1715 . Y
258 MERCURE
voir davantage auront recours
au Pere Anfelme dans ſon
Palais d'honneur , il ſuffira de
dire qu'elle eſt connuë depuis
la fin du dixiéme fiecle, qu'elle
efttres illuftre par ſes grandes
alliances , fa fidelité & ſes fervices
rendus aux Rois de France;
un Honorat Yloré fut Vice-
Amiral de Guienne , Aulnis
& Poitou ; René Yſoré
fon pere Chevalier des Ordres
du Roy , Commandant les Enfans
perdus à la bataille de
Moncontour , où il perdit une
jambe ; Jean Yſoré fut fait
Chevalier avec le Comte de
GALANT. 259
Nevers au fiége de Rouen l'an
1449. par Charles VII. puis
en 1476. fait Chambellan de
Louis XI . Leon Yſoré ſon pe.
tit. fils fut Chambellan duRoy
Charles VIII . & le ſuivit à la
conqueſte de Naples en 1494.
La Maiſon d'Yſoré eſt alliée
par celle des Chaſtaigner de la
Rochepozay à celles de laRochefoucault
Mortemart
Chamberg ; par celle de Pont
S. Pierre à celles de Luxembourg
, Clermont Tonnerre,
Gouffier&Nicolaï, & par ellemême
à celles de Montaufier ,
Bethune , Rohan Chabot , &
Richelieu.
Yij
260 MERCURE
Mademoiselle de Villemaré
eſt fille de Meſſire Jean Bonaventure
Lelay , Seigneur de
Villemaré, Lieutenant de Mef
fieurs les Maréchaux de France
en Bretagne. Les Lelay font
fort anciens Gentilshommes
de Bretagne, l'Histoire de cette
Province par le Pere Lobineau
en parle en differens endroits ,
&fur tout elle dit qu'en 1380 .
Alain Lelay figna à la ratification
de la Paix entre Jean Duc
de Bretagne &le Roy de France
; elle en parle encore enplufieurs
occafions comme reveuës
de Troupes & voyages
GALANT. 261
des Ducs de Bretagne au fervice
deſquels ils ont toûjours
eſté:
Meffire Jean - Loüis d'Uffon
, Marquis de Bonac a
épousé le 22. Damoiſelle ...
Magdelaine - Françoiſe de
Gontaut de Biron , fille aînée
de Mr le Marquis de Biron ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Conſeiller
au Conſeil de Guerre. Le ſeul
nom de Biron fuffit pour faire
l'éloge de la Maiſon delaDamoiselle
Il y a longtemps que celuy
d'Uffon que le Marquis de
262 MERCURE
Bonac porte eſt connu dans
le Comté de Foix & dans le
Royaume d'Arragon. Il s'eſt
foûtenu anciennement par diverſes
alliances avec la Maifon
de Foix , & de nos jours
par les ſervices de Mrs de Bonrepaus
&d'Uffon ſes oncles, le
dernier mort Lieutenant General
des Armées du Roy , &
le premier connu par divers
emplois , tant audedans qu'au
dehors du Royaume, & actuellement
par la place que le
Regent luy a donné dans le
Conſeil de Marine : pour le
Marquis de Bonac qui vient de
GALANT. 263
ſe marier , quoyque jeune encore
, il a ſervi le Roy à la
guerre ,& dans preſque toutes
les Cours del'Europe. J'ay,&
j'auray toure ma vie une fi
parfaite reconnoiffance,des
bontez qu'il a cûës pourmoy,
en Eſpagne , où j'ay cû l'honneur
d'eſtre fon Gentilhomme
pendant le ſéjour qu'il ya
fait en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , qu'il
faut que j'aye une confideration
extrême pour l'Auteur de
la Gazette d'Hollande , pour
luy pardonner ſon obftination
à vouloir l'envoyer à Conftan264
MERCURE
tinople avec le titre d'Ambaf
fadeur dont le feu Roy l'avoit
honoré , pendant que le Regent
qui ne peut rien faire
qu'avec grande connoiffance
de cauſe , a bien plus prés-
Beſoinde ſes ſervices . J'aurois
fait affürément ſur ſon Ma
riage , le plus bel Epithalame
du monde , fi pendant plus de
deux ans , il n'avoir pas cû là
bonté de me guetir de la
rage que j'avois de faire des
Vers .
M. leMarquis de Gontaut,
fils de M. le Marquis deBiron ,
Lieutenant General des Ar
mées
GALANT . 265
mées du Roy , & de Dame
.... Bautru de Vaubrun , a
épouséMademoiselle.deGrammont
, fille de M. le Duc de
Guiche , Lieutenant General
des Armées du Roy , & de
Dame Marie - Chriſtine de
Noailles : Les Maiſons deGon.
taut & de Grammont ſont ſi
generalement connuës pour
eſtre des premieres & des plus
illuftres du Royaume que je
me contenteray icy de renvoyer
les curieux à la derniere
Hiſtoire des grands Officiers
de la Couronne , dans laquelle
au Chapitre des Maréchaux
Decembre 1715. Z
266 MERCURE
1
de France , ils en trouveront
les Genealogies amplement
déduites.
1
M. le Chevalier de Royede
laMaiſon de laRochefoucault ,
une des plus anciennes & des
plus illuſtres du Royaume ,
Capitaine Lieutenant des
Gendarmes Flamans , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy & Capitaine de la Compagnie
des Gardes du Corps
de Madame la Ducheſſe de
Berry , a époufé Mademoiselle
Prondre,fille deMeffire Paulin
Prondre ,Conſeiller du Roy
en fesConfcils, Préſident de la
GALANT. 267
Chambre des Comptes de Paris
,& de Dame Anne Marguerite
Petit de Ravannes.
Meffire Hilaire Roüillé du
Coudray , Conſeiller au Parlement
de Paris , fils de Meffire
Hilaire Roüillé , Seigneur du
Coudray , Conſeiller d'Etat
ordinaire , & Confeiller du
Conſeil Royal des Finances, &
de Dame Deniſe Coquille , a
épousé le Novembre Damoiſellele
Feron, fille
de Meffire Jean Baptiste de
•Feron , Conſeiller du Ropien
ſes Conſeils , Grand Maifire
des Eaux & ForenAu Dépar-
ג
Zij
268 MERCURE
tement de l'Ifle de France , &
de Dame Geneviève Titon ,
&fortie d'une des premieres
familles de la Robe : pour
celle de Roüillé de laquelle
font encore Mrs de la Grandcour
, de Meſlay & de Marbeuf,
elle eſt auſſi une des plus
grandes , des plus étenduës &
des mieux alliées de la Robe ,
& n'a rien de commun que le
nom avecla famille de Roüillé,
Seigneurs de Fontaines , de
Joüy , de Beauvoir & de Fillerieres
, originaire de la Ville de
Tours & de laquelle estoit
Dame Anne Roüillé , femme
S
GALANT . 269
de Meſſire Lacques Olivian Ja
OME DE
LYON
268 MERCURE
Nevi
GALANT . 269
de Meſſire Jacques Olivier de
Vigny, Seigneur de Courquetaine
, de Cervoles & de Villepayen
, Maistre des Comptes ,
morte le de ce mois.
Fermer
471
p. 290-302
Historique & burlesque origine du Tric trac par M. de M**. [titre d'après la table]
Début :
Item. Il me reste la plus plaisante Histoire du monde à vous donner [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Père, Peuple, Trictrac, Histoire, Cheval, Reine, Bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historique & burlesque origine du Tric trac par M. de M**. [titre d'après la table]
Item. Ilme reſte la plus plaiſanteHiſtoire
du monde à vous donCALA
NOC
91
griire.
jeu
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LA
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νου
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&
qu
fer
qu
te
GALANT. 291
ner. L'Auteur du dernier Logogrife
l'eſt auſſi de ladite Hiſtoire.
Tous ceux qui connoiſſent le jeu
duTrictracytrouveront un fonds
d'imagination originale ,auſſi l'eſt
du côté du beau , du bon , & de
l'agréable , celle de ſon Auteur ,
qui a du merite , du goût, de l'appetit
, & de l'eſprit comme un
Diable. Voila ma Preface.
HISTORIQUE ET
BURLESQUE
ORIGINE DU
TRICTRACT.
Il eſtun Pays dont le terrain eſt
plat , enfoncé & noir , excepté
quelques langues de terre vertes
&blanches , fur leſquelles les habitans
bâtiſſent leurs Maiſons ,
ou Cafes : Les malheureux qui ne
Aa ij
292 MERCURE
peuvent pas les couvrir , y font expoſez
à eſtre battus des injures du
temps : ceux au contraire à qui la
fortune rit , les couvrent promptement
pour ſe mettre en fûreté,
& y font quelquefois de belles
Enfilades .
Cette Contrée eſt bordée de
hauteurs dont on ne peut faire le
tour qu'avec une grande peine , ou
un grand bonheur : on y trouve
de petits precipices qu'il faut ne
ceffairement combler les uns
áprés les autres. Les habitans ne
fongent qu'à gagner ces hauteurs
&à boucher ces trous pour s'établir
dans cette partie ſuperieure;
mais ils n'y peuvent parvenir,
qu'aprés, avoir fait le voyage de
la Vallée , & s'eſtre enrichi par
quelque gain: La Religion de ces
Peuples reſſemble aſſez à celledu
GALANT. 293
Royaume de Calicut. Leur Religion
eſt bizarre. Ils adorentjufqu'au
Diable auquel ils ont conſacré
deux Cafes qui portent ſon
nom.
Ce Pays appartient au Prince
Tric, qui a pour voiſine la Princeſſe
Trac; la proximité & le rapport
d'humeurs les fit ſonger
l'un & l'autre à une alliance , &
à réünir leurs Etats. Tric épouſa
tout d'un coup la Princeffe Trac,
fans aucune ceremonie , & fans
autres réjoüiſſances que celles
d'un concert de Cornets qui font
les ſeuls inſtrumens de Muſique
dont on ſe ſert en ce Pais -là.
SiTric fit grand bruit le jour &
la nuit de ſes nôces , on ne peut
pas dire de lui qu'il fit peu de befogne
; fon Epoufe en donna des
1
Bb iij
294 MERCURE
marques : aprés avoir mis tout-àbas
, elle accoucha au 9. mois
d'un Garçon que l'on nomma
petitJean.
A peine fut-il né qu'on fit prefent
au Roy ſon pere , d'un beau
berceau , & fa nourrice auſſi-tότ
mit dedans le petit Prince.
Tric qui vouloit que ſon fils fut
élevé ſimplement, l'envoya àl'Edole
, comme les autres enfans ,
mais quelque ſoin que l'on pric
pour lui rendre la parole nette &
aiſée , on ne pût jamais en venir
à bout , il aimoit ſes deffauts , il
les confervoit par obſtination ,&
il fut impoſſible de luy rompre la
bredoüille qui lui étoit naturelle.
Il eût un jour une dispute avec
fon Maître au ſujet d'un petit
Chien qu'ils trouverent ; ce Maître
qui étoit un Grec le voulut
GALANT. 295
nommer Quiness mais fean lui
donna le nom deRencontre.
- Apeine pût-il recevoir les premieres
impreſſions des Sciences ,
ques ſon goût le porta entierement
à l'Arithmetique , dont il
réduiſit lesnombresà ſix,qu'il fir
graver chacun en particulier fur
chaque, face d'un cube , dont il
trouvala duplication, & qu'il appalladzan
l'honneur du dez
d'unejeune Princeſſe qu'il cheriffoite
ob
2L'application qu'il avoit pour
fes études , & l'exercice qu'il faifoit,
lui donnoitun grand appetit,
on ne put jamais l'empêcher de
tenir deux tables , l'une en public
avecle Roy & la Reine , l'autre
enparticulier avec ſes amis , fur
laquelle on fervoit ſouvent une
αππου Aaning
296 MERCURE
poule, qu'il joüoit avec ſes camarades
, avant de la manger , pour
faire digestion il montoit à cheval
, ſamonture ordinaire étoit un
barbe entier qu'il nommoit auſſi
dez, ce cheval ne poſoit ſouvent
pasà terre ; il devint vicieux ,&
ſur lesplaintesqu'on lai en fit, il
dità fon Maréchal coup é dez .
Eſtant un peu avancé en âge ,
le Roy fon pere le fit voyager ,
il cut pluſieurs avantures , tantôt
heureux juſqu'à faire de grands
gains , ſans le remuer , && fans
bouger de fa place , tantoſt mal
heureux , quelquefois riche
quelquefois pauvre : l'Histoire
même rapporte qu'il fut un jour
réduit à Abattre du Bois ; il eſt
vray qu'il ne le portoit pas tou
jours luy même , mais qu'il char
geoit ſouvent le Baudet dont ilne
GALANT 297
ſe trouvoit pourtant pas mieux.
D'abord qu'il avoit abattu du
bois il prenoit son coin pour le
fendre , il prenoit auſſi le coin de
fon voiſin par force & par puis-
Jance , fans ſe foucier de cequ'on
en pouvoit dire. Il le battoit
d'une terrible maniere pour le
mieux enfoncer ; lorſque le bois
eftoir trop dur , on ne luy a ja
mais pardonné la foibleſſe qu'il
avoit pour fon coin , il luya donné
droit de Bourgeoifie , lorſqu'il
eſt parvenu à la Couronne , & a
vouluqu'on le nomma Coin Bour.
geois, par la même raiſon que
Caligula fit ſon cheval Conful
Romain.
*Sa miſere ne dura pas longtemps
, fon pere luy fit tenir des
doublons , ou Doublets , monnoye
du Pays , qui vaut la moitié en
298 MERCURE
هو
fus,plus que lespieces ordinaires,
il vit les Dames par ce moyen , &
les aima toute ſa vie , il eût d'a
bord pour Maîtreſſe une jeune
Princeffe , pour laquelle il avoir
beaucoupde reſpect , illa baifoit
ſeulement ſur la joüe , en entrant
&en fortant , & ne pût jamais
obtenir aucune autre -favour
d'elle ; mais pour les autres Dan
mes il en faifoit ce qu'il vouloits
& il ſuffifoit qu'il cûc dịc un cor,
tain mot miſterieux j'adouble , en
les touchant, pour qu'on ofa pas
y trouver à redire , on ne laiſſa
pas cependant de l'appellerJean
de trois coups pour avoir pouffe
unpeuvivement ſixDames àtrois
repriſes ſa vigueur ne dura pas
longtemps , la ſeule vuë de Margot
la fenduë lui caufaune eſpece
de paralyfie , les jeunes Seigneurs
GALANT. 299
s'enmoquoient , & diſoient tout
haut , Jean qui estoit toûjours en
mouvement avec les Dames , eft
à preſent ,Jean qui ne peut feulement
pas approcher de celles
qui lui donnent beau , & qui font
à moitié découvertes , il guerit
dans la fuite de cette maladie ,
aprés laquelle il devint grand
tout d'un coup , & prit le nomde
GrandJean. Ce fut alors que fes
occupations devintent plus ſerieuſes
, & qu'il tâcha de remplir
les devoirs de ſon état : Il alla à
la guerre , il battit &fut battu ,
il aſſiegea des Villes , en prit
quelqu'unes , & leva le fiege devant
d'autres ; fon courage éclatoit
dans toutes les occafions . II
eût un jour une querelle à ce ſujetavec
un brave qu'il appella en
duel; pour champ de bataille il
300 MERCURE
prit le coin d'une ancienne maifon
où il crût eſtre en repos , le
combat ne dura pas longtemps,
ſon ennemi lui porta une quarte,
ce fut un coup faux , il la para ,
& luy poufla la botte fecrete ,
dont il fut enfilé ; mais s'il étoit
ferme dans l'occaſion , il marquoitbeaucoup
de legereté dans
le cabinet , on l'entendoit dire en
plein Confeil & avant qu'une
affaire fut entierement decidée,
(jem'en vais ) & il paffoit ſouvent
d'un avis à un autre , ſans en ſçavoir
la raifon : ce caractere luy
attira de grands chagrins , il fe
dégoutadu métier de la guerre ;
&réſolut de retourner auprés de
ſes parens pour mener une vie
douce & tranquille .
A fon arrivée il alla ſaluër le
Roy ſon pere , qui ne le reconnut
GALANT. 301
pas d'abord , parce que ſes lunettes
eſtoient ternes , la Reine ſa
mere courut au -devant de luy , &
dit , ah te voilà mon fils , Jean
de retour : on expire de joye comme
de douleur : lebon Roy & la
bonne Reine eûrent tant de plaifir
de revoir leur fils , qu'ils en
moururent , on les mit dans deux
cercuëils , on fit deux enterremens
, où il fut beaucoupfonné,
& les peuples en porterent double
deüil.
Le Prince perdit tout en perdant
fonpere & fa mere , leur decés
lui attira une infinité de malheurs
dont l'Hiſtoire ne fait aucun
détail; on ſçait ſeulement par
tradition qu'il rompit avec ſes
meilleurs amis , qu'il ne put pas
tenir contre ſes ennemis , qu'il
mourut en langueur & qu'il fut
- 302 MERCURE
exhorté à la mort par un Carme
qu'il avoit amené lui-même à la
Cour ; ſes peuples lui érigerent
une pyramide qu'on appella La
pile des malheurs : quelques recherches
qu'on ait fait pour en
-fçavoir d'autres particularitez ,
on a pû en venir à bout , c'eſt la
raiſon pour laquelle on ne peut
rien dire davantage de ce malheureux
Prince , à moins qu'on
ne recommence .
du monde à vous donCALA
NOC
91
griire.
jeu
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290 MERCURE
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&
qu
fer
qu
te
GALANT. 291
ner. L'Auteur du dernier Logogrife
l'eſt auſſi de ladite Hiſtoire.
Tous ceux qui connoiſſent le jeu
duTrictracytrouveront un fonds
d'imagination originale ,auſſi l'eſt
du côté du beau , du bon , & de
l'agréable , celle de ſon Auteur ,
qui a du merite , du goût, de l'appetit
, & de l'eſprit comme un
Diable. Voila ma Preface.
HISTORIQUE ET
BURLESQUE
ORIGINE DU
TRICTRACT.
Il eſtun Pays dont le terrain eſt
plat , enfoncé & noir , excepté
quelques langues de terre vertes
&blanches , fur leſquelles les habitans
bâtiſſent leurs Maiſons ,
ou Cafes : Les malheureux qui ne
Aa ij
292 MERCURE
peuvent pas les couvrir , y font expoſez
à eſtre battus des injures du
temps : ceux au contraire à qui la
fortune rit , les couvrent promptement
pour ſe mettre en fûreté,
& y font quelquefois de belles
Enfilades .
Cette Contrée eſt bordée de
hauteurs dont on ne peut faire le
tour qu'avec une grande peine , ou
un grand bonheur : on y trouve
de petits precipices qu'il faut ne
ceffairement combler les uns
áprés les autres. Les habitans ne
fongent qu'à gagner ces hauteurs
&à boucher ces trous pour s'établir
dans cette partie ſuperieure;
mais ils n'y peuvent parvenir,
qu'aprés, avoir fait le voyage de
la Vallée , & s'eſtre enrichi par
quelque gain: La Religion de ces
Peuples reſſemble aſſez à celledu
GALANT. 293
Royaume de Calicut. Leur Religion
eſt bizarre. Ils adorentjufqu'au
Diable auquel ils ont conſacré
deux Cafes qui portent ſon
nom.
Ce Pays appartient au Prince
Tric, qui a pour voiſine la Princeſſe
Trac; la proximité & le rapport
d'humeurs les fit ſonger
l'un & l'autre à une alliance , &
à réünir leurs Etats. Tric épouſa
tout d'un coup la Princeffe Trac,
fans aucune ceremonie , & fans
autres réjoüiſſances que celles
d'un concert de Cornets qui font
les ſeuls inſtrumens de Muſique
dont on ſe ſert en ce Pais -là.
SiTric fit grand bruit le jour &
la nuit de ſes nôces , on ne peut
pas dire de lui qu'il fit peu de befogne
; fon Epoufe en donna des
1
Bb iij
294 MERCURE
marques : aprés avoir mis tout-àbas
, elle accoucha au 9. mois
d'un Garçon que l'on nomma
petitJean.
A peine fut-il né qu'on fit prefent
au Roy ſon pere , d'un beau
berceau , & fa nourrice auſſi-tότ
mit dedans le petit Prince.
Tric qui vouloit que ſon fils fut
élevé ſimplement, l'envoya àl'Edole
, comme les autres enfans ,
mais quelque ſoin que l'on pric
pour lui rendre la parole nette &
aiſée , on ne pût jamais en venir
à bout , il aimoit ſes deffauts , il
les confervoit par obſtination ,&
il fut impoſſible de luy rompre la
bredoüille qui lui étoit naturelle.
Il eût un jour une dispute avec
fon Maître au ſujet d'un petit
Chien qu'ils trouverent ; ce Maître
qui étoit un Grec le voulut
GALANT. 295
nommer Quiness mais fean lui
donna le nom deRencontre.
- Apeine pût-il recevoir les premieres
impreſſions des Sciences ,
ques ſon goût le porta entierement
à l'Arithmetique , dont il
réduiſit lesnombresà ſix,qu'il fir
graver chacun en particulier fur
chaque, face d'un cube , dont il
trouvala duplication, & qu'il appalladzan
l'honneur du dez
d'unejeune Princeſſe qu'il cheriffoite
ob
2L'application qu'il avoit pour
fes études , & l'exercice qu'il faifoit,
lui donnoitun grand appetit,
on ne put jamais l'empêcher de
tenir deux tables , l'une en public
avecle Roy & la Reine , l'autre
enparticulier avec ſes amis , fur
laquelle on fervoit ſouvent une
αππου Aaning
296 MERCURE
poule, qu'il joüoit avec ſes camarades
, avant de la manger , pour
faire digestion il montoit à cheval
, ſamonture ordinaire étoit un
barbe entier qu'il nommoit auſſi
dez, ce cheval ne poſoit ſouvent
pasà terre ; il devint vicieux ,&
ſur lesplaintesqu'on lai en fit, il
dità fon Maréchal coup é dez .
Eſtant un peu avancé en âge ,
le Roy fon pere le fit voyager ,
il cut pluſieurs avantures , tantôt
heureux juſqu'à faire de grands
gains , ſans le remuer , && fans
bouger de fa place , tantoſt mal
heureux , quelquefois riche
quelquefois pauvre : l'Histoire
même rapporte qu'il fut un jour
réduit à Abattre du Bois ; il eſt
vray qu'il ne le portoit pas tou
jours luy même , mais qu'il char
geoit ſouvent le Baudet dont ilne
GALANT 297
ſe trouvoit pourtant pas mieux.
D'abord qu'il avoit abattu du
bois il prenoit son coin pour le
fendre , il prenoit auſſi le coin de
fon voiſin par force & par puis-
Jance , fans ſe foucier de cequ'on
en pouvoit dire. Il le battoit
d'une terrible maniere pour le
mieux enfoncer ; lorſque le bois
eftoir trop dur , on ne luy a ja
mais pardonné la foibleſſe qu'il
avoit pour fon coin , il luya donné
droit de Bourgeoifie , lorſqu'il
eſt parvenu à la Couronne , & a
vouluqu'on le nomma Coin Bour.
geois, par la même raiſon que
Caligula fit ſon cheval Conful
Romain.
*Sa miſere ne dura pas longtemps
, fon pere luy fit tenir des
doublons , ou Doublets , monnoye
du Pays , qui vaut la moitié en
298 MERCURE
هو
fus,plus que lespieces ordinaires,
il vit les Dames par ce moyen , &
les aima toute ſa vie , il eût d'a
bord pour Maîtreſſe une jeune
Princeffe , pour laquelle il avoir
beaucoupde reſpect , illa baifoit
ſeulement ſur la joüe , en entrant
&en fortant , & ne pût jamais
obtenir aucune autre -favour
d'elle ; mais pour les autres Dan
mes il en faifoit ce qu'il vouloits
& il ſuffifoit qu'il cûc dịc un cor,
tain mot miſterieux j'adouble , en
les touchant, pour qu'on ofa pas
y trouver à redire , on ne laiſſa
pas cependant de l'appellerJean
de trois coups pour avoir pouffe
unpeuvivement ſixDames àtrois
repriſes ſa vigueur ne dura pas
longtemps , la ſeule vuë de Margot
la fenduë lui caufaune eſpece
de paralyfie , les jeunes Seigneurs
GALANT. 299
s'enmoquoient , & diſoient tout
haut , Jean qui estoit toûjours en
mouvement avec les Dames , eft
à preſent ,Jean qui ne peut feulement
pas approcher de celles
qui lui donnent beau , & qui font
à moitié découvertes , il guerit
dans la fuite de cette maladie ,
aprés laquelle il devint grand
tout d'un coup , & prit le nomde
GrandJean. Ce fut alors que fes
occupations devintent plus ſerieuſes
, & qu'il tâcha de remplir
les devoirs de ſon état : Il alla à
la guerre , il battit &fut battu ,
il aſſiegea des Villes , en prit
quelqu'unes , & leva le fiege devant
d'autres ; fon courage éclatoit
dans toutes les occafions . II
eût un jour une querelle à ce ſujetavec
un brave qu'il appella en
duel; pour champ de bataille il
300 MERCURE
prit le coin d'une ancienne maifon
où il crût eſtre en repos , le
combat ne dura pas longtemps,
ſon ennemi lui porta une quarte,
ce fut un coup faux , il la para ,
& luy poufla la botte fecrete ,
dont il fut enfilé ; mais s'il étoit
ferme dans l'occaſion , il marquoitbeaucoup
de legereté dans
le cabinet , on l'entendoit dire en
plein Confeil & avant qu'une
affaire fut entierement decidée,
(jem'en vais ) & il paffoit ſouvent
d'un avis à un autre , ſans en ſçavoir
la raifon : ce caractere luy
attira de grands chagrins , il fe
dégoutadu métier de la guerre ;
&réſolut de retourner auprés de
ſes parens pour mener une vie
douce & tranquille .
A fon arrivée il alla ſaluër le
Roy ſon pere , qui ne le reconnut
GALANT. 301
pas d'abord , parce que ſes lunettes
eſtoient ternes , la Reine ſa
mere courut au -devant de luy , &
dit , ah te voilà mon fils , Jean
de retour : on expire de joye comme
de douleur : lebon Roy & la
bonne Reine eûrent tant de plaifir
de revoir leur fils , qu'ils en
moururent , on les mit dans deux
cercuëils , on fit deux enterremens
, où il fut beaucoupfonné,
& les peuples en porterent double
deüil.
Le Prince perdit tout en perdant
fonpere & fa mere , leur decés
lui attira une infinité de malheurs
dont l'Hiſtoire ne fait aucun
détail; on ſçait ſeulement par
tradition qu'il rompit avec ſes
meilleurs amis , qu'il ne put pas
tenir contre ſes ennemis , qu'il
mourut en langueur & qu'il fut
- 302 MERCURE
exhorté à la mort par un Carme
qu'il avoit amené lui-même à la
Cour ; ſes peuples lui érigerent
une pyramide qu'on appella La
pile des malheurs : quelques recherches
qu'on ait fait pour en
-fçavoir d'autres particularitez ,
on a pû en venir à bout , c'eſt la
raiſon pour laquelle on ne peut
rien dire davantage de ce malheureux
Prince , à moins qu'on
ne recommence .
Fermer
472
p. 308-309
APOSTILLE.
Début :
Mr le Marquis de Caylus, Lieutenant General des Armées de S. M. C. [...]
Mots clefs :
Lieutenant général, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE•
Mr le Marquis de Caylus , Lieutenant
General des Armées de S. M. C.
forti du Royaume depuis pluſieurs années
pour ſe retirer en Espagne , où il
a fervi le Roy avec distinction , fat
ſe rendre les premiers jours de ce mois
à la Conciergerie , au ſujet du Duel
GALANT . 309
dont on l'avoit accuſé avec M. leChevalier
d'Auvergne , & en eſt forti le
12. aprés avoir eſté abſous en plein
Parlement d'une voix unanime. Il y a
dix-huit ans que cette affare eſt arrivée.
La Chambre des Comptes de Blois ,
qui eſt une des plus anciennes duRoïaume
par la création ,établie àl'inſtar de
celle de Paris ,& des autres Chambres
des Comptes du Royaume , confirmée
par tous les Rois Prédeceſſeurs de Sa
Majesté, ayant deputé ſes Officiers
pour complimenter le Roy ſur ſon avenement.
àla Couronne le 6. Decembre
1715. ils ont eſté preſentez à Sa Majeſté
par M. le Comte de Sommery ,
Lieutenant General de la Province , &
introduits par M. Deſgranges , Maître
des Ceremonies.
Mr le Marquis de Caylus , Lieutenant
General des Armées de S. M. C.
forti du Royaume depuis pluſieurs années
pour ſe retirer en Espagne , où il
a fervi le Roy avec distinction , fat
ſe rendre les premiers jours de ce mois
à la Conciergerie , au ſujet du Duel
GALANT . 309
dont on l'avoit accuſé avec M. leChevalier
d'Auvergne , & en eſt forti le
12. aprés avoir eſté abſous en plein
Parlement d'une voix unanime. Il y a
dix-huit ans que cette affare eſt arrivée.
La Chambre des Comptes de Blois ,
qui eſt une des plus anciennes duRoïaume
par la création ,établie àl'inſtar de
celle de Paris ,& des autres Chambres
des Comptes du Royaume , confirmée
par tous les Rois Prédeceſſeurs de Sa
Majesté, ayant deputé ſes Officiers
pour complimenter le Roy ſur ſon avenement.
àla Couronne le 6. Decembre
1715. ils ont eſté preſentez à Sa Majeſté
par M. le Comte de Sommery ,
Lieutenant General de la Province , &
introduits par M. Deſgranges , Maître
des Ceremonies.
Fermer
473
p. 13-17
A Livourne le 7. Decembre 1715.
Début :
M. le Duc de Masse est mort il y a trois jours d'une [...]
Mots clefs :
Roi, Notables, Grand Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Livourne le 7. Decembre 1715.
ALivourne le 7.Decembre 1715 .
2
M. le Duc de Maſſe eſt
mort il y a trois jours d'une
pleureſie , àune de ſes maiſons
de campagne ,prés de Piſe , où
il a été embaumé & conduit
de-là à Mafle,pour y être inhumédans
le Tombeau de ſes
Ancêtres . Le Prince fon frere
cader marié depuis ſept à huit
mois, fuccede àtous fesbiens.
14 MERCURE
Le Roy de Portugal a écrit
auGrand Duc& luy a donné
la qualité d' Alteſſe Royale que
luy & le feu Roy ſon pere luy
avoient conteſtée juſques àce
jour :cette Majeſté doit venir
par terre en Italie , ſur un voeu
qu'elle a fait dans ſa maladie ,
de viſiter , en cas deguériſon ,
Noſtre Dame de Lorette ; &
elle a , dit on , reſolu de paſſer
quelque temps à Florence,
Cette Ville a veu pendant le
Regne de ce Grand Duc , un
autre Roy voyageur ,& a été
viſitée par un grand nombre
de Princes . LeNonceduPape
6
GALANT. IS
qui eſt à Lisbonne , doit accompagner
dans le voyage le
Roy de Portugal.
LeGrand Ducayant affemblé
les Notables de ſes Etats
pour aviſer aux moyens de le.
ver 400. mille écus Florentins
qui enfont soo. mille deFrance
, qu'il diloit avoir emprunté
pour ſubvenir aux derniers
fubfides qu'il a fournià l'Empereur
, ou luyêtre neceſſaires
pourd'autres rembourſemens;
ces Notables ont , aprés pluſicurs
mois d'union , refolu
d'emprunter 320 mille écus ,
pour ſeureré dufonddeſquels
16 MERCURE
T & des interêts à cinq pour
cent, ils ont été d'accord qu'il
ſera impoſé par chaque livre
du mauvais ſel qui ſe vend
dans cet Etat à prés de quatre
fols ,& chaque pain blanc de
trois onces , un liard , ce qui
produira présde so. milleécus
chaque année : on dit que le
Grand Duc qui s'eſt bien trouvé
du voyage qu'il fit l'hyver
dernier à Pife , licu auquel les
Grands Ducs, àcauſede ladou.
ceur de l'air , avoient accoûtumez
de les venir paſſerss'y rendra
dans le mois prochain. Le
ſicur del Vigna quia été longtemps
:
GALANT. 17
temps en Hollande en qualité
de Marchand , a efté nommé
àl'importanteChatgede Provediteur
de cette Doüane ,
qu'on peut comparer à celle
d'unIntendant denôtreFrance.
2
M. le Duc de Maſſe eſt
mort il y a trois jours d'une
pleureſie , àune de ſes maiſons
de campagne ,prés de Piſe , où
il a été embaumé & conduit
de-là à Mafle,pour y être inhumédans
le Tombeau de ſes
Ancêtres . Le Prince fon frere
cader marié depuis ſept à huit
mois, fuccede àtous fesbiens.
14 MERCURE
Le Roy de Portugal a écrit
auGrand Duc& luy a donné
la qualité d' Alteſſe Royale que
luy & le feu Roy ſon pere luy
avoient conteſtée juſques àce
jour :cette Majeſté doit venir
par terre en Italie , ſur un voeu
qu'elle a fait dans ſa maladie ,
de viſiter , en cas deguériſon ,
Noſtre Dame de Lorette ; &
elle a , dit on , reſolu de paſſer
quelque temps à Florence,
Cette Ville a veu pendant le
Regne de ce Grand Duc , un
autre Roy voyageur ,& a été
viſitée par un grand nombre
de Princes . LeNonceduPape
6
GALANT. IS
qui eſt à Lisbonne , doit accompagner
dans le voyage le
Roy de Portugal.
LeGrand Ducayant affemblé
les Notables de ſes Etats
pour aviſer aux moyens de le.
ver 400. mille écus Florentins
qui enfont soo. mille deFrance
, qu'il diloit avoir emprunté
pour ſubvenir aux derniers
fubfides qu'il a fournià l'Empereur
, ou luyêtre neceſſaires
pourd'autres rembourſemens;
ces Notables ont , aprés pluſicurs
mois d'union , refolu
d'emprunter 320 mille écus ,
pour ſeureré dufonddeſquels
16 MERCURE
T & des interêts à cinq pour
cent, ils ont été d'accord qu'il
ſera impoſé par chaque livre
du mauvais ſel qui ſe vend
dans cet Etat à prés de quatre
fols ,& chaque pain blanc de
trois onces , un liard , ce qui
produira présde so. milleécus
chaque année : on dit que le
Grand Duc qui s'eſt bien trouvé
du voyage qu'il fit l'hyver
dernier à Pife , licu auquel les
Grands Ducs, àcauſede ladou.
ceur de l'air , avoient accoûtumez
de les venir paſſerss'y rendra
dans le mois prochain. Le
ſicur del Vigna quia été longtemps
:
GALANT. 17
temps en Hollande en qualité
de Marchand , a efté nommé
àl'importanteChatgede Provediteur
de cette Doüane ,
qu'on peut comparer à celle
d'unIntendant denôtreFrance.
Fermer
474
p. 40-54
Suite des Nouvelles de Venise.
Début :
Messieurs les Ambassadeurs Extraordinaires de Venise pour France ont demandé [...]
Mots clefs :
Guerre, Général, Hommes, Troupes, Ambassadeurs, Roi, Officiers, Sénat, Campagne, Turcs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Venise.
Suite des Nouvelles de Venise.
Meſſieurs les Ambaſſadeurs
ExtraordinairesdeVeniſe pour
France ont demandé des Pafſeports
du Roy , ſéparément
pour chacun d'eux, parce qu'ils
ne partiront point enſemble.
31 M. Lando qui fut nommé
Samedy dernier à l'Ambaſſade
ordinaire de France , paroift
peu diſpoſé à accepter cet employ.
Μ.
GALANT 41
M. le General Delphin a
écrit au Senat pour luy rendre
un compte general de tout ce
qui s'eſt paſſe dans la derniere
Campagne ; & aprés avoir fait
voir que les mauvais fuccés de
cette Campagne provenoient
dumanque où il a été de toutes
les chofes neceffaires pour faire
la guerre , il a conclud par la
permiſſion qu'il demande de ſe
retirer du ſervice.
M. le General Emo a auffi
écrit cette ſemaine au Senat
pour l'informer que les Turcs
continuoient à faire des préparatifs
immenfes pour le Prin-
Janvier 1716 .
D
42 MERCURE
temps prochain , & qu'il y
avoit lieu de juger que tout le
poids de la guerre tomberoit
fur la Dalmatic.
- M. de Schulembourg refuſe
de ſe renfermer dans une
Place,&demande les Troupes
que l'on dit luy eſtre deſtinées,
il afait preſenter un Memoire
fur ce ſujet au Senat.
LeTraité pour les trois mille
hommes de Wirtemberg eft
rompu ſur le refus que les
Officiers& les Soldats ont fait
de ſervir en Levant ; declarant
que pluſtoſt que d'y aller , ils
eſtoient réfolus de quitter le
GALANT. 43
1
ſervice. Le Senatdépêcha Jeudy
un Courrier à l'Ambaffadeur
deVeniſe à Vienne , pour
tâcher d'engager l'Empereur
à preffer le Duc de Wirtemberg
d'executer ſon Traité.
Le Tribunal des Inquifiteurs
d'armée a commencé d'exercer
ſes fonctions. Il a déja fait
appofer dans le Palais de S.
Marcune pierre en forme de
trone , avec une inſcription
pour avertir d'y jetter tous les
avis ou denonciations ſecretes
contre les Officiers & aurres
qui peuvent avoir manqué à
leur devoir pendant la Cam-
Dij
44 MERCURE
pagne de 1715. Il a auffi fair
afficher dans tous les endroits
des Placards pour exciter tous
ceux qui ſçauront quelque
choſe de le venir teveler , Icur
promettant de garder le ſecret.
3
L'on a ordonné la réparation
des Forts & Chaſteaux
fituez à l'embouchure des trois
parts de cette Ville& dans les
Langunes ; & M. Erizzo a eſté
élû pour avoir l'inſpection ſur
ces ouvrages.
On parle de vendre des
Dignitez de Procurateurs de
S. Mare , pour amaſſer de l'arGALANT
45
gent pour les dépenſes extraordinairesde
laguerre: Julques
à preſent on en a bien peu ,&
le nombredes Troupes eſt pareillement
bien foible pour
pouvoir s'oppoſer aux entrepriſes
des Turcs.
M. Grimani a enfin accepté
le commandement des
forces de la Republique en la
place de M. Delphin , qui mêmea
déja eſté rappellé ; mais il
perfiſte àdemander qu'on le
mette en état de s'oppoſer aux
entrepriſes des Turcs laCampagne
prochaine.
M. le Comte de Schulem46
MERCURE
bourg qui eft arrivé icy Di
manche dernier , fait les mêmes
inſtances , connoiffant
qu'un General ne peut l'eftre
ſans Troupes :ondonne àl'un
&à l'autre des eſperances ſur
ce ſujet , mais juſqu'à preſent
il eſt difficile de voir ſur quoy
elles font fondées ,&quelque
deſavantageuſeque puiffe être
laPaix avec lesTurcs , dans la
conjoncture preſente , elle le
ſera encore moins que la continuation
d'une guerre qu'il eſt
tout à fait impoffible de ſoû.
tenir.
M. Memo qui eft revenu
GALANT. 47
1
de Conſtantinople , a parlé à
peu prés dans ce fens dansun
des derniers Pregadis . Il a fait
voir la neceflité de conclure
cette Paix à quelque prix que
ce ſoit ,ou de terminer leTraité
de Ligue avec l'Empereur à
quelque condition que cePrince
veüille exiger de la Republique;
mais laderniere Ligue
qui amis cet Etat dans la foibleſſe
où il ſe trouve , quoyqu'aprés
de grandes conquêtes
, acheveroit preſentement
de le détruire , ſi on en faiſoit
une nouvelle. Il paroiſt en effet
que le ſentiment general
48 MERCURE
eſtde faire la Paix.
M Memo voulut , à cette
occafion , justifier la conduite
de M. Delphin. Les eſprits
eſtoient prévenus contre ce
General ,& l'apologie qu'ilen
fit ne fut point écoutée.
Les deux Ambaſſadeurs Ex.
traordinaires pour la France
ont cu ordre , par de certaines
raiſons , de ſe tenir preſts à
partir dans le mois de Février ;
on parle même d'élire aujourd'huy
un Ambaſſadeur ordinaire
pour refider auprés du
Roy. Je crois cependant que
cette élection ſera remife.
Les
GALANT. 49
à
Les Vaſſeaux de guerre la
Ligue ſacrée de 54. pieces de
canons ,& la Croix rouge de
80. pieces , ont eſté renvoyez
Veniſe, àcauſe que leur vieilleſſe
nepermettoit pas que l'on
pût s'en ſervir. Le premier eft
heureuſement entré dans ce
Port ,Dimanche. Le ſecond a
fait naufrage Mardy ſur la
coſteàdeux licuës d'icy , aïant
eſtébattud'une furicuſe tempeſte
pendant deux jours , ſans
que l'on aye pû pendant ce
tems là luydonner du ſecours,
les ondes empêchant les autres
Baſtiments d'en approcher.Le
Janvier 1716 .
E
so
MERCURE
1
Capitaine la fait échoüer fur
le fable, ce qui adonné moïen
de ſauver soo. perfonnes tant
Mariniers que Paffagers , 18.
autres ont eſté noyées dans le
Vaiſſeau ; elles eſtoient fi malades
qu'elles n'ont pû fortir de
leur lit pour monter ſur le
Pont. Le nouveau Receveur
de Malthe & le nouveau Refident
d'Angleterre font arrivez
icy.
On a fait trois Inquifiteurs
d'Armée qui tiendront leur
Tribunal en cette Ville , pour
examiner la conduite que tous
les Commandants & Officiers
GALANT. SE
÷
ont tenuë pendant cette Campagne.
Le Senat conclut Samedy
un traité avec M. le Comte de
Schulembourg , pour la levée
de 6000. hommes Saxons. La
ſituation preſente des affaires
du Roy Auguſte en Pologne
donne licu de juger que ce
Prince ne pourra fournir de
fes vieilles Troupes , & que
celles qu'il envoyera aux Venitiens
ne pourront eſtre que
nouvelles levées: elles feront
ainſi peu capables de ranimer
la valeur des Venitiens , qui
font dans une épouvante qui
E ij
52 MERCURE
*
ne ſe peut exprimer à l'occafion
des conqueſtes que les
Turesy ont faites.
Le Duc de Wirtembergs'eſt
excuſé de fournir les 3000.
hommes qu'il s'eſtoit engagé
de fournir au Senat ſur le refus
que les Officiers & Soldats
ont fait de ſervir dans le Levant
; on a expedié un Courrier
à Vienne pour porter l'Em- .
pereur àfaire changer cePrince
de fentiment , mais il y a peu
d'eſperance que l'on y puiſſe
réüdir .
Le General Delphin eſt retourné
de Zantes à Corfou
GALANT . 53
1
,
avec toute fa Flotte ; elle a
fouffert dans ce petit trajet une
tempête furicuſe qui a fort endommagé
les baſtimens.
Joubliois de vous dire
Monfieur , que le Senat conclut
encore Mercredy un autre
traité avec un Officier
François pour la levée de 1000.
hommes ; je doute qu'ily puiffe
fitoft réüffir : on a vendu icy
les Fours & Moulins bannaux
qui appartenoient à l'Etat;
mais l'on ne trouve pas fi
facilement des acheteurs pour
l'acquifition des Procuraties
vieilles , & de quelques autres
Elij
54 MERCURE
biens publics.
M. Lando paroiſt toûjours
peu difpofé d'accepter l'Ambaffade
ordinaire de France.
Les Ambaſſadeurs Extraordinaires
ne partiront que vers le
mois de Mars pour s'y rendre.
Meſſieurs les Ambaſſadeurs
ExtraordinairesdeVeniſe pour
France ont demandé des Pafſeports
du Roy , ſéparément
pour chacun d'eux, parce qu'ils
ne partiront point enſemble.
31 M. Lando qui fut nommé
Samedy dernier à l'Ambaſſade
ordinaire de France , paroift
peu diſpoſé à accepter cet employ.
Μ.
GALANT 41
M. le General Delphin a
écrit au Senat pour luy rendre
un compte general de tout ce
qui s'eſt paſſe dans la derniere
Campagne ; & aprés avoir fait
voir que les mauvais fuccés de
cette Campagne provenoient
dumanque où il a été de toutes
les chofes neceffaires pour faire
la guerre , il a conclud par la
permiſſion qu'il demande de ſe
retirer du ſervice.
M. le General Emo a auffi
écrit cette ſemaine au Senat
pour l'informer que les Turcs
continuoient à faire des préparatifs
immenfes pour le Prin-
Janvier 1716 .
D
42 MERCURE
temps prochain , & qu'il y
avoit lieu de juger que tout le
poids de la guerre tomberoit
fur la Dalmatic.
- M. de Schulembourg refuſe
de ſe renfermer dans une
Place,&demande les Troupes
que l'on dit luy eſtre deſtinées,
il afait preſenter un Memoire
fur ce ſujet au Senat.
LeTraité pour les trois mille
hommes de Wirtemberg eft
rompu ſur le refus que les
Officiers& les Soldats ont fait
de ſervir en Levant ; declarant
que pluſtoſt que d'y aller , ils
eſtoient réfolus de quitter le
GALANT. 43
1
ſervice. Le Senatdépêcha Jeudy
un Courrier à l'Ambaffadeur
deVeniſe à Vienne , pour
tâcher d'engager l'Empereur
à preffer le Duc de Wirtemberg
d'executer ſon Traité.
Le Tribunal des Inquifiteurs
d'armée a commencé d'exercer
ſes fonctions. Il a déja fait
appofer dans le Palais de S.
Marcune pierre en forme de
trone , avec une inſcription
pour avertir d'y jetter tous les
avis ou denonciations ſecretes
contre les Officiers & aurres
qui peuvent avoir manqué à
leur devoir pendant la Cam-
Dij
44 MERCURE
pagne de 1715. Il a auffi fair
afficher dans tous les endroits
des Placards pour exciter tous
ceux qui ſçauront quelque
choſe de le venir teveler , Icur
promettant de garder le ſecret.
3
L'on a ordonné la réparation
des Forts & Chaſteaux
fituez à l'embouchure des trois
parts de cette Ville& dans les
Langunes ; & M. Erizzo a eſté
élû pour avoir l'inſpection ſur
ces ouvrages.
On parle de vendre des
Dignitez de Procurateurs de
S. Mare , pour amaſſer de l'arGALANT
45
gent pour les dépenſes extraordinairesde
laguerre: Julques
à preſent on en a bien peu ,&
le nombredes Troupes eſt pareillement
bien foible pour
pouvoir s'oppoſer aux entrepriſes
des Turcs.
M. Grimani a enfin accepté
le commandement des
forces de la Republique en la
place de M. Delphin , qui mêmea
déja eſté rappellé ; mais il
perfiſte àdemander qu'on le
mette en état de s'oppoſer aux
entrepriſes des Turcs laCampagne
prochaine.
M. le Comte de Schulem46
MERCURE
bourg qui eft arrivé icy Di
manche dernier , fait les mêmes
inſtances , connoiffant
qu'un General ne peut l'eftre
ſans Troupes :ondonne àl'un
&à l'autre des eſperances ſur
ce ſujet , mais juſqu'à preſent
il eſt difficile de voir ſur quoy
elles font fondées ,&quelque
deſavantageuſeque puiffe être
laPaix avec lesTurcs , dans la
conjoncture preſente , elle le
ſera encore moins que la continuation
d'une guerre qu'il eſt
tout à fait impoffible de ſoû.
tenir.
M. Memo qui eft revenu
GALANT. 47
1
de Conſtantinople , a parlé à
peu prés dans ce fens dansun
des derniers Pregadis . Il a fait
voir la neceflité de conclure
cette Paix à quelque prix que
ce ſoit ,ou de terminer leTraité
de Ligue avec l'Empereur à
quelque condition que cePrince
veüille exiger de la Republique;
mais laderniere Ligue
qui amis cet Etat dans la foibleſſe
où il ſe trouve , quoyqu'aprés
de grandes conquêtes
, acheveroit preſentement
de le détruire , ſi on en faiſoit
une nouvelle. Il paroiſt en effet
que le ſentiment general
48 MERCURE
eſtde faire la Paix.
M Memo voulut , à cette
occafion , justifier la conduite
de M. Delphin. Les eſprits
eſtoient prévenus contre ce
General ,& l'apologie qu'ilen
fit ne fut point écoutée.
Les deux Ambaſſadeurs Ex.
traordinaires pour la France
ont cu ordre , par de certaines
raiſons , de ſe tenir preſts à
partir dans le mois de Février ;
on parle même d'élire aujourd'huy
un Ambaſſadeur ordinaire
pour refider auprés du
Roy. Je crois cependant que
cette élection ſera remife.
Les
GALANT. 49
à
Les Vaſſeaux de guerre la
Ligue ſacrée de 54. pieces de
canons ,& la Croix rouge de
80. pieces , ont eſté renvoyez
Veniſe, àcauſe que leur vieilleſſe
nepermettoit pas que l'on
pût s'en ſervir. Le premier eft
heureuſement entré dans ce
Port ,Dimanche. Le ſecond a
fait naufrage Mardy ſur la
coſteàdeux licuës d'icy , aïant
eſtébattud'une furicuſe tempeſte
pendant deux jours , ſans
que l'on aye pû pendant ce
tems là luydonner du ſecours,
les ondes empêchant les autres
Baſtiments d'en approcher.Le
Janvier 1716 .
E
so
MERCURE
1
Capitaine la fait échoüer fur
le fable, ce qui adonné moïen
de ſauver soo. perfonnes tant
Mariniers que Paffagers , 18.
autres ont eſté noyées dans le
Vaiſſeau ; elles eſtoient fi malades
qu'elles n'ont pû fortir de
leur lit pour monter ſur le
Pont. Le nouveau Receveur
de Malthe & le nouveau Refident
d'Angleterre font arrivez
icy.
On a fait trois Inquifiteurs
d'Armée qui tiendront leur
Tribunal en cette Ville , pour
examiner la conduite que tous
les Commandants & Officiers
GALANT. SE
÷
ont tenuë pendant cette Campagne.
Le Senat conclut Samedy
un traité avec M. le Comte de
Schulembourg , pour la levée
de 6000. hommes Saxons. La
ſituation preſente des affaires
du Roy Auguſte en Pologne
donne licu de juger que ce
Prince ne pourra fournir de
fes vieilles Troupes , & que
celles qu'il envoyera aux Venitiens
ne pourront eſtre que
nouvelles levées: elles feront
ainſi peu capables de ranimer
la valeur des Venitiens , qui
font dans une épouvante qui
E ij
52 MERCURE
*
ne ſe peut exprimer à l'occafion
des conqueſtes que les
Turesy ont faites.
Le Duc de Wirtembergs'eſt
excuſé de fournir les 3000.
hommes qu'il s'eſtoit engagé
de fournir au Senat ſur le refus
que les Officiers & Soldats
ont fait de ſervir dans le Levant
; on a expedié un Courrier
à Vienne pour porter l'Em- .
pereur àfaire changer cePrince
de fentiment , mais il y a peu
d'eſperance que l'on y puiſſe
réüdir .
Le General Delphin eſt retourné
de Zantes à Corfou
GALANT . 53
1
,
avec toute fa Flotte ; elle a
fouffert dans ce petit trajet une
tempête furicuſe qui a fort endommagé
les baſtimens.
Joubliois de vous dire
Monfieur , que le Senat conclut
encore Mercredy un autre
traité avec un Officier
François pour la levée de 1000.
hommes ; je doute qu'ily puiffe
fitoft réüffir : on a vendu icy
les Fours & Moulins bannaux
qui appartenoient à l'Etat;
mais l'on ne trouve pas fi
facilement des acheteurs pour
l'acquifition des Procuraties
vieilles , & de quelques autres
Elij
54 MERCURE
biens publics.
M. Lando paroiſt toûjours
peu difpofé d'accepter l'Ambaffade
ordinaire de France.
Les Ambaſſadeurs Extraordinaires
ne partiront que vers le
mois de Mars pour s'y rendre.
Fermer
475
p. 93-104
De Paris.
Début :
Le 24. du mois passé, veille de Noël, Madame la Duchesse [...]
Mots clefs :
Abbé, Duc d'Orléans, Corps, Marquis, Gouverneur, Chevalier, Roi, Palais, Province, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
De Paris.
Le 24. du mois paffé , veille
de Noël , Madame laDucheſſe
de Berry ſe rendit à l'Egliſe
de S. Sulpice , fa- Paroiffe , pour
y entendre les Matines & la
grand Meffe. On avoit placé
ſon Prie- Dieu au milieu du
Choeur , où 40. de ſes Gardes
du Corps eſtoient rangez en
94 MERCURE
haye : au devantdu Prié Dieu
fur la droite eſtoient M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouger , M.l'Abbé du Tremblay
, & M. l'Abbéd'Avejan ,
ſes Aumôniers, tous en rochet:
derriere ſon fauteüil eſtoit M.
le Marquis de la Rochefoucault
ſonCapitaine desGardes
du Corps: à la droite Madame
la Duchefſe de S. Simon ſa Dame
d'Honneur avec M. le
Chevalier d'Hautefort fon
premier Ecuyer: fur la gauche
M. le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'Honneur , &
Madame la Marquiſe de Pons
,
1
GALANT.
1
:
ſa Dame d'Atour ; Madame la
ComteſſedeClermont,&Madame
la Comteſſe de Beauvau
ſes Dames du Palais.CettePrinceſſe
alla à l'Offrande & donna
dix loüis d'or . Madame la Princeffe
fit rendre à cette Meſſe de
minuit les Pains Benits qui furent
portez avec beaucoup de
folemnité : M. de Harlay,Conſeiller
d'Etat , premier Marguillier
,preſenta un de ces
Pains à Madame la Ducheſſe
de Berry. La Grand Mefle &
Laudes finies , cette Princeſſe
s'en retourna à fon Palais du
Luxembourg , eſcortée de ſes
7
6 MERCURE
Gardes du Corps & de fes
Gardes Suifles . Cette Princeſſe
allale jour de Noel entendre
Vefpres &leSalut auxCarmelites
de la rue de Grenelle. Le
meſme jour Mr le Duc d'Orleans
alla entendre Matines ,
&les trois Meſſes aux Peres de
l'Oratoire de la rue S. Honoré
, accompagné de Mr. l'Abbé
de Treffan , fon premier
Aumônier en Rochet , deMr.
le Marquis de la Fare ſonCapitaine
des Gardes , de Mr. le
Marquis de Nancré Capitaine
de ſes Gardes Suiffes , &du
reſte de ſa Maiſon : ce Prince
fe
1
1
GALANT. 97
ſe rendit le jour de Noel à
l'Egliſe de Saint Eustache ſa
Parouffe pour y entendre la
grand' Meffe ; Madame l'y entendit
auffi , y ayant communié
auparavant par les mains
de M. l'Abbé de Magnas ſon
premierAumônier. Le meſme
jour ce Prince avec Madame,
allerent auſſi à la meſme Egliſe
y entendre les Complies &
le Salut..
Le 30, le Roy arriva icy de
incennes, accompagné deM.
le Duc d'Orleans , qui le condurfit
au Palais des Tuilleries.
S. M. eſtoit eſcortée par les
Janvier 1716.
I
, MERCURE
Gendarmes , les Chevaux- legers
deſa Garde,trois Officiers
àleur tefte , par ſes Gardes
du Corps , & par les deux
Compagnies des Moufquetaires
, & par les Regiments
aux Gardes Françoiſes& Suifſes.
Le Roy fut complimenté
enarrivant par le Prevôt des
Marchands, à la teſte des Officiers
de la Ville. Le lendemain
par M. l'Abbé Bignon à la
teſte duClergé de ſaint Germain
l'Auxerrois , & le premier
de l'an par leParlement,
laChambre des Comptes , le
GrandConfeil,Cour desAyGALANT.
وو
des & les autres Corps ,
ayant à leur teſte M. le Marquis
de Dreux Grand Maiſtre
des Ceremonies , & M. Def.
granges Maiſtre desCeremo
nies: tous ces mêmes Corps
allerent ſouhaiter une heureuſe
année à Madame la Ducheffe
de Berry , au Palais du
Luxembourg , & au Palais
Royal à Madame , à M. le
Duc d'Orleans & à Madame
la Ducheſſe d'Orleans .
Le premier de l'an , M. le
Duc d'Orleans nomma M.
l'Abbé Dubois , cy devant
fon Precepteur , à la Charge
I ij
100 MERCURE
de Conſeiller d'Eſtar, vacante
par la mort de M. l'Archeveſque
de Sens. Le s . de ce
mois le premier Preſident du
Parlement de Toulouſe , à la
teſte des Deputez dumeſme
Corps ,harangua Sa Majefté ,
il fur preſenté par M. le Duc
du Maine Gouverneur de la
Province : le meſme jour M.
le premier Preſident de laCour
des Monnoyes de Lyon harangua
aufli Sa Majesté , il fut
preſenté par M. le Marechal
de Villeroy Gouverneur de la
Province. Le 6. l'Envoyé de
l'Electeur Palatin eut audiance
1.
GALANT . 101
du Roy , eſtant conduit par
M. le Chevalier de Saintot ,
& rendit à Sa Majeſté une
Lettre de l'Electeur Palatin
fon Maiſtre .
Le dernier du mois paffé,
M. l'Envoyé de Dannemark
apprit la nouvelle de la priſe
de Stralzund , & qu'on avoit
accordé à mille Suedois denationde
ſe retiter avec leurs armes
où ils voudroient : on
ſqut auſſi que le Roi de Suede
eſtoit paffé à Stokolm , ce Miniftre
fit part de cette nouvelle
au Regent le premier de
l'an .
I iij
102 MERCURE
Le 12. le premier Prefident
de la Cour des Aydes deMontauban
, complimenta Sa Majeſté
à la teſte des Deputez de
fon Corps , il fut preſentépar
M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province. 1
Je manquay le mois paflfé
àvousdire que le onzedumême
mois les Députez du Parlement
de Rouen , compli
menterent le Roy ſur ſon ave.
nement àlaCouronne , ayant
le premier Preſident à leur tête,
ils furent conduits par leMarquis
de Dreux , Grand Maître
GALANT . 103
des Ceremonies;& par le Sieur
Deſgranges Maître des Ceremonics
; ils furent preſentez
parM. le Duc de Luxembourg
Gouverneur de la Province.
M. de S. Olon a vendu ſa
Charge de Gentilhomme ordinaire
du Roy à M. Lombard
Vicomte d'Ermenonville, fon
neveu , S. A. R. Monſeigneur
le Ducd'Orleans, luy en avoit
donné l'agrément l'annéederniere,
Si les differens emplois que
le feu Roya confiez à M. de
S. Olon , & dont il s'eſt toûjours
tres dignement acquitté,
I iiij
104 MERCURE
le font regretter dans fon
Corps , les preuves que M.
d'Ermenonville a données de
ſa capacité en pluſieurs occaſions
donnent lieu d'eſperer
qu'il le remplacera avec ſuccés.
Le 24. du mois paffé , veille
de Noël , Madame laDucheſſe
de Berry ſe rendit à l'Egliſe
de S. Sulpice , fa- Paroiffe , pour
y entendre les Matines & la
grand Meffe. On avoit placé
ſon Prie- Dieu au milieu du
Choeur , où 40. de ſes Gardes
du Corps eſtoient rangez en
94 MERCURE
haye : au devantdu Prié Dieu
fur la droite eſtoient M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouger , M.l'Abbé du Tremblay
, & M. l'Abbéd'Avejan ,
ſes Aumôniers, tous en rochet:
derriere ſon fauteüil eſtoit M.
le Marquis de la Rochefoucault
ſonCapitaine desGardes
du Corps: à la droite Madame
la Duchefſe de S. Simon ſa Dame
d'Honneur avec M. le
Chevalier d'Hautefort fon
premier Ecuyer: fur la gauche
M. le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'Honneur , &
Madame la Marquiſe de Pons
,
1
GALANT.
1
:
ſa Dame d'Atour ; Madame la
ComteſſedeClermont,&Madame
la Comteſſe de Beauvau
ſes Dames du Palais.CettePrinceſſe
alla à l'Offrande & donna
dix loüis d'or . Madame la Princeffe
fit rendre à cette Meſſe de
minuit les Pains Benits qui furent
portez avec beaucoup de
folemnité : M. de Harlay,Conſeiller
d'Etat , premier Marguillier
,preſenta un de ces
Pains à Madame la Ducheſſe
de Berry. La Grand Mefle &
Laudes finies , cette Princeſſe
s'en retourna à fon Palais du
Luxembourg , eſcortée de ſes
7
6 MERCURE
Gardes du Corps & de fes
Gardes Suifles . Cette Princeſſe
allale jour de Noel entendre
Vefpres &leSalut auxCarmelites
de la rue de Grenelle. Le
meſme jour Mr le Duc d'Orleans
alla entendre Matines ,
&les trois Meſſes aux Peres de
l'Oratoire de la rue S. Honoré
, accompagné de Mr. l'Abbé
de Treffan , fon premier
Aumônier en Rochet , deMr.
le Marquis de la Fare ſonCapitaine
des Gardes , de Mr. le
Marquis de Nancré Capitaine
de ſes Gardes Suiffes , &du
reſte de ſa Maiſon : ce Prince
fe
1
1
GALANT. 97
ſe rendit le jour de Noel à
l'Egliſe de Saint Eustache ſa
Parouffe pour y entendre la
grand' Meffe ; Madame l'y entendit
auffi , y ayant communié
auparavant par les mains
de M. l'Abbé de Magnas ſon
premierAumônier. Le meſme
jour ce Prince avec Madame,
allerent auſſi à la meſme Egliſe
y entendre les Complies &
le Salut..
Le 30, le Roy arriva icy de
incennes, accompagné deM.
le Duc d'Orleans , qui le condurfit
au Palais des Tuilleries.
S. M. eſtoit eſcortée par les
Janvier 1716.
I
, MERCURE
Gendarmes , les Chevaux- legers
deſa Garde,trois Officiers
àleur tefte , par ſes Gardes
du Corps , & par les deux
Compagnies des Moufquetaires
, & par les Regiments
aux Gardes Françoiſes& Suifſes.
Le Roy fut complimenté
enarrivant par le Prevôt des
Marchands, à la teſte des Officiers
de la Ville. Le lendemain
par M. l'Abbé Bignon à la
teſte duClergé de ſaint Germain
l'Auxerrois , & le premier
de l'an par leParlement,
laChambre des Comptes , le
GrandConfeil,Cour desAyGALANT.
وو
des & les autres Corps ,
ayant à leur teſte M. le Marquis
de Dreux Grand Maiſtre
des Ceremonies , & M. Def.
granges Maiſtre desCeremo
nies: tous ces mêmes Corps
allerent ſouhaiter une heureuſe
année à Madame la Ducheffe
de Berry , au Palais du
Luxembourg , & au Palais
Royal à Madame , à M. le
Duc d'Orleans & à Madame
la Ducheſſe d'Orleans .
Le premier de l'an , M. le
Duc d'Orleans nomma M.
l'Abbé Dubois , cy devant
fon Precepteur , à la Charge
I ij
100 MERCURE
de Conſeiller d'Eſtar, vacante
par la mort de M. l'Archeveſque
de Sens. Le s . de ce
mois le premier Preſident du
Parlement de Toulouſe , à la
teſte des Deputez dumeſme
Corps ,harangua Sa Majefté ,
il fur preſenté par M. le Duc
du Maine Gouverneur de la
Province : le meſme jour M.
le premier Preſident de laCour
des Monnoyes de Lyon harangua
aufli Sa Majesté , il fut
preſenté par M. le Marechal
de Villeroy Gouverneur de la
Province. Le 6. l'Envoyé de
l'Electeur Palatin eut audiance
1.
GALANT . 101
du Roy , eſtant conduit par
M. le Chevalier de Saintot ,
& rendit à Sa Majeſté une
Lettre de l'Electeur Palatin
fon Maiſtre .
Le dernier du mois paffé,
M. l'Envoyé de Dannemark
apprit la nouvelle de la priſe
de Stralzund , & qu'on avoit
accordé à mille Suedois denationde
ſe retiter avec leurs armes
où ils voudroient : on
ſqut auſſi que le Roi de Suede
eſtoit paffé à Stokolm , ce Miniftre
fit part de cette nouvelle
au Regent le premier de
l'an .
I iij
102 MERCURE
Le 12. le premier Prefident
de la Cour des Aydes deMontauban
, complimenta Sa Majeſté
à la teſte des Deputez de
fon Corps , il fut preſentépar
M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province. 1
Je manquay le mois paflfé
àvousdire que le onzedumême
mois les Députez du Parlement
de Rouen , compli
menterent le Roy ſur ſon ave.
nement àlaCouronne , ayant
le premier Preſident à leur tête,
ils furent conduits par leMarquis
de Dreux , Grand Maître
GALANT . 103
des Ceremonies;& par le Sieur
Deſgranges Maître des Ceremonics
; ils furent preſentez
parM. le Duc de Luxembourg
Gouverneur de la Province.
M. de S. Olon a vendu ſa
Charge de Gentilhomme ordinaire
du Roy à M. Lombard
Vicomte d'Ermenonville, fon
neveu , S. A. R. Monſeigneur
le Ducd'Orleans, luy en avoit
donné l'agrément l'annéederniere,
Si les differens emplois que
le feu Roya confiez à M. de
S. Olon , & dont il s'eſt toûjours
tres dignement acquitté,
I iiij
104 MERCURE
le font regretter dans fon
Corps , les preuves que M.
d'Ermenonville a données de
ſa capacité en pluſieurs occaſions
donnent lieu d'eſperer
qu'il le remplacera avec ſuccés.
Fermer
476
p. 104-105
« Il ne tient qu'au Lecteur à present de faire, s'il le juge à [...] »
Début :
Il ne tient qu'au Lecteur à present de faire, s'il le juge à [...]
Mots clefs :
Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il ne tient qu'au Lecteur à present de faire, s'il le juge à [...] »
Il ne tient qu'au Lecteur
à preſent de faire ,s'il le juge à
propos , diverſion aux nouvelles
generales pour s'amuſer de
quelques articles particuliers.
Voicy par exemple encore une
Ode qui a eſté faite à la louange
du feu Roy, quoiqu'il yait déja
cinq mois que ce Monarque eft
mort,&le temps ne me deffend
GALANT. 105
2
pas d'expoſer au public tous
Ics hommages qui feront rendus
à la memoire de ce grand
Roy.
à preſent de faire ,s'il le juge à
propos , diverſion aux nouvelles
generales pour s'amuſer de
quelques articles particuliers.
Voicy par exemple encore une
Ode qui a eſté faite à la louange
du feu Roy, quoiqu'il yait déja
cinq mois que ce Monarque eft
mort,&le temps ne me deffend
GALANT. 105
2
pas d'expoſer au public tous
Ics hommages qui feront rendus
à la memoire de ce grand
Roy.
Fermer
477
p. 121-140
MORTS.
Début :
Dame Anne Morin, veuve de Messire Henry Loüis Habert de [...]
Mots clefs :
Seigneur, Fille, Dame, Roi, Conseiller au Parlement, Femme, Famille, Enfants, Paris, Maître des requêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS. ..
11.
Dame Anne Morin , veuve
de Meffire Henry Loüis Habert
de Montmor , Maiſtre
des Requeſtes , mourut le
Decembre 1715. fans poſteri.
té : Elle eſtoit fille de Jacques
Morin, Secretaire du Roy &
Maistre d'Hoſtel ordinaire de
Janvier 1716. L
:
122 MERCURE
Sa Majefté , & d'Anne Yvelin ;
Elle avoit pour fooeurs aifnées
feuë Dame Marie- Marguerite
Morin,femme de Meffire Jean
Comte d'Eſtrées , & de Tourpes
, Maréchal & Vice- Amiral
de France , Chevalier des
Ordres du Roy , duquel elle
a laiſſé pour enfants M. le
Maréchal d'Estrées & M. l'Ab .
bé d'Eſtrées , nommé à l'Ar
cheveſché de Cambray ; &
Dame Françoiſe Morin , premiere
femme de Meffire Phílippes
de Courcillon Marquis
de Dangeau , Chevalier des
Ordres du Roy , Chevalier
GALANT . 12
d'honneur de feuë Madame la
Dauphine , Grand Maiſtre des
Ordres de Mont Carmel &de
S. Lazare , Conſeiller d'Etat
d'Epée , & Gouverneur de la
Province de Touraine , morte
en 1682. laiſſant pour fille
unique Dame Marie - Anne-
Jeanne de Courcillon de Dangeau
, à preſent veuve deMeffire
Honoré Charles d'Albert,
Duc de Montfort , & mere de
M. le Duc de Luynes: feu
M. de Montmor avoit épouſé
en premieres noces Marie-
Claude Phelypeaux de Pontchartrain
, foeur de M. de Pont-
Lij
124 MERCURE
chartrain , ci devant Chancelick
de France , laquelle mourut
auſſi ſans enfans . Il eſtoit
frere de Meffire Louis Habert,
Evefque de Perpignan , mort
en 1695. de Meffire Jean
Loüis Habert , Seigneur du
Meſnil , Maiſtre des Requeſtes,
marié avec N... Nicole
de la Reynie, fille de feu M,
de la Reynie , Conſeiller d'Etat
ordinaire , de laquelle il n'a
point d'enfans ; d'Anne Loüife
Habert , femme de Meffire
Nicolas Jehannot de Bartillac,
Lieutenant General des Armées
du Roy , duquel elle a
GALANT . 125
laiflé des enfans ; & de Claude-
Magdelaine Habert , femme
de Bernard Del Rieu , premier
Maiſtre d'Hoſtel du Roy, dont
elle a eu M. de Rieu du Fargis,
Chambellan de Monseigneur
le Duc d'Orleans : Ils eſtoient
tous enfans de Meffire Henry
Loüis Habert , Seigneur de
Montmor , mort Doyen des
Maiſtres des Requeſtes , & de
Dame Henriette de Buade de
Frontenac ,& petits enfans de
Jean Habert , Seigneur de
Montmor , Treſorier General
de l'Erat des Guerres , lequel
eſtoit fils de Loüis Habert ,
Lij
- 126 MERCURE
Seigneur duMeſnil , Secretaire
dukoy,Treſorier de l'Extraordinaire
des Guerres en 1584,
&Confeiller d'Etat.
Meffire Philippes de la Porte,
Maistre des Comptes honoraire
, mourut le 14. Decembre
1715. laiſſant de feuë Anne
Picques ſon épouſe , morte
en 1694. Jacques de la Porte ,
reçû Maiſtre des Comptes au
lieu de ſon pere en 1697 &
Anne- Françoiſe de la Porte ,
femme de M.fſfire Claude Anjorrand,
Confeiller au Parlement
, & Commiſſaire au Requeſtes
du Palais , morte en
1709 . 4
GALANT. 127
.
Religieux Seigneur Frere
François du Moncel de Martinvaft
, Grand Croix de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ,
GrandTreforier duditOrdre ,
&Commandeur de Villers au
Liege, mourut le 24. Decembre
1715. il avoit fait ſes preuves
pour ſa Reception dans cet
Ordre au Grand Prieuré de
France le 24. May 1653. par
leſquelles il ſe juſtifie qu'il fortoit
d'une famille ancienne &
diftinguée dans la Province de
Normandie , où elle ſubſiſte
encore dans l'Eveſché de Coutances
en la perſonne deM. de
Liiij
128 MERCURE
Martinvaſt, neveu de celuyqui
donne lieu à cet article .
Meffire Urfin Camus Durand
de Pontcarré , Conſeiller
au Parlement , mourut ſans alliance
le 25. Decembre 1715 .
âgé de 42. ans ; il portoit le
nom de Durand envertu d'une
ſubſtitution faite en ſa faveur
par Urfin Durand ſon ayeul
maternel : Il eſtoit frere de
Meffire Nicolas Camus , Scigneur
de Pontcarré , premier
Préfident, du Parlement de
Normandie , & fils de Nicolas
Camus , Seigneur de Pontcarré
, Confeiller au Parle-
!
GALANT 129
ment; & de ....... Durand ,
petit fils de Nicolas Camus ,
Seigneur de Pontcarré , Confeiller
au Parlement , & d'Helene
Hallé ,& arriere petit fils
de Nicolas Camus , Seigneur
de Pontcarré , auffi Conſeiller
au Parlement, lequel étoit fils
de Geoffroy Camus , Seigneur
de Pontcarré, Maiſtre des Requeſtes
en 1673 & de Jeanne
Sanguin de Livry. La famille
de Camus eft originaire de la
Ville de Lyon , où elle eſt con
nuë depuis prés de deux cens
ans ; elle s'eſt diviſée en pluſieurs
branches qui ſont celles
130 MERCURE
des Seigneurs de Chavignicu ,
du Perron , de S. Bonner de la
Chapelle,deBagnols,d'Ivours,
d'Argini& de Chaſtillon d'Azegues
,&c.
Meffire Charles Verret, Seigneur
de S. Sulpice , Inſpecteur
general de la Marine &
des Galeres , mourut le ....
Decembre 1715. laiſſant un
fils fort jeune de ſon mariage
avec .... Ragot de la Coudraye
, ſoeur de M. Ragot de
la Coudraye , Conſeiller en la
Cour des Aydes , & fille de ...
Ragot , Seigneur de la Coudraye
, Secretaire du Roy,&
GALANT. 131
deM. de Pontchartrain , cydevant
Chancelier de France.
M. de S. Sulpice fortoit d'une
famille noble originaire du
Bléfois .
re
DameMarie-Louiſe Lully,
femme de M Pierre Thierfault
, Seigneur de Meraucourt
, mourut le ... Decembre
1715. elle estoit fille du
celebre M. Lully , Surintendant
de la Muſique du Roy ,
& elle ne laiſſe qu'une fille
dont je vous appris le mariage
avec Ma le Comte de Sourches
de la Maiſon duBoucher,
dans mon Journal du mois de
132 MERCURE
Novembre dernier.
Meffire François Phelypeaux
, Maiſtre des Requeſtes,
mourut le 19. Decembre 1715.
âgé de 26. ans , laiſſant pluſieurs
enfans de Dame ......
Voyfin de faint Paul ſa femme
, il eſtoit frere puiſné de
Jean Louis Phelypeaux , Seigneur
de Montlhery , cy-devant
Avocat du Roy au Châ
telet de Paris , & fils de feu
Melfire Jean Phelypeaux Mattre
des Requeſtes , & Intens
dantde la Generalité de Paris ,
& Confeiller d'Eltat , & de
Dame Anne de Beauharnois ,
一番
GALANT 133
& neveu de M Louis Phelypeaux
Comte de Pontchar
train , cy devant Chancelier
de France. La famille de Phe
lypeaux eft fi generalement
connuepour une des plus illuftres
de laRobe, qu'il fuffi,
ra de vous dire icy , qu'outre
unChancelier de France , elle
aaccuu l'avantage dedonnerneuf
Secretaires d'Etat , pluſieurs
grands Officiers Comman
deurs des Ordres du Roy .
pluſieurs Archeveſques &Eveſques
,&pluſieurs Confeillers
d'Etat , & qu'elle s'eſt alliée
aux Maiſons de Neufville.
$34 MERCURE
Villeroy , Crevant - d'Humieres
, de Rochechouart !
Aubuflon , la Feüillade , la
Rochefoucaud , Roye , de
Mailly , du Blé d'Huxelles.
Dame Claude Colbert ,
veuve de Meffire JacquesOl
lier SeigneurdeVerneuilCon
feiller au Parlement de Paris,
mort en 1689. & qu'elle avoit
épousé en 1658. mourut le ...
Decembre 1715. ayant eu entre
autres enfans feu Jean-
Baptifte Jacques Olier , Scigneur
de Verneuil , Maiſtre
de la Garderobe de M. le Duc
d'Orleans , qui a laiſſé des en
GALANT. 135
fans de Dame...... de Mal
herbe du Bouillon ſa femme.
Je vous ay déja tant entretenu
de la famille de Colbert , &
elle vous doit eſtre ſi connuë
par les grands Hommes qui
en font fortis , & par les alliances
illuſtres qu'elle eſt en
poffeffion de contracter , que
je mecontenteray de vous dire
icy , que feu Madame de
Verneuil eſtoit fille de Meflire
Jean Baptifte Colbert Scigneur
de Saint Pouange &de
Villacerf Conſeiller du Roy
en tous fes: Conſeils , & de
Dame Claudele Tellier ,foeur
136 MERCURE
de M. le Tellier Chancelier
de France : pour la famille
d'Ollier , elle eſt diſtinguée
depuis un temps confiderable
dans la robe , & elle eſt alliée
à la Maiſon de la Baume ,
Montrevel , & aux familles de
Molé, deThurin , de Malonde
Bercy , Daubray , & de
Paris,&c.
DameDenise Bordier,épou
ſe de Meffire Adrien Morel ,
Seigneur deCourci , Gouverneur
des Ville & Chafteau de
Valogne , & avant deMeffire
Charles de Vaffan Prefident
de laChambre des Comptes,
mourut
L
GALANT . 137
mourut le premier de ce mois,
ayant eu pour fille de ſon premier
mariage Deniſe de Vaffan
, femme de .... Truchot
Greffier enchefde la Cour des
Aydes : elle estoit fille d'Hilaire
Bordier Preſident de la
Cour des Aydes de Paris ,&
de Deniſe de Heere..
Meffire Charles Brifard ,
Abbé de S Prix à S. Quentin
,& Confeiller dela Grand
Chambre du Parlement de
Paris , mourut le 5. Janvier
1716. âgé de 81. ans ; il étois
le ſeptiémeConſeiller au Parlement
,de fon nom , depuis
Janvier 1716. M
1
138 MERCURE
Jacques Brifart fon bis ayeul,
qui fut reçudans cet Office en
1535. cette famille eft ancienne&
originaire du Perche
où elle ſubſiſte encore en plu
fieurs branches , & à Paris
dans la perſonne de M. Brifart,
neveu de feu M l'Abbé
Brifart , Lieutenant dans le
Regiment des Gardes Fran.
çoiſes , où il ſertdepuis longtemps
avec beaucoup de reputation.
1
Mafire Jean Pierre Marcdat
,Conſeiller au Parlement
deMetz , mourutle 10. Jan-
Vier 1716. :
7
GALANT. 139
Dame Antoinette - Henriette
Canaye , épouſe de
Charles François leNormant,
Seigneur de Tournchem,cydevant
Fermier General de Sa
Majcité , mourut le .... Janvier
1716. elle estoit de même
famille que M. Canaye, Confeiller
au Parlement , & fille
de Frederic Canaye Seigneur
de Freſne , & de Dame Magdelaine
de Silhans de Crevilly,
&arriere petite fille du celebre
Philippes Canaye Seigneur de
Freſne , Conſeillerd'Etat ſous
les Rois Henry III . & Henry
IV. Ambaſſadeur en Angle-
Mij
140 MERCURE
terte , en Allemagne & àVenife
, & de Dame Renée de
Courcillon de Dangeau...
Jeremets au premier mois
à vous entretenir de pluſieurs
autres, perſonnes de confideration
, qui font encore mortes
dans celuy cy , & fur tout
de Madame la Ducheſſe de
Leſdiguieres.
11.
Dame Anne Morin , veuve
de Meffire Henry Loüis Habert
de Montmor , Maiſtre
des Requeſtes , mourut le
Decembre 1715. fans poſteri.
té : Elle eſtoit fille de Jacques
Morin, Secretaire du Roy &
Maistre d'Hoſtel ordinaire de
Janvier 1716. L
:
122 MERCURE
Sa Majefté , & d'Anne Yvelin ;
Elle avoit pour fooeurs aifnées
feuë Dame Marie- Marguerite
Morin,femme de Meffire Jean
Comte d'Eſtrées , & de Tourpes
, Maréchal & Vice- Amiral
de France , Chevalier des
Ordres du Roy , duquel elle
a laiſſé pour enfants M. le
Maréchal d'Estrées & M. l'Ab .
bé d'Eſtrées , nommé à l'Ar
cheveſché de Cambray ; &
Dame Françoiſe Morin , premiere
femme de Meffire Phílippes
de Courcillon Marquis
de Dangeau , Chevalier des
Ordres du Roy , Chevalier
GALANT . 12
d'honneur de feuë Madame la
Dauphine , Grand Maiſtre des
Ordres de Mont Carmel &de
S. Lazare , Conſeiller d'Etat
d'Epée , & Gouverneur de la
Province de Touraine , morte
en 1682. laiſſant pour fille
unique Dame Marie - Anne-
Jeanne de Courcillon de Dangeau
, à preſent veuve deMeffire
Honoré Charles d'Albert,
Duc de Montfort , & mere de
M. le Duc de Luynes: feu
M. de Montmor avoit épouſé
en premieres noces Marie-
Claude Phelypeaux de Pontchartrain
, foeur de M. de Pont-
Lij
124 MERCURE
chartrain , ci devant Chancelick
de France , laquelle mourut
auſſi ſans enfans . Il eſtoit
frere de Meffire Louis Habert,
Evefque de Perpignan , mort
en 1695. de Meffire Jean
Loüis Habert , Seigneur du
Meſnil , Maiſtre des Requeſtes,
marié avec N... Nicole
de la Reynie, fille de feu M,
de la Reynie , Conſeiller d'Etat
ordinaire , de laquelle il n'a
point d'enfans ; d'Anne Loüife
Habert , femme de Meffire
Nicolas Jehannot de Bartillac,
Lieutenant General des Armées
du Roy , duquel elle a
GALANT . 125
laiflé des enfans ; & de Claude-
Magdelaine Habert , femme
de Bernard Del Rieu , premier
Maiſtre d'Hoſtel du Roy, dont
elle a eu M. de Rieu du Fargis,
Chambellan de Monseigneur
le Duc d'Orleans : Ils eſtoient
tous enfans de Meffire Henry
Loüis Habert , Seigneur de
Montmor , mort Doyen des
Maiſtres des Requeſtes , & de
Dame Henriette de Buade de
Frontenac ,& petits enfans de
Jean Habert , Seigneur de
Montmor , Treſorier General
de l'Erat des Guerres , lequel
eſtoit fils de Loüis Habert ,
Lij
- 126 MERCURE
Seigneur duMeſnil , Secretaire
dukoy,Treſorier de l'Extraordinaire
des Guerres en 1584,
&Confeiller d'Etat.
Meffire Philippes de la Porte,
Maistre des Comptes honoraire
, mourut le 14. Decembre
1715. laiſſant de feuë Anne
Picques ſon épouſe , morte
en 1694. Jacques de la Porte ,
reçû Maiſtre des Comptes au
lieu de ſon pere en 1697 &
Anne- Françoiſe de la Porte ,
femme de M.fſfire Claude Anjorrand,
Confeiller au Parlement
, & Commiſſaire au Requeſtes
du Palais , morte en
1709 . 4
GALANT. 127
.
Religieux Seigneur Frere
François du Moncel de Martinvaft
, Grand Croix de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ,
GrandTreforier duditOrdre ,
&Commandeur de Villers au
Liege, mourut le 24. Decembre
1715. il avoit fait ſes preuves
pour ſa Reception dans cet
Ordre au Grand Prieuré de
France le 24. May 1653. par
leſquelles il ſe juſtifie qu'il fortoit
d'une famille ancienne &
diftinguée dans la Province de
Normandie , où elle ſubſiſte
encore dans l'Eveſché de Coutances
en la perſonne deM. de
Liiij
128 MERCURE
Martinvaſt, neveu de celuyqui
donne lieu à cet article .
Meffire Urfin Camus Durand
de Pontcarré , Conſeiller
au Parlement , mourut ſans alliance
le 25. Decembre 1715 .
âgé de 42. ans ; il portoit le
nom de Durand envertu d'une
ſubſtitution faite en ſa faveur
par Urfin Durand ſon ayeul
maternel : Il eſtoit frere de
Meffire Nicolas Camus , Scigneur
de Pontcarré , premier
Préfident, du Parlement de
Normandie , & fils de Nicolas
Camus , Seigneur de Pontcarré
, Confeiller au Parle-
!
GALANT 129
ment; & de ....... Durand ,
petit fils de Nicolas Camus ,
Seigneur de Pontcarré , Confeiller
au Parlement , & d'Helene
Hallé ,& arriere petit fils
de Nicolas Camus , Seigneur
de Pontcarré , auffi Conſeiller
au Parlement, lequel étoit fils
de Geoffroy Camus , Seigneur
de Pontcarré, Maiſtre des Requeſtes
en 1673 & de Jeanne
Sanguin de Livry. La famille
de Camus eft originaire de la
Ville de Lyon , où elle eſt con
nuë depuis prés de deux cens
ans ; elle s'eſt diviſée en pluſieurs
branches qui ſont celles
130 MERCURE
des Seigneurs de Chavignicu ,
du Perron , de S. Bonner de la
Chapelle,deBagnols,d'Ivours,
d'Argini& de Chaſtillon d'Azegues
,&c.
Meffire Charles Verret, Seigneur
de S. Sulpice , Inſpecteur
general de la Marine &
des Galeres , mourut le ....
Decembre 1715. laiſſant un
fils fort jeune de ſon mariage
avec .... Ragot de la Coudraye
, ſoeur de M. Ragot de
la Coudraye , Conſeiller en la
Cour des Aydes , & fille de ...
Ragot , Seigneur de la Coudraye
, Secretaire du Roy,&
GALANT. 131
deM. de Pontchartrain , cydevant
Chancelier de France.
M. de S. Sulpice fortoit d'une
famille noble originaire du
Bléfois .
re
DameMarie-Louiſe Lully,
femme de M Pierre Thierfault
, Seigneur de Meraucourt
, mourut le ... Decembre
1715. elle estoit fille du
celebre M. Lully , Surintendant
de la Muſique du Roy ,
& elle ne laiſſe qu'une fille
dont je vous appris le mariage
avec Ma le Comte de Sourches
de la Maiſon duBoucher,
dans mon Journal du mois de
132 MERCURE
Novembre dernier.
Meffire François Phelypeaux
, Maiſtre des Requeſtes,
mourut le 19. Decembre 1715.
âgé de 26. ans , laiſſant pluſieurs
enfans de Dame ......
Voyfin de faint Paul ſa femme
, il eſtoit frere puiſné de
Jean Louis Phelypeaux , Seigneur
de Montlhery , cy-devant
Avocat du Roy au Châ
telet de Paris , & fils de feu
Melfire Jean Phelypeaux Mattre
des Requeſtes , & Intens
dantde la Generalité de Paris ,
& Confeiller d'Eltat , & de
Dame Anne de Beauharnois ,
一番
GALANT 133
& neveu de M Louis Phelypeaux
Comte de Pontchar
train , cy devant Chancelier
de France. La famille de Phe
lypeaux eft fi generalement
connuepour une des plus illuftres
de laRobe, qu'il fuffi,
ra de vous dire icy , qu'outre
unChancelier de France , elle
aaccuu l'avantage dedonnerneuf
Secretaires d'Etat , pluſieurs
grands Officiers Comman
deurs des Ordres du Roy .
pluſieurs Archeveſques &Eveſques
,&pluſieurs Confeillers
d'Etat , & qu'elle s'eſt alliée
aux Maiſons de Neufville.
$34 MERCURE
Villeroy , Crevant - d'Humieres
, de Rochechouart !
Aubuflon , la Feüillade , la
Rochefoucaud , Roye , de
Mailly , du Blé d'Huxelles.
Dame Claude Colbert ,
veuve de Meffire JacquesOl
lier SeigneurdeVerneuilCon
feiller au Parlement de Paris,
mort en 1689. & qu'elle avoit
épousé en 1658. mourut le ...
Decembre 1715. ayant eu entre
autres enfans feu Jean-
Baptifte Jacques Olier , Scigneur
de Verneuil , Maiſtre
de la Garderobe de M. le Duc
d'Orleans , qui a laiſſé des en
GALANT. 135
fans de Dame...... de Mal
herbe du Bouillon ſa femme.
Je vous ay déja tant entretenu
de la famille de Colbert , &
elle vous doit eſtre ſi connuë
par les grands Hommes qui
en font fortis , & par les alliances
illuſtres qu'elle eſt en
poffeffion de contracter , que
je mecontenteray de vous dire
icy , que feu Madame de
Verneuil eſtoit fille de Meflire
Jean Baptifte Colbert Scigneur
de Saint Pouange &de
Villacerf Conſeiller du Roy
en tous fes: Conſeils , & de
Dame Claudele Tellier ,foeur
136 MERCURE
de M. le Tellier Chancelier
de France : pour la famille
d'Ollier , elle eſt diſtinguée
depuis un temps confiderable
dans la robe , & elle eſt alliée
à la Maiſon de la Baume ,
Montrevel , & aux familles de
Molé, deThurin , de Malonde
Bercy , Daubray , & de
Paris,&c.
DameDenise Bordier,épou
ſe de Meffire Adrien Morel ,
Seigneur deCourci , Gouverneur
des Ville & Chafteau de
Valogne , & avant deMeffire
Charles de Vaffan Prefident
de laChambre des Comptes,
mourut
L
GALANT . 137
mourut le premier de ce mois,
ayant eu pour fille de ſon premier
mariage Deniſe de Vaffan
, femme de .... Truchot
Greffier enchefde la Cour des
Aydes : elle estoit fille d'Hilaire
Bordier Preſident de la
Cour des Aydes de Paris ,&
de Deniſe de Heere..
Meffire Charles Brifard ,
Abbé de S Prix à S. Quentin
,& Confeiller dela Grand
Chambre du Parlement de
Paris , mourut le 5. Janvier
1716. âgé de 81. ans ; il étois
le ſeptiémeConſeiller au Parlement
,de fon nom , depuis
Janvier 1716. M
1
138 MERCURE
Jacques Brifart fon bis ayeul,
qui fut reçudans cet Office en
1535. cette famille eft ancienne&
originaire du Perche
où elle ſubſiſte encore en plu
fieurs branches , & à Paris
dans la perſonne de M. Brifart,
neveu de feu M l'Abbé
Brifart , Lieutenant dans le
Regiment des Gardes Fran.
çoiſes , où il ſertdepuis longtemps
avec beaucoup de reputation.
1
Mafire Jean Pierre Marcdat
,Conſeiller au Parlement
deMetz , mourutle 10. Jan-
Vier 1716. :
7
GALANT. 139
Dame Antoinette - Henriette
Canaye , épouſe de
Charles François leNormant,
Seigneur de Tournchem,cydevant
Fermier General de Sa
Majcité , mourut le .... Janvier
1716. elle estoit de même
famille que M. Canaye, Confeiller
au Parlement , & fille
de Frederic Canaye Seigneur
de Freſne , & de Dame Magdelaine
de Silhans de Crevilly,
&arriere petite fille du celebre
Philippes Canaye Seigneur de
Freſne , Conſeillerd'Etat ſous
les Rois Henry III . & Henry
IV. Ambaſſadeur en Angle-
Mij
140 MERCURE
terte , en Allemagne & àVenife
, & de Dame Renée de
Courcillon de Dangeau...
Jeremets au premier mois
à vous entretenir de pluſieurs
autres, perſonnes de confideration
, qui font encore mortes
dans celuy cy , & fur tout
de Madame la Ducheſſe de
Leſdiguieres.
Fermer
478
p. 141-159
Extraits d'Oraisons Funebres. [titre d'après la table]
Début :
Celle que M. l'Abbé de la Fargue a prononcée [...]
Mots clefs :
Roi, Dieu, Vertus, Mort, Gloire, Paix, Coeur, Prince, Bonté, Abbé de la Fargue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extraits d'Oraisons Funebres. [titre d'après la table]
Celle que M. l'Abbé
de la Fargue a prononcée
dans l'Abbaye Royale de Saint
Cyr , le 6. du mois paffé
eſt incontestablement de ce
nombre. Elle eſt revêtue de
tous les ornemens de l'Eloquence
, & M. l'Abbé de la
Fargue n'y a omis aucune des
circonstancesglorieuſes que la
verité attache à la memoire du
Roy. Elle eſt en unmot remplie
detoute l'érudition& de
tous les ſentimens de pieté qui
peuvent diftinguer unOrateur
142 MERCURE
tel que M. l'Abbéde la Fargue.
Sa diviſion elt :un Roy trésmagnanime
, un Roy trés Chrétien.
Il apostrophe ainſi la
mort dans l'éxorde .
O mort !funeste mort ! vienstu
ravir d'un foul coup tant de
moiffons de gloire ,& finir des
jours fi prétieux. Plus puiſſante
que toute l'Europe ensemble , tu
triomphe de celuy qui a ſçû triompher
de tout , tu peux te vanter
de la dépoülle la plus glorieuse
que tu aye jamais remportée.
Pour conduire àla Paix de
Munster :il dit
٠١٠
Plus d'un laurier avoit déja
GALANT 143
ornéfon fceptre , lorsque l'olive
jalouſe prit plaisir àla couronner.
Bientoft la Paix volant fur les
rives de la Seine , luy aßúra à la
dixiéme année de ſon âge , plus
conquestes qu'il
tems d'en fouhaiter.
de n'avoit eu le
AuſujetdesGuerresCiviles,
voicy comme l'Auteur parle :
Quelles tenebres viennent troublerla
ferenité riante d'un temps
fi agréable&fidoux ! quelles funestes
vapeurs dérobent à nos
yeux ces brillantsflambeaux , la
gloire de cette Monarchie ! Quel
torrent precipité ébranle ces colomnes
, le plus ferme appuy de
144 MERCURE
la Couronne ! La difcordepale
tremblante s'étoit à peine retirée ,
qu'elle revint plus furieuse que
jamais , d'autantplus dangereuse,
qu'armant la France contre la
France même , ſa victoire comme
Sa défaite devoit toujours eftre
fatale al'Etat.
La Paix des Pyrenées & le
Mariage du Roi.
1
Apeinefes Troupes ontpaßé
les Pyrenées , que la Victoire vole
au nom du Heros. De tous côtez
les remparts tombent ,les Villesfe
rendent , les Provinces s'ouvrent,
la conſternationſe répand ; l'Efpagne
tremble jusques dans fes
fondements.
GALANT. 145
fondements. Espagne , raffeuretoy
? tu as moins àaccrraaiinnddrree qquu''àà
efperer de Loüis . L'alliance qu'il
te prepare ,fera pourtoy un éternel
monument de gloire , er la
preuve la plus certainedefa bonte;
tu as un threſor plus précieux
que tes richeſſes , pour luy faire
un preſent qui n'est pas indigne de
luy ; l'olive croit dans ton propre
fein. LachaſteColombeportant le
rameau pacifique , vint au-devant
de Loüis ,&ſe donna ellemême
pourgage de la Paix qu'-
elle venoit aßûver.
Sieges de Mons & de Namur.
Janvier 1716. N
146 MERCURE
Deuxfamenfes Places , reftes
orgueilleux d'une Province belliqueuſe
,ſe flattoient temerairement
d'éternifer leurgloire , &
de braver les plus puiſfants efforts:
la nature , l'artſembloient s'eftre
épuisez pour les rendre imprenables
; les élemens en courroux paroiffoient
armez en leurfaveur :
toute la Ligue rugiſſoit à l'entour.
Quelle entrepriſe parut jamais
plus difficile ,que la Conquête de
ces Places !
Loüis feul lajuge poſſible &
eſt ſeul capable de l'executer. Il
animefes troupes parsaprefence ,
GALANT . 147
1
on
ilpreße les travaux , il vole dans
les lignes , il commande aux attaques
, fon quartier est partout.
Quelfeu éclare tout à coup !
foudroie , on brûle , les Bastions
tombent , les murs , les rochers ſe
fendent,les remparts s'ouvrent ,
les eaux qui couvroient laCampagnefrem
ffent enſe retirant....
quarante jours suffisent pour ôter
le nom d'imprenable à Mons&à
Namur.
Le plus bel endroit eſt ſans
doute le portrait qu'il fait de la
derniere guerre , il y met dans
un beau jour les glorieuſes
Campagnes de S. A. R. Mon
Nij
148 MERCURE
ſeigneur le Duc d'Orleans
voicy une partie de ce qu'il en
dit.
,
Dieu avoit réſervé ceHeros ,
pour raffermir par ses mains
triomphantes une Couronne ébranlée
, pourfaire fleurir nos lauriers
furl'Ebre&fur la Segre , pour
abattre les formidables remparts
du fameux Lerida , autrefois l'écueil
des plus grands Capitaines,
enfin pour renouveller en Catalogne
, &en Arragon tous les prodiges
de Charlemagnefon ayeul.
La ſeconde partie commenceainfi.
Les titres les plus pompeux
GALANT. 149
que le monde accorde àſes Heros ,
neproduisent tout au plus dans
l'esprit, qu'une admiration fterile
&ne peuvent empêcher le coeur
deplaindre enfecret, celui dont on
fait l'éloge ; mais lorsque les vertus
chrétiennes accompagnent les
vertus guerrieres , & politiques
dans celui qu'on love quelle
douce conſolation ſe mêle aux juftes
regrets defa mort !
Il dit plus bas.
د
ADieu neplaiſe qu'à la face
des Autels , j'appelle lumiere , ce
qui ne l'eſt pas . Il n'appartient
qu'àl'antiquité Payenne , de réverer
dans les Rois,jusqu'àleurs
Niij
150 MERCURE
défauts ... eh pourquoi déguiſer
dans un Prince desfoibleſſes, pour
luy ôterla gloire de les avoirréparées
!leplus beau jour n'estpas
Sans nuage, l'astre le plus éclatant
s'éclipse quelquefois ... combien
d'écueils dans ces lieuxoù lefuneste
oubli de la mort s'entretient
Souventpar les charmes de la vie..
ou dans le ſein de l'abondance on
rend heureux les autres parfes
bienfaits , ou en faisant tout
trembler parfa fageße ou parfon
courage , on semble eſtre le Dieu
des mortels , remplißant le monde
àfon gréd'amour ou de crainte ,
deſurpriſe ou d'admiration.
GALANT. 151
4
L'Orateur dit ailleurs .
Si Loüis aouvert lesyeuxfur
les chofes de la terre ,
de combien
de vertus a- t-il orné un coeur ,
dont il a reconnuque ce monde n'étoit
pas digne ... Dieu aime fur
tout à triompher du coeur desRois ,
pour faire un chef- d'oeuvre de fa
mifericorde de ce
d'oeuvre de fa puiſſance.
Plus bas .
esté le chef- de cequi a esté.
Jamais il ne parutfireſpectable,
fi brillant d'éclat & de gloire ,
que lors qu'il s'humilioit devant
l'Arche nouvelle , adorant avec
une foy vive , la Majesté de
Dieu, ſous les voiles facrezqui
l'anéantiffent. Ninj
152 MERCURE
Dans un autre endroit.
Je ne viens plus louer un
Monarque qui a fait tout trembler
par sa puiſſance ; mais je
viens pleurer un Roy la victime
il n'attend pas de la mort ...
qu'on l'avertiſſe, il connoist luymesme
le danger , Cognovit occafum
fuum , lavé dans le
bainfalutaire de la Penitence ,
humilié , contrit , il reçoit laVi-
Etime adorable qui vivifie les
mourants par legage de l'immortalité
. Ilfent lapoudre retourner
eenn poudre ,&
....
nese trouble
point; il entend des foupirs
& des voeux mêlez avec trifGALANT.
153
teffe , es ne s'afflige pas à la vûc
du danger qui le menace. Il est le
Seul qui ne craintpas .
Ala fin ,l'Orateur dit , en
parlant du jeune Roy ,
C'est un Soleil qui ſe leve ,
&qui nous promet les jours les
plus beaux&les plus ferains. Il
n'ébloüitpas encore ; mais il commence
à ravir nos yeux. Déja il
ranime les cendres de fon illuftre
Bifayeul. Mille vertus naiffantes
ne nous font- elles pas esperer,
qu'un jour il égalera sa gloire ,
s'il ne lafurpaſſe point.
Quel bonheurpourluy , de retrouver
laſageſſe de ſon Pere ,
154 MERCURE
la bonté de fon Ayeul , la magnanimité
defon Bifayeul , fi
glorieusement reunies dans ce
GRAND PRINCE ,
que ſesſublimes&heroïques ta-
Lens , que nos voeux & noftre
choix auroient appellé à l'administration
de cette Monarchie , fi
faRoyalenaiſſance ne la luy avoit
destiné.C'estluy qui confervera
tous nos Traitez , qui fera
reviore le Commerce , qui ra .
menera les richeßes & l'abondance
, qui réparera une perte ,
qui ,ſans luy, auroit esté irreparable.
C'eſt luy que le Ciel a re-
Servépour estre à la France une
GALANT. 155
resource certaine , dans une affiction
fi generale ,&dans un
fipreffant besoin pour eftre le
Souveraindépositaire de la puiffance&
de l'autorité Royale ;
&pourſervir de modele & de
guide au jeune Roy Zelé pour
la Foy , il luy donnera parfon
attachement à la Religion , des
fentimens dignes du Fils aisné
de l'Eglife. Genereux , équitable,
il le formera à laplus hautewaleurparses
grands exemples ,&
àlaJusticeparſes ſages conſeils.
Bon , pacifique , il luy inſpirera
par sa clemence , la bonté pour
fespeuples,&l'amourde lapaix.
1
156 MERCURE
Toujours appliqué , il luy enfei
gnera par fa laborieuse vigilance
, que les foins doivent eftre
meſlez avec la douceur du Thrône.
Digne de regner luy-même ,
quel Prince fut jamais plus capable
que Philippes , d'enſeigner
l'art de regner.
Tout ce Diſcours en general
eſt rempli de beauté , & j'en
aurois fait un extrait plus étendu
, s'il n'étoit pas entre les
mains du publicqui eſt le Maître
de le trouver imprimé
chez le ſieur Loüis Guerin rue
S.Jacques , vis-à- vis la rue des
Mathurins , à S. Thomas d'A
GALANT. 157
quin ,&chez la veuve de Pierre
Bienfait fur le Quay des Augustins
, à l'Image Saint Pierre.
J'aurois entrepris de donner
au public un extrait du Difcours
que M. de la Motte a
prononcé dans l'Academie , à
la louange du Roy , fila grande
réputation de M. de la
Motte ne me preſcrivoit pas
de renvoyer le lecteur àl'Original
.
Il en eſt à mon égard de
même de l'Oraiſon Funebre
que M. l'Abbéde BarcosDocteur
de Sorbonne , Grand
Vicaire de Monſeigneur l'Ar-
,
15 MERCURE
chevêque de Lyon , a prononcée
dans l'Egliſe des Carmelites
de cette Ville , le cinq du
mois paffé. Ce Diſcours eſt un
chef-d'oeuvre d'Eloquence,&
un Tiflu continuel de grands
traits , plein de penſées neuves
exprimées avec toute la nobleſſe
de l'art. J'ay cû pour M.
l'Abbé deBarcos le même refpect
que pour M.dela Motte ,
&j'ay ſenti qu'il ne m'étoit
pas poſſible de faire l'extrait de
fonDifcours , ou plutôt qu'en
entreprennant de le faire , je
tomberois à chaque inſtant
dans la neceſſité de le copier
GALANT. 159
preſque entierement.
de la Fargue a prononcée
dans l'Abbaye Royale de Saint
Cyr , le 6. du mois paffé
eſt incontestablement de ce
nombre. Elle eſt revêtue de
tous les ornemens de l'Eloquence
, & M. l'Abbé de la
Fargue n'y a omis aucune des
circonstancesglorieuſes que la
verité attache à la memoire du
Roy. Elle eſt en unmot remplie
detoute l'érudition& de
tous les ſentimens de pieté qui
peuvent diftinguer unOrateur
142 MERCURE
tel que M. l'Abbéde la Fargue.
Sa diviſion elt :un Roy trésmagnanime
, un Roy trés Chrétien.
Il apostrophe ainſi la
mort dans l'éxorde .
O mort !funeste mort ! vienstu
ravir d'un foul coup tant de
moiffons de gloire ,& finir des
jours fi prétieux. Plus puiſſante
que toute l'Europe ensemble , tu
triomphe de celuy qui a ſçû triompher
de tout , tu peux te vanter
de la dépoülle la plus glorieuse
que tu aye jamais remportée.
Pour conduire àla Paix de
Munster :il dit
٠١٠
Plus d'un laurier avoit déja
GALANT 143
ornéfon fceptre , lorsque l'olive
jalouſe prit plaisir àla couronner.
Bientoft la Paix volant fur les
rives de la Seine , luy aßúra à la
dixiéme année de ſon âge , plus
conquestes qu'il
tems d'en fouhaiter.
de n'avoit eu le
AuſujetdesGuerresCiviles,
voicy comme l'Auteur parle :
Quelles tenebres viennent troublerla
ferenité riante d'un temps
fi agréable&fidoux ! quelles funestes
vapeurs dérobent à nos
yeux ces brillantsflambeaux , la
gloire de cette Monarchie ! Quel
torrent precipité ébranle ces colomnes
, le plus ferme appuy de
144 MERCURE
la Couronne ! La difcordepale
tremblante s'étoit à peine retirée ,
qu'elle revint plus furieuse que
jamais , d'autantplus dangereuse,
qu'armant la France contre la
France même , ſa victoire comme
Sa défaite devoit toujours eftre
fatale al'Etat.
La Paix des Pyrenées & le
Mariage du Roi.
1
Apeinefes Troupes ontpaßé
les Pyrenées , que la Victoire vole
au nom du Heros. De tous côtez
les remparts tombent ,les Villesfe
rendent , les Provinces s'ouvrent,
la conſternationſe répand ; l'Efpagne
tremble jusques dans fes
fondements.
GALANT. 145
fondements. Espagne , raffeuretoy
? tu as moins àaccrraaiinnddrree qquu''àà
efperer de Loüis . L'alliance qu'il
te prepare ,fera pourtoy un éternel
monument de gloire , er la
preuve la plus certainedefa bonte;
tu as un threſor plus précieux
que tes richeſſes , pour luy faire
un preſent qui n'est pas indigne de
luy ; l'olive croit dans ton propre
fein. LachaſteColombeportant le
rameau pacifique , vint au-devant
de Loüis ,&ſe donna ellemême
pourgage de la Paix qu'-
elle venoit aßûver.
Sieges de Mons & de Namur.
Janvier 1716. N
146 MERCURE
Deuxfamenfes Places , reftes
orgueilleux d'une Province belliqueuſe
,ſe flattoient temerairement
d'éternifer leurgloire , &
de braver les plus puiſfants efforts:
la nature , l'artſembloient s'eftre
épuisez pour les rendre imprenables
; les élemens en courroux paroiffoient
armez en leurfaveur :
toute la Ligue rugiſſoit à l'entour.
Quelle entrepriſe parut jamais
plus difficile ,que la Conquête de
ces Places !
Loüis feul lajuge poſſible &
eſt ſeul capable de l'executer. Il
animefes troupes parsaprefence ,
GALANT . 147
1
on
ilpreße les travaux , il vole dans
les lignes , il commande aux attaques
, fon quartier est partout.
Quelfeu éclare tout à coup !
foudroie , on brûle , les Bastions
tombent , les murs , les rochers ſe
fendent,les remparts s'ouvrent ,
les eaux qui couvroient laCampagnefrem
ffent enſe retirant....
quarante jours suffisent pour ôter
le nom d'imprenable à Mons&à
Namur.
Le plus bel endroit eſt ſans
doute le portrait qu'il fait de la
derniere guerre , il y met dans
un beau jour les glorieuſes
Campagnes de S. A. R. Mon
Nij
148 MERCURE
ſeigneur le Duc d'Orleans
voicy une partie de ce qu'il en
dit.
,
Dieu avoit réſervé ceHeros ,
pour raffermir par ses mains
triomphantes une Couronne ébranlée
, pourfaire fleurir nos lauriers
furl'Ebre&fur la Segre , pour
abattre les formidables remparts
du fameux Lerida , autrefois l'écueil
des plus grands Capitaines,
enfin pour renouveller en Catalogne
, &en Arragon tous les prodiges
de Charlemagnefon ayeul.
La ſeconde partie commenceainfi.
Les titres les plus pompeux
GALANT. 149
que le monde accorde àſes Heros ,
neproduisent tout au plus dans
l'esprit, qu'une admiration fterile
&ne peuvent empêcher le coeur
deplaindre enfecret, celui dont on
fait l'éloge ; mais lorsque les vertus
chrétiennes accompagnent les
vertus guerrieres , & politiques
dans celui qu'on love quelle
douce conſolation ſe mêle aux juftes
regrets defa mort !
Il dit plus bas.
د
ADieu neplaiſe qu'à la face
des Autels , j'appelle lumiere , ce
qui ne l'eſt pas . Il n'appartient
qu'àl'antiquité Payenne , de réverer
dans les Rois,jusqu'àleurs
Niij
150 MERCURE
défauts ... eh pourquoi déguiſer
dans un Prince desfoibleſſes, pour
luy ôterla gloire de les avoirréparées
!leplus beau jour n'estpas
Sans nuage, l'astre le plus éclatant
s'éclipse quelquefois ... combien
d'écueils dans ces lieuxoù lefuneste
oubli de la mort s'entretient
Souventpar les charmes de la vie..
ou dans le ſein de l'abondance on
rend heureux les autres parfes
bienfaits , ou en faisant tout
trembler parfa fageße ou parfon
courage , on semble eſtre le Dieu
des mortels , remplißant le monde
àfon gréd'amour ou de crainte ,
deſurpriſe ou d'admiration.
GALANT. 151
4
L'Orateur dit ailleurs .
Si Loüis aouvert lesyeuxfur
les chofes de la terre ,
de combien
de vertus a- t-il orné un coeur ,
dont il a reconnuque ce monde n'étoit
pas digne ... Dieu aime fur
tout à triompher du coeur desRois ,
pour faire un chef- d'oeuvre de fa
mifericorde de ce
d'oeuvre de fa puiſſance.
Plus bas .
esté le chef- de cequi a esté.
Jamais il ne parutfireſpectable,
fi brillant d'éclat & de gloire ,
que lors qu'il s'humilioit devant
l'Arche nouvelle , adorant avec
une foy vive , la Majesté de
Dieu, ſous les voiles facrezqui
l'anéantiffent. Ninj
152 MERCURE
Dans un autre endroit.
Je ne viens plus louer un
Monarque qui a fait tout trembler
par sa puiſſance ; mais je
viens pleurer un Roy la victime
il n'attend pas de la mort ...
qu'on l'avertiſſe, il connoist luymesme
le danger , Cognovit occafum
fuum , lavé dans le
bainfalutaire de la Penitence ,
humilié , contrit , il reçoit laVi-
Etime adorable qui vivifie les
mourants par legage de l'immortalité
. Ilfent lapoudre retourner
eenn poudre ,&
....
nese trouble
point; il entend des foupirs
& des voeux mêlez avec trifGALANT.
153
teffe , es ne s'afflige pas à la vûc
du danger qui le menace. Il est le
Seul qui ne craintpas .
Ala fin ,l'Orateur dit , en
parlant du jeune Roy ,
C'est un Soleil qui ſe leve ,
&qui nous promet les jours les
plus beaux&les plus ferains. Il
n'ébloüitpas encore ; mais il commence
à ravir nos yeux. Déja il
ranime les cendres de fon illuftre
Bifayeul. Mille vertus naiffantes
ne nous font- elles pas esperer,
qu'un jour il égalera sa gloire ,
s'il ne lafurpaſſe point.
Quel bonheurpourluy , de retrouver
laſageſſe de ſon Pere ,
154 MERCURE
la bonté de fon Ayeul , la magnanimité
defon Bifayeul , fi
glorieusement reunies dans ce
GRAND PRINCE ,
que ſesſublimes&heroïques ta-
Lens , que nos voeux & noftre
choix auroient appellé à l'administration
de cette Monarchie , fi
faRoyalenaiſſance ne la luy avoit
destiné.C'estluy qui confervera
tous nos Traitez , qui fera
reviore le Commerce , qui ra .
menera les richeßes & l'abondance
, qui réparera une perte ,
qui ,ſans luy, auroit esté irreparable.
C'eſt luy que le Ciel a re-
Servépour estre à la France une
GALANT. 155
resource certaine , dans une affiction
fi generale ,&dans un
fipreffant besoin pour eftre le
Souveraindépositaire de la puiffance&
de l'autorité Royale ;
&pourſervir de modele & de
guide au jeune Roy Zelé pour
la Foy , il luy donnera parfon
attachement à la Religion , des
fentimens dignes du Fils aisné
de l'Eglife. Genereux , équitable,
il le formera à laplus hautewaleurparses
grands exemples ,&
àlaJusticeparſes ſages conſeils.
Bon , pacifique , il luy inſpirera
par sa clemence , la bonté pour
fespeuples,&l'amourde lapaix.
1
156 MERCURE
Toujours appliqué , il luy enfei
gnera par fa laborieuse vigilance
, que les foins doivent eftre
meſlez avec la douceur du Thrône.
Digne de regner luy-même ,
quel Prince fut jamais plus capable
que Philippes , d'enſeigner
l'art de regner.
Tout ce Diſcours en general
eſt rempli de beauté , & j'en
aurois fait un extrait plus étendu
, s'il n'étoit pas entre les
mains du publicqui eſt le Maître
de le trouver imprimé
chez le ſieur Loüis Guerin rue
S.Jacques , vis-à- vis la rue des
Mathurins , à S. Thomas d'A
GALANT. 157
quin ,&chez la veuve de Pierre
Bienfait fur le Quay des Augustins
, à l'Image Saint Pierre.
J'aurois entrepris de donner
au public un extrait du Difcours
que M. de la Motte a
prononcé dans l'Academie , à
la louange du Roy , fila grande
réputation de M. de la
Motte ne me preſcrivoit pas
de renvoyer le lecteur àl'Original
.
Il en eſt à mon égard de
même de l'Oraiſon Funebre
que M. l'Abbéde BarcosDocteur
de Sorbonne , Grand
Vicaire de Monſeigneur l'Ar-
,
15 MERCURE
chevêque de Lyon , a prononcée
dans l'Egliſe des Carmelites
de cette Ville , le cinq du
mois paffé. Ce Diſcours eſt un
chef-d'oeuvre d'Eloquence,&
un Tiflu continuel de grands
traits , plein de penſées neuves
exprimées avec toute la nobleſſe
de l'art. J'ay cû pour M.
l'Abbé deBarcos le même refpect
que pour M.dela Motte ,
&j'ay ſenti qu'il ne m'étoit
pas poſſible de faire l'extrait de
fonDifcours , ou plutôt qu'en
entreprennant de le faire , je
tomberois à chaque inſtant
dans la neceſſité de le copier
GALANT. 159
preſque entierement.
Fermer
479
p. 182-188
« J'ay encore un nouveau petit Livre à vous presenter, [...] »
Début :
J'ay encore un nouveau petit Livre à vous presenter, [...]
Mots clefs :
Livre, Roi, Journal historique, Curiosités
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay encore un nouveau petit Livre à vous presenter, [...] »
J'ay encore un nouveau
petit Livre à vous preſenter ,
c'eſt une Differtation fur la
nouvelle découverte de l'hydropiſine
du conduit lachrimal,
fur les cauſes qui la produifent,
& fur les avantages que
l'on retirera de cette nouvelle
découverte , avec la maniere
de donner à boire par l'oeil ,
& un projet pour s'inſtruire
àfonds des maladies des yeux ,
preſentée à Meffieurs de l'Académie
Royale des Sciences
de Paris le 16. NovembrederGALANT
183
nier ,& iue dans inAffemblée
de la même Académie le 29;
du même mois. Ce Livre eft
de la compofitionde M.Anel,
Docteur en Chirurgie , &
Chirurgien Penſionnaire de
Madame Royale , mere du
Roy de Sicile , biſaycule du
Roy Tres Chrêtien , dediée à
S. A. R. Monſeigneur leDuc
d'Orleans , Regent du Royaume
: il ſe vend à Paris chez le
fieurJean-Baptiste del Eſpine,
rue S. Jacques , à l'Image faint
PaulFOC
On trouvera auffi chez le
ſieur Saugrain l'aifné , Libraire
184 MERCURE
fur le Quay des Auguſtins ,
prés la rue Pavée , à la Fleur de
Lys , un Livre nouveau intitulé
: Les Curiofitez de Paris ,
de Verſailles , de Marly , de
Vincennes galde S. Cloud , &
des environs , avec les adreſſes
neceſſaires pour trouver facilement
tout ce que ces beaux
lieux renferment d'agréable &
d'utile. Cet Ouvrage eſt enrichi
d'un grand nombre de figures
, & dedié au Roy Loüis
XV. par L. R. Le prix eft de
3. livres relié en veau On trou
vera chez le même Marchand
l'Hiſtoite de Zcloïde & d'A
manzarifdine ,
GALANT. 185
+
manzarifdine , Conte Arabe.
Ce Livre eſt ſorti avec ſuccés
de la plume d'un jeune homme
qui a beaucoup d'eſprit ,
& qui écrit bien ; c'eſt le jugement
de tous ceux qui ont
lû ſes Ouvrages.
Je vous parlerois maintenant
des miens ,& cela ſeroit
bien juſte , ſi je n'apprchen
dois de ſoulever encore une
fois les honnêtes gens qui ſe
ſont plaints que je parlois trop
ſouvent de moy ; mais d'un
autre coſté l'affaire eſt ſi im.
portante , que je ne ſçaurois
avoir la docilité de me foûmer-
Janvier 1716 .
186 MERCURE
tre à leurs déciſions ; je vous
diray donc encore , quoyqu'il
en ſoit ,que je ſuis l'Auteur
duJournal Hiſtorique de tous
les Evenements qui ont precedé
la mort du Roy , & de
tous ceux qui l'ont ſuivi fix
femaines aprés ; mais je ne
vous le repète que parce que
je ſuis eſtonné que le Public
n'ait receu qu'à demi tout au
plus , la façon dont je luy ay
annoncé M. de Villars ; fon
Eau merveilleuſe eſt d'une fi
grande refſſource contre toutes
les maladies du monde ,
quej'ay crû queperſonnen'heGALANT
. 187
د
fireroit à avoir recours à luy ,
&àmoy pour enavoir;le Lecteur
ſage & diferet fera de ce
troiſième avis l'uſagequ'il luy
plaira , il ne m'appartient pas
de luy donner des conſeils
mais la place que j'occupe me
preſcrit de luy propoſer tout
ce qui luy peut eſtre utile. S'il
aime ſa ſanté , & la conſerver
juſqu'à l'extrême vieilleſſe ,il
doit ſe munir de ce Livre qui
fe vend chez les Sieurs Jollet
& Lamelle , au bout du Pont
S. Michel , du coſté du Marche
Neuf , au Livre Royal ; il
y apprendra toutes les pro
Qij
188 MERCURE
prietez d'une Eau, que la quantité
des merveilles qu'elle opere
, peut incontestablement
faire paffer pour une Medecine
univerſelle.
petit Livre à vous preſenter ,
c'eſt une Differtation fur la
nouvelle découverte de l'hydropiſine
du conduit lachrimal,
fur les cauſes qui la produifent,
& fur les avantages que
l'on retirera de cette nouvelle
découverte , avec la maniere
de donner à boire par l'oeil ,
& un projet pour s'inſtruire
àfonds des maladies des yeux ,
preſentée à Meffieurs de l'Académie
Royale des Sciences
de Paris le 16. NovembrederGALANT
183
nier ,& iue dans inAffemblée
de la même Académie le 29;
du même mois. Ce Livre eft
de la compofitionde M.Anel,
Docteur en Chirurgie , &
Chirurgien Penſionnaire de
Madame Royale , mere du
Roy de Sicile , biſaycule du
Roy Tres Chrêtien , dediée à
S. A. R. Monſeigneur leDuc
d'Orleans , Regent du Royaume
: il ſe vend à Paris chez le
fieurJean-Baptiste del Eſpine,
rue S. Jacques , à l'Image faint
PaulFOC
On trouvera auffi chez le
ſieur Saugrain l'aifné , Libraire
184 MERCURE
fur le Quay des Auguſtins ,
prés la rue Pavée , à la Fleur de
Lys , un Livre nouveau intitulé
: Les Curiofitez de Paris ,
de Verſailles , de Marly , de
Vincennes galde S. Cloud , &
des environs , avec les adreſſes
neceſſaires pour trouver facilement
tout ce que ces beaux
lieux renferment d'agréable &
d'utile. Cet Ouvrage eſt enrichi
d'un grand nombre de figures
, & dedié au Roy Loüis
XV. par L. R. Le prix eft de
3. livres relié en veau On trou
vera chez le même Marchand
l'Hiſtoite de Zcloïde & d'A
manzarifdine ,
GALANT. 185
+
manzarifdine , Conte Arabe.
Ce Livre eſt ſorti avec ſuccés
de la plume d'un jeune homme
qui a beaucoup d'eſprit ,
& qui écrit bien ; c'eſt le jugement
de tous ceux qui ont
lû ſes Ouvrages.
Je vous parlerois maintenant
des miens ,& cela ſeroit
bien juſte , ſi je n'apprchen
dois de ſoulever encore une
fois les honnêtes gens qui ſe
ſont plaints que je parlois trop
ſouvent de moy ; mais d'un
autre coſté l'affaire eſt ſi im.
portante , que je ne ſçaurois
avoir la docilité de me foûmer-
Janvier 1716 .
186 MERCURE
tre à leurs déciſions ; je vous
diray donc encore , quoyqu'il
en ſoit ,que je ſuis l'Auteur
duJournal Hiſtorique de tous
les Evenements qui ont precedé
la mort du Roy , & de
tous ceux qui l'ont ſuivi fix
femaines aprés ; mais je ne
vous le repète que parce que
je ſuis eſtonné que le Public
n'ait receu qu'à demi tout au
plus , la façon dont je luy ay
annoncé M. de Villars ; fon
Eau merveilleuſe eſt d'une fi
grande refſſource contre toutes
les maladies du monde ,
quej'ay crû queperſonnen'heGALANT
. 187
د
fireroit à avoir recours à luy ,
&àmoy pour enavoir;le Lecteur
ſage & diferet fera de ce
troiſième avis l'uſagequ'il luy
plaira , il ne m'appartient pas
de luy donner des conſeils
mais la place que j'occupe me
preſcrit de luy propoſer tout
ce qui luy peut eſtre utile. S'il
aime ſa ſanté , & la conſerver
juſqu'à l'extrême vieilleſſe ,il
doit ſe munir de ce Livre qui
fe vend chez les Sieurs Jollet
& Lamelle , au bout du Pont
S. Michel , du coſté du Marche
Neuf , au Livre Royal ; il
y apprendra toutes les pro
Qij
188 MERCURE
prietez d'une Eau, que la quantité
des merveilles qu'elle opere
, peut incontestablement
faire paffer pour une Medecine
univerſelle.
Fermer
480
p. 224-226
MARIAGES.
Début :
M. le Marquis d'Harcourt, Mestre de Camp d'un Regiment [...]
Mots clefs :
Roi, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
M. le Marquis d'Harcourt,
Meſtre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie&Capitaine
des Gardes du Corps du Roy,
fils aiſné de Meffire Henry
deHarcourt,Duc d'Harcourt,
Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General pour Sa
Majesté de la Province de
Normandie , & Capitaine de
fes Gardes du Corps , & de
GALANT. 225
Dame Maric Anne - Claude
deBrulart deGenlis , a épousé
le ... de ce mois N .. de Neufville
,Damoiſelle de Villeroy ,
fille aiſnée de Meſſire François
deNeufville, Duc de Villeroy,
Pair de France , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy &
CapitainedesGardes du Corps
de Sa Majefté , & de feuë Dame
Marguerite le Tellier de
Louvoy , & petite fille de
Meffire François de Neufville,
Duc de Villeroy , Pair & Maréchal
de France , Chevalier
desOrdres du Roy , Gouverneur
des Provinces de Lyon226
MERCURE
nois, Forets&Beaujollois,&c.
La Maiſon d'Harcourt eft fr
ancienne& fi illuftre &cellede
Neufville eft finoble&fi décoséc,&
par confequent ficonnue,
queje nevousen diray rien
icy, me contentant de vous
renvoyer à l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne
, dans laquelle vous trouverez
amplement de quoy
fatisfaire voſtre curiofité fur
ces deux illuftres Maiſons.
M. le Marquis d'Harcourt,
Meſtre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie&Capitaine
des Gardes du Corps du Roy,
fils aiſné de Meffire Henry
deHarcourt,Duc d'Harcourt,
Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General pour Sa
Majesté de la Province de
Normandie , & Capitaine de
fes Gardes du Corps , & de
GALANT. 225
Dame Maric Anne - Claude
deBrulart deGenlis , a épousé
le ... de ce mois N .. de Neufville
,Damoiſelle de Villeroy ,
fille aiſnée de Meſſire François
deNeufville, Duc de Villeroy,
Pair de France , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy &
CapitainedesGardes du Corps
de Sa Majefté , & de feuë Dame
Marguerite le Tellier de
Louvoy , & petite fille de
Meffire François de Neufville,
Duc de Villeroy , Pair & Maréchal
de France , Chevalier
desOrdres du Roy , Gouverneur
des Provinces de Lyon226
MERCURE
nois, Forets&Beaujollois,&c.
La Maiſon d'Harcourt eft fr
ancienne& fi illuftre &cellede
Neufville eft finoble&fi décoséc,&
par confequent ficonnue,
queje nevousen diray rien
icy, me contentant de vous
renvoyer à l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne
, dans laquelle vous trouverez
amplement de quoy
fatisfaire voſtre curiofité fur
ces deux illuftres Maiſons.
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481
p. 3-19
De Perpignan. Memoire accompagné de quelques Remarques historiques.
Début :
Le vingt Decembre dernier il se fit un Service trés-solemnel [...]
Mots clefs :
Roi, Bourgeois nobles, Nobles, Perpignan, Consuls, Gentilhommes, Service, Ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Perpignan. Memoire accompagné de quelques Remarques historiques.
De Perpignan.
Mmoireaccompagné de quelques
Remarques kiftoriques.
E vingt Décembre
dernieril se fie un
Service trés-solemnel
pour le feu Roy,à Perpignan,
aux dépens de Meilleurs les
Consuls de cette Ville
,
furnommée
la trés-Fideue titre
glorieux que ses
*
Habitants
meritcrenc en 147J.du Roy
d'Arragon JeanII:en mémoire
de l'extrêmefijehtc
qu'ilsavoienc marquée
en foutenant
toutes les rigueurs de
la faim durant un Siege de
huit mois. Jean Blanc, Bourgeoisnoble,
& premier Consul
de la Ville
> y commandoit
alors encette derniere qualité;
& ses Compatriotes étcrnife.
rent sa confiante fidélité par
une Inscription honorable qui
se voit encore aujourdhuy à
la porte de sa maison,qui porteces
mots: Hujus domus Dvminus,
fidehtatc cunflos ftperavit
Romanos.
Le 19. les Consuls firent
annoncer par toure laVille la
lugubre ccremonic du lendemain.
QuatreTambours, leurs
caisses couvertes de drap noir,
prcccdoient à pied douze Cavaliers
vêtus de robes noires
avec des cha perons qui leur
couvroienc la tête
,
les chevaux
tous caparaçonnez de
dciiil. Cette triste Cavalcade
sariêtoic à tous IesCarrefours:1
quatre d'iccuxionnoienc de
leurs Trompettes avec des
sourdines: les huit autres qui
portoienc des clochettes d'une
grosseur raiionnable, les fonnoicnr
par cinqfrois, à quoy
les Trompettes répondoienc
chaque fois; puis l'un de ces
Crieurs annonçait triftemenc
la mort de LoilsXIV. & invitoit
le Public au Service qui
devoit se celebrer le lendemain.
Dans ItEgltfe de S. Jean qui
fert de Cat hedrale depuis l'an
1604. que par l'autorité du
PapeClcmcntVIII.à larequi£
jfionAu Roy dEfpJgnePhilippe
1,11, le Sicgq Episcopal
fyztransfère de laVilledElne
çn cctlc de Perpignanj dans
cptteEjgUfc, dis je >on avoic
dresse un carafalque quarré,
qOht la bafe
,
large de vingt
pieds
,
s'élevait par differenrs
degrezà la hauteur de trente>
iç toutcouvert de drap noir,
bordé à chaquedegré de galons
d'argent,& dessus quantité
déeuflons
,
de trophées
d'aimcs,dc cartouches representant
les différentes aébons
du Roy, & d'autres décorations
funtbres, & garni d'une
quantité extraordinaire de
cierges
y
de flambeaux, & d'autres
tumicres. Sur lacimeétoie
unefpecc de Tombeau, façon
de mar bre noir, Les bordures
fiçon de marbre blanc, sur iequel
on voyait un Manteau
Royal,une grande Couronne
à la lete couverte d'un crêpe
noir, & les autres fymbolcs
de la Royauté; le tout furmonté
d'un dais de velours
noir avec des crcfpines d'or.
Dés le matin du 10. toutes
les ParoilTcs de laVîlle
, toutes
les Communautez de Religieux
invitées par les Consuls,
fc rendirent pioceffionnellcment,
les unes après les autres,
àla Cathedrale, pour y faire
chacune une absoute autour
du catafalque. L'heure venue,
Meilleurs du Conleil Souverain
de Rouflillon yarrivèrent
en robes rouges, ayant àleur
tête M. le Comte d'Albarcr,
Premier PréfiJent
,
(uivis des
Juges des Cours fubalrcrnes,
des Avocats, & autres Officiers
de Justice ;puis Messieurs
les Conluls vinrent en habits
de ceremonie avec une nombreufe
fuite du Corps de Ville,
aprér, l'EtatMajor delaPlacc
en Corps
,
accompagné Idc:
tous les Officiers delàGarni*
son en d,üd,& ceux qui étoienc
obligez de porter l'habit d'ordonnancc
avoienc de arandef
êcharpes decrespeen bandoly
liere;U l'Eglifc qui eli vaste
fat remplie de tout ce qu'il y a
de plus confiJerable danstoui>
les Etats. non feulement de Uf
VIlle,mais encore de la Pio-
La Meflfe celebréc poptiÉU
vincc.
ce l tbréc poiitifi,
calcment , par M>flire JeanHervieu
Bazan de Fiamanvillc
J, Eveaue d'Elne, sur chantée
par un grand choeur de mufique
: aplés l'Evangile ,, M.
Xaupi, Abbéde Jau en Rouffillon
,
Dodtcur en Theologie
de la Faculté de Paris, & de la
Màifon&Société denavarre,
natif dePerpignan, & le premier
de son Pays qui foit entré
dans la Faculté de Thcolocic
de Paris,prononça lOraifoiï
funebre avec tant de succés,
que lesConfulsont fait la dépense
de la faire imprimer.Enfin
le tout fut terminé par l'abfoute
pontficalc
, accompagnée
des regrets de toute l'At:
fembléc.
,
Le premier Consul decette
annéeeil M. dcCa-tiiprcdon
Gentilhomme très zelé pour k service du Roy, & le fécond
M. Xlupi ,le fils
,
Bourgeois
noble de Perpignan, frere de
rOrareur. Leur pere JuffiBour.
geois noble, a remply plus d'une
fois les places de premier&dc
secons Consul. Sur quoyon
peut faire remarquer que le
Corps des Gentilshommes,&
ecluy des Bourgeois nobles) occupent
ces places à l'alternative,&
que ddaans l1',anné,e ou un
Gentilhomme cft premier
Consul (ilss'éltfènt la veillei
de S. J.an-Baptiste )le Corps
-des Bourgeois nobles a la droite
sur ccluy des Gentilshommes
dans les Aflcmblées de Ville,
ce qui change l'année suivante
où c'cfi un Bourgeois noble pour
premier Consul. Les trois autres
Consuls se prennent des
autres Etats dela Ville;le dernier
,
toûjours de celuy des
Ansmechaniques. lis portenc
tous cinq lepcc durant leur
Consulat, donnent leurs Audiances
fous un dais dans l'Hôtel
deVille en qualité de Ducs
de Vcrnet, petite Terre qui
appartient à la Ville, & qui cft
située à un demyquart de
lieue de Perpignan, laquelle
étoic jadis honorée du titre de
Duché.
Le Privilègedecréer tous
lesans des Bourgeois Nobles leur
est particulier. Ils ont un jour
fixé pour cela, qui cfi le if.
Juin, & n'en peuvent prendre
unautre. Les Consuls en année
s'assemblent avec ceux des
Bourgeois Nobles qui ont este
premiers ou fécond Consuls,
& doivent cftrc au moins
quatorze en tour. Là ils onc
le pouvoir de oboinr,quand il
leur plailt, deux ou trois personnes
qui aycnt les qualités
requîtes& de lesimmatriculer
à lia plutahrc des fuffiâges dans
laLitk des Bourgrois,NObles:
cc''ceHltaaïionlsiiqquu'I'illss'ecnnuserent il
y a quelques années en faveur
dufameux MRigaild, Peintre
du Roy,leur Les personnes ainsi choisies
n'ont nul besoin de Lettres
du Prince pour jouir des honneurs
attachez à leur nouveau rang. "-' ., Ce droit si singulier que l'on
trouveétabli aVarit leregne de
Jacques111Roy JArrngon,
qiWirioma (tirle \'Tiô,-r¿ th
11^1. a este depuis confirme
par plufi urs Souverains,entrautic
par FerdinandV dit le
Catholique, en 1510. par
:
Philippes II. en Jj81. par
Phihppes III. en 1559 &
par le feur Roy LouisXIV.
r
en 1 66o. & en dernier lieu par
un Arrest du Conseil d'Erac
rendu en 1701. qui exempte
les Bourgeois Nobles de Perpignan
de toute recherche pour
les Francs Fiefs
*
Eux & leurs defeendans à
perpétuité joiïiflent de toutes
les libertez,franchises,ipnmtlnicez,
faveurs & prérogatives
des Nobles, comme si ils
avoient
avoient cité armez Chevaliers
par le Roy luy.même ( c'est
ce que porte !Acte de leurs
Piivileges) sans pourtant eftic
obligez de fcrvir dans les Armées.
Ils peuvent timbrer l'E..
eusson de leurs Armoiries, &
portent l'épéc de quelque prosession
qu'ils soient. Onlestire
ordinairement du Corps des
Avocats, de ce lui des Mede.-
cins,de celui desNoraires, & de
ceux qui exercent les ArtsLi
beraux,ou qui vivent de leur
b;cn. Si par hazard il se trouve
un quartier de Bourgeofie Noble
dans les preuves d'un Gcnti'hommequ?
vcut entrer dans
1 Ordre de admis
Mais pendant que kRouC
fillon étoit uni à laCatalogne a ils n'avoient pas le droit d'entrer
dans l'Assemblée de*»Etats,
ainsi que tour Gentilhomme
l'a, à moins que le Roy ne leur
fit l'honneur.de les y appeller ;
de plus ils restent toujours eux
& leurs descendants dans le
Corps des Bourgeois nobles jufqu'à
la porternel.i plus reculée,
à moins que le Roy ne les en
tire par d{', Lettrcs particulières
poui les faire entrer dansceluy
des gentilshommes, de quoy
ilJ a plus d'un exemple,.
Mmoireaccompagné de quelques
Remarques kiftoriques.
E vingt Décembre
dernieril se fie un
Service trés-solemnel
pour le feu Roy,à Perpignan,
aux dépens de Meilleurs les
Consuls de cette Ville
,
furnommée
la trés-Fideue titre
glorieux que ses
*
Habitants
meritcrenc en 147J.du Roy
d'Arragon JeanII:en mémoire
de l'extrêmefijehtc
qu'ilsavoienc marquée
en foutenant
toutes les rigueurs de
la faim durant un Siege de
huit mois. Jean Blanc, Bourgeoisnoble,
& premier Consul
de la Ville
> y commandoit
alors encette derniere qualité;
& ses Compatriotes étcrnife.
rent sa confiante fidélité par
une Inscription honorable qui
se voit encore aujourdhuy à
la porte de sa maison,qui porteces
mots: Hujus domus Dvminus,
fidehtatc cunflos ftperavit
Romanos.
Le 19. les Consuls firent
annoncer par toure laVille la
lugubre ccremonic du lendemain.
QuatreTambours, leurs
caisses couvertes de drap noir,
prcccdoient à pied douze Cavaliers
vêtus de robes noires
avec des cha perons qui leur
couvroienc la tête
,
les chevaux
tous caparaçonnez de
dciiil. Cette triste Cavalcade
sariêtoic à tous IesCarrefours:1
quatre d'iccuxionnoienc de
leurs Trompettes avec des
sourdines: les huit autres qui
portoienc des clochettes d'une
grosseur raiionnable, les fonnoicnr
par cinqfrois, à quoy
les Trompettes répondoienc
chaque fois; puis l'un de ces
Crieurs annonçait triftemenc
la mort de LoilsXIV. & invitoit
le Public au Service qui
devoit se celebrer le lendemain.
Dans ItEgltfe de S. Jean qui
fert de Cat hedrale depuis l'an
1604. que par l'autorité du
PapeClcmcntVIII.à larequi£
jfionAu Roy dEfpJgnePhilippe
1,11, le Sicgq Episcopal
fyztransfère de laVilledElne
çn cctlc de Perpignanj dans
cptteEjgUfc, dis je >on avoic
dresse un carafalque quarré,
qOht la bafe
,
large de vingt
pieds
,
s'élevait par differenrs
degrezà la hauteur de trente>
iç toutcouvert de drap noir,
bordé à chaquedegré de galons
d'argent,& dessus quantité
déeuflons
,
de trophées
d'aimcs,dc cartouches representant
les différentes aébons
du Roy, & d'autres décorations
funtbres, & garni d'une
quantité extraordinaire de
cierges
y
de flambeaux, & d'autres
tumicres. Sur lacimeétoie
unefpecc de Tombeau, façon
de mar bre noir, Les bordures
fiçon de marbre blanc, sur iequel
on voyait un Manteau
Royal,une grande Couronne
à la lete couverte d'un crêpe
noir, & les autres fymbolcs
de la Royauté; le tout furmonté
d'un dais de velours
noir avec des crcfpines d'or.
Dés le matin du 10. toutes
les ParoilTcs de laVîlle
, toutes
les Communautez de Religieux
invitées par les Consuls,
fc rendirent pioceffionnellcment,
les unes après les autres,
àla Cathedrale, pour y faire
chacune une absoute autour
du catafalque. L'heure venue,
Meilleurs du Conleil Souverain
de Rouflillon yarrivèrent
en robes rouges, ayant àleur
tête M. le Comte d'Albarcr,
Premier PréfiJent
,
(uivis des
Juges des Cours fubalrcrnes,
des Avocats, & autres Officiers
de Justice ;puis Messieurs
les Conluls vinrent en habits
de ceremonie avec une nombreufe
fuite du Corps de Ville,
aprér, l'EtatMajor delaPlacc
en Corps
,
accompagné Idc:
tous les Officiers delàGarni*
son en d,üd,& ceux qui étoienc
obligez de porter l'habit d'ordonnancc
avoienc de arandef
êcharpes decrespeen bandoly
liere;U l'Eglifc qui eli vaste
fat remplie de tout ce qu'il y a
de plus confiJerable danstoui>
les Etats. non feulement de Uf
VIlle,mais encore de la Pio-
La Meflfe celebréc poptiÉU
vincc.
ce l tbréc poiitifi,
calcment , par M>flire JeanHervieu
Bazan de Fiamanvillc
J, Eveaue d'Elne, sur chantée
par un grand choeur de mufique
: aplés l'Evangile ,, M.
Xaupi, Abbéde Jau en Rouffillon
,
Dodtcur en Theologie
de la Faculté de Paris, & de la
Màifon&Société denavarre,
natif dePerpignan, & le premier
de son Pays qui foit entré
dans la Faculté de Thcolocic
de Paris,prononça lOraifoiï
funebre avec tant de succés,
que lesConfulsont fait la dépense
de la faire imprimer.Enfin
le tout fut terminé par l'abfoute
pontficalc
, accompagnée
des regrets de toute l'At:
fembléc.
,
Le premier Consul decette
annéeeil M. dcCa-tiiprcdon
Gentilhomme très zelé pour k service du Roy, & le fécond
M. Xlupi ,le fils
,
Bourgeois
noble de Perpignan, frere de
rOrareur. Leur pere JuffiBour.
geois noble, a remply plus d'une
fois les places de premier&dc
secons Consul. Sur quoyon
peut faire remarquer que le
Corps des Gentilshommes,&
ecluy des Bourgeois nobles) occupent
ces places à l'alternative,&
que ddaans l1',anné,e ou un
Gentilhomme cft premier
Consul (ilss'éltfènt la veillei
de S. J.an-Baptiste )le Corps
-des Bourgeois nobles a la droite
sur ccluy des Gentilshommes
dans les Aflcmblées de Ville,
ce qui change l'année suivante
où c'cfi un Bourgeois noble pour
premier Consul. Les trois autres
Consuls se prennent des
autres Etats dela Ville;le dernier
,
toûjours de celuy des
Ansmechaniques. lis portenc
tous cinq lepcc durant leur
Consulat, donnent leurs Audiances
fous un dais dans l'Hôtel
deVille en qualité de Ducs
de Vcrnet, petite Terre qui
appartient à la Ville, & qui cft
située à un demyquart de
lieue de Perpignan, laquelle
étoic jadis honorée du titre de
Duché.
Le Privilègedecréer tous
lesans des Bourgeois Nobles leur
est particulier. Ils ont un jour
fixé pour cela, qui cfi le if.
Juin, & n'en peuvent prendre
unautre. Les Consuls en année
s'assemblent avec ceux des
Bourgeois Nobles qui ont este
premiers ou fécond Consuls,
& doivent cftrc au moins
quatorze en tour. Là ils onc
le pouvoir de oboinr,quand il
leur plailt, deux ou trois personnes
qui aycnt les qualités
requîtes& de lesimmatriculer
à lia plutahrc des fuffiâges dans
laLitk des Bourgrois,NObles:
cc''ceHltaaïionlsiiqquu'I'illss'ecnnuserent il
y a quelques années en faveur
dufameux MRigaild, Peintre
du Roy,leur Les personnes ainsi choisies
n'ont nul besoin de Lettres
du Prince pour jouir des honneurs
attachez à leur nouveau rang. "-' ., Ce droit si singulier que l'on
trouveétabli aVarit leregne de
Jacques111Roy JArrngon,
qiWirioma (tirle \'Tiô,-r¿ th
11^1. a este depuis confirme
par plufi urs Souverains,entrautic
par FerdinandV dit le
Catholique, en 1510. par
:
Philippes II. en Jj81. par
Phihppes III. en 1559 &
par le feur Roy LouisXIV.
r
en 1 66o. & en dernier lieu par
un Arrest du Conseil d'Erac
rendu en 1701. qui exempte
les Bourgeois Nobles de Perpignan
de toute recherche pour
les Francs Fiefs
*
Eux & leurs defeendans à
perpétuité joiïiflent de toutes
les libertez,franchises,ipnmtlnicez,
faveurs & prérogatives
des Nobles, comme si ils
avoient
avoient cité armez Chevaliers
par le Roy luy.même ( c'est
ce que porte !Acte de leurs
Piivileges) sans pourtant eftic
obligez de fcrvir dans les Armées.
Ils peuvent timbrer l'E..
eusson de leurs Armoiries, &
portent l'épéc de quelque prosession
qu'ils soient. Onlestire
ordinairement du Corps des
Avocats, de ce lui des Mede.-
cins,de celui desNoraires, & de
ceux qui exercent les ArtsLi
beraux,ou qui vivent de leur
b;cn. Si par hazard il se trouve
un quartier de Bourgeofie Noble
dans les preuves d'un Gcnti'hommequ?
vcut entrer dans
1 Ordre de admis
Mais pendant que kRouC
fillon étoit uni à laCatalogne a ils n'avoient pas le droit d'entrer
dans l'Assemblée de*»Etats,
ainsi que tour Gentilhomme
l'a, à moins que le Roy ne leur
fit l'honneur.de les y appeller ;
de plus ils restent toujours eux
& leurs descendants dans le
Corps des Bourgeois nobles jufqu'à
la porternel.i plus reculée,
à moins que le Roy ne les en
tire par d{', Lettrcs particulières
poui les faire entrer dansceluy
des gentilshommes, de quoy
ilJ a plus d'un exemple,.
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482
p. 61-79
Extrait Curieux & Historique des Nouvelles de Lisbonne.
Début :
Il y a dans les nouvelles qui viennent de Goa beaucoup de [...]
Mots clefs :
Roi, Ports, Roi de Portugal, Vaisseaux, Guerre, Port, Europe, Portugais, Indes orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait Curieux & Historique des Nouvelles de Lisbonne.
Extrait Curieux&H'florique
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
Fermer
483
p. 79-95
MORTS.
Début :
Dame Marie Guillaume de la Vieuville, veuve de Messire Pierre [...]
Mots clefs :
Roi, Seigneur, Chevalier, Chevalier, Famille, Commandement, Anglais, Maître des requêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Daine Marie Guillaume de
la Vieuville
, veuve deMcffirc
Pierre Pollars,Seigneur de
Villequoy, Conseiller au Parlement)
mourut le io. du mois
pafleâgée de 31.ans,lailfant
trois filles de Ton mariage. Elle
étoit foeur de Messire Alexandre
Guillaume de la Vieuville,
ci devant Secrétaire des Commandemens
de feue Madame
la Dau pliine,de Pierre Guillaume
de la Vieuville, Abbé
& de Dame Henriette Guillau.
me de la Vieuville
,
femme
de Médire Pierre Poulietier
,
Seigneur de Nlinvilie
,
Maiftre
des Requêtes.Elle étoit
sile de Mflire Joseph Guillaume
deL Vieuville, Marquis
de MiuKs, Mailire des Requêtes
ordinaire delHôteldu
Roy,& Secretaire des Commandemens
de feue Madame
laDuchesse de Bourgogne,&
de Marie Luilher, & petite fille
de Pierre Guillaume Seigneur
de la Vieuville, Tresorier de
France en Bretagne
,
forti
d'une famille noble de la Ville
de S. Miio, où elle efteonnue
depuis l'an 1400.
Louis Doger
,
Mirquis de
Cavoye, grand Muéchal des
Logis de la Misson du Roy,
mourut le troisiéme dtFévrier
de cette année; il étoit le dernier
d'une famille îllustre de
Picardie. Sa meic sortie de la
Mlifondc Strignan, Maison
dillinguéc dans leLanguedoc,
ZD D avoir ineriré pir son eiprit &
par savertu la confiance dela
Reine Anne d' Autriche. Son
pereaprèsavoir toujours servi
avec éclat, sur tuédans lemoment
qu'il touchoit aux plus
grands honneurs de la guerre.
Deux des frercs de M. de Cavoye,
ont eu le même fort que
leur pere.
: M de Cavoye commença
de se faire connoistre fous le
nom de Chevalier de Cavoye,
par une action tres brillante.
Ilétoitavec Mcfficurs les Chevaliers
de Lorraine & de Coaflin
& M. de Bu fca, sur le bord
de l'Amiral Ruyter, à la Bataille
Navale que les Hollandois
perdirent contre les Anglois
,
l'an 1666. au mois
d'Aoult. Ruyteraccablé par le
nombre faisoit cette belleretraite
qui luy acquit plus de
gloire qu'une victoire.UiiBrulot
Angjois qui venoit à luy
alloitinfailliblement le faire
perir. M de Cavoye proposa
le seul moyen de le lauver, 8c
pria l'Amiral Hollandois de
permettre aux quatre Seigneurs
François, d'aller dani
une chaloupe couperles cables
des chaloupes du brulot :il
obtintcette permissïonSepar
une démarche si intrepide contraignit
les Anglois de mettre
eux meries le feu à leur brulot.
Ilr'pussaau travers descnnemis&
revinr joindrel'Amiral
qu'ilavoit fauve.
L' Auteur de lavie de Ruyter
avoue que la confervarion
de la F.otte & peut êcrc de
l'Etat dépendoit de ce coup
périlleux. Les Etats Généraux
voulurent recom pcn fer d une
somme confi Jerable la bravouiedes
François ; mais les
quatre Seigneurs aufli libéraux
que vaillans firent difiribuer
cetargent à l'Equipage M. le
Maréchal de Turenne qui fc
connoifloit mieux qu'un autre
en grandes actions, fut si touchécelle
du Chevalier de Cav qu'il voulut leconnoiftre&
qu'illiaavec lui une
amitié ,.que rien dans la fuite
n'a pu affoiblir.
L'attachement de M. de
Cavoye, pour le Roy défunt,
a été infiniment plus fort
J
clevéau prés de cegrand Prince
désragedefept ans3il avoic
merk-é son anvitié la plus intime,
la fermcté, la droiture du
coeur de M. de Cavoye onc
été lesliaifons de cetteamitié*
LoUIS le Grand aimoit en
lui des qualitez qu'il pofledoic iîéminemment. M. de Cavoye
luiatoujours dittaveure sans
craindre de lui déplafre
, &
quoiqu'il ait cû pour ennemis
des perfonncs qui pouvoienc
beaucoup auprès du Roy;
quoi qu'on air mis tout en ufage
pour le perdre dans (on
cfprit
, on n'a jamais pû y
réüssir,onatravcrfé safortune
,il s'en foucioit peu; mais
on n'a pû lui ôtcr le coeur ni
l'eftimcdc son maiftrç, c'est
toutcequ'ilvouloit du Roy.
Il a fUIVl cc Prince dans toutes
ses CUmp^gnes, & (on iorrepidue
luiavoir mérité le nom de
brave Cavoye.- le Roi lui donna
la Chargede grand Maréchal
des Logis, en le mariant à
Loiïifedc Coëtlogon
,
fortic
d'uneancienneMufbn deBretagne,
fille&<oeurdes Lieutenants
deRoy de cettcProvince,
Fille d'Honneur de la Reine
Marie Therese d'Autriche. Sa
vertu l'avoit rendue favorite
de la fainte Reine, & roure
la France la regarde comme un
modeleaccompli de l'amour
conjugal ; il n'cft venu de ce
mariage qu'un fils mort après
sa naissance.
M. de Cavoye ne s'est jamais
fcrvi de son crédit que pour
faire du bien. La France est
pleine de personnes à qui ila
rendu service
,
son plus grand
plaisirétoit detirer dei'obscu.
rirélemériteinconnu,&il n'a
jamais manqué de prendre
hautement leparti de l'innocent
opprimécontrelesPuiffances
les plus redoutables ; il
fufËfoic d'estre malheureux
pour obtenir sa recommandation
tior\.& ceux qui ne pouvaient
trouver d'accèsjusquau'foône
en trouvoienc (eurement un
- par lui. Toute la Cour jùfqu'au
plus bas Officicr lui rend
ce témoignage : M. de Vaux,
Ecuyer du Roi
, rencontrant
un jour M. de Cavoye, dit à
des personnes à qui il vcnoit de
montrer les beautez de Ver-
(ailles : Voiry ce qtïilya de plus
rare à la Cour :.regardez un horllme
quin a jamais mentI &qui ne
s'efifervideson credit que pour
-' fairepUijjra tout lemonde. L'Eloge
étoic d'autant plus sincere
que M. de Cavoyc n'a jamais
eu d'oecafion de lervir M. de
Vaut.
On peut juger qu'on s'cmpressoit
d'être ami d'un homme
si officieux, mais il n'a jamais
accordé Con amitié qu'au
rncrite. Elle étoir pour ceux
qui l'obtenaient un titre de
probité.Laconfiance des deux
derniers Princes de Condé, du
feu Due de Bour bon,& du
feu Prince de Conti pour luy
aefte sans rererve.M.Colbert
ce arand Min'stre n'en a eû
c> pour per sonne autant que
pour M deCavoyejla fidélité
de MonGeur de Cavoye pour
M"de Seignelai son filsfcroit
feule son éloge.M. leMaréchal
de Noailles) M. le Maréchal
deBouflers ,ont été ses amis
particuliers
; mais hors M. de
Turenne il n'a point eu de
liaison plus étroite qu'avec M.
le Maréchal de Luxembourg;
c'est par son conseil
, que ce
grand homme prés d'être op.
primé par un ennemi puissant
& par une accusation adroitement
concertée, prit le dtiTein
d'aller lui-meme se rendre prifonnier
à la Bartille. On ne parlera
point ici de ses amis vi.
vans , on' peut dire que les
noms detout ce quily a
d'hoftnêtes gensen France fcroienc
dans ce catalogue &
qu'il enaformé plusieurs par
ses infiruébons & par ses cxemples
qui feront gloire
d'avoikrcequ'ils lui doivent.
Un de ses plus parfaits élèves a
estéRené Guy Edouard Comte
de Tournemine
, neveu de
Madame de Cavoye, Capitaine
Lieutenant des Gensdarmes
dela Reinea mort d'une
blessure aprèslabataille de
Malplaquet. On n'a oublié ni à la Cour, ni dans les Armées
la probité) la generofiré
, la
rcrmete, 6cu religionde cec
imitateur de M de Cavoye.
M. de Cavoye n'avoic
fait aucunes études ; mais il
avoit le goût excellent, en cela
(enlblableau Roy son Maître,
& il a toujours favorisé
les gens de lettres. M. Racine
lui étoit fort attaché, & M.
l'Abbé Genefl: reconnoît qu'il
contribua beaucoup à le
faire
connoître à laCour.
Une fin Chrêtienne a couronné
tant de vertus; depuis
vingt ans il faisoit professîon
d'une pieté solide & finccre,
xachetoit ses pechez par de
grandes aumônes. Unehydropille
de poitrine l'a emporté
après un an de maladie; il pa.
roifloir guéri quand la maladie
du Roy commença: la
douleur que lui a causé la mort
de ce Prince le fit rcromber,
& a rendu son mal incurable.
Il a envisagé la morten Heros
Chtctien, avec un grand mé.
pris pour la vie, un vif regret
de ne l'avoir pas mieux employée
, une confiance entiere
dans la mifcricorde du Sauveur
Les trois derniers jours
de sa vie ont été une prière
prefquc continuelle. Il a reçu
trois fois en quinze jours le
Corps de Nôtre Sclgneur,&
ille reçut encore ta nuit. même
de sa mort : il fit dire luy- même
& se fitexpliquer la recommandation
de l'amc. Sa femme
surmontant par la religion.
& par la vertu l'extrême «S}tc.
tion qui fait craindre pour sa
vie, aeû lecourage de l'exhorter
elle-même à la mort, il
avoit deux ans moins que le
Roy, cft mort âgé de soixante
& quinze ans accomplis du
mois de Septembre pasle.
Daine Marie Guillaume de
la Vieuville
, veuve deMcffirc
Pierre Pollars,Seigneur de
Villequoy, Conseiller au Parlement)
mourut le io. du mois
pafleâgée de 31.ans,lailfant
trois filles de Ton mariage. Elle
étoit foeur de Messire Alexandre
Guillaume de la Vieuville,
ci devant Secrétaire des Commandemens
de feue Madame
la Dau pliine,de Pierre Guillaume
de la Vieuville, Abbé
& de Dame Henriette Guillau.
me de la Vieuville
,
femme
de Médire Pierre Poulietier
,
Seigneur de Nlinvilie
,
Maiftre
des Requêtes.Elle étoit
sile de Mflire Joseph Guillaume
deL Vieuville, Marquis
de MiuKs, Mailire des Requêtes
ordinaire delHôteldu
Roy,& Secretaire des Commandemens
de feue Madame
laDuchesse de Bourgogne,&
de Marie Luilher, & petite fille
de Pierre Guillaume Seigneur
de la Vieuville, Tresorier de
France en Bretagne
,
forti
d'une famille noble de la Ville
de S. Miio, où elle efteonnue
depuis l'an 1400.
Louis Doger
,
Mirquis de
Cavoye, grand Muéchal des
Logis de la Misson du Roy,
mourut le troisiéme dtFévrier
de cette année; il étoit le dernier
d'une famille îllustre de
Picardie. Sa meic sortie de la
Mlifondc Strignan, Maison
dillinguéc dans leLanguedoc,
ZD D avoir ineriré pir son eiprit &
par savertu la confiance dela
Reine Anne d' Autriche. Son
pereaprèsavoir toujours servi
avec éclat, sur tuédans lemoment
qu'il touchoit aux plus
grands honneurs de la guerre.
Deux des frercs de M. de Cavoye,
ont eu le même fort que
leur pere.
: M de Cavoye commença
de se faire connoistre fous le
nom de Chevalier de Cavoye,
par une action tres brillante.
Ilétoitavec Mcfficurs les Chevaliers
de Lorraine & de Coaflin
& M. de Bu fca, sur le bord
de l'Amiral Ruyter, à la Bataille
Navale que les Hollandois
perdirent contre les Anglois
,
l'an 1666. au mois
d'Aoult. Ruyteraccablé par le
nombre faisoit cette belleretraite
qui luy acquit plus de
gloire qu'une victoire.UiiBrulot
Angjois qui venoit à luy
alloitinfailliblement le faire
perir. M de Cavoye proposa
le seul moyen de le lauver, 8c
pria l'Amiral Hollandois de
permettre aux quatre Seigneurs
François, d'aller dani
une chaloupe couperles cables
des chaloupes du brulot :il
obtintcette permissïonSepar
une démarche si intrepide contraignit
les Anglois de mettre
eux meries le feu à leur brulot.
Ilr'pussaau travers descnnemis&
revinr joindrel'Amiral
qu'ilavoit fauve.
L' Auteur de lavie de Ruyter
avoue que la confervarion
de la F.otte & peut êcrc de
l'Etat dépendoit de ce coup
périlleux. Les Etats Généraux
voulurent recom pcn fer d une
somme confi Jerable la bravouiedes
François ; mais les
quatre Seigneurs aufli libéraux
que vaillans firent difiribuer
cetargent à l'Equipage M. le
Maréchal de Turenne qui fc
connoifloit mieux qu'un autre
en grandes actions, fut si touchécelle
du Chevalier de Cav qu'il voulut leconnoiftre&
qu'illiaavec lui une
amitié ,.que rien dans la fuite
n'a pu affoiblir.
L'attachement de M. de
Cavoye, pour le Roy défunt,
a été infiniment plus fort
J
clevéau prés de cegrand Prince
désragedefept ans3il avoic
merk-é son anvitié la plus intime,
la fermcté, la droiture du
coeur de M. de Cavoye onc
été lesliaifons de cetteamitié*
LoUIS le Grand aimoit en
lui des qualitez qu'il pofledoic iîéminemment. M. de Cavoye
luiatoujours dittaveure sans
craindre de lui déplafre
, &
quoiqu'il ait cû pour ennemis
des perfonncs qui pouvoienc
beaucoup auprès du Roy;
quoi qu'on air mis tout en ufage
pour le perdre dans (on
cfprit
, on n'a jamais pû y
réüssir,onatravcrfé safortune
,il s'en foucioit peu; mais
on n'a pû lui ôtcr le coeur ni
l'eftimcdc son maiftrç, c'est
toutcequ'ilvouloit du Roy.
Il a fUIVl cc Prince dans toutes
ses CUmp^gnes, & (on iorrepidue
luiavoir mérité le nom de
brave Cavoye.- le Roi lui donna
la Chargede grand Maréchal
des Logis, en le mariant à
Loiïifedc Coëtlogon
,
fortic
d'uneancienneMufbn deBretagne,
fille&<oeurdes Lieutenants
deRoy de cettcProvince,
Fille d'Honneur de la Reine
Marie Therese d'Autriche. Sa
vertu l'avoit rendue favorite
de la fainte Reine, & roure
la France la regarde comme un
modeleaccompli de l'amour
conjugal ; il n'cft venu de ce
mariage qu'un fils mort après
sa naissance.
M. de Cavoye ne s'est jamais
fcrvi de son crédit que pour
faire du bien. La France est
pleine de personnes à qui ila
rendu service
,
son plus grand
plaisirétoit detirer dei'obscu.
rirélemériteinconnu,&il n'a
jamais manqué de prendre
hautement leparti de l'innocent
opprimécontrelesPuiffances
les plus redoutables ; il
fufËfoic d'estre malheureux
pour obtenir sa recommandation
tior\.& ceux qui ne pouvaient
trouver d'accèsjusquau'foône
en trouvoienc (eurement un
- par lui. Toute la Cour jùfqu'au
plus bas Officicr lui rend
ce témoignage : M. de Vaux,
Ecuyer du Roi
, rencontrant
un jour M. de Cavoye, dit à
des personnes à qui il vcnoit de
montrer les beautez de Ver-
(ailles : Voiry ce qtïilya de plus
rare à la Cour :.regardez un horllme
quin a jamais mentI &qui ne
s'efifervideson credit que pour
-' fairepUijjra tout lemonde. L'Eloge
étoic d'autant plus sincere
que M. de Cavoyc n'a jamais
eu d'oecafion de lervir M. de
Vaut.
On peut juger qu'on s'cmpressoit
d'être ami d'un homme
si officieux, mais il n'a jamais
accordé Con amitié qu'au
rncrite. Elle étoir pour ceux
qui l'obtenaient un titre de
probité.Laconfiance des deux
derniers Princes de Condé, du
feu Due de Bour bon,& du
feu Prince de Conti pour luy
aefte sans rererve.M.Colbert
ce arand Min'stre n'en a eû
c> pour per sonne autant que
pour M deCavoyejla fidélité
de MonGeur de Cavoye pour
M"de Seignelai son filsfcroit
feule son éloge.M. leMaréchal
de Noailles) M. le Maréchal
deBouflers ,ont été ses amis
particuliers
; mais hors M. de
Turenne il n'a point eu de
liaison plus étroite qu'avec M.
le Maréchal de Luxembourg;
c'est par son conseil
, que ce
grand homme prés d'être op.
primé par un ennemi puissant
& par une accusation adroitement
concertée, prit le dtiTein
d'aller lui-meme se rendre prifonnier
à la Bartille. On ne parlera
point ici de ses amis vi.
vans , on' peut dire que les
noms detout ce quily a
d'hoftnêtes gensen France fcroienc
dans ce catalogue &
qu'il enaformé plusieurs par
ses infiruébons & par ses cxemples
qui feront gloire
d'avoikrcequ'ils lui doivent.
Un de ses plus parfaits élèves a
estéRené Guy Edouard Comte
de Tournemine
, neveu de
Madame de Cavoye, Capitaine
Lieutenant des Gensdarmes
dela Reinea mort d'une
blessure aprèslabataille de
Malplaquet. On n'a oublié ni à la Cour, ni dans les Armées
la probité) la generofiré
, la
rcrmete, 6cu religionde cec
imitateur de M de Cavoye.
M. de Cavoye n'avoic
fait aucunes études ; mais il
avoit le goût excellent, en cela
(enlblableau Roy son Maître,
& il a toujours favorisé
les gens de lettres. M. Racine
lui étoit fort attaché, & M.
l'Abbé Genefl: reconnoît qu'il
contribua beaucoup à le
faire
connoître à laCour.
Une fin Chrêtienne a couronné
tant de vertus; depuis
vingt ans il faisoit professîon
d'une pieté solide & finccre,
xachetoit ses pechez par de
grandes aumônes. Unehydropille
de poitrine l'a emporté
après un an de maladie; il pa.
roifloir guéri quand la maladie
du Roy commença: la
douleur que lui a causé la mort
de ce Prince le fit rcromber,
& a rendu son mal incurable.
Il a envisagé la morten Heros
Chtctien, avec un grand mé.
pris pour la vie, un vif regret
de ne l'avoir pas mieux employée
, une confiance entiere
dans la mifcricorde du Sauveur
Les trois derniers jours
de sa vie ont été une prière
prefquc continuelle. Il a reçu
trois fois en quinze jours le
Corps de Nôtre Sclgneur,&
ille reçut encore ta nuit. même
de sa mort : il fit dire luy- même
& se fitexpliquer la recommandation
de l'amc. Sa femme
surmontant par la religion.
& par la vertu l'extrême «S}tc.
tion qui fait craindre pour sa
vie, aeû lecourage de l'exhorter
elle-même à la mort, il
avoit deux ans moins que le
Roy, cft mort âgé de soixante
& quinze ans accomplis du
mois de Septembre pasle.
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484
p. 163-176
De Paris. COPIE DE LA FEUILLE des Benefices & Pensions, signée par Monseigneur le Duc d'Orleans, le 20. Janvier 1716.
Début :
Cambray à M. l'Abbé d'Estrées, à 20000. livres [...]
Mots clefs :
Abbé, Chevalier, Roi, Pension, Abbaye, Aumônier, Duc d'Orléans, Bénéfices, Pensions
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texteReconnaissance textuelle : De Paris. COPIE DE LA FEUILLE des Benefices & Pensions, signée par Monseigneur le Duc d'Orleans, le 20. Janvier 1716.
De Paris.
COPIE DE LA FEUILLE
desBénéfices & Pcnfions,
signée par Monseigneur le
Duc d'Orleans
,
le zo.
Janvier 1716.
Cambray à M. rAbbé
d'Eftrécs, à 2.0000. livres
de Pension.Sçavoir, à
M. leComte de LainaIk
,
GOGO*liv.
M. l'Abbé TartJifict,
4000 liv.
M. l'Abbé de Magnas,
Premier Aumônier de -Madame,
3000. liv.
M. l'Abbé de Fenelon,
1000. liv,
M. l'Abbé Doifi.,Comte
de Tournay, 2.000, liv.
M. l'Abbé de Rouvroy,
1000. liv.
M l'Abbé de Boifgibaulr,
Aumônier de Madame la Da.
chessede Lorraine,1000.liv.
Sens à M. l'Evcfque de
Troycs, àchargede8000.liv.
- dePension Sçavoir, à
M.l'Abbé Genest, Aumônier
de Madame la Duchcflc
d'Orléans, 3000.liv.
M.l'AbbéDavaife, 1000.1.
M. le Chevalier de Gercy,
1000. liv.
M.labbéDubos, 2.000.1.
Bayeux à M le Cardinalde
la Trimoille.) à charge de
loooo 1. de Pension. Sçavoir,à
Mde Montmorency,Che",
valier de S Lazare, 2.000. liv.
M. le Chevalier de Lhôpital,
1500.liv.
M. le Chevalier de S. Valier,
1500.liv.
M. de Manieu,Capitaine
au Régiment de la Couronne,
1000. liv.
M. le Chevalier de Rcths,
1500. liv.
M. le Comte- de Polignac
1joo.liv.
M. l'Abbé de Fenelon le
cadet, 1000. liv.
LTvcfche de Xaintcs a M.
l'Abbé de Beaumonc.
L'Evesché de Clermont, à
M.l'Abbé d'Entragues, Aumônier
duRoy.
-L'Abbaye-deS.ViétacJ:au
Cardinal Gualtieri,àcharge de
2000.l. dePenflon. Sçavoir,à
- -
M. l'Abbé Tamifi^
,
2000. liv.
L'Abbaye de S. Paul de
Verdun, au Cardiruî Ottoboni,
àcharge de 3000. liv.
de Pension. Savoir, à
M Biece, Diacre, 800.liv.
M Beaume, Prestre,700. L
M Mihony, Prêtre,700.1.
M. Deftival
,
ClercTonforé,
500. liv.
M. Gaflin, Clerc Tonsuré,
400. liv.
L'Abbaye de S. Ouin, a M.
l'Abbé de S.AlbinJà charge de
6000. L de Pension.Sçavoir, à
Mde Marcillac, 1000.îiv.
M. Timolcon de Choisy,
zooo. liv.
**M.l'AbbeduBella,1500.1.
M. Scuguenois,300. 1.
*
L'Abbaye de Moiflfac, à M.
de Biron, à charge de 4000. 1.
de Peufion. Savoir, à
Madame de Rochec houarr,
Abbesse de Fontcvraud,
4000. liv.
L'Abbaye de Jumicgcs, à
M. l'Abbé de S. Simon, à
charge de 3000. liv. dePenfion.
Sçavoir,à
M. l'Abbé Vertoi, rJoo. L
M. l'AbbéBitaud,icoo.l.
L'Abbaye
L'Abbaye du Mont S,
Eloy, au Pere la Couifferc,
Prieur de ladite Mailon
,
à
charge de 11000.1.de Pcnfion.
Sçavoir, à
M. le Chevalier de Clermonr,
1000. liv.
* M. le Chevalicr de Trefle- manes,2000.1.
«
M. le Chevalier de Pezeux,
1000. liv.
M. le Chevalier de Mondain
, 1000. liv.
LUnivçrficé de Douay ,
3000. liv.
L'Abbaye de Vigogne, au
Pere Bertin, a charge de 7000.
livres de Pension.Sçavoir, à
M. le Chevalier de Velleron,
2000. liv.
M. le Chevalier de S. André,
1000. Ilv.
M. le Chevalier de Confions,
2000. liv.
Le Séminaire d' Arras ,
1000. liv.
L'AbbayedeS,Basle,àM.
l'Abbé deS.Poin.
L'Abbaye de S Mclainc, à
M. l'Abbé de la Roche, Chanoine
de Nostre Dame.
LAbbaye de S. Marrin de
Pontoi[c>àM.l'Abbé dcTczu.
L'Abbaye de Cellcroin à M. rAbbé de Cbavigni de Blo.
-
L'Abbaye de S. Vincent du
Bourg,àM.l'AbbédeLiflagafay.
L'Abbaye de la Chastre, à
M. l'Abbé Bcrthcr, Aumônier
de Madame. ? ;
L'Abbaye de Lure, à M.
FAbbe Monteils.
v r
Le Prieuré le Mont aux Maladcs,
à M. l'Abbé Perot, Insticutcur
du Roy.**
M. deChivac, Ancicn Professeur
en Médecine de l'Univerficé
de Montpellier, & Premier
Medecm de S. A. R.
Monseigneur le Duc d'Orleans,
Regenc du Royaume,
sur reçu à l' Academie Royale
des Sciences le ig. Janvier.
Le 10. de ce mois ,
le Roy
allaauPalaisRoyal,& vifha
Madame, M. le Duc dOrleans
,
& Madame laDuchefTe*
d'Orléans.
Le iS. du mois pasle on
celebra dans l'Eglise Merropoliraine
d'Alby
, un Service
pour le feu Roy, M. l'Abbé
Angeard Chanoine^Théologal
de la même Êglise prononça
l'Oraison Funèbre.
ACifteron lEYêqueofïcia
pomificarlementpour le même
fujtt.
Le18. du mois dernier
l'Academie Royale de Bor.
deaux fit celebrer un Service
solemnel pour le fcu Royt,
dansla Chapelle du College
de Guienne de cette Ville ; la
Messe y fut chantée par la mu-
6que de l'Academie, & Ioraison
Funèbre prononcé par
leoPercnMaria Jcruite. fit la même ceremoiiie
dans TEglife dcTouJ
,
ou M. de l'Anuz Théologal
prononça lOraifon Funcbre.
DeraêroeàVienneen Dauphiné
ou l'Archevêque officia
,& ou 1Oraison funèbre
sur prononcée par le Perc Félon
Jvfuitc.
A Melun le Chapitre Royal
deNoHre Dame,le Pere Monier
Carme fie l'Eloge du Roy.
A IlToudun en Bcrry, dans
l'Eglise Collégiale deS.Cyr,
le PercPintarc prononça 1Oraison
Funèbre
, comme il
avoic fjit à Bourges.
Dins l'Eglise de Noftrc-
Dane Montpellier,1'Archevelque
de N'f bonne, Prefidcnt
des Ecjrs
,
officia pour le
mesme sujet, & les Evcfqucs
d'Agde
J
de Bczicrs, de Montauban
,
& d'Alais, firent les
abCoutcs) le Pcre Scnault Jefuice
prononça rOraifon funcbre.
A Toulouse l'Académie
des Jeux Floraux fit faire un
Service folcmnel pour le feu
Roy,dans lEglise desCarmes,
le foir IJCompJgnies'acrembla
extraordinaircmenc à l'Hôtel
de Ville dans la Salle de l'Académic
,
où le sieur Mariottc
l'un des Académiciens, prononça)
Etogc du Roy.
Le ij. de ce mois, le Roy
tint sur les Fonds dans la Chapelle
des Thuillcries
, avec
Madamela Duchcfle de Vantadour
,
sa Gouvernante,le
fils de M. le Duc de Talard ,
& petit fils du Maréchal,qui
fut baptisé par leCardinal de
RohanJGrand Aumofnicr de
France & nommé Louis Charles.
COPIE DE LA FEUILLE
desBénéfices & Pcnfions,
signée par Monseigneur le
Duc d'Orleans
,
le zo.
Janvier 1716.
Cambray à M. rAbbé
d'Eftrécs, à 2.0000. livres
de Pension.Sçavoir, à
M. leComte de LainaIk
,
GOGO*liv.
M. l'Abbé TartJifict,
4000 liv.
M. l'Abbé de Magnas,
Premier Aumônier de -Madame,
3000. liv.
M. l'Abbé de Fenelon,
1000. liv,
M. l'Abbé Doifi.,Comte
de Tournay, 2.000, liv.
M. l'Abbé de Rouvroy,
1000. liv.
M l'Abbé de Boifgibaulr,
Aumônier de Madame la Da.
chessede Lorraine,1000.liv.
Sens à M. l'Evcfque de
Troycs, àchargede8000.liv.
- dePension Sçavoir, à
M.l'Abbé Genest, Aumônier
de Madame la Duchcflc
d'Orléans, 3000.liv.
M.l'AbbéDavaife, 1000.1.
M. le Chevalier de Gercy,
1000. liv.
M.labbéDubos, 2.000.1.
Bayeux à M le Cardinalde
la Trimoille.) à charge de
loooo 1. de Pension. Sçavoir,à
Mde Montmorency,Che",
valier de S Lazare, 2.000. liv.
M. le Chevalier de Lhôpital,
1500.liv.
M. le Chevalier de S. Valier,
1500.liv.
M. de Manieu,Capitaine
au Régiment de la Couronne,
1000. liv.
M. le Chevalier de Rcths,
1500. liv.
M. le Comte- de Polignac
1joo.liv.
M. l'Abbé de Fenelon le
cadet, 1000. liv.
LTvcfche de Xaintcs a M.
l'Abbé de Beaumonc.
L'Evesché de Clermont, à
M.l'Abbé d'Entragues, Aumônier
duRoy.
-L'Abbaye-deS.ViétacJ:au
Cardinal Gualtieri,àcharge de
2000.l. dePenflon. Sçavoir,à
- -
M. l'Abbé Tamifi^
,
2000. liv.
L'Abbaye de S. Paul de
Verdun, au Cardiruî Ottoboni,
àcharge de 3000. liv.
de Pension. Savoir, à
M Biece, Diacre, 800.liv.
M Beaume, Prestre,700. L
M Mihony, Prêtre,700.1.
M. Deftival
,
ClercTonforé,
500. liv.
M. Gaflin, Clerc Tonsuré,
400. liv.
L'Abbaye de S. Ouin, a M.
l'Abbé de S.AlbinJà charge de
6000. L de Pension.Sçavoir, à
Mde Marcillac, 1000.îiv.
M. Timolcon de Choisy,
zooo. liv.
**M.l'AbbeduBella,1500.1.
M. Scuguenois,300. 1.
*
L'Abbaye de Moiflfac, à M.
de Biron, à charge de 4000. 1.
de Peufion. Savoir, à
Madame de Rochec houarr,
Abbesse de Fontcvraud,
4000. liv.
L'Abbaye de Jumicgcs, à
M. l'Abbé de S. Simon, à
charge de 3000. liv. dePenfion.
Sçavoir,à
M. l'Abbé Vertoi, rJoo. L
M. l'AbbéBitaud,icoo.l.
L'Abbaye
L'Abbaye du Mont S,
Eloy, au Pere la Couifferc,
Prieur de ladite Mailon
,
à
charge de 11000.1.de Pcnfion.
Sçavoir, à
M. le Chevalier de Clermonr,
1000. liv.
* M. le Chevalicr de Trefle- manes,2000.1.
«
M. le Chevalier de Pezeux,
1000. liv.
M. le Chevalier de Mondain
, 1000. liv.
LUnivçrficé de Douay ,
3000. liv.
L'Abbaye de Vigogne, au
Pere Bertin, a charge de 7000.
livres de Pension.Sçavoir, à
M. le Chevalier de Velleron,
2000. liv.
M. le Chevalier de S. André,
1000. Ilv.
M. le Chevalier de Confions,
2000. liv.
Le Séminaire d' Arras ,
1000. liv.
L'AbbayedeS,Basle,àM.
l'Abbé deS.Poin.
L'Abbaye de S Mclainc, à
M. l'Abbé de la Roche, Chanoine
de Nostre Dame.
LAbbaye de S. Marrin de
Pontoi[c>àM.l'Abbé dcTczu.
L'Abbaye de Cellcroin à M. rAbbé de Cbavigni de Blo.
-
L'Abbaye de S. Vincent du
Bourg,àM.l'AbbédeLiflagafay.
L'Abbaye de la Chastre, à
M. l'Abbé Bcrthcr, Aumônier
de Madame. ? ;
L'Abbaye de Lure, à M.
FAbbe Monteils.
v r
Le Prieuré le Mont aux Maladcs,
à M. l'Abbé Perot, Insticutcur
du Roy.**
M. deChivac, Ancicn Professeur
en Médecine de l'Univerficé
de Montpellier, & Premier
Medecm de S. A. R.
Monseigneur le Duc d'Orleans,
Regenc du Royaume,
sur reçu à l' Academie Royale
des Sciences le ig. Janvier.
Le 10. de ce mois ,
le Roy
allaauPalaisRoyal,& vifha
Madame, M. le Duc dOrleans
,
& Madame laDuchefTe*
d'Orléans.
Le iS. du mois pasle on
celebra dans l'Eglise Merropoliraine
d'Alby
, un Service
pour le feu Roy, M. l'Abbé
Angeard Chanoine^Théologal
de la même Êglise prononça
l'Oraison Funèbre.
ACifteron lEYêqueofïcia
pomificarlementpour le même
fujtt.
Le18. du mois dernier
l'Academie Royale de Bor.
deaux fit celebrer un Service
solemnel pour le fcu Royt,
dansla Chapelle du College
de Guienne de cette Ville ; la
Messe y fut chantée par la mu-
6que de l'Academie, & Ioraison
Funèbre prononcé par
leoPercnMaria Jcruite. fit la même ceremoiiie
dans TEglife dcTouJ
,
ou M. de l'Anuz Théologal
prononça lOraifon Funcbre.
DeraêroeàVienneen Dauphiné
ou l'Archevêque officia
,& ou 1Oraison funèbre
sur prononcée par le Perc Félon
Jvfuitc.
A Melun le Chapitre Royal
deNoHre Dame,le Pere Monier
Carme fie l'Eloge du Roy.
A IlToudun en Bcrry, dans
l'Eglise Collégiale deS.Cyr,
le PercPintarc prononça 1Oraison
Funèbre
, comme il
avoic fjit à Bourges.
Dins l'Eglise de Noftrc-
Dane Montpellier,1'Archevelque
de N'f bonne, Prefidcnt
des Ecjrs
,
officia pour le
mesme sujet, & les Evcfqucs
d'Agde
J
de Bczicrs, de Montauban
,
& d'Alais, firent les
abCoutcs) le Pcre Scnault Jefuice
prononça rOraifon funcbre.
A Toulouse l'Académie
des Jeux Floraux fit faire un
Service folcmnel pour le feu
Roy,dans lEglise desCarmes,
le foir IJCompJgnies'acrembla
extraordinaircmenc à l'Hôtel
de Ville dans la Salle de l'Académic
,
où le sieur Mariottc
l'un des Académiciens, prononça)
Etogc du Roy.
Le ij. de ce mois, le Roy
tint sur les Fonds dans la Chapelle
des Thuillcries
, avec
Madamela Duchcfle de Vantadour
,
sa Gouvernante,le
fils de M. le Duc de Talard ,
& petit fils du Maréchal,qui
fut baptisé par leCardinal de
RohanJGrand Aumofnicr de
France & nommé Louis Charles.
Fermer
485
p. 288-291
Dons du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le 5. de ce mois M. d'Armenonville, Conseiller d'Etat, [...]
Mots clefs :
Roi, Charge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy, [titre d'après la table]
Le 5. de ce mois M. d'Armenonville
,
Conleillerd'EtatK
cy devant Directeur général
des Financcsi-Prta fermententre
les mains du Roy
,
de la
Charge de Secretaire d'Etac
des Commandements & Finances
de Sa Majette dont il
a cfié porvû sur la dem(Tion
de M. le Marquis de Torcy.
Le choix que Monsieur le
Duc
)uc d'Orléans a fait de M.
1"Armenonville pour remplir
:cttc Charge fait son éloge,
54 son expérience & sa capacité
dans cous les différentsemplois
qui luy ont este confiez
fous le feu Roy, répondent
au public de la fatisfaaion
qu'il en attend.
Le 8. de ce mois, M. de
Verthamon prêta ferment entre
les mains du Roy, de la
Charge de Commandeur Secrétaire
des Ordres de Sa Majeftéjdc
laquelle Charge il n'a
confervé que les honneurs.
Le 11. Février MeflireClaude
le Bas de Monrargis, Confetllerdu
Royen fesConfeils
r- Garde du Tresor Royal, prêta
ferment entre lesmains du
Roy, de la Charge de Commandeur
Secrétaire des Ordres
du Roy
, en prefencc de S.A.
R Monseigneur le Duc dOrléans
,
Rrgenc du Royaume4
de Nofifcigneurs les Princes du
Sang, & des Seigneurs de la
Cour.
M. rAmbaÍfadeur d'Efpagne
a donné le 18. de ce
mois, en 1 honneur de la Naifrance
du Prince Don Carlos,
un des plus fupcrbes & des plus
magnifiques Bals qu'on puisse
donner.
M. de Robincau, cy-devanc
Intendant de M. le Maréchal
de Tallard, & avant la réforme
Commiffairc des Guerres, réfidant
à Dole,a donné un Bal
magnifique, en l'honneur de
la Naiflfance du Fils de M. le
Duc de Tallard.
,
Conleillerd'EtatK
cy devant Directeur général
des Financcsi-Prta fermententre
les mains du Roy
,
de la
Charge de Secretaire d'Etac
des Commandements & Finances
de Sa Majette dont il
a cfié porvû sur la dem(Tion
de M. le Marquis de Torcy.
Le choix que Monsieur le
Duc
)uc d'Orléans a fait de M.
1"Armenonville pour remplir
:cttc Charge fait son éloge,
54 son expérience & sa capacité
dans cous les différentsemplois
qui luy ont este confiez
fous le feu Roy, répondent
au public de la fatisfaaion
qu'il en attend.
Le 8. de ce mois, M. de
Verthamon prêta ferment entre
les mains du Roy, de la
Charge de Commandeur Secrétaire
des Ordres de Sa Majeftéjdc
laquelle Charge il n'a
confervé que les honneurs.
Le 11. Février MeflireClaude
le Bas de Monrargis, Confetllerdu
Royen fesConfeils
r- Garde du Tresor Royal, prêta
ferment entre lesmains du
Roy, de la Charge de Commandeur
Secrétaire des Ordres
du Roy
, en prefencc de S.A.
R Monseigneur le Duc dOrléans
,
Rrgenc du Royaume4
de Nofifcigneurs les Princes du
Sang, & des Seigneurs de la
Cour.
M. rAmbaÍfadeur d'Efpagne
a donné le 18. de ce
mois, en 1 honneur de la Naifrance
du Prince Don Carlos,
un des plus fupcrbes & des plus
magnifiques Bals qu'on puisse
donner.
M. de Robincau, cy-devanc
Intendant de M. le Maréchal
de Tallard, & avant la réforme
Commiffairc des Guerres, réfidant
à Dole,a donné un Bal
magnifique, en l'honneur de
la Naiflfance du Fils de M. le
Duc de Tallard.
Fermer
486
p. 12-32
MORTS.
Début :
Dame Paule-Marguerite-Françoise de Gondi, Veuve de Messire François-Emmanuël [...]
Mots clefs :
Roi, Seigneur, Fils, Dame, Chevalier, Fille, Parlement, Marquis, Épouse, Gouverneur, Armées du roi, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Dame Paule- Marguerite-
FrançoisedeGondi,Veuve
de M-fifoe François-Emmanuel
de Bonne de Crequi d'Agout,
de Vese, de Montlaur
& de Monrauban, Duc de
Lesdiguieres, Pair de France
& Gouverneur de Diuphiné,
mortle3.May 16%1.&qu'-
elle avoit épouséle 11. May
,ifc75. mourut le ii. Janvier
r.gt-c de61. ans sans lai sser de
,poftsrite;J-an* François Paul
de Bonne de Crequi son fils
unique, Duc de Lesdiguieres,
Pair de France, estant mort à
ModeneenItalieoùil servoit,
le 6.Octobre 1703. âgé de
,
25.ansmoins16.jours,sans
laisserd'enfans de Dame
Loiiife- Bernardine de Durfort
Duras sa femme, qu'il
avoit épousé le 17. Janvier
1C96 filledeM.leMaréchal
Duc de Duras. Madame de
Lesdiguieres quivient de moarir
cfioit fille de Pierrede
Gondi., Duc de Rets, Pair U
-General des Galères deFrance,
Chevalier des Ordres du Roy,
& de Catherine de Gondi,
Duchesse de Retz, petite fille
de Phillippes-Emmanuel de
.Gondi, Comte de Joigny &
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General des Mers
du Levant, Capitaine de cent
hommes darmes, & de Françoic-
Marguerite de Silly, &
arricre petite-filled'Albert de
Gondi, Duc de Retz, Pair,
Maréchal& Genci^l des Ga*
lercs de France,Colonel de la
Cavalerie Frarusolfe, Premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy, Chcvaherdeses Ordres,
General des Armées de
SaMajesté
,
Gouverneur de
Provence, de Mets, du Pays
Messin, & de Nantes, & CapitainedeCent
Hommesd'armes.
La Maison de Gondy efl:
originaire deFlorence, ou elle
subsiste encore en quelques
branches ; celle qui sétabliren
France dans le temps du mariage
de Catherine de Medicis
avec le Roy HenryII. ÔC qui
vicnc des'éteindreen la personne
de Madame de Lefdi
guiercs, a, tant qu'elle a duré,
par son crédit, par ses grandes
aUiàntes, & par les premières
Dignircz de iEcac dont elle a
esté decorée,égale les prernie.
res&les plus illustres Maisons
du Royâume) comme on le
peur voir dans la généalogie
qui s'en trouve dans J'H,cloire
des grands Officiers de la Couronne
: !s Curieux pourront
encore confulrcrl'Histoire gcnéalogique
qui en a esté donnée
auPublic, & en attendant
les
les preuves, aux frais de feue
Madame de Lefdiguiercs.
DameAnne- MargueriteAuzanct,
veuve de MIC Antoine le
Févre de laMalraaifon & deBiffy,
Doyen desConfeillers dela
Cour des Aides de ParismourutIr.
2.3. Janvier, laissant pour
çnfans François le Févre Seigneur
de la Mahnaifon) Conseiller
au Parlement & Commissàire
aux Requestes du Palais;
Antoine le Févre Chevalier
de Mahhe,& Catherine-
Charlotte le Févre, femme de
Michel Chabenat Seigneur de
Çonneiiil ,ci devantInt[.Óduc
teur des Ambalffadeurs. Elle
estoie fille de Jean Auzanct.
Auditeur des Comptes, & petite
fillede Barthélémy Auzaner
célèbre Avocat au Parlement.
Feu M. de la Malmatson
son mary estait fils de
François le Févre, reccu lvla).
tre des Comptes en 1638. &
petit?filsd'AntoineleFévrc
Secretaire du Roy & Greffier
du Bureau des Finances à Paris,.
& d'Anne Vivien.
1 Dame Victoire Rouxel de
Médavy de Grancey
,
femme
de MreFrançois Rouxcl Marquis
de Grancey son oncle
>
Maréchal des Camps & Armées
du Roy, quelle avait
epousé en 1713. mourut le 13.
Janvier âgée de vingt six ans
sans laisser d'enfans.Ellcétoit
fille de Mrc Jacques
- Leonor
Rouxel Comte de Médavy &
Grancey
,
Chevalierdes Orches.
du Roy
,
Lieutenant général
dlcses Armées, &tGouverneur
des Province & Du.
ché deNivemois ;.& de Dama
MiriicTfyaxfe Colbexndc
fcéaraîcvTicr -petite;.. fillede
Mie Picetre Rouxel Comte de
<5ra,ncey.& de Médavy)Maré
ébat 'Camps & Armées du
Roy
, & de O,.ole Henriette
de la Palu de Bouligneux sa
premiere femme
,
& arrierc.
petite fille.de Jacques Rouxcl
Comte de Grancey Ôcdc Médavy
, Maréchi! de France;
Chevalier des Ordrci-dii Roy,
& Gouverneur de Thionville,
mortle20Novembre xascu
DaipeCatherinedeMon-j
chid'Hacquincourt sa premicu
re femme.Ucil peudeMaifons
en France dansle/quelles lava4
leur feroblceftrç héréditaire
comme dans celledcRoûxel dé
Médavy, & depuis Jean Rottxcl
(qui en cftleChef)5ck
gnefr du rPlcffis- Mory?nt->
Ecuyer du Duc de Brctagn.
dont il quitta leservicepour
passer à celuyduRoyQharles
VII qui luy fitdon de plusieurs
Terres dant les Bailliages
d'Alençon& de Caen en
reçompenfc de ses services
par ses Lettres dopnées à Berbayle
1 4. Juin1430.Tous
ceux dece nom. n'ont Iaifle
passèr aucune occasion de fc
iîgoalcï M* d# rep^ndrsleur
fang ,pourlagloire denos
Rôis & le bien dcl'Etat, comme
les Curiçux.lejourrons
Noirjca
est rapportéedansl'Htftoirc
desgrands Officiers de laCow
lOt11JC)u Chapitre des Mare*
chaux de France. ,-.
MreCharles-Ga(pard Dodun,
Seigneur du Boulay, Conseiller
honoraire au Parlement,.
où il avoir cHé reçu le 7. Février
1676. mourut le 14*
Janvier. Il estoit fiisdeGaspard
Dodun
)
Secretaire du Roy ,
mort le 14. May 1701. & de
Marguerite le Riche. Il avoit
epousé Anne- Marie Gayardon,
filleefejcan Baptiste Gayardon
Receveur gêneral des
Financés!SoiflpnsSe il etfà
laissé entre autresenfans Mre
Charles Gaspard Dodun,reçu
Conseiller au Parlement le 4.
Janvier 1702.puis President,
nommé au Conseil des Finances
en 1717.
Mre Jean de Morillon,Confciller
au Parlement & Commissaire
aux Requestes du Palais,
receu le 2.. May 1667.
mourut le 19. Janvier. Il estoit
fils de Jean de Morillon Conseillerau
Parlement de Mets,
&d'Antoinette Rochereau, &
il sortoit d'une ancienne samille
de la Ville de Rheims,
dont la gencalogie est imprimée
dans le Nobiliaire dcî
Champagne.
Mre Henry- Nicolas de la.
Michodiere,Seigneur de Ro:
mene ,
Confciller au Parlement,
mourut le 29. Janvier.
Ilestoit fils de Jean
,-
Bertrand
de la Michodiere,Maistre des
Comptes à Paris,&deMagdelaine
Grassereau
,
& sortoit
d'une famille distinguée de la
Ville de Dijon.
Mre Philippes Eman,uel de
Colanges,Maistre des Requêtes
honoraire
,
si celebre par seChansonnettes, mourut le i.japyicr sans laisser d'en-
-
- sans
sans de feuë Dame Marie Angelique
du GMC sa femme. Il
àvoit deux soeurs, l'une mariée
à Mr le Comte de Sanzay de
l'ancienne Maison de Turpin
Cressé en Poitou; & l'autre à
feu Mrde Harrouys,Tresorier
des Etats de Bretagne, &
mere de Mr de Harrouys de
la Scilleraye,Maistre des Rcquelles,
& il estoit fils de Philippes
de Colanges Maistre des
ComptesàParis, &de Marie
le Févre d'Ormesson.
DameBonne- Marie Bachelier
de Beaubourg, femme de
Mrc Denis NoëlBrulart,Marquis
de Rouvres ,mourut le
15.Février. Ellpestoiefille de
Simon Bachelier, Seigneur de
Beaubourg & de Clotomont,
Receveur general des Finances
à Orleans; & de Dame Marier
Magdetaine Broç de laGuerre
& petite-fille de Simon Bachelier
aussiReceveurgeneral des
Financesà,Qrlcans9sortid'une
ancienne famille de la Ville de
Rheimsde laquelleest encore
à pçfnr Mi; Bachelier du
Moncel, UepwnantCriminel
de Robe-courte au Chastelet
de Paris.LenomdeBrulartest
si illustre & tL vousdoit estre
si connu que je me contenteray
pour le present de vous
renvoyer à l'histoire des grands
Officiers de la Couronne, dans
laquelle,au chapitre des Chanceliers,
vousen trouverez la
genealogie amplementdéduite.
MreCesar- Alexandre de
Baudeau, Comte de Paraberc
& dePardhaillan, Brigadier
des Armées du Roy, mourut le13Février1716.âgéde45.
anslaissant2.enfans de Dame
MarieMagdelaine de la Vieuville,
qu'il avoit épousé le 8.
Juin 17 11.fille deMreRenéFrançois,
Marquis de la Vieuville;
&de DameMarieLouisedela
ChausséeDarrestsa premiere
femme. Il estoit fils de Mre
Alexandre de Baudeau Comte
de Pardhaillan, Lieutenant general
des Armées du Roy , &
Gouverneur du Haut Poitou;
& de Jeanne Therese Mayaud,
petit fils de Henry de Baudeau
Comtede Parabere, Marquis
de la Motte Saint
- Heraye
Conseiller du , Royen ses Conseils,
Capitaine de centHommes-
d'Aimes des Ordonnances
de Sa Majefle ; Gouverneur
du haut&basPoitou, 5ç
Chevalier des Ordres; & de
Dame Catherine de Pardhaillan
VicomtessedePardhaillan;
&arriere petit-fils de Jean de
Baudeau Seigneur de Paraberc,
Lieutenant general du haut &
bas Poitou, Lieutenant gc-ncral
des Armées du Roy Henry
IV. Gouverneur de la Ville
de Niort, mort honoré du Brevet
de Maréchal de France &
de celuy de Chevalier des Ordres
du Roy. La Maison de
Baudcau prend sonnom de la
Vallée de Baudeau en Bigorre,
& elle est également distinguée
par son ancienneté & par ses
alliances. C iij ,
Dame Louise Goret épouse
de Mrz Melchior
- François
Courten
,
Chevalier de l'Or
dre de Saint Louis, Colonel
Suisse &BrigadierdesArmées
du Roy, mourut le IJ. Janvierdernier.
Mrs Courtensont
de Suisse,&d'une familleatta-
(bée depuis longtemps avec
dcistienct.ion au service de Fran
Mre Charles Paryot, Chevalier
Seigneur de Mussegros,
&c. Procureur general de la *
Cour des Comptes, Aides &
Finances de Normandie, mourut
à Paris le.Janvier dernier.
Ilestoit d'une famille distinguée
dela Ville de Rouen,
& avoit toujours rempli sa
Charge avec la reputation
d'un parfaitement honneste
homme.
Damoiselle Lucie de Cottentin
de Tourville
, mourut
le 14. Janvier dernier. Elle
estoit fille de feu Mre Nicolas-
Charles-Cesar de Cotrentin,
Seigneur de Tourville, Marquis
de Cortentin, Mestrede
Camp du Regiment Dauphin
Cavalerie;& de Dame Charlotte
Huguet de Semonville.
Lamaison de Cottcntin est originaire
de Normandie,ou elle
subsiste encore en plusieurs
branches. Celle de Tourville
s'etf plus distinguée par ses
services & par ses alliances. Feu
Mre Anne Hilarion de Cortentin
Comte de Tourville,
Maréchal & Vice- Amiral de
France, en estoit sorti; & c'està
son chapitre que les Curieux
pourront voir ce qui est rapporté
de cette Maison dans
histoire des grands Officiers
de la Couronne.
Dame Paule- Marguerite-
FrançoisedeGondi,Veuve
de M-fifoe François-Emmanuel
de Bonne de Crequi d'Agout,
de Vese, de Montlaur
& de Monrauban, Duc de
Lesdiguieres, Pair de France
& Gouverneur de Diuphiné,
mortle3.May 16%1.&qu'-
elle avoit épouséle 11. May
,ifc75. mourut le ii. Janvier
r.gt-c de61. ans sans lai sser de
,poftsrite;J-an* François Paul
de Bonne de Crequi son fils
unique, Duc de Lesdiguieres,
Pair de France, estant mort à
ModeneenItalieoùil servoit,
le 6.Octobre 1703. âgé de
,
25.ansmoins16.jours,sans
laisserd'enfans de Dame
Loiiife- Bernardine de Durfort
Duras sa femme, qu'il
avoit épousé le 17. Janvier
1C96 filledeM.leMaréchal
Duc de Duras. Madame de
Lesdiguieres quivient de moarir
cfioit fille de Pierrede
Gondi., Duc de Rets, Pair U
-General des Galères deFrance,
Chevalier des Ordres du Roy,
& de Catherine de Gondi,
Duchesse de Retz, petite fille
de Phillippes-Emmanuel de
.Gondi, Comte de Joigny &
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General des Mers
du Levant, Capitaine de cent
hommes darmes, & de Françoic-
Marguerite de Silly, &
arricre petite-filled'Albert de
Gondi, Duc de Retz, Pair,
Maréchal& Genci^l des Ga*
lercs de France,Colonel de la
Cavalerie Frarusolfe, Premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy, Chcvaherdeses Ordres,
General des Armées de
SaMajesté
,
Gouverneur de
Provence, de Mets, du Pays
Messin, & de Nantes, & CapitainedeCent
Hommesd'armes.
La Maison de Gondy efl:
originaire deFlorence, ou elle
subsiste encore en quelques
branches ; celle qui sétabliren
France dans le temps du mariage
de Catherine de Medicis
avec le Roy HenryII. ÔC qui
vicnc des'éteindreen la personne
de Madame de Lefdi
guiercs, a, tant qu'elle a duré,
par son crédit, par ses grandes
aUiàntes, & par les premières
Dignircz de iEcac dont elle a
esté decorée,égale les prernie.
res&les plus illustres Maisons
du Royâume) comme on le
peur voir dans la généalogie
qui s'en trouve dans J'H,cloire
des grands Officiers de la Couronne
: !s Curieux pourront
encore confulrcrl'Histoire gcnéalogique
qui en a esté donnée
auPublic, & en attendant
les
les preuves, aux frais de feue
Madame de Lefdiguiercs.
DameAnne- MargueriteAuzanct,
veuve de MIC Antoine le
Févre de laMalraaifon & deBiffy,
Doyen desConfeillers dela
Cour des Aides de ParismourutIr.
2.3. Janvier, laissant pour
çnfans François le Févre Seigneur
de la Mahnaifon) Conseiller
au Parlement & Commissàire
aux Requestes du Palais;
Antoine le Févre Chevalier
de Mahhe,& Catherine-
Charlotte le Févre, femme de
Michel Chabenat Seigneur de
Çonneiiil ,ci devantInt[.Óduc
teur des Ambalffadeurs. Elle
estoie fille de Jean Auzanct.
Auditeur des Comptes, & petite
fillede Barthélémy Auzaner
célèbre Avocat au Parlement.
Feu M. de la Malmatson
son mary estait fils de
François le Févre, reccu lvla).
tre des Comptes en 1638. &
petit?filsd'AntoineleFévrc
Secretaire du Roy & Greffier
du Bureau des Finances à Paris,.
& d'Anne Vivien.
1 Dame Victoire Rouxel de
Médavy de Grancey
,
femme
de MreFrançois Rouxcl Marquis
de Grancey son oncle
>
Maréchal des Camps & Armées
du Roy, quelle avait
epousé en 1713. mourut le 13.
Janvier âgée de vingt six ans
sans laisser d'enfans.Ellcétoit
fille de Mrc Jacques
- Leonor
Rouxel Comte de Médavy &
Grancey
,
Chevalierdes Orches.
du Roy
,
Lieutenant général
dlcses Armées, &tGouverneur
des Province & Du.
ché deNivemois ;.& de Dama
MiriicTfyaxfe Colbexndc
fcéaraîcvTicr -petite;.. fillede
Mie Picetre Rouxel Comte de
<5ra,ncey.& de Médavy)Maré
ébat 'Camps & Armées du
Roy
, & de O,.ole Henriette
de la Palu de Bouligneux sa
premiere femme
,
& arrierc.
petite fille.de Jacques Rouxcl
Comte de Grancey Ôcdc Médavy
, Maréchi! de France;
Chevalier des Ordrci-dii Roy,
& Gouverneur de Thionville,
mortle20Novembre xascu
DaipeCatherinedeMon-j
chid'Hacquincourt sa premicu
re femme.Ucil peudeMaifons
en France dansle/quelles lava4
leur feroblceftrç héréditaire
comme dans celledcRoûxel dé
Médavy, & depuis Jean Rottxcl
(qui en cftleChef)5ck
gnefr du rPlcffis- Mory?nt->
Ecuyer du Duc de Brctagn.
dont il quitta leservicepour
passer à celuyduRoyQharles
VII qui luy fitdon de plusieurs
Terres dant les Bailliages
d'Alençon& de Caen en
reçompenfc de ses services
par ses Lettres dopnées à Berbayle
1 4. Juin1430.Tous
ceux dece nom. n'ont Iaifle
passèr aucune occasion de fc
iîgoalcï M* d# rep^ndrsleur
fang ,pourlagloire denos
Rôis & le bien dcl'Etat, comme
les Curiçux.lejourrons
Noirjca
est rapportéedansl'Htftoirc
desgrands Officiers de laCow
lOt11JC)u Chapitre des Mare*
chaux de France. ,-.
MreCharles-Ga(pard Dodun,
Seigneur du Boulay, Conseiller
honoraire au Parlement,.
où il avoir cHé reçu le 7. Février
1676. mourut le 14*
Janvier. Il estoit fiisdeGaspard
Dodun
)
Secretaire du Roy ,
mort le 14. May 1701. & de
Marguerite le Riche. Il avoit
epousé Anne- Marie Gayardon,
filleefejcan Baptiste Gayardon
Receveur gêneral des
Financés!SoiflpnsSe il etfà
laissé entre autresenfans Mre
Charles Gaspard Dodun,reçu
Conseiller au Parlement le 4.
Janvier 1702.puis President,
nommé au Conseil des Finances
en 1717.
Mre Jean de Morillon,Confciller
au Parlement & Commissaire
aux Requestes du Palais,
receu le 2.. May 1667.
mourut le 19. Janvier. Il estoit
fils de Jean de Morillon Conseillerau
Parlement de Mets,
&d'Antoinette Rochereau, &
il sortoit d'une ancienne samille
de la Ville de Rheims,
dont la gencalogie est imprimée
dans le Nobiliaire dcî
Champagne.
Mre Henry- Nicolas de la.
Michodiere,Seigneur de Ro:
mene ,
Confciller au Parlement,
mourut le 29. Janvier.
Ilestoit fils de Jean
,-
Bertrand
de la Michodiere,Maistre des
Comptes à Paris,&deMagdelaine
Grassereau
,
& sortoit
d'une famille distinguée de la
Ville de Dijon.
Mre Philippes Eman,uel de
Colanges,Maistre des Requêtes
honoraire
,
si celebre par seChansonnettes, mourut le i.japyicr sans laisser d'en-
-
- sans
sans de feuë Dame Marie Angelique
du GMC sa femme. Il
àvoit deux soeurs, l'une mariée
à Mr le Comte de Sanzay de
l'ancienne Maison de Turpin
Cressé en Poitou; & l'autre à
feu Mrde Harrouys,Tresorier
des Etats de Bretagne, &
mere de Mr de Harrouys de
la Scilleraye,Maistre des Rcquelles,
& il estoit fils de Philippes
de Colanges Maistre des
ComptesàParis, &de Marie
le Févre d'Ormesson.
DameBonne- Marie Bachelier
de Beaubourg, femme de
Mrc Denis NoëlBrulart,Marquis
de Rouvres ,mourut le
15.Février. Ellpestoiefille de
Simon Bachelier, Seigneur de
Beaubourg & de Clotomont,
Receveur general des Finances
à Orleans; & de Dame Marier
Magdetaine Broç de laGuerre
& petite-fille de Simon Bachelier
aussiReceveurgeneral des
Financesà,Qrlcans9sortid'une
ancienne famille de la Ville de
Rheimsde laquelleest encore
à pçfnr Mi; Bachelier du
Moncel, UepwnantCriminel
de Robe-courte au Chastelet
de Paris.LenomdeBrulartest
si illustre & tL vousdoit estre
si connu que je me contenteray
pour le present de vous
renvoyer à l'histoire des grands
Officiers de la Couronne, dans
laquelle,au chapitre des Chanceliers,
vousen trouverez la
genealogie amplementdéduite.
MreCesar- Alexandre de
Baudeau, Comte de Paraberc
& dePardhaillan, Brigadier
des Armées du Roy, mourut le13Février1716.âgéde45.
anslaissant2.enfans de Dame
MarieMagdelaine de la Vieuville,
qu'il avoit épousé le 8.
Juin 17 11.fille deMreRenéFrançois,
Marquis de la Vieuville;
&de DameMarieLouisedela
ChausséeDarrestsa premiere
femme. Il estoit fils de Mre
Alexandre de Baudeau Comte
de Pardhaillan, Lieutenant general
des Armées du Roy , &
Gouverneur du Haut Poitou;
& de Jeanne Therese Mayaud,
petit fils de Henry de Baudeau
Comtede Parabere, Marquis
de la Motte Saint
- Heraye
Conseiller du , Royen ses Conseils,
Capitaine de centHommes-
d'Aimes des Ordonnances
de Sa Majefle ; Gouverneur
du haut&basPoitou, 5ç
Chevalier des Ordres; & de
Dame Catherine de Pardhaillan
VicomtessedePardhaillan;
&arriere petit-fils de Jean de
Baudeau Seigneur de Paraberc,
Lieutenant general du haut &
bas Poitou, Lieutenant gc-ncral
des Armées du Roy Henry
IV. Gouverneur de la Ville
de Niort, mort honoré du Brevet
de Maréchal de France &
de celuy de Chevalier des Ordres
du Roy. La Maison de
Baudcau prend sonnom de la
Vallée de Baudeau en Bigorre,
& elle est également distinguée
par son ancienneté & par ses
alliances. C iij ,
Dame Louise Goret épouse
de Mrz Melchior
- François
Courten
,
Chevalier de l'Or
dre de Saint Louis, Colonel
Suisse &BrigadierdesArmées
du Roy, mourut le IJ. Janvierdernier.
Mrs Courtensont
de Suisse,&d'une familleatta-
(bée depuis longtemps avec
dcistienct.ion au service de Fran
Mre Charles Paryot, Chevalier
Seigneur de Mussegros,
&c. Procureur general de la *
Cour des Comptes, Aides &
Finances de Normandie, mourut
à Paris le.Janvier dernier.
Ilestoit d'une famille distinguée
dela Ville de Rouen,
& avoit toujours rempli sa
Charge avec la reputation
d'un parfaitement honneste
homme.
Damoiselle Lucie de Cottentin
de Tourville
, mourut
le 14. Janvier dernier. Elle
estoit fille de feu Mre Nicolas-
Charles-Cesar de Cotrentin,
Seigneur de Tourville, Marquis
de Cortentin, Mestrede
Camp du Regiment Dauphin
Cavalerie;& de Dame Charlotte
Huguet de Semonville.
Lamaison de Cottcntin est originaire
de Normandie,ou elle
subsiste encore en plusieurs
branches. Celle de Tourville
s'etf plus distinguée par ses
services & par ses alliances. Feu
Mre Anne Hilarion de Cortentin
Comte de Tourville,
Maréchal & Vice- Amiral de
France, en estoit sorti; & c'està
son chapitre que les Curieux
pourront voir ce qui est rapporté
de cette Maison dans
histoire des grands Officiers
de la Couronne.
Fermer
487
p. 33-39
MARIAGES.
Début :
Messire Louis de Melun, Prince d'Epinoy, Duc de Joyeuse [...]
Mots clefs :
Prince, Duc, Fille, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MAKIAGES.
Mcfïïre Louis de Melun ;
Prince d'Epinoy, Duc de
Joyeuse, Pair de France,épou-'
sa le 13.. du mois de Février;
Mademoiselle d'Albret,-Armande
de la Tour d'Auvergne
; fille d'Emanuel- Théodore
de la Tour d'Auvergne,
Duc d'Albret, Pair& Grand
Chambellan de France; & petite
fille de Godefroy-Fredcric-
Maurice de la Tour d'Auvergne,
Souverain Duc deBouillon,
Ducd'Albret & deChâteauthicrry
,
Pair, & ci-devant
Grand Chambellan de France,
Gouverneur, Lieutenant general
pour le Roy dela haute &
bass Auvergne; & de Dame
Marie-Anne Mancini.LaMaison
dela Tour d'Auvergne est
si generalement connuë pour
Une des plus anciennes,des plus
illustres & des plus puissantes
du Royaume
, tant par son
origine, que par ses alliances
directes avec presque toutes
les Maisons Souveraines de
l'Europe ,que je me contenteray
de vous renvoyer aux histoires
imprimées de cette Maison.
Pour celle de Melcun, je
vous diray de même qu'elleest
une des plus anciennes, des
plus puissantes, & des plus illustres
;je vous renverray,pour
sa genealogie, à l'histoire des
Grands Officiers de la Couronne,
de la derniere édition,
dans laquelle elle est rapportée
dans toutes ses branches; je
me contenteray de vous dire
icy que Mr lePrincedEpinoy
quivientde se marier est fila
unique de feu Mre Louis de
Mclun,Princed'Epinoy
Connestable Hereditaire de
Flandres, Sénéchal du Hainault,
Maréchal des Camps.
& Armées du Roy
, mort à
Strasbourg de la petite verole le
Z4> Septembre 1704, &d'Elisabeth
de LorrainePrincesse
de Commercy,qu'il avoit épousée
en1691. & qu'il n'a
qu'une soeur dont je vous appris
le mariage dans l'un de
mes premiers Journaux, avec
Mr le Prince de Soubise
,
&%
unique de Mrle Prince de Ro*
han. M. le Duc *dOrléans as-
Wa à ce mariage fait à l'Hôtel
de Bouillon
,
où il dit qu'il
venoit en qualité de parent,
& fit l'honneur àMr le Prince
d'Epinoy de luydonner la chemise.
Me François tell Camus,
Seigneur de BignyMaréchal
des Camps & Armées du Roy,
Chevalier de l Ordre Militaire
de S Louis,aépouséle21 du
moispassé Mlle Barillon
,
si'le
de Mre Antoine Barillon,Marquis
de Branges
,
Maistre des
Requestes;& de Dame.
Doublet, petite
-
fille de Paul
Barriliond'Amoncourt, Marquis
de Branges, Conseiller
d'Etatordinaire, & Ambassadeur
Extraordinaireen Angleterre,&
de DameMarie- Magdelaine
Mangot,&arriere petite
fille de MreJeanJacques
Barillon,President aux Enquestes,
sortis d'une des premieres
familles de la
Robe,
originaired'Auvergne,& alliée
à celles de du Prat, Olivier,
larcher,de Mcfmes,Boucherat,
Amelot,de Gourgues,de
la Brisse, &c. & aux Maisons
de Lhospital, de Chastellux,
&deChoiseul Pour la famille
de le Camus, je vousen ay entretenu
si au long dans mon
Journal du mois deMars dernier
àl'occasion de la mort de
MreNicolas l" Camus, Seigneur
dela Grange & de Bligny,
[îr Presidentde la
Cour des Aides de Paris, pcrc
de Mr de Blignyquivient de
se marier, & ayeul de Mr le"
Camus qui remplit aujourd'huysi
dignement la mcrac
place Jqueje m'en tiens à vous
repeter icyqu'elle est une des
plusdécorées & des mieux alliées
de la Robe.
Mcfïïre Louis de Melun ;
Prince d'Epinoy, Duc de
Joyeuse, Pair de France,épou-'
sa le 13.. du mois de Février;
Mademoiselle d'Albret,-Armande
de la Tour d'Auvergne
; fille d'Emanuel- Théodore
de la Tour d'Auvergne,
Duc d'Albret, Pair& Grand
Chambellan de France; & petite
fille de Godefroy-Fredcric-
Maurice de la Tour d'Auvergne,
Souverain Duc deBouillon,
Ducd'Albret & deChâteauthicrry
,
Pair, & ci-devant
Grand Chambellan de France,
Gouverneur, Lieutenant general
pour le Roy dela haute &
bass Auvergne; & de Dame
Marie-Anne Mancini.LaMaison
dela Tour d'Auvergne est
si generalement connuë pour
Une des plus anciennes,des plus
illustres & des plus puissantes
du Royaume
, tant par son
origine, que par ses alliances
directes avec presque toutes
les Maisons Souveraines de
l'Europe ,que je me contenteray
de vous renvoyer aux histoires
imprimées de cette Maison.
Pour celle de Melcun, je
vous diray de même qu'elleest
une des plus anciennes, des
plus puissantes, & des plus illustres
;je vous renverray,pour
sa genealogie, à l'histoire des
Grands Officiers de la Couronne,
de la derniere édition,
dans laquelle elle est rapportée
dans toutes ses branches; je
me contenteray de vous dire
icy que Mr lePrincedEpinoy
quivientde se marier est fila
unique de feu Mre Louis de
Mclun,Princed'Epinoy
Connestable Hereditaire de
Flandres, Sénéchal du Hainault,
Maréchal des Camps.
& Armées du Roy
, mort à
Strasbourg de la petite verole le
Z4> Septembre 1704, &d'Elisabeth
de LorrainePrincesse
de Commercy,qu'il avoit épousée
en1691. & qu'il n'a
qu'une soeur dont je vous appris
le mariage dans l'un de
mes premiers Journaux, avec
Mr le Prince de Soubise
,
&%
unique de Mrle Prince de Ro*
han. M. le Duc *dOrléans as-
Wa à ce mariage fait à l'Hôtel
de Bouillon
,
où il dit qu'il
venoit en qualité de parent,
& fit l'honneur àMr le Prince
d'Epinoy de luydonner la chemise.
Me François tell Camus,
Seigneur de BignyMaréchal
des Camps & Armées du Roy,
Chevalier de l Ordre Militaire
de S Louis,aépouséle21 du
moispassé Mlle Barillon
,
si'le
de Mre Antoine Barillon,Marquis
de Branges
,
Maistre des
Requestes;& de Dame.
Doublet, petite
-
fille de Paul
Barriliond'Amoncourt, Marquis
de Branges, Conseiller
d'Etatordinaire, & Ambassadeur
Extraordinaireen Angleterre,&
de DameMarie- Magdelaine
Mangot,&arriere petite
fille de MreJeanJacques
Barillon,President aux Enquestes,
sortis d'une des premieres
familles de la
Robe,
originaired'Auvergne,& alliée
à celles de du Prat, Olivier,
larcher,de Mcfmes,Boucherat,
Amelot,de Gourgues,de
la Brisse, &c. & aux Maisons
de Lhospital, de Chastellux,
&deChoiseul Pour la famille
de le Camus, je vousen ay entretenu
si au long dans mon
Journal du mois deMars dernier
àl'occasion de la mort de
MreNicolas l" Camus, Seigneur
dela Grange & de Bligny,
[îr Presidentde la
Cour des Aides de Paris, pcrc
de Mr de Blignyquivient de
se marier, & ayeul de Mr le"
Camus qui remplit aujourd'huysi
dignement la mcrac
place Jqueje m'en tiens à vous
repeter icyqu'elle est une des
plusdécorées & des mieux alliées
de la Robe.
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488
p. 55-65
IMITATION des Vers de M. Addisson, fameux Poëte Anglois, au Chevalier Kneller, sur son Portrait du Roy.
Début :
Que tu sçais bien, Kneller, à l'aide des Couleurs [...]
Mots clefs :
Roi, Choix, Art, Godfrey Kneller, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION des Vers de M. Addisson, fameux Poëte Anglois, au Chevalier Kneller, sur son Portrait du Roy.
IMITATION
des Vers de M. Addisson,
fameux Poëte Anglois, au
Chevalier Kneller
,
sur (on
Portrait du Roy.
Que tu/çais bien/Kncller, l a aide des Gouleurs
Exprimer ce grand Roy que T/-
nivers admire:
NousftntonsfonPortraitexciter
damnoscoeurs
-
Les mêmes mouvement quesa
prejence inspire.
- Ton Art bien loin d'êtreabatu
S:ous le poids d'un si noble Ou- vrage I *
Peint l'Ame du Heros alitantque foriVifdge,
Chaque coup de pinceau nous trace
une vertus
Onyvoitson coeur débonnaires
Son air frein, franc &(incére,
Er pour de foiblesEnnemis -
Son jujte&tranquile mtprzs.
Que ne puis- je bientôt voir ce ,beau jour paroître
y Et moimême future tes pas Lorsque vijitanttesEtats, ,
Grand Prince
,
à tes Sujets ta
montreras leur Maître.
ToutJe calme, toutctd-e à ce cbar.
o mant ajp éî,
LAhaine se change en refPeEl;
Il n'cjl plus d'Ennemis °) il neji
plus de Rebelle:
L'Angleterre est tranquille, &
ïEtoffefidelle.
Exerce sur le coeur cetaimable
pouvoiry
Pour te le deüerilftfftl de te
noir.
Depuis long-tems ton Art Rival
de la Mature,
Knellcr,nousen apeint labeauté
-
la plus pûre:
Par l'effort de cet Art souvent
nos yeuxcharme%,
Sur la toile ont crû voir des Portralts
anim
Six de nos Rois ontvu ta main
toujoursfiJelle
Répondre dignement au choix
quils ontfait d'Elie..
Là, Charles d'un air maie &
mêlé de douceur,
Semble encor du beau Sexe exiger
les hommages ;
Pendant que d'un air trisse&
couvert de nuages -
Son Frere sur son front fait lire
son malheur. Ile grand Nassau yfeul dï.
gte de M'tic,
Se pnfenteavec Elle; & ton
divin pinceau
Sçait unir ce Héros quisauva la
Patrie
Avec te que la Térre eut alors de
plus beau.
Anne avec tout leclat que
donne la Victoire
Paroîtau comble de la gloire,
Telle qu'enl'admira quandpartin
dirne choix AOuVainquueeuurdr edeBBleleininbbeeiimm con.
isantJon Armée,
Elle occupala Renommée
JIpublier partout le bruit defis
Exploits.
Puisse-tu, cher Kneller, 011-
bliépar la Parque
Faire admirer long. tems ton Art
altfUnivers.
Mais que le grand Brunfvkk
jfoit le dernier Monarque
Peintpar ta mainff-tevante &
chanté dans nies Vtrs.
Ainsicegrand Sculpteur,que
tu fuis a latrace,
Phidias, méditant un Chef d'autre
nouveatf
j&vant qu'aJupiter il portât son
audace,
-Sur etautres Déïte% exerça son
Cijeau.
If) l'onvoyoit Pan,quifuimitlesdehees
Quun sexe toutcharmant donne:
aux coeurs amoureux,
Et trouva cent bcautez propices
Aux tendres ardeurs de ses ftllX.
LIz; Saturne indigne, d'un air
sombre &severe
Portait les traits les fins mar*
9Me
Contemplant d'un ailde colère
Les Cieux qu'ilauois abdique^
Icyparoissoit Mars brillant de
, son Armure Mais plus brillan,t encor de ses
,
Exploits Guerriers,
Faisantsa plus noble parure
D'un Front toutcouvertdeLau*
tiers.
£Eloquente Minerve étaloit
les Ouvrages
Sortis deses Servantesmains,
Etfembloit bornerses deffiins
Arendre les mortels plus heureux
&plus figes,
La Déeffi des MersJ'inquietc
ThecisJ
Epouse d'un Mortel, & Mere
difolées
Prés d'unfupetbe Mausolée
Pleuroit fin Epoux O* son
Fils.
Enfin le Roy des Dieux couronnoit
le fpeélacle;
Rien ne paroifoit plus après, un
tel miracle:
La fondre armait son bras ntangeur
Qui
3
lors.que les Titans inondant
lesCampagnes
Oflrent. quitterleurs Mon-
Mgnes9
DiJJtpa leurscomplots
, &punit
leurfureur^
Jupiter du Sculpteur fut le
dernierouvrage.
Phidias s) bornant agit en homme
fage;
Car de quel plus beau 'nom pourroit-
on faire choix,;
Pour
Pwrarmobhrjon Art AUXdeux
&sur la Terre3
Que de sevoir Scufpteur du
Mats'lredu Tonnerre,
Ou Peintre du plus grand'des
Rjoisi
des Vers de M. Addisson,
fameux Poëte Anglois, au
Chevalier Kneller
,
sur (on
Portrait du Roy.
Que tu/çais bien/Kncller, l a aide des Gouleurs
Exprimer ce grand Roy que T/-
nivers admire:
NousftntonsfonPortraitexciter
damnoscoeurs
-
Les mêmes mouvement quesa
prejence inspire.
- Ton Art bien loin d'êtreabatu
S:ous le poids d'un si noble Ou- vrage I *
Peint l'Ame du Heros alitantque foriVifdge,
Chaque coup de pinceau nous trace
une vertus
Onyvoitson coeur débonnaires
Son air frein, franc &(incére,
Er pour de foiblesEnnemis -
Son jujte&tranquile mtprzs.
Que ne puis- je bientôt voir ce ,beau jour paroître
y Et moimême future tes pas Lorsque vijitanttesEtats, ,
Grand Prince
,
à tes Sujets ta
montreras leur Maître.
ToutJe calme, toutctd-e à ce cbar.
o mant ajp éî,
LAhaine se change en refPeEl;
Il n'cjl plus d'Ennemis °) il neji
plus de Rebelle:
L'Angleterre est tranquille, &
ïEtoffefidelle.
Exerce sur le coeur cetaimable
pouvoiry
Pour te le deüerilftfftl de te
noir.
Depuis long-tems ton Art Rival
de la Mature,
Knellcr,nousen apeint labeauté
-
la plus pûre:
Par l'effort de cet Art souvent
nos yeuxcharme%,
Sur la toile ont crû voir des Portralts
anim
Six de nos Rois ontvu ta main
toujoursfiJelle
Répondre dignement au choix
quils ontfait d'Elie..
Là, Charles d'un air maie &
mêlé de douceur,
Semble encor du beau Sexe exiger
les hommages ;
Pendant que d'un air trisse&
couvert de nuages -
Son Frere sur son front fait lire
son malheur. Ile grand Nassau yfeul dï.
gte de M'tic,
Se pnfenteavec Elle; & ton
divin pinceau
Sçait unir ce Héros quisauva la
Patrie
Avec te que la Térre eut alors de
plus beau.
Anne avec tout leclat que
donne la Victoire
Paroîtau comble de la gloire,
Telle qu'enl'admira quandpartin
dirne choix AOuVainquueeuurdr edeBBleleininbbeeiimm con.
isantJon Armée,
Elle occupala Renommée
JIpublier partout le bruit defis
Exploits.
Puisse-tu, cher Kneller, 011-
bliépar la Parque
Faire admirer long. tems ton Art
altfUnivers.
Mais que le grand Brunfvkk
jfoit le dernier Monarque
Peintpar ta mainff-tevante &
chanté dans nies Vtrs.
Ainsicegrand Sculpteur,que
tu fuis a latrace,
Phidias, méditant un Chef d'autre
nouveatf
j&vant qu'aJupiter il portât son
audace,
-Sur etautres Déïte% exerça son
Cijeau.
If) l'onvoyoit Pan,quifuimitlesdehees
Quun sexe toutcharmant donne:
aux coeurs amoureux,
Et trouva cent bcautez propices
Aux tendres ardeurs de ses ftllX.
LIz; Saturne indigne, d'un air
sombre &severe
Portait les traits les fins mar*
9Me
Contemplant d'un ailde colère
Les Cieux qu'ilauois abdique^
Icyparoissoit Mars brillant de
, son Armure Mais plus brillan,t encor de ses
,
Exploits Guerriers,
Faisantsa plus noble parure
D'un Front toutcouvertdeLau*
tiers.
£Eloquente Minerve étaloit
les Ouvrages
Sortis deses Servantesmains,
Etfembloit bornerses deffiins
Arendre les mortels plus heureux
&plus figes,
La Déeffi des MersJ'inquietc
ThecisJ
Epouse d'un Mortel, & Mere
difolées
Prés d'unfupetbe Mausolée
Pleuroit fin Epoux O* son
Fils.
Enfin le Roy des Dieux couronnoit
le fpeélacle;
Rien ne paroifoit plus après, un
tel miracle:
La fondre armait son bras ntangeur
Qui
3
lors.que les Titans inondant
lesCampagnes
Oflrent. quitterleurs Mon-
Mgnes9
DiJJtpa leurscomplots
, &punit
leurfureur^
Jupiter du Sculpteur fut le
dernierouvrage.
Phidias s) bornant agit en homme
fage;
Car de quel plus beau 'nom pourroit-
on faire choix,;
Pour
Pwrarmobhrjon Art AUXdeux
&sur la Terre3
Que de sevoir Scufpteur du
Mats'lredu Tonnerre,
Ou Peintre du plus grand'des
Rjoisi
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489
p. 122-140
De Cadix, le premier Mars. DESCRIPTION de la Pompe Funebre de Loüis XIV.
Début :
Le sieur Robin, chargé des affaires du Consulat de la Nation [...]
Mots clefs :
Louis XIV, Pompe funèbre, Couronne de laurier, Roi, Pieds, Charge, Fleurs, Hercule, Monarque, Pompe funèbre de Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Cadix, le premier Mars. DESCRIPTION de la Pompe Funebre de Loüis XIV.
DDeCe aCJ~ixdi,le*'pleremier.Matsi
DESCRIPTION4 i
de la PomPt Funebre
deLamXIV. r
Le sieur Robin, chargé des
affaires du Coniulac de la Nation
Françoise
,
& les autres
Negocians François establis à
Cadix ,ont fait leurs efforts
pour rendre,à la mémoire de
Loüis le Grandles honneurs
qui luy font deus. '': r.
Ils ont fait ériger un va(le
Maufoléc dans le grand vaisseau
de l'Eglise de S. François
decetteVille. Il paroissoitêtre
d'un beau marbreazur&blanc
doré dans tous ses ornemenrs.
Il estoit de cinquante-un pied
de haut, survingt-quatre de
base.
Quatre pieds d'estaux terminoient
les quatre angles d'un
grand socle & portoient chacun
une pyramide chargée de
flambeaux, seméed'unegrosse
fleur-de lys dorée;douze grandes
colomnes,le tiers avec un
demy relief doré & disposées
de trois en trois sur les angles
du socle, supportoient un entablement
quarré enrichi d'une
belle corniche char gée dans
ses quatre faces des Armes de
France en gros relief avec une
riche Couronne. De Itenrablcment
s'élevoit un grand dôme
octogone accompagnéde quatre
grandes Statuës qui tc-j
:
noient une Couronne, un Sceptre
,une Epée, uneBalance
, dorées;quatreAnges l'encensoir
à la main,& quatre grandes
urnes doréts occupoient
huit vuides du dôme;il étoit
terminé par une Mort qui paroissoit
avoir arraché plusieurs
tiges de fleurs de-lys d'une
plante ,excepté une, avec ces
mots:PluTlbus avulsis non d(ftcil
alter; & aux pieds de laMort
estoit un trophée d'armes. &
d'étendarts qu'elle souloit. Enfin
entre les douze colomnes
ont découvroit sous un pavillond'un
riche damas noir ouvert
par quatre endroits, un
magnifique cercuëil couvert
d'un tapis de velours noir en
broderie d'or. Deuxcarreaux
de même estoient posez sur le
devant chargez d'une Main de
Justice & d'un Sceptre doré
passez en fauroir & d'une riche
Couronne. Les quatre faces
estoient semées de fleurs-de-lys
& la premiereestoit occupée
par un grand Ecu de Franceen
gros relief doré avec la Couronne
demême; quatre pyramides
garnies de flambeaux
éclairoient le cercuëil & le desfous
de l'entablement.Tous
lesbords dusocle & des coraidhes,
les pyramides, tout le
dessus du dôme estoient couverts
de cire blanche, tous les
Autels&tout le contour du
dedans de l'Eglise en ettotenc
également chargez.
- On a osé entreprendre de
ttoceraux yeux duPublic quelques
traits de la vie dece Monarque
aussi respectable par sa
pieté éclatante envers Dieu,
qu'il sur grand devant les hommes
par ses actions inoüies.
Les soubassements du Mausoiée
representoient douze
grandes faces.
La première representoit le
Roy mettant la Couronnesur
la teste de deux Princes de son
Sang, l'un grand,& l'autreencore
Enfant, avec ces paroles t
Secundam Cm tertiam coronavit
generationem; & une Renommée
qui mettoit au Royune
Couronnede lauriers, avec ces
paroles:Fatis vita cejjit9sed[d;"
tnâ gesta manebunt. :
La seconde representoit la
Mort qui renverfoic aux pieds
du Roy plusieurs jeunes Princes,
avec ces paroles qui marquoienr
la confiance du Prophere
Job: Fihos dederat mihi
Domious, DominusMnlit*
;
La troisiéme representoit
un Soleil éteint surla fin de sa
cour se,&une grande Etoile
naissante vers ~l'Ouent, avec ces
paroles: Minor )fd non eriL
tmpar.
La quatriéme representoit
une Couronne,contre laquelle
plusieursmainstiroient de toutes
parts des flêches, avec ces
paroles: Mille, ad illamautem
nulla appropinquavit.
La cinquiéme representoit
un Phoenix qui se brûloit sur
un bucher, & un autre jeune
Phoenixau- dessusnaissantd'une
nuë,avec ces paroles:IA
dlterorevivifeam:
•*; JJ,:
La sixiéme representoitun
Hercule qui scioituneMontagne,
avecces paroles:Milta.
planos fecit.- - 1
La septiéme representoit
encore un Hercule, & d'un
côté deux Combattants,qui
aprés avoir jeetez leurs cpecs
en l'airs'embrassoient; de l'autre
deux Lyons affrontez chacun
avec un mord à la bouche
avec cesparoles:Cuello,solus
quifroenum posuit. - La neuviéme representoit
lesneuf Muses qui pleuroient
autour du Roy étendu &cou..
ronné de lauriers,avec ces pa.,
roles: MUftt! nosterobiit j4polio.
La dixiémerepresentoit un
Berger melancolique gardant
un grand Troupeau, avec ces
paroles:Fletemcoe Lodoicum extinctumflet?
cAffclloe.
-': La onziéme representoit
un. grand Aigle qui prenoit
l'effort vers l'Orient ,portant
un Livre des Evangiles à son
bec, accompagné d'une foule
d'Aiglons;&un autre de mèr
me qui voloit vers le Couchant,
avec ces paroles:Ab
gOrieentleiaud omccasum. misit Evan- tn t Evan.
La douzièmerepresentoit la
Mortqui retwerfon d'un seul
pied une grande Tour & une
Chaumicre :Æquopedepulsat
paupemm tabernas
,
RrgumfJ!lt
turres.,Í -
Toute l'Egliseestoittapisfée
de noir, &de part & dautre
les Tapisseries furent ornées
de douze grands Tableaux.
Le premier representoit le
Roy donnant la main au Roy
& à la Reine de la Grande Bretagne,
accompagnez duPrince
& de la Princesse de Galles, &
achevants de descendre d'un
Navire, avec ces paroles: Reges
Regno Patriaque passospif*
cepit befpitio.
Le second representoit le
Buste du Roy avec un Trident
au dessous , présidant à la
jonction de l'Océan & de la
Mer Méditerranée, qui après
avoir nv.fle leurs caux, alloient
arroser un grand Globe, avec
ces paroles: Nomenejus currit
sicunt unda per orbem.
Le troisiéme representoit
le Roy cuirasse, qui d'une main
ébranloit un arbre chargé de
Pommes d'or
, autour de
l'ar brc estoient representez
ks beaux Arts sous la figure
deFemmes qui travailloient à
divers ouvrages; une Renom.
mée mettant une Couronne de
lauriers sur la celle du Roy,
avec ces paroles: Non minus
ac armis,artibus astra petit.
, Le quatriéme representoit
un Hercule,assommant avec
sa massuël'Hydreà sept tcfics,
avec ces paroles: Hoerejim ex-
ItrpaVtt è regno.
Le cinquiéme representoit
lesAmb)(fadeursdeSiam&de
Pet se,offrant leurs Prcfcns au
Roy sur son Trosne,avec ces
paroles: Ab Oriente venerunt
ut 'tJidtret gloâam ejns*
"i Le sixtémerepresentoit le
Roy à l'entrée du College des
quatre Nations, & un grand
Trophée d'armes à sespieds,
avec ces paroles Puguuuit ut
David, adtficaitit utSalomon. ,,..
Le septiéme representoit le
Roy à costé de tHoRet des
Invalidesn & une Compagnie
d'Officiers qui y entroit, avec
ces paroles: Invalidisquoesivit solatium.
Le huitiéme representoit
une Foy voilée, couronnant
le Roy étendu à sespieds,avec
ces paroles: Vere meus hic sir
lius IrAt.
Le neuviéme representoit
le Roy tenant entre ses mains
nostre,jeune.Monarque qu'il
estroit à Dieu à l'entrée d'un
Tabernacle, avec ces paroles:
Unum.petit 4 Domino., ut si
fortis in fide pArentum» !
- Le dixiéme representoie
l'Espagne sous la figure d'une
Femme, donnant la main à la
France fous lafigure d'une
jeune Fille affligée, avec ces paroles:
Soron non deficiam.
Le onziéme representoit un
grandVafc chargé deFleursde
Lysflêtries & abattues
toutes autour du Vase, exceptc
cepté deux qui s'élevoient au
milieu, une passant au travers
d'une Couronne de France,
& l'autre au travers d'une
Couronne d'Espagne ;.'-un
Ange les arrofoit avec l'huile
de la Sainte Ampoule , avec
ces paroles: Darabunt in fudlvitatem
odoris.
Le douziéme representoit
un Phaëton couronné -de
France ,porté dans le Char
du Soleil semé de Fleurs-dc-
Lys; une nouvelle Etoile d'un
grand éclat luy marquait la
route qu'il devoit tenir, avec
ces paroles; Auredia. Régente
luce a via non aberrabo.
1 Le Chapitre de laCathédrale
vint chanter une grande
Mené en Musique; toutes les
Communautez Religieuses y
vinrent à leur tout, ensuite
les Prestres de l'Ordre de S.
François occuperent tous les
Autels de l'Egliseen unmême
temps, & le Service se commença
au bruit des cloches de
toutes les Eglises de la Ville
qui avoient déjàsonné dés la
veille pendant l'Office des
Morts qui fut chanté. L'Oraison
funèbre fut prononcée
enEspagnol:MleGouverneur,
le Chapitre, les Prélats des Ordres
Religieux & toute la Noblesse:
honorercnt cette Pompe
funebre de leur presences
Ce
-
furent là les marques
extérieuresd'une douleur trésintimede
la Nation Françoise,
qui pour estreéloignée de sa
Patile,n'enaestéqueplusvivemencamigeelEMe
puise toute
sa consolation dans le bonheur
de voir la précieufc vie du
Monarque que le Ciel luy a
reservé, entre les mains de
Spn Altesse Royale Monfeigneur
le Duc d'Orléans,dont
l'habileté
,
la prévoyance ÔC
le génie superieurreconnus de
tout l'Univers, sont desassurances
certaines que son regne
ne fera pas moins formidable,
heureux & glorieux que l'a
cfié. celuy du Grand Roy que
nous venons de perdre.
DESCRIPTION4 i
de la PomPt Funebre
deLamXIV. r
Le sieur Robin, chargé des
affaires du Coniulac de la Nation
Françoise
,
& les autres
Negocians François establis à
Cadix ,ont fait leurs efforts
pour rendre,à la mémoire de
Loüis le Grandles honneurs
qui luy font deus. '': r.
Ils ont fait ériger un va(le
Maufoléc dans le grand vaisseau
de l'Eglise de S. François
decetteVille. Il paroissoitêtre
d'un beau marbreazur&blanc
doré dans tous ses ornemenrs.
Il estoit de cinquante-un pied
de haut, survingt-quatre de
base.
Quatre pieds d'estaux terminoient
les quatre angles d'un
grand socle & portoient chacun
une pyramide chargée de
flambeaux, seméed'unegrosse
fleur-de lys dorée;douze grandes
colomnes,le tiers avec un
demy relief doré & disposées
de trois en trois sur les angles
du socle, supportoient un entablement
quarré enrichi d'une
belle corniche char gée dans
ses quatre faces des Armes de
France en gros relief avec une
riche Couronne. De Itenrablcment
s'élevoit un grand dôme
octogone accompagnéde quatre
grandes Statuës qui tc-j
:
noient une Couronne, un Sceptre
,une Epée, uneBalance
, dorées;quatreAnges l'encensoir
à la main,& quatre grandes
urnes doréts occupoient
huit vuides du dôme;il étoit
terminé par une Mort qui paroissoit
avoir arraché plusieurs
tiges de fleurs de-lys d'une
plante ,excepté une, avec ces
mots:PluTlbus avulsis non d(ftcil
alter; & aux pieds de laMort
estoit un trophée d'armes. &
d'étendarts qu'elle souloit. Enfin
entre les douze colomnes
ont découvroit sous un pavillond'un
riche damas noir ouvert
par quatre endroits, un
magnifique cercuëil couvert
d'un tapis de velours noir en
broderie d'or. Deuxcarreaux
de même estoient posez sur le
devant chargez d'une Main de
Justice & d'un Sceptre doré
passez en fauroir & d'une riche
Couronne. Les quatre faces
estoient semées de fleurs-de-lys
& la premiereestoit occupée
par un grand Ecu de Franceen
gros relief doré avec la Couronne
demême; quatre pyramides
garnies de flambeaux
éclairoient le cercuëil & le desfous
de l'entablement.Tous
lesbords dusocle & des coraidhes,
les pyramides, tout le
dessus du dôme estoient couverts
de cire blanche, tous les
Autels&tout le contour du
dedans de l'Eglise en ettotenc
également chargez.
- On a osé entreprendre de
ttoceraux yeux duPublic quelques
traits de la vie dece Monarque
aussi respectable par sa
pieté éclatante envers Dieu,
qu'il sur grand devant les hommes
par ses actions inoüies.
Les soubassements du Mausoiée
representoient douze
grandes faces.
La première representoit le
Roy mettant la Couronnesur
la teste de deux Princes de son
Sang, l'un grand,& l'autreencore
Enfant, avec ces paroles t
Secundam Cm tertiam coronavit
generationem; & une Renommée
qui mettoit au Royune
Couronnede lauriers, avec ces
paroles:Fatis vita cejjit9sed[d;"
tnâ gesta manebunt. :
La seconde representoit la
Mort qui renverfoic aux pieds
du Roy plusieurs jeunes Princes,
avec ces paroles qui marquoienr
la confiance du Prophere
Job: Fihos dederat mihi
Domious, DominusMnlit*
;
La troisiéme representoit
un Soleil éteint surla fin de sa
cour se,&une grande Etoile
naissante vers ~l'Ouent, avec ces
paroles: Minor )fd non eriL
tmpar.
La quatriéme representoit
une Couronne,contre laquelle
plusieursmainstiroient de toutes
parts des flêches, avec ces
paroles: Mille, ad illamautem
nulla appropinquavit.
La cinquiéme representoit
un Phoenix qui se brûloit sur
un bucher, & un autre jeune
Phoenixau- dessusnaissantd'une
nuë,avec ces paroles:IA
dlterorevivifeam:
•*; JJ,:
La sixiéme representoitun
Hercule qui scioituneMontagne,
avecces paroles:Milta.
planos fecit.- - 1
La septiéme representoit
encore un Hercule, & d'un
côté deux Combattants,qui
aprés avoir jeetez leurs cpecs
en l'airs'embrassoient; de l'autre
deux Lyons affrontez chacun
avec un mord à la bouche
avec cesparoles:Cuello,solus
quifroenum posuit. - La neuviéme representoit
lesneuf Muses qui pleuroient
autour du Roy étendu &cou..
ronné de lauriers,avec ces pa.,
roles: MUftt! nosterobiit j4polio.
La dixiémerepresentoit un
Berger melancolique gardant
un grand Troupeau, avec ces
paroles:Fletemcoe Lodoicum extinctumflet?
cAffclloe.
-': La onziéme representoit
un. grand Aigle qui prenoit
l'effort vers l'Orient ,portant
un Livre des Evangiles à son
bec, accompagné d'une foule
d'Aiglons;&un autre de mèr
me qui voloit vers le Couchant,
avec ces paroles:Ab
gOrieentleiaud omccasum. misit Evan- tn t Evan.
La douzièmerepresentoit la
Mortqui retwerfon d'un seul
pied une grande Tour & une
Chaumicre :Æquopedepulsat
paupemm tabernas
,
RrgumfJ!lt
turres.,Í -
Toute l'Egliseestoittapisfée
de noir, &de part & dautre
les Tapisseries furent ornées
de douze grands Tableaux.
Le premier representoit le
Roy donnant la main au Roy
& à la Reine de la Grande Bretagne,
accompagnez duPrince
& de la Princesse de Galles, &
achevants de descendre d'un
Navire, avec ces paroles: Reges
Regno Patriaque passospif*
cepit befpitio.
Le second representoit le
Buste du Roy avec un Trident
au dessous , présidant à la
jonction de l'Océan & de la
Mer Méditerranée, qui après
avoir nv.fle leurs caux, alloient
arroser un grand Globe, avec
ces paroles: Nomenejus currit
sicunt unda per orbem.
Le troisiéme representoit
le Roy cuirasse, qui d'une main
ébranloit un arbre chargé de
Pommes d'or
, autour de
l'ar brc estoient representez
ks beaux Arts sous la figure
deFemmes qui travailloient à
divers ouvrages; une Renom.
mée mettant une Couronne de
lauriers sur la celle du Roy,
avec ces paroles: Non minus
ac armis,artibus astra petit.
, Le quatriéme representoit
un Hercule,assommant avec
sa massuël'Hydreà sept tcfics,
avec ces paroles: Hoerejim ex-
ItrpaVtt è regno.
Le cinquiéme representoit
lesAmb)(fadeursdeSiam&de
Pet se,offrant leurs Prcfcns au
Roy sur son Trosne,avec ces
paroles: Ab Oriente venerunt
ut 'tJidtret gloâam ejns*
"i Le sixtémerepresentoit le
Roy à l'entrée du College des
quatre Nations, & un grand
Trophée d'armes à sespieds,
avec ces paroles Puguuuit ut
David, adtficaitit utSalomon. ,,..
Le septiéme representoit le
Roy à costé de tHoRet des
Invalidesn & une Compagnie
d'Officiers qui y entroit, avec
ces paroles: Invalidisquoesivit solatium.
Le huitiéme representoit
une Foy voilée, couronnant
le Roy étendu à sespieds,avec
ces paroles: Vere meus hic sir
lius IrAt.
Le neuviéme representoit
le Roy tenant entre ses mains
nostre,jeune.Monarque qu'il
estroit à Dieu à l'entrée d'un
Tabernacle, avec ces paroles:
Unum.petit 4 Domino., ut si
fortis in fide pArentum» !
- Le dixiéme representoie
l'Espagne sous la figure d'une
Femme, donnant la main à la
France fous lafigure d'une
jeune Fille affligée, avec ces paroles:
Soron non deficiam.
Le onziéme representoit un
grandVafc chargé deFleursde
Lysflêtries & abattues
toutes autour du Vase, exceptc
cepté deux qui s'élevoient au
milieu, une passant au travers
d'une Couronne de France,
& l'autre au travers d'une
Couronne d'Espagne ;.'-un
Ange les arrofoit avec l'huile
de la Sainte Ampoule , avec
ces paroles: Darabunt in fudlvitatem
odoris.
Le douziéme representoit
un Phaëton couronné -de
France ,porté dans le Char
du Soleil semé de Fleurs-dc-
Lys; une nouvelle Etoile d'un
grand éclat luy marquait la
route qu'il devoit tenir, avec
ces paroles; Auredia. Régente
luce a via non aberrabo.
1 Le Chapitre de laCathédrale
vint chanter une grande
Mené en Musique; toutes les
Communautez Religieuses y
vinrent à leur tout, ensuite
les Prestres de l'Ordre de S.
François occuperent tous les
Autels de l'Egliseen unmême
temps, & le Service se commença
au bruit des cloches de
toutes les Eglises de la Ville
qui avoient déjàsonné dés la
veille pendant l'Office des
Morts qui fut chanté. L'Oraison
funèbre fut prononcée
enEspagnol:MleGouverneur,
le Chapitre, les Prélats des Ordres
Religieux & toute la Noblesse:
honorercnt cette Pompe
funebre de leur presences
Ce
-
furent là les marques
extérieuresd'une douleur trésintimede
la Nation Françoise,
qui pour estreéloignée de sa
Patile,n'enaestéqueplusvivemencamigeelEMe
puise toute
sa consolation dans le bonheur
de voir la précieufc vie du
Monarque que le Ciel luy a
reservé, entre les mains de
Spn Altesse Royale Monfeigneur
le Duc d'Orléans,dont
l'habileté
,
la prévoyance ÔC
le génie superieurreconnus de
tout l'Univers, sont desassurances
certaines que son regne
ne fera pas moins formidable,
heureux & glorieux que l'a
cfié. celuy du Grand Roy que
nous venons de perdre.
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490
p. 141-150
D'Ecosse, [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres Lettres d'Ecosse ne portoient rien de remarquable [...]
Mots clefs :
Seigneurs, Requête, Roi, Voix, Chambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Ecosse, [titre d'après la table]
Les dernieres Lettres d'E
cosse ne pottoient ricn deremarquable,
sinon que les
Troupes du Royavoient fait
un nombre considerable de
prisonniers sur les Mécontents,
parmi lesquels il yavoit
plusieurs Officiers Irlandois
-, Anglois,& merne quelques
François.
Onmande de Londres du
deux de ce mois, que le pre
mier
,
le Royenvoya ordre
au Gouverneur de la Tour
, de livrer les six Seigneurscondamnez
entre les mains des
Scherifs, qui receurenten même
temps l'ordrede les faire
executer le sept sur la Place
l-,
prés de la Tour, le Régiment
des Gardes Cavalerie
, commandé
par le Duc d'Agyle,
& desdétachementsdes Gardes
à pied, & à cheval devoient
estre fous les armes au lieu de
l'execution pour empêcher la
populace de se soulever. Le
Dirécteur de l'échafaut avoir
déjareceu ordre d'en faire un
sur lequelily eût six billots,
pour couper la tête aux six
Seigneurs en même temps.
Les Lettres de Londres du 6.
ne font mention que des adresses
presentées au Roy & des
remerciements qu'il a fait aux
Chambres, &c. Le 5.les Communcs
lurenr pour la troisiéme
fois le Bill pour punir les mutins,
&c. & M. Pultney, Secretaire
d'Etat fut dépêché
pour le porter aux Seigneurs,
ensuite lesDames Epouses des
Seigneurs condamnezaccompagnées
d'autres Dames du
premier rang, se presenterent
à la Barre avec une Requeste ,
pour Supplier la Chambre de
vouloir interceder auprès du
Roy,& le prier d'accorder à
leurs époux un repir Cette
Requeste ayant esté prise par
un
un Membre pour en faire la le-
Ctute,M.Walpoi proposade
s'ajourner pour quelquesjours;
il fut secondé par pluficurs
Membres qui ne vouloient pas
nonplus entendre parler de ré
pic , disant que cesaffaires ne
passoient pas presentement,&
que laChambre devoit s'ajourner;
mais ceux qui estoient d'opinion
délibercrent, fut cette
Requeste
)
& representerent
¡,'lue cette affaire estoit de si
grandeimportance, qu'elle
meritoit bien l'attention de la
Chambre ; ils proposerent
>
d'ordonner que la Icâurc en
seroit faite pour dekberetfut
ce sujet ;mais contrela premiere
proposition cftok pour
s'ajourner
, jon délibéra sur
cela
, ce qui donna lieu:à-de
grands débats PQl)r& contre ;
mais enfin, à laoplurpluéde
161. voix tt contre^ijj. la
question passa à IJffillnatjve
& la Chambre, s'ajourna la'
huitaine,croyant qu'avant cc
temps-la l'ececution des six
Seigneurs seroit ; faite; mais
,ccsDansesayantprefentéune pareilleRequêteauxSeigneurs,
elle fut receuë, & la lecture
en ayant este faite ,onmit en
,
délibération
,
sçavoir si on
priveroit le Roy de vouloir accorder
un répit aux six Seigneurs
condamnez; il y eût
surce sujet de grands débats
& plusieurs beaux discours
faitspour contre;mais enfin
par la pluralité de dix voix
l'affirmative l'emporta, & on
résolut de presencer uneAdresseau
Roy pour cela. Ensuite
le Lord Stanford proposas'il
: ne seroit pas à propos de limiter
le temps, que le Roy devoit
accorder à ces criminels
dans cette adresse ,& ledébat
recommença ; d'un cossé on
soûtenoit qu'on ne devoit pas
limiter le temps; mais qu'il falloit
laissercela à la volonté du
Roy & les autres soutenoient
qu'il falloit le limiterparer que
le Roy pourroit accorder un
telrépit,que ICI jugementcontrecescriminels
ne feroit pas
executé. Enfin il sur résolu
que le temps seroit limité pour
un mois Le Roy pre":
voyant que dans le Conseil &
le Parlement,les opinions sont
partagées sur la question sçavoir
si le Roy est en droit d'accorder
grace aux six Seigneurs
condamnez, S. M. aremis
cetrarjàfïauc au ParlêfrVent &
ditàMadama de Dcrw'-e
jvatccr :Madame 9jefuisfâ-
,hé Je re érÁJ
,
uche.Jenaîtreérut, aAcclrkerjjffîl'%{--''VV(oMu$$ -.rlellUn,t..8-.- -- Il est certain que le Prince
de Galles a donné sa voix en
efyeur des Condamnez, & bien
des gens ont cru que cesSeigneurs
ne feroitntpastraitez
àlarigueur.
: Le General Gordon sest
retiré dansles montagnes avec
zooo. hommes d'Infanterie
, 1 & les 500. chevaux qui s'étoientséparez
de ce General
continuoient le long de la
CoLtcA beaucoup des princi
paux rebelles venoient se COLI-C:
mettre.
cosse ne pottoient ricn deremarquable,
sinon que les
Troupes du Royavoient fait
un nombre considerable de
prisonniers sur les Mécontents,
parmi lesquels il yavoit
plusieurs Officiers Irlandois
-, Anglois,& merne quelques
François.
Onmande de Londres du
deux de ce mois, que le pre
mier
,
le Royenvoya ordre
au Gouverneur de la Tour
, de livrer les six Seigneurscondamnez
entre les mains des
Scherifs, qui receurenten même
temps l'ordrede les faire
executer le sept sur la Place
l-,
prés de la Tour, le Régiment
des Gardes Cavalerie
, commandé
par le Duc d'Agyle,
& desdétachementsdes Gardes
à pied, & à cheval devoient
estre fous les armes au lieu de
l'execution pour empêcher la
populace de se soulever. Le
Dirécteur de l'échafaut avoir
déjareceu ordre d'en faire un
sur lequelily eût six billots,
pour couper la tête aux six
Seigneurs en même temps.
Les Lettres de Londres du 6.
ne font mention que des adresses
presentées au Roy & des
remerciements qu'il a fait aux
Chambres, &c. Le 5.les Communcs
lurenr pour la troisiéme
fois le Bill pour punir les mutins,
&c. & M. Pultney, Secretaire
d'Etat fut dépêché
pour le porter aux Seigneurs,
ensuite lesDames Epouses des
Seigneurs condamnezaccompagnées
d'autres Dames du
premier rang, se presenterent
à la Barre avec une Requeste ,
pour Supplier la Chambre de
vouloir interceder auprès du
Roy,& le prier d'accorder à
leurs époux un repir Cette
Requeste ayant esté prise par
un
un Membre pour en faire la le-
Ctute,M.Walpoi proposade
s'ajourner pour quelquesjours;
il fut secondé par pluficurs
Membres qui ne vouloient pas
nonplus entendre parler de ré
pic , disant que cesaffaires ne
passoient pas presentement,&
que laChambre devoit s'ajourner;
mais ceux qui estoient d'opinion
délibercrent, fut cette
Requeste
)
& representerent
¡,'lue cette affaire estoit de si
grandeimportance, qu'elle
meritoit bien l'attention de la
Chambre ; ils proposerent
>
d'ordonner que la Icâurc en
seroit faite pour dekberetfut
ce sujet ;mais contrela premiere
proposition cftok pour
s'ajourner
, jon délibéra sur
cela
, ce qui donna lieu:à-de
grands débats PQl)r& contre ;
mais enfin, à laoplurpluéde
161. voix tt contre^ijj. la
question passa à IJffillnatjve
& la Chambre, s'ajourna la'
huitaine,croyant qu'avant cc
temps-la l'ececution des six
Seigneurs seroit ; faite; mais
,ccsDansesayantprefentéune pareilleRequêteauxSeigneurs,
elle fut receuë, & la lecture
en ayant este faite ,onmit en
,
délibération
,
sçavoir si on
priveroit le Roy de vouloir accorder
un répit aux six Seigneurs
condamnez; il y eût
surce sujet de grands débats
& plusieurs beaux discours
faitspour contre;mais enfin
par la pluralité de dix voix
l'affirmative l'emporta, & on
résolut de presencer uneAdresseau
Roy pour cela. Ensuite
le Lord Stanford proposas'il
: ne seroit pas à propos de limiter
le temps, que le Roy devoit
accorder à ces criminels
dans cette adresse ,& ledébat
recommença ; d'un cossé on
soûtenoit qu'on ne devoit pas
limiter le temps; mais qu'il falloit
laissercela à la volonté du
Roy & les autres soutenoient
qu'il falloit le limiterparer que
le Roy pourroit accorder un
telrépit,que ICI jugementcontrecescriminels
ne feroit pas
executé. Enfin il sur résolu
que le temps seroit limité pour
un mois Le Roy pre":
voyant que dans le Conseil &
le Parlement,les opinions sont
partagées sur la question sçavoir
si le Roy est en droit d'accorder
grace aux six Seigneurs
condamnez, S. M. aremis
cetrarjàfïauc au ParlêfrVent &
ditàMadama de Dcrw'-e
jvatccr :Madame 9jefuisfâ-
,hé Je re érÁJ
,
uche.Jenaîtreérut, aAcclrkerjjffîl'%{--''VV(oMu$$ -.rlellUn,t..8-.- -- Il est certain que le Prince
de Galles a donné sa voix en
efyeur des Condamnez, & bien
des gens ont cru que cesSeigneurs
ne feroitntpastraitez
àlarigueur.
: Le General Gordon sest
retiré dansles montagnes avec
zooo. hommes d'Infanterie
, 1 & les 500. chevaux qui s'étoientséparez
de ce General
continuoient le long de la
CoLtcA beaucoup des princi
paux rebelles venoient se COLI-C:
mettre.
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491
p. 150-168
De Londres, [titre d'après la table]
Début :
On mande de Londres du 12. de ce mois qu'on y avoit receu [...]
Mots clefs :
Roi, Seigneurs, Comte, Femme, Gardes, Lettres, Corps, Échafaud, Vie, Derwentwater, Vicomte, Officier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, [titre d'après la table]
On mande de Londres du iz
de ce mois qu'on y avoit receu
des Lettres de L sbonne du 14.
Février par lesquellesonavoit
appris que le Tribunal de l'Inquisition
s'estantassembléà
Ibora
,
avoit condamné à
mort soixante personnes, dont
la pluspart estoient Juifs, qu'-
on devoit aussi s'assembler en
cette Cour pour juger plusieurs
personnes accusées d'être
heretiques; que le Roy de
Portugal avoit remis le voyage
qu'il avoit rcfolu de faire
au Printemps prochain dans
plusieurs Cours de l'Europe,
a un autre temps; qu on y avoit
aussi reccu avis de Cadix
que le Capitaine Paddon qu'-
on avoit envoyé auprés du
Roy de Maroc pour y negocier
la Pux avec la grande Bretagne,
n'avoit pasréüssi;qu'on
y avoit encore receu avis que
les Bar bares bâtissoient dans
tous leurs Ports, des Vaissteauix
poeur piranter sursles Ch.rê- Ces mêmes Lettres de Londresajoutent
que les Membres
duCollege de Dublin avoient
procedez à l'élection d'un
Chancelier à la place du Duc
d'Ormond qui est en France,
& qu'onavoit mis en sa place
le Prince de Galles; qu'ony
avo receu des Lettres d'E.t
dimbourg du 3. de ce mois,
qui portent qu'on y avoit eu
avis d Yvernesse,que le Marquis
de Huntley & le Lord
Rollo avoient écrit des Lettres
au Comte de Surherland,par
lesquellesilsoff oient de se soûmettre
avec leurs Vassaux à la
clemence du Roy, mais que le
Comte - de Sutherland leur
avoit demandé aussi bien qu'-
u: Comte de Seaford
,
de se
remettre entre ses mains, jusqua
ce qu'il eut receu les ordres
de la Cour , ce qu'ils avoient
rcfufé
,
disant qu'ils
vouloient auparavant estreassurez
de leur pardon, & s'étoient
retirez dans les montagnes
: cependant ils avoient livré
leurs Chasteaux entre les
>
mainsdes Trotipes du Roy,&
avoient congédiezleurs forces
avec ordre de se retirer chez
eux. Le Comte Maréchallavec
la Cavalerie des Mécontents
avoic joint le General ordon
dans les montagnes,ou Il s'étoit
retiré avec les Clans; où
on dit qu'ils fonr plus de trois
mille hommes dans le dcflfeiti
àce qu'oncroit, de fc faite
acheter, comme ils firent du
temps du Roy Guillaume, qui
leur VOIt. accordé unepenfionannucllc
de quatre mille
livres ster lin,pour mettre bas
les armes, mais qu'il y avoit
apparence qu'ils ne riiïflir dienc
pas, la conjoncture presente
des affaires du Roy ne leur
estant pas si favorable qu'elle
Testoit alors, à cause que le
Roy Guillaume estoit obligé
de soûtenirla guerre en Irlande
& en Flandres,ayant besoin
de ses Troupes.
Le Comte de Nottingham
s'estdémis de la Charge de
President duConseil
,
le Comte
de Aylesford son frere
,
de
celle de Chancelier de Lancaftet
, & le Lord Guernsey
son fils,de celle de Garde des
Joyaux de la Couronne. Le
sujet de leur disgrace vient de
ce que ces deux Seigneurs ont
toûjours esté dans le parti des
Torris
, ce qu'ils avoient fait
connoîcre lorsque les Seigneurs
condamnez presenterent
Requeste à laChambre
des Seigneurs pour les prier
d'interceder auprès du Royen
leurfaveur
, en faisantmême
des discours par lesquels ils
prouvèrent qu'il n'y avoir au."
cune Loy qui orac au Roy le
pouvoir de faire grâce à un
criminellors qu'il estoit condamné.
< Le Roy a démis le Lord
Dundonnel de la Charge de
Capitaine de la quatrième
Compagnie des Gardes du
Corps Escossoises, auquel il a
fait donner dix mille livres
sterlin pour lerembourser,
voutant enfaire present au
Comte de Suthcrland pÓUfle
recompenser de ses bons services
contre les Mécontents, &
on dit même qu'il luy a écrit
une Lettre sur ce sujet.
-
Enfin pendant quelques
jours on a esté fort intrigue
pour sçavoir la destinéedes 11x
Seigneurs condamnez;ce ne
fut que Vendredy dernier au
matin qu'on fut informé de
leur fort,qu'un grosdétachement
des Gardes à pied, des
Grenadiers àcheval & des
Compagnies des Gardes du
Corps alla sur la place prés de
JaTQurJ où l'échaffaut eftoic;
dresse
, pour assistier à l'execution
du Comte de Derwcentwatter,
du Vicomte de Kenmure,
&du Comte Nitsdale.
Ce Détachement forma trois
cercles à l'entour de Péchafaud
; le premier estoit des
Gar desà pied, le second des
Gar des du Corps,& letroisiéme
dei Grenadiers à Cheval.
Sur les onze heures on amena
le Comte de Derwentwatter
dans un carrosse à la place de
l'execution , & l'ayant fait
monter, sur, l'échafaud il parla
quelque tems, &ayant leu un
écritete remu entre les mains
du Scherif
, en lue. disantde
prenne bien garde, en le rendanr
public,d'yajouter ou diminuer
quelque chose
, parce
qu'il en avoir donné un templableàune
per sonnedeconfiance,
qui nemanqueroiot pas
de les confronter; & après
avoit eite pendant quelque
tems en priere il se mit luymême
sur le billot, & il fut décapité
au premier coup de hache
que leBourreauluy donna.
Ensuiteonrojrna le Vicomte
de Kenmure qui monta fore
hardiment sur l'échafaud
,
ik
on peut dire deceluy-cy qu'il
mourutavec toute la fermetéduplus
grandHeros.Lorsqutil,
sur sur l'échafaud leSeherifluy
demanda s'il avoit quelque
chpfc-aJitc ajoutant qu'ille
pouvoit faire; mais ceSeigneur
luy répondit avec une grande
fermeté, je ne fuis pas ici pour
parler,nîait pour mourir;il
fut exhortépar deux Minis- !r tres &' parut mourir fort resigné
& fort repentant;il em-î.
brassa plusieurs de ses amis qui
estoient ;sur l'échafaud en leur
disant adieu ; mais particulierement
à un de les fils qu'il
baisa
baisa plusieurs fois *, auquel il
donna de sa main sur l'épaule,
& se mit surle-billotoùle
Bourreau luy emporta la teste
en deux coups de hache, & la
montra aux spectateurs,comme
il avoir fait de celle du
Comte deDerwencwatccr,en
criant voicy la tested'un traître
; mais il ne donna point d'écric
au Scherif. Le troisième
qui devoit estre exécuté estoit leComte de Nithisdale, mais
le soir auparavant Madame sa
femme avec deux autres femmes
qui e stoient allées le voir
dans sa chambre dans la Tour
ayantdescapottes, l'babille
rent en femme, & luy donnerent
une capotte ,
& le firent
sauver entre les sept & huit
heures du soir; les Gardes s'en
apperçûrent quelque- tempsi
après, mais il estoit hors de la
Tour, & les femmes aussi, ex-i
cepté Madame sa femme,quE
dit à l'Officier qu'on pouvoit
faire d'elle ce qu'on voudroit,
l'Officier fit arrester les deux
Gardes qui estoient commis à
la garde du Prisonnier, &envoya
en avertir le Roy, qui
envoya aussitost ordre par un
Officier de doubler les Gardes
de tous les Prisonniers ,& de
les tenir plus serrez;depuison
ne laisse pas entrer dans l'enceinte
de la Tour aucun carrosse,
ni aucune femme avec
des capottes; les trois autres
Seigneurs condamnez ont un
répit , les uns disent jusqu'à
Vendredy
,
& les autres jusqu'au
Mercredy septiéme du
prochain mois.
On a depuis trouvé dans
la poche du Lord Kenmure,
copie d'une Lettre qu'il doit
avoir écrit au Prétendant, par
laquelleilluy marqueentr'autres
chosesqu'iln'estpasfâche
de mourir pour sonservice
mais qu'il auroit souhaités
avantcela dele voir sur le
Tr ône de ses ancesres&le
pried'avoir foin de sa femme,
& desesenfans,&c.
Voici ce que contient en
substance l'écrit que leComte
de Derwentwatter remit sur
l'échafaut aux Scherifs ; que
devant paroistre dans peu de
minutes devant le Tribunal
de Dieu, il demandoit pardon
de tous ses péchez & esperoit
d'y trouver grace; il demandoit
pardon àtousceuxqu'il
avoit pû scandaliser , en Ce
consessant coupable dans son
jugement, ce qu'il n'avoit
fait qu'à la persuasion de certaines
personnes;mais qu'il
reconnoissoit qu'il avoit en
cela violé sa fidélité
,
n'ayant
jamais reconnu d'autre Roy
légitime que le Roy Jacques
HT. qu'ilavoir esté dés son
enfance d'inclination à le
servir ,y estant porté par un
amour naturel pour sa per sonne
,
le connoissant capable de
rendre son Peuple heureux &
y estant obligé par les Loix divines
& humaines;qu'on luy
avoir proposé des moyens de
sauver sa vie ,
mais qu'il les
avoit rejetté comme incompatiblesà
l'honneur&à la conscience,
preferant de mourir de
toutes fortes demorts,plûtôt
que de faire une action lâche
& indigne, qu'il auroit souhaité
que la perte de sa vie eût
pû contribuer au service de
son Roy & de sa Patrie,& au
rétablissement de l'ancienne&
fondamentale Constitution de
ses Royaumes,sans quoy ils
ne pourront jamais avoir de.
paix durable & de veritable
bonheur; qu'il prioit Dietf
d'accorder ce bonheur à sa
chere Patrie, & d'accepter sa
vie comme un sacrifice qu'il
luy en faisoir
,
qu'il mouroit
Catholique Romain, pardonnant
même à ceux du Gouvcrnement
presenrquiavoient le
plus contribué à samo rt.
!
Etparapostille.
Que si le Prince qui gouverne
aujourd'huy ,luy avoit
donné la vie, il se seroit -cru
obligé dene jamais plus prendre
les armes contre luy.
Les corps deces Seigneurs
ont esté embaumez ,celuy du
Comte de Derwentwatter est
party pour d'imon dans laProvince
de Northumberland
pour y estre inhumé dans le
Tombeau de ses Anc-cflrcse&
celuy du Vicomte de Kenmure
cft aussiparty pour l'Ecosse
de ce mois qu'on y avoit receu
des Lettres de L sbonne du 14.
Février par lesquellesonavoit
appris que le Tribunal de l'Inquisition
s'estantassembléà
Ibora
,
avoit condamné à
mort soixante personnes, dont
la pluspart estoient Juifs, qu'-
on devoit aussi s'assembler en
cette Cour pour juger plusieurs
personnes accusées d'être
heretiques; que le Roy de
Portugal avoit remis le voyage
qu'il avoit rcfolu de faire
au Printemps prochain dans
plusieurs Cours de l'Europe,
a un autre temps; qu on y avoit
aussi reccu avis de Cadix
que le Capitaine Paddon qu'-
on avoit envoyé auprés du
Roy de Maroc pour y negocier
la Pux avec la grande Bretagne,
n'avoit pasréüssi;qu'on
y avoit encore receu avis que
les Bar bares bâtissoient dans
tous leurs Ports, des Vaissteauix
poeur piranter sursles Ch.rê- Ces mêmes Lettres de Londresajoutent
que les Membres
duCollege de Dublin avoient
procedez à l'élection d'un
Chancelier à la place du Duc
d'Ormond qui est en France,
& qu'onavoit mis en sa place
le Prince de Galles; qu'ony
avo receu des Lettres d'E.t
dimbourg du 3. de ce mois,
qui portent qu'on y avoit eu
avis d Yvernesse,que le Marquis
de Huntley & le Lord
Rollo avoient écrit des Lettres
au Comte de Surherland,par
lesquellesilsoff oient de se soûmettre
avec leurs Vassaux à la
clemence du Roy, mais que le
Comte - de Sutherland leur
avoit demandé aussi bien qu'-
u: Comte de Seaford
,
de se
remettre entre ses mains, jusqua
ce qu'il eut receu les ordres
de la Cour , ce qu'ils avoient
rcfufé
,
disant qu'ils
vouloient auparavant estreassurez
de leur pardon, & s'étoient
retirez dans les montagnes
: cependant ils avoient livré
leurs Chasteaux entre les
>
mainsdes Trotipes du Roy,&
avoient congédiezleurs forces
avec ordre de se retirer chez
eux. Le Comte Maréchallavec
la Cavalerie des Mécontents
avoic joint le General ordon
dans les montagnes,ou Il s'étoit
retiré avec les Clans; où
on dit qu'ils fonr plus de trois
mille hommes dans le dcflfeiti
àce qu'oncroit, de fc faite
acheter, comme ils firent du
temps du Roy Guillaume, qui
leur VOIt. accordé unepenfionannucllc
de quatre mille
livres ster lin,pour mettre bas
les armes, mais qu'il y avoit
apparence qu'ils ne riiïflir dienc
pas, la conjoncture presente
des affaires du Roy ne leur
estant pas si favorable qu'elle
Testoit alors, à cause que le
Roy Guillaume estoit obligé
de soûtenirla guerre en Irlande
& en Flandres,ayant besoin
de ses Troupes.
Le Comte de Nottingham
s'estdémis de la Charge de
President duConseil
,
le Comte
de Aylesford son frere
,
de
celle de Chancelier de Lancaftet
, & le Lord Guernsey
son fils,de celle de Garde des
Joyaux de la Couronne. Le
sujet de leur disgrace vient de
ce que ces deux Seigneurs ont
toûjours esté dans le parti des
Torris
, ce qu'ils avoient fait
connoîcre lorsque les Seigneurs
condamnez presenterent
Requeste à laChambre
des Seigneurs pour les prier
d'interceder auprès du Royen
leurfaveur
, en faisantmême
des discours par lesquels ils
prouvèrent qu'il n'y avoir au."
cune Loy qui orac au Roy le
pouvoir de faire grâce à un
criminellors qu'il estoit condamné.
< Le Roy a démis le Lord
Dundonnel de la Charge de
Capitaine de la quatrième
Compagnie des Gardes du
Corps Escossoises, auquel il a
fait donner dix mille livres
sterlin pour lerembourser,
voutant enfaire present au
Comte de Suthcrland pÓUfle
recompenser de ses bons services
contre les Mécontents, &
on dit même qu'il luy a écrit
une Lettre sur ce sujet.
-
Enfin pendant quelques
jours on a esté fort intrigue
pour sçavoir la destinéedes 11x
Seigneurs condamnez;ce ne
fut que Vendredy dernier au
matin qu'on fut informé de
leur fort,qu'un grosdétachement
des Gardes à pied, des
Grenadiers àcheval & des
Compagnies des Gardes du
Corps alla sur la place prés de
JaTQurJ où l'échaffaut eftoic;
dresse
, pour assistier à l'execution
du Comte de Derwcentwatter,
du Vicomte de Kenmure,
&du Comte Nitsdale.
Ce Détachement forma trois
cercles à l'entour de Péchafaud
; le premier estoit des
Gar desà pied, le second des
Gar des du Corps,& letroisiéme
dei Grenadiers à Cheval.
Sur les onze heures on amena
le Comte de Derwentwatter
dans un carrosse à la place de
l'execution , & l'ayant fait
monter, sur, l'échafaud il parla
quelque tems, &ayant leu un
écritete remu entre les mains
du Scherif
, en lue. disantde
prenne bien garde, en le rendanr
public,d'yajouter ou diminuer
quelque chose
, parce
qu'il en avoir donné un templableàune
per sonnedeconfiance,
qui nemanqueroiot pas
de les confronter; & après
avoit eite pendant quelque
tems en priere il se mit luymême
sur le billot, & il fut décapité
au premier coup de hache
que leBourreauluy donna.
Ensuiteonrojrna le Vicomte
de Kenmure qui monta fore
hardiment sur l'échafaud
,
ik
on peut dire deceluy-cy qu'il
mourutavec toute la fermetéduplus
grandHeros.Lorsqutil,
sur sur l'échafaud leSeherifluy
demanda s'il avoit quelque
chpfc-aJitc ajoutant qu'ille
pouvoit faire; mais ceSeigneur
luy répondit avec une grande
fermeté, je ne fuis pas ici pour
parler,nîait pour mourir;il
fut exhortépar deux Minis- !r tres &' parut mourir fort resigné
& fort repentant;il em-î.
brassa plusieurs de ses amis qui
estoient ;sur l'échafaud en leur
disant adieu ; mais particulierement
à un de les fils qu'il
baisa
baisa plusieurs fois *, auquel il
donna de sa main sur l'épaule,
& se mit surle-billotoùle
Bourreau luy emporta la teste
en deux coups de hache, & la
montra aux spectateurs,comme
il avoir fait de celle du
Comte deDerwencwatccr,en
criant voicy la tested'un traître
; mais il ne donna point d'écric
au Scherif. Le troisième
qui devoit estre exécuté estoit leComte de Nithisdale, mais
le soir auparavant Madame sa
femme avec deux autres femmes
qui e stoient allées le voir
dans sa chambre dans la Tour
ayantdescapottes, l'babille
rent en femme, & luy donnerent
une capotte ,
& le firent
sauver entre les sept & huit
heures du soir; les Gardes s'en
apperçûrent quelque- tempsi
après, mais il estoit hors de la
Tour, & les femmes aussi, ex-i
cepté Madame sa femme,quE
dit à l'Officier qu'on pouvoit
faire d'elle ce qu'on voudroit,
l'Officier fit arrester les deux
Gardes qui estoient commis à
la garde du Prisonnier, &envoya
en avertir le Roy, qui
envoya aussitost ordre par un
Officier de doubler les Gardes
de tous les Prisonniers ,& de
les tenir plus serrez;depuison
ne laisse pas entrer dans l'enceinte
de la Tour aucun carrosse,
ni aucune femme avec
des capottes; les trois autres
Seigneurs condamnez ont un
répit , les uns disent jusqu'à
Vendredy
,
& les autres jusqu'au
Mercredy septiéme du
prochain mois.
On a depuis trouvé dans
la poche du Lord Kenmure,
copie d'une Lettre qu'il doit
avoir écrit au Prétendant, par
laquelleilluy marqueentr'autres
chosesqu'iln'estpasfâche
de mourir pour sonservice
mais qu'il auroit souhaités
avantcela dele voir sur le
Tr ône de ses ancesres&le
pried'avoir foin de sa femme,
& desesenfans,&c.
Voici ce que contient en
substance l'écrit que leComte
de Derwentwatter remit sur
l'échafaut aux Scherifs ; que
devant paroistre dans peu de
minutes devant le Tribunal
de Dieu, il demandoit pardon
de tous ses péchez & esperoit
d'y trouver grace; il demandoit
pardon àtousceuxqu'il
avoit pû scandaliser , en Ce
consessant coupable dans son
jugement, ce qu'il n'avoit
fait qu'à la persuasion de certaines
personnes;mais qu'il
reconnoissoit qu'il avoit en
cela violé sa fidélité
,
n'ayant
jamais reconnu d'autre Roy
légitime que le Roy Jacques
HT. qu'ilavoir esté dés son
enfance d'inclination à le
servir ,y estant porté par un
amour naturel pour sa per sonne
,
le connoissant capable de
rendre son Peuple heureux &
y estant obligé par les Loix divines
& humaines;qu'on luy
avoir proposé des moyens de
sauver sa vie ,
mais qu'il les
avoit rejetté comme incompatiblesà
l'honneur&à la conscience,
preferant de mourir de
toutes fortes demorts,plûtôt
que de faire une action lâche
& indigne, qu'il auroit souhaité
que la perte de sa vie eût
pû contribuer au service de
son Roy & de sa Patrie,& au
rétablissement de l'ancienne&
fondamentale Constitution de
ses Royaumes,sans quoy ils
ne pourront jamais avoir de.
paix durable & de veritable
bonheur; qu'il prioit Dietf
d'accorder ce bonheur à sa
chere Patrie, & d'accepter sa
vie comme un sacrifice qu'il
luy en faisoir
,
qu'il mouroit
Catholique Romain, pardonnant
même à ceux du Gouvcrnement
presenrquiavoient le
plus contribué à samo rt.
!
Etparapostille.
Que si le Prince qui gouverne
aujourd'huy ,luy avoit
donné la vie, il se seroit -cru
obligé dene jamais plus prendre
les armes contre luy.
Les corps deces Seigneurs
ont esté embaumez ,celuy du
Comte de Derwentwatter est
party pour d'imon dans laProvince
de Northumberland
pour y estre inhumé dans le
Tombeau de ses Anc-cflrcse&
celuy du Vicomte de Kenmure
cft aussiparty pour l'Ecosse
Fermer
492
p. 170-174
De Paris.
Début :
Le premier Dimanche de Carême, premier jour de ce mois [...]
Mots clefs :
Duchesse, Marquis, Palais, Gardes, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
De Paris.
Le premier Dimanche de
Carême, premier jour de ce
mois, Madame la Duchesse de
Berry se rendit à l'Eglise de S.
Sulpice sa Paroisse à trois heures,
escortée de ses Gardes du
Corps & detoute sa maison.
Vingt. quatre de ses Gardes
s'estoient emparez du Choeur
où ils resterent pendant le Sermon,
Vêpres, & le Salut, ran- -
gez enhaye. Cette Princesse se
flaça au milieu du Choeur,
ayant devant son Prie-Dieu à
sa droite M. l'Abbé de Castres
,
M. 1.Abbl de Rouget,
M. l'AbbédeParthenay,M.
:rAbbé d'Avejan ses Aumôniers.
Derriere son Prie-Dieu
çessoit M. le Marquis de Coëtenfao,
son Chevalier d'honneur
,M le Marquis de la Rochefoucauld
,
son Capitaine
ttks Gardes, M. le Chevalier
d'Hautefort son premier, Ecuyer.
Sur sa droite Madame
la Duchesse de S. Simonsa
Dame d'honneur,MelaMarquise
dePonssa Dame d'atour.
Sur sa gauche Me la
ComtessedeClermont,&M
la Marquise de Beauveau, se
Dames du Palais.A l'.cOt,réc.
sortie de cette Princesse les si
fres & tambours de (es Cent-
Suisses battirent au champ.
Le il* de ce mois M. le Marquis
de Montsoreau accompagne
de M. l'Abbé de Sourches
son frere
,
Aumônierdu
Roy & Evêque de Dol
,,
allerent
chez le Roy luy apprendre
la mort de M. le Marquis
deSourches leur pere. Ilsallerent
ensuite au Palais du Lu?
xembourg chez Madame la
Duchesse deBerry
,
& au Palais
Royal chez Madame, chez
Monfiear le Duc & chez Madame
la Duchesse d'Orléans.
Le mêmejourl'Envoyé Extraordinaire
de Parme eut Audiance
de congé du Roy,de
Madame la Duchesse de Berry,
de Madame
)
de Monsieur le
Duc & de Madame la Duchesse-
d'Orleans.
Le 12.Madame la Duchcfse
deBerry sortit de sonPalais
de Luxembourgà neuf heure
du matin pouraller à laChasse,
accompagnée desPrincesses&
Dames de la Cour, toutes vé
tues en Amazones.
Le premier Dimanche de
Carême, premier jour de ce
mois, Madame la Duchesse de
Berry se rendit à l'Eglise de S.
Sulpice sa Paroisse à trois heures,
escortée de ses Gardes du
Corps & detoute sa maison.
Vingt. quatre de ses Gardes
s'estoient emparez du Choeur
où ils resterent pendant le Sermon,
Vêpres, & le Salut, ran- -
gez enhaye. Cette Princesse se
flaça au milieu du Choeur,
ayant devant son Prie-Dieu à
sa droite M. l'Abbé de Castres
,
M. 1.Abbl de Rouget,
M. l'AbbédeParthenay,M.
:rAbbé d'Avejan ses Aumôniers.
Derriere son Prie-Dieu
çessoit M. le Marquis de Coëtenfao,
son Chevalier d'honneur
,M le Marquis de la Rochefoucauld
,
son Capitaine
ttks Gardes, M. le Chevalier
d'Hautefort son premier, Ecuyer.
Sur sa droite Madame
la Duchesse de S. Simonsa
Dame d'honneur,MelaMarquise
dePonssa Dame d'atour.
Sur sa gauche Me la
ComtessedeClermont,&M
la Marquise de Beauveau, se
Dames du Palais.A l'.cOt,réc.
sortie de cette Princesse les si
fres & tambours de (es Cent-
Suisses battirent au champ.
Le il* de ce mois M. le Marquis
de Montsoreau accompagne
de M. l'Abbé de Sourches
son frere
,
Aumônierdu
Roy & Evêque de Dol
,,
allerent
chez le Roy luy apprendre
la mort de M. le Marquis
deSourches leur pere. Ilsallerent
ensuite au Palais du Lu?
xembourg chez Madame la
Duchesse deBerry
,
& au Palais
Royal chez Madame, chez
Monfiear le Duc & chez Madame
la Duchesse d'Orléans.
Le mêmejourl'Envoyé Extraordinaire
de Parme eut Audiance
de congé du Roy,de
Madame la Duchesse de Berry,
de Madame
)
de Monsieur le
Duc & de Madame la Duchesse-
d'Orleans.
Le 12.Madame la Duchcfse
deBerry sortit de sonPalais
de Luxembourgà neuf heure
du matin pouraller à laChasse,
accompagnée desPrincesses&
Dames de la Cour, toutes vé
tues en Amazones.
Fermer
493
p. 174-179
Dons du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné l'Evêché de Troyes à M. l'Abbé Bossuet, [...]
Mots clefs :
Roi, Cérémonies, Marquis, Abbé, Gardes du corps
494
p. 230-233
ARTICLE DE PARIS.
Début :
Puis-je mieux commencer que par le Roy ; ses jours sont trop chers [...]
Mots clefs :
Roi, Espérance, Études, Sa Majesté, Officiers, Assemblée, Bonne année
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DE PARIS.
ARTICLES DE PARIS.
Puis- je mieux commencer que
par le Roy ; fes jours font trop
chers à fes Peuples pour avoir
manqué de faire des voeux tres-
' ardents pour fa fanté . Elle eft
dans un état qui doit raffurer
tous les Sujets , puifqu'elle nous
donne l'efperance de la plus longue
vie , les forces du corps &
de l'efprit augmentent de jour
à autre ; il femble qu'à meſure
que S. M. approche du temps
cù Elle doit paffer ſous le gouMERCURE
231
vernement des hommes , Elle fe
défaffe de l'enfance . On en juge
par fes études favorites , beaucoup
plus ferieuſes que ne le
comporte fon âge ; la Géographie
fait fes délices , le Roy la
poffede à un point qu'il eft difficile
même dans un âge plus avancé
, d'en avoir des idées plus
préfentes ; il aime paffionement
tout ce qui a raport à cette Science
; comme Spheres , Globes ,
Compas , Figures de Mathematiques
, & c. Ne croïez pas , Monfieur
, que j'exagere ; toutes les
perfonnes qui ont l'honneur
d'approcher de S. M. & de fe
trouver à fes exercices , font autant
de témoins de ce que j'avance.
232 LE NOUVEAU
Si ces circonftances ont dequoi
vous furprendre , vous ne
le ferez pas moins de la réponſe
que S. M.fit à un de fes Officiers ,
qui lui dit , SiRF , V. M. n'at'elle
pas lieu d'être contente de
la tripleAlliance qui vient d'être
fignée entre la France , l'Angleterre
& la Hollande ; le Roy
répliqua fans hésiter , oüy , Je
fuis trés-content, mais mes Alliés
ne le doivent pas
être moins que
moi ; car je les deffendrai de tout
mon pouvoir , fi on les attaque .
Aprés un trait auffi remarquable
je paffe aprefent aux Penfions
& auxCharges conferées .
Le jour de l'An il v eût un fi
grand concours de Princes &
Princeffes , de Seigneurs & de
MERCURE.
233
toutes fortes de perfonnes de
diftinction , pour fouhaitter la
bonne année au Roy , que la
Cour n'a été depuis long- temps,
ni fi nombreuſe , ni fi brillante .
Toute cette Cour au fortir de
chez le Roy , alla fouhaiter la
bonne année à Madame Ducheffe
de Berry. Les Chefs des
Compagnies Superieures , avec
tous les Officiers de la Ville ,
ainfi que les Ambaffadeurs des
Têtes couronnées furent admis
à la Toilette de cette Princeffe.
Cette magnifique Affemblée
fe tranfporta enfuite au Palais
Royal où elle rendit les mêmes
devoirs à Madame & à leurs Alteffes
Royales .
Puis- je mieux commencer que
par le Roy ; fes jours font trop
chers à fes Peuples pour avoir
manqué de faire des voeux tres-
' ardents pour fa fanté . Elle eft
dans un état qui doit raffurer
tous les Sujets , puifqu'elle nous
donne l'efperance de la plus longue
vie , les forces du corps &
de l'efprit augmentent de jour
à autre ; il femble qu'à meſure
que S. M. approche du temps
cù Elle doit paffer ſous le gouMERCURE
231
vernement des hommes , Elle fe
défaffe de l'enfance . On en juge
par fes études favorites , beaucoup
plus ferieuſes que ne le
comporte fon âge ; la Géographie
fait fes délices , le Roy la
poffede à un point qu'il eft difficile
même dans un âge plus avancé
, d'en avoir des idées plus
préfentes ; il aime paffionement
tout ce qui a raport à cette Science
; comme Spheres , Globes ,
Compas , Figures de Mathematiques
, & c. Ne croïez pas , Monfieur
, que j'exagere ; toutes les
perfonnes qui ont l'honneur
d'approcher de S. M. & de fe
trouver à fes exercices , font autant
de témoins de ce que j'avance.
232 LE NOUVEAU
Si ces circonftances ont dequoi
vous furprendre , vous ne
le ferez pas moins de la réponſe
que S. M.fit à un de fes Officiers ,
qui lui dit , SiRF , V. M. n'at'elle
pas lieu d'être contente de
la tripleAlliance qui vient d'être
fignée entre la France , l'Angleterre
& la Hollande ; le Roy
répliqua fans hésiter , oüy , Je
fuis trés-content, mais mes Alliés
ne le doivent pas
être moins que
moi ; car je les deffendrai de tout
mon pouvoir , fi on les attaque .
Aprés un trait auffi remarquable
je paffe aprefent aux Penfions
& auxCharges conferées .
Le jour de l'An il v eût un fi
grand concours de Princes &
Princeffes , de Seigneurs & de
MERCURE.
233
toutes fortes de perfonnes de
diftinction , pour fouhaitter la
bonne année au Roy , que la
Cour n'a été depuis long- temps,
ni fi nombreuſe , ni fi brillante .
Toute cette Cour au fortir de
chez le Roy , alla fouhaiter la
bonne année à Madame Ducheffe
de Berry. Les Chefs des
Compagnies Superieures , avec
tous les Officiers de la Ville ,
ainfi que les Ambaffadeurs des
Têtes couronnées furent admis
à la Toilette de cette Princeffe.
Cette magnifique Affemblée
fe tranfporta enfuite au Palais
Royal où elle rendit les mêmes
devoirs à Madame & à leurs Alteffes
Royales .
Fermer
495
p. 234-236
Dons du Roy.
Début :
Le même jour S. M. tint Chapitre General de l'Ordre du [...]
Mots clefs :
Ordre du Saint-Esprit, Monseigneur, Duc, Dons, Roi, Argent, Valets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy.
Dons du Roy.
Le même jour S. M. tint Chapitre
General de l'Ordre du S.
Efprit , où il fut arrêté qu'on enverroit
l'ordre auRoy d'Espagne
pour le conferer au Prince des
Afturies.
› Monſeigneur le Duc Regent
regla enfuite avec Madame de
Vantadour les Penfions de ceux
& celles qui avoient fervi le
Roy.
Mefdames de Villefort & de
la LandeSous - Gouvernantes de
S. M. furent gratifiées de 6000.
livres de penfion annuelle , chacune
, & de joo . écus pour lear
logement.
MERCURE. 23
Les quatre premieres femmes
de Chambre furent reglées à
2000.livres de penfion chacune,
outre 800. livres pour loge,
ment.
Les feize femmes de Chambre
à 1280. livres & 600. livres pour
logement ..
Les trois Valets de Chambre
du Roy ont été confervez avec
leur gage & nourriture , comme
cy - devant , pour fervir toute
l'année , en qualité de furnume
raires avec les Valets de Chambre
ordinaires .
Des trois Garçons de la Chambre
, deux ont été conſervez &
feront le fervice avec les Garçons
ordinaires de la Chambre ;
le troifiéme qui étoit âgé , s'eſt
236 LE NOUVEAU
retiré a
fion .
avec 300. livres de pen
On a gardé les deux Portes
males du Roy.
Le même jour S. M. tint Chapitre
General de l'Ordre du S.
Efprit , où il fut arrêté qu'on enverroit
l'ordre auRoy d'Espagne
pour le conferer au Prince des
Afturies.
› Monſeigneur le Duc Regent
regla enfuite avec Madame de
Vantadour les Penfions de ceux
& celles qui avoient fervi le
Roy.
Mefdames de Villefort & de
la LandeSous - Gouvernantes de
S. M. furent gratifiées de 6000.
livres de penfion annuelle , chacune
, & de joo . écus pour lear
logement.
MERCURE. 23
Les quatre premieres femmes
de Chambre furent reglées à
2000.livres de penfion chacune,
outre 800. livres pour loge,
ment.
Les feize femmes de Chambre
à 1280. livres & 600. livres pour
logement ..
Les trois Valets de Chambre
du Roy ont été confervez avec
leur gage & nourriture , comme
cy - devant , pour fervir toute
l'année , en qualité de furnume
raires avec les Valets de Chambre
ordinaires .
Des trois Garçons de la Chambre
, deux ont été conſervez &
feront le fervice avec les Garçons
ordinaires de la Chambre ;
le troifiéme qui étoit âgé , s'eſt
236 LE NOUVEAU
retiré a
fion .
avec 300. livres de pen
On a gardé les deux Portes
males du Roy.
Fermer
496
p. 236-237
ARTICLE DES CHARGES conferés.
Début :
Le Roy ayant accordé la survivance de Colonel du Regiment [...]
Mots clefs :
Roi, Charges, Colonel, Fidélité, Lieutenant au régiment du roi, Capitaines
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES CHARGES conferés.
ARTICLE DES CHARGES
conferés .
Le Roy ayant accordé la furvivance
de Colonel du Regiment
des Gardes Françoifes à
M. le Duc de Louvigny le 17.
ce Seigneur en prit poffeffion &
en preta ferment de fidelité entre
les mains de M. le Maréchal
d'iftrées. le Regiment défilant
en préſence de S. M.
La veille , la Lieutenance de
Roy du Château Trompette, vacante
par la mort de M. de la
MERCURE. 237
Fond , fut donnée à M. de Cadrieux
Maréchal de Camp.
La Lieuten ance de Roy de
Phalzbourg avoit été quelque
tempsauparavant conferée à M.
de Mauroy , un des plus anciens
& desplus braves Officiers de S.
M. y ayant peu d'action éclatante
fous le Regne de Louis le
XIV . où il ne fe foit ſignalé .
M. Des vieux Capitaine au Regiment
de Navarre a été gratifié
de la Lieutenance de Roy de
S. Jean Pied-de Por,
conferés .
Le Roy ayant accordé la furvivance
de Colonel du Regiment
des Gardes Françoifes à
M. le Duc de Louvigny le 17.
ce Seigneur en prit poffeffion &
en preta ferment de fidelité entre
les mains de M. le Maréchal
d'iftrées. le Regiment défilant
en préſence de S. M.
La veille , la Lieutenance de
Roy du Château Trompette, vacante
par la mort de M. de la
MERCURE. 237
Fond , fut donnée à M. de Cadrieux
Maréchal de Camp.
La Lieuten ance de Roy de
Phalzbourg avoit été quelque
tempsauparavant conferée à M.
de Mauroy , un des plus anciens
& desplus braves Officiers de S.
M. y ayant peu d'action éclatante
fous le Regne de Louis le
XIV . où il ne fe foit ſignalé .
M. Des vieux Capitaine au Regiment
de Navarre a été gratifié
de la Lieutenance de Roy de
S. Jean Pied-de Por,
Fermer
497
p. 146-166
NOUVELLES de Paris.
Début :
Le 30 du mois dernier, le Roy qui jouit d'une parfaite [...]
Mots clefs :
Chevaliers, Recteur de l'Université, Chapitre, Comte, Chancelier, Régence, Avocat général, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Roi, Éloge, Serment, Honneur, Déclarations, Ordre de Saint-Louis, Pensions, Messe, Monseigneur, Duchesse, Maréchal, Nominations
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Paris.
NOUVELLES
de Paris .
qui jouit d'une parfaite fanté, fit
Chevaliers de l'Ordre Militaire de
S. Louis , plufieurs Seigneurs & Of.
ficiers , en confideration de leurs fervices.
Lé premier de ce mois , le fieur de
Montempuys , Recteur de l'Univerfité
, accompagné des Chefs, des Facultez
& des Nations , prefenta au
Roy , un Cierge , felon l'ancienne
coûtume.
Le Chapitre de faint Germain
l'Auxerrois , à la tête duquel eftoit
M. l'Abbé Bignon Confeiller d'Eftat,
& Doyen de cette Eglife , eût le même
honneur.
Le même jour les Chevaliers &
Commandeurs de l'Ordre du S. Ef
prit , tinrent Chapitre General dans
le Grand Cabinet du Roy, qui y affiſta,
MERCURE. 147
comme futur Grand - Maiſtre ; Mon
feigneur le Duc d'Orleans y eftoit
preſent. Louis Prince des Afturies
fut admis dans l'Ordre d'une commune
voix , ayant efté propofé le premier
Janvier. Ha efté réglé que le
Cordon de l'Ordre feroit porté inceffament
par quelque Seigneur au Roy
d'Efpagne , pour le donner au Prince
des Afturies .
M. le Comte des Marets Grand
Fauconnier de France a eu l'agrément
du Roy pour la furvivance de
fa charge , en faveur de fon Fils , âgé
de fix à fept ans. Madame la Comteffe
des Marets ayant efté remercier
Monfeigneur le Duc Regent , en reçut
cette réponse gratieufe ; Qu'il y avoit
trop long-tems que cette Charge
eftoit dans fa famille pour en
fortir.
M. le Chancelier Voifin mourut
fubitement la nuit du premier
au deux , il avoit affifté ce jourlà
même au Confeil de Regence , où
il dicta un Arreft , qui concernoit le
dedans du Royaume, il en fortit avec
οι
Nij
148 LE NOUVEAU
un vifage content , & ne reffentit aucune
incommodité pendant le jour..
Sur les 11 heures du foir,foupant avec
fa famille , il fut frappé d'apoplexiequi
l'emporta deux heures aprés .
Cette mort caufa de grands mouvemens
à la Cour , M. le Duc d'Orleans
, fur le premier avis qu'il en
reçût , envoya chercher M. Ďagueffeau
, pour lors Procureur General,
à qui il remit lesSceaux , & le nomma
Chancelier.
M.Joly de Fleury , Avocat General
, s'eftant rendu au Palais Royal,
M. le Duc Regent , lui confera la
Charge de Procureur General , & lui
accorda un Brevet de retenue de 300,
mille livres , afin qu'il fut en eſtat
de payer pareille fomme à M.le
Chancelier Dagueffeau : 11 eft entré
dans le Confeil de Conſcience à
la place de M. le Chancelier , qui eſt
monté au Confeil de Regence.
Le déux , Fefte de la Purification , le
Roy entendit laMeffe , & affifta à la benediction
des cierges , M le Cardinal
de Rohan lui en prefenta un ; le foir, S.
MERCURE.. 149
M. entendit le fermon du R. P.Terraffon
Prêtre de l'Oratoire ; ce célebre
Predicateur adrefla le compliment
fuivant au Roy ; il le plaça
dans l'exorde , aprés la divifion d'un
Sermon , qui avoit pour fujer , la neceffité
de fe rendrefidelle aux prat ques
exterieures de la Religion , & d'accompagner
ces pratiques , des difpofitions
interieures , dont elles empruntent
tout feur merite.
C'est ici un point de morale
qu'il eft d'autant plus important de
prêcher aux Rois , que l'exemple de
leur fidelité à le pratiquer , eft à l'égard
de leurs fujets , plus efficace que
la loy même ; mais qu'heureux eft le
Miniftre de l'Evangile , qui ayant
l'honneur de parler à celui qui fait
aujourd'hui nos plus douces efperances
, le trouve actuellement appliqué
aux devoirs aufquels il l'invite. Docile
aux fages confeils , il embraffe
avec grace toutes les pratiques de
pieté qui lui font propofees : mais ce
qui peut-être , ne feroit aujourd'hui
que l'éloge du digne Prince , charge
Nij
-150
LE NOUVEAU
de fon éducation dans un âge plus avancé
, fera le fien propre. Le feul
amour de fon devoir , aura tout le
merite de fa perfeverance le fuivre;
chaque jour nous dévelopera quelqu'une
de ces vertus Royales , qu'ont
tranfmis en lui fes Auguftes Ayeux ;
& qui , déja , fe laiffent entrevoir ,
fous le voile de fon aimable enfance
. Puifle,fon regne heureux , être le
durable fruit , de la plus fage & de la
plus douce Regence que la France air
admirée? puiflent nos voeux & notre
pieté, meriter la confervation de
ce tendre heritier de la couronne , &
de la gloire de nos Rois ? c'eſt la
grace , SIRE, que nous ne cellerons
de demander pour votre Majefté.
Le 3. M. le Chancelier Dagueffeau
ent l'honneur de faluer le Roy . If
prêtà Serment entre les mains de Sa
Majefté , en prefence de M. le Duc
d'Orleans , Regent du Royaume . Il
donna 8400 livres pour eftre diſtribuées
à la Chambre ,fçavoir un tiers
pour les premieres femmes de ChamMERCURE
15.7
bre , un autre tiers pour les premiers
Valets de Chambre du Roy , & l'autre
tiers pour les Officiers de la
Chambre & de l'Anti - Chambre ,
Le 4. le nouveau Chancelier eut
l'honneur de faluer Madame , qui
luy dit que le choix que venoit de
faire fon Fils , en le nommant Chancelier
, ne pouvoit que faire honneus
à fon difcernement.
Le s. fur les reprefentations de
Meffieurs les Premiers Gentilshommes
de la Chambre touchant leurs
droits ; Monfeigneur le Duc Regent
s'expliqua , qu'il ne changeroit rien
pendant la minorité du Roy , de ce
qui s'eftoit pratiqué fous le feu Roy.
Qu'ils joüiroient de tous les Privileges
& de tous les honneurs de la
Chambre ; qu'à l'égard des Premiers
Valets de Chambre , ils continueroient
de coucher dans la Chambre
du Roy.
S. M. accorda ce jour là même au
Prince de Rohan la furvivance de la
Charge de Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Garde, pour M. le
52 LENOU VE AU
Prince de Soubife fon Fils ; avec un
Brevet de retenuë de quatre cent mille
livres fur les Gouvernemens de
Champagne & de Brie.
Le 6. on eut une Declaration du
Roy ; concernant les Penfions données
à Paris le 30 Janvier 1717.
Par cette Declaration , les Penfions
de 600 livres & au deffous reftent
fans diminution.
Penfions attribuées à l'Ordre de S.
Louis fans diminution .
Penfions accordées au Corps des
Troupes , celles dont jouiflent les
Officiers des Troupes de la Maiſon
du Roy, par forme d'appointement
ou de fuplément de folde , & qui
font attachées non pas à leur perfonne
, mais à leurs Emplois , & pareillement
celles qui font partie des
appointemens & attributions des
Charges de plufieurs Officiers des
Cours fans dimution .
Voici la réduction desfuivantes.
Les Penfons de 10 mille livres &
MERCURE.
153
au deffus , réduite aux trois cinquiémes
; celles dé 6 mille liv . juſques à
10 mille livres , aux deux tiers; celles
de trois mille livres jufques à 6 mille
livres , aux trois quarts ; celle de
mille livres , jufques à trois mille ,
aux quatre cinquiémes ; & celles aut
deffus de 600 livres , jufques à mille
livres , aux cinq fixièmes ; en forte
néanmoins , que lorfque par la rédution
cy-deffus marquée , les parties
excederont les dixaines de livres , ledit
excedant fera retranché .
Il ne fera accordé aucune nouvelle
penfion ou gratification ordinaire à
qui que ce puifle eftre , jufqu'à ce que
toutes celles qui fubfiftent actuelle.
ment,fe trouventreduites à la fomme
de deux millions par le decés des Penfionnaires
, ou par leur nomination
à d'autres Emplois . Monfeigneur le
Duc Regent fe referve un fond de 500
mil livres pour des gratifications.
Le même jour M. le Chancelier
alla rendre fes devoirs àMadame, Duchelle
de Berry.
Le 7. M. le Chancelier prefenta
$4 LE NOUVEAU
au Roy , Monfieur Joly de Fleury
Procureur General , qui fit un compliment
fort court à S. M.
Le 8. M. Roland , Gentil- Homme
Ordinaire , alla au Palais Royal , de
la part du Roy, pour annoncer à
Monfeigneur le Duc d'Orleans , que
S. M. iroit lui rendre viſite ; en effet,
fur les trois heures , le Roy accompagné
de M. le Duc du Maine , de
M. le Marefchal de Villeroy , & de
Madame la Duchefle de Vantadour
alla voir Monſeigneur le Duc Regent
.
Sur les 11 heures du matin , Mada .
me la Chanceliere Dagueffeau , eût
l'honneur de faluer le Roy , elle en
fut reçûë trés - favorablement.
Le jeune Comte des мarets , vint remercier
le Roy, de la furvivance que
S. M. avoit en la bonté de lui accorder
de la Charge de Grand Fauconnier
de France .
Le 10 , S, M. entendit la Melle
dans la Chapelle des Tuilleries , &
reçût les Cendres par les mains de
M. le Cardinal de Rohan , Grand
MERCURE.
ISS
Aumonier de France.
M. l'Abbé de Caftries premier
Aumonier de Madame Duchefle de
Berry , nommé à l'Archevêché de
Tours , a été admis au Confeil de
Conscience .
Le 13. le Roy fit Chevaliers de
l'ordre Militaire de S. Louis Mrle
Prince de Conty & quelques Officiers
.
1
Le même jour on ôta les Lizieres
au Roy. M. le Maréchal de Villeroy
prit la place de Madame de Vantadour
à dîner ; cette Ducheffe s'étant
éloignée pour éprouver , fi le
Roy s'accoutumeroit avec les hommes.
S. M. ne parut pas d'abord
fort furpriſe .
Le 13. M. le Chancellier alla prendre
Séance dans le Confeil de
Regence.
Le 14. le Roy étant habillé , les
Officiers de Garde-Robe demanderent
, s'il fouhaitoit qu'on lui remit
fes Lizieres , le Roy répondit non ,
non. Madame la Ducheffe de Vantadour
repliqua , le Roy ſe tient
1
156 LE NOUVEAU
tropidroit & marche fi fûrement, que
je n'ai pas deffein qu'on les lui remette
.
M. le Maréchal de Montefquiou
a acheté cinquante cinq mille
livres le Regiment d'Iflanghuien
pour M. fon fils , âgé de fept à huit
ans .
Le 14. au foir M. de S. Maurice
fut choifi par Monſeigneur le Duc
Régent , pour Commandant à la
Rochelle ; il étoit Lieutenant Colonel
du Regiment Royal infanterie,
& Brigadier d'Armée. Il eft Officier
de mérite & de diftinction ; on lui
donna fix mille livres fur les appointemens
du Gouverneur , qui
étoient de douze . La Ville y joint
encore quatre mille francs par an
outre le logement , les fourages ,
& quelques autres uftancils.
Le 15. eft une époque trop mé
morable par le nouveau changement
de Scene arrivé à la Cour , pour n'en
pas donner un détail auffi fidel qu'il
dépendra de moi ,
>
Ce jour là même auquel le Roy
enMER
CURE.
157
entroit dans fa huitième année , Monfeigneur
le Duc Régent fe rendit au
Palais des Thuilleries fur les 9 heu
res & demie du matin .
Madame la Ducheffe de Vantadour
ayant , felon l'ufage , fait examiner
le Roy quelques jours auparavant
par les Medecins & Chirurgiens
qui le trouverent très - bien conftitué
, le remit entre les mains de
Monfeigneur le Duc Régent , &
lui dit , Monfeigneur , voilà le Dépôt
que le feu Roy m'a confié , & que
vous m'avés continué ; j'en ai pris
tous les foins poffibles , & je le rend
en parfaite fanté. Monfeigneur le
Duc Régent lui témoigna › que le
Roy & tout l'Etat lui avoient une
obligation infinie de l'attention
qu'elle avoit apporté à préferver des
jours fi précieux de tout accident ;
il ajouta , qu'il inviteroit lui - même
le Roy à conferver la memoire de fes
fervices fi importans ; qu'à fon égard,
il n'oublieroit rien pour lui donner
des marques fenfibles de fa reconnoiffance.
Dans ce moment , S. A.R,
O
858 LE NOUVEAU
préfenta au Roy M.le Maréchal de
Villeroy pour fon Gouverneur , &
M. Fleury ancien Evêque de Frejus
pour fon Précepteur ; adreflant enfuite
la parole à M. le Ducdu Maine,
& à M.le Maréchal de Villeroy ; il
leur dit , Meffieurs , Ce facré Dépôt
vous regarde particulierement . Nous
efperons que vous répondrés parfaitement
à l'attente que toute la
France a concuë de vous , pour l'éducation
du Roi ; c'eft à vous à préfent
d'en avoir tout le foin que nous
nous promettons de votre zele & de
votre inclination pour S. M. & pour
P'Etat ; alors Madame la Duchelle
de Vantadour dit à S. A. R. Monfeigneur
, voilà mon miniftere fini ,
vous me permetrés de baiſer la main
du Roy , & de me retirer ; dans l'inf
tant elle prit la main du Roy & la
baifa ; mais ce fut avec tant de tendrefle
, qu'il ne lui fut pas poſſible
de retenir fes larmes . Le Roy attendri
, l'embraffa étroitement , &
mit fon chapeau devant les yeux ,
pour cacher les pleurs. Madame la
MERCURE. *159
Duchefle de Vantadour s'étant reti..
rée , le Roy en parut fi touché , qu'il
ne cella de pleurer ; on lui fit entendre
la Meffe dans fon Oratoire ;
mais tournant la tête , & ne voyant
plus Madame de Vantadour , les larmes
recommencérent ; aprés la Meffe
on tâcha de le confoler dans la petite
chambre du Billard , pendant
qu'on démeubloit fon Appartement ,
dont les meubles appartenoient pour
lors de droit à Madame de Vanta-
'dour. Le Roy demeura inconfolable
jufques à trois heures & demie ;
on lui donne de tems en teins à boire
pour le rafraichir ; il renvoya chercher
Madame de Vantadour , qui
de fon côté n'avoit ceffé de pleu
rer ; elle revint néanmoins , avec
un vifage ferain , pour faire reproche
au Roy , de ce qu'à l'âge de
huit ans , il manquoit de réfolution ;
Qu'il devoit au contraire être très
content de fe trouver fous la conduite
des hommes ; il repartit furle
champ à Madame de Vantadour ,
c'eft'parce que j'ai de la raiſon , Ma
Oij
160 LE NOUVEAU
ये
chere Mere , que j'ai regret de me
voir feparé de vous : Elle lui dit ,
mais , SIRE , vous n'avez pas mangé
; il lui repliqua , non , à préſent
que vous êtes auprès de moi , que
l'on m'en apporte ? il dina affés bien ,
Pendant qu'elle étoit auprès de S. M.
M le Marquis de la Vrilliere apporta
un préfent de Diamans de cent cinquante
- quatre mille livres , qu'il
mit fur la table du Roy piéce à
piéce c'étoient des bracelets
avec les Portraits de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine
; pere & mere du Roy ; un
collier de perle , avec une croix de
diamant magnifique ; la bague du
feu dernier Monteigneur le Dauphin,
& quantité d'autres pierreries , entre
lefquelles il y a une pierre en
table de grand prix . Le Roy demanda
, eft - ce tout on lui repondit
oüi , SIRE ; c'eft bien peu , Ma
Bonne en merite davantage , par les
foins qu'elle a pris de moi . Madame
la Ducheffe de Ventadour y refta juf
ques à neuf heures le Roy fe
>
·
R
MERCURE . 161
coucha aflez tranquillement , lui
ayant fait promettre qu'elle reviendroit
le lendemain .
M. le Duc de la Tremoille Premier
Gentilhomme de la Chambre,
vint ce jour la remercier S, M. de la
furvivance de la Charge qu'il avoit
obtenue pour le Prince deTarente fon
fils âgé defix à fept ans , on y a attaché
un Brevet de retenue de soo
mille livres au cas que fon fils
vint à mourir , c'eft une grace
que meritoient fon affiduité au fervice
, fon merite & fa naiffance
ayant l'honneur d'eftre Coufin ifla
de Germain de Madame Doüairiere
d'Orleans , Madame fa Grand- Mere
eftant Palatine.
Le 16.le Roy à fon reveil , fut aver
ti par M. le Marefchal de Villeroy',
d'appeller M. le Duc de Mortemart
Premier Gentil Hmme de la cham
bre d'année , le Roy l'appella trois
fois : on le fit entrer , & s'étant prefenté
au lit du Roy , S. M. lui dit :
je veux me lever , Ce Seigneur lui prefenta
la robbede chambre & fes mul
Oij
162 LE NOUVEAU
les , & lui dit , V. M. ne fouhaite- 1
elle pas pafler dans fon cabinet pour
s'habiller. Auffi toft on fit entrer les
Seigneurs qui ont des Brevets d'entrée
, comme fous le feu Roy . S. M.
parut fort étonnée de voir tant
d'hommes autour de lui , M. le Duc
de Mortemart fit appeller la Cham -
'bre & la Garde robe ; alors un grand
nombre d'Officiers fe préfenta
pour faire leur devoir , le Roy fut
encore plus furpris d'en voir le nombre
augmenter. Il demanda cependant
fa chere Mere Madame la Ducheffe
de Vantadour , qui vint quelque
tems aprés en habit de voyageufe,
elle y retta une heure ;MonPrince,
lui dit-elle , je fuis obligée de vous
quitter & d'aller à faint Cyr voir
Madame de Maintenon , le Roy en
fut allarmé , & s'eſtant jerté à lon
col tendrement il donna de nouveau
, en cette occafion , des preuves
fenfibles de fon bon coeur. M. le Marefchal
de Villeroy ravi de contribuer
à l'éducation d'un Prince fi reconnoiffant,
ne pûtqu'admirer un fi excellent
>
MERCURE. 163
naturel Le Roy foupa fur les dix
heares , & repofa tranquillement
jufqu'à 10 heures du matin qu'il fe
leva avec toutes les ceremonies ordinaires
du fervice des hommes.
Le 17. on porta chez Madame la
Ducheffe de Vantadour la Vaiſelle
de vermeille de feu Monfeigneur' le
Dauphin & de Madame la Dauphine ,
elle pefe 400 marcs .
Meffieurs de Sommery & de Ruffe
, Sous - Gouverneurs du Roy, font
convenus entre - eux , pour
le fervi.
ce par femaine , & Meffieurs les
quatre Gentils -Hommes de la Chambre
, qui font , M. le Chevalier de
Pezé . M. d'Ozy , M. d'Arcy , & M.
de la Haye ,ferviront par moitié chaque
femaine.
Le 18. le Roy entendit la Mefle
dans fon Oratoire ; c'étoit le jour
de l'anniverfaire
de feu Monfeigneur
le Dauphin fon pere.
Le 19. M. le Marefchal de Villeroy
a fait donner une penfion de
720 livres au petit Furet , jeune en◄
fant, qui joue fouvent devant le Roy
164 LE NOUVEAU
& l'amufe , on lui a promis de plus
des habits de S. M.
Le 20. le Roy aprés fes exercices , a
diné à fon grand couvert. M. le
Comte de Livry Survivancier dans
la charge de Premier Maiftre d'Hôtel
, a porté le bâton , M. le Mareſchal
étoit auprés du Roy pour le faire
manger. M. le Duc de Noailles
comme Capitaine des Gardes, occupoit
le derriere u fauteüil , avec M.
le Duc de Mortemart comme Premier
Gentil-Homme de la Chambre.
La Nefétoit pofée fur la table
auprés de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier , qui la decouvrit , pour
prefenter des ferviettes quand le Roy
fouhaitoit d'en changer .Aux deux côtez
de la table , eftoient les deux
Gardes de la Manche avec leurs Pertuifannes
; le long de la Salle fix Gardes
du Roy estoient rangez de chaque
côté la carabine fur l'épaule & le
chapeau fous le bras . les Brigadiers
des Gardes tenoient la porte , un
Huiffier de Salle alloit & venoit
pour le fervice , & les Gentilshom
mes fervants faifoient leur fonction
}
MERCUR E. 165
ordinaire ; le Roy parut fort attentif
à ce nouveau ceremonial, & témoigna
qu'il lui faifoit plaifir.
Le 23 les Miniftres étrangers furent
reçûs par le Roy dans le Grand
Cabinet de la Regence.
Ce jour là M. le Marefchal de Villeroy
fut fi content des études dů
Roy , qu'il luy demanda qu'elle récompenfe
il fouhaitoit pour
fon application
à fes exercices , il pria qu'on
luy fit venir fa chere Maman , on la
luy promit à condition cependant
qu'illa laiteroit retourner quand elle
le jugeroit à propos , il s'y engagea ;
lorfqu'il fut preft d'aller a la Priere,.
Madame la Ducheffe de Vantadour
prenant congé du Roy , dit en le
quittant , Adieu mon Maiftre , le
Roy répondit ,Adieu Ma chere Mere.
. M. de Vitteman a efté nommé
Sous- Précepteur en Charge, avec M.
l'Abbé Perrault ci- devant fon Inftituteur
, par commiffion. C'eft une
recompenfe qu'on a crû luy eftre
dûë , en faveur des foins infinis qu'il
a eu de l'éducation du Roy pendant
166 LE NOUVEAU
fa premiere enfance , luy ayant appris
les principes de la Religion ,
I'Hiftoire de France , la Gegraphie : ⚫
il eft vray que le Roy ayant une
difpofition admirable pour les fçiences
, rien ne peut eftre plus agréable
que de travailler à la perfection
d'un genie, dont les lumieres & l'é .
levation doivent faire la felicité de
les peuples.
M. Lambert a efté fait Secretaire
des études du Roy.
Les trois Valers de Chambre ordinaires
du Roy , & en même tems
de quartier , font Meffieurs Domingues
, Mayas & Bigot .
Le 16 M. le Chancelier a tenu le
Sceau pour la premiere fois . Le 18
fés Lettres ont efté enregistrées au
Parlement .
M. l'Abbé Dagueffeau fon Frere
s'eft chargé de l'inſpection de la Librairie.
M. Vigneron a efté continué Secretaire
de la Chancellerie , il eft
chargé du Sceau , & M. Fretteau
Avocat au Parlement , des Affaires du
Confeil,
de Paris .
qui jouit d'une parfaite fanté, fit
Chevaliers de l'Ordre Militaire de
S. Louis , plufieurs Seigneurs & Of.
ficiers , en confideration de leurs fervices.
Lé premier de ce mois , le fieur de
Montempuys , Recteur de l'Univerfité
, accompagné des Chefs, des Facultez
& des Nations , prefenta au
Roy , un Cierge , felon l'ancienne
coûtume.
Le Chapitre de faint Germain
l'Auxerrois , à la tête duquel eftoit
M. l'Abbé Bignon Confeiller d'Eftat,
& Doyen de cette Eglife , eût le même
honneur.
Le même jour les Chevaliers &
Commandeurs de l'Ordre du S. Ef
prit , tinrent Chapitre General dans
le Grand Cabinet du Roy, qui y affiſta,
MERCURE. 147
comme futur Grand - Maiſtre ; Mon
feigneur le Duc d'Orleans y eftoit
preſent. Louis Prince des Afturies
fut admis dans l'Ordre d'une commune
voix , ayant efté propofé le premier
Janvier. Ha efté réglé que le
Cordon de l'Ordre feroit porté inceffament
par quelque Seigneur au Roy
d'Efpagne , pour le donner au Prince
des Afturies .
M. le Comte des Marets Grand
Fauconnier de France a eu l'agrément
du Roy pour la furvivance de
fa charge , en faveur de fon Fils , âgé
de fix à fept ans. Madame la Comteffe
des Marets ayant efté remercier
Monfeigneur le Duc Regent , en reçut
cette réponse gratieufe ; Qu'il y avoit
trop long-tems que cette Charge
eftoit dans fa famille pour en
fortir.
M. le Chancelier Voifin mourut
fubitement la nuit du premier
au deux , il avoit affifté ce jourlà
même au Confeil de Regence , où
il dicta un Arreft , qui concernoit le
dedans du Royaume, il en fortit avec
οι
Nij
148 LE NOUVEAU
un vifage content , & ne reffentit aucune
incommodité pendant le jour..
Sur les 11 heures du foir,foupant avec
fa famille , il fut frappé d'apoplexiequi
l'emporta deux heures aprés .
Cette mort caufa de grands mouvemens
à la Cour , M. le Duc d'Orleans
, fur le premier avis qu'il en
reçût , envoya chercher M. Ďagueffeau
, pour lors Procureur General,
à qui il remit lesSceaux , & le nomma
Chancelier.
M.Joly de Fleury , Avocat General
, s'eftant rendu au Palais Royal,
M. le Duc Regent , lui confera la
Charge de Procureur General , & lui
accorda un Brevet de retenue de 300,
mille livres , afin qu'il fut en eſtat
de payer pareille fomme à M.le
Chancelier Dagueffeau : 11 eft entré
dans le Confeil de Conſcience à
la place de M. le Chancelier , qui eſt
monté au Confeil de Regence.
Le déux , Fefte de la Purification , le
Roy entendit laMeffe , & affifta à la benediction
des cierges , M le Cardinal
de Rohan lui en prefenta un ; le foir, S.
MERCURE.. 149
M. entendit le fermon du R. P.Terraffon
Prêtre de l'Oratoire ; ce célebre
Predicateur adrefla le compliment
fuivant au Roy ; il le plaça
dans l'exorde , aprés la divifion d'un
Sermon , qui avoit pour fujer , la neceffité
de fe rendrefidelle aux prat ques
exterieures de la Religion , & d'accompagner
ces pratiques , des difpofitions
interieures , dont elles empruntent
tout feur merite.
C'est ici un point de morale
qu'il eft d'autant plus important de
prêcher aux Rois , que l'exemple de
leur fidelité à le pratiquer , eft à l'égard
de leurs fujets , plus efficace que
la loy même ; mais qu'heureux eft le
Miniftre de l'Evangile , qui ayant
l'honneur de parler à celui qui fait
aujourd'hui nos plus douces efperances
, le trouve actuellement appliqué
aux devoirs aufquels il l'invite. Docile
aux fages confeils , il embraffe
avec grace toutes les pratiques de
pieté qui lui font propofees : mais ce
qui peut-être , ne feroit aujourd'hui
que l'éloge du digne Prince , charge
Nij
-150
LE NOUVEAU
de fon éducation dans un âge plus avancé
, fera le fien propre. Le feul
amour de fon devoir , aura tout le
merite de fa perfeverance le fuivre;
chaque jour nous dévelopera quelqu'une
de ces vertus Royales , qu'ont
tranfmis en lui fes Auguftes Ayeux ;
& qui , déja , fe laiffent entrevoir ,
fous le voile de fon aimable enfance
. Puifle,fon regne heureux , être le
durable fruit , de la plus fage & de la
plus douce Regence que la France air
admirée? puiflent nos voeux & notre
pieté, meriter la confervation de
ce tendre heritier de la couronne , &
de la gloire de nos Rois ? c'eſt la
grace , SIRE, que nous ne cellerons
de demander pour votre Majefté.
Le 3. M. le Chancelier Dagueffeau
ent l'honneur de faluer le Roy . If
prêtà Serment entre les mains de Sa
Majefté , en prefence de M. le Duc
d'Orleans , Regent du Royaume . Il
donna 8400 livres pour eftre diſtribuées
à la Chambre ,fçavoir un tiers
pour les premieres femmes de ChamMERCURE
15.7
bre , un autre tiers pour les premiers
Valets de Chambre du Roy , & l'autre
tiers pour les Officiers de la
Chambre & de l'Anti - Chambre ,
Le 4. le nouveau Chancelier eut
l'honneur de faluer Madame , qui
luy dit que le choix que venoit de
faire fon Fils , en le nommant Chancelier
, ne pouvoit que faire honneus
à fon difcernement.
Le s. fur les reprefentations de
Meffieurs les Premiers Gentilshommes
de la Chambre touchant leurs
droits ; Monfeigneur le Duc Regent
s'expliqua , qu'il ne changeroit rien
pendant la minorité du Roy , de ce
qui s'eftoit pratiqué fous le feu Roy.
Qu'ils joüiroient de tous les Privileges
& de tous les honneurs de la
Chambre ; qu'à l'égard des Premiers
Valets de Chambre , ils continueroient
de coucher dans la Chambre
du Roy.
S. M. accorda ce jour là même au
Prince de Rohan la furvivance de la
Charge de Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Garde, pour M. le
52 LENOU VE AU
Prince de Soubife fon Fils ; avec un
Brevet de retenuë de quatre cent mille
livres fur les Gouvernemens de
Champagne & de Brie.
Le 6. on eut une Declaration du
Roy ; concernant les Penfions données
à Paris le 30 Janvier 1717.
Par cette Declaration , les Penfions
de 600 livres & au deffous reftent
fans diminution.
Penfions attribuées à l'Ordre de S.
Louis fans diminution .
Penfions accordées au Corps des
Troupes , celles dont jouiflent les
Officiers des Troupes de la Maiſon
du Roy, par forme d'appointement
ou de fuplément de folde , & qui
font attachées non pas à leur perfonne
, mais à leurs Emplois , & pareillement
celles qui font partie des
appointemens & attributions des
Charges de plufieurs Officiers des
Cours fans dimution .
Voici la réduction desfuivantes.
Les Penfons de 10 mille livres &
MERCURE.
153
au deffus , réduite aux trois cinquiémes
; celles dé 6 mille liv . juſques à
10 mille livres , aux deux tiers; celles
de trois mille livres jufques à 6 mille
livres , aux trois quarts ; celle de
mille livres , jufques à trois mille ,
aux quatre cinquiémes ; & celles aut
deffus de 600 livres , jufques à mille
livres , aux cinq fixièmes ; en forte
néanmoins , que lorfque par la rédution
cy-deffus marquée , les parties
excederont les dixaines de livres , ledit
excedant fera retranché .
Il ne fera accordé aucune nouvelle
penfion ou gratification ordinaire à
qui que ce puifle eftre , jufqu'à ce que
toutes celles qui fubfiftent actuelle.
ment,fe trouventreduites à la fomme
de deux millions par le decés des Penfionnaires
, ou par leur nomination
à d'autres Emplois . Monfeigneur le
Duc Regent fe referve un fond de 500
mil livres pour des gratifications.
Le même jour M. le Chancelier
alla rendre fes devoirs àMadame, Duchelle
de Berry.
Le 7. M. le Chancelier prefenta
$4 LE NOUVEAU
au Roy , Monfieur Joly de Fleury
Procureur General , qui fit un compliment
fort court à S. M.
Le 8. M. Roland , Gentil- Homme
Ordinaire , alla au Palais Royal , de
la part du Roy, pour annoncer à
Monfeigneur le Duc d'Orleans , que
S. M. iroit lui rendre viſite ; en effet,
fur les trois heures , le Roy accompagné
de M. le Duc du Maine , de
M. le Marefchal de Villeroy , & de
Madame la Duchefle de Vantadour
alla voir Monſeigneur le Duc Regent
.
Sur les 11 heures du matin , Mada .
me la Chanceliere Dagueffeau , eût
l'honneur de faluer le Roy , elle en
fut reçûë trés - favorablement.
Le jeune Comte des мarets , vint remercier
le Roy, de la furvivance que
S. M. avoit en la bonté de lui accorder
de la Charge de Grand Fauconnier
de France .
Le 10 , S, M. entendit la Melle
dans la Chapelle des Tuilleries , &
reçût les Cendres par les mains de
M. le Cardinal de Rohan , Grand
MERCURE.
ISS
Aumonier de France.
M. l'Abbé de Caftries premier
Aumonier de Madame Duchefle de
Berry , nommé à l'Archevêché de
Tours , a été admis au Confeil de
Conscience .
Le 13. le Roy fit Chevaliers de
l'ordre Militaire de S. Louis Mrle
Prince de Conty & quelques Officiers
.
1
Le même jour on ôta les Lizieres
au Roy. M. le Maréchal de Villeroy
prit la place de Madame de Vantadour
à dîner ; cette Ducheffe s'étant
éloignée pour éprouver , fi le
Roy s'accoutumeroit avec les hommes.
S. M. ne parut pas d'abord
fort furpriſe .
Le 13. M. le Chancellier alla prendre
Séance dans le Confeil de
Regence.
Le 14. le Roy étant habillé , les
Officiers de Garde-Robe demanderent
, s'il fouhaitoit qu'on lui remit
fes Lizieres , le Roy répondit non ,
non. Madame la Ducheffe de Vantadour
repliqua , le Roy ſe tient
1
156 LE NOUVEAU
tropidroit & marche fi fûrement, que
je n'ai pas deffein qu'on les lui remette
.
M. le Maréchal de Montefquiou
a acheté cinquante cinq mille
livres le Regiment d'Iflanghuien
pour M. fon fils , âgé de fept à huit
ans .
Le 14. au foir M. de S. Maurice
fut choifi par Monſeigneur le Duc
Régent , pour Commandant à la
Rochelle ; il étoit Lieutenant Colonel
du Regiment Royal infanterie,
& Brigadier d'Armée. Il eft Officier
de mérite & de diftinction ; on lui
donna fix mille livres fur les appointemens
du Gouverneur , qui
étoient de douze . La Ville y joint
encore quatre mille francs par an
outre le logement , les fourages ,
& quelques autres uftancils.
Le 15. eft une époque trop mé
morable par le nouveau changement
de Scene arrivé à la Cour , pour n'en
pas donner un détail auffi fidel qu'il
dépendra de moi ,
>
Ce jour là même auquel le Roy
enMER
CURE.
157
entroit dans fa huitième année , Monfeigneur
le Duc Régent fe rendit au
Palais des Thuilleries fur les 9 heu
res & demie du matin .
Madame la Ducheffe de Vantadour
ayant , felon l'ufage , fait examiner
le Roy quelques jours auparavant
par les Medecins & Chirurgiens
qui le trouverent très - bien conftitué
, le remit entre les mains de
Monfeigneur le Duc Régent , &
lui dit , Monfeigneur , voilà le Dépôt
que le feu Roy m'a confié , & que
vous m'avés continué ; j'en ai pris
tous les foins poffibles , & je le rend
en parfaite fanté. Monfeigneur le
Duc Régent lui témoigna › que le
Roy & tout l'Etat lui avoient une
obligation infinie de l'attention
qu'elle avoit apporté à préferver des
jours fi précieux de tout accident ;
il ajouta , qu'il inviteroit lui - même
le Roy à conferver la memoire de fes
fervices fi importans ; qu'à fon égard,
il n'oublieroit rien pour lui donner
des marques fenfibles de fa reconnoiffance.
Dans ce moment , S. A.R,
O
858 LE NOUVEAU
préfenta au Roy M.le Maréchal de
Villeroy pour fon Gouverneur , &
M. Fleury ancien Evêque de Frejus
pour fon Précepteur ; adreflant enfuite
la parole à M. le Ducdu Maine,
& à M.le Maréchal de Villeroy ; il
leur dit , Meffieurs , Ce facré Dépôt
vous regarde particulierement . Nous
efperons que vous répondrés parfaitement
à l'attente que toute la
France a concuë de vous , pour l'éducation
du Roi ; c'eft à vous à préfent
d'en avoir tout le foin que nous
nous promettons de votre zele & de
votre inclination pour S. M. & pour
P'Etat ; alors Madame la Duchelle
de Vantadour dit à S. A. R. Monfeigneur
, voilà mon miniftere fini ,
vous me permetrés de baiſer la main
du Roy , & de me retirer ; dans l'inf
tant elle prit la main du Roy & la
baifa ; mais ce fut avec tant de tendrefle
, qu'il ne lui fut pas poſſible
de retenir fes larmes . Le Roy attendri
, l'embraffa étroitement , &
mit fon chapeau devant les yeux ,
pour cacher les pleurs. Madame la
MERCURE. *159
Duchefle de Vantadour s'étant reti..
rée , le Roy en parut fi touché , qu'il
ne cella de pleurer ; on lui fit entendre
la Meffe dans fon Oratoire ;
mais tournant la tête , & ne voyant
plus Madame de Vantadour , les larmes
recommencérent ; aprés la Meffe
on tâcha de le confoler dans la petite
chambre du Billard , pendant
qu'on démeubloit fon Appartement ,
dont les meubles appartenoient pour
lors de droit à Madame de Vanta-
'dour. Le Roy demeura inconfolable
jufques à trois heures & demie ;
on lui donne de tems en teins à boire
pour le rafraichir ; il renvoya chercher
Madame de Vantadour , qui
de fon côté n'avoit ceffé de pleu
rer ; elle revint néanmoins , avec
un vifage ferain , pour faire reproche
au Roy , de ce qu'à l'âge de
huit ans , il manquoit de réfolution ;
Qu'il devoit au contraire être très
content de fe trouver fous la conduite
des hommes ; il repartit furle
champ à Madame de Vantadour ,
c'eft'parce que j'ai de la raiſon , Ma
Oij
160 LE NOUVEAU
ये
chere Mere , que j'ai regret de me
voir feparé de vous : Elle lui dit ,
mais , SIRE , vous n'avez pas mangé
; il lui repliqua , non , à préſent
que vous êtes auprès de moi , que
l'on m'en apporte ? il dina affés bien ,
Pendant qu'elle étoit auprès de S. M.
M le Marquis de la Vrilliere apporta
un préfent de Diamans de cent cinquante
- quatre mille livres , qu'il
mit fur la table du Roy piéce à
piéce c'étoient des bracelets
avec les Portraits de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine
; pere & mere du Roy ; un
collier de perle , avec une croix de
diamant magnifique ; la bague du
feu dernier Monteigneur le Dauphin,
& quantité d'autres pierreries , entre
lefquelles il y a une pierre en
table de grand prix . Le Roy demanda
, eft - ce tout on lui repondit
oüi , SIRE ; c'eft bien peu , Ma
Bonne en merite davantage , par les
foins qu'elle a pris de moi . Madame
la Ducheffe de Ventadour y refta juf
ques à neuf heures le Roy fe
>
·
R
MERCURE . 161
coucha aflez tranquillement , lui
ayant fait promettre qu'elle reviendroit
le lendemain .
M. le Duc de la Tremoille Premier
Gentilhomme de la Chambre,
vint ce jour la remercier S, M. de la
furvivance de la Charge qu'il avoit
obtenue pour le Prince deTarente fon
fils âgé defix à fept ans , on y a attaché
un Brevet de retenue de soo
mille livres au cas que fon fils
vint à mourir , c'eft une grace
que meritoient fon affiduité au fervice
, fon merite & fa naiffance
ayant l'honneur d'eftre Coufin ifla
de Germain de Madame Doüairiere
d'Orleans , Madame fa Grand- Mere
eftant Palatine.
Le 16.le Roy à fon reveil , fut aver
ti par M. le Marefchal de Villeroy',
d'appeller M. le Duc de Mortemart
Premier Gentil Hmme de la cham
bre d'année , le Roy l'appella trois
fois : on le fit entrer , & s'étant prefenté
au lit du Roy , S. M. lui dit :
je veux me lever , Ce Seigneur lui prefenta
la robbede chambre & fes mul
Oij
162 LE NOUVEAU
les , & lui dit , V. M. ne fouhaite- 1
elle pas pafler dans fon cabinet pour
s'habiller. Auffi toft on fit entrer les
Seigneurs qui ont des Brevets d'entrée
, comme fous le feu Roy . S. M.
parut fort étonnée de voir tant
d'hommes autour de lui , M. le Duc
de Mortemart fit appeller la Cham -
'bre & la Garde robe ; alors un grand
nombre d'Officiers fe préfenta
pour faire leur devoir , le Roy fut
encore plus furpris d'en voir le nombre
augmenter. Il demanda cependant
fa chere Mere Madame la Ducheffe
de Vantadour , qui vint quelque
tems aprés en habit de voyageufe,
elle y retta une heure ;MonPrince,
lui dit-elle , je fuis obligée de vous
quitter & d'aller à faint Cyr voir
Madame de Maintenon , le Roy en
fut allarmé , & s'eſtant jerté à lon
col tendrement il donna de nouveau
, en cette occafion , des preuves
fenfibles de fon bon coeur. M. le Marefchal
de Villeroy ravi de contribuer
à l'éducation d'un Prince fi reconnoiffant,
ne pûtqu'admirer un fi excellent
>
MERCURE. 163
naturel Le Roy foupa fur les dix
heares , & repofa tranquillement
jufqu'à 10 heures du matin qu'il fe
leva avec toutes les ceremonies ordinaires
du fervice des hommes.
Le 17. on porta chez Madame la
Ducheffe de Vantadour la Vaiſelle
de vermeille de feu Monfeigneur' le
Dauphin & de Madame la Dauphine ,
elle pefe 400 marcs .
Meffieurs de Sommery & de Ruffe
, Sous - Gouverneurs du Roy, font
convenus entre - eux , pour
le fervi.
ce par femaine , & Meffieurs les
quatre Gentils -Hommes de la Chambre
, qui font , M. le Chevalier de
Pezé . M. d'Ozy , M. d'Arcy , & M.
de la Haye ,ferviront par moitié chaque
femaine.
Le 18. le Roy entendit la Mefle
dans fon Oratoire ; c'étoit le jour
de l'anniverfaire
de feu Monfeigneur
le Dauphin fon pere.
Le 19. M. le Marefchal de Villeroy
a fait donner une penfion de
720 livres au petit Furet , jeune en◄
fant, qui joue fouvent devant le Roy
164 LE NOUVEAU
& l'amufe , on lui a promis de plus
des habits de S. M.
Le 20. le Roy aprés fes exercices , a
diné à fon grand couvert. M. le
Comte de Livry Survivancier dans
la charge de Premier Maiftre d'Hôtel
, a porté le bâton , M. le Mareſchal
étoit auprés du Roy pour le faire
manger. M. le Duc de Noailles
comme Capitaine des Gardes, occupoit
le derriere u fauteüil , avec M.
le Duc de Mortemart comme Premier
Gentil-Homme de la Chambre.
La Nefétoit pofée fur la table
auprés de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier , qui la decouvrit , pour
prefenter des ferviettes quand le Roy
fouhaitoit d'en changer .Aux deux côtez
de la table , eftoient les deux
Gardes de la Manche avec leurs Pertuifannes
; le long de la Salle fix Gardes
du Roy estoient rangez de chaque
côté la carabine fur l'épaule & le
chapeau fous le bras . les Brigadiers
des Gardes tenoient la porte , un
Huiffier de Salle alloit & venoit
pour le fervice , & les Gentilshom
mes fervants faifoient leur fonction
}
MERCUR E. 165
ordinaire ; le Roy parut fort attentif
à ce nouveau ceremonial, & témoigna
qu'il lui faifoit plaifir.
Le 23 les Miniftres étrangers furent
reçûs par le Roy dans le Grand
Cabinet de la Regence.
Ce jour là M. le Marefchal de Villeroy
fut fi content des études dů
Roy , qu'il luy demanda qu'elle récompenfe
il fouhaitoit pour
fon application
à fes exercices , il pria qu'on
luy fit venir fa chere Maman , on la
luy promit à condition cependant
qu'illa laiteroit retourner quand elle
le jugeroit à propos , il s'y engagea ;
lorfqu'il fut preft d'aller a la Priere,.
Madame la Ducheffe de Vantadour
prenant congé du Roy , dit en le
quittant , Adieu mon Maiftre , le
Roy répondit ,Adieu Ma chere Mere.
. M. de Vitteman a efté nommé
Sous- Précepteur en Charge, avec M.
l'Abbé Perrault ci- devant fon Inftituteur
, par commiffion. C'eft une
recompenfe qu'on a crû luy eftre
dûë , en faveur des foins infinis qu'il
a eu de l'éducation du Roy pendant
166 LE NOUVEAU
fa premiere enfance , luy ayant appris
les principes de la Religion ,
I'Hiftoire de France , la Gegraphie : ⚫
il eft vray que le Roy ayant une
difpofition admirable pour les fçiences
, rien ne peut eftre plus agréable
que de travailler à la perfection
d'un genie, dont les lumieres & l'é .
levation doivent faire la felicité de
les peuples.
M. Lambert a efté fait Secretaire
des études du Roy.
Les trois Valers de Chambre ordinaires
du Roy , & en même tems
de quartier , font Meffieurs Domingues
, Mayas & Bigot .
Le 16 M. le Chancelier a tenu le
Sceau pour la premiere fois . Le 18
fés Lettres ont efté enregistrées au
Parlement .
M. l'Abbé Dagueffeau fon Frere
s'eft chargé de l'inſpection de la Librairie.
M. Vigneron a efté continué Secretaire
de la Chancellerie , il eft
chargé du Sceau , & M. Fretteau
Avocat au Parlement , des Affaires du
Confeil,
Fermer
498
p. 1-65
ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
Début :
ALEXIS MICHALOVITZ, Pere du CZAR qui arriva le 7. dans [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Roi, Prince, Vaisseaux, Princesse, Sophie Alexeïevna, Mer, Pologne, Suède, Général, Armée, Dessein, Moscovites, Tête, Cou, Troupes, Manière, Trône, Empire, Cour, Couronne, Seigneurs, Moscou, Hommes, Palais, Armes, Pays, Bâtir, Galères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABBREGÉ DE L'HISTOIRE DU CZAR PETER ALEXIEVITS, AVEC Une Relation de l'Etat présent de la Moscovie, & de ce qui s'est passé de plus considerable, depuis son arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ABBREGÉ
DE L'HISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce qui s'est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ALEXIS MICHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
Relation
2
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au-
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu-
vitz qui remplit aujour-
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re-
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé-
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en œuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici-
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili-
ce, semblable aux lannissai-
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar-
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en-
suite aux principaux Of-
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri-
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des-
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece-
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet-
toient d'un balcon du Pa-
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu-
sieurs Seigneurs & person-
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au-
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu-
multe, le Prince Bo-
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans-
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met-
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em-
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo-
roit ses pretentions en di-
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou-
verte, & les Auteurs pu-
nis.
On ût l'adresse d'atti-
rer le General des Stre-
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona-
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê-
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû-
jours été gardée fort étroi-
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé-
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer-
mi, on commença par fai-
re une recherche des Au-
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
9
Historique.
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin-
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet-
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu-
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire-
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16
Relation
S. M. l'a toujours eù au-
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre-
quentés , de leurs ri-
chesses, de la discipli-
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com-
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon-
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es-
prit toute extraordinaire;
Historique.
11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma-
thematiques, il voulut ap-
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des-
seins, qu'il a depuis exe-
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima-
ginable. Comme ſa paſ-
sion favorite étoit la Na-
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos-
cou, des Vaisseaux qui a-
voient des Mats, des Voi-
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don-
Relation
12
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti-
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen-
çant par celui d'Ensei-
gne, pour monter à ce-
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira-
tions dont je viens de par-
ler, je me crois obligé d'a-
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri-
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis-
chin qui étoit dans ses in-
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman-
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa-
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithui-
nie, de la
Maison
des Ja-
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre-
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai-
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo-
ment a perdre; Thehelavi-
ran President de la Cham-
bre des Estrelles, fut choi-
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es-
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des-
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
15
Historique.
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros-
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga-
lischin reçût un ordre pa-
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16
Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a-
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre-
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al-
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe-
rial, il ſe fit livrer Thebe-
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique.
17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſ-
ser le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû-
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho-
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin-
cesse Sophie; il se conten-
ta de lui ordonner de sor-
tir du Palais, & de ſe re-
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
Relation
18
ayant fait difficulté
&
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en-
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes-
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em-
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique.
19
haut du degré, & ils se ju-
rerent une amitié recipro-
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti-
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne-
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si-
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em-
parer d'Asoph, Place im-
portante sur la Mer Noi-
1695.
1696.
20
Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom-
mes; il échoua, faute d'a-
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa-
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com-
mandoit lui-meme.
Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren-
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As-
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra-
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'-
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai-
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na-
vale, il déclara aux Sei-
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre-
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I-
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en-
fin toutes les mesures ne-
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua-
rante Vaisseaux de Guer-
re, dix Galiotes à Bom-
bes, vingt grandes Galé-
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique.
23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a-
voient des biens considé-
rables, & un grand nom-
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e-
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar-
chands, les Gentils-Hom-
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet-
tre à cette nouvelle Impo-
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
Relation
24
Conseil, que
pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais-
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, dans le des-
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon-
dans sur plusieurs passa-
ges de l'Ecriture, qui dé-
fendent aux Enfans d'I-
rael, d'avoir aucune com-
munication
Historique.
25
munication avec les Na-
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon-
tens & ceux du Parti dis-
gracié, qui étoient tou-
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite-
ment, formerent de nou-
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû-
tume, il donneroit ses or-
dres pour l'éteindre. Aprés
Relarion
16
quoi ils devoient massa-
crer tous les nouveaux Fa-
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin-
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira-
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin-
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
premédité
ge qu'il avoit
de taire; il prit la réſolu- 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo-
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre-
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac-
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute-
nant General de ses Ar-
mées, & Amiral de sa Flo-
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol-
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu-
sieurs jeunes Gentils-hom-
mes & Favoris de moindre
Historique.
29
consideration. La premie-
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere-
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué-
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re-
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré-
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi-
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de-
lara la Guerre aux Sue-
dois.
Ci
Relation
30
La ſeconde Place im-
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil-
les Maritimes de son pas-
sage, on lui fit des pré-
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli-
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors-
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex-
Historique.
31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com-
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les-
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo-
dément visiter les Vais-
seaux & être moins con-
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
Relation
32
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams-
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par-
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai-
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons-
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par-
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a-
muſoit à voguer & à ra-
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An-
glois, lui ayant plû d'a-
vantage, après avoir de-
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa-
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en-
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en-
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre-
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro-
portions qu'il falloit obser-
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme-
ment; comme il s'est de-
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou-
vent oui dire, que s'il n'é-
toit pas venu en Angleter-
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An-
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra-
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau-
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa-
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As-
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob-
jet.) Pour satisfaire ſa cu-
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit-
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don-
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An-
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer-
cuëils, ausquels il ne fit at-
tention. s'habillant, com-
me nous l'avons dit ail-
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per-
mit de prendre à son ser-
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u-
tiles, il choisit des Ma-
thématiciens, des Archi-
tectes de Vaisseaux, di-
vers Officiers & Bombar-
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien-
ne, où il fut très-bien re-
çû de l'Empereur; il ap-
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la-
quelle etoient entrez plu-
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas-
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique.
32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex-
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me-
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen-
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen-
dant son absence.
Ces derniers, au nom-
bre de plus de 2000, fu-
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou-
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi-
pales Dames qui avoient
Dij
Relation
10
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en-
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem-
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel-
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie-
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con-
41
Historique,
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua-
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol-
landois y avoient bâties en
Diij
A2
Relation.
son absence, & pour fai-
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi-
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru-
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se-
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa-
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos-
cou. Des qu'il y fut arri-
vé, il augmenta le nom-
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a-
bord aux affaires du Gou-
vernement, tant dans l'E-
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com-
mettoient dans les Provin-
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e-
toient des premieres Fa-
milles de Moscovie, ve-
xoient & tirannisoient les
Peuples.
Relation
A 4
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su-
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu-
reau General, où l'on re-
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a-
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com-
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi-
té reconnue, qu'on choi-
parmi les Mar-
sit
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu-
reau, de mettre des Im-
posts ſur tous les Cou-
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a-
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas-
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46
Relation
noient inutils par eux-
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon-
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u-
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois-
son. Le Czar, pour réfor-
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u-
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho-
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu-
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou-
vent les obligea enfin à
Rélation
48
souffrir, qu'on la leur cou-
pât. Les femmes qui trou-
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai-
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han-
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée
de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis-
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha-
bits de galons d'or ou d'ar-
gent, chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en-
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha-
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re-
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien-
droient à ses ordres, se-
roient obligez de se met-
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu-
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban-
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti-
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el-
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte-
noient par ce même or-
dre, la liberté de ſe trou-
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé-
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra-
tique dans lesPays Etran-
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu-
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa-
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil-
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa-
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re-
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou-
lut qu'on ne mariât per-
sonne sans le consente-
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a-
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor-
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a-
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi-
gueur possible: Les com-
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre-
miere Campagne, il per-
dit la moitié de ſon Ar-
mée, & toute son Artil-
lerie dans la fameuſe Ba-
taille de Narva.
Pour réparer cette per-
te, il s'appliqua principa-
lement a faire de nouvel-
les levées, à chorsir lui-
E iij
1700.
Relation
54
même des Officiers
à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho-
ses necessaires dont son Ar-
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con-
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo-
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap-
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar-
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li-
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu-
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo-
nie, sous le General Sli-
penback, celui ci eût d'a-
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce-
der; la Cavalerie Finlan-
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos-
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li-
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a-
prés quinze jours de Sié-
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié-
re de Neve. Par cette der-
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au-
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an-
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y per-
mit le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros-
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex-
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No-
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen-
dant que le Roy de Sué-
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua-
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer-
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czereme-
thoff, qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar-
sovie, fut battu par le Com-
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po-
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta-
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
Relation
60
diverses Places, & d'assi-
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous-
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai-
res: mais, sur les remon-
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene-
raux d'en uſer avec mo-
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
61
Historique.
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus-
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco-
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar-
mes à l'Empire & aux au-
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che-
1709
Relation
62
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs-
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta-
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide-
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour-
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con-
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique.
63
affoiblie par diverses at-
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge-
neral entre les deux Ar-
mées, après une attaque
& une résistance des plus
&
vigoureuses de part
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli-
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a-
voit été forcé par le Roi,
F iij
Relation
64
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta-
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin-
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau-
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma-
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a-
Historique.
65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom-
mes du Parti du Roy Sta-
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par-
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai-
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
DE L'HISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce qui s'est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
ALEXIS MICHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
Relation
2
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au-
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu-
vitz qui remplit aujour-
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re-
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé-
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en œuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici-
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili-
ce, semblable aux lannissai-
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar-
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en-
suite aux principaux Of-
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri-
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des-
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece-
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet-
toient d'un balcon du Pa-
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu-
sieurs Seigneurs & person-
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au-
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu-
multe, le Prince Bo-
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans-
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met-
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em-
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo-
roit ses pretentions en di-
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou-
verte, & les Auteurs pu-
nis.
On ût l'adresse d'atti-
rer le General des Stre-
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona-
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê-
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû-
jours été gardée fort étroi-
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé-
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer-
mi, on commença par fai-
re une recherche des Au-
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
9
Historique.
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin-
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet-
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu-
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire-
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16
Relation
S. M. l'a toujours eù au-
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre-
quentés , de leurs ri-
chesses, de la discipli-
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com-
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon-
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es-
prit toute extraordinaire;
Historique.
11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma-
thematiques, il voulut ap-
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des-
seins, qu'il a depuis exe-
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima-
ginable. Comme ſa paſ-
sion favorite étoit la Na-
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos-
cou, des Vaisseaux qui a-
voient des Mats, des Voi-
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don-
Relation
12
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti-
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen-
çant par celui d'Ensei-
gne, pour monter à ce-
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira-
tions dont je viens de par-
ler, je me crois obligé d'a-
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri-
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis-
chin qui étoit dans ses in-
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman-
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa-
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithui-
nie, de la
Maison
des Ja-
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre-
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai-
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo-
ment a perdre; Thehelavi-
ran President de la Cham-
bre des Estrelles, fut choi-
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es-
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des-
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
15
Historique.
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros-
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga-
lischin reçût un ordre pa-
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16
Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a-
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre-
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al-
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe-
rial, il ſe fit livrer Thebe-
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique.
17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſ-
ser le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû-
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho-
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin-
cesse Sophie; il se conten-
ta de lui ordonner de sor-
tir du Palais, & de ſe re-
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
Relation
18
ayant fait difficulté
&
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en-
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes-
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em-
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique.
19
haut du degré, & ils se ju-
rerent une amitié recipro-
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti-
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne-
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si-
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em-
parer d'Asoph, Place im-
portante sur la Mer Noi-
1695.
1696.
20
Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom-
mes; il échoua, faute d'a-
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa-
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com-
mandoit lui-meme.
Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren-
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As-
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra-
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'-
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai-
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na-
vale, il déclara aux Sei-
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre-
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I-
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en-
fin toutes les mesures ne-
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua-
rante Vaisseaux de Guer-
re, dix Galiotes à Bom-
bes, vingt grandes Galé-
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique.
23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a-
voient des biens considé-
rables, & un grand nom-
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e-
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar-
chands, les Gentils-Hom-
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet-
tre à cette nouvelle Impo-
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
Relation
24
Conseil, que
pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais-
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, dans le des-
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon-
dans sur plusieurs passa-
ges de l'Ecriture, qui dé-
fendent aux Enfans d'I-
rael, d'avoir aucune com-
munication
Historique.
25
munication avec les Na-
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon-
tens & ceux du Parti dis-
gracié, qui étoient tou-
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite-
ment, formerent de nou-
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû-
tume, il donneroit ses or-
dres pour l'éteindre. Aprés
Relarion
16
quoi ils devoient massa-
crer tous les nouveaux Fa-
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin-
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira-
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin-
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
premédité
ge qu'il avoit
de taire; il prit la réſolu- 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo-
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre-
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac-
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute-
nant General de ses Ar-
mées, & Amiral de sa Flo-
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol-
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu-
sieurs jeunes Gentils-hom-
mes & Favoris de moindre
Historique.
29
consideration. La premie-
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere-
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué-
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re-
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré-
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi-
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de-
lara la Guerre aux Sue-
dois.
Ci
Relation
30
La ſeconde Place im-
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil-
les Maritimes de son pas-
sage, on lui fit des pré-
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli-
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors-
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex-
Historique.
31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com-
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les-
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo-
dément visiter les Vais-
seaux & être moins con-
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
Relation
32
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams-
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par-
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai-
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons-
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par-
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a-
muſoit à voguer & à ra-
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An-
glois, lui ayant plû d'a-
vantage, après avoir de-
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa-
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en-
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en-
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre-
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro-
portions qu'il falloit obser-
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme-
ment; comme il s'est de-
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou-
vent oui dire, que s'il n'é-
toit pas venu en Angleter-
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An-
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra-
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau-
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa-
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As-
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob-
jet.) Pour satisfaire ſa cu-
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit-
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don-
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An-
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer-
cuëils, ausquels il ne fit at-
tention. s'habillant, com-
me nous l'avons dit ail-
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per-
mit de prendre à son ser-
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u-
tiles, il choisit des Ma-
thématiciens, des Archi-
tectes de Vaisseaux, di-
vers Officiers & Bombar-
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien-
ne, où il fut très-bien re-
çû de l'Empereur; il ap-
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la-
quelle etoient entrez plu-
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas-
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique.
32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex-
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me-
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen-
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen-
dant son absence.
Ces derniers, au nom-
bre de plus de 2000, fu-
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou-
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi-
pales Dames qui avoient
Dij
Relation
10
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en-
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem-
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel-
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie-
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con-
41
Historique,
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua-
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol-
landois y avoient bâties en
Diij
A2
Relation.
son absence, & pour fai-
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi-
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru-
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se-
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa-
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos-
cou. Des qu'il y fut arri-
vé, il augmenta le nom-
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a-
bord aux affaires du Gou-
vernement, tant dans l'E-
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com-
mettoient dans les Provin-
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e-
toient des premieres Fa-
milles de Moscovie, ve-
xoient & tirannisoient les
Peuples.
Relation
A 4
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su-
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu-
reau General, où l'on re-
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a-
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com-
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi-
té reconnue, qu'on choi-
parmi les Mar-
sit
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu-
reau, de mettre des Im-
posts ſur tous les Cou-
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a-
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas-
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46
Relation
noient inutils par eux-
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon-
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u-
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois-
son. Le Czar, pour réfor-
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u-
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho-
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu-
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou-
vent les obligea enfin à
Rélation
48
souffrir, qu'on la leur cou-
pât. Les femmes qui trou-
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai-
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han-
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée
de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis-
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha-
bits de galons d'or ou d'ar-
gent, chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en-
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha-
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re-
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien-
droient à ses ordres, se-
roient obligez de se met-
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu-
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban-
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti-
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el-
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte-
noient par ce même or-
dre, la liberté de ſe trou-
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé-
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra-
tique dans lesPays Etran-
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu-
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa-
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil-
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa-
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re-
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou-
lut qu'on ne mariât per-
sonne sans le consente-
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a-
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor-
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a-
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi-
gueur possible: Les com-
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre-
miere Campagne, il per-
dit la moitié de ſon Ar-
mée, & toute son Artil-
lerie dans la fameuſe Ba-
taille de Narva.
Pour réparer cette per-
te, il s'appliqua principa-
lement a faire de nouvel-
les levées, à chorsir lui-
E iij
1700.
Relation
54
même des Officiers
à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho-
ses necessaires dont son Ar-
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con-
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo-
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap-
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar-
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li-
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu-
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo-
nie, sous le General Sli-
penback, celui ci eût d'a-
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce-
der; la Cavalerie Finlan-
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos-
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li-
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a-
prés quinze jours de Sié-
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié-
re de Neve. Par cette der-
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au-
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an-
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y per-
mit le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros-
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex-
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No-
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen-
dant que le Roy de Sué-
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua-
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer-
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czereme-
thoff, qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar-
sovie, fut battu par le Com-
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po-
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta-
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
Relation
60
diverses Places, & d'assi-
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous-
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai-
res: mais, sur les remon-
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene-
raux d'en uſer avec mo-
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
61
Historique.
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus-
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco-
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar-
mes à l'Empire & aux au-
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che-
1709
Relation
62
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs-
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta-
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide-
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour-
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con-
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique.
63
affoiblie par diverses at-
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge-
neral entre les deux Ar-
mées, après une attaque
& une résistance des plus
&
vigoureuses de part
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli-
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a-
voit été forcé par le Roi,
F iij
Relation
64
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta-
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin-
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau-
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma-
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a-
Historique.
65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom-
mes du Parti du Roy Sta-
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par-
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai-
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
Fermer
499
p. 176-210
ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
Début :
LE 20 d'Avril un Officier du Czar se rendit à Dunkerque, [...]
Mots clefs :
Entrée, France, Roi, Tsar, Prince, Duc, Pierre Ier de Russie, Maréchal, Gardes, Carosse, Chambre, Officiers, Seigneurs moscovites, Chambre, René de Froulay de Tessé, Matin, Porte, Portière, Régent, Corps, Monarque, Suisses, Visite, Boris Ivanovitch Kourakine, François de Neufville de Villeroy, Marche, Carrosses, Duchesse, Dunkerque, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
ENTRÉE
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
Fermer
500
p. 114-124
ARTICLE DES SPECTACLES.
Début :
Les Comédiens Italiens ayant voulu faire l'essai d'une Piéce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Arlequin, Applaudissements, Tragédie, Roi, Tyran, Action théâtrale, Veuve, Meurtre, Paysan, Crime, Plaintes, Reine, Exécution, Confidence, Vengeance, Terreur, Comédiens-Français, Rôles, Spectateurs, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES.
ATITICLE DES SPECTACLES.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
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